TORONTO – En deux décennies, les membres fondateurs de FrancoQueer ont joué un rôle décisif au sein de la communauté en créant des services d’accueil et des espaces visant à briser l’isolement permettant ainsi à la communauté 2SLGBTQIA+ francophone de prendre pleinement sa place. Aujourd’hui, une nouvelle génération poursuit cette vision un peu partout en Ontario.
C’est grâce à l’engagement de bénévoles comme Jean-Rock Boutin, en tant que travailleur social, et Marcel Grimard, comme coordonnateur, que l’organisme a officiellement été enregistré comme OBNL (organisme à but non lucratif) en 2006.
Au départ, il s’agissait d’un petit groupe de personnes à Toronto, principalement des hommes qui ont posé les bases du projet : « Nous avions commencé la planification, puis nous avons commencé à nous organiser pour trouver un nom. L’assemblée générale de fondation s’est ensuite tenue au mois de juin », se rappelle M. Boutin.
Ce dernier explique que plusieurs organisations sont nées dans des sous-sols d’églises puisque c’est dans les milieux catholiques que la communauté franco-ontarienne fondait sa survie et son identité.
À ses débuts, FrancoQueer se finançait essentiellement avec des fonds récoltés auprès des bénévoles, des alliers et d’autres proches. Les campagnes de financement prenaient la forme d’« apéros arc-en-ciel » organisés plusieurs fois par an. « Lorsqu’on se promenait dans le village gai de Toronto et qu’on entendait parler français, on allait à la rencontre des gens, on prenait leur adresse courriel et leur numéro de téléphone, puis on essayait de les rassembler afin de participer à nos activités », raconte Jean-Rock Boutin.
Malgré le manque d’une structure à cette époque, la mission de FrancoQueer reposait déjà sur la volonté de créer un espace francophone pour les personnes 2SLGBTQIA+, unis par un fort esprit de solidarité.
Jean-Rock Boutin, l’un des fondateurs, gardait en tête l’objectif d’obtenir du vrai financement permettant à l’organisme de franchir une nouvelle étape et surtout de mettre en place des services. « On attendait d’avoir une organisation en bonne et due forme, avec un enregistrement officiel auprès du gouvernement, ainsi qu’une charte d’objectifs, une mission, une vision de nos valeurs et un règlement afin d’être pleinement redevables envers la communauté », soutient le cofondateur.
Il affirme que le premier financement majeur d’un montant de 75 000 $, a été accordé à la fin des années 2000 par le ministère des Affaires civiques et du Multiculturalisme. « Après ça, on a commencé à faire du démarchage politique, c’est-à-dire qu’on a rencontré des députés et des ministres pour avoir le soutien gouvernemental. » Selon l’ancien travailleur social, il était essentiel à cette époque de faire de la sensibilisation afin de faire progresser l’organisme.
Continuer de rassembler une communauté en constante évolution
Aujourd’hui, avec une équipe de 25 personnes à Toronto, Ottawa et Sudbury, le directeur général de FrancoQueer, Arnaud Baudry, souligne le travail accompli par ses aînés « 20 ans de FrancoQueer, c’est 20 ans d’action pour les droits humains », avance-t-il.
Actif au sein de l’organisme depuis plus de 10 ans, il avait lui-même été approché par Jean-Rock Boutin avant d’occuper presque tous les postes au sein du conseil d’administration, de contribuer au développement de l’organisme, puis d’en devenir le directeur général en 2021.
Sous sa direction, FrancoQueer a diversifié son champ d’action dans la communauté. « Nous avons notamment développé nos services d’établissement pour les personnes nouvellement arrivées. Nous intervenons aussi de façon importante dans les milieux éducatifs, jusqu’au niveau postsecondaire », souligne-t-il.

D’après M. Baudry, l’accueil des nouveaux arrivants représente un enjeu majeur, dans la mesure où il repose sur l’importance d’un processus basé sur un accompagnement individualisé et respectueux des parcours de chacun.
« Il y a un besoin de trouver des moyens de s’affirmer dans son identité malgré des histoires vécues très douloureuses, voire traumatiques. Il s’agit de trouver les manières de pouvoir être à l’aise dans son identité et de pouvoir s’affirmer avec fierté. »
« En 20 ans, la communauté s’est diversifiée, ce qui pousse à une approche humaniste et montre aussi qu’il y a toujours des besoins au sein de la communauté », explique-t-il. Il ajoute que l’ensemble du processus, qui inclut notamment l’acculturation et l’intégration, prend beaucoup de temps et que certaines barrières bureaucratiques, par exemple pour les demandeurs d’asile, peuvent compliquer la tâche.
« Il y a encore beaucoup à faire. C’est important aussi de reconnaître tout le travail qui a été fait par nos aînés pour faire avancer les droits », poursuit le directeur qui fait partie de l’organisme depuis près de 10 ans.

Toutefois, M. Baudry observe que le travail accompli par les aînés fait face à un contrecoup des politiques d’inclusion au Canada et dans le monde. « On assiste à un renversement de situation dans les écoles, par exemple, avec le mouvement masculiniste ainsi qu’un contre-mouvement anti-inclusion, anti-diversité, voire anti-humanité, j’ai envie de dire. »
Aujourd’hui, FrancoQueer continue de se développer en s’adaptant aux besoins, malgré des débuts difficiles. « Même si certains membres du conseil d’administration, parfois, venaient de la région d’Ottawa ou de la région de Sudbury, les gens entendaient parler de nous et voulaient soutenir notre cause. C’était un souhait d’avoir une perspective provinciale, mais les fonds n’étant pas là, c’était difficile d’agir ailleurs », décrit Jean-Rock Boutin.
Le cofondateur se réjouit qu’aujourd’hui, « FrancoQueer ait une influence positive dans la création d’organismes francophones à travers tout le pays ». Selon lui, il en existe désormais « dans l’Ouest, au Nouveau-Brunswick, et même en Ontario à Sudbury, Ottawa et Nipissing-Ouest, par exemple. Et maintenant, il y a des mois de la Fierté, des actions et des activités communautaires un peu partout ».
En tant que l’une des premières organisations LGBT structurées au sein des francophonies pancanadiennes, FrancoQueer est devenu un acteur important de la communauté LGBT en Ontario et à travers le pays.
Ce jeudi, une cérémonie de reconnaissance des pionniers de l’organisme aura lieu à l’Université de l’Ontario français. « Les actions doivent être menées et célébrées tout au long de l’année, et pas seulement au mois de juin », conclut le directeur général.



































































































































































