Le poste de numéro 2 de l’OIF peut-il échapper au Canada?

PHNOM PENH (Cambodge) – Alors qu’une lutte à quatre est engagée pour conquérir le poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), une autre course se joue en arrière-plan : le maintien en mars prochain du poste clé d’administrateur dans le giron canadien. Et la partie est loin d’être gagnée.

Deuxième financeur de l’organisation, le Canada a hérité du poste d’administrateur sans discontinuer depuis dix ans, une tradition tacite qui pourrait être remise en cause après le prochain Sommet de la Francophonie. L’organisation y élira son nouveau secrétaire général, lequel, quatre mois plus, tard choisira son administrateur, à échéance du mandat actuel en mars.

Rien ne dit en effet qu’après les Québécois Catherine Cano, Geoffroi Montpetit et Caroline St-Hilaire, le Canada continuera à occuper ce poste.

La réélection de la secrétaire générale sortante, Louise Mushikiwabo, augmenterait les chances de Caroline St-Hilaire de conserver son poste, d’après plusieurs observateurs aguerris aux rouages de l’institution.

Au micro d’ONFR, la candidate mauritanienne au poste de secrétaire générale, Coumba Bâ, assure que le Canada conserverait son pré carré, tandis que sa rivale congolaise Juliana Amato Lumumba n’a pas donné suite à nos sollicitations médiatiques.

S’il est élu, le candidat roumain Dacian Ciolos choisira une administratrice africaine, comme il s’y est engagé lors de son audition ministérielle, tout en affirmant que le Canada jouera un rôle de premier plan, à travers un autre poste ou une autre mission dans une structure collective repensée.

Le Canada, rejoint par le Québec (fraîchement sorti de ses élections générales), mène en ce moment même des discussions avec les différents membres de l’OIF et les candidats au poste de secrétaire général afin d’évaluer quel rôle le plus bénéfique aura le pays dans l’après-Sommet.

Ferry de Kerckhove, ici à l’Université Carleton d’Ottawa en 2013, a également été ambassadeur du Canada en Égypte. Photo : La Presse canadienne/Justin Tang
« Je suis convaincu qu’il y aura une concertation entre le président français et le premier ministre canadien »
— Ferry de Kherckove, ancien représentant personnel du premier ministre pour la Francophonie

« Les Français comme d’habitude vont essayer de dominer tous les pions, anticipe l’ancien diplomate Ferry de Kherckhove, mais je suis convaincu qu’il y aura une concertation entre le président français et le premier ministre canadien, Mark Carney, qui a trois atouts dans sa poche : il inspire le respect auprès des Français, il a un sherpa actuel très solide, très proche de lui, et il prendra dès cette année la présidence du Sommet jusqu’en 2028 (moment où Ottawa accueillera le Sommet suivant). »

Il faut dire que ce poste du numéro 2, qui concentre la gestion des affaires administratives et financières de l’OIF, demeure hautement stratégique.

« Même si Mme Mushikiwabo a tenté d’en réduire l’influence (menant au départ de Geoffroi Montpetit), ce poste reste fondamental », considère M. de Kherckhove. Pour cet ancien sherpa de la Francophonie auprès du premier ministre canadien (de 2006 à 2008), il ne fait aucun doute que « comme nous n’avons pas présenté de candidat au poste de secrétaire général, c’est certain qu’on va demander le poste de numéro 2 ».

Le bureau du premier ministre Mark Carney a d’ailleurs confirmé que ce dernier sera au Cambodge dans le cadre du Sommet « afin de renforcer les liens au sein du monde francophone, en vue de l’organisation de ce Sommet par le Canada en 2028 ».

Une élection qui influera sur le poste d’administrateur

Mais rien n’est garanti à ce stade puisque les pays membres de plein droit se retrouvent à discuter non plus avec un ou deux candidats, mais le double, dans une course très ouverte adossée, pour la première fois de son histoire, à une audition ministérielle.

L’élection d’une secrétaire générale africaine pourrait a priori augmenter les chances du Canada, du fait du traditionnel équilibre des pouvoirs Nord-Sud : lorsqu’un secrétaire général est issu d’un espace géographique, l’administrateur est généralement choisi au sein d’un autre espace.

Le Sénégalais Abdou Diouf avait pour administrateur le Québécois Clément Duhaime, Michaëlle Jean était en tandem avec Adama Ouane (Mali), Louise Mushikiwabo avec les administrateurs québécois Catherine Cano, Geoffroi Montpetit, puis Caroline St-Hilaire.

Jean-Louis Roy, ancien secrétaire général de l’Agence intergouvernementale de la francophonie de 1990 à 1998. Photo : CC BY-SA 4.0 Lëa-Kim Châteauneuf Wikimedia Commons
« Tous les postes sont stratégiques : la direction de l’économie, la direction de l’intelligence artificielle, la direction du bureau auprès des Nations Unies »
— Jean-Louis Roy, ancien secrétaire général de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie

Mais, en bout de ligne, si ce poste échappait au Canada, serait-ce un aveu d’échec? Pas nécessairement, estime Jean-Louis Roy, ancien secrétaire général de l’Organisation de 1990 à 1998 – alors nommée Agence intergouvernementale de la Francophonie.

Cet ancien délégué général du Québec et ancien directeur du quotidien Le Devoir rappelle qu’il n’y a pas que le poste d’administrateur qui compte au sein de l’organisation : « Tous les postes sont stratégiques : la direction de l’économie, la direction de l’intelligence artificielle, la direction du bureau auprès des Nations unies, etc. Et les gens qui occupent ces postes sont choisis pour leurs compétences. Ils ne travaillent pas pour leur pays, mais pour la Francophonie. Penser qu’un poste va servir un pays n’a pas de sens. »

Dès lors, le poste d’administrateur ne serait pas si vital pour le Canada. D’autant qu’« il ne faudrait pas que cette question devienne un totem qui bloquerait une nouvelle impulsion », prévient Benjamin Boutin, chercheur au Collège des chaires de recherche sur le monde francophone.

« Le Québec et le Canada ont déjà mis à disposition de l’OIF d’excellents administrateurs, à l’instar de Clément Duhaime et de Catherine Cano. Les deux paliers de gouvernement méritent, par leur contribution, d’obtenir des postes stratégiques. Cela peut se concrétiser par d’autres fonctions comme celle de directeur de cabinet ou de conseiller spécial. »

Benjamin Boutin, chercheur au Collège des chaires de recherche sur le monde francophone. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« La francophonie n’est pas un échiquier sur lequel on pousse ses propres intérêts »
— Benjamin Boutin, chercheur au Collège des chaires de recherche sur le monde francophone

M. Boutin en est convaincu : « La Francophonie n’est pas un échiquier sur lequel on pousse ses propres intérêts, c’est un jeu coopératif où la capacité d’influence se construit en équipe, par l’initiative, les idées, les propositions et les ressources qu’on met à disposition. »

« Depuis sa nomination en 2023, l’administratrice Caroline St-Hilaire a exercé ses fonctions avec engagement et rigueur, et le Québec est satisfait de son bilan », souligne le ministère québécois des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur, ajoutant « se concerter activement avec les autres États et gouvernements membres » sur le choix du futur secrétaire général.

« Notre priorité demeure un processus crédible et rassembleur qui renforcera l’OIF et sa capacité à répondre aux priorités de ses membres », affirme à ONFR le ministère fédéral des Affaires étrangères, qui « continue de participer aux discussions pertinentes à ce sujet jusqu’à la tenue du Sommet et d’œuvrer à préserver l’intégrité du processus. »

Ottawa a financé l’OIF à hauteur de 24,3 millions de dollars en 2024-2025 et de 24,8 millions en 2025-2026. Près de 23 millions de dollars ont été versés à ce jour dans le dernier exercice 2026-2027.

L’Ontario se rendra au Sommet de la Francophonie sans sa ministre

TORONTO – Changement de programme pour l’Ontario. Actuellement enceinte, la ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, qui devait se rendre au 20e Sommet de la Francophonie, à Phnom Penh, au Cambodge, dans une dizaine de jours, sera finalement représentée par son adjoint parlementaire Stéphane Sarrazin, appuyé par la sherpa et sous-ministre Roda Muse.

Ce sera sans la ministre des Affaires francophones que l’Ontario se rendra au Sommet de la Francophonie, pour des raisons liées à sa grossesse. Mme Kusendova-Bashta entend toutefois que l’Ontario soit fortement présent, notamment à travers les différents événements qui vont graviter autour du Sommet.

« Notre province a la chance de compter sur une société francophone forte contribuant grandement à sa construction sociale, culturelle et économique, dit-elle. Ce sommet sera l’occasion de mettre l’Ontario français de l’avant, tout en faisant des affaires et en établissant des partenariats. »

Sur place, ce sera donc à Stéphane Sarrazin, son adjoint parlementaire, de porter la voix de la province, en tant que chef de la délégation ontarienne. Il sera aidé en cela par la sherpa de l’Ontario, la sous-ministre des Affaires francophones, Roda Muse.

« On a pour objectif d’y promouvoir l’Ontario français et ses services. Ça va être une belle opportunité de le faire auprès de gens venus de presque 90 pays francophones », déclare M. Sarrazin, qui escompte amorcer de futurs partenariats, dans le même esprit que ceux déjà noués avec la Wallonie (2021), le Nouveau-Brunswick (2024), la Nouvelle-Écosse (2025), la Louisiane (2025) et la France.

Stéphane Sarrazin, adjoint parlementaire à la ministre des Affaires francophones. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Une délégation d’une quarantaine de Franco-Ontariens

Autour d’eux, une délégation composée de fonctionnaires du ministère des Affaires francophones, de leaders communautaires et de chefs d’entreprise se déploiera au cœur de plusieurs temps forts. Ils seront plus de 40, le plus gros contingent envoyé jusqu’ici.

Citons le Village de la Francophonie, qui abritera des conférences, des performances culturelles ainsi que de multiples pavillons nationaux au jardin de Wat Botum du 13 au 17 novembre. C’est au cœur de ce village que l’Ontario mettra de l’avant ses atouts et ses spécificités.

On retrouvera une partie de la délégation à la Rencontre des entrepreneurs francophones (REF), du 14 au 16 novembre, ainsi qu’au salon de l’innovation Francotech, aux mêmes dates, lors d’une deuxième édition – après Paris 2024 -, qui fera la part belle à l’intelligence artificielle, aux femmes dans l’innovation, à la sécurité alimentaire et à l’inclusion financière.

Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

« On a des entrepreneurs de talent dans de nombreux secteurs comme l’éducation, l’énergie, la technologie, et cet atout fait qu’on peut être un partenaire important pour les pays francophones », met en exergue M. Sarrazin, qui considère que, cette année, la candidature d’Ottawa comme ville hôte en 2028 et la possible entrée du Manitoba dans l’OIF apportent du vent dans le dos à tous les membres canadiens.

« Ce sommet est une occasion de faire rayonner toute la richesse de la société franco-ontarienne et de susciter de nouvelles occasions de développement, renchérit Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Nous ferons découvrir les différentes régions de l’Ontario français à travers un parcours dynamique qui montre ce que nous sommes, ce que nous créons et ce que nous avons à offrir. »

Une place spéciale prévue pour le drapeau vert et blanc

L’Ontario règle par ailleurs les dernières touches d’une initiative inédite centrée sur les 50 ans du drapeau franco-ontarien, intitulée « 50 ans de fierté! Ensemble pour demain ». L’intention est de faire voyager ce projet à Phnom Penh, même si peu d’informations filtrent à ce stade.

Dévoilé en septembre dernier à Queen’s Park, ce catalogue numérique rassemble 17 œuvres (arts visuels, documentaires, musique, théâtre, animation, arts textiles et créations interdisciplinaires) réalisées dans différentes régions de la province et à travers lesquelles le public peut naviguer virtuellement, de salle en salle, comme dans un musée.

« Il y a un an, nous lancions cette initiative avec la conviction que le 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien devait être célébré par la francophonie elle-même, dans toute sa diversité et à travers toute la province », relate la lieutenante-gouverneure de l’Ontario Edith Dumont. Il est temps à présent, selon elle, que ces créations nées d’une « mobilisation extraordinaire » s’exportent au-delà de l’Ontario afin de « continuer à inspirer les générations futures ».

Edith Dumont, lieutenante-gouverneure de l’Ontario, a soutenu directement l’initiative « 50 ans de fierté! Ensemble pour demain ». Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Patrick Breton, président de l’Alliance culturelle de l’Ontario, lors du dévoilement du catalogue numérique en septembre dernier. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Alison Leroux a créé une exposition racontant le talent des agriculteurs de la province. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Isabelle Bourgeault-Tassé (à droite) aux côtés de Michelle Love Awana. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Natalia Kusendova-Bashta, ministre des Affaires francophones, lors du dévoilement du catalogue numérique. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Lors de l’inauguration du projet, fruit d’un an de travail, ONFR a rencontré plusieurs de ces créateurs, à l’image de la cheffe cuisinière et musicienne Alison Leroux, auteure d’une exposition racontant le talent des agriculteurs de la province. « C’était important pour moi de raconter quelque chose qui fait partie de notre héritage. Voir que cela s’est transformé en un projet plus vaste qui va voyager sans frontière est excitant. »

Au sein de ce projet numérique accessible en ligne, le public peut découvrir Ancrage et exil, un recueil de poèmes, d’essais et de chansons codirigé par la conteuse et blogueuse sudburoise Isabelle Bourgeault-Tassé qui s’est entourée de jeunes talents tels que Michelle Love Awana, une Hamiltonienne originaire du Cameroun. « J’ai voulu mettre en valeur la diversité franco-ontarienne, une francophonie ancrée mais aussi venue d’ailleurs. Peu importe qu’on vienne de Hearst ou Yaoundé, on a le même avenir commun. »

Le Sommet de la Francophonie, dont l’Ontario est membre observateur depuis 10 ans, se tiendra du 14 au 16 novembre prochain à Phnom Penh, la capitale du Royaume du Cambodge.

De Paris à Toronto : Camille Gallard écrit son histoire dans la francophonie

[SEMAINE NATIONALE DE L’IMMIGRATION FRANCOPHONE]

TORONTO – En quittant la France pour accompagner son mari au Canada, Camille Gallard ne s’attendait pas à trouver aussi rapidement sa place dans le milieu littéraire francophone. Installée à Toronto depuis l’été 2025, l’auteure découvre une communauté qui l’accueille et l’associe à ses projets. Une nouvelle vie dans laquelle elle s’épanouit, tandis que sa famille construit ses repères à un autre rythme.

Avant même de poser ses valises à Toronto en juillet 2025, Camille Gallard avait pris un engagement : devenir secrétaire générale de Toronto Accueil. Une manière de faire connaissance avec sa future ville, mais surtout de se donner une obligation de sortir de chez elle. « Je savais que si je ne m’implantais pas dès le départ avec d’autres gens autour, j’allais m’occuper des enfants, du chien, de mon mari. J’allais rester enfermée devant mon clavier et ne voir personne. »

La romancière, qui dit aimer la solitude, connaissait le risque de l’isolement. Déjà auteure en France avant son départ pour Toronto, elle voulait se construire un réseau dès son arrivée. L’association lui a permis de trouver un logement, de découvrir les quartiers et de nouer ses premiers liens. Trois semaines après son arrivée, elle rencontre Eunice Boué, du Salon du livre de Toronto, qui lui présente à son tour l’auteure Marine Sibileau.

« Très vite, j’ai pu créer ma vie ici. Une vie qui est aux antipodes de la vie en France. »

Dans le milieu littéraire français, raconte-t-elle, son statut d’auteure encore peu connue, publiée dans de petites maisons d’édition, lui donnait le sentiment de ne pas être considérée. À Toronto, elle découvre des interlocuteurs prêts à lui ouvrir leurs portes. « J’ai l’impression d’être la reine du monde. Tout est possible. Vraiment, tout me semble à portée de main. »

Une vie à construire au Canada

Le départ pour Toronto se dessine en décembre 2024, lorsqu’un poste est proposé à son conjoint. La famille vit alors en banlieue parisienne, dans un environnement qu’elle décrit comme confortable. Mais Camille Gallard a envie de partir, de découvrir autre chose. « Le Canada, c’était l’un des pays que je voulais absolument visiter et dont je rêvais depuis toujours. »

Son mari arrive en mars. Elle organise depuis la France le déménagement et accompagne leurs deux fils jusqu’à la fin de l’année scolaire. Entre-temps, une visite familiale au printemps permet de découvrir Toronto et de chercher un quartier où s’installer. Par l’intermédiaire de Toronto Accueil, une Française établie depuis plusieurs années lui fait visiter les environs, lui indique les écoles et l’aide à trouver une maison.

Une fois l’auteure installée, son engagement associatif devient aussi une porte d’entrée vers la communauté littéraire. Elle participe à une table ronde lors d’une journée consacrée à la littérature francophone, rejoint le comité de lecture de Terre d’accueil et contribue à organiser une soirée sur la santé mentale des femmes avec Toronto Accueil et le club de lecture du Salon du livre. Pour celle qui reconnaît éprouver parfois le syndrome de l’imposteur, ces invitations nourrissent un sentiment de légitimité.

Cette intégration ne règle cependant pas toutes les difficultés du métier. Les livres de sa maison d’édition française ne sont pas distribués ici : elle doit gérer elle-même ses stocks et ses ventes. Elle souhaite développer des collaborations avec des maisons d’édition canadiennes, notamment en accompagnement éditorial, en relecture et en correction.

Installée à Toronto depuis un peu plus d’un an, Camille Gallard souhaite poursuivre sa découverte du Canada. Photo : Mickael Laviolle

De l’image aux mots

Avant les romans, Camille Gallard racontait les histoires des autres. Pendant 15 ans, elle a travaillé comme monteuse vidéo, assemblant des images et des sons pour leur donner un sens. « Je pense que la création a toujours fait partie de moi », explique-t-elle. L’écriture lui apparaît aujourd’hui comme une suite logique, même si elle a longtemps douté de sa capacité à s’y consacrer.

Elle a exploré d’autres voies, jusqu’à obtenir un diplôme de pâtisserie. Après avoir quitté son emploi pour suivre son mari lors d’un précédent séjour à l’étranger, elle cherchait une activité qui lui appartienne. « Je me suis un peu retrouvée à 35 ans passés, mère au foyer, sans avoir l’habitude d’être dépendante », raconte-t-elle. Avoir une occupation, même sans en tirer nécessairement un revenu, était devenu essentiel.

Le déclic vient d’une rencontre avec une auteure qui parle simplement de ses premiers romans. L’idée fait son chemin. Lorsqu’elle annonce à son mari qu’elle aimerait essayer, celui-ci lui lance un défi : avoir un manuscrit au pied du sapin à Noël.

Elle le relève en 2019. Depuis, assure-t-elle, elle écrit un roman par an. Son premier, Après toi, naît d’une inquiétude personnelle : un déplacement professionnel de son mari, un message d’arrivée qui tarde et son imagination qui s’emballe. Elle invente l’histoire d’une femme devenue veuve, seule avec ses deux garçons, dont la reconstruction est bouleversée par une lettre posthume.

Camille Gallard compte cinq romans, dont trois publiés en maison d’édition et deux en autoédition. Elle a commencé à écrire en 2019, après une carrière de quinze ans dans le montage vidéo. Photo : Mickael Laviolle

Une famille, plusieurs rythmes

Pour ses fils, l’adaptation à Toronto a été plus difficile. Arrivés adolescents, ils ont choisi le système scolaire anglophone pour vivre une expérience différente du système français.

Se faire des amis dans une nouvelle langue, avec des groupes d’élèves qui changent selon les matières, représente toutefois un défi. Son cadet suit un programme d’immersion française, un compromis qui lui permet de conserver une partie de ses cours en français tout en fréquentant des anglophones. Il commence désormais à trouver ses repères.

« La famille a vraiment vécu en décalé », résume leur mère.

Elle découvre, de son côté, qu’elle peut vivre presque entièrement en français à Toronto. Une surprise après trois mois de cours intensifs d’anglais avant le départ. Pour pratiquer, elle s’inscrit même à des cours de dessin. Elle y rencontre… un Québécois avec qui elle finit par ne parler que français.

L’avenir reste ouvert. Le travail de son mari et les projets des enfants pèseront sur la décision de rester. Son fils aîné rentre en France, tandis que le plus jeune rêve d’intégrer la prestigieuse école des Gobelins, à Paris.

Camille Gallard préfère, pour l’instant, savourer cette période. « C’est la première fois depuis très longtemps que je n’ai justement pas du tout envie de penser à l’après. J’ai envie de profiter. Parce que je sais que ce que je vis ici est assez exceptionnel. »

Sudbury : un nouveau livre illustre 75 ans de cheminement culturel et institutionnel francophone

SUDBURY – L’historien sudburois Serge Dupuis a lancé ce mardi à la Place des Arts son nouveau livre Grandir et bâtir en milieu minoritaire, un ouvrage qui illustre les 75 ans d’existence du Carrefour francophone au sein de la vie culturelle de la communauté francophone de 1951 à aujourd’hui. Publiée aux éditions Septentrion, l’œuvre est composée d’archives, d’entrevues, de témoignages et d’images retraçant l’engagement du Carrefour dans la francophonie locale.

Après cinq ans de recherche, Serge Dupuis lance officiellement Grandir et bâtir en milieu minoritaire, un ouvrage de 200 pages sur le cheminement culturel et institutionnel de la francophonie sudburoise, retraçant les 75 ans d’activité du Carrefour francophone. « En 2020, on avait commencé des recherches sur des matériaux patrimoniaux de l’histoire culturelle francophone à Sudbury, des éléments qui allaient être intégrés à la Place des Arts qui a été inaugurée en 2022 », explique-t-il.

En effet, le projet commence à prendre forme pendant la pandémie. L’ouvrage s’appuie sur un projet datant de 1992 intitulé Centre des jeunes à Carrefour francophone. Publié sous la direction du professeur Guy Gaudreau, ce projet illustrait à l’époque les 40 ans d’existence de l’organisme phare de la francophonie sudburoise.

« Il y a une bonne partie de l’histoire qui existait dans l’ouvrage de 1992, mais il y en a des parties qui sont nouvelles, notamment parce qu’on a eu recours à l’histoire orale avec des témoignages qui n’avaient pas été faits dans la première mouture de l’ouvrage », souligne-t-il. En soi, Grandir et bâtir en milieu minoritaire est une mise à jour historique dans la documentation de la vie culturelle francophone dans la ville du nickel, dit-il à ONFR.

Si le Carrefour francophone occupe une grande place dans le livre, d’autres organismes culturels francophones sont mentionnés dans l’ouvrage.

« C’est le prétexte pour parler des 75 ans de l’histoire culturelle francophone à Sudbury, mais on a inclu d’autres organisations et leur évolution, comme le club Saint-Louis qui avait précédé dans les années 20, 30, et 40. On a parlé de la jeunesse étudiante catholique qui existait dans les autres paroisses et d’autres organismes culturels qui ont été mis sur pied dans les années 1970, comme le festival La Nuit sur l’étang », affirme l’auteur.

L’historien Serge Dupuis est l’auteur de Grandir et bâtir en milieu minoritaire. Photo : Odia Barry / ONFR

Plonger dans les archives

Pour mener ce livre à bout, M. Dupuis a été accompagné par le Carrefour francophone, notamment son directeur général et culturel, Stéphane Gauthier. Ce dernier s’est impliqué dans les travaux de recherche iconographique et historique.

« Il voulait que j’approfondisse certaines dimensions de cette histoire-là. Ça faisait partie du mandat. Il faut dire que c’est l’équipe du Carrefour francophone qui a vraiment trouvé une grande majorité des iconographies et qui a rédigé les légendes. Donc j’étais accompagné dans ce processus », explique l’historien, ajoutant que M. Gauthier figure d’ailleurs comme second auteur, ayant rédigé et retravaillé les légendes, soit 9000 mots.

Pour documenter les 35 dernières années du Carrefour francophone de Sudbury, l’historien se base sur d’anciens rapports annuels de la Ville, une revue de presse, mais aussi des entretiens et des documents internes reflétant les « moments charnières dans l’histoire de l’organisation ».

Quant au format de ce livre, l’auteur a opté pour un format plus condensé. « Le récit que vous avez sous les yeux est un modèle de récit un peu plus resserré comparativement à l’essai régulier qui est en moyenne de 80 000 mots. On en a 34 000. C’est un peu moins que la moitié, mais on a pu inclure plus de 600 photos ce qui est quand même inhabituel. »

Grandir et bâtir en milieu minoritaire est un ouvrage sur les 75 ans d’activité et d’engagement du Carrefour francophone de Sudbury. Photo : Odia Barry / ONFR

Un outil d’intégration et de mémoire historique

Alors que la francophonie sudburoise change de visage, notamment à travers la hausse de l’immigration francophone, l’historien voit en ce livre une opportunité pour les nouveaux arrivants de comprendre le passé de la francophonie dans laquelle ils s’implantent. Avec Grandir et bâtir en milieu minoritaire, Serge Dupuis veut mettre l’accent sur l’ancienneté de la population francophone de la ville.

« L’histoire est toujours un moyen de comprendre cette quatrième dimension qui est le passé qu’on ne voit pas à l’œil nu, mais qui reste très réel. Je pense notamment l’impact de l’ancienneté de cette présence francophone à Sudbury parce qu’elle fait partie des fondateurs de la ville. La francophonie a déjà été proportionnellement plus nombreuse. On a déjà été dans la région à peu près la moitié de la population, alors qu’aujourd’hui on est plus aux alentours de 20 %. »

Et de poursuivre : « Je pense que c’est un outil qui peut à la fois permettre à une population de longue date de se réapproprier le centre, mais aussi à de nouveaux arrivants de se greffer à cette histoire ».

Dan Ngenzi Ya Ruty : s’engager pour faire une place aux autres

[SEMAINE NATIONALE DE L’IMMIGRATION FRANCOPHONE]

OTTAWA – « Engagez-vous! Passez à l’action! » C’est l’appel de Dan Ngenzi Ya Ruty, 22 ans, étudiant en mathématiques financières et en économie à l’Université d’Ottawa. Installé au Canada depuis cinq ans, il veut aider les étudiants francophones à trouver leur place et encourager d’autres jeunes à s’impliquer.

« Nous avons besoin de davantage de leaders et de personnes qui veulent laisser leur communauté dans un meilleur état qu’elles ne l’ont trouvée », souligne ce natif du Rwanda, qui a grandi dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, où il a développé son français.

Son arrivée à Ottawa l’a confronté à une réalité qu’il n’avait pas entièrement anticipée : même dans les espaces présentés comme bilingues, l’anglais prend souvent le dessus, raconte-t-il. « À mon arrivée, tout était nouveau, je devais tout apprendre et j’étais un peu dépaysé. Aujourd’hui, je crée pour d’autres les espaces que j’aurais aimé trouver. »

C’est en rejoignant les clubs et les associations étudiantes qu’il a commencé à trouver ses repères. Cofondateur et coprésident de l’Association des étudiants rwandais, Dan explique avoir voulu rassembler une communauté déjà présente sur le campus, mais dispersée.

Son engagement l’a ensuite conduit à devenir commissaire adjoint aux affaires francophones, avant d’accéder au poste de commissaire en mai, puis d’être réélu récemment.

Réseauter en français

L’une de ses préoccupations est la place du français dans les activités de réseautage. Selon lui, proposer un panel bilingue ne suffit pas si les échanges informels qui suivent se déroulent essentiellement en anglais. « C’est après le panel que le véritable réseautage se fait. Certains francophones n’ont donc pas l’occasion d’y prendre part. »

Il constate les effets de cette situation chez des personnes de son entourage qui ne parlent que français. L’exigence du bilinguisme pour certains emplois constitue également un obstacle, souligne-t-il. « Il manque des espaces où ils peuvent réseauter, poser leurs questions et trouver des possibilités d’emploi en français. »

Pour répondre à ces besoins, il annonce notamment la tenue d’une foire de l’emploi au prochain trimestre. Il a aussi cofondé, avec un organisme à but non lucratif, une initiative permettant à des professionnels francophones et anglophones de raconter leur parcours au Canada.

Les personnes invitées, souvent immigrantes, y présentent les difficultés rencontrées et les moyens utilisés pour les surmonter. « Je tenais à ce que la présence du français soit constante, qu’il ne soit pas simplement une langue de traduction. Les deux langues occupent la même place. »

Son engagement lui a également permis de mieux comprendre la place qu’il pouvait occuper dans la francophonie ontarienne. « La francophonie ontarienne est beaucoup plus large que je ne le pensais. Elle ne comprend pas uniquement les personnes nées ici : les immigrants francophones qui viennent s’établir en Ontario en font aussi partie. »

S’il se sent bien accueilli au Canada, il reconnaît les difficultés liées à l’emploi et aux démarches d’immigration, parfois longues et fastidieuses. Il souhaite ainsi transformer ce qu’il apprend en aide concrète pour les autres. « Je pense qu’il vaut mieux apprendre des erreurs des autres que de les vivre soi-même. »

Le slam pour trouver sa voix

À ses études et à ses responsabilités étudiantes s’ajoute une pratique artistique découverte il y a un peu plus d’un an : le slam. Il écrivait des poèmes sur son téléphone lorsqu’une amie l’a invité à participer à une compétition. L’expérience lui a révélé une autre manière de transmettre ses idées et ses émotions.

Le 25 septembre, lors de la célébration du Jour des Franco-Ontariens à l’Université d’Ottawa, il a notamment présenté un slam exprimant son amour pour la francophonie ontarienne.

« Avec le slam, on va au-delà de la lecture : on donne vie à un poème, à une histoire. »

L’écriture lui permet également de mieux se connaître. Celui qui se définit désormais comme artiste et slameur encourage les autres à essayer, sans nécessairement monter sur scène. « Plus j’écris et plus je partage avec les autres, plus j’apprends à me connaître. »

Donner l’exemple

Malgré ses responsabilités actuelles, Dan estime avoir commencé tard à s’impliquer, vers la fin de sa deuxième année universitaire. Il n’avait pas encore mesuré, dit-il, la valeur du bénévolat et du travail communautaire.

Il se réjouit de voir ses frères s’engager plus tôt dans leur parcours, sans avoir eu besoin de les pousser. Pour lui, l’exemple peut suffire à montrer qu’une place est accessible. « Même si je ne peux pas tout résoudre, j’aimerais au moins mettre les choses en marche. »

Dan n’exclut pas de se lancer un jour en politique pour contribuer au changement. Il mesure aussi le leadership à la capacité de susciter d’autres engagements.

« Un leader n’est pas forcément celui qui prend toutes les décisions ou qui a le plus grand impact. C’est celui qui laisse derrière lui plus de leaders qu’il n’en a rencontrés », conclut-il.

Droits linguistiques : les Acadiens inquiets du mégaprojet de loi économique du gouvernement Carney

OTTAWA — Le mégaprojet de loi C-39 du gouvernement de Mark Carney, visant à accélérer la construction de grands projets, fait craindre un possible impact sur les droits linguistiques. La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick s’inquiète que le gouvernement puisse laisser le champ libre à la violation des droits linguistiques avec sa mégaproposition législative.

Dans un mémoire envoyé à un comité spécial mixte du Sénat qui se penche sur la législation, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) dit s’inquiéter que l’absence de mention des droits linguistiques puisse ouvrir la porte à « affaiblir une obligation linguistique, réduire la capacité d’en contrôler le respect ou rendre son exercice plus difficile », écrit l’organisme.

« Dans un projet de loi de cette envergure, il devrait être clairement mentionné que la Loi sur les langues officielles ne peut pas être contournée ou modifiée, et qu’il ne peut y avoir d’échappatoires pour éviter de la respecter », affirme le président de la SANB, Gérald Arseneault en entrevue.

Selon le gouvernement, le projet de loi C-39 a pour but d’accélérer les processus d’approbation, de moderniser le cadre réglementaire et de soutenir les travailleurs des secteurs de compétence fédérale.

La législation vise à accélérer les grands projets dits d’intérêt national, notamment en allégeant les évaluations environnementales requises et en instaurant un délai maximal d’un an pour certaines décisions.

La SANB demande que soient ajoutées au projet de loi C-39 les garanties prévues par la Loi sur les langues officielles et la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale. Sinon, la SANB craint le contournement ou le non-respect des règles linguistiques — en particulier celles concernant la langue de travail — lors de la mise en œuvre des projets économiques.

« Dans un texte législatif qui vise à accélérer les décisions et à simplifier les processus, les droits linguistiques doivent être une exigence clairement intégrée, et non une considération dont la prise en compte dépendrait uniquement des pratiques administratives », soutient l’organisation du Nouveau-Brunswick.

Si la SANB dit reconnaître la légitimité des objectifs de développement économique avancés par le gouvernement dans le projet de loi C-39, elle soutient que « leur mise en œuvre exige un examen rigoureux de leurs effets sur les droits linguistiques ».

« Simplifier une procédure est légitime. Rendre un droit moins effectif ne l’est pas », avance la SANB à l’intention des membres du comité spécial du Sénat.

La SANB demande que soit garantie explicitement la non-dérogation aux obligations linguistiques dans le projet de loi C-39. Crédit image : Marc Guitard / Moment via Getty Images

Le projet de loi C-39 permet aussi la désignation de régions entières comme « intérêt national » afin de préapprouver certains types de projets. Cela étend l’approche à un plus grand ensemble de projets adoptés l’an dernier avec la Loi C-5 afin de faire « un projet, une évaluation et un an avant l’approbation ».

Le mégaprojet de loi omnibus, d’une longueur de 243 pages, vient modifier plus d’une dizaine de lois et règlements fédéraux, dont le Code canadien du travail et la Loi sur les espèces en péril. Il est présentement à l’étude devant un comité spécial mixte autant à la Chambre des communes qu’au Sénat après avoir été approuvé en première lecture par une majorité de députés.

Similaire à C-5

La SANB s’appuie dans son mémoire sur les démarches qu’elle avait effectuées dans le cadre de la Loi C-5 pour mettre en garde les sénateurs au sujet du projet de loi C-39. À l’époque, l’organisme avait servi un argument similaire, craignant que des entreprises puissent avoir le libre droit de faire fi de leurs obligations linguistiques ou encore du droit des employés de travailler en français.

Cela avait mené à l’ajout de la Loi sur les langues officielles et de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale comme des lois fédérales qui ne peuvent être contournées dans le cadre de grands projets d’intérêt national.

Le groupe de défense des droits des Acadiens réclame que soient « préservées intégralement les garanties obtenues dans C-5 ».

« L’expérience de C-5 a montré qu’il était possible de concilier l’accélération des projets et la protection explicite des lois linguistiques. L’étude de C-39 doit consolider cette approche, et non rouvrir des vulnérabilités que le Parlement a déjà choisi de corriger », écrit la SANB dans son mémoire.

« Si on envoie un mémoire, ce n’est pas pour la forme », prévient Gérald Arseneault. « On veut un ajout pour combler cet oubli et assurer le respect strict des droits linguistiques, comme cela a été fait précédemment », conclut-il.

Le projet de loi C-39 a suscité l’opposition de la part de groupes environnementaux, des Premières Nations autochtones et des grands syndicats canadiens. Il a toutefois été salué par le milieu économique, comme des chambres de commerce, le Conseil canadien des chefs d’entreprise ainsi que par les employeurs des secteurs du transport et des communications au fédéral.

 « Le Canada a un rôle plus grand à jouer » dans l’OIF, prône la candidate Coumba Bâ

PHNOM PENH (Cambodge) – Médecin, diplomate et ancienne ministre, la Mauritanienne Coumba Bâ est candidate au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). À quelques jours du scrutin, qui départagera quatre prétendants lors du 20e Sommet de la Francophonie, elle confie à ONFR sa vision d’une francophonie solidaire dans laquelle le Canada pourrait prendre une place plus grande.

Vous plaidez pour un programme cadre de reconquête linguistique du français. Comment comptez-vous vous y prendre, concrètement, à l’heure où le français est fortement concurrencé par l’anglais dans tous les domaines, y compris celui de l’intelligence artificielle?

Je crois profondément que la vitalité d’une langue se construit. Cela commence par la volonté politique. On peut avoir les stratégies les plus ambitieuses du monde, si les chefs d’États et de gouvernements ne s’en saisissent pas, on n’ira pas très loin.

Une langue, on la fait vivre parce qu’on s’en sert pour étudier, travailler, créer, faire des affaires. Aujourd’hui, cela passe énormément par le numérique. Je veux qu’on produise davantage de contenus francophones, qu’on les distribue mieux et qu’on les rende plus visibles sur les plateformes. Il faut qu’on puisse les découvrir, mais aussi les trouver facilement quand on les cherche.

Sur l’intelligence artificielle, je veux qu’on travaille avec nos universités, nos chercheurs et nos entreprises pour mettre à disposition des ressources en français de qualité, dans le respect des droits des créateurs, et pour développer des outils qui répondent à nos besoins. Quand je parle de reconquête linguistique, je parle de cette capacité à donner au français plus d’utilité et plus d’influence, aux côtés des autres langues, et particulièrement des langues nationales.

« Investir dans la création, c’est investir dans l’influence » avez-vous déclaré lors de votre audition ministérielle. Si vous étiez élue, quelle action prendriez-vous dans les 100 premiers jours de votre mandat pour la création?

Je finaliserai une feuille de route qu’on puisse mettre en œuvre, qu’on sache ce qu’on va faire, qui va le faire, avec quels moyens et dans quels délais. Parce que quand on parle des industries culturelles et créatives, on parle de contenus qui font vivre le français et nos récits, bien sûr. Mais on parle aussi d’emplois, d’entreprises, de revenus. Un jeune qui crée doit pouvoir produire, distribuer son travail et en vivre. C’est aussi comme ça que je regarde ce secteur.

Je proposerai donc aux États qu’on se dote d’un dispositif francophone de promotion de ces industries. On discutera de la forme la plus utile, en tenant compte de ce qui existe déjà. Ce à quoi je tiens, c’est qu’on ait un cadre politique, une stratégie et une capacité d’action qui servent réellement les créateurs.

Vous affirmez que l’OIF doit exercer « plus que jamais sa vocation multilatérale » au moment où, à l’international, le bilatéralisme et la loi du plus fort n’ont jamais été aussi prédominants. Comment renverser cette logique?

Je crois fermement au multilatéralisme. Et je vois bien ce que vous décrivez. Il recule, les rapports de force prennent plus de place, et oui, ça doit nous inquiéter. Mais entre dire qu’il ne fonctionne plus comme il devrait et dire qu’il ne pourra plus jamais fonctionner, il y a une différence énorme. Je refuse de me résigner. Si on renonce à se parler, si on quitte les espaces où on peut encore chercher un accord, on fait quoi ensuite? On laisse simplement les plus forts décider pour les autres?

Pendant que certains œuvrent à saper les convergences, d’autres font le choix lucide et responsable du multilatéralisme. C’est le seul qui soit fiable et viable à long terme. Il faut le raffermir et le porter. Je veux garder le contact quand les relations deviennent difficiles. Je veux être la secrétaire générale qui fera en sorte qu’on puisse se parler franchement, même quand on n’est pas d’accord.

Mais comment concilier les valeurs démocratiques de l’OIF avec des États membres frappés par des coups d’État? Faut-il « à tout prix » réintégrer les membres du Sahel? Quelle serait votre logique diplomatique pour renouer le contact et le processus démocratique dans ces pays?

Il y a trois parties dans votre question, et elles nous ramènent toutes à cette relation entre nos valeurs communes et la souveraineté des États. Je vais commencer par ce qui est très clair pour moi. La Charte de la Francophonie, la Déclaration de Bamako, celle de Saint-Boniface doivent être respectées. Et on doit les appliquer à tous. Si on fait du deux poids, deux mesures, on perd notre crédibilité.

Lorsqu’une rupture de l’ordre constitutionnel appelle une suspension au titre de nos textes, on applique cette suspension. Mais on continue à travailler au retour à un fonctionnement régulier des institutions. L’accompagnement est aussi prévu par nos textes.

Sur le retour des pays de l’Alliance des États du Sahel, j’y travaillerai dès les premières heures si les chefs d’État et de gouvernement me font confiance. Il faut que la démarche soit franche, crédible et respectueuse de nos engagements. On ne peut pas décider de leur retour à leur place. Il faut leur parler, les écouter et voir avec eux comment renouer la relation.

Si elle est élue, Coumba Bâ travaillera « dès les premières heures » au retour des pays de l’Alliance des États du Sahel. Photo : Gracieuseté Coumba Bâ

Quelle pire crise (ou défi) avez-vous traversée dans vos précédentes fonctions et comment y avez-vous fait face? En quoi cette expérience vous prépare-t-elle à diriger l’OIF?

Je pense au coup d’État de 2008. J’étais conseillère à la présidence. C’est une période qui m’a beaucoup marquée. J’ai joué un rôle actif pour rétablir les discussions entre la junte militaire et le président déchu, notamment à travers les efforts qui ont conduit à la médiation du président sénégalais Abdoulaye Wade en 2009.

Ce que beaucoup de gens savent moins, c’est que je me suis aussi personnellement mobilisée pour le respect de l’intégrité physique du président et pour sa libération. J’avais la confiance d’interlocuteurs qui étaient dans des camps opposés. Je pouvais parler avec des responsables de la junte, avec des soutiens du président, avec les négociateurs, mais aussi avec des chefs d’État de pays amis. Ça me permettait de faire passer des messages et de garder des possibilités de discussion, même dans les moments les plus tendus.

Comment qualifieriez-vous la dynamique de la francophonie en Mauritanie et dans quel domaine votre pays pourrait-il inspirer l’espace francophone?

La Mauritanie est très attachée à la Francophonie. Nous l’avons rejointe en 1980, et cet attachement est toujours là. Maintenant, sur la place du français, son usage a beaucoup évolué au gré des nombreuses réformes éducatives du pays, même s’il reste présent dans l’administration, dans l’enseignement, dans les échanges professionnels et dans la vie de beaucoup de Mauritaniens.

Il faut regarder les choses avec pragmatisme. Un pays fait des choix éducatifs, qui ont des conséquences sur les usages des langues. Cela peut aller avec un attachement sincère à une organisation multilatérale. Ce que je veux, c’est qu’on travaille sur l’utilité du français, y compris en Mauritanie, sur les possibilités qu’il ouvre aux jeunes, tout en respectant les autres langues, notamment les langues nationales.

Si vous êtes élue, maintiendrez-vous Mme St-Hilaire au poste d’administrateur? Souhaitez-vous que ce poste d’administrateur reste dans le giron canadien? Sinon, pourquoi? Et quelle serait la place du Canada dans votre organigramme?

Sur le poste d’administrateur, ma réponse est très limpide. Oui, il doit absolument revenir au Canada. Cet équilibre doit être préservé. Le multilatéralisme fonctionne avec des règles écrites, mais aussi avec des équilibres politiques non écrites qui comptent énormément. Je crois qu’on doit les respecter, particulièrement lorsqu’on parle de la gouvernance d’une organisation.

Au moment venu j’en discuterai avec les autorités canadiennes à qui doit revenir le choix de la personne la plus indiquée pour ce poste. Je leur fais confiance pour proposer la personne la plus apte à servir notre organisation à cette responsabilité vitale. La nomination se fera ensuite dans le respect de la Charte, après les consultations d’usage.

Et je vais même plus loin. Le Canada a un rôle encore plus grand à jouer dans notre organisation. Son engagement est déjà déterminant, mais on peut faire davantage ensemble, dans nos programmes, dans la coopération, dans la place qu’on donne à la langue française.

Les membres observateurs de l’OIF ne devraient-ils pas jouer un rôle plus actif, que ce soit dans le financement, le pilotage des programmes ou autres? Sont-ils suffisamment impliqués et sollicités à travers les différentes initiatives de l’OIF?

Chacun peut contribuer selon ses possibilités, et ceux qui le souhaitent peuvent aller au-delà de leur contribution statutaire. Les observateurs aussi. Cela peut être de l’argent, de l’expertise, des partenariats… Et je trouve normal que, si on demande aux observateurs de s’impliquer davantage, on doit aussi être prêts à leur faire davantage de place dans le travail sur les programmes, en respectant leur statut. Les droits et les responsabilités vont ensemble.

Mais, au fond, je crois que la question est surtout celle de la confiance. Un État engage l’argent de ses contribuables. Il doit pouvoir leur expliquer à quoi cet argent sert. Si nos programmes sont peu lisibles, si on ne voit pas ce qu’ils changent, on aura du mal à convaincre. Je veux qu’on fasse mieux avec les moyens qu’on a déjà.

Ce qui va rendre la Francophonie attractive, c’est la qualité de ce qu’on fait et la manière dont on tient nos engagements. Moi, je veux pouvoir regarder chaque contributeur et lui dire ce que son financement a changé dans la vie des personnes. Et pouvoir le lui montrer. C’est comme ça qu’on lui donnera envie de continuer, et peut-être de faire davantage.

Faire du français une langue utile, une langue de diplomatie, d’enseignement, d’opportunité, de proximité… C’est ce que défendent aussi les autres candidats, et ce qu’ont défendu les secrétaires généraux successifs. En quoi feriez-vous mieux?

On veut tous que le français soit une langue utile. Là-dessus, on peut se retrouver. Ma méthode s’articule autour de 4D : Données, Dialogue, Développement et Dépassement. Les données, d’abord. Avant de décider d’un programme, je veux qu’on sache de quoi les gens ont besoin, où sont les difficultés et ce qu’on veut améliorer. Il faut partir de ce qu’on observe sur le terrain et se donner des objectifs qu’on puisse mesurer.

Ensuite, le dialogue. On met autour de la table les États, les opérateurs et les organisations représentant les personnes concernées. On se met d’accord sur les priorités et sur ce que chacun va faire.

Le développement, c’est le moment où on passe à l’action. Avec un organe responsable, un calendrier et des moyens. Je veux qu’on puisse voir concrètement ce qui change pour les personnes auxquelles le programme s’adresse.

Et puis il y a le dépassement. Pour moi, ça veut dire qu’on accepte de regarder honnêtement ce qui marche et ce qui marche moins bien. On corrige. On arrête, si nécessaire. Et quand une expérience donne de bons résultats, on regarde comment l’adapter ailleurs.

Jugez-vous le processus de l’élection du secrétaire général suffisamment transparent?

Les auditions ont permis aux États de mieux connaître les candidats et leurs projets. C’était utile. Mais il faut aussi que les modalités de désignation soient parfaitement claires et comprises par tout le monde. Nous avons exprimé des réserves sur le recours à la majorité simple en l’absence de consensus. Une responsabilité comme celle de secrétaire générale de la Francophonie, une organisation qui regroupe plus de 90 états et gouvernements, doit reposer sur un soutien très large.

J’espère que les chefs d’États et de gouvernements trouveront un consensus autour d’une candidature de renouveau, de rassemblement et qui respecte les équilibres de notre organisation. On a besoin d’une secrétaire générale ou d’un secrétaire général qui puisse rassembler et travailler avec tout le monde. Il y va de la crédibilité, voire de la survie de notre organisation.

« Ce serait un cauchemar » : le milieu des affaires d’Ottawa redoute un changement d’heure au Québec

OTTAWA — La volonté du gouvernement québécois d’abolir le changement d’heure dès le printemps prochain suscite des questions au sein de la communauté d’affaires de la région d’Ottawa-Gatineau. En raison de l’interdépendance économique entre les deux rives, le Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA) demande aux gouvernements provinciaux de tenir compte de la réalité des zones frontalières avant d’adopter des règles divergentes, alors même que les PME de la région subissent déjà les contrecoups des tensions commerciales avec les États-Unis.

« Ottawa-Gatineau, c’est une seule région, c’est deux rives. Il faut que notre région soit prise en considération », réagit d’emblée la directrice générale du RGA, Pascale de Montigny Gauthier.

Alors que les pendules viennent tout juste d’être reculées pour l’hiver, Québec a annoncé la semaine dernière son intention de déposer un projet de loi afin de faire du passage à l’heure avancée du printemps 2027 le dernier, prévoyant de courtes consultations parlementaires pour trancher entre l’heure d’été et l’heure normale.

Dans la capitale nationale, la nouvelle est accueillie avec un mélange d’incrédulité et de scepticisme : « Il n’y a personne qui s’alarme parce que tout le monde trouve ça ridicule », lance encore Mme de Montigny Gauthier.

De son côté, l’Ontario a adopté en 2020 la Loi modifiant la Loi sur l’heure légale, mais son entrée en vigueur demeure conditionnelle à ce que le Québec et l’État de New York effectuent le même changement. 

Selon Pascale de Montigny Gauthier, l’instauration d’un décalage d’une heure compliquerait les efforts entrepris pour réduire les barrières commerciales entre les deux provinces, rappelant que le RGA représente des entrepreneurs des deux côtés de la rivière qui desservent ensemble un bassin partagé de 1,5 million de personnes.

Si le Québec va de l’avant sans synchronisation avec Toronto, les deux rives de la rivière des Outaouais pourraient se retrouver sur deux fuseaux horaires différents durant la période hivernale.

« C’est une complication supplémentaire qui s’ajoute à toutes les barrières qu’on veut éliminer […] Une entreprise ne devrait pas avoir l’impression de changer de pays quand elle traverse un pont », prévient-elle, rappelant que les PME locales composent déjà avec les tensions commerciales américaines, dont l’impact a été confirmé la semaine passée par Queen’s Park.

Sur le fond, le milieu des affaires ne s’oppose pas à la suppression du changement d’heure : « C’est une excellente idée, mais pas dans notre contexte de région frontalière, et dans le contexte où New York n’embarque pas, le gouvernement de l’Ontario n’embarque pas… Ce n’est pas viable », soutient Pascale de Montigny Gauthier. Photo : Inès Rebei/ONFR

Des répercussions administratives anticipées

Sur le plan des opérations quotidiennes, le RGA anticipe des ajustements administratifs pour les organisations de la région. « Il va falloir toujours préciser le fuseau horaire dans nos contrats, dans nos soumissions, dans nos factures, dans nos rendez-vous. Il va falloir toujours faire attention dans nos agendas », indique Mme de Montigny Gauthier.

L’organisme mentionne des difficultés potentielles dans plusieurs secteurs, notamment lors des appels d’offres où l’échéance de dépôt pourrait varier selon la juridiction. 

Dans le domaine événementiel et touristique, la gestion des billetteries et des heures de convocation requerrait une attention accrue. « Imaginons, que dans les événements, il y a des invités des deux rives qui arrivent à une heure de décalage? Et bien ce serait un cauchemar! », déclare, sans détour, la directrice générale.

Le secteur des technologies de l’information pourrait aussi devoir ajuster ses horaires d’interventions nocturnes ou de mises à jour de logiciels afin de ne pas empiéter sur les heures ouvrables de l’autre rive. 

De plus, pour les familles dont les membres travaillent d’un côté de la rivière et font garder leurs enfants de l’autre, des horaires de fermeture décalés pourraient compliquer l’organisation quotidienne.

Ces enjeux s’expliquent par l’étroite intégration du marché de l’emploi local, matérialisée par les 72 000 déplacements quotidiens recensés sur les ponts interprovinciaux.

D’après des données citées par le RGA, environ un travailleur gatinois sur quatre – soit près de 45 000 personnes – traverserait la rivière chaque jour pour occuper un emploi en Ontario. Dans le sens inverse, plus de 15 000 résidents d’Ottawa travailleraient au Québec.

Ceci survient d’ailleurs alors que le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, et la mairesse de Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, avaient signé, en août dernier, une entente de collaboration économique pour faire reconnaître la capitale nationale comme une zone intégrée, demandant aux gouvernements fédéral et provinciaux d’abattre les obstacles à la circulation des biens et de la main-d’œuvre.

Un précédent dans le Nord-Ouest ontarien

Le 13 octobre dernier, le procureur général de l’Ontario a annoncé que la province prévoyait de maintenir l’heure avancée en permanence à Kenora et dans certaines collectivités du Nord-Ouest ontarien situées à l’ouest du 90ᵉ méridien. 

Cette mesure, prévue pour entrer en vigueur le 1ᵉʳ novembre au moyen d’un règlement pris en vertu de la Loi sur l’heure légale, vise à maintenir l’alignement sur le Manitoba voisin, qui a choisi de conserver l’heure d’été toute l’année. 

Queen’s Park a justifié cette décision par la volonté d’éviter des perturbations pour les entreprises, les familles et les services de part et d’autre de la frontière manitobaine. La dirigeante réclame ainsi que les particularités d’Ottawa-Gatineau fassent l’objet d’une considération comparable à celle accordée au reste des régions frontalières.

« Le milieu de l’Outaouais est souvent mis de côté par les gouvernements provinciaux. C’est vraiment dommage de voir ça, comme si on n’existait pas », conclut Pascale de Montigny Gauthier déplorant également le manque de consultation.

D’Abidjan à la ville du nickel : le parcours atypique de Japha

SUDBURY – Désireux de relever un nouveau défi, Japha quitte son travail dans le secteur bancaire et sa vie en Côte d’Ivoire pour entreprendre des études en petite enfance au Collège Boréal. Lorsqu’il postule, il n’anticipe pas quel campus l’admettra dans un programme. Au final, c’est à Sudbury qu’il atterrit en 2025. Et si le jeune homme rencontre un réel choc culturel, il parvient, au fil du temps, à s’imposer comme un artiste musical francophone émergent de la scène culturelle locale.

Arrivé dans la ville du nickel en août 2025, Japha, de son vrai nom José Kouakou, se lance dans des études en petite enfance au Collège Boréal. En parallèle, il travaille pour faire connaître sa musique en multipliant les prestations sur les petites scènes de la ville qui l’a adopté. « Je rêve d’être un artiste incontournable », exprime-t-il à ONFR.

Né en Côte d’Ivoire, il a travaillé dans le milieu bancaire pendant cinq ans. Depuis l’enfance, il est bercé par la musique, sa mère étant choriste. « Quand j’étais petit, j’aimais copier les chansons que j’entendais, dès que j’ai commencé à savoir écrire, bien sûr. J’écoutais Meiway, Gadji Celi, Bahi Spinto. Ce sont des artistes de mon pays, des icônes. »

Très rapidement, la chanson francophone s’impose comme une source d’inspiration majeure dans son développement artistique. « J’ai surtout écouté de la musique francophone, des musiques françaises, des artistes comme Marc Lavoine, Garou, Claude Barzotti, donc ce sont des artistes aussi qui m’ont influencé. »

Ce n’est pas surprenant qu’au-delà de ses projets d’études et d’emploi, il veuille surtout réussir une carrière musicale au Canada. La première étape? Séduire le Nord de l’Ontario. Depuis quelques mois, il devient l’un des visages récurrents de la scène culturelle sudburoise. Le 25 septembre dernier, à l’occasion du jour des Franco-Ontariens, il a interprété l’hymne Notre Place lors du lever du drapeau à l’Université de Sudbury. Le lendemain, il montait sur scène dans le cadre du French Fest.

Alors qu’il s’habitue à sa nouvelle vie à Sudbury, il voit en cette francophonie locale une réelle audience. « Ce public qui commence à se fédérer autour de moi me donne beaucoup de plaisir, affirme-t-il. Je vais me mettre à fond en chantant uniquement en français et ça va me permettre de valoriser ce patrimoine. »

D’Abidjan à Sudbury, un grand écart

Lors de son arrivée à Sudbury, Japha n’avait encore jamais mis les pieds au Canada. Il a postulé au Collège Boréal, sans choisir de campus particulier au moment de déposer sa candidature. Lorsqu’il est admis, il apprend que sa formation sera offerte à Sudbury, une ville qu’il ne connaissait pas auparavant.

« À vrai dire, j’étais découragé parce que c’est une ville vraiment très calme. Nous, à Abidjan, c’est le show, c’est tout le temps le show! Tu peux sortir quand tu veux. Et puis tu arrives dans un endroit qui, en plus, a de la neige. C’est carrément différent, il n’y a pas de coin véritable où tu peux vraiment sortir. »

Aussi, c’est la différence de codes qui marque l’esprit de l’étudiant au Collège Boréal. Habitué de la chaleur sociale ouest-africaine, il est vite heurté à une culture plus individualiste à Sudbury.

Entre l’hiver aggressif de la région, les différents codes culturels et le manque d’activités dynamiques, Japha était initialement « découragé » à son arrivée à Sudbury. Photo : gracieuseté

« Je m’étais déjà préparé à l’avance. Je savais qu’on n’avait vraiment pas la même culture. Tu peux saluer quelqu’un et cette personne ne te répond pas. Tu peux même habiter chez un propriétaire de maison et ne jamais le voir. Donc c’était vraiment différent. »

Parmi les obstacles rencontrés dans son parcours dans le Nord de l’Ontario, il mentionne notamment la barrière linguistique. « L’anglais c’est toujours un défi pour moi parce que c’est purement anglophone la vie ici à Sudbury, même si dans quelques endroits tu entends quelques personnes au moins parler français. »

Mais rapidement, Japha s’immerse dans la communauté ouest-africaine francophone grandissante de la ville. « J’ai remarqué qu’il y avait beaucoup d’immigrants, dont beaucoup d’Africains, ce qui m’a beaucoup plu. Grâce à ça, je ne me suis pas tout de suite senti dépaysé. À l’église, par exemple, la messe se faisait en français. »

Garder l’équilibre entre travail et passion

S’il mène de front ses deux fonctions d’étudiant et de chanteur, Japha admet qu’il accorde une importance à son cheminement académique et professionnel. À un an de l’obtention de son diplôme, il compte garder le cap sur sa trajectoire post-études et son objectif d’intégrer le milieu de la petite enfance à Sudbury. Surtout, il ne laisse pas la musique empiéter dessus.

« Je ne fait pas de prestation en période de travail. Si on m’appelle pour ça, je dis que je ne suis pas disponible parce que je dois travailler. Pour le moment, c’est le travail et les études. Je fais les choses pas à pas et quand je finirai les études, je compte travailler . »

L’année prochaine, l’artiste Japha compte se produire sur plusieurs scènes du Nord de l’Ontario. Photo : gracieuseté.

Pourtant, son ambition musicale reste indissociable de son projet d’immigration au Canada. L’année dernière, il a sorti son premier album, Métamorphose, dont il assure la promotion dans le Nord de l’Ontario. « C’est un album qui parle d’abnégation, d’amour, de vivre ensemble, dit-il. C’est un album très riche qui donne en même temps des émotions ça donne beaucoup de force de courage ».

En avril dernier, il organise un concert intitulé « Afrobeat Fusion », un événement qu’il compte relancer en avril 2027. Tout en préparant ses prochains spectacles, Japha se réjouit du chaleureux accueil que lui réserve la communauté francophone de Sudbury. Un peu plus d’un an après son arrivée, il remarque une ouverture à sa musique aux sonorités africaines. « Les gens s’accaparent bien de ce genre musical. Qui sait? Peut-être que je vais chercher à changer le nom de ma musique à ‘afrobeat franco-ontarien’! »

Diane Montreuil : la peinture pour transmettre et se reconnecter

TORONTO – Artiste visuelle et gardienne du savoir autochtone établie à Toronto, Diane Montreuil fait de la peinture un espace de dialogue. Entre quête de paix intérieure, spiritualité et transmission en français, elle raconte un parcours ancré dans ses racines et son lien à la Terre-Mère.

« Qu’est-ce qui vous a menée du design d’intérieur à la peinture?

J’ai étudié en design d’intérieur et j’ai travaillé dans ce domaine pendant 30 ans, avec un certain succès. Sauf que le succès se mesure souvent à l’extérieur, et non à l’intérieur. À l’intérieur de moi, l’équilibre n’était pas là. Cela m’a amenée à chercher une paix intérieure, à me reconnecter avec mes racines et depuis 10 ans à devenir artiste.

Quelle place votre identité et vos traditions occupent-elles dans votre parcours?

Je suis métisse algonquine et j’ai deux noms. Mon nom spirituel, c’est Miskoha Kikwe, qui veut dire « femme terre rouge ». Et il y a Diane, le nom que la majorité des gens connaissent.

Malheureusement, je n’ai pas été élevée de façon traditionnelle à cause des églises et de la religion. Vers l’âge de 38 ans, je suis allée vivre sur les terres de mon aîné, aux États-Unis, pour commencer ma guérison. C’est ce qui m’a amenée à devenir éventuellement, une gardienne de la connaissance ou du savoir.

Les œuvres de Diane Montreuil s’inscrivent dans le courant de la Woodland School. Gracieuseté

C’est être au service et comprendre qu’une guérison, qu’elle soit liée à un traumatisme ou à autre chose, prend beaucoup de temps. Ce n’est pas quelque chose qui se règle du jour au lendemain.

Il m’a fallu comprendre ce que cela représente pour une personne qui vit des traumatismes et qui doit effectuer des changements en elle-même. Les aînés peuvent nous donner des recettes pour avancer, mais c’est la personne elle-même qui doit entreprendre la démarche pour faire des changements.

Que signifie le courant de la Woodland School dans lequel s’inscrivent vos œuvres?

Mes peintures s’inscrivent dans le courant de la Woodland School, comme celles de Norval Morrisseau. Tout repose sur les liens entre les terres, les esprits dans la forêt, l’eau, les oiseaux et les animaux, qui sont en connexion et appartiennent à la Terre-Mère.

C’est de cette façon que j’exprime, dans mes peintures, la beauté de nos communautés : les femmes, les hommes, les enfants, toujours entourés de la nature.

Pour moi, la Terre-Mère représente un corps, comme le nôtre. Les pierres représentent les os que nous avons dans notre corps, et l’eau représente nos vaisseaux sanguins. La Terre-Mère a, elle aussi, besoin de toutes ces choses et de tout ce qui l’entoure.

Dans ma façon de voir les choses, peu importe le pays d’où nous venons, nous sommes tous sous l’ombrelle des enfants de la Terre. Cela me permet de vivre ma spiritualité au quotidien.

Diane Montreuil utilise la peinture pour transmettre les savoirs autochtones et ouvrir le dialogue avec les jeunes. Gracieuseté

Comment vos rôles d’artiste et de gardienne du savoir se rejoignent-ils dans votre travail de transmission? 

Devenir une gardienne de la connaissance, c’est un travail de longue haleine qui m’a permis d’être au service de nos aînés dans nos communautés autochtones. Ce travail se poursuit dans mes collaborations avec le Toronto Catholic District School Board (TCDSB) et d’autres conseils scolaires francophones de la région.

J’utilise aussi l’art en tant qu’artiste visuelle. Par exemple, je fais des peintures qui abordent les femmes autochtones disparues et assassinées ou les personnes bispirituelles, pour sensibiliser nos jeunes à ce qui s’est passé et les amener à être plus conscients de ce que signifie être une femme ou un jeune garçon autochtones. J’utilise donc la peinture comme un outil de travail, mais aussi comme un outil de conversation. Par la beauté des toiles, les couleurs et les formes, les gens se sentent à l’aise et peuvent poser des questions.

Quelle place le français occupe-t-il dans votre travail de transmission et de sensibilisation à Toronto? 

Je vis très bien ma francophonie ici, à Toronto. Il y a une importante population francophone, comme dans le nord de l’Ontario. Je collabore beaucoup avec les écoles et les organisations francophones. C’est un point essentiel : qu’on parle de réconciliation ou de communication avec les Autochtones, je suis l’une des seules à le faire en français.

Quelqu’un me demandait récemment pourquoi, lorsqu’on parle de réconciliation ou du passé, 90 % de ce qui est diffusé est en anglais et seulement 10 % se retrouve dans les communautés francophones. Je pense qu’il faut solliciter davantage la contribution de l’ensemble des acteurs pour sensibiliser les francophones. Ils doivent comprendre le passé pour avancer vers le présent et l’avenir.

J’aime beaucoup Toronto, son côté multiethnique, sa vie artistique et sa beauté. Malgré les nombreux chantiers et les problèmes de circulation, cela reste une très belle ville.

Établie à Toronto, Diane Montreuil contribue à la transmission des savoirs autochtones en français. Gracieuseté

Vous avez entrepris votre démarche de guérison vers l’âge de 38 ans. Comment cette démarche se poursuit-elle aujourd’hui? 

Même aujourd’hui, à 72 ans, mon travail continue. Je suis une personne spirituelle, et non religieuse. Depuis une trentaine d’années, je pratique beaucoup nos cérémonies, que ce soit la loge de sudation ou les cérémonies de pleine lune.

Actuellement, je me prépare à partir, début novembre, pour un jeûne, une quête de vision. Je serai seule dans le bois. Des guerriers seront aux alentours pour assurer une surveillance, au cas où des animaux se présenteraient ou qu’un problème surviendrait. Mais je serai dans un endroit restreint, en pleine nature, pendant quatre jours.

Ces quatre jours se passeront sans boire ni manger. Il s’agit de prier et de demander au Créateur de nous aider à laisser aller les choses que nous continuons de porter et dont nous n’avons pas nécessairement besoin.

En fumant ma pipe et en faisant une offrande de tabac, je demande une meilleure vision des choses que je dois laisser tomber et des nouvelles choses que je dois intégrer.

Qu’aimeriez-vous que les gens retiennent de votre travail et de votre parcours? 

Je pense que les gens doivent commencer à se poser des questions sur leur façon d’être et se rapprocher des communautés autochtones pour avoir une meilleure vision des choses. Nous sommes ici en tant qu’humains et nous avons des devoirs. Il y a beaucoup de haine et de choses destructrices qu’il faut changer.

Diane Montreuil assume les responsabilités de mère de clan au sein de sa communauté. Gracieuseté

Si vous n’êtes pas en accord avec votre esprit et votre corps, des maladies vont finir par se manifester. Il faut, à un moment donné, prendre le temps de regarder les choses et amorcer un changement. Se dire : « Aujourd’hui, je commence à regarder ce que j’ai fait, ce que je veux faire et ce que je ne veux plus. »

Mon rôle, c’est de faire prendre conscience aux personnes qu’en tant qu’humains, nous sommes tous responsables de ce que nous créons, que ce soit par nos émotions, nos paroles ou nos actions. Si je peux contribuer à un changement chez certaines personnes, c’est déjà planter des semences. »


1988 : Entreprend une démarche de guérison spirituelle et de retour aux traditions autochtones

2014 : Commence sa collaboration avec les écoles du TCDSB comme gardienne du savoir

2018 : Expositions de ses peintures en galerie

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Misère de la démocratie municipale ontarienne

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

On dit souvent du mois de novembre qu’il est particulièrement déprimant. La cause en est sans doute le changement d’heure, le noir qui s’installe plus tôt dans la journée et les arbres qui se dégarnissent de leurs feuilles. Cette réputation de mois maussade, associée également au fait qu’il constitue le mois des morts dans la tradition chrétienne, avait d’ailleurs amené le groupe québécois Les Colocs à intituler l’un de ses albums Dehors novembre.

Novembre est arrivé en avance chez moi cette année. Le politologue que je suis a eu un coup de déprime au réveil mardi matin en prenant connaissance du taux de participation à l’élection municipale à Ottawa, où je demeure. Seuls 36 % de mes concitoyens ottaviens avaient pris la peine de se déplacer pour participer à l’élection municipale de la veille. Il s’agit du plus faible taux de participation aux élections municipales de la ville depuis 2003.

Le taux de participation était tout aussi bas dans plusieurs villes ontariennes : 32 % à Hamilton, 34 % à Cornwall et à Mississauga, 39 % à North Bay et à Clarence-Rockland, 41 % à Sudbury et à Thunder Bay. À Kitchener, le taux de participation n’était lui que de 22 %! Rare bonne nouvelle, le taux de participation à Toronto, qui était de 29 % en 2022, a lui considérablement augmenté, 46 % des électeurs inscrits ayant déposé un bulletin de vote.

Il faudra attendre les résultats officiels dans l’ensemble des municipalités pour voir si le taux de participation global aux élections de cette semaine a fortement diminué en Ontario. Qu’importe si c’est le cas ou non, on ne peut que déplorer le fait que moins de la moitié des Ontariens et des Ontariennes ont exercé leur droit démocratique le plus élémentaire. Cette faible participation aux élections municipales n’est pas généralisée à l’ensemble des pays occidentaux.

À titre d’exemple, la participation aux dernières élections locales en Suède il y a quelques semaines était de 82 %. En Espagne, lors des dernières élections municipales en 2023, 64 % des citoyens avaient exercé leur droit de vote. Il serait cependant trop facile de blâmer les citoyens pour le faible taux de participation aux élections ontariennes. Dans un premier temps, il y a des facteurs structurels et institutionnels importants contribuant à un plus faible taux de participation aux élections locales en Ontario (et au Canada plus généralement) en comparaison avec différents pays européens.

En Europe, les élections locales dans certains pays ont souvent lieu en même temps que des élections nationales ou régionales, les citoyens étant appelés à voter simultanément pour leurs représentants à différents niveaux de l’État, contribuant ainsi à un plus haut taux de participation. De plus, les élections municipales consistent en des affrontements entre représentants de partis politiques qui sont habituellement les mêmes que les partis politiques nationaux ou régionaux.

En Ontario, les partis politiques municipaux sont interdits et les électeurs doivent faire l’effort de se renseigner sur les orientations des différents candidats et candidates plutôt que d’utiliser ce raccourci d’information qu’est une bannière partisane. Ensuite, une étude publiée par mes collègues Ben Andrews et Scott Pruysers en 2022 dans la Revue canadienne de science politique a démontré un lien entre le taux de participation aux élections municipales au Canada et le nombre de journaux dans une municipalité, l’univers médiatique local contribuant à renseigner les résidents sur les enjeux politiques municipaux et à mieux faire connaître les candidates et candidats aux élections locales.

Dans cette perspective, on ne peut que déplorer la disparition de près de 600 journaux locaux au Canada depuis 2008, selon le Local News Research Project de l’Université métropolitaine de Toronto. La qualité de la démocratie locale dépend fortement de la présence de médias locaux.

Finalement, en discutant de l’état de la démocratie ontarienne, on ne peut bien entendu pas passer sous silence le rôle du gouvernement provincial. Peut-on vraiment parler de démocratie locale quand le gouvernement provincial peut, comme l’ont fait différents gouvernements ontariens au cours des dernières décennies, unilatéralement fusionner des municipalités ou réduire le nombre de conseillers municipaux, ou encore imposer son autorité au détriment des choix des élus municipaux sur des enjeux qui sont clairement du domaine municipal, comme les pistes cyclables ou encore les radars photo municipaux? Et peut-on blâmer les citoyens de ne pas s’intéresser aux élections municipales quand les décisions qui affectent leur vie locale semblent trop souvent prises à Queen’s Park plutôt que par les élus locaux?

L’adage veut que la lumière finisse toujours par rejaillir des ténèbres et il y a quand même certaines pépites de soleil qui ont émergé des élections municipales. C’est le cas, entre autres, de la représentation grandissante des femmes en politique municipale. Pour la première fois dans l’histoire d’Ottawa, le conseil municipal sera majoritairement composé de femmes. De plus, les citoyens de Niagara Falls, North Bay et Port Colborne ont élu une mairesse pour la première fois dans l’histoire de leur ville. De quoi trouver un peu d’espoir politique alors que novembre arrive.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

À Windsor, le cinéma francophone crée des ponts entre les cultures

Le Festival international du film de Windsor (WIFF) a donné jeudi soir le coup d’envoi de sa 22e édition avec la projection de Paper Tiger, suivie d’une réception festive. Au milieu des célébrations, deux cinéastes francophones rencontrés par ONFR ont salué le rôle du festival dans le rayonnement du cinéma en français et le rapprochement des cultures.

Après le grand écran, place à la fête. Jeudi soir, le Festival international du film de Windsor (WIFF) a célébré le lancement de sa 22e édition dans une ambiance musicale, entre les prestations d’une fanfare et les échanges entre les invités.

La soirée avait débuté au Chrysler Theatre avec la projection à guichets fermés de Paper Tiger, le nouveau film du réalisateur américain James Gray, présenté au Festival de Cannes. Porté notamment par Adam Driver, Miles Teller et Scarlett Johansson, ce drame criminel raconte l’histoire de deux frères entraînés dans une affaire liée à la mafia russe.

Une ouverture prestigieuse pour un événement qui transforme le centre-ville de Windsor en rendez-vous cinématographique jusqu’au 8 novembre.

