L’après FIFA 2026 : les chemins vers le soccer pro pour les jeunes Franco-Ontariens

La Coupe du monde 2026 est terminée, mais son héritage reste à écrire. Dans cette série de trois articles, ONFR explore les grands défis qui attendent le soccer canadien à travers le regard de deux entraîneurs franco-ontariens : Joé Fournier, directeur du programme de soccer de l’École secondaire publique Louis-Riel à Ottawa, et Mata Boboy, entraîneur au Collège Boréal à Sudbury.

Le parcours historique du Canada à la Coupe du monde de la FIFA 2026 a montré aux jeunes Franco-Ontariens qu’une carrière professionnelle était à leur portée. Mais avec la multiplications des chemins possibles, l’itinéraire vers le plus haut niveau n’a jamais été aussi complexe. Derrière ces nouveaux débouchés se cache une question essentielle : quelle est aujourd’hui la meilleure voie pour réussir?

Pour Joé Fournier, directeur du programme de soccer de l’école secondaire publique Louis-Riel à Ottawa, la Coupe du monde organisée au Canada n’a pas créé le rêve d’accession au monde professionnel, elle l’a rendu plus concret.

Depuis plusieurs années déjà, Jonathan David et Vanessa Gilles, deux étoiles du soccer canadiens passés par son programme de formation, prouvent qu’un jeune Franco-Ontarien peut atteindre le plus haut niveau mondial. Mais voir le Canada réaliser le meilleur parcours de son histoire devant son public pourrait renforcer cette conviction auprès d’une nouvelle génération.

« La Coupe du monde vient ancrer cette idée encore plus dans la tête des gens. Jo et Vanessa ont peut-être abouti en Europe, mais ils ont commencé ici. C’est ça qu’on veut montrer aux jeunes », confie le technicien,

Il n’existe plus un seul chemin

Si le rêve semble aujourd’hui plus accessible, le parcours pour y parvenir est devenu beaucoup moins linéaire. Il y a une quinzaine d’années, les trajectoires étaient relativement simples. Les meilleurs joueurs tentaient leur chance dans une académie professionnelle, poursuivaient parfois leurs études universitaires ou cherchaient rapidement une ouverture à l’étranger.

À l’école secondaire publique Louis-Riel, Joé Fournier accompagne les jeunes joueurs dans leur développement, en les aidant à trouver le parcours le mieux adapté à leurs ambitions. Photo : gracieuseté

« Le parcours n’est peut-être pas plus clair, mais je crois qu’il y a plus d’options », résume Joé Fournier.

Aujourd’hui, les possibilités se sont multipliées. Les académies de clubs professionnels, la Première Ligue de l’Ontario, la Première Ligue canadienne, les universités canadiennes, la NCAA (système universitaire américain) ou encore l’Europe constituent autant de portes d’entrée vers une carrière professionnelle.

« Les règlements changent constamment. Les parents essaient de comprendre quelle ligue est meilleure, quel championnat offre le plus de possibilités ou encore s’il vaut mieux partir à l’étranger. Mais il y a tellement de facteurs qu’on ne peut pas mesurer, qu’il est impossible de dire qu’il existe un meilleur parcours. »

Selon lui, la bonne réponse dépend toujours du joueur. Son niveau de développement, sa maturité, son entourage et même sa personnalité peuvent influencer le choix du meilleur environnement.

S’il refuse de désigner une voie idéale, l’entraîneur ottavien estime toutefois que certains principes demeurent. Plutôt que de rechercher à tout prix le prestige d’un grand club ou d’une destination européenne, il encourage les familles à prendre le temps d’évaluer chaque projet, à s’entourer de personnes de confiance et à privilégier un environnement où le jeune pourra réellement progresser.

Les familles face à un véritable casse-tête

Cette multiplication des possibilités soulève aussi de nouvelles inquiétudes. M. Fournier reçoit régulièrement des appels de parents qui cherchent à orienter leur enfant. « Beaucoup me demandent si je connais un bon agent », raconte-t-il.

À ses yeux, cette question arrive souvent trop tôt. Le véritable défi consiste d’abord à accompagner le développement du joueur avant de penser à sa représentation. Il met également en garde contre certaines promesses venues d’Europe.

Depuis quelques années, de nombreuses académies privées proposent à de jeunes Nord-Américains de rejoindre leurs structures moyennant plusieurs dizaines de milliers d’euros par saison.

« Certains clubs demandent jusqu’à 20 000 euros. Après un an, ils décident s’ils te gardent… mais il faut encore payer. Ils ont compris qu’il existait une autre façon de faire de l’argent avec les Nord-Américains », explique-t-il.

Avant d’accepter ce type d’offre, il recommande aux familles de se renseigner sur les personnes qui encadreront le jeune et sur le projet sportif qui lui est réellement proposé. Pour lui, un nom prestigieux ou une destination rêvée ne garantissent pas un meilleur environnement de développement.

Même les entraîneurs doutent

Ces principes, Joé Fournier les a aussi mis en pratique dans sa vie personnelle. Lorsque son fils s’est retrouvé devant plusieurs possibilités pour poursuivre sa progression, lui aussi a dû peser les avantages et les risques de chaque option : Portugal, Suède, Canada…

« On a étudié longtemps les différents scénarios. Aujourd’hui encore, je me demande parfois si nous avons pris la meilleure décision », reconnaît-il.

« Tu ne t’en vas pas à Barcelone ou à Manchester United du jour au lendemain. Tu trouves une étape qui est réaliste pour toi, puis tu gravis les échelons », résume-t-il en évoquant les jeunes qui rêvent d’une carrière en Europe.

Mata Boboy, à gauche, célèbre un titre remporté avec une équipe du Collège Boréal. Selon lui, le développement du soccer dans le Nord passe notamment par la multiplication des compétitions et des occasions pour les jeunes de se mesurer les uns aux autres. Photo : gracieuseté

Dans le Nord, un parcours encore plus exigeant

Pour les jeunes Franco-Ontariens du nord de la province, ces défis sont encore plus importants. Ancien directeur technique de la Greater North Soccer Association, l’organisme responsable du développement du soccer dans le Nord, Mata Boboy estime que l’environnement complique souvent le parcours des jeunes joueurs.

Les longues distances, les coûts de déplacement et le nombre plus limité de compétitions de haut niveau rendent leur progression plus difficile que dans le sud de la province.

Dans l’état actuel des choses, plusieurs poursuivent toutefois leur développement ailleurs en Ontario pour accéder à un environnement plus favorable. « Pour rester dans le Nord et émerger, c’est assez difficile parce que l’environnement n’est pas encore prêt. Les recruteurs viennent très rarement. Les jeunes finissent donc souvent par partir vers le Sud pour gagner en visibilité », conclut-il.

Plutôt que de voir les meilleurs joueurs quitter systématiquement la région, Mata Boboy plaide pour le développement de davantage de compétitions, de camps de détection et de collaborations entre les clubs afin de permettre aux jeunes de progresser plus longtemps près de chez eux.

Projet Alto : 11 députés conservateurs ruraux font pression sur Ottawa

TORONTO – 11 députés conservateurs de l’Est de l’Ontario ont publié une déclaration conjointe remettant en question la gestion du projet Alto de train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto par le gouvernement fédéral. Ils demandent notamment des ajustements au tracé pour protéger les terres agricoles, ce quelques jours après le refus d’Ottawa d’agrandir l’aéroport Billy Bishop.

Parmi les élus du caucus de l’Est, représentés par cette déclaration, figurent le député francophone Stéphane Sarrazin (Glengarry—Prescott—Russell) ainsi que les ministres Nolan Quinn (Stormont—Dundas—Glengarry-Sud) et David Piccini (Northumberland—Peterborough-Sud). Ensemble, ils veulent faire entendre la voix des communautés rurales face aux incertitudes du tracé.

Ils y soulignent notamment que « les investissements qui renforcent l’économie de l’Ontario, améliorent les transports et créent des emplois doivent refléter les priorités et les besoins des communautés rurales, des agriculteurs, des familles et des entreprises locales ».

Insistant sur le fait que la confiance du public repose sur une « consultation véritable », le caucus remet en question la démarche d’Ottawa : « Dans le cas d’ALTO, trop de questions restent sans réponse. Trop de voix ont été ignorées. »

Le tracé pressenti pour ce train pouvant atteindre 300 km/h suscite de vives inquiétudes dans l’Est ontarien, où la traversée des zones agricoles fait craindre des expropriations et le morcellement des terres.

Les députés exigent donc que tout futur projet « réduise au minimum les répercussions sur les terres agricoles et bénéficie de l’appui des personnes touchées », promettant de rester aux côtés de leurs municipalités, agriculteurs et résidents.

Une collaboration « extrêmement importante »

Interpellé ce mercredi sur ces tensions grandissantes, le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a cherché à calmer le jeu tout en réaffirmant la volonté d’Ottawa d’aller de l’avant.

« C’est un projet très convoité et très apprécié. Cela a frappé l’imaginaire des Canadiens avec les possibilités qu’il offre […]. Ce sont des possibilités qui font rêver les gens », a soutenu le ministre, ajoutant qu’il était « grand temps que le Canada se joigne au concert des pays qui bénéficient de ce service ».

Conscient des inquiétudes sur le terrain, M. MacKinnon a assuré vouloir maintenir une approche collaborative : « Évidemment, comme avec le Québec, la collaboration avec le gouvernement de l’Ontario est extrêmement importante. Notre gouvernement gère beaucoup de dossiers et entretient une étroite collaboration avec le gouvernement de M. Ford. J’ai moi-même une excellente relation avec M. Sarkaria, et cette collaboration va se poursuivre. »

Reconnaissant que la construction de grands chantiers s’accompagne inévitablement d’inquiétudes, le ministre fédéral a rappelé qu’il incombait aux promoteurs et aux gouvernements d’écouter, de consulter et d’établir des partenariats.

Il y a quelques mois à peine, le ministre MacKinnon lui-même rappelait l’importance capitale de l’appui des provinces en affirmant catégoriquement : « Soyons clairs, il n’y a pas de projet Alto sans Québec. »

Une mise au point survenue alors que le Parti Québécois avait rejeté le projet, le qualifiant de « train de l’unité canadienne ».

L’ombre de Billy Bishop?

Cette annonce du caucus de l’Est de l’Ontario intervient juste après la prise de position défavorable d’Ottawa quant à l’expansion de l’aéroport du centre-ville de Toronto, projet porté par le gouvernement Ford.

Le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, avait en effet annoncé vendredi dernier rejeter l’expansion de l’Aéroport Billy Bishop de Toronto. M. MacKinnon invoquait alors des raisons environnementales et l’opposition de 87 % des répondants aux consultations publiques.

Se disant pris de court après des mois de négociations portant sur un soutien réciproque vis-à-vis des grands projets d’infrascture, le ministre ontarien des Transports, Prabmeet Sarkaria, avait réagi ce mardi en conférence de presse, accusant Ottawa de céder à des « groupes marginaux » et questionnant la capacité du gouvernement fédéral à mener à bien de grands chantiers.

Est ontarien : deux comtés voisins explorent une alliance économique

CORNWALL / L’ORIGNAL – Évoquant des pressions budgétaires et le sentiment d’être parfois négligés par le gouvernement provincial, les préfets de Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) et de Stormont, Dundas et Glengarry (SDG) explorent la possibilité d’un partenariat économique régional. 

« Nous avons déjà un pacte d’amitié avec les MRC du Québec, axé sur la langue française. Toutefois, les cadres législatifs différents entre l’Ontario et le Québec limitent les possibilités de coopération économique, explique Mario Zanth en entrevue avec ONFR. L’idée est de vérifier si une entente entre deux comtés ontariens permettrait de réaliser des économies d’échelle. »

Présentée par le préfet des CUPR et maire de Clarence-Rockland, Mario Zanth, l’initiative a fait l’objet d’une première présentation devant le Conseil de SDG à Cornwall la semaine passée.

L’objectif visé est d’évaluer la faisabilité de projets conjoints entre ces deux gouvernements régionaux voisins.

La proposition a reçu un accueil favorable de la part des membres du Conseil de SDG, dont le préfet et maire de North Stormont, François Landry, qui indique que des discussions informelles avaient été amorcées au préalable entre les présidences et les directions générales, afin de valider l’intérêt des deux parties avant la présentation officielle. 

Achats groupés et gestion des urgences

Sur le plan administratif, les deux comtés souhaitent analyser les possibilités d’approvisionnement en commun.

Mario Zanth cite en exemple l’acquisition d’équipements lourds ou spécialisés : un achat groupé pour un volume plus important de véhicules, tels des camions d’incendie, ce qui permet d’accroître le pouvoir de négociation auprès des fournisseurs et de réduire le coût unitaire. 

La planification conjointe des travaux de pavage pour les routes traversant les limites administratives des deux comtés fait également partie des pistes explorées.

De son côté, François Landry met l’accent sur la gestion des urgences et le partage de ressources. Il rappelle que des collaborations ponctuelles ont déjà eu lieu sur le terrain, notamment lors des inondations survenues le long de la rivière Nation.

« La formation des pompiers, les exercices d’urgence et le partage de certaines ressources matérielles font partie des domaines où une coordination est envisageable », précise le préfet de SDG.

Interrogé sur la possibilité d’optimiser les ressources pour les services en français, dans une région où les Comtés unis de Prescott et Russell comptent 62,5 % francophones, contre 22 % pour Stormont, Dundas et Glengarry, son préfet précise que la démarche demeure avant tout pragmatique.

« Les discussions qu’on a eues n’étaient pas basées sur la langue, mais plus fondées sur le service et sur la façon dont on sert nos résidents », précise celui qui rappelle être le seul élu francophone à siéger au conseil du comté de SDG, ainsi qu’à la table de son propre conseil municipal. 

Des structures administratives distinctes

Les deux dirigeants soulignent que les démarches en cours ne visent aucunement une fusion administrative des deux territoires, Stormont, Dundas et Glengarry et Prescott et Russell conservant leurs structures de gouvernance respectives et leurs identités territoriales établies depuis la seconde moitié du XIXe siècle.

« Nos structures existent depuis les années 1850. Ce n’est pas une mince affaire. Fusionner autant de municipalités, surtout avec les réalités anglophones et francophones… ce n’est pas comme si on allait devenir le 51ᵉ État de M. Trump! », lance François Landry avec humour. « Ce n’est pas une option que nous envisageons […] C’est une démarche qui n’arrivera pas de sitôt — not anytime soon, comme on dit en anglais. »

Chaque comté fonctionne d’ailleurs selon des modèles organisationnels différents pour plusieurs services clés. 

À titre d’exemple, SDG gère un réseau centralisé de 15 bibliothèques à l’échelle du comté, alors que dans Prescott et Russell, la gestion des bibliothèques demeure sous la responsabilité individuelle des municipalités locales. 

La gestion et le déploiement des services de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) présentent également des découpages territoriaux distincts.

« Les deux comtés possèdent des structures établies et des modes de fonctionnement propres, rappelle François Landry. Il n’est pas question de modifier ces structures, mais plutôt de repérer les secteurs d’activité où des synergies sont possibles. »

Faire le poids face à Queen’s Park 

Au-delà des économies budgétaires, cette démarche répond à une volonté de faire entendre la voix de l’Est ontarien auprès du gouvernement provincial.

Lors de sa présentation devant le Conseil de SDG, Mario Zanth avait fait valoir que les territoires situés à l’est d’Ottawa sont « toujours un peu laissés pour compte » par rapport aux grands centres de la province.

Une voix régionale qu’il entend désormais porter au niveau provincial : Mario Zanth a en effet confirmé à ONFR sa récente nomination au poste de vice-président du Caucus des préfets de l’Est de l’Ontario (EOWC), le regroupement qui représente 103 municipalités de la région. M. Zanth devient ainsi le tout premier maire de Clarence-Rockland à accéder à cette fonction exécutive. 

Un constat partagé par le préfet de SDG, François Landry : « Quand on va aux conférences à Toronto, on a souvent l’impression qu’on nous oublie passé Kingston, déplore-t-il. Nous devons nous regrouper pour nous faire entendre. »

Pour la suite du processus, les directeurs généraux des deux comtés, Stéphane Parisien (CUPR) et son homologue de SDG, ont été chargés d’examiner les dossiers pouvant faire l’objet de démarches conjointes.

D’ici là, le préfet des CUPR, Mario Zanth, ira présenter la démarche à son propre conseil pour informer les élus de Prescott et Russell et vérifier leur ouverture avant d’envisager un accord formel.

En raison des élections municipales d’octobre 2026, aucune entente formelle n’est envisagée avant le scrutin, bien que Mario Zanth et François Landry comptent tous deux se représenter. Les résultats des analyses administratives serviront de base de travail pour les conseils municipaux qui seront issus des urnes.

« Le fait que ça ait été mis entre les mains de l’administration fait que c’est quelque chose qui peut avancer, même si les joueurs changent du côté des élus. Avoir quelque chose qui démontre un peu [les faits], c’est ça qui va amener de la stabilité », conclut François Landry, confiant quant à la suite des choses.

Soins palliatifs : fermeture d’une résidence dédiée à 100 % aux francophones à Ottawa

OTTAWA – Deux ans seulement après son ouverture, la première résidence de soins palliatifs entièrement dédiée aux francophones à Ottawa a fait savoir qu’elle fermerait ses lits d’ici le 31 octobre prochain, faute de financement pour ses coûts de location et d’exploitation.

« Je vous écris pour vous faire part de la décision extrêmement difficile prise par la Maison de soins palliatifs d’Ottawa de fermer les lits de la Maison de l’Est d’ici le 31 octobre 2026. »

C’est en ces termes que la directrice générale de la Maison de soins palliatifs d’Ottawa (MSPO), Barb Mildon, a annoncé la fin des soins résidentiels à la Maison de l’Est dans un document visible sur le site internet de l’établissement.

Inaugurée en avril 2024 au sein de la résidence pour aînés Cité Parkway au 3e étage, cette installation offrait un milieu de vie médicalisé spécifiquement axé sur la communauté francophone d’Ottawa. Selon la MSPO, près de 360 résidents et leurs familles ont utilisé ces services depuis l’ouverture de l’établissement situé non loin de l’Hôpital Montfort.

Dans sa lettre, Barb Mildon précise que cette décision découle d’un déficit de fonctionnement récurrent que l’organisme ne parvient plus à combler.

Un modèle de location non financé par la province

La Maison de l’Est avait été aménagée dans des locaux loués afin de répondre rapidement à la demande de la communauté francophone, évitant ainsi les délais de plusieurs années liés à une campagne de financement pour une nouvelle construction.

En avril 2024, le gouvernement de l’Ontario avait accordé 2,18 millions de dollars sur deux ans pour ajouter huit nouveaux lits de soins palliatifs à la Maison de l’Est dans le cadre de son plan visant à élargir l’accès aux soins palliatifs à l’échelle de la province.

Toutefois, la MSPO souligne que la formule de financement provinciale relative aux lits de soins palliatifs ne prend pas en charge les frais de loyer.

« Nous n’avons sollicité aucun financement d’investissement de la part du gouvernement et nous savions que le loyer n’était pas pris en compte dans la formule de financement provinciale relative aux lits de soins palliatifs. Le gouvernement a fourni un financement de fonctionnement continu ainsi qu’un financement opérationnel spécialisé, et nous pensions pouvoir combler le déficit de financement opérationnel grâce à d’autres sources de revenus, notamment des collectes de fonds supplémentaires », indique également Mme Mildon dans sa missive.

Et d’ajouter : « Cependant, face à des coûts d’exploitation en constante augmentation et malgré des efforts constants et multiformes, nous n’avons pas réussi à combler le déficit de financement actuel. »

Maintien des services communautaires

Bien que les lits résidentiels de la Maison de l’Est doivent fermer d’ici le 31 octobre 2026, la MSPO assure que ses services communautaires francophones se poursuivront sans interruption.

Le programme de soins palliatifs de jour francophone, les services d’accompagnement au deuil, le répit pour les aidants et les visites à domicile seront transférés vers le site de la Maison May Court, situé dans le quartier du Glebe. 

La direction précise qu’un programme de chauffeurs bénévoles sera mis à contribution pour faciliter le transport des usagers vers ce site dans la mesure du possible. Les deux autres résidences de l’organisme, la Maison May Court et la Maison Ruddy-Shenkman à Kanata, resteront ouvertes à tous les résidents. 

De son côté, la présidente du conseil d’administration de la MSPO, Lynne Toupin, a indiqué : « Même si nous perdons une résidence dédiée, nous restons déterminés à faire en sorte que nos résidents francophones et leurs familles continuent de bénéficier d’un accompagnement en soins palliatifs bienveillant et de grande qualité grâce à l’ensemble de nos programmes communautaires et résidentiels gratuits. »

Mme Toupin a également précisé que l’organisation continuera d’explorer des possibilités avec ses partenaires pour tenter de concrétiser la création d’un établissement de soins palliatifs francophone pérenne dans les années à venir.

Une réunion virtuelle sera offerte mercredi soir pour permettre aux personnes intéressées de poser des questions à l’établissement.

Exemple d’une chambre à la Maison de l’Est. Photo : Archives ONFR

Un soutien essentiel pour les familles

C’est par une lettre envoyée aux donateurs de l’organisme qu’Éric Chartrand a appris la nouvelle mardi. Se disant « très déçu » par cette fermeture à venir, cet habitant d’Ottawa avait choisi de soutenir financièrement l’établissement après y avoir accompagné sa grand-mère jusqu’à son décès en décembre dernier.

Après un séjour à l’Hôpital général d’Ottawa où l’état de sa grand-mère se dégradait rapidement, son transfert à la Maison de l’Est a complètement changé les derniers moments de sa vie et le quotidien de ses proches.

« Dès qu’elle est rentrée à la Maison de l’Est, il n’y avait plus de machines, elle avait une chambre à elle-même », témoigne M. Chartrand. « Le personnel et les bénévoles ont été attentifs, remplis de compassion et chaleureux. Ils ont pris soin non seulement de la patiente, mais aussi de toute la famille. »

Marqué par le dévouement exceptionnel des bénévoles présents soir après soir auprès des familles, M. Chartrand prévoyait d’ailleurs de rejoindre leurs rangs à l’avenir. « J’aurais aimé ça faire du bénévolat justement pour eux, puis être là aussi […]. Malheureusement, ce n’est plus une option », regrette-t-il, déplorant la perte d’un service d’une telle humanité tout près de chez lui.

La Maison de l’Est n’était pas encore disponible pour accorder une entrevue à ONFR au moment d’écrire ces lignes. Le ministère de la Santé n’avait pas non plus répondu à notre demande de commentaires au moment de publier l’article.

Expansion de Billy Bishop : Queen’s Park veut faire fi de la décision d’Ottawa

TORONTO – Malgré la décision retentissante d’Ottawa d’écarter l’expansion de l’aéroport Billy Bishop, le gouvernement Ford affirme qu’il poursuit ses démarches. Alors que l’opposition officielle et la Ville de Toronto réclament l’abrogation immédiate de la loi entourant le projet, l’urbaniste torontois Ken Greenberg affirme que le projet d’expansion initial est physiquement et financièrement « tout à fait infaisable ».

Malgré la décision fédérale, la province semble depuis défendre coûte que coûte le projet : « Nous continuerons d’aller de l’avant pour moderniser cet aéroport parce que c’est ce qu’il faut faire pour l’avenir. Nous n’avons aucune intention d’abroger le projet de loi », a répondu mardi en conférence de presse le ministre des Transports de l’Ontario, Prabmeet Sarkaria.

 « Nous avons hâte de continuer à travailler pour faire avancer l’expansion de l’aéroport Billy Bishop », a répondu son bureau, faisant fi des réserves d’Ottawa.

La semaine dernière, à la suite de la consultation publique menée, le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, tranchait par voie de communiqué : « Nous n’irons pas de l’avant avec des projets qui empiéteraient sur des espaces publics précieux comme le parc Little Norway ou la plage Hanlan’s Point, qui entraineraient une augmentation du bruit, auraient des répercussions environnementales importantes ou nuiraient à la capacité de Toronto de construire les logements dont elle a grandement besoin. »

Le ministre MacKinnon a indiqué qu’Ottawa se concentrait exclusivement sur les travaux d’amélioration de la sécurité déjà approuvés et en cours à l’Aéroport Billy Bishop.

Dimanche dernier, plus de 1000 Torontois se sont rassemblés pour célébrer l’annonce d’Ottawa d’écarter la proposition d’expansion de l’Aéroport Billy Bishop de l’ île de Toronto visant à autoriser l’exploitation de jets et à augmenter le volume de passagers de 2 à 10 millions par an.

Le gouvernement Ford, qui avait déposé au printemps le projet de loi 110 pour prendre le contrôle de l’aéroport et procéder à l’expansion, prenait la place de la Ville de Toronto dans l’accord tripartite — municipalité, gouvernement fédéral et PortsToronto — qui régit le site.

Avançant des retombées économiques de « 8,5 milliards de dollars par an » et la création de « milliers d’emplois », le ministre Sarkaria avait indiqué que la province s’attend à un plan ajusté qui saura « protéger les espaces publics, notamment les îles de Toronto, traiter les impacts sonores et environnementaux, et offrir des avantages durables aux communautés locales ».

Un projet « infaisable », selon un expert en urbanisme torontois

« C’est un moyen de sauver la face », analyse Ken Greenberg, designer urbain dirigeant du cabinet Greenberg Consultants, ancien directeur du design urbain et de l’architecture pour la Ville de Toronto.

L’expert recadre les limites juridiques de Toronto et Queen’s Park : « Il n’y a pas moyen. C’est une décision du fédéral, point à la ligne […]. C’est vraiment dans la juridiction fédérale. »

Ken Greenberg, ancien directeur du design urbain et de l’architecture pour la Ville de Toronto, est un designer urbain, enseignant, auteur, et dirigeant du cabinet Greenberg Consultants. Photo : gracieuseté

« Sur le plan physique, c’était vraiment tout à fait infaisable », affirme l’urbaniste, interrogé sur le projet initial.

« Les gens n’ont pas compris l’ampleur de l’extension de la piste : ça devait être 3,3 km de long et 150 mètres de large, ce qui veut dire une fois et demie un terrain de foot. C’est inimaginable. »

Selon lui, les exigences techniques d’une telle expansion dépassaient les capacités du site riverain : « L’aéroport d’Ottawa, qui ne reçoit même pas 5 millions de passagers (par an), est 20 fois plus grand que Billy Bishop. »

Il pointe également du doigt l’absence totale d’infrastructures de transport en commun à fort débit (de type métro) pour absorber l’afflux projeté de 10 millions de voyageurs au cœur du centre-ville.

« Tous ceux qui se sont penchés sur ces données étaient conscients du fait que c’était catégoriquement impossible, et du point de vue financier aussi : il n’y avait pas moyen de financer un tel coût. Ils (le gouvernement) ont affirmé que l’aéroport allait se payer par lui-même, mais il n’y avait pas moyen, sauf si les tarifs pour les vols devenaient vraiment extrêmement chers. Et même là, ça n’est pas viable », tranche-t-il.

Interrogé sur un autre grand projet d’infrastructure de la province, la récente idée d’un tunnel autoroutier sous la 401, cet ancien directeur de la planification de Boston dresse un parallèle frappant avec le chantier américain du Big Dig : « Un tunnel de 60 kilomètres en dessous de 18 voies de circulation… C’est tout aussi infaisable. À Boston, pour une petite tranche de 3 kilomètres, cela a coûté 17 milliards de dollars au public américain », compare-t-il.

Droit de veto inviolable selon NoJetsTO

Norm Di Pasquale, responsable du programme NoJetsTO, un groupe de citoyens dont la vocation est la protection et la revitalisation des rives du lac, se dit extrêmement satisfait et soulagé de l’intervention du gouvernement fédéral.

« Ce sont tout de même 87 000 personnes qui ont pris part aux consultations publiques avec une majorité de 87 % opposée au projet », rappelle-t-il.

Norm Di Pasquale, responsable du programme NoJetsTO, de l’organisation Environmental Defence, s’adresse à plus de 1000 participants réunis à Harbour Square Park lors du rassemblement et de la marche Save Our Waterfront/Sauvons les rives du lac, le 26 juillet 2026. Photo : gracieuseté de Shay Markowitz

Cette construction, « impossible à réaliser sans tout détruire complètement », aurait nécessité un minimum de 25 ans, estime celui-ci.

Malgré l’assurance affichée par le gouvernement Ford, M. Di Pasquale considère que leur marge de manœuvre est désormais nulle.

« Le gouvernement fédéral détient toutes les cartes. Ils ne peuvent pas aller de l’avant. Chaque signataire de l’accord tripartite (dont le fédéral fait partie) dispose d’un droit de veto. »

Appels à l’abrogation de la loi

Depuis la décision fédérale, les appels à l’abrogation de la loi se multiplient. Olivia Chow, la mairesse de Toronto a déposé une motion d’urgence lundi pour exiger de la province la rétrocession des terrains municipaux requis pour le projet, soit le parc Little Norway et les îles de Toronto.

« Nous remercions le gouvernement fédéral d’avoir écouté, ainsi que les milliers de personnes qui ont travaillé sans relâche pour faire entendre les voix de Toronto. Rendez-nous notre bord de lac », a intimé la mairesse dans une publication sur le réseau social X.

La cheffe du NPD de l’Ontario, Marit Stiles, et le député de Spadina—Fort York, Chris Glover, réclament également l’abrogation immédiate de la loi 110.

L’opposition officielle dénonce les propos du ministre des Transports, Prabmeet Sarkaria, qui a qualifié les opposants au projet de « groupe marginal », y voyant une insulte envers les dizaines de milliers de citoyens mobilisés.

Stiles exige que le gouvernement Ford mette fin à cette « mainmise » foncière et restitue à la Ville de Toronto ces terrains publics.

De son côté, le député Chris Glover met en garde la population contre un simple « sursis temporaire ». Soulignant que la décision fédérale et les déclarations des libéraux laissent la porte ouverte à une expansion à plus petite échelle, le NPD estime que la communauté demeure menacée tant que la loi 110 reste en vigueur.

L’après FIFA 2026 : le soccer canadien appelé à repenser sa philosophie

La Coupe du monde 2026 est terminée, mais son héritage reste à écrire. Dans cette série de trois articles, ONFR explore les grands défis qui attendent le soccer canadien à travers le regard de deux entraîneurs franco-ontariens : Joé Fournier, directeur du programme de soccer de l’École secondaire publique Louis-Riel à Ottawa, et Mata Boboy, entraîneur au Collège Boréal à Sudbury.

Le Canada dispose aujourd’hui de plus de talents que jamais. Mais pour les entraineurs francophones Mata Boboy et Joé Fournier, le prochain défi ne se jouera pas seulement sur le terrain. Pour espérer rivaliser durablement avec les meilleures nations du monde, le soccer canadien devra aussi faire évoluer sa manière de former les joueurs, les entraîneurs, et même de penser son développement en s’inspirant des modèles français et espagnols.

Le Canada a franchi un cap pendant la Coupe du monde. Pour la première fois de son histoire, la sélection masculine a remporté un match, atteint les huitièmes de finale et démontré qu’elle pouvait rivaliser avec des nations bien établies.

Pour Mata Boboy, ces performances confirment surtout que le soccer canadien progresse plus rapidement que beaucoup ne l’imaginaient.

« Que le Canada se retrouve 30e meilleure nation du football, alors qu’il y a à peine 15 à 20 ans que le programme de soccer s’est vraiment lancé, je pense qu’on est même en avance par rapport à là où on devrait être. Avec le temps, je ne me fais aucun souci, je pense qu’on pourra aller plus haut. »

L’entraîneur du Collège Boréal se montre donc optimiste pour l’avenir. Reste désormais à savoir comment le Canada pourra transformer cet élan en progrès durable.

Sur cette question, Joé Fournier, entraîneur et directeur du programme de soccer de l’École secondaire publique Louis-Riel d’Ottawa, estime que le prochain défi dépasse le simple développement de nouveaux talents : c’est toute la manière de penser et de structurer le soccer canadien qui devra continuer d’évoluer.

Joé Fournier (à gauche) lors d’une visite à la Barça Academy. L’entraîneur estime que le Canada peut continuer à faire évoluer sa philosophie de formation en s’inspirant des meilleures pratiques. Photo : gracieuseté

Former les joueurs sur des modèles européens

Pour M. Fournier, le Canada n’a jamais disposé d’un bassin de talents aussi important : « Le niveau de talent a vraiment augmenté et tellement changé dans ces 30 ans. C’est incroyable. »

À ses yeux, le défi n’est donc plus de faire jouer davantage de jeunes, mais de mieux les développer. Selon lui, le Canada gagnerait à s’inspirer davantage des modèles européens, en particulier de France et d’Espagne.

Il estime que la culture soccer du pays, notamment dans sa partie anglophone, s’est longtemps construite sous l’influence d’entraîneurs issus de traditions anglaise, écossaise et irlandaise, alors que le Québec, côté francophone, a davantage bénéficié de l’apport de techniciens français.

Une différence qui, selon lui, se reflète encore aujourd’hui dans les méthodes de formation.

Cette vision, l’Ottavien l’applique depuis plusieurs années à Louis Riel. Pour son programme, il s’est notamment inspiré de la méthodologie du FC Barcelone, un club avec lequel il a collaboré pendant près de huit ans.

« La méthode espagnole développe des joueurs capables de comprendre le jeu, de prendre des décisions et de résoudre des problèmes sur le terrain. C’est ça qui fait la différence », affirme-t-il.

Faire grandir une culture du soccer

Pour Joé Fournier, le prochain palier ne se jouera pas uniquement sur les terrains d’entraînement. Il passera aussi par l’émergence d’une véritable culture du soccer au Canada. Selon lui, les discussions autour du ballon rond doivent s’inviter dans le quotidien des familles, comme c’est déjà le cas avec le hockey.

« Quand les parents parlent avec leurs enfants, ce n’est pas juste de leur match. Ils parlent du CF Montréal, du Toronto FC, du Barça, du PSG, de Dembélé… C’est ça qui crée une culture. Ça revient à la culture, ça revient aux discussions », explique-t-il.

L’entraîneur du programme Louis-Riel estime que cette évolution culturelle constitue même la prochaine étape du développement du soccer canadien.

« C’est drôle à dire parce que ce n’est pas ce qui se passe sur le terrain, mais c’est ce qui se passe à l’extérieur du terrain, selon moi, qui va nous permettre de franchir la prochaine étape. »

Mata Boboy durant un match. Selon lui, la progression du soccer canadien repose autant sur l’évolution des méthodes de formation que sur les infrastructures. Photo : gracieuseté

Repenser le système de formation

Former les joueurs commence par former ceux qui les encadrent. Dans le Nord de l’Ontario, rappelle Mata Boboy, ce sont souvent des parents bénévoles qui prennent en charge les équipes de jeunes. Un engagement essentiel, mais qui ne suffit plus si le Canada souhaite rivaliser durablement avec les meilleures nations.

« Pour atteindre ce niveau qu’on retrouve par exemple en France, je pense qu’il faut vraiment des formateurs qui sont passés dans de bonnes formations pour élever les niveaux. »

Au-delà des entraîneurs, c’est toutefois toute la structure du soccer canadien que l’ancien directeur technique de la Greater North Soccer Association aimerait voir évoluer. Il estime que le pays gagnerait à s’inspirer davantage du modèle économique européen des clubs et des académies, où la pratique demeure plus accessible financièrement, afin que le développement d’un jeune joueur ne soit pas conditionné par les revenus de sa famille.

« Beaucoup de talents passent entre les mailles du filet parce que les coûts d’inscription et d’équipement sont trop élevés. Le soccer doit redevenir un sport populaire, accessible au plus grand nombre. »

Penser le soccer sur le long terme

Au-delà des investissements dans les infrastructures et l’accent mis sur la formation, Joé Fournier estime que les grands dirigeants et investisseurs du soccer canadien doivent également changer de philosophie de développement.

À ses yeux, ce sport s’est longtemps développé selon une logique de rentabilité plutôt que dans une vision de développement sportif à long terme. « Le soccer a commencé plus comme un business que comme une passion », explique-t-il.

Selon lui, cette approche a souvent conduit à privilégier des objectifs financiers à court terme plutôt que la construction patiente d’un véritable écosystème, capable d’accompagner durablement les joueurs, les entraîneurs et les clubs.

Pour plusieurs acteurs du soccer canadien, la Première Ligue canadienne est venue combler une étape essentielle dans le parcours de développement des jeunes joueurs. Photo : Nick Iwanyshyn/CPL

Installer durablement la PLC

Cette réflexion s’applique notamment à la Première Ligue canadienne (PLC). Si sa création a permis au Canada de répondre aux exigences de la FIFA pour accueillir des matchs de la Coupe du monde, l’entraîneur franco-ontarien estime que son véritable rôle commence aujourd’hui.

« Je sais que la ligue a été créée de façon à ce qu’on ait la Coupe du monde. C’était obligatoire d’avoir une ligue professionnelle, sinon on n’avait pas le droit d’avoir des matchs ici au Canada. »

Pour lui, le défi est désormais de faire vivre cette ligue bien au-delà de l’effervescence du Mondial. Si la Ligue majeure de soccer (MLS) reste la principale voie d’accès au très haut niveau pour les meilleurs espoirs canadiens, la PLC est venue combler un vide dans leur parcours. Elle offre une première expérience professionnelle à de jeunes joueurs qui n’ont pas intégré les académies de la MLS, tout en permettant à d’autres de poursuivre leur développement avant, peut-être, de franchir une nouvelle étape.

« Pour le développement de nos joueurs, c’est immense. C’est hyper important. C’est une étape qui manquait pendant longtemps », se réjouit l’entraineur ottavien.

Les investissements annoncés par les gouvernements et les instances du soccer canadien témoignent d’une volonté de faire franchir un nouveau cap au pays. Les deux techniciens franco-ontariens ont exposé leur vision des changements à entreprendre. Mais reste à savoir si celle-ci sera partagée par les dirigeants du soccer canadien, alors que différentes philosophies de développement, notamment inspirées des traditions britannique et européenne continentale, continuent de coexister.

Le maire d’Ottawa veut décréter 2028 « Année de la Francophonie »

OTTAWA – Le maire Mark Sutcliffe a déposé un avis de motion lors de la réunion du Conseil municipal du 15 juillet afin de proclamer l’année 2028 comme l’« Année de la Francophonie à Ottawa ». Cette démarche survient à la suite de la confirmation que la capitale nationale accueillera le XXIe Sommet de la Francophonie en 2028.

Dans une déclaration diffusée sur ses réseaux sociaux, le maire indique avoir travaillé de concert avec le gouvernement fédéral pour obtenir la tenue du Sommet. 

Affirmant ne pas vouloir que l’événement se limite à « quelques jours », M. Sutcliffe explique souhaiter faire de l’année 2028 une occasion de reconnaître la contribution de la communauté francophone.

Appuyée par la conseillère Stéphanie Plante (Quartier 12 Rideau-Vanier), la motion sera formellement soumise au vote des élus lors de la séance du Conseil municipal du 26 août prochain.

Cette proposition de décret s’inscrit dans un alignement plus vaste de dossiers francophones à l’échelle municipale. Lors du Gala des prix Bernard-Grandmaître au printemps dernier, le maire Mark Sutcliffe avait esquissé l’idée d’organiser un grand forum francophone à Ottawa en 2027. 

Ce rassemblement, inspiré du modèle du Sommet rural de la Ville, viserait à consulter la population afin d’établir un état des lieux et de déterminer les priorités pour l’amélioration des services municipaux en français. 

Du côté de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa), l’initiative est accueillie favorablement. En entretien avec ONFR, le président de l’organisme, Bobby Bourdeau, indique que des échanges ont déjà eu lieu avec l’Hôtel de Ville.

« C’est certain qu’on accueille cette annonce avec enthousiasme. C’est une reconnaissance importante de la place qu’occupent les francophones à Ottawa et une occasion exceptionnelle de faire rayonner notre communauté non seulement ici, mais partout au Canada et à l’international. »

La question de l’héritage durable

Au-delà de la tenue d’un sommet international regroupant des représentants de plus de 90 États et gouvernements, la motion municipale mentionne la volonté de laisser un héritage pour l’ensemble de la collectivité, notamment par le renforcement des services en français et l’essor de la langue au sein des installations municipales.

Pour Bobby Bourdeau, l’étalement des démarches sur une année entière constitue un élément clé pour assurer un impact à plus long terme. 

« Ce qui va être important, c’est de travailler ensemble pour que l’année laisse vraiment un héritage durable pour les générations futures. C’est bien beau un événement de quelques jours, mais là on parle de toute une année. C’est une belle façon de pouvoir laisser un legs qui va durer beaucoup plus. »

La motion prévoit également de mandater le personnel municipal afin de collaborer avec les organismes communautaires, les institutions éducatives, les acteurs culturels et le milieu des affaires pour élaborer le programme des célébrations.

« Dans la motion, c’est leur façon de pouvoir s’engager. On souhaite vraiment qu’ils concrétisent leur volonté de travailler avec les partenaires communautaires, les chambres de commerce et les différents acteurs clés pour développer la présence francophone au sein de la ville », précise le président de l’ACFO Ottawa.

Sensibilisation et visibilité

Selon l’ACFO Ottawa, cette visibilité internationale représente aussi un outil de sensibilisation. Bien que la capitale compte plus de 143 000 résidents francophones et dispose d’une politique de bilinguisme depuis plus de 50 ans, M. Bourdeau rappelle que la présence de la francophonie ontarienne demeure parfois méconnue à l’extérieur de la province.

« On le réalise de plus en plus : il y a tellement de gens qui ne savent pas qu’il y a des francophones en Ontario », observe-t-il. C’est aussi une occasion historique pour faire découvrir notre ville, faire découvrir la présence francophone qu’on a et mettre en valeur notre culture. »

La députée fédérale d’Ottawa-Vanier, Mona Fortier, a également exprimé son appui à la démarche municipale sur les réseaux sociaux. 

« Depuis plus de 400 ans, les francophones font partie intégrante de l’histoire d’Ottawa. Ils ont contribué au développement économique de notre ville, favorisant ainsi la prospérité d’Ottawa, de l’Ontario et du Canada », a souligné la députée, qualifiant le Sommet de 2028 d’« occasion exceptionnelle pour Ottawa de mettre en valeur la richesse, la diversité et la vitalité de la langue française ».

L’après FIFA 2026 : le véritable héritage de la Coupe du monde commence maintenant

La Coupe du monde 2026 est terminée, mais son héritage reste à écrire. Dans cette série de trois articles, ONFR explore les grands défis qui attendent le soccer canadien à travers le regard de deux entraîneurs franco-ontariens : Joé Fournier, directeur du programme de soccer de l’École secondaire publique Louis-Riel à Ottawa, et Mata Boboy, entraîneur au Collège Boréal à Sudbury.

Après avoir vibré au rythme du plus grand événement sportif de la planète pendant un mois, le Canada doit maintenant transformer l’enthousiasme suscité par son parcours historique en véritable projet de développement. Des terrains du Nord de l’Ontario aux académies du sud du pays, entraîneurs et éducateurs voient déjà les premiers effets… mais rappellent que le plus difficile reste à faire.

Le dernier coup de sifflet de la Coupe du monde a retenti il y a quelques jours. Les fan zones se sont vidées, les drapeaux ont été rangés et les regards se tournent désormais vers l’avenir.

Pour le Canada, cette aventure ne restera pas seulement celle de la première victoire de son histoire dans un Mondial masculin et d’un parcours jusqu’aux huitièmes de finale. Elle pourrait surtout marquer le début d’une nouvelle ère pour le soccer canadien.

Sur le terrain, les performances ont donné des raisons d’espérer. Mais pour ceux qui forment les joueurs de demain, le véritable héritage se mesurera dans les prochaines années, lorsque les jeunes décideront, ou non, de chausser les crampons.

Enfin des modèles auxquels les jeunes peuvent s’identifier

Pour Mata Boboy, entraîneur au Collège Boréal à Sudbury, les premiers effets du tournoi se font déjà sentir. Le changement se lit surtout dans les rêves que nourrissent désormais les jeunes qui peuvent s’identifier aux parcours des joueurs de l’équipe canadienne.

« Ce sont des joueurs qui ont grandi, qui ont évolué dans le système de soccer du Canada. Les jeunes se disent que si Alphonso Davies ou Jonathan David ont réussi, eux aussi peuvent atteindre ce niveau en travaillant », explique M. Boboy.

Le Collège Boréal s’apprête d’ailleurs à lancer son nouveau programme collégial, une initiative qui pourrait profiter directement de cet engouement renouvelé. « Les jeunes voient maintenant le collège comme une porte d’entrée vers un niveau supérieur », estime-t-il.

Joé Fournier dirige le programme de soccer de l’École secondaire publique Louis-Riel depuis sa création, en 2005. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Même constat du côté de Joé Fournier, entraîneur et directeur du programme de soccer de l’École secondaire publique Louis-Riel, à Ottawa. En plein camp d’été, il était impossible selon lui d’échapper à la Coupe du monde.

« Les jeunes en parlent constamment. On fait des quiz, on regarde des vidéos, on discute des matchs. L’intérêt est bien réel », considère M. Fournier.

S’il ne s’attend pas à une explosion des inscriptions, son programme affichant déjà complet chaque année, il se trouve sur le même longueur d’ondes que son homologue à Sudbury.

« Avant, ce n’était qu’un rêve de devenir professionnel. Maintenant, les jeunes savent que c’est possible en passant par le système canadien. Ils ont vu que ces joueurs-là ont commencé ici avant de poursuivre leur parcours en Europe. »

Le Nord rappelle que tous les jeunes ne partent pas avec les mêmes chances

Cet enthousiasme ne suffit toutefois pas à gommer les réalités du terrain. À Sudbury, développer les jeunes talents reste un défi de tous les jours. Les distances, le coût des déplacements, le manque de terrains et le peu d’occasions de se mesurer régulièrement aux meilleures équipes compliquent le développement des jeunes joueurs.

« Beaucoup de talents existent dans le Nord, mais ils manquent d’encadrement, de suivi et surtout de visibilité, explique Mata Boboy. Un recruteur vient parfois une seule fois par année. C’est très peu. Les jeunes finissent donc par partir vers Toronto ou Montréal pour espérer être vus. »

Récemment, Mata Boboy occupait le poste de directeur technique de la Greater North Soccer Association. Une expérience qui lui a permis d’acquérir une connaissance approfondie des défis auxquels fait face le développement du soccer dans le Nord de l’Ontario. Photo : gracieuseté

L’arrivée prochaine d’un terrain aux normes de la FIFA au Collège Boréal représente ainsi bien plus qu’une nouvelle infrastructure. Pour lui, il s’agit d’offrir enfin davantage d’heures de pratique aux jeunes et de donner un nouvel élan au soccer dans le Nord de l’Ontario.

Mais l’ancien directeur technique de la Greater North Soccer Association (GNSA), l’organisme responsable du développement du soccer dans le Nord-Est de l’Ontario, estime que cela ne suffira pas.

Il souhaiterait voir davantage de compétitions régionales, de camps de recrutement et de collaborations avec les grands centres afin que les meilleurs joueurs puissent être repérés sans devoir systématiquement quitter leur région.

Le prochain défi est culturel

Pour Joé Fournier, la prochaine étape du soccer canadien dépasse largement les infrastructures. Le véritable changement devra être culturel.

« Le talent a énormément augmenté en trente ans, affirme-t-il. Mais ce qui nous fera franchir un autre cap, ce n’est pas seulement ce qui se passe sur le terrain. C’est ce qui se passe autour du terrain. »

Il rêve d’un pays où les familles discutent naturellement du match de la veille autour de la table, où les enfants parlent de tactique avec leurs parents et où le soccer fait partie des conversations quotidiennes, au même titre que le hockey.

Plusieurs athlètes passés par le programme de Joé Fournier ont poursuivi leur parcours au niveau universitaire, professionnel ou avec les équipes nationales canadiennes. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Selon lui, le développement des compétences des entraîneurs constitue également un chantier prioritaire. Il plaide pour une approche davantage inspirée des méthodologies françaises et espagnoles, axées sur la formation du joueur plutôt que sur le simple résultat.

« Il faut investir dans nos entraîneurs. Ce sont eux qui passent le plus de temps avec les jeunes. Si on veut développer de meilleurs joueurs, il faut d’abord développer de meilleurs entraîneurs », conclut celui-ci.

Sur ce point, Mata Boboy partage le même constat. Dans plusieurs communautés du Nord, le manque d’entraîneurs qualifiés oblige encore des parents à prendre en charge les équipes de jeunes. Une réalité qui complique le développement des joueurs dès leurs premières années de pratique.

L’accessibilité, l’un des plus grands freins

D’un point de vue économique, Joé Fournier et Mata Boboy se rejoignent parfaitement. Le principal adversaire du soccer canadien n’est ni le climat, ni le manque de talents. C’est le coût.

« Beaucoup de jeunes abandonnent simplement parce que les frais sont trop élevés », constate Mata Boboy. Il souhaite voir davantage de partenariats entre les clubs, les municipalités et les entreprises afin de rendre le sport plus accessible.

Même réflexion chez Joé Fournier : « Le soccer est le sport du peuple. Dès qu’il devient trop dispendieux, il cesse de l’être pour devenir celui des privilégiés. »

Entraîneur-chef de l’équipe masculine de soccer du Collège Boréal, Mata Boboy participe à la mise en place du nouveau programme intercollégial des Vipères, qui fera son entrée dans l’Ontario Colleges Athletic Association (OCAA) à compter de la saison 2027-2028. Photo : gracieuseté

Transformer l’élan en héritage

Quelques heures après la finale, le premier ministre Mark Carney annonçait un investissement historique d’un milliard de dollars destiné à améliorer l’accès au sport et à moderniser les infrastructures partout au pays.

Le gouvernement a également réaffirmé son soutien au projet de Centre national d’entraînement de Canada Soccer, appelé à devenir un héritage durable de la Coupe du monde.

Pour Mata Boboy, cette annonce est porteuse d’espoir. Encore faudra-t-il que ces investissements profitent également aux régions éloignées, où le potentiel existe mais où les occasions demeurent limitées.

Au fond, la Coupe du monde aura peut-être laissé un héritage plus important qu’un simple parcours historique. Elle a offert à toute une génération de jeunes Canadiens la conviction qu’ils peuvent rêver plus grand.

Le véritable défi commence maintenant : faire en sorte que, peu importe qu’ils grandissent à Toronto, Ottawa, Sudbury, ou ailleurs, ces rêves aient les mêmes chances de devenir réalité.

Normand Labrie quittera son poste de recteur de l’UOF

TORONTO – Le recteur de l’Université de l’Ontario français (UOF), Normand Labrie, quittera ses fonctions au cours de l’année 2027. Son mandat de trois ans restera marqué par la diversification des programmes ainsi que la croissance de l’effectif étudiant, deux avancées majeures pour mener l’université vers l’autonomie.

De retour à la tête de l’UOF depuis 2024, Normand Labrie prépare son départ à la retraite prévu l’an prochain : « Je suis fier des réalisations des deux dernières années et j’espère que la troisième sera tout aussi positive », a-t-il confié dans une entrevue à ONFR.

Les candidatures pour le poste sont déjà ouvertes depuis ce printemps. « J’ai toute confiance en l’équipe en place », ajoute-t-il.

Par le passé, M. Labrie a occupé le poste de directeur du Centre de recherches en éducation franco-ontarienne à l’Université de Toronto (UofT). Il est par ailleurs le tout premier recteur que l’UOF ait eu en 2018 avant André G. Roy en 2020, puis Pierre Ouellette jusqu’en 2024, avant que M. Labrie ne fasse son retour.

Un mandat pour stabiliser l’université

Le recteur explique que son objectif a toujours été d’ajouter des programmes, de recruter davantage d’étudiants et de mettre l’université sur le chemin de la croissance.

« Quand je suis arrivé, je m’étais fixé ces objectifs. Aujourd’hui, nous sommes en train de les atteindre ensemble », affirme Normand Labrie, qui assure qu’il sera bien présent pour assurer la transition.

« À mon arrivée, il y avait 250 étudiants. Cette année, il y en a 600. En septembre, nous en aurons plus de 900 », se réjouit-il.

L’établissement a tout récemment lancé un nouveau programme en travail social qui ouvrira dès la rentrée prochaine. « On a besoin de personnes brillantes qui vont aider à transformer la société et s’occuper des enjeux auxquels on fait face aujourd’hui. On a besoin d’une nouvelle génération qui a des solutions créatives et ingénieuses », souligne-t-il.

« À mon arrivée, il y avait 250 étudiants. Cette année, il y en a 600. En septembre, nous en aurons plus de 900. »
— Normand Labrie, recteur de l’UOF

Dès 2016, en tant que membre du comité de création de l’UOF, Normand Labrie a joué un rôle déterminant dans la conception, la planification et la concrétisation de l’institution.

« Je pense que l’Université de l’Ontario français est vraiment sur la bonne voie et elle va continuer de grandir », conclut M. Labrie

Soccer : l’arrivée fracassante de Fleuriau Chateau à l’Atletico Ottawa

OTTAWA – Il existe des scénarios qu’on n’écrit que dans les films. Pour Nicolas Fleuriau Chateau, ils peuvent aussi se produire sur un terrain de soccer. Deux jours seulement après avoir rejoint officiellement l’Atlético Ottawa, l’attaquant franco-ontarien a inscrit le but de la victoire dans le temps additionnel pour offrir un spectaculaire succès de 3-2 au club de sa ville natale face au Pacific FC, dimanche, à la Place TD.

La première de Nicolas Fleuriau Chateau avec l’Atletico Ottawa s’est déroulée comme dans un rêve. Entré en jeu en fin de rencontre, l’attaquant de 24 ans a récupéré le ballon dans sa moitié de terrain du but avant de dribbler plusieurs défenseurs.

Un contre favorable sur le dernier défenseur du Pacific FC lui a ensuite ouvert le chemin du but, et il n’a laissé aucune chance au gardien d’une puissante frappe du pied gauche à la 90+6e minute, faisant exploser les quelque 5000 spectateurs présents dans les gradins.

Pour celui qui venait tout juste de retrouver sa ville natale après plusieurs années passées aux États-Unis puis en Europe, difficile d’imaginer meilleur scénario.

« Ça a été six mois difficiles pour moi sur le plan personnel, sans avoir l’impression d’obtenir les occasions que je méritais. Mais au bout du compte, tout arrive pour une raison. Cette raison, c’est que je suis ici aujourd’hui, à marquer des buts pour l’équipe de ma ville devant ma famille et mes amis », a confié Fleuriau Chateau en conférence de presse d’après-match.

La frappe croisée du gauche de Fleuriau Chateau n’a laissé aucune chance à Sean Melvin le gardien du Pacific FC. Photo : Philippe Larivière/Atlético Ottawa

Retour aux sources

Originaire d’Ottawa, l’attaquant avait quitté la région il y a sept ans pour poursuivre son développement, d’abord aux États-Unis avec l’Université St. John’s, puis chez les Whitecaps de Vancouver, où il a disputé quatre matchs en Ligue majeure de soccer (MLS). Plus récemment, il évoluait avec Galway United, en première division irlandaise, lorsqu’il a choisi de revenir à la maison en signant un contrat jusqu’en 2027 avec l’Atlético Ottawa.

« Je cherchais la prochaine étape de ma carrière. J’avais quelques autres options, mais je commençais à avoir le mal du pays. À chaque fois que je revenais à Ottawa, je voyais ma nièce grandir à vue d’œil, a-t-il confié. Pouvoir passer davantage de temps avec ma famille et mes amis tout en poursuivant mon rêve de jouer au plus haut niveau possible, c’était difficile à refuser. »

Attendre son moment

Ironiquement, Fleuriau Chateau a très peu touché le ballon après son entrée en jeu. Quelques instants avant son but, Ballou Tabla ne l’avait même pas aperçu sur une possibilité de passe en retrait décisive. Pourtant, l’attaquant n’a jamais cessé d’y croire.

« Évidemment, ça ne fait pas longtemps que je suis ici et on apprend encore à se connaître. Ballou a des qualités incroyables, mais il est impossible de tout voir sur le terrain. Moi, je suis le type de joueur qui s’attend parfois à ne pas toucher beaucoup de ballons, mais je vais quand même faire les courses et rester dans le match », a-t-il expliqué.

« Si on regarde Erling Haaland, par exemple, a-t-il ajouté, il peut toucher seulement cinq ballons dans un match et marquer deux buts. C’est pour ça que je vais toujours faire les appels en profondeur. J’attends simplement le moment spécial. »

Ce moment est finalement arrivé dans les derniers instants de la rencontre.

« Hier à l’entraînement, je frappais tous les ballons de toutes mes forces. C’est un peu comme ça que j’ai toujours joué. Quand j’ai éliminé le défenseur, je voulais seulement revenir sur mon pied gauche. Ensuite, le ballon est revenu devant moi… Honnêtement, je vais devoir revoir le but parce que je ne me souviens pas vraiment de ce qui s’est passé. Je me rappelle seulement avoir vu le ballon et frappé. »

Une victoire renversante

Avant ce dénouement, l’Atlético Ottawa avait pourtant dû s’employer. Emiliano Garcia avait ouvert la marque juste avant la pause (45+6e), avant qu’Alejandro Díaz n’égalise sur penalty au retour des vestiaires (53e). Marco Bustos avait ensuite donné les devants au Pacific FC à la 61e minute, mais Ballou Tabla a remis les deux équipes à égalité quinze minutes plus tard grâce à son septième but de la saison.

Le but de Fleuriau Chateau a finalement permis à l’Atlético de compléter sa remontée et de récolter un huitième point cette saison après avoir été mené au score. Il s’agissait également de la première victoire du nouvel entraîneur en chef de Gustavo Leal.

Le scénario a d’autant plus fait sourire Gustavo Leal que l’entraîneur avait insisté toute la semaine sur la qualité de frappe de sa nouvelle recrue.

Quelques jours avant ses débuts avec l’Atlético Ottawa, Nicolas Fleuriau Chateau avait déjà impressionné son nouvel entraîneur Gustavo Leal par la puissance de son pied gauche à l’entraînement. Photo : Philippe Larivière/Atlético Ottawa

« Utilise ton pied gauche »

Gustavo Leal estime que cette réalisation pourrait avoir un impact bien au-delà du résultat du jour.

« Dès notre première séance, il a décoché quatre ou cinq frappes très puissantes. Puis, pendant deux entraînements, il n’a presque plus utilisé son pied gauche. Hier, après la séance, nous avons fait des exercices de finition et je lui ai dit : ‘Demain, si tu as une occasion, utilise ton pied gauche. Tu as une frappe très puissante.’ Et aujourd’hui, c’est exactement ce qui est arrivé », a raconté le technicien brésilien.

« Les attaquants sont des joueurs particuliers. Ils ont besoin d’avoir une grande confiance en eux. Marquer un but aussi important lors de son premier match, après seulement quelques minutes sur le terrain, est énorme pour son estime personnelle. Mais cette victoire va aussi renforcer la confiance de tout le groupe », a-t-il ajouté.

Après seulement quelques jours passés avec sa nouvelle équipe, l’attaquant franco-ontarien semble déjà avoir trouvé sa place.

« Tout le monde m’a accueilli à bras ouverts. Les entraîneurs savent exactement où ils veulent aller et on sent qu’il y a une excellente culture ici. Français, Espagnols, Anglais… tout le monde s’entend bien », résume-t-il.

Pour un joueur qui rêvait simplement de rentrer à la maison, difficile d’imaginer un premier chapitre plus réussi. Entre sa famille en tribunes, son premier ballon décisif ou presque et une victoire arrachée au bout du temps additionnel, Nicolas Fleuriau Chateau a offert à l’Atlético Ottawa une première dont les partisans se souviendront longtemps.

L’ombre de Sam Salter planait encore sur l’attaque de l’Atlético Ottawa depuis le début de la saison. Un seul match ne suffit pas à tourner une page, mais Nicolas Fleuriau Chateau vient peut-être d’écrire la première ligne du prochain chapitre.

« Il n’y a plus rien. Tout est brûlé » : un pompier forestier raconte la réalité du terrain

THUNDER BAY – Pour Mark Bélanger, pompier forestier depuis 38 ans, les feux de forêt atteignent un niveau sans précédent. Vice-président de la section 713 du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO) qui représente le personnel des Services d’urgence, d’aviation et de lutte contre les feux de forêt (SUALFF) du ministère des Richesses naturelles, il rapporte un manque de moyens criant sur le terrain et demande des comptes au gouvernement ontarien dans sa gestion des feux de forêt.

Avec 38 ans d’expérience en tant que pompier forestier, Mark Bélanger a connu nombre de saisons de feux de forêt. Lui qui en a éteint dans presque toutes les provinces, confie n’avoir jamais assisté à une saison d’une telle ampleur. « C’est le feu le plus large de l’histoire de l’Ontario, il n’y a pas de comparaison », dit-il, en parlant de THU_FIRE_36, un brasier qui a brûlé plus de 315 000 hectares. « C’est une année extrême », ajoute-t-il.

En poste à Thunder Bay comme technicien en gestion de feux spécialisé en sécurité, il passe ses journées au cœur de la forêt. La veille, alors qu’il prépare un camion pour le livrer à une équipe, il jette un coup d’œil sur le bord de la route et y constate un paysage apocalyptique : « Des maisons, des camps, et des trailers où il n’y a plus rien. Tout est brûlé. C’est une pile d’aluminium fondu ».

Pour lui, tout cela aurait pu être évité si la province s’était préparé en avance. Il appelle au gouvernement à « cesser le jeu de dupes » avec le personnel de première ligne et les Ontariens affectés par les feux.

Avec 38 ans d’expérience en tant que pompier forestier, Mark Bélanger est le vice-président de la section locale 713 du SEFPO. Il travaille actuellement à Thunder Bay en tant que technicien en gestion des feux, en charge de la sécurité de l’équipe. Photo : gracieuseté de Mark Bélanger.

Des données gouvernementales contestées par le syndicat

« Il gonfle le nombre de personnes qui travaillent » affirme-il. Alors que le premier ministre assure à la presse que 8900 pompiers forestiers combattent activement les brasiers, le technicien en gestion des feux dit, lui, que le nombre total de pompiers ne dépasse pas la barre des 600.

