Mississauga : 2,1 millions par année pour une nouvelle clinique de soins primaires en français 

MISSISSAUGA – Une nouvelle clinique de soins primaires en français ouvrira ses portes au début de 2027 à Mississauga. Le gouvernement de l’Ontario investira près de 2,12 millions de dollars par année pour permettre au Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) d’y accueillir, à terme, environ 4800 patients francophones de la région de Peel.

L’annonce a été faite ce mercredi lors d’un pique-nique communautaire consacré au Jour des Franco-Ontariens, organisé à Mississauga par la ministre des Affaires francophones et députée de Mississauga-Centre, Natalia Kusendova-Bashta.

À deux jours du 25 septembre, représentants du gouvernement et d’organismes francophones ont ainsi profité de ce rassemblement pour dévoiler un investissement destiné à renforcer l’accès aux soins primaires en français dans une région où celui-ci demeure difficile pour une partie de la population.

La future clinique fait partie des 124 équipes de soins primaires nouvelles ou élargies financées par l’Ontario en 2026-2027. La ministre des Affaires francophones prévoit revenir à Mississauga pour son ouverture officielle au début de l’année prochaine. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

La future clinique sera située au 90, chemin Burnhamthorpe Ouest. Son ouverture est prévue au début de 2027, une fois terminés l’aménagement des locaux et le recrutement des professionnels de la santé.

Son équipe interprofessionnelle doit notamment réunir des médecins, des infirmières praticiennes et infirmiers praticiens, du personnel infirmier autorisé, des thérapeutes, des diététistes, du personnel de promotion et d’éducation en santé, ainsi que des intervenants en santé communautaire.

« Comme infirmière, je sais qu’il est important de bien comprendre et d’être bien compris », a souligné dans son discours Mme Kusendova-Bashta. Pour la ministre, recevoir des soins dans sa langue permet notamment au patient de poser ses questions et de mieux comprendre les explications qui lui sont données.

Un besoin qui revient dans les consultations

Le besoin de développer les soins primaires en français est également remonté au cours de la première année d’existence du Centre de planification des services de santé en français de l’Ontario (CPSSF).

Sa première directrice générale, Natalie Aubin, en a fait l’un des principaux constats entendus depuis son entrée en fonction.

« Le mot, je pense, que j’ai le plus souvent entendu au cours de la dernière année, c’est qu’on a besoin de services de santé en français en soins primaires », a-t-elle déclaré, ajoutant que cet enjeu était devenu « très clairement une de nos premières priorités ».

La veille de l’annonce, plusieurs acteurs du secteur avaient justement participé à une journée de réflexion consacrée à la santé en français. Plus tôt mercredi, les partenaires du CPSSF travaillaient également à la planification stratégique de l’organisme.

Pour Natalia Kusendova-Bashta, l’ouverture de la clinique constitue un exemple de la manière dont les discussions autour de l’accès et du parcours de soins peuvent se traduire en nouveaux services.

Pas seulement une clinique

Pour le CFGT, l’ambition est justement de ne pas créer un service de santé fonctionnant en vase clos. Les soins de la future clinique seront intégrés aux services que l’organisme offre déjà dans la région tels que l’établissement, le logement, l’emploi ou les services juridiques.

« Notre objectif pour les francophones de Mississauga et de la région de Peel, c’est vraiment qu’ils aient à leur côté une équipe capable de les écouter, les comprendre et les accompagner dans leur parcours de soins », a expliqué Estelle Courty-Duchon, présidente-directrice générale du CFGT.

La PDG du CFGT a lancé un appel aux établissements d’éducation et de formation, dont elle juge la contribution essentielle pour former les professionnels de santé nécessaires à l’ouverture de la clinique. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Cette nouvelle activité répond également à deux axes du plan stratégique 2025-2030 du CFGT : le continuum de services en français et la croissance de l’organisme.

Denys Giguère, vice-président de son conseil d’administration, estime que le financement annuel donnera au Centre les moyens de préparer « une présence durable en soins primaires à Mississauga ».

« Pouvoir vivre en français, c’est aussi pouvoir compter sur des services en français au moment où l’on en a besoin », a-t-il résumé.

« Une question de droit, d’accès et de sécurité des soins »

L’annonce a également été saluée par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), tout en servant à rappeler les difficultés qui persistent ailleurs.

« L’accès à des soins de santé en français ne devrait jamais dépendre de la chance, de la capacité d’insister ou du lieu où l’on habite. C’est une question de droit, d’accès et de sécurité des soins », a lancé son président, Fabien Hébert.

Selon lui, la capacité à offrir des soins en français doit être prévue dès le départ, avec les ressources humaines nécessaires, une offre active et visible et la possibilité de bénéficier d’un parcours continu dans la langue du patient.

M. Hébert a notamment fait le lien avec les consultations des États généraux de l’Ontario français. À Mississauga, a-t-il rappelé, les participants avaient fait état de services en français encore « insuffisants, peu visibles et inégalement accessibles ».

Pour le président de l’AFO, le modèle retenu à Mississauga apporte une partie de la réponse puisqu’il ne s’agit pas simplement d’ajouter une offre médicale. « Il ne crée pas un service isolé, il contribue à bâtir un continuum autour de la personne », a-t-il affirmé, appelant désormais le gouvernement provincial à reproduire cette approche dans les régions où persistent des écarts dans l’accès aux services en français.

Des services « pensés en français dès le départ »

Une idée également défendue mercredi par Dawn Gallagher Murphy, députée de Newmarket–Aurora et adjointe parlementaire à la ministre des Soins de longue durée. À l’approche du Jour des Franco-Ontariens, elle a estimé que la vitalité de la francophonie ne pouvait reposer uniquement sur sa célébration : « Il faut aussi bâtir des institutions et offrir des services qui répondent aux besoins quotidiens des francophones. »

Également présidente déléguée de la section ontarienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, Dawn Gallagher Murphy dit constater dans ses échanges avec des parlementaires francophones d’ici et d’ailleurs que les communautés sont plus fortes lorsqu’elles disposent d’institutions qui les servent en français. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

L’élue a établi un parallèle avec le développement d’un village francophone dans sa propre circonscription, qui doit notamment comprendre un foyer de soins de longue durée, des logements et des espaces communautaires.

Si les deux projets sont différents, leur principe est, selon elle, identique : créer des lieux où les services sont « pensés en français dès le départ ».

Le recrutement, prochaine étape

Le projet de Mississauga fait partie des 124 projets retenus à la suite de l’appel de propositions 2026-2027 du Plan d’action de l’Ontario pour les soins primaires. Selon la province, ces nouvelles équipes ou équipes élargies doivent permettre de rattacher 500 000 personnes supplémentaires aux soins primaires à travers l’Ontario.

Pour le CFGT, le travail se déplace désormais vers l’aménagement des locaux et surtout la constitution de l’équipe qui accueillera les futurs patients.

Mme Courty-Duchon a d’ailleurs interpellé directement les partenaires du milieu de l’éducation et de la formation présents ce mercredi, leur rappelant que l’ouverture d’une clinique nécessite des professionnels de santé et qu’il faudra continuer à former la relève.

Les modalités permettant de s’inscrire comme nouveau patient ne sont pas encore connues. Le CFGT prévoit les communiquer avant l’ouverture de la clinique, toujours visée pour le début de 2027.

Sommet de la Francophonie à Ottawa en 2028 : le milieu économique francophone veut s’imposer

OTTAWA — Même si le Sommet de la Francophonie qu’Ottawa accueillera en 2028 n’aura lieu que dans deux ans, les acteurs francophones du pays s’y préparent déjà. Les milieux économiques francophones souhaitent notamment avoir leur mot à dire, y voyant une occasion privilégiée de tisser des liens d’affaires avec d’autres pays de l’espace francophone.

Ces acteurs économiques ont convergé vers la capitale fédérale mercredi, à l’occasion du sommet du Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE Canada), afin de discuter des possibilités financières qui pourraient se présenter dans le cadre de cet événement international.

« C’est une vitrine exceptionnelle pour se faire connaître », soutient Yan Plante, PDG du RDÉE Canada, un organisme qui représente les entreprises francophones hors Québec.

Ce dernier entrevoit, à l’approche de l’événement, un important potentiel pour le monde des affaires et pour la mobilité de la main-d’œuvre.

« Si l’on sait à l’avance que des entreprises étrangères viennent au Canada, nous pouvons les mettre en relation directe avec nos entrepreneurs dans les mêmes secteurs », explique Yan Plante.

À l’instar du RDÉE Canada, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada souhaite que le gouvernement fédéral profite des préparatifs pour promouvoir la langue de Molière.

« Pour bien se préparer, ce serait intéressant de décréter une année de la francophonie. Cela permettrait de mobiliser la culture et les médias, comme cela se fait à l’international avec les grandes conférences organisées autour du Sommet », espère Liane Roy, présidente de l’organisme porte-parole des communautés francophones et acadiennes.

Promouvoir la langue et l’expertise canadienne

Le milieu universitaire y voit quant à lui l’occasion de mettre en valeur le savoir-faire francophone en éducation, notamment l’expertise en matière d’enseignement du français, qui pourrait être utile ailleurs dans le monde, comme en Afrique, souligne Martin Normand.

« Il y a toute une expertise dans notre réseau d’établissements sur l’enseignement de la langue en milieu minoritaire : comment on enseigne la langue à de nouveaux apprenants, comment on l’enseigne à des gens en immersion… Nos chercheurs pourraient être sollicités à l’international », indique le président-directeur général de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC).

Il cite également l’exemple de l’intelligence artificielle, dont les avancées se font souvent en anglais, mais où l’expertise d’établissements comme l’Université d’Ottawa ou l’Université de Moncton pourrait être mise à profit dans les marchés francophones.

« Il y a plein de réponses à des enjeux émergents dans les marchés francophones qui pourraient être apportées par l’expertise canadienne présente dans nos collèges et universités », estime M. Normand.

Mona Fortier, secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères, qui pilote en partie le dossier de la francophonie internationale, était présente mercredi pour entendre les propositions des différents acteurs économiques.

« Ce sera une vitrine exceptionnelle pour nos entreprises, nos chercheurs, nos communautés et notre capacité d’innovation », a-t-elle déclaré.

La députée d’Ottawa-Vanier au fédéral, Mona Fortier. Photo : Inès Rebei/ONFR

La tenue de cet événement dans la capitale nationale survient alors que le gouvernement canadien cherche à renforcer les liens économiques du pays à l’échelle internationale.

« Dans le contexte actuel, où le Canada cherche à diversifier ses marchés, à stimuler le commerce intérieur et à réduire sa dépendance envers certains partenaires, la francophonie commerciale s’impose comme un moteur concret de croissance et d’innovation », a soutenu Mme Fortier.

« Une masse critique de décideurs prend conscience aujourd’hui du potentiel de la francophonie économique : un espace commercial rassembleur, un atout stratégique majeur et une force de développement économique », a indiqué la députée franco-ontarienne.

Plusieurs intervenants ont profité de la tribune offerte par le sommet du RDÉE Canada pour inviter la représentante du gouvernement à mettre en avant des secteurs comme l’économie et l’éducation, et à impliquer activement la francophonie canadienne dans la préparation de ce rassemblement international.

Le premier ministre Mark Carney avait annoncé en juillet dernier que la capitale canadienne accueillera le Sommet de la Francophonie en 2028, une première au pays depuis les sommets de Québec (2008) et de Moncton (1999).

« Pour moi, si à la fin du Sommet de 2028, les acteurs de la francophonie mondiale quittent Ottawa en sachant qu’ils peuvent faire des affaires avec 116 000 entreprises francophones et bilingues partout au pays, et pas seulement au Québec, nous aurons franchi un pas immense », conclut Yan Plante.

La recherche en français gagne du terrain à Ottawa

OTTAWA — Le Collège des chaires de recherche sur le monde francophone (CCRMF) prend du galon. Réunis mardi soir à la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa, dirigeants et universitaires ont officialisé l’arrivée de quatre nouvelles chaires, le renouvellement de deux mandats et la création d’une première chaire associée avec l’Université Saint-Paul.

L’alliance entre l’Université d’Ottawa et l’Université Saint-Paul concrétise un rapprochement stratégique pour les deux établissements de la capitale.

Soutenu financièrement par le vice-rectorat à la recherche et à l’innovation de l’Université d’Ottawa, le CCRMF chapeaute désormais 11 chaires vouées à l’étude des réalités francophones aux échelles locale, canadienne et internationale.

Chaque titulaire hérite d’un premier mandat de cinq ans, renouvelable une fois. Derrière ce déploiement, l’ambition reste claire : propulser la publication scientifique en français et faire contrepoids à l’omniprésence de l’anglais dans les réseaux de recherche mondiaux.

Un réseau interdisciplinaire taillé pour la francophonie

Les 11 chaires du Collège touchent désormais à presque tous les terrains de recherche : des sciences sociales à la santé, de l’éducation à la gestion, en passant par la littérature et la science politique.

« On a des chaires qui se consacrent à l’étude de la francophonie ontarienne, de la francophonie canadienne et de la francophonie internationale », explique Sylvie Grosjean, directrice du CCRMF. 

« Ce qui nous caractérise, c’est vraiment l’interdisciplinarité et la diversité. On aborde des sujets aussi variés que l’éducation, le patrimoine culturel, l’immigration, la santé ou encore la gestion. »

Dans les faits, la chaire confiée à Joël Thibeault (Faculté d’éducation) s’attaquera à l’enseignement du français en contexte ontarien, québécois et saskatchewanais. Stéphanie Gaudet (Faculté des sciences sociales) analysera de son côté l’engagement démocratique de la jeunesse francophone. 

Quant à Jonathan Paquette, il poursuit ses travaux sur les politiques du patrimoine culturel, tandis que Sylvie Grosjean conserve son cap sur le numérique et la santé en milieu francophone.

« Quand on est francophone et qu’on aborde des sujets comme l’impact des technologies, on a un regard spécifique qui est propre à la francophonie. C’est essentiel pour éviter une forme d’hégémonie ou d’homogénéisation de la recherche. On a besoin de cette diversité-là. »

Elle souligne également que le Collège se veut un laboratoire d’idées connecté avec le milieu : « On se veut ce laboratoire d’idées dont peuvent se saisir les décideurs politiques, les organisations communautaires ou les citoyens pour défendre parfois des intérêts, pour soulever des enjeux de société et réfléchir avec la communauté. »

Les professeurs Sophie Cloutier, Stéphanie Gaudet, Lavagnon Ika, Joël Thibeault et Kasereka Kavwahirehi lors de la présentation des nouvelles chaires sur le monde francophone. Photo : gracieuseté de Ika Lavagnon

Étudier le rôle actif des nouveaux arrivants

Parmi les initiatives présentées figure la première chaire associée accordée à l’Université Saint-Paul, confiée à la professeure de philosophie Sophie Cloutier.

« Il s’agira de la première chaire de recherche sur le monde francophone de notre université à être associée au Collège des chaires de l’Université d’Ottawa. Cette première chaire témoigne de notre engagement en faveur de la collaboration, du dialogue interinstitutionnel et du renforcement de la visibilité et de l’impact de la recherche francophone », se réjouit le recteur de l’Université Saint-Paul, Louis Patrick Leroux.

Intitulée Chaire de recherche sur la pluralité et l’hospitalité dans le monde francophone, elle s’intéressera aux dynamiques d’intégration, d’accueil et d’engagement citoyen. 

Alors que le débat public porte souvent sur les pressions exercées par l’immigration, la chercheuse souhaite analyser le rôle actif que jouent les personnes immigrantes une fois installées.

« On accuse beaucoup les immigrants d’être la cause de plusieurs de nos maux, comme la crise du logement. L’un des objectifs de ma chaire sera de documenter l’engagement social des nouveaux arrivants », explique Sophie Cloutier. 

« On réduit souvent les immigrants à seulement des bénéficiaires de services sociaux. Mais dans le fond, ils font beaucoup de travail de terrain et ils contribuent énormément à notre société. Ce sont souvent ces mêmes personnes accueillies qui, par la suite, donnent beaucoup de leur temps pour accueillir les nouvelles personnes à leur tour. »
— Sophie Cloutier

Ce rapprochement interinstitutionnel représente également un levier majeur pour le déploiement de ses travaux sur le terrain. Sur la visibilité offerte par ce rapprochement : « Évidemment, ça donne une visibilité aussi aux recherches que j’entends mener. Ça va probablement me permettre de faciliter les rencontres avec les organismes communautaires. »

Elle souligne par ailleurs la pertinence de cette alliance locale entre les deux établissements de la capitale : « Je suis absolument ravie et honorée de pouvoir me joindre à cette structure. On est toutes les deux universités dans la même région, très proches, donc c’est bien de sentir qu’on peut collaborer de manière étroite. »

L’Afrique francophone au cœur de la recherche

Le continent africain occupe une place centrale dans les orientations stratégiques du Collège, incarné notamment par la chaire de Kasereka Kavwahirehi sur la culture des jeunes et l’imagination du futur en Afrique francophone, par le renouvellement de la chaire de Marie-Eve Desrosiers sur les mouvements politiques africains, ainsi que par la Chaire Senghor en gouvernance humaniste des projets attribuée au professeur Lavagnon Ika.

« L’essentiel des outils qu’on utilise en matière de gestion des grands projets est d’inspiration anglo-saxonne, et la culture francophone n’est pas suffisamment représentée », déplore Lavagnon Ika. 

« On pense très souvent qu’un logiciel ou un algorithme d’intelligence artificielle peut nous aider à faire la différence dans nos projets. Or, ces outils ne suffisent pas toujours. Aux questions comme « Qu’est-ce qu’on veut construire? », « Quelle société veut-on devenir? », on ne peut pas répondre sans prendre en compte la gouvernance relationnelle. Il faut rendre la gouvernance plus humaine, plus inclusive et plus humaniste. »

En s’appuyant sur la pensée du poète et homme d’État sénégalais Léopold Sédar Senghor, le professeur Ika prône un rapprochement direct entre les chercheurs d’ici et le continent.

« Ce que Senghor propose, c’est qu’il faut d’abord qu’on soit enraciné dans sa propre culture pour s’ouvrir vers l’autre. C’est une fois avec l’enracinement et l’ouverture qu’on peut être prêt à dialoguer avec autrui et faire une synthèse. On a la possibilité d’accueillir des chercheurs africains à l’Université d’Ottawa et de créer de véritables passerelles à travers le Réseau international des Chaires Senghor », poursuit-il.

Le défi de la découvrabilité et le rendez-vous de 2028

Cette ouverture vers l’Afrique s’inscrit également dans un enjeu de découvrabilité des contenus scientifiques francophones sur Internet, alors que l’Afrique constitue le premier réservoir démographique de la francophonie.

« Comme l’a récemment rappelé Louise Mushikiwabo (Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, ndlr) seulement 3,5 % du contenu sur internet est francophone, alors que la francophonie compte plus de 320 millions de personnes et que l’anglais représente 24 % », rappelle Lavagnon Ika. 

« L’Afrique regorge de francophones. On a tout intérêt à aider ces francophones à prendre leur place dans l’univers mondial et à contribuer au développement de contenus francophones sur Internet. »

Ces développements scientifiques surviennent à un moment stratégique pour la capitale fédérale, qui s’apprête à accueillir le Sommet de la Francophonie internationale en 2028 et dans laquelle l’Université d’Ottawa souhaite jouer un rôle clé.

« Ça va être un carrefour de rencontres et d’échanges, une occasion de tisser des réseaux, de les développer, de partager cette fierté francophone et de faire avancer la découvrabilité en français », anticipe le professeur Ika Lavagnon.

Course à la mairie de Toronto : Chow et Bradford s’affrontent, Alexander attaque les deux bilans

TORONTO – Taxes foncières, logement, transports en commun, congestion et économie : Olivia Chow, Brad Bradford et Chris Alexander ont confronté leurs visions de Toronto mardi soir lors d’un débat marqué par les échanges musclés entre la mairesse sortante et le conseiller municipal. Le troisième candidat a, lui, tenté de renvoyer ses deux adversaires à leur bilan à l’hôtel de ville et de placer la compétitivité économique au cœur de la campagne.

Au Théâtre Isabel Bader de l’Université de Toronto, les trois principaux candidats à la mairie se retrouvaient mardi soir pour leur deuxième débat de la campagne électorale. Dès le départ Olivia Chow a été placée dans la position attendue d’une mairesse sortante : défendre trois années de bilan.

Face à elle, Brad Bradford a multiplié les attaques sur les taxes, le logement et l’état des transports en commun. Mais le conseiller municipal, élu depuis 2018, a lui-même dû répondre de son passage à l’hôtel de ville.

Une situation dont Chris Alexander a cherché à profiter. L’ancien ministre fédéral conservateur a régulièrement attaqué les deux autres candidats, leur reprochant de partager la responsabilité de problèmes qu’ils promettent aujourd’hui de résoudre.

Bradford promet un gel, Alexander attaque les deux bilans

Le ton est rapidement monté lorsque le débat s’est déplacé vers les finances municipales. Brad Bradford a annoncé qu’il gèlerait les taxes foncières lors de sa première année à la mairie et procéderait à un examen « ligne par ligne » des dépenses de la Ville.

Une proposition qui a permis à Chris Alexander de l’interpeller directement. « Vous êtes au conseil municipal depuis huit ans. Aucun examen ligne par ligne. Un déficit de 1,7 milliard de dollars. Assumez-vous une part de responsabilité dans ces échecs? » lui a-t-il demandé.

Alexander réclame lui aussi un examen des dépenses et affirme avoir été le premier candidat à proposer un gel des taxes foncières en 2027. Après le débat, il a accusé Bradford d’avoir repris sa proposition.

Olivia Chow a, elle aussi, utilisé le passé de son adversaire pour contre-attaquer. « J’ai passé les trois dernières années à nettoyer le gâchis », a-t-elle lancé à Bradford, lui reprochant d’avoir contribué à laisser un trou de près de deux milliards de dollars dans les finances municipales.

La mairesse sortante défend plutôt les accords conclus avec les gouvernements provincial et fédéral, notamment le transfert au gouvernement ontarien de la responsabilité du Gardiner Expressway et de la Don Valley Parkway.

Dans la mêlée de presse suivant le débat, elle a assumé le ton particulièrement offensif employé contre Bradford. « Il doit simplement assumer son bilan », a-t-elle insisté, lui reprochant notamment les décisions prises sur le TTC et les redevances d’aménagement.

Trois diagnostics pour le TTC

Les transports en commun ont fait apparaître trois approches différentes. Olivia Chow veut notamment rendre le TTC moins coûteux. Elle propose qu’après dix trajets effectués au cours d’une même semaine, les déplacements suivants soient gratuits.

Brad Bradford estime que le problème se trouve ailleurs. « Personne ne vous dit qu’il ne prend pas les transports en commun à cause du tarif. Ce n’est pas les 3,30 $ », a-t-il insisté après le débat.

Le conseiller municipal pointe plutôt la sécurité et la fiabilité. Il promet des agents en uniforme dans le réseau, des normes de propreté et d’éclairage dans les stations, des portes palières dans les stations les plus fréquentées et une garantie de service de 15 minutes.

« Il s’agit d’établir une culture de responsabilité », a-t-il résumé, estimant que les usagers du TTC doivent être considérés comme des clients dont le temps doit être respecté.

Chris Alexander s’est également opposé à la proposition de Chow, mais en insistant davantage sur les finances du réseau. Pendant le débat, il a évoqué le déficit d’exploitation anticipé du TTC et estimé qu’une nouvelle réduction tarifaire risquait d’accentuer les difficultés alors que des investissements sont nécessaires dans la fiabilité, la sécurité et les infrastructures.

Sur la congestion, il veut également faire du prochain maire le « responsable en chef de la congestion » de Toronto et lui faire suivre quotidiennement la situation.

Chow renvoie Bradford à son passé sur le logement

Le même jeu à trois s’est reproduit sur le logement. Brad Bradford a attaqué la stratégie d’Olivia Chow et le rythme de construction, défendant plutôt la création de conditions permettant au secteur privé de construire davantage.

La mairesse a répondu en rappelant son passage à la tête du comité de planification et de logement. Elle lui reproche d’avoir contribué à l’augmentation des redevances d’aménagement et à des délais d’approbation qu’elle affirme avoir depuis réduits. « Ce que vous faites et ce que vous avez fait dans le passé compte », a-t-elle encore déclaré.

Chris Alexander a, lui, attaqué les deux. Il juge insuffisants les résultats obtenus en matière de construction et souhaite notamment relancer le logement coopératif en négociant avec Ottawa. Le candidat veut également utiliser davantage les terrains appartenant à la Ville et faciliter la construction de logements intermédiaires.

Alexander veut déplacer la campagne vers l’économie

Moins impliqué dans certains des échanges les plus acrimonieux entre Chow et Bradford, Chris Alexander a cherché à se distinguer sur l’économie. « J’avais l’impression d’être au milieu des deux pendant qu’ils se chamaillaient », a-t-il résumé après le débat.

L’ancien ministre considère que la « vocation économique » de Toronto a été négligée par la mairesse, mais aussi par le conseil municipal, « y compris Brad Bradford ».

Il reproche notamment à Mme Chow de ne pas avoir suffisamment porté Toronto auprès des investisseurs et veut attirer davantage d’entreprises dans les secteurs de l’intelligence artificielle, des technologies et de la fabrication avancée.

M. Alexander souhaite aussi protéger les terrains réservés aux emplois et revoir la fiscalité commerciale pour rendre Toronto plus attractive. Son argument tout au long de la soirée : l’abordabilité ne peut pas uniquement être abordée par les dépenses, les taxes ou le coût des services, mais également par la création d’emplois et la croissance économique.

Deux portraits opposés de Toronto

Au-delà des propositions, Chow et Bradford se sont également affrontés sur le portrait même de la ville.

M. Bradford assume de montrer des images de personnes sans-abri ou aux prises avec des problèmes de dépendance dans sa campagne. Interrogé après le débat sur cette représentation, il a refusé de parler d’« images extrêmes ».

« Ce sont simplement les images que n’importe quelle personne prenant le métro peut voir », a-t-il affirmé, citant notamment Yonge-Dundas Square, les environs de Union Station et certaines lignes du TTC.

« Je veux simplement être honnête avec les gens sur la situation actuelle de la ville », a-t-il ajouté.

Olivia Chow lui reproche au contraire de présenter Toronto comme un « champ de ruines », un terme qu’elle attribue à son adversaire.

Questionnée sur le risque de présenter elle-même une vision trop optimiste de la Ville Reine, la mairesse a reconnu les difficultés auxquelles la ville demeure confrontée. Elle estime néanmoins que Toronto a « tourné un coin » et défend une ville qu’elle décrit comme ambitieuse et confiante.

« Rabaisser la ville en la qualifiant de « wasteland », ce n’est pas ce que nous sommes », a-t-elle répondu.

À l’issue du débat, les trois candidats restaient ainsi sur trois récits distincts : Olivia Chow défendant une ville dont le redressement serait amorcé, Brad Bradford promettant de corriger ce qu’il considère comme une détérioration des services et Chris Alexander affirmant que ni la mairesse ni son adversaire conseiller municipal ne peuvent complètement se dissocier du bilan de l’hôtel de ville.

Ottawa veut intervenir en Cour suprême contre des Acadiens

OTTAWA — Le gouvernement fédéral veut intervenir en Cour suprême dans une cause opposant des groupes de défense des droits des Acadiens au ministère de la Justice du Nouveau-Brunswick. Selon un juriste, cette intervention pourrait avoir comme impact de rendre plus difficile pour les minorités francophones de contester une décision gouvernementale à l’avenir.

Le cœur du litige repose sur la contestation de la décision du gouvernement du Nouveau-Brunswick de fermer des tribunaux situés dans des régions à majorité francophone, les demandeurs soutenant que cette mesure viole les droits linguistiques de la minorité.

Le procureur général du Canada a déposé une demande d’intervention le 18 septembre, selon un document judiciaire déposé à la Cour suprême et obtenu par ONFR.

Le dossier oppose le Forum des maires de la Péninsule acadienne au ministère de la Justice du Nouveau-Brunswick. Si Ottawa ne compte pas intervenir directement contre les droits linguistiques invoqués dans cette cause, son intervention, axée sur le droit administratif, pourrait avoir des répercussions majeures sur l’ensemble des minorités linguistiques au pays.

Cette affaire remonte à 2022, lorsque le gouvernement progressiste-conservateur de Blaine Higgs a décidé de fermer le palais de justice de Caraquet. Au même moment, le tribunal de Tracadie a été transformé en instance satellite, puis définitivement fermé six mois plus tard. En conséquence, les résidents des régions de Caraquet et de Tracadie sont désormais contraints d’effectuer un trajet d’une heure jusqu’à Bathurst pour accéder aux services judiciaires.

En février 2022, le Forum des maires de la Péninsule acadienne a poursuivi le gouvernement provincial, estimant qu’il violait les droits linguistiques des francophones en plus de contrevenir à son obligation de favoriser le développement de la minorité acadienne. Un premier jugement avait donné raison aux représentants acadiens, mais la Cour d’appel provinciale a annulé cette décision.

En mai dernier, la Cour suprême a accepté d’entendre la cause, après que le Forum des maires a porté l’affaire devant le plus haut tribunal du pays.

Le Forum des maires de la Péninsule acadienne réunit les maires et mairesses des différentes communautés de ce territoire majoritairement francophone, situé dans le Nord-Est de la province.

Une « incidence importante » pour l’administration fédérale

Dans sa demande, le procureur général du Canada soutient qu’il doit être entendu par le plus haut tribunal au pays parce qu’il « a un intérêt particulier dans ces questions en raison de l’impact important que cette décision pourrait avoir sur les intérêts du gouvernement fédéral ».

Les avocats du ministère de la Justice écrivent que les répercussions de cette décision « risquent d’avoir une incidence importante sur les principes de droit administratif, l’application de ces principes par les décideurs administratifs fédéraux et le contrôle judiciaire de ces décisions ».

« Un décideur administratif qui rend une décision qui n’est susceptible d’enfreindre aucun droit garanti par la Charte n’est pas tenu de mettre en balance les valeurs consacrées dans la Charte avec les objectifs de la loi qui lui confère un pouvoir décisionnel », avance comme un de ses arguments le procureur général.

Selon Michel Doucet, juriste et spécialiste des droits linguistiques, sollicité pour analyser l’argumentation d’Ottawa, cette position pourrait empêcher que de futurs recours s’appuient uniquement sur l’« esprit » de la Charte pour accorder de nouveaux droits linguistiques au-delà de ce que les tribunaux ont déjà établi.

Selon lui, l’argument avancé par Ottawa rendrait obligatoire l’établissement d’un lien juridique direct entre la fermeture du palais de justice et un droit garanti par la Charte — dans ce cas-ci, les droits linguistiques.

« Si elle était retenue, elle pourrait restreindre la possibilité d’invoquer ces valeurs pour contester une décision administrative qui affecte la vitalité ou les institutions d’une communauté linguistique, lorsque cette décision n’est pas d’abord rattachée à un droit expressément garanti par la Charte », explique le juriste.

En somme, l’argument d’Ottawa réside dans le fait que, sans violation d’un droit clair, on ne peut forcer un ministre à concilier les intérêts des Acadiens avec ses contraintes administratives en se basant uniquement sur l’« esprit » de la Charte, ajoute-t-il.

« L’approche du fédéral tracerait donc une frontière plus rigide entre les droits et les valeurs de la Charte. Les valeurs pourraient servir à guider la mise en œuvre d’un droit déjà reconnu, mais non à obliger un décideur à considérer les effets de sa décision sur une communauté [linguistique] lorsqu’aucun droit précis n’est d’abord établi », explique M. Doucet.

Cette approche du gouvernement fédéral va à l’encontre du raisonnement avancé par le Forum des maires devant la Cour suprême. Le regroupement de maires rappelle que le plus haut tribunal du pays a déjà tranché par le passé que la survie et l’épanouissement des minorités constituent des valeurs fondamentales de la Charte, et que toute décision ministérielle qui leur nuit doit être évaluée en conséquence.

La commissaire Kelly Burke souhaite aussi intervenir

Lundi marquait la date limite pour présenter une demande d’intervention. La commissaire aux langues officielles Kelly Burke a elle aussi fait savoir que son bureau souhaitait intervenir dans la cause.

« Bien que les dispositions en cause dans cette affaire concernent exclusivement le Nouveau-Brunswick, la décision de la Cour suprême pourrait avoir une incidence sur l’interprétation et l’application des droits linguistiques partout au pays », explique-t-elle dans une déclaration écrite.

Kelly Burke est la nouvelle commissaire aux langues officielles du Canada depuis le 30 mars. Crédit image : CLO

Déjà présente lors des étapes juridiques précédentes, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick figure également au nombre des intervenants. D’autres organismes, comme des associations de juristes francophones et une commission de parents francophones, ont aussi déposé une requête pour pouvoir passer devant le banc de neuf juges.

La Cour suprême du Canada devra trancher si elle autorise ces groupes, le Commissariat et le gouvernement fédéral à intervenir dans cette affaire. Aucune date d’audience n’a encore été fixée.

Avec l’appui de Jean Chrétien, Mark Sutcliffe dévoile sa plateforme francophone

OTTAWA – Consacré au dévoilement de sa plateforme pour la communauté francophone d’Ottawa, l’événement tenu mardi soir à La Nouvelle Scène a aussi permis au maire sortant et candidat à sa réélection, Mark Sutcliffe, de montrer le soutien dont il bénéficie au sein de cette communauté.

Parmi ses appuis de marque figure l’ancien premier ministre du Canada Jean Chrétien, qui a annoncé son soutien au maire sortant au cours de la soirée.

« Mark fait un excellent travail. C’est pourquoi je suis très content de pouvoir l’appuyer encore une fois », a-t-il déclaré.

Jean Chrétien s’est également réjoui de l’engagement du candidat à renforcer la présence du français dans la capitale.

« L’engagement à rendre le français encore plus présent à Ottawa me plaît énormément. Quand j’ai été élu en 1963, il n’y avait pas beaucoup de français qui se parlait ici », a-t-il lancé en évoquant l’évolution de la francophonie.

L’ancien premier ministre du Canada Jean Chrétien a annoncé son appui à Mark Sutcliffe lors du dévoilement de sa plateforme francophone. Photo : Amine Harmach/ONFR

Il s’exprimait devant plusieurs personnalités de la communauté, notamment des membres des conseils scolaires, des représentants d’universités et du monde politique ainsi que des acteurs des milieux culturel et artistique.

L’ancienne ministre déléguée aux Affaires francophones Madeleine Meilleur, qui avait coprésidé la première campagne électorale de Mark Sutcliffe il y a quatre ans, était également présente.

Elle a annoncé que des membres de la communauté francophone avaient organisé deux activités de financement cette année, dont celle de mardi soir.

« Je peux vous annoncer que la communauté francophone a recueilli plus de 55 000 $ pour la campagne », a affirmé Madeleine Meilleur.

Selon elle, « la francophonie est au premier rang de ses préoccupations ».

« Je pense qu’il représente un beau modèle en Ontario », a-t-elle ajouté.

« Beaucoup plus qu’un sommet de trois jours »

En plus de cette démonstration de soutien, la soirée a permis à Mark Sutcliffe de présenter ses engagements envers les francophones.

À l’approche du Sommet de la Francophonie, Mark Sutcliffe dit vouloir améliorer les services destinés aux francophones et faire de l’événement un moment durable pour la communauté.

« Je veux m’assurer qu’on livre beaucoup plus qu’un sommet de trois jours en 2028. Je veux travailler avec vous au cours des prochains mois pour qu’il reste un legs durable pour notre communauté après le Sommet », a-t-il affirmé.

Le candidat promet de créer un programme de financement municipal de 500 000 $ pour soutenir les activités organisées autour du Sommet. Il veut faire de 2028 une année de célébrations et « le début d’un nouveau chapitre pour la communauté francophone à Ottawa ».

La Ville a déjà proclamé 2028 Année de la Francophonie à Ottawa.

Mark Sutcliffe souhaite également organiser, au printemps 2027, un Forum francophone à l’hôtel de ville, en collaboration avec l’ACFO Ottawa.

Ce rassemblement permettrait aux organismes et aux membres de la communauté de participer aux préparatifs du Sommet et de réfléchir au legs qu’il pourrait laisser aux francophones de la capitale, a-t-il expliqué.

Le maire sortant entend aussi collaborer avec le comité responsable du legs des Jeux de la Francophonie de 2001 afin de s’inspirer de cette expérience.

« Je veux qu’Ottawa soit reconnue à travers le monde comme une ville pleinement bilingue, une ville que les francophones de la planète veulent visiter et une ville où la communauté francophone est vibrante », a-t-il insisté.

Une révision de la politique de bilinguisme

Mark Sutcliffe s’engage à lancer, dès 2027, un processus de révision de la Politique et du Règlement sur le bilinguisme de la Ville d’Ottawa.

Adoptés en 2001, au moment de la fusion municipale, ces deux textes n’ont jamais été révisés depuis leur entrée en vigueur.

Selon Mark Sutcliffe, les besoins de la communauté ont considérablement évolué en 25 ans, notamment en raison de l’immigration en provenance de pays francophones, de l’émergence des médias sociaux et des changements dans la manière d’accéder aux services municipaux.

« Le temps est venu de moderniser le règlement et la politique », a-t-il affirmé.

Le maire sortant considère le bilinguisme comme une richesse, mais également comme un avantage économique pour la capitale.

« Le bilinguisme nous permet d’attirer une main-d’œuvre éduquée et des entreprises performantes. Il soutient aussi le tourisme, qui fait vivre des centaines d’entreprises et de restaurants », a-t-il soutenu.

Il souligne que le bilinguisme se trouve aussi au cœur de l’entente de coopération économique récemment signée avec la mairesse de Gatineau.

Des investissements dans les organismes francophones

Mark Sutcliffe a par ailleurs présenté plusieurs investissements municipaux réalisés pendant son mandat comme des exemples de son soutien à la communauté francophone.

Il cite notamment le financement accordé à la Maison Marie-Louise, à Vanier, au nouveau Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), à la Maison de la Francophonie d’Ottawa, dans l’ouest de la ville, ainsi qu’à La Nouvelle Scène.

La Ville s’est aussi engagée comme partenaire dans le projet de carrefour communautaire porté par le Centre des services communautaires Vanier, au 250, chemin de Montréal.

« Nous devons maintenir cet élan, protéger nos acquis et continuer à faire avancer notre communauté », a conclu Mark Sutcliffe.

Plus de programmes en français

Selon le bilan présenté par le candidat, l’offre de programmes récréatifs en français a augmenté de 6 % l’année dernière. Durant les six premiers mois de 2026, elle aurait progressé de 17 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Les camps d’été en français auraient connu une hausse de 41 % depuis 2024, avec la création de plus de 1400 nouvelles places.

Entre autres mesures annoncées, il propose aussi d’accroître de 33 % la cohorte francophone du cours de formation en leadership de la Ville. Le nombre de participants passerait de 375 à 500 par année afin de former une relève de leaders communautaires francophones.

Français à la Défense : le ministre McGuinty convoqué en comité parlementaire

OTTAWA — Le ministre de la Défense, David McGuinty, sera convoqué en comité parlementaire pour expliquer la décision de son ministère de modifier la langue de travail dans plus de 350 unités, réduisant ainsi la possibilité d’utiliser le français au profit de l’anglais.

Le Comité permanent de la défense nationale a convenu, lundi, d’inviter David McGuinty à venir justifier cette décision, qu’il a lui-même mise sous examen au cours de l’été. Selon le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval, la demande présentée par le Bloc Québécois a fait l’objet d’un consensus lors de cette réunion tenue à huis clos. Une motion officielle en ce sens doit être votée ce jeudi au cours d’une séance publique.

« Ça fait des années qu’on dit partout qu’il faut faire plus de place au français dans l’appareil fédéral — et particulièrement à la Défense, où c’est un problème récurrent —, et on voit sortir une directive qui va dans le sens complètement opposé », déplore M. Barsalou-Duval.

Au total, près de 350 unités ont changé de statut linguistique — principalement en passant d’une désignation bilingue à unilingue anglophone —, selon des données de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes. Quelques jours après que ces changements ont été révélés dans les médias, le ministre McGuinty a ordonné « l’examen et la révision » des désignations de la langue de travail au sein des Forces armées canadiennes.

  • Du statut bilingue au statut unilingue : 174 unités sont passées d’un statut bilingue à unilingue anglophone et 29 d’un statut bilingue à unilingue francophone, pour un total de 203.
  • Du statut unilingue au statut bilingue : 67 unités sont passées d’un statut unilingue anglophone à bilingue et 78 d’un statut unilingue francophone à bilingue, pour un total de 145.

(Source : Données du ministère de la Défense nationale en date du 19 août dernier)

Le membre du cabinet de Mark Carney avait alors justifié cet examen en expliquant que « des préoccupations ont été soulevées » et qu’il les prenait « au sérieux ». Les partis d’opposition au Parlement, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada et le syndicat représentant les employés du ministère de la Défense avaient tous exprimé de vives inquiétudes concernant cette directive.

« Le but de faire venir le ministre en comité, c’est de s’assurer que l’annonce qu’il a faite cet été concernant la révision de la directive n’est pas juste de la frime pour faire baisser la température le temps qu’on passe à autre chose », avance Xavier Barsalou-Duval, qui estime que la directive aurait dû être annulée ou suspendue.

Afin de s’harmoniser avec les régions désignées bilingues par le Conseil du Trésor à l’échelle nationale, la nouvelle politique linguistique redéfinit la langue de travail au sein des unités de la Défense. Désormais, c’est principalement l’emplacement géographique de l’unité ou de l’organisation qui détermine sa langue de travail. Bien que la majorité des unités touchées se situent dans l’Ouest canadien, dans les Maritimes et dans certaines zones de l’Ontario, des unités installées au Québec sont aussi concernées par cette mesure.

La Défense nationale soutenait que l’ancienne approche générait « plusieurs défis » et que les modifications faisaient suite à des plaintes jugées fondées par le Commissariat aux langues officielles.

Déposée à la Chambre des communes et parrainée par le député conservateur Pierre Paul-Hus, une pétition dénonçant cette mesure a recueilli 3451 signatures — un nombre particulièrement élevé pour une initiative parlementaire.

Le ministre de la Défense devrait comparaître devant le comité au cours des prochaines semaines.

Basketball WNBA : Allemand et Bankolé font le bilan de leur première saison avec le Tempo

TORONTO — Deux joueuses, deux parcours et deux manières de vivre la première saison de l’histoire du Toronto Tempo. Julie Allemand et Ornella Bankolé s’apprêtent à refermer leur première campagne WNBA au Canada. Elles sont eu une année marquée par les blessures et les difficultés de la nouvelle franchise.

Battu par New York (106-69) dimanche à domicile, deux jours après sa défaite contre Indiana (103-85), le Tempo (11-31) terminera sa première saison mardi à Chicago et jeudi au Connecticut. 

Pour Allemand et Bankolé, le bilan individuel est pourtant loin de se résumer aux résultats de leur équipe. La Belge a consolidé sa place en WNBA au prix d’un calendrier de plus en plus éprouvant. La Française, elle, a transformé son contrat de développement en une première véritable expérience dans la ligue.

Une première saison minée par les blessures

Pour une équipe qui devait déjà tout construire, les blessures ont considérablement compliqué cette première année. Vingt joueuses différentes ont été mobilisées et Laura Juškaitė est la seule à avoir participé à toutes les rencontres du Tempo.

Une instabilité que Julie Allemand place au cœur de son analyse. « Ça a été une saison compliquée avec toutes les blessures. Il a toujours fallu s’ajuster. Nous n’avons pas vraiment eu de hiérarchie. Il y avait des joueuses qui arrivaient, des joueuses qui repartaient blessées », raconte-t-elle à ONFR.

La meneuse belge aurait évidemment aimé que cette première saison se prolonge en séries éliminatoires. Mais individuellement, son regard est beaucoup moins sombre.

« Dans l’ensemble, je suis fière de moi »

« Il y a du positif et du négatif. Dans l’ensemble, je suis fière de moi parce que ça n’a pas été une saison facile, estime Allemand. Par rapport à mes autres saisons en WNBA, c’était peut-être un peu mieux. »

À 30 ans, la Belge s’est installée dans le cinq majeur du Tempo. Vendredi contre Indiana, elle a connu sa 28e titularisation de la saison, son sommet personnel en WNBA, tout en établissant de nouveaux records pour son nombre de paniers inscrits et de points cumulés sur une saison.

Un bilan positif que partage Sandy Brondello. « Julie a fait une très bonne saison pour nous », juge l’entraîneuse, qui souligne son apport des deux côtés du terrain et rappelle qu’elle est régulièrement chargée de défendre sur la meilleure joueuse adverse.

Brondello aurait toutefois aimé la voir tirer davantage, mettant en avant son adresse notamment de loin. Un constat partagé par Allemand : « J’aurais aimé être plus agressive. J’aurais aimé que le ballon revienne plus vers moi. »

La Belge retient aussi ses performances défensives, « meilleures que les étés passés », et le sentiment d’être restée la joueuse qu’elle est, « toujours au service de l’équipe ».

« On n’est pas des robots »

Le retour à Toronto n’a pas été évident pour Julie Allemand. Quelques jours plus tôt, le parcours de la Belgique s’était arrêté en quarts de finale de la Coupe du monde, battue 93-74 par l’Allemagne, pays hôte.

La meneuse ne cache pas avoir eu du mal à trouver la motivation pour cette dernière semaine d’une saison dont l’issue était déjà connue.

« Je pense que ce qui est le plus dur ici, c’est de revenir pour quatre matchs, alors qu’on sait qu’on ne doit même pas se battre pour les playoffs », confie-t-elle. « C’était difficile de revenir, mais je me suis dit : essayer de profiter des derniers matchs, de profiter encore une semaine avec l’équipe. »

Ces rencontres prolongent un calendrier sans véritable coupure entre Fenerbahçe, la WNBA et la sélection belge. « Du repos, je n’en ai jamais vraiment », résume-t-elle.

Une accumulation qui finit par peser mentalement comme physiquement. « On n’est pas des robots », lâche la meneuse, qui repartira presque immédiatement en Turquie pour un match important en SuperCoupe d’Europe face à ÇİMSA ÇBK Mersin, le 7 octobre. Elle aura tout de même un peu de repos « prévu dans son contrat », après cette rencontre, avant d’enchaîner de nouveau une saison complète qui pourrait la ramener à Toronto l’été prochain.

Bankolé, quatre matchs comme une récompense

Ornella Bankolé vit cette fin de saison depuis une perspective presque opposée. « Je suis super contente! », lançait-elle après avoir appris qu’elle pourrait terminer la saison avec le Tempo.

Arrivée avec un contrat de développement, la Française avait été activée à plusieurs reprises sans savoir si elle aurait encore l’occasion de jouer. Les blessures au sein de l’effectif ont finalement permis au Tempo de lui offrir un contrat jusqu’à la fin de la saison.

« Je savais que je resterais avec le groupe jusqu’à la fin pour m’entraîner et les aider, mais je ne savais pas du tout que j’allais être signée », raconte-t-elle.

Là où Allemand doit puiser dans ses dernières réserves, Bankolé veut savourer. « Je pense qu’on mérite de prendre du plaisir sur les derniers matchs. »

Elle ressort de cette première expérience avec le sentiment d’avoir « appris énormément » et acquis une expérience qui va « [l’]endurcir pour la suite ».

L’équipe de France toujours dans un coin de la tête

Cette suite pourrait-elle également passer par un retour chez les Bleues? Pendant que la Belgique d’Allemand disputait la Coupe du monde, Bankolé a suivi attentivement le parcours de l’équipe de France.

« C’est génial ce qu’elles ont fait, c’est historique pour le basket féminin français. Nous sommes super fières de cette médaille », se réjouit-elle.

Bankolé n’a plus porté le maillot de l’équipe de France depuis 2022. L’ailière, qui a eu 29 ans la veille du match face à Indiana, aimerait forcément regoûter aux compétitions internationales.

« C’est des discussions qu’on a avec le coach, c’est à lui de prendre la décision quand il en aura envie ou pas », confie-t-elle, tout en restant prudente sur ses chances. « Ce n’est pas moi qui décide! »

Avant d’éventuellement retrouver les Bleues, Bankolé retournera en Espagne à Saragosse pour reprendre sa saison européenne et continuer de montrer ce qu’elle sait faire au sélectionneur Aimé Toupane.

Allemand, elle, retrouvera Fenerbahçe et « un jeu européen qui me correspond un peu plus », reconnaît-elle. 

Deux retours en Europe qui viendront refermer deux expériences très différentes de la première saison du Tempo : celle d’une Julie Allemand qui a consolidé sa place en WNBA tout en éprouvant les limites d’un calendrier sans véritable pause, et celle d’une Ornella Bankolé qui a entrouvert une porte en WNBA qu’elle espère désormais pouvoir franchir de nouveau.

Tensions avec les États-Unis : les gens d’affaires francophones du pays veulent resserrer leurs liens

La communauté d’affaires de la francophonie canadienne se donne rendez-vous à Ottawa pour un sommet national, alors que l’économie francophone n’est pas épargnée par les récentes turbulences économiques à l’échelle du pays.

Le Réseau de développement économique et d’employabilité du Canada (RDÉE Canada) organise ce rassemblement mardi et mercredi. L’événement réunira plusieurs centaines d’intervenants économiques, avec la participation des anciens premiers ministres provinciaux Jean Charest (Québec) et Brian Gallant (Nouveau-Brunswick). Le RDÉE est le porte-voix du développement économique des communautés francophones et acadiennes.

Alors que le premier ministre canadien, Mark Carney, multiplie les appels à diversifier l’économie canadienne pour réduire sa dépendance envers les États-Unis — notamment à l’international et par la promotion du commerce interprovincial —, les entreprises francophones ne sont pas étrangères à cette réalité.

« Très peu de gens savent que, hors Québec, la francophonie compte 116 000 entreprises et 3 millions de locuteurs. Très peu savent que l’espace francophone mondial pèse pour 16 % du PIB et 20 % du commerce mondial », énumère Yan Plante, PDG du RDÉE Canada.

« Donc, on a la responsabilité d’informer, d’expliquer et de valoriser cela. Si les gens ne sont pas au courant, on ne peut s’attendre à ce qu’une entreprise du Québec cherche à diversifier ses marchés vers l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, l’Alberta ou la Saskatchewan si cet entrepreneur-là ne sait même pas que ça existe. »

Il espère que ce rassemblement des acteurs économiques de la francophonie canadienne constituera un premier pas ou permettra de saisir de nouvelles occasions dans le contexte actuel.

« Parmi ces 116 000 entreprises-là (francophones hors Québec), il y en a qui sont prêtes à faire du commerce à l’extérieur de leur région ou de leur province, et elles peuvent faire partie de la solution. Donc il y a des opportunités », présente-t-il.

Le président et directeur général du RDÉE Canada, Yan Plante. Gracieuseté

Yan Plante y voit notamment des possibilités pour les entreprises du Québec qui doivent trouver de nouveaux fournisseurs ou partenaires hors de leurs frontières afin de faire des affaires en français. Il mentionne entre autres la stratégie fédérale de développement d’infrastructures dans le Grand Nord, qui pourrait profiter aux entreprises francophones de l’ensemble du pays, tout en soulignant le potentiel du repreneuriat, facilité par une langue commune.

« On ne veut pas que les gens quittent le sommet avec seulement des idées en tête, mais avec un appel à l’action : une personne à rappeler, un marché à explorer, une idée à développer. On veut passer à l’offensive avec la francophonie et saisir son potentiel, encore sous-utilisé et méconnu », affirme-t-il.

Conflit économique avec les États-Unis

La guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis s’est intensifiée au cours des dernières semaines avec l’imposition de droits de douane et de contre-tarifs de 50 % sur une panoplie de produits américains et canadiens. Les États-Unis appliquent des taxes douanières de 50 % sur près de 28 milliards de dollars de produits canadiens. Le Canada a répliqué, « dollar pour dollar », à l’offensive américaine en ripostant de la même manière par l’imposition de tarifs atteignant également 50 %.

Yan Plante constate que les 116 000 entreprises francophones hors Québec reflètent le portrait national. En Atlantique, la majorité des francophones évoluent dans le secteur des pêches, tandis qu’ils sont très présents dans l’industrie forestière dans le nord de l’Ontario, illustre-t-il. Des secteurs comme le bois et l’aluminium sont « durement touchés » par la situation actuelle, note-t-il, alors que d’autres entreprises profitent toujours de l’avantage concurrentiel du dollar canadien, plus faible que la devise américaine, pour poursuivre leurs activités chez nos voisins du Sud.

« C’est l’incertitude qui demeure le problème principal. Quand les entrepreneurs reportent leurs investissements pour moderniser leurs usines, cela crée un impact difficile à mesurer aujourd’hui, mais qu’on va sentir dans les prochaines années. Ce ne sera pas sans conséquences, et combien de temps cela peut-il durer? », s’interroge le président de l’organisme économique.

Le Sommet national du RDÉE Canada se déroule au Centre de conférences et d’événements d’Ottawa les 22 et 23 septembre.

Déjà la file d’attente pour la nouvelle clinique de soins urgents en santé mentale à Ottawa

OTTAWA – Le Royal ouvre ce lundi à Ottawa la première clinique spécialisée en soins urgents de santé mentale et de dépendance de l’Est de l’Ontario, un service sans rendez-vous pour les adultes en détresse psychologique.

« Nous savons qu’il y a un besoin, d’ailleurs nous en avons été témoins ce matin, il y avait une file d’attente avant l’ouverture, alors nous étions aux aguets pour accueillir ces personnes-là et avons pu, heureusement, répondre à la demande », explique Geneviève Côté, directrice des soins aux patients au Royal, hôpital spécialisé en santé mentale et en dépendances de la capitale nationale.

Installée sur le campus de l’avenue Carling, la nouvelle Clinique Minto Greenberg propose un accès rapide, des évaluations, des traitements et un accompagnement à court terme. Le service s’adresse, pour le moment, aux adultes de 18 ans et plus vivant une crise qui nécessite un soutien immédiat, mais dont l’état ne met pas la vie en danger. 

 La clinique comprend une grande salle d’attente, six salles d’entretien, ainsi que des salles de triage et de médication. Photo : gracieuseté du Royal

« D’innombrables personnes et familles confrontées à une crise de santé mentale ou de dépendance ont eu très peu d’options, se tournant souvent vers des services d’urgence déjà très surchargés pendant qu’elles attendaient des soins spécialisés », explique Cara Vaccarino, présidente et cheffe de la direction du Royal.

Des soins en français disponibles, mais non garantis

Contrairement à l’Hôpital Montfort, désigné bilingue à 100 % sous la Loi sur les services en français, la Clinique Minto Greenberg ne dispose pas d’un tel statut officiel.

Interrogé par ONFR, Le Royal assure faire son possible pour servir les usagers dans les deux langues officielles grâce à une équipe sur place de 8 à 10 professionnels par jour.

« Plusieurs membres de notre équipe clinique sont bilingues et peuvent offrir des services en français. Nous ne pouvons toutefois pas garantir que tous les aspects des soins seront toujours offerts directement en français », indique Alyssa Nader, spécialiste des communications au Royal, précisant que des services d’interprétation sont mobilisés au besoin.

L’établissement indique recourir à des services d’interprétation à distance pour combler les besoins lors des consultations médicales spécialisées lorsque le personnel bilingue n’est pas disponible.

« Soins urgents », mais pas pour les urgences vitales

Malgré son appellation de clinique de « soins urgents », l’établissement ne constitue pas un service d’urgence hospitalier traditionnel et ne traite pas les urgences médicales graves. Les personnes présentant des risques immédiats pour leur sécurité ou leur vie doivent continuer de se rendre aux urgences des hôpitaux généraux ou composer le 911.

« Ce n’est pas un service qui remplace les départements d’urgence des hôpitaux locaux », rappelle Geneviève Côté. « Mais nous savons que les salles d’urgence sont débordées. L’objectif est d’offrir une porte d’entrée rapide et un environnement calme, conçu pour favoriser le rétablissement. » 

Une inauguration officielle s’est tenue vendredi dernier en présence, notamment, du maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe. Photo : gracieuseté du Royal

Gratuit avec la carte Santé de l’Ontario, le service peut prendre en charge environ 20 personnes par jour sans rendez-vous, du lundi au vendredi, de 8 h à 16 h, « avec l’idée de prolonger nos heures d’ouverture lorsque nous aurons une meilleure idée du volume du besoin », indique également Mme Côté.

La clinique accueille aussi les patients orientés par d’autres services d’urgence, transférés par le Service paramédic d’Ottawa ou accompagnés par les Équipes mobiles d’intervention de crise du Service de police d’Ottawa.

Sur place, les usagers ont accès le jour même à des évaluations psychiatriques, du counseling de crise, de l’ajustement de médication et du soutien par les pairs.

Les patients sont toutefois invités à consulter le site internet du Royal avant de se présenter à la clinique, où les informations les plus récentes seront affichées sur la capacité d’accueil en temps réel.

Sans financement, le Réseau du patrimoine franco-ontarien devra mettre son équipe à pied

OTTAWA – Le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) se retrouve dans une impasse financière marquée par un second retard de financement de la part du ministère des Affaires civiques et du Multiculturalisme, informe la directrice générale. Âgé de plus de 50 ans, l’organisme patrimonial devra mettre à pied son personnel d’ici la fin du mois d’octobre si le paiement n’est pas effectué, ce qui menacerait la tenue des activités prévues.

Depuis ce printemps, le RPFO attend un versement de 64 000 dollars pour l’année d’imposition 2026-2027. Ce n’est pas la première fois que l’organisme se retrouve dans cette situation. L’hiver dernier, le réseau recevait son financement six semaines après la fin de l’année financière, lui qui avait l’habitude de le recevoir en début d’exercice. Ce retard mettait le RPFO sous une forte tension budgétaire.

« En juin, nous étions déjà en attente des modalités du programme. Nous sommes maintenant en septembre et nous n’avons toujours pas de confirmation du financement ni de date de versement », s’alarme la directrice générale du réseau, Jacynthe Dupont.

« Si le financement n’arrive pas à temps, nous devrons mettre toute notre équipe à pied à la fin octobre ». Il y a deux semaines, le RPFO a dû réduire la charge horaire de son équipe, passant de trois employés à temps plein à seulement deux, le troisième ayant été converti à temps partiel. Le RPFO est un organisme provincial à but non lucratif qui favorise la transmission de l’histoire et de la culture franco-ontarienne.

Incertitude et attente

Pendant une dizaine d’années, l’organisme reçoit ce paiement par l’entremise du ministère du Tourisme, de la Culture et des Jeux. L’an dernier, un changement a entraîné la passation de ce financement au ministère des Affaires civiques et du Multiculturalisme, explique la directrice. La directrice affirme que le ministère du Tourisme, de la Culture et des Jeux n’était pas au courant de ce changement.

Depuis, aucun versement n’a été fait à temps, confie-t-elle, ajoutant que ces changements sans préavis ont eu des répercussions « désastreuses » sur la trésorerie de l’organisme. En plein exercice, le RPFO attend toujours les détails du programme. « Le ministère nous a récemment indiqué que le programme sera lancé cet automne, avec des changements. C’est encourageant, mais nous devons continuer à payer nos dépenses pendant cette attente ».

Sollicité par ONFR, le ministère des Affaires civiques et du Multiculturalisme confirme que le programme de subvention est effectivement planifié pour cet automne, tout en précisant que les détails seront communiqués une fois les décisions finalisées.

Dos au mur, l’organisme a peu d’options en main. Pour poursuivre ses activités sans ce financement, le RPFO devra repousser des dépenses importantes et davantage se reposer sur des partenaires et des donateurs. De plus, la directrice parle d’un recours temporaire au crédit, une alternative qu’elle souhaite éviter.

« Ces solutions ne peuvent pas remplacer durablement une subvention de fonctionnement. Un emprunt doit être remboursé, et nos autres subventions sont souvent réservées à des projets ou à des emplois précis ».

Un héritage en péril

Sans ce financement dont une grande partie sert à payer le salaire de la directrice, les priorités de l’année 2026-2027 liées à la préservation du patrimoine franco-ontarien ne pourront être concrétisées par le RPFO. Mme Dupont rappelle que ce montant demeure inchangé depuis 20 ans, rendant difficile la couverture des dépenses de fonctionnement et de rémunération.

« Nous apprécions ce soutien, qui est essentiel à notre mission, mais son pouvoir d’achat s’est érodé au fil des années. Ce modèle devient difficilement viable dans les réalités économiques d’aujourd’hui », dit-elle, appelant à une prise en considération de la hausse du coût de la vie dans l’octroi du financement.

Alors que l’avenir de l’organisme pourrait basculer dans un mois, elle informe que cette impasse financière représente bien plus qu’un simple délai administratif : c’est une fragilisation graduelle des acquis de la communauté. « Lorsqu’un organisme établi depuis près de 50 ans est menacé de disparition, ce sont les acquis de toute une communauté qui sont en jeu ».

Ce retard met notamment en péril la parution du Chaînon, le dernier magazine imprimé de l’Ontario français diffusé à un lectorat francophone de la province, une perte qui « effacerait une partie de ce que des générations de francophones ont bâti pour faire vivre leur histoire et leur identité ».

Élections municipales : les francophones mis par défaut sur une liste électorale anglophone

En Ontario, lors des élections municipales, le système électoral actuel assigne automatiquement tout citoyen au réseau scolaire public anglophone, à moins d’entreprendre des démarches administratives. Cette mécanique méconnue fausse le poids démographique et linguistique, invisibilisant une partie de la communauté francophone des listes électorales.

Sur le bulletin de vote pour les municipales, les Ontariens, ayant des enfants ou non, sont appelés à choisir les élus d’un des quatre systèmes d’éducation pour les quatre prochaines années, anglophone public ou catholique, francophone public ou catholique.

Or, par défaut, tous les électeurs, même francophones, sont assignés au système scolaire public de langue anglaise, à moins d’entreprendre une démarche administrative pour modifier leur soutien et pouvoir voter pour leurs propres représentants.

Cette mécanique, largement méconnue, affecte notamment la représentativité politique et démographique des francophones sur les listes électorales avec des votes francophones invisibilisés et dilués.

La liste des quatre choix de systèmes d’éducation en Ontario, consultable sur le profil d’un électeur en ligne selon les municipalités. Photo : Capture d’écran

« Nos écoles contribuent directement à la vitalité culturelle, linguistique et communautaire de nos collectivités, a commenté Denis Labelle, président de l’Association des conseils scolaires publics de l’Ontario (ACÉPO). La démocratie scolaire permet aux francophones de participer aux décisions (…) Il est essentiel de préserver et de renforcer cet espace démocratique. » 

Pour Mathieu Fleury, ancien conseiller municipal d’Ottawa, et candidat au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), cette assignation par défaut est malaisante. « Pourquoi ne pas s’assurer que tous les francophones, même sans enfant, contribuent au bon conseil au lieu de l’attribuer automatiquement à l’anglophone public? », soulève-t-il.

« Pour nous, la force de nos institutions francophones pour le rayonnement et la défense de nos droits est primordiale. »

Le vote francophone, un poids politique et démographique

M. Fleury rappelle que les élections municipales et scolaires sont tenues ensemble parce qu’historiquement la démocratie scolaire est issue de l’attribution des taxes scolaires et foncières.

« Au moment du vote, on élit des représentants municipaux qui votent un budget, et de cette attribution des proportions budgétaires, il y a un montant qui va aux conseils scolaires. »

Mathieu Fleury est candidat pour les quartiers 12 et 13 d’Ottawa au sein du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario. Photo : gracieuseté

Celui-ci explique que dans le cas de parents qui ont des enfants dans le système, il y a un certain niveau d’intérêt et de responsabilisation, les conseils francophones tentant de sensibiliser les familles pour qu’elles fassent la modification.

« En revanche pour les francophones qui n’ont pas d’enfants, leur proportion va automatiquement à l’anglophone public sans qu’ils le sachent, prévient-il. C’est comme une attribution indirecte non identifiée ».

Selon Emmanuelle Richez, la présidente du Comité des élections scolaires de l’ACEPO, « bien qu’il n’y ait pas d’impact financier réel, l’impact se fait sentir quand on demande de nouvelles écoles, car il faut pouvoir prouver qu’il y a une demande suffisante. »

Selon celle-ci, le gouvernement provincial consulte les données du registre électoral pour évaluer la taille et le poids des communautés linguistiques lors de la prise de décision sur les infrastructures ou la planification.

« Une sous-représentation sur les listes électorales nuit ainsi directement aux demandes de construction et d’ouverture de nouvelles écoles francophones », affirme Mme Richez.

Des démarches administratives supplémentaires opaques

L’organisme en charge de la collecte d’informations sur l’assignation au système scolaire s’appelle la Société d’évaluation foncière des municipalités (SÉFM/MPAC pour Municipal Property Assessment Corporation).

La municipalité orchestre les élections, mais « la désignation du conseil scolaire demeure la responsabilité de la SÉFM/MPAC », assure Élections Ontario, responsable de préparer la liste préliminaire des électeurs, au moyen du Registre permanent des électeurs pour l’Ontario.

Pour changer l’assignation au conseil scolaire qu’il souhaite appuyer, un citoyen doit se connecter sur le portail en ligne de la SÉFM suivant s’il est propriétaire ou locataire de son logement. La mise à jour peut également leur être demandée par courrier.

« La manière dont SÉFM/MPAC a choisi d’orchestrer sa base de données ajoute des étapes supplémentaires aux électeurs éligibles pour voter pour les conseillers francophones et c’est un grave problème. »
— Yelena Nichilo, candidate au poste de conseillère scolaire pour le Csc MonAvenir

Le 1ᵉʳ juin 2026 était la date limite pour que le choix de conseil scolaire final apparaisse automatiquement sur la liste électorale finale transmise à Élections Ontario.

« Les électeurs de toutes les municipalités peuvent communiquer avec leur greffier municipal pour mettre à jour leurs renseignements ou s’inscrire à la liste électorale (en ligne) à tout moment jusqu’à la clôture du jour du scrutin », précise Élections Ontario.

Passé ce délai, il faut en effet présenter une confirmation à la municipalité pour corriger la liste, mais également modifier les renseignements sur le soutien scolaire au moyen de l’outil en ligne de soutien scolaire de la SÉFM, en prévision des futures élections municipales. 

En cas de déménagement dans une autre municipalité, le choix n’est pas conservé et, sans une nouvelle démarche active, le système réassigne par défaut les électeurs au réseau public anglophone.

« La manière dont SÉFM/MPAC a choisi d’orchestrer sa base de données ajoute des étapes supplémentaires aux électeurs éligibles pour voter pour les conseillers francophones et c’est un grave problème », déplore Yelena Nichilo, candidate au poste de conseillère scolaire à Toronto pour le Conseil scolaire MonAvenir, qui dénonce un système « archaïque, antidémocratique, anti-francophone ».

