TORONTO – Le ministre du Tourisme, de la Culture et des Jeux, Stan Cho s’est fait fustiger par les partis d’opposition à Queen’s Park pour des frais d’hôtel à Toronto « payés par les contribuables » et jugés exorbitants pour un élu qui n’habiterait qu’à 5,9 km de l’édifice législatif.
Selon les documents publics de divulgation des dépenses de l’Assemblée législative de l’Ontario, analysés et révélés par Global News, en trois ans, le ministre du Tourisme, de la Culture et des Jeux, Stan Cho, a engendré des frais de 16 203 dollars à l’Assemblée législative de l’Ontario pour son hébergement à Toronto.
Il a en effet facturé 1431 dollars en 2023-2024, 3081 en 2024-2025, et enfin 11 691 pour 2025-2026, soit ce cumul de 16 203 en trois ans.
À moins d’habiter à plus de 50 km de Queen’s Park, ce type d’hébergement n’est accessible aux députés de la région de Toronto que dans des « circonstances spéciales ou exceptionnelles », telles que des conditions météorologiques extrêmes.
Or M. Cho habite dans la circonscription de Willowdale qu’il représente, à 5,9km de l’Assemblée législative de l’Ontario, selon les registres fonciers accessibles au public utilisés par Global News.
En outre, l’élu a accès à un véhicule et à un chauffeur payés par l’État.
Ces dépenses et considérations lui ont attiré les foudres des partis d’opposition.
« Le ministre peut se rendre de Willowdale à Queen’s Park sans même avoir à changer de ligne de métro. Il dispose en plus d’une voiture et d’un chauffeur payés par les contribuables. Rien ne justifie qu’il ait besoin de 16 000 $ de séjours dans des hôtels de luxe du centre-ville », a fustigé par communiqué Marit Stiles, la cheffe néo-démocrate.
Selon celle-ci, pour qui « il s’agit d’un abus flagrant de l’argent des contribuables », « Doug Ford doit s’en expliquer et s’assurer que le ministre rembourse jusqu’au dernier centime ».
Le chef intérimaire du Parti libéral de l’Ontario, John Fraser, a, entre autres, déclaré que « les fonds publics ne sont pas la tirelire personnelle des progressistes-conservateurs. Chaque dollar dépensé appartient aux contribuables de l’Ontario, mais ils semblent tous penser que cet argent sert à payer des jets privés et des hôtels chics. »
« Pourquoi ces réclamations de remboursement ont-elles été soumises en premier lieu? », a-t-il questionné.
M. Fraser a également exigé la divulgation des détails qui ne sont pas accessibles dans les documents publics, tels que le nombre de nuitées d’hôtels facturées. « Combien d’argent sera réellement remboursé? Le ministre sera-t-il autorisé à conserver son poste après ce scandale? »
Dans une déclaration envoyée par son bureau, le ministre Stan Cho a assuré que : « Bien que ces dépenses répondent aux critères relatifs aux circonstances particulières énoncés dans le Guide législatif sur les dépenses des députés, je rembourserai personnellement à l’Assemblée la totalité du montant des dépenses engagées. »
SUDBURY – Depuis sa création en 2023, l’Association ethnoculturelle des Camerounais du Grand Sudbury (AECGS) parle de hisser son drapeau sur le Pont des Nations. Cette année, elle se donne l’objectif de concrétiser cette vision. Seulement, avant de procéder, la Ville de Sudbury exige des frais d’installation de drapeaux, un montant de minimum 18 000 dollars. Entre espoir et réalisme, voici comment cette association, âgée de quelques années, compte récolter cette somme, coûte que coûte.
« Quand je suis passé sur le Pont des Nations pour la première fois, j’ai regardé partout, mais je n’ai pas vu le drapeau du Cameroun », dit Boris Keuko Djoumbissie, chargé de la commission de recherche de financement. Ce dernier y est même retourné à pied, pensant que c’était une erreur, qu’il était passé à côté. « Il y avait beaucoup de drapeaux africains. J’ai vu le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Sénégal. Je m’attendais à voir le drapeau camerounais, ce qui n’a pas été le cas », ajoute-t-il.
Un malaise partagé par la communauté camerounaise de Sudbury, notamment par les nouveaux arrivants. Dès ses premiers rassemblements, l’AECGS parle de résoudre ce problème et, en 2025, elle dresse un dossier qu’elle surnomme le Projet Pont des Nations 2026. Son but : hisser le drapeau du Cameron d’ici à septembre 2026, en période estivale, et représenter les Camerounais de Sudbury sur leur terre d’accueil.
Boris Keuko Djoumbissie, Christian Pekdjob, et Lionel Ndoumba portent le drapeau du Cameroun sur le Pont des Nations. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR
Le 29 avril dernier, elle contacte la ville pour obtenir les critères d’éligibilité. Quelques jours plus tard, les services des parcs et loisirs répondent, faisant part des deux exigences à respecter. Premièrement, il faut être un pays reconnu par l’Organisation des Nations Unies (ONU), deuxièmement, il faut verser entre 18 000 et 20 000 dollars, de quoi pouvoir couvrir les coûts d’installation.
L’AECGS est consciente de l’obstacle financier auquel elle fait face. « Nous qui sommes une jeune association, nos finances sont encore embryonnaires », explique Christian Pekdjob, coordonnateur du projet Pont des Nations. Mais, déterminée à hisser le drapeau camerounais, l’association qui regroupe 150 membres inscrits et 478 participants dans son forum d’intégration, ne baisse pas les bras.
Un prix marqué par l’inflation
Inauguré dans le cadre la fête du Canada en 2007, cet emblème sudburois a toujours laissé les frais d’installation des drapeaux à la charge des associations communautaires concernées. Pendant la phase initiale, 72 drapeaux avaient été hissés. À l’époque, la Ville avait pu contribuer au financement des installations. Quelques entreprises privées avaient apporté un appui monétaire. En moyenne, chacun de ces 72 groupes n’a payé que 1200 dollars.
Presque vingt ans plus tard, les communautés doivent désormais payer un prix 1400 % plus élevé, sans soutien municipal.
Le Pont des Nations, situé sur la rue Paris, est une initiative citoyenne qui loge désormais 90 drapeaux. Photo : gracieuseté de la Ville du Grand Sudbury
« C’est vrai que c’est cher, mais nous devons coopérer avec les entreprises de construction qui fabriqueront les mâts et les mettront sur le pont. Et tous leurs prix sont élevés », avoue Kyle Marcus, coordonnateur des partenariats et de la mobilisation de la Ville. Il explique que cette forte hausse du prix est dû à l’inflation.
Pour installer un drapeau, la ville mandate des entreprises privées comme Lopes Limited ou Pioneer Construction. Elle paie environ 5500 dollars pour le mât, 13 100 dollars pour l’installation et, occasionnellement, des sommes supplémentaires liées au permis d’occupation ou de fermeture de voie si l’installation en question le nécessite.
Une fois le drapeau hissé, les services des parcs et des loisirs de Sudbury s’engagent tout de même à couvrir les coûts d’entretien. Malgré cela, la caution initiale freine certaines communautés qui, parfois, doivent peser le pour et le contre avant d’initier une collecte de fonds.
C’est la cas de la communauté ivoirienne. En mars 2022, l’Association des Ivoiriens et Ivoiriennes du Grand Sudbury (AIGS) s’était renseignée auprès de la Ville. En prenant connaissance de la somme, l’AIGS a décidé de prendre du recul — elle préfère dédier ses levées de fonds pour des événements, comme sa cérémonie annuelle d’accueil des nouveaux arrivants, explique son secrétaire général, Aubin Lammé.
« Nous ne disons pas que nous n’allons pas entreprendre des démarches pour mettre notre drapeau sur le Pont des Nations, mais c’est un projet que nous avons mis en veille ».
Un drapeau, bien plus qu’un symbole
Pour les organisateurs du projet, le drapeau représente un ancrage culturel pour les Camerounais éloignés de leur pays. À travers cette initiative, l’AECGS veut surtout s’imposer comme une entité organisée et mobilisatrice. Pour cela, elle compte faire de la levée du drapeau un événement solennel avec une présence massive des résidents camerounais à Sudbury.
L’AECGS proposera aux potentiels partenaires de se présenter à l’événement, histoire de faire connaître leurs services aux nouveaux arrivants.
Pour sa stratégie de levée de fonds, l’AECGS cible plusieurs sources. Elle a d’ailleurs notifié le Haut Commissariat du Cameroun au Canada de ses besoins. « Notre représentation diplomatique a déjà été informée et suit donc le projet à la loupe pour nous aider à faire face aux différents défis », explique M. Pekdjob.
L’AECGS compte également solliciter ses partenaires habituels, le Collège Boréal, la Caisse Desjardins, et le Carrefour francophone de Sudbury.
L’AECGS a formé une équipe pour gérer le projet Pont des Nations 2026, composée de Boris Keuko Djoumbissie (à gauche), Christian Pekdjop (au centre), Lionel Ndoumba (à droite), et de Paul Junior Ndoka. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR
Depuis le début du projet, l’AECGS affirme avoir reçu de nombreuses promesses de paiement venant de la communauté. « On a des aînés camerounais de Sudbury qui nous ont rencontrés et nous ont confirmé qu’ils feront le geste financier qu’il nous faut pour nous accompagner dans ce projet », confirme le coordonnateur du projet.
À deux mois de l’échéance qu’elle s’est fixée, l’AECGS reste motivée. Pour le secrétaire de l’association, Lionel Ndoumba, ce drapeau pourrait avant tout être une fierté nationale pour les générations à venir : « C’est un héritage qu’on veut laisser à nos enfants qui, pour une bonne partie, sont canadiens et pour leur rappeler leurs origines camerounaises ».
De retour pour jouer à Toronto pour la première fois de sa carrière en WNBA, en milieu de semaine dernière, Laeticia Amihere a mesuré le chemin parcouru depuis son départ d’Atlanta en 2024. Après les doutes, un passage fructueux en Australie et une relance réussie avec les Valkyries de Golden State, la Franco-Ontarienne s’impose aujourd’hui comme une joueuse d’impact, bien au-delà des statistiques.
Après le coup de sifflet final, Laeticia Amihere a pris son temps. Le temps de sourire, de poser pour quelques photos et de retrouver les siens. Une trentaine de proches, amis et membres de sa famille, avaient fait le déplacement pour assister à son tout premier match de WNBA à Toronto. Certains avaient même confectionné des affiches à son effigie. Une scène simple, mais lourde de sens.
Quelques heures plus tôt, la native de Mississauga ne cachait pas son émotion. « C’est une fierté. Ma famille sera là pour me soutenir, alors j’ai vraiment hâte de vivre ce moment », confiait-elle.
Retour victorieux pour LA à Toronto sur et en dehors du terrain. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Son entraîneuse, Nathalie Nakase, avait elle aussi senti que cette rencontre n’était pas comme les autres.
« Dès qu’on a atterri, je voyais bien qu’elle avait hâte. Elle ne l’a jamais dit, mais son visage disait : ‘Vite, terminons la séance vidéo, je veux aller retrouver ma famille’. Ça nous donnait encore plus envie de gagner pour elle, parce qu’on savait que les gens qu’elle aime étaient dans les gradins. »
Les Valkyries ont effectivement quitté Toronto avec une victoire de 83 à 75 face au Tempo. Amihere a inscrit trois points, capté trois rebonds et distribué une passe décisive en un peu plus de quinze minutes de jeu, une prestation fidèle au rôle qu’elle occupe désormais dans cette jeune franchise.
Cette victoire avait surtout une portée symbolique. Elle venait conclure deux années marquées par les incertitudes, les remises en question et un patient travail de reconstruction.
L’Australie pour mieux rebondir
Sélectionnée au huitième rang du repêchage de la WNBA par le Dream d’Atlanta en 2023 après une brillante carrière à l’Université South Carolina, ponctuée notamment par un titre national en 2022, Amihere n’a jamais véritablement eu l’occasion de s’imposer en Géorgie.
À l’issue de sa deuxième saison en WNBA, elle profite de l’intersaison pour rejoindre les Perth Lynx, en Australie, avec un objectif clair : retrouver un rôle de premier plan et accumuler les minutes.
Le pari est pleinement réussi. Dans le championnat australien, elle affiche des moyennes de 15,5 points, 5,8 rebonds et plus d’un contre par rencontre, signe plusieurs prestations de plus de 20 points et est récompensée par une sélection dans la première équipe étoile de la WNBL. Surtout, elle retrouve la confiance qui lui avait parfois fait défaut en WNBA.
« Partir à l’étranger m’a permis d’avoir davantage de temps de jeu, de retravailler certains aspects de mon jeu et, surtout, de retrouver de la confiance avant de revenir ici », explique-t-elle.
Concentration maximale avant le coup d’envoi. Quelques minutes avant d’affronter le Tempo de Toronto, Laeticia Amihere s’apprête à disputer le premier match de sa carrière en WNBA devant les siens. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Cette excellente saison n’empêche pourtant pas Atlanta de s’en séparer quelques semaines plus tard.
« Je sais que ce n’est jamais facile d’intégrer cette ligue. Il y a très peu de places et beaucoup de joueuses sont passées par les mêmes épreuves avant moi. Moi, je reste motivée chaque jour. Je sais que je travaille fort et je veux simplement continuer à donner le meilleur de moi-même », confie-t-elle.
Réclamée au ballottage par la nouvelle franchise de Golden State, Amihere doit encore patienter. Les Valkyries la libèrent au terme du camp d’entraînement avant de la rappeler quelques semaines plus tard. Cette fois, l’occasion est la bonne.
Une joueuse qui change un match autrement
Avec Golden State, la Franco-Ontarienne s’est imposée comme une joueuse de rôle importante en sortie de banc. Ses 3,3 points, 3,6 rebonds, 1,2 passe décisive et 0,7 contre de moyenne ne sont pas significatifs de son impact qui se mesure autrement.
Pour Nathalie Nakase, l’intérieure franco-ontarienne est devenue une pièce importante de l’identité défensive des Valkyries. « Elle nous apporte de la protection de cercle, de la polyvalence et beaucoup de présence physique. Elle peut défendre aussi bien sur les intérieures que sur les extérieures et elle aime jouer avec du rythme », explique l’entraîneuse en chef.
Le même constat revient chez ses coéquipières. Présente à ses côtés depuis la création des Valkyries, Janelle Salaün partage cette saison encore davantage de minutes avec Amihere au sein de la deuxième unité. Une proximité qui lui permet de mesurer toute son influence sur le jeu.
« Dès qu’elle entre sur le terrain, on sait qu’elle va nous apporter beaucoup de choses, que ce soit au rebond, en défense ou simplement par sa présence. Je trouve que ça peut changer le cours d’un match. »
Illustration des capacités défensives d’Amihere, qui, par sa mobilité, peut contenir la meneuse Julie Allemand en possession de la balle et glisser sur l’intérieure Isabelle Harrison (à droite) qui roule vers le panier. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Avec 26 points, un sommet en carrière en WNBA, Janelle Salaün (à droite) a mené les Valkyries vers la victoire face au Tempo de Toronto. Une performance qui illustre la profondeur de banc de Golden State, dont Laeticia Amihere est l’une des pièces importantes. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Gabby Williams, l’une des leaders des Valkyries, souligne l’importance de l’énergie et de la profondeur de banc dans le succès de la franchise d’expansion de Golden State. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Pour Gabby Williams, sélectionnée au Match des étoiles cette saison, la force des Valkyries réside dans la profondeur de leur effectif : « Je pense qu’on a le meilleur banc de la ligue », affirme-t-elle.
Dans cette deuxième unité, l’internationale canadienne occupe une place importante. « Elle apporte énormément d’énergie et une bonne humeur contagieuse. Qu’elle joue deux minutes ou vingt, elle donne toujours la même intensité. »
Laeticia Amihere, elle, accepte pleinement ce rôle. « Je continue de prendre ma place dans cette ligue. Je me considère comme une joueuse polyvalente. Quand je suis sur le terrain, mon rôle est d’aller chercher les rebonds et d’offrir des deuxièmes chances à mon équipe. »
Une pièce importante du futur canadien
Le même état d’esprit l’accompagne avec la sélection canadienne. L’élimination dès le premier tour des Jeux olympiques de Paris en 2024 appartient désormais au passé. Pour la pivot, l’heure est déjà à la reconstruction.
« Nous continuons de travailler. Bien sûr, nous voulions nous qualifier pour la Coupe du monde, mais il y aura d’autres occasions. Nous avons une équipe plus jeune qu’auparavant et nous allons continuer à progresser ensemble. »
Triple olympienne et l’une des figures d’expérience de la sélection canadienne, Kia Nurse insiste surtout sur l’utilité d’Amihere lorsqu’elle est appelée sur le terrain.
« Chaque fois qu’elle est sur le terrain, elle a un véritable impact. Elle fait toutes ces petites choses importantes qui n’apparaissent pas toujours sur la feuille de statistiques, que ce soit en défense, en courant le terrain ou en créant des occasions pour l’équipe. »
Coéquipière de Laeticia Amihere avec la sélection canadienne, Kia Nurse voit l’intérieure de 25 ans poursuivre sa progression saison après saison. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Mais ce qui frappe le plus Nurse est peut-être la personnalité de sa jeune coéquipière : « Laeticia est plutôt réservée. Mais une fois qu’elle est à l’aise, elle s’ouvre complètement et c’est un vrai plaisir de l’avoir avec nous. C’est une personne formidable et je suis très heureuse de la voir continuer à grandir dans cette ligue. »
Pour Nurse, cette progression reste d’ailleurs le plus important. « Chaque année, elle ajoute quelque chose. C’est essentiel lorsqu’on est une jeune joueuse en WNBA : continuer à progresser et à enrichir son jeu. »
À Golden State comme en sélection nationale, Laeticia Amihere a trouvé une place et un rôle qui lui correspondent. Reste maintenant à les faire grandir.
TORONTO – Ce samedi soir, la toute première édition de Franco-Été, organisée par l’ACFO-Toronto, a rassemblé organismes, conseils scolaires, artistes et francophones de la Ville Reine pour une soirée de retrouvailles au cœur de performances artistiques et musicales.
L’événement, pensé comme un « mini-festival », a proposé une succession de prestations de slam, de poésie, de musique et de danse. De nouveaux visages ont profité de l’occasion pour se faire connaître auprès de la communauté.
Pour le jeune slameur, Ilyas Moffadel, c’était là l’occasion de se produire sur scène pour la première fois : « J’aime la poésie et j’aime l’exprimer sur scène. J’avais entendu parler de cet événement et j’avais envie d’y participer et de partager quelques-uns des poèmes que j’ai écrits. »
Ayant grandi au Québec et installé à Toronto depuis trois ans, il baigne désormais dans la culture anglophone. Il souhaitait également profiter de l’événement pour découvrir la diversité de la communauté francophone.
Le slammeur franco-torontois Ilyas Mofaddel sur scène. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
La première édition de Franco-Été a fait salle comble. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
Le Centre de santé communautaire TAIBU renforce ses efforts de communication auprès de la communauté. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
L’artiste et chorégraphe de danse orientale Eden Fieldstone. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
Plusieurs organismes communautaires étaient présents pour l’occasion. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
Pour l’Université de l’Ontario français (UOF) : « C’était important pour nous d’être présents ce soir, car nous sommes au cœur de la communauté et chaque événement est une occasion de mieux comprendre ses besoins pour déterminer les programmes universitaires qui répondent aux réalités et aux attentes de la communauté franco-ontarienne », avance l’ambassadrice de recrutement, Ghislaine Tchoupou Kuete.
Par ailleurs, un défilé de mode de la marque de prêt-à-porter « Orikrea », créée par la styliste franco-torontoise, Oriane Diebou, a permis de présenter les toutes nouvelles créations, portées par des personnalités de la communauté.
L’occasion pour les organismes de gagner en visibilité
Mardakore Adili Brahim, ambassadeur communautaire des programmes francophones du Centre de santé communautaire TAIBU, reconnaît que l’organisation doit encore améliorer sa communication, alors même que de nombreuses activités y sont proposées.
« Nous sommes là pour nous rapprocher de la communauté, pour promouvoir et vulgariser nos services et nos programmes. Nous misons sur l’impact. »
Mardakore Adili Brahim est l’ambassadeur communautaire des programmes francophones de l’organisme TAIBU. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
« Qui dit TAIBU dit la communauté, qui dit la communauté dit TAIBU », affirme M. Brahim.
Point Ancrage Jeunesse était aussi présent : « C’est la mission de l’ACFO de rassembler les partenaires communautaires. On se devait d’être là pour leur apporter notre soutien lors de ce premier rassemblement de Franco-Été », lance la présidente et directrice générale de l’organisme, Edwige Ngom.
Une première placée sous le signe de l’inclusion
Le promoteur de l’évènement, Jean-Claude N’da, a remercié tous les leaders des associations et conseils scolaires pour leur engagement et leur mobilisation : « L’ACFO est là pour représenter tous les organismes francophones. »
Il a décrit Franco-Été comme un événement qui se veut inclusif, pluriel et rassembleur, et qui engage toutes les communautés.
Maïmou Wali, vice-présidente de l’ACFO-Toronto et Jean Claude N’DA, président de l’organisme. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
Pour cette première édition, quelques pépins techniques ont nécessité des ajustements dans le déroulement de la soirée, mais n’ont pas empêché l’événement de se dérouler avec succès.
« Aujourd’hui, nous faisons nos premiers pas. On peut tomber, mais nous allons nous relever et faire vibrer la francophonie à Toronto », a conclu M. N’DA.
TORONTO – Les célébrations accompagnées du son des cloches se sont éteintes un peu plus tôt que les partisans helvétiques l’auraient souhaité. Réunis au Firkin Pub sur Danforth, dans l’est de Toronto, les membres du Swiss Club Toronto ont vu le rêve d’une première demi-finale de Coupe du monde de l’histoire de la Suisse s’envoler face à l’Argentine. Pourtant, au moment de quitter les lieux, ce n’était pas tant la déception qui dominait que la fierté. Car au-delà d’un parcours historique sur le terrain, la Nati aura surtout réussi à rapprocher toute une communauté suisse dans la Ville Reine.
À partir des huitièmes de finale, le quartier Danforth s’est imposé comme le point de ralliement des supporteurs helvétiques de Toronto. Que ce soit au Fox and Fiddle ou au Firkin Pub, familles, étudiants, jeunes professionnels et membres de longue date s’y sont retrouvés pour encourager leur sélection nationale. Match après match, les rassemblements ont gagné en importance, preuve que ce Mondial avait réveillé un sentiment d’appartenance bien au-delà des 90 minutes.
Samedi, la Suisse est passée tout près d’écrire la plus belle page de son histoire en devenant, pour la première fois, demi-finaliste d’une Coupe du monde. Menés dès la 10e minute sur une tête d’Alexis Mac Allister à la réception d’un corner de Lionel Messi, les hommes de Murat Yakin ont fait preuve de caractère en revenant au score grâce à Dan Ndoye à la 67e minute.
Cinq minutes plus tard, tout a basculé lorsque Breel Embolo a été expulsé après avoir reçu un deuxième carton jaune pour simulation. Réduits à dix, les Helvètes ont résisté jusqu’en prolongation avant de céder à deux reprises. Julián Álvarez a redonné l’avantage à l’Argentine à la 112e minute, avant que Lautaro Martínez ne scelle la victoire dans les derniers instants.
Une expulsion discutée
Pour Céline Baracho, vice-présidente du Swiss Club Toronto, le scénario laisse forcément un goût amer.
« Ils ont tellement bien joué, nous sommes très fiers. Malheureusement, il y a eu le carton rouge. Embolo a dû sortir et je crois que ça a fait toute la différence. Mais même avec un joueur de moins, ils ont quand même super bien joué, ils se sont très bien défendus. On est quand-même bien déçu », résume-t-elle.
Réunis au Firkin Pub sur Danforth, les membres et sympathisants du Swiss Club Toronto célèbrent le parcours historique de la Nati. Céline Baracho, vice-présidente du club, apparaît au centre du groupe avec sa fille, entourée de plusieurs générations de supporteurs. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
La déception ne fait toutefois pas oublier l’ampleur de l’exploit. La Suisse n’avait plus atteint les quarts de finale d’une Coupe du monde depuis l’édition organisée à domicile en 1954, il y a 72 ans. Cette génération a ainsi égalé le meilleur résultat de l’histoire du pays tout en se retrouvant à une victoire d’une première qualification historique pour les demi-finales.
« C’est incroyable de vivre ça, de vivre ça avec le Club suisse aussi, avec la famille, avec tout le monde. C’est génial », sourit Céline Baracho.
Une nouvelle génération pousse la porte
Mais pour les dirigeants du Swiss Club Toronto, la plus belle victoire ne se mesure pas seulement au parcours sportif. Au fil de la compétition, les rassemblements ont pris de l’ampleur. De nombreux jeunes Suisses, ainsi que des personnes qui découvraient le Swiss Club Toronto, sont venus assister aux rencontres. Certains pourraient désormais rejoindre l’association et participer à ses nombreuses activités.
« Je dirais que les rassemblement ont été de plus en plus nombreux. Aujourd’hui, il y avait particulièrement beaucoup de nouveaux visages et de potentiels nouveaux membres. On est contents aussi de trouver d’autres Suisses qui viennent supporter et qui veulent faire partie de la communauté », explique la vice-présidente.
Cette évolution est loin d’être anodine. Comme beaucoup d’associations culturelles, le Swiss Club Toronto cherche à assurer sa relève. Si les membres historiques continuent de faire vivre le club, voir arriver une génération plus jeune représente une excellente nouvelle.
« Il y a beaucoup de membres qui sont plus âgés. Voir des jeunes Suisses qui viennent faire partie de nos événements, c’est vraiment chouette. C’est ça qui va faire vivre le club. On est content. »
Cinquante ans de fidélité
Parmi les fidèles se trouve Freddy Wenger. Depuis un demi-siècle, il participe à la vie du Swiss Club Toronto. Les fondues, les raclettes, les célébrations de la fête nationale du 1er août ou encore les anciens festivals multiculturels de Toronto : il a vu défiler plusieurs générations de Suisses.
Pour lui aussi, cette Coupe du monde restera un souvenir particulier. « On espérait bien que la Suisse s’en sorte, mais on savait quand même que l’Argentine, c’est une bonne équipe. C’était la première fois depuis 1954 que la Suisse était en quart de finale. On est bien content qu’ils soient arrivés jusque-là. »
Fidèle au Swiss Club Toronto depuis 50 ans, Freddy Wenger, à droite avec le petit drapeau à la main, a vécu le quart de finale entouré d’amis de longue date. Une image qui résume la force des liens entretenus par la communauté suisse à Toronto. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
Au-delà du football, il retient surtout les retrouvailles. « On se voit de temps en temps à l’occasion des événements organisés par le club. Mais cette année, on s’est vu un peu plus souvent. »
Lorsque on lui demande depuis combien de temps il fréquente le club, sa réponse fait sourire : « Ça fait déjà 50 ans qu’on fait ça. Les fondues, les raclettes… On organise tout ça. »
À travers son parcours, c’est toute l’histoire du Swiss Club Toronto qui se dessine : une communauté qui entretient ses traditions tout en accueillant de nouveaux arrivants.
La Suisse ne disputera finalement pas la première demi-finale de son histoire. Mais à plusieurs milliers de kilomètres du terrain, cette Coupe du monde aura laissé une autre victoire. Pendant quelques semaines, la Nati a offert aux Suisses de Toronto bien plus que des émotions sportives : elle leur a donné une raison de se retrouver, de partager et, surtout, d’ouvrir leur communauté à une nouvelle génération.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
Le soleil, les beaux jours et les questions d’immigration! C’est un étrange mélange auquel plusieurs immigrants finissent par s’habituer. L’immigration a cette particularité de s’inviter à toutes les tables. Dans les projets d’avenir, dans les conversations ordinaires, dans les moments de joie, mais surtout dans les débats politiques. Même sous un beau soleil, certaines vies restent en attente, suspendues à un courriel, une demande de permis, une décision administrative ou la peur silencieuse de devoir repartir.
« Prendre sans demander, c’est voler. », cette phrase je l’ai entendue bien des fois et pendant longtemps, je l’ai considérée comme une simple leçon de politesse. Aujourd’hui, elle me fait réfléchir autrement. Car s’il y a bien une chose que l’expérience migratoire m’a apprise, c’est qu’immigrer consiste rarement à prendre. C’est plutôt apprendre à demander. Demander le droit d’entrer, d’étudier, de travailler, de rester et parfois même de se sentir légitime.
Se réinventer entre deux mondes
Contrairement à ce que l’on imagine souvent, il n’existe pas une seule expérience de l’immigration. Certaines personnes arrivent au Canada comme étudiantes internationales. D’autres obtiennent un permis de travail temporaire ou entreprennent un parcours vers la résidence permanente. Derrière ces différents statuts administratifs se cachent pourtant des réalités beaucoup plus complexes que les catégories auxquelles on les réduit souvent. Pour plusieurs jeunes, immigrer signifie apprendre à recommencer. Il faut reconstruire son réseau, créer de nouveaux repères, apprivoiser de nouvelles références culturelles et trouver sa place dans un environnement que l’on découvre jour après jour. Mais il faut aussi apprendre à vivre entre plusieurs réalités. On conserve certaines habitudes de son pays d’origine tout en adoptant celles du pays d’accueil. On navigue entre plusieurs identités et parfois plusieurs façons de voir le monde. Au début, cela peut être déstabilisant. On a parfois l’impression de ne jamais être complètement d’ici ni complètement d’ailleurs.
Puis, avec le temps, on comprend que cette position entre deux mondes n’est pas nécessairement un manque. Elle peut devenir une richesse. Les débats sur l’immigration donnent parfois l’impression que les personnes qui immigrent sont uniquement définies par leur statut migratoire. Pourtant, elles sont aussi des étudiant.e.s, des artistes, des employé.e.s, des entrepreneur.e.s, des bénévoles, des collègues, des voisin.e.s et même des ami.e.s. Elles contribuent à la société de multiples façons, souvent bien au-delà de ce que l’opinion publique laisse entendre. Dans les écoles, les universités, les entreprises et les organismes communautaires, de nombreux jeunes issus de l’immigration participent déjà à façonner le Canada de demain. Cette contribution est bien réelle, d’ailleurs selon le Rapport annuel au Parlement sur l’immigration 2025, publié par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, plus de 58 % des nouveaux résidents permanents admis en 2024 relevaient de l’immigration économique. Le même rapport indique également que la migration internationale représentait plus de 97 % de la croissance démographique du Canada en 2024.
Ces chiffres ne servent pas à mesurer la valeur d’une personne. Ils rappellent plutôt que les immigrants participent activement à la vitalité économique, sociale et culturelle du pays. Mais leur impact ne se limite pas aux statistiques. Il se retrouve dans les idées nouvelles, dans les échanges culturels, dans les projets qui voient le jour et dans les ponts qui se créent entre différentes réalités. Il se retrouve aussi dans ces identités hybrides qui naissent lorsqu’une personne apprend à conjuguer plusieurs cultures sans renoncer aucune d’entre elles.
Paradoxalement, c’est souvent au moment où l’on contribue le plus que certaines questions continuent de nous accompagner. Malgré les études, le travail, les amitiés et les années passées ici, plusieurs immigrants connaissent encore ce sentiment discret de devoir constamment démontrer qu’ils méritent leur place. Comme si l’appartenance devait être gagnée encore et encore. La véritable question n’est donc pas seulement économique ou administrative. Elle est surtout humaine. À quel moment cesse-t-on de se sentir de passage? À quel moment comprend-t-on que l’on a tout simplement le droit d’être là?
Plus qu’une étiquette…
Il y a quelque chose qui dérange dans la façon dont on parle parfois des immigrants. Comme si un mot pouvait résumer des trajectoires entières. Comme si qualifier une personne « d’immigrant.e » suffisait à dire qui elle est. Les personnes qui immigrent n’arrivent pas les mains vides. Elles arrivent avec des idées, des rêves, des compétences, des références et des histoires. Elles arrivent avec ce qu’elles sont déjà et avec ce qu’elles deviennent en chemin. Et surtout, elles n’ont rien pris sans demander. Elles ont demandé un visa, un permis, une chance, et parfois même le droit de rêver un avenir différent. En réalité, elles n’ont rien volé, car tout a été encadré, autorisé, justifié et attendu.
Pourtant dans le regard des autres, il reste parfois une distance. Alors peut-être qu’il faudrait inverser le regard. Peut-être qu’il faudrait commencer par voir les gens avant de voir leur statut. Avant de voir une catégorie, voir une personne. Avant de voir un dossier, voir une vie.
Parce qu’au fond, personne ne vit seulement à travers une étiquette.
Et peut-être que c’est là que tout se joue.
Alors, oui je suis immigrant.e.
Et bien plus que ça!
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
Julie Cafley est la vice-rectrice à la Francophonie, aux relations extérieures et communautaires de l’Université d’Ottawa.
LE CONTEXTE :
Nommée le 13 mai dernier, Mme Cafley a pris ses fonctions cette semaine, occupant un poste resté vacant pendant près de deux ans.
L’ENJEU :
Diplômée quatre fois de l’Université d’Ottawa, elle arrive au moment où l’institution entame de grandes consultations sur la francophonie et après l’annonce de l’accueil du Sommet de la Francophonie à Ottawa en 2028, le tout dans un contexte de rapprochement avec la communauté francophone.
« Comment s’est passée votre première semaine à la barre du vice-rectorat?
J’ai commencé ma carrière ici et j’éprouvais toujours de petits frissons en montant les marches du pavillon Tabaret. Lundi matin, en les gravissant à nouveau, la même émotion était là.
J’ai reçu un accueil incroyable. L’équipe de direction est soudée et partage une vision commune. Pour moi, c’est un véritable retour à la maison. Le moment est idéal avec tout ce qui se dessine : le Sommet de la Francophonie, la consultation institutionnelle… C’est un moment charnière pour l’Université et pour moi dans ce rôle.
Votre titre inclut les « relations externes et communautaires » aux côtés de la Francophonie. Qu’est-ce que cela ajoute à votre feuille de route?
À son arrivée il y a un an, la rectrice Marie-Ève Sylvestre a posé un principe clair : l’Université d’Ottawa doit demeurer parmi le top 5 des universités de recherche au pays, tout en restant profondément ancrée dans sa communauté. C’est essentiel pour la région d’Ottawa et de l’Outaouais, et tout particulièrement auprès des francophones.
Le volet communautaire est passionnant parce que les défis sont nombreux, tant sur le campus que dans la ville. Notre rôle est d’agir comme partenaire et leader : je pense notamment à nos travaux avec le maire d’Ottawa sur l’itinérance ou la santé, où nos experts et nos étudiants peuvent vraiment appuyer les démarches en cours.
Quant aux relations externes, elles englobent nos liens gouvernementaux, le secteur industriel et le corps diplomatique, comme les ambassadeurs francophones. Je vois la francophonie au cœur de ces relations externes et communautaires, mais aussi comme un pilier fondamental en soi, puisqu’elle touche l’essence même de notre mission.
Vous avez affirmé vouloir être une vice-rectrice de terrain lors de votre nomination. Comment voyez-vous votre présence auprès de la communauté francophone?
Durant mes premiers mois, je vais consacrer beaucoup de temps à aller à la rencontre de notre milieu, avec écoute et humilité. L’inclusion exige un effort quotidien. Nos portes sont grandes ouvertes et nous voulons assumer pleinement notre rôle de leadership. La communauté a de grandes attentes envers nous, et nous sommes prêts à répondre présent.
Si les gens se plaignent, c’est parce qu’ils sont investis et qu’ils y croient. Chaque Franco-Ontarien a une connexion avec l’Université d’Ottawa et il est naturel d’avoir de grandes attentes envers une institution dans laquelle on s’investit. J’accueille ces critiques. Je n’ai pas peur des discussions difficiles, c’est au cœur de ce qu’on est comme institution.
La défense du français est essentielle, mais la célébration doit aussi avoir sa place. Parfois, on est vite à critiquer et on ne célèbre pas assez. On offre 371 programmes entièrement en français et on accueille une francophonie pluraliste : il y a de quoi être profondément fier.
Concernant le Sommet de la Francophonie de 2028 à Ottawa, quelles pourraient être les opportunités pour l’Université et pourrait-elle accueillir des activités sur son campus?
Les opportunités sont immenses. Nos chercheurs peuvent éclairer les travaux du Sommet, notamment sur l’impact économique de la francophonie. C’est aussi l’occasion d’impliquer la jeunesse, la culture et le réseau d’ambassadeurs francophones basés à Ottawa. Nous espérons d’ailleurs être présents au Sommet du Cambodge cet automne.
Accueillir un tel événement aux portes de l’Université, sinon directement sur le campus, serait une occasion unique dans une vie. Nous sommes situés à dix minutes de la Colline du Parlement, au cœur de la capitale. Même si rien n’est arrêté, nous voulons jouer un rôle de leadership, pousser nos limites et voir grand pour la francophonie.
À ce jour, plus de 1500 étudiants, 60 professeurs et 70 membres du personnel administratif ont été consultés. C’est un exercice d’une grande ampleur qui établira un diagnostic clair de la francophonie sur le campus en 2026.
Ce travail débouchera sur un plan d’action institutionnel pour harmoniser les initiatives déjà existantes dans les facultés. Dès la remise du rapport, nous établirons un calendrier d’exécution précis. Toute la direction est alignée derrière cette priorité et je me sens pleinement appuyée pour mener à bien ce chantier.
L’Université a multiplié les partenariats récents (Sudbury, UOF, Regina, Windsor). Quelle est votre vision pour ces collaborations?
Le développement de partenariats est au cœur de ma vision pour garantir l’accès à l’enseignement en français partout dans la province et au pays.
Si l’Université d’Ottawa est un acteur d’envergure, nous avons énormément à apprendre d’institutions à taille humaine, ancrées dans leur région et en milieu minoritaire. Il s’agit de combiner nos forces en gardant l’intérêt de l’étudiant au centre. Permettre à davantage de jeunes d’étudier et de vivre en français, y compris les 2000 étudiants inscrits dans nos programmes d’immersion, demeure la priorité absolue de notre mandat. »
OTTAWA – Joly, Mehdi Cayenne, Les Rats d’Swompe et LeFlofranco seront les quatre artistes franco-ontariens à l’affiche de l’édition 2026 du Bluesfest d’Ottawa. Le festival, qui s’ouvre ce jeudi et se poursuit jusqu’au 19 juillet, accueillera également plusieurs autres artistes francophones, ainsi que des vedettes internationales de premier plan.
« Depuis quelques années, le Bluesfest fait un effort pour intégrer davantage d’artistes francophones et autochtones. Cette année, leur présence est particulièrement importante », affirme la porte-parole du festival, Annie Boucher. Elle estime qu’une dizaine d’artistes francophones figurent à la programmation.
La journée du 12 juillet sera particulièrement riche en prestations franco-ontariennes.
Mehdi Cayenne livre son mélange d’électro-pop et de chanson francophone sur la scène Hard Rock Hotel & Casino Ottawa.
« Ça me fait vraiment plaisir de revenir au Bluesfest. C’est un endroit où j’ai la chance de jouer depuis que j’ai commencé à sortir des albums. C’est un peu un retour au bercail », confie-t-il.
Le chanteur profitera de cette prestation pour présenter plusieurs chansons de Trompe-la-mort, son prochain album attendu à l’automne.
Mehdi Cayenne se réjouit aussi de croiser Leif Vollebekk au festival, qui se produit le 12 juillet sur une autre scène. Les deux artistes ont fréquenté la même école secondaire, et c’est ce dernier qui lui a appris sa première chanson à la guitare.
La formation franco-ontarienne Les Rats d’Swompe. Photo : Stéphane Bédard / ONFR
« Il y a quand même plusieurs résonances familiales de ce point de vue-là, de même qu’avec les autres artistes francophones qui jouent au Bluesfest », relève-t-il.
Le même jour, Les Rats d’Swompe, lauréats de plusieurs prix Trille Or, montent sur la scène LeBreton pour présenter leur rock traditionnel moderne.
L’auteur-compositeur-interprète Joly présente aussi son univers où se mêlent folk, rock et textes intimistes au théâtre Barney Danson, situé dans le Musée canadien de la guerre.
Une semaine plus tard, le 19 juillet, le rappeur ottavien LeFlofranco sera en concert au Hard Rock Hotel & Casino Ottawa. L’artiste mélange hip-hop, trap, électro et influences caribéennes, tout en proposant des textes empreints d’émotion.
LeFlofranco au Festival franco-ontarien en 2022. Photo : TFO / Stéphane Bédard
Pour Annie Boucher, cette présence francophone s’inscrit dans la volonté du festival de mettre en valeur les talents locaux.
« Nous cherchons avant tout à représenter les artistes de la région, ce qui inclut les Franco-Ontariens. »
Des vedettes francophones et internationales
D’autres artistes francophones sont également au menu, notamment Billie du Page, étoile montante de la pop québécoise, le 18 juillet, ainsi que le duo instrumental Angine de poitrine, véritable phénomène mondial, le 17 juillet.
Parmi la centaine d’artistes programmés cette année figurent plusieurs vedettes internationales, dont Ella Langley, l’une des étoiles montantes de la musique country, Gwen Stefani, lauréate de trois Grammy Awards et ancienne chanteuse du groupe No Doubt, le groupe de hip-hop Cypress Hill ainsi que Limp Bizkit.
Le festival prévoit accueillir un peu plus de 250 000 festivaliers. Les soirées les plus populaires rassemblent jusqu’à 35 000 personnes.
L’une des nouveautés de cette édition sera la journée du 19 juillet, consacrée au 200e anniversaire d’Ottawa. Une programmation gratuite sera offerte en après-midi avec des prestations pour toute la famille, de la musique traditionnelle, des artistes autochtones et Nathalie MacMaster, indiquent les organisateurs.
Le groupe Les Petites Tounes participera également aux festivités avec son spectacle destiné aux familles.
TORONTO – Réalisé par l’artiste multidisciplinaire franco-torontois Hadley Foucher, le documentaire « Un festival en héritage », l’artiste a décidé de projeter l’histoire du festival Cinéfranco et de mettre en lumière les défis liés à l’accès à une offre culturelle en français en milieu minoritaire. Le projet fait parti des propositions artistiques sélectionnées afin de représenter l’Ontario au Sommet de la Francophonie au Cambodge en novembre.
Le documentaire donne la parole à des personnalités du milieu médiatique de la Ville Reine : « Je voulais avoir un point de vue un peu plus large de la situation culturelle à Toronto », explique Hadley Foucher.
« Au moment de déposer mon dossier, j’avais une idée précise des personnes que je souhaitais intégrer au documentaire. Après avoir dirigé et monté le documentaire moi-même, j’ai pu entrer en contact avec certains de ces intervenants clés grâce à l’appui de l’Alliance culturelle de l’Ontario », poursuit le réalisateur.
Chacun des artisans derrière une des 17 propositions artistiques sélectionnées pour représenter l’Ontario au Sommet de la Francophonie au Cambodge a bénéficié d’un accompagnement jusqu’au mois de juin pour la réalisation de son projet. L’initiative du Bureau de la lieutenante-gouverneure de l’Ontario a permis la concrétisation de projets comme celui de M. Foucher qui célèbrent la richesse culturelle franco-ontarienne.
Guillaume Lorin, directeur général de CHOQ FM à Toronto s’exprime au micro d’Hadley Foucher. Photo : Gracieuseté
« Un festival en héritage » a été produit, réalisé et monté par Hadley Foucher. Photo : Gracieuseté
Les défis de l’accès au cinéma en français
Ce dernier explique qu’à travers les différentes interventions de personnes clés du milieu culturel franco-torontois dans le documentaire, son objectif est « qu’une personne qui n’est jamais venue à Toronto puisse comprendre ce que l’on vit en tant que Franco-Ontarien », avance-t-il. Durant ces 25 minutes de reportage diffusé, on retrouve notamment Marcelle Lean, la fondatrice de Cinéfranco, ainsi que Dyana Ouvrard qui dirige Le Labo depuis plusieurs années.
En tant qu’artiste francophone établi dans la métropole anglophone, Hadley Foucher souhaite montrer qu’à Toronto, les barrières linguistiques du cinéma en salle demeurent et que des initiatives locales comme Cinéfranco sont un symbole de la lutte en faveur de la pérennité de la culture en français. « Je voulais vraiment parler de ce que Cinéfranco apporte à la communauté. Cinéfranco donne accès à des films en français, mais ça permet surtout aussi aux anglophones de s’immerger dans des contenus en français. »
Hadley Foucher, artiste multidisciplinaire établi à Toronto depuis deux ans, est déjà auteur de plusieurs réalisations à l’écran. Photo : Gracieuseté
« Comme il est dit dans le documentaire, le français n’est pas seulement une langue de traduction. Aujourd’hui, c’est bien de pouvoir travailler en français, mais c’est bien aussi de pouvoir consommer de la culture en français. Et c’est cette problématique-là que je voulais mettre en avant », décrit l’artiste.
Créé en 1997, un festival tel que Cinéfranco est souvent identifié comme l’un des plus anciens festivals de cinéma francophone en Amérique du Nord. Pour le réalisateur, il s’agit de bien plus qu’un film sur un festival, mais plutôt un hommage à ceux qui font vivre le cinéma franco-ontarien. Par ailleurs, une nouvelle édition de Cinéfranco est prévue du 6 au 15 novembre 2026.
Le cinéma : un pont entre les langues
La directrice générale du Labo, Dyana Ouvrard, aborde dans le documentaire les difficultés sous-jacentes du cinéma depuis la pandémie, avec la prépondérance du streaming. Elle soutient que cette discipline reste avant tout une industrie.
« Les Franco-Ontariens ont besoin de lieux où ils peuvent regarder des films en français, tout comme les anglophones qui ont besoin de s’immerger dans le français pour que ce ne soit pas qu’une langue de traduction », réitère le réalisateur.
Au centre d’art médiatique francophone de Toronto (Le Labo), Dyana Ouvrard offre un cadre à la communauté des artistes. Photo : « Un festival en héritage », documentaire.
Selon M. Foucher, la diversité des langues dans l’offre cinématographique reste vitale pour tous, dans la mesure où la langue agit comme une porte d’entrée vers la culture. « Le cinéma francophone permet d’entendre le français dans un contexte vivant en découvrant des histoires, des accents et des réalités différentes », rapporte-t-il.
« Dans un pays multiculturel comme le nôtre, et surtout dans une ville comme Toronto, le français peut donner envie d’apprendre aux autres anglophones et anglophiles et ça peut créer des ponts entre les communautés, même pour celles et ceux qui ne le parlent pas au quotidien. »
Ce projet a été une sorte de tremplin, car il prépare maintenant d’autres documentaires sur d’autres thématiques francophones. « Déjà quand j’étais en France, j’ai beaucoup exploré ce qui se faisait artistiquement. » Un de ses projets d’animation pour les enfants, prévu pour début septembre sous forme de petites capsules, permettra l’apprentissage du français de manière ludique.
Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici
Citadine d’origine, Nadia Carrière enseigne aujourd’hui l’agriculture au Collège La Cité à Ottawa. Celle qui se décrit comme une agronome d’asphalte a dû tout apprendre, puisqu’elle ne vient pas d’une famille d’agriculteurs. Désormais co-propriétaire des Serres Quenneville à Plantagenet, elle lève le voile sur les réalités et les défis du repreneuriat agricole. Dans cet épisode, Nadia partage son parcours inspirant, met en lumière son quotidien auprès de la future génération et discute de son engagement à promouvoir la place des femmes, avec le désir de les rendre plus visibles dans le milieu.
Nadia Carrière co-propriétaire des Serres Quenneville à Plantagenet
SUDBURY – Du 10 au 12 juillet, le parc Bell accueillera le plus ancien festival de musique en plein air au Canada : le Festival Boréal. Pour sa 54e édition, la programmation propose une brochette d’artistes francophones, mais aussi un nouvel atelier musical en français.
Le Festival Boréal est de retour pour ambiancer les festivaliers venus de partout dans le pays. Étalé sur trois jours, l’événement mettra en scène des artistes de renom, et pas que, puisque des nouvelles voix francophones se feront connaître des spectateurs. Pour cette édition, la programmation compte également dévoiler un nouvel atelier musical en français intitulé« Cette voix qui me fait fondre », une première pour le festival qui, à ce jour, ne proposait que des ateliers en anglais.
Pour Kailin Kohls,chargée des réseaux sociaux et des communications du Festival Boréal, programmer des artistes francophones est une façon d’honorer les racines de l’événement. « Les personnes qui ont fondé ce festival étaient des hippies francophones. C’est une chose importante pour les organisateurs cette année. C’est comme ça que (le festival) a commencé, les francophones à Sudbury sont là et ils sont importants pour nous. »
La cérémonie d’ouverture se déroulera dans la soirée du 10 juillet sur la scène principale. Andrina Turenne, la chanteuse franco-manitobaine, sera la première artiste francophone à partager sa voix avec le public. « C’est éternellement important pour moi de m’exprimer en français et de partager mes chansons », confie-t-elle.
L’artiste nommée aux Prix de la musique de l’Ouest canadien pour son EP Je suis un arbre, offrira aussi une performance en français sur la scène familiale, le samedi 11 juillet en après-midi.
Andrina Turenne, l’artiste franco-manitobaine, montra sur la scène du Festival Boréal. Photo : Olivia Perillo / 2024
Des nouveaux visages
Cette année, les festivaliers auront droit à de nouvelles voix francophones. Et si le festival a souvent accueilli des vétérans de la musique canadienne, il veut aussi proposer une variété d’artistes émergents que les gens de Sudbury pourront découvrir, explique sa nouvelle directrice artistique, Kerri Stephens.
Cayenne, de son vrai nom Stéphanie Bouchard-Tremblay, sera présente au festival pour sa toute première fois. « Quand on m’invite dans ces milieux-là, je suis contente de rencontrer des artistes qui œuvrent dans ce type d’environnement culturel. Ça me fait voir les choses autrement quand je reviens chez nous. Je trouve ça vraiment important pour la survie du français », dit l’artiste originaire de la Côte-Nord du Québec.
D’autres noms francophones comme Arielle Soucy, ou encore les groupes bilingues Bye Parula et Petunia and the Vipers, régaleront le public avec des prestations en français. Au menu, de la soul, du folk, du blues, de la pop, de l’indie et surtout des interprétations musicales pleines de vie.
Le musicien Clerel se produira sur scène et animera « Cette voix qui me fait fondre », le premier atelier francophone du Festival Boréal. Photo : Steve Walsh / 2025
Un atelier pour représenter la voix francophone
Pour la première fois de son histoire, le Festival Boréal propose un atelier musical entièrement en français. Intitulé« Cette voix qui me fait fondre », le projet est une initiative artistique qui plongera les participants dans le processus créatif des musiciens francophones.
Animé par Clerel, un musicien d’origine camerounaise basé à Montréal, l’événement proposera des prestations musicales accompagnées de dialogues interpersonnels entre artistes et spectateurs. « Quand on a la chance d’être à Sudbury, dans l’Ontario francophone, je pense que c’est l’espace idéal justement pour donner libre cours à l’expression de qui on est. Et dans mon cas, j’ai été élevé en français. Donc le français reste un ingrédient essentiel de ma conception de moi-même » soutient l’interprète.
L’atelier servira aussi de lieu d’échange entre ces artistes aux parcours différents, finalement unis par la langue. « À chaque fois que j’ai la chance de participer à un atelier de musique francophone avec des artistes francophones, c’est toujours très riche » affirme Andrina Turenne qui participera également à l’atelier. « J’aime la diversité de la musique créée en français en ce moment. Découvrir les histoires de chaque artiste, leurs chansons. C’est spécial » poursuit-elle.
TORONTO – Marit Stiles, la cheffe du NPD, a choisi de marquer en conférence de presse « l’anniversaire » ironique du début de l’enquête criminelle de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur le scandale de la Ceinture de verdure du gouvernement Ford, par le biais d’un grand gâteau arborant l’inscription : « Doug : joyeux 1000e jour sous enquête criminelle ».
« Il n’y aucun autre premier ministre de l’Ontario qui puisse se targuer d’avoir été sous investigation criminelle pendant trois ans, a commencé la leader de l’opposition officielle (…). C’est ça le vrai legs de Doug Ford. »
Elle a poursuivi en affirmant que cela fait donc bientôt trois ans que les Ontariens attendent les résultats de cette enquête, et veulent savoir ce qui s’est réellement passé.
Marit Stiles en conférence de presse avec le gâteau des 1000 jours de l’enquête de la GRC, ce 8 juillet 2026, dans le studio média de Queen’s Park. Photo : NPD de l’Ontario
Celle-ci a déploré un manque d’informations et de mises à jour de la part de la Gendarmerie royale du Canada quant à l’enquête, nuançant toutefois son propos : « Je comprends que la GRC doive protéger l’intégrité du processus, mais l’investigation est bien toujours en cours, cela m’a été confirmé cette semaine », a-t-elle confirmé.
En réponse aux questions des journalistes sur le temps d’attente quant aux conclusions de l’enquête, celle-ci a déclaré qu’elle considérait fort probable que la police se soit retrouvée confrontée à plus de matière à investiguer qu’envisagé en premier lieu, d’où ces délais.
La leader néo-démocrate a assuré qu’elle avait toute confiance dans le travail de la GRC, quel que soit le temps nécessaire pour faire la lumière sur cette affaire, « mais aucune confiance en Doug Ford pour dire la vérité ».
Un lien direct avec les restrictions sur la Loi sur l’accès à l’information dit le NPD
« Nous ne saurions pas ce que nous savons sur la Ceinture de verdure sans les demandes d’accès à l’information. La seule chose que le gouvernement semble avoir apprise depuis ce scandale, c’est de changer la loi pour mieux couvrir ses traces », a implacablement lancé Stiles.
Le gouvernement Ford a décidé d’exempter les échanges et communications des bureaux des ministres et du premier ministre de la Loi sur l’accès à l’information. Aux yeux de la province, l’accès tel qu’il était actuellement compromettait « la confidentialité et la franchise des discussions entre les ministres et leurs bureaux. »
« Si vous n’avez rien à cacher, pourquoi le cacher? », a-t-elle questionné de façon rhétorique.
« Les gens veulent des politiciens qui fassent preuve d’éthique, et ce serait déjà le strict minimum », a conclu Marit Stiles, avant de couper le gâteau de célébration des 1000 jours et d’en distribuer des parts dans le studio média de Queen’s Park.
Le bureau du premier ministre n’a pas, pour l’heure, réagi à la conférence de presse du NPD.
La GRC a répondu à ONFR que son Unité des enquêtes sensibles et internationales menait actuellement une « enquête approfondie » et que celle-ci était toujours « en cours ». Le corps policier a toutefois refusé de fournir plus de détails, soulignant qu’il doit « veiller à ce que les enquêtes criminelles ne soient pas compromises par le partage public d’informations ».
OTTAWA – La Ville d’Ottawa et la Coalition de l’industrie musicale d’Ottawa (CIMO) ont dévoilé mercredi Heart of This Place (Adàwe c’est ma ville), l’hymne officiel du bicentenaire d’Ottawa. Interprétée en anglais, en français, en anishinaabemowin et en inuktitut, l’œuvre raconte deux siècles d’histoire et célèbre la diversité de la capitale.
« À la croisée des flots où l’espoir s’enracine », chante Jessica Pearson au début de cette œuvre, qui réunit également les auteurs-compositeurs-interprètes Amanda Rheaume, Yao et Qattuu.
Le couplet interprété par Yao évoque « deux cents ans d’histoire, de mémoire gravée dans la terre, des voix mêlées du monde entier, qui marchent sur des siècles de repères », tandis que le refrain reprend : « We are the heart of this place » (« Nous sommes le cœur de cet endroit »).
Pour le rappeur et auteur-compositeur franco-ontarien Yao, l’objectif était de créer une œuvre dans laquelle les résidents puissent se reconnaître.
« Cette chanson parle des 200 ans d’histoire d’Ottawa. Il est important de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va, mais aussi pour apprécier où l’on est aujourd’hui. »
Selon lui, Ottawa est une ville où se croisent des parcours, des cultures et des destins.
Yao, Jessica Pearson et Qattuu participent à l’hymne officiel du bicentenaire d’Ottawa. Photo : Amine Harmach/ONFR
« Nous sommes aussi remontés aux racines de la ville afin de rappeler son histoire autochtone. Ottawa est une ville façonnée par sa diversité : des étudiants, des fonctionnaires, des diplomates et des personnes venues de partout finissent par en faire leur chez-soi. C’est cette richesse humaine que nous avons voulu faire transparaître dans la chanson. »
La chanson met également en valeur les langues et les cultures autochtones. Elle s’ouvre sur une bénédiction en anishinaabemowin de l’aînée algonquine Annie St. George et intègre, tout au long de l’œuvre, des références au territoire algonquin, au Kichi Zībī ainsi que des passages en anishinaabemowin et en inuktitut.
Un héritage destiné aux écoles et aux organismes
Le vidéoclip officiel, réalisé par Lone Oak Cinema, a également été dévoilé. Il comprend notamment des images du processus de création ainsi que plusieurs scènes tournées dans différents quartiers de la capitale.
Deux autres prestations publiques de Heart of This Place (Adàwe c’est ma ville) sont prévues : le 26 septembre, à la Place Marion-Dewar, dans le cadre d’un événement gratuit, puis le 9 octobre lors des Capital Music Awards, au Centre national des Arts.
Mélanie Brulée, directrice générale de la CIMO. Photo : Amine Harmach/ONFR
Selon la Ville d’Ottawa et la Coalition de l’industrie musicale d’Ottawa (CIMO), la chanson et son vidéoclip pourront être utilisés par les écoles, les organismes communautaires et les institutions afin de faire rayonner l’histoire, les cultures et la diversité d’Ottawa bien au-delà des célébrations de son 200e anniversaire.
« Nous espérons qu’elle fera désormais partie du patrimoine culturel d’Ottawa et rappellera que la musique possède un pouvoir unique : celui de nous rassembler, de nous inspirer et de célébrer ce que nous sommes, ensemble », souligne Mélanie Brulée, directrice générale de la CIMO.
La compagnie aérienne Air Canada est allée recruter en Europe pour se dénicher un nouveau président. Elle a annoncé mardi la nomination d’Anko Van der Werff, qui parle français et était, jusqu’à tout récemment, le dirigeant de Scandinavian Airlines.
Il cumule près d’un quart de siècle dans le domaine aéronautique, lui qui a auparavant travaillé pour Avianca Group et Aeroméxico, mais aussi chez KLM Royal Dutch Airlines (aujourd’hui Air France-KLM) et Qatar Airways.
« C’est un honneur d’être choisi pour diriger cette entreprise canadienne emblématique, alors qu’elle fait progresser ses ambitions et sa stratégie, s’appuie sur sa culture d’entreprise primée et sa proposition de valeur pour les clients, et se prépare à un avenir encore plus prometteur », a souligné Anko Van der Werff dans un communiqué de presse, précisant qu’il déménagera à Montréal, lieu du siège social de l’entreprise.
Anko Van der Werff. Crédit photo : Image fournie par Air Canada
Originaire des Pays-Bas, le nouveau PDG d’Air Canada parle français, néerlandais et anglais, en plus d’avoir appris l’espagnol, l’italien et le suédois à différents niveaux au cours de sa carrière. La compagnie a d’ailleurs diffusé un message de présentation de M. Van der Werff où il s’exprime parfaitement en français pendant près de trois minutes.
« Le conseil d’administration a été impressionné par la qualité des parcours des hauts dirigeants expérimentés du monde entier qui ont manifesté leur intérêt pour ce poste », a déclaré Vagn Sørensen, président du conseil. « Nous sommes ravis d’avoir attiré et recruté un dirigeant du calibre de M. Van der Werff pour diriger Air Canada. »
Ce dernier entrera en poste d’ici la fin janvier 2027, alors que son prédécesseur Michael Rousseau quittera son poste le 31 août prochain, a annoncé l’entreprise dans un communiqué diffusé mardi matin.
Lors d’un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en 2021, Michael Rousseau avait suscité une vive indignation en s’exprimant presque exclusivement en anglais. Cette intervention avait entraîné un nombre record de plusieurs milliers de plaintes acheminées au Commissariat aux langues officielles du Canada.
Par la suite, ce dernier s’est engagé à apprendre le français, mais en octobre dernier, la compagnie soutenait que son plus haut dirigeant n’avait toujours pas les capacités de s’exprimer dans la langue de Molière.
Après plus de cinquante ans d’absence de la République démocratique du Congo en Coupe du monde, Junior Mandoko ne pouvait pas manquer ce rendez-vous. Ce résident d’Ajax a économisé pendant des mois pour assister à la première victoire de l’histoire des Léopards dans la compétition, retrouver des amis venus des quatre coins du monde et prolonger l’aventure jusqu’au seizième de finale contre l’Angleterre. Deux matchs, deux ambiances et des souvenirs gravés pour toujours.
Lorsque l’arbitre siffle la fin du match, Junior Mandoko reste quelques instants immobile dans les tribunes du stade d’Atlanta. Autour de lui, des milliers de supporters congolais chantent, dansent et s’enlacent. Les Léopards viennent de signer la première victoire de leur histoire en Coupe du monde. L’Ajaxien prend le temps d’observer la scène. Les drapeaux bleu ciel flottent encore, les chants résonnent dans les travées et les joueurs célèbrent avec leurs partisans. Pour lui, tous les sacrifices consentis depuis des mois viennent soudainement de prendre un sens.
« Quand on a marqué le deuxième but, j’ai presque perdu ma voix parce que je criais comme un fou. Puis, à la fin du match je me suis dit : ‘C’est incroyable. C’est la toute première victoire du Congo en Coupe du monde. C’est historique’. »
Juge en droit administratif et professeur au Collège Boréal à Toronto, Junior Mandoko n’a pas improvisé ce voyage. Dès la qualification des Léopards en mars dernier, il se promet d’assister à au moins une rencontre de la RDC, convaincu qu’il ne pouvait pas laisser passer un rendez-vous aussi historique.
Junior est arrivé tôt au stade pour ne rien rater de l’avant-match et pour profiter de chaque instant de cette expérience unique. Photo : gracieuseté
Les deux premiers matchs de groupes tombent en pleine semaine et lui échappent. Le troisième, en revanche, est déjà entouré en rouge sur son calendrier.
« J’ai fait mes économies, j’ai planifié mon voyage. Ensuite, j’ai essayé de voir avec mon travail si je pouvais avoir quelques jours de vacances. Je ne pouvais pas manquer ce troisième match. »
Atlanta prend des airs de Kinshasa
En descendant de l’avion à Atlanta, Junior Mandoko s’attend à retrouver quelques supporters congolais. Il est loin d’imaginer l’ampleur de la mobilisation.
