Les professeurs de l’UOF se préparent à signer leur toute première convention collective

TORONTO – L’Université de l’Ontario français (UOF) et son corps professoral ont abouti à une entente de principe sur leur toute première convention collective. La signature officielle est prévue à la fin du mois de septembre.

Amorcées il y a trois ans, les négociations se sont terminées il y a quelques semaines. Cette toute première convention collective entrera en vigueur pour une durée de deux ans.

« L’approbation de ce projet de première convention collective marque l’aboutissement d’un travail important et ouvre un nouveau chapitre dans le développement de l’Université de l’Ontario français. Elle nous permet désormais de tourner collectivement notre regard vers l’avenir et de poursuivre notre mission avec confiance. », a déclaré Normand Labrie, recteur de l’Université de l’Ontario français dans un communiqué de presse.

Pour Isabelle Dostaler, vice-rectrice aux études et à la recherche ainsi que négociatrice en chef, cette étape témoigne de la professionnalisation de l’institution : « Une convention collective, c’est un exercice qui nous fait prendre de la maturité », estime-t-elle.

Arrivée à l’UOF à la fin de 2024 comme vice-rectrice aux études et à la recherche, Isabelle Dostaler a également agi à titre de négociatrice en chef pour cette convention. Photo : Gracieuseté

« C’est tellement une bonne nouvelle pour nous », se réjouit Mme Dostaler, « il ne s’agit pas d’une situation où chaque partie gagne contre l’autre, c’est plutôt toute notre communauté qui gagne. Nous sommes très fiers de cette convention collective dont le langage est très clair », poursuit-elle.

Avec son modèle récent et son jeu corps professoral , l’UOF se donne pour mission de former les futurs leaders francophones.

Sudbury : la dure réalité du marché de l’emploi pour les nouveaux arrivants francophones

SUDBURY – Alors que la ville de Sudbury connait une hausse sans précédent de nouveaux arrivants francophones, son marché de l’emploi reste un défi pour ceux qui souhaitent y bâtir un avenir. Entre les barrières linguistiques, la non-reconnaissance des diplômes étrangers, et la prédominance de l’anglais dans le bassin d’emploi, voici la réalité des nouveaux arrivants, bien souvent contraints de repartir à zéro.

Depuis quelques années, Sudbury s’impose comme une destination de choix pour les immigrants d’expression française. En cinq ans, le nombre de nouveaux arrivants francophones est passé de 15 à presque 500, d’après Immigration, Réfugiés, et Citoyenneté Canada (IRCC). Attirés par la promesse de débouchés francophones à Sudbury, les nouveaux arrivants se heurtent à la prédominance de l’anglais.

« En règle générale, le marché est dominé par l’offre de travail en anglais, et, même quand on recrute des francophones, il est vivement recommandé que ces francophones puissent interagir avec des partenaires extérieurs en anglais », dit Francis Semou, le coordonnateur des services en établissement de la Communauté accueillante francophone (CFA).

En tant qu’organisme d’accueil, la CFA, aux côtés du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury (CSCGS), collabore avec la municipalité pour faciliter l’accès des nouveaux arrivants francophones au marché de l’emploi. « On les encourage à soutenir les immigrants francophones en les recrutant et en leur donnant accès au bénévolat pour des activités de la ville ».

Mais avec un taux de chômage qui s’élève actuellement à 6,1 %, le marché de l’emploi à Sudbury s’avère de plus en plus compétitif. Sur le terrain, le marché privilégie nettement les candidats anglophones, bilingues, et formés au Canada, au détriment des nouveaux arrivants tout aussi qualifiés. « Le chômage des francophones est plus élevé que la moyenne des autres personnes ici à Sudbury », constate-t-il.

Le français toujours en marge

À son arrivée à Sudbury en septembre 2024, Nfassoumane Dramé a cherché du travail pendant plus d’un an. « J’avais eu beaucoup d’entrevues, mais mon anglais n’était pas aussi convaincant qu’ils le voulaient », dit l’étudiant d’origine guinéenne, qui s’apprête à entamer sa dernière année d’études en technique de construction et exploration minière au Collège Boréal.

Il suit actuellement des cours d’anglais pour augmenter ses chances de décrocher un poste dans une mine à Sudbury. « Nos professeurs à l’école nous envoient souvent assister à des séminaires, des activités, et des ateliers liés à la mine. Et on nous dit toujours qu’à Sudbury, si tu ne parles pas anglais, tu ne peux pas travailler dans le secteur minier ».

Pour Vanelle Kougang, une jeune Camerounaise bilingue nouvellement diplômée en presciences de la santé et comme préposée au soutien personnel au Collège Boréal, le marché de l’emploi est difficile à percer. Elle postule pour des emplois depuis quatre mois, sans aucune réponse. Pourtant, c’est précisément en apprenant que l’Ontario cherchait à attirer davantage de travailleurs francophones en milieu minoritaire — notamment en santé — qu’elle a choisi de s’installer à Sudbury.

« Quand on étudie, on nous dit qu’être bilingues est un plus parce que l’Ontario en a vraiment besoin. On vient parce qu’on fait confiance à l’Ontario, à Sudbury. On nous dit qu’ils veulent des francophones, mais on ne nous prend pas », confie-t-elle. « On voudrait qu’ils nous valorisent ».

Entrée express, une promesse non tenue?

À Sudbury, une grande partie des nouveaux arrivants francophones sont des travailleurs qualifiés venus à travers l’immigration économique, dit Gouled Hassan, directeur du Contact interculturel francophone de Sudbury (CIFS). C’est à travers Entrée Express, l’un des programmes d’immigration économique que les nouveaux arrivants, à partir de leurs pays d’origine, soumettent un dossier de candidature.

À la réception des dossiers, l’IRCC sélectionne les profils dont l’expertise et les qualifications répondent au besoin de l’économie locale. Les candidats admis arrivent alors au Canada en tant que résidents permanents.

Pour Gouled Hassan, le directeur du Contact interculturel francophone de Sudbury (CIFS), les immigrants économiques ne devraient pas faire face à autant d’obstacles. Photo : gracieuseté de Gouled Hassan

« Ils viennent avec ces expertises dans le but de s’intégrer économiquement et de décrocher un emploi le plus tôt possible. Mais quand ils arrivent sur le terrain, l’espoir qu’ils avaient ne s’accorde pas à la réalité qu’ils sont en train de vivre. Il y a une vraie discordance ».

Souvent, des travailleurs qualifiés voient leurs diplômes ignorés dans leurs domaines, alors qu’ils ont été admis au pays sur la base de ces compétences. « Il y a un manque d’éducation de la communauté locale pour qu’elle comprenne que, même si une personne possède des diplômes étrangers et une expertise venue d’ailleurs, elle peut quand même œuvrer dans son domaine ».

Au-delà de l’aspect administratif, le directeur estime que les défis que rencontrent les nouveaux arrivants sur le marché de l’emploi découlent en partie de préjugés. « Il y a aussi, on ne va pas se mentir, un certain niveau de discrimination. Ces personnes sont différentes du tissu social et du tissu racial de la communauté ».

Reconversion, retour aux études, prêts étudiants

En Côte-d’Ivoire, Aguié Narcisse Keke détenait dix ans d’expérience en raffinage. Il avait également trois diplômes, dont un BTS en gestion commerciale et une licence en marketing. Il arrive au pays grâce au programme Entrée Express comme résident permanent en septembre 2022. « Tout ce que j’avais comme expérience estudiantine en Côte-d’Ivoire n’était pas reconnu ici », dit-il.

Son rêve a toujours été de devenir gendarme. Il pense à faire des études dans ce domaine au Collège Boréal. « Ce rêve-là s’est brisé, parce qu’il y avait aussi la barrière de la langue ». Il choisit alors de se reconvertir dans le domaine de l’éducation spécialisée à l’Université Laurentienne.

Père de quatre filles, M. Keke perçoit le Régime d’aide financière aux étudiants de l’Ontario (RAFEO) pour subvenir aux besoins de sa famille. « Le RAFEO est quand même consistant. J’ai deux sources de revenus secondaires. Mais le RAFEO est la principale ».

Confiant qu’il trouvera un emploi dans le milieu de l’éducation francophone, il voit ce prêt comme un investissement sur le long terme. « C’est vrai que je m’endette aujourd’hui, mais demain, quand je vais sortir avec un diplôme, il sera reconnu dans tout le Canada. Il y aura de l’opportunité. Je suis convaincu que j’aurai de l’emploi ».

Aguié Narcisse Keke, père de quatre filles et étudiant à la Laurentienne, s’est reconverti dans le domaine de l’éducation spécialisée. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Pour Jacques Amokan, un résident permanent également ivoirien, le marché de l’emploi ontarien a demandé beaucoup d’adaptation de sa part. Arrivé à Whitby en mars 2025 aussi avec le programme Entrée Express, il a neuf ans d’expérience en tant que banquier en Côte-d’Ivoire ainsi que deux licences.

« J’avais vraiment pour ambition de continuer dans la banque. Mais tout de suite, il y a une réalité frappante qui s’est imposée : la langue », explique-t-il. Bien qu’il reçoive le RAFEO grâce à sa reprise d’études, la réalité financière l’oblige à agir rapidement. Pour soutenir sa famille en Côte-d’Ivoire, il devient trieur et réparateur à Durham Pallet Service pendant plus d’un an. La nuit jusqu’au matin, il effectue également des livraisons et courses Uber.

S’il lui reste encore deux ans d’études en éducation à la Laurentienne, M. Amokan reconnait que les programmes d’immigration ciblant les travailleurs qualifiés francophones restent en deçà de leurs promesses.

« On se dit que, comme le pays a besoin de main-d’œuvre dans les domaines qui nous ont fait venir ici, on pourra être opérationnel immédiatement », dit-il, « la vitesse à laquelle on pensait s’intégrer n’est pas aussi concrète ». Pour éviter ces délais, il réclame plutôt des formations adaptées qui permettraient aux nouveaux arrivants qualifiés d’exercer leur métier sans devoir tout recommencer à zéro.

« Une alternative crédible à Doug Ford » : l’ambition des candidats à la chefferie libérale

TORONTO — Réunis à Toronto pour le tout premier débat de la course à la chefferie du Parti libéral de l’Ontario (PLO), les cinq candidats ont affiché un consensus sans équivoque : au-delà de leurs parcours respectifs, l’objectif prioritaire reste de reconstruire une opposition solide capable de faire tomber le gouvernement de Doug Ford lors du prochain scrutin.

Dans le cadre de la course à la chefferie libérale de 2026, les cinq libéraux en lice ont partagé leur vision en tant que futur potentiel chef du parti autour de différents volets, allant de l’abordabilité et du logement, des soins de santé, de l’éducation et du pouvoir gouvernemental, de l’économie et de l’énergie ou encore de la manière dont le Parti libéral peut riposter à Doug Ford.

Mais la volonté majeure qui a dominé était celle d’incarner le leader qui pourra « prendre » le gouvernement Ford. Une des toutes premières questions de la modératrice, Tina Yazdani, journaliste pour The Trillium, visait à savoir « ce qui vous différenciera des autres leaders qui ont perdu contre Doug Ford? »

« Nous avons besoin d’un front uni, d’un leadership authentique, d’une équipe solide et d’un plan complet », a déclaré l’ancien député et ministre fédéral Navdeep Bains. Source : chaîne YouTube OntarioLiberalTV

Si le fait de « regagner la confiance des Ontariens » a fait consensus après trois défaites du Parti libéral aux précédentes élections provinciales, deux courants de pensée se sont distingués entre les candidats.

« À l’inverse de la dernière leader, j’ai un siège dans la législature, nous devons avoir un leadership fort et un chef qui a un siège », a lancé Lee Fairclough, députée d’Etobicoke-Lakeshore depuis 2025.

« C’était un challenge que les précédents leaders n’aient pas de siège à Queen’s Park », a appuyé Stephanie Bowman, élue pour Don Valley West depuis 2022, en référence aux deux derniers chefs du parti, Bonnie Crombie et Steven Del Duca.

Eric Lombardi, ingénieur, entrepreneur et militant, appuyé par Dylan Marando, stratège et conseiller politique, a défendu l’idée que le chef n’a pas besoin de siéger immédiatement à Queen’s Park, cette position offrant l’opportunité d’aller davantage à la rencontre des Ontariens sur le terrain.

Navdeep Bains, ancien député fédéral et ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique du Canada sous le gouvernement Trudeau, en accord avec ces derniers, s’est toutefois appuyé sur son statut établi pour appuyer sa légitimité : « Les Ontariens veulent une alternative crédible à Doug Ford ».

Un réquisitoire unanime contre le gouvernement Ford

Les cinq aspirants chefs ont profité de la tribune pour dresser un bilan sombre de la gestion des progressistes-conservateurs, accusant le premier ministre Doug Ford de servir des intérêts privés et de multiplier les mauvaises priorités budgétaires.

Navdeep Bains et Dylan Marando ont vivement dénoncé les dépenses promotionnelles de la province, les millions de dollars engloutis dans des campagnes publicitaires gouvernementales, notamment pour vanter l’agrandissement des prisons, a noté Marando.

De son côté, Stephanie Bowman a fustigé un gouvernement qui « gaspille des milliards de dollars qui auraient pu éponger le déficit d’infrastructures » tout en cherchant à « enrichir ses amis ».

Le secteur de la santé a concentré une grande partie des attaques. M. Bains, M. Marando et Mme Fairclough ont tous trois accusé Doug Ford d’avoir délibérément sous-financé le système public afin de favoriser la privatisation des soins, forçant ainsi les Ontariens à payer plus cher.

Lee Fairclough a également dénoncé les « projets fantasmes » du gouvernement et s’est dite estomaquée par le récent scandale des factures d’hôtel de Toronto remboursées à des députés conservateurs résidant pourtant dans la région du Grand Toronto.

Différentes priorités avancées mais un même cap

Parmi ses priorités, Navdeep Bains entend miser sur la croissance économique et une meilleure protection des consommateurs pour accroître la concurrence et faire baisser le coût de la vie. Pour l’ancien ministre, générer des revenus grâce à une économie forte, notamment en misant sur les ressources du Nord, est la seule façon de réinvestir massivement dans les services publics.

« Je comprends que la situation est très difficile pour beaucoup d’Ontariens et d’Ontariennes », a-t-il exprimé en français lors de son mot de clôture, ajoutant que « nous devions regagner leur confiance ».

Lee Fairclough souhaite moderniser le parti et servir de pont face à la polarisation politique. Celle qui a fait basculer sa circonscription d’Etobicoke-Lakeshore du bleu au rouge promet de redonner la priorité absolue à l’accès aux soins de santé publics et aux opportunités pour la nouvelle génération. « Les meilleurs jours sont à venir », a-t-elle affirmé en français.

« J’ai fait basculer un siège du bleu conservateur au rouge », a rappelé la candidate Lee Fairclough lors du premier débat de la course à la chefferie libérale. Source : chaîne YouTube OntarioLiberalTV

Stephanie Bowman entend consolider les bases financières de la province afin de restaurer le système de santé. Parmi ses mesures phares figurent des baisses d’impôts pour les petites entreprises et la création d’un fonds d’aide à la carrière pour les jeunes, tout en mettant fin au gaspillage des fonds publics.

Dylan Marando fait de l’abordabilité sa priorité absolue en proposant des baisses d’impôts, la réduction des coûts des services de garde d’enfants et une revalorisation des travailleurs de la santé. Il a également insisté sur la nécessité de présenter une équipe libérale renouvelée et prête à gouverner.

Eric Lombardi prône un leadership audacieux axé sur la résolution de la crise du logement, la hausse du nombre de médecins et la réduction de la bureaucratie. Voulant aller chercher les votes du NPD et du Parti conservateur, il appelle le parti à faire preuve de transparence et à proposer une vision innovante pour convaincre les électeurs.

Le nouveau leader du Parti libéral, qui succèdera à l’ex-mairesse de Mississauga Bonnie Crombie, sera annoncé le 21 novembre prochain.

Décès de Marie King : des artistes franco-ontariens rendent hommage à la reine du country

OTTAWA — La chanteuse country Marie King, originaire de Navan, est décédée dimanche soir à la Résidence Champlain de Gatineau à l’âge de 91 ans à la suite de complications causées par une chute. Alors que sa fille, Carole Ann King, en a fait l’annonce sur les réseaux sociaux lundi, plusieurs figures de la scène musicale franco-ontarienne ont rapidement tenu à saluer le départ d’une véritable pionnière. 

S’approchant du terme d’une vie bien remplie malgré la démence avancée qui la touchait ces dernières années, l’artiste continuait de faire chanter les résidents en se promenant de chambre en chambre.

C’est entourée de sa fille Carole Ann King, de sa petite-fille Mélodie et au son de L’Hymne à l’amour d’Édith Piaf, fredonné à son chevet par son amie Nancy Carel, que la chanteuse a rendu son dernier souffle.

« C’était tellement beau et paisible. Elle est partie pendant la chanson », confie sa fille Carole Ann King avec émotion, touchée par la déferlante de messages reçus. « Le monde est tellement généreux avec leur sympathie. Je les remercie du fond du cœur de la part de maman et de toute notre famille. »

« Le meilleur sucre à la crème »

L’annonce de son départ a aussi suscité de vives réactions au sein de la scène musicale franco-ontarienne, où l’artiste originaire de Navan demeure perçue comme un pilier culturel.

Pour l’auteur-compositeur-interprète Stef Paquette, Marie King incarne un monument dont la contribution va bien au-delà de son genre musical. 

« Marie King était une véritable légende de la chanson franco-ontarienne. À mes yeux, elle mérite amplement sa place aux côtés de grands noms comme Robert Paquette et le groupe CANO dans l’histoire de notre musique », a-t-il déclaré à ONFR, se remémorant son passage au Gala des prix Trille Or en 2013, où l’artiste recevait un prix Hommage. 

« Je garde le souvenir d’une dame chaleureuse, sympathique et toujours souriante. La reine du country était une Franco-Ontarienne. »

Le guitariste originaire du nord de l’Ontario ,Yvan Petit, installé dans la région d’Ottawa depuis 1997 et notamment reconnu comme guitariste soliste du chanteur Johnny Reid, conserve lui aussi des souvenirs impérissables de ses moments partagés sur scène avec la chanteuse.

Le guitariste franco-ontarien Yvan Petit en compagnie de la « reine du country », Marie King, décédée à l’âge de 91 ans. Photo : gracieuseté d’Yvan Petit

« J’ai eu la chance de jouer trois ou quatre fois avec elle et j’ai toujours eu du plaisir sur la scène à ses côtés », confie le musicien natif de Smooth Rock Falls. « C’était une dame très gentille, abordable et généreuse de son temps. Et Mme Marie King faisait le meilleur sucre à la crème que j’aie jamais goûté! »

L’inspiration de la relève

L’empreinte de Marie King s’est également fait sentir directement auprès des plus jeunes générations d’artistes. Pour Joanie Charron, membre franco-ontarienne du duo country Sugar Crush, la rencontre avec l’artiste à l’âge de 12 ans a marqué le véritable point de départ de sa démarche musicale. 

Invitée sur scène par Marie King lors d’un concert intime alors qu’elle visitait sa grand-mère, la jeune fille y avait chanté en public pour l’une des premières fois de sa vie.

« C’est vraiment là que j’ai appris ce qu’était la musique country », se remémore Joanie Charron, qui interprète toujours Ma belle petite maison dans ma vallée lors des concerts de Sugar Crush.

« Elle a vraiment marqué mon parcours parce que c’était une des premières chanteuses femmes dans ma région que je pouvais découvrir, qui chantait en français depuis tellement longtemps. Elle était rayonnante, mais elle était surtout vraiment gentille. C’était une grande inspiration pour tellement d’artistes femmes dans notre milieu »
— Joanie Charron

Actuellement en tournée sur le continent africain, en Côte d’Ivoire, avec sa formation, Joanie Charron entend d’ailleurs lui rendre hommage sur scène ce soir.

« On va chanter Ma belle petite maison dans ma vallée en Afrique ce soir pour elle, pour célébrer cette grande vie », confie-t-elle.

Du village de Navan aux disques d’or

Née Marie Farley en 1935 à Navan, à l’est d’Ottawa, la musicienne a commencé à jouer de la guitare et à chanter dans la vallée de l’Outaouais dès l’adolescence. Sa fille se rappelle d’ailleurs avec le sourire l’attachement de sa mère pour son village natal : « Maman disait toujours : « Non, non, non! Je viens de Navan, sur la deuxième ligne! » »

C’est lors d’un engagement à l’Hôtel Chamberland d’Aylmer qu’elle rencontre le chanteur Bob King, qu’elle épouse en décembre 1957.

Sa carrière prend une dimension nationale en 1964 avec la version française de Quand le soleil dit bonjour aux montagnes. Au fil des décennies, l’artiste s’est régulièrement produite sur les scènes québécoises et canadiennes-françaises, devenant une invitée récurrente d’émissions télévisées phares comme Le Ranch à Willie, animée par Willie Lamothe, aux côtés de figures telles que Marcel Martel et Paul Brunelle.

« Maman a été la toute première chanteuse country au Québec et en Ontario français. Au début, ils n’étaient que quatre : Willie Lamothe, Paul Brunelle, Marcel Martel et Marie King », explique Carole Ann King. « Julie Daraîche est arrivée dix ans plus tard, et Renée Martel était encore toute petite. Maman a ouvert la voie à toutes les femmes qui ont suivi. »

En traduisant en français le répertoire de son époux, elle a également participé à la diffusion de la musique country anglophone auprès du public francophone.

Marie King a accumulé trois disques d’or au cours de sa carrière : son plus grand succès commercial, Quand le soleil dit bonjour aux montagnes, franchissant la barre des 300 000 exemplaires vendus, ainsi que les pièces composées pour ses enfants, Ma petite Carole et Allô mon p’tit Bobby, qui lui ont chacune valu leur propre certification d’or.

Son parcours lui a valu d’être intronisée à l’Ottawa Valley Country Music Hall of Fame en 1993 et honorée lors de la soirée Gala des prix Trille Or en 2013.