Le piège du système n’épargne personne, pas même les acteurs du milieu scolaire. Cette dernière observe que de nombreux citoyens sont absents de sa liste électorale, incluant des employés du conseil scolaire MonAvenir : « Ce sont pourtant des gens qui travaillent dans le système et qui sont au courant de cette mauvaise classification », déplore-t-elle.

Modification de dernière minute dans les bureaux de vote?

Questionnée sur cet enjeu, la ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, a assuré qu’en dernier recours, un électeur peut demander à changer son choix sur place à la station de vote.

Sollicitée par ONFR à titre d’exemple, la Ville d’Ottawa nous a assuré qu’un électeur pourra modifier ses renseignements sur la liste électorale à son bureau de vote le jour de scrutin bien que cette démarche doive être effectuée « avant de recevoir le bulletin de vote, en remplissant une ‘demande d’ajout ou de modification de mes renseignements’ sur la liste électorale. »

Dans les faits toutefois, par manque de connaissances du système, peu en feront la demande : « Beaucoup de francophones ou de catholiques découvrent le jour du vote qu’ils sont inscrits par défaut au réseau public anglophone et renoncent à faire rectifier leur statut sur place », analyse Emmanuelle Richez.

Emmanuelle Richez, la présidente du Comité des élections scolaires de l’Association des conseils scolaires publics de l’Ontario (ACÉPO).

« Par contre, ces électeurs (pas sur la liste électorale préliminaire) n’auront pas été sollicités par les candidats et n’auront pas les informations nécessaires pour faire un choix éclairé. »

Vers une modernisation du système?

Sur la question d’une éventuelle modernisation pour que les registres reflètent le poids démographique réel de la minorité francophone, la SÉFM/MPAC se défausse entièrement sur le gouvernement provincial. L’organisme se défend d’avoir un rôle purement exécutif.

« Les exigences en matière de désignation du soutien scolaire, y compris les options de désignation disponibles et le cadre législatif, sont établies par la législation provinciale. Le rôle de la SÉFM est de recueillir et de conserver les renseignements sur la désignation du soutien scolaire conformément à ces exigences législatives. »

Cependant, en ce qu’il s’agit de déterminer ou de mettre à jour la langue ou la foi des occupants, aucune collecte active de leur part. L’organisme reconnait que cela repose uniquement sur la démarche volontaire de l’électeur.

« C’est un enjeu important à vraiment analyser, mais faire une réforme électorale c’est énorme. Ce n’est définitivement pas pour ces municipales-là, mais c’est peut-être quelque chose qu’on peut regarder dans le futur », s’avance prudemment la ministre des Affaires francophones, à notre micro.

Le ministère de l’Éducation, estimant que cela relève de la compétence du ministère des Affaires municipales et du Logement, ne se prononce pour l’heure pas sur l’enjeu.

« Aucun changement n’est envisagé. Les électeurs continueront de pouvoir voter pour le conseil scolaire de leur choix », nous indique Michael Minzak, le porte-parole de Rob Flack, ministre des Affaires municipales et du Logement.

Le gouvernement a rappelé avoir financé plus d’un milliard de dollars dans les infrastructures scolaires francophones depuis 2018 sans toutefois adresser le problème identifié : sans révision du mécanisme d’inscription, une majorité de citoyens francophones restent, à leur insu, effacés des listes électorales des systèmes d’éducation francophones.

Le TIFF dévoile ses lauréats et clôt une 51ᵉ édition originale

TORONTO – Ce dimanche, au TIFF Lightbox, 12 prix ont été décernés dans plusieurs catégories à des cinéastes canadiens et internationaux, dont un remis à «  Mesdames et Messieurs, Brian Mulroney  » du cinéaste canadien Matthew Rankin. Cette cérémonie conclut 11 jours de festival marqués par la projection de 294 œuvres, dont une trentaine de séries, de documentaires et de longs métrages.

Avec son nouveau marché, l’organisme vise à connecter l’industrie cinématographique canadienne au reste du monde tout en accordant une place à la francophonie.

Parmi les distinctions majeures remises dans le cadre du festival figurent le prix du public, attribué par les festivaliers eux-mêmes, le prix Platform — seule section de la compétition soumise à un jury —, deux prix consacrés aux longs métrages canadiens, ainsi que les prix Short Cuts, récompensant les meilleurs courts métrages.

Cameron Bailey a une nouvelle fois été à la barre du Festival international du film de Toronto (TIFF) pour cette nouvelle édition. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Matthew Rankin remporte le prix du public « Midnight Madness »

Avec son œuvre mouvementée « Mesdames et Messieurs, Brian Mulroney », Matthew Rankin retrace l’ascension du 18e premier ministre du Canada dans un genre satirique mêlant images d’archives et nostalgie télévisuelle.

La projection du film en avant-première, plus tôt cette semaine en pleine nuit, a rassemblé un public déjanté, hâtif de voir l’œuvre. L’événement a été précédé d’un tapis rouge réunissant toute l’équipe du film ainsi que celle de l’Office national du film (ONF), qui a porté le projet.

Mesdames et Messieurs, Brian Mulroney, de Matthew Rankin, figure parmi les productions canadiennes francophones au TIFF 2026. Photo : gracieuseté de l’Office national du film du Canada

Matthew Rankin, cinéaste manitobain établi à Montréal, a été couronné pour son film consacré à Brian Mulroney. Photo : ONFR/Alexandre Murray

Pour cette 51e édition du TIFF, le public était composé d’une importante communauté francophone. Photo : ONFR/Alexandre Murray

« Quelle bonne nouvelle, je remercie tous mes collaborateurs et l’ONF pour la réalisation de ce film. Je pense que c’est le moment où nos institutions culturelles nous portent, il est donc important que nous protégions des organismes comme l’ONF et le TIFF. Merci beaucoup », a déclaré le cinéaste franco-manitobain dans un message lu par Cameron Bailey, le PDG du TIFF.

Le prix du public du TIFF, créé en 1978, récompense le film le plus apprécié du festival selon le choix du public torontois.

Le marché : un nouveau chapitre pour l’organisation

La grande nouveauté de cette année réside dans la création d’un marché qui a attiré 279 réalisateurs et près de 7000 délégués, dont une vingtaine de francophones venus de toutes parts. Ces délégations se sont réunis à Toronto autour de projections, de réunions et de négociations d’affaires, telles que Québec Créatif ou encore Unifrance. Par ailleurs, le Québécois Charles Tremblay a été nommé à la tête de ce nouveau marché.

« Ce marché est important, car nous essayons depuis longtemps de présenter notre public et notre industrie ici à Toronto à de nouveaux cinémas, à de nouvelles industries cinématographiques venues du monde entier et à de nouvelles cultures de la réalisation », a déclaré Cameron Bailey.

Cette année, la création d’un marché officiel du TIFF a ouvert de nouvelles opportunités de financement pour l’industrie canadienne. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Pendant plusieurs jours, le TIFF a transformé le centre-ville. En effet, grâce à ce nouveau marché officiel, l’organisme génère des retombées économiques annuelles estimées à 240 millions de dollars, indique-t-on dans un communiqué de presse.

Les voix francophones manquent encore de visibilité

Enfin, parmi les prix Short Cuts qui récompensent le meilleur court métrage international, la Québécoise Justine Prince a été devancée par la cinéaste grecque Elia Kalogianni. Cette catégorie regroupe des œuvres internationales, canadiennes ainsi que des films d’animation.

Le prix Short Cuts du meilleur court métrage international a été remis à la cinéaste grecque Elia Kalogianni pour son œuvre Mammalia. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Dès aujourd’hui et à partir de midi, le public pourra voir gratuitement les films primés par le prix du public au Lightbox. La 52e édition du festival aura lieu du 9 au 19 septembre 2027.

TGV ALTO : rassemblement symbolique d’opposants à la frontière ontarienne et québécoise

Quelques centaines de manifestants se sont rassemblés à Saint-Eugène, à la frontière de l’Ontario et du Québec, pour manifester leur opposition au projet de train à grande vitesse (TGV) et interpeller les candidats aux élections provinciales québécoises et municipales ontariennes.

Agriculteurs, élus et résidents de l’est de l’Ontario et du Québec ont convergé vers la ferme Legault pour s’opposer au projet, dont le tracé — qui doit être dévoilé à l’automne — traversera l’Est ontarien.

Près d’une cinquantaine de tracteurs décorés d’enseignes anti-Alto ont défilé samedi à cette ferme située à quelques centaines de mètres de Hawkesbury-Est.

« On a peur pour la division de la communauté », soutient Geneviève Bédard, venue de Saint-Eugène avec sa famille.

« Les enfants vont perdre leurs amis d’école et la communauté va se diviser en deux », déplore-t-elle.

La municipalité pourrait se voir coupée en deux par un pont ferroviaire ou par la voie empruntée par le TGV. Mme Bédard craint également l’impact sur le marché immobilier local, alors que la disponibilité de logements est déjà limitée.

« Qu’est-ce que ça va créer s’ils exproprient autant de gens en même temps? Ça va faire en sorte qu’il va y avoir plein de monde qui va chercher des maisons, et ça va créer une pénurie. Les gens qui vont vouloir vendre vont monter leurs prix parce qu’il y aura beaucoup d’acheteurs », s’inquiète la résidente de l’Est ontarien.

À quelques pas de là, Michel Lalonde craint lui aussi l’impact immobilier du projet ferroviaire pour Chute-à-Blondeau, un village du canton de Hawkesbury-Est qui pourrait faire partie du tracé, à l’instar de Saint-Eugène. Habitant au bord de l’eau, il redoute en outre la pollution sonore.

« Il y a des maisons sur le bord de cette même route, à Chute-à-Blondeau, qui sont plus difficiles à vendre aujourd’hui. Il n’y a rien en bas d’un million de dollars sur le bord de la rivière; de l’autre côté, c’est 500 000 $. Le monde a peur du bruit », avance-t-il.

Des résidents du Québec et de l’Ontario se sont déplacés pour l’occasion.

Photo : Pascal Vachon / ONFR

Lui-même ancien agriculteur, il dit s’être déplacé pour soutenir les personnes touchées.

« Pour moi, ça aurait été terrible », s’imagine le Franco-Ontarien.

« S’il y avait eu un grand terrain et qu’il avait fallu que quelqu’un coupe mes terres en deux… L’argent, ça ne donne rien comparé à tous les inconvénients qui viennent avec. Je trouve que c’est très triste pour les agriculteurs. Et financièrement, pour le gouvernement, je trouve ça déplorable », ajoute Michel Lalonde.

Le TGV, qui reliera Québec et Toronto en environ cinq heures, doit notamment s’arrêter à Ottawa et à Kingston. La grogne s’intensifie depuis plusieurs mois dans l’Est ontarien et ailleurs contre ce projet mis de l’avant par Ottawa. Plusieurs propriétaires touchés ont refusé l’accès à leurs terres aux employés de la société d’État. Des municipalités, dont les Comtés unis de Prescott et Russell ainsi que le Caucus des préfets de l’Est de l’Ontario, ont exprimé leur opposition officielle en adoptant des résolutions.

De son côté, le fermier Daniel Serré craint le pire pour ses terres.

« C’est censé passer ici, mais j’espère qu’ils vont changer d’idée et qu’il n’y en aura pas, soupire-t-il. Ce que je trouve le plus déplorable, ce sont de belles terres agricoles qui sont massacrées. Carrément massacrées », complète-t-il.

Plusieurs personnes interrogées samedi ont également dénoncé le coût d’une telle infrastructure, estimé à près de 90 milliards de dollars par Alto.

« L’argent est-il là? C’est de l’argent public. Ils parlent de 90 milliards, mais on s’entend que ce sera peut-être beaucoup plus. Ce n’est pas un projet viable selon moi », juge Stéphane Sénéchal, venu de Mirabel pour l’occasion.

L’impact environnemental fait aussi partie des principales préoccupations des opposants.

« Les terres agricoles, la faune… ça affecte tout », dénonce Debbie Scharf aux côtés de son conjoint, Joe.

Debbie Scharf aux côtés de son conjoint, Joe, venus manifester contre la future infrastructure ferroviaire.
Photo : Pascal Vachon / ONFR

« Ce n’est pas une bonne chose pour l’Est de l’Ontario, poursuit celle qui habite près de Carleton Place. Très peu de gens l’utiliseront. Pour parler franchement, ce n’est pas le citoyen ordinaire qui va s’en servir. C’est un train à vocation récréative, il n’est pas destiné aux déplacements professionnels. »

Jean-Claude N’da : 30 ans d’entrepreneuriat au service de la francophonie

TORONTO – Entrepreneur, coach, formateur, conseiller stratégique… Le président de l’ACFO-Toronto, Jean-Claude N’da, multiplie les casquettes. Derrière son rôle de leader communautaire se cache un homme d’affaires déterminé à faire rayonner la francophonie torontoise.

« D’où vient ce vif engagement pour la communauté francophone de Toronto?

Après un court séjour à Gatineau lors de mon arrivée au Canada, je me suis installé définitivement en Ontario en 2017. Cette année-là, je me suis impliqué comme bénévole à l’ACFO-Toronto. Par la suite, en intégrant le Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario (RIFCSO), mon agenda s’est nettement chargé, et puis, en me familiarisant avec ce réseau, j’ai développé une grande expertise, que je suis ensuite revenu mettre au service de l’ACFO.

Vous êtes bien connu de la communauté, mais vous connaît-on vraiment? Que ne sait-on pas encore de vous?

Beaucoup de personnes ne savent pas que je suis entrepreneur et que c’est une passion qui m’anime depuis la fin de mes études. J’étais chef d’entreprise en Côte d’Ivoire avant ma vie en Ontario. J’intervenais dans l’immobilier, la distribution, et j’accompagnais des organisations non gouvernementales, en plus de coopératives.

Ce que j’aimais par-dessus tout, c’était soutenir les jeunes ou les femmes en quête de financements, notamment dans le domaine agricole. Une bonne partie de ma vie a donc été marquée par l’entrepreneuriat, et peu de gens connaissent cette facette, ça fait partie des mystères entourant Jean-Claude N’da.

Jean-Claude N’da a été élu président de l’ACFO-Toronto en 2025 pour défendre les intérêts des francophones, où il a commencé comme bénévole quelques années plus tôt. Photo : Gracieuseté

Si l’entrepreneuriat peut être perçu comme une démarche plutôt individuelle, comment y intégrez-vous une dimension collective?

J’encourage beaucoup mes confrères qui m’approchent, souvent pour créer des organismes à but non lucratif francophones dans le Grand Toronto. Nous avons énormément de compétences sur le terrain, mais ils peuvent hésiter parfois par manque d’assurance ou par crainte. Il faut les soutenir et les pousser à mettre en place ces structures. C’est exactement ce que je fais.

Qu’est-ce qui vous passionne dans l’entrepreneuriat?

J’ai commencé il y a 30 ans, en 1996. Depuis tout petit, j’ai ce sentiment d’avoir la fibre entrepreneuriale en moi. Mon père possédait de grandes plantations de café et de légumes, et ma grand-mère produisait des pagnes qu’elle commercialisait. Tout cela m’a encouragé.

Comment garder le cap de l’action et de la créativité à l’ACFO-Toronto quand on dispose de moyens assez modestes?

Au niveau de l’ACFO, on essaie d’innover et de progresser à chaque instant. Même si nous n’avons pas les fonds nécessaires et que nous nous appuyons sur le volontariat, on espère que toute la francophonie saisit l’enjeu des francophones et nous appuie dans la bonne direction, car nous voulons apporter plus.

J’ai une philosophie simple : j’aime apporter quelque chose à ceux dont je croise en chemin. Je ne cherche pas forcément de la reconnaissance, mais j’aime apprendre et donner à la vie. Et donner à la vie, c’est aider à apporter quelque chose à ceux que je rencontre. Donc, je me sens très à l’aise de dire à quelqu’un : « Si tu as besoin d’aide, n’hésite pas. »

Le président de l’ACFO-Toronto a lancé cette année la première édition de Franco-Été, un projet pilote conçu comme un rendez-vous culturel annuel visant à rassembler la communauté francophone autour de sa richesse culturelle. Photo : Gracieuseté

Comment définiriez-vous votre rôle de président à l’ACFO-Toronto?

Je voudrais avant tout que la communauté francophone rayonne. Ça fait partie de mes attentes mais aussi des défis à surmonter. Mon rêve est que tout francophone qui arrive à Toronto sache d’emblée qu’il a sa communauté ici. En effet, lorsqu’on arrive au Canada, on pense souvent au bilinguisme, mais on pense rarement à l’existence d’une communauté francophone. Cette dernière a des droits, elle a des besoins de se bâtir et de se développer ainsi que d’affirmer sa présence et de faire reconnaître sa contribution.

Ainsi, peu importe d’où l’on vient, que ce soit du Cameroun, du Congo, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal ou du Vietnam, on se retrouve dans un environnement où l’on ne sait pas forcément comment les choses se passent et on a besoin d’apprendre. Cela demande beaucoup de résilience car c’est une prise de risque d’abandonner ce qu’un immigrant abandonne quand il part pour l’inconnu. C’est important de reconnaître leur contribution, parce que sans eux, beaucoup d’entreprises ne pourraient pas fonctionner.

Vous n’avez pas été très satisfait de la première édition de Franco-Été, la qualifiant de premier échec dans votre vie. Pourquoi une telle autocritique?

Lors de cette première édition, des pépins techniques nous ont obligés à ajuster le déroulement de la soirée. J’en ai été touché, car mon père nous a inculqué le sens des responsabilités depuis tout petit : apprendre à analyser une situation pour prendre les bonnes décisions et les bonnes attitudes qui servent l’intérêt collectif. Il nous a enseigné à ne pas vivre de manière égocentrique, mais plutôt à servir les autres, les accompagner et les aider.

Jean-Claude N’da s’adresse à la lieutenante-gouverneure de l’Ontario lors du lever du drapeau de la Francophonie internationale en mars 2026. Photo : Gracieuseté

D’autres figures de la francophonie évoquent régulièrement les défis d’entreprendre en tant que personne noire au Canada. Partagez-vous ce constat?

Pour enrichir notre francophonie, on a besoin d’aller vers l’entrepreneuriat, et quand tu as une solide maîtrise en anglais, cela facilite les choses. Mais entreprendre au Canada reste tout de même un réel défi. On arrive dans un environnement dont on ne connaît pas toujours les règles. Le fonctionnement des affaires y est très différent de celui de nombreux pays d’Afrique. En plus, ceux œuvrant à l’échelle locale ont besoin de bâtir leur nouvelle clientèle. Même si beaucoup d’entre eux visent la diaspora, il faut faire en sorte que ce qu’ils proposent puisse s’adapter à leur nouvelle réalité. L’essentiel est de ne pas se limiter, d’élargir ses horizons et d’aller à la conquête d’autres communautés.

Le Jour des Franco-Ontariens approche! Avez-vous prévu quelque chose pour l’occasion?

Évidemment, on aura notre traditionnel lever du drapeau que l’on place cette année sous le signe de la relève. Nous allons ainsi inviter les étudiants car c’est cette relève-là que nous voulons mettre à l’honneur ce 25 septembre.

Ça reste un événement historique pour toute la communauté franco-ontarienne, mais aussi un moment de rassemblement et d’affirmation. On voudrait pouvoir mobiliser les francophones, les institutions et les organismes afin qu’ils viennent marquer leur présence, parce que ce drapeau représente toute une lutte pour nous.

Ce drapeau est une fierté qui doit être le symbole de notre volonté d’être reconnus, d’être pris en compte. C’est le symbole que nous voulons que notre communauté, surtout à Toronto, soit parfaitement bilingue, et que ce bilinguisme soit présent dans les institutions et dans la vie de tous les jours. »


2017 : Installation à Toronto.

2018 : Intégration de l’équipe du Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest (RIFCSO) de l’Ontario.

2019 : Mise sur pied du Comité local en immigration francophone (CLIF) de Toronto.

2022 : Création du Groupe de travail en immigration francophone de Simcoe, lequel devient, en 2024, le Comité local en immigration francophone (CLIF) de Simcoe.

2025 : Élection à la présidence de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.

Suggestion de lecture : un ovni littéraire né en prison


Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Ma curiosité naturelle et mon rôle de chroniqueuse littéraire me font lire de tout, et ce n’est pas un euphémisme! Quand j’ai lu le résumé du nouvel ouvrage de Michèle Vinet, Mes beaux Rimbaud (éditions L’Interligne), j’ai sauté dessus comme une abeille sur du miel! Michèle a animé des ateliers littéraires dans une prison fédérale pour femmes et dans un centre de soins de santé mentale, qui ont inspiré son livre. Je me suis dit que je ne pouvais qu’être surprise…

Et pour l’être, je l’ai été! Mes beaux Rimbaud fait partie de ces ouvrages inclassables, hors normes, atypiques, qui ne plaisent peut-être pas à tout le monde, mais qui valent le détour. Un petit ovni sur la scène littéraire franco-ontarienne qui se lit étrangement. J’ai eu l’impression, en le feuilletant, de contorsionner le temps. C’est un livre venu d’un lieu où l’on ne s’attend pas à le trouver : des centres de détention et de soins de la santé mentale.

Dans son avant-propos, l’autrice explique que sa pratique littéraire a été pour toujours transformée par les rencontres improbables qu’elle a faites en 2012 au pénitencier fédéral pour femmes de Joliette, à l’établissement de détention Leclerc pour hommes à Laval et chez Les Impatients à Montréal, un organisme venant en aide aux personnes ayant des problèmes de santé mentale. Des rencontres faites dans un cadre qui n’a rien de joyeux…

Michèle Vinet autrice de Mes beaux Rimbaud. Crédit photo : Rachelle Bergeron

Mes beaux Rimbaud est né un peu par hasard : Vinet a été tellement chamboulé par son premier atelier qu’elle a été emportée par le besoin viscéral, en pleine nuit, d’écrire sur son ressenti. D’autres textes se sont collés à celui-ci, avant de finir dans un tiroir. Ce n’est que des années plus tard qu’elle retombe sur eux accidentellement, et décide d’en faire quelque chose. Elle les a transformés en un étonnant récit, lui-même semblant avoir été imbriqué d’une étrange façon : des textes poétiques font face aux soliloques (lorsqu’une personne seule se parle à elle-même) et des aquarelles d’André St-Onge se glissent ponctuellement entre les mots. Il y a même une lettre écrite par un enfant à sa mère incarcérée, accompagnée d’un dessin enfantin (tous deux fictifs), qui nous rappelle que derrière certaines détenues se cachent aussi des mères. Poignant.

Comment classer Mes beaux Rimbaud? Qu’en retenir? L’autrice parvient très bien à traduire la lourdeur de la vie des personnes qu’elle a rencontrées et la souffrance qu’elle a frôlée de près. Néanmoins, comme elle le dit si bien, son texte est traversé par une profonde humanité :

« Offrir aux prisonniers

Un pouls

En harmonie

Avec la ronde des planètes

Leurs aurores

Et crépuscules

Mauvacés » (p. 28)

Lire des textes hybrides mêlant poésie, images et prose n’est pas toujours évident pour quelqu’un qui n’est pas familier avec ce type d’écriture, je le conçois bien. Pourtant, je recommande vivement ce livre anticonformiste. Court, il se lit rapidement, empoigne le cœur et laisse derrière lui autant de questions que d’impressions tenaces. On comprend que derrière chaque personne incarcérée se trouvent, malgré tout, des êtres humains, et que les ateliers de Michèle ont permis de mettre en lumière cette humanité.

D’ailleurs, le titre, Mes beaux Rimbaud, est un clin d’œil évident au poète français Arthur Rimbaud et à la figure des poètes maudits, rejetés par les bourgeois de leur époque, dont l’œuvre a pourtant fini par être reconnue et célébrée. Les prisonniers et prisonnières rencontrés par Vinet sont, à leur manière, des poètes maudits. Je tiens aussi à saluer l’audace de la maison d’édition L’Interligne, qui a fait le pari de publier ce titre hors des sentiers battus, dans la même ligne poétique inconventionnelle que le roman Tuxedo Kid, mon amour de David Ménard, dont j’ai fait la recension ici.

N’ayez pas peur de lire entre les lignes… ou de regarder ce qui se passe derrière les barreaux.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

« Faisons rayonner les voix de chez nous » : Alex Tétreault prend la tête du Salon du livre du Grand Sudbury

SUDBURY – Le Salon du livre du Grand Sudbury (SLGS) a annoncé ce vendredi la nomination du poète queer et francophone Alex Tétreault comme nouveau directeur général et artistique, succédant à Geneviève LeBlanc. Également poète officiel de la ville depuis 2024, le Franco-Ontarien prend désormais les rênes d’une institution phare pour la littérature franco-ontarienne.

Avec l’arrivée du poète et dramaturge sudburois Alex Tétreault à la direction du SLGS, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre pour une institution dirigée pendant neuf ans par Geneviève LeBlanc.

« Alex représente très bien cette nouvelle génération qui va apporter du sang neuf au salon du livre, affirme Jacqueline Gauthier, la présidente du conseil d’administration du SLGS. Il va pouvoir mettre son vécu, son expérience, son regard sur les activités à venir du salon. C’est très excitant de penser qu’on s’en va dans une nouvelle direction. »

Originaire de Sudbury, Alex Tétreault œuvre au sein du milieu artistique et communautaire de la ville depuis 2017. Cette nomination prend un sens symbolique pour celui dont l’amour des livres a été façonné par la littérature du salon. « Je me souviens, enfant, me perdre dans les étagères et dans les rayons de livres du salon. Pour moi, ça a toujours représenté un havre, un espace où je pouvais me réfugier dans les livres, aller découvrir le monde », confie-t-il à ONFR.

Pour son mandat, il veut surtout faire rayonner les voix sudburoises et établir un lien avec la communauté. « J’ai hâte de me mettre au boulot, de commencer à rêver, à imaginer la belle programmation, les belles collaborations que je peux faire avec la communauté ».

Diplômé des programmes francophones de théâtre et de sciences politiques à la Laurentienne, le nouveau directeur avait notamment été finaliste au Prix Trillium de 2025 pour sa pièce Nickel City Fifs, une épopée queer sudburoise coproduite avec le Théâtre du Nouvel-Ontario. L’année précédente, il avait remporté le prix Audace Réseau Ontario de la 43e édition du Contact ontarois pour cette même œuvre.

Entré en poste lundi dernier, le nouveau directeur a rapidement pris le pli : « J’ai déjà commencé des discussions avec des collaborateurs et potentiels partenaires de programmation. »

Conseiller dramaturgique pour la maison d’édition nord-ontarienne Prise de Parole, M. Tétreault souligne que cette nouvelle étape professionnelle est « un moment opportun d’aller sur le plancher des vaches, voir ce qui se passe dans la communauté, s’assurer qu’on crée un environnement propice à la discussion, à l’échange ».

Feuilles vives : la relève théâtrale franco-ontarienne s’invite « À table »

OTTAWA – L’événement Feuilles vives, une initiative de Théâtre Action, lance ce vendredi sa 8e édition, mettant en lumière une dizaine d’artistes franco-ontariens. Avec pour thème « À table », cette programmation propose une lecture d’œuvres théâtrales en développement, produites par la relève dramaturgique francophone des quatre coins de la province.

L’événement biennal Feuilles vives revient ce vendredi à Ottawa pour présenter au public des œuvres théâtrales en pleine ébullition, un moyen de créer un laboratoire d’idées pour les jeunes artistes franco-ontariens. Surtout, les spectateurs auront droit à une diversité de paroles, confie Antoine Côté Legault, le directeur artistique de l’événement.

« On cherche à avoir des pièces qui sont le plus représentatives de ce qui se fait ici en Ontario ». Pour conduire ces œuvres théâtrales, la direction désigne « À table » comme ligne directrice, un thème basé sur la convivialité des échanges, souligne le directeur. « L’idée c’est qu’autour d’une table, on se rassemble, on se raconte des histoires, on échange, on débat. »

Au total, dix oeuvres inédites de jeunes dramaturges et auteurs franco-ontariens seront présentées au public ottavien, à la Nouvelle Scène Gilles Desjardins jusqu’à dimanche.

Antoine Côté Legault est un artiste franco-ontarien basé à Sudbury. Photo : Chloé Laduchesse

Des oeuvres engagées et réfléchies

Chaque œuvre portera son propre message, un choix de la direction qui veut avant tout représenter une variété de sujets qui illustrent des thèmes phares de notre société. Les dix œuvres sont réparties dans trois volets. Le premier, Amuse-gueule, aura comme format une lecture d’extraits de pièces. L’audience pourra notamment découvrir La tête dans le sable d’Amélie Trottier, Astéracées de Mishka Lavigne, et Ce que l’on pense d’Alain Lauzon.

Le deuxième volet, Dans la cuisine, introduira Les sons du rien, une pièce rédigée par un collectif du même nom, mais aussi Bélizaire : l’homme effacé de Bénédicte et David Bélizaire, et L’autre qui se pensait fleur de Lionel Lehouillier.

Finalement, le troisième volet À la mijoteuse présentera Ragtime Gal, un texte d’humour sur la santé des femmes créé par France Huot, artiste basée à Sudbury. « Il y a tout à fait une composante politique. J’essaie de l’amener avec beaucoup d’humour et de douceur », dit-elle. « La recherche scientifique par rapport à la santé utérine et à la santé des femmes tarde ».

L’artiste France Huot sera présente à l’événement afin de lire son oeuvre, Ragtime Gal. Photo : Rémi Thériault

La cryptozoologie et moi, une œuvre destinée à un jeune public, signée Eudes La Roche-Francoeur, parle de solitude et de relations parasociales. « Les jeunes ados recherchent ce que moi je recherchais quand j’avais leur âge, et c’est un désir de communauté. En trouver une maintenant avec les réseaux sociaux, c’est très facile d’en trouver une nichée, avec par exemple, des influenceurs. Ça crée des relations parasociales, qui sont des relations à sens unique », dit-il.

Jake et Géraldine de Mickaël Girouard et Une anguille dans mon café d’Isaac Adams figureront également parmi ce troisième volet.

David Bélizaire reviendra avec Bélizaire : l’homme effacé, créé avec Bénédicte Bélizaire lors de l’événement. Photo : Feuilles vives

Accompagner les artistes franco-ontariens

Au-delà des lectures publiques, cet événement est un accompagnement artistique. Les artistes bénéficient d’une opportunité de travailler leurs textes. D’ailleurs, c’est à l’occasion de la précédente édition, à Kingston, que certains artistes ont développé des productions à succès, telles que Os de Vincent Beaudoin ou encore Téton Tardif de Caroline Raynaud.

« Au fil des années, il y a quand même un pourcentage important des pièces présentées dans le cadre de Feuilles vives qui deviennent des productions par la suite », conclut M. Côté Legault.

« C’est vraiment notre mandat de veiller au rayonnement de la communauté théâtrale dans son ensemble. Feuilles vives est une bonne façon de rassembler des gens autant parmi les artistes que le public pour être au courant de ce qui est en train de se faire créer , puis peut-être découvrir les offres de demain qui vont parcourir les scènes ».

London : enfin une clinique où tout se passe en français

LONDON — La Clinique Franco-Santé London a accueilli cette semaine ses premiers patients. Plus de 200 personnes ont déjà ouvert un dossier auprès de ce nouveau point de service francophone, qui permet désormais aux patients de recevoir des soins en français à toutes les étapes de leur parcours.

Le médecin de la clinique a commencé ses consultations cette semaine, tandis que les postes infirmiers sont déjà pourvus. L’équipe n’est toutefois pas encore tout à fait complète : le recrutement d’une infirmière praticienne se poursuit.

Avant même le début des consultations, la demande était déjà au rendez-vous. « Il y a déjà plus de 200 patients qui ont un dossier ouvert », indique France Vaillancourt, directrice générale du Centre de santé communautaire Hamilton-Niagara (CSCHN), l’organisme qui chapeaute la nouvelle clinique. Un nombre atteint alors que le médecin venait à peine de commencer à recevoir ses premiers patients.

Pour la directrice générale, cette ouverture représente « un moment de fierté pour la communauté francophone », mais également l’aboutissement de démarches entamées il y a plus de deux ans.

Quand trouver un médecin francophone relevait du défi

L’arrivée de la clinique répond à une demande qu’Accès Franco-Santé London dit entendre depuis longtemps. « La plus grande demande de tous nos clients était toujours un médecin francophone », explique Danielle Tobin, chef d’équipe de l’organisme, qui accompagne les francophones dans l’information, la coordination et la navigation du système de santé à London.

Avant l’ouverture de la clinique, des médecins parlant français exerçaient bien dans la région, mais aucun n’acceptait de nouveaux patients, selon Accès Franco-Santé. Pour les francophones sans médecin, il fallait alors se tourner vers des professionnels anglophones et trouver des solutions pour franchir la barrière linguistique.

France Vaillancourt, directrice générale du Centre de santé communautaire Hamilton-Niagara (CSCHN), dont dépend la nouvelle Clinique Franco-Santé London. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Accès Franco-Santé pouvait notamment proposer un service d’interprétation téléphonique. Mais son utilisation n’était pas toujours simple. « Il y a certains médecins qui ne veulent peut-être pas avoir l’interprétation par téléphone, donc ça devient une barrière », raconte Danielle Tobin.

Certains professionnels préféraient qu’un membre de la famille du patient assure l’interprétation. Une pratique qui n’est « vraiment pas toujours idéale », souligne-t-elle. Dans d’autres situations, certains patients pouvaient finir par recourir à des outils comme Google Translate. « On essayait le mieux qu’on pouvait de trouver des solutions, mais parfois, on avait encore des barrières », résume-t-elle.

Des soins en français « du début jusqu’à la fin »

La différence avec la nouvelle clinique ne réside donc pas seulement dans la possibilité de consulter un médecin francophone. Avoir accès à un service annoncé comme disponible en français ne signifiait pas nécessairement pouvoir effectuer l’ensemble de son parcours dans cette langue.

« Souvent, lorsqu’on offre des services en français ici, ce n’est peut-être pas toujours dès le début du trajet », constate Danielle Tobin.

Le patient pouvait par exemple devoir effectuer ses premières démarches en anglais avant d’arriver à l’étape où un professionnel francophone ou un interprète devenait disponible.

Danielle Tobin, chef d’équipe d’Accès Franco-Santé London, accompagne les francophones dans leur navigation du système de santé. Photo : gracieuseté

À la Clinique Franco-Santé London, l’expérience se veut différente. « En venant ici, vous allez avoir le service complet en français du début jusqu’à la fin », se réjouit-elle.

« La secrétaire est en français. Le secrétaire médical est en français. Les infirmières, les infirmiers. Tout est en français », poursuit-elle.

Accès Franco-Santé, qui demeure une organisation distincte de la clinique, prévoit désormais de travailler étroitement avec cette dernière et de développer des collaborations. Danielle Tobin a déjà reçu les retours de quelques-uns de ses clients ayant obtenu un premier rendez-vous.

« J’ai eu des retours de quelques clients qui nous ont dit qu’ils ont eu un rendez-vous et qu’ils étaient vraiment contents que tout soit en français. » 

« Les planètes se sont vraiment alignées »

Les besoins en soins primaires en français avaient été documentés bien avant l’ouverture de la clinique. Il y a plus de deux ans, Accès Franco-Santé avait fait appel au consultant Stéphane Ouellet pour dresser un état des lieux et examiner les partenariats susceptibles de permettre l’arrivée de services médicaux en français à London.

C’est dans ce contexte que France Vaillancourt est approchée. « La conversation avait piqué ma curiosité », se souvient-elle.

Lorsqu’un programme provincial d’expansion des soins primaires est ensuite lancé, la directrice générale du CSCHN y voit l’occasion de concrétiser le projet. Elle dépose une demande de financement couvrant plusieurs régions désignées et London est finalement choisie comme première étape de l’expansion de l’organisme.

Les besoins documentés par Accès Franco-Santé et la désignation de London comme Communauté francophone accueillante contribuent également à faire avancer le projet. « Les planètes se sont vraiment alignées », résume France Vaillancourt.

Un alignement qui s’est poursuivi avec le recrutement du médecin. Grâce à des contacts au sein du CSCHN, France Vaillancourt apprend qu’un médecin francophone ayant déjà exercé dans un centre de santé ontarien souhaitait revenir au pays après plusieurs années à l’étranger. « Quand je dis que les planètes se sont vraiment alignées, c’est aussi parce qu’on n’a pas eu de difficulté à trouver un médecin qui parle français », raconte-t-elle.

Le recrutement d’une infirmière praticienne demeure en revanche plus difficile, à London comme dans la région de Hamilton-Niagara, mais « aussi dans le milieu anglophone » comme le précise Madame Tobin.

« C’est un début »

Plus largement, Santé Ontario-Ouest a fixé au CSCHN une cible de 3000 patients à desservir. France Vaillancourt insiste toutefois sur le caractère organisationnel de cet objectif : il ne concerne pas uniquement la clinique de London. L’ouverture de la clinique ne devrait pas constituer la dernière étape du développement des services francophones du CSCHN à London.

À plus long terme, elle voit surtout l’implantation du CSCHN à London comme une occasion d’élargir l’offre de services de santé en français. La directrice générale évoque notamment la possibilité d’y ajouter de l’ergothérapie, de la diététique ou encore des services de santé mentale pour les adultes, les enfants et les jeunes, déjà proposés dans les autres points de service de son organisme.

Elle insiste néanmoins sur sa volonté de travailler en complémentarité avec les organismes déjà établis à London. « J’aimerais être capable d’ajouter un complément aux services qui existent déjà, explique-t-elle. C’est un début. »

Une journée portes ouvertes doit enfin permettre à la communauté de découvrir officiellement la nouvelle clinique. Aucune date n’est encore arrêtée, mais le CSCHN envisage de l’organiser d’ici la fin octobre ou au début novembre.

Cinéfest Sudbury : les pépites francophones à ne pas manquer lors de la 38e édition

SUDBURY – Pour sa 38e édition désignée sous le thème « Pour penser, pour s’émouvoir », le festival international de films Cinéfest Sudbury reprend ses quartiers au SilverCity. Au menu : une vaste sélection de documentaires, de longs-métrages de fiction et de courts-métrages, tous reflétant les problématiques sociétales de notre époque. Surtout, l’institution met à l’honneur 22 projets francophones provenant de la scène internationale.

« Chaque année, près de 25 % de notre programmation est en langue française », confirme Patrick O’Hearn, le directeur de Cinéfest. « On est fiers de s’assurer que notre vibrante communauté francophone a accès à la programmation ». En effet, la 38e édition du festival revient en force, proposant aux cinéphiles de Sudbury une programmation francophone diverse et variée.

Avec le thème « Pour penser, pour s’émouvoir », le festival propose 22 œuvres francophones, une sélection mêlant comédies, drames, thrillers psychologiques, et documentaires, avec des récits illustrant l’état actuel du monde. « Il s’agit de s’assurer que nous proposons des films qui peuvent résonner auprès du public. Certains thèmes émergent. Chaque année, les cinéastes répondent aux inquiétudes et défis mondiaux. Ils cherchent tout de même à divertir ».

À l’approche du coup d’envoi du festival le 19 septembre prochain, voici notre sélection des films francophones issus du cinéma canadien ainsi que des coproductions internationales à ne pas manquer.

Les Furies, une comédie sportive 100 % féminine

Réalisé par Mélanie Charbonneau, Les Furies sera le premier film canadien diffusé. Il raconte l’histoire de Mélissa, gardienne de but en hockey, souffrant de problèmes de colère. Après la disparition de son club de hockey féminin, écarté en raison de l’arrivée d’une équipe semi-professionnelle masculine, elle décide de former une équipe de derby qui s’entraînera dans le sous-sol d’une église à Waterloo.

Produit par Immina Films, le projet est le deuxième de la réalisatrice à faire partie de la sélection officielle du Cinéfest — son film Outstanding (2025), avait remporté le prix du public lors de la dernière édition.

Sorti en 2025, Les Furies a fait 1,3 million de dollars au box-office canadien. Il sera présenté le jour du lancement de la 38e édition du Cinéfest. Photo : Immina Films

« On a tous envie de voir des femmes underdogs qui décident finalement de prendre leur place. Le film aborde plein de sujets, on parle d’Alzheimer, de violence conjugale, de transidentité, tout cela dans une espèce d’aventure colorée, drôle, puis divertissante », affirme la réalisatrice.

Quête et tension dans La Mécanique des frontières (2025)

Le premier long-métrage du réalisateur québécois Hubert Caron-Guay sera diffusé au Silver City le 22 septembre prochain. Le récit met en scène Mathieu, un jeune homme solitaire de 19 ans, qui reçoit un appel de détresse de sa sœur partie aux États-Unis trois ans plus tôt. Le personnage principal accepte à contrecœur et prend la route vers Tucson, et ce trajet ravive un passé familial douloureux.

« C’est un film qui laisse beaucoup plus de place aux questions qu’aux réponses », dit le réalisateur, à ONFR. « J’étais sensible à ces enjeux d’attachement là. C’est comme ça que j’ai bâti le projet, à travers des personnages qui avaient été abandonnés finalement ».

Photo : Maxime Bernard

D’autres productions canadiennes seront diffusées au public. L’Autre d’Alexandre Franchi, également diffusé au TIFF, sera présenté le 20 septembre. Mon fils ne revint que sept jours, un drame québécois signé Yan Giroux, pourra être visionné le 21 septembre. Le même jour, les jeunes spectateurs pourront découvrir Au revoir, Pluton, un film jeunesse réalisé par Saranne Cormier.

Nitassinan (2026), ou la mémoire innue

Né d’une collaboration entre la poétesse innue Joséphine Bacon et la cinéaste abénaquise Kim O’Bomsawin, Nitassinan est un documentaire qui rend hommage à la terre ancestrale du Nitassinan, au Québec. Le projet est une affirmation du peuple innu, un message porté par des témoignages et une immersion poétique.

« C’est l’histoire du Nitassinan dans sa lumière positive, voir et entendre sa force, sa beauté et la résilience du peuple innu. Ce film est une occasion de raconter notre passé, notre présent et notre avenir dans nos mots, nos images et nos silences. Ce projet révèle sa vision du monde, son lien profond avec la terre, la nature et l’univers », exprime la poétesse dans sa note d’intention.

Nitassinan, qui signifie, « notre territoire » en innu-aimun, est un film autochtone, francophone, axé sur un hommage à la terre ancestrale du peuple innu qui sera présenté au Cinéfest. Photo : Maison4Tiers

« Le message, c’est un hommage à la terre que je fais — un hommage à ceux qui l’ont marché, partagé, navigué, le souvenir qu’ils gardent », ajoute-t-elle. « Je voulais que le film soit visuel et poétique, on ne peut pas faire ça dans une aussi belle terre, une terre qui se conscientise ».

Le cinéma hexagonal au rendez-vous

Plusieurs œuvres de France seront proposées à l’audience sudburoise. Parmi la sélection globale, plusieurs productions et coproductions s’illustrent à travers des registres variés.

Du côté des présentations spéciales, le public du festival peut notamment découvrir Le Rêve américain d’Anthony Marciano, un film inspiré d’une histoire vraie qui suit le destin de deux Français devenus d’importants agents de joueurs de la NBA. La programmation fait également écho aux grands noms du cinéma hexagonal avec Juste une illusion signé par le duo Éric Tolédano et Olivier Nakache, mettant en scène les vedettes françaises Camille Cottin et Pierre Niney.

SoumSoum, la nuit des astres (2026) de Mahamet Saleh-Haroun, fait partie de la sélection francophone du Cinéfest. Il sera diffusé au SilverCity le 27 septembre prochain. Photo : KMBO Films

L’offre de film français s’étend aussi aux coproductions internationales et aux propositions de genres plus singulières. On y retrouve le drame Minotaure d’Andrei Zvyaginstev, un film policier français, mais également letton et allemand ou encore le film d’animation pour adultes Jim Queen à la recherche de la Chloroqueer, une production franco-belge de Nicholas Athane et Marco Nguyen.

SoumSoum, la nuit des astres, le dernier projet du réalisateur tchadien Mahamet-Saleh Haroun, sera présenté le « Avoir un récit fondateur, propre à votre culture, qui fonde votre façon non seulement de voir, mais aussi d’être au monde et votre philosophie de la vie, vous donne une forme de conscience », dit-il par voie de communiqué.

Kusendova-Bashta fait de l’employabilité des immigrants francophones un enjeu de son mandat

TORONTO – Attirer des immigrants francophones en Ontario ne suffit pas : encore faut-il leur permettre de travailler dans leur domaine et de mettre leurs compétences au service de la communauté. La ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, en a fait l’un des enjeux de son mandat, mercredi, devant le Club canadien de Toronto.

Lors d’une période de questions suivant son discours, la ministre a notamment évoqué une récente visite à Kitchener, où elle dit avoir constaté un paradoxe : la présence de nombreux nouveaux arrivants francophones, mais peu de services d’employabilité et d’accompagnement en français.

« Mais en même temps, les nouveaux arrivants n’ont pas d’emploi en français. Comment ça se fait? », s’est-elle interrogée.

Pour la ministre, le problème dépasse l’accès à des services d’accompagnement et touche aussi à la capacité de faire correspondre les compétences présentes dans la communauté avec les besoins en main-d’œuvre francophone.

« On a des personnes qui parlent français, il y a des compétences, on manque de services en français, mais alors comment on fait se connecter les deux pour que ces nouveaux arrivants puissent avoir ces emplois en français? », a-t-elle lancé, estimant qu’il reste « beaucoup de travail à faire » sur cet enjeu.

Selon Natalia Kusendova-Bashta, environ 11 % des nouveaux arrivants accueillis chaque année en Ontario sont francophones. Mais à ses yeux, la question ne s’arrête pas aux arrivées.

« Je pense que l’enjeu le plus important, c’est l’employabilité de ces nouveaux arrivants. »

La ministre Natalia Kusendova-Bashta a répondu pendant une quinzaine de minutes aux questions de Karim Djinko, à l’issue de son discours devant le Club canadien de Toronto. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Une demande qui rejoint celle de l’AFO

Ces propos font directement écho à l’une des recommandations du récent Livre blanc des États généraux de l’Ontario français.

Parmi les quatre recommandations adressées au gouvernement provincial, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) réclame l’établissement d’une « stratégie ontarienne d’immigration et d’ancrage francophones ».

Dans la mise en œuvre du Programme ontarien des candidats à l’immigration, l’organisme demande notamment que la sélection soit arrimée aux besoins régionaux et sectoriels, mais également aux capacités de « reconnaissance des compétences et des acquis de l’expérience » et à l’accès à des « emplois correspondant aux qualifications » des nouveaux arrivants.

Le Livre blanc insiste d’ailleurs sur le fait que l’immigration francophone ne peut être envisagée uniquement sous l’angle des objectifs d’admission. L’enjeu déterminant serait désormais celui de l’ancrage, soit la capacité des personnes à s’établir durablement, travailler, accéder aux services et participer à la vie francophone en Ontario. Les consultations menées dans le cadre des États généraux ont notamment fait ressortir les liens entre accueil, emploi et reconnaissance des compétences.

« Pour ma famille, une grande blessure »

Pour Natalia Kusendova-Bashta, cette difficulté à permettre aux immigrants d’exercer dans leur domaine résonne aussi personnellement. Son père, médecin, est arrivé au Canada en 2000. Mais, selon le récit de la ministre, il n’a pas pu y travailler comme médecin de famille et a éprouvé de grandes difficultés à trouver un emploi dans son domaine.

Deux ans plus tard, il quittait le Canada pour la France, où il exerce aujourd’hui comme médecin de famille. « C’était pour ma famille, bien sûr, une grande blessure, je dirais, mais pour la société, c’était une grande perte », a raconté Natalia Kusendova-Bashta.

La ministre souligne notamment qu’il s’agissait d’un médecin qui aurait pu offrir des services en français en Ontario. Une expérience qu’elle relie aujourd’hui directement au défi de l’intégration professionnelle des nouveaux arrivants francophones.

« Comment on peut faire pour que les nouveaux arrivants francophones soient vraiment employés dans leur domaine, dans leur expertise, car on a besoin de ces compétences? », a-t-elle demandé.

La ministre a également associé cet enjeu au portefeuille de la Santé, son exemple familial illustrant notamment les difficultés rencontrées par certains professionnels de la santé formés à l’étranger. Une indication que la réponse ne relèvera pas uniquement des Affaires francophones, mais devra aussi passer par les ministères responsables des secteurs concernés. 

Le français comme atout sur le marché du travail

La ministre connaît elle-même un parcours d’immigration. Arrivée au Canada alors qu’elle était en sixième année, elle parlait français avant de maîtriser l’anglais. Elle a raconté mercredi que le français avait été « essentiel » durant ses premiers mois et ses premières années au pays. Aujourd’hui, elle le présente également comme un avantage professionnel.

« Le français est un atout immense », a-t-elle affirmé, expliquant aux jeunes qu’il peut leur donner accès à « un marché du travail différent » et à davantage de possibilités professionnelles.

Son discours met ainsi en lumière un autre défi : faire en sorte que cet atout linguistique puisse effectivement se traduire en débouchés professionnels pour les immigrants francophones possédant déjà une expertise.

Lynn Casimiro, présidente-directrice générale de La Cité, a prononcé le discours d’introduction de l’événement du Club canadien de Toronto, dont La Cité était le commanditaire. Photo : La Cité

Des « passerelles vers l’emploi »

Un constat également porté en ouverture de l’événement par Lynn Casimiro, présidente-directrice générale de La Cité.

Pour répondre aux besoins de main-d’œuvre francophone et bilingue, celle-ci estime qu’augmenter l’offre de formation ne suffit pas.

« Il faut répondre aux besoins de main-d’œuvre et ce n’est pas seulement en augmentant la formation qu’on offre », a-t-elle déclaré, appelant à développer de nouvelles approches permettant de préparer plus rapidement les travailleurs aux besoins des employeurs et évoquant notamment des « passerelles vers l’emploi ».

La dirigeante de La Cité a également établi un lien direct entre les besoins en personnel et la capacité de l’Ontario à offrir des services dans la langue de Molière.

« On ne peut pas parler de services en français sans parler des personnes qui peuvent offrir ces services. Et nous ne pouvons pas parler de vitalité francophone sans parler d’emploi, d’innovation, d’entrepreneuriat et d’investissement. »

Une équation qui ramène au constat formulé par Natalia Kusendova-Bashta à Kitchener : d’un côté, des besoins en services et en main-d’œuvre francophone; de l’autre, des nouveaux arrivants qui possèdent des compétences, mais qui ne travaillent pas nécessairement dans leur domaine.

Pour la ministre, parvenir à mieux connecter les deux constitue désormais « la grande question de ce mandat ».

Postes Canada : le prochain PDG devra être bilingue, assure le ministre Lightbound

Le prochain grand patron de Postes Canada n’aura pas l’obligation de maîtriser les deux langues officielles, si l’on se fie à l’offre d’emploi, mais le ministre Joël Lightbound assure qu’aucun candidat unilingue ne sera nommé.

Le prochain patron de l’entreprise de livraison devra démontrer « d’excellentes aptitudes en communication, tant à l’écrit qu’à l’oral, et la capacité à agir comme porte-parole » en public, précise l’offre d’emploi, mais ne sera pas obligé de parler le français et l’anglais.

« La maîtrise des deux langues officielles est préférable », indique l’offre d’emploi sur le site du ministère des Services publics et de l’Approvisionnement Canada, publiée pour le compte de Postes Canada.

L’embauche du prochain PDG « tiendra compte du bilinguisme dans l’évaluation des candidats », assure toutefois le gouvernement.

« Votre profil en ligne doit inclure votre niveau de compétence en expression orale et en compréhension de votre deuxième langue officielle », ajoute-t-on.

Mais le bureau du ministre des Services publics et de l’Approvisionnement du Canada, Joël Lightbound, assure qu’un candidat bilingue sera désigné pour diriger la société d’État.

« Le ministre croit que le prochain PDG de Postes Canada devrait être en mesure de communiquer dans les deux langues officielles. Postes Canada est une institution nationale de grande importance qui doit servir des communautés francophones et anglophones partout au pays, et son dirigeant doit pouvoir s’adresser directement à l’ensemble des Canadiens », commente son cabinet dans une déclaration écrite.

L’actuel PDG, Doug Ettinger, dont le mandat prend fin en mars 2027, prendra sa retraite alors qu’il n’était pas parfaitement bilingue. La prochaine personne à la tête de la société d’État touchera un salaire situé entre 573 000 et 674 000 dollars.

L’annonce de recrutement souligne que Postes Canada pourrait accorder « une préférence » aux individus qui appartiennent à l’un ou à plusieurs des groupes suivants : les Autochtones, les personnes handicapées, les membres des minorités visibles, les membres des communautés 2SLGBTQ+ et les femmes.

Dans une déclaration, la commissaire aux langues officielles du Canada, Kelly Burke, soutient que la maîtrise du français et de l’anglais doit « constituer une compétence essentielle pour tout leader » à la tête d’une institution fédérale.

Les candidats ont jusqu’au 6 octobre pour postuler, indique Services publics et Approvisionnement Canada.

Transformation à Postes Canada

Le prochain dirigeant aura la responsabilité de mener à terme la transformation au sein de Postes Canada.

Au printemps, le fédéral avait annoncé que Postes Canada n’offrirait plus le service de livraison du courrier à domicile partout au pays, se tournant vers les boîtes communautaires. La fin du service à domicile se fera par vagues et s’échelonnera sur une période de cinq ans, touchant près de 4 millions de domiciles. Les colis non urgents pourront aussi être livrés par voie terrestre et non plus aérienne, et l’organisation doit aussi revoir le modèle de ses quelque 6000 bureaux de poste d’est en ouest du pays.

Le gouvernement avait annoncé des mesures dans le but de rétablir la situation financière fragile au sein de la société d’État. En 2024 et 2025, Postes Canada a enregistré chaque année plus d’un milliard de dollars de pertes, alors que depuis 2018, ce montant s’élève à plus de cinq milliards de dollars.

Le prochain PDG devra aussi détenir une « capacité à établir des relations de travail efficaces avec les organisations syndicales », écrit le ministère, alors que Postes Canada a connu plusieurs conflits de travail au cours des dernières années, notamment des interruptions de service en raison de grèves.

Le ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Joël Lightbound, a signalé dans un communiqué la semaine dernière qu’« un changement de direction et un changement structurel au sein de l’organisation seront essentiels ».

« Postes Canada doit prendre des mesures décisives pour fournir les services dont les Canadiens ont besoin, et ce, d’une manière financièrement viable. Alors que notre gouvernement examine ses bilans afin que nous puissions dépenser moins et investir plus, nous demandons à Postes Canada de faire de même », a déclaré M. Lightbound.

Élections au Québec : la francophonie canadienne appelle à un rapprochement durable

En pleine campagne électorale québécoise, la francophonie canadienne invite les partis à renforcer leurs liens avec les francophones hors Québec. Une éventuelle victoire du Parti québécois et sa promesse référendaire n’inquiètent d’ailleurs pas la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

La FCFA veut inciter toutes les formations politiques à s’engager activement dans le renforcement des liens entre le Québec et la francophonie canadienne dans le cadre de la campagne électorale qui se déroule jusqu’au 5 octobre, jour de vote.

« Le Québec et nous, on représente 11 millions de personnes qui parlent français au Canada. Si on veut faire rayonner le français, cela dépend vraiment de notre capacité à nous connaître et à travailler ensemble », estime la présidente de la FCFA, Liane Roy.

Cette dernière considère qu’il existe plusieurs enjeux et objectifs communs, notamment sur le plan linguistique entre les francophones hors Québec et les Québécois, mais aussi en ce qui a trait à la découvrabilité culturelle francophone ou au potentiel économique de la francophonie.

« C’est pour cela qu’il faut que les partis pensent à nous : le prochain gouvernement doit faire de la francophonie canadienne une priorité. Il est temps d’établir un partenariat encore plus fort à cause de tous ces éléments », mentionne Mme Roy.

Mardi, la FCFA a présenté aux partis un mémoire recommandant d’accentuer ce partenariat, d’accroître les échanges entre les deux francophonies, en plus d’inviter le Québec à jouer un rôle plus important au sein de la francophonie canadienne.

La FCFA souhaite qu’un rapprochement accru permette de mieux faire connaître la réalité des Acadiens et des francophones hors Québec dans la Belle Province.

Image générique Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA)
Pour la FCFA, le prochain gouvernement devra faire de la francophonie canadienne une priorité. Photo : ONFR

« Il y a encore de la méconnaissance. Peut-être pas tant du point de vue politique en tant que tel, mais auprès du grand public… Nous voulons être plus présents dans l’environnement québécois pour réussir ce rapprochement », souhaite la présidente de la FCFA.

Aucune inquiétude face à un parti souverainiste

Alors que la campagne électorale est lancée depuis plusieurs semaines, c’est le Parti québécois qui mène depuis plusieurs mois dans les sondages. Ce dernier a promis un référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat, mais pas avant le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche en 2028.

« Ce n’est pas une inquiétude parce que nous avons très bien travaillé avec l’ensemble des gouvernements québécois depuis 1976 », affirme Liane Roy quant à l’éventualité qu’un parti souverainiste prenne le pouvoir à Québec.

Elle rappelle que c’est sous le gouvernement péquiste de Jacques Parizeau qu’a été adoptée la première politique du Québec à l’égard des communautés francophones et acadiennes.

« Évidemment, le choix électoral appartient entièrement aux Québécois et aux Québécoises, nous ne nous en mêlons pas », convient Mme Roy.

« Nous voulons travailler avec toute la classe politique au Québec pour renforcer les liens avec la francophonie canadienne », conclut la présidente de l’organisation représentant près d’un million de personnes parlant la langue de Molière en dehors du Québec.

Les services de santé mentale sont plus difficiles d’accès pour les francophones du Nord

NORD DE L’ONTARIO – Pour les francophones du Nord de la province, trouver des soins de santé en français n’est pas une mince affaire. Selon des consultations menées par le Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario (RMEFNO), l’accès aux soins de santé mentale en français représente un défi majeur, dans un contexte marqué par une pénurie de praticiens locaux bilingues.

L’année dernière, le RMEFNO a fait l’état des lieux dans plusieurs villes du Nord, histoire de prendre le pouls de la population francophone et évaluer l’accès aux services en français.

« On a tenu quatorze séances d’engagement communautaire qui ont rejoint environ 144 participants. Un des premiers constats, évidemment, était l’accès limité aux services en français dans plusieurs secteurs clés de la santé mentale », relate Jonathan Bussières, le directeur général par intérim du Réseau.

Il attribue en partie ce phénomène au manque de personnel bilingue. « Il y a un problème de ressources humaines bilingues. Ça, c’est une réalité partout dans le Nord, partout en Ontario, partout au Canada », avance-t-il, ajoutant qu’au-delà du recrutement, cela nécessite un véritable travail de sensibilisation auprès des fournisseurs de services. « Il faut que ceux qui organisent les services soient conscients premièrement qu’il y a des francophones dans la région, ce qui n’est pas toujours le cas ».

Il affirme que cet obstacle entraîne un renoncement aux soins chez les francophones de la région. « Les gens se disent que les services n’existent pas, donc ils ne peuvent pas en obtenir, puis demeurent avec leurs problèmes et leurs difficultés sans être traités. Ça mène à toute une panoplie de conséquences quand on a des problèmes de santé mentale non traités ».

Jonathan Bussières, directeur général par intérim du Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario (RMEFNO), mène avec l’organisme des formations pour accroître l’offre active des services de santé en français. Photo : Joseph Jethro Sereme

Guérir dans sa langue, un besoin vital

Ouverte depuis maintenant trois ans, la clinique privée d’Isabelle Chaussée a vite suscité un engouement chez les francophones de la région. Par manque de praticiens locaux, elle dit recevoir des clients de la région, mais pas que, puisqu’elle accompagne aussi des clients provenant du Sud. « C’est devenu ma niche sans que ce soit fait exprès. Je réalise qu’il y a des clients de partout qui me contactent pour avoir des services en français. J’en ai de Kapuskasing, de Hearst, beaucoup de Hawkesbury, de Prescott-Russell ».

Au-delà de la question linguistique, l’accès aux soins de santé mentale en français est avant tout primordial pour le succès du traitement, confie Mme Chaussée. « Être capable d’exprimer tes émotions sans avoir à penser à quel mot utiliser parce que c’est ta langue seconde, c’est vraiment ce qui fait le gros travail en thérapie ».

La thérapeute utilise l’exemple de son père, un francophone unilingue, pour démontrer l’importance de se soigner dans sa langue première. « Quand j’étais jeune, et qu’on allait au restaurant, il devenait tellement stressé quand la serveuse venait à table et qu’il fallait qu’il commande en anglais », raconte-t-elle, « Et ça, c’est juste pour commander à manger. Donc, imaginons ce que ça doit être de parler de ses troubles de santé mentale dans une langue qui n’est pas la tienne ».

Isabelle Chaussée, travailleuse sociale originaire de Mattice-Val-Côté, propose des soins thérapeutiques en français pour les patients du Nord de la province. Photo : gracieuseté

Néanmoins, les soins de santé mentale en français restent « un manque qui est vraiment alarmant dans le Nord », dit-elle. Dû à ce fait, des francophones de la province vont jusqu’à solliciter des services en français à l’extérieur du pays. Il y a quelques mois, Éléonore Hamour, psychanalyste basée à Bordeaux, en France, a reçu plusieurs clients franco-ontariens sollicitant ses sessions virtuelles de psychanalyse.

« L’Ontario s’est imposé non pas par un ciblage de ma part, mais par la demande affluente de patients vivant en milieu linguistique minoritaire. Ils se tournaient vers des plateformes comme la mienne pour pallier un cruel manque de praticiens locaux, cherchant désespérément à déposer leur souffrance dans la langue qui les a vus grandir », souligne Mme Hamour.

Rapidement, la clientèle franco-ontarienne représente une part notable de ses rendez-vous, bien qu’elle desserve les communautés francophones à l’échelle internationale. Elle alerte notamment sur les risques d’une prise en charge en anglais pour un patient dont la langue maternelle est le français.

« Pour ceux qui s’essaient tout de même à consulter en anglais, le danger majeur est l’impasse thérapeutique par intellectualisation. Le patient devient le traducteur de son propre mal-être, ce qui dresse un mécanisme de défense inconscient particulièrement tenace ». 

Accroître l’offre active

Le directeur général par intérim du RMEFNO souligne que l’offre active varie par région et institution. « Dans la région de Cochrane, il y a plusieurs petits fournisseurs qui sont des fois essentiellement francophones où la majorité du personnel est bilingue. Quand il s’agit des services offerts par les grands hôpitaux à Sudbury ou Thunder Bay, l’accès aux services en français est des fois beaucoup moins évident ».

Pour y remédier, le RMEFNO propose des modules de formation pour améliorer l’offre active de services en français chez les professionnels et organisations de santé afin de « s’assurer que les personnes bilingues au sein d’une organisation ont le soutien nécessaire pour faire cette offre de services en français ».

À Sudbury, l’hôpital Horizon Santé-Nord, désigné sous la Loi sur les services en français, s’engage à offrir des services en santé mentale en français pour les patients. Pour Jason Séguin, gérant des services d’intervention à la crise ainsi que des unités de services médicaux à la toxicomanie, l’offre active est « particulièrement importante en santé mentale parce que les soins reposent sur l’écoute, la communication, et une bonne confiance ».

Dans le plan stratégique de l’hôpital, Ensemble pour vous 2030, augmenter l’offre active de services en français est l’un des objectifs fixés par l’institution pour assurer une meilleure équité. M. Séguin confirme que, pour le moment, 30 % du personnel de l’hôpital est capable d’offrir des services en français, reconnaissant que l’institution compte augmenter ce taux. « On vise à acheminer 30 % dans tous nos programmes, pas juste 30 % pour tout l’hôpital ».

TIFF : 240 millions de dollars de retombées, mais pas pour tous

TORONTO – Hôtels presque complets, restaurants bondés et commerces à la recherche de personnel supplémentaire : pendant une dizaine de jours, le Festival international du film de Toronto (TIFF) transforme le centre-ville. Cette année, son premier marché officiel pourrait accroître des retombées économiques annuelles déjà estimées à 240 millions de dollars.

Dans le quartier du divertissement (Entertainment District), l’effervescence est particulièrement visible autour de King Street. Pour l’occasion, une partie de King Street West est fermée à la circulation automobile et transformée en zone piétonne, où se croisent festivaliers, professionnels de l’industrie et vedettes internationales.

Emir Ozgundogdu, directeur des ventes et du marketing au Ritz-Carlton de Toronto, affirme que l’établissement, situé juste au sud de tous les plus gros tapis rouges du festival, profite directement de cet achalandage.

« Notre taux d’occupation est actuellement très élevé et l’hôtel est presque complet. Ce n’est pas seulement notre établissement : les hôtels de toute la ville sont très occupés », explique-t-il.

Emir Ozgundogdu, directeur des ventes et du marketing au Ritz-Carlton de Toronto. Photo : Amine Harmach/ONFR

Le Ritz-Carlton accueille pendant le festival des studios, des personnalités et une clientèle internationale.

« Lorsque le TIFF se déroule, toute la ville devient plus glamour. Le festival apporte beaucoup de prestige à Toronto, un peu comme Cannes ailleurs dans le monde », ajoute Emir Ozgundogdu.

Selon les organisateurs, le TIFF génère chaque année environ 240 millions de dollars de retombées économiques, notamment dans l’hôtellerie, la restauration, les transports et les industries culturelles.

Des retombées inégalement réparties

Tous les établissements ne profitent toutefois pas de la même manière de cette effervescence, observe Yannick Bigourdan, restaurateur d’origine française établi à Toronto, fondateur de KLTY Hospitality Consulting et derrière plusieurs adresses torontoises, dont Lucie, The Carbon Bar et The Berczy Tavern.

« Le TIFF est très concentré autour de King Street, où se déroulent les principaux événements. Les restaurants situés dans ce périmètre bénéficient évidemment d’une exposition importante, avec une clientèle qui vient pour le festival et qui en profite pour sortir manger », explique-t-il.

Situé dans le quartier financier, le restaurant français Lucie se trouve à l’écart de ce centre névralgique.

« Nous observons une légère hausse de fréquentation liée au TIFF, mais elle demeure assez modeste, sauf lorsque nous accueillons un événement privé ou une activité organisée dans le cadre du festival. »

L’impact dépend donc largement de l’emplacement des établissements.

« Certains restaurants, et certains hôtels aussi, en profitent beaucoup plus que d’autres, selon leur proximité avec l’effervescence du festival », résume Yannick Bigourdan.

Il demeure néanmoins optimiste quant aux retombées générales de l’événement.

Yannick Bigourdan, restaurateur d’origine française établi à Toronto et fondateur de KLTY Hospitality Consulting. Gracieuseté

« Le TIFF demeure un excellent moteur économique pour Toronto. Le festival continue de prendre de l’ampleur, particulièrement depuis les deux dernières années, ce qui est très positif pour la ville. »

« Une injection énorme dans l’économie »

Jason Norris, président et agent principal de YCAA / Talent & Literary Agency, constate lui aussi une transformation du centre-ville. Son agence représente notamment des acteurs, des scénaristes, des réalisateurs et des producteurs.