« On voyait le drapeau congolais presque partout. On se croisait, on criait, il y avait ceux qui étaient en voiture qui klaxonnaient. Je me suis senti un peu comme à Kinshasa. »
Le voyage prend alors une dimension beaucoup plus personnelle. Parti seul de Toronto, il retrouve sur place des amis installés aux États-Unis, mais aussi d’anciennes connaissances venues spécialement de Londres et même de Dubaï. La Coupe du monde devient le prétexte à des retrouvailles que plusieurs attendaient depuis des années.
« Retrouver des amis venus de plusieurs pays pour vivre ça ensemble, c’était vraiment exceptionnel. »
Dispersés aux quatre coins du monde, ces amis de longue date se sont retrouvés à Atlanta pour vivre ensemble le retour historique de la République démocratique du Congo en Coupe du monde, plus de cinquante ans après sa dernière participation. Photo : gracieuseté
À l’intérieur du stade, le spectacle se poursuit. Malgré le prix des billets, les supporters congolais répondent présents en nombre. Les chants, les danses et la musique donnent presque l’impression que les Léopards évoluent à domicile.
« Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de Congolais. Franchement, ça m’a marqué. Ça chantait, le stade bougeait au rythme du Congo. On sentait que les gens avaient fait d’énormes sacrifices pour être là. »
Une soirée historique
Le début de la rencontre refroidit pourtant rapidement les ardeurs congolaises. Après un premier but refusé pour hors-jeu, l’Ouzbékistan ouvre finalement le score. Junior Mandoko voit déjà défiler dans sa tête le long trajet du retour vers Toronto.
« Je me suis dit : je n’ai pas fait tout ce déplacement pour perdre. On ne pouvait pas faire un match nul contre le Portugal, tenir tête à la Colombie et venir perdre contre l’Ouzbékistan. Je me suis dit qu’ils devaient montrer de quoi ils étaient capables. »
Les changements effectués après la pause relancent finalement les Léopards. L’égalisation, puis le deuxième but font exploser les tribunes. Lorsque le troisième but assure définitivement la victoire, la fête peut commencer.
Dans la fan zone d’Atlanta, le point de ralliement des partisans congolais avant le match contre l’Ouzbékistan. Photo : Gracieuseté
Après le coup de sifflet final, personne ne pense à rentrer. Les partisans restent de longues minutes dans les gradins avant de poursuivre les célébrations autour du stade, puis lors d’une soirée organisée par la communauté congolaise d’Atlanta et le ministère congolais du Tourisme.
« On a mangé, on a dansé. On est repartis vers trois ou quatre heures du matin. C’était vraiment la fête. Tout le monde célébrait cette première victoire historique. »
Deux matchs, deux mondes
Au départ, Junior Mandoko devait rentrer au Canada dès le lendemain. Mais la qualification de la RDC change complètement ses plans. Avec ses amis, il découvre que le prochain match contre l’Angleterre se disputera lui aussi à Atlanta. Après avoir trouvé un billet au dernier moment, il décide de prolonger l’aventure.
Quelques jours plus tard, le décor est pourtant radicalement différent. Cette fois, les maillots blancs dominent largement les tribunes. Le petit noyau de supporters congolais est regroupé à l’autre bout du stade. Junior, lui, se retrouve entouré presque exclusivement de partisans anglais, ses amis ayant obtenus des places situées à d’autres endroits du stade.
« Quand le Congo a marqué, j’étais le seul à me lever. Tout le monde m’a regardé. Je me suis dit : ‘Attention. On connaît la réputation des supporters anglais.’ Heureusement, tout s’est bien passé, mais je me suis vraiment senti seul pendant ce match. »
Changement d’ambiance, un stade totalement acquis à la cause de l’Angleterre pour le 16e de finale. Photo : gracieuseté
Pendant une heure, il croit pourtant à un nouvel exploit. Les Léopards résistent, Lionel Mpasi multiplie les arrêts et l’inquiétude gagne progressivement les supporters anglais.
« Ils étaient vraiment surpris. Ils ne pensaient pas qu’on allait leur tenir tête. À la mi-temps, je sentais qu’ils commençaient à avoir peur d’une élimination. »
L’égalisation d’Harry Kane change toutefois complètement la dynamique. Les Anglais poussent, les Léopards reculent et la RDC finit par céder en fin de rencontre.
Junior Mandoko préfère patienter quelques minutes après le coup de sifflet final avant de quitter sa place. Finalement, contrairement à ses craintes, les échanges avec les supporters anglais restent cordiaux.
« J’étais entouré d’Anglais, mais je n’ai pas été insulté ni violenté. J’ai même discuté avec certains d’entre eux. Franchement, l’ambiance est restée respectueuse. »
Le prix d’un rêve
Les souvenirs de cette Coupe du monde resteront longtemps. La facture aussi. Entre les billets d’avion, l’hôtel, les repas, les transports et les deux billets de match, Junior Mandoko estime avoir dépensé entre 4000 et 5000 dollars. Une somme considérable qu’il assume sans regret, même s’il déplore le coût prohibitif des places.
« Pour vous dire la vérité, je n’ai même pas encore regardé ma carte de crédit. J’ai peur de le faire. Je croyais que la Coupe du monde était accessible à tout le monde. Le football est un sport populaire. Ça ne devrait pas être réservé aux élites. »
La RDC a finalement vu son parcours s’arrêter face à l’Angleterre. Mais pour l’Ajaxien, le résultat sportif est presque devenu secondaire. En quelques jours, il aura retrouvé des amis venus des quatre coins du monde, accompagné le retour historique des Léopards sur la scène mondiale et assisté à la première victoire de son pays en Coupe du monde.
Des souvenirs qui, eux, ne figureront jamais sur son relevé de carte de crédit.
Le lancement du Franco-été, le 11 juillet, par l’ACFO viendra bientôt s’ajouter à des rendez-vous bien établis de la francophonie torontoise, notamment la Franco-Fête et la Francophonie en Fête. De quoi soulever une question : la métropole ontarienne compte-t-elle trop de festivals francophones, alors que les événements existants peinent déjà à mobiliser les festivaliers?
« Je ne pense pas qu’il y en ait trop », affirme José Bertrand, directeur général de la Franco-Fête. Selon lui, si l’on compare Toronto à une ville comme Ottawa, qui accueille encore davantage de festivals, « il y a de la place pour d’autres événements ».
Même son de cloche du côté de Jacques Charette, directeur général de la Francophonie en Fête. « Franco-Fête a lieu au début de l’été, la Francophonie en Fête à la fin septembre, et nous organisons aussi Bonjour Printemps en mars. Les quatre saisons peuvent très bien être couvertes. »
Pour le promoteur du nouveau Franco-été, Jean-Claude N’da, la création de cet événement ne vise pas à concurrencer les festivals existants, mais à compléter l’offre culturelle.
Jean-Claude N’da, promoteur du Franco-été et président de l’ACFO Toronto. Gracieuseté
« Nous ne pensons pas que l’offre soit suffisante. Au contraire, nous croyons qu’il pourrait y avoir davantage de festivals durant l’été afin d’offrir une programmation francophone tout au long de la saison », affirme M. N’da, également président de l’ACFO-Toronto.
Attirer les francophones
Pour les organisateurs, le principal défi est de faire venir les francophones.
José Bertrand concède que la Franco-Fête peine à rejoindre son public, malgré l’appui d’un partenaire majeur comme Radio-Canada. La dernière édition illustre cette réalité.
L’Atrium de Radio-Canada à Toronto, qui a accueilli la Franco-Fête, a reçu une quarantaine de personnes le vendredi et une centaine le samedi. Ces chiffres doivent toutefois être replacés dans leur contexte, insiste-t-il.
En raison de la Coupe du monde de la FIFA, le festival a dû quitter son site habituel du Centre Harbourfront, beaucoup plus achalandé. « En 2025, au Centre Harbourfront, nous accueillions environ 1000 personnes par jour. Cette année est difficilement comparable », précise M. Bertrand.
José Bertrand, directeur général de la Franco-Fête. Photo : Amine Harmach/ONFR
Malgré ce contexte particulier, le constat demeure. « Dans une région qui compte près de 200 000 francophones, où sont ces gens? Pourquoi n’arrive-t-on pas à mobiliser ne serait-ce qu’une fraction de cette communauté? », s’interroge-t-il.
Jean-Claude N’da est conscient que le Franco-été devra lui aussi relever ces difficultés. « Cette première édition est avant tout une édition test. Nous voulons identifier concrètement les défis liés à l’organisation d’un tel événement afin d’en tirer des leçons pour les prochaines éditions », explique-t-il. Il voit cette première édition comme un projet pilote appelé à évoluer.
« Pour cette première édition, je parlerais plutôt d’un mini-festival. Les prochaines éditions viendront confirmer son statut de véritable festival. »
Le Franco-été proposera notamment un concert d’environ 90 minutes, un défilé de mode, des prestations d’humour, de la danse et des performances de percussions.
Une programmation peu visible
Est-ce que c’est la programmation qui est responsable de la faible fréquentation? Les organisateurs rejettent l’idée. « Nous proposons des artistes de calibre international », rappelle José Bertrand, citant notamment le groupe congolais Jupiter & Okwess, qui se produit dans de grands festivals partout dans le monde.
« Le véritable défi, c’est la médiatisation de cette programmation », insiste José Bertrand. Selon lui, avec la baisse des subventions et des commandites, les budgets consacrés à la promotion diminuent. « On se retrouve dans un cercle vicieux : on manque de visibilité, donc le public ne vient pas », déplore M. Bertrand.
S’ajoute un autre enjeu : les confirmations de financement arrivent souvent très tard.
« Au cours des six dernières années, nous avons parfois attendu jusqu’au mois de mai pour connaître les montants accordés. Il nous reste ensuite à peine trois semaines pour organiser et promouvoir un festival. Dans une ville comme Toronto, c’est extrêmement difficile. »
Jean-Claude N’da reconnaît lui aussi ces contraintes financières. C’est d’ailleurs ce qui explique le choix d’une formule payante pour cette première édition. « Si nous avions suffisamment de financement, nous offririons l’ensemble du festival gratuitement. Mais nous avons prévu des billets gratuits pour les personnes qui en font la demande afin que personne ne soit exclu pour des raisons financières. »
Parmi les pistes évoquées figure une présence accrue dans les médias anglophones afin de rejoindre les nombreux francophones qui s’informent principalement en anglais.
Jacques Charette, directeur général de la Francophonie en Fête. Gracieuseté
Dans ce sens, Jacques Charette affirme vouloir consacrer davantage de ressources à cette stratégie pour la prochaine édition de la Francophonie en Fête, tout en reconnaissant qu’elle représente un investissement important pour des organismes communautaires.
José Bertrand invite toutefois à la prudence.
« Nous recevons des subventions parce que nous nous adressons d’abord aux communautés francophones en situation minoritaire. Notre mission est de préserver la langue, de renforcer le sentiment d’appartenance et de rassembler les francophones », martèle-t-il.
Pour le directeur de la Franco-Fête, il ne s’agit pas de réorienter les festivals vers un public anglophone. « Peut-être qu’une partie de la solution passe malgré tout par les médias anglophones, non pas pour changer de public, mais pour mieux rejoindre les francophones eux-mêmes. C’est toute la nuance. »
Une réflexion collective
Les trois responsables estiment que la réflexion doit dépasser le seul cadre des festivals et plaident pour une plus grande collaboration entre les acteurs de la francophonie torontoise.
Jacques Charette appelle notamment à la tenue d’états généraux réunissant festivals, organismes communautaires ainsi que médias francophones et anglophones afin de mieux comprendre les habitudes des francophones et de trouver des solutions communes pour accroître leur participation aux événements.
NORD-EST – Une section locale du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP 4865)veut lancer une procédure d’arbitrage après l’abolition de cinq postes de secrétaires dans cinq écoles secondaires par le Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario (CSPNE). La durée de ces postes a été écourtée, passant de douze mois à dix. Les personnes concernées ont d’ailleurs déposé un grief individuel et le syndicat, un grief de principe, tous deux refusés par le CSPNE.
Le lundi 6 juillet, le SCFP 4865 a avisé le CSPNE par le biais d’une lettre obtenue par ONFR qu’il souhaitait lancer une procédure d’arbitrage. Le syndicat laisse toutefois une ouverture à la médiation si le conseil scolaire l’accepte. Ce différend s’inscrit dans le cadre de l’abolition de cinq postes de secrétaires, confie Mitch Gagnon, le président du syndicat.
C’est au début du mois de mai qu’il a appris que des postes pourraient être supprimés. Quelques semaines plus tard, le CSPNE lui confirme les faits par courriel. Les personnes affectées verront leurs postes de douze mois réduits à dix mois, une décision qui entrera en vigueur dès le 31 août 2026.
Pour le président du syndicat, ce sont surtout les motifs apportés par le CSPNE qui ne passent pas. « Le conseil dit que c’est dû à une réduction d’effectif d’élèves alors que notre conseil est en croissance. Il n’y a aucune réduction d’élèves, » affirme-t-il.
Le président confie que le CSPNE aurait choisi de retirer deux mois d’été dans les cinq contrats sous prétexte que cette période ne requiert pas de travail des secrétaires. Avec cette mesure, les personnes concernées devront désormais fournir le travail d’été pendant l’année scolaire. « Ils sont déjà surchargés de travail. Cela va causer des ennuis aux secrétaires. Il y aura des burn-outs. »
Quand le CSPNE a informé le syndicat de potentielles coupures au début du mois de mai, il a mentionné comme cause principale la baisse de financement provincial. « Ils nous avaient avertis d’une possibilité de coupures parce que le gouvernement leur coupait des fonds » explique-t-il, « Nous avons demandé des chiffres, le conseil a refusé de nous les donner ».
Le CSPNE n’a pas souhaité s’exprimer sur la situation.
Des griefs refusés
Pour faire face au conseil, le syndicat a déposé un grief de principe, soit une plainte déposée pour dénoncer une omission ou un non-respect de la convention collective. Des secrétaires concernés ont également déposé des griefs individuels. À la mi-juin, le syndicat s’est entretenu avec le CSPNE afin de contester ces coupes qu’il considère à l’encontre du contrat de travail. « Dans la convention collective, c’est très clair. Les secrétaires au niveau du secondaire sont à douze mois, et non à dix mois. » Les griefs ont été refusés, le CSPNE reste sur sa décision, raconte M. Gagnon.
Bien que le SCFP 4865 reconnaisse le sous-financement des conseils scolaires par la province, il dénonce notamment les priorités d’embauche et les écarts salariaux entre la direction et les employés du personnel éducatif de première ligne. « Les directeurs ont eu une belle augmentation de salaire cette année », déclare-t-il. D’après le président, les équipes de direction et de ressources humaines ne font que grandir, avec l’ajout récent de deux postes au niveau de la direction.
Il assure que les abolitions de postes ciblent exclusivement le personnel d’éducation de première ligne, notamment les secrétaires et les aides-enseignants, et ce, à l’échelle provinciale. « Cette année, les secrétaires de 12 mois du secondaire dans presque tous les conseils en Ontario ont les mêmes coupures », explique le président du syndicat, « Éventuellement le système d’éducation francophone va s’affaiblir ».
TORONTO – Après avoir frôlé l’élimination face au Sénégal quelques jours plus tôt, les Diables rouges ont cette fois signé leur prestation la plus aboutie de la compétition en éliminant les États-Unis. Une qualification qui confirme la montée en puissance de la Belgique, mais aussi celle de sa communauté de partisans à Toronto, de plus en plus nombreuse à se retrouver autour de la Coupe du monde.
Cette fois, les partisans belges de Toronto n’ont pas eu besoin de se ronger les ongles jusqu’aux dernières minutes. Réunis comme depuis le début de la Coupe du monde au Crafty Coyote, sur la rue Bloor Ouest, ils ont vécu une soirée bien différente du seizième de finale renversant contre le Sénégal. Face aux États-Unis, la Belgique a maîtrisé son sujet, s’est imposée 4-1 et a validé son billet pour les quarts de finale.
Même l’égalisation américaine, venue ramener brièvement les deux équipes à 1-1, n’a pas vraiment fait trembler la terrasse bondée du bar. Le doute n’aura duré que quelques instants. Charles De Ketelaere a rapidement redonné l’avantage aux Diables rouges, signant un doublé qui a remis tout le monde en confiance. Les cris ont vite remplacé les regards inquiets.
« Il fallait réagir rapidement. Je pense que c’est ce qu’on a fait. De Ketelaere n’avait pas été bon de la Coupe du monde jusque-là, mais là, il est venu tout de suite marquer le 2-1. Son doublé, ça a vraiment remis tout le monde en confiance », raconte Emilien Messiaen.
Pour Benjamin Guelen, le sentiment de supériorité belge n’a presque jamais quitté les supporteurs. « On se sentait bien, toujours en confiance, parce qu’on savait qu’on avait le match en main. La Belgique a dominé quasiment toute la partie. Les Américains n’ont pas eu beaucoup d’occasions. »
Après les émotions du match contre le Sénégal, Émilien Messiaen a pu célébrer une qualification beaucoup plus sereine face aux États-Unis au Crafty Coyote de Toronto. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
Une qualification sans véritable frayeur
Dans un contexte pourtant électrique, la Belgique a répondu sur le terrain. La rencontre avait été précédée par la polémique entourant l’annulation du carton rouge de Folarin Balogun, après l’intervention très commentée de Donald Trump. Loin de déstabiliser les Diables rouges, l’épisode semble avoir servi de carburant.
« Je pense que cette histoire de carton rouge a retourné un peu la situation et a motivé notre équipe à 100 % », estime Benjamin Guelen.
Emilien Messiaen y voit aussi un élément déclencheur. « À mon avis, ça a un peu reboosté les joueurs en disant : ‘OK, Balogun, pas Balogun, on va leur mettre une petite raclée et ça ira très bien.’ »
Sur le terrain, Rudi Garcia a également gagné son pari. Le sélectionneur français de la Belgique avait choisi de se priver de plusieurs cadres au coup d’envoi, dont Kevin De Bruyne, Jérémy Doku et Romelu Lukaku. Un choix audacieux, mais payant. La Belgique a contrôlé la rencontre avec une équipe largement remaniée, avant que Lukaku n’entre en deuxième période pour inscrire le quatrième but.
Quelques instants avant que la Belgique ne reprenne définitivement les commandes du match, Benjamin Guelen (au centre) partage la même concentration que les nombreux partisans réunis au Crafty Coyote. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
Cette fois, l’attaquant n’a pas changé le match comme contre le Sénégal. Il a plutôt mis la cerise sur le sundae, une expression bien canadienne qui avait des airs de pied de nez aux Américains. Déjà devant 3-1, les Belges ont pu savourer ce dernier but comme la touche finale d’une soirée presque parfaite.
« On a démarré avec une équipe B, mais pour le coup, ça a bien servi. Une belle victoire, assez sereine », résume Emilien Messiaen. « Les États-Unis, ce n’était pas le Sénégal. On s’y attendait, mais ça a été confirmé pendant le match. Beaucoup plus simple. »
Cette sérénité contrastait fortement avec le parcours jusque-là mouvementé des Diables rouges. On parle souvent de montagnes russes dans le sport. Pour les partisans belges de Toronto, il faudra désormais parler de montagnes belges.
Avant la compétition, l’enthousiasme était mesuré. La Belgique arrivait avec moins de certitudes que lors des éditions précédentes, portée par une génération moins étincelante sur papier. Les premiers matchs de groupe n’avaient pas vraiment rassuré. Le niveau semblait moyen, les ambitions prudentes.
« Honnêtement, on n’imaginait pas nécessairement qu’ils aillent aussi loin », reconnaît Benjamin Guelen. « Les deux premiers matchs n’étaient pas vraiment convaincants. Tout le monde pensait qu’on aurait un meilleur niveau. Mais au fil des matchs, ils se sont améliorés et ils ont pris de plus en plus confiance. »
Les rassemblements des supporteurs belges au Crafty Coyote sont aussi une affaire de famille, comme en témoignent Benjamin Guelen et son fils après la victoire face aux États-Unis. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
Puis il y a eu le Sénégal. Un seizième de finale irrespirable, presque perdu, avant un retournement complet dans les dix dernières minutes. La Belgique, malmenée, avait arraché sa qualification au bout d’un scénario fou.
« Contre le Sénégal, ça a été fou, honnêtement. Même moi, je n’y croyais plus trop. Je ne regardais plus trop le match. Et puis, on voit le premier but, le deuxième but. Ça a été quelque chose d’assez exceptionnel », se souvient Emilien Messiaen.
Benjamin Guelen reste lucide sur ce match. « Je pensais que le Sénégal avait mieux joué que nous pendant tout le match. Je pense même qu’ils méritaient de gagner. Mais les dix dernières minutes étaient à notre avantage. C’est le football. Ça s’est terminé en beauté pour nous. »
L’Espagne en ligne de mire
Depuis ce miracle, quelque chose semble avoir changé. La Belgique ne donne plus seulement l’impression de survivre dans cette Coupe du monde. Elle avance. Et elle avance maintenant vers l’Espagne, adversaire autrement plus redoutable en quart de finale.
« Contre l’Espagne, on est outsider. Si on gagne, ce n’est que du bonus. Mais je pense qu’on va tout faire pour gagner. On a vu qu’on était capable de sortir des gros matchs », estime Emilien Messiaen.
Entouré de plusieurs amis français, Émilien Messiaen espère désormais retrouver les Bleus en demi-finale. Mais avant de rêver d’une revanche de 2018, la Belgique devra se défaire de l’Espagne en quart de finale. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
Une victoire ouvrirait possiblement la porte à une demi-finale contre la France, si les Bleus battent le Maroc dans l’autre quart de cette partie du tableau. Forcément, le souvenir de 2018 n’est jamais très loin chez les Belges.
« On est ici avec des amis français, beaucoup d’amis français. Franchement, ce serait un plaisir de rejouer contre eux, en espérant ne pas avoir la même chose qu’en 2018 », sourit Emilien Messiaen. « Sur un match, tout peut changer, tout peut chavirer. Tout est possible. »
Benjamin Guelen préfère avancer prudemment. « Match par match. La France a l’air d’être la meilleure équipe de toute cette Coupe du monde. Mais les retournements de scénario nous inspirent un peu confiance. Ça va être dur contre l’Espagne, et surtout contre la France si on arrive aussi loin. Mais on ne sait jamais. »
Une communauté qui grandit à chaque match
Au Crafty Coyote, cette aventure belge dépasse pourtant le simple résultat sportif. Pour Delphine Hautfenne, organisatrice des rassemblements de TO BE, chaque match est devenu une occasion de faire grandir la communauté belge de Toronto.
« Chaque match, on a un peu plus de monde », constate-t-elle. « Aujourd’hui, je pense qu’avec la controverse contre les États-Unis, on avait plein de gens non belges qui venaient nous supporter. »
Fondatrice de TO BE (Toronto Belgians), Delphine Hautfenne a profité de la Coupe du monde pour rassembler la communauté belge de Toronto autour des Diables rouges, tout en accueillant de nouveaux sympathisants venus d’horizons divers. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
Elle le reconnaît avec le sourire : elle n’était pas, à l’origine, une grande passionnée de soccer. Mais la Coupe du monde a changé quelque chose.
« Moi, je suis seulement les matchs pour la Belgique. J’avais quelqu’un devant moi qui suivait le foot à fond, donc il m’expliquait tout ce qui se passait. C’était super chouette. Il y a un but, je suis contente. On en a eu quatre, c’est génial. »
Son rôle, surtout, est ailleurs. « J’essaie de regrouper un maximum de monde, parce que c’est mon rôle aussi d’être certaine que les gens qui viennent seuls rencontrent du monde et ne soient pas seuls dans leur coin. »
La suite se vivra donc au même endroit. Belgique-Espagne est prévue vendredi à 15 h, heure de Toronto. Les Diables rouges tenteront d’atteindre le dernier carré. Les partisans, eux, espèrent simplement prolonger encore un peu ces montagnes belges.
Le gouvernement fédéral a annoncé lundi qu’il prolongeait d’une année un programme pilote permettant à plus de 2000 étudiants étrangers francophones d’être exemptés du plafond national des permis d’études, un projet qui favorise également l’accès à la résidence permanente.
La ministre de l’Immigration, Lena Diab, a annoncé la prolongation jusqu’en août 2027 du Programme pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire, malgré le fait qu’il ait très peu fonctionné depuis sa création en 2024.
Or, ce programme n’a pas eu le succès escompté et, en moins de deux ans, n’a attiré que 515 étudiants francophones, précise le communiqué de presse du ministère d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada qui porte sur l’annonce.
« On veut se donner une année de plus pour mieux analyser les résultats du projet pilote. Après cela, nous établirons un plan à long terme. Mon espoir est que ce plan serve à rendre le programme permanent, oui, mais nous devons d’abord nous accorder un peu de temps pour bien faire les choses », a expliqué la ministre de l’Immigration, Lena Diab, en conférence de presse à Winnipeg.
En plus d’être exemptés du plafond national, les participants à ce programme bénéficient d’une voie d’accès directe pour passer d’un statut temporaire à un statut permanent après l’obtention de leur diplôme. Ces étudiants francophones et leurs familles sont aussi dispensés de prouver leur intention de quitter le Canada à la fin de leurs études, en plus de bénéficier d’un allègement du seuil financier requis pour venir étudier au pays.
L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui représente plus d’une vingtaine d’établissements postsecondaires francophones hors Québec, « se réjouit fortement » de cette annonce du fédéral.
« Depuis son lancement, le Programme pilote a permis d’attirer une population étudiante internationale d’expression française qui renforce la vitalité des communautés francophones et qui permettra de répondre à des besoins de main-d’œuvre dans des secteurs essentiels », a déclaré l’ACUFC par communiqué.
Un plafond illégal pour les francophones
Quelques mois avant l’annonce du projet pilote, Ottawa avait imposé un plafond sur les permis d’études au Canada pour contrer l’arrivée d’étudiants étrangers au pays. Après une enquête achevée en octobre 2025, le Commissariat aux langues officielles avait conclu que ce plafond était illégal, contrevenant à la Loi sur les langues officielles.
Selon les conclusions du rapport d’enquête, le gouvernement fédéral a omis de consulter les institutions francophones situées à l’extérieur du Québec. Le rapport souligne également que les autorités n’ont pas mis en place de mesures pour limiter les répercussions préjudiciables qu’un quota national de permis d’études pourrait avoir sur la francophonie canadienne.
Les établissements francophones ont souvent dénoncé, au cours des dernières années, l’impact du plafonnement du nombre de permis d’études sur leurs institutions.
Bien que les étudiants internationaux comptent pour près de 30 % des effectifs au sein des institutions francophones hors Québec, cette proportion ne constitue qu’une part infime, oscillant entre 1 % et 2 %, de la population étudiante totale du pays.
Un Franco-Ontarien de Kapuskasing, dans le Nord de l’Ontario, devient l’un des juges les plus haut placés dans la province et du pays. Patrick Boucher a été nommé lundi juge en chef de la Cour supérieure de justice de l’Ontario.
Le premier ministre Mark Carney a annoncé lundi par communiqué la nomination de M. Boucher à la tête de ce tribunal de première instance en Ontario, l’un des plus importants à travers le pays en matière de volume et d’envergure.
Patrick Boucher, né à Kapuskasing, était depuis 2024 le juge principal régional de la Cour supérieure de justice de l’Ontario pour la région du Nord-Est. Il remplace dans ce nouveau poste Geoffrey B. Morawetz, qui a pris sa retraite le 15 mai dernier.
Nommé juge à la Cour de justice de l’Ontario en 2009, il a ensuite été promu juge de la Cour supérieure de la province en 2020. Avant d’accéder à la magistrature, il a exercé en cabinet privé, travaillant principalement dans le domaine des litiges en droit de la famille et en droit pénal dans le Nord de l’Ontario. Il a aussi été bénévole à la Clinique juridique communautaire Grand-Nord, en plus de siéger au sein de plusieurs comités de direction, groupes de travail et conseils d’administration judiciaires en Ontario.
Il a obtenu un baccalauréat spécialisé de l’Université McGill et un baccalauréat en droit de l’Université d’Ottawa, et a été admis au Barreau de l’Ontario en 1998.
CALGARY – L’Ontario et l’Alberta prévoient de construire un pipeline de 3300 km de long qui voyagerait vers l’est, depuis Hardisty, en Alberta, jusqu’à la ceinture de raffinage à Sarnia, en Ontario. L’infrastructure serait construite avec de l’acier canadien exclusivement et permettrait d’acheminer 500 000 barils de pétrole brut par jour. Une étude de faisabilité est en cours, notamment pour évaluer les coûts du projet, avec des conclusions attendues d’ici la fin de 2026.
Le premier ministre ontarien, Doug Ford, et la première ministre albertaine, Danielle Smith, sont réunis à Calgary ce lundi pour dévoiler le tracé proposé d’un pipeline d’envergure.
Intitulé « Bouclier pour le Nord » quant au transport d’énergie, ce pipeline acheminerait du pétrole sur 3 300 km de Hardisty, en Alberta, à Sarnia, en passant par la Saskatchewan et le Manitoba, restant uniquement au sein des frontières canadiennes donc.
Le tracé proposé pour le « Bouclier pour le Nord ». Source : gouvernement de l’Ontario
Si initialement la configuration du pipeline et des stations de pompage devait permettre de transporter 500 000 barils de pétrole brut par jour, la capacité d’expansion permettrait d’acheminer jusqu’à 800 000 barils par jour.
L’Ontario étudie également les possibilités d’étendre les connexions du pipeline vers de nouveaux ports ainsi que vers des ports existants.
Les deux premiers ministres ont chacun mis l’emphase sur le gain pour l’économie, et la création et la protection des emplois au pays : « Notre projet de couloir « Bouclier pour le Nord » de transport de l’énergie est un plan visant à protéger les travailleurs de l’Ontario, de l’Alberta et de toutes les régions du pays », a insisté Doug Ford.
« En reliant les ressources énergétiques de l’Alberta aux raffineries et aux marchés canadiens, nous pouvons créer des emplois, stimuler notre économie et mieux exploiter les ressources de classe mondiale dont nous disposons déjà », a affirmé Danielle Smith.
En juillet 2025, la Saskatchewan s’était déjà jointe à l’accord pour un corridor est-ouest entre l’Ontario et l’Alberta sur la construction de grands projets d’infrastructures pour transporter les minéraux critiques de l’Ontario et le pétrole et le gaz de l’Ouest canadien.
Danielle Smith et Doug Ford ont annoncé le tracé du pipeline Alberta-Ontario ce 6 juillet à Calgary. Photo : capture chaine YouTube officielle du gouvernement de l’Ontario
Conclusion de l’étude de faisabilité d’ici fin 2026
En toile de fond également, on trouve la volonté de réduire la dépendance du Canada à l’égard des marchés étrangers et de renforcer les chaînes d’approvisionnement intérieures.
L’Ontario a officiellement lancé l’étude de faisabilité, dont les conclusions sont attendues d’ici la fin de 2026. Supervisée par Infrastructure Ontario à titre de conseiller commercial, une équipe d’experts (incluant GHD, EY Canada, Mokwateh, AtkinsRéalis, Wood et Turner & Townsend) est actuellement chargée d’évaluer les coûts, les modèles commerciaux et les opportunités connexes, telles que la modernisation du réseau électrique et la création de réserves stratégiques de pétrole.
La province s’engage également « à respecter son obligation de consultation auprès de ses partenaires et communautés autochtones, tout en soutenant la participation des Autochtones aux projets de développement national grâce à un financement historique qui aiderait les communautés autochtones à devenir des partenaires financiers », stipule le communiqué de presse officiel.
TORONTO – Le contingent francophone du Tempo de Toronto continue de s’agrandir. Un peu plus d’un mois après l’arrivée de Tima Pouye, c’est au tour d’Ornella Bankolé de rejoindre la franchise canadienne. Si leurs situations diffèrent, les deux internationales françaises poursuivent le même objectif : s’imposer progressivement dans la meilleure ligue de basketball au monde.
L’une gagne peu à peu la confiance de son entraîneuse. L’autre découvre à peine son nouvel environnement. En l’espace de quelques semaines, Tima Pouye et Ornella Bankolé sont venues apporter une touche française au Tempo. Et la blessure de dernière minute de Julie Allemand face aux Wings de Dallas, ce dimanche, a accéléré les choses pour les deux Françaises.
Tima Pouye a ainsi obtenu sa première titularisation en WNBA, tandis qu’Ornella Bankolé a vu son contrat de développement activé et a foulé un parquet de la grande ligue pour la première fois de sa carrière. Un rêve devenu réalité pour la native d’Auxerre.
Sur le plan collectif, la soirée s’est toutefois terminée par une défaite de Toronto, battu 89-76 par Dallas. Le Tempo affiche désormais un bilan de 9 victoires et 11 défaites.
Moment d’histoire pour le Tempo avec deux Françaises sur le terrain en même temps face aux Wings de Dallas. Ornella Bankolé (33) mène la contre-attaque balle en main, Tima Pouye (32) espace le jeu au large. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Arrivée à Toronto il y a un peu plus d’un mois, Tima Pouye a d’abord dû apprivoiser le rythme de la WNBA avant de voir son rôle grandir progressivement au sein du Tempo. « Tout s’est enchaîné très vite. Mais j’ai été super bien accueillie et je me sens de plus en plus à l’aise », expliquait-elle deux semaines après son arrivée.
Tima Pouye récompensée
Les blessures de Kiki Rice puis de Brittney Sykes ont ouvert davantage de minutes dans la rotation extérieure de Sandy Brondello, et la Française a progressivement gagné la confiance de son entraîneuse jusqu’à être récompensée par ce premier départ.
« Nous sommes très satisfaits de Tima. En revoyant les vidéos, je me suis même dit après le dernier match que j’aurais probablement dû la faire jouer davantage. Donnez-lui une mission et elle va la remplir à 150 % », avait confié Brondello après la rencontre face aux Sparks de Los Angeles, le 25 juin dernier.
Le match suivant, la native de Tulle signait son record en carrière avec 13 points en 20 minutes, son plus gros temps de jeu de la saison. L’entraîneuse australienne soulignait alors autant son investissement que sa compréhension du jeu.
« Elle apprend très vite, ce qui démontre son QI basket. C’est une énorme travailleuse. Elle est toujours au gymnase avant et après les entraînements pour continuer à tirer. Nous voulons qu’elle soit une défenseuse capable de perturber les adversaires sur tout le terrain. Offensivement, j’aime aussi sa capacité à attaquer le cercle et à créer pour les autres. »
Dimanche, Pouye a terminé avec 3 points et 1 passe décisive en 21 minutes. Après la rencontre, Brondello a rappelé que sa titularisation s’était décidée dans l’urgence, pas le contexte idéal pour elle.
« On l’a lancée là-dedans à court préavis, quand on a su que Julie ne pouvait pas jouer. Elle joue dur. Défensivement, elle a fait du bon travail. Offensivement, elle doit encore trouver quand faire circuler le ballon et quand être agressive. Elle doit se faire confiance. »
Depuis son arrivée au Tempo le 28 juin, Tima Pouye a disputé 11 matchs, dont 10 en sortie de banc, avec une moyenne de 9 minutes par rencontre.
Une énergie qui plaît
Pour Pouye, cette progression s’inscrit dans un processus : « Ce n’est que le début. Mon objectif est de gagner progressivement des minutes, de confirmer ce que je fais et que le staff me fasse de plus en plus confiance. »
Julie Allemand constate elle aussi cette montée en puissance. « Ce que j’aime chez Tima, c’est qu’elle reste toujours la même. Elle travaille énormément. Elle apporte beaucoup d’énergie, surtout en défense. »
La meneuse belge estime que la Française commence également à prendre davantage confiance dans son jeu. « Quand on arrive d’Europe, on n’a pas les mêmes responsabilités ici. Mais je vois qu’elle ose de plus en plus à l’entraînement. Ça veut dire qu’elle se sent de plus en plus à l’aise. »
La meneuse reconnaît elle-même que l’adaptation au basket nord-américain demande quelques ajustements. « Ici, tout va beaucoup plus vite. Les possessions sont plus courtes et les joueuses disposent de davantage de liberté pour lire le jeu, alors qu’en Europe on s’appuie davantage sur des systèmes offensifs bien définis. »
Une occasion à saisir
À la veille du match contre Dallas, Ornella Bankolé ne savait toujours pas si elle ferait partie des joueuses activées. « Je me tiens juste prête pour quand l’équipe aura besoin de moi. Je suis vraiment là pour essayer d’apporter ce dont ils ont besoin, quand ils en ont besoin », confiait-elle à ONFR.
Quelques heures plus tard, la blessure de dernière minute de Julie Allemand changeait les plans du Tempo et permettait à l’ailière française de faire sa première apparition sur la feuille de match.
Âgée de 28 ans, Bankolé évolue sous un contrat de développement, un statut propre à la WNBA qui limite sa présence à un maximum de 12 rencontres. Chaque opportunité revêt donc une importance particulière pour convaincre la franchise torontoise.
Ornella Bankolé a inscrit ses deux premiers points en WNBA sur lancers francs. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Pour ses débuts, elle a inscrit ses deux premiers points en WNBA, ajouté 2 rebonds et 1 interception en 8 minutes. Après la rencontre, Brondello a apprécié son énergie malgré une intégration express.
« Elle est entrée et elle a joué dur. Elle ne connaît pas encore beaucoup de nos systèmes vu qu’elle est ici depuis très peu de temps. Les leaders ont essayé de l’aider sur le terrain, mais l’idée était simple : jouer dur. Sur ses minutes, elle nous a donné une bonne énergie. »
Même si les circonstances ont accéléré ses débuts, Brondello appréciait déjà le profil de sa nouvelle joueuse. « Nous cherchions davantage de joueuses physiques capables de défendre. Aujourd’hui, elle a montré qu’elle pouvait tirer à trois points, bien couper vers le panier et qu’elle peut apprendre rapidement notre système. »
Une intégration accélérée
Julie Allemand connaît bien les difficultés d’une arrivée en pleine saison. « Elle me disait qu’elle ne comprenait pas encore tous les termes. Je lui ai répondu que c’était normal. Chaque fois que je change d’équipe aux États-Unis, il me faut environ une semaine avant de tout comprendre. »
La Belge rappelle aussi que le calendrier laisse peu de place à l’apprentissage. « On n’a eu que trois entraînements. Maintenant, on repart pour cinq matchs en dix jours. On ne va presque plus s’entraîner. Je lui ai déjà dit qu’elle allait devoir faire beaucoup de travail supplémentaire pour rester prête. »
Avec trois ans d’expérience dans la WNBA et une langue commune, Julie Allemand (au centre) représente une aide solide pour les Françaises du Tempo. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Heureusement pour l’Auxerroise, son intégration a été facilitée par la présence des deux francophones dans le vestiaire, mais aussi par un premier moment de cohésion avec ses nouvelles coéquipières lors du match de la Coupe du monde entre la Croatie et le Portugal, disputé à Toronto quelques jours après son arrivée.
« Ça m’a permis de passer un peu de temps avec le groupe, avec les filles, et de mieux les connaître. C’était un premier vrai moment partagé avec l’équipe. C’est vraiment appréciable parce que Julie et Tima soient là m’aider quand je ne comprends pas tout en anglais. C’est un vrai soutien et ça fait vraiment du bien. »
Deux Françaises, un même état d’esprit
Pour Sandy Brondello, les deux Françaises partagent d’ailleurs plusieurs qualités. « Elles sont très faciles à entraîner et travaillent extrêmement fort. Elles arrivent avant les entraînements, restent après pour faire des extras et prennent leur métier de professionnelles très au sérieux. »
L’entraîneuse australienne ne cache pas non plus son admiration pour la qualité de la formation française. « Le basket français possède énormément de talent. Il faut reconnaître le travail réalisé dans la formation des joueuses. Beaucoup arrivent ensuite en WNBA et y occupent des rôles importants. »
SARNIA – Le Sud-Ouest est en deuil, suite au décès d’Édith Houle, une Franco-Ontarienne engagée dans sa communauté depuis six décennies.
Elle était un des visages du Centre culturel francophone Jolliet dont elle a été la première femme administratrice dans les années 1960. Édith Houle s’est éteinte jeudi à l’âge de 103 ans.
Le maire de Sarnia, Mike Bradley, a salué la « vie bien remplie » de celle qui a « joué un rôle important dans l’évolution et le développement de la communauté francophone pendant plus de six décennies ».
« Son dévouement et son amour pour la communauté francophone resteront longtemps gravés dans nos mémoires », a-t-il estimé.
Née à Chandler en 1922, au Québec, Mme Houle a vécu ensuite à Smooth Rock Falls, dans le Nord de l’Ontario, avant de s’installer à Sarnia, près de Bluewater, où elle s’est impliquée dans la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin.
Elle en a été l’organiste durant 60 ans, de même qu’elle a présidé les Dames de Sainte-Anne, un groupe religieux de soutien aux causes locales et de collecte de fonds pour la paroisse.
Elle a notamment été présidente du club de l’âge d’or La Gaieté pendant 14 ans, et a contribué en 1959 à la fondation du Club Jolliet, futur Centre culturel francophone Jolliet.
Une « immense perte » pour la communauté
« La communauté francophone de Sarnia est sous le choc », a d’ailleurs réagi le Centre, rendant hommage à celle qui a « marqué l’histoire et l’évolution de la communauté francophone de Sarnia pendant plus de six décennies. »
Son président actuel, Normand Prevost, s’est dit ému lorsqu’il a appris sa disparition. « J’ai adoré chaque instant passé à discuter avec elle! Elle m’impressionnait tellement par sa mémoire, la clarté et l’intelligence de ses propos. C’est une immense perte pour notre belle communauté francophone », a-t-il déclaré dans une publication sur le réseau social Facebook.
« La communauté francophone de Sarnia a perdu une grande dame, une dame toujours pleine d’énergie », s’est aussi attristé Patrice Dufour, un ancien président du Centre.
Une cérémonie commémorative aura lieu le samedi prochain de 13 h à 16 h, au restaurant Big Fish Steak & Lounge, à Sarnia.
OTTAWA – Le rêve canadien s’est arrêté en huitièmes de finale de la Coupe du monde de soccer après une défaite de 3-0 face au Maroc. Réunis par milliers au parc des Plaines-LeBreton, les partisans ont néanmoins salué le parcours historique de leur équipe, qui a franchi pour la première fois la phase de groupes et remporté un premier match à élimination directe.
Plus qu’un match de football entre le Canada et le Maroc, le visionnement de la Coupe du monde, samedi au parc des Plaines-LeBreton, à Ottawa, avait des airs de véritable fête du Canada.
Quelques jours après l’annulation des célébrations de la fête nationale en raison d’un orage, plusieurs milliers de spectateurs ont envahi les plaines LeBreton, vêtus de rouge. Le rouge des supporters de l’équipe du Canada se confondait parfois avec celui des partisans du Maroc, dans une ambiance de drapeaux, de chants et de passion.
Peu avant le coup d’envoi, un hélicoptère CH-147F Chinook de l’Aviation royale canadienne a survolé le parc, un hommage organisé pour souligner ce grand rassemblement populaire et le parcours historique du Canada dans ce Mondial.
Au parc des Plaines-LeBreton, à Ottawa, le visionnement du match Canada-Maroc prend des airs de véritable fête du Canada. Ambiance, drapeaux, passion et même le survol d’un hélicoptère de l’Aviation royale canadienne au rendez-vous.#ONfr#CoupeDuMonde#soccerpic.twitter.com/U6abMq4f8M
Sur le terrain, le rêve canadien s’est toutefois arrêté en huitièmes de finale. Le groupe du Franco-ontarien Jonathan David s’est inclinée 3-0 face au Maroc, au Stade de Houston, au terme d’un parcours historique.
Avant cette élimination, le Canada avait marqué l’histoire de son soccer. En phase de groupes, les Canadiens ont d’abord fait match nul 1-1 contre la Bosnie-Herzégovine, le 12 juin, au Stade de Toronto. Ils ont ensuite signé une large victoire de 6-0 face au Qatar, le 18 juin, au BC Place de Vancouver, avant de s’incliner 2-1 contre la Suisse, le 24 juin, toujours à Vancouver.
Qualifié pour la phase éliminatoire, le Canada a ensuite franchi une autre étape majeure en battant l’Afrique du Sud 1-0 en seizièmes de finale, décrochant ainsi le premier succès de son histoire dans un match éliminatoire de Coupe du monde.
Malgré la défaite face au Maroc, la fierté dominait chez plusieurs partisans réunis à Ottawa.
« C’était un match difficile, mais malgré tout ça, je félicite l’équipe du Canada parce qu’ils sont vraiment arrivés très loin, a confié Lizett Castillo. C’est le soccer, c’est comme ça : aujourd’hui, on crie de joie et parfois on est triste, mais je serai toujours dans l’appui du Canada. »
Même sentiment chez Josh, déçu, mais fier du chemin parcouru. « Très déçu, bien sûr. Si le Canada avait marqué dans les premières minutes, je pense que ça aurait été un autre match. Mais je suis fier qu’ils soient arrivés jusqu’ici », a-t-il souligné.
Et d’ajouter : « Je pense que ce parcours va changer le jeu dans le pays et inspirer beaucoup de jeunes. Ce sera un moment dont les Canadiens vont se souvenir »
Malgré la défaite, Josh estime que le parcours du Canada inspirera toute une nouvelle génération de jeunes joueurs. Photo : Amine Harmach/ONFR
Pour Ryan Pascal, cette Coupe du monde aura surtout permis de mesurer le chemin parcouru par le Canada sur la scène internationale. « Je suis très fier qu’on ait réussi à aller jusque-là. On a joué contre une très bonne équipe. Tout le monde a fait de son mieux, mais à la fin, c’est la meilleure équipe qui gagne », a-t-il résumé. « On est très fiers d’être Canadiens. C’était incroyable de voir tout le monde avec ces différents drapeaux, soutenir ces différents pays. »
À Ottawa, malgré la déception, l’image restera celle d’un pays rassemblé autour de son équipe, dans une ambiance de fête, de fierté et d’espoir pour la suite.
Du 5 au 9 juillet, les meilleurs nageurs du pays convergeront vers la Piscine olympique de Montréal pour les Essais canadiens Bell 2026. En jeu : une place au sein de l’équipe nationale qui représentera le Canada aux Championnats pan-pacifiques. Parmi les athlètes attendus figurent trois Franco-Ontariens aux parcours bien différents. Ben Winterborn et Filip Senc-Samardzic visent les sommets de la natation canadienne, tandis qu’Alexandre Landry s’apprête à tourner une page importante de sa carrière.
À quelques jours de plonger dans le bassin montréalais, les trois nageurs affichent des états d’esprit contrastés, mais un même désir de franchir une nouvelle étape.
Ben Winterborn, s’imposer parmi l’élite canadienne du dos
Chez Ben Winterborn, la confiance est palpable. Le nageur torontois estime avoir trouvé une stabilité qui lui faisait parfois défaut ces dernières saisons. Sans chercher à accumuler les performances éclatantes avant Montréal, il a construit sa préparation autour d’un seul objectif : arriver au meilleur de sa forme lorsque les qualifications seront en jeu.
« L’entraînement va vraiment bien. Les championnats universitaires m’ont donné beaucoup de confiance. Je suis content de la façon dont les choses se passent et je me sens confiant à l’approche des essais », résume-t-il.
Ses ambitions sont clairement définies. Déjà sélectionné pour les Jeux du Commonwealth, le spécialiste du dos originaire de Kingston souhaite désormais décrocher une place au sein de l’équipe canadienne qui participera aux Championnats pan-pacifiques. Sur le plan individuel, il vise la victoire au 50 mètres dos, une place parmi les deux premiers au 100 mètres dos et espère se rapprocher du record canadien sur sa spécialité.
Le spécialiste du dos Ben Winterborn s’entraîne au Centre de haute performance de Toronto tout en poursuivant des études en sciences politiques à l’Université de Toronto. Photo : Barry McCluskey/Université de Toronto
Construire la suite de sa carrière
À une semaine des essais, les derniers ajustements ne sont plus physiques, mais psychologiques.
« À présent, il n’y a plus grand-chose que je peux changer physiquement. Là, l’objectif, c’est le mental. Je fais beaucoup de visualisation. Chaque jour, je m’imagine au 50 mètres et au 100 mètres. J’imagine comment je veux approcher la course, comment je veux être derrière les blocs, à quoi je veux penser. Et je me prépare aussi à réagir si quelque chose d’imprévu arrive. »
Cette préparation minutieuse s’inscrit dans un projet à plus long terme. Ben Winterborn pense déjà aux Championnats du monde de 2027, puis aux Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Son objectif est de continuer à progresser parmi les meilleurs canadiens de sa discipline.
Filip Senc-Samardzic, des ambitions au-delà de la qualification
Le parcours de Filip Senc-Samardzic raconte une autre histoire.
Sa saison universitaire aux États-Unis a été marquée par une frustration. Malgré une préparation qu’il juge réussie, le Franco-Ontarien a échoué à une seule place d’une qualification individuelle aux championnats NCAA, après des changements dans le système de sélection. Il a en effet terminé 25e alors que, désormais, seuls les 24 meilleurs nageurs étaient retenus.
Malgré cette déception, Senc-Samardzic est resté concentré sur le relais 4 x 100, où, avec son équipe, il a terminé parmi les huit meilleures du pays. (modifié)
Loin de l’abattre, sa détermination s’est renforcée. Après un stage avec l’équipe canadienne à Majorque et une compétition à Barcelone, Senc-Samardzic estime arriver aux essais dans les meilleures dispositions de la saison.
« Je me sens vraiment bien. C’est la première fois cette saison que je passe sous les 50 secondes au 100 mètres libre. Maintenant qu’on approche des essais et que l’affûtage est terminé, je suis content de là où j’en suis. On verra ce que je peux faire, mais je sens que je suis dans une bonne période. »
Filip Senc-Samardzic, spécialiste du papillon et de la nage libre, évolue à l’Université de l’Arizona. Il y a notamment partagé le bassin avec le Français Léon Marchand, quadruple champion olympique aux Jeux de Paris 2024. Photo : Casey McNulty/Arizona Athletics
Des rêves de podium olympique
Cette confiance s’accompagne d’objectifs élevés. Une qualification pour les Championnats pan-pacifiques constitue la priorité immédiate, avant les Championnats du monde en petit bassin cet hiver et les Mondiaux de Budapest en 2027.
Mais le nageur de 22 ans voit déjà plus loin. « Je n’ai pas envie juste de me qualifier pour les Jeux olympiques. Bien sûr que ce serait une étape importante dans ma carrière, mais je veux performer là-bas. Je veux me qualifier pour des finales individuelles et, avec notre relais 4 x 100 mètres libre, on parle déjà de gagner une médaille à Los Angeles. C’est un objectif qu’on partage tous les quatre depuis les derniers championnats du monde. »
Cette ambition illustre le changement de statut du Canadien d’origine suisse et croate. Désormais intégré à l’environnement de l’équipe nationale, il ne cherche plus seulement à y faire sa place, mais à s’y imposer durablement.
Alexandre Landry, des adieux à Sudbury
Pour Alexandre Landry, les essais montréalais auront une signification particulière. Au-delà de l’aspect sportif, ils marqueront ses dernières compétitions sous les couleurs du club de Sudbury, qu’il quittera à la fin de l’été pour rejoindre l’Université d’Ottawa, où il poursuivra des études en éducation en français tout en intégrant un groupe d’entraînement de haut niveau.
Le choix s’est imposé naturellement. Après plusieurs stages avec sa future équipe, Landry a découvert un environnement beaucoup plus structuré, avec un accès à des spécialistes de la préparation physique, de la nutrition et de la santé mentale.
« Ça m’a vraiment ouvert les yeux. J’ai pu rencontrer la majorité de l’équipe, voir comment tout est organisé et découvrir tous les services auxquels ils ont accès. Je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de choses qui pourront m’aider à progresser dans le futur. »
Âgé de 25 ans, le Franco-Ontarien Alexandre Landry partagera son temps entre ses études en éducation en français à l’Université d’Ottawa et la natation de haut niveau à compter de l’automne. Photo : Daniel Landry
Nager sans pression
Quitter Sudbury n’en demeure pas moins chargé d’émotion.
« L’équipe va certainement beaucoup me manquer. Même si ça ne fait que cinq ans, ça a vraiment été comme une famille. Le camp d’entraînement en Espagne et les dernières compétitions ensemble m’ont aussi rassuré. J’ai vu les plus jeunes progresser et je me suis dit qu’ils étaient prêts à continuer sans moi. Ça rend le départ un peu plus facile. »
Sur le plan sportif, Landry reconnaît que sa saison n’a pas répondu à toutes ses attentes. Plutôt que de s’imposer une pression supplémentaire, il préfère aborder les essais avec sérénité.
« Je veux simplement bien la terminer. J’essaie de ne pas me mettre de pression, juste nager pour le plaisir. Ça fait quinze ans que je fais ce sport. Je veux continuer à m’améliorer et voir ce qui va se passer. »
Une philosophie qui pourrait lui permettre de créer la surprise avant de débuter un nouveau chapitre de sa carrière dans la capitale fédérale.
OTTAWA – Fort d’un capital politique qu’il dit avoir accumulé depuis quatre ans, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, confirme sa volonté de briguer un troisième mandat en octobre prochain. Le leader communautaire prévient que d’importants combats attendent l’Ontario français et justifie sa candidature précoce par le besoin d’assurer une stabilité au moment où la communauté s’apprêterait à entamer d’importants changements.
Pour ce natif de Hearst, dans le Nord de l’Ontario, solliciter un nouveau mandat de deux ans s’impose comme une évidence.
« C’était déjà mon intention d’aller pour un troisième mandat, mais c’est devenu naturel avec tous les défis qui sont à relever et ce qu’on a entendu dans toutes les communautés lors des États généraux », confie-t-il à ONFR après en avoir fait l’annonce sur les réseaux sociaux jeudi soir.
Fabien Hébert mise sur la continuité et l’accès aux cercles décisionnels : « On est à un moment charnière. J’ai quatre ans d’expérience dans le dossier, j’ai gagné du capital politique dans mes rencontres et mes discussions. Pourquoi ne pas mettre ça à l’avantage de la communauté francophone? »
Le Livre blanc comme feuille de route
Cette candidature survient alors que l’organisme porte-parole vient de clore la phase de consultation de l’Acte 2 de ses États généraux, un exercice d’envergure qui a mobilisé plus de 1000 participants.
Les données recueillies doivent mener à la publication, cet automne, d’un Livre blanc très attendu, qui servira de plan de match pour l’avenir.
Le président sortant indique vouloir faire de la mise en œuvre de ce Livre blanc sa priorité s’il obtient un nouveau mandat. Selon lui, les structures actuelles ne permettent pas de répondre pleinement aux besoins de la communauté.
« On doit développer ou imaginer un nouveau modèle d’organisation communautaire pour bien y répondre », explique-t-il.
Le paradoxe financier de 2028
Toutefois, la route vers cette transformation promise devra s’armer de patience, puisque les ressources financières majeures n’arriveront pas avant 2028.
Questionné sur ce décalage, M. Hébert précise qu’il s’agit d’une réalité purement budgétaire liée au Plan d’action fédéral pour les langues officielles et aux ententes avec Patrimoine Canada, dont les enveloppes actuelles sont verrouillées jusqu’en mars 2028.
Si la communauté voulait lancer de grands chantiers dès demain, « les fonds ne sont pas là », admet-il franchement.
Ce positionnement répond à des impératifs de calendrier alors que l’organisme prévoit d’utiliser les conclusions de son Livre blanc pour alimenter les consultations en cours avec Patrimoine Canada, en vue de la préparation du prochain cycle de financement fédéral pour la période 2028-2033.
Bien qu’il n’exclue pas la possibilité d’aller chercher des fonds d’urgence d’ici là, le président sortant estime qu’ils ne seraient pas suffisants pour mener à terme un exercice aussi ambitieux.
La modernisation de la LSF comme plus grande fierté
Interrogé sur son plus grand accomplissement, Fabien Hébert cite la création du Centre de planification des services de santé en français, né de la crise entre le gouvernement et les anciennes entités.
« Nous avons réussi, par nos interventions, à créer une agence indépendante, par et pour les francophones, pour recommander au gouvernement les actions prioritaires en santé », se félicite-t-il, soulignant que la structure a permis de préserver l’expertise et les emplois existants.
« Le renouvellement de la Loi sur les services en français et la modernisation des règlements, c’est quelque chose qui nous tenait vraiment à cœur et qu’on a réussi à obtenir », cite-t-il également tout en rappelant le soutien à des projets culturels d’envergure, à l’instar du MIFO ou du Théâtre français de Toronto.
Malgré ces gains, le président sortant continue de talonner le ministère des Affaires francophones (MAFO), nouvellement piloté par Natalia Kusendova-Bashta, pour que la révision des règlements administratifs suive le rythme, notamment en ce qui a trait à la liste des établissements désignés sous la LSF.
« On attend encore une mise à jour de ce règlement-là, qui est vraiment crucial pour nous permettre de bien comprendre où sont les lacunes », rappelle-t-il.
Enfin, si l’AFO a salué la récente annonce de la province d’imposer le bilinguisme obligatoire pour le poste d’Ombudsman, elle ne compte pas abandonner pour autant son cheval de bataille historique. « C’est toujours le souhait de l’AFO que le commissaire aux services en français soit indépendant », insiste Fabien Hébert, rappelant que la pleine autonomie politique demeure l’objectif ultime de la communauté.
Cette vigilance s’étend aussi à l’immigration, où M. Hébert réclame d’urgence une « lentille francophone » face aux récents remaniements de la province.
Un calendrier électoral devancé
En choisissant de dévoiler ses intentions dès le début de juillet, Fabien Hébert prend une longueur d’avance sur le calendrier institutionnel. La période officielle de mise en candidature de l’AFO ne s’ouvrira que le 26 août et se clôturera le 9 octobre prochain.
L’élection se déroulera lors du Congrès annuel de l’organisme, prévu du 21 au 24 octobre prochain à Richmond Hill. Placée sous le thème « Un nouveau souffle », cette édition coïncidera avec la présentation des résultats de l’Acte 2 des États généraux.
Élu pour un premier mandat en 2022 face à Nicole Fortier Levesque, puis reconduit sans opposition en 2024, le président affirme vouloir éviter qu’un « vide » politique ne s’installe durant la saison estivale, préférant rassurer la base associative.
S’il l’emporte lors du scrutin d’octobre 2026, Fabien Hébert s’inscrira dans la lignée de ses prédécesseurs directs, Carol Jolin (2016-2022) et Denis B. Vaillancourt (2010-2016).
Tous deux avaient également complété six années consécutives à la tête de l’organisme, une longévité institutionnelle devenue une véritable tradition politique pour le porte-parole de l’Ontario français depuis sa refondation en 2006 sous la présidence de Mariette Carrier-Fraser.
Romain, 11 ans, voulait d’abord devenir policier, puis professeur. Aujourd’hui, il rêve plutôt de devenir mécanicien automobile.
« Mécanicien pour voitures? Ah oui, tu m’en avais parlé l’autre jour! » Assis à côté de son fils, Mario Roy traduit en français ce que Romain exprime en langue des signes québécoise (LSQ).
Les échanges entre les deux sont rapides, spontanés, ponctués d’humour et d’une complicité évidente. « Là, si eux ont une auto brisée, ils t’appellent et tu vas la réparer. Et la mienne? Tu la répareras juste après? », lance le père en souriant. Romain éclate de rire.
Pour appeler son père, le garçon forme parfois avec sa main un « M » devant son front, comme le logo de Mario Bros sur sa casquette. C’est son signe pour dire « Mario ».
La langue des signes, un pont vers les autres
« Il va réussir à faire ce qu’il veut. Il ne parlera peut-être pas comme nous, mais il va réussir. » Cette conviction, Mario Roy la porte depuis que son fils fréquente l’École provinciale du Consortium Centre Jules-Léger, à Ottawa.
Avant, Romain avait passé près d’un an dans une école près de chez lui, à Gatineau. « Tout le monde parlait, parlait… puis toi, sourd, tu faisais : quoi, quoi, quoi? », raconte son père en s’adressant à lui.
Romain n’en garde presque aucun souvenir. Mario Roy, lui, se rappelle surtout de l’impression d’impuissance. « Il a perdu une année. Il était assis dans une classe sans vraiment apprendre, parce qu’il n’entendait rien. »
Aujourd’hui, le quotidien de cette boule de bonheur au regard vif est bien rempli.
Amoureux de vitesse, de vélo, de ski alpin et de jeux vidéo, il partage désormais ses journées entre le Consortium Centre Jules-Léger (CCJL) et la maison familiale, où tout suit une routine bien établie : souper, devoirs, bain, loisirs et sommeil.
« Quand tout est structuré et qu’il y a une routine stable, la vie devient beaucoup moins difficile. À la maison, on soupe, on prend le bain et on fait les devoirs aux mêmes heures. Il n’y a pas de surprise, il sait à quoi s’attendre », explique son père.
Pour Romain, le CCJL, cet immense édifice composé de deux écoles distinctes en forme de carré, se résume pourtant en une formule très simple : « En haut, tout le monde signe. En bas, on parle beaucoup. »
Au deuxième étage du Consortium siège l’École provinciale. Dans les corridors, les salles de classe et les espaces communs, les élèves communiquent en langue des signes.
Créé en 1979, l’établissement accueille des élèves sourds, malentendants, aveugles, en basse vision ou sourdaveugles provenant de partout en Ontario. Juste au-dessous, l’École d’application accompagne des élèves vivant avec des troubles moins visibles : les troubles sévères d’apprentissage.
Les jeunes des deux écoles se retrouvent souvent à l’heure du dîner, dans une cafétéria animée où l’on discute, se rencontre et noue des amitiés.
« Tous les élèves ici ont un plan d’enseignement individualisé, établi par des experts, renouvelé chaque année et adapté à leur réalité. Contrairement à d’autres écoles, où seuls certains élèves en bénéficient, notre approche est entièrement centrée sur l’élève », explique Annie Duchesneau, directrice adjointe de l’École provinciale.
Conquérir son autonomie
Dans les classes, un enseignant principal et deux aides-enseignants accompagnent une poignée d’élèves.
« Ici, on part de chaque capacité, même très petite. Le moindre geste peut devenir un point d’appui pour développer la communication, l’autonomie ou les apprentissages », décode Mme Duchesneau, qui travaille au CCJL depuis 2005.
Ancienne consultante devenue experte-conseil puis directrice adjointe, elle accompagne depuis des années les élèves, les familles et les écoles dans les adaptations et les outils spécialisés nécessaires à leur parcours.
