Laurentienne entre redressement financier et défis académiques

SUDBURY – L’Université Laurentienne ferme le chapitre douloureux de sa reconstruction financière, versant ainsi les dernières indemnités à ses créanciers, soit cinq ans après le début de la crise ayant entraîné la suppression d’une centaine de postes et de 69 programmes, dont 28 en français. Soulagement indéniable, ce progrès n’exclut pas les nouveaux obstacles, notamment la restauration des programmes universitaires.

« C’est certes un soulagement, évidemment, d’apprendre que les employés ainsi que les membres du corps professoral, en particulier ceux qui ont été licenciés, recevront leurs dû » explique Fabrice Colin, président de l’Association des professeurs et des professeures de l’Université Laurentienne (APPUL).

Le 3 juin dernier, la Laurentienne a versé ses dernières indemnités à ses créanciers, un grand pas en avant pour l’établissement qui avait eu recours à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), une loi habituellement réservée aux entreprises en situation d’insolvabilité.

Avec l’aide d’un prêt de sortie de 35 millions de dollars, la Laurentienne est parvenue à payer tous ses créanciers, y compris les indemnités de licenciement qu’elle devait aux professeurs licenciés lors des coupes du lundi noir. Cette nouvelle survient cinq mois après la grève des professeurs, qui déploraient les baisses salariales, la lourde charge de travail, et la décimation de leurs régimes de retraite à la suite des déboires liés à la restructuration de 2021.

Pour la rectrice et vice-chancelière de l’université, Lynn Wells, la Laurentienne va désormais de l’avant avec son programme de transformation. Parmi les objectifs de l’établissement, disposer d’une planification financière plus prudente prime. « Nous continuons de contrôler nos finances soigneusement », assure-t-elle.

Pour cela, l’université s’arme désormais de mesures préventives pour contrôler ses dépenses. En 2026, la Laurentienne s’est outillée d’Axiom, un logiciel de budgétisation censé l’aider dans sa planification financière. « Cet outil moderne permettra une plus grande collaboration entre les unités individuelles et notre équipe financière offrant une image plus précise des finances en cours d’exercice » ajoute la rectrice de l’institution.

Des programmes toujours dans l’impasse

Si le versement des dernières indemnités clôture une longue période d’instabilité, la refonte des programmes reste freinée par un nouvel obstacle. Pendant la restructuration, l’université a maintenu quatre programmes autonomes, continuant de les offrir malgré l’absence de leurs départements d’enseignement respectifs. Au terme du Processus d’Assurance de la Qualité de l’Université Laurentienne (PAQUL), le conseil de qualité a conclu que cette autonomisation n’avait pas été faite dans la réglementation appropriée.

Par conséquent, le conseil de qualité a exigé la suspension de l’admission d’étudiants dans ces programmes. La Laurentienne a également été privée de créer de nouveaux programmes, tant qu’elle n’améliorera pas ses processus d’assurance qualité. « La procédure pour satisfaire [le PAQUL] est passée au Sénat. Il y a eu une réaction rapide à ce niveau-là » soutient M. Colin. « Mais ça peut prendre encore quelques mois. »

Pour y remédier, l’établissement compte investir 3,4 millions de dollars sur une période de cinq ans afin d’améliorer ses processus d’assurance qualité. « Nous attendons l’approbation du ministre pour les fonds, mais néanmoins, nous allons commencer à engager ce plan cet été », explique Lynn Wells. Le prochain contrôle de qualité se déroulera en 2027-2028.

Rétablir la confiance des francophones

Après la crise de la restructuration, la Laurentienne cherche maintenant à regagner la confiance de la communauté francophone. Pour rappel, l’Unité des services en français de l’Ombudsman avait ouvert une enquête sur l’établissement, avant de lever la surveillance en avril 2026. Cette crise avait surtout secoué la communauté francophone, notamment le corps professoral de l’université. « Plus de la moitié des professeurs francophones ont été mis à la porte » dit Jean-Charles Cachon, professeur émérite licencié pendant la crise.

Natalie Poulin-Lehoux, la vice-rectrice associée aux affaires francophones, parle d’une « institutionnalisation de la voix francophone au plus haut niveau décisionnel ». Cette résolution a abouti à la création du Comité consultatif francophone de l’Université Laurentienne (CCFUL). « Ce comité permanent réunit 15 membres votants issus des milieux culturel, économique, de la santé, scolaire et universitaire pour conseiller directement la direction sur nos priorités », explique-t-elle.

Quant à la restauration des programmes francophones, le président de l’APPUL parle d’une situation d’urgence. « Il faut savoir que le département de français n’existe plus, ce qui est, quand même, pour une université bilingue, un petit peu ennuyeux ».

Il reconnaît cependant les efforts fournis par l’administration et les « mains tendues », rapportant que l’université continue malgré tout d’attirer des étudiants dans ses programmes francophones. « Beaucoup d’étudiants franco-ontariens m’ont dit qu’ils sont venus à la Laurentienne justement à cause de la nature spécifique de l’Université Laurentienne en tant qu’université bilingue » affirme M. Colin, « Il y a cet aspect important qui ne disparaîtra pas ».

Une initiative citoyenne de partage alimentaire voit le jour à Casselman

CASSELMAN – Un projet pilote de garde-manger communautaire autonome est inauguré ce lundi à Casselman. Née d’une collaboration entre une citoyenne et la mairesse de la municipalité, cette initiative locale aspire à devenir le modèle d’un futur réseau de partage alimentaire à l’échelle de l’Est ontarien.

À l’origine du projet, Brittany Octeau, gérante de la pharmacie locale, a publié un message sur les réseaux sociaux pour évaluer l’intérêt de la population envers la création d’un espace de partage de denrées.

« Avant, je suivais beaucoup ce que faisaient les banques alimentaires », indique Mme Octeau en entrevue avec ONFR. Tout en saluant leur apport, elle a relevé certaines contraintes structurelles. 

« Elles ne sont ouvertes que trois jours par semaine, avec des horaires restreints. Parfois, les gens ont un besoin immédiat, le soir même, et ils doivent attendre l’ouverture. » Elle ajoute que les critères d’admissibilité basés sur les preuves de revenus peuvent également limiter l’accès pour certains résidents.

L’idée a germé après qu’une citoyenne a observé un modèle similaire à Embrun. En tant que directrice de la pharmacie locale, elle a rapidement identifié les besoins grandissants à Casselman, notamment chez les personnes à faible revenu, les personnes en situation d’itinérance et les familles de la région.

Brittany Octeau devant l’emplacement où est installé le garde-manger. Photo : Brittany Octeau

« Je voulais quelque chose d’accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, de jour comme de nuit, si quelqu’un est dans le besoin », explique la promotrice du projet, qui a trouvé un terrain d’entente pour installer la structure derrière son commerce.

Après une simple publication sur les réseaux sociaux pour évaluer l’intérêt de la communauté, la mairesse de la municipalité, Geneviève Lajoie, a personnellement pris le dossier en main pour valider les aspects juridiques et salubres auprès des services de réglementation.

Mme Lajoie, a pris connaissance de l’initiative de Mme Octeau alors qu’elle recherchait des données sur la situation socio-économique locale.

« J’ai vu le message de cette dame. Au début, j’ai tenté de la contacter pour obtenir les coordonnées des entrepreneurs et des citoyens inquiets dont elle parlait afin de prendre le pouls de la situation, explique la mairesse Lajoie. Elle n’avait pas de contacts précis à me donner, mais à partir de là, je me suis dit : « Je vais t’en faire une, de boîte ». »

Conçu par la mairesse et son mari

La mairesse et son conjoint ont pris en charge la construction et le financement de la structure en bois durant la fin de semaine. 

« Mon conjoint et moi, on l’a bâtie et on l’a payée de nos poches », précise l’élue ajoutant que la boîte obtenue s’avère deux fois plus grande qu’initialement prévue.

Aménagée à proximité du supermarché et de la pharmacie, la structure fonctionnera en libre-service continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Le principe repose sur le don volontaire et l’anonymat : les citoyens qui le souhaitent y déposent des denrées, et ceux qui en ont besoin se servent gratuitement.

Le garde-manger accueillera uniquement des produits non périssables, tels que des conserves ou des aliments emballés. Brittany Octeau prévoit aussi d’y laisser de l’eau et des collations pour les élèves du secondaire. 

Comme l’infrastructure repose sur une propriété privée, la Ville n’impose aucune contrainte administrative, laissant la responsabilité de l’entretien et de la salubrité aux partenaires locaux. « Le processus pour démarrer a finalement été très simple », se réjouit la résidente qui assurera la supervision du site et complétera l’approvisionnement si nécessaire.

Geneviève Lajoie a œuvré comme travailleuse sociale avant d’accéder à la tête de la municipalité de Casselman. Photo : Inès Rebei/ONFR

Vers une proposition aux Comtés unis

L’inauguration officielle, marquée par une coupure de ruban, aura lieu la semaine prochaine. Pour la mairesse Geneviève Lajoie, cette première boîte constitue une phase d’expérimentation avant d’envisager un déploiement à plus grande échelle.

« Ce projet-là va nous servir de test pour montrer aux autres municipalités que ça fonctionne », affirme Mme Lajoie.

Une fois les résultats de ce projet pilote analysés, la mairesse prévoit d’accompagner le groupe de citoyens mobilisés afin de structurer une délégation officielle. Démarche subséquente : présenter une proposition formelle devant le conseil des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR).

« Le but, c’est d’aller dire aux CUPR : « On veut que vous nous souteniez pour établir un réseau régional de garde-mangers communautaires », expose Geneviève Lajoie. Nous allons demander aux Comtés unis d’investir un montant minimal, environ 5000 $, pour développer un système de réseau qu’on pourra suivre en ligne. Ce serait directement intégré sur leur site Web, dans la section des services sociaux. »

Dans l’immédiat, la municipalité invite les résidents à participer à l’inauguration de la semaine prochaine en y apportant des denrées non périssables ou des contributions financières pour lancer le roulement du stock.

Les Marocains de l’Ontario voient grand au Mondial de soccer

L’équipe nationale du Maroc est entrée de la bonne manière dans la Coupe du monde de soccer, décrochant ce week-end à New York un match nul contre les quintuples champions du monde brésiliens. À 700 kilomètres de là, à Toronto, passés par toutes les émotions dans le FIFA Fan Festival, les partisans des Lions de l’Atlas fondent beaucoup d’espoir pour la suite de la compétition.

Enveloppé dans un drapeau rouge XXL frappé d’une étoile verte, Hamza a vibré samedi, devant l’écran géant installé sur le site de Fort York, criant et bondissant à chaque offensive menée par l’équipe nationale marocaine. Tension garantie… jusqu’à la libération : le premier but marocain dans la compétition, qui plus est contre la redoutable Seleção.

Autour de lui, des dizaines de Marocains de l’Ontario ont exulté sur le but d’Ismael Saibari, avant de se prendre la tête dans les mains sur l’égalisation brésilienne, signée Vinicius Júnior dix minutes plus tard. Bref, un condensé de 90 minutes de frayeur, de joie, de passion et surtout de communion.

« Je suis fière de notre équipe qui a porté haut nos couleurs. Ça a été dur, mais on l’a fait », réagit, comme libérée, Olaya Sabri, qui a retenu son souffle jusqu’au coup de sifflet final. Autour d’elle, ses amis dansent, chantent, agitent avec fierté les drapeaux du royaume du couchant, entourés d’une marée jaune de partisans brésiliens, extrêmement nombreux à Toronto.

Olaya Sabri a retenu son souffle jusqu’au coup de sifflet final. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Il faut dire que les Lions de l’Atlas auraient pu à plusieurs reprises creuser l’écart, mais les Brésiliens auraient pu tout autant aggraver le score. Les deux équipes ont pratiquement fait jeu égal, se procurant des occasions et temps forts à tour de rôle dans une rencontre au rythme soutenu.

Toute la communauté pense maintenant à la suite. « On ira loin, même si avoir le Brésil dans notre groupe ne rend pas les choses faciles. Ils sont redoutables », estime Hiba Alami qui envisage une demi-finale à portée de main, comme lors de la dernière coupe du monde.

En 2022, au Qatar, les coéquipiers d’Achraf Hakimi, qui évoluent pour la plupart dans de grands clubs européens, s’étaient en effet débarrassés successivement de l’Espagne et du Portugal pour s’ouvrir les portes du dernier carré, du jamais-vu pour une sélection africaine.

Manifestation de joie sur la pelouse du FIFA Fan Festival de Toronto, après le but marocain. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Plus récemment, les Lions de l’Atlas ont atteint la finale de la dernière Coupe d’Afrique des Nations, dans une confrontation contre le Sénégal au résultat toujours contesté, cinq mois plus tard.

Ce parcours et la cohésion du groupe emmené par Mohamed Ouahbi font donc naturellement pousser des ailes à la communauté marocaine de l’Ontario, après le nul obtenu samedi.

« On est une grande nation de foot »
— Ismail El Idrissi, partisan marocain

« On est une grande nation de foot et on ne veut plus se contenter d’une demi-finale comme en 2022. On est capable de passer ce cap pour aller en finale et pourquoi pas soulever la coupe », ambitionne même Ismail El Idrissi, séduit par le talent des milieux de terrain Azzedine Ounahi et Ayyoub Bouaddi.

Ismail El Idrissi rêve de voir la sélection marocaine soulever le trophée mondial. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

« Depuis plusieurs années, il nous manque un numéro 9 capable de finaliser les actions et marquer des buts mais, cette année, ça va être différent », est convaincu celui qui suit aussi le parcours du Canada.

« Ça fait plaisir de voir autant de Marocains ici, ajoute Hiba Alami qui affectionne le site du FIFA Fan Festival. J’adore l’ambiance, c’est magnifique, agréable, aérée, multiculturelle… J’aimerais voir plus de festivals ici à l’avenir. Et de confier : « On n’entend pas beaucoup de français, mais beaucoup d’espagnol et de portugais. »

« En entrant dans la Fan Zone, j’ai tout de suite senti qu’on était une minorité par rapport aux supporters brésiliens, très nombreux, mais on est très sonore, on a aussi le sens de la fête. On sait se faire entendre et soutenir notre équipe. Ça crée des liens et une fierté dans la communauté. »

Hiba Alami, Marocaine de Toronto, va suivre tous les matchs de son équipe. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

La plupart des partisans croisés au micro d’ONFR se sont dits assez déçus des prix des billets pour aller au stade voir le peu de matchs à l’affiche au Toronto Stadium. « C’est exorbitant, c’est clairement un obstacle, considère Ismail El Idrissi. Heureusement qu’il y a des zones comme celles-ci accessibles aux gens qui ne peuvent pas se payer de ticket. On peut participer à la fête en communauté. C’est le plus important. »

« Là où il y a des Marocains, il y a de la bonne ambiance. On représente la francophonie partout où on va, résume avec entrain Olaya Sabri, qui attend avec impatience le prochain match face à l’Écosse le 19 juin (à Boston), avant une confrontation 100 % francophone face à Haïti le 24 juin (à Atlanta).

Cet ultime match du Maroc en phase de groupe sera non seulement diffusé dans la Fan Zone, mais aussi sur le campus torontois du Collège Boréal, dans le quartier historique de la Distillerie.

Affaires francophones : les ministres passent et des attentes restent

La communauté attend beaucoup de la ministre Kusendova-Bashta. L’augmentation du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO) fait notamment consensus, de même que l’application concrète de la modernisation de la Loi sur les services en français. Les besoins sont aussi pressants dans le domaine de la santé, de la petite enfance et de l’immigration.

« On ne veut pas prendre un pas de recul, mais au contraire continuer les avancées déjà entamées », affirme Bobby Bourdeau. Le président de l’ACFO-Ottawa attend en particulier de la ministre des gestes concrets sur le financement des organismes francophones « qui sont là pour défendre les droits de la communauté et assurer des services en français ».

M. Bourdeau est notamment en faveur d’une bonification du Programme d’appui à la francophonie ontarienne, dont le montant stagne depuis 2024. Et il n’est pas le seul. La plupart des intervenants sondés croient qu’il est urgent de commencer par là.

Parmi eux, son homologue de l’ACFO-Toronto, Jean-Claude N’Da. Ce dernier ajoute qu’il faut également renforcer l’offre de services en français. « Avoir des droits sur le papier, c’est une chose, les vivre au quotidien en est une autre. Être servi dans sa langue chez le médecin ou devant la justice n’est pas un privilège, mais une question de dignité et de sécurité. Nous attendons que la ministre soit une gardienne rigoureuse de cette offre. »

Bobby Bourdeau et Jean-Claude N’Da, respectivement présidents de l’ACFO-Ottawa et de l’ACFO-Toronto. Photos : Bobby Bourdeau et Laetitica Dogbe/ONFR

En entrevue avec ONFR le jour de son assermentation, Mme Kusendova-Bashta a indiqué que la mise en œuvre de la modernisation de la Loi sur les services en français, qui enchâsse entre autres la notion d’offre active, serait une de ses priorités.

Son gouvernement a aussi agi ces derniers mois sur plusieurs fronts comme l’élargissement des services gouvernementaux en français, l’entretien des campus francophones et bilingues ou encore le resserrement du dialogue avec le monde de la culture.

Le leader franco-torontois voudrait aussi une ministre plus interventionniste dans la planification des services publics de la Ville Reine quand cela touche à la francophonie. Il plaide, entre autres, pour une reconnaissance du rôle stratégique de Toronto dans la francophonie.

« La plus grande métropole du Canada devrait jouer un rôle moteur dans le bilinguisme, mais elle ne joue pas ce rôle, dit M. N’Da. C’est une responsabilité de la municipalité, mais aussi de la province. Les deux doivent dialoguer pour ancrer la francophonie dans les habitudes. »

Santé : une expertise à convertir en action

En droite ligne avec la stratégie du gouvernement sur les soins primaires qui a pour objectif de trouver un médecin à chaque Ontarien, « on veut que tous les francophones aient un médecin de famille ou un infirmier praticien qui parle français », réclame légitimement Estelle Duchon, présidente-directrice générale du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT).

Elle souligne du même souffle l’ampleur des besoins en termes de santé mentale et de services aux aînés. « La langue est un outil de traitement quand on parle de santé mentale. Il faut s’assurer que de tels services sont en place. Même chose pour nos aînés : il faut qu’ils puissent vivre à domicile le mieux possible avec du soutien en français. »

Estelle Duchon, PDG du CFGT et Daniel Giroux, président du Collège Boréal. Photos : Archives Rudy Chabannes/ONFR

Mme Duchon estime que la ministre Kusendova-Bashta est très bien placée pour répondre à ces enjeux, en tant qu’infirmière et ministre des Soins de longue durée. Daniel Giroux, président du Collège Boréal à Sudbury, le pense aussi.

« L’avantage que nous avons, c’est qu’elle connait extrêmement bien les besoins de la communauté en matière de santé et de soins de longue durée », dit celui qui croit que cela peut accélérer le déblocage de filières de formation pour répondre au besoin de main-d’œuvre dans le secteur.

M. Giroux espère en outre des avancées en matière de petite enfance. « Si nous voulons accroitre la francophonie en Ontario, ça commence dès la petite enfance en encourageant la programmation pour les éducatrices francophones et en réduisant les files d’attente dans les garderies francophones. De l’appui de ce côté-là serait très important. »

Éducation et immigration : deux sources d’inquiétude

Beaucoup attendent aussi de voir si la ministre sera en mesure de sensibiliser, voire influencer ses collègues au gouvernement dans des dossiers qui touchent directement la communauté. C’est le cas de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) qui attend des gestes forts en éducation, alors que les enseignants entament des négociations collectives cruciales.

« La francophonie ontarienne a besoin d’une voix forte à la table du Conseil des ministres », estime Gabrielle Lemieux, présidente de l’organisme. La ministre des Affaires francophones joue un rôle clé pour faire valoir les réalités, les besoins et les priorités des francophones dans l’ensemble des décisions gouvernementales. Une véritable lentille francophone est essentielle afin que les politiques et les programmes tiennent compte des défis particuliers que vivent les communautés francophones en situation minoritaire. 

Alain Dobi, directeur du RIFCSO, Gabrielle Lemieux, présidente de l’AEFO, et Dominic Mailloux, président de la FGA. Photos : Archives Rudy Chabannes/ONFR

Depuis l’abolition du ministère ontarien de l’Immigration, le ministère des Affaires francophones est repassé en première ligne aux yeux des acteurs en immigration dans la province. La restructuration du programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI) suscite des inquiétudes. « On avait un volet francophone qui nous permettait d’attirer pas mal de candidats, rappelle Alain Dobi, directeur du Réseau en immigration francophone du Centre‑Sud‑Ouest (RIFCSO). On ose espérer qu’elle saura faire preuve de leadership et parler à ses collègues pour que les intérêts des francophones soient sauvegardés, voire améliorés. »

Il souhaite voir les financements de services en établissement plus généreux. « On veut bénéficier de son appui pour avoir des augmentations de services et des budgets qui leur sont octroyés, d’autant qu’on a atteint nos cibles. »

Promouvoir la francophonie en dehors de l’Ontario

Le premier déplacement de Mme Kusendova-Bashta hors de la province, à titre de ministre des Affaires francophones, sera à Winnipeg à la fin du mois à l’occasion du Conseil des ministres de la francophonie canadienne. Sa présence au Sommet de la francophonie à Phnom Penh, en novembre prochain, n’est en revanche pas encore confirmée.

Dominic Mailloux, président de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) espère qu’elle y sera pour porter la voix des Franco-Ontariens, de même qu’il souhaite que « la nouvelle ministre continue à soutenir l’écosystème d’affaires qui se structure de plus en plus en Ontario, parce qu’à terme la vitalité francophone repose sur une économie forte. » C’est sous l’égide de sa prédécesseure, la ministre Mulroney, que la FGA avait été lancée.

Malgré l’orage et la controverse, le FFO conclut sa 51e édition en force

OTTAWA – Après trois jours de festivités, le Festival franco-ontarien a conclu sa 51e édition samedi soir. Malgré les défis et la controverse, la programmation et la réponse du public ont permis de recentrer l’attention sur la musique francophone et la vitalité franco-ontarienne dans la capitale.

En dépit d’un orage qui a forcé l’évacuation du parc Major’s Hill, à Ottawa, vers 19 h 30 lors de la dernière chanson de la Montréalaise Kamilou, la 51e édition du Festival franco-ontarien s’est conclue samedi soir en beauté.

Le public a pu regagner le site vers 21 h 30 afin d’assister à la clôture du festival, assurée par les prestations du rappeur Kimya et du chanteur Jay Scøtt.

Originaire de Kinshasa et établi à Ottawa depuis 2004, Kimya a partagé avec le public sa passion pour les mots à travers un mélange de slam et de rap engagé.

De son côté, le multi-instrumentiste Jay Scøtt a plongé les festivaliers dans son univers mélancolique, porté par des textes sensibles et des mélodies accrocheuses.

Vendredi soir, le public a également eu droit à une soirée haute en couleur. Le groupe Jupiter & Okwess a envoûté la foule avec ses sonorités congolaises et son groove.

Pour Jupiter Bokondji, chanteur du groupe, les artistes sont avant tout des messagers, des griots comme on les appelle en Afrique. Leur mission est simple : briser les barrières entre les êtres humains, indépendamment de leur origine, de leur race ou de leur couleur.

Un message porté avec force par le groupe, le chanteur n’hésitant pas à quitter la scène pour se mêler à la foule et danser avec elle dans un esprit de communion.

Plus tôt dans la soirée, l’ambiance était déjà survoltée avec LGS (Le Groupe Swing). Mélangeant musique électronique, influences populaires et traditions franco-canadiennes, le groupe franco-ontarien a fait danser la foule grâce à son énergie contagieuse et à ses sonorités festives.

« Chers Franco-Ontariens, faites du bruit. Laissez savoir aux gens que vous existez. »

C’est l’appel lancé par Michel Bénac, chanteur de LGS, à l’issue d’un concert électrisant.

Jeudi soir, l’ouverture du Festival franco-ontarien s’était déroulée sous le signe de l’humour, de la musique et de la résilience. Une soirée rassembleuse qui a donné le ton à cette 51e édition de l’événement qui marque traditionnellement le coup d’envoi de la saison estivale des festivals dans la capitale.

En attendant le bilan officiel que dresseront les organisateurs dans les prochains jours, une chose semble déjà acquise : malgré une semaine marquée par la controverse entourant le partenariat entre le Festival franco-ontarien et Alto – une entente finalement abandonnée quelques heures avant l’ouverture de l’événement -, le public franco-ontarien a répondu présent pour cette 51e édition.

Olivier Debrégeas, du Parc des Princes à Toronto, au service du collectif

Né à Paris, passé par Madrid puis Montréal avant de s’établir à Toronto, Olivier Debrégeas est devenu au fil des années l’un des visages les plus connus de la communauté française de la Ville Reine. Derrière les rassemblements de supporters de l’équipe de France, les célébrations du 14 juillet, le succès du PSG Fan Club Toronto ou encore son engagement au sein de la francophonie torontoise, se cache une même volonté : créer des liens avec les gens. Au lendemain de l’ouverture de la Coupe du monde 2026, ONFR a rencontré cet amoureux du football, de la langue française et de la vie communautaire.

Racontez-nous votre parcours avant votre arrivée au Canada.

Je suis né à Paris, dans le 15e arrondissement, puis j’ai grandi en région parisienne. J’ai eu une enfance heureuse, entouré de ma famille et de mes amis. Très tôt, le football a occupé une place importante dans ma vie.

Je fais partie d’une génération qui a grandi dehors. Quand il n’y avait rien à faire, on prenait un ballon et on allait jouer dans la rue avec les copains. Un sac à dos faisait un poteau, un chandail faisait l’autre et le terrain était prêt. J’ai ensuite joué au football pendant une quinzaine d’années et plusieurs de mes meilleurs amis aujourd’hui sont encore ceux que j’ai connus sur les terrains.

Professionnellement, j’ai évolué dans le domaine des technologies et des communications. C’est d’ailleurs mon travail qui m’a ouvert les portes de l’international.

Avant le Canada, vous avez vécu une première expatriation en Espagne. Comment cette aventure a-t-elle commencé?

J’ai vécu une première expatriation à Madrid avec ma famille. Ça a été un choc culturel fantastique. La vie espagnole est différente, les horaires sont différents, le rythme est différent. On prend le temps de vivre.

J’y suis arrivé grâce à mon travail. À l’époque, je travaillais déjà pour la même entreprise qui allait plus tard me proposer de poursuivre l’aventure au Canada. Cette expérience nous a permis de découvrir une autre culture et de réaliser que l’expatriation pouvait être une formidable aventure familiale.

Comment s’est ensuite présenté le projet canadien?

Le Canada est arrivé grâce à une opportunité professionnelle. Mon entreprise m’a proposé de poursuivre l’aventure à Montréal. C’était une occasion difficile à refuser et nous étions prêts à relever un nouveau défi.

Nous sommes arrivés à Montréal le 28 décembre 2010. Je me souviens encore du contraste entre Madrid et le froid québécois. C’était un véritable choc climatique. Nous passions d’un environnement relativement doux à des températures largement sous zéro.

Heureusement, j’arrivais avec un emploi déjà en place, ce qui a facilité mon intégration. Pour ma femme et mes enfants, l’adaptation a été différente. Il a fallu reconstruire un réseau, comprendre les codes locaux et bâtir une nouvelle vie. Avec le recul, je réalise à quel point le soutien de mon épouse a été essentiel dans cette transition.

Manifestement, nous avons aimé l’expérience puisque nous sommes toujours au Canada aujourd’hui.

Installé à Toronto depuis 2015, Olivier Debrégeas a réussi à marier ses deux univers : son attachement à Paris et sa vie dans la métropole canadienne, où il contribue aujourd’hui à faire rayonner la communauté francophone. Photo : gracieuseté

Comment s’est passée votre arrivée à Toronto quelques années plus tard?

Toronto a représenté un autre choc, mais d’une nature complètement différente. Montréal demeure une grande ville, mais elle conserve une certaine douceur de vivre. Toronto, c’est une métropole qui va vite. On retrouve un peu l’énergie des grandes capitales internationales.

La différence linguistique a aussi été importante. À Montréal, on peut vivre principalement en français. À Toronto, la réalité est différente. Le travail, les services, le quotidien se déroulent largement en anglais.

Lorsque je suis arrivé, j’ai d’ailleurs voulu m’immerger complètement dans cette réalité anglophone. Je voulais découvrir la culture locale, améliorer mon anglais et sortir de ma zone de confort. Mais assez rapidement, quelque chose m’a manqué.

À quel moment avez-vous ressenti le besoin de vous rapprocher de la communauté francophone?

Je cherchais ma tribu. Au début, je pensais que je pouvais faire abstraction de mes racines culturelles françaises. Puis je me suis rendu compte qu’il me manquait les références communes, l’humour, les discussions, les repas entre amis, les apéros, tout ce qui fait partie de notre identité.

Toronto est une ville extraordinaire parce qu’on peut y trouver pratiquement toutes les cultures du monde. Mais pour profiter pleinement de cette richesse, il faut aussi savoir qui l’on est soi-même.

Je me suis donc progressivement rapproché de la communauté francophone. Ce n’était pas un rejet de l’anglais, bien au contraire. C’était simplement un retour vers une partie de moi qui avait besoin d’exister également.

Comment est née la Fédération Tricolore de Toronto?

Avec plusieurs amis, nous avions constaté qu’il existait beaucoup de Français et de francophones dans la région, mais relativement peu d’occasions de se rassembler. Nous avons donc créé la Fédération Tricolore de Toronto afin d’organiser les célébrations du 14 juillet et de favoriser les rencontres au sein de la communauté.

Au départ, les moyens étaient modestes. Une connexion Internet, un projecteur, un écran improvisé et beaucoup de bonne volonté. Mais l’objectif n’a jamais changé : permettre aux gens de se rencontrer. Très vite, le football est devenu un formidable outil de rassemblement.

Bien avant les grands rassemblements de la Coupe du monde 2018, Olivier Debrégeas participait déjà à la création d’espaces de rencontre pour les Français de Toronto (ici en 2016). Photo : gracieuseté

Que représente pour vous la Coupe du monde 2018 vécue à Toronto?

C’est probablement l’un des plus beaux souvenirs de mon parcours communautaire. Tout est parti d’une discussion lors d’un concert du groupe IAM à Toronto. Nous avons commencé à imaginer des rassemblements pour regarder les matchs de l’équipe de France.

Au premier match, nous étions une dizaine. Puis les victoires se sont enchaînées. Les rassemblements ont grandi. Nous avons changé de salle plusieurs fois. Pour la finale, nous avons dû nous installer dans l’atrium de Ricarda’s. Près de 1000 personnes étaient présentes.

Quand je repense à cette journée, je ressens encore énormément d’émotion. Bien sûr, il y a la victoire de la France, mais il y a aussi tout ce que nous avons construit à Toronto pendant cette compétition. Nous sommes passés de quelques supporters à une véritable communauté.

Comment est née ensuite l’aventure du PSG (Paris Saint-Germain) Fan Club Toronto?

Le projet est né très naturellement. Avec Victor Reymond et Charles Cho, nous nous sommes aperçus que nous regardions tous les matchs du PSG chacun de notre côté, sur notre canapé. Nous avons fini par nous poser une question simple : pourquoi ne pas les regarder ensemble?

Nous avons commencé à organiser quelques rassemblements dans différents établissements de la ville. Puis un jour, alors que j’étais à New York pour le travail, je suis allé assister à un match avec le fan club local du PSG.

Une photo publiée sur les réseaux sociaux a attiré l’attention du Paris Saint-Germain lui-même. Le club nous a contactés pour nous dire qu’il ignorait l’existence d’un fan club à Toronto. Quelques mois plus tard, nous étions officiellement reconnus comme PSG Fan Club Toronto.

Comment expliquez-vous sa croissance au fil des années?

L’arrivée de joueurs comme Neymar, Messi ou Mbappé a évidemment contribué à accroître la visibilité du club, mais ce n’est qu’une partie de l’histoire.

Nous avons toujours voulu créer quelque chose qui dépasse le simple visionnement de matchs. Nous avons développé un programme de membres, organisé des activités de réseautage, lancé un club de course à pied et établi des partenariats avec d’autres organisations sportives. Nous avons également créé des liens avec des fan clubs du monde entier.

Aujourd’hui, nous essayons aussi de transmettre l’histoire du PSG aux nouvelles générations. Quand nous organisons des concours ou des quiz, il y a toujours quelques questions sur Raí, Ginola, Bernard Lama ou les débuts du club. Il est important de savoir d’où l’on vient.

Votre engagement vous a également amené vers l’ACFO Toronto. Pourquoi?

Parce qu’il est important de défendre la place du français à Toronto. Quand on vit ici, on réalise rapidement que le français est présent, mais qu’il faut constamment le faire vivre. Je voulais contribuer à cet effort.

Ce n’est pas un combat contre l’anglais. C’est un engagement pour le français. Je voulais participer à cette réflexion sur la place de notre langue dans l’espace public, dans les institutions, dans les services et dans la vie quotidienne.

Devenues sa marque de commerce au fil des années, les lunettes colorées d’Olivier Debrégeas lui valent aujourd’hui d’être reconnu aussi bien dans les événements communautaires que dans les rassemblements de supporters du PSG à Toronto. Photo : gracieuseté

Comment voyez-vous aujourd’hui la francophonie torontoise?

Je pense qu’elle a longtemps été très discrète. Pendant longtemps, elle a été un peu comme le bon élève qui ne veut pas déranger. Mais je trouve qu’elle a énormément progressé.

Il y a eu des victoires importantes. Plus de services en français, plus de visibilité, plus d’événements. Aujourd’hui, nous avons une place réelle dans cette ville.

Ce qui est essentiel, selon moi, c’est de comprendre qu’il n’existe pas plusieurs francophonies distinctes. Il n’y a pas la francophonie française, africaine, haïtienne ou franco-ontarienne. Il y a la francophonie. Nous devons travailler ensemble parce que c’est notre plus grande force.

Vous avez également fait un saut en politique consulaire cette année. Pourquoi?

Parce que le projet est venu me chercher. Je voulais mieux comprendre comment fonctionnait la représentation des Français de l’étranger et voir comment je pouvais contribuer différemment à la communauté.

Cette expérience m’a permis de découvrir un autre aspect de l’engagement citoyen. J’ai mieux compris les enjeux vécus par les Français établis à l’étranger et l’importance de maintenir un lien fort avec eux. Je n’ai jamais eu l’ambition de faire carrière en politique, mais je crois qu’il est important de participer à la vie démocratique lorsqu’on en a l’occasion.

Vos lunettes sont devenues votre marque de commerce. D’où vient cette idée?

(Rires.) C’est complètement involontaire.

Après plusieurs années dans le secteur des technologies, j’ai travaillé pour Carl Zeiss, une entreprise spécialisée notamment dans l’optique. J’ai découvert un univers fascinant et j’ai commencé à m’intéresser davantage aux lunettes.

À un moment donné, j’ai décidé d’abandonner les montures classiques et d’essayer quelque chose de plus original. Petit à petit, les lunettes sont devenues plus colorées, plus visibles.

Et les gens ont commencé à me reconnaître grâce à elles. Aujourd’hui encore, certaines personnes me disent qu’elles m’ont identifié avant tout grâce à mes lunettes. C’est devenu une signature complètement inattendue.

Si le public connaît surtout le rassembleur derrière la Fédération Tricolore et le PSG Fan Club Toronto, Olivier Debrégeas rappelle que sa première équipe demeure sa famille. Photo : gracieuseté

De quoi êtes-vous le plus fier aujourd’hui?

Sans hésiter, ma famille. Toutes ces activités demandent énormément de temps. Derrière chaque projet, chaque événement et chaque engagement, il y a aussi une épouse, des enfants et des proches qui acceptent de partager ce temps. Ma plus grande fierté, c’est d’avoir réussi à rester un père et un mari présent malgré tous ces engagements.

Ensuite, si je regarde tout ce qui a été réalisé à Toronto, je crois que ce qui me rend le plus heureux, ce sont les rencontres. Des gens qui se sont connus lors d’un événement du PSG Fan Club. Des amitiés qui sont nées à la Fédération Tricolore. Des personnes qui se sont rencontrées grâce à une passion commune.

Au fond, si j’ai contribué à créer ces liens-là, alors j’ai réussi quelque chose.

17 juin 1977 : naissance à Paris.

Août 2009 : première expatriation familiale à Madrid.

28 décembre 2010 : installation à Montréal.

1er juillet 2015 : arrivée à Toronto.

Mars 2018 : lancement du projet Bastille Day 2018 avec la Fédération Tricolore de Toronto.

Quand les aînés nous quittent, que deviennent les esprits qu’ils portaient?

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Partout au Canada, de nombreuses familles font face à une question difficile : que faisons-nous des choses que les gens laissent derrière eux? À mesure que la génération des baby-boomers vieillit, des maisons sont vidées. Des sous-sols, des garages et des chambres d’amis sont triés. Certains objets sont vendus dans des ventes de succession. D’autres sont transmis aux enfants et aux petits-enfants. Certains sont envoyés aux enchères. D’autres, malheureusement, finissent dans un dépotoir.


Les Canadiens parlent souvent de ce phénomène comme d’un transfert de richesse. Mais c’est
aussi un transfert de mémoire. Un transfert de responsabilité. Pour les peuples autochtones, cette question peut être encore plus complexe. Parce que tout ce qu’un aîné laisse derrière lui n’est pas simplement une possession.

Certaines choses portent un esprit. J’y pense de plus en plus. Au fil des années, j’ai reçu de nombreux objets en cadeau : une ceinture fléchée, des plumes, des tambours, des médecines, des objets faits à la main, des objets portés par d’autres avant moi. Certains sont beaux. Certains sont simples. Certains sont anciens. Certains sont puissants. Ils n’ont pas de valeur parce qu’ils pourraient être vendus. Ils ont de la valeur parce qu’ils ont été donnés d’une bonne manière et parce qu’ils portent un esprit.

Dans plusieurs enseignements autochtones, la vie est comprise à travers des étapes. Dans la direction de l’Est, nous pensons aux enfants et aux générations futures, à la nouvelle lumière qui entre dans le monde. Dans la direction du Sud se trouvent les jeunes adultes, qui grandissent en force et en responsabilité. À l’Ouest se trouvent les adultes et les personnes d’âge mûr, qui portent les familles, le travail et la communauté. Au Nord se trouvent les aînés, ceux qui portent la sagesse, la mémoire et l’expérience, et qui se préparent peut-être à leur passage vers le monde des esprits.

Aujourd’hui, plusieurs aînés ont passé une vie entière à renouer avec la culture, la langue, les cérémonies et les traditions que le colonialisme a tenté de détruire. Certains sont devenus porteurs de pipe. Certains ont porté des tambours. Certains ont pris soin de plumes d’aigle, de paquets sacrés, de hochets, de médecines, de chants et de récits. Certains ont fabriqué des habits cérémoniels, des perles, des sculptures, des peintures ou des objets de cérémonie. Ces choses n’ont pas été faites seulement pour décorer une maison. Elles faisaient partie d’une relation.

Mais que se passe-t-il lorsque cet aîné nous quitte?

Que devient la pipe? Qui porte le tambour? Qui prend soin des plumes d’aigle? Qui comprend la responsabilité? Ce ne sont pas de petites questions. Une pipe n’est pas un objet de collection. Un tambour n’est pas simplement une antiquité. Une ceinture fléchée métisse, offerte avec amour et avec une histoire, n’est pas seulement un morceau de tissu. Les plumes d’aigle ne sont pas des décorations.

Dans plusieurs traditions, ce sont des responsabilités vivantes. Elles ont accompagné des prières. Elles ont entendu des chants. Elles ont été présentes dans le deuil, la guérison, la naissance, la mort, le pardon et les cérémonies.

J’ai déjà entendu parler d’un aîné qui est décédé sans avoir d’enfants. Ses biens devaient être donnés comme de simples objets ménagers. Pourtant, parmi ces objets, il y avait des plumes d’aigle, un tambour et une pipe. Quelqu’un aurait facilement pu les mettre dans une boîte, les envoyer à un magasin d’occasion et croire qu’il n’avait rien fait de mal.

Mais pour ceux qui comprennent, cela n’aurait pas été suffisant.

Un tambour peut devoir être nourri par une cérémonie. Une pipe peut devoir être transférée selon un protocole cérémoniel. Des plumes peuvent devoir être données à la bonne personne, d’une bonne manière. Le protocole exact varie d’une nation à l’autre, d’une famille à l’autre, d’un enseignement à l’autre. Mais la responsabilité plus large demeure : les choses sacrées exigent des soins sacrés.

Ce n’est pas seulement un problème familial. C’est un problème communautaire. C’est aussi une question que les aînés eux-mêmes doivent affronter. Dans nos cultures, les aînés sont respectés. Ils ont beaucoup donné. Ils ont porté des récits, des chants, des enseignements et des fardeaux que beaucoup d’entre nous ne comprendront jamais entièrement. Mais le respect n’enlève pas la responsabilité. Si un aîné porte des objets cérémoniels, il devrait aussi réfléchir à ce qui arrivera à ces objets lorsqu’il ne sera plus ici.

Cette conversation peut être difficile. Les familles évitent souvent de parler de la mort. Nous nous disons qu’il y aura du temps plus tard. Mais plus tard arrive rapidement. Je pense au grand-père William Commanda, l’aîné algonquin respecté et leader spirituel de Kitigan Zibi. Il portait des ceintures wampum sacrées liées à l’histoire, aux prophéties, aux traités et aux relations entre les peuples. En vieillissant, il comprenait que ce qu’il portait ne lui appartenait pas simplement. Cela appartenait à quelque chose de plus grand. Cela devait continuer au-delà de lui.

Voilà l’enseignement.

Nos vies ne sont pas seulement faites de ce que nous accumulons. Elles sont faites de ce que nous portons, de ce que nous protégeons et de ce que nous transmettons.

Alors, peut-être que chaque famille doit commencer à se poser ces questions maintenant. Les grands-parents devraient parler avec leurs enfants et leurs petits-enfants. Les aînés devraient parler avec des ersonnes de confiance dans la communauté. Les familles devraient écrire certaines choses. Qui devrait recevoir le tambour? Qui comprend la pipe? Quelle loge, quel aîné, quel gardien du savoir ou quelle communauté devrait être contacté? Qu’est-ce qui ne devrait jamais être vendu? Qu’est-ce qui doit être rendu, enterré, brûlé, nourri par une cérémonie ou transféré?

Nous disons aux gens de préparer un testament pour leur succession. Peut-être devons-nous aussi nous préparer pour le monde des esprits.

Pas seulement avec un document juridique, mais avec des enseignements. Une conversation. Une cérémonie. Une liste de noms. Un plan fait d’une bonne manière.

Ces conversations ne sont pas morbides. Ce sont des gestes d’amour. Elles protègent les familles contre la confusion. Elles protègent les objets sacrés contre le manque de respect. Elles protègent les esprits qui ont aidé à guider nos aînés tout au long de leur vie.

Au fond, la mort ne demande pas seulement ce que nous laissons derrière nous. Elle demande si nous avons préparé les vivants à prendre soin de ce qui comptait le plus.

Une maison peut être vidée en une fin de semaine. Une responsabilité spirituelle portée toute une vie ne le peut pas. Nous devons parler de cela avant que les boîtes soient faites.

Le tambour avait un esprit,
Seul chez Value Village.
Avec qui as-tu vécu? Qui as-tu aimé?
Esprit errant, sans foyer, cherchant le retour.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Le lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick doit être bilingue, tranche la Cour suprême

OTTAWA — La Cour suprême du Canada a tranché : la personne occupant le poste de lieutenant-gouverneur au Nouveau-Brunswick se doit de parler français et anglais. C’est ce qu’on peut lire dans le jugement rendu vendredi matin.

Le plus haut tribunal au pays donne ainsi raison à la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), qui contestait une nomination effectuée par l’ancien premier ministre Justin Trudeau. En 2019, le gouvernement de Justin Trudeau a nommé Brenda Murphy comme lieutenante-gouverneure dans la province. Cette dernière ne parlait pas français et n’est pas devenue bilingue durant son mandat qui a pris fin en 2025.

Six des neuf juges ont penché en faveur de la SANB, contre trois dissidents, le juge en chef Richard Wagner ayant écrit la décision pour les six juges en faveur.

« La nomination d’un lieutenant-gouverneur au Nouveau-Brunswick n’ayant pas la capacité de comprendre les deux langues officielles et de communiquer dans celles-ci dans l’exercice de ses fonctions enfreint le paragraphe 16(2) de la Charte », écrit le juge Wagner au nom de la majorité.

Ces derniers soutiennent que, comme le Nouveau-Brunswick a un statut bilingue où les deux langues officielles ont un statut d’égalité, « son caractère unique doit être pris en compte ».

« Cette égalité ne saurait être préservée lorsque le poste de lieutenant-gouverneur de la province, institution unipersonnelle et hautement symbolique, est occupé par une personne unilingue, situation qui confère nécessairement une prépondérance à la langue majoritaire, l’anglais », soutient la majorité dans le jugement.

Même si la nomination est inconstitutionnelle, la Cour suprême déclare qu’il ne s’agit que d’une déclaration juridique et que « ni le décret de nomination ni les actes de la lieutenante-gouverneure Murphy ne sont invalidés par la présente décision ».

Lors des audiences devant la Cour suprême, le procureur général du Canada avait défendu l’idée que la personne occupant le poste ne devait pas avoir d’obligation constitutionnelle de parler les deux langues officielles. Ottawa soutenait qu’il fallait faire une distinction, d’une part, entre la personne de la lieutenante-gouverneure et ses fonctions, et, d’autre part, l’obligation de bilinguisme imposée à l’institution.

Le verdict de la Cour suprême répond plutôt que si une institution est unipersonnelle avec des fonctions non délégables, « l’égalité de statut ne peut être réalisée dans l’institution sans que cette personne soit capable de comprendre chacune des deux langues officielles et de s’exprimer dans celles-ci ».

« C’est une énorme victoire pour nous. Nous sommes au septième ciel aujourd’hui », soutient la présidente de la SANB, Nicole Arseneau Sluyter, au bout du fil.

Nicole Arseneau-Sluyter est la présidente de la SANB. Photo : Gracieuseté SANB.
Nicole Arseneau-Sluyter est la présidente de la SANB. Photo : Gracieuseté SANB.

Cette dernière considère le jugement comme « une énorme avancée » pour la communauté acadienne, soulignant notamment que les juges sont remontés jusqu’à la déportation des Acadiens au 18e siècle dans les motifs de leur jugement.

« Nous, à la SANB, ça fait 53 ans qu’on défend nos droits. Et puis on n’a pas toujours gagné les batailles, mais aujourd’hui on est vraiment, vraiment satisfaits, on est vraiment contents. Et on ne va jamais arrêter de défendre les droits des Acadiens », souligne la Néo-Brunswickoise avec fierté quelques heures après le jugement.

Les juges Côté, Martin, Kasirer, O’Bonsawin et Moreau ont penché en faveur de la SANB, alors que le juge Rowe a écrit l’opinion discordante avec les juges Karakatsanis et Jamal.

En 2022, la Cour du Banc du Roi du Nouveau-Brunswick avait statué que la nomination était inconstitutionnelle, car elle contrevenait aux obligations linguistiques du fédéral. À la suite d’un appel logé par Ottawa, la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick a infirmé le jugement initial en mai 2024.

Le cabinet du ministre de la Justice, Sean Fraser, et celui du ministre des Langues officielles, Marc Miller, nous ont chacun indiqué qu’ils ne feraient aucun commentaire face à la décision.

Applicable au premier ministre et au gouverneur général du Canada?

Les trois juges dissidents sont plutôt d’avis que la nomination de Brenda Murphy était conforme et qu’aucun des articles de la Charte n’impose que la lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick soit personnellement bilingue. Ils signalent que les nominations gouvernementales doivent « relever de la branche exécutive et non des tribunaux ».

« Une telle approche reviendrait à modifier la Constitution sous prétexte de l’interpréter. Il ne faut pas confondre des impératifs constitutionnels avec des considérations d’ordre politique et de politique publique », soutient le groupe de trois juges.

Selon eux, la décision rendue par leurs six autres collègues pourrait avoir « de vastes implications » et étendre l’exigence de bilinguisme à d’autres titulaires de charge publique comme le premier ministre, les ministres et la gouverneure générale du Canada, tout comme le premier ministre et les ministres du Nouveau-Brunswick, écrivent-ils.

« Cela pourrait entrer en conflit avec les conventions relatives au gouvernement responsable et compromettre ainsi la structure de la démocratie parlementaire et la légitimité démocratique du gouvernement », craignent-ils.

Concernant le premier ministre du Canada, la décision de la majorité juge plutôt qu’il s’agit d’un cas différent, car il s’agit du résultat d’un exercice démocratique, alors que « le choix d’un lieutenant-gouverneur repose sur l’exercice d’un pouvoir discrétionnaire ». Concernant la nomination d’un gouverneur général du Canada bilingue, la décision édicte que « cette question n’a pas à être résolue dans le cadre du présent dossier ».

« L’opération d’interprétation que nous avons effectuée dans les présents motifs est ancrée dans le contexte spécifique de l’historique de la protection des droits linguistiques au Nouveau-Brunswick et n’est pas nécessairement transposable dans l’interprétation des dispositions concernant les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada », peut-on lire.

Un dossier visant à contester la nomination de l’ancienne gouverneure générale du Canada, Mary Simon, ne parlant pas français, est présentement devant la Cour supérieure du Québec. En juillet 2024, le fédéral a vu sa requête de mettre fin aux procédures rejetée, alors qu’il plaidait que les demandeurs ne possédaient pas l’intérêt pour agir nécessaire.

Pour l’instant, aucune conclusion n’a été rendue dans cette affaire qui demeure pendante entre le fédéral et Droits collectifs Québec, Justice pour le Québec et l’Association de défense des droits individuels et collectifs du Québec.

Le fédéral avait nommé l’Acadienne Louise Imbeault au poste de lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick en remplacement de Brenda Murphy en 2025.

Rectificatif  : Une précédente version du texte indiquait que la nomination était considérée comme « illégale ». La Cour n’invalide pas directement le décret de nomination de Brenda Murphy en 2019, mais déclare plutôt que la nomination d’une personne qui n’étant pas bilingue à ce poste est inconstitutionnelle.

Le 51e FFO s’ouvre sous le signe de l’humour, de la musique et de la résilience

OTTAWA – Malgré une semaine marquée par la controverse sur son partenariat avec Alto, le Festival franco-ontarien (FFO) a lancé jeudi sa 51e édition devant un public nombreux. Entre humour, musique et diversité culturelle, l’événement entend rassembler toutes les générations de francophones. 

Le public, la météo et la musique. Tout était au rendez-vous jeudi soir pour l’ouverture du FFO, qui donne traditionnellement le coup d’envoi à la saison estivale des festivals à Ottawa.

« La météo est de notre côté, le site est bien rempli et nous avons une programmation dont nous sommes très fiers », a déclaré à ONFR José Bertrand, directeur général du festival, quelques heures après l’annonce de la fin du partenariat entre le FFO et Alto.

Malgré une semaine marquée par la polémique, le directeur général se veut confiant.

« C’est certain que ça a eu un impact, mais nous allons nous en relever. Nous allons en sortir plus forts et plus grands. Le Festival franco-ontarien est là depuis plus de 50 ans et nous voulons qu’il soit encore là dans 50 ans », affirme-t-il.

« On a passé la semaine à gérer autre chose que le festival. Maintenant, il faut revenir à l’essentiel », affirme José Bertrand, directeur général du FFO. Photo : Amine Harmach/ONFR

C’est donc sous le signe de l’humour, de la musique et de la résilience que s’est amorcée cette 51e édition avec la prestation du groupe franco-ontarien Improtéine.

Pour l’occasion, la troupe, forte de plus de 20 ans de carrière, a présenté un spectacle entièrement improvisé et chanté, conçu spécialement pour le festival.

Ils ont fait chanter et danser des centaines de festivaliers sur des refrains inventés quelques secondes plus tôt.

La soirée s’est poursuivie avec le groupe québécois Bleu Jeans Bleu, tête d’affiche de cette première journée.

La formation, qui poursuit sa tournée Record Nº5, a offert une prestation énergique ponctuée d’humour et de nombreux clins d’œil musicaux.

Les festivaliers ont repris en chœur plusieurs succès du groupe, notamment Coton ouaté, tandis que les musiciens s’amusaient à intégrer à leur spectacle des extraits de chansons ayant marqué leur parcours, des Eagles à Bob Marley en passant par les Cranberries.

« Une francophonie vivante, diverse et rassembleuse »

Pour la deuxième soirée, la chanteuse d’origine congolaise Joyce N’Sana, qui revient tout juste du Marché des arts du spectacle d’Afrique (MASA) en Côte d’Ivoire où elle représentait le Canada, promet un spectacle empreint d’énergie et de chaleur.

À travers ses chansons, Joyce N’Sana aborde notamment la place des femmes et la richesse de la diversité culturelle. Photo : Gracieuseté

L’artiste, qui chante notamment en français, en lingala, en kituba et en kikongo, estime que son spectacle reflète « une francophonie vivante, diverse et rassembleuse ».

La soirée de vendredi accueillera également LGS. Après plus de 25 ans de carrière et plus de 1000 spectacles à travers le pays, la formation franco-ontarienne demeure l’une des références du folklore festif revisité à la sauce pop et électro.

Le public pourra aussi découvrir Jupiter & Okwess, mené par le charismatique Jupiter Bokondji, figure emblématique de Kinshasa surnommée le « Général Rebelle », dont la musique marie sonorités congolaises, rock, funk et soul.

Une vitrine pour la relève

Le Festival franco-ontarien réserve aussi une place importante aux artistes émergents.

À travers son album Revenir, Geneviève RB propose une réflexion sur le rapport à soi, l’affirmation personnelle et l’importance des liens humains. Photo : Gracieuseté

Au Café communal, situé au cœur du parc Major’s Hill, la Franco-Ontarienne Geneviève RB présentera vendredi à 18 h 30 son nouvel album Revenir.

« Cette idée est au cœur de chacune des chansons. Pour moi, revenir ne signifie pas retourner en arrière, mais plutôt se retrouver, se choisir et revenir à soi-même », explique l’artiste.

« Mon objectif n’est pas seulement de présenter des chansons, mais de créer un véritable moment de partage avec le public », ajoute celle qui décrit son projet comme de la pop francophone.

Une matinée gratuite pour les familles

Le festival se poursuivra samedi avec sa traditionnelle matinée familiale gratuite.

De 10 h à 13 h, le site accueillera jeux, animations et activités destinés aux enfants et à leurs proches.

« Cette activité est entièrement gratuite afin de rendre le festival le plus accessible et inclusif possible », souligne Sophie Bernier, programmatrice du festival.

La 51e édition du Festival franco-ontarien se conclura samedi soir avec les prestations du Franco-Ontarien d’origine congolaise Kimya et du chanteur québécois Jay Scøtt.

Une programmation qui reflète les objectifs que s’est fixés le festival en matière de diversité et de rassemblement intergénérationnel.

« C’est un long processus qui commence dès l’automne précédent et qui s’échelonne sur environ six mois », explique Sophie Bernier, programmatrice du festival.

FIFA 2026 : Jonathan David, Franco-Ontarien au cœur des ambitions canadiennes

TORONTO – À l’heure où le Canada fait son entrée en lice à la Coupe du monde à domicile face à la Bosnie-Herzégovine, Jonathan David demeure la principale arme offensive de la sélection nationale. Meilleur buteur de l’histoire du pays, le Franco-Ontarien portera une grande partie des ambitions canadiennes lors du tournoi.

Lorsque le Canada disputera son premier match de la Coupe du monde face à la Bosnie-Herzégovine, une grande partie des espoirs du pays reposera sur les épaules de Jonathan David.

À 26 ans, le Canadien de la Juventus de Turin est devenu bien plus qu’un simple attaquant. Meilleur buteur de l’histoire de la sélection, il est aujourd’hui l’un des visages du soccer canadien et l’un des principaux artisans de l’ascension de l’équipe nationale au cours des dernières années.

Aux côtés de Cyle Larin, avec qui il forme depuis longtemps l’un des duos offensifs les plus redoutables de la CONCACAF, David représente la principale menace offensive du Canada. Capable d’évoluer comme attaquant de pointe tout en décrochant entre les lignes pour participer à la construction du jeu, il occupe un rôle hybride de « 9 et demi » qui le rend indispensable au système de Jesse Marsch.

Mais au-delà de son importance sportive, Jonathan David représente également une immense fierté pour la communauté franco-ontarienne. Formé à l’école secondaire publique Louis-Riel d’Ottawa, il est aujourd’hui le seul Franco-Ontarien au sein de l’effectif canadien qui dispute la Coupe du monde.

« Je pense que c’est un grand honneur pour les Franco-Ontariens d’avoir Jonathan comme ambassadeur », affirme son ancien entraîneur à Louis-Riel, Joé Fournier.

Joé Fournier, directeur des programmes de soccer de l’école secondaire publique Louis-Riel
Joé Fournier est à l’origine du programme de soccer de l’école secondaire publique Louis-Riel d’Ottawa. Il a formé notamment Jonathan David et Vanessa Gilles. Photo : gracieuseté

Un modèle pour toute une génération

Même s’il ne recherche pas particulièrement ce statut, l’attaquant de la Juventus inspire déjà de nombreux jeunes francophones de la province. Joé Fournier en a eu une démonstration concrète cette semaine lors d’un entraînement de l’équipe canadienne.

« J’ai un ancien élève qui joue pour l’académie du Toronto FC. Il est allé voir l’entraînement du Canada cette semaine et il a interpellé Jonathan en français en lui disant qu’il venait de Louis-Riel. Jonathan lui a donné son chandail autographié. C’est une petite connexion, mais elle est très grande pour nos jeunes. »

Pour l’école ottavienne, voir l’un de ses anciens élèves devenir le visage de la sélection canadienne demeure une source de fierté immense.

« C’est un honneur et un privilège d’avoir eu la chance de travailler avec lui », souligne Fournier.

L’ancien entraîneur rappelle d’ailleurs que Louis-Riel a également vu passer Vanessa Gilles, autre figure majeure du soccer canadien.

« On parle de deux Franco-Ontariens qui ont été les meilleurs joueurs canadiens chez les hommes et chez les femmes, qui jouent pour la Juventus et le Bayern Munich, qui viennent de la même école et du même programme. Les chances que ça arrive sont tellement minimes que c’est difficile à comparer à quelque chose. Peut-être une éclipse de lune… », confie le technicien avec le sourire.

Un talent porté par une mentalité exemplaire

Si Jonathan David est aujourd’hui reconnu parmi les meilleurs attaquants canadiens de tous les temps, son ancien entraîneur estime que son succès repose autant sur son attitude que sur son talent. Ce qui frappait déjà les entraîneurs à l’époque n’était pas seulement sa qualité technique.

« Ce qui ressortait de Jonathan, c’était qu’il était toujours parmi les meilleurs à chaque séance. Les caractéristiques d’un grand champion, c’est beaucoup plus que marquer des buts. »

« Son attitude était extrêmement positive. Il avait une passion indéniable et une volonté constante d’apprendre, de grandir et de devenir meilleur à chaque entraînement. »

Toujours sérieux et concentré à l’entraînement : c’est la marque de fabrique de Jonathan David. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Une année compliquée derrière lui

Son talent et son état d’esprit lui ont permis de rejoindre l’Europe, une chose très rare pour un joueur canadien à cette époque.

Après avoir brillé avec La Gantoise en Belgique puis Lille, où il a remporté le championnat de France et multiplié les saisons à plus de 25 buts, David a rejoint la Juventus de Turin avec l’ambition de franchir un nouveau palier.

Lors de sa présentation officielle, il affichait une confiance intacte.

« C’est une grande émotion pour moi d’être dans un club comme la Juventus », déclarait-il. « Je pense pouvoir encore marquer 25 buts cette saison. Bien sûr, je sais que la Serie A est plus tactique et plus défensive, mais je suis prêt à relever le défi. Je veux progresser et devenir l’un des meilleurs buteurs au monde. »

La réalité s’est toutefois révélée plus compliquée. Auteur de six buts toutes compétitions confondues, dont quatre en Serie A, le Franco-Ontarien a connu sa saison la moins productive depuis son arrivée en Europe. Un rendement bien loin des standards qu’il avait établis à Lille.

Une situation qui ne surprend pas forcément Joé Fournier.

« Je compare sa dernière saison un peu à ses débuts avec Lille, explique-t-il. Quand un joueur arrive dans un nouveau système, avec un nouvel entraîneur, dans une nouvelle ligue, un nouveau pays et une nouvelle langue, il y a énormément de choses que les gens ne voient pas. »

Malgré tout, il demeure convaincu que son ancien protégé retrouvera rapidement son meilleur niveau.

« Je suis confiant qu’il va y parvenir. J’ai espoir que les choses vont se replacer pour lui. »

Joé Fournier (à droite) lors de la remise des diplômes de Jonathan David. Photo : Gracieuseté

Le Canada a besoin du meilleur Jonathan David

Depuis plusieurs années, l’Ottavien est au cœur de tous les succès de la sélection nationale, des qualifications pour la Coupe du monde 2022 jusqu’au parcours historique à la Copa América.

Son association avec Cyle Larin demeure l’un des principaux atouts offensifs du Canada. Alors que Larin agit souvent comme point d’appui et présence physique dans la surface adverse, David se distingue par sa mobilité, ses déplacements entre les lignes et sa capacité à créer des espaces pour ses coéquipiers.

Pour Joé Fournier, le Canada n’a pas besoin d’un Jonathan David qui tente de porter l’équipe à lui seul.

« Il a simplement besoin d’être lui-même. Si Jonathan essaie d’en faire trop ou si on lui demande d’en faire plus que son rôle, je crois que c’est là que l’équipe peut perdre les bénéfices de ses qualités. »

Pour son ancien entraîneur, cette Coupe du monde pourrait même permettre au Franco-Ontarien de tourner définitivement la page sur sa saison plus difficile en club.

« Je pense que ça va être son moment. On va voir le meilleur Jonathan. »

Une Coupe du monde à la maison

L’événement possède également une signification très personnelle pour l’attaquant canadien. L’idée de disputer un Mondial devant sa famille, ses amis et les partisans canadiens lui tient particulièrement à cœur.

« Ça va être spécial d’avoir mon père sur place, confiait-il récemment à TVA. De pouvoir me regarder jouer dans une Coupe du monde, ça va être extraordinaire pour lui et c’est aussi très spécial pour moi de vivre ça. Ce sont des moments qu’on va partager ensemble. »

À quelques heures de l’entrée en lice du Canada, Jonathan David ne sera pas simplement l’attaquant vedette de l’équipe nationale. Pour le Canada, il représente l’espoir de franchir un nouveau cap devant son public. Pour les Franco-Ontariens, il est aussi la preuve qu’un rêve né sur les terrains d’Ottawa peut mener jusqu’aux plus grandes scènes du football mondial.

La Coupe du monde au Canada : un prix d’entrée à 82 millions de dollars par match joué au pays

Alors que le Canada s’apprête à disputer ce soir le premier match de la Coupe du monde de la FIFA en sol canadien, contre la Bosnie-Herzégovine à Toronto, chaque coup de sifflet aura un prix direct pour les contribuables. Une étude du Directeur parlementaire du budget révèle que l’accueil du tournoi se traduira par une moyenne de 82 millions de dollars par match joué au pays.

Tous ordres de gouvernement confondus, les dépenses canadiennes pour la Coupe du monde masculine de la FIFA 2026 devraient s’élever à 1,06 milliard de dollars, dont 473 millions proviendront du fédéral, le solde étant assumé par les autres ordres de gouvernement (municipaux et provinciaux).

À Toronto, où seront jouées six parties, les coûts prévus sont de 380 millions de dollars, dont 149 millions provenaient directement du fédéral et 231 millions de la ville elle-même. À Vancouver, qui accueillera un match de plus que la Ville Reine, la facture monte à 578 millions de dollars. Par exemple, près de 128 millions de dollars de l’aide financière ont servi à améliorer les stades et les terrains à Vancouver et Toronto. Dans la métropole ontarienne, dans le but d’accroître la capacité d’accueil du Stade de Toronto (BMO Field), des gradins additionnels ont été installés, permettant ainsi d’ajouter plus de 17 000 places.

Le Directeur parlementaire du budget (DPB) fournit au Parlement des analyses économiques et financières au niveau fédéral de manière neutre et impartiale. L’analyse de ce dernier prévient toutefois qu’il est « possible que ces estimations soient appelées à changer à la suite d’annonces budgétaires futures ».

« La présente analyse suppose qu’il n’y a pas d’augmentation globale des coûts au niveau local par rapport aux montants figurant dans les budgets les plus récents disponibles en date d’avril 2026 », explique le DPB.

Parmi les ministères fédéraux qui dépensent le plus, on compte Patrimoine canadien (220 millions) principalement pour des transferts de fonds vers divers ministères. Ensuite, il s’agit de Sécurité publique Canada et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui s’approprient une part importante avec respectivement 149 et 79 millions de dollars.

Sécurité publique Canada, dans une réponse adressée au député conservateur Vincent Neil Ho, précise que l’essentiel des dépenses sera alloué aux rémunérations et aux heures supplémentaires. Ces fonds couvriront également la formation du personnel temporaire ainsi que les frais de déplacement des agents déployés en renfort pour gérer l’important afflux de visiteurs.

La majeure partie de ces dépenses en capital est destinée à l’amélioration des stades et à la création de sites d’entraînement de la FIFA.