Marie King entourée de sa famille au début de sa carrière. Gracieuseté de Carole Ann King

Fièrement franco-ontarienne

Même après s’être installée à Gatineau, au Québec, en 1999 à la suite du décès de son époux, la chanteuse n’a jamais coupé les ponts avec son public d’origine, arpentant les routes de l’Ontario pendant des décennies, de Sudbury à Timmins en passant par Verner jusqu’à sa retraite en 2020.

« Nos plus beaux souvenirs, ce sont ces voyages-là », se remémore Carole Ann King. « En revenant des spectacles tard le soir, on s’arrêtait manger de la junk food dans l’auto, une barre de chocolat, des chips, un Coke comme de vrais artistes! On jasait de notre soirée et de nos fans. Les gens d’ici ont toujours été d’une fidélité incroyable envers elle. Pour maman, c’était primordial de garder ce lien fort avec l’Ontario français. »

La carrière de Marie King est demeurée intimement liée à sa vie de famille. Ses compositions Ma petite Carole et Allô mon p’tit Bobby ont été écrites pour ses enfants, tandis que son conjoint lui a dédié la chanson My Petite Marie.

Sa fille Carole Ann King a partagé la scène avec elle pendant quatre décennies, alors que son fils Bobby assurait la logistique de tournée. Son autre fils, Danny King, s’est illustré dans un registre différent en devenant le batteur et membre fondateur du groupe pop-rock franco-ontarien Nuance durant les années 1980.

Selon les volontés transmises par ses proches, la famille se recueillera lors de funérailles privées.

Groupe de travail francophone à Kingston : certains acquis mais des priorités toujours en attente

KINGSTON – Formations pour les éducatrices, candidatures bilingues aux comités et visibilité culturelle : le Groupe de travail francophone de Kingston dresse un premier bilan positif de ses initiatives pour son bilan de mi-mandat. Alors que des dossiers majeurs, comme le drapeau franco-ontarien, les urgences et la petite enfance, restent à concrétiser, l’avenir de cette instance de dialogue dépendra des choix du prochain conseil municipal élu en octobre prochain.

Mis sur pied en décembre 2024 afin de renforcer la visibilité, la reconnaissance et l’accès aux services municipaux en français, le Groupe de travail francophone de la Ville de Kingston a récemment soumis son rapport de mi-mandat au conseil municipal. 

Cette instance réunit onze intervenants locaux provenant des milieux de l’éducation, de la petite enfance, de la culture, de la santé et des services communautaires, lesquels tiennent tous les deux mois des rencontres avec des responsables de plusieurs services de la Ville.

Laurianne Montpetit, directrice de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFOMI), qualifie ce projet de « belle occasion de dialogue » avec les autorités locales au sein d’une ville comptant 3,1 % de francophones.

Elle explique que cette structure « nous permet de transmettre nos messages, de faire comprendre notre réalité » et de rebâtir des canaux de communication durables avec une administration municipale qui n’est pas assujettie à la Loi sur les services en français.

« Une grande avancée »

Au terme de ses premiers mois d’échanges avec les responsables de divers départements de la Ville, le groupe de travail a permis d’obtenir des améliorations tangibles pour la communauté francophone. 

Le secteur de la petite enfance a notamment bénéficié d’une avancée qualifiée d’importante en matière de développement professionnel. 

Les garderies francophones de la région ont désormais accès à des enveloppes budgétaires municipales pour financer des formations dispensées directement en français à leurs éducatrices, évitant ainsi le recours à l’interprétation ou à la traduction simultanée. 

Faisant également partie du comité, Audrey Adam, directrice générale de la Garderie Croque Soleil, souligne l’importance de cette mesure : « C’est une grande avancée, car il y avait un manque de formations adaptées pour nos éducatrices qui ne maîtrisaient pas l’anglais. »

De plus, les centres de la petite enfance peuvent maintenant lire et soumettre l’ensemble de leurs rapports administratifs officiels en français à la Ville.

Audrey Adam, directrice générale de la Garderie Croque Soleil, réclame une distinction claire entre les garderies unilingues francophones et les milieux d’immersion pour contrer l’assimilation. Photo : gracieuseté d’Audrey Adam

Du côté de la vie démocratique et de la participation citoyenne, la municipalité a adapté ses processus afin de permettre aux résidents francophones de poser leurs candidatures en français pour siéger aux différents comités et groupes de travail de la Ville. 

La municipalité s’est dotée de la capacité interne d’évaluer ces dossiers dans la langue officielle de choix des candidats. 

Laurianne Montpetit précise qu’il s’agit d’un gain substantiel pour la représentativité de la communauté : « Même si le travail du comité se déroule en anglais, c’est beaucoup plus facile de poser sa candidature et de soumettre son CV en français. C’est désormais possible ».

La présence du français s’est également renforcée dans le volet culturel. Des collaborations avec le bureau de la musique et le bureau du cinéma ont permis la tenue d’activités jeunesse bilingues et d’ateliers culturels. 

Par ailleurs, le comité a mené un travail de sensibilisation auprès de la bibliothèque municipale (Kingston Frontenac Public Library) afin de réviser la structure de son catalogue en ligne. 

Mme Montpetit indique leur avoir rappelé que « le français n’est pas simplement une langue parmi tant d’autres, c’est une langue officielle », permettant ainsi de sortir les collections francophones de la rubrique générale des langues du monde pour les rendre nettement plus accessibles au public.

Toujours pas de drapeau permanent

Toutefois, des dossiers majeurs et très attendus par la communauté demeurent toujours en suspens. 

Demandé depuis 2018 et approuvé par le conseil municipal en 2022, le déploiement permanent du drapeau franco-ontarien devant l’hôtel de ville n’a toujours pas connu de progression concrète en raison de défis logistiques et d’emplacement. 

Le conseiller municipal Vincent Cinanni, membre du groupe, concède que le projet a pu être distancé par d’autres priorités au fil des ans, tout en réaffirmant la nécessité de concrétiser cet engagement : « Nous avons besoin du drapeau à l’hôtel de ville ou à proximité, comme dans d’autres municipalités. C’est une démarche essentielle, car cela avait été promis ». 

Le dossier devrait faire l’objet d’un réexamen lors des travaux de réaménagement du Bassin de la Confédération, sans échéancier défini pour l’instant.

Dans le secteur de la petite enfance, la disponibilité des places demeure un enjeu critique. À la Garderie Croque Soleil, la liste d’attente compte environ 80 enfants et l’établissement affiche complet jusqu’en septembre 2027. Face au risque d’assimilation précoce chez les jeunes enfants, le groupe réclame une distinction stricte entre les garderies unilingues francophones et les milieux bilingues ou d’immersion dans les répertoires et les modes de financement municipaux. 

Audrey Adam insiste sur l’importance de préserver un environnement exclusivement francophone : « Pour un enfant francophone, évoluer dans un environnement bilingue ressemble à un parcours d’immersion scolaire. Plus il est exposé à l’anglais, plus il risque de perdre sa langue ».

Sur le plan de la sécurité publique, le comité recommande à la municipalité d’émettre systématiquement ses communications d’urgence en français. 

Pour Laurianne Montpetit, directrice de l’ACFOMI, l’instance permet de faire entendre la voix et les réalités des francophones auprès des services municipaux. Photo : gracieuseté de Laurianne Montpetit

Cette demande est appuyée par le conseiller Vincent Cinanni qui rappelle que « ce sont des messages cruciaux pour la communauté, et il est fondamental que chacun puisse bien comprendre la situation ». 

Enfin, le groupe souhaite que la communauté francophone soit formellement reconnue comme un groupe d’action prioritaire au sein des initiatives d’équité, de diversité et d’inclusion (IIDEA) de la Ville. 

Une telle reconnaissance permettrait à la municipalité de soutenir directement l’organisation d’événements marquants, comme les célébrations du Jour des Franco-Ontariens.

Selon Laurianne Montpetit, cette reconnaissance est essentielle pour que la municipalité s’investisse pleinement dans la vie communautaire : « À l’heure actuelle, les initiatives comme le Jour des Franco-Ontariens ne proviennent pas de la Ville, mais des organismes. Nous aimerions que la municipalité prenne elle-même l’initiative et s’implique directement dans le volet cérémonial de cette journée ». 

Un avenir incertain pour le groupe

Interpellée par ONFR sur l’échéancier et les suites accordées à ces différentes recommandations, l’administration municipale adopte une posture de réserve. Par la voix de son greffier adjoint, Derek Ochej, celle-ci indique qu’« aucun détail ni échéancier supplémentaire n’est disponible pour le moment ». 

La municipalité précise par ailleurs la procédure institutionnelle en vigueur, rappelant que l’ensemble des comités, sous-comités et groupes de travail municipaux font l’objet d’une révision systématique au début de chaque mandat. 

Pour la période 2026-2030, l’évaluation du Groupe de travail francophone aura lieu au printemps 2027, une fois que le nouveau conseil municipal aura adopté son plan stratégique. C’est à ce moment précis que le conseil élu décidera de reconduire ou non l’existence du groupe.

Cette perspective suscite une certaine inquiétude chez les acteurs communautaires. Audrey Adam craint qu’un changement d’élus ne vienne reléguer au second plan les acquis de la concertation : « Si les enjeux francophones ne constituent pas une priorité pour les nouveaux élus, nous risquons d’être à nouveau mis de côté. Toutes les avancées dont nous avons discuté pourraient ne pas se concrétiser ».

Le conseiller municipal Vincent Cinanni appuie les recommandations du groupe et promet de militer pour le maintien de l’instance s’il est réélu aux prochaines élections. Photo : gracieuseté de Vincent Cinanni

De son côté, le conseiller Vincent Cinanni rappelle que l’intégration budgétaire des demandes s’échelonne souvent sur une période de un à quatre ans au sein de l’appareil municipal. 

S’il est réélu lors des prochaines élections municipales du 26 octobre, il affirme qu’il militera fermement pour le maintien de cette instance de consultation : « Si je suis réélu, je vais appuyer le maintien du groupe afin de poursuivre le travail entrepris. Il reste encore beaucoup à accomplir ».

La prochaine rencontre du comité aura lieu le 21 août prochain.

Après la Défense, d’autres ministères pourraient-ils limiter le droit de travailler en français?

OTTAWA — En annonçant la fin de l’utilisation du français au travail dans plus d’une centaine de bureaux au pays, la Défense nationale vient-elle d’ouvrir la boîte de Pandore qui pourrait restreindre le droit de travailler ou d’être servi en français ailleurs au fédéral? La mesure est-elle conforme sur le plan juridique? Nous avons posé ces questions à deux experts en droit linguistique, qui craignent les répercussions futures de cette décision.

La semaine dernière, le ministère a annoncé que près d’une centaine de ses bureaux au pays passeraient d’un statut d’unité bilingue à unilingue anglophone en raison d’une nouvelle directive, limitant ainsi la langue de travail à l’anglais. La Défense nationale a expliqué que l’ancienne approche générait « des défis » et que plusieurs organisations « éprouvaient des difficultés à respecter leurs obligations linguistiques, ce qui entraînait des plaintes fondées et de la frustration ».

« C’est comme réduire le nombre de détecteurs de fumée pour réduire le nombre d’alarmes : cela ne règle pas les incendies », image le professeur titulaire au programme de common law française de l’Université d’Ottawa, François Larocque.

Pour ce dernier et pour l’avocat Michel Doucet, tous deux consultés sur la question, la direction de la Défense nationale respecte formellement les obligations liées au droit de travailler en français sur le plan législatif, en dépit du fait qu’elle en restreigne le champ d’application.

Or, là où la nouvelle directive pourrait se heurter à un obstacle, c’est qu’elle va à l’encontre de l’esprit général de la Loi sur les langues officielles, constatent les deux experts en droits linguistiques. Cette législation rappelle en effet l’importance de protéger le français et d’en faire plus pour en promouvoir l’usage au sein des institutions fédérales.

« Ici, au contraire, on vient circonscrire et limiter les services en français ainsi que les possibilités de travailler en français au sein du ministère de la Défense », présente François Larocque.

« Ce n’est peut-être pas illégal au sens de la lettre de la loi, mais du point de vue de l’esprit de la loi, à mon avis, dans ce cas-ci, c’est un recul qui n’est pas acceptable », soutient M. Doucet.

Pour les fonctionnaires concernés, la possibilité de travailler en français dépendra désormais de la volonté des dirigeants, avance ce dernier. Si le bilinguisme n’est plus obligatoire au sein de la haute direction et qu’une équipe unilingue anglophone prend le relais, « ça devient plus difficile pour ces fonctionnaires-là de travailler dans la langue de leur choix », convient-il.

« Je trouve que c’est une façon un peu cynique de régler un problème, soutient François Larocque. On constate qu’il y a des problèmes de conformité, et plutôt que de s’adresser aux causes de ces manquements, on change la manière dont on va les mesurer et les compter en réduisant essentiellement le champ d’application de la loi. »

Mais les fonctionnaires touchés par cette disposition disposent aussi désormais d’un « argument solide » à faire valoir auprès du Commissariat aux langues officielles : celui d’avoir perdu le droit d’exercer leurs fonctions dans la langue qu’ils utilisaient jusqu’alors, ajoute M. Doucet.

La Loi sur les langues officielles, modernisée en 2023, vise d’ailleurs clairement la progression « vers l’égalité de statut et d’usage du français et de l’anglais », rappelle l’expert.

L’avocat acadien, Michel Doucet. Photo : gracieuseté

« Je crois qu’il y a une fausse conception, au sein de l’administration publique fédérale et du ministère de la Défense, de ce que sont leurs obligations en vertu de la loi », analyse-t-il.

La pointe de l’iceberg pour d’autres ministères?

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) s’inquiète d’ailleurs du fait que cette mesure puisse inspirer d’autres ministères dans l’appareil gouvernemental.

« On ne veut absolument pas que ça devienne la norme dans les ministères de revoir à la baisse leurs obligations linguistiques, plutôt que de trouver des solutions créatives pour élargir le droit de leurs employés de travailler en français », redoute son directeur général, Alain Dupuis.

Cette crainte est bel et bien fondée selon Michel Doucet, qui prévient que le phénomène pourrait s’étendre aux services offerts en français au public à l’extérieur du Québec. En règle générale, une communauté francophone obtient un service public lorsqu’elle atteint le quota de population prévu par la loi. Jusqu’à présent, une fois ce service accordé, l’institution le maintenait même si la population repassait ensuite sous ce seuil, au nom des droits acquis.

« Mais il se pourrait très bien maintenant qu’une institution fédérale dise : si on est sous le nombre prévu par la réglementation pour la langue de service, bien qu’on ait offert le service jusqu’à maintenant, on l’enlève », met en garde M. Doucet.

Toronto-Ottawa : deux trajectoires, une rivalité et une Super Ligue du Nord qui grandit

À l’approche du duel ontarien de soccer féminin entre Ottawa et Toronto, dimanche (14 h), les Franco-Canadiennes Florence Belzile et Nyota Katembo se confient à ONFR sur leur saison, leurs ambitions et une rivalité encore en construction. Deux regards qui témoignent aussi de la progression de la Super Ligue du Nord pour sa deuxième année d’existence.

Dimanche, l’AFC Toronto prendra la route d’Ottawa pour un nouveau duel au sommet entre les deux formations ontariennes de la Super Ligue du Nord. Une rencontre entre le leader actuel du championnat et une équipe torontoise qui, après avoir dominé la saison régulière l’an dernier, demeure l’une des places fortes de la jeune ligue canadienne.

Mais à un peu plus de la moitié de cette deuxième saison de la SLN, l’affiche permet aussi de regarder au-delà des trois points en jeu. Évolution du championnat, ambitions collectives et individuelles, naissance d’une rivalité ontarienne et retombées de la Coupe du monde : Florence Belzile, à Ottawa, et Nyota Katembo, à Toronto, portent deux regards différents mais souvent complémentaires sur cette nouvelle année de soccer professionnel féminin au Canada.

Ottawa devant, Toronto toujours ambitieux

À Ottawa, difficile de ne pas apprécier le chemin parcouru jusqu’ici. En tête du championnat, la formation de la capitale semble avoir trouvé son rythme.

« Ça va super bien. Dans les vestiaires, l’ambiance est toujours aussi bonne », raconte Florence Belzile. Malgré la première place, pas question cependant de considérer le travail comme terminé. « On continue à pousser et à travailler sur nos faiblesses à l’entraînement. »

La situation est différente à Toronto. Après avoir terminé largement en tête de la saison régulière lors de la première année de la SLN, Toronto a connu un départ plus poussif cette fois-ci.

« On a commencé la saison un peu plus difficilement que l’année dernière », reconnaît Nyota Katembo. Mais l’attaquante estime que son équipe monte progressivement en puissance : « Je crois qu’en ce moment, toutes les pièces commencent à s’assembler et que nous avons bien fait lors des derniers matchs. »

Surtout, les ambitions n’ont pas changé. Interrogée sur l’objectif de cette deuxième partie de saison — assurer une place en séries ou aller chercher Ottawa — Katembo ne tergiverse pas : « Non, c’est vraiment la première place. On l’a fait l’année dernière et je crois qu’on peut encore le faire cette année. »

Le classement de la SNL au 8 août. Photo : snl.ca

Belzile et Katembo veulent encore davantage

Les deux francophones ont également un point commun dans leur regard sur leur propre saison : aucune ne semble disposée à se satisfaire de ce qu’elle a déjà accompli.

À Ottawa, Florence Belzile assume un rôle qui la voit régulièrement commencer les rencontres sur le banc avant d’apporter son énergie en cours de match.

« Je pense que mon rôle me convient bien et que j’ai de bonnes minutes », explique-t-elle.

Mais avec deux buts et deux passes décisives au moment de l’entretien, la joueuse en veut davantage. « Je ne suis jamais satisfaite. Même si j’avais davantage de statistiques, plus de buts, je ne serais jamais satisfaite. »

Son principal axe de progression est identifié : convertir davantage les situations qu’elle parvient déjà à créer. « Je pense que je me mets dans de très bonnes situations pendant les matchs et que je suis dangereuse offensivement, mais je dois continuer à mieux terminer mes actions. »

Le constat est assez proche chez Nyota Katembo, même si la Torontoise aimerait disposer de davantage de temps de jeu. « Chaque fois que je rentre sur le terrain, je pense avoir un impact. Je ne suis donc pas satisfaite, mais je suis quand même fière de moi », estime-t-elle.

Pour franchir un nouveau cap, Katembo envisage notamment de penser parfois davantage à elle-même. Positionnée sur l’aile, elle reconnaît avoir naturellement tendance à chercher à placer ses partenaires dans les meilleures conditions.

« Peut-être être un peu plus individualiste. J’essaie toujours de mettre mes coéquipières dans de meilleures positions, mais je crois que je peux aussi tenter davantage de choses par moi-même. »

Une rivalité… surtout vue d’Ottawa?

Dimanche permettra aussi de mesurer la température d’une rivalité qui n’a, après tout, qu’un peu plus d’une saison d’existence. Et sur ce sujet, Ottawa et Toronto n’ont pas tout à fait la même perception.

Pour Florence Belzile, il n’y a absolument aucun doute. « Nous, on ressent à 100 % une rivalité avec Toronto », lance-t-elle.

Montréal constitue également un adversaire particulier, mais Toronto occupe une place à part. « Je dirais que Toronto, c’est vraiment une grosse rivalité parce que nous sommes les deux équipes de l’Ontario », explique Belzile, qui rappelle également la domination torontoise lors de la précédente saison régulière.

Florence Belzile a disputé les 14 matchs du Rapide avec un total de 653 minutes joués, 2 buts et 2 passes décisives. Photo : CF Rapide Ottawa

À Toronto, la réponse est plus nuancée. « Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je ressens peut-être davantage la rivalité avec Montréal », reconnaît Katembo, elle-même originaire de Montréal.

Cela ne signifie pas que les rencontres avec Ottawa sont ordinaires. Bien au contraire. « Contre Ottawa, ce sont toujours de bons matchs, des matchs de qualité. Les deux équipes répondent présentes et j’ai l’impression qu’elles élèvent toujours leur niveau contre nous. »

Au point de finalement concéder : « Peut-être qu’on peut parler d’une rivalité. Quand on joue contre elles, on la ressent. »

Une rivalité qui ne fait donc peut-être que commencer à écrire son histoire.

Une deuxième saison qui confirme la SLN

Au-delà du classement et des rivalités naissantes, les deux joueuses se rejoignent surtout sur un constat : la Super Ligue du Nord a franchi un cap pour sa deuxième année d’existence.

Pour Katembo, la saison inaugurale avait d’abord permis de poser les fondations. « La première année, tout le monde découvrait un peu cette nouvelle réalité, mais cette année, je crois que cela confirme surtout le talent que nous avons en Ontario et au Canada de manière générale », explique-t-elle.

L’arrivée de joueuses expérimentées a également contribué à élever les standards. À Toronto, Katembo cite notamment l’apport des deux internationales canadiennes Sabrina D’Angelo et Shelina Zadorsky et la maturité qu’elles apportent quotidiennement au groupe.

La meilleure preuve de cette progression se trouve peut-être dans les difficultés supplémentaires rencontrées par Toronto. « L’année dernière, nous avons remporté la saison régulière et je trouvais que nous étions au-dessus. Mais cette année, nos résultats montrent aussi que la Ligue s’est renforcée. C’est beaucoup plus difficile pour nous de reproduire ce que nous avons fait. »

Nyota Katembo a disputé un total de 311 minutes avec l’AFC Toronto. Photo : AFC Toronto

Même constat à Ottawa. À la question de savoir si le niveau avait augmenté, Belzile répond immédiatement : « Oui, à 100 %. »

Elle souligne notamment une hausse de la vitesse du jeu et le retour au Canada de joueuses ayant évolué en Europe ou aux États-Unis. Une progression qui ne se limiterait pas au terrain. Selon l’Ottavienne, davantage de spectateurs suivent également la compétition cette saison.

Après la Coupe du monde, faire durer l’engouement

Cette deuxième saison de SLN s’inscrit aussi dans un été particulier pour le soccer canadien, quelques semaines seulement après une Coupe du monde qui a fait vibrer le pays.