Selon elle, plusieurs élèves conservent une vision ou une audition résiduelle. Dans une salle sensorielle équipée d’installations spécialisées, les intervenants stimulent les réactions des jeunes avec la lumière, le son ou le contact afin d’établir une communication.
Romain porte lui-même un implant cochléaire. Il entend certains sons, sans toujours pouvoir les comprendre clairement.
Son père garde toutefois espoir qu’avec le temps, il puisse développer davantage le langage oral.
« Il ne parlera peut-être jamais comme nous, mais il pourra dire certains mots. »
Annie Duchesneau, directrice adjointe de l’École provinciale, accompagne les élèves dans leur adaptation.
Farouk Bouanane, directeur de l’École provinciale, conçoit la langue des signes comme une « richesse supplémentaire ».
Depuis plus de six ans, Romain traverse chaque jour la rivière des Outaouais pour rejoindre l’École provinciale du CCJL.
Certains parents pensent que la vie est finie. J’essaie de leur montrer que non », confie Mario Roy, père de Romain.
Deux écoles cohabitent sous un même toit : l’École d’application pour troubles sévères d’apprentissage et l’École provinciale – surdité, cécité et surdicécité
L’apprentissage de la lecture et de l’écriture demeure complexe pour lui. Contrairement à un enfant entendant, Romain ne peut pas associer naturellement les mots écrits aux sons entendus. Il doit mémoriser différemment.
« Pour un enfant sourd, aller chercher l’information auditive n’est pas naturel, même avec des appareils ou un implant cochléaire. Il peut entendre certains sons, mais pas de la même façon que les autres. Il faut souvent attirer son attention pour lui faire comprendre qu’une information est importante », indique Farouk Bouanane, directeur de l’École provinciale.
En plus des apprentissages scolaires, le CCJL joue aussi un rôle important dans la construction identitaire des élèves.
Voir des adultes sourds, aveugles ou sourdaveugles, dévoués, passionnés par le métier, travailler comme enseignants, aides-enseignants ou membres du personnel devient un puissant modèle pour les jeunes.
Au-delà du handicap
« Peu à peu, l’élève cesse de se définir uniquement par son handicap. Il se reconnaît plutôt comme une personne sourde, avec le droit d’avoir sa propre langue et d’apprendre à travers elle », poursuit M. Bouanane qui regrette d’ailleurs que certains enfants arrivent encore au Consortium sans maîtriser la langue des signes, parfois même à un âge avancé.
« Certains parents pensent encore que si on apprend la langue des signes à un enfant sourd, il arrêtera de parler ou d’utiliser son audition. Pourtant, c’est tout le contraire. La langue des signes est une richesse supplémentaire. »
Maîtriser plusieurs façons de communiquer permet surtout aux jeunes de développer pleinement leur potentiel, estime-t-il.
« Certains élèves réussissent dans leurs écoles de quartier. Mais souvent, lorsqu’ils arrivent ici, ils réussissent encore mieux. Ils deviennent plus heureux, plus motivés. Ils développent des rêves, des ambitions et de l’espoir. Ici, ils ne sont pas obligés d’imiter les autres : ils peuvent faire leurs propres choix. »
Lui-même destiné à une carrière d’ingénieur après des études au Maroc puis en France, Farouk Bouanane a découvert au Canada une communauté sourde qui a transformé son parcours et l’a amené vers l’éducation spécialisée. En 2025, il a reçu la Médaille du couronnement du roi Charles III, remise sur recommandation de l’Association des Sourds du Canada.
Mario Roy défend lui aussi cette vision : « Quand on apprend que son enfant est sourd, il y a un choc. Certains parents pensent que la vie est finie. Moi, aujourd’hui, j’essaie plutôt de leur montrer que non. »
Au fil des années, il s’est impliqué auprès d’autres familles francophones ayant des enfants sourds. Dans les cafés ou les lieux publics, il lui arrive d’apercevoir une personne sourde commander en écrivant sur un bout de papier.
« Je lui demande si elle signe. Puis on commence à signer ensemble. Je trouve ça beau, parce que c’est une vraie culture, une vraie langue, que peu de gens connaissent. »
En parlant, Mario fait lui-même des signes avec ses mains, presque automatiquement. Une habitude, mais aussi une façon de sensibiliser les gens autour de lui, y compris dans son milieu professionnel. « J’aimerais ça avoir une personne sourde dans mon équipe. »
Gagner en confiance, pas à pas
Amélie, elle, 18 ans, habite à Orléans, à quelques kilomètres seulement du CCJL. Malgré cela, elle devait vivre au logement éducatif, comme tous les élèves de l’École d’application. Elle y a passé trois années avant de poursuivre son parcours au secondaire régulier.
« Lors de ma première année au CCJL, j’avais acheté un doudou pour m’aider, confie-t-elle. Quand j’étais triste, je le serrais contre moi. Ma dernière année, j’avais ramené une petite figurine de Schtroumpf. J’aime beaucoup les Schtroumpfs. La regarder me faisait du bien. »
Durant ses trois années au CCJL, Amélie n’a jamais osé regarder la photo de famille que les élèves pouvaient garder dans leur chambre. « Maman, ça me fait pleurer », disait-elle, se souvient son père, Pierre Ouellet, qui décrit une relation mère-fille « fusionnelle ».
Née prématurément, l’adolescente a été suivie très jeune par plusieurs spécialistes : orthophonistes, psychologues, évaluateurs et enseignants spécialisés.
La famille a aussi dû s’adapter. La mère d’Amélie, Josée, enseignante de profession, est restée à la maison pendant plus de dix ans pour accompagner sa fille.
« L’idée qu’Amélie couche là-bas toute la semaine, c’était une préoccupation », reconnaît Pierre Ouellet. Mais pour lui, le CCJL représentait le choix le plus logique, le plus adapté à son parcours. « On se disait quand même qu’on était chanceux. Elle n’était pas loin. Il y a des enfants qui voyagent en avion pour venir ici. »
Selon Martin Grenier, directeur du soutien à l’élève et du programme du logement éducatif, cette résidence dépasse largement l’aspect pratique. « Le logement y est obligatoire, peu importe que l’élève habite Ottawa ou Thunder Bay », précise-t-il.
Employé du Consortium Centre Jules-Léger depuis près de 30 ans, cet ancien éducateur en psychoéducation supervise aujourd’hui une équipe d’une vingtaine d’éducateurs qui accompagnent les élèves du matin jusqu’à la nuit.
À travers le logement éducatif, le Consortium travaille aussi le développement des habiletés sociales et socioémotionnelles grâce à un encadrement continu, offert 24 heures sur 24.
Logement éducatif, un rôle qui va au-delà de l’hébergement
Pour les 54 élèves de l’École d’application, qui présentent des troubles sévères d’apprentissage, le logement est obligatoire. En soirée, les jeunes participent à des activités visant à développer l’estime de soi, la communication, la gestion des émotions, l’autorégulation et les habiletés de la vie quotidienne.
Du côté de l’École provinciale, qui accueille des élèves sourds, aveugles ou sourdaveugles, le logement n’est pas obligatoire, mais fortement recommandé. Il permet notamment aux jeunes d’évoluer dans un environnement où ils peuvent communiquer avec leurs pairs, développer leur autonomie et renforcer leurs habiletés sociales.
« L’élève qui arrive en août n’est souvent plus le même lorsqu’il repart en juin », résume Martin Grenier, responsable du programme.
Chaque élève bénéficie d’un plan de cheminement individualisé qui fixe des objectifs précis en matière d’autonomie, d’organisation, de communication ou de gestion des émotions. Une vingtaine d’éducateurs, appuyés par des coordonnateurs et une équipe de nuit, assurent un accompagnement continu tout au long de la semaine.
« Amélie était un enfant très gêné, qui ne prenait pas beaucoup de place. Une des choses qu’on voulait travailler avec elle, c’était justement l’affirmation de soi », raconte son père.
Avant le CCJL, l’adolescente a fréquenté plusieurs écoles et programmes spécialisés. « C’était beaucoup de déplacements et beaucoup de changements d’école », continue-t-il.
« Comme parents, on se demandait quel impact tous ces changements allaient avoir sur ses amitiés et son développement social. Mais on voyait aussi les bienfaits des services qu’elle recevait. »
« Ma bouche fonctionne mal »
Le trouble développemental du langage (TDL) d’Amélie demeure peu visible au premier regard. « Les gens parlent trop vite. J’ai besoin de plus d’aide que d’autres personnes, surtout pour la lecture, l’écriture et les mathématiques », résume-t-elle.
L’adolescente éprouve aussi des difficultés à structurer ses idées et à verbaliser clairement certaines pensées. « Quand elle était jeune, on communiquait beaucoup avec les signes. Elle a parlé beaucoup plus tard », se remémore son père.
Petite, lorsqu’elle vivait des frustrations, Amélie répétait souvent : « Ma bouche fonctionne mal. »
Pour Pierre Ouellet, les troubles du langage demeurent encore mal compris comparativement à d’autres réalités davantage connues du grand public.
« Ce sont des élèves qui ne dérangent pas nécessairement en classe, mais qui peuvent décrocher sans qu’on le remarque. »
Au CCJL, l’adolescente dit avoir progressivement gagné en confiance grâce aux petites classes, à l’encadrement spécialisé et aux activités offertes en soirée. « J’aimais beaucoup les soirées karaoké. J’étais nerveuse, mais je chantais quand même devant les autres. »
Ces activités lui ont aussi permis de découvrir de nouveaux intérêts : danse, poterie, vitrail, conditionnement physique, photo, vidéo, couture, dessin au pastel, etc. Une amie lui a fait découvrir Michael Jackson et les Jackson 5.
Troubles d’apprentissage, cet handicap invisible
Les troubles d’apprentissage représentent le diagnostic le plus fréquent parmi les élèves identifiés par les comités d’identification, de placement et de révision (CIPR) des conseils scolaires francophones de l’Ontario.
À l’École d’application du Consortium Centre Jules-Léger, tous les élèves présentent un trouble d’apprentissage sévère diagnostiqué par un psychologue ou un neuropsychologue. Source de découragement dans le système scolaire régulier, ces difficultés peuvent toucher la lecture, l’écriture, la communication orale ou les mathématiques.
Selon les experts, les élèves qui arrivent à l’École d’application ont des capacités intellectuelles dans la moyenne voire supérieures. Le problème, c’est l’écart entre leur potentiel et leur rendement scolaire. « Un trouble d’apprentissage, c’est invisible. On leur donne les outils pour comprendre leurs défis, les expliquer et réussir malgré ceux-ci », explique la directrice de l’École d’application, Élisabeth Taschereau.
Selon elle, l’un des plus grands changements observés, concerne l’estime de soi. Après un ou deux ans au CCJL, les élèves repartent avec une meilleure compréhension de leurs besoins et la confiance nécessaire pour les exprimer.
Depuis, Amélie chante leurs chansons, suit des cours de chant et s’intéresse davantage à la musique et aux spectacles. « Le Consortium valorise beaucoup les réussites des jeunes. Ça bâtit la confiance », estime son père.
Le CCJL lui a aussi appris plusieurs gestes du quotidien qui peuvent sembler simples pour d’autres adolescents : organiser ses tâches, structurer une routine ou accomplir certaines séquences étape par étape.
« Au début, juste prendre sa douche demandait une liste d’étapes. Maintenant, ça va beaucoup mieux », illustre son père.
Les intervenants ont en outre rapidement remarqué son empathie naturelle envers les autres élèves. « Quand elle était plus jeune, on lui donnait souvent des responsabilités auprès des plus petits. Elle était fiable, responsable et elle aimait beaucoup aider les autres », raconte Pierre Ouellet.
« Quand quelqu’un est rejeté ou seul, Amélie va naturellement vers cette personne. Elle veut la rassurer, partager son expérience. »
Selon lui, le fait d’avoir elle-même vécu des difficultés a rendu sa fille particulièrement sensible aux autres jeunes marginalisés ou vivant des défis similaires.
Aujourd’hui, l’adolescente poursuit son parcours au secondaire régulier. Elle rêve de travailler un jour auprès des enfants, possiblement comme éducatrice.
Au bout du corridor : l’autonomie
Alexandre Gaida a officiellement terminé son parcours au CCJL en juin. Visage souriant, poignée de main affirmée, Alex, comme l’appellent ses camarades, est devenu une sorte d’ambassadeur de l’école, toujours prêt à faire connaître le Consortium, à défendre davantage de ressources ou à promouvoir les services offerts aux jeunes en situation de handicap.
En 2021, Alexandre faisait partie de la toute première classe dédiée aux élèves aveugles de l’École provinciale du Consortium Centre Jules-Léger. « Sans ce projet, Alex aurait quitté Ottawa pour étudier en anglais à Toronto », raconte son père, Christopher Gaida
Anglophone, ce dernier tenait néanmoins à ce que ses enfants grandissent dans les deux langues.
« Ma femme est francophone. Quand nos enfants étaient jeunes, on trouvait important qu’ils puissent conserver à la fois le français et l’anglais. On savait aussi que, culturellement, ils auraient beaucoup plus de chances de rester solides dans les deux langues s’ils poursuivaient leur scolarité en français. »
« Il voit qu’une personne entre dans une pièce, mais il ne sait pas qui c’est »
Atteint d’une maladie héréditaire dégénérative, Alexandre a progressivement perdu la vue. Un premier œil a cessé de fonctionner vers l’âge de 10 ans. Puis l’autre, quelques années plus tard.
Aujourd’hui, il ne distingue plus qu’environ 10 % de son champ visuel. Lire un livre? Impossible. Même avec des outils adaptés, Alexandre ne perçoit souvent que des formes, insuffisantes pour suivre de manière autonome un parcours scolaire dans une école ordinaire.
« Il voit qu’une personne entre dans une pièce, mais il ne sait pas qui c’est », résume son père.
Avant d’intégrer le CCJL, la famille cherchait désespérément une école capable de répondre à ses besoins.
« On ne savait pas du tout comment les choses allaient évoluer. Il y avait beaucoup de confusion. Il a même commencé l’année scolaire en retard parce qu’on ne trouvait pas d’école qui pouvait l’accepter », raconte Christopher Gaida.
Pour Alexandre, la perte progressive de la vue a aussi provoqué un profond bouleversement psychologique.
« C’est un grand deuil, un grand traumatisme. Tout d’un coup, il fallait réapprendre énormément de choses : lire, écrire, se déplacer, naviguer dans le monde. »
Il se rappelle aussi du sentiment d’isolement qu’il ressentait avant son arrivée au CCJL. « Je me sentais différent de mes pairs. La plupart des gens autour de moi ne vivaient pas la même chose que moi. »
Son intégration au CCJL a graduellement changé cette perception. « J’ai rencontré des gens qui m’acceptaient pour qui je suis. Des gens qui vivent aussi avec un handicap. Je me suis senti appartenir à une communauté. »
Pour la première fois, Alexandre côtoyait des jeunes partageant des réalités semblables à la sienne.
Un sentiment de liberté
Le Consortium lui fournit des outils technologiques adaptés, comme un lecteur d’écran, des livres spécialisés et des logiciels lui permettant de poursuivre ses apprentissages de façon autonome.
Peu à peu, Alexandre développe aussi son autonomie dans la vie quotidienne.
D’abord autour de l’établissement, puis dans le quartier, avant d’apprendre à utiliser seul le transport en commun à Ottawa. « Ça me donne un sentiment de liberté énorme. »
À 18 ans, cette autonomie représente beaucoup pour lui. Curieux, sociable et toujours à la recherche de nouvelles expériences, Alexandre s’implique rapidement dans la vie étudiante.
Il siège pendant plusieurs années au conseil d’administration du CCJL, participe à différents comités et devient membre de la FESFO, où il défend notamment les droits des personnes en situation de handicap.
Passionné de littérature francophone et anglophone, de musique, de hockey et de curling, Alexandre découvre aussi une autre façon de parler du handicap : l’humour.
Grâce au concours LOL, organisé avec des humoristes professionnels, il monte pour la première fois sur scène devant un public.
« Mon texte parlait de ma vie quotidienne comme adolescent aveugle. C’était vulnérable, mais ça m’a donné beaucoup de confiance. » Pour lui, rire du handicap permet aussi de briser certains malaises.
Le jeune homme évoque surtout le regard des autres : « Souvent, les gens prennent pour acquis qu’on n’est pas capables de faire certaines choses. »
Il comprend les bonnes intentions, mais estime que certaines formes d’aide imposée peuvent devenir étouffantes. « Quand quelqu’un décide automatiquement que tu as besoin d’aide sans te demander, ça peut enlever de l’autonomie et de la confiance. »
Selon lui, le manque de sensibilisation demeure l’un des principaux défis.
« Les gens nous parlent parfois comme si on était différents ou étrangers. Pourtant, on veut juste être traités normalement. »
Alexandre croit toutefois que les choses évoluent. Désormais, il voit son avenir beaucoup plus clairement qu’au moment où il a perdu la vue. « Quand j’étais plus jeune, je ne savais pas à quoi mon futur allait ressembler. Maintenant, je me sens bien préparé pour mes études postsecondaires et pour la suite. »
À l’automne, il entamera des études en marketing au collège et rêve éventuellement de travailler en ressources humaines.
Quand il repense aux cinq dernières années, il parle surtout des outils et des stratégies qu’il emportera avec lui. « Toutes les habiletés que j’ai acquises ici vont me suivre toute ma vie. »
Le CCJL est considéré comme le 13e conseil scolaire francophone de l’Ontario.
Pourtant, il ne bénéficie toujours pas d’une formule de financement adaptée à sa réalité unique.
Les effectifs ont augmenté d’environ 50 % en cinq ans. Une croissance qui entraîne des besoins accrus en services et en ressources spécialisées
Comme plusieurs établissements francophones, le Consortium fait face à une pénurie de personnel qualifié. Des partenariats ont été conclus avec l’Université d’Ottawa et l’Université de l’Ontario français pour former la relève.
Depuis le transfert sous gouvernance franco-ontarienne, le CCJL a revu l’ensemble de ses programmes. Cette autonomie a notamment permis la création d’un programme spécialisé en cécité et basse vision.
Le CCJL souhaite compléter son autonomie en devenant propriétaire de ses locaux. Un dossier sur lequel l’établissement travaille depuis maintenant cinq ans.
« Ici, on change des vies! »
« Ici, on change des vies! » Le slogan du Consortium Centre Jules-Léger prend tout son sens à travers les parcours d’Alex, d’Amélie et de Romain.
Comme les quelque 100 élèves accueillis chaque année à l’École provinciale et à l’École d’application, ils incarnent la résilience de jeunes qui, malgré les obstacles, apprennent à communiquer, à gagner en confiance et à prendre leur place dans la société.
Derrière chacune de ces réussites se trouvent des parents, des proches, des enseignants et des équipes multidisciplinaires qui, jour après jour, accompagnent les élèves bien au-delà des apprentissages scolaires. « Notre rôle, c’est de permettre aux élèves d’être assez autonomes pour vivre en société et développer leur plein potentiel », résume Jean-François Boulanger, directeur de l’éducation du CCJL.
« C’est une histoire à succès, et je le dis en toute humilité, parce qu’il y a une équipe qui travaille fort pour s’en assurer. »
Cinq ans après son transfert sous la gouvernance franco-ontarienne – un changement historique largement éclipsé par la pandémie – le CCJL poursuit sa mission unique.
L’autonomie acquise au cours de cette transition constitue aujourd’hui un levier que le 13e conseil scolaire francophone de l’Ontario, entend continuer de renforcer afin d’offrir à ses élèves les meilleures conditions possibles pour développer leur plein potentiel.
Créé en 1827 par le colonel John By, le Marché By réclame sa désignation comme lieu historique national. L’objectif? Obtenir une reconnaissance officielle auprès de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada pour transformer ce cœur de la ville en un véritable musée à ciel ouvert.
Nicolas Guertin est porte-parole pour le Service paramédic d’Ottawa et agit à titre de voix officielle pour informer la population sur la réponse médicale d’urgence et la prévention lors des événements climatiques extrêmes dans la capitale fédérale.
LE CONTEXTE :
Après une fête du Canada marquée par les intempéries et une annulation des festivités, la ville d’Ottawa entre de plain-pied dans une vague de chaleur accablante.
L’ENJEU :
L’augmentation des appels au 911 force les autorités médicales à intensifier la prévention. Au-delà des conseils d’usage, les ambulanciers misent sur l’entraide communautaire et la vigilance face aux erreurs d’hydratation fréquentes pour éviter les hospitalisations critiques.
« Vos services ou les urgences de la région constatent-ils déjà une hausse des signalements ou des malaises liés à la chaleur sur le terrain?
Oui, on commence à recevoir des appels reliés à la chaleur. Aujourd’hui, notamment, on a eu environ une quinzaine d’appels. Il y a eu quelques transports vers l’hôpital, mais heureusement, rien de critique pour l’instant.
Quels sont les services ou les lieux physiques, comme les centres de rafraîchissement, mis en place à Ottawa pour les citoyens qui n’ont pas l’air climatisé?
Pour n’importe qui qui n’aurait pas d’air climatisé ou qui serait pris dehors, c’est important de visiter le site Ottawa.ca qui contient une liste complète de tous les lieux d’accueil. Mais le message vraiment important qu’on essaie de partager aux citoyens, c’est de vérifier auprès de votre famille et de vos amis.
Si vous connaissez des proches qui n’ont pas la climatisation, appelez-les, invitez-les chez vous si vous le pouvez. L’entraide, ce qu’on appelle un buddy system, c’est très important dans des situations de grande chaleur comme on vit en ce moment.
À quel moment un simple inconfort lié à la chaleur devient-il une urgence médicale majeure qui doit nous inciter à composer le 911?
L’un des symptômes les plus importants, c’est la perte de connaissance ou un niveau de conscience altéré. Quelqu’un qui ne répond plus normalement ou qui a de la misère à rester réveillé à cause d’une exposition soutenue à la chaleur, ça devient une urgence médicale importante. C’est crucial d’appeler le 911 pour que nos agents de communication puissent envoyer la bonne ressource paramédicale le plus rapidement possible.
On répète souvent de boire de l’eau, mais quelle est l’erreur classique que les gens commettent encore trop souvent chez eux lors d’une canicule?
Une des erreurs fréquentes, c’est le manque d’hydratation en eau pure et le fait de remplacer cette hydratation par de l’alcool ou des boissons caféinées. Ces boissons vont, en fait, avoir un effet contraire et accélérer la déshydratation. Il faut impérativement éviter l’alcool et le café, et consommer beaucoup d’eau.
Certaines personnes sont plus à risque, comme les aînés. Quels sont les risques réels pour les jeunes adultes en bonne santé qui sous-estimeraient cette canicule?
Les coups de chaleur et la déshydratation, personne n’est à l’abri de ça. Il ne faut pas sous-estimer l’effet de la chaleur ou du manque d’eau sur notre corps, peu importe notre âge. N’importe qui peut être touché par un événement de chaleur intense. C’est pourquoi tout le monde doit suivre les conseils et s’entraider pour diminuer les appels au 911 associés aux grandes chaleurs par des petits gestes.
C’est actuellement la saison des festivals à Ottawa. Quels sont vos conseils pour ceux qui prévoient de passer de longues journées dehors?
C’est juste de prendre nos précautions pour apprécier la saison des festivals sans problème : s’hydrater adéquatement, se couvrir la tête d’un chapeau, mettre de la crème solaire et, surtout, diminuer notre exposition à la chaleur soutenue en prenant des pauses à l’ombre ou à l’air climatisé. Les petites choses peuvent faire de grandes différences pour profiter de l’été de façon sécuritaire. »
Qui présidera aux destinées de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)? Une audition ministérielle inédite a mis en lumière mardi les intentions des quatre candidats en lice pour le poste de secrétaire général. Décryptage d’une lutte de pouvoir qui connaîtra son épilogue lors du 20e Sommet de la Francophonie en novembre prochain.
Candidate à sa propre succession, la secrétaire générale sortante de la Francophonie Louise Mushikiwabo a défendu son bilan au cours d’une Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) extraordinaire, notamment ses réformes qui ont abouti à un resserrement budgétaire et à un recentrage des missions coopération de l’OIF, réduites à une vingtaine depuis sa prise de fonction en 2019.
« C’était pour plus d’impact et de concret », a argumenté celle qui, si elle était reconduite pour un troisième mandat de quatre ans, voudrait « aller encore plus loin, faire de la francophonie un espace plus influent, plus solidaire, mieux gouverné et aligné sur les défis de son époque ».
Sous sa gouvernance, l’OIF s’est enrichie de trois nouvelles représentations décentralisées (Beyrouth, Tunis et Québec) et sept nouveaux membres (dont la Nouvelle-Écosse) en même temps que trois pays du Sahel quittaient le navire (Burkina Faso, Mali et Niger). « La porte leur reste grande ouverte », a-t-elle insisté, pointant de multiples perturbations succeptibles de fragiliser à tout moment la confiance envers l’institution : crises climatiques, sanitaires, érosion de la démocratie, désinformation, droits humains…
La route vers un troisième mandat est cependant plus complexe pour la sortante qu’il y a quatre ans quand elle était seule à convoiter le siège de secrétaire général. Si elle y parvenait, elle égaliserait le nombre de mandats du tout premier patron de l’organisation, le Sénégalais Abdou Diouf.
Louise Mushikiwabo (Rwanda), Juliana Amato Lumumba (RDC), Dacian Cioloș (Roumanie) et Coumba Bâ (Mauritanie), auditionnés à Paris, lors d’une CMF. Photos : captures YouTube OIF
Face à l’ancienne ministre rwandaise de la Défense, se présente Juliana Amato Lumumba (RDC), fille du premier premier ministre de la République démocratique du Congo (RDC), le tout dans un contexte de tensions géopolitiques et militaires entre leurs deux pays dans la région africaine des Grands Lacs.
Devant les ministres des Affaires étrangères des États et gouvernements membres de plein droit, Mme Lumumba a plaidé mardi pour « une francophonie tournée vers les peuples, qui a un impact sur la vie quotidienne à l’école, dans l’emploi, dans la mobilité, l’accès au numérique, la culture, la paix et la participation citoyenne », exigeant opportunités et résultats.
« La Francophonie doit renforcer son influence internationale et assumer pleinement son rôle politique », a-t-elle par ailleurs martelé, là où les secrétaires généraux successifs ont souvent opté pour la prudence en la matière. L’ex-ministre congolaise de la Culture et des Arts a eu toutefois, au moment de la période des questions, des difficultés à répondre aux ministres et ambassadeurs de la CMF, indiquant ne pas comprendre et les faisant répéter à plusieurs reprises.
Alors qu’on se dirigeait tout droit vers un duel Mushikiwabo-Lumumba il y a encore quelques mois, deux autres candidats déclarés plus récemment étaient également audiotonnés : la Mauritanienne Coumba Bâ et le Roumain Dacian Ciolos.
La première milite pour une francophonie plus active dans la prévention des conflits, la défense des valeurs de l’OIF et la lutte contre la désinformation. Le second souhaite élever la francophonie économique au rang de priorité numéro un.
« Si les jeunes n’apprennent à coder qu’en anglais, si les contenus qu’ils consultent sont dans d’autres langues, si les modèles d’intelligence artificielle qui façonnent l’accès aux savoirs sont alimentés sans données francophones suffisantes, alors la francophonie dans le monde sera sérieusement compromise », a en outre illustré Mme Bâ, inscrivant la jeunesse, l’employabilité, le numérique et la découvrabilité au coeur de sa candidature.
De son côté, M. Ciolos, seul à intervenir sans lire ses notes, était certainement celui qui dégageait le plus d’assurance dans ce grand oral, mais aussi celui qui craignait le plus pour sa légitimité alors que la Francophonie repose largement sur la démographie de l’Afrique.
L’ancien premier ministre de Roumanie a d’ailleurs abordé la question sans qu’on la lui pose, affirmant que, s’il était nommé, son futur administrateur serait de facto issu d’un pays africain et qu’il consacrerait sa première année à une tournée sur le continent. Le poste le plus important après celui de secrétaire général, soit l’administrateur, a souvent par le passé été accordé à un candidat canadien.
Cet économiste de formation revendique un « multilatéralisme éclairé », conscient de ses périls et de ses forces. Il a affirmé vouloir faire de la coopération économique et des jeunes une priorité. « L’avenir dépend du choix des jeunes de choisir le français. Ils le choisissent si cela leur apporte quelque chose de positif. Ce doit être une langue d’opportunités. »
Et d’appeler de ses voeux une OIF plus présente au niveau régional, « plus proche des projets là où ils sont financés. »
Départager les programmes de ses quatre prétendants reste néanmoins ardu. Tous ont évoqué la place de la jeunesse, le potentiel des petites et moyennes entreprises, la stabilité, la sécurité, le soutien aux pays les plus vulnérables ou encore les enjeux liés à l’intelligence artificielle. Tous ont également évoqué l’impératif d’accroître et de diversifier les sources de financement de l’OIF pour lui donner la pleine capacité d’agir.
Le choix final reviendra aux chefs d’État et de gouvernement de l’OIF lors du 20e Sommet de la Francophonie en novembre prochain, au Cambodge.
Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici
Dans la trentaine, Nicholas Filion s’est arrêté pour faire le point. Pris dans le tourbillon classique de la vie adulte — le mariage, la maison, l’arrivée d’un enfant —, il a réalisé qu’à force de suivre la routine, il s’était un peu perdu en chemin et avait délaissé ses passions. Après une séparation, le besoin de prendre un nouveau départ et de se retrouver est devenu une évidence.
Pour Nicolas, ce renouveau est passé par un retour aux sources. Originaire de l’Est ontarien, il ressentait le désir de se reconnecter à cette communauté franco-ontarienne qu’il avait un peu mis de côté depuis le secondaire. C’est de cette quête de sens et de partage qu’est née la SLICE, la ligue d’improvisation de Hammond. En lançant ce projet, il a non seulement retrouvé son étincelle, mais il a aussi offert un lieu de rassemblement aux francophones de la région.
Dans cet échange rafraîchissant et très authentique, on jase de paternité, de reconstruction, de quête identitaire et de l’importance de s’accorder du temps pour vibrer à nouveau.
La région d’Ottawa a officiellement été confirmée comme ville hôte pour accueillir le Sommet de la Francophonie en 2028, a affirmé le premier ministre Mark Carney.
Le premier ministre en a fait l’annonce ce mercredi, dans son discours dans le cadre des festivités de la Fête du Canada, signalant que « nous avons décidé d’amener le monde au Canada pour célébrer la vitalité, la richesse et la résilience de la langue française dans ce pays et partout dans le monde. »
« Oui, le Canada accueillera le Sommet de la Francophonie en 2028, ici même, dans la région de la capitale nationale. Que la fête commence », a-t-il affirmé devant une foule rassemblée aux plaines LeBreton à Ottawa.
Le bureau du premier ministre a indiqué à ONFR qu’Ottawa était la dernière candidature en lice, obtenant ainsi automatiquement le Sommet dans deux ans.
Le Conseil permanent de la Francophonie, qui réunit les représentants personnels des Chefs d’État et de gouvernement, a fait une recommandation ce mercredi en ce sens, qui devra être ensuite entérinée lors du Sommet du Cambodge, conformément aux procédures de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il s’agit toutefois d’une formalité.
Dans le même esprit, les États et gouvernements membres ont également répondu favorablement à la demande du Bénin d’accueillir la Conférence ministérielle de la Francophonie en 2027.
« Le Sommet de la Francophonie permettra au Canada d’approfondir les échanges commerciaux et culturels au sein d’un réseau de pays francophones », avait alors dit le premier ministre.
Membre fondateur de l’OIF, le Canada est aussi son deuxième bailleur de fonds. Il siège aux côtés des provinces du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l’Ontario. Le prochain sommet biennal est prévu en novembre à Siem Reap, au Cambodge.
Avant l’édition de 2028 prévue à Ottawa, le Canada a été l’hôte de ce rassemblement des dirigeants de la Francophonie à trois reprises : à Québec en 2008, à Moncton en 1999, ainsi qu’une première fois à Québec en 1987.
Lors de son allocution de mercredi, Mark Carney a également annoncé l’adhésion du Canada à l’Eurovision. Ce célèbre concours européen de la chanson, tenu annuellement, est sous l’égide de l’Union européenne de radio-télévision.
TORONTO – La qualification mardi de la France en huitièmes de finale de la Coupe du monde de soccer, au détriment de la Suède, a ravi les partisans tricolores en Ontario qui s’étaient donné rendez-vous dans le centre-ville.
Mardi, 17h45, centre-ville torontois. « Qu’est-ce qui se passe? On peut entrer? » interroge, interloqué, un habitué des lieux, vêtu du chandail des Blue Jays, dans la file d’entrée du pub The Pint Public House, sur la rue Front Ouest.
« Ce sont les Français. Ils occupent tout l’étage », répond, affable, une serveuse du bar que surplombe l’imposante enceinte circulaire du Centre Rogers, dans ce quartier général bien connu des amateurs de sports à Toronto.
Ce soir, ni baseball ni basket ni hockey. Le ballon rond bouscule les traditions nord-américaines, Coupe du Monde oblige.
Le client quitte les lieux, bredouille, quand soudain des cris retentissent au fond de la brasserie. La France vient d’inscrire un premier but contre la Suède, après une succession de tentatives vaines au cours de la première période de jeu. En haut des escaliers ornés de drapeaux bleu-blanc-rouge, une ola démarre aussitôt pour tourner en boucle autour du bar du premier niveau.
Un partisan porte un maillot floqué au nom de Zizou, le surnom de Zinedine Zidane, vainqueur embématique du Mondial de 1998. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
On s’accroche aux symboles dans le pub The Pint Public House. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Les matchs de la France sont prétexte à se rassembler. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Les 45 premières minutes de jeu sans but ont donné lieu à des sueurs froides. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Suspense, frayeurs et joie sur les visages. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Un but, puis deux, puis trois. Libération. L’aventure en bleu peut continuer. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Serge Paul, ancien président de l’ACFO Toronto, savoure le score. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Durant 90 minutes, les participants français de Toronto ont ainsi hurlé, chanté souvent, prié parfois. Buteurs du jour, Kylian Mbappé, auteur d’un doublé, et son compère Bradley Barcola les ont-ils entendus depuis la pelouse du Stade de New York, à 700 kilomètres de là?
Et un, et deux, et trois-zéro! Comme en finale du Mondiale de 1998 face au Brésil, les Bleus ont récidivé avec un score au parfum de nostalgie. Comme la célèbre statue qui veille sur l’entrée du port de la mégapole new yorkaise, le clan franco-torontois semblait « libéré » à l’issue de ce choc européen.
« On aurait pu en mettre un ou deux buts de plus, réagit, gourmand, Corentin Divais. Ce Franco-Torontois qui ne rate pas un match de son équipe aurait aimé voir l’ailier international du Bayern Munich, Michael Olise, évoluer plus à gauche et le Ballon d’or parisien, Ousmane Dembélé, en numéro 10. Mais il n’a pas boudé la composition concoctée par le sélectionneur Didier Deschamps et rafraichie en fin de match par l’entrée de Désiré Doué.
Corentin Divais ne rate pas un match de son équipe. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Il est vrai que l’équipe de France est passée très près d’ouvrir le score à moult reprises sans trouver la faille scandinave au cours 45 premières minutes. Pas de quoi affoler sa voisine de table, Manon Guillet, qui a fait le trajet depuis Hamilton. « La première période était un peu stressante, avoue cette fervente supportricedes doubles champions du monde, mais au fur et à mesure que le jeu s’est installé, j’ai eu la sensation que ça allait dans le bon sens ».
Autour d’elle, les drapeaux continuent d’être agités, comme pour prolonger le plaisir. Les visages maquillés aux couleurs de l’Hexagone se décrispent aussi, scrutant sur de multiples écrans les plus belles occasions au ralenti.
« Les Suédois n’étaient pas faciles à jouer », convient Jade Pineau, soulagée de voir les Bleus triompher là où d’autres favoris comme l’Allemagne ont connu une fin brutale. Et de poursuivre : « Je suis contente pour Kylian Mbappé parce qu’il a énormément été critiqué en club, mais il répond présent en équipe nationale. »
Jade Pineau soulagée par un score sans appel. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Étienne Marty, pour sa part, salue « un très bon match du début à la fin », tout en affichant une certaine sérénité pour la suite de la compétition. « Je suis très optimiste, car on a de bons joueurs du terrain jusqu’au banc. On peut aller jusqu’au bout », est persuadé celui qui pratique le soccer depuis 2006.
Il faudra samedi prochain en passer par les huitièmes de finale, contre le Paraguay, surprenant tombeur de l’Allemagne. Olivier Debregeas, organisateur des rassemblements tricolores, donne rendez-vous au bistrot français Ricarda’s pour suivre cette rencontre et, une fois encore, montrer que les francophones sont, certes éparpillés dans la Ville Reine, mais, quand vient le soccer, tous convergent vers la même passion.
« C’est un sport populaire qui rassemble à Toronto quel que soit le pays francophone, clame-t-il. Hier, j’étais avec les Marocains pour célébrer leur victoire sur les Pays-Bas : le maillot est différent mais la culture du ballon est la même. On crée tellement d’amitiés grâce au sport, grâce à la langue, c’est incroyable ce qui se passe. »
Étienne Marty, impatient de voir France-Paraguay en huitièmes de finale. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Devant le succès d’un premier match amical entre supporters français et sénégalais à la veille du Mondial, l’organisateur a élargi la formule ce mercredi, en lançant une mini Coupe du monde des nations francophones opposant la France, le Maroc, le Sénégal et le Canada. Un événement appuyé par la Fédération tricolore de Toronto, Canoraa et le Toronto PSG Fan Club.
TORONTO – Une toute première édition de la nouvelle Académie du grand débat littéraire a été lancée ce mercredi par le Salon du livre de Toronto, où quatre clubs de lecture se sont affrontés autour de Jacaranda, l’œuvre de Gaël Faye, dernier lauréat en date du Choix Goncourt Canada. Cette édition inaugurale se présente comme le début d’un véritable programme de formation au débat littéraire.
La diversité des clubs de lecture participants, tous réunis autour de la même passion, a constitué la richesse de cette première rencontre. Ils étaient au nombre de quatre à relever le défi : le club du Centre Accueil Héritage, le club de l’Université de l’Ontario français, celui du Empowered Readers Circle ainsi que le club Mousson et Macaron. Les uns et les autres se sont mesurés autour de l’œuvre de Gaël Faye Jacaranda, parue il y a deux ans aux éditions Grasset.
« Le débat a été excellent. Nous avons beaucoup aimé écouter les points de vue des autres participants. C’était une très belle expérience », témoigne Manu Ramesh, membre du club de lecture Mousson et Macaron. Ce dernier explique que le livre choisi illustre des problématiques communes à de nombreux pays : « Le Rwanda, ce n’est pas le seul pays où l’on voit des choses pareilles. »
Eunice Boué est la directrice générale du Salon du livre de Toronto depuis deux ans. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
Le club de lecture « Mousson et Macaron ». Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
Pour la directrice du Salon du livre de Toronto, Eunice Boué, il fallait trouver un livre capable de rassembler tout le monde. Elle a ainsi choisi le deuxième roman du franco-rwandais Gaël Faye dans lequel il raconte les conséquences du génocide rwandais sur les générations suivantes, mais surtout la manière dont les sociétés tentent de se reconstruire après leurs tragédies. « C’est beau de voir que différents clubs de lecture, aux parcours variés, peuvent se réunir autour de ce livre », mesure-t-elle.
L’idée de créer cette Académie était en réflexion depuis déjà un certain temps, car « un livre se lit seul, mais lorsqu’on en débat ensemble, cela apporte quelque chose de particulier et ça ouvre la porte au jeu », juge Mme Boué.
La désignation d’Académie relève d’une certaine ambition d’amener ces clubs à développer des compétences complémentaires, comme la prise de parole en public, l’éloquence, ainsi que la maîtrise du débat.
Les clubs de lecture de l’Université de l’Ontario français et du Centre Accueil Héritage se sont retrouvés face à face lors de la compétition. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
Le roman acclamé de Gaël Faye, Jacaranda, a reçu le Choix Goncourt Canada 2025. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe.
Les clubs de lecture participent à des jeux de devinette. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
Les prochains clubs de lecture pourront s’inscrire dès le mois de janvier prochain, puis suivre un programme d’accompagnement et de mentorat autour de la prise de parole en public et des arts oratoires. Au total, 12 candidatures ont été reçues cette année.
Pour cette première édition, le club de lecture de l’Université de l’Ontario français (UOF) s’est vu décerner le premier prix.
Positionner Toronto comme un carrefour majeur de la littérature francophone ressort également des ambitions des organismes participants. « On veut aussi, par ce projet, montrer que Toronto peut être le rendez-vous de la littérature francophone pancanadienne », affirme Mme Boué.
Le jury de cette première édition. De gauche à droite : Sylvain Cornevaux (Institut français du Canada), Suzanne Kemenang (Éditions Terre d’Accueil), Marie-Élaine Lebel (Campus Glendon, YorkU), Francesca Merentié (Radio-Canada) et Valery Vlad (Salon du livre de Toronto). Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
Les membres du jury composé de maisons d’éditions ou encore de l’Institut français du Canada étaient présents pour valoriser ces clubs de lecture et soutenir leur engagement en faveur de la littérature francophone.
« C’est une forme de pérennisation du Choix Goncourt au sein des communautés », conclut la directrice.
TORONTO – Plusieurs lois et règlements entrent en vigueur en Ontario, ce mercredi 1er juillet, parmi lesquels de nouvelles restrictions visant la Loi sur l’accès à l’information, un serrage de vis contre l’usage de drogues dans les transports et la conduite avec facultés affaiblies, ou encore l’interdiction de changer de nom pour les délinquants sexuels.
Or, comme l’avait annoncé en mars dernier, Doug Ford, le gouvernement de l’Ontario a décidé d’exempter les bureaux des ministres et du premier ministre de cette loi, qui permettait, jusqu’à présent aux membres du public et aux journalistes de demander des documents, des communications et informations gouvernementales.
Des modifications ont également été apportées à la Loi sur l’accès à l’information municipale et la protection de la vie privée, là aussi pour« moderniser les règles ontariennes en matière d’accès à l’information et de protection de la vie privée ».
Selon le gouvernement, il s’agit de supprimer les exigences désuètes relatives aux fichiers de renseignements personnels, et de protéger certains documents qui posent un risque de cybersécurité.
Pour l’opposition à Queen’s Park et la commissaire à l’information, Patricia Kosseim, ce changement constitue plutôt un recul historique de la transparence gouvernementale.
Les délais de réponse aux demandes d’accès à l’information passeront de 30 jours civils à 45 jours ouvrables.
Pénaliser davantage les facultés affaiblies au volant et les drogues dans les transports en commun
L’Ontario modifie le Code de la route pour obliger toute personne reconnue coupable de conduite avec facultés affaiblies à installer un dispositif de démarrage avec éthylomètre pendant une période déterminée exigée par la loi. Les conducteurs seront également assujettis à une nouvelle condition de tolérance zéro de six mois, leur interdisant de conduire s’ils ont consommé de l’alcool ou des drogues présentes dans leur système, même en quantité infime.
Un nouveau règlement en vertu de la Loi de 2005 visant à restreindre la consommation en public de substances illégales, permettra d’étendre « les pouvoirs policiers » à certains constables spéciaux des transports en commun employés par Metrolinx dans les régions du Grand Toronto et de Hamilton, par la Commission de transport de Toronto et par OC Transpo à Ottawa et Gatineau.
Ceux-ci pourront désormais expulser et arrêter les personnes utilisant des substances illégales dans les transports en commun et les aires de transport en commun et leur dresser des contraventions provinciales.
Plus de sanctions pour les véhicules commerciaux
Le gouvernement augmente la surveillance des conducteurs de véhicules commerciaux (camions, autobus, etc.) via des modifications législatives en vertu du Code de la route.
Dorénavant, le gouvernement pourra ajouter des conditions de sécurité sur le permis d’une entreprise de transport (le certificat d’IUVU) à n’importe quel moment, plutôt que d’attendre le renouvellement ou l’émission du document. Cette modification législative permettra de sévir plus rapidement contre les comportements à risque sur les routes ontariennes.
Le ministère des Transports espère que cette mesure « aidera à régler les problèmes de sécurité et à protéger les personnes et les familles contre la conduite dangereuse ».
L’Ontario modernise l’imposition des amendes pour les camionneurs et les écoles de conduite (en vertu du Code de la route et de la Loi de 2021 sur la sécurité et l’encadrement du remorquage et de l’entreposage de véhicules). Le gouvernement introduit des sanctions administratives qui permettront de punir les manquements aux normes de sécurité sans encombrer les tribunaux. Les entreprises visées pourront ainsi payer leurs pénalités directement en ligne, leur évitant d’avoir à se présenter devant un juge.
Interdiction de changer de nom pour les délinquants sexuels
Afin que les délinquants sexuels enregistrés, ayant une obligation de déclaration en vertu de la Loi Christopher de 2000 sur le registre des délinquants sexuels, ne soient pas autorisés à changer légalement leur nom, dans une tentative d’échapper à la vigilance des autorités, des modifications ont été apportées à la Loi sur le changement de nom.
Adoptée en 2000, la Loi Christopher avait en effet créé le tout premier registre des délinquants sexuels au Canada. Elle porte le nom de Christopher Stephenson, un garçon de 11 ans de Newmarket, en Ontario, enlevé et assassiné en 1988 par un pédophile récidiviste en liberté conditionnelle.
Jusqu’à présent, cette loi obligeait les délinquants à signaler tout changement d’adresse ou d’emploi à la police.
Désormais, toute personne qui effectuera une demande de changement de nom légal devra fournir une vérification certifiée du casier judiciaire dans le cadre de sa demande.
OTTAWA – À 24 ans, Eliezer Adjibi a franchi un cap. Grâce à son chrono de 9,92 secondes réalisé aux Championnats panaméricains, le Franco-Ontarien est devenu le quatrième Canadien le plus rapide de l’histoire sur 100 mètres. Derrière cette performance historique se cache pourtant une progression patiemment construite : une confiance forgée au contact des meilleurs sprinteurs du pays, un parcours atypique commencé tardivement et une fidélité à Ottawa et à son entraîneur Lyndon George qui portent aujourd’hui leurs fruits.
Il n’a pas immédiatement compris ce qui venait de se passer.
Quelques secondes après avoir franchi la ligne d’arrivée du 100 mètres des Championnats panaméricains en Colombie, Eliezer Adjibi cherchait d’abord à reprendre son souffle. Le tableau d’affichage ne faisait pas encore partie de ses préoccupations. C’est un autre sprinteur canadien qui s’est approché de lui pour le féliciter avant de lui annoncer son temps : 9,92 secondes.
« Au début, je n’avais pas vu le chrono. C’est l’autre Canadien qui était avec moi qui me l’a dit. Après, je suis allé le voir, je n’y croyais pas encore. J’étais très surpris, très ému, mais surtout vraiment content », raconte le Franco-Ontarien.
Quelques instants plus tard, il découvre une autre statistique donnant encore plus de relief à sa performance. Avec ce 9,92, il devient le quatrième Canadien le plus rapide de l’histoire sur 100 mètres. Une place que le jeune homme d’Ottawa peine encore à réaliser.
« C’est un honneur. Quand j’ai commencé l’athlétisme, j’admirais ces personnes. Aujourd’hui, je suis à peu près à leur niveau. Mais je ne veux pas faire ce temps qu’une seule fois. Il faut que je sois capable de le refaire régulièrement pour vraiment me sentir au même niveau qu’eux. »
Ce souci de la régularité résume parfaitement son état d’esprit. Pour Adjibi, ce 9,92 n’est pas une ligne d’arrivée. C’est le début d’un nouveau chapitre.
De l’admiration à la compétition
Pendant longtemps, les meilleurs sprinteurs canadiens représentaient un objectif lointain. Andre De Grasse, Aaron Brown et les autres étaient ceux qu’il regardait à la télévision. Aujourd’hui, ils sont devenus ses concurrents directs.
Le déclic ne s’est pas produit en Colombie. Il remonte plutôt à la saison 2024, lorsqu’il réalise pour la première fois un chrono sous les dix secondes… malheureusement avec un vent trop favorable pour être homologué.
« J’ai réalisé qu’on était tous dans la même course. Je me suis dit que je pouvais le faire moi aussi », explique-t-il.
Depuis, son regard a changé.
« Il faut que je commence à penser à eux comme à des compétiteurs. Je veux arriver à un niveau où mes rivaux me respectent et pensent qu’ils risquent de perdre face à moi dans une course. »
Cette confiance nouvelle s’est également construite au sein du relais canadien. Aux côtés des meilleurs sprinteurs du pays, Adjibi a découvert un environnement où la rivalité n’empêche pas le partage. Au sein de l’équipe canadienne, il n’hésite pas à demander conseil à Andre De Grasse.
« Ils me donnent différentes perspectives. Ils me montrent certaines erreurs que je fais, ils me parlent de la respiration, de la sortie des blocs. Ensuite, j’en discute avec mon entraîneur et on essaie d’intégrer ça à l’entraînement. »
Né au Bénin avant de s’établir à Ottawa où il a grandi, Eliezer Adjibi représente aujourd’hui le Canada sur la scène internationale. Photo : gracieuseté
Une progression patiemment construite
Le chrono de 9,92 secondes n’est pas sorti de nulle part. Depuis le début de la saison, son entraîneur Lyndon George avait volontairement choisi de l’envoyer courir en Europe afin de changer ses habitudes.
Nouveaux pays, nouveaux adversaires, nouveaux environnements. Une façon de sortir de sa zone de confort. L’expérience porte rapidement ses fruits. Il signe notamment des chronos de 10,11 puis 10,01 en Angleterre et descend régulièrement autour des 10,1 secondes.
« À chaque compétition, j’étais autour des 10,1. Je savais que courir sous les dix secondes devenait quelque chose de probable », raconte-t-il.
Après les Championnats canadiens, où il espérait décrocher le titre national, il repart frustré après sa troisième place, mais davantage motivé.
« Ça m’a rendu plus combatif. Je voulais vraiment courir plus vite et atteindre un niveau où je pourrais être comparé aux meilleurs Canadiens. »
Une semaine plus tard, en Colombie, toutes les pièces du puzzle s’assemblent : une bonne piste, une finale rapide, un départ réussi. Une course presque parfaite.
Et, enfin, cette barrière des dix secondes officiellement franchie.
Un destin né presque par hasard
Rien ne destinait pourtant Eliezer Adjibi à devenir l’un des hommes les plus rapides de l’histoire du pays. Au secondaire, son sport de cœur est le soccer. L’athlétisme n’est alors qu’une activité scolaire pratiquée avec des amis de l’école secondaire publique Louis-Riel. À l’époque, il dispute surtout les épreuves de saut en hauteur.
« Je n’étais pas le plus rapide. Je faisais surtout ça pour m’amuser », se souvient-il.
Puis survient une importante poussée de croissance entre la fin de sa 10e année et le début de la 11e. En quelques mois seulement, son chrono passe de 12 secondes à environ 11,1. Les victoires commencent à s’accumuler lors des championnats scolaires.
Malgré tout, il continue de privilégier le soccer. Le véritable tournant arrive lorsqu’il obtient une place dans un club d’Ottawa. Son père lui pose alors une simple question :
« Est-ce que ça vaut la peine? »
Cette réflexion suffit à faire basculer son destin. Il choisit finalement de consacrer toute sa 12e année à l’athlétisme. Le résultat est spectaculaire. Son record descend à 10,50.
« C’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre l’athlétisme au sérieux. »
Les blessures, puis la pandémie de COVID-19, ralentissent ensuite sa progression, mais jamais sa conviction.
« J’ai toujours cru que je pouvais courir sous les dix secondes. Même en cas de blessure, même face à des doutes, j’ai continué à croire en moi. Mon entraîneur m’a énormément aidé à rester sur le bon chemin. »
Concentration maximale avant le départ. Quelques secondes plus tard, Eliezer Adjibi réalisait la course de sa vie en signant un 9,92 historique qui l’a propulsé parmi les plus grands sprinteurs canadiens. Photo : gracieuseté d’Eliezer Adjibi
Le pari d’Ottawa
À une époque où de nombreux athlètes choisissent les universités américaines, Adjibi a fait un autre pari, celui de rester à Ottawa. Le choix n’avait rien d’évident. Les infrastructures sont plus limitées et les hivers compliquent la préparation. Mais il refuse de quitter un entraîneur qui connaît parfaitement son corps, particulièrement après plusieurs blessures.
« Mon coach sait ce qui fonctionne avec moi. Je me suis dit que ça ne valait pas la peine de repartir à zéro ailleurs. À la fin, courir, c’est courir. Si tu as un bon entraîneur, tu peux réussir ici aussi. »
Cette fidélité porte aujourd’hui ses fruits. Devenu l’un des meilleurs sprinteurs du pays, il incarne désormais une nouvelle réussite issue de Louis-Riel, une école déjà reconnue pour avoir formé plusieurs athlètes de haut niveau.
Le début d’une nouvelle histoire
Le plus difficile commence maintenant. Après avoir franchi officiellement la barre des dix secondes, le défi consiste désormais à s’y installer. Eliezer Adjibi veut améliorer son départ, continuer à courir avec davantage de relâchement et conserver le plaisir qui l’a accompagné toute la saison.
« J’ai retrouvé la joie avec l’athlétisme. Plus tu prends ce sport trop au sérieux, plus ça devient difficile. Cette année, je voulais simplement retrouver le plaisir, et c’est ce qui m’a amené là où je suis aujourd’hui. »
À court terme, il vise les Ultimate Championships, une première présence régulière sur le circuit de la Ligue de diamant et les Championnats du monde. Plus loin se profile déjà Los Angeles 2028.
Mais avant de penser aux Jeux olympiques, le Franco-Ontarien s’est fixé une mission beaucoup plus simple : transformer ce 9,92 secondes en nouvelle norme. Car pour Eliezer Adjibi, le plus important n’est plus de prouver qu’il peut courir sous les dix secondes, c’est de montrer qu’il appartient désormais durablement au cercle des sprinteurs les plus rapides du Canada.
TIMMINS – Dans le cadre de son projet Culture d’entreprise, la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) lance une initiative de médiation culturelle pour soutenir les nouveaux arrivants francophones à Timmins. Ce programme, né d’un partenariat avec Culture pour tous et le Conseil des ministres sur la francophonie canadienne (CMFC), va déployer des ateliers et outils pour le centre de services de Timminsde la Caisse Alliance.
Le 26 juin dernier, la FCCF a annoncé son initiative de médiation culturelle destinée aux personnes issues de l’immigration francophone dans la ville de Timmins. C’est d’ailleurs son centre de services de la Caisse Alliance qui bénéficiera du programme Culture d’entreprise dont l’objectif est de favoriser l’intégration des nouveaux arrivants francophones dans leurs milieux de travail.
La FCCF avait d’abord sollicité le Collège Boréal pour une collaboration. Mélanie Dufresne, la directrice générale du campus de Timmins, a cependant recommandé la Caisse Alliance, une coopérative de services financiers dans le nord qui régit 26 centres de services. C’est celui de Timmins qui a manifesté son intérêt pour le projet, explique son directeur régional, Marc Rodrigue.
« On sait que le centre de service de Timmins a à cœur le bien-être de ses employés. Quand ils ont pris connaissance du projet Culture d’entreprise, ils ont voulu en faire partie », dit Nancy Juneau, la présidente du FCCF.
« Lors de notre rencontre générale, on a réfléchi à ce qu’on pouvait faire afin d’amplifier ou de mettre en avant la culture des nouveaux arrivants. Le timing était incroyable pour parler d’un projet comme ça », soutient Marc Rodrigue, directeur régional de Caisse Alliance.
Culture d’entreprise, un projet pancanadien à multiples volets
Avec l’aide d’un investissement de 500 000 $ du Conseil des ministres sur la francophonie, le projet se déploiera dans 16 milieux de travail à travers 12 provinces. Le centre de services de Timmins est d’ailleurs le troisième établissement à bénéficier de cette médiation, suivant les traces de la coopérative IGA de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, et de la boulangerie St-Pierre au Manitoba.
« Ce qu’on souhaitait, c’est que le modèle soit reproductible dans plusieurs milieux de travail. Ça fait partie du projet : créer des ressources qui pourront être partagées par la suite dans des milieux de travail qui voudraient développer des projets de médiation culturelle pour leurs employés », explique Mme Juneau.
En plein dans sa première année, Culture d’entreprise est né d’une conférence des ministres de la francophonie à Halifax en août 2024, raconte la présidente de l’établissement : « On y avait présenté des résultats de notre étude sur l’impact économique des arts et de la culture dans la francophonie canadienne. Il y avait également eu une présentation de Culture pour tous, qui est un organisme sans but lucratif du Québec, spécialisé dans la médiation culturelle ».
Après ces deux présentations, le Conseil des ministres sur la francophonie avait démontré un intérêt pour un éventuel projet de médiation culturelle à double objectif. Le premier étant de favoriser l’économie des régions francophone, le deuxième, d’améliorer la rétention de nouveaux arrivants francophones en milieu de travail.
« La FCCF a élaboré un projet qu’elle a soumis au Conseil des ministres, et que celui-ci a décidé de financer pour une période de trois ans, de 2025 à 2028. Et on s’est associé avec Culture pour tous, qui maîtrise l’aspect de médiation culturelle du projet ».
À son lancement, le projet a également reçu 250 000 $ de Patrimoine canadien, un soutien financier qui permettra à la FCCF de documenter les résultats et impacts du projet.
Pour leur premier atelier de médiation culturelle, les employés du centre de services de Caisse Alliance ont participé à des entrevues filmées le 28 juin dernier à Timmins. Photo : gracieuseté
Soutenir et retenir les nouveaux arrivants dans le Nord-Est
Pour le directeur du centre de services de Timmins, ce projet cherche surtout à encourager la rétention de nouveaux arrivants dans le Nord-Est de la province. Il mentionne, notamment, les défis culturels que peuvent rencontrer les employés du centre, majoritairement issus de l’Afrique de l’Ouest et du Nord. Entre isolement et défis d’adaptation à un nouvel environnement, il est commun que les nouveaux arrivants ne restent pas. Le centre de services de Timmins s’engage donc à ouvrir le dialogue. « On essaie de mieux les comprendre et d’être mieux outillé pour qu’il y ait une bonne intégration à la Caisse ».
Comme premier projet de médiation, le centre de services de Timmins a organisé un tournage vidéo le 28 juin. Animé par l’artiste et caméraman Steff Paquette, le projet met en vedette les employés du centre sous forme d’entrevues. La vidéo sera diffusée en octobre durant l’assemblée générale de la Caisse Alliance, une opportunité pour le programme Culture d’Entreprise d’attirer d’autres centres de services de la région, espère la présidente de la FCCF.
« Les entrevues ont porté sur l’expérience d’immigration et d’intégration. Ça ressemble à quoi? Quel est le rapport à la diversité culturelle? Comment vit-on le fait d’être membre d’une communauté culturellement très diverse? Qu’est-ce que la francophonie timminoise? », rapporte Mme Juneau.
Pour M. Rodrigue, ce projet vidéo vient s’assurer que le centre de services de Timmins ainsi que la Caisse Alliance soient non seulement des lieux de travail inclusifs, mais des espaces d’intégration communautaire. « On se doit de faire le travail nécessaire pour que le Nord de l’Ontario soit une région où les gens y voient un futur à long terme et viennent travailler dans nos institutions francophones ».
OTTAWA – À l’approche de son 90e anniversaire, l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes (UCFO) dévoile son tout premier livre blanc, intitulé « Elles existent. Mais les voit-on vraiment? ». Ce document de politique publique qui sera présenté lors d’une conférence de presse virtuelle ce mardi, met en lumière une analyse des réalités vécues par les femmes aînées francophones en milieu rural, un groupe qui serait souvent absent des indicateurs officiels selon l’organisme.
« L’invisibilité n’est pas un sentiment. C’est une réalité qui se construit à travers des structures, des pratiques et des absences », affirme Janie Renée Myner, directrice générale de l’UCFO en entrevue avec ONFR.
Ce livre blanc s’appuie sur des témoignages de terrain, une recherche documentaire exhaustive auprès d’organismes comme Statistique Canada, ainsi que sur quatre sondages internes anonymes menés auprès de 354 répondantes entre mars et mai 2026.
Pour l’organisation fondée en 1936, il s’agit d’une démarche inédite visant à fournir aux instances décisionnelles des données désagrégées qui font défaut dans les bases de données institutionnelles actuelles, désormais accessibles en version intégrale sur leur site internet.
« Ce livre blanc dit aux instances décisionnelles ce qu’elles ne peuvent pas trouver dans leurs propres bases de données et ce qu’elles ont l’obligation légale de considérer », tranche la directrice générale.
Janie Renée Myner, directrice générale de l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes (UCFO). Photo : Joël Ducharme
Cette publication survient aussi alors que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) vient d’achever ses États généraux, un contexte où l’UCFO estime nécessaire d’apporter une lecture critique.
L’organisation soutient que les orientations actuelles de la communauté « risquent de reproduire une erreur historique récurrente : ignorer que la survie du fait français en Ontario a été, depuis près de neuf décennies, portée en grande partie par des femmes aînées en milieu rural – les membres de l’UCFO – dont le travail quotidien, collectif et bénévole n’a jamais reçu la reconnaissance institutionnelle qu’il mérite. »
Pour l’association, « si la francophonie ontarienne veut vraiment se donner un avenir, elle doit d’abord reconnaître celles qui lui ont permis de survivre jusqu’à aujourd’hui. »
Manque de données statistiques
Le document souligne que les grands cadres statistiques nationaux et provinciaux, tels que les recensements de Statistique Canada, ne croisent pas simultanément les variables liées au genre, à l’âge, à la ruralité, à la langue minoritaire et à l’engagement bénévole.
« Les femmes aînées francophones rurales de l’Ontario constituent un angle mort des politiques publiques canadiennes et ontariennes. Elles ne sont ni nommées, ni isolées, ni protégées dans les grands cadres statistiques, législatifs ou de financement », peut-on également lire dans le rapport de 78 pages.
Selon l’UCFO, cette absence de données spécifiques nuit à l’élaboration de politiques publiques adaptées et au financement des structures de soutien.
Le livre blanc répertorie huit dimensions de l’invisibilité, touchant des aspects économiques, géographiques, linguistiques, numériques et institutionnels. L’objectif affiché est de fournir aux ministères des informations vérifiables permettant de fonder des interventions ciblées.
Des contraintes structurelles
Les sondages menés par l’UCFO révèlent des défis d’accessibilité importants pour les résidentes des milieux ruraux : 40 % des répondantes vivent dans des municipalités dépourvues de transport en commun. 56 % d’entre elles doivent parcourir plus de 10 kilomètres pour accéder à un hôpital offrant des services en français.