82 millions de dollars par partie

L’étude réalisée par le DPB conclut qu’il en coûtera près de 82 millions de dollars par partie au Canada pour les contribuables, alors que le pays sera l’hôte de 13 parties regroupant près d’une dizaine de pays, tels que la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Belgique, la Suisse, etc.

Le directeur parlementaire du budget estime qu’une fois convertis en dollars américains, « les coûts du Canada sont globalement comparables à ceux observés par match lors des tournois précédents ».

Crédit image : Capture d’écran du Directeur parlementaire du budget.

La Coupe du monde a débuté le 11 juin et se terminera le 19 juillet. Elle aura lieu, en plus du Canada, au Mexique et aux États-Unis dans 16 villes différentes. Ce sont 48 pays et 106 matchs qui se dérouleront au cours du prochain mois.

Le Festival franco-ontarien met fin à son partenariat avec Alto

OTTAWA – À quelques heures de l’ouverture de sa 51e édition, le Festival franco-ontarien (FFO) a annoncé mettre fin au partenariat conclu avec Alto, le promoteur du projet de train à grande vitesse reliant Toronto, Ottawa, Montréal et Québec. La décision survient après plusieurs jours de critiques et de mobilisation de citoyens opposés au projet.

Dans un communiqué publié jeudi, le FFO indique avoir convenu avec Alto de mettre un terme à leur collaboration à la suite de discussions menées au cours des derniers jours.

« Cette décision a été prise dans un esprit de respect mutuel et de dialogue constructif », écrivent les deux organisations.

Le Festival souligne que les échanges entourant cette commandite ont connu « une importante escalade » au cours des 48 dernières heures, tant sur le terrain que dans les médias et sur les réseaux sociaux.

« Devant cette situation, le Festival et Alto ont convenu qu’il était préférable de mettre fin à leur collaboration afin d’éviter que ce débat ne prenne davantage de place durant l’événement », précise le communiqué.

L’annonce survient après une vague de critiques provenant notamment de citoyens et de propriétaires fonciers de l’Est ontarien qui s’opposent au tracé envisagé du futur train à grande vitesse.

Le directeur général du Festival, José Bertrand, affirme que l’organisation souhaite désormais recentrer l’attention sur la mission de l’événement.

« Notre priorité demeure de faire du Festival franco-ontarien un espace accueillant, inclusif et rassembleur. Nous avons entendu les préoccupations exprimées par la communauté et nous croyons que cette décision permettra de recentrer l’attention sur ce qui nous unit : la culture francophone et le plaisir d’être ensemble », a-t-il déclaré.

Le FFO poursuit ses préparatifs en vue de l’ouverture du festival et invite le public à participer aux festivités « dans un esprit de rassemblement, de dialogue et de convivialité ».

FIFA 2026 : les communautés francophones de l’Ontario s’organisent

Face au prix élevé des billets et à l’absence de plusieurs sélections francophones au stade de Toronto, les communautés se mobilisent partout en Ontario pour vivre la Coupe du monde autrement. Zones de rassemblement, soirées de visionnement, restaurants et événements culturels permettront aux supporters de se rassembler pour encourager leurs équipes nationales tout au long du tournoi. Tour d’horizon non exhaustif des principaux rendez-vous recensés par ONFR.

La Coupe du monde 2026 se jouera en partie à Toronto, mais pour de nombreux amateurs de ballon rond, assister aux matchs demeure hors de portée. Entre les billets difficiles à obtenir et les prix parfois prohibitifs sur le marché de la revente, plusieurs communautés francophones ont choisi de recréer l’ambiance du Mondial à leur façon.

De Toronto à Sudbury, en passant par Ottawa et Gatineau, organismes communautaires, associations culturelles et groupes de supporters organisent ainsi des dizaines de rassemblements pour suivre les performances des équipes francophones qualifiées.

Les communautés européennes au rendez-vous à Toronto

Les supporters français pourront se retrouver à la Maison des Bleus à Toronto, installée chez Ricarda’s, sur Peter Street, où seront diffusés notamment les matchs contre le Sénégal, l’Irak et la Norvège.

Du côté belge, le TO.BE Belgian Social Club accueillera les amateurs des Diables rouges au Crafty Coyote, dans le centre-ville, pour suivre les rencontres de la phase de groupes dans une ambiance typiquement belge.

La communauté suisse sera également de la partie. Le Swiss Club Toronto a prévu plusieurs soirées de visionnement à travers la ville, notamment au Stout Irish Pub, au Fox & Fiddle Danforth et à l’Union Social Eatery afin d’accompagner le parcours de la Nati pendant la compétition.

Les communautés africaines multiplient les rassemblements

Les Ivoiriens prévoient plusieurs rassemblements dans des lieux déjà connus de la communauté, notamment au restaurant Instant du Palais, au Plato ainsi qu’au sein d’une zone de rassemblement annoncée à Milton.

Les supporters algériens sont invités à se retrouver à Nathan Phillips Square pour encourager les Fennecs, tandis que la communauté congolaise attend ses partisans pour un rassemblement le 17 juin au Queen Victoria pub à Scarborough à l’occasion de la rencontre face au Portugal. Les partisans de la RDC pourraient également converger vers l’Africa Village de Downsview Park, qui accueillera différents rassemblements consacrés aux nations africaines qualifiées.

Les Marocains seront également au rendez-vous. Dans la région d’Ottawa-Gatineau, le restaurant Sachis de Richmond accueillera notamment un rassemblement pour le match Brésil-Maroc. L’établissement prévoit diffuser la rencontre sur écran géant dans une ambiance festive ouverte aux supporters marocains, mais aussi à tous les amateurs de soccer de la région. Du côté de la région du Grand Toronto, la communauté devrait de nouveau se regrouper au restaurant Sahara à Mississauga.

Enfin, les partisans tunisiens sont quant à eux attendus au Best Western de Gatineau pour le match Tunisie-Suède, dans une ambiance familiale comprenant restauration, animations et activités pour les enfants.

Les Lions de la Teranga mobilisent leurs supporters

Les Sénégalais font partie des plus actifs. Ils organiseront notamment « Toronto au rythme du Sénégal », un événement festif combinant espace de rassemblement, spectacles, gastronomie et animations culturelles à l’occasion du match Sénégal-Irak. Au programme : grand sabar, défilé de mode, artistes invités et célébration de la culture sénégalaise.

Le restaurant PendAfrica, sur Oakwood Avenue, demeurera également un lieu de rassemblement incontournable. Déjà très fréquenté lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations, l’établissement prévoit diffuser l’ensemble des matchs du Mondial et accueillir des supporters venus de plusieurs pays africains.

Dans la région de la capitale nationale, une zone de rassemblement accompagnée d’un concert d’Élage Diouf est également prévue à Gatineau pour le match France-Sénégal, permettant aux partisans des Lions de la Teranga de vivre ensemble l’entrée en lice de leur sélection.

Certains fans sénégalais de l’Ontario plus chanceux pourraient assister à la rencontre au stade. Selon les informations obtenues par ONFR, plus de 1000 personnes se sont inscrites auprès du Regroupement général des Sénégalais du Canada dans l’espoir d’obtenir l’un des 400 billets mis à la disposition des supporters sénégalais par le ministère de la Jeunesse et des Sports du Sénégal pour le match disputé à Toronto.

La communauté haïtienne également très mobilisée

La communauté haïtienne du Grand Toronto et de la région de la capitale nationale a prévu plusieurs rendez-vous pendant le tournoi.

À Pickering, une importante soirée de visionnement du match Haïti-Brésil réunira supporters, organismes communautaires et partenaires autour d’une diffusion sur écran géant. L’événement comprendra également des commentaires en direct de Radio Caraïbes, des activités culturelles ainsi que la présentation d’un documentaire produit par TFO sur l’histoire du football haïtien.

À Mississauga, les matchs des Grenadiers contre l’Écosse, le Brésil et le Maroc seront diffusés sur le Celebration Square au centre-ville.

À Ottawa, le Club des étudiants haïtiens de l’Université d’Ottawa ainsi que plusieurs organismes communautaires organiseront également des visionnements collectifs tout au long de la phase de groupes. Un événement spécial combinant projection, rencontre avec la créatrice Noémie Ferron et visionnement collectif du match Écosse-Haïti est également prévu.

Des rassemblements ouverts à toute la francophonie

Au-delà des communautés nationales, plusieurs organismes ont choisi de miser sur le rassemblement de l’ensemble des francophones.

À Toronto, le Collège Boréal diffusera plusieurs rencontres impliquant des équipes francophones dans ses installations du Distillery District. Les amateurs de soccer pourront notamment y suivre les matchs Maroc-Brésil, France-Sénégal, RDC-Portugal, Côte d’Ivoire-Allemagne ou encore Haïti-Maroc dans une ambiance festive et multiculturelle.

Dans la région d’Ottawa-Gatineau, le restaurant IVONA prévoit également de diffuser l’ensemble des rencontres du tournoi et souhaite devenir un lieu de rassemblement pour les amateurs de soccer francophones, peu importe leur équipe de cœur.

Dans le Nord de l’Ontario, l’Association des Ivoiriens du Grand Sudbury et le Contact interculturel francophone de Sudbury organiseront plusieurs soirées de visionnement au Indie Cinema (Côte d’Ivoire-Équateur et Côte d’Ivoire-Curaçao) et au Collège Boréal (Côte d’Ivoire-Allemagne). D’autres matchs impliquant des équipes francophones seront également diffusés pendant le tournoi.

Même loin des stades de Toronto, les communautés francophones de l’Ontario comptent donc bien vivre pleinement leur Coupe du monde. Une façon de rappeler que le Mondial se joue certes sur le terrain, mais aussi dans les quartiers, les restaurants, les centres communautaires et les lieux de rassemblement où les supporters continuent de faire vibrer les couleurs de leur pays.

Le FFO refuse de remplacer la commandite d’Alto, déception chez les opposants du TGV

OTTAWA – Face à la controverse entourant la commandite d’Alto, une citoyenne de l’Est ontarien a proposé au Festival franco-ontarien une solution de rechange financée par des entreprises franco-ontariennes. Le FFO a décliné l’offre.

Retirer la commandite d’Alto et rendre cette décision publique en échange d’une mobilisation d’entreprises franco-ontariennes pour compenser cette contribution financière. C’est la proposition qu’a soumise Karine Bercier, agricultrice de Saint-Isidore, dans l’Est ontarien, au Festival franco-ontarien (FFO).

La démarche survient dans la foulée des critiques, notamment sur les réseaux sociaux, visant le partenariat entre le Festival et Alto, promoteur du projet de train à grande vitesse reliant Québec, Montréal, Ottawa et Toronto.

Plusieurs opposants au projet, notamment dans l’Est ontarien, ont dénoncé cette commandite à la suite d’une publication diffusée samedi sur les réseaux sociaux du Festival. Dans ce message, retiré depuis, le FFO se disait ravi de pouvoir compter sur le soutien d’Alto pour son édition 2026.

Le partenariat entre le Festival franco-ontarien et Alto a suscité des critiques sur les réseaux sociaux. La publication annonçant l’entente a depuis été supprimée. Photo : capture d’écran

Irritée par la situation, Mme Bercier affirme avoir communiqué directement avec la direction du Festival afin de proposer une solution.

Membre du groupe Alt-No, qui s’oppose au projet de TGV, elle dit avoir réussi à réunir rapidement des engagements totalisant 20 000 $.

Résidente de Saint-Isidore et membre du groupe Alt-No, Karine Bercier soutient que l’annonce du partenariat entre Alto et le Festival franco-ontarien l’a poussée à agir. Photo : Gracieuseté

« J’ai quand même un beau réseau, puis les entreprises franco-ontariennes sont super généreuses. J’ai déjà été bénévole pour plusieurs organisations locales. Même avant que le mot se passe, d’autres entreprises m’approchaient par la suite », explique-t-elle.

Le Festival invoque son indépendance

Le Festival a toutefois refusé l’offre. Contactée par ONFR, la direction du FFO a indiqué par écrit qu’elle ne pouvait accepter une contribution financière conditionnelle au retrait d’un autre partenaire et à la diffusion d’un message public imposé.

« Le Festival doit conserver son indépendance décisionnelle. Accepter qu’un soutien financier soit conditionnel à une décision visant un autre partenaire créerait un précédent incompatible avec une saine gouvernance de l’organisme », écrit l’organisation.

Mme Bercier dit « prendre acte » de cette décision, tout en se disant profondément déçue.

« Une occasion réelle d’écouter et de rapprocher le Festival de sa communauté a été manquée », affirme celle qui a participé, avec de nombreux Franco-Ontariens, à une marche contre Alto qui est passée devant le site du Festival avant de se rendre sur la Colline du Parlement.

Selon elle, les entreprises franco-ontariennes qui avaient accepté de contribuer ne cherchaient ni visibilité ni avantage particulier.

« Elles se sont mobilisées parce qu’elles croyaient venir en aide à leur communauté, à leurs familles, à leurs amis, à leurs employés, à leurs voisins et aux territoires qu’elles habitent et bâtissent depuis des générations. »

Mme Bercier affirme également que plusieurs résidents vivant dans le corridor du projet demeurent préoccupés.

« On est le soir à regarder le ciel, on a des drones qui se promènent. Ce n’est pas rien », dit-elle.

Rappelons que le Festival avait déjà réagi aux critiques visant son partenariat avec Alto.

« Le soutien d’un partenaire à notre événement ne signifie pas que le Festival endosse l’ensemble de ses activités, projets ou prises de position », avait indiqué l’organisation.

« Notre mandat demeure culturel : présenter des artistes, rassembler le public et faire rayonner la culture franco-ontarienne », insiste le FFO.

Hélène Dallaire et la relève reçoivent les distinctions de la 25e soirée du Mérite Horace-Viau

SUDBURY – La metteure en scène et enseignante Hélène Dallaire a reçu, mercredi soir, le Mérite Horace-Viau lors d’une cérémonie organisée par les Clubs Richelieu du Grand Sudbury au Centre communautaire Edgar-Leclair d’Azilda. Cette 25e édition de l’événement a également donné lieu à la remise des Prix Jeunesse Richelieu à trois étudiants de la région : Sami Kaidi, Marie-Christabelle Beïbro et Luca Chartrand.

C’est avec humilité qu’Hélène a reçu son prix « Je suis honorée, ça me touche […] il y en a beaucoup qui pourraient mériter ça. J’ai même cherché les critères sur Internet parce que je me demandais ce que j’avais fait pour mériter ça », a-t-elle confiée en entrevue avec ONFR

Mme Dallaire a enseigné le théâtre à l’École secondaire Macdonald-Cartier, a été professeure à l’Université Laurentienne et a signé plus d’une quinzaine de mises en scène pour le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO). 

Hélène Dallaire, avec Alexandra Belarbi Pacciarella directrice générale de Richelieu international, a passé plus de dix ans au conseil d’administration du Carrefour francophone de Sudbury. Photo : Inès Rebei/ONFR

Elle figure sur la liste des 50 personnalités culturelles influentes récemment répertoriées par le Conseil des arts de Sudbury. Son parcours avait également été souligné par une proclamation officielle du maire de la ville déclarant une journée en son honneur le 1er février 2025. 

Pour la lauréate, la pratique théâtrale en milieu minoritaire remplit une fonction sociale précise : « J’ai toujours pensé que le théâtre c’était très rassembleur. C’est un endroit où on apprenait à se connaître où on apprenait à travailler ensemble ».

Elle poursuit actuellement ses activités au niveau communautaire avec la mise sur pied de projets théâtraux sous forme d’ateliers.

Les membres du Cercle Horace Viau ont été reconnus par la communauté. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Une légende »

L’artiste franco-ontarien Stef Paquette, récipiendaire de ce même mérite en 2003, s’est déplacé pour l’occasion après avoir donné un spectacle à Hanmer. 

Arrivé juste à temps pour assister à la remise du prix, il a tenu à saluer le travail de l’ombre de la lauréate, rappelant qu’elle l’avait elle-même recruté pour enseigner au sein de la Majeure Haute Spécialisation (MHS) en arts de la scène à l’école Macdonald-Cartier.

« Hélène Dallaire, c’est une légende […]. Je trouve ça bizarre que j’aie reçu le mérite Horace-Viau avant [elle]. »

L’artiste Stef Paquette était présent à la 25e édition du Gala des Clubs Richelieu. Photo : Inès Rebei/ONFR

Il a réitéré son respect pour son parcours : « C’est impossible de ne pas rester marqué après avoir côtoyé Hélène Dallaire. Elle a pavé des chemins qui n’existaient pas. Elle ne cherche pas la lumière, elle ne cherche pas les éloges. C’est l’humilité complète. »

Hélène Dallaire rejoint ainsi la prestigieuse liste de lauréats sur laquelle on retrouve Michel Lavoie, récipiendaire en 2025, Germaine Paquette (2024), Jacques Babin (2023) et Joanne Gervais (2022). 

De la Côte d’Ivoire à l’entrepreneuriat

Le volet jeunesse a mis à l’honneur trois jeunes, dont Marie-Christabelle Beïbro, finissante de 12e année à l’École secondaire Macdonald-Cartier. Arrivée de la Côte d’Ivoire il y a trois ans, elle s’est investie dans le conseil d’élèves de son établissement.

« Je suis très reconnaissante qu’on m’ait choisie comme candidate pour ce prix de reconnaissance », avoue celle qui n’a pas caché son émotion lors de la remise du prix.

Malgré un objectif initial centré sur l’apprentissage linguistique de l’anglais lors de son arrivée au Canada, elle a choisi de s’investir dans le milieu francophone. Elle a également fondé une entreprise de pâtisserie à la suite d’un projet scolaire, une activité qu’elle indique mener par passion, parallèlement à son objectif de faire des études en médecine.

Marie-Christabelle Beïbro souhaite devenir médecin et garder son entreprise de pâtisseries. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Je voulais partager ma passion de la pâtisserie que j’aime beaucoup. À la base, c’est un projet pour l’école, mais maintenant j’y vois une opportunité à long terme de mener une entreprise à mon propre compte. »

La francophonie sur tous les terrains

« Je suis très honoré de recevoir ce prix parce que j’ai travaillé fort dans la communauté, et je suis content que ça ait été vu par quelqu’un », lance Sami Kaidi, élève de 12e année à l’École secondaire Hanmer.

Le jeune homme s’est aussi illustré par l’organisation d’une « Journée des nations » dans son école afin de sensibiliser à la diversité culturelle et aux réalités des minorités racisées.

« C’était vraiment pour encourager la diversité, pour sensibiliser les gens à voir les autres cultures au monde et les cultures racisées ici à Sudbury comme les Ukrainiens, les Indiens, les Palestiniens […]  On a fait ceci avec une exposition de plats traditionnels, puis des diaporamas pour éduquer les gens au sujet de choses assez cool. Ensuite, on les a laissés voter pour celui qui était leur préféré. »

Sami Kaidi, élève de 12e année à l’École secondaire Hanmer Photo : Inès Rebei/ONFR

Le jeune homme rêve de devenir pharmacien et d’ouvrir une officine offrant des services intégraux en français afin de pallier le manque de services bilingues en ville : « J’aimerais ça pouvoir avoir une pharmacie complètement francophone, parce que je trouve qu’il n’y a pas assez d’options francophones ici. »

Une implication multigénérationnelle

Âgé de seulement 15 ans, Luca Chartrand, élève de 10e année à l’École secondaire du Sacré-Cœur, s’implique dans la radio étudiante de son école et comme bénévole au Camp Soleil. 

Ce prix revêt pour lui une symbolique particulière : « C’est un honneur pour moi personnellement, mon grand-père, il est un Richelieu ça fait longtemps que je regarde ce prix comme un but pour moi et surtout pour ma francophonie. »

Celui qui est un habitué de tous les événements culturels de Sudbury qu’il fréquente avec sa maman s’oriente vers le métier de plombier et souhaite offrir des services bilingues pour répondre aux besoins de la communauté.

« J’aimerais être un plombier bilingue parce que c’est mieux d’offrir des services en français parce que je veux pouvoir desservir des personnes originaires de l’Afrique, par exemple, qui parlent juste le français à leur arrivée à Sudbury. »

Luca Chartrand, ici accompagné de sa maman, a effectué plus de 213 heures de bénévolat au cours de sa 10e année. Photo : Inès Rebei/ONFR

Sudbury sur la scène internationale en 2028 

La soirée a également été marquée par une annonce de la part des organisateurs : la ville de Sudbury accueillera le Congrès Richelieu International en 2028. Cette attribution s’inscrit dans une tradition historique locale voulant que le Nord de l’Ontario se positionne sur la scène internationale tous les 20 ans. 

Les responsables ont rappelé à ce titre le parcours de Woilford Whissell, un Sudburois ayant accédé à la présidence internationale du mouvement pour le mandat 1986-1987, une fonction occupée de nouveau par un représentant local en 2008-2009. 

L’événement de 2028 marquera ainsi les 20 ans du dernier grand rayonnement international de la ville sous l’égide du mouvement Richelieu. 

Vifs plaidoyers de la communauté aux États généraux de Sudbury

SUDBURY – Entre le besoin d’une école en périphérie, le manque de lits de soins spécialisés pour les aînés et les défis linguistiques liés à l’intégration des nouveaux arrivants, les réalités du terrain ont rapidement pris le dessus mercredi lors des États généraux de l’Ontario français à Sudbury.

Pour cette 22e étape de la tournée de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), une cinquantaine de personnes, incluant des figures de la francophonie locale et des dirigeants d’organismes, se sont réunies au Club amical de Sudbury.

C’est en marge des discussions publiques que Tamsen Laine Lahnalampi et Joshua Sbrega ont partagé leurs inquiétudes face aux risques routiers liés au transport scolaire quotidien et formulé leur demande pour l’établissement d’une école francophone locale pour leurs enfants.

Le couple dit s’être déplacé pour faire du réseautage dans le but de trouver des moyens d’obtenir une école de langue française à Onaping Falls. Photo : Inès Rebei/ONFR

« La plus proche école publique française est à 20 minutes de route sur une autoroute qui connaît de fréquents accidents mortels », a expliqué Tamsen Laine Lahnalampi, anglophone, dont les déplacements depuis Onaping Falls s’effectuent sur la route 144, un axe routier majeur du Moyen-Nord.

Celle qui se présente comme francophile estime que les familles de cette communauté ne devraient pas avoir à choisir entre l’accès linguistique et la sécurité routière.

« Je ne veux pas être la génération qui abandonne le français après tout le travail de mes ancêtres sur les 450 dernières années », a quant à lui confié M. Sbrega, tout en reconnaissant que l’un des plus grands défis à Sudbury est que « nous avons des services en français, mais ils ne sont pas toujours connus et il n’y a pas assez de fonds pour les supporter. »

« Notre situation ressemble à celle de nombreuses familles aujourd’hui : un parent francophone et un parent anglophone. C’est un modèle familial très répandu, et je veux faire partie des 25 % de familles qui réussissent à transmettre le français à leurs enfants », conclut de son côté Mme Lahnalampi.

La discussion fut très animée dans les tables lors des ateliers avec des participants demandant, entre autres, plus de coopération entre les organismes communautaires locaux. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Aucun lit désigné »

« Il n’y a aucun lit officiellement désigné francophone [à Sudbury]. C’est franchement honteux parce qu’on est tellement une communauté francophone forte et importante ici dans la région du Grand Sudbury », a déploré de son côté, Kim Morris, directrice générale de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO).

Une situation d’autant plus aberrante, selon elle, que d’autres régions de la province, comme Welland ou Aurora, disposent de telles structures adaptées alors qu’elles comptent un bassin de population francophone nettement moins élevé.

Mme Morris a toutefois fait état d’une récente ouverture de la part de la ministre des Soins de longue durée et, nouvellement, des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, qui a invité l’organisme à lui soumettre des pistes de solutions. 

« Nous allons travailler avec les clubs d’âge d’or et avec nos partenaires francophones en santé pour retourner à la ministre et puis lui donner des pistes de solutions pour identifier des lits francophones dans notre région avec son nouveau portefeuille de ministre francophone », a-t-elle précisé.

Kim Morris s’inquiète aussi de l’insécurité linguistique chez les jeunes de Sudbury, affirmant qu’il est désormais « plus facile pour un jeune de choisir d’étudier en anglais plutôt qu’en français ». Photo : Inès Rebei/ONFR

La FARFO prévoit désormais de collaborer avec les clubs de l’âge d’or et les partenaires de la santé de la région pour identifier des lits potentiels, notamment au foyer Saint-Gabriel à Chelmsford ou à la Villa Sainte-Élisabeth à Val Caron.

Pour Martin Lajeunesse, directeur régional au Centre de planification des services de santé en français, le Grand Sudbury possède déjà une « forte complétude institutionnelle », le défi demeurant au niveau du recrutement.

« Parfois le problème, ce n’est pas le fait qu’il y a des lacunes au niveau des institutions qui offrent des services, mais de la capacité de ces institutions-là à trouver la main-d’œuvre nécessaire pour assurer les services. »

Immigration et l’accès aux loisirs

La pérennité de la communauté face au vieillissement de la population dépend en partie de l’apport des nouveaux arrivants, un volet qui présente toutefois des difficultés structurelles selon les intervenants.

« Le premier constat est que l’immigration est galopante, mais que le poids démographique des francophones va en décroissant », a expliqué Alexandre Pondy, intervenant au sein d’un organisme d’aide à l’emploi à Sudbury. 

Selon son analyse, les immigrants francophones s’orientent vers la région mais peinent à s’y établir durablement, en raison des obstacles liés à l’accès aux services en français.

Sur le marché du travail local, la maîtrise de l’anglais reste prédominante, et les organismes francophones ne peuvent absorber toute la main-d’œuvre disponible. M. Pondy a aussi pointé du doigt la standardisation des services d’emploi, qui n’offrent aucun soutien financier spécifique pour la reconnaissance des diplômes des professionnels formés à l’étranger. 

Alexandre exhorte les pouvoirs publics et les partenaires à agir pour que les recommandations des États généraux « ne restent pas dans des tiroirs ». Photo : Inès Rebei/ONFR

Pour Karine Tellier, directrice générale de l’ACFO Sudbury, la rétention des familles est aussi liée à l’offre d’activités récréatives. « Ce qui manque à Sudbury, ce sont les sports et les loisirs en français pour nos enfants », a-t-elle affirmé, préconisant la création de structures stables pour la pratique du soccer ou du hockey en français.

Elle a également insisté sur la nécessité de favoriser l’inclusion de tous les nouveaux arrivants au sein des mêmes activités, sans distinction d’origine.

Pour pallier l’éparpillement des services, une proposition de « guichet unique » a été avancée lors des ateliers, visant à regrouper les différents organismes d’accueil dans un même espace géographique tout en préservant leur autonomie respective.

« Une conjoncture unique » 

Le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk, s’est dit satisfait de la participation sudburoise, reconnaissant que cette ville, dont 22,5 % de la population a le français comme première langue officielle parlée, jouit d’une situation particulière.

« Sudbury dispose d’une conjoncture unique : un conseil scolaire fort, une université bilingue, un collège avec son siège social, la Place des Arts et plusieurs organismes provinciaux », a énuméré M. Hominuk, qualifiant les échanges de passionnés au sein d’une « belle gamme de personnes, allant des jeunes leaders jusqu’aux aînés ».

Malgré ces infrastructures, le directeur général de l’AFO a souligné l’existence de demandes importantes de ressources sur le terrain, notamment dans le secteur des aînés, qui se sont déplacés en nombre pour l’événement. 

Chaque étape des États généraux est marquée par la traditionnelle photo de groupe clôturant l’événement. Photo : Inès Rebei/ONFR

Il a cité l’exemple du Centre amical des personnes âgées de Sudbury, qui compte plus de 300 membres, et du club d’Azilda, qui en regroupe 550. Selon lui, ces structures reposent largement sur le travail bénévole et disposent d’un appui gouvernemental limité pour mener leurs activités.

Les témoignages et solutions recueillis à Sudbury seront intégrés aux données des autres étapes de la tournée de l’AFO, qui se poursuivra notamment à North Bay et Timmins avant de prendre fin à Thunder Bay en juillet. 

Ces consultations serviront de base à la rédaction d’un Livre blanc sur la sécurité linguistique, destiné à orienter les revendications de l’organisme face aux investissements gouvernementaux projetés pour 2028.

Les vécus invisibles des femmes au cœur des œuvres récompensées aux Prix Trillium 2026

TORONTO – Les lauréats francophones de la 39e édition du Prix Trillium ont été dévoilées ce mercredi lors du gala annuel de remise des prix à Toronto. Les Ottaviennes Sarah Migneron et Lisa L’Heureux ont été couronnées après plusieurs mois de suspense. Leurs parcours respectifs avaient été primés plus tôt cette année dans le cadre des Prix Champlain.

Sarah Migneron s’impose avec un récit sur la dépression post-partum. La première lauréate remporte le prix de littérature en langue française pour son récit poétique et théâtral intitulé « Maman Bleue » publié aux éditions Prise de parole. Dans cette œuvre, Sarah Migneron aborde les thèmes de la maternité et de la santé mentale à travers une relation mère-fille confrontée à la dépression post-partum.

« J’espère que les gens vont lire le livre, car je l’ai écrit pour leur faire ouvrir les yeux sur les difficultés maternelles. Elles constituent une réalité beaucoup trop commune », a réagi l’auteure au micro d’ONFR.

Sarah Migneron, gagnante du Prix Trillium de littérature en langue française 2026. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

L’écrivaine bien connue dans la communauté d’auteurs franco-ontariens a été invitée lors d’un épisode du balado Cœur d’encre dans lequel elle revient sur son récit poignant lors d’un tête-à-tête avec Marine Sibileau.

Parmi les finalistes du prix de littérature en langue française figurent Sylvie Bérard pour «  Mes morts jeunes », Maéva Guedjeu pour « Des silences et des murmures », Alain Bernard Marchand pour « Les visages de Rembrandt » et Blaise Ndala pour « L’équation avant la nuit  ».

Violence faite aux femmes : Lisa L’Heureux distinguée

Du côté de la poésie en langue française, le jury a couronné la poète Lisa L’Heureux pour le livre « Haus  », publié également aux éditions Prise de parole, dans lequel elle met en lumière les violences touchant les femmes ainsi que les personnes marginalisées.

Abordant les enjeux contemporains, « Haus », qui signifie « maison » en allemand, souligne que le domicile peut, pour de nombreuses personnes, devenir un lieu de conflit plutôt qu’un espace de sécurité et de paix.

« J’invite les gens à prendre le temps de lire et de découvrir le livre », explique l’auteure d’Ottawa, interrogée par ONFR. Dans son discours, la fondatrice du Théâtre Rouge Écarlate a notamment remercié la maison d’édition qui n’a pas hésité à embarquer dans le projet avec elle.

Lisa L’Heureux remporte le Prix littéraire Trillium de poésie 2026 pour « Haus  », publié aux éditions Prise de parole. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Dans les finalistes du prix de littérature en langue française, la Québécoise Noémie Roy pour « L’épingle filante » ainsi que « En terrain miné » pour Véronique Sylvain, originaire de Kitigan, non loin de Kapuskasing ont été retenues. L’une explorant les thèmes de la maternité, tandis que l’autre s’intéresse à la jeunesse confrontée à des troubles neurologiques.

Une 39e édition sous le signe de l’engagement

Les œuvres des lauréats de l’édition 2026 du Prix Trillium, qui traitent pratiquement toutes de sujets actuels, ont été dévoilées ce mercredi dans un souhait de réflexion commune, de donner la voix aux expériences souvent peu entendues et à la vulnérabilité.

Gabriel Osson, (l’un des membres du jury) ainsi que Eunice Boué, Lisa L’Heureux, Sarah Migneron, Véronique Sylvain et Noémie Roy et l’auteur Soufiane Chakkouche. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Du côté des anglophones, c’est Otoniya J. Okot Bitek, une auteure d’origine ougandaise installée à Kingston qui gagne le prix de littérature avec « We, the Kindling » dont l’ouvrage est publié aux éditions Penguin Random House. La seconde lauréate est la Palestino-Irakienne établie à Toronto, Hajer Mirwali, qui décroche le prix de poésie pour son œuvre « Revolutions  » publié aux Talonbooks.

Portés par la province, les prix Trillium comptent parmi les récompenses les plus prestigieuses accordées aux auteurs ontariens, tant en français qu’en anglais. Chaque année, Ontario Créatif, qui marquera ses 40 ans l’an prochain, célèbre un large éventail d’auteurs et d’autrices de tous genre littéraire.

Coupe du monde de soccer : dix chiffres qui donnent le tournis

TORONTO – À la veille du coup d’envoi de la Coupe du monde de soccer de la Fédération internationale de football association (FIFA), ce jeudi, voici 10 chiffres pour en saisir les principaux enjeux.

23

C’est la 23e édition de la Coupe du monde, laquelle a déjà été remportée 5 fois par le Brésil, seule équipe à avoir disputé toutes les phases finales de la compétition depuis le début. En comparaison, le Canada est toujours en quête d’une première victoire après n’avoir participé que 2 fois par le passé : en 1986 au Mexique (toute première qualification) et en 2022 au Qatar, après 36 ans d’absence.

10

C’est le numéro de maillot à surveiller dans l’équipe canadienne pour tout partisan franco-ontarien! Il sera porté par l’international Jonathan David, un pur produit du programme sport-études de l’École secondaire Louis-Riel à Ottawa. À 26 ans, cet attaquant champion de France avec le LOSC (Lille) et vainqueur du trophée des champions avec la Juventus (Turin) est le meilleur buteur de l’histoire sous les couleurs nationales.

Jonathan David et les Canadiens vont tenter d’aller le plus loin possible. Photo : AP Photo/Gary McCullough

11

Sur les 48 nations qualifiées pour ce Mondial élargi, 11 francophones seront attentivement suivies par les diasporas de l’Ontario : le Canada, la Suisse (qui s’affrontent dans le même groupe : B), le Maroc, Haïti (C), la Côte d’Ivoire (E), la Tunisie (F), la Belgique (G), le Sénégal (I), la France (I), l’Algérie (J) et la République démocratique du Congo (K).

3

Deux records seront battus puisque cette compétition se déroulera dans 3 pays différents (Canada, Mexique et États-Unis) avec un nombre d’équipes jamais atteint (48), ce qui, au passage, pourrait en faire la plus polluante de l’histoire du soccer. On estime qu’entre 5 et 9 millions de tonnes d’équivalent CO2 seront rejetées dans l’atmosphère, en grande partie à cause des déplacements en avion.

La ville hôte de Toronto est parée des couleurs de la compétition. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

13

13 matchs sur les 104 que compte la compétition se dérouleront au Canada dans 2 villes hôtes : Vancouver et Toronto. Mais seulement trois matchs éliminatoires (deux seizièmes et un huitième) auront lieu au pays. Les États-Unis, eux, raflent l’intégralité du dernier carré : les demi-finales, la finale et même le match pour la 3e place. Pour des matchs à faible enjeu, nombre de partisans auraient préféré des prix plus abordables.

4

La FIFA reconnaît 4 langues officielles : l’anglais, l’espagnol, l’allemand et le français, puisqu’elle a été fondée à Paris (1904). Cela engendre des obligations comme traduire la signalisation, diffuser des matchs en français et recruter des bénévoles multilingues. Sur les 6000 bénévoles à Toronto et Vancouver, 15 % devraient savoir s’exprimer en français.

Des milliers de partisans venus du monde entier sont attendus sur le continent américain. Photo : AP Photo/Butch Dill

0

Aucun match ne sera disputé au Québec où vivent la majorité des francophones au pays. La Ville de Montréal s’est désistée de l’organisation en 2021 en raison de l’explosion des coûts de rénovation de son Stade olympique. Les 3 matchs de groupe du Canada auront lieu les 12, 18 et 24 juin, respectivement contre la Bosnie-Herzégovine (à Toronto), le Qatar et la Suisse (à Vancouver).

45 736

Avec un peu plus de 45 000 places, le BMO Field à Toronto est le plus petit stade sélectionné dans cette compétition, juste derrière le BC Place à Vancouver et ses 54 000 places. Pour respecter les standards de la FIFA, il a fallu ajouter environ 17 000 places temporaires en construisant deux tribunes derrière les buts et il a provisoirement été rebaptisé Toronto Stadium, le naming commercial étant interdit par la FIFA.

Des ouvriers ajoutent des places temporaires au Stadium de Toronto. Photo : La Presse canadienne/Frank Gunn

22

Sur un total de 1248 joueurs participants jusqu’au 19 juillet, 22 champions du monde seront présents, dont quatre francophones : les Français Ousmane Dembélé, Lucas Hernández, N’Golo Kanté et Kylian Mbappé. Par ailleurs, 200 joueurs évoluent dans des championnats nationaux anglais, en très grande majorité en Premier League. L’Angleterre devance ainsi largement l’Allemagne (109), la France et l’Espagne (86).

5

Les retombées économiques pourraient atteindre jusqu’à 5 milliards de dollars pour le Canada. Pour la seule région du Grand Toronto, on évoque près de 940 millions de dollars. Pour la FIFA, cela représenterait jusqu’à 9 milliards de dollars de revenus.

Manifestation contre le projet Alto et réactions politiques

OTTAWA — Une douzaine d’autobus en provenance du Québec et de l’Ontario ont convergé vers Ottawa mercredi pour une manifestation contre le projet de train à grande vitesse (TGV) Alto. Parmi les participants, plusieurs Franco-Ontariens venus défendre leurs terres, leurs entreprises et leur mode de vie.

Des centaines de producteurs agricoles et de citoyens se sont réunis mercredi sur la Colline du Parlement pour manifester contre le projet de train à grande vitesse Alto reliant Toronto, Ottawa, Montréal et Québec. Parmi eux figurait Isabel Deslauriers, agricultrice de Saint-Eugène, une communauté rurale franco-ontarienne de l’Est ontarien. Elle craint de perdre la terre qu’elle habite et cultive depuis 16 ans.

« Chaque année, j’ai ajouté des arbres fruitiers, des légumes, de la permaculture, une forêt nourricière. Aujourd’hui, nous sommes pratiquement autosuffisants en nourriture et nous fournissons aussi des produits biologiques à des projets communautaires », explique-t-elle, les larmes aux yeux.

Selon elle, une éventuelle expropriation effacerait des années de travail impossibles à recréer rapidement.

« Il n’y a aucun montant d’argent qui peut remplacer 16 ans de travail. J’ai planté ces arbres il y a 16 ans. On ne peut pas remonter le temps et recommencer ailleurs du jour au lendemain », s’indigne Isabel Deslauriers.

Elle souligne également l’impact du projet Alto sur la santé mentale des agriculteurs.

« Voir des centaines, voire des milliers d’agriculteurs se déplacer en pleine période des travaux printaniers, ça montre à quel point la cause est importante », assure-t-elle.

Même son de cloche pour Daniel Longtin, producteur avicole de Saint-Isidore.

Pour Daniel Longtin, le projet Alto menace non seulement son exploitation agricole, mais aussi l’avenir des générations qui lui succéderont. Photo : Amine Harmach/ONFR

« Dans ma tête, ce n’était même pas une question. Il fallait être là. Beau temps, mauvais temps, c’est trop important pour ne pas s’impliquer », souligne le producteur. Daniel Longtin a reçu le 10 avril une lettre d’Alto demandant l’accès à sa propriété afin d’y réaliser des études.

« J’ai refusé, comme la plupart des producteurs que je connais. Tant que je vais être capable, je vais refuser l’accès à mes terres. »

Selon lui, le projet Alto menace bien plus qu’une exploitation agricole : il met en péril un héritage familial transmis depuis plusieurs générations. Producteur d’œufs de troisième génération, il exploite une ferme fondée par son grand-père, arrivé dans la région en 1945. Après avoir modernisé les installations en 2023, il prépare maintenant la relève avec deux de ses filles qui travaillent déjà sur l’entreprise.

« Tout l’investissement qu’on a fait au cours des cinq dernières années a été réalisé en fonction de la relève. Mes filles représentent la quatrième génération sur nos terres et j’espère que mes petites-filles pourront un jour former la cinquième », explique-t-il.

« Si nos puits s’assèchent ou sont contaminés? »

Sa principale inquiétude concerne les répercussions qu’aurait le passage du train sur son exploitation.

« Si le tracé passe sur ma propriété, il coupe ma terre en deux. Ça limite toutes nos possibilités d’expansion pour l’avenir. » Le producteur s’inquiète également des impacts potentiels sur l’approvisionnement en eau.

« À la campagne, nous dépendons des puits. On ne sait pas quel effet pourraient avoir les travaux d’excavation ou le passage du train sur nos sources d’eau. Si nos puits s’assèchent ou sont contaminés, on n’aura plus rien pour abreuver les animaux. »

Jean Saint-Pierre, président de Boisés Est, estime que le projet Alto soulève encore trop de questions quant à ses impacts sur l’environnement. Photo : Amine Harmach/ONFR

Jean Saint-Pierre, président de Boisés Est, l’Association des propriétaires de boisés francophones de l’Est de l’Ontario, a lui aussi fait le déplacement à Ottawa pour appuyer les agriculteurs préoccupés par les répercussions du projet Alto.

Son organisation s’inquiète également des conséquences qu’aurait le tracé sur les milieux forestiers.

« Créer un corridor de 60 mètres de largeur, voire davantage, à travers une forêt aurait des impacts importants sur la santé des arbres, l’accès aux terrains et la biodiversité », explique-t-il.

Selon lui, les clôtures prévues le long de l’infrastructure pourraient notamment nuire aux déplacements de la faune. « On sait déjà que nous faisons face à des défis en matière de biodiversité. Un corridor clôturé pourrait avoir des effets importants sur la circulation des animaux dans la forêt. »

« Ce n’est pas une lutte d’un jour »

Comme plusieurs manifestants présents, Isabel Deslauriers s’attend à une longue bataille face à Alto.

« Ce n’est pas une lutte d’un jour. On risque d’être pris avec ce dossier pendant une décennie. »

La Franco-Ontarienne se dit aussi préoccupée par les récentes modifications législatives encadrant les expropriations, notamment l’adoption du projet de loi C-15.

Isabel Deslauriers dénonce les impacts potentiels du projet Alto sur les terres agricoles. Photo : Amine Harmach/ONFR

« La minute où le gouvernement manifeste un intérêt pour une propriété, les conséquences peuvent être importantes. On peut se retrouver dans l’incertitude pendant des années, sans savoir ce qu’on pourra faire de notre terre », craint-elle.

Des réactions aussi sur la scène politique

Le chef de l’opposition, Pierre Poilievre considère que le gouvernement n’a pas les moyens d’aller de l’avant avec un tel projet en ce moment.

« C’est un train qui ne va même pas servir à 95 % des Canadiens, il va détruire des fermes à travers l’est de l’Ontario et les régions du Québec pour un train qui va passer, mais pas servir les villes dans les régions », a-t-il critiqué mercredi en conférence de presse au Parlement.

Il soutient que le projet coûterait jusqu’à 8000 $ par famille de quatre, invitant le gouvernement à se concentrer sur l’abordabilité plutôt que sur un « grand éléphant blanc de 90 milliards de dollars pour enrichir les libéraux ».

« Je crois que le gouvernement libéral fait une très bonne job à le faire dérailler », estime le chef conservateur à propos du projet.

De son côté, le ministre des Transports, Steven MacKinnon estime « faire preuve d’un grand respect et d’une grande écoute ».

« Je comprends le sentiment des agriculteurs face à leurs terrains, à leurs fermes. Je suis moi-même issu d’une famille agricole, donc je comprends ces préoccupations-là et on va les traiter une par une », ajoute-t-il.

M. MacKinnon soutient que la société chargée du TGV et le gouvernement continueront de « consulter jusqu’à ce qu’on soit capables d’annoncer le tracé précis ».

« Je ne m’empêcherai pas d’aller à la rencontre du monde agricole et des organisations agricoles… Nous allons être à l’écoute des milieux, dont le monde », a dit le ministre du gouvernement Carney.

L’estimation du coût par Alto, oscillant entre 60 et 90 milliards de dollars, est contestée, notamment au sein de la classe politique, mais Steven MacKinnon a refusé de garantir que le coût ne dépasserait pas ces prévisions.

« L’emplacement d’une seule gare peut influencer, et de beaucoup, l’estimation qui est donnée pour un tronçon d’un projet. N’ayant pas encore choisi le tracé précis final, il reste des inconnues, voire des impondérables », a-t-il mentionné mercredi dans les couloirs du Parlement.

Plus de 150 ans après Louis Riel, l’idéal d’un Manitoba bilingue refait surface

WINNIPEG — 1870 : Le Manitoba voit le jour. Son fondateur, Louis Riel, rêve de bâtir une province bilingue. Plus d’un siècle et demi plus tard, voilà que cet idéal résonne à nouveau, ravivé par la voix du premier ministre Wab Kinew. De Riel à Kinew, nous nous sommes rendus à Winnipeg, notamment dans son fief francophone, Saint-Boniface, avec une interrogation : 2026 marquera-t-elle l’avènement d’une seconde province bilingue au pays?

Du Centre culturel franco-manitobain à la maison d’enfance de la célèbre romancière Gabrielle Roy, en passant par l’université — la seule institution postsecondaire entièrement francophone de la province —, le quartier pourrait bien résumer la vision qu’avait du Manitoba Louis Riel. Une province bilingue et inclusive où les Métis se mariaient aux différentes cultures, avec le français, l’anglais et les langues autochtones en symbiose. Sa tombe, une statue à son effigie et un musée abritant plusieurs artefacts, se retrouvent d’ailleurs dans les rues de ce quartier, qui est l’un des seuls au Canada à être considéré comme bilingue.

Par-delà les flots de la rivière Rouge, qui scinde la ville en deux, bat le cœur francophone de Winnipeg. Des cafés, librairies et commerces locaux de l’avenue Taché au boulevard Provencher, Saint-Boniface s’épanouit, se distinguant du reste de Winnipeg par son caractère francophone unique dans la ville.

C’est là que près de 30 % des 60 000 habitants ont le français comme langue maternelle. À l’échelle du Manitoba, environ 3 % de la population est francophone, mais plus de 10 % des Manitobains anglophones connaissent aussi le français.

La maison d’enfance de la romancière Gabrielle Roy, au cœur de Saint-Boniface à Winnipeg. La demeure est aujourd’hui un musée en l’honneur de l’écrivaine. Crédit photo : ONFR

Près de 150 ans plus tard, la promesse de leur premier ministre résonne auprès des francophones que nous avons rencontrés dans les environs.

« C’est une bonne chose. Ça met la francophonie de l’avant et ça prouve que la francophonie ici a de l’importance », affirme Julien, un jeune homme venu de France il y a 10 ans.

« On est déjà des membres fondateurs de la province, et c’est à peu près le temps », nous lance Joseph à quelques pas des Jardins St-Léon, une icône familiale et un repère pour les francophones de Saint-Boniface, de Saint-Vital et des environs.

« Pour nous, oui, c’est facile parce que les gens connaissent », nous répond l’une des propriétaires de l’établissement fleurissant en été, Janelle Rémillard, lorsqu’on lui demande comment se passe la gestion d’une entreprise dans les deux langues.

« On est établis depuis les années 90, et les francophones de la communauté savent qu’on offre un service en français et que nos employés sont francophones », poursuit celle qui a repris, avec ses frères, l’entreprise familiale fondée par leurs parents.

Janelle Rémillard au Jardins St-Léon. Crédit image : ONFR

« Ça fait partie de notre offre à nos clients, mais on est définitivement en milieu minoritaire », nuance-t-elle, précisant que la ville de Winnipeg offre des services en français, mais que ceux-ci restent limités.

« C’est vraiment toi qui décides si tu vis en français », mentionne Stéphane que l’on croise sur le campus de l’Université de Saint-Boniface.

« C’est principalement en anglais, sauf qu’il y a des endroits où tu peux parler français », résume Gilles, un Québécois qui a récemment déménagé à Winnipeg.

Le bilinguisme vu par les anglophones

Mais comment un Manitoba définitivement bilingue est-il perçu par les anglophones? Certains n’ont pas voulu en parler lorsque nous les avons approchés, tandis que d’autres ignoraient qu’une telle intention était dans les plans.

« Je veux dire, nous sommes déjà un pays très diversifié, alors je ne vois pas pourquoi pas », lance en anglais Matthew, un jeune travailleur rencontré au centre-ville de Winnipeg.

« Je ne savais pas, en fait, que ce n’était pas une province officiellement bilingue, admet-il. Ma copine est métisse, elle parle français et je pense que ce serait formidable que ce soit officiellement reconnu. »

Bien qu’elle soit bien perçue, une province « définitivement bilingue », comme ne cesse de le répéter le premier ministre Wab Kinew, ne se fera pas sans attente advenant le cas où une telle promesse verrait le jour.

« Moi, je pense que les services de santé, ça devrait être la priorité. Il y a beaucoup de gens, surtout des nouveaux arrivants qui ne parlent que français, qui ont vraiment besoin d’un accompagnement en santé », estime Gabriel Tougas, rencontré à la Fourche, un lieu historique de la ville.

« Un problème gigantesque ici, ce sont les garderies francophones. Il y a définitivement une pénurie et toutes mes amies de mon âge qui ont des enfants cherchent des garderies francophones, et il n’y en a juste pas assez », illustre Janelle Rémillard.

« Je suis une ancienne professeure en immersion, et nous avons beaucoup de personnes qui veulent apprendre le français », conclut Hélène Beauchemin dans une allée de fleurs des Jardins St-Léon.

Un premier ministre au-devant de la scène

« C’est grâce à Louis Riel si je parle français », a déclaré l’an dernier Wab Kinew, né à Kenora dans le nord-ouest de l’Ontario et scolarisé en immersion française au Collège Béliveau à Winnipeg.

Les francophones parlent depuis longtemps de devenir plus bilingues, explique Derrek Bentley, le président de la Société de la francophonie manitobaine (SFM). Mais qu’un premier ministre le fasse?

« Je n’ai jamais entendu ça, continue-t-il. Nomme-moi un premier ministre, autre que celui du Nouveau-Brunswick, qui est sorti publiquement pour dire : ‘On vise à être de manière véritablement bilingue, puis on va concrètement franchir des étapes pour y arriver’, non seulement en développant un plan, mais même en disant : ‘Ça, c’est important, on le fait’ », louange Derrek Bentley.

Le président de la SFM, Derrek Bentley. Crédit photo : ONFR

« Certainement dans l’histoire des 20e et 21e siècles, je pense que c’est unique », souligne le politologue Raymond Hébert, à propos de celui qui est en poste depuis 2023.

« Je ne suis pas sûr qu’il y ait un capital politique énorme à gagner. Je pense que c’est honnêtement par principe qu’il parle de ça. Ça fait partie de sa vision du Canada », ajoute-t-il.

Fort d’une expérience au sein de la francophonie de la province depuis plus de 40 ans, cet expert est une figure familière au Manitoba. Reconnu pour ses analyses de la scène politique locale, il porte un regard empreint de lucidité sur les enjeux de la province.

« Juste une loi ordinaire proclamant le français comme langue officielle au Manitoba, ça pourrait être très controversé », observe celui qui fait partie de la génération ayant vécu la crise linguistique de 1983-1984.

À l’époque, un projet de loi visant à accorder aux francophones le droit constitutionnel de recevoir des services gouvernementaux dans leur langue sème l’émoi. La tension est telle que les bureaux de la SFM sont la proie d’un incendie criminel. En 1984, le gouvernement fait marche arrière face à la pression populaire.

« Il y a un sentiment anti-francophone au Manitoba qui subsiste encore », selon Raymond Hébert.

En tenant compte des élèves anglophones qui suivent un cours de français de base, on constate que près de 15 % de la population étudiante de la province est inscrite soit dans une école de langue française, soit dans un programme d’immersion.

« J’ai un espoir que tous ces gens-là soient maintenant favorables à la francophonie, souhaite Derrek Bentley. Il y a toujours ce risque (d’alimenter un sentiment anti-francophone), mais la cause en vaut la peine. »

Un Manitoba bilingue en 2026 ou en 2027?

Wab Kinew a le vent dans les voiles, lui qui demeure extrêmement populaire auprès de la population, ce qui fait de lui l’un des premiers ministres les plus appréciés au pays. Avec des élections qui approchent en 2027, il est difficile de concevoir un changement de garde, le gouvernement néo-démocrate étant majoritaire, ce qui lui donne le luxe du temps pour mener à bien ce projet.

Raymond Hébert estime « qu’il faut s’entendre sur les mots », percevant difficilement ce que veut dire le leader néo-démocrate lorsqu’il déclare vouloir une province « véritablement bilingue ».

« Il ne parle pas de langues officielles. Il ne dit pas qu’on devrait adopter une loi rendant le français langue officielle du Manitoba », examine-t-il.

« Ça serait énorme. Ça voudrait dire ultimement un amendement constitutionnel au niveau national qui serait discuté et adopté ici au Manitoba et au Parlement fédéral. Alors ça, je pense que c’est rêver en couleur », expose avec franchise l’analyste politique.

Le politologue et professeur émérite de l’Université Saint-Boniface à Winnipeg, Raymond Hébert. Crédit photo : ONFR

Le gouvernement a mené au cours de la dernière année des consultations auprès de la population, principalement auprès de 2000 personnes, en majorité des francophones, bien que des participants anglophones aient également pris part au processus.

« L’année 2026 est vraiment celle où nous allons développer avec la province la façon dont on va se rendre à un Manitoba bilingue. Le but est que ce soit publié en mars 2027. Donc 2027 sera peut-être l’année où l’on en découvrira beaucoup plus », lance avec un sourire Derrek Bentley.

Amendement constitutionnel, proclamation du français comme langue officielle, renforcement de l’actuelle Loi sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie manitobaine : la SFM veut avant tout « s’assurer que l’expérience de monsieur et madame tout le monde change sur le terrain ».

« Dans une stratégie pour devenir véritablement bilingue, ou plus bilingue, ou n’importe quel mot qu’on veut y ajouter, on doit aussi en même temps résoudre de plus grands problèmes qu’on voit dans la province, en y appliquant une lentille francophone », appelle M. Bentley, en citant notamment les soins de santé en français.

2026, 2027 ou plus loin, l’échéance et le portrait global restent encore inconnus, mais dans les rues de Saint-Boniface, le rêve de Louis Riel semble de plus en plus à portée de main.

Coupe du monde FIFA 2026 : une fête inaccessible pour de nombreux partisans africains francophones

TORONTO – La Coupe du monde de la FIFA n’a jamais été aussi proche des communautés africaines francophones du Grand Toronto. Pourtant, pour de nombreux supporters ivoiriens, sénégalais ou congolais, l’événement historique qui devait être une fête populaire est devenu inaccessible. Entre billets revendus à plus de 1000 dollars, offres VIP à plusieurs milliers de dollars et absence de soutien financier pour les partisans, plusieurs craignent que leurs équipes jouent presque sans leurs partisans dans les gradins.

À quelques jours du Mondial à Toronto, les occasions de mettre la main sur un billet à prix raisonnable se font rares.

Les partisans qui tentent de se procurer des billets découvrent rapidement une particularité de la Coupe du monde 2026 : ni l’achat principal ni la revente ne passent par Ticketmaster, l’habituel site officiel de vente de billets pour les grands événements sportifs au Canada. La FIFA a conservé l’exclusivité de la distribution des billets par l’entremise de sa propre plateforme de billetterie et de son marché officiel de revente.

En pratique, cela signifie que les partisans doivent se tourner vers le portail officiel de la FIFA pour espérer trouver des places disponibles. Les billets qui y apparaissent proviennent principalement de supporters qui remettent leurs places en vente par l’intermédiaire du système officiel de la FIFA.

Aperçu du prix des places pour le match Allemagne-Côte d’Ivoire sur un site de revente. Photo : Capture d’écran

Plusieurs billets sont également affichés sur des plateformes tierces comme StubHub, Viagogo, SeatGeek ou TicketSales. Ces sites ne revendent toutefois pas directement les billets. Ils servent plutôt d’intermédiaires entre vendeurs et acheteurs. Une fois la transaction conclue, le vendeur doit utiliser la fonction officielle de transfert de billets de la FIFA pour envoyer sa place à l’acheteur.

Cette méthode comporte un risque supplémentaire puisque la FIFA ne reconnaît officiellement que son propre marché de revente. En cas de problème avec le transfert, l’acheteur dépend essentiellement des garanties offertes par la plateforme utilisée, sans bénéficier de la protection du système officiel de la FIFA.

Des prix qui s’envolent

Résultat : pour de nombreux supporters, trouver un billet relève déjà du défi. Le faire à un prix abordable et par un canal jugé entièrement sécuritaire l’est encore davantage.

Pour le match Allemagne–Côte d’Ivoire du 20 juin au stade de Toronto, les prix observés sur le marché officiel de la FIFA dépassent les 3000 dollars pour le peu de places encore disponibles.

Affiche la plus alléchante à Toronto, ce match n’a plus beaucoup de places disponibles avec des tickets revendus à 3095,55 dollars sur la plateforme officiel de la FIFA. Photo : capture d’écran du marché de revente officiel

Du côté du match Sénégal–Irak du 26 juin, les prix les plus abordables débutent autour de 500 dollars. Quant au match d’ouverture du Canada contre la Bosnie-Herzégovine, l’offre est plus abondante sur le marché de revente, mais les premiers billets se situent encore autour de 800 dollars.

À cela s’ajoutent les forfaits hospitalité proposés par la FIFA, qui permettent de vivre l’événement dans des espaces VIP exclusifs moyennant plusieurs milliers de dollars par personne.

Les seuls billets encore disponibles à la vente hors revente sont de type « hospitalité », des formules VIP pour lesquelles il faut débourser plusieurs milliers de dollars. Photo : capture d’écran de la billetterie officielle de la FIFA

« Le douzième homme risque de manquer »

Pour la communauté ivoirienne, la situation est particulièrement difficile à accepter.

Le président de l’Association de la communauté ivoirienne de la région de Toronto (ACIRT), Hermane Amankou Ligue, rappelle que la Côte d’Ivoire est une véritable nation de football et que les Éléphants ont toujours pu compter sur le soutien massif de leurs supporters.

« Le douzième homme fait toute la différence », souligne-t-il, faisant allusion au public. Selon lui, de nombreux Ivoiriens étaient prêts à soutenir leur équipe à Toronto, mais les prix rendent cette présence pratiquement impossible pour la majorité.

Elijah Vanga craint de devoir suivre le match des Éléphants dans son canapé. Photo : gracieuseté

L’inquiétude est partagée par Elijah Vanga, supporter ivoirien installé à Toronto depuis cinq ans.

« Quand je vois les choses dans mon esprit, il y aura plus de supporters adverses que nous. Nous, on est un peu délaissés », déplore-t-il. Après avoir constaté que les billets se vendaient entre 1500 $ et 2000 $, il a abandonné l’idée d’assister au match.

Même son de cloche chez Fatou Mbaye. Son fils rêvait d’assister à Allemagne–Côte d’Ivoire, mais la mère de famille a rapidement dû faire une croix sur ce projet.

« Quand on m’a dit 1800 $ le ticket, j’ai dit à mon fils : je veux te faire plaisir, mais je ne peux pas », raconte-t-elle.

Pour Fatou Mbaye, au-delà des prix, c’est le processus même à suivre pour se procurer des billets qui lui a semblé très compliqué. Photo : gracieuseté

David Aka, autre supporter ivoirien, compare la situation avec les précédentes Coupes du monde.

« Pour la demi-finale au Qatar, des gens trouvaient des billets à 70 ou 80 dollars. Ici, pour un match de groupe, on parle de 600 $, 700 $, parfois plus. C’est vraiment quelque chose de fou », affirme-t-il.

Les Sénégalais aussi contraints aux fan zones

La frustration est tout aussi palpable dans la communauté sénégalaise. « Ce n’est pas simplement un fan, c’est tous les fans sénégalais qui sont frustrés », résume Thierno Soumaré.

Thierno Soumare (au centre en vert) et les partisans sénégalais vont en majorité se tourner vers les événements organisés dans la communauté, à défaut de pouvoir aller au stade. Photo : Hadley Foucher

Selon lui, ni l’ambassade du Sénégal, ni la Fédération sénégalaise de football, ni les autorités sportives du pays n’ont offert de solution permettant aux supporters de se procurer des billets à prix abordable.

Conséquence : la plupart des partisans se résignent déjà à regarder les rencontres dans les fan zones organisées par la communauté elle-même.

« Le football est devenu un sport de riches »

Même les communautés dont l’équipe ne joue pas à Toronto suivent le dossier avec attention.

Président de l’Association des Congolais de l’Ontario, Patrick Mpiana prépare plusieurs rassemblements communautaires pour suivre le parcours des Léopards, qualifiés pour leur première Coupe du monde depuis 1974.

Patrick Mpiana déplore également le prix exorbitant des places aux États-Unis, où les Léopards joueront, ce qui va limiter le nombre de Congolais prêts à faire le voyage. Photo : gracieuseté

Mais lui aussi s’inquiète de l’évolution du football moderne. « Le football, c’est un sport populaire, rappelle-t-il. Lorsqu’on commence à faire grimper les prix des billets comme ça, on prive les gens qui aimeraient quand même savourer cette joie-là. C’est devenu un sport de riches maintenant. »

Il souligne qu’avec le coût de la vie actuel, peu de familles peuvent justifier une dépense très conséquente pour assister à un match de groupe.

« Moi, j’aime beaucoup le football. Je connais toute l’histoire de la Coupe du monde. Mais présentement, avec la situation que j’ai, je ne vais pas dépenser 1000 dollars pour aller voir un match de groupe », affirme-t-il.

Une mince lueur d’espoir

Malgré la frustration, certains refusent encore d’abandonner complètement l’idée de voir leur équipe au stade. Du côté de l’Association de la communauté ivoirienne de la région de Toronto (ACIRT), Hermane Amankou Ligue affirme que des démarches sont toujours en cours auprès des autorités ivoiriennes.

« On a bon espoir », assure-t-il. Selon lui, l’association demeure en contact avec des représentants du ministère ivoirien des Sports ainsi qu’avec le Conseil national des supporters des Éléphants afin d’explorer d’éventuelles solutions permettant à davantage de partisans d’assister à la rencontre.

« J’espère que nos autorités auront une oreille attentive face à la situation pour permettre à la grande majorité des Ivoiriens d’aller supporter leur équipe », affirme-t-il.

David Aka et ses amis ont pu assister aux deux matchs amicaux de la Côte d’Ivoire au stade de Toronto, ils ne désespèrent pas d’être présents face à l’Allemagne le 20 juin. Photo : gracieuseté

D’autres continuent simplement à surveiller le marché de la revente dans l’espoir d’une baisse de prix de dernière minute. C’est notamment le cas de David Aka, qui consulte régulièrement les plateformes de vente en espérant que certains détenteurs de billets finissent par réduire leurs tarifs à l’approche du coup d’envoi.

« On observe encore l’évolution des choses. Peut-être qu’à la dernière minute, il y aura des gens qui voudront revendre leurs places moins cher », explique-t-il précisant qu’il serait prêt à débourser jusqu’à 150 dollars pour assister à la rencontre.

Reste qu’à quelques jours du tournoi, un sentiment domine : celui de voir la plus grande compétition sportive de la planète se dérouler dans sa propre ville… sans pouvoir en franchir les portes.

Pour plusieurs supporters africains du Grand Toronto, la Coupe du monde 2026 restera peut-être un événement historique. Mais elle risque aussi de devenir le symbole d’une fête devenue inaccessible à ceux qui l’aiment le plus.

Richard Wagner se dit « satisfait » du verdict libérant la Cour suprême de traduire 6000 décisions historiques

OTTAWA — Sans qualifier de victoire claire une décision de la Cour fédérale n’obligeant pas la Cour suprême à traduire près de 6000 décisions historiques, le juge en chef Richard Wagner soutient être « satisfait » du verdict rendu, estimant qu’il s’agit d’un « bon jugement ».

La Cour fédérale a donné raison sur toute la ligne, la semaine dernière, au plus haut tribunal du pays, soutenant qu’il n’avait pas à traduire près de 6000 décisions unilingues rendues avant 1970. Avant cette date, la Loi sur les langues officielles n’était pas en vigueur et n’imposait donc pas l’obligation de traduire les jugements dans les deux langues officielles.

La magistrate Denise LeBlanc a tranché dans son jugement que « les décisions historiques de la CSC [Cour suprême du Canada] ne constituent ni des ‘services’ ni des ‘communications au public’ soumises à l’obligation de traduction prévue par (…) la Loi sur les langues officielles ».

Lors de sa conférence de presse annuelle mardi, le juge en chef de la Cour suprême, Richard Wagner, a qualifié le verdict rendu de « bon jugement ».

« Les attitudes triomphalistes, je ne suis pas tellement favorable à ça », a-t-il répondu lorsque nous l’avons questionné pour savoir s’il considérait cette décision comme une victoire claire.

« Si vous lisez la décision de la Cour fédérale, vous allez voir que la juge LeBlanc adopte tous les points de vue et les arguments soulevés par les avocats du registraire de la Cour suprême. On peut qualifier ça comme vous voulez, mais moi je prends le jugement tel qu’il est », a-t-il ajouté.

L’organisme Droits collectifs Québec, par l’entremise de son directeur général Étienne-Alexis Boucher, avait déposé un recours devant la Cour fédérale, demandant à celle-ci de statuer que le Bureau du registraire de la Cour suprême avait l’obligation de traduire ces jugements unilingues. L’organisme tente de forcer le Bureau du registraire de la Cour suprême à traduire l’ensemble de ses arrêts rendus entre 1877 et 1969, presque tous rédigés uniquement en anglais.

« Je suis satisfait du jugement. Je pense que c’est le jugement à rendre », a commenté Richard Wagner.