« L’impact est incroyable. Des gens viennent d’Australie, de Thaïlande, de France et d’ailleurs. Ce ne sont pas seulement des professionnels de l’industrie, mais aussi des amateurs de cinéma », souligne-t-il.

À l’échelle de Toronto, il compare les retombées du TIFF à celles d’un événement sportif international comme la Coupe du monde de la FIFA.

« Pendant le festival, le TIFF apporte beaucoup d’argent et de circulation. Il donne un élan considérable aux entreprises locales. »

Le marché comme rempart à l’incertitude

La 51e édition marque également l’arrivée du premier marché officiel du TIFF, organisé du 10 au 16 septembre. Producteurs, distributeurs, investisseurs et acheteurs peuvent désormais y négocier des droits, vendre des projets et chercher du financement.

Cette nouveauté survient alors que l’industrie ontarienne du cinéma et de la télévision tente de retrouver une croissance durable.

Selon Ontario Créatif, les productions admissibles à ses programmes ont dépensé 2,70 milliards de dollars dans la province en 2025, contre 1,83 milliard en 2023. Elles ont soutenu l’équivalent de 35 268 emplois directs et indirects à temps plein en 2025.

Jason Norris, président et agent principal de YCAA / Talent & Literary Agency. Gracieuseté

Jason Norris affirme que le nombre élevé de repérages effectués en 2025 laissait espérer une année 2026 encore plus importante. Plusieurs projets ne se seraient toutefois pas concrétisés.

« Nous pensions que cette année marquerait presque un retour complet après la pandémie. Il y avait énormément d’intérêt pour Toronto, Ottawa et l’Ontario, mais plusieurs productions ont été freinées par l’incertitude économique, les tensions tarifaires et la concurrence des mesures incitatives américaines », avance-t-il.

Selon lui, les crédits d’impôt demeurent déterminants dans le choix des lieux de tournage.

« Beaucoup de producteurs viennent ici pour les crédits et les rabais. Si la Californie leur propose des avantages comparables, l’Ontario risque de perdre une partie de ces activités », prévient-il.

Dans ce contexte, Jason Norris considère le marché du TIFF comme une « planche de salut » susceptible de stimuler l’investissement à un moment où les tournages sont plus difficiles à prévoir.

Casselman rejette une motion sur le recrutement de médecins francophones

CASSELMAN – Recruter et retenir des médecins francophones grâce à un programme d’incitatifs : c’était l’objectif d’une motion présentée par la mairesse sortante de Casselman en pleine campagne électorale. Rejetée par trois voix contre deux lors de la récente réunion du conseil municipal, elle a néanmoins relancé le débat sur le rôle de la Municipalité et sa capacité à concurrencer les localités voisines.

« Les médecins vont à l’extérieur de Casselman parce que, lorsqu’ils choisissent des secteurs voisins comme La Nation, ils reçoivent 80 000 $ supplémentaires », a lancé Geneviève Lajoie, candidate à sa réélection à la mairie. Elle accuse la province de « traîner les pieds depuis quatre ans et de ne pas répondre aux courriels ».

Mme Lajoie affirme avoir épuisé les démarches auprès du gouvernement ontarien. Elle dit également avoir sollicité l’Association médicale de l’Ontario, travaillé avec le secteur privé et la clinique médicale locale, puis proposé, sans succès, une approche régionale avec les Comtés unis de Prescott et Russell.

« Si Casselman prend vraiment au sérieux la prestation de services en français, si ce conseil la prend vraiment au sérieux, c’est la seule façon que je vois de le faire », a-t-elle plaidé en appelant les conseillers à soutenir sa motion.

« Nous avons des aînés qui parlent uniquement français. Ils ont le droit de ne pas avoir à quitter Casselman pour recevoir des soins. »

Lajoie
Geneviève Lajoie, mairesse sortante de Casselman. Photo : Stéphane Bédard / ONFR

Anik Charron, qui sollicite un nouveau mandat de conseillère, a appuyé la motion. Elle estime nécessaire d’explorer les solutions disponibles, alors que plusieurs citoyens de Casselman sont toujours privés de médecin.

« Ce qui est intéressant, c’est de savoir s’il y a des subventions possibles et disponibles. C’est quelque chose que j’aimerais voir l’administration nous soumettre dans un rapport : est-ce que la Municipalité peut faire quelque chose? »

Elle a insisté sur le fait que son intention n’était pas d’alourdir la facture des contribuables.

« On ne demande rien aux contribuables et on ne va pas augmenter les impôts fonciers pour cela. On veut vraiment voir ce que la province offre comme ressources pour essayer de trouver une solution au problème des petites municipalités en matière de soins de santé. »

Une administration déjà surchargée

Le conseiller sortant Paul Groulx, candidat à la mairie, a voté contre la motion. Il a interrogé l’administration sur le temps nécessaire pour effectuer les recherches demandées.

Le directeur général de la Municipalité, Yves Morrissette, a estimé qu’un rapport pourrait difficilement être produit avant la fin du mandat.

« Peut-être pas dans le temps du présent conseil, mais possiblement pour le prochain conseil », a-t-il répondu, rappelant que l’administration doit pourvoir plusieurs postes clés et préparer le prochain budget.

« D’ici le budget, la fin de l’année et la fin du mandat, l’administration est quand même occupée. Ce serait difficile de livrer un produit comme celui-là avant la fin octobre. »

Geneviève Lajoie a rejeté l’idée selon laquelle l’étude proposée lierait les mains du prochain conseil. Le personnel aurait seulement exploré les options, laissant aux prochains élus le soin de trancher au moment du budget de 2027.

« La démocratie et le gouvernement ne s’arrêtent pas parce qu’un conseil change. La démocratie et nos politiques doivent se poursuivre, peu importe le conseil qui entre en fonction », a-t-elle soutenu.

Francine Leblanc, candidate à sa réélection au poste de conseillère, s’est opposée à l’utilisation de fonds municipaux pour convaincre des médecins de s’établir à Casselman.

« Personnellement, sur le plan financier, je suis contre. Si on est capable d’aller chercher des médecins volontairement, parfait. Mais si on demande à l’administration de déterminer si on peut avoir un budget pour inviter des médecins à venir s’installer ici, et pour combien de temps, il faut aussi comprendre pourquoi les médecins déjà installés s’en vont. »

Selon elle, le recours à l’argent des contribuables demeure préoccupant, que la décision revienne au conseil actuel ou au prochain.

La discussion survient en pleine campagne électorale. Geneviève Lajoie et Paul Groulx sont candidats à la mairie aux côtés de François Richard. Sylvain Cléroux, Francine Leblanc et Anik Charron briguent pour leur part un poste au conseil municipal.

Casselman mène depuis plusieurs années une bataille autour de son Indice de ruralité de l’Ontario (RIO). Avec un score de 39, la Municipalité se trouve à un point du seuil lui donnant accès aux incitatifs provinciaux destinés au recrutement de médecins dans les communautés rurales. Cette situation désavantage Casselman par rapport à des municipalités voisines comme La Nation.

La démocratie scolaire mise à mal par l’abstention et la stagnation des candidats?

Les élections des conseillers scolaires, qui se tiendront le 26 octobre prochain conjointement avec les élections municipales, connaissent un déclin constant de leur taux de participation. De plus, avec trop peu de candidats, les réélections par acclamation se multiplient, un phénomène qui alerte plusieurs acteurs du milieu quant à la santé démocratique de la gouvernance scolaire.

En Ontario, ce vote vise à élire les conseillers scolaires au sein des régions électorales de chaque conseil scolaire, qui en compte jusqu’à 12, pour une nouvelle période de quatre ans, de 2026 à 2030.

Or, lors des dernières élections municipales et scolaires de 2022, le taux de participation provincial s’est effondré à 36,3 %, poursuivant sa chute après les 38,3 % enregistrés en 2018 et les 44 % de 2010.

Mathieu Fleury, ancien conseiller municipal d’Ottawa, et candidat au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) rappelle qu’il s’agit d’une désaffection plus vaste qui frappe l’ensemble du pays, mais dont le palier municipal souffre particulièrement depuis une dizaine d’années.

Mathieu Fleury est candidat pour les quartiers 12 et 13 d’Ottawa au sein du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario. Photo : site officiel de Mathieu Fleury

« Les gens arrivent, ils savent à peine pour qui voter à la mairie, puis ils doivent décider qui les représentera comme conseiller municipal. Et enfin, en tout dernier item sur le bulletin, ils doivent choisir un conseiller scolaire », explique-t-il. Les citoyens peinent ainsi à connaître les candidats, leurs programmes ou les enjeux réels défendus par les différentes candidatures.

Pourtant, bien qu’il soit le parent pauvre du scrutin municipal, le conseil scolaire constitue l’un des paliers politiques les plus proches des communautés. Souvent méconnus, les conseillers scolaires gèrent pourtant d’imposants budgets publics et définissent les politiques locales d’éducation. En plus de représenter la population locale, ces élus ont pour mission d’assurer la gouvernance et la reddition de comptes du conseil.

Plusieurs conseils scolaires affirment promouvoir activement l’importance du vote et des candidatures sur leurs plateformes numériques. Toutefois, la démarche d’information s’arrête là : les sites officiels ne diffusent qu’une simple liste nominative des candidats. Les profils, visions stratégiques et programmes politiques des aspirants conseillers demeurent quant à eux quasi absents en ligne.

Selon M. Fleury, l’absence de vraies campagnes aggrave ce phénomène. Également, dans de nombreuses circonscriptions, le manque de candidats mène à des élections par acclamation, ce qui annule le vote, décourage la participation des électeurs et érode l’habitude du vote local. Cette année, près des deux tiers des sièges de conseillers scolaires seront ainsi pourvus par acclamation parmi les quatre conseils scolaires publics de langue française de l’Ontario.

Un manque de candidats et de renouvellement

« Si les gens votent sans avoir aucune idée des candidatures, ou s’il y a trop de gens acclamés, ce sont tous des indicateurs d’un besoin de réforme », remarque l’ancien conseiller municipal qui soulève l’idée de moderniser le système en limitant par exemple le nombre de mandats à deux pour forcer le renouvellement.

Un besoin de renouveau partagé par Yelena Nichilo, une mère de deux enfants, très impliquée dans la vie scolaire, qui se lance pour la première fois pour un siège à Toronto-Ouest au sein du Conseil scolaire catholique MonAvenir.

« Dans cette élection, neuf candidats sur 12 ont déjà été élus par acclamation puisqu’ils étaient les seuls à avoir déposé leur candidature, rapporte-t-elle. On retrouve essentiellement le même groupe de personnes qui jouent aux chaises musicales d’une élection à l’autre. »

Yelena Nichilo, mère de deux fils et présidente du Conseil d’école de l’École élémentaire catholique du Sacré-Cœur de Toronto, se présente comme conseillère scolaire à Toronto pour le Conseil scolaire MonAvenir. Photo : gracieuseté

Elle considère que la plupart des conseillers occupent leurs fonctions depuis trop longtemps. « Beaucoup sont devenus complaisants. Ils ont à cœur de protéger leurs postes et se couvrent entre eux », déplore celle-ci.

Sans véritable opposition électorale, elle estime qu’ils ne sont pas suffisamment remis en question et qu’ils ne remettraient également pas suffisamment en question l’administration du Conseil scolaire.

De ce manque de renouvellement résulterait l’absence de nouvelles perspectives.

Benoit Fortin, président du conseil scolaire Viamonde, prône lui aussi un meilleur renouvellement des conseillers scolaires pour assainir la gouvernance, de même que la participation active des parents à la vie scolaire.

« La participation active d’une communauté est la seule garantie pour une gouvernance saine, mettre son nom sur un bulletin de vote, voter aux quatre ans, la participation aux réunions publiques, le bénévolat dans les écoles et pour les parents suivre la progression des enfants sont tous des gages de la réussite scolaire. »

Des enjeux de transparence?

Exaspérée par un manque de transparence et de communication dans le cadre d’un projet de réaménagement de la cour de l’École Sacré-Cœur de Toronto, Mme Nichilo a décidé de se lancer dans la course par conviction.

« Des parents et moi avons consacré la majorité de notre été à tenter de comprendre ce qui s’est passé : comment les décisions ont été prises, comment les fonds publics ont été dépensés et qui devait en assurer la surveillance. »

Elle explique que les conseillers scolaires ont laissé aller de l’avant le projet qui a subi un changement de direction, sans exiger la publication des résultats du sondage auprès des parents ni des réponses claires concernant les conséquences financières.

Yelena Nichilo affirme que leur conseillère scolaire a refusé de rencontrer un groupe de parents et de répondre aux questions concernant les décisions prises sur le sujet des investissements engagés dans l’école.

« Les conseils scolaires administrent d’importantes sommes d’argent public. Les conseillers doivent être prêts à poser des questions difficiles, à exiger de la transparence et à demander des comptes à l’administration. Et cela n’a pas été fait ici. Est-ce qu’il y a d’autres projets où les conseillers ont fermé leurs yeux? Je veux apporter des changements au Conseil de l’intérieur, car cela est inacceptable », s’insurge-t-elle.

Faire preuve de transparence et représenter les intérêts des parents devrait pour elle être la priorité des conseillers scolaires élus.

Bobby Bourdeau reconduit à la tête de l’ACFO Ottawa pour faire bouger les lignes

OTTAWA – Bobby Bourdeau entame un second mandat à la tête de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa). Après deux premières années de réorganisation interne, le président veut renforcer la proximité avec les membres et accroitre l’influence de l’organisme.

« Comment se porte l’ACFO Ottawa?

Très bien, malgré qu’on ait présenté un déficit, lors de notre dernière assemblée générale annuelle, cette semaine. C’était prévu et explicable à 100 %. Ce n’est pas une crainte puisqu’on le voyait venir. Nos prévisions pour l’année prochaine nous démontrent déjà qu’on est dans le bon train et que tout devrait se réaligner. Ce n’est pas un déficit à long terme.

Si on regarde vos deux premières années de présidence dans le rétroviseur, de quel accomplissement êtes-vous le plus fier?

Principalement de la réorganisation de l’organisme. On était depuis quelques années comme des canards sur l’eau : tout paraissait bien mais, en dessous, on pédalait pour faire avancer les choses, dans une période de fort roulement des employés et de changements au sein des directions générales. De petites choses sont tombées entre les cracks ici et là qui ont peut-être contribué à perdre la confiance de certains de nos membres et bailleurs de fonds. Ces deux dernières années ont permis de rebâtir cette confiance et de se réorienter vers des objectifs clairs.

Après tous ces changements, êtes-vous structurellement prêt à aller de l’avant? Quels sont les défis à venir?

On va commencer la discussion autour d’un plan stratégique dans le but de cerner les besoins de nos membres pour les années à venir.

L’ACFO Ottawa est principalement la voix politique des francophones d’Ottawa, mais elle est aussi derrière l’organisation des Prix Bernard Grandmaître

Oui et les deux sont liés, les Prix Bernard Grandmaître sont un outil de promotion et de mise en valeur du leadership, en droite ligne avec notre mandat de représentation, de revendications, de voix politique. C’est ce qui représente le plus notre mandat : valoriser ces gens qui, dans la communauté, font avancer les dossiers, mais aussi reconnaître les organismes qui offrent des services à Ottawa.

Bobby Bourdeau (à droite) remet le Prix Bernard Grandmaître 2026 à Carol Jolin (au centre). Photo : ACFO Ottawa

Que manque-t-il le plus aujourd’hui à Ottawa en termes de service en français?

Une déconcentration des services! Je veux dire par là que la majorité des services en français sont concentrés dans des endroits qui étaient plus ou moins stratégiques avant (Vanier, Orléans…), alors que les choses ont évolué ces 20-30 dernières années. On voit de plus en plus que les francophones sont partout dans la ville, surtout avec l’immigration. Il faut que les services suivent mieux la population, soient mieux répartis. On n’a pas évolué à la même vitesse que la population francophone.

Cela veut-il dire que les services sont suffisants, mais simplement mal localisés?

Il y a sûrement quand même un manque de services, mais on serait capable de mieux répondre aux besoins si on était en mesure de bien les répartir. Avec une équité d’accès aux services, on serait en meilleure position d’évaluer s’il y a réellement un manque.

Comment l’ACFO Ottawa peut-elle influencer en ce sens?

Nos relations avec les différentes instances gouvernementales et acteurs de changement peuvent faire avancer les choses. Et la meilleure façon de nous appuyer dans nos démarches, c’est que les membres nous fassent part de leurs besoins. Où est-ce qu’il manque des services? Où faire des améliorations? Afin que nous les remontions aux différents acteurs et instances de gouvernement.

Président de l’ACFO Ottawa et employé au CECCE, M. Bourdeau est au carrefour de la jeunesse et de la communauté, dans laquelle il intervient régulièrement, comme ici au Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO). Photo : ACFO Ottawa

Plus largement, les Franco-Ontariens à travers toute la province ont des besoins, parfois similaires à ceux d’Ottawa. Pensez-vous que les États généraux de l’Ontario français offrent justement une opportunité de remobilisation des communautés?

Oui. J’ai moi-même participé à cet exercice à Ottawa qui a été un moment pertinent et très utile pour identifier les revendications locales. Une partie du travail de l’ACFO consiste d’ailleurs à appuyer l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) dans ses revendications provinciales. Si on est à l’affût des revendications dans notre ville, on est plus facilement capable d’aller appuyer l’AFO dans ses propres démarches. Toute cette information va donc nourrir nos discussions.

25 ans après le règlement sur les services en français d’Ottawa, le bilinguisme de la ville reste-t-il une utopie?

Dans les 25 dernières années, on a quand même fait du bon travail, mais tout n’est pas terminé. Je crois que ce qui peut parfois nous mettre des bâtons dans les roues, c’est que les gens ne se considèrent pas tous francophones et ne se sentent pas légitimes pour exiger des services dans leur langue. Si on ne fait pas l’effort de demander un service, pourquoi le gouvernement ferait-il l’effort de le mettre en place? C’est donnant-donnant.

Et du français, on va en entendre en 2028 à Ottawa qui sera l’hôte du 21e Sommet de la francophonie dans une année spéciale dédiée à la langue de Molière. Est-ce une vitrine à saisir pour la francophonie ottavienne?

Absolument! Cet événement va nous inciter à mettre en place des initiatives, non seulement dans les prochains deux ans, mais dont certaines perdureront probablement dans le temps au bénéfice des francophones d’ici. Il faut nous préparer, car ça va demander des efforts de beaucoup de gens dans plusieurs instances et exiger par exemple que nos commerçants aient des employés francophones capables d’accueillir tous ces gens-là. Ça va être très favorable aux francophones d’Ottawa en termes de services et nous ouvrir des portes en termes de collaborations à l’international.

Photo : Bobby Bourdeau (à l’arrière-plan) entouré d’une partie de l’équipe de l’ACFO. Photo : ACFO Ottawa

Dans la vie active, vous êtes conseiller en engagement communautaire au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE). En quoi cela consiste-t-il?

Je travaille avec les différents partenaires communautaires pour accentuer la visibilité de la francophonie, les appuyer dans leur offre de services, dans leurs événements. Ça fait partie du double mandat des conseils scolaires francophones en Ontario : éduquer les jeunes mais aussi promouvoir la culture francophone au sein de la communauté.

Vous êtes donc à la fois au contact de la jeunesse et de la communauté. N’est-ce pas une position idéale pour observer, comprendre et anticiper les besoins de chacun?

J’ai compris beaucoup de choses avec le conseil scolaire et dans la communauté en général. Ca m’a évidemment encore plus sensibilisé au contexte minoritaire. Une des choses qui m’a incité à m’impliquer dans l’ACFO a été la relation de partenariat que j’avais justement avec cet organisme, dans le cadre de mon travail au CECCE. J’ai commencé à l’ACFO en tant qu’administrateur, puis vice-président, avant d’en prendre la présidence.

Comment résumer la « méthode Bourdeau » à la tête de l’ACFO Ottawa?

C’est définitivement de l’action et de l’écoute. Je me mets beaucoup de pression à m’assurer que je représente le mieux possible tout le monde. C’est pourquoi je pousse beaucoup vers la consultation publique chaque fois que c’est possible. Même si j’ai une assez forte connaissance de la réalité, je n’oublie pas que je suis là pour relayer l’opinion des membres.

M. Bourdeau croit que l’ACFO Ottawa peut être un relai très puissant auprès des gouvernements si les membres font remonter leurs besoins. Photo : Mélodie Maxwell

Où imaginez-vous l’organisme dans deux ans à la fin de votre second mandat?

À un stade où, au-delà des francophones, tous les Ottaviens connaitront l’ACFO et son mandat, au point que ça devienne un réflexe de se tourner vers nous quand on a besoin de revendiquer nos droits. C’est beau d’aller créer des publications sur Facebook sur Instagram ou sur X pour dire qu’on est fâché parce qu’on est allé à la piscine, puis qu’on n’a pas été servi en français, mais ce n’est pas ça qui va faire changer les choses. Il faut prendre cette même énergie-là pour signaler à l’ACFO ce qui s’est passé et comment on pourrait faire pour améliorer la situation. On est capable d’apporter ce type de problématique à un autre niveau, de changer les choses, dans la mesure du possible.

Qu’est-ce que le gens ne savent pas de vous? Un secret bien gardé?

J’ai été Cadet de la Marine pendant mon adolescence. C’est quelque chose qui a forgé une partie de ma discipline et de mon caractère. Ça a fait en sorte que je suis quelqu’un d’assez discipliné, qui est capable de faire la part des choses, quand c’est le temps de déconner, puis quand c’est le temps d’être sérieux. Ce sont les deux facettes de ma personnalité : j’ai un côté très public, professionnel, que les gens connaissent, et un autre plus introverti, dans ma bulle, calme. Ce parcours dans les cadets m’a sorti de ma zone de confort, m’a permis de m’épanouir, apparaître plus extraverti sans que ce soit 100 % de ma personnalité.

C’est aussi un milieu où il y a un esprit de corps : il faut être solidaire et savoir jouer en équipe, n’est-ce pas?

Absolument. Ça m’a beaucoup aidé aussi dans le développement de mon leadership, et ma capacité à savoir déléguer quelque chose, quand et comment le faire. »

Bobby Bourdeau a fait partie des Cadets de la Marine royale canadienne, durant son adolescence. Photo : Gracieuseté Bobby Bourdeau

1992 : Naissance à Ottawa

2017 : Intègre les équipes du CECCE

2024 : Élu président de l’ACFO Ottawa

2026 : Réélu président

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Le tabou entourant la difficulté à lire


Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Je ne me rappelle pas pourquoi ou comment Le trésor de Brion est arrivé sur ma table de chevet, mais il a été un choix mal avisé pour le garçon de 12 ans que j’étais. Si j’ai détesté ce roman pour ados, cela n’a aucun rapport avec le récit de Jean Lemieux comme tel, dont je ne doute pas de la qualité. Si je n’en retiens aucun bon souvenir, c’est parce que je n’ai pas de souvenir du récit. Pas maintenant, et pas plus à l’automne 1997 quand je l’ai « lu ».

J’étais en 7e année, à l’école Notre-Dame de Hanmer à l’époque, et pour nous encourager à lire, la direction nous proposait un certificat-cadeau au Pizza Hut local si on parvenait à lire au moins 100 pages d’un livre. Certains enfants pouvaient atteindre l’objectif en deux jours, mais j’ai dû travailler et souffrir pour atteindre la cible mensuelle. Je n’éprouvais pas de difficulté à identifier ou à prononcer ces mots autant que j’étais incapable de me rappeler ce que je lisais, et donc, de suivre une histoire.

Heureusement, à peu près à cette même période, j’ai commencé à lire plus régulièrement des journaux (en anglais et en français). Composés de textes brefs et directs, les journaux m’ont permis d’effectuer un certain rattrapage. J’avouerai cependant que j’ai passé mon adolescence et le début de ma vingtaine à éprouver de la difficulté à me rappeler ce que je lisais, du moins assez pour avoir quelques interventions suffisamment acceptables pour être partagées en classe. La mi-vingtaine a été consacrée à apprendre à écrire correctement.

J’aurais été gêné de partager ces lignes si je n’avais pas, quinze ans plus tard, rattrapé ce retard et fait mes preuves comme auteur. J’ai probablement vécu un trouble d’apprentissage (non diagnostiqué) que j’ai dû rattraper, sur le tard, pendant mes études universitaires. Quand on doit lire beaucoup, sous pression, on développe des techniques pour accéder au contenu essentiel plus rapidement. On obtient aussi le bénéfice de mieux écrire, par conséquent, et c’est par le travail et l’effort que je suis parvenu à surmonter ces difficultés.

Le 8 septembre, c’était la Journée internationale de l’alphabétisation. Je la souligne avec cette histoire personnelle, parce que tant de gens éprouvent encore d’énormes difficultés à lire et à écrire. Encore aujourd’hui, plus de 50 % de la population canadienne et près de 60 % de la population francophone éprouvent des difficultés à lire plus que des textes simples. Cette année, le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESAC) a 35 ans. La Fédération a vu le jour pour souligner l’Année internationale de l’alphabétisation et pour agir comme pendant francophone aux organisations canadiennes anglodominantes.

Fondé en 1991 sous le nom de la Fédération canadienne pour l’alphabétisation en français, le RESDAC rassemble des associations provinciales de la francophonie canadienne qui luttent contre l’analphabétisme et fait la promotion d’apprentissages formels et informels à tous les stades de vie.

Anecdotiquement, je reçois parfois des bons mots d’une lectrice ayant bien aimé l’un de mes livres (je dis lectrices, car les femmes constituent 80 % du public). Or, je reçois tout autant de réactions d’adultes (des hommes, très souvent) qui ont été intimidés par des « gros mots », la longueur d’un texte ou l’absence d’images. D’autres encore peuvent lire un texte, mais n’auront pas saisi l’argument ou seront incapables d’appliquer les leçons d’une histoire que j’ai écrite. On consacre quand même des ressources considérables à générer de la connaissance et ça m’attriste quand les principaux intéressés ne parviennent pas à y accéder.

En Ontario, la Coalition ontarienne de formation des adultes fournit plusieurs ressources. Il existe des équivalents dans toutes les provinces canadiennes. Avec cette Journée internationale de l’alphabétisation, je nous souhaite de découvrir (ou de redécouvrir) le plaisir de la lecture (peu importe le type), et le courage de chercher de l’aide pour surmonter ses difficultés.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Université d’Ottawa : les professeurs contractuels votent massivement en faveur d’un mandat de grève

OTTAWA Les membres de l’Association des professeurs enseignants de l’Université d’Ottawa (APEUO) ont voté massivement en faveur d’un mandat de grève, dans un contexte de négociations difficiles avec leur administration. Le syndicat assure toutefois que ce résultat n’entraînera pas une interruption immédiate des cours.

Plus de 860 membres ont appuyé le recours à des moyens de pression pouvant aller jusqu’à la grève, au terme d’un vote électronique organisé sur cinq jours.

Le mandat a obtenu l’appui de 88,2 % des votants au sein de l’unité principale, de 73,1 % à l’Institut des langues officielles et du bilinguisme (ILOB) et de 100 % dans l’unité Toronto-Windsor.

« Nos membres envoient un message clair à l’administration qu’ils n’acceptent plus le statu quo et que les conditions actuelles sont devenues intolérables », affirme par communiqué Nelson Arturo Ovalle Diaz, président et négociateur en chef de l’APEUO.

L’association, qui représente plus de 2500 enseignants contractuels, avait convoqué lundi une assemblée générale spéciale afin de présenter l’état des négociations à ses membres avant le scrutin.

Pas de grève immédiate

L’obtention du mandat ne signifie pas qu’une grève sera déclenchée immédiatement.

L’association assure toujours privilégier une entente négociée et assure que la réussite des étudiants demeure sa priorité. Elle invite l’administration à reprendre les négociations « dans un esprit d’ouverture, de collaboration et de bonne foi ».

Les conventions collectives des trois unités représentées par l’APEUO sont échues depuis le 31 août 2025. Depuis, les membres sont notamment soumis à un gel salarial.

« Cela fait presque 23 mois qu’on négocie avec l’administration. On juge, pour plusieurs raisons, que les discussions n’aboutissent pas », indique Luc Angers, vice-président chargé de la mobilisation et membre du comité de négociation.

Selon lui, les représentants syndicaux et ceux de l’Université se rencontrent presque chaque semaine depuis juin, sans parvenir à régler les principaux points en litige.

« Ce sont des discussions, du verbillage. Ce sont des négociations superficielles. On n’a rien obtenu de concret sur les enjeux qui doivent être réglés », déplore-t-il, estimant que les deux parties se dirigeaient vers une impasse.

Des contrats qui seraient menacés

Dans son communiqué publié ce vendredi, l’APEUO accuse également l’administration de vouloir créer un nombre illimité de postes d’enseignement intensif et de les intégrer à l’unité de négociation des professeurs réguliers.

Selon l’association, une telle mesure risquerait de retirer aux professeurs contractuels des centaines de contrats d’enseignement, dont certains contrats permanents.

« Ce sont des centaines de contrats d’enseignement, dont des contrats permanents, que les membres de l’APEUO pourraient se voir dérober », soutient Luc Angers.

Il estime que cette situation accentuerait la précarité des enseignants contractuels et menacerait la qualité de l’éducation. Selon lui, la multiplication, au sein du corps professoral régulier, de postes sans obligation d’activités savantes pourrait également compromettre « l’intégrité et la pérennité des postes voués à la recherche ».

Sécurité d’emploi et rattrapage salarial

La sécurité d’emploi demeure l’une des principales revendications de l’association. Les professeurs contractuels sont généralement embauchés un semestre à la fois, même lorsque certains enseignent à l’Université depuis plusieurs années.

« Nous sommes des professeurs engagés semestre par semestre. Nous sommes donc dans une situation très précaire », explique M. Angers. « Après un certain nombre d’années, les professeurs qui ont enseigné, qui ont été fidèles et qui ont donné cinq cours ou plus devraient recevoir un contrat à plus long terme. »

L’association réclame également un rattrapage salarial. Selon son vice-président, plusieurs professeurs contractuels donnant au moins cinq cours gagnent moins que des enseignants du secondaire, malgré leurs qualifications universitaires.

« Il y en a même parmi nos membres qui doivent se mettre sur l’assurance-emploi l’été pour survivre. Ce n’est pas normal », soutient-il, rappelant que plusieurs détiennent un doctorat ou ont effectué des études postdoctorales.

La taille des groupes figure aussi parmi les préoccupations du syndicat. Certaines classes peuvent compter une centaine d’étudiants, parfois jusqu’à 130, ce qui compliquerait l’encadrement individuel.

Des reculs dénoncés

L’APEUO reproche par ailleurs à l’employeur de réclamer plusieurs concessions, notamment l’exclusion de certaines personnes de la Faculté des sciences de la santé de l’unité de négociation et l’élimination d’un plancher d’emploi pour les nominations à long terme.

Selon le syndicat, l’administration souhaiterait également pouvoir mettre fin à ces contrats pour des « raisons opérationnelles », supprimer certaines protections contre le harcèlement sexuel et retirer aux unités de l’ILOB et de Toronto-Windsor le droit de reporter les congés de maladie accumulés.

L’association juge ces demandes difficiles à justifier alors que l’Université d’Ottawa aurait enregistré un surplus budgétaire de 15,6 millions de dollars et une croissance record des inscriptions cette année.

Sollicitée par ONFR, l’Université d’Ottawa n’a pas répondu aux questions précises concernant le mandat de grève et les points en litige.

« L’Université est engagée à négocier de bonne foi et à arriver à une entente négociée avec le syndicat », a indiqué Jesse Robichaud, directeur des affaires publiques de l’Université d’Ottawa.

Yellowknife : une école francophone perd près de 40 élèves au profit du réseau anglophone

Une école francophone de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, a perdu près de 40 élèves en un été au profit du système éducatif de langue anglaise.

« C’est un choc. Je suis pratiquement traumatisé et très inquiet », réagit au bout du fil le directeur général de la Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest (CSFTNO), François Rouleau.

L’école Allain-Saint-Cyr, l’une des deux écoles de la commission scolaire, qui accueille des élèves dès la prématernelle, a subi une baisse inattendue de ses effectifs à la rentrée. Plus précisément, l’établissement du Grand Nord est passé de 227 à 182 élèves en l’espace d’un seul été.

François Rouleau, qui a travaillé dans le milieu de l’éducation francophone pendant près de 30 ans en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard, dit n’avoir jamais vu cela au cours de sa carrière, soulignant aussi qu’il s’agit du plus grand nombre de départs d’un seul coup pour la CSFTNO.

« Je n’ai jamais vu une telle vague de départs. En Nouvelle-Écosse, la rétention du secondaire pouvait fluctuer, mais les pertes se comptaient à hauteur de 5 à 7 élèves tout au plus, pas 40 d’un coup. »

Bien que quelques-uns de ces 40 élèves aient quitté le territoire, la majorité s’est dirigée vers l’école d’immersion voisine de l’établissement Allain-Saint-Cyr. Face à l’ampleur de la situation, la commission scolaire a demandé aux parents de remplir un sondage afin d’en comprendre les motifs. Parmi les raisons invoquées par la trentaine de familles ayant répondu figurent le manque d’infrastructures, le manque d’espace pour les élèves du secondaire ainsi que l’accès à plus grande diversité de cours et d’activités parascolaires.

François Rouleau est le directeur général de la commission scolaire depuis un peu plus d’un an. Gracieuseté CSFTNO

Par exemple, les élèves francophones du secondaire doivent côtoyer les plus jeunes en raison du manque d’espace. Le directeur général convient qu’il est difficile pour le réseau francophone de rivaliser avec le réseau anglophone en raison d’un financement moindre.

« Le réseau anglophone dispose d’infrastructures plus récentes, comme une magnifique école construite il y a environ cinq ans qui offre un programme d’immersion. De plus, les commissions anglophones sont responsables de leurs infrastructures, tandis que pour nous, c’est le ministère des Infrastructures qui gère notre bâtiment », cite-t-il en exemple.

Ce qui ressort des témoignages des parents n’est aucunement la qualité du travail accompli par le personnel ou par les enseignants, qui doivent parfois enseigner à deux niveaux en même temps, avance M. Rouleau. Il souligne d’ailleurs qu’une quinzaine de familles ont mentionné qu’elles recommanderaient tout de même l’école francophone à leurs proches.

« Ce n’est donc pas une question de qualité de l’éducation; nos élèves réussissent très bien aux évaluations de littératie et de numératie », remarque François Rouleau.

« Cela dit, il faut reconnaître que la capacité limitée de nos infrastructures et de nos finances constitue un frein majeur. La CSFTNO enregistre des déficits année après année. Nous n’avons pas le financement adéquat pour répondre à l’ensemble des besoins », convient le dirigeant scolaire.

Cette dynamique s’inscrit à l’opposé de la tendance observée ces dernières années, période pendant laquelle les effectifs de l’établissement étaient en hausse constante, atteignant même un sommet historique.

« Ce qui est particulièrement triste, c’est que nous avions une masse critique d’élèves qui arrivaient en 6e année (environ 34 ou 35 élèves). Nous avons perdu plus de la moitié de cette classe d’un coup. C’est dommage, car cette masse critique est essentielle pour pouvoir offrir un éventail de cours plus vaste au secondaire. »

Crainte pour l’année prochaine

Si la CSFTNO espère toujours retrouver quelques-uns de ces élèves d’ici les prochaines semaines, le directeur général s’inquiète de l’impact financier pour la prochaine année, le budget étant calculé en fonction des effectifs inscrits au 30 septembre.

« Nous avons conservé notre personnel compte tenu du contexte, mais nous nous inquiétons beaucoup pour l’année prochaine, car nous avons vraiment une excellente équipe et de très bonnes personnes », souligne François Rouleau.

L’école Allain-Saint-Cyr est la seule école francophone de Yellowknife, l’autre établissement de la commission scolaire étant situé à Hay River, dans le sud du Territoire. Gracieuseté Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest (CSFTNO) et École Allain-Saint-Cyr.

Ce dernier craint aussi l’impact sur le développement du français chez ces jeunes qui quittent le réseau francophone pour celui de la langue de Shakespeare.

« À cet âge, les jeunes sont très influençables. Ils se retrouvent dans un environnement anglophone où ils ressentiront le besoin de s’exprimer en anglais pour s’intégrer », s’inquiète M. Rouleau.

Itinérance : du Nord à Ottawa, les régions francophones en première ligne d’une crise qui s’aggrave

ONTARIO – Le Nord de l’Ontario et Ottawa figurent parmi les territoires affichant les taux d’itinérance les plus élevés de la province, selon un nouveau rapport du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario (BRF). Une situation qui pourrait encore se détériorer : à l’échelle de la province, près de 89 000 personnes devraient être connues comme étant en situation d’itinérance d’ici 2028-2029, au moment où le nombre de ménages soutenus par les programmes provinciaux devrait diminuer. 

Le constat est particulièrement frappant dans le Nord. Sur les dix régions de gestion des services affichant les taux d’itinérance les plus élevés de l’Ontario en 2024-2025, quatre sont nord-ontariennes.

Le district de Cochrane arrive au premier rang provincial, avec 1097 personnes en situation d’itinérance pour 100 000 habitants, tandis que Nipissing se classe cinquième avec 804 personnes. Beaucoup moins francophones, Rainy River se classe au deuxième rang avec 834 personnes et Thunder Bay complète la présence du Nord dans ce palmarès avec 604.

Des données qui interpellent, même si le rapport ne fournit aucune donnée linguistique permettant de déterminer la proportion de francophones parmi les personnes en situation d’itinérance.

Le district de Cochrane affiche le taux d’itinérance le plus élevé de l’Ontario, avec 1097 personnes pour 100 000 habitants. Ottawa et Nipissing figurent également parmi les cinq territoires les plus touchés. Source : Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario

Ottawa également parmi les plus touchées

Autre important bassin francophone, Ottawa se retrouve elle aussi aux premières loges de la crise. Avec 9431 personnes connues en situation d’itinérance en 2024-2025, la capitale fédérale affiche le deuxième nombre le plus important de l’Ontario, derrière Toronto. Rapporté à sa population, Ottawa grimpe au quatrième rang provincial, avec 809 personnes pour 100 000 habitants.

Ces chiffres résonnent particulièrement en pleine campagne municipale. Le maire sortant Mark Sutcliffe, candidat à un deuxième mandat, promet d’ailleurs de mettre fin à l’itinérance chez les jeunes d’ici 2030 et de doubler le rythme de création de logements avec services de soutien, pour atteindre environ 110 unités par année. Il souhaite également loger, au cours des cinq prochaines années, les quelque 450 personnes actuellement en attente de ce type de logement.

Baisse du nombre de personnes en situation d’itinérance à Toronto

En chiffres absolus, Toronto demeure toutefois loin devant. Le BRF y recense 19 462 personnes ayant connu une situation d’itinérance en 2024-2025, plus du double d’Ottawa. London suit avec 4576 personnes, devant Windsor (4007) et Hamilton (3744). 

La Ville Reine se distingue néanmoins par une baisse de 8,2 % du nombre de personnes recensées depuis 2022-2023. Toronto et Niagara, où le recul atteint 7 %, sont les deux seules parmi les dix régions détaillées par le BRF à afficher une diminution sur cette période. 

Évolution du nombre de personnes figurant sur les listes nominatives des principales régions de gestion des services de l’Ontario entre 2022-2023 et 2024-2025. Source : Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario

L’itinérance ne fait cependant pas, à ce stade, l’objet d’un engagement électoral aussi spécifique dans la campagne de la mairesse sortante Olivia Chow que dans celle de son homologue ottavien. 

Candidate à sa réélection, Mme Chow met davantage de l’avant le logement et l’abordabilité. Son administration met néanmoins de l’avant son bilan en matière d’itinérance : plus de 4400 personnes ont quitté la rue pour intégrer un refuge ou un logement en 2025, et la Ville vise 5000 passages des refuges vers un logement stable en 2026. 

Près de 89 000 personnes d’ici 2029

À l’échelle provinciale, la population connue en situation d’itinérance est passée de 62 252 personnes en 2022-2023 à environ 76 741 en 2025-2026, une hausse de 23,3 %. Le BRF prévoit qu’elle atteindra 88 859 personnes en 2028-2029, soit encore 12 118 personnes supplémentaires en trois ans.

Ces données ne représentent qu’une partie du phénomène. Les listes nominatives municipales ne comptabilisent notamment pas toute l’itinérance « cachée » ni les personnes qui n’ont pas consenti à y figurer. Le nombre réel pourrait donc être supérieur.

 Les données jusqu’en 2024-2025 proviennent des listes nominatives municipales; à partir de 2025-2026, le BRF établit ses propres estimations et projections. Source : Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario

Des loyers qui augmentent plus vite que les revenus

Le BRF pointe notamment la détérioration de l’abordabilité du logement : entre 2022-2023 et 2025-2026, le loyer médian du marché a augmenté de 19,3 %, contre 14,1 % pour le revenu des ménages à revenu faible ou modeste. Une croissance démographique de 6,2 % et l’arrivée de demandeurs d’asile ont également accru la pression sur les réseaux d’hébergement d’urgence de plusieurs grands centres urbains.

Le BRF prévoit néanmoins un ralentissement de la croissance de l’itinérance au cours des trois prochaines années, notamment parce que les revenus de ces ménages devraient progresser de 9 %, contre 7,3 % pour les loyers.

Moins de ménages soutenus

Mais, cette amélioration attendue de l’abordabilité pourrait toutefois être en partie contrebalancée par une diminution du nombre de ménages soutenus par les programmes provinciaux. Le nombre de ménages bénéficiaires devrait passer de 204 876 en 2025-2026 à 187 205 en 2028-2029, une baisse de 8,6 %.

Après une forte progression en 2023-2024, le nombre de ménages bénéficiant des programmes provinciaux s’inscrit dans une tendance à la baisse. Les dernières années correspondent aux projections du BRF. Source : Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario

Les dépenses provinciales, quant à elles, doivent atteindre 948 millions de dollars en 2026-2027, avant de retomber à 708 millions dès 2027-2028. Cette diminution d’environ 240 millions s’explique principalement par l’arrivée à échéance de financements à durée déterminée. Les programmes de base demeureront à 708 millions jusqu’en 2028-2029, soit une diminution en valeur réelle une fois l’inflation prise en compte.

Après plusieurs années marquées par des financements temporaires, les projections montrent également l’écart entre les dépenses affichées en dollars courants et leur valeur réelle une fois l’inflation prise en compte. Source : Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario

L’opposition presse Ford d’agir

Les conclusions ont rapidement fait réagir l’opposition. Les libéraux dénoncent une « coupe budgétaire d’un quart de milliard de dollars », tandis que le NPD accuse le gouvernement Ford de laisser la crise s’aggraver.

Pour Catherine McKenney, députée d’Ottawa-Centre et porte-parole néo-démocrate en matière de logement, les projections démontrent l’urgence d’agir. Son rôle de porte-parole au logement est également confirmé par le NPD ontarien.

« La crise s’aggrave. Les Ontariens le voient tous les jours et davantage de ménages risquent de basculer dans l’itinérance à chaque instant où le gouvernement Ford attend avant d’agir », dénonce-t-elle.

L’ancienne conseillère municipale d’Ottawa réclame davantage de logements et de services de soutien ainsi que des mesures permettant aux personnes vulnérables de conserver leur logement. Le NPD propose notamment Homes Ontario et la construction de logements abordables et avec services de soutien.

Du côté libéral, le député de Kingston et les Îles Ted Hsu, à l’origine de la demande de mise à jour du rapport du BRF, dénonce lui aussi le décalage entre la progression de l’itinérance et le financement provincial.

« Le message est simple : la province dépense moins alors que de plus en plus de personnes se retrouvent sans abri. Ces chiffres ne tiennent pas la route. Ce gouvernement ne maîtrise pas la situation », réagit-il.

Son collègue Adil Shamji, porte-parole libéral en matière de logement, estime de son côté qu’« on ne peut pas mettre fin à l’itinérance sans s’attaquer à la crise du logement qui l’alimente ».

Le gouvernement ontarien n’avait pas publiquement réagi aux conclusions du rapport au moment d’écrire ces lignes.

Remaniement ministériel à Queen’s Park lié aux tarifs douaniers

TORONTO – Le premier ministre Doug Ford procède à une redistribution des portefeuilles ministériels au sein du Conseil des ministres, invoquant la lutte contre les droits de douane imposés par le président Trump. Un argument rejeté par l’opposition, qui dénonce une manœuvre pour protéger des ministres éclaboussés par des scandales.

La nouvelle répartition des ministères permettrait, selon Doug Ford, de « positionner l’Ontario à long terme pour protéger les travailleurs, les entreprises et les collectivités, alors que le président Trump continue d’intensifier sa guerre commerciale contre le Canada ».

« Nous nous préparons à tenir bon sur le long terme, ce qui signifie mettre en place la bonne équipe pour protéger les travailleurs et les emplois de l’Ontario dès aujourd’hui », a déclaré celui-ci.

Parmi les changements notables et les neuf députés impactés, David Piccini, ancien ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences, passe au ministère de l’Infrastructure, remplaçant ainsi Kinga Surma, qui devient présidente du Conseil du Trésor (dont l’intérim était assuré par Peter Bethlenfalvy, après le départ de Caroline Mulroney).

C’est Trevor Jones, jusqu’alors ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et de l’Agroentreprise, qui récupère le mandat du ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences.

Sam Oosterhoff, ancien ministre associé des Industries à forte consommation d’énergie, devient, lui, ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et de l’Agroentreprise.

Brian Saunderson, qui était adjoint parlementaire au ministre des Affaires municipales et du Logement et au ministre du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce, devient ministre du Sport, remplaçant ainsi, Neil Lumsden, parti à la retraite, le 4 août dernier.

Le député de Milton Zee Hamid, Solliciteur général associé, endosse le rôle de ministre du Tourisme, de la Culture et des Jeux, qui n’avait pas été réattribué depuis la démission de Stan Cho, suite à la polémique des frais d’hôtel.

Création d’un nouveau ministère associé autour de l’intelligence artificielle

Quelques changements sont également à noter pour les ministères associés. Le mandat de la Lutte contre le vol d’automobiles et de la Réforme relative aux mises en liberté sous caution, « mené à bien », n’est pas renouvelé.

Vijay Thanigasalam devient ministre associé de l’Adoption de l’intelligence artificielle (au sein du ministère du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce). Il s’agit d’une nouvelle création de poste, notamment pour appuyer les travailleurs touchés par l’adoption de l’intelligence artificielle.

Son précédent rôle de ministre associée déléguée à la Santé mentale et à la Lutte contre les dépendances (au sein du ministère de la Santé) est attribué à la députée Michelle Cooper.

Matthew Rae, passe d’adjoint parlementaire au ministre des Affaires municipales et du Logement et de Whip en chef du gouvernement à ministre associé des Industries à forte consommation d’énergie, au sein du ministère de l’Énergie et des Mines.

Une échappatoire aux scandales, juge l’opposition

Du côté de l’opposition officielle, la cheffe néo-démocrate Marit Stiles dénonce un remaniement destiné selon elle à échapper aux scandales. Tout en fustigeant la taille d’un cabinet qu’elle qualifie de « plus grand de l’histoire de la province », Mme Stiles déplore que l’incompétence soit « récompensée au lieu d’être sanctionnée ».

Le NPD pointe notamment du doigt le transfert de David Piccini à l’Infrastructure alors qu’il fait l’objet d’une enquête du commissaire à l’intégrité sur sa gestion du Fonds de développement des compétences, ainsi que la nomination de Kinga Surma au Conseil du Trésor après le dossier controversé de la Place de l’Ontario.

« Le premier ministre doit remanier ses priorités et ses politiques, et pas seulement son cabinet. »
— Mike Schreiner, chef du Parti vert de l’Ontario

Même son de cloche du côté du Parti libéral de l’Ontario. « Doug Ford avait l’occasion de faire le ménage. Au lieu de cela, il a protégé les siens, accuse le chef par intérim John Fraser. M. Piccini fait l’objet d’une enquête portant sur des millions de dollars, Ford l’a donc mis à la tête de milliards. » Selon M. Fraser, la population mérite plutôt un gouvernement qui s’attaque au coût de la vie et aux défaillances des services de santé et d’éducation.

Le chef du Parti vert, Mike Schreiner, a ironisé sur le fait que le premier ministre doive « remanier ses priorités et ses politiques, et pas seulement son cabinet ». Il appelle Doug Ford à cesser les jeux politiques et à reprendre le travail à Queen’s Park pour soulager le portefeuille des Ontariens.

TIFF : un marché encore difficile d’accès pour les cinéastes francophones

TORONTO – La création d’un marché officiel au Festival international du film de Toronto (TIFF) ouvre de nouvelles perspectives de financement et de coproduction pour l’industrie canadienne. Mais les cinéastes de la francophonie canadienne, particulièrement ceux des communautés en situation minoritaire, peinent encore à y trouver leur place.

Une délégation de 17 sociétés de production francophones du Canada et de la France participe à la première édition de TIFF : The Market. Réunie par l’Alliance des producteurs francophones du Canada (APFC), elle compte neuf sociétés canadiennes et huit françaises.

« La présence de producteurs de l’APFC et de producteurs français est certainement une nouveauté. Ces délégations participent au marché et c’est une très belle chose, une réussite pour notre écosystème en situation minoritaire », souligne Bruno Boëz, directeur général de RACCORD, le Regroupement des artistes cinéastes de la francophonie canadienne.

Bruno Boëz, directeur général de RACCORD, le Regroupement des artistes cinéastes de la francophonie canadienne. Crédit photo : Marianne-Duval.

Du côté canadien, cinq sociétés viennent de l’Ontario, une de la Colombie-Britannique, deux du Manitoba et une de l’Atlantique. Elles se rendent à Toronto pour développer des coproductions et nouer des relations avec des partenaires étrangers.

Parmi les membres de la délégation canadienne figurent trois cinéastes de RACCORD, tous établis en Ontario : Katia Café-Fébrissy, de KaFé Productions inc., Simon Madore, de Moi & Dave, et Philippe Montpetit, d’Orbite Média Inc.

« Très peu de cinéastes de la francophonie canadienne »

« Pour cette première année, le marché a bénéficié d’un soutien financier important du gouvernement fédéral, ce qui nous a beaucoup aidés. L’existence de TIFF Industry nous donnait également une base et nous évitait de partir de zéro », explique Charles Tremblay.

Il tempère toutefois les attentes à l’égard de ce marché, qui se déroule du 10 au 16 septembre.

« Même avec tous les fonds du monde, on ne peut pas transformer immédiatement un marché non officiel en un événement de l’envergure de Cannes. Il faut progresser par étapes », poursuit Charles Tremblay, qui a travaillé pendant une vingtaine d’années dans la distribution.

Charles Tremblay, chef du marché du Festival international du film de Toronto. Photo : TIFF

Cette nouvelle vitrine demeure néanmoins difficile d’accès pour les cinéastes francophones en situation minoritaire. « Pour RACCORD, les enjeux sont moins importants puisque le marché est principalement consacré aux rencontres interentreprises, ou B2B. Les créateurs et les créatrices ne participent pas nécessairement à ces rencontres, car ce sont les producteurs qui représentent les projets et cherchent du financement et des partenaires internationaux », explique Bruno Boëz.

Les laboratoires du TIFF, dont le Directors’ Lab, le Writers’ Lab et le Series Creators’ Lab, offrent aussi des possibilités aux créateurs, mais leur portée reste limitée pour la francophonie canadienne.

« Très peu de cinéastes de la francophonie canadienne y sont présents, et encore moins de cinéastes issus des communautés francophones en situation minoritaire », constate-t-il.

Il considère cependant la délégation de l’APFC comme un premier pas dont il faudra mesurer les résultats.

Unifrance mise sur la vente de films

En parallèle de cette délégation de producteurs, Unifrance fait son grand retour sur le marché du film de Toronto.

Neuf sociétés de ventes internationales membres d’Unifrance y présentent aux acheteurs les plus récentes productions françaises de leur catalogue et y organisent leurs rencontres professionnelles.

Leur démarche diffère de celle de la délégation de l’APFC. Les sociétés représentées par Unifrance cherchent principalement à vendre des films aux acheteurs internationaux, tandis que les producteurs réunis par l’APFC souhaitent développer des projets, trouver du financement et nouer des partenariats de coproduction.

Près de 230 exposants attendus

TIFF : The market veut faire de Toronto un carrefour international où se rencontrent producteurs, distributeurs, acheteurs, vendeurs et créateurs. Le marché devrait réunir près de 230 exposants, contre une quarantaine auparavant dans le cadre de TIFF Industry, selon Charles Tremblay, chef du marché du TIFF.

L’organisation prévoit également accueillir près de 7000 participants provenant d’environ 80 pays. Quelque 1000 acheteurs sont attendus, dont 200 nouveaux acheteurs invités cette année par l’organisation.

« Le marché non officiel démontrait déjà tout le potentiel de la présence, en ville, d’un grand nombre de professionnels de l’industrie », explique Charles Tremblay. Cette masse critique rendait, selon lui, la création d’un espace structuré à la fois logique et nécessaire.

Reste à voir si cette présence commerciale se traduira, lors des prochaines éditions, par une place plus importante et des occasions concrètes pour les créateurs de la francophonie canadienne.

Travail social : l’UOF veut former la relève francophone du Grand Toronto

TORONTO – Une vingtaine d’étudiants font leur rentrée au sein de la toute première cohorte du baccalauréat spécialisé en travail social de l’Université de l’Ontario français (UOF). Une nouvelle formation de quatre ans lancée à Toronto pour répondre notamment au manque de professionnels capables d’offrir des services sociaux en français dans le Grand Toronto et le Centre-Sud-Ouest.

« Toute cette filière-là était en attente depuis plusieurs années pour venir combler la pénurie de personnel », affirme Bianca Nugent, professeure et coordonnatrice du nouveau programme.

Les besoins sont nombreux. Elle cite notamment les hôpitaux, la santé mentale, les organismes communautaires, l’immigration francophone, la précarité et le logement, les violences faites aux femmes et aux enfants, la protection de l’enfance, les services aux aînés et les soins de longue durée. Les écoles ont également besoin de professionnels pour accompagner les jeunes et leurs familles.

« On vient renforcer le bassin de professionnels en travail social, qui est tendu dans plusieurs milieux de services », résume-t-elle.

Une première cohorte aux parcours atypiques

Le démarrage du programme s’est pourtant fait tardivement. L’UOF n’a obtenu son pré-agrément de l’Association canadienne pour la formation en travail social qu’en juin dernier, alors que les finissants du secondaire avaient déjà largement arrêté leurs choix universitaires. Malgré ce calendrier inhabituel, une vingtaine d’étudiants devraient être au rendez-vous, un résultat qui « dépasse [les] attentes » de l’établissement.

Cette arrivée tardive a aussi façonné le profil de la première cohorte. « Ce sont des personnes qui ont complété ou qui ont entamé une technique de travail social », décrit Mme Nugent qui évoque également des personnes en reconversion professionnelle, des étudiants adultes, des nouveaux arrivants ou encore des personnes ayant déjà commencé un cursus dans un domaine connexe des sciences sociales.

La coordonnatrice dit avoir été « agréablement surprise » par leur expérience : « Des personnes qui ont déjà un bagage, un bagage humain incroyable », souvent marqué par le milieu associatif ou le bénévolat dans leur pays d’origine.

Herman Dabourou, 48 ans, fait partie de la première cohorte du nouveau baccalauréat spécialisé en travail social de l’UOF. Photo : gracieuseté

Herman Dabourou en est une illustration. À 48 ans, cet étudiant arrivé de Côte d’Ivoire en 2024 possède déjà un important parcours universitaire en criminologie, sociologie et action humanitaire. Il a travaillé dans l’insertion socioprofessionnelle des jeunes puis dirigé une université privée de plus de 3000 étudiants.

« J’ai fait du social sans le nom de social », résume-t-il. Confronté à son arrivée au Canada aux difficultés de reconnaissance de ses diplômes, il a dû reprendre une partie de son parcours. Il a d’abord suivi une formation en techniques de travail social avant de rejoindre le nouveau bac de l’institution de la rue Lower Jarvis.

Pourquoi Toronto?

Des formations universitaires en travail social en français existent déjà à Ottawa et à Sudbury. Mais pour Bianca Nugent, l’implantation d’un programme dans le Grand Toronto répond à une réalité territoriale différente. « Toutes les écoles de travail social au pays ont leur propre couleur, leur propre vision », distingue-t-elle.

Celle de l’UOF veut notamment s’ancrer dans les réalités des communautés du Grand Toronto et du Centre-Sud-Ouest et de sa francophonie plurielle. « On vient combler un besoin criant d’une formation qualifiante à la profession du travail social qui, malheureusement, ne pouvait pas être comblée autrement. »

Pour M. Dabourou, qui habite Mississauga, cette proximité a été déterminante. Il avait notamment regardé les possibilités du côté de Sudbury avant d’apprendre la création du programme torontois. « C’est vrai, c’est bien de faire le cours, mais c’est aussi bien de discuter, de voir celui avec qui tu interchanges, explique-t-il. La proximité, en tout cas, a beaucoup été essentielle dans mon choix. »

Le besoin de services en français vécu personnellement

L’importance d’accéder à des professionnels francophones, Herman Dabourou l’a lui-même découverte peu après son arrivée au Canada. Hospitalisé pendant une semaine alors que son niveau d’anglais était encore limité, il se souvient d’une soirée où une médecin lui parlait tandis qu’il souffrait.

« Elle a parlé, parlé, parlé. Et moi je disais oui, oui, oui. Sans comprendre ce qu’elle disait. C’est là que je vois la nécessité d’être servi en français », poursuit-il.

Une expérience qui fait écho à l’objectif du programme de renforcer la capacité d’offrir des services dans la langue des populations francophones de la région.

700 heures de stages

La formation s’étalera sur quatre ans. La première sera consacrée aux fondements du métier et au « savoir-être », notamment à la connaissance de soi et à une pratique centrée sur les droits de la personne. « Tant qu’on travaille avec les humains, en tant qu’humains, on est notre propre outil. Alors c’est important de bien se connaître », souligne Bianca Nugent.

La deuxième année sera davantage centrée sur le savoir-faire et aux différentes formes d’intervention auprès des individus, familles, groupes et communautés. Le programme adopte notamment une perspective antiraciste, anti-oppressive et décoloniale.

Travailleuse sociale de formation, Bianca Nugent est professeure adjointe et coordonnatrice du nouveau programme en travail social de l’UOF. Ses recherches portent notamment sur les minorités linguistiques, la neurodiversité et les inégalités sociales. Photo : gracieuseté

La pratique prendra ensuite une place importante : les étudiants effectueront 700 heures de stages au total, dont un premier bloc de 350 heures en troisième année. Ils pourront exercer dans différents milieux et, sous certaines conditions, effectuer un stage dans leur propre communauté.

La quatrième année proposera des pratiques avancées autour notamment du vieillissement et des proches aidants, des relations entre école, famille et communauté, de l’immigration francophone et de l’offre active de services sociaux et de santé.

Une relève « prête à l’emploi »

M. Dabourou espère que ces quatre années lui permettront de professionnaliser une expérience acquise pendant des années sur le terrain. « J’ai sûrement fait beaucoup d’erreurs, reconnaît-il, évoquant notamment l’importance de l’écoute active et de l’absence de jugement dans le travail social. Apprendre à leurs côtés me permettra, moi, justement, de parfaire ma pratique. »

Il envisage aujourd’hui l’enseignement et éventuellement la poursuite de ses études à la maîtrise ou au doctorat, tout en restant ouvert aux directions que lui feront découvrir la formation et les stages.

Pour Mme Nugent, le premier objectif est désormais d’amener cette cohorte pionnière jusqu’au diplôme. « J’ose espérer qu’on va abattre tous les records et puis qu’on va avoir une nouvelle cohorte entièrement graduée, compétente et prête à l’emploi. »

Dans quatre ans, ces étudiants pourraient ainsi constituer les premiers diplômés torontois en travail social formés entièrement en français, appelés à renforcer une offre de services encore insuffisante dans une région où la population francophone continue de se diversifier.

Rentrée 2026 : TFO renoue avec les affaires publiques et mise sur les jeunes

OTTAWA – Pour sa rentrée automnale, TFO mise sur le retour des affaires publiques à l’antenne, une nouvelle offre destinée aux adolescents et un rapprochement avec les communautés francophones. À l’approche de ses 40 ans, le média public proposera plus de 22 productions originales.

Toute une semaine! est la principale nouveauté de la grande rentrée TFO. Ce rendez-vous hebdomadaire d’affaires publiques, animé par Marie-Lou St-Onge, rédactrice en chef d’ONFR, sera diffusé à partir du 17 septembre, tous les jeudis à 19 h 30.

« Dans un contexte où l’information est partout, notre rôle est aussi d’aider le public à faire le tri, à comprendre les faits et à mettre les enjeux en perspective », explique Marie-Lou St-Onge. L’animatrice promet « un espace de réflexion en français », fondé sur une approche journalistique rigoureuse et ancrée dans la réalité des communautés.

TFO renoue ainsi avec une émission hebdomadaire d’affaires publiques, plus de dix ans après avoir délaissé ce créneau. Politique, éducation, culture et enjeux sociaux propres aux communautés francophones seront abordés avec des journalistes, des spécialistes et des acteurs de l’actualité.

Une minute humoristique d’Olivier Nadon, cofondateur de la troupe Improtéine, apportera également un regard satirique sur l’actualité.

Une offensive destinée aux adolescents

L’autre grand chantier de la rentrée concerne les jeunes de 13 à 17 ans, un public que le diffuseur cherche à rejoindre au-delà de la télévision traditionnelle.

Dans Ça sex-plique!, des adolescents répondent à des questions sur la sexualité avec humour. Photo : TFO

Dès novembre, TFO lancera une chaîne YouTube conçue par et pour les jeunes.

« Les jeunes francophones ont une voix et des histoires qui méritent d’être entendues. Cette nouvelle chaîne est une façon concrète pour TFO de soutenir la créativité et les talents émergents et de bâtir, avec elle, des contenus et des espaces qui lui ressemblent réellement », soutient le président-directeur général de TFO, Xavier Brassard-Bédard.

Huit créateurs de 17 et 18 ans participeront directement à la conception des contenus, à l’identité et au choix du nom de la chaîne. Ils se réuniront à Toronto en septembre pour une séance de remue-méninges filmée.

En parallèle, TFO proposera une collection de 12 séries originales en format court portant sur les préoccupations et les réalités des adolescents.

Deux productions présentées dès septembre illustrent cette approche. Ça sex-plique! prend la forme d’une parodie de jeu télévisé dans laquelle des adolescents répondent à des questions sur la sexualité avec humour. Animée par Mickaël Girouard, la série fait intervenir l’experte en sexologie Maude Painchaud Major afin de déconstruire les mythes entourant la santé sexuelle.

De son côté, la série animée En mode révoltée remonte aux origines des choix vestimentaires, des rituels de beauté et des tendances qui façonnent l’apparence des jeunes. Ses capsules invitent le public adolescent à porter un regard critique sur les influences sociales et historiques derrière ces pratiques.

Plus de 22 productions originales

Au total, TFO annonce plus de 22 productions originales pour l’automne, réalisées à l’interne ou en coproduction avec des maisons de production externes.

Parmi les nouveautés figure JAM, avec le chanteur franco-ontarien Damien Robitaille, qui réunira des artistes autour de la musique. « Chaque jam est unique, chaque rencontre est vraie et chaque chanson prend des allures de terrain de jeu musical », promet TFO.

Vincent Poirier, animateur de la série documentaire Urbex. Photo : TFO

Dans Urbex, l’acteur et humoriste Vincent Poirier explorera, avec un complice, huit lieux abandonnés liés à l’histoire et au développement du Canada. Au menu de cette série, Anyox, une ancienne ville fantôme minière en Colombie-Britannique, Jackfish, une ville fantôme dans le Nord de l’Ontario, ou encore Burwash Correction Centre, une ancienne ferme-prison industrielle au sud de Sudbury.

Plusieurs productions connues du public seront aussi de retour. Cœur d’encre, animé par Marine Sibileau, proposera de nouveaux épisodes de son balado consacré aux auteurs francophones.

Savoirs légendaires reviendra pour une deuxième saison, au cours de laquelle Xavier Watso fera découvrir aux enfants des contes et des récits autochtones. De nouvelles saisons de STARTUP et d’Effet Domino figurent également à la programmation.

Par ailleurs, TFO donne rendez-vous à la communauté ce samedi 12 septembre, de 13 h à 16 h, à la Maison de la francophonie d’Ottawa. Présentée sous la forme de portes ouvertes, cette rentrée de TFO permettra aux familles et au public de découvrir les nouveautés de la saison.

TIFF 2026 : la francophonie canadienne à l’affiche

TORONTO – Plusieurs productions canadiennes en français figurent parmi les œuvres à surveiller au 51e Festival international du film de Toronto (TIFF), qui se déroulera du 10 au 20 septembre. Alors que la programmation du festival atteint 293 titres, le TIFF présente cette année 17 œuvres dans lesquelles le français constitue la langue principale et dix autres où il apparaît comme langue secondaire ou tertiaire.

Thriller psychologique, polar maritime, documentaire sur la fin de vie ou portrait d’une légende de la Formule 1 : la francophonie canadienne se présente sous des formes particulièrement variées.

Voici notre sélection de films qui font entendre les voix du Canada francophone, accompagnée de quelques propositions venues du reste de la francophonie.

L’Autre  : entre maladie et perte de repères

Avec L’Autre, Alexandre Franchi signe son premier long métrage en français après The Wild Hunt (2009) et Happy Face (2018).

« Tu ne m’avais pas dit qu’il était aussi beau. Ce n’est pas parce que ce gars est arabe que c’est un criminel », lance l’un des personnages dans la bande-annonce, donnant le ton de ce thriller psychologique teinté d’humour noir et d’horreur.

Présenté en première mondiale, le film entraîne le public dans l’univers instable de Stan, un publicitaire et romancier en herbe qui se remet d’une opération liée à un cancer des os. Immobilisé dans une chambre d’hôpital et sous l’effet des médicaments, il perd peu à peu ses repères.

Affiche du film. Crédit : maison4tiers

« Ce séjour est devenu une descente aux enfers, un délire traumatique. L’Autre est né de ce cri d’angoisse », confie le réalisateur dans le dossier de presse du film.
Alexandre Franchi s’est inspiré de sa propre expérience du cancer pour réaliser ce troisième long métrage. « Ce film est mon rituel cathartique pour transformer cette expérience viscérale en cinéma. »

Alice  : redonner sa place à une pionnière du cinéma

La série franco-canadienne Alice  : pionnière du cinéma, de Virginie Verrier et Guillaume Lonergan, sera présentée en première mondiale dans la section Primetime du TIFF.