Le représentant syndical du local 713 de la SEFPO dispute aussi les déclarations de Doug Ford sur le matériel disponible. Selon lui, le premier ministre se serait targué d’avoir fourni plus de 90 bombardiers pour éteindre les feux. « C’est absolument faux », s’indigne-t-il. « Dans son calcul, chaque avion ou hélicoptère qui peut transporter de l’eau est un bombardier ».

Or, le pompier précise qu’un bombardier d’eau est un aéronef spécialisé, conçu avec des caractéristiques techniques bien distinctes.

Il dénonce la lenteur du gouvernement provincial à renouveler sa flotte d’avions bombardiers d’eau. Le constructeur De Havilland Canada a pourtant développé une toute nouvelle gamme, le Canadair DHC-515. « Tous les pays d’Europe connaissaient la qualité de ces appareils et ont commandé le premier lot. L’Ontario, lui, a tardé à agir », déplore-t-il.

Vue aérienne du brasier THU_FIRE_36 le 21 juillet dernier à Thunder Bay. Ce feu a brûlé plus de 320 000 hectares. Photo : Services d’urgence, d’aviation et de lutte contre les feux de forêt (SUALFF) de l’Ontario

La province se voit ainsi devancée par d’autres pays européens qui ont pu s’en procurer avant. Si la province a depuis passé le pas, ses bombardiers ne seront disponibles qu’en 2035.

De plus, cette acquisition ne répond pas aux critères opérationnels pour faire face aux feux : « Il faut neuf bombardiers. Quatre à l’Ouest, quatre à l’Est, et un en réserve, détaille M. Bélanger. Ford en a seulement acheté six ».

Actuellement, dans la province, deux bombardiers ne volent pas. En effet le représentant local accuse la province de ne pas avoir commandé certaines parties des engins en avance pour cette saison des feux, les rendant pour l’heure inutilisables.

Un problème de rétention du personnel d’expérience

Les pompiers forestiers et le personnel de gestion d’incendies auraient tendance à quitter leurs fonctions après quelques années, faute de rémunération suffisante; « Ils ont des familles, des factures », rappelle le vice-président de la section locale.

Ce dernier précise qu’avec un taux horaire de moins de 25 dollars par heure, les salaires actuels ne permettent pas d’envisager une carrière à long terme dans le secteur.

Selon lui, le personnel est en constante rotation, avec de jeunes étudiants novices venus prendre de l’expérience avant de partir. « Quand j’ai commencé, c’était commun de trouver une équipe avec 100 ans d’expérience cumulée, 20 par personne. Là, un chef d’équipe peut avoir six ans, le deuxième cinq ans, et le reste sont tous des nouveaux ».

À cause de cet écart, le gouvernement fait appel à des professionnels d’autres industries, affirme M. Bélanger. Ce dernier nous informe que, cette année, le gouvernement Ford a embauché un expert du secteur minier pour mener le protocole de formation des pompiers forestiers.

« Ils embauchent des personnes de l’extérieur qui viennent nous dire quels sont les standards de l’industrie et ce qu’on doit savoir, affirme le représentant syndical. Les seules personnes qui éteignent les feux dans la province de l’Ontario, c’est nous. Il n’y a personne d’autre. Nous sommes l’industrie. »

Alors qu’il continue à dévouer des heures sur le terrain et constate l’impact en temps réel de certaines décisions provinciales, il considère normal que les personnes qui aient tout perdu et dont la sécurité est en jeu puissent demander des comptes au gouvernement.

Les coalitions autochtones urbaines réclament le retour de leur financement fédéral

OTTAWA – Depuis le 1er avril, 33 coalitions autochtones urbaines ne reçoivent plus directement de financement fédéral. Le gouvernement assure avoir maintenu le programme, doté de 168 millions de dollars sur cinq ans, mais en confiant désormais les fonds au réseau des centres d’amitié. Selon les organismes concernés, cette perte de financement menace plusieurs activités et services destinés aux communautés autochtones.

Plusieurs organisations autochtones ont multiplié les démarches auprès de différentes instances gouvernementales et ont même récemment porté leurs préoccupations sur la scène internationale.

L’Ontario Native Women’s Association (ONWA) est notamment intervenue auprès du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones des Nations unies, à Genève.

« Nous n’avons reçu aucune réponse à ce jour », déplore Cora McGuire-Cyrette, directrice générale de l’ONWA, qui se présente comme la plus ancienne et la plus grande organisation de femmes autochtones au Canada.

« Nous demandons au gouvernement fédéral non seulement de rétablir ce financement, mais aussi de l’augmenter afin de répondre aux besoins des communautés », affirme-t-elle.

Une perte annuelle de 150 000 $ à Ottawa

La Coalition autochtone d’Ottawa (Ottawa Aboriginal Coalition, OAC), dont les dix organismes membres déclarent fournir chaque année des services à environ 31 000 personnes, confirme avoir perdu la totalité du financement qu’elle recevait dans le cadre du programme.

Selon Joan Riggs, plus de 100 organismes autochtones ont subi des compressions, dont Minwaashin Lodge et Inuuqatigiit, deux membres de la Coalition autochtone d’Ottawa. Photo : gracieuseté

« Le 1er avril 2026, le gouvernement fédéral a supprimé 100 % du financement des coalitions autochtones urbaines partout au pays », soutient Joan Riggs, facilitatrice de l’OAC.

Depuis dix ans, l’OAC recevait 150 000 $ par année pour soutenir ses activités de base, précise Mme Riggs. Selon elle, ce financement stable a permis à la coalition de structurer ses activités et d’obtenir d’autres sources de financement, jusqu’à atteindre un budget annuel total de cinq millions de dollars.

Cette perte touche notamment le financement du poste de coordonnatrice administrative, une partie de celui du poste de facilitatrice de l’OAC, quatre rassemblements saisonniers d’Aînés, l’entretien du site Internet et une partie des activités de mobilisation communautaire.

Un nouveau modèle de financement, selon le gouvernement

Services aux Autochtones Canada réfute l’idée d’une suppression du financement. Le ministère souligne que la Programmation urbaine pour les peuples autochtones (PUPA) a bénéficié d’un renouvellement de 168 millions de dollars sur cinq ans.

« Le financement n’a pas été supprimé. Toutefois, à compter du 1er avril 2026, la Programmation urbaine pour les peuples autochtones est passée à un nouveau modèle de prestation du financement », indique Jacinthe Goulet, porte-parole du ministère.

Les fonds seront désormais confiés à deux organismes qui offrent directement des programmes et des services sur le terrain. Après l’exercice 2025-2026, l’Association nationale des centres d’amitié (ANCA) et l’Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres (OFIFC) seront les seuls bénéficiaires du financement du programme.

Le ministère explique ces deux organismes constituent « le seul réseau autochtone au Canada qui dessert les populations autochtones vivant en milieu urbain à l’échelle nationale ».

La même source ajoute que dans le cadre de l’ancien modèle, les 33 coalitions ont reçu ensemble environ 3,7 millions de dollars en 2025-2026.

Mais pour Cora McGuire-Cyrette, les sommes auparavant versées aux coalitions sont minimes à l’échelle du budget fédéral.

« Le volume de ressources dont nous parlons ne représente même pas une erreur d’arrondi dans leurs budgets », lance-t-elle.

Cora McGuire-Cyrette, directrice générale de l’Ontario Native Women’s Association, estime que le manque de financement pousse les organismes autochtones à s’interroger sur la répartition des ressources. Photo : gracieuseté

« Une tactique coloniale »

La directrice générale de l’ONWA estime que la concentration des ressources entre les mains d’un seul réseau peut être perçue comme « une tactique coloniale consistant à diviser pour mieux régner. »

« Nous reconnaissons que les centres d’amitié jouent un rôle dans la prestation de services et de mesures de soutien aux communautés autochtones en milieu urbain. Nous devons toutefois nous rappeler qu’ils ne représentent qu’une composante d’un vaste réseau », insiste-t-elle.

Selon elle, le nouveau modèle ne tient pas suffisamment compte du travail effectué par les organisations de femmes autochtones, les coalitions et les autres fournisseurs de services.

L’ONWA possède sa propre structure de gouvernance et regroupe notamment des organismes et des refuges pour femmes autochtones offrant des services de première ligne.

Elle soutient également que le nouveau modèle ne découle pas des recommandations de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ni de celles de la Commission de vérité et réconciliation.

« Ces décisions n’ont pas été prises par les communautés locales », déplore-t-elle.

Des partenariats proposés par Ottawa

De son côté, Services aux Autochtones Canada encourage les coalitions à établir des partenariats avec l’ANCA et l’OFIFC afin de maintenir les programmes répondant aux besoins particuliers de leurs collectivités.

Le ministère assure également qu’il aidera les coalitions à trouver d’autres sources de financement et à établir de nouveaux partenariats.

Pour sa part, Cora McGuire-Cyrette rétorque qu’aucune aide concrète n’a encore été offerte aux organisations concernées.

« Si c’est effectivement le cas, pourquoi y a-t-il actuellement une interruption dans les contrats de services? Cela aurait dû être fait auparavant », réplique-t-elle.

Elle appelle Ottawa à éliminer les obstacles qui empêchent les organisations autochtones en milieu urbain de collaborer et à revenir sur sa décision.

« Même si les ressources ne sont pas disponibles, le travail se poursuivra. Le Canada a ici l’occasion de corriger une décision antérieure », affirme-t-elle.

« Lorsque nous bâtissons le Canada, nous devons le faire en incluant les personnes les plus vulnérables de notre communauté », conclut Mme McGuire-Cyrette.

Est ontarien : plus de 1000 arbres plantés pour la santé mentale des agriculteurs

SAINT-EUGÈNE – Planter un arbre pour garder espoir. C’est le geste qu’a posé Isabel Deslauriers, une agricultrice franco-ontarienne, après avoir constaté les répercussions psychologiques de l’incertitude entourant le projet de train à grande vitesse Alto sur les agriculteurs de l’Est ontarien. Deux mois plus tard, son initiative Des arbres pour l’espoir a déjà inspiré la plantation d’au moins 1000 arbres dans les comtés unis de Prescott et Russell.

L’idée est née au printemps, à la suite d’une rencontre entre des agriculteurs et la députée fédérale de Prescott—Russell—Cumberland, Giovanna Mingarelli.

« Un de mes voisins a abordé la question de la santé mentale. Il a dit qu’il était presque certain que chaque personne autour de la table connaissait quelqu’un qui s’était suicidé. En voyant les hochements de tête et les regards baissés, j’ai compris à quel point cette réalité était présente dans notre communauté », raconte Isabel Deslauriers.

Son témoignage rejoint les conclusions d’une enquête menée en 2021 par l’Université de Guelph auprès de près de 1200 agriculteurs canadiens. Les chercheurs y révèlent que les idées suicidaires étaient deux fois plus fréquentes que sur l’ensemble de la population canadienne.

Un agriculteur sur quatre a également indiqué avoir, au cours des douze mois précédents, estimé que sa vie ne valait pas la peine d’être vécue, souhaité être mort ou envisagé de mettre fin à ses jours.

Pour Isabel Deslauriers, le projet Alto vient accentuer une détresse déjà bien présente.

« Les agriculteurs vivent déjà au rythme des aléas climatiques, de la hausse du coût du carburant, des équipements et du manque de travailleurs saisonniers. Le projet Alto vient s’ajouter à toutes ces préoccupations. Pour plusieurs, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », affirme l’agricultrice de Saint-Eugène qui avait participé en juin à une manifestation contre le projet Alto.

Elle souligne également que les ressources en santé mentale demeurent difficiles d’accès en milieu rural.

« Les services existent, mais ils ne sont pas toujours accessibles ou suffisamment connus. Résultat, plusieurs personnes ne vont pas chercher l’aide dont elles auraient besoin. »

Planter un arbre et le voir grandir

Au printemps, Isabel Deslauriers dit avoir elle-même perdu l’envie d’investir dans sa ferme.

« Chaque année, je lance de nouveaux projets, je plante des arbres fruitiers. Cette fois, je me demandais si cela valait encore la peine d’investir dans un avenir qui pourrait m’être enlevé », confie-t-elle.

Elle décide alors de transformer cette inquiétude en geste concret.

« Je me suis promis de planter un arbre chez moi avec l’espoir d’être encore là pour le voir grandir et en récolter les fruits. »

Son choix s’arrête sur un amélanchier, une essence indigène du Canada.

Très vite, l’idée fait boule de neige. Des voisins emboîtent le pas, puis la municipalité de Hawkesbury Est participe à la distribution d’arbres. L’organisme Charlie’s Trees, dans la municipalité de Champlain, rejoint également l’initiative.

Aujourd’hui, Isabel Deslauriers estime qu’au moins un millier d’arbres a été planté.

« Nous voulons que les gens plantent un arbre avec la conviction qu’ils seront toujours là pour le voir atteindre sa maturité. »

Consultation psychologique gratuite pour les agriculteurs

Des arbres pour l’espoir ne se limite toutefois pas à la plantation d’arbres.

En collaboration avec l’Association canadienne pour la santé mentale, le mouvement met à la disposition des résidents des ressources bilingues, en français et en anglais. L’initiative fait également connaître l’Initiative de bien-être des agriculteurs, un programme ontarien qui offre gratuitement, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, des services de consultation psychologique aux agriculteurs, aux membres de leur famille et aux travailleurs saisonniers.

Isabel Deslauriers à un événement de sensibilisation à Vankleek Hill. Photo : gracieuseté

« Avant de lancer cette initiative, je ne savais même pas que cette ressource existait », reconnaît Isabel Deslauriers.

Le mouvement encourage également les résidents à reconnaître leurs émotions, à demeurer en contact avec leurs proches et leur communauté, à limiter leur exposition aux actualités lorsque celles-ci deviennent accablantes, à maintenir leurs habitudes de vie et à se concentrer sur les aspects qu’ils peuvent contrôler.

Des arbres pour l’espoir rappelle enfin que demander de l’aide « est une preuve de force » et oriente les personnes en situation de crise vers la ligne 988.

« Ce n’est pas seulement une terre que l’on perd »

Pour Isabel Deslauriers, la principale inquiétude ne concerne pas uniquement les terres agricoles.

« Je me suis demandé où j’irais si je perdais ma ferme. J’ai cherché des propriétés comparables dans un rayon de 100 kilomètres, mais je n’en ai pas trouvé. Je pourrais être forcée de choisir entre poursuivre mon projet de vie ou rester près de ma famille et de ma communauté. »

Selon elle, les conséquences du projet pourraient être particulièrement importantes pour les communautés francophones de l’Est ontarien, plusieurs d’entre elles se trouvant sur le tracé proposé.

« Il est difficile, en tant que Franco-Ontarienne, de ne pas se sentir concernée lorsqu’on voit le parcours prévu. »

Elle estime également que le manque d’information entourant le projet Alto nourrit les inquiétudes.

« En l’absence d’informations claires, les gens finissent par interpréter le moindre signe. Un camion inconnu, un drone ou l’installation d’un compteur deviennent des sources d’interrogation. »

Ce qui l’inquiète le plus demeure toutefois l’avenir des communautés.

« Ce qui me préoccupe, ce n’est pas seulement la perte d’une terre, mais aussi celle d’une communauté. Nos liens se construisent au quotidien. On s’entraide, on échange des biens, on se rend service. Si les gens sont dispersés, c’est toute cette solidarité qui risque de disparaître. »

Même pour ceux qui n’habitent pas le corridor visé, Isabel Deslauriers invite la population à poser un geste de solidarité.

« Planter un arbre est un bon point de départ. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Il faut aussi poursuivre la mobilisation et interpeller les décideurs. »

Théâtre français de Toronto : un financement toujours incomplet pour la nouvelle salle

TORONTO – La pression exercée par le Théâtre français de Toronto (TfT) sur le gouvernement fédéral a porté ses fruits. En effet, une première subvention de Patrimoine canadien (PCH) en mai dernier a permis d’amorcer les travaux de la nouvelle salle tant attendue. Toutefois, à l’aube d’une prochaine campagne de financement, le théâtre doit encore mobiliser de nouvelles sources afin de boucler son budget total estimé à 15 millions de dollars.

Avec les 4,725 millions de dollars versés cette année par le PCH, soit exactement la moitié de la somme de 9,5 millions demandée, le TfT savait que des efforts restaient à fournir pour compléter le financement de sa prochaine salle.

« Il reste trois volets de financement à compléter », affirme Ghislain Caron, codirecteur général du TfT. L’organisme compte désormais obtenir des fonds supplémentaires auprès du ministère fédéral du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités (Infrastructure Canada), mais également auprès du ministère des Affaires francophones de l’Ontario (MAFO).

Une partie de l’équipe du TfT le 27 janvier 2025 lors de l’étape de terrassement des sols sur le futur site du théâtre. De gauche à droite : Georges Som, Caroline Caire, Ghislain Caron, Manuel Verreydt, Karine Ricard. Photo : gracieuseté de Laurine Leconte

« Bientôt, une campagne de financement sera lancée, permettant aux amis du TfT, aux amoureux et amoureuses du théâtre en français, de partager la passion qui les anime chaque jour dans la réalisation de ce rêve franco-ontarien », a annoncé l’organisme par voie de communiqué.

En effet, pour ce dernier tiers, « notre objectif se situe entre 2 et 3 millions de dollars, selon ce que les deux gouvernements accorderont », explique Caroline Caire, responsable du développement au TfT. Elle confirme qu’une campagne de levée de fonds privée sera lancée à l’automne, dont les fonds prendraient idéalement la forme d’un prêt temporaire pour répondre à des besoins de trésorerie ponctuels.

Pour l’heure, le TfT se dit très confiant : « Lorsque nous avons eu la confirmation formelle du PCH, nous savions que les trois ministères (Patrimoine canadien, Infrastructure Canada et le ministère des Affaires francophones de l’Ontario) se parlaient pour répartir les fonds », raconte Mme Caire.

Une première pelletée symbolique cet été

Après avoir déposé leurs demandes auprès du MAFO et auprès d’Infrastructure Canada, l’équipe espère une réponse dans les prochains mois. La province ne disposant d’aucun programme spécifique pour ce type de projet, le TfT reconnaît que la suite est moins prévisible et anticipe l’ensemble des scénarios possibles.

Le financement actuel couvre les 36 premiers mois d’un chantier déjà entamé. Une première pelletée de terre symbolique est d’ailleurs prévue cet été en présence d’élus locaux et fédéraux, comme la conseillère municipale de Toronto-Danforth, Paula Fletcher, et la députée fédérale de Toronto-Danforth, Julie Dabrusin.

« Les gouvernements fédéral et provincial nous ont envoyé des signaux extrêmement positifs. Le plus encourageant, c’est que tout le monde considère notre projet comme une priorité grâce à Patrimoine qui nous a soutenus les premiers », souligne Ghislain Caron, directeur général du TfT.

Par ailleurs, la phase de conception s’achève officiellement cette semaine : « On veut faire en sorte que cela ressemble vraiment à un théâtre de l’extérieur et que ce soit bien visible depuis la rue. Nous allons continuer à travailler sur la signalétique extérieure dans les prochains mois », note la responsable du développement.

Rendre les mines propres : le défi d’Emmanuel à Sudbury

Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici

Établi à Sudbury depuis 2019, Emmanuel Ngoma mène une carrière remarquable d’expert en biotechnologies appliquées à l’industrie minière. Son objectif est ambitieux et profondément ancré dans les valeurs actuelles : développer des solutions innovantes pour rendre l’exploitation minière propre et tendre vers le zéro déchet.

Mais avant de devenir ce scientifique accompli et ce Franco-Ontarien engagé, Emmanuel a traversé des épreuves marquantes. Il se confie avec émotion sur le moment où il a dû fuir la guerre en République démocratique du Congo à la fin des années 1990. De cet exil jusqu’au Nord de l’Ontario, son chemin a été jalonné de défis, mais aussi de rencontres déterminantes avec des gens qui ont cru en lui et en son potentiel. Porter ce bagage unique le pousse aujourd’hui à s’impliquer activement dans sa communauté. Pour lui, le succès ne prend son sens que si l’on redonne autant que l’on a reçu.

Université de Sudbury : privés de RAFEO, ces étudiants quittent Sudbury

SUDBURY – Privée du Régime d’aide financière aux étudiants et étudiantes de l’Ontario (RAFEO), une partie de la première cohorte de l’Université de Sudbury décide de partir afin de sécuriser des prêts et bourses gouvernementaux ailleurs. Alors que des négociations avec le ministère des Collèges et Universités sont en cours, l’établissement fait face à un réel défi de rétention de ses étudiants à l’aube de sa deuxième rentrée académique.

Après une première année entièrement financée par l’Université de Sudbury, qui a bénéficié d’un soutien provincial de 21,6 millions de dollars, les étudiants de la première cohorte n’ont pas accès au RAFEO. Le ministère des Collèges et Universités ne reconnaît pas encore l’institution comme établissement postsecondaire autonome, elle qui, depuis 2025, dispense des programmes rattachés à l’Université d’Ottawa.

Cette situation chamboule le quotidien de certains étudiants, obligés de trouver des alternatives. Pour certains, la seule option est de quitter Sudbury.

« J’y croyais quand même », confie Arthur Foumena Mbog, étudiant en sciences commerciales, retourné à Ottawa depuis la fin du dernier semestre. Même si le jeune homme d’origine camerounaise comptait retourner à Ottawa, où il a effectué son secondaire, il planifiait de compléter ses études de premier cycle à l’Université de Sudbury. Mais sans RAFEO, il a choisi de rentrer plus tôt, et espère intégrer l’Université d’Ottawa pour sa deuxième année.

En avril 2026, la première cohorte de l’Université de Sudbury apprend qu’elle n’aura peut-être pas accès au RAFEO pour l’année académique 2026-2027. Photo : gracieuseté de Copain Nyakagaragu

Au moins cinq étudiants sur une cohorte d’environ 30 se sont installés dans la capitale. Beaucoup s’orientent également vers le Québec.

Pour le recteur et vice-chancelier Serge Miville, cette situation risque de dissoudre sa première cohorte : « Plusieurs étudiants nous ont indiqué qu’ils ne pourront pas poursuivre leurs études à l’Université de Sudbury en raison de l’absence d’éligibilité au RAFEO, affirme-t-il. Il est possible que ces derniers choisissent de poursuivre leurs études dans un autre établissement dans lequel ils seraient éligibles, et ce, malgré leur souhait de poursuivre leur programme d’études avec nous ».

Des étudiants « pris en otage »

C’est alors qu’ils passaient leurs derniers examens que les étudiants ont appris la nouvelle. Fin 2025, certains d’entre eux remarquaient déjà l’absence de leur établissement sur le portail RAFEO, rapporte Oumarou Tapily : « J’ai posé la question au vice-recteur pour chercher à savoir, affirme-t-il. Il m’a dit qu’ils travaillaient là-dessus et qu’ils donneraient une réponse en avril 2026 ».

Le rectorat a fait part de la nouvelle aux étudiants : ils n’auront peut-être pas accès au RAFEO, mais l’établissement cherche une alternative le plus tôt possible.

Beaucoup d’entre eux commencent alors à planifier leur départ de Sudbury.

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Fabien Hébert. Crédit photo : Lila Mouch/ONFR

Face à cette réalité, Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), a récemment rencontré le ministre des Collèges et Universités, Nolan Quinn. « On a fait valoir l’urgence de la situation et qu’une solution devait être trouvée le plus rapidement possible afin de ne pas prendre les étudiants en otage ».

Le président de l’AFO, qui s’est longuement impliqué dans l’ouverture et l’obtention du financement de l’université, craint que cette décision ne remette en question la légitimité même de l’établissement.

« La création de l’Université de Sudbury n’est pas encore complétée, en tout cas aux yeux du gouvernement, considère M. Hébert. C’est encore une université en devenir dans le sens où les négociations avec le ministère des Collèges et Universités ne semblent pas avoir été terminées pour obtenir un financement annuel récurrent ».

Selon lui, cette raison n’est toutefois pas suffisante pour refuser le RAFEO aux étudiants, d’autant plus que le gouvernement de l’Ontario s’est déjà engagé à financer le fonctionnement de l’université.

Ottawa, un choix populaire

Ceux qui ont opté pour Ottawa ne l’ont pas fait par hasard. Beaucoup d’étudiants de la première cohorte y habitaient déjà. C’est la gratuité des droits de scolarité que proposait l’Université de Sudbury qui avait incité ces Ottaviens à effectuer leur cursus de quatre ans là-bas.

« Au début, c’était une bonne opportunité. On se disait « wow, c’est gratuit ». On ne voit jamais ça », témoigne Marie Casimy, une étudiante de 28 ans actuellement basée à Ottawa.

Arrivée à Sudbury à l’automne 2025 pour son programme, l’étudiante d’origine haïtienne envisage maintenant plusieurs options avant de considérer l’Université de Sudbury. Elle a notamment soumis une candidature à l’Université d’Ottawa, ainsi que dans quelques établissements postsecondaires au Québec. « Si je suis refusée ailleurs, je retournerai à Sudbury, pas parce que je le veux, mais parce que je n’ai pas le choix ».

Les étudiants de l’Université de Sudbury bénéficiaient souvent de sorties, d’activités de groupe, et de cours en leadership. Photo : gracieuseté de Copain Nyakagaragu.

Alors que cet obstacle financier dissout peu à peu la cohorte, certains s’inquiètent quant à l’avenir de l’établissement. « Je me demande comment le visage de l’Université de Sudbury va paraître si la moitié de la première cohorte n’est plus là », s’afflige Mme Casimy.

Ally Orla Ikoneza, également étudiante en sciences commerciales, a dû retourner à Ottawa plus tôt que prévu : « Je ne suis pas sûre pour le moment de pouvoir continuer parce que je n’ai pas accès au RAFEO. Je n’ai pas les moyens pour continuer ».

Malgré cela, elle reconnaît la qualité des programmes et des activités proposés par l’université. Entre pique-niques, sorties culturelles, et activités de groupe, l’établissement a séduit une grande partie de sa première cohorte.

« J’ai aimé la façon dont ils nous ont accueillis. J’ai aimé la ville de Sudbury. C’est bilingue et on accueille beaucoup la population francophone. J’aimerais finir mes études à l’Université de Sudbury, mais seulement si les moyens me le permettent », ajoute-t-elle.

Un prêt à la banque comme alternative temporaire

Début juin, les étudiants reçoivent un courriel leur faisant part d’une option de financement temporaire — un prêt bancaire avec Desjardins. Beaucoup témoignent que le taux d’intérêt n’a pas été divulgué par l’université. « Avec nos propres recherches sur la banque Desjardins, on voit que le taux d’intérêt s’élève à 5 % », ajoute M. Tapily.

« J’étais hésitant. Lorsque je suis allé me renseigner, ils m’ont dit que l’année prochaine, il y aura probablement un accès au RAFEO », ajoute l’étudiant. Basé à Sudbury, il envisage de contracter un prêt pour l’année académique 2026-2027. Mais si cette situation se poursuit l’année suivante, il partira à Ottawa.

Pour une partie d’entre eux, ce prêt est plus une entrave financière qu’autre chose. « Le gros problème, c’est qu’on doit emprunter de l’argent à la banque qui sera, peut-être dans cinq ans, difficile à rembourser », affirme M. Foumena Mbog.

Soucieux de préserver leurs finances et de maintenir leurs cotes de crédit, plusieurs étudiants ont préféré écarter cette option.

Rester et payer le prix

Pour Copain Nyakagaragu, un étudiant burundais, rester à l’Université de Sudbury n’est pas une mince affaire. Catégoriquement opposé à l’idée de s’endetter auprès d’une banque, il travaille actuellement à temps plein pour une entreprise immobilière. Son but : économiser pour payer sa scolarité à l’Université de Sudbury.

« On se donne à fond et on essaie de se serrer la ceinture pour qu’on puisse au moins payer la scolarité ». En choisissant de payer l’université de sa propre poche, quitte à limiter ses repas, l’étudiant de 33 ans reconnait que cette situation est précaire.

Copain Nyakagaragu, étudiant de 33 ans, travaille à temps plein pour payer ses études à l’Université de Sudbury. Photo : gracieuseté de Copain Nyakagaragu

Avant de s’inscrire à l’Université de Sudbury, M. Nyakagaragu étudiait au Collège Boréal avec l’aide d’un financement du RAFEO. Une fois admis dans son nouvel établissement, alors que la période de grâce de son prêt s’achevait, il a tenté de geler ses remboursements, le temps de terminer son programme. Toutefois, son université n’étant pas admissible, il ne peut prétendre au statut d’exemption de remboursement pour poursuite d’études.

Il doit non seulement payer ses études, mais rembourser son prêt antérieur. « Je suis vraiment face à un dilemme. Rester là-bas ou quitter l’Université de Sudbury pour au moins trouver un autre établissement où je peux avoir accès au RAFEO, ne pas avoir à payer ma scolarité et aussi ne pas continuer à payer mon prêt alors que je suis encore aux études ».

Alors que l’étudiant en sciences de la santé réfléchit encore à comment s’en sortir, il espère que la situation s’améliorera vite, lui qui voyait en l’Université de Sudbury quelque chose de spécial. « Nous étions prêts à écrire l’histoire de l’université, dit-il. Ce sont des choses que tu ne peux pas trouver dans d’autres universités. Elle avait quelque chose de particulier. Mais tu ne peux pas te sacrifier, tu ne peux pas faire l’impossible ».

Trois Franco-Ontariens à suivre aux Jeux du Commonwealth de Glasgow

Trois Franco-Ontariens représenteront le Canada aux Jeux du Commonwealth de Glasgow qui débutent ce jeudi. Entre l’ascension fulgurante du sprinteur Eliezer Adjibi, les ambitions du nageur Ben Winterborn et la découverte de Maeliss Trapeau sur 800 mètres, ONFR vous présente les trois athlètes à surveiller au cours de cette édition 2026.

Organisés tous les quatre ans depuis 1930, les Jeux du Commonwealth constituent cette année l’un des rendez-vous multisports majeurs du calendrier international. Près de 3000 athlètes, 74 nations et territoires, 10 sports, 6 parasports et plus de 500 000 billets mis en vente : cet événement représente une étape internationale importante pour de nombreux athlètes dans une année sans Jeux olympiques ni championnats du monde. Parmi les représentants canadiens, trois Franco-Ontariens seront à suivre de près.

Eliezer Adjibi, la confirmation d’un nouveau statut

En quelques semaines, Eliezer Adjibi est passé du statut de sprinteur prometteur à celui de l’un des hommes les plus rapides de l’histoire du Canada.

Le Franco-Ontarien a marqué les esprits en réalisant un chrono impressionnant 9,92 secondes sur 100 mètres, devenant ainsi le quatrième Canadien le plus rapide de tous les temps. Une performance qui vient récompenser une saison construite avec patience, notamment lors d’une tournée européenne où il a multiplié les chronos sous les 10,20 secondes avant de franchir le cap symbolique des dix secondes.

Eliezer Adjibi lors des Championnats canadiens d’athlétisme à Ottawa. Le sprinteur franco-ontarien aborde les Jeux du Commonwealth après avoir réalisé la quatrième meilleure performance canadienne de l’histoire. Photo : Sean Burges/Mundo Sport Images.

Au-delà du chrono, c’est surtout son état d’esprit qui a évolué. Celui qui admirait autrefois André De Grasse ou Aaron Brown les considère désormais comme des concurrents directs. « Je dois commencer à penser à eux comme des compétiteurs », expliquait-il récemment, convaincu d’avoir à présent sa place parmi l’élite canadienne.

À Glasgow, Adjibi sera l’un des principaux atouts du Canada dans les épreuves de sprint. Il est engagé sur le 100 mètres, le 200 mètres ainsi que sur le relais 4 × 100 mètres, avec l’ambition de confirmer son nouveau statut sur la scène internationale.

Son programme (heure de Toronto)

  • 27 juillet : premier tour du 100 m (5 h à 8 h 30)
  • 28 juillet : demi-finales et finale du 100 m (13 h 30 à 17 h) si qualification
  • 29 juillet : premier tour du 200 m (5 h à 8 h)
  • 30 juillet : demi-finales du 200 m (13 h 30 à 17 h) si qualification
  • 31 juillet : finale du 200 m (13 h 30 à 17 h 15) si qualification
  • 1er août : relais 4 × 100 m
    séries : 5 h à 8 h 45
    finale : 13 h 30 à 17 h 30 si qualification

Ben Winterborn poursuit sa progression

À seulement 21 ans, Ben Winterborn continue de gravir les échelons parmi les meilleurs spécialistes canadiens du dos.

Le nageur du Centre de haute performance de Toronto et étudiant en sciences politiques à l’Université de Toronto abordait déjà la saison avec des objectifs ambitieux : remporter le 50 mètres dos, se rapprocher du record canadien de l’épreuve et décrocher une place parmi les meilleurs Canadiens sur 100 mètres dos.

Ben Winterborn s’élancera sur 50 m, 100 m et 200 m dos, avec l’ambition de se rapprocher du record canadien. Photo : Daniel Harrison/Natation Canada

Pour lui, la différence se joue désormais moins dans la préparation physique que dans le travail mental. « Je fais beaucoup de visualisation », expliquait-il quelques jours avant les essais canadiens, détaillant la manière dont il prépare mentalement chaque scénario de course afin d’arriver serein derrière les blocs de départ.

Après avoir obtenu sa sélection pour Glasgow, Winterborn arrive avec l’ambition de poursuivre cette progression internationale. Ses trois épreuves de dos lui offriront plusieurs occasions de mesurer le chemin parcouru face à certains des meilleurs nageurs du Commonwealth.

Son programme (heure de Toronto)

  • 24 juillet : séries du 50 m dos (5 h 30 à 8 h), demi-finales (14 h à 17 h)
  • 25 juillet : finale du 50 m dos (14 h à 17 h 15) si qualification
  • 26 juillet : séries du 200 m dos (5 h 30 à 7 h 45), finale (14 h à 17 h) si qualification
  • 28 juillet : séries du 100 m dos (5 h 30 à 8 h 15), demi-finales (14 h à 17 h 15)
  • 29 juillet : finale du 100 m dos (14 h à 17 h) si qualification

Maeliss Trapeau, un nouveau visage pour l’athlétisme franco-ontarien

Le nom de Maeliss Trapeau est peut-être encore peu connu du grand public franco-ontarien, mais son parcours mérite l’attention. Originaire de Saint-Priest, en France, Maeliss Trapeau s’est progressivement imposée parmi les meilleures spécialistes canadiennes du 800 mètres. Après avoir porté les couleurs de la France chez les juniors, elle représente désormais le Canada sur la scène internationale.

Cette progression l’a notamment menée jusqu’aux Championnats du monde de Tokyo en 2025, puis aux Championnats du monde en salle quelques mois plus tard.

Maeliss Trapeau a décroché sa qualification pour les Jeux après sa médaille d’argent aux Championnats canadiens du 800 m. Photo : Miles Ryan / Mundo Sport Images

Championne canadienne du 800 m en 2025, Maeliss Trapeau arrive à Glasgow après avoir frôlé un deuxième titre national consécutif. Battue de seulement trois centièmes de seconde lors des Championnats canadiens en juin, la Franco-Ontarienne confirme néanmoins qu’elle fait partie des meilleures demi-fondeuses du pays.

Son programme (heure de Toronto)

  • 27 juillet : premier tour du 800 m (13 h 30 à 17 h)
  • 29 juillet : demi-finales (13 h 30 à 17 h) si qualification
  • 31 juillet : finale (13 h 30 à 17 h 15) si qualification

Soins en français : un risque de décès inférieur de 11 % chez les francophones hors Québec

OTTAWA – Les francophones vivant hors Québec qui communiquent en français avec leur médecin habituel présentent un risque de décès, toutes causes confondues, inférieur de 11 % comparé à celui des francophones soignés en anglais, révèle une nouvelle étude canadienne. Chez les allophones, recevoir des soins dans leur langue est associé à une réduction de 27 % de ce risque.

« Notre étude visait à déterminer l’effet de la concordance linguistique entre les patients et les médecins sur la survie à long terme », explique le Dr Michael Reaume, de l’Université d’Ottawa, qui a dirigé la recherche.

La concordance linguistique désigne une situation dans laquelle le patient et son médecin communiquent dans la langue principalement parlée à la maison par le patient.

L’étude, qui repose sur l’analyse des données de plus de 50 000 participants canadiens, suivis pendant une période allant jusqu’à 15 ans, montre que cette concordance est associée à un risque moins élevé de décès, aussi bien chez les francophones vivant à l’extérieur du Québec que chez les allophones (personnes parlant principalement une langue autre que le français, l’anglais ou une langue autochtone).

Une réduction plus importante chez les allophones

Recevoir des soins dans sa langue était associé à un risque de décès inférieur de 27 % chez les allophones, contre 11 % chez les francophones hors Québec.

Les auteurs avancent deux explications à cette large différence. Premièrement, les francophones maîtriseraient généralement mieux l’anglais que les allophones. 

« Nous pensons que les répondants allophones recevant des soins linguistiquement discordants ont pu être confrontés à des barrières linguistiques plus importantes que les répondants francophones se trouvant dans la même situation », écrivent ceux-ci, précisant que parmi les participants allophones à l’étude, 88,1 % avaient immigré au Canada.

L’auteur principal de l’étude, Michael Reaume, a récemment terminé sa résidence en néphrologie à l’Université d’Ottawa et effectue désormais des recherches postdoctorales à l’Université du Manitoba. Photo : gracieuseté

Deuxièmement, certains francophones classés parmi les patients recevant des soins linguistiquement discordants pourraient, en réalité, préférer être soignés en anglais, même s’ils parlent principalement français à la maison.

« Nous pensons qu’une telle erreur de classification, qui aurait pour effet d’atténuer l’association mesurée, pourrait être plus fréquente chez les répondants francophones que chez les répondants allophones en raison de leur meilleure maîtrise de l’anglais », expliquent les chercheurs.

Un francophone sur trois soigné dans une autre langue

L’étude relève par ailleurs que les francophones étaient les plus susceptibles d’avoir un médecin de famille : 90,7 % d’entre eux en avaient un, comparativement à 85,5 % des allophones et à 77,1 % des anglophones du Québec.

Parmi les francophones ayant un médecin, 67,7 % communiquaient avec lui en français. Près d’un francophone sur trois recevait donc ses soins dans une autre langue.

L’étude repose sur les données de 50 375 participants à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, recueillies entre 2003 et 2014 et couplées aux registres de mortalité jusqu’à la fin de 2017.

L’échantillon comprenait 16 100 francophones vivant à l’extérieur du Québec, 7185 anglophones du Québec, 1970 personnes parlant une langue autochtone et 25 120 allophones.

Plus de la moitié des francophones étudiés, soit 52,1 %, vivaient au Nouveau-Brunswick, tandis que 34,8 % résidaient en Ontario. Près de la moitié, soit 45,1 %, habitaient en milieu rural.

Les allophones étaient principalement établis en Ontario, à 45,9 %, ou dans les provinces de l’Ouest, à 37,8 %. Ils vivaient très majoritairement en milieu urbain, à 92,6 %.

Des données encore actuelles?

Malgré l’ancienneté des données, Michael Reaume estime que les résultats reflètent toujours la réalité.

« La manière dont nous offrons les soins au Canada a peu changé, même si davantage de consultations se déroulent maintenant de façon virtuelle. Cela pourrait améliorer l’accès aux soins dans une langue minoritaire », avance-t-il.

Le médecin, qui exerce au Manitoba, souligne que les consultations virtuelles lui permettent de traiter des patients francophones vivant loin de sa clinique.

Si l’intelligence artificielle peut éventuellement faciliter l’interprétation instantanée, elle n’est pas encore suffisamment fiable dans toutes les langues, prévient-il.

« L’intelligence artificielle fonctionne actuellement assez bien pour les langues les plus courantes, comme l’anglais, l’espagnol et le français. Cependant, les études montrent que ces outils ne sont pas encore suffisamment fiables pour être utilisés dans un contexte clinique lorsqu’il s’agit de langues moins courantes. »

Identifier la langue des patients et des médecins

Pour réduire les disparités, le chercheur propose d’abord de mieux identifier la langue dans laquelle les patients préfèrent recevoir leurs soins.

Au Manitoba, par exemple, la langue officielle de préférence est maintenant indiquée sur la carte d’assurance maladie. Cette information peut servir à jumeler les patients souhaitant être soignés en français avec des médecins francophones.

« Les gouvernements et les systèmes de santé pourraient aller plus loin. Cette collecte ne devrait pas se limiter aux deux langues officielles », plaide le Dr Reaume.

Le chercheur recommande également de recueillir systématiquement les renseignements sur les langues parlées par les professionnels de la santé. Ces données demeurent incomplètes dans les registres des ordres professionnels.

Enfin, les établissements de santé devraient garantir l’accès à des services professionnels d’interprétation et encourager leur utilisation.

« Nous savons que ces services favorisent une meilleure interprétation, une meilleure compréhension et une réduction des événements indésirables. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour accroître leur utilisation. »

Pour Michael Reaume, les stratégies adoptées afin d’améliorer l’accès aux soins en français semblent produire des résultats, sans avoir complètement éliminé les inégalités.

« Les stratégies mises en place pour les francophones hors Québec semblent fonctionner, mais il reste encore du chemin à parcourir pour éliminer complètement ces disparités », conclut-il.

Un accès faible chez les Autochtones

La situation est beaucoup plus préoccupante chez les personnes parlant une langue autochtone. Seulement 27,4 % d’entre elles avaient un médecin habituel.

Parmi celles qui en avaient un, 6,5 % communiquaient avec ce médecin dans leur langue autochtone. À l’échelle de l’ensemble des répondants parlant une langue autochtone, cette proportion tombait à moins de 2 %.

« Une première pour Prescott et Russell » : la région lance un projet pour contrer les tarifs américains

PRESCOTT ET RUSSELL — Alors que le président américain Donald Trump vient tout juste d’accentuer la pression commerciale en annonçant l’imposition de nouveaux droits de douane de 50 % sur une vaste gamme de produits canadiens, la Société de développement communautaire de Prescott-Russell (SDCPR) lance ce mardi un projet de positionnement stratégique territorial visant à attirer 25 nouvelles entreprises et créer une centaine d’emplois d’ici deux ans.

Pour concrétiser cette initiative globale de 315 000 $, la SDCPR s’appuie sur une subvention provinciale de 300 000 $ annoncée ce mardi matin à Rockland par le député de Glengarry–Prescott–Russell, Stéphane Sarrazin, et issue du Programme d’aide aux collectivités affectées par les barrières tarifaires du ministère du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce de l’Ontario.

« Pour nous, c’est mobilisateur. Le moment est maintenant, étant donné qu’il y a vraiment une volonté des municipalités de préparer leurs sites industriels et commerciaux pour grandir ».

« Nos entreprises de Prescott et de Russell ont fait preuve d’une remarquable résilience face aux difficultés économiques engendrées par les barrières tarifaires américaines », a pour sa part déclaré le député Stéphane Sarrazin. 

Réduire la dépendance aux marchés extérieurs

Sur le terrain, cette instabilité viendrait contraindre plusieurs entrepreneurs de Prescott et Russell à revoir en profondeur leur modèle d’affaires. Selon Nicolas Malboeuf, le problème numéro un demeure la chaîne d’approvisionnement.

« Dès qu’il y a un bris dans la chaîne d’approvisionnement, ça perturbe toutes les affaires, tous les échéanciers et tous les budgets », observe celui-ci. Un jour c’est le transport, un autre jour ce sont les tarifs ».

Pour se protéger de ces aléas, certaines PME locales ont même choisi d’acquérir directement leurs propres fournisseurs régionaux afin de garder le contrôle sur leurs produits, leurs services et leurs échéanciers. 

C’est dans cette perspective que la SDCPR déploie son projet : inciter de nouveaux fournisseurs et tiers fournisseurs à s’implanter directement dans Prescott et Russell pour réduire la dépendance des entreprises d’ici envers les marchés extérieurs.

« C’est de vendre le brand Prescott et Russell au complet et non juste le nouveau développement à Wendover ou à Vars », précise l’ancien propriétaire d’une entreprise manufacturière.

Jusqu’à présent, les démarches de prospection s’effectuaient souvent de façon isolée par chacune des municipalités du territoire.

« L’objectif consiste à propulser une marque et une voix communes pour l’ensemble de Prescott et Russell, afin d’attirer des entreprises d’envergure qui fournissent déjà nos PME locales », ajoute-t-il.

Une marque unique et des outils technologiques

Un site web bilingue doté d’une carte interactive sera mis en ligne pour répertorier en temps réel l’ensemble des propriétés commerciales et des parcs industriels disponibles. Cet outil fournira aux investisseurs des données accessibles et actualisées afin de valoriser les parcs en expansion dans la région.

On y trouvera notamment les sites de Wendover, le parc Innovation dans la municipalité de La Nation, le parc 417 à Limoges et Vars dans Russell, ainsi que les projets d’expansion à Clarence-Rockland.

Afin d’assurer le suivi des investisseurs potentiels et d’éviter qu’ils ne se tournent vers d’autres régions comme Cornwall ou le Québec, la SDCPR intègre un logiciel de gestion de la relation client (CRM). 

Ce guichet sera opéré par une agente régionale dédiée et récemment embauchée, chargée de centraliser les demandes, d’accompagner les entrepreneurs et de coordonner l’action avec les agents économiques municipaux.

« Elle va prendre note de toutes les informations demandées, puis diriger les clients ou les entrepreneurs au bon site pour ne pas les perdre, pour ne pas qu’ils s’en aillent ailleurs », détaille Nicolas Malboeuf.

Diversification fiscale et concertation municipale

Au-delà de la création espérée d’une centaine d’emplois, l’accueil d’au moins 25 nouvelles entreprises comporte un enjeu fiscal important pour les municipalités rurales. 

Nicolas Malboeuf rappelle que le développement commercial et industriel génère un retour de taxes qui agit comme un multiplicateur supérieur au secteur résidentiel. L’élargissement de l’assiette fiscale permettrait ainsi d’alléger ou de limiter le fardeau des taxes foncières qui pèse sur les résidents.

« Quand on a les entreprises, ça permet d’alléger ou de moins mettre de fardeau de taxes sur les résidents, donc c’est gagnant-gagnant »
— Nicolas Malboeuf

De son côté, le maire de Clarence-Rockland et président des Comtés unis de Prescott et Russell, Mario Zanth, salue une démarche qui permettra d’appuyer les entreprises locales.

« Nous avons la chance d’avoir de nombreuses petites et moyennes entreprises à Prescott et Russell, mais les régions rurales peuvent être vulnérables à certains défis, donc il est important de continuer à soutenir nos entrepreneurs et de les aider à s’adapter à un environnement économique en pleine évolution », a indiqué M. Zanth. 

« Nos entreprises sont au cœur de notre développement social et économique. Elles constituent des facteurs essentiels à la diversification économique, à la productivité et à la résilience », conclut celui qui est aussi le vice-président des préfets de l’Est de l’Ontario. 

Le bilinguisme comme levier d’attraction

Outre l’emplacement géographique stratégique de la région, située sur la plaque tournante entre Ottawa, Montréal, le Québec et les États-Unis, la promotion de Prescott et Russell s’appuiera de manière centrale sur son identité francophone et sa main-d’œuvre bilingue.

S’inspirant de la démarche récemment adoptée par le secteur touristique régional, la SDCPR entend transformer le bilinguisme et la francophonie en un avantage concurrentiel fort.

« Pour les familles qui s’y installent et pour faire affaire, ça va être clair, le bilinguisme sur le site web et la communication aussi avec notre agente francophone », conclut Nicolas Malboeuf. Ça va être notre brand. C’est un atout fort ».

Postsecondaire : vers une première en français à travers le Grand Nord canadien

Pour la première fois de l’histoire, une offre postsecondaire en français unifiée couvrira l’ensemble des trois territoires canadiens. C’est le pari que lance le Collège nordique francophone en planifiant une expansion unique en 2028 au Yukon et au Nunavut.

À l’heure actuelle, aucun établissement postsecondaire francophone n’offre de cours sur place au Yukon et au Nunavut. Or, le Collège nordique francophone, situé à Yellowknife dans les Territoires du Nord-Ouest (TNO), veut étendre sa programmation en 2028 chez ses voisins. L’établissement prévoit d’élargir ses activités en français avec des points de service à Whitehorse, au Yukon, et à Iqaluit, au Nunavut.

« On a un engagement, une date précise, et un modèle qui nous convient et qu’on doit faire valider. Pour moi, on est plus loin que la simple idée, on a quelque chose de concret en place. Je m’attends à ce que ça fonctionne en 2028 », expose en entrevue le directeur général du Collège, Patrick Arsenault.

Il est encore trop tôt pour préciser quelle forme prendra cette expansion en ce qui concerne le nombre de programmes ou d’étudiants, explique ce dernier. Le dirigeant du Collège soutient que certains programmes pourraient être offerts en alternance ou être adaptés aux réalités locales des trois campus.

« Ça va vraiment dépendre des besoins locaux de nos communautés, mais, assurément, ça va nous permettre d’avoir de plus grands bassins », explique M. Arsenault.

« Si on développe quelque chose à Yellowknife, mais qu’il y a un besoin pour deux ou trois personnes à Whitehorse, on pourra se poser la question : est-ce qu’on peut les intégrer à distance ou en mode hybride? L’idée est de pouvoir capitaliser là-dessus et de l’adapter au Yukon ou au Nunavut, et vice-versa, plutôt que de repartir à zéro », ajoute-t-il.

Si les besoins en matière de main-d’œuvre (éducation, santé, petite enfance, etc.) se ressemblent ailleurs au Canada, la réalité de la population étudiante est bien différente dans le Grand Nord, rappelle le directeur général du Collège nordique.

« Les critères de chiffres, ça marche rarement dans le Nord. Parfois, on lance des programmes pour cinq ou six personnes. Ça peut paraître saugrenu dans le Sud, mais pour nous, c’est profondément transformateur. On se dit : Wow, maintenant, on a une formatrice ou une personne de plus qui travaille en garderie. Cela donne un accès à six familles de plus, et pour ces personnes-là, l’impact va se faire sentir tout au long de la vie. »

Premier établissement de langue française dans le Grand Nord canadien à avoir obtenu son statut officiel en 2024, le Collège veut se distinguer avec cette approche sur trois territoires, à la fois nouvelle et unique.

« C’est sûr qu’on a des petits bassins, des moyens limités, de grandes distances et des barrières géographiques, mais en unissant nos forces, on peut aller beaucoup plus loin », estime M. Arsenault.

« Je ne m’attends pas non plus à avoir de gros campus avec des résidences de quatre étages. Mais ce sera au moins une présence, un point de service et peut-être une salle de classe pour commencer », poursuit le dirigeant universitaire.

En plus de modifications à l’interne, notamment au niveau de la gouvernance, l’une des prochaines étapes sera d’approcher les trois gouvernements territoriaux ainsi que le fédéral afin d’obtenir du financement.

Une initiative du Yukon

C’est l’Association franco-yukonnaise (AFY) qui a approché le Collège nordique il y a quelques années pour voir si une telle possibilité était envisageable. L’établissement a ensuite contacté l’Association des francophones du Nunavut pour coordonner une approche pan-territoriale.

« Il n’y a pas de possibilité de poursuivre des études postsecondaires en français sur place. Cela signifie que nos jeunes doivent quitter le territoire pour étudier en français ailleurs, ou alors ils doivent intégrer une structure anglophone », explique Souâad Larfi, de l’Association franco-yukonnaise.

Approcher le Collège nordique était donc une avenue logique, d’autant plus qu’il existe déjà des liens étroits entre l’institution des TNO et les francophones du Yukon. Par exemple, souligne Mme Larfi, la majorité des personnes œuvrant dans le milieu de la petite enfance y ont obtenu leur diplôme, sans compter les étudiants inscrits dans d’autres programmes.

« Il y a une totale logique à travailler main dans la main avec le Collège nordique. Il y a déjà des initiatives en place, des gens qui étudient à distance avec eux, et nous développons d’autres volets. Cette structure territoriale va pouvoir joindre et accueillir encore plus de monde », souligne-t-elle.

L’AFY aimerait, à moyen terme, avoir trois programmes « robustes » à Whitehorse avant de se diversifier pour répondre à d’autres besoins, notamment dans le secteur de la construction ou encore dans un domaine en plein développement : la défense nationale.

« Pour l’instant, on en est vraiment au début de l’identification, mais certaines choses se dessinent », présente Souâad Larfi, soulignant que l’association est également « en veille active » pour acquérir des locaux supplémentaires.

Feux : Trump devrait aider ses voisins plutôt que de menacer de tarifs, réagit Doug Ford

TORONTO – Le premier ministre ontarien, qui a fait le point sur la situation des 190 feux actuels en Ontario et sur la gestion de la crise, a vivement critiqué les menaces de Donald Trump d’augmenter les tarifs douaniers en raison de la dégradation de la qualité de l’air liée aux incendies. Selon lui, les États-Unis devraient au contraire venir en aide à leurs plus proches voisins et alliés.

« C’est très décevant », a commenté le premier ministre ontarien lors de la conférence de presse ce lundi sur la situation des feux de forêt. Le président américain avait pointé du doigt le Canada pour la pollution de l’air et avait exigé que la situation soit mise sous contrôle sous peine d’imposer davantage de tarifs.

« Peut-être que le président Trump devrait offrir à ses alliés et amis les plus proches du soutien, plutôt que de rester assis là à nous menacer de droits de douane », s’est emporté Doug Ford.

Celui-ci a alors rappelé l’intervention de l’Ontario au cours des dernières années lors de l’ouragan Helena en Caroline et en Géorgie, avec l’envoi de 50 camions et de 100 monteurs de lignes d’Hydro sur place, ainsi que l’envoi de bombardiers d’eau lors des incendies frappant la Californie.

« Le président devrait savoir que l’un des plus grands incendies a commencé dans le Minnesota — et ce n’est pas une critique envers le Minnesota, parce que j’ai une relation formidable avec le gouverneur (Tim) Walz. Il m’a appelé pour me dire que des campeurs du YMCA étaient bloqués dans les flammes et nous avons envoyé la PPO et les Forces armées canadiennes pour les secourir. »

« Je dois rappeler au président Trump qu’il y a actuellement 3,9 millions d’acres qui brûlent aux États-Unis en ce moment même. Si nous avions les ressources excédentaires, nous les enverrions à nos amis et alliés les plus proches. »

« Ça me frustre d’entendre ce tas de foutaises », s’est enflammé M. Ford, avant de réitérer que Donald Trump devrait plutôt envoyer des bombardiers d’eau à ses plus proches voisins.

La situation des feux et l’évacuation

Le premier ministre a fait part du dernier bilan concernant les incendies, faisant état de 730 000 hectares touchés et d’un total de 190 feux de forêt répertoriés dans la province : 56 sont considérés hors de contrôle, 112 font l’objet de surveillance, 6 sont éteints et 16 sont maîtrisés.

Au total, 155 équipes de pompiers et 80 avions-citernes et hélicoptères poursuivraient leurs interventions dans le Nord de l’Ontario, avec une quarantaine d’appareils de soutien supplémentaires prêts à intervenir.

Le premier ministre ontarien, Doug Ford, le ministre des Richesses naturelles, Mike Harris, et la ministre de la Protection civile et de l’Intervention en cas d’urgence, Jill Dunlop. Photo : capture d’écran

« À ce jour, nous avons coordonné 13 évacuations, a déclaré Jill Dunlop, ministre de la Protection civile et de l’Intervention en cas d’urgence. Les personnes sont accueillies dans des villes hôtes comme Thunder Bay, Kapuskasing, Sudbury, Barrie. Toronto a aussi levé la main, tout comme Niagara Falls. Il y a énormément de coordination. »

Après un atterrissage à Thunder Bay ou Red Lake, qui servent de plaques tournantes, les évacués sont ensuite dirigés vers les communautés d’accueil.

« Ontario211 agit comme ligne d’information, et des organismes tels que Feed Ontario et la Fédération des centres d’amitié autochtones de l’Ontario déploient de la nourriture d’urgence », ajoute-t-elle.

La ministre a ajouté que Global Medic avait livré des masques N95 à Thunder Bay et que la Croix-Rouge mettait en place le centre d’évacuation à Thunder Bay, notamment pour la Première Nation de Namaygoosisagagun (Collins) et Armstrong.

Élargissement du système d’alerte

Ce samedi 18 juillet, un protocole d’entente a été envoyé par la ministre Dunlop aux chefs des conseils municipaux et des Premières Nations, confirmant l’élargissement de l’accès au système Alerte en Ontario (Alert Ready).

Face à l’intensité de la saison des feux, la province permet désormais aux autorités locales, incluant directement les chefs des Premières Nations et les coordonnateurs d’urgence communautaires, de déclencher des alertes d’urgence sur les appareils mobiles et les médias en cas de menace imminente.

Le mémo ministériel rappelle d’ailleurs que chaque alerte d’urgence émise « doit être publiée à la fois en anglais et en français », le Centre provincial d’opérations d’urgence s’engageant à fournir une assistance immédiate pour la traduction au besoin.

« Nous l’avons utilisé cinq fois cette année pour des feux de forêt. Les maires, les chefs et les coordonnateurs de la gestion des urgences ont accès à notre Centre provincial d’opérations d’urgence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et ces messages peuvent être diffusés en moins de 20 minutes », a précisé la ministre Dunlop.

Mike Harris, le ministre des Richesses naturelles, a pour sa part mis l’accent sur une coordination à long terme avec les Premières Nations, accessible à l’année : « Si des situations surviennent avec une activité d’incendie intense au cours de la fin de semaine, et que notre ministère n’est pas disponible pour répondre directement dans la seconde, les communautés ont un plan pour s’auto-évacuer. Nous travaillons constamment avec elles. J’ai personnellement parlé à de nombreux dirigeants des Premières Nations au cours de la dernière semaine, car la situation s’est intensifiée à partir de lundi ou mardi dernier. »

Écoles francophones en Colombie-Britannique : un combat sans fin devant les tribunaux

Après près de 16 ans de combats juridiques et deux victoires en Cour suprême, les francophones de Colombie-Britannique continuent de se battre contre le gouvernement provincial devant les tribunaux pour tenter d’obtenir des gains pour l’éducation en français.

En 2015, la Cour suprême avait accordé une victoire historique pour l’éducation en français dans la province. Dans ce dossier lié à l’école Rose-des-Vents, à Vancouver, le plus haut tribunal avait conclu que les infrastructures scolaires mises à la disposition de la communauté francophone par la province étaient d’une qualité nettement insuffisante par rapport à celles des anglophones.

Cinq ans plus tard, en 2020, elle a récidivé en donnant une victoire sans équivoque au Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF), le seul conseil scolaire de langue française de la province. Dans son jugement, la Cour suprême a conclu que le gouvernement avait violé l’article 23 de la Charte canadienne des droits et des libertés, qui garantit le droit à l’éducation en français en milieu minoritaire.

Le CSF, qui invoquait un sous-financement chronique de ses écoles, se traduisant par des infrastructures et un transport scolaire insuffisants, a eu gain de cause. Le tribunal a conclu à l’unanimité que l’expérience éducative des jeunes francophones doit être équivalente, et non proportionnelle, à celle de la majorité anglophone.

Des victoires historiques, mais encore peu d’effets sur le terrain

Or, après deux jugements, le CSF est de nouveau devant les tribunaux pour faire appliquer les victoires juridiques du passé.

« Il ne s’est rien passé après », soupire au bout du fil Marie-Pierre Lavoie, la présidente du conseil scolaire francophone, au sujet de la décision de la Cour suprême en 2020.

« On n’a pas eu de plan. La province nous a dit qu’il fallait continuer le processus habituel, c’est-à-dire fournir un plan d’immobilisation tous les ans », déplore-t-elle.

C’est pourquoi, quelques mois après la décision du plus haut tribunal du pays en 2020, le conseil scolaire a intenté de nouveau une poursuite devant les tribunaux dans le but de faire appliquer les conclusions du jugement. Depuis cette nouvelle poursuite, deux nouvelles écoles sont en construction et deux autres sont en planification à travers la province.

Le ministère provincial de l’Infrastructure, chargé de la construction des établissements scolaires, nous a indiqué ne pas pouvoir fournir de commentaires étant donné que la cause est présentement devant les tribunaux. Le ministère souligne toutefois que depuis 2017, environ 360 millions de dollars ont été alloués aux infrastructures éducatives francophones, ce qui a permis de financer l’achat de 12 terrains et de mener à bien 8 projets d’extension d’écoles.

Marie-Pierre Lavoie est la présidente du Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique. Crédit image : Pascal Vachon/ONFR

« On s’attendait à ce que ça bouge, mais les choses n’ont pas vraiment changé. Quand on n’est pas en cour, il ne se produit pas grand-chose. S’il n’y avait pas eu de deuxième poursuite, je pense qu’on en serait exactement au même point qu’en juin 2020 », estime la présidente du CSF.

En plus du gouvernement, le conseil scolaire francophone poursuit aussi son homologue anglophone qui dessert la région de Vancouver, car ce dernier a refusé de céder un terrain excédentaire au CSF. Le CSF réclame des écoles qui lui ont été garanties par ces décisions juridiques passées et, l’an dernier, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a tranché dans le dossier, lui donnant une victoire partielle.

Le juge Geoffrey Gomery avait statué sur le fait que le CSF obtenait le droit d’exproprier des terrains pour ses futures écoles. Il force désormais les conseils scolaires anglophones à considérer les besoins des francophones avant de vendre leurs établissements ou terrains sous-utilisés.

Bien qu’il ait refusé d’ordonner le transfert immédiat des édifices réclamés, le magistrat a également blâmé la gestion interne du CSF, reprochant au conseil d’avoir étiré inutilement les procédures judiciaires.

Le CSF a décidé de porter cette décision en appel et attend toujours une date d’audience.