Le dossier a débuté il y a plusieurs années, à la suite d’une enquête du Commissariat aux langues officielles qui avait conclu que la Cour suprême se devait de traduire ses anciennes décisions.

En réponse au recours déposé, le plus haut tribunal canadien avait décidé de retirer de son site Web les milliers de jugements unilingues, les rendant ainsi inaccessibles au grand public sans demande préalable.

« La décision était, je pense, très prudente. C’était pour éviter de poursuivre un état d’illégalité si tant est qu’un tribunal éventuellement vienne à la conclusion qu’il fallait effectivement traduire toutes ces décisions-là… Je pense que c’était sage dans les circonstances », a dit à ce sujet le plus haut magistrat du pays.

Interrogé sur l’éventualité que la Cour suprême puisse remettre en ligne les quelque 6000 décisions concernées à la suite de ce jugement, le juge en chef a rappelé que le dossier pourrait encore faire l’objet d’un appel.

« Par respect pour les tribunaux, on va attendre de voir ce qui va arriver dans le futur. Le registraire [le Bureau du registraire] prendra une décision, on va étudier ça à savoir si on devrait remettre ces décisions-là sur le site Web. »

La Cour suprême jugera-t-elle la Cour suprême?

Les demandeurs dans le dossier, Droits collectifs Québec, ont soutenu qu’ils étudiaient toujours la décision et n’avaient pas encore décidé s’ils comptaient porter le dossier devant la Cour d’appel fédérale. Ces derniers ont jusqu’au début juillet pour porter la cause en appel. Ils n’écartent toutefois pas l’hypothèse que le dossier se rende jusqu’au plus haut tribunal canadien.

« Ça reste une possibilité. C’est le parcours déjà tracé d’avance d’une cause qui va d’une instance à l’autre », mentionne Étienne-Alexis Boucher.

Dans un tel cas, la Cour suprême serait-elle portée à juger un dossier où elle est elle-même défenderesse?

« On verra en temps et lieu si, effectivement, c’est une hypothèse qui se réalise », a soutenu à plusieurs reprises le juge en chef mardi.

« Ce n’est pas à moi d’émettre une opinion. Le public jugera si ça a du bon sens que la Cour suprême se penche sur un dossier qui implique le Bureau du registraire, qui est l’administration au service unique de la Cour suprême… Le commun des mortels pourrait y voir là un enjeu », estime M. Boucher en entrevue.

Dans le cadre de son 150e anniversaire en 2025, la Cour suprême avait annoncé la mise en place d’un comité qui se pencherait sur la traduction de ces décisions dites historiques. Ce comité a ultimement identifié 24 arrêts d’importance historique nécessitant une traduction vers le français ou l’anglais.

Le juge en chef a notamment signalé que neuf jugements supplémentaires seraient bientôt publiés sur le site Web de l’institution, elle qui a publié une première décision en octobre dernier.

Devant la Cour fédérale, le Bureau du registraire a soutenu que traduire l’ensemble des jugements entraînerait un coût évalué entre 62,6 et 68,9 millions de dollars, soit plus de 366 % de son budget annuel de traduction.

FrancoQueer marque 20 ans de mobilisation et d’avancées pour les droits 2SLGBTQIA+

TORONTO – En deux décennies, les membres fondateurs de FrancoQueer ont joué un rôle décisif au sein de la communauté en créant des services d’accueil et des espaces visant à briser l’isolement permettant ainsi à la communauté 2SLGBTQIA+ francophone de prendre pleinement sa place. Aujourd’hui, une nouvelle génération poursuit cette vision un peu partout en Ontario.

C’est grâce à l’engagement de bénévoles comme Jean-Rock Boutin, en tant que travailleur social, et Marcel Grimard, comme coordonnateur, que l’organisme a officiellement été enregistré comme OBNL (organisme à but non lucratif) en 2006.

Au départ, il s’agissait d’un petit groupe de personnes à Toronto, principalement des hommes qui ont posé les bases du projet : « Nous avions commencé la planification, puis nous avons commencé à nous organiser pour trouver un nom. L’assemblée générale de fondation s’est ensuite tenue au mois de juin », se rappelle M. Boutin.

Ce dernier explique que plusieurs organisations sont nées dans des sous-sols d’églises puisque c’est dans les milieux catholiques que la communauté franco-ontarienne fondait sa survie et son identité.

À ses débuts, FrancoQueer se finançait essentiellement avec des fonds récoltés auprès des bénévoles, des alliers et d’autres proches. Les campagnes de financement prenaient la forme d’« apéros arc-en-ciel » organisés plusieurs fois par an. « Lorsqu’on se promenait dans le village gai de Toronto et qu’on entendait parler français, on allait à la rencontre des gens, on prenait leur adresse courriel et leur numéro de téléphone, puis on essayait de les rassembler afin de participer à nos activités », raconte Jean-Rock Boutin.

Jean-Rock Boutin présente le concept de FrancoQueer à des participants lors d’un « apéro arc-en-ciel ». Photo : Gracieuseté d’Arnaud Baudry

Marcel Grimard et des participants d’un « apéro arc-en-ciel » pendant la Pride Toronto de 2007. Photo : Gracieuseté de Jean-Rock Boutin

Un « apéro arc-en-ciel » et une présentation des membres du conseil d’administration de FrancoQueer dans le village gai de Toronto. Photo : Gracieuseté de Jean-Rock Boutin

Malgré le manque d’une structure à cette époque, la mission de FrancoQueer reposait déjà sur la volonté de créer un espace francophone pour les personnes 2SLGBTQIA+, unis par un fort esprit de solidarité.

Jean-Rock Boutin, l’un des fondateurs, gardait en tête l’objectif d’obtenir du vrai financement permettant à l’organisme de franchir une nouvelle étape et surtout de mettre en place des services. « On attendait d’avoir une organisation en bonne et due forme, avec un enregistrement officiel auprès du gouvernement, ainsi qu’une charte d’objectifs, une mission, une vision de nos valeurs et un règlement afin d’être pleinement redevables envers la communauté », soutient le cofondateur.

Il affirme que le premier financement majeur d’un montant de 75 000 $, a été accordé à la fin des années 2000 par le ministère des Affaires civiques et du Multiculturalisme. « Après ça, on a commencé à faire du démarchage politique, c’est-à-dire qu’on a rencontré des députés et des ministres pour avoir le soutien gouvernemental. » Selon l’ancien travailleur social, il était essentiel à cette époque de faire de la sensibilisation afin de faire progresser l’organisme.

Présence de la francophonie lors du défilé de la Fierté à Toronto en 2016. Photo : Gracieuseté de Jean-Rock Boutin

FrancoQueer et des partenaires communautaires dans le Village francophone pendant la Pride Toronto de 2011. Photo : Gracieuseté de Jean-Rock Boutin

Des bénévoles au kioske de FrancoQueer lors de la première participation de l’organisme à Pride Toronto en 2007. Photo : Gracieuseté de Jean-Rock Boutin

Présence de FrancoQueer à Pride Toronto en 2013. Photo : Gracieuseté de Jean-Rock Boutin

Continuer de rassembler une communauté en constante évolution

Aujourd’hui, avec une équipe de 25 personnes à Toronto, Ottawa et Sudbury, le directeur général de FrancoQueer, Arnaud Baudry, souligne le travail accompli par ses aînés « 20 ans de FrancoQueer, c’est 20 ans d’action pour les droits humains », avance-t-il.

Actif au sein de l’organisme depuis plus de 10 ans, il avait lui-même été approché par Jean-Rock Boutin avant d’occuper presque tous les postes au sein du conseil d’administration, de contribuer au développement de l’organisme, puis d’en devenir le directeur général en 2021.

Sous sa direction, FrancoQueer a diversifié son champ d’action dans la communauté. « Nous avons notamment développé nos services d’établissement pour les personnes nouvellement arrivées. Nous intervenons aussi de façon importante dans les milieux éducatifs, jusqu’au niveau postsecondaire », souligne-t-il.

Michel Tremblay, président actuel du conseil d’administration et Arnaud Baudry, directeur général de FrancoQueer depuis cinq ans. Photo : Gracieuseté d’Arnaud Baudry

D’après M. Baudry, l’accueil des nouveaux arrivants représente un enjeu majeur, dans la mesure où il repose sur l’importance d’un processus basé sur un accompagnement individualisé et respectueux des parcours de chacun.

« Il y a un besoin de trouver des moyens de s’affirmer dans son identité malgré des histoires vécues très douloureuses, voire traumatiques. Il s’agit de trouver les manières de pouvoir être à l’aise dans son identité et de pouvoir s’affirmer avec fierté. »

« En 20 ans, la communauté s’est diversifiée, ce qui pousse à une approche humaniste et montre aussi qu’il y a toujours des besoins au sein de la communauté », explique-t-il. Il ajoute que l’ensemble du processus, qui inclut notamment l’acculturation et l’intégration, prend beaucoup de temps et que certaines barrières bureaucratiques, par exemple pour les demandeurs d’asile, peuvent compliquer la tâche.

« Pour moi, les 20 ans de FrancoQueer c’est une étape charnière. Ça montre aussi qu’il y a toujours des besoins dans la communauté. »
— Arnaud Baudry, directeur général

« Il y a encore beaucoup à faire. C’est important aussi de reconnaître tout le travail qui a été fait par nos aînés pour faire avancer les droits », poursuit le directeur qui fait partie de l’organisme depuis près de 10 ans.

FrancoQueer dans le cortège de la 44e marche de la Fierté à Toronto en 2025, dont le thème soulignait la solidarité envers les communautés trans et non binaires. Photo : ONFR/Abigail Alves Murta

Toutefois, M. Baudry observe que le travail accompli par les aînés fait face à un contrecoup des politiques d’inclusion au Canada et dans le monde. « On assiste à un renversement de situation dans les écoles, par exemple, avec le mouvement masculiniste ainsi qu’un contre-mouvement anti-inclusion, anti-diversité, voire anti-humanité, j’ai envie de dire. »

Aujourd’hui, FrancoQueer continue de se développer en s’adaptant aux besoins, malgré des débuts difficiles. « Même si certains membres du conseil d’administration, parfois, venaient de la région d’Ottawa ou de la région de Sudbury, les gens entendaient parler de nous et voulaient soutenir notre cause. C’était un souhait d’avoir une perspective provinciale, mais les fonds n’étant pas là, c’était difficile d’agir ailleurs », décrit Jean-Rock Boutin.

Le cofondateur se réjouit qu’aujourd’hui, « FrancoQueer ait une influence positive dans la création d’organismes francophones à travers tout le pays ». Selon lui, il en existe désormais « dans l’Ouest, au Nouveau-Brunswick, et même en Ontario à Sudbury, Ottawa et Nipissing-Ouest, par exemple. Et maintenant, il y a des mois de la Fierté, des actions et des activités communautaires un peu partout ».

« FrancoQueer a été une influence positive dans la création d’organismes francophones à travers tout le pays. »
— Jean-Rock Boutin, cofondateur

En tant que l’une des premières organisations LGBT structurées au sein des francophonies pancanadiennes, FrancoQueer est devenu un acteur important de la communauté LGBT en Ontario et à travers le pays.

Ce jeudi, une cérémonie de reconnaissance des pionniers de l’organisme aura lieu à l’Université de l’Ontario français. « Les actions doivent être menées et célébrées tout au long de l’année, et pas seulement au mois de juin », conclut le directeur général.

Fierté Timmins : une année record et un rayonnement régional

TIMMINS – Pour sa treizième célébration annuelle, Fierté Timmins Pride a bénéficié d’un financement de la Corporation du Développement Économique (CDE) de la ville, une première pour l’organisme qui a atteint des records d’affluence, une forte présence de jeunes et un rayonnement au-delà de Timmins.

Malgré une météo peu clémente, le défilé et le rallye ont rassemblé plus de 250 participants, une légère hausse pour un événement qui ne dépassait pas la barre des 200, rapporte Julie Nobert-Demarchi, fondatrice et trésorière de Fierté Timmins Pride. Au total, la nouvelle programmation a attiré plus de 500 participants, l’année la plus achalandée pour l’événement.

La fondatrice reconnaît que Fierté Timmins Pride doit en partie ce succès à la nouvelle programmation qui s’étale désormais sur deux fins de semaine au lieu d’une. « Les deux fins de semaine ont donné de l’accessibilité d’une façon différente », explique-t-elle. La première fin de semaine a servi de coup d’envoi, et a attiré des participants pour le défilé de la semaine suivante.

Pour la fondatrice, ce changement était avant tout censé alléger la charge de l’équipe d’environ treize bénévoles. « Essayer de faire tout ce qu’on faisait dans une fin de semaine, c’était vraiment difficile sur les volontaires. On allait de lundi jusqu’à la fin de la journée de samedi. On n’arrêtait pas ».

Cette décision survient quatre ans après la pénurie de bénévoles qui avait contraint l’organisme à annuler la semaine de la fierté 2022 avant de la repousser en septembre de la même année, avait confié Matthieu Villeneuve, le président de Fierté Timmins Pride à ONFR.

À travers le défilé ou encore le spectacle de drag mettant en vedette des artistes drag de l’Ontario français du Nord, comme Jezebel Bardot et Jenna Seppa, Fierté Timmins Pride a aussi remarqué un changement dans les participants. « Il y avait plusieurs adolescents. C’est vraiment super qu’ils trouvent [une] communauté quand ils sont assez jeunes. Qu’ils ne se sentent pas isolés ».

Jenna Seppa participe aux célébrations de Fierté Timmins Pride du 6 juin 2026 / Photo : Gracieuseté Julie Nobert-Demarchi

Le tourisme 2SLGBTQ+ comme opportunité pour l’économie locale

Habitué à des dons de particuliers ainsi que du financement provenant d’institutions comme le Collège Boréal ou le Conseil scolaire du Nord-Est de l’Ontario, Fierté Timmins Pride a cette fois-ci bénéficié de 10 000 $ octroyés par la Corporation du Développement Économique (CDE) de Timmins.

La CDE de Timmins a accepté la demande de financement de l’organisme, en s’appuyant sur le fait que les festivités pourraient attirer du tourisme à Timmins, notamment des visiteurs de villes voisines comme Kapuskasing, Cochrane, ou Timiskaming. « Notre drag show est vraiment connu. On peut vraiment dire que du monde vient à Timmins pour notre pride » affirme Julie Nobert-Demarchi.

D’ailleurs, la CDE a estimé que la programmation de Fierté Timmins Pride pourrait générer plus de 31 000 $ à l’économie locale sans compter les revenus hôteliers, explique Noella Rinaldo, directrice du développement économique communautaire de Timmins.

En 2025, le conseil municipal de Timmins avait lancé un plan décennal pour accentuer le tourisme culturel. La CDE a identifié le tourisme 2SLGTBQ+ comme une occasion d’héberger des touristes venant d’autres villes du nord de l’Ontario et de recueillir la taxe de séjour, de 6 %.

Au-delà de l’aspect économique, Mme Rinaldo explique que ce financement vise avant tout à imposer Timmins comme une destination culturelle de choix du nord-est de la province. Julie Nobert-Demarchi, elle, voit la programmation 2026 de Fierté Timmins Pride et son nouveau financement comme un essai pour les futures semaines de la fierté. « L’année prochaine, on a de gros noms qui vont venir. Les plans sont déjà en place. »

Un organisme à portée régionale

Au-delà des participants locaux, l’organisme a attiré des habitants issus de villes voisines où les événements liés à la fierté sont limités, voire inexistants. En dehors des célébrations, il n’est pas rare que l’organisme soutienne les personnes 2SLGBTQ+ des autres villes. « Fierté Timmins Pride est devenu [l’organisme] social pour la région » affirme Julie Nobert-Demarchi. « On a eu un appel de Kapuskasing pour aller les aider avec un enfant qui s’identifie comme trans, et qui a eu des difficultés de transphobie à l’école ».

Fierté Timmins Pride veut s’assurer que les visiteurs « viennent à Timmins pour pouvoir avoir ce sentiment d’appartenance » ajoute-t-elle.

Un autre objectif de Fierté Timmins Pride est de limiter l’exode des Timminois issus de la communauté 2SLGBTQ+ vers Toronto pour se sentir moins marginalisés. « Le nombre de personnes qui me disent : je n’aurais jamais pensé qu’il y aurait une pride à Timmins, dans ma petite ville, » note-t-elle, donnant l’exemple de Panic Fantasy, artiste drag originaire de Timmins, maintenant basé à Toronto. « Iel revient toutes les années, mais iel est parti à cause du fait qu’iel n’avait pas de sens d’appartenance. »

Avant tout, Fierté Timmins Pride veut continuer d’élargir son soutien à la communauté du Nord-est de l’Ontario. « Ça fait treize ans. On a créé un espace où le monde [sait] qu’il peut être [lui-même]. Sans jugement ».

Julie Allemand entre patience et adaptation : le Tempo continue d’avancer malgré les obstacles

TORONTO – Première joueuse de l’histoire du Toronto Tempo après avoir été sélectionnée au deuxième rang du repêchage d’expansion de la WNBA, Julie Allemand incarne depuis le début l’ambition de la nouvelle franchise canadienne. Quelques semaines après le lancement de cette aventure historique, la meneuse belge revient sur un début de saison aussi difficile individuellement qu’encourageant collectivement.

Blessures, manque de temps pour développer des automatismes et adaptation à une nouvelle ville : le début de saison de l’internationale belge est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Pourtant, à l’image du Tempo, qui affiche désormais une fiche de 6-4 malgré une infirmerie bien remplie, Allemand continue d’avancer avec la même priorité : aider son équipe à gagner.

« Ce n’est pas un début facile, reconnaissait-elle avant le match de dimanche contre le Sky de Chicago. Je me suis blessée assez rapidement. Quand je commençais enfin à trouver un petit rythme, il y avait encore ce manque d’alchimie avec toutes les joueuses. Ça, ça prend du temps, ça prend des matchs et des entraînements. »

Le défi est d’autant plus grand que le calendrier de la WNBA laisse peu de place au travail collectif.

« On joue tous les deux ou trois jours, donc on n’a pas énormément d’entraînements. Quand tu es blessée, tu es tout le temps sur le côté. C’est difficile », explique-t-elle.

À ses problèmes à la hanche se sont ajoutées récemment des douleurs au coude, au point où elle ne savait pas, quelques heures avant la rencontre, si elle serait capable de tirer normalement lors du dernier match.

Un rendement encore loin de son plein potentiel

Les statistiques de la Belge reflètent en partie cette adaptation. Après avoir connu une saison 2025 solide à Los Angeles avec 5,4 points, 3,7 rebonds et 5,0 passes décisives de moyenne, Allemand tourne pour l’instant à 4,5 points, 3 rebonds et 3,5 passes par rencontre avec Toronto en seulement 6 matchs disputés.

Si elle n’a pas encore trouvé le rythme en attaque, la meneuse belge a déjà en revanche un impact significatif en défense. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Des chiffres qui ne racontent toutefois qu’une partie de l’histoire.

Avant de traverser l’Atlantique, la meneuse de 29 ans sortait d’une saison exceptionnelle avec Fenerbahçe Opet en Turquie. Aux côtés de plusieurs vedettes internationales, elle a contribué à mener le club au titre en Euroligue féminine au printemps dernier.

Véritable chef d’orchestre de l’équipe, la Belge a même été récompensée de ses performances en étant élue meilleure joueuse du Final Six après la conquête du trophée, notamment grâce à une finale remarquable de 13 points, 10 passes décisives et 9 rebonds.

Son arrivée à Toronto n’est pas idyllique à titre individuel, mais pour l’instant, la priorité n’est pas son rendement personnel.

« Je ne pense pas à moi, je pense à l’équipe et à ce dont elle a besoin. Je sais qu’en ce moment l’équipe va avoir besoin de moi en défense, de mettre du rythme. Peut-être que je ne suis pas encore la Julie que je pourrais être plus tard, mais je vais faire le maximum. »

Le Tempo tient le coup malgré une infirmerie bien remplie

Ce qui impressionne le plus depuis le début de saison demeure sans doute la capacité du Tempo à rester compétitif malgré les nombreux coups durs.

Toronto a dû composer avec les absences d’Isabelle Harrison (revenue dimanche) et de Temi Fagbenlé, blessée lors du tout premier match de la saison. Nyara Sabally a également raté deux rencontres, tandis qu’Allemand elle-même a manqué cinq matchs et a été limitée physiquement depuis son retour.

La profondeur de l’effectif du Tempo a permis de pallier les blessures et de réaliser un début de saison satisfaisant. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le dernier revers est survenu la semaine dernière avec la blessure de la recrue Kiki Rice, qui réalisait jusque-là un début de saison tonitruant. Avant sa blessure, le sixième choix du repêchage tournait à 12,7 points, 4,7 rebonds et 2,6 passes décisives de moyenne.

Faire sans Kiki Rice

Allemand sait que l’absence de la jeune meneuse sera difficile à compenser.

« C’est sûr qu’elle va nous manquer, admet-elle. Mais depuis le début de saison, il nous manque des joueuses. À chaque fois, on a réussi à trouver des solutions pour aller chercher des victoires. Le plus important sera de trouver ce dont cette équipe a besoin pour gagner. »

L’ancienne joueuse des Sparks pourrait d’ailleurs voir son temps de jeu augmenter en l’absence de Rice.

« L’entraîneuse m’a dit d’être plus agressive parce qu’on a Kiki en moins, explique-t-elle. Mais ce ne sera pas seulement moi. Tout le monde devra faire un effort supplémentaire. »

Malgré tous ces obstacles, Toronto a réussi à demeurer dans la course aux séries lors de ses premières semaines d’existence, un résultat encourageant pour une franchise d’expansion qui découvre encore son identité. L’équipe affiche désormais une fiche de 6-4 après sa victoire convaincante face au Sky de Chicago dimanche (85-68), un départ qui dépasse les attentes pour une équipe qui se construit de zéro.

Toronto, le soleil et un peu de soccer

En dehors du terrain, Julie Allemand commence également à apprivoiser sa nouvelle ville. Après un printemps particulièrement pluvieux et des températures fluctuantes, elle profite enfin du retour du beau temps pour explorer les environs.

« Ce que j’aime surtout, c’est le soleil et la plage, raconte-t-elle. Je suis allée voir les îles de Toronto et je pense y retourner. C’était vraiment calme, vraiment paisible. J’aime beaucoup le fait qu’on habite à côté de l’eau. Je marche beaucoup et je visite pas mal. »

La Belge suit aussi de loin l’effervescence entourant la Coupe du monde de soccer qui s’installe progressivement à Toronto. Même si elle aurait aimé voir certaines grandes nations européennes passer par la Ville Reine, elle reconnaît que l’événement apportera une ambiance particulière.

« Ça va être spécial. À mon avis, il va y avoir beaucoup de monde. Si possible, peut-être qu’on ira voir un match », lance-t-elle avec un sourire.

D’ici là, l’objectif demeure le même : retrouver la pleine santé, poursuivre son intégration et aider le Tempo à continuer de déjouer les pronostics.

Car malgré les blessures et les ajustements inévitables, Toronto démontre déjà qu’il faudra compter sur elle.

Le Manitoba devrait-il imiter l’Ontario et offrir des excuses pour son Règlement 17?

WINNIPEG — Le 10 mars 1916, le Manitoba imite l’Ontario, qui avait agi quelques années auparavant, et décide d’interdire l’enseignement du français dans la province, ouvrant la porte à l’assimilation des francophones dans le fief de Louis Riel. Près de 110 ans plus tard, c’est un mouvement de jeunesse soutenu par la communauté qui pousse le gouvernement provincial à présenter des excuses formelles.

Intitulée la loi Thornton, la législation du gouvernement libéral de l’époque supprime les écoles bilingues, instaurant du même coup une interdiction du français dans les salles de classe. Ce n’est que 50 ans plus tard, en 1967, qu’un gouvernement conservateur renverse cette loi.

« Ce qui arrivait au début du XXe siècle, c’était un fouillis au niveau des programmes d’études, par exemple le curriculum, la qualité de l’enseignement, etc. C’était très difficile pour le gouvernement de mettre de l’ordre dans tout ça », explique Raymond Hébert, politologue et professeur émérite à l’Université de Saint-Boniface.

En réponse à cette législation, l’Association d’éducation des Canadiens français du Manitoba est fondée en 1916 lors d’une convention. Elle est composée d’enseignants qui se donne le rôle de ministère de l’instruction publique pour l’éducation française. Crédit image : Archives de la Société historique de Saint-Boniface/001/SHSB45 150

La province est alors marquée par une vague d’immigration qui souhaite avoir ses propres écoles dans sa propre langue, mais les articles de journaux de l’époque décrivent « l’incompétence totale de ces écoles-là », remet en perspective Raymond Hébert.

« La loi Thornton mettait fin à toutes ces écoles ethniques en même temps. Puis évidemment, les francophones ont été pris dans la lutte », explique-t-il.

Un mouvement mené par la jeunesse

Or, au Manitoba, de telles excuses n’ont jamais eu lieu, et un mouvement d’une vingtaine de jeunes de la province demande des excuses formelles au gouvernement. Le tout a débuté par une lettre ouverte dans le journal francophone La Liberté où la vingtaine de signataires soutiennent que la loi Thornton et « ses ramifications en matière d’anglicisation continuent de se faire ressentir encore aujourd’hui, », citant le manque de services en français dans la société.

« Si le gouvernement est sérieux au sujet de ce projet, pourquoi ne s’est-il jamais excusé pour la loi Thornton? », questionnent-ils.

Nous avons rencontré deux d’entre eux. L’un des instigateurs de ce mouvement, Beaudry Labossière, soutient que des excuses se doivent d’être faites, alors même que le gouvernement provincial milite pour un Manitoba bilingue.

« Il y a toujours les histoires qu’il fallait cacher les livres dans les pupitres et d’autres affaires. Ces excuses, c’est vraiment une façon de reconnaître ça et de faire en sorte qu’on puisse avancer », estime le jeune Franco-Métis et étudiant universitaire.

Beaudry Labossière (à gauche) et Téo Roy à droite. Crédit image : ONFR

Tout comme en Ontario, cette législation marque le début de l’enseignement clandestin en français où on sortait les livres de la langue de Shakespeare à la visite de l’inspecteur gouvernemental.

En 2016, près de 100 ans plus tard, le gouvernement ontarien, alors dirigé par Kathleen Wynne, présente des excuses au sujet du Règlement 17 (ou XVII), en vigueur de 1912 à 1927 et officiellement abrogée 17 ans plus tard. Cette initiative du gouvernement de l’Ontario, survenue il y a près d’une décennie, donne de l’espoir de voir un tel geste se concrétiser dans leur province.

« Si l’Ontario n’avait pas reçu d’excuses, là c’est comme : OK, le Manitoba ne va pas en avoir. Mais du fait que l’Ontario en a eu, ça nous donne une chance que le gouvernement ici offre des excuses », mentionne de son côté Théo Roy, un autre signataire de cette missive.

Des appuis provinciaux

Ce mouvement a récemment pris de l’ampleur au sein de la communauté francophone.

« La SFM est heureuse d’appuyer ces jeunes dans ce mouvement pour demander des excuses », souligne le président de la Société de la francophonie manitobaine (SFM), Derrek Bentley.

Par le passé, la SFM avait pris la position en disant « ce n’est pas une priorité d’aujourd’hui », mais la situation a changé, poursuit le président de l’organisation.

« On veut vraiment que ça aille au-delà des mots et des paroles. Pour nous, c’est important que quand on parle du système d’éducation, du curriculum, qu’on s’assure que tous les Manitobains reçoivent une éducation qui parle de ces lois-là, et de l’histoire de la francophonie au Manitoba », réclame Derrek Bentley.

Même appui du côté de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), qui gère le système d’éducation en langue française dans la province.

Alors que la province comptait 126 écoles francophones en 1915, ce chiffre a chuté drastiquement pour s’établir à seulement 26 établissements aujourd’hui. Sur la photo, le Collège Louis-Riel au coeur de Saint-Boniface à Winnipeg. Crédit image : ONFR

« Je pense que ce qui est beau à voir, c’est que c’est la jeunesse qui démontre à quel point elle comprend justement l’histoire qu’ont traversée les générations passées, pourquoi on est où on est aujourd’hui, et quel impact la loi Thornton a eu », nous indique son président, Bernard Lesage.

À l’image de l’Ontario, le système scolaire francophone dans la province déborde sous la demande avec sa vingtaine d’écoles et près de 6000 élèves en date de 2026. Des vagues d’immigration, combinées au désir des parents de donner la chance à leurs enfants d’aller à l’école en français, poussent la DSFM à plancher sur la construction de nouvelles écoles, notamment autour de Winnipeg.

« La croissance a toujours évolué de 1 à 3 % par an, depuis probablement 20 ans. Ça va très bien pour l’éducation en français ici, sauf qu’on reconnaît à quel point on a encore grandement besoin d’écoles au Manitoba pour répondre aux besoins de ces parents qui veulent une école de proximité, surtout au niveau élémentaire », présente le président de la division scolaire.

Un impact sur l’assimilation des Franco-Manitobains?

Mais la Loi Thornton a-t-elle réellement contribué à l’assimilation de la francophonie dans la province de Louis Riel? Raymond Hébert émet un bémol, soutenant que même si la loi était en vigueur, son application était une tout autre chose.

« Très rapidement après 1916, le gouvernement s’est rendu compte qu’il y avait eu une injustice, par rapport aux francophones », indique-t-il.

Le politologue et professeur émerite de l’Université Saint-Boniface à Winnipeg, Raymond Hébert. Crédit image : ONFR

« Le gouvernement a dit à la communauté francophone : Écoutez, vous avez l’Association, peut-être qu’on peut vous donner éventuellement des responsabilités, par exemple de surveillance de la qualité de l’enseignement etc. »

« Et finalement, c’est comme ça que les écoles françaises ont survécu de façon à peu près intacte au Manitoba jusqu’aux années 1960, alors qu’il y a eu des changements législatifs dramatiques qui ont renversé l’aventure », complète l’ancien professeur de l’Université de Saint-Boniface.

Politiquement pour le gouvernement actuel de Wab Kinew, souligne le politologue, offrir des excuses pour la Loi Thornton devrait aussi s’accompagner d’excuses pour l’Official Language Act des années 1890. Une vingtaine d’années après l’entrée du Manitoba dans la Confédération canadienne, cette loi avait aboli le statut du français comme langue officielle.

« Ça a probablement eu plus d’effets que la Loi Thornton, compte tenu de tout le contexte avec les écoles françaises (…) Il y a eu des moments clés, surtout au 19e siècle, qui sont très regrettables », commente Raymond Hébert.

Pour ces jeunes Franco-Manitobains, le manque d’excuses à ce jour est « une tache noire qui continue et reste comme une crotte sur le cœur ».

« On attend toujours. Puis, on va continuer jusqu’à ce qu’on reçoive des excuses », conclut Beaudry Labossière.

Philippe Blanchard ou l’art de diriger une faculté torontoise

TORONTO – Casquette vissée sur la tête, le vélo à portée de main, passionné d’art au discours habité, Philippe Blanchard, artiste multidisciplinaire, nous a ouvert les portes de la Faculté des arts visuels de l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario (OCAD), dont il est doyen intérimaire et professeur agrégé.

À quoi ressemble une journée de travail de doyen dans la plus grande et ancienne université d’art au pays?

Je supervise plusieurs programmes, notamment en photographie, arts imprimés, gravure et animation. Mon travail consiste à coordonner les équipes, gérer les budgets, régler les enjeux liés aux étudiants et aux professeurs, et définir la vision stratégique de la faculté. C’est aussi un rôle de gestion humaine et administrative important.

Un francophone à ce poste dans une université anglophone, c’est plutôt rarissime…

Oui, assez. À ma connaissance, il n’y a jamais vraiment eu de francophone dans ce type de rôle de cadre à l’université. Nous sommes peu nombreux parmi les professeurs francophones ici.

Comment avez-vous vécu le passage d’une pratique artistique et d’enseignement à un rôle plus administratif?

Ça s’est fait progressivement. Avant ce poste, j’avais déjà dirigé des programmes et développé différents projets administratifs. J’avais aussi travaillé dans la publicité et l’animation, donc j’étais habitué à concilier créativité et contraintes professionnelles. Mais aujourd’hui, le poids administratif est beaucoup plus important. Il faut apprendre à trouver un nouvel équilibre.

Craignez-vous de perdre le lien avec votre propre pratique artistique?

C’est un défi, oui. J’ai moins de temps pour mes projets personnels. Je pense qu’à long terme, une pause ou une sabbatique pourrait devenir nécessaire pour me ressourcer et rester à jour par rapport aux nouvelles technologies et aux pratiques artistiques contemporaines.

Pour Philippe Blanchard, rester connecté à la création est essentiel, même dans un rôle de gestion. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Vous êtes particulièrement attaché à transmettre vos savoirs aux étudiants. Parvenez-vous à enseigner malgré vos responsabilités?

Je n’ai plus de charge de cours régulière pour l’instant, mais l’enseignement reste très important pour moi. Je continue à mener de petits projets avec des groupes de trois à dix étudiants, souvent avec des partenaires internationaux ou des institutions culturelles. Ça me permet de rester connecté à l’expérience étudiante et à la création.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans l’enseignement?

Le grand privilège d’être enseignant, c’est de pouvoir ouvrir l’imaginaire des étudiants. Parfois, une œuvre, une technique ou une idée peut complètement transformer leur manière de créer. Vivre ces moments-là, sentir qu’on participe à leur développement intellectuel et artistique, c’est extrêmement stimulant.

Avez-vous en tête un exemple de projet étudiant qui vous a particulièrement marqué?

L’an dernier, j’ai développé avec des collègues de Mons (Belgique) un projet d’animation réunissant une vingtaine d’étudiants et entièrement en français. Plusieurs étudiants non francophones de naissance ont dû dépasser certaines appréhensions linguistiques tout en collaborant à distance. Ce qui m’a marqué, c’est de les voir gagner en confiance et développer un véritable esprit de groupe.

Comment êtes-vous arrivé dans le milieu artistique?

Je viens d’Ottawa et j’ai étudié à l’École secondaire publique De La Salle, qui était alors la seule école secondaire artistique francophone spécialisée en Ontario. Ensuite, je me suis dirigé vers le cinéma à l’Université Concordia parce que je voulais à la fois travailler l’image et raconter des histoires.

Après des études cinématographiques, M. Blanchard a évolué vers les arts numériques. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Pourquoi avoir quitté le cinéma traditionnel?

Je me suis rendu compte assez vite que le cinéma est un travail très collectif, alors que je cherchais quelque chose de plus intime et expérimental. À cette époque, les outils numériques comme Adobe Photoshop permettaient enfin de créer ses propres animations et vidéos à la maison. Je me suis donc tourné vers l’animation et les arts numériques.

Vous avez ensuite travaillé dans la publicité. Était-ce un compromis?

En partie, oui. Mais j’ai eu la chance de travailler dans un petit studio très créatif où chacun occupait plusieurs rôles : animation, storyboard, décors, montage… Ça m’a énormément appris. On nous encourageait constamment à inventer de nouveaux styles visuels et à expérimenter.

Pourquoi avoir repris des études après cela?

Après environ six ans dans ce milieu, je ressentais une forme d’épuisement créatif. J’ai voulu retrouver une pratique plus personnelle et expérimentale, ce qui m’a amené à faire une maîtrise.

Le textile a pris une place importante dans son univers créatif. Photo : www.philippeblanchard.com

Est-ce à ce moment-là que vous vous êtes tourné vers le textile?

Oui. Je voulais explorer l’animation sous une forme plus immersive et physique. Je me suis intéressé à la relation entre lumière, couleur et perception. Mes premières installations étaient imprimées sur papier, mais c’était difficile à transporter pour les expositions internationales. Le textile s’est imposé pour des raisons très pratiques, puis il est devenu central dans ma démarche artistique.

Vos œuvres ont voyagé dans plusieurs pays. Qu’est-ce que cela représente pour vous?

C’est toujours satisfaisant de voir que ces œuvres peuvent toucher des publics très différents. J’ai exposé notamment à Mexico, Paris et Shanghai. Ça me confirme que les questions autour de la perception ou de l’image peuvent avoir une portée assez universelle.

Vos installations changent-elles selon les lieux?

Oui, toujours. Le textile est souple et vivant. Une installation n’a jamais exactement la même apparence d’un espace à l’autre. Le contexte architectural modifie constamment l’œuvre.

Le doyen intérimaire s’investit dans les préparatifs des 150 ans de son université qui seront lancés à l’automne. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Que cherchez-vous à provoquer chez le public?

D’abord une réaction instinctive, presque hypnotique. Les gens essaient de comprendre ce qu’ils voient, comment fonctionne l’illusion visuelle. Ensuite, j’espère ouvrir une réflexion sur l’image en mouvement, le cinéma et même l’acte de regarder lui-même. On oublie souvent que voir est déjà une expérience complexe.

Le son fait-il aussi partie de votre travail?

Oui, certaines installations utilisent des bandes sonores synchronisées avec l’éclairage ou les animations lumineuses.

Comment percevez-vous l’évolution des technologies et de l’intelligence artificielle dans les arts visuels?

Nous sommes dans un environnement saturé d’images. Le rythme de production visuelle est devenu immense. Je pense que cela va créer une forme d’épuisement de l’attention. Dans ce contexte, les expériences physiques, immersives et collectives vont devenir de plus en plus importantes.

Vous pensez donc que l’avenir passe davantage par des expériences « vécues »?

Oui. On le voit déjà dans la musique avec le retour en force des concerts. Les gens cherchent une expérience réelle, partagée, impossible à reproduire sur un écran. Je pense que les artistes devront de plus en plus intervenir dans l’espace public ou créer des œuvres immersives capables de surprendre les gens dans leur quotidien.

Ses installations ont été exposées en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Photo : www.philippeblanchard.com

Les artistes sont-ils suffisamment soutenus en Ontario?

À mon avis, il reste beaucoup de travail à faire. Le Québec possède une infrastructure culturelle plus solide et une vision plus identitaire de la culture. En Ontario anglophone, la consommation culturelle est davantage dominée par les grands produits nord-américains.

Et du côté des artistes francophones en Ontario?

La communauté est petite, mais très intéressante. À Toronto, la francophonie est extrêmement diversifiée : Canadiens français, Québécois, Européens, Africains, Caribéens… C’est un contexte culturel unique qui mériterait d’être davantage raconté et représenté.

Quels sont aujourd’hui vos projets ou vos rêves artistiques?

J’ai envie de revenir à une animation plus traditionnelle : dessin sur papier, court-métrage projeté en salle. C’est quelque chose que je n’ai jamais vraiment exploré jusqu’au bout, notamment dans les festivals de cinéma d’animation.

Courts métrages, projections sur bâtiment et rôle de doyen… Plusieurs idées en tête dans un avenir proche. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Vous vous intéressez aussi au vidéo-mapping architectural

Oui, beaucoup. J’aimerais créer des projections sur des bâtiments, comme dans certains festivals de lumière. C’est un médium très immersif, très spectaculaire, mais aussi accessible à un large public. On revient à cette idée d’expérience collective et physique. Ce sont des œuvres éphémères qui existent pleinement seulement pour les gens présents sur place ce soir-là.

Qu’est-ce qui vous motive encore aujourd’hui comme artiste?

Créer des œuvres capables d’attirer immédiatement la curiosité du public, tout en ouvrant ensuite vers une réflexion plus profonde. J’aime l’idée d’un langage artistique accessible à tous, mais qui peut aussi amener des questions plus complexes sur l’image, la perception et notre manière de regarder le monde.

Avec tous ces projets en tête, envisagez-vous de poursuivre votre mission de doyen de la faculté après votre mandat intérimaire?

Mon mandat se termine en janvier prochain. Il y aura ensuite un appel de candidatures pour le poste permanent, et je pense présenter la mienne.


1974 : Naissance à Washington DC (États-Unis)

1998 : Étudie les Beaux-Arts à l’Université Concordia

2011 : Débute comme professeur adjoint à OCAD University

2016 : Devient professeur associé à OCAD University

2023 : Prend la direction du programme Experimental Animation

2025 : Devient doyen intérimaire de la Faculté des arts visuels à OCAD University

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.

Suggestion de lecture : quand la neige ne recouvre pas tout

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Ma mère m’a toujours appris à ne pas juger sur l’apparence. Maman, je n’ai pas réussi et j’ai jugé Du sang sur la neige (éditions Prise de parole) de Jacques Poirier et Christian Quesnel sur sa couverture… Elle était troublante de paradoxes, à la fois belle et violente avec son cardinal rouge, oiseau emblématique du Canada blessé sur la neige. Alors, je n’ai pas pu m’en empêcher, je l’ai achetée!

Et j’ai bien fait! On manque de livres qui mettent en avant les réalités francophones d’ici. La bande dessinée Du sang sur la neige est inspirée d’une histoire vraie qui s’est déroulée dans le nord de l’Ontario, et ça fait du bien. Or, cette histoire vraie reste inconnue du reste de l’Ontario, car elle a été volontairement passée sous silence… (j’y reviendrai).

Tout commence avec la Spruce Falls Power and Paper Company, une compagnie de production de papier, qui est implantée à Kapuskasing. Elle s’approvisionne en bois de trois façons : par les bûcherons qui sont syndiqués, les entrepreneurs indépendants et les fermiers (surnommés colons). Les bûcherons réclament un meilleur salaire et font la grève au début de 1963. Malchance pour le fameux journal américain The New York Times, qui est imprimé sur le papier produit par cette usine…

Les choses dérapent très vite dans cette petite communauté : les familles se divisent. Bûcherons, indépendants ou colons sont en désaccord, ça explose entre voisins et cousins. Pour ne rien arranger, les négociations sont difficiles avec le syndicat et la Spruce Falls. Rappelons que la majorité des employés sont francophones, alors que la compagnie est anglophone, ce qui lui vaut le surnom de Mononc’ Spruce, pour pointer avec ironie son monopole dans la région.

Alors que les bûcherons grévistes tiennent bon, les autres fournisseurs en bois (indépendants et colons) continuent de vouloir faire affaire avec la compagnie. Mononc’ Spruce est content, mais les grévistes le sont moins. Un jour, ils débarquent au camp des colons. Sauf que l’événement dérape, des coups de feu sont tirés et des corps tombent.

Le procès fascine la communauté, qui y assiste dans le cinéma local, car la ville n’a pas de salle de procès. Entre les témoignages, les preuves questionnables ainsi que le public qui mange du pop-corn en pensant assister à un divertissement, disons que l’événement tout comme le procès ne donnent pas la meilleure image de Kapuskasing. Pas étonnant qu’une fois l’affaire bouclée, les habitants aient décidé sans se consulter de plonger l’affaire dans une omerta totale, comme si rien n’était arrivé. Pourtant, les cicatrices restent à tout jamais gravées : le journal Canadien français de l’Ontario Nord ferme pour toujours (antisyndicaliste, le journal est boycotté par les grévistes et ne se vend plus). Quant aux familles impliquées, certaines ne s’adresseront plus jamais la parole. Oui, oui, j’ai bien dit jamais. Le traumatisme collectif est profond.

L’auteur Jacques Poirier Crédit photo : Rémi Dumais

Comment se fait-il alors que Jacques Poirier ait décidé de sortir de l’ombre ce fait historique? J’ai eu la chance de le croiser au Salon du livre de l’Outaouais, donc je lui ai demandé! Jacques a grandi là-bas et a ressenti ce traumatisme dans l’intimité de son foyer. Il était trop jeune lorsque tout est arrivé, mais il se rappelle très bien les discussions animées qui brassaient sa maison lorsque les amis de son père venaient souper et déliaient leur langue autour d’une bière, même des années après les faits. Les tensions palpables entre voisins et cousins, les rumeurs enflées qui ne permettaient pas de démêler le vrai du faux ont rythmé son enfance. Jacques se devait d’en parler. Je salue son courage de sortir de l’ombre ce fait important de l’histoire de l’Ontario et du Canada français.

Outre son apport mémoriel historique, il y a beaucoup d’autres éléments de Du sang sur la neige qui valent le détour. D’abord, faire le choix d’utiliser la bande dessinée comme médium était astucieux. Cela permet de digérer plus facilement toute l’information, surtout pour les lecteurs et lectrices qui ne sont pas de la génération concernée ni de ce coin de l’Ontario. De plus, le graphisme sombre, glacé et feutré avec ses dominantes de bleu, offre vraiment un plaisir visuel. L’illustrateur Christian Quesnel a un magnifique coup de crayon. Enfin, le choix de la narration est audacieux. L’histoire commence avec la Terre qui nous parle d’un ton nostalgique : elle se souvient du temps ancien où elle vivait au rythme des saisons. Puis l’arrivée de l’homme colonisateur a tout chamboulé. Très vite, la narration change de mains : des petites bulles avec les visages de vraies personnes nous racontent l’histoire : Jacques Poirier ou les personnes qu’il a consultées narrent les faits comme une voix hors champ dans un film. Cela rend la lecture dynamique, presque cinématographique.

L’illustrateur Christian Quesnel Crédit photo : Josée Lecompte

À travers cette bande dessinée, Jacques Poirier et Christian Quesnel rendent un vibrant hommage aux communautés francophones en Ontario : imparfaites, elles restent humaines, et c’est cette humanité qui touche et survit dans nos esprits lorsque l’on ferme la dernière page. Je n’ai qu’un regret… j’aurais aimé que la BD soit plus longue et voir encore plus les tiraillements familiaux.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Décès de Monique Cousineau, une pionnière incontournable de la francophonie sudburoise

SUDBURY – La pédagogue franco-ontarienne Monique Cousineau est décédée le 4 juin dernier. Véritable pilier de la francophonie du Nord de la province, elle a été directrice générale du Carrefour francophone de Sudbury de 1970 à 1982 avant de représenter l’Ontario au Commissariat des langues officielles jusqu’à sa retraite en 1995.

« Son influence et la portée de son travail se faisaient sentir encore aujourd’hui » affirme d’emblée Stéphane Gauthier, l’actuel directeur général et culturel du Carrefour francophone de Sudbury.

Il ajoute qu’il n’était pas rare qu’il entende des anecdotes d’anciens collègues de Mme Cousineau dans les années 70 ou 80. Il souligne que d’anciens membres du personnel lui « racontaient avec chaleur et nostalgie toute l’admiration et l’amitié qu’elles et ils éprouvaient pour cette battante qui a été complice dans leurs années formatrices. »

Stéphane Gauthier ajoute que « Monique Cousineau laisse avec nous la marque de ce qu’est la nature profonde de l’engagement envers la culture et la langue française ».

Née à Sturgeon-Falls dans le nord-est de l’Ontario, Monique Cousineau a fait des études en pédagogie à l’Université d’Ottawa, dans le domaine des arts à l’Université Laurentienne de Sudbury, en éducation théologique à Bruxelles, avant d’achever sa formation avec une maîtrise en théologie à l’Université de Toronto. Après son parcours académique, Mme Cousineau entame sa vie professionnelle dans l’enseignement à Sturgeon-Falls et à Ottawa de 1965 à 1968.

C’est dans les années 1970 que Monique Cousineau s’affirme comme défenseuse de la francophonie ontarienne, notamment par le biais de ses engagements communautaires au service de la jeunesse sudburoise. En 1970, elle accède à la direction du Carrefour francophone de Sudbury (anciennement le centre des jeunes de Sudbury), le premier centre culturel francophone de l’Ontario. Son mandat est marqué par l’attention privilégiée qu’elle accorde à la jeunesse. Pendant douze ans, elle mène des programmes pédagogiques et culturels francophones, entre autres, la célèbre colonie francophone pour garçons à l’Île-aux-Chênes, sur le lac Nipissing.

À travers son rôle de présidente du Comité-Action de Sudbury, Mme Cousineau plaide pour une plus grande diffusion de contenu médiatique francophone, un engagement qui aboutira à la diffusion d’un programme de TVOntario en français et à la création de CBON-FM, une station de radio francophone créée par Radio-Canada.

C’est après son départ de Sudbury qu’elle a rejoint le secrétariat d’État dans le département des langues officielles où elle a été nommée représentante de l’Ontario par le commissaire aux langues officielles.

En 2021, dans le cadre du 70e anniversaire du Carrefour francophone, deux fauteuils dédicacés ont été inaugurés à la Place des Arts du Grand Sudbury. Le but était de rendre hommage à des « visionnaires de l’ancien Centre des jeunes », soit le Père Albert Régimbal et Monique Cousineau.

Écoute, soutien financier, services en français… La ministre Kusendova en mode solution

TORONTO – Tout juste assermentée ce vendredi, la neuvième ministre des Affaires francophones de l’Ontario assure qu’elle va écouter la communauté avant de s’atteler aux dossiers les plus urgents parmi lesquels l’application réelle de la Loi sur les services en français (LSF) et l’attraction de la main-d’œuvre bilingue.

En entrevue avec ONFR, Natalia Kusendova-Bashta affirme qu’elle sera vigilante sur les enjeux franco-ontariens et particulièrement sur l’application de la Loi sur les services en français de même que sur l’attraction d’une main-d’œuvre francophone.

« On doit faire de notre mieux pour soutenir les organismes qui veulent être désignés volontairement sous la LSF et attirer une main-d’œuvre bilingue. C’est pourquoi les investissements qu’on a faits au Collège Boréal, au campus de l’UOF et ailleurs sont si importants », estime-t-elle.

« Cette année, on va célébrer le 40e anniversaire de la LSF, qu’on a modernisée. C’est un grand événement. On a beaucoup de choses à fêter, mais aussi du travail de mise en œuvre à faire. »

Un peu plus tôt, la députée de Mississauga-Centre a prêté serment, officialisant sa prise de fonction à la tête du ministère des Affaires francophones, un portefeuille qu’elle gérera de concert avec celui des Soins de longue durée, déjà à sa charge depuis deux ans.

Mme Kusendova-Bashta, qui a déjà par le passé agi à titre d’adjointe parlementaire à la ministre des Affaires francophones, n’arrive pas en terre inconnue, se disant consciente des besoins existants et de la fragilité de certains organismes.

Elle les incite toutefois à ne pas tout attendre de son ministère, mais au contraire à saisir d’autres opportunités de financement : « On a beaucoup de programmes d’investissement différents qui peuvent soutenir ces organismes par le biais de tout le financement qui existe dans les autres ministères, rappelle l’élue progressiste-conservatrice, prenant en exemple celui du Tourisme.

Depuis ses origines, le rôle de ministre des Affaires francophones revêt une dimension d’influence auprès des autres ministres plus ou moins sensibles aux langues officielles. Mme Kusendova assume ce statut et entend le mettre à profit pour faire de nouveaux gains pour la communauté.

« On a fait beaucoup de progrès à ce sujet, mais bien sûr, il y a encore du travail à faire. Je vais rencontrer mes collègues pour assurer que la lentille francophone est toujours dans leurs pensées avant de créer ou changer une politique. »

Théâtre français de Toronto : des discussions en cours

Mettra-t-elle en œuvre les recommandations du commissaire aux services en français, notamment celle d’un répertoire des services en français, toujours en suspens? « C’est une bonne idée, mais je dois m’organiser d’abord, faire tous mes briefings et voir le terrain, faire les visites, rendre visite à tous les intervenants partout en Ontario. Et puis développer un plan, un plan d’action. »

Alors que le Théâtre français de Toronto (TfT) se bat pour concrétiser son projet de salle de spectacle et que le gouvernement ne l’a que partiellement aidé, Mme Kusendova a laissé la porte ouverte à une solution provenant de la province. « S’il y a des fonds, par exemple dans le ministère de Tourisme ou celui de l’Infrastructure, je vais faire ma recherche et je vais regarder si on peut avoir un partenariat avec le fédéral pour aider le théâtre. »

Hébergement pour femmes : des « fonds disponibles » à étudier

Parmi les autres dossiers en souffrance, figure celui de La Maison, un centre d’hébergement francophone pour femmes victimes de violence à Toronto qui a un besoin urgent de places additionnelles. Dans son dernier budget, le gouvernement n’a pas suivi une recommandation de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) réclamant un geste.

« Je sais que dans le ministère associé des Perspectives sociales et économiques pour les femmes de ma collègue Charmaine Williams, il y a des fonds où on peut voir si on peut aider cet organisme. Je ne sais pas si La Maison a fait une telle demande auprès de ce ministère, mais s’il y a des fonds disponibles, ça serait le meilleur endroit », note-t-elle.

États généraux de l’Ontario français : « J’ai hâte de voir les recommandations qui vont sortir de ces travaux »
— Natalia Kusendova-Bashta

Quoi qu’il en soit, avant de plonger dans tous ces dossiers, la ministre veut s’octroyer du temps afin de mieux saisir les besoins et attend beaucoup de l’issue des états généraux de l’Ontario français qui, après une tournée dans le Sud et l’Est, se tiennent dans le Nord au cours des prochains jours.

« J’ai hâte de voir les recommandations qui vont sortir de ces travaux », indique-t-elle, avant d’insister sur son vif intérêt à vouloir avancer sur les enjeux de santé et soins de longue durée pour les francophones, un enjeu qu’elle dit toujours garder en tête dans son autre ministère.

Véronic DiCaire veut faire rayonner les arts dans sept écoles de l’Est ontarien

ROCKLAND – Le Conseil scolaire du district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO) et la Fondation Véronic DiCaire ont annoncé, vendredi, un nouveau partenariat destiné à soutenir les projets liés aux arts de la scène. Les élèves des sept écoles secondaires du CSDCEO auront bientôt accès à plus de ressources et d’occasions de développer leurs talents artistiques.

« Ce partenariat me tient particulièrement à cœur car avant de fouler les grandes scènes, j’ai fait mes premiers pas artistiques près d’ici, à la Caféthèque de l’École secondaire catholique de Casselman », a déclaré Véronic DiCaire, vendredi, à l’occasion de l’annonce de ce partenariat à l’École secondaire catholique L’Escale.

Pour l’occasion, les élèves ont offert un aperçu des projets artistiques réalisés dans leurs écoles. Véronic DiCaire est même montée sur scène avec eux.

Le partenariat touchera les sept écoles secondaires du conseil : Embrun, Casselman, Rockland, Plantagenet, Hawkesbury, Cornwall et Alexandria.

« Accompagner aujourd’hui les enseignantes, les enseignants et les élèves des écoles du CSDCEO, c’est pour moi un véritable retour aux sources. Quel bonheur de contribuer, dans ma province et ma langue natales, à faire grandir la prochaine génération d’artistes francophones! », a-t-elle affirmé.

Pour Rémon Boulerice, conjoint et gérant de carrière de Véronic DiCaire, également président de la Fondation, l’idée est née d’une expérience familiale.

« L’élément déclencheur pour nous a été de voir nos nièces participer au spectacle Showbizz. Cela nous a ramenés à nos propres années au secondaire », raconte-t-il.

Tous deux anciens élèves d’écoles secondaires de l’Est ontarien, ils gardent un souvenir marquant de leur participation aux activités artistiques scolaires.

Originaire de Casselman en Ontario, Rémon Boulerice est le président et l’un des administrateurs officiels de la Fondation Véronic DiCaire. Photo : Amine Harmach/ONFR

« Nous croyons profondément à l’importance de ces projets. Lorsque nous avons constaté qu’ils avaient besoin d’aide, il nous a semblé tout naturel d’offrir notre soutien », explique-t-il.

La forme exacte de l’aide financière reste toutefois à déterminer. Une consultation a été amorcée avec les responsables des sept écoles afin d’identifier les besoins prioritaires.

La fondation n’écarte pas d’importants investissements à long terme. Elle avait notamment accordé un don de 100 000 dollars au MIFO dans le cadre de sa campagne majeure de financement.

Parmi les élèves présents lors de l’annonce, Flavie DiCaire, nièce de Véronic DiCaire et élève à L’Escale, a témoigné de l’impact des projets artistiques sur son parcours.

Flavie DiCaire, élève à l’École secondaire catholique L’Escale, témoigne de l’impact qu’ont eu les projets artistiques sur son parcours scolaire. Photo : Amine Harmach/ONFR

Attirée au départ par les sciences et les mathématiques, elle a attendu sa 11e année avant de participer au spectacle Showbizz, spectacle multidisciplinaire annuel de l’École secondaire catholique L’Escale.

« Honnêtement, c’est l’une des meilleures décisions que j’ai prises. J’en garde de très beaux souvenirs et j’y ai fait de nombreuses rencontres », raconte-t-elle.

La jeune femme dit avoir découvert une réalité souvent méconnue du grand public. « Quand on assiste à un spectacle, on voit surtout les musiciens et les chanteurs, mais on ne se rend pas toujours compte de tout le travail qui se fait en coulisses », souligne-t-elle.

« Cela me permet de mieux comprendre toute l’organisation nécessaire pour monter un spectacle et d’apprécier les efforts déployés par toutes les personnes qui travaillent derrière la scène. »

Miser sur la créativité des élèves

Pour le président du CSDCEO, Jean Lemay, ce partenariat répond directement à un intérêt grandissant des élèves pour les arts.

« Nous constatons que les élèves ne s’intéressent pas uniquement aux domaines techniques. Ils veulent aussi explorer les arts visuels, le théâtre, l’écriture, la prise de parole et la performance », affirme-t-il.

« En nous associant à une professionnelle reconnue comme Véronic DiCaire, nous souhaitons enrichir nos programmes, bénéficier de son expertise et offrir davantage d’occasions à nos élèves de développer leurs talents artistiques », poursuit-il.

Pour Jean Lemay, président du CSDCEO, les arts constituent un puissant levier d’engagement et d’épanouissement pour les élèves. Photo : Amine Harmach/ONFR

L’annonce s’est déroulée à l’École secondaire catholique L’Escale, la plus grande école secondaire du CSDCEO, qui compte plus de 1100 élèves et continue de croître chaque année.

L’entente prévoit notamment un accompagnement professionnel, du financement pour certains projets et des occasions de perfectionnement pour le personnel enseignant. Les élèves pourront aussi bénéficier d’activités touchant autant les arts de la scène que les métiers des coulisses, comme l’éclairage, la sonorisation, la scénographie ou la gestion de production.

Mettre des mots sur les maux : des ateliers pour les francophones de Niagara

WELLAND – Créer un espace pour écrire, respirer, échanger et se reconnecter à soi-même. C’est l’objectif que poursuit l’autrice Mélina Seymour avec les nouveaux ateliers de « littérapie » qu’elle lance cet été à Welland. Une initiative portée par les récentes Éditions Largent, une maison d’édition francophone qu’elle a fondée en mai dernier afin de mettre en lumière les récits de vie, particulièrement ceux des femmes et des personnes issues de l’immigration.

Originaire de la Guadeloupe, installée au Canada depuis une dizaine d’années et désormais résidente de l’Ontario, Mélina Seymour est autrice de neuf ouvrages et s’apprête à publier son dixième livre. Pour elle, l’écriture a toujours été bien plus qu’un simple exercice littéraire.

« J’écris depuis 2016 et à travers mes livres, je raconte les rencontres, les parcours migratoires, les politiques publiques qui peuvent aider les jeunes et les réalités des femmes, explique-t-elle. Je voulais aussi créer un espace pour que les gens puissent raconter leur propre histoire. »

Une maison d’édition née d’un hommage

Les Éditions Largent ont vu le jour en mai 2026, un mois particulièrement symbolique pour leur fondatrice. Le nom de la maison est directement inspiré du nom de famille de sa mère, à qui elle souhaitait rendre hommage.

« C’était une façon de célébrer les femmes, mes dix années d’écriture, mais aussi de laisser une place aux récits qui ne trouvent pas toujours leur chemin dans l’édition traditionnelle », souligne-t-elle.

Sans être exclusivement consacrée aux femmes, la maison d’édition accorde une attention particulière aux voix féminines et aux parcours de personnes ayant connu l’immigration, l’exil ou les transitions de vie.

La « littérapie », écrire pour mieux se reconstruire

Au cœur de cette démarche se trouve un terme inventé par l’autrice elle-même : la « littérapie ».

« Le mot n’existe pas vraiment, je l’ai inventé, admet-elle en souriant. L’idée, c’est que mettre des mots sur les maux fait du bien. »

Pour Mélina Seymour, cette pratique s’inspire directement de son propre parcours. Marquée par plusieurs épreuves personnelles, dont le décès brutal de son conjoint il y a deux ans, elle explique avoir trouvé dans l’écriture un moyen de traverser les moments difficiles.

« Écrire libère quelque chose. On dépose sur le papier ce qui nous habite et cela permet de prendre du recul sur ce que l’on vit. »

L’objectif des ateliers n’est toutefois pas de se concentrer uniquement sur les blessures ou les difficultés.

« Ce qui m’intéresse, c’est aussi de faire ressortir la résilience. Comment on s’est relevé, quelles forces on a découvertes en soi et comment ces expériences peuvent inspirer d’autres personnes. »

À l’heure où les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle multiplient les récits parfois fabriqués ou idéalisés, l’autrice souhaite remettre au centre les histoires vécues et les témoignages authentiques.

« Il y a de vraies personnes qui vivent de vraies choses et qui peuvent partager leur expérience avec les autres », résume-t-elle.

Un espace ouvert à tous

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, aucun niveau d’écriture n’est requis pour participer.

« Tout le monde est le bienvenu », insiste l’autrice. « Il n’y a pas besoin d’être écrivain ou d’avoir déjà rédigé quoi que ce soit. On vient simplement avec son histoire et ses mots. »

Les ateliers s’adressent autant aux hommes qu’aux femmes, aux nouveaux arrivants qu’aux résidents de longue date. Les familles peuvent également participer, et les enfants disposeront d’un espace où ils pourront dessiner ou écrire à leur manière.

Cette ouverture répond à un besoin qu’elle observe régulièrement auprès des personnes qu’elle accompagne dans la région de Niagara, notamment celles qui traversent une période de transition professionnelle ou personnelle.

« Beaucoup de gens qui cherchent un emploi ou qui essaient de s’intégrer se sentent découragés. Cet atelier leur rappelle qu’ils ne sont pas seulement un numéro ou un CV. Ils ont une histoire, une voix et une contribution à apporter à la société. »

Écrire en français comme acte de résistance

Au-delà du mieux-être individuel, ces rencontres portent également une dimension linguistique et culturelle.

Dans une région où l’anglais domine largement, Mélina Seymour voit ces ateliers comme une façon de créer des espaces francophones où la langue peut pleinement s’exprimer.

« C’est une forme de résistance », affirme-t-elle. « Le Canada a deux langues officielles, mais on se laisse souvent entraîner vers l’anglais. Ici, on veut montrer qu’on peut exister, créer et raconter nos histoires en français. »

Selon elle, préserver ces lieux d’expression est essentiel pour assurer la vitalité de la francophonie ontarienne et permettre aux nouveaux arrivants francophones de trouver leur place dans leur communauté.

« Nous sommes fiers de notre langue et nous avons notre propre rapport au monde. Il faut pouvoir le raconter. »

Une première rencontre appelée à se répéter

La première séance aura lieu ce dimanche 7 juin à Welland. Pendant trois heures, les participants seront invités à mettre de côté téléphones et ordinateurs afin de se concentrer sur une feuille blanche et sur le récit qu’ils souhaitent partager.

L’exercice pourra prendre différentes formes : souvenirs, anecdotes, réflexions personnelles ou récits collectifs construits à partir des échanges du groupe.

« On peut partir d’une simple rencontre dans un abribus ou d’un souvenir marquant. L’important est de trouver ce qu’on a envie de déposer sur le papier », explique l’autrice.

Face à l’intérêt suscité par l’initiative, Mélina Seymour prévoit déjà d’autres rencontres au cours de l’été ainsi que des ateliers destinés aux enfants. L’objectif à long terme est d’offrir ce rendez-vous une fois par mois, avec des séances virtuelles durant l’hiver.

« Beaucoup de personnes me disent qu’elles ont toujours rêvé d’écrire sans jamais oser. J’aimerais leur montrer que leur histoire mérite d’être racontée. »

Le Franco-Manitobain Daniel Boucher récompensé par la francophonie canadienne

WINNIPEG — Le Franco-Manitobain Daniel Boucher, administrateur de longue date au sein de la francophonie manitobaine, a été honoré jeudi soir par la francophonie canadienne pour son implication à faire avancer la langue française en milieu minoritaire.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, qui représente les quelque deux millions de francophones hors Québec et ses organisations membres d’est en ouest du pays, a remis jeudi soir ses prix annuels dans le cadre de son congrès. Daniel Boucher a ainsi reçu le prix Boréal Leadership devant une salle avec une centaine de personnes.

« C’est tout un honneur. Je suis vraiment, vraiment touché », affirme en entrevue M. Boucher, qui a passé plus de trois décennies au sein de la Société de la francophonie manitobaine (SFM).

Daniel Boucher recevant le prix Boréal Leadership de la présidente de la FCFA, Liane Roy, lors d’une cérémonie jeudi soir à Winnipeg. Cette récompense souligne une contribution exceptionnelle au développement des communautés francophones et acadiennes. Crédit image : ONFR

Il a été le directeur général de l’organisme représentant les francophones de cette province de l’Ouest pendant plus de 30 ans. M. Boucher considère que les avancées effectuées par la SFM au cours de ces années ont contribué à cet honneur, qu’il ne s’attendait « pas du tout » à recevoir.

« Avec la communauté, les bénévoles et notre équipe, on a pu lancer l’initiative d’agrandir l’espace francophone en 2001. On a fait des États généraux en 2014. On a eu aussi la Loi sur les services en français dans la province. On a laissé une marque dans la communauté », souligne-t-il avec fierté.

Autre lauréat : FrancoQueer, l’association francophone des personnes 2SLGBTQIA+ de l’Ontario, a obtenu le prix Boréal Inclusion.

« C’est une fierté de tout le travail qui est fait à FrancoQueer, et puis une reconnaissance, je pense, de l’impact qu’on a dans la communauté », commente son directeur général, Arnaud Baudry.

