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L’Ontario pourrait bientôt ressentir les effets du projet de loi C-21 (le traité métis). Le débat entourant le projet de loi C-21 s’est largement concentré sur le Manitoba. Cela est compréhensible. Cette loi donnerait force de loi au Traité sur l’autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge et reconnaîtrait officiellement la Fédération Métisse du Manitoba (FMM) comme gouvernement des Métis de la rivière Rouge.
Mais les conséquences à long terme de cet accord pourraient dépasser largement les frontières du Manitoba. L’Ontario, en particulier, pourrait bientôt se retrouver devant une question difficile : qui parle au nom de la Nation métisse au Canada?
Depuis des années, le paysage politique métis est marqué par des désaccords autour de l’identité, de la représentation et de la légitimité. La Métis Nation of Ontario (MNO), le Ralliement national des Métis (RNM) et la Fédération Métisse du Manitoba se disputent depuis longtemps la reconnaissance, l’appartenance et l’accès aux ressources politiques et financières. Les tensions sont devenues si importantes que la FMM a finalement quitté le Ralliement national des Métis, accusant l’organisation et certains de ses gouvernements membres de reconnaître des communautés sans liens historiques suffisants avec le foyer métis de la rivière Rouge.
Ces désaccords n’ont jamais été de simples conflits de personnalité. Ils reflètent quelque chose de beaucoup plus profond : des visions concurrentes de ce qu’est réellement la Nation métisse.
Durant mes années au Parlement, il devenait de plus en plus évident que la Fédération Métisse du Manitoba comprenait Ottawa de manière exceptionnelle. Elle a bâti patiemment des relations, créé sa crédibilité au fil du temps et s’est positionnée non seulement comme un organisme de revendication, mais comme un partenaire gouvernemental incontournable aux yeux du gouvernement fédéral.
Le projet de loi C-21 pourrait maintenant transformer davantage cette réalité politique.
Le traité utilise de façon répétée l’expression « Métis de la rivière Rouge » plutôt que simplement « Métis ». À première vue, cela peut sembler plus restreint et historiquement précis. Mais sur les plans politique et juridique, les implications pourraient être beaucoup plus vastes. Les Métis de la rivière Rouge sont considérés par plusieurs historiens et dirigeants métis comme le noyau historique à partir duquel les communautés métisses se sont étendues vers l’Ouest et dans d’autres régions du Canada.
Cela soulève une question importante.
Si le gouvernement fédéral reconnaît la FMM comme gouvernement des Métis de la rivière Rouge, et si l’ascendance liée à la rivière Rouge devient le fondement constitutionnel principal de l’identité métisse, cela place-t-il progressivement la FMM au centre de l’autorité politique métisse au Canada?
Les communautés métisses de l’Ontario pourraient éventuellement ressentir cette pression plus
que quiconque.
De nombreuses personnes métisses en Ontario retracent leurs origines à des communautés mixtes autochtones et européennes qui ont évolué différemment de l’établissement de la rivière Rouge. D’autres revendiquent des liens familiaux et politiques directs avec la tradition métisse de la rivière Rouge. Certaines communautés possèdent une longue histoire reconnue. D’autres demeurent contestées par des historiens, des gouvernements et même par d’autres organisations métisses.
Le projet de loi C-21 ne règle pas ces tensions. À certains égards, il pourrait même les accentuer.
Il ne s’agit pas simplement de symbolisme ou de prestige politique. La reconnaissance compte parce qu’elle façonne le pouvoir. Elle influence les droits de consultation, l’autorité gouvernementale, l’accès au financement, les droits de récolte et la capacité de négocier directement avec la Couronne.
Lorsqu’un gouvernement reçoit une reconnaissance constitutionnelle et des pouvoirs législatifs liés à une compréhension particulière de la nation métisse, d’autres organisations pourraient éventuellement être forcées de se définir en fonction de ce cadre.
Cela pourrait créer une pression vers une centralisation politique au sein de la gouvernance métisse au Canada, intentionnellement ou non.
Rien de cela ne signifie que la Fédération Métisse du Manitoba agit de mauvaise foi. Cela ne signifie pas non plus que les Métis de la rivière Rouge ne possèdent pas une revendication légitime à l’autonomie gouvernementale. Leur histoire distincte et importante au Canada est indéniable.
Mais la reconnaissance constitutionnelle produit des conséquences qui dépassent largement l’accord immédiat qui est signé.
C’est pourquoi cette conversation concerne non seulement le Manitoba, mais aussi l’Ontario, la Saskatchewan, l’Alberta et la Colombie-Britannique.
Qui définit ultimement l’identité métisse au Canada? La Nation métisse est-elle principalement enracinée dans la rivière Rouge? Plusieurs identités politiques métisses peuvent-elles coexister sur un pied d’égalité? Ou le Canada se dirige-t-il progressivement vers la reconnaissance d’une seule autorité historique et politique centrale?
Ce ne sont pas des attaques contre les droits des Métis. Ce sont des questions sur l’avenir de la gouvernance autochtone au Canada.
Et elles méritent d’être débattues ouvertement avant que le Parlement ne les transforme discrètement en réalité constitutionnelle.
Silencieusement, le débat avance
Silencieusement, un nouveau gouvernement naît
Silencieusement, tu deviens citoyen
Et l’écho résonnera pendant des générations.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.




























































































































