Tensions internes et épuisement financier

Mais ces batailles juridiques ne se sont pas déroulées sans heurts au sein de la communauté, notamment auprès des enseignants. Le Syndicat des enseignants du programme francophone de la Colombie-Britannique (SEPF) a réclamé la démission de Mme Lavoie ainsi que de plusieurs conseillers scolaires, en lien avec la décision de poursuivre la bataille juridique.

« Le conseil d’administration détourne des fonds publics essentiels qui devraient être investis directement dans les services aux élèves, le soutien au personnel éducatif et l’amélioration des conditions d’apprentissage. Ce choix budgétaire envoie un message clair : les priorités du conseil sont déconnectées des besoins réels du milieu scolaire », a écrit en juillet 2025 la présidente du syndicat, Maria Stinchcomb, dans une lettre adressée au conseil d’administration du CSF.

Nous avons contacté Mme Stinchcomb pour une entrevue, mais n’avons pas eu de retour.

Le syndicat considère que l’idée d’injecter encore de l’argent dans des frais juridiques nuit à la qualité de l’enseignement offert et des services aux élèves en français dans la province. Au-delà des questions financières, le syndicat dénonce le manque de transparence du CSF et la détérioration des conditions de travail, mettant en évidence une rupture de confiance entre l’administration et le personnel.

Marie-Pierre Lavoie admet que ces choix imposent une lourde contrainte au budget du conseil scolaire.

« C’est épuisant, et ça coûte extrêmement cher, expose-t-elle. On aimerait bien mieux travailler de concert avec le gouvernement pour faire avancer les projets. Malheureusement, on n’a pas le choix. C’est vraiment dommage qu’on en soit rendus là. »

Néanmoins, cette dernière soutient que le conseil scolaire juge cette lutte essentielle, soulignant les failles du modèle de financement actuel.

« Notre mandat, c’est d’offrir une éducation francophone à tous les enfants d’ayants droit en Colombie-Britannique, et on n’y arrive pas. Et si on ne le fait pas, on s’en va tout droit vers l’assimilation », conclut Mme Lavoie.

Le défilé de Fierté Sudbury, un moment haut en couleur

SUDBURY – Malgré une météo capricieuse, les Sudburois se sont rassemblés pour célébrer la communauté queer de Sudbury. Organisé par Fierté Sudbury Pride, le premier organisme 2SLGBTQ+ de la région. La semaine de la fierté a proposé une variété d’événements, y compris son défilé phare qui s’est tenu dans le centre-ville.

Cette semaine de la fierté s’est déroulée dans un contexte différent. Alors que les feux de forêt brûlent des centaines de milliers d’hectares et compromettent la qualité de l’air à Sudbury, de nombreux événements extérieurs ont été relocalisés dans l’arène communautaire de Sudbury.

Après des spéculations sur le fait que le défilé serait annulé, Fierté Sudbury a maintenu l’événement en fin d’après-midi. « Ils ne voulaient pas annuler parce que c’est trop important pour la communauté », explique Cassie Beaulieu, une bénévole de l’organisme.

Du 13 au 19 juillet, Fierté Sudbury Pride a organisé sa fameuse semaine de la fierté. De nombreux Sudburois étaient présents aux événements de l’organisme. Entre ateliers créatifs et cérémonies ambiancées, cette édition s’est voulue optimiste quant aux progrès sociaux sans oublier les fortes revendications des personnes queers dans la région.

Le vendredi 17 juillet, la Place des Arts a notamment accueilli un bal pour les jeunes entre 14 et 18 ans, animé par Jenna Seppa, une drag-queen franco-ontarienne. « Pour ceux qui restent en région ou qui ne vont pas nécessairement se retrouver en grand centre, c’est une bonne occasion de venir s’amuser avec moi, ou de s’immerger dans une scène queer » dit-elle.

Des revendications claires

Même si l’humeur générale était festive, la communauté 2SLGBTQ+ de Sudbury a beaucoup revendiqué. Entre isolement, droits des personnes trans, et manque de ressources dans le Nord, de nombreuses causes ont été mentionnées par les participants.

Pour Michelle Loubert, la cause 2SLGBTQ+ en Ontario doit s’améliorer. Pendant le défilé, l’artiste franco-ontarienne a plaidé de tout cœur pour les droits matrimoniaux des personnes 2SLGBTQ+. « Le mariage gay, il ne faut pas l’oublier. Ça ne fait pas longtemps que les gens en Ontario peuvent avoir les mêmes droits pour leur pension, par exemple ».

Les adolescents et jeunes adultes queers comptaient parmi l’une des plus fortes présences lors du défilé de Fierté Sudbury. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Avec une forte présence d’adolescents et de jeunes adultes, les revendications n’obstruent pas le fort sentiment de communauté que peuvent ressentir les jeunes. Pour Cove, la communauté queer de Sudbury lui a permis de se trouver. En tant que personne transmasculine et non-binaire de 23 ans qui a tout récemment eu sa cérémonie de changement de nom, Cove avoue que ce n’est pas toujours facile d’être jeune et queer dans le Nord. « Cela peut être un défi puisqu’on n’a pas énormément de ressources, mais ça me plait quand même ».

Au niveau politique, Jamie West, le député provincial à Sudbury, pense qu’il faut redoubler d’efforts pour soutenir la cause 2SLGBTQ+. « Il y a généralement des progrès, mais franchement, il y a une augmentation de personnes en colère, soutient-il, c’est donc important pour les officiels élus de démontrer leur soutien ».

Les bénévoles FrancoQueer portent un drapeau à moitié franco-ontarien et à moitié 2SLGBTQ+, pendant le défilé de Fierté Sudbury. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

FrancoQueer prend le Nord

Pour la première fois de son existence, l’organisme FrancoQueer s’est rendu à Sudbury pour défendre les droits des personnes queers francophones dans le Nord. L’organisme veut notamment soutenir les personnes queers isolées.

« Ce n’est pas comme à Toronto où il y a tout un village. On n’a pas ça dans le Nord. L’importance de faire des événements comme ça, c’est d’avoir une présence, de nous faire voir, de montrer aux gens que c’est normal », note Eric Boissoneault, bénévole à FrancoQueer basé à North Bay.

Merlin Simard, agente de liaison et de formation à FrancoQueer, tient une pancarte en français pendant le défilé de la fierté. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Pour Merlin Simard, agente de liaison et de formation pour la région centre Sud-Ouest, promouvoir Franco Queer à Sudbury est une façon de souligner les contributions des populations francophones dans les droits 2SLGBTQ+. Elle affirme que l’objectif de l’organisme dans le Nord est de « contrer l’isolement, et de créer une communauté, des opportunités pour que les gens ne soient pas tout seuls », dit-elle.

L’agente de liaison espère que FrancoQueer sera présent aux futures semaines de la fierté à Sudbury. « C’est vraiment important d’avoir des groupes de militants pour revendiquer les problèmes, les enjeux de la communauté, mais aussi pour célébrer ses joies. On fait partie d’une communauté qui nous soutient dans nos luttes, mais aussi dans nos succès ».

« Nous sommes toujours là » : le Festival du loup célèbre la francophonie 

OTTAWA – Parade de tracteurs, musique, théâtre et traditions francophones seront au rendez-vous samedi à La Fontaine, dans le comté de Simcoe, à l’occasion de la 22e édition du Festival du loup. Plus important festival francophone de la région, l’événement rassemblera une fois de plus la communauté afin de célébrer la vitalité de la francophonie.

« Se rassembler, festoyer, chanter et danser, se retrouver en famille et en communauté pour célébrer le fait que nous, les francophones, sommes toujours là et que nous n’avons aucune intention de disparaître. » C’est ainsi que Lucie Charlebois, coordinatrice de l’événement, résume la mission du Festival du loup.

Le festival est organisé dans ce petit village considéré comme « une véritable perle de la baie Georgienne ». La Fontaine est reconnue pour ses terres agricoles, ses boisés, ses pêcheries et son industrie forestière.

Le festival se veut une célébration vivante de l’histoire locale, à la manière d’un musée à ciel ouvert.

Son nom est inspiré d’une légende du XIXe siècle, romancée en 1955 par le prêtre Thomas Marchildon. Selon ce récit, un immense loup terrorisait les fermiers de la région en s’attaquant à leurs troupeaux. Devant cette menace, bûcherons, pêcheurs et agriculteurs auraient uni leurs forces jusqu’à ce que Théophile Brunel parvienne à abattre l’animal.

« Nous ne célébrons pas la menace. Nous célébrons le fait d’être ensemble », affirme Lucie Charlebois.

Lucie Charlebois, coordonnatrice du Festival du loup. Photo : gracieuseté

Cette légende a inspiré la création du Festival du loup ainsi que de la Meute culturelle de La Fontaine, l’organisme qui en assure l’organisation.

Une programmation francophone

Les festivités débuteront dès 10 h avec la traditionnelle parade de tracteurs, qui reliera la ferme Monpiero au parc La Fontaine, avant de laisser place à une programmation musicale en français. 

Le public pourra notamment assister aux prestations de Vincent Bishop, d’Ottawa, du groupe terre-neuvien Port-aux-Poutines, de Hy Five, des Aigles et des Fracas-Phones, une famille de musiciens bien connue des habitués du festival, ainsi que du Groupe des Cinq, composé de Louis Lefaive, Michel Paiement et Joëlle Roy. Ces trois vétérans de la scène francophone proposeront un mélange de compositions originales et de grands classiques du folklore.

Les Aigles, de jeunes musiciens de La Fontaine âgés de 10 à 14 ans, incarnent la relève. Lauréats du concours La Brunante, ils alternent compositions originales, chansons traditionnelles et hommages aux pionniers de la chanson francophone.

Originaire de Terre-Neuve, Port-aux-Poutines présentera un répertoire inspiré de la culture de l’île. Son plus récent album, Oui B’y, rend hommage à celles et ceux qui ont contribué à préserver le français dans cette province où les francophones sont minoritaires.

Établi à Ottawa et originaire de Vancouver, Vincent Bishop revisite quant à lui la chanson à répondre en y apportant une touche contemporaine. L’auteur-compositeur-interprète poursuit désormais sa carrière en français après avoir lancé deux albums en anglais.

Le groupe Hy Five, formé d’amis de La Fontaine qui jouent ensemble depuis près de 40 ans, sera également de retour. Habituée de la scène locale, la formation propose un répertoire qui fait danser les festivaliers depuis plusieurs décennies.

Le théâtre franco-ontarien d’Ottawa Créations In Vivo présentera également trois mini-spectacles dans le parc. Intitulée Mourir de trop gueuler, cette parade-théâtre met en scène des bouffons qui enterrent une grosse grenouille, morte d’avoir trop gueulé.

La pièce Mourir de trop gueuler aux Présentations éclair de Contact ontarois 2025. Photo : Rachel Crustin/ONFR

De nouveaux partenaires communautaires

Parmi les nouveautés de cette édition figure la participation d’une école secondaire anglophone de la région.

Des élèves de l’école St. Theresa’s défileront en interprétant des chansons en français, à l’initiative d’un enseignant de français francophone de l’établissement.

« C’est tout nouveau cette année d’ajouter des partenaires communautaires, des gens de la communauté qui, d’habitude, ne participaient pas au festival. J’en suis tellement fière », souligne Lucie Charlebois.

Selon elle, cette initiative illustre la volonté des organisateurs d’élargir le rassemblement au-delà de la communauté francophone traditionnelle.

Autre nouveauté cette année, un tournoi de cornhole, un jeu d’adresse très populaire dans la région, s’ajoutera à la programmation.

Les festivaliers pourront également profiter de kiosques d’artisans, d’une foire gourmande, d’une zone jeunesse ainsi que du traditionnel encan de loups. Cette activité emblématique invite les participants à miser sur des sculptures de loups peintes par des artistes locaux.

Selon les organisateurs, les fonds amassés serviront à soutenir le Festival du loup. La moitié des recettes provenant de la vente des sculptures sera remise au Georgian Bay Cancer Support Centre, un organisme communautaire, qui offre un soutien psychosocial aux personnes atteintes d’un cancer ainsi qu’à leurs proches et à leurs aidants.

Les organisateurs espèrent accueillir environ 1000 personnes entre 10 h et 20 h. L’entrée est gratuite pour les moins de 15 ans et coûte 15 dollars pour les personnes de 15 ans et plus.

« J’invite tout le monde à venir vivre l’énergie du Festival du loup et à découvrir notre région. Nous vous attendons avec plaisir », conclut Lucie Charlebois.

Le ministre Stan Cho remet sa démission suite à la polémique des frais d’hôtel

TORONTO – Le ministre du Tourisme, de la Culture et des Jeux, Stan Cho, au coeur d’une polémique cette semaine entourant une quinzaine d’autres députés du Parti progressiste-conservateur pour des frais d’hôtel à Toronto, a démissionné de son poste. Le ministre a « reconnu son erreur », a annoncé le premier ministre Doug Ford par voie de communiqué ce vendredi. Il conserve toutefois son siège de député provincial de Willowdale.

Le bureau de Doug Ford a annoncé la démission effective et immédiate de Stan Cho de ses fonctions ministérielles.

Moins de 24 heures après que le gouvernement progressiste-conservateur ait annoncé son intention d’abolir la clause de remboursement pour « circonstances spéciales » qui a permis ces dépenses, l’annonce du ministre Cho est tombée.

Bien qu’il quitte ses fonctions ministérielles, Stan Cho conservera son siège de député provincial pour la circonscription torontoise de Willowdale.

« Il a reconnu son erreur et en a assumé la responsabilité », a simplement commenté le premier ministre Doug Ford.

Dans le même communiqué, le gouvernement a également annoncé le départ à la retraite du ministre du Sport, Neil Lumsden (Hamilton-Est-Stoney Creek), qui quittera le Cabinet et la vie politique le 4 août prochain. M. Ford a salué le travail de ce dernier, notamment dans la préparation de l’accueil de la Coupe du Monde de la FIFA à Toronto.

Une tentative pour esquiver les comptes, selon l’opposition

La réplique de l’opposition officielle ne s’est pas fait attendre. Pour la cheffe du NPD, Marit Stiles, cette démission soudaine n’est qu’une tentative d’étouffer l’affaire sans fournir d’explications sur les 16 000 $ de frais d’hôtel. « Ce ministre menait la grande vie, s’offrant des suites de luxe sur le dos des contribuables, et il essaie maintenant de fuir ses responsabilités parce qu’il s’est fait prendre la main dans le sac », a-t-elle exprimé.

« Ont-ils toujours la confiance du premier ministre? Il est temps d’avoir de vraies réponses », a-t-elle aussi questionné au sujet des députés Hardeep Grewal, Nina Tangri et Charmaine Williams, dont les notes de frais exorbitantes ont également été exposées.

Même son de cloche du côté du chef intérimaire du Parti libéral de l’Ontario, John Fraser, pour qui la polémique autour de Stan Cho n’est que « la pointe de l’iceberg ». Selon lui, cette affaire cache une culture d’abus bien plus profonde au sein du gouvernement. « L’histoire ne s’arrête pas aux chambres d’hôtel de Stan Cho. Il y a d’autres ministres, d’autres députés et d’autres scandales », a prévenu M. Fraser, exigeant que Doug Ford montre l’ensemble des reçus aux contribuables : « Qui était où, quand, et pourquoi? Le public mérite de savoir. »

Pour le chef du Parti vert, Mike Schreiner, ce départ est le symptôme d’un problème systémique généralisé. « Alors que les Ontariens ordinaires peinent à payer leur loyer ou leur épicerie, les membres du gouvernement Ford utilisent l’argent des contribuables pour financer leur propre train de vie », s’est insurgé le leader des Verts.

Ces derniers ont d’ailleurs tous deux pointé du doigt une responsabilité directe de Doug Ford relative à un sens du privilège « qui commence au sommet », rappelant notamment les récentes tentatives du premier ministre de faire l’acquisition d’un avion privé de luxe alors que la population écope. Pour l’opposition, le départ d’un seul ministre ne suffira pas à répondre à la question de la gestion des fonds publics à Queen’s Park.

La maison en pierre de l’hôpital Montfort désignée bien patrimonial

OTTAWA – Le Comité du patrimoine bâti et le Conseil municipal d’Ottawa ont officiellement approuvé la désignation patrimoniale de la maison située au 701 chemin de Montréal. Construite vers 1875 en pierre calcaire, cette bâtisse d’un étage et demi, l’un des sept derniers bâtiments en pierre du secteur, est intimement liée à l’histoire de l’Hôpital Montfort et à l’héritage francophone d’Ottawa.

Adjacente au campus de l’Hôpital Montfort, la propriété a d’abord été une maison de ferme dans l’ancien canton de Gloucester avant d’être acquise par les Filles de la Sagesse, la congrégation catholique qui a fondé l’hôpital St-Louis Marie de Montfort. 

De 1952 à 2025, le bâtiment a joué différents rôles majeurs dans le fonctionnement de l’établissement, servant de résidence pour les sœurs travaillant à l’hôpital, les élèves-infirmières, le clergé et le personnel hospitalier.

La décision municipale accorde une protection juridique au bâtiment, lequel répond à quatre des neufs critères de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario, interdisant ainsi toute démolition ou modification de sa structure extérieure sans permis préalable de la Ville.

Un hommage aux bâtisseuses francophones

Le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) a rapidement salué cette protection officielle, soulignant la portée symbolique du site pour l’Ontario français.

« Le Réseau du patrimoine franco-ontarien accueille très favorablement la désignation patrimoniale du bâtiment, situé au 701 chemin de Montréal. Cette maison n’est pas seulement un témoin architectural du XIXᵉ siècle : elle est intimement liée à l’œuvre des Filles de la Sagesse et à l’histoire de l’Hôpital Montfort, une institution fondamentale pour la communauté franco-ontarienne », exprime Jacynthe Dupont, directrice générale du RPFO.

Pour l’organisme, cette reconnaissance permet de mettre en lumière l’apport des pionnières de la santé en français. « La protection du patrimoine bâti permet de rendre visibles ces histoires, parfois méconnues, et d’en assurer la transmission aux générations futures », ajoute-t-elle.

Du côté de l’Hôpital Montfort, qui a récemment fait l’acquisition de la propriété, l’enthousiasme est partagé.

« Montfort accueille favorablement la décision du Conseil municipal d’entamer le processus de désignation patrimoniale. Cette maison de pierre est bien plus qu’un bâtiment; elle témoigne de nos origines », indique dans une déclaration écrite Martin Sauvé, directeur des communications de l’Hôpital Montfort.

Et d’ajouter : « C’est là que les Filles de la Sagesse se sont établies avant d’ouvrir l’Hôpital Saint-Louis-Marie-de-Montfort dans les années 50, aujourd’hui l’Hôpital Montfort. Reconnaître la valeur patrimoniale de ce lieu, c’est honorer leur héritage et celui de la communauté franco-ontarienne. »

L’Hôpital Montfort a récemment fait l’acquisition de la propriété patrimoniale du 701 chemin de Montréal en vue de ses futurs projets d’agrandissement. Photo : Inès Rebei/ONFR

Concilier patrimoine et expansion hospitalière

Alors que l’établissement de santé prépare l’avenir et le développement à long terme de ses installations sur ce terrain adjacent, la question de la cohabitation entre le bâtiment historique et les futures infrastructures médicales se posait.

Afin d’offrir la flexibilité nécessaire à l’hôpital tout en préservant la valeur culturelle du site, la Ville et l’établissement ont convenu d’aménagements spécifiques.

La désignation autorise notamment l’hôpital à intégrer la maison en pierre au sein d’une nouvelle construction ou à la déplacer dans le secteur immédiat du campus.

« Nous travaillons déjà en étroite collaboration avec la Ville d’Ottawa pour concilier la conservation de la valeur culturelle du site avec les besoins d’expansion de l’hôpital. Notre objectif est clair : préserver la mémoire de ce lieu tout en assurant que Montfort puisse continuer de grandir au service de sa communauté », précise M. Sauvé.

« Arriver à l’aréna avec le sourire » : la méthode Pascal Rhéaume pour relancer les Sceptres de Toronto

TORONTO – Nommé entraîneur-chef des Sceptres de Toronto au début du mois de juin, Pascal Rhéaume entame un nouveau chapitre de sa carrière dans le hockey féminin, après plusieurs années passées à développer des joueurs dans les rangs professionnels masculins. Pour le Québécois, l’objectif est clair : bâtir une culture où le plaisir, la communication et le développement individuel doivent mener les Sceptres jusqu’à la Coupe Walter.

Après 17 saisons en tant que joueur professionnel et une quinzaine d’années derrière un banc, Pascal Rhéaume estime avoir atteint une étape importante de son parcours en prenant les commandes des Sceptres de Toronto, une équipe qui avait atteint les demi-finales lors des deux premières saisons de la LPHF avant de manquer les séries en 2025-2026.

« C’était un gros but pour moi et c’est un privilège d’être l’entraîneur-chef d’une équipe de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF). On parle des meilleures joueuses au monde dans une ligue qui continue de grandir chaque année », confie-t-il en entrevue avec ONFR.

L’ancien attaquant, qui a disputé plus de 300 rencontres dans la Ligue américaine et une partie de sa carrière dans la LNH avant d’entreprendre une reconversion derrière le banc, occupait jusqu’ici le poste d’entraîneur adjoint des Islanders de Bridgeport, le club-école des Islanders de New York, dans la Ligue américaine de hockey. Il succède à Troy Ryan, parti relever un nouveau défi avec l’équipe d’expansion de San José.

Au-delà du prestige du poste, c’est surtout l’occasion de travailler quotidiennement avec l’élite du hockey féminin qui a convaincu Rhéaume. « Ce qui me motive, c’est de développer des joueuses au plus haut niveau. J’ai beaucoup travaillé individuellement avec les athlètes tout au long de ma carrière d’entraîneur, avant les entraînements, après les entraînements, avec des vidéos personnalisées. Aujourd’hui, je me sens prêt à relever ce défi comme entraîneur-chef. »

Développer avant tout

Si les Sceptres viseront naturellement le championnat, Rhéaume refuse que les résultats soient le seul indicateur de réussite. Le nouveau pilote torontois veut avant tout faire progresser chacune de ses joueuses.

« Notre but, c’est de gagner la Coupe Walter, mais aussi de développer nos athlètes. On veut qu’elles repartent meilleures qu’à leur arrivée. On veut construire quelque chose qui va durer plusieurs années. »

Pascal Rhéaume souhaite installer une identité de jeu fondée sur l’engagement collectif et une communication constante entre les membres du personnel et les joueuses. Photo : Heather Pollock/LPHF

Pour y parvenir, il s’appuiera sur son personnel d’entraîneurs avec lequel il veut des échanges ouverts pour faire évoluer ses idées au quotidien.

« Je veux qu’on prenne les décisions ensemble. J’amène des idées, mais le personnel est là pour les enrichir. Une équipe ne fonctionne jamais grâce à une seule personne. »

Le bien-être mental au cœur du projet

Au fil de l’entretien accordé à ONFR, un thème revient constamment : l’importance de l’humain. Rhéaume souhaite instaurer un environnement où les joueuses prennent plaisir à venir à l’aréna.

« Une de mes plus grandes valeurs, c’est que les joueuses aient envie de venir à l’aréna tous les matins. On peut avoir du plaisir, mais dès qu’on embarque sur la glace, c’est le temps de travailler fort. »

L’ancien joueur estime que le métier d’entraîneur a profondément évolué au cours des dernières décennies.

« Dans mon temps, on se faisait souvent crier après. Aujourd’hui, on comprend beaucoup mieux l’importance de la façon dont on parle aux athlètes. Le positif amène énormément de choses. Les joueuses sont ici parce qu’elles ont du talent. Notre rôle, c’est de leur donner confiance. »

Selon lui, la préparation mentale est devenue aussi importante que la préparation physique. « Quand une joueuse ne va pas bien, ce n’est pas toujours une question de hockey. Il peut y avoir la famille, le couple ou d’autres préoccupations. C’est important de savoir ce qui se passe et d’avoir une relation de confiance. Après, il y a aussi des spécialistes pour les accompagner lorsque c’est nécessaire. »

Poser les bases avant novembre

Même si le premier camp d’entraînement est encore à plusieurs mois, Pascal Rhéaume ne manque pas de travail. Entre les réunions régulières avec son personnel, la préparation des systèmes de jeu, les analyses vidéo et le suivi des joueuses durant l’été, les journées sont déjà bien remplies.

« Je suis devant mon ordinateur pratiquement tous les matins. On travaille déjà sur notre système de jeu, sur les vidéos qu’on présentera au camp et sur les aspects que les joueuses peuvent améliorer pendant l’été. Quand elles arriveront au camp, on veut que tout soit déjà bien préparé. »

Après un été consacré à bâtir son équipe d’entraîneurs et à préparer la saison, Pascal Rhéaume retrouvera ses joueuses sur la glace lors du camp d’entraînement d’avant saison à l’automne. Photo : Heather Pollock/LPHF

Le contexte de la prochaine saison ajoute toutefois un défi supplémentaire. Avec l’expansion de la LPHF et l’arrivée de nouvelles équipes, plusieurs effectifs seront profondément remodelés.

« On ne connaît pas encore toutes les autres équipes. Beaucoup de nouvelles joueuses arrivent dans la ligue. Notre priorité, c’est surtout de nous concentrer sur Toronto et sur ce qu’on peut contrôler. »

Une rivalité… familiale

L’objectif demeure évidemment de remporter la Coupe Walter, mais Rhéaume préfère parler d’un processus plutôt que de résultats immédiats. « On veut poser nos bases dès le début de la saison. Ce n’est pas parce qu’on commence avec dix ou douze victoires qu’on gagne nécessairement le championnat. Ce qui compte, c’est de progresser et d’être prêt au bon moment. »

Sa première saison pourrait également offrir un scénario particulier puisque Manon Rhéaume, sa soeur, a récemment été nommée directrice générale de la franchise d’expansion de Detroit. « On était des ennemis au repêchage, mais des frères et sœurs en même temps », lance-t-il en souriant.

Le Québécois imagine déjà les retrouvailles lorsque les deux équipes s’affronteront. « Ça va être une belle rivalité. Notre mère va sûrement vouloir que les deux gagnent. Mais après le match, si on peut aller souper ou prendre un verre ensemble, on va le faire. »

En attendant, Rhéaume espère surtout convaincre les amateurs torontois, et notamment la communauté francophone, de découvrir la ligue qui ne cesse de grandir depuis sa création en 2023.

« Venez l’essayer. C’est du très bon hockey, l’ambiance est excellente et je suis convaincu que les gens ne seront pas déçus. »

Queen’s Park réagit à l’urgence des feux : l’opposition dénonce une sous-préparation

TORONTO – Alors que près de 200 feux de forêt se propagent dans le Nord et que la qualité de l’air reste irrespirable jusque dans les centres urbains, Queen’s Park cherche l’appui du fédéral. Si Doug Ford affirme ne pas lésiner sur les dépenses contre les incendies, 271 millions en 2025, le Parti vert et le NPD accusent le gouvernement ontarien d’improvisation face à l’urgence, pointant du doigt un sous-budget chronique qui nuit à la préparation et à la prévention.

Alors que Toronto, siège de l’Assemblée législative de l’Ontario, est plongée sous un voile d’épaisses fumées, conséquence des incendies à plusieurs centaines de kilomètres de là, le gouvernement Ford a demandé au fédéral un déploiement de ressources supplémentaires – incluant des Forces armées canadiennes – pour appuyer les évacuations dans le Nord de l’Ontario.

« La situation évolue rapidement. Les résidents touchés doivent suivre les directives des autorités locales et respecter les ordres d’évacuation. La priorité absolue de notre gouvernement est d’assurer la sécurité de la population », a déclaré la ministre de la Protection civile et de l’Intervention en cas d’urgence, Jill Dunlop.

Lors d’une conférence de presse à Windsor, ce jeudi, Doug Ford a affirmé que « le gouvernement ne financera jamais à la baisse la réponse aux urgences des incendies ».

« Nous avons un budget de 150 millions, mais chaque année, nous dépensons bien plus. L’année dernière, nous avons dépensé 271 millions de dollars et nous ne lésinerons pas sur les moyens. »

Celui-ci a souligné qu’aucun décès n’était à déplorer, que 150 équipes de près de 50 aéronefs étaient déployées, avant d’ajouter que l’Ontario a besoin d’avions-citernes par le biais du gouvernement fédéral.

La sous-budgétisation mène à la sous-préparation, dit Mike Schreiner

Pour Mike Schreiner, le chef du Parti vert en entrevue avec ONFR, le gouvernement sous-finance sciemment le budget d’urgence et attend la crise pour réagir au lieu de la financer correctement dès le départ.

En 2025, le Parti dénonçait une coupe de 42 millions de dollars.

« On a assisté à une réduction de la part du budget consacré à la lutte contre les feux de forêt. Et ce, même si les scientifiques, les pompiers forestiers eux-mêmes, les experts en gestion des forêts disaient que cette saison risquait d’être particulièrement difficile », s’afflige M. Schreiner.

« En 2025, le gouvernement avait budgétisé 135 millions de dollars pour le fonds d’urgence de lutte contre les feux de forêt. Ils ont finalement dépensé 271 millions. Or, le budget de cette année n’affiche que 150 millions, c’est-à-dire plus de 120 millions de moins que ce qu’ils ont réellement dépensé l’année dernière! »

Mike Schreiner, chef du Parti vert de l’Ontario, en scrum média à Queen’s Park, le 23 mars 2026. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Selon lui, en ne fournissant pas ces ressources à l’avance et en se contentant de réagir après coup, les chances de réussite sont considérablement réduites.

M. Schreiner soutient que les pompiers forestiers sur le terrain ont besoin de cet argent dès le départ pour pouvoir se préparer, constituer des équipes complètes, correctement équipées et enfin avec des salaires équitables : « Actuellement, les pompiers forestiers ont tendance à être sous-payés, ce qui fait que nous perdons nos éléments les plus expérimentés, qui partent vers des emplois plus lucratifs ».

En plus d’avoir un plan d’urgence pleinement financé, basé sur données probantes et l’expérience de terrain des pompiers forestiers eux-mêmes, il défend la nécessité de miser sur les énergies renouvelables. « Nous savons que ces événements météorologiques extrêmes sont alimentés par la crise climatique, elle-même nourrie par les énergies fossiles ».

« Aujourd’hui, nous respirons tous un air toxique. Mon cœur est avec les communautés du Nord-Ouest de l’Ontario qui sont en cours d’évacuation, et avec ces pompiers et autres premiers répondants qui sont aux premières lignes pour assurer notre sécurité ».

Provincial et fédéral : appel du NPD à faire front commun pour l’évacuation des Premières Nations

Face à une situation dramatique avec les maisons de la Première Nation de Namaygoosisagagun (Collins) réduites en cendres, le chef adjoint du NPD, Sol Mamakwa, a exhorté jeudi le gouvernement Ford à déclarer formellement l’état d’urgence provincial. « Aujourd’hui, il ne s’agit pas de savoir à quel parti politique vous appartenez (…). Le Nord de l’Ontario brûle », a-t-il lancé, implorant Queen’s Park et Ottawa de faire front commun.

Appuyés par leurs collègues nord-ontariens Lise Vaugeois (Thunder Bay-Superior-Nord) et Guy Bourgouin (Mushkegowuk-James Bay), les néo-démocrates soutiennent la demande des Chefs de l’Ontario : faire sauter immédiatement les barrières juridictionnelles entre le provincial et le fédéral. L’objectif étant de coordonner sans délai les évacuations, le transport, l’hébergement et les soins de santé pour les communautés menacées par les quelque 200 brasiers actifs.

Le député Bourgouin a rappelé qu’il aura fallu « près de deux semaines à la province pour intervenir lors des inondations » en avril dernier et que le Nord ne pouvait se permettre un tel retard face aux flammes.

Un des feux de Sioux Lookout dans le Nord-Ouest de l’Ontario, le 12 juillet dernier. Photo : gracieuseté du ministère des Richesses naturelles

Un constat alarmiste partagé par Lise Vaugeois, qui prévient que malgré leurs efforts acharnés face à des incendies d’une vélocité inédite, les pompiers forestiers manquent cruellement d’effectifs et de ressources nécessaires pour freiner la catastrophe.

Deux jours plus tôt, celle-ci avait demandé au gouvernement Ford de renouveler les contrats à long terme pour les hélicoptères afin de lutter contre les feux de forêt.

« Sans ce contrat, le service doit louer des hélicoptères de manière ponctuelle, ce qui rend toute planification préalable impossible. En raison de la négligence de Ford, les pompiers forestiers sont toujours en train de courir après le temps. »

« En ce moment, deux bombardiers d’eau sont cloués au sol en raison d’un manque de pilotes. Nous devrions compter 200 équipes de pompiers, mais nous n’en avons peut-être que 150. Doug Ford et ses conservateurs doivent cesser de traiter le Nord comme une préoccupation secondaire et fournir l’aide nécessaire pour faire face à l’immensité des feux de forêt qui touchent les familles, les communautés et les Premières Nations dans tout le Nord », avait-elle décrié, par voie de communiqué.

Des centaines de milliers d’hectares partent en fumée dans le Nord

Le ministère des Richesses naturelles (MRN) compte actuellement 177 feux actifs dans la province. Quinze communautés ont été évacuées. Même si la province continue de déployer des moyens conséquents pour atténuer la situation, l’ampleur des brasiers et la mauvaise qualité de l’air inquiètent de nombreuses communautés. Entre routes fermées, interdiction de brûler et retour du port du masque, on vous donne une idée générale de la situation.

Des feux de forêt ont brûlé et continuent ce jeudi de brûler des centaines de milliers d’hectares dans le Nord, particulièrement autour de Thunder Bay et Dryden où plusieurs feux se sont rejoints, formant depuis mercredi un seul grand feu qui, au total, a brûlé plus de 350 000 hectares, confirme le ministère.

Depuis le mercredi, une zone de restriction des feux (ZRF) est en vigueur dans toute la région du Nord-Ouest, ainsi qu’une partie du Nord-Est. « La ZRF a pour but de réduire le nombre de feux de forêt de cause humaine et ainsi limiter la demande des ressources d’intervention aux feux », affirme Isabelle Chenard, spécialiste des communications et des relations médias du ministère.

En raison de la proximité des flammes, plusieurs axes routiers de la région sont fermés, notamment les routes 527 et 599.

Plus tôt en juin, un important brasier du côté de Timmins dans le Nord-Est avait réduit en cendres plus de 3000 hectares. La situation s’était calmée, mais depuis le début du mois de juillet, de nouveaux feux ont pris le dessus, forçant le ministère des Ressources naturelles à déployer un large personnel de pompiers forestiers. « Plusieurs feux ont vu une augmentation de leur superficie au cours des dernières 24 heures en raison d’une hausse continue des températures et des conditions venteuses dans le Nord-Ouest », ajoute-t-elle.

Du renfort hors-province

« L’Ontario a 156 équipes de feu d’un bout à l’autre de la province. Plusieurs de ces équipes interviennent présentement sur les feux actifs, alors que d’autres sont prêts à intervenir à de nouveaux feux. Deux équipes de gestion des incidents sont déployées dans la région Nord-Ouest ».

Malgré les efforts fournis, le ministère souhaite mieux s’armer face à la menace grandissante des feux, quitte à chercher ailleurs. La province a récemment demandé un appui par le biais du Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC) pour regrouper plus de personnel et d’équipement provenant de l’extérieur de l’Ontario.

« À cette heure, du renfort de l’Alberta et du Yukon sont en processus de déploiement vers le Nord-Ouest ontarien. Ceci inclut des avions, hélicoptères, de l’équipement et du personnel en vue des opérations de gestion et d’intervention aux feux de forêt », soutient la spécialiste des communications.

Évacuations et qualité de l’air compromise

De nombreuses Première Nations ont dû évacuer leurs territoires comme la Première Nation de Kasabonika Lake, début juillet. Cette mesure préventive avait notamment ciblé les résidents vulnérables à Toronto. Dans la nuit du 14 juillet, les Premières Nations de Whitesand ont également été évacuées, suivies par celles du Lac des Mille Lacs et de Collins, toutes situées dans le Nord-Ouest.

Cela fait quelques jours que les feux de forêt affectent la qualité de l’air du Nord au Sud de la province. La semaine dernière, des résidents de Kapuskasing, Timmins, et Kirkland Lake se plaignaient d’une forte odeur de fumée ainsi que d’un ciel brumeux, explique Evan Lizotte, spécialiste des relations publiques et des communications au MRN.

Désormais, la fumée continue d’impacter d’autres municipalités. C’est le cas pour Sudbury. Ce mercredi, les résidents de la ville du Nickel ont souffert d’une qualité de l’air à haut risque, selon Qualité de l’air Ontario. Présentement, ce sont les villes de Thunder Bay et de Sault Ste. Marie qui font face à ce défi de santé publique. Dans son rapport en temps réel, Environnement Canada indique que la qualité de l’air est considérée dangereuse pour ses résidents, en particulier les personnes âgées et les enfants.

En dehors du Nord, ces feux ont aussi pollué l’air à Toronto. Hier, la métropole a obtenu le pire indice de qualité de l’air au monde. Aujourd’hui, la ville publie un communiqué invitant la population à limiter ses déplacements à l’extérieur et à porter un masque si la situation l’exige. De nombreux événements extérieurs sont annulés, reprogrammés, ou encore relocalisés dans un espace intérieur.

Daniel Stevens : croire au potentiel des jeunes de Nipissing

Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici

Daniel Stevens est le directeur de l’éducation à l’école de la Première Nation de Nipissing. Après une riche carrière d’enseignant dans le réseau public ontarien, il a choisi de poursuivre son chemin au sein d’un établissement qui repense l’éducation et encadre les jeunes différemment. Pour lui, l’école doit avant tout être un lieu où l’on transmet de belles valeurs et où l’on croit profondément au potentiel de chaque élève.

Son approche humaniste ne vient pas seulement de ses années en classe, mais aussi de son vécu personnel. Père de trois enfants, dont l’un vit avec des défis importants, Daniel puise dans son quotidien de précieuses leçons de vie. Ce rôle de parent a forgé sa résilience, sa patience et son empathie, des qualités qu’il transpose chaque jour dans son travail de gestionnaire scolaire. Un témoignage inspirant sur l’importance de l’inclusion, de la bienveillance et de la persévérance.

Un bilan record de fréquentation pour le Sentier Prescott-Russell

ALFRED ET PLANTAGENET — Présenté mardi soir devant le conseil municipal local, le bilan annuel du Sentier récréatif Prescott-Russell dresse le portrait d’une année 2025 exceptionnelle. L’organisme, qui souffle ses 20 bougies, a franchi un sommet historique d’achalandage malgré les secousses financières causées par une météo extrême. 

« C’est notre meilleure année à ce jour », confirme d’emblée le directeur général du sentier, Éric Collard. Plus de 120 000 passages ont été comptabilisés l’an dernier sur l’ensemble du réseau de 72 kilomètres, marquant une hausse à deux chiffres comparativement à 2024. 

« C’est un sentier sécuritaire et dédié. Les cyclistes, surtout ceux qui font de la longue randonnée, aiment ça parce qu’ils n’ont pas peur de se faire frapper par une auto. Dans la section rurale, c’est le fun : vous avez de l’air frais, des champs, des arbres et parfois même des animaux ou des vaches. C’est beaucoup plus agréable que de rouler sur le bord d’une autoroute », explique-t-il.

Pour arriver à mesurer ces données, l’organisme a complètement modernisé sa méthodologie. Auparavant, le calcul reposait sur de simples compteurs physiques fixes installés à seulement deux pavillons. Désormais, il utilise un logiciel d’analyse spatiale qui capte et comptabilise anonymement les signaux des téléphones cellulaires présents sur la piste.

« Ça nous donne une meilleure approximation des visites », souligne M. Collard, précisant que cette technologie permet de mieux évaluer les trajets continus et la provenance exacte des visiteurs.

Le créneau francophone attire la clientèle québécoise

Raccordé au réseau du Sentier transcanadien depuis trois ans, le réseau s’impose comme un moteur économique majeur pour la région, attirant des usagers en provenance de l’Ouest canadien, des États-Unis, d’Ottawa et de Montréal, mais aussi une forte proportion de Québécois.

« Il y a beaucoup de monde, notamment quand je vais au Québec faire des présentations, qui ne sait pas que Prescott-Russell est une région très francophone. Les Québécois aiment vraiment venir ici pour parler français, avoir des services en français et vivre la culture canadienne-française », soulève M. Collard.

L’organisme fonde d’ailleurs de grands espoirs sur le rapport de Destination Canada publié en décembre 2025, une étude d’un quart de million de dollars à laquelle il a participé, visant à faire du corridor Prescott-Russell/Montérégie une destination cyclotouristique reconnue mondialement.

Le directeur général Éric Collard se réjouit de l’essor du Sentier Prescott-Russell, dont la portée numérique s’envole avec plus de 18 000 visiteurs web et 2800 abonnés Facebook. Photo : Gracieuseté d’Éric Collard

Gros chantiers à Alfred-Plantagenet et Bourget

Pour soutenir cette expansion, l’organisme indique avoir investi plus de 1 million de dollars dans l’amélioration de ses infrastructures au cours des quatre dernières années.

Actuellement, le grand chantier de l’été se déroule précisément dans le canton d’Alfred et Plantagenet : la réfection du pont de Plantagenet. 

Cette structure imposante de 320 pieds (qui soutenait autrefois les trains dans les années 1970) voit son tablier entièrement resurfacé en bois de pruche sur mesure. Les travaux, menés en partenariat avec le club de motoneige local et le Sentier transcanadien, doivent se terminer d’ici la fin août.

Autre projet phare : la gare historique de Bourget (datant de 1890), dont la réouverture est prévue en 2026. 

« Ça va être notre premier attrait direct sur le sentier. En ce moment, on a plusieurs attraits dans la région, mais il faut sortir du sentier pour aller les voir. Ça va être le fun de pouvoir s’arrêter directement sur le sentier, ou juste à côté, on parle de 10 pieds du sentier, pour prendre un café, un sandwich, une bière, une crème glacée ou aller aux toilettes. Ça va vraiment pouvoir attirer plus de monde pour une marche, du vélo et même l’hiver pour la motoneige. » 

La facture salée de la météo extrême

Ce bilan positif est toutefois assombri par la multiplication des événements météorologiques violents qui s’enchaînent sans répit depuis quatre ans.

L’organisme dit subir un véritable contrecoup climatique : après les ravages du derecho de 2022 qui a terrassé des centaines d’arbres, la tempête de verglas de 2023 et le passage d’une quasi-tornade en 2024, c’est une sécheresse historique qui aurait frappé le secteur en 2025.

Celui qui est en poste depuis quatre ans explique que sur certains tronçons, notamment du côté d’Alfred et Plantagenet où le couvert forestier est plus clairsemé en bordure de piste, le sol s’est complètement asséché. Cette déshydratation extrême de la terre a provoqué d’importantes et profondes crevasses sur la surface du sentier.

« Ça fait quatre ans qu’on a des événements climatiques qui ne nous aident pas », a déploré Éric Collard. Les seuls travaux de colmatage et de réparation de ces crevasses ont entraîné une facture de plus de 10 000 dollars l’an dernier, une somme estimée colossale pour le budget restreint de cet OSBL. 

L’équipe espère un répit météorologique cet été pour réussir à rattraper son retard dans l’entretien général de ses 72 kilomètres d’infrastructures.

L’ombre du projet Alto

En plus des aléas climatiques, l’équipe du sentier scrute avec anxiété l’évolution du projet de train à grande fréquence (TGF) Alto. 

Le corridor récréatif de 72 km se trouve intégralement dans la bande d’étude de 10 kilomètres ciblée par les promoteurs du tracé.

« La pire chose, c’est qu’on a plein de questions, mais pas beaucoup de réponses », déplore le directeur général. Est-ce qu’on va être affectés de manière minime ou majeure? Ça se peut qu’on perde tout le sentier. »

 Les prochaines annonces d’Alto concernant le tracé exact sont attendues à l’automne 2026.

Il y a 100 ans naissait l’Association canadienne-française de l’Alberta

EDMONTON – Il y a 100 ans, jour pour jour, le 15 juillet 1926, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) tenait son congrès fondateur à Edmonton. L’organisme porte-parole des Franco-Albertains, qui a traversé un siècle de combats en milieu minoritaire, poursuit des célébrations durant toute l’année, avant la sortie en mars prochain d’un livre qui relate son histoire.

Quand elle longe le mur des portraits des différents présidents qui se sont succédé à la tête de l’ACFA, dans le couloir qui mène à son bureau, l’actuelle directrice générale Isabelle Laurin mesure toute l’histoire à la suite de laquelle elle œuvre tous les jours pour développer de nouveaux projets.

« Notre équipe se sent privilégiée de faire partie de cette année spéciale. On prend ça très humblement avec beaucoup de respect vis-à-vis du travail réalisé jusqu’ici avant nous, mais aussi en voulant propulser la francophonie dans le prochain centenaire, en mettant en place des bases solides. »

Petitclerc, Pilon, Moreau, Durocher, Lalonde, Arès, Johnson… Les noms et visages des bâtisseurs défilent sur la façade. Le tout premier président était un certain Dr Joseph-Etienne Amyot, un nom qui nous fait faire un bond de géant dans le temps.

L’idée même de création de l’ACFA est née le 13 décembre 1925 lorsque des francophones, réunis à l’hôtel McDonald’s d’Edmonton, ont convenu de peser d’une seule voix, face à l’étiolement du français, une langue malmenée notamment en éducation puisque l’usage du français n’était autorisé qu’en première et deuxième année et pour une durée maximale d’une heure par jour.

Parmi eux se trouvaient Les Chevaliers de Colomb et le Cercle Jeanne d’Arc qui ont poussé à la mise sur pied d’un comité provisoire chargé de préparer un congrès de fondation.

Isabelle Laurin, directrice générale de l’ACFA. Denis Perreaux, directeur de la Société historique francophone de l’Alberta. Valérie Lapointe Gagnon, historienne et professeure au Campus Saint-Jean. Photos : ACFA, Xavier Archambault et ONFR

Centraliser les revendications

« La communauté s’est organisée pour ne pas perdre davantage de terrain autour du dossier de l’éducation », décrypte Denis Perreaux, directeur général de la Société historique francophone de l’Alberta. Là où, avant, on passait par les paroisses, la Société Saint-Jean-Baptiste ou l’Alliance nationale, on a établi que ça prenait quelque chose au niveau provincial. On a imaginé à partir de là un réel organisme ancré en Alberta qui centralise un peu plus les revendications. »

Six mois plus tard, le premier congrès de l’association entérinait ses statuts, lui conférant le champ d’action qu’on lui connait aujourd’hui. Toutefois, entre finances précaires et communication balbutiante dans une période médiatique précaire, les premières années n’ont pas été un long fleuve tranquille.

La création de La Survivance, précurseur du journal Le Franco, comblera le vide de l’information en français alors que, jusque dans les années 1970 — et avant que n’émergent des organismes spécialisés : jeunesse, parents, aînés, culture, santé —, pratiquement toute la vie communautaire passait par l’ACFA.

« C’est une culture politique tellement particulière en Alberta pour les francophones, dresse Valérie Lapointe Gagnon, historienne et professeure au Campus Saint-Jean. Il y a toute une identité qui s’est construite à l’encontre du bilinguisme, alors avoir comme interlocuteur un organisme qui défend la francophonie et le bilinguisme officiel n’a pas toujours été bien vu par le gouvernement. »

L’ACFA s’est notamment engagée en faveur du non dans les débats constitutionnels des années 1980-1990, au moment des discussions entourant le rapatriement de la Constitution, à un moment où les communautés francophones hors Québec cherchaient à faire reconnaitre leurs droits.

Au cours de ses récentes recherches en vue d’écrire un livre sur l’histoire de l’ACFA (à paraître l’année prochaine), l’historienne évoque une anecdote : « On a retrouvé un texte intéressant sur un pot de cornichons remis par le président de l’organisme à Joe Clark, alors ministre chargé des Affaires constitutionnelles, signifiant que les francophones n’étaient pas des conserves à préserver. »

Dans les années qui ont suivi, des combats, il y en a eu dans tous les secteurs de la société jusqu’à nos jours, où la santé et l’immigration occupent désormais une grande place. La francophonie s’est en effet considérablement étoffée et diversifiée, suscitant de nouveaux besoins.

Après le boom pétrolier des années 1970 et l’immigration des années 1990, « l’ACFA a construit l’avion en plein vol, s’est adaptée à une communauté en augmentation et en pleine transformation », résume M. Perreaux.

Une influence au-delà de l’Alberta

« Ce centenaire de l’ACFA nous fait prendre pleinement conscience de la grandeur de la communauté francophone de l’Alberta et de la place qu’elle occupe dans le devenir de notre pays tout entier. Ça nous rappelle que tout est possible », mesure Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

« De grandes idées comme celle de moderniser la Loi sur les langues officielles sont venues de l’ACFA qui, pour nous, est un partenaire privilégié et incontournable. L’an dernier, elle nous a suggéré de travailler sur le service national d’alerte, un dossier prioritaire sur lequel nous avons planché ensemble pour apporter une solution aux problèmes des messages d’urgence unilingues. »

Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). Photo : Archives ONFR

Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, souligne lui aussi l’écho hors frontière de cette organisation qui « crée des espaces, les nourrit, rassemble les forces de sa communauté et porte ses priorités avec constance auprès des gouvernements. »

« Ce qui distingue l’ACFA, c’est sa capacité à faire circuler ses idées, ses pratiques et son expérience au-delà de sa province. Par les approches qu’elle développe et par la qualité de sa contribution aux échanges pancanadiens, elle influence aussi ses pairs et enrichit l’ensemble du réseau francophone. C’est une organisation qui ne se contente pas d’occuper sa place : elle contribue activement à faire avancer les réflexions collectives. »

Et en cette année de la francophonie albertaine proclamée par le gouvernement, réflexions et célébrations continuent d’ailleurs de s’enchainer ce mercredi, à Edmonton d’abord, avec une célébration à la cité francophone, samedi ensuite, à Calgary, pour voir le match Stampeters de Calgary et les Alouettes de Montréal.

« On va clôturer avec le 100e congrès annuel de la francophonie albertaine au Edmonton Expos Center les 16 et 17 octobre prochains, durant lequel sera dévoilée une exposition intitulée Mosaïque de la francophonie albertaine, indique Mme Laurin. On aura aussi une foire aux services en français comme on ne l’a pas eue depuis longtemps. Ce sera une occasion d’inviter la population à venir les découvrir, avec des spectacles gratuits en continu sur une scène. »

120 000 $ de frais d’hôtel plus tard, le gouvernement veut éliminer la clause de remboursement

TORONTO – Suite à des notes de frais de plus de 120 000 dollars pour des hôtels à Toronto du ministre Stan Cho et d’une quinzaine de députés progressistes-conservateurs, le gouvernement Ford propose d’éliminer le remboursement des frais d’hébergement pour « circonstances spéciales » pour les députés locaux. La cheffe de l’opposition officielle a confirmé qu’elle approuverait la motion, mais exige que le Parti tienne ses députés pour responsables.

Suite à la polémique des frais d’hôtel, Steve Clark, le leader parlementaire du gouvernement a envoyé une lettre officielle ce matin à la présidente de la Chambre pour demander l’élimination de l’indemnité pour « circonstances spéciales » (celle-là même qui permettait aux députés locaux de se faire rembourser l’hôtel à Toronto).

Le gouvernement tente ce mercredi d’obtenir un accord rapide avec les partis d’opposition, sans quoi il déposera formellement une motion lors de la prochaine réunion de la Commission de régie interne, l’organisme qui gère le budget et les dépenses de l’Assemblée législative) pour forcer le changement.

La règle était jusqu’à présent que les députés qui vivent à plus de 50 km de Queen’s Park peuvent être remboursés pour des frais d’hébergement dans le cadre des sessions parlementaires auxquelles ils assistent, mais pour les autres, cet aménagement ne concerne que des cas de conditions météorologiques extrêmes.

Or, après la grogne de l’opposition sur plus de 16 000 dollars de frais d’hôtel soumis par le ministre du Tourisme, de la Culture et des Jeux, Stan Cho, le média Trillium a également révélé qu’une quinzaine d’autres députés du caucus progressiste-conservateur s’étaient accordé de similaires largesses au cours des dernières années par le biais de la clause de « circonstances spéciales ou exceptionnelles » pour un montant combiné de 107 118 $.

Parmi eux, quatre ministres — qui ont accès à une voiture et un chauffeur payés par la province — et des adjoints parlementaires ont accumulé des milliers de dollars en séjour à l’hôtel.

Le plus dépensier du groupe est le député de Brampton-Est, Hardeep Grewal, qui a facturé pas moins de 28 008 dollars aux contribuables depuis 2022, alors que sa circonscription se trouve à seulement une quarantaine de kilomètres de Queen’s Park.

La ministre associée aux Petites Entreprises, Nina Tangri (Mississauga-Streetsville), le suit de près avec une facture de 18 976 dollars sur trois ans pour des séjours dans la Ville Reine. Charmaine Williams, députée de Brampton-Centre et ministre déléguée aux opportunités sociales et économiques pour les femmes, a facturé 15 865 $, elle aussi pour des séjours à Toronto au cours des trois dernières années.

L’opposition réclame un remboursement total de la part des députés

Marit Stiles en conférence de presse suivant l’envoi de la lettre du leader parlementaire du gouvernement Steve Clark. Photo : capture Studio média de l’Assemblée législative de l’Ontario

En conférence de presse, la cheffe du NPD Marit Stiles, qui a qualifié ces notes de frais d’outrageuses, a exigé les détails et reçus expliquant les raisons des circonstances de ces facturations dans des « hôtels de luxe », mais également un remboursement immédiat de la totalité des frais pour « ce mauvais usage de l’argent du contribuable ».

« Le député Hardeep Grewal, de Brampton East, a facturé aux contribuables près de 30 000 $ pour des séjours à l’hôtel », s’est-elle offusquée avant de questionner : « Comment dépensez-vous 6000 dollars en un mois en hôtel », au sujet du ministre Stan Cho.

« Il (Steve Clark) peut changer cette politique comme il le veut, mais ça ne changera pas le fait que ces députés ont choisi de l’utiliser à mauvais escient. Voilà un comportement qui devient la norme sous l’égide de ce gouvernement (…) le problème n’était pas la règle, c’est l’abus à la règle. »

Le NPD a créé une facture ironique distribuée aux journalistes, listant les 120 000 $ de frais d’hôtel engagés par des députés progressistes-conservateurs de la région du Grand Toronto, avec la mention « payés par vous ». Photo : gracieuseté du NPD de l’Ontario

Stiles a confirmé qu’elle appuierait la motion proposée, avant de préciser que les députés néo-démocrates n’utilisaient pas cette clause d’indemnisation, ajoutant que la seule raison pour laquelle le gouvernement émettait un tel changement, « c’est parce qu’ils ont été pris la main dans le sac ».

Dans une lettre envoyée à Steve Clark, la députée libérale Stephanie Bowman (Don Valley-Ouest) a exigé que la future motion ne se limite pas à abolir la règle, mais qu’elle force le remboursement complet de toutes les sommes réclamées par les députés vivant à moins de 50 km de Queen’s Park depuis 2022.

Mme Bowman réclame également la divulgation publique de toutes les dates, des lieux et des raisons précises derrière chaque séjour à l’hôtel, ainsi qu’un examen indépendant de ces réclamations. Elle demande que ces propositions soient formellement ajoutées à l’ordre du jour d’une prochaine réunion de la Commission de régie interne.

« Doug Ford et ses députés perdent toute mesure lorsqu’il s’agit de dépenser notre argent pour leurs jets privés et leurs hôtels », a déclaré Mike Schreiner, le chef du Parti vert, par voie de communiqué.

« Les Verts de l’Ontario demandent à ce gouvernement de revoir ses priorités, de mettre fin au gaspillage des fonds publics et de commencer à utiliser l’argent de nos impôts pour améliorer la vie quotidienne des citoyens. »

Commerce interprovincial : sept PME sur dix ne constatent aucune amélioration, selon une étude

OTTAWA – Plus d’un an après l’entrée en vigueur de la Loi sur l’unité de l’économie canadienne, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) constate que les réformes prévues ne se traduisent pas encore par des changements concrets sur le terrain. L’organisation, qui publie ce mercredi la mise à jour de son rapport sur le commerce intérieur, indique que les barrières réglementaires des provinces continuent de compliquer les activités des entrepreneurs.

« Les choses s’améliorent sur papier, mais pas nécessairement en pratique », résume le vice-président aux affaires nationales de la FCEI, Jasmin Guénette. 

Ce constat s’appuie sur le plus récent sondage de l’organisation, qui souligne que sept PME sur dix interrogées n’ont observé aucune amélioration notable dans leurs activités commerciales quotidiennes au cours de la dernière année.

En plus de cette stagnation, un peu plus de 15 % des 1084 propriétaires de PME sondés rapportent que la situation s’est détériorée, rendant leurs échanges interprovinciaux plus complexes qu’auparavant.

Pour le Franco-Ottavien, ces données indiquent que si le gouvernement fédéral a supprimé ses propres barrières, les blocages persistent au niveau provincial, où les réformes peinent à se traduire en gains concrets pour les entreprises. 

Le suivi des ententes réglementaires

Un élan politique s’était pourtant manifesté à la suite de la signature, en novembre dernier, de l’Accord canadien de reconnaissance mutuelle sur la vente de produits par les provinces et les territoires.

Pourtant, sur le terrain, les barrières persistent et leur impact économique serait massif : des données partagées au récent Forum franco-ontarien des affaires évaluent le manque à gagner à 7 % du PIB national, représentant environ 210 milliards de dollars.

Huit mois plus tard, la fédération observe une lenteur dans la mise en œuvre, constatant que plusieurs provinces privilégient de longs processus d’harmonisation ou cherchent des exceptions réglementaires plutôt que d’appliquer pleinement le principe de reconnaissance mutuelle. 

« On a eu un momentum important l’année passée et au début de cette année au niveau de la rhétorique. L’ensemble des élus à travers le pays ont reconnu qu’il fallait améliorer le commerce interprovincial, mais on a encore de la difficulté à passer de la parole aux actes », mentionne M. Guénette.

La FCEI rappelle sa position : si un produit est fabriqué légalement et respecte les normes de sécurité d’une province, il devrait pouvoir être vendu dans l’ensemble du pays sans formalités administratives supplémentaires.

Un casse-tête quotidien pour les entrepreneurs locaux

Pour les propriétaires de PME sur le terrain, cette inertie n’a rien d’abstrait. Fondée à Ottawa il y a 15 mois, la jeune entreprise Twish Cart gère une plateforme technologique de groupes d’achat permettant aux familles de mutualiser leurs commandes individuelles en volume afin de négocier de meilleurs prix auprès de producteurs et fournisseurs locaux.

Sa fondatrice, El Gibbor Djiki, constate au quotidien la rigidité de la frontière entre l’Ontario et le Québec, pourtant séparés de quelques centaines de mètres seulement dans la région de la capitale nationale.

« On a très souvent des difficultés à servir des clients de Gatineau ou du Québec en produits alimentaires », explique Mme Djiki. « Par exemple, pour la viande, il y a des opportunités d’accessibilité en matière de coût où le produit est moins cher ici en Ontario qu’au Québec. Mais une ferme partenaire ontarienne ne peut pas livrer au Québec sans un permis provincial spécial qui l’autorise à y vendre ses produits. »

El Gibbor Djiki, fondatrice de la PME ottavienne Twish Cart, déplore les barrières réglementaires entre l’Ontario et le Québec qui compliquent l’approvisionnement agroalimentaire de son entreprise. Gracieuseté de El Gibbor Djiki

Ces restrictions engendrent des pertes financières directes, alourdissent la charge de travail et rallongent les délais de livraison pour la PME ottavienne.

« Si nos fermes partenaires du Québec n’ont pas un volume suffisant et qu’on doit se tourner vers l’Ontario, on perd parfois la commande à cause de cette limite administrative. Ça nous enlève toute marge de négociation avec nos fournisseurs parce qu’on se retrouve pris à la gorge, et ce n’est pas rentable du tout », déplore l’entrepreneure qui indique avoir fait face à des blocages réglementaires similaires pour des commandes d’alcool destinées à des restaurateurs.

Lorsqu’on l’interroge sur l’effet de la Loi sur l’unité de l’économie canadienne adoptée l’an dernier, le constat de Mme Djiki est sans appel : « Je ne savais même pas qu’il y avait cette loi. Rien n’a changé sur le terrain. C’est toujours la même chose. »

Des disparités du vin aux produits alimentaires

Pour illustrer la situation des entreprises, Jasmin Guénette évoque des barrières réglementaires persistantes qui touchent la fiscalité, les permis, le transport ou les exigences de certification, notamment dans le secteur des boissons alcoolisées. 

« Aujourd’hui, je suis à mon bureau d’Ottawa. Je peux prendre ma voiture, m’en aller à la LCBO en Ontario, puis revenir chez moi à Gatineau avec une bouteille de vin, aucun problème. Mais de chez moi en ligne, je ne peux pas la commander », indique-t-il, au sujet des restrictions sur la vente directe aux consommateurs d’une province à l’autre. 

« Je peux prendre mon jet privé, me rendre dans la vallée d’Okanagan, m’acheter trois caisses de vin et revenir chez moi avec elles sans problème, mais de mon salon en ligne, je ne peux pas les commander »
—  Jasmin Guénette

Jasmin Guénette cite également le secteur agroalimentaire en termes de règles comparables.  Selon l’organisation, des produits préparés au Québec contenant de la viande inspectée à l’échelle provinciale ne peuvent pas être commercialisés en Ontario, à moins d’avoir obtenu une certification d’inspection fédérale. 

Parallèle avec les ententes internationales

Cette situation sur le marché intérieur coïncide avec des démarches entreprises par l’Ontario à l’échelle internationale. Le gouvernement de Doug Ford a récemment conclu une dizaine d’accords économiques bilatéraux avec des États américains, comme l’Utah ou la Caroline du Sud.

Un contraste qui se reflète jusque dans les opérations commerciales de Twish Cart. Après avoir participé à une mission commerciale organisée à Détroit par le ministère de l’Agriculture de l’Ontario, la PME prépare sa première commande importante de friandises en provenance des États-Unis.