L’organisme basé à Toronto, qui souligne son 20e anniversaire de fondation, explique que près de 250 personnes immigrantes 2SLGBTQIA+ francophones ont pu profiter de services d’établissement « pour les accompagner aussi dans leur travail de reconstruction et d’affirmation identitaire ».

« C’est vraiment important, par exemple, pour les personnes qui viennent de pays où l’homosexualité est illégale. Aussi, l’an passé, par exemple, on a livré plus de 200 activités qui ont rassemblé 5000 participants », mentionne Arnaud Baudry.

Ahdithya Visweswaran s’est quant à lui vu décerner le prix Boréal-50 pour son engagement au sein de la francophonie albertaine et canadienne.

« C’était une belle surprise, je ne m’attendais aucunement à ça. Puis surtout comme personne qui a beaucoup questionné sa place dans la francophonie, c’est une façon qui m’a donné de la validation que oui, tu as ta place », signale-t-il.

Ce dernier est le directeur, Affaires publiques et politiques chez Canadian Parents for French, l’organisme national qui milite pour des programmes de français langue seconde de qualité, incluant l’immersion française.

« J’y pensais ce matin, puis j’étais comme : Pourquoi moi? », admet-il en riant.

« J’ai toujours été quelqu’un pour qui… ça vient de ma culture indienne, ça s’appelle le Seva. C’est le lien à sa communauté. Ça fait partie de mes valeurs, mes parents m’ont inculqué cette valeur-là. Puis pour moi, ma communauté, c’est la francophonie. J’ai fait ce qui était naturel pour moi, puis ils ont pensé que c’était digne d’une reconnaissance », raconte-t-il.

L’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC) a de son côté remporté le prix Boréal Rapprochement « en reconnaissance de ses efforts de maillage entre les milieux collégiaux au Québec et au sein des communautés francophones et acadiennes ».

Réunion annuelle

La FCFA était de passage à Winnipeg, dans une province où la francophonie s’est trouvée sous les projecteurs dans la dernière année.

« C’est dans le cadre de nos rencontres que l’on fait annuellement, et on a choisi de venir au Manitoba, justement pour appuyer tout le mouvement envers un Manitoba véritablement bilingue », explique sa présidente, Liane Roy, en référence au premier ministre Wab Kinew qui ne cesse de répéter son désir de voir sa province être « véritablement bilingue ».

Les organisations membres de la FCFA sont réunies de jeudi à samedi à Saint-Boniface, le cœur de la communauté francophone de Winnipeg.

« Ce sont nos rencontres habituelles où on parle des enjeux et où on discute avec nos membres pour voir ce qu’ils veulent qu’on fasse, s’il y a des dossiers qu’on doit ajouter. C’est là qu’on les informe aussi d’où on est rendus dans nos dossiers politiques et juridiques, et comment on fait progresser tout ça », explique-t-elle.

Liane Roy a été réélue par acclamation à la tête de l’organisme porte-parole des francophones hors Québec en mai dernier. Mais le conseil d’administration de l’organisation, qui a fêté son 50e anniversaire l’an dernier, pourrait voir de nouveaux visages alors que près de 23 candidats sont en lice pour cinq postes. L’assemblée annuelle de l’organisme a lieu samedi.

Les syndicats enseignants ontariens prêts à négocier avec le gouvernement

TORONTO – Alors que les conventions collectives des enseignants de la province arrivent à terme en août prochain, leurs principaux syndicats ont émis ce mercredi un avis d’intention de négocier, affichant une certaine cohésion et détermination à quelques jours d’entamer les pourparlers avec le gouvernement.

Un avis d’intention de négocier est en quelque sorte l’ultime étape avant le démarrage des négociations. C’est chose faite pour les cinq principales organisations syndicales qui défendent les intérêts de quelque 255 000 enseignants et membres du personnel scolaire à travers la province.

Gabrielle Lemieux, présidente de l’AEFO, a évoqué en conférence de presse, ce mercredi, des combats communs avec les autres syndicats plaidant pour un système éducatif « fort et accessible », tout en soulignant la fragilité de la situation des 12 000 enseignants de langue française qu’elle représente.

« Les écoles francophones doivent constamment en faire plus avec moins tout en répondant à des réalités particulières liées à notre contexte linguistique et culturel minoritaire, une réalité qui pèse aussi sur la rétention du personnel », a-t-elle fait valoir.

« Notre priorité se situe dans les conditions d’apprentissage et de travail des enseignants », a-t-elle précisé, répondant à une question d’ONFR. Mme Lemieux et son organisation vont ainsi tenter d’arracher des « améliorations concrètes et à la hauteur des besoins », appelant à des solutions « constructives et durables ».

L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO), l’Association des enseignantes et des enseignants catholiques anglo-ontariens (OECTA), le Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario (SCFP-CSCSO) et la Fédération des enseignantes et des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (OSSTF/FEESO) se préparent maintenant à entamer des discussions franches et potentiellement difficiles.

Plusieurs représentants se sont rejoints sur certains points, dont ceux du sous-financement chronique du système éducatif, de la taille des classes, du manque de ressources pour les élèves et de la pénurie de personnel qui frappe le secteur, des sujets récurrents dans le cadre de négociations. Ils ont en outre martelé le caractère urgent du processus, après que leur demande d’entrer en négociation dès le 2 mars dernier a échoué.

Paul Calandra, ministre de l’Éducation. Photo : Capture du compte YouTube officiel du gouvernement de l’Ontario

La veille, le ministre de l’Éducation Paul Calandra se disait lui aussi prêt à négocier, en marge d’une conférence de presse sur un tout autre sujet. « Je suis optimiste (…) Ils veulent le meilleur accord pour les gens qu’ils représentent et je veux la même chose pour les enseignants et les contribuables », disait-il en réponse à une question de la presse.

Son gouvernement a fait quelques avancées ces derniers mois pour les enseignants comme le raccourcissement de la durée de formation, en même temps qu’il a suscité de vives inquiétudes sur la réforme touchant le rôle des conseillers scolaires.

Les parties sont à présent légalement tenues d’entamer des négociations dans un délai de 15 jours. « Nous pressons le gouvernement provincial et les organismes négociateurs patronaux à se présenter à la table des négociations dès que possible, prêts à échanger de façon constructive pour garantir que chaque élève ait accès au soutien, aux ressources et aux conditions d’apprentissage nécessaires à sa réussite », enjoignent les cinq syndicats.

Rapprochement avec le Québec : le nouveau pari de l’ACFO de Prescott et Russell

HAWKESBURY – Face aux impératifs de renouvellement de ses enveloppes budgétaires fédérales, l’Association canadienne-française de l’Ontario de Prescott et Russell (ACFO PR) mise désormais sur une stratégie additionnelle d’interdépendance culturelle et économique en abattant la barrière administrative de la rivière des Outaouais pour s’allier au Québec.

« Si on ne démontrait pas des idées novatrices, on risquait d’être carrément coupé », voilà comment Sylvain St-Pierre, directeur général de l’ACFO PR, explique ce choix de se tourner vers la province voisine.

Patrimoine canadien exigeait, en effet, un renouvellement profond des projets habituels, une pression qui s’est transformée en opportunité pour la structure franco-ontarienne. 

L’idée semble avoir séduit le bailleur de fonds qui vient tout juste d’accorder une nouvelle enveloppe de 37 500 $ par an à l’organisme pour deux ans, une somme qui demeure toutefois inférieure aux budgets précédents.

Cette réalité financière a poussé M. St-Pierre à bousculer le statu quo pour concevoir une collaboration inédite. « C’est pour ça que je suis allé à gros coup », ajoute-t-il en indiquant avoir basé sa nouvelle stratégie sur un maillage serré avec la région québécoise de la Petite-Nation. 

Sylvain St-Pierre, directeur général de l’ACFO de Prescott et Russell, souhaite relier sécurité linguistique et vitalité économique locale. Photo : Inès Rebei/ONFR

Un choc culturel inversé sur la sécurité linguistique

Le directeur général de l’ACFO PR dit observer un paradoxe important dans les mentalités de part et d’autre de la frontière, estimant que l’Ontario français possède une expertise de la résilience à partager.

M. St-Pierre affirme que de l’autre côté de la rivière, la perception de la sécurité linguistique est parfois trompeuse : « Je pense qu’ils ne se rendent pas compte de la possibilité de perdre le français très facilement ». 

Il soutient qu’une vague d’immigration anglophone pourrait rapidement déstabiliser le Québec frontalier, à l’image des défis démographiques relevés en Ontario : « C’est facile de perdre sur l’autre côté. Ici, mon but c’est d’apporter la fierté d’être francophone […] et c’est important de ce temps de se tenir ensemble. »

Selon M. St-Pierre, le recul du français et l’anglicisation progressive constatés dans certains commerces de l’Est ontarien ont entraîné des conséquences financières directes, notamment en décourageant la clientèle québécoise de venir dépenser dans la région.

Afin de retourner cette tendance, l’organisme délaisse le discours purement identitaire pour utiliser le levier des affaires.

Le directeur général de l’ACFO PR rappelle que la langue et l’économie sont intimement liées sur le marché local. « C’est bien de demander des services en français, mais est-ce que les gens réalisent que c’est lié à l’économie? », s’interroge M. St-Pierre. 

Il constate que lorsque le visage francophone des municipalités s’efface, l’impact commercial est immédiat : « Les gens de la Petite-Nation me disent qu’ils viennent moins parce qu’ils s’aperçoivent qu’ils ne se font plus servir en français ».

Économie et culture

Pour concrétiser cette vision, l’ACFO-PR mise sur des secteurs économiques de proximité, au premier rang desquels figurent l’agroalimentaire et le secteur culturel.

L’organisme prévoit de commencer les discussions ce jeudi au Québec en rencontrant la Société de généalogie de la Petite-Nation. À plus long terme, l’objectif de cette stratégie, qui englobe aussi la région d’Argenteuil, serait notamment de créer des ponts entre les structures agroalimentaires des deux rives pour développer un marché régional unifié.

Des projets de circuits touristiques communs, des visites de centres culturels en autobus et des concepts de municipalités jumelées sur le modèle européen pourraient aussi être des pistes étudiées pour des échanges interprovinciaux les deux prochaines années.

M. St-Pierre insiste sur le fait que les deux rives partagent la même réalité quotidienne, mais que les structures politiques forcent les intervenants à travailler de manière isolée. « Ces deux organismes, je veux essayer de les mettre ensemble », explique-t-il, en faisant référence aux tables agroalimentaires des deux provinces. 

Le directeur général conclut en affirmant que relier ces réseaux et créer ces corridors d’échanges n’est pas une simple posture philosophique : « Je trouve ça très important pour les deux prochaines années de faire des ponts entre les deux régions ».

L’Ontario amorce la construction de la porte d’entrée du Cercle de feu

GREENSTONE – Le gouvernement de l’Ontario a lancé aujourd’hui les travaux de reconstruction de la rue principale de Geraldton, dans la municipalité de Greenstone. Doté d’un budget de 81,3 millions de dollars, ce chantier de voirie constitue le premier jalon logistique terrestre vers les gisements de minéraux critiques du Cercle de feu, dont le calendrier officiel de réalisation est devancé de cinq ans par la province.

L’annonce a été faite par Greg Rickford, ministre des Affaires autochtones et de la Réconciliation économique avec les Premières Nations, en présence de représentants municipaux et du milieu industriel ainsi que des dirigeants de communautés autochtones. 

Les travaux visent à réhabiliter le tronçon reliant la route 11 à la route 584 afin d’adapter l’infrastructure au trafic industriel lourd et de raccorder la zone à la route Transcanadienne.

Selon les prévisions révisées du ministère des Transports, l’objectif est d’amorcer dès ce mois-ci la construction de plus de 500 kilomètres de routes toutes-saisons menant au projet minier Eagle’s Nest

Les autorités prévoient une ouverture progressive des voies à partir de novembre 2030, visant un accès complet au Cercle de feu d’ici 2031.

« La rue principale de Geraldton a toujours représenté bien plus qu’une simple reconstruction de route : il s’agit de construire les voies vers la prospérité, avec les Premières Nations et les communautés du Nord en tant que dirigeants et partenaires à part entière, à chaque étape du processus », a déclaré Greg Rickford par voie de communiqué.

De son côté, le maire de Greenstone, James McPherson, a affirmé  : « La réhabilitation de la rue principale est un projet unique en son genre qui apporte une revitalisation indispensable à une infrastructure essentielle qui servira de point de départ aux voies vers la prospérité. Il s’agit du plus grand projet d’infrastructure municipale de l’histoire de Greenstone, qui n’aurait pas été possible sans la direction du premier ministre Ford et du ministre Rickford. »

Carte illustrant la portion de la route 584 (rue principale de Geraldton) ciblée par l’investissement de 81,3 millions de dollars de la province. Ce tronçon relie la route 11 au sud jusqu’à l’extrémité nord de la municipalité, servant de point de départ logistique vers le Cercle de feu. Photo : gracieuseté du gouvernement de l’Ontario

Contrat à une firme autochtone

Ce changement de calendrier fait suite à l’accord bilatéral « Un projet, une évaluation » conclu en décembre dernier entre le premier ministre fédéral Mark Carney et le premier ministre ontarien Doug Ford. 

Ce protocole de réciprocité environnementale confie à la province la gestion unique de l’étude d’impact, sous réserve du respect des compétences fédérales. L’Agence d’évaluation d’impact du Canada s’était alors engagée à clore son examen des routes d’accès au plus tard en juin 2026, une étape administrative franchie à temps pour le déclenchement des travaux.

Sur le plan de la gouvernance économique, le contrat de reconstruction de la rue principale a été attribué à l’entreprise Pioneer/Minodahmun Development LP, un partenariat commercial détenu par des Premières Nations. 

Cette décision fait suite à plusieurs ententes signées par la province au cours de la dernière année, notamment un accord de prospérité collective avec la Première Nation d’Aroland et des partenariats communautaires avec Webequie et Marten Falls.

Pour encadrer ces projets, l’Ontario mobilise une enveloppe de près de 3,1 milliards de dollars sous forme de prêts, de subventions et de bourses d’études destinés à la participation autochtone, parallèlement au déploiement du Fonds pour le traitement des minéraux critiques doté de 500 millions de dollars.

Archives unilingues : pas d’obligation de bilinguisme rétroactif pour la Cour suprême

OTTAWA – La Cour suprême du Canada n’aura pas l’obligation de traduire ses 6000 décisions historiques d’avant 1970. Dans un jugement rendu public ce mardi, la Cour fédérale a rejeté la demande qui visait à imposer le bilinguisme rétroactif aux archives sur internet du plus haut tribunal du pays.

Dans sa décision, la juge adjointe Denise A. LeBlanc a rejeté la demande de recours déposée par l’organisme Droits collectifs Québec (DCQ) et son directeur général, Étienne-Alexis Boucher. 

Ceux-ci tentaient de forcer le Bureau du registraire de la Cour suprême à traduire l’ensemble de ses arrêts rendus entre 1877 et 1969, presque tous rédigés uniquement en anglais.

La Cour fédérale donne ainsi raison à la branche administrative de la Cour suprême. Dans ses motifs, la juge LeBlanc tranche catégoriquement le débat :  « Je conclus que les décisions historiques de la CSC ne constituent ni des « services » ni des « communications » avec le public assujettis à l’obligation de traduction en vertu des dispositions générales de la partie IV de la LLO (Loi sur les langues officielles). » 

La magistrate ajoute que « les décisions judiciaires relèvent exclusivement du champ d’application de la partie III de la LLO, qui concerne l’administration de la justice » or cette section sur la justice n’impose pas de bilinguisme rétroactif pour les jugements rendus avant les années 1970.

Le tribunal a balayé l’argument central des demandeurs, qui soutenaient que le fait de numériser les textes et d’y ajouter des hyperliens créait une nouvelle version moderne, devant obéir aux règles actuelles de bilinguisme imposées aux sites web fédéraux.

La juge LeBlanc a rappelé que le passage au numérique ne changeait rien à la nature de l’œuvre d’origine : « […] le transfert d’un document sur un support technologique pour le rendre disponible ne constitue pas une « reproduction », une « republication » ou une « retranscription » modifiée; le document électronique reste identique au document original avant sa numérisation. »

Sur le plan strictement juridique, le tribunal a aussi reconnu qu’une telle traduction n’aurait eu aucune valeur officielle, puisque les magistrats signataires d’origine sont tous décédés et ne peuvent plus en approuver le contenu.

Déçu mais pas surpris

En entrevue avec ONFR, le directeur général de DCQ, Étienne-Alexis Boucher, ne cache pas sa déception face à ce verdict, qu’il qualifie de jugement « extrêmement technique ». « Oui, nous sommes déçus de la décision rendue aujourd’hui par la Cour fédérale… mais peu surpris. En effet, il faut réaliser que nous demandions à la Cour de remettre en question un système établi depuis plusieurs décennies. »

Malgré ce revers juridique, M. Boucher maintient que la situation actuelle demeure problématique quant au respect des droits linguistiques des francophones : « Indépendamment de la technique judiciaire, nous sommes donc toujours convaincus que la situation actuelle demeure problématique quant au respect des droits linguistiques des francophones du Canada. »

L’organisme a 30 jours pour faire appel de cette décision. « Nous étudierons la possibilité de porter en appel cette décision, qui, selon nous, ne permet pas de tendre vers une égalité réelle entre les citoyens et les citoyennes du Canada », indique-t-il.

Le directeur général préfère toutefois mettre en lumière le chemin parcouru depuis le dépôt de sa plainte en décembre 2023, estimant que les procédures ont forcé la Cour suprême à devancer les tribunaux en créant un comité d’experts pour traduire 24 jugements historiques.

« La seule existence de ces procédures judiciaires a convaincu la Cour suprême de poser un geste. On avait déjà obtenu des gains concrets et réels pour les francophones », se réjouit Étienne-Alexis Boucher.

Des coûts financiers jugés prohibitifs

En juin 2024, le juge en chef Richard Wagner avait déjà affirmé que l’institution ne disposait pas des ressources nécessaires. Son administration avait démontré qu’une telle obligation de traduction globale représenterait un chantier irréalisable nécessitant l’embauche d’une centaine de traducteurs et des dépenses de 10 à 20 millions de dollars.

Ce dénouement vient aussi contredire les conclusions du commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge. Une enquête de son bureau avait d’abord donné raison aux plaignants en 2023, ce qui avait poussé Droits collectifs Québec à traîner la Cour suprême devant les tribunaux en novembre 2024.

Pour éviter d’être blâmée en justice, la Cour suprême avait retiré de manière préventive ses 6000 jugements unilingues de son portail web, un geste dont Raymond Théberge avait vivement déploré les impacts lors de son bilan annuel.

Enfin, la Cour suprême pourra, si elle le souhaite, remettre en ligne l’ensemble de ses archives historiques dans leur état unilingue d’origine pour les besoins de la recherche des juristes et des historiens. 

L’initiative prise en 2025 de traduire une courte sélection de 24 décisions jugées « les plus cruciales » par un comité d’experts se poursuivra, mais à titre de simple démarche patrimoniale.

Fermeture des centres de consommation supervisée : « Les conséquences pourraient être importantes »

Le gouvernement ontarien s’apprête à fermer, le 13 juin, plusieurs centres de consommation supervisée. Ces services seront remplacés par des carrefours d’aide aux sans-abri et de lutte contre les dépendances (AIDE), qui offriront notamment des services de traitement, de santé et de soutien social, mais sans consommation supervisée.

Alors que les débats opposent souvent santé publique et sécurité publique, le Dr Caudarella estime qu’aucune solution unique ne peut répondre à la crise des surdoses. Il plaide pour une meilleure collaboration entre les municipalités, les provinces et le gouvernement fédéral.

« Les centres de consommation supervisée en Ontario fermeront le 13 juin. Quels impacts anticipez-vous sur les personnes qui utilisent ces services, notamment dans les grandes villes comme Ottawa ou Toronto par rapport à des villes plus petites comme Timmins ou Cochrane?

Autour des impacts de ces fermetures, il demeure beaucoup d’inconnues, et c’est justement ce qui préoccupe plusieurs intervenants du milieu. Ce que l’on sait, c’est que ces services sont utilisés par un grand nombre de personnes qui hésitent souvent à recourir à d’autres ressources ou qui, dans le passé, n’ont pas réussi à y accéder. Les conséquences pourraient donc être importantes.

Dans les petites villes, il faut aussi rappeler qu’il y a généralement moins de services. La fermeture d’une clinique ou d’un programme y a souvent des effets plus systémiques que dans les grands centres urbains.

Il faudra recueillir des données pour comprendre ce qui se passe réellement. Plusieurs scénarios sont avancés. Par exemple, si des personnes qui consommaient dans des centres supervisés se retrouvent à consommer dans des espaces publics, particulièrement durant l’été, cela pourrait entraîner davantage d’enjeux de sécurité publique ou de surdoses. 

Ces sites seront remplacés par des carrefours d’aide aux sans-abri et de lutte contre les dépendances (AIDE). Est-ce une bonne approche?

Tout investissement supplémentaire dans le secteur peut être positif, notamment s’il permet d’offrir davantage de places en traitement.

La véritable question est de savoir si ces services répondront réellement aux besoins des personnes concernées. C’est pourquoi il faudra des évaluations rigoureuses pour déterminer leur efficacité.

Il n’existe aucune solution parfaite pour toutes les villes et toutes les communautés. Partout dans le monde, les substances consommées, les modes de consommation et même la culture entourant les drogues varient d’une région à l’autre.

L’idée qu’une province entière ou un pays entier puisse appliquer exactement la même réponse partout n’est pas réaliste. Chaque ville et chaque communauté doivent pouvoir mettre en place les approches qui correspondent le mieux à leur réalité.

Vous dites que la réalité des petites villes est différente. Est-ce simplement parce qu’elles disposent de moins de services?

Il y a effectivement moins de services, mais il y a aussi des réalités très particulières. Par exemple, dans une région agricole, les modes de consommation et la façon dont les gens souhaitent accéder aux traitements peuvent être différents de ceux observés ailleurs. Il en va de même dans des communautés où l’économie repose davantage sur la foresterie ou d’autres secteurs.

Chaque ville possède également sa propre culture et sa propre façon d’aborder ces enjeux. Dans un grand centre comme Toronto, il est souvent possible d’ouvrir une nouvelle clinique ou d’ajouter de nouveaux services. Dans les petites villes, c’est beaucoup plus difficile. Dans les grandes villes, on parle souvent de capacité; dans les petites communautés, on parle davantage de possibilités concrètes de mise en œuvre.

La question devient alors : comment peut-on aider les ressources déjà présentes à faire davantage avec plus de soutien, plus de formation ou plus d’accompagnement? Parfois, la solution n’est pas de créer de nouveaux services, mais plutôt de développer des approches différentes, comme des services mobiles.

Cela dit, les petites villes possèdent aussi un avantage : elles peuvent souvent innover plus rapidement. À Timmins, par exemple, les paramédics ont été parmi les premiers au pays à pouvoir administrer de la buprénorphine, un traitement efficace contre la dépendance aux opioïdes. Au lieu d’attendre une consultation médicale, les personnes pouvaient commencer leur traitement directement avec les ambulanciers.

À Ottawa, on observe des divergences importantes entre la Ville et le gouvernement provincial sur la question des centres de consommation supervisée. Comment voyez-vous cette situation?

C’est un domaine où les municipalités, les provinces et le gouvernement fédéral ont tous un rôle à jouer. Il est inévitable qu’il y ait parfois des divergences idéologiques. Toutefois, il n’y a pas de solution durable sans collaboration entre les trois niveaux de gouvernement.

Sans cette collaboration, ce sont les patients, les personnes qui utilisent les services et les citoyens qui risquent d’en subir les conséquences. La recherche montre qu’il est possible d’avoir à la fois des communautés en santé et des communautés sécuritaires. L’idée qu’il faudrait nécessairement choisir entre la santé publique et la sécurité publique ne correspond pas à la réalité.

Le public doit également être impliqué dans ces discussions. Nous vivons aujourd’hui dans un nouveau contexte marqué par les drogues synthétiques. La situation varie énormément d’une région à l’autre. Autrefois, de vastes territoires étaient exposés aux mêmes substances. Aujourd’hui, chaque communauté peut être confrontée à une réalité différente.

C’est pourquoi les gouvernements doivent trouver des moyens de travailler ensemble. Sinon, ce sont encore une fois les patients, les citoyens et les communautés qui en paieront le prix. »

Immigration francophone : près de 15 millions $ dépensés par Ottawa en publicités

OTTAWA — Au cours des dernières années, le gouvernement fédéral a dépensé des dizaines de millions de dollars en contrats publicitaires auprès de firmes externes dans le but d’attirer des immigrants francophones au Canada.

Cameroun, Algérie, France, Maroc, Belgique, Tunisie et plus d’une cinquantaine d’autres pays à travers le monde : Ottawa multiplie les publicités sur les réseaux sociaux en plus d’orienter les utilisateurs vers son site Web pour attirer des immigrants francophones.

C’est ce qui est indiqué dans des réponses offertes aux députés conservateurs au Feuilleton de la Chambre des communes, Andrew Lawton et Burton Bailey. Ces derniers ont demandé aux différents ministères, dont Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), leurs dépenses en matière de publicité au cours des dernières années.

Ce sont 9,5 millions $ qui ont été dépensés de 2021 à 2026 dans le cadre de campagnes publicitaires internationales « visant à encourager les personnes francophones hautement qualifiées à immigrer au Canada par le biais du programme Entrée express ».

« Les messages ont promu le français comme un atout pour le travail au Canada et le Canada comme un pays offrant de nombreuses opportunités aux travailleurs qualifiés francophones pour s’installer et prospérer. Les annonces ont orienté les demandeurs potentiels à consulter le site Web de la campagne pour découvrir la raison pour laquelle ils devraient choisir le Canada et quelles voies et ressources peuvent soutenir leur immigration », peut-on lire dans l’un des descriptifs d’une des campagnes de publicité.

En plus de ces dix millions de dollars, on peut ajouter un autre cinq millions qui a été dépensé en publicité entre 2022 et 2025 dans le cadre d’une campagne nationale au Canada. Cette initiative promotionnelle avait pour but d’informer « les personnes nouvellement arrivées au Canada des services d’établissement offerts, notamment des mesures de soutien destinées aux personnes immigrantes francophones ».

Les contrats ont été conclus avec les entreprises privées spécialiées en marketing Cossette Média et EssenceMediacom, alors que les campagnes durent généralement de janvier à mars.

À ces dépenses, s’ajoutent quelques milliers de dollars en publicité pour mousser la visibilité de forums et d’événements tenus par IRCC « en vue d’augmenter la participation aux événements et, en fin de compte, les demandes présentées par des candidats hautement qualifiés ».

« L’investissement est énorme », affirme la chercheuse en immigration francophone Luisa Veronis lorsque nous lui avons présenté ces chiffres.

« C’est en plus de l’argent qu’ils dépensent eux-mêmes pour les activités de promotion qu’ils font auprès des Réseaux en immigration francophone et des communautés francophones accueillantes qui reçoivent aussi de l’argent d’IRCC pour de la promotion. Donc en fait, la quantité d’argent qui va en promotion est énorme », constate la professeure à l’Université d’Ottawa.

La seule catégorie

Parmi les autres dépenses publicitaires, on note certaines campagnes destinées à des pays précis comme l’Inde pour prévenir la fraude concernant les visas temporaires ou encore pour les pays membres de la Coupe du Monde de la FIFA 2026. Il est aussi question de publicité visant à prévenir la migration irrégulière en provenance de pays comme le Mexique et Haïti en mars 2023, soit au même moment où Ottawa avait décidé de fermer le passage du chemin Roxham.

Mais aucune de ces campagnes n’a dépassé le million de dollars ou ne s’est approchée de la récurrence des campagnes de promotion destinées à l’immigration francophone. De plus, aucun autre type de catégorie, comme les résidents temporaires par exemple, n’est la cible de campagnes promotionnelles. Luisa Veronis n’est pas surprise, rappelant qu’il n’est pas nécessaire de faire de la promotion pour les autres catégories.

« Ça fait des décennies que des gens, surtout d’Inde ou de Chine, veulent venir au Canada », rappelle Luisa Veronis.

« Pour l’immigration francophone, il faut en faire la promotion. C’est souvent le Québec qui est très présent et ils (les immigrants) ont une idée floue que le Canada est bilingue. Donc je pense que les promotions sont vraiment importantes pour vraiment expliquer c’est quoi la francophonie en dehors du Québec », justifie-t-elle.

La chercheuse en immigration francophone de l’Université d’Ottawa, Luisa Veronis. Gracieuseté

Si cette dernière se demande en quoi il est nécessaire d’aller à l’externe pour ce genre de travail, elle estime que c’est nécessaire pour préparer des immigrants à habiter hors du Québec.

« On a fait des entrevues avec des étudiants internationaux qui étaient venus en 2023 et la majorité d’entre eux cherchent le site d’IRCC et les réseaux sociaux. Tout ce qui est investissement dans le numérique, je crois que ça vaut la peine », mentionne la spécialiste de l’immigration francophone.

Des cibles en hausse

On ignore si les campagnes de publicité avaient aussi lieu avant 2020, mais elles concordent avec une hausse de l’immigration en français hors du Québec dans les dernières années. Depuis 2022, le fédéral a atteint chaque année ses cibles en immigration francophone. À quel point la publicité joue-t-elle un rôle dans tout ça?

« C’est plus difficile à dire parce qu’une partie des cibles, c’était des gens qui étaient déjà au Canada, des temporaires, des étudiants internationaux, rappelle Luisa Veronis. Donc pour les cibles qui ont augmenté, on ne peut pas directement dire que c’est à cause de la promotion qui les a stimulés », juge la professeure.

L’immigration francophone hors Québec dans les cinq dernières années

AnnéeEn nombreEn pourcentage
202529 6308,89 %
202430 5657,2 %
202319 6354,69 %
202216 3804,44 %
202169501,95 %

En 2025, dans un document ministériel portant sur l’immigration francophone, IRCC signalait que ses campagnes de promotion sur les réseaux sociaux « ont généré 4 689 725 impressions qui ont conduit à 52 326 clics sur des liens vers le site web d’IRCC ».

Astrid Moulin : une créativité portée par l’esprit d’entraide en francophonie torontoise

TORONTO – Originaire d’un petit village de France et arrivée à Toronto au début des années 2010, Astrid Moulin s’est fait connaître auprès de nombreux jeunes de la communauté francophone à travers son blog et sa chaîne YouTube où se mêlent récits de vie, conseils et découvertes dans la métropole ontarienne.

« En 2014, à l’époque où les médias sociaux servaient surtout d’outil de communication avec l’entourage proche, qu’est-ce qui t’a donné envie de partager tes aventures à Toronto avec le monde?

Beaucoup de Français voulaient comprendre comment j’avais réussi à m’installer ici et s’inspirer de mon parcours d’immigration. J’étais souvent sollicitée pour expliquer, partager et raconter une multitude de choses liées au processus d’immigration. À la base, j’étais censée rester un an seulement, donc ce qui devait être une sorte de journal de bord où garder une trace de mes aventures s’est transformé en blog accessible à tous, en tout temps. C’était pour moi une façon de partager mes connaissances avec le plus grand nombre.

C’est ainsi que mes plateformes sont nées, notamment ma chaîne YouTube. Progressivement, des internautes provenant d’autres pays francophones ont rejoint la communauté. Comme beaucoup d’entre eux éprouvaient des difficultés à se retrouver dans la masse de sites d’immigration souvent très formatés et remplis d’informations générales en anglais, j’ai fait en sorte que mon blog permette de montrer l’humain derrière le contenu, avec des émotions, du vécu et des conseils concrets.

C’est une grande fierté d’avoir pu monter cet espace créatif où j’ai bâti quelque chose qui a du sens et qui aide réellement les gens. De plus, au fil de la dernière décennie passée ici, chaque étape de ma vie m’a apporté de nouvelles anecdotes à partager.

La créatrice de contenu d’origine française, Astrid Moulin, est devenue un repère pour une partie de la communauté franco-torontoise. Photo : Gracieuseté d’Astrid Moulin

Comment parviens-tu à continuer d’apporter de bons conseils aux nouveaux arrivants, alors que tu t’éloignes de plus en plus de ce statut?

Il est évident que les expériences peuvent varier considérablement selon qu’on soit arrivé à mon époque, il y a plus de dix ans ou bien juste après la pandémie. Lorsque je suis arrivée, le coût de la vie était nettement moins élevé et les gens parlaient très peu de politique, contrairement à aujourd’hui où le contexte économique suscite beaucoup plus d’opinions. Si j’étais arrivée aujourd’hui, cela aurait certainement été beaucoup plus difficile.

Toutefois, avec la détermination que j’avais à mon arrivée – une qualité largement partagée par beaucoup de nouveaux arrivants – je crois que les opportunités demeurent bel et bien présentes et que tout dépend surtout de la manière dont chacun va les chercher. Ainsi, la question qui me revient souvent de savoir si cela vaut la peine d’immigrer en 2026 demeure très relative selon la situation de chacun, et surtout selon les attentes de chacun.

Quelles réalités de la vie à Toronto mets-tu en garde les futurs immigrants francophones qui te suivent?

Il faut savoir qu’en arrivant ici, il n’y aura pas toujours quelqu’un pour nous accueillir. C’est souvent entre la recherche du premier emploi et d’un logement que l’on réalise que l’entourage n’est plus là, et c’est très difficile. Avec le temps, un fossé peut se creuser entre le moment où l’on quitte son pays et celui où on réussit enfin à se construire une communauté ici. Durant cette période, ta famille ou tes amis restés ne comprennent pas ta réalité et tu as l’impression d’être la seule personne à comprendre ce que tu vis.

À quel moment t’es-tu rendu compte de l’impact que tu avais dans la communauté franco-torontoise?

L’un des moments où j’ai pris conscience de mon impact a été après un événement célébrant le 14 juillet à Toronto, où plusieurs personnes sont venues me voir pour me remercier et me dire que mon contenu les avait aidées. Présent avec moi ce soir-là, mon conjoint insistait sur le fait que les remerciements de toutes ces personnes que j’avais guidées étaient la preuve que ce que je faisais avait un sens profond. Par ailleurs, être finaliste dans la catégorie des entrepreneurs au Prix RelèveON 2026 du Club canadien de Toronto est aussi très gratifiant. C’est une reconnaissance qui dépasse l’échelle individuelle et qui me motive à continuer.

Astrid a terminé parmi les finalistes des Prix RelèveON 2026 du Club canadien de Toronto, étant nommée dans la catégorie « Entrepreneure ». Photo : ONFR/Mickael Laviolle

Une partie de ton travail consiste à enseigner les codes culturels locaux aux nouveaux arrivants. Peux-tu donner un exemple?

En effet, il y a énormément de différences culturelles. Ici, les relations prennent parfois plus de temps à se construire et les gens ne vont pas forcément s’inviter chez eux aussi vite qu’on peut le faire en France par exemple. Dans la culture canadienne et torontoise, on va davantage se retrouver dans un café, dans un parc ou lors d’activités extérieures. Depuis 2019, j’ai animé des ateliers auprès d’environ 500 personnes afin de les aider à mieux comprendre ces réalités. Ce sont des ateliers qui ne s’adressent pas uniquement aux nouveaux arrivants, tout le monde y est invité!

Lors de ses ateliers interactifs et de ses formations, Astrid Moulin s’adresse aux nouveaux arrivants, mais aussi aux entrepreneures francophones. Photo : Gracieuseté d’Astrid Moulin

Quelles sont les conséquences d’être peu accompagné en arrivant ou de ne pas bénéficier de services en français?

Au-delà de toutes les démarches administratives à gérer dans les premiers mois, l’accès aux soins de santé demeure un véritable défi lorsqu’on ne maîtrise pas bien l’anglais. Un jour, lors d’un appel avec un médecin qui ne voulait pas m’écouter, j’ai raccroché en me disant qu’heureusement, j’étais suffisamment à l’aise en anglais pour m’affirmer. Beaucoup d’immigrants auraient été intimidés et auraient donc renoncé à certains soins parce qu’on leur a dit non ou qu’on a minimisé leurs problèmes de santé.

C’est important de s’écouter et de s’exprimer, surtout qu’en tant qu’immigré, la santé passe souvent au dernier plan durant les premières années d’installation. L’an dernier, j’ai reçu un diagnostic de lipœdème après des années à vivre avec des douleurs que je pensais normales. Le lipœdème, c’est une accumulation anormale de graisse douloureuse, comme si une pression était enfermée à l’intérieur du corps. Il n’y a pas de remède à cette maladie, mais on peut apprendre à la gérer en réduisant le stress, tel qu’avec du yoga, de la thérapie, du soutien psychologique. Tout ce qui peut contribuer à diminuer le stress est important.

Pour Astrid Moulin, désormais professeure de yoga, le diagnostic de lipœdème a marqué un véritable tournant dans son existence à Toronto. Photo : Gracieuseté d’Astrid Moulin

La Journée mondiale du lipœdème est célébrée chaque année le 11 juin. Pourquoi est-ce important d’en parler?

Beaucoup de personnes vivant avec le lipœdème souffrent aussi d’isolement. Comme la maladie reste encore peu connue, certains médecins leur disent simplement de perdre du poids, sans chercher à les aider concrètement. Cela entraîne énormément de culpabilisation et de discrimination. La charge mentale associée à la maladie s’ajoute également aux traitements, aux coûts, aux rendez-vous.

Après mon diagnostic, j’ai cherché une professeure de yoga à Toronto qui connaissait le lipœdème, sans trouver quiconque. Je me suis demandé comment c’était possible dans une ville de six millions d’habitants. Depuis mon diagnostic, je suis devenue moi-même professeure de yoga, j’ai fait énormément de choses pour la cause, j’ai notamment eu des échanges avec Lipœdème Canada. Heureusement, grâce aux réseaux sociaux, de plus en plus de personnes en parlent aujourd’hui. Cela aide énormément à ne plus se sentir seule. »


2014 : Arrivée à Toronto

2014 : Lancement de son blog « Fringinto »

2024 : Prix d’excellence impactON

2025 : Diagnostic de lipœdème

2025 : Certification de professeure de yoga à Bali

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.

Gala des Prix RelèveON 2026 : le leadership francophone de l’Ontario à l’honneur

TORONTO – La 9e édition du Gala des Prix RelèveON, orchestrée par le Club canadien de Toronto au Design Exchange, a mis en lumière des profils d’exception au sein de la jeune relève et des figures marquantes de la communauté francophone et bilingue de la province. Ce rendez-vous annuel demeure un baromètre essentiel du dynamisme, de l’esprit d’entreprise et de l’engagement social en contexte minoritaire.

Le moment fort de la soirée a été la remise du Prix Héritage à Dada Gasirabo. Cette distinction vient saluer un parcours exceptionnel dédié aux droits humains et à l’équité. Figure incontournable de la communauté, Dada Gasirabo est l’ancienne directrice générale d’Oasis Centre des Femmes à Toronto. Survivante du génocide des Tutsis au Rwanda, elle a transformé son histoire personnelle en un combat infatigable pour l’autonomisation des femmes francophones, le soutien aux victimes de violence et l’intégration des personnes réfugiées et immigrantes en Ontario.

Dada Gasirabo a reçu un prix d’honneur pour l’ensemble de sa carrière et sa contribution à la communauté franco-ontarienne. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le prix lui a été remis par Estelle Courty Duchon, directrice générale du Centre Francophone du Grand Toronto. Un moment fort en émotions et hautement symbolique, puisque c’est précisément au sein de cette institution que Dada Gasirabo avait décroché son tout premier emploi à son arrivée à Toronto.

Un ancrage fort dans le droit et les institutions

Dans la catégorie Jeune professionnel, le prix a été attribué à Frédérick Doucet. Avocat et enquêteur senior chez Rubin Thomlinson, il s’est distingué par son travail de lutte contre la discrimination et pour l’inclusion au sein des organisations. Pour lui, cette distinction dépasse sa seule individualité.

« C’est beaucoup de fierté, un grand honneur, et une belle reconnaissance pour le travail fait jusqu’à présent. Pas juste mon travail à moi, mais tout le travail que les personnes font en droit de la personne pour essayer de lutter contre la discrimination. »

Voyant ce prix non pas comme un aboutissement mais comme un véritable « tremplin », Frédérick Doucet a tenu à lancer un message fort à la jeunesse franco-ontarienne :

« Si vous avez un projet en tête ou un rêve que vous voulez réaliser : osez. Des fois, ça fait peur d’oser, mais c’est vraiment ce qui va vous permettre d’atteindre votre objectif. »

Roxalie Lebeau-Hébert (au centre) était en compétition avec Mike Knobben et Mailys Godinat (à droite). Photo : Mickael Laviolle/ONFR

La catégorie Jeune cadre a quant à elle couronné Roxalie Lebeau-Hébert. Récemment nommée à la direction des affaires juridiques du Groupe Média TFO et membre active de la Canadian Media Lawyers Association, elle incarne une gestion juridique de haut niveau dans le secteur des médias publics et du droit des communications.

Engagement étudiant et virage technologique

Du côté de la relève universitaire, Paule Véronique Fouda Mengue s’est vu décerner le prix de la catégorie Leader étudiante. Ambassadrice engagée de l’Université de l’Ontario français (UOF) à Toronto, elle a récemment marqué les esprits en menant un projet d’envergure visant à rassembler les associations de langue française de la province.

« Voir qu’il y a d’autres personnes avec un regard extérieur, un jury qui ne me connaît pas personnellement, qui ont vu que j’avais du potentiel et qui m’ont donné cette opportunité, honnêtement, c’est incroyable », a-t-elle confié.

Paule Véronique Fouda Mengue, fière représente de l’Université de l’Ontario français, ici avec son recteur Normand Labrie. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Pour elle, la présence de tels événements au sein de la communauté francophone est un symbole fort pour l’avenir de la langue.

« Qu’il y ait ce genre de célébration, c’est vraiment comme un symbole d’espoir. C’est un appel pour dire aux autres ‘n’abandonnons pas notre français’, surtout pour nous les jeunes où on est entre l’anglais, le français et le bilinguisme. »

Le volet entrepreneurial a mis en valeur Elvine Assouline, lauréat dans la catégorie Jeune entrepreneur. Co-fondateur de la plateforme de vérification de références Credibled, il a salué la synergie qui anime l’écosystème francophone de la métropole.

« C’est un accomplissement et une reconnaissance. Mais vous savez, une entreprise qui gagne, c’est l’effort collectif de tout le monde, je suis très fier de nos équipes. »

Elvine Assouline (au centre) a insisté sur le caractère collectif de son prix qui récompense le travail de toute une équipe. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Évoquant la complexité de faire vivre des initiatives à 100 % en français dans un environnement majoritairement anglophone, il voit ce prix comme un encouragement à persévérer.

« C’est grâce au Club canadien et à la communauté francophone qui se mobilise. Mon mot d’encouragement pour les entrepreneurs, c’est de continuer et de rester dans le game, parce que c’est en continuant le plus longtemps possible qu’on finit par gagner. »

L’inclusion au cœur de l’action communautaire

Enfin, le prix du Jeune Leader inclusif a été remis à Franck-Maleek Djamat-Dubois. Reconnu pour son action terrain à la tête de l’organisation Kids Connect Africa qu’il a mise en place en 2018, il s’attache à inspirer et encourager la prochaine génération de leaders.

« La gloire individuelle ne vaut rien sans l’impact de la communauté. Je ne le vois pas vraiment comme un prix personnel, c’est plus un prix pour mon organisation. C’est un bon rappel que le travail qu’on fait est super important, mais que ce n’est pas encore fini. »

Franck-Maleek Djamat-Dubois ne voit pas cette récompense comme une fin en soi mais comme un encouragement pour poursuivre son engagement. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

À travers ses ateliers et ses tournois de débats universitaires, Franck-Maleek Djamat-Dubois rappelle que la valeur n’attend pas le nombre des années.

« Sachez juste que l’âge n’est pas un obstacle. L’âge est vraiment juste un chiffre et l’impact ne se bloque pas à 15 ou 20 ans. Il faut juste se lever, prendre les ressources, trouver les bonnes personnes et puis agir. »


Le plein air et l’île aux Chênes

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Alors qu’on commence à goûter aux premières chaleurs de la saison estivale, j’ai pensé revenir sur une colonie de vacances, l’Île aux Chênes, très bien connue dans les cercles franco-ontariens des années 1950 à 1970.

Mon arrière-arrière-grand-père, Frank Dupuis, a cofondé la paroisse Saint-Charles-Borromée, au nord-ouest du lac Nipissing, en 1895. Mes arrière-grands-parents, Rose Huot et Alfred Prevost, ont figuré parmi les premières familles à habiter Bigwood, sur les berges de la rivière des Français, en 1915. Ce coin de pays, avec ses majestueux pins blancs et ses rochers rosés, m’habite. Ce n’est pas un hasard si certains touristes ont voulu y passer des vacances, suivant l’arrivée des chemins de fer qui liaient la région à Ottawa (1882) et à Toronto (1907). Mes arrière-grands-parents Dupuis, ont d’ailleurs géré une pourvoirie, Musky Bay Camp, de 1940 à 1971. « Pour le citadin désirant passer de belles vacances au bord de l’eau, pour celui qui cherche le repos dans une pittoresque région », écrivait le curé Lionel Séguin en 1945, « les environs de St-Charles sont des endroits désignés » où l’« on peut se donner toutes les aises […] à peu de
frais ».

C’est sur l’île West Hardwood au prolongement du lac Nipissing, surnommé West Arm, que les pères jésuites de Sudbury ont aménagé la première colonie de vacances de langue française de la région, en 1945. À l’époque, le retour à la nature est vanté comme un lieu pouvant neutraliser les effets dépresseurs de la ville anglo-dominante sur la motivation individuelle, la fibre canadienne-française et les valeurs catholiques des jeunes. Des premières installations rudimentaires, des dortoirs et une cuisine électrifiée ont été ajoutés pour accueillir les enfants de 6 à 13 ans et les initier « à une vie sociale plus authentiquement humaine et chrétienne ». Outre les prières à la chapelle et la langue des activités, la programmation initiale sur l’île aux Chênes ne se distingue pas beaucoup des colonies YMCA au niveau des loisirs : baignades, jeux et soirées de variétés, etc.

Le jésuite Albert Regimbal, qui dirige la colonie de 1960 à 1980, cherche à en faire un lieu pour promouvoir « des valeurs humaines engagées » et une « société de services engagée dans la créativité ». C’est sous Regimbal que le camp, initialement affilié à la paroisse Sainte-Anne-des-Pins de Sudbury, renforce sa programmation culturelle franco-ontarienne, en y enseignant le leadership aux adolescents et aux jeunes adultes, ainsi qu’en y offrant des camps de théâtre et de musique. L’Île aux Chênes propose « la chance inestimable de vivre une expérience culturelle axée sur la créativité individuelle et collective, sur l’intégration des arts et de la nature, sur le leadership » (Le Voyageur, 15 mai 1974).

L’isolement de l’île propose une « expérience globale en français » qui tend à « assimiler » les jeunes et les éveiller à la prise de conscience vis-à-vis de la langue et de la culture franco-ontariennes. « Quand nous sommes arrivés à l’île, nous étions tous des étrangers », relate l’adolescente Thérèse Bilier sur son expérience à l’été 1978. « Et quand nous en sommes repartis, nous étions tous des amis ». « C’était un petit pays à part, comme dans une fantaisie », rappellera la directrice adjointe de la colonie, Monique Cousineau, en 1999. « Ça unissait les gens, ça les transformait ». Avec le décès du père Regimbal, en juillet 1980, et les problèmes financiers de la colonie, le conseil d’administration décidera de fermer l’île aux Chênes après la saison 1981.

Je n’ai jamais eu l’occasion de fréquenter une colonie de vacances franco-ontarienne, mais les forums « organizzaction » et les Jeux franco-ontariens de la FESFO m’ont fourni des expériences semblables d’épanouissement en français. À la FESFO, l’Ontario français pouvait être autre chose que la gestion d’un déclin tranquille que je constatais parfois dans mon milieu immédiat : elle pouvait avoir une histoire et une culture riches, qui méritaient d’être défendues et promues. J’en suis encore persuadé.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

« On travaille pour que les francophones soient visibles » : Toronto marque la Journée des nouveaux arrivants

TORONTO– Chaque année, la Ville Reine réunit de nombreux organismes et établissements lors d’une journée d’information pour les personnes nouvellement établies au pays. Cette année, la Journée des nouveaux arrivants met l’accent sur la nécessité d’offrir des moyens supplémentaires afin de favoriser la rétention des immigrants francophones.

Fraîchement arrivé du Cameroun il y a deux mois, Loïc Mambo avait initialement prévu de séjourner temporairement à Toronto avant de poursuivre son chemin vers Ottawa. Il a toutefois fini par s’attacher à sa ville d’accueil : « Après avoir visité quelques villes canadiennes, c’est décidé : je reste à Toronto. »

Accompagné depuis son pays d’origine par le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), puis accueilli à leur kiosque d’accueil des nouveaux arrivants à l’Aéroport international Pearson, il est toujours suivi par l’organisme dans sa recherche d’emploi en tant que juriste.

Loïc Mambo a pu être accompagné par le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) depuis son pays d’origine. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

« J’ai été bluffé par ce que le Canada met à disposition des personnes immigrantes », avance M. Mambo, satisfait de son accompagnement avec le CFGT.

« La recherche d’emploi est un peu fastidieuse, mais je comprends que cela fait partie des enjeux lorsqu’on s’installe dans un nouveau milieu », ajoute-t-il, affirmant également avoir rencontré quelques difficultés à trouver une communauté francophone.

Une meilleure centralisation des organismes francophones

« Il faut dire que depuis les quatre ou cinq dernières années, les francophones sont bien représentés à la Journée des nouveaux arrivants. Avant ça, nous étions noyés au milieu des stands anglophones », se rappelle Jean-Claude N’da, qui coordonne trois comités locaux en immigration francophone (CLIF) : Toronto, Peel, Simcoe. « Désormais, nous avons tout un quartier francophone puis la collaboration entre le RIFSCO et le Bureau des nouveaux arrivants donne de la visibilité aux participants », se réjouit-il.

Bien au fait des réalités des nouveaux arrivants, l’agent de projet s’assure de coordonner au mieux ce quartier. « Il faut dire que l’étendue de Toronto fait qu’il n’est pas évident de s’y retrouver lorsqu’on vient d’arriver », dit-il.

Jean-Claude coordonne le quartier francophone de la Journée des nouveaux arrivants. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Selon lui, les ressources demeurent toutefois limitées au sein des organisations, ce qui constitue un enjeu.

« Nos organes francophones connaissent souvent des roulements de personnel, ce qui fragilise les acquis en matière de renforcement des capacités. De plus, les salaires ne sont souvent pas à la hauteur du travail fourni, ce qui rend la situation d’autant plus difficile. »

En appui aux organisations, la Ville affirme que « Le Bureau des nouveaux arrivants de Toronto travaille en étroite collaboration avec les organismes francophones qui desservent les nouveaux arrivants francophones afin de mieux comprendre les défis auxquels fait face le secteur de l’établissement francophone », rapporte Imane Boussaid, porte-parole de la ville.

À la suite d’une recommandation du Comité consultatif des affaires francophones de la Ville de Toronto, une présentation est prévue le 18 juin afin de fournir davantage d’informations sur les services municipaux existants offerts aux Torontois francophones.

La place Nathan Phillips affichait une ambiance festive à l’occasion de la Journée des nouveaux arrivants de Toronto. Au programme : spectacles culturels et animations. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

La quartier francophone à la Journée des nouveaux arrivants à Toronto. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

 

« Nous avons mené une étude à Toronto et nous avons découvert que le temps d’accompagnement d’un nouvel arrivant francophone est plus long que celui d’un anglophone. Si le temps d’accompagnement est plus long, cela demande davantage de ressources, de temps et de disponibilité », martèle Jean-Claude N’da.

M. N’da estime qu’avec les cibles fédérales d’immigration francophones fixées à 9,5 % d’ici 2027 et 10,5 % d’ici 2028, le travail doit être mené de façon concertée, notamment dans un contexte de coupes budgétaires où les organismes doivent constamment s’adapter.

Droits linguistiques : la Cour suprême examinera la fermeture de tribunaux au N.-B

OTTAWA – La Cour suprême accepte d’entendre la cause de maires acadiens qui contestent une décision du gouvernement du Nouveau-Brunswick de fermer des tribunaux en région, alléguant que cela viole les droits linguistiques des minorités francophones.

Le plus haut tribunal au pays en a fait l’annonce jeudi matin. Comme à son habitude, la Cour suprême ne dévoile pas ses motifs lorsqu’elle se prononce sur une demande d’autorisation d’appel.

L’affaire a débuté en 2022, année où l’administration progressiste-conservatrice de Blaine Higgs a procédé à la fermeture du palais de justice de Caraquet. Le gouvernement a aussi converti le tribunal de Tracadie en instance satellite avant d’ordonner sa fermeture définitivement six mois plus tard. Ces décisions forçaient donc les gens de la région de Caraquet et Tracadie à se rendre à Bathurst, à une heure de route, dans le cadre de leurs démarches juridiques.

Insatisfait de cette décision, le Forum des maires de la Péninsule acadienne a poursuivi le gouvernement en justice, alléguant que cette décision portait atteinte aux droits linguistiques des minorités francophones tout en impactant de manière négative son développement.

Un tribunal de première instance avait donné raison au Forum en 2024. La Cour d’appel provinciale avait renversé la décision en septembre 2025, estimant que le Forum n’avait pas démontré en quoi la décision ministérielle contrevenait aux droits linguistiques protégés par la Charte. Le Forum des maires avait par la suite porté la cause devant le plus haut tribunal au pays.

Bien que la Cour suprême accepte rarement d’entendre des appels compte tenu du volume important de demandes qu’elle reçoit, elle a tout de même choisi d’examiner cette affaire.

Pour l’instant, on peut s’attendre à voir défiler à la Cour les représentants du Forum des maires, mais aussi le ministre de la Justice et de la Sécurité publique du Nouveau-Brunswick, qui est mis en cause, ainsi que la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick à titre d’intervenante.

Plus de détails à venir.

États généraux : la communauté plaide pour une francophonie visible partout à Ottawa

OTTAWA – La consultation des États généraux de l’Ontario français a rassemblé plus de 130 participants mercredi soir à l’Université d’Ottawa. Coorganisé par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et l’ACFO Ottawa, l’événement a permis de cibler les priorités de la région de la capitale fédérale, où les participants ont notamment réclamé une meilleure visibilité et un accès accru aux services en français.

« C’est la plus grosse foule qu’on a eue depuis qu’on a commencé au début d’avril. » C’est par ces mots que le directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Peter Hominuk, a salué l’auditoire mercredi soir. 

Initialement prévue dans les locaux de l’Hôpital Montfort, cette consultation – qui représentait la 18e étape de la tournée provinciale menée en vue des États généraux de l’Ontario français – a dû être déplacée d’urgence à la dernière minute à l’Université d’Ottawa pour pouvoir accueillir l’ensemble des quelque 132 participants. 

« On s’est retrouvé avec un beau problème. Au début, on avait anticipé peut-être 60 ou 70 participants, mais quand on a dépassé les 80, c’est là qu’on a dû changer d’emplacement », explique la directrice générale de l’ACFO Ottawa, Anik Larivière. 

Alors que l’ACFO Ottawa avait déjà prévu tenir sa propre consultation locale, l’AFO l’a approchée pour coorganiser l’événement dans le cadre des États généraux, permettant ainsi d’unir leurs forces pour donner vie à cette soirée qui a duré plus de cinq heures. Photo : Inès Rebei/ONFR

Assurant la première partie de la consultation, l’ACFO Ottawa a souhaité donner un ancrage local aux discussions en mettant l’accent sur les transformations récentes de la capitale. 

« Le panorama de la ville d’Ottawa a vraiment changé ces dernières années. On voit que tout l’ouest d’Ottawa s’est développé, le bassin de la francophonie s’est élargi, Orléans a changé aussi, tout comme le centre-ville. On veut asseoir les gens pour parler de comment ils vivent cette nouvelle réalité, avec plus de projets de développement, plus de francophones et plus d’immigration. »

Recul institutionnel dans l’espace public

Pour plusieurs participants, le manque de visibilité du français commence par les symboles publics de la municipalité bien qu’elle soit officiellement bilingue. Le résident d’Ottawa et ancien bibliothécaire Gilles Marleau a partagé un constat lié aux infrastructures de transport scolaire.

« Dans le passé, les autobus scolaires à Ottawa affichaient School bus d’un côté et Autobus scolaire de l’autre. Maintenant, ils sont tous marqués uniquement School bus. L’enfant, en sortant de l’école, voit ça et sait tout de suite que sa langue n’est pas valorisée au même titre que l’anglais. »

Gilles Marleau insiste sur la nécessité de stimuler la fierté francophone à Ottawa, déplorant le manque de citoyens qui osent exiger des services ou de l’affichage en français dans les commerces locaux. Photo : Inès Rebei/ONFR

Selon le retraité, les conseils scolaires ont la responsabilité d’imposer un affichage bilingue sur les véhicules de transport desservant les établissements francophones. Il soutient que cette initiative pourrait recevoir l’appui de la communauté anglophone inscrite dans les programmes d’immersion. 

Cette nécessité d’afficher et de revendiquer l’usage du français s’étend également au secteur commercial de la capitale. Le directeur artistique de Vox Théâtre, Pier Rodier suggère de s’inspirer d’initiatives passées pour identifier clairement les espaces accueillants.

« Dans le passé à Ottawa, il y avait la campagne « Allô Bonjour », où les commerces et les institutions affichaient « Ici, on parle français ». C’était une façon d’identifier les endroits où l’on pouvait entrer et obtenir un service en français. On pourrait réinstaurer cela à plusieurs niveaux. »

« En tant que francophone, j’aime bien qu’on me serve en français. De savoir que certaines boutiques l’offrent, ça m’incite à y aller », lance Pier Rodier de Vox Théâtre. Photo : Inès Rebei/ONFR

M. Rodier rappelle que l’immigration francophone croissante offre une main-d’œuvre bilingue capable d’appuyer les entrepreneurs, d’autant plus que la communauté détient un poids économique majeur qu’il faut faire valoir auprès des commerçants de la région. 

« Il faut outiller les entrepreneurs anglophones et leur faire savoir que les francophones de la région d’Ottawa ont un pouvoir d’achat et aiment consommer. Cela pourrait les encourager à embaucher du personnel bilingue. »

Le partage de certaines ressources, comme des comptables compétents, entre différents organismes a été soulevé par une participante lors de la soirée. Photo : Inès Rebei/ONFR

Mieux accueillir les nouveaux arrivants

Selon des chiffres présentés mercredi soir, la région de la capitale nationale serait devenue la principale terre d’accueil de l’immigration francophone en Ontario, attirant à elle seule les trois quarts des nouveaux arrivants qui choisissent la province et ce, depuis 2025. 

Parmi eux, Michelet Joseph, étudiant d’origine haïtienne établi à Ottawa depuis deux ans, considère que l’enjeu principal dans la capitale nationale ne réside pas dans l’offre, mais bien dans le repérage des ressources disponibles.

Selon l’étudiant en développement international, ce manque de signalement nuit considérablement aux immigrants qui ne savent pas où trouver les services à leur arrivée. 

Bien que le français demeure selon lui minoritaire sur le campus, Michelet Joseph salue les efforts récents de l’Université d’Ottawa, citant notamment la tenue d’une consultation générale et l’organisation d’une foire d’emploi exclusivement francophone comme des initiatives marquantes pour l’amélioration des services. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Je ne pense pas que les organisations francophones nous rejoignent suffisamment. Les personnes extraverties comme moi vont d’elles-mêmes chercher de l’aide, mais les personnes introverties ont beaucoup plus de mal à trouver les services à cause de ce déficit de visibilité. Les ressources existent, mais les gens ne savent tout simplement pas où aller. »

Pour corriger le tir, Michelet Joseph propose de décentraliser l’information en s’appuyant sur les élus locaux et les partenaires municipaux, particulièrement pour rejoindre les nouveaux arrivants installés en périphérie, comme à Orléans ou Barrhaven.

Carole Breton, directrice des communications et du développement au Diocèse anglican d’Ottawa, partage cette vision.

« Quand j’ai habité en Saskatchewan, il y avait des francophones qui arrivaient, mais qui ne se renseignaient pas sur les services en français. C’est un constat qui s’applique aussi à Ottawa. Il y a beaucoup d’immigrants, mais il faut s’assurer qu’ils soient au courant de ce qui existe. C’est un travail qui ne doit jamais s’arrêter à cause des mouvements de population et du vieillissement démographique. » 

Lors des échanges, plusieurs participants ont également partagé leur inquiétude de voir le recul démographique des francophones servir de prétexte à une fusion forcée des organismes communautaires. Photo : Inès Rebei/ONFR

Un plus grand rôle décisionnel

La structure des instances municipales a également fait l’objet de discussions à la table où était assise la directrice générale du Rendez-vous des aînés francophones d’Ottawa (RAFO), Chantal Nadeau.

« Souvent, les francophones sont appelés à siéger de manière isolée au sein de divers comités municipaux ou d’organismes pour apporter leur perspective. Ce qui serait intéressant, c’est plutôt de réunir autour d’une même table francophone des représentants de tous les secteurs – les aînés, les garderies, la santé – pour aborder l’ensemble des enjeux, au lieu d’intégrer un seul francophone à des tables sectorielles distinctes. » 

Tout en saluant l’ouverture de la Ville d’Ottawa et le travail du comité consultatif sur les services en français, celle-ci aimerait voir un plus grand pouvoir d’action des francophones de manière générale dans la capitale nationale.

Chantal Nadeau, directrice générale du RAFO, ne cache pas son inquiétude face au recul démographique des francophones à Ottawa, redoutant qu’il n’entraîne une baisse du financement des services communautaires. Photo : Inès Rebei/ONFR

« C’est apprécié qu’on soit consultés mais ça serait plaisant d’avoir un rôle plus décisionnel que consultatif », confie-t-elle.

Prochaines étapes

À la conclusion de cette soirée, les organisateurs affichaient un optimisme manifeste. Du côté de l’AFO, on ne cache pas le sentiment de satisfaction devant le succès et l’effervescence de ce rassemblement dans la capitale.

Le directeur général, Peter Hominuk, se réjouit de voir la communauté locale s’approprier pleinement l’exercice, « C’est le plus gros groupe qu’on a rencontré à ce jour dans la tournée. Je vois des échanges très animés aux tables, et c’est exactement ce qu’on cherche. On veut que les gens pensent vraiment à l’avenir de la communauté. »

Selon la directrice générale de l’ACFO Ottawa, cette concertation locale prend tout son sens à l’approche de grands rendez-vous internationaux qui mettront la région sous les projecteurs. « Le Sommet de la Francophonie mondiale arrive à Ottawa, il faut préparer la ville pour accueillir les gens », rappelle-t-elle.

« Même à Ottawa, la pleine gamme de services n’est pas là. Il y a encore du travail à faire », constate Peter Hominuk (AFO), rappelant que l’accès aux services en français reste le « nerf de la guerre » de ces États généraux. Photo : Inès Rebei/ONFR

Cette effervescence doit maintenant servir de tremplin : « On a des gens qui viennent de 40 à 50 pays dans notre communauté francophone. On devrait utiliser et capitaliser sur ces connaissances pour développer des liens avec d’autres pays de la Francophonie mondiale », insiste Peter Hominuk.

Après la région de la capitale, l’AFO poursuivra son parcours dans l’Est à Pembroke (28 mai) et à Limoges (2 juin), avant de mettre le cap vers le Nord de la province (Sault-Sainte-Marie, Sudbury, North Bay, Timmins, Kapuskasing, Hearst) pour terminer sa course à Thunder Bay le 19 juillet. 

L’ensemble des témoignages et des solutions recueillis lors de ces multiples arrêts aux quatre coins de la province serviront de matière première à la rédaction d’un Livre blanc sur la sécurité linguistique.

Attendu prochainement, ce document stratégique dressera un état des lieux précis des défis actuels et tracera une feuille de route claire pour guider les futures revendications et assurer l’épanouissement de la francophonie ontarienne.

À Toronto, un match amical France-Sénégal pour lancer l’esprit de la Coupe du monde

TORONTO – À un peu plus de deux semaines du début de la Coupe du monde de la FIFA 2026, les communautés française et sénégalaise de Toronto lanceront les festivités à leur manière, ce samedi, avec un match amical entre partisans des deux pays. Une initiative portée conjointement par la Fédération Tricolore de Toronto, le PSG Fan Club Toronto et Senontario, avec un objectif qui dépasse largement le simple résultat sportif : rassembler les communautés autour du football dans un esprit de fraternité et de fête avant le choc France-Sénégal prévu le 16 juin.

« C’est un match qui est en préambule de la Coupe du monde, explique Olivier Debresgeas, président du PSG Fan Club Toronto et impliqué dans l’organisation avec la Fédération Tricolore. On s’est dit : pourquoi pas faire un match amical avec nos amis sénégalais et peut-être débuter un petit peu la Coupe du monde sous un bon esprit. »

Du côté sénégalais, Mamadou Ndaw, de Senontario, partage la même vision : « Au-delà de l’esprit de compétition et de l’envie de victoire, nous voulons aussi mettre en avant l’aspect communautaire, souligne-t-il. Ça va être à la fois Sénégal-France, mais aussi Afrique-France, Afrique-Europe. Le foot est un véhicule pour rassembler. »

Les deux organisations ont rapidement trouvé leurs joueurs grâce à des inscriptions ouvertes via Eventbrite. Plus d’une quarantaine de personnes ont manifesté leur intérêt de part et d’autre.