En matière de soins de proximité, 35 % des membres signalent des délais d’attente d’au moins un mois pour obtenir un rendez-vous médical.
En raison de ces lacunes infrastructurelles, 84 % des membres dépendent de leur propre automobile pour se déplacer. Le rapport note que la perte du permis de conduire constitue un facteur de rupture sociale et culturelle, l’usage du français chutant à 37 % dans les commerces locaux alors qu’il se maintient à 97 % au sein des activités de l’UCFO.
Face à cet isolement, les cercles locaux agiraient comme un espace de socialisation et d’entraide, fournissant du transport bénévole, des repas et un soutien moral.
Le livre blanc rappelle que la part des tâches ménagères et familiales non rémunérées assumées par les femmes atteint 61,3 % en Ontario, soit la proportion la plus élevée au Canada selon Statistique Canada. Photo : gracieuseté de l’UCFO
« 0,01 % du budget fédéral »
L’UCFO évalue la contribution de ses 516 membres, réparties dans 20 cercles, à 59 078 heures de bénévolat par année.
En calculant la valeur de ce temps selon les standards horaires de l’économie sociale (25 $/h), cette contribution équivaut à un apport de plus de 1,4 million de dollars aux communautés locales, réalisé sans financement structurel de base.
« Nous disposons uniquement d’un financement par projet. Il faut constamment en inventer de nouveaux et, chaque fois que l’un d’eux se termine, c’est comme si nous laissions tomber une partie des gens avant de devoir recommencer autre chose. Cette absence de permanence affecte directement la vie des communautés. »
Elle exprime également des réserves face aux projections budgétaires du ministère fédéral des Femmes et de l’Égalité des genres (FEGC), dont les dépenses prévues doivent passer de 407 millions de dollars en 2025-2026, à 76,3 millions en 2027-2028.
L’UCFO souligne que cette baisse de financement risque de fragiliser davantage les structures associatives en milieu minoritaire.
« Si on va voir dans les rapports gouvernementaux, le ministère Femmes et Égalité des genres Canada compte pour 0,01 % du budget fédéral. Ça, c’est le respect du fédéral par rapport à 53 % de femmes au Canada », souligne-t-elle.
Les cercles locaux comme indicateurs de vitalité
L’organisme rappelle aussi que la viabilité des communautés rurales dépend du maintien de leurs infrastructures de proximité.
Le livre blanc propose ainsi un nouvel outil de mesure permettant de documenter ce que les communautés rurales francophones perdent lorsqu’un cercle disparaît.
Nommé l’Indice de Santé Communautaire (ISC), cet outil permettrait de chiffrer l’impact d’une fermeture en croisant des variables de transport, de santé, de bénévolat et d’isolement social propres à la ruralité.
« On s’est rendu compte en ayant des données désagrégées que, souvent, si le cercle de l’UCFO disparaît dans une communauté donnée, c’est une part considérable du patrimoine linguistique et culturel francophone qui s’efface »
— Janie Renée Myner
L’organisation rappelle que dans 22 % des cas, le cercle local représente l’unique structure francophone active de la localité. Le message de l’UCFO aux décideurs politiques demeure sans équivoque : « Ces chiffres ont une valeur. Il est temps qu’ils aient aussi un poids politique. »
La fermeture de ces espaces de proximité pourrait ainsi accélérer l’érosion linguistique dans les municipalités de moins de 2000 habitants.
Des axes de solutions proposés
Pour pallier ces lacunes, le livre blanc formule cinq recommandations précises à l’intention des décideurs politiques.
Sur le plan institutionnel, l’organisme sollicite d’abord sa reconnaissance formelle en tant qu’infrastructure de vitalité au sein du prochain Plan d’action fédéral sur les langues officielles, ce qui lui permettrait de troquer le modèle actuel de financement par projets à durée déterminée contre une enveloppe structurelle stable et prévisible.
Sur le terrain rural, l’UCFO réclame l’application effective et l’extension du réseau internet haute vitesse pour briser la fracture numérique qui isole ses membres.
Afin de faciliter les initiatives intergénérationnelles et l’action communautaire, le rapport propose enfin d’alléger les barrières administratives et financières entourant les vérifications d’antécédents judiciaires pour les bénévoles aînées.
TORONTO – Au détour d’une refonte du Programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI), le volet des travailleurs qualifiés francophones, une des voies vers la résidence permanente, a été supprimé, sans consultation des acteurs du dossier.
Le gouvernement a fait table rase du processus qui comprenait jusqu’ici huit volets pour n’en recréer que quatre : un volet d’offre d’emploi simplifié pour la main-d’œuvre prioritaire de l’Ontario (avec des voies pour les travailleurs hautement qualifiés, semi-qualifiés et des métiers de la construction syndiqués), un volet pour les professionnels de la santé règlementés, un volet pour les entrepreneurs et un autre pour les talents exceptionnels.
Exit donc la voie réservée aux francophones. En effet, jusqu’ici, le POCI comprenait huit volets adaptés à différentes situations.
Avec une offre d’emploi en poche, il était possible de présenter une demande soit en tant que Travailleurs étrangers, soit en tant qu’Étudiant étranger, soit via une troisième voie appelée Compétences recherchées.
Deux autres volets s’adressaient aux diplômés ayant une maîtrise ou un doctorat, tandis que, par le biais du système fédéral Entrée express et, à condition d’avoir une déclaration d’intérêt de l’Ontario, trois autres portes s’ouvraient aux candidats : Priorité basée sur le capital humain, Métiers spécialisés et Travailleurs qualifiés francophones.
Malgré l’abolition de cette dernière voie réservée aux francophones, un fonctionnaire du ministère du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences nous assure que les demandeurs francophones pourront être admissibles dans tous les volets proposés et que la cible en immigration de langue française (5 %) continuera d’être atteinte.
La lentille francophone aux abonnées absents
L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) déplore l’absence de lentille francophone dans cette nouvelle mouture. « Ça fait un an qu’on essaye d’obtenir une rencontre avec le ministre pour lui faire part de cet enjeu, mais il fait la sourde oreille, alors on est deçu de ce côté-là », soupire Fabien Hébert, son président.
Et d’ajouter : « Avec une telle lentille , on aurait pu trouver une façon plus fine d’aller chercher des candidats francophones dans les secteurs en pénurie de main-d’oeuvre, mieux s’assurer de certaines compétences linguistiques des candidats qui s’identifient francophones ou encore mieux accompagner les entrepreneurs qui cherchent de nouveaux employés… »
« On n’est pas contre les réformes, assure M. Hébert, mais on aurait aimé avoir la chance d’influencer pour être certain que cela réponde aux besoins. » Il espère en outre que les financements fédéraux liés à la nouvelle cible canadienne en immigration francophone seront maximisés en Ontario.
Depuis cinq ans, la province dépasse chaque année un peu plus cette cible : 5,3 % en 2022, 5,8 % en 2023, 9,5 % en 2024 et 11,4 % l’année dernière, avec 10 750 candidats à la résidence permanente recommandés. Mais depuis 2023, la capacité du POCI à désigner des candidats francophones aurait été fortement affectée par les tirages ciblés du gouvernement fédéral pour les immigrants francophones au sein du système Entrée express.
Le ministère affirme par ailleurs, dans un document de travail en date du 21 avril dernier, que s’est procuré ONFR, que la formule précédente du POCI ne laissait que peu de candidats francophones disponibles, avec seulement 49 candidats francophones désignés en 2025. En cause : le changement de critères fédéraux qui aspirait largement les candidats. L’idée serait donc de réduire certaines exigences linguistiques pour les francophones pour élargir leur admissibilité au niveau de l’Ontario.
Mieux lutter contre les fraudes
« En modernisant le POCI, notre gouvernement mise sur des profils d’expérience, déjà intégrés au marché du travail, capables de contribuer rapidement à nos efforts continus de protection de l’économie ontarienne », justifie le ministre David Piccini, qui pilote ce remaniement.
Ces changements font partie d’une réforme plus vaste visant à mieux lutter contre les fraudes. Le nombre d’ordonnances administratives et d’interdictions de programme visant les contrevenants est passé de zéro à plus de 200 depuis 2018. En 2025, 56 interdictions et 76 pénalités administratives ont été prononcées.
Les dossiers déjà en cours d’examen sous la structure précédente continueront d’être traités selon les anciens critères et ne seront pas impactés par la refonte, affirme le ministère. Temporairement suspendu depuis jeudi dernier, le portail de déclaration d’intérêt du POCI devrait quant à lui rouvrir aux nouvelles inscriptions d’ici la fin de l’été.
ORILLIA – La statue de Samuel de Champlain à Orillia, récemment réinstallée puis retirée, suscite de vives réactions au pays. Les grands organismes de l’Ontario français suivent le dossier de près. Pour ces acteurs patrimoniaux, ce symbole fondateur de la francophonie canadienne doit être préservé, mais pas au détriment des perspectives autochtones. La communauté appelle à une concertation respectueuse et inclusive pour raconter un passé commun.
La saga autour de ce monument francophone de la petite ville ontarienne d’Orillia s’est attiré l’attention de nombre de médias locaux, provinciaux et nationaux, autant francophones, Journal de Montréal/Québec, qu’anglophones, National Post, CBC ou encore The Globe and Mail.
Même le leader du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre s’était emparé de la polémique via ses réseaux sociaux :
Samuel de Champlain fut l’un des plus grands pères fondateurs du Canada. Il faut mettre fin à cette vague de démolition de statues.
Nous devons au contraire célébrer l’histoire du Canada.
Racontons nos histoires, chantons nos chansons et rendons hommage à ceux qui ont bâti… pic.twitter.com/Xs0GXHVwf4
Alors que le devenir de la statue Champlain reste encore à déterminer, nous sommes allés prendre le pouls des organismes franco-ontariens qui suivent de près le dossier.
« Nous avons encore vivement en mémoire les célébrations en 2015 du 400e anniversaire de l’arrivée de Champlain en Ontario auxquelles nous avions participé au pied de cette statue de Champlain à Orillia », raconte Rolande Smith, la présidente de la Société d’histoire de Toronto (SHT).
Pour celle-ci ce n’est pas tant l’incompréhension qui a dominé les débats autour du monument, mais plutôt la tristesse. « La SHT souhaite s’unir à tous ceux qui travailleront sur sa préservation et réhabilitation », indique Mme Smith.
Selon l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), qui reconnaît l’importance historique de Samuel de Champlain dans l’histoire francophone de l’Ontario et du Canada. Les monuments publics ne sont jamais de simples objets patrimoniaux : ils portent des récits, des symboles et parfois des blessures devant être pris au sérieux.
Point crucial pour Fabien Hébert, le président de l’AFO, « il est essentiel d’éviter d’opposer la préservation de l’histoire francophone et le respect des perspectives autochtones. Notre responsabilité collective est plutôt de trouver des façons de transmettre l’histoire avec rigueur, nuance et contextualisation, dans un esprit de dialogue et de réconciliation ».
Selon celui-ci, toute décision entourant un symbole public de cette importance doit être prise avec les communautés concernées, notamment les Premières Nations, les résidents et les acteurs patrimoniaux.
Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« L’histoire francophone mérite d’être connue, comprise et transmise, mais elle doit l’être d’une manière respectueuse, inclusive et fidèle à la complexité de notre passé commun », a conclu M. Hébert.
Le Réseau du Patrimoine franco-ontarien (RPFO) prône également la concertation.
« Il est essentiel que toute action dans ce dossier reconnaisse l’importance du patrimoine franco-ontarien, tout en s’inscrivant dans une approche de dialogue et de respect envers les communautés concernées », a déclaré Jacynthe Dupont, directrice générale du RPFO.
Pas de remise en question de la Route Champlain selon la SÉO
Catherine B. Bachand, la directrice générale de la Société économique de l’Ontario (SÉO), a indiqué suivre la situation avec attention.
La SÉO a en effet créé La Route Champlain, circuit touristique et historique de 1500 km pour valoriser le patrimoine et les attraits francophones et bilingues de la province, en suivant les traces de l’explorateur Samuel de Champlain au cours de ses expéditions menées en 1615-1616.
Catherine B. Bachand, directrice générale de la Société économique de l’Ontario. Photo : gracieuseté de Nadia Jacquemet
La directrice rappelle que la Route Champlain demeure d’abord une initiative touristique qui s’inscrit dans une démarche plus large de mise en valeur des lieux, des communautés et des récits liés à la présence historique française et, plus largement, francophone en Ontario.
« Samuel de Champlain occupe une place importante dans l’histoire de l’Amérique du Nord et du fait français au Canada (…) Le retrait ou la remise en question d’un monument ne diminue donc pas l’intérêt de la Route Champlain ni l’importance de reconnaître le patrimoine francophone en Ontario. Il rappelle plutôt l’importance de présenter cette histoire dans toute sa complexité, en tenant compte des perspectives autochtones », défend-elle.
Carte légendée de la Route Champlain. Source : site officiel de la Route Champlain
« Nous sommes sensibles aux préoccupations exprimées, notamment celles qui touchent la représentation des peuples autochtones dans les récits historiques, les monuments et les sculptures. Ce sont des questions importantes qui doivent être abordées avec respect et nuance. »
Selon celle-ci, dans le futur la réflexion devra tenir compte des perspectives autochtones. Il s’agira « d’entreprendre une démarche réfléchie, avec l’ensemble des partenaires concernés, dans un esprit de dialogue et de réconciliation ».
Article écrit avec des informations additionnelles de Rudy Chabannes.
TORONTO –La Parade de la Fierté de Toronto a réuni dimanche des centaines de milliers de personnes dans les rues de la métropole ontarienne. Parmi les centaines de groupes présents, seuls deux organismes francophones avaient pris place dans le défilé : FrancoQueer, qui célébrait cette année son 20e anniversaire, et le Conseil scolaire Viamonde. Une participation qui venait mettre un point final à un mois particulièrement riche en activités pour la communauté francophone 2SLGBTQIA+ de l’Ontario.
Drapeaux arc-en-ciel, musique et chars allégoriques ont envahi les rues du centre-ville de Toronto ce dimanche pour l’événement phare de la Fierté Toronto.
Au milieu de centaines d’organismes communautaires, d’entreprises et d’institutions, la présence francophone était plus discrète. Seuls FrancoQueer et le Conseil scolaire Viamonde représentaient officiellement la francophonie ontarienne.
Des centaines de participants défilent sous les couleurs de l’arc-en-ciel lors de la Parade de la Fierté de Toronto, point culminant des célébrations du Mois de la Fierté. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
Pour FrancoQueer, cette édition revêtait toutefois une signification particulière. L’organisme célébrait les 20 ans de la Franco Fierté, un anniversaire souligné par une programmation exceptionnelle tout au long du mois de juin.
« C’est nos 20 ans cette année. On a eu une programmation très riche ce mois-ci, avec des rassemblements en ligne et en personne. C’est encore plus spécial de marcher aujourd’hui dans la parade avec le contingent francophone de l’Ontario pour célébrer la diversité, mais aussi pour célébrer nos 20 ans en tant qu’organisme », souligne Taeyeoung Jung, agent de projet et de mobilisation à FrancoQueer.
Une Franco Fierté bien remplie
Le défilé venait ainsi conclure près d’un mois d’activités organisées dans le cadre de la Franco Fierté.
La programmation comprenait notamment un lancement festif avec une soirée karaoké francophone, un café mondain destiné aux nouveaux arrivants aînés 2SLGBTQIA+, plusieurs webinaires de sensibilisation, des ateliers sur les relations saines et la prévention de la violence, une présentation des résultats de consultations menées partout en Ontario, ainsi qu’une projection du film On sera heureux de Léa Pool.
Parmi les temps forts, Taeyeoung Jung retient particulièrement la soirée de reconnaissance des pionniers organisée en collaboration avec l’Université de l’Ontario français.
Pour sa quatrième participation à la Parade de la Fierté de Toronto, et sa deuxième sous les couleurs de FrancoQueer, Taeyeoung Jung accueillait les visiteurs au kiosque de l’organisme. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
« C’était une façon de rassembler les fondateurs de FrancoQueer, les gens qui étaient là il y a 20 ans quand l’organisme a commencé comme un regroupement de bénévoles. C’était une soirée très enrichissante et vraiment accueillante où on a pu se rencontrer tous. »
La Coupe du monde de la FIFA s’est également invitée à la programmation. En partenariat avec le Collège Boréal, FrancoQueer a organisé plusieurs rassemblements pour permettre aux francophones de suivre les rencontres des sélections francophones.
« C’était vraiment un beau moment de rassemblement », résume-t-il.
Au-delà des événements grand public, l’organisme a aussi multiplié les projets de recherche, les formations, les webinaires et les ateliers destinés à renforcer les ressources offertes aux communautés francophones 2SLGBTQIA+ de l’Ontario.
Une présence francophone essentielle
Présent au défilé depuis plus d’une décennie, FrancoQueer considère sa participation comme essentielle dans une province où les francophones demeurent en situation minoritaire.
« C’est super important. Je pense qu’on parle toujours de la représentation. Vivant en Ontario, le français étant un peu comme une langue minoritaire ici, on veut vraiment être là pour montrer qu’il y a des francophones 2SLGBTQIA+ qui vivent, qui travaillent, qui existent en Ontario. Puis, nous, on est là pour justement soutenir cette population, offrir les ressources, les outils nécessaires, mais aussi juste créer un environnement où les gens peuvent se rassembler, rencontrer d’autres personnes et vraiment souder cette communauté », explique Taeyeoung Jung.
La maison de couture française Jean Paul Gaultier participait à la Parade de la Fierté de Toronto avec un char inspiré de son emblématique marinière. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
Selon lui, la Fierté Toronto continue également d’évoluer.
« J’ai vraiment vu cette année avec la foire de rue qu’il y avait beaucoup d’organismes qui n’étaient pas là l’an passé. Je pense que ça montre que la communauté est vraiment présente pour soutenir la diversité. »
Viamonde mise sur l’inclusion
Autre représentant de la francophonie dans le défilé, le Conseil scolaire Viamonde participait une nouvelle fois à la parade afin de réaffirmer son engagement envers l’inclusion.
« C’est très important. Nous sommes là tous les ans parce qu’on est un conseil scolaire qui se veut inclusif et qui défend cette inclusion. On veut que chacun puisse se reconnaître dans ses écoles. Chaque élève, chaque membre du personnel doit pouvoir sentir qu’il a sa place dans notre communauté éducative », affirme Sylvie Pellerin, directrice d’école au conseil scolaire ViaMonde.
Sylvie Pellerin (au centre) échange avec des visiteurs au kiosque du Conseil scolaire Viamonde. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
Au cours des dernières années, elle dit avoir observé une évolution dans les établissements du conseil.
« On en parle plus dans nos écoles. On a les levées du drapeau dans les écoles élémentaires et secondaires, les rassemblements avec les élèves dans les écoles secondaires. Je pense qu’on est plus épanouis sur le sujet dans notre conseil scolaire. Toutefois, ça ne s’arrête jamais, il faut continuer pour rendre le conseil encore plus inclusif. Chaque année, de nouveaux élèves arrivent et on doit pouvoir leur montrer qu’ils ont tous leur place dans notre école. »
Au terme d’un mois de célébrations, de rencontres et de sensibilisation, la Parade de la Fierté est venue offrir une vitrine à cette francophonie 2SLGBTQIA+ qui continue de gagner en visibilité. Pour FrancoQueer comme pour Viamonde, la présence au défilé ne constitue pas une fin en soi, mais l’aboutissement d’un travail mené tout au long de l’année afin de bâtir des espaces toujours plus inclusifs pour les francophones de l’Ontario.
TORONTO – Entre un succès éclatant 5-0 contre l’Irak, plusieurs heures d’attente devant les autres rencontres et un but iranien finalement annulé par la VAR (assistance vidéo à l’arbitrage) dans les derniers instants, les supporteurs sénégalais ont vécu vendredi l’une des journées les plus intenses de leur histoire en Coupe du monde. Récit d’une qualification arrachée au bout du suspense.
Lorsque l’arbitre siffle le coup d’envoi de Sénégal-Irak vendredi après-midi au BMO Field, les partisans sénégalais savent qu’une victoire ne suffira probablement pas. Il faudra marquer beaucoup… puis espérer des résultats favorables ailleurs.
Pour Amy Sylla, Sénégalaise installée à Toronto, le stress est déjà à son comble.
« Honnêtement, j’étais stressée et plutôt dubitative. Je savais que nos Lions avaient les capacités de gagner, mais ce qui m’inquiétait, ce n’était pas la victoire en elle-même, c’était le score. Est-ce qu’ils allaient marquer assez de buts pour se qualifier? J’avais même demandé qu’on m’explique tous les scénarios possibles. Mais même après les calculs… je retenais mon souffle. »
À quelques rangs de là, Nicolas Keita, venu spécialement de Dakar avec un ami installé à Montréal, partage le même mélange d’espoir et de frustration. Finaliste de la dernière CAN (coupe d’Afrique des Nations), le Sénégal restait sur deux rencontres décevantes face à la France et à la Norvège.
« On était venus au Mondial avec énormément d’ambitions. Après ces deux premiers matchs, on était extrêmement frustrés. On savait qu’il y avait encore une chance de se qualifier parmi les meilleurs troisièmes, mais il fallait gagner largement et espérer plusieurs résultats favorables. »
145 partisans torontois ont bénéficié de places offertes par le ministère des sports du Sénégal distribuées par Sénontario. Photo : Mamadou Ndaw
Un miracle avant même le coup d’envoi
Pour Amy, cette journée exceptionnelle commence même avant son arrivée au stade. Vingt-quatre heures avant la rencontre, alors qu’elle rêvait de pouvoir assister au match sans avoir trouvé de billet, une place lui est finalement offerte.
« J’avais clamé haut et fort que je voulais manifester un billet gratuit, et Dieu a décidé de me prendre au mot! Je me retrouve au premier rang, juste en face de la cage où ils vont inscrire les quatre buts de la deuxième période. Pour ce come-back historique, j’étais là, au premier rang, au sens propre comme au sens figuré. »
Mais au-delà du spectacle sportif, c’est l’atmosphère qui l’a marquée.
« Ce qui m’a le plus touchée, c’est l’ambiance autour de moi : la communauté sénégalaise, les blagues en wolof, les chants, les sauts, les larmes de joie. Des inconnus sont devenus une famille le temps d’un match. »
Une deuxième période qui fait chavirer tout un peuple
Après une première période conclue sur une maigre avance de 1-0 malgré la supériorité numérique, Nicolas Keita avoue avoir douté.
« On ne comprenait pas pourquoi on ne mettait pas plus d’intensité alors qu’ils jouaient à dix. À la mi-temps, on avait du mal à comprendre notre stratégie. »
Tout change au retour des vestiaires. Les Lions inscrivent quatre nouveaux buts, les tribunes explosent et les chants sénégalais couvrent presque le reste du stade.
« Dès le début de la deuxième mi-temps, on a vu une autre équipe, la vraie équipe sénégalaise qu’on aime voir, raconte Nicolas. Chez nous, le football est un sport national. Du gamin de cinq ans jusqu’à la grand-mère de quatre-vingts ans, tout le monde connaît l’équipe et la suit. »
Amy Sylla a vécu une journée inoubliable, elle qui n’avait pas de billet à la veille du match. Photo : gracieuseté
Les yeux rivés sur la VAR
Le coup de sifflet final ne met pourtant pas fin au suspense. Comme des milliers de supporters sénégalais à travers le monde, Amy et Nicolas passent ensuite leur soirée à suivre les autres rencontres décisives.
L’Espagne fait le travail en battant l’Uruguay (1-0). L’Égypte tient ensuite l’Iran en échec (1-1). Mais dans les toutes dernières minutes, un but iranien plonge tout un peuple dans la détresse… avant d’être annulé pour un hors-jeu après intervention de la VAR. Pour le Dakarois , cette séquence restera gravée à jamais.
« Le but refusé de l’Iran nous a d’abord brisé tous nos rêves. J’étais contre la VAR quand elle est arrivée dans le football. Aujourd’hui, je peux dire que c’est la meilleure invention du football moderne. Sans elle, personne n’aurait vu ce hors-jeu. Merci à l’orteil de l’Iranien! »
De son côté, la Torontoise reconnaît que cette Coupe du monde l’a transformée.
« Je n’ai jamais suivi le foot de ma vie! La CAN, oui, par fierté et par culture. Mais le reste? Jamais. Et me voilà à analyser Côte d’Ivoire-Cap-Vert, Ghana-Panama ou Brésil-Haïti comme si j’étais consultante sportive. J’ai même raté mes cours de Pilates! Mes proches ne me reconnaissent plus. »
De retour à Montréal après le match, Nicolas Keita se prépare pour continuer à suivre l’équipe sur la suite de la compétition. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
De Dakar à Toronto pour suivre les Lions
Pour Nicolas Keita, cette qualification représente l’aboutissement d’un long périple.
Depuis le début de la Coupe du monde, il a assisté aux trois rencontres du Sénégal, d’abord aux États-Unis contre la France et la Norvège, puis à Toronto face à l’Irak.
Ses billets, il les avait obtenus plusieurs mois avant le tournoi grâce au contingent réservé à la Fédération sénégalaise de football.
« Depuis quatre ou cinq mois, on avait déjà nos places. J’étais en catégorie 1 et j’ai payé environ 450 dollars américains. C’est cher, mais rien à voir avec les billets qui se revendaient jusqu’à 1900 dollars. »
S’il juge le stade de Toronto moins impressionnant que celui du New Jersey, le visiteur retient surtout l’accueil reçu dans la métropole canadienne.
« Les gens étaient chaleureux. Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est cette double identité. On rencontre des Canadiens-Sénégalais, des Canadiens-Brésiliens… Les gens revendiquent leurs deux cultures et je trouve ça magnifique. »
Place à la Belgique
Quelques heures après cette qualification arrachée au bout du suspense, le Sénégal connaît désormais son prochain adversaire : la Belgique. Amy Sylla sait que le défi sera immense.
« On ne va pas se mentir : affronter la meilleure équipe d’un groupe, c’est stressant. Mais cette victoire contre l’Irak a un goût de reconquête. J’espère que nos Lions vont capitaliser sur cette énergie, garder la même stratégie et nous offrir la même intensité qu’à la CAN et contre l’Irak. On a goûté à cette joie, on en veut encore. On y croit. On est de retour. »
OTTAWA – Une erreur s’est glissée sur plusieurs affiches en français installées par la Ville d’Ottawa dans le cadre de son projet Sièges de rue. Au lieu de « Placettes publiques », on peut y lire « Placettes pubiques ».
Une simple lettre oubliée… et le sens change complètement. Au lieu de « Placettes publiques », on peut y lire « Placettes pubiques », un mot qui désigne les parties génitales externes, sur des affiches le long de la rue Bank, dans le Centre-Ville d’Ottawa.
ONFR a constaté la présence d’une douzaine de ces affiches. Toutes comportent la même erreur.
Contactée, la Ville d’Ottawa indique ne pas avoir produit ces affiches, précisant qu’elles relèvent de la ZAC (Zone d’amélioration commerciale) du Centretown.
Jointe à son tour, la directrice générale de la ZAC du Centretown, Sabrina Lemay, explique qu’il s’agit « d’une erreur de traduction involontaire qui s’est glissée dans le processus de production ».
Elle précise que, dès que l’organisme en a été informé, « les mesures nécessaires ont été prises pour corriger la situation » et que « les affiches sont actuellement en cours de retrait ».
Les affiches en français affichent « Placettes pubiques » au lieu de « Placettes publiques ». Photo : Amine Harmach/ONFR
Les affiches en français affichent « Placettes pubiques » au lieu de « Placettes publiques ». Photo : Amine Harmach/ONFR
Les affiches en français affichent « Placettes pubiques » au lieu de « Placettes publiques ». Photo : Amine Harmach/ONFR
La version anglaise des affiches ne comporte aucune erreur. Photo : Amine Harmach/ONFR
Les affiches en français affichent « Placettes pubiques » au lieu de « Placettes publiques ». Photo : Amine Harmach/ONFR
Les affiches en français affichent « Placettes pubiques » au lieu de « Placettes publiques ». Photo : Amine Harmach/ONFR
Les affiches en français affichent « Placettes pubiques » au lieu de « Placettes publiques ». Photo : Amine Harmach/ONFR
Les affiches violettes ont été installées cette semaine pour promouvoir le projet pilote des placettes publiques, qui prévoit la fermeture temporaire de quatre tronçons de rue à la circulation automobile afin d’aménager des espaces de détente, de rassemblement et d’activités.
La version anglaise des affiches, intitulée Uncommon Spaces, ne comporte pas cette erreur.
La version anglaise des affiches ne comporte aucune erreur. Photo : Amine Harmach/ONFR
Selon le rapport annuel sur les services en français de la Ville d’Ottawa, 24 plaintes liées au français ont été enregistrées en 2025, dont 16 concernaient des erreurs sur la signalisation et les affiches.
Entré en poste le 15 juin, le directeur général de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Vincent Klassen, entame son mandat avec une conviction : la culture est au cœur de l’avenir de la francophonie canadienne. Fort d’un parcours dans la fonction publique, la diplomatie et d’un engagement personnel envers la langue française, il livre sa vision d’une francophonie en pleine transformation.
« Cela fait quelques jours que vous êtes en poste et vous avez déjà ajouté votre toucheà votre bureau. Que représente pour vous cette ceinture fléchée exposée?
Cette ceinture fléchée est un très beau symbole de la francophonie canadienne, parce qu’elle témoigne aussi du métissage des cultures. Ces ceintures sont issues à la fois du patrimoine québécois et autochtone. Elles sont également le symbole par excellence des nations métisses.
Pour moi, elle représente l’attachement de mes ancêtres, de mes grands-parents, à leur identité, qu’ils ont réussi à transmettre à leurs enfants. Mes grands-parents ont élevé cinq enfants en Alberta. Certains sont ensuite retournés au Québec, mais cette transmission est demeurée.
La ceinture est un patrimoine matériel, mais derrière elle se trouve tout un patrimoine immatériel : ce que l’on porte en soi et ce que l’on transmet à ses enfants.
Je me sens héritier de l’engagement de mes grands-parents, arrivés à Calgary à une époque où les autorités québécoises encourageaient les familles à s’établir dans l’Ouest. Ils ont rapidement été entourés d’une immigration majoritairement non francophone et ont dû affirmer leur identité dans un contexte très minoritaire. Pour moi, c’est cette question de la transmission qui est essentielle.
Vincent Klassen voit dans la ceinture fléchée un héritage commun des traditions québécoises et autochtones. Photo : Amine Harmach/ONFR
On remarque aussi, derrière vous, un trophée. Pouvez-vous nous raconter son histoire?
Ce trophée fait partie de mon histoire personnelle. Je l’ai reçu à l’école primaire pour une récitation de poésie française, alors que j’avais neuf ans. J’étais dans une école d’immersion, puisqu’il n’y avait pas encore d’école francophone à l’époque. C’est un souvenir très fort de cette transmission culturelle.
Ma mère a poursuivi cet engagement en devenant professeure de français à Calgary. Elle a enseigné la langue et la culture françaises à des milliers de jeunes en Alberta.
Aujourd’hui, cela fait directement écho au travail de la FCCF. L’un de nos programmes phares consiste justement à amener la culture dans les écoles francophones et les écoles d’immersion partout au pays.
J’ai toujours porté cet engagement de différentes façons dans ma vie. Je suis très enthousiaste de pouvoir aujourd’hui porter cette mission, particulièrement sur le plan culturel. Avec le temps, j’ai compris que la culture donne un sens à notre identité et à notre parcours. Pour moi, la culture est l’oxygène de notre civilisation.
Vous avez fait de la diplomatie et occupé des fonctions décisionnelles en politique. Comment cette expérience vous outille-t-elle pour mener à bien votre mission actuelle?
Ce que j’apporte à la FCCF, c’est une expérience du milieu politique, de la diplomatie, mais surtout des appareils décisionnels des ministères.
Une organisation comme la FCCF doit expliquer clairement en quoi les intérêts des communautés francophones, qui demeurent fragiles, rejoignent l’intérêt national, les priorités du gouvernement et les obligations découlant de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, qui constitue une avancée majeure dans l’histoire des lois linguistiques au Canada.
Il existe déjà un dialogue solide avec les ministères et les responsables politiques, et je pense que mon parcours me permettra de contribuer à le renouveler.
Votre grand-père a participé au peuplement francophone de l’Ouest. Est-ce que, selon vous, cette histoire se poursuit aujourd’hui grâce à l’immigration francophone?
Absolument. Et je pense que c’est le beau chapitre que nous allons écrire ensemble.
Le directeur général de la FCCF appelle à préserver le vivre-ensemble face aux défis actuels. Photo : Amine Harmach/ONFR
Je parlais de l’expérience de mon grand-père au XXe siècle. Aujourd’hui, la francophonie est devenue internationale. Que ce soit à Calgary, Ottawa, Toronto, Vancouver, Sudbury ou ailleurs, des personnes venues du monde entier ont en commun la langue française et réinventent la francophonie canadienne.
Aujourd’hui, cette réalité est complètement différente, et je trouve cela très inspirant.
J’ai moi-même découvert cette richesse lorsque j’ai vécu six ans en France et représenté le Canada auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie. J’y ai côtoyé des représentants de nombreux pays qui, pour des raisons historiques différentes, partagent aujourd’hui la langue française et certaines valeurs communes.
Notre mission consiste à construire un espace culturel francophone distinct de l’espace anglo-américain.
Pour le Canada, c’est une richesse extraordinaire de pouvoir réinventer la francophonie grâce à toutes ces influences venues du monde entier.
Cette diversité apporte aussi certains défis?
Oui, bien sûr. Lorsque des cultures se rencontrent, elles doivent apprendre à se connaître et à s’apprivoiser.
À la FCCF, nous avons un programme de médiation culturelle qui crée des ponts entre les nouveaux arrivants et les communautés déjà établies.
Du côté de mon père, j’ai des origines germanophones. Mes ancêtres étaient des mennonites qui ont quitté l’Ukraine pour fuir la violence avant de s’établir au Canada. Cette histoire fait partie de celle du pays : des personnes qui arrivent de partout dans le monde, quittent des zones de conflit ou d’instabilité et bâtissent une nouvelle vie ici.
Oui, cela comporte des défis, mais au fond nous sommes en train de réinventer un nouvel espace francophone. Ce n’est plus la francophonie de l’époque de mes grands-parents, et c’est aussi ce qui fait sa richesse.
Dans quel contexte financier prenez-vous vos fonctions?
Nous avons vécu des compressions budgétaires. Je pense que tout le monde est conscient que les gouvernements, tant fédéral que provinciaux, cherchent à réduire leurs dépenses.
Pour Vincent Klassen, les défis budgétaires ne remettent pas en cause la volonté de renforcer l’écosystème culturel francophone. Photo : Amine Harmach/ONFR
Cela dit, le gouvernement fédéral reconnaît deux choses importantes. D’abord, les obligations découlant de la Loi sur les langues officielles exigent des mesures positives, ce qui nécessite des ressources. Ensuite, il a réaffirmé très clairement son attachement à la culture. Ce sont les deux grands axes de notre travail.
Nous entrons aussi dans un contexte où les priorités évoluent rapidement. On parle désormais beaucoup d’intelligence artificielle. Le gouvernement vient de dévoiler une stratégie dans ce domaine. Ce sont de nouveaux chantiers qui auront des répercussions importantes pour nos communautés, notamment dans le numérique et l’intelligence artificielle.
À un moment où l’on parle de souveraineté culturelle, mais aussi de souveraineté canadienne, je pense que les gouvernements reconnaissent l’importance de maintenir un écosystème culturel fort et des communautés francophones fortes.
Concrètement, quelles sont déjà les répercussions de ces compressions sur la FCCF?
Deux programmes, qui touchent les domaines de l’éducation et du numérique – deux de nos principaux chantiers -, n’ont pas été renouvelés à court terme. Cela a eu des conséquences concrètes sur notre programmation. Nous n’avons notamment pas pu renouveler certains postes.
Vincent Klassen souhaite mettre son expérience politique au service des communautés francophones. Photo : Amine Harmach/ONFR
Nous poursuivons le dialogue avec le gouvernement du Canada afin de reprendre ce travail sur de nouveaux chantiers.
Je ne veux pas minimiser l’impact de ces compressions. L’enjeu est maintenant de consolider les acquis et de réfléchir à l’avenir de notre partenariat avec le gouvernement fédéral.
Le prochain Plan d’action sur les langues officielles sera déterminant. C’est l’instrument le plus important pour la poursuite de notre action. Mon rôle sera de travailler avec nos partenaires, notamment au ministère du Patrimoine canadien, afin que ces outils soient reconduits et permettent de soutenir pleinement l’écosystème culturel. »
LES DATES CLÉS DE VINCENT KLASSEN
1970 : Naissance à Calgary
1988 : Entame ses études en français à l’Université d’Ottawa, amorce sa carrière dans la fonction publique comme page à la Chambre des communes
1992 : Rejoint le cabinet du premier ministre Jean Chrétien
2003 : Entame ses études en France à l’École nationale d’administration
2017 : Nommé ministre-conseiller à l’ambassade du Canada à Paris, mène les affaires politiques et culturelles, représente le Canada auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
Te dis-tu parfois en lisant un livre : j’aimerais bien qu’il soit adapté en film? C’est exactement ce que j’ai pensé avec Faites vos jeux, rien ne va plus de Didier Leclair, publié aux éditions David. Certains diront peut-être que la Seconde Guerre mondiale est un sujet qui a été traité sous toutes les coutures, mais crois-moi, l’auteur revisite ce moment de l’Histoire sous un angle qui surprend!
Avertissement : dans mon enfance, je n’ai pas été nourrie au lait, mais aux James Bond (merci, papa!). Pourquoi je te partage cette anecdote personnelle? Tu vas vite le comprendre!
Faites vos jeux, rien ne va plus propulse de façon très naturelle dans l’Europe des années 1940. L’atmosphère feutrée de Lisbonne avec ses ruelles, ses voitures ou encore ses bars est bien tricotée par Leclair. Ses références aux villes européennes, ainsi qu’à des événements et des objets d’époque, ancrent l’histoire avec réalisme. Est-ce que les détails font les livres? Pas toujours, mais dans les récits historiques, souvent. J’ai été particulièrement sensible aux descriptions des voitures d’époque (déformation familiale de la fille de garagiste que je suis!).
Ce roman est la suite de Le prince africain, le traducteur et le nazi (2024) publié chez le même éditeur, qui a été nommé au Prix Trillium et au Prix Alain-Thomas, que j’ai eu la chance de lire, et pour lequel j’avais fait l’entrevue de Leclair dans le balado Cœur d’encreici. Je te rassure, il n’est pas essentiel de lire le premier livre avant le second, mais je le recommande pour t’aider à comprendre les trois héros.
Qui sont-ils? Antonio, un prince héritier du royaume Congo (dans l’Angola) qui s’est installé en Europe pour faire du commerce illégal de diamants, son traducteur et interprète érudit africain Jean de Dieu, et son chauffeur Hans, un métis mi-africain, mi-allemand qui manie aussi habilement les armes à feu que le saxophone. Alors qu’ils sont à Lisbonne après avoir fui Paris, les trois hommes doivent se rendre en Allemagne à la demande du gouvernement du Portugal. Cela ne déplaît pas au prince qui doit justement régler ses comptes avec un officier allemand qui l’a escroqué. Bref, ça pourrait sonner comme les prémices d’un film de James Bond version historique : les héros sont des malfaiteurs africains en pleine Europe nazie des années 40 qui ne passent pas inaperçus… Comment vont-ils survivre dans cet environnement hostile?
Le tour de maître de ce livre, tout comme le premier tome, est qu’il fait entrer des personnages d’ascendance africaine sous l’occupation allemande avec indifférence. Cela fait du bien de voir un livre qui n’occulte pas des communautés qui étaient pourtant bien là pendant ce moment clé de l’histoire mondiale en leur donnant toute la place avec spontanéité. C’est en jouant sur cet univers de livre historique auquel se mêlent espionnage et criminalité que Leclair construit toute sa narration. Certains pourraient argumenter — à juste titre — que tous les ingrédients pour engendrer un livre d’espions sont là : des héros controversés auxquels on s’attache même s’ils sont des criminels, des nazis haineux ou fainéants faciles à détester, l’aura des années 1940 presque palpable, avec l’odeur de la fumée de cigarette et la moiteur des ruelles brumeuses qui nous chatouillent les sens à chaque coin de page… et pourtant, ça marche!
Didier Leclair – crédit photo L. K.
Le but de Didier Leclair n’est pas de renverser les rôles oppresseurs-opprimés dans des sous-entendus dénonçant le colonialisme, l’auteur vend de l’action et met en scène des personnages inébranlables, et il le fait bien! L’effet recherché est atteint : on vibre à l’unisson de leurs aventures criminelles, en rêvant presque d’être le quatrième membre de leur groupe (en tout cas, moi, je l’ai fait, ne me juge pas!). La psychologie des trois hommes n’est que légèrement développée, ce qui semble un parti pris de l’auteur qui concentre toute sa plume sur l’action. Te souviens-tu des bandes-annonces de films qui montrent six scènes de combat en dix secondes comme les James Bond? Faites vos jeux, rien ne va plus semble avoir été conçu dans ce moule. Et on en redemande! Ça bouge, ça sillonne l’Europe, ça flirte avec le danger, ça boit, ça fume, ça se bagarre. Et la peur dans tout ça? Les personnages ne la connaissent pas!
Leur audace et leur formidable aplomb font d’eux des héros intouchables qui captivent. Ils m’ont fait penser à des James Bond version Seconde Guerre mondiale. Alors, fonce lire ce livre qui se lit comme un film!
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
TORONTO – Alors qu’il lui manque encore plusieurs millions de dollars pour concrétiser son projet de salle de spectacle dans l’Est torontois, le Théâtre français de Toronto (TfT) s’est vu octroyer par le conseil municipal une garantie de prêt d’un plafond de 3 millions de dollars.
Cet engagement de la ville n’est pas de l’argent sonnant et trébuchant, mais permettra au TfT de garantir un prêt à hauteur de 3 millions de dollars, à condition de démarcher un emprunteur tiers d’ici le 30 septembre prochain. Cette couverture pourrait s’avérer particulièrement utile pour assurer la trésorerie du Théâtre dans ces premiers mois de fonctionnement, le temps de recevoir réellement les financements de ses bailleurs de fonds.
« C’est aussi une garantie pour le constructeur, une assurance pour qu’il puisse croire en ce théâtre et qu’il le réalise », explique au micro d’ONFR la conseillère municipale de Toronto-Danforth, Paula Fletcher, à l’origine de la motion votée jeudi soir.
Appuyée par la conseillère de Don Valley North, Shelley Carroll, cette motion missionne le directeur financier et le trésorier de réaliser toutes les vérifications financières et de conclure tous les accords nécessaires en vue d’une garantie de prêt d’investissement concernant le bâtiment de l’avenue Danforth convoité par le TfT.
C’est dans ce secteur que le théâtre de 200 places prendrait forme, au coeur d’un projet immobilier plus vaste de 14 étages incluant des logements locatifs. C’est d’ailleurs Mme Fletcher qui avait approché le TfT pour qu’il s’y installe, souhaitant voir ici un espace culturel capable de revitaliser le quartier.
Le TfT détient déjà une promesse de financement fédéral de 4,725 millions de dollars – en plus de 305 000 dollars précédemment dédiés aux frais d’architecte –, une somme insuffisante pour le projet évalué à près de 15 millions.
Outre une campagne de levée de fond privée qui devrait débuter à l’automne prochain, le soutien de la province sera donc vital pour la suite du projet. « On a de bons signaux à ce niveau-là », affirme-t-on au TfT, alors qu’une demande vient d’être adressée au ministère des Affaires francophones qui orientera la demande vers les programmes appropriés.
« On est content, réagit Caroline Caire, responsable du développement au TfT. Cette motion adoptée en conseil municipal vient vraiment nous aider pour démarcher une banque avec un garant solide. On est aussi reconnaissant envers la conseillère Fletcher qui l’a défendue. »
Caroline Caire, responsable du développement au TfT. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« C’est un soutien crucial, mesure la conseillère Fletcher, car il s’agissait d’une urgence pour le plus ancien Théâtre francophone hors Québec. C’est une institution très importante. Elle n’a jamais eu de murs durables et je pense que ça va changer. »
Cette avancée intervient après que des membres du Comité consultatif des affaires francophones de la Ville aient demandé un soutien ferme et urgent, la semaine dernière, lors de la dernière réunion de l’année présidée par la conseillère municipale Alejandra Bravo, et après la démonstration de solidarité de plus 70 organismes francophones ayant écrit au gouvernement fédéral, duquel le TfT espère toujours un geste additionnel, cette fois via le ministère du Logement et de l’Infrastructure.
TORONTO – Roxane Bruneau, Pierre Lapointe et Yann Perreau seront parmi les têtes d’affiche de la 21e édition de Francophonie en Fête. Dévoilée vendredi soir, la programmation mise sur un équilibre entre artistes reconnus et talents franco-ontariens, tout en faisant une large place à la diversité des cultures francophones. Les festivités s’ouvriront avec deux spectacles au théâtre Glenn Gould les 18 et 19 septembre, avant le retour du festival gratuit au Bentway du 25 au 27 septembre.
Francophonie en Fête a dévoilé ce vendredi soir la programmation de sa 21e édition, qui se déroulera du 18 au 27 septembre à Toronto. Tout en conservant la formule qui a façonné les dernières éditions, les organisateurs y apportent plusieurs nouveautés.
« Oui, il y a une continuité, sauf qu’on a de nouvelles choses cette année », résume Jacques Charrette, le directeur général du festival.
Deux têtes d’affiche québécoises pour ouvrir le bal
Les festivités s’ouvriront les 18 et 19 septembre avec deux spectacles payants présentés au théâtre Glenn Gould, qui remplace exceptionnellement le théâtre Paradise cette année.
Le vendredi, Roxane Bruneau ouvrira le bal. En pleine tournée internationale, l’artiste québécoise poursuit son ascension avec des salles combles au Québec comme en Europe.
Le lendemain, Pierre Lapointe prendra le relais. L’auteur-compositeur-interprète se produira accompagné de son groupe et profitera du célèbre piano Steinway de la salle.
Les pochettes de Submergé, de Roxane Bruneau, et Le fantastique des astres, de Pierre Lapointe, les deux plus récentes œuvres des artistes qui ouvriront la 21e édition de Francophonie en Fête avec des spectacles présentés les 18 et 19 septembre au théâtre Glenn Gould. Photo : captures des sites officiels des artistes
Le changement de salle ne résulte toutefois pas d’un changement de cap. Le théâtre Paradise étant occupé par le Festival international du film de Toronto (TIFF), les organisateurs ont opté pour le Glenn Gould, situé au centre-ville.
« On adore le Paradise Theatre, mais cette année, c’était impossible. Le Glenn Gould est une salle qui a un peu plus de sièges et une acoustique extraordinaire », explique Jacques Charrette.
Yann Perreau, l’invité d’honneur du Bentway
Au Bentway, c’est toutefois Yann Perreau qui fera figure d’invité d’honneur. L’auteur-compositeur-interprète québécois, reconnu pour ses prestations énergiques et son univers mêlant chanson, rock et pop, se produira à deux reprises au cours de la fin de semaine, le samedi soir et le dimanche après-midi. Une présence exceptionnelle qui témoigne de la volonté des organisateurs d’attirer davantage d’artistes établis au sein de la programmation gratuite.
Originaire de la Mauricie, Yann Perreau s’est imposé au fil des deux dernières décennies comme l’une des figures marquantes de la scène musicale québécoise. Récompensé à plusieurs reprises, il est notamment connu pour des albums comme Un serpent sous les fleurs, À genoux dans le désir ou encore Le fantastique des astres, qui lui ont valu une solide réputation autant pour la qualité de ses textes que pour l’énergie de ses spectacles.
« On essaie d’amener des vedettes plus connues qu’avant, qui s’intègrent dans la programmation du Bentway. Yann Perreau est très connu au Québec. C’est un compositeur incroyable qui avait été un petit peu délaissé de la scène depuis quelques années. Il va venir avec un super bon spectacle, ça va être captivant », affirme M. Charrette.
Le Jour des Franco-Ontariens fait son entrée au festival
L’une des principales nouveautés de cette édition est l’intégration du Jour des Franco-Ontariens à la programmation de Francophonie en Fête.
Le vendredi 25 septembre, avant même l’ouverture du site au grand public, près de 200 élèves du secondaire participeront à une matinée d’activités dans l’espace jeunesse du Bentway. Jeux, levée du drapeau franco-ontarien, prestation d’Amadou Kienou et démonstrations de danse gumboots figureront notamment au programme.
« On attend 200 jeunes qui ont déjà réservé. Ils vont venir célébrer le Jour des Franco-Ontariens. Il y a toutes sortes de jeux, la levée du drapeau franco-ontarien, Amadou Kienou va jouer, il va y avoir aussi des gumboots, des danses sud-africaines. Alors plein d’activités pour les jeunes », explique le directeur général du festival.
En plus d’accueillir cette année la célébration du Jour des Franco-Ontariens avec près de 200 élèves attendus, l’espace jeunesse proposera des ateliers, des animations et des activités familiales. Photo : Elsa Planque/Francophonie en Fête
Trois jours pour célébrer la diversité francophone
Au Bentway, la programmation s’étalera ensuite sur trois journées. Le vendredi 25 septembre, après cette matinée réservée aux jeunes, Tali de York et Élizabeth Dorion lanceront les festivités musicales avant une grande soirée dansante orchestrée par le collectif La French.
« La grosse nouveauté de la soirée du 25 septembre, c’est qu’on fait un partenariat avec La French. Les DJ sont de tous les styles, mais ils font de la musique dansante francophone. Il y a des Antillais, des Africains, toutes sortes de mélanges qui plaisent à tout le monde », souligne Jacques Charrette.
Le samedi 26 septembre offrira un véritable tour d’horizon de la diversité musicale francophone. Les festivaliers pourront notamment entendre Suzanne LeClerk, Akwaba, Suzanne Morra, Dieufaite Charles, Fred Boutin, Fojeba, la Révélation Radio-Canada, Dual-IT et Science Fiction Cumbia, avant les prestations de Yann Perreau, invité d’honneur du festival, puis de Fethy Nadjem pour clôturer la soirée.
Le dimanche 27 septembre, l’ambiance se voudra à la fois festive et familiale. Après les prestations des chorales scolaires, la scène accueillera Anne-Sophie Roy, Noémie & le Friendless Crew, puis une deuxième performance de Yann Perreau, l’un des rares artistes à se produire à deux reprises durant le festival. La clôture mettra ensuite à l’honneur les sonorités folk, rock et métissées avec Cactus Club, Kazdoura et Swamperella.
La nouvelle collaboration avec le collectif La French vise à faire du vendredi soir un grand rendez-vous festif mêlant DJ et musique francophone sous toutes ses formes. Photo : Elsa Planque/Francophonie en Fête
Les organisateurs ont également revu la logistique afin que les tests de son soient effectués avant l’ouverture du site.
« Tous les tests de son ont lieu en matinée. Le turnover sera de cinq à quinze minutes maximum pour les gros groupes. Ce sera une succession de musique qui n’arrêtera pas », promet Jacques Charrette.
Une vitrine de la diversité franco-ontarienne
Au-delà des têtes d’affiche, Jacques Charrette insiste sur ce qui constitue, selon lui, l’identité même de Francophonie en Fête : mettre en valeur les artistes issus de la diversité francophone de l’Ontario.
« Le gros de la programmation, c’est ce qui est représentatif du Grand Toronto et de l’Ontario. On a des Haïtiens, des Antillais, des groupes d’origine africaine. C’est très représentatif de la diversité franco-ontarienne, de toutes les cultures francophones », résume-t-il.
Le festival accueillera également une vingtaine d’exposants, un village communautaire, des artisans, des kiosques de restauration mettant en valeur les cuisines française, québécoise, africaine et antillaise, ainsi que plusieurs activités familiales.
Les kiosques communautaires, les artisans et les espaces de restauration feront une nouvelle fois du Bentway un véritable lieu de rencontre pour les festivaliers tout au long de la fin de semaine. Photo : Elsa Planque/Francophonie en Fête
Comme l’an dernier, les spectacles de Roxane Bruneau et de Pierre Lapointe s’ouvriront avec des prestations d’élèves du secondaire. Après le Conseil scolaire Viamonde en 2025, ce sont cette fois des jeunes du Conseil scolaire catholique MonAvenir qui auront l’occasion de monter sur une scène professionnelle.
« Le public adore parce qu’ils n’ont pas l’occasion, hormis lors de leurs spectacles d’école, de se produire devant le public. C’est une formation extraordinaire pour eux », conclut M. Charrette.
HAWKESBURY – Le Festival multiculturel d’Hawkesbury soufflera les bougies de sa cinquième édition du 26 au 28 juin. Au programme : musique, humour, gastronomie et sport, avec une programmation qui fait la part belle aux artistes francophones tout en ouvrant la scène aux cultures du monde.
Après cinq éditions, les organisateurs du Festival multiculturel d’Hawkesbury estiment avoir franchi une nouvelle étape.
« Cette année, on s’est vraiment assis avec les associations multiculturelles pour obtenir leurs recommandations d’artistes et organiser la fan zone de soccer. C’est ça, le vivre-ensemble : avancer par petits pas, apprendre à se connaître et à vivre ensemble », explique Ken St-Denis, coordonnateur du festival.
Selon lui, cette collaboration plus étroite avec les communautés, appuyée par la Communauté francophone accueillante, contribue à enrichir la programmation tout en renforçant le sentiment d’appartenance des nouveaux arrivants.
« On les a impliqués dans la promotion, parmi les bénévoles et même dans l’organisation. Cette année, on est vraiment allés beaucoup plus loin dans la collaboration », affirme M. St-Denis, qui espère que cette approche favorisera la participation de ces nouveaux arrivants.
« On veut toucher à des vedettes nationales, principalement issues de la francophonie, tout en conservant un volet anglophone », poursuit-il.
Révélée au grand public à Star Académie, Mélissa Bédard figure parmi les principales têtes d’affiche du Festival multiculturel d’Hawkesbury. Photo : gracieuseté de Catherine Archambault
Le coup d’envoi sera donné vendredi avec trois noms bien connus du public francophone. Révélée à Star Académie en 2012, Mélissa Bédard présentera notamment des chansons de son plus récent album, Ma vérité. Elle partagera la scène avec Ludovick Bourgeois, chanteur qui s’est imposé comme l’une des figures de la pop québécoise après sa victoire à La Voix en 2017.
Le troisième artiste à l’affiche sera Martin Deschamps, qui célèbre près de 30 ans de carrière avec son spectacle Retour aux sources. La Franco-Ontarienne Héloïse Yelle, originaire de Saint-Pascal-Baylon, dans l’Est ontarien, complétera cette première soirée.
Une programmation ouverte sur le monde
« Nous tenons toujours à offrir une vitrine autant aux artistes de la région qu’aux artistes de renommée nationale », souligne Ken St-Denis, coordonnateur des loisirs et du tourisme au sein de la municipalité d’Hawkesbury.
Le samedi, le groupe de percussion Benkadi ouvrira les festivités. Son nom, qui signifie « l’union fait la force » en malinké, reflète bien l’esprit du festival. Fondé en 2011, l’ensemble réunit des artistes originaires de la Guinée, du Sénégal, d’Haïti, du Cameroun, du Burkina Faso, de la France, du Mexique et du Canada.
Le public retrouvera également Zale Seck, artiste sénégalais établi à Hawkesbury, qui transporte les rythmes de Dakar à travers ses mélodies, ainsi que le chanteur haïtien Jean Jean Roosevelt.
La relève locale sera aussi à l’honneur avec le groupe rock YV and Let Die, formé en 2023 par des élèves de l’École secondaire catholique régionale de Hawkesbury.
En soirée, l’humoriste Michel Mpambara, né au Burundi et d’origine rwandaise, présentera son spectacle avant que le Boogie Wonder Band ne fasse danser les festivaliers sur les plus grands succès des années 70.
Le dimanche sera consacré aux Voix du monde, avec des prestations de Mélanie Charrier, Guy Mapoko, Dany Rebel et Manoel Vieira. Le festival a aussi mis en place une fan zone consacrée au soccer, en lien avec la Coupe du monde organisée par la FIFA.
« On veut promouvoir le vivre-ensemble par la culture, la gastronomie et le sport. C’est une approche qui rassemble les gens sous plusieurs formes », résume l’organisateur.
Ken St-Denis, coordonnateur du Festival multiculturel d’Hawkesbury. Photo : gracieuseté
Le Festival multiculturel d’Hawkesbury demeure entièrement gratuit, un choix assumé par les organisateurs : « C’est important de le rappeler. Des festivals gratuits, il n’y en a presque plus dans la région », souligne Ken St-Denis.
L’événement dispose d’un budget d’environ 150 000 $, financé notamment par des partenaires publics et privés.
Les organisateurs souhaitent aussi faire du festival un moteur de revitalisation du centre-ville. La rue principale sera fermée à la circulation afin d’accueillir une vaste zone familiale. Les restaurateurs locaux seront mis en valeur et les Hawks juniors participeront au volet restauration.
« On veut donner une visibilité à nos restaurateurs et faire du centre-ville un véritable lieu de rassemblement pendant le festival », conclut Ken St-Denis.
OTTAWA — La militante Trèva Cousineau, longuement impliquée dans le milieu de l’éducation et le milieu communautaire franco-ontarien, recevra l’Ordre du Canada, la plus haute distinction civile du pays.
La résidente d’Orléans, qui œuvre depuis plus d’un demi-siècle à faire avancer la cause de la francophonie en Ontario, a été nommée pour recevoir cette haute distinction, ainsi qu’une soixantaine d’autres Canadiens, a annoncé vendredi la gouverneure générale du Canada, Louise Arbour.
« Trèva Cousineau est une figure incontournable de la communauté franco-ontarienne. Militante infatigable, elle a œuvré pendant plus de 60 ans à la défense et à la promotion de la francophonie canadienne aux échelles locale, provinciale, nationale et internationale », souligne Rideau Hall au sujet de Mme Cousineau.
« J’étais complètement surprise et vraiment un petit peu estomaquée », raconte Mme Cousineau en entrevue, elle qui a appris en avril dernier qu’elle recevait cet honneur.
Originaire de Timmins, elle s’est rapidement impliquée dans des organisations scolaires, notamment à titre de conseillère scolaire dans le Nord de l’Ontario et de présidente de l’Association française des conseils scolaires de l’Ontario.
Ayant déménagé à Orléans en 1989, elle occupe le poste de directrice générale du Conseil de l’éducation catholique pour les francophones de l’Ontario tout en dirigeant la Fédération nationale des conseils scolaires francophones. Par la suite, elle a assumé la présidence de l’ACFO provinciale pendant un mandat de deux ans, débutant en 1997, en plus d’avoir été sa directrice générale une dizaine d’années plus tard.
Elle a aussi été présidente du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) de 2016 à 2021.
Parmi les autres honneurs qu’elle a reçus, on compte le prix Bernard-Grandmaître (2022) et la Médaille du jubilé de platine de la reine Élisabeth II (2022). À l’automne dernier, un parc a été nommé en son honneur à Orléans.
« J’ai eu de belles reconnaissances. Mon CV, des fois je le regarde et je me dis : est-ce que c’est vraiment à moi, ça? », lance-t-elle avec humour.
« Mais l’Ordre du Canada, c’est quand même, disons, l’apogée. C’est une reconnaissance supérieure », ajoute-t-elle avec fierté dans la voix.
Cette dernière confie ne toujours pas savoir qui a soumis son nom pour cette distinction, même si elle est déjà au courant depuis quelques mois.
« J’imagine qu’il y a quelqu’un, quelque part, qui a reconnu que j’ai donné quand même beaucoup de mon temps. Pas seulement à des organismes bénévoles, mais à des comités du gouvernement, plein de choses que j’ai faites et dont je suis très fière », affirme-t-elle, tenant à remercier au passage les équipes avec lesquelles elle a travaillé au cours des années.
D’autres nominations francophones
Parmi les autres nominations et promotions au sein de l’Ordre du Canada, on compte également un Acadien, Clarence LeBreton. L’historien et ex-fonctionnaire « a fait progresser la préservation culturelle et le développement régional au Nouveau-Brunswick en exerçant son leadership au Village historique acadien, à l’Aquarium du Nouveau-Brunswick et dans plusieurs ministères », indique Rideau Hall.
« Auteur engagé et bâtisseur communautaire, il a renforcé les médias francophones, dirigé des commémorations majeures et, au sein de divers conseils d’administration, s’est consacré au service du public pendant de nombreuses années ».
L’ex-joueuse de soccer canadienne et capitaine de l’équipe nationale pendant plusieurs années, Christine Sinclair, a été promue au sein de l’Ordre à titre de compagne. C’est aussi le cas de l’ancien hockeyeur du Canadien de Montréal, Yvan Cournoyer, qui a évolué pendant plus de 15 ans pour les Glorieux dans les années 1960 et 1970.
Les nouveaux membres seront décorés lors d’une cérémonie à une date ultérieure.
OTTAWA – Figure marquante du théâtre franco-ontarien, Jeanne Sabourin est décédée lundi dernier à Toronto, à l’âge de 95 ans. Comédienne, metteure en scène, administratrice culturelle et première présidente de Théâtre Action, elle laisse derrière elle un héritage qui a façonné diverses institutions culturelles francophones de l’Ontario.
Pour Benoît Roy, directeur général de Théâtre Action, son influence dépasse largement l’organisme qu’elle a contribué à fonder.
« Elle fait partie des personnes qui ont essentiellement bâti les institutions culturelles franco-ontariennes que nous connaissons aujourd’hui », affirme-t-il.
Présente à la rencontre fondatrice de Théâtre Action en 1972, Jeanne Sabourin devient la première présidente de l’organisme lors de sa création officielle, en 1974. Elle occupera cette fonction pendant cinq ans, avant de diriger, de 1980 à 1995, le Bureau franco-ontarien (BFO) du Conseil des arts de l’Ontario.
« On peut vraiment dire, sans exagérer, qu’elle a contribué à construire l’écosystème culturel franco-ontarien », poursuit M. Roy. Il rappelle que deux prix remis par Théâtre Action portent aujourd’hui son nom, un hommage qui lui avait été rendu de son vivant.
Une visionnaire, tombée dans l’oubli
Pour Joël Beddows, professeur au Département de théâtre de l’Université d’Ottawa et spécialiste de l’histoire du théâtre franco-ontarien, Jeanne Sabourin est avant tout l’une des grandes pionnières du milieu.