Vincent Georgie prononce le discours d’ouverture de la 22e édition du WIFF, jeudi 29 octobre, avant la projection à guichets fermés de Paper Tiger, du réalisateur James Gray, au Chrysler Theatre. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Une installation artistique consacrée au septième art, composée de bobines de cinéma et de cadenas, témoigne de la place qu’occupe la culture cinématographique dans le centre-ville de Windsor, à l’occasion de la 22e édition du WIFF. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le Capitol Theatre, l’un des lieux emblématiques du Festival international du film de Windsor, accueille les cinéphiles pendant les onze jours de l’événement, qui se termine le 8 novembre. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le Chrysler Theatre, au St. Clair College Centre for the Arts, s’est paré des couleurs du Festival international du film de Windsor pour accueillir le film d’ouverture du WIFF. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Une fanfare anime la réception organisée après la projection du film d’ouverture. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Vincent Georgie, directeur général et chef de la programmation du WIFF, échange avec des invités lors de la réception d’ouverture. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Très sollicité pendant la réception, Vincent Georgie, directeur général et chef de la programmation, multipliait les échanges et les photos avec les invités. Une soirée de célébration à laquelle participaient également plusieurs professionnels du cinéma, dont Barbara Ulrich et Renaud Lessard, deux cinéastes québécois rencontrés par ONFR.

Pour Barbara Ulrich, comédienne et coréalisatrice du film Barbara Cadabra, présenté au WIFF l’an dernier, la place accordée au cinéma francophone constitue l’une des particularités de l’événement.

Selon Vincent Georgie, directeur général du WIFF, le festival de Windsor présente cette année la plus importante sélection de longs métrages francophones en Amérique du Nord, avec 59 films en français. Une affirmation qui a surpris Barbara Ulrich.

« Ça m’a étonnée, parce que je ne le savais pas, puisqu’il y a beaucoup de festivals au Québec », confie la cinéaste, qui ne s’attendait pas à voir Windsor devancer les grands rendez-vous cinématographiques québécois sur ce terrain.

Au-delà du nombre de films, elle salue surtout la volonté du festival de rapprocher les communautés linguistiques. « Je pense que c’est aussi une volonté de faire des ponts entre les deux cultures. Et ça, je le remercie énormément », explique-t-elle, en référence à Vincent Georgie.

Née aux États-Unis, la cinéaste raconte avoir développé des liens profonds avec le Québec, notamment par l’intermédiaire de son défunt conjoint, qui était Québécois. « Je suis devenue québécoise par affinité, par amour », résume-t-elle.

Le français retrouve sa place à Windsor

Présent lui aussi à la réception, Renaud Lessard, coréalisateur de Barbara Cadabra, revient cette année au WIFF comme président du jury de la sélection des courts métrages ontariens.

Pour lui, la soirée d’ouverture marque le début d’un événement qui contribue à redonner une visibilité à la culture francophone dans une ville où l’héritage français demeure bien présent. « Il y a l’avenue Ouellette, il y a la rue Pelissier, il y a plein de rues, mais les gens ne parlent plus nécessairement autant français », observe-t-il.

« C’est intéressant de voir une culture francophone qui revient un peu à travers le festival. Et la communauté aussi qui est comme accueillante là-dedans, c’est vraiment réjouissant en fait. »

Cette année, le WIFF propose 59 longs métrages francophones parmi ses 232 films, une sélection dont l’ampleur avait déjà été soulignée par Vincent Georgie lors d’un entretien accordé à ONFR avant l’ouverture.

Mais pour Renaud Lessard, l’intérêt du festival ne se limite pas aux chiffres. Il réside aussi dans sa capacité à rendre le cinéma accessible et à créer un véritable événement culturel dans une ville davantage connue pour son industrie. « Chaque événement qui est un peu bouillonnant, qui est excitant, est à célébrer. Et le WIFF, c’est vraiment un bel exemple de réussite à ce niveau-là. »

Le cinéaste souligne également l’occasion offerte au public de découvrir des œuvres francophones dont la carrière en salle peut parfois être courte, y compris au Québec.

Une vitrine pour des voix différentes

Les discussions de cette soirée d’ouverture ont aussi été l’occasion d’évoquer l’évolution du cinéma francophone canadien.

Barbara Ulrich constate notamment une place grandissante accordée à la diversité dans les productions, reflet selon elle des transformations de la société. « Le cinéma francophone commence à en tenir compte davantage », estime-t-elle, évoquant notamment l’immigration et la diversité de la population.

Renaud Lessard voit pour sa part dans la situation minoritaire du cinéma francophone nord-américain une possibilité de proposer des récits moins conventionnels. « On se permet d’amener des discours qui sont peut-être moins populaires, mais pas moins importants », explique-t-il.

Il évoque également une volonté nouvelle de représentation et de « souveraineté narrative », portée par l’arrivée de cinéastes aux identités et aux parcours variés.

Alors que les festivités se poursuivent à Windsor, le WIFF entend ainsi faire cohabiter les grandes productions internationales et des œuvres qui trouvent plus difficilement leur place sur les écrans. Une diversité dont les deux cinéastes francophones présents à la soirée d’ouverture espèrent voir le rayonnement se poursuivre bien au-delà du festival.

Organismes francophones : une situation améliorée, mais toujours « incertaine »

Malgré quelques améliorations au cours des dernières années, les organismes francophones se trouvent toujours dans une situation de précarité alors que plus de la moitié d’entre eux jugent leur stabilité financière « incertaine ».

En augmentant le financement en 2023 via le Plan d’action pour les langues officielles, Ottawa est « venu répondre à un besoin pressant » en maintenant à flot les organismes, estime la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

« Mais les gains restent fragiles, et les problèmes de capacité humaine et de prévisibilité, eux, ne sont pas réglés. En fait, les investissements ont permis un certain rattrapage au niveau des salaires, mais le reste s’est détérioré », soutient l’organisme dans un rapport publié jeudi.

À l’époque, la FCFA était sortie pour réclamer 300 millions de dollars supplémentaires à Ottawa alors qu’un organisme sur six se disait en situation précaire.

Des problèmes persistent notamment au niveau du personnel, des salaires et des démarches administratives, pensent près de 200 organismes francophones sondés dans le cadre de ce rapport.

« Le grand constat du sondage mené cet été est que le point de rupture a été évité, notamment grâce aux investissements du Plan d’action pour les langues officielles. Cependant, le réseau demeure très fragile. Le plan d’action n’a pas réglé les défis d’instabilité financière ni l’érosion causée par l’inflation », affirme la présidente de la FCFA, Liane Roy.

Selon le rapport, ce sont 48 % des organismes qui qualifient d’incertaine leur stabilité financière pour les trois prochaines années et près d’un organisme sur cinq ne peut répondre lorsqu’interrogé sur son avenir.

Parmi les points ciblés pour expliquer cette précarité, on cite l’absence d’une plus grande enveloppe financière et un financement par projet, ce qui nuirait à la prévisibilité, ainsi qu’un fardeau administratif trop important imposé par le fédéral.

Liane Roy indique que la FCFA dévoilera ses demandes financières à Ottawa dans les prochaines semaines dans le cadre du prochain Plan d’action pour les langues officielles de 2028 à 2033. En 2023, lors du dernier plan d’action, Ottawa avait annoncé un investissement de 4,1 milliards de dollars sur une durée de cinq ans pour les enjeux liés aux minorités linguistiques.

Pénurie de personnel

Le manque de main d’oeuvre ou la difficulté à retenir et attirer des employés est citée comme l’un des défis les plus importants pour les organisations francophones en 2026. Une proportion de 79 % répondent non ou partiellement lorsqu’on leur demande s’ils ont suffisamment d’effectifs pour effectuer leur mission. Au niveau salarial, 67 % disent offrir une paie annuelle inférieure à la moyenne canadienne, soit 65 000 $.

« Notre message est qu’il faut absolument régler les difficultés de recrutement. Les organismes ont du mal à embaucher le personnel dont ils ont besoin pour accomplir leur mission. C’est à cela que le prochain plan doit répondre », avance Liane Roy.

Enfin, la FCFA demande au gouvernement Carney un financement de base pluriannuel et indexé, les organismes soulignant que l’inflation et la hausse du coût de la vie ont grugé une partie des gains obtenus dans les dernières années.

La santé des organisations de la francophonie canadienne est un enjeu qui revient depuis plusieurs années. Dans la province, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) réclame depuis des années qu’Ottawa fournisse plus d’argent aux organisations francophones, soutenant être sous-financée par rapport à ses homologues dans les autres provinces et territoires canadiens.

Un déficit de 3 milliards de plus que prévu en 2026-2027 pour l’Ontario

TORONTO – Le ministre des Finances de l’Ontario, Peter Bethlenfalvy, a publié la mise à jour financière du budget 2026 de l’Ontario, déposé en mars dernier. Le déficit qui y était annoncé de 13,8 milliards grimpe à 16,9 milliards de dollars pour 2026-2027.  Le gouvernement a aussi repoussé d’un an ses prévisions du retour à l’équilibre budgétaire, soit à l’horizon 2029-2030.

Contrairement au déficit de 13,8 milliards de dollars qui avait été annoncé en mars dans le budget de la province, le gouvernement projette un déficit de 16,9 milliards de dollars en 2026-2027 (puis 12,7 milliards en 2027-2028 et 6,7 milliards en 2028-2029), invoquant « une prudence supplémentaire pour préserver une souplesse en cas de conjoncture économique difficile ».

Le gouvernement précise que les perspectives financières se sont assombries, à cause « des perturbations commerciales et des tarifs américains ».

Celui-ci ambitionne désormais un retour à l’équilibre budgétaire un an plus tard que prévu, à l’horizon 2029-2030.

Selon les projections du gouvernement, le PIB réel est, lui, revu à la baisse. Il devrait augmenter de 0,5 %, au lieu de 1 %, en 2026 et de 1,5 %, au lieu de 1,7 %, en 2027.

Source : Perspectives économiques et revue financière de l’Ontario 2026 : un plan pour protéger l’Ontario

Le champ lexical de ce document financier, « gestion financière responsable » et « investissements ciblés », s’inscrit largement dans la continuité du budget 2026 avec des investissements clés dans les secteurs tels que l’industrie automobile, l’énergie nucléaire, les minéraux critiques, ou encore la foresterie et de l’allègement fiscal pour les entreprises.

Dans une allocution aux accents géopolitiques, le ministre des Finances a affirmé aujourd’hui en chambre que l’Ontario vit désormais dans « un monde protectionniste d’après libre-échange », plombé par « les tarifs douaniers américains qui ont frappé nos secteurs de l’acier, de l’auto et de la fabrication ». Pour amortir le choc, Queen’s Park entend miser sur la croissance économique. « Nous ne pouvons pas contrôler chaque défi au-delà de nos frontières, mais nous pouvons contrôler notre réponse. Et la réponse de l’Ontario est de bâtir, ensemble », a martelé M. Bethlenfalvy, rappelant l’objectif d’un retour à l’équilibre budgétaire repoussé à 2029-2030.

Quelques nouvelles mesures économiques

Entre autres nouvelles mesures, quelques jours en amont, le gouvernement a mis en place « la Mesure ontarienne de réduction d’impôts pour la compétitivité », soit un allègement fiscal estimé à 8 milliards de dollars (volet provincial de la mégadéduction à la productivité du gouvernement fédéral).

Il s’agit de réduire le coût des investissements des entreprises qui peuvent déduire immédiatement de leurs impôts et en totalité le coût de leurs nouveaux équipements et infrastructures, plutôt que de l’étaler sur plusieurs années, l’objectif étant d’inciter le secteur privé à accélérer ses investissements dans la modernisation et l’innovation technologique.

Le gouvernement s’engage en outre à examiner 375 permis provinciaux relatifs aux entreprises sur trois ans avec l’objectif de supprimer ou de simplifier 65 % d’entre eux et veut réduire les délais de traitement des permis « de 220 000 jours ».

Lors de son discours, Peter Bethlenfalvy a notamment rappelé que, depuis avril 2025, l’Ontario avait annoncé près de 30 milliards de dollars en mesures d’aide et d’allègement tarifaire.

« Le leadership exercé par l’Ontario pour faire tomber les barrières au commerce interprovincial pourrait libérer jusqu’à 200 milliards de dollars de PIB au Canada », a-t-il aussi affirmé.

« Ottawa s’est engagé à égaler l’investissement ontarien d’un milliard de dollars pour développer le réseau routier menant aux minéraux critiques! Exploiter ce potentiel économique pourrait générer jusqu’à 22 milliards de dollars d’activité économique tout en soutenant plus de 70 000 emplois dans l’ensemble de l’Ontario. »

Un énoncé économique « médiocre », selon l’opposition officielle

« J’ai été choquée de voir que cet énoncé économique ne proposait rien de significatif pour répondre aux problèmes d’abordabilité, a déploré la députée néo-démocrate Jessica Bell (University-Rosedale), porte-parole en matière de Finances du parti, le qualifiant « du plus médiocre » qu’elle ait connu.

La cheffe du NPD, Marit Stiles (à gauche), et la députée Jessica Bell, ont notamment mentionné les travailleurs de l’usine Stelco menacés de perdre leur emploi, et les étudiants qui ne peuvent plus compter sur le Régime d’aide financière aux étudiants de l’Ontario (RAFEO/OSAP). Photo : Sandra Padovani/ONFR

Selon cette dernière, aucune mesure n’est prise pour alléger les prix de l’épicerie et le coût du loyer.

« L’Ontario a perdu 20 000 emplois le mois dernier, les hôpitaux soignent jusqu’à 2000 patients par jour dans les couloirs, et des élèves se retrouvent privés d’accès à l’éducation, sans que ce soit de leur faute », a critiqué le chef par intérim du Parti libéral, John Fraser.

La députée libérale Stephanie Bowman (Don Valley-Ouest), de conclure : « Le premier ministre ne peut pas continuer à rejeter la faute sur Trump. À un moment donné, il doit examiner ses propres choix. »

Pas de changement dans le budget du ministère des Affaires francophones

Le budget 2026, qui faisait la part belle à la francophonie, n’en fait cette fois pas grande mention.

Au printemps dernier, la province annonçait notamment un financement supplémentaire de 10,8 millions de dollars à l’Université de Sudbury, ou encore avec un investissement de 5 millions de dollars par an sur trois ans pour créer des ressources d’apprentissage en français de la part du diffuseur public TFO.

Côté budget du ministère des Affaires francophones, aucun changement, il reste identique à ce qui était prévu en début d’année, soit 13,3 millions de dollars pour 2026-2027.

Le Salon du livre afro-canadien s’affirme à Ottawa

OTTAWA – Avec 92 auteurs, des partenariats culturels qui se renforcent et des ventes de livres en progression, le Salon du livre afro-canadien (SLAC) aborde sa neuvième édition sous le signe de la maturité. Le rendez-vous entend donner davantage de visibilité aux plumes afrodescendantes tout en créant des ponts entre les auteurs francophones de toutes origines. 

« L’objectif est de mettre en lumière la littérature créée, rêvée par les auteurs francophones d’ascendance africaine », explique Nicole Baptiste, présidente-directrice générale de Mosaïque interculturelle.

Cette neuvième édition, qui s’ouvre ce jeudi et se poursuit jusqu’à dimanche, réunit des écrivains originaires de l’Afrique du Nord, de l’Afrique subsaharienne et des Caraïbes, notamment d’Haïti, de la Martinique et de la Guadeloupe. Des auteurs de l’international prennent également part au rendez-vous.

Blaise Ndala, président d’honneur de l’édition, voit dans le Salon un moyen de faire découvrir une partie de la littérature canadienne qui trouve moins facilement sa place dans les grands rendez-vous littéraires.

« Les écrivains afro-canadiens ne sont pas un bloc monolithique. Nous ne pensons pas tous de la même manière », précise-t-il.

« Mais un salon comme celui-ci leur donne l’occasion d’être un peu plus en vue. Ne serait-ce que pour cette raison, un tel espace mérite d’exister », souligne l’écrivain, qui vient de publier L’équation avant la nuit, après le succès de son roman plusieurs fois primé Dans le ventre du Congo.

Cérémonie de lancement du Salon. Photo : Gracieuseté

Soutenir ces initiatives permet, selon lui, d’élargir ce qu’il appelle « la bibliothèque universelle, où toutes les histoires se complètent et se nourrissent les unes des autres ».

Être président d’honneur signifie d’abord être « le visage et le porte-voix du Salon », considère M. Ndala. Cette participation prendra notamment la forme d’une exploration musicale de ses romans avec l’artiste Bernard Falaise.

Imaginée par Rhizome, littérature vivante, un organisme de Québec, cette rencontre donnera une place particulière à la rumba congolaise, qui accompagne le travail de l’écrivain.

« Pour chacun de mes romans, j’ai toujours été accompagné de musique : des morceaux qui font écho aux textes, aux atmosphères, aux environnements et aux histoires que je raconte », raconte l’auteur.

Pendant une heure, ses lectures seront entrecoupées de compositions de Bernard Falaise, créées à partir de morceaux congolais que l’écrivain lui a transmis. Le public pourra entendre les musiques originales et leur réinterprétation, puis échanger avec les artistes.

Un ancrage culturel qui se renforce

La mise en lumière de la littérature afro-canadienne s’accompagne d’une volonté d’ouverture. Selon Nicole Baptiste, une bonne vingtaine des 92 auteurs présents ne sont pas afro-canadiens. Ils viennent notamment de l’Ontario et du Québec.

Pour Nicole Baptiste, présidente-directrice générale de Mosaïque interculturelle, la 9ème édition su salon est celle de « la maturité ». Gracieuseté

« On essaie de créer ce pont-là, cet espace de collaboration, de partage », souligne-t-elle.

Le rendez-vous devient ainsi un lieu de rencontre avec les lecteurs, mais aussi entre les auteurs et les autres acteurs du milieu littéraire. Cet ancrage se traduit également par des collaborations avec plusieurs organismes et institutions de la région.

Le Salon se déroule au MIFO, à Orléans, tandis que la soirée de poésie, organisée avec l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF), est accueillie au Centre national des Arts. Bibliothèque et Archives Canada participe avec un kiosque et une animation.

À ces collaborations, entre autres, s’ajoute celle de l’Université d’Ottawa, qui accorde une bourse de mobilité à l’un des auteurs invités de l’international.

« Le Salon a pris sa place dans la ville », affirme Mme Baptiste.

Imaginer le métier d’écrivain en 2040

Invité d’honneur aux côtés notamment de Lisa L’Heureux, Soufiane Chakkouche représente l’Ontario. L’écrivain en est à sa quatrième participation consécutive.

Parmi les activités auxquelles il prend part, figure la table ronde « Écrire en 2040 », consacrée à l’avenir du métier d’écrivain. La discussion invite les auteurs à se projeter dans un univers littéraire transformé, notamment par l’intelligence artificielle.

Écrivain et scénariste marocain installé à Toronto, Soufiane Chakkouche est également membre de Mosaïque interculturelle. Photo : Claude Guerre

« Nous allons imaginer comment nous écrirons en 2040, avec toute cette histoire d’intelligence artificielle », résume l’auteur, dont le plus récent livre, Rocking Chair, est paru en 2025.

Selon Nicole Baptiste, le Salon a commencé dès l’année dernière à intégrer cette question à sa programmation.

Des ventes qui progressent

La croissance du Salon se mesure aussi aux ventes de livres, affirme sa dirigeante.

En réunissant les ventes des livres des auteurs membres de Mosaïque et celles des maisons d’édition participantes, Nicole Baptiste avance un montant d’environ 30 000 dollars pour une édition, contre 8000 à 9000 dollars en 2019.

« Cela augmente au fur et à mesure. Le nombre de maisons d’édition participantes augmente aussi », ajoute-t-elle.

Elle observe également une bonne tenue des livres jeunesse au Salon, dont la programmation s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes.

À l’approche du dixième anniversaire, Nicole Baptiste voit aussi les effets du chemin parcouru dans le fonctionnement de l’organisation. Une équipe de plusieurs générations s’est constituée, appuyée par des bénévoles fidèles et de jeunes participants venus des écoles.

« Comme fondatrice de Mosaïque et du Salon, je ne cours plus partout », lance-t-elle.

À ses yeux, cette évolution se manifeste désormais autant dans la programmation que dans l’organisation : « C’est l’édition de la maturité. »

Le Festival de Windsor, vitrine majeure du cinéma francophone 

Le Festival international du film de Windsor (WIFF) débute ce jeudi et se poursuivra jusqu’au 8 novembre avec à l’affiche 232 longs métrages issus de 55 pays. Parmi eux, 59 films francophones, soit plus du quart de la programmation. Une place revendiquée par son directeur général, Vincent Georgie, qui œuvre à faire du cinéma en français un rendez-vous incontournable, aussi bien pour les francophones que pour les francophiles.

« Ce qui caractérise cette édition, c’est l’énormité de l’événement », résume Vincent Georgie, directeur général et chef de la programmation du Festival international du film de Windsor (WIFF), interrogé par ONFR.

Du 29 octobre au 8 novembre, le centre-ville de Windsor vivra onze jours au rythme du septième art. Avec 232 longs métrages issus de 55 pays, plus de 300 projections et la présence attendue de plus d’une centaine de cinéastes, le festival voit grand. Cette année, les productions canadiennes représentent 51 % de la programmation.

Pour cette 22e édition, le festival ouvrira ses portes avec Paper Tiger, le nouveau long métrage de James Gray, présenté au Festival de Cannes et réunissant Adam Driver, Miles Teller et Scarlett Johansson. La soirée d’ouverture, prévue le jeudi 29 octobre, affiche déjà complet, avec quelque 1100 spectateurs attendus pour la projection.

Le festival se clôturera le 8 novembre avec The Debut, une comédie noire de Jesse Eisenberg mettant en vedette Julianne Moore et Paul Giamatti. Mais au-delà des productions internationales et des vedettes attendues, le WIFF cultive une particularité : l’importance accordée au cinéma francophone.

Un film sur quatre en français

Avec 59 longs métrages en français, le festival revendique la plus importante programmation francophone en Amérique du Nord. « Pour moi, c’est fondamental. C’est un pays bilingue. Il faut fêter les deux langues », affirme Vincent Georgie.

Loin d’être une nouveauté, cette orientation fait partie de l’identité du festival depuis plusieurs années. Selon son directeur, elle s’est imposée naturellement grâce à l’enthousiasme du public local. « On est très chanceux à Windsor, il y a énormément de francophones et de francophiles. Notre public aime, adore et participe aux films francophones. Ce n’était même pas un défi », explique-t-il.

Cette offre attire également des visiteurs bien au-delà de Windsor-Essex. Vincent Georgie évoque notamment des spectateurs venus d’Ottawa, de Sudbury, de Sault-Sainte-Marie et du Québec, certains faisant le déplacement précisément pour profiter de la programmation en français.

Et le public ne se limite pas aux francophones. « Dans toutes nos salles, quand on montre des films en français, je dirais certainement que 50 % du public, ce sont des francophiles, pas des francophones. Et c’est super! »

Du cinéma francophone pour tous les goûts

La sélection francophone fait une place aux productions québécoises, françaises et à celles d’autres pays de la francophonie. Comédies, drames ou films d’action : Vincent Georgie assure privilégier avant tout la qualité cinématographique.

« Un bon film, c’est un bon film. Trouver une belle comédie qui sort de Belgique, un drame qui sort du Maroc ou un film d’action qui sort de France, c’est vraiment une question de qualité. »

Parmi ses recommandations figure Juste une illusion, la nouvelle comédie d’Olivier Nakache et Éric Toledano, le duo derrière Intouchables. Il met également en avant Nina Roza, de la réalisatrice québécoise Geneviève Dulude-De Celles, choisi pour représenter le Canada aux Oscars et en lice pour le prix du meilleur film canadien du WIFF, doté de 25 000 dollars.

Autre film recommandé : Pauline, consacré à la chanteuse québécoise Pauline Julien, avec Suzanne Clément, également en compétition pour cette récompense.

La sélection des œuvres mobilise le directeur artistique tout au long de l’année. Entre les films envoyés par les distributeurs, les propositions des cinéastes et les découvertes réalisées dans d’autres festivals, Vincent Georgie estime regarder en moyenne deux films par jour.

1200 élèves pour vivre leur francophonie autrement

L’une des initiatives les plus significatives du WIFF concerne les jeunes francophones. Le jeudi 29 octobre, plus de 1200 élèves provenant de 11 écoles participeront à des projections spécialement organisées en partenariat avec le Conseil scolaire catholique Providence.

Vincent Georgie y voit une occasion de donner davantage de visibilité à la langue française dans l’espace public. « Les francophones de la région vivent majoritairement leur francophonie chez eux ou à l’école, mais pas dans les places publiques et communautaires en général », observe-t-il.

Pour cette journée, les films seront présentés en français et des bénévoles francophones accueilleront les élèves. « On veut qu’ils voient qu’ils peuvent vivre leur francophonie partout. C’est vraiment important. »

Le directeur souligne également l’importance de faire découvrir aux jeunes l’expérience collective du cinéma, à une époque où beaucoup consomment les films sur des écrans individuels. « Ce qu’ils adorent, ce n’est pas juste le film, ce n’est même pas juste de quitter l’école. Ce qu’ils adorent, c’est la salle », raconte-t-il, évoquant l’émerveillement des élèves devant les théâtres historiques et leurs décors.

Les accusations de violence conjugale contre le député Chris Scott retirées

Les accusations d’agression et d’agression armée à l’encontre du député de Sault-Sainte-Marie, Chris Scott, qui avait été arrêté un an plus tôt, ont été retirées par la Couronne. L’élu, qui n’a cessé de clamer son innocence, avait été renvoyé du caucus progressiste-conservateur de Doug Ford, qui a confirmé ce mercredi qu’il ne le réintégrera pas.

Le député Chris Scott, qui avait été arrêté par les services de police de Toronto le 21 septembre 2025 pour des allégations d’agression dans un contexte de violence conjugale, a vu la Couronne retirer l’ensemble des chefs d’accusation qui pesaient contre lui.

Le premier ministre Doug Ford avait pris la décision de l’exclure du Parti progressiste-conservateur (PC). Élu en 2025 lors des élections générales, il était également l’adjoint parlementaire du ministre de l’Énergie et des Mines Stephen Lecce.

Le député de Sault-Sainte-Marie, qui n’avait pas démissionné, siégeait donc depuis en tant que député indépendant.

« Depuis le tout début, j’ai soutenu que je n’avais rien fait de répréhensible. Je n’ai commis aucun crime, je n’ai exercé aucune violence et j’ai constamment clamé mon innocence. Aujourd’hui, je suis reconnaissant que cette affaire se soit conclue par un processus guidé par les preuves, l’équité et le respect des voies de droit », a publié, ce jour, Chris Scott sur son compte officiel X.

Celui-ci a également partagé le contexte dans lequel l’affaire s’inscrit, des difficultés personnelles et familiales, à savoir un divorce l’été 2025.

« Ce sont des affaires profondément intimes, et je crois qu’il faut faire une distinction entre l’examen public légitime lié à une fonction élective et les détails privés de la vie d’une famille », a-t-il plaidé, avant de reconnaître la gravité des allégations de cette nature.

M. Scott a également soutenu que de telles accusations devaient être appuyées par des preuves et qu’elles « ne reflétaient pas la vérité des faits ».

Il a conclu en réaffirmant son engagement envers sa circonscription de Sault-Sainte-Marie, pour en défendre les intérêts et faire preuve d’une représentation solide pour répondre à ses défis.

Ce mercredi, en mêlée de presse à Queen’s Park, le leader parlementaire du gouvernement Steve Clark a confirmé que M. Scott ne retournerait pas au sein des rangs du PC pour autant.

« Non, il ne réintégrera pas le caucus (…) Nous soumettons nos membres à des normes plus élevées, et lorsqu’il a été accusé, nous avons pris la décision. J’ai écrit au greffier pour indiquer qu’il n’était plus membre. Il peut siéger comme indépendant, poser des questions et agir comme député provincial comme n’importe qui d’autre, mais pour ce qui est d’être membre du caucus PC, non », a-t-il maintenu auprès des journalistes.

« Il est temps de passer le flambeau » : après 24 ans à la mairie de Hearst, Roger Sigouin veut aller de l’avant

HEARST – Après sa défaite face à Gaëtan Baillargeon aux élections municipales, Roger Sigouin cède son fauteuil de maire après presque un quart de siècle. Élu en 2002, il a tenu les rênes de la municipalité pendant plusieurs mandats définis par un engagement pour développer plus d’infrastructures publiques, notamment au niveau des transports.

Lundi dernier, les électeurs de Hearst ont choisi d’élire Gaëtan Baillargeon, le conseiller municipal sortant, qui sera donc le prochain maire du village gaulois de l’Ontario. Après une course à la mairie contre l’ancien maire Jean-Marie Blier et Roger Sigouin, campagne durant laquelle la rétention des jeunes francophones était un enjeu non négligeable, c’est M. Baillargeon qui a récolté le plus grand nombre de votes : 716 contre 666 pour le maire sortant, et 421 pour M. Blier.

« C’est certain que perdre par 50 voix, c’est pas beaucoup. Peut-être que j’aurais pu aller faire plus de porte-à-porte, mais après 24 ans, il y a des gens qui doivent me connaître. Mais le résultat est qu’ils veulent avoir du changement, ils veulent la jeunesse donc il faut laisser la place ».

Lundi soir, le maire sortant de Hearst a perdu de peu face à son conseiller municipal, Gaëtan Baillargeon, qui sera d’ailleurs le premier maire aux origines autochtones de la ville. M. Sigouin qualifie de « très intelligent » le nouveau maire de Hearst.

Déçu du résultat, c’est surtout l’aspect relationnel du poste de maire qui va manquer au maire sortant. « Mon monde va me manquer honnêtement. Tout le monde que j’ai connu en 24 ans dans la province, au Canada, même avec la Fédération canadienne des municipalités. Tu bâtis des bonnes relations », confie-t-il en entrevue avec ONFR quelques heures après sa défaite. « Ça va être une période d’ajustement ».

Dans la région du corridor, certains maires sortants ont été délogés. C’est le cas de Michelle Boileau à Timmins, qui a perdu face à Rob Knox, qui a obtenu 54 % des votes. À Opasatika, Jacques Dorval a été vaincu par Ron Craig.

« Je ne suis pas le seul, il y en a d’autres. On sait que dans le Nord, il y a eu de gros changements au niveau des maires. Ce qui me déçoit le plus, c’est de ne pas avoir été capable d’accomplir les projets qui me restaient pour représenter Nord-Ontario et représenter ma communauté, mais le choix n’est pas le mien, le choix est fait par la population ».

Roger Sigouin, maire de Hearst. Crédit image : gracieuseté

Un quart de siècle d’engagement municipal

Né à Opasatika, Roger Sigouin débute une carrière en politique municipale en 1991. Il est conseiller municipal pendant dix ans avant de devenir maire. Depuis, il endosse plusieurs projets pour la ville de Hearst. Parmi eux, c’est l’extension du foyer des pionniers dont il est le plus fier. « Je suis fier d’avoir été capable de garder nos infrastructures en place malgré le budget restreint alloué par la province ».

Pour ce qui est des projets non aboutis, c’est son objectif d’augmenter la sécurité routière sur la route 11 qu’il regrette ne pas pouvoir poursuivre. « On sait que c’est un gros gros problème, mais c’est ce qui me rend vraiment déçu de ne plus faire partie de la belle équipe pour sauver notre autoroute ». En effet, assurer la sécurité sur les autoroutes du Nord était un enjeu majeur dans les objectifs municipaux de M. Sigouin.

« Je veux souligner le côté urgent, notamment vis-à-vis de l’impact sur la santé des communautés », alertait-il à ONFR en janvier dernier à l’occasion de la conférence de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario (ROMA). Quant à l’arrivée du train Northlander, prévue pour cette année, le maire déplorait son caractère inadapté au Nord de l’Ontario, d’autant que le projet ferroviaire ne s’arrêtera pas à Hearst. « Pour un habitant de Hearst, il faut encore parcourir environ 215 km de route pour atteindre la gare à Cochrane », énonçait-il en février.

Au-delà de sa carrière de maire, il est également président du conseil d’administration de l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) après sa réélection pour un quatrième mandat en 2026.

« C’est un parcours qui est long, mais c’est un parcours que j’ai adoré. C’est un privilège pour moi de l’avoir fait pour ma ville. C’est un privilège aussi de représenter le Nord de l’Ontario à bien des niveaux : la francophonie, les infrastructures, nos routes ».

Alors qu’un chapitre semble se fermer, l’ancien maire de Hearst ne fait pas ses adieux à la vie politique. Il reste ouvert à l’idée de poursuivre ses engagements au sein d’organismes communautaires qu’il a côtoyé tout au long de sa carrière. « On va voir. La porte est tout le temps ouverte parce que j’aime le monde, j’aime le social. Puis je pense qu’on a beaucoup à faire pour le nord de l’Ontario, comme se repositionner pour être capable d’aller de l’avant, puis avoir un avenir positif », conclut-il.


Vincent Bishop : le bonheur de chanter en français

L’auteur-compositeur-interprète Vincent Bishop nous présente son tout nouvel album, « Aurore boréale », qu’il souhaite rassembleur, particulièrement pour les personnes issues de groupes minoritaires.

Avec authenticité, Vincent se confie sur son parcours en tant qu’artiste sur le spectre de l’autisme et sur la place que prend la neurodivergence dans sa création musicale.

Plan d’action de l’AFO : des inquiétudes parmi les communautés noires

RICHMOND HILL – Alors que le congrès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’est achevé samedi, deux organismes représentant les communautés noires francophones expriment leurs réserves sur les orientations du Livre blanc des États généraux. Ils craignent pour leur autonomie, leur financement et leur représentation dans le futur plan d’action communautaire. L’AFO assure qu’aucune fusion ne sera imposée.

Après plus d’un an de consultations, le congrès de l’AFO, tenu du 22 au 24 octobre, devait permettre de transformer les recommandations des États généraux en priorités concrètes. Le Livre blanc propose notamment une meilleure coordination des organismes et une mutualisation de certaines ressources.

Des orientations qui suscitent des réserves au sein de la Coalition des Noirs francophones de l’Ontario (CNFO). « Notre crainte, c’est de savoir quelle forme prendra ce cadre provincial commun et quels pouvoirs il aura », explique sa présidente, Julie Lutete.

Malgré sa participation à la commission sur la gouvernance, elle estime ne pas avoir obtenu les éclaircissements souhaités. « J’ai peur que notre liberté de fonctionnement soit limitée ou que nos mandats et nos missions soient contrôlés. »

Une consultation jugée insuffisante

Julie Lutete considère également que les organismes représentant les communautés noires auraient dû être associés plus directement aux discussions. « Nous avons l’impression que notre communauté n’a pas été consultée de façon stratégique », affirme-t-elle, regrettant une participation essentiellement individuelle de ses membres.

La présidente de la CNFO ne rejette pas toute collaboration avec l’AFO, dont elle reconnaît le rôle de porte-parole provincial. Elle souhaite cependant préserver la capacité de son organisation à définir ses propres priorités.

« Nous avons nos particularités. Nous avons nos défis à nous. Et nous voulons développer un leadership par et avec nous-mêmes. »

Marlène Tellusma Rémy, secrétaire générale de la Coalition des Noirs francophones de l’Ontario, redoute que les réflexions sur la rationalisation des ressources communautaires influencent, à terme, les décisions des bailleurs de fonds et l’accès aux subventions pour les petits organismes. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

La notion de « dédoublement des services » suscite également son inquiétude. Selon elle, des organismes offrant des services similaires peuvent répondre à des besoins communautaires distincts. « Je pense qu’on devrait davantage parler de complémentarité plutôt que de dédoublement des services. »

La secrétaire générale de la CNFO, Marlène Tellusma Rémy, craint que cette approche ne fragilise le financement des petites organisations.

« J’espère vraiment qu’on n’arrivera pas à une méga institution, une méga entité, une méga organisation qui viendrait avaler les petites organisations. »

« Prendre leur avenir en main »

Léonie Tchatat, fondatrice et directrice générale de La Passerelle Intégration et développement économique, partage ces préoccupations. « Définitivement, les communautés noires partagent beaucoup de craintes », affirme-t-elle.

Pour elle, les enjeux de représentation et de racisme systémique demeurent insuffisamment présents dans les orientations proposées. « Le Livre blanc, c’est bien, mais il ne reflète pas les enjeux de nos communautés. »

Elle reconnaît le rôle politique de l’AFO, tout en défendant la nécessité pour les organismes noirs francophones de conserver une voix indépendante. « Les communautés noires ont la responsabilité de prendre leur avenir en main », insiste-t-elle.

« Ce n’est pas l’AFO qui va venir changer la problématique de la pauvreté dans les communautés noires. Il revient à ces communautés de se prendre en main et de travailler en collaboration. Donc l’AFO doit voir ces communautés comme des partenaires et des partenaires clés. »

Des engagements à concrétiser

En septembre, La Passerelle a transmis à l’AFO un mémoire proposant notamment un cadre stratégique de lutte contre le racisme, un observatoire indépendant sur l’équité et l’inclusion ainsi qu’une meilleure représentation des communautés noires et racialisées dans les instances décisionnelles.

Léonie Tchatat reconnaît qu’une de ses recommandations a été reprise pendant le congrès, mais s’interroge sur sa mise en œuvre. « La participation ne consiste pas simplement à avoir des gens dans la salle, mais à prendre en compte les véritables enjeux qui nous concernent. »

Elle dénonce aussi les obstacles financiers qui empêcheraient certains petits organismes de participer à de tels rassemblements.

Malgré ses critiques, elle réaffirme sa volonté de collaborer. « La collaboration, c’est un atout. La chaise vide est vide et nous voulons être là. Mais nous voulons être là à juste valeur. »

L’AFO exclut toute fusion imposée

Interrogé par ONFR, le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk, reconnaît que les changements envisagés peuvent susciter des inquiétudes. « Dans tout processus de changement, il y a toujours des gens qui ont des craintes. »

Il assure cependant que la mutualisation ne vise pas à faire disparaître les organismes. « On ne veut pas forcer personne à fusionner », insiste-t-il.

Selon lui, certaines communautés, notamment à Windsor et au Témiscamingue, réfléchissent déjà volontairement à des rapprochements. L’objectif serait plutôt de partager certaines ressources, notamment administratives, sans compromettre les missions des organisations.

Peter Hominuk, directeur général de l’AFO, défend depuis le début des États généraux une démarche de coconstruction du futur plan d’action communautaire, fondée sur la participation et la collaboration des organismes francophones de l’Ontario. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Peter Hominuk s’est dit surpris d’apprendre les inquiétudes de Julie Lutete, affirmant ne pas en avoir eu connaissance. La présidente de la CNFO assure pourtant l’avoir déjà approché pour obtenir des clarifications.

Le directeur général réaffirme que le futur plan d’action sera élaboré en collaboration avec les organismes communautaires, dans le respect de leurs missions et de leur autonomie.

Des inquiétudes qui ne font pas l’unanimité

Kim Morris, de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO), ne craint pas pour l’autonomie de son organisation. Elle confirme néanmoins avoir reçu des appels d’autres organismes préoccupés.

« Je recevais des appels à mon domicile d’organismes qui étaient très, très inquiets tout au long de l’année. »

Également actif dans le secteur de l’immigration francophone, Alain Dobi, coordonateur du Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest,  dit avoir entendu des préoccupations similaires au sein des communautés noires, tout en conservant sa confiance envers l’AFO.

« J’ai des discussions très franches avec Peter. Je lui ai dit qu’il faut les écouter, il faut les entendre et voir quelle est la dynamique. »

Alain Dobi souligne l’importance d’adapter le futur plan d’action communautaire aux différentes réalités régionales de l’Ontario. Selon lui, les besoins des francophones du Nord ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux du Centre-Sud-Ouest, un défi majeur pour l’élaboration d’une stratégie provinciale commune. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

De son côté, Jean-Claude N’Da, président de l’ACFO Toronto, voit davantage une occasion de renforcer la coopération. « Pour moi, la mutualisation, c’est mettre nos efforts en commun. Cela n’enlève rien à l’autonomie des acteurs. »

Il reconnaît néanmoins que certains aspects restent à clarifier et rappelle qu’aucune mesure n’a jusqu’ici annoncé la mise sous tutelle d’organismes.

Alors que l’élaboration du plan d’action communautaire doit se poursuivre dans les prochains mois, une question demeure : comment renforcer la cohésion de la francophonie ontarienne tout en préservant l’autonomie et la représentation de ses différentes communautés?

Cochrane : une femme élue à la mairie pour la première fois de l’histoire

COCHRANE – En ce lendemain des élections municipales, un moment charnière s’est produit sur la scène politique de la ville de Cochrane. En effet, la Franco-Ontarienne Sylvie Charron-Lemieux devient la première femme élue comme mairesse. Dans un duel 100 % féminin contre la candidate Susan Nelson, c’est elle qui a remporté la majorité des votes citoyens et accédera à la mairie pour un premier mandat, après quatre ans en tant que conseillère municipale.

À la fermeture des votes hier soir lors des élections municipales, c’est Sylvie Charron-Lemieux qui a remporté la course à la mairie de Cochrane dans un duel 100 % féminin contre Susan Nelson. Avec 1894 votes (87 % des voix), la conseillère municipale sortante devient la première femme élue à la mairie de cette ville du Nord-Est qui compte environ 6000 habitants.

« Nous avons fêté la victoire hier soir, mais ce matin, on se retrousse les manches. Il faut se mettre au travail, et je suis très heureuse de ce dénouement. Je suis profondément reconnaissante et touchée par ces résultats, ainsi que par la confiance que les résidents de Cochrane m’ont accordée hier soir. »

Bien que ce soit un moment historique, elle espère toutefois avoir été élue pour ses compétences et non pas pour son genre. Ceci dit, la nouvelle mairesse se réjouit tout de même de ce moment charnière pour les femmes en politique municipale.

« J’espère pouvoir être un exemple pour toutes les jeunes femmes qui espèrent un jour se présenter dans des rôles de maires dans des municipalités. Je réalise le poids que j’ai sur les épaules de bien représenter et d’être une bonne mairesse pour la ville. »

« Remettre de l’ordre »

Anciennement présidente de l’Association des municipalités du Nord-Est de l’Ontario d’avril 2025 à avril 2026, la nouvelle mairesse est bilingue. Elle s’engage d’ailleurs à servir les communautés francophones de la municipalité où 37,5 % de la population parle la langue de Molière.

« C’est une fierté extraordinaire que j’ai d’être Franco-Ontarienne et puis surtout d’être capable d’offrir mes services, d’être capable de représenter les francophones à la table. Mais je suis là aussi pour tous les résidents de Cochrane, qu’importe, francophones ou non. Je vous assure qu’être capable de communiquer premièrement en français avec nos résidents est important », affirme-t-elle.

Alors qu’elle s’apprête à prendre les rênes à la mairie, c’est surtout la stabilisation des finances de la ville que Mme Charron-Lemieux veut aborder dès maintenant. « La liste est longue, mais la priorité absolue est de remettre de l’ordre dans le fonctionnement de la Ville. Nous avons amorcé un virage majeur et vécu d’importants changements à la direction générale ainsi qu’à tous les échelons du personnel municipal à Cochrane. »

« Nous sortons d’un mandat particulièrement mouvementé, et la tâche est immense pour assainir nos finances. Il faut d’abord dresser un bilan précis de la situation afin de planifier l’avenir », conclut-elle.

Percée féminine ailleurs en Ontario

Au niveau provincial, d’autres femmes ont rejoint la mairie. Dans le Nord, une autre femme occupera le poste de maire. En effet, à North Bay, c’est Maggie Horsfield, qui, à seulement 34 ans, succèdera à Peter Chirico qui avait choisi de ne pas solliciter un nouveau mandat.

Du côté de Papineau-Cameron, c’est la la conseillère sortante Shelley Belanger qui l’a emporté face au maire sortant Robert Corriveau, lequel s’incline après 35 ans de règne ininterrompu et neuf mandats consécutifs dont 8 consécutifs remportés par acclamation.

Dans le Nord-Ouest, à Thunder Bay, Moe Comuzzi a remporté une lutte serrée réunissant 10 candidats en récoltant 8888 voix face à Aldo Ruberto (7942 voix) pour succéder au maire sortant Ken Boshcoff.

Dans l’Est ontarien, à Hawkesbury, Julie Séguin obtient 1523 votes, accédant ainsi au poste de mairesse dans une course à cinq candidats. À Champlain, c’est Corina Parisien qui remporte la course à la mairie, délogeant ainsi le maire sortant Normand Riopel et à Pembroke, Stephanie LeMay devient la première mairesse élue de la municipalité.

À Kingston, la conseillère sortante Conny Glenn a créé la surprise en délogeant le maire Bryan Paterson, en poste depuis 12 ans, pour devenir la troisième femme de l’histoire de la ville à accéder à la mairie.

Enfin, à Cornwall, la candidate Sarah Goode a remporté la mairie face au maire sortant Justin Towndale, récoltant 7545 voix contre 4559 pour son rival.

Article écrit avec la collaboration d’Inès Rebei. Une version précédente de ce texte indiquait que Justin Towndale avait obtenu 2141 votes, or la municipalité a posté mardi soir un nouveau résultat à 4559 votes, évoquant «  une erreur humaine ayant entraîné une erreur d’affichage des résultats non officiels ».

Règlement sur le français au privé : la commissaire craint pour l’application de la loi

OTTAWA — L’application de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP) risque de se heurter à des obstacles administratifs et juridiques. Témoignant lundi soir devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, la commissaire aux langues officielles, Kelly Burke, a averti que l’absence d’un registre public obligatoire et le flou de plusieurs notions clés pourraient compliquer le traitement des plaintes du public.

Devant les sénateurs, la commissaire a souligné que l’avant-projet de règlement actuellement proposé par Patrimoine canadien comporte de « sérieuses ambiguïtés » quant à sa terminologie et sa portée réelle.

« Il serait difficile pour le public de savoir quelles entreprises seront assujetties à ce nouveau régime », a d’emblée prévenu Kelly Burke, qui a succédé à Raymond Théberge en mars dernier.

Au cœur des préoccupations figure l’absence d’obligation claire imposée au gouvernement de répertorier les entreprises ciblées. Dans sa version actuelle, le projet de règlement mentionne que le ministre « peut » établir un registre public, une disposition facultative jugée nettement insuffisante par l’organisme de surveillance.

« Le règlement devrait rendre obligatoire la tenue d’un registre public fiable et à jour des entreprises privées de compétence fédérale assujetties au régime », a insisté Mme Burke, précisant qu’un tel outil est essentiel non seulement pour informer les consommateurs et les travailleurs, mais également pour permettre à ses équipes d’évaluer rapidement la recevabilité des plaintes.

Craintes de représailles

Selon les estimations présentées par le Commissariat, environ 386 entreprises privées de compétence fédérale pourraient être visées à travers le pays, dont 261 au Québec et 163 dans les régions à forte présence francophone hors Québec. 

Ce bassin représenterait près de 70 000 employés appelés à acquérir de nouveaux droits linguistiques et susceptibles de déposer des plaintes.

Or, nombre de travailleurs hésitent à dénoncer des manquements par crainte de conséquences professionnelles ou de représailles de la part de leur employeur : « C’est un enjeu qu’on retrouve à l’intérieur du travail que nous effectuons au quotidien », a reconnu Kelly Burke, convaincue que « le nombre de plaintes pourrait facilement augmenter si la crainte de représailles n’était pas présente dans les environnements de travail ».

Devant les sénateurs, la commissaire a aussi insisté sur la nécessité d’une vaste campagne d’éducation publique menée par le gouvernement pour informer les citoyens sur leurs droits et clarifier les obligations des employeurs. Photo : Capture d’écran/CPAC

Si les plaintes les plus complexes ou non résolues dans un délai raisonnable pourront être transférées au Conseil canadien des relations industrielles (CCRI), la commissaire prévient que sans protection concrète et sans changement de culture interne, plusieurs employés préféreront tout simplement garder le silence.

Flou terminologique

Interrogée sur l’harmonisation entre le règlement et la Loi sur les langues officielles, Mme Burke a pointé du doigt plusieurs lacunes sémantiques qui risquent, selon elle, d’affaiblir l’efficacité du cadre réglementaire.

La commissaire, qui vient de dévoiler un nouveau sondage montrant un fort appui des citoyens aux langues officielles, a notamment ciblé le terme « consommateur », dont la portée demeure ambiguë. 

Elle s’interroge sur la question de savoir si cette notion se limitera aux personnes effectuant une transaction commerciale formelle ou si elle couvrira également tout citoyen demandant un simple renseignement à une entreprise assujettie. Des incertitudes similaires entourent les définitions de « service » et de « communication ».

La situation s’annonce encore plus ardue au Québec, où les entreprises sous la règlementation fédérale auront le loisir, après une période de transition de deux ans sous la LUFEP, de choisir entre le régime fédéral et la Charte de la langue française. 

Sans registre centralisé et public, le Commissariat prévient que les citoyens ne sauront pas vers quelle instance se tourner – le fédéral ou l’Office québécois de la langue française (OQLF) – pour faire valoir leurs droits.

« Ce que je vois ici, c’est une confusion, une complexité qui ne permettra pas une application fluide partout au pays », a conclu Kelly Burke, appelant Ottawa à clarifier les règles avant la publication finale du décret.

L’enjeu de l’offre active

Entendus lors du second panel de la soirée, les dirigeants de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) ont mis en garde les sénateurs contre les embûches pratiques qui guettent l’application de la loi sur le terrain. 

La directrice des politiques de l’organisme, Sonia Behilil, a notamment dénoncé le chevauchement déroutant de trois cartes linguistiques distinctes dans la province : la Loi sur les services en français de l’Ontario, la LLO fédérale et la future LUFEP. 

« Pour monsieur et madame tout-le-monde, ça devient un vrai casse-tête de savoir où vont être les services, quel va être le degré d’accès, mais surtout quelle va être leur capacité d’être en demande de ces services-là », a-t-elle prévenu, craignant que les citoyens finissent par renoncer à leurs droits devant ce labyrinthe administratif.

Pour contrer cet effet d’abandon et éviter que les garanties accordées aux consommateurs ne restent lettre morte, le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk, a exhorté Ottawa à inscrire une obligation formelle d’« offre active » dans le futur texte réglementaire, à l’image du régime ontarien. 

Peter Hominuk a rappelé que ces acteurs de première ligne manquent déjà lourdement de ressources et devront être appuyés financièrement par le gouvernement fédéral s’ils doivent épauler les entreprises dans le recrutement et la formation bilingue. Photo : Capture d’écran/CPAC

Selon lui, la simple présence de personnel bilingue ne suffit pas si l’usager ignore qu’il peut s’exprimer en français. « Les francophones sont souvent gênés de faire la demande pour des services en français », a rappelé M. Hominuk, plaidant pour qu’un affichage clair et un accueil bilingue spontané au guichet soient imposés d’emblée aux entreprises assujetties.

Enfin, l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens a averti que la réussite de la LUFEP nécessitera un soutien direct aux structures communautaires locales, telles que les agences d’employabilité et les centres culturels. 

Le Comité sénatorial permanent des langues officielles poursuivra ses consultations au cours des prochaines semaines avant de soumettre ses recommandations au gouvernement fédéral.

Élections municipales : soirée haute en émotions pour des milliers de candidats

Ils étaient précisément 6670 hier soir à se croiser les doigts. Voici quelques faits saillants de cette soirée électorale où les dirigeants de 414 municipalités ont été choisis par les électeurs. D’ailleurs, au moment d’écrire ces lignes, le taux de participation oscillait 33 %.

Commençons par les deux plus grandes villes, Ottawa et Toronto. Aucun changement. Les deux élus, Olivia Chow à Toronto et Mark Sutcliffe à Ottawa, ont été reconduits pour un autre mandat.

Le maire réélu a dit voir dans le résultat un appui à son plan pour Ottawa. « Le message, c’est de continuer à construire notre ville et à la maintenir en mouvement », a-t-il affirmé. Il a ajouté que les résidents des quartiers urbains comme des villages ruraux avaient choisi de soutenir un projet visant à bâtir une ville meilleure pour leurs enfants et leurs petits-enfants.

Durant la campagne, Mark Sutcliffe affirme avoir entendu les préoccupations des résidents, qu’ils aient voté pour lui ou non. Il a notamment cité le transport en commun, la sécurité publique et le logement abordable.

« Je vous promets que je travaillerai fort chaque jour pour répondre à vos attentes. Je serai à l’hôtel de ville au service des résidents et je serai le maire de tous les secteurs de la ville », a-t-il promis.

Sutcliffe entend faire avancer rapidement plusieurs dossiers au cours de son prochain mandat : le laissez-passer de transport en commun à 95 dollars, un plan d’infrastructure de 10 millions de dollars et les activités récréatives hivernales. Il a également évoqué la construction de logements abordables et avec services de soutien, ainsi que l’objectif de mettre fin à l’itinérance chez les jeunes à Ottawa d’ici 2030.

« Que vous ayez voté pour moi ou pour quelqu’un d’autre, je suis aussi votre mairesse. Je suis la mairesse de chaque quartier, de chaque communauté, de chaque personne. »
— Olivia Chow

Élue une première fois lors de l’élection partielle de juin 2023, organisée après la démission de John Tory, Olivia Chow décroche cette fois son premier mandat complet de quatre ans à la mairie de Toronto.

Ancienne députée fédérale néo-démocrate et conseillère municipale, elle avait fait du logement abordable et de la lutte contre le coût de la vie les principales priorités de son administration.

Durant cette campagne, elle a notamment promis de lancer la construction de 10 000 logements locatifs supplémentaires, de renforcer les protections des locataires et de plafonner les dépenses hebdomadaires des usagers de la Commission de transport de Toronto (TTC) à l’équivalent de dix trajets.

Pour la communauté francophone, l’un des enjeux du prochain mandat sera la reconduction du Comité consultatif des affaires francophones, rétabli en 2023 et dont le mandat arrive à échéance. Plusieurs de ses recommandations concernant l’accès aux services municipaux en français doivent encore faire l’objet de rapports en 2027.

Des départs à Timmins et Hearst mais la stabilité à Sudbury

Les gens de Timmins ont décidé qu’un changement était nécessaire à l’hôtel de ville. La mairesse sortante Michelle Boileau a recueilli environ 3000 votes comparativement aux 9000 obtenus par celui qui occupera bientôt le siège de maire, Rob Knox.

Lors d’un débat en octobre, la question de l’itinérance avait retenu l’attention, surtout la question de l’emplacement du centre d’hébergement Living Space au centre-ville. M. Knox avait d’ailleurs été clair sur cet enjeu : « Il ne fait aucun doute que Living Space a causé énormément de problèmes dans le quartier de Spruce South, et les résidents de ce secteur sont à juste titre en colère. Living Space doit déménager, mais cela doit se faire sous certaines conditions », avait-il dit.

Le maire sortant de Hearst, Roger Sigouin qui sollicitait un 7e mandat n’a pas réussi son pari. Selon les résultats non officiels, c’est Gaëtan Baillargeon qui prendra le relais à l’hôtel de ville. M. Baillargeon était conseiller municipal et a fait de l’accès au logement abordable un de ses chevaux de bataille en campagne électorale.

Gaëtan Baillargeon Archive Photo : Inès Rebei/ONFR

Du côté du Grand Sudbury, Paul Lefebvre est réélu pour un deuxième mandat à la mairie.

« Ce soir, nous célébrons une victoire collective, mais dès demain, le travail recommence. »
— Paul Lefebvre, maire de Sudbury

Lors de sa campagne, ce sont surtout les enjeux liés à l’itinérance et au logement à Sudbury, deux sources de préoccupation pour les électeurs qui ont occupé une place importante. Quelques instants après sa victoire, il s’est d’ailleurs prononcé sur ce sujet. « En matière de logement, nous continuerons de nous appuyer sur nos partenariats en infrastructures afin de garantir que chaque résident dispose d’un chez-soi sûr et abordable », a-t-il promis. 

Paul Lefebvre, entouré de ses proches, lors de son discours de la victoire le 26 octobre 2026 à Sudbury. Photo : Odia Barry/ONFR

« Nous poursuivrons la simplification des approbations, nous nous attaquerons à l’itinérance avec compassion et grâce à de véritables systèmes de soutien, avec une attention particulière aux personnes âgées vulnérables ainsi qu’aux jeunes en situation de précarité résidentielle ».

Pour ce qui est de la francophonie, le maire voit en la hausse de l’immigration francophone une « opportunité générationnelle ». D’après lui, l’épanouissement et surtout l’insertion professionnelle des nouveaux arrivants francophones sont primordiaux.  « On a une occasion d’accueillir cette francophonie-là, mais en même temps, ça relève de l’employabilité. Ils arrivent ici, ils sont unilingues francophones. Ce n’est pas facile. Ils peuvent peut-être trouver du boulot. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde », confie-t-il à ONFR.

Plusieurs nouveaux venus dans l’Est ontarien

Les citoyens de Hawkesbury Est ont un nouveau maire, Richard Sauvé. Rappelons que le maire sortant, Robert Kirby avait quitté la course après la date limite, d’ailleurs son nom figurait sur les bulletins de vote malgré son désistement. La municipalité voisine, Hawkesbury, a aussi une nouvelle mairesse, Julie Séguin impliquée, entre autres, au Centre culturel Le Chenail. Cinq candidats étaient dans la course dont l’ancienne mairesse Jeanne Charlebois.

Toujours dans l’Est ontarien, Mario Zanth conserve son titre de maire dans Clarence-Rockland tandis que le maire sortant d’Alfred et Plantagenet, Yves Laviolette, n’a pas fait le poids contre l’ex-conseiller municipal Antoni Viau qui prendra maintenant le rôle de maire. Les citoyens de Cornwall ont, de leur côté, choisi de faire confiance à Sarah Good au lieu de reporter Justin Towndale pour un autre mandat.

Au moment de mettre cet article en ligne tous les résultats n’étaient pas encore disponibles.

Rentrée à Queen’s Park : un calendrier parlementaire de 13 semaines par an critiqué

L’Assemblée législative de l’Ontario n’avait pas siégé depuis le 2 juin pour la pause estivale rallongée et ne pourra siéger que six semaines avant la pause hivernale des fêtes de fin d’année.

Pour l’année 2025, comme pour l’année 2026, les députés ne se sont réunis en chambre que 13 semaines, le quart de l’année, soit trois mois seulement mis bout à bout.

« Pour l’année 2026, on aura peut-être une cinquantaine de journées de travail à l’Assemblée législative, ce qui est probablement 50 % en deçà de la moyenne, surtout pour une année non électorale où on aurait plutôt tendance à voir 80 jours de sessions parlementaires », soulève le politologue Peter Graefe.  

« C’est un gouvernement qui ne croit pas vraiment en la démocratie parlementaire, il croit surtout dans une démocratie purement électorale. »
— Peter Graefe, politologue

En effet, à titre de comparaison en 2019, en début de mandat de Doug Ford, hors année électorale, la chambre s’était réunie 76 jours. De même hors élections en 2020, 2021, 2023 et 2024, ce sont respectivement 79, 87, 80 et 75 sessions parlementaires qui ont eu lieu, avant de passer à 53 en 2026.

« Un autre aspect fondamental est le fait que le gouvernement gouverne avec le bâillon en créant des projets de loi omnibus et en cherchant à faire passer ces projets de loi, le plus vite possible et avec le moins de débats possible », poursuit-il.

« Par le passé, on aurait souvent eu des consultations publiques sur de grands projets de loi, ça se passe très peu maintenant, et donc la capacité du public à y participer est minée », estime le professeur de science politique à l’Université McMaster.

En raccourcissant la session, le politologue explique également que l’opposition est privée de sa tribune principale : la période des questions et l’attention des médias, et une capacité limitée à intervenir avec des projets de loi.

Selon lui, le gouvernement Ford fait le choix d’un calendrier parlementaire extrêmement réduit de façon calculée : « C’est un gouvernement qui ne croit pas vraiment en la démocratie parlementaire, il croit surtout dans une démocratie purement électorale ».

Une frustration grandissante chez les partis d’opposition

« Une démocratie, ça passe par le dialogue, par les débats, et par écouter l’autre côté pour apprendre les uns des autres », soutient la députée néo-démocrate France Gélinas (Nickel Belt).

« Une bonne idée à Toronto peut être désastreuse dans le Nord de l’Ontario et vice versa. C’est pour ça qu’après la deuxième lecture les membres du public peuvent venir parler de l’impact d’une nouvelle loi sur leur famille, leur commerce, leur communauté, etc. Or, la plupart des lois vont avoir la première, deuxième, troisième lecture en l’espace de deux semaines. Ce n’est pas de la démocratie ça », s’insurge l’élue francophone.

Elle rapporte que la parole aux membres du public est désormais très limitée en temps, et que sur une centaine de personnes qui se portent volontaires, dix personnes ou moins seront entendues.

Pour le dossier de la Santé – le portefeuille le plus important de la province – Mme Gélinas observe qu’entre 15 et 18 heures de débats prenaient place en comité auparavant, pour seulement trois heures maintenant. « Le comité après la deuxième lecture représente le droit d’être entendu, et c’est ça qui est enlevé », récuse-t-elle.

La députée France Gélinas déplore également le fait que les projets de loi qui viennent de l’opposition soient rarement à l’ordre du jour. Photo : capture site officiel de l’Assemblée législative de l’Ontario

De son côté, Lucille Collard, la députée libérale d’Ottawa-Vanier dresse le constat que « plus on voit de scandales et moins on siège. »

Elle partage l’avis que trop peu de temps n’est laissé aux débats, aux consultations et aux audiences publiques : « C’est un accroc à notre système démocratique parce que les parlementaires sont supposés représenter les voix de leurs commettants, des gens de leurs circonscriptions, et tout ça est saboté par des processus accélérés ».

La députée regrette notamment qu’avec une vingtaine de jours restants à l’année parlementaire, plusieurs sessions de nuit soient nécessaires, avec des débats et l’adoption de certaines lois « en catimini » sans que les Ontariens ne puissent les suivre.

Elle rapporte que les partis d’opposition requièrent systématiquement un plus long calendrier parlementaire, utilisant les arguments de « manque de transparence » et « d’inefficacité », mais que « comme c’est un vote et que le gouvernement est majoritaire, la motion passe et c’est eux autres qui contrôlent l’agenda ».

Du côté du gouvernement, le terrain prime sur la Chambre

Pour le député de Glengarry-Prescott-Russell, Stéphane Sarrazin, la réduction du temps passé à Queen’s Park ne traduit pas un désintérêt pour le débat, mais plutôt une volonté d’être présent sur le terrain.

« Ce que les gens ne réalisent pas, c’est que quand on n’est pas ici à siéger […], notre gouvernement travaille pratiquement jour et nuit, 7 jours sur 7 », fait valoir le député francophone, soulignant que les ministres et députés arpentent la province pour aller à la rencontre des entreprises, des familles et des organismes.

Le député Stéphane Sarrazin ne considère pas que le calendrier des sessions parlementaires soit trop compressé. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

L’efficacité d’un élu ne se mesure pas uniquement au nombre d’heures passées dans l’enceinte parlementaire, estime Stéphane Sarrazin, pour qui les semaines prévues en Chambre lors de la session automnale offriront « amplement de temps pour passer les projets de loi prioritaires ».

« Honnêtement, pour nous en tant que députés, la partie la plus facile, c’est quand on est ici à Queen’s Park. On débat en Chambre, mais ce n’est pas là où on a vraiment le pouls de la communauté », soutient-il.

Le député insiste également sur le fait que les comités n’ont pas été mis de côté durant la longue pause des sessions parlementaires. Il rappelle que plusieurs comités ont continué de siéger au cours de l’été et au début de l’automne, citant notamment les consultations publiques menées sur le projet de loi 119 (Loi de 2026 visant à protéger les rues et les collectivités de l’Ontario).

Pour le gouvernement Ford, l’écoute des besoins de la population se fait en amont, au contact direct des communautés et des acteurs économiques de la province, avant d’amener les textes législatifs au vote, assure l’élu de l’Est ontarien.

Les limites à la réduction des débats parlementaires?

« Plutôt que de faire des erreurs, faites donc le travail comme il faut! Donnons-nous le temps de vraiment étudier le projet de loi, allons en comité, écoutons les groupes communautaires », exhorte au contraire Mme Collard.

« Si le gouvernement gagne une image d’être peu intéressé dans l’imputabilité, peut-être un peu hautain dans sa manière de répondre aux demandes du public, là ça pourrait jouer dans une perte plus généralisée de confiance envers le gouvernement, ce qui aurait un effet aux prochaines élections », analyse M. Graefe.

Autre écueil possible, la précipitation dans l’adoption des grands projets de loi peut augmenter les marges d’erreur, le politologue liant cette aspect aux revirements et mea culpa du passé, comme celui de la Ceinture de verdure.

Limiter les débats et les consultations publiques peut supprimer des garde-fous. Le débat force en effet un gouvernement à « aller au fond de ses dossiers » et anticiper les failles. « Le fait d’avoir un débat pousse un gouvernement à mieux maîtriser ses dossiers, à mieux anticiper la réaction des différents acteurs et peut-être à trouver des manières à créer des lois qui en fin de compte servent un plus grand nombre », conclut M. Graefe.

Bilinguisme : les Canadiens ne lâchent pas la pression sur Ottawa

OTTAWA – Cinq ans après son précédent exercice, le Commissariat aux langues officielles constate que « l’appui majoritaire à la Loi sur les langues officielles persiste au sein de la population canadienne ». Les conclusions du sondage de 2026 mettent en lumière une pression accrue sur les provinces pour élargir l’immersion, des exigences fermes envers les élus fédéraux et un bilinguisme désormais décrit comme un atout pour la diversification économique du pays.

Le Commissariat aux langues officielles a dévoilé, ce lundi matin, les données de son sondage de suivi mené en 2026 par Environics Research auprès de 1500 répondants par téléphone et de 1502 répondants en ligne.

L’exercice quinquennal – qui a commencé en 2016 – confirme une certaine stabilité de l’opinion publique canadienne : 89 % des répondants par téléphone et 81 % en ligne appuient les objectifs de la Loi sur les langues officielles, contre 87 % et 81 % en 2021.

En Ontario, qui formait le plus imposant sous-échantillon provincial avec plus de 1000 participants dans les deux volets, l’adhésion aux objectifs de la Loi atteint même 91 % au téléphone et 80 % en ligne. Ces résultats traduisent une hausse par rapport aux 87 % et 78 % enregistrés dans la province en 2021.

Chez les partisans du texte, le motif le plus souvent évoqué demeure que « la Loi reconnaît l’histoire, le statut et la culture du Canada comme pays bilingue ». À l’inverse, les rares personnes qui s’y opposent (environ 10 % des répondants) continuent d’invoquer la prédominance de l’anglais ou les coûts jugés trop élevés.

L’Ontario, les provinces de l’Atlantique et le Québec sont les provinces où l’appui à la Loi est le plus marqué. Source : Commissariat aux langues officielles/Capture d’écran internet

Une pression accrue pour l’accès aux classes d’immersion

Le soutien à l’enseignement du français et de l’anglais au primaire reste très élevé à 93 % au téléphone, comparativement à 91 % en 2021. Le document note d’ailleurs que « la plus grande partie de la population canadienne est fortement d’avis que l’on devrait continuer d’enseigner les deux langues officielles dans les écoles primaires à l’échelle du Canada ».

Les attentes du public s’intensifient particulièrement autour de l’immersion : 79 % des Canadiens sondés au téléphone et 67 % en ligne demandent aux provinces et territoires d’ouvrir de nouvelles places, une hausse par rapport aux 76 % au téléphone mesurés il y a cinq ans.

Dans les provinces hors Québec, 74 % des parents d’enfants mineurs jugent désormais important que leur enfant apprenne l’autre langue officielle, une progression face aux 70 % enregistrés en 2021.

Au-delà de l’école primaire et secondaire, l’appui à l’apprentissage en français touche également le secteur postsecondaire : près de six Canadiens sur dix (59 %) estiment qu’Ottawa devrait en faire davantage pour financer les programmes collégiaux et universitaires destinés à ceux qui souhaitent étudier en français à l’extérieur du Québec.

Selon le sondage en ligne de 2026, plus de quatre répondants sur dix (44 %) estiment que le bilinguisme officiel perd son sens dans les régions largement unilingues, tandis que 41 % jugent qu’Ottawa y consacre trop d’argent. Source : Commissariat aux langues officielles/Capture d’écran internet

Parallèlement, la proportion de personnes bilingues ayant appris leur langue seconde « à l’école et autrement » atteint 48 %, un bond de dix points par rapport aux 38 % observés en 2021.

Le rapport souligne également que « la majorité de la population canadienne continue de rejeter l’idée selon laquelle il est plus utile pour les enfants canadiens d’apprendre à parler d’autres langues, comme le mandarin ou l’arabe, plutôt que d’apprendre à parler les deux langues officielles ». Seulement 24 % des Canadiens interrogés au téléphone partagent cet avis en 2026, contre 32 % en 2021.

Des critères rigoureux pour les dirigeants à Ottawa

L’accès aux services fédéraux dans la langue de son choix demeure soutenu par 94 % des répondants au téléphone (85 % en ligne), un résultat identique à celui de 2021 au téléphone.

Selon le document, « la plupart des gens conviennent que les leaders nationaux devraient pouvoir parler les deux langues officielles ».

À cet effet, 83 % des personnes sondées au téléphone estiment que le premier ministre du Canada doit être bilingue (82 % en 2021), une proportion qui grimpe à 96 % auprès des francophones. De même, 73 % des répondants réclament la même compétence de l’ensemble des ministres du Cabinet fédéral, contre 72 % en 2021.

L’importance de la communication directe gagne aussi du terrain : 82 % des Canadiens sondés au téléphone affirment qu’il est important pour eux « d’entendre et de voir les dirigeants politiques utiliser [leur] langue officielle de préférence particulièrement en temps de crise, et non uniquement par l’entremise d’un interprète ou d’une traduction », contre 77 % en 2021.

Par ailleurs, 67 % des personnes interrogées soutiennent l’octroi d’une aide financière et structurelle accrue aux minorités francophones hors Québec, face à 66 % lors du dernier exercice.

Si les services fédéraux font consensus (94 %), des écarts marqués apparaissent entre francophones et anglophones quant aux ministres bilingues (93 % contre 68 %) et au soutien aux minorités hors Québec (89 % contre 61 %). Source : Commissariat aux langues officielles/Capture d’écran internet

Bilinguisme, fierté nationale et consommation culturelle

Dans l’une de ses conclusions, l’enquête de 2026 met en relief que « les langues officielles et le bilinguisme continuent d’être des valeurs fondamentales canadiennes et de faire partie de notre identité nationale ».

Au total, 87 % des répondants au téléphone affirment que les deux langues sont importantes pour l’identité du pays, tandis que 75 % indiquent qu’elles nourrissent leur sentiment de fierté. En outre, 80 % des Canadiens s’accordent à dire que la dualité linguistique « peut aider à la diversification de l’économie canadienne au-delà de l’Amérique du Nord ».

Cependant, le rapport constate que « les francophones sont toujours beaucoup plus exposés aux deux langues officielles, bien que le contenu médiatique et culturel consommé en anglais ne soit souvent pas canadien ».

Une proportion de 66 % des francophones consomme des médias en anglais au moins à l’occasion (72 % en 2021), comparativement à seulement 13 % des anglophones pour les médias francophones (11 % en 2021).

Enfin, une nouvelle mesure introduite cette année montre que les médias consommés en français proposent très souvent du contenu canadien dans 66 % des cas, contre 51 % pour les médias consommés en anglais, ce qui traduit la présence dominante de l’offre américaine et internationale dans l’univers médiatique anglophone.

Élections municipales et scolaires en Ontario : petit guide pratique

Le 26 octobre 2026, les citoyens et citoyennes de 414 municipalités en Ontario sont appelés aux urnes pour élire leurs représentants municipaux et scolaires. Les bureaux de vote seront ouverts jusqu’à 20 h. Voici quelques informations qui vous seront utiles pour que l’exercice démocratique se déroule rondement.

Pour voter, vous aurez besoin d’une pièce d’identité indiquant votre nom et votre adresse, une photo n’est pas obligatoire. Cela signifie que vous pouvez présenter un permis de conduire de l’Ontario, mais aussi une carte Santé, un certificat d’immatriculation d’un véhicule de l’Ontario, un avis de cotisation de l’impôt sur le revenu ou encore un relevé de carte de crédit.

À noter que plusieurs municipalités offrent une variété de méthodes de vote. Seules 87 municipalités offrent uniquement le vote en personne tandis que les autres proposent le vote par Internet, par la poste ou encore le vote par téléphone.

Une analyse faite par l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) montre que cette fois, il y aura beaucoup de nouveaux visages : 68 % des candidats n’ont jamais occupé de fonction municipale. Le nombre et la proportion de femmes ont également augmenté par rapport aux élections précédentes. Elles représentent 32 % de l’ensemble des candidats.

Voici d’autres informations pertinentes livrées par Inès Rebei.