« Il y aura assez de joueurs, et tous prêts pour affronter l’équipe adverse », lance Mamadou Ndaw avec le sourire. Mais l’appel est désormais surtout adressé au public : drapeaux, maillots et ambiance seront encouragés autour du terrain de soccer des écoles Saint Frère André et Toronto Ouest.

« Être avec les tiens »

Ce match amical s’inscrit dans une réflexion plus large autour de la Coupe du monde à Toronto, où les prix élevés des billets et le fonctionnement des fan zones officielles poussent plusieurs communautés à organiser leurs propres rassemblements.

Les prochains rendez-vous des l’équipe de France à la Maison des Bleus. Photo : Fédération tricolore de Toronto

Pour Olivier Debresgeas, l’idée est claire : créer des espaces communautaires accessibles et chaleureux.

« C’est important d’avoir notre fan zone à nous, affirme-t-il. C’est bien d’avoir celle mise à disposition par la ville, mais en réalité, tu as envie d’être avec les tiens quand tu regardes les matchs. Tu as envie d’être avec les supporters de l’équipe de France quand tu regardes la France. »

Cette future « Maison des Bleus », installée chez Ricarda’s au centre-ville de Toronto, réunira plusieurs associations françaises et francophones de la ville : le PSG Fan Club Toronto, French Tech, Français du Monde, le consulat, l’Alliance française et d’autres organismes communautaires.

Le premier grand rendez-vous organisé par la Fédération Tricolore aura lieu dès le 10 juin avec le match amical entre la France et la Côte d’Ivoire, présenté comme une répétition générale avant l’entrée en lice des Bleus contre le Sénégal le 16 juin, un match qui donnera immédiatement une saveur particulière au tournoi pour les communautés présentes à Toronto.

Le Sénégal à Toronto face à l’Irak

Du côté sénégalais aussi, la volonté est de privilégier les rassemblements communautaires. Senontario travaille notamment avec l’ambassade du Sénégal afin d’organiser des événements autour des matchs des Lions de la Teranga. Le restaurant Pendafrica sera également, comme lors de la Coupe d’Afrique des nations, un lieu incontournable de rassemblement pour l’événement.

Mamadou Ndaw (en haut à droite), ici en famille lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations, travaille avec le consulat du Sénégal pour organiser un événement autour du match du Sénégal à Toronto contre l’Irak le 26 juin. Photo : Gracieuseté

Un moment particulièrement attendu est déjà ciblé : le match Sénégal-Irak prévu à Toronto le 26 juin.

« Nous voulons vraiment faire une journée de fête », explique Mamadou Ndaw.

Mais l’accès aux matchs au stade demeure une préoccupation majeure. Très peu de supporters sénégalais ont réussi à obtenir des billets.

« Les gens déplorent le fait que les billets sont chers, constate Mamadou Ndaw. Le football, c’est un sport de masse populaire. Ça ne devrait pas être une affaire d’élite ou une affaire de riches. »

Même son de cloche chez les Français, où plusieurs supporters préfèrent miser sur les rassemblements organisés par la communauté plutôt que sur les fan zones officielles ou la loterie des billets FIFA.

Un week-end chargé pour les partisans du PSG

Pour Olivier Debresgeas, ce samedi sera aussi marqué par un autre événement majeur : la finale de la Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et l’Inter Milan (coup d’envoi à midi).

Le PSG Fan Club Toronto organise trois rassemblements simultanés au centre-ville afin d’accueillir les nombreux supporters attendus. Le principal événement, au Friar, a affiché complet en deux heures avec une capacité de 120 personnes.

D’autres établissements, comme The Pint et Pizza Rustica, accueilleront également des supporters parisiens et plusieurs groupes amis, notamment des fans de Naples, un club historiquement proche du PSG.

Les partisans torontois du PSG regroupés au bar le Friar lors de la demi-finale de la Ligue des champions la saison dernière. Photo : gracieuseté du Fan club du PSG de Toronto

Un cortège de supporters partira samedi matin du pied de la Tour CN avant de rejoindre les différents bars partenaires. Onze membres du fan club torontois seront également présents à Budapest pour assister à la finale.

« Je suis confiant, serein, en même temps stressé et à la fois j’ai envie d’y être, confie Olivier Debresgeas. Gagner la coupe une deuxième fois en deux ans, c’est tout ce que j’aimerais mais je ne me prononcerai pas sur le match par superstition. »

Ça continue dimanche

Et à peine quelques heures après cette finale européenne, les supporters parisiens de Toronto remettront ça dimanche matin avec la We Run Toronto, une course de 10 kilomètres inspirée de la We Run Paris organisée par le PSG.

L’initiative, proposée par le fan club torontois puis reprise à l’international, réunira plusieurs villes comme Montréal, Londres, Tokyo, Los Angeles ou encore Abidjan.

« On court ensemble, on reste ensemble, on s’amuse, résume Olivier Debresgeas. Il n’y a pas de chrono, pas de médaille. L’objectif, c’est le partage et les valeurs sportives. »

Un esprit qui ressemble finalement beaucoup à celui du match France-Sénégal organisé quelques heures plus tôt : utiliser le sport comme prétexte pour rapprocher les communautés, avant qu’une ville entière ne vive au rythme de la Coupe du monde.

TGV : Prescott-Russell bloque Alto et refuse de signer une entente de confidentialité

L’ORIGNAL – Réunis en séance ce mercredi, les maires des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) ont rejeté à l’unanimité une motion qui aurait permis d’entamer des études de terrain dès ce printemps et de signer une entente de confidentialité avec Alto, le promoteur du futur train à grande vitesse (TGV) reliant Québec à Toronto.

Cette motion fait suite à une demande d’Alto réclamant une autorisation d’accès à plusieurs parcelles de terrain appartenant aux CUPR pour y mener des examens biologiques et physiques au cours du printemps et de l’été 2026. 

L’entreprise exigeait également la signature préalable d’une entente de confidentialité avec l’administration municipale avant la tenue de réunions techniques.

Après une discussion à huis clos, la motion introduite par le maire de Champlain, Normand Riopel, et secondée par la mairesse de Casselman, Geneviève Lajoie, a été rejetée de manière définitive par l’ensemble des huit élus de la table régionale.

Le refus des élus est si catégorique qu’à la seconde même où le résultat du vote nominal a été prononcé, la présidence du conseil a dicté une directive on ne peut plus limpide au directeur général de la municipalité régionale.

« Veuillez aviser la corporation Alto que ce conseil ne les veut pas sur notre territoire. Nous avons refusé la signature de l’entente de confidentialité ainsi que l’accès aux terres des CUPR », s’est exprimé avec fermeté Mario Zanth, président des CUPR et maire de Clarence-Rockland.

Des questions sans réponses 

Joint par ONFR après la séance, Mario Zanth n’a pas mâché ses mots pour expliquer ce rejet unanime. Selon lui, le partenariat avec le promoteur du TGV est actuellement bloqué parce que la société d’État exige le secret absolu avant de divulguer ses détails techniques.

En effet, plusieurs questions techniques soulevées par les municipalités, concernant la composition chimique des liquides de déglaçage et les risques pour les puits, l’alimentation électrique du TGV ou l’impact sur les forêts, demeurent toujours sans réponse publique.

Devant ce flou, la table du conseil considère que les bases d’un véritable partenariat ne sont pas établies. « Le conseil des maires s’est dit : « C’est pas vraiment un partenariat, ça ». Alors, si le gouvernement fédéral a quelque chose à annoncer, le liquide utilisé pour dégivrer les rails, c’est pas un secret. Dites-le-nous, on veut le savoir », soutient l’administration régionale.

Ce refus unanime du conseil régional fait d’ailleurs écho à une grogne qui s’organise municipalité par municipalité dans l’Est ontarien. À la mi-mai, le conseil municipal du Canton de Champlain adoptait lui aussi une résolution s’opposant officiellement au tracé actuel d’Alto, citant des inquiétudes majeures pour les terres agricoles de la région. 

Plus au sud, les comtés voisins de Stormont, Dundas et Glengarry (SD&G) ont également partagé publiquement leurs propres réserves quant aux impacts de ce projet estimé entre 60 et 90 milliards de dollars. 

Alto mise sur le « volontariat » 

Contactée par ONFR, la société d’État a tenté de tempérer les tensions en jouant la carte de la diplomatie, bien qu’elle ait évité de commenter le litige entourant l’accord de confidentialité imposé aux municipalités.

Par courriel, la porte-parole d’Alto, Caroline Des Rosiers, s’est limitée à affirmer que l’approche de l’entreprise demeure « axée sur un dialogue ouvert et transparent avec les municipalités ». 

Elle soutient qu’Alto a récemment rencontré le préfet du comté et qu’une rencontre de suivi est déjà en planification. 

Devant le refus des CUPR d’accorder l’accès aux terres publiques, le promoteur du TGV mise désormais sur la collaboration directe avec les propriétaires fonciers de la région.

« La participation aux études de terrain est volontaire. Aucune étude de terrain ou relevé géotechnique ne sera réalisée sur une propriété sans le consentement de son propriétaire », précise Mme Des Rosiers, ajoutant que les propriétaires privés qui accepteront de collaborer recevront une compensation financière.

Paul Poirier célèbre son parcours olympique à Ottawa

Médaillé de bronze en danse sur glace aux Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026 avec Piper Gilles, le Franco-Ontarien Paul Poirier affirme vouloir prendre du recul avant de décider de la suite de sa carrière. Le patineur était de passage à Ottawa pour une célébration d’Équipe Canada à Rideau Hall.

Le patineur franco-ontarien Paul Poirier n’a pas encore tranché quant à la suite de sa carrière après sa consécration aux Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026.

« On n’a pas beaucoup pensé à ce qui vient après les Jeux. Ça a pris tout notre focus, toute notre énergie pour la dernière année », explique le médaillé de bronze en danse sur glace avec sa partenaire Piper Gilles, rencontré en marge d’une célébration d’Équipe Canada à Rideau Hall.

« Là, on commence finalement les vacances, donc j’ai hâte de me reposer un peu », affirme le patineur, qui souhaite prendre un peu de recul avant de réfléchir à la suite de sa carrière avec Piper Gilles.

« Avec un peu de temps hors de la glace, on aura le moment de penser à ce qu’on veut faire après », ajoute-t-il.

Le duo vient également de terminer la tournée Stars on Ice, qui les a amenés à travers le pays pendant plusieurs semaines.

« Pour nous, c’est vraiment une bonne opportunité de pouvoir performer sans la pression de la compétition », souligne Paul Poirier.

« Après la médaille olympique, c’était surtout une chance de célébrer ce qu’on a accompli cette année avec tout le Canada. »

La célébration était justement au rendez-vous à Rideau Hall, où les athlètes d’Équipe Canada étaient réunis à Ottawa afin de souligner leurs réalisations aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2026 à Milano Cortina.

L’événement comprenait une matinée à Rideau Hall suivie d’une réception au Parlement. Les athlètes et la gouverneure générale, Mary Simon, ont également participé à des activités avec une centaine de jeunes élèves canadiens.

« Je pense que c’est un moment important pour célébrer les efforts de tous les athlètes canadiens qui ont participé aux Jeux. C’est un projet qui demande énormément de dévouement, de temps et d’énergie, des années et des années de travail. Aujourd’hui, on a la chance de célébrer ensemble ce qu’on a accompli avec l’ensemble du pays. »

Le Franco-Ontarien dit aussi ressentir une grande fierté de pouvoir vivre ce moment dans la capitale fédérale.

« Je suis tellement fier d’être franco-ontarien et de pouvoir utiliser ma langue tous les jours », affirme-t-il. « C’est vraiment un plaisir d’être à Ottawa, dans un milieu bilingue. »

Paul Poirier signe des autographes à de jeunes admirateurs lors de la célébration des athlètes d’Équipe Canada à Rideau Hall, à Ottawa. Photo : ONFR/Amine Harmach

Questionné sur le conseil qu’il donnerait aux jeunes athlètes, Paul Poirier insiste sur l’importance de ne jamais perdre de vue la passion derrière le sport.

« La chose la plus importante, c’est de se souvenir du pourquoi », dit-il. « Il y a des moments difficiles, des obstacles et des défis dans le sport, mais on choisit de faire ça parce que ça nous apporte de la joie. »

« On fait ça avec beaucoup d’amour. Il faut toujours se rappeler ce qui nous fait aimer notre sport. »

Affaires francophones : un dernier rapport pour Caroline Mulroney

TORONTO – Le ministère des Affaires francophones a déposé ce mercredi son rapport de 2026, le dernier de Caroline Mulroney en tant que ministre. On revient sur une année marquée par des financements autour du 50e du drapeau franco-ontarien, mais aussi sur les avancées de la modernisation de la Loi sur les services en français, le legs de la huitième ministre des Affaires francophones de l’histoire de l’Ontario.

C’est dans le contexte de la démission de sa ministre, annoncée deux jours plus tôt, que le ministère des Affaires francophones dévoile son rapport de 2026. Il sera le dernier sous l’ère de Caroline Mulroney.

Parmi ses pierres à l’édifice franco-ontarien, la ministre, devenue Chevalier de la Légion d’honneur française, s’est le plus illustrée dans la modernisation de la Loi sur les services en français (LSF), lancée en 2021 sous sa gouvernance, soit 30 ans après son entrée en vigueur, et avec son actualisation dorénavant tous les 10 ans.

Le rapport de l’année lui consacre une partie notamment à l’élargissement récent de six régions désignées sous la LSF, afin de refléter les frontières municipales actuelles établies par le Règlement de l’Ontario 180/03, Division de l’Ontario en zones géographiques (Loi de 2002 sur la division territoriale).

Cet élargissement entrera en vigueur le 1er janvier 2029, au terme d’une période de trois ans permettant aux ministères provinciaux, aux agences et aux fournisseurs de services tiers de renforcer leur capacité à offrir des services en français, précise le rapport.

Carte de régions désignées en vertu de la Loi sur les services en français au 1er janvier 2029. Source : Rapport sur les Affaires francophones 2026

Une expansion qui donnera accès aux services gouvernementaux en français à un peu plus de 7700 francophones supplémentaires, sur un territoire additionnel de 6326 km²

La mise à jour du Règlement 396/93, qui répertorie les organismes désignés prestataire de services en français, en conformité avec la LSF, est toujours en cours. Un total de 143 mises à jour ont été réalisées depuis 2023, précise le MAFO.

Deux nouveaux organismes ont obtenu leur désignation depuis janvier 2026 : le Centre d’Accueil Champlain dans l’est et l’Hôpital régional de Pembroke.

Pour Caroline Mulroney, les dossiers prioritaires de la prochaine ministre des Affaires francophones devront être l’accès aux services en français, le développement d’une main-d’œuvre bilingue et la prospérité des communautés.

Financements notables, notamment pour les 50 ans du drapeau franco-ontarien

À l’occasion du 21 septembre 2025, Jour des Franco-Ontariens et 50e anniversaire du drapeau, le ministère a dédié un million de dollars pour soutenir des initiatives culturelles et communautaires visant à le célébrer partout en Ontario.

Il est fait mention de la participation de quelques ministères et organismes gouvernementaux qui ont souligné cet anniversaire, notamment le ministère des Transports qui a affiché le drapeau vert et blanc sur des panneaux d’autoroute, ou encore la Police provinciale de l’Ontario (OPP) qui a paradé à travers la province une nouvelle voiture de police franco-ontarienne.

Source : Rapport sur les Affaires francophones 2026

Le Jour des Franco-Ontariens a rassemblé plus de 47 000 participants francophones en Ontario, dont 3000 participants à Queen’s Park et à Sudbury.

En décembre 2025, le drapeau franco-ontarien a également été hissé de façon permanente à Queen’s Park, sur le mât de célébration.

Pour l’édition 2025-2026, le Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO) a bénéficié, pour une deuxième année consécutive, d’un financement total de 3 millions de dollars, dont 1 million via l’Entente Canada-Ontario relative aux services dans la langue de la minorité, bénéficiant à 71 projets culturels, économiques, sociaux et communautaires.

Côté postsecondaire, le rapport souligne l’investissement de 10,8 millions de dollars du gouvernement en 2025 pour appuyer la relance des programmes de langue française à l’Université de Sudbury, en partenariat avec l’Université d’Ottawa, pour élargir l’offre dans le Nord, avec 33 programmes dans les arts, les sciences sociales, la gestion/commerce et les sciences de la santé.

Nouveau Prix de la ministre des Affaires francophones

Le MAFO a lancé la première édition du Prix de la ministre des Affaires francophones (anciennement Prix de la francophonie de l’Ontario). Remis par la ministre Mulroney à l’occasion du congrès annuel de l’AFO, il a été décerné à Fété Ngira-Batware Kimpiobi, cofondatrice et directrice générale de l’organisme Solidarité des femmes immigrantes francophones du Niagara (SOFIFRAN).

À cette occasion également, le MAFO a remis les premiers autocollants « Fr. », identité visuelle pour les organismes désignés, indiquant que « Nos services sont offerts en français. Au plaisir de vous servir! »

Une campagne promotionnelle a été lancée en mars 2026 sur les réseaux sociaux du ministère des Affaires francophones.

Par ailleurs, une initiative de formation linguistique, organisée par le Groupement de l’éducation en langue française et des services communautaires, a permis à 127 employés de sept ministères cibles (dont l’Éducation, le Logement et les Services sociaux employés de perfectionner leur français. Dispensées par un fournisseur attitré de la province, ces 18 séances avaient pour objectif de renforcer les compétences de la fonction publique, de faciliter la mobilité vers des postes bilingues et de mieux répondre aux exigences de la LSF.

Objectif 50 candidates aux élections municipales : Prescott-Russell donne son appui

L’ORIGNAL – Le conseil des Comtés unis de Prescott-Russell (CUPR) a adopté à l’unanimité, ce mercredi, une motion de soutien officiel à la campagne de recrutement de candidates menée par l’organisme Leadership féminin Prescott-Russell (LFPR). Intitulée « Politique au féminin », cette initiative vise à doubler le nombre de femmes sur les bulletins de vote lors des élections municipales d’octobre prochain afin de tendre vers la parité institutionnelle. 

« En 2022, seulement 24 % des candidats dans la région de Prescott-Russell étaient des femmes et actuellement dans les Comtés unis, il n’y a qu’une seule femme à la tête d’un conseil. » 

C’est par ce constat statistique que la directrice générale de Leadership féminin Prescott-Russell (LFPR), Marie-Noëlle Lanthier, a ouvert sa présentation officielle devant le Conseil des Comtés unis de Prescott-Russell (CUPR), mercredi matin. 

Face à cette situation, l’organisme francophone a établi un objectif arithmétique précis pour le scrutin d’octobre 2026 : doubler le nombre de candidatures féminines par rapport aux 21 recensées en 2022 afin d’atteindre le seuil de 50 candidates engagées à l’échelle régionale.

« Notre objectif de recrutement de candidates à travers Prescott-Russell est de doubler le nombre de candidates inscrites en 2022 pour atteindre 50 candidates en 2026 », ambitionne Mme Lanthier. 

« Le but, c’est un peu de changer les perceptions qu’on recherche un certain profil de femmes pour être en politique active au niveau municipal. Et c’est ce qu’on veut changer à travers cette campagne. »

À la suite de cette intervention, une résolution a été entérinée sans opposition, engageant formellement le gouvernement régional à collaborer à la promotion de la campagne en partageant les outils de communication de l’organisme. 

Des outils et des alliés pour les candidates

Sur le plan opérationnel, LFPR s’appuie sur des outils de terrain pour encadrer les citoyennes, notamment le dépliant bilingue Et si c’était toi…, qui détaille les critères d’éligibilité, les dates de mise en candidature et les formulaires requis.

« J’aurais vraiment aimé avoir l’information du package quand j’ai commencé. Et je pense que l’enjeu que vous soulevez est important car il touche à notre santé démocratique. On est très content de vous avoir afin de « taper le tambour » sur ce sujet », a souligné à ce propos le maire de Russell, Mike Tarnowski après la présentation.

Bien que les femmes représentent plus de 50 % de la population locale, elles n’occupent actuellement que 25 % des sièges d’élus municipaux dans Prescott-Russell, un écart que la campagne de LFPR vise à corriger pour 2026. Photo : Gracieuseté de LFPR

L’organisme déploie également une campagne de sensibilisation bilingue axée sur les « rôles d’alliés », conçue pour mobiliser l’entourage direct des candidates potentielles. 

« Qu’est-ce que ces hommes peuvent faire? […] Pas juste de dire « oui oui, vas-y, tu es capable », mais de vraiment offrir de l’aide. Est-ce que tu as besoin d’aide avec les pancartes? […] C’est quoi ton budget, comment on peut t’aider? » expliquait-elle mardi en entrevue avec ONFR.

Pour appuyer sa démarche, LFPR offre également une série d’activités : un événement d’information a déjà eu lieu le 4 mai à la bibliothèque de Russell, un autre est programmé à Hawkesbury le 15 juin avec l’ex-mairesse de la ville, Carmen Williams, et une formation sur la prise de parole se tiendra ce samedi 30 mai à Casselman avec l’ex-mairesse de Gatineau, France Bélisle. 

Mme Lanthier a conclu en mentionnant que le suivi des registres municipaux indique que neuf candidates se sont officiellement inscrites à ce jour à travers les huit municipalités du territoire, dont plusieurs qui se présentent pour la première fois. 

La période de dépôt des déclarations de candidature se poursuivra jusqu’au vendredi 21 août 2026, à 14 h.

Harcèlement en ligne et projet de Loi 9

La veille de la présentation, le projet de loi 9, intitulé Loi de 2026 sur la responsabilité au niveau municipal, a été adopté à l’Assemblée législative à Toronto, une réforme modifiant la Loi sur les municipalités afin de permettre la destitution officielle d’un élu en cas de harcèlement ou de comportement violent.

Toujours en entrevue avec ONFR, Mme Lanthier a fait un lien direct entre cette avancée et le cas récent de la conseillère Sarah Good à Cornwall, qui a, récemment, choisi de retirer sa candidature à la mairie de la ville et de quitter la politique en raison de la cyberintimidation et d’attaques subies en ligne. 

« On oublie que ce sont des personnes et non des robots qui reçoivent des commentaires insultants »
— Marie-Noëlle Lanthier

« On a enlevé le respect envers les politiciens, on oublie que ce sont des personnes et non des robots qui reçoivent des commentaires insultants. On dit souvent qu’il faut avoir la couenne dure, mais on ne veut pas d’un représentant avec une carapace : on veut qu’il soit empathique et capable d’écouter. »

La directrice générale avait d’ailleurs illustré la sévérité de cette détresse psychologique en rapportant que certaines candidates en étaient rendues à demander à leur propre compagnon de filtrer les commentaires sur leurs réseaux sociaux pour s’éviter de lire les insultes. 

Saluant l’issue du vote à Queen’s Park pour la sécurité des élues et des employés municipaux, elle a conclu de façon imagée : « On n’a pas eu exactement tout ce qu’on voulait dans ce projet de loi, mais c’est encore du vin. Alors je vais le boire à la victoire qu’on a eue aujourd’hui. »

TGV ALTO : Une campagne citoyenne lancée pour « rendre visible le soutien et le support au projet »

David Bellerive est le fondateur et coordonnateur de GO ALTO, une nouvelle campagne publique et citoyenne lancée à Ottawa ce lundi. Résident de la capitale fédérale, il pilote bénévolement cette initiative aux côtés d’une petite équipe locale. 

Alors que les équipes techniques d’Alto s’activent à définir le tracé exact du futur TGV qui reliera Québec à Toronto, la grogne citoyenne s’intensifie sur le terrain, particulièrement dans l’Est ontarien où les craintes liées aux expropriations et aux impacts sur les terres agricoles font monter la tension. 

Face à une opposition de plus en plus structurée, GO ALTO, qui vient de voir le jour, veut faire contrepoids et rendre visible le soutien et le support au projet Alto.

« Qu’est-ce qui a poussé la création de la campagne GO ALTO?

On a lancé cette campagne pour rendre visible le soutien et le support au projet Alto, le train de très grande vitesse entre Toronto, Québec et toutes les villes sur le chemin. Ce qui nous a vraiment motivés à faire ce lancement, c’est qu’on croit que pour avoir de bonnes discussions, il faut qu’on ait les deux bords de l’équation. En ce moment, on entend beaucoup parler de pourquoi on ne devrait pas aller de l’avant avec ce projet. Nous, on veut mettre à l’avant pourquoi c’est un projet qui est important, qui est transformateur, et surtout, qu’on ne peut pas se permettre de ne pas compléter.

Ça fait près de 60 ans qu’on étudie le train à grande vitesse au Canada sans jamais aller au bout. Qu’est-ce qui rend le contexte d’aujourd’hui plus favorable?

Comme vous le mentionnez, ça fait pas loin de 60 ans qu’on étudie le train à grande vitesse au Canada, et à chaque étude passée, il s’est toujours produit exactement la même chose : on a remis le dossier sur une étagère et on s’est dit qu’on attendrait à plus tard. Mais là, je crois qu’on voit une renaissance, une recrudescence de l’idée d’investir au Canada. Le pays a trop souvent ignoré d’investir dans ses infrastructures pour être compétitif à l’international, mais aussi pour améliorer la vie des gens qui vivent dans ces régions-là. 

En ce moment, le projet actuel de train à grande vitesse est le plus avancé de l’histoire du Canada. Attendre coûte cher, et remettre ALTO sur l’étagère aujourd’hui serait un immense désavantage pour le Canada et pour les générations à venir. Il faut cesser d’attendre. 

Vous vous dites 100 % indépendants, mais votre nom reprend celui du projet officiel du gouvernement. Qui est derrière votre campagne et comment la financez vous?

Le site web et la campagne ont été lancés à partir d’un ordinateur dans le sous-sol chez nous. Nous sommes 100 % indépendants, sans aucune affiliation politique, gouvernementale ou privée. L’idée, c’est que ce soit un projet bâti par les gens, pour les gens.

Initialement, nous sommes une équipe de quatre à cinq personnes. Le niveau de contribution de chacun varie selon nos engagements professionnels, et nous ne pouvons pas tous nous présenter devant les médias. Ce sont des gens ordinaires qui parlent de projets qui leur tiennent à cœur, et nous sommes très fiers de cette entière indépendance.

Les opposants dénoncent un manque de consultation publique de la part du gouvernement. Comment comptez-vous créer un dialogue entre les deux camps?

Comme tierce partie, on ne peut pas forcer les groupes à agir, mais on veut encourager un dialogue ouvert et honnête en misant sur l’éducation et la recherche. D’un côté, il faut qu’ALTO respecte ses engagements pour minimiser les impacts locaux. De l’autre, les communautés doivent être prêtes à discuter de l’intégration du projet chez elles, que ce soit pour identifier les routes prioritaires ou protéger les sols.

Définir le tracé d’un projet linéaire de plus de 1000 kilomètres est une étape critique. Il y aura inévitablement des mécontents en bout de ligne, mais en étant proactifs et collaboratifs pour réduire le nombre d’expropriations, on peut y arriver. Ça demande du temps et de la réflexion de la part de tout le monde.

On sent une très forte opposition dans l’Est ontarien face aux craintes d’expropriation. Comment concilier votre message de promotion avec les inquiétudes de ces communautés?

Ces inquiétudes sont tout à fait valides. On ne veut pas les minimiser : le projet va utiliser des terres et aura un impact sur les propriétés entre les grandes villes. On ne peut pas l’ignorer, et cela doit faire partie de la définition du projet. La vraie question réside plutôt dans la façon dont on atténue ces impacts et dont on compense équitablement les gens.

De plus, il est normal qu’un train à grande vitesse ne s’arrête pas dans chaque localité. En contrepartie, on peut investir dans de meilleures connexions et renforcer le transport en commun régional pour faciliter l’accès aux stations existantes. Il y a plein d’opportunités à explorer ensemble pour que chaque région puisse tirer son épingle du jeu.

On attend toujours les rapports d’impact environnemental et social. Si ces études concluent que les dommages locaux l’emportent sur les gains, maintiendrez-vous votre appui?

C’est une question complexe, car tout dépend de la façon dont on soupèse un bénéfice par rapport à un coût. Un grand projet d’infrastructure aura des impacts dans tous les cas. L’important est de les identifier à l’avance pour arriver à une décision éclairée par les personnes en charge. Notre position pourrait évoluer avec le temps. 

Par contre, nous sommes confiants que les équipes d’ALTO mettent en place les mesures nécessaires pour réduire l’impact réel et s’assurer que ce soit le projet le plus bénéfique pour le Canada. Chaque décision de tracé, comme choisir de passer par un terrain privé plutôt que par une forêt, comporte des coûts et des risques. L’intérêt d’ALTO est de minimiser ces coûts, ce qui veut aussi dire minimiser les conséquences pour le projet. Tout cela doit se faire en étroite collaboration avec les communautés et les gouvernements.

Quels sont les prochains objectifs concrets pour votre campagne?

Honnêtement, notre but pour les prochaines semaines est de bâtir des outils pour rendre la campagne visible et concrétiser le soutien du public. On a déjà une certaine quantité d’actions disponibles sur notre site web, mais au cours des prochains mois, nous allons en lancer de nouvelles. On veut notamment donner aux citoyens les moyens d’avoir des discussions éclairées sur les impacts et les bénéfices réels du train. 

C’est encore le tout début, mais sans avancer de chiffres concrets, le niveau d’engagement et l’intérêt fort du public depuis le lancement surpassent déjà nos attentes. On a bien hâte d’utiliser cet élan et de travailler avec les gens pour développer la campagne. Notre priorité reste de provoquer des dialogues ouverts et honnêtes. »

Restructuration au CEPEO : les secrétaires protestent de nouveau et dénoncent un manque de transparence

OTTAWA – Un mois après une première manifestation contre le projet de restructuration du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, des secrétaires scolaires, syndicalistes et parents ont de nouveau protesté mardi devant les bureaux du CEPEO. Les manifestants réclament davantage de transparence et dénoncent des coupures de postes qu’ils jugent incompatibles avec la croissance du conseil scolaire.

« Pour un conseil en pleine croissance comme le nôtre, ça n’a pas de sens. C’est du jamais vu en 30 ans au CEPEO », lance Christine Couture, présidente de l’unité syndicale SCFP 5335.

La décision du CEPEO de couper 26 postes équivalents temps plein (ETP) dans le cadre d’une « restructuration des tâches administratives lancée en juin 2024 », selon le conseil scolaire, ne passe toujours pas auprès des travailleurs concernés.

« Ces coupures contredisent l’ouverture de nouvelles écoles et la croissance affichée du conseil scolaire », affirme Mme Couture, entourée de travailleurs de l’éducation, de parents et de syndicalistes rassemblés devant les bureaux du CEPEO pour dénoncer la situation.

Ce rassemblement, le deuxième du genre, s’est tenu en marge d’une réunion ordinaire des conseillers scolaires.

Lors du premier rassemblement, il y a un mois, une conseillère scolaire avait demandé un rapport d’analyse sur les raisons de cette restructuration, les démarches entreprises par le conseil et les conséquences possibles de cette décision.

« Nous avons demandé si ce rapport serait présenté ce soir, mais on nous a répondu que ce ne serait pas fait publiquement. Nous nous attendions pourtant à ce qu’il soit rendu public aujourd’hui », s’indigne la présidente du SCFP 5335, qui dénonce un manque de transparence du CEPEO.

Pour en avoir le cœur net, des membres du personnel et du syndicat ont même fait irruption dans la réunion des conseillers scolaires afin d’exprimer leurs inquiétudes quant aux répercussions de ces décisions sur les écoles et les élèves du CEPEO.

Contacté par ONFR, le CEPEO explique qu’il procède à des ajustements de personnel dans le cadre de la planification des effectifs pour l’année scolaire 2026-2027.

« La restructuration vise à optimiser l’efficacité de nos opérations dans une démarche d’amélioration continue et à alléger certaines responsabilités administratives dans les écoles afin de leur permettre de prioriser le service à l’élève », souligne le conseil scolaire.

Le CEPEO ajoute que « les formules de dotation du personnel administratif, incluant les secrétaires d’école, sont prescrites par le ministère de l’Éducation, et le financement est octroyé en fonction de ces paramètres ».

Le conseil scolaire voit également dans les actions récentes du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) « une posture visant à mobiliser leurs membres en prévision de négociations prévues avec le gouvernement de l’Ontario à l’automne ».

Un argument rejeté par le syndicat.

« Pourquoi veut-on équilibrer le budget sur leur dos? »

« Les secrétaires n’ont pas les salaires les plus élevés du conseil scolaire. Pourquoi veut-on équilibrer le budget sur leur dos? », déplore Caroline Lemieux, secrétaire dans une école.

« Personnellement, je pourrais perdre environ 12 000 dollars par année. Avec le coût de la vie actuel, c’est énorme », affirme-t-elle.

« Les secrétaires n’ont pas les salaires les plus élevés du conseil scolaire. Pourquoi veut-on équilibrer le budget sur leur dos? », déplore Caroline Lemieux. Photo : ONFR

Depuis la première manifestation du 28 avril dernier, la principale évolution dans le dossier est la possibilité offerte aux écoles touchées de demander une dérogation afin d’éviter certaines suppressions de postes.

« Par contre, il était clairement mentionné qu’une demande ne garantit pas son acceptation », prévient Mme Lemieux.

« Les dossiers sont toujours à l’étude par le conseil. On devrait avoir une réponse d’ici vendredi », précise pour sa part Christine Couture.

La présidente du SCFP 5335, une section locale représentant quelque 500 travailleurs de l’éducation, de l’administration et de la conciergerie du CEPEO, estime toutefois que ce mécanisme soulève des questions sur l’utilisation des enveloppes budgétaires.

Christine Couture appelle également les conseillers scolaires à prendre le dossier à bras-le-corps.

« Le ministère de l’Éducation impose des coupures un peu partout, mais il a aussi maintenu les conseils scolaires francophones et leurs conseillers scolaires pour assurer le bon fonctionnement des écoles. Ce qu’on veut faire valoir ce soir, c’est que les conseillers scolaires ont un rôle important à jouer. Ils doivent faire entendre les préoccupations des parents et du public face à cette restructuration », affirme-t-elle.

Malgré cela, les travailleurs assurent vouloir poursuivre leur mobilisation.

« Notre bataille n’est pas terminée. Nous voulons continuer à nous faire entendre et demander au CEPEO de renverser sa décision. Derrière le titre de secrétaire, il y a des humains et des familles. Plusieurs d’entre nous seront placés dans une situation précaire », soutient Mme Lemieux.

Elle insiste aussi sur l’importance du rôle joué par les secrétaires dans les écoles.

« Avant tout, on se bat pour nos élèves. Dans mon école, je connais les 500 élèves par leur prénom et je connais les familles. Une école sans secrétaire, c’est comme enlever le cœur de l’école. »

Nouvelles exigences en français : les grandes entreprises fédérales contestent le cadre d’Ottawa

OTTAWA — Les entreprises bancaires, des transports et des communications sous réglementation fédérale sollicitent d’Ottawa la modification de nouvelles obligations qu’elles devront respecter à l’avenir en matière de service et de supervision en français aux consommateurs et avec leurs employés.

L’Association des banquiers canadiens (ABC) et l’Association des employeurs des transports et communications de régie fédérale (ETCOF) soutiennent que les mesures linguistiques prévues pour les régions francophones du Canada alourdissent la gestion administrative des entreprises privées et pourraient avoir des répercussions imprévues.

Ces nouvelles obligations concerneront plus de 1300 entreprises à travers le pays. L’ETCOF représente plusieurs grandes entreprises du secteur fédéral telles que Rogers, Air Canada, Rio Tinto, UPS, FedEx, etc., mais aussi de plus petites compagnies, alors que l’ABC représente 60 des 80 banques au pays.

Au cours des prochaines années, ces entités devront se conformer à la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP). Cette réglementation entrera d’abord en vigueur au Québec, avant de s’étendre deux ans plus tard aux régions à forte présence francophone dans le reste du Canada.

« En ce moment, il y a des régions où il sera extrêmement difficile, au niveau pratique, de respecter la Loi », a indiqué Derrick Hynes, président et chef de la direction de l’ETCOF, lors d’une réunion du Comité des langues officielles au Sénat lundi soir.

« Pour certaines régions du pays, ça peut poser un défi, car il y a moins de main-d’œuvre francophone », abonde de son côté Eric Prud’homme, le directeur général, Relations gouvernementales Québec et Atlantique pour l’ABC.

« Le premier défi dans le secteur bancaire est d’avoir de la main-d’œuvre qualifiée (…) et là dans certaines régions où le bassin d’employés qui parlent français est limité, ça sera beaucoup plus difficile », ajoute ce dernier.

Les deux organisations nationales étaient invitées par le Sénat à commenter le projet de règlement déposé par Ottawa sur la LUFEP qui vient encadrer l’application de cette loi. La législation régit l’application du régime linguistique, la concrétisation des nouveaux droits accordés aux consommateurs et aux employés, ainsi que les responsabilités accrues des employeurs concernant l’utilisation du français.

Les organisations visées par la LUFEP devront dorénavant signaler de façon explicite l’accessibilité de leurs prestations en français et rendre disponible la documentation nécessaire dans cette langue. Actuellement, plusieurs de ces sociétés de ressort fédéral ne sont pas contraintes par la Loi sur les langues officielles, ce qui signifie que les exigences de la LUFEP représentent pour elles un tout nouveau cadre d’obligations linguistiques.

Le nombre de régions francophones jugé excessif

L’ETCOF exprime une « préoccupation majeure » concernant l’étendue des zones identifiées comme ayant une forte présence francophone, estimant que les critères de sélection actuels sont trop permissifs.

« Nous craignons qu’il y ait des défis à relever pour respecter ces obligations dans certaines régions du pays, ou dans certains domaines de travail spécialisés, particulièrement en ce qui concerne la recherche d’employés bilingues. Nous demandons au ministre une certaine flexibilité à cet égard », revendique Derrick Hynes.

Autant les banques que l’ETCOF demandent aussi que la période de deux ans prévue par Ottawa soit allongée.

« Ces changements exigeront un effort colossal de la part de la communauté des employeurs… Concrètement, ces règlements imposeront aux employeurs un fardeau qu’il sera très difficile d’assumer à court terme », explique M. Hynes.

Autant les banques que l’ETCOF se disent ouvertes à ces nouvelles obligations reliées à la Loi sur les langues officielles, mais appellent le gouvernement Carney à faire preuve de « flexibilité ».

Interrogées par les sénateurs du comité lundi soir sur l’éventualité de solliciter l’appui financier d’Ottawa pour soutenir la formation ou l’embauche d’employés bilingues, les deux organisations nationales ont manifesté leur intérêt pour l’obtention d’un tel soutien, s’il se présentait.

Le ministre des Langues officielles, Marc Miller, s’est toutefois montré réticent à l’idée d’offrir une telle aide monétaire à des entreprises, soutenant que ce n’est pas « nécessairement au fédéral de tout compenser ».

Le Grand Sudbury se hisse au 5e rang national pour l’emploi, selon une étude

SUDBURY – Le Grand Sudbury a progressé de 15 places pour se hisser au 5e rang national pour la performance de son marché de l’emploi, selon une étude récente qui met en lumière une forte poussée du Nord, contrastant avec le ralentissement économique dans le sud de la province. 

« Cela indique un climat de confiance », observe Marie Litalien, présidente et cheffe de la direction de la Chambre de commerce du Grand Sudbury, en réaction au dernier rapport de la Banque de Montréal (BMO). 

Cette étude évalue le rendement des 33 plus grandes villes canadiennes en s’appuyant sur cinq facteurs pondérés, dont l’évolution de l’emploi, la croissance démographique et le taux de chômage.

« On voit que cette hausse dans le classement est le résultat direct des investissements récents de la province dans notre région », poursuit Mme Litalien. Cela permet à nos entreprises de se développer et de planifier à long terme. » 

Elle nuance toutefois : « Nous sommes confrontés à des défis juste comme les autres communautés du Nord, la disponibilité des logements, la main-d’œuvre, les tarifs, mais peut-être moins qu’ailleurs car nous dépendons de plusieurs secteurs. »

Ce classement de la BMO place le Grand Sudbury au 5e rang national, aux côtés de Peterborough (8e) et Brantford (9e), alors que les centres urbains du sud de la province, comme Toronto (27e) ou London (33e), subissent un net recul. Source : Rapport sur le rendement du marché du travail régional de la BMO

Le secteur minier comme pilier économique

L’étude de la BMO attribue la vigueur des marchés de l’Ouest canadien et de Sudbury à la performance des économies axées sur les ressources. Alex Ross, responsable du développement commercial pour la Ville du Grand Sudbury, confirme cette dynamique locale. 

« Le rapport montre qu’il y a eu des résultats plus forts et plus positifs dans l’économie des ressources », explique-t-il. 

« Je soupçonne qu’une grande partie de cela pourrait être due à l’importance croissante des minéraux critiques, comparativement à certaines des villes qui n’ont pas aussi bien performé et qui étaient davantage basées sur le secteur manufacturier dans le Sud. »

Selon les données de la municipalité, l’industrie minière demeure justement un pilier central et le premier secteur en matière d’employabilité. 

« Le secteur de l’approvisionnement et des services miniers emploie environ 14 000 personnes, et environ 5500 autres travaillent directement dans l’extraction et le traitement, précise M. Ross. C’est donc un moteur majeur de l’économie de Sudbury. »

Cette activité génère des retombées plus larges sur l’économie locale. 

Marie Litalien, présidente de la Chambre de commerce du Grand Sudbury, pilote également les initiatives de mentorat pour l’intégration des entrepreneurs issus de l’immigration au sein du réseau d’affaires local. Photo : gracieuseté de la Chambre de commerce du Grand Sudbury

« Quand le secteur minier a un succès, ça bénéficie à toute la communauté, ajoute Mme Litalien. Ce n’est pas juste le secteur minier, il y a par exemple plus de gens qui vont dans nos restaurants ou nos magasins. »

Une structure économique diversifiée

Malgré l’impact des ressources, la stabilité du marché du travail repose également sur d’autres secteurs clés comme la vente et les services, qui représentent plus de 20 000 emplois, suivis par la santé et l’assistance sociale avec plus de 13 000 postes, puis par l’administration publique, l’éducation et la justice.

La municipalité ajoute que la croissance est soutenue par le recrutement continu en santé, un niveau record de productions cinématographiques, ayant généré 16 millions de dollars de dépenses locales, et par l’activité touristique lors d’événements majeurs.

De plus, la municipalité a enregistré près de 600 millions de dollars en permis de construction en 2025, incluant un investissement manufacturier de 85,1 millions de dollars de la part de l’entreprise Sandvik.

Cette conjoncture favorise la création d’entreprises, bien que le profil de ces dernières évolue de manière contrastée. « Les données de la table de la main-d’œuvre de février montrent que de 2024 à 2025, il y a eu une augmentation positive du nombre total d’entreprises, avec une hausse nette de 291 firmes », indique M. Ross. 

Selon le Registre des entreprises de Statistique Canada, le tissu entrepreneurial du Grand Sudbury est majoritairement composé de petites entreprises, des secteurs de l’immobilier, de la santé et des services professionnels affichant le plus grand nombre d’établissements. Photo capture d’écran de la page web Choisir Sudbury (Statistique Canada)

« Beaucoup de celles-ci étaient de petites entreprises. Les catégories d’entreprises avec zéro employé ont augmenté, celles de 1 à 19 employés ont diminué, mais les entreprises de 20 à 99 employés et celles de 100 employés et plus ont augmenté. » 

Du côté de la Chambre de commerce, l’adhésion suit une courbe similaire. L’organisme indique avoir terminé sa dernière année fiscale avec 782 membres, pour atteindre actuellement un total de 825 membres actifs.

Le rôle des flux migratoires et de l’immigration

La croissance démographique alimente ce marché du travail, la population de la région métropolitaine de recensement étant estimée à près de 194 000 habitants en 2025 alors qu’elle était de 165 000 en 2021. À l’échelle provinciale, l’étude de la BMO note que le coût de la vie pousse certains jeunes adultes à quitter Toronto et à choisir la ville du nickel.

Selon des données de Statistique Canada fournies par la municipalité, le Grand Sudbury enregistre un solde migratoire intraprovincial systématiquement positif, ayant attiré plus de 2500 résidents en provenance d’autres régions de l’Ontario au cours des quatre dernières années. 

M. Ross souligne d’ailleurs que le Grand Sudbury est la communauté qui attire le plus grand nombre de nouveaux arrivants d’expression française parmi toutes les villes du Nord de l’Ontario avec 480 résidents permanents francophones établis dans la région au cours de l’année 2025 (contre 45 à Timmins), selon les données de l’Observatoire en immigration francophone au Canada.

Alex Ross, responsable du développement commercial pour la Ville du Grand Sudbury, dont le bureau coordonne la Table de concertation sur l’attraction de la main-d’œuvre et le déploiement des nouveaux programmes d’immigration économique. Photo : gracieuseté de la ville du Grand Sudbury

Pour encadrer ces arrivées, la ville s’appuie sur des programmes fédéraux. L’année dernière, 46 personnes et leurs familles se sont établies via le nouveau Programme pilote d’immigration dans les communautés francophones, remplissant la totalité des quotas alloués. 

Le Programme pilote d’immigration rurale et du Nord a quant à lui généré plus de 900 demandes pour 525 places. « C’est formidable de voir ce programme pleinement utilisé, conclut M. Ross. Il est de nouveau disponible cette année. » 

« Notre membriété compte beaucoup de petites entreprises et de nouvelles entreprises qui sont des immigrants, mentionne quant à elle Mme Litalien. On diversifie nos membres, c’est vraiment beau à voir. Quand on voit les différents immigrants avec de nouvelles entreprises, ça nous aide à être une communauté plus accueillante. Alors ça a des effets sur notre capacité de croissance et sur l’économie. »

Ottawa : quatre candidats à la mairie, le français déjà scruté

OTTAWA – Le maire sortant Mark Sutcliffe a officialisé ce lundi sa candidature à un second mandat à la tête de la Ville, relançant une course électorale où la question du bilinguisme pourrait s’imposer comme un enjeu.

Élu une première fois en 2022, l’ancien animateur radio et entrepreneur devient le quatrième candidat à la course à la mairie. Il s’est rendu au bureau des élections de la Ville d’Ottawa ce lundi afin d’enregistrer officiellement sa candidature.

Jusqu’ici, trois autres candidats avaient déjà annoncé leur intention de briguer la mairie : le conseiller municipal de Kitchissippi Jeff Leiper, l’économiste et organisateur communautaire Neil Saravanamuttoo, ainsi que l’entrepreneur Alex Lawson.

Un enjeu dans une ville bilingue

Ottawa est officiellement bilingue depuis 2017 et offre des services municipaux en français et en anglais. Selon le recensement de 2021 de Statistique Canada, plus de 16 % de la population de la capitale fédérale a le français comme première langue officielle parlée.

Dans ce contexte, la capacité des candidats à s’exprimer en français est régulièrement scrutée durant les campagnes municipales, particulièrement par les communautés franco-ontariennes.

Bien qu’il s’exprime dans les deux langues, M. Sutcliffe se présente comme « francophile, non francophone ». Au cours de son mandat, il a multiplié les gestes envers la communauté francophone, citant entre autres les investissements de la Ville dans la construction du nouveau MIFO, le soutien aux garderies francophones ainsi que la contribution municipale au Festival franco-ontarien.

Conseiller de Kitchissippi depuis 2014, Jeff Leiper intervient quant à lui régulièrement dans les deux langues lors d’événements publics et dans les médias. Il affirme s’être « toujours senti à l’aise en français » lors du porte-à-porte et reconnaît que « des communications françaises exactes et réfléchies sont importantes ». Il a mis en place un site dans les deux langues.

Toutefois, l’annonce de sa candidature a été marquée par certaines maladresses. Une affiche électorale bilingue comportait notamment une erreur en français avant d’être corrigée, puis modifiée une seconde fois avec une autre formulation fautive. On pouvait y lire successivement « Pour le maire » puis « À la maire ».

Les deux versions de l’affiche électorale bilingue de Jeff Leiper, où l’on pouvait lire successivement « Pour le maire » puis « À la maire », ont suscité des réactions dans certains milieux francophones.

Anglophone, Alex Lawson a indiqué à ONFR comprendre le français et travailler à améliorer son niveau. Son site web officiel demeure toutefois uniquement disponible en anglais.

Propriétaire d’une entreprise spécialisée dans la charpente résidentielle, M. Lawson axe principalement sa campagne sur la crise du logement et l’itinérance.

De son côté, Neil Saravanamuttoo affirme être bilingue et possède un site web dans les deux langues. Dans une vidéo publiée il y a deux semaines, il s’exprime en français pour retracer son parcours, ses racines ottaviennes, son expérience en économie et en administration publique, ainsi que son engagement dans des dossiers municipaux comme le projet Lansdowne 2.0.

Par ailleurs, la campagne devrait aussi tourner autour du coût de la vie, du logement, du transport en commun, de l’itinérance et de la sécurité publique.

La période de mise en candidature a débuté le 1er mai et se terminera le 21 août. L’élection municipale d’Ottawa aura lieu le 26 octobre prochain.

La ministre Natalia Kusendova-Bashta deviendra ministre des Affaires francophones

Suite à la démission de l’actuelle ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, c’est Natalia Kusendova-Bashta qui endossera le portefeuille francophone en plus de son ministère des Soins de longue durée, et ce, dès le 5 juin, date officielle du départ de la ministre Mulroney.

« Le premier ministre a demandé à la ministre Kusendova d’assumer les fonctions de ministre des Affaires francophones en plus de celles de ministre des Soins de longue durée, et elle a accepté », nous a informés via une déclaration officielle le bureau du premier ministre Doug Ford.

« La ministre Kusendova assumera ce rôle supplémentaire à la suite de la démission de Caroline Mulroney, qui prendra effet le 5 juin. »

Cette infirmière autorisée de formation est députée de Mississauga-Centre pour le Parti progressif-conservateur de l’Ontario depuis 2018.

Après avoir été adjointe parlementaire au ministère des Soins de longue durée de 2020 à 2024, elle a officiellement été promue par Doug Ford au Conseil des ministres en tant que ministre des Soins de longue durée lors du remaniement de juin 2024, poste qu’elle occupe toujours actuellement.

Parlant couramment le français, en plus de plusieurs autres langues, dont l’anglais et le polonais, elle était parmi les mieux placés du cabinet ministériel sur le plan linguistique pour assurer le mandat des Affaires francophones.

Natalia Kusendova-Bashta lors de la Journée internationale de la francophonie, le 20 mars 2023, durant le rassemblement du caucus progressiste-conservateur francophone à Queen’s Park. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Dans une déclaration envoyée à ONFR, Mme Kusendova-Bashta a salué le travail de la ministre Mulroney pour faire progresser les services en français dans la province de l’Ontario.

« En tant que fière francophile et amie de la communauté francophone de l’Ontario, c’est un honneur d’être appelée à servir comme ministre des Affaires francophones, tout en poursuivant mon rôle de ministre des Soins de longue durée, a-t-elle également déclaré. J’ai hâte de servir les francophones et de protéger les droits linguistiques en français partout dans la province. »

Par le passé, Mme Kusendova-Bashta s’est engagée sur plusieurs dossiers, notamment sur le projet de loi 182 en septembre 2020 pour faire du drapeau franco-ontarien un emblème officiel reconnu à l’Assemblée législative, et faire flotter ce symbole francophone devant Queen’s Park.

La ministre Kusendova-Bashta s’est également impliquée dans le processus de création du village francophone pour les aînés à Aurora, porté par l’organisme Trille Blanc.

Quant aux soins de longue durée, la ministre Natalia Kusendova-Bashta a présenté le Projet de loi 14, Loi de 2025 sur le soutien aux personnes âgées et aux fournisseurs de soins, qui comprend un volet poussant davantage de traduction et de ressources disponibles à destination des aînés francophones.

« C’est le meilleur choix pour succéder à la ministre Caroline Mulroney », a réagi auprès d’ONFR le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert.

« Nous avons eu la chance de côtoyer Mme Kusendova-Bashta lorsqu’elle était adjointe parlementaire et elle connait bien les dossiers. »

D’ajouter qu’au vu de son implication et « de la place que Mme Mulroney a taillé pour la francophonie », le travail sera moindre pour la maintenir.

« Nous aurons une bonne personne en place pour les Franco-Ontariens », conclut-il.

La ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney quitte ses fonctions

TORONTO – La ministre des Affaires francophones et présidente du Conseil du Trésor se retire de la vie politique et quittera le cabinet de Doug Ford ainsi que son siège de députée provinciale, à compter du 5 juin.

Dans une lettre adressée dimanche au premier ministre ontarien, l’élue de York-Simcoe affirme que « cette décision n’a pas été prise à la légère », mettant en avant la perte de son père, Brian Mulroney (premier ministre du Canada de 1984 à 1993) et le fait que ses enfants, devenus adultes, prennent leur envol.

« Ce sont des moments qui nous rappellent l’essentiel, déclare-t-elle. Ensemble, ils m’ont amenée à conclure qu’il était temps pour moi de tourner la page sur la vie politique élective et d’entreprendre un nouveau chapitre que j’aborde avec enthousiasme. »

Mme Mulroney est entrée en politique en 2018 en tentant de briguer la tête du Parti progressiste-conservateur, finalement remportée par Doug Ford. Élue députée de la circonscription de York-Simcoe lors des élections provinciales de 2018, elle est aussitôt devenue ministre des Affaires francophones, un poste qu’elle a occupé sans discontinuer durant huit ans, en parallèle de plusieurs portefeuilles de premier plan : Procureur générale (2018-2019), Transports (2019-2023) et Conseil du Trésor (depuis 2023).

Ses premiers pas ont été marqués par la mobilisation du Jeudi noir de l’Ontario français contre les coupes Ford visant le Commissariat aux services en français et le projet d’Université de l’Ontario français. Le premier a finalement été intégré au Bureau de l’ombudsman et le second relancé puis concrétisé.

Mme Mulroney a ensuite mené à terme plusieurs chantiers, dont le plus significatif est la modernisation de la Loi sur les services en français (LSF). On peut également citer la création de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario, le renforcement du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO), la désignation de Sarnia en vertu de la LSF, l’autonomie de l’Université de Hearst, la reconnaissance du drapeau franco-ontarien comme emblème officiel de la province ou encore la réforme des entités de planification des services en français.

« Nous avons réalisé des avancées qui laisseront une empreinte durable, dit-elle. La société franco-ontarienne n’est pas une clientèle politique à gérer. Elle constitue l’une des forces vives de la province et de notre pays. Je me réjouis à l’idée de trouver de nouvelles façons de contribuer à son essor dans les années à venir. »

Dans une longue entrevue accordée à ONFR, elle s’était positionnée il y a un an sur plusieurs dossiers sensibles tels que la pénurie d’enseignants, la crise à La Cité, la réforme des entités de planification, le financement du MIFO ou encore l’avenir des universités de langue française…

Au-delà de la francophonie, l’élue conservatrice aux trois mandats se dit fière du travail accompli, énumérant la construction de la voie de contournement de Bradford, la protection de la forêt de North Gwillimbury, la préservation du lac Simcoe contre tout nouveau rejet d’eau usée et l’avancement du nouvel hôpital de soins actifs de Southlake Health à East Gwillimbury.

« Rien de tout cela n’est arrivé par hasard, est-elle convaincue. Cela s’est produit grâce à votre engagement, votre mobilisation et votre volonté constante de me demander des comptes. »

« Elle ne menait pas les Affaires francophones pour simplement couper des rubans »
— Matthew Conway, stratège conservateur

Interrogé par les journalistes en conférence de presse ce lundi, Doug Ford a laissé entendre qu’il n’était pas étonné de sa démission, affirmant que « nous l’avions déjà convaincue de courir pour un troisième mandat », en référence aux élections provinciales de février 2025. Celui-ci a ajouté que leurs deux familles étaient très proches depuis longtemps et qu’il a « la plus grande estime pour Caroline Mulroney ».

Un peu plus tôt, par voie de communiqué, le premier ministre a salué le « leadership calme et stable » de sa ministre qui « laisse derrière elle un bilan dont elle peut être immensément fière : un accord historique de financement pour la plus grande expansion des transports en commun en Amérique du Nord, des politiques budgétaires disciplinées qui contribuent à maintenir la compétitivité de notre économie (…) et une communauté francophone forte et florissante à travers la province. »

« Tout au long de son parcours, elle aura été une voix influente au cœur du gouvernement ontarien, avec cette capacité rare de porter les enjeux de la francophonie là où se prennent les grandes décisions, mais surtout de contribuer à faire reconnaître l’Ontario français non pas comme une réalité périphérique, mais comme une composante essentielle, dynamique et pleinement contributive de notre province », juge Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario.

« Elle ne menait pas les Affaires francophones pour simplement couper des rubans. Elle y était pour assurer un avenir meilleur à ses concitoyens, considère le stratège conservateur Matthew Conway. Son bilan et son legs politique pour les francophones en Ontario auront des impacts pendant longtemps. »

Natalia Kusendova-Bashta prend le relai aux Affaires francophones

« Elle fut une super ministre des Affaires francophones depuis 2018, estime pour sa part Dominic Giroux, PDG de l’Hôpital Montfort. À son arrivée, elle a contribué à s’assurer que le projet du Carrefour santé Aline-Chrétien se déroule comme prévu et a participé à la première pelletée de terre. À l’automne 2023, elle a sollicité le leadership de l’Hôpital Montfort pour l’élaboration d’un Plan d’action provincial pour les soins de santé, l’éducation et la recherche en français », cite-t-il en exemple.

La ministre des Soins de longue durée, Natalia Kusendova-Bashta, prendra le relai aux Affaires francophones à compter du 5 juin, tout en conservant son ministère actuel. L’intérim du Conseil du Trésor sera, lui, assuré par le ministre des Finances Peter Bethlenfavly.

Trop d’artistes, pas assez de scènes en Ontario français

OTTAWA – Après plus de 30 ans de carrière musicale, Jean-Marc Lalonde regarde aujourd’hui son groupe Hey, Wow ralentir progressivement. Malgré un nouvel album lancé en 2025, une identité artistique forte et des spectacles festifs mêlant folklore, rock et accordéon, les dates se font rares.

Le groupe a assuré le 21 mars dernier la clôture de La Nuit sur l’étang avec un spectacle haut en couleur. Mais, depuis, peu d’occasions se sont présentées.

« C’était peut-être là le dernier spectacle. On n’a rien qui s’en vient », confie le musicien franco-ontarien, qui a aussi été maître de cérémonie de La Nuit sur l’étang.

Derrière cette réalité se cache un problème plus large : un milieu culturel franco-ontarien fragilisé par le manque de financement, la multiplication des artistes, la difficulté à remplir les salles et l’absence d’infrastructures solides pour accompagner les groupes indépendants.

Une « bête étrange » difficile à vendre

Jean-Marc Lalonde décrit lui-même la formule du groupe comme « une bête étrange ». « Quand on a lancé Hey, Wow, beaucoup d’acheteurs pensaient qu’on faisait du rigodon », raconte cet artiste originaire de La Fontaine.

Jean-Marc Lalonde (en rouge), du groupe Hey, Wow, avait animé la 53e Nuit sur l’étang. Photo : Dominique Demers/ONFR

« Ce n’est pas du country. Ce n’est pas du traditionnel non plus. Les gens comprennent après avoir vu le spectacle. Mais le concept comme tel est difficilement vendu », explique l’artiste, dont le groupe est passé d’une cinquantaine de dates annuelles à une dizaine aujourd’hui. Le musicien estime aussi que l’accordéon demeure moins « vendeur » en Amérique du Nord.

« Avec les chansons à répondre, (forme de chant alterné où les chanteurs entonnent une phrase que l’assemblée ou le chœur répète en écho) on n’a pas besoin de connaître la chanson pour chanter avec l’artiste. Ça a toujours fait partie de ma culture et je ne suis pas certain qu’on retrouve ça ailleurs aussi souvent, mais chez nous, c’est quelque chose d’important », ajoute-t-il.

Cette singularité constitue justement la force du groupe, estime Patrick Bourbonnais, consultant culturel et agent du milieu artistique franco-canadien. « C’est très niché comme projet artistique. Mais c’est ce qui en fait aussi la beauté », affirme-t-il.

« Il y a énormément d’offres »

Selon plusieurs intervenants, les artistes francophones sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux que les occasions de se produire sur scène.

« En ce moment, il y a énormément d’offres et d’artistes qui démarrent et de groupes établis qui continuent de persister. Pour chaque style musical, il y a beaucoup d’artistes talentueux qui mériteraient tous une place », explique Nicolas Formell, responsable de la programmation à Réseau Ontario, un organisme qui soutient la diffusion et le rayonnement des arts de la scène francophone en Ontario.

« Mais les programmations des festivals et des salles de spectacle ne sont pas extensibles, et les budgets des diffuseurs tendent plutôt à diminuer », déplore-t-il. Les salles cherchent aussi à diversifier leurs programmations afin de rejoindre différents publics : humour, théâtre, musique urbaine, spectacles familiaux ou artistes issus de groupes sous-représentés. Même au sein de Contact Ontarois, les règles ont changé.

« Avant, un artiste pouvait revenir une année sur deux. Maintenant, nous attendons parfois deux ans avant de reprogrammer un même projet, même si nous l’aimons beaucoup, simplement parce qu’il faut laisser de la place aux nouveautés et à d’autres styles artistiques », ajoute M. Formell.

« Aujourd’hui, il faut plaire à tout le monde », résume Patrick Bourbonnais, agent de spectacles au Groupe JKB. Photo : gracieuseté

Selon Patrick Bourbonnais, les diffuseurs sont aussi contraints de répondre à de nouveaux critères de représentation. « Les diffuseurs tiennent également compte des enjeux de diversité, des communautés LGBTQ+, des Premières Nations, Métis et Inuit, tout en cherchant à rajeunir leur public. Ce n’est plus uniquement une question de qualité artistique », relève-t-il.

De détailler : « On nous dit par exemple : vous êtes quatre hommes et on cherche plutôt une figure féminine ou une représentation queer ».

« Maintenant, j’aime ce que je fais »

Pour survivre, plusieurs artistes franco-ontariens doivent désormais cumuler plusieurs projets ou occuper un autre emploi à temps plein. Jean-Marc Lalonde, lui, enseigne désormais à temps plein après avoir vécu pendant des années uniquement de la musique.

« Avant, quand je faisais de la musique 100 % du temps, je faisais ce que j’aimais. Maintenant, j’aime ce que je fais », dit-il. D’ailleurs beaucoup de groupes et de musiciens de sa génération ont quitté le domaine, notamment faute de structures d’accompagnement.

À cela s’ajoute la transformation complète du modèle économique musical. « Personne n’achète de musique, tout le monde le veut gratuitement », déplore Jean-Marc Lalonde.

Les revenus provenant des plateformes numériques demeurent faibles, explique Patrick Bourbonnais, qui rappelle qu’aujourd’hui, le revenu principal est la présentation de spectacles. Selon lui, même ce modèle devient plus fragile dans un contexte où le public sort moins et où les diffuseurs hésitent davantage à prendre des risques financiers.

« Les festivals ont moins de financement, les salles ont du mal à remplir leurs sièges et le public sort moins qu’avant. Tout ça crée un cercle difficile pour les artistes comme pour les diffuseurs », décrit Nicolas Formell.

« Ça devient difficile pour un artiste d’être programmé chaque année, ou même tous les deux ans, dans les mêmes festivals », observe Nicolas Formell, responsable de la programmation à Réseau Ontario. Photo : gracieuseté

Le soutien culturel demeure aussi insuffisant aux yeux des acteurs du milieu. « Le Québec demeure le champion au niveau des structures d’accompagnement et du financement culturel. Là-bas, la culture est considérée comme une priorité et les fonds publics sont investis massivement pour soutenir les projets artistiques », explique Patrick Bourbonnais.

Selon lui, cette vision contraste avec celle qui domine souvent ailleurs au pays. « En Ontario ou dans d’autres provinces, la musique est davantage perçue comme de l’entertainment que comme un enjeu culturel. » Dans ce sens, il appelle à un meilleur soutien public et à des structures d’accompagnement plus solides afin de permettre aux artistes franco-ontariens de développer davantage leurs carrières et leurs tournées.

De son côté, Nicolas Formell estime que les artistes gagneraient à s’ouvrir à d’autres marchés et à miser davantage sur la promotion dans les réseaux sociaux. « Ça prend une équipe derrière qui assure la promotion, la gestion, la planification des tournées et toute la gérance du groupe. »

Nicolas Formell observe d’ailleurs que les artistes autoproduits et autogérés ont de plus en plus de difficulté à suivre le rythme imposé par l’industrie actuelle.

Malgré les difficultés, Jean-Marc Lalonde continue de monter sur scène à l’occasion.
« Je suis rendu au point où je fais des apparitions ici et là, et ça me fait plaisir de le faire. Mais je ralentis », conclut le leader de Hey, Wow, pour qui la virgule du nom du groupe est importante, « parce qu’on ne s’est jamais vraiment pris au sérieux ».

Raphaëlle Delaunay, un parcours sur mesure pour faire rayonner le français

TORONTO – Riche d’une longue expérience en gestion, en pédagogie et en apprentissage du français langue seconde, la nouvelle directrice de l’Alliance française de Toronto, Raphaëlle Delaunay, semble avoir endossé un rôle fait sur mesure pour faire rayonner la langue française. Après un mandat à la tête de l’Alliance française d’Adélaïde en Australie, cette passionnée d’immersion socio-culturelle orchestre depuis 2025 les cinq campus du Grand Toronto, avec la ferme intention d’allier excellence éducative et vitalité artistique.