« Elle a joué un rôle déterminant dans la structuration et la professionnalisation du théâtre franco-ontarien. C’est une femme visionnaire, malheureusement tombée dans l’oubli. Je la considère comme l’équivalent féminin d’André Paiement. »
Joël Beddows, professeur au Département de théâtre de l’Université d’Ottawa. Crédits photos : Rémi Thériault
Avant son passage au Conseil des arts de l’Ontario, elle dirige L’Atelier, première compagnie professionnelle de théâtre francophone à Ottawa, avant même la création du Théâtre de la Corvée, en 1975, devenu plus tard le Théâtre du Trillium.
Elle ouvre également une salle de spectacle dans la capitale et poursuit parallèlement une carrière de comédienne, notamment au Théâtre français de Toronto.
Selon Joël Beddows, son influence s’est aussi fait sentir dans un épisode déterminant de l’histoire du Théâtre français de Toronto.
« Vers 1988-1989, alors que la compagnie traversait une grave crise, c’est Jeanne Sabourin qui a réuni les principaux bailleurs de fonds pour décider de son avenir. Sans elle, il n’y aurait probablement pas de Théâtre français de Toronto aujourd’hui. »
« Jouer le rôle de rassembleur »
Dans une entrevue accordée à la revue Liaison en 1996, au moment de son départ à la retraite du Conseil des arts de l’Ontario, Jeanne Sabourin expliquait sa vision du développement culturel.
« J’ai joué davantage le rôle de rassembleur, c’est-à-dire que j’ai encouragé les artistes à se regrouper entre eux, par discipline, pour se donner les services et développer les expertises dont ils avaient besoin. »
Cette philosophie a contribué à l’émergence de plusieurs organismes artistiques franco-ontariens dans les années 1980.
« Pendant les 15 années où elle a dirigé le Bureau franco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario, elle a encouragé les artistes à se regrouper par discipline afin de se donner eux-mêmes les services dont ils avaient besoin. C’est ce mouvement qui a mené à la création de nombreux organismes artistiques francophones », souligne Benoît Roy.
Jeanne Sabourin se réjouissait également de voir les artistes franco-ontariens gagner en reconnaissance. À la question de savoir ce qui lui avait procuré le plus de satisfaction après plus de 15 ans à la tête du BFO, elle répondait :
« C’est de voir que nos artistes sont maintenant sur la place publique, qu’ils obtiennent la reconnaissance qu’ils méritent par leurs réalisations, leurs tournées, les prix qu’ils remportent. »
Et elle concluait avec modestie : « Si j’ai pu contribuer un peu à ça en soutenant leur démarche artistique, je suis comblée. »
Préserver la mémoire
Pour Benoît Roy, le décès de Mme Sabourin rappelle l’importance de transmettre l’histoire des pionniers du théâtre franco-ontarien.
« Son décès nous rappelle que les fondatrices et les fondateurs du théâtre franco-ontarien nous quittent progressivement. Cela nous donne une responsabilité : non seulement leur rendre hommage, mais aussi raconter leur histoire. »
Benoît Roy, directeur général de Théâtre Action. Photo : Amine Harmach
Joël Beddows partage cette préoccupation. Selon lui, l’apport des femmes à la construction du théâtre franco-ontarien demeure encore largement méconnu. « La première génération de femmes qui a bâti le théâtre franco-ontarien est malheureusement tombée dans l’oubli. Jeanne Sabourin en était une figure centrale. »
Pour Benoît Roy, l’héritage de Jeanne Sabourin se mesure surtout à ce qu’elle a laissé derrière elle. « Elle ne cherchait pas à bâtir une carrière personnelle, mais un milieu capable de lui survivre. Aujourd’hui, c’est à notre tour de poursuivre son œuvre. »
Le directeur général de Théâtre Action indique que l’organisme entend lui rendre hommage lors de la prochaine remise des prix Jeanne-Sabourin, prévue l’an prochain. D’autres initiatives commémoratives pourraient également être annoncées dans les prochains mois afin de souligner la contribution de celle qui a contribué à bâtir le théâtre franco-ontarien.
HEARST – Le 23 juin dernier, l’Université de Hearst s’est vue refuser un terrain pour son projet de résidence étudiante lors d’un conseil municipal. L’établissement en avait fait la demande mais la Ville a préféré le garder pour de futurs projets de logements pour ainés ou encore l’agrandissement d’un centre médical.
L’Université de Hearst recherche un terrain pour abriter son nouveau projet de résidence étudiante à Hearst. L’établissement avait déjà reçu une parcelle de la ville de Hearst située sur la rue Hallé, dans le quartier de Louisbourg.
Cependant, l’Université a vite remarqué des surcoûts dans les plans de construction suggérés par les entreprises mandatées. « On a soumis notre processus d’appel d’offres au début du mois de mai. Puis, en révisant celles reçues, on a réalisé qu’il y avait beaucoup de frais d’infrastructure liés au terrain sur la rue Hallé, assez importants qui augmentaient le budget total du projet », explique Stéphanie Beaulac, la gestionnaire du développement philanthropique de l’université.
Suite à ce constat, l’administration a opté pour un autre site, démarchant ainsi une requête pour un terrain situé au 1317 rue Edward sans dépenses supplémentaires liées au pavage de rue, entre autres.
« On aimerait beaucoup pouvoir offrir des logements abordables pour nos étudiants, donc on explorait l’idée de faire des économies potentielles en changeant de terrain », relate Mme Beaulac.
Néanmoins, la Ville a refusé au motif qu’elle réserverait les lieux pour de futurs projets de logement pour ainés et l’expansion d’un centre médical. Par conséquent, l’établissement recherche d’autres possibilités.
« On explore encore d’autres options et des partenariats potentiels, confie la gestionnaire. On reste avec la rue Hallé à ce moment ici. On y songe encore. »
Une résidence étudiante à but locatif
Ce projet de résidence étudiante a pour but de répondre à la forte demande de logement à Hearst. Il faut savoir qu’à l’exception de quelques chambres situées au campus de Hearst, les options principales de résidence se trouvent à Timmins. « Souvent, nos étudiants qui choisissent Hearst comme leur campus de préférence, on ne peut pas les placer à Hearst simplement à cause (du fait) qu’il n’y a pas de logement disponible. »
À travers ce projet, l’université veut proposer 34 à 36 chambres étudiantes dans des appartements de deux ou trois chambres à coucher, avec certaines d’entre elles réservées pour des étudiants du Collège Boréal.
Surtout, l’université souhaite faire de sa future résidence un projet financièrement viable générant du revenu. « Ce qu’on cherchait, ce n’était pas nécessairement une résidence traditionnelle avec des chambres, des cuisines et des salles de bains partagées, mais plutôt des appartements indépendants de deux ou trois chambres, pour être en capacité de les louer pendant la saison estivale », avance Mme Beaulac.
L’Université de Hearst poursuit donc les planifications liées à ce projet immobilier. « On espère pouvoir accueillir la première cohorte au mois d’août 2027. Il est certain que c’est un délai peut-être ambitieux, surtout qu’on a pris le temps d’appliquer pour changer de terrain. Ça ralentit un peu notre processus. »
CASSELMAN – Le coup d’envoi d’une série de consultations citoyennes en ligne a été donné ce mercredi afin de cartographier l’impact réel des politiques fédérales de retour au bureau sur les communautés rurales de l’Est ontarien. Menée de façon indépendante par le Change Makers Club of Canada (CMC), cette enquête qualitative veut mettre en lumière les impacts qui auraient été occultés par le Conseil du Trésor.
Depuis l’imposition de la formule hybride forçant les fonctionnaires fédéraux à revenir dans les bureaux du centre-ville d’Ottawa, les doléances se multiplient dans les municipalités périurbaines et rurales de la région.
C’est pour documenter scientifiquement ces impacts que le CMC a lancé le projet intitulé « Résilience locale et inclusion : Redéfinir l’équité rurale ».
Née d’une préoccupation partagée au sein des comtés de Prescott et Russell, cette étude indépendante cherche à chiffrer et qualifier ce que le retour au bureau signifie concrètement pour les familles, les commerces et le tissu social de la région.
L’objectif de l’étude du CMC, basée sur la méthode de la conception centrée sur l’humain (design thinking), est précisément de récolter des données neutres et indépendantes pour tester la viabilité de projets de centres régionaux au sein même de Prescott-Russell.
« Le but est de rapprocher l’utilisateur final et le décisionnaire politique », explique le secrétaire général du CMC, Eli Rose.
Le secrétaire général du CMC, Eli Rose, espère mobiliser une centaine de participants au total à travers les différentes étapes de cette étude, un objectif atteint dans une proportion d’un tiers lors du lancement des premières séances de discussion. Photo : Inès Rebei/ONFR
L’étude vise à entendre un large éventail de perspectives, incluant les fonctionnaires, parents, proches aidants et aînés.
« Nous voulons nous concentrer sur le fait de s’assurer que les résidents, les gens affectés, les entreprises, puissent faire entendre leur voix pour que les décideurs politiques en soient conscients », ajoute M. Rose.
Une situation injuste selon la mairesse
C’est la mairesse de Casselman, Geneviève Lajoie, qui a initié ce partenariat en soumettant les inquiétudes de ses citoyens au CMC afin de documenter les impacts de la directive fédérale sur sa région.
L’élue, qui a elle-même voyagé vers la capitale pendant 14 ans, dit savoir à quel point le quotidien des navetteurs est difficile, particulièrement en ce qui a trait aux frais de transport et de stationnement qu’elle qualifie d’extorsion de la part des compagnies privées. « Je trouve cette décision totalement inacceptable », tranche-t-elle.
Au-delà de l’économie, c’est la sécurité même des municipalités et leur vitalité qui préoccupent la mairesse. Plusieurs communautés de Prescott-Russell dépendent de services d’urgence et de pompiers bénévoles.
Or, le fait d’obliger les francophones de la région à faire de longues distances nuit à leur vie de famille et à leur capacité à s’impliquer localement selon cette dernière.
Geneviève Lajoie, mairesse de Casselman, soutient que la démarche menée par le CMC vise à documenter l’impact du retour au bureau sur l’ensemble de la région rurale de Prescott-Russell. Bien qu’elle parraine l’étude, l’élue a choisi de ne pas participer aux séances pour en garantir la neutralité. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Nous avons une composante démographique francophone tellement forte ici. Avoir des francophones qui font des allers-retours [vers Ottawa], cela va définitivement nuire à leur capacité de participer au bénévolat et aux groupes dont ils font partie. Ils n’auront plus cette énergie pour augmenter la vitalité de leur communauté », avertit-elle.
Des pertes de productivité de 10 000 $ par fonctionnaire
Du côté des gens d’affaires, la Chambre de commerce de Hawkesbury et région (CC-HR) – dont le territoire couvre Hawkesbury, Champlain, Hawkesbury-Est et s’étend jusqu’à La Nation – trace des constats financiers particulièrement rigoureux.
Si l’avantage du coût de la vie maintient l’attractivité résidentielle de la région, l’enjeu majeur réside dans le déplacement des habitudes de consommation. Une augmentation des trajets obligatoires vers Ottawa draine une partie des dépenses de semaine vers le centre urbain, au détriment des commerces de proximité.
Le président de la CC-HR, Carl Portelance, a d’ailleurs chiffré les contrecoups logistiques de cette directive pour les navetteurs de l’Est ontarien.
« Pour un fonctionnaire gagnant environ 80 000 $ par année, le retour au bureau représente entre 250 et 300 heures de plus sur la route annuellement. En appliquant une valeur horaire, c’est plus de 10 000 $ en temps non productif, sans compter les 2500 $ en frais de déplacement », calcule M. Portelance.
Le président de la CC-HR, Carl Portelance, rappelle que les impacts réels de la directive fédérale sur l’économie locale restent encore difficiles à chiffrer précisément par manque de données, mais qu’il faudra suivre de près l’effet du temps et des frais de transport sur les travailleurs de la région. Photo : Inès Rebei/ONFR
Cette réalité commence d’ailleurs à soulever des questions sur l’attractivité même de la fonction publique à long terme pour les résidents des milieux ruraux et périurbains.
« Sans remettre en question l’attractivité globale de ces emplois, cet élément vient réduire l’avantage relatif qu’ils représentaient pour les travailleurs établis en région », explique le président de la Chambre de commerce, comparant la situation avec les opportunités locales qui, « bien que parfois légèrement moins rémunérées, n’impliquent pas les mêmes contraintes de déplacement ».
Les suites d’une motion aux CUPR
Devant la situation, les autorités politiques de la région ont choisi de formaliser leurs revendications. Une motion avait d’ailleurs été présentée à la fin mars aux Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) afin de faire pression sur l’appareil fédéral.
Cette résolution officielle exigeait d’Ottawa qu’il explore des solutions de rechange régionales, comme la création de sites satellites ou de pôles de cotravail en dehors des grands centres urbains, tout en tenant compte de la géographie de l’Est ontarien.
À l’échelle locale, cette recherche de solutions spatiales trouve un écho direct à Casselman alors que la municipalité vient de déménager ses services vers la rue Industriel, libérant les locaux de la rue St-Jean qu’elle souhaite désormais mettre en location.
La mairesse Geneviève Lajoie envisage d’ailleurs ces espaces vacants comme une infrastructure potentielle pour matérialiser ces fameux pôles d’accueil. « On a des bureaux ici, à la municipalité. Pourquoi on ne pourrait pas les utiliser comme des hubs pour ces gens-là? », suggère l’élue.
Les services municipaux de Casselman sont officiellement installés au 1, rue Industriel depuis le lundi 20 avril, date de l’ouverture officielle de ce nouvel hôtel de ville. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Si l’objectif est de favoriser une présence accrue au bureau, il pourrait être pertinent d’envisager une répartition plus stratégique des lieux de travail. Le développement de points de services ou de bureaux régionaux pourrait permettre de réduire les déplacements, de soutenir l’économie locale et d’améliorer l’accessibilité des services pour les citoyens de Prescott-Russell », estime de son côté M. Portelance.
Une option que l’étude indépendante du CMC souhaite justement valider sur le terrain, comme le confirme M. Rose : « En même temps, il y a un intérêt de tester, je suppose, le soutien pour des centres de travail régionaux. C’est quelque chose que nous ciblons spécifiquement. »
Un rapport à présenter au Conseil du Trésor
Si le Conseil des comtés unis n’a pas encore émis de directive finale, la motion avait officiellement enclenché une étude commandée à l’administration régionale.
Le personnel des CUPR a ainsi reçu le mandat de produire un rapport détaillé sur les répercussions de ce retour au bureau, notamment sur la rétention de la main-d’œuvre et la stabilité économique de la région.
Ce rapport interne, une fois complété, viendra s’additionner aux données de l’étude indépendante menée par le CMC.
« Je veux que ce soit une étude indépendante. Je ne veux pas que les politiciens biaisent la façon dont c’est perçu, je veux que ce soit très neutre », conclut Geneviève Lajoie. « L’objectif est de présenter ce rapport à la députée fédérale pour qu’elle l’apporte au Conseil du Trésor. Ils doivent se rappeler qu’ils sont redevables envers le public. »
ONFR a sollicité le Secrétariat du Conseil du Trésor afin de savoir si l’impact socioéconomique et linguistique de sa directive sur les municipalités rurales avait été pris en compte, mais ce dernier n’avait pas encore donné suite à nos demandes au moment de publier.
Les citoyens et gens d’affaires souhaitant faire entendre leur perspective de manière anonyme peuvent encore s’inscrire à la prochaine séance de consultation du CMC prévue ce lundi à 18 h 30.
ORILLIA – L’avenir de la statue de Samuel de Champlain, dont le retrait puis la réinstallation ont créé une polémique majeure, n’a pas encore été déterminé. Quatre options sont étudiées par la mairie, dont son rétablissement, son entreposage à long terme ou encore son transfert. Une douzaine de municipalités, principalement au Québec, ont témoigné de l’intérêt pour son acquisition, a confirmé à ONFR le maire d’Orillia, Don McIsaac. Décryptage de ce dossier épineux, avec la position du député fédéral de Simcoe-Nord, Adam Chambers, et du Conseil de la Première Nation des Chippewas de Rama.
Le parc Couchiching Beach Orillia n’arbore plus son monument à l’effigie de Samuel de Champlain, ce symbole fondateur de la francophonie canadienne. La statue est temporairement entreposée depuis le 10 juin dernier.
Son maire, Don McIsaac, nous confirme que, pour le moment, aucune décision n’a été prise concernant la disposition finale de la statue, qui devra faire l’objet d’une décision du conseil municipal.
Quatre options seront à l’examen, détaille-t-il, soit réinstaller la statue sous sa forme originale, réinstaller la statue sous une forme repensée, l’entreposer de façon indéterminée jusqu’à ce qu’une décision soit prise dans le futur, ou opter pour une relocalisation.
« Au cours des derniers jours, j’ai reçu une douzaine de propositions de la part de communautés intéressées souhaitant relocaliser et acquérir la statue, la plupart provenant du Québec », nous a-t-il appris.
Pour celui-ci, c’est la preuve d’un lien fort que beaucoup de gens ressentent à son égard : « Je reconnais la signification profonde de ce monument pour plusieurs, en particulier au sein de la communauté francophone, et j’apprécie la passion exprimée par les résidents et les organisations quant à son avenir. »
S’il considère personnellement qu’il serait pertinent de trouver un moyen de réintégrer la statue, il précise que toute décision finale reviendra au conseil à la suite de discussions plus approfondies et que « toutes les options et les points de vue de la communauté seront soigneusement étudiés ».
Raconter l’histoire oui, « mais de manière juste »
Tandis que la députée provinciale de Simcoe-Nord, Jill Dunlop – dont dépend Orillia – n’a pas souhaité commenter un sujet « de juridiction municipale », son pendant fédéral, Adam Chambers, lui, n’a pas hésité à prendre la parole à notre micro.
La problématique initiale, raconte le député Chambers, c’est la perception de subordination dans laquelle les quatre personnages autochtones sont représentés face à un religieux (un frère récollet de l’ordre des Franciscains), brandissant la croix, le tout surmonté de Champlain sur un large piédestal.
Une perception partagée par de nombreux citoyens depuis le début des discussions en 2021.
La partie basse du monument sujette à polémique. Photo : Mahfrot via Wiki Commons
M. Chambers estime toutefois « malheureux que Champlain doive porter le fardeau de transgressions qui ont eu lieu après lui et qui ne reflètent pas qui il était », rappelant que l’explorateur demeure une figure marquante de notre histoire.
Le député trace d’ailleurs un parallèle avec le monument de Penetanguishene, où Champlain et le chef autochtone sont représentés sur un pied d’égalité, ce qui ne lui a pas valu d’attention négative.
Le monument dans son intégralité. Photo : CC BY-NC-SA 2.0 Bill Badzo via Flickr
Reconnaissant que « les Premières Nations ont été victimes de racisme » lorsque cette polémique a été exposée dans les médias locaux, M. Chambers y voit plutôt l’occasion de revoir la conversation globale et de mettre en valeur les leaders autochtones.
« Mon espoir a toujours été que les parties trouvent un moyen de raconter l’histoire de manière juste. Réinstaller la statue, oui, mais avec l’apport de nos voisins autochtones et des membres de la communauté. Nous devons être prêts à raconter des histoires, même si elles ne nous sont pas flatteuses », soutient-il.
À l’instar du maire, le député fédéral confirme lui aussi avoir reçu des appels de collègues du Québec intéressés par un rapatriement de la structure en bronze.
Enlevée, remise, retirée…
Initialement déboulonnée en 2017 par Parcs Canada pour restauration, la statue de Samuel de Champlain est restée à l’abri des regards pendant plusieurs années. Dès 2018, un premier groupe de travail s’est penché sur l’avenir du monument. Cet effort commun avait alors abouti à un rapport suggérant de réinstaller le bronze sans les figures autochtones d’origine, en y ajoutant des panneaux explicatifs mis à jour.
Le dossier, qui a traîné en longueur, a franchi une étape locale majeure à l’automne 2025 lorsque Parcs Canada a cédé la propriété du monument à la Ville d’Orillia. Un nouveau groupe de travail municipal s’est alors constitué en octobre 2025 pour sceller son avenir. Cette démarche de 17 réunions a toutefois été marquée par de vives tensions politiques, menant au départ de deux conseillers municipaux du comité avant la production du rapport final.
« Au moment de produire le rapport final, les conseillers Durnford et Lauer ont quitté le groupe, me laissant seul. J’ai terminé le rapport, mais ils ont tous deux révisé l’ébauche finale », a précisé le maire d’Orillia, Don McIsaac.
Le document suggérait cette fois de réinstaller le monument de façon repensée : Samuel de Champlain descendu de son piédestal, au même niveau que les figures autochtones, regroupées ensemble, ainsi que le retrait du religieux.
Le 21 mai 2026, la statue est réapparue de manière inattendue sur son socle de béton au parc Couchiching Beach, sans piédestal ni autres figures, visible pendant à peine quelques heures, avant d’être enveloppée et clôturée le jour même.
La statue de Champlain retirée enveloppée dans une bâche. en mai 2026 dernier. Photo : gracieuseté de Don McIsaac, maire d’Orillia
Le monument a finalement fait l’objet d’une session extraordinaire du conseil municipal qualifiée de particulièrement houleuse.
Le 29 mai, les élus ont voté à 6 contre 3 pour le retrait complet des structures, menant à leur déplacement vers un autre lieu d’entreposage secret le 10 juin dernier.
Un problème de fond au-delà de la statue de Champlain
Via une communication officielle qui nous a été envoyée, attribuée au chef Ted Williams et au conseil de la Première Nation des Chippewas de Rama, ceux-ci dénoncent le fait que la statue ait été ramenée au parc le 21 mai sans qu’ils en soient informés. Selon leurs dires, même les services municipaux d’Orillia (parcs, urbanisme) ont été pris de court.
« Bien que le monument soit désormais retiré du parc, les événements entourant son retour et son retrait subséquent ont mis en lumière des préoccupations majeures concernant le processus, la communication et la relation entre la Ville d’Orillia et la Première Nation de Rama. »
La Première Nation pointe du doigt la Ville d’Orillia, estimant que le travail de réconciliation repose trop souvent sur leurs seules épaules, mais ajoute que le « travail émotionnel de guérison coloniale et raciale relève également de la responsabilité personnelle de chaque citoyen ».
Rama cible directement le média local Orillia Matters comme moteur de la débâcle qui a suivi pour son manque de modération dans des commentaires qu’elle juge « inappropriés, inacceptables et ne servant qu’à inviter au conflit, perpétuant le racisme et la haine. Des commentaires similaires circulant sur les médias sociaux ont également été profondément préjudiciables pour les membres de notre communauté et ont contribué à la division et à l’hostilité entourant ce dossier. »
« La Première Nation de Rama s’attend à un engagement significatif, à une communication ouverte et au respect des relations et des processus établis »
Si le Chef et le conseil reconnaissent et comprennent la colère et la blessure que de nombreux membres de leur communauté ont ressenties tout au long de ce processus, ceux-ci prennent officiellement leurs distances face aux actes de vandalisme commis sur la propriété.
Il y est également précisé que la communauté ne souhaite pas rouvrir ces discussions ni revivre les expériences qui les accompagnaient, ajoutant que la réconciliation exige une transparence et un engagement sincère envers un dialogue respectueux, « en particulier lorsque les décisions ont un impact direct sur les communautés autochtones ».
« Alors que ce dossier suit son cours, la Première Nation de Rama s’attend à un engagement significatif, à une communication ouverte et au respect des relations et des processus établis. Nous demeurons engagés à œuvrer en vue d’une relation fondée sur le respect mutuel, l’honnêteté et la réconciliation en action », conclut le conseil.
Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici
Dans cet épisode, on part à la rencontre d’Élisabeth Arbaud, une femme inspirante qui plonge tête première dans les nouvelles aventures.
Originaire de France, Élisabeth a le goût du défi. Avant de s’installer au Canada, elle a vécu 20 ans en Angleterre, où elle a mené de front la gestion d’une résidence pour aînés et l’arrivée de son fils. C’est finalement à Chute-à-Blondeau, dans l’Est ontarien, qu’elle a choisi de poser ses valises. Avec beaucoup de franchise, elle nous raconte la réalité de l’expatriation : le défi de tout quitter, de rebâtir sa vie et de recréer ses repères à zéro.
Mais Élisabeth a le don de rassembler. En peu de temps, elle a ouvert son propre café, devenu le cœur et le point de rassemblement du village. Une discussion touchante sur la réinvention de soi et l’art de tisser des liens, un café à la fois.
Après de nombreux reports et alors que les tests finaux restent encore à réaliser, nous avons demandé aux résidents quel impact le prolongement du train léger (O-Train) vers Orléans, dans l’est d’Ottawa, aura sur leur quotidien et sur le quartier. À terme, ce sont 12,5 km de voies et cinq nouvelles stations (Montréal, Jeanne-d’Arc, Convent Glen, Place d’Orléans, Trim) qui desserviront ces usagers avec des circuits d’autobus réorganisés et cadencés pour se connecter directement au nouveau réseau.
OTTAWA – Le Conseil municipal d’Ottawa a adopté à l’unanimité une motion demandant au gouvernement fédéral et à la société d’État Alto de revoir en profondeur la méthode et la transparence de leurs consultations concernant le futur train à grande vitesse (TGV) reliant Québec à Toronto. Si l’importance stratégique du projet est globalement reconnue, les élus exigent que la municipalité et ses résidents ruraux soient traités comme des partenaires à part entière, et non mis devant le fait accompli.
La conseillère Catherine Kitts, qui représente le quartier d’Orléans-Sud-Navan, une circonscription de l’est de la ville à forte composante rurale, est l’instigatrice de la motion et a martelé l’importance pour le conseil de faire front commun.
« Les résidents voient des drones circuler au-dessus de leur propriété. On leur demande d’accéder à leurs terres, et on leur fournit très peu d’informations. Ils sont préoccupés, le niveau d’anxiété est élevé […]. Qu’est-ce que cela aura comme incidence pour leur communauté? »
Reprenant une partie de l’intitulé de la motion, celle-ci a poursuivi : « Alors qu’ils évaluent les tracés potentiels, nous nous opposons à la perte de terres agricoles. L’expropriation ne devrait être qu’un dernier recours. J’aimerais que nous puissions nous exprimer au nom des communautés qui sont de plus en plus inquiètes des retombées de ce grand projet. »
La conseillère Isabelle Skalski, élue de Osgoode, une vaste région agricole et rurale du sud d’Ottawa, a attiré l’attention sur l’effet de rupture qu’un tel aménagement pourrait provoquer au sein des collectivités.
« Nos deux communautés sont dans le couloir envisagé par Alto. Ce n’est pas une voie ferroviaire, c’est une barrière. Cet obstacle pourrait traverser notre ville et modifier notre communauté. L’infrastructure devrait servir de lien et non pas bloquer le chemin. »
Beaucoup de questions sans réponses
Cette inquiétude est amplifiée par un sentiment d’opacité entourant les démarches de la société d’État. Plusieurs élus rapportent que les séances d’information menées jusqu’à présent n’ont pas permis de répondre aux questions fondamentales des propriétaires fonciers.
« J’ai participé à l’une des séances tenues l’hiver dernier avec Alto. Ce n’était pas une consultation; c’était une séance d’information. Ils n’ont pas répondu aux grandes questions […]. Les gens ne se sentent pas entendus. »
« Je reçois tellement d’appels et de demandes de renseignements. Je n’ai aucune réponse à fournir. […] Personne n’est au courant, je n’arrive pas à leur donner plus d’informations. Il faut qu’il y ait plus de transparence », s’est plainte la conseillère du quartier d’Alta Vista, Marty Carr.
Et de continuer : « Avant les consultations de l’an passé, le PDG d’Alto avait déclaré qu’il y aurait probablement une station dans mon quartier et qu’ils avaient besoin de 600 mètres pour une station. Il y a des terres fédérales sur Tremblay mais elles ne font que 500 mètres de large. Puis on me dit qu’il n’y aura pas de décision avant les élections municipales. Si vous savez qu’une station sera bientôt choisie, ça serait bien de pouvoir informer nos résidents. »
Nuances et débats sur le rôle de la municipalité
Si l’ensemble du Conseil s’est rallié derrière la motion pour réclamer plus de clarté, les discussions ont mis en relief certaines nuances quant à l’attitude à adopter face à un projet d’infrastructure de compétence fédérale.
Le conseiller Jeff Leiper, représentant le quartier central et urbain de Kitchissippi, et candidat à la mairie, a invité ses collègues à faire preuve de réalisme politique et technique, soulignant que la Ville ne peut simplement pas exiger un évitement total des propriétés privées.
« Nous devons faire preuve de prudence […]. C’est comme si on demandait à Alto d’être autre chose que son mandat. C’est une entité fédérale qui va de l’avant avec un projet ferroviaire d’importance. »
D’autres conseillers ont insisté sur le fait que la recherche de garanties ne doit pas paralyser le projet de transport lui-même. La conseillère Stéphanie Plante, représentante de Rideau-Vanier, a résumé cette tension entre la nécessité d’avancer et le besoin de valider les impacts, en traçant un parallèle direct avec la gestion de l’avenue King Edward par le gouvernement fédéral, pour illustrer les risques de l’enlisement administratif.
« Nous ne voulons pas qu’il y ait trop de consultations, trop d’études. Nous attendons des réponses depuis très longtemps. Et maintenant c’est comme si un bulldozer passait en plein milieu de nos communautés. […] J’appuie le projet, mais je ne veux pas que l’on dépense trop, qu’on passe trop de temps avec des études, des consultations car il n’y aura pas de résultats.. »
L’impact économique à long terme en question
Au-delà des tracés, les élus ont également débattu de la portée économique réelle du projet pour la région de la capitale nationale.
Le conseiller Matthew Luloff, représentant Orléans-Est-Cumberland, à l’extrême Est de la ville, a porté un regard critique sur les promesses de retombées économiques souvent associées à ces mégaprojets.
« Les gouvernements ont l’habitude, pour les grands projets d’infrastructure, de dire que les retombées sont garanties. Ce n’est pas vrai. Les retombées économiques ne sont pas garanties, le coût non plus […]. Toute personne qui a dirigé un grand projet d’infrastructure pourra vous dire que le coût est toujours accru. »
Le conseiller Shawn Menard, représentant de Capitale, une circonscription densément peuplée du centre-ville, a quant à lui rappelé que le projet s’inscrit dans une vision nationale du transport qui dépasse les frontières municipales, tout en insistant sur le fait que l’adhésion publique est indispensable.
« Je suis tout à fait d’accord avec l’ajout du TGV dans notre pays, dans notre ville […] mais j’espère vraiment que le projet peut se concrétiser de la bonne façon, après avoir sérieusement consulté la population concernée. »
Les exigences formulées à l’endroit d’Alto
« On a tous saisi l’importance économique, mais en même temps, le projet doit être exécuté d’une façon respectueuse à l’endroit des résidents de milieu rural qui verront leur propriété divisée. […] Je ne pense pas qu’Alto sera surprise de cette motion », a conclu de son côté le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, lequel a, d’ailleurs, secondé la proposition de Mme Kitts.
Par l’adoption de cette motion, le Conseil municipal d’Ottawa demande à son personnel de maintenir une position ferme dans ses discussions avec Alto et les représentants fédéraux.
La Ville exige notamment la transparence sur les critères pondérés utilisés pour évaluer les tracés alternatifs, une prise en compte réelle des commentaires des résidents afin qu’ils soient traités comme des partenaires, et l’engagement ferme de traiter l’expropriation comme une mesure exceptionnelle de dernier recours.
À la suite d’un amendement proposé durant les débats, une copie officielle de cette motion sera transmise non seulement à la société Alto et au ministre fédéral des Transports, mais également à l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) et à la Fédération canadienne des municipalités (FCM), afin de mobiliser les réseaux municipaux provinciaux et nationaux autour des réalités d’Ottawa.
TORONTO – Établis depuis déjà plusieurs années, les kiosques d’accueil en français à l’aéroport Pearson mis en place par le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) offrent des services d’aiguillage aux nouveaux arrivants. Même si les francophones constituent toujours la clientèle la plus importante, leur rétention au sein de la communauté demeure un enjeu de taille.
Entre 2025 et 2026, le CFGT a accueilli 8718 francophones, un chiffre en hausse de 4,3 % par rapport à la période précédente. Le Cameroun demeure le principal pays de provenance et Ottawa la principale destination finale.
Meryem Taleb, qui dirige les services d’immigration, d’emploi et de logement au CFGT, constate que les profils des nouveaux arrivants sont de plus en plus qualifiés, mieux informés et donc plus autonomes, nécessitant principalement un aiguillage ponctuel. La directrice affirme également que le nouveau service de préarrivée améliore nettement la gestion des attentes.
Entre 2025 et 2026, le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) a accueilli 8718 francophones. Photo : Gracieuseté du CFGT
Le Centre a également ajouté une nouvelle activité de connexion, considérée comme un levier important d’intégration sociale. Celle-ci vise à aider les nouveaux arrivants à se constituer un réseau au Canada et à trouver une institution ou une personne pouvant jouer un rôle de mentor auprès d’eux.
Depuis cette année, le CFGT offre des services destinés aux populations et aux clients les plus vulnérables nécessitant un accompagnement approfondi, tandis qu’un programme de navigation en santé et en bien-être a également vu le jour.
Des difficultés persistantes de rétention
Même si Mme Taleb se réjouit de l’augmentation du nombre de nouveaux arrivants francophones, dans les points de service du CFGT à travers le Grand Toronto ainsi que chez ses partenaires partout au Canada, l’enjeu est plus que jamais de les garder dans la francophonie, particulièrement dans les milieux anglophones tels qu’à Toronto où le risque de perte progressive du lien à la communauté et à la vie en français est accru.
« On récupère, puis on transfère leurs informations afin de les référer vers les agences francophones d’établissement dans leur destination », relate la directrice, qui veille à ce que ses clients puissent amorcer un processus d’intégration guidé et avec l’appui nécessaire.
Depuis cinq ans, Meryem Taleb dirige les services d’immigration, d’emploi et de logement au CFGT. Photo : compte LinkedIn du CFGT
Et d’ajouter : « De nouveaux moyens sont déployés, notamment avec le Programme d’intégration dans les écoles francophones (PIDEF) où on fait des interventions au niveau des écoles francophones pour l’intégration des élèves dans les écoles. »
Objectif : 12 % d’arrivées francophones
L’objectif fixé pour cette année a été atteint et l’organisme vise désormais 12 % d’arrivées de francophones. En plus des nouveaux arrivants, le service s’adresse aux étudiants internationaux, qui bénéficient d’un volet spécifique destiné aux francophones en situation minoritaire : une initiative qui pourrait favoriser la rétention.
La ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, l’honorable Lena Metlege Diab (au milieu) en visite aux kiosques d’accueil en français du CFGT à l’aéroport Pearson. Source : compte Facebook du CFGT
Une récente visite de la ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Lena Metlege Diab, a permis d’échanger avec le Centre sur d’éventuelles améliorations en faveur d’un accompagnement plus inclusif.
Mandatés par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), les services d’accueil ont été élargis, il y a deux ans, aux nouveaux arrivants anglophones. Et il s’avère qu’au sein de ce groupe, 19 % des personnes ont pu être identifiées comme francophones par le CFGT.
Pour le moment, cette aide reste limitée aux résidents permanents, bien que les résidents temporaires expriment également un besoin en ce sens.
« L’accueil et l’aiguillage à Pearson demeurent le premier point de contact pour les nouveaux arrivants dans l’une des principales portes d’entrée des immigrants francophones au Canada et constituent un relais important vers les services d’établissement partout au pays », conclut Mme Taleb.
PICKERING – Le résultat importait finalement assez peu. Le score de 3-0 pour le Brésil, la deuxième défaite en deux matchs de la sélection haïtienne à la Coupe du monde, n’a pas empêché une centaine de membres de la communauté de célébrer ensemble, vendredi soir dernier, à Pickering. Pour beaucoup, cette qualification historique représente bien davantage qu’un simple tournoi de soccer : elle est devenue un prétexte pour se retrouver, transmettre une culture et raviver un sentiment d’appartenance parfois difficile à entretenir dans une diaspora dispersée à travers la région du Grand Toronto.
Réunis au Galaxy Event Space à l’initiative de membres de la communauté haïtienne du Grand Toronto, les participants ont vécu une soirée où le soccer n’était qu’une partie de l’expérience.
Avant même le coup d’envoi du match entre Haïti et le Brésil, ils ont assisté à la projection du premier épisode Haïti : Au-delà du jeu. Ce documentaire, produit par TFO, qui retrace l’histoire du soccer haïtien, a donné lieu à une discussion avec sa créatrice, Noémie Ferron, ancienne joueuse de l’équipe nationale féminine d’Haïti.
Au fil de la soirée, une même idée revenait constamment : la Coupe du monde agit comme un puissant moteur de rassemblement pour une communauté souvent dispersée dans la grande région torontoise.
Une communauté qui se retrouve enfin
Pour Websder Corneille, la soirée représentait avant tout une occasion de renouer avec la communauté.
« Pour nous, c’est une fête collective. Quand il y a un moment de réjouissance ou de célébration, on se met ensemble pour célébrer. Ce n’est pas la question de gagner ou de perdre », explique-t-il.
Selon lui, la qualification historique d’Haïti à la Coupe du monde, une première depuis 1974, a créé un élan qui dépasse largement le cadre du sport.
« C’est historique. On sent un réveil haïtien, que ce soit dans la diaspora ou en Haïti. Il y a une unité qui s’est formée autour de cette équipe. Même des gens qui ne suivent pas habituellement le soccer se mobilisent parce qu’Haïti est à la Coupe du monde. »
Websder Corneille a parcouru près d’une heure depuis le centre-ville de Toronto pour participer au rassemblement. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Plusieurs participants soulignent que ce type de rassemblement demeure relativement rare dans la région du Grand Toronto, où les membres de la communauté vivent souvent loin les uns des autres.
« On ne connaît pas tous les Haïtiens qui sont ici. J’étais moi-même surpris de voir autant de gens à cet événement, raconte Carl-Edwin Michel. Le foot, c’est une excuse pour se rassembler. »
Pour lui, cette soirée pourrait même servir de point de départ à d’autres initiatives.
« J’ai parlé à plusieurs personnes ce soir et tout le monde disait qu’on devrait avoir davantage d’événements comme celui-là. Pas seulement pour les Haïtiens, mais aussi pour les gens qui veulent découvrir notre communauté. Je pense que cet événement va faire des petits. »
Un constat partagé par Lionel Perron, qui voit dans cette qualification un symbole d’espoir pour Haïti.
« Je vois ça comme une renaissance d’Haïti. C’est un pays qui a traversé beaucoup d’épreuves. Cette participation à la Coupe du monde, c’est comme les premières pousses vertes qu’on voit sortir de la terre au printemps. »
Transmettre la culture aux nouvelles générations
Au-delà du soccer, plusieurs parents présents ont insisté sur l’importance de profiter de ces moments pour transmettre leur héritage culturel à leurs enfants nés au Canada.
Carl-Edwin Michel, lui-même enfant de la diaspora haïtienne, avait d’ailleurs fait le déplacement avec sa famille.
« Mon fils me disait tout à l’heure qu’il voulait un chandail d’Haïti. C’est une belle opportunité de partager cet amour du soccer avec les enfants, mais aussi de leur faire connaître davantage la communauté », raconte-t-il.
Carl-Edwin Michel (au premier plan à droite) assiste à la soirée avec son fils. Pour cet haïtien né au Canada, la Coupe du monde représente une occasion privilégiée de transmettre la culture et l’identité haïtiennes à la nouvelle génération. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Cette transmission demande toutefois des efforts supplémentaires en Ontario, où la communauté est moins concentrée qu’au Québec.
« Il s’agit de les amener à des événements comme celui-ci, de participer aux fêtes familiales, de leur montrer des vidéos, de leur faire découvrir la culture et la nourriture haïtiennes. À Toronto, ça demande davantage d’efforts qu’à Montréal, mais c’est important qu’ils comprennent aussi qu’ils sont haïtiens », affirme-t-il.
Pour plusieurs familles présentes, la Coupe du monde est ainsi devenue un outil de transmission culturelle autant qu’un événement sportif.
Une série TFO pour raconter l’histoire haïtienne
Avant le match, la projection de la série documentaire de Noémie Ferron a permis aux participants de découvrir ou redécouvrir certaines pages méconnues de l’histoire du soccer haïtien.
Ancienne internationale haïtienne, la réalisatrice a expliqué que le projet cherchait autant à raconter un parcours sportif qu’à mettre en lumière la résilience d’un peuple et le rôle essentiel de sa diaspora.
« Je pense que c’est une grâce d’être capable d’être un peu partout dans le monde. C’est quelque chose qui nous différencie, mais on partage tous une même culture », a-t-elle expliqué.
Selon elle, cette réalité explique en partie le succès récent de la sélection nationale.
« En 2021, la majorité de l’équipe évoluait à l’extérieur du pays et pourtant elle a réussi à se qualifier. Il y a très peu de pays qui fonctionnent de cette façon. »
Avant la diffusion du match, Noémie Ferron a présenté sa série documentaire qui donne notamment la parole aux joueurs de l’épopée de 1974 et à la nouvelle génération qui a ramené Haïti sur la scène mondiale 52 ans plus tard. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Noémie Ferron rappelle également que le soccer occupe une place unique dans la société haïtienne.
« C’est presque une religion. C’est le seul sujet capable de réunir tout le monde autour d’un objectif commun. Peu importe les divisions ou les difficultés, quand il est question de l’équipe nationale, tout le monde se rassemble derrière elle. »
Pour plusieurs participants, la série a aussi permis de mieux comprendre les liens entre les générations, en donnant la parole aux joueurs de l’équipe de 1974 tout en racontant le parcours de la relève.
La fête plus forte que le résultat
Quelques heures plus tard, le Brésil confirmait son statut de favori en s’imposant 3-0 face à Haïti.
Pourtant, lorsque l’arbitre a sifflé la fin de la rencontre, l’ambiance est demeurée festive. La musique a rapidement repris ses droits, les discussions se sont prolongées autour des tables et plusieurs participants sont restés sur place longtemps après le match.
Avec deux défaites en autant de matchs, Haïti est devenue la première nation officiellement éliminée de la Coupe du monde 2026. Une réalité qui n’a toutefois pas entamé l’enthousiasme des personnes réunies à Pickering. Plusieurs donnaient déjà rendez-vous à leurs proches pour le troisième et dernier match de la phase de groupes, ce jeudi 25 juin à 18h, contre le Maroc.
NORTH BAY – Les Compagnons des francs loisirs étudient la possibilité de créer un espace communautaire francophone permanent dans la région. Ce projet de bâtiment s’inscrit dans un contexte de forte croissance pour l’organisme, accentué par l’apport de l’immigration francophone dans la région du Nipissing.
Les Compagnons des francs loisirs, principal organisme et diffuseur culturel de la communauté francophone de North Bay, n’ont jamais abandonné d’offrir un lieu de rassemblement permanent à la communauté, et d’en redevenir propriétaires, depuis la vente de leur édifice historique en 2020.
Un objectif qui prend concrètement forme grâce à une enveloppe de 73 450 $ octroyée par Patrimoine canadien pour l’exercice 2025-2026. Cet appui financier, approuvé le 16 janvier dernier, est accordé dans le cadre du programme Développement des communautés de langue officielle, sous le volet Projets d’infrastructure (Fonds pour les espaces communautaires).
Ces fonds sont spécifiquement alloués à la réalisation d’une étude de faisabilité pour un futur bâtiment communautaire au sein de cette municipalité abritant 10,9 % de personnes ayant le français comme première langue officielle parlée.
La phase de consultation auprès des partenaires, des entreprises francophones et des membres du conseil d’administration vient de se terminer. La firme spécialisée PGF analyse actuellement les données en vue de produire un rapport d’ici la fin de l’été.
Le conseil d’administration devra ensuite statuer sur les recommandations : la question de l’ouverture et de l’emplacement d’un éventuel centre restera à déterminer si le besoin est établi.
Les Compagnons des francs loisirs ont emménagé récemment dans un local au centre-ville qu’ils partagent avec les services d’établissement du Collège Boréal. Photo : Inès Rebei/ONFR
Croissance du personnel et des besoins
Cette recherche d’espace s’inscrit dans un contexte de croissance pour l’organisme. En quelques années, l’équipe des Compagnons des francs loisirs est passée d’une seule employée à une équipe de six salariés. Ce développement a contraint l’organisme à déménager dans des locaux plus grands, partagés avec les services d’établissement du Collège Boréal.
« On pensait que le moment était propice pour faire au moins une étude de faisabilité et voir si on pouvait avoir un espace rassembleur pour la francophonie à North Bay. En ce moment, on est locataire, mais on avait besoin d’espace parce qu’on débordait là où on était avant », indique la présidente du conseil d’administration, Nathalie Drolet.
L’expansion des activités touche également les municipalités environnantes. « Nos célébrations ont une plus grande portée. On offre maintenant des activités dans les villes et les villages avoisinants, ce qui amène une plus grande participation et une meilleure visibilité », ajoute Mme Drolet.
Nathalie Drolet, présidente du conseil d’administration des Compagnons des francs loisirs de North Bay. Photo : gracieuseté de Nathalie Drolet
Selon la présidente, ce dynamisme est en grande partie lié à l’arrivée de nouveaux résidents francophones dans la région du Nipissing.
« Je dirais qu’un des facteurs qui a contribué à ça, c’est vraiment l’immigration récente, nos nouveaux arrivants qui arrivent ici qui sont francophones et qui cherchent à contribuer et à participer à toutes les activités francophones qu’on offre. Cela a redonné un nouveau souffle », explique-t-elle.
Mise à jour du monument au Waterfront
Ce dossier immobilier fait suite à un autre jalon important pour la visibilité de la communauté, qui a récemment obtenu la levée permanente du drapeau franco-ontarien à l’hôtel de ville de North Bay.
En parallèle, Les Compagnons travaillent à la mise à jour du monument francophone, une plaque située sur la promenade du Waterfront, à proximité du lac Nipissing.
Mme Drolet précise que la structure existante demeure inchangée : « L’intention est toujours de le laisser là, c’est juste qu’on voulait l’actualiser. Le monument n’est pas disparu, on est tout simplement en train de mettre à jour l’information qu’il y a dessus. »
Le conseil d’administration gère également une période de transition administrative avec l’embauche du nouveau directeur, Yaye Peukassa, pour porter ces différents dossiers, lequel entrera en fonction le 29 juin prochain.
La commissaire aux langues officielles Kelly Burke lance une enquête sur la décision du Collège militaire royal de Kingston (CMR) de faire de l’anglais la langue de travail principale au sein de l’institution.
Sept plaintes ont été déposées après que le Collège est passé d’une entité administrative bilingue à une entité unilingue anglaise, en vertu d’une mise à jour de la politique sur les langues officielles à la Défense nationale. Le Commissariat aux langues officielles (CLO) a confirmé la semaine dernière qu’une enquête avait été ouverte. Les auteurs des plaintes ont aussi été officiellement informés de cette démarche.
« L’enquête tiendra compte, entre autres, de la partie VII et de l’esprit de la Loi sur les langues officielles (la Loi) », indique le CLO dans un message aux différents plaignants.
L’établissement militaire avait communiqué ce changement à la communauté en mai dernier. Dans une réponse écrite, le ministère de la Défense nationale, dont relève le CMR de Kingston, nous a indiqués être au courant de l’enquête que mène le CLO.
« Nous respectons le droit de toute personne de soulever des préoccupations auprès du Commissariat, et reconnaissons l’importance du processus de plainte dans la protection des droits linguistiques. Nous collaborerons pleinement avec le Commissariat dans le cadre de son enquête », a déclaré Cheryl Forrest, du bureau des relations avec les médias de la Défense nationale.
Cette décision faisait suite à celle du Conseil du Trésor de classifier Kingston comme une région unilingue anglophone pour la langue de travail, mettant ainsi le français de côté au sein de l’administration.
« L’administration interne, les réunions du personnel et les services centraux sont menés principalement en anglais », avait indiqué Pascal Godbout, en précisant que « l’utilisation des deux langues officielles dans les réunions et les communications internes est encouragée lorsque la situation opérationnelle le permet ».
« Toutefois, l’information essentielle doit être disponible en anglais », décrivait le commandant.
Pas d’impact sur l’instruction
Le CMR de Kingston constitue, avec le CMR Saint-Jean au Québec, l’une des deux seules institutions universitaires fédérales du pays. En raison de ce statut, ces établissements sont assujettis aux politiques du ministère de la Défense nationale ainsi qu’aux obligations linguistiques prévues par la Loi sur les langues officielles. Le Collège propose une vingtaine de programmes à ses quelque 1200 étudiants, lesquels obtiennent, au terme de leur parcours, un brevet d’officier des Forces armées canadiennes en plus d’un diplôme universitaire de premier cycle.
La directive assurait que la nouvelle politique n’aurait pas d’impact sur l’instruction en français et en anglais, alors que « le Collège maintiendra la capacité bilingue nécessaire pour respecter cette obligation ».
Il en va de même pour le public, qui n’est pas affecté par cette transition vers l’unilinguisme anglais, assure le CMR. En effet, l’abolition de l’obligation d’offrir des services internes bilingues ne concerne que les employés de l’institution.
Cette obligation concerne notamment les ressources humaines, les finances, l’administration universitaire, les technologies de l’information, ainsi que tous les services du personnel tels que la paie et les avantages sociaux.
« C’est quelque chose que vous me révélez, mais c’est une décision [celle du CMR], selon moi, qui n’a pas de sens », avait réagi le ministre de la Défense du Canada, David McGuinty, assurant que « le Collège et le système d’éducation sont des systèmes bilingues au Canada pour les Forces armées canadiennes ».
TORONTO – Le ministre de l’Éducation investira 60 millions de dollars dans une nouvelle plateforme d’apprentissage en ligne, qui donnera aux enseignants accès à des ressources éducatives alignées au curriculum de l’Ontario. Une modernisation pour le gouvernement, tandis que l’opposition officielle dénonce une « commercialisation » de l’éducation au profit d’une multinationale désignée comme fournisseur des ressources unique, et une absence de concertation.
Le ministre de l’Éducation Paul Calandra, qui continue sur sa lancée pour réformer le système scolaire en Ontario, a annoncé ce lundi matin qu’une nouvelle plateforme numérique d’apprentissage à destination des enseignants serait lancée dès septembre prochain.
Le projet, au coût 60 millions de dollars, consiste en une centralisation assez inédite des ressources pédagogiques, de la 1re à la 12e année, via la plateforme privée Edwin de Nelson Education, fournisseur sélectionné après un appel d’offres.
Le personnel enseignant choisira parmi le matériel pour trouver des plans de leçon clés en main ou pour créer leurs propres outils interactifs ou présentations, avec du matériel téléchargeable et imprimable, explique la communication officielle.
« En donnant accès aux enseignants à des ressources de haute qualité alignées sur le curriculum, nous veillons à ce que les élèves apprennent le curriculum de l’Ontario de manière plus cohérente à travers les 72 conseils scolaires », a déclaré Paul Calandra, ministre de l’Éducation.
Ce dernier espère que le personnel enseignant aura davantage la main sur les progrès des élèves pour pallier les défis individuels plus rapidement et que les conseils scolaires et la province auront une image plus claire de la performance des élèves à travers l’Ontario.
Le corps enseignant pris au dépourvu, selon le NPD
Interrogée par ONFR sur cette nouvelle mesure, la députée et critique en Éducation du NPD, Chandra Pasma (Ottawa-Ouest-Nepean) n’en avait pas été informée au préalable.
La députée rapporte normalement recevoir un breffage des ministères lorsqu’un nouveau projet de loi est déposé, mais que rares sont les échanges de ce type avec le ministère de l’Éducation.
« Cela est tombé de nulle part. En discutant avec des enseignants ce matin, il semble que ce soit une surprise totale pour eux aussi, remarque-t-elle. C’est l’une de mes grandes préoccupations : lorsqu’on parle de ce qui se passe en classe et des ressources que les enseignants peuvent utiliser ou souhaitent avoir, cela devrait faire l’objet d’une discussion qui inclut les enseignants. »
Celle-ci déplore également le fait que les enseignants n’aient désormais que deux mois pour se préparer à ces changements avant la rentrée, et en pleine pause estivale.
De son côté pour les francophones, l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) a indiqué que la priorité restait que le personnel enseignant soit bien outillé et accompagné pour répondre aux besoins des élèves francophones.
« Nous déplorons toutefois l’absence de consultation du terrain et des partenaires francophones. Une initiative de cette importance devrait s’appuyer sur l’expertise du personnel enseignant et respecter son jugement professionnel », a regretté l’organisation, qui souhaite suivre ce dossier de près.
Centralisation du matériel pédagogique
Autre inquiétude exprimée par l’opposition officielle à Queen’s Park, celle de la centralisation des ressources via un fournisseur privé unique « imposé » par le gouvernement, alors qu’auparavant il y en avait une liste.
« L’entreprise (Nelson) appartient à trois firmes multinationales de gestion de patrimoine. Nous parlons donc de sociétés qui existent uniquement pour faire de l’argent. Ce sont elles les propriétaires de cette entreprise qui détient désormais un contrat exclusif dans les écoles de l’Ontario. »
« C’est la suite d’une tendance à la centralisation du contrôle par le ministère, qui retire le pouvoir de choisir des enseignants ainsi que leur jugement professionnel », s’indigne Chandra Pasma.
Le communiqué officiel du gouvernement précise que l’équipe de mise en œuvre d’Edwin de Nelson Education collaborera avec les conseils scolaires en vue de fournir du matériel de formation et des séances de démonstration en ligne.
Par ailleurs, le personnel enseignant pourra continuer à utiliser du matériel éducatif complémentaire qui est approuvé par le conseil scolaire.
KINGSTON – L’avenir du futur train à grande vitesse (TGV) Québec-Toronto prend une trajectoire plus précise pour le sud de la province, mais l’incertitude géographique demeure pour l’Est ontarien. En conférence de presse ce lundi à Kingston, le ministre des Transports au fédéral, Steven MacKinnon, et le président-directeur général de la société d’État Alto, Martin Imbleau, ont officialisé la publication du rapport de consultation publique et confirmé l’étude d’un tracé par le sud via Kingston.
Le gouvernement fédéral a officiellement chargé Alto d’évaluer un tracé par le sud pour le segment reliant Ottawa à Toronto, ouvrant ainsi la porte à l’intégration d’une gare à Kingston.
En entrevue avec ONFR, Martin Imbleau explique ce virage par des facteurs purement économiques : « Économiquement, on voit que Kingston représente un potentiel d’utilisation intéressant pour Alto. Sa population, sa démographie, la présence de l’université, l’accroissement du tourisme, tout ça milite en faveur de l’ajout potentiel d’une station. »
Cette décision technique signifie que la société d’État concentrera désormais ses efforts sur le corridor sud au détriment du corridor nord passant par Peterborough, bien que ce dernier ne soit pas formellement rejeté.
Questionné à savoir si ce resserrement autour du corridor sud pourrait faire en sorte que le tracé évite des terres dans l’Est ontarien, M. Imbleau, a précisé que l’option de Kingston concernait la liaison entre Ottawa et Toronto.
Pour le segment reliant Ottawa à Montréal, il rappelle que le travail de relevés environnementaux et géologiques sur le terrain se poursuit afin de déterminer l’emprise finale. Il affirme que l’objectif de cette démarche reste d’« avoir un meilleur tracé qui va minimiser encore davantage les impacts, notamment sur les agriculteurs ».
L’Est ontarien exclu d’une gare supplémentaire
Si l’ajout de Kingston porte à huit le nombre de gares potentielles dans le corridor Québec-Toronto, la porte se ferme définitivement pour l’ajout d’autres arrêts régionaux.
Interrogé sur les demandes répétées venant de résidents de Hawkesbury, reflétées dans ce rapport, pour obtenir une gare intermédiaire, M. Imbleau s’est montré catégorique : « Présentement, il n’y a aucun autre endroit que l’on étudie pour ajouter une station. On est en train de raffiner le tracé, mais il n’y a que Kingston en date d’aujourd’hui qui […] justifierait d’avoir une station supplémentaire. »
Pourtant, les données du rapport de consultation de 142 pages publié aujourd’hui confirment une mobilisation importante dans l’Est ontarien. Les séances de portes ouvertes organisées à Vankleek Hill ont attiré à elles seules 452 participants. C’est un taux de participation supérieur à celui enregistré dans des centres urbains d’envergure comme Laval (245 participants) ou Trois-Rivières (217 participants).
Au total, l’exercice de consultation a été massif, récoltant 324 026 visites uniques sur la plateforme en ligne et mobilisant 324 experts lors de 31 tables rondes thématiques portant sur l’environnement, l’urbanisme et le développement économique.
Le rapport souligne que dans ce corridor central, l’impact sur les terres agricoles (11,9 % des préoccupations au niveau du corridor) et la fragmentation des parcelles et des habitats naturels (15,6 %) figurent parmi les principales craintes exprimées par les répondants ruraux.
Les résidents de Prescott-Russell ont insisté sur la nécessité absolue de préserver l’intégrité des fermes familiales et la continuité de biens régionaux précieux, comme le sentier récréatif Prescott-Russell.
Pas de données sur les refus d’accès
Cette inquiétude généralisée s’est traduite sur le terrain par le refus de plusieurs producteurs agricoles et propriétaires fonciers de Prescott-Russell de laisser Alto accéder à leurs propriétés pour effectuer des études de sol.
Martin Imbleau a reconnu que « certains acceptent, et plusieurs propriétaires ont refusé l’accès », mais a refusé de divulguer des données précises : « Quant au nombre, c’est confidentiel parce que c’est une transaction qui est privée entre un propriétaire foncier et nous ».
Il a toutefois défendu la nécessité de ces démarches, rappelant que les relevés environnementaux et géologiques servent justement à déterminer où passer à l’intérieur du corridor actuel de 10 kilomètres de large afin de « minimiser encore davantage les impacts, notamment sur les agriculteurs ».
Cette optimisation minutieuse du tracé revêt également un enjeu financier de taille pour la société d’État, alors que la gestion budgétaire du projet est scrutée de près par la population.
Selon les résultats du sondage d’Alto : le coût de construction représente la principale source d’impact négatif perçu par le public, récoltant 17 % des réponses, devant les craintes liées à l’altération du paysage (13,4 %) ou aux perturbations durant les travaux (7,4 %).
Concernant l’emplacement de la gare à Ottawa, le document note un fort intérêt des participants pour un site central au centre-ville d’Ottawa, notamment l’ancienne gare Union, bien que des critères opérationnels et de connectivité incitent également à évaluer le maintien de la gare VIA Rail actuelle sur le chemin Tremblay.
« Pas simple, mais on va bien »
Malgré l’intégration de nouvelles études techniques pour inclure Kingston, la direction d’Alto assure que le calendrier de réalisation ne subira aucun compromis, principalement pour des impératifs financiers.
« Chaque année qui est retardée, c’est plus de 3 à 4 milliards de dollars, donc on ne veut pas retarder le projet parce que ce sont des coûts non nécessaires pour le projet. Ce n’est pas simple, mais on va bien », tranche Martin Imbleau.
« Un rapport de consultation démontre trois choses : qu’il faut agir avec beaucoup d’humilité, et de transparence, et aussi qu’il faut être résilient puis garder le calendrier de réalisation pour ne pas le retarder », a-t-il finalement conclu.
Pour les résidents de l’Est ontarien, les réponses purement géographiques viendront à l’automne 2026 : Alto s’est engagée à dévoiler un tracé restreint d’un kilomètre de large pour le segment Montréal-Ottawa, ce qui lancera officiellement une nouvelle phase de consultations publiques.
Les premiers coups de pelle mécaniques pour ce segment central sont attendus vers 2029-2030.
Le Franco-Manitobain Glenn Joyal deviendra juge à la Cour suprême du Canada, a annoncé le premier ministre Mark Carney, ce lundi 22 juin.
Celui qui est actuellement juge en chef de la Cour du Banc du Roi du Manitoba, et ce depuis 2011, doit succéder à Sheilah L. Martin, partie à la retraite le 30 mai dernier.
Dans un communiqué dévoilé ce jour, le premier ministre Mark Carney a soumis la nomination de Glenn Joyal, un juge de l’Ouest qui viendra compléter le banc de neuf juges de la plus haute cour du pays.
« Tout au long de sa carrière, le juge en chef Joyal a montré qu’il possède l’intégrité, l’expérience et le grand sens du discernement que requiert l’exercice de ces fonctions au sein de notre plus haute instance judiciaire. Je suis convaincu qu’il saura s’acquitter avec grande distinction de ce mandat au service des Canadiennes et des Canadiens », a déclaré le premier ministre par communiqué.
Glenn D. Joyal deviendra juge à la Cour suprême du Canada. Crédit image : Gracieuseté Cour du Banc du Roi du Manitoba
Glenn Joyal a notamment été membre de l’Association des juristes d’expression française du Manitoba et, avant sa nomination à la magistrature manitobaine, exerçait principalement dans le domaine du droit pénal et du droit constitutionnel. Il a aussi exercé comme procureur de la Couronne, tant au niveau provincial au Manitoba qu’au fédéral.
« Le juge en chef Joyal a passé plus d’une décennie à la tête de la Cour du Banc du Roi du Manitoba, où il a démontré l’expérience, l’intégrité et le bon jugement que ce rôle exige. efforts qu’il a déployés pour améliorer l’accès à la justice, moderniser les activités des tribunaux et faire progresser la réconciliation témoignent de son engagement profond à l’égard d’une administration équitable de la justice », soutient le ministre de la Justice Sean Fraser.
Prochaine étape : le Franco-Manitobain devra passer devant un comité de la Chambre des communes et du Sénat lors d’une audience spéciale pour y être interrogé. Le premier ministre propose la nomination d’un juge après qu’une liste de noms recommandés a été soumise par le Comité consultatif indépendant sur la nomination des juges de la Cour suprême du Canada.
Fuir la discrimination, reconstruire un réseau social, s’adapter à une nouvelle culture et parfois à une nouvelle langue. Pour les nouveaux arrivants francophones de la communauté 2SLGBTQIA+, l’intégration en Ontario s’accompagne souvent de défis particuliers, surtout lorsqu’elle survient après 55 ans. Les parcours d’Hélène et de Bernard, arrivés à plus de quarante ans d’intervalle, illustrent à la fois les progrès réalisés et les obstacles qui demeurent.
Lorsqu’Hélène est arrivée au Canada en novembre 2024, elle découvrait un monde complètement différent de celui qu’elle avait connu toute sa vie au Cameroun.
À bientôt 65 ans, cette nouvelle arrivante francophone doit apprivoiser bien plus que le froid canadien. Les habitudes sociales, les codes culturels, le rapport au voisinage ou encore l’éducation des enfants lui semblent parfois appartenir à une autre réalité.