Les six épisodes retracent le parcours d’Alice Guy, incarnée par Bérénice Bejo. Cette pionnière a bravé les conventions du début du XXe siècle pour devenir la première réalisatrice de l’histoire du cinéma, mais sa contribution au septième art a longtemps été occultée.

Alice Guy est incarnée par Bérénice Bejo. Photo : Caroline Dubois – Wildbunch – France Télévisions

Portée par le français et l’anglais, cette minisérie raconte « l’ascension et la chute d’une femme libre, trahie par une époque incapable de tolérer son succès », selon son communiqué de présentation.

Brian Mulroney, un « p’tit gars de Baie-Comeau » devenu premier ministre

Le documentaire Mesdames et Messieurs, Brian Mulroney, réalisé par Matthew Rankin à l’Office national du film du Canada, sera présenté en première mondiale dans la section Midnight Madness.

Le cinéaste originaire de Winnipeg revisite l’ascension du « p’tit gars de Baie-Comeau », devenu le 18e premier ministre du Canada.

« Un être au charme incomparable, parfaitement bilingue, qui, au lendemain du référendum de 1980, promet l’impossible : réconcilier le pays en scellant à jamais son unité », lit-on dans le communiqué de presse du film.

Pour construire cette incursion de 105 minutes dans l’esprit de l’ancien dirigeant, Matthew Rankin a puisé dans quelque 80 000 fragments d’archives.

Il poursuit ainsi le travail formel remarqué dans Une langue universelle, sacrée meilleure découverte canadienne au TIFF en 2024.

Villeneuve : une légende québécoise à toute vitesse

Doté d’un budget de 15,8 millions de dollars, Villeneuve : L’ascension d’une légende, de Yan Lanouette Turgeon, sera présenté en première mondiale lors du gala de clôture, le 19 septembre.

Rémi Goulet interprète Gilles Villeneuve, depuis sa jeunesse modeste à Saint-Jean-sur-Richelieu jusqu’à son ascension en Formule 1.

L’acteur Rémi Goulet joue Gilles Villeneuve. Photo : Les films Opale

Le film revient sur une carrière aussi spectaculaire que brève, marquée par six victoires et treize podiums avant la mort du pilote en 1982. Derrière les courses, il met également en lumière sa discipline, son goût du risque et le soutien de ses proches.

Un meurtre au large du Nord

Habitué du TIFF, Rodrigue Jean revient au festival, où son troisième long métrage de fiction, Lost Song, avait remporté le prix du meilleur film canadien en 2008.

Cette année, il présente Labrador – Autopsie du silence, un polar maritime qui dépasse les limites du film d’enquête.

Le film arrive à Toronto après avoir remporté trois prix au Festival de Tribeca : meilleur long métrage narratif international, meilleure direction photo et meilleure interprétation.

Tourné en français, en anglais et en inuktitut, Labrador – Autopsie du silence porte à l’écran une réalité nordique et multilingue rarement placée au centre du cinéma canadien.

Denis Côté présente son 17e long métrage

Figure incontournable du cinéma d’auteur québécois, Denis Côté, originaire du Nouveau-Brunswick, revient au TIFF avec Violence du corps de l’autre, son 17e long métrage.

Denis Côté revient au TIFF avec Violence du corps de l’autre. Photo : h264distribution

Présentée dans la section Wavelengths, cette œuvre entièrement francophone poursuit l’exploration de personnages en marge de la société, chère au cinéaste. Elle aborde le suicide assisté et notre rapport à la mort.

« Il s’agit d’une œuvre de corps et de sang, pleine d’incertitudes et de flottements. Elle est empreinte de délinquance et d’une grande liberté de ton et de forme », affirme Denis Côté dans un communiqué.

Haïti et le Canada réunis dans Marie Madeleine

La présence canadienne se déploie également par les coproductions. Réunissant la France, Haïti, la Belgique, le Canada et le Luxembourg, Marie Madeleine propose une relecture caribéenne et contemporaine de la figure biblique.

La réalisatrice et actrice haïtienne Géssica Généus incarne une travailleuse du sexe indépendante vivant à Jacmel. Sa rencontre avec Joseph, fils réservé d’un pasteur évangélique, ouvre de nouvelles possibilités, jusqu’à ce que leurs univers entrent en collision.

Porté par le français et le créole haïtien, le film fait de Jacmel un personnage à part entière et célèbre la danse, la poésie, la musique et la sexualité comme moyens de reconquérir sa liberté.

D’autres films francophones à surveiller

La programmation comprend aussi plusieurs productions et coproductions venues de France, de Belgique et d’ailleurs :

Coward, de Lukas Dhont;

Le Faux Soir, de Michaël R. Roskam;

Forty Love, de Pierre-Ange Carlotti;

MILO, de Nicole Garcia;

Les Misérables, de Fred Cavayé;

The Beloved, de Rodrigo Sorogoyen.

Sans dominer la programmation, le français se fait ainsi entendre dans des œuvres aux genres, aux accents et aux origines multiples. Les productions canadiennes lui donnent toutefois une présence distinctive au TIFF cette année.

Livre blanc de l’AFO : après les recommandations, la francophonie ontarienne réclame du concret 

ONTARIO – Une semaine après le dévoilement du Livre blanc des États généraux de l’Ontario français, plus de 120 personnes ont participé mardi soir à une assemblée citoyenne consacrée à ses recommandations. Derrière un accueil largement favorable, une question domine désormais : comment transformer ces propositions en résultats concrets? Une interrogation qui concerne autant les organismes franco-ontariens que les gouvernements provincial et fédéral. 

Le diagnostic est posé, les douze recommandations sont écrites. Pour l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), commence maintenant la partie la plus délicate des États généraux : passer à l’action.

Le Livre blanc fixe quatre grands chantiers – immigration et appartenance, services en français, capacité communautaire et gouvernance – et répartit douze recommandations entre la communauté franco-ontarienne, Queen’s Park et Ottawa. Il ne constitue toutefois pas encore le futur Plan d’action communautaire, qui devra préciser les responsabilités, les ressources, les échéanciers et les indicateurs de résultats.

La crainte d’un « rapport pour faire un rapport »

Parmi les interventions mardi, une inquiétude revient : plusieurs des problèmes identifiés aujourd’hui ne sont pas nouveaux.

Sara Zoghbi, doctorante en éducation à la justice sociale à l’Université de Toronto, explique avoir retrouvé dans le Livre blanc des constats déjà présents dans des études remontant au début des années 2000.

« Beaucoup de ces problèmes sont toujours les mêmes. Ce sont les mêmes qui reviennent », souligne-t-elle.

Elle place toutefois ses espoirs dans le caractère concret des recommandations : « L’espoir, c’est que les recommandations stratégiques qui ont été proposées sont vraiment concrètes et que ce ne soit pas juste un rapport pour faire un rapport. »

Le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk, reconnaît le défi : « Si on continue à faire les choses comme on faisait auparavant, clairement, on n’aura pas des résultats différents. »

Économie et qualité des services questionnées

D’autres participants ont relevé des enjeux qu’ils souhaitent voir davantage apparaître dans la suite du processus.

Gilles Marchildon, membre du comité exécutif/conseil d’administration du Club Canadien de Toronto s’interroge sur la place relativement discrète accordée à l’économie.

« Qu’est-ce que ça donne d’appartenir à la francophonie? Comment je peux vivre ou prospérer au niveau économique en faisant partie de la francophonie? »

Pour Peter Hominuk, l’économie est présente de façon transversale dans le Livre blanc, à travers notamment l’emploi, l’entrepreneuriat et la reconnaissance des compétences. Elle devrait toutefois se refléter « beaucoup plus dans le plan d’action », notamment après une prochaine tournée provinciale de la Société économique de l’Ontario.

Estelle Courty Duchon, présidente-directrice générale du Centre francophone du Grand Toronto, estime pour sa part qu’au-delà de l’existence et de l’accessibilité des services en français, leur qualité doit également être évaluée.

« Est-ce qu’on répond réellement aux besoins de la communauté? Est-ce qu’on offre des services de qualité? », demande-t-elle. Une préoccupation à laquelle Peter Hominuk dit souscrire.

À qui appartient la francophonie ontarienne?

Henri Lavergne, président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), a de son côté salué la place accordée aux jeunes : « La voix des jeunes a été entendue. »

Il s’interroge toutefois sur la manière de créer un sentiment d’appartenance chez une personne qui arrive en Ontario en parlant français, sans nécessairement se reconnaître dans l’identité franco-ontarienne.

« On ne peut pas fabriquer un sentiment d’appartenance », répond Peter Hominuk.

Pour l’AFO, il faut plutôt créer les conditions permettant à chacun de parler français, de participer à la vie communautaire et de construire son avenir dans cette langue. L’organisation propose aussi d’utiliser le terme plus large de « société francophone de l’Ontario », sans pour autant remettre en cause l’identité franco-ontarienne.

« C’est à tout le monde de se définir de la façon dont ils veulent se définir. Mais nous, on a besoin de s’assurer qu’on a une façon d’amener tout le monde avec nous », explique le directeur général.

L’AFO croit pouvoir être entendue par les gouvernements

Reste une inconnue majeure : quelle réception les gouvernements réserveront-ils à ces recommandations?

Interrogé par ONFR lors du briefing média précédant le dévoilement du Livre blanc, Peter Hominuk s’est montré confiant quant à la capacité de l’AFO à être entendue. L’organisation assure avoir maintenu le dialogue avec les gouvernements tout au long des États généraux.

Cette confiance trouve un premier écho à Queen’s Park. La ministre ontarienne des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, dit vouloir porter ces préoccupations auprès de ses collègues, même si elle reconnaît devoir encore étudier le document.

« Je dois me familiariser avec le Livre blanc, bien sûr », dit-elle, avant de présenter son rôle comme celui d’une « avocate » chargée de « sensibiliser tous les autres ministres au cabinet » et d’apporter « une lentille francophone dans toutes les politiques de notre gouvernement ».

La cible de 6 % jugée « bien réelle »

Un premier test pourrait être l’objectif démographique. L’AFO demande à l’Ontario une stratégie à long terme visant un poids démographique francophone de 6 % d’ici 2050, contre 4,6 % en 2021.

Selon le scénario présenté dans le Livre blanc, la population francophone devrait passer d’environ 738 000 personnes en 2024 à 1,23 million en 2050 pour atteindre cette cible. L’immigration est appelée à jouer un rôle déterminant, puisque les décès devraient dépasser les naissances francophones.

« Je pense que c’est un objectif bien réel », réagit Natalia Kusendova-Bashta.

La ministre ne va toutefois pas jusqu’à engager formellement le gouvernement ontarien à atteindre les 6 %. Elle insiste sur la nécessité d’accompagner les nouveaux arrivants avec des services d’établissement, d’emploi et d’éducation adaptés aux différentes régions.

Ottawa reste prudent

La réaction fédérale est plus réservée. Interrogé par ONFR sur la demande de créer un programme permanent et distinct d’immigration économique francophone hors Québec, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada indique qu’il « examine actuellement le rapport et ses recommandations ».

Le ministère met en avant les programmes pilotes existants et les 5000 places fédérales réservées cette année pour permettre aux provinces et territoires de désigner des immigrants francophones, sans répondre directement à la demande de l’AFO.

La confiance affichée par l’organisation doit donc encore se traduire par des engagements politiques précis. Le prochain test viendra aussi de l’interne : lors de son congrès annuel, l’AFO devra choisir les priorités des 18 à 24 premiers mois, déterminer « qui fait quoi » et fixer les mécanismes de suivi.

Après plus d’un an de diagnostic et de consultations, l’enjeu n’est plus de définir ce qui doit changer, mais de démontrer que, cette fois, les recommandations pourront produire des résultats.

Le directeur de l’Hôpital Notre-Dame de Hearst quitte ses fonctions

À peine entré en poste, le directeur général de l’Hôpital Notre-Dame de Hearst a quitté ses fonctions, quelques jours après que sa nomination a été décriée en raison de son unilinguisme anglophone.

Sarvesh Mohan « a démissionné de ses fonctions, à compter de maintenant », a indiqué par voie de communiqué, mardi, le conseil d’administration de cet établissement du Nord de l’Ontario.

« Nous lui sommes profondément reconnaissants pour son dévouement, son leadership et sa contribution à notre hôpital au cours de son passage. Nous le remercions sincèrement pour son service et lui souhaitons tout le meilleur pour l’avenir », ajoute l’hôpital.

Sarvesh Mohan avait été embauché en juillet à titre de directeur général par cette institution désignée en vertu de la Loi sur les services en français, qui sert une clientèle en majorité francophone. Originaire de l’Inde et arrivé en provenance de Cornwall, ce dernier ne parle pas français et avait pris ses fonctions à la mi-août.


L’absence d’un gestionnaire francophone à la tête de l’établissement de santé avait suscité de vives inquiétudes dans cette municipalité du Nord, composée à plus de 90 % de francophones.

« La capacité de l’hôpital à offrir des services en français est une responsabilité organisationnelle permanente qui ne dépend pas de la langue parlée par un seul membre de l’équipe de direction », s’était défendue la direction de l’Hôpital Notre-Dame au cours des derniers jours.

Des membres de la communauté avaient notamment interpellé le conseil d’administration.

« C’est une véritable gifle pour notre communauté », avait déploré à titre personnel le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Fabien Hébert, qui habite à Hearst et qui a travaillé au sein de l’institution il y a une trentaine d’années.

« C’est venu résonner dans ma fibre francophone de savoir qu’une institution comme Notre-Dame, qui est vraiment une institution phare au niveau du nord de l’Ontario, au niveau de la francophonie, se retrouve maintenant avec une direction générale anglophone », jugeait-il.

À Mississauga, une nouvelle école à l’image d’une francophonie qui se transforme

MISSISSAUGA – Ils ne sont encore que 90, mais pourraient rapidement être beaucoup plus nombreux. L’École élémentaire catholique Sainte-Kateri-Tekakwitha a accueilli mardi ses tout premiers élèves à Mississauga. Derrière cette nouvelle école de près de 300 places se dessine une francophonie du Grand Toronto en croissance, mais aussi de plus en plus diverse dans ses origines et ses parcours.

Tout est à construire à Sainte-Kateri-Tekakwitha : les traditions, les habitudes et surtout une nouvelle communauté scolaire.

Pour Vicky Marcotte, qui en prend la direction, cette première rentrée concrétise un rêve : « C’était mon rêve, dans le milieu de l’éducation, de lancer une école. C’est un établissement que les gens attendaient, que les gens voulaient. »

Son principe tient en une phrase : « Faisons l’école pour les enfants, plutôt que de demander aux enfants de venir dans notre école. »

90 élèves et d’autres inscriptions en cours

Pour cette première rentrée, 90 élèves sont inscrits, dont 27 en maternelle-jardin. L’école accueille les enfants jusqu’à la 6e année et dispose d’une capacité de près de 300 places.

Un démarrage loin de la capacité maximale qui n’inquiète pas Vicky Marcotte. La directrice dit avoir déjà vu une autre école passer d’une centaine à environ 400 élèves en quatre ans. À Sainte-Kateri-Tekakwitha, une quarantaine de dossiers d’inscription sont actuellement en cours de traitement.

Vicky Marcotte prend la direction de la nouvelle École élémentaire catholique Sainte-Kateri-Tekakwitha après avoir notamment dirigé celles de Saint-Jean-Baptiste et Sainte-Famille. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le mouvement était encore visible le jour de la rentrée. Au cours de l’entrevue avec ONFR, la directrice a désigné deux parents présents au bureau pour procéder à des inscriptions, une situation fréquente, selon elle, durant la première semaine de classe.

L’établissement devient la quatrième école élémentaire de langue française du Conseil scolaire catholique MonAvenir à Mississauga. Plus de 16 000 élèves font cette année leur rentrée dans les 62 écoles du conseil. Le gouvernement ontarien a investi 21 millions de dollars dans la construction de la nouvelle école, selon la ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, présente sur place pour ce premier jour.

Une francophonie aux multiples visages

Les 90 premiers élèves ne viennent pas tous du même horizon. Certains fréquentaient déjà une école francophone de Mississauga, tandis que d’autres font leurs premiers pas dans le système de langue française. Plusieurs sont issus de l’immigration.

« La francophonie est partout », lance Mme Marcotte, qui évoque des élèves aux racines africaines, suisses, belges, libanaises, égyptiennes, françaises ou québécoises. Elle raconte aussi le parcours d’une famille originaire de Chine qui, depuis l’annonce de l’ouverture de l’école, suit des cours intensifs de français afin de rejoindre cette communauté scolaire.

La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Natalia Kusendova-Bashta, le député provincial de Mississauga-Erin Mills, Sheref Sabawy, et la directrice Vicky Marcotte (à droite) devant l’École élémentaire catholique Sainte-Kateri-Tekakwitha. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Une diversité également remarquée par Mme Kusendova-Bashta. « Je pense que le visage de notre francophonie ontarienne évolue constamment », observe la ministre, elle-même immigrante.

« Ce que nous avons en commun, c’est notre amour de la langue française et notre volonté d’éduquer nos enfants en français », résume-t-elle.

Le respect pour faire communauté

À cette diversité, l’école veut donner un socle commun, autour de la langue mais également des valeurs chrétiennes. La première que Mme Marcotte souhaite transmettre est le respect. « Ça s’applique à toutes les situations. Tu te respectes toi-même. Tu respectes les autres, peu importe qui tu rencontres dans l’école ou dans la rue. Tu respectes ton environnement. »

Elle y associe l’inclusion et l’entraide : « Nous devons être des modèles francophones et catholiques ici à l’école. »

Un choix partagé par Dominique Felesta, dont la fille fait son entrée en maternelle. Elle-même scolarisée en français, elle souhaite transmettre à son enfant la langue et sa foi. « Je veux qu’elle garde sa foi catholique. Ça donne de bonnes bases, de bonnes fondations », confie-t-elle.

Les élèves de maternelle font leur toute première entrée en classe à Sainte-Kateri-Tekakwitha. Parmi eux, la fille de Dominique Felesta. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le français à trois minutes de la maison

Pour cette mère, l’ouverture répond aussi à une réalité concrète : Sainte-Kateri-Tekakwitha se trouve à trois minutes de chez elle, contre une quinzaine de minutes pour l’autre école francophone qu’elle envisageait.

« C’est une école catholique et française, évidemment. Moi aussi, j’ai fait toute ma scolarité dans des écoles francophones, alors j’ai décidé de faire le même choix pour ma fille », raconte-t-elle.

La proximité du français commence même avant la maternelle. L’école comprend un service de garde francophone de 73 places, déjà à pleine capacité selon la directrice. « Maintenant, les parents peuvent inscrire leur enfant dès le départ dans une garderie francophone. Ils vont poursuivre ici, puis ensuite à l’École secondaire Sainte-Famille », souligne Vicky Marcotte, qui aurait elle-même aimé avoir accès à un tel service lorsque ses enfants étaient plus jeunes.

Une école qui s’adapte aux enfants

La philosophie de la directrice se traduit aussi dans les salles de classe. Elles proposent plusieurs types de tables et de sièges ajustables, des tapis et des coussins, permettant de travailler assis, debout, seul ou en groupe.

« Peu importe la façon dont tu as besoin d’apprendre, tant que tu apprends, c’est ça le but de l’école », résume Vicky Marcotte. Enfant, ses bulletins soulignaient régulièrement qu’elle avait « la bougeotte », une caractéristique qu’elle considère aujourd’hui comme une force.

Intégrée à la nouvelle école, la garderie francophone de 73 places comprend des espaces pour les poupons, les bambins et les enfants d’âge préscolaire. Déjà à pleine capacité pour cette rentrée, elle permet aux familles d’amorcer un parcours éducatif en français avant même l’entrée à la maternelle. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Chaque élève dispose également d’un Chromebook, même si la directrice insiste : le numérique n’est pas « l’outil principal ».

Cette rentrée coïncide justement avec l’entrée en vigueur du nouveau programme-cadre ontarien de maternelle-jardin. Ancienne enseignante en littératie, Vicky Marcotte apprécie particulièrement le renforcement des apprentissages fondamentaux en français et en mathématiques.

« Ça aide les enseignants, ça les oriente », explique-t-elle à propos du nouveau continuum d’apprentissage, qui doit permettre de mieux déterminer ce qu’un enfant doit maîtriser avant de passer à l’étape suivante.

D’élève à enseignante

Cette première rentrée marque aussi un commencement pour Chloé Wilton. Sainte-Kateri-Tekakwitha représente son premier poste permanent au sein de MonAvenir, un réseau qu’elle connaît depuis l’enfance : elle a fréquenté Ange-Gabriel puis Sainte-Famille.

Chloé Wilton effectue sa première rentrée comme enseignante permanente au sein de MonAvenir. Ancienne élève d’Ange-Gabriel et de Sainte-Famille, école également dirigée par le passé par Vicky Marcotte, elle retrouve aujourd’hui cette dernière pour participer aux débuts de Sainte-Kateri-Tekakwitha. Photo : Mickael Laviolle

L’ancienne élève veut désormais transmettre à son tour cet attachement à la langue. « J’ai toujours eu un grand amour pour la francophonie et j’essaie vraiment de transmettre cet amour aux élèves », explique-t-elle. Pour y parvenir, elle compte notamment utiliser la musique francophone actuelle et faire découvrir des athlètes ou artistes francophones issus du conseil.

Une façon de donner des modèles à cette première génération d’élèves qui commence désormais à écrire l’histoire d’une nouvelle communauté scolaire francophone à Mississauga.

Orthophonie : des familles francophones en quête de services

OTTAWA – À la fin de sa sixième année, Sophie avait un niveau de lecture correspondant à celui d’une élève de première année. Aujourd’hui âgée de 13 ans, l’adolescente atteinte de dyslexie sévère reçoit un soutien intensif au Consortium Centre Jules-Léger. Son parcours illustre les difficultés d’accès à l’orthophonie en français, un constat que partage Theresa Patenaude, orthophoniste bilingue à Ottawa.

« Il n’y a pas beaucoup d’orthophonistes francophones et, lorsqu’on en trouve, les services sont très dispendieux », raconte Tanya Lachapelle, la mère de Sophie.

« Quand Sophie a terminé sa sixième année, elle a été considérée comme analphabète, puisque son niveau de lecture correspondait à celui d’une élève de première année », poursuit-elle. Pour rattraper son retard, l’adolescente suivait au privé des séances de 45 minutes toutes les deux semaines. « J’ai des assurances, mais elles couvrent seulement 450 $. Après trois ou quatre séances, toute la couverture est déjà épuisée. C’est donc très coûteux, mais je n’avais pas le choix », confie sa mère.

Tanya Lachapelle, mère de Sophie, déplore le manque de services d’orthophonie en français et leur coût élevé dans le secteur privé. Photo : Amine Harmach/ONFR

Tanya Lachapelle affirme aussi avoir dû patienter sur une liste d’attente et multiplier les appels avant de trouver une professionnelle francophone avec laquelle sa fille se sentait en confiance.

Une liste d’attente trop longue

Theresa Patenaude confirme la forte demande pour les services en français, particulièrement dans le domaine de la lecture et de l’écriture.

« Ma liste d’attente était devenue si longue que j’ai dû la fermer. Cela me causait beaucoup de stress de savoir que tant de personnes attendaient », témoigne-t-elle.

Après avoir travaillé pendant huit ans dans un conseil scolaire anglophone, Theresa Patenaude a ouvert sa pratique privée en 2022.

« Au départ, je n’annonçais même pas que j’offrais des services en français. Lorsque j’ai mentionné une seule fois, dans un groupe professionnel, que j’offrais des services en français, le bouche-à-oreille s’est fait très rapidement. »

Lorsqu’elle a commencé à refuser des demandes, elle n’a trouvé que peu d’orthophonistes en littératie acceptant de nouveaux clients, particulièrement en français. 

Des services qui varient selon l’âge

L’organisation des services destinés aux enfants d’âge scolaire varie d’un conseil scolaire à l’autre, explique l’orthophoniste.

« Les services ne sont donc pas les mêmes partout. Ils dépendent des décisions du conseil scolaire et du nombre d’orthophonistes disponibles », résume Theresa Patenaude.

Tanya Lachapelle affirme que le conseil scolaire de sa fille ne comptait que deux ou trois orthophonistes et concentrait surtout ses interventions sur les élèves de première et de deuxième année.

Theresa Patenaude, orthophoniste bilingue à Ottawa. Photo : gracieuseté

« Plus les enfants avancent dans leur parcours scolaire, plus ils perdent l’accès aux services. Pourtant, en sixième année, un enfant ne devrait pas avoir un niveau de lecture de première année », soutient-elle.

Sophie fréquentait une école francophone catholique. Devant l’ampleur de son retard, sa mère s’inquiétait de la voir poursuivre ses études secondaires sans soutien supplémentaire. Selon elle, aucune classe adaptée au profil de sa fille ne lui avait été proposée au sein de son conseil scolaire.

« La seule possibilité présentée aurait été d’accueillir Sophie comme élève invitée dans une classe destinée aux enfants autistes, même si elle n’est pas autiste », explique sa mère.

La famille avait également demandé si Sophie pouvait intégrer une classe destinée aux nouveaux arrivants, où les élèves ne parlant pas français bénéficient de davantage de ressources pour rattraper leur retard. L’école avait refusé.

« Je me demandais alors comment expliquer qu’une enfant ayant toujours fréquenté le système francophone, mais considérée comme analphabète, ne puisse pas recevoir un soutien semblable à celui d’un nouvel arrivant ayant le même niveau de lecture », confie Tanya Lachapelle. Elle reconnaît que cette comparaison est « délicate et très politique », mais précise que cette réflexion venait de sa fille aînée, alors âgée d’environ 15 ans.

La pandémie aurait aussi aggravé les difficultés de Sophie, qui était en première année au début de la COVID-19. Sa mère estime que l’enseignement en ligne lui a fait perdre de nombreux acquis.

Le Consortium Centre Jules-Léger, un tournant

Sophie vient d’entreprendre sa deuxième année au Consortium Centre Jules-Léger. Des orthophonistes y sont présents chaque jour et les classes comptent au maximum huit élèves.

Les progrès ont été rapides. En une année, l’adolescente est passée d’un niveau de lecture de première année à celui de quatrième année.

« Elle n’a pas encore le niveau attendu en huitième année et ne peut pas lire un roman, mais elle est maintenant capable de lire des instructions et elle essaie davantage de lire », se réjouit sa mère.

Créer des ressources en français

Theresa Patenaude dit avoir elle-même éprouvé de la difficulté à trouver des ressources concrètes, structurées et complètes en français.

Selon elle, les écoles ne disposent pas nécessairement des outils requis pour accompagner les élèves francophones éprouvant des difficultés en littératie.

« Les parents ne savent alors pas toujours vers qui se tourner ou doivent utiliser des programmes en anglais, puisque les ressources y sont beaucoup plus nombreuses. »

L’orthophoniste a ainsi commencé à créer ses propres outils, dont une application appelée Super Secret Code, ou Code Super Secret en français. Offert gratuitement pendant sa phase pilote, ce programme bilingue s’adresse d’abord aux lecteurs débutants et aux enfants éprouvant d’importantes difficultés. 

Capture d’écran de l’application Code Super Secret. Photo : gracieuseté

Selon Theresa Patenaude, environ 120 personnes utilisent déjà l’application, offerte depuis le début du mois de juin seulement.

« Une application ne réglera donc pas tous les problèmes, mais c’est la contribution que je peux apporter dans un système complexe », conclut-elle.

Centre de planification des services de santé en français : des avancées encore difficiles à mesurer 

OTTAWA – Un an après le début de ses activités, le Centre de planification des services de santé en français de l’Ontario amorce l’élaboration de son premier plan stratégique provincial 2028-2031, qui sera lancé à l’automne 2027. À cet effet, un comité consultatif de 34 membres tiendra sa première rencontre le 9 septembre. Cette nouvelle étape survient alors que deux organismes ont obtenu une désignation en vertu de la Loi sur les services en français.

« Notre premier plan stratégique sera lancé à l’automne 2027 et s’étalera sur quatre ans. Nous avons choisi cette durée en raison de la nouveauté du Centre, de l’évolution rapide du système de santé et des améliorations nécessaires pour les services en français », explique Natalie Aubin, directrice générale du Centre.

Un comité de 34 membres

Le comité, dont le mandat s’étendra de septembre 2026 à septembre 2027, réunira des représentants des communautés francophones, du secteur de la santé, du milieu universitaire et de la recherche ainsi que des patients-partenaires provenant des six régions de planification.

« Nous avons mené un processus de recrutement transparent au cours des derniers mois. Les membres retenus proviennent de différents secteurs de la santé et représentent les six régions de planification de la province », indique Natalie Aubin.

Bien que les grandes orientations du plan restent à définir, certaines priorités se dessinent déjà, selon Mme Aubin, notamment les soins primaires, la santé mentale et les soins de longue durée.

« J’ai surtout hâte d’entendre la voix des francophones de partout dans la province. Nous devons nous assurer que le plan est ancré dans leurs besoins et leur réalité. Le Centre possède une expertise, mais il faut aussi donner aux communautés et aux fournisseurs de soins l’espace nécessaire pour participer au développement du plan et de nos priorités », souligne Natalie Aubin.

Elle résume la première année du Centre comme une période consacrée au développement et à la stabilisation de la nouvelle structure provinciale.

« Cette année sera celle de la mobilisation et d’une action plus soutenue axée sur les résultats. Le Centre est encore très jeune, mais j’ai confiance que des bases solides sont maintenant en place. »

Le Centre compte une trentaine d’employés répartis dans les six régions de planification de l’Ontario.

Natalie Aubin, directrice générale du Centre de planification des services de santé en français de l’Ontario. Photo : gracieuseté

« Le budget annuel du Centre est de 3,85 millions de dollars et demeure stable pour le moment. J’espère qu’il pourra croître un jour », fait remarquer Mme Aubin. 

Deux nouvelles désignations

L’appui offert par le centre aux fournisseurs dans les démarches de désignation a contribué à l’approbation de deux nouvelles désignations de service en Français.

Le Centre d’accueil Champlain, à Ottawa, a reçu une désignation complète pour les programmes relevant du ministère des Soins de longue durée. L’Hôpital régional de Pembroke a, pour sa part, obtenu une désignation partielle visant son service de radiologie au sein du département d’imagerie diagnostique.

Aussi depuis sa création, le Centre a pris part à plus d’une centaine de rencontres stratégiques, notamment avec le ministère de la Santé, le ministère des Affaires francophones, le ministère des Soins de longue durée et d’autres partenaires.

« Nous avons établi des relations de confiance solides qui serviront de base pour faire avancer la mission du Centre », affirme Mme Aubin.

Dans le cadre de ces échanges, le Centre dit avoir transmis, formellement ou informellement, des recommandations et des observations dans 11 dossiers jugés prioritaires au cours des 12 derniers mois.

La directrice générale donne comme exemple le développement d’un système centralisé d’accès aux soins. Selon elle, la variable linguistique permettant d’identifier les patients francophones n’avait pas été prévue au départ.

« Nous avons travaillé avec Santé Ontario pour nous assurer que la variable linguistique soit inscrite », affirme-t-elle.

Des résultats encore difficiles à mesurer

La directrice générale reconnaît néanmoins que les données permettant d’évaluer l’accès réel aux services de santé en français demeurent insuffisantes.

« La mesure, les données et leur disponibilité pour évaluer l’impact des services de santé en français demeurent une véritable problématique. Nous avons encore énormément de travail à faire », concède-t-elle.

Selon Natalie Aubin, les indicateurs de rendement linguistiques ne sont pas encore systématiquement intégrés aux différents secteurs du système de santé. Le Centre travaille avec Santé Ontario afin de rendre les résultats plus visibles et d’accroître la transparence, mais sa directrice générale qualifie ces pratiques d’encore « très embryonnaires ».

Une transition « trop rapide »

La création du Centre a entraîné la dissolution des six entités régionales de planification. Leur financement provincial, leur mandat et une grande partie de leurs effectifs ont été transférés à la nouvelle structure.

Jonathan Bussières, directeur général par intérim du Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario. Photo :

Jonathan Bussières, directeur général par intérim du Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario, estime que cette transition s’est déroulée dans un délai particulièrement serré.

« Les entités n’ont pas participé aux discussions et l’échéancier a été très court. L’annonce a été faite en juin 2025 et la transition devait être réalisée entre juin et septembre (2025). Dans ces conditions, ça ne pouvait pas être facile », témoigne-t-il.

Le Réseau du mieux-être, qui assumait auparavant un double mandat provincial et fédéral, comptait jusqu’à 12 employés. Il fonctionne maintenant avec l’équivalent de trois employés et demi après le transfert de la majorité de son personnel au Centre.

« Cela a un impact important sur notre organisme », reconnaît Jonathan Bussières.

« Après un an de travail avec nos collègues du Centre, je suis optimiste. Mais ce n’est pas un organisme seul qui changera les choses. Il faut la collaboration de plusieurs acteurs », souligne Jonathan Bussières.

« Trop tôt » pour juger

Normand Glaude, directeur général du Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario, juge lui aussi prématuré d’évaluer le Centre uniquement à partir des résultats déjà visibles.

Glaude Normand, président-directeur général du Réseau des services de santé en français de l’est de l’Ontario (RSSFE).

« Je pense que c’est trop tôt pour le dire, mais les signaux sont positifs. Il semble y avoir une meilleure conversation entre le Centre et le ministère dans plusieurs domaines, ce qui me laisse croire que cette nouvelle formule pourrait porter de bons fruits », soutient-il.

Et de conclure : « Il y a un espoir renouvelé d’avoir un dialogue constructif avec la province. Les résultats ne sont peut-être pas encore visibles, mais l’énergie est revenue. »

Estelle Chen, une vision humaine de la tech

[LA RENCONTRE D’ONFR]

TORONTO – Arrivée au Canada dans un premier temps pour étudier l’économie à HEC Montréal, Estelle Chen s’est finalement imposée comme l’une des figures de la tech francophone à Toronto. Cofondatrice et présidente de French Tech Toronto, elle a bâti des passerelles entre la France et le Canada, mais aussi entre la finance, la technologie et différentes cultures. Pianiste, cadre dans le secteur bancaire et engagée dans la communauté francophone, elle revient pour ONFR sur un parcours guidé par une conviction : les rencontres humaines peuvent faire naître les plus grandes opportunités.

« Vous avez grandi entre la France et la Chine avant de venir au Canada. À quoi ressemblait la jeune Estelle?

La jeune Estelle ne connaissait absolument rien à la tech. J’étais avant tout une artiste, une pianiste. J’ai commencé le piano à quatre ans avec un rêve : jouer mon premier concerto avant mes 15 ans. J’ai joué le premier concerto de Chopin à l’âge de 12 ans, puis, quelques années plus tard, le deuxième de Rachmaninov. C’était mon rêve, et je suis allée jusqu’au bout. J’ai également remporté, plusieurs années d’affilée, le Grand Concours International de Piano, qui se tient chaque année en France.

J’ai assez rapidement compris que je n’en ferais probablement pas une carrière, mais la musique est devenue une force. Elle m’a donné une certaine sensibilité, une capacité à lire une salle et à comprendre les gens qui m’accompagne encore aujourd’hui.

Bien avant la tech, le piano a été la première passion d’Estelle Chen. Photo : gracieuseté

Bien avant la tech, le piano a été la première passion d’Estelle Chen. Photo : gracieuseté

Bien avant la tech, le piano a été la première passion d’Estelle Chen. Photo : gracieuseté

Bien avant la tech, le piano a été la première passion d’Estelle Chen. Photo : gracieuseté

Vous êtes arrivée au Canada sans véritable plan de carrière. Comment vous êtes-vous construit une place?

À l’époque, je voulais étudier l’économie. Après une première année de classe préparatoire en France, j’ai eu l’occasion de rejoindre HEC Montréal. Un ami de ma mère m’avait parlé de cette possibilité et de l’aventure nord-américaine. Je me suis dit : pourquoi pas?

Je suis donc arrivée à Montréal en décembre 2008, sans savoir exactement où cette aventure allait me mener. J’ai très vite compris l’importance du réseau et je me suis impliquée comme bénévole, notamment comme pianiste lors d’événements caritatifs.

A la fin de mes études, je partais pratiquement de zéro : j’ai donné des cours de chinois et de piano, travaillé dans un restaurant quatre étoiles et couru après les chasseurs de tête pour obtenir ma première chance. Quand ta valise est encore légère, tu commences avec ce que tu as et tu construis la suite.

Comment la technologie est-elle finalement entrée dans votre parcours?

J’ai finalement mis le pied dans la porte, puis travaillé en finance. En 2016, j’ai rejoint une entreprise de technologies propres qui transforme des déchets non recyclables en biocarburant. C’est là que la tech est entrée dans ma vie.

J’ai commencé à faire le pont entre la finance et la technologie. Avec le recul, c’est devenu le fil conducteur de ma carrière : travailler à l’intersection de mondes qui ne parlent pas toujours le même langage.

Votre parcours est marqué par plusieurs cultures. En quoi cette diversité est-elle devenue une force?

Je suis née à Paris de parents chinois et, à huit mois à peine, je suis partie vivre en Chine. Mes parents tenaient à ce que je grandisse immergée dans la culture chinoise, que j’en parle la langue, tout en grandissant dans le système français. J’ai donc grandi entre ces deux univers et été scolarisée au Lycée Français de Pékin.

Aujourd’hui, je me sens plutôt franco-canadienne. Être à cheval entre plusieurs cultures m’a appris à naviguer entre elles et à faire le lien entre des personnes et des univers qui ne se comprennent pas toujours spontanément. C’est très utile lorsque j’accompagne, par exemple, des entreprises françaises qui arrivent au Canada.

À Toronto, cette dimension a pris encore plus de sens. Je suis venue pour une carrière, mais j’y ai découvert une communauté française et francophone où les gens s’entraident énormément. C’est aussi comme cela que je me suis retrouvée dans l’aventure de La French Tech Toronto.

Estelle Chen lors du cinquième sommet de French Tech Toronto, en mai 2026, son dernier à la tête de la communauté qu’elle a contribué à bâtir. Photo : Mickael Laviolle

Comment est née La French Tech Toronto et comment expliquez-vous son développement?

Je suis arrivée à Toronto en 2019 pour mon travail et je ne connaissais presque personne. Je me suis rapprochée de la communauté francophone et j’ai rejoint le groupe qui travaillait à l’obtention du label French Tech. Nous l’avons obtenu en mai 2020.

Nous savions qu’une communauté ne se construit pas avec de grands événements du jour au lendemain. Elle se construit dans la durée, rencontre après rencontre, de bouche-à-oreille et surtout par la confiance.

Au départ, nous avions très peu de moyens. Mais nous avions une conviction claire : : faire le pont entre les écosystèmes français et canadiens, mettre les bonnes personnes autour de la même table et accompagner les entreprises qui veulent traverser l’Atlantique.  C’est comme cela que la communauté s’est construite, petit à petit.

À quel moment avez-vous senti que cette communauté avait véritablement pris son envol?

En 2022, notre sommet a accueilli environ 350 personnes, puis plus de 500 l’année suivante. Mais je ne pense pas que la réussite d’une communauté se mesure à sa taille.

Elle se mesure aux opportunités qui naissent après les rencontres : quelqu’un qui trouve un client, un partenaire, un investisseur ou une personne avec qui travailler. C’est cela, pour moi, notre véritable impact.

Quel regard portez-vous sur la place des femmes dans l’innovation?

Nous avons besoin de plus de femmes dans l’innovation parce que nous avons besoin de davantage de perspectives autour de la table. Et la question n’est pas seulement de les faire entrer dans la tech : il faut aussi qu’elles y restent, qu’elles progressent et qu’elles puissent accéder aux postes où les décisions sont prises.

La parité fait partie de l’ADN de French Tech Toronto. En 2023, avec la CCI Française au Canada et La French Tech Grand Paris, nous avons aussi lancé Abeona Network, une initiative née d’une réflexion sur les moyens d’attirer davantage de femmes dans les STIM, notamment grâce au travail d’Anne-Sophie Moroni. Il y a encore énormément à faire.

Décrite par ses proches et collaborateurs comme une dirigeante déterminée, rassembleuse et capable d’entraîner les autres dans ses projets, Estelle Chen a progressivement imposé son style de leadership dans l’écosystème technologique torontois.. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Vous dites que « le leadership n’a pas de genre ». Comment définissez-vous cette diversité?

La diversité, ce sont aussi les générations, les métiers et les différentes manières de penser. C’est une richesse de perspectives.

J’ai eu la chance de rencontrer des mentors qui ont vu quelque chose en moi avant même que je ne le voie. C’est aussi ça, le leadership : reconnaître le potentiel chez les autres et leur donner l’espace pour le révéler.

Un mentor te guide, mais un sponsor est aussi important : il parle de toi lorsque tu n’es pas dans la salle.

Vous sentez-vous aujourd’hui comme un modèle pour d’autres femmes?

Un modèle, c’est un grand mot. Je dirais plutôt une source d’ inspiration.

Si je peux aider plus de femmes à rejoindre la tech, je veux montrer qu’il est possible de réussir sans avoir à choisir entre ambition et authenticité, de rester soi-même tout en prenant sa place. Je me vois surtout comme une leader qui continue d’apprendre, et qui essaie à son tour d’ouvrir des portes pour les autres.

Pourquoi considérez-vous la francophonie comme un avantage économique?

Le français est une force parce qu’il fait partie de notre identité. Il nous rassemble. Pendant longtemps, on l’a présenté essentiellement comme un héritage culturel. Je siège d’ailleurs au conseil d’administration de l’Alliance française de Toronto parce que je crois profondément à la capacité de la langue et de la culture à créer des liens entre les communautés.

Mais aujourd’hui, il faut aussi considérer le français comme un véritable levier économique.

Parler français m’a permis de naviguer entre plusieurs réseaux, plusieurs marchés et plusieurs cultures d’affaires. En Ontario, nous accueillons des entreprises francophones et nous les aidons aussi à comprendre la façon de faire des affaires ici. À l’heure où les entreprises cherchent à diversifier leurs marchés et leurs chaînes de valeur, cette capacité à comprendre les marchés et à créer de la confiance devient un véritable avantage concurrentiel.

La France et l’Ontario ont beaucoup plus en commun qu’on ne le pense, notamment dans l’intelligence artificielle, les technologies propres, les sciences de la vie ou l’innovation industrielle. Il existe déjà des écosystèmes très complémentaires : l’enjeu est de mieux les connecter.

Parler plusieurs langues et comprendre plusieurs cultures est une force économique à long terme. Moi, je vois la francophonie comme la plateforme du futur.

Le 6 mai 2026, Estelle Chen a reçu à Toronto les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite des mains de Michel Miraillet, ambassadeur de France au Canada. Photo : gracieuseté

Vous avez été faite chevalier de l’Ordre national du Mérite. Que représente cette reconnaissance pour vous?

Pour moi, c’est avant tout un signe de confiance que je reçois avec beaucoup d’humilité. Ce parcours n’a jamais été bâti seule. Il y a des personnes importantes qui ont joué un rôle déterminant dans ce chemin.

Je suis très fière de pouvoir célébrer cette reconnaissance avec les personnes qui ont construit cette aventure avec moi. Mes réussites ne sont jamais seulement les miennes : elles sont le fruit d’une équipe.

Le leadership, pour moi, c’est  avoir une vision claire, savoir la porter, mais aussi rester suffisamment ouvert pour la faire évoluer au contact des autres. C’est créer les conditions pour qu’une équipe puisse donner le meilleur d’elle-même, dans un climat de confiance, d’exigence et de respect mutuel. Autour de moi, il y a des personnes que j’admire profondément, qui m’ont challengée, fait grandir et dont je continue à apprendre

Cette médaille est aussi un encouragement à continuer de servir la communauté et le collectif, à donner plutôt que prendre. C’est cette reconnaissance-là que je veux garder avec moi.

Vous allez quitter la présidence de La French Tech Toronto. Qu’est-ce qui vous attend?

Je pense que je vais prendre une pause.  Moi et les pauses, ça fait deux, mais j’ai besoin de prendre ce temps pour réfléchir, prendre du recul, regarder tout ce qui s’est passé et faire une vraie rétrospective avant de penser à la suite.

Mentalement, il m’a fallu presque un an pour arriver à cette transition. Et je crois profondément qu’il faut savoir bâtir quelque chose de suffisamment solide pour durer dans le temps et continuer sans soi. Si j’y arrive, j’aurai réussi mon pari.

Pour vous, savoir partir fait donc aussi partie du rôle d’un leader?

Je ne vois pas du tout ce départ comme une fin mais comme un passage de relais, fait avec confiance.

Je pense qu’un leader ne doit jamais devenir indispensable. Ce serait même au péril de l’organisation. Son rôle est au contraire de créer les conditions pour que d’autres puissent prendre la relève, réussir à leur tour et même faire encore mieux.

Ces six années ont été remplies de défis, de réussites, d’apprentissages et surtout de rencontres. Nous avons construit cette communauté avec le cœur. Maintenant, il faut savoir laisser la place à ceux qui écriront la suite. »


LES DATES CLÉS D’ESTELLE CHEN :

2008 : Arrivée au Canada pour étudier à HEC Montréal

2016 : Premiers pas dans la tech au sein d’une entreprise de technologies propres

2019 : Installation à Toronto et rapprochement avec la communauté francophone

2020 : Obtention du label French Tech Toronto

2022 : Premier grand sommet post-pandémie de French Tech Toronto, avec environ 350 participants

2023 : Lancement d’Abeona Network, consacré notamment à la place des femmes dans les STIM

2026 : Cinquième et dernier sommet à la tête de French Tech Toronto

2026 : Nommée chevalier de l’Ordre national du Mérite

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Vers un nouveau combat juridique pour l’accès à l’éducation en français au Canada

Jugeant que les élèves francophones bénéficient d’une éducation inférieure à celle des anglophones, un parent franco-manitobain veut amener le gouvernement provincial devant les tribunaux afin d’assurer une « égalité réelle » dans le système d’éducation. Ce combat judiciaire pourrait s’ajouter aux nombreux autres menés au cours des dernières années à travers le pays par des parents et des conseils scolaires francophones.

Le Franco-Manitobain Stéphane Allard estime que la « décision déchirante » à laquelle il fait face avec son épouse et ses enfants, qui s’approchent de l’âge d’entrer au secondaire, se résume à une injustice à laquelle sont confrontés de nombreux francophones hors Québec.

« C’est une situation impossible où il faut choisir entre le fait français — qui est au cœur de l’identité de nos enfants et de notre famille — et le choix d’offrir la meilleure éducation possible en faisant abstraction de la langue. Aucun parent au Canada ne devrait être confronté à ce dilemme », déplore-t-il.

À Winnipeg, où il réside, inscrire ses enfants dans le réseau anglophone donne accès à une offre plus variée, argumente-t-il : de meilleures infrastructures, notamment des espaces plus vastes, des options de programmes sportifs ainsi qu’un choix de cours plus diversifié. En comparaison, il estime que l’offre scolaire locale proposée par la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM) demeure « inférieure », soulignant que le secteur sud-ouest de la ville où il habite est un « véritable désert d’écoles francophones ».

« En comparaison, notre situation actuelle implique un trajet en autobus d’environ 1 h 30 pour nous rendre à l’école de la DSFM. L’école francophone actuelle de mes enfants est pleine à craquer, alors que les écoles anglophones de quartier sont beaucoup moins remplies », relève le père de famille.

« Si on fait abstraction du fait français, le choix responsable serait d’envoyer nos enfants à l’école secondaire Kelvin, située à deux blocs de chez nous, à cinq minutes de marche. Sa programmation est nettement supérieure à celle proposée au Collège Louis-Riel (l’école secondaire francophone locale) », ajoute-t-il.

Stéphane Allard est parent de trois enfants, dont deux au primaire, qui fréquentent tous le système de langue française. Photo : gracieuseté

Prêt pour un long combat juridique

Ce dernier a écrit plusieurs lettres ouvertes dans le journal La Liberté en plus d’envoyer des missives au ministère de l’Éducation du Manitoba au cours de la dernière année pour dénoncer la situation. Estimant que la situation est inconstitutionnelle, il veut poursuivre le gouvernement provincial devant la justice et prépare une mise en demeure qui sera envoyée prochainement. Il a notamment obtenu 20 000 $ du Programme de contestation judiciaire à Ottawa pour entamer ses démarches.

« Mon intention est d’aller devant les tribunaux », tranche-t-il.

Il rappelle que seulement 26 % des élèves admissibles à une éducation en français dans la province fréquentaient une école de la langue de Molière, selon les données du Recensement de 2021 de Statistique Canada. Il dit aussi avoir calculé que près d’un élève sur huit décide de quitter le système francophone à partir de la 8e année pour se diriger vers la langue de Shakespeare.

« Arrivés en 8e année, les parents et les élèves magasinent les options et constatent que l’offre est meilleure dans les autres divisions scolaires. Ils quittent la seule division francophone ayant le mandat de transmission linguistique et culturelle pour rejoindre d’autres réseaux », remarque-t-il.

Au moment d’écrire ces lignes, le gouvernement manitobain n’avait pas répondu à nos questions concernant les affirmations de M. Allard.

Ce dernier estime que pour atteindre un taux de fréquentation de 50 à 60 % des enfants admissibles à l’éducation en français, il faudrait probablement doubler le nombre d’écoles francophones au Manitoba. C’est la Division scolaire franco-manitobaine qui assure l’éducation en langue française aux quatre coins de la province.

Mais Stéphane Allard sait pertinemment que cela pourrait être le début d’un combat de longue haleine.

Le plus récent exemple s’est déroulé en Colombie-Britannique, où une cause engagée en 2010 concernant l’école Rose-des-Vents a permis d’obtenir deux victoires en Cour suprême : en 2015, pour établir le droit à une « équivalence réelle » des installations scolaires, et en 2020, pour forcer la province à appliquer ce principe et à financer la construction d’écoles francophones à la grandeur du territoire. C’est sur la base de ce principe d’égalité réelle que M. Allard veut entamer le combat dans cette province de l’Ouest canadien.

« Les gains potentiels peuvent être phénoménaux. Dans le cas de la Colombie-Britannique, la victoire judiciaire a représenté plus de 400 millions de dollars d’investissements du gouvernement provincial dans le réseau scolaire francophone. Même si c’est un combat de longue haleine, les résultats en valent la peine pour la DSFM et pour le système d’éducation en français », juge-t-il.

D’autres victoires pour l’éducation en français étalées sur plusieurs années

  • Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest c. Territoires du Nord-Ouest (2018-2023) : victoire en Cour suprême pour la commission scolaire francophone concernant l’admissibilité des ayants droit.
  • L’arrêt Arsenault-Cameron c. Île-du-Prince-Édouard (1995-2000)  : victoire en Cour suprême de parents francophones confirmant le droit à une école francophone locale.

Élections partielles : Statu quo à Queen’s Park

Les résultats non officiels sont tombés pour les trois dernières élections partielles ontariennes. Aucun changement de couleur politique pour les trois circonscriptions en jeu : le NPD conserve Scarborough-Sud-Ouest, et Hamilton-Est—Stoney Creek et York-Simcoe restent des sièges progressistes-conservateurs.

Selon les résultats non officiels publiés par Élections Ontario, les partis restent campés sur leurs acquis.

Le Parti progressiste-conservateur (PPC) repasse donc à 79 sièges et le Nouveau Parti démocratique (NPD) à 27 sièges. Pas de changement pour le Parti libéral, qui demeure à 14 sièges, ni pour le Parti vert avec 2 sièges.

La néo-démocrate Fatima Shaban dans Scarborough-Sud-Ouest

C’est une élection réussie pour le NPD qui garde la main sur Scarborough-Sud-Ouest. La militante communautaire Fatima Shaban, qui succède à Dolly Begum, a cumulé 40,47 % des voix. Avec 30,30 %, le chef d’entreprise libéral Ahsanul Hafiz se hisse en seconde position, devant le candidat du PPC et médecin de famille Noor Tarun (23,37 %), et le candidat du Parti vert, l’urbaniste Mark Bekkering (3,38 %).

Résultats transmis par les bureaux de vote pour Scarborough-Sud-Ouest. Source : Élections Ontario

Native de la circonscription, Fatima Shaban travaille dans le secteur à but non lucratif (audit de successions) et siège comme trésorière du conseil d’école local. Candidate de terrain ancrée dans les enjeux du quotidien, elle compte parmi ses dossiers phares un meilleur financement en l’éducation ou encore la défense de droits des locataires.

« Scarborough a envoyé un message fort à Doug Ford ce soir : nous sommes prêts pour le changement, s’est exprimée la nouvelle députée. Pour des épiceries moins chères, des logements abordables, de meilleurs soins de santé et une meilleure éducation pour nos enfants. La victoire ce soir est la première étape vers la construction de la communauté que nous méritons tous. »

« La victoire de ce soir est la première d’une longue série pour Scarborough. Ces citoyens méritent bien mieux que ce que Doug Ford leur offre depuis huit ans. Fatima et les néo-démocrates de l’Ontario sont prêts à aller le chercher. Nous ne faisons que commencer », a déclaré Marit Stiles, la cheffe du NPD.

Le progressiste-conservateur Jeff Beattie dans Hamilton-Est—Stoney Creek

C’est le conseiller municipal Jeff Beattie du PPC qui l’a emporté avec 38,87 % des voix, devant l’ancienne députée néo-démocrate de Hamilton Mountain, Monique Taylor, qui a cumulé 32,90 %. À la troisième place, le libéral Heino Doessing, ancien conseiller municipal, a obtenu 23,45 % des voix, loin devant la candidate du Parti vert, la francophone Pascale Marchand, adjointe à la Ville de Hamilton avec 2,66 %.

Résultats transmis par les bureaux de vote pour Hamilton-Est—Stoney Creek. Source : Élections Ontario

Conseiller municipal du quartier 10 de Hamilton, propriétaire de son entreprise familiale, ancien conseiller scolaire et vice-président du Hamilton-Wentworth District School Board, Jeff Beattie est un résident de Winona depuis des générations et une de ses figures communautaires. Il a fait de ses priorités l’amélioration des infrastructures locales (routes, transports, parcs), sécurité publique, gestion responsable des fonds publics et soutien aux familles de la région.

La candidate progressiste-conservatrice Susan Lahey pour York-Simcoe

Candidate désignée par Doug Ford pour succéder à Caroline Mulroney, Susan Lahey, a raflé une large majorité des voix avec 49,81 %, devant la candidate libérale et conseillère régionale Naomi Davison, obtenant tout de même 38,76 %, devançant nettement le candidat néo-démocrate, Bobby Nikmard (4,22 %), un travailleur en éducation, et du candidat Vert, Matt Pearce (2,78 %), militant écologiste issu du secteur automobile.

Résultats transmis par les bureaux de vote pour York-Simcoe. Source : Élections Ontario

Conseillère municipale d’East Gwillimbury, entrepreneure et présidente de la firme d’évaluation Eastern Art Consultants Inc., Susan Lahey est une résidente de longue date de York-Simcoe. Elle a fait campagne autour du développement responsable des infrastructures locales (route de contournement de Bradford, élargissement de l’autoroute 400), du soutien aux PME, ou encore de l’amélioration des services de santé régionaux.

« Félicitations aux nouveaux membres de notre équipe du PC de l’Ontario, Susan Lahey et à Jeff Beattie. Les électeurs ont appuyé une équipe qui tiendra tête aux tarifs, protégera nos travailleurs et investira dans les services et l’infrastructure dont les familles ontariennes ont besoin », a publié le premier ministre Doug Ford dans la soirée, sur son compte X.

Sécurité routière dans le Nord : Carney presse l’Ontario d’en faire une priorité

Le premier ministre Mark Carney se dit prêt à travailler avec l’Ontario pour contrer le fléau des nombreux accidents mortels qui surviennent sur les routes du Nord de la province, comme les routes 11 et 17 de la Transcanadienne. Il invite toutefois son homologue ontarien, Doug Ford, à en faire une priorité provinciale.

« Nous devons travailler avec la province. Cela doit être une priorité pour la province tout comme pour le gouvernement fédéral », a répondu M. Carney, à Thunder Bay jeudi, lors d’une conférence de presse où il était questionné sur les intentions d’Ottawa concernant l’élargissement et la sécurité des autoroutes.

Il était de passage dans cette ville du Nord-Ouest ontarien pour annoncer un investissement gouvernemental de 4,7 milliards de dollars afin que VIA Rail puisse acquérir et entretenir 313 nouvelles voitures-voyageurs d’Alstom Canada, lesquelles seront notamment fabriquées à son usine de Thunder Bay.

Depuis plus d’un an, les municipalités et les acteurs communautaires réclament du gouvernement provincial qu’il en fasse plus pour sécuriser les tronçons routiers dans le Nord de la province, particulièrement en hiver. De nombreuses collisions mortelles surviennent sur les routes 11 et 17, des axes hautement dangereux. Ces accidents entraînent souvent la fermeture prolongée de ces voies pendant de nombreuses heures, isolant ainsi plusieurs communautés.

Le premier ministre n’a pas caché qu’il s’agissait de « problèmes structurels » qui « dure depuis bien trop longtemps », mais il assure qu’il s’agit d’un enjeu important aux yeux du gouvernement fédéral.

« Je vais soulever ce point avec le premier ministre (Doug Ford). Nous avons beaucoup de travail à faire ensemble. Nous pouvons accomplir beaucoup de choses ensemble. Mais cela doit être une priorité pour la province de l’Ontario », a commenté Mark Carney.

Le manque d’aires de repos ou la présence de conducteurs de poids lourds peu expérimentés comptent parmi les facteurs soulevés par les intervenants municipaux.

En mars, le gouvernement Ford avait annoncé des mesures pour rendre plus sécuritaires les routes 11 et 17, prévoyant notamment une présence accrue des forces de l’ordre dans le Nord. De plus, des campagnes ciblées de vérification des poids lourds et de leurs conducteurs seront menées le long de ce corridor. Le plan prévoit également la réfection d’aires de repos dans le Nord ontarien ainsi que l’aménagement d’un centre de services à Matheson. Une aire de repos pour véhicules lourds devrait notamment voir le jour en 2027 sur la route 11, à Opasatika.

Ces mesures ont toutefois été qualifiées d’insuffisantes par des élus locaux, qui déplorent qu’elles ne prévoient ni l’élargissement des voies ni l’ajout de voies de contournement. À Ottawa, un député conservateur, Gaétan Malette, réclame que le gouvernement fédéral désigne la route 11 comme un projet d’intérêt national afin d’en accélérer l’élargissement.

Ottawa : le Monument de la francophonie de la rue Donald déménage au CCJL

OTTAWA – Après trois ans d’absence, le Monument de la francophonie autrefois installé au 435, rue Donald sera réinstallé au Consortium Centre Jules-Léger (CCJL), au 281, avenue Lanark. Une cérémonie de passation et de lever du drapeau soulignera cette relocalisation le 24 septembre.

Ce déménagement fait suite à la vente de l’édifice de la rue Donald, qui appartenait au Centre franco. Le CCJL indique avoir entrepris les travaux nécessaires après être devenu officiellement propriétaire de l’édifice qu’il occupe, le mois dernier.

« Le Monument de la francophonie constitue un symbole fort de notre identité collective. Nous sommes heureux de collaborer avec le Consortium Centre Jules-Léger afin qu’il continue d’inspirer les générations actuelles et futures et de rappeler l’importance de notre héritage culturel et linguistique », affirme Claude Deschamps, directeur général du Centre franco.

Le directeur de l’éducation du CCJL, Jean-François Boulanger, estime pour sa part que cette relocalisation traduit la volonté des deux organismes de préserver les symboles de la francophonie ontarienne.

« Le Consortium Centre Jules-Léger est honoré d’accueillir le Monument de la francophonie. Ce geste reflète la volonté commune de nos organismes de préserver les symboles qui nous unissent et de contribuer activement au rayonnement de la francophonie ontarienne », déclare-t-il.

Le monument avait été inauguré en 2007, notamment en présence de Gisèle Lalonde. Depuis le 25 septembre 2006, 18 Monuments de la francophonie ont été érigés dans différentes villes de l’Ontario. Ils visent à rappeler l’histoire, la vitalité et la résilience de la communauté francophone de la province.

La cérémonie du 24 septembre réunira notamment des partenaires, des membres de la communauté et des représentants du milieu de l’éducation.

Le choix du CCJL comme nouveau site remonte toutefois à plus de trois ans. En mai 2023, le monument avait été démantelé après la vente, en novembre 2022, de l’ancien édifice du Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques (CFORP). Le comité des Monuments de la francophonie avait alors choisi le CCJL afin que ce symbole demeure sur le site d’un organisme francophone. Le démantèlement avait suscité de l’incompréhension et de la déception chez certains membres de la communauté.

Beamsville : Harald entre défis et opportunités du vin d’ici

Dans cet épisode, Harald Thiel, fondateur du vignoble bio Hidden Bench à Beamsville, analyse un moment charnière pour la viticulture d’ici. Alors que les habitudes de consommation évoluent et que les vins américains ont quitté les tablettes canadiennes en raison des tensions tarifaires, le vigneron aborde les opportunités pour les produits locaux, mais aussi les contraintes persistantes du commerce interprovincial au pays.

Ancien entrepreneur devenu artisan de la terre après un virage de vie marquant, Harald se livre sur la réalité de son domaine en plein changement climatique. Il partage sa vision d’une agriculture durable et plaide pour que les Canadiens consomment les vins d’ici avec fierté. Un entretien éclairant sur les enjeux commerciaux et politiques qui touchent notre terroir, sur la transmission et sur la passion d’élaborer des vins sans compromis.

Fournitures scolaires : accusé de surfacturer les enseignants, Staples s’engage à rectifier le tir

TORONTO – Choisi par le gouvernement pour équiper les enseignants en fournitures scolaires, le géant américain Staples, qui a été accusé de surfacturer les enseignants via la nouvelle plateforme, s’est engagé à égaliser ses prix. Une controverse qui ravive la polémique sur le choix du fournisseur, décrié par l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) et l’opposition officielle.

Depuis le 1er septembre, les enseignants de l’élémentaire ont accès à une enveloppe de 750 dollars annuelle pour équiper leur salle de classe avec les essentiels du quotidien comme les fournitures de bureau, papier, matériel d’art plastique, etc. C’est Staples qui a été choisi par le gouvernement Ford suite à l’appel d’offres lancé.

Or, des enseignants de l’Ontario qui se sont connectés au nouveau portail gouvernemental pour les fournitures scolaires ont rapporté que certains produits étaient moins chers sur le catalogue grand public de l’enseigne.

Dans une déclaration, Staples s’est défendu, assurant que les prix des 200 articles, identifiés par un symbole vert sur le portail du Fonds pour les fournitures scolaires à l’adresse eway.ca, sont les plus bas offerts chez Staples.

« L’entreprise s’engage à veiller à ce que ces articles complémentaires soient vendus à un prix égal ou inférieur à celui affiché en magasin ou en ligne chez Staples. »

« Si un enseignant trouve un produit plus cher sur le portail qu’en magasin ou sur le site de Staples, une ligne téléphonique dédiée a été mise en place pour rectifier l’écart. Les enseignants sont invités à composer le 1-866-839-9901, et Staples s’assurera d’égaler le prix », a promis le géant de la bureautique.

Le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, avait assuré la veille en conférence de presse à Hamilton que les 200 produits les plus courants sélectionnés pour les salles de classe étaient les moins chers du marché, avant de concéder que le système ne peut pas être parfait dès le premier jour, tout en assurant que cela va s’améliorer.

Un choix discutable pour les syndicats et l’opposition officielle

Plusieurs syndicats ont critiqué le recours à une firme américaine en plein contexte de tensions commerciales, et de la hausse des prix par rapport aux anciens portails des conseils scolaires.

« C’est préoccupant, particulièrement dans le cadre d’un programme qui se veut justement avantageux pour les écoles, le personnel enseignant et les élèves », a commenté Gabrielle Lemieux, la présidente de l’AEFO.

Elle ajoute qu’elle aurait préféré que le gouvernement fasse le choix d’un fournisseur local plutôt que d’une entreprise détenue par des intérêts américains.

« Staples a depuis indiqué que ces écarts seraient corrigés et qu’elle ajusterait les prix pour s’aligner sur les prix plus bas offerts sur son site ou en magasin (…) Nous allons néanmoins suivre la situation de près afin de voir si les correctifs annoncés se traduisent réellement par des prix concurrentiels pour celles et ceux qui feront des achats dans le cadre de ce programme », s’engage Mme Lemieux. 

La porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière d’Éducation, Chandra Pasma (Ottawa-Ouest—Nepean), réclame que le gouvernement annule son entente relative aux fournitures scolaires conclue avec Staples.

« C’était un mauvais accord dès le départ, a-t-elle déclaré. Forcer les enseignants et le personnel de l’éducation de l’Ontario à dépendre d’une seule entreprise américaine pour leurs fournitures scolaires n’a jamais eu de sens. Découvrir que Staples leur facturait des montants plus élevés sur le portail provincial serait difficile à croire si cela ne ressemblait pas autant à la façon de faire du gouvernement Ford. »

Elle estime que le gouvernement provincial doit prendre au sérieux son propre mandat d’achat local, et demande davantage de financement pour le secteur de l’Éducation. « Mieux encore : investissez réellement dans nos salles de classe pour que les enseignants et le personnel éducatif n’aient pas à se démener pour acheter eux-mêmes leurs fournitures. »

Soccer : Jonathan David, l’Atlético de Madrid pour rebondir

Après une saison 2025-2026 compliquée à la Juventus de Turin, Jonathan David veut prendre un nouveau départ. L’attaquant canadien a été officiellement présenté ce mercredi 2 septembre comme nouveau joueur de l’Atlético de Madrid. Il arrive au club en prêt avec une option d’achat.

L’Ottavien de 26 ans ne cache pas que son passage en Italie n’a pas répondu à ses attentes. Arrivé à la Juventus après une dernière saison à 25 buts toutes compétitions confondues avec Lille, Jonathan David n’a inscrit que six buts en 35 matchs de Serie A, dont seulement 20 comme titulaire. Il a ajouté deux buts en neuf rencontres de la Ligue des champions. 

« Mon passage à la Juventus n’a pas été le plus facile. Cela ne s’est pas passé comme je l’espérais, mais maintenant je suis prêt pour un nouveau défi », a-t-il reconnu lors de sa présentation.

L’Espagne lui offre ainsi l’occasion de retrouver le rendement qui avait fait sa réputation à Lille. David estime d’ailleurs que le championnat espagnol pourrait davantage correspondre à son jeu.

« Je pense que ce championnat correspond très bien à mes qualités. J’ai évidemment beaucoup de potentiel offensif. Toutes les équipes (de cette ligue) veulent pratiquer un beau football. Je pense que tout cela me correspond très bien. »

Un premier contact avec Simeone et ses coéquipiers

À peine arrivé à Madrid, le Canadien a déjà participé à son premier entraînement et a rencontré Diego Simeone son nouvel entraîneur, ses nouveaux coéquipiers et le personnel technique.