« Racontez-nous votre parcours et les étapes clés de votre carrière…

Pendant mes études, la culture et les relations internationales m’intéressaient tout particulièrement bien que je me sois dirigée vers le domaine de l’accompagnement managérial pour une start-up. Il s’agissait d’un travail sur les dynamiques de management en entreprise en partant du principe que c’est l’expérience qui fonde la capacité à progresser, avec trois angles d’approche, la formation, le conseil et le coaching. J’ai notamment travaillé pour de grands groupes français tels qu’Air France.

Le PDG a par la suite ouvert une école d’art oratoire et une école de français langue étrangère (appelée français langue seconde au Canada), dont j’ai pris la direction des six campus, trois à Paris, un à Bordeaux, à Nice et à Biarritz, comprenant 6000 étudiants d’une centaine de nationalités différentes.

Vous y êtes restée 11 ans en tout. Est-ce cette expérience orientée autour de la pédagogie et de la langue française qui a été déterminante dans la prise de votre rôle à l’Alliance française?

C’était en effet une forme d’organisation similaire à l’Alliance Toronto, qui compte elle-même 6000 étudiants, cinq campus dans le GTA et un en ligne. Elle est d’ailleurs la première Alliance française d’Amérique du Nord.

J’ai ensuite pris la direction d’une école préparatoire de droit pendant deux ans, avec une refonte de la culture managériale, des réformes pédagogiques, etc. Mais suivant mon intérêt initial pour l’aspect culturel, j’ai finalement repris mes études, un master sur la coopération internationale à la Sorbonne, mêlant des notions de pédagogie et de transfert culturel.

Cela m’a orientée vers le Réseau culturel de la France à l’étranger, auprès duquel j’ai obtenu mon premier poste expatrié de directrice à l’Alliance française d’Adélaïde en Australie.

Portrait de Raphaëlle Delaunay pris à Adélaïde. Photo : gracieuseté

Parlez-nous de votre expérience et du rôle en Australie…

Les AF étant des associations à but non lucratif autonomes en termes de budget et de gouvernance (l’Australie en compte 30), j’ai alors découvert tous les aspects de la gouvernance associative de droit australien, très différent de ce que j’avais connu avant.

Côté programmation pédagogique et culturelle, nous jouissions de la proximité géographique avec la Nouvelle-Calédonie pour les contenus francophones. Aussi, en partenariat avec six Alliances j’ai participé à l’organisation du Alliance française French Film Festival, le plus gros festival de film français hors France, qui rassemble 200 000 spectateurs par an.

Cette période a été marquée par le contexte de la pandémie de COVID avec une fermeture stricte des frontières internationales, et j’ai choisi de retourner trois ans en France avant ma prise de poste à Toronto.

Pourquoi avoir choisi d’endosser un second mandat à l’Alliance française, et au Canada cette fois?  

Même après mon retour en France, je suis restée très attachée à la gouvernance associative, où je me suis d’ailleurs occupée d’une association liée à la jeunesse. Guidée par mon amour du voyage, mon intérêt depuis toujours pour le Canada et la volonté d’immersion culturelle, je me suis lancée.

Raphaëlle Delaunay nous montre une des galeries de l’Alliance française de Toronto sur le campus de Spadina. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Vous y êtes installée depuis un peu moins d’un an. Que pensez-vous de Toronto?

C’est toujours une expérience particulière d’arriver dans un endroit où on n’a jamais vécu. La ville de Toronto est extraordinaire, riche d’une telle diversité et d’une multitude de communautés. Découvrir un pays pourvu de deux langues officielles avec le français en situation minoritaire, ce qui, historiquement a représenté des enjeux politiques, est des plus intéressants.

Du point de vue de l’Alliance, ça renforce d’autant plus le rôle de promotion de la langue française et du dialogue interculturel francophone. On essaye d’intégrer un maximum de culture francophone canadienne, environ 80 % de notre programmation.

Pouvez-vous rappeler la raison d’être et les activités principales de l’Alliance française?

Il faut savoir qu’il y a 800 AF dans le monde dont la mission est la promotion et la diffusion de la langue française et des cultures francophones dans les valeurs du bilinguisme canadien – dans le contexte présent – et dans une perspective de dialogue interculturel.

Notre activité se concentre autour de la programmation pédagogique, avec les cours et examens de français pour tous les âges, et aussi la programmation culturelle. On a la chance de disposer d’un théâtre de 143 places et de deux galeries d’exposition. On a plus d’une centaine d’évènements pluridisciplinaires par an : théâtre, cinéma, concerts, conférences, danse, exposition, etc. Les publics scolaires francophones ont aussi leurs propres programmes.

Raphaëlle Delaunay (au première plan, deuxième sur la gauche), entourée de l’équipe de l’Alliance française de Toronto, au campus Spadina. Photo : gracieuseté

Le campus de Markham de l’Alliance française de Toronto. Photo : gracieuseté

Le campus de Mississauga de l’Alliance française de Toronto. Photo : gracieuseté

Le campus de North York de l’Alliance française de Toronto. Photo : gracieuseté

Quels sont vos principaux objectifs en tant que directrice et dans quelle direction aimeriez-vous amener l’AF de Toronto?

En arrivant, j’ai échangé avec les équipes pour se demander vers quoi on avait envie d’aller d’ici quatre ans, qui est la durée de mon mandat.

L’excellence pédagogique nous importe beaucoup, mais aussi la porosité culturelle, qu’un étudiant se sente légitime de bénéficier de la programmation culturelle en français. Développer la programmation culturelle sur les autres campus est un de nos objectifs aussi.

Enfin, de mon expérience managériale, il m’est indispensable d’offrir aux 150 salariés de l’Alliance un environnement de travail responsable et sain.

Comment voyez-vous l’apprentissage du français évoluer via l’Alliance française?

Nous avons un tiers d’enfants et deux tiers adultes apprenants, pour qui la moyenne d’âge, entre 25 et 35 ans, est plutôt jeune. La demande adulte est en augmentation sur presque tous les campus (Spadina, Oakville, Mississauga, North York, Markham et le campus en ligne.)

La demande pour les examens explose, tant les certifications du niveau de langue TEF (Test d’Évaluation de Français) et TCF (Test de Connaissance du Français), que les diplômes DELF (Diplôme d’Études en Langue Française) et DALF (Diplôme Approfondi de Langue Française), certifications officielles et valables à vie délivrées par le Ministère français de l’Éducation nationale. »

1982 : naissance en région parisienne dans une famille nombreuse

2009 : co-écriture d’un livre sur le management d’équipe, Manager une équipe aux Éditions Nathan, en partenariat avec les Echos.fr  

2015 : attentats du Bataclan à Paris qui la marquent particulièrement, alors qu’elle dirige une école de Français langue étrangère étant en charge d’étudiants étrangers en immersion

2019 : arrivée en Australie pour prendre la direction de l’Alliance française d’Adélaïde

2025 : arrivée au Canada en tant que directrice des cinq emplacements de l’Alliance française de Toronto

Vive l’Ontario libre!

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Il y a une quinzaine d’années, lors d’une conférence sur la place de l’Ontario dans la fédération canadienne organisée par le défunt Centre Mowat, mon collègue Daniel Béland avait fait rire le parterre en scandant « Vive l’Ontario libre! ». Il y avait en effet quelque chose de surréaliste, pour ne pas dire loufoque, à imaginer l’existence même d’un mouvement indépendantiste ontarien.

Comme l’ont démontré différents sondages récents de l’Institut Environics effectués dans le cadre du projet Confederation of Tomorrow, les Ontariens et les Ontariennes n’ont pas, à première vue, la graine d’indépendantistes. En effet, ils sont les Canadiens avec l’identité provinciale la plus faible. Ils sont, de plus, les moins susceptibles de considérer que leur province n’est pas traitée avec le respect qu’elle mérite, qu’elle n’a pas suffisamment d’influence sur les décisions nationales importantes ou encore qu’elle ne reçoit pas sa juste part.

Le gouvernement Ford aurait pourtant intérêt, à la lumière de la situation financière de l’Ontario, à encourager les résidents de la province à manifester un certain mécontentement face à Ottawa.

La faute du fédéral

Un rapport récent du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario peint un portrait plutôt noir de la situation financière et budgétaire de la province. En effet, comme le rapportait Sandra Padovani sur ONFR, le rapport révèle que l’Ontario est la province canadienne avec la valeur financière nette par habitant la plus négative au Canada. Cet indicateur, qui mesure la différence entre les actifs financiers et les dettes, démontre que la province a une dette d’environ 20 000 $ par habitant, plus que le double de la valeur de la moyenne du reste du Canada de 8973 $.

Face à cette situation, la Fédération canadienne des contribuables a exhorté le premier ministre Ford à sabrer dans les dépenses. Il s’agit cependant d’un mauvais diagnostic quant à la source des problèmes financiers de la province. En effet, le même rapport du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario
démontre que les dépenses totales par habitant de la province sont les plus faibles au Canada. La source du problème ne se trouve pas non plus du côté de la taxation des individus et des entreprises. Le rapport indique que les revenus fiscaux par habitant étaient au-delà de la moyenne du reste du Canada, que ce
soit en termes de dollars par habitant ou encore en proportion du PIB. La situation précaire de la province s’explique plutôt, dans une perspective comparée, par deux principaux facteurs.

Le premier est la faiblesse des revenus provenant des ressources naturelles. L’Ontario n’a pas le privilège d’avoir des réserves de pétrole comme l’Alberta. Si cette dernière peut compter sur des revenus non fiscaux de 7558 $ par habitant, l’Ontario est la province qui génère le moins de ce type de revenu au Canada avec à peine 1329 $ par habitant. On peut donc comprendre le gouvernement provincial de mettre autant d’espoir dans le développement du Cercle du feu dans le nord de la province, une région riche en minéraux critiques.

Le second facteur peut se résumer au titre de la chanson du duo humoristique Bowser & Blue : c’est la faute du fédéral! Si le duo avait composé cette chanson pour se moquer gentiment de la tendance des Québécois à blâmer le gouvernement fédéral pour un ensemble de problèmes, il n’en demeure pas moins que lorsqu’il s’agit de la situation financière difficile de l’Ontario, le gouvernement fédéral a sans doute une part de responsabilité.

En effet, l’Ontario est la province qui reçoit par habitant le plus bas montant de transferts fédéraux de l’ensemble des provinces canadiennes, et ce, même si sa capacité fiscale (excluant les ressources naturelles) est plus faible que celle de l’Alberta et de la Colombie-Britannique et que sa capacité fiscale liée aux ressources naturelles est plus faible que celle de l’ensemble des provinces à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse.

L’équité pour l’Ontario, Prise 2

Il serait donc peut-être temps que le gouvernement Ford mobilise la population ontarienne face à Ottawa. Comme je l’indiquais dans une chronique précédente, les Ontariens n’ont pas le même réflexe de méfiance envers le gouvernement fédéral que les Québécois et les Albertains. Cela ne veut cependant pas dire pour autant que la population ontarienne ne peut pas être mobilisée pour améliorer la place de la province dans la fédération. Il y a, à cet effet, un précédent récent. Dans les années 2000, le gouvernement provincial de Dalton McGuinty avait adopté une campagne intitulée « L’équité pour l’Ontario ». Il avait également contribué à la création du Centre Mowat, qui avait pour mission, entre autres, de produire de la recherche sur la place de l’Ontario dans la fédération canadienne (par souci de transparence, je note que j’ai été membre du comité éditorial du centre).

Ces actions avaient eu deux conséquences importantes. Premièrement, elles avaient eu un impact significatif au sein de l’opinion publique. La proportion d’Ontariens et d’Ontariennes indiquant que la province n’était pas respectée ou qu’elle ne recevait pas sa juste part des transferts fédéraux avait considérablement augmenté dans les années 2000. Deuxièmement, elles avaient contribué à mettre de la pression sur les gouvernements libéraux et conservateurs qui avaient apporté certaines réformes, certes insuffisantes, afin de satisfaire aux revendications du gouvernement ontarien.

Alors que la situation fiscale de la province ne cesse d’empirer, le temps est opportun d’amorcer une campagne visant l’équité pour l’Ontario, version 2.0. Et le temps, pour le premier ministre Ford, de mettre sa casquette de Capitaine Ontario.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Nipissing Ouest : relation brisée entre le comité de la Fierté et le conseil municipal

NIPISSING OUEST – Le dialogue est désormais totalement rompu à Nipissing Ouest, où le conseil municipal refuse désormais de rencontrer le comité de la Fierté locale. À quelques jours du début des célébrations du Mois de la Fierté, les deux instances s’enfoncent dans une crise qui paralyse les relations entre l’administration et les représentants de la communauté LGBTQ+.

Accusations d’« obstruction » politique, dénonciation d’un comportement « méprisant et rabaissant », reproches de « graves allégations » : la guerre de mots est lancée entre les deux clans de cette petite ville du Nord où vit une importante population francophone.

Par communications interposées, le ton a grimpé, transformant un débat sur des règlements municipaux en une véritable crise politique. Le comité de la Fierté accuse la Ville d’« indifférence » qui réplique en reprochant au comité d’avoir une approche conflictuelle.

Pour comprendre comment la situation a pu s’envenimer à ce point, il faut remonter à février dernier. 

Lors d’une présentation officielle devant le conseil municipal, le comité de la Fierté a fait part aux élus d’une hausse de 388 % des crimes haineux envers la communauté LGBTQ+ sur cinq ans au Canada, soulignant à l’échelle locale les risques liés aux menaces de mort et au vandalisme.

Les élus ont par la suite voté des mesures qui modifient le soutien accordé aux organismes, dont celui de la Fierté, par rapport aux années précédentes. Le conseil municipal a voté pour une refonte de sa politique d’affichage faisant passer d’un mois à une semaine le temps accordé aux organismes qui désirent utiliser les mâts municipaux pour hisser leur drapeau.

Le conseil a, par ailleurs, rejeté les autres requêtes du comité de la Fierté soit la demande financière pour leur marché des exposants, l’assurance de la présence du service des incendies lors des festivités, ainsi que la demande d’apposition d’autocollants « espaces sécuritaires » aux entrées des édifices municipaux.

Celle-ci avait alors affirmé que « le conseil n’a pas voté contre l’inclusion, la sécurité ou la communauté » et que les décisions visaient plutôt à appliquer les politiques municipales « de façon cohérente pour tous les groupes ».

Le dialogue rompu

Cet assouplissement est survenu au moment même où le comité de la Fierté a transmis une demande de création d’un groupe de travailqui a qualifiée de « main tendue ».

Quelques jours plus tard, dans un échange de courriels, la mairesse a rejeté cette invitation indiquant que la correspondance du comité contenait de « graves allégations concernant l’intention et la conduite du conseil », rendant « difficile l’établissement du type d’environnement constructif et respectueux nécessaire à une réunion productive ».

Le comité de la Fierté a alors soumis une nouvelle lettre officielle ce mercredi pour répliquer à cette fin de recevoir. Le président du comité, Ryan Marc Jackson, qualifie le refus de la mairie de « méprisant et rabaissant » pour les contribuables concernés.

L’organisme dénonce également des délais administratifs de près de deux mois, qualifiés de manquement aux engagements de collaboration pris par la mairesse lors d’une rencontre préliminaire qui remonte au mois de décembre.

Enfin, le président a lancé un appel direct et individuel aux conseillers municipaux, affirmant qu’ils « invitent tous les conseillers qui sont prêts à s’asseoir avec [eux] à le faire, afin de favoriser une municipalité plus inclusive et compréhensive. »

Défilé de la fierté

Interpellée par ONFR, la mairesse Kathleen Thorne Rochon a indiqué jeudi avoir pris connaissance de cette dernière missive.

« La municipalité et les membres du conseil n’ont reçu la lettre la plus récente que ce matin. Comme elle contient à nouveau ce que nous estimons être de graves allégations sur l’intention des décisions du conseil, nous prendrons le temps d’analyser la question avant de répondre. »

Malgré cette rupture apparente avec le comité organisateur, Kathleen Thorne Rochon a confirmé que la Ville ne boycottera pas la parade de la Fierté prévue le 30 mai prochain. 

« La municipalité aura un véhicule dans le défilé et j’ai l’intention d’y assister. Je ne peux pas me prononcer sur la participation des autres membres du conseil », a-t-elle également fait savoir.

Ebola et hantavirus : « Il n’y a aucune raison de s’inquiéter dans l’Est ontarien »

Le Dr Paul Roumeliotis est médecin hygiéniste et directeur général du Bureau de santé de l’est de l’Ontario.

En Ontario, trois voyageurs à haut risque liés au hantavirus sont en isolement strict.
En parallèle, un patient est évalué après un voyage en Afrique de l’Est afin d’écarter notamment le risque d’Ebola, a annoncé mercredi le ministère de la Santé de l’Ontario. Aucun cas n’est toutefois confirmé dans la province.

Alors que les souvenirs de la pandémie de COVID-19 demeurent présents, les autorités sanitaires canadiennes assurent une surveillance étroite des maladies infectieuses émergentes et des risques liés aux voyages internationaux.

«  Quelle est actuellement la situation concernant l’Ontario, et plus particulièrement dans l’est de la province?

Il n’y a aucune raison de s’inquiéter dans notre région. Nous n’avons aucune indication que des personnes ayant voyagé sur la croisière à l’origine de la contamination (le MV Hondius) se trouvent dans l’est de l’Ontario. Il n’y a donc aucun risque pour la population.

Pour ce qui est de l’Ebola, l’épidémie demeure limitée à certaines régions d’Afrique. Malheureusement, il y a beaucoup de cas et de décès, mais il n’y a actuellement aucun risque pour la population canadienne.

En Ontario, trois voyageurs à haut risque — deux qui se trouvaient à bord du navire de croisière et un autre qui était sur le même vol qu’une personne décédée des suites du hantavirus — sont actuellement en isolement strict. Y a-t-il lieu de s’inquiéter?

Les personnes actuellement isolées en Ontario ne le sont pas dans l’est de la province. Toutes les précautions nécessaires ont été prises. La santé publique a effectué le traçage des contacts et rejoint toutes les personnes concernées.

Vous savez aussi qu’à Vancouver, une personne ayant contracté la maladie a développé des symptômes, mais elle était déjà en quarantaine. Elle n’a donc infecté personne.

Il faut aussi préciser qu’il existe différentes souches de hantavirus. La plupart sont transmises par les excréments ou l’urine de rongeurs. Habituellement, une personne infectée ne transmet pas ensuite le virus à d’autres humains.

La souche détectée chez ces voyageurs en provenance d’Argentine peut toutefois se transmettre d’une personne à l’autre, mais très difficilement. Cela nécessite un contact très étroit et prolongé pendant plusieurs jours.

Ce n’est pas comparable à la COVID-19, à la grippe ou à la rougeole. Pour toutes ces raisons, je ne suis pas inquiet pour notre région.

Le Dr Paul Roumeliotis assure que le risque lié au hantavirus et à l’Ebola demeure faible dans l’Est ontarien. Gracieuseté

Est-ce que des précautions particulières ont été mises en place par les autorités sanitaires?

Tous les bureaux de santé publique de l’Ontario, ainsi que les médecins spécialistes, se sont réunis récemment pour discuter de la situation, sachant que certains voyageurs revenaient en Ontario.

Nous avons élaboré des protocoles clairs concernant le diagnostic, l’isolement, les précautions à prendre et le traçage des contacts. Ces documents sont partagés à travers la province.

Nous sommes prêts. Mais honnêtement, une fois que la période d’isolement des personnes concernées, notamment par le hantavirus, sera terminée, je ne crois pas qu’il y aura un problème en Ontario.

Beaucoup de personnes comptent voyager cet été. Est-ce que voyager représente un risque?

Ça dépend où l’on voyage. Les personnes touchées avaient séjourné dans une région d’Argentine où le hantavirus est endémique. Dans ce contexte, oui, il y a un risque.

Même chose pour l’Ebola : je déconseillerais actuellement les régions d’Afrique où il y a des cas actifs.
Santé Canada offre des outils très utiles pour connaître les risques par pays et les précautions à prendre avant un voyage.

Les croisières, par exemple, favorisent la propagation des virus parce que les gens vivent dans un espace fermé. On l’a encore vu récemment avec une autre croisière où plusieurs passagers ont développé des symptômes gastro-intestinaux, probablement liés au norovirus.

De façon générale, si l’on s’informe bien, qu’on évite les zones à risque et qu’on prend les précautions nécessaires, voyager demeure sécuritaire.

Certaines régions nécessitent des vaccins ou des médicaments préventifs, par exemple contre l’hépatite ou la malaria. Personnellement, je préfère voyager dans des endroits où les risques sont les plus faibles possible.

Est-ce que l’immigration et les déplacements internationaux peuvent favoriser la propagation de maladies comme l’Ebola?

Il y a beaucoup de déplacements entre les pays touchés actuellement en Afrique. Si les mesures aux frontières et aux douanes ne sont pas adéquates, cela peut favoriser la transmission.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles l’Organisation mondiale de la santé considère la situation préoccupante. Lorsqu’il y a une flambée épidémique, la priorité est toujours d’identifier rapidement le virus et de limiter sa propagation.

Avec l’Ebola, par exemple, une personne demeure très contagieuse, même après son décès. Certaines transmissions surviennent lors des funérailles.

Heureusement, au Canada, nous avons des protocoles bien établis. On demande notamment aux voyageurs s’ils présentent des symptômes et quelles régions ils ont visitées.

Mais il faut aussi reconnaître que les pays touchés sont souvent confrontés à la pauvreté et à des systèmes de santé publique fragiles, ce qui complique énormément le contrôle des épidémies.

C’est particulièrement inquiétant parce que l’Ebola est une maladie très dangereuse, avec un taux de mortalité de 30 à 40 %. Et la souche actuelle ne répond pas au vaccin existant, ce qui complique la situation.

Même au Canada, plusieurs personnes dénoncent les problèmes dans le système de santé : urgences débordées, manque de médecins… Est-ce que cela pourrait compliquer la gestion d’une nouvelle pandémie?

C’est vrai que les hôpitaux et le système de soins aigus sont sous pression. Mais cela ne veut pas dire que notre système de santé publique n’est pas préparé. Nous travaillons en étroite collaboration avec les hôpitaux, les ambulanciers, les cliniques et même les forces militaires lorsque nécessaire.

Nous avons appris de la COVID-19 et nous sommes capables de mettre rapidement en place des mesures d’isolement, de dépistage et de coordination. Le système hospitalier peut être débordé, mais notre capacité de surveillance et de gestion des maladies infectieuses demeure solide. »

Une restructuration majeure impacterait le campus francophone Glendon

TORONTO – Pour pallier le déficit financier et la baisse des inscriptions au Collège Glendon, l’Université York propose une restructuration majeure de son campus francophone. Ce plan prévoit notamment le déménagement des activités de Glendon vers le campus principal de Keele et la perte de son statut de faculté autonome. Une annonce qui suscite déjà de vives inquiétudes chez le personnel enseignant quant à de potentielles pertes d’emplois et à l’avenir du bilinguisme au sein de l’institution.

Après une première restructuration menant à la fusion de ses 14 départements en quatre pôles en 2014, le Collège Glendon de l’Université York pourrait faire l’objet d’une refonte radicale pour pallier la diminution des inscriptions au premier cycle qui ont chuté de 50 % en 10 ans, contribuant à creuser le déficit.

Graphique du déficit cumulatif du campus Glendon depuis 2016. Source : Université York

Le Conseil de la Faculté de Glendon avait demandé à l’administration de l’Université York de présenter des options de « revitalisation » de Glendon et, ce mercredi 20 mai, la vice-rectrice par intérim, Laina Bay-Cheng a tenu une réunion extraordinaire, aux fins d’examen du corps professoral.

« La proposition offre une option visant à revitaliser le mandat francophone et bilingue de l’Université York et à optimiser l’utilisation de ses ressources », peut-on lire dans la déclaration officielle de York.

Celle-ci se centralise notamment autour du déménagement de Glendon sur le campus de Keele « où se trouvent environ 70 % des étudiants francophones actuels », un des enjeux mentionnés étant les contraintes logistiques pour des étudiants qui suivent des cours sur les deux campus.

Sur le plan des infrastructures, le projet prévoit de déménager le point d’ancrage physique du Collège Glendon dans le bâtiment qui abrite actuellement l’École de formation continue sur le campus Keele. L’université promet d’investir dans le réaménagement de cet édifice récent — situé près du Bennett Centre — pour y centraliser les services en français et concevoir des espaces qui reflètent l’orientation francophone, bilingue et multilingue de l’institution.

Perte d’autonomie et fin des programmes indépendants

Autre changement de structure : le Collège Glendon changerait de statut institutionnel. Selon la proposition, « le Collège Glendon passerait du statut de faculté à celui de collège à l’échelle de l’université, servant de point d’ancrage, de renforcement et d’intégration de l’éducation bilingue, de la communauté francophone et des services en français ».

Sous cette nouvelle configuration, la gestion des programmes serait intégrée à celle du campus principal de Keele.

Sur le plan académique justement, la proposition envisage que les programmes et les membres du corps professoral de Glendon soient regroupés avec des unités apparentées dans d’autres facultés.

Les programmes propres à Glendon seraient ainsi transférés vers le campus Keele. Bien que les professeurs conserveraient leur affiliation au Collège Glendon, ils occuperaient désormais des postes officiels dans d’autres facultés de l’université.

Plutôt que d’offrir des diplômes universitaires indépendants, le Collège Glendon changerait de mandat. Sous la direction de son principal, il coordonnerait plutôt l’intégration de cours en français, de parcours menant à des diplômes et d’expériences de cohortes étudiantes, mais au sein des programmes gérés par les autres facultés de York.

L’administration justifie cette approche par la volonté d’éliminer des programmes potentiellement redondants et « le chevauchement des cours entre les programmes de différentes facultés ».

De vives inquiétudes chez le personnel enseignant

« Les membres du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP/CUPE, section locale 3903) sont très préoccupés par la restructuration de Glendon », nous informe sa présidente, Zoë Newman, pointant du doigt de graves répercussions sur les professeurs contractuels et étudiants instructeurs de cycle supérieur.

Selon cette dernière, l’intégration des cours de Glendon à des départements existants du campus de Keele fait craindre des pertes d’emploi, auxquelles pourraient s’ajouter d’autres coupes de cours.

« De plus, l’intégration de Glendon à Keele risque fort d’avoir de graves conséquences sur le bilinguisme à York. Glendon est un environnement unique où l’enseignement en langue française peut s’épanouir grâce à sa propre mission pédagogique distincte, et non comme un simple ajout dans un environnement majoritairement anglophone », alarme-t-elle.

L’unité syndicale dénonce également un manque de consultations récurrentes avec les travailleurs à York, assurant que la proposition présentée par la vice-rectrice par intérim, Laina Bay-Cheng, a pris de court plusieurs enseignants de Glendon.

« La proposition entre maintenant dans une période d’examen réfléchi et approfondi, qui permettra la rétroaction et des discussions avec de nombreuses parties prenantes », a déclaré le porte-parole de l’Université York, Yanni Dagonas, avant de préciser que les perspectives recueillies dans le cadre de ce processus orienteront les démarches futures.

Projet de TGV : un train « inutile » pour les gens du Nord selon un député fédéral

SUDBURY – Le député conservateur du Nord de l’Ontario, Jim Bélanger, qualifie d’inutile le projet de train à grande vitesse (TGV) ALTO, qui se traduira selon lui par une facture de 8000 $ par famille pour un service qu’ils n’utiliseront jamais. L’élu de Sudbury-Est-Manitoulin-Nickel Belt réclame plutôt le détournement des 90 milliards de fonds publics vers la sécurité des routes régionales et le prolongement du train « Budd Car ».

Le projet ALTO, estimé entre 60 et 90 milliards de dollars par l’administration fédérale, est la cible principale du député conservateur de la région. 

« En moyenne, ça va coûter à chaque famille ici, dans le Nord de l’Ontario, 8000 $ pour quelque chose qu’on n’utilisera jamais ici », affirme l’élu conservateur, porté au pouvoir dans la circonscription lors du scrutin d’avril 2025.

Pour appuyer ses dires, il se réfère à des données de sondages qui révèlent qu’ « il y a deux tiers des Canadiens…qui disent qu’ils ne vont probablement jamais l’utiliser de leur vie », ce qui démontre, selon lui, la déconnexion d’Ottawa dans ce dossier.

Il estime que cette dépense est injustifiée pour sa région affirmant que le corridor entre Toronto et Québec bénéficie déjà d’une excellente desserte.

Des milliards pour le Sud, des routes critiques pour le Nord

La frustration du représentant s’appuie sur le fait que le gouvernement fédéral s’est engagé à investir 4,3 milliards de dollars dans les phases initiales d’ALTO. 

Cette somme est dépensée alors que la construction ne débutera pas avant 2029, laissant, d’après l’élu, les infrastructures du Nord dans un état d’abandon.

Le député franco-ontarien soutient que ces fonds devraient être immédiatement réorientés vers des projets routiers de sa circonscription. Parmi les dossiers prioritaires, il évoque notamment la pétition de son collègue Gaétan Malette visant à améliorer la route 11 Nord, une artère coûteuse, particulièrement accidentogène et meurtrière.

Cet axe routier enregistre régulièrement de graves accidents en hiver. L’élu mentionne également le besoin de financement pour sécuriser la route 17 et parachever l’élargissement à quatre voies de la route 69, déclarant : « moi je demande seulement que le Nord partage dans les fonds publics du pays ».

L’alternative de l’expansion du « Budd Car »

Au-delà des routes, le député prête sa voix à une revendication citoyenne historique : l’interconnexion du transport ferroviaire dans le Nord. 

Cette demande s’articule autour du mythique « Budd Car », un autorail diesel d’époque qui assure le seul lien vital pour les résidents et les chalets isolés en pleine forêt entre Sudbury et White River. 

Son intérêt s’est intensifié après un récent déplacement sur le terrain : « à peu près deux mois passés, j’étais allé prendre un petit voyage sur le Budd Car qui relie Sudbury à White River ». S’il a trouvé l’expérience plaisante, il s’est dit surpris par l’isolement de cette ligne ferroviaire qui fonctionne de manière autonome. 

L’élu souhaite prolonger cette ligne, affirmant qu’« elle devrait au moins aller jusqu’à Thunder Bay, et vraiment se connecter à North Bay aussi ». 

Selon lui, la concrétisation de cette interconnexion ne coûterait qu’une fraction des sommes requises pour le projet ALTO, rappelant que « le Budd Car c’est un service essentiel, tant qu’à l’avoir on devrait faire le mieux qu’on peut avec, au lieu de saper 90 milliards de dollars dans le Sud de l’Ontario ».

Interrogé sur les coûts réels d’une telle expansion, le représentant conservateur admet qu’il n’en est qu’au tout début de ses démarches et qu’il ne dispose d’aucune étude financière précise pour le moment. 

Il qualifie lui-même son initiative d’« étude que je commence, qui est très préliminaire », et confie qu’il est simplement au début de son « investigation ».

L’un des défis majeurs réside dans le partage des voies ferrées, qui appartiennent à la compagnie privée Canadien Pacifique Kansas City (CPKC), cette dernière accordant contractuellement la priorité au transport de ses marchandises. Le député reconnaît qu’il faudrait surmonter plusieurs embûches, expliquant qu’« il y a des obstacles sur la voie ferroviaire, il y a des obstacles sur les trains eux-mêmes qui sont vieux et qui doivent être remplacés, et il y a des obstacles de main-d’œuvre aussi ».

VIA Rail ferme la porte à une expansion

L’élu dit avoir déjà rencontré les dirigeants de VIA Rail à deux reprises. S’il salue le fait qu’« ils sont sincères dans leur dévouement pour avoir la fiabilité », les détails entourant le remplacement de la flotte demeurent minces. 

Interrogée sur la faisabilité technique et financière d’un prolongement du train de passagers sur des voies de marchandises, VIA Rail s’est montrée prudente, indiquant qu’aucun projet de ce type n’était dans les cartons pour le moment.

La société d’État a plutôt mis l’accent sur la modernisation de ses équipements actuels : « Au cours des dernières années, VIA Rail a réalisé des investissements importants dans l’entretien, la réparation et l’amélioration de son parc de trains RDC […] afin d’accroître leur fiabilité et d’assurer la continuité du service. »

Quant à une éventuelle expansion du réseau vers le Nord de l’Ontario, la réponse est sans équivoque : « À l’heure actuelle, VIA Rail n’a aucun projet concernant une expansion du service vers North Bay ou Thunder Bay. »

« Pour l’instant le projet avance » : le Théâtre français de Toronto reçoit un financement partiel

TORONTO – Le Théâtre français de Toronto (TfT) a reçu 4,725 millions de dollars de la part du ministère du Patrimoine canadien (PCH), soit la moitié du montant demandé pour se doter d’une salle de théâtre. Bien qu’il reste encore près de deux tiers du financement à aller chercher, le co-directeur est optimiste pour la suite du projet.

Le Théâtre français de Toronto (TfT) a reçu une lettre du ministre Marc Miller confirmant un premier investissement fédéral de 4,725 millions de dollars de la part de Patrimoine canadien, pour appuyer la construction de sa salle de spectacle.

Malgré un financement partiel, l’équipe se réjouit de tout de même de cette annonce. « Le point positif c’est que pour un projet de 15 millions au total, ce financement confirme presque le tiers du projet », souligne Ghislain Caron, co-directeur général du Théâtre.

Afin de combler les quelque 10 millions de dollars restant, le TfT compte désormais solliciter d’autres ministères aux niveaux fédéral et provincial ainsi que les instances municipales. Selon le co-directeur, cet appui de Patrimoine canadien ouvre une voie à la contribution d’autres acteurs gouvernementaux. Toutefois, il note qu’auprès de la ville de Toronto, les perspectives demeurent incertaines en raison de l’absence de programmes adaptés à ce type de projet.

Ghislain Caron, co-directeur général du Théâtre français de Toronto (TfT) est positif pour la suite du projet de nouvelle salle de théâtre. Gracieuseté de Matthieu Taillardas

M. Caron assure qu’aux dernières nouvelles, le projet va de l’avant et que les travaux ne sont pas retardés. Les conditions et modalités détaillées du financement fédéral restent encore à préciser. Pour le moment, entre le théâtre, les avocats et le développeur immobilier, l’heure est à l’évaluation des risques.

« Nous n’avons pas toutes les réponses à ce jour », soutient Ghislain Caron, au vu d’un chemin vers le financement complet plus long qu’anticipé : « Nous mettons toutes les chances de notre côté. »

Le Théâtre devrait lancer sa campagne de financement dès cet été.

L’anglais comme langue de travail au CMR de Kingston : une décision insensée, selon le ministre de la Défense

La décision du Collège militaire royal (CMR) de Kingston de désigner l’anglais comme langue de travail principale au sein de l’administration ne fait pas de sens, selon le ministre de la Défense nationale David McGuinty. Le CMR déclare de son côté qu’il n’avait pas le choix de procéder ainsi, devant se conformer à une nouvelle directive fédérale, tout en maintenant que « son engagement en faveur de la promotion du bilinguisme reste inchangé ».

La semaine dernière, dans une note envoyée aux membres de la communauté, le Collège a annoncé que l’anglais serait désormais la langue de travail au sein de l’administration, mettant ainsi le français de côté. Le ministre de la Défense a indiqué mardi qu’il n’était « pas au courant de cette proposition » du CMR de Kingston, lui qui revient d’un voyage de trois jours au Moyen-Orient.

« C’est quelque chose que vous me révélez, mais c’est une question (la décision du CMR), selon moi, qui n’a pas de sens », a réagi David McGuinty en conférence de presse lorsque nous l’avons questionné à ce sujet.

« Comme chancelier de l’université, je peux vous assurer que le Collège et le système d’éducation sont un système bilingue au Canada pour les Forces armées canadiennes », a soutenu celui qui, à titre de ministre de la Défense, est de facto le chancelier des deux collèges militaires royaux du Canada (Kingston et Saint-Jean).

La missive envoyée par le brigadier-général et commandant du CMR, Pascal Godbout, stipule notamment que « l’administration interne, les réunions du personnel et les services centraux seront menés principalement en anglais » et que « l’information essentielle doit être disponible en anglais ».

Cette obligation concerne notamment les ressources humaines, les finances, l’administration universitaire, les technologies de l’information, ainsi que tous les services du personnel tels que la paie et les avantages sociaux.

Le ministre de la Défense nationale David McGuinty. Crédit image : Twitter David McGuinty

Pas une décision locale, selon le CMR

Le CMR nous a indiqué qu’il ne s’agissait pas de sa décision et qu’il se devait de se conformer aux nouvelles directives de la Défense nationale. En janvier 2025, les désignations linguistiques des différentes unités militaires et administratives ont été annulées par le ministère pour faire place à de nouvelles directives reliées à la modernisation de la Loi sur les langues officielles en 2023.

« Il ne s’agit pas d’une décision locale. Le CMR est un établissement militaire relevant du gouvernement fédéral et est tenu de se conformer à toutes les lois et politiques applicables en matière de langues officielles », explique Joël Breton, officier des affaires publiques au CMR.

Le Collège assure que « son engagement en faveur de la promotion du bilinguisme reste inchangé », tout comme l’enseignement et la formation aux élèves, le service au public et aux membres des Forces armées canadiennes (FAC) en anglais et en français.

« Le Collège n’est pas unilingue (…) Le bilinguisme reste un élément central de la formation des officiers au CMR et une compétence essentielle en matière de leadership au sein des FAC », soutient M. Breton.

Une plainte au Commissariat aux langues officielles

Ce nouveau changement au sein de l’institution militaire à Kingston a été qualifié de « préoccupant » par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), appelant le collège à « maintenir un haut niveau de bilinguisme institutionnel indépendamment des minimums administratifs applicables ». La directive envoyée aux employés souligne que cette nouveauté est due au fait que le Conseil du Trésor a désigné la région de Kingston comme étant anglophone.

« Le Collège militaire royal n’est pas une institution comme les autres. Il s’agit d’une institution nationale qui forme la relève militaire et les futurs leaders du pays. À ce titre, le bilinguisme ne devrait pas être perçu comme une contrainte administrative, mais comme une composante essentielle de l’identité et du leadership canadiens », a réagi par communiqué le vice-président de l’AFO, Luc Amoussou.

Appelée à réagir, la commissaire aux langues officielles, Kelly Burke, a indiqué qu’elle ne pouvait commenter directement, car une plainte, présentement en cours d’analyse, a été déposée au Commissariat.

« Je demeure toutefois fermement engagée à veiller à l’égalité du français et de l’anglais au sein des institutions fédérales, à soutenir les communautés de langue officielle en situation minoritaire et d’intervenir auprès des institutions fédérales afin qu’elles se conforment à la Loi sur les langues officielles », nous a-t-elle indiqué.

La semaine dernière, le lieutenant du Québec pour le Parti conservateur et ancien militaire, Pierre-Paul Hus, avait soutenu que la nouvelle directive « constitue un simulacre de protection du français et de respect des langues officielles ».

Côté finances, l’Ontario fait office de mauvais élève face aux autres provinces

La dernière comparaison financière interprovinciale place l’Ontario comme le « mauvais élève » du Canada sur plusieurs critères clés. La province affiche notamment la valeur financière nette par habitant la plus faible et les dépenses de programmes les plus basses au pays. Ce sous-financement chronique ne s’explique toutefois pas par une faible fiscalité, mais plutôt par des revenus externes et des transferts fédéraux historiquement bas.

Le Bureau de la responsabilité financière (BRF) a publié une comparaison budgétaire interprovinciale pour 2024-2025 qui s’appuie sur Statistiques de finances publiques (SPF) et Statistique Canada.

Parmi les points analysés, on y trouve une comparaison de la « valeur financière nette » des provinces par habitant, c’est-à-dire la différence entre les actifs financiers et les dettes.

Source : rapport Comparaison budgétaire interprovinciale 2024-2025 du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario (BRF)

Avec une dette nette de près de 20 000 dollars par habitant, l’Ontario traîne un fardeau deux fois plus lourd que la moyenne des autres provinces de près de 9000 dollars. L’Ontario est donc presque deux fois plus endettée que la moyenne des autres provinces par habitant.

Il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau puisque le rapport précise d’ailleurs que depuis 2009-2010, la valeur financière nette par habitant de l’Ontario s’est systématiquement établie au dernier rang ou à l’avant-dernier rang de toutes les provinces.

Santé et services sociaux : l’Ontario ferme la marche

Un autre critère où l’Ontario est reléguée au dernier rang : les dépenses totales par habitants qui s’élevaient à 14 470 dollars, soit 3238 dollars (18,3 %) de moins que la moyenne du reste du Canada, une tendance courante depuis 2008-2009.

« Le niveau relativement faible des dépenses totales de l’Ontario par habitant s’explique par ses faibles dépenses de programmes par habitant et ses paiements d’intérêt de la dette inférieurs à la moyenne », détaille le rapport.

Source : rapport Comparaison budgétaire interprovinciale 2024-2025 du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario (BRF)

Ceux-ci se chiffraient à 17,7 % sous la moyenne du reste du Canada. A noter que les dépenses en santé par habitant en Ontario s’élevaient à 5284 $, le deuxième montant le plus faible de toutes les provinces, se situant à 17,4 % sous la moyenne du reste du Canada.

En éducation, avec 3085 $ par habitant, la province se situe au 4e rang, mais demeure légèrement sous la moyenne du reste du Canada (-0,7 %).

Toutes les autres dépenses de programmes par habitant en Ontario s’élevaient à 5101 $ en 2024-2025, soit le niveau le plus faible de toutes les provinces et 1760 $ (25,6 %) sous la moyenne du reste du Canada.

L’Ontario est la province qui reçoit le moins de fonds fédéraux

Les revenus totaux de l’Ontario par habitant étaient les plus faibles au Canada (13 333 dollars), soit 3244 dollars (19,6 %) en dessous de la moyenne du reste du Canada.

Deux explications principales à cela selon le BRF qui pointe deux sources de revenus où l’Ontario est largement « perdante ».

Ce déficit de ressources ne provient pas de la fiscalité provinciale : les revenus fiscaux de l’Ontario (impôts et taxes) s’élèvent à 9787 $ par habitant, un montant supérieur de 2,9 % à la moyenne nationale. Rapportés à la taille de son économie, les revenus fiscaux représentent 13,2 % du PIB (contre 12,5 % ailleurs au pays).

Le manque à gagner provient de deux sources externes, soit des transferts fédéraux moindres qu’ailleurs : l’Ontario reçoit en effet le montant le plus faible au pays, 33,1 % de moins que la moyenne du reste du Canada.

Des revenus non fiscaux (incluant les ressources naturelles), l’Ontario perçoit 1329 $ par habitant, ce qui est 64,5 % sous la moyenne nationale (3748 $).

En résumé, malgré un effort fiscal des contribuables supérieur à la moyenne, l’Ontario doit composer avec un budget global réduit en raison de transferts fédéraux moindres et de revenus de ressources naturelles nettement inférieurs à ses voisins.

Au chapitre du « solde de fonctionnement net » — qui mesure l’écart entre l’argent qui entre et l’argent qui sort des coffres de l’État — l’Ontario affiche un déficit de 1137 $ par habitant. Un chiffre qui place la province pile dans la moyenne canadienne, au 6e rang au pays.

Seulement trois provinces, l’Alberta, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, ont enregistré des excédents de fonctionnement nets en 2024-2025. Source : rapport Comparaison budgétaire interprovinciale 2024-2025 du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario (BRF)

Basketball : des débuts encourageants pour le Tempo, malgré la blessure de Julie Allemand

Malgré les défis inévitables d’un début de saison pour une franchise d’expansion, le Tempo de Toronto montre déjà des bases prometteuses après ses quatre premiers matchs en WNBA. Touchée par plusieurs blessures affectant des joueuses importantes du secteur intérieur, en plus de sa meneuse belge Julie Allemand sortie lors de son troisième match, la formation torontoise présente néanmoins un bilan équilibré de deux victoires et deux défaites après quatre rencontres.

Les débuts du Tempo en WNBA ont rappelé toute la difficulté pour une franchise d’expansion de rapidement créer des automatismes. Pour son match inaugural face aux Mystics de Washington, Toronto a manqué de rythme offensivement, mais a déjà montré des signes positifs en défense ne s’inclinant que de trois points (68-65).

Première joueuse de l’histoire du Tempo sélectionnée lors du repêchage d’expansion 2026, Julie Allemand est arrivée à Toronto après une saison européenne couronnée par un titre en EuroLeague avec Fenerbahçe Opet, où elle a également été élue meilleure joueuse du Final Six. En manque de rythme, la meneuse belge, à l’image du collectif torontois, a connu une soirée offensive compliquée.

« Lors du premier match, notre espacement était terrible, a-t-elle reconnu. Lors du deuxième match, on a beaucoup mieux bougé le ballon et trouvé les espaces. »

La réaction immédiate contre Seattle

Le Tempo a rapidement montré sa capacité à corriger le tir, dès le deuxième match. Face au Storm de Seattle, devant une nouvelle fois une salle comble à domicile, Toronto a signé la première victoire de son histoire, avec un succès convaincant de 86-73.

Cette fois, l’attaque torontoise semblait beaucoup plus fluide. Les joueuses ont trouvé davantage d’espaces en transition, le ballon a circulé rapidement et plusieurs options offensives ont participé à l’effort collectif. Marina Mabrey a notamment inscrit 26 points, tandis que Brittney Sykes a ajouté 18 points, huit rebonds et six passes décisives.

Julie Allemand à l’échauffement avant le match du Tempo face à Seattle. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Julie Allemand, elle, s’est surtout distinguée par son activité défensive (3 interceptions) et sa lecture du jeu (6 passes décisives). Très présente sur les lignes de passe et précieuse dans les aides défensives, elle a contribué à établir l’identité défensive que tente déjà d’installer le Tempo.

« On commence à comprendre où chacune aime recevoir le ballon et comment créer des avantages pour les autres », expliquait la Belge après cette victoire encourageante.

L’entraîneuse-chef Sandy Brondello insistait également sur cette progression collective.

« Je leur demande simplement de se faire confiance et de faire circuler le ballon. Une fois qu’on crée un avantage, il faut continuer à le faire vivre », expliquait-elle après la rencontre.

Une blessure qui freine l’élan

Le troisième match, disputé vendredi dernier à Los Angeles contre les Sparks, a toutefois représenté un nouveau défi pour l’équipe. Le Tempo a complètement raté son début de rencontre et s’est rapidement retrouvé mené 21-2, après plusieurs pertes de balle et des erreurs défensives coûteuses.

Malgré ce lourd déficit, les Torontoises sont progressivement revenues dans le match grâce à une défense beaucoup plus agressive et plusieurs séquences de transition efficaces. Le Tempo a finalement échoué de peu dans sa remontée et s’est incliné 99-95 face à cette équipe des Sparks menée par l’expérimentée Kelsey Plum, auteure de 27 points.

La rencontre a aussi été marquée par la sortie sur blessure de Julie Allemand. La meneuse belge a quitté le match après 21 minutes de jeu en raison d’une blessure à l’aine. Avant sa sortie, elle avait récolté cinq points, quatre passes décisives et deux interceptions.

Son absence représentait alors un véritable test pour le Tempo avant le deuxième affrontement consécutif face aux Sparks ce dimanche en soirée à Los Angeles.

Une réponse encourageante malgré les absences

Toujours privé d’Isabelle Harrison depuis le début de la saison et de Temi Fagbenlé, touchée à l’épaule lors du premier match, le Tempo devait donc également faire sans sa meneuse de jeu titulaire pour ce quatrième affrontement face aux Sparks.

Et la réponse a été positive.

Toronto a retenu la leçon du premier match et a réalisé un début de rencontre solide, grâce notamment à la première titularisation réussie de la recrue Kiki Rice (19 points), mais aussi et surtout à la performance exceptionnelle de Brittney Sykes.

L’arrière américaine a signé un record personnel en carrière avec 38 points, dont un parfait 15 en 15 aux lancers francs, permettant au Tempo de marquer plus de 100 points pour la première fois de son histoire et d’obteir une deuxième victoire en quatre matchs (106-96).

La meneuse belge (numéro 22) était encore en recherche de son adresse au tir avant sa blessure. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Au-delà des résultats, ces quatre premières rencontres permettent surtout d’entrevoir l’identité que tente progressivement de bâtir Sandy Brondello : une équipe disciplinée défensivement, capable de hausser rapidement son niveau après des performances plus difficiles et qui cherche constamment à faire vivre le ballon offensivement.

Pour une franchise qui découvre encore les exigences de la WNBA, les automatismes restent évidemment en construction. Mais malgré les blessures et les ajustements constants, les premières bases du projet torontois semblent déjà bien installées.

Une profondeur d’effectif déjà prometteuse

Le travail de construction de l’effectif commence notamment à porter ses fruits avec une rotation qui apparaît déjà particulièrement profonde. Autour de joueuses expérimentées comme Brittney Sykes, Marina Mabrey, Julie Allemand, ou encore la Canadienne Kia Nurse, plusieurs profils venus d’Europe apportent rapidement une vraie valeur ajoutée.

Les débuts de l’Espagnole María Conde, 29 ans, et de la Lituanienne Laura Juškaitė, 28 ans, sont notamment encourageants. Pour leur première expérience en WNBA, les deux Européennes se sont rapidement adaptées à l’intensité du championnat nord-américain en apportant polyvalence, énergie défensive, adresse et qualité de circulation du ballon.

Avec un effectif aussi complet, qui est encore loin d’avoir atteint son plein potentiel après seulement quatre matchs, le Toronto Tempo pourrait rapidement dépasser le simple statut de franchise d’expansion et bien se mêler à la lutte parmi les équipes compétitives de la ligue dès sa saison inaugurale.

Henri Lavergne, un regard torontois sur l’avenir de la FESFO

TORONTO – Henri Lavergne a été élu mercredi 51e président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), obtenant 63 % des suffrages au terme d’un scrutin en ligne. L’élève de 11e année au Collège français de Toronto, qui entamera officiellement son mandat en juillet prochain, devient l’un des rares représentants de la métropole à accéder à ce poste. Arbitre de hockey et de baseball, il entend axer son mandat sur la représentativité des régions et l’implication des élèves dans les dossiers de politiques éducatives.

« Vous étudiez au Collège français à Toronto où votre cohorte compte à peine plus de 20 élèves. À quel moment précis avez eu envie de vous impliquer à plus grande échelle?

Ça a commencé dès la 7e année avec le conseil des élèves. Je m’y suis impliqué chaque année à différents rôles : j’ai représenté mes cohortes en 7e et 8e, puis en 9e et 10e, j’étais ministre des Sports. C’est là que j’ai vraiment commencé à travailler avec d’autres écoles autour de moi et à créer des liens dans le réseau des écoles francophones à Toronto.

Cette année, je suis dans l’exécutif de mon conseil mais, au temps des fêtes, j’ai vu que le poste de représentant du Grand Toronto était ouvert. J’ai postulé, j’ai appris ce qu’était la FESFO, j’ai été choisi et j’ai représenté la région pour la moitié de l’année.

Depuis 1977, vous êtes le troisième président originaire de Toronto sur plus de 50 mandats. En quoi est-ce crucial de porter la voix de cette région qui accède si rarement à la présidence?

C’est important d’être représenté dans le Grand Toronto. Accéder à la présidence d’une région un peu différente d’Ottawa, apporte une perspective nouvelle, car les défis y sont très différents de l’Est ontarien. À Toronto, les écoles sont plus petites et le sentiment d’appartenance très différent.

Plusieurs jeunes ne sentent pas qu’ils font partie de la communauté franco-ontarienne à cause d’insécurités linguistiques ou parce que la communauté n’a pas l’air comme eux. Il y a beaucoup de nouveaux arrivants qui rejoignent la communauté. Cette variété-là est vraiment cool à représenter.

Henri Lavergne lors de l’ouverture du café étudiant au CollèJuin 2025 : Henri Lavergne lors de l’inauguration du café étudiant de son école, un projet qu’il a cofondé en tant que représentant des élèves. Photo : Gracieuseté de Henri Lavergne

Y a-t-il une rencontre ou un modèle dans la communauté franco-ontarienne qui vous a donné l’envie de vous impliquer ou procuré de fortes émotions?

Ce n’est vraiment pas une personne en particulier, mais plus la communauté en général qui m’entoure depuis que je suis très jeune. C’est une communauté au sein de laquelle il y a énormément de fierté. J’adore le 25 septembre : c’est une de mes journées préférées quand tout le monde porte du vert et du blanc et qu’on est fier d’être Franco-Ontarien.

Ce n’est pas toujours facile. On doit souvent se battre pour avoir accès à des services, des écoles en français ou notre droit à l’éducation en français. C’est une passion pour moi et c’est la communauté au complet qui me motive à me battre pour nos droits.

Après les grandes batailles historiques pour les universités comme l’UOF et l’U de S, en quoi la FESFO peut-elle encore être pertinente pour les jeunes aujourd’hui?

C’est le fait que les jeunes franco-ontariens ont besoin d’un endroit à l’extérieur de leur école où ils puissent avoir un contact avec le français. S’ils ont un problème avec l’accès aux services en français dans leur région, ils peuvent être représentés politiquement à l’extérieur de l’école. Seule la FESFO peut offrir ça. C’est important que notre voix soit entendue au niveau provincial et que de nouvelles personnes apprennent ce qu’est l’organisme et utilisent ses ressources.

On parlait souvent d’une baisse de participation ces dernières années. Est-ce qu’on peut dire que la vie associative à la FESFO est redevenue normale ou le réseau est-il encore en reconstruction?

Après la pandémie, ça a été très difficile de rebâtir le réseau, mais on a fait d’énormes progrès, surtout pour rebâtir notre réseau de personnes contacts dans les écoles. On a plus de 100 PéCos (des élèves qui servent de personnes-ressources pour la FESFO) maintenant à travers la province. J’ai mené ma campagne pour augmenter ce chiffre et le nombre d’écoles qui ont une voix directe entre nous et eux. Je veux continuer l’année prochaine à faire des progrès dans la représentation de chaque école.

Le 25 septembre 2024, Henri Lavergne prononçait une allocution devant l’hôtel de ville de Toronto au nom des élèves du Conseil scolaire Viamonde. Photo : Gracieuseté de Henri Lavergne

Il manque encore des représentants pour le Nord et pour Toronto au sein du conseil. Comment allez-vous faire pour motiver les jeunes à prendre ces rôles?

Ce n’est pas de les convaincre de s’impliquer, c’est plutôt de les motiver à le faire. Beaucoup de jeunes veulent s’impliquer, mais ils se disent que leur voix n’a pas un grand impact ou qu’ils ne veulent pas gaspiller leur temps. On doit les convaincre que c’est important d’avoir cette représentation régionale. À Toronto, je suis en contact avec plusieurs personnes pour remplir le poste, et dans le Nord, on fait aussi beaucoup de réseautage. J’aimerais idéalement avoir le conseil au complet avant qu’on prenne la relève en juillet.

Cette année est la septième sans les Jeux franco-ontariens. Leur retour est-il envisagé ou faut-il inventer un nouveau modèle de rassemblement?

Les Jeux sont un événement auquel je n’ai jamais pu participer. Je ne vais pas dire oui ou non sur leur retour, car je n’ai pas encore parlé avec mon conseil de représentation de l’événementiel. Mais, selon moi, les événements qu’on va organiser seront axés sur les besoins et l’intérêt des jeunes. J’ai cru comprendre que la FESFO envisage de continuer le Congrès provincial du réseau jeunesse chaque automne. C’est important d’avoir un endroit où les jeunes francophones de chaque région peuvent se parler.

Henri Lavergne et l’équipe organisatrice du tournoi de basketball entre le Collège français et l’École secondaire Michelle O’Bonsawin en 2025. Photo : Gracieuseté de Henri Lavergne

Comment comptez-vous améliorer la communication et la collaboration avec les autres organismes de la communauté?

Ça aide vraiment de se mobiliser, d’être actif sur les réseaux sociaux et de répondre présent quand on nous pose des questions. Je veux m’assurer qu’on est visible à travers la communauté. On a une excellente équipe au bureau qui est déjà très habile à faire ces collaborations, mais je voudrais augmenter nos collaborations à travers la province.

Le gouvernement envisage de bloquer l’accès aux réseaux sociaux dans les écoles pour protéger votre santé mentale, trouvez-vous cette mesure infantilisante?

Je ne peux pas parler au nom de la FESFO car je ne suis pas encore président, mais de mon côté je comprends que les réseaux sociaux posent un défi pour certains jeunes. Par contre, c’est un excellent outil pour nous pour communiquer avec les jeunes, car c’est là qu’ils se trouvent. Cette année, je rejoindre les jeunes là où ils sont. C’est un moyen de les informer sur des événements politiques ou de les inscrire à nos activités sans devoir aller leur parler un par un en personne. J’aimerais qu’on puisse garder ce moyen de communication, même si on est prêt à s’adapter si la mesure s’impose.

Henri Lavergne recevant le prix de « Meilleur délégué » lors d’une simulation des Nations unies organisée par des élèves de l’école secondaire Toronto-Ouest appelée Viamonu, ouverte à toutes les écoles de langue française du Grand Toronto cette année. Photo : Gracieuseté de Henri Lavergne

La province veut aussi noter la présence en classe. Trouvez-vous cette mesure nécessaire ou injuste pour ceux qui ont des réalités plus difficiles?

Là encore, je comprends que l’absentéisme est un problème en Ontario mais je voudrais m’assurer que la solution est mise en place de façon équitable et humaine. Certains jeunes doivent travailler pour faire de l’argent pour leur famille, d’autres vivent des défis de santé mentale et ont besoin de journées de repos pour mieux se présenter en classe ensuite.

Si l’absentéisme est compté dans la note finale, il faut que les jeunes puissent avoir une discussion avec leurs enseignants ou leur direction pour trouver une solution humaine plutôt que de juste mettre une solution technique sur un problème.

Certains disent que le système craque et que le financement baisse. En voyez-vous concrètement les effets sur le terrain?

Ce sont plus les profs qui voient l’impact direct sur les ressources en classe, mais pour les jeunes, c’est le manque d’opportunités. Travaillant dans un conseil d’élèves à mon école, je vois qu’on se fait parfois dire « non » parce qu’on n’a pas les moyens d’obtenir du financement pour organiser des activités rassembleuses pour les jeunes. Si on avait plus de financement, ce serait bien plus facile pour les conseils d’élèves d’impliquer les jeunes dans leur communauté.

Vous participiez hier aux états généraux de l’Ontario français ici même, à Toronto. Quel message crucial la jeunesse doit-elle envoyer pour que le futur de la province lui ressemble?

Pour moi, cette journée a été l’occasion d’écouter des perspectives variées et c’était inspirant de voir à quel point tout le monde veut voir du progrès. Mais mon message est clair : je veux que les jeunes soient entendus pour de vrai, pas juste pour « cocher une boîte ».

Trop souvent, on nous consulte par simple formalité parce qu’on est jeunes. Je refuse que notre voix soit un simple crochet sur une liste. Je veux qu’on se sente écoutés parce que notre opinion a un impact réel. Ce que nous, les jeunes, demandons, ce sont des actions concrètes qui reflètent nos idées et notre engagement, pas seulement une consultation pour la forme.

Henri Lavergne au Forum des jeunes de Viamonde avec des amis en 2025. Photo : Gracieuseté de Henri Lavergne

Dans dix ans, quand vous ferez le bilan, quel accomplissement vous fera dire : « J’ai réussi ma mission »?

Je veux être capable de dire que j’ai augmenté le nombre de jeunes francophones qui connaissent la FESFO et qu’on a représenté les défis de chaque région lors de mon mandat, du Nord au Sud.

Qu’aimeriez-vous faire plus tard comme études ou carrière?

J’ai toujours été très impliqué et j’aimerais continuer, que ce soit dans la représentation politique ou pour améliorer la vie des personnes autour de moi. Je n’ai pas encore décidé pour l’université, mais je veux continuer mon éducation en français. J’ai mon œil sur l’Université d’Ottawa en sciences politiques pour son programme bilingue qui est exceptionnel.

Mettons de côté votre titre de président! Qui est le Henri du quotidien, en dehors des études et de la représentation?

C’est probablement le sport. Je suis très impliqué dans le baseball et le hockey. J’arbitre du baseball durant l’été et du hockey durant l’hiver, en plus d’entraîner des jeunes. Je joue aussi régulièrement au hockey.

Un autre sport qui passionne Henri Lavergne est le hockey. Photo : Gracieuseté de Henri Lavergne

Suivez-vous les séries éliminatoires de hockey en ce moment et quel genre de partisan êtes-vous?

Oui, je suis les séries! Malheureusement pour moi, je suis un fan des Leafs de Toronto. Malgré tout, j’espère que des équipes canadiennes, comme les Canadiens de Montréal, peuvent gagner pour le Canada. Même si ça me fait un peu mal de dire ça en tant que partisan de Toronto, c’est correct, je suis les résultats de près.

À quoi va ressembler votre été? Des voyages ou projets en perspective, en dehors de vos nouvelles responsabilités à la FESFO?

Pour l’instant, je n’ai pas de voyage spécifique de prévu, puisque j’ai déjà fait un grand voyage en Europe durant la semaine de relâche. Je vais donc rester pas mal chez moi, à Toronto, pour travailler à l’association de baseball comme je le fais habituellement. Je vais en profiter pour passer du temps avec mes amis, mais je vais aussi consacrer une bonne partie de mon temps à me préparer pour la rentrée scolaire et, surtout, pour mon nouveau rôle de président. »


2026  : Devient représentant du Grand Toronto à la FESFO.

Qui parle au nom de la Nation métisse?

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

L’Ontario pourrait bientôt ressentir les effets du projet de loi C-21 (le traité métis). Le débat entourant le projet de loi C-21 s’est largement concentré sur le Manitoba. Cela est compréhensible. Cette loi donnerait force de loi au Traité sur l’autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge et reconnaîtrait officiellement la Fédération Métisse du Manitoba (FMM) comme gouvernement des Métis de la rivière Rouge.

Mais les conséquences à long terme de cet accord pourraient dépasser largement les frontières du Manitoba. L’Ontario, en particulier, pourrait bientôt se retrouver devant une question difficile : qui parle au nom de la Nation métisse au Canada?

Depuis des années, le paysage politique métis est marqué par des désaccords autour de l’identité, de la représentation et de la légitimité. La Métis Nation of Ontario (MNO), le Ralliement national des Métis (RNM) et la Fédération Métisse du Manitoba se disputent depuis longtemps la reconnaissance, l’appartenance et l’accès aux ressources politiques et financières. Les tensions sont devenues si importantes que la FMM a finalement quitté le Ralliement national des Métis, accusant l’organisation et certains de ses gouvernements membres de reconnaître des communautés sans liens historiques suffisants avec le foyer métis de la rivière Rouge.

Ces désaccords n’ont jamais été de simples conflits de personnalité. Ils reflètent quelque chose de beaucoup plus profond : des visions concurrentes de ce qu’est réellement la Nation métisse.

Durant mes années au Parlement, il devenait de plus en plus évident que la Fédération Métisse du Manitoba comprenait Ottawa de manière exceptionnelle. Elle a bâti patiemment des relations, créé sa crédibilité au fil du temps et s’est positionnée non seulement comme un organisme de revendication, mais comme un partenaire gouvernemental incontournable aux yeux du gouvernement fédéral.

Le projet de loi C-21 pourrait maintenant transformer davantage cette réalité politique.

Le traité utilise de façon répétée l’expression « Métis de la rivière Rouge » plutôt que simplement « Métis ». À première vue, cela peut sembler plus restreint et historiquement précis. Mais sur les plans politique et juridique, les implications pourraient être beaucoup plus vastes. Les Métis de la rivière Rouge sont considérés par plusieurs historiens et dirigeants métis comme le noyau historique à partir duquel les communautés métisses se sont étendues vers l’Ouest et dans d’autres régions du Canada.

Cela soulève une question importante.

Si le gouvernement fédéral reconnaît la FMM comme gouvernement des Métis de la rivière Rouge, et si l’ascendance liée à la rivière Rouge devient le fondement constitutionnel principal de l’identité métisse, cela place-t-il progressivement la FMM au centre de l’autorité politique métisse au Canada?

Les communautés métisses de l’Ontario pourraient éventuellement ressentir cette pression plus
que quiconque.

De nombreuses personnes métisses en Ontario retracent leurs origines à des communautés mixtes autochtones et européennes qui ont évolué différemment de l’établissement de la rivière Rouge. D’autres revendiquent des liens familiaux et politiques directs avec la tradition métisse de la rivière Rouge. Certaines communautés possèdent une longue histoire reconnue. D’autres demeurent contestées par des historiens, des gouvernements et même par d’autres organisations métisses.

Le projet de loi C-21 ne règle pas ces tensions. À certains égards, il pourrait même les accentuer.

Il ne s’agit pas simplement de symbolisme ou de prestige politique. La reconnaissance compte parce qu’elle façonne le pouvoir. Elle influence les droits de consultation, l’autorité gouvernementale, l’accès au financement, les droits de récolte et la capacité de négocier directement avec la Couronne.

Lorsqu’un gouvernement reçoit une reconnaissance constitutionnelle et des pouvoirs législatifs liés à une compréhension particulière de la nation métisse, d’autres organisations pourraient éventuellement être forcées de se définir en fonction de ce cadre.

Cela pourrait créer une pression vers une centralisation politique au sein de la gouvernance métisse au Canada, intentionnellement ou non.

Rien de cela ne signifie que la Fédération Métisse du Manitoba agit de mauvaise foi. Cela ne signifie pas non plus que les Métis de la rivière Rouge ne possèdent pas une revendication légitime à l’autonomie gouvernementale. Leur histoire distincte et importante au Canada est indéniable.