« Ici, la vie est douce. On ne crie pas sur les gens. Les gens vivent dans l’harmonie tranquillement. Même avec le voisin, il n’y a pas de problème », raconte-t-elle.
Derrière cette adaptation quotidienne se cache toutefois une histoire beaucoup plus douloureuse.
Au Cameroun, une relation amoureuse avec une autre femme a fini par être révélée après le décès de sa partenaire. Hélène affirme avoir alors été victime de violences de la part de sa famille et de son entourage.
« Quand elle est tombée malade, sa famille lui a demandé de se confesser et de dire tout ce qu’elle avait fait. C’est comme ça qu’ils ont appris pour nous. Après ça, ses frères et ses sœurs m’ont frappée. Le quartier les a aidés. Quand elle est décédée, sa famille est même allée chez mon fils pour me chercher. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je ne pouvais plus retourner là-bas. »
Craignant pour sa sécurité, elle choisit finalement d’entamer une demande d’asile pour partir au Canada. Comme beaucoup de nouveaux arrivants, elle doit aujourd’hui reconstruire sa vie dans un environnement qu’elle connaissait peu avant son arrivée.
« C’était l’inconnu pour moi. C’était la première fois que je quittais l’Afrique. Heureusement, ma fille était là pour me guider. Elle me disait : « Maman, ici, on ne fait pas comme ça. On ne crie pas sur les enfants. On ne dérange pas les voisins. » Petit à petit, j’ai appris à vivre autrement. »
Quarante ans plus tôt
L’histoire de Bernard Kenol présente plusieurs similitudes, malgré les décennies qui les séparent.
Originaire d’Haïti, il est arrivé au Canada en 1981 après que ses parents ont compris que son orientation sexuelle risquait de le placer dans une situation vulnérable dans son pays d’origine. À l’école, il subissait régulièrement de l’intimidation.
« Il y avait des groupes qui m’attendaient à la sortie de l’école et qui essayaient de m’intimider. Ça a duré plusieurs années. J’étais perçu comme un garçon trop efféminé et, dans leur mentalité, ce n’était pas acceptable. Je ne pouvais même pas me tourner vers les adultes pour demander de l’aide parce qu’à l’époque, être homosexuel était perçu comme quelque chose de mal. »
Aujourd’hui enseignant dans une école francophone de Toronto, il mesure le chemin parcouru.
« Quand je suis arrivé ici, j’étais heureux de vivre dans une société plus ouverte et plus égalitaire. Aujourd’hui, je peux vous parler ouvertement de qui je suis. Dans mon pays d’origine, j’étais obligé de vivre dans la discrétion et de garder une partie de moi-même cachée. »
Malgré tout, certaines blessures demeurent. Bernard se souvient encore du choc ressenti lorsqu’il a appris le sort réservé à deux amis restés en Haïti.
« Après avoir quitté le pays, j’ai appris qu’ils avaient été lynchés par la population de leur quartier. C’était deux personnes qui vivaient ensemble, qui s’aimaient. Un groupe est entré chez eux, a pillé leur maison et les a lynchés. C’est une violence injuste et révoltante. Quand une société ne prône pas la tolérance, le respect et les droits humains, la porte est ouverte à tous les excès. »
Le défi de reconstruire sa vie
Pour les personnes 2SLGBTQIA+ qui immigrent à un âge avancé, l’obtention d’un statut ou d’un emploi ne constitue qu’une partie du parcours. Il faut aussi recréer un cercle social, développer un sentiment d’appartenance et trouver sa place dans une nouvelle communauté.
Bernard connaît bien cette réalité. Comme plusieurs immigrants qualifiés, il a dû retourner aux études pour faire reconnaître ses compétences avant de pouvoir s’établir professionnellement en Ontario.
Hélène, arrivée au Canada en 2024, et Normand Babin, membre de la FARFO Fierté Toronto, ont participé à une discussion sur les réalités vécues par les nouveaux arrivants aînés 2SLGBTQIA+ francophones en Ontario. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Mais avec le recul, il estime que l’un des plus grands défis se situait ailleurs.
« Je dirais à un nouvel arrivant d’essayer de construire son réseau. Je sais que ça peut prendre plusieurs années. Le développement de l’amitié est tout aussi important que le reste. C’est une façon de briser l’isolement et de construire son pays d’accueil. »
À Toronto, l’intégration passe également par l’apprentissage de l’anglais.
« J’ai été chanceux de travailler dans un milieu francophone, mais pour quelqu’un qui choisit Toronto ou l’Ontario, développer ses compétences en anglais est important. Sinon, on risque de limiter beaucoup ses possibilités professionnelles et même sociales. »
Une réalité encore trop peu visible
Pour Normand Babin, membre de la FARFO Fierté Toronto, ces défis sont amplifiés par l’âge.
« On a fait une étude avec FrancoQueer sur les besoins des personnes queers francophones de plus de 55 ans en Ontario et c’est toujours la même chose qui revient : l’isolement. Qu’on soit nouvellement arrivé ou qu’on soit né ici, c’est la même réalité. »
Selon lui, plusieurs aînés 2SLGBTQIA+ vivent une forme de vulnérabilité particulière.
« En vieillissant, les gens autour de nous disparaissent, les amitiés s’effritent. Et comme personnes queers, on n’a souvent pas d’enfants ou de structures familiales traditionnelles sur lesquelles s’appuyer. On se retrouve seul. C’est probablement la plus grande peur. »
Même si le Canada est souvent perçu comme une société accueillante, le travail n’est pas terminé, ajoute-t-il.
« Il y a eu des progrès immenses, mais le combat n’est pas terminé. C’est la première fois de ma vie que je vois que certains de nos droits pourraient reculer. Je ne pensais pas vivre ça. Le chemin parcouru n’est jamais garanti. »
Trouver une famille choisie
Face à ces défis, les organismes communautaires jouent un rôle déterminant. Pour Hélène, ils ont permis de mieux comprendre les démarches administratives liées à son installation et à sa demande d’asile. Pour Bernard, ils ont surtout permis de créer des liens durables.
« FrancoQueer me donne autant que moi je peux lui apporter. Les programmes de jumelage, les activités et les rencontres permettent de construire un réseau social et de briser l’isolement. »
Au fil des années, cette communauté est devenue ce que plusieurs appellent une « famille choisie ». Une réalité particulièrement importante pour des personnes qui ont parfois dû quitter leur pays, leur entourage et même une partie de leur identité pour vivre en sécurité.
Pour Normand Babin, le message à retenir est simple.
« Il n’y a pas d’âge pour changer sa vie. Plus on avance en âge, plus c’est difficile de recommencer ailleurs. Ça demande énormément de courage. Mais ces parcours montrent qu’il est toujours possible de bâtir quelque chose de nouveau. »
La défaite de la Côte d’Ivoire face à l’Allemagne (2-1) ce samedi en Coupe du monde de soccer n’a pas terni l’enthousiasme de ses partisans. Venus de partout au pays et même au-delà des frontières, certains s’étaient donné rendez-vous à Milton devant un écran géant, d’autres dans les gradins du Stade de Toronto, lieu du match. Tous croient en leur chance d’aller très loin dans la compétition.
Si plusieurs supporters ivoiriens ont réussi à prendre place dans les gradins du Stade de Toronto, ce samedi, d’autres ont choisi de vivre la rencontre à quelques kilomètres de là.
À l’invitation du Comité national de soutien aux Éléphants, en collaboration avec la Fédération des associations ivoiriennes du Canada, l’Association de la communauté ivoirienne de la région de Toronto (ACIRT) et EYUA Synergy, près de 200 personnes se sont réunies au Milton Community Sports Park pour suivre le match dans une ambiance festive aux couleurs orange, blanc et vert.
David Brou venu du Québec et Thérèse Amankou de la région du Grand Toronto se sont rencontrés lors de l’événement. Photo : Hermane Ligué/ACIRT
La fan zone a attiré des membres de la diaspora venus de plusieurs régions du Canada, notamment du Québec et de l’Alberta, mais aussi quelques visiteurs arrivés des États-Unis, de France et directement de Côte d’Ivoire.
« Nous sommes heureux de retrouver nos frères de Milton, de Toronto et des autres villes venus soutenir notre équipe nationale. C’est une grande fête pour nous », explique David Brou, qui a effectué le déplacement depuis le Québec.
Comme plusieurs personnes présentes, il aurait préféré assister au match au bord du terrain. « C’était la plus grosse déception. On voulait être au stade, mais le coût du billet était vraiment excessif. Mais on est content d’être ici pour faire la fête à l’ivoirienne. »
Pour Mustapha Oudrouz, venu spécialement de Calgary, l’important était avant tout de partager ce moment avec la communauté. « Peu importe les péripéties pour arriver ici jusqu’à Toronto, je suis heureux d’être là, affirme-t-il. Jouer face à l’Allemagne et communier avec toute la population ivoirienne ici présente, entre autres la diaspora ivoirienne, c’est un pur bonheur et un pur plaisir. »
Nana Baba Kwame Betrand, chef du village d’Assinie-France (à gauche), a fait le voyage depuis la Côte d’Ivoire pour se rapprocher de l’équipe nationale présente à Toronto. Photo : Hermane Ligué/ACIRT
Le rassemblement a également accueilli des visiteurs venus directement de Côte d’Ivoire. Parmi eux se trouvait Nana Baba Kwame Betrand, chef du village d’Assinie-France, dans la commune d’Assinie-Mafia. « C’est un grand honneur pour moi d’être ici au Canada avec mes frères et sœurs ivoiriens. Même si on n’est pas au stade, on supporte la Côte d’Ivoire. »
Le découragement n’est pas ivoirien
Habituellement directeur du Réseau de soutien à l’immigration francophone, Alain Dobi avait laissé de côté ses fonctions le temps d’un après-midi pour enfiler son maillot de partisan ivoirien. « L’une de nos préoccupations en tant qu’Ivoiriens, c’est qu’on aime toujours se rassembler. Il faut briser l’isolement. Le sport, évidemment, c’est un rassembleur. »
Thérèse Amankou, présidente des Femmes de Toronto, voyait également dans cette mobilisation un symbole de la solidarité qui unit la communauté ivoirienne. Malgré la défaite face à l’Allemagne, elle refuse de revoir les ambitions à la baisse.
Et de prédire : « On ira jusqu’à la finale! L’Ivoirien est optimiste. Le découragement n’est pas ivoirien. Je ne pense pas qu’on ait déjà eu une équipe aussi bonne que celle-là. Nos jeunes se battent jusqu’à la dernière minute pour aller chercher le ballon et le mettre dans le filet. »
Raissa Fabiola brandit le drapeau ivoirien au pied du Portail des princes, à Toronto. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Pendant ce temps, au Stade de Toronto
À quelques kilomètres de là, dans un stade rempli et largement acquis à la cause allemande, les partisans ivoiriens ont tout de même donné de la voix dans la tribune Est et dans le virage Sud, portés par l’euphorie d’un but d’avance préservé durant une grande partie du match.
Mais dans les 20 dernières minutes, patatras… Un but puis deux pour la Mannschaft, quadruple championne du monde, ont complètement renversé la vapeur. « Ça fait mal, car aurait pu accrocher le match nul », regrette quelque peu Raissa Fabiola, venue du Québec voisin pour soutenir son équipe.
À ses yeux, rien n’est perdu pour la suite, au contraire : le troisième et dernier match de poule contre Curaçao – jeudi prochain à Philadelphie – devrait être une formalité sur la route qui mènera son pays d’origine « en finale! », est-elle persuadée.
Arnaud Diomandé (à droite) a assisté au match en famille. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« La Côte d’Ivoire tenait le bon bout, malheureusement c’est la loi du foot », soupire Arnaud Diomandé au sortir du stade. Celui qui a fait le déplacement depuis le Michigan se montre confiant pour les prochains jours : « L’audace, la fougue et le talent » mèneront loin les triples champions de la Coupe d’Afrique des Nations. « On va sûrement finir deuxième de notre groupe, alors on donne rendez-vous à l’Allemagne dans un prochain round. »
Honorat Guidi pense déjà aux phases éliminatoires : « On aurait pu faire mieux contre l’Allemagne, mais on n’a pas pris sept buts non plus. On est fier de ce qu’on a fait. On continue la compétition et on ira loin, parce qu’après ce match les grandes équipes auront peur de nous. »
Honorat Guidi, Ivoirien installé à New York, s’est joint à la communauté torontoise pour encourager son équipe. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« C’était dur d’être supporter ivoirien aujourd’hui, convient-il. Les Allemands étaient partout autour de nous, mais malgré notre minorité, on a tout donné pour être le plus bruyant possible. On va continuer de pousser les Éléphants. On n’a pas encore tout montré, attendez de voir la suite. »
Originaire de la Première Nation de Dokis dans le Nord de l’Ontario, Connor Lafortune fait vibrer la scène franco-ontarienne depuis 2019. De retour dans sa communauté après un passage marquant de sept ans à Sudbury, le doctorant à l’Université Laurentienne s’engage principalement dans la promotion de la vie — enaadmaget wii-bimadziiyins en langue anishinaabemowin — une approche proactive en santé mentale basée sur des savoirs autochtones. Plus récemment, il a prêté sa plume au Théâtre du Tremplin pour écrire et mettre en scène Maa Ndayaamin Geyaaba (Nous Sommes Encore Ici), une pièce présentée du 10 au 13 juin à Ottawa.
« Comment votre vocation pour les arts est-elle née?
J’ai commencé à écrire très jeune. C’est quelque chose que j’ai toujours fait. Aussitôt que j’ai pu physiquement écrire, j’ai écrit des textes, des poèmes, de la musique… J’ai commencé à écrire même en anglais, avant que je comprenne l’anglais complètement. J’écrivais avec les phoniques francophones en anglais! Écrire, peinturer, créer… J’ai toujours voulu explorer le monde à travers les arts. C’était une façon pour moi de comprendre le monde.
Comment s’est nouée votre implication dans le milieu artistique francophone de Sudbury?
J’ai toujours trouvé qu’on avait une belle communauté de jeunes francophones. Il y a quand même des différences entre les groupes. Mais il y a un petit sous-groupe dans lequel, lorsqu’on se trouve ensemble, même si on ne se connaît pas très bien, on rentre déjà dans le familier. Le français artistique, c’est une petite famille. On se connaît tous. C’est le fun de voir qu’on est en train de faire des projets. Cette communauté est très vibrante, jeune et francophone, et commence aussi à faire des arts qui ressemblent plus à nos visions du monde.
Connor Lafortune, ou G’chi Waabshka Mukwa — son nom anishinaabe signifiant « le grand ours d’esprit blanc » — se déplace à travers le Canada dans le cadre de son travail en promotion de la vie. Photo : Gracieuseté
Quelles ont été vos plus grandes sources d’inspiration dans votre parcours, tant artistique que personnel?
Je m’inspire beaucoup de mon arrière-grand-père, Leonard Dokis-baa. C’est un homme qui a fait tellement de belles choses à l’extérieur et à l’intérieur de notre communauté. Malheureusement, il est décédé quand j’étais jeune, mais ses histoires et sa vie continuent malgré son décès. C’est quelqu’un qui inspire beaucoup ma façon de voir le monde et le parcours professionnel que j’ai entrepris en promotion de la vie.
Ma première grosse exposition était une série de quatre poèmes que j’ai écrits au sujet de son vécu. C’était un des moments où j’ai vraiment pu trouver ma voie en tant qu’artiste.
Aussi, les communautés autochtones qui m’entourent, les histoires, l’humour, les réalités qui ont été vécues, qui sont encore vécues, pour moi, sont une grande source d’amour. Le travail que je fais en communauté, c’est souvent quelque chose qui m’inspire pour écrire des textes. J’ai souvent un cahier de notes avec moi. J’écoute la communauté, puis il y a comme des lignes que les gens disent qui m’inspirent. Je les écris, puis, éventuellement (elles) deviennent des créations, des poèmes, de la musique…
En quoi vos racines anishinaabe influencent-elles votre prise de parole?
Je crée des arts qui sont très politiques, qui visent un message spécifique, qui racontent une histoire distincte, qui essaient de passer un message clair. L’art, c’est une façon de transmettre des messages qu’on n’entend pas souvent ou que les gens oublient facilement. Il y a tellement de pouvoir dans une salle lorsqu’on crée, performe… C’est quelque chose qui m’inspire. Ce sont aussi des cultures anishinaabe, des orateurs, des conteurs d’histoire, de l’humour, de la joie, de la tristesse et toutes les belles choses qui s’entremêlent. C’est une vérité totale.
Je dis souvent que, lorsqu’on conte des poèmes ou lorsqu’on fait de l’art, on ramène les gens au même niveau. On est tous pareils, on est tous égaux, on est juste entremêlés dans l’histoire.
G.R Gritt (droite) et Connor Lafortune (gauche) sont les interprètes de Qui Crie au Loup? Photo : Gracieuseté
En 2023, vous avez collaboré sur Qui crie au loup?, une chanson de G.R. Gritt, également francophone et anishinaabe. Quel message vouliez-vous véhiculer dans ce morceau?
G. R. Gritt est un cousin, donc c’était le fun de travailler ensemble en tant qu’artistes. Nous sommes tous les deux francophones, queers, autochtones. C’était le moment de transmettre un message un peu plus puissant.
C’est une chanson qui fait écho directement à l’homophobie, à la transphobie, qui parle aux gens qui ont des peurs, qui sont queers, qui sont différents, et qui reprend surtout des messages religieux. La religion a souvent été utilisée pour retirer des droits à des personnes queers et autochtones.
Tu n’as pas vraiment besoin de comprendre cette chanson pour l’aimer. Lorsque les gens commencent à écouter les paroles, ils vont se dire : « Ah, c’est ça qu’ils ont essayé de dire, ces deux-là. » Je trouve ça tellement fort, surtout en français. On n’a pas souvent d’éducation queer et autochtone.
Comment votre identité queer et autochtone prend place et prend vie dans vos œuvres artistiques?
C’est inséparable de mon identité artistique et communautaire. Ce sont tous les bagages que j’apporte lorsque j’entre (dans) une pièce. Donc, pour moi, ça serait injuste de ne pas les amener dans mes œuvres artistiques. Je suis aussi une personne avec un incroyable pouvoir et privilège et plateforme d’être capable d’œuvrer ces conversations ici. Donc je crois que c’est aussi un besoin communautaire, une responsabilité en tant qu’artiste d’avoir une plateforme et d’être capable de sortir des messages qui me tiennent à cœur qui peut-être changent la balle politique un petit peu.
Vous avez remporté le prix Coup de Cœur au Gala RelèveON en 2022, dont vous étiez le plus jeune candidat de l’histoire. Cet événement a-t-il impacté votre parcours professionnel?
J’apprécie toujours ça, mais je pense que je suis tellement à moi-même quand ça vient à mes propres créations, que j’oublie que les gens observent. Ça, c’est quelque chose qui vient souvent. Ce n’est pas que je ne veuille pas un public, ou que je ne veux pas entendre ce que les gens pensent, mais j’oublie que les autres sont encore en observation. Donc, lorsque j’ai une reconnaissance comme ça, c’est un peu drôle.
Mais pour moi, ce sont les moments intimes. Une maman autochtone qui, en train de brailler, me prend dans ses bras et me dit merci. Pour moi, ça, c’est le plus grand prix. J’ai pu performer à une conférence de santé mentale, mon domaine de recherche. Une femme m’a dit que « la recherche autochtone sur les personnes autochtones enlève souvent la vie de nos mots, mais tu as réussi à les remettre ». Ça, c’est un cadeau. Ce sont ces petits moments humains qui me marquent le plus.
Depuis 2021, Connor Lafortune œuvre en tant que shkaabewis (aidant) dans la promotion de la vie, la réduction des méfaits, et l’éducation autochtone Photo : Gracieuseté.
Qu’est-ce que la promotion de la vie et la réduction des méfaits?
C’est une théorie, un système, une pratique communautaire autochtone qui va au-delà de la prévention du suicide pour adresser les crises de la mort préventive en communauté autochtone. Donc, c’est surtout dans ça que je m’engage avec de la recherche, mon travail de tous les jours, et aussi ma voix artistique.
Et la réduction des méfaits donc le harm reduction en anglais, c’est un moyen de trouver des systèmes qui réduisent le taux de dépendance dans les communautés, mais aussi qui prennent en compte le système humain, qui ne juge pas. Souvent, on utilise la réduction des méfaits pour l’utilisation du cannabis, l’utilisation des drogues. C’est un système qui prend en compte tout l’humain et qui donne des services sans parler seulement de l’arrêt d’utilisation.
Il s’agit de prendre en compte que le fait qu’une personne est agente de sa propre histoire et de ses choix. On doit travailler à partir d’une perspective basée sur les forces, basée sur l’humain.
Vous suivez actuellement un doctorat en études rurales et nordiques à l’Université Laurentienne. Qu’espérez-vous entreprendre pendant ce cursus?
Faire la recherche dans les communautés autochtones de notre région pour voir les façons dont la promotion de la vie se manifeste dans nos communautés, les façons dont nous avons survécu, nous [sommes] restés connectés à la vie, nous avons utilisé les traditions et les enseignements traditionnels pour vraiment garder la vie dans nos communautés, pour but de créer un cours que j’aimerais éventuellement promouvoir dans les systèmes scolaires postsecondaires.
Ces objectifs-là sont-ils spécifiquement dirigés vers le domaine éducatif postsecondaire du nord de l’Ontario?
C’est plus proche pour moi, non seulement géographiquement, mais aussi, ça me tient plus à cœur. Les services dans le Nord et dans le rural sont surtout à la moindre, à plusieurs reprises. En Ontario, il y a 106 Premières Nations versus dans le sud de l’Ontario, il y a juste 27 communautés autochtones. Donc, pour moi, c’est une [région] qui est plus chargée avec une population autochtone. C’est plus important pour moi. Je ne suis pas le seul qui fait la recherche et le travail en promotion de la vie. J’ai des amis un peu plus partout, sur l’île de la Tortue. Puis, éventuellement, on crée un système de changement tous ensemble. Mais mon focus c’est vraiment sur notre région.
L’éducation et la guérison sont deux thèmes essentiels dans vos discours. Que signifient-ils actuellement pour vous?
C’est quelque chose qui vient main dans la main. L’éducation, la guérison, guérir à travers l’éducation. Le système éducatif a voulu effacer et assimiler les personnes autochtones. Donc, pour moi, l’éducation, c’est la façon dont on ressort. Je pense aux mots de Murray Sinclair, qui est décédé récemment, mais qui a dit, « si c’est l’éducation qui nous a mis dans le problème, c’est l’éducation qui va nous en sortir ».
Donc, à travers l’éducation, l’information, le partage des ressources, le partage de la vérité, c’est là où on se trouve à guérir. Je vois ça dans ma famille et dans ma communauté. On guérit en communauté. C’est la façon dont plusieurs des mouvements de guérison se font.
J’ai fait en ce moment une pièce de théâtre jouée au Tremplin, qui partage le sujet de la réalité des écoles résidentielles. J’ai pour but d’engager les gens dans l’action, avoir des alliés qui vont comprendre l’historique, qui vont faire des recherches et qui peuvent agir en changement dans le futur lorsqu’ils voient des injustices.
En 2026, Connor Lafortune a été écrivain et metteur en scène de la pièce Maa Ndayaamin Geyaaba (Nous Sommes Encore Ici), un récit qui traite des écoles résidentielles. Photo : Denys N. Tremblay
D’où vient ce désir ou ce besoin de se réapproprier l’éducation et de la connecter à l’art?
C’est vraiment une façon de répondre aux besoins que j’aurais eus dans ma jeunesse. C’est la façon (dont) j’aurais aimé apprendre. C’est la façon dont on apprend en communauté, en famille. Pourquoi est-ce qu’il y a une différence? Je suis un gros fan aussi de l’abolition, de la pratique de défaire ce qui ne fonctionne pas pour faire un monde meilleur, de bâtir le monde qu’on veut voir.
Et lorsque j’écoute des conteurs, je pense à l’artiste Aysanabee et son album Watin, un projet sous forme d’entrevues avec son grand-père, des appels au téléphone. Il y a comme un clip de son grand-père qui parle, ensuite il y a une chanson qui fait réflexion, et ensuite ça continue. Puis G.R fait des chansons qui sont tellement puissantes sur l’historique autochtone. J’ai plusieurs conteurs en tête qui font ça. C’est de la recherche. C’est de la véritable recherche en main. »
LES DATES-CLÉS DE CONNOR LAFORTUNE
2021 : Fait ses premiers pas dans le travail de promotion de la vie
2022 : Remporte le prix Coup de Cœur au Gala RelèveON en 2022
2023 : Réceptionne officiellement son nom traditionnel d’adulte
2024 : Organise son premier camp de nature pour la jeunesse autochtone
2025 : Termine son projet de maîtrise en relations autochtones
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
J’avais 10 ans, le 30 octobre 1995. Comme d’autres résidents des communautés francophones hors Québec, le référendum sur l’indépendance suscitait beaucoup d’inquiétudes. Dans ma tête de garçon en 5e année, je peinais à croire que l’on pourrait continuer d’apprendre en français si on ne partageait plus un pays avec le Québec. Je n’ai aucun souvenir d’avoir ressenti de la colère ou d’avoir eu quelconque ressentiment envers les Québécois.
Au contraire, j’avais plutôt une fascination pour le monde qui était représenté à la télévision de Radio-Canada, que ce soit par son émission culte La Petite Vie, ou bien Québec et Mont-Tremblant, que j’ai visités quelques années plus tard, où les affiches et les menus de restaurant étaient en français. J’avais plutôt l’impression qu’on ne connaissait pas les Franco-Ontariens, et que tous gagneraient à mieux se connaître. Trente ans plus tard, ce moment semble toujours marquer mes intérêts de recherche.
C’est ce prétexte que j’ai choisi pour écrire quelques lignes sur la Saint-Jean, cette fête du solstice d’été que célébraient les païens avec des grands feux. Choisi comme saint patron des Canadiens français au début du 19e siècle, Jean Baptiste est fêté le 24 juin. Des décennies 1840 à 1960, une « intention nationale » anime les Canadiens français au Québec et dans les localités où ils s’installent, au Canada et en Nouvelle-Angleterre, généralement pour saisir des occasions de mobilité socioéconomique. Même en émigrant vers des lieux anglo-dominants, les Canadiens français soutiennent un développement institutionnel, au départ sous l’égide de l’Église catholique, et plus tard en parallèle à celle-ci, en vue de prolonger une expérience culturelle, historique, mémorielle et linguistique, ancrée dans la vallée du fleuve Saint-Laurent.
Dans ces communautés d’expression française, des sections de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) sont établies pour promouvoir le « bon parler français ». Dans les années 1930 et 1940, on y lance des émissions en français à la radio locale « pour redonner à notre jeunesse la fierté de [sa langue], la fierté à un tel point qu’ils perdront la gêne de ne vouloir pas s’en servir dans les endroits publics » (L’Ami du peuple, 8 juin 1962). La SSJB coordonne aussi – et surtout – les festivités annuelles du 24 juin. Elles comprennent des loisirs – dont les courses en brouette, les matchs de lutte et les parties de balle. Le tout culmine autour du défilé, tenu dans les rues principales de la localité, de voitures de pompiers, de chars allégoriques commandités par des commerçants et comprenant des gens costumés en « héros » de la Nouvelle-France et du Canada français. « Dans notre région relativement neuve », affirme la section de la SSJB de Sudbury, « les Canadiens français semblent vouloir se donner depuis quelques années, une orientation plus sure et plus efficace pour la sauvegarde de leurs droits et l’épanouissement normal de leurs aspirations nationales » (L’Ami du peuple, 18 juin 1942).
Les crises scolaires, pendant lesquelles des gouvernements ont interdit l’enseignement en français, renouvellent la solidarité canadienne-française jusqu’aux années 1940. Le développement de l’État-providence, des décennies 1950 à 1970, tend à rapatrier des écoles et des hôpitaux franco-catholiques dans le giron des gouvernements provinciaux et à fragmenter les identités francophones. Le Canada français entreprend alors une « rupture », une « métamorphose » ou un « démantèlement », selon les expressions variées utilisées par les historiens pour décrire l’évolution de la nationalité pendant la Révolution tranquille. La tendance, des décennies 1980 à 2000, en est à l’élaboration de projets politiques francophones parallèles, entre un Québec, qui élargit ses compétences législatives, et des collectivités politiques franco-canadiennes, où le réseau institutionnel se solidifie et les taux d’assimilation augmentent.
Dans les années 1990, les écoles primaires Saint-Joseph et Sainte-Thérèse que je fréquentais organisaient une « fête champêtre » en juin. D’autres localités tenaient des « franco-fêtes », mais on ne nommait plus ceux que l’on fêtait, comme si la francophonie pouvait être extirpée de son contenu mémoriel, identitaire et culturel. Le Québec avait sa « fête nationale » depuis le 24 juin 1977, et les Franco-Canadiens semblaient hériter des restes de table d’une nationalité et d’un saint patron essentiellement largués aux oubliettes.
Dans les vingt dernières années, on semble se reconnecter sur l’idée selon laquelle le 24 juin serait la fête commune aux francophones du Canada, l’expression « la Saint-Jean » ayant retrouvé ses lettres de noblesse dans les milieux minoritaires, et même employée en alternance au Québec. Car quelque part, ces collectivités appartiennent à une « petite société » qui manifeste une « ambition » politique (Joseph Yvon Thériault, 1994), même si ce « désir de pouvoir » (Rémi Léger, 2014) est fortement contraint par les structures politiques et culturelles du milieu anglo-dominant dans les autres provinces.
Je me sens plus à l’aise dans cette représentation des collectivités francophones, qui renoue des liens entre Québécois et Francos dans leurs joies et leurs défis partagés. Même si je n’ai aucune hésitation à m’identifier comme Franco-Ontarien, d’abord et avant tout, je reconnais la force de la dualité nationale et de la culture canadienne-française comme étant nécessaires pour sortir les francophones de l’Ontario de la marginalité qu’ils peuvent ressentir, de temps en temps. À mon avis, l’histoire de cette « petite société » est tout aussi intéressante et légitime que celle des « grandes nations ». Et c’est ce qui me semble pertinent à rappeler le 24 juin.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
OTTAWA – À chaque événement officiel, la reconnaissance du territoire algonquin anishinabe est devenue un passage obligé à Ottawa. Ce geste symbolique témoigne de la volonté des institutions de participer au processus de réconciliation avec les peuples autochtones. Mais au-delà des déclarations, comment cette réconciliation se traduit-elle dans la vie des Autochtones de la capitale?
Dans un rapport présenté au conseil municipal en mars et intitulé Faire progresser les relations avec les Autochtones à la Ville d’Ottawa, l’administration affirme vouloir faire en sorte que les enjeux autochtones influencent durablement ses politiques, ses programmes et ses décisions.
Depuis la création de la Direction des relations avec les Autochtones en 2022, la Ville indique avoir mené environ 200 consultations internes et externes ainsi qu’une centaine de révisions de politiques, stratégies et projets municipaux chaque année. L’objectif : mieux intégrer les voix autochtones dans les décisions municipales et assurer une plus grande cohérence entre les différents services de la Ville.
« Nous avons constaté beaucoup de progrès dans la compréhension des enjeux autochtones urbains et dans le travail en partenariat avec les organisations autochtones d’Ottawa », estime Joan Riggs, coordonnatrice au sein de la Coalition autochtone d’Ottawa, qui regroupe dix organismes membres au service des Autochtones vivant en milieu urbain.
Pour elle, la réconciliation est toutefois entrée dans une nouvelle phase.
Joan Riggs, coordonnatrice au sein de la Coalition autochtone d’Ottawa, estime que la réconciliation passe par un dialogue continu entre la Ville et les communautés autochtones. Photo : Gracieuseté
« Nous sommes maintenant rendus à l’étape où nous devons créer de nouveaux systèmes et de nouveaux processus pour résoudre ensemble des problèmes complexes », affirme-t-elle.
Mme Riggs rappelle également que la communauté autochtone d’Ottawa est loin d’être homogène.
« Personne n’a toutes les réponses », dit-elle, soulignant que la capitale compte près de 50 organismes et groupes communautaires autochtones aux réalités et aux besoins variés.
Sécurité des femmes autochtones, le logement et l’itinérance
Car derrière les discussions sur la réconciliation se cachent des enjeux bien concrets. Parmi eux, le logement et l’itinérance demeurent au premier rang des préoccupations.
« Lors des dénombrements ponctuels, entre 28 % et 30 % des personnes sans abri s’identifient comme autochtones », souligne Mme Riggs, alors que les Autochtones représentent une proportion beaucoup plus faible de la population ottavienne.
Elle rappelle également qu’environ 40 % des Autochtones en situation d’itinérance sont passés par le système de protection de l’enfance, illustrant le lien entre les traumatismes historiques et les réalités actuelles.
La sécurité des femmes autochtones figure aussi parmi les priorités de la Coalition. « À Ottawa seulement, six femmes autochtones ont été assassinées au cours des quinze dernières années », indique Mme Riggs.
Les enjeux de santé mentale et les traumatismes intergénérationnels demeurent également préoccupants. Selon elle, les services actuels peinent encore à répondre aux besoins complexes des familles autochtones.
Face à ces réalités, la Ville reconnaît que les réponses ne passent pas uniquement par de nouveaux programmes, mais aussi par une transformation de sa façon de travailler avec les communautés autochtones.
Le rapport municipal ne propose d’ailleurs pas de nouvelles mesures spécifiques en matière de logement, d’itinérance ou de santé mentale. Il mise plutôt sur une transformation de ses mécanismes de gouvernance afin que ces enjeux soient davantage pris en compte dans les décisions municipales.
Les limites du pouvoir municipal
La principale mesure annoncée est la création d’un Groupe de travail interservices sur les relations avec les Autochtones.
Celui-ci aura notamment pour mandat d’harmoniser les consultations menées par les différents services municipaux, d’évaluer les mécanismes de financement existants et d’identifier les ressources nécessaires pour soutenir les priorités exprimées par les communautés autochtones.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte où les communautés autochtones revendiquent une plus grande participation aux décisions qui touchent leur territoire.
Le rapport reconnaît toutefois certaines limites au pouvoir municipal.
« La Ville reconnaît qu’elle ne possède ni les pouvoirs constitutionnels ni les ressources nécessaires pour traiter l’ensemble des questions complexes liées aux droits ancestraux et issus de traités. Malgré ces défis, elle affirme vouloir maintenir des relations positives avec les communautés autochtones. Elle s’engage à transmettre toutes les informations nécessaires aux Premières Nations concernées par les processus de consultation et à partager l’information avec ses partenaires autochtones afin de respecter les droits et les territoires autochtones », peut-on lire dans le rapport.
Pour une spécialiste des relations autochtones, cette réalité explique en partie les frustrations qui émergent lors des consultations publiques.
« Les communautés autochtones voient souvent les différents ordres de gouvernement comme une seule entité. Pourtant, sur le plan juridique, plusieurs enjeux relèvent principalement des gouvernements fédéral et provincial », souligne la même source.
« Les communautés discutent alors avec des interlocuteurs qui ne peuvent pas toujours prendre les décisions demandées. »
Néanmoins, Joan Riggs estime de son côté que ces limites ne doivent pas servir de prétexte à l’inaction.
« La Ville n’a peut-être pas toute l’autorité nécessaire, mais elle a tout de même une responsabilité. Et si les espaces de dialogue n’existent pas, il faut les créer », affirme-t-elle.
VANCOUVER – Jonathan David a signé jeudi soir la plus grande performance individuelle de l’histoire du soccer canadien masculin. Auteur d’un triplé dans une victoire écrasante de 6-0 contre le Qatar, le Franco-Ontarien a mené le Canada vers la première victoire de son histoire en Coupe du monde.
« C’est historique, évidemment. C’est notre première victoire en Coupe du monde. Et de le faire de cette façon, je pense que c’était très bien », a résumé l’attaquant ottavien après la rencontre.
En plus d’offrir au Canada ce moment historique, le joueur de la Juventus est devenu le premier Canadien à réussir un triplé en Coupe du monde. Un exploit rarissime dans l’histoire du tournoi. Parmi les joueurs ayant réalisé pareille performance figurent notamment des grands noms comme Gerd Müller, Miroslav Klose, Kylian Mbappé et plus récemment Lionel Messi, auteur de trois buts contre l’Algérie lors de cette Coupe du monde 2026.
Avec ses trois réalisations, David porte désormais son total à 42 buts en 79 sélections, consolidant son statut de meilleur buteur de l’histoire de l’équipe nationale canadienne.
Devant une foule acquise à sa cause au BC Place, le Canada a également puisé son énergie dans le soutien de ses partisans.
« C’était incroyable. Après chaque but, ils ont encouragé encore plus fort. Ils nous ont donné encore plus faim et plus de détermination pour marquer le but suivant et enchaîner », a raconté David.
Cette communion entre l’équipe nationale et ses supporteurs a contribué à faire de cette soirée l’un des moments les plus marquants de l’histoire du sport canadien.
Une pensée pour Koné avant tout
Malgré l’euphorie entourant cette victoire historique et son triplé, Jonathan David a reconnu que ses pensées allaient d’abord à son coéquipier Ismaël Koné, victime d’une grave blessure qui met fin à son tournoi.
« Pour moi, je ne pense même pas au match ni aux buts. Je pense seulement à lui parce que c’est un ami très proche de moi. Quelqu’un qui est aimé par tout le monde. Le voir blessé comme ça… il va devoir se faire opérer et il va rater tout le tournoi. Alors on est très tristes pour lui », a-t-il confié.
Le Franco-Ontarien a insisté sur l’importance de Koné au sein du groupe.
« Il signifie tout pour l’équipe. Si tu poses la même question à n’importe quel joueur de l’équipe, il te dira la même chose. C’est quelqu’un que nous aimons beaucoup. »
L’émotion était d’ailleurs palpable tout au long de la soirée. Malgré l’ambiance de fête dans un BC Place en ébullition, le Franco-Ontarien a reconnu que les joueurs avaient dû trouver la force de continuer après avoir vu leur coéquipier quitter le terrain.
« C’était très difficile pour nous, pour lui et pour l’équipe. C’était un moment difficile, évidemment, mais nous devons rester forts pour lui », a-t-il expliqué.
Interrogé sur son triplé après avoir fait l’objet de certaines critiques au cours des derniers jours, David est demeuré fidèle à lui-même.
« C’est la vie d’un attaquant. Tu es critiqué quand tu ne marques pas, donc c’est normal », a-t-il lancé.
L’attaquant canadien a également commenté le jeu parfois rugueux du Qatar, dont les frustrations ont culminé avec deux expulsions.
« Je peux comprendre la frustration parce qu’il n’y a aucune équipe qui veut que ça se passe comme ça. Mais s’il y a un ballon que tu ne peux pas gagner, il n’y a pas de raison d’entrer comme ça. Au final, c’est juste pour blesser le joueur », a-t-il déclaré.
Cap sur la Suisse
Malgré cette victoire historique et la perspective désormais très réaliste d’une qualification pour les huitièmes de finale, David refuse de regarder trop loin.
Le Canada partage actuellement la tête du groupe avec la Suisse et les deux équipes s’affronteront lors du dernier match de la phase de groupes dans ce qui ressemble à une véritable finale pour la première place.
« On prépare le match comme on a préparé le premier et celui-ci. Rien ne va changer. On va aborder le match de la même manière pour essayer de le gagner », a assuré le numéro 10 canadien.
Après avoir offert au Canada la première victoire de son histoire en Coupe du monde, Jonathan David aura maintenant l’occasion de mener son pays vers un autre jalon historique : terminer en tête de son groupe lors d’un Mondial disputé à domicile.
SUDBURY – Le Collège Boréal et le Conseil scolaire du Grand Nord annoncent un projet de réaménagement du terrain d’athlétisme de l’école secondaire Macdonald-Cartier qui sera rénové selon les normes internationales de la FIFA. Cette initiative mène également à la création d’une nouvelle Académie de soccer et de futures collaborations avec des programmes sportifs du Collège Boréal.
Le Collège Boréal s’associe au Conseil scolaire du Grand Nord pour réaliser un projet sportif de grande envergure à Sudbury. C’est plus précisément avec l’école secondaire Macdonald-Cartier que le collège s’allie — un partenariat stratégique puisque l’école bénéficie déjà d’un terrain de soccer à proximité du Collège Boréal. « Tout était aligné pour qu’on développe un partenariat unique et novateur dans ce sens-là, pour nos élèves et également les étudiants du Collège Boréal », affirme Carl Dussault, directeur de l’éducation du Conseil scolaire du Grand Nord.
Ce projet de 4 millions de dollars a coûté 1,5 million au Conseil scolaire du Grand Nord et 2,5 millions au Collège Boréal. L’ouverture du terrain est prévue pour l’automne 2026. « C’était parfait, parce que le terrain existe, donc les coûts sont beaucoup moins élevés lorsqu’on retravaille la surface. On ajoute un petit peu plus d’espace, on a de la capacité de [1000] spectateurs et des lumières pour des matchs ou des joutes en soirée » explique Daniel Giroux, président du Collège Boréal.
Le terrain rénové pourra notamment abriter des matchs pendant trois saisons sur quatre grâce à sa nouvelle surface synthétique — une bonne nouvelle pour les joueurs qui souhaitent jouer pendant l’automne ou le printemps. « Dans le nord de l’Ontario, une des préoccupations avec l’herbe naturelle, c’est la durée. C’est très trempé au printemps, donc on ne peut pas l’utiliser, puis ça devient trempé rapidement à l’automne ».
Carl Dussault (droite) et Daniel Giroux (gauche) accompagnés des Vipères de Boréal et des Panthères de Macdonald-Cartier durant la conférence de presse du 18 juin 2026. Crédit : Collège Boréal
Pour le Collège Boréal, ce projet est avant tout une réponse à un besoin venant de l’Association des étudiants et des étudiantes. « Ça fait des années qu’ils cherchent à avoir une équipe compétitive de soccer qui compétitionne contre les autres collèges de la province de l’Ontario. Et un des défis [c’est qu’on] n’avait pas accès à un terrain de soccer », affirme le président de l’établissement.
Dans le cadre de ce projet, le Collège Boréal formera d’ici cet automne deux équipes de soccer — une féminine et une masculine — qui tomberont sous la bannière des Vipères de Boréal. L’équipe est maintenant membre de l’Association athlétique des collèges de l’Ontario. « Ça va être un genre de saison préparatoire en septembre 2026 », explique le président de l’établissement « mais après ça, en septembre 2027, c’est là que ça va être la vraie saison normale et la première saison ».
Au-delà du soccer, ce projet veut attirer des étudiants-athlètes de la province et promouvoir des programmes liés au domaine sportif offerts par le Collège Boréal « tels qu’assistant-physiothérapeute, massothérapie, promotion de l’activité physique et de la santé. Ça, ce sont des programmes qui sont offerts au Collège Boréal. Ça, ce sont des programmes qui appuient directement les athlètes ».
Du côté de Macdonald-Cartier, qui a déjà sa propre équipe de soccer, ce projet signifie la création d’une Académie de soccer. Menée conjointement avec le collège, l’Académie a pour but d’offrir une orientation sportive aux étudiants-athlètes du secondaire, tout en offrant une proximité avec les activités et programmes proposés par le collège. « Le fait que ce partenariat-là rapproche nos équipes, rapproche nos étudiants et les élèves, ça donne des opportunités, des ouvertures à nos élèves d’être en contact avec le milieu collégial » dit le directeur de l’éducation.
Selon M. Dussault, ce projet permettra aussi aux étudiants du secondaire d’avoir des opportunités académiques en français. « En milieu francophone, ce qu’on veut, c’est aussi que nos élèves qui graduent de nos écoles secondaires puissent poursuivre au postsecondaire en français, pour garder notre richesse [et] notre vitalité au niveau de la francophonie ».
SUDBURY – La maison d’édition Prise de Parole annonce une initiative de développement communautaire et littéraire dans le nord de l’Ontario — un projet piloté par Véronique Sylvain, autrice et poète originaire de Kapuskasing. Actuellement dans la phase de recherche de financement, l’initiative a pour mission de rendre accessible la littérature franco-ontarienne dans les communautés du nord.
Présente depuis 1973, la maison d’édition Prise de Parole lance un nouveau projet aux ambitions régionales. L’objectif : créer des partenariats avec des organismes francophones à Sudbury, mais aussi à Hearst, Kapuskasing, et Thunder Bay.
« Ce qu’on va leur proposer, c’est des activités gratuites. Si on a des bailleurs de fonds, les ateliers, tout ça va être couvert par nous. Ce qu’on veut justement, c’est de créer un engouement autour de la littérature, autour de l’écriture, de la lecture, puis de faire des collaborations en milieu communautaire » dit l’autrice et récipiendaire du prix Trillium de poésie en 2020, Véronique Sylvain.
Bien que ce ne soit pas l’élément déclencheur, la suppression de 28 programmes en français à l’Université Laurentienne a certes motivé le projet. L’écrivaine a développé sa plume lors de son passage à l’université au baccalauréat en Lettres françaises, un programme qui n’existe plus aujourd’hui. « C’est là aussi que j’ai découvert la littérature franco-ontarienne, dit-elle. C’est l’une des raisons pour lesquelles, aujourd’hui, je suis autrice ».
Véronique Sylvain, finaliste en poésie du Prix Trillium de 2026, porte une initiative communautaire et littéraire dans le nord de la province. Photo : Ontario Créatif
En l’absence de ces programmes en littérature, la communauté littéraire remarque un déclin de la voix nord-ontarienne dans le portrait canadien. « Avec les coupures de l’Université Laurentienne, c’est plus difficile d’aller chercher un lectorat dans le Nord de l’Ontario, une relève en écriture » dit l’autrice.
Pour combler ce vide, le projet cherche à s’implanter dans plusieurs villes du nord. Bien que Sudbury soit au centre, notamment à cause de ses lieux culturels francophones, comme la Place des Arts, la maison d’édition souhaite atteindre les villes où la vie culturelle est plus limitée.
La maison d’édition en situation minoritaire veut, à travers ce projet, créer des espaces communautaires pour tous. « On est des animateurs, des animatrices de nos milieux déjà. Ça s’explique pour toutes sortes de raisons historiques. Des fois, il n’y a pas de librairie, il y a peu de livres en français dans les bibliothèques, dans les écoles, il y a peu de programmes d’enseignement de la littérature ou des arts », explique le co-directeur général de la maison d’édition, Stéphane Cormier.
« On est une maison de plus en plus pancanadienne, mais on n’oublie jamais les racines de la maison qui sont dans le Nord de l’Ontario » ajoute-t-il.
Bien qu’ambitieux, le projet ne cherche pas à dénicher les prochains talents nord-ontariens dans l’immédiat, d’après Mme Sylvain. L’intention, c’est surtout de rendre la littérature franco-ontarienne accessible, tant pour les lecteurs que pour les écrivains en herbe. « Je vois le projet qu’on lance en Ontario comme une transmission, un legs de Prise de Parole à des Franco-Ontariens qui auraient un intérêt pour les mots mais qui sont moins en contact, finalement, avec des activités et des institutions qui en font la promotion ».
TORONTO – Lors de la huitième et dernière session du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto, une étape très attendue par la communauté a été franchie : celle d’un retour (progressif) de la Ville au sein de l’Association francophone des municipalités de l’Ontario (AFMO). Elle bénéficiera d’une exception temporaire d’un an à titre de membre individuel, soumis à moins de contraintes financières notamment, jusqu’à son adhésion corporative complète.
« Ira, ira pas »… Une oscillation constante qui n’a cessé depuis 2021 quant au retour de la Ville de Toronto au sein de l’Association francophone des municipalités de l’Ontario (AFMO).
Toronto a été un membre actif de l’AFMO pendant près de trois décennies depuis la création de l’organisme en 1989.
En 2018, sous l’administration du maire John Tory, la Ville avait choisi de se retirer de l’association, une décision principalement budgétaire et administrative liée à la restructuration du conseil municipal à l’époque.
Durant la séance qui s’est tenue ce 18 juin à la mairie de Toronto, l’adhésion de la Ville reine à l’AFMO a finalement été reconfirmée, grâce à un accord mutuel et à des échanges actifs entre l’organisme et la municipalité, selon certaines modalités.
L’AFMO a en effet consenti à une exception d’un an pour Toronto, lui permettant de réintégrer l’association à un tarif réduit en tant que membre individuel.
À terme, il s’agirait d’une adhésion corporative complète pour réintégrer pleinement le réseau de l’AFMO. Un engagement institutionnel total qui scellerait le retour durable de la métropole dans les instances de gouvernance municipale francophone.
C’est le résultat du « travail puissant » du comité, a pour sa part estimé la présidente du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto et conseillère municipale Alejandra Bravo.
Ce sont quatre membres, dont au moins un élu, qui rejoindront les rangs de l’AFMO, servant entre autres à appuyer les municipalités de la province pour maintenir et améliorer la prestation des services en français.
La présidente de l’AFMO et mairesse de Timmins Michelle Boileau est fière d’accueillir la Ville de Toronto au sein de l’AFMO : « Cette recommandation d’adhésion témoigne d’un engagement concret envers la reconnaissance et l’épanouissement de la communauté francophone, ainsi qu’envers la promotion de la dualité linguistique dans l’une des villes les plus dynamiques et diversifiées du pays. »
« Je suis très impatiente de voir comment cette participation de Toronto à l’AFMO pourra faire avancer les priorités du Comité consultatif des affaires francophones », a aussi déclaré Christine Michaud, la vice-présidente du Comité, précisant qu’elle souhaitait s’assurer que les avancées soient concrètes dans le futur.
Demande de création d’un portail numérique en français
Entre autres sujets à l’ordre du jour, la Ville a procédé à un sondage pour analyser les principaux services municipaux offerts en français.
Une opportunité selon Mareva Cestor, l’une des membres du Comité, d’ajouter sur le site de la Ville un portail centralisé qui regrouperait les services municipaux, les programmes, les ressources, les consultations publiques et les événements en langue française.
Les services en français offerts par la Ville de Toronto. Source : Comité consultatif des affaires francophones de TorontoPrestation obligatoire de services en français. Source : Comité consultatif des affaires francophones de Toronto
Celle-ci demande au Comité du développement économique et communautaire de solliciter le directeur général du Développement économique et de la Culture pour qu’il fasse un rapport sur les options de mise en œuvre et les prochaines étapes potentielles pour la création de ce portail, d’ici le premier trimestre de 2027.
Mme Cestor a également réitéré la nécessité de faire du français une langue prioritaire dans les communications de la municipalité et a demandé à ce que cela soit considéré pour le futur, bien que le français ne fasse pas partie des 10 langues les plus parlées à la maison à Toronto.
Selon les Politiques de la Ville de Toronto en matière de dispositions relatives à l’information multilingue, les renseignements essentiels doivent être traduits dans les 10 langues les plus parlées à la maison selon les dernières données du recensement, plus le français.
En 2021, à Toronto, le français se classait au 10ᵉ rang des langues maternelles les plus parlées et au 16ᵉ rang des langues parlées à la maison. La mise à jour du dernier recensement, disponible en 2027, mettra ces pratiques à jour.
Reconduction du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto
Cette huitième rencontre du Comité dont le terme touche à sa fin, avait un goût de bilan.
Si certains membres du Comité ont déploré des lenteurs administratives en ce qui concerne l’avancement de certaines priorités francophones, ceux-ci ont salué la création de ponts entre les organismes francophones et la Ville, propice à mieux comprendre et desservir la communauté, et à améliorer ses services.
Certains membres du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto avec, de gauche à droite, Mareva Cestor, Alejandra Bravo, conseillère municipale et présidente, Christine Michaud, vice-présidente, Hélène Grégoire et Amikley Fontaine. Photo : gracieuseté
La présidente du comité, la conseillère municipale Alejandra Bravo a insisté sur les droits historiques des francophones qui doivent être reconnus, ajoutant qu’il y a une grande concentration francophone à Toronto.
La décision de reconduire le comité consultatif sera prise par la prochaine majorité municipale, suite aux élections à venir, en octobre 2026.
« Nous avons en effet besoin d’une voix pour la communauté francophone », a conclu Mme Bravo.
De Toronto à Thunder Bay, en passant par Hamilton et Kapuskasing, quatre grands rendez-vous francophones se déroulent presque simultanément cette fin de semaine. Entre musique, humour, cinéma et activités familiales, les organisateurs multiplient les initiativespour attirer les festivaliers.
La Franco-Fête de Toronto, le FrancoFEST de Hamilton, le Festival Bonjour de Thunder Bay et la St-Jean de Kapuskasing animeront les communautés francophones de la province du 18 au 21 juin.
Bien que chaque événement possède sa propre identité, tous partagent un même objectif : célébrer la francophonie sous toutes ses formes et rassembler des communautés de plus en plus diversifiées.
Hamilton : franchir le cap des 6000 participants
À Hamilton, le 45e FrancoFEST se déroulera du 19 au 21 juin au parc Gage. Son directeur général, Lanciné Koulibaly, souligne que la programmation évolue au rythme des changements démographiques de la région.
« D’année en année, nous adaptons notre programmation à la nouvelle réalité démographique de Hamilton. Autrefois, les principales communautés francophones provenaient notamment de la République démocratique du Congo, d’Haïti et de la France. Aujourd’hui, nous constatons aussi l’arrivée croissante de communautés maghrébines et camerounaises », explique-t-il.
Mehdi Cayenne sera en spectacle samedi à Hamilton. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Le festival proposera notamment les prestations d’Ariko, de Makhena Rankin Guerin, une artiste anishinaabe spécialisée dans la danse de cerceau, du chanteur franco-ontarien Mehdi Cayenne ainsi que du DJ canadien SMPTY.
Des activités familiales, un nouveau volet sportif destiné aux jeunes et une programmation spécialement conçue pour les aînés sont également prévus.
Doté d’un budget d’environ 260 000 $, le festival avait accueilli près de 5700 visiteurs l’an dernier et espère faire mieux cette année.
Plusieurs francophonies à l’honneur
Parmi les artistes attendus aussi bien à Hamilton qu’à Toronto figure le chanteur sénégalais Zale Seck.
« C’est un grand plaisir pour moi de participer à ces festivals. En tant que francophone, il est important de partager mes messages et de faire entendre ma contribution artistique, celle du Sénégal en particulier, mais aussi de l’Afrique en général », affirme-t-il.
L’artiste promet un spectacle à l’image de son parcours, mêlant français, anglais, wolof et même quelques chansons en japonais.
« La musique est universelle. Mon groupe reflète lui aussi cette diversité : mon bassiste est congolais, tandis que mon batteur et mon pianiste sont originaires de Guadeloupe. »
L’artiste sénégalais Zale Seck se produira à la Franco-Fête de Toronto et au FrancoFEST de Hamilton. Crédit : Luna Choquette Loranger
Partenariat avec Radio-Canada à Toronto
La Franco-Fête de Toronto, présentée les 19 et 20 juin, se déroulera cette année dans l’atrium de Radio-Canada.
Le directeur général de l’événement, José Bertrand, explique que le site habituellement utilisé, Sankofa Square (anciennement Dundas Square), était indisponible en raison des activités entourant la Coupe du monde de la FIFA.
« Nous avons conclu un partenariat avec Radio-Canada afin d’intégrer notre événement à sa journée portes ouvertes. Cela nous permet d’offrir une programmation de qualité dans un environnement intérieur, à l’abri des intempéries. »
Autrefois fréquentée par des dizaines de milliers de visiteurs à Sankofa Square, où de nombreux passants se mêlaient aux festivaliers, la Franco-Fête vise cette année quelque 3000 participants sur son nouveau site aménagé à Radio-Canada.
La programmation mettra notamment en vedette le groupe congolais Jupiter & Okwess, la chanteuse ottavienne Noémi Madeleine, ou encore Emmanuelle Querry, qui a récemment lancé son premier album Au 10e étage.
Thunder Bay réinvente son festival
À Thunder Bay, le Franco-Festival a changé de visage l’an dernier en devenant le Festival Bonjour.
Sa directrice, Paula Haapanen, explique que cette transformation découle d’une vaste réflexion menée auprès de la communauté.
« Nous avons constaté que plusieurs adolescents trouvaient le festival un peu fade et que certains anglophones ne se sentaient pas à l’aise d’y participer parce qu’ils ne parlaient pas français », raconte-t-elle.
L’organisation a revu plusieurs aspects de l’événement qui se tenait auparavant en septembre : nouveau nom, nouveau site et nouvelles dates à la fin de l’année scolaire afin de favoriser la participation des jeunes.
« Tout le monde sait dire « bonjour ». Nous voulions quelque chose de plus accueillant et moins intimidant, notamment pour les anglophones », explique-t-elle.
Le festival, qui se tient du 18 au 20 juin, dispose d’un budget d’environ 100 000 $. L’objectif est d’attirer quelque 3000 participants.
Les festivités s’ouvriront avec une soirée cinéma. Le film d’animation Linda veut du poulet! sera projeté dans le parc Waverley, suivi de la comédie française En fanfare au Théâtre Magnus.
Côté musique, les festivaliers pourront notamment assister aux prestations du groupe franco-ontarien LGS ainsi que de Flora Luna, nom de scène de l’artiste manitobaine Geneviève Freynet.
« J’espère surtout que les gens découvriront qu’il n’existe pas une seule culture francophone, mais une multitude de cultures qui ont le français en partage », souligne Paula Haapanen.
L’humour s’invite à Kapuskasing
À Kapuskasing, la Saint-Jean demeure un rendez-vous incontournable du Nord de l’Ontario.
Depuis quatre ans, le Festival Saint-Jean Caisse Alliance de Kapuskasing se déroule sous un grand chapiteau extérieur et propose une formule élargie comprenant une soirée d’humour le vendredi et une soirée musicale le samedi.
« Auparavant, la programmation comprenait uniquement deux soirées musicales. Depuis quatre ans, nous avons ajouté une soirée d’humour », explique l’organisateur Andy Deschamps.
L’événement, qui en est à sa 26e édition, s’amorcera avec un gala mettant en vedette Louis-José Houde, précédé d’Alphé Gagné. La soirée se poursuivra avec le groupe franco-ontarien Bilinguish Boys.
Mélissa Ouimet montera sur scène à Kapuskasing. Photo : Greg Kolz
Le samedi, les festivaliers retrouveront notamment les chanteuses Mélissa Ouimet et Roxane Bruneau.
Environ 3000 personnes sont attendues pendant les deux jours de festivités.
« Le festival représente bien la communauté francophone de la région. Des gens viennent de Hearst, Timmins, Sudbury, Ottawa et même de l’Abitibi », souligne Andy Deschamps.
Malgré leurs différences, ces quatre événements témoignent d’une même volonté : innover et rester à l’écoute de leurs communautés pour faire rayonner une francophonie ontarienne plurielle.
Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici
Dans cet épisode, on explore l’impact puissant du sport dans la construction identitaire à l’adolescence. Partie de la maison dès l’âge de 15 ans pour poursuivre sa passion athlétique, Kristine Levesque jette un regard franc sur ce bagage unique. Elle nous confie à quel point cette expérience de vie l’a façonnée et préparée à assumer ses rôles de leader d’aujourd’hui.
En tant que cheffe de département et médecin-cheffe adjointe à l’Hôpital Montfort, elle trace des parallèles fascinants entre la discipline de l’athlète et la posture de gestionnaire en milieu hospitalier.
Kristine Levesque, psychiatre, cheffe de département et médecin-cheffe adjointe à l’hôpital Montfort Photo : TFO/ONFR
Mère de trois garçons, Kristine aborde également avec beaucoup de transparence la réalité de la conciliation travail-famille. Comment conjugue-t-on une carrière médicale de haut niveau avec une vie de famille bien remplie?
Au cœur de cette discussion profondément humaine, la psychiatre nous partage son quotidien, aborde les grands défis de la santé mentale actuelle, et rappelle l’importance cruciale d’offrir des soins et des services en français pour la communauté.
OTTAWA – Dans un rapport présenté mercredi, un comité sénatorial émet des doutes quant à l’affectation réelle des fonds destinés aux minorités francophones au sein de CBC/Radio-Canada. Les sénateurs recommandent aussi que le contenu de l’information soit revu périodiquement par des experts indépendants, « afin d’en évaluer l’impartialité et l’équilibre ».
Le Sénat, qui a mené une étude sur les services locaux au sein du radiodiffuseur, dit avoir entendu parmi ses plus de 60 témoins que le contenu des nouvelles peut être perçu comme ayant un parti pris idéologique ou partisan.
« Ces allégations de partialité sont sérieuses et minent la confiance envers le radiodiffuseur public », souligne le Comité sénatorial permanent des transports et des communications dans son rapport.
Le comité de la chambre haute soulève que la confiance des Canadiens envers le service de nouvelles du radiodiffuseur public chute d’année en année.
« Le comité est d’avis que la Société pourrait faire une analyse périodique du contenu des nouvelles et des reportages d’actualité diffusés par ses services d’information afin d’en évaluer l’impartialité et l’équilibre », recommande le document, notant que cette évaluation devrait être effectuée par des experts externes.
La société d’État pourrait mettre sur pied un comité avec ces experts externes, notamment des chercheurs, pour faire une telle évaluation, a précisé en conférence de presse la sénatrice Donna Dasko, l’une des auteures du rapport.
« On a entendu qu’il y a peut-être des biais à Radio-Canada », a affirmé à ses côtés le sénateur René Cormier.
« Alors il est légitime de s’assurer qu’on puisse renforcer la confiance qu’ont les Canadiens envers leur radiodiffuseur public […] Ce mécanisme est là avant tout pour renforcer l’adhésion des Canadiens à Radio-Canada/CBC », ajoute le sénateur de l’Acadie.
Appelé à réagir, le porte-parole de Radio-Canada, Leon Mar, a fait savoir que le diffuseur public était « en train d’examiner le rapport » et n’avait « aucun commentaire pour le moment ».
Le calcul du soutien à la production francophone remis en question
Concernant la programmation en milieu minoritaire francophone, le comité soulève des doutes quant au financement versé aux producteurs indépendants francophones. Le diffuseur déclare comme « 100 % minoritaires » des projets coproduits avec des producteurs qui ne vivent pas dans ces communautés, ce qui gonfle artificiellement les chiffres — une réalité dont la haute direction est au courant, soutient le rapport.
Le comité recommande donc qu’en vertu de ses obligations linguistiques, le diffuseur « s’assure que ses investissements dans la production télévisuelle des communautés de langue officielle en situation minoritaire respectent clairement et de manière équitable le principe d’égalité réelle ».
Une façon de s’en assurer serait que Radio-Canada se voie imposer de nouvelles exigences en matière de rapports sur les services locaux, notamment par la publication de données sur la programmation locale et les dépenses de ces services, suggèrent les sénateurs dans leur liste de sept recommandations.