À Toronto, Katembo a été frappée par l’ambiance créée autour de la compétition. « La ville, c’était incroyable, l’énergie, les partisans… On espère pouvoir accueillir une autre Coupe du monde », raconte-t-elle.

Pour la joueuse torontoise, la compétition avait une dimension supplémentaire avec le parcours historique de la République démocratique du Congo , son pays d’origine.

« Franchement, ils nous ont rendus fiers, très fiers », confie Katembo.

À quelques centaines de kilomètres de là, Florence Belzile a vécu une expérience similaire à Ottawa, même sans avoir assisté à une rencontre dans un stade. « C’était incroyable », répète-t-elle, évoquant l’ambiance dans les bars et les rues d’une ville qu’elle décrit comme très attachée au soccer.

Elle se souvient notamment des différentes communautés rassemblées autour des matchs de la Belgique, de la France, de l’Angleterre ou encore du Congo : « Il y avait beaucoup de monde pour soutenir différentes équipes. C’était vraiment beau à voir. »

Une ferveur que Belzile aimerait désormais voir bénéficier encore davantage au soccer féminin. Pour elle, le retour éventuel d’une Coupe du monde féminine au Canada constituerait une nouvelle occasion d’accélérer son développement. « Cela pousserait encore davantage le sport féminin au Canada », estime-t-elle.

La Super Ligue du Nord est justement l’un des héritages de cette volonté d’installer durablement le soccer féminin professionnel au pays.

Dimanche, Ottawa et Toronto se disputeront bien trois points importants dans la course au classement. Mais entre un leader qui veut confirmer son statut et une place forte du championnat déterminée à retrouver le sommet, leur duel raconte aussi quelque chose de plus large : une ligue encore jeune, plus relevée qu’à ses débuts, qui commence déjà à construire ses rivalités et cherche désormais à inscrire durablement le soccer féminin professionnel dans le paysage sportif canadien.

De Milton à Toronto, une fin de semaine aux couleurs de l’Afrique

Ce deuxième week-end d’août sera placé sous le signe des cultures africaines dans le Grand Toronto. Si Afrofest, rendez-vous incontournable de l’été torontois prévu initialement du 14 au 16 août, n’aura finalement pas lieu cette année, le Festival Habari Africa, au Centre Harbourfront de Toronto, et le Festival multiculturel africain de Milton, qui accueille pour la première fois la Journée internationale de la femme africaine (JIFA), proposeront une programmation riche célébrant la musique, la danse, la gastronomie, le cinéma et l’entrepreneuriat du continent africain.

L’absence d’Afrofest aurait pu laisser un vide dans le paysage culturel torontois. Après plusieurs mois de discussions avec la Ville de Toronto, Music Africa a annoncé qu’il lui était impossible d’organiser l’événement dans des conditions satisfaisantes. La capacité opérationnelle du parc Woodbine, limitée cette année à 5000 personnes, alors que le festival attire habituellement jusqu’à 40 000 visiteurs par jour, a conduit les organisateurs à reporter leur retour à 2027 afin de trouver un site mieux adapté.

Pour autant, les occasions de célébrer les cultures africaines ne manqueront pas. Entre Toronto et Milton, à une quarantaine de kilomètres l’un de l’autre, deux festivals complémentaires offriront au public un voyage à travers les traditions, les saveurs et les expressions artistiques du continent.

« Le début du mois d’août est toujours chargé, mais nos événements ne sont pas en concurrence, explique Édith Taki, fondatrice de la Journée internationale de la femme africaine (JIFA). Quelqu’un peut très bien passer une journée à Milton et aller au Festival Habari Africa un autre jour du week-end. L’important, c’est que les gens découvrent la richesse de nos cultures. »

Deux festivals, une même volonté de faire rayonner l’Afrique

S’ils partagent le même objectif de mettre en valeur les cultures africaines, les deux événements proposent des approches bien différentes.

À Milton, Jean Asamoah a lancé le Festival multiculturel africain avec l’idée de créer un grand rendez-vous familial mettant en lumière les communautés africaines, en accordant une place importante à la francophonie.

« Quand je suis arrivé à Milton, je me suis rendu compte qu’il existait peu d’espaces où les communautés africaines francophones pouvaient se retrouver et célébrer leur culture », raconte-t-il.

Cette année, l’évènement réunira une douzaine d’artistes et de groupes, parmi lesquels Abel Maxwell, Amara Kanté, AfroNation ou encore les Toronto Burundi Drummers. Les visiteurs pourront également découvrir un village africain, des kiosques de gastronomie, des ateliers culturels, un espace jeunesse et des démonstrations de percussions et de danse, dans une ambiance pensée pour toute la famille.

Le Festival multiculturel africain de Milton célèbre sa sixième édition, le samedi 8 août, au parc communautaire de Milton.
Photo : gracieuseté Akwaba Cultural Exchange

À Toronto, le Festival Habari Africa célèbrera pour sa part sa 13e édition au Centre Harbourfront. Organisé par Batuki Music Society, il proposera, pendant trois jours des concerts, des projections de films, des ateliers, des expositions, des expériences de réalité virtuelle, une cérémonie traditionnelle du thé sénégalais ainsi que des activités interactives destinées aux enfants et aux familles.

Pour Thierno Soumaré, l’un des organisateurs, la philosophie du festival dépasse les frontières linguistiques.

« Nous ne mettons pas en avant une langue, mais la culture africaine dans toute sa diversité, explique-t-il. Cette année, près de 60 % des artistes sont francophones, mais nous les choisissons avant tout pour ce qu’ils représentent artistiquement. Ce qui nous rassemble, c’est la culture africaine. »

Le Festival Habari Africa se déroule du 7 au 9 août 2026 au Centre Harbourfront de Toronto. Photo : gracieuseté Batuki Music Society

Les femmes africaines à l’honneur

Cette année, le Festival multiculturel africain de Milton accueillera pour la première fois la Journée internationale de la femme africaine (JIFA). Célébrée officiellement chaque 31 juillet à travers le monde, cette journée met à l’honneur les contributions des femmes africaines et afrodescendantes. En Ontario, Édith Taki en a fait un événement local porté par Akwaba Community.

Lancée pendant la pandémie sous forme de rencontres virtuelles, la JIFA ontarienne a progressivement évolué pour devenir un rendez-vous annuel réunissant entrepreneures, professionnelles et leaders communautaires autour d’enjeux économiques et sociaux.

« Nous nous sommes demandé pourquoi organiser deux événements séparés alors que nous poursuivons le même objectif : rassembler les communautés et créer des opportunités, explique-t-elle. En intégrant la JIFA au festival, nos entrepreneures pourront toucher un public plus large et créer de nouveaux partenariats. »

Édith Taki (au centre, en blanc) a fait de la célébration de la Journée internationale de la femme africaine un rendez-vous annuel en Ontario. Photo : gracieuseté

Le thème de cette année, Investir pour recevoir : débloquer des opportunités grâce à la puissance de l’investissement collectif, reflète cette volonté de favoriser les collaborations entre entrepreneures plutôt que les initiatives isolées.

À travers des conférences, des rencontres et le Village des entrepreneures, la journée invitera les participantes à voir plus grand : partager leurs expériences, développer leur réseau et bâtir des projets collectifs capables de renforcer la présence des femmes africaines et afrodescendantes dans le paysage économique ontarien.

« Quand les femmes se soutiennent et investissent ensemble, elles créent davantage d’occasions de réussir », résume Édith Taki.

La culture comme langage universel

La transmission culturelle sera également au cœur des spectacles.

À Milton, le groupe AfroNation fera vibrer le public avec des chorégraphies inspirées de différentes traditions africaines. Pour sa fondatrice, promotrice et chorégraphe, Carine Acquah, chaque représentation est aussi une leçon d’histoire.

« Beaucoup de gens pensent que la danse africaine se résume aux percussions. Pourtant, chaque chanson raconte une histoire et chaque mouvement a une signification. Avant de danser, nous expliquons toujours aux jeunes ce que racontent les paroles afin qu’ils comprennent ce qu’ils transmettent au public. »

Carine Acquah cumule les rôles de promotrice, manager et chorégraphe au sein d’AfroNation, dont elle accompagne le développement artistique. Photo : gracieuseté

Une philosophie qui rejoint celle de Keïla, tête d’affiche du Festival Habari Africa. Artiste franco-comorienne ayant grandi entre les Comores, Madagascar, La Réunion et la France, elle fera découvrir au public torontois un univers où se rencontrent maloya réunionnais, sonorités comoriennes, influences malgaches, afro-soul et musiques urbaines.

Avant son concert du samedi soir, elle animera également un atelier consacré au maloya, tradition musicale de La Réunion inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Pour elle, sa venue à Toronto revêt une portée qui dépasse largement le cadre artistique. « C’est un grand honneur de représenter cette identité plurielle, confie-t-elle. Avant tout, on porte le message qu’il est possible de vivre ensemble et de coexister avec toutes ces différentes cultures. »

De La Réunion à Toronto, Keïla profitera de sa première participation au Festival Habari Africa pour faire découvrir au public un héritage musical encore inédit dans l’histoire du festival. Photo : Nour Aucomte

L’artiste dit avoir été frappée dès son arrivée par le caractère multiculturel de Toronto, une ville où chacun semble pouvoir afficher librement son identité. « On devrait apprendre de villes comme Toronto », estime-t-elle, voyant dans cette diversité une richesse qui fait écho à son propre parcours.

Son concert promet ainsi plus qu’une succession de chansons, mais bien « un voyage », dit-elle, à travers les cultures de l’océan Indien, porté par des messages de paix, de résilience et de guérison.

Une invitation, finalement, à parcourir l’Afrique sans quitter le Grand Toronto, le temps d’un week-end.

« Un recul préoccupant » : un syndicat s’inquiète pour le français à la Défense nationale

OTTAWA- Le syndicat qui représente la majorité des employés de la Défense nationale se dit préoccupé par la récente mesure désignant l’anglais comme langue de travail exclusive dans plus d’une centaine de bureaux au pays, soutenant que des membres francophones en sont « frustrés ». De son côté, le ministre de la Défense, David McGuinty, a cherché à relativiser la portée de la directive.

Après la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et les partis d’opposition à Ottawa, l’Union des employés de la Défense nationale (UEDN) fait entendre ses craintes à son tour.

« Si cette réforme a effectivement pour conséquence que des organisations auparavant reconnues comme bilingues deviennent désormais des milieux de travail où le français ne peut plus être utilisé comme langue de travail, il s’agit d’un recul dont nous nous préoccupons », affirme en entrevue James Potts, vice-président exécutif par intérim de l’UEDN.

Ce syndicat représente le personnel civil de la Défense nationale du Canada et compte plus de 18 000 membres travaillant tant dans le secteur public que privé. Au total, le ministère emploie près de 31 000 fonctionnaires civils.

Depuis la mise en place de la directive, l’organisation syndicale indique avoir reçu, au fil des derniers mois, de nombreuses marques d’inquiétude de la part de travailleurs francophones. Auparavant en poste dans des secteurs bilingues, ceux-ci doivent désormais exercer leurs fonctions dans un environnement strictement unilingue.

« Ces membres sont bilingues, mais ils sont avant tout francophones, et ils sont un peu frustrés. Peut-être qu’ils n’auront plus la même relation avec leur gestionnaire parce que ce dernier sera anglophone et ne comprendra pas complètement ce dont ils parlent », relève le responsable syndical.

Le syndicat estime que les membres francophones ne devraient pas voir « leurs droits ou leurs possibilités de carrière diminuer en raison de changements administratifs », avance M. Potts.

« Nous suivons attentivement la mise en œuvre de cette nouvelle politique. Mais si nous constatons que les droits linguistiques de nos membres sont affaiblis, nous n’hésiterons pas à intervenir auprès du ministère », prévient le dirigeant syndical.

180 bureaux touchés

Questionné lors d’une conférence de presse à Calgary, jeudi, sur la perte de services et de perspectives qu’entraînent de tels changements pour les recrues et les vétérans francophones, le ministre David McGuinty n’a pas répondu directement aux craintes soulevées.

« Je sais qu’il y a eu quelques articles là-dessus. La mise en œuvre des changements qui ont été effectués au niveau du bilinguisme officiel suit de très près des changements qui ont été effectués depuis une dizaine d’années à l’échelle nationale », a-t-il affirmé, vantant au passage la forte hausse du recrutement dans l’armée canadienne au cours de la dernière année.

Dans une infolettre diffusée la semaine dernière, la Défense nationale a annoncé qu’elle restreindrait le droit de travailler en français dans plus d’une centaine de bureaux à travers le pays. La mesure touche autant la fonction publique civile que les membres des Forces armées canadiennes.

Plusieurs bureaux situés dans des régions unilingues, qui bénéficiaient auparavant d’une désignation bilingue, ont vu ce statut révoqué au profit de l’anglais ou du français. Au total, près de 180 unités sont touchées : la grande majorité d’entre elles passeront de bilingues à unilingues anglaises. La désignation de l’anglais comme langue de travail concerne principalement des locaux situés dans certaines régions des Maritimes, de l’Ouest canadien et de l’Ontario (à l’exception d’Ottawa, de l’Est et de certaines zones du Nord). Au Québec, quelques unités passeront également du statut bilingue à unilingue francophone.

La Défense nationale a justifié sa démarche en expliquant qu’auparavant, « plusieurs organisations et unités situées dans des régions unilingues éprouvaient des difficultés à respecter leurs obligations linguistiques, ce qui entraînait des plaintes fondées et de la frustration ».

James Potts indique que l’UEDN avait elle aussi constaté que l’ancienne approche générait de l’insatisfaction parmi ses membres. Certains employés unilingues anglophones auront d’ailleurs accès à de nouvelles possibilités d’avancement grâce à ce changement de statut.

« Mais en contrepartie, la disponibilité des deux langues officielles sur le lieu de travail a été réduite, ce qui va à l’encontre de l’usage des langues officielles au travail », conclut-il.

Sept jeunes de l’Ontario veulent faire sortir le français des salles de classe

OTTAWA – Du 9 au 14 août, sept jeunes francophones de l’Ontario feront partie des 35 élèves réunis à Moncton pour le Forum national des jeunes ambassadeurs et ambassadrices (FNJA). Pour eux, ce séjour sera l’occasion de vivre le français autrement et de rapporter de nouvelles idées dans leurs écoles.

Certains ont nourri leur passion pour le français grâce au théâtre, d’autres à travers la musique ou à l’occasion d’événements comme la Franco-Fête de Toronto et les célébrations du Jour des Franco-Ontariens.

Erik Limarilli, Hannah Qiao et Shiana Lukeeram, tous âgés de 16 ans, font partie des sept élèves ontariens sélectionnés. Les quatre autres sont Alexander Rose et Jiya Monga, de Toronto, Izet Bekiri, de Stouffville, ainsi que Jihye (Sophia) Shin, de Vaughan.

Organisée par Le français pour l’avenir — organisation canadienne qui promeut le bilinguisme cette 22e édition réunira à l’Université de Moncton des élèves de 10e et de 11e année de neuf provinces et de deux territoires différents. Ils participeront notamment à des ateliers sur le leadership, la gestion de projets, la prise de parole en français et le bilinguisme officiel.

Faire vivre le français à Sudbury

Originaire de Sudbury, Erik Limarilli a découvert le programme par le biais d’un enseignant de son école secondaire, Lasalle Secondary School.

Originaire de Sudbury, Erik Limarilli souhaite revenir du Forum avec des idées pour donner une plus grande place au français dans son école. Photo : Gracieuseté

« Je me suis beaucoup intéressé à la manière dont le programme permet d’aider sa communauté, de célébrer le français et d’avoir un impact dans son école », explique-t-il.

L’anglais est sa langue maternelle, mais le jeune homme a commencé à apprendre le français dès la maternelle. Il se souvient particulièrement des célébrations du Jour des Franco-Ontariens, avec leurs chansons, leurs danses et leurs grands drapeaux.

« La francophonie fait partie de notre identité canadienne. La langue française est très importante dans ma vie, parce qu’elle me relie à ma culture et au Canada. »

Même si Sudbury compte une importante population francophone, Erik estime que le français n’est pas suffisamment présent dans son école. Il souhaite donc revenir de Moncton avec des idées d’activités capables de mobiliser ses camarades.

Le jeune Sudburois rêve également de devenir médecin bilingue. « Je pense que les gens devraient pouvoir communiquer dans les deux langues et avoir accès aux services dont ils ont besoin », soutient-il.

Une langue, une passion

À Ottawa, Hannah Qiao fréquente l’école secondaire Merivale. Le français est sa troisième langue, après l’anglais et le mandarin.

Elle a commencé à l’apprendre il y a cinq en tant que matière scolaire, avant d’y développer un véritable attachement.

À l’école secondaire Merivale d’Ottawa, Hannah Qiao a fondé un conseil de français afin de rendre la langue plus accessible et amusante pour les élèves. Photo : Gracieuseté

« Même si ma maîtrise du français n’est pas parfaite, je me suis rendu compte qu’il est important d’oser communiquer et de faire des efforts pour se comprendre en français », confie-t-elle.

Hannah ne s’est pas contentée de suivre ses cours. Elle a fondé le conseil de français de son école et contribué à l’organisation de plusieurs activités, dont des célébrations de la Semaine de la francophonie.

« À l’école, les élèves trouvent souvent que le français est difficile. J’espère trouver des idées d’ateliers et d’événements originaux qui permettront à davantage de personnes d’en découvrir la beauté. »

S’amuser en français 

Pour Shiana Lukeeram, qui habite à Nepean, dans l’ouest d’Ottawa, le Forum représente une occasion de renouer avec une partie de son identité.

Même si l’anglais est aujourd’hui sa langue principale, le français est la première langue dans laquelle elle a appris à lire et à écrire lorsqu’elle fréquentait une école élémentaire francophone.

Ses parents sont originaires de l’île Maurice, où le créole est fortement influencé par le français. Depuis son passage dans une école anglophone, Shiana craint toutefois de perdre progressivement ce lien linguistique.

« Le français fait vraiment partie de moi, mais j’ai l’impression de commencer à le perdre un peu. Je veux me reconnecter à cette partie de moi. »

À son école actuelle, elle suit toujours un programme d’immersion, mais trouve que l’enseignement met surtout l’accent sur la grammaire et la conjugaison.

Pour Shiana Lukeeram, le Forum sera l’occasion de renouer avec une langue associée à son enfance et aux origines mauriciennes de sa famille. Photo : Gracieuseté

« Ce n’est plus aussi amusant. J’aimerais redécouvrir les côtés agréables du français », dit-elle.

Elle souhaite également voir émerger une communauté francophone plus active autour d’elle.

« Je connais beaucoup de personnes qui parlent français, mais elles n’en sont pas nécessairement fières. Je ne vois pas assez de représentation francophone ici. Ce serait bien d’avoir une communauté plus proche, plus enthousiaste et plus active autour du français. »

La participation au FNJA ne s’arrêtera pas au séjour à Moncton. Durant l’année scolaire suivante, chaque jeune devra organiser au moins deux activités destinées à promouvoir le français et le bilinguisme dans son école ou sa communauté.

« J’espère pouvoir rapporter dans ma communauté et mon école tout ce que j’y aurai appris afin de contribuer à faire grandir la francophonie », résume Erik Limarilli.

Des kiosques francophones exclus d’un festival par Santé publique Toronto

TORONTO – Lors du festival Kompa Zouk (FKZO) dimanche dernier, un seul des cinq kiosques de nourriture antillaise préparée par des cuisiniers francophones a pu assurer le service. Selon l’organisatrice, une barrière linguistique a bloqué les échanges avec Santé publique Toronto (SPT), l’agence ne comptant aucun inspecteur bilingue pour faciliter le traitement des candidatures des traiteurs.

« En 18 ans à la barre de ce festival annuel, j’ai du mal à croire ce que nous avons vécu cette année », déplore Marie-Jennyne Mayard, qui a fondé le FKZO en 2008. Elle raconte qu’après que les cinq kiosques aient envoyé leur formulaire rempli à Santé publique Toronto, « la communication est devenue difficile. » Sur les cinq kiosques prévus, un seul a pu être maintenu, et ce, à la suite de lourdes négociations avec l’organisme.

La cuisinière franco-torontoise Carline Semexant, qui devait proposer ses plats au festival pour la première fois, alors qu’elle avait déjà tout préparé et payé la location de sa tente, qualifie cette situation de sabotage : « La personne responsable nous a rendu la vie dure. » Elle explique que les vendeurs sont restés sans réponse de SPT après avoir soumis leurs formulaires sanitaires, lesquels précisaient la liste des ingrédients, leur provenance, le menu et un schéma d’aménagement des tentes.

Formée en 2018 par le chef torontois Guy Dongué, Carline Semexant devait présenter ses créations culinaires lors de cette édition du Festival francophone FKZO. Photo : Gracieuseté

Les imprévus ont entraîné des pertes pour les vendeurs concernés : « Je me suis rendue jusqu’à Montréal pour acheter des ingrédients haïtiens. » La cuisinière évalue ses pertes à 2500 $, sans aucune perspective de dédommagement pour le moment.

Un inspecteur bilingue réclamé : Santé publique Toronto dément

« On a demandé un inspecteur bilingue parce qu’il y avait une barrière linguistique avec les vendeurs. SPT m’a informée par téléphone qu’il n’y en avait pas. Par la suite, l’inspecteur en question s’est contenté de refuser les candidatures de nos vendeurs la veille », évoque l’organisatrice.

Dans une déclaration envoyée à ONFR, SPT déclare au contraire que « durant ce processus de consultation, aucune demande d’inspecteur bilingue n’a été adressée au SPT ». Selon eux, « les fournisseurs n’ont pas fourni suffisamment d’informations à l’inspecteur concernant ces derniers et les aliments et boissons proposés. Par conséquent, il n’a pas pu examiner les dossiers ni consulter tous les fournisseurs participants avant l’événement. »

La Perle des Antilles était le seul kiosque francophone retenu. Photo : Gracieuseté

Mme Mayard martèle pourtant que les formulaires avaient été envoyés depuis le 19 juin après quoi elle a multiplié les démarches auprès de SPT, sans jamais réussir à joindre le responsable : « Il n’a jamais pris mon appel parce que j’exigeais quelqu’un de bilingue », affirme-t-elle. « L’inspecteur a également partagé par courriel des informations et des ressources sur la sécurité alimentaire avec l’organisateur, afin qu’il les diffuse aux fournisseurs participants, car leurs coordonnées n’avaient pas été communiquées directement au service de santé publique de Toronto (TPH) », affirme l’organisme.