Les écoles ont aussi besoin de votre vote

Le 26 octobre, c’est aussi jour de vote pour les conseils scolaires. Il y en a 72 en Ontario. Les francophones sont desservis par 12 conseils scolaires, quatre publics et huit catholiques. Vous pouvez, par ailleurs, choisir pour quel conseil scolaire de votre territoire vous votez.

Il faut savoir que, par défaut, les électeurs sont placés sur la liste du conseil scolaire anglophone public de leur municipalité. Pour faire une modification, vous devez répondre à certains critères et remplir un formulaire en ligne avant le jour du vote accessible sur le site de la Société d’évaluation foncière des municipalités (MPAC). Certaines municipalités proposent également de faire ces modifications directement au bureau de vote.

Pour mieux comprendre le rôle des conseillers et conseillères scolaires, je vous recommande cette discussion qui a eu lieu à l’émission Toute une semaine!.

Lors des dernières élections municipales en Ontario, le taux de participation avait atteint 32,9 % alors que 417 municipalités avaient un processus démocratique en cours.

Claudia Lebeuf : une vie au service du développement culturel récompensée

TORONTO – Récipiendaire du Prix Paulette-Gagnon, remis cette fin de semaine au congrès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Claudia Lebeuf a consacré plus de quatre décennies à la structuration, l’administration et la survie des institutions culturelles et communautaires francophones de la province. Rencontre avec une bâtisseuse qui a préféré l’ombre éclairée des coulisses à la lumière des projecteurs.

« Recevoir le Prix Paulette-Gagnon, ça représente quoi pour vous?

C’est un honneur immense, vraiment. Ça me fait énormément plaisir. Vous savez, je suis à la retraite depuis l’âge de 65 ans – cela fait maintenant 27 ans! Je continue de faire du bénévolat, mais je ne travaille plus. Qu’on se souvienne de mon parcours et qu’on me décerne une telle reconnaissance aujourd’hui, c’est très touchant.

Qu’est-ce qui vous a amenée au départ vers l’univers théâtral et le milieu artistique?

D’origine française, j’ai suivi des cours pour devenir comédienne de théâtre à Paris quand j’avais 16-17 ans. C’était dans des écoles réputées, aux côtés de personnalités qui ont formé tant de grands artistes, et d’autres professeurs qui ont vu passer de grands talents. J’ai suivi ces cours pendant trois ans, mais je n’ai jamais joué sur scène.

Au moment où mon professeur m’a dit : « Tu es prête, tu dois aller jouer », j’ai eu peur. J’avais 20 ans, le milieu était extrêmement compétitif, avec des auditions réunissant 300 personnes pour 30 places. L’insécurité m’a freinée.

En revanche, j’ai eu la chance extraordinaire de bifurquer vers l’envers du décor. J’ai commencé comme assistante de production pour un producteur de l’ORTF (l’ancien diffuseur public français). On enregistrait des émissions de radio directement dans les cabarets de Paris.

Mme Lebeuf a reçu le prix Paulette-Gagnon vendredi soir au congrès 2026 de l’AFO. Photo : Marie-Lou St-Onge

Vous y avez certainement fait des rencontres marquantes…

C’était fascinant pour une jeune femme de 20 ans! On assistait aux lancements de disques et on croisait tous les grands : Charles Aznavour, Sacha Distel, Eddy Barclay… Par la suite, j’ai travaillé pour une agence de tournées d’orchestres et de cirque qui gérait l’exclusivité des carnavals de Lisbonne et de Porto, et envoyait des artistes jusqu’en Afrique du Sud. C’est là que j’ai découvert le monde du cirque, des gens d’une modestie incroyable qui faisaient un travail colossal.

Comment s’est déroulée votre arrivée à Toronto dans les années 1970?

Je suis arrivée à Toronto en octobre 1972. Dès janvier 1973, j’ai décroché un emploi auprès de Micheline Saint-Cyr, la fondatrice et directrice de la Chasse-Galerie, le centre culturel canadien-français de Toronto. Avec elle, j’ai côtoyé d’immenses talents venus du Québec comme Yvon Deschamps, Renée Claude, Diane Dufresne, Julie Vigneault…

Mon deuxième mentor a été Omer Deslauriers, alors président du Conseil des affaires franco-ontariennes et proche du premier ministre Bill Davis. En tant que secrétaire de direction, je l’ai accompagné dans des tournées à travers toute la province à la rencontre des communautés francophones. Puis un jour, il m’a poussée à voler de mes propres ailes en me disant : « Vous ne pouvez pas rester secrétaire toute votre vie, vous devez aller plus loin. »

Au TfT, Mme Lebeuf (à gauche) a noué de profondes amitiés, comme ici avec le comédien Guy Mignault (à droite). Photo : Gracieuseté Claudia Leboeuf

C’est là que le théâtre vous rattrape finalement : comment vous êtes-vous retrouvée à la tête du Théâtre du P’tit Bonheur, l’ancêtre du Théâtre français de Toronto (TfT)?

En février 1979, le Théâtre du P’tit Bonheur n’avait plus d’administrateur depuis un an. C’est le président du conseil d’administration qui gérait tout tant bien que mal. Le théâtre s’apprêtait à déménager à la Cour Adélaïde, un bâtiment magnifique. Bien que j’aie des bases en gestion grâce à mes études, diriger une compagnie théâtrale était un défi immense. Les fonctionnaires des conseils des arts et les membres du CA m’ont beaucoup épaulée au début. Finalement, ces 11 saisons à la direction ont été la plus belle expérience de ma vie professionnelle.

Quels étaient les plus grands défis de l’époque?

Maintenir les finances au noir! (rires) C’était un équilibre financier précaire. Si une ou deux pièces ne marchaient pas dans la saison, les revenus chutaient et on glissait rapidement vers les déficits et les lignes de crédit.

J’ai travaillé pendant près de neuf ans avec le directeur artistique John Van Burek. C’était une collaboration formidable. Il arrivait avec ses projets de saison, je faisais mes calculs et je devais lui dire : « John, ça ne passe pas financièrement, il faut couper ou changer des pièces. » Il devait adapter sa programmation tous les ans, à l’exception du grand classique – qu’il s’agisse d’un Molière ou d’un autre grand texte -, auquel on ne touchait jamais car il attirait les écoles et le public.

Malgré des moyens limités, nous étions extrêmement dynamiques : nous présentions cinq productions pour adultes, trois pour enfants, et nous organisions deux tournées, dont une nationale. Avec le Cercle Molière à Winnipeg, nous étions l’une des plus anciennes compagnies théâtrales francophones en milieu minoritaire au pays.

Mme Lebeuf entourée de Ghislain Caron et Karine Ricard, actuels directeur admnistratif et directrice artistique du TfT. Photo : Théâtre français de Toronto

Vous étiez installés à la Cour Adélaïde. Comment s’est passée cette période?

La Cour Adélaïde était un bijou d’édifice, mais nous devions le partager avec deux compagnies théâtrales anglophones. La cohabitation était parfois complexe, notamment pour le partage des dates de représentation. Malheureusement, les deux théâtres anglophones ont fini par faire faillite en laissant d’importantes dettes à la corporation du bâtiment. Le TfT, lui, a géré ses finances avec rigueur et a payé jusqu’au dernier centime ce qu’il devait. Nous avons malheureusement dû quitter ce lieu par la suite.

J’ai aussi le souvenir marquant de mon arrivée en 1979 : il fallait négocier la venue de La Sagouine avec Viola Léger, pour le mois de mai, alors que rien n’était signé. Cette comédienne de talent est devenue une amie très chère jusqu’à la fin de sa vie. C’était une femme d’une culture immense, détentrice d’un doctorat en littérature, mais d’une simplicité remarquable. J’ai aussi eu le privilège de nouer de profondes amitiés avec des figures comme Antonine Maillet, Huguette Oligny ou Guy Mignault.

Quel regard portez-vous sur ce qu’est devenu le TfT aujourd’hui? La première pelletée de terre de son futur théâtre (à laquelle vous avez pris part) après un long combat vous a-t-elle émue?

C’est devenu une véritable institution. L’équipe actuelle est formidable et d’une compétence remarquable. Je me demande parfois si j’aurais été capable de réaliser tout ce qu’ils accomplissent aujourd’hui. À mon époque, nous ne pensions pas à construire un édifice, mais plutôt à trouver des lieux existants à louer. Aujourd’hui, le TfT concrétise enfin son propre théâtre. J’ai eu le bonheur de participer à la première pelletée de terre. Comme je vais avoir 90 ans, j’ai dit en riant à l’équipe : « Dépêchez-vous de le construire, je voudrais vivre assez longtemps pour le voir inauguré! »

Mme Lebeuf lors de la première pelletée de terre de futur théâtre du TfT. Photo : Théâtre français de Toronto

Après le TfT, vous avez dirigé l’Assemblée des centres culturels de l’Ontario, puis œuvré dans le domaine de la santé. Pourquoi ce changement?

Après 11 ans au théâtre, il fallait que je pense à assurer ma retraite, car les salaires dans le théâtre communautaire étaient très modestes. Je suis donc devenue directrice de l’Assemblée des centres culturels de l’Ontario. C’était l’époque de la Loi 8 sur les services en français. J’ai sillonné l’Ontario – Hearst, Chapleau, Sudbury… – pour aider les centres culturels à monter leurs demandes de subventions.

Ensuite, Omer Deslauriers m’a sollicitée pour structurer le Regroupement des intervenants francophones en santé et en services sociaux de l’Ontario (RIFSSSO). On est parti de presque rien pour bâtir un réseau solide qui a servi de fondement à ce qu’est devenu Santé en français. Même si les structures ont évolué vers les centres d’accès aux soins d’aujourd’hui, nous avons accompli un travail de pionniers.

J’ai toujours été une administrative tenace. Mon mari dit souvent que je suis têtue! Quand il s’agissait de défendre la culture ou la santé en français auprès des ministères, je ne lâchais jamais prise.

Mme Lebeuf (à droite) a défendu sans relâche la cause des organismes devant le gouvernement pour obtenir des financements. Photo : Gracieuseté Claudia Leboeuf

Les coupes budgétaires en culture restent un sujet récurrent, comme on le voit en ce moment avec les compressions au Conseil des arts de l’Ontario. Qu’en pensez-vous?

C’est ma grande frustration au Canada : c’est toujours la culture qui fait les frais en premier. On accorde une place disproportionnée au sport par rapport à la culture. Les gouvernements, qu’ils soient fédéral, provincial ou municipal, n’investissent pas suffisamment. Pourtant, lorsque l’histoire avance, qu’est-ce qui reste d’un peuple ou d’un pays? Sa culture, rien d’autre! Quand je vois la ténacité dont fait preuve l’équipe du TfT pour financer ses projets, je les admire profondément.

Avec le recul, n’avez-vous jamais regretté de ne pas être montée sur les planches en tant que comédienne?

Non, jamais. L’administration est le domaine où je me suis sentie la plus utile et la plus capable. Ce furent des métiers exigeants – on ne comptait pas ses heures, travaillant les soirs et les fins de semaine en réunions ou téléconférences -, mais d’une richesse humaine inestimable.

J’ai eu la chance extraordinaire d’aimer profondément chacun des emplois que j’ai occupés dans ma vie. Le TfT reste le plus beau souvenir de ma carrière, et je continuerai de le soutenir aussi longtemps que je vivrai! »


1972 : Arrivée à Toronto

1979 : Administratrice du Théâtre du P’tit Bonheur

1989 : Directrice de l’Assemblée des centres culturels de l’Ontario

1992 : Directrice du Regroupement des intervenants francophones en santé et en services sociaux de l’Ontario

2026 : Lauréate du Prix Paulette-Gagnon pour son parcours professionnel exemplaire au service de la communauté

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Des milliers de voix s’élèvent pour un meilleur financement de l’éducation en Ontario

TORONTO – Partout dans la province, syndicats, enseignants, travailleurs en éducation, jeunes et familles étaient réunis sous la bannière « Ensemble pour l’éducation financée par les fonds publics ». À Queen’s Park, les Franco-Ontariens étaient en nombre pour protester contre un sous-financement du système d’éducation.

À quelques jours de la rentrée parlementaire et des élections municipales, des milliers de personnes réunies devant l’Assemblée législative de l’Ontario ont fait entendre leurs protestations à l’encontre du ministère de l’Éducation.

D’autres rassemblements étaient organisés en même temps, ce samedi 24 octobre, dès 13h, à Ottawa, devant la Colline du Parlement, à London, Sudbury et Thunder Bay.

« Rassemblements pour l’éducation financée par les fonds publics » était le mot d’ordre des pancartes officielles de la manifestation. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Entre autres revendications, les cinq syndicats organisateurs, dont l’AEFO, dénoncent notamment un financement réel par élève qui diminue, un affaiblissement du rôle des conseillers scolaires et plusieurs enjeux du système d’éducation public que déplorent les acteurs du milieu : le déficit de financement de 6,5 milliards de dollars, la crise liée au recrutement et à la rétention du personnel enseignant et scolaire, la taille et la complexité des classes, la violence et la sécurité dans les écoles, les services d’éducation spécialisée et de soutien en santé mentale, ou encore les répercussions possibles de la ronde de négociations en cours.

À Toronto, francophones et anglophones manifestaient ensemble d’une même voix dans une ambiance enflammée, avec des pancartes bilingues du thème de la journée « Ensemble pour l’éducation financée par les fonds publics ».

Des drapeaux de toutes les couleurs étaient brandis par une foule survoltée qui se faisait entendre de loin.

« C’est au sein de notre système d’éducation financé par les fonds publics que les élèves bâtissent leur avenir, que l’égalité des chances prend forme et que nous cultivons et préservons notre langue et notre culture pour nos communautés francophones. Le personnel enseignant et les travailleurs en éducation en ont déjà beaucoup sur leurs épaules, trop souvent sans avoir les ressources et le soutien nécessaires pour bien faire leur travail. Ça ne peut plus durer », a exprimé la présidente de l’AEFO, Gabrielle Lemieux, devant Queen’s Park.

Gabrielle Lemieux, présidente de l’AEFO, a pris la parole réclamant le changement et rappelant que les conditions de travail du personnel en éducation sont les conditions d’apprentissage de nos élèves. Photo : gracieuseté de l’AEFO

Les jeunes ont largement pris part à la mobilisation. Très acclamé, le discours passionné d’Henri Lavergne, président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), réuni sur scène avec d’autres membres, se voulait fédérateur : « Notre message aujourd’hui est simple : nos écoles ont besoin des ressources nécessaires pour permettre à chaque jeune d’apprendre, de grandir et de réussir! »

« Lorsque nous parlons d’éducation publique, on ne parle pas seulement de budget, de statistiques ou de politique (…) Et aujourd’hui, trop de jeunes voient les mêmes défis se répéter : des écoles et des infrastructures qui vieillissent, des ressources en santé mentale qui ne répondent pas toujours aux besoins, et des écoles qui peinent à trouver suffisamment de personnel qualifié. »

Henri Lavergne, président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), et plusieurs membres de l’organisme ont pris place sur scène pour faire entendre la voix des jeunes. Photo : Sandra Padovani/ONFR

« Des membres du personnel qui font tout ce qu’ils peuvent, mais à qui on demande constamment de faire plus avec moins! Les élèves ont fini parfois par considérer ces réalités comme normales. Laissez-moi vous dire une chose : ce n’est pas normal! », a-t-il décrié.

Celui-ci n’a pas manqué de revendiquer également au micro, à l’adresse des Franco-Ontariens qui battaient le pavé : « une éducation par et pour les francophones », saluée immédiatement par les drapeaux verts et blancs flottant au vent.

D’autres syndicats ont également pris la parole, avançant que cette ronde de négociations est différente des précédentes, avec une meilleure préparation et un front uni entre syndicats, enseignants, parents, jeunes et constituants.

Dans le cadre des élections municipales à venir, ce lundi 26 octobre, un appel à un vote « informé » pour les conseillers scolaires a été également lancé.

Pierre Labrie, gestionnaire scolaire le jour et lutteur professionnel sur le ring

À 45 ans, le Franco-Ontarien Pierre Labrie mène une double vie. Gestionnaire au sein d’un conseil scolaire d’Ottawa, il devient Caster McFear lorsqu’il monte sur le ring. Ce samedi 24 octobre, il participera au gala Bytown Brawl II, à la Place TD, avec l’espoir de se rapprocher d’un dernier titre de champion, près de vingt ans après le précédent.

Au quotidien, Pierre Labrie supervise les opérations de 27 établissements du conseil scolaire public anglophone d’Ottawa et quelque 150 employés. Une responsabilité qu’il assume après avoir travaillé pendant vingt ans comme concierge. Mais une fois ses obligations professionnelles et familiales terminées, le Franco-Ontarien enfile un tout autre costume.

Celui de Caster McFear, un prétendu acteur hollywoodien arrogant, convaincu d’être une vedette du cinéma. Un personnage qu’il incarne sur les rings de lutte professionnelle depuis plus de deux décennies. « Caster McFear, le personnage, il n’est rien comme Pierre Labrie », explique-t-il à ONFR.

Caster McFear pousse l’autodérision jusqu’à apporter son propre scénario sur le ring, prétendant imposer le déroulement du combat à ses adversaires. Une manière de jouer avec les codes de la lutte professionnelle et son caractère scénarisé. Photo : gracieuseté

Son personnage arrive notamment sur le ring avec un classeur portant l’inscription « Script », censé contenir le scénario du combat. Il exige que ses adversaires respectent ses instructions, mais finit généralement par être tourné en ridicule. Il appelle même ses admirateurs les stupid extras, ou « figurants stupides », une expression que certains spectateurs ont adoptée avec humour.

« Moi, ce qui m’attire le plus, ce sont les émotions que ça donne aux gens. L’histoire que tu peux raconter », confie celui qui privilégie l’aspect théâtral de la discipline.

Une passion née devant la télévision

Comme de nombreux enfants des années 1980 et 1990, Pierre Labrie découvre la lutte professionnelle devant les spectacles de la WWF, devenue depuis la WWE. D’abord admirateur de Hulk Hogan, il développe ensuite une passion pour Bret Hart.

Adolescent, il organise avec ses amis des combats improvisés sur des matelas, dans leur arrière cour. Le déclic survient autour de l’an 2000, lorsqu’il assiste à des spectacles de lutte indépendante à Ottawa. Sa rencontre avec des lutteurs lui permet d’entrer en contact avec un entraîneur. Il commence sa formation en mai 2001 et dispute son premier véritable combat en février 2002, à Gatineau.

Mais sa carrière connaît une interruption de six ans. Devenu père, il décide de s’éloigner des rings, préoccupé par les risques physiques de la discipline. « Je voulais être un papa. Je ne voulais pas prendre de gros risques et risquer de ne pas être capable de tenir ma fille », raconte-t-il.

Si les résultats des combats de lutte professionnelle sont scénarisés, les prises et les efforts physiques sont bien réels. Ici, Caster McFear exécute une prise de soumission sur son adversaire, sous les yeux des spectateurs. Photo : gracieuseté

Une tentative de retour est également interrompue lorsqu’il apprend, juste avant un combat, que son père vient d’être hospitalisé à la suite d’un anévrisme. Il retrouve finalement le goût de la lutte avant la pandémie, encouragé par sa remise en forme et le regain d’intérêt du public pour la discipline.

Aujourd’hui père de deux filles, il doit jongler entre sa carrière professionnelle, sa famille et les entraînements. « J’ai un gym à la maison. J’aimerais trouver plus de temps pour aller dans un ring et pratiquer mes affaires », reconnaît-il.

À 45 ans, il privilégie désormais un style davantage fondé sur l’humour et la mise en scène que sur les acrobaties spectaculaires.

Une dernière ceinture pour ses filles?

Ce samedi 24 octobre à 19h, Pierre Labrie retrouvera l’aréna de la Place TD pour Bytown Brawl II, organisé par la Premier Canadian Wrestling (PCW), une fédération active dans la région d’Ottawa-Gatineau.

L’événement réunira notamment Moose, plusieurs fois champion du monde de la TNA, tandis que la vedette de la WWE Natalya Neidhart participera à une rencontre avec les amateurs.

Perché sur les cordes du ring, Caster McFear privilégie les séquences humoristiques aux acrobaties les plus risquées. À 45 ans, le lutteur adapte son style pour continuer à divertir le public tout en ménageant son corps. Photo : gracieuseté

Aux côtés de Deeno Benjamin, son partenaire au sein de l’équipe Money Made, Caster McFear prendra part à un combat à quatre équipes avec des échelles. L’objectif sera de décrocher une valise donnant droit à un futur combat pour le championnat par équipe.

« Personnellement, ça va être le plus gros match de ma carrière », affirme-t-il.

Cette occasion revêt une importance particulière pour le lutteur. Son dernier championnat remonte à près de vingt ans, bien avant la naissance de ses filles. « Mes deux filles m’ont vu lutter, mais elles ne m’ont jamais vu avec un championnat », souligne-t-il, espérant pouvoir un jour ramener une ceinture à la maison.

Identité franco-ontarienne et ambitions au cinéma

Franco-Ontarien, élevé et scolarisé en français, Pierre Labrie évolue néanmoins dans un milieu où l’anglais domine. Son personnage s’exprime principalement dans cette langue, même s’il lui arrive d’intégrer le français à ses prestations, notamment au Québec. « J’ai grandi franco-ontarien, j’étais à l’école française, puis dans ma famille, on se parle en français », rappelle-t-il.

Conscient que sa carrière sur les rings approche de sa fin, il envisage également une transition vers le cinéma, après une première expérience comme figurant dans une production télévisée.

Mais avant de tourner définitivement la page, il lui reste un objectif : « Mon but, ça serait de pouvoir gagner au moins un autre championnat avant d’appeler ça une carrière. »

Une ambition qui pourrait commencer à se concrétiser ce soir à 19h, devant le public d’Ottawa.

Fabien Hébert réélu président de l’AFO pour un 3e mandat

RICHMOND HILL – À l’issue du 21e Sommet de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), c’est le président depuis quatre ans, Fabien Hébert, qui a été réélu à la tête de l’organisme porte-parole franco-ontarien. Il poursuivra donc le travail amorcé par les États généraux, qui ont déjà abouti à plus d’un an de consultations publiques et à la publication d’un livre blanc de 12 recommandations visant une réorganisation du réseau francophone.

C’est à l’issue du quatrième jour du Sommet annuel de l’AFO, pendant l’assemblée générale annuelle, que les résultats du vote pour le renouvellement de la présidence de l’organisme ont été dévoilés.

C’est donc Fabien Hébert qui reste à la présidence. Il s’agit d’un troisième mandat pour ce leader communautaire originaire du Nord de l’Ontario.

Élu pour la première fois en 2022, il avait été reconduit par acclamation pour un second mandat en 2024. Cette fois-ci, il faisait face à deux autres candidats en lice : Mélina Leroux, directrice générale de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), et le musicien et entrepreneur Abel Maxwell.

« Je suis très heureux que la communauté m’ait accordé sa confiance », exprime avec émotion Fabien Hébert, à notre micro, juste après l’annonce de son élection.

Celui-ci y voit également l’aval de la communauté mettant elle aussi la priorité dans la reconstruction avec les États généraux.

« On prend donc cet élan dans ce prochain mandat de deux ans avec l’idée de mettre en place tous les éléments pour réussir le plan d’action communautaire. »

Si le chantier est entamé, entre consultations à grande échelle et établissement des recommandations pour le futur de la communauté, celui-ci considère que la plus grosse tâche reste à venir : « Nous avons seulement établi nos priorités, mais il y aura un gros travail de terrain, on doit aller chercher le financement, avoir les discussions stratégiques. Dans deux ans, on aura effectué ce qu’on voulait accomplir et là les résultats en découleront », affirme-t-il.

Le plan d’action des États généraux sera publié en janvier 2027, a également indiqué le président.

Le président de l’AFO, Fabien Hébert (au centre), entouré des membres du conseil d’administration 2026-2027 à Richmond Hill, lors de la 21e assemblée générale. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Parmi les postes du conseil d’administration 2026-2027, outre la présidence, pour les nouveaux mandats de deux ans, trois postes régionaux ont été pourvus avec, respectivement pour la région Est, Marie-Claude Dicaire, la région Centre, Melinda Chartrand, et pour la région Nord-Ouest, Réal Deschatelets. Le poste pour la région Nord-Est reste pour l’heure vacant, aucune candidature n’ayant été retenue.

Le groupe identitaire Jeunesse sera représenté par Hilary Kemajou.

Les mandats d’un an reconduits incluent Denise Lemire, pour le volet Aîné.e.s et retraité.e.s, France Lamarche, pour le volet Femmes, Luc Bonaventure Amoussou et Naromie Azar Charles pour les MREF (Membres des minorités raciales et ethnoculturelles francophones).

Enfin, le poste régional du Sud-Ouest reste représenté par Jean Claude Ngendahayo.

On détruit leurs maisons, mais où vont les gens?

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Cette semaine, lors d’une conférence sur l’égalité linguistique à Halifax, j’ai visité Africville, une ancienne communauté noire située au bord du port de Halifax. En marchant dans ce lieu historique, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à d’autres communautés au Canada que les gouvernements et les électeurs ont décidé de faire disparaître.

Africville était autrefois une communauté vivante, avec des familles, une école, une église et plusieurs générations d’histoire. Pourtant, la Ville de Halifax a longtemps refusé de fournir des services publics essentiels, comme l’eau courante et les égouts, même si les résidents payaient leurs taxes. Finalement, les autorités ont déclaré que le quartier était inhabitable. À partir de 1964, les résidents ont été expulsés, leurs maisons démolies et leur communauté détruite. La dernière maison a disparu en 1970.

Il y a quelque chose de profondément troublant lorsqu’un gouvernement refuse de fournir des services essentiels et utilise ensuite la pauvreté qui en résulte pour justifier la destruction d’une communauté. De l’autre côté du port se trouvait Turtle Grove, une communauté mi’kmaq dévastée par l’explosion de Halifax en 1917. Contrairement aux quartiers voisins, Turtle Grove n’a jamais été reconstruite. Les survivants ont été dispersés. Bien avant l’explosion, les autorités cherchaient déjà à déplacer cette communauté. Contrairement à d’autres quartiers endommagés par l’explosion, Turtle Grove n’a pas reçu d’aide comparable pour se reconstruire. Ses habitants ont été laissés à eux-mêmes.

Ce qui m’a particulièrement frappé pendant ma visite, c’est l’histoire des relations entre les Noirs de la Nouvelle-Écosse et les Mi’kmaq. Ces communautés partageaient des histoires, des amitiés et des liens familiaux. J’ai rencontré des Néo-Écossais noirs qui parlaient avec fierté de leurs arrière-grands-mères autochtones. Alors que la société dressait souvent des barrières raciales, les personnes vivant en marge de cette même société trouvaient parfois des façons de s’accueillir les unes les autres.

Il y a aussi Rooster Town, à Winnipeg, également connu sous le nom de Pakan Ville, où vivaient des familles métisses autochtone. En 1959, la communauté a été démantelée pour faire place au développement urbain. Ses maisons ont été démolies ou brûlées. Les familles qui avaient construit leur vie ensemble ont été dispersées.

Un autre exemple est celui de la réserve de St. Peter’s, au Manitoba. En 1907, les ancêtres de l’actuelle Première Nation de Peguis ont perdu leurs terres fertiles près de la rivière Rouge à la suite d’une cession que le gouvernement fédéral a finalement reconnue comme invalide. De nombreuses familles ont été déplacées vers des terres moins productives, plus au nord.

L’Ontario ne fait pas mieux et possède ses propres exemples

En 1942, le gouvernement fédéral a exproprié la réserve de la Première Nation de Stoney Point, près d’Ipperwash, pour des besoins militaires. Seize familles ont été déplacées. Les terres n’ont pas été rendues après la Seconde Guerre mondiale, ce qui a entraîné des décennies de lutte.

Même le quartier des plaines LeBreton, à Ottawa, raconte une histoire semblable. En 1962, environ 2800 résidents ont été forcés de quitter leur quartier ouvrier pour permettre un projet de réaménagement urbain. Une grande partie du terrain est restée vide pendant des décennies. Ces histoires sont différentes, mais elles révèlent une tendance inquiétante. Les gouvernements ont décidé que certaines communautés étaient indésirables, dérangeantes ou représentaient des obstacles au progrès. La pauvreté devenait une justification pour les déplacer plutôt qu’une raison d’investir dans leur bien-être.

Aujourd’hui, le langage a changé. Nous entendons rarement des politiciens affirmer ouvertement qu’une communauté devrait disparaître en raison de sa race. On parle plutôt de sécurité publique, de propreté, de développement urbain et d’itinérance. Regardons les campements de personnes sans abri qui apparaissent dans les villes canadiennes.

Les personnes qui vivent sous des tentes sont présentées comme des problèmes à éliminer. Bien sûr, tout le monde mérite de vivre dans des conditions sécuritaires et sanitaires. Mais lorsque les autorités démantèlent un campement sans offrir de logements adéquats, où ces personnes sont-elles censées aller?

Est-ce que retirer leurs tentes met fin à leur pauvreté? Est-ce que les repousser vers un autre quartier rend la société plus sécuritaire? Serions-nous vraiment mieux si ces personnes disparaissaient tout simplement? Un chez-soi, c’est plus que quatre murs. Une communauté, c’est plus que des bâtiments. Ce sont des voisins, des souvenirs, des relations, des familles et un sentiment d’appartenance.

Africville, Turtle Grove, Rooster Town, St. Peter’s et Stoney Point nous rappellent que détruire des maisons crée davantage de problèmes. Cela détruit les relations humaines qui permettent aux gens de s’entraider et de réussir. Peut-être que la véritable mesure de l’égalité n’est pas notre capacité à faire disparaître les gens de notre vue, mais plutôt notre volonté de les aider à rester, à trouver leur place et à vivre dans la dignité.

On peut détruire leurs maisons. Mais où vont les gens?
Africville est détruite, le gouvernement a dit « désolé »,
Les maisons sont parties, les familles dispersées.
On promet de réparer les erreurs du passé,
Mais où iront les pauvres qu’on chasse aujourd’hui?

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Mairie de Hawkesbury : une élection charnière dans l’Est ontarien

HAWKESBURY – La course à la mairie de Hawkesbury s’impose comme une élection particulièrement ouverte pour le scrutin municipal avec un plateau de cinq candidats. Entre gouvernance locale, relance économique et place du français, les résidents doivent départager une grande variété de profils et de programmes.

À l’exception du canton de Hawkesbury-Est (où le maire sortant s’est désisté après la date limite au terme de 23 ans de règne), Hawkesbury est la seule municipalité de Prescott et Russell où le maire ne sollicite pas de nouveau mandat. Elle est également la seule de la région à proposer une course à cinq candidatures, à majorité féminine.

Dans cette localité où plus de 75 % des résidents ont le français comme première langue officielle parlée, la course oppose deux anciennes figures du conseil et trois candidatures issues du milieu des affaires ou de la société civile.

L’ancienne mairesse Jeanne Charlebois, cumulant 31 ans d’expérience municipale et deux mandats à la mairie, y affronte la conseillère sortante Julie Séguin, gestionnaire de formation et étudiante en administration publique.

La course marque également le retour de Gilles Roch Greffe, conseiller de 2000 à 2010 issu des services sociaux et de la gestion, tout en attirant deux candidats du milieu des affaires montréalais récemment établis dans la région : Johanna Raso, titulaire d’un MBA et experte en gestion d’actifs immobiliers commerciaux à l’échelle mondiale, ainsi que Denis Pirollo, entrepreneur et gestionnaire immobilier.

Hawkesbury se distingue aussi par sa mécanique électorale : étant la seule municipalité de Prescott et Russell à avoir refusé le vote virtuel ou téléphonique pour conserver uniquement le vote traditionnel en personne sur bulletin papier. Alors que le vote par anticipation est ouvert depuis le 22 octobre, le choix final s’effectuera lors de la journée du scrutin, lundi prochain.

Impliquée entre autres à l’AFMO, au Centre culturel Le Chenail, ou encore au sein de Leadership féminin Prescott-Russell, la conseillère sortante Julie Séguin terminera sous peu ses études en administration publique au Collège Boréal. Photo : Inès Rebei/ONFR

Vers plus de transparence?

Signe d’un malaise citoyen alimenté par la situation financière précaire de la municipalité, et ayant contribué à la création de la Ligue du réveil civique de Hawkesbury plus tôt cette année, la transparence suscite une opposition ferme et partagée par l’ensemble des candidats.

Gilles Roch Greffe explique que les rumeurs persistantes visant Hydro Hawkesbury ont déclenché sa candidature, qualifiant l’entreprise publique de « patrimoine » et d’« instrument de souveraineté locale ». Le maire sortant a pour sa part rappelé à plusieurs reprises dans les médias que la société n’a pas été vendue, précisant que tout parlementage préalable relève du huis clos confidentiel prescrit par la loi avant tout débat public.

Même son de cloche chez Jeanne Charlebois qui affirme, depuis qu’elle est mairesse, son opposition à la transaction : « Il n’a jamais été question dans ma tête de la vente d’Hydro Hawkesbury, parce qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même ».

Des premières rumeurs sur la vente d’Hydro Hawkesbury ont émergé en 2018 avant de refaire surface en 2025. Photo : Inès Rebei/ONFR

L’accès à l’information et le fonctionnement des réunions du conseil municipal suscitent également des propositions concrètes de réformes. Gilles Roch Greffe promet notamment un accès direct en séance publique : « Moi je veux ramener la période de questions des résidents à la table du conseil. S’ils en ont, on allouera un certain temps pour qu’ils puissent les poser ».

Sur ce même enjeu de la reddition de comptes, Denis Pirollo cible le fonctionnement du registre municipal, observant que sur six ans d’archives et 404 blocs de vote au conseil, aucun procès-verbal ne précise le vote individuel de chaque conseiller. Il affirme qu’« un vote qu’on ne peut pas consulter est un vote dont personne ne rend compte », s’engageant à exiger un vote consigné sur chaque décision d’envergure.

Mettant en avant son parcours institutionnel, Johanna Raso estime que la rigueur de la gouvernance et de la transparence doit se refléter directement dans les choix budgétaires de la Ville : « C’est dans le budget qu’on voit la vision d’une municipalité », affirme-t-elle, déplorant qu’il y ait actuellement « peu de budget pour des choses qui sont très importantes pour le bien-être de la communauté ». Évoquant des démarches passées où ses propositions de projets n’avaient pas été retenues par l’administration locale, elle plaide pour une gestion fondée sur l’éthique et la concertation.

Sur le huis clos, Denis Pirollo rappelle qu’en mars 2026, l’Ombudsman de l’Ontario a jugé illégale une réunion à portes fermées de décembre 2024. Il s’engage à encadrer strictement ces séances confidentielles. Photo : Gracieuseté de Denis Pirollo

Inscrite au cœur des cinq priorités de sa vision pour la municipalité, la saine gouvernance portée par Julie Séguin passe par le rétablissement des comités publics et de la période de questions au conseil. Celle qui est au conseil depuis 2022 préconise également l’établissement de mécanismes de consultation systématiques en amont des projets et une plus grande imputabilité dans la gestion des contrats publics.

De son côté, Jeanne Charlebois suggère la création de trois comités municipaux permanents consacrés à la voirie, aux loisirs et au développement économique avec la participation de citoyens, tout en ayant également signalé au début de sa campagne que la transparence et la saine gestion financière étaient les piliers fondamentaux devant encadrer le prochain mandat.

Face à la crise du logement qui touche Prescott et Russell, Jeanne Charlebois préconise la création d’un comité dédié au conseil des Comtés unis pour mettre en œuvre le plan décennal sur le logement abordable. Elle s’engage à interpeller directement les instances provinciales et fédérales afin d’accélérer l’octroi de subventions pour les constructeurs locaux. Photo : gracieuseté de Jeanne Charlebois

Équité linguistique

Dans cette municipalité désignée comme Communauté francophone accueillante depuis 2019, l’accès aux services municipaux en français fait l’objet d’un débat approfondi, particulièrement à la suite de présentations de documents administratifs uniquement en anglais lors de démarches récentes comme la révision du Plan officiel de la ville.

Gilles Roch Greffe déplore le fait que la majorité des documents déposés au conseil soient unilingues anglais et insiste pour qu’ils soient systématiquement traduits et présentés de manière bilingue dans les deux langues officielles. Affirmant que « notre français est primordial dans la municipalité », il propose d’offrir la formation nécessaire au personnel municipal et de permettre aux citoyens de signaler facilement les difficultés d’accès aux services en français. 

De son côté, Julie Séguin préconise une approche réglementaire plus stricte pour corriger ces lacunes. Elle souhaite « intégrer des exigences linguistiques aux contrats et aux appels d’offres municipaux » et mettre en place « des mécanismes de dialogue régulier avec les organismes francophones afin qu’ils soient impliqués suffisamment tôt dans les politiques, projets et décisions pouvant avoir une incidence sur la francophonie ».

Gilles Roch Greffe table sur la synergie avec les villes voisines pour alléger le fardeau financier de la municipalité et enrichir l’offre de services aux citoyens. Photo : gracieuseté de Gilles Roch Greffe

Jeanne Charlebois a récemment rappelé avoir toujours travaillé avec les organismes francophones de Prescott et Russell. Elle souligne que la Ville offre déjà ses services dans les deux langues, tout en proposant d’instaurer des résumés bilingues systématiques pour les dossiers municipaux et d’encourager l’affichage Bonjour/Welcome chez les commerçants locaux.

Sur le plan de la dualité linguistique, Johanna Raso s’engage à soutenir activement la communauté francophone et les initiatives culturelles de la région. « Pour la francophonie, je suis prête à l’appuyer à 1000 % », assure-t-elle, mettant en avant son expérience en bénévolat et en levée de fonds pour des festivals communautaires. La retraitée insiste également sur le maintien de services municipaux et de communications bilingues pour répondre aux besoins de l’ensemble de la population.

Denis Pirollo associe la vitalité francophone à l’emploi et à la rétention de la jeunesse par la création de stages coopératifs et d’apprentissages en français à la municipalité.

Développement économique

Les candidatures présentent différentes approches économiques pour aborder la réfection des infrastructures, l’élargissement de l’assiette fiscale et le vieillissement de la population.

L’expansion territoriale au sud de la route 17 constitue un point de convergence majeur entre plusieurs candidats. Jeanne Charlebois et Gilles Roch Greffe appuient tous deux la poursuite des démarches concernant le secteur de plus de 100 hectares en entente avec le canton de Champlain, où Hawkesbury fournirait les services d’eau et d’égouts en échange de revenus industriels et fiscaux. 

Gilles Roch Greffe observe : « Nos jeunes, quand ils s’en vont au collège ou à l’université, ne reviennent pas toujours dans la municipalité. C’est pourquoi nous devons travailler très fort sur le développement économique afin de retenir nos futures générations. »

Face à l’augmentation de l’âge médian à Hawkesbury, passé de 42 à près de 55 ans en vingt ans, Denis Pirollo aborde la relance sous l’angle de la formation et de l’assouplissement réglementaire. Il propose de créer des stages coopératifs, des emplois d’été et un comité consultatif jeunesse à la Ville, tout en réduisant les exigences de stationnement pour faciliter la construction de logements au centre-ville. 

« Cette ville possède une rue principale en train d’être rebâtie, un bord de rivière que bien des villes nous envieraient, et un calendrier d’événements porté par du monde qui aime cette place », déclare-t-il également.

Ancienne chargée de cours à l’Université McGill et décorée de la Médaille du souverain pour les bénévoles, Johanna Raso propose la révision du Connecting Link (rue McGill), un plan de transport, la modernisation du réseau électrique et l’implantation d’un pôle d’éducation/recherche. Photo : Gracieuseté de Johanna Raso

Il précise vouloir « abattre le mur du stationnement au centre-ville » et permettre au personnel d’approuver les dossiers simples.

Pour sa part, Julie Séguin s’appuie sur son projet NEXUS 27, un événement annuel alliant festival et sommet jeunesse pour les 12-25 ans, visant à freiner l’exode des jeunes en les connectant aux décideurs et aux opportunités locales. Elle propose également de démarcher les gouvernements provincial et fédéral pour implanter une antenne d’enseignement postsecondaire dans la municipalité.

En matière de développement économique, Johanna Raso insiste sur la nécessité d’assainir le réseau électrique et les infrastructures avant de pouvoir attirer de nouvelles entreprises. Évoquant une industrie locale d’environ 200 employés dont une grande partie réside à l’extérieur de la municipalité, elle rapporte que des pannes fréquentes forcent des redémarrages coûteux.

« On ne peut pas promettre à la population d’attirer des entreprises avec un manque d’électricité, un manque de main-d’œuvre et nos rues qui manquent de fonds pour réparer », martèle-t-elle.

Elle met toutefois en garde contre un développement résidentiel sans stratégie industrielle, affirmant : « On ne peut pas simplement ériger des maisons sans attirer des entreprises. L’urbanisme doit être symbiotique pour éviter de transformer Hawkesbury en une ville-dortoir où les gens ne feraient que dormir ici, tout en travaillant et en dépensant leur argent ailleurs ».

Municipales : À Toronto, le comité francophone attend des engagements à l’approche des élections

TORONTO – À quelques jours des élections municipales du 26 octobre, l’avenir du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto reste en suspens. Après trois années de travaux, plusieurs de ses recommandations attendent encore d’être concrétisées. Ses membres appellent la prochaine administration à poursuivre les efforts engagés, alors que les enjeux francophones demeurent peu visibles dans la campagne des principaux candidats à la mairie.

Le Comité consultatif des affaires francophones de Toronto arrive au terme de son mandat 2023-2026 avec plusieurs avancées à son actif, mais aussi des interrogations sur son avenir. Rétabli pour le mandat municipal actuel, il devra faire l’objet d’une nouvelle décision du conseil municipal pour poursuivre ses activités.

« Je dirais que le bilan est plutôt positif, même si j’aurais aimé que certaines choses avancent plus vite », résume Mareva Cestor, membre du comité.

Elle cite notamment les initiatives dans les musées municipaux, les travaux sur l’accès au logement et l’inventaire des services municipaux disponibles en français.

Des avancées encore à concrétiser

En juin 2026, le comité a formulé plusieurs recommandations qui ont reçu un accueil favorable du Comité du développement économique et communautaire de la Ville le mois suivant.

Parmi elles, la création éventuelle d’un portail centralisé permettant aux francophones de retrouver les services municipaux, les programmes et les consultations publiques accessibles dans leur langue. La Ville en étudiera la faisabilité, avec un rapport attendu au premier trimestre 2027.

« Ce portail ne doit pas être une simple liste de liens. Il faut qu’il soit facile à utiliser, régulièrement mis à jour et qu’il permette aux citoyens de savoir clairement quels services sont réellement accessibles en français », insiste Mareva Cestor, à l’origine de cette recommandation.

Mareva Cestor souhaite profiter d’une éventuelle reconduction du comité pour améliorer son fonctionnement, notamment en favorisant des échanges plus réguliers et plus souples avec la communauté francophone. Photo : Cynthia-Laure Etom

Autre avancée : le rapprochement avec l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO). Le conseil municipal a approuvé des adhésions individuelles pour 2026 et 2027. Une éventuelle adhésion institutionnelle sera évaluée en 2027, en vue d’une concrétisation pour 2028.

Le Théâtre français de Toronto figure également parmi les dossiers soutenus. En juin, le conseil municipal a autorisé l’étude d’une garantie de prêt pouvant atteindre trois millions de dollars pour un projet d’acquisition immobilière, sous plusieurs conditions. En juillet, un comité municipal a demandé d’examiner d’autres possibilités de soutien financier et de partenariat pour une salle permanente, avec un rapport attendu début 2027.

Pour Mareva Cestor, ces décisions sont encourageantes, mais ne garantissent pas encore des résultats pour les citoyens.

« Entre une recommandation adoptée, une étude lancée et un changement que les francophones peuvent réellement constater dans leur quotidien, il y a parfois un long chemin. »

Un comité qui réclame davantage de moyens

Au-delà de ces dossiers, les membres interrogés souhaitent renforcer le fonctionnement du comité.

Mareva Cestor souligne que celui-ci ne s’est réuni que huit fois entre 2023 et 2026, malgré le passage de deux à trois réunions annuelles. Elle déplore également la lourdeur des procédures administratives, qui ralentit parfois le suivi des recommandations.

« Je souhaiterais que chaque recommandation importante puisse être associée à un responsable administratif, à un calendrier et à des indicateurs de résultats », explique-t-elle.

Amikley Fontaine, également membre du comité, propose la création d’une unité municipale francophone chargée de coordonner les services en français et d’assurer le suivi des demandes communautaires. Il souhaite aussi que la Ville recense les employés francophones dans ses différents services.

Le financement demeure une autre préoccupation. Selon lui, les organismes francophones bénéficient déjà de certaines aides municipales, mais aucun fonds spécifique ne leur est consacré. Il plaide pour un soutien financier et logistique accru, notamment envers les organismes accompagnant les nouveaux arrivants et les communautés francophones racisées.

Membre du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto, Amikley Fontaine souhaite que la Ville accorde une attention particulière aux besoins des nouveaux arrivants francophones et des communautés racisées, dont les organismes jouent un rôle important dans l’intégration et l’accès aux services. Photo : gracieuseté

Pour Amikley Fontaine, l’enjeu dépasse toutefois la simple reconduction du comité. Il souhaite avant tout que les recommandations formulées au cours du mandat ne restent pas sans suite.

« Mon inquiétude est une exigence de suivi, pas pour un deuxième mandat : nos recommandations ne doivent pas finir dans un tiroir », explique-t-il.

Il cite notamment la création d’un guichet francophone, le maintien des services bilingues dans les musées et l’instauration d’un soutien financier pérenne aux organismes franco-torontois. « Le comité consultatif est l’outil indispensable pour s’assurer que la Ville respecte ses engagements envers la communauté », estime-t-il.

La francophonie peu présente dans la campagne municipale

À quelques jours des élections municipales du 26 octobre, les enjeux francophones peinent à trouver une place identifiable dans les propositions des deux principaux candidats à la mairie de Toronto.

La mairesse sortante Olivia Chow met notamment l’accent sur le logement abordable, les transports et les services municipaux, tandis que son adversaire Brad Bradford concentre sa campagne sur la sécurité publique, la congestion routière et le coût de la vie. Leurs plateformes électorales ne mettent pas en évidence d’engagement spécifique concernant l’avenir du Comité consultatif des affaires francophones ou l’élargissement des services municipaux en français.

Les candidats à la mairie de Toronto réunis lors d’un débat organisé par le Toronto Star et la Chambre de commerce de la région de Toronto. La mairesse sortante Olivia Chow défend notamment la construction de logements abordables et l’amélioration des transports en commun, tandis que son principal adversaire, Brad Bradford (à droite), mise sur la sécurité publique, la réduction des taxes et la lutte contre la congestion routière. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Malgré plusieurs sollicitations d’ONFR, ni Olivia Chow ni Brad Bradford n’ont répondu à nos questions sur ces enjeux.

L’ancien ministre fédéral Chris Alexander, qui s’est retiré de la course le 6 octobre, avait pour sa part transmis plusieurs propositions à ONFR. Il s’engageait notamment à pérenniser le comité consultatif, à créer un poste municipal à temps plein consacré aux services en français et à organiser des consultations publiques francophones sur les grands projets de la Ville.

La reconduction du comité en question

Ces engagements ne sont toutefois plus portés par un candidat en campagne. Cette faible visibilité des enjeux francophones dans la campagne déçoit également Amikley Fontaine, qui regrette particulièrement l’absence de débat électoral en français.

« Être francophone en situation minoritaire, c’est un combat quotidien pour maintenir notre présence et nos droits. L’absence de la langue française dans ces échanges électoraux démontre à quel point notre travail est indispensable pour que la francophonie ne soit jamais oubliée », déplore-t-il.

Mareva Cestor, elle, ne se dit pas inquiète pour l’avenir du comité, mais souligne que sa reconduction intervient à un moment charnière, alors que plusieurs rapports municipaux sont attendus en 2027.

« Ce serait donc dommage de ne pas pouvoir assurer la continuité de ce travail au moment où ces projets commencent à prendre forme », souligne-t-elle.

Elle espère que le prochain conseil municipal reconduira le comité et profitera de cette occasion pour renforcer son fonctionnement, notamment en favorisant des échanges plus réguliers avec la communauté francophone.

Mais elle attend aussi des réponses concrètes de la part des candidats à la mairie. « Nous ne demandons pas simplement des déclarations de soutien. Nous aimerions savoir si les candidats souhaitent maintenir le Comité, comment ils envisagent d’améliorer l’accès aux services municipaux en français et quels moyens ils seraient prêts à y consacrer. »

Élections municipales à Hearst : la rétention des jeunes francophones, un enjeu central

HEARST – À quelques jours du scrutin, les trois candidats à la mairie continuent de mener leurs campagnes respectives. Figure parmi les enjeux principaux de la ville, la rétention des jeunes, notamment dans un contexte démographique caractérisé par un vieillissement de la population. Alors que la région voit une hausse de l’immigration francophone, en particulier des étudiants, voici comment les trois candidats à la mairie comptent favoriser la rétention des jeunes francophones.

À Hearst, trois candidats ambitionnent de devenir le prochain maire de la municipalité. Roger Sigouin, le maire sortant en exercice depuis 2002, est confronté à Gaëtan Baillargeon, conseiller municipal de la ville, et Jean-Marie Blier, ancien maire élu en 1997. Parmi les enjeux abordés par les candidats, la rétention des jeunes francophones occupe une place centrale.

Dans le village gaulois de l’Ontario, où 84 % de la population parle français, le vieillissement démographique demeure un enjeu. Selon le recensement de 2021, près du quart des habitants ont 65 ans ou plus, et l’âge moyen est de 45 ans. La ville accueille toutefois depuis quelques années davantage de nouveaux arrivants francophones, souvent de jeunes étudiants venus suivre une formation à l’Université de Hearst. En 2021, 45 % des nouveaux arrivants avaient entre 15 et 24 ans.

Véritable pôle d’attraction pour la jeunesse francophone, l’établissement enregistrait en septembre dernier 331 étudiants inscrits. L’année scolaire précédente, l’université atteignait son record historique d’inscriptions.

« Le maintien d’une communauté étudiante importante dans nos trois campus témoigne de l’engagement de toute notre équipe et du rayonnement de l’Université de Hearst. Notre ouverture sur le monde, qui se reflète par la présence d’étudiantes et d’étudiants provenant du Canada et de 20 autres pays, constitue également une grande source de fierté et contribue au développement de nos communautés », exprimait Frédéric F. Nickner, le vice-recteur à l’enseignement et à la recherche.

Le logement, le nerf de la guerre

Ce problème de rétention est indissociable des autres lacunes de la municipalité en termes de logement et de services publics, affirme le candidat Gaëtan Baillargeon. Pour encourager les jeunes francophones à s’implanter, il faut proposer de meilleurs services.

« Le manque de main-d’œuvre est un problème que je connais très bien comme entrepreneur et directeur de l’éducation. Je comprends les difficultés à recruter, puis à garder le personnel. Si une personne arrive à Hearst et ne trouve pas de logement et que c’est difficile d’obtenir des services de santé, il y a beaucoup de monde qui ne veut pas toujours venir s’établir ici. Je reviens toujours à l’importance du logement, puis les services de qualité de vie pour le monde. »

L’Université de Hearst souhaite ouvrir une nouvelle résidence étudiante d’ici août 2027. Photo : Inès Rebei/ONFR

Pour y remédier, il propose un partenariat étroit avec les organismes et institutions de la municipalité. « Je pense qu’il faut continuer de travailler davantage avec l’Université de Hearst, les appuyer et aussi travailler avec le Collège Boréal, puis tous les employeurs de la région parce qu’eux aussi, ils cherchent à attirer de jeunes étudiants et du monde qui vient s’établir dans le Nord de l’Ontario. »

De son côté, le maire sortant rappelle l’aide récente apportée à l’établissement. « Afin de favoriser la rétention de jeunes francophones, il est évident que le tout passe par le développement économique et les logements à prix abordable. À ce sujet justement, la ville de Hearst a fait don d’un terrain à l’Université de Hearst visant la construction d’un immeuble à logements pour les étudiants francophones », dit-il, en référence au terrain cédé pour le futur projet de résidence étudiante, dont l’ouverture est prévue pour 2027.

Au-delà des logements étudiants, M. Sigouin envisage d’obtenir du financement pour faire avancer des projets résidentiels adaptés aux besoins des personnes de tous âges. « On pourrait se pencher également sur la possibilité de demandes de subventions pour construire des logements abordables multigénérationnels où la jeunesse et les personnes âgées cohabitent dans un climat d’entraide mutuelle ».

Pour Jean-Marie Blier, retenir les jeunes consiste en une promotion active des opportunités d’études et professionnelles à Hearst auprès des étudiants du secondaire, histoire de limiter l’exode vers les grandes villes. « C’est important que les présentations se fassent aussi en 11e et 12e année dans les écoles secondaires catholiques ou publiques, note-t-il, afin que notre système d’éducation puisse démontrer à nos jeunes qu’on va faire tout le possible pour les garder ».

S’il est élu, il s’engage également à faire avancer le projet de résidence étudiante porté par l’Université de Hearst.

La francophonie comme moyen d’attraction

Pour inciter les jeunes francophones et les nouveaux arrivants à rester, il faut mettre en lumière la francophonie à Hearst, avancent les trois candidats. Avec une population majoritairement francophone, Hearst propose un quotidien ancré dans la langue Molière, souligne M. Baillargeon.

 « Ici, dans le nord d’Ontario et à Hearst, on a une petite niche, c’est vraiment la francophonie. Si on est capable d’attirer les francophones dans notre région, je pense qu’ils vont vouloir rester parce qu’ils vont se voir eux-mêmes », confie-t-il.

M. Blier partage un avis similaire. « S’ils décident de rester, ils sont vraiment chez eux parce que nous sommes une communauté francophone. Je n’ai rien contre Sudbury ou North Bay ou Ottawa, mais la vie de tous les jours n’est pas francophone, comme à Hearst. Donc c’est sûr que nous allons leur donner les outils nécessaires pour qu’ils puissent étudier, demeurer à Hearst et aussi travailler à Hearst dans leur langue », conclut-il.

Quant au maire sortant, il salue les efforts des nombreux organismes et établissements de la ville dans leurs efforts pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants francophones, un travail qui favorise la rétention de ces nouveaux arrivants.

Le vote en ligne n’étant pas offert à Hearst, les électeurs pourront déposer leur bulletin de vote le 26 octobre.

Bilinguisme au Collège Glendon : la FESFO réclame des garanties

Dans une lettre adressée ce jeudi à la direction de l’Université York, au directeur du campus et au président du Conseil des gouverneurs, la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) met en garde contre l’affaiblissement de la vocation bilingue du Collège Glendon, menacé d’être délocalisé vers un campus à majorité anglophone.

« À force de réduire nos espaces, de déplacer nos services et de nous demander de nous intégrer à des environnements anglophones, on risque de perdre quelque chose qu’un programme d’études ne peut pas remplacer : une communauté », alertent les responsables de la FESFO, cosignataires de la lettre, au nom des élèves et futurs étudiants qu’ils représentent.

« Dans quelques mois ou quelques années, plusieurs de nos membres devront choisir où poursuivre leurs études et, surtout, où continuer à construire leur vie en français (…), c’est pourquoi les changements au Collège Glendon nous concernent directement. »

Confrontée à une succession de déficits et une baisse régulière du nombre d’étudiants, l’Université York envisage en effet de déménager l’actuel campus Glendon vers celui de Keele, à majorité anglophone, en plus d’abolir le statut de faculté de l’institution.

L’avenir du campus bilingue de Glendon fait débat à la suite d’une proposition de déménagement vers le campus Keele. Photo : archives ONFR

Ce projet, auquel l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’oppose, n’en est qu’à l’étape de proposition, mais suscite de sérieuses interrogations parmi les étudiants et professeurs.

« Notre position est claire, résume Henri Lavergne, président de la FESFO : il faut s’assurer que les institutions et les espaces physiques pour les francophones soient maintenus. On peut déplacer un programme, pas une communauté. »

Interrogé par ONFR au moment du congrès de l’AFO, M. Lavergne estime que « depuis longtemps, une communauté s’est bâtie autour du campus actuel et que son transfert à Keele créerait les conditions parfaites à leur assimilation. On le vit dans certaines écoles, on sait comment ça fonctionne. »

Son organisation demande donc à l’Université York de s’engager à ce que toute décision concernant l’avenir de Glendon préserve un espace physique où le français peut être vécu tous les jours, maintienne des espaces de rassemblement et de vie étudiante francophones, et accorde une place réelle à la communauté franco-ontarienne dans la gouvernance et les décisions concernant l’avenir de Glendon.

« L’éducation en français ne se limite pas à suivre des cours en français, rappellent à l’unisson les responsables de la FESFO. Elle se vit dans les corridors. Dans les activités parascolaires. Dans les services. Dans les rencontres. Dans des conversations entre les cours. Dans les espaces où parler en français devient naturel plutôt que forcé. Étudier en français, c’est aussi pouvoir vivre en français. »

Et d’enfoncer le clou : « Notre génération connaît trop bien les conséquences de l’assimilation. (…) Les jeunes franco-ontariens veulent pouvoir étudier en français, travailler en français, créer en français, se rassembler en français et construire leur avenir en français. (…) Nous demandons à l’Université York de nous démontrer que, peu importe la solution retenue pour Glendon, cette possibilité ne sera pas diminuée. »

Avec les informations de Mickaël Laviolle.

Casselman : l’eau, les médecins et les taxes au cœur de la course à la mairie

CASSELMAN – L’approvisionnement en eau, l’accès aux médecins, les taxes et l’identité francophone dominent la campagne à Casselman. La mairesse sortante Geneviève Lajoie défend son bilan. Le conseiller Paul Groulx et l’ancien directeur d’école François Richard proposent d’autres avenues.

À quelques jours du scrutin, les trois candidats à la mairie sillonnent cette municipalité de près de 4500 habitants, à majorité francophone. Paul Groulx affirme avoir visité environ 2000 portes; François Richard dit en avoir frappé plus de 1700.

« Pratiquement tout le monde me parle de l’eau. C’est une préoccupation évidente partout », souligne M. Richard, qui met de l’avant ses 38 ans en éducation, dont 25 à la direction d’écoles. Les mêmes préoccupations liées à l’aqueduc, aux services médicaux et à la circulation sont rapportées par M. Groulx.

Eau : des options et des coûts qui divisent

Paul Groulx veut comparer la modernisation de l’usine actuelle, alimentée par la rivière Nation Sud, à un raccordement au réseau de Clarence-Rockland, à une cinquantaine de kilomètres. Ce dernier projet coûterait environ 90 millions de dollars, estime-t-il, et dépendrait de subventions provinciales et fédérales.

La modernisation pourrait inclure un bassin de traitement et une filtration au sable vert contre le manganèse. M. Groulx en évalue le coût à environ 20 millions de dollars et souhaite aussi étudier le remplacement complet de l’installation.

« Présentement, il est trop tôt pour dire quelle option est la meilleure et laquelle est réalisable », affirme-t-il.

Après huit ans au conseil municipal, Paul Groulx mise sur son expérience et souhaite ramener les hausses de taxes au niveau du coût de la vie. Gracieuseté

François Richard juge que la modernisation ne réglerait pas la vulnérabilité de la source d’approvisionnement. Son alternative : un raccordement au réseau de Limoges, sur une dizaine de kilomètres.

« Est-ce qu’on va attendre d’avoir une crise pour régler le problème? Je pense qu’il faut prévoir, il faut planifier, il faut être proactif », dit-il.

M. Richard conteste les conclusions d’un rapport de 2024 sur les conduites et affirme que des travaux prévus à Limoges permettraient aussi de desservir Casselman. « Cette nouvelle conduite lui donnera une capacité supplémentaire, au-delà de ses besoins actuels », soutient-il.

Dans ses réponses écrites, Mme Lajoie rappelle avoir fait de l’eau une priorité stratégique en 2023 et lancé, l’année suivante, des discussions officielles avec Clarence-Rockland. Elle cite aussi le recours à un expert indépendant et ses démarches auprès des autres gouvernements.

« Tout est-il réglé? Non. Et je n’ai jamais prétendu le contraire », écrit-elle. « Il s’agit de décisions d’ordre technique, et non de promesses politiques. »

Taxes : contenir les hausses ou financer le rattrapage

Paul Groulx et François Richard souhaitent limiter les hausses de taxes. « Je pense qu’il faut ramener les hausses de taxes au niveau de l’augmentation du coût de la vie », dit M. Groulx.

Examiner les dépenses et mieux les aligner sur les priorités municipales, telle est l’approche défendue par M. Richard. « Il faut être plus efficaces et plus responsables dans notre façon de dépenser. » Selon lui, les résidents rencontrés accepteraient plus facilement des hausses de 2 à 3 % que de 5 à 7 %.

François Richard, ancien directeur d’école, place l’eau parmi ses priorités et propose une gestion municipale axée sur la planification et la collaboration. Gracieuseté

« Les gens trouvent qu’il y a eu beaucoup de dépenses dans les dernières années, surtout pour le nouveau bureau municipal », lance-t-il. Il chiffre le coût du nouvel édifice municipal à plus de six millions de dollars, et le compare aux 217 000 dollars consacrés à l’eau en 2026, essentiellement pour des tests.

M. Richard souhaite aussi établir un plan de remboursement de la dette, qu’il situe à un peu plus de 18 millions de dollars.

« Il faut établir un plan de remboursement, qui pourrait s’échelonner sur vingt ou trente ans, afin de nous placer dans une meilleure situation financière », dit-il.

Mme Lajoie reconnaît la pression sur les ménages, mais refuse de promettre un plafond. « Je ne vais pas promettre un gel arbitraire des taxes simplement parce que c’est ce que les gens veulent entendre », écrit-elle. Elle soutient que reporter l’entretien finit par coûter plus cher.

Selon elle, en 2026, le taux de taxation municipal a augmenté de 5,853 %. Le scénario initial prévoyait une hausse de 18,70 %.

La mairesse réclame plutôt une réforme du financement municipal, estimant que la taxe foncière ne peut, à elle seule, absorber les responsabilités et les coûts croissants.

Santé : retrouver des services de proximité

Les candidats déplorent la perte de services médicaux et diagnostiques. M. Groulx souhaite notamment que Casselman soit admissible aux incitatifs provinciaux destinés aux médecins en milieu rural. Il propose aussi d’étudier des modèles de cliniques communautaires de la région.

François Richard veut collaborer avec les organismes locaux et le ministère de la Santé pour attirer des médecins et rétablir certains services.

« Je parle de médecins, notamment de médecins francophones, mais aussi des services diagnostiques qui devraient être disponibles à Casselman. Notre population est suffisamment importante pour avoir accès à ces services », souligne-t-il.

Geneviève Lajoie, la mairesse sortante, défend les démarches engagées sur l’approvisionnement en eau et souhaite poursuivre le travail sur les finances municipales et l’accès aux soins. Photo : Facebook (Geneviève Lajoie for/pour Mayor/Mairesse 2026)

De son côté, Mme Lajoie affirme avoir défendu le recrutement médical et l’accès aux soins en français. Elle souhaite soumettre au prochain conseil une proposition de comité consultatif des aînés et des personnes aidantes, ainsi qu’un plan d’action pour une communauté amie des aînés.

« Ils ont besoin d’une place à la table, d’une voix dans les décisions », écrit-elle.

Francophonie : préserver les services

« Il ne faut pas seulement la célébrer le 25 septembre », affirme M. Groulx au sujet de la francophonie. Il appelle à travailler avec les communications municipales, les organismes et les clubs sociaux pour proposer des activités toute l’année. Le candidat rappelle aussi avoir présenté un avis de motion pour que les citoyens reçoivent une réponse dans la langue officielle de leur question.

« Il faut le promouvoir, mais aussi conserver les services que nous avons », dit-il.

Richard propose de collaborer avec les écoles et les associations, d’installer des plaques historiques dans les parcs et de souligner la contribution de personnes à la francophonie.

« Quand on comprend ce lien entre notre village et la francophonie, on comprend mieux pourquoi elle est importante pour nous. C’est notre identité et cela nous donne un sentiment d’appartenance », dit-il.

Mme Lajoie met de l’avant une célébration annuelle du patrimoine et une formation gratuite en français pour les employés d’entreprises locales. Anglophone qui apprend le français, elle souhaite aussi favoriser la participation des résidents anglophones à la culture francophone. « Protéger le français et accueillir les résidents anglophones ne sont pas des objectifs qui s’opposent », écrit-elle.

« Sans prospérité économique, l’essor de la francophonie n’est pas complet », Félix Corriveau

ENTREVUE EXPRESS

QUI :

Félix Corriveau, directeur général d’Impact ON, organisme franco-ontarien de développement économique, anciennement connu sous le nom de Conseil de la coopération de l’Ontario (CCO).

LE CONTEXTE :

À l’occasion du Congrès annuel de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Impact ON présente un mémoire intitulé Notre prospérité entre nos mains. Dans la foulée du Livre blanc issu des États généraux de la francophonie ontarienne, l’organisme formule cinq propositions pour renforcer l’autonomie économique des communautés francophones, soutenir leurs entreprises et ouvrir de nouveaux marchés.

L’ENJEU :

Impact ON veut faire reconnaître le développement économique comme un pilier incontournable de l’avenir de la francophonie ontarienne. L’organisme réclame notamment des investissements provinciaux ciblés, un meilleur soutien à la relève entrepreneuriale et une plus grande représentation francophone dans les instances décisionnelles. Reste à savoir si ces propositions, complémentaires à celles de l’AFO, trouveront un écho auprès du gouvernement de Doug Ford.

« Pourquoi avoir rédigé ce mémoire et choisi de le présenter à l’occasion du Congrès de l’AFO?

C’est un peu une tempête parfaite. Il y a d’abord tout le travail réalisé par l’AFO dans le cadre des États généraux, qui débouche sur un Livre blanc. Nous pensions qu’il fallait consacrer l’économie comme facteur d’essor de nos communautés francophones.

Nous sommes aussi dans un moment de grandes restrictions financières, budgétaires et économiques. Ce mémoire est notre réponse aux conditions actuelles et à la nécessité de diversifier les occasions économiques.

En quoi vos propositions viennent-elles compléter le Livre blanc de l’AFO?

Nous saluons le travail titanesque réalisé par l’AFO. Nous avons eu des conversations avec l’organisme au sujet du contenu de ce mémoire et il a été accueilli très favorablement.

Nous voulons apporter l’éclairage d’une organisation de développement économique. Sans prospérité économique, tout ce qu’on demande en matière d’essor de la francophonie, ce n’est pas complet.

La présidence de l’AFO est remise en jeu lors de ce congrès. Un changement pourrait-il modifier votre collaboration?

Absolument pas. Nous voulons travailler avec tout le monde. Nous saluons la contribution de M. Hébert, qui se représente, mais aussi la venue de nouvelles personnes qui souhaitent apporter leurs idées à l’AFO. Qui que ce soit qui sera élu, nous travaillerons avec cette personne.

Votre mémoire présente cinq priorités. Quelle en est la première urgence?

Il est temps que les pouvoirs publics réservent une partie des investissements, notamment provinciaux, au développement économique des collectivités francophones. Elles disposeraient ainsi des capitaux et des infrastructures nécessaires pour attirer les talents, soutenir les entreprises et créer durablement des projets entrepreneuriaux.

Vous insistez également sur la relève entrepreneuriale. Pourquoi?

Un grand nombre d’entreprises sont sur le point de changer de mains. Beaucoup d’entrepreneurs arrivent à l’âge de la retraite sans savoir quoi faire de leur entreprise. Parallèlement, des francophones et de nouveaux arrivants souhaitent entreprendre. Il faut appuyer ces gens-là et créer une véritable stratégie ontarienne de croissance et de relève entrepreneuriale.

La francophonie peut-elle aussi contribuer à la diversification économique de l’Ontario?

La Francophonie internationale, c’est 320 millions de personnes sur cinq continents. C’est un des plus vastes espaces de commerce, d’investissement et de coopération économique au monde.

Nous avons une expertise reconnue en technologie, en infrastructures, en éducation, en agriculture et en santé. C’est une occasion à saisir pour conquérir de nouveaux marchés.

Quelles sont vos deux dernières priorités?

D’abord, investir dans le leadership économique francophone. Quand il y a des francophones autour de la table dans des postes décisionnels, cela oriente les discussions. Nous proposons de former davantage de leaders francophones pour siéger dans ces instances.

Enfin, investir avec des partenaires enracinés dans les collectivités. Impact ON peut travailler avec le monde communautaire, les entreprises traditionnelles et la communauté d’affaires. Notre appel est simple : venez travailler avec nous.

Qu’attendez-vous maintenant du gouvernement ontarien?

Nous demandons que les recommandations du Livre blanc soient mises de l’avant et que l’importance du développement économique soit reconnue pour assurer la résilience de nos communautés francophones. Si l’économie ne fait pas partie de l’équation, c’est un rouage qui manque dans l’engrenage. »

100 ans de « La Patente » : l’Ordre secret qui a façonné la francophonie canadienne

OTTAWA – Il y a cent ans, jour pour jour, trois hommes posaient en secret les bases de l’Ordre de Jacques Cartier dans la paroisse Saint-Charles-Borromée d’Eastview, aujourd’hui Vanier. Un siècle plus tard, entre rituels mystérieux, serment du silence, querelles de pouvoir et objets sauvés in extremis des décombres, retour sur l’histoire d’une société clandestine dont l’influence sous-marine marque encore le quotidien de toute la communauté francophone.

Au milieu du XXe siècle, franchir le seuil de l’Ordre de Jacques Cartier relevait d’une mise en scène aussi théâtrale qu’intimidante. 

Initié dans la jeune vingtaine au sein d’une commanderie du nord de Montréal, l’Ottavien Yves Breton se souvient encore très clairement du moment où la lumière est apparue : « On m’a convoqué à une initiation à Montréal. Quand on m’a enlevé mon bandeau, le personnage célèbre qui m’accueillait, c’était le cardinal Paul-Émile Léger! On passait sur un long tapis, c’était comme un pont. On peut dire que c’était un petit cinéma! »

L’ancien membre précise avec le sourire que le rituel s’adaptait toutefois à la condition physique des nouveaux venus : « On prévenait ceux qui avaient des maladies de cœur de ne pas passer par le rituel. On les initiait tout bonnement. Mais comme j’étais jeune, je n’avais aucune peur. »

L’église Saint-Charles-Borromée de Vanier (anciennement Eastview), où le curé François-Xavier Barrette, Albert Ménard et Émile Lavoie ont posé en secret les bases de l’Ordre de Jacques Cartier le 22 octobre 1926. Photo : Inès Rebei/ONFR

Derrière la symbolique de la planche de bois vacillante sous les pieds des initiés, qui rappelait la traversée tumultueuse de Jacques Cartier vers l’Amérique, l’organisation répondait à une urgence sociopolitique.

Eastview, berceau d’une résistance clandestine

En 1926, le traumatisme du Règlement 17 restait vif et les Canadiens français frappaient un mur dans la fonction publique fédérale. 

C’est à Eastview que le curé François-Xavier Barrette, l’ingénieur Albert Ménard et Émile Lavoie fondent l’organisation.

Yanick Labossière, conservateur au Muséoparc Vanier et historien, situe le contexte local : « Eastview était une banlieue populaire de la capitale, majoritairement francophone. C’était le terreau idéal pour voir naître ce réseau. L’Ordre s’est structuré en « commanderies » locales contrôlées par la Chancellerie d’Ottawa. »

Pour ce chercheur, qui prépare d’ailleurs l’exposition temporaire du Muséoparc consacrée au centenaire de l’organisation à partir du 29 octobre prochain, le fonctionnement de l’Ordre reposait sur une stratégie très stricte.

« Leurs membres infiltraient les conseils scolaires, les paroisses et les associations. Quand la Chancellerie lançait une campagne, toutes ces organisations revendiquaient la même chose au même moment. »

En interrogeant les anciens membres pour l’exposition, le conservateur Yanick Labossière s’est heurté à la persistance d’un secret absolu : plus d’un demi-siècle plus tard, la peur de trahir leur serment habitait encore certains d’entre eux. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Discrétion, discrétion, discrétion »

Au plus fort de son influence au début des années 1950, l’organisation rassemblait plus de 20 000 membres actifs sur un total estimé à près de 70 000 initiés à travers le pays sur toute la durée du mouvement.

Ils prenaient part à des cérémonies solennelles aux rituels très théâtraux, vêtus de dossards colorés et maniant des marteaux rituels les yeux bandés.

Cette culture de l’ombre a si profondément marqué les esprits que certains anciens membres âgés de 80 ou 90 ans refusent encore aujourd’hui d’aborder le sujet, retenus par le poids psychologique d’un serment de discrétion vieux de plus d’un demi-siècle.