« Aujourd’hui, c’était mon premier jour et ça a été une très bonne journée. Tout le monde m’a très bien accueilli », a-t-il confié. 

L’Atlético ne lui est pas totalement inconnu. David a déjà affronté le club madrilène en Ligue des champions lorsqu’il évoluait à Lille.

Il devra maintenant se faire une place dans un secteur offensif particulièrement relevé, notamment aux côtés de Julián Álvarez et Alexander Sørloth.

« Bien sûr, ce ne sera pas facile. Dans toutes les grandes équipes, il y a toujours beaucoup de concurrence. Tous les joueurs ont énormément de qualités. Ce que je peux faire, c’est montrer de bonnes performances aux entraîneurs, puis ce sera à l’entraîneur de prendre ses décisions. »

David assure en tout cas être immédiatement disponible. Après avoir effectué toute sa préparation avec la Juventus et encore joué avec le club italien la semaine précédente, il s’est dit prêt physiquement à entrer dans les plans de Simeone.

Des buts attendus à Madrid

Les attentes de l’Atlético envers sa nouvelle recrue sont assez simples. Le président du club, Enrique Cerezo, a notamment mis en avant « sa grande vitesse, sa capacité à combiner et, surtout, sa facilité à marquer des buts ».

Une efficacité que les Madrilènes connaissent déjà : David avait trouvé le chemin des filets contre l’Atlético en Ligue des champions sous les couleurs de Lille.

Jonathan David portera le numéro 15 avec l’Atlético de Madrid, un nouveau numéro pour l’attaquant canadien après le 9 à Lille et le 30 à la Juventus. Photo : capture d’écran de la conférence de presse sur YouTube

Son rendement pourrait également déterminer la suite de son aventure espagnole puisque son prêt est assorti d’une option d’achat. Interrogé sur ce qu’il devait faire pour convaincre l’Atlético de le conserver, le Franco-Ontarien est allé droit au but.

« Au final, ce n’est pas moi qui déciderai de ce qui se passera à l’avenir. Mais ce que je peux faire, c’est marquer des buts. »

Une fierté de représenter le Canada

Cette nouvelle étape de sa carrière européenne intervient au terme d’un marché des transferts estival particulièrement mouvementé pour le soccer canadien. Plus de dix internationaux canadiens ont changé de club cet été, plusieurs rejoignant des formations européennes importantes.

David reste de son côté l’une des principales figures de cette génération. Meilleur buteur de l’histoire de l’équipe nationale masculine, il compte désormais 42 buts en 82 sélections. Cet été, il a également participé au parcours historique du Canada en Coupe du monde, inscrivant notamment un triplé contre le Qatar lors de la première victoire canadienne de l’histoire dans la compétition.

Pour l’attaquant formé à Ottawa à l’École secondaire Louis Riel avant de rejoindre l’Europe, représenter le Canada au plus haut niveau reste une source de fierté alors que les joueurs du pays sont de plus en plus nombreux à évoluer sur le continent.

« C’est un grand honneur parce que le football au Canada n’a pas toujours occupé une place aussi importante. Aujourd’hui, nous avons beaucoup de joueurs qui évoluent en Europe et dans de très grands clubs. »

L’attaquant voit dans cette évolution le chemin parcouru par le soccer canadien et mesure aussi la portée de son propre parcours.

« C’est quelque chose qui me remplit de fierté : pouvoir rendre mon pays, ma famille et mon entourage fiers. »

Après la Belgique, la France et l’Italie, Jonathan David découvre donc un quatrième championnat européen. Avec une priorité clairement affichée pour réussir son nouveau départ à Madrid : retrouver le chemin des buts.

Des bureaux d’assistance aux familles ouverts dans les conseils scolaires

HAMILTON – C’est sur fond de tension syndicale que Paul Calandra a annoncé l’entrée en service des nouveaux « bureaux d’assistance aux élèves et aux familles » pour répondre aux problématiques rencontrées. Dans le même temps, ce sont cinq syndicats enseignants qui font à nouveau front commun, dénonçant une volonté de centralisation du pouvoir du gouvernement dans la négociation des conventions collectives.

Annoncés à l’automne par Paul Calandra, les bureaux d’assistance aux élèves et aux familles sont désormais accessibles au sein des 72 conseils scolaires de la province.

« Les parents peuvent trouver les coordonnées du bureau d’assistance aux élèves et aux familles de leur conseil scolaire local sur la page principale du site web de ce dernier », explique le communiqué officiel.

Il s’agit pour le gouvernement de doter les familles d’un moyen supplémentaire d’obtenir des réponses à des préoccupations générales, de résoudre des problèmes et de recevoir de l’information, si la problématique n’a pas pu être résolue « après une première discussion avec l’enseignant de l’enfant et la direction ».

« Les parents devraient savoir que leurs inquiétudes ont été entendues », a commenté le M. Calandra, ce mardi en conférence de presse.

Les bureaux devront accuser réception des demandes dans les deux jours ouvrables et offrir une réponse dans les cinq jours ouvrables.

Les conseils scolaires sont tenus de veiller à la pertinence et à la clarté des réponses. Il est également précisé que le ministre de l’Éducation s’enquerra régulièrement auprès de ces derniers des préoccupations soulevées par les parents.

Le ministre a dit que ce système « a fait ses preuves » pour les conseils scolaires anglophones sous supervision depuis janvier 2026.

Les syndicats enseignants, mécontents, font front commun

Ce même jour, cinq syndicats enseignants font de nouveau front en publiant une déclaration conjointe, déplorant une volonté de centraliser la prise de décision au niveau provincial lors de cette ronde de négociations, désormais au point mort.

Selon l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) et quatre autres syndicats anglophones, le gouvernement a tenté d’intégrer des points de négociation locaux de longue date dans des négociations centrales, comprenant les conditions de travail fondamentales, comme les délais de dotation liés aux transferts, au personnel surnuméraire et au personnel excédentaire, et le financement local du perfectionnement professionnel. 

« Transférer ces questions à la table centrale aurait pour conséquence de supprimer l’autonomie locale, d’affaiblir la capacité de nos unités de négociation à répondre aux besoins et aux circonstances particulières de nos membres, de nos élèves et de nos communautés scolaires », décrie leur déclaration commune.

Autre point de tension : ceux-ci réclamaient des négociations en avance, dès le printemps 2026, ce qui leur a été refusé, expliquent-ils.

« Malgré les nombreuses assurances du ministre de l’Éducation Paul Calandra, selon lesquelles des conventions collectives seraient en place avant la fête du Travail, le personnel enseignant et les travailleurs en éducation de l’Ontario accueilleront les élèves la semaine prochaine en l’absence d’une nouvelle convention. » 

En conférence de presse, interrogé sur de possibles perturbations dans les écoles, le ministre de l’Éducation s’est de nouveau voulu rassurant. « Il y a une opportunité pour qu’une entente se fasse entre les syndicats et le gouvernement. Je ne pense pas qu’il y aura de perturbations. Je reste optimiste. »

« Le contrat actuel couvre toujours les travailleurs de l’enseignement (expiré) », a-t-il relativisé, ajoutant n’avoir jamais vu des contrats négociés en avance, avant de se dire « aussi pressé qu’eux que ça soit signé ».

Immigration, services, Nord, gouvernance : l’AFO veut transformer l’Ontario français 

OTTAWA – Après plus d’un an de consultations sur l’avenir de la francophonie ontarienne, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a dévoilé ce mardi un Livre blanc comprenant 12 recommandations. Objectif démographique de 6 % de francophones en 2050, possible réorganisation du réseau francophone, accès réel aux services en français et stratégie particulière pour le Nord figurent parmi les principales propositions. Mais l’organisme prévient : il ne s’agit pas encore d’un plan d’action.

L’Ontario français doit désormais passer du constat à la transformation. C’est le message que porte l’AFO au terme des deux premières étapes des États généraux de l’Ontario français.

« Ce Livre blanc n’est pas simplement un rapport. Il représente le cap que la francophonie ontarienne s’est donné », a résumé son président, Fabien Hébert.

Le document formule 12 recommandations : cinq à la communauté franco-ontarienne, quatre au gouvernement provincial et trois au palier fédéral. Elles s’articulent autour de quatre grands chantiers : immigration, appartenance et participation francophone; services en français; capacité communautaire et organisation des ressources; gouvernance, coordination et suivi des transformations.

Ces orientations découlent d’un processus amorcé en mai 2025 et d’une tournée de co-construction qui a réuni plus de mille personnes lors de 29 séances, en plus de 654 questionnaires en ligne. Interrogé par ONFR sur les recommandations qui n’auraient peut-être pas vu le jour sans ces consultations, Fabien Hébert a répondu : « Possiblement aucune », estimant qu’elles ont toutes été influencées par les échanges sur le terrain.

Derrière ces quatre chantiers, l’AFO veut notamment favoriser l’ancrage durable des francophones, assurer la continuité des services, protéger les fonctions essentielles de la communauté et mieux répartir les responsabilités.

Retrouver un poids démographique de 6 %

L’une des demandes les plus ambitieuses vise Queen’s Park : établir une Stratégie ontarienne de vitalité francophone à l’horizon 2050, avec une trajectoire permettant de ramener le poids démographique des francophones à 6 % de la population.

Si leur nombre est passé de 550 215 en 1991 à 652 540 en 2021, leur poids démographique a dans le même temps reculé de 5,5 % à 4,6 %.

La stratégie réclamée à la province ne se limiterait toutefois pas à un objectif démographique. L’AFO souhaite en faire une stratégie interministérielle, qui toucherait notamment l’immigration et l’ancrage des nouveaux arrivants, le continuum en éducation, la santé et le vieillissement, la culture et les médias, le développement économique, la capacité institutionnelle et l’équité régionale, mais aussi la transmission et l’apprentissage du français.

Le Livre blanc demande surtout que cette stratégie soit assortie de plans de mise en œuvre sectoriels, avec un ministère responsable de chaque résultat et une reddition de comptes publique. L’objectif serait ainsi de faire de la vitalité francophone une responsabilité partagée entre plusieurs ministères plutôt qu’un enjeu traité isolément.

Le réseau franco-ontarien appelé à se regarder lui-même

Le Livre blanc ne dirige pas toutes ses demandes vers les gouvernements. L’un de ses chantiers concerne directement la capacité communautaire et l’organisation des ressources.

L’AFO propose de cartographier les fonctions essentielles, les capacités, les expertises et les infrastructures, mais aussi les lacunes et les chevauchements du réseau. Il s’agirait ensuite de déterminer ce qui doit rester local ou sectoriel, ce qui pourrait être mis en commun et ce qui devrait éventuellement être réorganisé.

« Peut-être qu’il y a des réorganisations qui vont venir, mais ce sont les communautés qui vont décider elles-mêmes comment elles veulent s’organiser », explique le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk.

Il ne s’agit donc pas d’annoncer des fusions ou des disparitions d’organismes, mais de partir des fonctions dont les communautés ont besoin pour déterminer la meilleure façon de les assurer.

Une réflexion qui rejoint directement la gouvernance. « Nous sommes très bons pour nous concerter. Maintenant, il faut être plus clair sur les responsabilités. Qui fait quoi? À quelle échelle? Et avec quel résultat? », résume M. Hominuk.

Une stratégie spécifique pour le Nord

Le Nord de l’Ontario fait l’objet d’une recommandation entière. L’AFO réclame une Stratégie de vitalité francophone pour le Nord, accompagnée de deux plans distincts pour le Nord-Est et le Nord-Ouest.

Elle devrait notamment tenir compte des distances, du transport, de la connectivité, de la main-d’œuvre, de l’immigration et de la rétention, du vieillissement, mais aussi de la culture et de la vie communautaire.

L’AFO souhaite également déterminer les fonctions institutionnelles minimales nécessaires dans chaque région et intégrer des critères d’équité régionale aux programmes provinciaux. Le Livre blanc évoque notamment le soutien aux institutions historiques, aux pôles et postes permanents et aux services mobiles ou hybrides.

Des services en français toute une vie

« Ce n’est pas assez que le service existe », résume M. Hominuk. Pour l’AFO, il faut pouvoir le trouver, y accéder et poursuivre son parcours en français sans rupture, par exemple lorsque l’on passe d’un médecin à un spécialiste.

L’organisme demande donc à Queen’s Park de renforcer la mise en œuvre de la Loi sur les services en français afin de tenir compte de l’offre active, de la disponibilité, de la qualité, des délais et de la continuité des parcours.

Il souhaite également protéger les obligations linguistiques lors de transferts, fusions, fermetures ou transformations numériques et propose un tableau de bord public sur l’accès réel aux services.

De l’immigration à « l’ancrage »

Même changement de perspective en matière d’immigration. « On veut penser l’immigration différemment. Ce n’est pas juste une responsabilité gouvernementale. On veut aussi que la communauté ait son mot à dire sur le comment », affirme Peter Hominuk.

Au-delà du nombre d’arrivées, le Livre blanc insiste sur la capacité des nouveaux arrivants à s’établir durablement, travailler, participer à la vie francophone et rester dans leur région.

À Queen’s Park, l’AFO réclame une stratégie d’immigration et d’ancrage francophones prévoyant notamment un suivi de la répartition régionale et de la rétention après deux et cinq ans. À Ottawa, elle propose un programme fédéral distinct et permanent d’immigration économique francophone hors Québec, avec ses propres critères, volumes d’admission et mécanismes de suivi.

Parmi les autres recommandations figurent un Plan d’actions communautaire provincial décliné dans les régions et les secteurs, des mesures favorisant l’appartenance et la relève, une meilleure intégration des personnes issues de l’immersion ou du français langue seconde, une meilleure traçabilité des priorités franco-ontariennes au niveau national et une réorganisation du financement communautaire fédéral.

« Pas encore le plan d’action »

Une distinction demeure essentielle : ces 12 recommandations ne sont pas encore des mesures dont la mise en œuvre est décidée. « Le Livre blanc marque le passage à l’action, mais il ne constitue pas encore le plan d’action communautaire », insiste Peter Hominuk.

Une assemblée citoyenne virtuelle aura lieu mardi prochain, tandis que les organismes membres sont appelés à examiner le document et à réfléchir aux responsabilités qu’ils seraient prêts à assumer.

Le congrès annuel d’octobre devra ensuite déterminer les priorités, clarifier le « qui fait quoi » et convenir du suivi. « On a fini les consultations », tranche Peter Hominuk, qui décrit le congrès comme « un espace de délibération, d’arbitrage et de décision ».

Le Plan d’actions communautaire sera élaboré par la suite, avec responsables, ressources, échéanciers, indicateurs et cibles. « Je veux être clair. On n’aura pas le plan d’action la semaine suivante au congrès », prévient le directeur général.

Après plus d’un an de constats et de consultations, reste désormais à choisir les priorités et déterminer qui aura la responsabilité de les transformer en actions.

À Alexandria, un festival pour nourrir la francophonie par les mots et les mets

ALEXANDRIA – La littérature franco-ontarienne et les saveurs locales partageront la même table le 4 octobre prochain, à Alexandria, à l’occasion du premier Festival littéraire et culinaire. Entre ateliers, entrevues et rencontres avec des auteurs et des artisans, les organisateurs veulent créer un espace de rassemblement visant à renforcer la francophonie dans cette région de l’Est ontarien où elle est minoritaire.

« Et toi, qu’est-ce que tu fais pour la francophonie? »

L’idée du festival est née de cette question posée il y a quelques mois à Laurence Pechadre. Cette autrice d’origine française, établie depuis plusieurs années dans la région de Glengarry, écrit sous le nom de plume Laura Peck Nussbaumer. 

Son parcours réunit déjà les deux univers qui seront mis à l’honneur durant le festival. Autrice de French Toast and Pain Perdu, un recueil d’histoires courtes ponctuées de recettes, elle s’est intéressée à la fois aux écrivains et aux producteurs de la région.

« À Glengarry, j’ai découvert des producteurs et des agriculteurs fabuleux, qui cultivent des légumes et des fruits délicieux. Nous avons une richesse extraordinaire sous nos pieds et à portée de main », a-t-elle affirmé lors d’une conférence de presse tenue mardi à Alexandria.

Elle dit avoir également découvert « une véritable mine d’auteurs » entre la rivière des Outaouais et le fleuve Saint-Laurent.

« La littérature, comme la nourriture, est très nourrissante. C’est un moyen de partager, de s’évader et de raconter nos traditions familiales », résume-t-elle.

Des auteurs franco-ontariens à l’honneur

Six auteurs sont annoncés pour cette première édition : Tina Charlebois, David Ménard, Éric Charlebois, Danielle Dumais, Éric Péladeau et Laura Peck Nussbaumer.

Laurence Pechadre et Raphaël Machiels, cofondateurs du Festival littéraire et culinaire d’Alexandria. Photo : Amine Harmach/ONFR

« Les auteurs sont principalement franco-ontariens. Nous avons donc une majorité qui représente bien cette littérature, même si nous espérons accueillir encore davantage d’auteurs l’année prochaine », précise cette dernière.

Les visiteurs pourront assister à un atelier littéraire et à une entrevue avec un auteur, mais les organisateurs souhaitent surtout favoriser les échanges informels.

Lutter contre l’insécurité linguistique

Pour Raphaël Machiels, coorganisateur du festival et cofondateur du média francophone On a le choix, l’événement doit contribuer à la vitalité du français dans le contexte minoritaire de Stormont, Dundas et Glengarry.

« Les auteurs seront francophones et le festival pourra contribuer à lutter contre l’insécurité linguistique. Nous voulons offrir aux gens un espace où ils pourront découvrir la francophonie, s’y sentir à l’aise et la faire vivre », soutient-il.

Une identité culinaire à développer

Présente parmi l’audience lors de la conférence annonçant le festival, Doreen Ashton Wagner dirige Consœurs en Affaires, une entreprise sociale bilingue qui soutient les femmes entrepreneures des milieux ruraux de l’Est ontarien.

Selon elle, la cuisine peut devenir un outil de transmission de l’histoire et des traditions francophones. Encore faut-il pouvoir les retrouver et les documenter.

Doreen Ashton Wagner, directrice de Consœurs en Affaires. Photo : Amine Harmach/ONFR

« Nous ne nous sommes tout simplement jamais posé la question et nous n’avons jamais interrogé nos grands-mères. Je suis certaine que nos grands-parents avaient des plats familiaux réputés, mais, à ma connaissance, nous n’avons pas de recettes particulières qui représentent toute la région. Cela ne veut pas dire qu’elles n’existent pas. »

Le festival pourrait ainsi contribuer à faire émerger une identité culinaire propre à l’Est ontarien, en faisant dialoguer les traditions locales et les influences apportées par les nouveaux arrivants.

« Ce qui est d’ici peut avoir été conçu, produit ou cultivé ici. C’est une très belle occasion d’ouvrir les portes, mais aussi d’ouvrir les esprits », ajoute-t-elle.

Des produits de la région

Plusieurs artisans et entreprises alimentaires participeront à la journée. Robert Poirier des Fruits du Poirier, Natacha Beauvois de Sweet Billy’s, Amanda Haley de The Glengarry Market, Ana et Alexandre d’Ana’s Bakery, ainsi qu’Angie Parker de A Cup of Kindness, figurent parmi les participants annoncés.

Le jeune Braeden Masse présentera pour sa part certains de ses ingrédients autochtones favoris.

Le premier Festival littéraire et culinaire se déroulera le dimanche 4 octobre, de 10 h à 15 h 45, à Island Park, à Alexandria. Le prix d’entrée est fixé à 5 $ à l’avance ou à 6 $ à la porte. 

« Notre premier festival sera sans doute intime, profond et succulent », conclut Laura Peck Nussbaumer.

Traduction d’anciennes décisions : la saga judiciaire de la Cour suprême se poursuit en appel

OTTAWA — L’organisme Droits collectifs Québec poursuit son combat juridique pour obtenir la traduction de quelque 6 000 anciens jugements de la Cour suprême, demandant à la Cour d’appel fédérale de se pencher sur le dossier.

Droits collectifs Québec (DCQ) a porté en appel le 28 août la décision de la Cour fédérale qui avait rejeté son recours en première instance. La poursuite de DCQ vise à contraindre le Bureau du registraire de la Cour suprême à traduire près de 6 000 arrêts rendus entre 1877 et 1969, majoritairement rédigés en anglais.

« On a des arguments juridiques très sérieux et très solides qui nous permettent d’affirmer que la juge a erré dans l’interprétation de certains volets de sa décision », explique en entrevue le directeur général de l’organisme, Étienne-Alexis Boucher.

Le tribunal de première instance avait statué en juin que la Cour suprême n’avait pas l’obligation de traduire l’ensemble de ces anciens jugements. La juge Denise A. LeBlanc avait tranché dans ses motifs que le fait de rendre disponibles ces jugements dans les deux langues officielles ne constitue, ni un « service », ni une « communication » avec le public assujetti à l’obligation de traduction en vertu de la Loi sur les langues officielles.

« Le fait de rendre disponibles des documents officiels aussi importants que des jugements par l’entremise d’un site Web — des documents utiles, notamment à la communauté juridique d’expression française —, nous ne voyons pas en quoi ce ne serait pas un service ou une communication de l’État fédéral auprès du public canadien », plaide M. Boucher.

La juge LeBlanc avait aussi conclu que ces jugements relèvent exclusivement du champ de l’administration de la justice, ce qui ne leur impose pas un bilinguisme rétroactif. DCQ maintient que la situation actuelle dans ce dossier demeure problématique quant au respect des droits linguistiques des francophones.

« Le Canada se dit fier d’être un pays bilingue. Alors en ce sens, on pense que l’État fédéral, et qui plus est le plus haut tribunal du pays, se doit de faire preuve d’exemplarité, de donner l’exemple et de traduire l’ensemble des documents officiels », exige Étienne-Alexis Boucher.

Il y a quelques mois, le juge en chef de la Cour suprême, Richard Wagner, s’était déclaré « satisfait », qualifiant la décision rendue de « bon jugement ».

« Si vous lisez la décision de la Cour fédérale, vous allez voir que la juge LeBlanc adopte tous les points de vue et les arguments soulevés par les avocats du registraire de la Cour suprême. On peut qualifier ça comme vous voulez, mais moi je prends le jugement tel qu’il est », commentait-il lors d’une conférence de presse.

Le Bureau du registraire n’a pas voulu émettre de commentaires concernant la décision de faire appel. Selon les estimations relatives à ce dossier, la tenue d’une audience pourrait être retardée jusqu’en 2027.

Traduction : des coûts évalués à plus de 60 millions de dollars

En 2025, la Cour suprême avait indiqué qu’elle traduirait près d’une vingtaine de décisions sur 6 000, en fonction de leur importance « d’un point de vue historique ou jurisprudentiel ».

Cette annonce est survenue quelques mois après la démarche de Droits collectifs Québec, par l’entremise de son directeur général Étienne-Alexis Boucher, de poursuivre le plus haut tribunal du pays devant la justice. En réponse à la poursuite, la Cour suprême avait retiré de son site Web l’ensemble des décisions rendues avant 1970. À la suite du jugement rendu en juin dernier, Richard Wagner avait laissé au bras administratif de la Cour suprême le soin de décider de remettre ou non ces décisions en ligne.

Selon les estimations présentées par le Bureau du registraire devant la Cour fédérale, la traduction de la totalité des jugements engendrerait des coûts variant entre 62,6 et 68,9 millions de dollars. Une telle somme représenterait plus de 366 % de son budget annuel réservé à la traduction.

L’organisation québécoise avait intenté ce recours à la suite d’une décision rendue par le Commissariat aux langues officielles (CLO) qui ordonnait à la Cour suprême de traduire ces 6 000 arrêts. La Cour suprême a toujours maintenu devant le COL et devant les tribunaux qu’aucune disposition de la Loi sur les langues officielles ne forçait la traduction de ces décisions des 19e et 20e siècles.

Volleyball : Danny Demyanenko, 32 ans et encore loin d’en avoir fini

À 32 ans, Danny Demyanenko vient de boucler l’une des saisons les plus convaincantes de sa carrière, pour sa première année dans le très relevé championnat polonais. De retour cet été avec l’équipe canadienne après une année de pause, le Franco-Ontarien a vécu une Ligue des Nations difficile avant de tourner son regard vers Moncton, où le Canada aura en septembre une première occasion de décrocher son billet pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028.

Danny Demyanenko ne semble pas pressé de voir arriver la fin. À 32 ans, après deux Jeux olympiques et près d’une décennie passée dans les championnats européens, le Torontois estime même avoir encore de la place pour progresser.

« Il y a toujours une marge pour la progression. Personnellement, je veux continuer de jouer le plus longtemps possible, donc il faut toujours progresser », confie le central canadien à ONFR.

Sa première saison avec l’Asseco Resovia Rzeszów lui a offert un sérieux terrain d’essai. Arrivé l’été dernier après une saison en Italie et sept années en France, il découvrait la PlusLiga, l’un des championnats les plus relevés de la planète.

« La Pologne, c’est peut-être le championnat le plus élevé du monde, je trouve. Je pense que la Pologne est plus homogène que l’Italie dont le top 4 est très fort mais pas toute la ligue. »

Une première saison polonaise réussie

Collectivement, Resovia a terminé quatrième du championnat polonais, après s’être incliné dans la série pour la médaille de bronze contre Projekt Warszawa. Le club s’est également hissé jusqu’en finale de la Coupe de Pologne et en quarts de finale de la Ligue des champions, où son parcours a été stoppé par le club turc de Ziraat Bankkart Ankara.

« Il y avait beaucoup de succès de l’équipe. Bien sûr, Resovia, c’est une équipe de haut niveau avec des objectifs assez élevés. Donc, on n’a pas réussi tous nos objectifs mais, personnellement, c’était une saison très intéressante. »

Le bilan individuel est encore plus satisfaisant pour l’Ontarien, qui assure avoir été retenu parmi les meilleurs centraux de la saison. Surtout, cette année en Pologne lui a permis de confirmer sur la durée ce qu’il avait déjà montré lors de sa précédente saison en Italie.

« Ça m’a permis, après une bonne saison en Italie, de maintenir ce niveau-là et de prouver que ce n’est pas seulement quelques bons matchs, mais que je suis un joueur expérimenté et un bon joueur. »

Une reconnaissance qui ne change pas fondamentalement ses priorités : « Je veux juste me faire plaisir et que ma fille soit fière de moi. »

Un retour avec le Canada écourté

Cette saison réussie ouvrait aussi la voie à son retour avec l’équipe canadienne. Demyanenko avait volontairement fait l’impasse sur la sélection en 2025, avant de retrouver cet été un environnement qu’il connaissait par cœur. Plusieurs de ses coéquipiers sont des amis de longue date et le nouvel entraîneur-chef, Dan Lewis, est loin d’être un inconnu. Demyanenko a travaillé avec lui, à différents titres, depuis une dizaine d’années.

« C’était assez naturel de réintégrer. C’est juste une question de niveau. Si tu as le niveau pour jouer, tu vas jouer. »

Son retour ne dure cependant que la première semaine de Ligue des Nations. Une pause était initialement prévue dans son programme, avant qu’une blessure ne vienne prolonger son absence. « J’ai joué contre les États-Unis, le match avant-dernier. J’ai pris un choc et je me suis cassé le doigt. »

Demyanenko a depuis récupéré et se trouve déjà avec le groupe canadien pour préparer la prochaine échéance.

« Être capable de finir »

Elle arrive après une Ligue des Nations (VNL) à oublier pour le Canada sur le plan comptable. Les Canadiens n’ont remporté qu’une seule de leurs 12 rencontres.

Demyanenko nuance toutefois ce bilan. Lors de la première semaine, à Ottawa, le Canada avait battu la France et poussé trois autres adversaires dans des rencontres serrées. Face aux États-Unis, les Canadiens avaient même pris les deux premières manches avant de s’incliner.

« C’est difficile, c’est le haut niveau. Il faut juste être capable de finir, d’avoir la capacité de tuer les adversaires. Quand on a des chances, on a mené les États-Unis 2-0 et on leur a permis de rentrer. »

Un scénario qui, selon lui, a fini par symboliser la compétition canadienne. « C’était un peu l’histoire pendant la VNL. Il manquait juste un petit truc. »

Le temps des regrets est néanmoins déjà passé. Car la prochaine compétition peut peser beaucoup plus lourd dans l’avenir de cette équipe.

À Moncton, un billet olympique à prendre

Du 11 au 19 septembre, Moncton accueillera le Championnat continental masculin de la NORCECA. Trois billets pour le Championnat du monde 2027 y seront distribués, mais surtout une place directe pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028.

Les États-Unis étant déjà qualifiés en tant que pays hôte, le Canada aura donc l’occasion rarissime de décrocher sa qualification olympique à domicile.

Pour Demyanenko, pas question de sous-estimer l’enjeu.

« C’est une qualification olympique, il faut se mettre ça en tête. La dernière fois, c’était un enfer. Le format est différent cette fois-ci, mais il faut l’aborder de la même manière et être prêt pour les situations les plus difficiles. »

Cuba, qui a battu le Canada durant la Ligue des Nations, figure notamment parmi les adversaires potentiels. Mais Demyanenko observe déjà un changement dans le groupe canadien à l’entraînement.

« Le mood de l’entraînement a changé un tout petit peu. Il y a un peu plus de combat et c’est compétitif. C’est un bon indice pour la suite. »

Los Angeles, mais pas forcément la fin

Une qualification offrirait au Franco-Ontarien la possibilité de participer à ses troisièmes Jeux olympiques après Tokyo et Paris. Il aura alors 34 ans. De quoi imaginer Los Angeles comme le dernier grand rendez-vous d’une carrière internationale déjà bien remplie?

Pas pour lui. « Je ne fermerai jamais des portes. Moi, je veux jouer jusqu’à 40 ans, si possible. Donc, si je suis capable, j’irai. »

Los Angeles reste bien « un objectif », reconnaît-il. Mais même après 2028, le central n’exclut rien. « Si on se qualifie pour les JO, voir ce que ça donne après. Peut-être une petite micro-pause après. Peut-être repartir pour un autre cycle. »

Avant de penser aussi loin, il y a Moncton. Puis une deuxième saison en Pologne, où Resovia, privé de Ligue des champions cette fois, entend concentrer ses forces sur la conquête du championnat. Pour Demyanenko, la logique reste finalement la même à 32 ans qu’au début de sa carrière : continuer à jouer, progresser et gagner.

Nomination d’un directeur général anglophone : l’Hôpital Notre-Dame de Hearst défend son choix

HEARST – L’Hôpital Notre-Dame assume son choix et affirme, ce lundi, par voie de communiqué, que l’embauche d’un directeur général anglophone à sa tête ne fragilisera pas son offre de services en français. Cette réaction intervient après que des membres de la communauté francophone de Hearst aient interpellé le conseil d’administration, déplorant un recul linguistique.

Les membres du conseil d’administration de l’Hôpital Notre-Dame ont publié ce lundi un communiqué sur les réseaux sociaux de l’établissement, réaffirmant l’engagement de ce dernier à offrir des services en français. Surtout, l’institution défend sa décision d’embauche d’un directeur général anglophone, précisant qu’il n’a pas, à lui seul, la capacité de fragiliser l’offre des services en français.

« La capacité de l’hôpital à offrir des services en français est une responsabilité organisationnelle permanente qui ne dépend pas de la langue parlée par un seul membre de l’équipe de direction », peut-on lire dans le deuxième paragraphe du communiqué. Pour défendre le processus de sélection controversé auprès de la communauté francophone, l’établissement rappelle qu’il s’est avant tout basé sur un ensemble de compétences en gestion, en leadership, ainsi que l’expérience en administration d’un établissement de santé.

Bien que la maîtrise du français ait été prise en considération dans le cadre des besoins opérationnels globaux, elle n’est pas requise dans les tâches administratives et responsabilités quotidiennes du nouveau directeur général. « N’offrant pas de soins de première ligne, sa nomination ne diminue en rien l’engagement ni l’obligation légale de l’hôpital à fournir des soins en français », communique la direction de l’institution de santé.

Officiellement désigné en vertu de la Loi sur les services en français, l’Hôpital Notre-Dame de Hearst réitère ses engagements légaux et institutionnels. Dans le communiqué, les membres du conseil d’administration informent d’ailleurs que la direction est « respectueusement en désaccord avec l’idée qu’une nomination administrative puisse, à elle seule, fragiliser les fondements francophones de l’hôpital ».

C’est pourtant ce que plusieurs membres de la communauté francophone de Hearst reprochaient à l’institution. Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, avait partagé sur son compte Facebook personnel un texte déplorant cette embauche. « Alors que nous luttons sans relâche pour faire grandir notre voix et renforcer notre accès à des services en français dans chaque aspect de notre vie, voilà que l’un des piliers que nous avions bâtis commence à s’effondrer. Cela est inacceptable! » écrivait-il. La publication avait amassé une centaine de réactions en soutien.

André Rhéaume, ancien agent de développement de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) du Grand Nord, avait communiqué sa déception à Mélanie Paul, la présidente du conseil d’administration de l’hôpital, dans un échange de lettres obtenu par ONFR. Le 15 juillet dernier, il demandait que le poste de directeur général soit désigné bilingue. La présidente a répondu, affirmant à M. Rhéaume que la maîtrise de la langue de Molière faisait partie du plan de développement du nouveau directeur général qui s’était « formellement engagé à l’apprendre ».

Les électeurs de retour aux urnes pour trois sièges vacants à Queen’s Park

La tenue de trois élections partielles, ce jeudi, permettra d’élire les nouveaux députés qui représenteront les circonscriptions de Scarborough-Sud-Ouest, Hamilton-Est–Stoney Creek et York–Simcoe.

Les électeurs de trois circonscriptions voteront cette semaine pour leurs prochains élus, permettant de pourvoir les trois sièges vacants à l’Assemblée, celui de Hamilton-Est–Stoney Creek, Scarborough-Sud-Ouest et de York–Simcoe, un peu moins de deux mois avant la reprise des activités de l’Assemblée législative de l’Ontario.

Longtemps sous la bannière orange du NPD, de 2007 à 2022 avec le député Paul Miller, la circonscription de Hamilton-Est–Stoney Creek avait ensuite été remportée par le progressiste-conservateur Neil Lumsden, ex-ministre du Sport, jusqu’à son départ à la retraite, le 4 août dernier.

Circonscription électorale de Hamilton-Est–Stoney Creek. Source : Elections Ontario

Six candidats se disputeront son siège, dont la francophone Pascale Marchand pour le Parti vert, adjointe à la Ville de Hamilton et experte en politiques publiques, le conseiller municipal Jeff Beattie pour le Parti progressiste-conservateur (PPC), l’ancienne députée de Hamilton-Mountain, Monique Taylor, pour le NPD, et Heino Doessing pour le Parti libéral, ancien conseiller municipal au Danemark, qui travaille dans le secteur financier.

Le politologue Peter Graefe anticipe une course à deux entre le Parti conservateur et le NPD, « qui a évidemment une candidate intéressante, une ancienne députée provinciale d’une circonscription avoisinante, face au PPC qui a un conseiller municipal en place comme candidat, avec ses propres appuis plus locaux ».

« M. Ford a gagné une majorité presque écrasante il y a 16 mois, suivie d’une certaine perte de popularité par la suite. La remontée toute récente avec les sorties contre les tarifs américains pourrait être plutôt une tendance au ralliement vers le chef en situation de crise, observe le politologue. La question qu’on se pose est : est-ce que le vote conservateur va tenir? »

Duel néo-démocrate et libéral dans Scarborough-Sud-Ouest

Il s’agit d’un test critique pour le Parti néo-démocrate de Marit Stiles.

C’est en effet son ancienne députée Doly Begum qui représentait Scarborough-Sud-Ouest depuis les élections générales de 2018, avant son départ en février 2026. Begum avait démissionné pour se lancer au fédéral sous la bannière libérale du gouvernement Mark Carney. Un pari gagné en avril dernier, pour celle qui siège désormais pour la circonscription éponyme au niveau fédéral.

Circonscription électorale de Scarborough-Sud-Ouest. Source : Elections Ontario

« Si le NPD perd ce siège au profit du Parti libéral, ce serait un signal que les libéraux sont vus comme une alternative au gouvernement, et donc que si le NPD ne peut pas continuer à gagner des sièges qu’il a acquis par le passé, comment pourraient-ils en gagner plus pour remplacer M. Ford », analyse M. Graefe.

Il nuance toutefois en avançant que s’ils faisaient une percée dans Hamilton-Est–Stoney Creek, cela dénoterait un ralliement au NPD pour remplacer des conservateurs. « Cela aura sans doute un impact important sur la manière dont Mme Stiles est vue. »

La circonscription avait par ailleurs été libérale de 2003 à 2018, avant la victoire néo-démocrate.

Sur les sept candidats, se présentent : la militante néo-démocrate Fatima Shaban, le libéral Ahsanul Hafiz, chef d’entreprise à la tête de 30 franchises Domino’s en Ontario (ayant remporté l’investiture le 9 mai dernier face à Nate Erskine-Smith qui avait contesté sa défaite), le médecin de famille progressiste-conservateur Noor Tarun, et le candidat Vert Mark Bekkering, spécialiste en aménagement du territoire notamment pour les villes de Hamilton et Toronto.

Bastion conservateur à York–Simcoe

Côté York–Simcoe, au nord de Toronto et au sud du lac Simcoe, aucun enjeu majeur. Une victoire conservatrice y est attendue sans surprise, l’opposition n’y investissant pas de ressources significatives, comme le souligne Peter Graefe.

Depuis 2007, après un redécoupage de la carte électorale, le bleu du Parti progressiste-conservateur y domine largement.  

Circonscription électorale de York–Simcoe. Source : Elections Ontario

Caroline Mulroney, ex-ministre des Affaires francophones et ex-présidente du Conseil du trésor, était la députée de York–Simcoe pendant huit ans, et ce jusqu’à sa démission en mai dernier.

Ce sont là encore sept candidats qui s’y présentent, dont Susan Lahey (PPC), conseillère municipale d’East Gwillimbury et entrepreneure, Naomi Davison (Parti libéral), conseillère régionale pour la ville de Georgina et la municipalité régionale de York, Matt Pearce (Parti vert), travailleur du secteur de la fabrication automobile et militant écologiste, et Bobby Nikmard (NPD), travailleur en éducation.

En amont de ces scrutins provinciaux qui se tiendront donc jeudi, trois autres élections partielles au niveau fédéral s’ouvrent ce lundi : en Ontario pour le siège de Beaches–East York (ancien siège de Nate Erskine-Smith, qui voulait faire le saut au provincial et briguait Scarborough-Sud-Ouest), au Québec pour Chicoutimi–Le Fjord, et en Colombie-Britannique pour North Vancouver–Capilano.

Tarifs américains : miel, pollinisateurs et achat local à l’honneur à Alexandria

ALEXANDRIA – Plus d’une cinquantaine d’exposants ont pris part, ce samedi, au Festival du miel et des pollinisateurs de Glengarry, organisé à Island Park, à Alexandria, une localité majoritairement francophone. L’événement vise à sensibiliser le public à l’achat local, à la biodiversité et à la protection de l’environnement.

« L’éducation à plusieurs niveaux », tel est le mot d’ordre du festival, résume Brigitte Bérubé, qui participe à son organisation depuis quatre ans.

« Éduquer la population, les consommateurs à acheter local, à regarder chez des producteurs artisanaux, agricoles, des apiculteurs de notre région, pour que justement l’argent reste dans la communauté. »

Producteurs agricoles, apiculteurs, artisans, organismes communautaires, associations environnementales et citoyennes ainsi que des élus étaient réunis. Objectif : souligner que la protection des pollinisateurs est liée aux pratiques agricoles, aux habitudes de consommation et aux décisions publiques.

Brigitte Bérubé participe depuis quatre ans à l’organisation du Festival du miel et des pollinisateurs de Glengarry. Photo : Amine Harmach/ONFR

La question des pesticides faisait également partie de cette réflexion. « On croit qu’ils n’ont pas leur place. Il y a d’autres solutions maintenant. On est plus avancés », affirme Brigitte Bérubé.

Dans un contexte marqué par les tarifs américains imposés au Canada et les appels à privilégier les produits d’ici, l’achat local occupait ainsi une place centrale dans le message transmis aux visiteurs.

L’incertitude liée aux tarifs américains

Parmi les producteurs présents figuraient Yves Lalande et son épouse, Margaret Stewart, propriétaires de Stewart’s Honey, une entreprise située à Green Valley, près de Cornwall et de la frontière américaine.

L’entreprise exploite environ 500 ruches et distribue son miel dans plusieurs commerces de la région. La proximité de la frontière lui permet aussi d’attirer des clients américains, notamment en provenance de Malone et de Masséna, dans l’État de New York.

« Il y a beaucoup d’Américains qui viennent chez nous acheter de notre produit. (…) Là, je ne sais pas s’ils vont le faire ou non. On va voir », rapporte M. Lalande.

Les tensions commerciales incitent le producteur à mettre en suspens un éventuel développement aux États-Unis. Selon lui, l’entreprise pourrait augmenter sa production, notamment en ajoutant 200 ruches, si le contexte devenait plus favorable.

Il estime toutefois que les deux pays ont intérêt à trouver une issue à leur différend commercial. « Dans cette dispute qui se pogne entre les deux pays, personne ne va gagner. C’est comme un divorce. Il faut régler la tension qui se passe entre les États-Unis et le Canada. »

Les petits apiculteurs face au miel importé

Outre Stewart’s Honey, le festival accueillait sept autres entreprises apicoles, pour la plupart de taille plus modeste.

Parmi elles, figurait Capital Bees, installée à Just Food Farm, dans le secteur de Blackburn Hamlet, à Ottawa. Ron St. Louis y gère près de 50 ruches, vend des abeilles à d’autres apiculteurs et propose des formations.

Ron St. Louis, responsable de Capital Bees, gère près de 50 ruches à Just Food Farm, à Ottawa. Photo : Amine Harmach/ONFR

Bien que la taille de son entreprise limite les répercussions directes des tarifs, l’apiculteur se dit préoccupé par la place occupée au Canada par les miels étrangers. « Les importations nous concurrencent de manière déloyale, notamment celles qui proviennent de Chine ou d’Argentine. Elles sont souvent moins chères et de moindre qualité. Le fait qu’elles soient accessibles dans toutes les épiceries accentue cette concurrence. »

Ron St. Louis invite donc les consommateurs à se tourner davantage vers les entreprises de leur région. « Il faut acheter local, chez les petits producteurs. Cela crée une diversité, en plus d’être meilleur pour l’environnement et l’économie. »

Tarifs et barrières interprovinciales

Les répercussions des tarifs américains se font également sentir chez Brauwerk Hoffman. Cette brasserie de Rockland possède une compagnie sœur à Campbell’s Bay, au Québec.

Selon son copropriétaire, Éric Mainville, les tarifs ont notamment fait augmenter le prix des canettes en aluminium utilisées par l’entreprise. « La matière première provenant du Québec est exportée aux États-Unis avant de revenir au Canada sous forme de canettes, désormais plus coûteuses », constate-t-il.

Aux tarifs s’ajoutent les barrières commerciales entre les provinces, particulièrement contraignantes dans le secteur des boissons alcoolisées. La proximité de Rockland avec le Québec rend ces obstacles particulièrement perceptibles pour la brasserie.

« C’est sûr qu’on aimerait faire plus d’échanges avec eux ou du libre-échange avec nos partenaires. C’est peut-être la barrière qui nous touche le plus, nous-mêmes », souligne M. Mainville.

Éric Mainville, copropriétaire de la brasserie Brauwerk Hoffman, affirme que les tarifs américains ont fait augmenter le coût des canettes en aluminium. Photo : Amine Harmach/ONFR

En milieu d’après-midi, Brigitte Bérubé estimait que le festival avait déjà attiré environ 2000 personnes. « Si on regarde le stationnement, même à la fête du Canada, on n’a pas du monde comme ça. On est rendus à probablement 2000, facilement. »

Cette deuxième édition organisée à Island Park proposait également des conférences, de la musique, des activités gratuites pour les enfants et une chasse au trésor.

Directeur général anglophone à l’hôpital Notre-Dame : le conseil d’administration interpellé

HEARST – La nomination d’un nouveau directeur général anglophone à l’Hôpital Notre-Dame de Hearst engendre de vives réactions au sein de la communauté francophone du Nord. Inquiets pour l’avenir des services en français dans cette institution phare de la région, des résidents et porte-parole dénoncent une décision et un processus d’embauche en contradiction avec l’identité de l’hôpital.

Dans une publication récente sur son compte Facebook personnel, Fabien Hébert, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), déplore l’embauche récente d’un professionnel de la santé anglophone en tant que directeur général de l’Hôpital Notre-Dame de Hearst. C’est après avoir reçu une confirmation du conseil d’administration que le nouveau directeur était effectivement non francophone qu’il a décidé de s’exprimer sur le réseau.

« C’est une véritable gifle pour notre communauté », écrit-il. En quelques heures, la publication amasse une centaine de mentions J’aime et une trentaine de commentaires des membres de la communauté soutenant ses propos. Dans une deuxième publication, il demande des explications claires du conseil d’administration de l’hôpital, qui, pour l’instant, ne s’est pas exprimé publiquement sur la situation.

« C’est venu résonner dans ma fibre francophone de savoir qu’une institution comme Notre-Dame, qui est vraiment une institution phare au niveau du Nord de l’Ontario, au niveau de la francophonie, se retrouve maintenant avec une direction générale anglophone ».

Bien qu’il précise ne pas remettre en cause les capacités professionnelles de ce directeur général, il s’inquiète quant à l’aptitude de l’hôpital à maintenir son offre de services en français au niveau de la direction. Surtout, il voit cette décision comme le début d’une transition majeure.

Lui qui a travaillé dans cet hôpital dans les vingt premières années de sa carrière, assure que l’institution est, dans son essence, francophone, et que toutes les directions générales ont été pilotées par des personnes francophones ou bilingues.

« Tous les procès-verbaux des conseils d’administration ont été rédigés en français, note-t-il. Est-ce que ça veut dire que toutes les réunions des équipes de gestion vont se produire en anglais maintenant parce qu’un dirigeant est anglophone? », s’interroge-t-il, en précisant que cette situation est le geste qui va faire basculer cet hôpital dans un avenir de plus en plus anglophone.

Un processus d’embauche questionné

Pour André Rhéaume, ancien agent de développement communautaire de l’ACFO du Grand Nord, c’est le processus d’embauche qui ne passe pas. « Je questionne un petit peu les efforts de recrutement qui ont été faits ». Il considère surtout que le processus de sélection ne s’est pas assez penché sur le réseau francophone de la région. Il affirme avoir vérifié auprès de la rectrice de l’Université de Hearst si l’hôpital avait sollicité l’établissement postsecondaire dans son processus de recrutement. Ce n’était pas le cas.

En apprenant l’embauche d’un directeur non francophone, il a sollicité le conseil d’administration de l’hôpital le 15 juillet dernier. Dans un échange de lettres obtenu par ONFR, M. Rhéaume a exprimé sa déception face à cette décision envers Mélanie Paul, la présidente du conseil, demandant à ce que l’institution désigne le poste comme bilingue.

Quelques semaines plus tard, la présidente lui a répondu, soulignant l’engagement « indéfectible » de l’hôpital envers la francophonie. Elle a défendu un processus de recrutement basé sur l’ensemble des compétences en gestion, en expérience clinique, et en leadership du candidat.

Dans la lettre, elle note toutefois que « la maîtrise de la langue française fait partie intégrante du plan de développement du nouveau directeur général, qui s’est formellement engagé à l’apprendre ».

Sollicités par ONFR, ni l’hôpital ni son conseil d’administration n’ont souhaité s’exprimer.

Du hard rock à la direction générale, un nouveau jalon pour Daniel Sauvé

Bercé par la musique depuis son enfance, Daniel Sauvé franchit un cap majeur dans sa carrière. Le 1er septembre prochain, le natif de North Bay prendra les rênes de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM) à titre de directeur général. Actif dans le milieu depuis les années 1990, le membre du groupe Règlement 17, qui a également présidé le conseil d’administration de l’APCM, amorce son mandat prêt à relever les défis d’une industrie musicale en plein bouleversement.

« Comment votre passion pour le quatrième art est-elle née?

J’ai commencé à jouer de la guitare à neuf ans. On va s’entendre qu’au début, comme toute chose qu’un enfant commence, c’était juste un intérêt. Je viens d’une famille très musicale, alors je pense que, quelque part, c’est dans l’ADN. J’étais attiré par la guitare, donc c’est un petit peu là où je me suis positionné. Au secondaire, j’ai pogné la piqûre des arts de la scène. J’ai fait le choix de me lancer là-dedans et justement mon groupe à l’époque avait gagné le concours de La Brunante.

Il y a eu une convergence d’individus — des profs, des animateurs culturels, des musiciens — qui avaient croisé mon chemin pendant que j’étais au secondaire. Il y avait une philosophie d’animation culturelle à l’école secondaire catholique Algonquin. On avait une équipe de profs qu’on appelait la Dream Team. Ils étaient vraiment très actifs dans tout ce qui était culture. J’avais juste croisé des gens qui m’ont mis dans une situation pour réussir — pour me dire que, oui, les arts, la culture, c’est une route correcte à prendre. C’était de l’encouragement, de la normalisation.

Quelles étaient vos inspirations musicales et quelle place a occupée la chanson francophone dans votre parcours professionnel et personnel?

 Le plus de distorsion dans les guitares le mieux! Le hard rock métal, c’était mon truc. Ça l’est encore. J’écoute une immense variété de musique, mais si on me demande s’il y a quelque chose que j’écoute un petit peu plus, c’est ça. Tout ce qui était rock alternatif, ce qui était métal, j’allais là. Force est de remarquer qu’il n’y en avait à peu près pas en français. C’est là que je pense qu’il y a eu le premier déclic, peut-être subconsciemment. Brasse-Camarade, forcément, a eu un impact parce que c’était un band rock qui normalisait un peu mes goûts et je me retrouvais dans ma francophonie. Je voyais que j’avais un modèle francophone que je pouvais suivre aussi. Évidemment, à mon époque, En Bref était immense. Je pense aux Hardis Moussaillons aussi. Le line-up de la Nuit sur l’étang de 1996 était magique. C’était peut-être une des rares années où ça s’était passé à l’aréna de Sudbury.

La communauté musicale franco-ontarienne a toujours été très connectée entre les générations. Les vétérans soutiennent les jeunes qui arrivent. Il y a comme un peu une continuité organique qui se passe dans tout ça. J’ai eu un parcours typiquement franco-ontarien. Et c’est vraiment juste un produit de cet écosystème-là, c’est certain.

Né à North Bay, Daniel Sauvé apprend à jouer de la guitare à neuf ans, et, en 1998, il remporte le concours de La Brunante, un événement musical du festival La Nuit sur l’étang, aux côtés de son groupe Contraste. Photo : Pierrette Madore

 Vous avez travaillé à Steve’s Music, la chaîne de magasins d’instruments, pendant 25 ans. Comment cette aventure a-t-elle commencé pour vous?

 Comme toute chose dans l’industrie, tu fais juste te pointer! J’ai passé 15 ans de ma vie à Montréal. C’est dans ce Steve’s Music que j’ai commencé. C’était un peu la référence. Pendant peut-être deux ou trois semaines, j’allais une fois par semaine. « Hey, avez-vous une ouverture? » Puis vers la troisième semaine, ils m’ont dit « Ah ouais, j’ai quelque chose pour toi. ». Ça a duré 25 ans. Mais quand je suis revenu en 2014 à Ottawa, j’ai juste transféré de magasin parce que c’était une chaîne. Celui de Montréal avait 60 ans. Celui d’Ottawa était le plus jeune, je pense. Puis j’ai géré le magasin d’Ottawa. Il a fermé cet hiver.

Comment comptez-vous naviguer entre cette double casquette de directeur général et d’artiste, membre du groupe Règlement 17?

On va mettre Règlement 17 en veille pendant que je suis directeur général. On a exploré ce qui est faisable, ce qui ne l’est pas, et je pense que quelque part, c’est la meilleure façon de gérer ça. Nous, d’une manière ou d’une autre, après trois albums, on n’a pas fini. Mais je pense que prendre un recul va nous faire du bien. Puis moi, ça va me faire du bien créativement. Avec ma gang, évidemment, on en a parlé. On est vraiment sur la même page. Il n’y a rien qui m’empêche de continuer à composer et de créer. En même temps, ça me permet vraiment juste de focus à 150 % sur le bien collectif de nos membres, de mes collègues. Parce qu’on ne se le cachera pas, ce sont des temps vraiment particuliers.

« Je crois sincèrement qu’on a besoin des arts pour avoir une communauté franco-ontarienne durable », souligne Daniel Sauvé. Photo : Jamie Johnston

Alors que vous vous apprêtez à prendre les commandes de l’APCM, quels sont les défis majeurs des artistes francophones de l’Ontario aujourd’hui?

Le plus gros changement, évidemment, c’est l’intelligence artificielle. L’outil en soi n’est pas un problème. C’est l’application de l’outil qui peut être problématique. Puis on le voit déjà avec les Suno de ce monde. On est en train de diluer le bassin d’artistes. L’offre est devenue exponentiellement immense. Ce défi existait déjà, mais la découvrabilité est devenue encore plus compliquée à cause de ça. C’est sûr qu’il va falloir qu’on rentre là-dedans. Qu’est-ce qui est une utilisation acceptable dans notre milieu au niveau des outils créatifs? Je pense que ça varie selon l’artiste. C’est là où ça peut être des conversations très intéressantes.

Comme société, on a dévalué la musique depuis les 25 dernières années. La valeur perçue de la musique pour monsieur et madame tout-le-monde n’est plus ce que c’était. Ça vaut à peu près zéro, malheureusement. Pour moi, il y a un modèle qui doit changer. Puis, il faut le changer de façon holistique. Les médias ont un rôle à jouer. Les organismes ont un rôle à jouer, les artistes ont un rôle à jouer, le secteur privé a un rôle à jouer. C’est un peu vers cette approche-là que je me tourne. Se demander comment est-ce qu’on est capable de redonner une valeur culturelle à la musique qui, je trouve, s’est effritée.

Pendant 25 ans, Daniel Sauvé a travaillé chez Steve’s Music, une chaîne de magasins d’instruments. En 2018, il a été le gérant du magasin d’Ottawa, situé sur la rue Rideau, qui a fermé ses portes à l’hiver 2026. Photo : Joe Moon

Ressentez-vous une nostalgie pour l’époque où les artistes créaient sans la pression de l’IA ou des plateformes de streaming?

Je pense que ça serait naïf de romantiser les années 1990. C’est une autre époque. La musique avait un rôle beaucoup plus important au niveau du divertissement parce qu’il n’y avait pas d’énorme industrie du jeu vidéo. Il n’y avait pas de téléphone intelligent. Le monde se divertissait beaucoup plus par la musique parce qu’il y avait moins d’options. En même temps, on peut faire le constat que oui, il y avait peut-être plus d’argent à faire du côté des artistes franco-ontariens. Il y avait une classe moyenne dans les années 1990 qui s’est un peu évaporée.

C’est beaucoup plus difficile d’avoir une carrière de classe moyenne sans nécessairement être une méga vedette. Ça existe encore. Après, on verra si les hologrammes et l’IA prennent la relève! Il y a des artistes qui ne font à peu près pas d’argent, mais qui font de la musique parce qu’ils adorent ça. Pendant les années 1990, il y avait un entre-deux. Je ne dis pas que je veux ramener ça. Mais il y a des leçons à tirer, des comparaisons à faire. Il faut avoir des conditions qui permettent à plus d’artistes de tirer leur épingle du jeu sans nécessairement devenir des vedettes internationales. Ce sont des choix de société qu’on peut faire.

Pour se focaliser sur sa nouvelle aventure professionnelle, Daniel Sauvé compte mettre en pause ses activités avec le groupe Règlement 17 durant son mandat à la direction de l’APCM. Photo : Jean Nicholas Richardson

Vous prévoyez une tournée dans la province qui commencera par le Nord. Quels obstacles remarquez-vous pour les artistes francophones de la région?

Je constate une déconnexion entre l’APCM et le milieu artistique du nord de l’Ontario. Je regardais justement nos chiffres de membriété. Il y a très peu de membres de l’APCM qui sont à Sudbury. C’était beaucoup plus bas que je pensais ou que j’anticipais. Même dans notre programmation, l’APCM organise le festival Quand ça nous chante ( un festival de musique scolaire ) chaque année. Depuis la COVID, je n’ai pas vraiment vu d’écoles de Sudbury venir au festival. On va s’entendre, l’école secondaire Macdonald-Cartier ou l’école secondaire catholique Horizon avaient des programmes de musique très à l’image de ce que j’ai appris à faire sur scène. Ce sont des incubateurs incroyables pour la relève artistique.

J’ai quand même envie d’aller dans le Nord pour vraiment faire l’état des lieux. D’aller répondre à ces questions-là. Puis d’aller parler à mes membres qui y sont, mais aussi à mes non-membres. Je parle beaucoup de Sudbury, mais il y a des artistes à Timmins, à North Bay. Il y en a plein. Tout ce monde-là, c’est important. Je dirais que c’est encore plus important qu’à Sudbury parce qu’à Sudbury, il y a quand même des structures, il y a un écosystème. Si tu es à Kapuskasing, tu es loin de tout. On peut faire des Zooms, des choses de ce genre, mais il n’y a rien comme être en personne pour réseauter et bâtir ta carrière.

Durant son mandat, le nouveau directeur général de l’APCM compte faire une tournée dans la province. Le premier arrêt sera dans le Nord. Photo : Dominic Lafontaine

 Quels sont vos espoirs pour votre mandat en tant que nouveau directeur général de l’APCM?

 Pour moi, on va commencer par rehausser le sens de communauté dans notre membriété. On l’a un petit peu perdu pendant la COVID. Tout le monde joue au rattrapage. Si on ne fait rien, ça va continuer. Heureusement, il y a beaucoup de gens qui ont de bonnes idées. Il y a un immense travail de concertation à faire. Là, on amène tout le monde à la table pour cet objectif commun.

Comme société franco-ontarienne, on ne peut pas juste être une collection de services gouvernementaux et un système d’éducation. Je suis plus intéressé par le fait d’être une société en santé qui vit dans sa propre langue et qui crée sa propre culture. Évidemment, la musique est une immense partie de ça. Allons prioriser ça parce que ça va créer la demande pour des services. On sera plus visible comme communauté si on a un écosystème culturel en santé. »

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Fierté dans la Capitale : David Breault « recommence à tisser les liens »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

David Breault, président du conseil d’administration de Fierté dans la Capitale, l’organisme qui organise le festival annuel de la Fierté à Ottawa.

LE CONTEXTE :

Fierté dans la Capitale conclut son édition 2026 dimanche avec son traditionnel défilé. En 2025, celui-ci avait été interrompu puis annulé après son blocage par des manifestants de Queers for Palestine, qui réclamaient notamment le rétablissement d’une déclaration publiée par l’organisme en 2024 en solidarité avec les Palestiniens, puis retirée de son site internet. 

L’ENJEU :

Après deux années de controverses, Fierté dans la Capitale tente de retisser ses liens avec la communauté. Sa position exprimée en 2024 n’a toutefois pas changé.

« Dans quel état d’esprit abordez-vous le défilé de cette édition 2026?

Honnêtement, les gens sont très excités. On a très hâte, pas seulement pour le défilé, mais pour le festival en général. D’après ce qu’on entend de nos partenaires locaux, communautaires et des différents groupes, tout le monde est prêt pour la semaine de la Fierté.

Quelles ont été les principales nouveautés cette année?

Nous avons organisé pour la première fois un forum municipal. Comme Ottawa est en pleine campagne électorale, nous avons invité tous les candidats à la mairie à venir parler des enjeux importants pour les personnes LGBTQ+. Tous ne sont pas venus, mais nous avons eu de très bonnes discussions.

Nous avons aussi organisé un déjeuner communautaire en partenariat avec Opération Come Home. Pendant le festival, nous occupons une partie du centre-ville et certains parcs où vivent des personnes sans-abri. C’était une façon pour nous de leur dire merci.

Des participants au défilé de Fierté dans la Capitale, à Ottawa, en août 2025. Le défilé avait été interrompu puis annulé en cours de parcours. Photo : Rachel Crustin/Archives ONFR

Après l’annulation du défilé l’année dernière, qu’avez-vous changé pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise?

Nous avons fait des changements du côté de l’infrastructure. C’est notamment l’une des raisons pour lesquelles nous avons changé le parcours cette année, afin d’avoir plus de flexibilité si nous en avons besoin.

Mais nous avons surtout fait beaucoup de travail communautaire. Nous avons rencontré des membres de la communauté, notamment des personnes impliquées dans le groupe qui avait participé à l’interruption l’année dernière.

Nous avons eu des conversations difficiles, mais importantes, sur ce que la communauté attend de la Fierté et ce qu’elle souhaite pour l’avenir. Fierté dans la Capitale n’a pas nécessairement été très visible dans la communauté en dehors du festival. Nous faisons donc un effort plus concerté pour améliorer notre travail communautaire et avec nos partenaires. Ces discussions ont même modifié certaines choses cette année, notamment du côté des artistes et de l’accessibilité.

Nous recommençons à tisser des liens pour pouvoir continuer à avoir ces conversations sans que le défilé soit interrompu.

La question de la Palestine était au cœur des événements de l’année dernière. Votre position a-t-elle évolué depuis votre déclaration de 2024?

Notre position n’a pas changé depuis la publication de cette déclaration en 2024. Les engagements que nous avions pris cette année-là, nous les maintenons et nous les poursuivons encore cette année.

C’est toujours très important pour nous. Mais il s’agit surtout d’un travail en arrière-plan, autour des politiques et de la gouvernance. Ce n’est pas nécessairement du travail très « sexy », donc nous n’en parlons pas forcément haut et fort.

Des manifestants affichent leur soutien à la Palestine lors de Fierté dans la Capitale, à Ottawa, en 2024. Photo : Rachel Crustin/Archives ONFR

Comment rassembler lorsqu’un sujet provoque autant de divisions au sein de la communauté?

La Fierté a toujours été un endroit où les conversations difficiles ont leur place et il est important de continuer à les avoir.

Mais je ne pense pas qu’on arrivera un jour à un point où tout le monde sera d’accord. Nous sommes une communauté très diversifiée. Il y a des personnes LGBTQ+ très progressistes et d’autres beaucoup plus conservatrices.

Selon moi, la question n’est pas d’essayer de réunir tout le monde, mais plutôt de savoir si nous sommes capables de travailler ensemble et d’avancer vers un objectif commun. Il y aura toujours des personnes qui ne seront pas contentes. Ce n’est pas notre objectif de plaire à tout le monde, parce que nous n’y arriverions jamais.

Le thème de cette année est « Ensemble, on rayonne ». Que représente-t-il?

Nous avons besoin d’être ensemble pour être vus et être visibles. C’est le pouvoir de la solidarité et de la lutte collective qui nous permet d’aller de l’avant.

Mais « Ensemble, on rayonne », c’est aussi mettre la communauté queer sous les projecteurs, pas seulement pour son côté militant, mais aussi pour montrer son talent. Le thème représente donc à la fois l’idée de faire avancer la communauté et celle de mettre en lumière son travail. »

Le Collège Boréal ouvre une nouvelle résidence étudiante à Timmins

TIMMINS – Le Collège Boréal de Timmins s’associe au Conseil des services du district de Cochrane (CSDC) pour ouvrir la Résidence Boréal, une nouvelle option de logement collectif pour les étudiants. Ce projet pilote d’un an met à disposition 15 unités abordables pouvant accueillir 25 étudiants afin de renforcer la vie étudiante locale.

La résidence, qui ouvrira ses portes dès mardi prochain, pourra loger 25 étudiants. Né d’une collaboration avec le Conseil des services du district de Cochrane, ce projet immobilier sera déployé pendant un an.

Le campus de Timmins menait déjà des collaborations avec le CSDC, un partenaire de longue date, pour proposer des résidences aux nouveaux étudiants.

« C’est un partenariat qui date déjà de quelques années avec les services sociaux, relate Mélanie Dufresne, la directrice du campus de Timmins. Nous occupions déjà deux maisons avec les services sociaux, une destinée aux femmes, et l’autre aux hommes ». En plus de ces deux logements, le collège bénéficiait d’une troisième maison, celle-ci en partenariat avec un particulier, ajoute-t-elle.

Les maisons étant pleines, l’établissement postsecondaire a sollicité le CSDC pour un projet d’habitation commun à prix abordable. « On a voulu faciliter les choses à nos étudiants supplémentaires qui sont nouveaux à Timmins, voire dans la province. Et cette option de logement permet aussi de regrouper et créer une vie étudiante sous un même toit. »

Après une entente avec le conseil, le Collège Boréal signe un bail d’un an pour occuper un bâtiment historique, situé au 71, rue Main à South Porcupine.

Brian Marks, le directeur général du CSDC, assure par communiqué que cette résidence répond « aux besoins locaux, tout en appuyant l’éducation, le développement de la main-d’œuvre et la croissance à long terme de la communauté ».

L’équipe du campus de Timmins du Collège Boréal a visité la nouvelle résidence le matin du 27 août. Photo : Collège Boréal

Lors de son ouverture officielle, la résidence pourra accueillir les étudiants, répartis dans 15 logements variés, allant du studio aux appartements d’une, deux ou trois chambres. Ce bâtiment est la propriété du Cochrane District Local Housing Corporation, qui s’est d’ailleurs chargé des rénovations nécessaires. « Ils étaient au courant que nous cherchions de plus en plus d’espaces », souligne la directrice du campus de Timmins.

À quelques jours de l’ouverture, c’est maintenant au collège de prendre en charge les coûts de la résidence. « Il assume le côté opérationnel et s’assure que les logements sont pris en charge, puis l’ensemble des coûts pour opérer l’édifice pour l’année ».

Les prix mensuels par unité vont de 600 à 825 dollars. « On s’attend à ce que notre résidence soit pleine cette année aussi », évalue Mme Dufresne, ajoutant que le collège va tout de même privilégier les étudiants en première année afin de soutenir leur succès.

Un projet de carrefour pour centraliser la francophonie du Niagara

ST. CATHARINES – Ce mois-ci a commencé une planification stratégique communautaire, mobilisant une partie du réseau associatif francophone du Sud de l’Ontario. Le projet vise à ériger un nouveau carrefour francophone dans la région Niagara, suite à l’octroi de 50 000 dollars par Patrimoine canadien (PCH) au mois d’avril. Dès maintenant et au cours des prochains mois, l’accent sera mis sur la co-création d’une vision commune.