Mme Mayard rétorque : « Après avoir été notifiés que c’était incomplet, les vendeurs ont renvoyé les formulaires, puis nous n’avons plus eu de nouvelles. Certains d’entre eux ont alors appelé l’inspecteur, mais il ne comprenait pas, donc il a raccroché. »

« On a retiré les kiosques de nos mains pour les donner aux autres »
— Carline Semexant, restauratrice

« C’est incompréhensible. Nous avons beaucoup de questions », confie l’organisatrice. « Nous sommes un festival francophone, pourquoi ne peut-on pas avoir un représentant de SPT francophone aussi? », se demande-t-elle.

Par ailleurs, Mme Semexant s’indigne que d’autres kiosques non affiliés au festival étaient présents sur les lieux : « On a retiré les kiosques de nos mains pour les donner aux autres. C’est comme si on nous avait repris notre patrimoine pour leur donner. »

Marie-Jennyne Mayard déplore qu’aucun inspecteur de Santé publique Toronto (SPT) ne parle français. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Certains vendeurs ayant eu l’impression que leurs préoccupations n’ont pas été prises en compte entendent retenter leur chance l’an prochain. « On doit trouver une solution pour que ça ne se reproduise plus. »

« Ne vous découragez pas! » lance aux vendeurs Mme Mayard qui souhaite faire évoluer le festival d’ici l’an prochain et qui espère que cet incident linguistique n’entamera pas la confiance des jeunes entrepreneurs.



400 000 dollars pour soutenir les victimes francophones de la traite de personnes

Deux organismes ontariens ont reçu un financement total de presque 400 000 dollars pour appuyer des campagnes de sensibilisation francophone en milieu minoritaire pour soutenir les victimes de la traite de personnes et offrir un accès aux services socio-juridiques en français pour les survivantes.

Le ministre de la Justice du Canada, Sean Fraser, a récemment annoncé un investissement de 3,35 millions de dollars pour soutenir les victimes et survivantes de la traite des personnes. Le montant sera versé à neuf organismes impliqués dans cette lutte.

Deux de ces neuf organismes visent à répondre aux besoins de la communauté francophone. Réseau-Femmes du Sud-Ouest de l’Ontario, un organisme référence d’aide aux femmes francophones basé à Windsor, reçoit la somme de 312 728 dollars pour sensibiliser le public.

L’organisme sudburois Angels of Hope Against Human Trafficking, obtient 85 640 dollars pour accroître l’accès aux services en français pour les survivantes.

Pour le ministre, cet investissement « marque une étape importante dans nos efforts pour mettre fin à la traite de personnes et pour renforcer un système de justice qui répond aux besoins des victimes et des personnes survivantes, tout en accordant la priorité à leur sécurité et à leur dignité », affirme-t-il par communiqué.

Le financement, qui provient du Fonds d’aide aux victimes et du Fonds d’appui à l’accès à la justice dans les deux langues officielles, s’inscrit dans le cadre de la stratégie fédérale d’aide aux victimes du gouvernement, qui avait lancé un appel à projets fin 2025. Cette démarche visait à accorder des financements prioritaires aux organismes agissant contre les violences sexuelles et en faveur de la justice réparatrice.

De 2014 à 2024, le gouvernement recense plus de 5000 affaires de traite de personnes déclarées au Canada, 93 % des victimes étant des femmes. « Les femmes autochtones, racisées, immigrantes, sont surreprésentées parmi les victimes », explique Medleen Menelas, coordinatrice des projets au Réseau-Femmes du Sud-Ouest de l’Ontario.

Windsor, un point de sensibilisation stratégique

À travers le projet Justice et liberté, le Réseau-Femmes du Sud-Ouest de l’Ontario compte utiliser ce financement pour sensibiliser la communauté de Windsor aux réalités du trafic humain, un fléau répandu dans la province. « D’après nos recherches, 67 % des cas signalés au Canada sont en Ontario. On est la province la plus touchée », ajoute celle-ci.

Pendant deux ans, Mme Menelas et la directrice générale de l’organisme, Danielle Péladeau, rêvent de mettre sur pied un projet de sensibilisation. Pour celles-ci, la position de Windsor est stratégique dans le réseau criminel lié à la traite des personnes : la ville est un axe majeur de trafic humain, du fait de sa proximité avec l’autoroute 401, le pont Ambassadeur, ou encore le nouveau pont Gordie-Howe, des voies frontalières entre le Canada et les États-Unis.

Actif depuis 1991, le Réseau-Femmes du Sud-Ouest de l’Ontario compte mener des campagnes de sensibilisation en français contre la traite de personnes. Photo : gracieuseté de Medleen Menelas

« Il y a 40 000 usagers qui transitent chaque jour et entre 7000 et 8000 camions commerciaux qui traversent le pont. 12 000 véhicules de particuliers traversent également la frontière. Ça crée un environnement propice au recrutement, au transit, et à l’exploitation des victimes de la traite », affirme la coordinatrice des projets au Réseau-Femmes.

Avec le financement octroyé, l’organisme compte diffuser une campagne de sensibilisation francophone soutenue dans le Sud-Ouest.

Des ressources régionales existent, mais presque uniquement en anglais, déplore Mme Menelas. Pour sa première phase, le projet s’appuiera sur des collaborations avec des centres de santé communautaires, des écoles, des associations ethnoculturelles, et des espaces publics afin de diffuser des informations préventives.

« Nous voulons vraiment outiller la population, leur donner suffisamment d’informations pour qu’elle soit outillée par rapport à la traite, pour savoir ce que c’est, notamment le grooming (processus de sollicitation/de mise en confiance) », soutient-elle.

Pour la deuxième phase, l’organisme compte proposer de l’accompagnement en français. « À travers des cliniques mobiles gratuites et confidentielles, on ira dans les différentes régions de Windsor pour proposer des avocats ou des personnes spécialisées. »

Du soutien en français dans le Nord et plus encore

Créé en 2015 par Cristina Scarpellini, Angels of Hope Against Human Trafficking est un organisme à but non lucratif destiné à soutenir les survivantes de la traite des personnes. La fondatrice et directrice avait remarqué que les survivantes francophones n’avaient pas accès à des services en français.

« Beaucoup de personnes parlent français, dont beaucoup de victimes. C’est leur langue de préférence. Ce serait juste de leur parler et d’offrir des services dans leur langue de préférence. C’est le Canada, il y a donc bien deux langues  ».

En décembre 2025, elle présente son projet d’expansion de ses services en français au ministère de la Justice du Canada. Son organisme reçoit alors la somme de 85 640 dollars, ce qui lui permet l’embauche d’une travailleuse sociale francophone, Megan Parent. Celle-ci va non seulement accompagner les victimes et survivantes dans leurs démarches socio-juridiques, mais aussi offrir de l’accompagnement social lié au bien-être.

Cristina Scarpellini, fondatrice de Angels of Hope Against Human Trafficking, mène un projet d’accès aux services en français pour les survivantes francophones de traite de personnes. Photo : gracieuseté

Le mandat de l’organisme vise à promouvoir ces services spécialisés, notamment du soutien judiciaire. « On veut les mettre en contact avec des avocats. S’il y a des cas qui aboutissent au tribunal, on peut se présenter en personne avec elles pour qu’elles soient plus à l’aise ».

Il s’agit également de proposer des services d’accompagnement, des groupes de soutien aux pairs en français, ainsi que des activités de sensibilisation et de mobilisation.

Moins d’une semaine après l’annonce, la directrice rapporte que déjà sept victimes francophones ont sollicité l’organisme pour obtenir du soutien. Avec ce financement, l’organisme souhaite répondre à un besoin national auprès des survivantes francophones. « On compte envoyer une lettre à des organisations pertinentes à travers le Canada pour leur faire part de nos programmes et services afin qu’elles puissent nous recommander à des survivantes qui parlent français », dit Mme Scarpellini.

Pour la travailleuse sociale, ces services sont une véritable ligne de survie pour les victimes. « La traite de personnes a un impact très important au Canada. Ça touche plusieurs personnes, des familles, des communautés. Les survivantes peuvent vivre des traumatismes physiques, psychologiques, beaucoup d’isolement et d’anxiété, confie-t-elle, c’est essentiel d’offrir de la prévention, du soutien spécialisé, un meilleur accès à la justice, et des services en français. »

De l’aventure à la crainte du futur : Mylène Coulombe-Gratton

Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici

À Hearst, Mylène Coulombe-Gratton est une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux. Guidée par une passion viscérale pour le plein air et les grands espaces du Nord, elle a choisi de mordre dans la vie à pleines dents en devenant entrepreneure dès l’adolescence. C’est à cet âge qu’elle lance sa propre entreprise d’expédition, un projet né de son amour pour l’adrénaline, une flamme allumée très jeune par ses propres parents.

Aujourd’hui, au début de la vingtaine, elle guide des groupes à travers des aventures nordiques inoubliables. Pourtant, derrière la guide d’expédition intrépide se cache aussi une jeune femme en pleine réflexion. Mylène partage avec beaucoup de transparence ses craintes face à la maternité. Très attachée à son indépendance et à son rythme de vie intense, elle s’interroge sur les conséquences potentielles d’une grossesse sur son corps et, surtout, sur son mode de vie actif. Trouver l’équilibre entre sa vision de l’avenir et sa liberté demeure, en ce moment, son plus grand défi.

« Une très mauvaise décision » : inquiétude après le recul du français à la Défense nationale

OTTAWA- La décision de la Défense nationale d’imposer l’anglais comme langue de travail dans plus d’une centaine de bureaux envoie un mauvais signal, selon la francophonie canadienne et les partis d’opposition à Ottawa.

« Je pense que c’est une très mauvaise décision », réagit en entrevue le directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Alain Dupuis, qui craint le mauvais message que cela pourrait envoyer ailleurs dans l’appareil fédéral.

« On ne veut absolument pas que la norme dans les ministères devienne de revoir à la baisse leurs obligations linguistiques, plutôt que de trouver des solutions créatives pour élargir le droit de leurs employés de travailler en français », signale-t-il.

La Défense nationale a indiqué dans une infolettre, à la fin juillet, qu’elle imposerait l’anglais comme langue de travail dans plus d’une centaine de bureaux à travers le pays, situés hors des régions désignées bilingues.

Cette mesure devrait toucher 180 unités, en majorité situées dans l’Ouest canadien, en Ontario et dans les Maritimes (à l’exception du Nouveau-Brunswick), où il ne sera plus permis d’utiliser le français comme langue de travail. Toutefois, elle pourrait également viser des unités situées au Québec, dont le statut passera de bilingue à unilingue francophone.

Cette mesure s’appliquera autant aux unités des Forces armées canadiennes qu’aux bureaux du ministère de la Défense. Estimant que cette initiative de l’administration fédérale va à l’encontre de la refonte de la Loi sur les langues officielles de 2023, sanctionnée par le gouvernement libéral, la FCFA sollicite l’intervention du ministre des Langues officielles, Marc Miller, ainsi que du ministre de la Défense, David McGuinty.

« Il est essentiel que le pouvoir politique se saisisse du dossier et envoie un signal clair. Enlever des droits linguistiques à des fonctionnaires qui veulent travailler en français ne respecte en rien la lignée des engagements pris par ce gouvernement », mentionne Alain Dupuis.

Sollicité pour commenter la situation, le cabinet du ministre des Langues officielles Marc Miller a plutôt orienté notre demande vers son confrère ministériel responsable de la Défense nationale, dont nous n’avions obtenu aucune réponse au moment de publier ce texte.

Le ministre de la Défense nationale David McGuinty. Photo : compte X officiel de David McGuinty

« C’est un recul énorme : les gens travaillaient en français. Et là, considérant qu’ils ont certaines difficultés, la loi du moindre effort fait en sorte qu’ils reculent et qu’ils réduisent les unités qui utilisent la langue française. C’est inacceptable », dénonce de son côté le député conservateur Joël Godin.

Ce dernier estime lui aussi que le ministre McGuinty se doit d’agir pour mettre cette décision en pause, et déplore la façon dont le tout a été dévoilé.

« Ça a été fait en catimini, de façon subtile et hypocrite. Si c’est leur intention, qu’ils le disent franchement, mais c’est très inquiétant », note l’élu conservateur.

Pour le Bloc Québécois, cette annonce ne vient qu’officialiser ce qui se passe réellement sur le terrain, déplore sa leader parlementaire, Christine Normandin.

« Ça nous fâche, mais malheureusement, on le voit tellement souvent », affirme-t-elle.

« On a souvent entendu des gens qui travaillaient à la Défense, autant des militaires que des civils, venir nous dire sous le couvert de la confidence que c’était impossible de travailler en français », ajoute la députée.

Cette nouvelle directive met fin au statut bilingue des bureaux implantés dans des zones unilingues : la langue de travail y est dorénavant établie principalement selon la région géographique de l’organisation ou de l’unité. Cette ancienne approche « présentait certains défis », a expliqué la Défense nationale.

« Plusieurs organisations et unités situées dans des régions unilingues éprouvaient des difficultés à respecter leurs obligations linguistiques, ce qui entraîne des plaintes fondées et de la frustration », a justifié le ministère dans son infolettre.

Le Commissariat aux langues officielles nous a indiqué que la commissaire, Kelly Burke, n’était pas disponible pour une entrevue, tout en précisant que le bureau avait déjà reçu une plainte au sujet de cette décision de la Défense nationale.

Plus de 5600 nouveaux logements locatifs seront mis en chantier à Toronto

TORONTO – Le gouvernement fédéral accordera 2,7 milliards de dollars à la Ville de Toronto pour y financer 18 projets résidentiels « pour lutter contre la crise du logement », soit plus de 5600 nouveaux logements locatifs, dont 1800 abordables, avec soutien ou à loyer modéré.

Le premier ministre Mark Carney et la mairesse de Toronto Olivia Chow ont conjointement annoncé à Toronto un nouvel accord sur le logement entre le gouvernement du Canada et la Ville de Toronto.

Au cours des trois prochaines années, le gouvernement canadien investira plus de 2,7 milliards de dollars pour réaliser plus de 18 projets résidentiels dans toute la ville, soit 5600 nouveaux logements locatifs, dont plus 1800 seront des logements abordables, des logements avec soutien ou à loyer modéré.

La Ville contribuera, elle, par le biais de cessions de terrains municipaux cédés et de 530 millions de dollars en capital et incitatifs (dont des exonérations de taxes foncières sur 99 ans).

« Ces terrains publics sous-utilisés seront mis au service de la population. On y bâtira des communautés dynamiques à revenus mixtes dans lesquelles les habitants de Toronto pourront s’épanouir pendant des générations. Cette mesure permet également à la Ville de conserver des actifs précieux pour les années à venir », a commenté M. Carney.

« Ce ne sont pas des condominiums de luxe dont les Torontois ont besoin, mais de logement abordable (…) Plusieurs Torontois ont des difficultés à payer leur loyer et nous voulons changer ça », a prononcé le premier ministre, ajoutant que ce n’était qu’un début.

Travaux lancés fin 2026

Tous les logements proposés seront destinés à la location, comprenant logements abordables, logements supervisés, des logements à loyer indexé sur le revenu et des logements assujettis au contrôle des loyers à travers deux volets.

Les logements hors marché, par l’intermédiaire de Maisons Canada, seront détenus et gérés par les oorganisations à but non lucratif, des coopératives de logement ou des organismes publics et gouvernementaux, concerneront neuf projets, soit 1900 logements, représentant un investissement de 310 millions de dollars du fédéral.

Le deuxième volet, les logements du marché (via Programme de prêts pour la construction d’appartements de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), seront des logements loués au prix du marché et bâtis par des promoteurs privés, soit 3700 logements.

Là encore neuf projets immobiliers pour lesquels le fédéral injectera 1,8 milliard de dollars. Leur construction à grande échelle permettant d’alléger la pression sur l’ensemble du système, estime Ottawa.

« Ces logements aideront des dizaines de milliers de personnes, s’est réjouie Olivia Chow. Pour la première fois, les loyers sont en baisse grâce à nos efforts collectifs ».

Parmi les projets cités, le Parkdale Hub, un nouveau complexe résidentiel de 16 étages visant à offrir des logements abordables, le 158 Borough Drive à Scarborough, avec logements pour familles, aînés et travailleurs essentiels, ou encore le 15, avenue Denison, soit 100 logements avec soutien, géré par une communauté autochtone.

80 % du portefeuille (soit plus de 4500 logements) verra ses premiers coups de pelle donnés avant la fin de l’année 2026. Le projet promet également de soutenir 2100 emplois directs par an pendant toute la durée des travaux.

Vers un premier réseau de transport en commun à Russell?

EMBRUN — La municipalité de Russell mène actuellement une étude de faisabilité afin d’évaluer la pertinence d’implanter un réseau de transport en commun local sur son territoire. Dépourvue de service municipal organisé à ce jour, la collectivité souhaite déterminer si l’augmentation de la population et l’ouverture imminente de ses nouvelles infrastructures publiques justifient une telle offre de mobilité.

Actuellement, les déplacements sur le territoire de la municipalité reposent principalement sur l’entraide individuelle et sur les services offerts par des organismes communautaires. Les Services communautaires de Prescott et Russell ont notamment soutenu plus de 3000 trajets au cours de la dernière année dans le secteur d’Embrun et Russell.

Un service desservant la liaison vers Ottawa avait été annulé en décembre 2020 en raison des répercussions de la pandémie et de ses coûts pour la collectivité, laissant la desserte interurbaine aux mains du secteur privé.

« Dans notre municipalité, en ce moment, nous n’avons pas de transport en commun en tant que tel », indique le maire de Russell, Mike Tarnowski.

« Ensuite, c’est vraiment la famille et les amis qui s’entraident pour ces besoins-là. Nous n’avons rien d’organisé. »

Selon les données de la municipalité, la forte expansion du parc industriel, situé en bordure de l’autoroute, et à l’écart des villages, crée de nouveaux besoins de mobilité pour la main-d’œuvre locale. Photo : gracieuseté de la municipalité de Russell

Consultations citoyennes et collecte de données

Afin de mesurer le besoin réel, la municipalité a confié la réalisation de l’étude à la firme spécialisée torontoise Left Turn Right Turn. Lancés en juin, les travaux incluent un questionnaire en ligne ouvert jusqu’au 9 août pour permettre aux résidents de partager leurs habitudes de déplacement.

« Notre objectif est d’évaluer et de comprendre la faisabilité d’un tel service au sein de la commune », précise Jordan Papazoglou, expert principal en transport pour la firme Left Turn Right Turn.

« Actuellement, nous mettons tout en œuvre pour dresser un tableau complet des besoins. Cela inclut les commentaires du public par le biais du sondage, mais aussi des échanges avec les groupes communautaires, divers comités municipaux, les membres du conseil et le personnel. »

L’équipe d’experts analyse également les données démographiques de la municipalité, les politiques existantes et l’historique d’achalandage des services passés.

Cibler les besoins locaux : emploi, aînés et jeunesse

La démarche vise principalement à analyser les déplacements internes à la municipalité, notamment pour faciliter l’accès aux zones commerciales, au parc industriel, mais aussi aux futurs lieux de rassemblement municipaux.

« Notre communauté est en pleine croissance », explique le maire Tarnowski.

« Nous avons beaucoup plus de résidents. Nous avons aussi un agrandissement assez important de notre parc industriel, qui n’est pas loin de l’autoroute mais qui ne se situe pas directement à proximité de nos villages. Nous ressentons quand même un besoin de transport en commun dans les limites de la municipalité. »

L’initiative de transport cible ainsi plusieurs groupes de la population, dont les aînés, les personnes ayant des besoins en matière d’accessibilité, les travailleurs et la jeunesse.

Le maire de Russell, Mike Tarnowski, estime qu’il y a plusieurs avantages à la création d’un réseau de transport collectif dans sa localité. Photo : gracieuseté de la municipalité de Russell

« Il y a plusieurs marchés visés, précise le maire. Ce serait d’abord les aînés, pour se rendre aux services, aller chez le médecin, à la clinique ou faire des achats. Ensuite, nous avons les jeunes qui cherchent un emploi ou qui souhaitent accéder au nouveau complexe récréatif. »

Il souligne également l’importance de faciliter la mobilité vers les zones d’emploi : « L’autre aspect à observer, c’est le besoin d’accessibilité dans notre parc industriel. Est-ce que les employeurs aimeraient voir cela pour accéder plus facilement à de la main-d’œuvre? »

Plusieurs modèles à l’étude d’ici la fin 2026

La municipalité s’inspire d’expériences similaires menées dans d’autres localités ontariennes, comme à Kemptville, Pembroke ou North Grenville, où le transport à la demande connaît un succès notable.

Il reste toutefois prématuré de déterminer la formule exacte qui pourrait être retenue pour Russell. « De nombreux services voisins dans l’est de l’Ontario offrent un service à la demande, mais chaque communauté est différente, indique Jordan Papazoglou. Tout au long de ce processus, nous allons examiner de nombreuses options, y compris un service à itinéraire fixe. »

Une fois la consultation publique terminée, l’équipe d’ingénierie et d’urbanisme poursuivra ses analyses au cours de l’automne afin de développer différents scénarios de services et d’en évaluer les coûts financiers.

« Notre intention est de présenter nos conclusions au conseil avant la fin de 2026 », confirme Jordan Papazoglou. La décision finale de déployer ou non un réseau reviendra ensuite aux élus municipaux.

Un complexe récréatif majeur prêt cet automne

L’enjeu de la mobilité devient d’autant plus stratégique que la municipalité s’apprête à inaugurer prochainement son nouveau complexe récréatif de 105 millions de dollars, comprenant une piscine intérieure, des surfaces de glace et une salle communautaire. L’accès à ce pôle central représentera un test concret pour le réseau de transport potentiel.