Pourquoi avoir fait le choix de l’ombre plutôt que du débat public? Pour Yves Breton, la clandestinité était la clé de l’efficacité.

« À toutes les réunions, le président faisait des signes avec ses bras et répétait le mot d’ordre : « Discrétion, discrétion, discrétion! » Il fallait que tout soit secret pour ne pas que les projets soient sabotés. » 

Et celui qui est également auteur de préciser : « Quand on affirme quelque chose publiquement, les jaloux mettent des bâtons dans les roues. En travaillant dans le secret, en influençant directement un élu, on évitait cela. Une fois que les projets étaient réalisés à 50 ou 60 %, il était trop tard pour faire reculer les gens. »

Cette stratégie permettait aussi de protéger les fonctionnaires et les cadres francophones d’éventuelles représailles dans leur milieu de travail.

En ouvrant l’armoire barrée, Raymond Hotte a découvert le cahier de présence des réunions, rempli des signatures des personnalités d’Eastview, comme les maires et les élus locaux, qui faisaient partie de l’Ordre en secret. Ici l’historien local tient les plans architecturaux du Muséoparc Vanier. Photo : gracieuseté du Muséoparc Vanier

Un bastion masculin fermé aux confidences familiales

L’Ordre s’est bâti selon un modèle strictement masculin, excluant systématiquement les femmes de ses rangs. Les membres gardaient un mutisme absolu, y compris face à leurs propres épouses et leurs proches.

Raymond Hotte, cofondateur du Muséoparc Vanier, se rappelle le silence étanche qui régnait sous son propre toit : « J’avais deux de mes frères qui étaient dans l’Ordre de Jacques Cartier, dont un qui était secrétaire. Pourtant, à la maison, il n’y avait aucune mention de ça! On sait qu’ils ont fait beaucoup, mais ils n’en parlaient jamais. Le secret était vraiment bien gardé. »

Yves Breton a vécu la même expérience d’étanchéité sociale à Ottawa : « Ma famille fréquentait une autre famille à 400 mètres de chez moi, et nous ne savions pas que le monsieur était membre! Dans les bureaux du gouvernement fédéral où je travaillais, j’avais à proximité de moi des hommes qui étaient membres, et ils ne savaient même pas que je l’étais! »

À l’échelle nationale comme en Ontario, l’Ordre a rassemblé des figures politiques et culturelles de premier plan, allant du premier ministre acadien Louis Robichaud et du maire montréalais Jean Drapeau jusqu’aux maires d’Eastview (Vanier) et aux dirigeants du journal Le Droit.

Rivalité Ottawa-Montréal et choc des nationalismes

Alors que la Chancellerie décisionnelle d’Ottawa maintenait une ligne directrice axée sur la survivance de la francophonie à l’échelle canadienne, le recrutement a explosé au Québec. Montréal est rapidement devenue le véritable poumon démographique de la Patente, provoquant de vives frictions avec la capitale.

À ces querelles d’influence s’est ajouté le choc des idées dans les années 1960. Yanick Labossière explique que « la Révolution tranquille et la montée du nationalisme québécois orientaient les membres du Québec vers l’indépendance, alors que la direction à Ottawa restait attachée au pancanadisme francophone. »

À cette fracture idéologique se sont ajoutées de nombreuses critiques percevant le mouvement comme dépassé. Plusieurs reprochaient à l’Ordre son cléricalisme strict, son conservatisme et son fonctionnement jugé inutilement paranoïaque à une époque où la société se laïcisait et s’ouvrait.

Le coup de grâce est finalement venu de l’intérieur : Yves Breton se rappelle qu’un membre journaliste a décidé de rompre le serment et de publier les secrets de l’organisation dans la presse. 

« Ça a fait de la peine à certaines personnes plus attachées à l’Ordre, mais dans l’ensemble, la société avait tellement changé dans les années 60 qu’il fallait de toute façon modifier les objectifs », résume-t-il en ajoutant que la dissolution survenue en 1965 s’est déroulée en douceur malgré le choc.

Carnet du rituel secret, carte d’identité de membre, fiche de cotisations et insignes d’appartenance de l’Ordre de Jacques Cartier conservés au Muséoparc Vanier. Photo : Inès Rebei/ONFR

Radio-Canada, Université de Moncton, Caisses populaires

Après la dissolution de 1965, des militants ont tenté de poursuivre l’œuvre de La Patente en créant un « Ordre franco-ontarien » réservé à la province. L’initiative s’est éteinte après quelques années, laissant place au mouvement culturel et associatif ouvert des années 1970.

Même si l’organisation s’est éteinte, son action sous-marine a laissé des traces indélébiles dans la société canadienne.

Comme le résume Yanick Labossière : « On doit à l’Ordre la création de près de 75 % des caisses populaires francophones en Ontario, mais aussi des pressions décisives pour la création du volet francophone de Radio-Canada et la fondation de l’Université de Moncton. C’est aussi grâce à eux qu’on a obtenu la bilinguisation des timbres, des billets de banque et des chèques d’allocations. »

Derrière ces combats se cache des stratégies qui ne manquaient pas de créativité. Par exemple, dans les années 1930, l’Ordre a orchestré l’envoi de milliers de lettres individuelles à travers le pays pour simuler une pression populaire spontanée et forcer la création du radiodiffuseur public. 

En Ontario, les membres profitaient des assemblées paroissiales dominicales pour recruter discrètement les premiers déposants et placer des hommes de confiance, bâtissant un réseau bancaire francophone autonome face au pouvoir financier anglophone. 

« Les clubs Richelieu et certains conseils des Chevaliers de Colomb étaient une façade pour l’Ordre. Leurs membres poursuivaient les mêmes objectifs. La Patente a aussi eu une grande influence dans la francisation des commerces et des services », se souvient aussi M. Breton.

Alors qu’il militait activement au sein des mouvements étudiants et de la Jeunesse étudiante catholique (JEC) à Montréal, Yves Breton a été repéré puis recruté dans l’Ordre par le cardinal Paul-Émile Léger. Photo : Gracieuseté du Muséoparc Vanier/Montage Canva

Le cadenas coupé du presbytère Saint-Charles

À la dissolution de la Patente en 1965, le mot d’ordre était clair : détruire immédiatement tous les registres, objets et documents secrets. Mais à Vanier, le hasard en a décidé autrement.

Raymond Hotte raconte le jour où il a fait resurgir la mémoire enfouie de la commanderie Saint-Charles : « En 1968, on avait dans un local du Cercle social Saint-Charles une armoire en métal barrée avec un cadenas. Personne ne savait ce qu’il y avait dedans. J’ai dit : « Moi, je vais couper le cadenas et on va voir ce qu’il y a ». »

En ouvrant la porte, il découvre les objets rituels cachés : « On a trouvé la charte de la commanderie de Saint-Charles, des chandeliers, des marteaux, et des dossards de différentes couleurs pour identifier les postes comme le chancelier ou le grand commandeur. » 

« Il y avait aussi des copies du journal secret, L’Émerillon. Au lieu de tout détruire, j’ai décidé de tout garder chez moi. Plus tard, j’ai remis ces objets au Muséoparc Vanier pour qu’on puisse célébrer cet héritage », ajoute celui qui demeure encore très actif dans le poumon francophone d’Ottawa.

L’Ordre de Jacques Cartier assurait son autonomie financière exclusivement par les cotisations de ses membres, dont le tarif variait selon le rang occupé dans la hiérarchie : plus un membre montait dans les échelons de la Chancellerie, plus sa contribution financière était élevée. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Le militantisme a un peu disparu »

Un siècle après la naissance de la Patente à Eastview, les trois intervenants s’accordent sur l’importance de ne pas oublier ce chapitre d’auto-défense linguistique.

Raymond Hotte conclut avec émotion : « C’est vraiment grâce à l’Ordre de Jacques Cartier aujourd’hui si la langue française est encore aussi reconnue. C’était deux moments sensibles dans notre histoire : le Règlement 17 et la Patente. Ils ont travaillé dans l’ombre, mais ils ont fait énormément pour la francophonie. »

« Ça a été un organisme utile […], c’était un organisme qui a eu sa valeur. Toute la palette socio-économique a été touchée par les efforts de l’Ordre, c’était très, très vaste et ça a eu de bons effets », résume Yves Breton.

Un siècle plus tard, l’ancien membre porte toutefois un regard critique sur la mobilisation francophone contemporaine : « On dirait que le militantisme a un peu disparu. On laisse passer des choses qui ne seraient pas passées dans les années 70 ou 80. On est satisfaits de ce qui a été fait et on demande moins. Mais dans notre situation de minoritaires, le militantisme est et sera toujours utile. »

Un constat partagé par Yanick Labossière : « Même s’il y a de grands pas de géant qui ont été accomplis avec l’œuvre de l’Ordre de Jacques Cartier, on voit qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire. Que ce soit le dossier interminable de l’université ou la reconnaissance du français en Ontario, la lutte est toujours d’actualité. »

Championnat canadien : Bertaud et Batisse, héros du sacre historique du Forge FC

Le Forge FC a écrit une page d’histoire mercredi soir au Stade Saputo en remportant son premier Championnat canadien face au CF Montréal (1-1, 4-2 aux tirs au but). Une victoire marquée par les performances décisives de deux francophones : Antoine Batisse, auteur de l’ouverture du score, et Dimitry Bertaud, véritable héros de la soirée avec trois pénaltys arrêtés et des arrêts décisifs tout au long du match.

Les francophones étaient à l’honneur mercredi soir au Stade Saputo. Et pas forcément dans le camp attendu. Avec Dimitry Bertaud, Antoine Batisse, Maxime Bourgeois et le jeune Aghilas Sadek, le Forge FC comptait quatre joueurs francophones dans son onze de départ, davantage que son adversaire montréalais.

Sur le terrain, deux d’entre eux ont joué un rôle prépondérant dans cette victoire historique.

Dimitry Bertaud s’est d’abord illustré en repoussant un pénalty de Prince Owusu à la 25e minute, empêchant le CF Montréal de prendre l’avantage. Juste avant la pause, c’est Antoine Batisse qui a débloqué la situation en reprenant de la tête un corner de Noah Jensen dans le temps additionnel (45e+6).

Au retour des vestiaires, les Montréalais sont parvenus à égaliser grâce à Daniel Ríos. Mais leur élan a été freiné par l’expulsion du défenseur Brayan Vera à la 54e minute, laissant le CF Montréal en infériorité numérique pour le reste de la rencontre. Malgré cet avantage, les hommes de Bobby Smyrniotis n’ont pas réussi à reprendre les devants, et les deux formations ont dû se départager lors de la séance de tirs au but après les prolongations.

Autre fait marquant de cette finale, Alexis Sánchez n’a finalement pas disputé la moindre minute. Selon les explications de l’entraîneur montréalais Philippe Eullaffroy, l’attaquant chilien devait entrer en jeu dans les dernières secondes de la prolongation, tout comme le gardien Samsy Keita, en prévision de la séance de tirs au but. Mais l’arbitre a sifflé la fin de la rencontre avant que les deux changements puissent être effectués.

Bertaud décisif jusqu’au bout

C’est alors que Bertaud a définitivement endossé le costume de héros. Le gardien franco-congolais a repoussé deux nouvelles tentatives montréalaises, celles de Prince Owusu et Hennadii Synchuk, permettant au Forge FC de s’imposer 4-2 dans la séance et de soulever la Coupe des Voyageurs.

Auteur de huit arrêts durant la rencontre, avant ses deux interventions décisives lors de la séance de tirs au but, le gardien franco-congolais a également été désigné homme du match. Il a également reçu le trophée commémoratif George-Gross, récompensant le meilleur joueur du Championnat canadien 2026. Une première pour un joueur de Première Ligue canadienne. En six rencontres dans la compétition, Bertaud aura réalisé 16 arrêts, conservé deux fois sa cage inviolée et encaissé seulement quatre buts.

Déjà quadruple champion de Première Ligue canadienne, le club de Hamilton devient le premier représentant de ce championnat à remporter le Championnat canadien, mettant fin à la domination des équipes de MLS dans cette compétition.

Une consécration historique pour le Forge FC, qui décroche également son billet pour la Coupe des champions de la Concacaf 2027, avec une contribution majeure de ses joueurs francophones.

Daniel Giroux reçoit le Prix de la ministre des Affaires francophones

RICHMOND HILL – Le président du Collège Boréal, Daniel Giroux, a reçu ce mercredi le Prix de la ministre des Affaires francophones des mains de Stéphane Sarrazin, l’adjoint parlementaire de Natalia Kusendova-Bashta, au premier jour du congrès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

« Recevoir ce prix est un grand privilège », a réagi un M. Giroux ému, sur scène. 

« Je m’estime chanceux d’être le seul, parmi les 24 collèges de l’Ontario, qui peut dire qu’il a travaillé avec toutes ses anciennes présidences, que ce soit Jean Watters, Gisèle Chrétien, Denis Hubert-Dutrisac, ou encore Pierre Riopel », a-t-il salué, considérant cette expérience comme une grande richesse dont il s’est nourri.

« Notre culture francophone est notre raison d’être. Une culture distincte dans la langue française qui donne un sens à notre existence, qui préserve le patrimoine inestimable légué par nos ancêtres et assure le lien entre les générations d’hier et d’aujourd’hui. Investi par la charge de cette reconnaissance, je suis cependant conscient que les efforts entrepris par nos pères n’auront de sens que si nous sommes tous ensemble à soutenir cette identité », a affirmé celui-ci.

M. Giroux a dédié ce prix aux étudiants et à toutes les équipes « de cette grande famille du Collège Boréal ». Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Impliqué auprès du Collège Boréal depuis une vingtaine d’années, M. Giroux en a pris les rênes en 2016 comme président, un poste qu’il occupera au moins jusqu’en 2031.

Sous son leadership, le budget de l’établissement postsecondaire (présent dans 26 collectivités) a grimpé pour dépasser aujourd’hui les 152 millions de dollars, tandis que plusieurs de ses huit campus ont élargi leur offre de programmes ces dernières années.

Titulaire d’une maîtrise en administration des affaires et d’un baccalauréat spécialisé en commerce de l’Université Laurentienne, c’est avec ce bagage que ce comptable professionnel sudburois est entré au Collège Boréal en 1997. Il ne le quittera plus, évoluant jusqu’aux fonctions de vice-président puis de président.

Cinquième dirigeant de l’institution, le successeur de Pierre Riopel a entamé depuis l’année dernière son troisième mandat.

De gauche à droite : Peter Hominuk, directeur de l’AFO, Roda Muse, sous-ministre du ministère des Affaires francophones, Fabien Hébert, président de l’AFO, Daniel Giroux et les députés Stéphane Sarrazin et Dawn Gallagher Murphy. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

C’est donc à la fois sa vision et son parcours qui ont été récompensés ce mercredi par la ministre des Affaires francophones Natalia Kusendova-Bashta, représentée en son absence par son adjoint parlementaire, Stéphane Sarrazin.

Le député de Glengarry-Prescott-Russell n’a pas tari d’éloges à propos du récipiendaire : « Ce qui distingue Daniel Giroux, c’est sa capacité à voir les possibilités, à réunir les bonnes personnes et à transformer une vision en réalisations concrètes. Daniel, ce prix souligne votre leadership et les possibilités que vous avez créées pour tant de personnes. Merci de contribuer depuis tant d’années à bâtir un avenir en français en Ontario. »

M. Sarrazin a souligné plus largement le dévouement de l’AFO : « Partout en Ontario, vous mettez votre passion et votre énergie au service de notre francophonie et c’est grâce à votre engagement qu’elle grandit, se renouvelle et prend sa place. »

Crise d’itinérance à Timmins : quels plans d’action proposent les candidats?

TIMMINS – Lors d’un débat électoral tenu le 20 octobre, cinq candidats à la mairie de Timmins ont partagé des solutions pour régler la crise d’itinérance, de dépendance, et de santé mentale qui plane sur la ville de Timmins depuis quelques années. Alors que le jour du scrutin approche à grands pas, ces problématiques urbaines s’imposent comme la priorité des campagnes, mais aussi comme une source de préoccupation grandissante chez les électeurs.

La course à la mairie de Timmins oppose six candidats, dont la mairesse sortante Michelle Boileau, confrontée à Rob Knox, Robert Boucher, Lawrence Martin, Chris McNeil, et Nathan Boulet. Si le transport, le coût de la vie, les taxes, et le logement s’invitent dans les échanges, c’est l’itinérance qui s’impose comme le sujet phare des débats.

D’après un récent rapport du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario, c’est le Nord de la province qui subit de plein fouet la crise de l’itinérance, particulièrement le district de Cochrane dont Timmins fait partie. Durant l’année 2024-2025, le district enregistre le taux de prévalence le plus élevé de la province, avec 1097 individus en situation d’itinérance pour une population de 100 000 habitants.

« Pendant mon premier mandat, on a fait de la sécurité publique une priorité municipale et nous l’avons appuyée avec des actions concrètes. Nous avons augmenté le budget du service de police de Timmins de 7 %, et poursuivi la mise en œuvre de notre Plan de sécurité et de bien-être de la communauté, et piloté plusieurs nouvelles initiatives de sécurité en réponse aux préoccupations émergentes », peut-on lire dans la campagne officielle de la mairesse sortante.

Sa campagne s’articule autour des progrès réalisés, soulignant qu’un vote en sa faveur permettrait de poursuivre les projets déjà mis en place, notamment REACH, un programme d’intervention communautaire en aide aux personnes vulnérables lancé par le Conseil des services du district de Cochrane. Présentement en marche, sa phase pilote initiale opérera jusqu’au 30 novembre.

Mais alors que la course à la mairie s’intensifie, les cinq autres candidats avancent des solutions diverses, proposant des approches bien distinctes face aux enjeux de l’itinérance, de la santé mentale, et de la dépendance.

Michelle Boileau, la mairesse sortante de Timmins, brigue un autre mandat, faisant face à Robert Boucher, Rob Knox, Nathan Boulet, Chris McNeil, et Lawrence Martin. Photo : Gracieuseté

Des approches variées

Alors que l’itinérance et la crise de dépendance habitent les esprits lors de cette course à la mairie, c’est surtout l’emplacement du centre d’hébergement Living Space au centre-ville qui divise les candidats. En effet, certains aspirants à la mairie attribuent le déclin de la sécurité publique au centre-ville à la localisation de cet établissement communautaire. Lors du débat électoral de ce mardi — auquel cinq candidats sur six se sont présentés —, l’avenir de Living Space s’est imposé au cœur des discussions.

« Il ne fait aucun doute que Living Space a causé énormément de problèmes dans le quartier de Spruce South, et les résidents de ce secteur sont à juste titre en colère. Living Space doit déménager, mais cela doit se faire sous certaines conditions », dit Rob Knox, l’un des candidats.

Son adversaire, le candidat Robert Boucher, partage un avis similaire. « Fermez-le. Ils ont eu leur chance pendant quatre ans, quatre ans pour gagner la confiance du public, quatre ans pour obtenir l’adhésion du public. Mais il n’y croit plus du tout. », dit-il. Il promet notamment de confier la sécurité publique à la Police provinciale de l’Ontario plutôt qu’au service de police de Timmins.

Pour sa part, la mairesse sortante s’oppose à la relocalisation, voire à la fermeture du centre. « Je dois donc dire qu’en fermant le refuge d’urgence, nous allons simplement revenir au point où l’on voyait ces publications chaque matin avec des gens qui dormaient à la dure sur des propriétés privées », affirme-t-elle.

« Nous sommes revenus à la table de concertation et nous avons maintenant ciblé 20 projets différents à travers le district de Cochrane qui, grâce à un financement provincial de 6 millions de dollars, nous permettraient d’ajouter 91 lits — des lits avec soutien — dans le district. »

Pour Nathan Boulet, il est question de créer un refuge pour personnes sans-abris situé dans la nature, loin du centre-ville. « Mon idée est d’aménager un endroit en pleine nature, où les gens peuvent réellement travailler un peu. Ce pourrait être du jardinage, de l’aménagement paysager ou encore de la menuiserie simple, afin d’offrir un programme où leur séjour s’accompagne d’un volet d’emploi. Ils devraient ainsi participer au programme pour pouvoir y loger ».

De son côté, Lawrence Martin salue les efforts du centre d’hébergement Living Space, proposant malgré tout plus de moyens immédiats. « Selon moi, ce qui est nécessaire, c’est d’avoir cette équipe mobile de réponse aux crises sur le terrain afin de s’adresser directement aux personnes qui sont dans la rue », avance l’ancien maire de Cochrane et de Sioux Lookout, également membre de la Première Nation Moose Cree.

Ce dernier veut surtout axer son approche sur une collaboration multilatérale avec les différents niveaux de gouvernements, les Premières Nations, les professionnels de la santé, entre autres.

Le candidat Chris McNeil, absent du débat, veut rassurer la population citoyenne de Timmins. « Je veux une ville prospère où les gens se sentent en sécurité et ont envie d’y vivre », avait-il confié à une presse locale de la ville. Il n’a pour l’instant communiqué aucun plan d’action pour réduire l’itinérance.

Patrick Gadoury, écrivain et électeur à Timmins, a déjà voté pour les élections municipales. Comme beaucoup de résidents, la question de l’itinérance, de la santé mentale et de la sécurité publique a été importante dans son choix. Photo : gracieuseté de Patrick Gadoury

Un enjeu qui influence le choix des électeurs

Les solutions proposées par les candidats pèsent lourdement dans la décision des électeurs, de plus en plus préoccupés par ces enjeux. C’est le cas de Patrick Gadoury. Ayant lui-même vécu l’itinérance et les problèmes de santé mentale dans le passé, il admet que cet enjeu occupe une place importante dans sa prise de décision au moment du vote. « C’est vrai que c’est dans mon top trois, c’est numéro un même. »

Écrivain bilingue désormais basé à Timmins, il est d’ailleurs l’éditeur du livre d’anthologie Homefull Country qui réunit les œuvres de plusieurs auteurs centrées sur le thème de l’itinérance, le sans-abrisme, et de la pauvreté au Canada. En plus de cela, il s’engage sur les réseaux sociaux et rencontre les acteurs clés de la ville afin de sensibiliser les électeurs et le public.

« Le monde pense que c’est tout le temps la drogue en premier, mais ce n’est pas toujours vrai. Des fois, des personnes se trouvent sans logement, sans santé mentale, dans la rue, puis là, ils vont trouver la drogue. Je sais que ce n’est pas l’histoire de tout le monde. Après la drogue, ils vont faire des crimes de survies. Puis on va dire que c’est tous des criminels. Mais c’est pas vrai », dit-il « Je sais que c’est dur à comprendre si ta maison est endommagée ou il y a un voleur ou de la drogue dans ta cour, c’est dur ».

Il aborde cependant les avis divergents sur l’itinérance, la santé mentale, et la dépendance. Concernant le centre d’hébergement Living Space, M. Gadoury explique à ONFR qu’il y a « au moins un tiers de la ville qui veut s’en débarrasser, pas juste le remplacer ni le déménager », confie-t-il, « Si on le ferme, on n’a vraiment rien. C’est dur à comprendre, on voit tous le même problème, mais on ne le voit pas de la même façon ».

Et de conclure : « On devrait être capable de comprendre, puis s’informer. Le débat, c’est juste ça, on devrait s’informer un petit peu plus avant qu’on donne notre opinion ».

Tarifs : 9 milliards du fédéral et de l’Ontario injectés dans les secteurs clés de la province

OTTAWA – Le Canada et l’Ontario mobilisent près de 9 milliards de dollars dans de nouvelles mesures de soutien aux industries clés, dont l’acier et l’automobile touchés par les droits de douane américains. Un milliard sera dédié au secteur minier et aux projets dans la région du Cercle de feu.

En conférence de presse à Ottawa, ce mercredi 21 octobre, Mark Carney et Doug Ford ont présenté un nouveau plan d’action pour renforcer les industries automobiles et de l’acier et des gisements de minéraux critiques. Le premier ministre canadien a annoncé que, face aux droits de douane américains qui frappent le pays, le Canada mise sur ses propres secteurs clés pour renforcer son économie.

Des investissements conjoints de 8,7 milliards de dollars ainsi que de nouvelles mesures viseront à renforcer les secteurs stratégiques et à soutenir les entreprises touchées par les droits de douane américains. « L’accord d’aujourd’hui transformera ces secteurs clés pour devenir les fondements de notre avenir économique », a affirmé Doug Ford.

Un nouveau fonds d’action conjoint pour l’acier sera créé et doté de 3,55 milliards de dollars du Canada sur cinq ans, et de 1,67 milliard de dollars de l’Ontario pour entre autres diversifier la production et ouvrir de nouveaux marchés à l’étranger pour l’acier canadien.

Entre autres mesures de soutien au secteur, comme la politique « Achetez canadien », un groupe de travail Canada-Ontario sur l’acier axé sur la stratégie sera mis sur pied et se penchera notamment sur la réduction des coûts d’expédition.

L’industrie automobile bénéficiera d’un investissement supplémentaire de 2,5 milliards de dollars sur deux ans, dont 1,5 milliard du fédéral, pour soutenir les constructeurs automobiles dans la modernisation de leurs chaines de production de véhicules électriques.

Un groupe de travail conjoint Canada-Ontario sur le secteur automobile sera également créé pour coordonner la mise en œuvre des nouvelles mesures. La mise en place de normes plus strictes en matière d’émissions de gaz à effet de serre visera à atteindre l’objectif de 75 % de ventes de VE d’ici 2035 et de 90 % d’ici 2040 au Canada.

Le troisième pilier du plan canado-ontarien vise à consolider la chaine d’approvisionnement des minéraux critiques dans la région du Cercle de feu, dans le Nord de l’Ontario.

Le Canada allouera une enveloppe d’un milliard de dollars sur trois ans, une contribution équivalente à celle du gouvernement provincial, précise le communiqué officiel.

Entre autres priorités listées : le développement des infrastructures routières principales, l’établissement d’un processus coordonné pour la délivrance des permis de construction à l’échelle provinciale et fédérale et l’identification des projets prioritaires.

Là encore, un groupe de travail, incluant les Premières Nations, sera mandaté, pour notamment « examiner les différentes options en matière de conservation ou d’aires protégées autochtones à mesure que se poursuit le développement de la région du Cercle de feu ».

« C’est un investissement sans précédent dans les minerais pour protéger nos chaines d’approvisionnement automobiles et notre souveraineté », a déclaré le premier ministre canadien, ajoutant que « le Cercle de feu a le potentiel d’ajouter 22 milliards de dollars à notre PIB ».

Municipales : Welland, les candidats face à l’absence de services en français 

WELLAND – Ville historiquement francophone de la région du Niagara, Welland ne dispose d’aucune politique municipale de services en français. Selon sa greffière, aucune initiative visant à améliorer la situation n’a été prise au cours des quatre dernières années, à sa connaissance. À l’approche des élections municipales du 26 octobre, trois candidats à la mairie présentent à ONFR leurs propositions pour faire évoluer la situation.

À Welland, la francophonie occupe une place importante dans l’histoire et l’identité locale. L’héritage de French Town, les institutions francophones et les célébrations du drapeau franco-ontarien témoignent de cet enracinement. Pourtant, cette reconnaissance ne se traduit pas par une offre structurée de services municipaux en français.

Interrogée par ONFR, la greffière Tara Stephens confirme que la Ville ne possède « aucune politique concernant les services en français. » Selon elle, aucun service ni document ni communication municipale n’est officiellement offert en français. Welland ne dispose pas non plus de postes désignés bilingues, de budget consacré à ces services ou de mécanisme permettant de suivre les demandes formulées en français.

Quatre ans sans nouvelle mesure

Questionnée sur les initiatives adoptées depuis 2022, Tara Stephens affirme n’avoir connaissance d’aucune mesure visant à améliorer l’accès aux services en français, ni d’aucun projet actuellement prévu.

La Ville n’impose pas non plus d’obligation particulière pour permettre aux citoyens francophones de participer en français aux consultations publiques ou aux procédures du conseil municipal, même si certains services peuvent proposer ponctuellement du matériel dans cette langue.

Maire de Welland depuis 2014, Frank Campion ne sollicitera pas de quatrième mandat lors des élections municipales du 26 octobre, après 12 années à la tête de la Ville. Il a posé sa candidature à la présidence de la région du Niagara. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

La greffière précise que les documents soumis en français à son bureau font généralement l’objet d’une demande de traduction vers l’anglais. L’aide occasionnelle d’un employé bilingue reste possible, sans relever d’un dispositif officiel.

Ce constat contraste avec la place accordée à la francophonie dans la vie publique de Welland. Le maire sortant Frank Campion (qui ne se représente pas) s’est régulièrement montré présent lors des événements communautaires francophones, notamment les célébrations du Jour des Franco-Ontariens et les cérémonies de lever du drapeau.

Cette proximité témoigne d’une reconnaissance de la contribution des francophones à l’identité locale, sans toutefois s’être accompagnée d’une politique municipale de services en français durant le mandat 2022-2026. La désignation de Welland en vertu de la Loi ontarienne sur les services en français n’oblige d’ailleurs pas automatiquement la municipalité à offrir ses propres services dans les deux langues officielles.

Natashia Bergen propose une politique municipale

Parmi les trois candidats ayant répondu aux questions d’ONFR, Natashia Bergen souhaite instaurer une politique municipale de services en français, assortie de normes mesurables et de rapports permettant d’évaluer les progrès réalisés.

Elle propose notamment de rendre accessibles en français certaines communications touchant la sécurité publique, les situations d’urgence, la fiscalité et le logement.

Natashia Bergen fait de l’accès au logement abordable, de la lutte contre l’insécurité alimentaire, de l’amélioration des soins de santé et de la transparence des finances municipales les principales priorités de sa campagne. Photo : site de campagne de Natashia Bergen

La candidate veut également faciliter la participation des francophones aux consultations municipales, grâce à des possibilités d’interprétation et à l’acceptation de contributions rédigées en français.

Ses propositions dépassent le cadre administratif. Elle envisage des parcours historiques bilingues, une meilleure valorisation du patrimoine francophone lié au canal et une stratégie destinée aux entreprises francophones et à l’accueil de nouveaux arrivants, en collaboration avec des organismes comme le CERF Niagara et SOFIFRAN.

Mme Bergen précise avoir fréquenté un programme d’immersion française à l’école élémentaire, sans avoir poursuivi cet apprentissage au secondaire.

Graham Speck privilégie la technologie et le patrimoine

Également candidat à la mairie, le conseiller municipal Graham Speck insiste sur l’importance de préserver l’héritage francophone de Welland. Il reconnaît cependant que sa plateforme électorale ne comporte aucun engagement spécifiquement consacré à la communauté francophone.

Parmi les pistes évoquées figurent le recours aux nouvelles technologies pour faciliter l’accès aux services municipaux, la promotion du patrimoine local à des fins touristiques et le soutien à l’apprentissage du français chez les adultes.

Conseiller municipal sortant et candidat à la mairie, Graham Speck axe sa campagne sur la maîtrise des dépenses publiques, la réduction du gaspillage, l’amélioration des infrastructures, la gestion de l’itinérance et le maintien des services hospitaliers à Welland. Photo : Facebook de Graham Speck

Son approche repose principalement sur l’utilisation des outils existants et la valorisation culturelle, plutôt que sur l’annonce d’une politique municipale formelle de services en français.

Le candidat fait également référence à la Loi sur les services en français, dont les obligations concernent principalement les services provinciaux dans les régions désignées, et non automatiquement l’ensemble des services municipaux.

David McLeod met en avant ses liens avec la communauté

Conseiller municipal et candidat à la mairie, David McLeod privilégie une approche fondée sur le dialogue avec les organismes francophones et le soutien aux institutions communautaires.

Il cite notamment une proposition de subvention de 100 000 dollars destinée au Foyer Richelieu, présentée en août 2026 et qui aurait été adoptée par le conseil municipal, selon ses déclarations.

Conseiller municipal depuis 2010, David McLeod brigue la mairie de Welland avec un programme axé sur la stabilité des taxes et des tarifs de l’eau, la modernisation des infrastructures, la revitalisation du centre-ville, le logement et la défense des services de santé locaux. Photo : Facebook de David McLeod

Cette initiative, destinée à soutenir un établissement communautaire, ne constitue toutefois pas une politique générale d’accès aux services municipaux en français.

David McLeod souligne également ses liens personnels avec la francophonie, notamment à travers l’apprentissage du français au sein de sa famille et les programmes d’immersion. Dans ses réponses à ONFR, il ne détaille cependant pas de dispositif municipal particulier pour améliorer l’accès aux services en français.

Quel avenir après le scrutin?

Alors que Frank Campion ne sollicite pas de nouveau mandat, les élections du 26 octobre posent la question de la place accordée au français dans le fonctionnement de la municipalité.

Les trois candidats interrogés par ONFR reconnaissent l’importance de la communauté francophone, mais présentent des approches différentes : création d’une politique municipale, recours à la technologie ou renforcement des liens communautaires.

Après quatre années sans nouvelle mesure connue de l’administration pour améliorer l’accès aux services en français, il reviendra au prochain conseil municipal de déterminer si Welland souhaite dépasser la reconnaissance culturelle pour instaurer des mécanismes plus structurés.

Dans cette ville marquée par plus d’un siècle de présence francophone, la place du français dans les services municipaux demeure un enjeu pour le prochain mandat.

Élection à la présidence et plan d’action : les grands enjeux du congrès de l’AFO

RICHMOND HILL – L’élection à la présidence de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et la définition des grandes orientations du futur plan d’action communautaire seront les deux principaux enjeux du congrès annuel de l’organisme, organisé du 22 au 24 octobre à Richmond Hill. Ce rassemblement, placé sous le thème « Un nouveau souffle », sera également marqué par plusieurs cérémonies de reconnaissance, dont les célébrations du 40e anniversaire de la Loi sur les services en français.

Après plusieurs mois de consultations dans le cadre des États généraux de l’Ontario français et le dévoilement de son livre blanc début septembre, l’AFO entend franchir une nouvelle étape en réunissant ses membres pour déterminer les priorités qui guideront les actions de la communauté francophone au cours des prochaines années.

Le congrès prendra cette année une forme différente, avec une programmation largement consacrée aux échanges et à l’élaboration du futur plan d’action communautaire.

En parallèle, les membres de l’organisme seront appelés à renouveler leur présidence lors de la 21e Assemblée annuelle, prévue le samedi 24 octobre.

Une nouvelle présidence et des orientations à définir

L’annonce des résultats de l’élection à la présidence constituera l’un des moments attendus de l’Assemblée annuelle. L’AFO a précisé que les résultats devraient être dévoilés samedi en fin de matinée, après la présentation des rapports annuel et financier. Des élections concernant la représentation jeunesse sont également prévues.

L’autre enjeu majeur concerne les suites des États généraux de l’Ontario français, dont le livre blanc a été publié le 1er septembre.

Quatre grands chantiers structureront les discussions : l’immigration et l’appartenance, les services en français, la capacité d’agir collectivement et la gouvernance.

Jeudi matin, les congressistes prendront connaissance des principaux constats du livre blanc, avant de participer à des commissions thématiques dans l’après-midi. Les propositions seront ensuite mises en commun vendredi matin, puis approfondies lors d’ateliers destinés à identifier les actions prioritaires et les organismes susceptibles de les porter.

L’artiste franco-ontarien Yao participera une nouvelle fois à l’animation du congrès annuel de l’AFO, aux côtés de Mélodie Lorquet, après avoir formé un duo apprécié lors de la précédente édition. Photo : Mickael Laviolle

L’AFO affirme avoir reçu une centaine de contributions depuis la publication du livre blanc, en plus d’avoir organisé deux assemblées citoyennes et multiplié les échanges avec ses membres et différents ministères.

Le futur plan d’action ne sera toutefois pas dévoilé dans sa version définitive à l’issue du congrès. Interrogés par ONFR, les responsables de l’AFO ont précisé que les grandes orientations devraient se dessiner dès vendredi, avant que certaines résolutions ne soient soumises à l’Assemblée annuelle du samedi.

La publication du plan d’action communautaire est envisagée pour le début du mois de janvier 2027. L’organisme souhaite en faire un outil évolutif, accompagné d’un suivi régulier des engagements pris.

Plusieurs distinctions et un hommage à Caroline Mulroney

Au-delà des travaux communautaires et des élections, plusieurs cérémonies viendront ponctuer le congrès.

Dès le mercredi 21 octobre, un cocktail d’accueil sera organisé en présence de la ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Natalia Kusendova-Bashta, qui procédera à la remise de son prix de reconnaissance.

La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Natalia Kusendova-Bashta, lors du congrès annuel de l’AFO en 2025. Elle sera de nouveau présente cette année pour remettre le Prix de la ministre des Affaires francophones, le mercredi 21 octobre.

Le jeudi soir, un gala soulignera le 40e anniversaire de la Loi sur les services en français. À cette occasion, l’AFO rendra hommage à l’ancienne ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney pour son action durant son mandat.

Le vendredi soir sera consacré à la traditionnelle remise des prix de reconnaissance de l’AFO, destinés à saluer l’engagement de personnalités et d’organismes qui contribuent à la vitalité de la francophonie ontarienne.

Le rassemblement sera également l’occasion d’aborder les défis liés à l’immigration francophone, à l’accès aux services en français et à la place de la jeunesse dans l’avenir de la communauté. Autant d’enjeux qui alimenteront les discussions autour du futur plan d’action communautaire, dont les premières orientations doivent émerger à l’issue du congrès.

Sudbury : un laboratoire citoyen pour favoriser les services bilingues de la ville

SUDBURY – En ce mardi 20 octobre, Impact ON a tenu son premier laboratoire citoyen axé sur les services bilingues dans le Grand Sudbury. Une trentaine de francophones de la ville, notamment des acteurs clés de la francophonie, se sont réunis pour développer des solutions pour favoriser l’accès aux services bilingues de la région dans le domaine de la santé, mais aussi de l’éducation, de l’immigration, et de l’emploi.

Après avoir recueilli des témoignages de citoyens et pris en compte le récent rapport du commissaire des services en français de l’Ontario, Carl Bouchard, l’organisme Impact ON a pris l’initiative d’organiser un laboratoire citoyen. « Il y a une demande croissante pour une offre active de services bilingues sur le territoire, notamment à Sudbury », dit Félix Corriveau, le directeur général de l’organisme.

« Il y a de plus en plus de nouveaux arrivants qui s’installent dans le nord de l’Ontario, de nouveaux arrivants qui sont francophones, qui s’ajoutent donc déjà à la masse critique de francophones qui est présente sur le territoire. Et ça accroît la pression sur les organismes sur le terrain pour qu’ils offrent des services bilingues. »

Pour trouver des solutions concrètes à cet écart linguistique dans l’offre des services, le laboratoire citoyen propose des activités de remue-méninges, mais aussi des dialogues sur la réalité des francophones en milieu où les services bilingues ne satisfont pas encore aux attentes.

« C’est vraiment une journée d’action où on va développer des idées très concrètes à mettre en place ici à Sudbury dans l’ensemble de la région du Nord ontarien. Puis ensuite de ça, s’assurer qu’elles soient transférables dans d’autres régions de l’Ontario ».

Félix Corriveau, Directeur général d’Impact ON. Photo : Gracieuseté de Félix Corriveau

De l’idée à l’action

La journée s’est amorcée avec un panel animé par Éric Robitaille de Radio-Canada, avec Thomas Mercier, le directeur du Réseau du Nord, Paul-André Gauthier, infirmier clinicien, Véronique Boyer, chargée du projet « L’inclusivité fonctionne » du Collège Boréal, Marc Gauthier, président du conseil d’administration de l’ACFO du Grand Sudbury et Lynne Dupuis, fondatrice et directrice de LMD solutions.

Ensuite, les participants ont été répartis en six équipes. Chacune a eu l’occasion de cibler un problème qui entraînerait un déséquilibre linguistique dans l’offre de services bilingues, mais aussi de développer des solutions pour favoriser le bilinguisme dans l’offre des services dans plusieurs secteurs.

De gauche à droite, Gouled Hassan, Luc Lagrandeur, Eric Akpa et Patrice Dubreuil, tous membres du jury lors du laboratoire citoyen d’Impact ON. Photo : Odia Barry / ONFR

« L’idée, c’est vraiment de ressortir d’ici avec des idées. Des gens qui vont mettre leur expertise et leur expérience à profit pour développer des idées concrètes, des mesures, des changements systémiques à mettre en place au sein des organismes qui offrent des services qui devraient, en tout cas, offrir des services bilingues », ajoute le directeur.

Enfin, chaque groupe a présenté son projet au jury. Le groupe désigné gagnant par le jury obtiendra 1000 dollars, ainsi qu’un accompagnement d’Impact ON pour mettre en place son projet. « Le critère le plus important, c’est vraiment de démontrer l’impact », dit Eric Akpa, membre du jury, « La valeur ajoutée que le groupe va apporter à la communauté ».

L’idée d’application mobile Intégration+ Sudbury a remporté 1000 dollars ainsi qu’un accompagnement d’Impact ON. Photo : Odia Barry / ONFR

Intégration+ Sudbury, grand gagnant du laboratoire

Si les enjeux de l’intégration des nouveaux arrivants francophones et les services de santé en français ont été récurrents dans les six différentes présentations, c’est le projet d’application mobile bilingue, Intégration+ Sudbury, pour guider les nouveaux arrivants vers des services en français existants qui a remporté la mise.

« En participant à l’événement, on s’est vraiment rendu compte qu’il y avait un besoin immense d’accompagnement des nouveaux arrivants parce que, nous-mêmes issus de l’immigration, on a vécu certaines difficultés et cela nous a poussés à nous investir davantage dans la réflexion pour pouvoir offrir la meilleure solution qui provienne de notre pensée », confie Kouamé Toussaint Boko, le porte-parole du groupe gagnant.

« C’est un sentiment d’immense joie qui nous anime, moi, y compris toute l’équipe. On a mis vraiment beaucoup d’idées pour pouvoir construire quelque chose en équipe qui pourra non seulement être considérée comme une forme de victoire, mais également pouvoir aider à accompagner », dit-il, « et cela s’est conclu par un gain. On en sort vraiment heureux, et puis les autres n’ont pas démérité ».

« Le français en paye le prix » : syndicats et opposition unis contre les coupes au Bureau de la traduction

OTTAWA — C’est entourés des députés du Bloc Québécois Yves Perron et Mario Beaulieu, ainsi que du porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière de travail, Don Davies, que les dirigeants syndicaux de la fonction publique ont fait front commun ce mardi sur la Colline du Parlement. À la veille de l’ouverture des négociations collectives du groupe Traduction (TR) prévues avec le Conseil du Trésor, syndicats et députés d’opposition ont dénoncé d’une seule voix le plan d’attrition de 25 % des effectifs au Bureau de la traduction et accusé le gouvernement de faire preuve de double discours.

« Dans ses négociations commerciales avec Donald Trump, M. Carney dit qu’il défend le français et la culture francophone au Canada, mais chez nous, il s’attaque aux spécialistes qui protègent le français en supprimant leur poste et en minant leur travail », a d’emblée dénoncé le président de l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP), Nathan Prier.

« Nous voulons une entente qui garantisse que notre intégrité professionnelle et notre jugement ne soient jamais compromis au nom du « good enough ». »

« On ne peut pas utiliser le français comme bouclier contre Donald Trump, faire volte-face et le considérer comme une dépense inutile à réduire », a fustigé le whip du Bloc Québécois, Yves Perron, dénonçant l’incohérence d’Ottawa entre ses négociations commerciales internationales et sa gestion interne des services linguistiques.

Appuyant la lutte des travailleurs au nom du NPD, Don Davies a qualifié d’essentiel le rôle des linguistes fédéraux pour la démocratie canadienne.

« Dans cet endroit, les mots comptent. La précision compte. Nous débattons des lois de ce pays, des lois qui pourraient un jour être interprétées par la Cour suprême du Canada. Avoir les talents et les compétences précises et professionnelles de traducteurs professionnels est crucial, non seulement pour le fonctionnement du Parlement, mais pour notre démocratie elle-même. »

Joint par téléphone après le point de presse, le porte-parole de l’opposition officielle en matière de langues officielles, le député conservateur Joël Godin estime qu’« il y a bien d’autres endroits dans l’opération du gouvernement où l’on pourrait faire des coupes majeures et il n’y aurait pas d’impact sur la traduction ».

Antoine Hersberger (au centre de la photo), vice-président TR de l’ACEP, dénonce le fait que le plan d’attrition de 25 % pousse le gouvernement à confier des mandats à des sous-traitants et à des pigistes rémunérés au plus bas soumissionnaire, plutôt que de préserver les postes fixes et accrédités au sein de la fonction publique. Photo : Inès Rebei/ONFR

Alerte sur les risques d’une mauvaise traduction

Selon les documents d’orientation gouvernementaux, le Bureau de la traduction prévoit une réduction de 339 postes sur une période de cinq ans par le biais de l’attrition naturelle.

Pour l’ACEP, baisser la qualité du travail pour justifier des compressions budgétaires pèse directement et de manière disproportionnée sur la population francophone. « Plus de 90 % de nos traductions sont faites de l’anglais vers le français. Autrement dit, quand le gouvernement nivelle par le bas, ce sont les francophones qui en payent de façon disproportionnée le prix », a dénoncé Antoine Hersberger.

Pour illustrer les répercussions concrètes et dangereuses de ce nivellement par le bas, le vice-président du groupe TR a énuméré des mises en garde.

« Une consigne mal traduite peut priver un contribuable d’un crédit d’impôt. Un avertissement de feu de forêt ambigu peut semer la confusion chez les citoyennes et les citoyens qui pourraient devoir évacuer leur domicile. Un mode d’emploi d’arme truffé d’erreurs pourrait causer des blessures à un membre des Forces armées canadiennes. Plus la qualité de nos services linguistiques est minée, plus on crée un système à deux vitesses où les francophones n’ont pas accès à des informations fiables. »

L’une des affiches de la campagne publique lancée lundi par l’ACEP, déployée notamment dans les abribus du Québec et de la capitale nationale pour dénoncer le double discours du gouvernement fédéral sur la protection de la langue française. Photo : gracieuseté de l’ACEP

Santé au travail, refus de la sous-traitance et IA

Sur le plan de la santé au travail, les syndicats ont réitéré les risques acoustiques graves auxquels font face les interprètes au Parlement en raison de la piètre qualité du son virtuel lors des séances hybrides.

« La majorité des interprètes ont subi des blessures auditives. On parle ici de blessures douloureuses, permanentes et invalidantes », a affirmé Anaïs Haynes, interprète parlementaire et membre du comité de négociation de l’ACEP, qui n’a pas pu fournir de données précises sur ces accidents.

« Les interprètes continuent d’être blessés au travail. Ce n’est pas normal qu’en 2026, à la fonction publique fédérale, les interprètes mettent à risque leur santé à chaque jour. »

Face à ces conditions détériorées, Mme Haynes a souligné les conséquences directes sur les effectifs : « Plusieurs interprètes ont dû carrément quitter le métier. La surcharge de travail, l’épuisement professionnel, les démissions et les retraites anticipées créent un cercle vicieux où chaque départ augmente la pression sur ceux qui restent. »

« Protéger les interprètes, c’est protéger le droit de chaque Canadien d’être entendu et compris dans la langue de son choix », a souligné Alionka Skup, présidente d’AIIC-Canada, dénonçant également des pratiques d’approvisionnement qui « privilégient le prix le plus bas au détriment de l’expertise professionnelle ».

Du côté de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) et de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), le message envers le recours à l’IA comme l’outil GCtraduction et au privé est tout aussi catégorique.

Anaïs Haynes, interprète au Parlement, explique que plusieurs collègues souffrent de la déterioration des conditions de travail liées aux coupes, notamment en raison de la surcharge de travail. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Ni l’IA ni la sous-traitance au privé ne peuvent remplacer leur expertise, leur jugement et leur sens des responsabilités », a affirmé Sharon DeSousa, présidente nationale de l’AFPC.

« Ce n’est pas en faisant des compressions, en faisant appel à la sous-traitance ou en remplaçant des travailleuses et travailleurs qualifiés par l’intelligence artificielle qu’on y parviendra, mais bien en ayant recours à des professionnels compétents et fiables », a ajouté Sean O’Reilly, président de l’IPFPC.

« Lorsque le Bureau de la traduction manque d’effectifs et qu’on se tourne vers des outils comme l’intelligence artificielle, c’est l’égalité réelle de nos deux langues officielles qui en fait les frais », déplore, quant à elle, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada dans une déclaration à ONFR.

« Non seulement perd-t-on la notion d’excellence au profit d’une traduction « juste assez bonne », on risque de créer un système à deux vitesses où les anglophones ont droit à un texte rédigé par un humain tandis que les francophones ont une traduction faite par l’IA », peut-on également y lire.

Dans leur communiqué conjoint, les syndicats rappellent d’ailleurs que le rapport annuel déposé par la commissaire aux langues officielles, Kelly Burke, demande au Conseil du Trésor d’intégrer le bilinguisme dans sa stratégie d’IA pour prévenir les biais anglophones sur le Web.

Mario Beaulieu, vice-président du Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes pour le Bloc Québécois, dénonce l’envoi de « centaines de millions pour renforcer l’anglais au Québec, alors que c’est le français qui est menacé ». Photo : Inès Rebei/ONFR

Déjà des ratés, dénonce l’opposition

Exposant l’impact de ces politiques au sein même des travaux parlementaires, Yves Perron a rapporté un incident survenu lors d’une séance de la Commission canadienne de sûreté nucléaire.

Le whip bloquiste affirme que l’interprétation assurée par des sous-traitants externes présentait des lacunes majeures : « On avait engagé des sous-traitants qui ne sont pas qualifiés […]. Allez écouter ça, puis essayez d’y comprendre quelque chose! »

Il précise que cette situation a contraint le Bureau de la traduction à recruter en urgence des interprètes accrédités tard en soirée.

M. Perron soutient également que la dégradation de la qualité des services pousse certains élus et témoins francophones à l’assimilation : « Quand ils voient qu’on perd un peu de temps dans les délais […], j’ai entendu récemment un collègue dire : « Je vais poser mes questions en anglais, ça va être plus simple. » C’est ça qui se produit au quotidien, c’est le côté vicieux de ce qu’on appelle l’assimilation. »

Sur le plan institutionnel, le député bloquiste Mario Beaulieu a annoncé son intention de déposer une motion au Comité permanent des langues officielles afin de réclamer une étude formelle sur l’impact des réductions budgétaires. De son côté, Yves Perron prévoit d’effectuer un suivi du dossier lors de la réunion du Bureau de régie interne fixée au 29 octobre à 11 h.

Questionné sur les conditions de travail des interprètes et la demande des syndicats de garantir une présence accrue en cabine, Joël Godin s’est montré réceptif : « Nous sommes les premiers défenseurs du retour en présentiel des parlementaires à la Chambre des communes et dans les comités, alors on ne peut qu’appuyer cette démarche-là. »

« La position du Parti conservateur, c’est de dire : il ne faut pas faire d’économies de bout de chandelle sur le dos des services offerts dans les deux langues officielles au Canada. La traduction est un élément bien important et un droit fondamental de tous les parlementaires », affirme le critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur, Joël Godin. Photo : X/Archives ONFR

Quant à la motion que prévoit déposer le Bloc Québécois au Comité permanent des langues officielles, le député conservateur a indiqué qu’il attendrait de voir la formulation exacte du texte, tout en se disant « très réceptif » à l’idée d’une étude sur les impacts des coupes.

« Les néo-démocrates croient et se battront pour la réponse qui consiste à investir dans l’expertise qui existe déjà au sein de notre fonction publique, à renforcer le Bureau de la traduction et à s’assurer que les nouvelles technologies sont introduites de manière responsable […], afin que la technologie serve les humains, et non l’inverse », a lancé de son côté le néo-démocrate Don Davies.

Contactés par ONFR pour répondre aux allégations formulées par le front syndical et les partis d’opposition, les cabinets ministériels concernés ainsi que Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) n’avaient pas encore transmis leurs réponses au moment d’écrire ces lignes.

Les 800 traductrices, traducteurs, interprètes et terminologues du gouvernement fédéral que représente l’ACEP entameront les négociations en vue de leur prochaine convention collective ce mercredi, après l’expiration de leur convention collective actuelle en avril.

Championnat canadien : le Forge FC et ses francophones veulent entrer dans l’histoire

À une victoire d’un premier sacre historique pour un club de la Première Ligue canadienne (PLC), le Forge FC défie le CF Montréal, mercredi soir, en finale du Championnat canadien. Après un passage à vide, le club de Hamilton a retrouvé son élan au meilleur moment. Le défenseur français Antoine Batisse et le Franco-Ontarien Maxime Filion rêvent de voir leur équipe soulever la Coupe des Voyageurs.

Le Forge FC n’a jamais été aussi près de décrocher le trophée national qui manque à son palmarès. Quatre fois champion de la Première Ligue canadienne depuis sa création en 2019, le club de Hamilton pourrait devenir mercredi, au Stade Saputo, la première formation de la PLC à remporter le Championnat canadien.

Après avoir dominé la première partie de saison, le Forge FC a connu un sérieux coup d’arrêt au mois d’août. Invaincu lors de ses six premières rencontres de championnat, le club de Hamilton avait ensuite enchaîné six victoires consécutives entre le 31 mai et le 26 juillet, confortant sa place de leader. Mais les défaites face à Vancouver (0-1), puis Cavalry (1-2), à la mi-août, ont permis à son rival albertain de lui ravir la première place.

Une période d’irrégularité s’est alors installée, avec seulement deux victoires en huit rencontres de championnat entre le 19 août et le 3 octobre. Mais les hommes de Bobby Smyrniotis ont retrouvé leur efficacité au meilleur moment. Ils ont enchaîné trois succès contre Pacific (3-0), Inter Toronto (5-0) et l’Atlético Ottawa (2-1), à quelques jours de la finale du Championnat canadien.

« Il y a eu une grosse remise en question du groupe. On a tous pris nos responsabilités pour retrouver une dynamique positive et sortir de cette spirale négative », confie à ONFR le défenseur français Antoine Batisse.

Un adversaire de MLS, mais aucune peur

Avec 57 points, à égalité avec Cavalry à une journée de la fin de la saison régulière, le Forge FC peut encore espérer remporter le Bouclier de la PLC, avant de se tourner vers les phases finales. Mais c’est d’abord un rendez-vous historique qui l’attend à Montréal.

Face au CF Montréal, qui traverse une saison difficile en MLS, le Forge FC entend poursuivre sur sa lancée. Le club de Hamilton connaît bien son adversaire, qu’il a éliminé du Championnat canadien lors des deux dernières éditions.

« On aborde ce match comme tous les autres. Je pense qu’il faut garder notre identité, nos principes de jeux et notre philosophie, explique Antoine Batisse. C’est vrai qu’on joue contre une équipe de MLS mais cela reste 11 joueurs contre 11 joueurs. À nous de rester concentré, de garder notre solidarité et esprit d’équipe tout au long du match. »

Utilisé aussi bien en défense qu’au milieu de terrain cette saison, le Français Antoine Batisse apporte une polyvalence précieuse au Forge FC, un atout supplémentaire pour le club de Hamilton à l’approche de sa finale historique face au CF Montréal. Photo : Tim Austen/CPL

Un discours partagé par Maxime Filion. Le Franco-Ontarien, qui sera absent de la rencontre en raison d’une blessure à l’épaule, estime que son équipe a retrouvé son efficacité devant le but.

« Je pense que l’équipe a finalement trouvé le niveau offensif espéré après les bas que nous avons connus, observe-t-il avant de livrer les clés de la rencontre en attaque. C’est certain que nous allons être obligés de capitaliser sur les occasions que nous allons avoir. Ensuite, au niveau tactique, je ne veux pas trop en dire. Mais, je pense qu’il ne faut pas chercher à changer ce qui fonctionne déjà bien pour nous dernièrement. »

Le trophée qui manque au Forge FC

Pour le Forge FC, cette finale représente bien davantage qu’une occasion d’ajouter une ligne à son palmarès. Déjà habitué aux titres en PLC, le club ontarien rêve de franchir un nouveau cap en devenant le premier représentant du championnat à soulever la Coupe des Voyageurs.

« Pour le groupe, je pense que c’est la finale la plus importante de l’histoire du club. C’est le trophée qui nous manque. Se rendre à ce point est déjà un exploit en soi et c’est vraiment quelque chose dont on peut être fiers », souligne Maxime Filion.

Privé de cette affiche, le Franco-Ontarien reconnaît néanmoins une certaine frustration. « Malheureusement, comme je ne joue pas, je ne peux pas m’approprier cette finale. C’est aux joueurs sur le terrain de la gagner. La seule chose que je puisse faire, c’est de les supporter du mieux que je peux. »

Originaire de Rockland, en Ontario, l’attaquant franco-ontarien Maxime Filion a inscrit deux buts et délivré une passe décisive en 15 rencontres de PLC cette saison. Récemment passé professionnel avec le Forge FC, il manquera la finale historique face au CF Montréal en raison d’une blessure à l’épaule. Photo : Nick Iwanyshyn/CPL

Pour Antoine Batisse, arrivé cette saison à Hamilton, l’occasion est tout aussi particulière. « Cela représenterai une grande fierté pour moi. Je fais ce métier pour vivre ce genre d’événements. Jouer des finales dans un beau stade, avec j’espère beaucoup de supporters, on en rêve tous. Donc maintenant, à nous de rendre ce moment inoubliable et de tout donner sur le terrain pour ne pas avoir de regrets. »

La finale entre le CF Montréal et le Forge FC se disputera ce mercredi 21 octobre, à 19 h, au Stade Saputo. Le vainqueur décrochera également son billet pour la Coupe des champions de la Concacaf 2027.

Référendum en Alberta : le rejet du séparatisme rassure, mais l’immigration inquiète la francophonie

Les résultats préliminaires d’Élections Alberta confirment, ce mardi, le rejet de l’option séparatiste par plus de 75 % des électeurs. Si ce résultat suscite un grand soulagement chez certains, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) et le politologue Frédéric Boily restent vigilants face aux clivages potentiels sur les enjeux d’immigration, vus comme cruciaux pour la démographie francophone.

L’ACFA, qui s’était engagée dans la campagne bilingue Forever Canadian/Canadiens pour toujours et avait mis en place un guide « Coup de pouce linguistique » élaboré avec l’Espace LiFT pour traduire les questions unilingues anglaises dans l’isoloir, voit la position des mouvements fédéralistes confirmée par les urnes.

Selon les résultats partiels publiés par Élections Alberta – basés sur 84 % des bureaux de dépouillement répertoriés au moment de publier ces lignes – l’option du maintien de la province au sein du Canada à la Question 10 l’emporte avec 75,33 % des voix (1 426 991 votes), contre 24,67 % (467 357 votes) pour l’option souverainiste, sur un total de plus de 1,89 million de suffrages comptabilisés pour cette seule question.

« Il y a vraiment un sentiment de soulagement, confie à ONFR la présidente de l’ACFA, Nathalie Lachance. On a travaillé très fort et on était inquiets par rapport à ce qui pouvait sortir, mais le résultat avec environ trois Albertains sur quatre qui favorisent de rester au sein du Canada nous apporte une plus grande sécurité pour les prochains mois. »

Pour l’organisme porte-parole, ce choix garantit la continuité du cadre constitutionnel canadien qui protège les droits linguistiques, l’éducation en français et le développement des institutions francophones.

Et d’ajouter : « Les Albertains et les Albertaines ont envoyé un message très clair. Nous sommes fiers d’être Albertains et Canadiens, et ce résultat nous permet de regarder l’avenir avec confiance. La francophonie albertaine est profondément enracinée dans cette province et fait partie intégrante de son histoire. Nous voulons continuer à contribuer à une Alberta forte, prospère et pleinement engagée au sein du Canada. »

De son côté la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) réagit en rappelant l’importance de la province. « Hier, les Albertaines et les Albertains ont lancé un message sans équivoque par rapport à leur appartenance au Canada. Nous sommes plus forts ensemble, particulièrement dans le contexte actuel. Il serait difficile d’imaginer le Canada sans l’Alberta, riche de près de 300 000 personnes d’expression française qui contribuent à l’essor de leur province et du pays tout entier », c’est ce qu’on peut lire dans une déclaration écrite envoyée à ONFR.

Les réactions politiques n’ont pas tardé à la lumière de ces premiers résultats sur la question de la séparation ayant commencé à arriver en fin de soirée lundi. Se disant « ravi » que les Albertains aient choisi l’unité, le premier ministre Mark Carney a salué « un grand résultat pour le Canada », précisant s’être entretenu avec Danielle Smith pour poursuivre le travail dans un esprit de fédéralisme coopératif, notamment sur les enjeux migratoires.

En Ontario, le premier ministre Doug Ford s’est réjoui de cette décision en affirmant que les électeurs ont opté pour un avenir « plus fort et plus prospère », tandis que la cheffe de l’opposition ontarienne, Marit Stiles, a salué ce choix de la solidarité en rappelant que « ce qui nous rassemble à travers le pays demeure plus fort que ce qui nous divise ».

Pas de grande surprise

Pour les observateurs de la scène politique provinciale, cette issue reflète les dynamiques observées tout au long de la campagne.

« Il n’y a pas de surprise si l’option du « Non » l’emporte, c’est-à-dire le choix de ceux qui veulent garder l’Alberta au sein du Canada et les partisans du statu quo, explique Frédéric Boily, professeur de science politique au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. Tout indiquait qu’on s’en allait dans cette direction-là. »

Selon le chercheur, la dynamique au sein du camp souverainiste manquait de souffle dans la dernière droite : « Même quand on écoute les leaders souverainistes, on ne les voit pas très enthousiastes. On ne ressent pas qu’il y a un vent d’optimisme qui les anime. »

Immigration : le nœud de l’inquiétude?

Si le débat sur l’unité nationale a capté la majorité de l’attention médiatique et politique, le politologue rappelle l’ampleur des autres enjeux au bulletin de vote.

« Il y avait quand même cinq questions sur dix qui portaient directement ou indirectement sur l’immigration, rappelle Frédéric Boily. Même si le débat sur la séparation a pris toute la place dans les médias et l’espace public, la moitié du référendum traitait de ces enjeux qui sont fondamentaux pour l’avenir démographique de la province et de la francophonie. »

Les résultats préliminaires confirment une avance du camp du « Oui » sur ces questions, notamment avec 55,33 % de « Oui » à la question 1 visant à restreindre l’immigration globale et 56,66 % à la question conditionnant l’accès aux programmes sociaux et de santé aux seuls citoyens, résidents permanents ou autres statuts approuvés par l’Alberta.

« Il y a un potentiel de créer de véritables clivages, prévient M. Boily. Du côté des minorités linguistiques et ethniculturelles, on s’est senti sous les projecteurs durant ce référendum. Ce sont des sujets porteurs de tensions sociales post-référendaires. »

Le politologue insiste sur les répercussions potentielles à long terme pour la minorité francophone, dont la croissance repose sur l’apport de l’immigration : « Si le gouvernement privilégie uniquement une logique économique et met de côté l’enjeu de la langue, cela pourrait avoir des conséquences à plus long terme pour la francophonie. »

Pour la communauté francophone de l’Alberta, dont la vitalité repose grandement sur l’apport des nouveaux arrivants, les orientations migratoires provinciales seront surveillées de très près.

« Nous avons des inquiétudes, reconnaît Nathalie Lachance de l’ACFA. Nous continuerons à faire beaucoup de démarchage politique pour indiquer l’importance de l’immigration francophone pour la vitalité de la communauté. C’est un ajout à la communauté, mais aussi un atout pour la province qui permet d’atteindre des marchés internationaux. Il va falloir qu’on s’assure que le gouvernement provincial comprend bien ces enjeux. »

Au lendemain du Grand congrès du centenaire de l’ACFA, la présidente réaffirme que la communauté entend s’appuyer sur ses liens solides et poursuivre ses représentations auprès du gouvernement de Danielle Smith : « Notre communauté vient de célébrer 100 ans de mobilisation. Nous voulons poursuivre ce travail pour renforcer la place du français et consolider nos institutions. »

Une participation historique aux urnes

Au-delà des dix propositions soumises aux urnes, l’autre grande question de ce rendez-vous démocratique résidait sans doute dans le niveau de participation et la capacité de mobilisation des électeurs. Un test de participation concluant : plus de 10,98 millions de bulletins ont été dépouillés à travers l’ensemble des questions.

Signe de cet engouement inédit, le vote par anticipation – qui s’est tenu du mardi 13 au samedi 17 octobre – combiné aux bulletins spéciaux avait déjà établi un record avant même le jour du scrutin, représentant plus de la moitié des bulletins enregistrés.

« Le taux de participation s’avère particulièrement élevé, souligne Frédéric Boily. On se situe sur une affluence globale qui dépasse nettement les moyennes provinciales habituelles, qui stagnent généralement sous la barre des 60 %. »

À titre de comparaison, le vote anticipé et par correspondance n’avait séduit que 27,5 % de l’électorat lors de l’élection générale de 2023, où le taux de participation final s’était établi à 60,5 %.

Alors qu’Élections Alberta complétera la vérification officielle des résultats d’ici le 29 octobre, la première ministre Danielle Smith doit s’adresser ce soir à la population pour préciser la suite législative qu’elle entend donner à ce scrutin.

Pour sa 46ᵉ édition, Contact Ontarois maintient le cap malgré les défis du milieu artistique

Dans un contexte difficile pour les artistes, Contact Ontarois mise sur la créativité et la collaboration, avec une programmation issue à plus de 60 % de la francophonie canadienne. Du 13 au 16 janvier 2027, près de 1800 personnes sont attendues à Ottawa pour découvrir 41 vitrines.

L’édition 46ᵉ édition de Contact Ontarois se prépare dans un contexte tendu pour les artistes, marqué notamment par des réductions de financement du Conseil des arts de l’Ontario qui touchent plusieurs artistes et organismes francophones. « Le financement est de plus en plus difficile à obtenir, et le développement présente des défis », explique Marie-Ève Chassé, directrice générale de Réseau Ontario qui organise Contact Ontarois.

Le milieu de la diffusion n’a pas été touché pour l’instant, précise-t-elle, mais Réseau Ontario demeure vigilant. « D’autres décisions sont encore à venir. Pour le financement de fonctionnement, nous avons été chanceux, autant pour Réseau Ontario que pour nos membres », souligne-t-elle.

Elle ajoute que les diffuseurs sont solidaires du milieu, même s’ils n’ont pas été directement touchés par les réductions annoncées. « Les diffuseurs ne reçoivent déjà pas de grosses sommes. Nous sommes heureux de ne pas avoir été coupés, mais nous aurions vraiment apprécié une augmentation. Nous en aurions eu besoin. »

Malgré les difficultés, elle estime que les artistes continuent de faire preuve de créativité et de dynamisme. « C’est souvent dans les moments difficiles ou de crise que la créativité se fait le plus sentir. Notre milieu ne perd pas son dynamisme. Au contraire, les artistes ont des choses à dire et ont besoin de se faire entendre. C’est là que Contact Ontarois conserve toute sa pertinence. »

Marie-Ève Chassé, directrice générale de Réseau Ontario. Crédit photo : Godwin Daniel Photography

Un moment pour collaborer

Près de 1800 personnes sont attendues à Ottawa pour la 46ᵉ édition de Contact Ontarois. Elles pourront découvrir 41 vitrines d’artistes francophones. Plus de 60 % de la programmation sera issue de la francophonie canadienne, selon les organisateurs.

« C’est un chiffre record pour Contact Ontarois, et nous en sommes très fiers », se réjouit Marie-Ève Chassé, directrice générale de Réseau Ontario.

La musique, le théâtre, la danse, le cirque, l’art de la parole, la magie et le multiart seront représentés. Pour la première fois, une artiste drag, Jenna Seppa, fera également partie de la programmation.

« Contact Ontarois est notre grand rassemblement annuel. Nous avons la chance d’y rencontrer presque tous les intervenants de notre écosystème. C’est précieux : c’est un moment pour collaborer et s’inspirer les uns des autres », souligne Marie-Ève Chassé.

Selon elle, bon an mal an, entre 60 et 80 % des artistes qui présentent une vitrine à Contact Ontarois obtiennent ensuite une tournée.

« Cela représente environ 450 à 550 spectacles en tournée dans notre province. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. »

Cette année, le thème s’inspire de la murmuration, ces envolées d’oiseaux qui avancent ensemble vers un but commun. « Il y avait quelque chose de très collaboratif qui nous inspirait beaucoup dans cette image-là », explique Marie-Ève Chassé. 

Céleste Lévis, porte-parole

Céleste Lévis chante devant un sapin argenté
Célestes Lévis en concert. Crédit image : Mylène Desbiens

Contact Ontarois a choisi Céleste Lévis comme porte-parole cette année. « Céleste est montée sur la scène de Contact Ontarois il y a dix ans pour sa toute première vitrine. Elle a depuis été en tournée aux quatre coins de l’Ontario pour partager son univers et ses cinq albums », expliquent les organisateurs.

Une vitrine pour les artistes 

Les vitrines grand public seront présentées au Centre des Arts Shenkman, du 13 au 15 janvier 2027. Elles consistent en un extrait de 20 minutes d’un spectacle, suivi d’une entrevue pour en apprendre davantage sur l’artiste. Plusieurs artistes de la francophonie ontarienne présenteront leur spectacle pendant la semaine : Geneviève RB, Reney Ray, Mehdi Cayenne, Le R Premier, Fethi Nadjem, Sophie Grenier et Les Rats d’Swompe.

Les vitrines jeunesse se dérouleront les 14 et 15 janvier à l’École secondaire publique De La Salle. Destinées aux élèves du primaire et du secondaire, elles permettront de découvrir plusieurs artistes, dont Évasions Mobile, Joey Albert, Vincent Bishop, ou encore Makhena et Caleb Rankin.

Contact Ontarois présente pour la première fois une Bulle de quatre vitrines axées sur le jeune public. Elles auront lieu le 14 janvier à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins. 

Le vendredi 15 janvier, neuf artistes auront chacun 10 minutes pour présenter leur offre artistique lors des présentations éclair. On cite parmi eux Compagnie Directo Cinéma (France), Triangle Vital, Mélisande, Théâtre Catapulte et Jenna Seppa.

L’événement accueillera également le Panorama des dramaturgies autochtones, une collaboration entre Les Voyagements, Théâtre de création en tournée, et le CEAD (Centre des auteurs dramatiques). Le projet met en lumière des textes choisis par les artistes et offre un regard sur la diversité des écritures autochtones contemporaines.

Français dans le secteur privé : craintes de fuites de postes hors des régions francophones

OTTAWA — L’application du futur règlement sur le français dans les entreprises privées de compétence fédérale pourrait déclencher un effet inattendu : la délocalisation de postes et de points de service hors des communautés francophones en situation minoritaire. C’est la mise en garde lancée lundi soir par le Réseau développement économique et employabilité du Canada (RDÉE Canada) devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles.

Quelques jours après la publication du rapport du Bureau de la directrice parlementaire du budget (BDPB) montrant une facture allégée pour le secteur privé, les témoignages entendus par les sénateurs évoquent des risques de dérive sur le terrain.

« On m’a parlé de fermetures de postes pouvant aller jusqu’à la fermeture définitive d’un point de service ou, à plusieurs occasions, de relocaliser des postes dans une ville qui n’est pas désignée comme une zone à forte proportion francophone afin de ne plus être contraint par le règlement », a rapporté Yan Plante, le président-directeur général du RDÉE Canada, devant le comité présidé par le sénateur Allister Surette.

En sondant de grands dirigeants d’entreprises sous réglementation fédérale (banques, transporteurs, télécommunications) au cours des derniers jours, M. Plante, affirme avoir entendu des inquiétudes persistantes quant aux contours de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP).

Pour éviter les coûts de conformité, les plaintes à répétition ou les atteintes à leur réputation dans les zones désignées à forte présence francophone, certaines firmes envisageraient déjà des scénarios de contournement.

Un piège pour les employés francophones

Le chef de la direction du RDÉE Canada a cité en exemple des délocalisations potentielles de postes administratifs ou de soutien depuis des communautés comme Sudbury vers Toronto, ou d’Edmonton vers Calgary, où le règlement fédéral ne s’appliquerait pas sous sa forme actuelle.

Cette stratégie de contournement créerait un dilemme pour les travailleurs francophones de ces régions. « Si l’employé fait le choix d’être relocalisé, il va quitter sa communauté avec sa famille et va perdre ses droits linguistiques parce qu’il va arriver dans une zone qui n’est pas contrainte, ou il va abandonner son travail pour rester dans sa communauté », a prévenu M. Plante.