Après plusieurs refus de financement dans le passé, c’est enfin la bonne. D’après Jean Chartrand, qui œuvre comme secrétaire au Centre communautaire Le Griffon, l’organisme a désormais fait appel à une firme de consultants pour mener « une étude qui nous donnera des outils pour faire évoluer la collaboration entre les services francophones de la péninsule du Niagara et pour passer au niveau supérieur », se réjouit-il.

Prévue pour durer jusqu’en mars 2027, cette démarche pose les bases de « La francophonie du Niagara vers le futur », un exercice de planification stratégique en vue de la construction d’un nouveau carrefour francophone.

Contrairement à l’Interagence Niagara où une trentaine d’organismes à but non lucratif (OBNL) francophones de secteurs variés se réunissent ponctuellement au cours de l’année, cette fois-ci, pour M. Chartrand, l’objectif est d’aller « au prochain niveau », au-delà des fondements en place pour centraliser les enjeux et solutions en faveur de la communauté.

Jean Chartrand, secrétaire du Centre communautaire Le Griffon à Welland, l’organisme qui chapeaute le lancement de « La francophonie du Niagara vers le futur », comme planification stratégique communautaire en vue de la création d’un nouveau carrefour francophone. Gracieuseté

D’après M. Chartrand, les prochains participants compteront les quatre organismes d’âge d’or de St. Catharines, de Niagara, de Welland et de Port Colborne, ainsi que le Centre culturel Le Griffon et la Maison de la culture francophone. Répondront présents également le Foyer Richelieu, le Club de la Salle, CERF Niagara, Sofifran (femmes immigrantes), et certains conseils scolaires.

Par ailleurs, il assure qu’il n’y a pas d’organisme dominant et que chacun conserve son mandat. Cette centralisation des organismes et des citoyens permettra de mener sous peu des consultations afin d’établir les priorités. À terme, il s’agit « de rassembler les nombreux organismes francophones de la péninsule et d’établir un fil conducteur plus direct », explique le secrétaire de l’organisme culturel.

Le projet était dans les esprits depuis trois ans : « C’est la meilleure initiative depuis dix ans. On voit que ça va être favorable », confie-t-il, visiblement emballé.

« Tous les groupes ont des besoins spécifiques », souligne la directrice de Sofifran

Au vu de son travail avec les différents acteurs de la région en établissement et en immigration, Sofifran (Solidarité des femmes immigrantes francophones du Niagara) apparaît comme un participant de taille, au fait des besoins d’une communauté francophone en situation minoritaire.

Sa directrice générale, Fété Kimpiobi, se réjouit du financement accordé après une deuxième tentative réussie. « Lors de nos assemblées générales annuelles du Griffon, nous étions une vingtaine de partenaires communautaires autour de la table », souligne-t-elle.

La directrice générale de Sofifran, Fété Kimpiobi, se réjouit du cheminement vers un carrefour francophone. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Pour elle, un carrefour permettrait l’intégration des communautés francophones historiques, des personnes issues de l’immigration notamment les femmes, les familles exogames, les francophiles, les aînés et les jeunes.

« Bâtir ensemble une francophonie plus inclusive est extrêmement important pour la rendre plus dynamique et plus forte », décrit-elle, en accordant une attention particulière à la jeunesse comme partie intégrante du projet. « Nous devons tous nous mettre ensemble autour d’une vision commune que nous aurons à définir. » Et de marteler le besoin d’immigration francophone dans cette région qui se bat contre l’assimilation.

Un pas en avant pour une région qui se bat contre l’assimilation

Le leader communautaire Robert Renaud, président du Club Les Bons Vivants et représentant de la FARFO, la rejoint : « Pour faire valoir la vie dans la région, il est important d’avoir un rassemblement de services pour que l’on puisse s’entraider. »

M. Renaud, qui préside également la FARFO et Retraite Action Niagara, observe qu’au sein des résidences pour aînés, « les francophones parlent anglais ». Ainsi, selon lui, il est essentiel de disposer d’un carrefour physique : « Un centre physique serait très important parce que cela donne de la visibilité pour vivre en français », permettant de « prendre le pouls de tous les besoins des groupes et des francophones qui vivent individuellement dans la région de Niagara », tout en mettant l’accent sur le besoin de logements pour les aînés.

Jean Chartrand abonde : « D’abord, on aimerait avoir quelque chose de virtuel, qu’on ait une sorte de hub, un point central. Ensuite, un carrefour réel, c’est-à-dire un bureau avec des intervenants », espère le secrétaire. « Dans le meilleur des mondes, on va vers un point de service avec un employé où tu cherches quelque chose en français, et voici ton point de départ. »

Robert Renaud préside le Club Les Bons Vivants. Gracieuseté

Le projet s’inscrit par ailleurs dans la planification stratégique de l’AFO (Assemblée de la francophonie de l’Ontario), dans la foulée des récents états généraux. « On s’est inspiré des grands piliers du rapport de l’AFO sur le plan quinquennal de la francophonie provinciale », souligne M. Chartrand.

« Prendre le pouls de tous les besoins des groupes et des francophones qui vivent individuellement dans la région de Niagara. »
— Robert Renaud, leader communautaire francophone

« Le terme « carrefour », bien que valorisé par les instances gouvernementales, reste une idée ouverte. Sera-t-il une structure organisationnelle partagée un réseau de services virtuels ou un lieu physique de rassemblement? C’est la communauté elle-même, à travers les consultations, qui en décidera », estime par voie de communiqué Melinda Chartrand, directrice générale du Centre communautaire Le Griffon.

Pour le moment, ce nouveau Carrefour devrait voir le jour en 2027.

Athlétisme : David Moulongou, des hamburgers au rêve olympique

OTTAWA – À 23 ans, David Moulongou vient de franchir un cap majeur : champion canadien du 400 m haies et désormais international senior, le Franco-Ontarien s’est révélé en 2026 après un parcours commencé presque par hasard au secondaire. Des premiers tours de piste pour manquer l’école à son rêve des Jeux olympiques de Los Angeles 2028, il raconte une ascension aussi rapide qu’inattendue.

Une première couronne nationale, une première sélection avec l’équipe senior et les Jeux du Commonwealth de Glasgow : en quelques mois, David Moulongou a changé de dimension.

« C’était comme si j’avais vécu trois vies différentes durant ma saison », résume-t-il.

Dès sa première sortie de 2026, le 10 mai à Ottawa, Moulongou court en 50,93 secondes, améliore son record personnel de plus d’une seconde et efface un record des Ottawa Lions vieux de 36 ans. Le 3 juin, à Guelph, il passe pour la première fois sous les 50 secondes avec 49,92, avant de décrocher, le 20 juin à Ottawa, son premier titre de champion canadien senior.

« Avant, tu te penses normal. Tu penses que tu vas faire une petite performance, un petit record personnel. Mais après la course, tu te regardes et c’est comme si tu étais une nouvelle personne. »

Cette nouvelle personne se retrouve quelques semaines plus tard aux Jeux du Commonwealth de Glasgow, pour sa première compétition avec l’équipe nationale senior. Cinquième de sa série du 400 m haies en 51,00 secondes, il n’accède pas à la finale. Une expérience plus courte qu’espéré : avec seulement 24 engagés, les organisateurs avaient supprimé les demi-finales initialement prévues, faisant des séries le seul tour qualificatif avant la finale.

« J’aurais bien aimé avoir deux courses. Mais même le fait d’avoir seulement eu une seule alors que je pensais en avoir deux, c’est une expérience et un moyen d’apprendre. C’était au-delà de ce que j’avais imaginé, se réjouit-il. Maintenant, j’ai hâte à mes prochaines expériences. Ça me donne un aperçu de ce que ça peut être si je continue de travailler fort. »

Un hamburger pour commencer

Difficile d’imaginer cette trajectoire lorsque Moulongou découvre l’athlétisme au secondaire. Sa motivation initiale est beaucoup plus simple. « Je voulais juste manquer un peu d’école. C’était tout », se remémore-t-il.

Il s’inscrit avec des amis et, compétition après compétition, se retrouve seul à continuer de se qualifier. Son professeur de sciences et entraîneur, coach Gibson, lui lance alors un défi : descendre sous les 53 secondes au 400 m contre un hamburger et des frites. David Moulongou connaît alors si peu l’athlétisme qu’il ne comprend même pas immédiatement ce que signifie « briser 53 secondes ».

« Quand il m’a dit : ‘brise 53 secondes et je t’achète un burger’, je ne savais même pas ce que ça voulait dire. C’était ça mon niveau d’inexpérience. Moi, je m’en foutais du sport, je voulais juste manquer l’école. »

À 23 ans, le Franco-Ontarien David Moulongou s’est imposé en 2026 parmi les meilleurs spécialistes canadiens du 400 m haies. Photo : Brian Rouble/Mundo Sport Images

Il réussit pourtant et se qualifie pour l’OFSAA, le championnat provincial scolaire. Avec une récompense supplémentaire : « Quand il m’a dit que j’allais manquer une semaine, je capotais. Wow, une semaine! C’était ça que je voulais. »

La pandémie de COVID-19 interrompt ensuite ses deux dernières saisons scolaires. Ce n’est qu’à l’été précédant son entrée à l’université qu’il rejoint un club et commence véritablement à prendre l’athlétisme au sérieux.

Un spécialiste des haies qui s’ignorait

Aux Lions d’Ottawa, Moulongou pratique d’abord le 400 m. Son parcours prend un nouveau tournant avec Normand Séguin, son entraîneur encore aujourd’hui, qui décèle chez lui des qualités pour les haies.

Séguin introduit progressivement des obstacles à l’entraînement avant de lui proposer de tenter le 400 m haies en compétition. « Il a introduit ça tellement naturellement que, sans même le savoir, j’avais déjà fait beaucoup de progrès. Quand il m’a dit que je devrais essayer les haies en compétition, je me suis dit : ‘pourquoi pas?’ »

En 2022, le Franco-Ontarien découvre véritablement la discipline et décroche notamment l’argent aux Jeux du Canada à Niagara. Le coup de cœur est immédiat pour une épreuve associant vitesse, technique et réflexion. « Je me suis dit : ‘Wow, j’aime ça’. Quand on parle de technique, de mental et d’intelligence, j’aime ça. Ça correspond vraiment à ma personnalité. »

Sans l’avoir véritablement choisi, Moulongou vient de trouver sa discipline.

Le déclic international

Le véritable changement de perception arrive en 2025, lors des Jeux mondiaux universitaires en Allemagne.

Moulongou y représente le Canada avec la sélection U Sports. Son déclic intervient surtout sur le relais 4 x 400 m. Initialement susceptible d’être remplacé pour la finale, il réalise une performance suffisamment convaincante pour conserver sa place, avant de courir encore plus vite en finale.

Surtout, il comprend qu’il peut rivaliser avec des athlètes internationaux qu’il pensait appartenir à un autre monde. « Après ces deux performances, quelque chose a changé mentalement. Je me suis rendu compte que je pouvais vraiment compétitionner avec les meilleurs au monde. »

Une barrière mentale tombe. « Après ça, toutes mes performances étaient plus faciles. Je me disais que si je pouvais compétitionner avec le monde, je pouvais faire n’importe quoi ici à Ottawa et au Canada. Il n’y avait plus de limite. »

De l’erreur au titre national

Quelques mois plus tard, cette confiance est mise à rude épreuve lors de sa dernière saison U Sports avec l’Université d’Ottawa. Le jeune athlète manque la fenêtre d’enregistrement obligatoire avant une course et est disqualifié. L’erreur le prive de son épreuve individuelle, mais surtout du relais qu’il devait courir avec ses coéquipiers pour sa dernière compétition universitaire.

« Je parlais avec mes coéquipiers et je pleurais. J’étais tellement désolé parce que je voulais courir avec eux. Je me sentais responsable. Quand tu affectes non seulement tes coéquipiers, mais tes frères, parce que c’est comme ça que je les considère, c’est très dur. »

David Moulongou pose avec sa médaille d’or après avoir décroché, à Ottawa, son premier titre de champion canadien senior du 400 m haies en juin 2026. Photo : Brian Rouble/Mundo sport Images

L’épisode le pousse à travailler davantage l’aspect mental de sa performance avec une spécialiste. Avec le recul, l’Ottavien en fait l’un des déclencheurs de son explosion en 2026.

« C’est ce défi qui m’a poussé à aller chercher de l’aide. Le travail que j’ai fait ensuite m’a rendu beaucoup plus solide sur la piste. C’est aussi ce qui m’a amené à gagner le championnat national. »

Los Angeles comme horizon

À 23 ans, David Moulongou ne parle plus de son potentiel comme d’une hypothèse. Son chrono de 49,92 secondes, son premier titre canadien senior et sa première sélection avec l’équipe nationale senior lui ont montré que le très haut niveau était accessible.

« Ça a changé l’idée que j’avais de moi-même. Avant, c’était un peu surréel. Maintenant, c’est réel », explique-t-il.

Il veut désormais multiplier les sélections nationales, participer aux Championnats du monde et se rapprocher des meilleurs spécialistes de sa discipline. Mais un objectif domine tous les autres. « Mon but suprême, c’est de me qualifier et d’aller aux Jeux olympiques en 2028. C’était déjà mon objectif l’année passée et même l’année d’avant. »

D’ici là, ce bourreau de travail entend continuer à réduire la distance qui le sépare des meilleurs. « Je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour devenir l’un des meilleurs au monde et avoir le meilleur classement possible pour 2028. »

Le chemin reste long jusqu’à Los Angeles. Mais pour celui qui est entré presque par accident dans un sport dont il ne connaissait même pas le vocabulaire, ce rêve n’a désormais plus rien d’irréel.

Théâtre, danse et marionnettes : La Nouvelle Scène dévoile sa saison 2026-2027

OTTAWA – Les quatre compagnies fondatrices et résidentes de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins – le Théâtre du Trillium, le Théâtre de la Vieille 17, Vox Théâtre et le Théâtre Catapulte – ont dévoilé jeudi la programmation 2026-2027 de l’établissement. Placée sous le thème « Tangences », la saison se déploiera du 24 septembre au 16 mai.

« On essaie d’avoir des œuvres qui se parlent, même si elles sont très différentes et s’adressent à des publics vraiment différents », explique Émilie Camiré-Pecek, directrice artistique adjointe suppléante du Théâtre Catapulte.

Le Théâtre du Trillium ouvrira la programmation du 24 au 26 septembre avec Lumières, lumières, lumières, une coproduction de la Comédie-Française et de la compagnie québécoise Les songes turbulents.

Librement inspiré du roman Vers le phare de Virginia Woolf, le texte d’Evelyne de la Chenelière suit Madame Ramsay, mère dévouée, et Lily Briscoe, artiste indépendante. La pièce met en lumière les tensions entre création, émancipation personnelle et normes sociales.

Le Théâtre du Trillium accueillera également Au ventre d’un monde (ponos IV), du 11 au 13 mars. Dans ce solo chorégraphié et interprété par Lauranne Faubert-Guay, le corps, le genre, la naissance et la création se rencontrent dans une proposition à la fois charnelle et politique.

Entre sciences, danse et mémoire haïtienne

La compagnie accueillera d’abord, du 14 au 17 octobre, Une brève histoire du temps, une création du Théâtre du Renard inspirée de l’ouvrage de l’astrophysicien Stephen Hawking.

Geneviève Pineault, directrice artistique du Théâtre de la Vieille 17. Photo : Amine Harmach/ONFR

« On ne pense pas nécessairement aller au théâtre pour parler d’astrophysique ou de physique quantique, mais on le fait avec des objets », souligne Geneviève Pineault, directrice artistique et codirectrice générale du Théâtre de la Vieille 17.

La danse entrera ensuite en scène en novembre avec 9.2, une pièce inspirée de la Neuvième Symphonie de Beethoven.

Le danseur et cochorégraphe malentendant Cai Glover choisit de se produire sans son appareil auditif, établissant un parallèle avec Beethoven, qui était presque complètement sourd lorsqu’il a composé sa Neuvième Symphonie.

« C’est vraiment un spectacle qui nous permet d’explorer les sens, le corps et la langue. A-t-on vraiment besoin d’entendre ou de parler pour communiquer? », demande Geneviève Pineault.

La création annuelle de la compagnie, Souviens-toi de la révolution, sera présentée du 24 au 27 février. Cette coproduction du Théâtre de la Vieille 17, du Théâtre français de Toronto, du Fâcheux Théâtre et de la Cie Bazou se penche sur Haïti, première république née d’une révolte d’esclaves.

Les trois artistes-créateurs, Sylvain Sabatié, David Bélizaire et Miracson Saint-Val, entretiennent chacun un rapport différent avec le pays : celui d’un Français issu de l’ancienne puissance coloniale, celui d’un Haïtien récemment arrivé au Canada et celui d’un Québécois d’origine haïtienne qui n’a pas grandi en Haïti.

« Ils essaient de voir ce que ce pays et son histoire peuvent leur apprendre sur leurs quêtes respectives et sur leur rapport à Haïti », explique Geneviève Pineault.

35e anniversaire du Théâtre Catapulte

Pour ses trois spectacles, le Théâtre Catapulte a choisi comme fil conducteur le « trompe-l’œil ».

« Les trois traitent des faux-semblants, des illusions et des fausses apparences », explique Émilie Camiré-Pecek. « On veut apporter une réflexion sur notre monde, qui est un peu là-dedans en ce moment avec l’intelligence artificielle et les fausses nouvelles. »

Émilie Camiré-Pecek, directrice artistique adjointe suppléante du Théâtre Catapulte. Photo : Amine Harmach/ONFR

Le premier rendez-vous, Faussaire, sera présenté le 23 octobre. Dans cette création de Parabole Théâtre, Blanche Gionet-Lavigne commence à mettre en doute l’authenticité d’un tableau reçu en héritage.

« Elle joue son propre rôle et on ne sait pas toujours si c’est vraiment son histoire ou non », précise Émilie Camiré-Pecek. « C’est aussi un spectacle humoristique, drôle et léger. »

Le Théâtre Catapulte présentera en févriere Des frères, de l’artiste franco-ontarien Marc-André Charette. Cette autofiction suit un thérapeute bouleversé par le suicide d’un ami.

« Même si l’on pratique ce métier, on ne peut pas toujours déceler la souffrance que vivent les autres », souligne Émilie Camiré-Pecek.

La compagnie conclura sa saison avec Girlboss, présentée les 15, 16, 17, 22, 23 et 24 avril. Cette création soulignera le 35e anniversaire du Théâtre Catapulte.

Écrite par Mishka Lavigne et Pascale St-Onge, la pièce plonge dans l’univers du marketing multiniveau.

« La pièce parle de féminisme et de capitalisme, puis de la façon dont des systèmes peuvent exploiter ce désir de réussite personnelle et d’indépendance financière », explique Émilie Camiré-Pecek.

Vox Théâtre mise sur le vivre-ensemble

Du côté de Vox Théâtre, la saison sera placée sous le signe du vivre-ensemble, à travers trois spectacles destinés au jeune public et aux familles.

Le premier spectacle, Dans tous les sens, sera présenté le 5 décembre. Cette production de Vox Théâtre, écrite par l’autrice Sarah Migneron, repose sur les jeux de mots, les expressions françaises, le théâtre d’objets et la marionnette.

Pier Rodier, directeur artistique et général de Vox Théâtre. Photo : Amine Harmach/ONFR

« Le texte a déjà fait l’objet d’un album jeunesse publié aux éditions Prise de parole. Nous l’avons revisité et retravaillé pour en proposer une nouvelle mouture », précise Pier Rodier, directeur artistique et général de Vox Théâtre.

Le 1er mai, Racontars arctiques transportera les spectateurs dans le Groenland des années 1950.

« Les personnages se retrouvent dans un lieu clos et doivent apprendre à se connaître parce qu’ils n’ont pas le choix », explique Pier Rodier. « Même si l’histoire se déroule dans les années 1950, dans le Grand Nord, certaines conversations font écho à ce que nous vivons aujourd’hui. »

La saison prendra fin le 16 mai avec Ma Tache, de la compagnie belge Ö Quel Dommage. Sans paroles, le spectacle destiné aux enfants de trois ans et plus mêle théâtre d’ombres, jeu gestuel et univers clownesque.

« En milieu minoritaire, la parole est importante et nécessaire, mais il est aussi intéressant d’explorer d’autres codes », estime Pier Rodier. Ce spectacle sans texte permettra aussi, selon lui, « d’inviter la communauté anglophone du quartier et d’ailleurs à venir découvrir La Nouvelle Scène ».

Un service gratuit pour faciliter la venue des parents

Le service gratuit L’heure du conte et du brico, lancé la saison dernière par le Théâtre de la Vieille 17, sera étendu à six spectacles pour adultes. Il permet aux parents d’assister à une représentation pendant que leurs enfants de 5 à 12 ans participent à une lecture et à une activité créative liées aux thèmes de l’œuvre.

« L’objectif est vraiment d’appuyer et de faciliter la venue au théâtre, surtout pour les parents qui n’ont pas de réseau », explique Geneviève Pineault.

Artiste de rue : mieux qu’une job de 9 à 5?

Pas de billet, pas de salle de spectacle, pas de barrière. L’art de rue, c’est la forme d’expression la plus directe et démocratique qui soit. Mais comment transformer un trottoir vide en spectacle bondé?

Découvrez les coulisses et la réalité du métier d’artiste de rue avec Joey Albert à Ottawa et Brant Matthews à Toronto.

Les Compagnons des francs loisirs célèbrent cette année la diversité francophone

NORTH BAY – Ce mercredi 26 août, les Compagnons des francs loisirs ont lancé leur 63e saison culturelle. Sous la houlette d’un nouveau directeur général, l’organisme propose une programmation 2026-2027 riche et variée. Entre spectacles, activités culinaires, événements culturels, et ateliers artistiques, l’offre se veut à l’image de la francophonie changeante de la région.

Les Compagnons des francs loisirs ont donné le coup d’envoi de leur saison culturelle 2026-2027, résolument axée sur la diversité. Alors que l’organisme étudie la possibilité d’ouvrir un nouveau centre communautaire francophone, la programmation culturelle vise à rassembler toute la mosaïque francophone aux quatre coins de la région du Nipissing.

« Dans le Nipissing, la francophonie vit toutes sortes de situations différentes. Il y en a qui sont dans un environnement un peu plus majoritaire. Tandis que d’autres communautés font face à beaucoup de défis », dit Anne Brûlé, la coordonnatrice du secteur culturel de l’organisme. « Notre but est de normaliser le français dans les espaces publics et communautaires ».

Et si la programmation débute officiellement en septembre, l’organisme n’a pas manqué de proposer des festivités aux participants dès le lancement. L’animation de la soirée a été confiée à la drag queen franco-ontarienne, Jenna Seppa et l’interprète franco-ontarien Éric Romanica a également livré une performance.

La diversité au-devant de la scène

Alors que la dernière saison se focalisait sur le 50e anniversaire de la francophonie ontarienne, cette 63e saison désigne la diversité culturelle comme thème. Drag queens, humoristes, musiciens aux genres divers, chefs cuisiniers, et artistes multidisciplinaires — les Compagnons des francs loisirs ont choisi cette année de faire rayonner la pluralité et l’unicité de chaque artiste.

Jenna Seppa est choisie comme artiste associée de la saison 2026-2027. « Je me sens chanceuse de pouvoir être dans le Nord, d’être reconnue par la communauté artistique et de participer à des événements locaux », dit-elle.

Le 25 septembre prochain, lors de la Journée des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes, l’organisme proposera une panoplie de prestations, notamment une apparition de Zale Seck. L’artiste basé près de Hawkesbury régalera la foule avec des prestations en français, wolof et japonais, lors de la célébration du lever de drapeau.

« Très content de participer à ce beau projet parce qu’en tant que franco-ontarien, je représente le drapeau un peu partout », ajoute Zale Seck, l’artiste qui a raflé quatre prix au Contact ontarois en janvier. « Ça va être une découverte ce jour-là. J’ai vraiment hâte de participer et d’apporter ma musique, la musique du monde ».

Zale Seck se produira le 25 septembre à North Bay lors de journée des Franco-ontariens et Franco-ontariennes. Photo : Luna Choquette Loranger

Jenna Seppa est l’artiste associée de la 63e saison culturelle des Compagnons des francs loisirs. Crédit image : Francine Savoie-Jansson

 

D’autres grands noms de la musique franco-ontarienne seront présents dans cette programmation annuelle. En novembre, Damien Robitaille se produira à Sturgeon Falls, quelques jours plus tard, la chanteuse Kristine St-Pierre performera dans plusieurs villes, dont Mattawa et Corbeil. Enfin, Céleste Lévis sera l’un des derniers actes musicaux à se produire — l’artiste montera sur scène à la fin juin, juste avant que la saison se clôture avec une célébration de la fête de la Saint-Jean.

Étendre sa portée dans la région

Marquant sa première saison à la tête de l’organisme, le nouveau directeur général Yaye Peukassa conçoit cette programmation comme une continuité des événements phares de l’organisme, visant à préserver les « événements traditionnels qui façonnent justement son identité au cours de l’histoire ». Parmi eux, le 64e carnaval des Compagnons des francs loisirs qui aura lieu en mars.

En parallèle, cette 63e saison ambitionne de représenter la francophonie plurielle et changeante de la région, confie-t-il. « Notre programmation doit évoluer pour mieux servir et représenter la diversité de la population. North Bay, et le Nipissing dans sa globalité connait aujourd’hui une poussée des mouvements d’immigration et il faut que notre programmation apprenne, s’adapte et reflète cette réalité ».

Langue française : Ottawa salue l’assouplissement de Washington et rouvre le dialogue

OTTAWA — Le Canada semble rouvrir la porte à des discussions pour un accord commercial avec les États-Unis après que la Maison-Blanche a signalé que les mesures pour la langue française et la découvrabilité des contenus n’étaient pas une « ligne rouge » pour Washington.

En entrevue avec CBC hier, le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a démenti les propos du premier ministre Mark Carney, qui affirmait que le fédéral s’était retiré de l’entente après que Washington avait soulevé ces enjeux concernant le français.

« Il était hors de question de laisser passer une bonne entente pour une question de ce genre. Ce n’est donc pas un point sur lequel nous avons imposé des conditions plus strictes ou tracé une ligne rouge; c’est même tout le contraire d’une ligne rouge », a mentionné M. Greer.

« Le Canada se réjouit que les États-Unis reviennent désormais sur leurs positions concernant la découvrabilité et l’étiquetage, et qu’ils confirment que les mesures visant à promouvoir la langue française et la culture canadienne ne feront pas l’objet de futures mesures commerciales de la part des États-Unis », a indiqué jeudi matin, sur le réseau X, le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc.

Ce dernier ouvre d’ailleurs la porte à la réouverture des négociations sous certaines conditions, alors que les pourparlers sont au point mort depuis l’imposition de droits de douane par les Américains la semaine dernière.

« Nous attendons avec intérêt de nouvelles précisions constructives de la part des États-Unis concernant leurs autres positions, ce qui ouvrirait la voie à un accord commercial mutuellement avantageux et respectueux de la souveraineté canadienne », indique le ministre acadien du gouvernement Carney.

Le premier ministre Mark Carney avait dit, quelques heures après avoir retiré la partie canadienne des négociations, que la Maison-Blanche avait fait des demandes sur la découvrabilité, l’étiquetage en français et la langue de Molière « jusqu’à la dernière minute ».

« Nous n’étions pas prêts à faire des compromis sur notre souveraineté, la protection de la langue française et notre culture. Pour nos collègues américains, soyons clairs. Pour mon gouvernement et pour le Canada, ces questions n’ont jamais été sur la table », a affirmé le premier ministre canadien samedi.

Au cœur du différend soulevé par Mark Carney se trouve la Loi sur la radiodiffusion : le gouvernement canadien exige des plateformes américaines comme Amazon Prime et Netflix qu’elles mettent en valeur la culture d’ici, notamment francophone. Ottawa demande aussi que ces entreprises réinvestissent une partie de leurs revenus réalisés au pays dans la production nationale.

Le représentant au commerce a reconnu que le camp américain avait abordé le sujet dans le cadre des négociations, soutenant « qu’il faut laisser le capitalisme suivre son cours et laisser les gens choisir ».

« Mais nous savons que c’est important pour Québec. Les médias canadiens ont présenté la situation comme si nous avions tenu bon sur un point crucial. Ce n’est pas du tout le cas », a tranché M. Greer.

Un peu plus tôt cette semaine, Donald Trump avait accusé son homologue canadien d’avoir menti concernant la langue française, assurant qu’il « adore les Canadiens français » et que cela était un « mensonge inventé par un premier ministre faible et incompétent pour tenter de gagner le soutien politique des Québécois ».

Selon Jamieson Greer, la Maison-Blanche a montré « beaucoup de flexibilité » sur la question, convenant qu’il s’agit d’un enjeu important pour le Canada.

« Le président Trump, moi et le gouvernement, nous reconnaissons l’importance et la sensibilité de la langue française au Canada, au Québec et des régions Maritimes. On sait que c’est important et que c’est un sujet sensible. On encourage l’utilisation du français », a-t-il commenté.

Depuis le 22 août, les États-Unis imposent au Canada des tarifs de 50 % sur l’acier et l’aluminium, de 45 % sur le bois d’œuvre et de 25 % sur les pièces automobiles. On estime que cette offensive tarifaire vise des biens dont la valeur exportée est d’environ 28 milliards de dollars canadiens, soit 5 % des exportations canadiennes totales vers le voisin du Sud. Lundi, Donald Trump en a rajouté sur son réseau Truth Social, menaçant d’imposer dès janvier 2027 des taxes de 50 % sur les automobiles canadiennes.

Les produits de la mer retirés des contre-tarifs

M. Greer a par ailleurs indiqué en entrevue que la partie américaine « ne resterait pas les bras croisés » si le Canada mettait en place ses contre-tarifs le 8 septembre prochain. À cette date, des tarifs oscillant entre 15 % et 50 % entreront en vigueur pour près de 700 produits américains, d’une valeur globale de 27,6 milliards de dollars.

« Notre position est la suivante : il ne faut pas recourir aux représailles », a-t-il averti.

Ces mesures cibleront en particulier les exportations américaines dans les secteurs de l’acier, des produits laitiers, des appareils électroménagers, de l’équipement agricole, des pâtes et papiers, ainsi que des produits électroniques — des domaines où les biens canadiens subissent de plein fouet l’impact des tarifs imposés par les États-Unis.

Le ministère des Finances a fait savoir jeudi qu’il retirait les produits de la mer, initialement introduits dans la liste de produits américains sujets à des droits de douane.

« Des ajustements ont été apportés en fonction des commentaires reçus pour nous protéger contre les préjudices économiques plus généraux, notamment en retirant les produits de la mer et le poisson de notre liste de contre-mesures tarifaires, tout en maintenant une réponse équivalente au dollar près et au taux près », a déclaré le ministère fédéral.

L’industrie automobile racontée par Denis de Pointe-aux-Roches

Dans cet épisode, Denis Desaulniers livre un témoignage authentique sur la réalité d’un travailleur de l’industrie automobile à Pointe-aux-Roches dans le sud de l’Ontario. Employé chez Stellantis depuis 32 ans, il raconte la vie sur le plancher d’usine, le rythme de la ligne de production et le climat d’instabilité causé, entre autres, par les tarifs douaniers et les tensions politiques.

Mais au-delà de l’usine, Denis est un pilier pour sa communauté. Marqué par le décès de son père pendant son adolescence, il s’investit depuis 15 ans au comité du cimetière, apportant une écoute précieuse aux familles éprouvées. Généreux de nature, il rassemble aussi son village autour de ses célèbres soupes dominicales cuisinées dans son garage. Un échange chaleureux sur le métier d’ouvrier, l’art de se serrer les coudes et l’importance d’apprendre à recevoir du soutien dans les moments difficiles.

Le Consortium Centre Jules-Léger devient officiellement propriétaire de son édifice

OTTAWA — Six ans après avoir obtenu son autonomie, le Consortium Centre Jules-Léger (CCJL) est désormais propriétaire de l’édifice qui abrite ses deux écoles, les logements destinés aux élèves et ses bureaux administratifs. Une acquisition que le 13e conseil scolaire francophone de l’Ontario présente comme une nouvelle étape vers une gestion pleinement autonome.

Le bâtiment accueille l’École d’application, l’École provinciale ainsi que les logements des élèves qui doivent séjourner à Ottawa pour avoir accès aux services spécialisés du Consortium.

« Devenir propriétaire de ce bâtiment marque une étape majeure dans notre parcours vers une gestion pleinement autonome, par et pour les francophones. C’est un grand moment! », a déclaré le directeur de l’éducation du CCJL, Jean-François Boulanger.

Pour ce dernier, l’annonce marque l’aboutissement de plusieurs années de démarches.

« C’est un grand soulagement. Cela fait plus de cinq ans que je travaille là-dessus. Les conseillers scolaires avaient amorcé des conversations avant même le transfert de gouvernance », confie-t-il à ONFR.

Le CCJL offre des services éducatifs spécialisés aux élèves francophones de partout en Ontario ayant des troubles sévères d’apprentissage ou vivant avec la cécité, la surdité ou la surdicécité. Crédit photo : Florian Brisot/ONFR

Un transfert depuis Infrastructure Ontario

L’opération ne constitue pas une vente immobilière classique, mais un transfert entre deux entités provinciales. L’édifice, qui appartenait auparavant à Infrastructure Ontario, a été transféré au CCJL, précise M. Boulanger. Celui-ci n’a pas souhaité dévoiler la valeur financière ni les modalités détaillées de la transaction.

Le Consortium occupe depuis 1998 l’édifice situé au 281, avenue Lanark, à Ottawa. Il souhaitait demeurer sur ce site et profiter des rénovations et des investissements réalisés par le ministère au fil des années.

« Ce que cela veut dire, dans le fond, c’est que le CCJL est maintenant responsable de gérer cet édifice, peu importe le coût opérationnel », explique le directeur de l’éducation.

Le transfert ne devrait donc pas entraîner un allègement immédiat du budget du Consortium. « Nous verrons après une année quels seront les impacts budgétaires. Nous allons continuer à gérer l’édifice avec les fonds que nous recevons du ministère », indique-t-il.

Une plus grande marge de manœuvre

L’acquisition doit surtout permettre au Consortium de planifier plus librement le développement de ses installations et de ses services, en fonction de l’évolution des besoins des élèves et de leurs familles.

« Cela implique que nous sommes davantage maîtres de nos installations. Si nous décidons de faire un agrandissement, de modifier des locaux ou d’ajouter un local spécialisé, nous n’aurons plus à passer par toutes les approbations extérieures au CCJL, qui pouvaient prendre des mois et des mois », souligne M. Boulanger.

À ses yeux, cette nouvelle responsabilité revêt également une dimension symbolique pour la communauté franco-ontarienne.

« On minimise souvent la portée d’une telle annonce en disant que ce n’est qu’un édifice. Mais je pense qu’il est important de savoir que les francophones peuvent gérer leurs propres bâtiments. Le « par et pour » signifie aussi gérer nos propres installations », insiste-t-il.

Le CCJL offre des services éducatifs spécialisés aux élèves francophones de partout en Ontario ayant des troubles sévères d’apprentissage ou vivant avec la cécité, la surdité ou la surdicécité. ONFR avait d’ailleurs consacré un grand angle au CCJL, à son fonctionnement et aux services spécialisés qu’il offre aux élèves francophones de la province.

Le Consortium célèbre cette acquisition après 46 années d’existence, dont six comme conseil scolaire francophone autonome.

Six années de démarches

Le CCJL assure de façon autonome sa gouvernance et sa gestion depuis 2020. À cette époque, le transfert de la propriété de l’édifice ne faisait pas partie des acquis, rappelle la présidente du Consortium, Johanne Lacombe.

« Lorsque nous avons entrepris le transfert de gouvernance en 2020, rien n’était acquis quant à l’obtention de la propriété du bâtiment. Il aura fallu six années de travail, de discussions, de suivis et d’engagement envers la mission du CCJL pour en arriver à cette finalité. Aujourd’hui, nous pouvons dire : mission accomplie! », a-t-elle affirmé.

Tarifs : le maire d’Ottawa annonce des mesures et appuie le changement de nom de l’avenue Trump

OTTAWA — Le Conseil municipal d’Ottawa a adopté ce mercredi une motion visant à protéger les entreprises locales contre les nouveaux droits de douane américains, notamment en renforçant l’achat canadien, en facilitant l’accès des entreprises aux contrats municipaux et en resserrant la coopération économique avec Gatineau. Les échanges ont aussi donné lieu à l’annonce d’une démarche pour renommer l’avenue Trump.

Présentée par le maire Mark Sutcliffe, la motion répond à l’imposition, depuis le 22 août, de droits de douane américains de 50 % sur de nombreux produits canadiens.

« Ces tarifs touchent directement les entreprises locales. Ils créent un climat d’incertitude et de perturbation comme je n’en ai jamais vu auparavant », a déclaré le maire devant le Conseil.

La Ville entend poursuivre une stratégie d’approvisionnement donnant la priorité au Canada et réduire les obstacles rencontrés par les entreprises d’Ottawa qui souhaitent obtenir des contrats municipaux. Selon la motion, près de 96 % des dépenses d’approvisionnement de la Ville en biens et services ont été effectuées auprès de fournisseurs locaux en 2025.

Le texte prévoit aussi la relance de la campagne « Achetez local, achetez canadien » et la mise à jour, sur le site de la Ville, d’une trousse regroupant les ressources destinées aux entreprises touchées. Les résidents et les commerçants sont par ailleurs invités à afficher le drapeau canadien à leur fenêtre en signe de solidarité.

Mark Sutcliffe a indiqué que le grand drapeau canadien réinstallé sur le côté nord de l’hôtel de ville y demeurerait de façon permanente. Photo : Amine Harmach/ONFR

« Les entreprises locales peuvent afficher des pancartes dans leurs vitrines afin d’encourager les résidents à dépenser leur argent chez elles, plutôt que de l’envoyer à Amazon et de faire venir des produits des États-Unis », a-t-il déclaré.

Ottawa et Gatineau comme une seule région économique

Une partie importante de la motion porte sur le rapprochement économique entre Ottawa et Gatineau. La Ville souhaite collaborer avec Gatineau ainsi qu’avec les gouvernements fédéral et provinciaux afin de faire reconnaître les deux villes comme une seule région économique et de réduire les obstacles au commerce interprovincial.

Cette coopération doit notamment viser les secteurs du tourisme, de la défense, de la cybersécurité, des technologies et de la culture. Le personnel municipal devra également examiner des solutions d’infrastructure capables de mieux relier les réseaux de transport de marchandises de l’Ontario et du Québec.

La conseillère Stéphanie Plante, qui dit avoir demandé l’ajout de cet élément à la motion, a insisté sur les difficultés de circulation des poids lourds entre les deux rives.

La conseillère municipale Stéphanie Plante réclame des infrastructures dédiées aux poids lourds afin d’améliorer la circulation des marchandises entre Ottawa et Gatineau. Photo : Amine Harmach/ONFR

« On sait qu’on ne peut pas simplement continuer à les faire passer par King Edward. Il faut absolument une infrastructure dédiée aux camions et aux poids lourds », a-t-elle affirmé à ONFR, évoquant notamment le projet d’un sixième lien interprovincial.

Le conseiller Rawlson King a pour sa part salué la nouvelle entente de collaboration, conclue la veille entre Ottawa et Gatineau, qui vise notamment à renforcer les liens économiques entre les deux villes.

« C’est précisément le moment de travailler ensemble afin d’attirer des investissements, de créer des possibilités économiques et de bâtir une région de la capitale nationale plus forte, face à l’incertitude économique et aux tarifs américains », a-t-il souligné.

Et d’ajouter : « Chaque dollar dépensé auprès d’une entreprise locale d’Ottawa est un dollar qui demeure ici, qui soutient une famille locale et qui contribue à bâtir le type de résilience économique dont nous avons besoin. »

Des PME aux entreprises technologiques

La conseillère Marty Carr a demandé que les petits producteurs locaux, notamment les producteurs de miel et les petites entreprises de transformation alimentaire, soient pris en compte.

« Pour elle, il est vraiment difficile d’accéder aux grands réseaux de distribution et aux grands marchés. Nous devrions aussi examiner cet aspect », a-t-elle signifié.

De son côté, la conseillère Cathy Curry a insisté sur la portée plus large de l’achat local.

« Quand on parle d’acheter local, il ne faut pas penser uniquement aux commerces de détail ou aux produits que l’on achète directement dans un magasin. Il faut aussi penser aux pièces et aux composantes qui entrent dans la fabrication de différents équipements, notamment les serveurs et les technologies que nous utilisons », a-t-elle fait valoir.

Elle a rappelé que de nombreuses entreprises d’Ottawa, notamment dans le secteur technologique de Kanata, conçoivent et fabriquent localement ces composantes.

L’avenue Trump pourrait changer de nom

Les discussions sur les tarifs ont par ailleurs relancé le débat entourant l’avenue Trump, dans le quartier Parc central.

Le conseiller Riley Brockington a annoncé qu’il travaillerait avec les résidents et le personnel municipal afin de lui trouver un nouveau nom. Le secteur, construit il y a environ 25 ans, compte plusieurs rues dont les noms sont associés à la ville de New York.

Le conseiller municipal Riley Brockington. Photo : Amine Harmach/ONFR

« Je trouve qu’ici, dans la capitale nationale, le fait d’avoir le nom de Donald Trump sur une rue constitue, d’une certaine manière, une marque de respect et un honneur », a déclaré le conseiller.

Selon lui, Donald Trump ne répondrait plus aux critères actuels de la Ville en matière de dénomination commémorative.

M. Brockington assure que le choix d’un nouveau nom se fera avec les résidents de l’avenue Trump. Une précédente tentative, menée il y a quelques années, n’avait pas abouti.

Stéphanie Plante s’est dite « absolument, à 100 % » favorable au remplacement du nom.

« C’est une bonne occasion de discuter avec les résidents et de mettre en valeur des personnes qui ont façonné cette ville, que ce soit des femmes ou des personnes issues des minorités », a-t-elle indiqué à ONFR.

Le maire Mark Sutcliffe a reconnu qu’un changement de nom entraînerait certaines démarches administratives pour les résidents, notamment auprès des compagnies d’assurance, mais il a appuyé le principe d’une nouvelle appellation.

« J’appuie cela, et ce serait ma préférence ici à Ottawa. Mais je comprends aussi pourquoi il y a de la résistance, parce que cela demande des efforts », a-t-il nuancé.

Fauquier-Strickland : des candidats se manifestent pour les élections municipales

FAUQUIER-STRICKLAND – Désertée lors de la période de mise en candidatures, la scène politique de Fauquier-Strickland s’anime enfin. Celui qui était conseiller à la municipalité Pierre Lamontagne vise maintenant la mairie, et six candidats sollicitent désormais un siège au conseil municipal.

Il y a moins d’une semaine, aucun candidat n’avait maintenu son inscription au moment de la fermeture des dépôts de candidature le 21 août dernier. Conformément à l’article 33 de la Loi sur les élections municipales, le canton a dû ajouter une période additionnelle de nomination jusqu’à ce mercredi 26 août à 14 h. C’est à ce moment que la course a finalement repris en vitesse. Pierre Lamontagne, conseiller municipal depuis quatre ans, s’est officiellement présenté pour la mairie.

« Je sais ce qu’il se passe, je connais les besoins de notre municipalité. Je pense que Fauquier-Strickland est capable de se remettre sur pied. Il s’agit d’administrer les affaires comme il le faut. D’après les (candidats au conseil), je pense qu’on aura un bon groupe pour faire ça ».

Alors qu’il est le seul candidat en lice, le conseiller ne s’était pourtant pas manifesté pendant la période officielle de mise en candidature. « Je ne voulais pas mettre mon nom, mais je suis prêt à remonter ce défi ». En effet, c’était Robert Courchesne qui avait tenté sa chance, avant de retirer sa candidature à peine quinze minutes avant la fin des mises en candidatures. Face à l’absence d’autres aspirants conseillers, une élection par acclamation l’aurait contraint à gouverner sans conseil, ce qui l’a refroidi.

Présentement, six personnes sont dans la course pour être conseillers et quatre postes sont à pourvoir. Nicole Lamontagne, la conjointe du candidat à la mairie, a de nouveau déposé sa candidature, elle qui s’était retirer à la dernière minute. Bruce Kitching, Gaëtan Gagnon, Juanita Miscio et Lawrence Davidson figurent sur la liste de candidats au conseil. De l’équipe actuelle, seule Priscilla Marcoux brigue un autre mandat en tant que conseillère.

Même si le conseil compte désormais plusieurs candidats, M. Courchesne reste sur sa décision. Il ne souhaite pas faire partie de la nouvelle administration et d’« être blâmé pour le fiasco financier que Madeleine Tremblay a causé », une raison qu’il donnait déjà lors son désistement vendredi dernier.

À l’aube de son élection par acclamation, Pierre Lamontagne admet qu’être aux commandes du canton ne sera pas une mince affaire. « Je ne dis pas que ça va être facile, on va faire notre possible pour améliorer la situation ».

Parmi ses projets, il parle de mettre en vente des terrains. « Les prix de nos terres sont très compétitifs comparés à ceux du Sud. Tu peux acheter une terre et payer 1000 dollars l’acre. Tandis que dans le sud, ça peut aller à 10 000 dollars l’acre », explique-t-il. De plus, il compte s’attaquer aux taxes. « On a beaucoup d’arrérages de taxes qui n’ont pas été payés. On travaille là-dessus aussi. On va commencer par ça ».

Alors qu’un audit récent de la firme KPMG levait le voile sur l’origine du déficit budgétaire de 2,5 millions de dollars, qui a forcé le canton à suspendre ses services municipaux en 2025, le candidat à la mairie veut avant tout « rattraper le temps perdu ». À quelques semaines de son entrée en poste, il souhaite que son mandat puisse remédier au « manque d’administration » dont souffrait le canton au cours des dernières années.

Basketball : les ambitions des sœurs Swords de Sudbury

Deux sœurs, deux parcours qui commencent à se rapprocher. Syla et Savannah Swords poursuivent leur ascension dans le basketball nord-américain, l’une déjà olympienne et cadre montante de l’Université du Michigan, l’autre sur le point de découvrir le championnat universitaire NCAA avec celle du Kentucky. Originaires de Sudbury, les deux Franco-Ontariennes regardent désormais vers un même horizon : l’équipe nationale canadienne, Los Angeles 2028 et, à plus long terme, le monde professionnel.

Le Canada a franchi ce que Syla Swords qualifiait de « première étape » vers les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Invaincues en cinq rencontres à Guadalajara, les Canadiennes ont remporté le tournoi préqualificatif olympique en surclassant le Mexique 83-53 en finale, décrochant leur billet pour les tournois de qualification olympique de 2028.

« Cette équipe a un très bon mélange entre la jeunesse et celles qui ont déjà participé à deux ou trois Jeux olympiques. Les vétéranes savent ce qu’il faut faire pour gagner contre les bonnes équipes », confiait Swords à ONFR au début de la compétition.

Les vétéranes ont apporté leur expérience, mais la jeunesse évoquée par la Franco-Ontarienne a elle aussi répondu présente. À commencer par la Sudburoise elle-même. Avec 14,8 points de moyenne, tout en réussissant 45 % de ses tirs à trois points, elle a obtenu le titre de meilleure joueuse du tournoi. Elle a inscrit au moins 10 points lors de chacune des cinq rencontres, dont 17 en demi-finale contre la Nouvelle-Zélande et 12 en finale face au Mexique.

À 20 ans, Syla Swords connaît déjà les Jeux. À Paris en 2024, elle était devenue, à seulement 18 ans, la plus jeune basketteuse canadienne à participer aux Olympiques. Deux ans plus tard, elle n’est plus seulement la jeune joueuse qui découvre le plus haut niveau international. Son titre de joueuse la plus utile (MVP) à Guadalajara confirme la place grandissante qu’elle occupe au sein de la sélection canadienne.

Syla prend une nouvelle dimension à Michigan

La même progression se dessine depuis deux saisons dans la ligue universitaire américaine (NCAA). Pour sa deuxième saison avec les Wolverines de l’Université du Michigan, Syla Swords a été nommée dans la première équipe All-Big Ten après avoir figuré dans la deuxième dès sa saison recrue. Elle a tourné à 14,6 points et 2,6 passes par match et terminé meilleure marqueuse à trois points de son équipe avec 68 réussites.

Mais lorsqu’elle revient sur sa saison, ce ne sont pas ses statistiques qu’elle met d’abord en avant.

« J’adore jouer avec l’université du Michigan : les personnes, mes amis, mes coéquipières, mes entraîneurs, explique-t-elle, alors que les changements d’université sont devenus fréquents dans le basketball universitaire. Ici, on a confiance en sachant qu’on est là l’une pour l’autre et qu’on travaille fort. »

Son rôle a surtout changé. Après avoir pu observer des joueuses plus expérimentées durant sa première année, elle a dû assumer davantage de responsabilités. « Cette dernière saison, il n’y avait pas beaucoup de personnes plus âgées. Donc, à mon âge, j’ai dû être une cheffe d’équipe. J’ai trouvé ma voie et ma confiance en moi. »

Sur le terrain, elle estime également avoir progressé dans sa lecture du jeu, en apprenant davantage à réagir à la défense plutôt qu’à décider à l’avance ce qu’elle veut faire. Pour y parvenir, elle raconte avoir passé beaucoup de temps à regarder des vidéos de matchs.

Savannah à son tour en NCAA

À deux ans d’écart, Savannah suit désormais les traces de son aînée. La cadette s’apprête à rejoindre les Wildcats du Kentucky après une dernière saison au secondaire qui n’a pourtant pas ressemblé à celle qu’elle imaginait. Son année a été perturbée par des pépins physiques. Une grave blessure au genou avait notamment écourté sa saison précédente.

« C’était un peu différent de ce que j’aurais voulu pour ma dernière saison au secondaire, reconnaît-elle. Mais c’était amusant. J’aimais jouer avec mes amies et avec les entraîneurs. »

Malgré ce parcours contrarié, Savannah arrive dans le Kentucky avec un statut important. Classée parmi les meilleures joueuses de sa génération, elle a participé au McDonald’s All-American Game 2026.

Elle a déjà passé plusieurs semaines avec sa nouvelle équipe cet été et ne cache pas son impatience. « Je suis tellement impatiente de jouer avec les Wildcats. On a commencé à créer des liens et à travailler ensemble. Je pense qu’avec les entraîneurs et mes coéquipières, on va avoir une très bonne équipe. »

Pour aborder le grand saut vers la NCAA, elle peut compter sur une conseillère particulièrement bien placée. Le principal conseil de Syla? Ne pas oublier pourquoi elle joue.

« Elle me dit surtout d’avoir du plaisir à jouer au basketball, raconte Savannah. Il peut y avoir beaucoup de pression et de stress avec les médias sociaux, mais il faut toujours essayer de garder le plaisir. »

Sœurs avant d’être basketteuses

Car malgré deux vies largement organisées autour du basketball, les Swords tiennent aussi à ne pas réduire leur relation à leur sport. Depuis le départ de Syla pour le Michigan, elles ne s’entraînent plus quotidiennement ensemble. Leurs appels tournent alors autour de leurs autres centres d’intérêt, de leurs amis ou même de Violet, la petite chienne de Syla.

« On a un bon équilibre, résume Savannah. On peut parler de basketball si on en a besoin, mais on est aussi des sœurs et on s’amuse ensemble. »

Cet équilibre pourrait cependant être mis à l’épreuve sur un parquet. Aucun affrontement n’est actuellement programmé entre leurs deux universités, mais l’idée les amuse déjà. « Ce serait tellement cool », lance Savannah.

Et si elles venaient réellement à se retrouver face à face? Est-ce qu’elles se chambreraient sur le terrain? « Oh oui! C’est sûr », répondent-elles en riant.

Le maillot canadien comme point de rencontre

Si leurs chemins pourraient un jour se croiser comme adversaires en NCAA, les deux sœurs ont déjà eu l’occasion de se retrouver sous le même maillot cet été. Savannah a rejoint Syla lors du premier rassemblement estival de l’équipe nationale senior, avant de participer au camp de Victoria, en Colombie-Britannique.

Pour la cadette, cette expérience marque une nouvelle étape. Après avoir été privée de sélection l’été précédent en raison de sa blessure au genou, elle a d’abord retrouvé le maillot canadien avec les U18 en juin, avant de découvrir quelques semaines plus tard l’environnement de l’équipe senior, cette fois aux côtés de sa sœur.

« Ne pas avoir eu la chance de jouer l’été dernier à cause de ma blessure au genou m’a donné un autre niveau d’appréciation de l’honneur que représente le fait de porter le maillot canadien, raconte-t-elle. Le camp lui a également permis d’observer les joueuses seniors dans leur élément, leur façon de travailler et « ce qu’il faut pour être à ce niveau ».

Pour Syla, voir sa sœur se rapprocher à son tour de l’équipe senior s’inscrit dans une période qu’elle juge particulièrement stimulante pour le basketball féminin canadien. « Il y a tellement d’énergie autour du sport féminin et du basketball féminin au Canada. Il y a tellement de jeunes femmes et de jeunes gars qui jouent. C’est très spécial. »

Et pourquoi pas le Tempo?

L’horizon des deux sœurs ne s’arrête évidemment pas à l’équipe nationale. Pour Syla, notamment, la WNBA se rapproche. Et contrairement aux générations canadiennes précédentes, elle peut désormais imaginer une carrière professionnelle avec une équipe évoluant à domicile.

Le Tempo de Toronto ne laisse pas les deux sœurs indifférentes. Syla raconte avoir assisté à un match et avoir surtout été frappée par le public, notamment les petites filles venues encourager les joueuses. « Je suis très excitée d’avoir la chance, si ce n’est pas de jouer avec le maillot du Tempo, de jouer à Toronto pour une autre équipe », confie-t-elle.

Savannah voit surtout ce que l’existence d’une équipe canadienne peut représenter pour celles qui grandissent aujourd’hui avec un ballon entre les mains. « C’est tellement cool d’avoir une équipe au Canada. Les jeunes filles peuvent voir des joueuses qui ont énormément de talent et avoir des modèles à suivre, ici, chez elles. »

Syla dans le Michigan, Savannah désormais à l’Université du Kentucky. Deux ans après son aînée, la cadette marche à son tour dans ses pas, de la NCAA jusqu’aux portes de l’équipe nationale senior. Leurs chemins pourraient bientôt se croiser de plus en plus souvent.

Peut-être un jour en NCAA comme adversaires. Avec le Canada comme coéquipières. Et, qui sait, un jour en WNBA. Pourquoi pas même sous le même maillot à Toronto?

« Un jour, on verra », sourient-elles.

Élections municipales : comment valoriser la fonction d’élu?

OTTAWA La période de mise en candidature est maintenant terminée. Dans plusieurs localités, des maires sont reconduits automatiquement dans leur fonction, d’autres y accéderont sans devoir obtenir une majorité faute d’opposants. ONFR s’est entretenu avec des élus francophones afin de faire le point sur la réalité du mandat municipal et les défis de l’engagement local. 

Ce manque de combattants politiques s’inscrit dans un mouvement qui s’accélère à chaque cycle électoral. Selon une analyse de l’Association des municipalités de l’Ontario, plus de 550 sièges municipaux sont revenus à leurs occupants par acclamation en 2022, dont 139 postes de maires et de préfets. Cette rareté des candidatures a même privé d’élection 32 conseils municipaux ontariens, désormais entièrement formés sans le moindre passage par les urnes.

« S’il n’y a personne contre moi, je veux dire c’est parce qu’ils doivent être satisfaits avec ce qui se passe et mon travail de maire », commente le maire de Russell, Mike Tarnowski qui est le seul candidat à la mairie. 

Mike Tarnowski, maire de Russell, rappelle qu’à Ottawa, la municipalité doit financer la sécurité au domicile de certains élus en raison du vandalisme. Bien que le milieu rural soit moins touché, cette réalité soulève des inquiétudes quant à l’engagement politique. Photo : Inès Rebei/ONFR

Toutefois, celui qui est devenu maire à la suite de la démission de Pierre Leroux en 2024 n’hésite pas à reconnaître une certaine inquiétude : « En même temps, en tant que résident, je dois dire honnêtement que je ne pense pas que c’est la meilleure chose. Dans quatre ans, j’aimerais bien qu’il y ait un embarras du choix pour les résidents, ça c’est important. »

« J’aimerais ça croire que ça va bien. Je veux penser qu’il y a une valeur à la stabilité. Les décisions qu’on prend, c’est avec l’intention d’améliorer la vie des citoyens », répond quant à lui Francis Brière, maire de La Nation, lequel n’a pas non plus d’opposant dans la course à la mairie contrairement aux dernières élections de 2022.

Dans le Nord, Paul Lefebvre, maire du Grand Sudbury et également candidat à sa réélection, y voit un constat mitigé : « Je pense que c’est un mélange. Oui, les gens sont satisfaits, ou les gens ne veulent juste pas s’impliquer parce qu’ils trouvent que c’est trop difficile et que le sacrifice est trop grand. » 

L’usure du « 24/7 » 

Au cœur de sa communauté, le maire ne décroche jamais. « La demande est constante, 24 heures sur 24, résume Gary McNamara, maire de Tecumseh. On va magasiner ou au parc et on est reconnu. Il n’y a plus de vie privée, et c’est très exigeant pour les familles. »

Élu pour la première fois au conseil municipal en 1991 puis reconduit à la mairie sans opposition à plusieurs reprises, le maire ayant le plus d’expérience de la région de Windsor-Essex dresse d’ailleurs un constat particulièrement sévère sur la crise d’engagement et le taux de renouvellement massif qui frappe la politique locale.

« Il y a beaucoup de membres à travers la province qui ne se représentent pas. On va avoir un changement de 40 à 50 % des candidats. Il y en a beaucoup qui se présentent comme candidats pour une élection, ils se retirent dans quatre ans et disent : « J’en ai assez. » […]. Il y a beaucoup de nouveaux membres qui ne comprennent pas à quel point ça peut être très difficile. »

Gary McNamara, maire de Tecumseh et candidat à sa réélection, défend une approche collaborative de la gestion municipale en déléguant les « pouvoirs de maires forts » à ses conseillers, estimant que la légitimité des décisions repose sur la voix unie du conseil plutôt que sur des mesures unilatérales. Photo : Inès Rebei/ONFR

Cette pression quotidienne pèse également lourdement sur la représentation féminine. La mairesse de Timmins, Michelle Boileau, qui reconnaît subir de nombreuses attaques ciblées en ligne, avoue avoir dû mener une longue réflexion personnelle avant de solliciter un nouveau mandat.

« Il fallait vraiment que j’y réfléchisse : est-ce que je veux continuer à me mettre dans cette position où je me fait souvent attaquer, souvent pour des raisons qui ne m’appartiennent même pas? » 

Elle déplore le manque de progrès au fil des décennies : « J’ai eu une conversation récemment avec une ancienne mairesse de Timmins. Ça fait presque 25 ans depuis qu’elle a servi. En lui parlant de l’expérience que j’ai vécue, elle était un peu découragée de voir à quel point les choses n’ont pas tellement changé, comme on l’espérait. »

Le maire du Grand Sudbury, Paul Lefebvre, qualifie la toxicité et la désinformation en ligne de problème systémique assimilable à un « Wild West » numérique, estimant que les autorités provinciales et fédérales doivent intervenir pour cibler les acteurs qui cherchent à manipuler l’opinion publique. Photo : Inès Rebei/ONFR

Le frein financier

Au-delà de l’intrusion dans la vie privée, le modèle économique de la politique locale constitue un repoussoir majeur pour la relève. Mike Tarnowski, maire de Russell, rappelle la précarité du poste pour les jeunes actifs.

« On peut s’entendre que ce n’est pas le gros salaire non plus. Alors pour quelqu’un qui est en plein dans l’âge où ils sont en train de développer leur carrière, ce n’est pas idéal parce qu’on prend en effet une pause de quatre à huit ans. C’est pour ça qu’on voit surtout des personnes un petit peu plus âgées qui se présentent. » 

Il pointe également des blocages systémiques : « J’ai entendu des exemples où il y a des municipalités où quelqu’un est contre améliorer la rémunération pour le maire, parce qu’elle est tellement basse qu’il n’y a personne d’autre qui se présente. Alors le maire qui n’a pas besoin de la rémunération reste là par défaut. »

Francis Brière souligne lui aussi ce décalage entre la rémunération et la pression citoyenne  « On a toujours cette idée que « je paye ton salaire, donc je vais te critiquer ». Mais il faut que tu sois là avec une passion, parce que si tu regardes la rémunération, ce n’est pas ça qui fait en sorte que tu veux faire la job. » 

Face à la violence et aux attaques sur les réseaux sociaux, Francis Brière exprime un désarroi certain et réclame une meilleure protection des élus, tout en avouant son impuissance quant aux solutions concrètes à adopter. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Il faut réaliser qu’on a un impact positif. Quand je m’en vais au travail, je vois les impacts de nos décisions prises il y a deux ou trois ans, et les gens en bénéficient. […] C’est très valorisant d’être à la table et d’avoir une influence positive sur les choses : c’est ça qui devrait être la motivation pour se lancer », conclut-il. 

« Les gens qui veulent faire de la politique, surtout municipale, doivent croire qu’ils veulent apporter des changements positifs à la communauté. Être là pour soi-même, ce n’est pas la bonne raison », juge quant à lui le maire Lefebvre, ancien député au fédéral et qui brigue un deuxième mandat.

Programmes et parrainage

Pour contrer cette usure et accompagner les nouveaux élus, l’AMO prépare Local Leadership Foundations, un programme qui sera lancé après les élections et vise à offrir aux élus une formation axée sur la gouvernance, la gestion des budgets ou la conduite des réunions dès le début de leur mandat.

« Notre objectif est d’offrir aux nouveaux élus ainsi qu’aux vétérans les outils nécessaires pour gérer la complexité croissante des dossiers municipaux dès leur entrée en fonction », souligne la Dre Kate Graham, politologue et enseignante en gouvernance et leadership aux universités Huron et Western, laquelle est responsable du projet. 

Et d’ajouter : « La politique locale est un travail difficile en raison de la complexité de ce que gèrent les municipalités aujourd’hui. C’était inimaginable il y a 50 ans : du logement aux dépendances, en passant par la santé mentale et les infrastructures. La courbe d’apprentissage est extrêmement raide. » 

La docteure Kate Graham indique qu’elle s’entretient depuis plusieurs mois avec des élus municipaux de la province afin de concevoir un programme axé sur la transmission d’expertise et l’accompagnement des futurs conseils. Photo : Inès Rebei/ONFR

Pour épauler les élues et combler le manque de ressources après le scrutin, la mairesse de Timmins, Michelle Boileau, met en avant les réseaux d’entraide sur le terrain.

« C’est un peu pour cette raison qu’on avait fondé, moi et d’autres femmes dans le Nord, la Northern Ontario Women’s Association (NOWA). On a reconnu qu’il y a des organismes pour aider les femmes à se préparer, mais il y avait très peu de ressources une fois qu’elles sont élues et qu’elles se retrouvent dans ces positions de leadership. »

Sur le terrain, Gary McNamara insiste sur le parrainage entre pairs pour préserver la relève : « Ce qu’on peut faire pour les aider, c’est que des membres comme mes collègues ici, qui ont été membres pendant beaucoup d’années, soient là aussi pour aider et épauler les nouveaux membres qui se présentent comme candidats et qui ont le succès d’être élus. »

Une nouvelle école ouvre à Orléans-Sud, où les besoins continuent de croître

OTTAWA – L’Aventure, une nouvelle école élémentaire publique francophone de 354 places, a accueilli ses premiers élèves mardi, à Orléans-Sud. Alors que son ouverture soulage les établissements voisins, la croissance rapide du secteur laisse déjà présager d’autres besoins.

Dès 7 h 30 mardi, élèves, parents, membres du personnel et représentants du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) ont commencé à prendre part, dans une ambiance festive, à l’ouverture officielle de l’École élémentaire publique L’Aventure, dans le quartier Orléans-Sud.

Le nouvel établissement peut accueillir 354 élèves. Il comprend également une garderie offrant 49 places : 10 pour des poupons, 15 pour des bambins et 24 pour des enfants d’âge préscolaire. Cette ouverture porte à 47 le nombre d’écoles élémentaires et secondaires du CEPEO dans l’Est ontarien.

Selon le directeur de l’éducation du CEPEO, Christian-Charle Bouchard, le budget de l’établissement s’élève à 21,5 millions de dollars.

« Aujourd’hui, ça représente une grande joie pour les familles, ainsi que l’épanouissement de chaque élève, de chaque enfant et de chaque apprenant », a déclaré M. Bouchard. Il y voit également un signe de la croissance de nouvelles communautés scolaires francophones qui ont désormais accès à une école de proximité.

L’Aventure est l’une des deux nouvelles écoles élémentaires ouvertes cette année par le CEPEO, tandis que six autres établissements sont actuellement en chantier, selon le directeur de l’éducation.

Marie-Chantal Desrosiers, surintendante de l’éducation, Christian-Charle Bouchard, directeur de l’éducation du CEPEO, et Céline Labrèche, directrice de l’École L’Aventure. Photo : Amine Harmach/ONFR

Une école attendue

Pour la directrice de L’Aventure, Céline Labrèche, cette ouverture répond directement à l’augmentation des effectifs dans le secteur.

« De plus en plus de familles souhaitent que leurs enfants fréquentent une école francophone. Le CEPEO a donc décidé d’ouvrir une nouvelle école, puisque les effectifs augmentaient dans ses autres établissements », explique-t-elle.

La préparation s’est déroulée sans difficulté majeure. L’école a même obtenu son permis d’occupation à la fin du mois de mai, une avance que Mme Labrèche qualifie d’exceptionnelle pour un nouvel établissement. Une journée portes ouvertes organisée le 20 août avait déjà attiré de nombreux parents et élèves.

Pour certaines familles, la nouvelle carte scolaire change concrètement le quotidien. Samuel Gallard, dont le fils entre en sixième année, habite à quelques pas de l’établissement. Son enfant fréquentait auparavant l’École élémentaire publique Des Sentiers et devait prendre l’autobus.

« Maintenant, nous sommes à 30 secondes à pied, donc c’est plutôt bien pour nous », se réjouit le père. Son fils retrouvera plusieurs camarades de son ancienne école. Il a aussi été rassuré par la présence d’un terrain de soccer. Avant de le découvrir, il craignait que la nouvelle école ne soit « pas bien », raconte-t-il tout en souriant.

Abdou, parent d’un autre élève transféré de l’École Des Sentiers, voit dans ce nouvel établissement une manière d’assurer la continuité de l’apprentissage en français. « Comme l’environnement extérieur est surtout anglophone et que l’école est francophone, cela crée un bon équilibre pour l’élève », résume-t-il.

Une pédagogie tournée vers la nature

Denis St-Pierre, enseignant d’art, fait partie des six enseignants de l’École Des Sentiers qui ont rejoint L’Aventure. Photo : Amine Harmach/ONFR

L’école ne mise pas seulement sur de nouveaux locaux. Elle amorce aussi un processus de certification MOON, une pédagogie articulée autour de quatre relations : avec soi-même, avec les autres, avec les objets intelligents – dont l’intelligence artificielle – et avec la nature.