« De ce côté-là, les choses avancent plutôt bien », remarque El Gibbor Djiki, qui explore désormais d’autres marchés provinciaux perçus comme plus souples, comme le Nouveau-Brunswick ou l’Alberta.

Interrogé sur cette dynamique internationale parfois plus fluide que le marché national, Jasmin Guénette nuance la situation.

« C’est pas parce qu’on améliore les barrières au commerce canadien que soudainement on va se concentrer seulement sur le commerce interprovincial », explique-t-il. « Il faut continuer à faire du commerce avec les États-Unis et avec les autres pays. »

Le vice-président aux affaires nationales de la FCEI insiste toutefois sur la nécessité de mener les deux fronts de concert. « L’un n’empêche pas l’autre. Si le gouvernement de l’Ontario signe des ententes avec des États, c’est tant mieux pour la province. Mais en même temps, il faut faire tomber les barrières qui restent entre l’Ontario et les autres provinces. Si on fait ça, on va juste améliorer notre économie. »

La question de la mobilité de la main-d’œuvre

Au-delà des marchandises, la FCEI souligne que des obstacles nuisent également à la circulation des travailleurs. 

Qu’il s’agisse des métiers de la construction ou de professions réglementées comme les infirmières et les dentistes, les exigences de certification d’une province à l’autre ralentiraient la mobilité de la main-d’œuvre sur le marché du travail.

Selon la FCEI, la protection des monopoles provinciaux ou des revenus fiscaux explique une partie de la frilosité des gouvernements. 

La mise à jour de la grille d’analyse de la FCEI vient évaluer la situation en attribuant une note administrative à chaque province en fonction de ses critères d’ouverture commerciale.

Le ministre Stan Cho sous le feu des critiques pour 16 000 $ de frais d’hôtel à Toronto

TORONTO – Le ministre du Tourisme, de la Culture et des Jeux, Stan Cho s’est fait fustiger par les partis d’opposition à Queen’s Park pour des frais d’hôtel à Toronto « payés par les contribuables » et jugés exorbitants pour un élu qui n’habiterait qu’à 5,9 km de l’édifice législatif.

Selon les documents publics de divulgation des dépenses de l’Assemblée législative de l’Ontario, analysés et révélés par Global News, en trois ans, le ministre du Tourisme, de la Culture et des Jeux, Stan Cho, a engendré des frais de 16 203 dollars à l’Assemblée législative de l’Ontario pour son hébergement à Toronto.

Il a en effet facturé 1431 dollars en 2023-2024, 3081 en 2024-2025, et enfin 11 691 pour 2025-2026, soit ce cumul de 16 203 en trois ans.

À moins d’habiter à plus de 50 km de Queen’s Park, ce type d’hébergement n’est accessible aux députés de la région de Toronto que dans des « circonstances spéciales ou exceptionnelles », telles que des conditions météorologiques extrêmes.

Or M. Cho habite dans la circonscription de Willowdale qu’il représente, à 5,9km de l’Assemblée législative de l’Ontario, selon les registres fonciers accessibles au public utilisés par Global News.

En outre, l’élu a accès à un véhicule et à un chauffeur payés par l’État.

Ces dépenses et considérations lui ont attiré les foudres des partis d’opposition.

« Le ministre peut se rendre de Willowdale à Queen’s Park sans même avoir à changer de ligne de métro. Il dispose en plus d’une voiture et d’un chauffeur payés par les contribuables. Rien ne justifie qu’il ait besoin de 16 000 $ de séjours dans des hôtels de luxe du centre-ville », a fustigé par communiqué Marit Stiles, la cheffe néo-démocrate.

Selon celle-ci, pour qui « il s’agit d’un abus flagrant de l’argent des contribuables », « Doug Ford doit s’en expliquer et s’assurer que le ministre rembourse jusqu’au dernier centime ».

Le chef intérimaire du Parti libéral de l’Ontario, John Fraser, a, entre autres, déclaré que « les fonds publics ne sont pas la tirelire personnelle des progressistes-conservateurs. Chaque dollar dépensé appartient aux contribuables de l’Ontario, mais ils semblent tous penser que cet argent sert à payer des jets privés et des hôtels chics. »

« Pourquoi ces réclamations de remboursement ont-elles été soumises en premier lieu? », a-t-il questionné.

M. Fraser a également exigé la divulgation des détails qui ne sont pas accessibles dans les documents publics, tels que le nombre de nuitées d’hôtels facturées. « Combien d’argent sera réellement remboursé? Le ministre sera-t-il autorisé à conserver son poste après ce scandale? »

Dans une déclaration envoyée par son bureau, le ministre Stan Cho a assuré que : « Bien que ces dépenses répondent aux critères relatifs aux circonstances particulières énoncés dans le Guide législatif sur les dépenses des députés, je rembourserai personnellement à l’Assemblée la totalité du montant des dépenses engagées. »

Le combat des Camerounais de Sudbury pour hisser leur drapeau sur le Pont des nations

SUDBURY – Depuis sa création en 2023, l’Association ethnoculturelle des Camerounais du Grand Sudbury (AECGS) parle de hisser son drapeau sur le Pont des Nations. Cette année, elle se donne l’objectif de concrétiser cette vision. Seulement, avant de procéder, la Ville de Sudbury exige des frais d’installation de drapeaux, un montant de minimum 18 000 dollars. Entre espoir et réalisme, voici comment cette association, âgée de quelques années, compte récolter cette somme, coûte que coûte.

« Quand je suis passé sur le Pont des Nations pour la première fois, j’ai regardé partout, mais je n’ai pas vu le drapeau du Cameroun », dit Boris Keuko Djoumbissie, chargé de la commission de recherche de financement. Ce dernier y est même retourné à pied, pensant que c’était une erreur, qu’il était passé à côté. « Il y avait beaucoup de drapeaux africains. J’ai vu le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Sénégal. Je m’attendais à voir le drapeau camerounais, ce qui n’a pas été le cas », ajoute-t-il.

Un malaise partagé par la communauté camerounaise de Sudbury, notamment par les nouveaux arrivants. Dès ses premiers rassemblements, l’AECGS parle de résoudre ce problème et, en 2026, elle dresse un dossier qu’elle surnomme le Projet Pont des Nations. Son but : hisser le drapeau du Cameron d’ici à septembre 2026, en période estivale, et représenter les Camerounais de Sudbury sur leur terre d’accueil.

Boris Keuko Djoumbissie, Christian Pekdjob, et Lionel Ndoumba portent le drapeau du Cameroun sur le Pont des Nations. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR

Le 29 avril dernier, elle contacte la ville pour obtenir les critères d’éligibilité. Quelques jours plus tard, les services des parcs et loisirs répondent, faisant part des deux exigences à respecter. Premièrement, il faut être un pays reconnu par l’Organisation des Nations Unies (ONU), deuxièmement, il faut verser entre 18 000 et 20 000 dollars, de quoi pouvoir couvrir les coûts d’installation.

L’AECGS est consciente de l’obstacle financier auquel elle fait face. « Nous qui sommes une jeune association, nos finances sont encore embryonnaires », explique Christian Pekdjob, coordonnateur du projet Pont des Nations. Mais, déterminée à hisser le drapeau camerounais, l’association qui regroupe 150 membres inscrits et 478 participants dans son forum d’intégration, ne baisse pas les bras.

Un prix marqué par l’inflation

Inauguré dans le cadre la fête du Canada en 2007, cet emblème sudburois a toujours laissé les frais d’installation des drapeaux à la charge des associations communautaires concernées. Pendant la phase initiale, 72 drapeaux avaient été hissés. À l’époque, la Ville avait pu contribuer au financement des installations. Quelques entreprises privées avaient apporté un appui monétaire. En moyenne, chacun de ces 72 groupes n’a payé que 1200 dollars.

Presque vingt ans plus tard, les communautés doivent désormais payer un prix 1400 % plus élevé, sans soutien municipal.

Le Pont des Nations, situé sur la rue Paris, est une initiative citoyenne qui loge désormais 90 drapeaux. Photo : gracieuseté de la Ville du Grand Sudbury

« C’est vrai que c’est cher, mais nous devons coopérer avec les entreprises de construction qui fabriqueront les mâts et les mettront sur le pont. Et tous leurs prix sont élevés », avoue Kyle Marcus, coordonnateur des partenariats et de la mobilisation de la Ville. Il explique que cette forte hausse du prix est dû à l’inflation.

Pour installer un drapeau, la ville mandate des entreprises privées comme Lopes Limited ou Pioneer Construction. Elle paie environ 5500 dollars pour le mât, 13 100 dollars pour l’installation et, occasionnellement, des sommes supplémentaires liées au permis d’occupation ou de fermeture de voie si l’installation en question le nécessite.

Une fois le drapeau hissé, les services des parcs et des loisirs de Sudbury s’engagent tout de même à couvrir les coûts d’entretien. Malgré cela, la caution initiale freine certaines communautés qui, parfois, doivent peser le pour et le contre avant d’initier une collecte de fonds.

C’est la cas de la communauté ivoirienne. En mars 2022, l’Association des Ivoiriens et Ivoiriennes du Grand Sudbury (AIGS) s’était renseignée auprès de la Ville. En prenant connaissance de la somme, l’AIGS a décidé de prendre du recul — elle préfère dédier ses levées de fonds pour des événements, comme sa cérémonie annuelle d’accueil des nouveaux arrivants, explique son secrétaire général, Aubin Lammé.

« Nous ne disons pas que nous n’allons pas entreprendre des démarches pour mettre notre drapeau sur le Pont des Nations, mais c’est un projet que nous avons mis en veille ».

Un drapeau, bien plus qu’un symbole

Pour les organisateurs du projet, le drapeau représente un ancrage culturel pour les Camerounais éloignés de leur pays. À travers cette initiative, l’AECGS veut surtout s’imposer comme une entité organisée et mobilisatrice. Pour cela, elle compte faire de la levée du drapeau un événement solennel avec une présence massive des résidents camerounais à Sudbury.

L’AECGS proposera aux potentiels partenaires de se présenter à l’événement, histoire de faire connaître leurs services aux nouveaux arrivants.

Pour sa stratégie de levée de fonds, l’AECGS cible plusieurs sources. Elle a d’ailleurs notifié le Haut Commissariat du Cameroun au Canada de ses besoins. « Notre représentation diplomatique a déjà été informée et suit donc le projet à la loupe pour nous aider à faire face aux différents défis », explique M. Pekdjob.

L’AECGS compte également solliciter ses partenaires habituels, le Collège Boréal, la Caisse Desjardins, et le Carrefour francophone de Sudbury.

L’AECGS a formé une équipe pour gérer le projet Pont des Nations 2026, composée de Boris Keuko Djoumbissie (à gauche), Christian Pekdjop (au centre), Lionel Ndoumba (à droite), et de Paul Junior Ndoka. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR

Depuis le début du projet, l’AECGS affirme avoir reçu de nombreuses promesses de paiement venant de la communauté. « On a des aînés camerounais de Sudbury qui nous ont rencontrés et nous ont confirmé qu’ils feront le geste financier qu’il nous faut pour nous accompagner dans ce projet », confirme le coordonnateur du projet.

À deux mois de l’échéance qu’elle s’est fixée, l’AECGS reste motivée. Pour le secrétaire de l’association, Lionel Ndoumba, ce drapeau pourrait avant tout être une fierté nationale pour les générations à venir : « C’est un héritage qu’on veut laisser à nos enfants qui, pour une bonne partie, sont canadiens et pour leur rappeler leurs origines camerounaises ».

Basketball : à Golden State, Laeticia Amihere a trouvé sa place

De retour pour jouer à Toronto pour la première fois de sa carrière en WNBA, en milieu de semaine dernière, Laeticia Amihere a mesuré le chemin parcouru depuis son départ d’Atlanta en 2024. Après les doutes, un passage fructueux en Australie et une relance réussie avec les Valkyries de Golden State, la Franco-Ontarienne s’impose aujourd’hui comme une joueuse d’impact, bien au-delà des statistiques.

Après le coup de sifflet final, Laeticia Amihere a pris son temps. Le temps de sourire, de poser pour quelques photos et de retrouver les siens. Une trentaine de proches, amis et membres de sa famille, avaient fait le déplacement pour assister à son tout premier match de WNBA à Toronto. Certains avaient même confectionné des affiches à son effigie. Une scène simple, mais lourde de sens.

Quelques heures plus tôt, la native de Mississauga ne cachait pas son émotion. « C’est une fierté. Ma famille sera là pour me soutenir, alors j’ai vraiment hâte de vivre ce moment », confiait-elle.

Retour victorieux pour LA à Toronto sur et en dehors du terrain. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Son entraîneuse, Nathalie Nakase, avait elle aussi senti que cette rencontre n’était pas comme les autres.

« Dès qu’on a atterri, je voyais bien qu’elle avait hâte. Elle ne l’a jamais dit, mais son visage disait : ‘Vite, terminons la séance vidéo, je veux aller retrouver ma famille’. Ça nous donnait encore plus envie de gagner pour elle, parce qu’on savait que les gens qu’elle aime étaient dans les gradins. »

Les Valkyries ont effectivement quitté Toronto avec une victoire de 83 à 75 face au Tempo. Amihere a inscrit trois points, capté trois rebonds et distribué une passe décisive en un peu plus de quinze minutes de jeu, une prestation fidèle au rôle qu’elle occupe désormais dans cette jeune franchise.

Cette victoire avait surtout une portée symbolique. Elle venait conclure deux années marquées par les incertitudes, les remises en question et un patient travail de reconstruction.

L’Australie pour mieux rebondir

Sélectionnée au huitième rang du repêchage de la WNBA par le Dream d’Atlanta en 2023 après une brillante carrière à l’Université South Carolina, ponctuée notamment par un titre national en 2022, Amihere n’a jamais véritablement eu l’occasion de s’imposer en Géorgie.

À l’issue de sa deuxième saison en WNBA, elle profite de l’intersaison pour rejoindre les Perth Lynx, en Australie, avec un objectif clair : retrouver un rôle de premier plan et accumuler les minutes.

Le pari est pleinement réussi. Dans le championnat australien, elle affiche des moyennes de 15,5 points, 5,8 rebonds et plus d’un contre par rencontre, signe plusieurs prestations de plus de 20 points et est récompensée par une sélection dans la première équipe étoile de la WNBL. Surtout, elle retrouve la confiance qui lui avait parfois fait défaut en WNBA.

« Partir à l’étranger m’a permis d’avoir davantage de temps de jeu, de retravailler certains aspects de mon jeu et, surtout, de retrouver de la confiance avant de revenir ici », explique-t-elle.

Concentration maximale avant le coup d’envoi. Quelques minutes avant d’affronter le Tempo de Toronto, Laeticia Amihere s’apprête à disputer le premier match de sa carrière en WNBA devant les siens. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Cette excellente saison n’empêche pourtant pas Atlanta de s’en séparer quelques semaines plus tard.

« Je sais que ce n’est jamais facile d’intégrer cette ligue. Il y a très peu de places et beaucoup de joueuses sont passées par les mêmes épreuves avant moi. Moi, je reste motivée chaque jour. Je sais que je travaille fort et je veux simplement continuer à donner le meilleur de moi-même », confie-t-elle.

Réclamée au ballottage par la nouvelle franchise de Golden State, Amihere doit encore patienter. Les Valkyries la libèrent au terme du camp d’entraînement avant de la rappeler quelques semaines plus tard. Cette fois, l’occasion est la bonne.

Une joueuse qui change un match autrement

Avec Golden State, la Franco-Ontarienne s’est imposée comme une joueuse de rôle importante en sortie de banc. Ses 3,3 points, 3,6 rebonds, 1,2 passe décisive et 0,7 contre de moyenne ne sont pas significatifs de son impact qui se mesure autrement.

Pour Nathalie Nakase, l’intérieure franco-ontarienne est devenue une pièce importante de l’identité défensive des Valkyries. « Elle nous apporte de la protection de cercle, de la polyvalence et beaucoup de présence physique. Elle peut défendre aussi bien sur les intérieures que sur les extérieures et elle aime jouer avec du rythme », explique l’entraîneuse en chef.

Le même constat revient chez ses coéquipières. Présente à ses côtés depuis la création des Valkyries, Janelle Salaün partage cette saison encore davantage de minutes avec Amihere au sein de la deuxième unité. Une proximité qui lui permet de mesurer toute son influence sur le jeu.

« Dès qu’elle entre sur le terrain, on sait qu’elle va nous apporter beaucoup de choses, que ce soit au rebond, en défense ou simplement par sa présence. Je trouve que ça peut changer le cours d’un match. »

Illustration des capacités défensives d’Amihere, qui, par sa mobilité, peut contenir la meneuse Julie Allemand en possession de la balle et glisser sur l’intérieure Isabelle Harrison (à droite) qui roule vers le panier. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Avec 26 points, un sommet en carrière en WNBA, Janelle Salaün (à droite) a mené les Valkyries vers la victoire face au Tempo de Toronto. Une performance qui illustre la profondeur de banc de Golden State, dont Laeticia Amihere est l’une des pièces importantes. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Gabby Williams, l’une des leaders des Valkyries, souligne l’importance de l’énergie et de la profondeur de banc dans le succès de la franchise d’expansion de Golden State. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Pour Gabby Williams, sélectionnée au Match des étoiles cette saison, la force des Valkyries réside dans la profondeur de leur effectif : « Je pense qu’on a le meilleur banc de la ligue », affirme-t-elle.

Dans cette deuxième unité, l’internationale canadienne occupe une place importante. « Elle apporte énormément d’énergie et une bonne humeur contagieuse. Qu’elle joue deux minutes ou vingt, elle donne toujours la même intensité. »

Laeticia Amihere, elle, accepte pleinement ce rôle. « Je continue de prendre ma place dans cette ligue. Je me considère comme une joueuse polyvalente. Quand je suis sur le terrain, mon rôle est d’aller chercher les rebonds et d’offrir des deuxièmes chances à mon équipe. »

Une pièce importante du futur canadien

Le même état d’esprit l’accompagne avec la sélection canadienne. L’élimination dès le premier tour des Jeux olympiques de Paris en 2024 appartient désormais au passé. Pour la pivot, l’heure est déjà à la reconstruction.

« Nous continuons de travailler. Bien sûr, nous voulions nous qualifier pour la Coupe du monde, mais il y aura d’autres occasions. Nous avons une équipe plus jeune qu’auparavant et nous allons continuer à progresser ensemble. »

Triple olympienne et l’une des figures d’expérience de la sélection canadienne, Kia Nurse insiste surtout sur l’utilité d’Amihere lorsqu’elle est appelée sur le terrain.

« Chaque fois qu’elle est sur le terrain, elle a un véritable impact. Elle fait toutes ces petites choses importantes qui n’apparaissent pas toujours sur la feuille de statistiques, que ce soit en défense, en courant le terrain ou en créant des occasions pour l’équipe. »

Coéquipière de Laeticia Amihere avec la sélection canadienne, Kia Nurse voit l’intérieure de 25 ans poursuivre sa progression saison après saison. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Mais ce qui frappe le plus Nurse est peut-être la personnalité de sa jeune coéquipière : « Laeticia est plutôt réservée. Mais une fois qu’elle est à l’aise, elle s’ouvre complètement et c’est un vrai plaisir de l’avoir avec nous. C’est une personne formidable et je suis très heureuse de la voir continuer à grandir dans cette ligue. »

Pour Nurse, cette progression reste d’ailleurs le plus important. « Chaque année, elle ajoute quelque chose. C’est essentiel lorsqu’on est une jeune joueuse en WNBA : continuer à progresser et à enrichir son jeu. »

À Golden State comme en sélection nationale, Laeticia Amihere a trouvé une place et un rôle qui lui correspondent. Reste maintenant à les faire grandir.

Un large public torontois répond présent à la première édition de Franco-Été

TORONTO – Ce samedi soir, la toute première édition de Franco-Été, organisée par l’ACFO-Toronto, a rassemblé organismes, conseils scolaires, artistes et francophones de la Ville Reine pour une soirée de retrouvailles au cœur de performances artistiques et musicales.

L’événement, pensé comme un « mini-festival », a proposé une succession de prestations de slam, de poésie, de musique et de danse. De nouveaux visages ont profité de l’occasion pour se faire connaître auprès de la communauté.

Pour le jeune slameur, Ilyas Moffadel, c’était là l’occasion de se produire sur scène pour la première fois : « J’aime la poésie et j’aime l’exprimer sur scène. J’avais entendu parler de cet événement et j’avais envie d’y participer et de partager quelques-uns des poèmes que j’ai écrits. »

Ayant grandi au Québec et installé à Toronto depuis trois ans, il baigne désormais dans la culture anglophone. Il souhaitait également profiter de l’événement pour découvrir la diversité de la communauté francophone.

Le slammeur franco-torontois Ilyas Mofaddel sur scène. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

La première édition de Franco-Été a fait salle comble. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Le Centre de santé communautaire TAIBU renforce ses efforts de communication auprès de la communauté. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

L’artiste et chorégraphe de danse orientale Eden Fieldstone. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

L’autrice et dramaturge franco-ontarienne primée A.M. Matte. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Plusieurs organismes communautaires étaient présents pour l’occasion. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Pour l’Université de l’Ontario français (UOF) : « C’était important pour nous d’être présents ce soir, car nous sommes au cœur de la communauté et chaque événement est une occasion de mieux comprendre ses besoins pour déterminer les programmes universitaires qui répondent aux réalités et aux attentes de la communauté franco-ontarienne », avance l’ambassadrice de recrutement, Ghislaine Tchoupou Kuete.

Par ailleurs, un défilé de mode de la marque de prêt-à-porter « Orikrea », créée par la styliste franco-torontoise, Oriane Diebou, a permis de présenter les toutes nouvelles créations, portées par des personnalités de la communauté.

L’occasion pour les organismes de gagner en visibilité

Mardakore Adili Brahim, ambassadeur communautaire des programmes francophones du Centre de santé communautaire TAIBU, reconnaît que l’organisation doit encore améliorer sa communication, alors même que de nombreuses activités y sont proposées.

« Nous sommes là pour nous rapprocher de la communauté, pour promouvoir et vulgariser nos services et nos programmes. Nous misons sur l’impact. »

Mardakore Adili Brahim est l’ambassadeur communautaire des programmes francophones de l’organisme TAIBU. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

« Qui dit TAIBU dit la communauté, qui dit la communauté dit TAIBU », affirme M. Brahim.

Point Ancrage Jeunesse était aussi présent : « C’est la mission de l’ACFO de rassembler les partenaires communautaires. On se devait d’être là pour leur apporter notre soutien lors de ce premier rassemblement de Franco-Été », lance la présidente et directrice générale de l’organisme, Edwige Ngom.

Une première placée sous le signe de l’inclusion

Le promoteur de l’évènement, Jean-Claude N’da, a remercié tous les leaders des associations et conseils scolaires pour leur engagement et leur mobilisation : « L’ACFO est là pour représenter tous les organismes francophones. »

Il a décrit Franco-Été comme un événement qui se veut inclusif, pluriel et rassembleur, et qui engage toutes les communautés.

Maïmou Wali, vice-présidente de l’ACFO-Toronto et Jean Claude N’DA, président de l’organisme. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Pour cette première édition, quelques pépins techniques ont nécessité des ajustements dans le déroulement de la soirée, mais n’ont pas empêché l’événement de se dérouler avec succès.

« Aujourd’hui, nous faisons nos premiers pas. On peut tomber, mais nous allons nous relever et faire vibrer la francophonie à Toronto », a conclu M. N’DA.

FIFA 2026 : un parcours historique qui rapproche les Suisses de Toronto

TORONTO – Les célébrations accompagnées du son des cloches se sont éteintes un peu plus tôt que les partisans helvétiques l’auraient souhaité. Réunis au Firkin Pub sur Danforth, dans l’est de Toronto, les membres du Swiss Club Toronto ont vu le rêve d’une première demi-finale de Coupe du monde de l’histoire de la Suisse s’envoler face à l’Argentine. Pourtant, au moment de quitter les lieux, ce n’était pas tant la déception qui dominait que la fierté. Car au-delà d’un parcours historique sur le terrain, la Nati aura surtout réussi à rapprocher toute une communauté suisse dans la Ville Reine.

À partir des huitièmes de finale, le quartier Danforth s’est imposé comme le point de ralliement des supporteurs helvétiques de Toronto. Que ce soit au Fox and Fiddle ou au Firkin Pub, familles, étudiants, jeunes professionnels et membres de longue date s’y sont retrouvés pour encourager leur sélection nationale. Match après match, les rassemblements ont gagné en importance, preuve que ce Mondial avait réveillé un sentiment d’appartenance bien au-delà des 90 minutes.

Samedi, la Suisse est passée tout près d’écrire la plus belle page de son histoire en devenant, pour la première fois, demi-finaliste d’une Coupe du monde. Menés dès la 10e minute sur une tête d’Alexis Mac Allister à la réception d’un corner de Lionel Messi, les hommes de Murat Yakin ont fait preuve de caractère en revenant au score grâce à Dan Ndoye à la 67e minute.

Cinq minutes plus tard, tout a basculé lorsque Breel Embolo a été expulsé après avoir reçu un deuxième carton jaune pour simulation. Réduits à dix, les Helvètes ont résisté jusqu’en prolongation avant de céder à deux reprises. Julián Álvarez a redonné l’avantage à l’Argentine à la 112e minute, avant que Lautaro Martínez ne scelle la victoire dans les derniers instants.

Une expulsion discutée

Pour Céline Baracho, vice-présidente du Swiss Club Toronto, le scénario laisse forcément un goût amer.

« Ils ont tellement bien joué, nous sommes très fiers. Malheureusement, il y a eu le carton rouge. Embolo a dû sortir et je crois que ça a fait toute la différence. Mais même avec un joueur de moins, ils ont quand même super bien joué, ils se sont très bien défendus. On est quand-même bien déçu », résume-t-elle.

Réunis au Firkin Pub sur Danforth, les membres et sympathisants du Swiss Club Toronto célèbrent le parcours historique de la Nati. Céline Baracho, vice-présidente du club, apparaît au centre du groupe avec sa fille, entourée de plusieurs générations de supporteurs. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

La déception ne fait toutefois pas oublier l’ampleur de l’exploit. La Suisse n’avait plus atteint les quarts de finale d’une Coupe du monde depuis l’édition organisée à domicile en 1954, il y a 72 ans. Cette génération a ainsi égalé le meilleur résultat de l’histoire du pays tout en se retrouvant à une victoire d’une première qualification historique pour les demi-finales.

« C’est incroyable de vivre ça, de vivre ça avec le Club suisse aussi, avec la famille, avec tout le monde. C’est génial », sourit Céline Baracho.

Une nouvelle génération pousse la porte

Mais pour les dirigeants du Swiss Club Toronto, la plus belle victoire ne se mesure pas seulement au parcours sportif. Au fil de la compétition, les rassemblements ont pris de l’ampleur. De nombreux jeunes Suisses, ainsi que des personnes qui découvraient le Swiss Club Toronto, sont venus assister aux rencontres. Certains pourraient désormais rejoindre l’association et participer à ses nombreuses activités.

« Je dirais que les rassemblement ont été de plus en plus nombreux. Aujourd’hui, il y avait particulièrement beaucoup de nouveaux visages et de potentiels nouveaux membres. On est contents aussi de trouver d’autres Suisses qui viennent supporter et qui veulent faire partie de la communauté », explique la vice-présidente.

Cette évolution est loin d’être anodine. Comme beaucoup d’associations culturelles, le Swiss Club Toronto cherche à assurer sa relève. Si les membres historiques continuent de faire vivre le club, voir arriver une génération plus jeune représente une excellente nouvelle.

« Il y a beaucoup de membres qui sont plus âgés. Voir des jeunes Suisses qui viennent faire partie de nos événements, c’est vraiment chouette. C’est ça qui va faire vivre le club. On est content. »

Cinquante ans de fidélité

Parmi les fidèles se trouve Freddy Wenger. Depuis un demi-siècle, il participe à la vie du Swiss Club Toronto. Les fondues, les raclettes, les célébrations de la fête nationale du 1er août ou encore les anciens festivals multiculturels de Toronto : il a vu défiler plusieurs générations de Suisses.

Pour lui aussi, cette Coupe du monde restera un souvenir particulier. « On espérait bien que la Suisse s’en sorte, mais on savait quand même que l’Argentine, c’est une bonne équipe. C’était la première fois depuis 1954 que la Suisse était en quart de finale. On est bien content qu’ils soient arrivés jusque-là. »

Fidèle au Swiss Club Toronto depuis 50 ans, Freddy Wenger, à droite avec le petit drapeau à la main, a vécu le quart de finale entouré d’amis de longue date. Une image qui résume la force des liens entretenus par la communauté suisse à Toronto. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Au-delà du football, il retient surtout les retrouvailles. « On se voit de temps en temps à l’occasion des événements organisés par le club. Mais cette année, on s’est vu un peu plus souvent. »

Lorsque on lui demande depuis combien de temps il fréquente le club, sa réponse fait sourire : « Ça fait déjà 50 ans qu’on fait ça. Les fondues, les raclettes… On organise tout ça. »

À travers son parcours, c’est toute l’histoire du Swiss Club Toronto qui se dessine : une communauté qui entretient ses traditions tout en accueillant de nouveaux arrivants.

La Suisse ne disputera finalement pas la première demi-finale de son histoire. Mais à plusieurs milliers de kilomètres du terrain, cette Coupe du monde aura laissé une autre victoire. Pendant quelques semaines, la Nati a offert aux Suisses de Toronto bien plus que des émotions sportives : elle leur a donné une raison de se retrouver, de partager et, surtout, d’ouvrir leur communauté à une nouvelle génération.

Immigrant.e, oui… et alors?

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Le soleil, les beaux jours et les questions d’immigration! C’est un étrange mélange auquel plusieurs immigrants finissent par s’habituer. L’immigration a cette particularité de s’inviter à toutes les tables. Dans les projets d’avenir, dans les conversations ordinaires, dans les moments de joie, mais surtout dans les débats politiques. Même sous un beau soleil, certaines vies restent en attente, suspendues à un courriel, une demande de permis, une décision administrative ou la peur silencieuse de devoir repartir.

« Prendre sans demander, c’est voler. », cette phrase je l’ai entendue bien des fois et pendant longtemps, je l’ai considérée comme une simple leçon de politesse. Aujourd’hui, elle me fait réfléchir autrement. Car s’il y a bien une chose que l’expérience migratoire m’a apprise, c’est qu’immigrer consiste rarement à prendre. C’est plutôt apprendre à demander. Demander le droit d’entrer, d’étudier, de travailler, de rester et parfois même de se sentir légitime.

Se réinventer entre deux mondes

Contrairement à ce que l’on imagine souvent, il n’existe pas une seule expérience de l’immigration. Certaines personnes arrivent au Canada comme étudiantes internationales. D’autres obtiennent un permis de travail temporaire ou entreprennent un parcours vers la résidence permanente. Derrière ces différents statuts administratifs se cachent pourtant des réalités beaucoup plus complexes que les catégories auxquelles on les réduit souvent. Pour plusieurs jeunes, immigrer signifie apprendre à recommencer. Il faut reconstruire son réseau, créer de nouveaux repères, apprivoiser de nouvelles références culturelles et trouver sa place dans un environnement que l’on découvre jour après jour. Mais il faut aussi apprendre à vivre entre plusieurs réalités. On conserve certaines habitudes de son pays d’origine tout en adoptant celles du pays d’accueil. On navigue entre plusieurs identités et parfois plusieurs façons de voir le monde. Au début, cela peut être déstabilisant. On a parfois l’impression de ne jamais être complètement d’ici ni complètement d’ailleurs.

Puis, avec le temps, on comprend que cette position entre deux mondes n’est pas nécessairement un manque. Elle peut devenir une richesse. Les débats sur l’immigration donnent parfois l’impression que les personnes qui immigrent sont uniquement définies par leur statut migratoire. Pourtant, elles sont aussi des étudiant.e.s, des artistes, des employé.e.s, des entrepreneur.e.s, des bénévoles, des collègues, des voisin.e.s et même des ami.e.s. Elles contribuent à la société de multiples façons, souvent bien au-delà de ce que l’opinion publique laisse entendre. Dans les écoles, les universités, les entreprises et les organismes communautaires, de nombreux jeunes issus de l’immigration participent déjà à façonner le Canada de demain. Cette contribution est bien réelle, d’ailleurs selon le Rapport annuel au Parlement sur l’immigration 2025, publié par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, plus de 58 % des nouveaux résidents permanents admis en 2024 relevaient de l’immigration économique. Le même rapport indique également que la migration internationale représentait plus de 97 % de la croissance démographique du Canada en 2024.

Ces chiffres ne servent pas à mesurer la valeur d’une personne. Ils rappellent plutôt que les immigrants participent activement à la vitalité économique, sociale et culturelle du pays. Mais leur impact ne se limite pas aux statistiques. Il se retrouve dans les idées nouvelles, dans les échanges culturels, dans les projets qui voient le jour et dans les ponts qui se créent entre différentes réalités. Il se retrouve aussi dans ces identités hybrides qui naissent lorsqu’une personne apprend à conjuguer plusieurs cultures sans renoncer aucune d’entre elles.

Paradoxalement, c’est souvent au moment où l’on contribue le plus que certaines questions continuent de nous accompagner. Malgré les études, le travail, les amitiés et les années passées ici, plusieurs immigrants connaissent encore ce sentiment discret de devoir constamment démontrer qu’ils méritent leur place. Comme si l’appartenance devait être gagnée encore et encore. La véritable question n’est donc pas seulement économique ou administrative. Elle est surtout humaine. À quel moment cesse-t-on de se sentir de passage? À quel moment comprend-t-on que l’on a tout simplement le droit d’être là?

Plus qu’une étiquette…

Il y a quelque chose qui dérange dans la façon dont on parle parfois des immigrants. Comme si un mot pouvait résumer des trajectoires entières. Comme si qualifier une personne « d’immigrant.e » suffisait à dire qui elle est. Les personnes qui immigrent n’arrivent pas les mains vides. Elles arrivent avec des idées, des rêves, des compétences, des références et des histoires. Elles arrivent avec ce qu’elles sont déjà et avec ce qu’elles deviennent en chemin. Et surtout, elles n’ont rien pris sans demander. Elles ont demandé un visa, un permis, une chance, et parfois même le droit de rêver un avenir différent. En réalité, elles n’ont rien volé, car tout a été encadré, autorisé, justifié et attendu.

Pourtant dans le regard des autres, il reste parfois une distance. Alors peut-être qu’il faudrait inverser le regard. Peut-être qu’il faudrait commencer par voir les gens avant de voir leur statut. Avant de voir une catégorie, voir une personne. Avant de voir un dossier, voir une vie.

Parce qu’au fond, personne ne vit seulement à travers une étiquette.

Et peut-être que c’est là que tout se joue.

Alors, oui je suis immigrant.e.

Et bien plus que ça!

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

« Je n’ai pas peur des discussions difficiles » : Julie Cafley prend les commandes de la francophonie à l’U d’O

Nommée le 13 mai dernier, Mme Cafley a pris ses fonctions cette semaine, occupant un poste resté vacant pendant près de deux ans.

Diplômée quatre fois de l’Université d’Ottawa, elle arrive au moment où l’institution entame de grandes consultations sur la francophonie et après l’annonce de l’accueil du Sommet de la Francophonie à Ottawa en 2028, le tout dans un contexte de rapprochement avec la communauté francophone.

«  Comment s’est passée votre première semaine à la barre du vice-rectorat?

J’ai commencé ma carrière ici et j’éprouvais toujours de petits frissons en montant les marches du pavillon Tabaret. Lundi matin, en les gravissant à nouveau, la même émotion était là.

J’ai reçu un accueil incroyable. L’équipe de direction est soudée et partage une vision commune. Pour moi, c’est un véritable retour à la maison. Le moment est idéal avec tout ce qui se dessine : le Sommet de la Francophonie, la consultation institutionnelle… C’est un moment charnière pour l’Université et pour moi dans ce rôle.

Votre titre inclut les « relations externes et communautaires » aux côtés de la Francophonie. Qu’est-ce que cela ajoute à votre feuille de route?

À son arrivée il y a un an, la rectrice Marie-Ève Sylvestre a posé un principe clair : l’Université d’Ottawa doit demeurer parmi le top 5 des universités de recherche au pays, tout en restant profondément ancrée dans sa communauté. C’est essentiel pour la région d’Ottawa et de l’Outaouais, et tout particulièrement auprès des francophones.

Le volet communautaire est passionnant parce que les défis sont nombreux, tant sur le campus que dans la ville. Notre rôle est d’agir comme partenaire et leader : je pense notamment à nos travaux avec le maire d’Ottawa sur l’itinérance ou la santé, où nos experts et nos étudiants peuvent vraiment appuyer les démarches en cours.

Quant aux relations externes, elles englobent nos liens gouvernementaux, le secteur industriel et le corps diplomatique, comme les ambassadeurs francophones. Je vois la francophonie au cœur de ces relations externes et communautaires, mais aussi comme un pilier fondamental en soi, puisqu’elle touche l’essence même de notre mission.

Vous avez affirmé vouloir être une vice-rectrice de terrain lors de votre nomination. Comment voyez-vous votre présence auprès de la communauté francophone?

Depuis ma nomination, j’ai tenu à être très active sur le terrain, que ce soit lors des consultations de l’AFO, au Festival franco-ontarien ou durant les recrutements de professeurs francophones.

Durant mes premiers mois, je vais consacrer beaucoup de temps à aller à la rencontre de notre milieu, avec écoute et humilité. L’inclusion exige un effort quotidien. Nos portes sont grandes ouvertes et nous voulons assumer pleinement notre rôle de leadership. La communauté a de grandes attentes envers nous, et nous sommes prêts à répondre présent.

Le poste est resté vacant pendant près de deux ans, après une période marquée par certains défis, notamment autour de la place du français. Comment comptez-vous améliorer la relation avec la communauté franco-ontarienne?

Si les gens se plaignent, c’est parce qu’ils sont investis et qu’ils y croient. Chaque Franco-Ontarien a une connexion avec l’Université d’Ottawa et il est naturel d’avoir de grandes attentes envers une institution dans laquelle on s’investit. J’accueille ces critiques. Je n’ai pas peur des discussions difficiles, c’est au cœur de ce qu’on est comme institution.

La défense du français est essentielle, mais la célébration doit aussi avoir sa place. Parfois, on est vite à critiquer et on ne célèbre pas assez. On offre 371 programmes entièrement en français et on accueille une francophonie pluraliste : il y a de quoi être profondément fier.

Concernant le Sommet de la Francophonie de 2028 à Ottawa, quelles pourraient être les opportunités pour l’Université et pourrait-elle accueillir des activités sur son campus?

Les opportunités sont immenses. Nos chercheurs peuvent éclairer les travaux du Sommet, notamment sur l’impact économique de la francophonie. C’est aussi l’occasion d’impliquer la jeunesse, la culture et le réseau d’ambassadeurs francophones basés à Ottawa. Nous espérons d’ailleurs être présents au Sommet du Cambodge cet automne.

Accueillir un tel événement aux portes de l’Université, sinon directement sur le campus, serait une occasion unique dans une vie. Nous sommes situés à dix minutes de la Colline du Parlement, au cœur de la capitale. Même si rien n’est arrêté, nous voulons jouer un rôle de leadership, pousser nos limites et voir grand pour la francophonie.

Où en est la grande consultation sur la francophonie menée sur le campus par la professeure Stéphanie Gaudet?

À ce jour, plus de 1500 étudiants, 60 professeurs et 70 membres du personnel administratif ont été consultés. C’est un exercice d’une grande ampleur qui établira un diagnostic clair de la francophonie sur le campus en 2026.

Ce travail débouchera sur un plan d’action institutionnel pour harmoniser les initiatives déjà existantes dans les facultés. Dès la remise du rapport, nous établirons un calendrier d’exécution précis. Toute la direction est alignée derrière cette priorité et je me sens pleinement appuyée pour mener à bien ce chantier.

L’Université a multiplié les partenariats récents (Sudbury, UOF, Regina, Windsor). Quelle est votre vision pour ces collaborations?

Le développement de partenariats est au cœur de ma vision pour garantir l’accès à l’enseignement en français partout dans la province et au pays.

Si l’Université d’Ottawa est un acteur d’envergure, nous avons énormément à apprendre d’institutions à taille humaine, ancrées dans leur région et en milieu minoritaire. Il s’agit de combiner nos forces en gardant l’intérêt de l’étudiant au centre. Permettre à davantage de jeunes d’étudier et de vivre en français, y compris les 2000 étudiants inscrits dans nos programmes d’immersion, demeure la priorité absolue de notre mandat. »

Bluesfest d’Ottawa : quatre artistes franco-ontariens à l’affiche

OTTAWA – Joly, Mehdi Cayenne, Les Rats d’Swompe et LeFlofranco seront les quatre artistes franco-ontariens à l’affiche de l’édition 2026 du Bluesfest d’Ottawa. Le festival, qui s’ouvre ce jeudi et se poursuit jusqu’au 19 juillet, accueillera également plusieurs autres artistes francophones, ainsi que des vedettes internationales de premier plan.

« Depuis quelques années, le Bluesfest fait un effort pour intégrer davantage d’artistes francophones et autochtones. Cette année, leur présence est particulièrement importante », affirme la porte-parole du festival, Annie Boucher. Elle estime qu’une dizaine d’artistes francophones figurent à la programmation.

La journée du 12 juillet sera particulièrement riche en prestations franco-ontariennes.

Mehdi Cayenne livre son mélange d’électro-pop et de chanson francophone sur la scène Hard Rock Hotel & Casino Ottawa.

« Ça me fait vraiment plaisir de revenir au Bluesfest. C’est un endroit où j’ai la chance de jouer depuis que j’ai commencé à sortir des albums. C’est un peu un retour au bercail », confie-t-il.

Le chanteur profitera de cette prestation pour présenter plusieurs chansons de Trompe-la-mort, son prochain album attendu à l’automne.

Mehdi Cayenne se réjouit aussi de croiser Leif Vollebekk au festival, qui se produit le 12 juillet sur une autre scène. Les deux artistes ont fréquenté la même école secondaire, et c’est ce dernier qui lui a appris sa première chanson à la guitare.

La formation franco-ontarienne Les Rats d’Swompe. Photo : Stéphane Bédard / ONFR

« Il y a quand même plusieurs résonances familiales de ce point de vue-là, de même qu’avec les autres artistes francophones qui jouent au Bluesfest », relève-t-il.

Le même jour, Les Rats d’Swompe, lauréats de plusieurs prix Trille Or, montent sur la scène LeBreton pour présenter leur rock traditionnel moderne.

L’auteur-compositeur-interprète Joly présente aussi son univers où se mêlent folk, rock et textes intimistes au théâtre Barney Danson, situé dans le Musée canadien de la guerre.

Une semaine plus tard, le 19 juillet, le rappeur ottavien LeFlofranco sera en concert au Hard Rock Hotel & Casino Ottawa. L’artiste mélange hip-hop, trap, électro et influences caribéennes, tout en proposant des textes empreints d’émotion.

LeFlofranco au Festival franco-ontarien en 2022. Photo : TFO / Stéphane Bédard

Pour Annie Boucher, cette présence francophone s’inscrit dans la volonté du festival de mettre en valeur les talents locaux.

« Nous cherchons avant tout à représenter les artistes de la région, ce qui inclut les Franco-Ontariens. »

Des vedettes francophones et internationales

D’autres artistes francophones sont également au menu, notamment Billie du Page, étoile montante de la pop québécoise, le 18 juillet, ainsi que le duo instrumental Angine de poitrine, véritable phénomène mondial, le 17 juillet.

Parmi la centaine d’artistes programmés cette année figurent plusieurs vedettes internationales, dont Ella Langley, l’une des étoiles montantes de la musique country, Gwen Stefani, lauréate de trois Grammy Awards et ancienne chanteuse du groupe No Doubt, le groupe de hip-hop Cypress Hill ainsi que Limp Bizkit.

Le festival prévoit accueillir un peu plus de 250 000 festivaliers. Les soirées les plus populaires rassemblent jusqu’à 35 000 personnes.

L’une des nouveautés de cette édition sera la journée du 19 juillet, consacrée au 200e anniversaire d’Ottawa. Une programmation gratuite sera offerte en après-midi avec des prestations pour toute la famille, de la musique traditionnelle, des artistes autochtones et Nathalie MacMaster, indiquent les organisateurs.

Le groupe Les Petites Tounes participera également aux festivités avec son spectacle destiné aux familles.

La scène culturelle torontoise portée par un nouveau documentaire dédié au cinéma en français

TORONTO – Réalisé par l’artiste multidisciplinaire franco-torontois Hadley Foucher, le documentaire « Un festival en héritage », l’artiste a décidé de projeter l’histoire du festival Cinéfranco et de mettre en lumière les défis liés à l’accès à une offre culturelle en français en milieu minoritaire. Le projet fait parti des propositions artistiques sélectionnées afin de représenter l’Ontario au Sommet de la Francophonie au Cambodge en novembre.

Le documentaire donne la parole à des personnalités du milieu médiatique de la Ville Reine : « Je voulais avoir un point de vue un peu plus large de la situation culturelle à Toronto », explique Hadley Foucher.

« Au moment de déposer mon dossier, j’avais une idée précise des personnes que je souhaitais intégrer au documentaire. Après avoir dirigé et monté le documentaire moi-même, j’ai pu entrer en contact avec certains de ces intervenants clés grâce à l’appui de l’Alliance culturelle de l’Ontario », poursuit le réalisateur.

Chacun des artisans derrière une des 17 propositions artistiques sélectionnées pour représenter l’Ontario au Sommet de la Francophonie au Cambodge a bénéficié d’un accompagnement jusqu’au mois de juin pour la réalisation de son projet. L’initiative du Bureau de la lieutenante-gouverneure de l’Ontario a permis la concrétisation de projets comme celui de M. Foucher qui célèbrent la richesse culturelle franco-ontarienne.

Guillaume Lorin, directeur général de CHOQ FM à Toronto s’exprime au micro d’Hadley Foucher. Photo : Gracieuseté

« Un festival en héritage » a été produit, réalisé et monté par Hadley Foucher. Photo : Gracieuseté

Les défis de l’accès au cinéma en français

Ce dernier explique qu’à travers les différentes interventions de personnes clés du milieu culturel franco-torontois dans le documentaire, son objectif est « qu’une personne qui n’est jamais venue à Toronto puisse comprendre ce que l’on vit en tant que Franco-Ontarien », avance-t-il. Durant ces 25 minutes de reportage diffusé, on retrouve notamment Marcelle Lean, la fondatrice de Cinéfranco, ainsi que Dyana Ouvrard qui dirige Le Labo depuis plusieurs années.

En tant qu’artiste francophone établi dans la métropole anglophone, Hadley Foucher souhaite montrer qu’à Toronto, les barrières linguistiques du cinéma en salle demeurent et que des initiatives locales comme Cinéfranco sont un symbole de la lutte en faveur de la pérennité de la culture en français. « Je voulais vraiment parler de ce que Cinéfranco apporte à la communauté. Cinéfranco donne accès à des films en français, mais ça permet surtout aussi aux anglophones de s’immerger dans des contenus en français. »

Hadley Foucher, artiste multidisciplinaire établi à Toronto depuis deux ans, est déjà auteur de plusieurs réalisations à l’écran. Photo : Gracieuseté

« Comme il est dit dans le documentaire, le français n’est pas seulement une langue de traduction. Aujourd’hui, c’est bien de pouvoir travailler en français, mais c’est bien aussi de pouvoir consommer de la culture en français. Et c’est cette problématique-là que je voulais mettre en avant », décrit l’artiste.

Créé en 1997, un festival tel que Cinéfranco est souvent identifié comme l’un des plus anciens festivals de cinéma francophone en Amérique du Nord. Pour le réalisateur, il s’agit de bien plus qu’un film sur un festival, mais plutôt un hommage à ceux qui font vivre le cinéma franco-ontarien. Par ailleurs, une nouvelle édition de Cinéfranco est prévue du 6 au 15 novembre 2026.

Le cinéma : un pont entre les langues 

La directrice générale du Labo, Dyana Ouvrard, aborde dans le documentaire les difficultés sous-jacentes du cinéma depuis la pandémie, avec la prépondérance du streaming. Elle soutient que cette discipline reste avant tout une industrie.

« Les Franco-Ontariens ont besoin de lieux où ils peuvent regarder des films en français, tout comme les anglophones qui ont besoin de s’immerger dans le français pour que ce ne soit pas qu’une langue de traduction », réitère le réalisateur.

Au centre d’art médiatique francophone de Toronto (Le Labo), Dyana Ouvrard offre un cadre à la communauté des artistes. Photo : « Un festival en héritage », documentaire.

Selon M. Foucher, la diversité des langues dans l’offre cinématographique reste vitale pour tous, dans la mesure où la langue agit comme une porte d’entrée vers la culture. « Le cinéma francophone permet d’entendre le français dans un contexte vivant en découvrant des histoires, des accents et des réalités différentes », rapporte-t-il.

« Dans un pays multiculturel comme le nôtre, et surtout dans une ville comme Toronto, le français peut donner envie d’apprendre aux autres anglophones et anglophiles et ça peut créer des ponts entre les communautés, même pour celles et ceux qui ne le parlent pas au quotidien. »

Ce projet a été une sorte de tremplin, car il prépare maintenant d’autres documentaires sur d’autres thématiques francophones. « Déjà quand j’étais en France, j’ai beaucoup exploré ce qui se faisait artistiquement. » Un de ses projets d’animation pour les enfants, prévu pour début septembre sous forme de petites capsules, permettra l’apprentissage du français de manière ludique.

Nadia de Plantagenet : les défis d’une agronome d’asphalte

Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici

Citadine d’origine, Nadia Carrière enseigne aujourd’hui l’agriculture au Collège La Cité à Ottawa. Celle qui se décrit comme une agronome d’asphalte a dû tout apprendre, puisqu’elle ne vient pas d’une famille d’agriculteurs. Désormais co-propriétaire des Serres Quenneville à Plantagenet, elle lève le voile sur les réalités et les défis du repreneuriat agricole. Dans cet épisode, Nadia partage son parcours inspirant, met en lumière son quotidien auprès de la future génération et discute de son engagement à promouvoir la place des femmes, avec le désir de les rendre plus visibles dans le milieu. 

Nadia Carrière co-propriétaire des Serres Quenneville à Plantagenet

Festival Boréal : la francophonie au rendez-vous pour la 54e édition

SUDBURY – Du 10 au 12 juillet, le parc Bell accueillera le plus ancien festival de musique en plein air au Canada : le Festival Boréal. Pour sa 54e édition, la programmation propose une brochette d’artistes francophones, mais aussi un nouvel atelier musical en français.

Le Festival Boréal est de retour pour ambiancer les festivaliers venus de partout dans le pays. Étalé sur trois jours, l’événement mettra en scène des artistes de renom, et pas que, puisque des nouvelles voix francophones se feront connaître des spectateurs. Pour cette édition, la programmation compte également dévoiler un nouvel atelier musical en français intitulé « Cette voix qui me fait fondre », une première pour le festival qui, à ce jour, ne proposait que des ateliers en anglais.

Pour Kailin Kohls, chargée des réseaux sociaux et des communications du Festival Boréal, programmer des artistes francophones est une façon d’honorer les racines de l’événement. « Les personnes qui ont fondé ce festival étaient des hippies francophones. C’est une chose importante pour les organisateurs cette année. C’est comme ça que (le festival) a commencé, les francophones à Sudbury sont là et ils sont importants pour nous. »

La cérémonie d’ouverture se déroulera dans la soirée du 10 juillet sur la scène principale. Andrina Turenne, la chanteuse franco-manitobaine, sera la première artiste francophone à partager sa voix avec le public. « C’est éternellement important pour moi de m’exprimer en français et de partager mes chansons », confie-t-elle.

L’artiste nommée aux Prix de la musique de l’Ouest canadien pour son EP Je suis un arbre, offrira aussi une performance en français sur la scène familiale, le samedi 11 juillet en après-midi.

Andrina Turenne, l’artiste franco-manitobaine, montra sur la scène du Festival Boréal. Photo : Olivia Perillo / 2024

Des nouveaux visages

Cette année, les festivaliers auront droit à de nouvelles voix francophones. Et si le festival a souvent accueilli des vétérans de la musique canadienne, il veut aussi proposer une variété d’artistes émergents que les gens de Sudbury pourront découvrir, explique sa nouvelle directrice artistique, Kerri Stephens.

Cayenne, de son vrai nom Stéphanie Bouchard-Tremblay, sera présente au festival pour sa toute première fois. « Quand on m’invite dans ces milieux-là, je suis contente de rencontrer des artistes qui œuvrent dans ce type d’environnement culturel. Ça me fait voir les choses autrement quand je reviens chez nous. Je trouve ça vraiment important pour la survie du français », dit l’artiste originaire de la Côte-Nord du Québec.

D’autres noms francophones comme Arielle Soucy, ou encore les groupes bilingues Bye Parula et Petunia and the Vipers, régaleront le public avec des prestations en français. Au menu, de la soul, du folk, du blues, de la pop, de l’indie et surtout des interprétations musicales pleines de vie.

Le musicien Clerel se produira sur scène et animera « Cette voix qui me fait fondre », le premier atelier francophone du Festival Boréal. Photo : Steve Walsh / 2025

Un atelier pour représenter la voix francophone

Pour la première fois de son histoire, le Festival Boréal propose un atelier musical entièrement en français. Intitulé « Cette voix qui me fait fondre », le projet est une initiative artistique qui plongera les participants dans le processus créatif des musiciens francophones.

Animé par Clerel, un musicien d’origine camerounaise basé à Montréal, l’événement proposera des prestations musicales accompagnées de dialogues interpersonnels entre artistes et spectateurs. « Quand on a la chance d’être à Sudbury, dans l’Ontario francophone, je pense que c’est l’espace idéal justement pour donner libre cours à l’expression de qui on est. Et dans mon cas, j’ai été élevé en français. Donc le français reste un ingrédient essentiel de ma conception de moi-même » soutient l’interprète.

L’atelier servira aussi de lieu d’échange entre ces artistes aux parcours différents, finalement unis par la langue. « À chaque fois que j’ai la chance de participer à un atelier de musique francophone avec des artistes francophones, c’est toujours très riche » affirme Andrina Turenne qui participera également à l’atelier. « J’aime la diversité de la musique créée en français en ce moment. Découvrir les histoires de chaque artiste, leurs chansons. C’est spécial » poursuit-elle.

Le NPD marque le 1000e jour d’enquête criminelle contre le gouvernement Ford

TORONTO – Marit Stiles, la cheffe du NPD, a choisi de marquer en conférence de presse « l’anniversaire » ironique du début de l’enquête criminelle de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur le scandale de la Ceinture de verdure du gouvernement Ford, par le biais d’un grand gâteau arborant l’inscription : « Doug : joyeux 1000e jour sous enquête criminelle ».

« Il n’y aucun autre premier ministre de l’Ontario qui puisse se targuer d’avoir été sous investigation criminelle pendant trois ans, a commencé la leader de l’opposition officielle (…). C’est ça le vrai legs de Doug Ford. »

Elle a poursuivi en affirmant que cela fait donc bientôt trois ans que les Ontariens attendent les résultats de cette enquête, et veulent savoir ce qui s’est réellement passé.

Marit Stiles en conférence de presse avec le gâteau des 1000 jours de l’enquête de la GRC, ce 8 juillet 2026, dans le studio média de Queen’s Park. Photo : NPD de l’Ontario

Celle-ci a déploré un manque d’informations et de mises à jour de la part de la Gendarmerie royale du Canada quant à l’enquête, nuançant toutefois son propos : « Je comprends que la GRC doive protéger l’intégrité du processus, mais l’investigation est bien toujours en cours, cela m’a été confirmé cette semaine », a-t-elle confirmé.

En réponse aux questions des journalistes sur le temps d’attente quant aux conclusions de l’enquête, celle-ci a déclaré qu’elle considérait fort probable que la police se soit retrouvée confrontée à plus de matière à investiguer qu’envisagé en premier lieu, d’où ces délais.

La leader néo-démocrate a assuré qu’elle avait toute confiance dans le travail de la GRC, quel que soit le temps nécessaire pour faire la lumière sur cette affaire, « mais aucune confiance en Doug Ford pour dire la vérité ».

Un lien direct avec les restrictions sur la Loi sur l’accès à l’information dit le NPD

« Nous ne saurions pas ce que nous savons sur la Ceinture de verdure sans les demandes d’accès à l’information. La seule chose que le gouvernement semble avoir apprise depuis ce scandale, c’est de changer la loi pour mieux couvrir ses traces », a implacablement lancé Stiles.

Celle-ci faisant directement écho aux changements législatifs apportés à la Loi sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée (LAIPVP), qui ont pris effet le 1er juillet dernier.

Le gouvernement Ford a décidé d’exempter les échanges et communications des bureaux des ministres et du premier ministre de la Loi sur l’accès à l’information. Aux yeux de la province, l’accès tel qu’il était actuellement compromettait « la confidentialité et la franchise des discussions entre les ministres et leurs bureaux. »

« Si vous n’avez rien à cacher, pourquoi le cacher? », a-t-elle questionné de façon rhétorique.

« Les gens veulent des politiciens qui fassent preuve d’éthique, et ce serait déjà le strict minimum », a conclu Marit Stiles, avant de couper le gâteau de célébration des 1000 jours et d’en distribuer des parts dans le studio média de Queen’s Park.

Le bureau du premier ministre n’a pas, pour l’heure, réagi à la conférence de presse du NPD.

La GRC a répondu à ONFR que son Unité des enquêtes sensibles et internationales menait actuellement une « enquête approfondie » et que celle-ci était toujours « en cours ». Le corps policier a toutefois refusé de fournir plus de détails, soulignant qu’il doit « veiller à ce que les enquêtes criminelles ne soient pas compromises par le partage public d’informations ».

Une chanson en quatre langues pour célébrer les 200 ans d’Ottawa

OTTAWA – La Ville d’Ottawa et la Coalition de l’industrie musicale d’Ottawa (CIMO) ont dévoilé mercredi Heart of This Place (Adàwe c’est ma ville), l’hymne officiel du bicentenaire d’Ottawa. Interprétée en anglais, en français, en anishinaabemowin et en inuktitut, l’œuvre raconte deux siècles d’histoire et célèbre la diversité de la capitale.

« À la croisée des flots où l’espoir s’enracine », chante Jessica Pearson au début de cette œuvre, qui réunit également les auteurs-compositeurs-interprètes Amanda Rheaume, Yao et Qattuu.

Le couplet interprété par Yao évoque « deux cents ans d’histoire, de mémoire gravée dans la terre, des voix mêlées du monde entier, qui marchent sur des siècles de repères », tandis que le refrain reprend : « We are the heart of this place » (« Nous sommes le cœur de cet endroit »).

Pour le rappeur et auteur-compositeur franco-ontarien Yao, l’objectif était de créer une œuvre dans laquelle les résidents puissent se reconnaître.

« Cette chanson parle des 200 ans d’histoire d’Ottawa. Il est important de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va, mais aussi pour apprécier où l’on est aujourd’hui. »

Selon lui, Ottawa est une ville où se croisent des parcours, des cultures et des destins.

Yao, Jessica Pearson et Qattuu participent à l’hymne officiel du bicentenaire d’Ottawa. Photo : Amine Harmach/ONFR

« Nous sommes aussi remontés aux racines de la ville afin de rappeler son histoire autochtone. Ottawa est une ville façonnée par sa diversité : des étudiants, des fonctionnaires, des diplomates et des personnes venues de partout finissent par en faire leur chez-soi. C’est cette richesse humaine que nous avons voulu faire transparaître dans la chanson. »

La chanson met également en valeur les langues et les cultures autochtones. Elle s’ouvre sur une bénédiction en anishinaabemowin de l’aînée algonquine Annie St. George et intègre, tout au long de l’œuvre, des références au territoire algonquin, au Kichi Zībī ainsi que des passages en anishinaabemowin et en inuktitut.

Un héritage destiné aux écoles et aux organismes

Le vidéoclip officiel, réalisé par Lone Oak Cinema, a également été dévoilé. Il comprend notamment des images du processus de création ainsi que plusieurs scènes tournées dans différents quartiers de la capitale.

Deux autres prestations publiques de Heart of This Place (Adàwe c’est ma ville) sont prévues : le 26 septembre, à la Place Marion-Dewar, dans le cadre d’un événement gratuit, puis le 9 octobre lors des Capital Music Awards, au Centre national des Arts.

Mélanie Brulée, directrice générale de la CIMO. Photo : Amine Harmach/ONFR

Selon la Ville d’Ottawa et la Coalition de l’industrie musicale d’Ottawa (CIMO), la chanson et son vidéoclip pourront être utilisés par les écoles, les organismes communautaires et les institutions afin de faire rayonner l’histoire, les cultures et la diversité d’Ottawa bien au-delà des célébrations de son 200e anniversaire.

« Nous espérons qu’elle fera désormais partie du patrimoine culturel d’Ottawa et rappellera que la musique possède un pouvoir unique : celui de nous rassembler, de nous inspirer et de célébrer ce que nous sommes, ensemble », souligne Mélanie Brulée, directrice générale de la CIMO.

Un nouveau PDG maîtrisant le français pour Air Canada

La compagnie aérienne Air Canada est allée recruter en Europe pour se dénicher un nouveau président. Elle a annoncé mardi la nomination d’Anko Van der Werff, qui parle français et était, jusqu’à tout récemment, le dirigeant de Scandinavian Airlines.

Il cumule près d’un quart de siècle dans le domaine aéronautique, lui qui a auparavant travaillé pour Avianca Group et Aeroméxico, mais aussi chez KLM Royal Dutch Airlines (aujourd’hui Air France-KLM) et Qatar Airways.

« C’est un honneur d’être choisi pour diriger cette entreprise canadienne emblématique, alors qu’elle fait progresser ses ambitions et sa stratégie, s’appuie sur sa culture d’entreprise primée et sa proposition de valeur pour les clients, et se prépare à un avenir encore plus prometteur », a souligné Anko Van der Werff dans un communiqué de presse, précisant qu’il déménagera à Montréal, lieu du siège social de l’entreprise.