« On ne veut pas ça, le législateur ne veut pas ça et actuellement les entreprises elles-mêmes ne veulent pas ça », a-t-il martelé, appelant Ottawa à resserrer les règles du jeu.

Pour neutraliser ce risque de fuite de postes, le RDÉE Canada suggère d’inclure d’emblée les grands centres économiques du pays – comme Toronto, Calgary et Vancouver – dans le périmètre du règlement, rejoignant ainsi la position défendue la semaine dernière par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) qui avait également témoigné devant le Sénat.

Le président-directeur général du RDÉE Canada, Yan Plante, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, lundi 19 octobre 2026. Photo : Capture d’écran / CPAC

Pénurie de main-d’œuvre et révision du règlement

Outre le risque de délocalisation, le RDÉE Canada a soulevé la difficulté de recrutement dans certains secteurs confrontés à une pénurie de main-d’œuvre bilingue. 

Citant l’exemple d’un transporteur aérien où « le pourcentage de gens réellement qui maîtrisent le français qui se pointent aux entrevues est très petit » pour les postes d’agents de bord, M. Plante a souligné que ces embauches ardues découlent d’une rareté de personnel qualifié plutôt que d’un manque de volonté des employeurs.

Face à ces réalités du marché du travail et à l’évolution rapide de la démographie, l’organisme réclame une révision du règlement tous les cinq ans, plutôt que le délai de dix ans envisagé par le gouvernement fédéral, à l’instar de la FCFA.

« Il y a dix ans, nous étions à quatre ans du début de la pandémie… Le monde a changé », a mentionné M. Plante, estimant qu’un suivi plus rapproché permettra d’ajuster les règles aux défis réels du terrain.

Hawkesbury : Des bénévoles offrent le transport gratuit pour lutter contre l’abstention aux municipales

HAWKESBURY — Pour faciliter l’accès aux urnes lors des élections municipales d’octobre, la Ligue du réveil civique de Hawkesbury (LLRC) met sur pied un service de transport gratuit et non partisan. Cette initiative citoyenne vise à encourager la participation dans une municipalité qui, contrairement à plusieurs collectivités voisines, ne propose que le vote en présentiel. 

« Lors des réunions de notre groupe au cours des dix derniers mois, à l’approche de l’élection, les membres ont suggéré que ça pourrait être une chose qu’on pourrait faire pour encourager le vote », explique René Berthiaume, bénévole et modérateur des rencontres de la Ligue du réveil civique. 

« On a développé un logo qui est « 80,4 % – Octobre 2026 – Allez voter », et le but de ça, c’est de doubler la participation au vote. À la dernière élection municipale à Hawkesbury, il y avait 40,2 % des gens qui ont voté. Alors on aimerait doubler cette participation-là. »

Le service sera proposé durant les quatre journées de vote prévues les 22, 23, 24 et 26 octobre, pendant les heures d’ouverture du bureau de vote centralisé au Complexe sportif Robert Hartley. 

René Berthiaume, modérateur au sein de la Ligue du réveil civique de Hawkesbury, l’un des organisateurs de l’initiative de transport gratuit pour le scrutin municipal d’octobre. Photo : Gracieuseté de René Berthiaume

Organisation logistique et cadre de neutralité

Sur le plan opérationnel, la démarche repose sur l’engagement de bénévoles qui utiliseront leurs propres véhicules personnels, identifiés par l’inscription du logo « 80,4 % » apposée sur les vitres arrière. 

L’organisation, qui a vu le jour en janvier dernier, prévoit d’aligner au moins deux véhicules par jour de scrutin, avec la possibilité de mobiliser deux voitures supplémentaires en cas de hausse de la demande. 

Les bénévoles assument l’ensemble de leurs dépenses de carburant et de fonctionnement, l’initiative ne recevant aucun financement ni appui logistique de la Corporation de la Ville de Hawkesbury.

« Notre organisme est complètement bénévole, il n’y a pas de compensation qui est payée à personne », souligne M. Berthiaume. « Les gens le font de façon bénévole et fournissent leur véhicule et leurs dépenses. Il n’y a pas d’aide financière qui va être donnée à nos bénévoles. »

Afin de garantir le caractère non partisan de la démarche, le groupe a établi des consignes strictes d’impartialité à l’intention de ses conducteurs. Il leur est formellement interdit de recommander un candidat, de commenter les programmes électoraux ou d’aborder des thèmes politiques avec les usagers pendant les trajets. 

Le rôle des bénévoles est strictement limité à l’accompagnement physique des électeurs vers le lieu de vote et à leur retour.

Les organisateurs précisent par ailleurs que les véhicules personnels utilisés ne disposent pas d’équipements adaptés au transport de fauteuils roulants. En cas de besoin spécifique pour des personnes à mobilité très réduite, le groupe prévoit orienter les usagers vers les services de transport adapté ou de taxi existants dans la région.

« Ce ne sont pas nécessairement des véhicules adaptés pour les gens à mobilité réduite au niveau de fauteuil roulant ou ces choses-là », indique M. Berthiaume. 

« Le service de taxi de Hawkesbury offre ce service-là, et on se fera un devoir de faciliter cette situation-là si quelqu’un nous appelle et est en besoin de ce genre de transport-là. »

Un contexte électoral axé sur le présentiel

L’initiative s’inscrit dans un contexte électoral particulier à Hawkesbury. Contrairement à d’autres municipalités des Comités unis de Prescott et Russell qui ont presque exclusivement choisi le vote par internet, Hawkesbury a fait le choix de maintenir un scrutin exclusivement en présentiel. 

La nécessité d’un déplacement physique vers le bureau de vote unique constitue ainsi le principal facteur d’organisation de ce service de transport. « Le conseil, à mon avis, fait erreur en ne permettant pas le vote à distance », estime René Berthiaume qui a été maire de Hawkesbury de 2010 à 2014.

« Aujourd’hui, je crois qu’on doit continuer à offrir un vote en présentiel pour les gens qui préfèrent voter comme ça, mais je crois que le conseil à Hawkesbury fait erreur en ne participant pas au vote à distance ou électronique qui est aujourd’hui reconnu comme étant très fiable. »

Pour ce scrutin municipal, cinq personnes sont candidates à la mairie, un record pour Prescott-Russell. De plus, neuf candidats se sont aussi manifestés pour les postes de conseillers municipaux.

À Toronto, Laurence Lemieux fait danser Schubert

« Le danseur principal qui porte l’histoire de Winterreise, c’est mon fils. C’est très spécial pour moi », confie Laurence Lemieux. Pour la première fois, la chorégraphe, originaire du Québec et établie à Toronto, crée une chorégraphie spécialement pour lui, inspirée de Winterreise, ou Le Voyage d’hiver, une œuvre de Franz Schubert vieille de près de deux siècles.


L’œuvre raconte l’histoire d’un jeune homme au cœur brisé qui entreprend un long voyage hivernal. Sur scène, deux danseurs, deux chanteurs, un pianiste et un violoniste donnent vie à ce récit. Pour traduire en mouvements les 24 chansons du cycle, Laurence Lemieux s’appuie d’abord sur la musique. « J’essaie d’absorber chaque tableau au niveau musical, puis de faire naître une gestuelle authentique, qui répond à ce qui se passe dans chaque chanson », explique-t-elle.

La chorégraphe cherche à accompagner l’œuvre sans détourner l’attention de la musique. « La musique est tellement extraordinaire, tellement riche. Tu veux simplement ajouter à la compréhension du public, pas le distraire », dit-elle.

Le spectacle sera présenté au théâtre The Citadel, à Toronto, du 25 au 28 novembre 2026.

À Sarnia, les francophones attendent des engagements concrets du prochain maire 

SARNIA – Deux ans après l’entrée en vigueur de la désignation de Sarnia sous la Loi sur les services en français, la communauté francophone réclame des engagements concrets de la prochaine administration municipale. À dix jours du scrutin, les quatre candidats à la mairie se disent ouverts à des améliorations, mais divergent sur les moyens à privilégier.

Des communications d’urgence en français, un meilleur accueil à l’hôtel de ville, un soutien aux organismes communautaires et un interlocuteur municipal clairement identifié : les francophones de Sarnia souhaitent aller plus loin que les premières mesures déjà mises en place par leur municipalité.

Le 1er novembre 2024, Sarnia devenait officiellement la 27e région désignée de l’Ontario en vertu de la Loi sur les services en français. Une victoire obtenue après plusieurs années de mobilisation communautaire, mais dont la portée concerne les services relevant du gouvernement provincial.

La municipalité n’est donc pas automatiquement tenue d’offrir ses propres services dans les deux langues. À l’approche des élections du 26 octobre, cette distinction soulève une question : jusqu’où le prochain conseil municipal sera-t-il prêt à aller pour répondre aux besoins de ses résidents francophones?

« Notre communauté contribue déjà activement à Sarnia. Nous souhaitons que cette contribution se traduise par une place durable dans les décisions et les investissements municipaux », affirme Tanya Tamilio, présidente du Centre communautaire francophone de Sarnia-Lambton (CCFSL), interrogée par ONFR.

Des avancées à consolider

La responsable communautaire reconnaît plusieurs initiatives de la municipalité : l’installation d’une signalisation bilingue à l’hôtel de ville, la mise en place d’un système de traduction téléphonique et l’embauche d’une personne francophile à la réception. « Ces mesures témoignent d’une volonté de mieux accueillir les résidents francophones et de faciliter leurs démarches », souligne-t-elle.

Pour autant, les besoins restent importants. Mme Tamilio cite d’abord l’accès aux soins de santé en français, particulièrement pour les aînés, les familles et les nouveaux arrivants.

Tanya Tamilio, présidente du Centre communautaire francophone de Sarnia-Lambton (CCFSL). Photo : Archives ONFR

Si l’organisation des soins relève principalement de la province, Mme Tamilio souhaite que la municipalité agisse dans ses propres champs de compétence. Elle place les communications d’urgence et de sécurité en tête de ses priorités, suivies de l’accès aux informations municipales courantes, de l’accueil en français et de la participation aux consultations publiques.

Elle demande également un dialogue régulier entre la Ville et les organismes francophones, la désignation d’une personne-ressource municipale et un soutien équitable aux programmes destinés aux jeunes, aux familles et aux aînés. « Nous aimerions voir des engagements concrets, accompagnés d’un échéancier et de moyens pour les réaliser. »

Carrie McEachran veut un plan 

Ces revendications ont été soumises aux candidats lors d’une rencontre électorale organisée le 5 octobre à l’École secondaire Franco-Jeunesse, à laquelle participaient le maire sortant Mike Bradley, Carrie McEachran et Scott Molson.

Carrie McEachran, directrice générale de la Chambre de commerce de Sarnia-Lambton, y a défendu l’élaboration d’un plan municipal pour les services en français, assorti de priorités, de coûts et d’échéanciers. « La reconnaissance doit mener à des actions », a-t-elle déclaré, en référence à la désignation provinciale.

Interrogée par ONFR, la candidate précise vouloir commencer par le site web municipal, afin de rendre les principales informations et les services les plus utilisés véritablement accessibles en français, sans dépendre uniquement de la traduction automatique.

Carrie McEachran fait de la diversification économique, de la création d’emplois, de l’accès au logement et de la revitalisation du centre-ville ses priorités, tout en promettant une gestion rigoureuse des finances municipales et davantage de transparence à l’hôtel de ville. Photo : site de campagne de Carrie McEachran

Les communications d’urgence, les avis publics et les consultations municipales figurent également parmi ses priorités. Elle souhaite travailler avec le conseil municipal, l’administration et les représentants francophones pour établir un calendrier de mise en œuvre.

Carrie McEachran entend par ailleurs renforcer ses propres compétences linguistiques. Sans être bilingue, elle affirme s’être inscrite à des cours de français qui débuteront en janvier au Centre communautaire francophone.

Mike Bradley invoque les contraintes budgétaires

De son côté, Mike Bradley, à la tête de la municipalité depuis 1988, rappelle son soutien de longue date à la communauté francophone et aux démarches ayant conduit à la désignation de Sarnia.

Le maire sortant reconnaît la nécessité de mieux organiser les services municipaux en français. Lors du forum, il a expliqué que des employés avaient déjà pu venir en aide à des résidents s’exprimant uniquement en français, tout en admettant que cette assistance demeurait ponctuelle. « Il faut que ce soit mieux organisé que cela », a-t-il reconnu.

Maire de Sarnia depuis 1988, Mike Bradley brigue un nouveau mandat en misant sur la maîtrise des taxes municipales, la rigueur budgétaire et la poursuite des investissements dans les infrastructures, tout en défendant le développement économique et l’amélioration de l’offre de logements. Photo : Wikipedia

Il a cependant insisté sur les difficultés financières que la municipalité pourrait rencontrer en 2027. Selon lui, l’amélioration des services en français prendra du temps et devra être examinée parallèlement aux autres priorités budgétaires.

Mike Bradley met également de l’avant les démarches de recrutement de travailleurs et d’entrepreneurs francophones menées avec le Sarnia-Lambton Economic Partnership, qu’il souhaite poursuivre.

Scott Molson et Bill Dennis privilégient une approche progressive

Scott Molson, entrepreneur local, propose pour sa part de réunir des représentants francophones et municipaux au sein d’un comité afin d’identifier les lacunes dans les services. Il se dit favorable à la traduction de renseignements municipaux essentiels, notamment les communications d’urgence, ainsi qu’à l’amélioration du contenu français du site web de la Ville.

Il souhaite également que l’administration recense les services déjà disponibles en français et chiffre les améliorations possibles avant d’envisager la création de nouveaux postes permanents. « Où sont les véritables lacunes? » demande-t-il, privilégiant le recours aux employés bilingues existants, aux technologies de traduction et aux partenariats communautaires.

Entrepreneur et propriétaire de Molson Tire, Scott Molson fait de la gestion rigoureuse des finances municipales, de l’entretien des infrastructures, de la revitalisation du centre-ville et du secteur riverain ainsi que de la lutte contre l’itinérance ses principales priorités. Photo : Facebook de Scott Molson

Absent de la rencontre du 5 octobre, le conseiller municipal Bill Dennis a lui aussi répondu aux questions d’ONFR. Il considère la communauté francophone comme une composante importante de l’histoire et de l’identité de Sarnia, tout en plaçant le développement économique, la sécurité publique, les infrastructures et la gestion des dépenses au centre de ses priorités.

Il se dit disposé à étudier des améliorations « pratiques et abordables » de l’information municipale en français, particulièrement pour les services essentiels et la sécurité publique. Le candidat souhaite rencontrer les organismes francophones pour mieux comprendre leurs besoins, sans toutefois annoncer de mesure budgétaire, de calendrier ni de programme précis.

Aucun des quatre candidats n’a, à ce stade, annoncé de montant déterminé pour soutenir les activités communautaires francophones.

De la reconnaissance symbolique aux engagements municipaux

Lors de la rencontre du 5 octobre, les trois candidats présents ont été invités à nommer une action qu’ils prendraient durant leur première année de mandat pour renforcer les relations avec la communauté francophone.

Mike Bradley a évoqué la poursuite de sa participation aux cérémonies de lever du drapeau franco-ontarien. Carrie McEachran a promis de rencontrer les organismes et les jeunes francophones afin de mieux cerner leurs attentes. Scott Molson a proposé l’organisation d’une célébration de la Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin.

Ces propositions illustrent différentes façons d’entretenir les liens avec la communauté, sans constituer à elles seules un calendrier de déploiement de nouveaux services municipaux.

Conseiller municipal depuis 2018, Bill Dennis fait de la réduction des dépenses municipales, de la maîtrise des taxes, du développement économique et de la création d’emplois ses principales priorités, tout en promettant de renforcer la sécurité publique et d’accélérer les projets de logement. Photo : site de campagne de Bill Dennis

Le monument de la francophonie en suspend

La question de la reconnaissance symbolique se pose également autour d’un projet plus ancien : celui d’un monument consacré à la francophonie de Sarnia. Évoqué depuis plusieurs années, le projet n’a toujours pas abouti. « Il demeure dans nos dossiers de projets à réaliser », confirme Tanya Tamilio. Faute de temps et de ressources, aucune échéance n’est actuellement fixée pour sa réalisation.

La présidente du CCFSL souhaite néanmoins que le prochain conseil municipal s’engage au-delà des célébrations et des déclarations de principe, notamment en associant davantage les organismes francophones aux décisions locales et aux stratégies d’accueil des nouveaux arrivants.

À Sarnia, où le drapeau franco-ontarien flotte en permanence à Seaway Parkette, la reconnaissance de la communauté est désormais bien visible. Reste à déterminer comment elle se traduira dans les services offerts aux résidents au cours du prochain mandat.

Les électeurs de Sarnia peuvent voter en ligne depuis le vendredi 16 octobre. Le vote en personne se tiendra le 26 octobre.

La littérature franco-canadienne sous le feu des projecteurs!

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Il y a quelques jours, le Prix Nobel de littérature 2026 a été attribué à la Canadienne Anne Carson, clôturant un chapitre littéraire mouvementé dans lequel le Canada en a été l’épicentre heureux-malheureux. En effet, ces dernières semaines, la littérature franco-canadienne a eu tous les projecteurs braqués sur elle d’une extrémité à l’autre de l’océan Atlantique. Deux auteurs résidant en Ontario ont particulièrement attiré l’attention sur eux : l’Ottavien Thélyson Orélien et le Torontois Ryad Assani-Razaki.

Entre polémique et encensement, le curseur a soufflé le chaud et le froid sur les plumes francophones du Canada. Ces évènements nourrissent une question de taille : comment notre littérature trouve-t-elle sa place au sein du plus gros écosystème littéraire francophone au monde, la France?

À moins de vivre sur la Lune, il était impossible pour le commun des mortels d’ignorer la polémique entourant le roman C’était ça ou mourir (éditions Boréal) de l’auteur Thélyson Orélien. Porté en haut du podium avec des sélections aux prix littéraires français les plus prestigieux, dont le Goncourt, le Renaudot, le Femina, le Medicis, la Bourse de la Découverte de la Fondation Prince Pierre de Monaco ou encore le Décembre — pour ne citer que ceux-là —, l’auteur a par la suite été accusé d’avoir utilisé massivement l’intelligence artificielle par « Balance ton Claude », un compte X français. L’utilisation de Pangram, un logiciel de détection d’IA dans un texte, pour prouver l’accusation, a indigné la communauté littéraire. Ont suivi des accusations de plagiat : tout d’abord d’articles que l’auteur a rédigés il y a une dizaine d’années, puis de son récit Où va le monde, pour lequel il avait gagné le Prix du public de Radio-Canada en 2014, dont certains passages semblent copiés de la préface du livre Le matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier. 

Parlez-en en bien ou parlez-en en mal, diraient certains , mais parlez-en!

L’ouvrage a été écarté du Prix Goncourt ainsi que de la Bourse de la Découverte, et il ne figure pas dans les deuxièmes sélections des Prix Femina, Médicis et Décembre, alors qu’il a remporté in extremis le prix FNAC avant la polémique. Mais… depuis que l’affaire a éclaté, il a aussi embrassé un destin surprenant : il vient d’être sélectionné au Prix de la Porte Dorée, il fait partie de la deuxième sélection du Prix Renaudot, tandis que ses ventes ont explosé. Ce méli-mélo démontre en quoi son cas divise les opinions! Le 13 octobre, l’auteur est enfin sorti du silence, avouant dans un communiqué officiel que ses plagiats étaient des « erreurs de jeunesse », pour lesquels il s’excuse : « Je le regrette profondément et présente mes excuses sans réserve », mais réfutant toute utilisation de l’intelligence artificielle pour la rédaction de son roman.

D’Ottawa à Toronto

Parallèlement, la littérature franco-canadienne a fait du bruit — positif, cette fois-ci : l’ouvrage Les Maîtres du sol (VLB éditeur) de l’écrivain franco-torontois Ryad Assani-Razaki a fait partie de la première sélection au Grand Prix du roman de l’Académie française. Le parcours de la littérature francophone du Canada n’aura jamais été aussi mouvementé qu’en 2026! Qui l’eût cru! Ces événements m’ont amené à me pencher sur la place accordée à la littérature franco-canadienne — et à plus large échelle de la reconnaissance de la littérature d’expression française internationale — par la France, dont le regard littéraire continue de faire autorité et dont les prises de position sont scrutées par le reste de la francophonie.

À Monaco, une littérature française qui s’ouvre sur le monde

Je me suis intéressée à un prix littéraire relativement peu connu du grand public, mais qui regroupe pourtant des auteurs et autrices francophones de haut calibre : les Prix littéraires de la Fondation Prince Pierre de Monaco. Créée en 1966, la Fondation remet plusieurs prix culturels chaque année en octobre, dont trois prix de littérature : le Prix littéraire (remis à un auteur francophone pour l’ensemble de son œuvre), la Bourse de la Découverte (premier roman francophone) et le Coup de Cœur des Lycéens.

Le jury des deux premiers prix, appelé Conseil littéraire, est présidé par son Altesse Royale la Princesse Caroline de Hanovre. Il réunit quatre membres de l’Académie Goncourt, dix membres de l’Académie française, quatre écrivains francophones ainsi que deux membres honoraires, dont la Canadienne Antonine Maillet décédée en 2025. Parmi les dix-huit membres du Conseil, à l’exclusion de la présidente et des membres honoraires, huit sont de nationalités autres que françaises, soit 44 % du total. Cette diversité se traduit notamment par la présence de deux Canadiens : l’Haïtien-Canadien Dany Laferrière et la Canadienne Dominique Fortier. Le Conseil compte également le Marocain Taha Ben Jelloun, le Libano-Français Amin Maalouf, l’Italien Maurizio Serra, le Suisse François Debluë, le Congolais Alain Mabanckou et le Belge Yves Namur. Cette composition témoigne d’une volonté d’ouverture à la diversité des voix littéraires de la francophonie, et souligne la place reconnue des plumes d’expression française — dont celles canadiennes — au-delà des frontières. 

Sur place, les rumeurs circulent : la Princesse Caroline de Hanovre, grande lectrice, tiendrait particulièrement à avoir une diversité sur le Conseil littéraire, aussi bien au niveau des origines du jury que concernant la parité auteurs-autrices. D’ailleurs, fait qui vaut la peine d’être souligné, la sélection des ouvrages ne se fait pas sur envoi d’œuvres par les maisons d’édition, mais vient directement des membres du jury eux-mêmes. Chacun.e présente deux ouvrages coup de cœur. Plusieurs membres venant de l’étranger m’ont expliqué qu’ils essaient, dans la mesure du possible, de mettre de l’avant des auteurs et autrices de leur pays ; une façon concrète d’accroître la visibilité de littératures parfois moins connues en France.

Cette diversité se ressent pour l’édition de 2026 : sur les quatre auteurs sélectionnés pour le Prix littéraire, on trouve l’auteur suisse d’origine roumaine Marius Daniel Popescu. Pour la Bourse de la Découverte, trois auteurs sur six viennent d’un autre espace national : la Marocaine Soundouss Chraïbi, Marocaine et le Canado-Haïtien Thélyson Orélien (dont l’ouvrage a été écarté de la Bourse après la polémique). Pour finir, dans la catégorie Coup de Cœur des Lycéens (dont le jury est composé de cinquante-sept élèves issus des trois lycées de la principauté), une autre sur les cinq ne vient pas de France : la Suisse Camille Leyvraz.

La cérémonie de proclamation des prix 2026, à laquelle j’ai participé, a eu lieu le 13 octobre à la salle Garnier du Casino de Monte-Carlo. Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II était présent pour cette édition spéciale soulignant les soixante ans de la Fondation. Plusieurs fois, l’IA a été citée de façon parfois subtile pendant la cérémonie, non pour alimenter la polémique récente, mais plutôt pour réaffirmer la croyance profonde en l’importance de la créativité humaine. Jean-Claude Curau, le Secrétaire Général de la Fondation Prince Pierre de Monaco, a d’ailleurs parlé dans son discours d’un « risque de la déshumanisation » et a réaffirmé l’engagement de l’institution à reconnaître le travail fondamental des artistes.

Les lauréats littéraires 2026 sont Daniel Pennac pour le Prix littéraire pour l’ensemble de son oeuvre, Soundouss Chraïbi à la Bourse de la Découverte pour son premier roman Le soleil se lève deux fois et Camille Leyvraz pour son premier roman Rouille dans la catégorie le Coup de Cœur des Lycéens. 

S.A.R. la Princesse Caroline de Hanovre entourée des lauréats 2026 de la Fondation Prince Pierre de Monaco. De gauche à droite : David Fulmer (Coup de Cœur des Jeunes Mélomanes), Alexandre Jamar (Tremplin Musical), Son Altesse Royale la Princesse de Hanovre, Daniel Pennac (Prix littéraire), Camille Leyvraz (Coup de Cœur des Lycéens) et Soundouss Chraïbi (Bourse de la Découverte). Photo : Direction de la communication de la Fondation Prince Pierre de Monaco- Manuel Vitali

Littérature francophone ou d’expression française?

À Monaco, l’expression « auteur d’expression française » est privilégiée à celle d’« auteur francophone ». Cette distinction semble importante : elle met l’accent sur la langue plutôt que sur l’identité et permet d’inclure des auteur.rice.s issu.e.s de toutes les traditions littéraires de langue française, notamment celles des anciennes colonies, sans les enfermer dans une catégorie identitaire. Comme Franco-Ontarienne, j’ai été sensible à ce choix langagier fait avec intelligence par la Fondation.

Les Prix littéraires de la Fondation Prince Pierre de Monaco me semblent l’exemple d’un décloisonnement de plus en plus évident des mentalités, des curseurs appréciatifs, et la preuve de la qualité des plumes franco-canadiennes et d’ailleurs dans la francophonie. Ces dernières trouvent aujourd’hui leur place en sacro-sainte terre littéraire française. Même si des polémiques viennent saupoudrer l’espace littéraire francophone, il n’en demeure pas moins que les plumes d’expression française de l’international, dont les canadiennes, sont essentielles à la création littéraire. Leurs voix méritent de rayonner au-delà de leurs frontières.

À l’Académie française, la francophonie gagne du terrain

Du côté de l’Académie française, je me suis prêtée au même exercice : Dany Laferrière est l’unique canadien nommé à l’institution. Sur les trente-six sièges, six ont une nationalité autre que française, ce qui correspond à 16,7 % de l’ensemble : Dany Laferrière (Canadien/Haïtien), Antoine Compagnon (Belge), Michael Edwards (Britannique), Andreï Makine (Russe), Maurizio Serra (Italien) et Boualem Sansal (Algérien). Le chiffre demeure modeste, mais il montre néanmoins une ouverture progressive et une propension à élargir la représentation de la francophonie au sein des institutions littéraires influentes de France.  Il y a encore du chemin à parcourir, cependant, comme me l’ont souligné des membres de l’Académie française, siéger à cette institution demande un fort engagement : les auteurs vivant en provinces doivent constamment se rendre à Paris, ce défi peut se complexifier lorsqu’un.e auteur.trice vient de l’extérieur du pays. Cette réalité pourrait expliquer en partie pourquoi il n’y a pas plus de représentant.e venant d’ailleurs de la francophonie.

Une partie des membres du comité littéraire 2026 juste avant les délibérations qui se sont tenues à l’hôtel Hermitage à Monaco. De gauche à droite : Pierre Assouline, Marc Lambron, Yves Namur, Dany Laferrière, Philippe Claudel, S.A.R. la Princesse de Hanovre, Dominique Bona, François Debluë, Alain Mabanckou, Jean-Charles Curau (Secrétaire Général de la Fondation Prince Pierre de Monaco).Crédit photo : Direction de la communication de la fondation Prince Pierre de Monaco – Stephane Danna

Construire des ponts entre les littératures d’expression française

Dans la perspective de construire des dialogues entre les différentes littératures d’expression française à travers le monde, prolongeant ainsi l’engagement entamé par la Fondation Prince Pierre de Monaco, j’ai remis plusieurs ouvrages franco-canadiens (dont des œuvres franco-ontariennes) aux membres du Comité littéraire de l’institution. Ceux-ci étaient offerts généreusement par des maisons d’édition francophones du Canada. Au-delà des prix littéraires, véritables propulseurs des talents de demain et moyens de reconnaissance des auteurs et autrices accompli.e.s, il ne faut pas oublier que la littérature est avant tout un partage. Écrire et lire sont les deux faces d’une même pièce de monnaie. La passion littéraire se construit dans les ponts créés entre les différentes francophonies, parfois sans attente, dont la seule intention est de tendre une main vers un.e autre curieux.se de découvrir de nouveaux horizons. Toutes les personnes rencontrées durant les Prix littéraires de la Fondation Prince Pierre de Monaco ont renforcé mon instinct : la littérature est une passion qui se lit au-delà des origines et des nationalités. Le langage littéraire est universel.

Je tiens à remercier la Fondation Prince Pierre de Monaco pour m’avoir invitée à son édition de remise des prix de 2026. 

De gauche à droite, de haut en bas : Marc Lambron de l’Académie française tenant Capharnaüm de Nancy Vickers (David) et Les princes charmants d’Eric Dupont (Marchand de feuilles); Dany Laferrière de l’Académie française avec Tuxedo Kid, mon amour de David Ménard (Interligne); Soundouss Chraïbi, la gagnante de la Bourse de la Découverte avec Et si je savais tout de Lamara Papitashvili (David); François Debluë, représentant les Lettres helvétiques d’expression française avec Le bien ne fait pas de bruit de Monique Proulx (Boréal); Dominique Bona de l’Académie française avec Maman bleue de Sarah Migneron (Prise de parole). Crédit photos : Marine Sibileau

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

30e Franco-Foire de Kingston : célébrer la vitalité francophone malgré les défis

KINGSTON – La Franco-Foire de Kingston soufflera ses 30 bougies ce samedi 17 octobre, tandis que son organisateur, l’Association canadienne-française de l’Ontario, conseil régional des Mille-Îles (ACFOMI), célébrera son 50e anniversaire. Quelque 46 exposants sont attendus au Centre communautaire de l’Est de Kingston. Ce rendez-vous annuel témoigne d’une francophonie locale en transformation, qui reste confrontée à des défis d’accès aux services en français.

Fournisseurs de services, organismes gouvernementaux et entreprises offrant des services en français dans la région de Kingston et des Mille-Îles se réuniront pour cette 30e édition de la Franco-Foire.

« D’année en année, on voit une augmentation du nombre d’entreprises qui viennent proposer leurs services en français », explique Laurianne Montpetit, directrice générale de l’ACFOMI.

L’accès à ces services ne se limite pas aux démarches officielles ou gouvernementales, souligne-t-elle. Il s’agit aussi de pouvoir « prendre un café en français » ou « aller chez la coiffeuse en français ».

« Ça fait partie de la possibilité de vivre tous les aspects de sa vie en français », ajoute Mme Montpetit.

Cinquante ans d’engagement francophone

La Franco-Foire prendra une dimension particulière cette année puisqu’elle coïncide avec le 50e anniversaire de l’ACFOMI. L’organisme a accompagné plusieurs grandes revendications de la communauté francophone de la région. Son territoire couvre notamment Kingston, Brockville, Kemptville, Belleville et Trenton.

« On essaie de continuer le combat pour que les francophones aient accès à tous les services », affirme Laurianne Montpetit, directrice générale de l’ACFOMI. Photo : Rob Whelan

« L’ACFOMI a été au centre des luttes pour l’obtention de certains droits des francophones. Que ce soit pour l’obtention des écoles de langue française, on a fait partie de cette mouvance. On a appuyé les parents, on a appuyé les groupes qui voulaient des écoles en français », rappelle Laurianne Montpetit.

Selon la directrice générale, l’ACFOMI a aussi contribué aux démarches qui ont mené à la désignation de Kingston en vertu de la Loi sur les services en français de l’Ontario. Cette désignation est entrée en vigueur dans la ville le 1er mai 2009.

Pour souligner son anniversaire, l’organisme présentera à la Franco-Foire une exposition artistique intitulée Mémoire francophone en vitrine. Elle réunira des œuvres d’artistes locaux évoquant leurs liens personnels avec la francophonie, des moments marquants de son histoire et le rôle de l’ACFOMI dans la communauté.

Une communauté transformée par l’immigration

Le double anniversaire est aussi l’occasion de mesurer l’évolution de la communauté francophone de Kingston. Longtemps, explique Mme Montpetit, celle-ci s’est appuyée sur un noyau de francophones établis dans la région, auquel s’ajoutait une population plus mobile, notamment des étudiants de l’Université Queen’s, des militaires et leurs familles.

Depuis quelques années, l’arrivée de nouveaux immigrants francophones transforme cette dynamique. « On voit de plus en plus de nouveaux arrivants qui s’installent dans notre communauté », constate la directrice générale. Cette évolution modifie les besoins de la communauté et renforce l’importance de pouvoir accéder à des services en français dans différents aspects de la vie quotidienne.

Des services en français encore insuffisants

L’ACFOMI estime que la communauté francophone de la région compte plus de 5000 personnes, soit environ 3 % de la population locale, dans un environnement très majoritairement anglophone. « Un grand enjeu, ce sont évidemment les services de santé en français, qui sont limités dans la région », souligne Laurianne Montpetit.

Dans ce sens, Mme Montpetit insiste sur l’importance de l’offre active : les services en français devraient être proposés spontanément, plutôt que d’attendre que les usagers en fassent la demande.

Une avancée récente est toutefois saluée du côté municipal. La Ville de Kingston dispose désormais d’un groupe de travail francophone chargé de représenter les intérêts de la communauté et de contribuer à améliorer l’accès aux services municipaux en français.

« C’est une victoire pour nous d’avoir ce point de contact avec la municipalité », estime Mme Montpetit.

Depuis 1997, la Franco-Foire réunit chaque année des organismes communautaires, des institutions publiques et des entreprises offrant des services en français dans la région de Kingston et des Mille-Îles. Photo : Gracieuseté

Un rendez-vous familial et rassembleur

La Franco-Foire est une vitrine des services en français, mais aussi un rendez-vous communautaire qui attire des visiteurs fidèles. Pour les nouveaux arrivants, c’est l’occasion de découvrir les ressources offertes dans leur langue et de nouer des liens avec les organismes locaux. Pour les habitués, c’est un moment de retrouvailles et de célébration.

« La foire, c’est aussi ça : c’est un moment de célébration de notre francophonie, un moment pour se retrouver entre nous », dit Laurianne Montpetit.

La programmation comprendra notamment un spectacle jeunesse d’Ari Cui Cui, Les jeux d’rôles – Les contes classiques en musique, présenté par le Centre culturel Frontenac. La Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO) animera un atelier sur le vieillissement en santé et en sécurité à domicile. Des activités artistiques, dont la création d’étampes, sont également prévues.

Mairie d’Ottawa : le français fait consensus, les pouvoirs du maire et le retour au bureau divisent

OTTAWA – La place du français, les pouvoirs de « maire fort », le retour au bureau des fonctionnaires et la crise du logement ont alimenté les échanges entre les quatre candidats à la mairie d’Ottawa, jeudi soir. À quelques jours du scrutin municipal, le maire sortant Mark Sutcliffe et ses trois principaux adversaires ont exposé leurs visions de la capitale lors d’un débat à l’église presbytérienne Knox, au centre-ville d’Ottawa. Un débat marqué par des divergences et quelques échanges musclés.

Sur une dizaine de questions posées par la modératrice du débat, Hallie Cotnam, de CBC, deux étaient en français, dont une sur la nécessité pour le prochain maire de maîtriser cette langue.

« J’ai le même niveau de français que notre premier ministre, Mark Carney », a lancé Neil Saravanamuttoo devant le public réuni pour ce débat organisé par l’Association communautaire de Centretown et d’autres associations communautaires du centre d’Ottawa.

« Je n’ai pas besoin de cours », a-t-il ajouté, estimant qu’il est « absolument important » que le maire puisse parler français.

Le candidat, qui s’est exprimé en français, a insisté sur la nécessité de multiplier les rencontres avec les communautés francophones à travers Ottawa et de tenir davantage de réunions publiques dans leur langue.

Le débat s’est tenu à l’église presbytérienne Knox, au centre-ville d’Ottawa. Photo : Amine Harmach/ONFR

De son côté, Alex Lawson a commencé sa réponse en français, avec un « Je comprends un peu le français », avant de poursuivre en anglais.

Le candidat, entrepreneur dans le secteur de la construction, a confié que l’apprentissage du français n’avait pas été une priorité durant sa jeunesse passée à travailler sur les chantiers. Une situation qu’il dit avoir voulu éviter à ses enfants.

« Ni ma femme ni moi ne sommes bilingues, mais nous nous sommes assurés que nos filles suivent un programme d’immersion française tout au long de leur scolarité », a-t-il expliqué, se réjouissant que son aînée ait réussi un test d’admission à l’Université de Montréal.

Alex Lawson a également soulevé les difficultés d’accès aux services en français dans certains secteurs d’Ottawa, particulièrement dans l’ouest de la ville.

« À Ottawa, on ne devrait pas avoir des services en anglais d’abord, puis en français. On devrait avoir des services en français et en anglais », a-t-il soutenu.

« Dès qu’on se dirige vers l’ouest d’Ottawa, des familles me disent qu’elles n’arrivent pas à accéder à des services en français », a déploré le candidat à la mairie Alex Lawson. Photo : Amine Harmach/ONFR

Le maire sortant Mark Sutcliffe a, pour sa part, affirmé que dans une « ville bilingue comme Ottawa, le maire se doit d’être bilingue ».

Défendant son bilan auprès de la communauté francophone, M. Sutcliffe a évoqué une amélioration « d’environ 15 % des services en français pendant mon mandat ».

Cet ancien journaliste a également mis de avant les démarches entreprises pour accueillir le Sommet de la Francophonie en 2028 dans la capitale nationale, ainsi que la proclamation de cette année comme Année de la Francophonie à Ottawa.

Le conseiller municipal et candidat Jeff Leiper a lui aussi insisté sur l’importance de la maîtrise du français par le maire.

« Lorsque le maire parle français, c’est une reconnaissance d’une partie de notre histoire », a-t-il déclaré, évoquant la coopération historique entre les communautés anglophone et francophone et le caractère inclusif de la ville.

Échanges tendus sur les pouvoirs de « maire fort »

La question des pouvoirs de « maire fort », accordés aux municipalités ontariennes, a fait apparaître des divergences plus marquées.

« Nous avons un problème de culture organisationnelle à la Ville d’Ottawa. Pour changer cette culture, nous devons remplacer certains hauts responsables qui sont en poste depuis beaucoup trop longtemps », a estimé le candidat à la mairie Neil Saravanamuttoo. Photo : Amine Harmach/ONFR

Neil Saravanamuttoo, économiste de métier, a estimé que plusieurs de ces pouvoirs étaient « franchement antidémocratiques », tout en affirmant vouloir utiliser ceux qui concernent la gestion et la nomination des hauts responsables administratifs.

« Certaines personnes qui ont joué un rôle central dans les décisions concernant le train léger sont toujours là. Et qu’avons-nous fait? Nous leur avons accordé des promotions », a-t-il critiqué.

Il utiliserait donc les pouvoirs de « maire fort » pour remplacer certains dirigeants et « faire avancer Ottawa, plutôt que de la faire reculer ».

Alex Lawson a abondé dans le même sens : « Lorsqu’il s’agit d’examiner la gestion du personnel, de déterminer qui obtient des promotions, qui dépense l’argent des contribuables et comment cet argent est utilisé, je pense que le maire a un rôle important à jouer ».

« Je n’exclus donc pas le recours aux pouvoirs de « maire fort » », a-t-il ajouté, précisant toutefois qu’il n’y aurait « certainement pas recours à la légère ».

Mark Sutcliffe a, pour sa part, défendu une approche fondée sur la collaboration.

Rappelant l’atmosphère qu’il a qualifiée de « toxique » à son arrivée à l’hôtel de ville, il a assuré avoir réussi à rétablir le dialogue entre les conseillers municipaux et à faire adopter les principales décisions avec de larges majorités.

« Je n’ai pas besoin des pouvoirs spéciaux du maire pour obtenir ces résultats », a-t-il plaidé.

« Ces pouvoirs ont été accordés pour faire avancer des projets de développement malgré l’opposition de certains conseils municipaux. Mais des conseils les ont plutôt utilisés pour bloquer ces projets », a souligné le candidat à la mairie Jeff Leiper, au sujet des pouvoirs de « maire fort ». Amine Harmach/ONFR

Jeff Leiper a également rejeté leur utilisation, les qualifiant d’antidémocratiques.

Mais le conseiller de Kitchissippi en a profité pour attaquer le bilan du maire sortant, dénonçant un « manque total d’ambition » au cours des quatre dernières années.

Une critique à laquelle Mark Sutcliffe a rétorqué en accusant Jeff Leiper : « Je lui ai offert la possibilité de travailler ensemble, mais il n’a jamais présenté une seule idée. »

Retour au bureau

Le retour obligatoire au bureau des fonctionnaires a donné lieu à un autre désaccord sur le rôle que devrait jouer le maire face aux décisions du gouvernement fédéral.

Neil Saravanamuttoo s’est montré fermement opposé à cette mesure, estimant qu’Ottawa ne dispose pas actuellement des infrastructures nécessaires pour absorber ces déplacements.

« Les gens peuvent être productifs, quel que soit l’endroit où ils travaillent », a-t-il soutenu.

S’il était élu, il demanderait au gouvernement fédéral de reporter le retour au bureau jusqu’à ce que la ville soit prête.

Alex Lawson estime, lui, que la Ville ne pourra probablement pas changer la décision fédérale et doit plutôt améliorer son réseau de transport en commun.

« Nous devons examiner la gestion d’OC Transpo. Nous devons aussi rétablir les lignes express, afin que les usagers puissent traverser la ville sans devoir faire de nombreux détours dans différents quartiers », a-t-il plaidé.

Pour Mark Sutcliffe, le rôle du maire n’est pas de se comporter comme un « militant » contestant les décisions du gouvernement fédéral, mais de s’assurer que la Ville dispose des moyens nécessaires pour y répondre.

Cette position a suscité une réplique de Jeff Leiper : « C’est absolument le travail du maire d’Ottawa de défendre les résidents de la ville », a-t-il lancé.

« Le rôle du maire n’est pas de se comporter comme un militant qui conteste les décisions du gouvernement, les remet en question et s’en plaint », a déclaré le maire sortant Mark Sutcliffe, au sujet du retour obligatoire au bureau des fonctionnaires fédéraux. Photo : Amine Harmach/ONFR

Le débat a également abordé le logement, le transport en commun, la ruralité et l’itinérance, entre autres enjeux municipaux. Autant de sujets sur lesquels les trois adversaires de Mark Sutcliffe ont tenté de se présenter comme des acteurs du changement, tandis que le maire sortant s’est attaché à défendre son bilan à l’approche du scrutin du 26 octobre.

Forum régional du Nord : une vague d’immigration francophone qui force la réflexion

NORTH BAY – À l’occasion de son forum régional axé sous le thème « Une francophonie qui s’enracine : défis et solutions pour le Nord », le Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario (RSIFNO) a réuni la communauté francophone locale pour dresser le bilan de l’immigration francophone sur le territoire. Le réseau en a profité pour lancer « Osez le Nord », une stratégie promotionnelle visant à favoriser l’immigration francophone dans le Nord de l’Ontario, à un moment où elle connaît un essor sans précédent.

Après huit ans d’absence, le forum régional du Nord fait son grand retour à North Bay. C’est surtout dans un contexte de forte hausse de l’immigration francophone que le Réseau de soutien à l’immigration du Nord de l’Ontario relance un événement qui a rassemblé plusieurs organismes et institutions phares de la région.

« C’est clair qu’il y avait une demande des partenaires pour se réunir et avoir un espace de concertation entre nous. Mais c’est surtout le contexte. On est rendu là. Le nombre d’immigrants francophones qui s’établissent dans le Nord est en croissance conséquente », dit Thomas Mercier, le directeur du RSIFNO. « Il était grand temps qu’on puisse se réunir effectivement ».

Étalé sur deux jours, le forum a réuni plus d’une quarantaine d’acteurs de la francophonie régionale, proposant une multitude d’ateliers portant sur des enjeux liés à l’immigration francophone. Deux tables rondes ont permis à des jeunes immigrants francophones de partager leurs expériences. Entre difficultés d’adaptation, notamment les questions du logement, des transports, et opportunités professionnelles, les participants n’ont pas manqué de livrer leurs vulnérabilités.

De gauche à droite, Moussa Sow, Thom Junior Bakala Foutou, Rim Ayatallah, et Sami Bellamqaddam lors de la première table ronde du forum régional. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Reconnaître les barrières systémiques

Les barrières systémiques rencontrées par les nouveaux arrivants francophones dans la région ont été un sujet récurrent. En effet, la question des discriminations a émergé. C’est Gouled Hassan, directeur du Contact interculturel francophone de Sudbury et membre et responsable adjoint du comité de gouvernance de la Coalition des Noir.e.s francophones de l’Ontario, qui a animé une discussion autour de ce sujet.

« Le visage de la francophonie n’est pas le même qu’il était il y a dix ans. Le problème est que ces nouveaux arrivants francophones ne se sentent pas inclus dans la francophonie comme telle. Donc, ils commencent à créer une francophonie parallèle », affirme-t-il.

Gouled Hassan pense qu’il faut créer le dialogue sur les discriminations auxquelles font face les nouveaux arrivants pour favoriser leur épanouissement au sein de la francophonie nord-ontarienne. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

M. Hassan parle notamment d’un écart entre la francophonie nord-ontarienne implantée depuis longtemps et la francophonie des nouveaux arrivants. « Le problème, c’est que la francophonie traditionnelle a tout le pouvoir décisionnel, dans tous les projets qui fonctionnent bien, dans tous les organismes qui sont dans la communauté. La nouvelle francophonie n’a pas d’espace pour s’épanouir, pour se retrouver, se voir à l’intérieur de ces espaces-là ».

Et d’ajouter : « C’est important qu’on ait ce dialogue-là maintenant au lieu d’attendre que le problème devienne tellement grand que c’est impossible de faire changer le navire de bord . »

Créer une identité commune pour le Nord

Lors de la première journée du forum, le réseau a notamment lancé la campagne « Osez le Nord ». Pour le directeur, cette campagne est surtout l’occasion de « réunir l’ensemble des parties prenantes qui ont un rôle à jouer dans la promotion du Nord de l’Ontario pour créer une image de marque commune », explique-t-il.

À travers ce projet déployé jusqu’en mars 2028, les organismes partenaires joindront leurs efforts pour positionner le Nord « comme une destination spécifique pour les étudiants étrangers et les familles, les travailleurs qui cherchent des opportunités professionnelles et qui veulent bénéficier de la qualité de vie du Nord de l’Ontario ».

Le programme prévoit de regrouper des professionnels en communication et marketing afin d’élaborer une stratégie promotionnelle visant à bâtir une image de marque pour la région, propre à séduire les immigrants francophones. Un autre objectif clé est de régionaliser cette immigration, dit M. Mercier, soulignant que la hausse des arrivées à Sudbury peut entraîner une surfocalisation sur cette ville, alors qu’il importe de faire rayonner les autres municipalités du Nord.

Thomas Mercier est le directeur du Réseau de soutien à l’immigration du Nord de l’Ontario (RSIFNO). Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

« Pour mettre en œuvre cette stratégie, nous avons réuni un groupe de travail composé de spécialistes en communication et en marketing issu de municipalités, des établissements secondaires, primaires, et universitaires, des organismes offrant des services d’établissement et d’autres partenaires clés en immigration », annonce Nathalie Nimpa, l’agente du projet, lors du lancement officiel.

Parmi les projets, une campagne médiatique consistant en « des portraits vidéos de 60 à 90 secondes permettant de découvrir leurs parcours, les raisons de leur choix, et pourquoi ils viennent dans le Nord de l’Ontario », dit-elle. « La campagne de témoignage vise à faire connaître le Nord, à créer de l’émotion auprès du public, mais surtout à relater les histoires vraies et les parcours de vie porteurs, intéressants ».

Au-delà des témoignages, « Osez le Nord » s’articule autour de trois autres axes : un volet événementiel, numérique et publicitaire, ainsi qu’une stratégie de partenariats clés. Parmi les projets phares de la campagne, un balado animé par Radio-Canada.

ServiceOntario : des ratés majeurs en français, rapporte le commissaire Bouchard

TORONTO – Suite à une enquête révélant la non-conformité de ServiceOntario et du gouvernement à plusieurs de ses obligations liées à la Loi sur les services en français (LSF), le commissaire aux services en français, Carl Bouchard, a émis 25 recommandations pour améliorer la façon dont la prestation en français y est offerte et surveillée.

Le ministère des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement, en charge de ServiceOntario, fait partie des trois ministères faisant l’objet de plus de plaintes, explique le commissaire Bouchard dans son rapport « À la recherche des services en français ».

Une majorité de ces plaintes émane de clients de ServiceOntario estimant que leurs droits linguistiques ne sont pas respectés dans les points de service.

Le commissaire aux services en français, Carl Bouchard, était en conférence de presse à Queen’s Park ce jeudi pour présenter son nouveau rapport « À la recherche des services en français ». Photo : Sandra Padovani/ONFR

Lancée en avril 2025, cette enquête sur la conformité des services en français dans les ServiceOntario, menée par l’Unité des services en français, a mis en lumière « d’importants problèmes dans la prestation des services en français aux endroits où des services de première ligne en français sont requis ».

« Des enjeux qui doivent être traités immédiatement », a intimé ce jeudi le commissaire Bouchard lors de la conférence de presse suivant le dépôt de son rapport.

L’examen d’un millier de documents, la conduite de 70 entrevues et la visite à une vingtaine d’emplacements, a révélé que douze des points de service soumis à la LSF ne comptaient aucun employé bilingue.

Les processus de vérification en place considéraient souvent les obligations liées aux services en français comme « une exigence administrative mineure », rapporte le document.

Entre autres constats, il existe une confusion du personnel et des responsables de ServiceOntario quant aux zones soumises à la LSF et à leurs obligations linguistiques réelles. Une méconnaissance exacerbée au sein des points de service exploités par des tiers.

Une différence de traitement marquée entre les points de services

« On a remarqué une différence entre les points de services qui sont opérés directement par le ministère et ceux qui sont opérés par des tiers partis », a répondu à ONFR le commissaire en conférence de presse, remarquant beaucoup plus de personnel bilingue dans les points de services opérés par le ministère.

Début 2024, la province avait annoncé la fermeture de centres ServiceOntario au profit de kiosques intégrés à l’enseigne américaine Staples/Bureau en Gros.

Si M. Bouchard ne cite pas directement l’enseigne, il réaffirme l’importance de l’homogénéité entre les agences. « ServiceOntario, c’est un nom qui doit des services en français aux francophones de l’Ontario, et c’est ce que j’entends bien qu’il se produise. »

Son rapport rappelle en effet que, même si les agences gouvernementales concluent des ententes avec des tiers pour fournir des services en leur nom, elles ne peuvent pas se détacher de leurs obligations en vertu de la LSF. Le Règlement de l’Ontario 284/11 exige qu’elles s’assurent que les tiers respectent la LSF et ses règlements.

« C’est le règlement sur l’offre active qui fait que dès le premier point de contact, on se fait dire ‘Hello, bonjour, comment puis-je vous aider?’ Une offre bienveillante qui envoie un message que le service en français sera fiable, de qualité, et qui va nous permettre de continuer en français », appuie le commissaire, avant d’ajouter que le ministère en est imputable.

Or, côté gouvernement, « le ministère responsable de ServiceOntario n’a pas respecté pendant des années les exigences réglementaires de produire des rapports concernant les services fournis par des exploitants tiers », détaille le communiqué.

Une responsabilité directe du ministère des Affaires francophones

« Le ministère des Affaires francophones aurait dû intervenir il y a bien longtemps », a également soutenu en conférence de presse M. Bouchard.

Il indique en effet que le règlement 284/11 sur les tiers partis spécifie que les ministères sont responsables, dans les 30 jours de la mise en œuvre d’un contrat, de rapporter au ministère des Affaires francophones des éléments précis, comment les services sont octroyés au public.

« Le ministère des Affaires francophones disposait d’informations qui, raisonnablement, lui auraient permis d’aller voir le ministère (des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement) et de leur demander directement pourquoi ils n’avaient jamais reçu de rapport de leur part », rapporte M. Bouchard à notre micro.

« C’est son mandat dans la Loi », a-t-il tranché.

Dans ce contexte, le commissaire aux services en français a ainsi isolé 25 recommandations pour renforcer les services en français, la dotation en personnel, la formation et la surveillance, en améliorant la conformité à la Loi sur les services en français.

Des engagements réactualisés du côté de la province

Le ministère des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement et le ministère des Affaires francophones (MAFO) ont accepté 18 des 25 recommandations du commissaire visant à améliorer la façon dont les services en français sont administrés et surveillés.

Parmi ses engagements, le gouvernement s’attache à ce que tous les points de service tenus d’offrir des services en français s’y conforment, à mettre en place une surveillance de ces services, à produire les rapports requis, en plus de former son personnel, et à évaluer les besoins du personnel bilingue.

Autres axes retenus : davantage d’information au public quant à la disponibilité des services en français, en plus d’établir une dotation minimale de personnel bilingue dans les points ServiceOntario opérés par des tiers.

Le ministère des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement recevra également l’appui du MAFO pour l’amélioration des prestations. Ce dernier s’est engagé à examiner la recommandation sur la surveillance du respect de la production de rapports sur les prestations prévues par la LSF.

« Ces engagements constituent une étape importante vers l’amélioration de l’accès aux services en français partout en Ontario, a affirmé M. Bouchard. Nous continuerons de surveiller de près les progrès réalisés dans la mise en œuvre ou l’examen des recommandations, et nous rendrons compte publiquement et régulièrement des résultats obtenus. »

Quant au reste des recommandations, le gouvernement s’est engagé à examiner les enjeux en suspens et les recommandations destinées à y répondre.

Le ministère des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement ainsi que le MAFO doivent chacun remettre au commissaire un rapport de progrès dans les six mois suivant le dépôt du présent rapport, ainsi que tous les six mois par la suite, « jusqu’à ce que je sois satisfait que des mesures adéquates ont été prises pour y répondre », a conclu Carl Bouchard.

Dans le premier segment de l’émission du 15 octobre de « Toute une semaine! », le panel d’experts, Tasha Kheiriddin, Luc Turgeon et Fuyuki Kurasawa, s’est également penché sur les constats du commissaire aux services en français.

« On est très heureux » : Enfin une plaque patrimoniale pour l’église de l’Ordre de Jacques-Cartier

OTTAWA – À moins d’une semaine du centenaire de la fondation de l’Ordre de Jacques-Cartier, la valeur patrimoniale et historique de l’ancienne église Saint-Charles-Borromée sera officiellement immortalisée. La Ville d’Ottawa procédera à l’installation d’une plaque commémorative de bronze sur le bâtiment du quartier Vanier ce jeudi, avant un dévoilement officiel à la communauté ce vendredi matin.

Désignée bien patrimonial par la Ville d’Ottawa en 2013, puis confirmée par un règlement modificatif du conseil municipal en février 2020, l’église construite en 1908 manquait toujours d’une signalisation publique rappelant son histoire.

C’est le Comité de la francophonie de l’Association communautaire de Vanier (ACV) qui a pris le dossier à bras-le-corps pour réclamer cette plaque.

« On est très heureux […] Ça fait tellement longtemps qu’on l’attend, cette plaque. Il n’y avait absolument rien qui démontrait le statut patrimonial de l’église jusqu’ici », se réjouit Johanne Leroux, bénévole au sein de l’ACV dont elle fut la présidente du comité francophone jusqu’à récemment.

Pour la communauté francophone de la capitale, cette reconnaissance publique survient à un moment charnière.

« C’est une belle reconnaissance patrimoniale pour la communauté francophone d’Ottawa et plus particulièrement de Vanier, souligne Bobby Boudreau, président de l’ACFO Ottawa. L’église Saint-Charles-Borromée a été un lieu phare pour les citoyens de Vanier, mais aussi pour les avancements de la francophonie partout au pays. »

La plaque patrimoniale soulignant l’architecture de 1908 de l’église Saint-Charles-Borromée et la naissance de l’Ordre de Jacques-Cartier en 1926. Photo : Gracieuseté de Johanne Leroux

Le berceau de « La Patente »

La plaque de bronze rédigée en français et en anglais rappelle l’architecture néo-classique québécoise conçue par Charles Brodeur, mais accorde une place centrale à la fondation de l’Ordre de Jacques-Cartier.

C’est en effet dans le sous-sol du presbytère attenant que cette société secrète, surnommée « La Patente », est née le 22 octobre 1926 sous l’impulsion du curé François-Xavier Barrette, de l’ingénieur Albert Ménard et d’Émile Lavoie.

Pendant près de quarante ans, l’organisation a œuvré dans l’ombre à l’échelle canadienne pour favoriser l’accès des francophones à la fonction publique fédérale, exiger des chèques de paye bilingues, la monnaie bilingue ou encore pour jeter les bases des conseils scolaires de langue française en Ontario.

« C’est une église qui a un impact historique national. […] Ça aurait été épouvantable qu’il n’y ait pas de plaque avant le 22 octobre pour le 100e anniversaire », affirme Johanne Leroux.

Les militants ont d’ailleurs dû faire pression cet été auprès de la Ville pour que le budget nécessaire soit accordé afin d’offrir une plaque complète comprenant le récit historique et le nom de l’église.

Un projet d’occupation commerciale dans l’église Saint-Charles-Borromée a échoué en raison de la COVID-19, de l’inflation et des difficultés de financement, forçant le promoteur à mettre le bâtiment en vente. Photo : Inès Rebei/ONFR

Du côté de la municipalité, on attribue ce délai de plus d’une décennie aux démarches d’aménagement du site.

« À la suite de la désignation de l’église comme lieu patrimonial en 2013, les travaux de réaménagement du site ont retardé l’installation de la plaque », indique Anne Fitzpatrick, planificatrice de la conservation du patrimoine à la Ville d’Ottawa.

Conçue au coût de 1976,03 $ par la Direction de la planification du patrimoine de la Ville, la plaque a été rédigée par un historien municipal avant d’être soumise pour examen au comité francophone de l’ACV. La Ville confirme d’ailleurs que la date du dévoilement le 16 octobre a été choisie sur mesure pour concorder avec les célébrations du centenaire de La Patente.

Toujours pas d’acheteur

Cette cérémonie survient alors que l’avenir du bâtiment suscite toujours des interrogations. Acquis en décembre 2014 par le consortium Modbox puis mis en vente au printemps dernier pour 5,3 millions de dollars, le complexe réaménagé « St. Charles Market » cherche un nouvel acquéreur.

« On voulait vraiment que le statut se transmette et célébrer cette mémoire, particulièrement depuis que l’église a été mise en vente, explique à ce propos Mme Leroux. On ne voulait pas que dans la transaction, on perde la notion du statut patrimonial de l’édifice ou que le lieu soit négligé. »

Conçue par la firme d’architecture Linebox Studio, la transformation du site a permis d’enchâsser une structure résidentielle de huit étages autour de l’ancien lieu de culte. 

Toutefois, la protection municipale obtenue sous la Loi sur le patrimoine de l’Ontario ne protège que l’enveloppe extérieure et le clocher de l’église, excluant l’espace intérieur ainsi que l’ancien presbytère aujourd’hui démoli.

Johanne Leroux, bénévole au Comité de la francophonie de l’Association communautaire de Vanier, qui a mené les démarches pour l’obtention de la plaque patrimoniale. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Notre objectif est de vendre l’église à un acheteur qui en sera également l’occupant et qui voudra en faire son milieu de vie ou son commerce, tout en maintenant l’espace ouvert et accessible au public », explique Darryl Squires, associé chez Modbox.

« Tout ce que nous avons accompli sur cette propriété depuis plus de dix ans a été fait dans l’optique d’honorer l’histoire de l’église et son rôle dans la communauté francophone, ajoute M. Squires, précisant que la plaque sera fixée à gauche de l’entrée principale. Nous avons investi énormément d’argent et d’efforts dans la structure et les fondations pour mettre le bâtiment aux normes modernes et en assurer la pérennité. »

Parallèlement, Johanne Leroux espère qu’une deuxième plaque, cette fois-ci d’envergure nationale, verra le jour à proximité. Une demande de désignation est actuellement à l’étude auprès de Parcs Canada et de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada pour reconnaître l’importance historique nationale de l’Ordre de Jacques-Cartier.

Un automne sous le signe de l’histoire à Vanier

Les célébrations entourant le centenaire ne s’arrêteront pas au dévoilement de ce vendredi, lequel sera d’ailleurs suivi d’une réception. L’événement, orchestré par le Comité de la francophonie et l’ACV, est rendu possible grâce à la collaboration de la Ville d’Ottawa, du projet Vanier Culture en action, de la Zone d’amélioration commerciale (ZAC) Vanier, ModBox et The Lake Partnership et du Marché St. Charles.

La Ville d’Ottawa et Vanier Culture en Action, en collaboration avec la ZAC Vanier, présenteront aussi des extraits de la comédie musicale Les Patenteuses, une création de la compagnie Les Créations In Vivo sur le parvis lors de la cérémonie (ou à l’intérieur de l’édifice en cas de pluie).

De son côté, le Muséoparc Vanier inaugurera le 29 octobre prochain une exposition temporaire intitulée L’Ordre de Jacques Cartier : 100 ans de mystère et d’influence, qui permettra au public d’explorer les rituels, les codes secrets et l’impact de cette société née au cœur de Vanier.

Référendum en Alberta : la jeunesse et l’ACFA mobilisées face à un vote inédit

Alors que le vote par anticipation s’est ouvert ce mardi en Alberta, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) et Francophonie jeunesse de l’Alberta (FJA) déploient une batterie d’outils d’aide linguistique pour inciter les Franco-Albertains à se rendre aux urnes. À quelques jours du scrutin référendaire du 19 octobre, la jeunesse aborde ce rendez-vous démocratique entre intérêt marqué et sentiment d’impuissance.

Face à un bulletin de vote inédit comprenant 10 questions rédigées uniquement en anglais par Élections Alberta, l’organisme porte-parole et ses partenaires passent à l’action sur le terrain afin d’éviter que la barrière de la langue ne devienne un obstacle à la participation.

« Les questions sont longues, elles sont complexes, donc le but est vraiment de s’assurer qu’il n’y ait pas de barrières et d’essayer de minimiser les barrières linguistiques avec ce vote très important », explique Nathalie Lachance, présidente de l’ACFA.

Pour pallier l’absence de matériel bilingue dans les bureaux de scrutin, l’ACFA a fait équipe avec l’Espace LiFT, dirigé par la professeure Anne-José Villeneuve, du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. Ensemble, ils ont conçu un document d’une page intitulé « Coup de pouce linguistique ».

Pour la présidente de l’ACFA, Nathalie Lachance, désigner 2026 comme Année de la francophonie est une reconnaissance qui donne une visibilité accrue aux francophones de l’Alberta. Photo : Gracieuseté ACFA

Ce guide offre une traduction fidèle en français des 10 questions référendaires, basée sur le travail réalisé par Radio-Canada. Les électeurs peuvent l’imprimer et l’apporter directement avec eux dans l’isoloir pour se guider au moment de voter.

« Tout ce qui a été fourni dans plusieurs langues par Élections Alberta, ce sont des questions par rapport au processus de vote, mais rien par rapport aux questions comme telles », précise Mme Lachance pour justifier cette initiative citoyenne.

Outre ce guide pour l’isoloir, l’ACFA propose sur son site web des fiches explicatives sur l’impact potentiel des questions pour la minorité, ainsi qu’un « plan de vote » individuel permettant d’identifier le meilleur créneau horaire. 

L’organisme rappelle que les personnes ayant opté pour le vote par la poste doivent soumettre leur enveloppe avant le 16 octobre, la date limite de demande étant échue depuis le 25 septembre.

L’intérêt et le désarroi de la jeunesse francophone

Au bureau de vote par anticipation du Campus Saint-Jean, accessible aux résidents du secteur, le scrutin référendaire suscite des réactions contrastées au sein de la communauté étudiante.

« De ce que j’ai vu depuis le commencement, on a deux groupes, observe Ilona Kibangou, présidente de Francophonie jeunesse de l’Alberta (FJA). Il y en a que ça intéresse pas mal parce qu’on parle de sujets majeurs comme la séparation. Mais il y a aussi un autre côté où les jeunes trouvent que c’est quelque chose d’assez compliqué. Les questions n’ont pas été bien formulées pour que les jeunes puissent facilement les comprendre avant de voter. »

Ce sentiment d’impuissance est d’autant plus vif chez une frange importante de la jeunesse francophone : celle issue de l’immigration récente qui, ne possédant pas encore la citoyenneté canadienne, se retrouve exclue des urnes alors que l’Alberta compte ses défis en matière d’immigration et d’intégration.

« Moi, par exemple, je suis résidente permanente, ce qui fait que je ne peux pas voter, confie Ilona Kibangou. Je suis ici au Canada depuis longtemps, je suis quelqu’un de très impliquée dans la francophonie et dans ma communauté, et c’est un vote qui me tient à cœur. Les questions sont prioritairement sur ma situation en tant qu’immigrante. C’est sûr qu’on aimerait avoir cette chance-là de voter, mais on ne peut pas. »

Ilona Kibangou, présidente de Francophonie jeunesse de l’Alberta (FJA), souligne l’intérêt de la jeunesse francophone pour le scrutin tout en rappelant la stricte neutralité de l’organisme. Photo : gracieuseté d’Ilona Kibangou

Des séances d’information ciblées

Pour accompagner les premiers électeurs et les jeunes de 18 ans, deux séances d’information virtuelles ont été organisées la semaine dernière. Si la première réunion ciblait le grand public, la seconde s’est déroulée en partenariat direct avec FJA.

« À la deuxième session, on a réussi à trouver pas mal de jeunes quand même, environ une dizaine, indique la présidente de FJA. Ils ont bénéficié de conseils sur comment et où voter. On ne leur dit pas quoi voter, mais on leur montre que c’est important de pouvoir voter et que ces décisions vont nous affecter, en bien comme en mal. »

L’ACFA collabore également avec FJA et le nouvel organisme Majorité pour continuer de diffuser largement les supports d’information et les présentations issus de ces rencontres.

Entre engagement historique et neutralité

Cette mobilisation électorale survient alors que la communauté s’interrogeait sur la place de la francophonie face au mouvement souverainiste. 

Au printemps dernier, la francophonie albertaine a pris officiellement position contre la séparation de l’Alberta en s’associant au mouvement Canadiens pour toujours (Forever Canadian), cofondé par l’ancien vice-premier ministre provincial Thomas Lukaszuk.

« Nous croyons que c’était important pour nous de partager notre intérêt et notre désir de demeurer au sein du Canada. On comprend que les protections que nous avons en tant que francophones en situation minoritaire sont beaucoup mieux protégées grâce aux institutions fédérales », réitère la présidente de l’ACFA, en évoquant la Charte canadienne des droits et libertés et la Loi sur les langues officielles.

79 965 personnes (environ 1,88 %) ont le français comme première langue officielle parlée en Alberta selon le recensement de 2021. Photo : Istock

De son côté, FJA choisit de conserver une stricte neutralité auprès de ses membres. « On ne peut pas vraiment se prononcer sur la question parce qu’on n’est pas supposés prendre parti, précise Ilona Kibangou. Même quand on incite les jeunes à aller voter, on fait bien attention de ne pas pousser le bouchon en disant pour quoi voter ou ne pas voter. C’est juste important d’exercer son droit. »

Planifier son vote avant le 19 octobre

Avec 10 bulletins de vote différents à remplir par personne, l’ACFA s’attend à ce que les files d’attente soient particulièrement longues lors de la journée officielle du scrutin, le 19 octobre.

L’organisme encourage donc fortement les citoyens à profiter de la période de vote par anticipation, accessible jusqu’à ce samedi.

Sur le terrain, la présidente de FJA note toutefois que la plupart des étudiants tardent encore à se déplacer : « Jusqu’ici, dans les salles de vote du campus, j’ai surtout vu des personnes plus âgées et des parents venir voter. On connaît les jeunes : on est souvent à la dernière minute. La plupart iront probablement le jour même du scrutin, le 19 octobre. »

Cette fièvre électorale s’invitera d’ailleurs directement au Grand congrès du Centenaire de l’ACFA, qui clôturera les célébrations de son 100ᵉ anniversaire les 16 et 17 octobre à l’Edmonton Expo Centre. 

En plus des festivités comme l’Expo Frab, la Mosaïque du centenaire et le spectacle Francophonique, un atelier spécifiquement consacré aux enjeux du référendum figure à la programmation

Prix de reconnaissance 2026 : l’AFO dévoile ses six lauréats

OTTAWA – L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a dévoilé ce mercredi les six lauréats de la 14e édition de ses Prix de reconnaissance. Cinq personnes et un organisme recevront leur distinction le 23 octobre à Richmond Hill, à l’occasion du Congrès annuel de l’organisme.

Le Prix Paulette-Gagnon, qui reconnaît un parcours professionnel exemplaire au service de la communauté franco-ontarienne, est décerné à Claudia Lebeuf. Née en France et installée à Toronto depuis 1972, elle a été directrice administrative du Théâtre du P’tit Bonheur, aujourd’hui le Théâtre français de Toronto (TfT), de 1979 à 1989. Durant cette période, le nombre d’abonnés est passé de 30 à 1200.

Après un passage à l’Assemblée des centres culturels de l’Ontario, elle devient la première directrice générale du Regroupement des intervenants et intervenantes francophones en santé et en services sociaux de l’Ontario (RIFSSSO), jusqu’à sa retraite en 2002. Toujours engagée auprès du TfT, dont elle est donatrice depuis 1993, elle a assisté le 31 juillet dernier à la première pelletée de terre de sa future salle permanente, un projet qu’elle portait depuis ses débuts.

La culture et les arts de la scène à l’honneur

Le Prix de l’Horizon franco-ontarien, qui souligne une initiative communautaire contribuant de manière originale et durable à la vitalité de la francophonie, revient à Réseau Ontario. Producteur de Contact ontarois, le marché du spectacle, depuis 2001, l’organisme y rassemble chaque année plus de 2000 participants autour d’une quarantaine de vitrines d’artistes de la francophonie ontarienne et canadienne.

Réseau Ontario compte 41 membres à travers la province, dont 13 diffuseurs scolaires représentant 455 écoles francophones. Ses réseaux de diffusion permettent également la circulation de plus de 600 activités artistiques par année devant plus de 134 000 spectateurs, selon le dossier de presse de l’AFO.

Le Prix Florent-Lalonde, consacré à l’engagement bénévole, est attribué à Robert C. Rhéaume. Originaire de New Liskeard, ce comptable professionnel agréé à la retraite a consacré plus de 40 ans de bénévolat à des organismes dans les domaines du sport, de la jeunesse, de la santé et des affaires.

Administrateur de La Coccinelle depuis novembre 2022 et président de son conseil d’administration depuis 2024, il a contribué à l’expansion de ses services de garde en français à Ottawa et dans le comté de Lanark. « Redonner à la communauté qui m’a soutenu tout au long de ma carrière, a toujours été le moteur de ma décision de m’impliquer », affirme-t-il dans le dossier de presse.

Jacob Pilon, Robert C. Rhéaume, Claudia Lebeuf, Lo-Anne Chan et Pierrette Ouellette sont les cinq personnalités récompensées aux Prix de reconnaissance 2026 de l’AFO. Réseau Ontario est également honoré pour Contact ontarois. Photos : gracieuseté AFO/ Montage Canva.

Le bénévolat et la relève récompensés

Le Prix Jeunesse est décerné à Jacob Pilon, originaire de Cornwall. Étudiant en science politique et en droit à l’Université d’Ottawa, dans un parcours en français, il s’est investi dans la politique étudiante à l’École secondaire catholique La Citadelle, ainsi que dans des enjeux municipaux et provinciaux. Il souhaite se diriger vers le droit constitutionnel et administratif, notamment pour défendre les droits des francophones en situation minoritaire.

Le Prix Francophile revient à Lo-Anne Chan, une anglophone engagée dans le rapprochement des communautés de Sarnia-Lambton. Membre du conseil d’administration de la Société d’aide à l’enfance locale depuis plus de cinq ans, elle a contribué à intégrer les droits linguistiques dans les pratiques de l’organisme.

Devenue navigatrice des services en français au Centre communautaire francophone de Sarnia-Lambton en 2025, elle développe des outils pour améliorer l’accueil des familles francophones. Elle soutient également le recrutement de personnel bilingue et sensibilise les professionnels à l’importance de l’identité linguistique dans le bien-être des enfants et des familles.