Sur le chantier, les travaux entamés depuis la première pelletée de terre en 2024 tirent à leur fin, au grand plaisir de l’administration locale.

Le complexe récréatif de Russell comprendra trois patinoires avec une capacité totale de 752 places, une salle communautaire de 10 000 pieds carrés, une piscine de 25 mètres sur six couloirs et des vestiaires inclusifs. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Au début, notre échéancier original prévoyait une ouverture à la fin octobre, et là, nous sommes peut-être une ou deux semaines plus tard que cela. Nous parlons donc du mois de novembre de cette année », se réjouit Mike Tarnowski.

« Je peux même rapporter que nous sommes sous notre budget. Tout va très bien, et nous planifions d’ouvrir cet automne avec un gros lancement », conclut-il.

En parallèle, l’ouverture du nouveau complexe récréatif amène la municipalité à réfléchir au sort des infrastructures existantes qui deviendront caduques à Embrun et à Russell, incluant deux arénas, des centres communautaires et une piscine extérieure.

Une consultation citoyenne se poursuivra au cours des prochains mois afin d’en évaluer les coûts, les besoins futurs et la viabilité de nouvelles vocations d’ici l’été prochain.

Athlétisme : Zachary Jeggo, construire l’avenir une foulée à la fois

Champion canadien U20 du 400 mètres il y a quelques semaines, Zachary Jeggo s’est ensuite consacré à sa préparation en vue des Championnats du monde U20, qui débutent ce 5 août à Eugene, en Oregon, jusqu’au 9 août. Entre une saison perturbée par une blessure, un travail mental approfondi et un encadrement partagé entre Ottawa et Vancouver, le Franco-Ontarien estime n’avoir encore montré qu’une partie de son potentiel.

La saison de Zachary Jeggo n’a pas suivi le parcours qu’il avait imaginé.

Au printemps, une blessure contractée alors qu’il se trouvait avec l’équipe canadienne aux Relais mondiaux au Botswana est venue ralentir sa progression et l’a privé d’une première expérience sur la piste avec la sélection senior.

Quelques semaines plus tard, le Franco-Ontarien avait toutefois retrouvé le sourire en remportant le titre canadien U20 du 400 mètres, une victoire qui lui permet désormais d’aborder les Championnats du monde juniors avec davantage de sérénité.

« La saison a été un peu difficile, surtout à l’extérieur avec les blessures. Mentalement aussi, ça n’a pas été facile. Cette victoire enlève beaucoup de pression et me permet de me concentrer pleinement sur les Championnats du monde U20 », explique-t-il.

Son entraîneuse à l’Université Simon Fraser, Brit Townsend, voit dans cette saison une preuve de la maturité de son athlète. « Ce qui m’impressionne le plus chez Zach, c’est sa maturité. Il est très posé dans les situations de compétition et il a toujours eu de grands objectifs. Il possède aussi la confiance nécessaire pour atteindre le plus haut niveau », souligne-t-elle.

Une préparation tournée vers les Mondiaux

Contrairement à d’autres athlètes qui multiplient les compétitions estivales, Jeggo adopte désormais une approche beaucoup plus mesurée. Chaque course est pensée comme une étape vers les Championnats du monde U20 de Eugene.

« Le plus important, c’est d’être en santé. Il y aura toujours des occasions de courir, mais je veux être à 100 % pour les Championnats du monde », affirme-t-il.

Lors des Championnats canadiens U20, il s’était d’ailleurs fixé un objectif bien différent de la victoire. « Je voulais simplement courir, prendre du plaisir et ne pas penser aux temps. Gagner, c’était un bonus. »

Champion canadien U20 du 400 mètres, Zachary Jeggo célèbre une victoire qui récompense plusieurs mois de travail et de persévérance. Photo : Brian Rouble/Mundo Sport Images

Cette philosophie rejoint celle de son encadrement, qui privilégie une progression durable plutôt qu’une recherche immédiate de performances. « Il faut continuer à construire progressivement. Nous ne voulons pas faire de grands bonds qui pourraient entraîner de nouvelles blessures. L’objectif est de progresser régulièrement tout en restant en bonne santé », explique Brit Townsend.

Trois entraîneurs, un seul projet

Derrière les progrès de Zachary Jeggo se cache une organisation bien rodée. Pendant l’année universitaire, il s’entraîne à l’Université Simon Fraser, où Tom Dickson est son entraîneur principal au quotidien. De son côté, Brit Townsend, entraîneuse-chef du programme d’athlétisme, supervise notamment sa planification des compétitions, assure le lien avec Athlétisme Canada et veille à ce qu’il bénéficie de l’encadrement médical et scientifique nécessaire à son développement.

L’été, lorsqu’il rentre à Ottawa, il retrouve son entraîneur de longue date, Richard Johnston, qui poursuit le travail entrepris à Vancouver. « Tom a été son entraîneur principal cette année. Je m’assure que son calendrier de compétitions soit adapté, je communique avec les membres de l’équipe nationale et je veille à ce qu’il reçoive tout le soutien dont il a besoin. Quand il retourne à Ottawa, Richard poursuit le travail. Nous avançons tous vers les mêmes objectifs », résume Mme Townsend.

Une préparation plus complète

Cette saison a également marqué un tournant dans la façon dont Zachary Jeggo prépare ses compétitions. Après plusieurs mois perturbés par les blessures, le Franco-Ontarien a commencé à travailler avec une psychologue sportive afin de mieux gérer la pression des grands rendez-vous.

« Elle m’a expliqué que le stress voulait simplement dire que j’étais prêt à courir. Je devais rester concentré sur mon couloir et faire confiance au travail réalisé », raconte-t-il.

Ce travail mental s’accompagne également d’un développement physique plus poussé. À Simon Fraser, son programme comprend davantage de séances ciblées en salle de musculation, ainsi qu’un suivi étroit en préparation physique et en médecine sportive afin de lui permettre d’enchaîner les entraînements sans rechute.

« Nous voulons continuer à construire ce qu’il a déjà. La clé, c’est qu’il puisse s’entraîner de façon constante sur une longue période », explique Brit Townsend.

Pour son entraîneuse, cette régularité est essentielle. Plus que la recherche de gains rapides, c’est l’accumulation d’entraînements de qualité qui lui permettra de franchir un nouveau cap dans les prochaines années.

Les Mondiaux comme tremplin

Si Jeggo est convaincu qu’il peut bientôt courir sous les 46 secondes et s’approcher des 45, son entourage préfère regarder plus loin que le simple chronomètre.

« Je pense qu’il est tout à fait capable d’atteindre ces objectifs. Il faut simplement continuer à faire ce que nous faisons, le garder en bonne santé et poursuivre sa progression étape par étape », estime son entraîneuse.

À 19 ans, Zachary Jeggo n’envisage pas les Championnats du monde U20 comme une finalité, mais comme une nouvelle étape dans son développement. Photo : Brian Rouble/Mundo Sport Images.

Pour l’entraîneure de Simon Fraser, les Championnats du monde U20 représentent avant tout une occasion d’acquérir une expérience précieuse dans un environnement de haut niveau.

« Ce sera une expérience fantastique. Les athlètes vont découvrir ce que représente un véritable championnat international : vivre au village, suivre les protocoles, gérer les salles d’appel… Toutes ces expériences les aideront énormément pour la suite de leur carrière. »

Pour Jeggo, cette compétition constitue donc bien plus qu’un rendez-vous estival : elle représente une nouvelle étape dans son apprentissage du haut niveau.

Une carrière qui se construit

À seulement 19 ans, le Franco-Ontarien sait que le chemin est encore long. Son objectif est de poursuivre sa progression avec Simon Fraser, de continuer à s’imposer parmi les meilleurs athlètes universitaires nord-américains et, à terme, d’intégrer durablement l’équipe nationale canadienne.

Brit Townsend en est convaincue, son potentiel lui ouvre les portes de ce niveau. « Je pense qu’il est capable de devenir un membre de l’équipe nationale. Il existe un parcours de performance avec Athlétisme Canada et il est au début de ce chemin. Son meilleur moment viendra peut-être davantage vers 2032, mais il pourrait aussi avoir des opportunités avant cela, notamment avec les relais », explique-t-elle.

Pour l’instant, Zachary Jeggo préfère toutefois garder les yeux rivés sur l’objectif le plus proche. Après une saison où il a appris à composer avec les blessures, à renforcer son approche mentale et à bâtir sa progression avec patience, les Championnats du monde U20 constituent une nouvelle occasion de mesurer le chemin parcouru.

Défense nationale : le français se fait montrer la porte dans une centaine d’unités

Quelques mois après le Collège militaire royal de Kingston, c’est au tour de plus d’une centaine d’autres unités de la Défense nationale de devoir désormais prioriser l’anglais comme langue de travail, au détriment du français.

La Défense nationale a indiqué, dans une infolettre publiée à la fin juillet, qu’elle supprimait la désignation linguistique bilingue de près de 180 unités. Celles-ci deviendront en majorité unilingues anglaises, selon des informations d’abord rapportées par Le Devoir. Ce changement s’applique autant aux Forces armées canadiennes (FAC) qu’aux bureaux du ministère.

« Cette approche (bilingue) présentait certains défis. Plusieurs organisations et unités situées dans des régions unilingues éprouvaient des difficultés à respecter leurs obligations linguistiques, ce qui entraînait des plaintes fondées et de la frustration », justifie la Défense nationale dans son infolettre.

La Défense nationale explique qu’en vertu d’une nouvelle directive, la langue de travail est désormais déterminée principalement en fonction de la région où se trouve l’organisation ou l’unité, mettant ainsi fin au statut bilingue de bureaux situés dans des zones unilingues.

« En d’autres mots, on ne parle plus d’organisation ou d’unité anglaise, française ou bilingue. On parle désormais de la région linguistique dans laquelle l’organisation ou l’unité exerce ses activités », précise le ministère fédéral.

Cette directive, introduite en 2025, concerne principalement des bureaux et des unités situés dans l’Ouest canadien, dans les Maritimes et dans certaines régions de l’Ontario. Elle pourrait toutefois aussi toucher des unités au Québec, qui passeront de bilingues à unilingues francophones.

Selon la désignation linguistique du gouvernement fédéral, l’ensemble du Nouveau-Brunswick ainsi que certaines régions précises du Québec et de l’Ontario possèdent un statut bilingue. En revanche, l’anglais est établi comme langue officielle de travail dans le reste du pays (à l’exception du Québec), les activités devant s’y dérouler « principalement dans la langue officielle prédominante de la province ou du territoire où elles sont établies ».

En Ontario, outre Ottawa, les unités implantées dans l’Est de la province et dans certaines villes du Nord, comme Sudbury ou le district de Cochrane, se trouvent dans des régions bilingues.

Avant ce changement, selon des données tirées de rapports de la Défense nationale, le nombre de bureaux et d’organisations considérés comme bilingues au sein des Forces armées s’élevait à 436.

Cette modification s’apparente au cas du Collège militaire royal de Kingston, dont le statut est passé de bilingue à unilingue anglophone en mai dernier. En vertu de cette directive, l’administration interne, les réunions du personnel et les services centraux y sont menés principalement en anglais, tandis que les services au public et l’instruction demeurent disponibles dans les deux langues. La commissaire aux langues officielles avait confirmé l’ouverture d’une enquête concernant l’institution militaire.

Un ministère problématique?

Au cours des dernières années, le nombre de plaintes déposées contre la Défense nationale auprès du Commissariat aux langues officielles (CLO) a fluctué, selon des données transmises par l’organisme en février dernier. L’institution s’est classée au 2ᵉ rang de l’appareil fédéral en 2018-2019 avec 82 plaintes, puis au 4ᵉ rang en 2019-2020 avec 77 plaintes, avant de devenir l’organisation la plus visée en 2020-2021 en enregistrant 140 plaintes.

Toutefois, entre 2021 et 2024, le volume de plaintes a connu une baisse importante, oscillant entre 26 et 49 par an. Par conséquent, la Défense nationale ne figurait plus parmi les cinq organisations fédérales faisant l’objet du plus grand nombre de signalements.

Loi C-12 : le durcissement des règles d’accès à l’asile au Canada inquiète

TORONTO – Depuis son entrée en vigueur en mars dernier, la loi C-12 s’attelle à accélérer le traitement des demandes d’asile au Canada en écartant automatiquement celles présentées plus d’un an après l’entrée initiale au pays. Si Ottawa entend moderniser le système, des experts et des organismes jugent ce durcissement comme un recul historique des droits des réfugiés, parmi lesquels des demandeurs francophones comme Ash Cinder, pour qui les portes de l’asile sont en train de se refermer.

Destinée à freiner les recours abusifs, l’entrée en vigueur de la loi C-12 a contraint 300 000 demandeurs d’asile à justifier d’urgence leur dépôt tardif. À ce jour, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) estime qu’environ 40 % des demandes d’asile soumises entre juin et octobre 2025 sont concernées, autrement dit 19 000 demandes sur 50 000.

Étudiant en entrepreneuriat social, Ash Cinder, qui témoigne sous un autre nom pour préserver son anonymat, est arrivé à Montréal en 2023. Après que son orientation sexuelle a été révélée à sa famille restée en Algérie, il a été contraint de se réorienter au Collège Boréal de Toronto. En effet, cette dernière lui a coupé immédiatement tout soutien financier, y compris le paiement de ses frais de scolarité.

« Je me considère à 100 % Franco-Ontarien car c’est ici que je suis devenu qui je suis vraiment », affirme Ash Cinder.

Après avoir reçu des menaces de membres de sa communauté d’origine établis ici, il s’est décidé à soumettre une demande d’asile. Il explique que ce changement de circonstances, imprévisible au moment de son arrivée, l’oblige désormais à demeurer au Canada pour assurer sa sécurité : « Si je retourne en Algérie, je risque jusqu’à deux ans de prison. Puis, pour ma famille, être gay, c’est pire que tout », confie celui-ci, pour qui demander l’asile représente sa survie.

Pour Ash, participer à son tout premier défilé de la Pride, cette année à Toronto, représente une célébration de qui il est. Photo : Gracieuseté

« S’il s’avère que votre demande d’asile est irrecevable pour être transmise à la Section de la protection des réfugiés, vous ferez l’objet d’une mesure de renvoi du Canada », peut-on lire dans la lettre d’IRCC qu’il a reçue en raison du retard de son dossier.

Selon Jean-Nicolas Yacoub, avocat au Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), « on assiste à une perte de confiance dans le système d’immigration, notamment depuis la montée exponentielle du nombre de demandes depuis la pandémie. Ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’ils cherchent avant tout à réduire le nombre d’immigrants au Canada », lance l’avocat.

Cette mesure précarisait les personnes LGBTQ+ et les victimes de violence conjugale en quête de sécurité, estime Joshua Eisen, intervenant auprès des demandeurs d’asile au FCJ Refugee Centre de Toronto, et « leur enlève un droit fondamental protégé à l’échelle internationale ».

Un processus d’asile strict presque sans recours?

Pour M. Yacoub, cette nouvelle réglementation de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) s’inspire du modèle américain qui impose déjà un délai strict d’un an pour déposer sa demande.

« Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que la loi aux États-Unis est différente de la nôtre et comporte des exceptions. Pour nous, ce n’est pas encore le cas, mais on croit que ça va changer avec le temps », note le juriste.

Jean-Nicolas Yacoub accompagne depuis des années de nombreux demandeurs d’asile au Centre francophone du Grand Toronto (CFGT). Photo : Gracieuseté

Actuellement, les mineurs ainsi que les personnes soumises à un examen des risques avant renvoi (ERAR) peuvent être exemptés. Toutefois, M. Yacoub précise que « le processus d’ERAR va être tout aussi long que de faire une demande d’asile », sachant qu’un tel dossier nécessite généralement deux ans de traitement.

Par ailleurs, d’après Aaden Pearson, avocate sous l’égide de l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC), à l’heure actuelle le taux de réussite à cet examen n’atteint que 2 %.

Pour les ressortissants de pays sous moratoire, une suspension temporaire des renvois, tels que Haïti ou la République démocratique du Congo (RDC), la procédure s’avère encore plus complexe en raison de leur impossibilité d’effectuer une demande d’ERAR, les faisant basculer dans un vide juridique sans fin.

Le Canada ne respecte pas ses obligations internationales, selon les organismes

Plusieurs organisations réclament l’abrogation de la loi C-12 ainsi que le retrait du projet de loi C-2, son texte d’origine scindé et remanié déposé l’an dernier. Elles dénoncent une réforme portant atteinte aux droits des réfugiés et des migrants, par ailleurs critiquée par le Comité des droits de l’homme des Nations unies, car limitant la possibilité de demander l’asile.

Les droits régressent principalement parce que les audiences d’asile sont désormais supprimées, remplacées par l’examen des risques avant renvoi. En raison de cette modification, ces personnes ne bénéficieront plus d’une audience devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, ce qui constitue l’une des dispositions soulevant les enjeux en matière de droits fondamentaux.

Comme le souligne Aaden Pearson, l’évaluation du risque avant renvoi est une démarche strictement administrative et écrite, dépourvue de toute audience orale face à un juge : « Ils ont recours à des annulations massives de dossiers au lieu de se limiter aux cas non conformes ou frauduleux. Et cela, à mon sens, est profondément inconstitutionnel », déplore-t-elle.

En effet, ce nouveau cadre légal donne à IRCC le pouvoir de révoquer ou de geler des documents d’immigration, et même d’interrompre l’enregistrement ou le traitement des demandes d’asile.

« Les demandeurs d’asile qui sont des mineurs non accompagnés sont exemptés des modifications réglementaires, en raison de l’absence d’un tuteur légal. Ce processus (ERAR) bien établi évalue la situation de chaque personne et veille à ce que le Canada ne renvoie pas d’individus vers un pays où ils feraient face à des risques graves. Les tribunaux ont constamment jugé ce processus équitable et juridiquement fondé », explique le ministère de l’Immigration dans une réponse envoyée à ONFR.

Aaden Pearson intervient sous l’égide de l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) à Toronto. Photo : Gracieuseté

« Il faudra débattre devant les tribunaux de la constitutionnalité de cette loi au regard de la Charte canadienne des droits », avance tout de même Mme Pearson, qui estime que le processus reste imparfait et ne résoudra pas les défaillances que le gouvernement cherche à corriger. Le gouvernement affirme de son côté qu’il est nécessaire de réduire le cumul des dossiers, d’accélérer leur traitement ainsi que de renforcer l’intégrité du système.

« Il sera très difficile pour le gouvernement de prouver que cette loi est constitutionnelle », soutient Mme Pearson. Selon elle, la loi a une portée excessive puisqu’elle commence à toucher des personnes de bonne foi.

Pour le moment, Ash Cinder attend une réponse de sa demande d’asile. « Je ne suis pas juste sorti du placard, je l’ai brûlé », lance-t-il. Il aspire aujourd’hui à terminer ses études et à fonder une famille, ici au Canada.

« Notre système d’immigration et de protection des réfugiés est l’un des meilleurs au monde. Les juges y sont formés sur les traumatismes, la santé mentale et les réalités LGBTQ+. Je pense donc que les demandeurs doivent continuer d’être entendus devant la Commission », conclut Aaden Pearson.

Retour en images : les Antilles à l’honneur à la 18ᵉ édition du Festival Kompa Zouk

TORONTO – Ce dimanche, le Festival Kompa Zouk (FKZO) s’est emparé du Centre Harbourfront de Toronto, où l’ensemble des Antilles a été célébré à travers la danse, la gastronomie et une variété d’activités soulignant les cultures francophones des Caraïbes. Cette année, une place toute particulière a été accordée aux artistes féminines.

« Il est très rare de voir des femmes s’imposer en tant que leaders dans la musique antillaise », souligne Marie-Jennyne Mayard, organisatrice de cet événement depuis 18 ans. C’est pourquoi la programmation de cette année mettait à l’honneur des artistes prestigieuses, comme la violoniste réunionnaise Mapy ou les musiciennes présentes dans le groupe de kompa haïtien Rezo.

Sur scène, l’atmosphère autour de Mapy était électrisante. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Le chanteur Olivier Duret a offert une prestation énergique, invitant le public à chanter et à danser. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Le festival a rassemblé un vaste public, mêlant les fidèles du FKZO, les passionnés de kompa et les simples curieux. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Les femmes de la scène culinaire ont, elles aussi, fait rayonner les traditions des Antilles. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Avec son répertoire enflammé, le DJ Teddymix a fait basculer la soirée dans une ambiance encore plus festive. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Le groupe Rara Papou a couronné le tout par un défilé à travers le site d’Harbourfront, faisant résonner le rara, un genre musical traditionnel né de la rencontre entre les personnes réduites en esclavage et les populations autochtones, exécuté par des percussionnistes.

« Le message que l’on veut transmettre, c’est qu’il ne faut pas avoir peur d’afficher sa culture », déclare l’organisatrice en entrevue avec ONFR. « Beaucoup d’immigrants ici proviennent des Antilles, d’Afrique ou d’autres nations, et il ne faut pas avoir peur de transmettre ses racines ni d’apprendre aux enfants d’où ils viennent », ajoute-t-elle.

Au cœur de l’édition 2026

Mme Mayard explique que le FKZO a été créé parce que très peu de francophones participaient au Festival Caribana, un événement qui se déroule généralement durant la même fin de semaine. « Les francophones y sont fondus dans la masse anglophone, parce que c’est un événement à caractère très anglophone. C’est pour cela qu’on s’est dit : Nous n’avons aucune représentation. J’ai donc décidé de créer le FKZO », raconte-t-elle.

Les festivaliers se sont laissé porter par les rythmes du kompa tout au long de la soirée. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Le public francophone s’est laissé emporter par les rythmes du kompa lors de cette célébration. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Des chandails à l’effigie de l’édition 2026 ont été distribués. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

L’organisation mise sur une solide stratégie d’inclusion afin de représenter toutes les cultures et la diversité : « Il y a des francophones, des anglophones, des personnes latino-américaines, des personnes blanches (…) tout le monde est là », décrit Mme Mayard. « Nous avons également une bonne base de personnes non voyantes qui participent à notre festival », ajoute-t-elle.