Denis St-Pierre, enseignant d’art, fait partie des six enseignants de l’École Des Sentiers qui ont rejoint L’Aventure. Il y retrouve environ 125 anciens élèves. Il décrit « une autre approche, une autre façon d’enseigner », davantage centrée sur l’élève. Comme il enseignera à toutes les classes, il aura l’occasion de revoir plusieurs jeunes qu’il connaît déjà.

L’approche doit permettre d’intégrer différentes matières, de décloisonner les apprentissages et de réduire le temps passé devant les écrans. Chaque classe devra notamment consacrer au moins une période par semaine à l’apprentissage à l’extérieur.

Claudine Bisson, enseignante à L’Aventure, se dit très heureuse et enthousiaste, malgré une certaine appréhension devant « un nouveau programme, une nouvelle école et une nouvelle approche pédagogique ». Elle croit toutefois que cette approche « plus humaine » sera bénéfique pour les élèves.

D’autres écoles encore nécessaires

Malgré l’ouverture de L’Aventure, Christian-Charle Bouchard répond « oui et non » lorsqu’on lui demande si l’établissement suffit à répondre à la demande d’éducation publique en français.

L’École élémentaire publique L’Aventure a accueilli ses premiers élèves mardi, dans le quartier Orléans-Sud à Ottawa. Photo : Amine Harmach/ONFR

« Ici, à Orléans, nous sommes bien servis avec cette nouvelle école. Mais, dans quelques années, nous aurons encore besoin d’autres écoles, même dans des secteurs déjà bien desservis comme Orléans », prévient-il.

Cette croissance se fait déjà sentir dans les classes. Deux enseignantes consultées par ONFR font état de groupes plus nombreux. « J’avais 16 élèves l’année dernière. Cette année, j’en ai 23 », confie l’une d’elles. Une autre dit en compter 28 dans sa classe.

Comme le précise M. Bouchard, le territoire du CEPEO s’étend de Trenton à Hawkesbury, en passant par Ottawa et Cornwall, et remonte jusqu’à Pembroke. Certaines communautés demeurent mal desservies, voire sans école publique francophone. Pour certaines familles, la longueur des déplacements rend ce choix scolaire pratiquement impossible, constate le directeur de l’éducation.

Le député provincial d’Orléans, Stephen Blais, rappelle pour sa part que des centaines de maisons ont été construites dans le sud d’Orléans. Trois nouvelles écoles élémentaires doivent ouvrir cette année dans ce secteur, dont deux francophones, mais la croissance résidentielle se poursuit.

« Nous devons maintenir cet élan et investir davantage dans certains secteurs d’Orléans », affirme-t-il, évoquant de nouvelles constructions ou des agrandissements qui permettraient d’éliminer des classes portatives. Il réclame aussi davantage de ressources pour réduire la taille des classes et soutenir l’éducation spécialisée.

L’ouverture de la future école secondaire publique d’Orléans-Sud est prévue pour l’année scolaire 2027-2028. Photo : Amine Harmach/ONFR

Le développement scolaire se poursuivra dans le quartier. Une école secondaire publique de langue française de 713 places, destinée aux élèves de la 7e à la 12e année, est en construction au 2405, chemin Mer-Bleue. Financée à hauteur de 33,3 millions de dollars par la province, elle devrait être achevée à l’été 2027 et ouvrir durant l’année scolaire 2027-2028.

Guerre commerciale : le gouvernement Carney dévoile les détails de sa réplique tarifaire

OTTAWA – En réponse à la guerre commerciale engagée par les États-Unis, le gouvernement Carney a annoncé mardi les détails de ses contre-tarifs de 15 % à 50 % sur des produits américains ciblés, d’une valeur globale de 27,6 milliards de dollars. Ottawa viendra aussi en aide aux entreprises et aux employés touchés par le conflit avec des mesures d’aide évaluées à 7,5 milliards de dollars.

Applicables dès le 8 septembre prochain, ces droits de douane viseront notamment l’acier, l’électroménager, l’électronique ainsi que les pâtes et papiers en provenance des États-Unis. Au total, ce sont près de 700 produits importés des États-Unis qui seront touchés par cette salve tarifaire de la part d’Ottawa. Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, en a dévoilé les contours mardi lors d’un point de presse.

Cette offensive tarifaire précise la réplique d’Ottawa aux démarches américaines, après l’entrée en vigueur, le 22 août, de tarifs visant l’acier et l’aluminium (50 %), le bois d’œuvre (45 %) et les pièces automobiles fabriquées au Canada (25 %).

Dans le détail, le Canada augmentera ses tarifs de 25 % à 50 % sur l’acier et l’aluminium. Le mobilier, certains matériaux en bois et le textile en provenance des États-Unis seront aussi taxés à hauteur de 50 %. En parallèle, des surtaxes de 25 % frapperont les appareils électroménagers, les produits de la mer et les produits laitiers, y compris le fromage du pays de l’Oncle Sam. À noter que les droits de douane actuellement en vigueur, visant les véhicules, restent en place.

Selon le gouvernement Carney, ces contre-mesures visent à défendre les travailleurs, producteurs et fabricants canadiens contre l’impact des tarifs américains, tout en soutenant leur compétitivité face aux produits venus du Sud sur le marché intérieur.

« Dans un conflit comme celui-là, il faut être stratégique, mesuré et sérieux dans la réponse, et ce matin, ce qu’on présente, c’est une réponse responsable, sérieuse et stratégique pour faire face à la situation d’aujourd’hui », a déclaré le ministre des Finances, François-Philippe Champagne en conférence de presse.

Plutôt que d’entrouvrir la porte à un ciblage des produits en provenance d’États républicains — à l’instar de ce que demandait le premier ministre ontarien Doug Ford —, le gouvernement fédéral opte pour une approche de réciprocité sectorielle. La plupart des rétorsions canadiennes s’alignent ainsi directement sur les domaines touchés par les taxes imposées par les États-Unis.

L’annonce de mardi ne comporte pas non plus de mesures visant à taxer les envois d’énergie vers les États-Unis, comme le pétrole ou l’hydroélectricité, ou encore la potasse et les minéraux critiques — une autre mesure à laquelle Doug Ford est favorable.

« L’analogie qu’on pourrait prendre est qu’on joue aux cartes. On sait qu’on a plein de bonnes cartes dans notre jeu, mais on sait qu’on n’est pas prêts à les utiliser tout le temps lors de la première main. Il faut être intelligent et c’est ce qu’on fait », a répondu à ce sujet la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly.

Aide aux entreprises et aux travailleurs

À compter du mois prochain, le gouvernement fédéral rehaussera son soutien aux entreprises et aux travailleurs à travers ses programmes actuels. Une enveloppe financière additionnelle de 7,5 milliards de dollars sera allouée, incluant un ajout de 1,5 milliard de dollars pour l’Initiative régionale de réponse tarifaire afin d’appuyer les entreprises confrontées à des besoins de liquidités.

« On vit dans un moment où il y a énormément de complexité et de volatilité, et ce qu’on essaie de ramener pour nos entreprises, c’est du soutien… On bonifie un certain nombre de programmes pour que ce soit simple et flexible pour les entreprises de chez nous », a expliqué François-Philippe Champagne.

La Banque de développement du Canada débloque 500 millions de dollars pour soutenir la trésorerie des entreprises admissibles, en leur proposant des prêts allant de 250 000 $ à 5 millions de dollars.

Ottawa injecte également 2 milliards de dollars supplémentaires dans le Fonds de réponse stratégique, destiné à soutenir les entreprises touchées par les droits de douane qui ont des projets prêts à démarrer visant le maintien du capital en continu.

Pour soutenir les travailleurs, le gouvernement Carney injecte 3,5 milliards de dollars, principalement en simplifiant l’accès à l’assurance-emploi, notamment en supprimant la semaine d’attente et en octroyant 20 semaines de prestations supplémentaires aux employés de longue date. Le gouvernement reconduit également d’un an la possibilité d’accumuler ses prestations sans que les indemnités de départ ne soient déduites au préalable.

Enfin, une nouvelle disposition d’un an permettra d’éviter les pénalités aux salariés ayant quitté leur emploi au cours des derniers mois, à condition que leur départ ait été involontaire.

« J’aime les Canadiens français » : Trump accuse Carney d’avoir menti sur le français

En assurant « aimer les Canadiens français », le président américain Donald Trump accuse Mark Carney d’avoir menti lorsque ce dernier affirme que les Américains ont mis la langue française sur la table des négociations commerciales entre les deux pays.

« Je n’empêcherais jamais les Canadiens de parler français! En fait, je n’ai même jamais envisagé une chose aussi stupide. Ce mensonge a été inventé par un premier ministre faible et incompétent pour tenter de gagner le soutien politique des Québécois, soutien qu’il a totalement perdu. J’aime les Canadiens français! », a écrit M. Trump sur son réseau Truth Social mardi matin.

Selon Mark Carney, l’impasse des pourparlers la semaine dernière avec les États-Unis s’expliquerait notamment par leurs exigences quant à des modifications concernant « les subventions et le soutien pour notre culture, et la langue française », ainsi que sur l’étiquetage bilingue des produits au Canada.

« Pour les Américains, la langue française, la culture québécoise, francophone et canadienne sont des questions irritantes. Non, ici au Canada et au Québec, ce sont des droits fondamentaux, pas un irritant », a affirmé le premier ministre canadien lundi.

Ce dernier a aussi mentionné que la question de l’étiquetage bilingue figurait parmi les irritants soulevés par le gouvernement américain, déclarant que le gouvernement canadien a dit « non » à chaque reprise.

Interrogée sur la remarque du président américain, la ministre Mélanie Joly a soutenu que l’enjeu n’était pas « une question d’amour ».

« C’est fondamentalement une question de souveraineté. D’être capable d’avoir un pays qui est capable de protéger sa culture et son fait français… C’est important que nous, on le fasse et on va continuer à le faire », a-t-elle assuré lors d’un point de presse mardi.

Lundi, le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, avait aussi accusé le premier ministre canadien d’avoir inventé une « fausse histoire assez drôle » sur la langue de Molière, assurant qu’il respectait le français et s’exprimait lui-même dans cette langue.

Le différend portait plutôt sur l’obligation imposée par le gouvernement fédéral aux entreprises de diffusion américaines comme Netflix et Amazon Prime de mettre en avant une partie du contenu canadien, notamment francophone, sur leurs plateformes respectives. À l’heure actuelle, la loi édicte aussi que ces compagnies doivent verser une partie de leurs revenus générés au Canada pour financer le contenu d’ici, et particulièrement en français.

« Nous pensons qu’il s’agit d’une taxe, une taxe discriminatoire sur les entreprises américaines, mais nous n’avons aucun problème avec la langue française », juge M. Greer.

Éducation : « plus de questions que de réponses » avant la rentrée

Les changements induits par la nouvelle réforme en éducation entrent en vigueur cette rentrée. Des questions demeurent toutefois pour les francophones, notamment celle du matériel pédagogique en français sur la nouvelle plateforme d’éducation en ligne. Les conseils scolaires francophones ne savent pas encore quand les ressources seront prêtes et si elles seront obligatoires. L’Association des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (AEFO) estime de son côté que ces premiers intéressés sont laissés dans le flou.

La Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves, adoptée en mai dernier, implique plusieurs changements notables pour cette rentrée scolaire 2026 et ce, afin d’améliorer les performances scolaires.

Elle prévoit notamment l’uniformisation des ressources d’apprentissage à l’échelle de la province, par le biais d’une nouvelle plateforme d’apprentissage numérique unique.

Les enseignants devront choisir parmi le matériel pédagogique aligné sur le curriculum de l’Ontario, pour trouver des plans de leçon ou pour créer leurs propres outils interactifs ou présentations, avec du matériel téléchargeable et imprimable.

Or, la plateforme Edwin n’est pas encore adaptée pour le réseau francophone.

Tant que les ressources pédagogiques ne seront pas disponibles en français, les conseils scolaires francophones ne seront pas tenus d’utiliser la plateforme. En attendant, les discussions se poursuivent pour trouver une solution pérenne.

« Nous analysons toujours s’il s’agit d’une ressource qui répondra aux besoins pédagogiques des écoles de langue française. Nous aurons toutefois la liberté de choisir une autre plateforme, si pertinent », explique Steve Lapierre, directeur des communications du conseil scolaire Viamonde, avant d’indiquer que « ça reste à confirmer ».

« Pour l’instant, nous ne suivons pas la plateforme Edwin jusqu’à ce que le matériel soit disponible pour les francophones. De ce que j’en comprends, cela vient appuyer l’enseignant pour qu’il puisse bien transmettre son curriculum », déclare pour sa part Marie-France Paquette, directrice associée de l’éducation au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE).

Elle précise d’ailleurs que leurs équipes travaillent depuis de nombreuses années à outiller leurs enseignants.

Une préparation tardive « déraisonnable » selon l’AEFO

« Concernant le matériel de référence et les plans de leçon annoncés, je n’ai rien vu passer depuis les annonces. C’est un délai presque déraisonnable pour une mise en œuvre à ce niveau-là », déplore Gabrielle Lemieux, la présidente de l’AEFO, qui explique qu’avec l’approche de la rentrée, certains enseignants commencent à travailler dès cette semaine.

Celle-ci demande un accompagnement planifié et respectueux du personnel. « Dans cette incertitude, nous craignons une surcharge administrative, de la reddition de comptes prématurée et des échéanciers irréalistes qui mettent le ton sur toute l’année scolaire ».

« Il y a une méconnaissance au sein du grand public : les enseignants ne sont pas rémunérés l’été. Dans le système public comme ailleurs, nous sommes payés pour 194 jours de travail dans l’année scolaire. »

Elle estime que s’attendre à ce que les enseignants prennent sur leurs vacances d’été non payées pour préparer de nouveaux cours va à l’encontre du concept d’être payé pour les heures travaillées.

« Les directives du ministère de l’Éducation ont été reçues en juillet, en plein été », concède Marie-France Paquette concernant la réception tardive des consignes. « Les équipes de travail du conseil scolaire se sont mobilisées immédiatement pour faire avancer l’ensemble des décisions requises. »

En tant qu’enseignante du secondaire, Gabrielle Lemieux considère la planification à rebours comme Fl’un des principes essentiels de l’enseignement. « Des modifications de dernière minute peuvent complètement chambouler la création d’un cours. Il y a plus de questions que de réponses en ce moment. »

Nouvelle note d’assiduité et nouveaux tests au secondaire

Intégrer formellement la présence en classe dans la note académique (à hauteur de 10 % à 15 %) est également un changement majeur de la réforme.

Le ministère de l’Éducation impose également des examens écrits provinciaux uniformes pour les cours théoriques, ce qui oblige les conseils à réajuster rapidement leurs grilles d’évaluation.

La principale zone de flou pour le CECCE réside dans l’application exacte des nouvelles règles d’évaluation provinciales au secondaire. Le ministère impose désormais une grille stricte : la note finale combinera le travail continu (65 %), l’évaluation finale (20 % à 25 %) et une toute nouvelle note d’assiduité et de participation (10 % à 15 %).

Mme Paquette explique que le conseil scolaire communiquera rapidement aux parents et aux enseignants comment ces nouveaux barèmes seront appliqués dès cette rentrée, notamment pour garantir que les absences motivées ne viennent pas pénaliser les élèves.

« Nous veillerons à ce que les mesures nécessaires soient mises en place et communiquées au personnel scolaire pour assurer notre conformité. Des informations explicatives seront aussi fournies aux familles et aux élèves pour que tous comprennent les changements et leur impact potentiel sur le dossier scolaire de l’élève », a également commenté pour Viamonde M. Lapierre.

Le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, s’était enthousiasmé la semaine précédente en conférence de presse de cette mesure : « La participation et la présence sont vitales pour le succès du système éducatif. Je sais que les enseignants sont enthousiastes, et j’ai même eu des retours d’enseignants de l’élémentaire qui demandent la même chose ».

750 $ par enseignant pour la salle de classe

Pour les nouvelles cartes d’achat de 750 dollars annuelles octroyées aux enseignants de l’élémentaire, le gouvernement Ford a choisi Staples comme fournisseur officiel pour ce Fonds pour les fournitures scolaires, qui a remporté l’appel d’offres mené par Approvisionnements Ontario.

Annoncé en mars dernier, le programme visait à éviter que les enseignants n’aient à payer de leur poche pour les fournitures de classe.

Dès cet automne, les enseignants pourront y acheter du matériel pédagogique (articles d’écriture, cahiers, calculatrices, matériel d’arts plastiques, ou encore articles d’hygiène comme des mouchoirs).

Pour Gabrielle Lemieux, il s’agit là aussi d’un sujet d’inquiétude. « Nous n’avons aucune idée de ce à quoi cela va ressembler sur le terrain. Le fait que cela passe par Staples soulève des questions inquiétantes sur la privatisation. De plus, cet argent provient du budget existant, ce n’est pas de l’argent en plus. Cela risque d’avoir un impact direct, surtout à l’élémentaire », craint celle-ci, qui espère avoir plus de visibilité avec la rentrée au cours des deux prochaines semaines, en fonction des zones géographiques.

Municipales 2026 : acclamations, courses à plusieurs et ténors en lice dans l’Ontario français

Des candidats sans adversaire, des courses qui attirent plus d’une dizaine de prétendants et quelques figures de la politique municipale qui s’accrochent ou tirent leur révérence : la fermeture des mises en candidature dessine des réalités très différentes dans les municipalités ontariennes à forte présence francophone. Tour d’horizon à deux mois du scrutin du 26 octobre.

Dans le Nord, les réalités électorales diffèrent fortement d’une municipalité à l’autre.

Timmins connaît une campagne particulièrement disputée : la mairesse sortante Michelle Boileau fait face à cinq adversaires, tandis que pas moins de 15 candidats se sont manifestés dans le quartier 5, qui comprend notamment le centre-ville. Le conseiller sortant Andrew Marks, après six mandats, avait annoncé qu’il ne se représenterait pas.

À l’inverse, la campagne sera beaucoup plus tranquille pour Dave Plourde à Kapuskasing. Sans adversaire, le maire en poste depuis 2018 est reconduit par acclamation pour un deuxième mandat consécutif. Acclamations également à Val Rita-Harty, Moonbeam, Dubreuilville et Kirkland Lake.

Le Grand Sudbury demeure l’un des principaux pôles de la francophonie du Nord ontarien. Lors du dernier recensement, en 2021, près de 37 000 résidents avaient le français comme première langue officielle parlée, soit environ 22,5 % de la population. Photo : archives ONFR

Du côté de Nipissing Ouest, dont Sturgeon Falls est le principal centre urbain, Kathleen Rochon sollicite un deuxième mandat. La mairesse affronte Charles Gaston Desgroseilliers et Yvon Duhaime dans une course à trois, tandis que Christine Littlechild est seule en lice dans le quartier 1.

Le Grand Sudbury verra pour sa part Paul Lefebvre tenter de conserver la mairie quatre ans après son élection, face à sept autres concurrents. La situation est également à surveiller à Hearst, où Roger Sigouin vise un septième mandat, et à North Bay où le départ de Peter Chirico ouvre la porte à une nouvelle figure municipale.

Le cas le plus singulier du Nord reste toutefois celui de Fauquier-Strickland. Aucun candidat ne s’est finalement présenté à la mairie ou aux quatre postes de conseillers après deux retraits de dernière minute. Une période supplémentaire de mise en candidature doit être organisée mercredi 26 août, comme le rapportait ONFR vendredi.

On file en outre vers une série de duels impliquant les maires sortants, notamment à Rivière des Français, Cochrane, Mattice-Val-Côté, Chapleau, Wawa et Smooth Rock Falls.

Prescott-Russell, entre acclamations et courses disputées

Le renouvellement est déjà assuré à Hawkesbury, où Robert Lefebvre ne sollicite pas de deuxième mandat. Cinq candidats veulent lui succéder, dont l’ancienne mairesse Jeanne Charlebois, tandis que neuf personnes convoitent les six sièges de conseillers.

Trois candidats se disputent la mairie d’Alfred et Plantagenet : Antoni Viau, Yves Laviolette et Deborah Hendrix.

La course est également à trois à Clarence-Rockland, où le maire Mario Zanth affronte Laurier Lalonde et Jay Woodruff. La concurrence disparaît toutefois dans deux quartiers : Stéphane Fournier, dans le quartier 2, et Michel Levert, dans le quartier 7, sont élus par acclamation.

Hawkesbury est l’une des municipalités les plus francophones de l’Ontario. En 2021, 7450 personnes, soit 74,5 % de la population, avaient le français comme première langue officielle parlée. Près de deux résidents sur trois étaient par ailleurs capables de parler les deux langues officielles. Photo : Hôtel de ville d’Hawkesbury/ Facebook

Situation similaire à Russell, mais cette fois au sommet de la municipalité : le maire Mike Tarnowski est reconduit par acclamation. Cinq candidats se disputent les quatre sièges de conseillers.

La mairie de Casselman se jouera entre Paul Groulx, Geneviève Lajoie et François Richard, alors que six personnes briguent les quatre sièges de conseillers. La situation est bien différente dans la municipalité voisine de La Nation, où le maire Francis Brière est reconduit par acclamation. Tim Stewart dans le quartier 1 et Danik Forgues dans le quartier 3 sont également élus sans opposition, tandis que trois candidats se disputent le siège du quartier 2.

Ottawa et Cornwall, des courses qui font le plein

À Cornwall, quatre candidats briguent la mairie : Sarah Good, Art Levert, Nicole Spahich et Justin Towndale. Mais la compétition est encore plus importante pour entrer au conseil municipal, où 25 candidats se disputent seulement huit sièges. Le scrutin marquera également un changement dans la composition de l’hôtel de ville : le nombre de conseillers passe de dix à huit, ce qui garantit un conseil plus resserré à l’issue de l’élection.

La capitale abrite, en nombre absolu, l’une des plus importantes populations francophones de la province. En 2021, environ 141 555 résidents, soit 14 % de la population, avaient le français comme première langue officielle parlée. Photo : Canva

À Ottawa, le changement d’échelle est considérable avec 14 candidats à la mairie. Le maire sortant Mark Sutcliffe sollicite un deuxième mandat et affronte notamment le conseiller municipal Jeff Leiper et Neil Saravanamuttoo. La course s’est particulièrement animée dans les derniers jours : six des 14 prétendants ont attendu les deux dernières journées de la période de mise en candidature pour déposer leur dossier.

La compétition ne gagne toutefois pas tous les quartiers. Deux conseillers sortants sont déjà assurés de retrouver leur siège sans passer par les urnes : Riley Brockington dans le quartier Rivière et David Brown dans Rideau-Jock, tous deux réélus par acclamation.

Dans le Sud-Ouest, entre continuité et renouvellement

Après bientôt quatre décennies au pouvoir, Mike Bradley n’a pas l’intention de quitter Sarnia. Maire depuis 1988, il a attendu le dernier jour pour déposer sa candidature et affrontera quatre adversaires. Chrissy McRoberts, initialement candidate à la mairie, s’est pour sa part retirée à la veille de la clôture.

élections municipales Sud-Ouest ontarien
Plus minoritaire dans le Sud-Ouest, la communauté francophone de Windsor comptait environ 4450 personnes ayant le français comme première langue officielle parlée en 2021, soit près de 2 % de la population. Photo : Canva

À Windsor, Drew Dilkens a lui aussi attendu avant de confirmer sa présence. Le maire depuis 2014 se retrouve dans une course particulièrement encombrée, avec 11 candidats au total, dont le conseiller Fred Francis.

La concurrence est également forte à London, où 12 candidats, dont le maire sortant Josh Morgan, se disputent la mairie. Certaines courses au conseil sont tout aussi fournies : huit candidats sont notamment en lice pour le seul siège du quartier 4.

De Hamilton à Toronto, des courses aux deux extrêmes

Hamilton fait partie des villes où la compétition est particulièrement soutenue, avec 13 candidats à la mairie. La mairesse sortante Andrea Horwath retrouve notamment Keanin Loomis, son principal adversaire de 2022. La concurrence est également forte dans certains quartiers : le quartier 10 compte à lui seul dix candidats pour un siège de conseiller. Dans le quartier 5, le sortant Matt Francis, un temps seul en lice, fait finalement face à deux adversaires.

Une page se tourne à Welland. Frank Campion ne sollicite pas de quatrième mandat après 12 ans à la mairie et sa succession attire huit candidats.

À Hamilton, environ 6410 personnes avaient le français comme première langue officielle parlée en 2021, soit un peu plus de 1 % de la population. Plus de 32 000 résidents déclaraient toutefois pouvoir soutenir une conversation en français et en anglais. Photo : Wikicommons

Chatham-Kent connaîtra pour sa part une importante refonte de son conseil municipal, passant de six à huit quartiers et de 18 à 14 conseillers. Selon la liste provisoire, le maire Darrin Canniff sollicite un troisième mandat, avec notamment deux membres du conseil sortant, Lauren Anderson et Michael Bondy, parmi ses adversaires. La municipalité ne publiera toutefois sa liste complète de candidats certifiés que le 27 août, après l’éventuelle période de candidatures supplémentaires prévue lorsqu’un poste n’attire pas suffisamment de candidats.

Enfin, Toronto se distingue surtout par l’ampleur de certaines courses. Olivia Chow sollicite un nouveau mandat, mais c’est Toronto-Danforth qui retient particulièrement l’attention : 18 candidats convoitent le siège laissé vacant par Paula Fletcher après plus de deux décennies au conseil. Dianne Saxe a même abandonné sa course à la réélection dans University-Rosedale le dernier jour des candidatures pour tenter sa chance dans ce quartier. Plusieurs vétérans quittent également l’hôtel de ville, dont Gord Perks après près de 20 ans.

Des campagnes très différentes

À deux mois du scrutin, difficile de trouver un portrait uniforme de l’Ontario municipal. Dix-huit candidats pour un siège à Toronto-Danforth, 15 dans un quartier de Timmins ou 25 pour huit postes à Cornwall, pendant que Dave Plourde à Kapuskasing, Mike Tarnowski à Russell et Matt Francis à Hamilton n’ont aucun adversaire.

Et dans le cas exceptionnel de Fauquier-Strickland, il faudra même rouvrir les candidatures faute d’avoir trouvé une seule personne pour former le prochain conseil.

Les électeurs ontariens sont appelés aux urnes le 26 octobre.

Tarifs : l’Ontario élargit l’aide provinciale d’un milliard aux entreprises et aux travailleurs

HAMILTON – À la suite de l’échec des négociations entre le Canada et les États-Unis et de l’entrée en vigueur samedi de nouveaux tarifs, le premier ministre Doug Ford annonce l’élargissement immédiat des critères d’admissibilité du Programme de financement pour protéger l’Ontario (PFPO).

Ce programme de 1 milliard de dollars en prêts – lancé à l’origine en août 2025 pour injecter du fonds de roulement direct dans les entreprises (salaires, loyers, services publics) – voit son accès étendu.

Cette enveloppe est désormais mobilisée pour permettre aux entreprises dont les exportations sont touchées par la nouvelle hausse de 50 %, ainsi qu’à celles assujetties aux droits de douane existants (acier, aluminium, cuivre et véhicules automobiles), de mieux faire face aux pressions opérationnelles et de préserver l’emploi.

« Notre gouvernement fera tout ce qui est nécessaire pour défendre les travailleurs de l’Ontario et protéger leur emploi ainsi que leur salaire alors que nous faisons face à cette nouvelle attaque économique du président Trump », a déclaré le premier ministre Doug Ford.

De son côté, la cheffe de l’opposition officielle et du NPD, Marit Stiles, exige un soutien direct aux travailleurs à risque de la province. Elle demande également au gouvernement ontarien un plan complet incluant des aides financières ciblées pour les secteurs automobile et manufacturier, ainsi qu’un renforcement du principe d’achat local « Achetez ontarien » dans les marchés publics.

Rupture des négociations entre le Canada et les États-Unis

La réponse ontarienne résulte directement de la rupture des discussions avec les États-Unis qui, faute d’accord, ont mis à exécution leurs menaces tarifaires. Depuis ce samedi, de nouvelles surtaxes massives au titre de la Section 338 frappent pour environ 28 milliards de dollars de marchandises canadiennes (soit 5 % des exportations vers le Sud).

Ces droits de douane grimpent jusqu’à 50 % sur une vaste gamme de produits (alcools, électronique, produits transformés du bois, matériel sportif), tout en portant la charge globale à 50 % sur l’acier et l’aluminium et à 45 % sur le bois d’œuvre, en plus du tarif de 25 % maintenu sur l’automobile.

L’escalade s’est encore intensifiée ce lundi matin : le président Donald Trump a directement menacé sur son réseau Truth Social d’augmenter les tarifs à 50 % dès le 1ᵉʳ janvier prochain sur l’ensemble des automobiles, camions, pièces détachées et de l’acier en provenance du Canada.

En réponse à ces attaques, le gouvernement fédéral canadien a confirmé que ses contre-tarifs de réplique « dollar pour dollar » ciblant les exportations américaines entreraient officiellement en vigueur le 8 septembre prochain.

Doug Ford a par ailleurs publiquement soutenu la décision d’Ottawa de quitter la table de négociation et préconise une ligne dure. Il a suggéré d’utiliser l’énergie, l’électricité et les minéraux critiques comme leviers de négociation, tout en ciblant avec des contre-tarifs des États américains politiquement stratégiques.

Zone économique spéciale : l’appel du maire de Sudbury

C’est dans ce contexte de pression américaine et de riposte canadienne que Paul Lefebvre, maire de Sudbury, a pressé ce lundi les deux paliers gouvernementaux à désigner son territoire zone économique spéciale. « Cela permettrait d’attirer les investissements, d’accélérer le développement industriel et de renforcer la chaîne d’approvisionnement en minéraux essentiels du Canada, à un moment où la concurrence mondiale pour les capitaux s’intensifie », a plaidé le premier magistrat de la ville du nickel.

Selon l’élu, les tarifs de l’administration Trump font planer un risque. « Notre nickel, notre cuivre et notre cobalt sont exportés quotidiennement vers les marchés américains, et nos entreprises de fournitures et de services miniers exercent leurs activités de l’autre côté de la frontière. Une escalade des tensions commerciales aura des répercussions sur les entreprises, les travailleurs et les familles du Grand Sudbury. »

M. Lefebvre estime qu’il faut faire plus que vendre la ressource extraite : « Voici l’occasion de voir les choses en grand. Exploiter les mines dans le nord de l’Ontario. Transformer et raffiner le minerai dans le nord de l’Ontario. Fabriquer des produits à plus forte valeur ajoutée ici, en Ontario, partout au Canada, et les vendre sur les marchés du monde entier » avec des emplois canadiens.

Lancement d’Uber à Sudbury : un nouveau chapitre pour les transports dans le Nord

SUDBURY – Uber débarque officiellement ce lundi à Sudbury et dans 78 autres municipalités du nord de la province. Alors que la région bénéficiait déjà de quelques compagnies de taxi et d’applications mobiles canadiennes comme Uride, l’arrivée du géant mondial du covoiturage pourrait créer de nouveaux emplois, attirer plus de trafic vers les commerces et institutions locales, et surtout, renforcer la sécurité routière.

Devant l’entrée principale du Collège Boréal, les membres de la communauté sudburoise se sont réunis ce lundi pour lancer le coup d’envoi d’Uber dans la ville du nickel, et pas que, puisque 78 autres communautés dans le nord de la province bénéficieront de l’application de covoiturage.

Pour la députée du Nickel Belt, France Gélinas, ce nouveau service est un grand pas pour les zones moins desservies par les transports en commun et les taxis. « Pour la région que je représente, qui n’a pas ou très peu d’accès aux taxis, ça va rendre nos communautés beaucoup plus sécuritaires. »

Vox pop dans les rues du Sudbury : qu’en penses les usagers?

La sécurité routière s’est imposée comme un enjeu central de l’événement. En effet, le déploiement d’Uber dans la région constitue une alternative qui réduira la conduite avec faculté affaiblie. Steve Sullivan, le directeur de l’organisme Mères contre l’alcool au volant (MADD), a souligné l’importance de ce service pour la jeunesse régionale. À ses côtés, Kim Hancock – dont le fils DJ Hancock est tragiquement décédé à 18 ans en 2014, percuté par un conducteur à Sudbury – a également salué l’arrivée d’Uber.

« C’est intéressant qu’on soit au Collège Boréal aujourd’hui. L’Université Laurentienne et le Collège Cambrian sont aussi ici pour démontrer que leurs étudiants veulent bénéficier de ce service-là », relate Paul Lefebvre, le maire de Sudbury, présent à l’événement pour appuyer l’initiative. « Il y a des gens qui veulent peut-être sortir, prendre un verre ou deux. C’est encore plus facile qu’avant parce qu’il y aura une offre de services qui n’existait pas avant. On enlève ce risque-là aux gens ».

Création d’emplois et retombées économiques

L’arrivée du géant mondial du transport à la demande dans le Nord a déjà suscité l’engouement de plusieurs conducteurs, affirme Laura Miller, la directrice des politiques publiques et des communications d’Uber Canada. « Il y a beaucoup d’intérêt. Des conducteurs passent actuellement le processus de vérification des antécédents, ils nous envoient leurs dossiers de conduite, font inspecter leur véhicule et participent aux formations ».

C’est d’ailleurs l’un des premiers candidats approuvés, Shivjot Sharma, qui a eu l’honneur d’être le premier conducteur Uber de la région. Pour ouvrir le bal, il a escorté la directrice devant le Collège Boréal. « On a assez de conducteurs qui ont complété le processus en entier », dit-elle. « Hier déjà, nous savons quand les gens atterrissaient à Sudbury, ils ouvraient l’application pour voir si Uber était disponible ».

Shivjot Sharma est le premier conducteur Uber du Nord de l’Ontario. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Marie Litalien, présidente et cheffe administrative de la Chambre de commerce du Grand Sudbury, soutient l’idée qu’Uber attirera plus de trafic vers les commerces locaux. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

L’implantation d’Uber favorisera l’économie locale en optimisant la mobilité des citoyens entre les différents commerces, affirme Marie Litalien, présidente et cheffe administrative de la Chambre de commerce du Grand Sudbury. Elle confie qu’un grand nombre d’institutions, notamment des restaurants, des hôtels, et des établissements de santé, soutiennent le déploiement d’Uber dans la ville.

« Il y avait des défis avec les transports locaux. Alors, la ville du Grand Sudbury a vu une occasion à travers nos différents partenaires d’essayer d’aider notre communauté d’affaires pour les aider avec le tourisme, le développement économique, et les employés ».

Ce projet porte également un message à la province. Actuellement, la réglementation des transports en Ontario est gérée à l’échelle municipale, ce qui explique pourquoi à peine 44 municipalités sur 404 ont accès à Uber, selon elle. « Quand c’est une politique pour toute la province, c’est plus facile pour des compagnies comme Uber de s’établir dans les communautés plus petites ».

Possible grâce au Projet pilote sur les services de covoiturage dans le Nord, l’arrivée d’Uber pourrait être un modèle pour d’autres régions et municipalités non desservies, dit Mme Miller. « La province fait ici un premier pas en se demandant comment établir des règles solides et cohérentes, à commencer par le Nord-Est de l’Ontario, ce qui nous a permis de fournir ce service ici ».

Négociations commerciales : Washington réfute les propos de Carney sur la langue française

OTTAWA – La Maison-Blanche a rejeté lundi les accusations selon lesquelles elle aurait demandé au Canada de faire des concessions concernant la langue française dans le cadre des négociations commerciales, comme l’a avancé le premier ministre Mark Carney.

Samedi, le premier ministre du Canada avait confié en conférence de presse que les Américains avaient demandé des changements concernant « les subventions et le soutien pour notre culture, et la langue française », ainsi que sur l’étiquetage bilingue des produits au Canada. Il a aussi avancé qu’il y avait eu des « suggestions » de Washington pour « changer la découvrabilité » du contenu canadien sur les plateformes américaines telles que Netflix et Amazon Prime.

Mais Jamieson Greer, le représentant américain au commerce, responsable des négociations qui ont achoppé avec le Canada vendredi soir, a démenti le tout, soutenant qu’il s’agissait d’une « fausse histoire assez drôle ».

« Ce n’est pas vrai, je ne sais pas d’où vient cela », a-t-il dit lundi matin sur les ondes du réseau CNBC, lorsqu’il a été interrogé sur les prétentions selon lesquelles les États-Unis chercheraient à imposer la priorité à la langue anglaise.

En vertu de la Loi sur la radiodiffusion au Canada, les géants numériques comme Amazon Prime et Netflix doivent promouvoir le contenu canadien, notamment francophone, sur leurs plateformes. Ils doivent aussi verser une partie de leurs revenus au soutien du contenu canadien.

« Ce que nous n’aimons pas, c’est une situation où le Canada, le gouvernement fédéral, force les entreprises technologiques américaines à prendre leurs revenus et à en donner un pourcentage à leurs concurrents au Canada », a expliqué M. Greer.

« Nous pensons qu’il s’agit d’une taxe, une taxe discriminatoire sur les entreprises américaines, mais nous n’avons aucun problème avec la langue française », a ajouté le membre de l’administration Trump, soutenant comprendre « pourquoi les Québécois veulent du contenu en langue française ».

Interrogé sur les propos de M. Greer en conférence de presse lundi, Mark Carney a répondu que c’est un « fait » que les Américains ont mis la culture et la langue de Molière sur la table des négociations.

« Pour les Américains, la langue française, la culture québécoise, francophone et canadienne sont des questions irritantes. Non, ici au Canada et au Québec, ce sont des droits fondamentaux, pas un irritant », a-t-il rétorqué.

Le Globe and Mail a rapporté dimanche que les Américains avaient demandé au fédéral d’accorder des exemptions aux lois exigeant que les grandes plateformes de diffusion en continu américaines améliorent la visibilité du contenu canadien, y compris le contenu en français, au pays.

L’étiquetage bilingue aussi

Mark Carney a aussi réitéré que l’étiquetage bilingue faisait partie d’une liste d’irritants avancée par l’administration américaine. « Le gouvernement du Canada dit chaque fois : non, non, non et non. La blague est finie, ce n’est pas amusant », a répliqué le premier ministre.

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA), Liane Roy, a d’ailleurs salué la décision d’Ottawa de se retirer de la table de négociation à la suite de cela.

« Lorsque des membres de la classe politique sortent aussi fermement pour la défense du français, il faut le saluer. Le français est un trait fondamental de notre pays et cela ne doit pas se retrouver sur la table de négociation », prévient-elle en entrevue.

Cette dernière s’inquiète, comme l’a souligné le premier ministre, de voir un pays étranger remettre en question les protections entourant la langue française lors de négociations commerciales.

« Mais cela ne me surprend pas, car nos langues officielles et notre diversité sont précisément ce qui nous distingue des États-Unis. Nous ne sommes pas un creuset; nous sommes souverains sur ce plan. Mais ça reste inquiétant de voir ces éléments apportés à la table, particulièrement en ce qui a trait à la découvrabilité », juge Mme Roy.

Depuis samedi matin, les États-Unis imposent au Canada des tarifs de 50 % sur l’acier et l’aluminium, de 45 % sur le bois d’œuvre et de 25 % sur les pièces automobiles produites au Canada. On estime que l’attaque tarifaire de 50 % vise des biens dont la valeur exportée est d’environ 28 milliards de dollars canadiens, soit 5 % des exportations canadiennes totales vers le voisin du sud. Lundi, le président Donald Trump en a ajouté une couche via son réseau Truth Social, menaçant d’imposer dès janvier 2027 des taxes de 50 % sur les automobiles canadiennes.

Les deux pays étaient en pourparlers sur une baisse des droits de douane avant que les négociations n’échouent la semaine dernière, Ottawa ayant décidé de se retirer de celles-ci à la demande de Mark Carney.

« Nous n’étions pas prêts à faire des compromis sur notre souveraineté, la protection de la langue française et notre culture. Pour nos collègues américains, soyons clairs. Pour mon gouvernement et pour le Canada, ces questions n’ont jamais été sur la table, même si les États-Unis ont essayé jusqu’à la dernière minute », a dit le premier ministre canadien samedi.

Ottawa doit détailler sous peu sa riposte « dollar pour dollar » aux tarifs douaniers américains, dont l’entrée en vigueur est prévue le 8 septembre.

Prescott-Russell : le Banquet de la Francophonie reviendra en 2027 

PRESCOTT-RUSSELL – Après trois ans d’absence, le Banquet de la Francophonie de Prescott et Russell reviendra le 10 avril 2027 au Complexe sportif d’Embrun. L’ACFO de Prescott et Russell modifie également la signification de son acronyme afin de mieux refléter la diversité de la francophonie actuelle.

« Ce sera l’occasion, une fois de plus, de rassembler et de célébrer la communauté francophone et francophile de Prescott et Russell, son dynamisme, ses réalisations et l’engagement de ceux et celles qui contribuent à sa vitalité », a déclaré à ONFR le président de l’organisme, Ghyslain Hotte.

Le banquet vise notamment à reconnaître les personnes, les organismes de langue française, les entreprises offrant des services en français et les bénévoles qui contribuent au développement de la francophonie régionale.

Ghyslain Hotte, président de l’ACFO de Prescott et Russell. Gracieuseté

Selon le directeur général de l’ACFO de Prescott et Russell, Sylvain St-Pierre, la décision de relancer l’événement répond à un désir exprimé par la communauté.

« Nous avons pris le pouls de la population francophone. Après trois ans d’absence, nous voulions ramener un événement rassembleur à l’échelle de Prescott-Russell », explique-t-il.

L’organisme espère accueillir entre 300 et 350 convives. Le thème de cette nouvelle édition sera dévoilé ultérieurement.

Une date en dehors du Mois de la Francophonie

Le Banquet de la Francophonie se déroulera en avril plutôt qu’en mars, mois traditionnellement consacré à la francophonie.

« Nous aurions aimé l’organiser pendant le Mois de la Francophonie, mais les salles n’étaient pas disponibles en mars. De plus, la fin du mois coïncidait avec la période de Pâques. Nous avons donc privilégié un moment plus rassembleur, au début d’avril », précise Sylvain St-Pierre.

Pour Ghyslain Hotte, cette date pourrait au contraire favoriser la participation.

« Il y a énormément de banquets et de rendez-vous durant le mois de mars tant dans Prescott et Russell que dans la région d’Ottawa. Il était donc difficile de trouver une date qui convienne à tout le monde », observe-t-il.

« Je crois que le choix du 10 avril est une excellente idée et qu’il nous permettra d’attirer davantage de membres de la communauté », ajoute-t-il.

Trois années de reconstruction

L’interruption du banquet depuis sa dernière édition, organisée à Alfred en 2023, s’explique principalement par la situation interne de l’ACFO Prescott-Russell.

L’ancien directeur général avait quitté ses fonctions en 2023, tandis que plusieurs postes au sein du conseil d’administration étaient vacants. Sylvain St-Pierre est entré en fonction en 2024.

« Maintenant, nous avons un bon directeur général et tous les postes du conseil sont occupés. Nous pouvons regarder vers l’avenir en nous appuyant sur des bases solides », affirme Ghyslain Hotte.

Sylvain St-Pierre estime que cette pause a permis à l’organisme de retrouver une certaine stabilité.

Sylvain St-Pierre, directeur général de l’ACFO Prescott-Russell. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Les trois dernières années ont permis à l’organisme de se reconstruire et de consolider ses bases. Nous sommes maintenant prêts à passer à une nouvelle étape, davantage axée sur la mobilisation et le rassemblement de la communauté », soutient-il.

Le budget de la prochaine édition n’est pas encore arrêté. Un comité regroupant l’ACFO et différents organismes doit prendre en charge sa préparation. Le banquet devrait aussi servir d’activité de financement pour l’organisme.

La dernière édition s’était soldée par un déficit d’environ 3000 $.

Une nouvelle signification pour l’ACFO

L’assemblée générale annuelle, tenue le 20 août, a par ailleurs entériné une modification importante à la signification de l’acronyme ACFO.

L’Association canadienne-française de l’Ontario de Prescott et Russell devient ainsi l’Association de la communauté franco-ontarienne de Prescott et Russell. L’organisme conservera toutefois son acronyme et son logo.

« Nous ne renions ni le passé ni l’histoire de l’ACFO, loin de là. Mais l’organisme doit aussi représenter la francophonie d’aujourd’hui », explique Sylvain St-Pierre.

Ce changement vise notamment à mieux inclure les jeunes, les nouveaux arrivants, les personnes issues de l’immigration, les francophones provenant d’autres régions du Canada et du monde ainsi que les francophiles.

« Ce qui nous rassemble, c’est la langue française et notre volonté de la faire vivre », insiste le directeur général.

L’ACFO travaille également à moderniser ses statuts et règlements afin d’adapter sa gouvernance aux exigences de la Loi ontarienne sur les organisations sans but lucratif. Le travail n’étant pas terminé, les nouveaux textes devraient être présentés à la prochaine assemblée générale annuelle.

Ghyslain Hotte, qui occupait la présidence depuis janvier 2026, d’abord à titre intérimaire, a été reconduit dans ses fonctions.

Le nouvel exécutif de l’ACFO Prescott-Russell est composé de Ghyslain Hotte à la présidence, Gérard Malo à la vice-présidence, Patrick Bourbonnais au secrétariat et Nadine Trépanier-Bisson à la trésorerie.

Maxime Filion, le parcours atypique d’un défenseur devenu attaquant professionnel

HAMILTON – À 23 ans, Maxime Filion vient de franchir une nouvelle étape en signant son premier contrat professionnel, une entente de plusieurs années avec Forge FC. Une consécration pour l’attaquant franco-ontarien qui a longtemps évolué en défense, connu les refus des grandes académies canadiennes et vu sa progression freinée par les blessures. Récit d’un parcours singulier où rien ou presque ne s’est déroulé comme prévu.

Quand Maxime Filion commence à rêver sérieusement de devenir joueur professionnel, rien ne garantit qu’il y arrivera un jour. Le soccer n’a même pas toujours été son seul sport. Enfant, il grandit à Rockland où il partage ses saisons entre le hockey en hiver et le soccer en été, suivant notamment les traces de sa sœur, de deux ans son aînée.

« J’ai commencé le foot parce que ma sœur jouait. J’avais autour de 10 ans », explique-t-il.

Progressivement, le ballon rond prend le dessus. Filion quitte le soccer récréatif pour un niveau plus compétitif, puis rejoint le programme sport-études de l’École secondaire publique Louis-Riel, à Ottawa.

« C’est à ce stade-là que je me suis dit : ‘Je veux vraiment devenir pro’. Je ne jouais plus juste pour m’amuser, c’était vraiment le rêve. »

« Un des athlètes les plus travailleurs »

Joé Fournier se souvient très bien de l’adolescent : « Max, c’était un athlète exceptionnel avec une éthique de travail incroyable. De mes 21 années ici, c’était probablement un des athlètes les plus travailleurs dont je me souvienne. »

L’entraîneur décrit un jeune analytique, performant à l’école, doté d’une importante endurance. Son potentiel athlétique est évident. Mais son principal défi se situe ailleurs. « C’était son côté tactique », explique Fournier.

La vitesse, l’endurance et l’impact physique faisaient déjà partie des principales qualités de Maxime Filion durant ses années de formation à Louis-Riel. Photo : Nick Iwanyshyn/CPL

Rapide et capable de répéter les efforts, Filion avait longtemps été utilisé dans des rôles exploitant surtout ses qualités physiques. À Louis-Riel, qui travaille alors en partenariat avec des entraîneurs liés au FC Barcelone, l’objectif est de développer davantage sa compréhension du jeu.

« Max était tellement intelligent et tellement investi qu’il a bossé. C’était une bataille quotidienne pour essayer de briser de vieilles habitudes. »

Défenseur… avec déjà quelque chose d’un attaquant

Car le Maxime Filion de Louis-Riel n’a encore rien de l’avant-centre que les partisans de Forge connaissent aujourd’hui. Il est défenseur. Latéral en club, il est notamment replacé dans l’axe à Louis-Riel. Dans un système où les défenseurs centraux doivent participer à la construction et multiplier les prises de décision, l’adaptation est difficile.

« J’ai eu beaucoup de discussions avec Max parce que, côté émotionnel et psychologique, c’était difficile. Il avait 14 ou 15 ans », se souvient Fournier.

Mais son ancien entraîneur révèle aussi un détail qui prend aujourd’hui une autre dimension : Louis-Riel avait déjà essayé Filion… en attaque.

« Je me souviens clairement qu’on l’a fait jouer attaquant parce qu’on avait vu des qualités. »

Grand, physique, rapide et infatigable, il pouvait être envoyé devant lorsque son équipe avait besoin d’un but. « Je pense que c’est peut-être un peu avec nous qu’il a commencé à jouer attaquant. Je ne veux pas nous donner le crédit, mais, selon mes souvenirs, c’étaient peut-être les premières fois », sourit Fournier.

Il faudra pourtant attendre plusieurs années avant que l’expérience devienne permanente.

Les portes des académies se ferment

À 15 ans, alors qu’il commence à croire à son rêve, Filion connaît aussi ses premiers véritables échecs. Des essais auprès du CF Montréal et du Toronto FC ne débouchent pas sur une place en académie.

« Je me suis fait couper de tout ça. C’était un peu démoralisant pour un enfant de 15 ans. Tu vois ce parcours-là et tu te dis que c’est celui dont tout le monde parle pour arriver à l’équipe première. Je me disais peut-être que ce n’était pas possible. »

Fournier l’accompagne dans ces moments difficiles. « Max est un perfectionniste. Il va trouver des moyens de réussir et d’atteindre ses objectifs. »

Maxime Filion retrouve Joé Fournier, son ancien entraîneur à Louis-Riel, après un match de Forge FC à Ottawa. Une relation qui perdure depuis les années de formation du Franco-Ontarien. Photo : gracieuseté

La relation entre les deux perdure encore aujourd’hui, l’entraîneur continuant à échanger avec son ancien joueur et sa famille.

Filion emprunte finalement une autre voie. Les études ayant toujours occupé une place importante dans sa famille, il rejoint l’Université de Montréal.

À Montréal, une carrière change de direction

Filion arrive chez les Carabins avec l’étiquette qui l’accompagne depuis des années : celle d’un défenseur. Latéral ou central, il joue relativement peu lors de ses deux premières saisons. Puis, avant sa troisième année, son entraîneur lui propose de tenter sa chance devant. « Moi, je voulais juste jouer. Alors j’ai dit oui. »

Le résultat est immédiat. « Ça a super bien fonctionné. Je pense que le premier match, j’ai mis une passe décisive et le deuxième, j’ai mis un triplé. J’avais sécurisé mon poste. »

Après des années en défense, Filion découvre à l’université le poste qui va finalement l’amener chez les professionnels. « C’est grâce à mon coach à l’Université de Montréal que je suis ici. Sans lui, je n’aurais même pas été attaquant. »

La transformation paraît spectaculaire. Elle l’est un peu moins pour Fournier, qui avait déjà entrevu cette possibilité à Louis-Riel. Aujourd’hui, c’est surtout l’évolution tactique de son ancien joueur qui le frappe.

« Là où il a progressé le plus, pour moi, c’est dans ses prises de décision, son côté tactique. C’était justement ce qu’on avait beaucoup travaillé ici à Louis-Riel. »

Des blessures au monde professionnel

Au moment où sa carrière vient de changer de direction, le corps de Filion lui impose pourtant un nouvel obstacle. Ce qui devait être sa première véritable saison comme attaquant est interrompu par une blessure. Alors qu’il pense pouvoir revenir quelques mois plus tard, une déchirure du ménisque entraîne une nouvelle opération et près de dix mois supplémentaires d’absence.

Il finit néanmoins par retrouver les terrains et réalise avec Montréal une saison suffisamment convaincante pour attirer l’attention de Forge FC. En 2025, le club de Hamilton lui offre une première chance en PLC par l’intermédiaire d’un contrat PLC-U SPORTS, un statut permettant aux joueurs universitaires d’évoluer avec une équipe professionnelle tout en conservant leur admissibilité universitaire.

Avec Forge FC, Maxime Filion a également goûté au plus haut niveau continental, disputant la Coupe des champions de la Concacaf face au géant mexicain des Tigres de Monterrey. Photo : Jojo Yanjiao Qian/Forge FC

Filion retourne d’ailleurs à l’Université de Montréal après cette première saison avec Forge pour poursuivre son baccalauréat, auquel il lui reste alors environ un an et demi à consacrer.

Son passage à Hamilton ne restera finalement pas une simple parenthèse universitaire. Conservé par Forge en 2026, Filion continue de faire sa place dans l’effectif. Puis, le 22 août, une nouvelle étape est franchie : à 23 ans, il signe le premier contrat professionnel de sa carrière, une entente de plusieurs années qui prend effet immédiatement. Il compte alors 36 apparitions et cinq buts avec Forge.

Avec le recul, Fournier voit dans cette arrivée l’aboutissement d’une qualité présente depuis l’adolescence : sa capacité à travailler et à s’adapter. « Une des plus grandes qualités comme joueur, c’est d’être capable de s’adapter aux exigences de l’entraîneur, du système et du club. Max, avec les qualités qu’il a, est capable de le faire. »

Filion n’a pas intégré une grande académie à 15 ans. Il n’était pas attaquant lorsqu’il est arrivé à l’université. Les blessures ont ensuite interrompu sa progression au moment où il venait de trouver son nouveau poste. À chaque fois, il a dû trouver une autre route.

De défenseur à attaquant, des refus des académies au soccer universitaire, des blessures au monde professionnel, Maxime Filion aura finalement passé son parcours à faire ce que Fournier avait identifié chez lui dès l’adolescence : travailler, s’adapter et continuer d’avancer.

Éducation : les dépenses d’Ottawa ont monté en flèche, au profit de l’immersion

OTTAWA — Le gouvernement fédéral investit de plus en plus d’argent dans le système d’éducation de langue française à travers le pays, et la hausse est particulièrement marquée au sein du système d’immersion, qui a vu son enveloppe presque doubler en seulement cinq ans en Ontario.

Les données tirées de rapports du ministère du Patrimoine canadien démontrent que les fonds de base destinés à l’éducation en français ont connu des augmentations de 50 %, alors qu’en Ontario, le système d’immersion a vu son enveloppe bondir de plus de 100 % depuis 2019. Il s’agit ici d’argent qu’envoie Ottawa aux provinces et territoires pour l’éducation dans la langue de Molière, qui, eux, décident ensuite de la manière de l’investir (postsecondaire, secondaire et élémentaire).

Si Ottawa finance l’éducation en français depuis longtemps, au cours de la dernière décennie, l’argent consacré a connu de fortes augmentations. En Ontario, pour l’éducation dans les écoles de langue française, la somme est passée de 62 millions de dollars annuellement en 2019 à 100 millions de dollars en 2025. La hausse est particulièrement marquée depuis 2022.

Financement de l’éducation en Ontario (en millions de dollars)

AnnéeÉcole francophoneImmersion / LS
2019-202062,926,2
2020-202188,324,7
2021-202291,127,1
2022-2023117,173,1
2023-202499,252,5
2024-202599,853,1
Variation ( %)+58,6 %+102,7 %
Source : Tous les chiffres sont tirés des rapports annuels sur les langues officielles de Patrimoine canadien

Il s’agit aussi d’une augmentation par rapport aux décennies précédentes. Par exemple, entre 2008 et 2013, Ottawa envoyait annuellement entre 8,5 et 13,23 millions de dollars pour l’éducation en français, alors que ce montant s’élevait à environ 1,5 million de dollars pour l’immersion, selon les données du Conseil des ministres de l’Éducation du Canada.

Ces mêmes données indiquent une hausse des chiffres entre 2013 et 2018 : Ottawa a alloué en moyenne 148 millions de dollars par an à l’éducation en français et 86 millions de dollars à l’immersion. Bien qu’en progression, ces montants demeurent inférieurs aux investissements fédéraux enregistrés pour la seule année 2025, qui s’élèvent à 200 millions de dollars pour le français et 126 millions pour l’immersion.

Financement de l’éducation au Canada (en millions de dollars)

AnnéeÉcole francophoneImmersion / LS
2019-2020132,071,4
2020-2021164,375,2
2021-2022187,079,9
2022-2023219,6159,4
2023-2024196,9135,3
2024-2025199,8126,4
Variation ( %)+51,0 %+77,0 %
* Excluant le Québec. Tous les chiffres sont tirés des rapports annuels sur les langues officielles de Patrimoine canadien

La Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF) estime toutefois que les sommes fournies par Ottawa masquent la situation survenue durant les années 2010.

« Il y avait un rattrapage important à faire, car les enveloppes avaient stagné pendant une quinzaine d’années », mentionne Andrée Newell, directrice générale de l’organisme.

« Cela a permis d’effectuer un rattrapage, car le réseau est lui-même en pleine croissance : nous avons 15 % d’élèves de plus aujourd’hui qu’il y a 10 ans. Les enveloppes étaient étirées par l’inflation, la hausse du coût de la vie et l’augmentation du nombre d’élèves », ajoute-t-elle.

Sous l’ancienne ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, Ottawa a mis l’accent sur l’augmentation du taux de bilinguisme à l’extérieur du Québec, notamment en misant sur les écoles de langue seconde.

Des fonds visibles dans les salles de classe?

Mais est-ce que tout cet argent s’est réellement rendu dans les écoles au cours des dernières années? Historiquement, il est arrivé que les fonds transférés par Ottawa aux provinces pour l’enseignement en français ne soient pas affectés à l’éducation en français.

Si la FNCSF salue les sommes engagées par Ottawa, sa directrice générale, Andrée Newell, avance qu’il existe « une grande disparité à l’échelle pancanadienne quant à la façon dont cela se concrétise sur le terrain ».

« Dans certaines régions, le lien entre les fonds et le terrain est moins évident (…) Il y a des cas où l’on souhaite plus de transparence et de reddition de comptes afin que les conseils scolaires comprennent exactement où vont les investissements et puissent influencer les priorités retenues », réclame Mme Newell.

Dans un autre cas de figure, les investissements du gouvernement fédéral sont fréquemment égalés par les provinces selon un modèle de financement à parts égales (50/50). Toutefois, cette équivalence de contribution ne s’est pas toujours matérialisée historiquement du côté provincial.

« Le fédéral nous a indiqué ces dernières années que ce n’est plus le cas. N’ayant pas une pleine visibilité, nous accordons notre confiance aux déclarations du fédéral », commente Ahdithya Visweswaran, de Canadian Parents for French.

L’organisme qui milite pour l’éducation en langue seconde à l’échelle du pays soutient qu’il est difficile de suivre l’argent envoyé aux provinces jusque dans les salles de classe, estimant qu’il devrait y avoir une plus grande transparence.

« On ne voit donc pas toujours l’effet concret de ces fonds directement dans la classe sous forme de ressources, de manuels ou de matériel (…) Le fédéral fait sa part, mais la province doit être en mesure d’apporter la preuve que les sommes vont au bon endroit », souligne M. Visweswaran.

Selon Canadian Parents for French, près de 1,79 million de jeunes fréquentaient un programme de langue seconde, selon les plus récentes données de 2023-2024, un chiffre en légère hausse par rapport à 2019 (1,76 million).

« Si l’on divise le montant total par le nombre d’élèves, le montant par élève n’est pas suffisant », nuance Ahdithya Visweswaran.

Ces sommes sont tirées du Plan d’action pour les langues officielles, qui est renouvelé tous les cinq ans par Ottawa. L’actuel plan prendra fin en 2028.

Mandy Bujold, la transmission comme nouveau combat

[LA RENCONTRE D’ONFR]

Double olympienne, 11 fois championne du Canada, Mandy Bujold a consacré une grande partie de sa vie à la boxe. Aujourd’hui, l’ancienne athlète continue d’influencer son sport autrement. Entre mentorat, engagement communautaire et défense des athlètes mères, elle met son expérience au service des autres et fait de la transmission son nouveau combat.

« Aujourd’hui, quand on parle de Mandy Bujold, qui est-elle?

Ça dépend vraiment de la personne à qui je parle. Il y a encore beaucoup de gens qui me connaissent d’abord pour ce que j’ai accompli dans la boxe. C’est normal, pendant seize ans, ce sport a occupé toute ma vie. C’est ce que je faisais, ce dont je parlais, et c’est ainsi que les gens m’identifiaient.

Mais aujourd’hui, je porte plusieurs chapeaux. Je suis une mère avant tout. Mes deux enfants me connaissent simplement comme leur maman. Je travaille aussi avec une association dans le domaine de la construction et je suis impliquée dans différents projets dans ma communauté.

Selon les situations, je peux être une ancienne boxeuse, une entrepreneure, une mère ou une mentore. Toutes ces facettes font maintenant partie de moi.

Comment avez-vous vécu la transition après la compétition?

Ça a été difficile.

Après les Jeux olympiques de Tokyo, j’ai eu ma deuxième fille. Le fait de devenir mère à ce moment-là m’a permis de tourner immédiatement mon attention vers autre chose. Mais lorsqu’elle a eu un an, je me suis retrouvée devant une question que beaucoup d’athlètes finissent par se poser : qu’est-ce qui vient après?

Je savais que je ne retournerais plus à la compétition. Il fallait que je trouve quelque chose qui me donne la même énergie, la même passion que la boxe.

Quand tu es athlète de haut niveau, ton sport prend toute la place. Toute ton énergie y passe. Il faut ensuite reconstruire une nouvelle vie, trouver de nouveaux défis. Ça ne s’est pas fait du jour au lendemain. Ça m’a pris un peu de temps avant de découvrir de nouveaux projets qui me passionnent autant.

Depuis la fin de sa carrière de boxeuse, Mandy Bujold a investi de nouveaux terrains. Elle travaille notamment avec une association du secteur de la construction, un autre univers où elle poursuit son engagement dans la communauté. Photo : gracieuseté

Vous êtes très attachée à la région de Kitchener-Waterloo. Que représente-t-elle pour vous?

C’est là que j’ai construit toute ma carrière. Les gens de cette communauté m’ont énormément aidée. Honnêtement, je n’aurais jamais pu réaliser mon rêve sans eux.

J’y pense souvent. Chaque fois que j’ai une occasion de redonner, j’essaie de la saisir parce que je sais tout ce que cette communauté m’a apporté. Pour moi, c’est une façon de remercier toutes les personnes qui ont cru en moi.

C’est justement ce qui vous a menée à créer Champions for Charity.

Oui. Au départ, c’était une façon de rester connectée à la boxe.

On invite une vingtaine de personnes de la communauté, souvent des gens d’affaires qui n’auraient jamais pensé entrer dans un gymnase de boxe. Pendant seize semaines, on leur apprend les bases de ce sport, puis l’événement permet d’amasser des fonds pour différentes causes, notamment le McMaster Children’s Hospital.

Cette année, nous avons recueilli près de 1,5 million de dollars. Ce que j’aime le plus, c’est de voir les transformations. Les gens arrivent souvent avec l’image d’un sport violent où deux personnes se frappent. Puis, au fil des semaines, ils découvrent quelque chose de complètement différent.

Ils évoluent physiquement, mais surtout mentalement. Ils prennent confiance en eux, se dépassent et réalisent qu’ils sont capables d’accomplir beaucoup plus qu’ils ne le pensaient.

C’est ça qui me rend la plus fière.

Pour Mandy Bujold, la boxe est bien plus qu’un échange de coups : un sport de technique, de stratégie et de déplacements qu’elle compare volontiers à « une danse » ou à « une partie d’échecs ». Photo : Virgil Barrow

Beaucoup de personnes voient encore la boxe comme un sport brutal. Quelles valeurs vous a-t-elle transmises?

Pour moi, c’est tout le temps la discipline que ça prend. Le commitment aussi. Rien n’arrive sans ça. Mais la boxe, c’est vraiment technique. Moi, je compare souvent ça à une danse. C’est comme une partie d’échecs. Ce n’est pas juste deux personnes qui entrent sur un ring pour se donner des coups. Il y a beaucoup plus que ça.

Des fois, il faut regarder la boxe différemment pour voir à quel point ça peut être beau quand c’est vraiment technique. C’est ça que moi, je regarde tout le temps, et c’est ça que j’essaie de montrer aux autres, surtout en boxe amateur.

En boxe amateur, on n’est pas payé pour faire des KO. C’est un peu différent. C’est beaucoup plus technique. Souvent, les gens connaissent seulement les films de Rocky. Ils pensent que c’est ça, la boxe. Moi, j’essaie de leur montrer l’autre côté.

Cette volonté de transmettre est aussi présente auprès des jeunes.

Oui, ça a toujours été important pour moi d’être un modèle pour les jeunes qui arrivaient au gymnase.

Et depuis que je suis devenue mère, ça l’est encore davantage.

Je ne veux pas simplement dire aux enfants qu’ils peuvent réaliser leurs rêves. Je veux leur montrer que c’est possible.

J’essaie de leur donner des exemples concrets, de leur raconter ce que j’ai vécu ou de leur parler de personnes que je connais. Quand ils voient que quelqu’un a réellement traversé ces épreuves, ils peuvent se dire : « Si elle l’a fait, alors moi aussi, je peux y arriver. »

Deux Jeux olympiques marquent une carrière. Quels souvenirs gardez-vous de Rio et de Tokyo?

Pour moi, le plus grand moment n’a même pas été les Jeux eux-mêmes. C’était la qualification pour Rio. Il m’a fallu treize ans pour atteindre cet objectif. Quand j’ai enfin obtenu ma place, je me suis dit : « Ça y est. » C’était un rêve que je poursuivais depuis tellement longtemps.

Ensuite, bien sûr, il y a eu tous ces moments incroyables au village olympique. Je me souviens avoir croisé Serena Williams. C’était complètement irréel. Je l’admirais depuis des années et, tout à coup, elle était juste là.

J’aurais aimé obtenir de meilleurs résultats sportifs, mais ce ne sont pas forcément ces souvenirs-là qui restent. Je retiens surtout les personnes qui m’entouraient, les autres membres de l’équipe canadienne de boxe et tous les moments que nous avons partagés ensemble. C’est ça qui me revient en premier quand je repense aux Jeux.

Au-delà du ring, Mandy Bujold a fait de la défense des femmes un autre de ses combats. Son parcours, notamment sa bataille pour que la maternité ne pénalise plus les athlètes dans leur quête olympique, nourrit aujourd’hui sa volonté d’aider d’autres femmes à poursuivre leurs ambitions. Photo : Creative Schott Photography

Tokyo a aussi été marqué par votre combat pour les athlètes mères. Avec le recul, que retenez-vous de cette période?

Honnêtement, ça a été très difficile. Au début, je me battais seulement pour moi parce que je voulais avoir la possibilité de me qualifier pour les Jeux. Puis je me suis rendu compte que ce n’était pas juste mon histoire. Il y avait des femmes partout dans le monde qui vivaient la même situation.