Des services en français aux besoins des aînés

Enfin, le Prix Omer-Deslauriers, qui reconnaît l’apport d’une personne de 50 ans et plus à la communauté franco-ontarienne, est décerné à Pierrette Ouellette. Retraitée de l’enseignement à Chapleau, elle a notamment contribué à la fondation du centre culturel Louis-Hémon dans les années 1980 et longtemps présidé le Club Maria Chapdelaine.

Elle préside depuis plus de dix ans le Carrefour santé Chapleau–Foleyet–Sultan, qui veille à la prestation de services de santé en français dans la région. Également à la tête de la section régionale du Grand-Nord de la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO), elle préside Maison Boréal Home, un organisme voué à la création de logements abordables pour les aînés semi-autonomes.

« Les réalisations de nos lauréates et lauréats témoignent de la force de l’engagement au sein de la francophonie ontarienne », souligne le président de l’AFO, Fabien Hébert, dans le communiqué. Il estime que leurs parcours constituent une source d’inspiration au moment où les États généraux de l’Ontario français invitent la communauté à définir son avenir collectif.

Santé en français hors Québec : plus d’un francophone sur trois n’ose plus réclamer ses services

OTTAWA — La gêne ou la peur de déranger prend-elle le dessus sur le besoin d’être soigné dans sa langue? Selon de nouvelles données diffusées ce mercredi matin par Statistique Canada, la proportion de francophones hors Québec qui ne se sentent pas à l’aise de réclamer des soins de santé en français dans un établissement public a fait un bond considérable depuis 16 ans. Derrière ce constat se trouve toutefois un profond fossé entre l’Est de l’Ontario et le Grand Toronto, en plus de révéler des obstacles accrus pour les jeunes et les immigrants.

D’après la nouvelle Enquête sur la population de langue officielle en situation minoritaire (EPLOSM) de 2022, un francophone sur trois (36 %) vivant hors Québec hésite aujourd’hui à demander du service en français lorsqu’il franchit la porte d’un hôpital ou d’une clinique communautaire. Ils n’étaient que 23 % à ressentir ce malaise lors du recensement linguistique de 2006.

Pourtant, le désir de se faire soigner en français demeure bien vivant : deux tiers des francophones hors Québec (66 %) y accordent une importance personnelle. Mais sur le terrain, le réflexe s’émousse : près de la moitié d’entre eux (49 %) finissent par ne plus tenter leur chance, et quatre sur dix (39 %) ne reçoivent pratiquement jamais leurs soins en français.

Ce silence des usagers s’explique en grande partie par des attentes défavorables envers le personnel soignant. Si l’absence d’offre active joue un rôle (40 %), plus de la moitié des personnes interrogées (57 %) assument d’emblée que le professionnel ne parle pas français, et 38 % redoutent une maîtrise insuffisante de la langue.

La peur de faire face à des délais supplémentaires dans les soins (33 %), le sentiment de froisser le soignant (15 %), la crainte d’alourdir la tâche du personnel (12 %) ou la simple timidité (10 %) achèvent souvent de convaincre les usagers de bifurquer vers l’anglais.

De profondes disparités en Ontario

Comme le soulignent les auteurs du rapport, les adultes de langue française résidant dans des régions où la concentration de personnes de langue française est plus élevée, comme le Nord et le Sud-Est du Nouveau-Brunswick ainsi que le Sud-Est et le Nord-Est de l’Ontario, indiquaient généralement avoir un meilleur accès à des soins et à des services de santé en français comparativement à ceux résidant ailleurs au Canada hors Québec.

En Ontario, dans l’Est de la province (Prescott et Russell, Stormont, Dundas et Glengarry), 82 % de la population y tient, 10 % qualifient l’accès de difficile et 13 % éprouvent une gêne à le demander. De plus, 73 % des résidents y sont toujours ou souvent soignés dans leur langue, 77 % constatent une offre active sur place et 83 % connaissent les obligations légales des établissements.

À Ottawa et dans le Nord-Est, 73 % des francophones jugent le service en français important. Dans ces régions, un quart des répondants (25 %) font état d’un accès complexe et 26 % n’osent pas toujours le réclamer. Ils sont 39 % à y recevoir régulièrement leurs soins en français et 76 % à connaître leurs droits linguistiques.

La difficulté d’accès aux soins en français varie fortement selon les régions : elle atteint 64 % dans la région de Toronto, contre 25 % à Ottawa et dans le Nord-Est, et seulement 10 % dans le Sud-Est de l’Ontario. Source : Statistique Canada

La situation est différente dans la région de Toronto et le reste de la province. Même si la moitié des francophones (51 %) souhaite y recevoir des soins en français, près des deux tiers (64 %) jugent la démarche difficile, voire impossible dans leur secteur. 

Par ailleurs, 68 % préfèrent ne pas en demander, et 9 % des usagers parviennent à se faire soigner en français. Dans la région de Toronto, l’offre active est perçue par 29 % des répondants, et la connaissance des lois linguistiques s’établit à 58 %.

Parallèlement, entre 2006 et 2022, la proportion de répondants considérant difficile d’accéder à des soins en français est passée de 41 % à 36 % à l’échelle provinciale, en raison de baisses mesurées dans le Sud-Est (de 17 % à 10 %) ainsi qu’à Ottawa et dans le Nord-Est (de 31 % à 25 %).

Âge, genre et éducation

La perception du système de santé varie aussi selon le profil des usagers, les universitaires se montrant par exemple nettement plus exigeants et critiques : 40 % d’entre eux jugent l’accès en français ardu (contre 25 % chez les diplômés du secondaire) et 40 % expriment un inconfort au moment d’en faire la demande.

L’âge joue également un rôle déterminant dans cette équation. Les jeunes adultes de 18 à 44 ans apparaissent plus hésitants que leurs aînés : 40 % d’entre eux n’osent pas réclamer le français en consultation, comparativement à 31 % des 65 ans et plus. 

Les aînés se heurtent à moins de barrières (26 % contre 38 % chez les jeunes) et réussissent beaucoup mieux à se faire soigner dans leur langue (53 % contre 35 %).

Du côté du genre, les femmes accordent un peu plus d’importance au français que les hommes en matière de santé (67 % contre 63 %), mais elles sont aussi plus nombreuses à se dire confrontées à des obstacles sur le terrain (36 % contre 30 %).

Les immigrants encore moins à l’aise

Pour les personnes issues de l’immigration d’expression française, les données de l’enquête mettent en lumière des disparités marquées à pratiquement toutes les étapes du parcours de soins.

Un immigrant francophone sur deux (50 %) indique ne pas se sentir à l’aise de demander à se faire soigner en français lorsqu’il a besoin de soins dans un établissement public ou un centre communautaire, comparativement à un non-immigrant sur trois (34 %).

Selon l’étude de Statistique Canada, le fait que les immigrants et les non-immigrants d’expression française ne sont pas toujours concentrés dans les mêmes régions – les nouveaux arrivants s’établissant davantage dans les grands centres urbains où la présence francophone est plus diluée – contribue en partie à expliquer ces écarts.

La présomption que le professionnel de santé ne connaît pas le français (57 %) ou ne le maîtrise pas suffisamment (38 %), jumelée au manque d’offre active (40 %), constitue la principale raison pour laquelle les francophones hors Québec hésitent à demander des soins dans leur langue. Source : Statistique Canada

De plus, la majorité des immigrants d’expression française (53 %) considèrent qu’il serait difficile d’accéder à des services de santé dans leur langue dans leur communauté, alors que cette proportion s’établit à 30 % chez les non-immigrants. Le taux d’abstention se reflète directement dans les consultations : près de six immigrants francophones sur dix (59 %) déclarent demander rarement ou ne jamais des soins en français (contre 47 % pour les non-immigrants).

Conséquence directe : à peine 23 % d’entre eux parviennent à être servis dans leur langue contre 46 % pour les personnes nées au Canada.

Par ailleurs, 3 % des immigrants francophones rapportent avoir fait l’objet d’un traitement injuste, de discrimination ou de remarques discriminatoires liées à leur utilisation du français lors d’une consultation médicale au cours des cinq années précédentes, comparativement à 1 % chez les non-immigrants.

À Sault-Sainte-Marie, créer en français pour « mieux respirer »

À Sault-Sainte-Marie, dans le Nord ontarien, l’artiste multidisciplinaire Isabelle Michaud s’emploie à promouvoir les arts visuels en français depuis l’ouverture de son espace, la galerie Sans Clous, en 2021.

« Mais c’est très, très, très difficile », confie-t-elle. « Ce n’est pas souvent qu’on a la chance de voir de l’art en français, à quatre heures à l’ouest de Sudbury et à plus de six heures à l’est de Thunder Bay. »

Dans ce contexte, la création de l’œuvre collective (dé)collage a représenté une occasion de rassembler des francophones autour de l’art.

« C’était un projet où je me sentais comprise, accueillie autour du cercle. Ça m’a donné l’occasion d’aller chercher les francophones un par un et de faire de l’art avec eux. »

Pendant un mois, Isa Michaud a pu créer et échanger dans sa langue.

« J’ai pu parler français pendant un mois, ce qui ne m’arrive jamais. C’était vraiment fantastique. Je me sentais mieux. Après, je respirais mieux, je marchais avec plus d’entrain. J’avais l’impression d’avoir passé du temps avec ma famille. »

Son œuvre collective figure parmi les 17 projets de l’initiative « 50 ans de fierté! Ensemble pour demain », sélectionnés par la lieutenante-gouverneure de l’Ontario pour être présentés à l’occasion du Sommet de la Francophonie au Cambodge.

Fin du changement d’heure pour une partie de l’Ontario

Les régions du nord-ouest de l’Ontario passeront à l’heure avancée de façon permanente, pour être sur le même créneau horaire que les collectivités voisines du Manitoba, qui ne procèdera plus au changement d’heure, et ce dès le 1er novembre prochain.

Le gouvernement de l’Ontario propose une modification réglementaire qui serait mise en œuvre dès le 1er novembre prochain pour maintenir l’alignement de Kenora et des régions du nord-ouest de l’Ontario aux communautés manitobaines voisines, pour éviter des perturbations économiques.

Le Manitoba passera en effet définitivement à l’heure avancée à la fin du mois d’octobre, qui correspond à la période de l’année allant de mars à novembre, pendant laquelle l’heure en vigueur avance d’une heure par rapport à l’heure normale adoptée le reste de l’année.

Ainsi, les collectivités situées à l’ouest du 90ᵉ méridien n’auront pas à reculer leurs horloges le 1ᵉʳ novembre prochain. Elles partageront désormais le même fuseau horaire que le reste de l’Ontario durant les mois d’hiver, l’Ontario étant déjà scindé en deux fuseaux : la majeure partie de la province se trouve dans le fuseau de l’Est (Toronto, Ottawa), tandis que l’extrême Nord-Ouest est rattaché au fuseau du Centre.

Le changement s’appliquera aux collectivités à l’ouest du 90ᵉ méridien, situées dans le fuseau horaire du Centre de l’Ontario. Source : gouvernement de l’Ontario

« Assurer certitude et prévisibilité est essentiel pour maintenir des collectivités fortes et une économie concurrentielle », a déclaré le procureur général Doug Downey, défendant une approche pratique de bon sens pour éviter des perturbations inutiles et assurer la stabilité économique dans le fuseau horaire du Centre de l’Ontario.

Greg Rickford, ministre des Affaires autochtones et de la Réconciliation économique avec les Premières Nations et responsable des Partenariats économiques et communautaires pour le développement du Cercle de feu, évoque « un consensus fondé sur des considérations détaillées et nuancées » après des consultations des communautés, ainsi qu’une « préférence unanime, à l’échelle de la région, pour le passage à l’heure avancée toute l’année ».

Du côté de l’opposition officielle, le député néo-démocrate de Kiiwetinoong, Sol Mamakwa, s’est réjoui de l’annonce en soulignant que son bureau avait lui-même mené un sondage pour appuyer la demande auprès du gouvernement. « Après avoir porté la voix des gens du Nord-Ouest, nous sommes heureux que l’heure avancée soit instaurée de façon permanente pour nous aligner sur nos voisins du Manitoba », a-t-il déclaré, saluant un effort collaboratif au service des communautés nordiques.

Vers un changement pour toute la province ?

La Loi de 2020 modifiant la Loi sur l’heure légale pourra rendre l’heure avancée permanente en tant qu’heure normale, toute l’année et dans tout l’Ontario, si et quand une coordination avec les provinces et États voisins – comme le Québec et l’État de New York, sera possible -, une mesure essentielle en raison du commerce, des marchés boursiers et de la radiodiffusion, précise le communiqué.

En Colombie-Britannique, l’abandon du changement d’heure saisonnier est déjà devenu réalité depuis le dernier changement d’heure, le 8 mars dernier, pour passer à l’heure avancée de façon permanente toute l’année, faisant ainsi le choix de ne plus reculer ses horloges à l’automne.

Cette décision s’appuyait sur une vaste consultation publique menée en 2019, dans le cadre de laquelle plus de 90 % des répondants de tous les secteurs d’activité favorables à l’heure avancée permanente.

Le gouvernement britanno-colombien avance plusieurs bénéfices : une meilleure stabilité du sommeil et des routines quotidiennes, davantage de clarté en soirée l’hiver pour favoriser les loisirs et l’économie locale, ainsi qu’une réduction du fardeau administratif pour les entreprises et les services de transport.

Français dans le privé : la facture chute pour les entreprises, mais grimpe pour l’État

OTTAWA — L’application de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP) devrait coûter nettement moins cher que prévu au secteur privé, mais plus cher à l’État. Dans une étude publiée ce mardi, le Bureau de la directrice parlementaire du budget (BDPB) fixe désormais la facture du secteur privé à 81,9 millions de dollars sur cinq ans, loin des 240 millions craints dès la première année, tandis que le coût d’encadrement pour le gouvernement s’élève à 50,2 millions.

Au total, en combinant les dépenses imposées aux entreprises et le budget d’encadrement déployé par l’État, la mise en œuvre de la LUFEP représentera un coût global de 132,1 millions de dollars sur cinq ans, entre 2027 et 2032.

Mais c’est pour le secteur privé que la révision est la plus marquante. Selon la nouvelle directrice parlementaire du budget, Annette Ryan, les coûts de conformité des entreprises s’élèveront à 81,9 millions de dollars sur cinq ans, bien en deçà des 230 millions projetés par le gouvernement (une estimation ajustée en dollars courants par le BDPB).

En 2022, le BDPB évoquait 240 millions pour la seule première année, un chiffre qui additionnait alors l’entrée en vigueur au Québec et celle hors Québec (Nouveau-Brunswick et des parties de la Nouvelle-Écosse, de l’Ontario, de Winnipeg et d’Edmonton) deux ans plus tard. Le Bureau a depuis affiné son modèle, constatant notamment que 76 % des entreprises visées au Québec sont déjà conformes à la Charte de la langue française.

Ciblant près de 1300 entreprises privées de compétence fédérale (comme les banques et les télécommunications) pour y garantir le droit de travailler et d’être servi en français, la LUFEP – adoptée en 2023 et dont l’avant-projet de règlement a été déposé en avril dernier – n’a pas encore de date d’entrée en vigueur officielle, bien que le BDPB fonde ses calculs sur une application théorique au 1er avril 2027 au Québec, puis au 1er avril 2029 dans les régions à forte présence francophone hors Québec.

L’écart de près de 158 millions de dollars par rapport aux projections gouvernementales s’explique principalement par des prévisions révisées en matière de formation linguistique (-108 millions de dollars) et de traduction (-37 millions de dollars).

Le Bureau reconnaît toutefois que ces estimations comportent une part d’incertitude, s’appuyant sur les données du dernier recensement sans connaître la répartition exacte du personnel au sein de chaque firme.

50,2 M $ pour surveiller le respect des règles

Si la facture s’allège pour le secteur privé, le coût d’application pris en charge par l’État fédéral a été réévalué à la hausse. En 2022, le BDPB n’évaluait la charge du Commissariat aux langues officielles (CLO) qu’à 2,3 à 2,9 millions de dollars par an (en se basant sur une méthode approximative liée au nombre habituel de plaintes).

Dans sa nouvelle étude, le Bureau revoit ce montant nettement à la hausse et estime que le gouvernement devra engager un total de 50,2 millions de dollars sur cinq ans (2027-2032) pour encadrer la LUFEP.

Le Commissariat aux langues officielles du Canada obtiendra, donc, a part du lion, soit 35,6 millions de dollars, afin d’embaucher des enquêteurs spécialisés. Le BDPB anticipe que les plaintes déposées par des employés ou des consommateurs « seront probablement plus complexes que celles actuellement déposées en vertu de la LLO, en raison de la diversité des entreprises concernées et de l’incertitude quant à leur degré de coopération ».

Les analystes du BDPB soulignent toutefois le caractère approximatif de cette somme, le coût réel devant fluctuer selon la quantité et la technicité des griefs que recevra le Commissariat.

Comme le montre le détail des projections, l’effort financier public s’intensifiera progressivement à mesure que la loi s’appliquera sur le terrain, l’allocation annuelle du CLO passant de 4,6 millions en 2027-2028 à 8,2 millions par an dès 2029-2030. Source : Bureau de la directrice parlementaire du budget (BDPB).

Une enveloppe de 8,7 millions de dollars ira au Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) pour trancher les litiges liés à la langue de travail, tandis que Patrimoine canadien recevra 5,9 millions de dollars pour l’accompagnement des entreprises.

Ce choix de consacrer la majeure partie des ressources financières au Commissariat découle de la stratégie retenue par Ottawa. Au printemps dernier, Patrimoine canadien avait écarté la création d’un corps d’inspecteurs sur le modèle de l’Office québécois de la langue française (OQLF). Le gouvernement préfère miser sur la sensibilisation des employeurs et sur les plaintes des citoyens et des travailleurs pour veiller au respect de la loi.

Les fonds alloués à Patrimoine canadien serviront ainsi à financer le « grand effort de sensibilisation » promis par le ministère durant la période de transition.

La formation linguistique : le gros de la facture

En Ontario, la LUFEP s’appliquera aux entreprises de compétence fédérale de 100 employés et plus situées dans l’une des 8 divisions de recensement désignées comme régions à forte présence francophone, telles qu’Ottawa, Prescott et Russell, Nipissing, Sudbury, Timiskaming et Cochrane. 

Dans ces zones, la formation du personnel représentera le premier poste budgétaire. Sur les 61,9 millions de dollars consacrés à la formation à l’échelle canadienne, 41,6 millions de dollars iront directement aux régions à forte présence francophone hors Québec, contre 20,3 millions de dollars au Québec.

Le BDPB rappelle que « la formation linguistique représente la part la plus importante des coûts de conformité du secteur privé », précisant que ces sommes couvrent à la fois « les dépenses directes de formation et les coûts indirects liés au temps consacré à la formation, comme la perte de productivité ou le coût de remplacement du personnel ».

Les entreprises ontariennes concernées devront anticiper leurs besoins : « Dans les RFPF, on suppose que les entreprises devront commencer à former leur personnel six mois avant d’être assujetties à la LUFEP ».

Des exigences assouplies pour les cadres

Pour compenser l’absence d’aide financière fédérale, le BDPB a ajusté son modèle en abandonnant plusieurs hypothèses jugées trop lourdes.

D’une part, le BDPB n’impose plus un bilinguisme universel chez les cadres : « Dans le présent rapport, le BDPB estime qu’une proportion moindre de gestionnaires maîtrisant le français suffira à répondre aux exigences », soulignant que la part de cadres à former variera désormais entre 40 % et 80 % selon la concentration francophone de la région.

D’autre part, les analystes ont écarté l’idée d’une prime salariale obligatoire au bilinguisme dans leurs projections : « La littérature académique actuelle présente des résultats mitigés sur la question de savoir si les employés bilingues (anglais et français) sont mieux rémunérés que les employés unilingues. Pour cette raison, le BDPB n’intègre pas de prime pour bilinguisme dans ses calculs ».

Ce double assouplissement, une cible réduite de cadres à former et l’absence de surcoût salarial systématique, expliquerait, à lui seul, une part majeure de l’écart de près de 158 millions de dollars constaté entre les anciennes prévisions et le rapport publié ce mardi.

Cette révision vient nuancer les inquiétudes exprimées au printemps par les milieux d’affaires et le gouvernement. En avril dernier, le ministre des Langues officielles, Marc Miller, s’appuyait sur les chiffres de 2022 pour écarter toute idée de compensation financière fédérale. 

Un mois plus tard devant le Sénat, l’Association des banquiers canadiens (ABC) et l’Association des employeurs des transports et communications de régie fédérale (ETCOF) qualifiaient quant à elles ces exigences de « fardeau difficile à assumer », évoquant une pénurie de main-d’œuvre bilingue qualifiée.

Prescott et Russell : que proposent les candidats pour la francophonie?

Parmi les 18 candidats à la mairie dans Prescott et Russell, trois n’ont pas fourni de réponses au questionnaire de l’ACFO de Prescott et Russell, qui les invitait à faire connaître leur vision et leurs engagements envers la francophonie dans leur municipalité et dans la région.

À Clarence-Rockland, Laurier Lalonde n’a pas pu remplir le questionnaire, faute d’adresse courriel disponible, indique l’ACFO. Malgré plusieurs sollicitations, l’organisme n’a reçu aucune réponse de Mario Zanth, le maire sortant. Le même constat s’applique à Serge Ravary, candidat à la mairie du Canton de Champlain.

« On trouve malheureux que certains candidats à la mairie n’aient pas répondu au questionnaire. On s’attendait à ce que la plupart des candidats déjà en poste le fassent. Certains ont aussi répondu après avoir fait des recherches avec l’intelligence artificielle. Ça nous laisse perplexes quant à leur volonté réelle de s’engager envers la francophonie », souligne Sylvain St-Pierre, directeur général de l’ACFO de Prescott et Russell.

Il observe toutefois une volonté de la majorité des candidats de faire valoir et de promouvoir la francophonie. « On sent que la majorité nous appuie », dit-il. Il ajoute : « On verra, une fois les élections passées, si les candidats élus mettent leurs engagements en action. »

Sylvain St-Pierre, directeur général de l’ACFO de Prescott et Russell. Photo : Inès Rebei/ONFR

Le questionnaire abordait cinq grands thèmes : l’accès aux services municipaux en français et leur amélioration; la vitalité du français dans la vie communautaire; la participation des jeunes francophones; la connaissance et l’appui au programme Bonjour/Welcome; et la collaboration avec les organismes francophones.

Canton d’East Hawkesbury

Daniel Journeaux affirme que les services sont déjà offerts en français et en anglais. Il dit ne pas connaître Bonjour/Welcome et s’interroge sur la nécessité du programme dans une communauté majoritairement francophone.

L’ACFO de Prescott et Russell a également présenté ses excuses à Richard Sauvé, candidat à la mairie du Canton d’East Hawkesbury, pour une erreur dans l’adresse courriel utilisée lors de l’envoi du questionnaire. M. Sauvé souhaite renforcer l’offre de services en français dans les comités, au centre communautaire et lors des événements, ainsi que poursuivre la collaboration avec les organismes francophones pour promouvoir la francophonie et la vitalité du français. Il veut aussi encourager les jeunes à participer davantage aux activités en français.

Hawkesbury

À Hawkesbury, les candidats proposent différentes façons de renforcer les services en français.
Gilles Roch Greffe souhaite « fournir au personnel les ressources et la formation nécessaires et permettre aux résidents de signaler facilement les difficultés rencontrées », lit-on dans le document de l’ACFO, qui selon son directeur général, synthétise les commentaires des candidats à la mairie sans les avoir modifiés.

Julie Séguin voudrait intégrer des exigences linguistiques aux contrats et aux appels d’offres municipaux. Elle souhaite mettre en place « des mécanismes de dialogue régulier avec les organismes francophones et que ceux-ci soient impliqués suffisamment tôt dans les politiques, projets et décisions pouvant avoir une incidence sur la francophonie ».

Jeanne Charlebois rappelle « avoir toujours travaillé avec les organismes francophones de Prescott et Russell ».
Elle vise à maintenir les services dans les deux langues et à encourager davantage de commerces et d’endroits publics à afficher Bonjour/Welcome.

Johanna Raso a pour ambition de rendre plus visibles l’histoire et la dualité linguistique « dans les lieux publics » et de soutenir davantage les organismes offrant des activités culturelles, sportives et sociales en français.

Denis Pirollo associe la vitalité francophone à l’accès au financement, à la collaboration régionale et à la rétention des jeunes. Parmi ses propositions : des emplois d’été, des stages coopératifs, des apprentissages en français, un comité consultatif jeunesse et des possibilités de formation locale.

Casselman

À Casselman, François Richard compte mettre en place des communications municipales dans les deux langues, du personnel capable d’offrir des services bilingues et un mécanisme pour signaler les difficultés d’accès aux services en français.
La mairesse sortante, Geneviève Lajoie, mise aussi sur la formation et le recrutement du personnel, ainsi que sur une révision périodique des pratiques municipales.
De son côté, Paul Groulx souhaite « continuer à valoriser le français dans les communications, activités et événements municipaux et appuyer les écoles et les organismes communautaires ».

Canton de Champlain

Candidat à sa réélection, le maire sortant du Canton de Champlain, Normand Riopel, entend maintenir les services en français et en anglais, qui « sont déjà bien présents dans la municipalité », selon lui.
Il s’engage notamment à soutenir davantage les activités culturelles francophones, à créer des partenariats avec les écoles et les organismes communautaires, et à favoriser une plus grande participation des jeunes à la vie municipale.
Corina Parisien met l’accent sur « l’offre active de services » dans les deux langues, les activités francophones destinées aux jeunes et la consultation des organismes en amont des décisions.

Clarence-Rockland

Au niveau de Clarence-Rockland, le candidat Jay Woodruff affiche sa volonté de créer un comité francophone « chargé de travailler avec la municipalité ».
Il promet également de « travailler à la création d’un centre culturel franco-ontarien et de mettre sur pied un conseil des jeunes afin de leur donner une place plus directe dans le développement de la communauté ».

Alfred-Plantagenet

Yves Laviolette, le maire sortant d’Alfred-Plantagenet, souligne l’importance du français lors des assemblées du conseil et réaffirme à plusieurs reprises sa volonté de voir la langue française demeurer une priorité dans la municipalité.
Antoni Viau affirme vouloir faire des services municipaux en français une priorité. Parmi ses promesses figure notamment le fait que la signalisation, les événements et les publications municipales soient bilingues. Pour les jeunes, il propose des activités et des espaces communautaires davantage animés en français.

Santé en Ontario : des navigateurs pour surmonter la « double peine » des Noirs francophones

Aux difficultés d’obtenir des soins en français peuvent s’ajouter, pour les patients noirs francophones de l’Ontario, des barrières culturelles et discriminatoires. De London à Sudbury en passant par Toronto, différents types d’accompagnateurs en santé tentent de les accompagner dans un système où langue, préjugés et pénurie de professionnels peuvent compliquer leurs parcours.

À London, Holden Toué résume son métier par une image : celle d’un pont. Navigateur de santé noire francophone à Accès Franco Santé London, au Carrefour communautaire francophone de London (CCFL), il accompagne les patients vers les ressources appropriées et vérifie ensuite s’ils ont effectivement obtenu le service recherché.

Son travail s’effectue aussi auprès des prestataires, pour identifier les ressources réellement disponibles en français. « Nous servons de lien entre la communauté et les prestataires de santé », explique-t-il. 

Holden Toué a contribué à préparer l’ouverture de la nouvelle clinique francophone de London. Selon lui, plus de 300 personnes ont été recensées et orientées vers l’établissement en trois mois grâce au partenariat avec le CCFL. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Une « double minorité »

Pour Idrissa Beogo, professeur agrégé et directeur associé du Centre interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s, ces patients peuvent subir une forme de « double peine » ou de « double minorité ».

Aux obstacles auxquels peuvent être confrontées les personnes noires dans le système de santé s’ajoute, pour les francophones en contexte minoritaire, la difficulté d’accéder aux soins dans leur langue. Le chercheur souligne que peu d’études se sont précisément intéressées à l’intersection de ces deux réalités. 

Cette double vulnérabilité peut aussi peser sur la prévention. Idrissa Beogo souligne que les contraintes économiques et professionnelles de certaines personnes immigrantes les conduisent parfois à repousser leurs consultations, au détriment notamment du dépistage des maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension ou certains cancers.

Idrissa Beogo et le Centre interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s, ont notamment obtenu un financement de 15 000 $ de l’Université d’Ottawa pour mener des échanges communautaires visant à encourager le dépistage du diabète, de l’hypertension et de certains cancers auprès des populations noires. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Holden Toué parle lui aussi d’un « double défi ». Au-delà de la langue, des réalités culturelles ou religieuses peuvent influencer le rapport aux soins. Mais la seconde barrière n’est pas uniquement culturelle. Plusieurs intervenants rencontrés par ONFR évoquent également des préjugés ou du racisme auxquels peuvent être confrontés les patients noirs.

Toronto, une navigation plus large

À Toronto, le modèle est différent. Le Centre francophone du Grand Toronto ne dispose pas d’un navigateur exclusivement consacré aux patients noirs, mais de plusieurs fonctions de navigation en santé, dont deux accompagnateurs ayant une formation médicale. Une réponse qui rejoint largement une population racialisée, celle-ci représentant, selon Marie-Ève Ayotte, directrice des services de soins primaires, santé mentale et développement de l’enfance, 79 % de la clientèle du centre lors du dernier exercice.

Mme Ayotte parle explicitement de « racisme systémique dans le continuum de soins » auquel peuvent être confrontées les communautés noires et migrantes. Combiné à la barrière linguistique, il peut conduire son équipe à proposer un accompagnement physique lors d’un rendez-vous extérieur.

La navigation ne se limite pas aux besoins médicaux. Au Centre francophone du Grand Toronto, des intervenants sociaux accompagnent également les patients confrontés à des problèmes de santé mentale ou de dépendance. Selon Marie-Ève Ayotte, cette équipe assure notamment l’orientation vers des ressources spécialisées, comme le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), tandis que les navigateurs en santé prennent en charge les démarches liées aux soins médicaux.

Marie-Ève Ayotte souligne l’importance d’adapter les pratiques médicales aux réalités culturelles des patients. Elle cite notamment les conseils nutritionnels, qui doivent tenir compte des habitudes alimentaires des différentes communautés plutôt que de s’appuyer uniquement sur les références canadiennes. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Pour Julie Lutete, présidente de la Coalition des Noirs Francophones de l’Ontario, l’accès aux soins se heurte également à des obstacles géographiques. Dans le Grand Toronto, certains patients doivent choisir entre un établissement francophone éloigné et une ressource anglophone plus proche, une situation particulièrement contraignante pour les nouveaux arrivants qui ne maîtrisent pas encore bien le système de santé.

À Sudbury, une navigation pour les personnes noires

À Sudbury, Sandrine Jouegouo Tameu exerce une fonction plus proche de celle de Holden Toué. Infirmière autorisée et intervenante pivot en soins primaires au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, elle le résume ainsi : « Je fais la navigation en santé pour les personnes noires. »

Elle évoque notamment le préjugé selon lequel les personnes noires toléreraient davantage la douleur. Pour ses clients, pouvoir compter sur quelqu’un qui connaît ces préjugés peut faciliter leur parcours dans le système de santé.

Sandrine Jouegouo Tameu constate que la méconnaissance du système de santé peut décourager certains patients de consulter. Elle souligne notamment que la crainte de devoir payer pour des soins, même lorsqu’ils sont couverts, peut conduire certaines personnes à renoncer à une consultation. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

S’ajoutent les incompréhensions culturelles. Mme Jouegouo Tameu cite le mot « angine », couramment utilisé au Cameroun pour parler d’un mal de gorge, mais susceptible d’être compris différemment dans le contexte médical canadien. Elle apprend donc à certains patients à reformuler leurs symptômes et les prépare à leurs rendez-vous.

Dans le Nord, la rareté des services francophones complique encore la situation. Selon elle, certains patients finissent par accepter des soins en anglais plutôt que d’attendre davantage pour consulter en français.

Vers une stratégie ontarienne?

Ces initiatives locales pourraient-elles déboucher sur une approche plus structurée à l’échelle provinciale?

Nathalie Aubin, directrice générale du Centre de planification des services de santé en français, constate que les besoins en matière de navigation ressortent des consultations menées par son organisme.

« C’est déjà complexe. On ajoute la langue, c’est encore plus complexe », résume-t-elle. Elle souhaite voir « des investissements plus prononcés et une stratégie qui s’attache à la question de la navigation ». Le sujet pourrait se retrouver dans le futur plan stratégique du centre, mais aucun programme provincial de navigateurs noirs francophones n’est annoncé à ce stade.

Nathalie Aubin, directrice générale du Centre de planification des services de santé en français, dirige un organisme provincial créé en septembre 2025. Celui-ci travaille avec les ministères, Santé Ontario et les fournisseurs de soins pour améliorer l’accès aux services de santé en français dans l’ensemble de la province. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

« Un pis-aller en attendant »

Idrissa Beogo voit dans le modèle londonien une initiative « très intéressante », mais se garde d’en faire une solution à long terme. Un navigateur ne peut pas accompagner tous les patients. Le chercheur parle d’un « pis-aller en attendant » et estime que la réponse doit notamment passer par une plus grande diversité parmi les professionnels de santé.

Encore faut-il permettre à davantage de médecins noirs d’exercer. Beogo pointe les difficultés rencontrées par certains médecins formés à l’étranger pour intégrer le système canadien. « Il y a beaucoup de médecins qui sont ici (…) qui cherchent à s’intégrer dans le système, mais c’est très compliqué. Il y a des barrières artificielles », affirme-t-il. Certifications supplémentaires, coûts et temps peuvent, selon lui, conduire certains à changer de trajectoire professionnelle.

Les obstacles peuvent se poursuivre une fois la porte franchie. Idrissa Beogo évoque un « effet volume » : pendant leur formation, les médecins doivent voir suffisamment de patients pour développer leur expérience. Or, selon lui, certains médecins noirs peuvent être désavantagés par le refus de patients d’être soignés par eux.

« Les patients ne veulent pas se faire soigner par des médecins noirs. Ça, c’est pas nouveau… », affirme-t-il. Selon le chercheur, ce phénomène peut limiter l’expérience clinique acquise et contribuer à détourner certains médecins de la spécialité qu’ils souhaitaient exercer.

Pour M. Beogo, les navigateurs peuvent donc répondre à un besoin immédiat, mais ne remplacent pas une transformation plus profonde : faciliter l’intégration des professionnels noirs, diversifier les équipes et mieux former le personnel à soigner une population elle-même diverse.

Alexandre Matte : le conteur sudburois devenu vice-champion mondial d’art oratoire

SUDBURY – Du 15 au 25 octobre, le conteur sudburois Alexandre Matte participera pour la neuvième fois au festival Les vieux m’ont conté. Premier et unique Franco-Ontarien à avoir décroché la deuxième place au concours mondial de la parole publique, il présentera son art lors de trois événements du festival. Issu du milieu de l’administration et des finances, il a délaissé les chiffriers pour se consacrer aux contes et à l’art oratoire — une passion qu’il partage depuis maintenant six ans avec la jeunesse franco-ontarienne, mais aussi avec un public plus large.

«  Parlez-moi de votre enfance. Avez-vous été bercé par le folklore et les contes franco-ontariens?

Je n’ai pas grandi à Sudbury, mais j’y suis né. Il y a toujours eu cet attachement, même sans savoir tout à fait pourquoi. J’avais moins d’un an quand on a quitté Sudbury, ma famille et moi. On a vécu un peu à Toronto, puis Ottawa et à Orléans. Alors, c’est vraiment à Orléans que j’ai grandi.

Ma mère a été enseignante, donc elle racontait beaucoup d’histoires. C’est avec elle que j’ai entendu le conte de Boucle d’or et des trois ours pour la première fois! Elle avait une sorte de poupée du petit chaperon rouge avec une grande robe et une grande cape. Quand on la mettait à l’envers, la cape devenait noire et ça devenait le loup. Lorsqu’on la retournait encore, ça devenait la grand-mère. Donc oui, ma mère y est pour beaucoup de cet engouement pour les contes, mais j’ose espérer que la plupart des enfants vivent cela. Parce qu’on aime les histoires, naturellement.

Je devrais mentionner ma sœur aussi, qui m’a initié au théâtre à un très jeune âge, quand j’avais seulement deux ou trois ans. Elle était déjà intéressée par les arts de la scène, puis elle inventait des pièces dans le salon, on demandait cinq cents à nos parents pour qu’ils viennent voir le spectacle! Elle m’a entraîné là-dedans, moi, le petit gars gêné. On avait même fondé une compagnie de théâtre quand j’étais encore adolescent. On a été très actifs pendant plusieurs années.

Pendant plus de dix ans, vous avez occupé le poste de directeur des finances du Carrefour francophone, un poste beaucoup plus administratif. Comment avez-vous fait pour maintenir la pratique de l’art oratoire et du conte en parallèle? Était-il difficile de concilier ces deux fonctions-là?

J’étais directeur des finances au Carrefour francophone de Sudbury, mais je représentais parfois le carrefour pour d’autres choses. Je remercie Stéphane Gauthier, le directeur général, qui a accepté que je fasse ça pendant mes heures de travail afin de représenter le Carrefour et donner un peu de visibilité à notre organisme.

Stéphane, un jour, me demande, lors de l’évaluation annuelle, comment je voudrais contribuer davantage à l’organisme. Je lui ai dit que j’aimerais pouvoir utiliser la parole publique pour représenter l’organisme. Il a dit « Ok, avec plaisir ». De temps en temps, il fallait représenter le Carrefour francophone, par exemple au congrès de l’AFO, ou à d’autres événements locaux. Donc, j’ai représenté l’organisme pendant plusieurs années.

Normalement, c’est la direction générale qui fait ça, et non pas le gars des finances, celui qui compte les chiffres. Mais ça fonctionnait bien. J’étais content de le faire, de contribuer de cette façon. J’ai pu prendre mon amour de la parole publique pour pouvoir faire quelque chose d’utile.

Alexandre Matte est le premier Franco-Ontarien à atteindre la deuxième place du Concours international de la parole publique. Photo : Aïssatou Odia Barry/ ONFR

Pouvez-vous nous parler de votre implication dans le club Toastmasters Voix du Nord? De quoi s’agit-il et comment est-ce que ça vous a initié au domaine de la parole publique?

D’abord, pourquoi est-ce que je suis devenu membre? C’est parce que je n’avais rien d’autre à faire le mercredi soir! J’habitais au Nouveau-Sudbury. Je prenais mon vélo pour me rendre au travail, donc au TNO dans le Collège Boréal. Ensuite, je retournais dans mon appartement et je regardais Star Trek avant de me coucher. Et je recommençais. Un mercredi matin, j’ai reçu une invitation par courriel. « Venez voir Toastmasters Voix du Nord et ce que nous faisons! »

Et c’était la vice-présidente du club, qui avait lancé l’invitation. Les réunions avaient lieu à l’école Macdonald-Cartier. C’était Michel Lafrance, qui est malheureusement décédé l’année passée, qui présidait la réunion. J’admirais sa façon de capter l’attention, de commander le silence, de diriger la réunion pour s’assurer que tout le monde ait le droit de parole. Pendant la réunion, il y a aussi eu des improvisations. On pose une question, puis là à brûle-pourpoint, il faut parler pendant une minute. J’ai participé, j’étais très nerveux, mais j’ai gagné le prix de l’improvisation.

J’étais encouragé. Après ça, on me demandait si je pensais revenir. Je comprenais mieux ce qu’on faisait ici au club, on pratique l’art de parler devant un public, mais qu’est-ce qu’il faut faire? On me disait qu’il suffisait de faire quelques présentations, qu’on te donne une rétroaction, puis ensuite tu t’améliores. Ça m’a pris quatre visites avant d’être convaincu. Donc, je pense que c’est comme plein de coïncidences qui ont fait en sorte que je suis devenu membre.

Alexandre Matte au congrès du district 123 de Toastmasters International en mai 2025. Photo : Zack Dawood

Après avoir tenté votre chance une douzaine fois au concours international de la parole publique, vous atteignez la deuxième place en 2022. Qu’est-ce que vous avez conté au public cette fois-ci et comment est-ce que cette édition-là a été différente des autres?

Mon discours a été différent. J’ai repris un discours que j’avais présenté pour essayer de gagner le concours en 2017 à propos de ma grand-mère et des traditions. J’avais beaucoup de difficulté à parler de tradition dans mon discours. Il y avait quelque chose qui manquait, parce que, même lorsque je suis revenu en 2022.

J’ai rencontré Mark Hunter, le champion du monde de 2009, en 2010, et c’est entre 2010 et 2012 que, grâce à lui, j’ai compris l’importance d’avoir un impact plutôt que de chercher à gagner. Il est devenu mon coach pour la première fois en 2012.

J’ai dit : « Ok, voici les cinq idées que j’ai pour un discours. » Une de ces idées, c’était les traditions et le gâteau. Puis j’ai dit : « Vraiment, c’est ce que je veux dire, mais je n’y arrive pas. » Il m’a fait comprendre que je vais seulement pouvoir gagner lorsque j’aurais eu un véritable impact auprès de mon auditoire.

Quand j’ai eu ce changement de mentalité, ça m’a pris quand même un petit bout de temps avant de vraiment le comprendre et de le mettre en œuvre. Ça fait toute la différence. D’abord parce que quand on ne gagne pas le trophée, on est moins triste. Au moins, j’ai donné quelque chose qui a de la valeur à l’auditoire. Ensuite, parce que c’est mieux apprécié par le public aussi. Il peut aussi détecter si tu es là pour gagner ou si tu es là pour rendre service.

Dans quelques jours, vous allez participer au Festival les vieux m’ont conté du Centre de folklore franco-ontarien. À quoi on peut s’attendre concernant votre participation à cette 10e édition?

Je participe à trois parties dans la programmation. Il y a l’Ontario raconté. Ça, c’est en ligne. Alors, ce sont des contes enregistrés par cinq différentes personnes. Et je vais raconter quelque chose qui vient de la collection Les vieux m’ont conté. L’histoire du capitaine trompé par le roi, mais avec un accent sur l’épouse du capitaine qui a réussi à organiser une veillée pour révéler un mensonge du roi.

Je vais raconter l’histoire de ma grand-mère et des traditions familiales pendant le Marathon de contes. Je vais l’adapter pour le public francophone. C’est aussi un retour aux sources parce que c’est avec cette histoire-là que j’ai remporté la reconnaissance des Conteurs émergents, des Conteurs du Canada en 2018. Patrick Breton était là, il va s’en souvenir, c’est lui qui organisait ce petit concours ici, à Sudbury. Et donc, j’ai raconté cette histoire-là. Ensuite, on m’a invité à la conter au Congrès des Conteurs du Canada, à Peterborough, puis au festival Les vieux m’ont conté.

L’autre chose, c’est le concours international franco-ontarien de la plus grande menterie. C’est très drôle. Je vais animer ce concours. Je m’amuse à présenter chaque participant et concurrent. Et pendant que les juges délibèrent, je vais conter une histoire.

Alexandre Matte lors de la randonnée du Festival Les vieux m’ont conté en 2023. Photo : Léo Duquette

En quoi le conte est-il, selon vous, un bon levier pour faire vivre la langue française et le folklore franco-ontarien d’un point de vue pédagogique?

D’un point de vue pédagogique, le conte est seulement un outil pour transmettre des leçons ou des valeurs. Si on raconte l’histoire du petit chaperon rouge, les enfants trouvent ça drôle et peuvent répéter « Attention, elle va te manger! » ou « Ah, tu as de grosses dents, grand-maman! » Mais il y a une leçon là-dedans. Celle de faire attention, même si une personne se présente bien, elle pourrait être méchante. C’est la même chose avec les trois petits cochons, c’est une leçon sur l’importance de travailler fort pour ne pas se faire manger par un loup. Attention, il y a beaucoup de loups dans les histoires!

Pour ce qui est de transmettre le folklore ou transmettre la langue, la culture, je vais te donner l’exemple des écoles d’immersion, parce que là, c’est énorme comme impact. Dans une école francophone, si tu as un conteur invité qui vient conter en français, c’est spécial, mais ce n’est pas renversant. Parce que les enseignants leur parlent déjà en français. Si je vais dans une école d’immersion française, surtout dans des endroits où il n’y a pas beaucoup de francophones, comme Terre-Neuve, souvent, je suis le premier francophone qu’ils ont rencontré.

Pendant mes interventions, on jase un petit peu, on se pose quelques questions et les jeunes s’ouvrent complètement. À la fin, ils se rendent compte que, non seulement ils peuvent s’exprimer devant un groupe, mais aussi qu’ils ont des choses intéressantes à raconter. Au début, ils se disaient qu’ils n’avaient rien à raconter, qu’ils avaient juste dix-sept ans. Et je leur dis : « Non, tu as vécu dix-sept ans d’expérience, tu as plein de choses à dire. » J’aime pouvoir développer des habiletés de leadership chez les jeunes. Ça passe par la communication efficace.

Depuis maintenant six ans, Alexandre Matte partage des contes au jeune public, y compris dans des écoles d’immersion à travers le pays. Photo : Renée Watts

Finalement, à travers les thèmes que vous abordez souvent, notamment ceux de la tradition et de l’identité, quel est le message le plus important que vous aimeriez transmettre à la jeunesse ?

Une chose qui manque en ce moment, c’est l’ouverture à l’autre. Puis là, je ne parle pas de culture, de langue, ou même de quartier ou d’origine, mais d’opinion. C’est là où on a la plus grosse séparation dans notre société, je pense. On finit par éviter de fréquenter une personne, de passer du temps avec elle ou même de se lier d’amitié, simplement parce qu’elle a une opinion différente, que ce soit sur la politique ou sur les enjeux de société. Ça veut dire que là, on se rassemble entre nous, c’est des chambres d’écho.

Bien sûr, en ligne, c’est encore pire comme phénomène. Alors, j’aimerais encourager tout le monde à aller trouver des gens qui ont des opinions contraires, puis de discuter de façon civile. D’être curieux de savoir pourquoi tu penses comme ça. C’est comme ça qu’on peut faire une meilleure société. Pas seulement de cette manière, mais c’est une des choses qu’on peut faire pour que notre société puisse aller mieux et pour, peut-être, trouver des façons de guérir un peu. »

_________________________________________________________________________________________________________

2005 : Début de carrière dans le milieu culturel francophone

2007 : Déménagement à Sudbury et entrée en poste comme directeur au Théâtre du Nouvel-Ontario

2018 : Reconnaissance comme conteur professionnel grâce à l’obtention du prix de Conteur émergent décerné par l’organisme Conteurs du Canada

2020 : Départ du Carrefour francophone après dix ans afin de se lancer comme conteur à temps plein

2022 : Victoire en tant que vice-champion du monde de la parole publique 

2025 : Élection à la présidence de l’organisme Conteurs du Canada

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Premier ministre ontarien recherche nouvel ami québécois

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Doug Ford aime les Québécois. C’est, à tout le moins, ce qu’il a affirmé à quelques occasions. À cet effet, il pouvait pointer la relation amicale qu’il semblait entretenir avec l’ancien premier ministre François Legault. On peut cependant s’interroger sur sa capacité à développer avec Paul St-Pierre Plamondon, le nouveau premier ministre québécois désigné après l’élection provinciale de lundi dernier, une relation similaire.

Ford et Legault, malgré leurs différences, appartenaient plus ou moins à la même génération, en plus de partager un passé d’hommes d’affaires et un style politique similaire. Ce n’est pas le cas avec celui qui est communément appelé PSPP.

Les interactions de Ford et de St-Pierre Plamondon à ce jour, par médias interposés, n’ont pas été particulièrement cordiales. Doug Ford avait déclaré il y a quelques mois que l’élection du Parti Québécois serait un désastre pour le pays : « Si, et Dieu nous en garde, il (le chef du Parti québécois) est élu, retenez mes paroles, d’ici un an ou un an et demi, il déclenchera un référendum pour se séparer du Canada. C’est inacceptable! ». Paul St-Pierre Plamondon avait quant à lui répliqué en accusant Ford de faire du « mauvais théâtre » et d’avoir nui, avec sa campagne publicitaire aux États-Unis qui avait soulevé l’ire de Donald Trump, aux intérêts du Québec.

Doug Ford a certainement été déçu par l’élection d’un gouvernement du Parti Québécois. Cependant, il a peut-être trouvé un peu de réconfort dans le fait que ce dernier n’a pas réussi à obtenir une majorité de députés à l’Assemblée nationale, ce qui rend encore plus improbable la tenue d’un référendum, à court ou moyen terme. Et, dans tous les cas, PSPP avait déjà indiqué durant la campagne électorale québécoise ne pas avoir l’intention de tenir un référendum tant que Donald Trump serait président des États-Unis.

Sans la menace immédiate d’un référendum, les deux premiers ministres pourront sans aucun doute développer des alliances ponctuelles au cours des prochains mois. Il ne faut pas négliger le fait que les deux provinces ont un certain nombre d’intérêts communs, que ce soient des transferts fédéraux aux provinces plus élevés ou encore la défense de l’industrie manufacturière canadienne, qui est largement concentrée au Québec et en Ontario. Il faudra également voir si Ford, qui a émis au cours des derniers mois des critiques à l’endroit du projet de train à grande vitesse Alto, qui suscite un certain mécontentement au sein de nombreuses circonscriptions conservatrices de l’Est ontarien, décidera d’entrer en croisade avec St-Pierre Plamondon, qui a promis de retirer la participation du Québec dans le projet.

Il demeure cependant peu probable que Ford trouve chez St-Pierre Plamondon un nouvel ami québécois pour remplacer Legault. En effet, on peut s’attendre à des relations beaucoup plus compliquées et tendues avec le Québec au cours des prochains mois malgré le souhait exprimé par Ford, après l’élection de St-Pierre Plamondon, que les deux provinces puissent travailler ensemble.

Contrairement au gouvernement de la Coalition Avenir Québec, qui avait limité ses critiques quant à l’approche adoptée par Mark Carney et le gouvernement fédéral dans leurs négociations avec les États-Unis, St-Pierre Plamondon n’a pas hésité à affirmer que le gouvernement fédéral était prêt à sacrifier les intérêts du Québec en faveur de ceux de l’Ontario et de l’Alberta. Il est improbable que le premier ministre québécois désigné accepte de jouer au sein de « l’équipe Canada » que Ford n’a eu de cesse de promouvoir depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. PSPP s’est d’ailleurs déjà engagé à nommer un ministre responsable du processus d’indépendance qui viendra remplacer le Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, qui pilotait auparavant, entre autres, la question des relations avec les autres provinces, de même que les relations du Québec avec les communautés francophones hors Québec. Il faudra également voir si St-Pierre Plamondon acceptera de participer aux rencontres du Conseil de la fédération, qui réunit l’ensemble des premiers ministres des dix provinces canadiennes et des trois territoires. À ce jour, il a fait preuve d’une certaine ambiguïté à ce sujet.

Bien entendu, Ford pourrait nous surprendre. Il a réussi, par le passé, à développer des relations de travail cordiales, et somme toute surprenantes, avec des politiciens comme Chrystia Freeland. Il n’en demeure pas moins qu’il doit sans doute espérer que le gouvernement minoritaire du Parti Québécois ne sera pas trop longtemps au pouvoir. Et que l’électorat québécois lui permettra par la suite de se faire, avant l’élection provinciale ontarienne prévue en 2029, une nouvelle ou un nouveau meilleur ami québécois.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Présidence de l’AFO : vers une course à trois candidats aux visions contrastées

OTTAWA – Alors que la période de mise en candidature à la tête de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) se clôture ce vendredi à 16 h, le président sortant, Fabien Hébert, devrait faire face à deux rivaux déclarés, Mélina Leroux et Abel Maxwell, dans ce qui s’apparente à la première course à trois depuis 2010. Deux candidats qui opposent leur désir de renouveau au discours de stabilité prôné par le candidat à sa propre succession.

« Pour moi, c’est simple, c’est un processus démocratique. Si la communauté pense que la meilleure direction est celle préconisée par un des deux autres candidats, ce sera le message donné », affirme d’emblée et avec sérénité celui qui brigue un troisième mandat de deux ans à la tête du porte-voix franco-ontarien et qui avait été élu par acclamation en 2024.

En effet, trois mois après l’annonce de sa candidature, deux nouvelles figures sont entrées en scène : Mélina Leroux, directrice générale de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) depuis 2019, et Abel Maxwell, artiste, entrepreneur et analyste financier. 

Mais, comme il l’avait fait lorsqu’il était seul dans la course, l’ex-dirigeant du secteur de la santé prône la stabilité afin de concrétiser les recommandations des États généraux sans créer de vide politique, notamment face aux enveloppes fédérales de Patrimoine canadien verrouillées jusqu’en 2028.

Le résident de Hearst, Fabien Hébert, a été vice-président de l’Hôpital Notre-Dame de Hearst et président-directeur général de l’Hôpital Smooth Rock Falls avant de prendre sa retraite en 2018. En 2022, il a accédé à la présidence en l’emportant face à Nicole Fortier Levesque, ex-mairesse de Monnbeam. Photo : Archives ONFR

Apporter un autre souffle

Ses deux adversaires défendent toutefois une autre approche, qui met de l’avant certains changements dans la direction de l’organisme. 

Pour Abel Maxwell, il est impératif d’élargir le champ d’action traditionnel de l’institution : « La santé et les soins de longue durée, c’est très bien et je vais continuer de porter ce flambeau. Mais les autres cases que j’apporte en plus, comme la jeunesse dans sa pluralité, la diversité culturelle, l’entrepreneuriat artistique, ne sont tout simplement pas sur leur radar actuellement.

« Je ne viens pas pour détruire le travail fait sous le leadership de Fabien Hébert, clarifie-t-il, mais pour apporter une lumière sur ces zones délaissées ».

De son côté, Mélina Leroux estime qu’il est temps de passer à une autre échelle : « La continuité et le statu quo ne sont plus une option. Quelle meilleure façon d’apporter du changement que de poser sa candidature et de remettre en question nos réflexions sur le leadership de notre communauté? »

La jeune femme originaire de Rockland, dans l’Est ontarien, et qui siège actuellement au conseil d’administration de l’AFO depuis 2022 à titre de représentante du secteur identitaire Jeunesse, milite pour une posture plus ferme sur le terrain.

« Il manque parfois d’animation, de passion et de fermeté dans nos interventions. On a besoin de quelqu’un qui se tient droit sur le terrain, qui frappe un peu plus fort et qui va directement au-devant des communautés », confie celle qui vit à Ottawa.

Jeunesse et diversité 

La réponse aux mutations démographiques constitue l’un des piliers de la candidature d’Abel Maxwell. Fort de son expérience d’analyste financier et d’artiste issu de l’immigration, il met en garde contre l’érosion démographique de la francophonie ontarienne. 

Le Torontois rappelle que la jeunesse francophone est aujourd’hui composée à 70 % de personnes issues de la diversité culturelle et qu’un jeune de 20 ans ne se reconnaît pas nécessairement dans les dossiers institutionnels classiques et que « si on ne fait rien, cette francophonie va aller vers l’anglophonie ».

Celui qui a posé ses valises au Canada en 2007 place ainsi la rétention des nouveaux arrivants et l’intégration économique au centre de sa vision : « On réussit l’accueil, mais on n’arrive pas à les garder. Quand la reconnaissance des diplômes tarde ou que l’accès à l’emploi bloque, un jour, la famille bascule à l’anglais ou déménage. »

Pour contrer ce phénomène, il propose de mettre sur pied une stratégie de vitalité francophone à l’horizon 2050 soutenue par un programme d’immigration économique distinct hors Québec, tout en demandant aussi un financement accru pour les arts et la culture.

Mélina Leroux est aussi de l’avis qu’il faut consulter en dehors des cercles habituels : « Il y a des endroits dans certaines régions qui auraient mérité d’avoir aussi des conversations pour justement ceux et celles qui ne pouvaient pas se déplacer dans un centre d’une région. C’est d’être capable d’aller sur le terrain puis de prendre le temps avec les gens sans que ce soit toujours rushing. »

Ayant eu plusieurs expériences dans des conseils d’administration d’organismes, Abel Maxwell souhaite cibler l’intégration économique des nouveaux arrivants, déplorant le manque d’accès à l’emploi et la lenteur dans la reconnaissance des diplômes. Photo : Gracieuseté d’Abel Maxwell

Une femme à la tête de l’AFO

Cette volonté de renouvellement rejoint les priorités de Mélina Leroux, qui insiste sur la représentativité des femmes et des jeunes aux postes décisionnels. Rappelant qu’aucune femme n’a dirigé l’AFO depuis deux décennies, elle revendique l’impact symbolique et politique de sa démarche.

« Être une jeune femme à la tête d’une telle institution comporte son poids. On parle souvent de la jeunesse et des femmes comme de l’avenir, mais il est temps de leur donner une vraie place décisionnelle aujourd’hui. Ce n’est pas parce qu’on est jeune et une femme qu’on ne peut pas diriger l’AFO », affirme-t-elle sans détour.

En ce qui concerne les consultations, elle note une perception de rigidité sur le terrain : « Les gens ont parfois l’impression que les décisions sont déjà prises ou encore qu’on a écouté un point de vue sans vouloir entendre l’autre côté. Le contact humain reste primordial, il nous permet de nous sentir moins isolés dans nos régions. »

Face à ces propositions, Fabien Hébert rappelle que les priorités portées sous son mandat découlent directement des besoins exprimés par la collectivité, citant les avancées obtenues en santé avec la création du Centre de planification des services de santé en français et la modernisation de la Loi sur les services en français ou encore l’obtention de la désignation bilingue obligatoire du poste d’Ombudsman.

« S’il y a des idées exprimées par les deux autres candidats qui méritent d’être retenues, ce n’est pas parce que je ne les ai pas mises de l’avant qu’elles ne méritent pas d’être écoutées et considérées », affirme-t-il.

Des méthodes qui diffèrent

La méthode de consultation de la base associative suscite également des discussions poussées entre les candidats. 

Fort des consultations de l’acte 2 des États généraux, ayant réuni 2000 répondants aux sondages et 1200 participants régionaux, Fabien Hébert rejette l’idée que l’AFO consulte un réseau fermé.

« Si les 1200 personnes qui ont participé aux sessions représentent toujours les mêmes personnes, je ne comprends pas. L’opportunité a été donnée à tout le monde dans toutes les régions », relève-t-il.

Abel Maxwell estime quant à lui que l’AFO doit revoir sa manière de communiquer pour toucher les communautés ethnoculturelles et artistiques, qui se sentent souvent à l’écart des grandes structures politiques. 

S’appuyant sur son rayonnement public, son parcours distingué par l’Ordre de la Pléiade, entre autres, et ses réseaux corporatifs, il compte mettre son profil médiatique au service de la cause francophone.

« Quand on parle de notoriété, il faut utiliser ce capital de visibilité pour ouvrir des portes qui restent fermées et faire résonner nos revendications là où on ne nous attend pas », fait-il valoir. 

Face à la multiplication des organismes en Ontario français et au chevauchement de leurs mandats, Mélina Leroux plaide pour une clarification des rôles afin de mieux concerter les efforts du réseau associatif. Photo : Gracieuseté de Mélina Leroux

Mélina Leroux met pour sa part en lumière la réalité vécue par les petites organisations communautaires : « J’arrive du terrain. Je sais ce qui s’y passe : je comprends le manque de financement, je comprends l’épuisement de nos directions générales, et je sais à quel point c’est difficile d’aller rejoindre les gens parce que je le vis au quotidien ». 

Témoin direct de ces réalités associatives, la directrice générale a d’ailleurs récemment orchestré la prise sous tutelle transitoire du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) par la FESFO afin de secourir la représentation étudiante au postsecondaire.

Concernant l’AFO, elle réclame une clarification des structures d’adhésion : « C’est devenu absurde : il me faut près de cinq minutes juste pour expliquer le fonctionnement des catégories de membres. Les membres individuels croient qu’ils peuvent voter pour la présidence, alors que ce n’est pas le cas. »

« Il faut moderniser nos structures et sortir des sentiers battus pour que tout le monde ait sa place », conclut-elle.

London : les francophones cherchent leur place dans la campagne municipale

LONDON – Alors que la communauté francophone de London grandit et se diversifie, plusieurs de ses membres disent encore se sentir peu interpellés par la politique municipale. Sollicités par ONFR, plusieurs candidats à la mairie promettent pourtant davantage de services en français et de dialogue avec la communauté, certains allant jusqu’à envisager une ville véritablement bilingue.

« Je vois plutôt la communauté qui se rassemble pour demander à la mairie, mais pas l’inverse », dit Juan Sarmiento, père d’un élève de l’école francophone Marie-Curie, pour qui la francophonie reste peu visible dans la campagne municipale londonienne.

Arrivé dans la ville il y a deux ans, après avoir notamment vécu à Gatineau et Toronto, il dit suivre « un peu » la campagne, mais ne pas avoir remarqué de propositions particulières destinées aux francophones.

Un constat que partage César Garo, père d’une élève qui étudie au sein du Conseil scolaire catholique Providence. Peu féru de politique municipale, il affirme n’avoir jamais entendu parler d’un plan pour les francophones.

Juan Sarmiento, le père d’un élève de l’école francophone Marie-Curie à London, voit dans l’apprentissage du français un atout pour l’avenir de son fils. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Taylor Conley est plus catégorique. Cette enseignante en immersion française, dont les trois enfants sont arrivés récemment d’Haïti, estime que la question du français est pratiquement absente de la campagne. Elle pointe notamment du doigt les difficultés que peuvent rencontrer de nouveaux arrivants francophones qui maîtrisent peu l’anglais et doivent naviguer dans les services locaux.

« Il faut avoir des services en français. Et ça n’existe pas », estime-t-elle, tout en reconnaissant ne pas connaître précisément l’ensemble des services offerts par la municipalité.

« Personne n’est venu me chercher »

Le sentiment de distance avec l’hôtel de ville se retrouve également chez certains responsables communautaires. Cofondatrice de Lions SAS, organisme qui offre notamment des cours de natation en français, Edwidge Pierre reconnaît ne pas particulièrement suivre la politique municipale. Mais elle regrette que personne ne soit venu vers son organisme pour lui demander quels étaient ses besoins ou comment la Ville pourrait l’appuyer.

« Jamais personne ne m’a contactée », résume-t-elle, tout en assurant qu’elle serait prête à davantage collaborer avec la municipalité. 

Edwidge Pierre, figure engagée de la communauté francophone de London, souhaite que les enjeux de cette population grandissante trouvent davantage leur place dans le débat municipal. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le constat n’est toutefois pas unanimement négatif. Holden Toué, navigateur en santé noire francophone à Accès Franco-Santé London, observe une communauté en croissance qui acquiert selon lui progressivement « un poids dans le paysage londonien ». La présence de responsables politiques lors des célébrations du Jour des Franco-Ontariens constitue à ses yeux un signe de reconnaissance croissante, même s’il dit ne pas suffisamment suivre la politique municipale pour évaluer les efforts individuels des candidats.

Des candidats promettent davantage de français

Interrogés par ONFR, plusieurs candidats à la mairie avancent pourtant des propositions concrètes.

Le maire anglophone sortant, Josh Morgan, défend les relations développées avec la communauté au cours de son mandat, mais reconnaît la nécessité d’aller plus loin. S’il est réélu, il souhaite notamment organiser des rencontres plus régulières avec les dirigeants et organismes francophones et avoir un engagement « plus large » que lors du mandat écoulé.

Le maire sortant de London, Josh Morgan, explique s’appuyer sur ses homologues des grandes villes québécoises pour mieux comprendre les enjeux liés à la langue française à l’échelle municipale. Il préside notamment le caucus des maires des 23 plus grandes villes du Canada. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Tariq Khan propose pour sa part de créer un point d’accès francophone au sein des ressources municipales existantes afin d’orienter les résidents cherchant de l’information ou de l’aide. Il promet également d’accroître progressivement l’information en français concernant les principaux services municipaux et les grandes consultations publiques.

Le candidat souhaite surtout instaurer une table ronde annuelle entre le maire et la communauté francophone, réunissant organismes, jeunes, aînés, entreprises, nouveaux arrivants et responsables communautaires. Il affirme qu’une première rencontre aurait lieu dès janvier 2027 s’il était élu.

« Je sais que nous avons des lacunes à ce niveau à la Ville », reconnaît-il dans ses réponses transmises en anglais à ONFR.

Tariq Khan (au centre en noir), candidat à la mairie de London, entouré de sympathisants. Sa campagne mise sur le gel des taxes foncières, la gratuité des transports en commun pour les personnes à faible revenu et l’amélioration de l’accès au logement. Photo : compte Facebook de Tariq Khan

Traduction, consultations et technologie

Kirsten Krose privilégie une approche ciblée. Elle propose d’abord d’évaluer les secteurs où un accès en français aurait le plus d’impact. Pages Web importantes, avis publics, informations d’urgence et de sécurité, renseignements électoraux, grandes consultations : la candidate souhaite identifier les services prioritaires plutôt que de traduire systématiquement l’ensemble des communications municipales.

Elle envisage notamment le recours aux technologies de traduction, avec une révision humaine, afin d’élargir l’offre sans augmenter inutilement les coûts administratifs. « L’objectif n’est pas simplement de traduire davantage de documents. Il s’agit de s’assurer que les gens puissent accéder à leur Ville, la comprendre et avoir voix au chapitre dans ses décisions », explique-t-elle dans une réponse écrite, traduite de l’anglais.

Mme Krose souhaite également instaurer des échanges structurés avec les organismes francophones et rendre compte des demandes auxquelles la municipalité peut répondre, ne relevant pas des gouvernements provincial ou fédéral.

Kirsten Krose, candidate à la mairie de London, fait campagne sur quatre priorités : la sécurité publique, l’amélioration des services municipaux, la réduction des embouteillages et une meilleure utilisation des fonds publics. Elle propose notamment de rendre publics les résultats des services municipaux et de cibler les principaux points de congestion routière. Photo : Site officiel de campagne de Kirsten Krose

Une ville de London bilingue?

Dan Lenart veut aller encore plus loin. Le candidat propose la création d’un bureau linguistique à l’hôtel de ville, avec un service de traduction, ainsi que la traduction des procès-verbaux des réunions municipales. Son objectif à plus long terme : faire de London une ville « véritablement bilingue ».

« Nous avons besoin de grands objectifs », écrit-il par courriel, tout en reconnaissant que leur réalisation nécessitera du temps. M. Lenart précise que sa propre connaissance du français remonte essentiellement à son apprentissage à l’école jusqu’en 8e année.

Bronagh Joyce Morgan a quant à elle choisi de répondre aux questions d’ONFR directement en français, malgré un niveau qu’elle reconnaît imparfait. Elle souhaite améliorer l’accès au français, mais inscrit cette ambition dans une approche plus largement multilingue, en souhaitant notamment une meilleure représentation des langues autochtones.

Bronagh Joyce Morgan, candidate à la mairie de London, souhaite réformer le fonctionnement de l’administration municipale, réduire les dépenses bureaucratiques et renforcer la transparence des décisions de l’hôtel de ville. Elle s’engage également à ne briguer qu’un seul mandat. Photo : compte Instagram de Bronagh Joyce Morgan

La candidate s’engage également à améliorer personnellement son français. Ses enfants ont fréquenté un programme d’immersion française et sa sœur enseigne la langue. « J’aimerais pratiquer plus souvent avec de vrais gens, plutôt qu’une chouette verte », plaisante-t-elle, en référence au logo de l’application Duolingo.

Sollicitée à plusieurs reprises par ONFR pour connaître ses positions sur les enjeux francophones à London, la candidate à la mairie Susan Stevenson n’a pas répondu à nos demandes au moment de la publication.

Jusqu’où peut aller une municipalité?

Toutes les difficultés linguistiques rencontrées par les francophones ne relèvent cependant pas de l’hôtel de ville. Certains services évoqués par les résidents interrogés sont de compétence provinciale ou fédérale.

Pour Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), cela ne signifie pas que les municipalités sont dépourvues de moyens d’action. Même lorsqu’elles ne financent ou ne fournissent pas directement certains services, elles peuvent, estime-t-il, exercer « de l’influence politique auprès des gouvernements » afin que leur population francophone soit mieux desservie.

À London, le contraste demeure donc entre une communauté qui ne se sent pas toujours sollicitée par la politique municipale et des candidats qui, une fois interrogés directement, se disent prêts à renforcer sa place à l’hôtel de ville.

Reste à voir si cette attention portée au français auprès d’ONFR se traduira par une présence accrue de la francophonie d’ici la fin de la campagne et, surtout, dans les services et les décisions municipales après le scrutin.

FrancoQueer déploie deux programmes à Sudbury pour soutenir les francophones 2SLGBTQIA+

SUDBURY – FrancoQueer étend son mandat au Nord de la province afin d’accroître l’offre et la visibilité de services en français pour les personnes 2SLGBTQIA+ francophones de la région. C’est à travers les volets sudburois de deux programmes, l’Alliance arc-en-ciel et le Programme partenaires inclusifs (PPI), que l’organisme mène sa stratégie de liaison entre les membres de la communauté et les établissements de services, dans un contexte régional où les ressources et initiatives disponibles sont majoritairement anglophones.

Alors que FrancoQueer célèbre ses 20 ans de mobilisation cette année, il porte désormais une nouvelle mission : assurer l’offre de services et de ressources en français pour les francophones 2SLGBTQIA+ du Nord de l’Ontario. Engagé depuis toujours auprès des personnes 2SLGBTQIA+ partout dans la province, l’organisme a lancé en septembre le volet sudburois du programme Alliance arc-en-ciel. Celui du PPI avait, quant à lui, été relancé en mai 2026. Ces deux volets sont portés par Mamadou Fam, l’agent de liaison et de formation pour le Nord.

Dans le cadre du PPI, le rôle de Mamadou Fam est « d’assurer la liaison entre Francoqueer et ses partenaires locaux, mais aussi avec ses clients au niveau du Nord pour les orienter, leur donner un maximum d’informations, ainsi que d’assurer la formation continue des partenaires locaux », explique-t-il. Figurent parmi ces partenaires, des organisations francophones, voire bilingues, de la région qui travailleront donc de concert avec FrancoQueer pour rendre leurs services plus inclusifs pour les personnes de la diversité affective, sexuelle et de genre.

Pour ce qui est de l’Alliance arc-en-ciel de Sudbury, FrancoQueer s’engage à établir des espaces de concertation, à assurer le continuum des services en français, et à accroître la visibilité des personnes francophones 2SLGBTQIA+. « C’est une table de discussion entre FrancoQueer et ses partenaires », poursuit Mamadou Fam.

« Elle consiste à discuter de stratégies et de nouvelles approches pour être beaucoup plus inclusif, ainsi que de coordonner les actions de ces organisations et de FrancoQueer pour mieux répondre aux besoins de cette communauté », ajoute-t-il.

Mamadou Fam est l’agent de liaison et de formation pour le Nord de l’Ontario à FrancoQueer. Photo : gracieuseté

Une nouvelle approche

Pour s’adapter aux réalités de la région, l’agent de liaison parle notamment de la création éventuelle de « groupes locaux », pour pour renforcer le sentiment d’appartenance au sein des communautés queers de la région.

« Nous avons désigné Sudbury comme ville cible. Pour le moment, nous sommes en train de travailler pour que d’ici 2027, ça puisse être mis en place. Il s’agit de lancer un groupe local où ses membres peuvent se regrouper une fois par mois, discuter, mener des activités ou bien se partager des informations pour lutter contre l’isolement. »

En effet, l’isolement des personnes issues de la communauté 2SLGBTQIA+ est l’une des réalités que FrancoQueer reconnait et souhaite affronter dans son mandat pour Sudbury et le Nord de la province. « Pendant l’hiver, beaucoup de personnes de cette communauté sont confrontées à ces problèmes d’isolement, ce qui les pousse même parfois à se comporter de manière inadaptée, notamment en consommant de la drogue ou autre. »

L’organisme avait d’ailleurs participé à la dernière édition de Fierté Sudbury Pride pour faire valoir l’importance d’une présence dans le Nord. À l’occasion du défilé, l’agente de liaison et de formation du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario, Merlin Simard, parlait de « contrer l’isolement et de créer des opportunités pour que les gens se rassemblent, parce que l’isolement, ça emprisonne. »

De gauche à droite, Merlin Simard, agente de liaison et de formation pour la région du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario, les bénévoles Adam El Omari et Eric Boissoneau, le député Jamie West, et l’agent de liaison et de formation du Nord, Mamadou Fam juste avant le défilé de Fierté Sudbury Pride en juillet 2026. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

L’importance d’une liaison communautaire pour le Nord

Pour Michel Gervais, membre du conseil d’administration de Fierté Ouest Nipissing West Pride, l’offre active de services en français au sein des organismes communautaires est primordiale pour le bien-être des personnes queers en milieu rural. C’est pourquoi les projets de liaison sont nécessaires dans ce contexte.