Une édition marquée par les enjeux de la francophonie

Même si une dizaine de kiosques de nourriture aux saveurs des Antilles étaient prévus, un seul a finalement pu assurer le service. Mme Mayard explique qu’une barrière linguistique entre les restaurateurs et les inspecteurs du bureau de la Santé publique de la Ville de Toronto — qui ne comptait aucun inspecteur francophone — a perturbé le processus, ce qui a entraîné l’annulation de la plupart des kiosques prévus.

« On a demandé un inspecteur bilingue, mais il n’y en avait pas. Celui-ci a carrément refusé nos vendeurs à la dernière minute. Beaucoup ont pleuré », avance-t-elle.

Selon l’organisatrice, la logistique et les vérifications des normes sanitaires n’ont donc pas pu aller de l’avant en raison d’un enjeu linguistique, alors que les vendeurs respectaient les exigences requises.

Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

« Il n’y a aucun inspecteur qui parle français au Bureau de santé publique de Toronto, vous imaginez? », déplore-t-elle.

« Ça fait 18 ans que nous organisons ce festival, et je ne comprends pas comment cela a pu arriver cette année. Nous avons réussi à sauver un seul kiosque, et ce, après de longues négociations. Dès la fin du festival, je vais m’y consacrer à 100 % et je vais même écrire à la mairesse de Toronto », conclut-elle.

Le Théâtre français de Toronto voit enfin sa salle permanente sortir de terre

TORONTO – Pendant près de six décennies, le Théâtre français de Toronto (TfT) a présenté ses spectacles sans jamais avoir de véritable chez-soi. Ce vendredi matin, cette longue attente a franchi une étape historique avec la première pelletée de terre de sa future salle permanente sur l’avenue Danforth, un projet qui prendra place au cœur d’un vaste complexe résidentiel de plus de 400 logements.

Pour les dirigeants du TfT, cette journée marque bien plus que le début d’un chantier.

« L’émotion est très forte parce que c’est un peu irréel que finalement ce rêve, depuis 59 ans, va vraiment prendre vie et va se réaliser, confie le codirecteur général Ghislain Caron à ONFR. C’est difficile d’imaginer que je suis sur le terrain où ça va être construit. »

Présent au Théâtre français de Toronto depuis 36 ans, il voit enfin aboutir un projet porté par plusieurs générations.

Karine Ricard, directrice artistique et codirectrice générale, et Ghislain Caron, codirecteur général du Théâtre français de Toronto, ont rappelé qu’après 59 ans sans domicile permanent, la première pelletée de terre marque le début d’un nouveau chapitre pour l’institution francophone. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le lancement des travaux représente l’aboutissement d’un rêve porté depuis la création de l’institution en 1967. Dans son allocution, le duo de direction formé par Karine Ricard et Ghislain Caron a tenu à rendre hommage à toutes celles et ceux qui ont gardé ce projet vivant au fil des décennies.

« Plusieurs générations de directions artistiques et administratives, de membres du personnel, d’administrateurs, de donateurs et de bénévoles se sont attelées à garder ce rêve vivant », ont-ils rappelé dans un communiqué.

Après 59 ans sans domicile permanent, le TfT disposera enfin d’un lieu conçu spécifiquement pour ses besoins, décrit comme un nouvel « ancrage pour les arts et la culture francophone » au cœur de Toronto.

Un projet rendu possible par un partenariat inédit

Si plusieurs projets de salle permanente n’ont jamais vu le jour par le passé, celui-ci a pu se concrétiser grâce à un modèle de développement différent.

Le futur théâtre sera intégré à un important complexe immobilier construit au 1111-1117 Danforth Avenue. Le projet comprendra plus de 400 logements locatifs, dont une partie sera abordable, ainsi que des logements destinés à des personnes en situation de vulnérabilité, en plus d’espaces commerciaux et de la nouvelle salle du Théâtre français de Toronto.

Aperçu du futur complexe immobilier qui accueillera la première salle permanente du Théâtre français de Toronto sur l’avenue Danforth. Le bâtiment comprendra plus de 400 logements ainsi qu’un espace culturel dédié au TfT. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Selon Ghislain Caron, le partenariat avec le promoteur Woodbourne a été déterminant. « Ce qui a permis à ce projet de voir le jour, c’est que les promoteurs immobiliers, Woodbourne, ont fait payer le Théâtre français au prix coûtant. Ça diminue beaucoup le prix. C’est faisable dans ces conditions-là », explique-t-il, soulignant également l’appui des différents bailleurs de fonds.

Le président de Woodbourne, Nick Macrae, a lui aussi insisté sur l’importance de cette collaboration entre le secteur privé et les organismes communautaires afin de construire davantage de logements tout en créant un véritable milieu de vie pour le quartier.

Une vision qui réunit logement et culture

Au-delà du théâtre, les différents intervenants ont présenté le projet comme un exemple de développement urbain où les enjeux du logement et de la culture avancent ensemble.

La mairesse de Toronto, Olivia Chow, a rappelé que le complexe accueillera des logements pour des familles, des aînés et des personnes reconstruisant leur vie, tout en offrant un nouveau foyer au seul théâtre francophone de la métropole.

« Pour la communauté francophone, ce sera un centre de langue et de culture au cœur de Toronto », a-t-elle déclaré, estimant que l’ensemble contribuera à créer une communauté complète où logements, commerces, transport collectif et culture cohabiteront.

La conseillère municipale de Toronto-Danforth, Paula Fletcher, qui soutient le projet depuis ses débuts, a pour sa part salué l’ensemble des partenaires ayant permis sa réalisation. Elle voit dans cette initiative l’un des projets de développement urbain les plus marquants que connaîtra l’avenue Danforth depuis de nombreuses années.

La mairesse de Toronto, Olivia Chow, a salué un projet qui réunit logement abordable et culture francophone. Après avoir glissé quelques mots en français durant son discours, elle a promis d’être présente lors de la première représentation dans la future salle permanente du Théâtre français de Toronto. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Même son de cloche du côté de l’organisme Neighbours, partenaire du volet résidentiel, qui a remercié la Ville de Toronto pour les programmes de soutien au logement abordable ayant permis de faire avancer le dossier.

Le chantier est lancé, le financement se poursuit

Cette première pelletée de terre ne signifie toutefois pas la fin du travail. Les responsables du Théâtre français de Toronto prévoient maintenant une importante campagne de financement privé, tandis que les travaux devraient s’échelonner sur environ trois ans, avec un objectif d’ouverture pour la saison 2029-2030.

Interrogés sur l’état du montage financier lors de la période de questions, Karine Ricard et Ghislain Caron se sont néanmoins montrés confiants.

« Nous avons l’absolue certitude » que le projet ira de l’avant, a assuré la direction du Théâtre, précisant que les démarches auprès des différents paliers de gouvernement se poursuivent.

Depuis plusieurs mois, ONFR suit les différentes étapes de ce dossier, du financement fédéral partiel jusqu’à la garantie de prêt accordée par la Ville de Toronto. Avec le début officiel des travaux, le Théâtre français de Toronto tourne désormais une nouvelle page de son histoire : celle où son rêve d’une salle permanente cesse d’être un projet sur papier pour devenir un chantier bien réel.

Timmins : le gouvernement fédéral approuve le projet nickélifère Crawford

TIMMINS — Le gouvernement fédéral a annoncé vendredi l’approbation du projet nickélifère Crawford, situé dans le Nord de l’Ontario, à 42 kilomètres de Timmins. Avec une durée de vie de 41 ans, ce projet d’exploitation d’une mine de nickel-cobalt à ciel ouvert pourrait extraire 240 000 tonnes de minerai par jour, créer plus de 4000 nouveaux emplois, et attirer 5 milliards de dollars d’investissements.

Cette approbation est basée sur une décision menée par l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) et survient un an après sa désignation comme projet d’intérêt national par le premier ministre Mark Carney. Pour Tim Hodgson, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles du Canada, ce projet « illustre le leadership mondial du Canada dans le domaine des minéraux critiques ».

Depuis 2022, le projet était analysé de près par l’AEIC en vertu de la Loi sur l’évaluation d’impact. L’AEIC avait mené une première étude d’impact à l’automne 2024 avant de procéder à une évaluation complète entre mai et juin 2026 — un processus « conçu pour appuyer des projets bien planifiés qui sont bénéfiques pour les collectivités et les communautés », précise Julie Dabrusin, ministre de l’Environnement, du Changement climatique et de la Nature.

La décision a été rendue après examen des effets environnementaux, économiques et sociaux, ainsi que des impacts sur les peuples autochtones, souligne également la ministre Dabrusin.

Près de l’intersection des routes 655 et 11, l’entreprise torontoise Canada Nickel Company développe un gisement axé sur une extraction responsable, selon elle. Si le nickel constitue la ressource principale du site, celui-ci recèle également du fer, du chrome, du cobalt, du palladium et du platine. Une fois en production, le nickel extrait alimentera les marchés des véhicules électriques et de l’acier inoxydable.

Des retombées économiques pour Timmins

Le gouvernement fédéral estime que cette extraction minière pourrait attirer 5 milliards de dollars en investissements. Mark Selby, le PDG de la compagnie, se réjouit de cette nouvelle et espère que la phase suivante commencera sous peu. « Nous avons hâte de continuer à faire avancer le projet Crawford en vue d’une décision de construction en 2027 », a-t-il indiqué par communiqué.

Pour Benjie Potvin, vice-président de la Chambre de commerce de Timmins, dont la Canadian Nickel Company fait partie, cette approbation est une grande avancée pour le Nord de la province. « Le Canada a ce dont le monde a besoin, le Nord a ce dont le Canada a besoin ». Ce dernier explique que ce projet apportera une grande avancée économique pour la ville.

« On est la plus grande ville dans le Nord rural où ce développement avec la Canadian Nickel Company va se dérouler. On est prêts à contribuer à ce grand projet-là. Tous les édifices, les compagnies, vont en bénéficier », ajoute-t-il.

La mairesse de Timmins, Michelle Boileau, voit une forte promesse de développement économique. Durant les trois années de construction, le projet créera environ 2000 emplois à temps plein. Une fois la mine opérationnelle, près de 1000 postes permanents viendront consolider l’activité du site.

Un croquis des plans de la mine nickélifère de Crawford. Crédit image : Canada Nickel Company.

« Les travailleurs vont soit résider à Timmins, soit dans les villes environnantes. Il va certainement y avoir des retombées économiques au niveau de la communauté. Cette annonce assure des décennies de continuité de travail dans la région. C’est certainement positif pour notre communauté d’affaires », dit la mairesse en entrevue.

Toutefois, la municipalité se prépare à gérer les changements liés à ce projet de grande envergure. « On anticipe une croissance au niveau de la population, ce qui signifie qu’il va nous falloir plus de services sociaux pour pouvoir servir ces travailleurs et leurs familles », avance Michelle Boileau.

Elle affirme que, depuis quelques années, la Ville de Timmins ainsi que les municipalités voisines planifient leur réponse face à cette croissance imminente.

« On soumet les propositions et les demandes de financement. On voit des réponses positives, donc on se sent sûrs de pouvoir mettre en place le système d’appui qui sera nécessaire pour soutenir le projet Crawford de Canada Nickel », ajoute-t-elle.

Une salle de spectacles d’Ottawa annule toute sa programmation jusqu’à la fin de 2026

OTTAWA — La Ville d’Ottawa annule tous les spectacles, événements et locations prévus au théâtre Meridian du secteur Nepean jusqu’à la fin de l’année, en raison des importants dommages causés par les pluies torrentielles du 1er juillet.

« Il ne fait aucun doute que cette fermeture temporaire est décevante pour les spectateurs, le personnel, les artistes et les partenaires ». C’est en ces termes que le directeur général des Loisirs, de la Culture et des Installations, Dan Chenier, a qualifié la fermeture du théâtre Meridian, « un complexe culturel important qui contribue au secteur des arts de la Ville d’Ottawa ».

Dans une note de service transmise récemment au conseil municipal, Dan Chenier indique que des infiltrations d’eau ont causé des dommages considérables au complexe culturel situé à la Place Ben-Franklin.

La scène principale, la fosse d’orchestre, les sièges des premiers rangs, le studio inférieur, le hall d’entrée, les planchers ainsi qu’un piano à queue figurent parmi les éléments endommagés.

Le complexe, appelé Théâtres Meridian à Centrepointe, comprend une salle de spectacle de 954 places avec avant-scène ainsi qu’un studio-théâtre de 199 places.

« Compte tenu de la nature particulière des espaces et des équipements, l’évaluation des dommages en cours exige beaucoup de temps », explique la note de service.

Aucun échéancier n’a encore été établi pour l’élaboration et la réalisation d’un plan de restauration. Toutefois, la Ville affirme travailler à rétablir les activités de ce complexe culturel « le plus rapidement possible ».

Plusieurs productions annulées

Le personnel municipal communique actuellement avec les clients afin d’annuler l’ensemble des activités programmées jusqu’à la fin de l’année. La Ville leur offrira des remboursements ainsi qu’un soutien pour trouver d’autres salles, notamment au Centre des arts Shenkman, dans l’est d’Ottawa. Tous les détenteurs de billets seront également remboursés.

Le sort des spectacles prévus après la fin de l’année sera réévalué à l’automne, en fonction de l’avancement du plan de restauration.

Rappelons que plus de 100 millimètres de pluie sont tombés dans l’ouest d’Ottawa lors du passage d’une série d’orages. Ces intempéries avaient provoqué l’inondation de plusieurs routes et de plus de 6000 sous-sols dans la capitale fédérale.

La succursale Nepean-Centrepointe de la Bibliothèque publique d’Ottawa, elle aussi touchée par les pluies du 1er juillet, a rouvert ses deux premiers étages jeudi. Son niveau inférieur demeurera toutefois fermé jusqu’en novembre pour permettre la réalisation des travaux de restauration.

Les 50 ans d’Opasatika, une célébration de la francophonie nord-ontarienne

OPASATIKA – Du 31 juillet au 2 août prochains, le canton d’Opasatika, situé dans le district de Cochrane, célébrera ses 50 ans d’existence. Au programme : des feux d’artifice, un marché artisanal, des performances d’artistes francophones et plus encore. La municipalité s’est d’ailleurs donné l’objectif d’attirer des touristes d’autres villes, voire d’autres provinces, afin de promouvoir son historique ancré dans la francophonie.

Opasatika, une municipalité qui regroupe près de 200 habitants, s’apprête à franchir un grand pas dans son histoire. En effet le canton célébrera son demi-siècle, et ce, du vendredi 31 juillet au dimanche 2 août. « C’est une chance de se rencontrer et de revoir les anciens qui vont venir nous visiter. On projette d’accueillir le double de la population d’Opasatika durant la fin de semaine », confie le maire Jacques Dorval. D’après lui, les célébrations devraient rassembler entre 400 et 500 personnes.

« La dernière fois qu’on a fait une activité comme ça, c’était pour le 25e de la municipalité et le 75e de la paroisse. Donc, ça fait 25 ans qu’il n’y a pas eu un tel évènement ici à Opasatika », affirme Mélanie Breton, la greffière-trésorière de la municipalité.

Les célébrations ont avant tout pour but d’honorer les racines de la municipalité au passé façonné par la migration francophone du Canada. « C’est très important parce qu’Opasatika, la paroisse et les petits cantons qui existaient auparavant ont été fondés par des familles qui ont migré du Québec pour venir bûcher les terres ici dans le Nord pour l’industrie forestière », poursuit-elle.

Le groupe kapuskois Parallèle 49 se produira sur scène le 1er août dans le cadre des festivités du 50e anniversaire d’Opasatika. Photo : gracieuseté d’Andy Deschamps

Au fil des années, le canton connait une forte hausse de sa population anglophone. Mais cinquante ans plus tard, la population francophone reste majoritaire. « Aujourd’hui, les données démographiques ont un peu changé. Je dirais que les résidents sont approximativement 60 % francophones et 40 % anglophones », détaille Mme Breton.

Pour Andy Deschamps, membre du groupe kapuskois Parallèle 49, qui prendra d’ailleurs la scène le samedi 1er août, ces festivités sont une affirmation d’identité : « Le message est toujours un peu le même : faire rayonner notre culture, mais aussi nos influences. On est francophones de souche ».

Le 100e de la paroisse

Le cinquantième d’Opasatika ne sera pas le seul jalon à être célébré. Les participants auront aussi l’occasion de fêter les 100 ans de la paroisse Saint-Antoine de Padoue, un véritable lieu de recueil pour les fidèles de la région. « Ça a toujours été une paroisse francophone », explique Hélène Jean, conseillère municipale du canton et bénévole de l’église.

Bâtie en 1926, la paroisse est incendiée en 1938, puis de nouveau en 1964. Reconstruite deux ans plus tard, elle continue de recueillir des fidèles, proposant une messe majoritairement en français que l’église compte mettre en avant pour son centième anniversaire. « Nous ferons un brunch et une messe du centenaire dirigée par Monseigneur Pierre Olivier Tremblay », précise Mme Jean.

La paroisse Saint-Antoine de Padoue fête ses 100 ans. Photo : gracieuseté de l’Église Saint-Antoine de Padoue

Plusieurs membres du clergé impliqués dans l’évolution de la communauté paroissiale seront présents. Face à une forte arrivée de résidents anglophones, la paroisse cherche à préserver la langue, quitte à offrir des messes strictement en français.

« J’y tiens beaucoup », confie Mme Jean, qui fréquente la paroisse depuis son enfance.

Une fin de semaine à visée touristique

Au-delà des célébrations, la municipalité souhaite attirer des visiteurs de l’extérieur. Avec une population vieillissante, Opasatika veut s’imposer comme une municipalité accueillante, surtout pour les jeunes familles. « C’est certain que notre objectif primaire pour cet événement, c’est vraiment le tourisme : d’aller attirer les gens. Qu’ils voient ce que le canton a à offrir », explique la greffière-trésorière.

Pour s’assurer que les visiteurs puissent profiter de leur séjour, la municipalité a fait appel aux villes voisines. « Nous avons fait des partenariats avec des motels à Hearst et Kapuskasing. À travers nos groupes, il y a eu des prix réduits, des collaborations. On a reçu des donations d’organismes du corridor », indique-t-elle, faisant référence au réseau de municipalités francophones qui longent la route 11 dans le Nord de la province.

Cette entraide locale s’avère précieuse pour le canton, soucieux de bien accueillir ses visiteurs. Qu’il s’agisse des tentes louées à prix réduit auprès de Fauquier-Strickland ou encore du matériel fourni par le centre des loisirs de Kapuskasing, Opasatika a bénéficié d’une grande solidarité régionale, affirme le maire. « C’est plaisant de voir qu’ils savent qu’on est une petite municipalité, qu’on n’a pas les moyens ni les installations que les autres ont », ajoute-t-il.

D’après Mme Breton, l’objectif pourrait largement être atteint d’ici la fin des festivités. « On a pu voir par l’achat de billets en ligne qu’il y a des gens du Québec, et même du Nouveau-Brunswick et de l’Alberta qui se déplacent pour venir commémorer », se réjouit celle-ci.

Les parents de l’École Sacré-Cœur de Toronto exigent plus de transparence de MonAvenir

TORONTO – Depuis un mois, le projet de réaménagement de la cour de l’École élémentaire catholique du Sacré-Cœur divise les parents et le Conseil scolaire catholique (CSC) MonAvenir. Après avoir convenu officiellement de l’installation d’un gazon synthétique, le conseil a fait volte-face, optant pour du gazon naturel moins onéreux, sans consultation, déplorent des parents qui dénoncent un manque de transparence dans la gestion des fonds publics alloués.

Après l’annonce du réaménagement de la cour de l’École Sacré-Cœur, la réfection du terrain de soccer et l’installation de quatre nouveaux buts, le Conseil scolaire catholique MonAvenir (CSC) avait tout d’abord opté pour du gazon synthétique, considéré plus onéreux, mais plus économique à long terme.

Deux semaines plus tard, le conseil a fait demi-tour pour finalement choisir un gazon naturel, coûtant plusieurs centaines de milliers de dollars de moins à l’achat, mais impliquant une somme d’environ 50 000 $ par an pour l’entretien.

« Les parents sont frustrés et vraiment choqués », déplore Yelena Nichilo, présidente du Conseil d’école, en entrevue avec ONFR. Ce jeudi, ils sont plus d’une centaine à avoir signé une pétition, exigeant la reddition des comptes de la part du surintendant, Marc Arseneau.

Yelena Nichilo est mère de deux fils et présidente du Conseil d’école de l’École élémentaire catholique du Sacré-Cœur de Toronto. Photo : gracieuseté

Des changements apportés au budget d’un projet en développement depuis plusieurs mois, avant que les familles ne soient consultées, a rapidement soulevé un tollé.

Au préalable, un sondage d’une seule question à choix multiple avait été adressé aux familles afin de choisir parmi trois options pour le terrain : soit synthétique, naturel ou hybride. « Le sondage ne présentait aucune information équilibrée permettant de comparer les coûts, l’entretien à long terme, ni la durabilité », explique Mme Nichilo.

Une perte de confiance à la suite d’une mauvaise gestion des fonds publics?

C’est le manque de consultations qui a interpellé les parents, ces derniers remettant en question la transparence du conseil scolaire. À ce jour, les résultats du sondage envoyé aux familles n’auraient pas été rendus publics : « M. Arseneau m’a menti au téléphone en affirmant que les trois options étaient arrivées à égalité », affirme la présidente.

Dans un courriel à ONFR, MonAvenir se défend par voie de communiqué  : « La pétition affirme que la décision du CSC MonAvenir entraînerait une perte de plus de 500 000 dollars pour l’école, ce qui est faux. Aucune somme n’a été perdue et aucune réduction budgétaire n’a été effectuée  ».

MonAvenir assure également que la totalité du budget initialement prévu pour ces travaux est engagée dans ce projet. Toutefois, le conseil n’a pas fourni les détails du financement, demandés par ONFR.

Le terrain de soccer actuel nécessite une réfection. Photo : gracieuseté de Yelena Nichilo

À plusieurs reprises, les parents ont demandé à se concerter publiquement avec la direction du Conseil pour mieux comprendre le changement de dernière minute. Toutefois, aucune rencontre publique n’a encore eu lieu alors que les travaux de démolition sont amorcés.