Anko Van der Werff. Crédit photo : Image fournie par Air Canada

Originaire des Pays-Bas, le nouveau PDG d’Air Canada parle français, néerlandais et anglais, en plus d’avoir appris l’espagnol, l’italien et le suédois à différents niveaux au cours de sa carrière. La compagnie a d’ailleurs diffusé un message de présentation de M. Van der Werff où il s’exprime parfaitement en français pendant près de trois minutes.

« Le conseil d’administration a été impressionné par la qualité des parcours des hauts dirigeants expérimentés du monde entier qui ont manifesté leur intérêt pour ce poste », a déclaré Vagn Sørensen, président du conseil. « Nous sommes ravis d’avoir attiré et recruté un dirigeant du calibre de M. Van der Werff pour diriger Air Canada. »

Ce dernier entrera en poste d’ici la fin janvier 2027, alors que son prédécesseur Michael Rousseau quittera son poste le 31 août prochain, a annoncé l’entreprise dans un communiqué diffusé mardi matin.

L’annonce du départ de M. Rousseau avait suscité la controverse à la suite de l’enregistrement d’une vidéo de condoléances uniquement en anglais après la mort de deux employés d’Air Canada lors d’une collision à l’aéroport LaGuardia à New York en mars dernier.

Lors d’un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en 2021, Michael Rousseau avait suscité une vive indignation en s’exprimant presque exclusivement en anglais. Cette intervention avait entraîné un nombre record de plusieurs milliers de plaintes acheminées au Commissariat aux langues officielles du Canada.

Par la suite, le président de la firme canadienne a intensifié l’indignation publique en affirmant qu’il lui avait été possible de résider à Montréal durant 14 ans sans parler le français, un constat qu’il qualifiait d’ailleurs de fait « tout à l’honneur de Montréal ».

Par la suite, ce dernier s’est engagé à apprendre le français, mais en octobre dernier, la compagnie soutenait que son plus haut dirigeant n’avait toujours pas les capacités de s’exprimer dans la langue de Molière.

FIFA 2026 : le voyage d’une vie pour les Léopards

Après plus de cinquante ans d’absence de la République démocratique du Congo en Coupe du monde, Junior Mandoko ne pouvait pas manquer ce rendez-vous. Ce résident d’Ajax a économisé pendant des mois pour assister à la première victoire de l’histoire des Léopards dans la compétition, retrouver des amis venus des quatre coins du monde et prolonger l’aventure jusqu’au seizième de finale contre l’Angleterre. Deux matchs, deux ambiances et des souvenirs gravés pour toujours.

Lorsque l’arbitre siffle la fin du match, Junior Mandoko reste quelques instants immobile dans les tribunes du stade d’Atlanta. Autour de lui, des milliers de supporters congolais chantent, dansent et s’enlacent. Les Léopards viennent de signer la première victoire de leur histoire en Coupe du monde. L’Ajaxien prend le temps d’observer la scène. Les drapeaux bleu ciel flottent encore, les chants résonnent dans les travées et les joueurs célèbrent avec leurs partisans. Pour lui, tous les sacrifices consentis depuis des mois viennent soudainement de prendre un sens.

« Quand on a marqué le deuxième but, j’ai presque perdu ma voix parce que je criais comme un fou. Puis, à la fin du match je me suis dit : ‘C’est incroyable. C’est la toute première victoire du Congo en Coupe du monde. C’est historique’. »

Juge en droit administratif et professeur au Collège Boréal à Toronto, Junior Mandoko n’a pas improvisé ce voyage. Dès la qualification des Léopards en mars dernier, il se promet d’assister à au moins une rencontre de la RDC, convaincu qu’il ne pouvait pas laisser passer un rendez-vous aussi historique.

Junior est arrivé tôt au stade pour ne rien rater de l’avant-match et pour profiter de chaque instant de cette expérience unique. Photo : gracieuseté

Les deux premiers matchs de groupes tombent en pleine semaine et lui échappent. Le troisième, en revanche, est déjà entouré en rouge sur son calendrier.

« J’ai fait mes économies, j’ai planifié mon voyage. Ensuite, j’ai essayé de voir avec mon travail si je pouvais avoir quelques jours de vacances. Je ne pouvais pas manquer ce troisième match. »

Atlanta prend des airs de Kinshasa

En descendant de l’avion à Atlanta, Junior Mandoko s’attend à retrouver quelques supporters congolais. Il est loin d’imaginer l’ampleur de la mobilisation.

« On voyait le drapeau congolais presque partout. On se croisait, on criait, il y avait ceux qui étaient en voiture qui klaxonnaient. Je me suis senti un peu comme à Kinshasa. »

Le voyage prend alors une dimension beaucoup plus personnelle. Parti seul de Toronto, il retrouve sur place des amis installés aux États-Unis, mais aussi d’anciennes connaissances venues spécialement de Londres et même de Dubaï. La Coupe du monde devient le prétexte à des retrouvailles que plusieurs attendaient depuis des années.

« Retrouver des amis venus de plusieurs pays pour vivre ça ensemble, c’était vraiment exceptionnel. »

Dispersés aux quatre coins du monde, ces amis de longue date se sont retrouvés à Atlanta pour vivre ensemble le retour historique de la République démocratique du Congo en Coupe du monde, plus de cinquante ans après sa dernière participation. Photo : gracieuseté

À l’intérieur du stade, le spectacle se poursuit. Malgré le prix des billets, les supporters congolais répondent présents en nombre. Les chants, les danses et la musique donnent presque l’impression que les Léopards évoluent à domicile.

« Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de Congolais. Franchement, ça m’a marqué. Ça chantait, le stade bougeait au rythme du Congo. On sentait que les gens avaient fait d’énormes sacrifices pour être là. »

Une soirée historique

Le début de la rencontre refroidit pourtant rapidement les ardeurs congolaises. Après un premier but refusé pour hors-jeu, l’Ouzbékistan ouvre finalement le score. Junior Mandoko voit déjà défiler dans sa tête le long trajet du retour vers Toronto.

« Je me suis dit : je n’ai pas fait tout ce déplacement pour perdre. On ne pouvait pas faire un match nul contre le Portugal, tenir tête à la Colombie et venir perdre contre l’Ouzbékistan. Je me suis dit qu’ils devaient montrer de quoi ils étaient capables. »

Les changements effectués après la pause relancent finalement les Léopards. L’égalisation, puis le deuxième but font exploser les tribunes. Lorsque le troisième but assure définitivement la victoire, la fête peut commencer.

Dans la fan zone d’Atlanta, le point de ralliement des partisans congolais avant le match contre l’Ouzbékistan. Photo : Gracieuseté

Après le coup de sifflet final, personne ne pense à rentrer. Les partisans restent de longues minutes dans les gradins avant de poursuivre les célébrations autour du stade, puis lors d’une soirée organisée par la communauté congolaise d’Atlanta et le ministère congolais du Tourisme.

« On a mangé, on a dansé. On est repartis vers trois ou quatre heures du matin. C’était vraiment la fête. Tout le monde célébrait cette première victoire historique. »

Deux matchs, deux mondes

Au départ, Junior Mandoko devait rentrer au Canada dès le lendemain. Mais la qualification de la RDC change complètement ses plans. Avec ses amis, il découvre que le prochain match contre l’Angleterre se disputera lui aussi à Atlanta. Après avoir trouvé un billet au dernier moment, il décide de prolonger l’aventure.

Quelques jours plus tard, le décor est pourtant radicalement différent. Cette fois, les maillots blancs dominent largement les tribunes. Le petit noyau de supporters congolais est regroupé à l’autre bout du stade. Junior, lui, se retrouve entouré presque exclusivement de partisans anglais, ses amis ayant obtenus des places situées à d’autres endroits du stade.

« Quand le Congo a marqué, j’étais le seul à me lever. Tout le monde m’a regardé. Je me suis dit : ‘Attention. On connaît la réputation des supporters anglais.’ Heureusement, tout s’est bien passé, mais je me suis vraiment senti seul pendant ce match. »

Changement d’ambiance, un stade totalement acquis à la cause de l’Angleterre pour le 16e de finale. Photo : gracieuseté

Pendant une heure, il croit pourtant à un nouvel exploit. Les Léopards résistent, Lionel Mpasi multiplie les arrêts et l’inquiétude gagne progressivement les supporters anglais.

« Ils étaient vraiment surpris. Ils ne pensaient pas qu’on allait leur tenir tête. À la mi-temps, je sentais qu’ils commençaient à avoir peur d’une élimination. »

L’égalisation d’Harry Kane change toutefois complètement la dynamique. Les Anglais poussent, les Léopards reculent et la RDC finit par céder en fin de rencontre.

Junior Mandoko préfère patienter quelques minutes après le coup de sifflet final avant de quitter sa place. Finalement, contrairement à ses craintes, les échanges avec les supporters anglais restent cordiaux.

« J’étais entouré d’Anglais, mais je n’ai pas été insulté ni violenté. J’ai même discuté avec certains d’entre eux. Franchement, l’ambiance est restée respectueuse. »

Le prix d’un rêve

Les souvenirs de cette Coupe du monde resteront longtemps. La facture aussi. Entre les billets d’avion, l’hôtel, les repas, les transports et les deux billets de match, Junior Mandoko estime avoir dépensé entre 4000 et 5000 dollars. Une somme considérable qu’il assume sans regret, même s’il déplore le coût prohibitif des places.

« Pour vous dire la vérité, je n’ai même pas encore regardé ma carte de crédit. J’ai peur de le faire. Je croyais que la Coupe du monde était accessible à tout le monde. Le football est un sport populaire. Ça ne devrait pas être réservé aux élites. »

La RDC a finalement vu son parcours s’arrêter face à l’Angleterre. Mais pour l’Ajaxien, le résultat sportif est presque devenu secondaire. En quelques jours, il aura retrouvé des amis venus des quatre coins du monde, accompagné le retour historique des Léopards sur la scène mondiale et assisté à la première victoire de son pays en Coupe du monde.

Des souvenirs qui, eux, ne figureront jamais sur son relevé de carte de crédit.

Toronto compte-t-elle trop de festivals francophones?

Le lancement du Franco-été, le 11 juillet, par l’ACFO viendra bientôt s’ajouter à des rendez-vous bien établis de la francophonie torontoise, notamment la Franco-Fête et la Francophonie en Fête. De quoi soulever une question : la métropole ontarienne compte-t-elle trop de festivals francophones, alors que les événements existants peinent déjà à mobiliser les festivaliers?

« Je ne pense pas qu’il y en ait trop », affirme José Bertrand, directeur général de la Franco-Fête. Selon lui, si l’on compare Toronto à une ville comme Ottawa, qui accueille encore davantage de festivals, « il y a de la place pour d’autres événements ».

Même son de cloche du côté de Jacques Charette, directeur général de la Francophonie en Fête. « Franco-Fête a lieu au début de l’été, la Francophonie en Fête à la fin septembre, et nous organisons aussi Bonjour Printemps en mars. Les quatre saisons peuvent très bien être couvertes. »

Pour le promoteur du nouveau Franco-été, Jean-Claude N’da, la création de cet événement ne vise pas à concurrencer les festivals existants, mais à compléter l’offre culturelle.

Jean-Claude N’da, promoteur du Franco-été et président de l’ACFO Toronto. Gracieuseté

« Nous ne pensons pas que l’offre soit suffisante. Au contraire, nous croyons qu’il pourrait y avoir davantage de festivals durant l’été afin d’offrir une programmation francophone tout au long de la saison », affirme M. N’da, également président de l’ACFO-Toronto.

Attirer les francophones

Pour les organisateurs, le principal défi est de faire venir les francophones.

José Bertrand concède que la Franco-Fête peine à rejoindre son public, malgré l’appui d’un partenaire majeur comme Radio-Canada. La dernière édition illustre cette réalité.

L’Atrium de Radio-Canada à Toronto, qui a accueilli la Franco-Fête, a reçu une quarantaine de personnes le vendredi et une centaine le samedi. Ces chiffres doivent toutefois être replacés dans leur contexte, insiste-t-il.

En raison de la Coupe du monde de la FIFA, le festival a dû quitter son site habituel du Centre Harbourfront, beaucoup plus achalandé. « En 2025, au Centre Harbourfront, nous accueillions environ 1000 personnes par jour. Cette année est difficilement comparable », précise M. Bertrand.

josé bertrand
José Bertrand, directeur général de la Franco-Fête. Photo : Amine Harmach/ONFR

Malgré ce contexte particulier, le constat demeure. « Dans une région qui compte près de 200 000 francophones, où sont ces gens? Pourquoi n’arrive-t-on pas à mobiliser ne serait-ce qu’une fraction de cette communauté? », s’interroge-t-il.

Jean-Claude N’da est conscient que le Franco-été devra lui aussi relever ces difficultés. « Cette première édition est avant tout une édition test. Nous voulons identifier concrètement les défis liés à l’organisation d’un tel événement afin d’en tirer des leçons pour les prochaines éditions », explique-t-il. Il voit cette première édition comme un projet pilote appelé à évoluer.

« Pour cette première édition, je parlerais plutôt d’un mini-festival. Les prochaines éditions viendront confirmer son statut de véritable festival. »

Le Franco-été proposera notamment un concert d’environ 90 minutes, un défilé de mode, des prestations d’humour, de la danse et des performances de percussions.

Une programmation peu visible

Est-ce que c’est la programmation qui est responsable de la faible fréquentation? Les organisateurs rejettent l’idée. « Nous proposons des artistes de calibre international », rappelle José Bertrand, citant notamment le groupe congolais Jupiter & Okwess, qui se produit dans de grands festivals partout dans le monde.

« Le véritable défi, c’est la médiatisation de cette programmation », insiste José Bertrand. Selon lui, avec la baisse des subventions et des commandites, les budgets consacrés à la promotion diminuent. « On se retrouve dans un cercle vicieux : on manque de visibilité, donc le public ne vient pas », déplore M. Bertrand.

S’ajoute un autre enjeu : les confirmations de financement arrivent souvent très tard.

« Au cours des six dernières années, nous avons parfois attendu jusqu’au mois de mai pour connaître les montants accordés. Il nous reste ensuite à peine trois semaines pour organiser et promouvoir un festival. Dans une ville comme Toronto, c’est extrêmement difficile. »

Jean-Claude N’da reconnaît lui aussi ces contraintes financières. C’est d’ailleurs ce qui explique le choix d’une formule payante pour cette première édition. « Si nous avions suffisamment de financement, nous offririons l’ensemble du festival gratuitement. Mais nous avons prévu des billets gratuits pour les personnes qui en font la demande afin que personne ne soit exclu pour des raisons financières. »

Parmi les pistes évoquées figure une présence accrue dans les médias anglophones afin de rejoindre les nombreux francophones qui s’informent principalement en anglais.

Jacques Charette, directeur général de la Francophonie en Fête. Gracieuseté

Dans ce sens, Jacques Charette affirme vouloir consacrer davantage de ressources à cette stratégie pour la prochaine édition de la Francophonie en Fête, tout en reconnaissant qu’elle représente un investissement important pour des organismes communautaires.

José Bertrand invite toutefois à la prudence.

« Nous recevons des subventions parce que nous nous adressons d’abord aux communautés francophones en situation minoritaire. Notre mission est de préserver la langue, de renforcer le sentiment d’appartenance et de rassembler les francophones », martèle-t-il.

Pour le directeur de la Franco-Fête, il ne s’agit pas de réorienter les festivals vers un public anglophone. « Peut-être qu’une partie de la solution passe malgré tout par les médias anglophones, non pas pour changer de public, mais pour mieux rejoindre les francophones eux-mêmes. C’est toute la nuance. »

Une réflexion collective

Les trois responsables estiment que la réflexion doit dépasser le seul cadre des festivals et plaident pour une plus grande collaboration entre les acteurs de la francophonie torontoise.

Jacques Charette appelle notamment à la tenue d’états généraux réunissant festivals, organismes communautaires ainsi que médias francophones et anglophones afin de mieux comprendre les habitudes des francophones et de trouver des solutions communes pour accroître leur participation aux événements.

Abolition de cinq postes au CSPNE : le syndicat demande l’arbitrage

NORD-EST – Une section locale du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP 4865) veut lancer une procédure d’arbitrage après l’abolition de cinq postes de secrétaires dans cinq écoles secondaires par le Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario (CSPNE). La durée de ces postes a été écourtée, passant de douze mois à dix. Les personnes concernées ont d’ailleurs déposé un grief individuel et le syndicat, un grief de principe, tous deux refusés par le CSPNE.

Le lundi 6 juillet, le SCFP 4865 a avisé le CSPNE par le biais d’une lettre obtenue par ONFR qu’il souhaitait lancer une procédure d’arbitrage. Le syndicat laisse toutefois une ouverture à la médiation si le conseil scolaire l’accepte. Ce différend s’inscrit dans le cadre de l’abolition de cinq postes de secrétaires, confie Mitch Gagnon, le président du syndicat.

C’est au début du mois de mai qu’il a appris que des postes pourraient être supprimés. Quelques semaines plus tard, le CSPNE lui confirme les faits par courriel. Les personnes affectées verront leurs postes de douze mois réduits à dix mois, une décision qui entrera en vigueur dès le 31 août 2026.

Pour le président du syndicat, ce sont surtout les motifs apportés par le CSPNE qui ne passent pas. « Le conseil dit que c’est dû à une réduction d’effectif d’élèves alors que notre conseil est en croissance. Il n’y a aucune réduction d’élèves, » affirme-t-il.

Le président confie que le CSPNE aurait choisi de retirer deux mois d’été dans les cinq contrats sous prétexte que cette période ne requiert pas de travail des secrétaires. Avec cette mesure, les personnes concernées devront désormais fournir le travail d’été pendant l’année scolaire. « Ils sont déjà surchargés de travail. Cela va causer des ennuis aux secrétaires. Il y aura des burn-outs. »

Quand le CSPNE a informé le syndicat de potentielles coupures au début du mois de mai, il a mentionné comme cause principale la baisse de financement provincial. « Ils nous avaient avertis d’une possibilité de coupures parce que le gouvernement leur coupait des fonds » explique-t-il, « Nous avons demandé des chiffres, le conseil a refusé de nous les donner ».

Le CSPNE n’a pas souhaité s’exprimer sur la situation.

Des griefs refusés

Pour faire face au conseil, le syndicat a déposé un grief de principe, soit une plainte déposée pour dénoncer une omission ou un non-respect de la convention collective. Des secrétaires concernés ont également déposé des griefs individuels. À la mi-juin, le syndicat s’est entretenu avec le CSPNE afin de contester ces coupes qu’il considère à l’encontre du contrat de travail. « Dans la convention collective, c’est très clair. Les secrétaires au niveau du secondaire sont à douze mois, et non à dix mois. » Les griefs ont été refusés, le CSPNE reste sur sa décision, raconte M. Gagnon.

Bien que le SCFP 4865 reconnaisse le sous-financement des conseils scolaires par la province, il dénonce notamment les priorités d’embauche et les écarts salariaux entre la direction et les employés du personnel éducatif de première ligne. « Les directeurs ont eu une belle augmentation de salaire cette année », déclare-t-il. D’après le président, les équipes de direction et de ressources humaines ne font que grandir, avec l’ajout récent de deux postes au niveau de la direction.

Il assure que les abolitions de postes ciblent exclusivement le personnel d’éducation de première ligne, notamment les secrétaires et les aides-enseignants, et ce, à l’échelle provinciale. « Cette année, les secrétaires de 12 mois du secondaire dans presque tous les conseils en Ontario ont les mêmes coupures », explique le président du syndicat, « Éventuellement le système d’éducation francophone va s’affaiblir ».

FIFA 2026 : les montagnes belges des partisans de Toronto

TORONTO – Après avoir frôlé l’élimination face au Sénégal quelques jours plus tôt, les Diables rouges ont cette fois signé leur prestation la plus aboutie de la compétition en éliminant les États-Unis. Une qualification qui confirme la montée en puissance de la Belgique, mais aussi celle de sa communauté de partisans à Toronto, de plus en plus nombreuse à se retrouver autour de la Coupe du monde.

Cette fois, les partisans belges de Toronto n’ont pas eu besoin de se ronger les ongles jusqu’aux dernières minutes. Réunis comme depuis le début de la Coupe du monde au Crafty Coyote, sur la rue Bloor Ouest, ils ont vécu une soirée bien différente du seizième de finale renversant contre le Sénégal. Face aux États-Unis, la Belgique a maîtrisé son sujet, s’est imposée 4-1 et a validé son billet pour les quarts de finale.

Même l’égalisation américaine, venue ramener brièvement les deux équipes à 1-1, n’a pas vraiment fait trembler la terrasse bondée du bar. Le doute n’aura duré que quelques instants. Charles De Ketelaere a rapidement redonné l’avantage aux Diables rouges, signant un doublé qui a remis tout le monde en confiance. Les cris ont vite remplacé les regards inquiets.

« Il fallait réagir rapidement. Je pense que c’est ce qu’on a fait. De Ketelaere n’avait pas été bon de la Coupe du monde jusque-là, mais là, il est venu tout de suite marquer le 2-1. Son doublé, ça a vraiment remis tout le monde en confiance », raconte Emilien Messiaen.

Pour Benjamin Guelen, le sentiment de supériorité belge n’a presque jamais quitté les supporteurs. « On se sentait bien, toujours en confiance, parce qu’on savait qu’on avait le match en main. La Belgique a dominé quasiment toute la partie. Les Américains n’ont pas eu beaucoup d’occasions. »

Après les émotions du match contre le Sénégal, Émilien Messiaen a pu célébrer une qualification beaucoup plus sereine face aux États-Unis au Crafty Coyote de Toronto. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Une qualification sans véritable frayeur

Dans un contexte pourtant électrique, la Belgique a répondu sur le terrain. La rencontre avait été précédée par la polémique entourant l’annulation du carton rouge de Folarin Balogun, après l’intervention très commentée de Donald Trump. Loin de déstabiliser les Diables rouges, l’épisode semble avoir servi de carburant.

« Je pense que cette histoire de carton rouge a retourné un peu la situation et a motivé notre équipe à 100 % », estime Benjamin Guelen.

Emilien Messiaen y voit aussi un élément déclencheur. « À mon avis, ça a un peu reboosté les joueurs en disant : ‘OK, Balogun, pas Balogun, on va leur mettre une petite raclée et ça ira très bien.’ »

Sur le terrain, Rudi Garcia a également gagné son pari. Le sélectionneur français de la Belgique avait choisi de se priver de plusieurs cadres au coup d’envoi, dont Kevin De Bruyne, Jérémy Doku et Romelu Lukaku. Un choix audacieux, mais payant. La Belgique a contrôlé la rencontre avec une équipe largement remaniée, avant que Lukaku n’entre en deuxième période pour inscrire le quatrième but.

Quelques instants avant que la Belgique ne reprenne définitivement les commandes du match, Benjamin Guelen (au centre) partage la même concentration que les nombreux partisans réunis au Crafty Coyote. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Cette fois, l’attaquant n’a pas changé le match comme contre le Sénégal. Il a plutôt mis la cerise sur le sundae, une expression bien canadienne qui avait des airs de pied de nez aux Américains. Déjà devant 3-1, les Belges ont pu savourer ce dernier but comme la touche finale d’une soirée presque parfaite.

« On a démarré avec une équipe B, mais pour le coup, ça a bien servi. Une belle victoire, assez sereine », résume Emilien Messiaen. « Les États-Unis, ce n’était pas le Sénégal. On s’y attendait, mais ça a été confirmé pendant le match. Beaucoup plus simple. »

Du doute à la confiance

Cette sérénité contrastait fortement avec le parcours jusque-là mouvementé des Diables rouges. On parle souvent de montagnes russes dans le sport. Pour les partisans belges de Toronto, il faudra désormais parler de montagnes belges.

Avant la compétition, l’enthousiasme était mesuré. La Belgique arrivait avec moins de certitudes que lors des éditions précédentes, portée par une génération moins étincelante sur papier. Les premiers matchs de groupe n’avaient pas vraiment rassuré. Le niveau semblait moyen, les ambitions prudentes.

« Honnêtement, on n’imaginait pas nécessairement qu’ils aillent aussi loin », reconnaît Benjamin Guelen. « Les deux premiers matchs n’étaient pas vraiment convaincants. Tout le monde pensait qu’on aurait un meilleur niveau. Mais au fil des matchs, ils se sont améliorés et ils ont pris de plus en plus confiance. »

Les rassemblements des supporteurs belges au Crafty Coyote sont aussi une affaire de famille, comme en témoignent Benjamin Guelen et son fils après la victoire face aux États-Unis. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Puis il y a eu le Sénégal. Un seizième de finale irrespirable, presque perdu, avant un retournement complet dans les dix dernières minutes. La Belgique, malmenée, avait arraché sa qualification au bout d’un scénario fou.

« Contre le Sénégal, ça a été fou, honnêtement. Même moi, je n’y croyais plus trop. Je ne regardais plus trop le match. Et puis, on voit le premier but, le deuxième but. Ça a été quelque chose d’assez exceptionnel », se souvient Emilien Messiaen.

Benjamin Guelen reste lucide sur ce match. « Je pensais que le Sénégal avait mieux joué que nous pendant tout le match. Je pense même qu’ils méritaient de gagner. Mais les dix dernières minutes étaient à notre avantage. C’est le football. Ça s’est terminé en beauté pour nous. »

L’Espagne en ligne de mire

Depuis ce miracle, quelque chose semble avoir changé. La Belgique ne donne plus seulement l’impression de survivre dans cette Coupe du monde. Elle avance. Et elle avance maintenant vers l’Espagne, adversaire autrement plus redoutable en quart de finale.

« Contre l’Espagne, on est outsider. Si on gagne, ce n’est que du bonus. Mais je pense qu’on va tout faire pour gagner. On a vu qu’on était capable de sortir des gros matchs », estime Emilien Messiaen.

Entouré de plusieurs amis français, Émilien Messiaen espère désormais retrouver les Bleus en demi-finale. Mais avant de rêver d’une revanche de 2018, la Belgique devra se défaire de l’Espagne en quart de finale. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Une victoire ouvrirait possiblement la porte à une demi-finale contre la France, si les Bleus battent le Maroc dans l’autre quart de cette partie du tableau. Forcément, le souvenir de 2018 n’est jamais très loin chez les Belges.

« On est ici avec des amis français, beaucoup d’amis français. Franchement, ce serait un plaisir de rejouer contre eux, en espérant ne pas avoir la même chose qu’en 2018 », sourit Emilien Messiaen. « Sur un match, tout peut changer, tout peut chavirer. Tout est possible. »

Benjamin Guelen préfère avancer prudemment. « Match par match. La France a l’air d’être la meilleure équipe de toute cette Coupe du monde. Mais les retournements de scénario nous inspirent un peu confiance. Ça va être dur contre l’Espagne, et surtout contre la France si on arrive aussi loin. Mais on ne sait jamais. »

Une communauté qui grandit à chaque match

Au Crafty Coyote, cette aventure belge dépasse pourtant le simple résultat sportif. Pour Delphine Hautfenne, organisatrice des rassemblements de TO BE, chaque match est devenu une occasion de faire grandir la communauté belge de Toronto.

« Chaque match, on a un peu plus de monde », constate-t-elle. « Aujourd’hui, je pense qu’avec la controverse contre les États-Unis, on avait plein de gens non belges qui venaient nous supporter. »

Fondatrice de TO BE (Toronto Belgians), Delphine Hautfenne a profité de la Coupe du monde pour rassembler la communauté belge de Toronto autour des Diables rouges, tout en accueillant de nouveaux sympathisants venus d’horizons divers. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Elle le reconnaît avec le sourire : elle n’était pas, à l’origine, une grande passionnée de soccer. Mais la Coupe du monde a changé quelque chose.

« Moi, je suis seulement les matchs pour la Belgique. J’avais quelqu’un devant moi qui suivait le foot à fond, donc il m’expliquait tout ce qui se passait. C’était super chouette. Il y a un but, je suis contente. On en a eu quatre, c’est génial. »

Son rôle, surtout, est ailleurs. « J’essaie de regrouper un maximum de monde, parce que c’est mon rôle aussi d’être certaine que les gens qui viennent seuls rencontrent du monde et ne soient pas seuls dans leur coin. »

La suite se vivra donc au même endroit. Belgique-Espagne est prévue vendredi à 15 h, heure de Toronto. Les Diables rouges tenteront d’atteindre le dernier carré. Les partisans, eux, espèrent simplement prolonger encore un peu ces montagnes belges.

Plafond d’étudiants étrangers : Ottawa prolonge l’exemption d’un an pour des francophones

Le gouvernement fédéral a annoncé lundi qu’il prolongeait d’une année un programme pilote permettant à plus de 2000 étudiants étrangers francophones d’être exemptés du plafond national des permis d’études, un projet qui favorise également l’accès à la résidence permanente.

La ministre de l’Immigration, Lena Diab, a annoncé la prolongation jusqu’en août 2027 du Programme pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire, malgré le fait qu’il ait très peu fonctionné depuis sa création en 2024.

Annoncé en 2024 par Ottawa, ce projet avait pour but d’exempter 2300 francophones du plafond des permis d’études imposé aux étudiants internationaux. En 2025, ce plafond était de près de 2800. Le projet s’applique aux étudiants francophones dans des établissements postsecondaires de langue française à l’extérieur du Québec.

Or, ce programme n’a pas eu le succès escompté et, en moins de deux ans, n’a attiré que 515 étudiants francophones, précise le communiqué de presse du ministère d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada qui porte sur l’annonce.

« On veut se donner une année de plus pour mieux analyser les résultats du projet pilote. Après cela, nous établirons un plan à long terme. Mon espoir est que ce plan serve à rendre le programme permanent, oui, mais nous devons d’abord nous accorder un peu de temps pour bien faire les choses », a expliqué la ministre de l’Immigration, Lena Diab, en conférence de presse à Winnipeg.

En plus d’être exemptés du plafond national, les participants à ce programme bénéficient d’une voie d’accès directe pour passer d’un statut temporaire à un statut permanent après l’obtention de leur diplôme. Ces étudiants francophones et leurs familles sont aussi dispensés de prouver leur intention de quitter le Canada à la fin de leurs études, en plus de bénéficier d’un allègement du seuil financier requis pour venir étudier au pays.

L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui représente plus d’une vingtaine d’établissements postsecondaires francophones hors Québec, « se réjouit fortement » de cette annonce du fédéral.

« Depuis son lancement, le Programme pilote a permis d’attirer une population étudiante internationale d’expression française qui renforce la vitalité des communautés francophones et qui permettra de répondre à des besoins de main-d’œuvre dans des secteurs essentiels », a déclaré l’ACUFC par communiqué.

Un plafond illégal pour les francophones

Quelques mois avant l’annonce du projet pilote, Ottawa avait imposé un plafond sur les permis d’études au Canada pour contrer l’arrivée d’étudiants étrangers au pays. Après une enquête achevée en octobre 2025, le Commissariat aux langues officielles avait conclu que ce plafond était illégal, contrevenant à la Loi sur les langues officielles.

Selon les conclusions du rapport d’enquête, le gouvernement fédéral a omis de consulter les institutions francophones situées à l’extérieur du Québec. Le rapport souligne également que les autorités n’ont pas mis en place de mesures pour limiter les répercussions préjudiciables qu’un quota national de permis d’études pourrait avoir sur la francophonie canadienne.

Les établissements francophones ont souvent dénoncé, au cours des dernières années, l’impact du plafonnement du nombre de permis d’études sur leurs institutions.

Bien que les étudiants internationaux comptent pour près de 30 % des effectifs au sein des institutions francophones hors Québec, cette proportion ne constitue qu’une part infime, oscillant entre 1 % et 2 %, de la population étudiante totale du pays.

Un Franco-Ontarien nommé juge en chef de la Cour supérieure de l’Ontario

Un Franco-Ontarien de Kapuskasing, dans le Nord de l’Ontario, devient l’un des juges les plus haut placés dans la province et du pays. Patrick Boucher a été nommé lundi juge en chef de la Cour supérieure de justice de l’Ontario.

Le premier ministre Mark Carney a annoncé lundi par communiqué la nomination de M. Boucher à la tête de ce tribunal de première instance en Ontario, l’un des plus importants à travers le pays en matière de volume et d’envergure.

Patrick Boucher, né à Kapuskasing, était depuis 2024 le juge principal régional de la Cour supérieure de justice de l’Ontario pour la région du Nord-Est. Il remplace dans ce nouveau poste Geoffrey B. Morawetz, qui a pris sa retraite le 15 mai dernier.

Nommé juge à la Cour de justice de l’Ontario en 2009, il a ensuite été promu juge de la Cour supérieure de la province en 2020. Avant d’accéder à la magistrature, il a exercé en cabinet privé, travaillant principalement dans le domaine des litiges en droit de la famille et en droit pénal dans le Nord de l’Ontario. Il a aussi été bénévole à la Clinique juridique communautaire Grand-Nord, en plus de siéger au sein de plusieurs comités de direction, groupes de travail et conseils d’administration judiciaires en Ontario.

Il a obtenu un baccalauréat spécialisé de l’Université McGill et un baccalauréat en droit de l’Université d’Ottawa, et a été admis au Barreau de l’Ontario en 1998.

Un pipeline de 3300 km pourrait relier l’Ontario et l’Alberta

CALGARY – L’Ontario et l’Alberta prévoient de construire un pipeline de 3300 km de long qui voyagerait vers l’est, depuis Hardisty, en Alberta, jusqu’à la ceinture de raffinage à Sarnia, en Ontario. L’infrastructure serait construite avec de l’acier canadien exclusivement et permettrait d’acheminer 500 000 barils de pétrole brut par jour. Une étude de faisabilité est en cours, notamment pour évaluer les coûts du projet, avec des conclusions attendues d’ici la fin de 2026.

Le premier ministre ontarien, Doug Ford, et la première ministre albertaine, Danielle Smith, sont réunis à Calgary ce lundi pour dévoiler le tracé proposé d’un pipeline d’envergure.

Intitulé « Bouclier pour le Nord » quant au transport d’énergie, ce pipeline acheminerait du pétrole sur 3 300 km de Hardisty, en Alberta, à Sarnia, en passant par la Saskatchewan et le Manitoba, restant uniquement au sein des frontières canadiennes donc.

Le tracé proposé pour le « Bouclier pour le Nord ». Source : gouvernement de l’Ontario

Si initialement la configuration du pipeline et des stations de pompage devait permettre de transporter 500 000 barils de pétrole brut par jour, la capacité d’expansion permettrait d’acheminer jusqu’à 800 000 barils par jour.

L’Ontario étudie également les possibilités d’étendre les connexions du pipeline vers de nouveaux ports ainsi que vers des ports existants.

Les deux premiers ministres ont chacun mis l’emphase sur le gain pour l’économie, et la création et la protection des emplois au pays : « Notre projet de couloir « Bouclier pour le Nord » de transport de l’énergie est un plan visant à protéger les travailleurs de l’Ontario, de l’Alberta et de toutes les régions du pays », a insisté Doug Ford.

« En reliant les ressources énergétiques de l’Alberta aux raffineries et aux marchés canadiens, nous pouvons créer des emplois, stimuler notre économie et mieux exploiter les ressources de classe mondiale dont nous disposons déjà », a affirmé Danielle Smith.

En juillet 2025, la Saskatchewan s’était déjà jointe à l’accord pour un corridor est-ouest entre l’Ontario et l’Alberta sur la construction de grands projets d’infrastructures pour transporter les minéraux critiques de l’Ontario et le pétrole et le gaz de l’Ouest canadien.

Danielle Smith et Doug Ford ont annoncé le tracé du pipeline Alberta-Ontario ce 6 juillet à Calgary. Photo : capture chaine YouTube officielle du gouvernement de l’Ontario

Conclusion de l’étude de faisabilité d’ici fin 2026

En toile de fond également, on trouve la volonté de réduire la dépendance du Canada à l’égard des marchés étrangers et de renforcer les chaînes d’approvisionnement intérieures.

L’Ontario a officiellement lancé l’étude de faisabilité, dont les conclusions sont attendues d’ici la fin de 2026. Supervisée par Infrastructure Ontario à titre de conseiller commercial, une équipe d’experts (incluant GHD, EY Canada, Mokwateh, AtkinsRéalis, Wood et Turner & Townsend) est actuellement chargée d’évaluer les coûts, les modèles commerciaux et les opportunités connexes, telles que la modernisation du réseau électrique et la création de réserves stratégiques de pétrole.

La province s’engage également « à respecter son obligation de consultation auprès de ses partenaires et communautés autochtones, tout en soutenant la participation des Autochtones aux projets de développement national grâce à un financement historique qui aiderait les communautés autochtones à devenir des partenaires financiers », stipule le communiqué de presse officiel.

Basketball : le Tempo de Toronto mise sur la filière française

TORONTO – Le contingent francophone du Tempo de Toronto continue de s’agrandir. Un peu plus d’un mois après l’arrivée de Tima Pouye, c’est au tour d’Ornella Bankolé de rejoindre la franchise canadienne. Si leurs situations diffèrent, les deux internationales françaises poursuivent le même objectif : s’imposer progressivement dans la meilleure ligue de basketball au monde.

L’une gagne peu à peu la confiance de son entraîneuse. L’autre découvre à peine son nouvel environnement. En l’espace de quelques semaines, Tima Pouye et Ornella Bankolé sont venues apporter une touche française au Tempo. Et la blessure de dernière minute de Julie Allemand face aux Wings de Dallas, ce dimanche, a accéléré les choses pour les deux Françaises.

Tima Pouye a ainsi obtenu sa première titularisation en WNBA, tandis qu’Ornella Bankolé a vu son contrat de développement activé et a foulé un parquet de la grande ligue pour la première fois de sa carrière. Un rêve devenu réalité pour la native d’Auxerre.

Sur le plan collectif, la soirée s’est toutefois terminée par une défaite de Toronto, battu 89-76 par Dallas. Le Tempo affiche désormais un bilan de 9 victoires et 11 défaites.

Moment d’histoire pour le Tempo avec deux Françaises sur le terrain en même temps face aux Wings de Dallas. Ornella Bankolé (33) mène la contre-attaque balle en main, Tima Pouye (32) espace le jeu au large. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Arrivée à Toronto il y a un peu plus d’un mois, Tima Pouye a d’abord dû apprivoiser le rythme de la WNBA avant de voir son rôle grandir progressivement au sein du Tempo. « Tout s’est enchaîné très vite. Mais j’ai été super bien accueillie et je me sens de plus en plus à l’aise », expliquait-elle deux semaines après son arrivée.

Tima Pouye récompensée

Les blessures de Kiki Rice puis de Brittney Sykes ont ouvert davantage de minutes dans la rotation extérieure de Sandy Brondello, et la Française a progressivement gagné la confiance de son entraîneuse jusqu’à être récompensée par ce premier départ.

« Nous sommes très satisfaits de Tima. En revoyant les vidéos, je me suis même dit après le dernier match que j’aurais probablement dû la faire jouer davantage. Donnez-lui une mission et elle va la remplir à 150 % », avait confié Brondello après la rencontre face aux Sparks de Los Angeles, le 25 juin dernier.

Le match suivant, la native de Tulle signait son record en carrière avec 13 points en 20 minutes, son plus gros temps de jeu de la saison. L’entraîneuse australienne soulignait alors autant son investissement que sa compréhension du jeu.

« Elle apprend très vite, ce qui démontre son QI basket. C’est une énorme travailleuse. Elle est toujours au gymnase avant et après les entraînements pour continuer à tirer. Nous voulons qu’elle soit une défenseuse capable de perturber les adversaires sur tout le terrain. Offensivement, j’aime aussi sa capacité à attaquer le cercle et à créer pour les autres. »

Dimanche, Pouye a terminé avec 3 points et 1 passe décisive en 21 minutes. Après la rencontre, Brondello a rappelé que sa titularisation s’était décidée dans l’urgence, pas le contexte idéal pour elle.

« On l’a lancée là-dedans à court préavis, quand on a su que Julie ne pouvait pas jouer. Elle joue dur. Défensivement, elle a fait du bon travail. Offensivement, elle doit encore trouver quand faire circuler le ballon et quand être agressive. Elle doit se faire confiance. »

Depuis son arrivée au Tempo le 28 juin, Tima Pouye a disputé 11 matchs, dont 10 en sortie de banc, avec une moyenne de 9 minutes par rencontre.

Une énergie qui plaît

Pour Pouye, cette progression s’inscrit dans un processus : « Ce n’est que le début. Mon objectif est de gagner progressivement des minutes, de confirmer ce que je fais et que le staff me fasse de plus en plus confiance. »

Julie Allemand constate elle aussi cette montée en puissance. « Ce que j’aime chez Tima, c’est qu’elle reste toujours la même. Elle travaille énormément. Elle apporte beaucoup d’énergie, surtout en défense. »

La meneuse belge estime que la Française commence également à prendre davantage confiance dans son jeu. « Quand on arrive d’Europe, on n’a pas les mêmes responsabilités ici. Mais je vois qu’elle ose de plus en plus à l’entraînement. Ça veut dire qu’elle se sent de plus en plus à l’aise. »

La meneuse reconnaît elle-même que l’adaptation au basket nord-américain demande quelques ajustements. « Ici, tout va beaucoup plus vite. Les possessions sont plus courtes et les joueuses disposent de davantage de liberté pour lire le jeu, alors qu’en Europe on s’appuie davantage sur des systèmes offensifs bien définis. »

Une occasion à saisir

À la veille du match contre Dallas, Ornella Bankolé ne savait toujours pas si elle ferait partie des joueuses activées. « Je me tiens juste prête pour quand l’équipe aura besoin de moi. Je suis vraiment là pour essayer d’apporter ce dont ils ont besoin, quand ils en ont besoin », confiait-elle à ONFR.

Quelques heures plus tard, la blessure de dernière minute de Julie Allemand changeait les plans du Tempo et permettait à l’ailière française de faire sa première apparition sur la feuille de match.

Âgée de 28 ans, Bankolé évolue sous un contrat de développement, un statut propre à la WNBA qui limite sa présence à un maximum de 12 rencontres. Chaque opportunité revêt donc une importance particulière pour convaincre la franchise torontoise.

Ornella Bankolé a inscrit ses deux premiers points en WNBA sur lancers francs. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Pour ses débuts, elle a inscrit ses deux premiers points en WNBA, ajouté 2 rebonds et 1 interception en 8 minutes. Après la rencontre, Brondello a apprécié son énergie malgré une intégration express.

« Elle est entrée et elle a joué dur. Elle ne connaît pas encore beaucoup de nos systèmes vu qu’elle est ici depuis très peu de temps. Les leaders ont essayé de l’aider sur le terrain, mais l’idée était simple : jouer dur. Sur ses minutes, elle nous a donné une bonne énergie. »

Même si les circonstances ont accéléré ses débuts, Brondello appréciait déjà le profil de sa nouvelle joueuse. « Nous cherchions davantage de joueuses physiques capables de défendre. Aujourd’hui, elle a montré qu’elle pouvait tirer à trois points, bien couper vers le panier et qu’elle peut apprendre rapidement notre système. »

Une intégration accélérée

Julie Allemand connaît bien les difficultés d’une arrivée en pleine saison. « Elle me disait qu’elle ne comprenait pas encore tous les termes. Je lui ai répondu que c’était normal. Chaque fois que je change d’équipe aux États-Unis, il me faut environ une semaine avant de tout comprendre. »

La Belge rappelle aussi que le calendrier laisse peu de place à l’apprentissage. « On n’a eu que trois entraînements. Maintenant, on repart pour cinq matchs en dix jours. On ne va presque plus s’entraîner. Je lui ai déjà dit qu’elle allait devoir faire beaucoup de travail supplémentaire pour rester prête. »

Avec trois ans d’expérience dans la WNBA et une langue commune, Julie Allemand (au centre) représente une aide solide pour les Françaises du Tempo. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Heureusement pour l’Auxerroise, son intégration a été facilitée par la présence des deux francophones dans le vestiaire, mais aussi par un premier moment de cohésion avec ses nouvelles coéquipières lors du match de la Coupe du monde entre la Croatie et le Portugal, disputé à Toronto quelques jours après son arrivée.

« Ça m’a permis de passer un peu de temps avec le groupe, avec les filles, et de mieux les connaître. C’était un premier vrai moment partagé avec l’équipe. C’est vraiment appréciable parce que Julie et Tima soient là m’aider quand je ne comprends pas tout en anglais. C’est un vrai soutien et ça fait vraiment du bien. »

Deux Françaises, un même état d’esprit

Pour Sandy Brondello, les deux Françaises partagent d’ailleurs plusieurs qualités. « Elles sont très faciles à entraîner et travaillent extrêmement fort. Elles arrivent avant les entraînements, restent après pour faire des extras et prennent leur métier de professionnelles très au sérieux. »

L’entraîneuse australienne ne cache pas non plus son admiration pour la qualité de la formation française. « Le basket français possède énormément de talent. Il faut reconnaître le travail réalisé dans la formation des joueuses. Beaucoup arrivent ensuite en WNBA et y occupent des rôles importants. »

Édith Houle, une femme engagée du Sud-Ouest s’éteint

SARNIA – Le Sud-Ouest est en deuil, suite au décès d’Édith Houle, une Franco-Ontarienne engagée dans sa communauté depuis six décennies.

Elle était un des visages du Centre culturel francophone Jolliet dont elle a été la première femme administratrice dans les années 1960. Édith Houle s’est éteinte jeudi à l’âge de 103 ans.

Le maire de Sarnia, Mike Bradley, a salué la « vie bien remplie » de celle qui a « joué un rôle important dans l’évolution et le développement de la communauté francophone pendant plus de six décennies ».

« Son dévouement et son amour pour la communauté francophone resteront longtemps gravés dans nos mémoires », a-t-il estimé.

Née à Chandler en 1922, au Québec, Mme Houle a vécu ensuite à Smooth Rock Falls, dans le Nord de l’Ontario, avant de s’installer à Sarnia, près de Bluewater, où elle s’est impliquée dans la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin.

Elle en a été l’organiste durant 60 ans, de même qu’elle a présidé les Dames de Sainte-Anne, un groupe religieux de soutien aux causes locales et de collecte de fonds pour la paroisse.

Elle a notamment été présidente du club de l’âge d’or La Gaieté pendant 14 ans, et a contribué en 1959 à la fondation du Club Jolliet, futur Centre culturel francophone Jolliet.

Une « immense perte » pour la communauté

« La communauté francophone de Sarnia est sous le choc », a d’ailleurs réagi le Centre, rendant hommage à celle qui a « marqué l’histoire et l’évolution de la communauté francophone de Sarnia pendant plus de six décennies. »

Son président actuel, Normand Prevost, s’est dit ému lorsqu’il a appris sa disparition. « J’ai adoré chaque instant passé à discuter avec elle! Elle m’impressionnait tellement par sa mémoire, la clarté et l’intelligence de ses propos. C’est une immense perte pour notre belle communauté francophone », a-t-il déclaré dans une publication sur le réseau social Facebook.

« La communauté francophone de Sarnia a perdu une grande dame, une dame toujours pleine d’énergie », s’est aussi attristé Patrice Dufour, un ancien président du Centre.

Une cérémonie commémorative aura lieu le samedi prochain de 13 h à 16 h, au restaurant Big Fish Steak & Lounge, à Sarnia.

À Ottawa, le parcours historique du Canada célébré malgré l’élimination

OTTAWA – Le rêve canadien s’est arrêté en huitièmes de finale de la Coupe du monde de soccer après une défaite de 3-0 face au Maroc. Réunis par milliers au parc des Plaines-LeBreton, les partisans ont néanmoins salué le parcours historique de leur équipe, qui a franchi pour la première fois la phase de groupes et remporté un premier match à élimination directe. 

Plus qu’un match de football entre le Canada et le Maroc, le visionnement de la Coupe du monde, samedi au parc des Plaines-LeBreton, à Ottawa, avait des airs de véritable fête du Canada.

Quelques jours après l’annulation des célébrations de la fête nationale en raison d’un orage, plusieurs milliers de spectateurs ont envahi les plaines LeBreton, vêtus de rouge. Le rouge des supporters de l’équipe du Canada se confondait parfois avec celui des partisans du Maroc, dans une ambiance de drapeaux, de chants et de passion.

Peu avant le coup d’envoi, un hélicoptère CH-147F Chinook de l’Aviation royale canadienne a survolé le parc, un hommage organisé pour souligner ce grand rassemblement populaire et le parcours historique du Canada dans ce Mondial.

Sur le terrain, le rêve canadien s’est toutefois arrêté en huitièmes de finale. Le groupe du Franco-ontarien Jonathan David s’est inclinée 3-0 face au Maroc, au Stade de Houston, au terme d’un parcours historique. 

Avant cette élimination, le Canada avait marqué l’histoire de son soccer. En phase de groupes, les Canadiens ont d’abord fait match nul 1-1 contre la Bosnie-Herzégovine, le 12 juin, au Stade de Toronto. Ils ont ensuite signé une large victoire de 6-0 face au Qatar, le 18 juin, au BC Place de Vancouver, avant de s’incliner 2-1 contre la Suisse, le 24 juin, toujours à Vancouver.

Qualifié pour la phase éliminatoire, le Canada a ensuite franchi une autre étape majeure en battant l’Afrique du Sud 1-0 en seizièmes de finale, décrochant ainsi le premier succès de son histoire dans un match éliminatoire de Coupe du monde. 

Malgré la défaite face au Maroc, la fierté dominait chez plusieurs partisans réunis à Ottawa.

« C’était un match difficile, mais malgré tout ça, je félicite l’équipe du Canada parce qu’ils sont vraiment arrivés très loin, a confié Lizett Castillo. C’est le soccer, c’est comme ça : aujourd’hui, on crie de joie et parfois on est triste, mais je serai toujours dans l’appui du Canada. »

Même sentiment chez Josh, déçu, mais fier du chemin parcouru. « Très déçu, bien sûr. Si le Canada avait marqué dans les premières minutes, je pense que ça aurait été un autre match. Mais je suis fier qu’ils soient arrivés jusqu’ici », a-t-il souligné.

Et d’ajouter : « Je pense que ce parcours va changer le jeu dans le pays et inspirer beaucoup de jeunes. Ce sera un moment dont les Canadiens vont se souvenir »

Malgré la défaite, Josh estime que le parcours du Canada inspirera toute une nouvelle génération de jeunes joueurs. Photo : Amine Harmach/ONFR

Pour Ryan Pascal, cette Coupe du monde aura surtout permis de mesurer le chemin parcouru par le Canada sur la scène internationale. « Je suis très fier qu’on ait réussi à aller jusque-là. On a joué contre une très bonne équipe. Tout le monde a fait de son mieux, mais à la fin, c’est la meilleure équipe qui gagne », a-t-il résumé. « On est très fiers d’être Canadiens. C’était incroyable de voir tout le monde avec ces différents drapeaux, soutenir ces différents pays. »

À Ottawa, malgré la déception, l’image restera celle d’un pays rassemblé autour de son équipe, dans une ambiance de fête, de fierté et d’espoir pour la suite.

Trois Franco-Ontariens plongent vers les Essais canadiens

Du 5 au 9 juillet, les meilleurs nageurs du pays convergeront vers la Piscine olympique de Montréal pour les Essais canadiens Bell 2026. En jeu : une place au sein de l’équipe nationale qui représentera le Canada aux Championnats pan-pacifiques. Parmi les athlètes attendus figurent trois Franco-Ontariens aux parcours bien différents. Ben Winterborn et Filip Senc-Samardzic visent les sommets de la natation canadienne, tandis qu’Alexandre Landry s’apprête à tourner une page importante de sa carrière.

À quelques jours de plonger dans le bassin montréalais, les trois nageurs affichent des états d’esprit contrastés, mais un même désir de franchir une nouvelle étape.

Ben Winterborn, s’imposer parmi l’élite canadienne du dos

Chez Ben Winterborn, la confiance est palpable. Le nageur torontois estime avoir trouvé une stabilité qui lui faisait parfois défaut ces dernières saisons. Sans chercher à accumuler les performances éclatantes avant Montréal, il a construit sa préparation autour d’un seul objectif : arriver au meilleur de sa forme lorsque les qualifications seront en jeu.

« L’entraînement va vraiment bien. Les championnats universitaires m’ont donné beaucoup de confiance. Je suis content de la façon dont les choses se passent et je me sens confiant à l’approche des essais », résume-t-il.

Ses ambitions sont clairement définies. Déjà sélectionné pour les Jeux du Commonwealth, le spécialiste du dos originaire de Kingston souhaite désormais décrocher une place au sein de l’équipe canadienne qui participera aux Championnats pan-pacifiques. Sur le plan individuel, il vise la victoire au 50 mètres dos, une place parmi les deux premiers au 100 mètres dos et espère se rapprocher du record canadien sur sa spécialité.

Le spécialiste du dos Ben Winterborn s’entraîne au Centre de haute performance de Toronto tout en poursuivant des études en sciences politiques à l’Université de Toronto. Photo : Barry McCluskey/Université de Toronto

Construire la suite de sa carrière

À une semaine des essais, les derniers ajustements ne sont plus physiques, mais psychologiques.

« À présent, il n’y a plus grand-chose que je peux changer physiquement. Là, l’objectif, c’est le mental. Je fais beaucoup de visualisation. Chaque jour, je m’imagine au 50 mètres et au 100 mètres. J’imagine comment je veux approcher la course, comment je veux être derrière les blocs, à quoi je veux penser. Et je me prépare aussi à réagir si quelque chose d’imprévu arrive. »

Cette préparation minutieuse s’inscrit dans un projet à plus long terme. Ben Winterborn pense déjà aux Championnats du monde de 2027, puis aux Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Son objectif est de continuer à progresser parmi les meilleurs canadiens de sa discipline.

Filip Senc-Samardzic, des ambitions au-delà de la qualification

Le parcours de Filip Senc-Samardzic raconte une autre histoire.

Sa saison universitaire aux États-Unis a été marquée par une frustration. Malgré une préparation qu’il juge réussie, le Franco-Ontarien a échoué à une seule place d’une qualification individuelle aux championnats NCAA, après des changements dans le système de sélection. Il a en effet terminé 25e alors que, désormais, seuls les 24 meilleurs nageurs étaient retenus.

Malgré cette déception, Senc-Samardzic est resté concentré sur le relais 4 x 100, où, avec son équipe, il a terminé parmi les huit meilleures du pays. (modifié) 

Loin de l’abattre, sa détermination s’est renforcée. Après un stage avec l’équipe canadienne à Majorque et une compétition à Barcelone, Senc-Samardzic estime arriver aux essais dans les meilleures dispositions de la saison.

« Je me sens vraiment bien. C’est la première fois cette saison que je passe sous les 50 secondes au 100 mètres libre. Maintenant qu’on approche des essais et que l’affûtage est terminé, je suis content de là où j’en suis. On verra ce que je peux faire, mais je sens que je suis dans une bonne période. »

Filip Senc-Samardzic, spécialiste du papillon et de la nage libre, évolue à l’Université de l’Arizona. Il y a notamment partagé le bassin avec le Français Léon Marchand, quadruple champion olympique aux Jeux de Paris 2024. Photo : Casey McNulty/Arizona Athletics

Des rêves de podium olympique

Cette confiance s’accompagne d’objectifs élevés. Une qualification pour les Championnats pan-pacifiques constitue la priorité immédiate, avant les Championnats du monde en petit bassin cet hiver et les Mondiaux de Budapest en 2027.

Mais le nageur de 22 ans voit déjà plus loin. « Je n’ai pas envie juste de me qualifier pour les Jeux olympiques. Bien sûr que ce serait une étape importante dans ma carrière, mais je veux performer là-bas. Je veux me qualifier pour des finales individuelles et, avec notre relais 4 x 100 mètres libre, on parle déjà de gagner une médaille à Los Angeles. C’est un objectif qu’on partage tous les quatre depuis les derniers championnats du monde. »

Cette ambition illustre le changement de statut du Canadien d’origine suisse et croate. Désormais intégré à l’environnement de l’équipe nationale, il ne cherche plus seulement à y faire sa place, mais à s’y imposer durablement.

Alexandre Landry, des adieux à Sudbury

Pour Alexandre Landry, les essais montréalais auront une signification particulière. Au-delà de l’aspect sportif, ils marqueront ses dernières compétitions sous les couleurs du club de Sudbury, qu’il quittera à la fin de l’été pour rejoindre l’Université d’Ottawa, où il poursuivra des études en éducation en français tout en intégrant un groupe d’entraînement de haut niveau.

Le choix s’est imposé naturellement. Après plusieurs stages avec sa future équipe, Landry a découvert un environnement beaucoup plus structuré, avec un accès à des spécialistes de la préparation physique, de la nutrition et de la santé mentale.

« Ça m’a vraiment ouvert les yeux. J’ai pu rencontrer la majorité de l’équipe, voir comment tout est organisé et découvrir tous les services auxquels ils ont accès. Je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de choses qui pourront m’aider à progresser dans le futur. »

Âgé de 25 ans, le Franco-Ontarien Alexandre Landry partagera son temps entre ses études en éducation en français à l’Université d’Ottawa et la natation de haut niveau à compter de l’automne. Photo : Daniel Landry

Nager sans pression

Quitter Sudbury n’en demeure pas moins chargé d’émotion.

« L’équipe va certainement beaucoup me manquer. Même si ça ne fait que cinq ans, ça a vraiment été comme une famille. Le camp d’entraînement en Espagne et les dernières compétitions ensemble m’ont aussi rassuré. J’ai vu les plus jeunes progresser et je me suis dit qu’ils étaient prêts à continuer sans moi. Ça rend le départ un peu plus facile. »

Sur le plan sportif, Landry reconnaît que sa saison n’a pas répondu à toutes ses attentes. Plutôt que de s’imposer une pression supplémentaire, il préfère aborder les essais avec sérénité.

« Je veux simplement bien la terminer. J’essaie de ne pas me mettre de pression, juste nager pour le plaisir. Ça fait quinze ans que je fais ce sport. Je veux continuer à m’améliorer et voir ce qui va se passer. »

Une philosophie qui pourrait lui permettre de créer la surprise avant de débuter un nouveau chapitre de sa carrière dans la capitale fédérale.

« Un moment charnière » : Fabien Hébert brigue un 3e mandat à la tête de l’AFO

OTTAWA – Fort d’un capital politique qu’il dit avoir accumulé depuis quatre ans, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, confirme sa volonté de briguer un troisième mandat en octobre prochain. Le leader communautaire prévient que d’importants combats attendent l’Ontario français et justifie sa candidature précoce par le besoin d’assurer une stabilité au moment où la communauté s’apprêterait à entamer d’importants changements.

Pour ce natif de Hearst, dans le Nord de l’Ontario, solliciter un nouveau mandat de deux ans s’impose comme une évidence. 

« C’était déjà mon intention d’aller pour un troisième mandat, mais c’est devenu naturel avec tous les défis qui sont à relever et ce qu’on a entendu dans toutes les communautés lors des États généraux », confie-t-il à ONFR après en avoir fait l’annonce sur les réseaux sociaux jeudi soir.

Fabien Hébert mise sur la continuité et l’accès aux cercles décisionnels : « On est à un moment charnière. J’ai quatre ans d’expérience dans le dossier, j’ai gagné du capital politique dans mes rencontres et mes discussions. Pourquoi ne pas mettre ça à l’avantage de la communauté francophone? »

Le Livre blanc comme feuille de route

Cette candidature survient alors que l’organisme porte-parole vient de clore la phase de consultation de l’Acte 2 de ses États généraux, un exercice d’envergure qui a mobilisé plus de 1000 participants. 

Les données recueillies doivent mener à la publication, cet automne, d’un Livre blanc très attendu, qui servira de plan de match pour l’avenir.

Le président sortant indique vouloir faire de la mise en œuvre de ce Livre blanc sa priorité s’il obtient un nouveau mandat. Selon lui, les structures actuelles ne permettent pas de répondre pleinement aux besoins de la communauté.

« On doit développer ou imaginer un nouveau modèle d’organisation communautaire pour bien y répondre », explique-t-il.

Le paradoxe financier de 2028

Toutefois, la route vers cette transformation promise devra s’armer de patience, puisque les ressources financières majeures n’arriveront pas avant 2028.

Questionné sur ce décalage, M. Hébert précise qu’il s’agit d’une réalité purement budgétaire liée au Plan d’action fédéral pour les langues officielles et aux ententes avec Patrimoine Canada, dont les enveloppes actuelles sont verrouillées jusqu’en mars 2028. 

Si la communauté voulait lancer de grands chantiers dès demain, « les fonds ne sont pas là », admet-il franchement.

Ce positionnement répond à des impératifs de calendrier alors que l’organisme prévoit d’utiliser les conclusions de son Livre blanc pour alimenter les consultations en cours avec Patrimoine Canada, en vue de la préparation du prochain cycle de financement fédéral pour la période 2028-2033. 

Bien qu’il n’exclue pas la possibilité d’aller chercher des fonds d’urgence d’ici là, le président sortant estime qu’ils ne seraient pas suffisants pour mener à terme un exercice aussi ambitieux.

La modernisation de la LSF comme plus grande fierté

Interrogé sur son plus grand accomplissement, Fabien Hébert cite la création du Centre de planification des services de santé en français, né de la crise entre le gouvernement et les anciennes entités.

« Nous avons réussi, par nos interventions, à créer une agence indépendante, par et pour les francophones, pour recommander au gouvernement les actions prioritaires en santé », se félicite-t-il, soulignant que la structure a permis de préserver l’expertise et les emplois existants.

« Le renouvellement de la Loi sur les services en français et la modernisation des règlements, c’est quelque chose qui nous tenait vraiment à cœur et qu’on a réussi à obtenir », cite-t-il également tout en rappelant le soutien à des projets culturels d’envergure, à l’instar du MIFO ou du Théâtre français de Toronto.