« C’est isolant d’être en milieu rural, surtout en tant que personne queer, et d’être une minorité en étant francophone. C’est difficile de trouver sa communauté et d’exprimer ses défis et ses émotions, ses sentiments, ce qui se passe dans une langue autre que sa langue maternelle », dit-il.

Et d’ajouter : « Ces services, ces liens là, sont aussi essentiels que des services de santé ou n’importe quel service qui mène au bien-être de la communauté . »

Dans le Nord, l’accès aux ressources en français s’avère également crucial pour les familles qui cherchent à accompagner leurs proches. « Chez nous à Nipissing Ouest, on a souvent eu des parents qui ont essayé de joindre le conseil pour essayer d’obtenir des outils ou des conseils pour être un meilleur parent, ou un meilleur allié pour leur enfant. J’imagine que si on n’avait pas cet accès-là en français, ce serait plus difficile pour ces parents d’aller de l’avant », conclut-il.

Commissariat aux langues officielles : forte augmentation du nombre de plaintes

OTTAWA — Dans son premier rapport annuel déposé jeudi matin, la nouvelle commissaire aux langues officielles (CLO), Kelly Burke, dresse un bilan marqué par une explosion du nombre de plaintes, alimentée en grande partie par le dossier Air Canada, ainsi que par des reculs en matière de langue de travail et des mises en garde sur l’IA dans la fonction publique.

Le Commissariat aux langues officielles fait état de 4110 plaintes jugées recevables pour l’année 2025-2026, ce qui représente près du quadruple du bilan de l’an dernier (1163).

Le principal objet des plaintes continue d’être le service offert au public (partie IV de la Loi sur les langues officielles), qui explose pour atteindre 3632 dossiers contre 766 en 2024-2025. Hausse moins marquée du côté de la langue de travail (partie V) qui enregistre 310 plaintes contre 255 plaintes recevables en 2024-2025. 

En Ontario, le nombre de plaintes varie de façon marquée selon les secteurs. Hors Région de la capitale nationale (RCN), le Commissariat a comptabilisé 304 plaintes recevables (dont 273 pour les services au public), contre 197 l’année précédente.

Du côté ontarien de la RCN, on recense 549 plaintes, comparativement à 307 en 2024-2025, incluant 157 dossiers liés à la langue de travail.

Ce bond rappelle le bilan de 2021-2022, où l’ex-commissaire Raymond Théberge avait recensé un sommet de plaintes, alimenté par l’unilinguisme de Michael Rousseau chez Air Canada et la nomination d’une gouverneure générale unilingue anglophone. Source : CLO

Air Canada et bilinguisme des leaders

Rappelant qu’en « temps de crise, il est important pour la population canadienne d’entendre et de voir ses leaders parler dans les deux langues officielles de manière égale », le rapport souligne que « le bilinguisme constitue une compétence essentielle pour tout leader, que ce soit en politique, dans la fonction publique fédérale ou même au sein d’entreprises privées ». 

Pour la commissaire, l’ampleur des réactions démontre que les langues officielles « comptent réellement pour la population ».

Outre le cas du transporteur aérien, le rapport dénonce une « tendance préoccupante » chez les hauts fonctionnaires et cadres fédéraux, de plus en plus nombreux à donner des séances d’information, discours et présentations publiques uniquement ou majoritairement en anglais, souvent sans service d’interprétation. 

« Il s’agit pourtant de chefs de file qui ont la responsabilité de promouvoir un milieu de travail bilingue et propice à l’usage des deux langues officielles. Les incidents de ce genre donnent un mauvais exemple au personnel, et perpétuent l’existence de milieux de travail gouvernementaux unilingues où les employés ne se sentent pas à l’aise de communiquer dans la langue officielle de leur choix », peut-on aussi y lire.

Lacunes en formation et dans les comités

La langue de travail au sein même de la fonction publique fait également l’objet de constats troublants. Le Commissariat a reçu 73 plaintes concernant la formation professionnelle offerte aux fonctionnaires, dénonçant un manque de cours et de ressources en français, souvent élaborés dans des régions unilingues anglophones. 

Le rapport prévient que priver un employé d’outils et de formations dans sa langue peut « freiner son rendement, provoquer son exclusion ou créer de l’insécurité linguistique ».

De plus, l’usage des deux langues se dégrade au sein de certains comités interministériels et réseaux informels d’employés, où les rencontres et documents se déroulent de plus en plus en anglais seulement. Bien que les institutions n’aient pas formellement enfreint la Loi, le Commissariat craint que ces pratiques ne « deviennent la norme » et s’inquiète de ce qui pourrait n’être que la « pointe de l’iceberg ».

Face à ces manquements répétés, Kelly Burke recommande au Conseil du Trésor de rendre obligatoire, d’ici le 31 mars 2028, la formation FON 413 : Gestion des obligations en matière de langues officielles pour tous les gestionnaires de la fonction publique.

IRCC, compressions et Radio-Canada

Le rapport met aussi en lumière des manquements d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Le Commissariat a jugé fondées deux plaintes reprochant au ministère « de ne pas avoir tenu compte des réalités particulières aux établissements d’enseignement postsecondaire en contexte linguistique minoritaire dans sa décision d’imposer, en janvier 2024, un plafond de réception des demandes de permis d’études ».

L’enquête conclut à « un manquement du côté de l’institution fédérale sur le plan des activités de dialogue et de consultation dans le cadre de son évaluation d’impact », relevant qu’IRCC n’avait pas fourni l’information nécessaire aux intervenants clés pour leur permettre de contribuer de manière éclairée.

Alors qu’un nouveau cycle de réductions budgétaires s’amorce dans la fonction publique, la commissaire s’inquiète des répercussions des dernières décisions financières d’Ottawa.

« Il est encore tôt pour évaluer de façon précise les effets du budget fédéral de 2025 sur le respect des obligations linguistiques des institutions fédérales ou sur les communautés. Les compressions dans la fonction publique demeurent préoccupantes », prévient le rapport, rappelant que « par le passé, les dépenses liées aux langues officielles ont souvent été ciblées durant les périodes de restrictions financières ».

Le document rappelle d’ailleurs la recommandation formulée par l’ancien commissaire, Raymond Théberge, demandant aux administrateurs généraux de veiller, d’ici le 30 mai 2027, à ce que leurs organisations protègent les droits linguistiques lors des exercices de réductions budgétaires.

Dans ce contexte, le rapport qualifie de « bonne nouvelle » le financement additionnel de 150 millions de dollars accordé à CBC/Radio-Canada pour 2025-2026 et prend note de la volonté exprimée par la nouvelle présidente du diffuseur public de bonifier les engagements quant à la couverture d’actualité en milieu rural et communautaire.

Biais de l’intelligence artificielle 

Le Commissariat consacre également une mise en garde aux risques liés à l’intelligence artificielle (IA) dans la fonction publique, rappelant que « les données et les perspectives de langue anglaise occupent la plus large part d’Internet » et que les outils peuvent générer des biais.

Dans sa recommandation, la commissaire demande au Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada (SCT) d’intégrer les langues officielles dans sa Stratégie d’IA et son Guide sur l’IA générative d’ici le 31 mars 2027. 

L’objectif est de s’assurer que tout outil ou politique d’IA tienne systématiquement compte du français et de l’anglais.

« Les biais sont reflétés souvent par le fait que la technologie répond à des questions très précises ici et donc les biais peuvent survenir en fonction de la façon qu’on pose la question », a-t-elle lancé jeudi matin tout en indiquant, qu’à sa connaissance, qu’aucune plainte formelle n’aurait été déposée pour l’instant.

Cette recommandation arrive quelques jours après le lancement, par le premier ministre Mark Carney, d’un nouveau conseil qui formulera des conseils indépendants et pratiques à l’égard de la transformation du Canada en matière d’IA.

La FCFA dénonce une méconnaissance de la Loi

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada n’a pas tardé à réagir à ce rapport de la commissaire, déplorant que l’appareil fédéral ne semble toujours pas saisir la portée des obligations linguistiques trois ans après la modernisation de la Loi.

« La commissaire Burke a raison, les gestionnaires fédéraux ont besoin d’une formation sur ces obligations et ça presse », a réagi la présidente de la FCFA, Liane Roy, évoquant notamment la directive récente rendant l’anglais obligatoire dans 180 unités de la Défense nationale et les dératés dans les programmes d’infrastructures.

Mme Roy critique également la lenteur et la faiblesse des projets de règlements d’application : « À la lecture de ce rapport, on est en droit de se questionner sur la capacité des institutions fédérales de transformer les obligations de la Loi en changements concrets. »

La FCFA pointe également du doigt le projet de loi omnibus C-39, dans lequel le mot « langues officielles » n’apparaît pas une seule fois, redoutant que les communautés francophones soient laissées « sur le quai à regarder le bateau passer ».

Article mis à jour jeudi à 13h.

Une barrière systémique tombe pour les médecins francophones étrangers en Ontario

Longtemps unilingue, l’évaluation à la pratique de la médecine familiale de l’Ontario est désormais disponible en français, une demande de longue date de la communauté francophone, pour qui les médecins francophones étaient désavantagés. En parallèle, un nouveau programme permettra à 200 médecins étrangers d’exercer plus facilement en Ontario, avec un volet pour les médecins francophones, pour desservir les régions à forte concentration francophone.

Parmi les obstacles qui rendent difficile l’accès à la médecine familiale en Ontario aux médecins francophones de l’étranger, l’évaluation de la capacité à exercer pour les médecins de famille formés à l’étranger en Ontario n’était jusqu’alors disponible qu’en anglais.

Or Touchstone Institute, qui administre le programme (en parallèle avec le gouvernement de l’Ontario ou encore l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario), a récemment émis une communication au sujet du programme Practice Ready Ontario (PRO), qui aide les médecins de famille formés à l’étranger à démontrer leur capacité à exercer pour commencer leur pratique en Ontario plus tôt. 

L’organisme y annonce que le PRO comprend maintenant un nouveau parcours bilingue axé sur le français, Préparation à la pratique en Ontario (PPO), destiné aux médecins qui souhaitent effectuer la majeure partie du processus d’évaluation en français.

Source : courriel de Touchstone Institute

« Leur demander de faire cette évaluation en anglais n’était pas juste, et pas accessible pour la majorité de ces candidats dont beaucoup échouaient. Ce qui compte, c’est que cette évaluation est maintenant disponible en français », a réagi pour ONFR Carole Lafrenière du Collectif des médecins francophones internationaux du Canada.

Pour accéder à ce programme d’évaluation, les médecins diplômés à l’étranger doivent toutefois répondre à des critères stricts, constate Mme Lafrenière. Ils doivent entre autres avoir une combinaison de quatre ans de formation postdoctorale (résidence) et d’expérience en pratique autonome en médecine de famille ou générale et justifier d’au moins 960 heures de pratique clinique (dont 720 en personne) au cours des trois dernières années.

Si l’évaluation est réussie, les médecins suivent une formation pratique de trois mois. Ils reçoivent alors un permis temporaire pour pratiquer sous le parrainage d’un autre médecin, avant l’obtention de leur permis d’exercice définitif.

Or, tous les médecins immigrés n’en sont pas au même stade de préparation et certains se retrouvent lésés par des circonstances d’immigration. « On veut attirer des médecins de famille de l’étranger mais c’est souvent le parcours du combattant pour eux. Il faut encore éliminer davantage de barrières », soutient celle-ci.

Un avis que partage la députée de Nickel Belt, France Gélinas, qui note toutefois que « n’importe quel petit pas qu’on fait pour faciliter la pratique des professionnels de santé en Ontario va dans la bonne direction ».

20 millions du fédéral pour créer 200 postes de médecins étrangers

En parallèle, un nouveau financement fédéral de 20 millions de dollars permettra d’ouvrir 50 postes par an sur quatre ans en Ontario, soit 200 médecins de famille formés à l’étranger prêts à exercer dans la province à l’horizon 2028-2029, et ce dans le cadre du programme PPO.

L’un des volets de ce programme sera directement consacré aux médecins de famille pouvant exercer en français, bien qu’aucun objectif francophone chiffré n’ait pour l’heure été précisé.

L’objectif principal annoncé est d’améliorer l’accès aux soins de première ligne dans les régions nordiques et rurales mal desservies, ainsi que dans les communautés francophones de l’Ontario.

« Nous saluons cet investissement du gouvernement fédéral (…) Il s’agit d’une nouvelle étape importante dans la poursuite de nos efforts visant à garantir à toute la population de l’Ontario l’accès aux soins de santé primaires d’ici 2029 », a déclaré Sylvia Jones, la ministre de la Santé de l’Ontario.

« Nous nous réjouissons de cette nouvelle qui offre une belle occasion pour les médecins francophones formés à l’étranger d’accéder à un permis d’exercice de la médecine et ainsi mieux desservir la population francophone de l’Ontario », a également noté Mme Lafrenière.

La députée francophone du Nord, Mme Gélinas, rappelle en revanche que l’Association des médecins de l’Ontario a déterminé qu’il manquait au moins 240 médecins dans le Nord, dont 40 % qui parlent français.

Celle-ci considère important que davantage de mesures soient prises pour faciliter l’installation et la rétention des médecins dans le Nord de l’Ontario.

Le communiqué officiel souligne que l’intégration des professionnels de la santé formés à l’étranger est essentielle pour remédier à la pénurie de personnel de santé à l’échelle du pays, malgré les obstacles au Canada, tels que des « processus de reconnaissance des titres de compétences longs, coûteux et complexes ».

L’enveloppe de 20 millions de dollars pour l’Ontario s’inscrit dans un investissement de 31 millions de dollars destiné à six projets qui fourniront des ressources et des outils pratiques « pour aider les médecins, infirmières, ergothérapeutes et physiothérapeutes formés à l’étranger à s’y retrouver dans les exigences provinciales et territoriales en matière de permis d’exercice et à se préparer à travailler dans le secteur de la santé canadien ».

Schizophrénie : des francophones brisent le silence sur le manque de services et la stigmatisation

OTTAWA – Une dizaine de francophones vivant avec la schizophrénie ont transposé leur expérience dans des œuvres réalisées aux Ateliers de l’Élan, à Montfort Renaissance. Issue d’une recherche participative, l’exposition présentée récemment au Centre communautaire de Vanier a mis en lumière leur parcours de rétablissement, mais aussi les obstacles liés à la stigmatisation, à la pauvreté et au manque de services en français.

Sur les œuvres de Samantha Anne, les couleurs varient en fonction de ses émotions et des voix qu’elle entend. « Quand il n’y a pas de voix, c’est la couleur pâle, le bleu, le jaune, le silence, la joie, la paix », explique-t-elle. À l’inverse, les teintes deviennent foncées quand elle est triste ou fâchée.

La jeune femme de 28 ans fait partie d’un groupe d’une dizaine de francophones vivant avec la schizophrénie qui a participé à six séances d’art aux Ateliers de l’Élan de l’organisme communautaire francophone Montfort Renaissance.

« Ça m’a permis de trouver des outils pour parler de la schizophrénie et expliquer aux gens qu’on n’est pas des monstres. »
— Samantha Anne

À travers sa participation, elle souhaite surtout combattre les préjugés envers les personnes vivant avec ce trouble de santé mentale. « Il y a du monde pour qui c’est vraiment négatif. Dès qu’ils nous voient : « Elle est bizarre. » Ils vont juger. Il ne faut pas faire de jugement. »

Lorsqu’on lui demande ce qu’elle souhaiterait améliorer, sa réponse est claire : « J’aimerais qu’il y ait davantage de services en français et moins de jugement. »

Samantha n’est actuellement suivie par aucun thérapeute, même si elle aimerait pouvoir compter sur cet accompagnement.

« J’en avais un auparavant, mais c’était un suivi à court terme. Mon dossier a ensuite été fermé. Souvent, quand on va mieux, le dossier est fermé. Mais ce n’est pas parce qu’on va bien aujourd’hui qu’on ira nécessairement bien dans six mois. On a parfois besoin de plus de temps et on doit ensuite redemander de l’aide », déplore-t-elle.

Pour prendre soin de sa santé mentale, elle se tourne vers la méditation, l’art, ses amis et les activités des Ateliers de l’Élan.

Samantha Anne utilise l’art pour exprimer son expérience de la schizophrénie et combattre les préjugés. Photo : Amine Harmach/ONFR

Les besoins ne se limitent pas aux services médicaux et psychiatriques. Les intervenants communautaires peuvent également aider les personnes à s’intégrer dans la société. Or, ces services comportent eux aussi des listes d’attente.

« À Montfort, par exemple, j’ai attendu environ six mois parce que j’étais en situation de crise. Si je n’avais pas été en crise, on m’avait dit que l’attente pouvait aller jusqu’à deux ans. Je connais des personnes qui ont attendu deux ans pour avoir accès à une travailleuse sociale à Montfort », témoigne Samantha.

Chantal Lavoie connaît elle aussi cette réalité. Paire aidante en santé mentale depuis plus de neuf ans, elle a accompagné les participants afin qu’ils puissent mettre en images leur parcours de rétablissement ou de guérison.

« Une paire aidante, c’est quelqu’un qui a vécu des troubles de santé mentale, qui est maintenant rétabli et qui offre de l’écoute aux personnes qui ont besoin de parler », explique Chantal, qui offre aussi des cours d’art.

Elle réserve des périodes pendant lesquelles les personnes peuvent l’appeler, qu’elles se sentent bien ou qu’elles traversent un moment plus difficile.

Selon Chantal Lavoie, paire aidante, la stigmatisation demeure présente, « même auprès de certains médecins et intervenants ». Photo : Amine Harmach/ONFR

Mettre le rétablissement en images

L’exposition est issue d’une recherche participative menée par Hakima Moktary, travailleuse sociale à l’Hôpital Montfort depuis 14 ans auprès de personnes vivant avec des troubles de santé mentale, particulièrement des troubles psychotiques et la schizophrénie.

« Au quotidien, elles me partageaient leurs expériences, leur vécu, leurs difficultés, mais aussi leur façon d’avancer. À un moment donné, je me suis demandé quel était leur propre point de vue sur ces expériences et comment elles vivaient elles-mêmes leur rétablissement », explique-t-elle.

Cette réflexion l’a conduite à entreprendre des études doctorales afin d’explorer le rétablissement du point de vue des personnes directement concernées.

Hakima Moktary souhaite permettre aux œuvres créées au cours des ateliers de rejoindre un public plus large. Photo : Amine Harmach/ONFR

Les participants ont abordé six grands sujets, parmi lesquels leur expérience de la schizophrénie, l’accès aux services en français, la gestion des phénomènes souvent qualifiés de symptômes, la stigmatisation ainsi que les facteurs structurels qui influencent leur rétablissement.

Le groupe reflète également des réalités culturelles diverses. Parmi les dix participants, quatre se définissent comme Autochtones, trois comme personnes immigrantes ou issues de l’immigration et trois comme personnes blanches.

Dominique, 40 ans, aime pour sa part peindre des montagnes. « On a des hauts et des bas », résume-t-il. Au milieu de son tableau se trouve une voiture rouge. « J’ai appris un peu à conduire. Là, c’est juste la ville, et sortir dehors », explique-t-il, confiant qu’il « aime faire des choses nouvelles comme ça ».

Malgré les moments plus difficiles, Dominique estime pouvoir compter sur les personnes qui l’accompagnent. Photo : Amine Harmach/ONFR

Lui aussi veut transmettre un message : « On n’est pas des criminels. On est des gens normaux, comme tout le monde. »

La pauvreté et le logement au cœur du rétablissement

La recherche s’intéresse aussi aux conditions sociales et financières dans lesquelles vivent les participants.

« On parle beaucoup du fait qu’il faut consulter un psychiatre, prendre ses médicaments, etc. Mais le problème, c’est qu’une bonne partie de ces personnes vivent dans la pauvreté », fait valoir Hakima Moktary.

Selon elle, la majorité des participants à sa recherche ont un revenu annuel inférieur à 20 000 dollars. Certaines personnes éprouvent ainsi de la difficulté à trouver et à conserver un logement indépendant et stable.

Pour Mme Moktary, améliorer les services passe d’abord par la reconnaissance de l’expertise des personnes concernées.

« Il faut aussi les impliquer dans les politiques qui les concernent et dans la réflexion autour des solutions », estime-t-elle.

Une spirale illustre le parcours d’une participante, renvoyée entre les services anglophones et francophones. Photo : Amine Harmach/ONFR

Les œuvres créées au cours des ateliers sont restées dans son sous-sol pendant plus d’un an avant que l’exposition puisse finalement être organisée. Mme Moktary souhaite maintenant leur permettre de rejoindre un public plus large.

« Peut-être que j’approcherai aussi d’autres personnes ou organismes pour présenter cette exposition ailleurs. J’aimerais bien qu’elle puisse voyager et permettre de briser l’isolement dans d’autres milieux. »

Représentation étudiante : la FESFO tente de relancer un RÉFO à l’arrêt

OTTAWA – Le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), plongé dans une grave crise de gouvernance et privé de direction ainsi que de conseil d’administration, passe temporairement sous la tutelle de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO). Résultat : les étudiants des collèges et universités se retrouvent temporairement représentés par un organisme voué aux élèves du secondaire, le temps de remettre sur pied la structure et de convoquer une assemblée générale.

C’est la directrice générale de la FESFO, Mélina Leroux, qui a confirmé la nouvelle en entrevue avec ONFR.

Dans la foulée du départ du dernier directeur général du RÉFO, François Hastir, les deux structures ont convenu d’un transfert transitoire pour éviter que la voix des 30 000 étudiants francophones de la province ne s’éteigne complètement. 

« On a offert de rapatrier le RÉFO dans son entièreté sous le même nom et tout ça […], question de leur offrir un endroit sécuritaire pour repartir », explique Mélina Leroux. « L’objectif, c’est d’être capable de reconnecter avec nos membres sortants pour être capable de leur offrir une piste d’engagement au niveau postsecondaire ».

Dans un communiqué publié six mois plus tôt, le RÉFO dressait un constat d’échec : manque de budget, bénévoles épuisés et incapacité d’atteindre le quorum de 35 délégués pour tenir une assemblée générale annuelle (AGA) depuis 2020. 

Sans conseil d’administration élu, la gestion reposait uniquement sur le président bénévole et le directeur général sortant. Le RÉFO indiquait alors chercher un « organisme de nature similaire » pour reprendre le relais, aujourd’hui confirmé comme étant la FESFO, l’organisme porte-parole d’environ 25 000 jeunes francophones qui fréquentent l’une des écoles secondaires francophones de l’Ontario de la 9e à la 12e année.

À ce jour, l’organisation n’a plus aucune structure interne. « Le RÉFO n’a plus d’employés et il n’y a plus de conseil d’administration », confirme Mélina Leroux.

Il ne s’agit pas pour autant d’une fusion. « Ce que nos conseils ont approuvé, c’est une reprise temporaire. Mais ça ne devient pas la FESFO. Ça reste son propre organisme, avec son domaine web, son compte de banque et ses courriels. Nous, on crée simplement l’espace pour rebâtir tout ça ».

Dans une déclaration officielle transmise mercredi matin à la communauté, la FESFO confirme cet accompagnement : « Être un.e jeune franco-ontarien.ne, ça ne s’arrête pas aux portes de l’école secondaire. Les étudiant.e.s des collèges et des universités font partie de notre jeunesse […]. En tendant la main au RÉFO, on reste fidèles à ce qu’on est », affirme ainsi Camille Carrière, présidente du Conseil d’administration de la FESFO.

100 000 $ en banque et une AGA en ligne de mire

La FESFO affirme ne recevoir aucune subvention pour assurer ce rôle de marraine. « On n’a pas été bonifiés de quelque manière que ce soit pour faire ce travail-là », indique sa directrice générale.

Le RÉFO possèderait toujours un peu moins de 100 000 $ dans son compte bancaire, des fonds qui serviront à organiser la prochaine AGA en plus de mettre à jour les documents administratifs de l’organisme.

Des travaux sont déjà en cours en vue de la tenue de cette assemblée au cours des six prochains mois afin d’y faire élire un nouveau conseil d’administration composé d’étudiants. La FESFO accompagnera ensuite la nouvelle équipe pendant un à deux ans.

« La voix des étudiant.e.s francophones du postsecondaire doit recommencer à être entendue. Cet accompagnement temporaire va permettre d’assurer une continuité dans la représentation jeunesse en Ontario français », ajoute de son côté, Henri Lavergne, président du Conseil de représentation de la FESFO par voie de communiqué.

Le défi de la mobilisation

Pour réunir les 35 délégués nécessaires lors de la prochaine AGA, la FESFO compte approcher les associations étudiantes des collèges et universités, mais aussi solliciter directement ses anciens membres du secondaire inscrits au postsecondaire.

« Beaucoup de nos anciens nous disaient qu’ils ne savaient pas comment continuer à s’impliquer pour la communauté une fois rendus au postsecondaire », note Mélina Leroux. 

« En allant chercher ces jeunes engagés, on crée un équilibre avec le réseau des associations étudiantes ».

Interrogée sur l’annonce récente de sa propre candidature à la présidence de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Mélina Leroux assure que son éventuel départ de la FESFO ne freinera pas la démarche.

« Ça fait partie du legs que je laisserai à la direction par intérim. L’intention reste la même : tenir cette AGA et guider le RÉFO jusqu’à ce qu’il soit assez fort pour repartir seul. »

Une directive du ministère de l’Éducation fait vaciller l’unité des conseils scolaires de langue française

Une note de service envoyée deux semaines après l’adoption du projet de loi 101 sur la réforme de l’éducation en Ontario interdit aux conseils scolaires de payer leurs cotisations auprès de leurs associations professionnelles. Si plusieurs des 12 conseils francophones rejettent cette directive, au nom de leurs droits constitutionnels, au moins un conseil scolaire a pris la décision inverse et l’appliquera.

La question divise au sein des conseils scolaires de langue française : faut-il suivre la directive du ministère de l’Éducation et se conformer à la loi ontarienne, ou bien la contester en invoquant l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés qui garantit aux communautés de la minorité linguistique le droit de gérer leurs propres conseils scolaires?

Dans une note en date du 14 mai dernier, dont ONFR a obtenu copie, le ministre Paul Calandra, demande aux conseils scolaires de se doter d’une politique de dépenses stipulant que les dépenses engagées pour le paiement des cotisations aux associations professionnelles, ainsi que les dépenses liées à des activités de perfectionnement professionnel ne seront plus prises en charge.

Une telle démarche, si elle était appliquée par tous les conseils, couperait massivement les ressources de trois organismes franco-ontariens chargés de représenter et défendre leurs intérêts : l’Association des conseils des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) et la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF).

Ces organismes continueraient de percevoir des financements directs du ministère, mais ceux-ci ont été plus que divisés par deux au cours de la dernière décennie.

Plusieurs conseils scolaires ont depuis adopté (ou vont adopter) une politique qui va à l’encontre de la directive ministérielle et pérennisent de telles dépenses. D’autres, comme le conseil scolaire Viamonde, sont en train de préparer une politique en deux étapes qui conservera le statu quo et sera soumise au ministre pour approbation.

« Désobéir à une loi devrait se faire dans des cas extrêmes, surtout quand les étudiants sont visés, estime Benoit Fortin, président du Conseil scolaire Viamonde. On va proposer la politique au ministre et lui laisser le temps de répondre. S’il ne répond pas, on ira de l’avant avec l’ancienne politique. Si sa réponse est négative, on regardera nos options, incluant le cadre légal. »

Un autre conseil a fait le choix inverse, craignant qu’une telle fronde ait des conséquences sur des projets vitaux en cours comme le financement de nouvelles écoles, voire même entraine une mise sous tutelle du ministère – comme le subissent déjà huit conseils scolaires anglophones.

À contre-courant de plusieurs conseils scolaires catholiques, MonAvenir a ainsi entériné, dès le mois de juin une politique mettant en oeuvre la directive du ministère, une décision confirmée par vote, mercredi dernier, lors d’une réunion mensuelle au cours de laquelle les conseillers sont apparus divisés.

« La menace d’une tutelle ne doit pas empêcher notre droit de gestion »
— Claire Thibideau, conseillère scolaire

« Ce n’est pas parce que le gouvernement nous dit de le faire qu’on doit l’accepter », a plaidé autour de la table la conseillère Claire Thibideau, rappelant que les acquis de la communauté ont souvent commencé par la désobéissance, à l’image de la lutte contre la fermeture de l’Hôpital Montfort. « La menace d’une tutelle ne doit pas empêcher notre droit de gestion et notre pouvoir d’agir par et pour les francophones (…) Le gouvernement a essayé bien des fois, par des lois, de nous fermer la bouche et c’est la Constitution qui nous a sauvés. »

« Le ministre est sérieux avec ses tutelles, a rétorqué au contraire la conseillère Nathalie Dufour-Séguin. On a d’autres priorités extrêmement importantes en ce moment. Il faut choisir nos batailles. Je ne veux pas aller contre la loi, surtout pas pour ça. »

Le siège du Conseil scolaire catholique MonAvenir où s’est déroulée la réunion mensuelle des conseillers. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Des « questions sérieuses quant à la constitutionnalité »

Dans un avis juridique transmis à l’AFOCSC, le cabinet d’avocat ottavien Emond Harnden estime que la conformité de la directive Calandra à l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés soulève « des questions sérieuses quant à la constitutionnalité », ajoutant que les conseils scolaires disposent ici de « fondements juridiques pour contester cette mesure, particulièrement en ce qui a trait à leur incidence sur l’autonomie de gestion et de contrôle des institutions de la minorité linguistique. »

Plusieurs acteurs du dossier s’interrogent sur les intentions du ministre de l’Éducation à travers cette note, alors que ce dernier avait clairement indiqué au moment de l’adoption du projet de loi 101 qu’il ne « toucherait pas aux droits enchâssés dans la Charte », ni ne « s’engagerait pas dans des contestations constitutionnelles » avec le système de langue française.

« La politique provisoire relative aux dépenses s’applique à tous les conseils scolaires, y compris les conseils scolaires francophones », a confirmé à ONFR Emma Testani, attaché du ministre de l’Éducation. En limitant des dépenses qu’il qualifie de « non essentielles », le ministère veut que ces sommes soient redirigées vers « la réussite des élèves ».

M. Calandra avertit, dans cette même note de service, que les récalcitrants s’exposeront à des « mesures d’exécution, telles qu’une réduction du plafond des dépenses d’administration au titre du financement de base de l’éducation, ou d’autres mesures de surveillance. »

De fortes réductions pour les arts visuels francophones, mais pas seulement

OTTAWA – Le financement accordé par le Conseil des arts de l’Ontario (CAO) aux organismes artistiques francophones recule de près de 4 % en 2026-2027, avec des réductions particulièrement importantes dans les arts visuels. Tandis que le milieu dénonce des critères économiques mal adaptés à sa réalité, le CAO invoque un budget provincial gelé depuis 2009 et la nécessité de diriger ses ressources vers les secteurs où elles auront les plus grandes retombées.

« Tout le travail que j’ai accompli pendant un quart de siècle est éliminé d’un simple trait de plume. » C’est en ces termes qu’Yves M. Larocque, directeur général du Bureau des regroupements des artistes visuels de l’Ontario (BRAVO), déplore la réduction de 62 % du financement accordé par le CAO à son organisme pour la saison 2026-2027.

BRAVO figure parmi les 11 organismes francophones, sur les 40 recensés, qui voient leur enveloppe diminuer dans le cadre du Fonds de fonctionnement des arts de l’Ontario. Les arts visuels comptent parmi les secteurs les plus durement touchés.
Le financement de BRAVO est passé de 39 682 $ en 2025-2026 à 15 000 $. La Galerie du Nouvel-Ontario perd 30,8 % de son enveloppe, le Centre d’artistes Voix Visuelle, 27 %, Le Labo, 26,6 %, et l’Association des groupes en arts visuels francophones, 25,6 %.

Le Théâtre la Tangente et Afrique Nouvelle Musique perdent pour leur part la totalité de leur financement. Parmi les autres réductions figurent celles des Éditions L’Interligne (-32,1 %), du Salon du livre de Toronto (-28,4 %) et de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (-28 %).

Au total, l’enveloppe destinée aux organismes francophones, historiquement protégée, a diminué de près de 4 %. « Cette année, pour la première fois, notre enveloppe a diminué de 4 %, ce qui représente 80 000 $. Pour nous, c’est très inquiétant », affirme Lisa Breton, directrice générale de l’Alliance culturelle de l’Ontario.

Pour elle, cette diminution ne constitue que la partie visible de l’iceberg. Elle s’inquiète de ce qu’elle décrit comme une diminution progressive de la représentation francophone au sein du CAO, après la disparition du Bureau des arts francophones et la perte d’une représentation francophone au conseil d’administration.

Lisa Breton, directrice générale de l’Alliance culturelle de l’Ontario, estime que les nouveaux critères de financement tiennent insuffisamment compte du contexte minoritaire francophone. Gracieuseté

« Quand je parle de la pointe de l’iceberg, c’est cette trajectoire qui m’inquiète : voir les services être, je ne veux pas dire « disparaître », mais réduits subtilement au fil des années », explique-t-elle.

Un budget provincial gelé depuis 2009

De son côté, le Conseil des arts de l’Ontario affirme, dans une réponse à ONFR, que le gouvernement provincial continue d’offrir un « soutien record » aux artistes et aux organismes artistiques francophones, qu’il considère comme une composante essentielle du paysage culturel ontarien. « Le Fonds de fonctionnement des arts de l’Ontario est un nouveau programme qui oriente les ressources là où elles auront le plus grand impact pour les artistes, les organismes artistiques, les communautés et la population ontarienne », explique Jaspreet Sandhu, directrice des affaires publiques, des communications et de la recherche au Conseil des arts de l’Ontario.

Cette révision survient dans un contexte de pression budgétaire. Dans une correspondance datant de la fin du mois de juillet, le directeur général du CAO, Michael Murray, indiquait que la population de l’Ontario et la demande de financement artistique avaient augmenté, alors que l’allocation provinciale annuelle du Conseil demeurait fixée à 60 millions de dollars depuis 2009.

« Les arts et la culture rivalisent avec les industries minière et automobile »

Cette nouvelle orientation, que les acteurs des arts francophones jugent trop centrée sur les indicateurs économiques et influencée notamment par la lettre d’orientation annuelle du ministère du Tourisme, de la Culture et des Jeux, suscite leur indignation.
Pour le directeur général de BRAVO, cette approche ne reflète pas adéquatement le rôle de cet organisme sans but lucratif fondé en 1991, qui soutient et représente les artistes visuels, médiatiques et métiers d’art de l’Ontario français.

« Nous ne vendons ni billets, ni musique, ni livres : nous offrons des services. Nous devrons donc réduire, voire éliminer, certaines activités, comme les expositions de groupe, les conférences destinées aux membres ou notre présence sur les réseaux sociaux », prévient-il.

Originaire de Sturgeon Falls, Yves M. Larocque rappelle avoir participé à la crise scolaire qui a secoué cette communauté du Nord de l’Ontario en 1971. « Je suis un peu fatigué de devoir constamment mener des combats pour la francophonie ontarienne. J’ai fait ma part », confie-t-il. Gracieuseté

La directrice générale de l’Alliance culturelle de l’Ontario abonde dans le même sens. Elle souligne que les organismes de services, comme l’Alliance culturelle de l’Ontario, l’Association des groupes en arts visuels francophones, BRAVO ou l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français, ont surtout des retombées indirectes sur l’économie du secteur.

« Les arts et la culture constituent un secteur dont l’impact économique en Ontario rivalise avec celui des industries minière et automobile », assure-t-elle.

Et d’ajouter : « Réduire notre budget, nos capacités et nos ressources nous empêche d’accomplir pleinement notre travail, qui consiste notamment à agir comme interlocuteur entre le ministère et le secteur et à faire valoir ses retombées, notamment sur le tourisme. »

Selon Lisa Breton, cette méthode d’évaluation tient insuffisamment compte du contexte minoritaire dans lequel évoluent les organismes francophones. « Notre capacité de générer des revenus de billetterie est plus limitée que celle des organismes de la communauté majoritaire. […] La francophonie est pourtant désignée par le Conseil des arts de l’Ontario comme un groupe prioritaire. Malgré cela, ces résultats nous donnent l’impression que l’on fait abstraction du contexte particulier des francophones », dit-elle.

Elle rappelle par ailleurs que l’Alliance s’était déjà mobilisée pour défendre le budget du CAO. Au final, l’Alliance culturelle de l’Ontario est elle-même touchée par une réduction de 13,5 %. Son financement passe de 17 337 $ à 15 000 $, soit une perte de 2337 $.

Des hausses pour plusieurs organismes

Tous les organismes ne subissent toutefois pas de réduction. Créations In Vivo voit son financement doubler, passant de 26 548 $ à 55 000 $, une hausse de 107,2 %. Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans bénéficie d’une augmentation de 51,2 %, tandis que Mosaïque interculturelle reçoit 33,3 % de plus.

Des hausses sont également accordées au Regroupement des artistes cinéastes de la francophonie canadienne, au Centre franco-ontarien de folklore et à la Place des arts du Grand Sudbury. La Compagnie des francs loisirs obtient enfin un nouveau financement de 20 000 $.

Règlement sur le français dans le privé : la FCFA suggère d’inclure le Grand Toronto

OTTAWA — Lors d’une comparution devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles lundi soir, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada a présenté ses recommandations concernant l’avant-projet de règlement de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP). L’organisme propose notamment de modifier les critères géographiques afin d’y inclure Toronto, des régions désignées en Ontario ainsi que les zones bilingues du Manitoba.

Adoptée par le Parlement en 2023, la LUFEP prévoit l’établissement d’obligations linguistiques pour les entreprises privées sous réglementation fédérale, comme les banques, les télécommunications ou les transporteurs interprovinciaux, lorsqu’elles exploitent des lieux de travail au Québec ou dans des régions désignées à forte présence francophone (RFPF).

Dès le début de son allocution devant le comité présidé par le sénateur Allister Surette, la présidente de la FCFA, Liane Roy, a estimé que la proposition actuelle de Patrimoine canadien manque d’audace. 

« À cette étape-ci, le projet de règlement et les outils qui l’accompagnent sont inadéquats », a affirmé Liane Roy. « Ils ne permettront pas la mise en œuvre efficace d’une Loi qui aura un impact direct sur la capacité des francophones à vivre et travailler en français. »

Le cas stratégique du Grand Toronto

Dans sa proposition réglementaire publiée au printemps 2026, le gouvernement fédéral n’a pas retenu la région métropolitaine de Toronto parmi les RFPF. 

Selon la méthode appliquée par le ministère, la demande potentielle de services en français dans cette zone n’atteint pas le seuil de proportion de 20 % par rapport à l’ensemble de la population locale.

Le mémoire de la FCFA, publié en mai dernier, rappelle que la région métropolitaine de Toronto constitue le deuxième pôle d’accueil de l’immigration francophone hors Québec au pays, avec 15 300 résidents permanents d’expression française accueillis entre 2022 et 2025.

Interrogée par la sénatrice ontarienne Lucie Moncion sur la pertinence d’inclure systématiquement toutes les capitales provinciales et territoriales, Liane Roy a cité l’exemple de la Ville Reine : « Pour Toronto, c’est une des capitales : il y a une masse critique, mais quand on regarde par rapport au poids démographique, le poids n’est pas là. Mais quand on parle de 191 000 personnes dans la région métropolitaine de recensement de Toronto, c’est quand même une masse assez critique pour les francophones à l’extérieur du Québec. »

Devant les sénateurs, Liane Roy a soutenu que la seule proportion démographique ne permet pas de mesurer les besoins réels. « Si l’on veut véritablement promouvoir le français, lutter contre l’assimilation et soutenir la vitalité des communautés francophones au pays, le seul poids démographique des francophones ne peut suffire comme critère », a martelé la présidente.

Pour refléter cette réalité, l’organisme préconise d’utiliser l’« aire de diffusion » (400 à 700 habitants) plutôt que le secteur de recensement, une unité « plus petite et plus précise » qui permet de faire ressortir « les pochettes où il y a le plus de francophones », comme Scarborough ou le centre-ville, où siègent l’Université de l’Ontario français, le Collège Boréal et Radio-Canada.

La FCFA réclame un « principe de non-recul » des services dans la LUFEP afin de soutenir la rétention et la vitalité des populations francophones en situation minoritaire. Photo : Capture d’écran/CPAC

Harmonisation avec l’Ontario et le Manitoba

La FCFA réclame également que le règlement fédéral s’aligne sur les cadres légaux provinciaux existants, notamment en Ontario et au Manitoba.

Alors qu’Ottawa ne propose de désigner que 8 divisions de recensement dans l’Est et le Nord (comme Prescott et Russell, Ottawa, Nipissing ou Cochrane), la FCFA demande d’inclure les 27 régions désignées par la province, incluant Toronto, Hamilton, Niagara, Simcoe (Penetanguishene), Windsor-Essex, Peel, York et Thunder Bay.

Au Manitoba, la FCFA suggère d’ajouter aux 21 secteurs désignés de Winnipeg les municipalités rurales bilingues situées au sud, au nord et à l’ouest de la capitale (comme St. Clements, Portage-la-Prairie ou Macdonald).

Le directeur des politiques de la FCFA, Hector Vera a, pour sa part, suggéré d’intégrer des représentants des communautés francophones locales au sein des comités internes de promotion du français afin de favoriser la concertation et le recrutement.

Enfin, la FCFA réitère sa demande de réviser le règlement tous les cinq ans. Comme l’a précisé Liane Roy avant la levée de la séance : « Le profil démographique du Canada est en transformation constante et rapide […], il faudra ajuster le règlement aux 5 ans pour s’assurer qu’on s’aligne avec les recensements et les changements démographiques. »

En outre, la FCFA préconise l’imposition de services en français en cas d’urgence dans les moyens de transport, la création d’un registre public répertoriant toutes les entreprises assujetties à la LUFEP, ainsi qu’un modèle de désignation volontaire pour inciter d’autres commerces à emboîter le pas. 

Le comité sénatorial poursuit ses travaux d’étude sur l’avant-projet de règlement avant le dépôt de la version finale dans la Partie II de la Gazette du Canada.

Victoire du PQ au Québec : Doug Ford prône l’unité canadienne

TORONTO – Après l’annonce de la victoire du Parti Québécois (PQ), le premier ministre ontarien Doug Ford, qui avait déclaré en janvier dernier que « ce serait un désastre pour le pays » si les séparatistes étaient élus au Québec, a réaffirmé l’importance de l’engagement envers l’unité canadienne.

Après une course électorale serrée au Québec, c’est le parti péquiste de Paul St-Pierre Plamondon, en tête des intentions de vote, qui a finalement remporté la course, en formant un gouvernement minoritaire de 59 sièges.

Le Parti libéral du Québec a pour sa part raflé 40 sièges, suivi du Parti conservateur du Québec avec 19, et de Québec solidaire qui en comptabilise neuf. Le parti Coalition avenir Québec (CAQ) du précédent gouvernement n’a obtenu aucun siège.

« Les électeurs du Québec ont choisi Paul St-Pierre Plamondon comme prochain premier ministre. Félicitations pour votre victoire. Siéger à la table des premiers ministres est un immense honneur et une grande responsabilité, tout particulièrement au moment où nous faisons face aux attaques du président Trump contre l’économie canadienne », a réagi Doug Ford sur son compte X au lendemain du scrutin.

Après avoir salué le travail de la première ministre sortante Christine Fréchette, celui-ci a insisté sur l’importance de l’unité interprovinciale pour défendre les travailleurs et les entreprises, ajoutant que la collaboration entre Queen’s Park et le Québec reste essentielle pour la prospérité commune.

En janvier dernier, à l’occasion de la rencontre hivernale des premiers ministres provinciaux à Ottawa, le premier ministre ontarien s’était vivement opposé à l’idée d’un référendum séparatiste au Québec.

M. Ford avait également affirmé que « ce serait un désastre pour le pays » si le Parti québécois était élu au Québec.

« Si, et Dieu nous en garde, il (le chef du PQ) est élu, retenez mes paroles, d’ici un an ou un an et demi, il déclenchera un référendum pour se séparer du Canada. C’est inacceptable », avait-il tempêté en mêlée de presse.

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a en effet promis un référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat, mais pas avant la fin du mandat de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2028.

Une nouvelle ère d’incertitude dans les relations Québec-Ontario

En entrevue avec ONFR, la politologue Geneviève Tellier rappelle que la relation entre Doug Ford et le précédent ministre québécois, François Legault, et avec son parti en général, la CAQ, était très bonne. « Il y avait une bonne entente sur le plan individuel (…) on les présentait souvent comme deux hommes d’affaires qui parlent le même langage. »

Les premiers ministres François Legault et Doug Ford qui s’adressaient aux médias lors de la rencontre estivale 2025 des premiers ministres des provinces et territoires. Photo : Conseil de la Fédération

La politologue ajoute que la CAQ a beaucoup fait pour la francophonie hors Québec, tissant des ententes pour pousser la francophonie ontarienne, y voyant une stratégie intéressante : un certain nationalisme à l’intérieur de la fédération, « ce qui cadrait vraiment avec ce que voulait faire la CAQ ».

Mais un gouvernement péquiste avec une divergence idéologique majeure sur la question nationale, selon elle, pose un point d’interrogation quant aux relations et à la position avec l’Ontario.

« Sont-ils prêts à collaborer ? », questionne-t-elle. « Monsieur Ford n’est pas prêt à tout : ce qui est bon pour l’Ontario, c’est ça qui est important. Ça va être la même chose pour le Québec : ce qui est bon pour le Québec sera la priorité d’un premier ministre péquiste », souligne celle-ci.

Selon Mme Tellier, il est toutefois dans l’intérêt de Doug Ford de garder une position diplomatique : « Un pays divisé, ce n’est pas bon pour l’Ontario. L’Ontario a plus à gagner d’une entente et d’une unité canadienne. Je ne pense pas qu’il cherche à ce que la relation soit tendue », anticipe celle-ci.

De l’espoir pour la francophonie canadienne ?

En ce qui concerne la francophonie hors Québec, la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA) maintient son optimisme et sa volonté d’un rapprochement durable.

La présidente de la FCFA, Liane Roy, explique que dans son programme national, le PQ dit aspirer à soutenir les organisations francophones hors Québec, à titre d’allié.

« On va tendre la main au prochain gouvernement pour faire cause commune pour renforcer notre langue en terre d’Amérique dans tous les dossiers sur lesquels on peut travailler ensemble. Avec la géopolitique actuelle, c’est le moment de le faire », ajoute-t-elle.

Durant la campagne électorale, Mme Roy a identifié plusieurs défis communs, dont le renforcement de la légitimité du français partout au pays, qui passerait aussi par la pérennisation des communautés francophones au Canada.

« Par le passé, les gouvernements péquistes, dont celui de Jacques Parizeau, ont eu un impact positif sur l’ensemble du pays. De plus, les gouvernements minoritaires ont aussi tendance à gouverner de façon collaborative pour se pérenniser. Il y a matière à collaboration pour être plus fort. On veut la même chose : le rayonnement du français. »

La politologue Geneviève Tellier, qui considère elle aussi que le Parti Québécois est très sensible aux préoccupations des francophones hors Québec, conclut toutefois qu’un référendum créerait inévitablement une rupture entre la cause indépendantiste et le soutien aux minorités linguistiques canadiennes.

Élections à Sudbury : la question du logement omniprésente dans les revendications citoyennes

SUDBURY – À quelques semaines du scrutin, les résidents du Grand Sudbury se sont réunis au Indie Cinéma afin d’exprimer leurs inquiétudes et plaintes aux candidats à la mairie. Entre coût de la vie, financement municipal des arts, action climatique, et sécurité alimentaire, c’est surtout la question du logement abordable que les citoyens n’ont pas manqué de faire entendre aux prétendants au poste de maire.

En ce lundi 5 octobre, la salle de diffusion de l’Indie Cinéma de Sudbury était bondée de citoyens, tous présents pour interpeller cinq des huit candidats à la mairie. En effet, Bob Johnston, Michael McIntosh, le maire sortant, Paul Lefebvre, Keenan Menard, et Rodney Newton ont répondu présents. Miranda Rocca-Circelli, Troy Crowder et Joe Boutros n’ont pas participé au débat.

Organisée par la Coalition for a Liveable Sudbury ainsi que d’autres organismes communautaires, tels que Black Lives Matter Sudbury et Myths and Mirrors, l’assemblée citoyenne a donné l’occasion aux résidents du Grand Sudbury de posé des questions sur plusieurs inquiétudes. Parmi elles, le coût du logement ainsi que l’itinérance ont primé.

« Je dirais qu’on a besoin de plus de quantité de logements publics ou bien des logements en partenariats avec des propriétaires privés. On n’a pas assez d’appartements accessibles pour les personnes handicapées, il faut qu’il y en ait plus », revendique Charles Tossell, électeur en situation de handicap.

« Les logements n’ont pas assez d’argent pour se maintenir eux-mêmes. Il faut qu’on fasse en sorte qu’il y ait un bon montant d’argent pour renouveler les appartements », poursuit-il.

Charles Tossell revendique plus de logements publics abordables et maintenus. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Le coût de la vie, le logement, et le sans-abrisme.

Pour la salle, les questions liées aux projets de logement étaient les plus récurrentes. « Les citoyens devraient être capables de trouver un logement d’une chambre qui constitue 25 % de leurs revenus. Voici ma définition du logement abordable pour les Sudburois », soulève le candidat McIntosh, promettant la construction de duplex, de triplex, et de logements à forte densité s’il est élu. Keenan Menard s’engage à collaborer avec les différents niveaux de gouvernements pour plafonner les loyers.

Bob Johnston, lui, a gagné des applaudissements de la foule avec sa réponse. « 15 % des appartements sont vacants. Il faut plus de logements abordables », dit-il, insistant qu’il faut cesser de taxer les citoyens pour financer les « projets de fantaisie » du mandat actuel de maire Lefebvre.

La salle de diffusion du Indie Cinéma a accueilli plus d’une quarantaine d’électeurs afin qu’ils puissent interroger les candidats à la mairie. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Le maire actuel assure qu’il y a des progrès. Il annonce que la municipalité de Sudbury vient de recevoir 2,5 millions de dollars du gouvernement fédéral pour remédier aux problèmes de sans-abrisme. En effet, aujourd’hui même, M. Lefebvre a annoncé ce financement octroyé par l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (ACMFI) et financé par le gouvernement du Canada.

1 110 791 de dollars seront versés dans un programme de logements passerelles pour les personnes âgées ayant des besoins complexes, tandis que 1 392 599 de dollars iront dans un programme axé sur le logement pour remédier à l’itinérance hors refuge.

« Certaines personnes au Energy Court veulent un logement, d’autres n’en veulent pas. À la fin de la journée, on sait qu’on ne peut pas continuer comme ça. On doit leur offrir des services et des opportunités de logement, et le soutien lorsqu’ils y sont pour ne pas qu’ils replongent dans la rue ». Il parle notamment d’une demande en cours pour construire 40 unités de logements abordables sur la rue Bruce.

Pour ce qui est de l’itinérance, les avis diffèrent. La majorité des candidats étaient pour la réouverture de l’ancien site de consommation supervisée sur Energy Court, à l’exception de Michael McIntosh et de Bob Johnston, qui avait, quelques instants avant, choqué la foule en affirmant que « 70 % des itinérants, des personnes atteintes de troubles de santé mentale et de dépendance, étaient autochtones ». Quant au traitement involontaire des personnes souffrant de dépendance et de troubles de santé mentale, seul le maire actuel était pour.

Les revendications francophones en arrière-plan, mais tout de même présentes

Même si les enjeux de la francophonie étaient peu présents, certaines questions posées en français ont testé les engagements et projets des candidats quant aux priorités des organismes francophones.

« Êtes-vous d’avis que les investissements municipaux en appui aux arts et à la culture à Sudbury devraient rester stable, diminuer, ou augmenter dans les cinq prochaines années, et pourquoi? » lit la modératrice, une question qui fait écho à la campagne « VOTONS pour les Arts » du Regroupement des organismes culturels de Sudbury pour mieux placer les enjeux du secteur artistique et culturel dans les discussions électorales.

Tous les candidats ont voté pour garder le financement municipal stable ou l’augmenter. Lefebvre a répondu en français, assurant que la municipalité continuera son engagement et son appui au secteur culturel.

Interrogé sur la façon dont ils comptent travailler pour s’assurer que les priorités de la communauté francophone sont prises en compte, le candidat Rodney Newton, a parlé de se « rassembler, et de faire tout dans son possible ». Bob Johnston, de son côté, assure qu’il compte apprendre le français, après avoir été questionné sur son plan d’action vis-à-vis de la transformation continue du tissu social de la ville par l’immigration.

Le jour de scrutin étant prévu le 26 octobre, les électeurs pourront commencer à voter en ligne dès le 16 octobre prochain.

Possible fermeture de foyers ruraux : l’Est ontarien s’oppose au transfert de ses lits vers Cornwall 

ALFRED-PLANTAGENET ET ALEXANDRIA — Alors que le ministère des Soins de longue durée de l’Ontario évalue un projet de transfert de lits vers un complexe privé à Cornwall, la grogne citoyenne s’enflamme dans l’Est ontarien. Entre pétitions et prises de parole municipales, élus, familles et citoyens s’organisent durant la consultation publique pour défendre leurs foyers ruraux.

« Nos aînés ont bâti cette communauté. Ils méritent de pouvoir y vieillir avec dignité, près des leurs. » 

C’est par ces mots incisifs du maire de Glengarry Nord, Jamie MacDonald, que la colère s’est cristallisée dans la région après la diffusion d’un message municipal sur les réseaux sociaux la semaine dernière. 

Au cœur du litige se trouve la demande de permis #26-017 officiellement soumise au ministère des Soins de longue durée de l’Ontario. 

Porté par le promoteur Yorkville Development LP en partenariat avec l’exploitant privé Southbridge Care Homes, ce projet vise à obtenir une concession provinciale assortie d’un permis d’exploitation de 30 ans pour construire un nouvel établissement centralisé au 800, chemin Nick Kaneb, à Cornwall.

Le scénario à l’étude par la province prévoit, à terme, la consolidation de 320 lits par le biais de la fermeture progressive et du transfert des résidents de trois foyers régionaux existants.

Ce projet entraînerait la fermeture du Foyer Pinecrest situé à Plantagenet et de ses 60 lits, du foyer Le Palais situé à Alexandria et de ses 70 lits, ainsi que du foyer Heartwood situé à Cornwall et de ses 118 lits.

Au total, ce sont 130 lits de soins de longue durée qui seraient définitivement extraits du tissu rural de Prescott-Russell et de Glengarry pour être regroupés dans un pôle urbain distant de plusieurs dizaines de kilomètres.

Une consultation publique sans préavis?

Bien que le dossier soit encore entre les mains du Ministère, la population rurale a décidé de se mobiliser. Pour les proches des résidents, l’enjeu immédiat est de faire entendre leur opposition avant que le directeur des permis ne tranche, or, la méthode employée pour consulter la population suscite une vive amertume sur le terrain.

Bien qu’une séance d’information publique virtuelle ait été organisée le 29 septembre dernier par la firme de relations publiques Burson Canada sous l’égide du Ministère, la majorité des familles directement touchées affirment avoir été tenues à l’écart du processus.

C’est notamment le cas de Chantal Lavergne, dont la grand-mère réside au Foyer Pinecrest à Plantagenet. En tant que mandataire et détentrice de la procuration pour sa proche, elle déniche les détails du projet par pur hasard.

« J’ai découvert cette consultation et ce projet de fermeture complètement par hasard, par des voies détournées », déplore-t-elle tout en regrettant qu’aucune lettre ou courriel n’ait été transmis aux tuteurs légaux. 

« On nous demande de donner notre avis sur l’avenir de nos aînés alors que personne n’a été prévenu individuellement »
— Chantal Lavergne

Mme Lavergne rappelle que sa famille a fait le choix calculé de Pinecrest pour sa taille humaine, son ambiance communautaire chaleureuse et son cadre bilingue dans cette localité où près de 73 % de la population a le français comme première langue officielle parlée. 

« Il y a des employés qui sont là depuis 30 ans et qui n’ont même pas été avisés. C’est un manque total de respect. Les employés ont appris ça sur le champ via les réseaux sociaux. C’est vraiment comme une claque au visage. [..] De les traiter comme ça, j’ai peur que même si la résidence reste à Plantagenet, les employés ne restent pas après avoir été traités de la sorte », estime-t-elle.

Selon elle, imposer un transfert vers un complexe de 320 lits à Cornwall imposerait un fardeau émotionnel, financier et logistique dramatique pour les familles rurales qui doivent rendre visite à leurs aînés.

Une pétition citoyenne soutenue par la Ville

Depuis la publication explicative de la municipalité sur Facebook la semaine dernière, la réaction citoyenne à Alexandria ne faiblit pas. 

Dans cet autre village à forte population francophone d’environ 3000 habitants où le foyer Le Palais accueille 70 résidents, la riposte s’est rapidement organisée autour d’Antonio Quesnel. 

Choqué d’apprendre la fermeture potentielle de l’établissement sur les réseaux sociaux, il a lancé une pétition en ligne qui a rapidement franchi le cap des 645 signatures, au moment où nous écrivons ces lignes, et qui a reçu l’appui officiel du maire de Glengarry Nord.

Pour M. Quesnel, dont la mère âgée de 83 ans habite Alexandria, l’incertitude quant à la concrétisation future du projet exige de réagir sans attendre.

« Nous savons que rien n’est coulé dans le béton et que cela prendra du temps, mais c’est maintenant qu’il faut parler », explique-t-il, en soulignant qu’Alexandria est une petite communauté où le foyer est ancré depuis toujours. Pour beaucoup de familles, l’établissement ne se trouve qu’à cinq minutes de marche du domicile.

Si ces lits sont déplacés à Cornwall à l’avenir, cela représentera un trajet de 50 kilomètres. « Pour des conjoints âgés qui ne conduisent plus ou pour des familles aux horaires chargés, les visites quotidiennes deviendront très difficiles, surtout en hiver sur des routes rurales glacées », prévient M. Quesnel.

« Je ne veux pas que ma maman, ni aucun aîné de notre village, se retrouve placé loin de sa famille simplement parce que les lits ont été déménagés ailleurs », s’inquiète M. Quesnel qui suggère que la province étudie la possibilité de construire un nouvel établissement de soins de longue durée directement sur ou à côté du terrain de l’Hôpital Memorial de Glengarry à Alexandria.

Il rejoint Chantal Lavergne sur la critique du processus de consultation, remettant vivement en question le choix d’une rencontre uniquement virtuelle.

« Organiser une réunion sur Zoom pour discuter de la fermeture d’un foyer de personnes âgées, c’est exclure d’emblée la majorité des premiers concernés », martèle-t-il, se demandant combien d’aînés sont réellement à l’aise avec cette technologie. 

Faute d’annonces claires dans les journaux locaux et de rencontres en personne dans les villages, il estime que « la démarche a été faite à l’abri des regards de la population ».

Il a d’ailleurs transmis un courriel à la ministre des Soins de longue durée et des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, et aux élus locaux, pour demander qu’un représentant du gouvernement se déplace en personne à Glengarry Nord pour tenir une assemblée publique transparente avec les citoyens.

Quid des services en français?

La question des services en français constitue un autre nœud critique de ce projet. En perdant ces foyers, la communauté franco-ontarienne perdrait deux établissements désignés sous le Règlement 398/93 de la Loi sur les services en français (LSF). 

La députée provinciale de Nickel Belt et porte-parole de l’opposition en santé, France Gélinas, martèle d’ailleurs le cadre légal : « On ne peut pas simplement fermer un foyer désigné sous la Loi sur les services en français pour transférer ses lits dans un grand complexe privé sans s’assurer que les droits et l’offre active soient intégralement préservés pour les résidents », prévient-elle. 

Selon la députée, l’expérience démontre que dès que des lits ruraux sont fondus dans une grande structure urbaine de 320 lits dans une collectivité où près de 19 % de la population a le français comme première langue parlée, « les soins en français finissent par se diluer ».

Il s’agit d’après elle d’un point juridique majeur que le Ministère devra impérativement clarifier avant d’accorder le moindre permis.

Mme Gélinas rappelle également que pour un aîné francophone atteint de troubles cognitifs ou de démence, perdre la possibilité d’être soigné dans sa langue maternelle accélère le déclin et crée une détresse profonde.

« Personne ne réalise le manque de choix qu’on a déjà dans la région » : Alors que la liste d’attente pour entrer au Foyer Pinecrest situé à Plantagenet s’allonge sur plusieurs mois, voire plus d’un an, Chantal Lavergne ne comprend pas pourquoi la province envisage de fermer un établissement déjà complet et réclamé par les familles locales. Photo : gracieuseté de Chantal Lavergne

Les demandes des municipalités

Les élus municipaux des territoires touchés entendent eux aussi peser de tout leur poids politique sur le Ministère pendant l’évaluation de la demande.

Dans son adresse vidéo enregistrée directement devant le foyer Le Palais, le maire de Glengarry Nord, Jamie MacDonald, a lancé un appel solennel au gouvernement provincial pour qu’il suspende l’analyse du projet. 

« Nous comprenons l’importance de moderniser et d’agrandir les foyers de soins de longue durée en Ontario », souligne l’élu. « Cependant, cela ne doit pas se faire au détriment de nos milieux ruraux. »

M. MacDonald rappelle que les aînés ont bâti cette communauté, y ont travaillé, y ont élevé leurs enfants et ont soutenu les commerces locaux. C’est pourquoi il demande formellement à la province de mettre ce projet en pause et de « travailler avec notre municipalité pour trouver des solutions qui préservent des lits directement à Alexandria ».

Même son de cloche dans la municipalité d’Alfred-Plantagenet, où le maire Yves Laviolette ne cache pas son inquiétude. « Ce qu’on entend sur le terrain, c’est une détresse réelle : on a l’impression qu’on vide nos villages de leurs infrastructures essentielles », confie-t-il à ONFR. 

Yves Laviolette, maire d’Alfred-Plantagenet, redoute les retombées économiques et sociales de la fermeture potentielle du Foyer Pinecrest sur les familles de sa municipalité. Photo : Inès Rebei/ONFR

Il évoque ainsi le témoignage d’une jeune mère monoparentale élevant seule son enfant de 4 ans tout en travaillant au Foyer Pinecrest : « Elle m’a dit carrément qu’elle ne savait pas comment elle allait survivre. Sans voiture et sans transport en commun vers Cornwall, elle ne pourra pas suivre ses heures. » 

Le Conseil examinera une résolution officielle concernant cette proposition lors de sa réunion du 13 octobre afin de la transmettre à la Province.

Une consultation ouverte jusqu’au 16 octobre 

Toutefois, le projet en est encore à un stade préliminaire. Dans une correspondance écrite obtenue par ONFR adressée à des familles de résidents, la direction de Southbridge a tenu à tempérer les craintes en précisant que le projet de Cornwall était encore à des années d’être achevé et qu’aucune fermeture n’était imminente. 

L’entreprise affirme également « continuer de chercher des opportunités pour maintenir des lits de soins de longue durée dans les communautés existantes ». 

Au moment de publier ces lignes, ni la direction de Southbridge, ni Stéphane Sarrazin, le député provincial de la circonscription de Glengarry—Prescott—Russell, ni le syndicat représentant les employés des Foyers n’avaient pu répondre aux demandes d’entrevue et de clarifications transmises par ONFR.

Également sollicité, le ministère des Soins de longue durée n’avait pas été en mesure de réagir avant la parution de notre reportage. Dans une déclaration transmise après publication, un porte-parole du Ministère soutient toutefois que « lorsqu’un foyer fait l’objet d’un réaménagement ou d’un déménagement, le ministère des Soins de longue durée travaille en étroite collaboration avec les exploitants pour soutenir la continuité des soins et, lorsque des obligations de services en français s’appliquent, les établissements sont tenus de maintenir leurs services en français. »

« Tout au long du processus d’admission, des coordonnateurs de placement sont disponibles pour accompagner les patients et leurs familles, en tenant compte dans la mesure du possible de leurs préférences linguistiques et culturelles », ajoute le porte-parole, assurant que la province continuera de « travailler avec les exploitants, les résidents, les familles et les partenaires communautaires pour préserver les services en français et l’identité culturelle des résidents francophones. »

Les citoyens, proches de résidents et membres de la communauté qui souhaitent faire entendre leur voix auprès du Ministère ont jusqu’au 16 octobre 2026 pour transmettre leurs commentaires sur la demande de permis du projet.

Article mis à jour lundi en fin d’après-midi.

Guy Dongué : transformer l’art culinaire en un outil d’éducation nutritionnelle

TORONTO – Installé en Ontario français après un passage éclair à Montréal au Québec, le chef Guy Dongué régale les Franco-Torontois depuis près de 15 ans. Formé à la haute gastronomie française, il aime revisiter ses classiques tout en y associant sa touche camerounaise. Aujourd’hui, il propose des services de repas dans les écoles de langue française de la région du Grand Toronto (GTA) grâce à une équipe à 80 % francophone. Lorsqu’il n’est pas derrière les fourneaux, le chef transmet son savoir-faire aux apprentis cuisiniers.

« Parlez-nous de votre parcours de la France jusqu’en Ontario, en passant par le Québec?

J’ai été formé à Paris où j’ai travaillé pendant plusieurs années. Au fil du temps et faute de reconnaissance, j’ai eu envie de tout changer et le Canada s’est imposé comme une évidence. Je suis arrivé à Montréal en 2008 où j’ai commencé au mythique restaurant Le Reine-Elizabeth. Toutefois, cela ne s’est pas passé comme prévu. En effet, au bout de deux jours, j’ai jeté l’éponge car éplucher des pommes de terre et des carottes ne nourrissait pas la créativité qui m’anime autant dans la gastronomie. Je suis alors parti pour Toronto où j’ai ouvert un petit restaurant sur Eglinton, qui s’appelait Bistro 92.

Aujourd’hui entrepreneur, vous avez fondé Kids Cuisine Santé. En quoi consiste ce projet?

Avec mon équipe Kids Cuisine Santé, nous servons des repas sains à une vingtaine d’établissements francophones situés à Toronto et dans le Grand Toronto. Notre priorité absolue, ce sont des menus équilibrés qui respectent le Guide alimentaire canadien avec une formule incluant entrée, plat et dessert. Nos jeunes convives adorent ça. Nos spécialités comprennent les crudités, les bouillons maison, du saumon à la provençale, des pâtes à la crème de champignons ou encore des macaronis au fromage complétés par des produits laitiers comme du fromage pour terminer par des fruits. L’entreprise ne cesse de grandir car nous fournissons désormais également des repas aux aînés à Oshawa, et je compte aujourd’hui près de 35 employés.

Comment vous est venue cette idée?

Lorsque mon fils est rentré de sa première journée de cours, il a rapporté plusieurs dépliants, dont un d’un prestataire de repas chauds qui était en activité depuis 13 ans. Le menu de la semaine était majoritairement composé de hot-dogs, de pizzas, de croissants au jambon ou de spaghettis à la bolognaise. Par curiosité, j’ai fait des recherches le soir même et j’ai découvert que 80 % des menus proposés dans la plupart des écoles étaient identiques.

L’idée de proposer des repas en milieu scolaire m’est venue. J’avais l’extrême chance que mon restaurant était situé juste à côté du Lycée français de Toronto. Donc tous les midis, il y avait des enseignants qui venaient, même les proviseurs et j’en ai profité pour ouvrir la discussion avec eux. C’est après trois ans qu’un de ces proviseurs m’a rappelé pour me confier la mission. Il m’a demandé si j’étais prêt; j’ai acquiescé en cachant mon incertitude, et c’est ainsi que l’aventure a commencé. Je dirais que je fais partie des premiers à avoir bousculé les codes car de nombreux prestataires ont commencé à s’aligner par la suite pour proposer des repas plus sains.

Avec son équipe de Kids Cuisine Santé, le Chef Guy Dongué priorise des menus équilibrés qui respectent le Guide alimentaire canadien. Photo : Gracieuseté

D’où vous vient cette volonté de former d’autres francophones à l’art culinaire?

Au fil du temps, j’ai également découvert une passion pour transmettre ma passion, j’ai d’ailleurs un local sur Eglinton. En arrivant au Canada en 2008, j’ai constaté que la nourriture n’était pas à la hauteur, même si ça s’est beaucoup amélioré depuis. C’est comme ça que j’ai mis en place des ateliers de cuisine centrés sur l’alimentation saine et la sensibilisation auprès des jeunes francophones, des personnes âgées et des nouveaux arrivants, pour leur expliquer comment adapter leurs habitudes alimentaires selon le climat et la culture.

J’ai commencé à faire de la télévision culinaire, puis j’ai commencé à enseigner au Collège La Cité à Ottawa. J’enseigne aussi pour le compte du Collège Boréal dans le cadre de la double reconnaissance de crédits, dans les écoles secondaires. La double reconnaissance de crédits (DRC) permet aux jeunes qui souhaitent obtenir leur diplôme de compléter leurs crédits.

En quoi la langue française est-elle un outil indispensable pour transmettre votre passion et votre savoir-faire?

Les francophones de Toronto qui souhaitent se former à l’école hôtelière, soit ils vont à Ottawa, soit ils consacrent deux ans à apprendre l’anglais pour intégrer un établissement anglophone. Je ne forme que des francophones parce qu’il y a un réel besoin. Je pense que du côté anglophone, ils disposent déjà de tout ce qu’il faut.

C’est important pour moi, car de nombreux jeunes s’identifient à mon parcours. Parfois, ils ne connaissent pas bien le métier ou n’osent pas se lancer. C’est aussi important de pérenniser le métier auprès de la jeunesse et de leur montrer qu’on peut apprendre un métier passionnant tout en gagnant bien sa vie.

Alors j’encourage ceux qui sont motivés ou pleins de talent à s’orienter vers ces formations. Pour ceux qui ne sont pas forcément très à l’aise en anglais pour le moment, c’est un excellent tremplin d’acquérir ces bases en français avant de viser plus tard des écoles hôtelières anglophones comme George Brown.

De nombreux jeunes apprentis franco-torontois ont bénéficié de la formation du chef Guy Dongué. Photo : Gracieuseté

Cet été, lors du festival Kompa Zouk, le traitement des dossiers des traiteurs francophones a été bloqué par Santé publique Toronto (SPT). Quel message d’espoir adresser à ces jeunes entrepreneurs francophones du milieu culinaire pour qu’ils ne baissent pas les bras?

Les coûts de location à Toronto sont exorbitants, ce qui constitue souvent un frein. Même une cuisine commerciale, ce n’est pas toujours donné. Je pense que ce qui donnerait un grand coup de pouce aux entrepreneurs francophones, qu’ils soient nouveaux arrivants ou des Torontois de longue date, ce serait d’avoir un incubateur, autrement dit une cuisine commerciale qui leur soit dédiée à des coûts très abordables. Personnellement, ma porte est toujours ouverte.

Envisagez-vous de transformer votre local d’Eglinton en un véritable centre de formation à l’art culinaire en français?

C’est un projet que j’ai en tête, car la demande est forte. J’aimerais relancer de petits ateliers pour enseigner les bases, notamment celles autour de l’hygiène, qui sont nécessaires pour réussir l’examen obligatoire en restauration. J’aimerais aussi créer des mini-clubs de pâtisserie pour ados. Pour le moment, nous avons identifié deux ou trois sources de financement accordées aux immigrants francophones. L’avantage, c’est qu’il y a des possibilités d’embauche immédiates, surtout qu’il y a un grand turnover incessant dans ce milieu. Actuellement, on recherche des cuisiniers et des pâtissiers. Beaucoup de talents n’ont pas la même visibilité que moi dans la communauté francophone, alors j’essaie de les mettre en avant vu leur talent.

Après la rentrée, nous allons déposer les demandes d’autorisation pour officialiser ces ateliers, et voir si le ministère de l’Ontario peut reconnaître nos certifications, ou passer par un partenaire comme le Collège Boréal pour faire valider nos formations. Ce serait qui serait un bon début.

Le chef Guy Dongué animant un atelier de cuisine à Welland en mars 2018. Photo : Le Régional

Comment participez-vous à la relève des cuisiniers francophones?

Le fait que nous soyons présents dans les écoles fait que beaucoup de jeunes nous approchent pendant l’année scolaire pour faire des stages, de l’observation pendant deux ou trois heures, ou même pour compléter leur programme de coop. Je suis ouvert à tout ça, alors je les aide et j’accueille tous ces jeunes. Cette année, par exemple, j’ai accompagné plus d’une quinzaine d’entre eux.