Toujours selon Mme Nichilo, il n’y a eu aucune communication sur les tenants et aboutissants de la nouvelle direction du projet ni sur les pénalités contractuelles liées à ce changement de dernière minute, impactant une partie des fonds.

Par ailleurs, celle-ci raconte que lorsqu’elle a mentionné la somme manquante de 500 000 dollars dans la pétition, le surintendant lui aurait demandé de la retirer.

« Ils pensent que les parents ne sont pas des gens intelligents. Ils se trompent, car beaucoup d’entre nous sont des professionnels. Ça représente un manque de respect de nous refuser des explications, martèle Mme Nichilo. On leur confie des millions et des millions de dollars pour gérer nos projets ».

Une manifestation de parents organisée

Les parents continuent de réclamer la transparence dans la prise de décision en dénonçant un manque de gestion responsable des fonds publics, ainsi que l’absence d’une consultation publique légitime.

Une manifestation des familles aura lieu devant l’école au 98 rue Essex, ce vendredi 31 juillet en matinée, dès 9 h.

« Pour de nombreux enfants, l’école est la principale occasion de pratiquer une activité physique, explique Mme Nichilo. Les enfants adorent le soccer. En rentrant, ils racontent leurs parties de soccer au lieu de parler de ce qu’ils ont appris en mathématiques ou en français. Le soccer, c’est toute leur vie », ajoute-t-elle, considérant qu’une telle décision n’aurait pas dû être prise à la légère.

En effet, selon celle-ci, l’option du gazon synthétique leur permettrait une pratique du soccer à l’année, même en période hivernale, là où le gazon naturel est vulnérable aux intempéries et au climat.

La fin des travaux est prévue pour la rentrée de septembre.

Desirée Jackson : rapprocher les générations à Sturgeon Falls

Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici

Desirée Jackson a placé l’humain au cœur de son quotidien à Sturgeon Falls. Engagée sur deux fronts, elle travaille activement auprès des aînés et des jeunes de la communauté LGBTQ+. Pour ces derniers, elle s’efforce de créer un environnement sécuritaire et bienveillant. Desirée rappelle d’ailleurs que les défis restent grands pour ces jeunes, qui ne se sentent pas toujours en sécurité et qui se heurtent encore à de tenaces tabous.

Dans sa position, elle est convaincue d’avoir un rôle crucial à jouer : celui de rapprocher les générations pour faire tomber les barrières. Parallèlement, elle propose une foule d’activités aux plus âgés, dont elle apprécie profondément la compagnie. Cet amour des autres lui vient en grande partie de ses parents et de son milieu. Desirée, dont le papa vit aujourd’hui avec elle, est fière d’habiter une petite communauté tissée serrée. Elle nous partage ici son attachement viscéral pour son coin de pays et pour les gens qui l’habitent.

Le FestivÎLES rassemble francophones et anglophones à Gananoque

GANANOQUE — Des concerts de LGS et de Sugar Crush, du théâtre de Molière et une série d’activités familiales gratuites : Le FestivÎLES revient à Gananoque du 30 juillet au 2 août avec l’ambition de rapprocher les communautés francophone et anglophone de la région des Mille-Îles.

Ce qui avait commencé comme un événement d’une journée seulement s’étend désormais sur quatre jours consécutifs.

« Nous avons ajouté davantage de spectacles et d’activités, et nous espérons connaître notre plus importante édition à ce jour », explique Jennifer Baril, organisatrice du festival.

Le festival bilingue, qui en est à sa cinquième édition, avait accueilli environ 10 000 personnes l’an dernier.

« Le FestivÎLES a pour objectif de célébrer la culture francophone de notre région et de redonner à la communauté », ajoute-t-elle.

Organisé par la Ville de Gananoque, le festival prend place dans une municipalité principalement anglophone, située à environ 30 minutes de Kingston et à proximité du Québec. Cette situation géographique contribue, selon les organisateurs, à attirer un public francophone.

« Gananoque est une destination touristique populaire et, pendant les vacances de la construction au Québec, nous constatons une forte augmentation du nombre de touristes francophones », souligne Jennifer Baril.

Jennifer Baril, organisatrice du FestivÎLES, souligne que l’événement est passé d’une seule journée à quatre jours consécutifs. Photo : gracieuseté

Pour Dalena Nguyen, une étudiante bilingue au centre d’information touristique de Gananoque qui contribue à l’organisation de l’événement, le festival permet aussi de faire rayonner le français à l’extérieur des principaux bastions franco-ontariens.

« Notre objectif est de rassembler les francophones et les anglophones. Le Canada est un pays bilingue et nous voulons proposer des activités dans les deux langues », indique-t-elle.

Des artistes franco-ontariens en tête d’affiche

« Nous avons un important volet francophone avec Kristine St-Pierre, LGS et Sugar Crush », fait valoir Dalena Nguyen.

La journée du vendredi 31 juillet sera sous le signe de la musique folk et country.

La chanteuse Jenny Whiteley se produira de 13 h à 15 h, au 1000 Islands History Museum. Issue d’une famille de musiciens de Toronto, elle a remporté deux prix Juno. Son répertoire, principalement anglophone, comprend également quelques chansons en français.

Kristine St-Pierre chante et écrit en français comme en anglais. Photo : Landon Entwistle

L’auteure-compositrice-interprète bilingue Kristine St-Pierre montera sur scène à 19 h. Cette Ottavienne, qui a reçu le titre d’artiste francophone de l’année de la Country Music Association of Ontario en 2025 et en 2026, propose un mélange de folk, de roots et de country.

LGS prendra le relais à 20 h 15. Le groupe, connu pour son mélange de musique traditionnelle canadienne-française, de pop et de sonorités contemporaines, compte quelque 13 prix Trille Or.

Le samedi 1er août, Sugar Crush clôturera la soirée musicale. Formé de Joanie Charron et de Marie-Soleil Provost, le duo franco-ontarien se démarque par une musique country traditionnelle qui emprunte aussi au folk, au bluegrass et à la musique folklorique.

La présence francophone se poursuivra jusqu’à la clôture du festival, le dimanche 2 août. Le Fâcheux Théâtre présentera à 15 h une adaptation du Malade imaginaire de Molière au parc de la Ville.

Basée à Gatineau, cette compagnie professionnelle revisite des œuvres du répertoire classique pour les faire résonner avec des enjeux contemporains. Il s’agit de la troisième année de partenariat entre le festival et la compagnie dans le cadre de Molière dans le parc.

Le Fâcheux Théâtre se consacre à la recherche, à la production et à la diffusion théâtrales. Photo : gracieuseté

Une programmation pour tous les âges

En marge de ces têtes d’affiche, la programmation commencera le jeudi 30 juillet avec, en plus des spectacles musicaux, des activités pour les enfants, une projection cinématographique au parc de la Ville ainsi que des visites guidées en français.

« Il y a de la musique, des activités pour les enfants et du théâtre en français. Le festival s’adresse à tout le monde, aux enfants comme aux adultes », résume Dalena Nguyen.

Toutes les activités sont gratuites et se dérouleront notamment au parc de la Ville, au parc Joel Stone, à la Bibliothèque publique de Gananoque et dans les musées locaux.

L’après FIFA 2026 : les chemins vers le soccer pro pour les jeunes Franco-Ontariens

La Coupe du monde 2026 est terminée, mais son héritage reste à écrire. Dans cette série de trois articles, ONFR explore les grands défis qui attendent le soccer canadien à travers le regard de deux entraîneurs franco-ontariens : Joé Fournier, directeur du programme de soccer de l’École secondaire publique Louis-Riel à Ottawa, et Mata Boboy, entraîneur au Collège Boréal à Sudbury.

Le parcours historique du Canada à la Coupe du monde de la FIFA 2026 a montré aux jeunes Franco-Ontariens qu’une carrière professionnelle était à leur portée. Mais avec la multiplications des chemins possibles, l’itinéraire vers le plus haut niveau n’a jamais été aussi complexe. Derrière ces nouveaux débouchés se cache une question essentielle : quelle est aujourd’hui la meilleure voie pour réussir?

Pour Joé Fournier, directeur du programme de soccer de l’école secondaire publique Louis-Riel à Ottawa, la Coupe du monde organisée au Canada n’a pas créé le rêve d’accession au monde professionnel, elle l’a rendu plus concret.

Depuis plusieurs années déjà, Jonathan David et Vanessa Gilles, deux étoiles du soccer canadiens passés par son programme de formation, prouvent qu’un jeune Franco-Ontarien peut atteindre le plus haut niveau mondial. Mais voir le Canada réaliser le meilleur parcours de son histoire devant son public pourrait renforcer cette conviction auprès d’une nouvelle génération.

« La Coupe du monde vient ancrer cette idée encore plus dans la tête des gens. Jo et Vanessa ont peut-être abouti en Europe, mais ils ont commencé ici. C’est ça qu’on veut montrer aux jeunes », confie le technicien,

Il n’existe plus un seul chemin

Si le rêve semble aujourd’hui plus accessible, le parcours pour y parvenir est devenu beaucoup moins linéaire. Il y a une quinzaine d’années, les trajectoires étaient relativement simples. Les meilleurs joueurs tentaient leur chance dans une académie professionnelle, poursuivaient parfois leurs études universitaires ou cherchaient rapidement une ouverture à l’étranger.

À l’école secondaire publique Louis-Riel, Joé Fournier accompagne les jeunes joueurs dans leur développement, en les aidant à trouver le parcours le mieux adapté à leurs ambitions. Photo : gracieuseté

« Le parcours n’est peut-être pas plus clair, mais je crois qu’il y a plus d’options », résume Joé Fournier.

Aujourd’hui, les possibilités se sont multipliées. Les académies de clubs professionnels, la Première Ligue de l’Ontario, la Première Ligue canadienne, les universités canadiennes, la NCAA (système universitaire américain) ou encore l’Europe constituent autant de portes d’entrée vers une carrière professionnelle.

« Les règlements changent constamment. Les parents essaient de comprendre quelle ligue est meilleure, quel championnat offre le plus de possibilités ou encore s’il vaut mieux partir à l’étranger. Mais il y a tellement de facteurs qu’on ne peut pas mesurer, qu’il est impossible de dire qu’il existe un meilleur parcours. »

Selon lui, la bonne réponse dépend toujours du joueur. Son niveau de développement, sa maturité, son entourage et même sa personnalité peuvent influencer le choix du meilleur environnement.

S’il refuse de désigner une voie idéale, l’entraîneur ottavien estime toutefois que certains principes demeurent. Plutôt que de rechercher à tout prix le prestige d’un grand club ou d’une destination européenne, il encourage les familles à prendre le temps d’évaluer chaque projet, à s’entourer de personnes de confiance et à privilégier un environnement où le jeune pourra réellement progresser.

Les familles face à un véritable casse-tête

Cette multiplication des possibilités soulève aussi de nouvelles inquiétudes. M. Fournier reçoit régulièrement des appels de parents qui cherchent à orienter leur enfant. « Beaucoup me demandent si je connais un bon agent », raconte-t-il.

À ses yeux, cette question arrive souvent trop tôt. Le véritable défi consiste d’abord à accompagner le développement du joueur avant de penser à sa représentation. Il met également en garde contre certaines promesses venues d’Europe.

Depuis quelques années, de nombreuses académies privées proposent à de jeunes Nord-Américains de rejoindre leurs structures moyennant plusieurs dizaines de milliers d’euros par saison.

« Certains clubs demandent jusqu’à 20 000 euros. Après un an, ils décident s’ils te gardent… mais il faut encore payer. Ils ont compris qu’il existait une autre façon de faire de l’argent avec les Nord-Américains », explique-t-il.

Avant d’accepter ce type d’offre, il recommande aux familles de se renseigner sur les personnes qui encadreront le jeune et sur le projet sportif qui lui est réellement proposé. Pour lui, un nom prestigieux ou une destination rêvée ne garantissent pas un meilleur environnement de développement.

Même les entraîneurs doutent

Ces principes, Joé Fournier les a aussi mis en pratique dans sa vie personnelle. Lorsque son fils s’est retrouvé devant plusieurs possibilités pour poursuivre sa progression, lui aussi a dû peser les avantages et les risques de chaque option : Portugal, Suède, Canada…

« On a étudié longtemps les différents scénarios. Aujourd’hui encore, je me demande parfois si nous avons pris la meilleure décision », reconnaît-il.

« Tu ne t’en vas pas à Barcelone ou à Manchester United du jour au lendemain. Tu trouves une étape qui est réaliste pour toi, puis tu gravis les échelons », résume-t-il en évoquant les jeunes qui rêvent d’une carrière en Europe.

Mata Boboy, à gauche, célèbre un titre remporté avec une équipe du Collège Boréal. Selon lui, le développement du soccer dans le Nord passe notamment par la multiplication des compétitions et des occasions pour les jeunes de se mesurer les uns aux autres. Photo : gracieuseté

Dans le Nord, un parcours encore plus exigeant

Pour les jeunes Franco-Ontariens du nord de la province, ces défis sont encore plus importants. Ancien directeur technique de la Greater North Soccer Association, l’organisme responsable du développement du soccer dans le Nord, Mata Boboy estime que l’environnement complique souvent le parcours des jeunes joueurs.

Les longues distances, les coûts de déplacement et le nombre plus limité de compétitions de haut niveau rendent leur progression plus difficile que dans le sud de la province.

Dans l’état actuel des choses, plusieurs poursuivent toutefois leur développement ailleurs en Ontario pour accéder à un environnement plus favorable. « Pour rester dans le Nord et émerger, c’est assez difficile parce que l’environnement n’est pas encore prêt. Les recruteurs viennent très rarement. Les jeunes finissent donc souvent par partir vers le Sud pour gagner en visibilité », conclut-il.

Plutôt que de voir les meilleurs joueurs quitter systématiquement la région, Mata Boboy plaide pour le développement de davantage de compétitions, de camps de détection et de collaborations entre les clubs afin de permettre aux jeunes de progresser plus longtemps près de chez eux.

Projet Alto : 11 députés conservateurs ruraux font pression sur Ottawa

TORONTO – 11 députés conservateurs de l’Est de l’Ontario ont publié une déclaration conjointe remettant en question la gestion du projet Alto de train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto par le gouvernement fédéral. Ils demandent notamment des ajustements au tracé pour protéger les terres agricoles, ce quelques jours après le refus d’Ottawa d’agrandir l’aéroport Billy Bishop.

Parmi les élus du caucus de l’Est, représentés par cette déclaration, figurent le député francophone Stéphane Sarrazin (Glengarry—Prescott—Russell) ainsi que les ministres Nolan Quinn (Stormont—Dundas—Glengarry-Sud) et David Piccini (Northumberland—Peterborough-Sud). Ensemble, ils veulent faire entendre la voix des communautés rurales face aux incertitudes du tracé.

Ils y soulignent notamment que « les investissements qui renforcent l’économie de l’Ontario, améliorent les transports et créent des emplois doivent refléter les priorités et les besoins des communautés rurales, des agriculteurs, des familles et des entreprises locales ».

Insistant sur le fait que la confiance du public repose sur une « consultation véritable », le caucus remet en question la démarche d’Ottawa : « Dans le cas d’ALTO, trop de questions restent sans réponse. Trop de voix ont été ignorées. »

Le tracé pressenti pour ce train pouvant atteindre 300 km/h suscite de vives inquiétudes dans l’Est ontarien, où la traversée des zones agricoles fait craindre des expropriations et le morcellement des terres.

Les députés exigent donc que tout futur projet « réduise au minimum les répercussions sur les terres agricoles et bénéficie de l’appui des personnes touchées », promettant de rester aux côtés de leurs municipalités, agriculteurs et résidents.

Une collaboration « extrêmement importante »

Interpellé ce mercredi sur ces tensions grandissantes, le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a cherché à calmer le jeu tout en réaffirmant la volonté d’Ottawa d’aller de l’avant.

« C’est un projet très convoité et très apprécié. Cela a frappé l’imaginaire des Canadiens avec les possibilités qu’il offre […]. Ce sont des possibilités qui font rêver les gens », a soutenu le ministre, ajoutant qu’il était « grand temps que le Canada se joigne au concert des pays qui bénéficient de ce service ».

Conscient des inquiétudes sur le terrain, M. MacKinnon a assuré vouloir maintenir une approche collaborative : « Évidemment, comme avec le Québec, la collaboration avec le gouvernement de l’Ontario est extrêmement importante. Notre gouvernement gère beaucoup de dossiers et entretient une étroite collaboration avec le gouvernement de M. Ford. J’ai moi-même une excellente relation avec M. Sarkaria, et cette collaboration va se poursuivre. »

Reconnaissant que la construction de grands chantiers s’accompagne inévitablement d’inquiétudes, le ministre fédéral a rappelé qu’il incombait aux promoteurs et aux gouvernements d’écouter, de consulter et d’établir des partenariats.

Il y a quelques mois à peine, le ministre MacKinnon lui-même rappelait l’importance capitale de l’appui des provinces en affirmant catégoriquement : « Soyons clairs, il n’y a pas de projet Alto sans Québec. »

Une mise au point survenue alors que le Parti Québécois avait rejeté le projet, le qualifiant de « train de l’unité canadienne ».

L’ombre de Billy Bishop?

Cette annonce du caucus de l’Est de l’Ontario intervient juste après la prise de position défavorable d’Ottawa quant à l’expansion de l’aéroport du centre-ville de Toronto, projet porté par le gouvernement Ford.

Le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, avait en effet annoncé vendredi dernier rejeter l’expansion de l’Aéroport Billy Bishop de Toronto. M. MacKinnon invoquait alors des raisons environnementales et l’opposition de 87 % des répondants aux consultations publiques.

Se disant pris de court après des mois de négociations portant sur un soutien réciproque vis-à-vis des grands projets d’infrascture, le ministre ontarien des Transports, Prabmeet Sarkaria, avait réagi ce mardi en conférence de presse, accusant Ottawa de céder à des « groupes marginaux » et questionnant la capacité du gouvernement fédéral à mener à bien de grands chantiers.

Est ontarien : deux comtés voisins explorent une alliance économique

CORNWALL / L’ORIGNAL – Évoquant des pressions budgétaires et le sentiment d’être parfois négligés par le gouvernement provincial, les préfets de Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) et de Stormont, Dundas et Glengarry (SDG) explorent la possibilité d’un partenariat économique régional. 

« Nous avons déjà un pacte d’amitié avec les MRC du Québec, axé sur la langue française. Toutefois, les cadres législatifs différents entre l’Ontario et le Québec limitent les possibilités de coopération économique, explique Mario Zanth en entrevue avec ONFR. L’idée est de vérifier si une entente entre deux comtés ontariens permettrait de réaliser des économies d’échelle. »

Présentée par le préfet des CUPR et maire de Clarence-Rockland, Mario Zanth, l’initiative a fait l’objet d’une première présentation devant le Conseil de SDG à Cornwall la semaine passée.

L’objectif visé est d’évaluer la faisabilité de projets conjoints entre ces deux gouvernements régionaux voisins.

La proposition a reçu un accueil favorable de la part des membres du Conseil de SDG, dont le préfet et maire de North Stormont, François Landry, qui indique que des discussions informelles avaient été amorcées au préalable entre les présidences et les directions générales, afin de valider l’intérêt des deux parties avant la présentation officielle. 

Achats groupés et gestion des urgences

Sur le plan administratif, les deux comtés souhaitent analyser les possibilités d’approvisionnement en commun.

Mario Zanth cite en exemple l’acquisition d’équipements lourds ou spécialisés : un achat groupé pour un volume plus important de véhicules, tels des camions d’incendie, ce qui permet d’accroître le pouvoir de négociation auprès des fournisseurs et de réduire le coût unitaire. 

La planification conjointe des travaux de pavage pour les routes traversant les limites administratives des deux comtés fait également partie des pistes explorées.

De son côté, François Landry met l’accent sur la gestion des urgences et le partage de ressources. Il rappelle que des collaborations ponctuelles ont déjà eu lieu sur le terrain, notamment lors des inondations survenues le long de la rivière Nation.

« La formation des pompiers, les exercices d’urgence et le partage de certaines ressources matérielles font partie des domaines où une coordination est envisageable », précise le préfet de SDG.

Interrogé sur la possibilité d’optimiser les ressources pour les services en français, dans une région où les Comtés unis de Prescott et Russell comptent 62,5 % francophones, contre 22 % pour Stormont, Dundas et Glengarry, son préfet précise que la démarche demeure avant tout pragmatique.

« Les discussions qu’on a eues n’étaient pas basées sur la langue, mais plus fondées sur le service et sur la façon dont on sert nos résidents », précise celui qui rappelle être le seul élu francophone à siéger au conseil du comté de SDG, ainsi qu’à la table de son propre conseil municipal. 

Des structures administratives distinctes

Les deux dirigeants soulignent que les démarches en cours ne visent aucunement une fusion administrative des deux territoires, Stormont, Dundas et Glengarry et Prescott et Russell conservant leurs structures de gouvernance respectives et leurs identités territoriales établies depuis la seconde moitié du XIXe siècle.

« Nos structures existent depuis les années 1850. Ce n’est pas une mince affaire. Fusionner autant de municipalités, surtout avec les réalités anglophones et francophones… ce n’est pas comme si on allait devenir le 51ᵉ État de M. Trump! », lance François Landry avec humour. « Ce n’est pas une option que nous envisageons […] C’est une démarche qui n’arrivera pas de sitôt — not anytime soon, comme on dit en anglais. »

Chaque comté fonctionne d’ailleurs selon des modèles organisationnels différents pour plusieurs services clés. 

À titre d’exemple, SDG gère un réseau centralisé de 15 bibliothèques à l’échelle du comté, alors que dans Prescott et Russell, la gestion des bibliothèques demeure sous la responsabilité individuelle des municipalités locales. 

La gestion et le déploiement des services de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) présentent également des découpages territoriaux distincts.