Une autre critique formulée par les groupes représentant les francophones hors Québec dans le cadre de cette étude est que le contenu du service français de Radio-Canada est principalement axé sur le Québec et que leur réalité n’est pas reflétée.
Parmi les autres suggestions, le Sénat mentionne l’importance d’augmenter les collaborations avec les médias locaux privés, comme les radios communautaires, ainsi que d’apporter des modifications à la Loi sur la radiodiffusion afin d’ajouter « le reflet des collectivités et des auditoires locaux » au mandat de CBC/Radio-Canada.
Le média public s’est retrouvé au cœur d’appels à son définancement au cours des dernières années, notamment de la part du Parti conservateur, qui menace de couper les vivres à son pendant anglophone. Une fois élus au pouvoir, les libéraux ont plutôt annoncé un investissement de 150 millions de dollars dans Radio-Canada/CBC lors du budget de 2025.
Peu avant son départ en 2025, Pascale St-Onge, alors ministre du Patrimoine canadien, a formulé une série de propositions pour la société d’État. Elle préconisait notamment la suppression des recettes publicitaires, un accroissement des fonds publics alloués et une distinction plus nette entre les volets anglophone et francophone de l’organisation.
OTTAWA — Un rapport sénatorial tire à boulets rouges sur le gouvernement fédéral concernant un projet de règlement visant l’une des plus importantes parties de la Loi sur les langues officielles. Les sénateurs concluent que le gouvernement fédéral a « opté pour une approche sans grande ambition » et craignent qu’Ottawa n’ouvre la porte à de futurs litiges.
L’avant-projet de règlement, qui vise à clarifier la partie VII de la Loi sur les langues officielles, ne faisait déjà pas l’unanimité, alors que la commissaire aux langues officielles et la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA) critiquaient tour à tour la proposition d’Ottawa. Cette section de la Loi engage le gouvernement fédéral, notamment sur le plan financier, à garantir l’égalité du français et de l’anglais en adoptant des mesures positives. C’est aussi grâce à celle-ci que le fédéral doit assurer l’épanouissement et le développement des minorités francophones hors Québec.
Dans un rapport dévoilé mardi à la suite d’une étude ayant vu passer près de cinquante témoins, le Comité sénatorial des langues officielles constate que le fédéral, avec son actuelle proposition réglementaire, « a opté pour une approche sans grande ambition ». Le Comité craint d’ailleurs que les avancées effectuées avec la modernisation de la Loi sur les langues officielles ne soient peine perdue.
« Des doutes subsistent à savoir si cette proposition est à la hauteur des ambitions de la réforme législative de 2023 », écrit le groupe de sénateurs.
« En consignant une approche qui mise uniquement sur les moyens et non sur les résultats, il n’incarne pas l’égalité réelle tant espérée. Le risque de produire des résultats inadéquats et difficilement mesurables est toujours présent parmi les institutions fédérales assujetties à la Loi », déplore le comité.
Les membres du comité reprochent aussi à Ottawa un manque de sérieux dans le dossier, alors qu’aucun des deux ministres chargés de faire appliquer la Loi — le ministre des Langues officielles, Marc Miller, et le président du Conseil du Trésor, Shafqat Ali — n’est venu témoigner pour cette étude.
« Cette situation est décevante, considérant qu’il s’agit d’une pièce maîtresse de la Loi modernisée », mentionne le rapport.
17 recommandations
Pour corriger le tir, les sénateurs émettent 17 recommandations pour modifier le projet de règlement. Notamment, ils réclament que le cadre réglementaire dissipe les ambiguïtés actuelles et impose aux institutions fédérales des plans d’action dotés d’indicateurs de rendement.
Il est également crucial d’appliquer systématiquement une « lentille des langues officielles » lors de l’examen de chaque politique ou initiative publique, recommandent-ils. Ils suggèrent que cette démarche s’appuie sur des mécanismes de consultation rigoureux pour générer des résultats concrets et durables.
Par ailleurs, le rapport du comité sénatorial prévient que de nouveaux litiges pourraient survenir si le tir n’est pas corrigé. La partie VII a été la cible de nombreuses causes juridiques ces dernières années, qui se sont rendues jusqu’en Cour suprême, notamment dans des dossiers scolaires.
« Un autre juge, d’ici quelques années, pourrait de nouveau être saisi des défis d’imprécision de la proposition réglementaire actuellement à l’étude », préviennent-ils.
À noter : comme il s’agit d’un avant-projet de règlement, Ottawa n’a aucune obligation d’écouter ou de mettre en application les recommandations du Sénat.
José Bertrand, président-directeur général du Groupe JKB qui organise le Festival franco-ontarien et la Franco-Fête de Toronto.
LE CONTEXTE :
À Ottawa, l’organisation du FFO a été émaillée cette année par la controverse sur son partenariat avec Alto. À Toronto, la Franco-Fête a changé de lieu à cause de la Coupe du monde de soccer et risque d’attirer moins de monde.
L’ENJEU :
Les organisateurs du FFO et de la Franco-Fête de Toronto s’ingénient à trouver des solutions pour assurer la viabilité de ces deux événements.
« Près de 8650 festivaliers se sont rassemblés au FFO cette année. Comment interprétez-vous ce chiffre par rapport aux éditions précédentes?
L’année passée, c’était une 50e édition anniversaire. La comparaison la plus pertinente demeure donc celle avec 2024. Il faut aussi tenir compte de la météo difficile samedi, qui a pu décourager certaines personnes de se déplacer. Malgré cela, les festivaliers présents sont majoritairement revenus lorsque le site a rouvert après l’évacuation.
Si l’on regarde les années précédentes, nous avions accueilli près de 10 000 personnes pour le 50e anniversaire, tandis que l’édition 2024 avait attiré un peu plus de 6000 festivaliers. Cette année, pour une édition non anniversaire, nous enregistrons donc une hausse de l’achalandage. Cela montre que nous élargissons progressivement la portée du festival. Je suis satisfait de ces résultats et nous espérons poursuivre cette croissance en 2027.
Le groupe congolais Jupiter & Okwess partage la scène avec de jeunes Franco-Ontariens. Photo : Amine Harmach/ONFR
Il y a une dizaine d’années, le FFO attirait quelque 25 000 festivaliers. Qu’en dites-vous?
Les réalités ont beaucoup changé. À certaines époques, les festivals connaissaient un engouement exceptionnel. Dans les années 1980, le Festival franco-ontarien accueillait même plus de 100 000 personnes.
Depuis la pandémie, la reprise est graduelle. Nous retrouvons peu à peu une courbe de croissance, mais cela demande du temps et dépend aussi des ressources financières disponibles. En 2015, par exemple, le contexte du 400e anniversaire de la présence française en Ontario permettait d’avoir accès à davantage de financement et de visibilité. Plusieurs facteurs influencent la fréquentation d’un festival, qu’il s’agisse du financement, de la promotion ou du contexte général.
Parlez-nous de la situation financière du festival.
Dans l’ensemble, le festival se porte bien. Nous avions ajusté nos prévisions en fonction du fait qu’il ne s’agissait pas d’une année anniversaire. Les budgets avaient donc été revus à la baisse par rapport à ceux de la 50e édition, ce qui a eu un impact sur la programmation et, dans une certaine mesure, sur l’achalandage.
Nous sommes encore en train de finaliser les chiffres, mais la situation financière demeure saine. Cela dit, il ne faut surtout pas la tenir pour acquise. Assurer la viabilité du festival est un travail constant. Nous l’avons encore constaté dans les semaines précédant l’événement : il est de plus en plus difficile d’obtenir du financement privé. Les entreprises font elles aussi face à des contraintes budgétaires, et il faut constamment convaincre de nouveaux partenaires de se joindre à nous tout en remplaçant ceux qui se retirent.
Le festival repose sur plusieurs sources de revenus : les commandites privées, les fonds publics ainsi que les revenus autonomes, comme la billetterie et les ventes au bar. Cette diversification est essentielle pour maintenir une bonne santé financière.
Quel est le montant que vous avez perdu en mettant fin à la commandite d’Alto?
Je pense que nous l’avons déjà mentionné à plusieurs reprises : nous ne divulguons pas les ententes conclues avec nos partenaires. De façon générale, les commandites varient entre 5000 $ et 25 000 $, selon le niveau de visibilité offert. Nous proposons différents paliers afin que les partenaires puissent contribuer au festival en fonction de leurs moyens et de leurs objectifs.
Êtes-vous inquiet pour l’an prochain?
Non, pas du tout. Au contraire, nous avons vu les festivaliers répondre présents en grand nombre. Cette édition a aussi démontré à quel point la communauté franco-ontarienne est engagée et prête à s’exprimer.
Un public double était présent à la précédente Franco-Fête : les spectateurs d’intention et les passants qui choisissaient de rester pour quelques chansons. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Le festival est un lieu de rencontre et de dialogue. Il nous permet de prendre le pouls de la communauté, de comprendre ce que les gens souhaitent voir davantage (ou moins) dans la programmation et les activités.
Nous avons la chance d’avoir une communauté aussi impliquée, qui n’hésite pas à nous faire part de ses attentes. Cela nous aide à nous ajuster et à bâtir un festival qui lui ressemble.
Est-ce que tout le monde a été payé?
Le processus est en cours et tout le monde sera payé. Comme pour toute organisation qui gère un budget d’environ 750 000 $, les paiements ne se font pas du jour au lendemain. Nous sommes actuellement dans la phase finale des paiements et nous prévoyons avoir réglé l’ensemble des fournisseurs et partenaires d’ici la mi-juillet. Les fonds sont disponibles et les paiements sont effectués comme prévu.
Quelle leçon retenez-vous de la controverse qui a précédé le festival?
Comme je l’ai déjà dit, notre mission est avant tout culturelle. Bien que notre nom nous associe à une réalité qui peut parfois être perçue comme politique, nous demeurons d’abord un organisme culturel. Cette situation nous a rappelé à quel point la communauté franco-ontarienne est engagée et n’hésite pas à exprimer ses opinions. Les festivaliers veulent être entendus et participer aux discussions. Nous allons donc continuer à être à l’écoute et à maintenir ce dialogue avec la communauté.
Comment se préparent les activités de la Franco-Fête à Toronto?
Les préparatifs vont bon train. Nous sommes en pleine finalisation de la programmation. Cette année, en raison de la FIFA, plusieurs espaces publics, dont Harbourfront, n’étaient pas disponibles. Nous avons donc conclu un partenariat avec Radio-Canada afin d’intégrer notre événement à sa journée portes ouvertes.
Les activités se dérouleront dans l’atrium de Radio-Canada, ce qui nous permettra d’offrir une programmation de qualité dans un environnement intérieur, à l’abri des intempéries. Nous sommes très satisfaits de cette solution et les préparatifs avancent bien.
Combien de visiteurs espérez-vous attirer?
On espère toujours faire grandir le festival et retrouver l’achalandage des belles années à Dundas Square, aujourd’hui appelé Sankofa Square. À l’époque, le site attirait beaucoup de passants qui s’arrêtaient spontanément, ce qui nous permettait d’accueillir jusqu’à 80 000 personnes.
Aujourd’hui, la Francofête rassemble entre 2000 et 3000 festivaliers au cours du week-end. Comme l’événement se déroule sur deux jours cette année, nous espérons accueillir environ 2500 personnes grâce aux collaborations que nous avons développées.
En rendant un verdict vendredi dernier dans un dossier de droits linguistiques, la Cour suprême a-t-elle ouvert la porte à une obligation constitutionnelle de bilinguisme pour les postes de premier ministre, de ministres et de gouverneur général du Canada? C’est du moins l’avis de trois des neuf juges de la Cour. Deux juristes que nous avons interrogés parlent plutôt d’une possibilité dont on est encore loin.
La Cour suprême a statué la semaine dernière, à six contre trois, que la fonction de lieutenant-gouverneur au Nouveau-Brunswick exige désormais une maîtrise des deux langues officielles. Cette décision fait suite à un litige opposant le gouvernement fédéral à la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), qui a obtenu gain de cause.
Les trois juges dissidents estiment plutôt qu’il n’y a pas d’obligation constitutionnelle pour que le poste soit occupé par une personne parlant français et anglais, soutenant qu’une approche contraire « reviendrait à modifier la Constitution sous prétexte de l’interpréter ».
En mentionnant le premier ministre du Canada, celui du Nouveau-Brunswick et leurs ministres respectifs, la minorité craint qu’une telle interprétation ne finisse par « étendre une obligation constitutionnelle de bilinguisme individuel similaire à d’autres titulaires de charges publiques ».
Le professeur de droit Michel Doucet estime toutefois que cet argument « a été bien écarté par la majorité de la Cour suprême ». Le verdict mentionne en effet clairement « la place unique du Nouveau-Brunswick dans le contexte constitutionnel canadien », explique le spécialiste en droits linguistiques.
Dans la décision rédigée par le juge en chef Richard Wagner, la majorité écrit que bien que les obligations linguistiques soient similaires au fédéral et au Nouveau-Brunswick, « il n’en découle pas nécessairement que ces dispositions doivent recevoir une interprétation identique ».
« Cette question n’a pas à être résolue dans le cadre du présent dossier », argumentent les six magistrats.
Pour Michel Doucet, la Cour suprême a peut-être renforcé des arguments politiques voulant que l’on exige le bilinguisme du premier ministre du Canada, mais il en va tout autrement sur le plan juridique.
« On est encore loin d’une situation où quelqu’un pourrait faire cet argument-là et gagner », estime le juriste acadien. « Il y a encore énormément d’obstacles qui rendraient très difficile un argument voulant que le premier ministre doive obligatoirement et constitutionnellement être tenu de parler les deux langues », poursuit-il.
Même constat du côté du professeur de la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa François Larocque, qui ne voit pas comment de telles obligations constitutionnelles de bilinguisme pourraient s’appliquer à des élus de haut rang. Il rappelle que le rôle de premier ministre n’est pas dicté par le texte de la Constitution canadienne, mais provient de traditions parlementaires britanniques bien plus anciennes.
« Ce sont des postes qui découlent non pas du texte de la Constitution, mais de la prérogative et des conventions constitutionnelles. […] Donc, je ne pense pas que les analogies que fait la minorité des juges dissidents ici fonctionnent. Ils ont probablement tort, en fait », estime-t-il.
Le professeur à l’Université d’Ottawa, François Larocque. Archives ONFR
Un destin similaire pour le poste de gouverneur général du Canada?
Pour le poste de gouverneur général, les juges dissidents sont plus directs, écrivant que la décision entraînera une exigence de bilinguisme pour la personne occupant ce rôle. Sur ce point, les deux juristes que nous avons consultés s’accordent pour dire que la décision de la Cour suprême apporte un argument de taille.
Pour François Larocque, s’il convient que les tribunaux devront se pencher sur la question, les analogies entre le poste au Nouveau-Brunswick et au fédéral « me semblent pas mal convaincantes quant à l’application des mêmes principes ».
« Moi, je trouve que la conclusion devient difficilement contestable », dit-il.
Michel Doucet considère qu’à la lumière du jugement, il est désormais nettement plus probable qu’un tribunal impose le bilinguisme au représentant du roi Charles III au Canada qu’à un premier ministre ou à d’autres représentants élus.
« Ils [les représentants de la monarchie] ne sont pas élus démocratiquement. Il n’y a pas toute la responsabilité collective du cabinet qui entre en ligne de compte. Pour le lieutenant-gouverneur ou le gouverneur général, ce sont des gens qui sont nommés par un processus relevant du premier ministre. Donc, il y a beaucoup plus de similitudes », explique-t-il.
Ce jugement survient alors qu’une cause se retrouve devant la Cour supérieure du Québec pour contester la nomination de l’ancienne gouverneure générale du pays, Mary Simon.
L’organisme Droits collectifs Québec (DCQ), qui est l’un des demandeurs dans cette affaire, soutient que les arguments avancés par la SANB en Cour suprême rejoignent les siens. L’avocat de l’organisme, Me François Côté, souligne que le jugement risque d’apporter « beaucoup d’eau au moulin pour notre dossier ».
« La conclusion rendue par la Cour suprême risque d’avoir une incidence significative et positive pour nous dans les conclusions qu’on recherche face à l’office de gouverneure générale », affirme-t-il en entrevue.
Un procès pourrait avoir lieu en 2027 dans cette cause.
Une portée étendue
En plus des répercussions qu’elle pourrait avoir sur d’autres titulaires de charges publiques au pays, la décision rendue pourrait aussi « faire des petits pendant longtemps », avance le professeur François Larocque.
En effet, les deux juristes que nous avons interrogés expliquent que c’est la première fois que la Cour suprême se prononce de la sorte sur l’article 16 de la Charte des droits et libertés, qui garantit l’égalité de statut et de droits du français et de l’anglais comme langues officielles au sein des institutions fédérales et du Nouveau-Brunswick.
« La Cour suprême vient donc de trancher un débat qui était initialement académique en disant : non, c’est un article qui va au-delà d’un simple guide d’interprétation, il donne des droits. Cela rouvre la porte à d’autres arguments qui pourraient être faits dans d’autres domaines également, à la longue », juge M. Doucet, soutenant que cela vient notamment constitutionnaliser le droit des fonctionnaires de travailler dans la langue de leur choix.
Par exemple, spécule François Larocque, le droit d’avoir un procès en français sans l’aide d’un interprète au Canada pourrait-il désormais être protégé par la Constitution?
« Est-ce que ça peut vouloir dire que ce droit-là n’est pas juste garanti dans la Loi sur les langues officielles, mais qu’il est dorénavant protégé de manière essentielle dans la Constitution du pays? C’est une question qu’on peut se poser », lance-t-il.
OTTAWA – L’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) et une coalition intersyndicale refusent de signer l’entente de collaboration proposée par Alto, le promoteur du projet de train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto. L’organisme souhaite également mettre sur pied son propre comité consultatif pour analyser les impacts du tracé dans l’Est ontarien.
Cette démarche fait suite à la première rencontre consultative citoyenne de l’UCFO, qui s’est tenue en mode virtuel lundi soir afin de recenser les inquiétudes de la communauté agricole face au projet de transport ferroviaire.
Selon les informations partagées durant la réunion et comme ce fut le cas pour les Comtés Unis de Prescott Russell, la corporation Alto conditionne l’accès aux données du projet à la signature d’une entente de non-divulgation.
La présidente de l’UCFO, Renée-Claude Goulet, a souligné que l’organisme a reçu une ébauche d’entente de collaboration de la part d’Alto le 1er mai, sans pression particulière pour la signer.
La présidente de l’UCFO, Renée-Claude Goulet, a détaillé les exigences d’Alto, qui refuse de partager les données de terrain et les calques de cartes avant la signature des ententes de confidentialité. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Ce document prévoit une collaboration consultative, mais plusieurs clauses s’avèrent inquiétantes, notamment une obligation de confidentialité très floue. Il n’est pas clair du tout ce que nous aurions le droit de divulguer ou non. Nos membres et notre conseil d’administration ont clairement indiqué qu’il n’est pas désirable de signer ce texte en l’état. »
Celle-ci a précisé que l’organisme souhaite retourner à la table avec Alto pour clarifier la situation, lors d’une rencontre qui devrait avoir lieu prochainement.
Une position syndicale unifiée
Par ailleurs, une rencontre s’est tenue le 4 juin dernier, entre l’UCFO, la Food and Agriculture Organization (FAO), la National Farmers Union (NFU), les Christian Farmers et l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec. Ces organisations ont convenu de rejeter toute négociation individuelle avec le promoteur.
La présidente de l’UCFO, Renée-Claude Goulet, a exposé les réserves du conseil d’administration quant aux modalités financières et contractuelles soumises par la société d’État.
« Ils (Alto) souhaitent mettre sur pied un comité consultatif technique agricole qui se réunirait à plusieurs reprises d’ici la fin de l’année 2027. Cette proposition inclut une compensation financière. C’est une question particulièrement délicate : bien que la gestion de ce dossier engendre des coûts réels pour l’UCFO, ces échanges monétaires risquent de fausser la perception du public quant à l’indépendance de notre collaboration. »
Selon les représentants agricoles, l’action collective vise à contrecarrer une tentative de fragmentation de la représentation syndicale.
« Il y a le sentiment qu’Alto a tenté, sciemment ou non, de nous séparer en offrant une entente à chaque groupe. Pourtant, le consensus autour de la table est que nous voulons siéger ensemble face à Alto, et non séparément »
— Renée-Claude Goulet
Et d’ajouter : « Aucun organisme agricole de la province, incluant l’UPA, ne se sent à l’aise de signer l’entente telle qu’elle est. L’idée était de se rencontrer pour formuler une réponse collective, partager nos craintes et trouver une stratégie afin de répondre d’une voix unifiée. »
« Ces ententes qui sont largement utilisées dans l’industrie, constituent une pratique courante qui permet aux partenaires de partager des documents afin d’alimenter les discussions autour d’hypothèses de travail préliminaires appelées à évoluer au fil du temps, afin d’en évaluer la faisabilité technique. Les ententes de confidentialité protègent toutes les parties et visent notamment à s’assurer que le projet s’intégrera bien aux plans de développement des villes et des MRC », a répondu par courriel à ONFR, Caroline Des Rosiers, porte-parole d’Alto, après une demande de réaction concernant le refus des Comtés Unis de Prescott Russell de signer la même entente quelques semaines plus tôt.
Vers un comité consultatif agricole
Le directeur général par intérim, Marco Laperrière, explique que l’Union souhaite mettre sur pied son propre comité consultatif qui sera composé de trois administrateurs et de trois membres de la communauté.
« Le but du comité est d’analyser les documents fournis par Alto, puis de recueillir les questions, les inquiétudes du terrain et les opinions de la communauté afin de mieux représenter nos membres tout au long du processus. Comme nous ne sommes que deux personnes à l’administration et que les administrateurs du conseil sont des bénévoles très sollicités par les différents dossiers de l’Union, nous avons besoin d’un coup de main. »
Michel Dignard, vice-président de l’UCFO, estime qu’Alto souhaite mettre sur pied ce comité car ils ne comprennent pas la réalité du monde agricole. Photo : Inès Rebei/ONFR
Ce comité aura pour mandat de recenser et d’étudier les dossiers techniques spécifiques, notamment les risques liés à l’assèchement ou à la contamination de la nappe phréatique locale, ainsi que l’impact environnemental des produits de déglaçage des voies.
Le fonctionnement de cette cellule sera croisé : deux des six membres de ce comité technique franco-ontarien seront désignés pour siéger directement au sein du comité consultatif officiel qu’Alto tente de mettre sur pied.
Pour l’instant, aucune date n’a été annoncée pour la tenue de la première séance, qui devrait également se tenir en ligne, mais l’organisme prévoit de lancer un appel officiel aux candidatures sous peu.
Une position plus ferme
Si l’UCFO s’est montrée prudente jusqu’ici, son porte-parole média, Michel Dignard, clarifie une position désormais plus ferme : l’organisation est opposée au projet tel qu’il est présenté.
Jugeant le budget déraisonnable et déplorant l’absence de plan d’affaires, l’Union refuse que le train traverse les terres agricoles.
L’agriculteur d’Embrun reconnaît toutefois qu’elle n’a pas les reins assez solides financièrement pour s’engager dans une saga judiciaire.
« On n’est pas pour le train qui passe à travers des terres agricoles. Mais l’Union des cultivateurs n’a pas le budget de l’UPA du Québec pour investir 100 000 $ et les amener en cour. On ne peut pas empêcher les projets d’infrastructure, mais on va essayer de minimiser l’impact », a-t-il ajouté.
SUDBURY – L’Université Laurentienne ferme le chapitre douloureux de sa reconstruction financière, versant ainsi les dernières indemnités à ses créanciers, soit cinq ans après le début de la crise ayant entraîné la suppression d’une centaine de postes et de 69 programmes, dont 28 en français. Soulagement indéniable, ce progrès n’exclut pas les nouveaux obstacles, notamment la restauration des programmes universitaires.
« C’est certes un soulagement, évidemment, d’apprendre que les employés ainsi que les membres du corps professoral, en particulier ceux qui ont été licenciés, recevront leurs dû » explique Fabrice Colin, président de l’Association des professeurs et des professeures de l’Université Laurentienne (APPUL).
Le 3 juin dernier, la Laurentienne a versé ses dernières indemnités à ses créanciers, un grand pas en avant pour l’établissement qui avait eu recours à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), une loi habituellement réservée aux entreprises en situation d’insolvabilité.
Avec l’aide d’un prêt de sortie de 35 millions de dollars, la Laurentienne est parvenue à payer tous ses créanciers, y compris les indemnités de licenciement qu’elle devait aux professeurs licenciés lors des coupes du lundi noir. Cette nouvelle survient cinq mois après la grève des professeurs, qui déploraient les baisses salariales, la lourde charge de travail, et la décimation de leurs régimes de retraite à la suite des déboires liés à la restructuration de 2021.
Pour la rectrice et vice-chancelière de l’université, Lynn Wells, la Laurentienne va désormais de l’avant avec son programme de transformation. Parmi les objectifs de l’établissement, disposer d’une planification financière plus prudente prime. « Nous continuons de contrôler nos finances soigneusement », assure-t-elle.
Pour cela, l’université s’arme désormais de mesures préventives pour contrôler ses dépenses. En 2026, la Laurentienne s’est outillée d’Axiom, un logiciel de budgétisation censé l’aider dans sa planification financière. « Cet outil moderne permettra une plus grande collaboration entre les unités individuelles et notre équipe financière offrant une image plus précise des finances en cours d’exercice » ajoute la rectrice de l’institution.
Des programmes toujours dans l’impasse
Si le versement des dernières indemnités clôture une longue période d’instabilité, la refonte des programmes reste freinée par un nouvel obstacle. Pendant la restructuration, l’université a maintenu quatre programmes autonomes, continuant de les offrir malgré l’absence de leurs départements d’enseignement respectifs. Au terme du Processus d’Assurance de la Qualité de l’Université Laurentienne (PAQUL), le conseil de qualité a conclu que cette autonomisation n’avait pas été faite dans la réglementation appropriée.
Par conséquent, le conseil de qualité a exigé la suspension de l’admission d’étudiants dans ces programmes. La Laurentienne a également été privée de créer de nouveaux programmes, tant qu’elle n’améliorera pas ses processus d’assurance qualité. « La procédure pour satisfaire [le PAQUL] est passée au Sénat. Il y a eu une réaction rapide à ce niveau-là » soutient M. Colin. « Mais ça peut prendre encore quelques mois. »
Pour y remédier, l’établissement compte investir 3,4 millions de dollars sur une période de cinq ans afin d’améliorer ses processus d’assurance qualité. « Nous attendons l’approbation du ministre pour les fonds, mais néanmoins, nous allons commencer à engager ce plan cet été », explique Lynn Wells. Le prochain contrôle de qualité se déroulera en 2027-2028.
Rétablir la confiance des francophones
Après la crise de la restructuration, la Laurentienne cherche maintenant à regagner la confiance de la communauté francophone. Pour rappel, l’Unité des services en français de l’Ombudsman avait ouvert une enquête sur l’établissement, avant de lever la surveillance en avril 2026. Cette crise avait surtout secoué la communauté francophone, notamment le corps professoral de l’université. « Plus de la moitié des professeurs francophones ont été mis à la porte » dit Jean-Charles Cachon, professeur émérite licencié pendant la crise.
Natalie Poulin-Lehoux, la vice-rectrice associée aux affaires francophones, parle d’une « institutionnalisation de la voix francophone au plus haut niveau décisionnel ». Cette résolution a abouti à la création du Comité consultatif francophone de l’Université Laurentienne (CCFUL). « Ce comité permanent réunit 15 membres votants issus des milieux culturel, économique, de la santé, scolaire et universitaire pour conseiller directement la direction sur nos priorités », explique-t-elle.
Quant à la restauration des programmes francophones, le président de l’APPUL parle d’une situation d’urgence. « Il faut savoir que le département de français n’existe plus, ce qui est, quand même, pour une université bilingue, un petit peu ennuyeux ».
Il reconnaît cependant les efforts fournis par l’administration et les « mains tendues », rapportant que l’université continue malgré tout d’attirer des étudiants dans ses programmes francophones. « Beaucoup d’étudiants franco-ontariens m’ont dit qu’ils sont venus à la Laurentienne justement à cause de la nature spécifique de l’Université Laurentienne en tant qu’université bilingue » affirme M. Colin, « Il y a cet aspect important qui ne disparaîtra pas ».
En milieu rural, le contrat prénuptial devient un outil de plus en plus fréquent. Pour la jeune génération, pas question de laisser le destin des fermes familiales au hasard d’un divorce. Mais avant tout, c’est quoi un contrat prénuptial?
CASSELMAN – Un projet pilote de garde-manger communautaire autonome est inauguré ce lundi à Casselman. Née d’une collaboration entre une citoyenne et la mairesse de la municipalité, cette initiative locale aspire à devenir le modèle d’un futur réseau de partage alimentaire à l’échelle de l’Est ontarien.
À l’origine du projet, Brittany Octeau, gérante de la pharmacie locale, a publié un message sur les réseaux sociaux pour évaluer l’intérêt de la population envers la création d’un espace de partage de denrées.
« Avant, je suivais beaucoup ce que faisaient les banques alimentaires », indique Mme Octeau en entrevue avec ONFR. Tout en saluant leur apport, elle a relevé certaines contraintes structurelles.
« Elles ne sont ouvertes que trois jours par semaine, avec des horaires restreints. Parfois, les gens ont un besoin immédiat, le soir même, et ils doivent attendre l’ouverture. » Elle ajoute que les critères d’admissibilité basés sur les preuves de revenus peuvent également limiter l’accès pour certains résidents.
L’idée a germé après qu’une citoyenne a observé un modèle similaire à Embrun. En tant que directrice de la pharmacie locale, elle a rapidement identifié les besoins grandissants à Casselman, notamment chez les personnes à faible revenu, les personnes en situation d’itinérance et les familles de la région.
Brittany Octeau devant l’emplacement où est installé le garde-manger. Photo : Brittany Octeau
« Je voulais quelque chose d’accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, de jour comme de nuit, si quelqu’un est dans le besoin », explique la promotrice du projet, qui a trouvé un terrain d’entente pour installer la structure derrière son commerce.
Après une simple publication sur les réseaux sociaux pour évaluer l’intérêt de la communauté, la mairesse de la municipalité, Geneviève Lajoie, a personnellement pris le dossier en main pour valider les aspects juridiques et salubres auprès des services de réglementation.
Mme Lajoie, a pris connaissance de l’initiative de Mme Octeau alors qu’elle recherchait des données sur la situation socio-économique locale.
« J’ai vu le message de cette dame. Au début, j’ai tenté de la contacter pour obtenir les coordonnées des entrepreneurs et des citoyens inquiets dont elle parlait afin de prendre le pouls de la situation, explique la mairesse Lajoie. Elle n’avait pas de contacts précis à me donner, mais à partir de là, je me suis dit : « Je vais t’en faire une, de boîte ». »
Conçu par la mairesse et son mari
La mairesse et son conjoint ont pris en charge la construction et le financement de la structure en bois durant la fin de semaine.
« Mon conjoint et moi, on l’a bâtie et on l’a payée de nos poches », précise l’élue ajoutant que la boîte obtenue s’avère deux fois plus grande qu’initialement prévue.
Aménagée à proximité du supermarché et de la pharmacie, la structure fonctionnera en libre-service continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Le principe repose sur le don volontaire et l’anonymat : les citoyens qui le souhaitent y déposent des denrées, et ceux qui en ont besoin se servent gratuitement.
Le garde-manger accueillera uniquement des produits non périssables, tels que des conserves ou des aliments emballés. Brittany Octeau prévoit aussi d’y laisser de l’eau et des collations pour les élèves du secondaire.
Comme l’infrastructure repose sur une propriété privée, la Ville n’impose aucune contrainte administrative, laissant la responsabilité de l’entretien et de la salubrité aux partenaires locaux. « Le processus pour démarrer a finalement été très simple », se réjouit la résidente qui assurera la supervision du site et complétera l’approvisionnement si nécessaire.
Geneviève Lajoie a œuvré comme travailleuse sociale avant d’accéder à la tête de la municipalité de Casselman. Photo : Inès Rebei/ONFR
Vers une proposition aux Comtés unis
L’inauguration officielle, marquée par une coupure de ruban, aura lieu la semaine prochaine. Pour la mairesse Geneviève Lajoie, cette première boîte constitue une phase d’expérimentation avant d’envisager un déploiement à plus grande échelle.
« Ce projet-là va nous servir de test pour montrer aux autres municipalités que ça fonctionne », affirme Mme Lajoie.
Une fois les résultats de ce projet pilote analysés, la mairesse prévoit d’accompagner le groupe de citoyens mobilisés afin de structurer une délégation officielle. Démarche subséquente : présenter une proposition formelle devant le conseil des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR).
« Le but, c’est d’aller dire aux CUPR : « On veut que vous nous souteniez pour établir un réseau régional de garde-mangers communautaires », expose Geneviève Lajoie. Nous allons demander aux Comtés unis d’investir un montant minimal, environ 5000 $, pour développer un système de réseau qu’on pourra suivre en ligne. Ce serait directement intégré sur leur site Web, dans la section des services sociaux. »
Dans l’immédiat, la municipalité invite les résidents à participer à l’inauguration de la semaine prochaine en y apportant des denrées non périssables ou des contributions financières pour lancer le roulement du stock.
L’équipe nationale du Maroc est entrée de la bonne manière dans la Coupe du monde de soccer, décrochant ce week-end à New York un match nul contre les quintuples champions du monde brésiliens. À 700 kilomètres de là, à Toronto, passés par toutes les émotions dans le FIFA Fan Festival, les partisans des Lions de l’Atlas fondent beaucoup d’espoir pour la suite de la compétition.
Enveloppé dans un drapeau rouge XXL frappé d’une étoile verte, Hamza a vibré samedi, devant l’écran géant installé sur le site de Fort York, criant et bondissant à chaque offensive menée par l’équipe nationale marocaine. Tension garantie… jusqu’à la libération : le premier but marocain dans la compétition, qui plus est contre la redoutable Seleção.
Autour de lui, des dizaines de Marocains de l’Ontario ont exulté sur le but d’Ismael Saibari, avant de se prendre la tête dans les mains sur l’égalisation brésilienne, signée Vinicius Júnior dix minutes plus tard. Bref, un condensé de 90 minutes de frayeur, de joie, de passion et surtout de communion.
« Je suis fière de notre équipe qui a porté haut nos couleurs. Ça a été dur, mais on l’a fait », réagit, comme libérée, Olaya Sabri, qui a retenu son souffle jusqu’au coup de sifflet final. Autour d’elle, ses amis dansent, chantent, agitent avec fierté les drapeaux du royaume du couchant, entourés d’une marée jaune de partisans brésiliens, extrêmement nombreux à Toronto.
Olaya Sabri a retenu son souffle jusqu’au coup de sifflet final. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Il faut dire que les Lions de l’Atlas auraient pu à plusieurs reprises creuser l’écart, mais les Brésiliens auraient pu tout autant aggraver le score. Les deux équipes ont pratiquement fait jeu égal, se procurant des occasions et temps forts à tour de rôle dans une rencontre au rythme soutenu.
Toute la communauté pense maintenant à la suite. « On ira loin, même si avoir le Brésil dans notre groupe ne rend pas les choses faciles. Ils sont redoutables », estime Hiba Alami qui envisage une demi-finale à portée de main, comme lors de la dernière coupe du monde.
En 2022, au Qatar, les coéquipiers d’Achraf Hakimi, qui évoluent pour la plupart dans de grands clubs européens, s’étaient en effet débarrassés successivement de l’Espagne et du Portugal pour s’ouvrir les portes du dernier carré, du jamais-vu pour une sélection africaine.
Manifestation de joie sur la pelouse du FIFA Fan Festival de Toronto, après le but marocain. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Plus récemment, les Lions de l’Atlas ont atteint la finale de la dernière Coupe d’Afrique des Nations, dans une confrontation contre le Sénégal au résultat toujours contesté, cinq mois plus tard.
Ce parcours et la cohésion du groupe emmené par Mohamed Ouahbi font donc naturellement pousser des ailes à la communauté marocaine de l’Ontario, après le nul obtenu samedi.
« On est une grande nation de foot »
— Ismail El Idrissi, partisan marocain
« On est une grande nation de foot et on ne veut plus se contenter d’une demi-finale comme en 2022. On est capable de passer ce cap pour aller en finale et pourquoi pas soulever la coupe », ambitionne même Ismail El Idrissi, séduit par le talent des milieux de terrain Azzedine Ounahi et Ayyoub Bouaddi.
Ismail El Idrissi rêve de voir la sélection marocaine soulever le trophée mondial. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« Depuis plusieurs années, il nous manque un numéro 9 capable de finaliser les actions et marquer des buts mais, cette année, ça va être différent », est convaincu celui qui suit aussi le parcours du Canada.
« Ça fait plaisir de voir autant de Marocains ici, ajoute Hiba Alami qui affectionne le site du FIFA Fan Festival. J’adore l’ambiance, c’est magnifique, agréable, aérée, multiculturelle… J’aimerais voir plus de festivals ici à l’avenir. Et de confier : « On n’entend pas beaucoup de français, mais beaucoup d’espagnol et de portugais. »
« En entrant dans la Fan Zone, j’ai tout de suite senti qu’on était une minorité par rapport aux supporters brésiliens, très nombreux, mais on est très sonore, on a aussi le sens de la fête. On sait se faire entendre et soutenir notre équipe. Ça crée des liens et une fierté dans la communauté. »
Hiba Alami, Marocaine de Toronto, va suivre tous les matchs de son équipe. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
La plupart des partisans croisés au micro d’ONFR se sont dits assez déçus des prix des billets pour aller au stade voir le peu de matchs à l’affiche au Toronto Stadium. « C’est exorbitant, c’est clairement un obstacle, considère Ismail El Idrissi. Heureusement qu’il y a des zones comme celles-ci accessibles aux gens qui ne peuvent pas se payer de ticket. On peut participer à la fête en communauté. C’est le plus important. »
« Là où il y a des Marocains, il y a de la bonne ambiance. On représente la francophonie partout où on va, résume avec entrain Olaya Sabri, qui attend avec impatience le prochain match face à l’Écosse le 19 juin (à Boston), avant une confrontation 100 % francophone face à Haïti le 24 juin (à Atlanta).
Cet ultime match du Maroc en phase de groupe sera non seulement diffusé dans la Fan Zone, mais aussi sur le campus torontois du Collège Boréal, dans le quartier historique de la Distillerie.
La communauté attend beaucoup de la ministre Kusendova-Bashta. L’augmentation du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO) fait notamment consensus, de même que l’application concrète de la modernisation de la Loi sur les services en français. Les besoins sont aussi pressants dans le domaine de la santé, de la petite enfance et de l’immigration.
« On ne veut pas prendre un pas de recul, mais au contraire continuer les avancées déjà entamées », affirme Bobby Bourdeau. Le président de l’ACFO-Ottawa attend en particulier de la ministre des gestes concrets sur le financement des organismes francophones « qui sont là pour défendre les droits de la communauté et assurer des services en français ».
M. Bourdeau est notamment en faveur d’une bonification du Programme d’appui à la francophonie ontarienne, dont le montant stagne depuis 2024. Et il n’est pas le seul. La plupart des intervenants sondés croient qu’il est urgent de commencer par là.
Parmi eux, son homologue de l’ACFO-Toronto, Jean-Claude N’Da. Ce dernier ajoute qu’il faut également renforcer l’offre de services en français. « Avoir des droits sur le papier, c’est une chose, les vivre au quotidien en est une autre. Être servi dans sa langue chez le médecin ou devant la justice n’est pas un privilège, mais une question de dignité et de sécurité. Nous attendons que la ministre soit une gardienne rigoureuse de cette offre. »
Bobby Bourdeau et Jean-Claude N’Da, respectivement présidents de l’ACFO-Ottawa et de l’ACFO-Toronto. Photos : Bobby Bourdeau et Laetitica Dogbe/ONFR
En entrevue avec ONFR le jour de son assermentation, Mme Kusendova-Bashta a indiqué que la mise en œuvre de la modernisation de la Loi sur les services en français, qui enchâsse entre autres la notion d’offre active, serait une de ses priorités.
Le leader franco-torontois voudrait aussi une ministre plus interventionniste dans la planification des services publics de la Ville Reine quand cela touche à la francophonie. Il plaide, entre autres, pour une reconnaissance du rôle stratégique de Toronto dans la francophonie.
« La plus grande métropole du Canada devrait jouer un rôle moteur dans le bilinguisme, mais elle ne joue pas ce rôle, dit M. N’Da. C’est une responsabilité de la municipalité, mais aussi de la province. Les deux doivent dialoguer pour ancrer la francophonie dans les habitudes. »
Santé : une expertise à convertir en action
En droite ligne avec la stratégie du gouvernement sur les soins primaires qui a pour objectif de trouver un médecin à chaque Ontarien, « on veut que tous les francophones aient un médecin de famille ou un infirmier praticien qui parle français », réclame légitimement Estelle Duchon, présidente-directrice générale du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT).
Elle souligne du même souffle l’ampleur des besoins en termes de santé mentale et de services aux aînés. « La langue est un outil de traitement quand on parle de santé mentale. Il faut s’assurer que de tels services sont en place. Même chose pour nos aînés : il faut qu’ils puissent vivre à domicile le mieux possible avec du soutien en français. »
Estelle Duchon, PDG du CFGT et Daniel Giroux, président du Collège Boréal. Photos : Archives Rudy Chabannes/ONFR
Mme Duchon estime que la ministre Kusendova-Bashta est très bien placée pour répondre à ces enjeux, en tant qu’infirmière et ministre des Soins de longue durée. Daniel Giroux, président du Collège Boréal à Sudbury, le pense aussi.
« L’avantage que nous avons, c’est qu’elle connait extrêmement bien les besoins de la communauté en matière de santé et de soins de longue durée », dit celui qui croit que cela peut accélérer le déblocage de filières de formation pour répondre au besoin de main-d’œuvre dans le secteur.
M. Giroux espère en outre des avancées en matière de petite enfance. « Si nous voulons accroitre la francophonie en Ontario, ça commence dès la petite enfance en encourageant la programmation pour les éducatrices francophones et en réduisant les files d’attente dans les garderies francophones. De l’appui de ce côté-là serait très important. »
Éducation et immigration : deux sources d’inquiétude
Beaucoup attendent aussi de voir si la ministre sera en mesure de sensibiliser, voire influencer ses collègues au gouvernement dans des dossiers qui touchent directement la communauté. C’est le cas de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) qui attend des gestes forts en éducation, alors que les enseignants entament des négociations collectives cruciales.
« La francophonie ontarienne a besoin d’une voix forte à la table du Conseil des ministres », estime Gabrielle Lemieux, présidente de l’organisme. La ministre des Affaires francophones joue un rôle clé pour faire valoir les réalités, les besoins et les priorités des francophones dans l’ensemble des décisions gouvernementales. Une véritable lentille francophone est essentielle afin que les politiques et les programmes tiennent compte des défis particuliers que vivent les communautés francophones en situation minoritaire.
Alain Dobi, directeur du RIFCSO, Gabrielle Lemieux, présidente de l’AEFO, et Dominic Mailloux, président de la FGA. Photos : Archives Rudy Chabannes/ONFR
Depuis l’abolition du ministère ontarien de l’Immigration, le ministère des Affaires francophones est repassé en première ligne aux yeux des acteurs en immigration dans la province. La restructuration du programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI) suscite des inquiétudes. « On avait un volet francophone qui nous permettait d’attirer pas mal de candidats, rappelle Alain Dobi, directeur du Réseau en immigration francophone du Centre‑Sud‑Ouest (RIFCSO). On ose espérer qu’elle saura faire preuve de leadership et parler à ses collègues pour que les intérêts des francophones soient sauvegardés, voire améliorés. »
Il souhaite voir les financements de services en établissement plus généreux. « On veut bénéficier de son appui pour avoir des augmentations de services et des budgets qui leur sont octroyés, d’autant qu’on a atteint nos cibles. »
Promouvoir la francophonie en dehors de l’Ontario
Le premier déplacement de Mme Kusendova-Bashta hors de la province, à titre de ministre des Affaires francophones, sera à Winnipeg à la fin du mois à l’occasion du Conseil des ministres de la francophonie canadienne. Sa présence au Sommet de la francophonie à Phnom Penh, en novembre prochain, n’est en revanche pas encore confirmée.
Dominic Mailloux, président de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) espère qu’elle y sera pour porter la voix des Franco-Ontariens, de même qu’il souhaite que « la nouvelle ministre continue à soutenir l’écosystème d’affaires qui se structure de plus en plus en Ontario, parce qu’à terme la vitalité francophone repose sur une économie forte. » C’est sous l’égide de sa prédécesseure, la ministre Mulroney, que la FGA avait été lancée.
OTTAWA – Après trois jours de festivités, le Festival franco-ontarien a conclu sa 51e édition samedi soir. Malgré les défis et la controverse, la programmation et la réponse du public ont permis de recentrer l’attention sur la musique francophone et la vitalité franco-ontarienne dans la capitale.
En dépit d’un orage qui a forcé l’évacuation du parc Major’s Hill, à Ottawa, vers 19 h 30 lors de la dernière chanson de la Montréalaise Kamilou, la 51e édition du Festival franco-ontarien s’est conclue samedi soir en beauté.
Le public a pu regagner le site vers 21 h 30 afin d’assister à la clôture du festival, assurée par les prestations du rappeur Kimya et du chanteur Jay Scøtt.
Le site du @FestivalFranco est en cours d’évacuation en raison des éclairs à venir. Le public est invité à consulter les réseaux sociaux et revenir plus tard en soirée vers 21h15-30 alors que se produira Jay Scott. #onfr@ONfr_TFOpic.twitter.com/TPBjAEp6eA
Originaire de Kinshasa et établi à Ottawa depuis 2004, Kimya a partagé avec le public sa passion pour les mots à travers un mélange de slam et de rap engagé.
De son côté, le multi-instrumentiste Jay Scøtt a plongé les festivaliers dans son univers mélancolique, porté par des textes sensibles et des mélodies accrocheuses.
Vendredi soir, le public a également eu droit à une soirée haute en couleur. Le groupe Jupiter & Okwess a envoûté la foule avec ses sonorités congolaises et son groove.
Pour Jupiter Bokondji, chanteur du groupe, les artistes sont avant tout des messagers, des griots comme on les appelle en Afrique. Leur mission est simple : briser les barrières entre les êtres humains, indépendamment de leur origine, de leur race ou de leur couleur.
Un message porté avec force par le groupe, le chanteur n’hésitant pas à quitter la scène pour se mêler à la foule et danser avec elle dans un esprit de communion.
Plus tôt dans la soirée, l’ambiance était déjà survoltée avec LGS (Le Groupe Swing). Mélangeant musique électronique, influences populaires et traditions franco-canadiennes, le groupe franco-ontarien a fait danser la foule grâce à son énergie contagieuse et à ses sonorités festives.
« Chers Franco-Ontariens, faites du bruit. Laissez savoir aux gens que vous existez. »
« Chers Franco-Ontariens, faites savoir aux gens que vous existez. » L’appel lancé par Michel Bénac, chanteur du groupe LGS, après un concert électrisant. #FFO#OntarioFrançais#ONfrpic.twitter.com/cOa2Aidm7g
En attendant le bilan officiel que dresseront les organisateurs dans les prochains jours, une chose semble déjà acquise : malgré une semaine marquée par la controverse entourant le partenariat entre le Festival franco-ontarien et Alto – une entente finalement abandonnée quelques heures avant l’ouverture de l’événement -, le public franco-ontarien a répondu présent pour cette 51e édition.
Né à Paris, passé par Madrid puis Montréal avant de s’établir à Toronto, Olivier Debregeas est devenu au fil des années l’un des visages les plus connus de la communauté française de la Ville Reine. Derrière les rassemblements de supporters de l’équipe de France, les célébrations du 14 juillet, le succès du PSG Fan Club Toronto ou encore son engagement au sein de la francophonie torontoise, se cache une même volonté : créer des liens avec les gens. Au lendemain de l’ouverture de la Coupe du monde 2026, ONFR a rencontré cet amoureux du football, de la langue française et de la vie communautaire.
Racontez-nous votre parcours avant votre arrivée au Canada.
Je suis né à Paris, dans le 15e arrondissement, puis j’ai grandi en région parisienne. J’ai eu une enfance heureuse, entouré de ma famille et de mes amis. Très tôt, le football a occupé une place importante dans ma vie.
Je fais partie d’une génération qui a grandi dehors. Quand il n’y avait rien à faire, on prenait un ballon et on allait jouer dans la rue avec les copains. Un sac à dos faisait un poteau, un chandail faisait l’autre et le terrain était prêt. J’ai ensuite joué au football pendant une quinzaine d’années et plusieurs de mes meilleurs amis aujourd’hui sont encore ceux que j’ai connus sur les terrains.
Professionnellement, j’ai évolué dans le domaine des technologies et des communications. C’est d’ailleurs mon travail qui m’a ouvert les portes de l’international.
Avant le Canada, vous avez vécu une première expatriation en Espagne. Comment cette aventure a-t-elle commencé?
J’ai vécu une première expatriation à Madrid avec ma famille. Ça a été un choc culturel fantastique. La vie espagnole est différente, les horaires sont différents, le rythme est différent. On prend le temps de vivre.
J’y suis arrivé grâce à mon travail. À l’époque, je travaillais déjà pour la même entreprise qui allait plus tard me proposer de poursuivre l’aventure au Canada. Cette expérience nous a permis de découvrir une autre culture et de réaliser que l’expatriation pouvait être une formidable aventure familiale.
Comment s’est ensuite présenté le projet canadien?
Le Canada est arrivé grâce à une opportunité professionnelle. Mon entreprise m’a proposé de poursuivre l’aventure à Montréal. C’était une occasion difficile à refuser et nous étions prêts à relever un nouveau défi.
Nous sommes arrivés à Montréal le 28 décembre 2010. Je me souviens encore du contraste entre Madrid et le froid québécois. C’était un véritable choc climatique. Nous passions d’un environnement relativement doux à des températures largement sous zéro.
Heureusement, j’arrivais avec un emploi déjà en place, ce qui a facilité mon intégration. Pour ma femme et mes enfants, l’adaptation a été différente. Il a fallu reconstruire un réseau, comprendre les codes locaux et bâtir une nouvelle vie. Avec le recul, je réalise à quel point le soutien de mon épouse a été essentiel dans cette transition.
Manifestement, nous avons aimé l’expérience puisque nous sommes toujours au Canada aujourd’hui.
Installé à Toronto depuis 2015, Olivier Debregeas a réussi à marier ses deux univers : son attachement à Paris et sa vie dans la métropole canadienne, où il contribue aujourd’hui à faire rayonner la communauté francophone. Photo : gracieuseté
Comment s’est passée votre arrivée à Toronto quelques années plus tard?
Toronto a représenté un autre choc, mais d’une nature complètement différente. Montréal demeure une grande ville, mais elle conserve une certaine douceur de vivre. Toronto, c’est une métropole qui va vite. On retrouve un peu l’énergie des grandes capitales internationales.
La différence linguistique a aussi été importante. À Montréal, on peut vivre principalement en français. À Toronto, la réalité est différente. Le travail, les services, le quotidien se déroulent largement en anglais.
Lorsque je suis arrivé, j’ai d’ailleurs voulu m’immerger complètement dans cette réalité anglophone. Je voulais découvrir la culture locale, améliorer mon anglais et sortir de ma zone de confort. Mais assez rapidement, quelque chose m’a manqué.
À quel moment avez-vous ressenti le besoin de vous rapprocher de la communauté francophone?
Je cherchais ma tribu. Au début, je pensais que je pouvais faire abstraction de mes racines culturelles françaises. Puis je me suis rendu compte qu’il me manquait les références communes, l’humour, les discussions, les repas entre amis, les apéros, tout ce qui fait partie de notre identité.
Toronto est une ville extraordinaire parce qu’on peut y trouver pratiquement toutes les cultures du monde. Mais pour profiter pleinement de cette richesse, il faut aussi savoir qui l’on est soi-même.
Je me suis donc progressivement rapproché de la communauté francophone. Ce n’était pas un rejet de l’anglais, bien au contraire. C’était simplement un retour vers une partie de moi qui avait besoin d’exister également.
Comment est née la Fédération Tricolore de Toronto?
Avec plusieurs amis, nous avions constaté qu’il existait beaucoup de Français et de francophones dans la région, mais relativement peu d’occasions de se rassembler. Nous avons donc créé la Fédération Tricolore de Toronto afin d’organiser les célébrations du 14 juillet et de favoriser les rencontres au sein de la communauté.
Au départ, les moyens étaient modestes. Une connexion Internet, un projecteur, un écran improvisé et beaucoup de bonne volonté. Mais l’objectif n’a jamais changé : permettre aux gens de se rencontrer. Très vite, le football est devenu un formidable outil de rassemblement.
Bien avant les grands rassemblements de la Coupe du monde 2018, Olivier Debregeas participait déjà à la création d’espaces de rencontre pour les Français de Toronto (ici en 2016). Photo : gracieuseté
Que représente pour vous la Coupe du monde 2018 vécue à Toronto?
C’est probablement l’un des plus beaux souvenirs de mon parcours communautaire. Tout est parti d’une discussion lors d’un concert du groupe IAM à Toronto. Nous avons commencé à imaginer des rassemblements pour regarder les matchs de l’équipe de France.
Au premier match, nous étions une dizaine. Puis les victoires se sont enchaînées. Les rassemblements ont grandi. Nous avons changé de salle plusieurs fois. Pour la finale, nous avons dû nous installer dans l’atrium de Ricarda’s. Près de 1000 personnes étaient présentes.
Quand je repense à cette journée, je ressens encore énormément d’émotion. Bien sûr, il y a la victoire de la France, mais il y a aussi tout ce que nous avons construit à Toronto pendant cette compétition. Nous sommes passés de quelques supporters à une véritable communauté.
Comment est née ensuite l’aventure du PSG (Paris Saint-Germain) Fan Club Toronto?
Le projet est né très naturellement. Avec Victor Reymond et Charles Cho, nous nous sommes aperçus que nous regardions tous les matchs du PSG chacun de notre côté, sur notre canapé. Nous avons fini par nous poser une question simple : pourquoi ne pas les regarder ensemble?
Nous avons commencé à organiser quelques rassemblements dans différents établissements de la ville. Puis un jour, alors que j’étais à New York pour le travail, je suis allé assister à un match avec le fan club local du PSG.
Une photo publiée sur les réseaux sociaux a attiré l’attention du Paris Saint-Germain lui-même. Le club nous a contactés pour nous dire qu’il ignorait l’existence d’un fan club à Toronto. Quelques mois plus tard, nous étions officiellement reconnus comme PSG Fan Club Toronto.
Comment expliquez-vous sa croissance au fil des années?
L’arrivée de joueurs comme Neymar, Messi ou Mbappé a évidemment contribué à accroître la visibilité du club, mais ce n’est qu’une partie de l’histoire.
Nous avons toujours voulu créer quelque chose qui dépasse le simple visionnement de matchs. Nous avons développé un programme de membres, organisé des activités de réseautage, lancé un club de course à pied et établi des partenariats avec d’autres organisations sportives. Nous avons également créé des liens avec des fan clubs du monde entier.
Aujourd’hui, nous essayons aussi de transmettre l’histoire du PSG aux nouvelles générations. Quand nous organisons des concours ou des quiz, il y a toujours quelques questions sur Raí, Ginola, Bernard Lama ou les débuts du club. Il est important de savoir d’où l’on vient.
Votre engagement vous a également amené vers l’ACFO Toronto. Pourquoi?
Parce qu’il est important de défendre la place du français à Toronto. Quand on vit ici, on réalise rapidement que le français est présent, mais qu’il faut constamment le faire vivre. Je voulais contribuer à cet effort.
Ce n’est pas un combat contre l’anglais. C’est un engagement pour le français. Je voulais participer à cette réflexion sur la place de notre langue dans l’espace public, dans les institutions, dans les services et dans la vie quotidienne.
Devenues sa marque de commerce au fil des années, les lunettes colorées d’Olivier Debregeas lui valent aujourd’hui d’être reconnu aussi bien dans les événements communautaires que dans les rassemblements de supporters du PSG à Toronto. Photo : gracieuseté
Comment voyez-vous aujourd’hui la francophonie torontoise?
Je pense qu’elle a longtemps été très discrète. Pendant longtemps, elle a été un peu comme le bon élève qui ne veut pas déranger. Mais je trouve qu’elle a énormément progressé.
Il y a eu des victoires importantes. Plus de services en français, plus de visibilité, plus d’événements. Aujourd’hui, nous avons une place réelle dans cette ville.
Ce qui est essentiel, selon moi, c’est de comprendre qu’il n’existe pas plusieurs francophonies distinctes. Il n’y a pas la francophonie française, africaine, haïtienne ou franco-ontarienne. Il y a la francophonie. Nous devons travailler ensemble parce que c’est notre plus grande force.
Vous avez également fait un saut en politique consulaire cette année. Pourquoi?
Parce que le projet est venu me chercher. Je voulais mieux comprendre comment fonctionnait la représentation des Français de l’étranger et voir comment je pouvais contribuer différemment à la communauté.
Cette expérience m’a permis de découvrir un autre aspect de l’engagement citoyen. J’ai mieux compris les enjeux vécus par les Français établis à l’étranger et l’importance de maintenir un lien fort avec eux. Je n’ai jamais eu l’ambition de faire carrière en politique, mais je crois qu’il est important de participer à la vie démocratique lorsqu’on en a l’occasion.
Vos lunettes sont devenues votre marque de commerce. D’où vient cette idée?
(Rires.) C’est complètement involontaire.
Après plusieurs années dans le secteur des technologies, j’ai travaillé pour Carl Zeiss, une entreprise spécialisée notamment dans l’optique. J’ai découvert un univers fascinant et j’ai commencé à m’intéresser davantage aux lunettes.
À un moment donné, j’ai décidé d’abandonner les montures classiques et d’essayer quelque chose de plus original. Petit à petit, les lunettes sont devenues plus colorées, plus visibles.
Et les gens ont commencé à me reconnaître grâce à elles. Aujourd’hui encore, certaines personnes me disent qu’elles m’ont identifié avant tout grâce à mes lunettes. C’est devenu une signature complètement inattendue.
Si le public connaît surtout le rassembleur derrière la Fédération Tricolore et le PSG Fan Club Toronto, Olivier Debregeas rappelle que sa première équipe demeure sa famille. Photo : gracieuseté
De quoi êtes-vous le plus fier aujourd’hui?
Sans hésiter, ma famille. Toutes ces activités demandent énormément de temps. Derrière chaque projet, chaque événement et chaque engagement, il y a aussi une épouse, des enfants et des proches qui acceptent de partager ce temps. Ma plus grande fierté, c’est d’avoir réussi à rester un père et un mari présent malgré tous ces engagements.
Ensuite, si je regarde tout ce qui a été réalisé à Toronto, je crois que ce qui me rend le plus heureux, ce sont les rencontres. Des gens qui se sont connus lors d’un événement du PSG Fan Club. Des amitiés qui sont nées à la Fédération Tricolore. Des personnes qui se sont rencontrées grâce à une passion commune.
Au fond, si j’ai contribué à créer ces liens-là, alors j’ai réussi quelque chose.
LES DATES-CLÉS D’OLIVIER DEBREGEAS
17 juin 1977 : naissance à Paris.
Août 2009 : première expatriation familiale à Madrid.
28 décembre 2010 : installation à Montréal.
1er juillet 2015 : arrivée à Toronto.
Mars 2018 : lancement du projet Bastille Day 2018 avec la Fédération Tricolore de Toronto.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
Partout au Canada, de nombreuses familles font face à une question difficile : que faisons-nous des choses que les gens laissent derrière eux? À mesure que la génération des baby-boomers vieillit, des maisons sont vidées. Des sous-sols, des garages et des chambres d’amis sont triés. Certains objets sont vendus dans des ventes de succession. D’autres sont transmis aux enfants et aux petits-enfants. Certains sont envoyés aux enchères. D’autres, malheureusement, finissent dans un dépotoir.
Les Canadiens parlent souvent de ce phénomène comme d’un transfert de richesse. Mais c’est aussi un transfert de mémoire. Un transfert de responsabilité. Pour les peuples autochtones, cette question peut être encore plus complexe. Parce que tout ce qu’un aîné laisse derrière lui n’est pas simplement une possession.
Certaines choses portent un esprit. J’y pense de plus en plus. Au fil des années, j’ai reçu de nombreux objets en cadeau : une ceinture fléchée, des plumes, des tambours, des médecines, des objets faits à la main, des objets portés par d’autres avant moi. Certains sont beaux. Certains sont simples. Certains sont anciens. Certains sont puissants. Ils n’ont pas de valeur parce qu’ils pourraient être vendus. Ils ont de la valeur parce qu’ils ont été donnés d’une bonne manière et parce qu’ils portent un esprit.
Dans plusieurs enseignements autochtones, la vie est comprise à travers des étapes. Dans la direction de l’Est, nous pensons aux enfants et aux générations futures, à la nouvelle lumière qui entre dans le monde. Dans la direction du Sud se trouvent les jeunes adultes, qui grandissent en force et en responsabilité. À l’Ouest se trouvent les adultes et les personnes d’âge mûr, qui portent les familles, le travail et la communauté. Au Nord se trouvent les aînés, ceux qui portent la sagesse, la mémoire et l’expérience, et qui se préparent peut-être à leur passage vers le monde des esprits.
Aujourd’hui, plusieurs aînés ont passé une vie entière à renouer avec la culture, la langue, les cérémonies et les traditions que le colonialisme a tenté de détruire. Certains sont devenus porteurs de pipe. Certains ont porté des tambours. Certains ont pris soin de plumes d’aigle, de paquets sacrés, de hochets, de médecines, de chants et de récits. Certains ont fabriqué des habits cérémoniels, des perles, des sculptures, des peintures ou des objets de cérémonie. Ces choses n’ont pas été faites seulement pour décorer une maison. Elles faisaient partie d’une relation.
Mais que se passe-t-il lorsque cet aîné nous quitte?
Que devient la pipe? Qui porte le tambour? Qui prend soin des plumes d’aigle? Qui comprend la responsabilité? Ce ne sont pas de petites questions. Une pipe n’est pas un objet de collection. Un tambour n’est pas simplement une antiquité. Une ceinture fléchée métisse, offerte avec amour et avec une histoire, n’est pas seulement un morceau de tissu. Les plumes d’aigle ne sont pas des décorations.
Dans plusieurs traditions, ce sont des responsabilités vivantes. Elles ont accompagné des prières. Elles ont entendu des chants. Elles ont été présentes dans le deuil, la guérison, la naissance, la mort, le pardon et les cérémonies.