Le but, c’est aussi de donner du travail à ces jeunes pour qui c’est plus compliqué d’en trouver, car l’objectif d’une formation est d’en ressortir avec un emploi. On a du mal à trouver de la main-d’œuvre qualifiée voire formée. Alors, si on peut encadrer certains de ces jeunes qui décrochent souvent après la deuxième année, et en placer un petit pourcentage sur le marché du travail, ce serait une fierté. Cela permet aussi de faire perdurer le métier. En effet, de nos jours, de nombreux restaurants ferment non pas par manque de clients, mais par manque de personnel.

Vous le dites souvent : quand on a un métier et qu’on est formé, on ne chôme pas, surtout pas en cuisine. Pourtant, le milieu culinaire a la réputation d’être masculin et toxique. Comment contribuez-vous à changer cela?

La gastronomie est un milieu exigeant, mais je crois que l’exigence ne doit jamais servir d’excuse au manque de respect ou à l’exclusion. Dans mes entreprises, je m’efforce de créer un environnement où chacun peut progresser et prendre sa place selon ses compétences, son engagement et son potentiel, indépendamment de son genre ou de son origine.

Je privilégie une culture fondée sur le respect, l’écoute, la formation et la transmission. J’accorde une grande importance à l’accompagnement des femmes, des jeunes, des nouveaux arrivants et de toutes les personnes qui souhaitent apprendre le métier. Il est possible de maintenir des standards élevés tout en dirigeant avec humanité. Pour moi, faire évoluer notre industrie signifie offrir des possibilités équitables, valoriser les talents et montrer qu’une cuisine performante peut aussi être un lieu de collaboration, de dignité et d’épanouissement. »

En dehors des cuisines, le chef Guy Dongué consacre son temps à transmettre sa passion pour l’art culinaire. Photo : Gracieuseté

1995 : Diplomé de l’école hôtelière parisienne Médéric

2008 : Immigration au Canada

2010 : Ouverture de son premier restaurant à Gatineau, Le Poulet DG

2017 : Création de Kids Cuisine Santé, qui distribue des repas équilibrés aux enfants torontois

2018 : Prix Inspiration Ontario de l’entrepreneur immigrants francophone

2023 : Fondation du Centre Fede formation en Hôtellerie au Cameroun

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.

Les personnes aînées et leurs histoires

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Née à Blind River (Ontario) le 14 décembre 1930, Yvonne Prévost sera la deuxième d’une fratrie de six. Ses parents, Alfred Prévost et Rose Huot, avaient migré de Hull (Québec) à la Rivière-des-Français pendant leur adolescence. Alfred travaillait dans une scierie, qui a fermé comme tant d’autres pendant la Dépression.

La famille a déménagé sur la terre maternelle des Huot à Bigwood (Rivière-des-Français). Pendant cinq années, Rose a été internée dans un sanatorium et ses trois jeunes enfants ont été confiés aux Huot. Ma grand-mère Yvonne s’est rappelée toute sa vie de sa mère qui, arrivant dans la maisonnée un beau jour de 1939, a lancé son chapeau sur le divan pour signaler qu’elle était de retour pour de bon. Trois autres filles sont nées dans les années suivantes.

À partir de 1937, Yvonne Prévost a fréquenté l’école primaire séparée que son grand-père, Wilfrid Huot, avait fait construire quelques années plus tôt, après la suspension du Règlement 17. Ma grand-mère était bonne élève, puisqu’elle a été la candidate féminine de sa cohorte de 8e année au Concours régional de français, tenu à Coniston au printemps 1946. Son collègue masculin a décroché une bourse pour poursuivre ses études au Collège du Sacré-Cœur de Sudbury, mais pas elle, ce qui a tragiquement mis fin à son parcours d’études. À 15 ans, Yvonne est donc rentrée à la maison pour aider sa mère à élever ses jeunes sœurs. En 1950, elle a déménagé à Sudbury pour travailler comme cuisinière dans une maison d’ouvriers chambreurs, où elle a appris l’anglais et rencontré mon grand-père, Joseph Shields, qui venait d’être embauché à la mine INCO. La photo ci-dessous provient de leur 60e anniversaire de mariage en 2014. Ils sont décédés respectivement en 2021 et en 2024.

À l’occasion de la Journée internationale des personnes aînées, je tiens à souligner leur mémoire, et en particulier celle de ma grand-mère, qui était ordinaire et extraordinaire à la fois. Ordinaire par son parcours de Franco-Ontarienne ayant dû abandonner ses études trop tôt à l’époque où aucune subvention n’existait pour les études secondaires en français. Extraordinaire dans ses qualités humaines comme hôte, communicatrice et conseillère. J’ai le sentiment qu’il n’y avait rien d’autre au monde qui se passait pour elle quand j’allais souper chez elle (c’était toujours succulent) et qu’elle m’écoutait parler de mes projets (y compris mes livres, qu’elle lisait et commentait). Sa patience et sa disponibilité m’habitent comme parent.

La plupart de ce que je viens d’écrire a été peu ou pas documenté : je l’ai reconstitué à l’aide d’histoires que ma grand-mère m’a racontées, mais aussi par l’entremise de deux entrevues, enregistrées avec elle en 2020-2021. Tout le monde a une histoire, mais rares sont celles et ceux qui parviennent à la faire connaître. En fait, la mémoire est une autre manière d’accéder au passé, que je vois comme étant totalement complémentaire avec des traces écrites, les sources habituellement privilégiées par les historiens. Si les écrits d’époque permettent de reconstituer des faits et des séquences d’événements, ils passent souvent sous silence les non-dits, les conversations de coulisse, ainsi que le sens accordé aux anecdotes que les témoins racontent. À mon avis, les souvenirs ne sont ni inférieurs ni supérieurs aux sources d’époque. À mon avis, la juxtaposition de ces deux formes de passé permet de raconter des histoires plus vivantes et nuancées.

À l’occasion de la Journée internationale des personnes aînées, je nous invite à parler des aînés qui nous sont chers et, lorsqu’on a le privilège de les avoir avec nous, à les faire parler.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Nord de l’Ontario : « La Voix du Corridor pourrait disparaître »

KAPUSKASING – Après avoir lancé La Voix du Corridor, un média bilingue pour les communautés du corridor de la route 11, le printemps dernier, son fondateur et rédacteur en chef, Kevin Anderson, sollicite désormais l’appui financier de la communauté pour continuer la mission du journal. Si l’objectif n’est pas atteint sous peu, le journal risque de disparaître.

Depuis quelques jours, Kevin Anderson sollicite le soutien financier de son lectorat sur la page Facebook du média 100 % bilingue qu’il a lancé en mai 2026. « Sans un appui suffisant d’ici le 16 octobre, La Voix du Corridor pourrait disparaitre », peut-on lire dans une publication. Afin de sauver la mission du journal, il doit impérativement récolter une somme qu’il a préféré ne pas divulguer d’ici au 16 octobre prochain.

En entrevue avec ONFR, le fondateur précise qu’il ne cherche pas de don, mais des abonnements annuels. Pour l’instant publié gratuitement sur Facebook, le contenu d’information sera disponible sur le futur site web du média, réservé aux abonnés payants, un objectif que le rédacteur a dû clarifier auprès de son lectorat.

Pour lui, publier sur le réseau social était la phase préliminaire du projet. « Je voulais donner aux lecteurs la chance de voir quelle sorte d’histoires pourraient être publiées, à quelle sorte d’information ils pouvaient s’attendre », dit-il, « le seul problème, c’est qu’il y a beaucoup de monde qui pensait que la page Facebook était le journal tel quel. C’est pour cela qu’il a fallu que je mette une date limite pour qu’ils achètent un abonnement ou une adhésion ».

Depuis quelques jours, des entreprises locales apportent leur soutien en achetant des abonnements. Mais tout n’est pas gagné, puisqu’il faut que la communauté contribue pour que la somme récoltée suffise non seulement à finaliser la construction du site d’actualités et l’achat de l’équipement, mais surtout, à payer un salaire au rédacteur, qui, pour l’instant, demeure le seul journaliste du quotidien.

« Ça fait à peu près quatre mois que je travaille gratuitement. Puis, éventuellement, il va falloir que je sois capable de tirer un salaire du journal ou que je me trouve un autre emploi. C’est aussi simple que ça. Il faut quand même que je sois capable de soutenir ma famille ».

Lancée en mai, La Voix du Corridor a pour mandat de fournir toutes ses actualités en anglais comme en français aux municipalités qui longent le corridor de la route 11.

Kevin Anderson est le fondateur et rédacteur en chef de La Voix du Corridor. Photo : gracieuseté

Établir le média comme entité indépendante

M. Anderson souhaite adopter un modèle hybride : une rédaction à but non lucratif combinée à une coopérative commerciale. À son lancement, grâce au programme Incub’action, le média avait été enregistré sous la société Core Eleven Media Inc, faisant du rédacteur son unique actionnaire.

Mais ce modèle ne lui convient pas. En effet, le journaliste souhaite que les membres payants du journal en soient les véritables propriétaires afin d’en garantir l’indépendance. S’il parvient à récolter la somme nécessaire, il cèdera le journal à la coopérative Core Eleven Media, un modèle démocratique où chaque membre possède un droit de vote égal. Ce passage vers une structure hybride permettra de séparer le contenu éditorial de la gestion commerciale.

« À la fin de la journée, je n’essaye pas de mettre de l’argent dans mes poches, je veux que le monde qui lit le journal ait une voix dans la manière dont il fonctionne. Je n’ai aucun intérêt à être propriétaire d’une entreprise à la fin de la ligne. Je suis plutôt quelqu’un qui aime produire du contenu ».

À deux semaines de sa date limite, le futur du média bilingue dépend de la communauté. « Le but va toujours être de fournir des informations que les communautés veulent lire », souligne-t-il, « d’offrir un site web d’information pour remplir le vide qui a été laissé quand les journaux locaux ont fermé à travers le corridor », conclut l’ancien rédacteur en chef de The Northern Times et The Cochrane Times Post.

Casselman : Un nouveau festival met en lumière l’immigration rurale

CASSELMAN – Ce samedi, les terrains de baseball et de soccer de Casselman accueillent la toute première édition du Festival multiculturel Mosaïque. Derrière ce rassemblement festif axé sur la célébration de la diversité, l’organisme Promotion du leadership pour le développement communautaire (PLDC) souhaite mettre en lumière et traiter la question fondamentale de l’intégration des nouveaux arrivants francophones dans les zones rurales de l’Est ontarien.

Mis sur pied par des membres issus de l’immigration francophone locale, l’événement propose une programmation conçue pour favoriser le rapprochement interculturel. 

La journée comprend des présentations de danses traditionnelles, des offres gastronomiques internationales, une animation environnementale intitulée « Foreli » ainsi qu’un tournoi de soccer amical mettant aux prises des équipes représentant plusieurs communautés de la région, notamment celles du Congo, du Brésil, du Mexique et de la Somalie.

Pour la directrice générale et fondatrice de l’organisme existant depuis 2020, Adèle Marie Kabuo Karota, le choix de combiner le sport, la culture et l’animation communautaire répond à une stratégie précise. 

« On a trouvé que les activités, les événements rassembleurs, ça porte plus le message que les courriels officiels », explique celle qui espère que l’événement attirera plusieurs centaines de visiteurs. 

L’organisme accompagne aujourd’hui un nombre croissant de résidents et regroupe déjà une grande variété de profils. « À date, le PLDC regroupe 11 nationalités. Nous avons les Malgaches, les Chiliens, les Mexicains, les Sénégalais, le Burundais, les Rwandais, les Camerounais, les Argentins… C’est vraiment une mosaïque comme le dit le nom du festival », souligne Mme Karota.

Elle précise l’orientation fondamentale de cette démarche : « Nous sommes là pour informer la communauté, briser les barrières systémiques et tous les préjugés ». 

Dans cette optique, l’organisation d’un tournoi de soccer ne relève pas du hasard : « Ça brise d’abord l’isolement, ça nous aide à quitter de nos maisons et aller rencontrer les autres. Soccer nous aide aussi à la santé et le bien-être. »

« Les angles morts » de l’intégration

Au-delà de la tenue des activités festives, l’événement permet d’aborder les défis de l’établissement en milieu rural qui comporte des spécificités structurelles exigeantes. 

Mme Karota rappelle que le manque d’orientation adéquate constitue le premier obstacle lors de l’installation en région. « Si tu n’as pas l’information, même si tu as les atouts, tu as les talents, tu ne peux pas les exploiter au maximum parce que tu n’es pas informé ». 

Joviane Sileu, modiste originaire du Cameroun établie à Rockland et membre du comité organisateur du festival, évoque « beaucoup d’angles morts », relevant notamment deux enjeux logistiques majeurs : les transports et l’accès à l’emploi qualifié.

Selon Mme Sileu, l’absence d’un réseau public de transport force les résidents à s’organiser rapidement : « Si tu t’installes à Rockland, il faut absolument avoir un moyen de transport […] ça veut dire qu’il faut s’acheter une voiture, au moins une pour la famille ». 

« C’est la raison pour laquelle beaucoup de gens préfèrent rester à Ottawa, parce qu’il y a le transport [en commun]. Pourtant, c’est un bon coin, il y a de belles maisons, ça serait vraiment bien que les gens s’installent plus ici », explique Mme Sileu. 

Sur le plan professionnel, la confrontation avec le marché du travail local suscite souvent un désenchantement. 

« On vient en tant que travailleur qualifié, on vient avec un background, mais une fois sur place, on fait face à une autre réalité. Il faut souvent retourner à l’école »
— Joviane Sileu

Elle souligne l’impact de cet obstacle : « Il  y a plein de personnes qui, après être arrivées, font face à cette réalité-là et sont vraiment déçues ».

Le rôle des réseaux et de l’accompagnement

Pour Peter Soja, arrivé de Madagascar il y a quelques mois et également bénévole pour le festival, le processus d’installation dépend presque entièrement de la présence de réseaux de soutien formels ou informels. 

S’étant établi à proximité de Casselman grâce à l’aide d’un compatriote déjà présent dans la région, il observe que l’absence de repères rend les démarches initiales complexes pour une personne isolée. 

« C’est vraiment difficile si tu n’as personne à qui demander de l’aide ou des conseils. C’est presque impossible si tu te retrouves ici sans personne pour te guider », affirme-t-il. 

Pour Peter Soja, au-delà des défis logistiques et d’intégration, ce rassemblement répond à un besoin d’ancrage fondamental : « Vous avez cette sensation d’appartenir à quelque chose, de trouver un endroit, de rencontrer des gens et de partager les mêmes expériences; ça va être très enrichissant ». Photo : gracieuseté de Peter Soja

Les étapes liées au logement sont difficiles comme l’explique M. Soja : « Ce n’est pas facile de trouver un loyer pour la première fois. C’est la maison qui vous choisit, ce n’est pas vous qui choisissez la maison ».

Face à ces constats, il suggère la mise en place d’une structure dédiée : « Ce serait une très bonne idée de créer un centre d’accueil ou quelque chose comme ça pour aider les autres, un centre d’accueil pour les nouveaux arrivants, spécialement pour ceux qui parlent en français ».

De son côté, Mme Sileu préconise des actions dès l’arrivée au pays : « Si au niveau des aéroports, on indiquait aux familles les différentes communautés [locales] vers lesquelles se référer pour obtenir de l’information sur l’intégration, le transport et les opportunités, ce serait une très bonne piste ». 

Patenteuses : « On est les Spice Girls de l’Ontario français »

En répétition depuis plusieurs mois avant leur première mondiale, prévue le 22 octobre au MIFO, à l’Auditorium Béatrice-Desloges, les quatre comédiennes de la comédie musicale «  Patenteuse  » se comparent souvent aux « Spice Girls de l’Ontario français ». Leur spectacle de 75 minutes, rythmé et enjoué, tient le public en haleine.

« Elles dansent, jouent et chantent en même temps, et souvent à vitesse trois », lance Dylan Orr, producteur exécutif et artistique de Créations In Vivo.

Le spectacle remonte toutefois cent ans en arrière pour revisiter avec humour l’histoire de l’Ordre de Jacques-Cartier, une puissante société secrète catholique et francophone fondée en 1926, aussi appelée « la Patente ».

La première du spectacle affiche déjà complet. Une représentation supplémentaire aura lieu le 23 octobre à 19 h 30 au MIFO. La troupe se rendra ensuite à la Place des Arts du Grand Sudbury les 13 et 14 novembre, avant d’entreprendre une tournée dans tout l’Ontario, puis au Canada.

Financement de la formation : un organisme francophone dénonce une « injustice » au fédéral

OTTAWA — Estimant être victime d’une « injustice » depuis plusieurs années de la part du gouvernement fédéral concernant le financement du développement des compétences et de la formation, un organisme francophone a décidé de porter son dossier devant le Commissariat aux langues officielles (CLO).

Le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC) estime que pendant que des centaines de millions de dollars ont été distribués dans les dernières années à des organismes anglophones dans le domaine, les francophones en milieu minoritaire n’ont rien eu.

Ces fonds, qui servent notamment au développement des compétences telles que la numératie et la littératie, ne prévoient pas d’arrimage avec les communautés en situation minoritaire, « ce qui exclut de facto les francophones à travers le pays », dénonce le RESDAC. L’organisme a donc décidé de porter plainte devant le Commissariat aux langues officielles.

« C’est une injustice d’être exclu de ces fonds. Avec cette plainte, nous demandons donc que les ministères prennent leurs responsabilités et fassent leur travail », lance son président Geoffroy Krajewski en conférence de presse aux côtés de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

L’organisation avance que cela fait plusieurs années qu’elle tente de faire pression auprès des ministres, des fonctionnaires et des décideurs politiques à Ottawa pour changer la situation.

« Or, on voit que malgré tout cela, rien ne bouge. À un moment donné, le mécanisme de la plainte est celui qui est prévu par la loi. On espère évidemment qu’il [le commissaire] constatera qu’il y a bel et bien injustice », affirme le président du RESDAC.

Le RESDAC dit ignorer combien en subventions fédérales l’organisme aurait pu toucher en vertu d’obligations découlant de la Loi sur les langues officielles, mais c’est le CLO qui pourra « aller documenter ces montants auxquels les francophones n’ont pas eu accès », mentionne M. Krajewski.

La FCFA estime, elle aussi, qu’Emploi et Développement social Canada et Innovation, Sciences et Développement économique Canada, les deux ministères visés par la plainte, ne respectent pas leurs obligations linguistiques en ne finançant pas le développement des compétences en milieu francophone minoritaire.

La présidente de la FCFA, Liane Roy (au podium), en conférence de presse au Parlement jeudi aux côtés du RESDAC. Photo : Pascal Vachon/ONFR

« C’est pour cela qu’on a modernisé la Loi sur les langues officielles : pour que les institutions fédérales adaptent leurs façons de faire et leurs programmes afin que les francophones ne soient pas laissés pour compte », rappelle sa présidente Liane Roy.

« Soit on change les choses, soit on va vers l’assimilation »

Le RESDAC aide notamment des employés et employeurs à améliorer leurs conditions de travail ou à se requalifier, notamment via ses membres provinciaux. L’organisation donne en exemple une école de créativité de Montréal qui a reçu des fonds pour desservir l’ensemble de la francophonie canadienne.

« Il y a des organisations spécialisées pour la francophonie minoritaire. Pourquoi passer par des intermédiaires anglophones ou québécois? » se questionne le directeur général du RESDAC, Denis Desgagné.

« Les services offerts aux francophones se limitent souvent à de la traduction de documents, mais sans approche réellement pensée ‘par et pour’ les francophones », ajoute-t-il.

Le RESDAC pointe aussi en direction de la stratégie en intelligence artificielle lancée par Ottawa en juin dernier, notant qu’il y a une inquiétude dans le milieu francophone d’être ignoré dans cette stratégie.

« La crainte vient du terrain : la peur de ne pas avoir les outils pour que nos entreprises et nos organisations s’adaptent. Actuellement, la francophonie en situation minoritaire ne figure pas parmi les composantes qui recevront des services », indique M. Desgagné.

Selon ce dernier, l’avenir même du RESDAC se trouve menacé, l’organisation fonctionnant grâce à un financement par projet de cinq ans dont il ne reste actuellement plus que deux années.

« Après cela, nous ne savons pas si nous serons capables de maintenir l’organisation pour appuyer notre réseau », avertit M. Desgagné.

« Soit on change les choses, soit on va vers l’assimilation en utilisant les outils pensés pour les anglophones. On veut faire partie de la transition, augmenter la productivité de nos entreprises et de nos sociétés », termine le directeur général du RESDAC.

London : la natation comme bouée pour garder le français à flot

LONDON – Dans une ville où l’anglais domine largement l’espace public, maintenir le français au-delà des murs de l’école représente un défi pour certaines familles. Depuis 2013, Lions SAS tente d’y répondre en proposant aux jeunes des activités sportives en français. Aujourd’hui recentré sur la natation, l’organisme voit les enfants d’hier devenir les entraîneurs de ceux d’aujourd’hui.

Au bord du bassin, les enfants enchaînent les longueurs au rythme de consignes données en français. À London, où les activités extrascolaires dans cette langue restent limitées, plusieurs parents disent être venus chercher ici autant des cours de natation qu’un environnement francophone pour leurs enfants.

C’est justement pour faire sortir le français des salles de classe qu’Edwidge Pierre et Deborah Forrest ont créé Lions SAS en 2013. Toutes deux enseignantes, elles voyaient leurs élèves partir en congé en parlant français, puis revenir en ayant perdu une partie de leurs acquis.

Installée à London depuis 1996, Edwidge Pierre a vu évoluer une communauté francophone qui comptait alors beaucoup moins d’écoles et d’activités en français. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

« SAS » signifie Sports, Arts et Sciences, tandis que le lion, roi de la savane, a été choisi comme emblème. Natation et plongeon ont été les premières disciplines proposées en cours tout au long de l’année, avant que d’autres disciplines sportives ainsi que les arts et les sciences soient ajoutés aux camps d’été.

Au fil des années, Lions SAS a aussi cherché à former sa propre relève en mettant à contribution les premiers participants devenu adolescents. « C’est comme ça qu’on a bâti l’idée d’avoir les rôles de junior leaders, les futurs leaders et les leaders », explique Edwidge Pierre.

De nageur à entraîneur

Virgil Aviana, 16 ans et élève de 11e année à l’École secondaire catholique Monseigneur-Bruyère, est devenu l’un de ces leaders. Après avoir lui-même gravi les échelons, il enseigne désormais à son tour. « J’ai moi-même été élève ici. Depuis, j’ai suivi des formations pour devenir maître-nageur et enseignant. J’ai donc eu envie de revenir là où j’avais appris à nager. »

À l’origine, il n’envisageait pourtant pas d’en faire un travail. Edwidge Pierre et Deborah Forrest l’ont encouragé à poursuivre ses formations. « J’aimais vraiment la natation, mais je ne voyais pas plus loin que nager dans l’eau », raconte-t-il. Il imagine désormais pouvoir travailler comme maître-nageur à temps partiel à l’université.

Le parcours d’Eviane Akana fait écho au sien. Arrivée au Canada sans savoir nager, elle commence les cours avec Lions SAS vers 11-12 ans, participe aux camps d’été puis est progressivement formée pour devenir entraîneuse. « Elle m’a enseigné comment transmettre mes connaissances », dit-elle à propos d’Edwidge Pierre. Elle poursuit aujourd’hui ses formations avec l’objectif de devenir elle aussi maître-nageuse.

Eviane Akana dit retrouver chez Edwidge Pierre des valeurs proches de celles transmises par sa propre mère. Une relation qui, au fil des années, a dépassé pour elle le simple apprentissage de la natation. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Parler français après la cloche

Pour les jeunes entraîneurs, Lions SAS est aussi un espace où le français devient une langue de travail, quel que soit leur rapport avec elle.

Addison Mitchell est anglophone, mais fréquente une école francophone, notamment en raison des origines francophones de sa famille maternelle. « À mon école, on parle beaucoup français, mais entre nous, c’est vraiment l’anglais qui prend le dessus. On n’a pas souvent la chance de vraiment s’exprimer en français », explique-t-elle.

Addison Mitchell accompagne de jeunes nageurs dans le bassin. Alors qu’une grande partie de sa famille vit à Toronto et Ottawa, elle constate que les services en français sont moins nombreux à London, même si elle décrit sa communauté francophone comme particulièrement fière de son identité. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Pour Eviane Akana, le français est déjà présent à la maison et à l’école. Mais même là, l’anglais s’impose entre adolescents. « Même durant la pause de 15 minutes, on parle en anglais. Donc, pour moi, c’est important de rester dans un milieu francophone. »

Sacha Alary présente encore un autre profil. Le français est sa langue première et, contrairement à Virgil et Eviane, il n’a pas appris à nager avec Lions SAS. « Ce n’est pas partout qu’on a la possibilité d’enseigner la natation en français », souligne l’élève de 11e année, responsable des niveaux 3 et 4.

Pour Sacha Alary, entraîner de jeunes nageurs lui permet notamment de développer son leadership et d’apprendre à encadrer des enfants. Il dit surtout apprécier de les voir progresser au fil des séances. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Comprendre les consignes dans l’eau

Pour les parents, l’enjeu linguistique peut être encore plus concret.

Les trois enfants de Taylor Conley, récemment arrivée d’Haïti, comprennent beaucoup mieux le français que l’anglais. Recevoir les consignes de natation dans la langue qu’ils maîtrisent le mieux devient donc aussi, pour leur mère, un enjeu de sécurité. La famille retrouve par ailleurs une certaine proximité avec Edwidge Pierre, elle-même d’origine haïtienne.

Enseignante en immersion française, Taylor Conley cherchait pour ses trois enfants récemment arrivés d’Haïti des cours de natation dans la langue qu’ils maîtrisent le mieux : le français. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Même constat chez Juan Sarmiento. Son fils, élève à l’école Marie-Curie du Conseil scolaire Viamonde, évolue dans un environnement familial où se côtoient français, espagnol et portugais. L’anglais étant moins bien maîtrisé par l’enfant, les cours en français facilitent la compréhension des consignes.

Une francophonie multiple

Les familles présentes au bord du bassin n’entretiennent pas toutes le même rapport avec le français.

César Garo, lui, est hispanophone. Il a choisi une scolarité en français pour sa fille, aujourd’hui élève à Providence, et souhaite que cette langue ne reste pas cantonnée à l’école. « Je veux qu’elle fasse quelque chose qu’elle aime en français », explique-t-il. Il voit également dans le bilinguisme un atout pour son avenir et dit avoir trouvé peu d’options lorsqu’il cherchait des cours de natation en français à London.

Andy Saad, elle, est francophone et tient à transmettre sa langue maternelle à ses enfants, dont le père est anglophone. Celui-ci comprend le français et a même commencé à suivre des cours du soir. Ses deux aînés ont fréquenté Lions SAS pendant plusieurs années; c’est aujourd’hui au tour de sa plus jeune fille.

Andy Saad aux côtés de son fils aîné. Pour rendre les francophones plus visibles à London, elle raconte avoir un jour suggéré à un cinéma qu’un employé francophone porte une mention « Bonjour » afin que les clients sachent qu’ils pouvaient être servis en français. Une idée que l’établissement a adoptée. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Des parcours qui donnent du relief au constat d’Eviane Akana : « La communauté francophone de London, c’est une grande communauté, mais un peu espacée. »

Un modèle qui cherche un second souffle

Cette transmission n’épargne pas Lions SAS des difficultés. L’organisme proposait autrefois du basketball, du volleyball et du soccer à l’année. Mais désormais, seule la natation demeure au programme, les autres activités n’ayant pas retrouvé leur clientèle après la pandémie.

L’accès aux installations constitue également un obstacle. Lions SAS louait auparavant de quatre piscines, contre deux actuellement. Le programme a accueilli jusqu’à une centaine de nageurs; ils sont aujourd’hui 56.

Une nouvelle étape pourrait néanmoins s’ouvrir. L’organisme a obtenu en août son statut d’organisme de bienfaisance, après des années durant lesquelles son absence limitait notamment certaines possibilités de financement.

« Il va y avoir des choses qui vont bouger dans ce sens-là, estime Edwidge Pierre. Quand on n’a pas de subvention, c’est plus difficile d’offrir des prix compétitifs. » La fondatrice se dit également prête à relancer d’autres disciplines si la demande est au rendez-vous.

Les avocats du gouvernement ontarien n’ont pas l’obligation de parler français, tranche un tribunal

Le droit à la justice en français a ses limites en Ontario : il est impossible d’imposer l’usage du français aux avocats du gouvernement ontarien, a conclu le plus haut tribunal de la province.

Dans un jugement rendu le 22 septembre, la Cour d’appel de l’Ontario a rejeté un appel qui exigeait, dans un dossier, de la part des avocats du gouvernement « l’usage exclusif de la langue française par les avocats du procureur général dans toutes les procédures écrites et plaidoiries orales ».

Assurant sa propre défense, une mère poursuit des membres du personnel du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) pour des dommages qu’aurait subis sa fille alors qu’elle était sous la garde d’une société d’aide à l’enfance. L’identité de la mère et de la fille, mineure, est protégée par une ordonnance de non-publication.

Dans le cadre de la poursuite, le procureur général de l’Ontario a décidé d’intervenir après que la mère a déposé une motion exigeant que l’appel et l’instance se déroulent seulement en français, soutenant que l’utilisation de l’anglais enfreignait des lois juridiques, dont la Loi sur les services en français.

La mère plaidait que les avocats sont « inaptes à agir dans une instance bilingue », et qu’ils violent donc leur code de déontologie, arguant aussi que la non-utilisation du français « contrevient à l’obligation du procureur général de protéger les droits des minorités francophones ».

La juge Gomery a toutefois rejeté les allégations avancées par la plaignante, les qualifiant de « non fondées », en rappelant que, pour les poursuites civiles en Ontario, le droit d’exiger que l’avocat de la partie adverse soit bilingue n’existe pas. Le jugement rendu et écrit par la juge Gomery est souscrit par les juges Van Rensburg et Thorburn.

« Le droit d’exiger que la partie opposante soit représentée par un(e) avocat(e) bilingue est accordé seulement dans le contexte des poursuites sous la Loi sur les infractions provinciales », écrit la magistrate dans son jugement d’une dizaine de pages.

« Les observations de l’appelante ne sont pas entièrement sans fondement, à mon avis. Il demeure parfois difficile de réclamer certains droits linguistiques dans le système juridique ontarien »
— La juge Gomery

La mère soutenait en outre que la comparution du procureur dans le processus judiciaire représentait une forme de prestation de service gouvernemental. Selon elle, ce service se doit d’être disponible en français, conformément aux garanties prévues par la Loi sur les services en français dans les régions désignées bilingues.

« À mon avis, la comparution du procureur à la suite de la signification d’un avis d’une question constitutionnelle n’est pas un service visé par l’art. 5 (1) », statue la juge Gomery.

« En représentant les intérêts de la province dans le cadre d’un litige civil intenté par un individu, le représentant du procureur général fournit des services à sa cliente, la province », mentionne la magistrate ontarienne.

Des reproches au procureur général

La juge donne toutefois raison à la maman, qui avançait que le fait de ne pas forcer les avocats à être bilingues et que l’utilisation de traducteurs « ajoute aux délais, notamment au temps nécessaire pour les interrogatoires ».

« Les observations de l’appelante ne sont pas entièrement sans fondement, à mon avis. Il demeure parfois difficile de réclamer certains droits linguistiques dans le système juridique ontarien. Les retards et inconvénients identifiés par l’appelante ne la privent toutefois pas de ses droits fondamentaux et ne constituent pas une barrière à l’accès à la justice pour les Franco-Ontariens », juge la magistrate.

En Ontario, une partie francophone a le droit d’exiger une instance bilingue, ce qui oblige le tribunal à fournir un juge bilingue, la traduction écrite des documents juridiques et l’interprétation orale des témoignages et des audiences. Source : Shutterstock

La juge Gomery se montre aussi critique envers les avocats du procureur général dans ce dossier, soulignant que l’un d’eux est bilingue, ayant présenté un argument oral en français. Elle soutient qu’il est « difficile de comprendre pourquoi l’avocate de celui-ci n’aurait pas offert de communiquer avec l’appelante dans sa langue maternelle ».

« Une telle offre aurait souligné l’engagement de la province de promouvoir l’utilisation du français dans notre système de justice. Elle aurait pu en même temps éviter la présentation de cette motion », déplore-t-elle.


Note de la rédaction : Afin d’assurer la protection de l’identité des personnes concernées, ce texte a été partiellement modifié le 14 octobre 2026.

Est ontarien : vers des cours de théâtre et d’improvisation en français à Winchester

WINCHESTER — Le Greater Nation Arts Collective (GNAC), un organisme à but non lucratif offrant des formations en arts de la scène en milieu rural, prépare le lancement de ses premiers cours d’art dramatique et d’improvisation en français pour l’hiver 2027. Cette initiative s’inscrit dans la foulée de l’annonce récente d’un premier établissement scolaire francophone à Winchester, dans le canton de Dundas Nord.

Concrètement, c’est par une première phase de cours pilotes en français que le GNAC prendra le pouls de la communauté francophone au début de l’année 2027.

Deux ateliers distincts destinés aux jeunes seront proposés à l’ancien hôtel de ville de Winchester : le premier axé sur l’improvisation et le second sur le jeu dramatique.

« En hiver 2027, on va commencer avec un ou deux programmes, pour mesurer l’intérêt », détaille la directrice générale et responsable de l’administration du collectif, Marie-Thérèse Robinson. 

« L’un va être un programme d’improvisation pour les jeunes et l’autre, ça va probablement être un programme de théâtre. On va lancer la demande d’emploi sous peu, parce qu’on cherche une instructrice francophone pour enseigner le théâtre. »

Pour assurer la viabilité d’un groupe, l’organisme fixe le seuil minimal de participation entre six et huit élèves, avec une cible idéale d’une douzaine de participants par classe. 

Outre l’apprentissage des techniques scéniques, la direction souligne l’impact de ces disciplines sur le développement personnel des jeunes, notamment la prise de parole en public, la confiance en soi et l’esprit d’équipe.

Sur le plan organisationnel, le GNAC s’appuie sur une équipe administrative bénévole composée de six personnes, incluant la direction générale, la direction de la programmation et la direction des opérations. Photo : gracieuseté de la GNAC

Un milieu très anglophone

Bien que basé à Winchester, une communauté historiquement anglophone où 5 % de la population a le français comme première langue parlée, l’organisme a choisi dès le départ une dénomination reflétant un mandat plus large. 

Le GNAC vise en effet à desservir les ménages ruraux répartis le long du bassin de la rivière Nation, à travers les comtés unis de Stormont, Dundas et Glengarry ainsi que de Prescott et Russell.

« On a commencé en anglais parce que notre communauté est très anglophone », indique Marie-Thérèse Robinson. 

Située à une vingtaine de minutes de municipalités francophones comme Embrun, Russell, Casselman et Limoges, et à moins d’une heure de Cornwall, l’organisme souhaite toutefois profiter de sa situation géographique.

« On a quand même beaucoup d’influences francophones dans la région et on veut pouvoir amener ces personnes-là aussi parce qu’il y a encore moins d’opportunités. Il n’y a pas beaucoup de théâtre francophone dans les communautés rurales, il n’y a pas d’enseignement pour les jeunes. »

Le village de Winchester, au cœur du canton de North Dundas, s’apprête à accueillir ses premiers ateliers artistiques en français. Photo : Wikipedia/ P199

Vers une nouvelle école francophone

Cette transition vers des services bilingues s’aligne directement sur l’évolution des infrastructures scolaires de la région. 

Le gouvernement provincial a confirmé un investissement de 34,3 millions de dollars pour la construction d’une école catholique francophone de la maternelle à la 12e année à Winchester, gérée par le Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO).

Actuellement, aucune école francophone, qu’elle soit catholique ou publique, ne dessert le canton de Dundas Nord, obligeant les élèves de Winchester à parcourir au moins 24 kilomètres pour fréquenter un établissement de langue française à Casselman, Embrun ou Limoges.

Pour la direction du GNAC, l’établissement de ce nouveau pôle éducatif s’inscrit dans la continuité des démarches déjà entreprises au sein du village. « On va voir plus de familles francophones venir habiter à Winchester », prévoit Mme Robinson. 

« Alors si on est déjà établis, bien là ça va être un lien naturel et possiblement, dans le futur, peut-être un lien direct avec l’école aussi. »
— Marie-Thérèse Robinson

Consolider les arts de la scène en zone rurale

Fondé en janvier 2025 et incorporé en mars de la même année, le GNAC est né de l’initiative de trois membres fondateurs désireux de répondre au manque d’activités artistiques structurées dans le secteur rural de la région.

« On a trouvé qu’il n’y avait pas beaucoup de support dans les arts, spécialement pour les jeunes, dans les arts de la scène, donc n’importe quelle langue, dans son côté rural », explique Mme Robinson. 

« Il y avait beaucoup de théâtre communautaire, mais ils faisaient plutôt plus d’affaires pour les adultes. Pour les jeunes, il y a la danse ou beaucoup de sports, mais il n’y avait pas vraiment beaucoup pour les jeunes qui étaient intéressés dans les arts comme le théâtre ou la musique. »

Après avoir démarré ses premières activités en juin 2025, l’organisme a déployé une programmation initiale en anglais comprenant des sessions à l’automne, à l’hiver et au printemps. 

L’annonce initiale de l’expansion bilingue prévoyait un concert du duo country franco-ontarien Sugar Crush le 18 septembre dernier à l’ancien hôtel de ville. À la suite d’un conflit d’horaire, l’événement a dû être reporté à l’année 2027. 

La mise en ligne complète de la version française du site web de l’organisme s’effectuera en parallèle avec la reprogrammation de ce spectacle.

Transfert du campus Glendon : l’AFO s’y oppose et propose une autre option

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’oppose au transfert des programmes du Collège Glendon vers Keele, le méga campus anglophone de l’Université York. Si le projet persiste et que Glendon perd son campus historique, l’AFO proposera au ministère des Collèges et Universités le transfert de l’ensemble des programmes du Collège Glendon vers l’Université de l’Ontario français (UOF). Pour la ministre des Affaires francophones, au contraire, il s’agit « juste » d’un déménagement.

Alors qu’une proposition de restructuration impliquant le déménagement du Collège Glendon est sur la table du Conseil de la faculté, l’AFO s’oppose fermement au projet : hors de question que les francophones soient dilués dans un campus anglophone.

« C’est important de garder cet espace francophone (le Collège Glendon) », estime le président Fabien Hébert, qualifiant le campus de North York de « point de rassemblement pour la communauté ».

« Pour nous, la restructuration proposée n’est pas acceptable, tranche-t-il. On veut qu’il demeure où il est (sur le campus actuel). »

Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« On pourrait suggérer qu’ils transfèrent les programmes à l’UOF »
— Fabien Hébert, président de l’AFO

Et si le projet continuait à aller de l’avant et que le déménagement était adopté? « On pourrait suggérer qu’ils transfèrent les programmes à l’UOF », lâche M. Hébert au micro d’ONFR.

Ce regroupement de l’UOF et Glendon permettrait ainsi de réaliser un ancien projet évoqué au moment des réflexions sur la création de l’UOF. À l’époque, l’idée de mettre tous les programmes francophones sous un même toit avait les faveurs de nombreux acteurs convaincus que seul ce modèle pouvait garantir le succès du postsecondaire « par et pour » les Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes à Toronto.

Mais ce plan avait été écarté, par manque de consensus entre les tenants du regroupement et les universités impliquées. L’AFO, la FESFO et le RÉFO militaient pour un tel regroupement, conférant à l’UOF un mandat provincial sans compétition entre universités de langue française, contrairement au principal du Collège Glendon qui s’y opposait au nom de la spécificité bilingue de son établissement et de la complémentarité de l’offre de programmes.

C’est la première fois que l’AFO prend position de cette manière dans le dossier de la restructuration du Collège Glendon, une faculté bilingue unique dans la région de Toronto en déficit et confrontée à une baisse considérable de ses effectifs étudiants.

Cette situation budgétaire a conduit la rectrice à soumettre au Conseil de la faculté une proposition qui inclut le transfert du campus bilingue de Glendon à celui (anglophone) de Keele, la perte de son statut de faculté au profit de celui de collège, ainsi que le maintien de la désignation partielle de l’Université York en vertu de la Loi sur les services en français (LSF).

L’AFO regrette d’autant plus qu’une telle proposition soit envisagée alors que des travaux de rénovation avaient récemment été entrepris au campus Glendon, grâce à des fonds dédiés à la francophonie.

La ministre des Affaires francophones sereine

Interrogée par ONFR, la ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, parle comme si la question du déménagement était réglée : « Tous les cours et formations offerts sur le campus Glendon vont continuer au campus Keele, pour que les étudiants puissent poursuivre les études qu’ils ont commencées. »

« Ça va juste déménager d’un campus à l’autre », tente-t-elle de rassurer, indiquant que des discussions continuent entre le ministre des Collèges et Universités Nolan Quinn et l’Université York.

Natalia Kusendova-Bashta, ministre des Affaires francophones. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Cet argument est indéfendable pour Samuel Nieva, président de l’Association étudiante du Collège Glendon (AÉCG). « Le bilinguisme ne peut pas simplement être transféré d’un lieu à un autre sur le papier, clame-t-il. On ne peut pas se contenter d’affirmer que les programmes en français se poursuivront et en conclure pour autant que Glendon restera bilingue. »

Selon lui, « l’environnement dans lequel ces programmes s’inscrivent est important. Les services qui les encadrent sont importants. La possibilité d’utiliser le français dans les interactions quotidiennes est importante. La culture de l’établissement est importante. »

Autant de points qui ne seraient pas garantis, de l’avis de plusieurs étudiants et professeurs, dans la proposition présentée par la rectrice par intérim de l’Université York, Laina Bay-Cheng.

Le commissaire aux services en français considère « les options sur la table »

Quelle que soit l’issue de ce dossier, le Collège Glendon est assujetti à la Loi sur les services en français. « Cette loi établit des normes très claires et les obligations doivent être respectées », prévient Carl Bouchard, le commissaire aux services en français.

Ce dernier croit qu’une université ne peut plus faire n’importe quoi, depuis que son rapport sur l’Université Laurentienne a posé les balises à suivre avant de prendre une décision lourde de conséquences pour les droits francophones dans le postsecondaire.

« La LSF exige de la part des ministères concernés et de l’université de travailler ensemble », dit-il, invitant toute personne ayant « des préoccupations sur ce qui s’opère » à contacter son bureau.

Carl Bouchard, commissaire aux services en français de l’Ontario. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Et de rappeler que « les obligations de la LSF sont quasi constitutionnelles. Elles font partie du tissu législatif de l’Ontario. Elles doivent être prises très au sérieux et, en aucun cas, on peut se permettre de diluer leur importance. »

Le commissaire n’a pas voulu révéler si des plaintes étaient déposées à ce stade, ni s’il comptait lancer une enquête. « Je laisse des options sur la table, selon si des enjeux sont portés à notre attention et si notre intervention est nécessaire d’une façon spécifique. Je déterminerai au fur et à mesure. »

Rappelant que toute décision relative au fonctionnement du campus universitaire ou à l’utilisation des terrains relève exclusivement de chaque établissement, le ministère des Collèges et Universités dit toutefois « suivre l’évolution du dossier » s’attendant à ce que « l’Université York continue de satisfaire aux exigences de sa désignation en vertu de la LSF ».

À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’UOF n’a pas donné suite à nos sollicitations médiatiques.

Garderies à 19 $ : Ottawa versera près de 12 milliards à l’Ontario d’ici 2031

OTTAWA – Les gouvernements fédéral et ontarien prolongent de quatre ans leur accord sur les services de garde jusqu’en 2031. Ottawa versera près de 12 milliards de dollars à la province, mais le maintien des frais moyens à 19 $ par jour n’est confirmé que jusqu’au 30 juin 2027.

L’annonce a été faite mardi à Vaughan par la ministre fédérale de l’Emploi et des Familles, Patty Hajdu, et le ministre ontarien de l’Éducation, Paul Calandra.

Dans le cadre de cette prolongation, le gouvernement ontarien s’engage à maintenir les frais de garde à une moyenne de 19 $ par jour jusqu’au 30 juin 2027.

« Ce financement permettra de maintenir les frais actuels à une moyenne de 19 dollars par jour pour les familles et d’offrir une meilleure stabilité au secteur de la garde d’enfants », a souligné Paul Calandra dans un communiqué.

« Grâce à la prolongation de l’accord, nous protégeons les progrès réalisés », a déclaré pour sa part Patty Hajdu, ajoutant que le gouvernement souhaite protéger les places existantes et en augmenter le nombre.

La prolongation de l’Accord entre le Canada et l’Ontario sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants couvrira la période allant du 31 mars 2027 au 31 mars 2031.

Le financement fédéral de près de 12 milliards de dollars s’ajoutera aux 13,8 milliards déjà accordés à l’Ontario dans le cadre des ententes conclues entre 2021-2022 et 2026-2027.

Les deux gouvernements indiquent qu’ils poursuivront leurs discussions au cours de la prochaine année afin de maintenir des tarifs abordables et d’assurer la viabilité du secteur des services de garde.

Ces négociations porteront notamment sur la part que recevra l’Ontario des 5,4 milliards de dollars supplémentaires annoncés par Ottawa en juin dernier. Cette somme doit être répartie sur deux ans entre les provinces et les territoires afin de les aider à maintenir des frais de garde stables et abordables.

Plus de 47 000 places en français ou bilingues

Au 31 mars 2025, l’Ontario comptait 5989 centres de garde agréés, offrant au total 532 525 places aux enfants de 0 à 12 ans.

Parmi celles-ci, 39 007 se trouvaient dans des centres offrant des services en français et 8152 dans des centres bilingues. Ensemble, elles représentaient environ 8,9 % de toutes les places agréées dans la province.

Depuis le 1er janvier 2025, les fournisseurs ontariens inscrits au système pancanadien doivent limiter les frais de garde admissibles à un maximum de 22 $ par jour. Selon les gouvernements, la moyenne payée par les familles bénéficiant du programme s’établit actuellement à 19 $ par jour.

Les gouvernements soutiennent que les accords conclus à l’échelle du pays ont permis de réduire d’au moins 50 % le coût des services de garde réglementés.

Élections municipales : oubliée des débats, la scène culturelle francophone de Sudbury se mobilise

SUDBURY – Le Regroupement des organismes culturels de Sudbury (ROCS) lance la campagne « VOTONS pour les ARTS », une initiative pour positionner le secteur artistique et culturel de la ville ainsi que son financement comme un enjeu électoral important lors des prochaines élections municipales. Le regroupement soutient que le secteur fait en effet face à une incertitude grandissante, en net décalage avec les retombées économiques et sociales générées par ces institutions.

Alors que les élections municipales approchent à grands pas, les organismes culturels de la ville affirment que les enjeux du secteur artistique et culturel n’ont été évoqués par presque aucun des huit candidats. C’est pourquoi aujourd’hui, le ROCS lance la campagne « VOTONS pour les ARTS », un effort mobilisateur qui vise à placer le secteur artistique et culturel de la ville au sein des débats, discussions, et programmes électoraux des candidats.

C’est durant l’été dernier que les organismes parlent d’une possible campagne qui mettrait en lumière l’importance du rôle du secteur artistique dans la cohésion sociale, mais aussi dans économie locale, dit Marie-Pierre Proulx, membre du comité du regroupement, également directrice artistique du Théâtre du Nouvel-Ontario.

« On est dans un contexte en ce moment où le financement des arts du point de vue municipal à Sudbury est incertain. Il y a de la fragilité, il y a eu des changements, les sources de financement ont changé au cours de la dernière année. On n’a pas beaucoup de clarté par rapport à ce qui sera financé pour l’année prochaine ».

Pour sensibiliser le public, mais aussi les candidats et élus, le ROCS sort un communiqué de presse, la première étape de la campagne qui « vise à placer les arts et la culture parmi les enjeux électoraux et à sensibiliser les candidat.e.s à l’importance, l’ampleur et aux impacts du secteur artistique sudburois », peut-on lire dans le communiqué de presse.

Le ROCS a d’ailleurs sollicité d’autres organismes culturels de la ville, toutes langues confondues, pour élargir la portée de cette campagne. Actuellement, le regroupement cherche à engager le dialogue avec les prétendants au poste à la mairie et au conseil municipal de Sudbury. « Avec nos collègues à la Place des Arts, on a invité les candidats à la mairie, puis les candidats dans le quartier 10, qui est notre zone au centre-ville, à venir nous rencontrer et parler avec nous », dit la membre du comité, ajoutant que deux candidats ont répondu présent.

Formé en 2007, le ROCS est une coalition des sept organismes francophones du Grand Sudbury, fondatrice de la Place des Arts. Elle est composée du Théâtre du Nouvel-Ontario, du Carrefour francophone de Sudbury, du Salon du livre du Grand Sudbury, du Centre franco-ontarien de folklore, de la Galerie du Nouvel-Ontario, de la maison d’édition Prise de parole, et du festival La Nuit sur l’Étang.

Un financement en décalage avec l’impact économique du secteur

Pour ce qui est du financement municipal, les chiffres sont en baisse ou plafonnent depuis des années. « Dans un contexte inflationniste, la plupart des organismes vivent des petites diminutions ou une stagnation depuis un certain moment ». En effet, le ROCS affirme que les financements municipaux versés aux 43 organismes culturels se limitent à 570 000 dollars au total, soit 0,12 % du budget annuel de la ville.

Tout de même, le secteur artistique et culturel de la ville apporte des retombées économiques et sociales non négligeables, avance le ROCS. Pour chaque dollar versé, les organismes artistiques génèrent 7,30 dollars de plus. Le secteur soutient aussi presque 1700 emplois dans le Grand Sudbury.

Mme Proulx appelle à une compréhension de la part des élus et des candidats qu’investir de manière suffisante dans le secteur culturel n’est pas seulement une dépense, mais un investissement. « Financer les arts à Sudbury, c’est aussi nous permettre de rapporter de l’argent qui vient du provincial et du fédéral à travers les autres subventions qu’on reçoit qui est réinvesti, qui est dépensé à Sudbury dans les commerces, auprès des artistes et des entreprises locales ».

Dans le contexte d’un festival Boréal au bord de l’effondrement, le directeur général et culturel du Carrefour francophone de Sudbury, Stéphane Gauthier, appelait à plus de clarté et de vision de la part des subventionnaires dans le milieu artistique. « Il y a dix ans, c’était une priorité, on avait un plan culturel. Puis là, tout d’un coup, on est dans les limbes. Ce n’est pas normal. C’est un manque de vision et ça a besoin d’être corrigé », disait-il à ONFR la semaine dernière.

Immigration francophone : Ottawa octroie 1,2 M $ à trois nouvelles initiatives

Le gouvernement fédéral a annoncé un financement de 1,2 million de dollars pour des projets visant à favoriser l’immigration francophone au pays. Du lot, une somme de 300 000 $ servira à une stratégie de promotion pour attirer des immigrants francophones à Sudbury et dans le Nord de l’Ontario.

La ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), Lena Diab, a annoncé mardi le financement de deux autres projets en plus de celui du Nord de l’Ontario, un à Terre-Neuve-et-Labrador et un autre en Saskatchewan.

La subvention de 300 000 $ sur deux ans vise à informer de possibles immigrants « des possibilités d’immigration dans le Nord de l’Ontario » en plus de « mettre en valeur les possibilités offertes par les communautés francophones » dans la région. La stratégie intitulée « Osez le Nord » sera pilotée par le Carrefour francophone de Sudbury.

En Saskatchewan, 569 000 $ sur deux ans seront octroyés au Conseil économique et coopératif de la Saskatchewan (CECS) pour attirer des talents qualifiés internationaux dans des secteurs clés tels que l’agriculture, la santé, les mines et l’énergie, a indiqué la ministre Diab.

Pour Terre-Neuve-et-Labrador, le fédéral distribuera 350 000 $ pour un projet visant à attirer et retenir des immigrants francophones, notamment par la création d’une équipe de projet dédiée, via l’organisme Horizon TNL. La province vise notamment à recruter des immigrants en France, en Belgique et dans des pays d’Afrique du Nord, tels le Maroc et la Tunisie, là où « nous avons obtenu de très bons résultats », a mentionné le ministre provincial responsable des Affaires francophones, Lin Paddock.

« Nous avons six écoles francophones; nous avons donc un besoin urgent d’enseignants, d’éducateurs en petite enfance, ainsi que de professionnels de la santé (médecins, infirmiers). Les 350 000 $ accordés à Horizon serviront à consolider ces services essentiels », a-t-il indiqué en conférence de presse à St. John’s aux côtés de Lena Diab.

L’enveloppe monétaire accordée pour ce trio d’initiatives fait partie du Plan d’action pour les langues officielles, qui finance, via le Centre d’innovation en immigration francophone, des projets. Le Centre subventionne des activités dans les communautés francophones au pays pour appuyer le recrutement, la sélection et l’admission de résidents d’expression française.

À ce jour, 23 initiatives ont bénéficié de financements totalisant environ 20 millions de dollars sur quatre ans, selon IRCC.

« L’immigration francophone soutient le poids démographique des communautés minoritaires, aide les employeurs à trouver des talents et stimule l’économie locale. Pour réussir, les communautés doivent participer directement à la sélection, à l’accompagnement et à la rétention des candidats francophones et bilingues », a déclaré la ministre Diab.

Ottawa a atteint les cibles qu’il s’était fixées pour chacune des années en matière d’immigration francophone depuis 2022. Photo : archives ONFR

Pour le Nord de l’Ontario, cette annonce s’ajoute à une somme d’un million de dollars octroyée en mars 2026 qui visait à accélérer et favoriser l’accès à la résidence permanente pour les étudiants de l’Université de Hearst. Un autre projet mené par la Société économique de l’Ontario et annoncé il y a quelques années visait à placer près d’une centaine de travailleurs francophones et leurs familles dans des emplois répondant aux besoins de main-d’œuvre dans le Nord de l’Ontario.

Hausse de la cible en immigration francophone?

Questionnée à savoir si le gouvernement comptait hausser la cible en immigration francophone pour les prochaines années, la ministre Diab est restée avare de commentaires, soutenant que les niveaux allaient être annoncés le mois prochain.

« Vous pouvez donc attendre jusqu’en novembre, mais la chose qui est importante, c’est qu’on travaille très fort et je suis très contente du travail qu’on a fait dans ce domaine », a-t-elle commenté.

Ottawa doit annoncer en novembre ses niveaux en immigration pour les années 2027 à 2029, dont sa cible en immigration francophone. Selon le plan présenté l’année dernière, la cible francophone doit être de 9 % en 2026, 9,5 % en 2027 et 10,5 % en 2028. L’année 2029 est notable, car lors de la dernière campagne électorale, le Parti libéral avait promis de hausser la cible à 12 % dès l’année 2029.

Selon les plus récentes données d’IRCC, de janvier à juillet de la présente année, le Canada atteignait 8 % d’immigration dans la langue de Molière. L’an dernier, 8,9 % de l’immigration au pays était francophone et ce chiffre était de 7,2 % en 2024.

Une pétition pour « sauver » le Collège Glendon dépasse les 2000 signatures

TORONTO – Menacé de perdre son statut de faculté et son propre campus pour des raisons budgétaires, le Collège Glendon s’attire un soutien populaire en faveur de la préservation de son mandat bilingue et un vent d’hostilité contre les plans de son université de tutelle, York.

« Démanteler une institution unique et très respectée en période d’austérité administrative est contre-productif. L’Université York devrait investir aujourd’hui dans le recrutement pour Glendon, et non effacer son héritage. »

C’est ce que clament les partisans du maintien du collège dans son enceinte originelle de North York, dans une pétition en ligne sur le site Action Network, qui a franchi cette semaine la barre des 2000 signataires.

À l’origine de cette pétition, la Confédération ontarienne des associations de professeurs d’université (OCUFA) exige que le Collège Glendon reste un établissement d’arts libéraux bilingue situé à son emplacement actuel et que la présidente respecte le processus collégial en vigueur dans l’établissement concernant toute proposition visant à modifier les activités académiques et administratives.

Mais le destin de l’institution est entre d’autres mains : celles de son université de tutelle, York. Son plan est de stopper l’hémorragie budgétaire (qui dépasse les 40 millions de dollars en cumulé) en partie due à la chute des inscriptions au premier cycle (divisées par deux en l’espace de 10 ans avec 1343 inscrits en 2025-2026) en rétrogradant la faculté au rang de collège et en transférant ses offres de formation, ses services et sa vie communautaire en français vers le campus Keele.

Après une première compression d’un million de dollars il y a un an, puis une proposition soumise à sa communauté de Glendon en mai dernier, la rectrice par intérim Laina Bay-Cheng, a présenté une nouvelle mouture de la restructuration vendredi dernier, à laquelle les médias n’étaient pas conviés. Ironie du sort, cette discussion s’est tenue le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes, une journée qui d’ordinaire célèbre les avancées francophones.

Au-delà des économies réalisées, la direction de l’Université York avance que l’intégration à Keele « revitaliserait le mandat francophone et bilingue » de Glendon. En effet, 70 % des étudiants francophones actuels suivraient déjà des cours à Keele. Il serait par conséquent logique d’y rapatrier les étudiants du campus Glendon qui bénéficieraient d’une offre de cours plus large et mieux coordonnée du fait qu’elle serait concentrée sur un campus unique.

« Ce qui est en train de se passer, c’est la mort de Glendon »

Mais d’autres soutiennent au contraire que fondre une minorité de 1300 francophones dans un campus de plus de 50 000 anglophones conduira inexorablement l’exception bilingue du Collège Glendon à sa perte.

« On est en train d’assassiner le bilinguisme de Glendon, réagit sous couvert d’anonymat un membre de la communauté Glendon. C’est scandaleux. Croire qu’à Keele le français sera mieux respecté est une aberration. On a souvent par le passé reproché au campus Glendon lui-même de ne pas assez laisser de place au français… Alors comment peut-on croire une seule seconde que, mélangée à Keele dans une mer anglophone, cette institution sera miraculeusement plus bilingue qu’avant? »

Le campus Glendon et son manoir s’étendent sur une superficie de 33 hectares le long de l’avenue Bayview, à North York. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Et d’alerter : « Comme il y a des programmes similaires et concurrents entre Keele et Glendon, ils ne vont pas s’embarrasser à terme : ils vont en supprimer et garder quelques cours d’apparat en français pour faire plaisir au commissaire aux services en français, c’est tout. Ce qui est en train de se passer, c’est la mort de Glendon. »

Créé en 1959 et dirigé par le principal Escott Reid, diplomate et haut fonctionnaire de haut niveau, Glendon a depuis ses origines poursuivi un idéal : celui de former une élite canadienne bilingue dans les arts libéraux et les affaires mondiales à l’image de ce que devrait être le Canada.

Plus de 60 ans plus tard, plusieurs voient donc dans le plan proposé un coup de couteau dans le dos de l’idéal d’Escott Reid.

Des étudiants et professeurs hostiles au déménagement

« À Glendon, les étudiants peuvent parler français dans leurs salles de cours, dans les couloirs, avec leurs professeurs, avec le personnel et entre eux. Ils vivent dans un environnement où parler français ne nécessite ni explication ni excuse. Cet environnement immersif est un élément essentiel de ce qui fait de Glendon un établissement bilingue », contextualise Samuel Nieva, président de l’Association étudiante du Collège Glendon (AÉCG), partisan du maintien du statut de faculté et des activités sur le campus actuel.

Samuel Nieva, président de l’Association étudiante du Collège Glendon (AÉCG). Photo : Linkedin Samuel Nieva

En outre, la perte du statut de faculté conjugué au rabotage continu de son budget font craindre au syndicat SCFP 3903 « de graves répercussions sur le corps professoral contractuel » telles que « des pertes d’emploi, les cours de Glendon étant intégrés aux départements existants du campus de Keele.

« Ces pertes d’emploi potentielles s’ajouteraient aux importantes compressions déjà subies par les professeurs contractuels et les chargés de cours aux cycles supérieurs, un problème majeur à York, touchant également les étudiants de premier cycle qui se retrouvent avec un choix de cours de plus en plus restreint », déplore Zoë Newman, la présidente de l’union syndicale, dont les membres n’y voient guère plus clair depuis la concertation de vendredi dernier.

Plusieurs professeurs ont par ailleurs mentionné à ONFR avoir le sentiment de ne pas être les bienvenus parmi leurs confrères anglophones à Keele, où ils seraient regroupés avec des unités apparentées dans d’autres facultés – avec comme lieu d’ancrage le bâtiment qui abrite actuellement l’École de formation continue.

Ils ajoutent ne pas avoir reçu de garanties suffisantes sur les moyens et les cadres donnés à la pérennité et au développement de la vocation bilingue de Glendon.

L’Université York, elle, espère finaliser le transfert des étudiants et des professeurs dans leur prochain campus d’ici la rentrée 2029. La balle est le camp du Conseil de la faculté qui pourrait s’appuyer sur un vote ou une motion pour aller de l’avant ou au contraire abandonner la proposition de l’Université York.

Un Ottavien débouté de dédommagement pour de l’affichage unilingue au Parlement

OTTAWA — L’Ottavien Michel Thibodeau a subi un nouveau revers devant un tribunal fédéral. Il réclamait près de 20 000 dollars pour atteinte à ses droits linguistiques en raison de panneaux en anglais seulement sur la colline du Parlement, tels que « SLOW » et « STOP ».

La Cour d’appel fédérale a rejeté l’appel de M. Thibodeau, qui demandait 1500 dollars pour chacune des 13 infractions à la Loi sur les langues officielles. Ces manquements visaient des panneaux unilingues anglais qui portaient sur des enjeux de santé, de sécurité et de sûreté. Dans un jugement rendu public lundi, la juge de la Cour d’appel fédérale Vanessa Rochester écrit que Michel Thibodeau « n’a pas, à mon avis, démontré l’existence d’une erreur justifiant l’intervention de notre Cour ».

La Cour fédérale avait tranché en novembre 2024 que les droits linguistiques de l’Ottavien avaient été violés, mais que celui-ci ne méritait pas les dommages-intérêts qu’il réclamait. Le jugement de la juge Rochester ne comporte que sept pages et se limite à confirmer le jugement antérieur. La magistrate de la Cour d’appel fédérale, appuyée par le juge en chef Yves de Montigny et la juge Sylvie Roussel, conclut qu’il n’y a « aucune erreur révisable dans le raisonnement de la Cour fédérale ».

Des panneaux unilingues autour du Parlement

M. Thibodeau avait lancé ce recours judiciaire en 2021 contre Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) après que le Commissariat aux langues officielles lui a donné raison dans un rapport d’enquête sur les 13 plaintes.

Celles-ci portaient sur des panneaux en anglais comme « SLOW » et « STOP », « Danger due to… » ou encore « Caution » sans équivalent français, ainsi que la phrase « Falling Ice and Snow ». Les panneaux étaient situés sur la colline du Parlement (six plaintes), à l’édifice de la Confédération (une plainte), à l’édifice de Bibliothèque et Archives Canada et à l’édifice C.D. Howe (trois plaintes), ainsi qu’à l’édifice L’Esplanade Laurier (trois plaintes).

Services publics et Approvisionnement Canada fournit et gère l’aménagement et la rénovation des lieux de travail de ces ministères et institutions fédéraux. Le ministère avait reconnu auprès du Commissariat ces manquements à la loi et soutenait avoir par la suite rectifié les panneaux en question auprès de ses sous-traitants.

Les circonstances dans lesquelles M. Thibodeau a découvert les panneaux en litige font désormais l’objet d’une ordonnance de confidentialité rendue par le tribunal. Celle-ci restera en vigueur jusqu’à ce que les recours en appel dans cette affaire soient épuisés.

Toutes les descriptions de la manière dont M. Thibodeau a découvert les panneaux sont caviardées dans les deux décisions rendues dans cette cause fédérale. Source : Canva

Toutefois, la juge Rochester dévoile dans le plus récent jugement que « les actions de M. Thibodeau dans la présente affaire constituent, à mon avis, un comportement incompatible avec l’esprit et la lettre du règlement à l’amiable qu’il avait conclu avec Services publics ».

Elle ordonne aussi à Michel Thibodeau de verser 4000 dollars à Services publics pour couvrir les frais juridiques du ministère fédéral. M. Thibodeau a la possibilité de porter la décision en appel devant la Cour suprême du Canada.

Multiples causes juridiques

Michel Thibodeau n’en est pas à ses débuts dans le système judiciaire canadien concernant les droits linguistiques. Plus récemment, un de ses dossiers contre l’administration de l’aéroport international de St. John’s s’est rendu en Cour suprême. Une décision est attendue dans cette affaire.

Puis, dans une cause ayant débuté en 2009 et s’étant conclue en 2014, la Cour suprême du Canada avait tranché que M. Thibodeau ne pouvait obtenir de dommages-intérêts, après qu’il n’avait pas reçu de service en français lors de vols internationaux à bord d’avions d’Air Canada.

Plus particulièrement, les administrations aéroportuaires au pays ne portent pas dans leur cœur le fonctionnaire fédéral d’Ottawa. Dans des documents judiciaires, ces dernières soutiennent que l’homme a déposé 410 plaintes contre des autorités aéroportuaires et 158 contre d’autres instances fédérales. Devant les tribunaux, l’Aéroport Pearson avait qualifié les démarches « de grandes croisades contre les institutions fédérales, où il recherche activement d’éventuelles violations linguistiques pour son propre gain financier ».

Dans ce dossier, le juge Pamel avait toutefois rejeté ces propos et encensé les actions du Franco-Ontarien.

« J’espère qu’un jour, nous n’aurons plus besoin de gens comme Michel Thibodeau dans ce monde, mais d’ici là, les défenseurs passionnés des droits linguistiques ont leur place dans notre société », écrivait-il.

Gabrielle Goulet : les coulisses de son album Fragile

 « J’aime la bouette. » Gabrielle Goulet assume pleinement son univers country et ses racines rurales franco-ontariennes. Originaire de Bourget, la chanteuse vient de lancer Fragile, son troisième album.

Pour ce premier épisode de Focus culturel, une nouvelle série consacrée aux artistes de la scène franco-ontarienne, Gabrielle Goulet parle de ses collaborations, de ses inspirations, des sonorités de son nouvel album et de ce qui « la fait triper ».

Lauréate d’un prix Trille Or en 2015, du prix de la chanson de l’année de la SOCAN en 2016 et du titre d’Artiste francophone de l’année au gala de la CMAOntario en 2019, elle poursuit le rêve qu’elle porte depuis longtemps : vivre pleinement de sa musique.

Un nouveau projet minier d’envergure à Hearst pourrait contribuer à l’économie locale

HEARST – Avenir Minerals, une entreprise appuyée par le géant minier Agnico Eagle, amorce le projet de phosphate Martison. Mis en lumière par le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, lors du dernier sommet d’investissement, ce projet à grande échelle pourrait accroître la production intérieure de phosphate et favoriser l’économie locale.

Une nouvelle entreprise minière, Avenir Minerals, s’apprête à lancer un projet d’extraction et de transformation de phosphate à Hearst, une initiative mûrement réfléchie par la direction avant de donner le coup d’envoi.

« Durant les trois dernières années, on a fait des investissements dans plusieurs compagnies, certains étaient publics, d’autres privés. Et au bout de ça, après ces trois ans de travail, on a décidé de faire l’achat du projet à l’extérieur de Hearst », dit Paul Blatter, vice-président des opérations techniques à Avenir Minerals et directeur corporatif des minéraux critiques et stratégiques à Agnico Eagle.

Le projet en question n’est nul autre que la mine Martison, un site comprenant l’extraction de phosphate et une usine de transformation située près de Hearst. Le phosphate figure parmi les minéraux critiques indispensables à la fabrication d’engrais agricoles. Alors que le Canada importe la majorité de son phosphate, principalement des États-Unis, ce projet vise à fournir une ressource extraite et transformée localement, réduisant la dépendance envers les importations étrangères.

« Dans les vingt dernières années en Amérique du Nord, la production de phosphate est en déclin continu. On n’en produit même pas au Canada », dit-il, citant le projet comme « l’opportunité de faire renaître la production qui a déjà eu lieu dans les années 1980-1990 au Canada et de reprendre le contrôle sur la sécurité alimentaire ».

Paul Blatter est le vice-président des opérations techniques à Avenir Minerals et directeur corporatif des minéraux critiques et stratégiques à Agnico Eagle. Photo : Avenir Minerals Ltd

Officialisée il y a environ sept mois, l’entreprise Avenir Minerals est actuellement dans la phase d’évaluation préliminaire du projet qui a le potentiel d’attirer des investissements majeurs. Le 15 septembre dernier, il figurait parmi les projets miniers que le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, souhaite pousser. Le coût en capital s’élève à plus de 2 milliards de dollars.

« C’est un projet de phosphate qui va nécessiter l’opération d’une mine. Pour une opération minière typique qu’on voit ailleurs au Canada, on compte approximativement 7000 à 8000 tonnes par jour. Il y a aussi la seconde transformation, faire les engrais tels quels. La seconde transformation de raffinage est pour l’instant prévue près de la route de sortie de Hearst ».

L’opération de la mine pourrait durer entre 20 et 25 ans, souligne le vice-président, ajoutant que les différents niveaux de gouvernement sont déjà impliqués dans le projet. « Ils nous proposent des programmes pour nous aider à accélérer les travaux », confie-t-il, « alors on essaie de débroussailler lesquels pourraient nous aider à avancer plus rapidement. C’est très positif. Il y a un bel entrain ».

Les minéraux critiques, un levier de développement à long terme

Parmi les six entreprises mentionnées par Doug Ford, quatre étaient des projets miniers situés dans le Nord de l’Ontario, dont le projet de mine nickélifère approuvé par le gouvernement en juillet dernier. Pour Jean-Thomas Bernard, professeur d’économie à l’Université d’Ottawa, ceci n’est pas un hasard.

« Le gouvernement semble soulever un drapeau pour dire qu’il faudrait accélérer le développement de certains types de mines, particulièrement ce qu’on appelle les minéraux critiques, qui font partie de la nouvelle économie pour supporter principalement la transition énergétique et aussi le développement en ce qui a trait à l’internet ».

Il explique que le gouvernement a plus intérêt à prioriser des projets miniers à long terme. « Lorsqu’on regarde les mines, on ne développe pas une mine pendant deux ou trois ans. Le coût initial de développement est beaucoup trop élevé pour des projets à court terme ».

« C’est le marché qui va déterminer si c’est effectivement viable sur le plan économique ou non. L’économie peut avoir de grandes ambitions, mais en fin de compte, à un moment donné, il faut que les revenus excèdent les coûts. Sinon, on est en train d’appauvrir le Canada », reconnaît-il, soulignant toutefois l’importance de prendre ces facteurs en considération au moment de financer ces projets d’une telle envergure.

« L’Ontario est bien doté. Il a l’expertise, les entreprises », dit Jean-Thomas Bernard, professeur au Département de Science économique de l’Université d’Ottawa. Photo : gracieuseté

Par ailleurs, les gouvernements provincial et fédéral doivent s’assurer de développer les infrastructures et les services publics nécessaires — tels que le réseau routier ou l’approvisionnement électrique — pour ces projets d’envergure, tout en veillant à leurs retombées environnementales et sociales.

Le professeur souligne que le gouvernement cherche naturellement à accélérer le processus de développement minier, sachant que les retards entraînent des coûts considérables. « Mais il ne faut pas oublier les impacts environnementaux et aussi l’impact sur les communautés des Premières Nations », rappelle-t-il.

Des retombées économiques pour Hearst

Ann Parker, la présidente de la Chambre de commerce du corridor, parle d’une « importante possibilité économique pour le corridor de la route 11 ». En effet, l’opération de la mine attirera des travailleurs vers Hearst, des individus qui consommeront dans les entreprises locales.

« Le projet pourrait créer des occasions pour les entrepreneurs et les fournisseurs locaux, ouvrir des perspectives dans les métiers spécialisés et accroître les dépenses dans les commerces du corridor ». Nouvellement en collaboration avec Avenir Minerals, Mme Parker estime que ce projet aura « des retombées au-delà du secteur minier ».

D’après elle, le projet Martison donne surtout aux travailleurs de la région l’occasion de travailler dans une mine à proximité. « Il y a des personnes qui travaillent pour Agnico Eagle, mais doivent partir une semaine (vers le site minier) et ils trouvent ça difficile », affirme la présidente de la chambre de commerce, ajoutant que ce projet pourra surtout attirer une main-d’œuvre venant de l’extérieur de Hearst.