Malgré ces gains, le président sortant continue de talonner le ministère des Affaires francophones (MAFO), nouvellement piloté par Natalia Kusendova-Bashta, pour que la révision des règlements administratifs suive le rythme, notamment en ce qui a trait à la liste des établissements désignés sous la LSF.

« On attend encore une mise à jour de ce règlement-là, qui est vraiment crucial pour nous permettre de bien comprendre où sont les lacunes », rappelle-t-il.

Un calendrier électoral devancé

En choisissant de dévoiler ses intentions dès le début de juillet, Fabien Hébert prend une longueur d’avance sur le calendrier institutionnel. La période officielle de mise en candidature de l’AFO ne s’ouvrira que le 26 août et se clôturera le 9 octobre prochain.

L’élection se déroulera lors du Congrès annuel de l’organisme, prévu du 21 au 24 octobre prochain à Richmond Hill. Placée sous le thème « Un nouveau souffle », cette édition coïncidera avec la présentation des résultats de l’Acte 2 des États généraux.

Élu pour un premier mandat en 2022 face à Nicole Fortier Levesque, puis reconduit sans opposition en 2024, le président affirme vouloir éviter qu’un « vide » politique ne s’installe durant la saison estivale, préférant rassurer la base associative.

S’il l’emporte lors du scrutin d’octobre 2026, Fabien Hébert s’inscrira dans la lignée de ses prédécesseurs directs, Carol Jolin (2016-2022) et Denis B. Vaillancourt (2010-2016). 

Tous deux avaient également complété six années consécutives à la tête de l’organisme, une longévité institutionnelle devenue une véritable tradition politique pour le porte-parole de l’Ontario français depuis sa refondation en 2006 sous la présidence de Mariette Carrier-Fraser.

Des rêves plus grands que les obstacles

« L’entraide, très importante en situation de grande chaleur » : appel à la vigilance à Ottawa

Nicolas Guertin est porte-parole pour le Service paramédic d’Ottawa et agit à titre de voix officielle pour informer la population sur la réponse médicale d’urgence et la prévention lors des événements climatiques extrêmes dans la capitale fédérale.

Après une fête du Canada marquée par les intempéries et une annulation des festivités, la ville d’Ottawa entre de plain-pied dans une vague de chaleur accablante. 

L’augmentation des appels au 911 force les autorités médicales à intensifier la prévention. Au-delà des conseils d’usage, les ambulanciers misent sur l’entraide communautaire et la vigilance face aux erreurs d’hydratation fréquentes pour éviter les hospitalisations critiques.

« Vos services ou les urgences de la région constatent-ils déjà une hausse des signalements ou des malaises liés à la chaleur sur le terrain?

Oui, on commence à recevoir des appels reliés à la chaleur. Aujourd’hui, notamment, on a eu environ une quinzaine d’appels. Il y a eu quelques transports vers l’hôpital, mais heureusement, rien de critique pour l’instant.

Quels sont les services ou les lieux physiques, comme les centres de rafraîchissement, mis en place à Ottawa pour les citoyens qui n’ont pas l’air climatisé?

Pour n’importe qui qui n’aurait pas d’air climatisé ou qui serait pris dehors, c’est important de visiter le site Ottawa.ca qui contient une liste complète de tous les lieux d’accueil. Mais le message vraiment important qu’on essaie de partager aux citoyens, c’est de vérifier auprès de votre famille et de vos amis. 

Si vous connaissez des proches qui n’ont pas la climatisation, appelez-les, invitez-les chez vous si vous le pouvez. L’entraide, ce qu’on appelle un buddy system, c’est très important dans des situations de grande chaleur comme on vit en ce moment.

À quel moment un simple inconfort lié à la chaleur devient-il une urgence médicale majeure qui doit nous inciter à composer le 911?

L’un des symptômes les plus importants, c’est la perte de connaissance ou un niveau de conscience altéré. Quelqu’un qui ne répond plus normalement ou qui a de la misère à rester réveillé à cause d’une exposition soutenue à la chaleur, ça devient une urgence médicale importante. C’est crucial d’appeler le 911 pour que nos agents de communication puissent envoyer la bonne ressource paramédicale le plus rapidement possible.

On répète souvent de boire de l’eau, mais quelle est l’erreur classique que les gens commettent encore trop souvent chez eux lors d’une canicule?

Une des erreurs fréquentes, c’est le manque d’hydratation en eau pure et le fait de remplacer cette hydratation par de l’alcool ou des boissons caféinées. Ces boissons vont, en fait, avoir un effet contraire et accélérer la déshydratation. Il faut impérativement éviter l’alcool et le café, et consommer beaucoup d’eau.

Certaines personnes sont plus à risque, comme les aînés. Quels sont les risques réels pour les jeunes adultes en bonne santé qui sous-estimeraient cette canicule?

Les coups de chaleur et la déshydratation, personne n’est à l’abri de ça. Il ne faut pas sous-estimer l’effet de la chaleur ou du manque d’eau sur notre corps, peu importe notre âge. N’importe qui peut être touché par un événement de chaleur intense. C’est pourquoi tout le monde doit suivre les conseils et s’entraider pour diminuer les appels au 911 associés aux grandes chaleurs par des petits gestes.

C’est actuellement la saison des festivals à Ottawa. Quels sont vos conseils pour ceux qui prévoient de passer de longues journées dehors?

C’est juste de prendre nos précautions pour apprécier la saison des festivals sans problème : s’hydrater adéquatement, se couvrir la tête d’un chapeau, mettre de la crème solaire et, surtout, diminuer notre exposition à la chaleur soutenue en prenant des pauses à l’ombre ou à l’air climatisé. Les petites choses peuvent faire de grandes différences pour profiter de l’été de façon sécuritaire. »

Course à la tête de l’OIF : quatre candidats pour un fauteuil

Qui présidera aux destinées de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)? Une audition ministérielle inédite a mis en lumière mardi les intentions des quatre candidats en lice pour le poste de secrétaire général. Décryptage d’une lutte de pouvoir qui connaîtra son épilogue lors du 20e Sommet de la Francophonie en novembre prochain.

Candidate à sa propre succession, la secrétaire générale sortante de la Francophonie Louise Mushikiwabo a défendu son bilan au cours d’une Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) extraordinaire, notamment ses réformes qui ont abouti à un resserrement budgétaire et à un recentrage des missions coopération de l’OIF, réduites à une vingtaine depuis sa prise de fonction en 2019.

« C’était pour plus d’impact et de concret », a argumenté celle qui, si elle était reconduite pour un troisième mandat de quatre ans, voudrait « aller encore plus loin, faire de la francophonie un espace plus influent, plus solidaire, mieux gouverné et aligné sur les défis de son époque ».

Sous sa gouvernance, l’OIF s’est enrichie de trois nouvelles représentations décentralisées (Beyrouth, Tunis et Québec) et sept nouveaux membres (dont la Nouvelle-Écosse) en même temps que trois pays du Sahel quittaient le navire (Burkina Faso, Mali et Niger). « La porte leur reste grande ouverte », a-t-elle insisté, pointant de multiples perturbations succeptibles de fragiliser à tout moment la confiance envers l’institution : crises climatiques, sanitaires, érosion de la démocratie, désinformation, droits humains…

La route vers un troisième mandat est cependant plus complexe pour la sortante qu’il y a quatre ans quand elle était seule à convoiter le siège de secrétaire général. Si elle y parvenait, elle égaliserait le nombre de mandats du tout premier patron de l’organisation, le Sénégalais Abdou Diouf.

Louise Mushikiwabo (Rwanda), Juliana Amato Lumumba (RDC), Dacian Cioloș (Roumanie) et Coumba Bâ (Mauritanie), auditionnés à Paris, lors d’une CMF. Photos : captures YouTube OIF

Face à l’ancienne ministre rwandaise de la Défense, se présente Juliana Amato Lumumba (RDC), fille du premier premier ministre de la République démocratique du Congo (RDC), le tout dans un contexte de tensions géopolitiques et militaires entre leurs deux pays dans la région africaine des Grands Lacs.

Devant les ministres des Affaires étrangères des États et gouvernements membres de plein droit, Mme Lumumba a plaidé mardi pour « une francophonie tournée vers les peuples, qui a un impact sur la vie quotidienne à l’école, dans l’emploi, dans la mobilité, l’accès au numérique, la culture, la paix et la participation citoyenne », exigeant opportunités et résultats.

« La Francophonie doit renforcer son influence internationale et assumer pleinement son rôle politique », a-t-elle par ailleurs martelé, là où les secrétaires généraux successifs ont souvent opté pour la prudence en la matière. L’ex-ministre congolaise de la Culture et des Arts a eu toutefois, au moment de la période des questions, des difficultés à répondre aux ministres et ambassadeurs de la CMF, indiquant ne pas comprendre et les faisant répéter à plusieurs reprises.

Trois Africaines et un Européen sur les rangs

Alors qu’on se dirigeait tout droit vers un duel Mushikiwabo-Lumumba il y a encore quelques mois, deux autres candidats déclarés plus récemment étaient également audiotonnés : la Mauritanienne Coumba Bâ et le Roumain Dacian Ciolos.

La première milite pour une francophonie plus active dans la prévention des conflits, la défense des valeurs de l’OIF et la lutte contre la désinformation. Le second souhaite élever la francophonie économique au rang de priorité numéro un.

« Si les jeunes n’apprennent à coder qu’en anglais, si les contenus qu’ils consultent sont dans d’autres langues, si les modèles d’intelligence artificielle qui façonnent l’accès aux savoirs sont alimentés sans données francophones suffisantes, alors la francophonie dans le monde sera sérieusement compromise », a en outre illustré Mme Bâ, inscrivant la jeunesse, l’employabilité, le numérique et la découvrabilité au coeur de sa candidature.

De son côté, M. Ciolos, seul à intervenir sans lire ses notes, était certainement celui qui dégageait le plus d’assurance dans ce grand oral, mais aussi celui qui craignait le plus pour sa légitimité alors que la Francophonie repose largement sur la démographie de l’Afrique.

L’ancien premier ministre de Roumanie a d’ailleurs abordé la question sans qu’on la lui pose, affirmant que, s’il était nommé, son futur administrateur serait de facto issu d’un pays africain et qu’il consacrerait sa première année à une tournée sur le continent. Le poste le plus important après celui de secrétaire général, soit l’administrateur, a souvent par le passé été accordé à un candidat canadien.

Cet économiste de formation revendique un « multilatéralisme éclairé », conscient de ses périls et de ses forces. Il a affirmé vouloir faire de la coopération économique et des jeunes une priorité. « L’avenir dépend du choix des jeunes de choisir le français. Ils le choisissent si cela leur apporte quelque chose de positif. Ce doit être une langue d’opportunités. »

Et d’appeler de ses voeux une OIF plus présente au niveau régional, « plus proche des projets là où ils sont financés. »

Départager les programmes de ses quatre prétendants reste néanmoins ardu. Tous ont évoqué la place de la jeunesse, le potentiel des petites et moyennes entreprises, la stabilité, la sécurité, le soutien aux pays les plus vulnérables ou encore les enjeux liés à l’intelligence artificielle. Tous ont également évoqué l’impératif d’accroître et de diversifier les sources de financement de l’OIF pour lui donner la pleine capacité d’agir.

Le choix final reviendra aux chefs d’État et de gouvernement de l’OIF lors du 20e Sommet de la Francophonie en novembre prochain, au Cambodge.

Une ligue d’impro à Hammond : un salut pour Nicholas

Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici

Dans la trentaine, Nicholas Filion s’est arrêté pour faire le point. Pris dans le tourbillon classique de la vie adulte — le mariage, la maison, l’arrivée d’un enfant —, il a réalisé qu’à force de suivre la routine, il s’était un peu perdu en chemin et avait délaissé ses passions. Après une séparation, le besoin de prendre un nouveau départ et de se retrouver est devenu une évidence.

Pour Nicolas, ce renouveau est passé par un retour aux sources. Originaire de l’Est ontarien, il ressentait le désir de se reconnecter à cette communauté franco-ontarienne qu’il avait un peu mis de côté depuis le secondaire. C’est de cette quête de sens et de partage qu’est née la SLICE, la ligue d’improvisation de Hammond. En lançant ce projet, il a non seulement retrouvé son étincelle, mais il a aussi offert un lieu de rassemblement aux francophones de la région.

Dans cet échange rafraîchissant et très authentique, on jase de paternité, de reconstruction, de quête identitaire et de l’importance de s’accorder du temps pour vibrer à nouveau.

Ottawa confirmée comme ville hôte du Sommet de la Francophonie en 2028

La région d’Ottawa a officiellement été confirmée comme ville hôte pour accueillir le Sommet de la Francophonie en 2028, a affirmé le premier ministre Mark Carney.

Le premier ministre en a fait l’annonce ce mercredi, dans son discours dans le cadre des festivités de la Fête du Canada, signalant que « nous avons décidé d’amener le monde au Canada pour célébrer la vitalité, la richesse et la résilience de la langue française dans ce pays et partout dans le monde. »

« Oui, le Canada accueillera le Sommet de la Francophonie en 2028, ici même, dans la région de la capitale nationale. Que la fête commence », a-t-il affirmé devant une foule rassemblée aux plaines LeBreton à Ottawa.

Le bureau du premier ministre a indiqué à ONFR qu’Ottawa était la dernière candidature en lice, obtenant ainsi automatiquement le Sommet dans deux ans.

Le Conseil permanent de la Francophonie, qui réunit les représentants personnels des Chefs d’État et de gouvernement, a fait une recommandation ce mercredi en ce sens, qui devra être ensuite entérinée lors du Sommet du Cambodge, conformément aux procédures de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il s’agit toutefois d’une formalité.

Dans le même esprit, les États et gouvernements membres ont également répondu favorablement à la demande du Bénin d’accueillir la Conférence ministérielle de la Francophonie en 2027.

En décembre dernier, Mark Carney avait fait l’annonce que la région de la capitale nationale soumettait sa candidature pour accueillir cet événement qui regroupe 93 États et gouvernements membres.

« Le Sommet de la Francophonie permettra au Canada d’approfondir les échanges commerciaux et culturels au sein d’un réseau de pays francophones », avait alors dit le premier ministre.

Membre fondateur de l’OIF, le Canada est aussi son deuxième bailleur de fonds. Il siège aux côtés des provinces du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l’Ontario. Le prochain sommet biennal est prévu en novembre à Siem Reap, au Cambodge.

Avant l’édition de 2028 prévue à Ottawa, le Canada a été l’hôte de ce rassemblement des dirigeants de la Francophonie à trois reprises : à Québec en 2008, à Moncton en 1999, ainsi qu’une première fois à Québec en 1987.

Lors de son allocution de mercredi, Mark Carney a également annoncé l’adhésion du Canada à l’Eurovision. Ce célèbre concours européen de la chanson, tenu annuellement, est sous l’égide de l’Union européenne de radio-télévision.

Les Français de Toronto éparpillés… sauf pour le soccer

TORONTO – La qualification mardi de la France en huitièmes de finale de la Coupe du monde de soccer, au détriment de la Suède, a ravi les partisans tricolores en Ontario qui s’étaient donné rendez-vous dans le centre-ville.

Mardi, 17h45, centre-ville torontois. « Qu’est-ce qui se passe? On peut entrer? » interroge, interloqué, un habitué des lieux, vêtu du chandail des Blue Jays, dans la file d’entrée du pub The Pint Public House, sur la rue Front Ouest.

« Ce sont les Français. Ils occupent tout l’étage », répond, affable, une serveuse du bar que surplombe l’imposante enceinte circulaire du Centre Rogers, dans ce quartier général bien connu des amateurs de sports à Toronto.

Ce soir, ni baseball ni basket ni hockey. Le ballon rond bouscule les traditions nord-américaines, Coupe du Monde oblige.

Le client quitte les lieux, bredouille, quand soudain des cris retentissent au fond de la brasserie. La France vient d’inscrire un premier but contre la Suède, après une succession de tentatives vaines au cours de la première période de jeu. En haut des escaliers ornés de drapeaux bleu-blanc-rouge, une ola démarre aussitôt pour tourner en boucle autour du bar du premier niveau.

Un partisan porte un maillot floqué au nom de Zizou, le surnom de Zinedine Zidane, vainqueur embématique du Mondial de 1998. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

On s’accroche aux symboles dans le pub The Pint Public House. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Les matchs de la France sont prétexte à se rassembler. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Les 45 premières minutes de jeu sans but ont donné lieu à des sueurs froides. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Suspense, frayeurs et joie sur les visages. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Un but, puis deux, puis trois. Libération. L’aventure en bleu peut continuer. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Olivier Debregeas, cheville ouvrière des rassemblements tricolores. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Serge Paul, ancien président de l’ACFO Toronto, savoure le score. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Durant 90 minutes, les participants français de Toronto ont ainsi hurlé, chanté souvent, prié parfois. Buteurs du jour, Kylian Mbappé, auteur d’un doublé, et son compère Bradley Barcola les ont-ils entendus depuis la pelouse du Stade de New York, à 700 kilomètres de là?

Et un, et deux, et trois-zéro! Comme en finale du Mondiale de 1998 face au Brésil, les Bleus ont récidivé avec un score au parfum de nostalgie. Comme la célèbre statue qui veille sur l’entrée du port de la mégapole new yorkaise, le clan franco-torontois semblait « libéré » à l’issue de ce choc européen.

« On aurait pu en mettre un ou deux buts de plus, réagit, gourmand, Corentin Divais. Ce Franco-Torontois qui ne rate pas un match de son équipe aurait aimé voir l’ailier international du Bayern Munich, Michael Olise, évoluer plus à gauche et le Ballon d’or parisien, Ousmane Dembélé, en numéro 10. Mais il n’a pas boudé la composition concoctée par le sélectionneur Didier Deschamps et rafraichie en fin de match par l’entrée de Désiré Doué.

Corentin Divais ne rate pas un match de son équipe. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Il est vrai que l’équipe de France est passée très près d’ouvrir le score à moult reprises sans trouver la faille scandinave au cours 45 premières minutes. Pas de quoi affoler sa voisine de table, Manon Guillet, qui a fait le trajet depuis Hamilton. « La première période était un peu stressante, avoue cette fervente supportrice des doubles champions du monde, mais au fur et à mesure que le jeu s’est installé, j’ai eu la sensation que ça allait dans le bon sens ».

Autour d’elle, les drapeaux continuent d’être agités, comme pour prolonger le plaisir. Les visages maquillés aux couleurs de l’Hexagone se décrispent aussi, scrutant sur de multiples écrans les plus belles occasions au ralenti.

« Les Suédois n’étaient pas faciles à jouer », convient Jade Pineau, soulagée de voir les Bleus triompher là où d’autres favoris comme l’Allemagne ont connu une fin brutale. Et de poursuivre : « Je suis contente pour Kylian Mbappé parce qu’il a énormément été critiqué en club, mais il répond présent en équipe nationale. »

Jade Pineau soulagée par un score sans appel. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Étienne Marty, pour sa part, salue « un très bon match du début à la fin », tout en affichant une certaine sérénité pour la suite de la compétition. « Je suis très optimiste, car on a de bons joueurs du terrain jusqu’au banc. On peut aller jusqu’au bout », est persuadé celui qui pratique le soccer depuis 2006.

Il faudra samedi prochain en passer par les huitièmes de finale, contre le Paraguay, surprenant tombeur de l’Allemagne. Olivier Debregeas, organisateur des rassemblements tricolores, donne rendez-vous au bistrot français Ricarda’s pour suivre cette rencontre et, une fois encore, montrer que les francophones sont, certes éparpillés dans la Ville Reine, mais, quand vient le soccer, tous convergent vers la même passion.

« C’est un sport populaire qui rassemble à Toronto quel que soit le pays francophone, clame-t-il. Hier, j’étais avec les Marocains pour célébrer leur victoire sur les Pays-Bas : le maillot est différent mais la culture du ballon est la même. On crée tellement d’amitiés grâce au sport, grâce à la langue, c’est incroyable ce qui se passe. »

Étienne Marty, impatient de voir France-Paraguay en huitièmes de finale. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Devant le succès d’un premier match amical entre supporters français et sénégalais à la veille du Mondial, l’organisateur a élargi la formule ce mercredi, en lançant une mini Coupe du monde des nations francophones opposant la France, le Maroc, le Sénégal et le Canada. Un événement appuyé par la Fédération tricolore de Toronto, Canoraa et le Toronto PSG Fan Club.

À Toronto, l’Académie du grand débat littéraire lance sa première édition

TORONTO – Une toute première édition de la nouvelle Académie du grand débat littéraire a été lancée ce mercredi par le Salon du livre de Toronto, où quatre clubs de lecture se sont affrontés autour de Jacaranda, l’œuvre de Gaël Faye, dernier lauréat en date du Choix Goncourt Canada. Cette édition inaugurale se présente comme le début d’un véritable programme de formation au débat littéraire.

La diversité des clubs de lecture participants, tous réunis autour de la même passion, a constitué la richesse de cette première rencontre. Ils étaient au nombre de quatre à relever le défi : le club du Centre Accueil Héritage, le club de l’Université de l’Ontario français, celui du Empowered Readers Circle ainsi que le club Mousson et Macaron. Les uns et les autres se sont mesurés autour de l’œuvre de Gaël Faye Jacaranda, parue il y a deux ans aux éditions Grasset.

« Le débat a été excellent. Nous avons beaucoup aimé écouter les points de vue des autres participants. C’était une très belle expérience », témoigne Manu Ramesh, membre du club de lecture Mousson et Macaron. Ce dernier explique que le livre choisi illustre des problématiques communes à de nombreux pays : « Le Rwanda, ce n’est pas le seul pays où l’on voit des choses pareilles. »

Eunice Boué est la directrice générale du Salon du livre de Toronto depuis deux ans. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Le club de lecture « Mousson et Macaron ». Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Pour la directrice du Salon du livre de Toronto, Eunice Boué, il fallait trouver un livre capable de rassembler tout le monde. Elle a ainsi choisi le deuxième roman du franco-rwandais Gaël Faye dans lequel il raconte les conséquences du génocide rwandais sur les générations suivantes, mais surtout la manière dont les sociétés tentent de se reconstruire après leurs tragédies. « C’est beau de voir que différents clubs de lecture, aux parcours variés, peuvent se réunir autour de ce livre », mesure-t-elle.

L’idée de créer cette Académie était en réflexion depuis déjà un certain temps, car « un livre se lit seul, mais lorsqu’on en débat ensemble, cela apporte quelque chose de particulier et ça ouvre la porte au jeu », juge Mme Boué.

La désignation d’Académie relève d’une certaine ambition d’amener ces clubs à développer des compétences complémentaires, comme la prise de parole en public, l’éloquence, ainsi que la maîtrise du débat.

Les clubs de lecture de l’Université de l’Ontario français et du Centre Accueil Héritage se sont retrouvés face à face lors de la compétition. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Le roman acclamé de Gaël Faye, Jacaranda, a reçu le Choix Goncourt Canada 2025. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe.

Les clubs de lecture participent à des jeux de devinette. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Les prochains clubs de lecture pourront s’inscrire dès le mois de janvier prochain, puis suivre un programme d’accompagnement et de mentorat autour de la prise de parole en public et des arts oratoires. Au total, 12 candidatures ont été reçues cette année.

Pour cette première édition, le club de lecture de l’Université de l’Ontario français (UOF) s’est vu décerner le premier prix.

Positionner Toronto comme un carrefour majeur de la littérature francophone ressort également des ambitions des organismes participants. « On veut aussi, par ce projet, montrer que Toronto peut être le rendez-vous de la littérature francophone pancanadienne », affirme Mme Boué.

Le jury de cette première édition. De gauche à droite : Sylvain Cornevaux (Institut français du Canada), Suzanne Kemenang (Éditions Terre d’Accueil), Marie-Élaine Lebel (Campus Glendon, YorkU), Francesca Merentié (Radio-Canada) et Valery Vlad (Salon du livre de Toronto). Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Les membres du jury composé de maisons d’éditions ou encore de l’Institut français du Canada étaient présents pour valoriser ces clubs de lecture et soutenir leur engagement en faveur de la littérature francophone.

« C’est une forme de pérennisation du Choix Goncourt au sein des communautés », conclut la directrice.

Loi sur l’accès à l’information : entrée en vigueur de nouvelles restrictions en Ontario

TORONTO – Plusieurs lois et règlements entrent en vigueur en Ontario, ce mercredi 1er juillet, parmi lesquels de nouvelles restrictions visant la Loi sur l’accès à l’information, un serrage de vis contre l’usage de drogues dans les transports et la conduite avec facultés affaiblies, ou encore l’interdiction de changer de nom pour les délinquants sexuels.

Les modifications apportées à la Loi sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée (LAIPVP) ont pris effet ce jour. Adoptée en 1988, elle repose sur le principe que l’information détenue par le gouvernement appartient au public.

Or, comme l’avait annoncé en mars dernier, Doug Ford, le gouvernement de l’Ontario a décidé d’exempter les bureaux des ministres et du premier ministre de cette loi, qui permettait, jusqu’à présent aux membres du public et aux journalistes de demander des documents, des communications et informations gouvernementales.

Des modifications ont également été apportées à la Loi sur l’accès à l’information municipale et la protection de la vie privée, là aussi pour« moderniser les règles ontariennes en matière d’accès à l’information et de protection de la vie privée ».

Selon le gouvernement, il s’agit de supprimer les exigences désuètes relatives aux fichiers de renseignements personnels, et de protéger certains documents qui posent un risque de cybersécurité.

Pour l’opposition à Queen’s Park et la commissaire à l’information, Patricia Kosseim, ce changement constitue plutôt un recul historique de la transparence gouvernementale.

Les délais de réponse aux demandes d’accès à l’information passeront de 30 jours civils à 45 jours ouvrables.

Pénaliser davantage les facultés affaiblies au volant et les drogues dans les transports en commun

L’Ontario modifie le Code de la route pour obliger toute personne reconnue coupable de conduite avec facultés affaiblies à installer un dispositif de démarrage avec éthylomètre pendant une période déterminée exigée par la loi. Les conducteurs seront également assujettis à une nouvelle condition de tolérance zéro de six mois, leur interdisant de conduire s’ils ont consommé de l’alcool ou des drogues présentes dans leur système, même en quantité infime.

Un nouveau règlement en vertu de la Loi de 2005 visant à restreindre la consommation en public de substances illégales, permettra d’étendre « les pouvoirs policiers » à certains constables spéciaux des transports en commun employés par Metrolinx dans les régions du Grand Toronto et de Hamilton, par la Commission de transport de Toronto et par OC Transpo à Ottawa et Gatineau.

Ceux-ci pourront désormais expulser et arrêter les personnes utilisant des substances illégales dans les transports en commun et les aires de transport en commun et leur dresser des contraventions provinciales.

Plus de sanctions pour les véhicules commerciaux

Le gouvernement augmente la surveillance des conducteurs de véhicules commerciaux (camions, autobus, etc.) via des modifications législatives en vertu du Code de la route.

Dorénavant, le gouvernement pourra ajouter des conditions de sécurité sur le permis d’une entreprise de transport (le certificat d’IUVU) à n’importe quel moment, plutôt que d’attendre le renouvellement ou l’émission du document. Cette modification législative permettra de sévir plus rapidement contre les comportements à risque sur les routes ontariennes.

Le ministère des Transports espère que cette mesure « aidera à régler les problèmes de sécurité et à protéger les personnes et les familles contre la conduite dangereuse ».

L’Ontario modernise l’imposition des amendes pour les camionneurs et les écoles de conduite (en vertu du Code de la route et de la Loi de 2021 sur la sécurité et l’encadrement du remorquage et de l’entreposage de véhicules). Le gouvernement introduit des sanctions administratives qui permettront de punir les manquements aux normes de sécurité sans encombrer les tribunaux. Les entreprises visées pourront ainsi payer leurs pénalités directement en ligne, leur évitant d’avoir à se présenter devant un juge.

Interdiction de changer de nom pour les délinquants sexuels

Afin que les délinquants sexuels enregistrés, ayant une obligation de déclaration en vertu de la Loi Christopher de 2000 sur le registre des délinquants sexuels, ne soient pas autorisés à changer légalement leur nom, dans une tentative d’échapper à la vigilance des autorités, des modifications ont été apportées à la Loi sur le changement de nom.

Adoptée en 2000, la Loi Christopher avait en effet créé le tout premier registre des délinquants sexuels au Canada. Elle porte le nom de Christopher Stephenson, un garçon de 11 ans de Newmarket, en Ontario, enlevé et assassiné en 1988 par un pédophile récidiviste en liberté conditionnelle.

Jusqu’à présent, cette loi obligeait les délinquants à signaler tout changement d’adresse ou d’emploi à la police.

Désormais, toute personne qui effectuera une demande de changement de nom légal devra fournir une vérification certifiée du casier judiciaire dans le cadre de sa demande.

Athlétisme : Eliezer Adjibi passe dans une autre dimension

OTTAWA – À 24 ans, Eliezer Adjibi a franchi un cap. Grâce à son chrono de 9,92 secondes réalisé aux Championnats panaméricains, le Franco-Ontarien est devenu le quatrième Canadien le plus rapide de l’histoire sur 100 mètres. Derrière cette performance historique se cache pourtant une progression patiemment construite : une confiance forgée au contact des meilleurs sprinteurs du pays, un parcours atypique commencé tardivement et une fidélité à Ottawa et à son entraîneur Lyndon George qui portent aujourd’hui leurs fruits.

Il n’a pas immédiatement compris ce qui venait de se passer.

Quelques secondes après avoir franchi la ligne d’arrivée du 100 mètres des Championnats panaméricains en Colombie, Eliezer Adjibi cherchait d’abord à reprendre son souffle. Le tableau d’affichage ne faisait pas encore partie de ses préoccupations. C’est un autre sprinteur canadien qui s’est approché de lui pour le féliciter avant de lui annoncer son temps : 9,92 secondes.

« Au début, je n’avais pas vu le chrono. C’est l’autre Canadien qui était avec moi qui me l’a dit. Après, je suis allé le voir, je n’y croyais pas encore. J’étais très surpris, très ému, mais surtout vraiment content », raconte le Franco-Ontarien.

Quelques instants plus tard, il découvre une autre statistique donnant encore plus de relief à sa performance. Avec ce 9,92, il devient le quatrième Canadien le plus rapide de l’histoire sur 100 mètres. Une place que le jeune homme d’Ottawa peine encore à réaliser.

« C’est un honneur. Quand j’ai commencé l’athlétisme, j’admirais ces personnes. Aujourd’hui, je suis à peu près à leur niveau. Mais je ne veux pas faire ce temps qu’une seule fois. Il faut que je sois capable de le refaire régulièrement pour vraiment me sentir au même niveau qu’eux. »

Ce souci de la régularité résume parfaitement son état d’esprit. Pour Adjibi, ce 9,92 n’est pas une ligne d’arrivée. C’est le début d’un nouveau chapitre.

De l’admiration à la compétition

Pendant longtemps, les meilleurs sprinteurs canadiens représentaient un objectif lointain. Andre De Grasse, Aaron Brown et les autres étaient ceux qu’il regardait à la télévision. Aujourd’hui, ils sont devenus ses concurrents directs.

Le déclic ne s’est pas produit en Colombie. Il remonte plutôt à la saison 2024, lorsqu’il réalise pour la première fois un chrono sous les dix secondes… malheureusement avec un vent trop favorable pour être homologué.

« J’ai réalisé qu’on était tous dans la même course. Je me suis dit que je pouvais le faire moi aussi », explique-t-il.

Depuis, son regard a changé.

« Il faut que je commence à penser à eux comme à des compétiteurs. Je veux arriver à un niveau où mes rivaux me respectent et pensent qu’ils risquent de perdre face à moi dans une course. »

Cette confiance nouvelle s’est également construite au sein du relais canadien. Aux côtés des meilleurs sprinteurs du pays, Adjibi a découvert un environnement où la rivalité n’empêche pas le partage. Au sein de l’équipe canadienne, il n’hésite pas à demander conseil à Andre De Grasse.

« Ils me donnent différentes perspectives. Ils me montrent certaines erreurs que je fais, ils me parlent de la respiration, de la sortie des blocs. Ensuite, j’en discute avec mon entraîneur et on essaie d’intégrer ça à l’entraînement. »

Né au Bénin avant de s’établir à Ottawa où il a grandi, Eliezer Adjibi représente aujourd’hui le Canada sur la scène internationale. Photo : gracieuseté

Une progression patiemment construite

Le chrono de 9,92 secondes n’est pas sorti de nulle part. Depuis le début de la saison, son entraîneur Lyndon George avait volontairement choisi de l’envoyer courir en Europe afin de changer ses habitudes.

Nouveaux pays, nouveaux adversaires, nouveaux environnements. Une façon de sortir de sa zone de confort. L’expérience porte rapidement ses fruits. Il signe notamment des chronos de 10,11 puis 10,01 en Angleterre et descend régulièrement autour des 10,1 secondes.

« À chaque compétition, j’étais autour des 10,1. Je savais que courir sous les dix secondes devenait quelque chose de probable », raconte-t-il.

Après les Championnats canadiens, où il espérait décrocher le titre national, il repart frustré après sa troisième place, mais davantage motivé.

« Ça m’a rendu plus combatif. Je voulais vraiment courir plus vite et atteindre un niveau où je pourrais être comparé aux meilleurs Canadiens. »

Une semaine plus tard, en Colombie, toutes les pièces du puzzle s’assemblent : une bonne piste, une finale rapide, un départ réussi. Une course presque parfaite.

Et, enfin, cette barrière des dix secondes officiellement franchie.

Un destin né presque par hasard

Rien ne destinait pourtant Eliezer Adjibi à devenir l’un des hommes les plus rapides de l’histoire du pays. Au secondaire, son sport de cœur est le soccer. L’athlétisme n’est alors qu’une activité scolaire pratiquée avec des amis de l’école secondaire publique Louis-Riel. À l’époque, il dispute surtout les épreuves de saut en hauteur.

« Je n’étais pas le plus rapide. Je faisais surtout ça pour m’amuser », se souvient-il.

Puis survient une importante poussée de croissance entre la fin de sa 10e année et le début de la 11e. En quelques mois seulement, son chrono passe de 12 secondes à environ 11,1. Les victoires commencent à s’accumuler lors des championnats scolaires.

Malgré tout, il continue de privilégier le soccer. Le véritable tournant arrive lorsqu’il obtient une place dans un club d’Ottawa. Son père lui pose alors une simple question :

« Est-ce que ça vaut la peine? »

Cette réflexion suffit à faire basculer son destin. Il choisit finalement de consacrer toute sa 12e année à l’athlétisme. Le résultat est spectaculaire. Son record descend à 10,50.

« C’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre l’athlétisme au sérieux. »

Les blessures, puis la pandémie de COVID-19, ralentissent ensuite sa progression, mais jamais sa conviction.

« J’ai toujours cru que je pouvais courir sous les dix secondes. Même en cas de blessure, même face à des doutes, j’ai continué à croire en moi. Mon entraîneur m’a énormément aidé à rester sur le bon chemin. »

Concentration maximale avant le départ. Quelques secondes plus tard, Eliezer Adjibi réalisait la course de sa vie en signant un 9,92 historique qui l’a propulsé parmi les plus grands sprinteurs canadiens. Photo : gracieuseté d’Eliezer Adjibi

Le pari d’Ottawa

À une époque où de nombreux athlètes choisissent les universités américaines, Adjibi a fait un autre pari, celui de rester à Ottawa. Le choix n’avait rien d’évident. Les infrastructures sont plus limitées et les hivers compliquent la préparation. Mais il refuse de quitter un entraîneur qui connaît parfaitement son corps, particulièrement après plusieurs blessures.

« Mon coach sait ce qui fonctionne avec moi. Je me suis dit que ça ne valait pas la peine de repartir à zéro ailleurs. À la fin, courir, c’est courir. Si tu as un bon entraîneur, tu peux réussir ici aussi. »

Cette fidélité porte aujourd’hui ses fruits. Devenu l’un des meilleurs sprinteurs du pays, il incarne désormais une nouvelle réussite issue de Louis-Riel, une école déjà reconnue pour avoir formé plusieurs athlètes de haut niveau.

Le début d’une nouvelle histoire

Le plus difficile commence maintenant. Après avoir franchi officiellement la barre des dix secondes, le défi consiste désormais à s’y installer. Eliezer Adjibi veut améliorer son départ, continuer à courir avec davantage de relâchement et conserver le plaisir qui l’a accompagné toute la saison.

« J’ai retrouvé la joie avec l’athlétisme. Plus tu prends ce sport trop au sérieux, plus ça devient difficile. Cette année, je voulais simplement retrouver le plaisir, et c’est ce qui m’a amené là où je suis aujourd’hui. »

À court terme, il vise les Ultimate Championships, une première présence régulière sur le circuit de la Ligue de diamant et les Championnats du monde. Plus loin se profile déjà Los Angeles 2028.

Mais avant de penser aux Jeux olympiques, le Franco-Ontarien s’est fixé une mission beaucoup plus simple : transformer ce 9,92 secondes en nouvelle norme. Car pour Eliezer Adjibi, le plus important n’est plus de prouver qu’il peut courir sous les dix secondes, c’est de montrer qu’il appartient désormais durablement au cercle des sprinteurs les plus rapides du Canada.

La FCCF lance une initiative de médiation culturelle à Timmins

TIMMINS – Dans le cadre de son projet Culture d’entreprise, la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) lance une initiative de médiation culturelle pour soutenir les nouveaux arrivants francophones à Timmins. Ce programme, né d’un partenariat avec Culture pour tous et le Conseil des ministres sur la francophonie canadienne (CMFC), va déployer des ateliers et outils pour le centre de services de Timmins de la Caisse Alliance.

Le 26 juin dernier, la FCCF a annoncé son initiative de médiation culturelle destinée aux personnes issues de l’immigration francophone dans la ville de Timmins. C’est d’ailleurs son centre de services de la Caisse Alliance qui bénéficiera du programme Culture d’entreprise dont l’objectif est de favoriser l’intégration des nouveaux arrivants francophones dans leurs milieux de travail.

La FCCF s’est d’abord tournée vers le Collège Boréal afin d’entrer en contact avec des entreprises et organismes locaux. Mélanie Dufresne, la directrice générale du campus de Timmins, a recommandé la Caisse Alliance, une coopérative de services financiers dans le nord qui régit 26 centres de services. C’est celui de Timmins qui a manifesté son intérêt pour le projet, explique son directeur régional, Marc Rodrigue.

« On sait que le centre de service de Timmins a à cœur le bien-être de ses employés. Quand ils ont pris connaissance du projet Culture d’entreprise, ils ont voulu en faire partie », dit Nancy Juneau, la présidente du FCCF.

« Lors de notre rencontre générale, on a réfléchi à ce qu’on pouvait faire afin d’amplifier ou de mettre en avant la culture des nouveaux arrivants. Le timing était incroyable pour parler d’un projet comme ça », soutient Marc Rodrigue, directeur régional de Caisse Alliance.

Culture d’entreprise, un projet pancanadien à multiples volets

Avec l’aide d’un investissement de 500 000 $ du Conseil des ministres sur la francophonie, le projet se déploiera dans 16 milieux de travail à travers 12 provinces. Le centre de services de Timmins est d’ailleurs le troisième établissement à bénéficier de cette médiation, suivant les traces de la coopérative IGA de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, et de la boulangerie St-Pierre au Manitoba.

« Ce qu’on souhaitait, c’est que le modèle soit reproductible dans plusieurs milieux de travail. Ça fait partie du projet : créer des ressources qui pourront être partagées par la suite dans des milieux de travail qui voudraient développer des projets de médiation culturelle pour leurs employés », explique Mme Juneau.

En plein dans sa première année, Culture d’entreprise est né d’une conférence des ministres de la francophonie à Halifax en août 2024, raconte la présidente de l’établissement : « On y avait présenté des résultats de notre étude sur l’impact économique des arts et de la culture dans la francophonie canadienne. Il y avait également eu une présentation de Culture pour tous, qui est un organisme sans but lucratif du Québec, spécialisé dans la médiation culturelle ».

Après ces deux présentations, le Conseil des ministres sur la francophonie avait démontré un intérêt pour un éventuel projet de médiation culturelle à double objectif. Le premier étant de favoriser l’économie des régions francophone, le deuxième, d’améliorer la rétention de nouveaux arrivants francophones en milieu de travail.

« La FCCF a élaboré un projet qu’elle a soumis au Conseil des ministres, et que celui-ci a décidé de financer pour une période de trois ans, de 2025 à 2028. Et on s’est associé avec Culture pour tous, qui maîtrise l’aspect de médiation culturelle du projet ».

À son lancement, le projet a également reçu 250 000 $ de Patrimoine canadien, un soutien financier qui permettra à la FCCF de documenter les résultats et impacts du projet.

Pour leur premier atelier de médiation culturelle, les employés du centre de services de Caisse Alliance ont participé à des entrevues filmées le 28 juin dernier à Timmins. Photo : gracieuseté

Soutenir et retenir les nouveaux arrivants dans le Nord-Est

Pour le directeur du centre de services de Timmins, ce projet cherche surtout à encourager la rétention de nouveaux arrivants dans le Nord-Est de la province. Il mentionne, notamment, les défis culturels que peuvent rencontrer les employés du centre, majoritairement issus de l’Afrique de l’Ouest et du Nord. Entre isolement et défis d’adaptation à un nouvel environnement, il est commun que les nouveaux arrivants ne restent pas. Le centre de services de Timmins s’engage donc à ouvrir le dialogue. « On essaie de mieux les comprendre et d’être mieux outillé pour qu’il y ait une bonne intégration à la Caisse ».

Comme premier projet de médiation, le centre de services de Timmins a organisé un tournage vidéo le 28 juin. Animé par l’artiste et caméraman Steff Paquette, le projet met en vedette les employés du centre sous forme d’entrevues. La vidéo sera diffusée en octobre durant l’assemblée générale de la Caisse Alliance, une opportunité pour le programme Culture d’Entreprise d’attirer d’autres centres de services de la région, espère la présidente de la FCCF.

« Les entrevues ont porté sur l’expérience d’immigration et d’intégration. Ça ressemble à quoi? Quel est le rapport à la diversité culturelle? Comment vit-on le fait d’être membre d’une communauté culturellement très diverse? Qu’est-ce que la francophonie timminoise? », rapporte Mme Juneau.

Pour M. Rodrigue, ce projet vidéo vient s’assurer que le centre de services de Timmins ainsi que la Caisse Alliance soient non seulement des lieux de travail inclusifs, mais des espaces d’intégration communautaire. « On se doit de faire le travail nécessaire pour que le Nord de l’Ontario soit une région où les gens y voient un futur à long terme et viennent travailler dans nos institutions francophones ».

Un premier livre blanc sur la situation des aînées francophones en milieu rural

OTTAWA – À l’approche de son 90e anniversaire, l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes (UCFO) dévoile son tout premier livre blanc, intitulé « Elles existent. Mais les voit-on vraiment? ». Ce document de politique publique qui sera présenté lors d’une conférence de presse virtuelle ce mardi, met en lumière une analyse des réalités vécues par les femmes aînées francophones en milieu rural, un groupe qui serait souvent absent des indicateurs officiels selon l’organisme.

« L’invisibilité n’est pas un sentiment. C’est une réalité qui se construit à travers des structures, des pratiques et des absences », affirme Janie Renée Myner, directrice générale de l’UCFO en entrevue avec ONFR.

Ce livre blanc s’appuie sur des témoignages de terrain, une recherche documentaire exhaustive auprès d’organismes comme Statistique Canada, ainsi que sur quatre sondages internes anonymes menés auprès de 354 répondantes entre mars et mai 2026.

Pour l’organisation fondée en 1936, il s’agit d’une démarche inédite visant à fournir aux instances décisionnelles des données désagrégées qui font défaut dans les bases de données institutionnelles actuelles, désormais accessibles en version intégrale sur leur site internet. 

« Ce livre blanc dit aux instances décisionnelles ce qu’elles ne peuvent pas trouver dans leurs propres bases de données et ce qu’elles ont l’obligation légale de considérer », tranche la directrice générale.

Janie Renée Myner, directrice générale de l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes (UCFO). Photo : Joël Ducharme

Cette publication survient aussi alors que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) vient d’achever ses États généraux, un contexte où l’UCFO estime nécessaire d’apporter une lecture critique. 

L’organisation soutient que les orientations actuelles de la communauté « risquent de reproduire une erreur historique récurrente : ignorer que la survie du fait français en Ontario a été, depuis près de neuf décennies, portée en grande partie par des femmes aînées en milieu rural – les membres de l’UCFO – dont le travail quotidien, collectif et bénévole n’a jamais reçu la reconnaissance institutionnelle qu’il mérite. » 

Pour l’association, « si la francophonie ontarienne veut vraiment se donner un avenir, elle doit d’abord reconnaître celles qui lui ont permis de survivre jusqu’à aujourd’hui. »

Manque de données statistiques

Le document souligne que les grands cadres statistiques nationaux et provinciaux, tels que les recensements de Statistique Canada, ne croisent pas simultanément les variables liées au genre, à l’âge, à la ruralité, à la langue minoritaire et à l’engagement bénévole. 

« Les femmes aînées francophones rurales de l’Ontario constituent un angle mort des politiques publiques canadiennes et ontariennes. Elles ne sont ni nommées, ni isolées, ni protégées dans les grands cadres statistiques, législatifs ou de financement », peut-on également lire dans le rapport de 78 pages.

Selon l’UCFO, cette absence de données spécifiques nuit à l’élaboration de politiques publiques adaptées et au financement des structures de soutien. 

Le livre blanc répertorie huit dimensions de l’invisibilité, touchant des aspects économiques, géographiques, linguistiques, numériques et institutionnels. L’objectif affiché est de fournir aux ministères des informations vérifiables permettant de fonder des interventions ciblées.

Des contraintes structurelles

Les sondages menés par l’UCFO révèlent des défis d’accessibilité importants pour les résidentes des milieux ruraux : 40 % des répondantes vivent dans des municipalités dépourvues de transport en commun. 56 % d’entre elles doivent parcourir plus de 10 kilomètres pour accéder à un hôpital offrant des services en français. 

En matière de soins de proximité, 35 % des membres signalent des délais d’attente d’au moins un mois pour obtenir un rendez-vous médical.

En raison de ces lacunes infrastructurelles, 84 % des membres dépendent de leur propre automobile pour se déplacer. Le rapport note que la perte du permis de conduire constitue un facteur de rupture sociale et culturelle, l’usage du français chutant à 37 % dans les commerces locaux alors qu’il se maintient à 97 % au sein des activités de l’UCFO. 

Face à cet isolement, les cercles locaux agiraient comme un espace de socialisation et d’entraide, fournissant du transport bénévole, des repas et un soutien moral.

Le livre blanc rappelle que la part des tâches ménagères et familiales non rémunérées assumées par les femmes atteint 61,3 % en Ontario, soit la proportion la plus élevée au Canada selon Statistique Canada. Photo : gracieuseté de l’UCFO

« 0,01 % du budget fédéral »

L’UCFO évalue la contribution de ses 516 membres, réparties dans 20 cercles, à 59 078 heures de bénévolat par année. 

En calculant la valeur de ce temps selon les standards horaires de l’économie sociale (25 $/h), cette contribution équivaut à un apport de plus de 1,4 million de dollars aux communautés locales, réalisé sans financement structurel de base.

« Nous disposons uniquement d’un financement par projet. Il faut constamment en inventer de nouveaux et, chaque fois que l’un d’eux se termine, c’est comme si nous laissions tomber une partie des gens avant de devoir recommencer autre chose. Cette absence de permanence affecte directement la vie des communautés. »

Elle exprime également des réserves face aux projections budgétaires du ministère fédéral des Femmes et de l’Égalité des genres (FEGC), dont les dépenses prévues doivent passer de 407 millions de dollars en 2025-2026, à 76,3 millions en 2027-2028. 

L’UCFO souligne que cette baisse de financement risque de fragiliser davantage les structures associatives en milieu minoritaire.

« Si on va voir dans les rapports gouvernementaux, le ministère Femmes et Égalité des genres Canada compte pour 0,01 % du budget fédéral. Ça, c’est le respect du fédéral par rapport à 53 % de femmes au Canada », souligne-t-elle.

Les cercles locaux comme indicateurs de vitalité

L’organisme rappelle aussi que la viabilité des communautés rurales dépend du maintien de leurs infrastructures de proximité. 

Le livre blanc propose ainsi un nouvel outil de mesure permettant de documenter ce que les communautés rurales francophones perdent lorsqu’un cercle disparaît.

Nommé l’Indice de Santé Communautaire (ISC), cet outil permettrait de chiffrer l’impact d’une fermeture en croisant des variables de transport, de santé, de bénévolat et d’isolement social propres à la ruralité.

« On s’est rendu compte en ayant des données désagrégées que, souvent, si le cercle de l’UCFO disparaît dans une communauté donnée, c’est une part considérable du patrimoine linguistique et culturel francophone qui s’efface »
— Janie Renée Myner

L’organisation rappelle que dans 22 % des cas, le cercle local représente l’unique structure francophone active de la localité. Le message de l’UCFO aux décideurs politiques demeure sans équivoque : « Ces chiffres ont une valeur. Il est temps qu’ils aient aussi un poids politique. »

La fermeture de ces espaces de proximité pourrait ainsi accélérer l’érosion linguistique dans les municipalités de moins de 2000 habitants.

Des axes de solutions proposés

Pour pallier ces lacunes, le livre blanc formule cinq recommandations précises à l’intention des décideurs politiques. 

Sur le plan institutionnel, l’organisme sollicite d’abord sa reconnaissance formelle en tant qu’infrastructure de vitalité au sein du prochain Plan d’action fédéral sur les langues officielles, ce qui lui permettrait de troquer le modèle actuel de financement par projets à durée déterminée contre une enveloppe structurelle stable et prévisible.

Sur le terrain rural, l’UCFO réclame l’application effective et l’extension du réseau internet haute vitesse pour briser la fracture numérique qui isole ses membres. 

Afin de faciliter les initiatives intergénérationnelles et l’action communautaire, le rapport propose enfin d’alléger les barrières administratives et financières entourant les vérifications d’antécédents judiciaires pour les bénévoles aînées. 

Le volet francophone du programme d’immigration ontarien aboli

TORONTO – Au détour d’une refonte du Programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI), le volet des travailleurs qualifiés francophones, une des voies vers la résidence permanente, a été supprimé, sans consultation des acteurs du dossier.

Le gouvernement a fait table rase du processus qui comprenait jusqu’ici huit volets pour n’en recréer que quatre : un volet d’offre d’emploi simplifié pour la main-d’œuvre prioritaire de l’Ontario (avec des voies pour les travailleurs hautement qualifiés, semi-qualifiés et des métiers de la construction syndiqués), un volet pour les professionnels de la santé règlementés, un volet pour les entrepreneurs et un autre pour les talents exceptionnels.

Exit donc la voie réservée aux francophones. En effet, jusqu’ici, le POCI comprenait huit volets adaptés à différentes situations.

Avec une offre d’emploi en poche, il était possible de présenter une demande soit en tant que Travailleurs étrangers, soit en tant qu’Étudiant étranger, soit via une troisième voie appelée Compétences recherchées.

Deux autres volets s’adressaient aux diplômés ayant une maîtrise ou un doctorat, tandis que, par le biais du système fédéral Entrée express et, à condition d’avoir une déclaration d’intérêt de l’Ontario, trois autres portes s’ouvraient aux candidats : Priorité basée sur le capital humain, Métiers spécialisés et Travailleurs qualifiés francophones.

Malgré l’abolition de cette dernière voie réservée aux francophones, un fonctionnaire du ministère du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences nous assure que les demandeurs francophones pourront être admissibles dans tous les volets proposés et que la cible en immigration de langue française (5 %) continuera d’être atteinte.

La lentille francophone aux abonnées absents

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) déplore l’absence de lentille francophone dans cette nouvelle mouture. « Ça fait un an qu’on essaye d’obtenir une rencontre avec le ministre pour lui faire part de cet enjeu, mais il fait la sourde oreille, alors on est deçu de ce côté-là », soupire Fabien Hébert, son président.

Et d’ajouter : « Avec une telle lentille , on aurait pu trouver une façon plus fine d’aller chercher des candidats francophones dans les secteurs en pénurie de main-d’oeuvre, mieux s’assurer de certaines compétences linguistiques des candidats qui s’identifient francophones ou encore mieux accompagner les entrepreneurs qui cherchent de nouveaux employés… »

« On n’est pas contre les réformes, assure M. Hébert, mais on aurait aimé avoir la chance d’influencer pour être certain que cela réponde aux besoins. » Il espère en outre que les financements fédéraux liés à la nouvelle cible canadienne en immigration francophone seront maximisés en Ontario.

Depuis cinq ans, la province dépasse chaque année un peu plus cette cible : 5,3 % en 2022, 5,8 % en 2023, 9,5 % en 2024 et 11,4 % l’année dernière, avec 10 750 candidats à la résidence permanente recommandés. Mais depuis 2023, la capacité du POCI à désigner des candidats francophones aurait été fortement affectée par les tirages ciblés du gouvernement fédéral pour les immigrants francophones au sein du système Entrée express.

Le ministère affirme par ailleurs, dans un document de travail en date du 21 avril dernier, que s’est procuré ONFR, que la formule précédente du POCI ne laissait que peu de candidats francophones disponibles, avec seulement 49 candidats francophones désignés en 2025. En cause : le changement de critères fédéraux qui aspirait largement les candidats. L’idée serait donc de réduire certaines exigences linguistiques pour les francophones pour élargir leur admissibilité au niveau de l’Ontario.

Mieux lutter contre les fraudes

« En modernisant le POCI, notre gouvernement mise sur des profils d’expérience, déjà intégrés au marché du travail, capables de contribuer rapidement à nos efforts continus de protection de l’économie ontarienne », justifie le ministre David Piccini, qui pilote ce remaniement.

Ces changements font partie d’une réforme plus vaste visant à mieux lutter contre les fraudes. Le nombre d’ordonnances administratives et d’interdictions de programme visant les contrevenants est passé de zéro à plus de 200 depuis 2018. En 2025, 56 interdictions et 76 pénalités administratives ont été prononcées.

Les dossiers déjà en cours d’examen sous la structure précédente continueront d’être traités selon les anciens critères et ne seront pas impactés par la refonte, affirme le ministère. Temporairement suspendu depuis jeudi dernier, le portail de déclaration d’intérêt du POCI devrait quant à lui rouvrir aux nouvelles inscriptions d’ici la fin de l’été.

Retrait de Champlain à Orillia : la communauté francophone appelle à la concertation

ORILLIA – La statue de Samuel de Champlain à Orillia, récemment réinstallée puis retirée, suscite de vives réactions au pays. Les grands organismes de l’Ontario français suivent le dossier de près. Pour ces acteurs patrimoniaux, ce symbole fondateur de la francophonie canadienne doit être préservé, mais pas au détriment des perspectives autochtones. La communauté appelle à une concertation respectueuse et inclusive pour raconter un passé commun.

La saga autour de ce monument francophone de la petite ville ontarienne d’Orillia s’est attiré l’attention de nombre de médias locaux, provinciaux et nationaux, autant francophones, Journal de Montréal/Québec, qu’anglophones, National Post, CBC ou encore The Globe and Mail.

Même le leader du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre s’était emparé de la polémique via ses réseaux sociaux :

Alors que le devenir de la statue Champlain reste encore à déterminer, nous sommes allés prendre le pouls des organismes franco-ontariens qui suivent de près le dossier.

« Nous avons encore vivement en mémoire les célébrations en 2015 du 400e anniversaire de l’arrivée de Champlain en Ontario auxquelles nous avions participé au pied de cette statue de Champlain à Orillia », raconte Rolande Smith, la présidente de la Société d’histoire de Toronto (SHT).

Pour celle-ci ce n’est pas tant l’incompréhension qui a dominé les débats autour du monument, mais plutôt la tristesse. « La SHT souhaite s’unir à tous ceux qui travailleront sur sa préservation et réhabilitation », indique Mme Smith.

Selon l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), qui reconnaît l’importance historique de Samuel de Champlain dans l’histoire francophone de l’Ontario et du Canada. Les monuments publics ne sont jamais de simples objets patrimoniaux : ils portent des récits, des symboles et parfois des blessures devant être pris au sérieux.

Point crucial pour Fabien Hébert, le président de l’AFO, « il est essentiel d’éviter d’opposer la préservation de l’histoire francophone et le respect des perspectives autochtones. Notre responsabilité collective est plutôt de trouver des façons de transmettre l’histoire avec rigueur, nuance et contextualisation, dans un esprit de dialogue et de réconciliation ».

Selon celui-ci, toute décision entourant un symbole public de cette importance doit être prise avec les communautés concernées, notamment les Premières Nations, les résidents et les acteurs patrimoniaux.

Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Photo : Rudy Chabannes/ONFR

« L’histoire francophone mérite d’être connue, comprise et transmise, mais elle doit l’être d’une manière respectueuse, inclusive et fidèle à la complexité de notre passé commun », a conclu M. Hébert.

Le Réseau du Patrimoine franco-ontarien (RPFO) prône également la concertation.

« Il est essentiel que toute action dans ce dossier reconnaisse l’importance du patrimoine franco-ontarien, tout en s’inscrivant dans une approche de dialogue et de respect envers les communautés concernées », a déclaré Jacynthe Dupont, directrice générale du RPFO.

Pas de remise en question de la Route Champlain selon la SÉO

Catherine B. Bachand, la directrice générale de la Société économique de l’Ontario (SÉO), a indiqué suivre la situation avec attention.

La SÉO a en effet créé La Route Champlain, circuit touristique et historique de 1500 km pour valoriser le patrimoine et les attraits francophones et bilingues de la province, en suivant les traces de l’explorateur Samuel de Champlain au cours de ses expéditions menées en 1615-1616.

Catherine B. Bachand, directrice générale de la Société économique de l’Ontario. Photo : gracieuseté de Nadia Jacquemet

La directrice rappelle que la Route Champlain demeure d’abord une initiative touristique qui s’inscrit dans une démarche plus large de mise en valeur des lieux, des communautés et des récits liés à la présence historique française et, plus largement, francophone en Ontario.

« Samuel de Champlain occupe une place importante dans l’histoire de l’Amérique du Nord et du fait français au Canada (…) Le retrait ou la remise en question d’un monument ne diminue donc pas l’intérêt de la Route Champlain ni l’importance de reconnaître le patrimoine francophone en Ontario. Il rappelle plutôt l’importance de présenter cette histoire dans toute sa complexité, en tenant compte des perspectives autochtones », défend-elle.

Carte légendée de la Route Champlain. Source : site officiel de la Route Champlain

« Nous sommes sensibles aux préoccupations exprimées, notamment celles qui touchent la représentation des peuples autochtones dans les récits historiques, les monuments et les sculptures. Ce sont des questions importantes qui doivent être abordées avec respect et nuance. »

Selon celle-ci, dans le futur la réflexion devra tenir compte des perspectives autochtones. Il s’agira « d’entreprendre une démarche réfléchie, avec l’ensemble des partenaires concernés, dans un esprit de dialogue et de réconciliation ».

Article écrit avec des informations additionnelles de Rudy Chabannes.

FrancoQueer conclut un mois historique à la Fierté de Toronto

TORONTO – La Parade de la Fierté de Toronto a réuni dimanche des centaines de milliers de personnes dans les rues de la métropole ontarienne. Parmi les centaines de groupes présents, seuls deux organismes francophones avaient pris place dans le défilé : FrancoQueer, qui célébrait cette année son 20e anniversaire, et le Conseil scolaire Viamonde. Une participation qui venait mettre un point final à un mois particulièrement riche en activités pour la communauté francophone 2SLGBTQIA+ de l’Ontario.

Drapeaux arc-en-ciel, musique et chars allégoriques ont envahi les rues du centre-ville de Toronto ce dimanche pour l’événement phare de la Fierté Toronto.

Au milieu de centaines d’organismes communautaires, d’entreprises et d’institutions, la présence francophone était plus discrète. Seuls FrancoQueer et le Conseil scolaire Viamonde représentaient officiellement la francophonie ontarienne.

Des centaines de participants défilent sous les couleurs de l’arc-en-ciel lors de la Parade de la Fierté de Toronto, point culminant des célébrations du Mois de la Fierté. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Pour FrancoQueer, cette édition revêtait toutefois une signification particulière. L’organisme célébrait les 20 ans de la Franco Fierté, un anniversaire souligné par une programmation exceptionnelle tout au long du mois de juin.

« C’est nos 20 ans cette année. On a eu une programmation très riche ce mois-ci, avec des rassemblements en ligne et en personne. C’est encore plus spécial de marcher aujourd’hui dans la parade avec le contingent francophone de l’Ontario pour célébrer la diversité, mais aussi pour célébrer nos 20 ans en tant qu’organisme », souligne Taeyeoung Jung, agent de projet et de mobilisation à FrancoQueer.

Une Franco Fierté bien remplie

Le défilé venait ainsi conclure près d’un mois d’activités organisées dans le cadre de la Franco Fierté.

La programmation comprenait notamment un lancement festif avec une soirée karaoké francophone, un café mondain destiné aux nouveaux arrivants aînés 2SLGBTQIA+, plusieurs webinaires de sensibilisation, des ateliers sur les relations saines et la prévention de la violence, une présentation des résultats de consultations menées partout en Ontario, ainsi qu’une projection du film On sera heureux de Léa Pool.

Parmi les temps forts, Taeyeoung Jung retient particulièrement la soirée de reconnaissance des pionniers organisée en collaboration avec l’Université de l’Ontario français.

Pour sa quatrième participation à la Parade de la Fierté de Toronto, et sa deuxième sous les couleurs de FrancoQueer, Taeyeoung Jung accueillait les visiteurs au kiosque de l’organisme. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

« C’était une façon de rassembler les fondateurs de FrancoQueer, les gens qui étaient là il y a 20 ans quand l’organisme a commencé comme un regroupement de bénévoles. C’était une soirée très enrichissante et vraiment accueillante où on a pu se rencontrer tous. »

La Coupe du monde de la FIFA s’est également invitée à la programmation. En partenariat avec le Collège Boréal, FrancoQueer a organisé plusieurs rassemblements pour permettre aux francophones de suivre les rencontres des sélections francophones.