Ça a pris une ampleur que je n’avais jamais imaginée. Des athlètes de différents sports, des organisations et même des gens que je ne connaissais pas m’ont envoyé des messages pour me dire qu’ils me soutenaient.

Je suis vraiment fière de ce qu’on a réussi à changer. Aujourd’hui, les règles sont différentes et les athlètes qui deviennent mères ne seront plus pénalisées comme je l’ai été. Mais, sur le plan personnel, ça m’a demandé énormément d’énergie. Je devais préparer les Jeux olympiques tout en menant une bataille juridique. Ce n’était pas facile de gérer les deux en même temps.

Vous êtes finalement allée à Tokyo, mais les circonstances étaient particulières avec la pandémie.

Oui. C’était une période compliquée. À cause de la COVID, on n’avait presque pas eu de compétitions avant les Jeux. En boxe, on a besoin de combattre régulièrement pour savoir où on se situe, pour travailler certains aspects et prendre confiance.

En arrivant à Tokyo, on ne savait pas vraiment où on se situait par rapport aux autres pays. C’était pareil pour tout le monde, mais ça rendait la préparation très différente de ce que j’avais connu avant Rio.

Les Jeux étaient aussi particuliers sans les spectateurs. Ça change complètement l’ambiance. Malgré tout, ça reste les Jeux olympiques. C’est toujours quelque chose de spécial.

Pour participer à ses deuxièmes Jeux olympiques, à Tokyo, Mandy Bujold a dû mener un combat juridique après que sa maternité l’eut désavantagée dans le processus de qualification. Une bataille qui dépassera rapidement son propre parcours. Photo : gracieuseté

Vous continuez aussi à suivre de près la relève canadienne. Comment voyez-vous l’avenir de la boxe au pays?

Je pense qu’on est encore en reconstruction. La pandémie a fait beaucoup de mal à notre sport. Pendant longtemps, les jeunes n’ont pas pu participer à des compétitions et ça a ralenti leur développement.

Mais il y a de bons entraîneurs et il y a des jeunes qui travaillent très fort. Ça prend du temps. On ne construit pas une génération du jour au lendemain. Je pense qu’on va revoir le Canada revenir au plus haut niveau. J’ai confiance.

Vous avez également accompagné plusieurs jeunes boxeuses dans leur développement. Qu’est-ce qui est le plus important selon vous?

Je leur dis toujours de ne pas avoir peur de rêver grand. Quand j’étais plus jeune, il n’y avait pas beaucoup de femmes dans la boxe. Aujourd’hui, elles ont davantage de modèles et plus d’opportunités.

Mais il faut comprendre qu’il n’y a pas de raccourci. Tout le monde voit les médailles, mais personne ne voit les années de travail derrière. C’est la constance qui fait la différence.

Ces derniers mois, la place des athlètes transgenres dans les sports de combat fait beaucoup parler. Quel regard portez-vous sur ce débat?

Pour moi, la priorité, c’est toujours la sécurité des athlètes. La boxe est un sport de combat. Ce n’est pas comme d’autres disciplines où les conséquences physiques sont différentes. Quand deux personnes montent sur un ring, il faut s’assurer que les règles protègent tout le monde.

Je pense qu’il faut des critères clairs et des tests qui soient les mêmes pour tout le monde. Pendant longtemps, la boxe n’avait pas vraiment de règles sur ces questions. Maintenant, les fédérations commencent à en mettre en place et je pense que c’est important d’avoir un cadre qui soit juste pour toutes les athlètes.

La maternité a profondément marqué la deuxième partie de la carrière de Mandy Bujold. Son propre combat pour retrouver les Jeux olympiques après une grossesse nourrit aujourd’hui son engagement auprès des athlètes mères. Photo : gracieuseté

Vous avez récemment lancé Momentum pour soutenir les mères olympiennes. Pourquoi ce projet vous tient-il autant à cœur?

Parce que je sais ce que ces femmes vivent. Quand on devient mère pendant une carrière sportive, on a souvent l’impression d’être seule. Pourtant, beaucoup d’athlètes passent par les mêmes questions, les mêmes doutes et les mêmes difficultés financières.

Avec Momentum, on veut leur offrir du soutien concret. Il y a des bourses, du mentorat et surtout un réseau de femmes qui comprennent cette réalité. Je veux que les prochaines générations puissent continuer leur carrière sans avoir à choisir entre leur famille et leur rêve olympique.

Après tout ce que la boxe vous a apporté, quel héritage aimeriez-vous laisser?

J’aimerais que les gens se souviennent de moi comme de quelqu’un qui a aidé les autres. Évidemment, je suis fière de mes résultats et de ce que j’ai accompli dans le ring. Mais si, dans vingt ans, quelqu’un me dit que j’ai eu un impact positif sur sa vie ou que je lui ai donné confiance en lui, ça aura encore plus de valeur.

Au fond, c’est ça qui est important pour moi aujourd’hui : transmettre ce que la boxe m’a appris et permettre à d’autres d’aller encore plus loin que moi. »

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LES DATES CLÉS DE MANDY BUJOLD

  • 1987 : Naissance à Cobourg (Ontario). Elle grandit ensuite à Kitchener, où elle construira toute sa carrière.
  • 2007 : Devient championne du Canada senior pour la première fois. Elle remportera au total 11 titres nationaux.
  • 2011 : Remporte la médaille d’or aux Jeux panaméricains de Guadalajara, où la boxe féminine fait son entrée au programme.
  • 2014 : Décroche la médaille de bronze aux Jeux du Commonwealth de Glasgow.
  • 2015 : Conserve son titre aux Jeux panaméricains de Toronto et devient la première femme à remporter deux médailles d’or en boxe aux Jeux panaméricains.
  • 2016 : Participe à ses premiers Jeux olympiques, à Rio de Janeiro, où elle atteint les quarts de finale (5e).
  • 2018 : Fonde Champions for Charity, un événement caritatif qui initie des membres de la communauté à la boxe et qui a permis d’amasser plus d’un million de dollars pour le McMaster Children’s Hospital et d’autres organismes de la région de Waterloo.
  • 2021 : Obtient gain de cause devant le Tribunal arbitral du sport dans son recours concernant les critères de qualification olympique des athlètes ayant pris un congé de maternité, puis participe aux Jeux de Tokyo

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Élections municipales : aucun candidat à Fauquier-Strickland

FAUQUIER-STRICKLAND – La politique municipale ne suscite aucun engouement dans la municipalité du district de Cochrane dans le nord-est de l’Ontario. Le seul candidat qui s’était inscrit pour succéder à la mairesse sortante Madeleine Tremblay, qui n’a pas souhaité se représenter, a retiré sa candidature 15 minutes avant la fin des mises en candidatures.

Robert Courchesne s’était d’abord inscrit comme candidat au poste de conseiller municipal avant de se retirer et de s’inscrire plutôt dans la course à la mairie où aucun candidat n’avait levé la main. Or, la municipalité a annoncé sur ses réseaux sociaux que ce dernier avait, le 21 août à 13h45, retiré sa candidature au poste de maire.

Joint par ONFR, M. Courchesne explique que l’absence de candidatures au niveau du conseil de Fauquier-Strickland l’a poussé à se désister. En effet, Nicole Lamontagne, qui était la seule candidate pour siéger comme conseillère municipale, a aussi retiré son nom de la course. Pourtant, sa candidature unique au poste de maire lui garantissait une élection automatique par acclamation, sans nécessiter de scrutin.

« Même si l’acclamation m’avait donné le titre de maire, je n’aurais pu rien faire parce qu’il n’y a personne d’autre », explique-t-il, malgré sa volonté de résoudre l’impasse financière du canton. « J’ai des idées. Puis, avec le conseil municipal, on aurait pu développer un plan pour sortir la municipalité des problèmes auxquels elle fait face. Mais je ne donne pas mes idées tant que je n’ai pas de conseil municipal avec qui travailler ».

Pour l’instant, aucun candidat ne s’est porté volontaire pour la mairie ou pour l’un des quatre postes de conseiller municipal­ de Fauquier-Strickland.

Le canton se retrouve ainsi sans candidat et doit par conséquent poursuivre sa période d’inscription le mercredi 26 août de 9 h à 14 h, conformément à l’article 33 de la Loi sur les élections municipales.

Avis de candidatures supplémentaires Photo : Capture d’écran Facebook

Rappelons que le Canton de Fauquier-Strickland a eu plusieurs enjeux financiers ce qui a mené à la suspension des services municipaux en 2025.

Avec la collaboration de Marie-Lou St-Onge.

Trois millions de dollars pour 75 projets franco-ontariens

Le gouvernement de l’Ontario a annoncé un investissement de trois millions de dollars dans 75 projets franco-ontariens pour 2026-2027. Recrutement de travailleurs francophones dans le Nord, formation aux médias et à l’intelligence artificielle, accompagnement des parents en français… Les initiatives financées touchent des domaines très variés.

Parmi les projets qui obtiennent presque le maximum disponible, FrancoTalent Nord, porté par Talent Beyond Boundaries Canada, recevra près de 50 000 dollars.

L’initiative cible un enjeu qui dépasse largement la seule promotion de la langue : celui de la main-d’œuvre dans le Nord ontarien. Des employeurs des secteurs de la santé, des métiers spécialisés, de l’exploitation minière et des services connexes recevront des ateliers, des ressources et de l’accompagnement pour mieux recruter, accueillir et retenir des travailleurs francophones qualifiés.

Les sommes sont allouées dans le cadre du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO). Sur les trois millions de dollars investis, un million provient du gouvernement fédéral dans le cadre de l’Entente Canada-Ontario relative aux services dans la langue de la minorité.

Le programme qui doit être déployé à North Bay, Sudbury, Timmins, Kapuskasing et Thunder Bay, a également pour objectif de connecter ces travailleurs aux ressources des communautés francophones locales.

Le projet illustre l’un des axes économiques du PAFO : faire de la présence francophone un outil d’attraction et de rétention de la main-d’œuvre, notamment dans les régions confrontées à des besoins de recrutement.

Un grand marché francophone dans la région de Toronto

Dans la région de York, l’Association des francophones de la région de York (AFRY) obtient pour sa part la subvention maximale de 50 000 dollars pour organiser Le Grand Marché francophone.

Pendant deux jours, artisans, artistes, créateurs et entrepreneurs francophones doivent être réunis autour d’un marché, d’animations et de prestations artistiques destinées notamment aux familles et aux nouveaux arrivants.

Au-delà de la célébration culturelle, l’objectif affiché est aussi économique : générer des retombées pour les exposants et tester le potentiel d’un rendez-vous francophone annuel d’envergure dans le Grand Toronto.

À Toronto, préparer la relève des médias francophones à l’IA

La Coopérative radiophonique de Toronto, qui exploite CHOQFM, recevra jusqu’à 49 222 dollars pour son programme « Relève et Innovation : Mentorat et IA en médias communautaires ».

Il doit permettre à de jeunes francophones et à de nouveaux arrivants de participer à un programme d’incubation combinant mentorat et apprentissage des outils audiovisuels et d’intelligence artificielle.

Les participants seront amenés à produire eux-mêmes des contenus locaux pour la radio, le Web et les balados, avec un double objectif : développer leurs compétences numériques en français et améliorer leur employabilité.

Accompagner les parents en français

Grâce au PAFO, le Centre de santé communautaire Carlington pourra mettre en place un programme de soutien destiné aux parents francophones pendant la grossesse et les premières années de leur enfant.

Des cours virtuels et un accompagnement individualisé doivent notamment aider les parents à mieux naviguer dans les services disponibles et à accéder aux ressources en français.

Le programme porte aussi sur la santé mentale périnatale, la confiance parentale et l’allaitement, avec une attention particulière accordée aux nouveaux arrivants et aux familles mal desservies.

Dans le Nord-Ouest, lutter contre l’isolement des femmes immigrantes

À l’autre bout de la province, Centr’Elles recevra également la subvention maximale de 50 000 dollars.

L’organisme veut créer des espaces sécuritaires et proposer des activités d’autonomisation ainsi que des ateliers aux femmes francophones du Nord-Ouest ontarien, particulièrement aux femmes immigrantes.

L’objectif est notamment de lutter contre leur isolement, de mieux faire connaître leurs droits et de développer leur capacité d’action pour prévenir la violence fondée sur le genre.

221 demandes, 75 projets retenus

Ces cinq initiatives ne représentent qu’une partie des 75 projets retenus. L’enveloppe touche aussi l’éducation, le tourisme, les arts, la santé mentale, les soins aux aînés, la petite enfance, la justice ou encore l’entrepreneuriat.

À Hearst, Mattice-Val Côté et Constance Lake, 50 000 dollars serviront par exemple à améliorer la sensibilisation à la santé mentale en français. Dans Peel, une ligue de soccer destinée aux enfants de 4 à 7 ans doit aussi permettre à des adolescents francophones de se former comme entraîneurs et arbitres. À Kingston, la municipalité recevra 22 500 dollars afin d’améliorer l’accès de sa population francophone aux services municipaux.

La diversité des projets permet surtout de comprendre la vocation du PAFO : soutenir la vitalité sociale, culturelle et économique des communautés francophones, en finançant aussi bien la vie communautaire que le développement économique et l’amélioration de l’offre de services en français.

Et la demande dépasse largement les fonds disponibles. Avec 221 dossiers déposés pour 75 projets retenus, environ un projet soumis sur trois figure parmi les bénéficiaires annoncés pour 2026-2027. Le gouvernement indique les avoir sélectionnés selon leur capacité à répondre aux besoins en évolution des communautés francophones et à produire des retombées concrètes.

Quatre millions de dollars pour la formation en français dans les soins de longue durée

OTTAWA – L’Ontario accordera près de 4 millions de dollars sur trois ans au Collège Boréal pour former plus de travailleurs dans les soins de longue durée, a annoncé la ministre des Soins de longue durée et des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, depuis son campus francophone de la capitale.

La ministre Natalia Kusendova-Bashta était ce vendredi au Collège Boréal pour une annonce mêlant ses deux portefeuilles ministériels, les Soins de longue durée et les Affaires francophones.

L’Ontario investira 75 millions de dollars sur trois ans pour former des travailleurs dans le secteur des soins de longue durée.

Parmi les quatre programmes qui recevront du financement, 3,89 millions de dollars seront accordés au Collège Boréal pour son Programme accéléré d’apprentissage rémunéré pour préposés aux services de soutien à la personne (PSSP), permettant au personnel existant des foyers de soins de longue durée de se former.

Daniel Giroux, le président de Boréal, salue un « financement de taille grâce auquel nous serons en mesure de renforcer les compétences d’une main-d’œuvre indispensable. »

Le programme formera jusqu’à 120 personnes supplémentaires.

Le Collège Boréal entretient actuellement des partenariats avec plus de 30 foyers de soins de longue durée à l’échelle de la province, dont huit sont désignés francophones.

« Les investissements de l’Ontario dans la formation prépareront des milliers de personnes à des carrières gratifiantes, tout en garantissant que les résidents de nos foyers de soins de longue durée reçoivent des soins professionnels prodigués par des prestataires qualifiés », a déclaré la ministre.

Outre ce volet francophone, l’enveloppe de 75 millions de dollars soutiendra trois autres initiatives : 22,5 millions de dollars iront au programme BEGIN pour financer les études et la transition vers des postes d’infirmiers, 18 millions financeront le réseau des conseils scolaires pour aider 6000 personnes à obtenir leur diplôme de PSSP, et 13,8 millions seront alloué à huit établissements autochtones pour développer des programmes de santé axés sur les soins culturellement adaptés.

La province versera également jusqu’à 15,5 millions de dollars en financement de base dans le cadre du Fonds de soutien à la croissance professionnelle pour l’exercice 2026-2027. Les foyers de soins de longue durée admissibles utilisent ce financement pour assurer la formation continue de leur personnel. Depuis 2022, 143 000 membres du personnel ont pu en bénéficier via ce fonds.

Le Théâtre du Nouvel-Ontario dévoile sa 55e saison et annonce un financement majeur

SUDBURY – Le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) a dévoilé sa 55e saison à la Place des Arts — un moment charnière pour l’institution qui reçoit également un financement de 371 300 dollars. Cette subvention provinciale, versée par l’entremise de la Fondation Trillium de l’Ontario (FTO), servira à un projet d’initiation artistique destiné aux jeunes francophones et francophiles de Sudbury.

Pour sa 55e saison, le Théâtre du Nouvel-Ontario explorera le thème « Dévoiler l’invisible », un concept artistique sur lequel se basera une série de spectacles évocateurs. Entre récits autobiographiques, contes autochtones et comédies musicales, la nouvelle programmation regroupera notamment des œuvres centrées autour de la notion de mémoire, à la fois collective et individuelle.

« C’était vraiment une façon de nous inviter ensemble à avoir envie de plonger, puis se donner le droit de regarder les choses, la vie, le monde qu’on a devant nous d’un autre regard, d’une autre perspective, puis voir ce qui est caché en dessous qu’on voit pas au premier regard finalement », confie Marie-Pierre Proulx, qui entame d’ailleurs sa dixième saison en tant que directrice artistique du théâtre.

Fondé en 1971, le TNO est devenu au fil des années un véritable pilier de la dramaturgie franco-ontarienne. La 55e saison mettra en vedette des auteurs confirmés, mais aussi des talents émergents. « On offre quelque chose où je pense qu’il y a une confiance qui est là et il y a le souhait de plaire aux gens, de leur proposer des spectacles rassembleurs qui vont aussi créer des discussions », ajoute Mme Proulx.

Des récits axés sur la mémoire

La saison s’amorce le 23 octobre prochain avec Frétillant et agile de Jocelyn Sioui, un conte inspiré du héros wendat Auhaïtsic. Le spectacle sera codiffusé avec la Slague et le Centre franco-ontarien de folklore. Plus tard en novembre, également née d’une collaboration avec la Slague, la comédie musicale Patenteuses, signée Chloé Thériault, sera présentée. Cette pièce suit l’histoire de la mafia canadienne-française.

En hiver, le Théâtre du Nouvel-Ontario jouera Sansremords et Sansregret, une comédie familiale de la metteuse en scène Hélène Dallaire accompagnée des auteurs, Antoine Côté Légault et Chloé Thériault. Le TNO proposera également aux spectateurs une production maison. En effet, l’institution dévoilera Os, une pièce mêlant humour, poésie, projection visuelle, et marionnettes, créée par Vincent Leblanc-Beaudoin.

Alain Lauzon présentera En sortant de Cochrane du 30 avril au 1er mai 2027, un spectacle qui clôturera la série adulte de la 55e saison du Théâtre du Nouvel-Ontario. Photo : Denny Alexander

La programmation adulte s’achèvera le 1er mai avec En sortant de Cochrane, un récit autobiographique d’Alain Lauzon, un francophone originaire de Moonbeam. Il raconte l’histoire de deux silences : ceux qui ont suivi l’accident de la route de sa mère ainsi que son coming-out effectué un an plus tard. « L’accident a eu lieu dans la région de Cochrane, ensuite mon coming-out se fait à Sudbury, lors de ma première année à l’Université Laurentienne », raconte-t-il.

Pour honorer ses racines francophones et nord-ontariennes, le dramaturge s’est servi des expressions francophones de la région. « Là où il y a une portée régionale dans le texte dont je suis très fier, c’est que c’est vraiment écrit et porté par les comédiens dans la langue de Moonbeam. On a vraiment gardé l’accent ».

Quant à sa programmation jeunesse, le TNO présentera Lou dans la nuit, le premier spectacle pour enfants de la saison le 28 novembre. Conçu par le Théâtre des confettis, il sera destiné aux enfants de quatre à huit ans. En avril, le public aura aussi droit à Batailles, une pièce de DynamO Théâtre, dédiée aux enfants de huit à dix ans. La 55e saison se conclura avec Oryza, une production jeunesse pour les tout-petits, signée Théâtre des petites âmes.

Un financement majeur pour la jeunesse

Cette année, le théâtre reçoit un financement important du gouvernement provincial. Versée par l’entremise de la Fondation Trillium de l’Ontario, la somme de 371 300 dollars appuiera le projet Activation de la jeunesse. « C’est l’aboutissement d’une réflexion qu’on a depuis les trois dernières années par rapport au besoin d’aller développer le jeune public qui s’intéresse aux arts francophones à Sudbury », explique Maxime Cayouette, responsable de la médiation et du développement des publics du théâtre.

Bien que le TNO offre déjà des ateliers pour la jeunesse, l’équipe avait constaté quelques trous dans sa programmation. « On offrait des activités pour les plus jeunes, parfois pour les ados aussi, mais il manquait quelque chose pour les 13-14 ans », poursuit-il. Avec ce financement, le projet étalé sur une période de trois ans ciblera tous les âges afin de « solidifier et pérenniser les activités qu’on fait, puis s’assurer que ça rejoint autant de groupes d’âge que possible ».

Le Théâtre du Nouvel-Ontario obtient un financement de 371 300 dollars par l’entremise de la Fondation Trillium de l’Ontario pour son projet, Activation de la jeunesse. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR

Pour y parvenir, le théâtre compte s’ancrer dans le milieu scolaire francophone afin d’offrir des ateliers et outils d’initiation aux arts de la scène au sein des écoles. « Notre canal principal pour accéder aux jeunes francophones, c’est les conseils scolaires francophones », ajoute le coordonnateur. Le TNO collaborera également avec le Carrefour francophone de Sudbury.

Le premier projet d’Activation de la jeunesse consistera en des cours de théâtre animés par Natalie Lalonde. À travers ces activités, les jeunes impliqués pourront participer à la création d’une pièce communautaire, Sous le voile des bûches, une production qui sera dévoilée le 19 décembre prochain.

Ornella Bankolé : patience, travail et positivité comme porte d’entrée en WNBA

TORONTO – Longtemps cantonnée à un rôle dans l’ombre depuis son arrivée au Tempo de Toronto, Ornella Bankolé savait que son contrat de développement lui demanderait patience et travail. Cette semaine, la Française a enfin vu les occasions se multiplier : 14 minutes face à Indiana, puis un nouveau record de 15 minutes et 5 points mercredi contre Washington. Une récompense pour une joueuse qui assure vivre pleinement cette première expérience en WNBA.

« C’était le deal. » Ornella Bankolé ne cherche pas à embellir sa situation. Lorsqu’elle a rejoint le Tempo de Toronto, elle savait parfaitement ce que signifiait son contrat de développement : une place au sein du groupe, des entraînements quotidiens avec l’équipe, mais aucune garantie de jouer régulièrement.

Jusqu’à cette semaine, les occasions avaient été extrêmement rares. Mardi, face au Fever d’Indiana, Sandy Brondello lui a confié 14 minutes, avec 3 points, 3 rebonds et une interception à la clé. Surtout, Bankolé a été envoyée au front défensivement face à Caitlin Clark et Kelsey Mitchell.

Et l’occasion n’est cette fois pas restée sans lendemain. Dès mercredi à Washington, la Française a battu son record de temps de jeu avec 15 minutes et établi un nouveau sommet personnel avec 5 points, à 2/2 au tir, auxquels elle a ajouté deux rebonds.

Face au Fever, Ornella Bankolé a notamment eu la lourde tâche de défendre sur Caitlin Clark et Kelsey Mitchell. Une mission qui illustre la confiance accordée à ses qualités défensives par Sandy Brondello. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

« Ce qu’on aime chez Ornella, c’est sa défense. On a besoin de défense et elle sait défendre, soulignait Sandy Brondello après le match contre Indiana. Elle s’est retrouvée face à Caitlin Clark et Kelsey Mitchell. Elle a vécu quelques moments de ‘bienvenue en WNBA’ contre ces joueuses, mais la seule façon d’apprendre, c’est en jouant. »

L’entraîneuse du Tempo a surtout apprécié la manière dont Bankolé a rempli la mission qui lui avait été confiée. « Elle a vraiment bien joué son rôle et elle a été une vraie peste en défense. C’est ce qu’on veut continuer à développer. Elle apprend encore à jouer avec ses coéquipières, mais c’est bien qu’elle puisse avoir ces occasions et en tirer le maximum. »

Un contrat pour apprendre et patienter

Cette opportunité est justement ce que Bankolé attend depuis son arrivée. Son contrat de développement lui permet de s’entraîner quotidiennement avec le Tempo et de découvrir de l’intérieur les exigences de la WNBA, sans lui garantir une place régulière dans la rotation.

Une situation potentiellement frustrante pour une compétitrice. Bankolé, elle, préfère y voir une période d’apprentissage. « Je savais pourquoi je venais. C’est aussi ma première expérience en WNBA, donc ce n’est pas facile tout de suite, il faut un temps d’adaptation. Ce contrat de développement me permet aussi de m’adapter, de voir comment ça se passe ici et de prendre mes repères petit à petit. »

Et quand les matchs passent sans qu’elle soit en tenue, ou sans qu’elle entre en jeu, le travail continue. « Je m’entraîne beaucoup avec les filles, je m’entraîne aussi individuellement, je fais des extras. Ça me permet de me maintenir prête lorsque l’équipe a besoin de moi et d’essayer d’apporter quelque chose au groupe. »

Ornella Bankolé à l’écoute des consignes de Sandy Brondello sur le banc, aux côtés de Laura Juskaite (au centre). Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Cette attitude n’est pas seulement mise en avant par Bankolé. Laura Juskaite connaît la Française depuis bien avant leur aventure commune à Toronto. Les deux joueuses s’étaient même échangé leurs maillots lors d’un Championnat d’Europe U16.

« C’est une bonne coéquipière. Elle travaille, elle attend ses opportunités et elle est toujours positive. C’est ce dont nous avons besoin », raconte la Lituanienne.

Une description qui résume finalement assez bien les premières semaines de Bankolé à Toronto : travailler sans savoir quand viendra la prochaine occasion.

Toujours prête

Sa première opportunité était arrivée presque sans prévenir, peu après sa signature. « Je ne m’y attendais pas du tout. Je venais juste d’arriver et j’ai été surprise. On m’a prévenue un peu à la dernière minute. Mais c’était bien parce que je n’ai pas eu le temps de stresser. J’étais tout de suite dans le bain. »

Après ses huit minutes pour ses débuts contre Dallas le 5 juillet, les occasions se sont faites rarissimes : deux minutes contre New York une semaine plus tard, puis plus aucune apparition pendant un mois.

Ornella Bankolé face à Caitlin Clark, candidate au titre de meilleure joueuse de la WNBA, lors de la rencontre entre le Tempo de Toronto et le Fever d’Indiana. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Parfois sur le banc, parfois même inactive, Bankolé n’a retrouvé le parquet que le 12 août à Dallas, pour cinq minutes. Six jours plus tard face à Indiana, ses 14 minutes ont donc représenté une véritable rupture : son plus gros temps de jeu depuis son arrivée à Toronto avant le match à Washington ce mercredi.

Bankolé assure pourtant ne pas avoir eu de difficulté à se replonger dans un match mardi, malgré le manque de rythme. « Je me tiens prête mentalement. La coach m’implique beaucoup. Elle a des mots encourageants envers moi tous les jours, même quand je ne joue pas. Les filles aussi. Je suis prête mentalement à n’importe quel moment pour rentrer sur le terrain et faire ce que j’ai à faire. »

Face à Indiana, ces mots ont trouvé une traduction concrète.

De l’énergie, même depuis le banc

Bankolé estime d’ailleurs que son rôle ne commence pas lorsqu’elle entre sur le parquet. Avec une touche d’humour, elle assure d’abord qu’elle apprend le français à ses coéquipières. Plus sérieusement, elle insiste surtout sur l’énergie qu’elle tente d’insuffler à un groupe qui a dû composer avec les blessures et les défaites (série de 12 de suite en cours).

« J’essaie d’apporter beaucoup d’énergie, beaucoup de positivité. Ce n’est pas forcément facile parce qu’on a des blessures et des défaites. J’essaie d’apporter un peu de fraîcheur et de bonne énergie. »

Collée à Sophie Cunningham, Ornella Bankolé ne lâche rien. Une énergie et une ténacité défensives qui font partie des qualités qu’elle cherche à apporter au Tempo.Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Sur le terrain, cette énergie devient notamment défensive. « Quand je rentre sur le terrain, je veux apporter beaucoup d’intensité et permettre aux filles de souffler. »

Une définition de son rôle qui correspond presque mot pour mot à celle donnée par Brondello après sa prestation contre Indiana.

Le départ de Tima Pouye, son premier repère

L’adaptation de Bankolé avait aussi été facilitée par la présence d’une autre Française. À son arrivée, Tima Pouye constituait un visage familier dans un univers entièrement nouveau. « J’étais un peu triste parce que Tima, quand je suis arrivée, c’était un peu mon repère. Je la connais depuis très longtemps. »

Son départ a rappelé à Bankolé une autre réalité du sport professionnel en Amérique du Nord : les situations peuvent évoluer très rapidement. Elle a néanmoins continué à prendre ses marques, dans l’équipe comme dans sa nouvelle ville.

« Je ne connaissais pas du tout Toronto. J’ai pas mal visité. J’aime bien la ville et les gens sont gentils aussi. »

À sa sortie du terrain, Ornella Bankolé reste attentive aux conseils du personnel d’entraîneurs, un apprentissage quotidien qui lui permet de progresser et de se tenir prête.

Et son expérience canadienne ne s’arrête pas à Toronto. Après avoir découvert Montréal avec le Tempo, Bankolé s’apprête également à se rendre à Vancouver.

« Je ne m’attends à rien. J’espère être surprise. J’ai hâte de découvrir comment c’est, comment sont les gens et comment est la ville. »

« Montrer de quoi je suis capable »

À l’approche de la fin de saison, Bankolé sait que chaque occasion peut compter. Les séries éliminatoires ne sont plus un objectif pour Toronto, éliminé officiellement après la défaite à Washington.

Pour la Française, ces dernières rencontres représentent donc autant de possibilités de poursuivre son apprentissage et de montrer qu’elle peut apporter quelque chose.

« J’aimerais aider le groupe, apporter ma personnalité dans le jeu et montrer de quoi je suis capable. On voudrait aussi essayer d’accrocher des victoires. »

Deux jours et deux records de temps de jeu plus tard, Bankolé semble justement commencer à se faire une place.

L’Université de l’Ontario français reçoit 100 000 $ pour contrer la désinformation

TORONTO – Ce jeudi, lors d’une conférence de presse à l’Université de l’Ontario français (UOF), la députée de Spadina Fort York, Chi Nguyen, a annoncé une aide financière de 99 980 $ à l’établissement afin de renforcer la résilience du corps étudiant et des chercheurs francophones face à la désinformation à l’ère de l’intelligence artificielle.

« Nous accordons près de 100 000 dollars à l’Université de l’Ontario français afin de l’aider à réaliser ses projets sur la désinformation et l’intelligence artificielle générative », a déclaré la députée Chi Nguyen.

Attribuée au nom de Marc Miller, ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes et ministre responsable des Langues officielles, cette subvention servira à financer le projet intitulé « Désinformation/IAG : expérience immersive pour les 20-25 ans francophones au Canada », qui mettra à la disposition de la communauté scientifique francophone les outils nécessaires pour naviguer l’espace numérique et qui martèle le rôle de l’UOF dans cette vision.

Chi Nguyen, députée de Spadina Harbourfront, aux côtés de Normand Labrie, recteur de l’UOF. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Ce projet, qui s’inscrit dans le Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028, « s’aligne parfaitement avec la mission fondamentale de notre université, axée sur la recherche et le service à la collectivité », a poursuivi le recteur de l’établissement, Normand Labrie, expliquant qu’il s’agit d’une étape importante dans la vie d’une jeune institution.

« Elle offre à nos étudiants l’opportunité de se former directement par la pratique de la recherche », poursuit le recteur.

« En faisant rayonner la recherche en français, nous contribuons à bâtir un écosystème scientifique plus dynamique et plus innovant, où le français est non seulement protégé, mais aussi pleinement valorisé comme moteur de création et de collaboration » a déclaré par voie de communiqué le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, Marc Miller.

Les négociations entre les syndicats et le gouvernement au point mort avant la rentrée

TORONTO – Le personnel enseignant de l’Ontario entamera la rentrée scolaire avec des conventions collectives expirées, arrivées à échéance ce mois d’août 2026. Pour cinq syndicats en éducation, dont l’Association des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (AEFO), les négociations, dans une impasse, ont été envoyées devant la Commission des relations de travail de l’Ontario, retardant les pourparlers de plusieurs mois.

Depuis plusieurs mois déjà, les syndicats s’étaient montrés prêts à négocier les nouvelles conventions collectives au plus vite, souhaitant éviter le scénario précédent, soit la négociation d’une entente un an et demi après l’expiration des conventions des enseignants, en février 2024.

« Lors de notre dernière rencontre avec le gouvernement et le conseil des associations d’employeurs, nous n’avons pas été en mesure de nous entendre sur les sujets qui doivent être négociés au niveau central et ceux qui doivent l’être au niveau local, le champ de négociation », expose à ONFR Gabrielle Lemieux, la présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants de l’Ontario.

Faute d’une entente sur le cadre avant même d’engager le processus, le dossier a été envoyé devant la Commission des relations de travail de l’Ontario (CRTO), la première fois depuis 2014. Celle-ci déterminera le champ de négociation, quels sujets relèvent du niveau central et lesquels relèvent du niveau local.

« Plusieurs sujets qui étaient locaux auparavant sont maintenant réclamés par le gouvernement à la table centrale. C’est cela qui a mené au recours à la CRTO. Est-ce une tactique du gouvernement pour ralentir le processus ou pour centraliser davantage les pouvoirs? », questionne la présidente de l’AEFO.

Tout comme l’AEFO, le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO/OPSEU) – qui compte environ 114 membres francophones – l’OSBCU (Ontario School Boards Council of Unions), l’OSSTF (Ontario Secondary School Teachers’ Federation) et l’ETFO (Elementary Teachers’ Federation of Ontario), se trouvent dans la même situation concernant la portée des négociations et ont porté les dossiers devant la CRTO.

« L’école ouvrira comme prévu, l’année débutera. Il n’y a aucune raison d’anticiper des grèves. »
— Paul Calandra, ministre de l’Éducation

En attendant cette décision, les négociations sont temporairement mises sur pause.

« Cela peut prendre des mois, et du côté francophone, il faut aussi des arbitres francophones, précise Mme Lemieux. Nous espérons que les délais ne seront pas trop longs, mais il est certain que nous ne reprendrons pas tant que nous n’aurons pas cette réponse de la CRTO. Avant même de pouvoir négocier le contenu de la convention collective, il faut s’entendre sur quelle table se négocie quel sujet. »

Gilles Levasseur, professeur de gestion et de droit à l’Université d’Ottawa, explique que ce préarbitrage, concept qui n’existe pas en droit, établit le fait que si des problèmes surviennent dans les négociations à venir, le dossier est prêt à monter de façon juridiquement formelle dans le système. Il s’agit selon lui d’un outil pour exiger des bases de bonne foi de l’autre parti.

Questionné en conférence de presse ce jeudi 20 août à Bradford sur l’état des négociations, le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, a déclaré rester « très optimiste ».

« Il y a eu quelques impasses, mais ce n’est pas inattendu. On reste engagés dans les négociations pour que les enseignants et les parents aient des garanties », a-t-il affirmé.

« L’école ouvrira comme prévu, l’année débutera. Il n’y a aucune raison d’anticiper des grèves », a-t-il conclu, balayant ainsi la possibilité d’un débrayage de la part du corps enseignant.

Une campagne publicitaire du gouvernement visant les syndicats?

En parallèle et selon des informations révélées par le média The Trillium, le gouvernement Ford s’apprête à lancer une campagne publicitaire ciblant les syndicats d’enseignants.

D’après un projet de scénario obtenu par le média, la publicité met en scène des comédiens incarnant des parents qui critiquent les syndicats de l’éducation, abordant notamment la question des congés de maladie, des billets du médecin et des risques de grève.

Pour M. Levasseur, il n’est pas surprenant pour le gouvernement « qui a toujours eu la ligne dure », cherche à publiquement justifier sa ligne de conduite d’allocation des fonds en éducation.

« La province a deux grands dossiers criants, la santé et l’éducation, ce qui représente pratiquement 70 % des dépenses de la province, analyse le professeur. Le ministère veut faire des économies, c’est son objectif. Le danger est de créer de nombreux insatisfaits. En politique, quand l’électorat voit qu’on ne traite pas correctement les gens en éducation, ça donne l’impression qu’on ne traite pas bien les élèves. »

Gabrielle Lemieux questionne elle aussi les priorités du gouvernement. « Plutôt que de mettre son temps et son énergie à trouver des solutions avec les syndicats à la table centrale, le gouvernement choisit de préparer une campagne publicitaire pour s’en prendre aux syndicats, aux enseignants et au personnel scolaire. »

De conclure : « C’est préoccupant et inquiétant. D’après ce qu’on a vu, c’est une campagne qui envenime les choses. S’attaquer publiquement aux enseignants ne contribue certainement pas à créer un climat positif ou constructif autour d’une table de négociation. »

Ce jeudi 20 août, le ministre Paul Calandra a annoncé un investissement de 1 milliard de dollars pour 35 projets d’ouverture ou d’agrandissement d’écoles cet automne pour créer 18 000 nouvelles places pour les élèves et 1100 places en service de garde. Photo : chaîne YouTube du gouvernement de l’Ontario

La porte-parole du NPD en matière d’Éducation, Chandra Pasma, a fustigé l’attitude de la province, rappelant que « si le gouvernement était venu à la table de négociation de bonne foi et s’était concentré sur la conclusion d’ententes », l’incertitude qui pèse actuellement sur les familles et le personnel scolaire aurait pu être évitée.

Dénonçant le recours à des fonds publics pour orchestrer cette campagne, Mme Pasma accuse le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, d’avoir perdu un temps précieux dans des querelles de procédure.

Plutôt que de financer des « publicités d’attaque » à l’approche de la rentrée, elle estime que la province devrait s’attaquer d’urgence aux problèmes de fond du système scolaire. « Le gouvernement gaspille l’argent des contribuables […] tout en refusant d’affronter les défis bien réels de la taille des classes et de la violence à l’école. Les élèves de l’Ontario méritent des solutions, pas du théâtre politique », tranche-t-elle.

En conférence de presse, cette fois sur la question de la campagne publicitaire, le ministre Calandra a répondu aux journalistes qu’il mettrait en œuvre tous les moyens dont il dispose afin que les élèves, les parents et le personnel enseignant « comprennent clairement ma position ». Il a au passage laissé entendre que les syndicats menaient eux-mêmes des campagnes publicitaires de leur côté depuis plusieurs mois.

Mélina de Welland : trouver des mots pour guérir des maux

Dans cet épisode, l’autrice, éditrice et entrepreneure Mélina Seymour se livre sur un parcours marqué par l’action communautaire, la communication et la résilience. Originaire de la Guadeloupe et aujourd’hui installée à Welland en Ontario, elle revient sur ses racines rurales, son engagement auprès de la jeunesse et la transmission intergénérationnelle qui alimente sa vision de la solidarité.

Éprouvée par la perte de son conjoint dans la quarantaine, Mélina aborde avec vulnérabilité le deuil et l’importance d’honorer ses promesses. Elle explique comment poser des mots sur le papier devient un véritable processus de guérison. En fondant sa propre maison d’édition, elle met sa passion pour la transmission au service des autres, offrant un espace pour changer les épreuves en récits inspirants et laisser une trace durable pour les générations futures.

Saint-Albert à la conquête d’un record du monde agricole

LA NATION – Ce samedi, le village franco-ontarien de Saint-Albert dans l’Est ontarien s’apprête à marquer l’histoire en tentant d’homologuer un record Guinness pour le plus grand nombre de lames de charrue en action simultanée. Derrière la démesure de cet attelage géant de 325 pieds de long se cachent cinq années de travail bénévole, l’amour des traditions et une mobilisation citoyenne au profit de la communauté locale.

« C’est pour rassembler les Anglais, les Français, les Québécois, les Ontariens… Ça vient de partout pour partager notre fierté agricole ensemble, tout le monde parle le même langage antique », explique François Latour, la voix éraillée par les centaines d’heures consacrées à la préparation de cet ambitieux chantier.

Pour le principal instigateur du projet, déjà auteur de deux records Guinness d’anciens moulins à battre en 2015 et 2019, cette charrue géante est avant tout un hommage au travail de la terre qui a façonné la communauté. 

« Ici, la terre et les concours de labour font partie de notre patrimoine. On a tous déjà tenu un manche de charrue, alors je me suis dit qu’on devait créer un événement à la hauteur de cet héritage », tenait à rappeler celui qui travaille sur ce projet depuis les cinq dernières années. 

L’exploit repose sur une ingénierie artisanale titanesque. L’équipe de bénévoles et de passionnés de machinerie patrimoniale a assemblé une quarantaine de charrues anciennes, minutieusement ajustées pour ne former qu’un seul et unique bloc de 325 pieds de long. 

Au total, ce sont 80 socs d’époque qui s’enfonceront en même temps à quatre pouces de profondeur dans la terre, sur une distance de 500 pieds. Pour garantir que cette structure colossale avance en ligne droite sans dévier, l’attelage sera tracté par des tracteurs datant des années 70 guidés par un système GPS. 

Réunis par la passion du « langage antique », Alain Séguin (à gauche), un des bénévoles, et François Latour mettent la dernière main aux préparatifs de la charrue de 325 pieds à Saint-Albert. Photo : Inès Rebei/ONFR

La météo : l’ultime menace qui peut tout faire basculer

Si les passionnés maîtrisent la mécanique sur le bout des doigts, le ciel reste leur plus grande source d’angoisse. Dans le monde du labour d’envergure, la pluie n’est pas un simple inconfort pour les spectateurs : c’est un facteur critique capable de transformer la terre en un piège redoutable pour ces machines du siècle dernier.

« C’est la pluie qui nous inquiète, la boue risquant de nous compliquer la tâche », reconnaît M. Latour. Un sol détrempé ou trop humide augmente considérablement l’effort de traction requis.

Pour une structure inédite de 325 pieds tirant 80 lames à la fois, la moindre accumulation d’eau alourdit la terre, fait patiner les tracteurs et risque d’imposer une tension mécanique destructrice sur les attaches patrimoniales, précise-t-il.

Malgré ce suspense météorologique et l’obligation d’un effort décuplé en cas de terrain mouillé, l’équipe refuse de faire marche arrière : la tentative aura lieu beau temps, mauvais temps.

La démonstration, prévue à 16 h sur les terres généreusement prêtées par Marc et Ghislain Laflèche, sera rigoureusement inspectée par une juge officielle du Guinness World Records, venue spécialement de New York pour l’occasion.

Un soutien financier direct pour la paroisse et le centre communautaire

Au-delà du défi contre les éléments et de la sauvegarde de la mémoire agricole, la démarche de ce fier fils de fermier de la région s’inscrit dans une logique de solidarité rurale très concrète. 

Les retombées financières de la journée seront directement versées à la paroisse afin de soutenir le Centre communautaire de Saint-Albert, lequel avait été cédé par la Ville en raison de contraintes budgétaires l’année passée.

« D’habitude je le fais pour le cancer du sein, mais cette fois-ci je le fais pour le Centre communautaire qui a été donné à un groupe communautaire. Il était question de fermer le Centre, mais la population veut le garder ouvert », soutient l’organisateur.

Grâce au prix d’entrée fixé à 20 $ pour les adultes (gratuit pour les enfants de 12 ans et moins), aux commanditaires et aux dons, le comité vise une récolte de fonds substantielle. 

François Latour souligne que la performance repose sur la simultanéité : le but ultime est de faire tourner le plus grand nombre de lames au même moment, et non de réaliser la plus grande surface de labour. Il a lui-même mis à disposition la moitié des machines, soit une vingtaine de charrues pour l’événement. Photo : Inès Rebei/ONFR

Lors de son précédent record, l’initiative avait permis d’amasser 12 000 $ pour la cause. Pour cette édition, François Latour espère attirer entre 3000 et 5000 visiteurs sur le site de la route 700 Ouest.

Pour la municipalité de La Nation, la portée de cette journée dépasse largement le cadre du simple rassemblement de collectionneurs. 

« C’est un événement significatif pour nous. Ça amène des gens de tout partout », affirme le maire de La Nation, Francis Brière. Interrogé sur le lien entre ce rassemblement et la francophonie locale, l’élu souligne à quel point l’histoire de la langue et celle du travail du sol sont intrinsèquement liées dans la région. 

« On est fiers d’être francophones et on y tient à cœur. On veut s’assurer que cette tradition-là reste en place pour les générations futures, pour mes enfants. Le patrimoine et le langage sont liés, c’est difficile de les détacher un de l’autre. »

Danse de tracteurs et Rats de S’wompe

Pour accueillir les milliers de curieux attendus, le site proposera une programmation diversifiée de 11 h à 23 h. 

En plus de la compétition officielle de labour de Clarence-Rockland-Russell qui réunira des dizaines de laboureurs, le public pourra assister à un spectacle singulier : une danse de tracteurs.

L’idée est aussi de faire découvrir au public, néophyte et connaisseur, comment l’équipement agricole a transformé les campagnes de génération en génération.

Un concours de labour se tiendra également ce samedi sur le site. Photo : Inès Rebei/ONFR

Cette troupe locale exécutera une chorégraphie sur musique à bord de quatre couples de tracteurs anciens, avec des représentations prévues à 11 h et 15 h.

Les familles pourront profiter de démonstrations de machinerie d’époque, de promenades en voiture à foin, à cheval, d’un labyrinthe pour les enfants, de go-karts et d’une compétition de casse-tête de 500 pièces pour équipes de deux personnes sous la grande tente. 

La journée se clôturera par un souper communautaire et un spectacle de musique folklorique et trad-rock en soirée, mettant en vedette le groupe Les Rats de S’wompe.

L’ex-ministre Caroline Mulroney recrutée par la banque RBC

TORONTO – L’ancienne ministre des Affaires francophones et ex-présidente du Conseil du Trésor de l’Ontario, Caroline Mulroney, qui avait quitté ses fonctions le 5 juin dernier, occupera le poste exécutif de vice-présidente du conseil au sein de la banque RBC, à compter du 14 septembre.

Entrée en politique en 2018, élue députée de la circonscription de York-Simcoe lors des élections provinciales de 2018, Caroline Mulroney était aussitôt devenue ministre des Affaires francophones, et ce pendant huit ans, en parallèle de plusieurs portefeuilles de premier plan : Procureure générale (2018-2019), Transports (2019-2023) et Conseil du Trésor (depuis 2023).

Avant sa démission en juin dernier, la ministre, qui indiquait vouloir passer plus de temps avec sa famille, avait déclaré ne pas fermer la porte au secteur privé.

Or, trois mois plus tard, celle-ci repasse en effet par la case du privé et dans son domaine de prédilection.

Avocate d’affaires de formation, avant d’entrer en politique, elle avait été vice-présidente chez BloombergSen Investment Partners, commençant sa carrière en banque d’investissement chez Bear, Stearns & Co. Inc., et pratiquant le droit chez Shearman & Sterling LLP à New York.

Dans le cadre de ses nouvelles fonctions, à titre de vice-présidente du conseil, RBC, Caroline Mulroney agira comme dirigeante principale des relations avec la clientèle et des affaires à l’échelle mondiale pour l’ensemble de l’entreprise.

« Elle mettra à profit sa vaste expérience pour cerner de nouvelles occasions d’affaires, approfondir les relations avec nos clients et faire progresser les priorités de croissance de RBC dans nos différents secteurs d’activité et régions (…) particulièrement dans les secteurs des Marchés des capitaux, des Services bancaires aux entreprises et de la Gestion de patrimoine », explique une note interne partagée à ONFR.

« Elle conseillera également nos dirigeants d’entreprise sur les répercussions qu’ont l’évolution des politiques gouvernementales, la réglementation et le secteur public sur nos clients. »

Derek Neldner, président-directeur général et chef de la direction, RBC Marchés des capitaux, à qui elle répondra directement, a également déclaré que « la perspective unique de Caroline sur l’intersection entre le gouvernement, les politiques publiques et la stratégie d’entreprise, alliée à sa capacité éprouvée à tisser des liens entre les secteurs, la positionne idéalement pour avoir un impact majeur en travaillant aux côtés de nos équipes et au service de nos clients. »

Langue de travail : un impact beaucoup plus vaste qu’anticipé à la Défense

OTTAWA — C’est près du double des unités initialement prévues, soit quelque 350 organisations à travers le pays au sein de la Défense nationale, qui ont vu leur politique sur la langue de travail être modifiée. Une pétition demandant le retrait de cette politique linguistique a d’ailleurs été déposée au Parlement.

Alors que le nombre de 180 unités avait circulé dans les médias, basé sur d’anciennes données de la Défense nationale, le ministère a indiqué à ONFR que presque deux fois plus d’unités sont touchées par la mise en place d’une nouvelle directive sur la langue de travail, dont plus de la moitié au détriment de l’usage du français.

Ce sont plus précisément 348 unités qui sont concernées à la Défense, incluant les Forces armées canadiennes (FAC), et qui se divisent en deux groupes :

  • Du statut bilingue au statut unilingue : 174 unités sont passées du statut bilingue à unilingue anglophone et 29 de bilingue à unilingue francophone, pour un total de 203.
  • Du statut unilingue au statut bilingue : 67 unités sont passées d’unilingue anglophone à bilingue et 78 d’unilingue francophone à bilingue, pour un total de 145.

Le ministre de la Défense, David McGuinty, a annoncé la semaine dernière avoir ordonné « l’examen et la révision » de cette politique, sans toutefois la mettre sur pause ou l’annuler pour le moment.

« Il est important de noter que ces chiffres sont fondés sur l’analyse réalisée à ce jour et seront revus dans le cadre de l’examen et de la révision des désignations de la langue de travail au sein des unités des FAC », précise la Défense nationale dans une déclaration.

Le ministère ajoute que « les travaux préliminaires pour déterminer la portée, l’approche et le calendrier de l’examen ont commencé » et que de plus amples informations seront transmises ultérieurement.

La nouvelle politique linguistique est venue modifier la langue de travail dans les unités de la Défense pour s’aligner sur les régions désignées bilingues au pays par le Conseil du Trésor. La langue de travail est désormais déterminée principalement en fonction de la région où se trouve l’organisation ou l’unité. Ce changement touche en majorité des unités situées dans certaines régions de l’Ontario, dans l’Ouest canadien et dans les Maritimes, mais concerne également des unités au Québec.

La Défense nationale avait expliqué que l’ancienne approche générait « plusieurs défis » et que les changements avaient été effectués à la suite de plaintes fondées auprès du Commissariat aux langues officielles.

Une pétition en circulation contre la directive

Une pétition est disponible depuis mardi sur le site de la Chambre des communes pour demander au ministère le retrait de la directive linguistique. La pétition, déposée par un citoyen de Gatineau et parrainée par le député conservateur Pierre Paul-Hus, énonce que le bilinguisme constitue « une obligation institutionnelle et un atout opérationnel et stratégique qui renforce le leadership et l’efficacité des FAC ».

Elle réclame un retour aux règles antérieures permettant de désigner des unités bilingues selon leurs besoins, leur mission ou leur mandat.

La requête demande aussi que la révision annoncée par le ministre de la Défense soit « fondée sur les obligations linguistiques et les besoins opérationnels des FAC, d’en publier les conclusions, d’établir des objectifs mesurables et de rendre publiquement compte des résultats ».

« La vitalité du français au sein des FAC exige plus que la reconnaissance de droits individuels et nécessite une capacité institutionnelle réelle permettant aux militaires de travailler, d’être dirigés et de progresser professionnellement en français », peut-on lire.

Au moment d’écrire ces lignes, mercredi soir, la pétition avait recueilli plus de 600 signatures, quelques heures après sa publication. La date limite pour signer est fixée au 17 septembre.

Des craintes soulevées

Le Commissariat aux langues officielles a reçu cinq plaintes depuis la fin juillet en lien avec la directive de la Défense nationale. Cela s’ajoute à d’autres plaintes qu’avait reçues la commissaire Kelly Burke au sujet du Collège militaire royal de Kingston. La nouvelle politique y avait entraîné l’abandon du français comme langue de travail sur le plan administratif en mai dernier. Quelques semaines après ces événements, le CLO avait officialisé le déclenchement d’une enquête à la suite de sept plaintes déposées.

Les partis d’opposition à Ottawa, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) ainsi que l’Union des employés de la Défense nationale, qui représente près de 18 000 employés du ministère, ont exprimé des inquiétudes quant à l’impact de la directive sur le droit de travailler en français.

La Défense nationale s’est toujours défendue, soutenant que cette mesure, en place depuis janvier 2025, ne touche pas la formation, l’instruction ni les services au public et aux familles des membres des FAC.

La FCFA a toutefois salué la décision du ministre McGuinty de procéder à un examen de la politique.

« Cette année, on a perdu 100 membres de la communauté » : l’appel d’urgence du terrain face à l’itinérance

SUDBURY – Au cours de la conférence annuelle de l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) à Ottawa, le maire Paul Lefebvre et les Maires des grandes villes de l’Ontario (OBCM) ont réclamé dimanche l’appui d’urgence du gouvernement provincial pour la campagne Solve the Crisis. Face à l’aggravation des crises d’itinérance, de santé mentale, et de dépendance, des organismes communautaires locaux comme le Réseau Access Network rappellent toutefois que les prises de décision doivent inclure la voix des intervenants de première ligne.

La Ville du Grand Sudbury compte 461 itinérants, dont 302 en situation chronique, selon les données du mois de juillet. Pour le Réseau Access Network, il devient de plus en plus difficile de répondre à leurs besoins criants. « C’est quasi impossible de trouver des logements à faible revenu », affirme Cynthia Jolineau, gestionnaire en finance de l’organisme.

Fondé en 1989, cet organisme spécialisé dans la promotion de la santé et de la réduction des méfaits — notamment liés au VIH et à l’hépatite C — déploie pourtant des moyens pour soutenir les personnes en situation d’itinérance. « On a quand même une travailleuse sociale qui s’occupe des gens qui font partie de notre cercle de patients, qui sont peut-être sans abri ou qui se promènent d’un endroit à l’autre ».

En plus de la crise d’itinérance, les problèmes de dépendance s’ajoutent à la liste de fléaux qui touchent disproportionnellement Sudbury. De janvier à juin de cette année, les services paramédicaux de la ville ont répondu à 521 appels pour des urgences liés aux opioïdes. Après la fermeture du site Energy Court, les taux d’overdoses et d’infections ont également grimpé.

John Andersen, le directeur général par intérim du Réseau Access Network, indique qu’en 2026, 100 personnes sont décédées suite à des overdoses à Sudbury. D’après lui, le taux d’infection à l’hépatite C à Sudbury est 30 % supérieur à la moyenne nationale, une statistique qu’il juge évitable si la province n’avait pas cessé de financer La Place, le site de consommation surveillée de la ville mis à l’arrêt depuis mars 2024.

Situé à Energy Court, La Place était un site de consommation mené par le Réseau Access Network pour soutenir les personnes dépendantes, superviser les consommations, et assurer la salubrité des outils d’injection. Il a été fermé en mars 2024. Photo : Dominique Demers/TFO

Un appel à l’action des maires de l’Ontario

Lors de la conférence annuelle de l’AMO, Paul Lefebvre et ses homologues des grandes villes de la province ont réitéré leur appel à l’aide auprès du gouvernement. Regroupés au sein de l’Association des maires des grandes villes de l’Ontario (OBCM), 29 élus se sont réunis le dimanche pour faire le point de la campagne Solve the Crisis, créée un 2024. Deux ans plus tard, le constat reste alarmant : les crises d’itinérance, de santé mentale, et de toxicomanie ne font que s’aggraver, et ce, malgré les démarches et financements engagés.

« Dans plusieurs collectivités, la situation empire », alerte le maire de Sudbury, Paul Lefebvre par communiqué. « On a investi dans le logement, la lutte contre l’itinérance et les services communautaires, et on continue de travailler avec nos partenaires pour aider les gens à trouver une issue. Mais même avec des dépenses record, la crise ne cesse de s’aggraver ».

Pour changer la donne, les maires annoncent une deuxième phase de la campagne, une qui demande des ressources plus conséquentes dans non seulement la réaction face aux crises, mais à des suivis continus pour assurer le rétablissement complet des personnes affectées.

« La prochaine étape doit être axée sur le rétablissement, en investissant dans l’ensemble du continuum de soins, depuis le logement et les soutiens communautaires jusqu’au traitement, à la réadaptation et, au besoin, à l’intervention empreinte de compassion », relate le maire.

Les maires des grandes villes se sont réunis dimanche pour faire le point sur la campagne Solve the Crisis, une initiative pour gérer la crise d’itinérance, de santé mentale, et de dépendance dans leurs municipalités. Photo : la Ville du Grand Sudbury

Une approche différente requise

Réseau Access Network soutient que le gouvernement doit revoir ses méthodes en se montrant à l’écoute du personnel du terrain et en s’appuyant sur l’expertise, les recherches, et les données du terrain des intervenants de première ligne, insiste son directeur, qui salue tout de même l’appel à l’action du maire Lefebvre.

La gestionnaire en finance de l’organisme encourage également le gouvernement à investir dans le personnel de première ligne afin que les organismes locaux puissent soutenir les personnes en situation d’itinérance et de dépendance. « Ça ne peut pas toujours être des personnes assises derrière un bureau au centre-ville, au conseil, au gouvernement, dit-elle, il faut avoir des professionnels, les payer afin qu’ils soient capables d’avoir les meilleures ressources possibles », dit Mme Jollineau.

Elle estime que, malgré les investissements provinciaux et fédéraux, la priorité doit être de consulter les agents communautaires directement impliqués dans la gestion des crises d’itinérance, de santé mentale, et de dépendances. «  Si ces professionnels-là ne sont pas en place, on peut donner tout l’argent du monde, ça ne fonctionnera pas  ».

AMO : Des maires francophones peu impressionnés par les promesses de Queen’s Park

OTTAWA — Réunis cette semaine à Ottawa dans le cadre du congrès annuel de l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO), les élus locaux d’un bout à l’autre de la province tentent de faire entendre leur voix. Alors que le gouvernement de Doug Ford vante ses investissements massifs destinés à accélérer la construction de logements et à moderniser les infrastructures, des maires francophones du Nord et de l’Est ontarien dressent un bilan beaucoup plus nuancé. 

Au cœur de ce rassemblement municipal amorcé dimanche, le financement des infrastructures de base – l’eau, les égouts, les ponts et le réseau routier – s’est imposé au centre des échanges.

Si le gouvernement provincial a récemment multiplié les annonces, notamment en mettant en avant un fonds d’un milliard de dollars dévoilé la veille en partenariat avec le fédéral pour débloquer le potentiel résidentiel, des maires francophones peinent à y voir une réponse adéquate à l’ampleur de la crise.

Le maire de Clarence-Rockland, Mario Zanth, se dit peu impressionné par les annonces provinciales face à l’explosion des coûts d’infrastructure dans l’Est ontarien. Photo : Inès Rebei/ONFR

Dans l’Est, du côté de Clarence-Rockland, Mario Zanth estime que l’équation économique imposée aux municipalités est devenue tout simplement insoutenable. Il souligne que si l’indice des prix à la consommation a grimpé d’environ 16 % pour les ménages depuis 2022, les coûts liés aux grands projets d’infrastructure municipale ont connu une hausse vertigineuse avoisinant 50 %.

« Quand on monte les taxes de 5 %, ce n’est même pas assez pour payer pour l’infrastructure qu’on a », explique Mario Zanth, qui est aussi le président des Comtés unis de Prescott-Russell.

« Un milliard, ça paie même pas pour deux municipalités dans Prescott-Russell, et on est 444 municipalités en Ontario »
— Mario Zanth

Le vice-président du Caucus des préfets de l’Est de l’Ontario (EOWC) évalue le déficit d’actifs de sa seule ville à environ 800 millions de dollars. À l’échelle des Comtés unis de Prescott et Russell, ce gouffre financier atteint le chiffre étourdissant de 1,2 milliard de dollars.

Selon ses calculs, la province devrait verser environ 300 millions de dollars à chaque municipalité simplement pour alléger la pression de l’entretien des infrastructures de base. Dans ce contexte, les enveloppes globales promises par le gouvernement provincial sont perçues comme une goutte d’eau dans un océan de dettes.

Lors de son allocution au congrès de l’AMO lundi matin, le premier ministre Doug Ford a souligné la signature d’une entente de cinq ans pour maintenir le rassemblement annuel à Ottawa, tout en insistant sur l’urgence pour l’Ontario de développer ses propres centres de données afin de garantir sa souveraineté numérique. Photo : Inès Rebei/ONFR

Des infrastructures qui vieillissent

Pour la mairesse de Timmins, Michelle Boileau, les besoins sur le terrain dépassent largement le cadre des grands projets économiques promis dans le Nord.

« Même si des projets d’envergure ont été annoncés, les préoccupations entourant le logement restent au premier plan », explique celle qui préside l’Association francophone des municipalités de l’Ontario (AFMO).

Mme Boileau constate un virage dans le débat local : la nécessité de bâtir des habitations – notamment pour loger la main-d’œuvre nécessaire à ces futurs projets – et de financer les réseaux d’eau qui les accompagnent est devenue une priorité quotidienne pour les citoyens.

« Pour la première fois, ce sont les résidents eux-mêmes qui nous parlent de cette urgence », souligne-t-elle. « Mais pour appuyer ces constructions, il faut des investissements majeurs dans nos infrastructures de base, qui vieillissent et doivent s’étendre pour absorber la croissance. »

En tant que présidente de l’AFMO, la mairesse de Timmins, Michelle Boileau, porte aussi la voix des municipalités francophones face aux défis de croissance et de logement. Photo : Inès Rebei/ONFR

La pression financière n’empêche toutefois pas certaines collectivités de connaître un essor démographique rapide, qui apporte son propre lot de défis logistiques. C’est le cas de la municipalité de North Stormont, où la population a crû de 7,7 % lors du dernier recensement officiel.

« À l’heure actuelle, nous avons cinq lotissements en cours de développement. Les données dont nous disposons pour les permis de construction démontrent qu’on enregistre la plus forte croissance de tous les Comtés unis », indique celui qui est aussi le préfet des Comtés unis de Stormont, Dundas et Glengarry.

M. Landry rappelle que cette expansion exige une attention provinciale accrue, particulièrement pour garantir la sécurité routière sur des artères majeures comme la route 138, récemment le théâtre d’accidents graves.

La présidente sortante de l’AMO, Robin Jones, a salué le retour de Toronto au sein de l’organisation après 20 ans d’absence, tout en dénonçant une hausse de 86 % des coûts municipaux sur six ans. Photo : Inès Rebei/ONFR

Un recul de la province dénoncé

« On sait qu’on a besoin d’appartements abordables pour les gens qui n’ont pas de fonds de pension », estime de son côté le maire de Hearst, Roger Sigouin, déplorant que les retombées financières tardent toujours à se concrétiser sur le terrain.

« C’est tout le temps de belles annonces, mais est-ce que c’est juste pour bien paraître devant les élus? C’est sûr qu’on va étudier le dossier en rentrant, mais que ce soit pour tout de suite ou dans deux ans, j’ai mes doutes », dénonce celui qui a récemment été élu à la tête de l’Association des municipalités du Nord-Est de l’Ontario (NEOMA).

« Ça fait longtemps qu’ils nous annoncent des programmes. On n’a jamais vu l’argent, on n’a jamais rien vu pour nos communautés »
— Roger Sigouin

Ce scepticisme s’alimente d’autres déceptions récentes envers Queen’s Park. Depuis près d’un an, la municipalité travaillait en étroite collaboration avec le ministère des Transports de l’Ontario (MTO) sur un projet d’infrastructure routière clé : la construction d’un stationnement sécurisé pour les grands camions le long des routes 11 et 138, afin de désengorger le réseau et d’améliorer la sécurité dans le Nord.

Tout semblait ficelé avec le ministère, qui avait même recommandé de bonifier les installations en faisant passer l’enveloppe budgétaire de 9,5 à plus de 9,8 millions de dollars afin d’y inclure des travaux de pavage complets.

Or, juste avant le départ du maire vers le congrès, les services administratifs ont appelé la municipalité pour annoncer le gel du projet, invoquant des contraintes financières.

Après 24 ans à la mairie de Hearst, Roger Sigouin ne mâche pas ses mots face aux reculs administratifs de Queen’s Park lors du congrès de l’AMO. Photo : Inès Rebei/ONFR

Ce revirement brutal a provoqué la vive colère du maire, détenant 34 ans de carrière en politique, qui dénonce le fossé entre les annonces provinciales et la livraison réelle des chantiers. « C’est insultant et frustrant », conclut-il amer.

Interpellé directement lors du congrès par M. Sigouin, le ministre des Transports a affirmé ignorer la décision prise par ses propres fonctionnaires, s’engageant à réexaminer le dossier pour tenter de débloquer cette infrastructure essentielle.

Logement abordable et entente intermunicipale

Face aux blocages et au coût exorbitant de la modernisation des infrastructures, d’autres administrations cherchent des alternatives locales pour ne pas faire porter l’ensemble du fardeau financier sur leurs seuls contribuables. À Hawkesbury, le maire Robert Lefebvre voit dans la collaboration intermunicipale un levier essentiel pour maintenir la capacité financière de sa ville.

La municipalité a récemment conclu un protocole d’entente avec le canton voisin de Champlain pour partager et étendre les services d’eau potable et d’égouts, permettant d’agrandir le territoire desservi de la ville d’environ 13 %.

« C’est des discussions qui ont continué éternellement entre les deux municipalités pour finalement arriver à un protocole d’entente qui détermine les grandes lignes pour les services et l’échange de terrains », explique Robert Lefebvre.

Robert Lefebvre, maire de Hawkesbury, souligne les défis financiers liés à l’entretien des grandes artères régionales comme la rue McGill. Photo : Inès Rebei/ONFR

Mais au-delà des tuyaux et des égouts, le maire de Hawkesbury invite également à revoir la définition même de ce qu’est un « logement abordable » dans le contexte économique actuel. Alors que les gouvernements multiplient les annonces sur l’habitation, M. Lefebvre rappelle que le calcul traditionnel ne tient plus la route pour les ménages.

« La règle a toujours été qu’un logement ne devrait pas dépasser 30 % du revenu brut d’un ménage », rappelle le maire. « Mais aujourd’hui, est-ce encore la réalité ou parle-t-on plutôt de 40 %? Quand on cumule le coût du logement et celui de l’alimentation, où va-t-on? »

Cette pression sur le logement s’ajoute à la gestion des infrastructures routières, une source constante de tension budgétaire pour Hawkesbury.

C’est notamment le cas de la rue McGill (reliant la route 34 au pont interprovincial vers le Québec) et de la rue Main, empruntées chaque jour par 10 000 à 15 000 véhicules, dont une grande proportion de camions lourds. Bien qu’il s’agisse d’artères stratégiques régionales, il précise que les compensations et subventions provinciales ne couvrent jamais la totalité des coûts d’entretien.