Mais la reconnaissance constitutionnelle produit des conséquences qui dépassent largement l’accord immédiat qui est signé.

C’est pourquoi cette conversation concerne non seulement le Manitoba, mais aussi l’Ontario, la Saskatchewan, l’Alberta et la Colombie-Britannique.

Qui définit ultimement l’identité métisse au Canada? La Nation métisse est-elle principalement enracinée dans la rivière Rouge? Plusieurs identités politiques métisses peuvent-elles coexister sur un pied d’égalité? Ou le Canada se dirige-t-il progressivement vers la reconnaissance d’une seule autorité historique et politique centrale?

Ce ne sont pas des attaques contre les droits des Métis. Ce sont des questions sur l’avenir de la gouvernance autochtone au Canada.

Et elles méritent d’être débattues ouvertement avant que le Parlement ne les transforme discrètement en réalité constitutionnelle.

Silencieusement, le débat avance
Silencieusement, un nouveau gouvernement naît
Silencieusement, tu deviens citoyen
Et l’écho résonnera pendant des générations.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

États généraux : les francophones de Toronto veulent passer du constat à l’action

TORONTO – Pour leur 29e consultation, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) fait escale à Toronto pour tenir leurs états généraux. Des représentants des services clés en français, ainsi que des francophones et francophiles de la Ville Reine se sont réunis afin d’échanger sur leur vision de l’avenir.

C’est la première fois qu’un grand centre urbain est visité dans le cadre des états généraux et plus de 90 personnes se sont inscrites à ces consultations. Des organismes, des bénévoles et divers intervenants francophones rencontrent l’équipe de l’AFO ces 14 et 15 mai pour discuter de la survie de la francophonie de l’Ontario à l’horizon 2050.

« Pour nous, l’un des objectifs des états généraux, est que nos institutions prennent en main la destinée de la francophonie ontarienne », a déclaré le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk. Selon lui, une crise identitaire et démographique rend nécessaire cette rencontre dans la métropole anglophone. Il a d’ailleurs dressé un portrait critique des défis actuels.

Des discussions en groupe ont permis l’échange du vécu des francophones à Toronto. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

« Si notre poids démographique descend sous la barre des 4 %, le pouvoir politique des francophones disparaîtrait. Il deviendrait plus difficile d’obtenir des changements politiques favorables à notre communauté », s’inquiète le directeur général.

L’immigration a également été au cœur des enjeux liés au déclin démographique, particulièrement observé dans la métropole. « Sans l’immigration, on aura un déclin assuré de la francophonie ontarienne », poursuit-il.

Le directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Peter Hominuk. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Un réseau de services en français sous pression

Le directeur général de l’AFO a constaté que plus de la moitié des répondants au sondage mené pour l’organisme estiment que les services en français sont en déclin.

Dans le cadre des discussions en groupe aux états généraux, certains nouveaux arrivants francophones ont partagé leur réalité en tant que francophones à Toronto.

Parmi eux, Marius Voli et Rudelfie Bazolo racontent que le manque de services a un réel impact sur les perspectives des nouveaux arrivants de s’établir dans la région.

« Quand il n’y a pas d’organismes qui nous accompagnent dans l’installation et l’intégration, l’idée nous vient à l’esprit d’aller dans une autre province », témoigne M. Voli en ajoutant qu’il a lui-même déjà songé à quitter l’Ontario pour le Québec.

Marius Voli et Rudelfie Bazolo pensent que le manque de services en français à Toronto a de réels impacts sur la communauté nouvellement arrivée. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

« J’ai aussi des amis qui souhaitent partir à Montréal », admet à son tour Mme Bazolo.

À la même table, la PDG du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), Estelle Duchon, observe le phénomène, de nombreux francophones partent vers Ottawa.

Le Sud de l’Ontario exclu d’un nouveau projet du fédéral

Dans une entrevue avec ONFR, Peter Hominuk déplore que dans le cadre d’un nouveau projet de règlement obligeant certaines entreprises privées à offrir des services en français dans les communautés à forte concentration francophone, aucune communauté dans le Sud de la province n’ait été reconnue comme telle.

Il se dit déçu de la position du gouvernement fédéral, tout en estimant que ce règlement constitue malgré tout un premier pas.

Les états généraux doivent prendre fin d’ici la fin juin.

Vidéo unilingue : le Commissariat aux langues officielles lance une enquête sur Michael Rousseau

OTTAWA – Le Commissariat aux langues officielles (CLO) ouvre officiellement une enquête concernant la vidéo unilingue anglophone du PDG d’Air Canada, Michael Rousseau, publiée en mars dernier.

« Une enquête est désormais en cours », nous a confirmé le CLO dans une déclaration écrite.

Plus de 2460 plaintes ont été déposées au CLO concernant ce message vidéo, qui était en cours d’analyse ces dernières semaines par le bureau du chien de garde des langues officielles au fédéral.

Le dirigeant de la compagnie aérienne avait enregistré une vidéo de près de quatre minutes sans dire un mot en français, à la suite d’une collision à l’aéroport de LaGuardia ayant coûté la vie à deux pilotes de l’entreprise, dont un francophone. « Bonjour » au début du message et « merci » à la fin étaient les deux seuls mots dans la langue de Molière qu’a prononcés le PDG de la compagnie aérienne assujettie à la Loi sur les langues officielles.

Ce n’est pas la première fois que le commissariat aux langues officielles ouvre une enquête au sujet de Michael Rousseau, qui trône au sommet des plaintes générées au CLO. Il faut ajouter à cela un précédent incident en novembre 2021, où un discours prononcé presque entièrement en anglais devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain avait déjà suscité 2680 plaintes.

« Toutes les personnes qui ont déposé une plainte qui a été jugée recevable ont reçu ou recevront le préavis d’enquête si elles ne sont pas anonymes », nous a aussi indiqué le CLO par écrit vendredi.

Sur son départ

Depuis, le PDG avait annoncé son intention de partir à la retraite d’ici le mois de septembre prochain. Lors d’une récente assemblée annuelle, le 1er mai dernier, avec les actionnaires de l’entreprise, le président du conseil d’administration, Vagn Sørensen, avait affirmé « que notre prochain chef de la direction aura la capacité de s’exprimer en français ».

L’allocution de M. Rousseau, dans les jours suivant la collision, avait généré de nombreuses réactions, notamment sur la scène politique. Le haut dirigeant avait d’ailleurs été convoqué par les élus à Ottawa afin de fournir des explications concernant cette vidéo. Cependant, le Comité des langues officielles a annulé l’invitation à M. Rousseau en raison de son départ imminent à la retraite, reportant plutôt la responsabilité sur son successeur et le conseil d’administration.

Michael Rousseau occupe la tête de la compagnie canadienne depuis février 2021.

Le Comité consultatif sur les services en français devrait-il avoir plus de poids?

OTTAWA – Le Comité consultatif sur les services en français (CCSF) de la Ville d’Ottawa a tenu sa dernière réunion du mandat 2022-2026 jeudi soir. Si le bilan technique affiche une réussite, le départ des membres est marqué par la volonté de passer d’une instance de consultation à un partenaire stratégique pour l’administration municipale. 

Le coordonnateur du comité Jérôme Courchesne a présenté un rapport de fin de mandat confirmant que le CCSF a mis en œuvre l’intégralité de ses huit activités. Ce bilan a été réalisé dans un contexte de mandat écourté à trois ans plutôt que quatre – conséquence d’une révision structurelle de la Ville en 2023 – et malgré un roulement important, sept membres ayant quitté le comité en cours de route. 

Les travaux du comité ont ciblé des secteurs clés de l’administration. En matière de ressources humaines, le CCSF avait recommandé d’améliorer le recrutement et la formation linguistique du personnel. 

« Tout ce qu’on a fait… c’est des recommandations dans le désert »
— Diane Desaulniers, membre du comité

Toutefois, derrière ces avancées se cache une frustration palpable qui trouve ses racines au début du mandat. Formé en septembre 2023 après un an d’inactivité et une menace de suppression lors d’une révision municipale, le comité a dû rattraper le retard accumulé depuis la pandémie.

Lors de cette ultime réunion, Diane Desaulniers, aussi membre du comité, a qualifié le rapport de fin de mandat « triste ». « Tout ce qu’on a fait, c’est approuver des affaires, faire des recommandations dans le désert », a-t-elle lancé, espérant que le futur comité bénéficiera d’un « volet plus stratégique ».

Ce sentiment se reflète dans le rapport officiel, adopté jeudi soir par les membres, qui précise que le fonctionnement actuel « limite la capacité de mettre pleinement à profit » l’expertise stratégique des membres.

Le point de friction majeur réside dans la redevabilité. Pour éviter que leurs avis ne restent lettre morte, les membres exigent que les directions générales de la Ville présentent systématiquement un rapport de suivi après chaque recommandation. Selon Katherine Dupuis, cette rétroaction doit devenir une « pratique habituelle » pour mesurer l’impact réel du comité.

Danièle Filion a toutefois nuancé ce constat en notant une amélioration de la dynamique interne : « Vers la fin de notre mandat, l’engrenage semblait un peu plus efficace ». Bien qu’elle ait trouvé le plan de travail initialement « imposé », elle a conclu sur une note optimiste quant à l’avenir du comité. 

Des motifs d’espoir pour 2026-2030

Malgré ces critiques, le mandat se termine sur des notes positives. Les membres ont souligné une amélioration notable de la qualité du français chez les cadres municipaux venus présenter des dossiers au cours des deux dernières années.

« J’ai été agréablement surprise de la qualité de bilinguisme des gens des différents secteurs qui nous ont rencontrés », a noté Mme Desaulniers.

La greffière municipale, Caitlin Salter MacDonald, a d’ailleurs assuré que la Ville étudiait déjà des pistes pour présenter de manière plus systématique les investissements francophones dans les prochains budgets.

La vice-présidente Mireille Brownhill a conclu en remerciant les membres pour leur engagement : « Grâce à nos efforts concertés, nous avons contribué de façon significative à la promotion du fait français et au renforcement du bilinguisme au sein de l’appareil municipal. » 

Musset Pierre-Jérôme a profité de la tribune pour souligner l’intérêt entourant la candidature du Canada pour l’accueil du Sommet de la Francophonie en 2028 à Ottawa. Un dossier où il espère que le futur CCSF pourra jouer un rôle actif, au-delà de la simple gestion des services de proximité.

Le recrutement pour le prochain mandat du CCSF sera lancé par la Ville dès cet automne, après les élections municipales.

Éducation spécialisée : les manquements de la province épinglés dans un rapport

TORONTO – La vérificatrice générale de l’Ontario, Shelley Spence tire la sonnette d’alarme en matière d’éducation spécialisée. Dans son rapport déposé cette semaine, elle identifie plusieurs lacunes et formule une série de recommandations dans le but d’améliorer l’encadrement des élèves ayant des besoins particuliers.

Le rapport intitulé Besoins en éducation de l’enfance en difficulté vise à déterminer si le ministère de l’Éducation et les conseils scolaires disposent de mesures adaptées dans la mise en œuvre de leurs programmes, et si les services éducatifs offerts répondent bel et bien aux besoins des élèves ayant des besoins particuliers tout en respectant les normes.

Le document met en lumière de nombreuses lacunes, telles que les plans d’enseignement individualisés (PEI) jugés insuffisants et dont la mise en œuvre est critiquée. L’incapacité d’une partie des enseignants à offrir des mesures d’adaptation nécessaires aux élèves est également soulignée dans le rapport.

Un manque d’aides-enseignants « alarmant »

Non seulement le rapport démontre que de nombreux élèves ont attendu plusieurs mois, voire plus d’un an, avant d’obtenir une évaluation de leurs besoins particuliers, mais il souligne également que 28 % des enseignants admettent avoir des lacunes en matière de mesures d’adaptation destinées aux élèves. On y constate ainsi que le manque d’objectifs mesurables dans les plans d’éducation des élèves ne tient pas suffisamment compte des besoins.

La vérificatrice générale note aussi que, dans plus de la moitié des cas, les absences d’aides-enseignants n’étaient pas remplacées et que les postes vacants n’étaient pas comblés. Cette situation entraînait notamment le renvoi d’élèves à leur domicile. « Il n’y avait aucun suivi officiel du nombre d’occurrences de telles situations, et celles-ci n’étaient ni documentées ni justifiées », lit-on dans le document.

Ainsi, dans le rapport, la vérificatrice fait 15 recommandations visant à redresser le système. Parmi elles, figure, par exemple, celle d’exiger que les conseils scolaires mettent en place un mécanisme d’évaluation de l’expérience des élèves ou encore celle de fournir aux écoles des directives sur l’application de PEI.

Gabrielle Lemieux est présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO). Photo : Gracieuseté

Ayant été elle-même enseignante en éducation spécialisée, la présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) appuie sur l’importance des problématiques soulevées. « Je pense qu’il faut regarder cela dans son ensemble et de s’assurer d’avoir une stratégie applicable par tous les conseils scolaires », avance Gabrielle Lemieux.

Selon elle, un modèle d’inclusion devrait être soutenu par un appui accru du personnel qualifié. Toutefois, elle constate un manque de financement pour soutenir la création et le maintien de ces postes.

« Faute de ressources, on ne pourrait pas offrir certains des services recommandés. Il ne s’agit pas toujours de créer un document quelconque, mais de s’assurer qu’on injecte les fonds et les ressources pour que les écoles puissent répondre aux besoins réels des élèves », déclare la présidente.

L’enjeu du financement pèse sur les ambitions du rapport

Robert Demers, qui préside actuellement l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) explique que : « Le ministère nous dira que le financement a été augmenté de tel ou tel pourcentage, mais il s’avère que les difficultés des élèves augmentent plus que ces bonifications de fonds. »

L’ex-enseignant ajoute que le manque du personnel pèse d’autant plus dans les régions du Nord ontarien où le soutien aux élèves concernés demeure très faible. « Surtout du côté francophone catholique parce que nos territoires sont vastes et où les psychométriciens ou des psychologues qualifiés manquent dans toutes nos régions », confie M. Demers.

Robert Demers est le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC). Photo : Gracieuseté

Afin de se diriger vers un meilleur encadrement des élèves, M. Demers estime essentiel que le ministère de l’Éducation consulte les conseils scolaires ainsi que les spécialistes formés dans ce domaine « pour arriver avec un plan qui est gérable, faisable et qui améliore le sort des élèves. »

« Une refonte complexe du système d’éducation spécialisée est peut-être nécessaire », ajoute le président. Il note qu’une des principales attentes du milieu est l’obtention d’un financement stable et prévisible qui tienne compte des réalités francophones.

Enfin, la vérificatrice générale de l’Ontario, Shelley Spence, confirme qu’un suivi de la mise en œuvre des recommandations par les parties impliquées sera fait dans deux ans.

Jeremy Hansen séduit la communauté francophone à Ottawa

OTTAWA — L’équipage d’Artemis II a marqué son premier arrêt officiel au Canada depuis son retour de la Lune, mercredi, lors d’une escale au Centre national des Arts (CNA). L’Ontarien Jeremy Hansen et ses coéquipiers ont dévoilé les coulisses de leur mission historique vers la Lune, un récit dont la portée humaine a fait vibrer la communauté francophone présente dans la salle. 

L’équipage d’Artemis II a reçu un accueil des plus chaleureux au Centre national des Arts, un peu plus d’un mois après son retour de la Lune, devant une salle comble de 700 personnes.

Accueilli par un vibrant « bienvenue chez toi » lancé par ses coéquipiers, l’Ontarien Jeremy Hansen s’est imposé comme le point de mire de l’événement, en sa qualité de premier Canadien appelé à voyager autour de la Lune.

Bien que la conférence ait eu lieu majoritairement en anglais, certains moments forts ont été marqués par l’usage de la langue française, comme l’a souligné l’animatrice de la discussion et productrice générale de Danse du CNA, Caroline Ohrt, dès le tout début de la conférence.

« Il y a un point de fierté pour moi et tous les francophones, Jeremy est l’être humain qui a porté la langue française le plus loin de toute l’histoire de l’humanité », s’est-elle exprimée suscitant une pluie d’applaudissements de l’assistance.

Jeremy Hansen, à gauche – qui, comme lors du voyage, portait un écusson aux racines anichinabées sur sa manche – a partagé avec humour que la culture nationale s’était invitée jusqu’au menu de l’équipage dans l’espace, notamment par la présence de sirop d’érable et de biscuits à la feuille d’érable. Photo : Inès Rebei/ONFR

Pour l’Ontarien de London, ce choix de s’exprimer dans la langue de Molière à 400 000 kilomètres de la Terre était une question d’authenticité. 

« En réalité, je n’ai jamais vraiment pensé à ça, c’était juste naturel », avait-il alors rétorqué en français devant le public, avant d’ajouter : « Je n’ai pas cherché consciemment à amener le Canada dans l’espace, mais le Canada y a véritablement trouvé sa place. »

Pas juste des Américains

Un geste qui a résonné avec force auprès du public, notamment pour Émilie Charlebois, venue avec ses trois enfants.

« Pendant longtemps, on a toujours pensé que les enfants ne pourraient jamais devenir astronautes parce que c’était seulement réservé aux Américains, mais là, on voit vraiment que non seulement il y a des femmes maintenant dans l’espace, mais il y a des francophones et tant d’autres personnes », a-t-elle souligné. 

Marquée par l’accent mis sur les valeurs humaines, Mme Charlebois se réjouit de voir que ce type de mission encourage les enfants à cultiver leurs passions, même dans des domaines aussi extrêmes. Photo : Inès Rebei/ONFR

Et d’insister : « C’est super impressionnant de rencontrer un Canadien qui a fait quelque chose d’exceptionnel, qui a porté la langue française jusque dans l’espace ».

Reta-Anne McKay, étudiante présente à la conférence, a admis qu’elle ignorait que l’astronaute pouvait s’exprimer avec une telle aisance dans la langue de Molière. 

« En tant que personne francophone bilingue, je me sens représentée. Ce n’est pas quelque chose qu’on a l’habitude de voir ou d’entendre. Même aujourd’hui, le fait que certaines questions aient été posées en français et qu’il ait pu y répondre, c’est significatif », lance la résidente d’Orléans.

« C’était très important pour la francophonie et je suis contente qu’il ait pu apporter non seulement la culture canadienne, mais la culture francophone directement dans l’espace »
— Reta-Anne McKay
Venue pour vivre la mission « de façon plus concrète », Reta-Anne McKay tenait à entendre les astronautes de vive voix lors de cette rencontre marquante qu’elle qualifie de moment précieux pour l’humanité. Photo : Inès Rebei/ONFR

Inspirer la prochaine génération 

La salle Southam du CNA affichait un visage particulièrement jeune mercredi, alors qu’une marée d’écoliers, dont certains arboraient fièrement des répliques de combinaisons spatiales, s’était déplacée pour l’occasion. 

Devant cette relève attentive, Jeremy Hansen a tenu à déconstruire l’image d’Épinal de l’explorateur infaillible en apportant une nuance au célèbre slogan du film Apollo 13 :« Beaucoup de gens pensent que « l’échec n’est pas une option » signifie que l’équipe ne fait pas d’erreurs. Mais la réalité, c’est que nous en faisons beaucoup », a-t-il lancé. 

Selon l’Ontarien, la clé du succès réside plutôt dans la persistance et la capacité à « co-créer une solution » en équipe.

Ce discours sur la détermination a trouvé un écho particulier chez Gloria Mavambu, venue par passion pour l’astronomie : « Ce qu’ils font souligne qu’on ne peut pas simplement compter sur la chance pour réussir. Il faut travailler très dur pour accomplir de grandes choses. »

« C’est génial, car cela permet d’intéresser à nouveau les enfants à l’espace comme on le voit avec tous ceux présents aujourd’hui » 
— Gloria Mavambu
Gloria Mavambu assure qu’elle est tellement passionnée par l’espace qu’elle s’est fait tatouer une lune sur son épaule. Photo : Inès Rebei/ONFR

Les arts au coeur de la mission

Le choix du Centre national des Arts comme quartier général pour cette escale ottavienne ne relevait pas du hasard : le dialogue entre la science et l’art a irrigué toute la soirée. 

Pour le commandant de la mission, Reed Wiseman, la culture a été un moteur essentiel de leur quotidien en orbite. « Nous sommes définitivement des opérateurs techniques, mais nous sommes passionnés par l’art, par la richesse qu’il apporte et la façon dont il connecte la société », a-t-il affirmé, soulignant la joie que cette dimension a injectée dans la mission. 

De son côté, l’astronaute et seule femme de l’équipage Christina Koch a décrit la vie en apesanteur comme une véritable chorégraphie, où chaque mouvement doit être coordonné avec précision pour transformer les contraintes physiques en une danse fluide.

Selon les organisateurs, les billets pour cette rencontre historique se sont vendus en seulement deux heures, à tel point qu’ils ont dû ajouter 100 places supplémentaires à la dernière minute pour répondre à la demande. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Tout d’un coup, nous étions plus en paix, plus heureux, plus ensemble », a confié l’astronaute canadien qui a raconté avoir  improvisé un système de diffusion sonore pour partager sa musique. Sur scène, l’équipage a d’ailleurs révélé avoir poussé cette préparation sensorielle jusqu’à consulter un poète avant le départ, afin d’apprendre à documenter l’ineffable beauté de l’espace.

Nathalie Hunter, francophone originaire de Terre-Neuve, a vu dans cette ouverture inattendue la véritable réussite de la soirée. 

« Ce qui m’a le plus marquée, c’est l’inclusion des perspectives culturelles et même spirituelles dans leur préparation », a-t-elle partagé, voyant dans ce témoignage bien plus qu’une simple prouesse technique : « C’était vraiment, pour moi, l’expérience humaine. »

Nathalie Hunter, qui a posé une question aux astronautes sur l’inclusion des perspectives culturelles et spirituelles dans leur préparation, a particulièrement apprécié la place accordée aux femmes dans cette mission ainsi que la profondeur de l’expérience humaine partagée par l’équipage. Photo : Inès Rebei/ONFR

Zachary Jeggo, d’Embrun aux relais mondiaux d’athlétisme, « juste être là, c’était déjà spécial »

À seulement 19 ans, Zachary Jeggo a goûté pour la première fois au très haut niveau. Sélectionné avec l’équipe du Canada pour les Relais mondiaux au Botswana, le Franco-Ontarien a vécu sa première expérience internationale chez les seniors, sans toutefois pouvoir courir en raison d’une blessure. Une étape charnière qui laisse entrevoir l’émergence d’un talent du 400 mètres et met en avant le parcours d’un athlète en pleine progression.

Avant d’émerger comme l’un des jeunes espoirs du sprint canadien, Zachary Jeggo ne se destinait pas à l’athlétisme. Originaire de l’Est ontarien, il grandit d’abord dans l’univers du hockey. « Toute mon enfance, j’ai joué au hockey. J’ai fait de l’athlétisme comme un sport secondaire, juste pour être un peu plus explosif », raconte-t-il.

C’est à l’adolescence que tout bascule. Entre une expérience frustrante dans le hockey compétitif et des performances prometteuses sur piste, le choix devient évident. « J’ai eu des bonnes performances aux Nationaux U16… donc je me suis dit : c’est quoi le point de continuer le hockey si je suis capable de bien faire en athlétisme? »

Après avoir exploré plusieurs disciplines, du demi-fond au 400 mètres haies, il se spécialise progressivement sur le tour de piste, une distance qui correspond à son profil.

S’exiler pour progresser

Aujourd’hui, il poursuit son développement à l’Université Simon Fraser, à Vancouver, où il continue de franchir les étapes. Un passage dans l’Ouest canadien qui l’éloigne aussi de ses repères linguistiques, lui qui a grandi dans un environnement francophone.

« J’ai fait l’école de la maternelle jusqu’à la douzième année en français… la grande majorité de ma vie était française. »

Installé en Colombie-Britannique, il reconnaît que le français est moins présent dans son quotidien. « Ici, la francophonie, ce n’est pas une grosse affaire… donc j’essaie d’appeler mes parents pour continuer à parler français. »

Des progrès rapides qui attirent l’attention

L’année 2026 marque une véritable percée dans son parcours. Dès sa première saison universitaire, Jeggo s’impose comme l’un des jeunes coureurs à suivre au pays. Il établit notamment un record canadien U20 en salle sur 400 mètres avec un chrono de 46,72 secondes, avant de descendre sous la barre des 47 secondes à l’extérieur quelques semaines plus tard.

Des performances qui ne passent pas inaperçues et qui le propulsent rapidement sur le radar national. Au début du mois de mai, il est appelé pour la première fois avec l’équipe nationale senior à l’occasion des Relais mondiaux.

Une première expérience internationale marquante

Direction le Botswana, une expérience qu’il décrit comme à part, dans une ambiance « ridicule » dans le stade, qu’il n’avait jamais expérimentée auparavant. « Être capable de représenter le Canada sur l’équipe senior, en Afrique… c’était très spécial, c’était une super belle expérience. »

Même s’il n’a finalement pas pu courir en raison d’une blessure, le Franco-Ontarien retient surtout l’apprentissage au contact des meilleurs, notamment de certains modèles qu’il admirait déjà, comme Christopher Morales-Williams ou encore les sprinteurs canadiens présents sur le circuit.

« Juste voir les athlètes seniors, comment ils prennent les choses au sérieux, comment ils s’entraînent… tu peux apprendre tellement en les observant. »

Au-delà de la piste, c’est tout un mode de vie de haut niveau qu’il découvre. « Même la façon qu’ils mangent, la façon qu’ils prennent soin de leur corps… juste les petites affaires, ça fait une grosse différence. »

Frustration mais motivation

Privé de compétition au dernier moment, Zachary Jeggo admet une frustration bien réelle. Mais cette déception s’est rapidement transformée en moteur pour la suite. « C’est un peu frustrant de travailler toute la saison… puis de ne pas être capable de démontrer mes compétences. Mais ça a aussi nourri le feu en moi… pour pousser pour le reste de la saison. »

Avec plusieurs échéances à venir, dont les Championnats nationaux à Ottawa, le Franco-Ontarien garde le cap.

Cap sur 2028

À court terme, l’objectif est clair : performer aux championnats nationaux et continuer à progresser. Mais à plus long terme, le rêve olympique commence déjà à prendre forme. « C’est un but… et ce n’est pas aussi loin que je pensais. » Avec les championnats du monde 2027 dans le viseur et une place à aller chercher dans les relais canadiens, Zachary Jeggo avance rapidement. Très rapidement.

Et son passage avec Équipe Canada, même sans course, marque déjà une étape clé : celle où un espoir devient un nom à suivre.

Le français prend le bord au Collège militaire royal de Kingston

C’est terminé pour le bilinguisme officiel mur à mur au Collège militaire royal du Canada (CMR) à Kingston. Le même endroit où l’astronaute Jeremy Hansen a notamment perfectionné son français change sa politique de bilinguisme et désigne l’anglais comme langue de travail principale au sein de l’administration.

Le centre de formation des militaires à Kingston passe d’une entité bilingue à une entité unilingue anglaise, en vertu d’une mise à jour de la politique sur les langues officielles à la Défense nationale. C’est ce qu’a indiqué le brigadier-général et commandant au CMR, Pascal Godbout, dans une note interne envoyée aux membres du Collège dont nous avons obtenu copie. Dans celle-ci, il est indiqué que le Conseil du Trésor a désigné la région de Kingston comme étant anglophone.

« L’administration interne, les réunions du personnel et les services centraux sont menés principalement en anglais », édicte Pascal Godbout en précisant que « l’utilisation des deux langues officielles dans les réunions et les communications internes est encouragée lorsque la situation opérationnelle le permet ».

« Toutefois, l’information essentielle doit être disponible en anglais », décrète le commandant.

Pas d’impact sur l’instruction en français, assure le CMR

Pour les étudiants, les cours seront toujours offerts en anglais et en français, tout comme les cours de langue seconde, est-il précisé dans la note interne. Les élèves continueront aussi de suivre leurs cours selon un mode d’alternance, soit deux semaines en français et deux semaines en anglais.

Si tous les cours ne sont pas affectés, les services internes devront dorénavant privilégier l’anglais. Cette obligation concerne notamment les ressources humaines, les finances, l’administration universitaire, les technologies de l’information, ainsi que tous les services du personnel tels que la paie et les avantages sociaux.

Pour les élèves (les aspirants de marine et élèves-officiers), « le Collège maintiendra la capacité bilingue nécessaire pour respecter cette obligation ». Idem pour les membres du public, qui pourront recevoir un service dans les deux langues officielles en vertu des « normes fédérales en matière d’offre active », est-il décrété en vertu de la nouvelle mesure. Désormais, en vertu de cette directive, l’obligation d’offrir des services internes en français et en anglais ne s’appliquera plus aux employés.

Le CMR de Kingston et le CMR Saint-Jean au Québec sont les deux seules institutions universitaires fédérales du Canada. Elles ont donc des obligations linguistiques en vertu de la Loi sur les langues officielles et les politiques du ministère de la Défense nationale. Les élèves qui y obtiennent leur diplôme reçoivent un diplôme universitaire de premier cycle et un brevet d’officier dans les Forces armées canadiennes. Au total, une vingtaine de programmes sont offerts à une population étudiante de près de 1200 personnes. L’établissement fête d’ailleurs son 150e anniversaire cette année.

Si la note a été envoyée mercredi aux membres de la communauté universitaire, elle date du mois de février. Cela pourrait signifier que des postes de superviseurs ou dans la haute direction n’auront plus d’obligation de bilinguisme en vertu de cette nouvelle directive.

« Le CMR s’engage à garantir que les employés unilingues anglophones et francophones soient traités équitablement et aient un accès juste aux possibilités d’emploi ainsi qu’aux occasions de perfectionnement et d’avancement professionnels, sous réserve des exigences linguistiques légitimes associées à certains postes », peut-on lire dans cette missive.

Le CMR assure que les exigences linguistiques pour les postes « seront gérées de manière responsable et transparente afin de garantir le respect continu des obligations liées aux langues officielles ».

« Les gestionnaires sont responsables de l’application adéquate des exigences linguistiques dans leurs domaines de responsabilité, tout en assurant l’efficacité opérationnelle », soutient Pascal Godbout.

Le commandant assure que le bilinguisme « demeure un aspect clé du Plan de formation des officiers·ères de la Force régulière au CMR ».

CORRECTIF : Une version précédente du texte indiquait que le CMR de Kingston était la seule université fédérale au Canada. Bien que leurs chartes diffèrent, le CMR de Saint-Jean est également une institution universitaire sous responsabilité fédérale.

L’Université d’Ottawa mise sur Julie Cafley pour piloter sa nouvelle stratégie francophone

OTTAWA – Après une vacance de plus d’un an et demi, l’Université d’Ottawa (U d’O) a enfin trouvé celle qui portera le dossier de la francophonie. Julie Cafley, une experte reconnue en politiques publiques et en inclusion, a été nommée vice-rectrice à la francophonie et aux relations externes et communautaires. 

C’est un poste qui a fait couler beaucoup d’encre, autant par sa longue vacance que par sa redéfinition sémantique. Après plus de 18 mois d’attente à la suite du départ de Sanni Yaya en mai 2024, l’établissement a annoncé ce mercredi la désignation de celle qui aura la lourde tâche de piloter le dossier francophone. 

Julie Cafley, dont le mandat de cinq ans débutera le 6 juillet prochain, n’arrive pas en terrain inconnu. 

Détentrice de quatre diplômes de l’U d’O, dont un doctorat en leadership en éducation, elle a consacré sa thèse aux enjeux de leadership et de gouvernance dans l’enseignement supérieur en examinant les mandats inachevés des recteurs et rectrices d’universités canadiennes. 

Elle a d’ailleurs été cheffe de cabinet des recteurs Allan Rock et Gilles Patry.

« Julie Cafley possède une rare capacité à rassembler des milieux différents autour de projets porteurs », a souligné par écrit la rectrice Marie-Eve Sylvestre. 

Elle estime que le parcours de la nouvelle vice-rectrice en inclusion et en développement de partenariats correspond à la vision d’une université « profondément ancrée dans sa communauté ».

Accent sur les relations externes

Le nouveau titre du poste, qui évacue le volet « international » au profit des « relations externes et communautaires », semble signaler un virage vers une diplomatie de proximité alors que l’établissement sort d’une période de consultations institutionnelles visant à évaluer son offre de cours et son positionnement en français. 

« La nouvelle vice-rectrice aura pour mandat de réaffirmer le leadership de l’Université d’Ottawa dans la francophonie et de renforcer les partenariats avec les gouvernements, le secteur privé, le milieu communautaire et le monde universitaire pour accroître le rayonnement de l’Université et en optimiser l’impact », peut-on encore lire dans le communiqué.

Ancienne directrice générale de Catalyst Canada et vice-présidente au Forum des politiques publiques, Julie Cafley dispose d’un réseau étendu dans les cercles décisionnels canadiens.

« Je reviens à l’Université d’Ottawa avec une conviction profonde : la francophonie se construit dans l’écoute, les relations et les partenariats. Ensemble, avec nos communautés, nous bâtirons des ponts et renforcerons le sentiment d’appartenance afin de faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l’équité et tournée vers l’avenir », a-t-elle déclaré par voie de communiqué.  

Mme Cafley a aussi représenté le Canada à la Commission de la condition de la femme des Nations Unies, contribuant aux réflexions internationales sur l’avancement des femmes et l’égalité.  

Une nomination bien accueillie

Les réactions ne se sont pas fait attendre dans le milieu franco-ontarien. 

Madeleine Meilleur, ancienne ministre des Affaires francophones et procureure générale de l’Ontario, voit en elle une alliée de taille : « Sa vaste expérience professionnelle et son expertise dans le domaine des politiques publiques contribueront à solidifier le leadership institutionnel de l’Université. Je me réjouis particulièrement de sa connaissance approfondie de la communauté franco-ontarienne et de l’espace francophone canadien ».

Même son de cloche du côté de la santé. Dominic Giroux, président et directeur général de l’Hôpital Montfort, se réjouit de cette nomination.

« Plus que jamais, nos institutions doivent travailler main dans la main pour former la prochaine génération de professionnelles et professionnels de la santé, faire avancer la recherche en français et renforcer des communautés francophones saines, fortes et inclusives. » 

Privatisation des aéroports fédéraux : un risque pour les droits linguistiques?

Ottawa a récemment ouvert la porte à la privatisation des aéroports fédéraux, mais est-ce qu’une telle mesure pourrait avoir un impact sur le service en français dans les aéroports? Oui, selon deux experts, mais les probabilités que le gouvernement laisse passer une telle éventualité sont faibles.

Dans sa mise à jour économique présentée à la fin du mois d’avril, Ottawa évoque l’idée de réformer le modèle des aéroports, par exemple en « exploitant la valeur des aéroports pour investir dans la croissance à long terme du Canada, notamment par des modes de propriété différents ». Autant le ministre des Transports, Steven MacKinnon, que son collègue aux Finances, François-Philippe Champagne, ont mentionné ces possibilités publiquement.

Le juriste en droits linguistiques Pierre Foucher y voit de possibles signaux rouges pour les usagers des aéroports sans une intervention du gouvernement.

« Il y a des moyens pour sécuriser les droits linguistiques des passagers, mais il faut s’assurer que le gouvernement fédéral va les prendre », prévient-il en entrevue.

Si le gouvernement conclut des ententes avec des entités privées, il devra s’assurer d’y inclure des clauses linguistiques, mentionne-t-il. Il rappelle par exemple les cas d’Air Canada et du Canadien National (CN), tous les deux d’anciennes sociétés de la Couronne privatisées aux alentours des années 1990 qui ont conservé des obligations linguistiques.

Air Canada a été privatisée en 1988 à la suite de l’adoption d’une loi fédérale. À l’époque, le Parlement s’était toutefois assuré que le transporteur aérien reste assujettie à la Loi sur les langues officielles Gracieuseté Bibliothèque d’images Air Canada.

Mais il y a aussi Petro-Canada, qui a été privatisée vers la même période, qui n’est pas assujettie à des obligations linguistiques. L’option d’une privatisation complète dans le cas des aéroports comme Petro-Canada serait « un risque pour le fédéral », estime Pierre Foucher.

« Il se retrouverait politiquement avec une bataille linguistique, ce dont il n’a pas besoin à ce moment-ci », dit-il.

Et la récente modernisation de la Loi sur les langues officielles en 2023 a rehaussé les obligations du fédéral à prendre des décisions qui n’iraient pas à l’encontre du développement des minorités linguistiques, évoque le juriste.

« Avec cette notion que si on enlève des droits qui sont déjà là, c’est sûr qu’on ne fait pas de promotion et ça devient une violation de la partie VII de la Loi, c’est de plus en plus difficile de contourner la loi. »

« Donc, je soupçonne que ça va devenir de plus en plus courant que si le gouvernement fédéral veut procéder à des opérations de privatisation, il doive tenir compte de l’enjeu linguistique », signale M. Foucher.

S’il accorde que la Loi sur les langues officielles est souvent contournée, nécessitant le recours aux tribunaux pour « rappeler le gouvernement à l’ordre », la commissaire aux langues officielles a aussi plus d’outils et de leviers pour intervenir en raison de la refonte de la législation, contrebalance le juriste.

Par ailleurs, la commissaire nous a indiqué qu’elle avait déjà reçu une plainte à son bureau en lien avec l’annonce dans la mise à jour économique du gouvernement Carney sur les aéroports.

« Dans le cadre de toute décision sur leur modèle de gestion, j’invite le gouvernement à considérer son impact sur les langues officielles du Canada », a déclaré Kelly Burke, précisant « limiter mes commentaires » en raison de cette plainte « sous analyse afin d’en déterminer la recevabilité ».

Quel modèle de privatisation?

Plusieurs modèles de privatisation sont possibles, selon le professeur de l’Université d’Ottawa Gilles LeVasseur. Cela pourrait s’articuler autour de trois modèles principaux : la privatisation complète, la vente de participations à des investisseurs privés recherchant un rendement annuel, ou louer l’aéroport à long terme (ex. : 99 ans) contre un immense chèque immédiat versé à l’État pour obtenir le droit de l’exploiter.

« Le bail emphytéotique est celui qui est le plus commun dans bien des milieux parce que l’État ne perd pas le contrôle du terrain », avance le professeur de gestion et de droit.

« Quand c’est avec des sociétés par actions, la question c’est de savoir qui va être le maître principal de l’actif de l’entité. Est-ce que ça va être encore l’État ou est-ce que ça va être une entreprise privée et l’État va avoir 30-40 % par exemple? Tandis que la privatisation complète, le problème c’est que l’État n’a plus de place à jouer. »

Steven MacKinnon
Interrogé à ce sujet au Parlement la semaine dernière Steven MacKinnon a indiqué qu’Ottawa était au « stade embryonnaire de cette démarche-là (de privatisation), on aura des nouvelles un peu plus tard ». Crédit image : Stéphane Bédard

L’expert estime que l’option la plus probable consiste en un paiement initial considérable versé au gouvernement en échange des droits d’exploitation à très long terme. François-Philippe Champagne avait d’ailleurs évoqué que le gouvernement étudiait le modèle des aéroports pour savoir « comment peuvent-ils apporter de la valeur aux Canadiens? »

« Le danger est de dire que oui, on peut faire de l’argent, mais ce n’est pas récurrent à cause des obligations qui en découlent. Tandis que louer un espace, ça, ça peut amener des revenus chaque année sur une base continue », avance Gilles LeVasseur.

Il estime que le gouvernement risque de se précipiter dans ce dossier, mû par sa volonté de combler le déficit à tout prix.

« On n’a pas le temps de réfléchir parce qu’on veut tout de suite avoir des revenus. Le problème quand on bouge rapidement, c’est qu’est-ce qui arrive en l’an 2030, 2040 si on n’a pas les outils pour pouvoir revenir sur toute la situation? », questionne-t-il.

Un nouveau carrefour communautaire francophone verra le jour à Vanier

OTTAWA – À l’occasion de son rassemblement annuel tenu mardi soir au HUB Vanier, le Centre des services communautaires (CSC) Vanier a annoncé la conclusion d’un partenariat avec la Ville d’Ottawa portant sur le développement d’un carrefour de services au 250, chemin de Montréal, où seront regroupés des volets sociaux, sanitaires et résidentiels. 

« Ce projet, c’est le nouveau cœur de Vanier. Ce sera aussi un pôle francophone majeur pour toute la ville d’Ottawa », a affirmé Andrée-Anne Martel, directrice générale du CSC Vanier, en entrevue avec ONFR

Pour celle qui reçoit cette année l’Ordre de la Pléiade, cette annonce concrétise une vision de longue date : « L’édifice sera conçu pour répondre aux besoins des résidents de Vanier d’aujourd’hui et de demain. Il comprendra des services essentiels, des espaces accueillants, et agira comme un phare pour la communauté francophone. »

Andrée-Anne Martel, directrice générale du CSC Vanier a expliqué que ce Carrefour est un projet de longue date de l’organisme. Photo : Inès Rebei/ONFR

Le projet du 250, chemin de Montréal prévoit la création d’un édifice moderne conçu pour abriter le nouveau quartier général de l’organisme. Plutôt que de disperser ses ressources, le Centre souhaite unifier ses points de service afin de simplifier le parcours des usagers, tandis que le HUB Vanier actuel demeurera une extension extérieure de ce futur complexe. 

Mme Martel a précisé l’ampleur des services qui y seront intégrés : « On parle de logements abordables, d’un centre récréatif, d’une clinique de santé, d’une banque alimentaire et de commerces. » 

Un appui municipal à la revitalisation du quartier

Pour le maire d’Ottawa, présent lors de l’événement en compagnie de la conseillère municipale de Vanier Stéphanie Plante, ce projet dépasse la simple infrastructure physique. 

« On sait aussi que les jeunes, les aînés et les familles à Vanier manquent d’espaces récréatifs pour pratiquer des sports et des activités abordables. Ce nouveau carrefour sera un catalyseur pour la revitalisation de Vanier, tout en répondant aux besoins critiques des résidents qu’il dessert », a déclaré Mark Sutcliffe insistant sur la portée intergénérationnelle de cet accord.

« Je suis fier que la Ville d’Ottawa puisse être un partenaire clé dans la réalisation de cette vision inspirante, qui profitera à des générations de résidents de Vanier et à la communauté francophone d’Ottawa », a déclaré le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Cet engagement de la Ville est important parce qu’il représente bien plus qu’un financement. C’est une reconnaissance envers Vanier, ses organismes communautaires et les résidents qui travaillent sans relâche depuis des années pour leur communauté », a affirmé de son côté Mme Plante, précisant qu’il s’agit de l’un des investissements municipaux les plus importants dans le secteur depuis 2001.

Bien que l’appui de la Ville soit désormais officiel, le dossier demeure à une étape préliminaire. 

Les partenaires doivent encore définir le montage financier global et établir l’échéancier des travaux, des détails qui seront précisés au fur et à mesure que la planification architecturale progressera. 

Un nouveau cap pour 2026-2028

« Moins de barrières. Plus de possibilités  » : C’est sous ce thème que le CSC Vanier a lancé sa nouvelle planification stratégique 2026-2028.

Interrogée sur les obstacles majeurs à surmonter pour concrétiser cette vision, Andrée-Anne Martel a pointé du doigt la crise du logement et l’insécurité alimentaire : « C’est un gros facteur de risque. On a vu une augmentation d’environ 90 % de l’utilisation alimentaire depuis les trois dernières années », a-t-elle précisé.

La directrice générale Andrée-Anne Martel a tenu à remercier les 150 employés et les quelque 150 bénévoles dont l’engagement totalise plus de 9000 heures de service au CSC Vanier dont certains étaient présents mardi soir. Photo : Inès Rebei/ONFR

Le plan élaboré en collaboration avec la firme ottavienne Karma Dharma s’articule autour de trois priorités stratégiques – la Navigation, les Espaces et l’Innovation- conçues pour moderniser l’accès aux soins. 

Pour la directrice générale, l’objectif est clair : « L’idée, c’est de devenir un centre de santé communautaire francophone de référence pour tout Ottawa, pas seulement pour Vanier. »

Dans sa quête d’innovation, Andrée-Anne Martel mise sur la diversification des revenus, notamment par les levées de fonds, pour concrétiser une ambition de longue date : « Devenir un centre de santé communautaire francophone est une priorité sur laquelle nous travaillons depuis longtemps pour répondre à un besoin criant identifié à Vanier. »

Au cours de l’année 2025, le CSC Vanier a desservi plus de 25 000 personnes, totalisant plus de 68 000 rencontres avec les membres de la communauté.

Transition et reconnaissance communautaire

L’événement a aussi permis de saluer le parcours de Michael McLellan, dont les quinze ans d’implication, notamment à la tête du conseil d’administration, ont laissé une empreinte durable sur le Centre selon l’organisme.

Le CSC Vanier a tenu à exprimer sa « plus profonde reconnaissance pour quinze années au service d’une communauté qu’il a contribué à bâtir, à protéger et à faire rayonner ». Sous sa présidence, l’organisation a franchi des jalons significatifs, incluant le lancement du HUB Vanier, en novembre dernier, et l’atteinte d’un budget, présenté comme record, de dix millions de dollars en 2025.

Pour remercier Michael McLellan, le centre lui a offert un banc personnalisé qui sera installé à Partage Vanier et construit par son propre frère, Dale McLellan. Photo : Inès Rebei/ONFR

Enfin, le titre d’Organisme de l’année a été décerné au journal Perspectives Vanier – qui a fermé ses portes en février dernier après 22 ans d’existence – pour son rôle de témoin privilégié de l’évolution du quartier.

« Il faut se rappeler dans quel contexte ce journal est né. Vanier portait alors le poids d’une réputation que ses résidentes et ses résidents ne reconnaissaient pas; un quartier trop souvent défini de l’extérieur par des stéréotypes qui ne rendaient pas justice à la vraie vie qui y pulsait. Mais ce petit journal a choisi de faire quelque chose de courageux : raconter une autre vérité », a tenu à souligner Raymond Delage, président sortant du conseil d’administration depuis les neuf dernières années.

Ce dernier a aussi fait savoir qu’un babillard communautaire sera érigé au Hub Vanier, « un espace vivant ancré dans le quartier où les histoires des résidents continueront d’être racontées, parce que la voix de ce journal mérite de résonner encore ». 

À gauche, Raymond Delage, président sortant du conseil d’administration du CSC Vanier et Christian Marcoux, l’unique journaliste qui a été à la tête du Journal jusqu’à sa dernière publication en février dernier. Photo : Inès Rebei/ONFR

Mort du Franco-Ontarien Justin Bourassa : verdict d’homicide pour un drame « évitable »

LONDON – Un verdict a été rendu dans l’enquête du coroner sur la mort de Justin Bourassa, ce joueur et entraineur de tennis franco-ontarien de Sarnia. Abattu par balle en 2021 lors d’une altercation avec deux policiers l’ayant confondu avec un suspect, celui-ci effectuait une marche après un circuit de vélo Sarnia-London. Si le jury a retenu le verdict d’homicide et formulé des recommandations pour prévenir de futurs drames, la famille reste convaincue que sa mort était totalement évitable.

Après six jours d’enquête et les délibérations, le jury de cinq personnes a rendu son verdict dans le cas du décès de Justin Bourassa, 29 ans, joueur et entraineur de tennis et membre actif de la communauté francophone de Sarnia.

Toutes les parties dans l’enquête du coroner (la famille Bourassa, le chef de police, la commission de police et les deux agents) s’étaient entendues pour recommander au jury de classer le décès comme un homicide et c’est ce qui a été retenu.

Une dénomination neutre qui n’introduit pas la notion de culpabilité des deux officiers, dont l’un a tiré par balle sur M. Bourassa.

Des recommandations étaient attendues de la part du jury pour suggérer des réformes policières.

Parmi celles-ci, le jury préconise d’abord une révision profonde des pratiques d’interpellation, en insistant sur le fait que la communication et le désamorçage doivent primer sur le contrôle physique. Les jurés soulignent l’importance de laisser aux citoyens un temps de réaction suffisant pour traiter les ordres policiers, évitant ainsi qu’une confusion ne soit perçue comme une menace.

Sur le plan de la formation, le jury recommande de sensibiliser les agents aux biais de perception induits par le stress et les expériences passées, afin de mieux distinguer la peur de l’agression. Des améliorations techniques concernant le combat au sol et l’identification d’alternatives non létales en situation d’urgence sont également réclamées.

Enfin, pour garantir une meilleure redevabilité, le jury propose de rendre obligatoires les évaluations psychologiques et les débriefings tactiques systématiques pour tout agent impliqué dans un incident mortel. L’objectif est clair : transformer chaque drame en un levier d’apprentissage pour éviter que l’histoire ne se répète.

Rappel des faits relatés par la police

Le 28 octobre de 2021, deux agents de police de London, Joshua Ryan et Ryan Hendrick, répondaient à un appel pour entrée par effraction. Ils ont alors aperçu Justin Bourassa, 29 ans, qui effectuait une marche et l’ont pris pour un des suspects.

Selon leur témoignage, l’agent Ryan a tenté de menotter M. Bourassa qui s’est débattu, ce qui a résulté en une lutte entre les trois hommes. L’agent Hendrick a témoigné que Bourassa lui a fait une prise d’étranglement au sol. Selon ses dires, voyant son partenaire perdre connaissance, l’agent Ryan a pris son arme et tiré un coup de feu. Le francophone est décédé plus tard à l’hôpital des suites de ses blessures au cou et à la poitrine.

Justin Bourassa était membre du Club de tennis de Sarnia. Photo : gracieuseté du club

Durant l’enquête, il a été établi que Justin Bourassa n’était impliqué dans aucune activité criminelle ni dans l’effraction signalée. De même, les analyses toxicologiques n’ont révélé aucune trace d’alcool ni de drogue dans son système.

Il a par ailleurs été démontré que l’entrée par effraction pour laquelle les policiers avaient été appelés n’a jamais existé. Une situation mal interprétée par le voisinage, car il s’agissait de trois adolescents qui volaient des panneaux de signalisation sur la voie publique.

Durant les plaidoiries finales de lundi précédant les délibérations, différents membres du Conseil des services de police de London ont plaidé que si les formations forment les policiers, il est impossible de les former à toutes les situations, que celles-ci ne sont pas une formule mathématique infaillible.

Il a rappelé que les officiers sont tenus d’analyser le cas en face d’eux, soit des comportements parfois ambigus et changeants d’individus.

« L’officier de police Ryan a sauvé la vie de son coéquipier, a conclu Fraser Kelly, chef du Conseil des services de police de London. Quand quelqu’un décide de devenir très violent avec un policier, parfois il doit prendre la décision de tirer. »

Des circonstances nébuleuses remises en question par la famille 

L’avocate de la famille Bourassa, Meaghan Daniel, déconstruit le récit policier qui présente chaque étape comme une nécessité. Elle souligne que les policiers ont transformé une incertitude (un homme dans le noir) en une urgence mortelle en seulement 80 secondes. Elle soutient que la sécurité aurait pu être assurée par la patience, la distance et la communication, plutôt que par une confrontation physique immédiate.

Me Daniel a plaidé que la mort de Justin Bourassa n’était pas une fatalité inévitable, mais le résultat d’une escalade inutile alimentée par des biais de perception et un manque de recours aux techniques de désamorçage de la part de la police.

Dans une entrevue accordée à ONFR, elle explique également que certaines circonstances relatées par les deux officiers sont inconciliables et ambiguës.

Par exemple, selon eux l’étranglement aurait duré 40 secondes durant lesquelles l’agent Ryan aurait tenté de tirer Justin « entre 1 et 50 fois », répétant que les autres options de recours à la force n’étaient pas viables, car, en cas d’échec, il n’y aurait pas eu de temps pour essayer autre chose.

« Il est difficile de concilier ces versions et pour la famille d’accepter l’explication. (…) Il n’a pas utilisé de bâton, de gaz poivré ou de Taser », relève Me Daniel.

Autre fait troublant, dans une lettre adressée aux médias, la mère de Justin, Lorraine Sabourin Bourassa, souligne que sur plusieurs vidéos de surveillance on peut voir Justin marcher jusqu’à la scène avec ses souliers de vélo à crampons, ajoutant que « en aucun temps Justin a essayé de se sauver, car il n’avait rien fait de mal. De plus, il est impossible de courir avec ces souliers sur de l’asphalte. »

« Cette arrestation était inutile et inacceptable. Aucun crime n’avait été commis », conclut-elle.

Bien qu’elle ne figure pas dans la liste finale des recommandations adoptées par le jury, une demande cruciale de la famille a marqué les plaidoiries : l’instauration d’une reconstruction médico-légale indépendante systématique après chaque tir policier mortel. Pour la famille Bourassa, seule une analyse scientifique neutre permettrait d’établir une vérité qui ne dépend pas uniquement du récit des policiers impliqués.

Le cri d’une mère et d’une famille déchirées

« Justin ne méritait pas de mourir. Sa famille n’aurait jamais dû souffrir comme cela. Tout ce qu’il nous reste, ce sont des photos, des souvenirs et une fondation à son nom, Love-All », clame la mère de la victime, Lorraine Sabourin Bourassa, à propos de ce qu’elle qualifie d’« acte ignoble » commis par « deux êtres sans scrupules, sans morale et qui n’ont aucun remords de leurs actions ».

Et de pointer une injustice : « Les deux meurtriers, eux, ont la chance de vivre une vie normale avec leur famille. Cette enquête publique n’a pas résolu le problème. Il y aura d’autres crimes que les policiers vont commettre et qui vont rester impunis. »

Mme Bourassa appelle de ses voeux à changer le système avec l’appui d’une agence neutre pour évaluer les cas de brutalité des policiers. Il faudrait aussi, selon elle, forcer les policiers à avoir toute la formation nécessaire pour agir en cas d’urgence, évaluer leur capacité mentale à prendre des décisions logiques en cas d’altercations, les forcer à porter des caméras en cas de conflits et améliorer leurs habiletés de communication.

Un projet de loi pour décriminaliser les troubles mentaux : interner plutôt qu’emprisonner

TORONTO – Dix ans après le décès derrière les barreaux du francophone Soleiman Faqiri, atteint de schizophrénie, après seulement 11 jours d’incarcération, un projet de loi exige que l’Ontario reconnaisse qu’un établissement correctionnel ne constitue pas un environnement approprié pour des personnes aux prises avec leur santé mentale et, d’autre part, que les maladies mentales ne devraient pas être criminalisées.

Déposé par la députée néo-démocrate de Toronto-Centre, Kristyn Wong-Tam, le projet de loi 42, intitulé Loi de 2025 exigeant la justice pour Soli (arrêter la criminalisation des problèmes de santé mentale) a été adopté en première lecture le 3 juin 2025 dernier et devrait être débattu en seconde lecture dans les prochains jours.

Bien qu’il ne prescrive pas de modèle de rechange au système correctionnel, le texte exige que le gouvernement de l’Ontario reconnaisse qu’un établissement correctionnel ne constitue pas un environnement approprié pour une personne vivant une crise de santé mentale et enfin que les maladies mentales nécessitent des soins de santé et ne devraient pas être criminalisées.

La députée Kristyn Wong-Tam en conférence de presse sur le projet de loi 42 à Queen’s Park, 30 avril dernier, avec Yusuf Faqiri (Justice for Soli). Photo : gracieuseté du NPD de l’Ontario

« J’espère que le gouvernement saura voir qu’il s’agit d’un enjeu humain non partisan, qui affecte profondément la sécurité et le bien-être des personnes incarcérées, de leurs familles et de l’ensemble du système correctionnel », partage la députée Kristyn Wong-Tam.

Convaincue que des lacunes du système correctionnel dans le traitement des profils souffrant de maladies mentales mènent souvent à l’incarcération d’individus qui devraient être dirigés vers des soins pour soigner leurs troubles mentaux, la députée s’est appuyée sur l’histoire tragique d’un francophone.

Le décès d’un francophone à l’origine de ce projet de loi

Le 4 décembre 2016, Soleiman Faqiri, 30 ans souffrant de troubles mentaux, est décédé alors qu’il était en détention provisoire au Centre correctionnel du Centre-Est de Lindsay en Ontario. Pendant son incarcération de seulement 11 jours, il a été neutralisé au moyen de mesures de contention, de gaz lacrymogène et placé en isolement, entrainant son décès le 15 décembre.

Diagnostiqué schizophrène depuis l’âge de 19 ans, celui-ci avait été arrêté à l’âge de 30 ans pour une altercation avec un voisin de sa sœur, chez laquelle il résidait.

Soleiman et Yusuf Faqiri (à droite) et leur famille. Photo : gracieuseté de Yusuf Faqiri

Son frère Yusuf Faqiri, fondateur de l’organisme Justice for Soli, mène un combat pour obtenir justice. Il explique à ONFR que la police connaissait sa maladie, documentée, et qu’aucun membre de la famille n’était présent lors de l’arrestation.

« Mon frère n’était juridiquement pas responsable, ni coupable », explique celui-ci, qui ajoute que, trois jours avant le décès, en audience à Oshawa, un juge a déterminé que la place de Soleiman n’était pas en prison, et qu’il devait être transféré dans un hôpital. Mais, faute de lits disponibles, la détention avait été prolongée.

Un inspectorat dans les prisons

En décembre 2023, le jury d’une enquête du coroner a rendu un verdict d’homicide et a formulé 57 recommandations de réformes gouvernementales visant à prévenir d’autres décès similaires à l’avenir, des recommandations qui n’ont pas été appliquées selon Yusuf Faqiri.

Aujourd’hui l’organisme d’une quinzaine de bénévoles qui accompagnent des familles victimes, formule deux demandes principales : que des excuses officielles soient présentées à la famille Faqiri pour le décès de Soleiman, et qu’une agence d’inspection du système correctionnel dédiée à la santé mentale soit créée.

« Quand on est malade, on va dans un institut, pas en prison. Aucune entité d’inspection du système correctionnel pour la santé mentale n’existe et il n’y a rien de partisan à en demander une », défend Yusuf, qui refuse que le décès de son frère ait été vain.

Le ministère du Solliciteur général de l’Ontario n’a pour l’heure pas répondu à nos questions pour connaitre la position du gouvernement sur le sujet.

Santé mentale : une nouvelle offre de services pour les francophones de York

RICHMOND HILL – Après plusieurs mois de préparation, l’Association des francophones de la région de York (AFRY) a officiellement lancé des services en santé mentale accessibles quel que soit le statut d’immigration.

Un financement annuel de 120 000 $ sur deux ans par la région de York a permis à l’Association francophone de la région de York (AFRY) de lancer de nouveaux services en santé mentale il y a un mois. « On prévoit de gérer 300 clients sur l’année », assure Nolwenn Beschemin, coordinatrice des services d’établissement au sein de l’association.

Mme Beschemin note que le stress, la charge mentale, la parentalité ou encore l’isolement comptent parmi les besoins pressants de la communauté, notamment chez les nouveaux arrivants. Ainsi, une demande avait été déposée à l’automne auprès de la région. « Ça a été très rapide : on a fait la demande en novembre, qui a été validée en décembre puis le service a vu le jour en janvier », se rappelle la coordinatrice.

Une aide gratuite, peu importe le statut

Les services sont offerts dans les locaux de l’Association situés à Richmond Hill. À la différence de ses services d’établissement, ce programme est également accessible, quel que soit le statut d’immigration : « Les réfugiés et demandeurs d’asile au parcours traumatique ou ayant vécu dans des camps de réfugiés nécessitent particulièrement une prise en charge », souligne Mme Beschemin.

Selon les besoins identifiés, différentes ressources peuvent être proposées : activités de bien-être, des ateliers de préventions et sensibilisation ou un accompagnement par des partenaires communautaires. Des séances de thérapie et un suivi psychosocial sont aussi offerts aux personnes éligibles disposant d’un revenu faible.

L’équipe de l’Association des francophones de la région de York (AFRY). Photo : Gracieuseté de Dorra Gueddich

Des psychothérapeutes francophones possédant différentes spécialisations ont été mobilisés pour le service. « Certains vont aider sur le choc culturel, d’autres sur la famille ou sur le stress parental », explique-t-elle.

L’organisme a également recruté un navigateur en santé mentale chargé d’évaluer les besoins des patients, de les orienter vers les ressources adaptées et, au besoin, vers des services médicaux spécialisés ou des services de crise.

Selon l’AFRY, les enjeux de santé mentale entraînent des difficultés dans la bonne intégration des nouveaux arrivants et leur insertion au marché du travail, déjà exacerbées par le choc culturel.

Semaine de la santé mentale 2026

C’est dans le cadre de la Semaine de la santé mentale au Canada que l’AFRY tente de renforcer ses activités de sensibilisation auprès de la communauté et de lui offrir un accès privilégié à ces services.

Nolwenn Beschemin souhaite aussi collaborer davantage avec les conseils scolaires afin de soutenir les familles francophones et d’éduquer sur ces enjeux de santé. « On sait que aujourd’hui, être parent, c’est stressant », constate la coordinatrice.

L’AFRY prévoit de renouveler le financement afin d’assurer la pérennité du programme en fonction des besoins ainsi que de poursuivre ses démarches auprès de différents bailleurs de fonds.

« Ces services de santé mentale pourraient aussi être davantage intégrés aux services d’établissement », conclut la coordonnatrice.

Roger Dallaire, conteur intarissable de l’Ouest canadien

ST. VINCENT, ALBERTA – Quand il commence, on ne l’arrête plus et on ne décroche plus! Brassant imaginaire, folklore et humour, Roger Dallaire embarque son auditoire dans de captivantes histoires qui ont pour toile de fond les traditions francophones. Tout un art pour ce Franco-Albertain qui a pris son envol théâtral il y a 30 ans à Toronto.

« Qu’est-ce qu’un bon conteur, selon vous?

Un bon raconteux, ce n’est pas quelqu’un qui répète. C’est quelqu’un qui observe, qui écoute, qui s’intéresse aux autres, plus qu’à lui-même. C’est surtout une façon de voir le monde. Même une petite scène du quotidien devient une histoire! Si tu me demandes ce que j’ai fait hier, je vais te le raconter comme une histoire. Ce n’est pas un rapport, c’est une narration naturelle.

Votre travail revêt-il une dimension seulement artistique?

Je ne raconte pas des histoires juste pour divertir. Il y a aussi une dimension de patrimoine, même si je ne l’ai pas toujours formulé comme ça à mes débuts. Je vis en Alberta, dans une francophonie minoritaire. Quand j’étais jeune, les gens étaient surpris d’entendre du français ici. Aujourd’hui, c’est plus normal, mais ça reste fragile. Donc oui, il y a une transmission. Des contes traditionnels, mais aussi mes propres anecdotes, et parfois des histoires inventées. Tout ça fait partie d’un même ensemble : la mémoire vivante.

Pourquoi est-ce important de transmettre ces histoires?

Parce que ça raconte d’où on vient. Mes arrière-grands-parents sont arrivés dans l’Ouest vers 1908-1909. Ils ont quitté leur communauté, leur paroisse, leur famille… Ce n’était pas juste un déplacement économique, c’était un vrai déracinement. Mais ils ne pensaient pas perdre leur langue. Au contraire, ils croyaient recréer des villages francophones ici. Et aujourd’hui encore, cette histoire continue autrement : avec des francophones venus du monde entier, d’Afrique et d’ailleurs, qui s’installent en Alberta. C’est ça qu’il faut comprendre : la francophonie n’est pas figée, elle change.

Également musicien, M. Dallaire a participé à de nombreux festivals de musique et réalisé des tournées scolaires. Photo : Dallaire Production

À l’heure des écrans et des réseaux sociaux, les jeunes sont-ils réceptifs à vos histoires?

C’est fascinant, parce qu’on pense souvent que les jeunes ont une attention très courte, avec les téléphones, les vidéos rapides, etc. Mais quand je raconte, ça fonctionne. Parce que je crée du rythme, du silence, de l’attente, du mystère. Je peux raconter une histoire pendant longtemps, et les jeunes restent dedans. Parfois je m’arrête, volontairement, et ils me disent : « Non, c’est pas fini! » Et ça devient interactif. Ils participent, ils réagissent. Ce n’est pas un spectacle figé.

Ajustez-vous votre approche en fonction de vos publics?

Oui, complètement. Dans les écoles francophones ou d’immersion, je peux aller plus loin en français. Dans les écoles anglophones, je reste en français, mais je m’adapte autrement en termes de gestes, de rythme, de répétitions ou d’humour. Je ne traduis pas tout. Et souvent, les anglophones me disent qu’ils aimeraient comprendre davantage. C’est là que naît la curiosité.

Comment en êtes-vous venu à étudier le théâtre à Toronto?

À la base, je n’avais pas prévu ça. J’étais à Saint-Paul, au nord-est d’Edmonton, et je réfléchissais à mon avenir. Je pensais devenir forestier, parce que j’aimais le bois, les rivières, la nature. Rien ne me prédestinait vraiment au théâtre. C’est Roger Parent, du Campus Saint-Jean, qui a influencé ma trajectoire. Il savait ce que je faisais déjà un peu et il m’a invité, avec ma mère, à venir le voir. Dans son bureau, c’était rempli de masques, de livres de théâtre, c’était tout un univers.

Il m’a demandé : « Qu’est-ce que tu penses faire? » J’ai évoqué la foresterie. Il a été direct : « Non, c’est le théâtre ». J’ai répondu qu’il n’y avait pas d’avenir là-dedans car, dans ma tête, venant d’une petite communauté francophone, ça me semblait irréaliste. Mais il a insisté.

Il a même écrit au directeur de l’école de théâtre à Toronto pour demander une exception, parce qu’ils prenaient normalement des étudiants plus âgés. Je n’avais pas encore les 18 ans requis. Finalement, ils m’ont accepté. Je ne peux pas dire que j’ai vraiment choisi. C’est comme si tout s’était placé tout seul. Et avec le recul, je me dis qu’on ne s’est pas trompé.