J’ai déjà entendu parler d’un aîné qui est décédé sans avoir d’enfants. Ses biens devaient être donnés comme de simples objets ménagers. Pourtant, parmi ces objets, il y avait des plumes d’aigle, un tambour et une pipe. Quelqu’un aurait facilement pu les mettre dans une boîte, les envoyer à un magasin d’occasion et croire qu’il n’avait rien fait de mal.
Mais pour ceux qui comprennent, cela n’aurait pas été suffisant.
Un tambour peut devoir être nourri par une cérémonie. Une pipe peut devoir être transférée selon un protocole cérémoniel. Des plumes peuvent devoir être données à la bonne personne, d’une bonne manière. Le protocole exact varie d’une nation à l’autre, d’une famille à l’autre, d’un enseignement à l’autre. Mais la responsabilité plus large demeure : les choses sacrées exigent des soins sacrés.
Ce n’est pas seulement un problème familial. C’est un problème communautaire. C’est aussi une question que les aînés eux-mêmes doivent affronter. Dans nos cultures, les aînés sont respectés. Ils ont beaucoup donné. Ils ont porté des récits, des chants, des enseignements et des fardeaux que beaucoup d’entre nous ne comprendront jamais entièrement. Mais le respect n’enlève pas la responsabilité. Si un aîné porte des objets cérémoniels, il devrait aussi réfléchir à ce qui arrivera à ces objets lorsqu’il ne sera plus ici.
Cette conversation peut être difficile. Les familles évitent souvent de parler de la mort. Nous nous disons qu’il y aura du temps plus tard. Mais plus tard arrive rapidement. Je pense au grand-père William Commanda, l’aîné algonquin respecté et leader spirituel de Kitigan Zibi. Il portait des ceintures wampum sacrées liées à l’histoire, aux prophéties, aux traités et aux relations entre les peuples. En vieillissant, il comprenait que ce qu’il portait ne lui appartenait pas simplement. Cela appartenait à quelque chose de plus grand. Cela devait continuer au-delà de lui.
Voilà l’enseignement.
Nos vies ne sont pas seulement faites de ce que nous accumulons. Elles sont faites de ce que nous portons, de ce que nous protégeons et de ce que nous transmettons.
Alors, peut-être que chaque famille doit commencer à se poser ces questions maintenant. Les grands-parents devraient parler avec leurs enfants et leurs petits-enfants. Les aînés devraient parler avec des ersonnes de confiance dans la communauté. Les familles devraient écrire certaines choses. Qui devrait recevoir le tambour? Qui comprend la pipe? Quelle loge, quel aîné, quel gardien du savoir ou quelle communauté devrait être contacté? Qu’est-ce qui ne devrait jamais être vendu? Qu’est-ce qui doit être rendu, enterré, brûlé, nourri par une cérémonie ou transféré?
Nous disons aux gens de préparer un testament pour leur succession. Peut-être devons-nous aussi nous préparer pour le monde des esprits.
Pas seulement avec un document juridique, mais avec des enseignements. Une conversation. Une cérémonie. Une liste de noms. Un plan fait d’une bonne manière.
Ces conversations ne sont pas morbides. Ce sont des gestes d’amour. Elles protègent les familles contre la confusion. Elles protègent les objets sacrés contre le manque de respect. Elles protègent les esprits qui ont aidé à guider nos aînés tout au long de leur vie.
Au fond, la mort ne demande pas seulement ce que nous laissons derrière nous. Elle demande si nous avons préparé les vivants à prendre soin de ce qui comptait le plus.
Une maison peut être vidée en une fin de semaine. Une responsabilité spirituelle portée toute une vie ne le peut pas. Nous devons parler de cela avant que les boîtes soient faites.
Le tambour avait un esprit, Seul chez Value Village. Avec qui as-tu vécu? Qui as-tu aimé? Esprit errant, sans foyer, cherchant le retour.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
La Coupe du Monde s’installe chez nous! On a demandé aux gens dans la rue s’ils ressentent déjà la fièvre du soccer et pour quelle équipe leur cœur balance.
OTTAWA — La Cour suprême du Canada a tranché : la personne occupant le poste de lieutenant-gouverneur au Nouveau-Brunswick se doit de parler français et anglais. C’est ce qu’on peut lire dans le jugement rendu vendredi matin.
Le plus haut tribunal au pays donne ainsi raison à la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), qui contestait une nomination effectuée par l’ancien premier ministre Justin Trudeau. En 2019, le gouvernement de Justin Trudeau a nommé Brenda Murphy comme lieutenante-gouverneure dans la province. Cette dernière ne parlait pas français et n’est pas devenue bilingue durant son mandat qui a pris fin en 2025.
Six des neuf juges ont penché en faveur de la SANB, contre trois dissidents, le juge en chef Richard Wagner ayant écrit la décision pour les six juges en faveur.
« La nomination d’un lieutenant-gouverneur au Nouveau-Brunswick n’ayant pas la capacité de comprendre les deux langues officielles et de communiquer dans celles-ci dans l’exercice de ses fonctions enfreint le paragraphe 16(2) de la Charte », écrit le juge Wagner au nom de la majorité.
Ces derniers soutiennent que, comme le Nouveau-Brunswick a un statut bilingue où les deux langues officielles ont un statut d’égalité, « son caractère unique doit être pris en compte ».
« Cette égalité ne saurait être préservée lorsque le poste de lieutenant-gouverneur de la province, institution unipersonnelle et hautement symbolique, est occupé par une personne unilingue, situation qui confère nécessairement une prépondérance à la langue majoritaire, l’anglais », soutient la majorité dans le jugement.
Même si la nomination est inconstitutionnelle, la Cour suprême déclare qu’il ne s’agit que d’une déclaration juridique et que « ni le décret de nomination ni les actes de la lieutenante-gouverneure Murphy ne sont invalidés par la présente décision ».
Lors des audiences devant la Cour suprême, le procureur général du Canada avait défendu l’idée que la personne occupant le poste ne devait pas avoir d’obligation constitutionnelle de parler les deux langues officielles. Ottawa soutenait qu’il fallait faire une distinction, d’une part, entre la personne de la lieutenante-gouverneure et ses fonctions, et, d’autre part, l’obligation de bilinguisme imposée à l’institution.
Le verdict de la Cour suprême répond plutôt que si une institution est unipersonnelle avec des fonctions non délégables, « l’égalité de statut ne peut être réalisée dans l’institution sans que cette personne soit capable de comprendre chacune des deux langues officielles et de s’exprimer dans celles-ci ».
« C’est une énorme victoire pour nous. Nous sommes au septième ciel aujourd’hui », soutient la présidente de la SANB, Nicole Arseneau Sluyter, au bout du fil.
Nicole Arseneau-Sluyter est la présidente de la SANB. Photo : Gracieuseté SANB.
Cette dernière considère le jugement comme « une énorme avancée » pour la communauté acadienne, soulignant notamment que les juges sont remontés jusqu’à la déportation des Acadiens au 18e siècle dans les motifs de leur jugement.
« Nous, à la SANB, ça fait 53 ans qu’on défend nos droits. Et puis on n’a pas toujours gagné les batailles, mais aujourd’hui on est vraiment, vraiment satisfaits, on est vraiment contents. Et on ne va jamais arrêter de défendre les droits des Acadiens », souligne la Néo-Brunswickoise avec fierté quelques heures après le jugement.
Les juges Côté, Martin, Kasirer, O’Bonsawin et Moreau ont penché en faveur de la SANB, alors que le juge Rowe a écrit l’opinion discordante avec les juges Karakatsanis et Jamal.
En 2022, la Cour du Banc du Roi du Nouveau-Brunswick avait statué que la nomination était inconstitutionnelle, car elle contrevenait aux obligations linguistiques du fédéral. À la suite d’un appel logé par Ottawa, la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick a infirmé le jugement initial en mai 2024.
Le cabinet du ministre de la Justice, Sean Fraser, et celui du ministre des Langues officielles, Marc Miller, nous ont chacun indiqué qu’ils ne feraient aucun commentaire face à la décision.
Applicable au premier ministre et au gouverneur général du Canada?
Les trois juges dissidents sont plutôt d’avis que la nomination de Brenda Murphy était conforme et qu’aucun des articles de la Charte n’impose que la lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick soit personnellement bilingue. Ils signalent que les nominations gouvernementales doivent « relever de la branche exécutive et non des tribunaux ».
« Une telle approche reviendrait à modifier la Constitution sous prétexte de l’interpréter. Il ne faut pas confondre des impératifs constitutionnels avec des considérations d’ordre politique et de politique publique », soutient le groupe de trois juges.
Selon eux, la décision rendue par leurs six autres collègues pourrait avoir « de vastes implications » et étendre l’exigence de bilinguisme à d’autres titulaires de charge publique comme le premier ministre, les ministres et la gouverneure générale du Canada, tout comme le premier ministre et les ministres du Nouveau-Brunswick, écrivent-ils.
« Cela pourrait entrer en conflit avec les conventions relatives au gouvernement responsable et compromettre ainsi la structure de la démocratie parlementaire et la légitimité démocratique du gouvernement », craignent-ils.
Concernant le premier ministre du Canada, la décision de la majorité juge plutôt qu’il s’agit d’un cas différent, car il s’agit du résultat d’un exercice démocratique, alors que « le choix d’un lieutenant-gouverneur repose sur l’exercice d’un pouvoir discrétionnaire ». Concernant la nomination d’un gouverneur général du Canada bilingue, la décision édicte que « cette question n’a pas à être résolue dans le cadre du présent dossier ».
« L’opération d’interprétation que nous avons effectuée dans les présents motifs est ancrée dans le contexte spécifique de l’historique de la protection des droits linguistiques au Nouveau-Brunswick et n’est pas nécessairement transposable dans l’interprétation des dispositions concernant les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada », peut-on lire.
Un dossier visant à contester la nomination de l’ancienne gouverneure générale du Canada, Mary Simon, ne parlant pas français, est présentement devant la Cour supérieure du Québec. En juillet 2024, le fédéral a vu sa requête de mettre fin aux procédures rejetée, alors qu’il plaidait que les demandeurs ne possédaient pas l’intérêt pour agir nécessaire.
Pour l’instant, aucune conclusion n’a été rendue dans cette affaire qui demeure pendante entre le fédéral et Droits collectifs Québec, Justice pour le Québec et l’Association de défense des droits individuels et collectifs du Québec.
Le fédéral avait nommé l’Acadienne Louise Imbeault au poste de lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick en remplacement de Brenda Murphy en 2025.
Rectificatif : Une précédente version du texte indiquait que la nomination était considérée comme « illégale ». La Cour n’invalide pas directement le décret de nomination de Brenda Murphy en 2019, mais déclare plutôt que la nomination d’une personne qui n’étant pas bilingue à ce poste est inconstitutionnelle.
OTTAWA – Malgré une semaine marquée par la controverse sur son partenariat avec Alto, le Festival franco-ontarien (FFO) a lancé jeudi sa 51e édition devant un public nombreux. Entre humour, musique et diversité culturelle, l’événement entend rassembler toutes les générations de francophones.
Le public, la météo et la musique. Tout était au rendez-vous jeudi soir pour l’ouverture du FFO, qui donne traditionnellement le coup d’envoi à la saison estivale des festivals à Ottawa.
« La météo est de notre côté, le site est bien rempli et nous avons une programmation dont nous sommes très fiers », a déclaré à ONFR José Bertrand, directeur général du festival, quelques heures après l’annonce de la fin du partenariat entre le FFO et Alto.
Malgré une semaine marquée par la polémique, le directeur général se veut confiant.
« C’est certain que ça a eu un impact, mais nous allons nous en relever. Nous allons en sortir plus forts et plus grands. Le Festival franco-ontarien est là depuis plus de 50 ans et nous voulons qu’il soit encore là dans 50 ans », affirme-t-il.
« On a passé la semaine à gérer autre chose que le festival. Maintenant, il faut revenir à l’essentiel », affirme José Bertrand, directeur général du FFO. Photo : Amine Harmach/ONFR
C’est donc sous le signe de l’humour, de la musique et de la résilience que s’est amorcée cette 51e édition avec la prestation du groupe franco-ontarien Improtéine.
Pour l’occasion, la troupe, forte de plus de 20 ans de carrière, a présenté un spectacle entièrement improvisé et chanté, conçu spécialement pour le festival.
Ils ont fait chanter et danser des centaines de festivaliers sur des refrains inventés quelques secondes plus tôt.
La soirée s’est poursuivie avec le groupe québécois Bleu Jeans Bleu, tête d’affiche de cette première journée.
La formation, qui poursuit sa tournée Record Nº5, a offert une prestation énergique ponctuée d’humour et de nombreux clins d’œil musicaux.
Les festivaliers ont repris en chœur plusieurs succès du groupe, notamment Coton ouaté, tandis que les musiciens s’amusaient à intégrer à leur spectacle des extraits de chansons ayant marqué leur parcours, des Eagles à Bob Marley en passant par les Cranberries.
« Une francophonie vivante, diverse et rassembleuse »
Pour la deuxième soirée, la chanteuse d’origine congolaise Joyce N’Sana, qui revient tout juste du Marché des arts du spectacle d’Afrique (MASA) en Côte d’Ivoire où elle représentait le Canada, promet un spectacle empreint d’énergie et de chaleur.
À travers ses chansons, Joyce N’Sana aborde notamment la place des femmes et la richesse de la diversité culturelle. Photo : Gracieuseté
L’artiste, qui chante notamment en français, en lingala, en kituba et en kikongo, estime que son spectacle reflète « une francophonie vivante, diverse et rassembleuse ».
La soirée de vendredi accueillera également LGS. Après plus de 25 ans de carrière et plus de 1000 spectacles à travers le pays, la formation franco-ontarienne demeure l’une des références du folklore festif revisité à la sauce pop et électro.
Le public pourra aussi découvrir Jupiter & Okwess, mené par le charismatique Jupiter Bokondji, figure emblématique de Kinshasa surnommée le « Général Rebelle », dont la musique marie sonorités congolaises, rock, funk et soul.
Une vitrine pour la relève
Le Festival franco-ontarien réserve aussi une place importante aux artistes émergents.
À travers son album Revenir, Geneviève RB propose une réflexion sur le rapport à soi, l’affirmation personnelle et l’importance des liens humains. Photo : Gracieuseté
Au Café communal, situé au cœur du parc Major’s Hill, la Franco-Ontarienne Geneviève RB présentera vendredi à 18 h 30 son nouvel album Revenir.
« Cette idée est au cœur de chacune des chansons. Pour moi, revenir ne signifie pas retourner en arrière, mais plutôt se retrouver, se choisir et revenir à soi-même », explique l’artiste.
« Mon objectif n’est pas seulement de présenter des chansons, mais de créer un véritable moment de partage avec le public », ajoute celle qui décrit son projet comme de la pop francophone.
Une matinée gratuite pour les familles
Le festival se poursuivra samedi avec sa traditionnelle matinée familiale gratuite.
De 10 h à 13 h, le site accueillera jeux, animations et activités destinés aux enfants et à leurs proches.
« Cette activité est entièrement gratuite afin de rendre le festival le plus accessible et inclusif possible », souligne Sophie Bernier, programmatrice du festival.
La 51e édition du Festival franco-ontarien se conclura samedi soir avec les prestations du Franco-Ontarien d’origine congolaise Kimya et du chanteur québécois Jay Scøtt.
Une programmation qui reflète les objectifs que s’est fixés le festival en matière de diversité et de rassemblement intergénérationnel.
« C’est un long processus qui commence dès l’automne précédent et qui s’échelonne sur environ six mois », explique Sophie Bernier, programmatrice du festival.
TORONTO – À l’heure où le Canada fait son entrée en lice à la Coupe du monde à domicile face à la Bosnie-Herzégovine, Jonathan David demeure la principale arme offensive de la sélection nationale. Meilleur buteur de l’histoire du pays, le Franco-Ontarien portera une grande partie des ambitions canadiennes lors du tournoi.
Lorsque le Canada disputera son premier match de la Coupe du monde face à la Bosnie-Herzégovine, une grande partie des espoirs du pays reposera sur les épaules de Jonathan David.
À 26 ans, le Canadien de la Juventus de Turin est devenu bien plus qu’un simple attaquant. Meilleur buteur de l’histoire de la sélection, il est aujourd’hui l’un des visages du soccer canadien et l’un des principaux artisans de l’ascension de l’équipe nationale au cours des dernières années.
Aux côtés de Cyle Larin, avec qui il forme depuis longtemps l’un des duos offensifs les plus redoutables de la CONCACAF, David représente la principale menace offensive du Canada. Capable d’évoluer comme attaquant de pointe tout en décrochant entre les lignes pour participer à la construction du jeu, il occupe un rôle hybride de « 9 et demi » qui le rend indispensable au système de Jesse Marsch.
Mais au-delà de son importance sportive, Jonathan David représente également une immense fierté pour la communauté franco-ontarienne. Formé à l’école secondaire publique Louis-Riel d’Ottawa, il est aujourd’hui le seul Franco-Ontarien au sein de l’effectif canadien qui dispute la Coupe du monde.
« Je pense que c’est un grand honneur pour les Franco-Ontariens d’avoir Jonathan comme ambassadeur », affirme son ancien entraîneur à Louis-Riel, Joé Fournier.
Joé Fournier est à l’origine du programme de soccer de l’école secondaire publique Louis-Riel d’Ottawa. Il a formé notamment Jonathan David et Vanessa Gilles. Photo : gracieuseté
Un modèle pour toute une génération
Même s’il ne recherche pas particulièrement ce statut, l’attaquant de la Juventus inspire déjà de nombreux jeunes francophones de la province. Joé Fournier en a eu une démonstration concrète cette semaine lors d’un entraînement de l’équipe canadienne.
« J’ai un ancien élève qui joue pour l’académie du Toronto FC. Il est allé voir l’entraînement du Canada cette semaine et il a interpellé Jonathan en français en lui disant qu’il venait de Louis-Riel. Jonathan lui a donné son chandail autographié. C’est une petite connexion, mais elle est très grande pour nos jeunes. »
Pour l’école ottavienne, voir l’un de ses anciens élèves devenir le visage de la sélection canadienne demeure une source de fierté immense.
« C’est un honneur et un privilège d’avoir eu la chance de travailler avec lui », souligne Fournier.
L’ancien entraîneur rappelle d’ailleurs que Louis-Riel a également vu passer Vanessa Gilles, autre figure majeure du soccer canadien.
« On parle de deux Franco-Ontariens qui ont été les meilleurs joueurs canadiens chez les hommes et chez les femmes, qui jouent pour la Juventus et le Bayern Munich, qui viennent de la même école et du même programme. Les chances que ça arrive sont tellement minimes que c’est difficile à comparer à quelque chose. Peut-être une éclipse de lune… », confie le technicien avec le sourire.
Un talent porté par une mentalité exemplaire
Si Jonathan David est aujourd’hui reconnu parmi les meilleurs attaquants canadiens de tous les temps, son ancien entraîneur estime que son succès repose autant sur son attitude que sur son talent. Ce qui frappait déjà les entraîneurs à l’époque n’était pas seulement sa qualité technique.
« Ce qui ressortait de Jonathan, c’était qu’il était toujours parmi les meilleurs à chaque séance. Les caractéristiques d’un grand champion, c’est beaucoup plus que marquer des buts. »
« Son attitude était extrêmement positive. Il avait une passion indéniable et une volonté constante d’apprendre, de grandir et de devenir meilleur à chaque entraînement. »
Toujours sérieux et concentré à l’entraînement : c’est la marque de fabrique de Jonathan David. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Une année compliquée derrière lui
Son talent et son état d’esprit lui ont permis de rejoindre l’Europe, une chose très rare pour un joueur canadien à cette époque.
Après avoir brillé avec La Gantoise en Belgique puis Lille, où il a remporté le championnat de France et multiplié les saisons à plus de 25 buts, David a rejoint la Juventus de Turin avec l’ambition de franchir un nouveau palier.
« C’est une grande émotion pour moi d’être dans un club comme la Juventus », déclarait-il. « Je pense pouvoir encore marquer 25 buts cette saison. Bien sûr, je sais que la Serie A est plus tactique et plus défensive, mais je suis prêt à relever le défi. Je veux progresser et devenir l’un des meilleurs buteurs au monde. »
La réalité s’est toutefois révélée plus compliquée. Auteur de six buts toutes compétitions confondues, dont quatre en Serie A, le Franco-Ontarien a connu sa saison la moins productive depuis son arrivée en Europe. Un rendement bien loin des standards qu’il avait établis à Lille.
Une situation qui ne surprend pas forcément Joé Fournier.
« Je compare sa dernière saison un peu à ses débuts avec Lille, explique-t-il. Quand un joueur arrive dans un nouveau système, avec un nouvel entraîneur, dans une nouvelle ligue, un nouveau pays et une nouvelle langue, il y a énormément de choses que les gens ne voient pas. »
Malgré tout, il demeure convaincu que son ancien protégé retrouvera rapidement son meilleur niveau.
« Je suis confiant qu’il va y parvenir. J’ai espoir que les choses vont se replacer pour lui. »
Joé Fournier (à droite) lors de la remise des diplômes de Jonathan David. Photo : Gracieuseté
Le Canada a besoin du meilleur Jonathan David
Depuis plusieurs années, l’Ottavien est au cœur de tous les succès de la sélection nationale, des qualifications pour la Coupe du monde 2022 jusqu’au parcours historique à la Copa América.
Son association avec Cyle Larin demeure l’un des principaux atouts offensifs du Canada. Alors que Larin agit souvent comme point d’appui et présence physique dans la surface adverse, David se distingue par sa mobilité, ses déplacements entre les lignes et sa capacité à créer des espaces pour ses coéquipiers.
Pour Joé Fournier, le Canada n’a pas besoin d’un Jonathan David qui tente de porter l’équipe à lui seul.
« Il a simplement besoin d’être lui-même. Si Jonathan essaie d’en faire trop ou si on lui demande d’en faire plus que son rôle, je crois que c’est là que l’équipe peut perdre les bénéfices de ses qualités. »
Pour son ancien entraîneur, cette Coupe du monde pourrait même permettre au Franco-Ontarien de tourner définitivement la page sur sa saison plus difficile en club.
« Je pense que ça va être son moment. On va voir le meilleur Jonathan. »
Une Coupe du monde à la maison
L’événement possède également une signification très personnelle pour l’attaquant canadien. L’idée de disputer un Mondial devant sa famille, ses amis et les partisans canadiens lui tient particulièrement à cœur.
« Ça va être spécial d’avoir mon père sur place, confiait-il récemment à TVA. De pouvoir me regarder jouer dans une Coupe du monde, ça va être extraordinaire pour lui et c’est aussi très spécial pour moi de vivre ça. Ce sont des moments qu’on va partager ensemble. »
À quelques heures de l’entrée en lice du Canada, Jonathan David ne sera pas simplement l’attaquant vedette de l’équipe nationale. Pour le Canada, il représente l’espoir de franchir un nouveau cap devant son public. Pour les Franco-Ontariens, il est aussi la preuve qu’un rêve né sur les terrains d’Ottawa peut mener jusqu’aux plus grandes scènes du football mondial.
Alors que le Canada s’apprête à disputer ce soir le premier match de la Coupe du monde de la FIFA en sol canadien, contre la Bosnie-Herzégovine à Toronto, chaque coup de sifflet aura un prix direct pour les contribuables. Une étude du Directeur parlementaire du budget révèle que l’accueil du tournoi se traduira par une moyenne de 82 millions de dollars par match joué au pays.
Tous ordres de gouvernement confondus, les dépenses canadiennes pour la Coupe du monde masculine de la FIFA 2026 devraient s’élever à 1,06 milliard de dollars, dont 473 millions proviendront du fédéral, le solde étant assumé par les autres ordres de gouvernement (municipaux et provinciaux).
À Toronto, où seront jouées six parties, les coûts prévus sont de 380 millions de dollars, dont 149 millions provenaient directement du fédéral et 231 millions de la ville elle-même. À Vancouver, qui accueillera un match de plus que la Ville Reine, la facture monte à 578 millions de dollars. Par exemple, près de 128 millions de dollars de l’aide financière ont servi à améliorer les stades et les terrains à Vancouver et Toronto. Dans la métropole ontarienne, dans le but d’accroître la capacité d’accueil du Stade de Toronto (BMO Field), des gradins additionnels ont été installés, permettant ainsi d’ajouter plus de 17 000 places.
Le Directeur parlementaire du budget (DPB) fournit au Parlement des analyses économiques et financières au niveau fédéral de manière neutre et impartiale. L’analyse de ce dernier prévient toutefois qu’il est « possible que ces estimations soient appelées à changer à la suite d’annonces budgétaires futures ».
« La présente analyse suppose qu’il n’y a pas d’augmentation globale des coûts au niveau local par rapport aux montants figurant dans les budgets les plus récents disponibles en date d’avril 2026 », explique le DPB.
Parmi les ministères fédéraux qui dépensent le plus, on compte Patrimoine canadien (220 millions) principalement pour des transferts de fonds vers divers ministères. Ensuite, il s’agit de Sécurité publique Canada et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui s’approprient une part importante avec respectivement 149 et 79 millions de dollars.
Sécurité publique Canada, dans une réponse adressée au député conservateur Vincent Neil Ho, précise que l’essentiel des dépenses sera alloué aux rémunérations et aux heures supplémentaires. Ces fonds couvriront également la formation du personnel temporaire ainsi que les frais de déplacement des agents déployés en renfort pour gérer l’important afflux de visiteurs.
La majeure partie de ces dépenses en capital est destinée à l’amélioration des stades et à la création de sites d’entraînement de la FIFA.
82 millions de dollars par partie
L’étude réalisée par le DPB conclut qu’il en coûtera près de 82 millions de dollars par partie au Canada pour les contribuables, alors que le pays sera l’hôte de 13 parties regroupant près d’une dizaine de pays, tels que la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Belgique, la Suisse, etc.
Le directeur parlementaire du budget estime qu’une fois convertis en dollars américains, « les coûts du Canada sont globalement comparables à ceux observés par match lors des tournois précédents ».
Crédit image : Capture d’écran du Directeur parlementaire du budget.
La Coupe du monde a débuté le 11 juin et se terminera le 19 juillet. Elle aura lieu, en plus du Canada, au Mexique et aux États-Unis dans 16 villes différentes. Ce sont 48 pays et 106 matchs qui se dérouleront au cours du prochain mois.
OTTAWA – À quelques heures de l’ouverture de sa 51e édition, le Festival franco-ontarien (FFO) a annoncé mettre fin au partenariat conclu avec Alto, le promoteur du projet de train à grande vitesse reliant Toronto, Ottawa, Montréal et Québec. La décision survient après plusieurs jours de critiques et de mobilisation de citoyens opposés au projet.
Dans un communiqué publié jeudi, le FFO indique avoir convenu avec Alto de mettre un terme à leur collaboration à la suite de discussions menées au cours des derniers jours.
« Cette décision a été prise dans un esprit de respect mutuel et de dialogue constructif », écrivent les deux organisations.
Le Festival souligne que les échanges entourant cette commandite ont connu « une importante escalade » au cours des 48 dernières heures, tant sur le terrain que dans les médias et sur les réseaux sociaux.
« On a passé la semaine à gérer autre chose que le festival. Maintenant, il faut revenir à l’essentiel », a affirmé José Bertrand, directeur général du Festival franco-ontarien, après la fin du partenariat avec Alto. #ONfr#FFOpic.twitter.com/mryFxjJLmL
« Devant cette situation, le Festival et Alto ont convenu qu’il était préférable de mettre fin à leur collaboration afin d’éviter que ce débat ne prenne davantage de place durant l’événement », précise le communiqué.
L’annonce survient après une vague de critiques provenant notamment de citoyens et de propriétaires fonciers de l’Est ontarien qui s’opposent au tracé envisagé du futur train à grande vitesse.
Le directeur général du Festival, José Bertrand, affirme que l’organisation souhaite désormais recentrer l’attention sur la mission de l’événement.
« Notre priorité demeure de faire du Festival franco-ontarien un espace accueillant, inclusif et rassembleur. Nous avons entendu les préoccupations exprimées par la communauté et nous croyons que cette décision permettra de recentrer l’attention sur ce qui nous unit : la culture francophone et le plaisir d’être ensemble », a-t-il déclaré.
Le FFO poursuit ses préparatifs en vue de l’ouverture du festival et invite le public à participer aux festivités « dans un esprit de rassemblement, de dialogue et de convivialité ».
Face au prix élevé des billets et à l’absence de plusieurs sélections francophones au stade de Toronto, les communautés se mobilisent partout en Ontario pour vivre la Coupe du monde autrement. Zones de rassemblement, soirées de visionnement, restaurants et événements culturels permettront aux supporters de se rassembler pour encourager leurs équipes nationales tout au long du tournoi. Tour d’horizon non exhaustif des principaux rendez-vous recensés par ONFR.
La Coupe du monde 2026 se jouera en partie à Toronto, mais pour de nombreux amateurs de ballon rond, assister aux matchs demeure hors de portée. Entre les billets difficiles à obtenir et les prix parfois prohibitifs sur le marché de la revente, plusieurs communautés francophones ont choisi de recréer l’ambiance du Mondial à leur façon.
De Toronto à Sudbury, en passant par Ottawa et Gatineau, organismes communautaires, associations culturelles et groupes de supporters organisent ainsi des dizaines de rassemblements pour suivre les performances des équipes francophones qualifiées.
Les communautés européennes au rendez-vous à Toronto
Les supporters français pourront se retrouver à la Maison des Bleus à Toronto, installée chez Ricarda’s, sur Peter Street, où seront diffusés notamment les matchs contre le Sénégal, l’Irak et la Norvège.
Du côté belge, le TO.BE Belgian Social Club accueillera les amateurs des Diables rouges au Crafty Coyote, dans le centre-ville, pour suivre les rencontres de la phase de groupes dans une ambiance typiquement belge.
La communauté suisse sera également de la partie. Le Swiss Club Toronto a prévu plusieurs soirées de visionnement à travers la ville, notamment au Stout Irish Pub, au Fox & Fiddle Danforth et à l’Union Social Eatery afin d’accompagner le parcours de la Nati pendant la compétition.
Les communautés africaines multiplient les rassemblements
Les Ivoiriens prévoient plusieurs rassemblements dans des lieux déjà connus de la communauté, notamment au restaurant Instant du Palais, au Plato ainsi qu’au sein d’une zone de rassemblement annoncée à Milton.
Les supporters algériens sont invités à se retrouver à Nathan Phillips Square pour encourager les Fennecs, tandis que la communauté congolaise attend ses partisans pour un rassemblement le 17 juin au Queen Victoria pub à Scarborough à l’occasion de la rencontre face au Portugal. Les partisans de la RDC pourraient également converger vers l’Africa Village de Downsview Park, qui accueillera différents rassemblements consacrés aux nations africaines qualifiées.
Les Marocains seront également au rendez-vous. Dans la région d’Ottawa-Gatineau, le restaurant Sachis de Richmond accueillera notamment un rassemblement pour le match Brésil-Maroc. L’établissement prévoit diffuser la rencontre sur écran géant dans une ambiance festive ouverte aux supporters marocains, mais aussi à tous les amateurs de soccer de la région. Du côté de la région du Grand Toronto, la communauté devrait de nouveau se regrouper au restaurant Sahara à Mississauga.
Enfin, les partisans tunisiens sont quant à eux attendus au Best Western de Gatineau pour le match Tunisie-Suède, dans une ambiance familiale comprenant restauration, animations et activités pour les enfants.
Les Lions de la Teranga mobilisent leurs supporters
Les Sénégalais font partie des plus actifs. Ils organiseront notamment « Toronto au rythme du Sénégal », un événement festif combinant espace de rassemblement, spectacles, gastronomie et animations culturelles à l’occasion du match Sénégal-Irak. Au programme : grand sabar, défilé de mode, artistes invités et célébration de la culture sénégalaise.
Le restaurant PendAfrica, sur Oakwood Avenue, demeurera également un lieu de rassemblement incontournable. Déjà très fréquenté lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations, l’établissement prévoit diffuser l’ensemble des matchs du Mondial et accueillir des supporters venus de plusieurs pays africains.
Dans la région de la capitale nationale, une zone de rassemblement accompagnée d’un concert d’Élage Diouf est également prévue à Gatineau pour le match France-Sénégal, permettant aux partisans des Lions de la Teranga de vivre ensemble l’entrée en lice de leur sélection.
Certains fans sénégalais de l’Ontario plus chanceux pourraient assister à la rencontre au stade. Selon les informations obtenues par ONFR, plus de 1000 personnes se sont inscrites auprès du Regroupement général des Sénégalais du Canada dans l’espoir d’obtenir l’un des 400 billets mis à la disposition des supporters sénégalais par le ministère de la Jeunesse et des Sports du Sénégal pour le match disputé à Toronto.
La communauté haïtienne également très mobilisée
La communauté haïtienne du Grand Toronto et de la région de la capitale nationale a prévu plusieurs rendez-vous pendant le tournoi.
À Pickering, une importante soirée de visionnement du match Haïti-Brésil réunira supporters, organismes communautaires et partenaires autour d’une diffusion sur écran géant. L’événement comprendra également des commentaires en direct de Radio Caraïbes, des activités culturelles ainsi que la présentation d’un documentaire produit par TFO sur l’histoire du football haïtien.
À Mississauga, les matchs des Grenadiers contre l’Écosse, le Brésil et le Maroc seront diffusés sur le Celebration Square au centre-ville.
À Ottawa, le Club des étudiants haïtiens de l’Université d’Ottawa ainsi que plusieurs organismes communautaires organiseront également des visionnements collectifs tout au long de la phase de groupes. Un événement spécial combinant projection, rencontre avec la créatrice Noémie Ferron et visionnement collectif du match Écosse-Haïti est également prévu.
Des rassemblements ouverts à toute la francophonie
Au-delà des communautés nationales, plusieurs organismes ont choisi de miser sur le rassemblement de l’ensemble des francophones.
À Toronto, le Collège Boréal diffusera plusieurs rencontres impliquant des équipes francophones dans ses installations du Distillery District. Les amateurs de soccer pourront notamment y suivre les matchs Maroc-Brésil, France-Sénégal, RDC-Portugal, Côte d’Ivoire-Allemagne ou encore Haïti-Maroc dans une ambiance festive et multiculturelle.
Dans la région d’Ottawa-Gatineau, le restaurant IVONA prévoit également de diffuser l’ensemble des rencontres du tournoi et souhaite devenir un lieu de rassemblement pour les amateurs de soccer francophones, peu importe leur équipe de cœur.
Dans le Nord de l’Ontario, l’Association des Ivoiriens du Grand Sudbury et le Contact interculturel francophone de Sudbury organiseront plusieurs soirées de visionnement au Indie Cinema (Côte d’Ivoire-Équateur et Côte d’Ivoire-Curaçao) et au Collège Boréal (Côte d’Ivoire-Allemagne). D’autres matchs impliquant des équipes francophones seront également diffusés pendant le tournoi.
Même loin des stades de Toronto, les communautés francophones de l’Ontario comptent donc bien vivre pleinement leur Coupe du monde. Une façon de rappeler que le Mondial se joue certes sur le terrain, mais aussi dans les quartiers, les restaurants, les centres communautaires et les lieux de rassemblement où les supporters continuent de faire vibrer les couleurs de leur pays.
OTTAWA – Face à la controverse entourant la commandite d’Alto, une citoyenne de l’Est ontarien a proposé au Festival franco-ontarien une solution de rechange financée par des entreprises franco-ontariennes. Le FFO a décliné l’offre.
Retirer la commandite d’Alto et rendre cette décision publique en échange d’une mobilisation d’entreprises franco-ontariennes pour compenser cette contribution financière. C’est la proposition qu’a soumise Karine Bercier, agricultrice de Saint-Isidore, dans l’Est ontarien, au Festival franco-ontarien (FFO).
La démarche survient dans la foulée des critiques, notamment sur les réseaux sociaux, visant le partenariat entre le Festival et Alto, promoteur du projet de train à grande vitesse reliant Québec, Montréal, Ottawa et Toronto.
Plusieurs opposants au projet, notamment dans l’Est ontarien, ont dénoncé cette commandite à la suite d’une publication diffusée samedi sur les réseaux sociaux du Festival. Dans ce message, retiré depuis, le FFO se disait ravi de pouvoir compter sur le soutien d’Alto pour son édition 2026.
Le partenariat entre le Festival franco-ontarien et Alto a suscité des critiques sur les réseaux sociaux. La publication annonçant l’entente a depuis été supprimée. Photo : capture d’écran
Irritée par la situation, Mme Bercier affirme avoir communiqué directement avec la direction du Festival afin de proposer une solution.
Membre du groupe Alt-No, qui s’oppose au projet de TGV, elle dit avoir réussi à réunir rapidement des engagements totalisant 20 000 $.
Résidente de Saint-Isidore et membre du groupe Alt-No, Karine Bercier soutient que l’annonce du partenariat entre Alto et le Festival franco-ontarien l’a poussée à agir. Photo : Gracieuseté
« J’ai quand même un beau réseau, puis les entreprises franco-ontariennes sont super généreuses. J’ai déjà été bénévole pour plusieurs organisations locales. Même avant que le mot se passe, d’autres entreprises m’approchaient par la suite », explique-t-elle.
Le Festival invoque son indépendance
Le Festival a toutefois refusé l’offre. Contactée par ONFR, la direction du FFO a indiqué par écrit qu’elle ne pouvait accepter une contribution financière conditionnelle au retrait d’un autre partenaire et à la diffusion d’un message public imposé.
« Le Festival doit conserver son indépendance décisionnelle. Accepter qu’un soutien financier soit conditionnel à une décision visant un autre partenaire créerait un précédent incompatible avec une saine gouvernance de l’organisme », écrit l’organisation.
Mme Bercier dit « prendre acte » de cette décision, tout en se disant profondément déçue.
« Une occasion réelle d’écouter et de rapprocher le Festival de sa communauté a été manquée », affirme celle qui a participé, avec de nombreux Franco-Ontariens, à une marche contre Alto qui est passée devant le site du Festival avant de se rendre sur la Colline du Parlement.
Selon elle, les entreprises franco-ontariennes qui avaient accepté de contribuer ne cherchaient ni visibilité ni avantage particulier.
« Elles se sont mobilisées parce qu’elles croyaient venir en aide à leur communauté, à leurs familles, à leurs amis, à leurs employés, à leurs voisins et aux territoires qu’elles habitent et bâtissent depuis des générations. »
Mme Bercier affirme également que plusieurs résidents vivant dans le corridor du projet demeurent préoccupés.
« On est le soir à regarder le ciel, on a des drones qui se promènent. Ce n’est pas rien », dit-elle.
Rappelons que le Festival avait déjà réagi aux critiques visant son partenariat avec Alto.
Le Festival franco-ontarien réagit aux critiques entourant son partenariat avec Alto. « Le soutien d’un partenaire à notre événement (…) ne signifie pas que le Festival endosse l’ensemble de ses activités, projets ou prises de position », affirme l’organisation. #FFO#Onfrpic.twitter.com/euNhzNcbMd
« Le soutien d’un partenaire à notre événement ne signifie pas que le Festival endosse l’ensemble de ses activités, projets ou prises de position », avait indiqué l’organisation.
« Notre mandat demeure culturel : présenter des artistes, rassembler le public et faire rayonner la culture franco-ontarienne », insiste le FFO.
SUDBURY – La metteure en scène et enseignante Hélène Dallaire a reçu, mercredi soir, le Mérite Horace-Viau lors d’une cérémonie organisée par les Clubs Richelieu du Grand Sudbury au Centre communautaire Edgar-Leclair d’Azilda. Cette 25e édition de l’événement a également donné lieu à la remise des Prix Jeunesse Richelieu à trois étudiants de la région : Sami Kaidi, Marie-Christabelle Beïbro et Luca Chartrand.
C’est avec humilité qu’Hélène a reçu son prix « Je suis honorée, ça me touche […] il y en a beaucoup qui pourraient mériter ça. J’ai même cherché les critères sur Internet parce que je me demandais ce que j’avais fait pour mériter ça », a-t-elle confiée en entrevue avec ONFR.
Mme Dallaire a enseigné le théâtre à l’École secondaire Macdonald-Cartier, a été professeure à l’Université Laurentienne et a signé plus d’une quinzaine de mises en scène pour le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO).
Hélène Dallaire, avec Alexandra Belarbi Pacciarella directrice générale de Richelieu international, a passé plus de dix ans au conseil d’administration du Carrefour francophone de Sudbury. Photo : Inès Rebei/ONFR
Elle figure sur la liste des 50 personnalités culturelles influentes récemment répertoriées par le Conseil des arts de Sudbury. Son parcours avait également été souligné par une proclamation officielle du maire de la ville déclarant une journée en son honneur le 1er février 2025.
Pour la lauréate, la pratique théâtrale en milieu minoritaire remplit une fonction sociale précise : « J’ai toujours pensé que le théâtre c’était très rassembleur. C’est un endroit où on apprenait à se connaître où on apprenait à travailler ensemble ».
Elle poursuit actuellement ses activités au niveau communautaire avec la mise sur pied de projets théâtraux sous forme d’ateliers.
Les membres du Cercle Horace Viau ont été reconnus par la communauté. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Une légende »
L’artiste franco-ontarien Stef Paquette, récipiendaire de ce même mérite en 2003, s’est déplacé pour l’occasion après avoir donné un spectacle à Hanmer.
Arrivé juste à temps pour assister à la remise du prix, il a tenu à saluer le travail de l’ombre de la lauréate, rappelant qu’elle l’avait elle-même recruté pour enseigner au sein de la Majeure Haute Spécialisation (MHS) en arts de la scène à l’école Macdonald-Cartier.
« Hélène Dallaire, c’est une légende […]. Je trouve ça bizarre que j’aie reçu le mérite Horace-Viau avant [elle]. »
L’artiste Stef Paquette était présent à la 25e édition du Gala des Clubs Richelieu. Photo : Inès Rebei/ONFR
Il a réitéré son respect pour son parcours : « C’est impossible de ne pas rester marqué après avoir côtoyé Hélène Dallaire. Elle a pavé des chemins qui n’existaient pas. Elle ne cherche pas la lumière, elle ne cherche pas les éloges. C’est l’humilité complète. »
Hélène Dallaire rejoint ainsi la prestigieuse liste de lauréats sur laquelle on retrouve Michel Lavoie, récipiendaire en 2025, Germaine Paquette (2024), Jacques Babin (2023) et Joanne Gervais (2022).
De la Côte d’Ivoire à l’entrepreneuriat
Le volet jeunesse a mis à l’honneur trois jeunes, dont Marie-Christabelle Beïbro, finissante de 12e année à l’École secondaire Macdonald-Cartier. Arrivée de la Côte d’Ivoire il y a trois ans, elle s’est investie dans le conseil d’élèves de son établissement.
« Je suis très reconnaissante qu’on m’ait choisie comme candidate pour ce prix de reconnaissance », avoue celle qui n’a pas caché son émotion lors de la remise du prix.
Malgré un objectif initial centré sur l’apprentissage linguistique de l’anglais lors de son arrivée au Canada, elle a choisi de s’investir dans le milieu francophone. Elle a également fondé une entreprise de pâtisserie à la suite d’un projet scolaire, une activité qu’elle indique mener par passion, parallèlement à son objectif de faire des études en médecine.
Marie-Christabelle Beïbro souhaite devenir médecin et garder son entreprise de pâtisseries. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Je voulais partager ma passion de la pâtisserie que j’aime beaucoup. À la base, c’est un projet pour l’école, mais maintenant j’y vois une opportunité à long terme de mener une entreprise à mon propre compte. »
La francophonie sur tous les terrains
« Je suis très honoré de recevoir ce prix parce que j’ai travaillé fort dans la communauté, et je suis content que ça ait été vu par quelqu’un », lance Sami Kaidi, élève de 12e année à l’École secondaire Hanmer.
Le jeune homme s’est aussi illustré par l’organisation d’une « Journée des nations » dans son école afin de sensibiliser à la diversité culturelle et aux réalités des minorités racisées.
« C’était vraiment pour encourager la diversité, pour sensibiliser les gens à voir les autres cultures au monde et les cultures racisées ici à Sudbury comme les Ukrainiens, les Indiens, les Palestiniens […] On a fait ceci avec une exposition de plats traditionnels, puis des diaporamas pour éduquer les gens au sujet de choses assez cool. Ensuite, on les a laissés voter pour celui qui était leur préféré. »
Sami Kaidi, élève de 12e année à l’École secondaire Hanmer Photo : Inès Rebei/ONFR
Le jeune homme rêve de devenir pharmacien et d’ouvrir une officine offrant des services intégraux en français afin de pallier le manque de services bilingues en ville : « J’aimerais ça pouvoir avoir une pharmacie complètement francophone, parce que je trouve qu’il n’y a pas assez d’options francophones ici. »
Une implication multigénérationnelle
Âgé de seulement 15 ans, Luca Chartrand, élève de 10e année à l’École secondaire du Sacré-Cœur, s’implique dans la radio étudiante de son école et comme bénévole au Camp Soleil.
Ce prix revêt pour lui une symbolique particulière : « C’est un honneur pour moi personnellement, mon grand-père, il est un Richelieu ça fait longtemps que je regarde ce prix comme un but pour moi et surtout pour ma francophonie. »
Celui qui est un habitué de tous les événements culturels de Sudbury qu’il fréquente avec sa maman s’oriente vers le métier de plombier et souhaite offrir des services bilingues pour répondre aux besoins de la communauté.
« J’aimerais être un plombier bilingue parce que c’est mieux d’offrir des services en français parce que je veux pouvoir desservir des personnes originaires de l’Afrique, par exemple, qui parlent juste le français à leur arrivée à Sudbury. »
Luca Chartrand, ici accompagné de sa maman, a effectué plus de 213 heures de bénévolat au cours de sa 10e année. Photo : Inès Rebei/ONFR
Sudbury sur la scène internationale en 2028
La soirée a également été marquée par une annonce de la part des organisateurs : la ville de Sudbury accueillera le Congrès Richelieu International en 2028. Cette attribution s’inscrit dans une tradition historique locale voulant que le Nord de l’Ontario se positionne sur la scène internationale tous les 20 ans.
Les responsables ont rappelé à ce titre le parcours de Woilford Whissell, un Sudburois ayant accédé à la présidence internationale du mouvement pour le mandat 1986-1987, une fonction occupée de nouveau par un représentant local en 2008-2009.
L’événement de 2028 marquera ainsi les 20 ans du dernier grand rayonnement international de la ville sous l’égide du mouvement Richelieu.
SUDBURY – Entre le besoin d’une école en périphérie, le manque de lits de soins spécialisés pour les aînés et les défis linguistiques liés à l’intégration des nouveaux arrivants, les réalités du terrain ont rapidement pris le dessus mercredi lors des États généraux de l’Ontario françaisà Sudbury.
Pour cette 22e étape de la tournée de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), une cinquantaine de personnes, incluant des figures de la francophonie locale et des dirigeants d’organismes, se sont réunies au Club amical de Sudbury.
C’est en marge des discussions publiques que Tamsen Laine Lahnalampi et Joshua Sbrega ont partagé leurs inquiétudes face aux risques routiers liés au transport scolaire quotidien et formulé leur demande pour l’établissement d’une école francophone locale pour leurs enfants.
Le couple dit s’être déplacé pour faire du réseautage dans le but de trouver des moyens d’obtenir une école de langue française à Onaping Falls. Photo : Inès Rebei/ONFR
« La plus proche école publique française est à 20 minutes de route sur une autoroute qui connaît de fréquents accidents mortels », a expliqué Tamsen Laine Lahnalampi, anglophone, dont les déplacements depuis Onaping Falls s’effectuent sur la route 144, un axe routier majeur du Moyen-Nord.
Celle qui se présente comme francophile estime que les familles de cette communauté ne devraient pas avoir à choisir entre l’accès linguistique et la sécurité routière.
« Je ne veux pas être la génération qui abandonne le français après tout le travail de mes ancêtres sur les 450 dernières années », a quant à lui confié M. Sbrega, tout en reconnaissant que l’un des plus grands défis à Sudbury est que « nous avons des services en français, mais ils ne sont pas toujours connus et il n’y a pas assez de fonds pour les supporter. »
« Notre situation ressemble à celle de nombreuses familles aujourd’hui : un parent francophone et un parent anglophone. C’est un modèle familial très répandu, et je veux faire partie des 25 % de familles qui réussissent à transmettre le français à leurs enfants », conclut de son côté Mme Lahnalampi.
La discussion fut très animée dans les tables lors des ateliers avec des participants demandant, entre autres, plus de coopération entre les organismes communautaires locaux. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Aucun lit désigné »
« Il n’y a aucun lit officiellement désigné francophone [à Sudbury]. C’est franchement honteux parce qu’on est tellement une communauté francophone forte et importante ici dans la région du Grand Sudbury », a déploré de son côté, Kim Morris, directrice générale de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO).
Une situation d’autant plus aberrante, selon elle, que d’autres régions de la province, comme Welland ou Aurora, disposent de telles structures adaptées alors qu’elles comptent un bassin de population francophone nettement moins élevé.
Mme Morris a toutefois fait état d’une récente ouverture de la part de la ministre des Soins de longue durée et, nouvellement, des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, qui a invité l’organisme à lui soumettre des pistes de solutions.
« Nous allons travailler avec les clubs d’âge d’or et avec nos partenaires francophones en santé pour retourner à la ministre et puis lui donner des pistes de solutions pour identifier des lits francophones dans notre région avec son nouveau portefeuille de ministre francophone », a-t-elle précisé.
Kim Morris s’inquiète aussi de l’insécurité linguistique chez les jeunes de Sudbury, affirmant qu’il est désormais « plus facile pour un jeune de choisir d’étudier en anglais plutôt qu’en français ». Photo : Inès Rebei/ONFR
La FARFO prévoit désormais de collaborer avec les clubs de l’âge d’or et les partenaires de la santé de la région pour identifier des lits potentiels, notamment au foyer Saint-Gabriel à Chelmsford ou à la Villa Sainte-Élisabeth à Val Caron.
Pour Martin Lajeunesse, directeur régional au Centre de planification des services de santé en français, le Grand Sudbury possède déjà une « forte complétude institutionnelle », le défi demeurant au niveau du recrutement.
« Parfois le problème, ce n’est pas le fait qu’il y a des lacunes au niveau des institutions qui offrent des services, mais de la capacité de ces institutions-là à trouver la main-d’œuvre nécessaire pour assurer les services. »
Immigration et l’accès aux loisirs
La pérennité de la communauté face au vieillissement de la population dépend en partie de l’apport des nouveaux arrivants, un volet qui présente toutefois des difficultés structurelles selon les intervenants.
« Le premier constat est que l’immigration est galopante, mais que le poids démographique des francophones va en décroissant », a expliqué Alexandre Pondy, intervenant au sein d’un organisme d’aide à l’emploi à Sudbury.
Selon son analyse, les immigrants francophones s’orientent vers la région mais peinent à s’y établir durablement, en raison des obstacles liés à l’accès aux services en français.
Sur le marché du travail local, la maîtrise de l’anglais reste prédominante, et les organismes francophones ne peuvent absorber toute la main-d’œuvre disponible. M. Pondy a aussi pointé du doigt la standardisation des services d’emploi, qui n’offrent aucun soutien financier spécifique pour la reconnaissance des diplômes des professionnels formés à l’étranger.
Alexandre exhorte les pouvoirs publics et les partenaires à agir pour que les recommandations des États généraux « ne restent pas dans des tiroirs ». Photo : Inès Rebei/ONFR
Pour Karine Tellier, directrice générale de l’ACFO Sudbury, la rétention des familles est aussi liée à l’offre d’activités récréatives. « Ce qui manque à Sudbury, ce sont les sports et les loisirs en français pour nos enfants », a-t-elle affirmé, préconisant la création de structures stables pour la pratique du soccer ou du hockey en français.
Elle a également insisté sur la nécessité de favoriser l’inclusion de tous les nouveaux arrivants au sein des mêmes activités, sans distinction d’origine.
Pour pallier l’éparpillement des services, une proposition de « guichet unique » a été avancée lors des ateliers, visant à regrouper les différents organismes d’accueil dans un même espace géographique tout en préservant leur autonomie respective.
« Une conjoncture unique »
Le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk, s’est dit satisfait de la participation sudburoise, reconnaissant que cette ville, dont 22,5 % de la population a le français comme première langue officielle parlée, jouit d’une situation particulière.
« Sudbury dispose d’une conjoncture unique : un conseil scolaire fort, une université bilingue, un collège avec son siège social, la Place des Arts et plusieurs organismes provinciaux », a énuméré M. Hominuk, qualifiant les échanges de passionnés au sein d’une « belle gamme de personnes, allant des jeunes leaders jusqu’aux aînés ».
Malgré ces infrastructures, le directeur général de l’AFO a souligné l’existence de demandes importantes de ressources sur le terrain, notamment dans le secteur des aînés, qui se sont déplacés en nombre pour l’événement.
Chaque étape des États généraux est marquée par la traditionnelle photo de groupe clôturant l’événement. Photo : Inès Rebei/ONFR
Il a cité l’exemple du Centre amical des personnes âgées de Sudbury, qui compte plus de 300 membres, et du club d’Azilda, qui en regroupe 550. Selon lui, ces structures reposent largement sur le travail bénévole et disposent d’un appui gouvernemental limité pour mener leurs activités.
Les témoignages et solutions recueillis à Sudbury seront intégrés aux données des autres étapes de la tournée de l’AFO, qui se poursuivra notamment à North Bay et Timmins avant de prendre fin à Thunder Bay en juillet.
Ces consultations serviront de base à la rédaction d’un Livre blanc sur la sécurité linguistique, destiné à orienter les revendications de l’organisme face aux investissements gouvernementaux projetés pour 2028.
TORONTO – Les lauréats francophones de la 39e édition du Prix Trillium ont été dévoilées ce mercredi lors du gala annuel de remise des prix à Toronto. Les Ottaviennes Sarah Migneron et Lisa L’Heureux ont été couronnées après plusieurs mois de suspense. Leurs parcours respectifs avaient été primés plus tôt cette année dans le cadre des Prix Champlain.
Sarah Migneron s’impose avec un récit sur la dépression post-partum. La première lauréate remporte le prix de littérature en langue française pour son récit poétique et théâtral intitulé « Maman Bleue » publié aux éditions Prise de parole. Dans cette œuvre, Sarah Migneron aborde les thèmes de la maternité et de la santé mentale à travers une relation mère-fille confrontée à la dépression post-partum.
« J’espère que les gens vont lire le livre, car je l’ai écrit pour leur faire ouvrir les yeux sur les difficultés maternelles. Elles constituent une réalité beaucoup trop commune », a réagi l’auteure au micro d’ONFR.
Sarah Migneron, gagnante du Prix Trillium de littérature en langue française 2026. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
Bravo à Sarah Migneron, gagnante du Prix Trillium de littérature en langue française!
L’écrivaine bien connue dans la communauté d’auteurs franco-ontariens a été invitée lors d’un épisode du balado Cœur d’encre dans lequel elle revient sur son récit poignant lors d’un tête-à-tête avec Marine Sibileau.
Parmi les finalistes du prix de littérature en langue française figurent Sylvie Bérard pour « Mes morts jeunes », Maéva Guedjeu pour « Des silences et des murmures », Alain Bernard Marchand pour « Les visages de Rembrandt » et Blaise Ndala pour « L’équation avant la nuit ».
Violence faite aux femmes : Lisa L’Heureux distinguée
Du côté de la poésie en langue française, le jury a couronné la poète Lisa L’Heureux pour le livre « Haus », publié également aux éditions Prise de parole, dans lequel elle met en lumière les violences touchant les femmes ainsi que les personnes marginalisées.
Abordant les enjeux contemporains, « Haus », qui signifie « maison » en allemand, souligne que le domicile peut, pour de nombreuses personnes, devenir un lieu de conflit plutôt qu’un espace de sécurité et de paix.
« J’invite les gens à prendre le temps de lire et de découvrir le livre », explique l’auteure d’Ottawa, interrogée par ONFR. Dans son discours, la fondatrice du Théâtre Rouge Écarlate a notamment remercié la maison d’édition qui n’a pas hésité à embarquer dans le projet avec elle.
Lisa L’Heureux remporte le Prix littéraire Trillium de poésie 2026 pour « Haus », publié aux éditions Prise de parole. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
🎉 Bravo à Lisa L’Heureux, gagnante du Prix Trillium de poésie 2026!
Dans les finalistes du prix de littérature en langue française, la Québécoise Noémie Roy pour « L’épingle filante » ainsi que « En terrain miné » pour Véronique Sylvain, originaire de Kitigan, non loin de Kapuskasing ont été retenues. L’une explorant les thèmes de la maternité, tandis que l’autre s’intéresse à la jeunesse confrontée à des troubles neurologiques.
Une 39e édition sous le signe de l’engagement
Les œuvres des lauréats de l’édition 2026 du Prix Trillium, qui traitent pratiquement toutes de sujets actuels, ont été dévoilées ce mercredi dans un souhait de réflexion commune, de donner la voix aux expériences souvent peu entendues et à la vulnérabilité.
Gabriel Osson, (l’un des membres du jury) ainsi que Eunice Boué, Lisa L’Heureux, Sarah Migneron, Véronique Sylvain et Noémie Roy et l’auteur Soufiane Chakkouche. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
Du côté des anglophones, c’est Otoniya J. Okot Bitek, une auteure d’origine ougandaise installée à Kingston qui gagne le prix de littérature avec « We, the Kindling » dont l’ouvrage est publié aux éditions Penguin Random House. La seconde lauréate est la Palestino-Irakienne établie à Toronto, Hajer Mirwali, qui décroche le prix de poésie pour son œuvre « Revolutions » publié aux Talonbooks.
Portés par la province, les prix Trillium comptent parmi les récompenses les plus prestigieuses accordées aux auteurs ontariens, tant en français qu’en anglais. Chaque année, Ontario Créatif, qui marquera ses 40 ans l’an prochain, célèbre un large éventail d’auteurs et d’autrices de tous genre littéraire.
TORONTO – À la veille du coup d’envoi de la Coupe du monde de soccer de la Fédération internationale de football association (FIFA), ce jeudi, voici 10 chiffres pour en saisir les principaux enjeux.
23
C’est la 23e édition de la Coupe du monde, laquelle a déjà été remportée 5 fois par le Brésil, seule équipe à avoir disputé toutes les phases finales de la compétition depuis le début. En comparaison, le Canada est toujours en quête d’une première victoire après n’avoir participé que 2 fois par le passé : en 1986 au Mexique (toute première qualification) et en 2022 au Qatar, après 36 ans d’absence.
10
C’est le numéro de maillot à surveiller dans l’équipe canadienne pour tout partisan franco-ontarien! Il sera porté par l’international Jonathan David, un pur produit du programme sport-études de l’École secondaire Louis-Riel à Ottawa. À 26 ans, cet attaquant champion de France avec le LOSC (Lille) et vainqueur du trophée des champions avec la Juventus (Turin) est le meilleur buteur de l’histoire sous les couleurs nationales.
Jonathan David et les Canadiens vont tenter d’aller le plus loin possible. Photo : AP Photo/Gary McCullough
11
Sur les 48 nations qualifiées pour ce Mondial élargi, 11 francophones seront attentivement suivies par les diasporas de l’Ontario : le Canada, la Suisse (qui s’affrontent dans le même groupe : B), le Maroc, Haïti (C), la Côte d’Ivoire (E), la Tunisie (F), la Belgique (G), le Sénégal (I), la France (I), l’Algérie (J) et la République démocratique du Congo (K).
3
Deux records seront battus puisque cette compétition se déroulera dans 3 pays différents (Canada, Mexique et États-Unis) avec un nombre d’équipes jamais atteint (48), ce qui, au passage, pourrait en faire la plus polluante de l’histoire du soccer. On estime qu’entre 5 et 9 millions de tonnes d’équivalent CO2 seront rejetées dans l’atmosphère, en grande partie à cause des déplacements en avion.
La ville hôte de Toronto est parée des couleurs de la compétition. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
13
13 matchs sur les 104 que compte la compétition se dérouleront au Canada dans 2 villes hôtes : Vancouver et Toronto. Mais seulement trois matchs éliminatoires (deux seizièmes et un huitième) auront lieu au pays. Les États-Unis, eux, raflent l’intégralité du dernier carré : les demi-finales, la finale et même le match pour la 3e place. Pour des matchs à faible enjeu, nombre de partisans auraient préféré des prix plus abordables.
4
La FIFA reconnaît 4 langues officielles : l’anglais, l’espagnol, l’allemand et le français, puisqu’elle a été fondée à Paris (1904). Cela engendre des obligations comme traduire la signalisation, diffuser des matchs en français et recruter des bénévoles multilingues. Sur les 6000 bénévoles à Toronto et Vancouver, 15 % devraient savoir s’exprimer en français.
Des milliers de partisans venus du monde entier sont attendus sur le continent américain. Photo : AP Photo/Butch Dill
0
Aucun match ne sera disputé au Québec où vivent la majorité des francophones au pays. La Ville de Montréal s’est désistée de l’organisation en 2021 en raison de l’explosion des coûts de rénovation de son Stade olympique. Les 3 matchs de groupe du Canada auront lieu les 12, 18 et 24 juin, respectivement contre la Bosnie-Herzégovine (à Toronto), le Qatar et la Suisse (à Vancouver).
45 736
Avec un peu plus de 45 000 places, le BMO Field à Toronto est le plus petit stade sélectionné dans cette compétition, juste derrière le BC Place à Vancouver et ses 54 000 places. Pour respecter les standards de la FIFA, il a fallu ajouter environ 17 000 places temporaires en construisant deux tribunes derrière les buts et il a provisoirement été rebaptisé Toronto Stadium, le naming commercial étant interdit par la FIFA.
Des ouvriers ajoutent des places temporaires au Stadium de Toronto. Photo : La Presse canadienne/Frank Gunn
22
Sur un total de 1248 joueurs participants jusqu’au 19 juillet, 22 champions du monde seront présents, dont quatre francophones : les Français Ousmane Dembélé, Lucas Hernández, N’Golo Kanté et Kylian Mbappé. Par ailleurs, 200 joueurs évoluent dans des championnats nationaux anglais, en très grande majorité en Premier League. L’Angleterre devance ainsi largement l’Allemagne (109), la France et l’Espagne (86).
5
Les retombées économiques pourraient atteindre jusqu’à 5 milliards de dollars pour le Canada. Pour la seule région du Grand Toronto, on évoque près de 940 millions de dollars. Pour la FIFA, cela représenterait jusqu’à 9 milliards de dollars de revenus.
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