« C’était vraiment un beau moment de rassemblement », résume-t-il.

Au-delà des événements grand public, l’organisme a aussi multiplié les projets de recherche, les formations, les webinaires et les ateliers destinés à renforcer les ressources offertes aux communautés francophones 2SLGBTQIA+ de l’Ontario.

Une présence francophone essentielle

Présent au défilé depuis plus d’une décennie, FrancoQueer considère sa participation comme essentielle dans une province où les francophones demeurent en situation minoritaire.

« C’est super important. Je pense qu’on parle toujours de la représentation. Vivant en Ontario, le français étant un peu comme une langue minoritaire ici, on veut vraiment être là pour montrer qu’il y a des francophones 2SLGBTQIA+ qui vivent, qui travaillent, qui existent en Ontario. Puis, nous, on est là pour justement soutenir cette population, offrir les ressources, les outils nécessaires, mais aussi juste créer un environnement où les gens peuvent se rassembler, rencontrer d’autres personnes et vraiment souder cette communauté », explique Taeyeoung Jung.

La maison de couture française Jean Paul Gaultier participait à la Parade de la Fierté de Toronto avec un char inspiré de son emblématique marinière. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Selon lui, la Fierté Toronto continue également d’évoluer.

« J’ai vraiment vu cette année avec la foire de rue qu’il y avait beaucoup d’organismes qui n’étaient pas là l’an passé. Je pense que ça montre que la communauté est vraiment présente pour soutenir la diversité. »

Viamonde mise sur l’inclusion

Autre représentant de la francophonie dans le défilé, le Conseil scolaire Viamonde participait une nouvelle fois à la parade afin de réaffirmer son engagement envers l’inclusion.

« C’est très important. Nous sommes là tous les ans parce qu’on est un conseil scolaire qui se veut inclusif et qui défend cette inclusion. On veut que chacun puisse se reconnaître dans ses écoles. Chaque élève, chaque membre du personnel doit pouvoir sentir qu’il a sa place dans notre communauté éducative », affirme Sylvie Pellerin, directrice d’école au conseil scolaire ViaMonde.

Sylvie Pellerin (au centre) échange avec des visiteurs au kiosque du Conseil scolaire Viamonde. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Au cours des dernières années, elle dit avoir observé une évolution dans les établissements du conseil.

« On en parle plus dans nos écoles. On a les levées du drapeau dans les écoles élémentaires et secondaires, les rassemblements avec les élèves dans les écoles secondaires. Je pense qu’on est plus épanouis sur le sujet dans notre conseil scolaire. Toutefois, ça ne s’arrête jamais, il faut continuer pour rendre le conseil encore plus inclusif. Chaque année, de nouveaux élèves arrivent et on doit pouvoir leur montrer qu’ils ont tous leur place dans notre école. »

Au terme d’un mois de célébrations, de rencontres et de sensibilisation, la Parade de la Fierté est venue offrir une vitrine à cette francophonie 2SLGBTQIA+ qui continue de gagner en visibilité. Pour FrancoQueer comme pour Viamonde, la présence au défilé ne constitue pas une fin en soi, mais l’aboutissement d’un travail mené tout au long de l’année afin de bâtir des espaces toujours plus inclusifs pour les francophones de l’Ontario.

Fierté Toronto 2026 : « On ne s’arrêtera pas »

FIFA 2026 : le Sénégal qualifié au bout du suspense

TORONTO – Entre un succès éclatant 5-0 contre l’Irak, plusieurs heures d’attente devant les autres rencontres et un but iranien finalement annulé par la VAR (assistance vidéo à l’arbitrage) dans les derniers instants, les supporteurs sénégalais ont vécu vendredi l’une des journées les plus intenses de leur histoire en Coupe du monde. Récit d’une qualification arrachée au bout du suspense.

Lorsque l’arbitre siffle le coup d’envoi de Sénégal-Irak vendredi après-midi au BMO Field, les partisans sénégalais savent qu’une victoire ne suffira probablement pas. Il faudra marquer beaucoup… puis espérer des résultats favorables ailleurs.

Pour Amy Sylla, Sénégalaise installée à Toronto, le stress est déjà à son comble.

« Honnêtement, j’étais stressée et plutôt dubitative. Je savais que nos Lions avaient les capacités de gagner, mais ce qui m’inquiétait, ce n’était pas la victoire en elle-même, c’était le score. Est-ce qu’ils allaient marquer assez de buts pour se qualifier? J’avais même demandé qu’on m’explique tous les scénarios possibles. Mais même après les calculs… je retenais mon souffle. »

À quelques rangs de là, Nicolas Keita, venu spécialement de Dakar avec un ami installé à Montréal, partage le même mélange d’espoir et de frustration. Finaliste de la dernière CAN (coupe d’Afrique des Nations), le Sénégal restait sur deux rencontres décevantes face à la France et à la Norvège.

« On était venus au Mondial avec énormément d’ambitions. Après ces deux premiers matchs, on était extrêmement frustrés. On savait qu’il y avait encore une chance de se qualifier parmi les meilleurs troisièmes, mais il fallait gagner largement et espérer plusieurs résultats favorables. »

145 partisans torontois ont bénéficié de places offertes par le ministère des sports du Sénégal distribuées par Sénontario. Photo : Mamadou Ndaw

Un miracle avant même le coup d’envoi

Pour Amy, cette journée exceptionnelle commence même avant son arrivée au stade. Vingt-quatre heures avant la rencontre, alors qu’elle rêvait de pouvoir assister au match sans avoir trouvé de billet, une place lui est finalement offerte.

« J’avais clamé haut et fort que je voulais manifester un billet gratuit, et Dieu a décidé de me prendre au mot! Je me retrouve au premier rang, juste en face de la cage où ils vont inscrire les quatre buts de la deuxième période. Pour ce come-back historique, j’étais là, au premier rang, au sens propre comme au sens figuré. »

Mais au-delà du spectacle sportif, c’est l’atmosphère qui l’a marquée.

« Ce qui m’a le plus touchée, c’est l’ambiance autour de moi : la communauté sénégalaise, les blagues en wolof, les chants, les sauts, les larmes de joie. Des inconnus sont devenus une famille le temps d’un match. »

Une deuxième période qui fait chavirer tout un peuple

Après une première période conclue sur une maigre avance de 1-0 malgré la supériorité numérique, Nicolas Keita avoue avoir douté.

« On ne comprenait pas pourquoi on ne mettait pas plus d’intensité alors qu’ils jouaient à dix. À la mi-temps, on avait du mal à comprendre notre stratégie. »

Tout change au retour des vestiaires. Les Lions inscrivent quatre nouveaux buts, les tribunes explosent et les chants sénégalais couvrent presque le reste du stade.

« Dès le début de la deuxième mi-temps, on a vu une autre équipe, la vraie équipe sénégalaise qu’on aime voir, raconte Nicolas. Chez nous, le football est un sport national. Du gamin de cinq ans jusqu’à la grand-mère de quatre-vingts ans, tout le monde connaît l’équipe et la suit. »

Amy Sylla a vécu une journée inoubliable, elle qui n’avait pas de billet à la veille du match. Photo : gracieuseté

Les yeux rivés sur la VAR

Le coup de sifflet final ne met pourtant pas fin au suspense. Comme des milliers de supporters sénégalais à travers le monde, Amy et Nicolas passent ensuite leur soirée à suivre les autres rencontres décisives.

L’Espagne fait le travail en battant l’Uruguay (1-0). L’Égypte tient ensuite l’Iran en échec (1-1). Mais dans les toutes dernières minutes, un but iranien plonge tout un peuple dans la détresse… avant d’être annulé pour un hors-jeu après intervention de la VAR. Pour le Dakarois , cette séquence restera gravée à jamais.

« Le but refusé de l’Iran nous a d’abord brisé tous nos rêves. J’étais contre la VAR quand elle est arrivée dans le football. Aujourd’hui, je peux dire que c’est la meilleure invention du football moderne. Sans elle, personne n’aurait vu ce hors-jeu. Merci à l’orteil de l’Iranien! »

De son côté, la Torontoise reconnaît que cette Coupe du monde l’a transformée.

« Je n’ai jamais suivi le foot de ma vie! La CAN, oui, par fierté et par culture. Mais le reste? Jamais. Et me voilà à analyser Côte d’Ivoire-Cap-Vert, Ghana-Panama ou Brésil-Haïti comme si j’étais consultante sportive. J’ai même raté mes cours de Pilates! Mes proches ne me reconnaissent plus. »

De retour à Montréal après le match, Nicolas Keita se prépare pour continuer à suivre l’équipe sur la suite de la compétition. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

De Dakar à Toronto pour suivre les Lions

Pour Nicolas Keita, cette qualification représente l’aboutissement d’un long périple.

Depuis le début de la Coupe du monde, il a assisté aux trois rencontres du Sénégal, d’abord aux États-Unis contre la France et la Norvège, puis à Toronto face à l’Irak.

Ses billets, il les avait obtenus plusieurs mois avant le tournoi grâce au contingent réservé à la Fédération sénégalaise de football.

« Depuis quatre ou cinq mois, on avait déjà nos places. J’étais en catégorie 1 et j’ai payé environ 450 dollars américains. C’est cher, mais rien à voir avec les billets qui se revendaient jusqu’à 1900 dollars. »

S’il juge le stade de Toronto moins impressionnant que celui du New Jersey, le visiteur retient surtout l’accueil reçu dans la métropole canadienne.

« Les gens étaient chaleureux. Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est cette double identité. On rencontre des Canadiens-Sénégalais, des Canadiens-Brésiliens… Les gens revendiquent leurs deux cultures et je trouve ça magnifique. »

Place à la Belgique

Quelques heures après cette qualification arrachée au bout du suspense, le Sénégal connaît désormais son prochain adversaire : la Belgique. Amy Sylla sait que le défi sera immense.

« On ne va pas se mentir : affronter la meilleure équipe d’un groupe, c’est stressant. Mais cette victoire contre l’Irak a un goût de reconquête. J’espère que nos Lions vont capitaliser sur cette énergie, garder la même stratégie et nous offrir la même intensité qu’à la CAN et contre l’Irak. On a goûté à cette joie, on en veut encore. On y croit. On est de retour. »

Une erreur de français s’affiche au centre-ville d’Ottawa

OTTAWA – Une erreur s’est glissée sur plusieurs affiches en français installées par la Ville d’Ottawa dans le cadre de son projet Sièges de rue. Au lieu de « Placettes publiques », on peut y lire « Placettes pubiques ».

Une simple lettre oubliée… et le sens change complètement. Au lieu de « Placettes publiques », on peut y lire « Placettes pubiques », un mot qui désigne les parties génitales externes, sur des affiches le long de la rue Bank, dans le Centre-Ville d’Ottawa.

ONFR a constaté la présence d’une douzaine de ces affiches. Toutes comportent la même erreur.

Contactée, la Ville d’Ottawa indique ne pas avoir produit ces affiches, précisant qu’elles relèvent de la ZAC (Zone d’amélioration commerciale) du Centretown.

Jointe à son tour, la directrice générale de la ZAC du Centretown, Sabrina Lemay, explique qu’il s’agit « d’une erreur de traduction involontaire qui s’est glissée dans le processus de production ».

Elle précise que, dès que l’organisme en a été informé, « les mesures nécessaires ont été prises pour corriger la situation » et que « les affiches sont actuellement en cours de retrait ».

Les affiches en français affichent « Placettes pubiques » au lieu de « Placettes publiques ». Photo : Amine Harmach/ONFR

Les affiches en français affichent « Placettes pubiques » au lieu de « Placettes publiques ». Photo : Amine Harmach/ONFR

Les affiches en français affichent « Placettes pubiques » au lieu de « Placettes publiques ». Photo : Amine Harmach/ONFR

La version anglaise des affiches ne comporte aucune erreur. Photo : Amine Harmach/ONFR

Les affiches en français affichent « Placettes pubiques » au lieu de « Placettes publiques ». Photo : Amine Harmach/ONFR

Les affiches en français affichent « Placettes pubiques » au lieu de « Placettes publiques ». Photo : Amine Harmach/ONFR

Les affiches en français affichent « Placettes pubiques » au lieu de « Placettes publiques ». Photo : Amine Harmach/ONFR

Les affiches violettes ont été installées cette semaine pour promouvoir le projet pilote des placettes publiques, qui prévoit la fermeture temporaire de quatre tronçons de rue à la circulation automobile afin d’aménager des espaces de détente, de rassemblement et d’activités.

La version anglaise des affiches, intitulée Uncommon Spaces, ne comporte pas cette erreur.

La version anglaise des affiches ne comporte aucune erreur. Photo : Amine Harmach/ONFR

Selon le rapport annuel sur les services en français de la Ville d’Ottawa, 24 plaintes liées au français ont été enregistrées en 2025, dont 16 concernaient des erreurs sur la signalisation et les affiches.

Vincent Klassen : des rouages politiques à la défense de la culture francophone

Entré en poste le 15 juin, le directeur général de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Vincent Klassen, entame son mandat avec une conviction : la culture est au cœur de l’avenir de la francophonie canadienne. Fort d’un parcours dans la fonction publique, la diplomatie et d’un engagement personnel envers la langue française, il livre sa vision d’une francophonie en pleine transformation.

«  Cela fait quelques jours que vous êtes en poste et vous avez déjà ajouté votre touche à votre bureau. Que représente pour vous cette ceinture fléchée exposée?

Cette ceinture fléchée est un très beau symbole de la francophonie canadienne, parce qu’elle témoigne aussi du métissage des cultures. Ces ceintures sont issues à la fois du patrimoine québécois et autochtone. Elles sont également le symbole par excellence des nations métisses.

Pour moi, elle représente l’attachement de mes ancêtres, de mes grands-parents, à leur identité, qu’ils ont réussi à transmettre à leurs enfants. Mes grands-parents ont élevé cinq enfants en Alberta. Certains sont ensuite retournés au Québec, mais cette transmission est demeurée.

La ceinture est un patrimoine matériel, mais derrière elle se trouve tout un patrimoine immatériel : ce que l’on porte en soi et ce que l’on transmet à ses enfants.

Je me sens héritier de l’engagement de mes grands-parents, arrivés à Calgary à une époque où les autorités québécoises encourageaient les familles à s’établir dans l’Ouest. Ils ont rapidement été entourés d’une immigration majoritairement non francophone et ont dû affirmer leur identité dans un contexte très minoritaire. Pour moi, c’est cette question de la transmission qui est essentielle.

Vincent Klassen voit dans la ceinture fléchée un héritage commun des traditions québécoises et autochtones. Photo : Amine Harmach/ONFR

On remarque aussi, derrière vous, un trophée. Pouvez-vous nous raconter son histoire?

Ce trophée fait partie de mon histoire personnelle. Je l’ai reçu à l’école primaire pour une récitation de poésie française, alors que j’avais neuf ans. J’étais dans une école d’immersion, puisqu’il n’y avait pas encore d’école francophone à l’époque. C’est un souvenir très fort de cette transmission culturelle.

Ma mère a poursuivi cet engagement en devenant professeure de français à Calgary. Elle a enseigné la langue et la culture françaises à des milliers de jeunes en Alberta.

Aujourd’hui, cela fait directement écho au travail de la FCCF. L’un de nos programmes phares consiste justement à amener la culture dans les écoles francophones et les écoles d’immersion partout au pays.

J’ai toujours porté cet engagement de différentes façons dans ma vie. Je suis très enthousiaste de pouvoir aujourd’hui porter cette mission, particulièrement sur le plan culturel. Avec le temps, j’ai compris que la culture donne un sens à notre identité et à notre parcours. Pour moi, la culture est l’oxygène de notre civilisation.

Vous avez fait de la diplomatie et occupé des fonctions décisionnelles en politique. Comment cette expérience vous outille-t-elle pour mener à bien votre mission actuelle?

Ce que j’apporte à la FCCF, c’est une expérience du milieu politique, de la diplomatie, mais surtout des appareils décisionnels des ministères.

Une organisation comme la FCCF doit expliquer clairement en quoi les intérêts des communautés francophones, qui demeurent fragiles, rejoignent l’intérêt national, les priorités du gouvernement et les obligations découlant de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, qui constitue une avancée majeure dans l’histoire des lois linguistiques au Canada.

Il existe déjà un dialogue solide avec les ministères et les responsables politiques, et je pense que mon parcours me permettra de contribuer à le renouveler.

Votre grand-père a participé au peuplement francophone de l’Ouest. Est-ce que, selon vous, cette histoire se poursuit aujourd’hui grâce à l’immigration francophone?

Absolument. Et je pense que c’est le beau chapitre que nous allons écrire ensemble.

Le directeur général de la FCCF appelle à préserver le vivre-ensemble face aux défis actuels. Photo : Amine Harmach/ONFR

Je parlais de l’expérience de mon grand-père au XXe siècle. Aujourd’hui, la francophonie est devenue internationale. Que ce soit à Calgary, Ottawa, Toronto, Vancouver, Sudbury ou ailleurs, des personnes venues du monde entier ont en commun la langue française et réinventent la francophonie canadienne.

Aujourd’hui, cette réalité est complètement différente, et je trouve cela très inspirant.

J’ai moi-même découvert cette richesse lorsque j’ai vécu six ans en France et représenté le Canada auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie. J’y ai côtoyé des représentants de nombreux pays qui, pour des raisons historiques différentes, partagent aujourd’hui la langue française et certaines valeurs communes.

Notre mission consiste à construire un espace culturel francophone distinct de l’espace anglo-américain.

Pour le Canada, c’est une richesse extraordinaire de pouvoir réinventer la francophonie grâce à toutes ces influences venues du monde entier.

Cette diversité apporte aussi certains défis?

Oui, bien sûr. Lorsque des cultures se rencontrent, elles doivent apprendre à se connaître et à s’apprivoiser.

À la FCCF, nous avons un programme de médiation culturelle qui crée des ponts entre les nouveaux arrivants et les communautés déjà établies.

Du côté de mon père, j’ai des origines germanophones. Mes ancêtres étaient des mennonites qui ont quitté l’Ukraine pour fuir la violence avant de s’établir au Canada. Cette histoire fait partie de celle du pays : des personnes qui arrivent de partout dans le monde, quittent des zones de conflit ou d’instabilité et bâtissent une nouvelle vie ici.

Oui, cela comporte des défis, mais au fond nous sommes en train de réinventer un nouvel espace francophone. Ce n’est plus la francophonie de l’époque de mes grands-parents, et c’est aussi ce qui fait sa richesse.

Dans quel contexte financier prenez-vous vos fonctions?

Nous avons vécu des compressions budgétaires. Je pense que tout le monde est conscient que les gouvernements, tant fédéral que provinciaux, cherchent à réduire leurs dépenses.

Pour Vincent Klassen, les défis budgétaires ne remettent pas en cause la volonté de renforcer l’écosystème culturel francophone. Photo : Amine Harmach/ONFR

Cela dit, le gouvernement fédéral reconnaît deux choses importantes. D’abord, les obligations découlant de la Loi sur les langues officielles exigent des mesures positives, ce qui nécessite des ressources. Ensuite, il a réaffirmé très clairement son attachement à la culture. Ce sont les deux grands axes de notre travail.

Nous entrons aussi dans un contexte où les priorités évoluent rapidement. On parle désormais beaucoup d’intelligence artificielle. Le gouvernement vient de dévoiler une stratégie dans ce domaine. Ce sont de nouveaux chantiers qui auront des répercussions importantes pour nos communautés, notamment dans le numérique et l’intelligence artificielle.

À un moment où l’on parle de souveraineté culturelle, mais aussi de souveraineté canadienne, je pense que les gouvernements reconnaissent l’importance de maintenir un écosystème culturel fort et des communautés francophones fortes.

Concrètement, quelles sont déjà les répercussions de ces compressions sur la FCCF?

Deux programmes, qui touchent les domaines de l’éducation et du numérique – deux de nos principaux chantiers -, n’ont pas été renouvelés à court terme. Cela a eu des conséquences concrètes sur notre programmation. Nous n’avons notamment pas pu renouveler certains postes.

Vincent Klassen souhaite mettre son expérience politique au service des communautés francophones. Photo : Amine Harmach/ONFR

Nous poursuivons le dialogue avec le gouvernement du Canada afin de reprendre ce travail sur de nouveaux chantiers.

Je ne veux pas minimiser l’impact de ces compressions. L’enjeu est maintenant de consolider les acquis et de réfléchir à l’avenir de notre partenariat avec le gouvernement fédéral.

Le prochain Plan d’action sur les langues officielles sera déterminant. C’est l’instrument le plus important pour la poursuite de notre action. Mon rôle sera de travailler avec nos partenaires, notamment au ministère du Patrimoine canadien, afin que ces outils soient reconduits et permettent de soutenir pleinement l’écosystème culturel. »


1970 : Naissance à Calgary 

1988 : Entame ses études en français à l’Université d’Ottawa, amorce sa carrière dans la fonction publique comme page à la Chambre des communes

1992 : Rejoint le cabinet du premier ministre Jean Chrétien

2003 : Entame ses études en France à l’École nationale d’administration

2017 : Nommé ministre-conseiller à l’ambassade du Canada à Paris, mène les affaires politiques et culturelles, représente le Canada auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) 

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Suggestion de lecture : un roman qui se lit comme un film

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Te dis-tu parfois en lisant un livre : j’aimerais bien qu’il soit adapté en film? C’est exactement ce que j’ai pensé avec Faites vos jeux, rien ne va plus de Didier Leclair, publié aux éditions David. Certains diront peut-être que la Seconde Guerre mondiale est un sujet qui a été traité sous toutes les coutures, mais crois-moi, l’auteur revisite ce moment de l’Histoire sous un angle qui surprend!

Avertissement : dans mon enfance, je n’ai pas été nourrie au lait, mais aux James Bond (merci, papa!). Pourquoi je te partage cette anecdote personnelle? Tu vas vite le comprendre!

Faites vos jeux, rien ne va plus propulse de façon très naturelle dans l’Europe des années 1940. L’atmosphère feutrée de Lisbonne avec ses ruelles, ses voitures ou encore ses bars est bien tricotée par Leclair. Ses références aux villes européennes, ainsi qu’à des événements et des objets d’époque, ancrent l’histoire avec réalisme. Est-ce que les détails font les livres? Pas toujours, mais dans les récits historiques, souvent. J’ai été particulièrement sensible aux descriptions des voitures d’époque (déformation familiale de la fille de garagiste que je suis!).

Ce roman est la suite de Le prince africain, le traducteur et le nazi (2024) publié chez le même éditeur, qui a été nommé au Prix Trillium et au Prix Alain-Thomas, que j’ai eu la chance de lire, et pour lequel j’avais fait l’entrevue de Leclair dans le balado Cœur d’encre ici. Je te rassure, il n’est pas essentiel de lire le premier livre avant le second, mais je le recommande pour t’aider à comprendre les trois héros.

Qui sont-ils? Antonio, un prince héritier du royaume Congo (dans l’Angola) qui s’est installé en Europe pour faire du commerce illégal de diamants, son traducteur et interprète érudit africain Jean de Dieu, et son chauffeur Hans, un métis mi-africain, mi-allemand qui manie aussi habilement les armes à feu que le saxophone. Alors qu’ils sont à Lisbonne après avoir fui Paris, les trois hommes doivent se rendre en Allemagne à la demande du gouvernement du Portugal. Cela ne déplaît pas au prince qui doit justement régler ses comptes avec un officier allemand qui l’a escroqué. Bref, ça pourrait sonner comme les prémices d’un film de James Bond version historique : les héros sont des malfaiteurs africains en pleine Europe nazie des années 40 qui ne passent pas inaperçus… Comment vont-ils survivre dans cet environnement hostile?

Le tour de maître de ce livre, tout comme le premier tome, est qu’il fait entrer des personnages d’ascendance africaine sous l’occupation allemande avec indifférence. Cela fait du bien de voir un livre qui n’occulte pas des communautés qui étaient pourtant bien là pendant ce moment clé de l’histoire mondiale en leur donnant toute la place avec spontanéité. C’est en jouant sur cet univers de livre historique auquel se mêlent espionnage et criminalité que Leclair construit toute sa narration. Certains pourraient argumenter — à juste titre — que tous les ingrédients pour engendrer un livre d’espions sont là : des héros controversés auxquels on s’attache même s’ils sont des criminels, des nazis haineux ou fainéants faciles à détester, l’aura des années 1940 presque palpable, avec l’odeur de la fumée de cigarette et la moiteur des ruelles brumeuses qui nous chatouillent les sens à chaque coin de page… et pourtant, ça marche! 

Didier Leclair – crédit photo L. K.

Le but de Didier Leclair n’est pas de renverser les rôles oppresseurs-opprimés dans des sous-entendus dénonçant le colonialisme, l’auteur vend de l’action et met en scène des personnages inébranlables, et il le fait bien! L’effet recherché est atteint : on vibre à l’unisson de leurs aventures criminelles, en rêvant presque d’être le quatrième membre de leur groupe (en tout cas, moi, je l’ai fait, ne me juge pas!). La psychologie des trois hommes n’est que légèrement développée, ce qui semble un parti pris de l’auteur qui concentre toute sa plume sur l’action. Te souviens-tu des bandes-annonces de films qui montrent six scènes de combat en dix secondes comme les James Bond? Faites vos jeux, rien ne va plus semble avoir été conçu dans ce moule. Et on en redemande! Ça bouge, ça sillonne l’Europe, ça flirte avec le danger, ça boit, ça fume, ça se bagarre. Et la peur dans tout ça? Les personnages ne la connaissent pas!

Leur audace et leur formidable aplomb font d’eux des héros intouchables qui captivent. Ils m’ont fait penser à des James Bond version Seconde Guerre mondiale. Alors, fonce lire ce livre qui se lit comme un film!

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Salle de spectacle à Toronto : la Ville se porte garante pour le Théâtre français

TORONTO – Alors qu’il lui manque encore plusieurs millions de dollars pour concrétiser son projet de salle de spectacle dans l’Est torontois, le Théâtre français de Toronto (TfT) s’est vu octroyer par le conseil municipal une garantie de prêt d’un plafond de 3 millions de dollars.

Cet engagement de la ville n’est pas de l’argent sonnant et trébuchant, mais permettra au TfT de garantir un prêt à hauteur de 3 millions de dollars, à condition de démarcher un emprunteur tiers d’ici le 30 septembre prochain. Cette couverture pourrait s’avérer particulièrement utile pour assurer la trésorerie du Théâtre dans ces premiers mois de fonctionnement, le temps de recevoir réellement les financements de ses bailleurs de fonds.

« C’est aussi une garantie pour le constructeur, une assurance pour qu’il puisse croire en ce théâtre et qu’il le réalise », explique au micro d’ONFR la conseillère municipale de Toronto-Danforth, Paula Fletcher, à l’origine de la motion votée jeudi soir.

Appuyée par la conseillère de Don Valley North, Shelley Carroll, cette motion missionne le directeur financier et le trésorier de réaliser toutes les vérifications financières et de conclure tous les accords nécessaires en vue d’une garantie de prêt d’investissement concernant le bâtiment de l’avenue Danforth convoité par le TfT.

C’est dans ce secteur que le théâtre de 200 places prendrait forme, au coeur d’un projet immobilier plus vaste de 14 étages incluant des logements locatifs. C’est d’ailleurs Mme Fletcher qui avait approché le TfT pour qu’il s’y installe, souhaitant voir ici un espace culturel capable de revitaliser le quartier.

Le TfT détient déjà une promesse de financement fédéral de 4,725 millions de dollars – en plus de 305 000 dollars précédemment dédiés aux frais d’architecte –, une somme insuffisante pour le projet évalué à près de 15 millions.

Outre une campagne de levée de fond privée qui devrait débuter à l’automne prochain, le soutien de la province sera donc vital pour la suite du projet. « On a de bons signaux à ce niveau-là », affirme-t-on au TfT, alors qu’une demande vient d’être adressée au ministère des Affaires francophones qui orientera la demande vers les programmes appropriés.

« On est content, réagit Caroline Caire, responsable du développement au TfT. Cette motion adoptée en conseil municipal vient vraiment nous aider pour démarcher une banque avec un garant solide. On est aussi reconnaissant envers la conseillère Fletcher qui l’a défendue. »

Caroline Caire, responsable du développement au TfT. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

« C’est un soutien crucial, mesure la conseillère Fletcher, car il s’agissait d’une urgence pour le plus ancien Théâtre francophone hors Québec. C’est une institution très importante. Elle n’a jamais eu de murs durables et je pense que ça va changer. »

Cette avancée intervient après que des membres du Comité consultatif des affaires francophones de la Ville aient demandé un soutien ferme et urgent, la semaine dernière, lors de la dernière réunion de l’année présidée par la conseillère municipale Alejandra Bravo, et après la démonstration de solidarité de plus 70 organismes francophones ayant écrit au gouvernement fédéral, duquel le TfT espère toujours un geste additionnel, cette fois via le ministère du Logement et de l’Infrastructure.

Francophonie en Fête mise sur les têtes d’affiche et sur le Jour des Franco-Ontariens

TORONTO – Roxane Bruneau, Pierre Lapointe et Yann Perreau seront parmi les têtes d’affiche de la 21e édition de Francophonie en Fête. Dévoilée vendredi soir, la programmation mise sur un équilibre entre artistes reconnus et talents franco-ontariens, tout en faisant une large place à la diversité des cultures francophones. Les festivités s’ouvriront avec deux spectacles au théâtre Glenn Gould les 18 et 19 septembre, avant le retour du festival gratuit au Bentway du 25 au 27 septembre.

Francophonie en Fête a dévoilé ce vendredi soir la programmation de sa 21e édition, qui se déroulera du 18 au 27 septembre à Toronto. Tout en conservant la formule qui a façonné les dernières éditions, les organisateurs y apportent plusieurs nouveautés.

« Oui, il y a une continuité, sauf qu’on a de nouvelles choses cette année », résume Jacques Charrette, le directeur général du festival.

Deux têtes d’affiche québécoises pour ouvrir le bal

Les festivités s’ouvriront les 18 et 19 septembre avec deux spectacles payants présentés au théâtre Glenn Gould, qui remplace exceptionnellement le théâtre Paradise cette année.

Le vendredi, Roxane Bruneau ouvrira le bal. En pleine tournée internationale, l’artiste québécoise poursuit son ascension avec des salles combles au Québec comme en Europe.

Le lendemain, Pierre Lapointe prendra le relais. L’auteur-compositeur-interprète se produira accompagné de son groupe et profitera du célèbre piano Steinway de la salle.

Les pochettes de Submergé, de Roxane Bruneau, et Le fantastique des astres, de Pierre Lapointe, les deux plus récentes œuvres des artistes qui ouvriront la 21e édition de Francophonie en Fête avec des spectacles présentés les 18 et 19 septembre au théâtre Glenn Gould. Photo : captures des sites officiels des artistes

Le changement de salle ne résulte toutefois pas d’un changement de cap. Le théâtre Paradise étant occupé par le Festival international du film de Toronto (TIFF), les organisateurs ont opté pour le Glenn Gould, situé au centre-ville.

« On adore le Paradise Theatre, mais cette année, c’était impossible. Le Glenn Gould est une salle qui a un peu plus de sièges et une acoustique extraordinaire », explique Jacques Charrette.

Yann Perreau, l’invité d’honneur du Bentway

Au Bentway, c’est toutefois Yann Perreau qui fera figure d’invité d’honneur. L’auteur-compositeur-interprète québécois, reconnu pour ses prestations énergiques et son univers mêlant chanson, rock et pop, se produira à deux reprises au cours de la fin de semaine, le samedi soir et le dimanche après-midi. Une présence exceptionnelle qui témoigne de la volonté des organisateurs d’attirer davantage d’artistes établis au sein de la programmation gratuite.

Originaire de la Mauricie, Yann Perreau s’est imposé au fil des deux dernières décennies comme l’une des figures marquantes de la scène musicale québécoise. Récompensé à plusieurs reprises, il est notamment connu pour des albums comme Un serpent sous les fleurs, À genoux dans le désir ou encore Le fantastique des astres, qui lui ont valu une solide réputation autant pour la qualité de ses textes que pour l’énergie de ses spectacles.

« On essaie d’amener des vedettes plus connues qu’avant, qui s’intègrent dans la programmation du Bentway. Yann Perreau est très connu au Québec. C’est un compositeur incroyable qui avait été un petit peu délaissé de la scène depuis quelques années. Il va venir avec un super bon spectacle, ça va être captivant », affirme M. Charrette.

Le Jour des Franco-Ontariens fait son entrée au festival

L’une des principales nouveautés de cette édition est l’intégration du Jour des Franco-Ontariens à la programmation de Francophonie en Fête.

Le vendredi 25 septembre, avant même l’ouverture du site au grand public, près de 200 élèves du secondaire participeront à une matinée d’activités dans l’espace jeunesse du Bentway. Jeux, levée du drapeau franco-ontarien, prestation d’Amadou Kienou et démonstrations de danse gumboots figureront notamment au programme.

« On attend 200 jeunes qui ont déjà réservé. Ils vont venir célébrer le Jour des Franco-Ontariens. Il y a toutes sortes de jeux, la levée du drapeau franco-ontarien, Amadou Kienou va jouer, il va y avoir aussi des gumboots, des danses sud-africaines. Alors plein d’activités pour les jeunes », explique le directeur général du festival.

En plus d’accueillir cette année la célébration du Jour des Franco-Ontariens avec près de 200 élèves attendus, l’espace jeunesse proposera des ateliers, des animations et des activités familiales. Photo : Elsa Planque/Francophonie en Fête

Trois jours pour célébrer la diversité francophone

Au Bentway, la programmation s’étalera ensuite sur trois journées. Le vendredi 25 septembre, après cette matinée réservée aux jeunes, Tali de York et Élizabeth Dorion lanceront les festivités musicales avant une grande soirée dansante orchestrée par le collectif La French.

« La grosse nouveauté de la soirée du 25 septembre, c’est qu’on fait un partenariat avec La French. Les DJ sont de tous les styles, mais ils font de la musique dansante francophone. Il y a des Antillais, des Africains, toutes sortes de mélanges qui plaisent à tout le monde », souligne Jacques Charrette.

Le samedi 26 septembre offrira un véritable tour d’horizon de la diversité musicale francophone. Les festivaliers pourront notamment entendre Suzanne LeClerk, Akwaba, Suzanne Morra, Dieufaite Charles, Fred Boutin, Fojeba, la Révélation Radio-Canada, Dual-IT et Science Fiction Cumbia, avant les prestations de Yann Perreau, invité d’honneur du festival, puis de Fethy Nadjem pour clôturer la soirée.

Le dimanche 27 septembre, l’ambiance se voudra à la fois festive et familiale. Après les prestations des chorales scolaires, la scène accueillera Anne-Sophie Roy, Noémie & le Friendless Crew, puis une deuxième performance de Yann Perreau, l’un des rares artistes à se produire à deux reprises durant le festival. La clôture mettra ensuite à l’honneur les sonorités folk, rock et métissées avec Cactus Club, Kazdoura et Swamperella.

La nouvelle collaboration avec le collectif La French vise à faire du vendredi soir un grand rendez-vous festif mêlant DJ et musique francophone sous toutes ses formes. Photo : Elsa Planque/Francophonie en Fête

Les organisateurs ont également revu la logistique afin que les tests de son soient effectués avant l’ouverture du site.

« Tous les tests de son ont lieu en matinée. Le turnover sera de cinq à quinze minutes maximum pour les gros groupes. Ce sera une succession de musique qui n’arrêtera pas », promet Jacques Charrette.

Une vitrine de la diversité franco-ontarienne

Au-delà des têtes d’affiche, Jacques Charrette insiste sur ce qui constitue, selon lui, l’identité même de Francophonie en Fête : mettre en valeur les artistes issus de la diversité francophone de l’Ontario.

« Le gros de la programmation, c’est ce qui est représentatif du Grand Toronto et de l’Ontario. On a des Haïtiens, des Antillais, des groupes d’origine africaine. C’est très représentatif de la diversité franco-ontarienne, de toutes les cultures francophones », résume-t-il.

Le festival accueillera également une vingtaine d’exposants, un village communautaire, des artisans, des kiosques de restauration mettant en valeur les cuisines française, québécoise, africaine et antillaise, ainsi que plusieurs activités familiales.

Les kiosques communautaires, les artisans et les espaces de restauration feront une nouvelle fois du Bentway un véritable lieu de rencontre pour les festivaliers tout au long de la fin de semaine. Photo : Elsa Planque/Francophonie en Fête

Comme l’an dernier, les spectacles de Roxane Bruneau et de Pierre Lapointe s’ouvriront avec des prestations d’élèves du secondaire. Après le Conseil scolaire Viamonde en 2025, ce sont cette fois des jeunes du Conseil scolaire catholique MonAvenir qui auront l’occasion de monter sur une scène professionnelle.

« Le public adore parce qu’ils n’ont pas l’occasion, hormis lors de leurs spectacles d’école, de se produire devant le public. C’est une formation extraordinaire pour eux », conclut M. Charrette.

Hawkesbury célèbre la diversité en musique

HAWKESBURY – Le Festival multiculturel d’Hawkesbury soufflera les bougies de sa cinquième édition du 26 au 28 juin. Au programme : musique, humour, gastronomie et sport, avec une programmation qui fait la part belle aux artistes francophones tout en ouvrant la scène aux cultures du monde.

Après cinq éditions, les organisateurs du Festival multiculturel d’Hawkesbury estiment avoir franchi une nouvelle étape.

« Cette année, on s’est vraiment assis avec les associations multiculturelles pour obtenir leurs recommandations d’artistes et organiser la fan zone de soccer. C’est ça, le vivre-ensemble : avancer par petits pas, apprendre à se connaître et à vivre ensemble », explique Ken St-Denis, coordonnateur du festival.

Selon lui, cette collaboration plus étroite avec les communautés, appuyée par la Communauté francophone accueillante, contribue à enrichir la programmation tout en renforçant le sentiment d’appartenance des nouveaux arrivants.

« On les a impliqués dans la promotion, parmi les bénévoles et même dans l’organisation. Cette année, on est vraiment allés beaucoup plus loin dans la collaboration », affirme M. St-Denis, qui espère que cette approche favorisera la participation de ces nouveaux arrivants.

« On veut toucher à des vedettes nationales, principalement issues de la francophonie, tout en conservant un volet anglophone », poursuit-il.

Révélée au grand public à Star Académie, Mélissa Bédard figure parmi les principales têtes d’affiche du Festival multiculturel d’Hawkesbury. Photo : gracieuseté de Catherine Archambault

Le coup d’envoi sera donné vendredi avec trois noms bien connus du public francophone. Révélée à Star Académie en 2012, Mélissa Bédard présentera notamment des chansons de son plus récent album, Ma vérité. Elle partagera la scène avec Ludovick Bourgeois, chanteur qui s’est imposé comme l’une des figures de la pop québécoise après sa victoire à La Voix en 2017.

Le troisième artiste à l’affiche sera Martin Deschamps, qui célèbre près de 30 ans de carrière avec son spectacle Retour aux sources. La Franco-Ontarienne Héloïse Yelle, originaire de Saint-Pascal-Baylon, dans l’Est ontarien, complétera cette première soirée.

Une programmation ouverte sur le monde

« Nous tenons toujours à offrir une vitrine autant aux artistes de la région qu’aux artistes de renommée nationale », souligne Ken St-Denis, coordonnateur des loisirs et du tourisme au sein de la municipalité d’Hawkesbury.

Le samedi, le groupe de percussion Benkadi ouvrira les festivités. Son nom, qui signifie « l’union fait la force » en malinké, reflète bien l’esprit du festival. Fondé en 2011, l’ensemble réunit des artistes originaires de la Guinée, du Sénégal, d’Haïti, du Cameroun, du Burkina Faso, de la France, du Mexique et du Canada.

Le public retrouvera également Zale Seck, artiste sénégalais établi à Hawkesbury, qui transporte les rythmes de Dakar à travers ses mélodies, ainsi que le chanteur haïtien Jean Jean Roosevelt.

La relève locale sera aussi à l’honneur avec le groupe rock YV and Let Die, formé en 2023 par des élèves de l’École secondaire catholique régionale de Hawkesbury.

En soirée, l’humoriste Michel Mpambara, né au Burundi et d’origine rwandaise, présentera son spectacle avant que le Boogie Wonder Band ne fasse danser les festivaliers sur les plus grands succès des années 70.

Le dimanche sera consacré aux Voix du monde, avec des prestations de Mélanie Charrier, Guy Mapoko, Dany Rebel et Manoel Vieira. Le festival a aussi mis en place une fan zone consacrée au soccer, en lien avec la Coupe du monde organisée par la FIFA.

« On veut promouvoir le vivre-ensemble par la culture, la gastronomie et le sport. C’est une approche qui rassemble les gens sous plusieurs formes », résume l’organisateur.

Ken St-Denis, coordonnateur du Festival multiculturel d’Hawkesbury. Photo : gracieuseté

Le Festival multiculturel d’Hawkesbury demeure entièrement gratuit, un choix assumé par les organisateurs : « C’est important de le rappeler. Des festivals gratuits, il n’y en a presque plus dans la région », souligne Ken St-Denis.

L’événement dispose d’un budget d’environ 150 000 $, financé notamment par des partenaires publics et privés.

Les organisateurs souhaitent aussi faire du festival un moteur de revitalisation du centre-ville. La rue principale sera fermée à la circulation afin d’accueillir une vaste zone familiale. Les restaurateurs locaux seront mis en valeur et les Hawks juniors participeront au volet restauration.

« On veut donner une visibilité à nos restaurateurs et faire du centre-ville un véritable lieu de rassemblement pendant le festival », conclut Ken St-Denis.

La Franco-Ontarienne Trèva Cousineau nommée à l’Ordre du Canada

OTTAWA — La militante Trèva Cousineau, longuement impliquée dans le milieu de l’éducation et le milieu communautaire franco-ontarien, recevra l’Ordre du Canada, la plus haute distinction civile du pays.

La résidente d’Orléans, qui œuvre depuis plus d’un demi-siècle à faire avancer la cause de la francophonie en Ontario, a été nommée pour recevoir cette haute distinction, ainsi qu’une soixantaine d’autres Canadiens, a annoncé vendredi la gouverneure générale du Canada, Louise Arbour.

« Trèva Cousineau est une figure incontournable de la communauté franco-ontarienne. Militante infatigable, elle a œuvré pendant plus de 60 ans à la défense et à la promotion de la francophonie canadienne aux échelles locale, provinciale, nationale et internationale », souligne Rideau Hall au sujet de Mme Cousineau.

« J’étais complètement surprise et vraiment un petit peu estomaquée », raconte Mme Cousineau en entrevue, elle qui a appris en avril dernier qu’elle recevait cet honneur.

Originaire de Timmins, elle s’est rapidement impliquée dans des organisations scolaires, notamment à titre de conseillère scolaire dans le Nord de l’Ontario et de présidente de l’Association française des conseils scolaires de l’Ontario.

Ayant déménagé à Orléans en 1989, elle occupe le poste de directrice générale du Conseil de l’éducation catholique pour les francophones de l’Ontario tout en dirigeant la Fédération nationale des conseils scolaires francophones. Par la suite, elle a assumé la présidence de l’ACFO provinciale pendant un mandat de deux ans, débutant en 1997, en plus d’avoir été sa directrice générale une dizaine d’années plus tard.

Elle a aussi été présidente du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) de 2016 à 2021.

Parmi les autres honneurs qu’elle a reçus, on compte le prix Bernard-Grandmaître (2022) et la Médaille du jubilé de platine de la reine Élisabeth II (2022). À l’automne dernier, un parc a été nommé en son honneur à Orléans.

« J’ai eu de belles reconnaissances. Mon CV, des fois je le regarde et je me dis : est-ce que c’est vraiment à moi, ça? », lance-t-elle avec humour.

« Mais l’Ordre du Canada, c’est quand même, disons, l’apogée. C’est une reconnaissance supérieure », ajoute-t-elle avec fierté dans la voix.

Cette dernière confie ne toujours pas savoir qui a soumis son nom pour cette distinction, même si elle est déjà au courant depuis quelques mois.

« J’imagine qu’il y a quelqu’un, quelque part, qui a reconnu que j’ai donné quand même beaucoup de mon temps. Pas seulement à des organismes bénévoles, mais à des comités du gouvernement, plein de choses que j’ai faites et dont je suis très fière », affirme-t-elle, tenant à remercier au passage les équipes avec lesquelles elle a travaillé au cours des années.

D’autres nominations francophones

Parmi les autres nominations et promotions au sein de l’Ordre du Canada, on compte également un Acadien, Clarence LeBreton. L’historien et ex-fonctionnaire « a fait progresser la préservation culturelle et le développement régional au Nouveau-Brunswick en exerçant son leadership au Village historique acadien, à l’Aquarium du Nouveau-Brunswick et dans plusieurs ministères », indique Rideau Hall.

« Auteur engagé et bâtisseur communautaire, il a renforcé les médias francophones, dirigé des commémorations majeures et, au sein de divers conseils d’administration, s’est consacré au service du public pendant de nombreuses années ».

L’ex-joueuse de soccer canadienne et capitaine de l’équipe nationale pendant plusieurs années, Christine Sinclair, a été promue au sein de l’Ordre à titre de compagne. C’est aussi le cas de l’ancien hockeyeur du Canadien de Montréal, Yvan Cournoyer, qui a évolué pendant plus de 15 ans pour les Glorieux dans les années 1960 et 1970.

Les nouveaux membres seront décorés lors d’une cérémonie à une date ultérieure.

Décès de Jeanne Sabourin, une pionnière du théâtre franco-ontarien

OTTAWA – Figure marquante du théâtre franco-ontarien, Jeanne Sabourin est décédée lundi dernier à Toronto, à l’âge de 95 ans. Comédienne, metteure en scène, administratrice culturelle et première présidente de Théâtre Action, elle laisse derrière elle un héritage qui a façonné diverses institutions culturelles francophones de l’Ontario.

Pour Benoît Roy, directeur général de Théâtre Action, son influence dépasse largement l’organisme qu’elle a contribué à fonder.

« Elle fait partie des personnes qui ont essentiellement bâti les institutions culturelles franco-ontariennes que nous connaissons aujourd’hui », affirme-t-il.

Présente à la rencontre fondatrice de Théâtre Action en 1972, Jeanne Sabourin devient la première présidente de l’organisme lors de sa création officielle, en 1974. Elle occupera cette fonction pendant cinq ans, avant de diriger, de 1980 à 1995, le Bureau franco-ontarien (BFO) du Conseil des arts de l’Ontario.

« On peut vraiment dire, sans exagérer, qu’elle a contribué à construire l’écosystème culturel franco-ontarien », poursuit M. Roy. Il rappelle que deux prix remis par Théâtre Action portent aujourd’hui son nom, un hommage qui lui avait été rendu de son vivant.

Une visionnaire, tombée dans l’oubli

Pour Joël Beddows, professeur au Département de théâtre de l’Université d’Ottawa et spécialiste de l’histoire du théâtre franco-ontarien, Jeanne Sabourin est avant tout l’une des grandes pionnières du milieu.

« Elle a joué un rôle déterminant dans la structuration et la professionnalisation du théâtre franco-ontarien. C’est une femme visionnaire, malheureusement tombée dans l’oubli. Je la considère comme l’équivalent féminin d’André Paiement. »

Joël Beddows, professeur au Département de théâtre de l’Université d’Ottawa. Crédits photos : Rémi Thériault

Avant son passage au Conseil des arts de l’Ontario, elle dirige L’Atelier, première compagnie professionnelle de théâtre francophone à Ottawa, avant même la création du Théâtre de la Corvée, en 1975, devenu plus tard le Théâtre du Trillium.

Elle ouvre également une salle de spectacle dans la capitale et poursuit parallèlement une carrière de comédienne, notamment au Théâtre français de Toronto.

Selon Joël Beddows, son influence s’est aussi fait sentir dans un épisode déterminant de l’histoire du Théâtre français de Toronto.

« Vers 1988-1989, alors que la compagnie traversait une grave crise, c’est Jeanne Sabourin qui a réuni les principaux bailleurs de fonds pour décider de son avenir. Sans elle, il n’y aurait probablement pas de Théâtre français de Toronto aujourd’hui. »

« Jouer le rôle de rassembleur »

Dans une entrevue accordée à la revue Liaison en 1996, au moment de son départ à la retraite du Conseil des arts de l’Ontario, Jeanne Sabourin expliquait sa vision du développement culturel.

« J’ai joué davantage le rôle de rassembleur, c’est-à-dire que j’ai encouragé les artistes à se regrouper entre eux, par discipline, pour se donner les services et développer les expertises dont ils avaient besoin. »

Cette philosophie a contribué à l’émergence de plusieurs organismes artistiques franco-ontariens dans les années 1980.

« Pendant les 15 années où elle a dirigé le Bureau franco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario, elle a encouragé les artistes à se regrouper par discipline afin de se donner eux-mêmes les services dont ils avaient besoin. C’est ce mouvement qui a mené à la création de nombreux organismes artistiques francophones », souligne Benoît Roy.

Jeanne Sabourin se réjouissait également de voir les artistes franco-ontariens gagner en reconnaissance.
À la question de savoir ce qui lui avait procuré le plus de satisfaction après plus de 15 ans à la tête du BFO, elle répondait :

« C’est de voir que nos artistes sont maintenant sur la place publique, qu’ils obtiennent la reconnaissance qu’ils méritent par leurs réalisations, leurs tournées, les prix qu’ils remportent. »

Et elle concluait avec modestie : « Si j’ai pu contribuer un peu à ça en soutenant leur démarche artistique, je suis comblée. »

Préserver la mémoire

Pour Benoît Roy, le décès de Mme Sabourin rappelle l’importance de transmettre l’histoire des pionniers du théâtre franco-ontarien.

« Son décès nous rappelle que les fondatrices et les fondateurs du théâtre franco-ontarien nous quittent progressivement. Cela nous donne une responsabilité : non seulement leur rendre hommage, mais aussi raconter leur histoire. »

Benoît Roy, directeur général de Théâtre Action. Photo : Amine Harmach

Joël Beddows partage cette préoccupation. Selon lui, l’apport des femmes à la construction du théâtre franco-ontarien demeure encore largement méconnu. « La première génération de femmes qui a bâti le théâtre franco-ontarien est malheureusement tombée dans l’oubli. Jeanne Sabourin en était une figure centrale. »

Pour Benoît Roy, l’héritage de Jeanne Sabourin se mesure surtout à ce qu’elle a laissé derrière elle. « Elle ne cherchait pas à bâtir une carrière personnelle, mais un milieu capable de lui survivre. Aujourd’hui, c’est à notre tour de poursuivre son œuvre. »

Le directeur général de Théâtre Action indique que l’organisme entend lui rendre hommage lors de la prochaine remise des prix Jeanne-Sabourin, prévue l’an prochain. D’autres initiatives commémoratives pourraient également être annoncées dans les prochains mois afin de souligner la contribution de celle qui a contribué à bâtir le théâtre franco-ontarien.

L’Université de Hearst toujours à la recherche d’un site pour sa prochaine résidence étudiante

HEARST – Le 23 juin dernier, l’Université de Hearst s’est vue refuser un terrain pour son projet de résidence étudiante lors d’un conseil municipal. L’établissement en avait fait la demande mais la Ville a préféré le garder pour de futurs projets de logements pour ainés ou encore l’agrandissement d’un centre médical.

L’Université de Hearst recherche un terrain pour abriter son nouveau projet de résidence étudiante à Hearst. L’établissement avait déjà reçu une parcelle de la ville de Hearst située sur la rue Hallé, dans le quartier de Louisbourg.

Cependant, l’Université a vite remarqué des surcoûts dans les plans de construction suggérés par les entreprises mandatées. « On a soumis notre processus d’appel d’offres au début du mois de mai. Puis, en révisant celles reçues, on a réalisé qu’il y avait beaucoup de frais d’infrastructure liés au terrain sur la rue Hallé, assez importants qui augmentaient le budget total du projet », explique Stéphanie Beaulac, la gestionnaire du développement philanthropique de l’université.

Suite à ce constat, l’administration a opté pour un autre site, démarchant ainsi une requête pour un terrain situé au 1317 rue Edward sans dépenses supplémentaires liées au pavage de rue, entre autres.

« On aimerait beaucoup pouvoir offrir des logements abordables pour nos étudiants, donc on explorait l’idée de faire des économies potentielles en changeant de terrain », relate Mme Beaulac.

Néanmoins, la Ville a refusé au motif qu’elle réserverait les lieux pour de futurs projets de logement pour ainés et l’expansion d’un centre médical. Par conséquent, l’établissement recherche d’autres possibilités.

« On explore encore d’autres options et des partenariats potentiels, confie la gestionnaire. On reste avec la rue Hallé à ce moment ici. On y songe encore. »

Une résidence étudiante à but locatif

Ce projet de résidence étudiante a pour but de répondre à la forte demande de logement à Hearst. Il faut savoir qu’à l’exception de quelques chambres situées au campus de Hearst, les options principales de résidence se trouvent à Timmins. « Souvent, nos étudiants qui choisissent Hearst comme leur campus de préférence, on ne peut pas les placer à Hearst simplement à cause (du fait) qu’il n’y a pas de logement disponible. »

À travers ce projet, l’université veut proposer 34 à 36 chambres étudiantes dans des appartements de deux ou trois chambres à coucher, avec certaines d’entre elles réservées pour des étudiants du Collège Boréal.

Surtout, l’université souhaite faire de sa future résidence un projet financièrement viable générant du revenu. « Ce qu’on cherchait, ce n’était pas nécessairement une résidence traditionnelle avec des chambres, des cuisines et des salles de bains partagées, mais plutôt des appartements indépendants de deux ou trois chambres, pour être en capacité de les louer pendant la saison estivale », avance Mme Beaulac.

L’Université de Hearst poursuit donc les planifications liées à ce projet immobilier. « On espère pouvoir accueillir la première cohorte au mois d’août 2027. Il est certain que c’est un délai peut-être ambitieux, surtout qu’on a pris le temps d’appliquer pour changer de terrain. Ça ralentit un peu notre processus. »

Une étude pour mesurer les contrecoups du retour au bureau des fonctionnaires fédéraux

CASSELMAN – Le coup d’envoi d’une série de consultations citoyennes en ligne a été donné ce mercredi afin de cartographier l’impact réel des politiques fédérales de retour au bureau sur les communautés rurales de l’Est ontarien. Menée de façon indépendante par le Change Makers Club of Canada (CMC), cette enquête qualitative veut mettre en lumière les impacts qui auraient été occultés par le Conseil du Trésor. 

Depuis l’imposition de la formule hybride forçant les fonctionnaires fédéraux à revenir dans les bureaux du centre-ville d’Ottawa, les doléances se multiplient dans les municipalités périurbaines et rurales de la région. 

C’est pour documenter scientifiquement ces impacts que le CMC a lancé le projet intitulé « Résilience locale et inclusion : Redéfinir l’équité rurale ».

Née d’une préoccupation partagée au sein des comtés de Prescott et Russell, cette étude indépendante cherche à chiffrer et qualifier ce que le retour au bureau signifie concrètement pour les familles, les commerces et le tissu social de la région.

L’objectif de l’étude du CMC, basée sur la méthode de la conception centrée sur l’humain (design thinking), est précisément de récolter des données neutres et indépendantes pour tester la viabilité de projets de centres régionaux au sein même de Prescott-Russell. 

« Le but est de rapprocher l’utilisateur final et le décisionnaire politique », explique le secrétaire général du CMC, Eli Rose.

Le secrétaire général du CMC, Eli Rose, espère mobiliser une centaine de participants au total à travers les différentes étapes de cette étude, un objectif atteint dans une proportion d’un tiers lors du lancement des premières séances de discussion. Photo : Inès Rebei/ONFR

L’étude vise à entendre un large éventail de perspectives, incluant les fonctionnaires, parents, proches aidants et aînés. 

« Nous voulons nous concentrer sur le fait de s’assurer que les résidents, les gens affectés, les entreprises, puissent faire entendre leur voix pour que les décideurs politiques en soient conscients », ajoute M. Rose.

Une situation injuste selon la mairesse

C’est la mairesse de Casselman, Geneviève Lajoie, qui a initié ce partenariat en soumettant les inquiétudes de ses citoyens au CMC afin de documenter les impacts de la directive fédérale sur sa région.

L’élue, qui a elle-même voyagé vers la capitale pendant 14 ans, dit savoir à quel point le quotidien des navetteurs est difficile, particulièrement en ce qui a trait aux frais de transport et de stationnement qu’elle qualifie d’extorsion de la part des compagnies privées. « Je trouve cette décision totalement inacceptable », tranche-t-elle. 

Au-delà de l’économie, c’est la sécurité même des municipalités et leur vitalité qui préoccupent la mairesse. Plusieurs communautés de Prescott-Russell dépendent de services d’urgence et de pompiers bénévoles. 

Or, le fait d’obliger les francophones de la région à faire de longues distances nuit à leur vie de famille et à leur capacité à s’impliquer localement selon cette dernière.

Geneviève Lajoie, mairesse de Casselman, soutient que la démarche menée par le CMC vise à documenter l’impact du retour au bureau sur l’ensemble de la région rurale de Prescott-Russell. Bien qu’elle parraine l’étude, l’élue a choisi de ne pas participer aux séances pour en garantir la neutralité. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Nous avons une composante démographique francophone tellement forte ici. Avoir des francophones qui font des allers-retours [vers Ottawa], cela va définitivement nuire à leur capacité de participer au bénévolat et aux groupes dont ils font partie. Ils n’auront plus cette énergie pour augmenter la vitalité de leur communauté », avertit-elle.

Des pertes de productivité de 10 000 $ par fonctionnaire

Du côté des gens d’affaires, la Chambre de commerce de Hawkesbury et région (CC-HR) – dont le territoire couvre Hawkesbury, Champlain, Hawkesbury-Est et s’étend jusqu’à La Nation – trace des constats financiers particulièrement rigoureux.

Si l’avantage du coût de la vie maintient l’attractivité résidentielle de la région, l’enjeu majeur réside dans le déplacement des habitudes de consommation. Une augmentation des trajets obligatoires vers Ottawa draine une partie des dépenses de semaine vers le centre urbain, au détriment des commerces de proximité.

Le président de la CC-HR, Carl Portelance, a d’ailleurs chiffré les contrecoups logistiques de cette directive pour les navetteurs de l’Est ontarien.

« Pour un fonctionnaire gagnant environ 80 000 $ par année, le retour au bureau représente entre 250 et 300 heures de plus sur la route annuellement. En appliquant une valeur horaire, c’est plus de 10 000 $ en temps non productif, sans compter les 2500 $ en frais de déplacement », calcule M. Portelance.

Le président de la CC-HR, Carl Portelance, rappelle que les impacts réels de la directive fédérale sur l’économie locale restent encore difficiles à chiffrer précisément par manque de données, mais qu’il faudra suivre de près l’effet du temps et des frais de transport sur les travailleurs de la région. Photo : Inès Rebei/ONFR

Cette réalité commence d’ailleurs à soulever des questions sur l’attractivité même de la fonction publique à long terme pour les résidents des milieux ruraux et périurbains.

« Sans remettre en question l’attractivité globale de ces emplois, cet élément vient réduire l’avantage relatif qu’ils représentaient pour les travailleurs établis en région », explique le président de la Chambre de commerce, comparant la situation avec les opportunités locales qui, « bien que parfois légèrement moins rémunérées, n’impliquent pas les mêmes contraintes de déplacement ».

Les suites d’une motion aux CUPR

Devant la situation, les autorités politiques de la région ont choisi de formaliser leurs revendications. Une motion avait d’ailleurs été présentée à la fin mars aux Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) afin de faire pression sur l’appareil fédéral.

Cette résolution officielle exigeait d’Ottawa qu’il explore des solutions de rechange régionales, comme la création de sites satellites ou de pôles de cotravail en dehors des grands centres urbains, tout en tenant compte de la géographie de l’Est ontarien. 

À l’échelle locale, cette recherche de solutions spatiales trouve un écho direct à Casselman alors que la municipalité vient de déménager ses services vers la rue Industriel, libérant les locaux de la rue St-Jean qu’elle souhaite désormais mettre en location. 

La mairesse Geneviève Lajoie envisage d’ailleurs ces espaces vacants comme une infrastructure potentielle pour matérialiser ces fameux pôles d’accueil. « On a des bureaux ici, à la municipalité. Pourquoi on ne pourrait pas les utiliser comme des hubs pour ces gens-là? », suggère l’élue.

Les services municipaux de Casselman sont officiellement installés au 1, rue Industriel depuis le lundi 20 avril, date de l’ouverture officielle de ce nouvel hôtel de ville. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Si l’objectif est de favoriser une présence accrue au bureau, il pourrait être pertinent d’envisager une répartition plus stratégique des lieux de travail. Le développement de points de services ou de bureaux régionaux pourrait permettre de réduire les déplacements, de soutenir l’économie locale et d’améliorer l’accessibilité des services pour les citoyens de Prescott-Russell », estime de son côté M. Portelance.

Une option que l’étude indépendante du CMC souhaite justement valider sur le terrain, comme le confirme M. Rose : « En même temps, il y a un intérêt de tester, je suppose, le soutien pour des centres de travail régionaux. C’est quelque chose que nous ciblons spécifiquement. » 

Un rapport à présenter au Conseil du Trésor

Si le Conseil des comtés unis n’a pas encore émis de directive finale, la motion avait officiellement enclenché une étude commandée à l’administration régionale. 

Le personnel des CUPR a ainsi reçu le mandat de produire un rapport détaillé sur les répercussions de ce retour au bureau, notamment sur la rétention de la main-d’œuvre et la stabilité économique de la région. 

Ce rapport interne, une fois complété, viendra s’additionner aux données de l’étude indépendante menée par le CMC.