Roger Dallaire dans son atelier où il fabrique des objets en bois et des bonhommes gigueurs. Photo : Dallaire Production

Comment s’est passée la transition après vos études?

Je suis revenu en Alberta avec cette formation, mais je ne savais pas exactement quoi faire. J’ai essayé quelques pistes : des auditions, un peu de travail de bureau, même à l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) à Saint-Paul. Mais très vite, le spectacle a repris. J’en faisais déjà à 14 ou 16 ans, donc ce n’était pas nouveau. Sauf que là, les choses se sont mises à venir à moi. Les écoles m’appelaient, les festivals aussi. Je n’étais pas vraiment attaché à une compagnie. C’était mon propre travail, ma propre manière de faire. Et j’ai vécu de ça, dès le début. Pas dans l’idée d’être riche, mais j’en vivais bien.

À quel moment vous êtes-vous senti pleinement conteur?

Je ne me suis jamais vraiment dit : « Je vais devenir conteur ». Ça s’est imposé naturellement. Je raconte depuis toujours. Même enfant, j’observais des détails que les autres ne voyaient pas. Et surtout, j’écoutais énormément les gens : mes oncles, mes tantes, mes grands-parents. Leurs histoires m’intéressaient profondément. La plupart des gens n’avaient pas forcément envie d’entendre ces récits. Moi, c’était l’inverse. Je voulais tout savoir. Et un jour, j’ai compris quelque chose : ce que je racontais intéressait les autres. Même quand j’étais petit, je répétais des histoires à la maison, et on me faisait répéter devant les adultes. Là, j’ai compris que la manière de raconter comptait autant que l’histoire elle-même.

Quel rôle joue la langue française dans votre travail?

Le français n’est pas juste un outil. C’est une manière de penser, de raconter, de vivre… Je joue avec la parlure, avec les expressions anciennes, avec la façon dont ma grand-mère parlait. Ça crée une musicalité. Et souvent, les gens me disent : « On se rappelle comment on parlait avant ». Le français que je porte, c’est aussi une mémoire collective.

Roger et sa femme Virginie ont fondé la maison de production Dallaire Production en 2020. Ils ont tourné et produit des capsules sur les francophones de la région de St-Paul. Photo : Dallaire Production

Vous êtes non seulement conteur, mais aussi musicien et marionnettiste. À travers ces arts de scène, qu’essayez-vous de transmettre au fond?

Je ne fais pas ça pour imposer quelque chose. C’est d’abord un plaisir. Mais indirectement, il y a une transmission : celle de la langue, de l’histoire, de la différence. Je dis souvent aux jeunes : on ne sait pas assez d’où on vient. Et pourtant, ça change tout. Quand on comprend ses racines, on comprend mieux les autres.

Vous avez converti une partie de votre ferme en musée. Dans quel but?

C’est une maison à Saint-Vincent, proche de Saint-Paul – dans le nord-est de l’Alberta – d’où je viens, qui date de 1913. Elle était abandonnée depuis 50 ans quand je l’ai eue pour une chanson. Je l’ai progressivement remise en état avec sa cuisinière à bois et sa grange de 1906 pour y vivre et, depuis juin dernier, y inclure un musée dédié à l’art du conte et aux traditions ancestrales.

Les gens viennent visiter cette propriété – baptisée la Grange du P’tit Bonheur – en groupe organisé depuis Edmonton et Calgary et profitent du cadre mais aussi des histoires que je leur raconte et de la musique que je fais autour de cette maison et la vie de nos ancêtres.

Quand tu arrives, je te raconte chez nous, comment tout est arrivé, comment j’améliore la bâtisse. J’ai installé des panneaux solaires récemment par exemple. Je te raconte aussi les animaux : les cochons et autres. Je plonge les gens dans l’homestead de l’ancien temps. Selon le temps et le thème de la visite, ça dérive en spectacle et je te raconte comment mes arrière-grands-parents sont arrivés dans l’Ouest.

La Grange du P’tit Bonheur avant et après sa remise en état. Photo : Dallaire Production

À travers vos récits, vous faites donc vivre en quelque sorte la langue française. Comment entrevoyez-vous son évolution en Alberta?

Quand j’étais jeune, il y avait parfois de la honte à parler français. Certains pensaient même que la langue allait disparaître. Aujourd’hui, c’est différent. Il y a de la curiosité, de l’ouverture. Même dans les écoles anglophones, les jeunes veulent apprendre quelques mots. Ils disent « bonjour ». On entend souvent : « I wish I spoke French ». Et ça, c’est un changement majeur.

Quel message adressez-vous aux jeunes générations de francophones?

Je leur dis souvent d’être fiers de parler plusieurs langues. Deux langues, c’est bien. Trois, c’est encore mieux. »


1979 : Naissance à St. Paul (Alberta)

1998 : Entrée à la School of Physical Theatre de Toronto où il apprend la méthode Lecoq

2006 : Déménage à la maison Laberge sur son lopin de terre qui deviendra Le P’tit Bonheur

2015 : Part en canot, des Rocheuses jusqu’à la Baie d’Hudson, un trajet de 2500 km, inspiré des Voyageurs

2025 : Ouvre l’économusée – Espace patrimoine La Grange

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.

Suggestion de lecture : une chaise peut-elle écrire à notre place?

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Dans mon enfance, une vieille chaise berçante trônait chez mes parents. Mes frères et moi adorions nous y balancer, au point que cet objet devenait parfois source de disputes : lequel de nous trois aurait le privilège de s’y installer en premier? Lorsque j’ai découvert que cet objet ancré dans ma mémoire se trouvait au cœur du roman Rocking-chair de Soufiane Chakkouche, publié aux Éditions de la Francophonie, je n’ai pas résisté à l’envie de le lire.

Un livre qui tourne autour d’un fauteuil à bascule, donc…  Et de quoi d’autre? Résumé : Joshua Lomu, un écrivain médiocre, hérite un peu par hasard d’une vieille chaise berçante. Il réalise que son inspiration est décuplée lorsqu’il écrit dessus, et surtout, que la qualité de ses écrits est tout autre. À tel point qu’il rédige un chef-d’œuvre en quelques semaines, ce qui le propulse au rang d’auteur international renommé publié en plusieurs langues. Bref, de barista chez Starbucks à écrivain célèbre, la vie de Joshua se renverse très rapidement. Il n’en faut pas plus dans l’esprit du trentenaire pour associer le meuble à son succès. Et si la chaise berçante était dotée d’une aura chanceuse? Sa logeuse pense au contraire qu’elle est possédée par le diable… Lequel des deux à raison?

L’obsession est un thème que j’adore en littérature : se focaliser sur une personne, un objet ou une idée amène souvent au chaos, à la folie voire à la destruction. Tout ce qu’on ne s’autorise pas dans la vraie vie — car nous sommes des gens raisonnables — notre esprit s’en délecte le temps d’une lecture. Loin de t’effrayer (non, je ne suis pas une psychopathe déguisée en chroniqueuse littéraire), je pointe seulement l’attrait d’un tel sujet. Qui n’a pas déjà possédé un porte-bonheur auquel il attribuait des vertus chanceuses? Je plaide coupable! Et toi? Il est très attirant de vouloir observer jusqu’où la croyance de Joshua va le mener.

Couverture – Rocking-chair publié aux Éditions de la Francophonie

Le premier chapitre, que j’aurais personnellement adoré plus long, montre la première fêlure du personnage principal, qui habite à Grande-Anse en Acadie. Il se fait abandonner par sa mère à ses dix-huit ans d’une façon quelque peu traumatique; mon cœur de maman a eu très envie, en lisant ce passage, d’avoir un mot avec la sienne! Ellipse temporelle : on le retrouve quelques années plus tard, adulte, à Toronto. Il jongle entre une jobine dans un café et tente de percer comme auteur. Petit clin d’oeil amusé de l’auteur : Joshua habite à l’adresse symbolique du 666 (nombre associé au diable) dans un grenier transformé en studio, qu’il loue à Madame Faria, une dame âgée antipathique qui surveille tous ses locataires d’un œil mauvais. On le comprend, Joshua est loin de mener une existence dorée. Ah, et j’oubliais, il est célibataire et a un crush envers sa meilleure amie Abigaël, qui préfère les filles. Bonjour tristesse….

Ce personnage m’a fait énormément penser à celui d’Antisèches (éditions Prise de Parole) de Sébastien L. Chauzu, dont je parlais récemment. Dans ces deux livres, les protagonistes sont des écrivains ratés. Y a-t-il une tendance inconsciente chez les auteurs franco-canadiens en ce moment à vouloir mettre en abîme la vie d’écrivains?

Soufiane Chakkouche Photo : Ben Addou Idrissi Youness

La plume de Chakkouche mise sur deux éléments stylistiques : tout d’abord, la narration est rapide, l’enchaînement des événements ne perd pas de temps. Si tu aimes les livres qui se dévorent vite, ce livre est pour toi! Ensuite, l’auteur opte pour un ton sarcastique, il se moque beaucoup des personnages, même de Joshua. Il use aussi parfois de termes irrévérencieux, presque vulgaires, pour transmettre, je suppose, la rudesse du personnage, dont l’empathie a été abîmée par la vie. Il n’y a pas de tendresse dans le regard que le narrateur porte sur lui comme sur les autres personnages, d’ailleurs.

Ce choix stylistique est justement ce qui nous laisse sur notre faim. Le ton sarcastique devient presque trop omniprésent et on a l’impression que le narrateur inconnu prend parfois plus de place que Joshua, dont on ne ressent que le vide émotionnel. Pourtant, il y aurait eu des failles affectives à creuser. La matière brute (le thème de l’obsession, les possibilités de construire des personnages complexes) est là, mais jamais approfondie, et c’est dommage… Tout semble aller trop vite et on a parfois le sentiment que l’auteur a pris des raccourcis : l’action aurait mérité plus de détails, la psychologie des personnages aurait pu être creusée, et il est dur de s’attacher à Joshua, dont la personnalité sans nuance énerve vite. J’aurais aimé qu’il y ait un peu plus de chair autour de l’os.

Rocking-chair reste cependant un livre fluide à lire pour qui n’est pas regardant sur la profondeur de la narration. J’ai apprécié flâner dans Toronto et ses îles, tenter de décoder les titres des chapitres qui commencent seulement par une lettre et imaginer jusqu’où la superstition de Joshua va le mener… Jusqu’à sa perte? À lire pour le découvrir!

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Carol Jolin reçoit le Prix Bernard-Grandmaître pour son engagement franco-ontarien

OTTAWA – L’ancien président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, a remporté vendredi soir la plus haute distinction du Gala des Prix Bernard-Grandmaître. Au total, neuf prix ont été remis par l’ACFO Ottawa afin de souligner l’engagement de membres et d’organismes de la communauté francophone d’Ottawa.

« C’est un bel hommage de recevoir un prix aussi prestigieux que le Prix Bernard-Grandmaître. Mais quand on s’implique dans la francophonie, on ne le fait pas pour les honneurs. On le fait pour essayer de changer les choses et d’améliorer la situation de la communauté francophone », a affirmé Carol Jolin, vendredi soir, après avoir reçu le prix.

Nommée en l’honneur de Bernard Grandmaître, grand défenseur des droits des francophones en Ontario, cette distinction récompense l’engagement et la contribution de personnalités qui participent au rayonnement de la francophonie dans la capitale fédérale.

Celui qui a dirigé l’AFO pendant six ans, de 2016 à 2022, estime surtout que cette reconnaissance souligne un travail collectif mené avec plusieurs équipes et organismes.

Cette 26e édition du gala, la première depuis le décès de Bernard Grandmaître en octobre dernier, a aussi été l’occasion de lui rendre hommage. Grand bâtisseur de la communauté francophone d’Ottawa, il a inspiré toute une génération de leaders francophones, ont rappelé plusieurs intervenants.

Parmi les réalisations dont M. Jolin est le plus fier, il cite la mobilisation franco-ontarienne de 2018 contre les compressions du gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford.

Cette « résistance de 2018 » visait notamment à contester la décision du gouvernement ontarien d’annuler le projet de l’Université de l’Ontario français et d’abolir le poste de commissaire aux services en français.

« Il y a énormément de travail qui a été fait. Le niveau d’engagement et de stress était très élevé. Les enjeux étaient très élevés », rappelle l’actuel président du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO).

Selon lui, l’appui de la communauté franco-ontarienne a joué un rôle déterminant dans l’issue du mouvement.

« La communauté a répondu présente et nous a appuyés dans nos démarches pour être capables d’aller rechercher le projet de l’Université de l’Ontario français et le poste de commissaire aux services en français », dit-il.

Carol Jolin poursuit son implication bénévole dans plusieurs organismes franco-ontariens, notamment au sein du MIFO, qui pilote actuellement un projet de construction évalué à 56 millions de dollars sur la rue Carrière.

Il souligne également le travail réalisé avec la Société franco-ontarienne de l’autisme. « Ce sont des accomplissements dont je suis très fier, avec les équipes qui m’ont aidé dans ces dossiers », affirme-t-il, annonçant aussi qu’il s’est récemment joint au conseil d’administration de l’Université Laurentienne.

La francophonie ottavienne à l’honneur

Au total, neuf prix ont été remis vendredi soir par l’ACFO Ottawa afin de souligner l’engagement de membres et d’organismes de la communauté francophone d’Ottawa.

Mosaïque Interculturelle a été nommée organisme de l’année.

Bernard Leduc, ancien président-directeur général de l’Hôpital Montfort, a été nommé intervenant en santé de l’année.

En hommage à Bernard Grandmaître, Pier Rodier, membre du conseil d’administration de l’ACFO Ottawa, a lu un texte émouvant écrit par Anik Larivière, directrice générale de l’ACFO Ottawa.

Nour Harb a remporté le prix Gisèle-Lalonde – Jeunesse de l’année (13 à 18 ans).

Patricia Toll a reçu le prix Alliée de la francophonie de l’année.

Diana Ombe s’est vu décerner le prix Jeune leader de l’année (19 à 30 ans).

Jean-François Boulanger, directeur de l’éducation du Consortium Centre Jules-Léger, a été récompensé comme intervenant en éducation de l’année.

Elisa Gilet a été reconnue comme nouvelle arrivante de l’année.

Renée Champigny a reçu le prix Claudette-Boyer – Citoyen.ne de l’année.

En plus du prix Bernard-Grandmaître remis à Carol Jolin, Renée Champigny a reçu le prix Claudette-Boyer – Citoyen.ne de l’année, tandis que Mosaïque Interculturelle a été nommée organisme de l’année.

Jean-François Boulanger, directeur de l’éducation du Consortium Centre Jules-Léger, a été récompensé comme intervenant en éducation de l’année. Bernard Leduc, ancien président-directeur général de l’Hôpital Montfort, a quant à lui été nommé intervenant en santé de l’année.

Du côté de la relève, Nour Harb a remporté le prix Gisèle-Lalonde – Jeunesse de l’année (13 à 18 ans), alors que Diana Ombe s’est vu décerner le prix Jeune leader de l’année (19 à 30 ans). Elisa Gilet a pour sa part été reconnue comme nouvelle arrivante de l’année, tandis que Patricia Toll a reçu le prix Alliée de la francophonie de l’année.

Ottawa devrait mieux soutenir la recherche en français selon un groupe d’experts

OTTAWA — Un rapport commandé par Ottawa recommande que le gouvernement fédéral consacre au moins 40 millions de dollars par année à la recherche en français, soit 1 % de son budget global en recherche. Ce rapport appelle le fédéral à faire preuve d’un plus grand leadership, alors que les chercheurs francophones en milieu minoritaire sont désavantagés dans un environnement où domine l’anglais.

Il est également recommandé d’établir une nouvelle gouvernance, incluant la création d’un secrétariat fédéral et d’une « lentille francophone », pour mieux soutenir la recherche dans les institutions fédérales. Le rapport préconise aussi que soit « rehaussée la conformité des institutions fédérales » à leurs obligations linguistiques afin de favoriser la recherche dans la langue de Molière.

Ce sont là quelques-unes des nombreuses recommandations tirées d’un rapport du Groupe consultatif externe sur la création et la diffusion d’information scientifique en français, dévoilé vendredi.

Ce groupe, composé de chercheurs et de membres de la communauté universitaire, a été mis sur pied en 2024 par Patrimoine canadien et devait détailler les défis de la recherche en français au pays. Le rapport, qui était entre les mains du ministre des Langues officielles Marc Miller depuis plusieurs semaines, a été rendu public vendredi. Son bureau a indiqué que « le ministre Miller et ses collègues concernés étudient actuellement les recommandations formulées dans le rapport ».

Selon le groupe, la recherche en français est un domaine qui se heurte à « des barrières structurelles qui ne sont ni accidentelles ni transitoires ». Par exemple, les grandes universités obtiennent la majeure partie des subventions fédérales, laissant des miettes aux chercheurs et universitaires en milieu minoritaire. Le rapport décrit le système de subventions comme un mécanisme qui « hiérarchise les langues au profit de l’anglais ».

Depuis plusieurs années, l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (Acfas) attire l’attention des décideurs politiques sur le fait que la recherche menée par les francophones s’effectue de plus en plus en anglais. Ce phénomène est principalement motivé par des considérations financières et de reconnaissance.

Plus grand leadership d’Ottawa

Selon le rapport, Ottawa investit près de 17 milliards de dollars par an en recherche, toutes langues confondues. De ce montant, environ 4,6 milliards sont distribués par les principaux organismes fédéraux de subventions. Le groupe constate qu’Ottawa doit en faire plus, soulignant « le peu d’attention accordée à la recherche en français et à la découvrabilité des contenus francophones au sein de l’appareil fédéral ».

« Tous ne sont pas toujours au fait de leurs obligations en matière d’égalité réelle des langues officielles, telles que décrites dans la Loi sur les langues officielles », peut-on lire dans le document.

Laboratoire, science, recherche en français
Il est noté que les organisations fédérales travaillent souvent « en silos » ce qui empêche une coordination entre celles-ci visant à favoriser la recherche dans la langue de Molière. Source : Canva

Le rapport suggère l’établissement d’un Fonds d’appui et de valorisation de la recherche en français. Ce fonds serait doté d’un financement annuel minimal de 40 millions de dollars, soit environ 1 % du financement fédéral de la recherche. Son objectif serait de soutenir quatre domaines clés en français : la recherche, la formation de la prochaine génération de chercheurs, la communication savante et la valorisation des connaissances scientifiques.

« Ces enjeux constituent des barrières organisationnelles majeures à la circulation des savoirs en français », écrivent les experts dans le rapport.

Pour répondre à cette critique, le Groupe consultatif propose l’idée d’un cadre d’habilitation centralisé au sein de l’appareil fédéral pour « guider les institutions fédérales à vocation scientifique dans leurs efforts pour respecter leurs obligations linguistiques ».

On recommande aussi l’ajout de points supplémentaires lors du dépôt des demandes de financement pour la recherche en français, ou encore de rendre publiques des statistiques linguistiques sur les bourses offertes par le fédéral.

« Le Groupe consultatif considère que le déclin de la recherche en français ne pourra vraisemblablement être stoppé que si le gouvernement du Canada témoigne d’une volonté politique ferme afin de mettre en place les outils nécessaires en vue d’une action soutenue et financée, fondée sur le principe de l’égalité réelle », presse le groupe de 10 experts.

L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) a réagi au rapport en appelant à « rassembler toutes les parties prenantes concernées afin de transformer rapidement les recommandations en actions concrètes aux effets mesurables ».

D’autres recommandations :

  • Mettre sur pied un mécanisme de concertation pancanadien sur l’enseignement postsecondaire en français;
  • Accroître l’appui à la plateforme Érudit, y compris pour la mise à jour de ses métadonnées;
  • Mettre en place une plateforme publique de traduction automatique et d’archivage;
  • Créer un programme de bourses d’études supérieures (2e et 3e cycles) en vue d’appuyer les étudiantes et étudiants en contexte francophone minoritaire qui souhaitent poursuivre leurs études en français;
  • Créer des chaires de recherche du Canada sur la francophonie canadienne.

Décès de l’ex-conseiller et médecin Sudburois Ricardo de la Riva

SUDBURY – L’ancien conseiller municipal et médecin de famille Ricardo de la Riva est décédé le 5 mai dernier à l’âge de 96 ans, a annoncé sa famille jeudi soir. Figure marquante du quartier du Moulin à Fleur, il a siégé à l’hôtel de ville de Sudbury pendant près de trois décennies tout en poursuivant une longue carrière médicale.

Le parcours canadien de Ricardo de la Riva s’amorce le 25 août 1956, date à laquelle il accoste au Quai 21 à Halifax, en Nouvelle-Écosse, après avoir quitté son Espagne natale.

Fraîchement diplômé en médecine de l’Université de Valladolid, il entreprend dès le lendemain de son arrivée un internat à l’Hôpital d’Ottawa, avant de mettre le cap sur Sudbury en 1963 pour y répondre à la pénurie criante de médecins de famille.

Dès son arrivée dans le Nord, le Dr de la Riva a consacré quarante-sept années de sa vie à la médecine de famille, dont une majeure partie au sein du quartier historique du Moulin à Fleur.

Après avoir pratiqué au centre-ville durant ses quatre premières années, il a choisi de transférer son cabinet au cœur de cette communauté qu’il a servie avec dévouement jusqu’à sa retraite à l’âge de 80 ans.

Les hommages au docteur Ricardo de la Riva ont afflué en ligne dès l’annonce de son décès. Photo : gracieuseté du Festival We live up Here

Au-delà de sa clinique, son implication sociale s’est manifestée dès 1965 par sa participation à la création de la Ligue de soccer junior régionale de Sudbury, une contribution historique qui lui a valu, en 2014, d’être intronisé au Temple de la renommée des sports de Sudbury pour son rôle pivot dans l’essor d’une culture dynamique du soccer chez les jeunes de la région.

Près de trente ans de vie politique municipale

En 1972, Ricardo de la Riva a été élu pour la première fois au conseil municipal de Sudbury. Ce premier mandat a marqué le début d’une présence continue de 28 ans à titre de conseiller.

Durant ses mandats successifs, il s’est particulièrement investi dans les dossiers touchant la qualité de vie urbaine, les infrastructures hospitalières et les services à la communauté francophone. En commentaire d’une publication Facebook de son fils Paul de la Riva, l’actuel maire de Sudbury, Paul Lefebvre écrivait d’ailleurs : « Ton père a énormément contribué à notre ville. Un gentlemen avec grande intégrité et un grand cœur. »

L’engagement du Dr de la Riva a été souligné par plusieurs ordres et organismes au fil des ans. Il a notamment reçu le prix de francophile de l’année de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, la Médaille du jubilé d’or de la Reine Élisabeth II ainsi que le prix provincial de la Fondation ontarienne du patrimoine.

En 2013, l’organisme We Live Up Here a également rendu hommage à sa contribution à la santé publique en intégrant son portrait à une murale urbaine sur la rue Ste-Anne.

Une publication Facebook du festival, parue peu après l’annonce du décès jeudi soir, rappelle que le médecin avait accepté sans hésiter que ses yeux soient photographiés pour l’œuvre « Prends soin de toi ».

« En 2013, nous avons frappé à la porte du Dr Ricardo de la Riva pour lui demander si nous pouvions photographier ses yeux pour une murale et il a accepté sans hésiter », a souligné le collectif We Live Up Here dans son hommage jeudi soir. Photo : gracieuseté de We Live Up Here

Dédiée aux pionniers de l’ancien Hôpital St-Joseph, la murale a fait de son regard un symbole de vigilance bienveillante. Pour le collectif, ces yeux ont « veillé sur ce coin de rue pendant des années », immortalisant celui qu’ils qualifient de véritable « monument » de la communauté sudburoise.

La famille recevra les proches à la Coopérative funéraire de Sudbury le 15 mai prochain et une messe funéraire sera célébrée le samedi 16 mai à 10 h 30 à la paroisse Saint-Jean-de-Brébeuf.

Recensement : bien plus qu’un simple questionnaire pour la francophonie canadienne

Vous avez probablement tous reçu ce feuillet beige dans votre boîte aux lettres, vous invitant à remplir le questionnaire du Recensement de 2026. Si certains n’y voient qu’un simple questionnaire formel, les données recueillies auprès des Canadiens sont, en réalité, d’une importance capitale pour les conseils scolaires, les chercheurs et les organismes de la francophonie canadienne.

Les informations du recensement permettent non seulement de planifier adéquatement les services, mais aussi de brosser un portrait précis de la situation du français à travers le pays.

« C’est ce qui nous permet de garantir notre droit à l’éducation en langue française », résume Andrée Newell, la directrice générale de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF).

« Concrètement, cela permet de dénombrer les ayants droit partout au pays, ce qui nous permet ensuite de bâtir nos argumentaires et nos plaidoyers pour garantir un accès équitable à l’école de langue française », ajoute la dirigeante de l’organisme, représentant plus de 700 établissements.

En se basant sur les données de ce recensement, les conseils scolaires sont en mesure de prendre des décisions éclairées concernant la construction d’écoles dans des villes ou secteurs spécifiques, avance Andrée Newell.

Le Recensement : c’est quoi?

Selon Statistique Canada : le Recensement dresse un portrait de la population et du secteur agricole du Canada. Les renseignements fournis sont utilisés pour produire des statistiques sur lesquelles les collectivités, les entreprises et les gouvernements s’appuient pour prendre des décisions éclairées, planifier des services et élaborer des programmes liés à l’emploi, aux écoles, au transport en commun, aux hôpitaux et plus encore.

Les réponses permettent de comptabiliser le nombre de francophones, mais aussi d’en connaître davantage sur l’impact de l’immigration sur la francophonie ou encore de comptabiliser les enfants admissibles à l’éducation en français. Pour les chercheurs, cela permet de mesurer la vitalité du français, comme lors du dernier recensement qui a montré une baisse marquée du français partout à travers le Canada.

« Nous n’avons pas les ressources pour faire ce que Statistique Canada fait à l’échelle canadienne. On ne pourrait jamais réunir ces ressources. Il nous manquerait un gros morceau pour comprendre les dynamiques linguistiques de nos communautés francophones en situation minoritaire », souligne Éric Forgues, le directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques.

Au cours des années suivantes, l’institut diffuse les données du Recensement, ainsi que des analyses et des recherches qui en découlent. Par exemple, à la suite du Recensement de 2021, plus d’une trentaine de recherches et publications ont été effectuées par l’institut, portant autant sur l’immigration, le français dans le milieu du travail que l’éducation.

« Nous faisons des analyses pour compléter ce que Statistique Canada a fait », explique Éric Forgues.

« Sans ces données, il serait très difficile de suivre l’évolution de la situation linguistique à travers les communautés sur le long terme et dans l’ensemble du Canada, car on peut aller à des niveaux géographiques et locaux très précis, comme les villes ou les villages », souligne l’ancien chercheur.

Bien répondre au questionnaire

Plusieurs organisations francophones, comme les conseils scolaires mènent présentement des campagnes de sensibilisation invitant les gens à répondre aux questions de la manière la plus précise possible.

« Souvent, chez les francophones, parce que plusieurs parlent aussi l’anglais, ils vont penser qu’ils peuvent répondre qu’ils sont bilingues. Mais cela ne donne pas un portrait juste de la situation actuelle », rappelle la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Liane Roy.

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy
La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy. Gracieuseté

Depuis 2021, de nouvelles données sont apparues dans la forme longue du formulaire pour, notamment, comptabiliser les ayants droit, soit les enfants admissibles à une éducation en français à l’extérieur du Québec.

Par exemple, en Ontario, les données de Statistique Canada ont permis de révéler que 41 % des ayants droit ne pouvaient se tourner vers l’école en français, car il manquait de place. Dans la francophonie canadienne, on parle de près de 600 000 enfants, soit environ 35 %, qui pourraient fréquenter une école en français ou d’immersion.

« On peut passer très rapidement sur les questions concernant le bilinguisme ou la langue maternelle sans y réfléchir, et cela a des impacts sur notre capacité à dénombrer les besoins réels », présente Mme Newell.

« En 2021, il y a eu une confirmation de ce que l’on sait déjà : la question de l’accès a un impact sur la capacité à attirer les ayants droit. C’est un bassin important d’ayants droit qui ne sont pas rejoints par nos infrastructures actuelles », confirme Mme Newell.

Conformément à la loi, chaque ménage a l’obligation de remplir le questionnaire du Recensement de la population de 2026, rappelle Statistique Canada.

« Si on veut des écoles, des services à la petite enfance ou des centres de la petite enfance, il est important d’avoir des chiffres les plus justes possibles pour être capable de demander ces services », insiste Liane Roy.

Racines et solidarité interprovinciale au menu du 13e Salon du livre de Sudbury

SUDBURY – Le Salon du livre du Grand Sudbury (SLGS) lance aujourd’hui sa 13e édition à la Place des Arts, sous le thème « Histoire de nos racines ». Désormais annuel, l’événement mise sur une programmation ancrée dans le récit historique et un partenariat stratégique avec l’Abitibi pour pallier les défis de distribution du livre francophone dans le Nord.

Pour Geneviève LeBlanc, directrice générale et artistique du Salon, cette édition 2026 marque une étape de maturité. 

Après avoir adopté un rythme annuel pour répondre à la soif culturelle du Nouvel-Ontario, le Salon resserre sa ligne éditoriale autour d’un thème porteur : l’identité par l’histoire.

Cette année, la programmation délaisse quelque peu la poésie et le théâtre pour se concentrer sur le récit de vie et le fait historique. « J’ai choisi ce thème parce qu’on a réuni des auteurs qui parlent de l’histoire de leurs communautés, qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs », explique Mme LeBlanc.

Ce choix vise à mettre à l’honneur des œuvres comme la bande dessinée documentaire Du sang sur la neige de Jacques Poirier ou les romans de Doric Germain, le Salon se fait ainsi le gardien de la mémoire collective. 

La tragédie de Reesor Siding, conflit syndical sanglant de 1963, sera au centre des discussions, illustrant la volonté du Salon d’être un lieu de réflexion sur les luttes qui ont façonné le Nord.

Le milieu minier sous la loupe des chercheurs 

Parmi les récits de vie mis à l’honneur, le lancement du 104e document historique de la Société historique du Nouvel-Ontario (SHNO) s’annonce comme un moment fort de cette édition. 

Intitulé Des vies sous la terre, des vies sur la terre, cet ouvrage est le fruit d’une collaboration entre trois professeurs de l’Université Laurentienne : Rachid Bagaoui, Donald Dennie et Simon Laflamme.

Le livre recense la mémoire collective de l’industrie minière à travers les témoignages de 28 retraités du bassin de Sudbury, dont 11 entretiens menés en français. Au-delà du travail technique, les auteurs brossent un portrait humain touchant aux loisirs, à la famille et à la culture ouvrière. 

Le public pourra assister au lancement officiel et à une causerie animée par la professeure émérite Julie Boissonneault ce samedi 9 mai, à 11 h 30, au Bistro de la Place des Arts. Pour l’occasion, d’autres titres historiques de la SHNO portant sur les mines de la région seront également disponibles.

L’an dernier, la 12e édition avait marqué une première avec plusieurs activités hors des murs, comme la veillée littéraire au Refettorio du YES Theatre de samedi soir. Photo : Inès Rebei/ONFR

L’axe Sudbury-Abitibi : pallier l’absence locale

La réalité économique du livre francophone hors Québec demeure un défi de taille selon l’organisme : la présence physique des maisons d’édition québécoises est en diminution depuis une décennie, un phénomène accentué par l’explosion des frais de livraison.

Pour contrer cet isolement et compenser la fermeture de la librairie Panache en juillet 2025, le SLGS mise sur une solidarité transfrontalière avec l’Abitibi. Cette année, la librairie L’Encrage, située à environ 330 kilomètres de Sudbury, à Rouyn-Noranda, agit à titre de libraire officiel du Salon.

L’équipe québécoise a d’ailleurs pris ses quartiers dans l’ancien local de la boutique Panache, au cœur de la Place des Arts, afin d’assurer la vente des ouvrages durant toute la fin de semaine. « Ils se déplacent pour représenter toutes les maisons d’édition qui ne pouvaient pas physiquement y être », précise la directrice.

En plus de l’offre du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (RÉFC), L’Encrage apporte dans ses bagages les catalogues de grands distributeurs québécois comme Socadis, Imidia et Prologue. 

« Il va y avoir une très belle variété de titres qui viennent de toutes sortes de maisons d’édition du Québec »
— Geneviève LeBlanc

Cette logistique de distribution soulève également la question des liens internes au Nouvel-Ontario. Interrogée sur une potentielle collaboration avec la nouvelle librairie 10-04 de Hearst  qui a ouvert ses portes en décembre dernier, Mme LeBlanc se montre ouverte, tout en soulignant les défis de main-d’œuvre : « Ce serait certainement une conversation pour l’année prochaine. L’Encrage a plusieurs succursales et peut déléguer des employés, alors que Hearst est un plus petit projet pour l’instant. » 

Le Salon n’exclut toutefois pas de bâtir un axe littéraire plus fort entre les deux pôles du Nord à l’avenir. Par ailleurs, une vente spéciale des derniers stocks de l’ancienne librairie Panache est prévue au cours de l’année.

La participation scolaire toujours au rendez-vous

Si le grand public est attendu en nombre, c’est dans les écoles que le Salon joue sa partie la plus cruciale. 

Le volet scolaire ne montre aucun signe d’essoufflement : plus de 70 ateliers seront répartis dans 30 écoles des conseils catholiques et publics. 

Ces prévisions s’inscrivent dans une tendance de fréquentation stable pour l’organisme, qui a attiré entre 6700 et 7400 visiteurs lors de ses trois dernières éditions, tout en maintenant un volet scolaire robuste dépassant systématiquement les 80 ateliers en classe.

« On avait peur de perdre des membres en passant à un format annuel, mais les conseils scolaires ont signé avec nous pour la troisième année consécutive », se réjouit Mme LeBlanc.

Le samedi sera d’ailleurs entièrement dédié aux familles, avec une innovation scénique : les enfants seront invités à s’installer directement sur la scène de la Grande Salle pour le spectacle Yassama et la calebasse aux cauris, créant une proximité inédite avec les artistes.

Enfin, cette année, le spectacle de Major et Moran, présenté en partenariat avec La Slague, se tiendra le 14 mai à la Grande Salle de la Place des Arts. Ce décalage après la clôture de la foire vise à favoriser l’achat de livres durant le week-end principal.

Cette soirée constitue d’ailleurs l’unique prestation confirmée du duo en Ontario pour cette tournée avant leur retour au Québec.

« Le festival n’est pas annulé » : le FFO rassure après un bogue de billetterie

OTTAWA – Plus de peur que de mal pour les festivaliers franco-ontariens après l’annulation, mercredi soir, d’une centaine de billets électroniques du Festival franco-ontarien (FFO). Les organisateurs assurent que la 51e édition aura bien lieu du 11 au 13 juin 2026 au parc Major’s Hill, à Ottawa.

L’annulation soudaine de billets électroniques a semé l’inquiétude chez plusieurs festivaliers, qui ont rapidement tenté d’obtenir des explications auprès des organisateurs, notamment sur les réseaux sociaux.
« J’ai eu très peur hier quand j’ai reçu l’avis d’annulation! », a commenté un internaute sur la page Facebook du festival.

Philippe Marchand a lui aussi reçu, mercredi soir, un courriel de la plateforme Point de vente intitulé « Événement annulé », après avoir acheté en janvier un passeport de trois jours « À l’aveugle », une formule moins coûteuse offerte avant l’annonce des artistes. Il a alors contacté les organisateurs sur les réseaux sociaux.

Selon les organisateurs, les billets ne seront pas remboursés, mais de nouveaux billets seront simplement envoyés aux festivaliers touchés, sans frais supplémentaires.

« J’ai été rapidement rassuré. Ils semblaient au courant et m’ont répondu. J’attends de voir », explique-t-il à ONFR, disant avoir surtout été « soulagé que le festival ne soit pas annulé », après avoir d’abord cru à un courriel frauduleux.

Selon lui, le FFO demeure un rendez-vous incontournable pour la communauté francophone de la région.
« Étant originaire du Québec et vivant maintenant en Ontario, cela me touche de voir la communauté franco-ontarienne rassemblée pour célébrer et exprimer toute sa fierté », souligne-t-il.

Contacté par ONFR, José Bertrand, directeur général du festival, confirme qu’un problème technique lié à la billetterie est à l’origine des annulations et qu’environ une centaine de personnes ont été touchées.

« Hier soir, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un problème technique lié à la billetterie. Nous avons immédiatement contacté notre fournisseur, Point de vente, et la situation est actuellement en train d’être corrigée », explique-t-il.

« Nous allons réémettre des billets aux personnes concernées. Le processus est déjà en cours et les détenteurs de billets ont été contactés pour en être informés. »

José Bertrand, directeur général du Festival franco-ontarien. Photo : Amine Harmach/ONFR

Le directeur général précise que, contrairement à ce que pouvait laisser croire le message automatique envoyé aux festivaliers, les billets ne seront pas remboursés et les personnes concernées conservent leur statut de détenteurs de billets.

« De nouveaux billets leur seront simplement envoyés, sans frais supplémentaires », indique-t-il.
José Bertrand tient également à rassurer le public quant à la tenue du festival.

« Nous comprenons que certaines personnes aient pu s’inquiéter et croire que le festival était annulé, mais ce n’est absolument pas le cas. Le festival aura bien lieu, les préparatifs et la programmation se poursuivent normalement », affirme-t-il.

« Il ne s’agit pas d’une fraude ni d’une tentative de fraude, mais bien d’un problème technique dans le système de billetterie », assure-t-il.

L’étau se resserre autour du Théâtre français de Toronto

TORONTO – À l’approche de la date butoir du 15 mai, la pression monte au Théâtre français de Toronto (TfT), qui bénéficie d’un large appui communautaire dans son projet de salle de théâtre. En attente d’une décision de financement, 71 organismes franco-ontariens signent des lettres d’appui et réaffirment la nécessité d’un lieu permanent propre au TfT.

Après avoir déposé une demande de financement de 9,5 millions de dollars au ministère du Patrimoine canadien (PCH) à l’automne dernier en vue de la première pelletée de terre espérée cette année, le projet de salle de théâtre se retrouve plongé dans l’incertitude.

En effet, même si un fonctionnaire de Patrimoine canadien leur avait confirmé en 2024 que le TfT figurait dans leurs prévisions, le ministère n’a pas été en mesure de rendre une décision dans les délais habituels.

« Nous sentions qu’il fallait faire pression pour avoir une réponse à temps », affirme le co-directeur général, Ghislain Caron, qui souligne qu’un soutien communautaire s’est rapidement mis en place : « En trois jours, nous avons eu 71 lettres d’appui directement envoyées au ministère par des organismes. »

Le temps presse pour le projet de salle de spectacle puisque le promoteur a donné la date limite du 15 mai, pour la confirmation du financement et le lancement du chantier.

Dans un courriel envoyé à ONFR cette semaine, Patrimoine canadien assure que « la demande de financement du TfT fait l’objet d’une analyse et que la décision sera communiquée dès que le processus est complété. » 

Karine Ricard est la directrice générale du Théâtre français de Toronto (TfT). Photo : Gracieuseté

Une mobilisation massive

Au total, 71 organismes et personnalités franco-ontariennes ont exprimé leur soutien au projet par des lettres adressées au PCH, dont l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), la ville de Toronto ainsi que la députée fédérale Julie Dzerowicz. Tous demandent un traitement accéléré du dossier.

L’importance stratégique du projet fait consensus au sein des signataires notamment sur les retombées éducatives et communautaires locales que ce projet serait en mesure d’apporter, notamment par son emplacement prévu dans le secteur de Danforth à Toronto, à côté d’une école francophone.

Le projet avait déjà été identifié par l’AFO dans ses recommandations prébudgétaires en faveur de la communauté franco-ontarienne, dans lesquelles elle rappelle la place unique que le TfT occupe dans l’écosystème culturel francophone en Ontario.

Le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk, affirme que l’organisme a accompagné le TfT, et explique que le dossier se heurte surtout à des critères de financement complexes.

Le directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Peter Hominuk pense que l’attente imposée par le PCH est liée à des critères de financement. Photo : Gracieuseté

« Il s’agit d’une question de critères. Ces projets ne rentrent pas facilement dans les programmes existants du provincial et du fédéral », dit-il, ajoutant qu’il n’existe pas de programme spécifiquement adapté aux infrastructures francophones de cette envergure. 

« À cause des montants requis, ça demande une participation des deux gouvernements », poursuit-il. Selon le directeur général, l’exception provinciale frappante du TfT de détenir sa propre salle provient du coût de construction à Toronto qui complique encore l’équation.

« C’est plus facile dans d’autres provinces qu’en Ontario à cause des structures budgétaires gouvernementales », avance M. Hominuk.

Il demeure toutefois confiant, évoquant des cas précédents comme avec le Mouvement d’implication francophone d’Orléans ou avec la Place des Arts à Toronto : « Tu es toujours en attente pour une réponse jusqu’à temps que tu aies ta réponse. »

Alexis Maquin, directeur général du Club canadien de Toronto. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Du côté du Club Canadien de Toronto, Alexis Maquin encourage le TfT à « aller vers les marchés anglophones pour récupérer des subventions ». Il croit qu’une approche économique plus diversifiée et moins ethnocentrée est la clé du succès.

Il reconnaît néanmoins l’importance du projet : « On a besoin d’espaces de découvrabilité de la culture francophone. Le TfT existe depuis 60 ans et c’est important qu’il puisse avoir un lieu à son nom. »

Parmi les 71 lettres de soutien, Louise Frappier, professeure au Département de théâtre de l’Université d’Ottawa, martèle dans la sienne comment le projet de construction répond à un besoin documenté qui permettrait de renforcer l’offre pédagogique et de lancer de nouveaux services éducatifs en français tels que des camps d’été pour les jeunes et une école de théâtre.

« Ce projet n’est pas un luxe : il s’agit d’une infrastructure culturelle essentielle », lit-on dans les recommandations de la professeure.

Le chantier est prêt à démarrer

Après une rencontre en avril dernier avec Patrimoine canadien, l’équipe du Théâtre français de Toronto dit avoir eu l’assurance d’une réponse d’ici le 15 mai. « Les développeurs ne peuvent pas repousser davantage la date, et sans confirmation du fédéral, on risque de perdre le projet », affirme Karine Ricard.

Elle assure que les promoteurs sont prêts à lancer les travaux. « On est déjà avancés dans les plans structuraux du théâtre », précise-t-elle. La directrice générale explique que pour ces développeurs, un abandon du projet imposerait un remplacement fastidieux : « Le projet du théâtre est assez spécifique qui ne se remplace pas facilement. » Dans les plans, la salle serait également intégrée à un complexe résidentiel avec des logements à prix abordables.

« On nous a parlé de fonds disponibles avant que ces fonds ne soient soudainement plus disponibles », se rappelle le directeur de la communication du théâtre, Manuel Verreydt.

« C’est un risque qui coûterait peut-être la faillite du théâtre », déplore Karine Ricard, qui admet que le prix de vente du promoteur a par ailleurs été négocié au prix coûtant. « C’est déjà un énorme rabais. C’est une extrême chance. »

« L’importance d’avoir une salle où l’on peut nous-mêmes décider de nos prix et de ce qu’on veut présenter, c’est capital et ça devient de plus en plus urgent dans les prochaines années », énonce-t-elle.

Une maquette du complexe immobilier dans lequel la nouvelle salle de théâtre devrait être construite. Photo : Gracieuseté

La conception graphique de la salle de spectacle prévue. Photo : Gracieuseté

Le projet du théâtre se situe sur l’avenue Danforth dans l’Est de Toronto. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Le dénouement est attendu à la mi-mai

Les 9,5 millions demandés couvriraient environ 63 % du projet, de surcroît, le TfT espère un appui complémentaire de la province. Pour l’instant, seuls 305 000 $ ont été obtenus via le Fonds du Canada pour les espaces culturels. À l’issue de 60 ans d’existence, le Théâtre français de Toronto continue d’opérer sans lieu permanent, malgré une programmation soutenue de sept à neuf productions par saison. Tout devrait se jouer à la mi-mai.

« Je n’ai pas peur » : un Kapuskois lance un média bilingue pour les gens du Nord

KAPUSKASING – Les communautés du Nord de l’Ontario situées en bordure de la route 11 entre Opasatika et Smooth Rock Falls disposeront d’une nouvelle source d’information locale d’ici l’automne 2026. Baptisé La Voix du Corridor / The Corridor Voice, ce journal bilingue en ligne vise à combler le désert médiatique persistant dans la région grâce à un modèle hybride alliant organisme à but non lucratif et coopérative. 

« Quand l’information n’est pas vérifiée, les rumeurs finissent par passer pour des faits. Les opinions répétées assez souvent commencent à être perçues comme la vérité, et ça a un impact réel sur les communautés. »

C’est par ce constat que Kevin Anderson, l’instigateur du projet, justifie son retour dans le domaine de l’information après vingt ans d’expérience dans les salles de nouvelles du Nord. 

Ancien rédacteur en chef de publications telles que The Northern Times et The Cochrane Times Post, il a été témoin de la fermeture d’une quinzaine de journaux communautaires par le groupe Postmedia il y a sept ans.

Estimant que ce vide informationnel favorise la propagation de données inexactes sur les réseaux sociaux, il a entrepris de présenter son modèle aux instances politiques de la région. 

« J’ai présenté le projet au conseil municipal de Kapuskasing cette semaine. Ils ont voté à l’unanimité pour soutenir le projet comme un projet d’infrastructure important dans la région », précise-t-il.

Fort de vingt ans de carrière dans le journalisme régional et de six ans d’expérience en marketing, Kevin Anderson s’appuie sur cette double expertise pour structurer son nouveau média. Photo : gracieuseté de Kevin Anderson

Indépendance éditoriale et modèle financier

Bien que cette reconnaissance constitue un appui moral significatif, elle ne s’accompagne d’aucun financement public. 

Ce choix est délibéré de la part du fondateur, qui souhaite garantir l’autonomie complète de sa salle de presse. « C’est pour faire certain que le journal n’ait pas d’ancre dans le gouvernement municipal et les commerçants », explique-t-il.

Pour assurer la viabilité du média, M. Anderson mise sur une structure hybride : un organisme à but non lucratif (OBNL) pour le volet journalistique et une coopérative pour la gestion commerciale. Ce système de cotisations annuelles fixes pour les commerçants vise à stabiliser les revenus tout en protégeant l’indépendance de l’information. 

« On veut tenir le journalisme aussi loin que possible des finances », explique-t-il, précisant que ce modèle permet d’éviter la course quotidienne à la vente publicitaire dans un marché publicitaire de plus en plus restreint. 

Le promoteur poursuit ses démarches de sensibilisation auprès d’autres municipalités. « Je suis présent au conseil municipal de Hearst le 2 juin. J’ai d’autres demandes pour aller voir les autres conseils municipaux. Je pense que l’appétit est là », indique-t-il.

L’image de marque du média bilingue, un dévoilement officiel du média aura lieu ce jeudi soir en ligne. Photo : gracieuseté de Kevin Anderson

Le bilinguisme au centre de la mission

Dans une zone où la population francophone ou bilingue représente une grande majorité de la population, le bilinguisme intégral a été défini comme une priorité. Chaque article produit sera disponible simultanément en français et en anglais.

« La langue ne devrait jamais être un obstacle pour rester informé dans sa propre communauté. Je voulais offrir les histoires aux lecteurs dans la langue de leur choix », soutient M. Anderson. 

L’intérêt pour cette nouvelle offre d’information semble déjà se confirmer sur le terrain. En moins de deux semaines, la page Facebook du projet avait déjà mobilisé 200 personnes en moins de 24h, avant même le dévoilement officiel des détails de la plateforme. 

Bien que Le Nord soit établi à Hearst, Kevin Anderson se concentre sur le secteur d’Opasatika à Smooth Rock Falls, où le vide médiatique est plus marqué. Photo : Archives ONFR

Pour le fondateur, ces chiffres témoignent d’un signe d’intérêt bien réel pour le retour d’une source d’information structurée et bilingue.

« Je pense que l’appétit est là. Je suis quasiment certain que l’appétit est là », affirme-t-il, soulignant que cette réponse rapide de la communauté renforce sa confiance dans la viabilité de son projet d’infrastructure médiatique.

Logistique et prochaines étapes

Sur le plan opérationnel, Kevin Anderson prévoit produire entre cinq et sept reportages par semaine, axés sur le quotidien des résidents du corridor. 

La ligne éditoriale se concentrera sur une diversité de sujets locaux, allant de la couverture des conseils municipaux et des enjeux sportifs aux portraits d’intérêt humain, tout en s’adaptant aux intérêts manifestés par l’auditoire après le lancement. 

« Je sais que ça va être difficile. Je l’ai fait pour une vingtaine d’années, je sais à quoi m’attendre. Je n’ai pas peur »
— Kevin Anderson

« On va pouvoir regarder les chiffres de Google et on va savoir qu’est-ce qui marche plus et qu’est-ce qui marche moins pour mieux mettre notre focus », explique-t-il, précisant que l’objectif demeure de fournir des faits vérifiés pour permettre aux citoyens de se forger leur propre opinion. 

Afin de minimiser les coûts de démarrage, il opérera initialement à domicile et a conclu des ententes de partenariat avec des entreprises locales pour l’aspect technologique et le développement de la plateforme web.

Le processus de recrutement pour les futurs conseils d’administration de l’OBNL et de la coopérative débutera officiellement ce vendredi lors du salon Kap Expo à Kapuskasing. 

Bien que la date de mise en ligne puisse fluctuer selon les délais d’incorporation, l’objectif actuel demeure la mi-septembre 2026. « Je sais que ça va être difficile. Je l’ai fait pendant une vingtaine d’années, je sais à quoi m’attendre. Je n’ai pas peur », conclut-il.

Des immigrants francophones contournent le système d’Ottawa avec des « pit stops » au Canada, selon Québec

OTTAWA – Le fédéral décerne la résidence permanente à des immigrants francophones hors Québec alors que ceux-ci ne font que prétendre habiter à l’extérieur du Québec, « sans jamais quitter leur appartement montréalais » ou en faisant un simple passage éclair « pit stop » dans une autre province. C’est ce qu’affirme le ministre québécois Jean-François Roberge, qui se présente en « lanceur d’alerte » contre les « fichiers Excel merveilleux » présentés par Ottawa sur l’immigration francophone.

Chaque année depuis 2022, le nombre d’immigrants francophones s’installant hors du Québec a augmenté. Le fédéral a atteint ses cibles d’immigration francophone, oscillant entre 4,4 % et 8,9 % de nouveaux arrivants hors Québec durant les quatre dernières années.

Mais pour Jean-François Roberge l’atteinte de ces cibles présentées par Ottawa via « des fichiers Excel merveilleux » masque la réalité sur le terrain.

« Des gens viennent au Québec, prétendent habiter à l’extérieur du Québec, font un pit stop, mais sans jamais quitter le territoire québécois, et Ottawa se félicite d’avoir recruté des immigrants francophones au Manitoba, en Ontario ou au Nouveau-Brunswick alors que, dans les faits, ce n’est pas toujours le cas. Il y a quelque chose à faire », presse M. Roberge.

Jean-François Roberge est ministre de la Langue française et de la Francophonie canadienne à Québec pour le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ). Celui qui a aussi été ministre de l’Immigration au Québec de 2024 à 2026 soutient que des immigrants francophones obtiennent leur résidence permanente « sans jamais quitter leur appartement montréalais ».

« Je suis en quelque sorte un lanceur d’alerte dans cette situation-là, mais ce n’est pas le Québec qui perd là-dedans, c’est le reste de la francophonie canadienne. Donc, moi, je pense que ça prend des relayeurs pour corriger cette situation », lance le ministre en entrevue.

L’ancien ministre de l’Immigration au Québec a tenu ces propos lors de Mobilisation franco, un événement à Ottawa réunissant des centaines de personnes du Québec et de la francophonie canadienne. Il a ensuite répété la même chose en entrevue.

« Je crois qu’il y a une faille dans le programme fédéral d’immigration francophone hors Québec », relève-t-il.

Le ministre de la Francophonie canadienne et de la Langue française Jean-François Roberge lors du colloque Mobilisation franco le lundi 4 mai. Crédit image : Inès Rebei

Jean-François Roberge n’a pas donné de détails quant à l’ampleur du phénomène, que ce soit à grande ou à petite échelle. Nous avons sollicité son bureau afin de connaître les données ou les faits qui étayent ces affirmations et de savoir s’il pouvait chiffrer la situation. On nous a toutefois fait savoir qu’aucun autre commentaire ne serait émis.

« Je n’ai jamais vraiment entendu parler de ce phénomène », admet la chercheuse en immigration francophone et professeure à l’Université d’Ottawa, Luisa Veronis.

« Cela peut être des anecdotes, des témoignages administratifs, des impressions de terrain; donc ça peut arriver, c’est absolument plausible, mais on n’a pas vraiment de données pour vérifier », ajoute celle qui est titulaire d’une chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes.

« Je n’ai jamais constaté ça. Je n’ai jamais vu ça… Si ça arrive, ce serait de façon exceptionnelle », a indiqué Marc Miller, ancien ministre de l’Immigration au fédéral de 2023 à 2025.

Sous la direction de ce dernier, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a accru le nombre de nouveaux arrivants francophones au pays.

L’immigration francophone hors Québec dans les cinq dernières années

AnnéeEn nombreEn pourcentage
202529 6308,89 %
202430 5657,2 %
202319 6354,69 %
202216 3804,44 %
202169501,95 %

Marc Miller a noté, à cet égard, qu’il y a « beaucoup de gens qui parlent français et qui veulent quitter le Québec justement pour présenter une demande et devenir des résidents permanents ailleurs ».

« Mais je n’ai jamais vu une demande qui serait de nature frauduleuse ou qui induirait les gens en erreur », a indiqué l’actuel ministre de la Culture et des Langues officielles dans le gouvernement Carney.

Au moment d’écrire ces lignes, le bureau de la ministre de l’Immigration au fédéral Lena Diab n’avait pas répondu à nos questions.

Fermeture d’un programme d’immigration québécois

Dans son discours, Jean-François Roberge a appelé les acteurs de la francophonie canadienne à faire preuve de « franco-vigilance » et à « surveiller les politiciens, pour que l’on fasse ce que l’on dit ». Luisa Veronis soutient que le « pit stop » auquel fait allusion le ministre est possible, car une fois que les gens obtiennent la résidence permanente, ils sont libres de circuler au pays.

« Donc, peut-être que certains retournent au Québec, peut-être que certains ne quittent jamais Montréal, c’est fort possible… Mais pour en fait mesurer le phénomène, il faut des données », commente-t-elle.

En février, Radio-Canada a révélé qu’un nombre croissant d’immigrants temporaires quittaient le Québec pour d’autres provinces, ce nombre ayant quadruplé entre 2024 et 2025. Ces immigrants québécois passaient par le programme Entrée express, une voie d’accès à la résidence permanente pour les immigrants qualifiés où la maîtrise du français donne davantage de points.

Selon Luisa Veronis, si un tel phénomène survient comme l’avance M. Roberge, « c’est assez nouveau, c’est au cours de la dernière année ». Car cela contraste avec ce qui se vit sur le terrain dans les services d’accueil à l’extérieur du Québec qui sont dépassés par la demande, soulève la professeure.

La chercheuse en immigration francophone de l’Université d’Ottawa, Luisa Veronis. Gracieuseté

« Si vous demandez aux fournisseurs de services, ils voient les nouveaux arrivants, ils sont là, c’est concret. Maintenant, si quelques-uns retournent au Québec ou restent au Québec, je pense que c’est probablement une très faible minorité », avance-t-elle, soutenant que cela ne risque pas de nuire à la francophonie hors Québec en raison des forts taux de migration interprovinciale.

La chercheuse avance que l’annonce par le Québec de la fermeture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) — un programme de résidence temporaire ouvrant la voie à la permanence — pourrait avoir incité certains immigrants à se tourner vers les programmes fédéraux.

« On ferme le PEQ, ces gens ne vont pas disparaître dans l’air. Ils doivent aller quelque part. Leur objectif est de rester », souligne Luisa Veronis.

Tabla et l’Atlético Ottawa entrevoient un possible déclic après un exploit

TORONTO – L’Atlético Ottawa tient peut-être son match référence. En déplacement au BMO Field mardi soir, le club de Première ligue canadienne a réalisé un exploit en s’imposant 3-1 face au Toronto FC, équipe de MLS de niveau supérieur, grâce notamment à un triplé de Ballou Tabla. Une victoire qui valide son billet pour les quarts de finale du Championnat canadien.

Menés en première période après l’ouverture du score de Deandre Kerr (16e), les hommes de Diego Mejía ont longtemps subi, sans rompre. Il a même fallu un arrêt décisif du jeune gardien Tristan Crampton pour maintenir Ottawa en vie alors que le score était encore de 1-0 .

Puis, tout a basculé en seconde période.

Ballou Tabla, jusque-là discret depuis le début de saison, a complètement renversé la rencontre. L’attaquant a d’abord égalisé à la 71e minute d’une frappe précise, avant de profiter d’une récupération haute pour donner l’avantage aux siens dix minutes plus tard. Il a finalement scellé la victoire dans le temps additionnel (90+6), complétant un triplé retentissant.

Un déclic attendu

Cette victoire arrive dans un contexte délicat pour l’Atlético Ottawa. Le club connaissait un début de saison poussif en championnat, avec une seule victoire en cinq matchs (1 victoire, 1 nul, 3 défaites), et restait sur une lourde défaite 4-1 face à Inter Toronto.

« Ça fait du bien de gagner après une période difficile », a confié Tabla.

« On a souffert ces derniers mois. C’était difficile de trouver des automatismes avec le système qu’on a cette année, avec un nouveau groupe et de nouveaux joueurs. Mais on est restés confiants avec le coach et le staff », a-t-il ajouté.

Même sentiment du côté de l’entraîneur Diego Mejía, qui a insisté sur le travail effectué en interne malgré les résultats :

« Avec le début de saison, on a commencé lentement en termes de résultats, mais j’ai toujours mis l’accent sur le processus. On a construit un bon plan de jeu, on a créé de la résilience chez les joueurs, et je pense qu’on mérite de gagner ce match. »

Tabla, de l’ombre à la lumière

Critiqué pour son début de saison en demi-teinte, Ballou Tabla a répondu de la meilleure des manières. Avec ce triplé, il devient co-meilleur buteur de l’histoire du Championnat canadien avec Jonathan Osorio, confirmant son statut de joueur clé dans cette compétition .

Avec les départs de David Rodriguez et Sam Salter à l’intersaison, l’Atlético Ottawa cherche encore la bonne formule en attaque pour accompagner Ballou Tabla. (Photo : Michael Chisholm/Canadian Premier League

Mais au-delà des statistiques, c’est surtout le message envoyé qui retient l’attention. Mejía n’a jamais cessé de croire en son attaquant :

« J’ai eu beaucoup de conversations avec Ballou sur ce qu’il représente pour cette équipe et pour cette ligue. Je lui ai dit : je veux que tu joues avec ce que moi je pense de toi, pas avec ce que les gens pensent de toi. Je veux que tu croies davantage en toi. Je suis très heureux pour lui, parce qu’il mérite ce genre de performance. »

L’attaquant canado-ivoirien, lui, préfère souligner l’impact collectif de cette performance :

« C’est très spécial, surtout avec ce club. Depuis mon arrivée en 2022, j’ai toujours voulu aller loin dans cette compétition. Avec le travail qu’on fait avec le staff et le coach, je pense qu’on mérite vraiment ce moment. »

Saison lancée?

Plus qu’une qualification, ce succès pourrait marquer un tournant dans le début de saison d’Ottawa. Face à un club de MLS et dans un contexte difficile, l’Atlético a montré un visage combatif et surtout une capacité de réaction qui lui avait manqué jusque-là.

Diego Mejía voit dans cette victoire un potentiel déclic :

« Je n’ai jamais douté de l’équipe, mais parfois j’avais des doutes sur le ressenti des joueurs, sur leur confiance. Mais quand on a commencé à voir le comportement de l’équipe sur le terrain, je me suis dit : aujourd’hui, c’est le jour. Tout se passait comme on l’avait préparé. »

Reste désormais à confirmer. Mais une chose est sûre : avec un Ballou Tabla retrouvé et un groupe regonflé à bloc, l’Atlético Ottawa a peut-être enfin lancé sa saison. Prochain rendez-vous, mardi 17 mai contre les Wanderers d’Halifax.

« Parler de seins fait tomber les barrières » : Caroline Raynaud boucle sa tournée ontarienne

En tournée à travers l’Ontario, Le téton tardif de Caroline Raynaud sera présenté les 7 et 8 mai à Sturgeon Falls et North Bay, avant une future tournée pancanadienne dès l’an prochain. Dans ce premier spectacle qu’elle produit, l’artiste franco-ontarienne s’attaque à un sujet qui « lui pèse sur la poitrine » : les petits seins.

« C’est drôle, parce que dès qu’on parle de seins, il y a une barrière qui tombe chez les gens. On parle plus vite d’intimité », observe l’artiste établie à Sudbury.

Au fil d’une tournée d’une dizaine de représentations à travers l’Ontario, la comédienne a vu les réactions évoluer au rythme du spectacle : beaucoup de rires au départ, puis un basculement.

« À un moment, c’est le silence absolu. En poussant le curseur de ces choses qui nous font rire, en les grossissant, finalement ce n’est plus si drôle », souligne l’autrice et interprète de ce seul en scène.

Pour Caroline Raynaud, l’histoire de sa poitrine n’a toujours été qu’un point de départ.

« L’histoire de mes seins a été le point de départ de l’écriture, mais ça a toujours été un prétexte pour parler d’autre chose », affirme-t-elle.

Elle évoque les modèles féminins qui ont marqué son adolescence.

« Le rire permet de mettre les gens en confiance avant d’aborder des sujets plus profonds », explique Caroline Raynaud. Crédit photo : Joël Ducharme

« Se sentir mal parce qu’on n’a pas les seins de Pamela Anderson dans Baywatch, c’est un peu dommage. On peut en rire, mais c’est surtout le symptôme d’une culture qui objectifie le corps humain. »

L’actrice originaire de France, vue notamment dans le film oscarisé La Môme (2007), estime que les réseaux sociaux ont transformé les injonctions physiques sans les faire disparaître.

« Les jeunes grandissent dans une société où le culte du corps est toujours là. Les injonctions ont changé de forme, mais elles existent encore. »

Dénoncer « la culture du viol »

Le public, majoritairement féminin lors de certaines représentations, se confie souvent après les spectacles. Certains diffuseurs ont même organisé des soirées réservées aux femmes.

Mais les hommes aussi viennent la voir, souligne celle qui avait auparavant participé au Cabaret de la bibite, mis en scène par le franco-sudburois Antoine Côté Legault.

« J’ai vu des hommes prendre conscience des réalités que pouvaient vivre leurs sœurs, leurs mères ou leurs filles. Certains viennent même me parler de leurs propres complexes. »

Un père en colère est même venu lui parler après une représentation.

« Il m’a dit : « Ça me fait penser à ma fille, à mon fils… comment les aider à naviguer dans ce monde? » », raconte-t-elle.

Sans prétendre avoir de réponses, Caroline Raynaud dit vouloir ouvrir des conversations.

« Poser des mots, ça fait exister les choses. Si on ignore le problème, on ne peut pas y faire face ni trouver de solutions. »

Le spectacle aborde en filigrane des thèmes plus lourds, comme la culture du viol, l’hypersexualisation et la pression sociale exercée sur les corps.

« Moi, ce dont j’ai envie, c’est que le spectacle provoque des discussions, une prise de conscience ou simplement une envie de réfléchir. C’est une conversation qui m’a manqué quand j’étais plus jeune », déplore-t-elle.

Cinq ans de création

En gestation depuis près de cinq ans, Le téton tardif est passé par plusieurs étapes avant d’atteindre la scène.

L’artiste dit s’être lancée dans « ce rêve » sans mesurer l’ampleur du travail qui l’attendait : écriture, ateliers, dramaturgie, production et diffusion.

« Heureusement que je ne savais pas au départ ce que ça impliquait de produire un spectacle. Sinon, ça m’aurait fait trop peur. »

Elle raconte avoir voulu accélérer le processus de création.

« Les délais dans le milieu du théâtre sont beaucoup plus longs que ce que je voulais pour ce spectacle. À un moment donné, je me suis dit : si ça doit arriver maintenant, ça repose sur mes épaules. »

Malgré tout, elle insiste sur le caractère collectif de l’aventure.

« Ça ne se fait pas seule. J’ai découvert qu’on a besoin d’une grande équipe et d’alliés à chaque étape. »

Le Théâtre du Nouvel-Ontario l’a notamment accompagnée dans la coproduction du projet.

Aujourd’hui encore, la comédienne avoue ressentir un certain soulagement lorsqu’elle retourne devant la caméra.

« Quand je suis simplement interprète dans un film, c’est presque reposant. Je n’ai qu’une seule chose sur laquelle me concentrer. »

Une tournée pancanadienne à venir

Après l’Ontario, Le téton tardif poursuivra sa route ailleurs au pays dès l’an prochain.

« On va aller d’est en ouest au Canada avec le spectacle et j’en suis très heureuse. »

En parallèle, Caroline Raynaud participera au prochain projet de Michka Lavigne, Triptyque boréal, réunissant plusieurs artistes francophones du pays.

« C’est un super beau texte. En juin, je vais à Caraquet, au Nouveau-Brunswick, travailler avec toute l’équipe. »