« Je veux que ce soit une étude indépendante. Je ne veux pas que les politiciens biaisent la façon dont c’est perçu, je veux que ce soit très neutre », conclut Geneviève Lajoie. « L’objectif est de présenter ce rapport à la députée fédérale pour qu’elle l’apporte au Conseil du Trésor. Ils doivent se rappeler qu’ils sont redevables envers le public. »

ONFR a sollicité le Secrétariat du Conseil du Trésor afin de savoir si l’impact socioéconomique et linguistique de sa directive sur les municipalités rurales avait été pris en compte, mais ce dernier n’avait pas encore donné suite à nos demandes au moment de publier.

Les citoyens et gens d’affaires souhaitant faire entendre leur perspective de manière anonyme peuvent encore s’inscrire à la prochaine séance de consultation du CMC prévue ce lundi à 18 h 30.

Statue Champlain controversée à Orillia : plusieurs options sur la table

ORILLIA – L’avenir de la statue de Samuel de Champlain, dont le retrait puis la réinstallation ont créé une polémique majeure, n’a pas encore été déterminé. Quatre options sont étudiées par la mairie, dont son rétablissement, son entreposage à long terme ou encore son transfert. Une douzaine de municipalités, principalement au Québec, ont témoigné de l’intérêt pour son acquisition, a confirmé à ONFR le maire d’Orillia, Don McIsaac. Décryptage de ce dossier épineux, avec la position du député fédéral de Simcoe-Nord, Adam Chambers, et du Conseil de la Première Nation des Chippewas de Rama.

Le parc Couchiching Beach Orillia n’arbore plus son monument à l’effigie de Samuel de Champlain, ce symbole fondateur de la francophonie canadienne. La statue est temporairement entreposée depuis le 10 juin dernier.

Son maire, Don McIsaac, nous confirme que, pour le moment, aucune décision n’a été prise concernant la disposition finale de la statue, qui devra faire l’objet d’une décision du conseil municipal.

Quatre options seront à l’examen, détaille-t-il, soit réinstaller la statue sous sa forme originale, réinstaller la statue sous une forme repensée, l’entreposer de façon indéterminée jusqu’à ce qu’une décision soit prise dans le futur, ou opter pour une relocalisation.

« Au cours des derniers jours, j’ai reçu une douzaine de propositions de la part de communautés intéressées souhaitant relocaliser et acquérir la statue, la plupart provenant du Québec », nous a-t-il appris.

Pour celui-ci, c’est la preuve d’un lien fort que beaucoup de gens ressentent à son égard : « Je reconnais la signification profonde de ce monument pour plusieurs, en particulier au sein de la communauté francophone, et j’apprécie la passion exprimée par les résidents et les organisations quant à son avenir. »

S’il considère personnellement qu’il serait pertinent de trouver un moyen de réintégrer la statue, il précise que toute décision finale reviendra au conseil à la suite de discussions plus approfondies et que « toutes les options et les points de vue de la communauté seront soigneusement étudiés ».

Raconter l’histoire oui, « mais de manière juste »

Tandis que la députée provinciale de Simcoe-Nord, Jill Dunlop – dont dépend Orillia – n’a pas souhaité commenter un sujet « de juridiction municipale », son pendant fédéral, Adam Chambers, lui, n’a pas hésité à prendre la parole à notre micro.

La problématique initiale, raconte le député Chambers, c’est la perception de subordination dans laquelle les quatre personnages autochtones sont représentés face à un religieux (un frère récollet de l’ordre des Franciscains), brandissant la croix, le tout surmonté de Champlain sur un large piédestal.

Une perception partagée par de nombreux citoyens depuis le début des discussions en 2021.

La partie basse du monument sujette à polémique. Photo : Mahfrot via Wiki Commons

M. Chambers estime toutefois « malheureux que Champlain doive porter le fardeau de transgressions qui ont eu lieu après lui et qui ne reflètent pas qui il était », rappelant que l’explorateur demeure une figure marquante de notre histoire.

Le député trace d’ailleurs un parallèle avec le monument de Penetanguishene, où Champlain et le chef autochtone sont représentés sur un pied d’égalité, ce qui ne lui a pas valu d’attention négative.

Le monument dans son intégralité. Photo : CC BY-NC-SA 2.0 Bill Badzo via Flickr

Reconnaissant que « les Premières Nations ont été victimes de racisme » lorsque cette polémique a été exposée dans les médias locaux, M. Chambers y voit plutôt l’occasion de revoir la conversation globale et de mettre en valeur les leaders autochtones.

« Mon espoir a toujours été que les parties trouvent un moyen de raconter l’histoire de manière juste. Réinstaller la statue, oui, mais avec l’apport de nos voisins autochtones et des membres de la communauté. Nous devons être prêts à raconter des histoires, même si elles ne nous sont pas flatteuses », soutient-il.

À l’instar du maire, le député fédéral confirme lui aussi avoir reçu des appels de collègues du Québec intéressés par un rapatriement de la structure en bronze.

Enlevée, remise, retirée…

Initialement déboulonnée en 2017 par Parcs Canada pour restauration, la statue de Samuel de Champlain est restée à l’abri des regards pendant plusieurs années. Dès 2018, un premier groupe de travail s’est penché sur l’avenir du monument. Cet effort commun avait alors abouti à un rapport suggérant de réinstaller le bronze sans les figures autochtones d’origine, en y ajoutant des panneaux explicatifs mis à jour.

Le dossier, qui a traîné en longueur, a franchi une étape locale majeure à l’automne 2025 lorsque Parcs Canada a cédé la propriété du monument à la Ville d’Orillia. Un nouveau groupe de travail municipal s’est alors constitué en octobre 2025 pour sceller son avenir. Cette démarche de 17 réunions a toutefois été marquée par de vives tensions politiques, menant au départ de deux conseillers municipaux du comité avant la production du rapport final.

« Au moment de produire le rapport final, les conseillers Durnford et Lauer ont quitté le groupe, me laissant seul. J’ai terminé le rapport, mais ils ont tous deux révisé l’ébauche finale », a précisé le maire d’Orillia, Don McIsaac.

Le document suggérait cette fois de réinstaller le monument de façon repensée : Samuel de Champlain descendu de son piédestal, au même niveau que les figures autochtones, regroupées ensemble, ainsi que le retrait du religieux.

Le 21 mai 2026, la statue est réapparue de manière inattendue sur son socle de béton au parc Couchiching Beach, sans piédestal ni autres figures, visible pendant à peine quelques heures, avant d’être enveloppée et clôturée le jour même.

La statue de Champlain retirée enveloppée dans une bâche. en mai 2026 dernier. Photo : gracieuseté de Don McIsaac, maire d’Orillia

Le monument a finalement fait l’objet d’une session extraordinaire du conseil municipal qualifiée de particulièrement houleuse.

Le 29 mai, les élus ont voté à 6 contre 3 pour le retrait complet des structures, menant à leur déplacement vers un autre lieu d’entreposage secret le 10 juin dernier.

Un problème de fond au-delà de la statue de Champlain

Via une communication officielle qui nous a été envoyée, attribuée au chef Ted Williams et au conseil de la Première Nation des Chippewas de Rama, ceux-ci dénoncent le fait que la statue ait été ramenée au parc le 21 mai sans qu’ils en soient informés. Selon leurs dires, même les services municipaux d’Orillia (parcs, urbanisme) ont été pris de court.

« Bien que le monument soit désormais retiré du parc, les événements entourant son retour et son retrait subséquent ont mis en lumière des préoccupations majeures concernant le processus, la communication et la relation entre la Ville d’Orillia et la Première Nation de Rama. »

La Première Nation pointe du doigt la Ville d’Orillia, estimant que le travail de réconciliation repose trop souvent sur leurs seules épaules, mais ajoute que le « travail émotionnel de guérison coloniale et raciale relève également de la responsabilité personnelle de chaque citoyen ».

Rama cible directement le média local Orillia Matters comme moteur de la débâcle qui a suivi pour son manque de modération dans des commentaires qu’elle juge « inappropriés, inacceptables et ne servant qu’à inviter au conflit, perpétuant le racisme et la haine. Des commentaires similaires circulant sur les médias sociaux ont également été profondément préjudiciables pour les membres de notre communauté et ont contribué à la division et à l’hostilité entourant ce dossier. »

« La Première Nation de Rama s’attend à un engagement significatif, à une communication ouverte et au respect des relations et des processus établis »

Si le Chef et le conseil reconnaissent et comprennent la colère et la blessure que de nombreux membres de leur communauté ont ressenties tout au long de ce processus, ceux-ci prennent officiellement leurs distances face aux actes de vandalisme commis sur la propriété.

Il y est également précisé que la communauté ne souhaite pas rouvrir ces discussions ni revivre les expériences qui les accompagnaient, ajoutant que la réconciliation exige une transparence et un engagement sincère envers un dialogue respectueux, « en particulier lorsque les décisions ont un impact direct sur les communautés autochtones ».

« Alors que ce dossier suit son cours, la Première Nation de Rama s’attend à un engagement significatif, à une communication ouverte et au respect des relations et des processus établis. Nous demeurons engagés à œuvrer en vue d’une relation fondée sur le respect mutuel, l’honnêteté et la réconciliation en action », conclut le conseil.

Élisabeth rassemble la communauté à Chute-à-Blondeau

Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici

Dans cet épisode, on part à la rencontre d’Élisabeth Arbaud, une femme inspirante qui plonge tête première dans les nouvelles aventures.

Originaire de France, Élisabeth a le goût du défi. Avant de s’installer au Canada, elle a vécu 20 ans en Angleterre, où elle a mené de front la gestion d’une résidence pour aînés et l’arrivée de son fils. C’est finalement à Chute-à-Blondeau, dans l’Est ontarien, qu’elle a choisi de poser ses valises. Avec beaucoup de franchise, elle nous raconte la réalité de l’expatriation : le défi de tout quitter, de rebâtir sa vie et de recréer ses repères à zéro.

Mais Élisabeth a le don de rassembler. En peu de temps, elle a ouvert son propre café, devenu le cœur et le point de rassemblement du village. Une discussion touchante sur la réinvention de soi et l’art de tisser des liens, un café à la fois.

Train léger à Orléans : le tracé d’un nouveau chapitre

Après de nombreux reports et alors que les tests finaux restent encore à réaliser, nous avons demandé aux résidents quel impact le prolongement du train léger (O-Train) vers Orléans, dans l’est d’Ottawa, aura sur leur quotidien et sur le quartier. À terme, ce sont 12,5 km de voies et cinq nouvelles stations (Montréal, Jeanne-d’Arc, Convent Glen, Place d’Orléans, Trim) qui desserviront ces usagers avec des circuits d’autobus réorganisés et cadencés pour se connecter directement au nouveau réseau.

TGV : le Conseil municipal d’Ottawa fait front commun et dénonce un manque de transparence

OTTAWA – Le Conseil municipal d’Ottawa a adopté à l’unanimité une motion demandant au gouvernement fédéral et à la société d’État Alto de revoir en profondeur la méthode et la transparence de leurs consultations concernant le futur train à grande vitesse (TGV) reliant Québec à Toronto. Si l’importance stratégique du projet est globalement reconnue, les élus exigent que la municipalité et ses résidents ruraux soient traités comme des partenaires à part entière, et non mis devant le fait accompli.

La conseillère Catherine Kitts, qui représente le quartier d’Orléans-Sud-Navan, une circonscription de l’est de la ville à forte composante rurale, est l’instigatrice de la motion et a martelé l’importance pour le conseil de faire front commun.

« Les résidents voient des drones circuler au-dessus de leur propriété. On leur demande d’accéder à leurs terres, et on leur fournit très peu d’informations. Ils sont préoccupés, le niveau d’anxiété est élevé […]. Qu’est-ce que cela aura comme incidence pour leur communauté? »

Reprenant une partie de l’intitulé de la motion, celle-ci a poursuivi : « Alors qu’ils évaluent les tracés potentiels, nous nous opposons à la perte de terres agricoles. L’expropriation ne devrait être qu’un dernier recours. J’aimerais que nous puissions nous exprimer au nom des communautés qui sont de plus en plus inquiètes des retombées de ce grand projet. »

La conseillère Isabelle Skalski, élue de Osgoode, une vaste région agricole et rurale du sud d’Ottawa, a attiré l’attention sur l’effet de rupture qu’un tel aménagement pourrait provoquer au sein des collectivités.

« Nos deux communautés sont dans le couloir envisagé par Alto. Ce n’est pas une voie ferroviaire, c’est une barrière. Cet obstacle pourrait traverser notre ville et modifier notre communauté. L’infrastructure devrait servir de lien et non pas bloquer le chemin. »

Beaucoup de questions sans réponses

Cette inquiétude est amplifiée par un sentiment d’opacité entourant les démarches de la société d’État. Plusieurs élus rapportent que les séances d’information menées jusqu’à présent n’ont pas permis de répondre aux questions fondamentales des propriétaires fonciers. 

Le conseiller Riley Brockington, représentant le quartier urbain de Rivière (quartier 16), a ainsi déploré la nature des récentes rencontres publiques dont les conclusions ont été présentées la veille par Alto.

« J’ai participé à l’une des séances tenues l’hiver dernier avec Alto. Ce n’était pas une consultation; c’était une séance d’information. Ils n’ont pas répondu aux grandes questions […]. Les gens ne se sentent pas entendus. »

« Je reçois tellement d’appels et de demandes de renseignements. Je n’ai aucune réponse à fournir. […] Personne n’est au courant, je n’arrive pas à leur donner plus d’informations. Il faut qu’il y ait plus de transparence », s’est plainte la conseillère du quartier d’Alta Vista, Marty Carr.

Et de continuer : « Avant les consultations de l’an passé, le PDG d’Alto avait déclaré qu’il y aurait probablement une station dans mon quartier et qu’ils avaient besoin de 600 mètres pour une station. Il y a des terres fédérales sur Tremblay mais elles ne font que 500 mètres de large. Puis on me dit qu’il n’y aura pas de décision avant les élections municipales. Si vous savez qu’une station sera bientôt choisie, ça serait bien de pouvoir informer nos résidents. »

Nuances et débats sur le rôle de la municipalité

Si l’ensemble du Conseil s’est rallié derrière la motion pour réclamer plus de clarté, les discussions ont mis en relief certaines nuances quant à l’attitude à adopter face à un projet d’infrastructure de compétence fédérale.

Le conseiller Jeff Leiper, représentant le quartier central et urbain de Kitchissippi, et candidat à la mairie, a invité ses collègues à faire preuve de réalisme politique et technique, soulignant que la Ville ne peut simplement pas exiger un évitement total des propriétés privées.

« Nous devons faire preuve de prudence […]. C’est comme si on demandait à Alto d’être autre chose que son mandat. C’est une entité fédérale qui va de l’avant avec un projet ferroviaire d’importance. »

D’autres conseillers ont insisté sur le fait que la recherche de garanties ne doit pas paralyser le projet de transport lui-même. La conseillère Stéphanie Plante, représentante de Rideau-Vanier, a résumé cette tension entre la nécessité d’avancer et le besoin de valider les impacts, en traçant un parallèle direct avec la gestion de l’avenue King Edward par le gouvernement fédéral, pour illustrer les risques de l’enlisement administratif.

« Nous ne voulons pas qu’il y ait trop de consultations, trop d’études. Nous attendons des réponses depuis très longtemps. Et maintenant c’est comme si un bulldozer passait en plein milieu de nos communautés. […] J’appuie le projet, mais je ne veux pas que l’on dépense trop, qu’on passe trop de temps avec des études, des consultations car il n’y aura pas de résultats.. »

L’impact économique à long terme en question

Au-delà des tracés, les élus ont également débattu de la portée économique réelle du projet pour la région de la capitale nationale.

Le conseiller Matthew Luloff, représentant Orléans-Est-Cumberland, à l’extrême Est de la ville, a porté un regard critique sur les promesses de retombées économiques souvent associées à ces mégaprojets.

« Les gouvernements ont l’habitude, pour les grands projets d’infrastructure, de dire que les retombées sont garanties. Ce n’est pas vrai. Les retombées économiques ne sont pas garanties, le coût non plus […]. Toute personne qui a dirigé un grand projet d’infrastructure pourra vous dire que le coût est toujours accru. »

Le conseiller Shawn Menard, représentant de Capitale, une circonscription densément peuplée du centre-ville, a quant à lui rappelé que le projet s’inscrit dans une vision nationale du transport qui dépasse les frontières municipales, tout en insistant sur le fait que l’adhésion publique est indispensable.

« Je suis tout à fait d’accord avec l’ajout du TGV dans notre pays, dans notre ville […] mais j’espère vraiment que le projet peut se concrétiser de la bonne façon, après avoir sérieusement consulté la population concernée. »

Les exigences formulées à l’endroit d’Alto

« On a tous saisi l’importance économique, mais en même temps, le projet doit être exécuté d’une façon respectueuse à l’endroit des résidents de milieu rural qui verront leur propriété divisée. […] Je ne pense pas qu’Alto sera surprise de cette motion », a conclu de son côté le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, lequel a, d’ailleurs, secondé la proposition de Mme Kitts.

Par l’adoption de cette motion, le Conseil municipal d’Ottawa demande à son personnel de maintenir une position ferme dans ses discussions avec Alto et les représentants fédéraux.

La Ville exige notamment la transparence sur les critères pondérés utilisés pour évaluer les tracés alternatifs, une prise en compte réelle des commentaires des résidents afin qu’ils soient traités comme des partenaires, et l’engagement ferme de traiter l’expropriation comme une mesure exceptionnelle de dernier recours.

À la suite d’un amendement proposé durant les débats, une copie officielle de cette motion sera transmise non seulement à la société Alto et au ministre fédéral des Transports, mais également à l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) et à la Fédération canadienne des municipalités (FCM), afin de mobiliser les réseaux municipaux provinciaux et nationaux autour des réalités d’Ottawa.

À l’aéroport Pearson, le Centre francophone favorise la rétention des nouveaux arrivants

TORONTO – Établis depuis déjà plusieurs années, les kiosques d’accueil en français à l’aéroport Pearson mis en place par le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) offrent des services d’aiguillage aux nouveaux arrivants. Même si les francophones constituent toujours la clientèle la plus importante, leur rétention au sein de la communauté demeure un enjeu de taille.

Entre 2025 et 2026, le CFGT a accueilli 8718 francophones, un chiffre en hausse de 4,3 % par rapport à la période précédente. Le Cameroun demeure le principal pays de provenance et Ottawa la principale destination finale.

Meryem Taleb, qui dirige les services d’immigration, d’emploi et de logement au CFGT, constate que les profils des nouveaux arrivants sont de plus en plus qualifiés, mieux informés et donc plus autonomes, nécessitant principalement un aiguillage ponctuel. La directrice affirme également que le nouveau service de préarrivée améliore nettement la gestion des attentes.

« La nouvelle politique en matière d’immigration et l’augmentation des cibles en immigration francophone se reflète sur le service », souligne-t-elle.

Entre 2025 et 2026, le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) a accueilli 8718 francophones. Photo : Gracieuseté du CFGT

Le Centre a également ajouté une nouvelle activité de connexion, considérée comme un levier important d’intégration sociale. Celle-ci vise à aider les nouveaux arrivants à se constituer un réseau au Canada et à trouver une institution ou une personne pouvant jouer un rôle de mentor auprès d’eux.

Depuis cette année, le CFGT offre des services destinés aux populations et aux clients les plus vulnérables nécessitant un accompagnement approfondi, tandis qu’un programme de navigation en santé et en bien-être a également vu le jour.

Des difficultés persistantes de rétention

Même si Mme Taleb se réjouit de l’augmentation du nombre de nouveaux arrivants francophones, dans les points de service du CFGT à travers le Grand Toronto ainsi que chez ses partenaires partout au Canada, l’enjeu est plus que jamais de les garder dans la francophonie, particulièrement dans les milieux anglophones tels qu’à Toronto où le risque de perte progressive du lien à la communauté et à la vie en français est accru.

« On récupère, puis on transfère leurs informations afin de les référer vers les agences francophones d’établissement dans leur destination », relate la directrice, qui veille à ce que ses clients puissent amorcer un processus d’intégration guidé et avec l’appui nécessaire.

Depuis cinq ans, Meryem Taleb dirige les services d’immigration, d’emploi et de logement au CFGT. Photo : compte LinkedIn du CFGT

Et d’ajouter : « De nouveaux moyens sont déployés, notamment avec le Programme d’intégration dans les écoles francophones (PIDEF) où on fait des interventions au niveau des écoles francophones pour l’intégration des élèves dans les écoles. »

Objectif : 12 % d’arrivées francophones

L’objectif fixé pour cette année a été atteint et l’organisme vise désormais 12 % d’arrivées de francophones. En plus des nouveaux arrivants, le service s’adresse aux étudiants internationaux, qui bénéficient d’un volet spécifique destiné aux francophones en situation minoritaire : une initiative qui pourrait favoriser la rétention.

La ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, l’honorable Lena Metlege Diab (au milieu) en visite aux kiosques d’accueil en français du CFGT à l’aéroport Pearson. Source : compte Facebook du CFGT

Une récente visite de la ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Lena Metlege Diab, a permis d’échanger avec le Centre sur d’éventuelles améliorations en faveur d’un accompagnement plus inclusif.

Mandatés par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), les services d’accueil ont été élargis, il y a deux ans, aux nouveaux arrivants anglophones. Et il s’avère qu’au sein de ce groupe, 19 % des personnes ont pu être identifiées comme francophones par le CFGT.

Pour le moment, cette aide reste limitée aux résidents permanents, bien que les résidents temporaires expriment également un besoin en ce sens.

« L’accueil et l’aiguillage à Pearson demeurent le premier point de contact pour les nouveaux arrivants dans l’une des principales portes d’entrée des immigrants francophones au Canada et constituent un relais important vers les services d’établissement partout au pays », conclut Mme Taleb.

FIFA 2026 : plus que du soccer pour les Haïtiens de la région du Grand Toronto

PICKERING – Le résultat importait finalement assez peu. Le score de 3-0 pour le Brésil, la deuxième défaite en deux matchs de la sélection haïtienne à la Coupe du monde, n’a pas empêché une centaine de membres de la communauté de célébrer ensemble, vendredi soir dernier, à Pickering. Pour beaucoup, cette qualification historique représente bien davantage qu’un simple tournoi de soccer : elle est devenue un prétexte pour se retrouver, transmettre une culture et raviver un sentiment d’appartenance parfois difficile à entretenir dans une diaspora dispersée à travers la région du Grand Toronto.

Réunis au Galaxy Event Space à l’initiative de membres de la communauté haïtienne du Grand Toronto, les participants ont vécu une soirée où le soccer n’était qu’une partie de l’expérience.

Avant même le coup d’envoi du match entre Haïti et le Brésil, ils ont assisté à la projection du premier épisode Haïti : Au-delà du jeu. Ce documentaire, produit par TFO, qui retrace l’histoire du soccer haïtien, a donné lieu à une discussion avec sa créatrice, Noémie Ferron, ancienne joueuse de l’équipe nationale féminine d’Haïti.

Au fil de la soirée, une même idée revenait constamment : la Coupe du monde agit comme un puissant moteur de rassemblement pour une communauté souvent dispersée dans la grande région torontoise.

Une communauté qui se retrouve enfin

Pour Websder Corneille, la soirée représentait avant tout une occasion de renouer avec la communauté.

« Pour nous, c’est une fête collective. Quand il y a un moment de réjouissance ou de célébration, on se met ensemble pour célébrer. Ce n’est pas la question de gagner ou de perdre », explique-t-il.

Selon lui, la qualification historique d’Haïti à la Coupe du monde, une première depuis 1974, a créé un élan qui dépasse largement le cadre du sport.

« C’est historique. On sent un réveil haïtien, que ce soit dans la diaspora ou en Haïti. Il y a une unité qui s’est formée autour de cette équipe. Même des gens qui ne suivent pas habituellement le soccer se mobilisent parce qu’Haïti est à la Coupe du monde. »

Websder Corneille a parcouru près d’une heure depuis le centre-ville de Toronto pour participer au rassemblement. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Plusieurs participants soulignent que ce type de rassemblement demeure relativement rare dans la région du Grand Toronto, où les membres de la communauté vivent souvent loin les uns des autres.

« On ne connaît pas tous les Haïtiens qui sont ici. J’étais moi-même surpris de voir autant de gens à cet événement, raconte Carl-Edwin Michel. Le foot, c’est une excuse pour se rassembler. »

Pour lui, cette soirée pourrait même servir de point de départ à d’autres initiatives.

« J’ai parlé à plusieurs personnes ce soir et tout le monde disait qu’on devrait avoir davantage d’événements comme celui-là. Pas seulement pour les Haïtiens, mais aussi pour les gens qui veulent découvrir notre communauté. Je pense que cet événement va faire des petits. »

Un constat partagé par Lionel Perron, qui voit dans cette qualification un symbole d’espoir pour Haïti.

« Je vois ça comme une renaissance d’Haïti. C’est un pays qui a traversé beaucoup d’épreuves. Cette participation à la Coupe du monde, c’est comme les premières pousses vertes qu’on voit sortir de la terre au printemps. »

Transmettre la culture aux nouvelles générations

Au-delà du soccer, plusieurs parents présents ont insisté sur l’importance de profiter de ces moments pour transmettre leur héritage culturel à leurs enfants nés au Canada.

Carl-Edwin Michel, lui-même enfant de la diaspora haïtienne, avait d’ailleurs fait le déplacement avec sa famille.

« Mon fils me disait tout à l’heure qu’il voulait un chandail d’Haïti. C’est une belle opportunité de partager cet amour du soccer avec les enfants, mais aussi de leur faire connaître davantage la communauté », raconte-t-il.

Carl-Edwin Michel (au premier plan à droite) assiste à la soirée avec son fils. Pour cet haïtien né au Canada, la Coupe du monde représente une occasion privilégiée de transmettre la culture et l’identité haïtiennes à la nouvelle génération. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Cette transmission demande toutefois des efforts supplémentaires en Ontario, où la communauté est moins concentrée qu’au Québec.

« Il s’agit de les amener à des événements comme celui-ci, de participer aux fêtes familiales, de leur montrer des vidéos, de leur faire découvrir la culture et la nourriture haïtiennes. À Toronto, ça demande davantage d’efforts qu’à Montréal, mais c’est important qu’ils comprennent aussi qu’ils sont haïtiens », affirme-t-il.

Pour plusieurs familles présentes, la Coupe du monde est ainsi devenue un outil de transmission culturelle autant qu’un événement sportif.

Une série TFO pour raconter l’histoire haïtienne

Avant le match, la projection de la série documentaire de Noémie Ferron a permis aux participants de découvrir ou redécouvrir certaines pages méconnues de l’histoire du soccer haïtien.

Ancienne internationale haïtienne, la réalisatrice a expliqué que le projet cherchait autant à raconter un parcours sportif qu’à mettre en lumière la résilience d’un peuple et le rôle essentiel de sa diaspora.

« Je pense que c’est une grâce d’être capable d’être un peu partout dans le monde. C’est quelque chose qui nous différencie, mais on partage tous une même culture », a-t-elle expliqué.

Selon elle, cette réalité explique en partie le succès récent de la sélection nationale.

« En 2021, la majorité de l’équipe évoluait à l’extérieur du pays et pourtant elle a réussi à se qualifier. Il y a très peu de pays qui fonctionnent de cette façon. »

Avant la diffusion du match, Noémie Ferron a présenté sa série documentaire qui donne notamment la parole aux joueurs de l’épopée de 1974 et à la nouvelle génération qui a ramené Haïti sur la scène mondiale 52 ans plus tard. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Noémie Ferron rappelle également que le soccer occupe une place unique dans la société haïtienne.

« C’est presque une religion. C’est le seul sujet capable de réunir tout le monde autour d’un objectif commun. Peu importe les divisions ou les difficultés, quand il est question de l’équipe nationale, tout le monde se rassemble derrière elle. »

Pour plusieurs participants, la série a aussi permis de mieux comprendre les liens entre les générations, en donnant la parole aux joueurs de l’équipe de 1974 tout en racontant le parcours de la relève.

La fête plus forte que le résultat

Quelques heures plus tard, le Brésil confirmait son statut de favori en s’imposant 3-0 face à Haïti.

Pourtant, lorsque l’arbitre a sifflé la fin de la rencontre, l’ambiance est demeurée festive. La musique a rapidement repris ses droits, les discussions se sont prolongées autour des tables et plusieurs participants sont restés sur place longtemps après le match.

Avec deux défaites en autant de matchs, Haïti est devenue la première nation officiellement éliminée de la Coupe du monde 2026. Une réalité qui n’a toutefois pas entamé l’enthousiasme des personnes réunies à Pickering. Plusieurs donnaient déjà rendez-vous à leurs proches pour le troisième et dernier match de la phase de groupes, ce jeudi 25 juin à 18h, contre le Maroc.

Vers un nouveau toit pour la francophonie à North Bay?

NORTH BAY – Les Compagnons des francs loisirs étudient la possibilité de créer un espace communautaire francophone permanent dans la région. Ce projet de bâtiment s’inscrit dans un contexte de forte croissance pour l’organisme, accentué par l’apport de l’immigration francophone dans la région du Nipissing.

Les Compagnons des francs loisirs, principal organisme et diffuseur culturel de la communauté francophone de North Bay, n’ont jamais abandonné d’offrir un lieu de rassemblement permanent à la communauté, et d’en redevenir propriétaires, depuis la vente de leur édifice historique en 2020.

Un objectif qui prend concrètement forme grâce à une enveloppe de 73 450 $ octroyée par Patrimoine canadien pour l’exercice 2025-2026. Cet appui financier, approuvé le 16 janvier dernier, est accordé dans le cadre du programme Développement des communautés de langue officielle, sous le volet Projets d’infrastructure (Fonds pour les espaces communautaires). 

Ces fonds sont spécifiquement alloués à la réalisation d’une étude de faisabilité pour un futur bâtiment communautaire au sein de cette municipalité abritant 10,9 % de personnes ayant le français comme première langue officielle parlée.

La phase de consultation auprès des partenaires, des entreprises francophones et des membres du conseil d’administration vient de se terminer. La firme spécialisée PGF analyse actuellement les données en vue de produire un rapport d’ici la fin de l’été. 

Le conseil d’administration devra ensuite statuer sur les recommandations : la question de l’ouverture et de l’emplacement d’un éventuel centre restera à déterminer si le besoin est établi.

Les Compagnons des francs loisirs ont emménagé récemment dans un local au centre-ville qu’ils partagent avec les services d’établissement du Collège Boréal. Photo : Inès Rebei/ONFR

Croissance du personnel et des besoins

Cette recherche d’espace s’inscrit dans un contexte de croissance pour l’organisme. En quelques années, l’équipe des Compagnons des francs loisirs est passée d’une seule employée à une équipe de six salariés. Ce développement a contraint l’organisme à déménager dans des locaux plus grands, partagés avec les services d’établissement du Collège Boréal.

« On pensait que le moment était propice pour faire au moins une étude de faisabilité et voir si on pouvait avoir un espace rassembleur pour la francophonie à North Bay. En ce moment, on est locataire, mais on avait besoin d’espace parce qu’on débordait là où on était avant », indique la présidente du conseil d’administration, Nathalie Drolet. 

L’expansion des activités touche également les municipalités environnantes. « Nos célébrations ont une plus grande portée. On offre maintenant des activités dans les villes et les villages avoisinants, ce qui amène une plus grande participation et une meilleure visibilité », ajoute Mme Drolet. 

Nathalie Drolet, présidente du conseil d’administration des Compagnons des francs loisirs de North Bay. Photo : gracieuseté de Nathalie Drolet

Selon la présidente, ce dynamisme est en grande partie lié à l’arrivée de nouveaux résidents francophones dans la région du Nipissing.

« Je dirais qu’un des facteurs qui a contribué à ça, c’est vraiment l’immigration récente, nos nouveaux arrivants qui arrivent ici qui sont francophones et qui cherchent à contribuer et à participer à toutes les activités francophones qu’on offre. Cela a redonné un nouveau souffle », explique-t-elle.

Mise à jour du monument au Waterfront

Ce dossier immobilier fait suite à un autre jalon important pour la visibilité de la communauté, qui a récemment obtenu la levée permanente du drapeau franco-ontarien à l’hôtel de ville de North Bay.

En parallèle, Les Compagnons travaillent à la mise à jour du monument francophone, une plaque située sur la promenade du Waterfront, à proximité du lac Nipissing.

Mme Drolet précise que la structure existante demeure inchangée : « L’intention est toujours de le laisser là, c’est juste qu’on voulait l’actualiser. Le monument n’est pas disparu, on est tout simplement en train de mettre à jour l’information qu’il y a dessus. » 

Le conseil d’administration gère également une période de transition administrative avec l’embauche du nouveau directeur, Yaye Peukassa, pour porter ces différents dossiers, lequel entrera en fonction le 29 juin prochain.

La commissaire enquêtera sur le virage unilingue anglais au Collège militaire de Kingston

La commissaire aux langues officielles Kelly Burke lance une enquête sur la décision du Collège militaire royal de Kingston (CMR) de faire de l’anglais la langue de travail principale au sein de l’institution.

Sept plaintes ont été déposées après que le Collège est passé d’une entité administrative bilingue à une entité unilingue anglaise, en vertu d’une mise à jour de la politique sur les langues officielles à la Défense nationale. Le Commissariat aux langues officielles (CLO) a confirmé la semaine dernière qu’une enquête avait été ouverte. Les auteurs des plaintes ont aussi été officiellement informés de cette démarche.

« L’enquête tiendra compte, entre autres, de la partie VII et de l’esprit de la Loi sur les langues officielles (la Loi) », indique le CLO dans un message aux différents plaignants.

L’établissement militaire avait communiqué ce changement à la communauté en mai dernier. Dans une réponse écrite, le ministère de la Défense nationale, dont relève le CMR de Kingston, nous a indiqués être au courant de l’enquête que mène le CLO.

« Nous respectons le droit de toute personne de soulever des préoccupations auprès du Commissariat, et reconnaissons l’importance du processus de plainte dans la protection des droits linguistiques. Nous collaborerons pleinement avec le Commissariat dans le cadre de son enquête », a déclaré Cheryl Forrest, du bureau des relations avec les médias de la Défense nationale.

Cette décision faisait suite à celle du Conseil du Trésor de classifier Kingston comme une région unilingue anglophone pour la langue de travail, mettant ainsi le français de côté au sein de l’administration.

« L’administration interne, les réunions du personnel et les services centraux sont menés principalement en anglais », avait indiqué Pascal Godbout, en précisant que « l’utilisation des deux langues officielles dans les réunions et les communications internes est encouragée lorsque la situation opérationnelle le permet ».

« Toutefois, l’information essentielle doit être disponible en anglais », décrivait le commandant.

Pas d’impact sur l’instruction

Le CMR de Kingston constitue, avec le CMR Saint-Jean au Québec, l’une des deux seules institutions universitaires fédérales du pays. En raison de ce statut, ces établissements sont assujettis aux politiques du ministère de la Défense nationale ainsi qu’aux obligations linguistiques prévues par la Loi sur les langues officielles. Le Collège propose une vingtaine de programmes à ses quelque 1200 étudiants, lesquels obtiennent, au terme de leur parcours, un brevet d’officier des Forces armées canadiennes en plus d’un diplôme universitaire de premier cycle.

La directive assurait que la nouvelle politique n’aurait pas d’impact sur l’instruction en français et en anglais, alors que « le Collège maintiendra la capacité bilingue nécessaire pour respecter cette obligation ».

Il en va de même pour le public, qui n’est pas affecté par cette transition vers l’unilinguisme anglais, assure le CMR. En effet, l’abolition de l’obligation d’offrir des services internes bilingues ne concerne que les employés de l’institution.

Cette obligation concerne notamment les ressources humaines, les finances, l’administration universitaire, les technologies de l’information, ainsi que tous les services du personnel tels que la paie et les avantages sociaux.

« C’est quelque chose que vous me révélez, mais c’est une décision [celle du CMR], selon moi, qui n’a pas de sens », avait réagi le ministre de la Défense du Canada, David McGuinty, assurant que « le Collège et le système d’éducation sont des systèmes bilingues au Canada pour les Forces armées canadiennes ».

Éducation : 60 millions pour une nouvelle plateforme d’apprentissage numérique

TORONTO – Le ministre de l’Éducation investira 60 millions de dollars dans une nouvelle plateforme d’apprentissage en ligne, qui donnera aux enseignants accès à des ressources éducatives alignées au curriculum de l’Ontario. Une modernisation pour le gouvernement, tandis que l’opposition officielle dénonce une « commercialisation » de l’éducation au profit d’une multinationale désignée comme fournisseur des ressources unique, et une absence de concertation.

Le ministre de l’Éducation Paul Calandra, qui continue sur sa lancée pour réformer le système scolaire en Ontario, a annoncé ce lundi matin qu’une nouvelle plateforme numérique d’apprentissage à destination des enseignants serait lancée dès septembre prochain.

Le projet, au coût 60 millions de dollars, consiste en une centralisation assez inédite des ressources pédagogiques, de la 1re à la 12e année, via la plateforme privée Edwin de Nelson Education, fournisseur sélectionné après un appel d’offres.

Le personnel enseignant choisira parmi le matériel pour trouver des plans de leçon clés en main ou pour créer leurs propres outils interactifs ou présentations, avec du matériel téléchargeable et imprimable, explique la communication officielle.

« En donnant accès aux enseignants à des ressources de haute qualité alignées sur le curriculum, nous veillons à ce que les élèves apprennent le curriculum de l’Ontario de manière plus cohérente à travers les 72 conseils scolaires », a déclaré Paul Calandra, ministre de l’Éducation.

Ce dernier espère que le personnel enseignant aura davantage la main sur les progrès des élèves pour pallier les défis individuels plus rapidement et que les conseils scolaires et la province auront une image plus claire de la performance des élèves à travers l’Ontario.

Le corps enseignant pris au dépourvu, selon le NPD

Interrogée par ONFR sur cette nouvelle mesure, la députée et critique en Éducation du NPD, Chandra Pasma (Ottawa-Ouest-Nepean) n’en avait pas été informée au préalable.

La députée rapporte normalement recevoir un breffage des ministères lorsqu’un nouveau projet de loi est déposé, mais que rares sont les échanges de ce type avec le ministère de l’Éducation.

« Cela est tombé de nulle part. En discutant avec des enseignants ce matin, il semble que ce soit une surprise totale pour eux aussi, remarque-t-elle. C’est l’une de mes grandes préoccupations : lorsqu’on parle de ce qui se passe en classe et des ressources que les enseignants peuvent utiliser ou souhaitent avoir, cela devrait faire l’objet d’une discussion qui inclut les enseignants. »

Celle-ci déplore également le fait que les enseignants n’aient désormais que deux mois pour se préparer à ces changements avant la rentrée, et en pleine pause estivale.

De son côté pour les francophones, l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) a indiqué que la priorité restait que le personnel enseignant soit bien outillé et accompagné pour répondre aux besoins des élèves francophones.

« Nous déplorons toutefois l’absence de consultation du terrain et des partenaires francophones. Une initiative de cette importance devrait s’appuyer sur l’expertise du personnel enseignant et respecter son jugement professionnel », a regretté l’organisation, qui souhaite suivre ce dossier de près.

Centralisation du matériel pédagogique

Autre inquiétude exprimée par l’opposition officielle à Queen’s Park, celle de la centralisation des ressources via un fournisseur privé unique « imposé » par le gouvernement, alors qu’auparavant il y en avait une liste.

« L’entreprise (Nelson) appartient à trois firmes multinationales de gestion de patrimoine. Nous parlons donc de sociétés qui existent uniquement pour faire de l’argent. Ce sont elles les propriétaires de cette entreprise qui détient désormais un contrat exclusif dans les écoles de l’Ontario. »

« C’est la suite d’une tendance à la centralisation du contrôle par le ministère, qui retire le pouvoir de choisir des enseignants ainsi que leur jugement professionnel », s’indigne Chandra Pasma.

Le communiqué officiel du gouvernement précise que l’équipe de mise en œuvre d’Edwin de Nelson Education collaborera avec les conseils scolaires en vue de fournir du matériel de formation et des séances de démonstration en ligne.

Par ailleurs, le personnel enseignant pourra continuer à utiliser du matériel éducatif complémentaire qui est approuvé par le conseil scolaire.

Article mis à jour le 23 juin à 16h55.

TGV : Kingston s’ajoute aux plans d’Alto, l’Est ontarien toujours dans l’attente

KINGSTON – L’avenir du futur train à grande vitesse (TGV) Québec-Toronto prend une trajectoire plus précise pour le sud de la province, mais l’incertitude géographique demeure pour l’Est ontarien. En conférence de presse ce lundi à Kingston, le ministre des Transports au fédéral, Steven MacKinnon, et le président-directeur général de la société d’État Alto, Martin Imbleau, ont officialisé la publication du rapport de consultation publique et confirmé l’étude d’un tracé par le sud via Kingston.

Le gouvernement fédéral a officiellement chargé Alto d’évaluer un tracé par le sud pour le segment reliant Ottawa à Toronto, ouvrant ainsi la porte à l’intégration d’une gare à Kingston. 

En entrevue avec ONFR, Martin Imbleau explique ce virage par des facteurs purement économiques : « Économiquement, on voit que Kingston représente un potentiel d’utilisation intéressant pour Alto. Sa population, sa démographie, la présence de l’université, l’accroissement du tourisme, tout ça milite en faveur de l’ajout potentiel d’une station. »

Cette décision technique signifie que la société d’État concentrera désormais ses efforts sur le corridor sud au détriment du corridor nord passant par Peterborough, bien que ce dernier ne soit pas formellement rejeté. 

Questionné à savoir si ce resserrement autour du corridor sud pourrait faire en sorte que le tracé évite des terres dans l’Est ontarien, M. Imbleau, a précisé que l’option de Kingston concernait la liaison entre Ottawa et Toronto. 

Pour le segment reliant Ottawa à Montréal, il rappelle que le travail de relevés environnementaux et géologiques sur le terrain se poursuit afin de déterminer l’emprise finale. Il affirme que l’objectif de cette démarche reste d’« avoir un meilleur tracé qui va minimiser encore davantage les impacts, notamment sur les agriculteurs ». 

L’Est ontarien exclu d’une gare supplémentaire

Si l’ajout de Kingston porte à huit le nombre de gares potentielles dans le corridor Québec-Toronto, la porte se ferme définitivement pour l’ajout d’autres arrêts régionaux. 

Interrogé sur les demandes répétées venant de résidents de Hawkesbury, reflétées dans ce rapport, pour obtenir une gare intermédiaire, M. Imbleau s’est montré catégorique : « Présentement, il n’y a aucun autre endroit que l’on étudie pour ajouter une station. On est en train de raffiner le tracé, mais il n’y a que Kingston en date d’aujourd’hui qui […] justifierait d’avoir une station supplémentaire. »

Pourtant, les données du rapport de consultation de 142 pages publié aujourd’hui confirment une mobilisation importante dans l’Est ontarien. Les séances de portes ouvertes organisées à Vankleek Hill ont attiré à elles seules 452 participants. C’est un taux de participation supérieur à celui enregistré dans des centres urbains d’envergure comme Laval (245 participants) ou Trois-Rivières (217 participants).

Au total, l’exercice de consultation a été massif, récoltant 324 026 visites uniques sur la plateforme en ligne et mobilisant 324 experts lors de 31 tables rondes thématiques portant sur l’environnement, l’urbanisme et le développement économique.

Le rapport souligne que dans ce corridor central, l’impact sur les terres agricoles (11,9 % des préoccupations au niveau du corridor) et la fragmentation des parcelles et des habitats naturels (15,6 %) figurent parmi les principales craintes exprimées par les répondants ruraux. 

Les résidents de Prescott-Russell ont insisté sur la nécessité absolue de préserver l’intégrité des fermes familiales et la continuité de biens régionaux précieux, comme le sentier récréatif Prescott-Russell.

Pas de données sur les refus d’accès

Cette inquiétude généralisée s’est traduite sur le terrain par le refus de plusieurs producteurs agricoles et propriétaires fonciers de Prescott-Russell de laisser Alto accéder à leurs propriétés pour effectuer des études de sol.

Martin Imbleau a reconnu que « certains acceptent, et plusieurs propriétaires ont refusé l’accès », mais a refusé de divulguer des données précises : « Quant au nombre, c’est confidentiel parce que c’est une transaction qui est privée entre un propriétaire foncier et nous ». 

Il a toutefois défendu la nécessité de ces démarches, rappelant que les relevés environnementaux et géologiques servent justement à déterminer où passer à l’intérieur du corridor actuel de 10 kilomètres de large afin de « minimiser encore davantage les impacts, notamment sur les agriculteurs ».

Cette optimisation minutieuse du tracé revêt également un enjeu financier de taille pour la société d’État, alors que la gestion budgétaire du projet est scrutée de près par la population.

Selon les résultats du sondage d’Alto : le coût de construction représente la principale source d’impact négatif perçu par le public, récoltant 17 % des réponses, devant les craintes liées à l’altération du paysage (13,4 %) ou aux perturbations durant les travaux (7,4 %).

Concernant l’emplacement de la gare à Ottawa, le document note un fort intérêt des participants pour un site central au centre-ville d’Ottawa, notamment l’ancienne gare Union, bien que des critères opérationnels et de connectivité incitent également à évaluer le maintien de la gare VIA Rail actuelle sur le chemin Tremblay.

« Pas simple, mais on va bien »

Malgré l’intégration de nouvelles études techniques pour inclure Kingston, la direction d’Alto assure que le calendrier de réalisation ne subira aucun compromis, principalement pour des impératifs financiers.

« Chaque année qui est retardée, c’est plus de 3 à 4 milliards de dollars, donc on ne veut pas retarder le projet parce que ce sont des coûts non nécessaires pour le projet. Ce n’est pas simple, mais on va bien », tranche Martin Imbleau.

« Un rapport de consultation démontre trois choses : qu’il faut agir avec beaucoup d’humilité, et de transparence, et aussi qu’il faut être résilient puis garder le calendrier de réalisation pour ne pas le retarder », a-t-il finalement conclu.

Pour les résidents de l’Est ontarien, les réponses purement géographiques viendront à l’automne 2026 : Alto s’est engagée à dévoiler un tracé restreint d’un kilomètre de large pour le segment Montréal-Ottawa, ce qui lancera officiellement une nouvelle phase de consultations publiques. 

Les premiers coups de pelle mécaniques pour ce segment central sont attendus vers 2029-2030.

Le Franco-Manitobain Glenn Joyal deviendra juge à la Cour suprême

Le Franco-Manitobain Glenn Joyal deviendra juge à la Cour suprême du Canada, a annoncé le premier ministre Mark Carney, ce lundi 22 juin.

Celui qui est actuellement juge en chef de la Cour du Banc du Roi du Manitoba, et ce depuis 2011, doit succéder à Sheilah L. Martin, partie à la retraite le 30 mai dernier.

Dans un communiqué dévoilé ce jour, le premier ministre Mark Carney a soumis la nomination de Glenn Joyal, un juge de l’Ouest qui viendra compléter le banc de neuf juges de la plus haute cour du pays.

« Tout au long de sa carrière, le juge en chef Joyal a montré qu’il possède l’intégrité, l’expérience et le grand sens du discernement que requiert l’exercice de ces fonctions au sein de notre plus haute instance judiciaire. Je suis convaincu qu’il saura s’acquitter avec grande distinction de ce mandat au service des Canadiennes et des Canadiens », a déclaré le premier ministre par communiqué.

Glenn D. Joyal deviendra juge à la Cour suprême du Canada. Crédit image : Gracieuseté Cour du Banc du Roi du Manitoba

Glenn Joyal a notamment été membre de l’Association des juristes d’expression française du Manitoba et, avant sa nomination à la magistrature manitobaine, exerçait principalement dans le domaine du droit pénal et du droit constitutionnel. Il a aussi exercé comme procureur de la Couronne, tant au niveau provincial au Manitoba qu’au fédéral.

« Le juge en chef Joyal a passé plus d’une décennie à la tête de la Cour du Banc du Roi du Manitoba, où il a démontré l’expérience, l’intégrité et le bon jugement que ce rôle exige. efforts qu’il a déployés pour améliorer l’accès à la justice, moderniser les activités des tribunaux et faire progresser la réconciliation témoignent de son engagement profond à l’égard d’une administration équitable de la justice », soutient le ministre de la Justice Sean Fraser.

Prochaine étape : le Franco-Manitobain devra passer devant un comité de la Chambre des communes et du Sénat lors d’une audience spéciale pour y être interrogé. Le premier ministre propose la nomination d’un juge après qu’une liste de noms recommandés a été soumise par le Comité consultatif indépendant sur la nomination des juges de la Cour suprême du Canada.

Refaire sa vie après 55 ans : le parcours souvent invisible des nouveaux arrivants 2SLGBTQIA+ francophones

Fuir la discrimination, reconstruire un réseau social, s’adapter à une nouvelle culture et parfois à une nouvelle langue. Pour les nouveaux arrivants francophones de la communauté 2SLGBTQIA+, l’intégration en Ontario s’accompagne souvent de défis particuliers, surtout lorsqu’elle survient après 55 ans. Les parcours d’Hélène et de Bernard, arrivés à plus de quarante ans d’intervalle, illustrent à la fois les progrès réalisés et les obstacles qui demeurent.

Lorsqu’Hélène est arrivée au Canada en novembre 2024, elle découvrait un monde complètement différent de celui qu’elle avait connu toute sa vie au Cameroun.

À bientôt 65 ans, cette nouvelle arrivante francophone doit apprivoiser bien plus que le froid canadien. Les habitudes sociales, les codes culturels, le rapport au voisinage ou encore l’éducation des enfants lui semblent parfois appartenir à une autre réalité.

« Ici, la vie est douce. On ne crie pas sur les gens. Les gens vivent dans l’harmonie tranquillement. Même avec le voisin, il n’y a pas de problème », raconte-t-elle.

Derrière cette adaptation quotidienne se cache toutefois une histoire beaucoup plus douloureuse.

Au Cameroun, une relation amoureuse avec une autre femme a fini par être révélée après le décès de sa partenaire. Hélène affirme avoir alors été victime de violences de la part de sa famille et de son entourage.

« Quand elle est tombée malade, sa famille lui a demandé de se confesser et de dire tout ce qu’elle avait fait. C’est comme ça qu’ils ont appris pour nous. Après ça, ses frères et ses sœurs m’ont frappée. Le quartier les a aidés. Quand elle est décédée, sa famille est même allée chez mon fils pour me chercher. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je ne pouvais plus retourner là-bas. »

Craignant pour sa sécurité, elle choisit finalement d’entamer une demande d’asile pour partir au Canada. Comme beaucoup de nouveaux arrivants, elle doit aujourd’hui reconstruire sa vie dans un environnement qu’elle connaissait peu avant son arrivée.

« C’était l’inconnu pour moi. C’était la première fois que je quittais l’Afrique. Heureusement, ma fille était là pour me guider. Elle me disait : « Maman, ici, on ne fait pas comme ça. On ne crie pas sur les enfants. On ne dérange pas les voisins. » Petit à petit, j’ai appris à vivre autrement. »

Quarante ans plus tôt

L’histoire de Bernard Kenol présente plusieurs similitudes, malgré les décennies qui les séparent.

Originaire d’Haïti, il est arrivé au Canada en 1981 après que ses parents ont compris que son orientation sexuelle risquait de le placer dans une situation vulnérable dans son pays d’origine. À l’école, il subissait régulièrement de l’intimidation.

« Il y avait des groupes qui m’attendaient à la sortie de l’école et qui essayaient de m’intimider. Ça a duré plusieurs années. J’étais perçu comme un garçon trop efféminé et, dans leur mentalité, ce n’était pas acceptable. Je ne pouvais même pas me tourner vers les adultes pour demander de l’aide parce qu’à l’époque, être homosexuel était perçu comme quelque chose de mal. »

Aujourd’hui enseignant dans une école francophone de Toronto, il mesure le chemin parcouru.

« Quand je suis arrivé ici, j’étais heureux de vivre dans une société plus ouverte et plus égalitaire. Aujourd’hui, je peux vous parler ouvertement de qui je suis. Dans mon pays d’origine, j’étais obligé de vivre dans la discrétion et de garder une partie de moi-même cachée. »

Malgré tout, certaines blessures demeurent. Bernard se souvient encore du choc ressenti lorsqu’il a appris le sort réservé à deux amis restés en Haïti.

« Après avoir quitté le pays, j’ai appris qu’ils avaient été lynchés par la population de leur quartier. C’était deux personnes qui vivaient ensemble, qui s’aimaient. Un groupe est entré chez eux, a pillé leur maison et les a lynchés. C’est une violence injuste et révoltante. Quand une société ne prône pas la tolérance, le respect et les droits humains, la porte est ouverte à tous les excès. »

Le défi de reconstruire sa vie

Pour les personnes 2SLGBTQIA+ qui immigrent à un âge avancé, l’obtention d’un statut ou d’un emploi ne constitue qu’une partie du parcours. Il faut aussi recréer un cercle social, développer un sentiment d’appartenance et trouver sa place dans une nouvelle communauté.

Bernard connaît bien cette réalité. Comme plusieurs immigrants qualifiés, il a dû retourner aux études pour faire reconnaître ses compétences avant de pouvoir s’établir professionnellement en Ontario.

Hélène, arrivée au Canada en 2024, et Normand Babin, membre de la FARFO Fierté Toronto, ont participé à une discussion sur les réalités vécues par les nouveaux arrivants aînés 2SLGBTQIA+ francophones en Ontario. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Mais avec le recul, il estime que l’un des plus grands défis se situait ailleurs.

« Je dirais à un nouvel arrivant d’essayer de construire son réseau. Je sais que ça peut prendre plusieurs années. Le développement de l’amitié est tout aussi important que le reste. C’est une façon de briser l’isolement et de construire son pays d’accueil. »

À Toronto, l’intégration passe également par l’apprentissage de l’anglais.

« J’ai été chanceux de travailler dans un milieu francophone, mais pour quelqu’un qui choisit Toronto ou l’Ontario, développer ses compétences en anglais est important. Sinon, on risque de limiter beaucoup ses possibilités professionnelles et même sociales. »

Une réalité encore trop peu visible

Pour Normand Babin, membre de la FARFO Fierté Toronto, ces défis sont amplifiés par l’âge.

« On a fait une étude avec FrancoQueer sur les besoins des personnes queers francophones de plus de 55 ans en Ontario et c’est toujours la même chose qui revient : l’isolement. Qu’on soit nouvellement arrivé ou qu’on soit né ici, c’est la même réalité. »

Selon lui, plusieurs aînés 2SLGBTQIA+ vivent une forme de vulnérabilité particulière.

« En vieillissant, les gens autour de nous disparaissent, les amitiés s’effritent. Et comme personnes queers, on n’a souvent pas d’enfants ou de structures familiales traditionnelles sur lesquelles s’appuyer. On se retrouve seul. C’est probablement la plus grande peur. »

Même si le Canada est souvent perçu comme une société accueillante, le travail n’est pas terminé, ajoute-t-il.

« Il y a eu des progrès immenses, mais le combat n’est pas terminé. C’est la première fois de ma vie que je vois que certains de nos droits pourraient reculer. Je ne pensais pas vivre ça. Le chemin parcouru n’est jamais garanti. »

Trouver une famille choisie

Face à ces défis, les organismes communautaires jouent un rôle déterminant. Pour Hélène, ils ont permis de mieux comprendre les démarches administratives liées à son installation et à sa demande d’asile. Pour Bernard, ils ont surtout permis de créer des liens durables.

« FrancoQueer me donne autant que moi je peux lui apporter. Les programmes de jumelage, les activités et les rencontres permettent de construire un réseau social et de briser l’isolement. »

Au fil des années, cette communauté est devenue ce que plusieurs appellent une « famille choisie ». Une réalité particulièrement importante pour des personnes qui ont parfois dû quitter leur pays, leur entourage et même une partie de leur identité pour vivre en sécurité.

Pour Normand Babin, le message à retenir est simple.

« Il n’y a pas d’âge pour changer sa vie. Plus on avance en âge, plus c’est difficile de recommencer ailleurs. Ça demande énormément de courage. Mais ces parcours montrent qu’il est toujours possible de bâtir quelque chose de nouveau. »

Ferveur ivoirienne à la Coupe du monde de soccer face au géant allemand

La défaite de la Côte d’Ivoire face à l’Allemagne (2-1) ce samedi en Coupe du monde de soccer n’a pas terni l’enthousiasme de ses partisans. Venus de partout au pays et même au-delà des frontières, certains s’étaient donné rendez-vous à Milton devant un écran géant, d’autres dans les gradins du Stade de Toronto, lieu du match. Tous croient en leur chance d’aller très loin dans la compétition.

Si plusieurs supporters ivoiriens ont réussi à prendre place dans les gradins du Stade de Toronto, ce samedi, d’autres ont choisi de vivre la rencontre à quelques kilomètres de là.

À l’invitation du Comité national de soutien aux Éléphants, en collaboration avec la Fédération des associations ivoiriennes du Canada, l’Association de la communauté ivoirienne de la région de Toronto (ACIRT) et EYUA Synergy, près de 200 personnes se sont réunies au Milton Community Sports Park pour suivre le match dans une ambiance festive aux couleurs orange, blanc et vert.

David Brou venu du Québec et Thérèse Amankou de la région du Grand Toronto se sont rencontrés lors de l’événement. Photo : Hermane Ligué/ACIRT

La fan zone a attiré des membres de la diaspora venus de plusieurs régions du Canada, notamment du Québec et de l’Alberta, mais aussi quelques visiteurs arrivés des États-Unis, de France et directement de Côte d’Ivoire.

« Nous sommes heureux de retrouver nos frères de Milton, de Toronto et des autres villes venus soutenir notre équipe nationale. C’est une grande fête pour nous », explique David Brou, qui a effectué le déplacement depuis le Québec.

Comme plusieurs personnes présentes, il aurait préféré assister au match au bord du terrain. « C’était la plus grosse déception. On voulait être au stade, mais le coût du billet était vraiment excessif. Mais on est content d’être ici pour faire la fête à l’ivoirienne. »

Pour Mustapha Oudrouz, venu spécialement de Calgary, l’important était avant tout de partager ce moment avec la communauté. « Peu importe les péripéties pour arriver ici jusqu’à Toronto, je suis heureux d’être là, affirme-t-il. Jouer face à l’Allemagne et communier avec toute la population ivoirienne ici présente, entre autres la diaspora ivoirienne, c’est un pur bonheur et un pur plaisir. »

Nana Baba Kwame Betrand, chef du village d’Assinie-France (à gauche), a fait le voyage depuis la Côte d’Ivoire pour se rapprocher de l’équipe nationale présente à Toronto. Photo : Hermane Ligué/ACIRT

Le rassemblement a également accueilli des visiteurs venus directement de Côte d’Ivoire. Parmi eux se trouvait Nana Baba Kwame Betrand, chef du village d’Assinie-France, dans la commune d’Assinie-Mafia. « C’est un grand honneur pour moi d’être ici au Canada avec mes frères et sœurs ivoiriens. Même si on n’est pas au stade, on supporte la Côte d’Ivoire. »

Le découragement n’est pas ivoirien

Habituellement directeur du Réseau de soutien à l’immigration francophone, Alain Dobi avait laissé de côté ses fonctions le temps d’un après-midi pour enfiler son maillot de partisan ivoirien. « L’une de nos préoccupations en tant qu’Ivoiriens, c’est qu’on aime toujours se rassembler. Il faut briser l’isolement. Le sport, évidemment, c’est un rassembleur. »

Thérèse Amankou, présidente des Femmes de Toronto, voyait également dans cette mobilisation un symbole de la solidarité qui unit la communauté ivoirienne. Malgré la défaite face à l’Allemagne, elle refuse de revoir les ambitions à la baisse.

Et de prédire : « On ira jusqu’à la finale! L’Ivoirien est optimiste. Le découragement n’est pas ivoirien. Je ne pense pas qu’on ait déjà eu une équipe aussi bonne que celle-là. Nos jeunes se battent jusqu’à la dernière minute pour aller chercher le ballon et le mettre dans le filet. »

Raissa Fabiola brandit le drapeau ivoirien au pied du Portail des princes, à Toronto. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Pendant ce temps, au Stade de Toronto

À quelques kilomètres de là, dans un stade rempli et largement acquis à la cause allemande, les partisans ivoiriens ont tout de même donné de la voix dans la tribune Est et dans le virage Sud, portés par l’euphorie d’un but d’avance préservé durant une grande partie du match.

Mais dans les 20 dernières minutes, patatras… Un but puis deux pour la Mannschaft, quadruple championne du monde, ont complètement renversé la vapeur. « Ça fait mal, car aurait pu accrocher le match nul », regrette quelque peu Raissa Fabiola, venue du Québec voisin pour soutenir son équipe.

À ses yeux, rien n’est perdu pour la suite, au contraire : le troisième et dernier match de poule contre Curaçao – jeudi prochain à Philadelphie – devrait être une formalité sur la route qui mènera son pays d’origine « en finale! », est-elle persuadée.

Arnaud Diomandé (à droite) a assisté au match en famille. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

« La Côte d’Ivoire tenait le bon bout, malheureusement c’est la loi du foot », soupire Arnaud Diomandé au sortir du stade. Celui qui a fait le déplacement depuis le Michigan se montre confiant pour les prochains jours : « L’audace, la fougue et le talent » mèneront loin les triples champions de la Coupe d’Afrique des Nations. « On va sûrement finir deuxième de notre groupe, alors on donne rendez-vous à l’Allemagne dans un prochain round. »

Honorat Guidi pense déjà aux phases éliminatoires : « On aurait pu faire mieux contre l’Allemagne, mais on n’a pas pris sept buts non plus. On est fier de ce qu’on a fait. On continue la compétition et on ira loin, parce qu’après ce match les grandes équipes auront peur de nous. »

Honorat Guidi, Ivoirien installé à New York, s’est joint à la communauté torontoise pour encourager son équipe. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

« C’était dur d’être supporter ivoirien aujourd’hui, convient-il. Les Allemands étaient partout autour de nous, mais malgré notre minorité, on a tout donné pour être le plus bruyant possible. On va continuer de pousser les Éléphants. On n’a pas encore tout montré, attendez de voir la suite. »