« Les deux comtés possèdent des structures établies et des modes de fonctionnement propres, rappelle François Landry. Il n’est pas question de modifier ces structures, mais plutôt de repérer les secteurs d’activité où des synergies sont possibles. »

Faire le poids face à Queen’s Park 

Au-delà des économies budgétaires, cette démarche répond à une volonté de faire entendre la voix de l’Est ontarien auprès du gouvernement provincial.

Lors de sa présentation devant le Conseil de SDG, Mario Zanth avait fait valoir que les territoires situés à l’est d’Ottawa sont « toujours un peu laissés pour compte » par rapport aux grands centres de la province.

Une voix régionale qu’il entend désormais porter au niveau provincial : Mario Zanth a en effet confirmé à ONFR sa récente nomination au poste de vice-président du Caucus des préfets de l’Est de l’Ontario (EOWC), le regroupement qui représente 103 municipalités de la région. M. Zanth devient ainsi le tout premier maire de Clarence-Rockland à accéder à cette fonction exécutive. 

Un constat partagé par le préfet de SDG, François Landry : « Quand on va aux conférences à Toronto, on a souvent l’impression qu’on nous oublie passé Kingston, déplore-t-il. Nous devons nous regrouper pour nous faire entendre. »

Pour la suite du processus, les directeurs généraux des deux comtés, Stéphane Parisien (CUPR) et son homologue de SDG, ont été chargés d’examiner les dossiers pouvant faire l’objet de démarches conjointes.

D’ici là, le préfet des CUPR, Mario Zanth, ira présenter la démarche à son propre conseil pour informer les élus de Prescott et Russell et vérifier leur ouverture avant d’envisager un accord formel.

En raison des élections municipales d’octobre 2026, aucune entente formelle n’est envisagée avant le scrutin, bien que Mario Zanth et François Landry comptent tous deux se représenter. Les résultats des analyses administratives serviront de base de travail pour les conseils municipaux qui seront issus des urnes.

« Le fait que ça ait été mis entre les mains de l’administration fait que c’est quelque chose qui peut avancer, même si les joueurs changent du côté des élus. Avoir quelque chose qui démontre un peu [les faits], c’est ça qui va amener de la stabilité », conclut François Landry, confiant quant à la suite des choses.

Soins palliatifs : fermeture d’une résidence dédiée à 100 % aux francophones à Ottawa

OTTAWA – Deux ans seulement après son ouverture, la première résidence de soins palliatifs entièrement dédiée aux francophones à Ottawa a fait savoir qu’elle fermerait ses lits d’ici le 31 octobre prochain, faute de financement pour ses coûts de location et d’exploitation.

« Je vous écris pour vous faire part de la décision extrêmement difficile prise par la Maison de soins palliatifs d’Ottawa de fermer les lits de la Maison de l’Est d’ici le 31 octobre 2026. »

C’est en ces termes que la directrice générale de la Maison de soins palliatifs d’Ottawa (MSPO), Barb Mildon, a annoncé la fin des soins résidentiels à la Maison de l’Est dans un document visible sur le site internet de l’établissement.

Inaugurée en avril 2024 au sein de la résidence pour aînés Cité Parkway au 3e étage, cette installation offrait un milieu de vie médicalisé spécifiquement axé sur la communauté francophone d’Ottawa. Selon la MSPO, près de 360 résidents et leurs familles ont utilisé ces services depuis l’ouverture de l’établissement situé non loin de l’Hôpital Montfort.

Dans sa lettre, Barb Mildon précise que cette décision découle d’un déficit de fonctionnement récurrent que l’organisme ne parvient plus à combler.

Un modèle de location non financé par la province

La Maison de l’Est avait été aménagée dans des locaux loués afin de répondre rapidement à la demande de la communauté francophone, évitant ainsi les délais de plusieurs années liés à une campagne de financement pour une nouvelle construction.

En avril 2024, le gouvernement de l’Ontario avait accordé 2,18 millions de dollars sur deux ans pour ajouter huit nouveaux lits de soins palliatifs à la Maison de l’Est dans le cadre de son plan visant à élargir l’accès aux soins palliatifs à l’échelle de la province.

Toutefois, la MSPO souligne que la formule de financement provinciale relative aux lits de soins palliatifs ne prend pas en charge les frais de loyer.

« Nous n’avons sollicité aucun financement d’investissement de la part du gouvernement et nous savions que le loyer n’était pas pris en compte dans la formule de financement provinciale relative aux lits de soins palliatifs. Le gouvernement a fourni un financement de fonctionnement continu ainsi qu’un financement opérationnel spécialisé, et nous pensions pouvoir combler le déficit de financement opérationnel grâce à d’autres sources de revenus, notamment des collectes de fonds supplémentaires », indique également Mme Mildon dans sa missive.

Et d’ajouter : « Cependant, face à des coûts d’exploitation en constante augmentation et malgré des efforts constants et multiformes, nous n’avons pas réussi à combler le déficit de financement actuel. »

Maintien des services communautaires

Bien que les lits résidentiels de la Maison de l’Est doivent fermer d’ici le 31 octobre 2026, la MSPO assure que ses services communautaires francophones se poursuivront sans interruption.

Le programme de soins palliatifs de jour francophone, les services d’accompagnement au deuil, le répit pour les aidants et les visites à domicile seront transférés vers le site de la Maison May Court, situé dans le quartier du Glebe. 

La direction précise qu’un programme de chauffeurs bénévoles sera mis à contribution pour faciliter le transport des usagers vers ce site dans la mesure du possible. Les deux autres résidences de l’organisme, la Maison May Court et la Maison Ruddy-Shenkman à Kanata, resteront ouvertes à tous les résidents. 

De son côté, la présidente du conseil d’administration de la MSPO, Lynne Toupin, a indiqué : « Même si nous perdons une résidence dédiée, nous restons déterminés à faire en sorte que nos résidents francophones et leurs familles continuent de bénéficier d’un accompagnement en soins palliatifs bienveillant et de grande qualité grâce à l’ensemble de nos programmes communautaires et résidentiels gratuits. »

Mme Toupin a également précisé que l’organisation continuera d’explorer des possibilités avec ses partenaires pour tenter de concrétiser la création d’un établissement de soins palliatifs francophone pérenne dans les années à venir.

Une réunion virtuelle sera offerte mercredi soir pour permettre aux personnes intéressées de poser des questions à l’établissement.

Exemple d’une chambre à la Maison de l’Est. Photo : Archives ONFR

Un soutien essentiel pour les familles

C’est par une lettre envoyée aux donateurs de l’organisme qu’Éric Chartrand a appris la nouvelle mardi. Se disant « très déçu » par cette fermeture à venir, cet habitant d’Ottawa avait choisi de soutenir financièrement l’établissement après y avoir accompagné sa grand-mère jusqu’à son décès en décembre dernier.

Après un séjour à l’Hôpital général d’Ottawa où l’état de sa grand-mère se dégradait rapidement, son transfert à la Maison de l’Est a complètement changé les derniers moments de sa vie et le quotidien de ses proches.

« Dès qu’elle est rentrée à la Maison de l’Est, il n’y avait plus de machines, elle avait une chambre à elle-même », témoigne M. Chartrand. « Le personnel et les bénévoles ont été attentifs, remplis de compassion et chaleureux. Ils ont pris soin non seulement de la patiente, mais aussi de toute la famille. »

Marqué par le dévouement exceptionnel des bénévoles présents soir après soir auprès des familles, M. Chartrand prévoyait d’ailleurs de rejoindre leurs rangs à l’avenir. « J’aurais aimé ça faire du bénévolat justement pour eux, puis être là aussi […]. Malheureusement, ce n’est plus une option », regrette-t-il, déplorant la perte d’un service d’une telle humanité tout près de chez lui.

La Maison de l’Est n’était pas encore disponible pour accorder une entrevue à ONFR au moment d’écrire ces lignes. Le ministère de la Santé n’avait pas non plus répondu à notre demande de commentaires au moment de publier l’article.

Expansion de Billy Bishop : Queen’s Park veut faire fi de la décision d’Ottawa

TORONTO – Malgré la décision retentissante d’Ottawa d’écarter l’expansion de l’aéroport Billy Bishop, le gouvernement Ford affirme qu’il poursuit ses démarches. Alors que l’opposition officielle et la Ville de Toronto réclament l’abrogation immédiate de la loi entourant le projet, l’urbaniste torontois Ken Greenberg affirme que le projet d’expansion initial est physiquement et financièrement « tout à fait infaisable ».

Malgré la décision fédérale, la province semble depuis défendre coûte que coûte le projet : « Nous continuerons d’aller de l’avant pour moderniser cet aéroport parce que c’est ce qu’il faut faire pour l’avenir. Nous n’avons aucune intention d’abroger le projet de loi », a répondu mardi en conférence de presse le ministre des Transports de l’Ontario, Prabmeet Sarkaria.

 « Nous avons hâte de continuer à travailler pour faire avancer l’expansion de l’aéroport Billy Bishop », a répondu son bureau, faisant fi des réserves d’Ottawa.

La semaine dernière, à la suite de la consultation publique menée, le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, tranchait par voie de communiqué : « Nous n’irons pas de l’avant avec des projets qui empiéteraient sur des espaces publics précieux comme le parc Little Norway ou la plage Hanlan’s Point, qui entraineraient une augmentation du bruit, auraient des répercussions environnementales importantes ou nuiraient à la capacité de Toronto de construire les logements dont elle a grandement besoin. »

Le ministre MacKinnon a indiqué qu’Ottawa se concentrait exclusivement sur les travaux d’amélioration de la sécurité déjà approuvés et en cours à l’Aéroport Billy Bishop.

Dimanche dernier, plus de 1000 Torontois se sont rassemblés pour célébrer l’annonce d’Ottawa d’écarter la proposition d’expansion de l’Aéroport Billy Bishop de l’ île de Toronto visant à autoriser l’exploitation de jets et à augmenter le volume de passagers de 2 à 10 millions par an.

Le gouvernement Ford, qui avait déposé au printemps le projet de loi 110 pour prendre le contrôle de l’aéroport et procéder à l’expansion, prenait la place de la Ville de Toronto dans l’accord tripartite — municipalité, gouvernement fédéral et PortsToronto — qui régit le site.

Avançant des retombées économiques de « 8,5 milliards de dollars par an » et la création de « milliers d’emplois », le ministre Sarkaria avait indiqué que la province s’attend à un plan ajusté qui saura « protéger les espaces publics, notamment les îles de Toronto, traiter les impacts sonores et environnementaux, et offrir des avantages durables aux communautés locales ».

Un projet « infaisable », selon un expert en urbanisme torontois

« C’est un moyen de sauver la face », analyse Ken Greenberg, designer urbain dirigeant du cabinet Greenberg Consultants, ancien directeur du design urbain et de l’architecture pour la Ville de Toronto.

L’expert recadre les limites juridiques de Toronto et Queen’s Park : « Il n’y a pas moyen. C’est une décision du fédéral, point à la ligne […]. C’est vraiment dans la juridiction fédérale. »

Ken Greenberg, ancien directeur du design urbain et de l’architecture pour la Ville de Toronto, est un designer urbain, enseignant, auteur, et dirigeant du cabinet Greenberg Consultants. Photo : gracieuseté

« Sur le plan physique, c’était vraiment tout à fait infaisable », affirme l’urbaniste, interrogé sur le projet initial.

« Les gens n’ont pas compris l’ampleur de l’extension de la piste : ça devait être 3,3 km de long et 150 mètres de large, ce qui veut dire une fois et demie un terrain de foot. C’est inimaginable. »

Selon lui, les exigences techniques d’une telle expansion dépassaient les capacités du site riverain : « L’aéroport d’Ottawa, qui ne reçoit même pas 5 millions de passagers (par an), est 20 fois plus grand que Billy Bishop. »

Il pointe également du doigt l’absence totale d’infrastructures de transport en commun à fort débit (de type métro) pour absorber l’afflux projeté de 10 millions de voyageurs au cœur du centre-ville.

« Tous ceux qui se sont penchés sur ces données étaient conscients du fait que c’était catégoriquement impossible, et du point de vue financier aussi : il n’y avait pas moyen de financer un tel coût. Ils (le gouvernement) ont affirmé que l’aéroport allait se payer par lui-même, mais il n’y avait pas moyen, sauf si les tarifs pour les vols devenaient vraiment extrêmement chers. Et même là, ça n’est pas viable », tranche-t-il.

Interrogé sur un autre grand projet d’infrastructure de la province, la récente idée d’un tunnel autoroutier sous la 401, cet ancien directeur de la planification de Boston dresse un parallèle frappant avec le chantier américain du Big Dig : « Un tunnel de 60 kilomètres en dessous de 18 voies de circulation… C’est tout aussi infaisable. À Boston, pour une petite tranche de 3 kilomètres, cela a coûté 17 milliards de dollars au public américain », compare-t-il.

Droit de veto inviolable selon NoJetsTO

Norm Di Pasquale, responsable du programme NoJetsTO, un groupe de citoyens dont la vocation est la protection et la revitalisation des rives du lac, se dit extrêmement satisfait et soulagé de l’intervention du gouvernement fédéral.

« Ce sont tout de même 87 000 personnes qui ont pris part aux consultations publiques avec une majorité de 87 % opposée au projet », rappelle-t-il.

Norm Di Pasquale, responsable du programme NoJetsTO, de l’organisation Environmental Defence, s’adresse à plus de 1000 participants réunis à Harbour Square Park lors du rassemblement et de la marche Save Our Waterfront/Sauvons les rives du lac, le 26 juillet 2026. Photo : gracieuseté de Shay Markowitz

Cette construction, « impossible à réaliser sans tout détruire complètement », aurait nécessité un minimum de 25 ans, estime celui-ci.

Malgré l’assurance affichée par le gouvernement Ford, M. Di Pasquale considère que leur marge de manœuvre est désormais nulle.

« Le gouvernement fédéral détient toutes les cartes. Ils ne peuvent pas aller de l’avant. Chaque signataire de l’accord tripartite (dont le fédéral fait partie) dispose d’un droit de veto. »

Appels à l’abrogation de la loi

Depuis la décision fédérale, les appels à l’abrogation de la loi se multiplient. Olivia Chow, la mairesse de Toronto a déposé une motion d’urgence lundi pour exiger de la province la rétrocession des terrains municipaux requis pour le projet, soit le parc Little Norway et les îles de Toronto.

« Nous remercions le gouvernement fédéral d’avoir écouté, ainsi que les milliers de personnes qui ont travaillé sans relâche pour faire entendre les voix de Toronto. Rendez-nous notre bord de lac », a intimé la mairesse dans une publication sur le réseau social X.

La cheffe du NPD de l’Ontario, Marit Stiles, et le député de Spadina—Fort York, Chris Glover, réclament également l’abrogation immédiate de la loi 110.

L’opposition officielle dénonce les propos du ministre des Transports, Prabmeet Sarkaria, qui a qualifié les opposants au projet de « groupe marginal », y voyant une insulte envers les dizaines de milliers de citoyens mobilisés.

Stiles exige que le gouvernement Ford mette fin à cette « mainmise » foncière et restitue à la Ville de Toronto ces terrains publics.

De son côté, le député Chris Glover met en garde la population contre un simple « sursis temporaire ». Soulignant que la décision fédérale et les déclarations des libéraux laissent la porte ouverte à une expansion à plus petite échelle, le NPD estime que la communauté demeure menacée tant que la loi 110 reste en vigueur.

L’après FIFA 2026 : le soccer canadien appelé à repenser sa philosophie

La Coupe du monde 2026 est terminée, mais son héritage reste à écrire. Dans cette série de trois articles, ONFR explore les grands défis qui attendent le soccer canadien à travers le regard de deux entraîneurs franco-ontariens : Joé Fournier, directeur du programme de soccer de l’École secondaire publique Louis-Riel à Ottawa, et Mata Boboy, entraîneur au Collège Boréal à Sudbury.

Le Canada dispose aujourd’hui de plus de talents que jamais. Mais pour les entraineurs francophones Mata Boboy et Joé Fournier, le prochain défi ne se jouera pas seulement sur le terrain. Pour espérer rivaliser durablement avec les meilleures nations du monde, le soccer canadien devra aussi faire évoluer sa manière de former les joueurs, les entraîneurs, et même de penser son développement en s’inspirant des modèles français et espagnols.

Le Canada a franchi un cap pendant la Coupe du monde. Pour la première fois de son histoire, la sélection masculine a remporté un match, atteint les huitièmes de finale et démontré qu’elle pouvait rivaliser avec des nations bien établies.

Pour Mata Boboy, ces performances confirment surtout que le soccer canadien progresse plus rapidement que beaucoup ne l’imaginaient.

« Que le Canada se retrouve 30e meilleure nation du football, alors qu’il y a à peine 15 à 20 ans que le programme de soccer s’est vraiment lancé, je pense qu’on est même en avance par rapport à là où on devrait être. Avec le temps, je ne me fais aucun souci, je pense qu’on pourra aller plus haut. »

L’entraîneur du Collège Boréal se montre donc optimiste pour l’avenir. Reste désormais à savoir comment le Canada pourra transformer cet élan en progrès durable.

Sur cette question, Joé Fournier, entraîneur et directeur du programme de soccer de l’École secondaire publique Louis-Riel d’Ottawa, estime que le prochain défi dépasse le simple développement de nouveaux talents : c’est toute la manière de penser et de structurer le soccer canadien qui devra continuer d’évoluer.

Joé Fournier (à gauche) lors d’une visite à la Barça Academy. L’entraîneur estime que le Canada peut continuer à faire évoluer sa philosophie de formation en s’inspirant des meilleures pratiques. Photo : gracieuseté

Former les joueurs sur des modèles européens

Pour M. Fournier, le Canada n’a jamais disposé d’un bassin de talents aussi important : « Le niveau de talent a vraiment augmenté et tellement changé dans ces 30 ans. C’est incroyable. »

À ses yeux, le défi n’est donc plus de faire jouer davantage de jeunes, mais de mieux les développer. Selon lui, le Canada gagnerait à s’inspirer davantage des modèles européens, en particulier de France et d’Espagne.

Il estime que la culture soccer du pays, notamment dans sa partie anglophone, s’est longtemps construite sous l’influence d’entraîneurs issus de traditions anglaise, écossaise et irlandaise, alors que le Québec, côté francophone, a davantage bénéficié de l’apport de techniciens français.

Une différence qui, selon lui, se reflète encore aujourd’hui dans les méthodes de formation.

Cette vision, l’Ottavien l’applique depuis plusieurs années à Louis Riel. Pour son programme, il s’est notamment inspiré de la méthodologie du FC Barcelone, un club avec lequel il a collaboré pendant près de huit ans.

« La méthode espagnole développe des joueurs capables de comprendre le jeu, de prendre des décisions et de résoudre des problèmes sur le terrain. C’est ça qui fait la différence », affirme-t-il.

Faire grandir une culture du soccer

Pour Joé Fournier, le prochain palier ne se jouera pas uniquement sur les terrains d’entraînement. Il passera aussi par l’émergence d’une véritable culture du soccer au Canada. Selon lui, les discussions autour du ballon rond doivent s’inviter dans le quotidien des familles, comme c’est déjà le cas avec le hockey.

« Quand les parents parlent avec leurs enfants, ce n’est pas juste de leur match. Ils parlent du CF Montréal, du Toronto FC, du Barça, du PSG, de Dembélé… C’est ça qui crée une culture. Ça revient à la culture, ça revient aux discussions », explique-t-il.

L’entraîneur du programme Louis-Riel estime que cette évolution culturelle constitue même la prochaine étape du développement du soccer canadien.

« C’est drôle à dire parce que ce n’est pas ce qui se passe sur le terrain, mais c’est ce qui se passe à l’extérieur du terrain, selon moi, qui va nous permettre de franchir la prochaine étape. »

Mata Boboy durant un match. Selon lui, la progression du soccer canadien repose autant sur l’évolution des méthodes de formation que sur les infrastructures. Photo : gracieuseté

Repenser le système de formation

Former les joueurs commence par former ceux qui les encadrent. Dans le Nord de l’Ontario, rappelle Mata Boboy, ce sont souvent des parents bénévoles qui prennent en charge les équipes de jeunes. Un engagement essentiel, mais qui ne suffit plus si le Canada souhaite rivaliser durablement avec les meilleures nations.

« Pour atteindre ce niveau qu’on retrouve par exemple en France, je pense qu’il faut vraiment des formateurs qui sont passés dans de bonnes formations pour élever les niveaux. »

Au-delà des entraîneurs, c’est toutefois toute la structure du soccer canadien que l’ancien directeur technique de la Greater North Soccer Association aimerait voir évoluer. Il estime que le pays gagnerait à s’inspirer davantage du modèle économique européen des clubs et des académies, où la pratique demeure plus accessible financièrement, afin que le développement d’un jeune joueur ne soit pas conditionné par les revenus de sa famille.

« Beaucoup de talents passent entre les mailles du filet parce que les coûts d’inscription et d’équipement sont trop élevés. Le soccer doit redevenir un sport populaire, accessible au plus grand nombre. »

Penser le soccer sur le long terme

Au-delà des investissements dans les infrastructures et l’accent mis sur la formation, Joé Fournier estime que les grands dirigeants et investisseurs du soccer canadien doivent également changer de philosophie de développement.

À ses yeux, ce sport s’est longtemps développé selon une logique de rentabilité plutôt que dans une vision de développement sportif à long terme. « Le soccer a commencé plus comme un business que comme une passion », explique-t-il.

Selon lui, cette approche a souvent conduit à privilégier des objectifs financiers à court terme plutôt que la construction patiente d’un véritable écosystème, capable d’accompagner durablement les joueurs, les entraîneurs et les clubs.

Pour plusieurs acteurs du soccer canadien, la Première Ligue canadienne est venue combler une étape essentielle dans le parcours de développement des jeunes joueurs. Photo : Nick Iwanyshyn/CPL

Installer durablement la PLC

Cette réflexion s’applique notamment à la Première Ligue canadienne (PLC). Si sa création a permis au Canada de répondre aux exigences de la FIFA pour accueillir des matchs de la Coupe du monde, l’entraîneur franco-ontarien estime que son véritable rôle commence aujourd’hui.

« Je sais que la ligue a été créée de façon à ce qu’on ait la Coupe du monde. C’était obligatoire d’avoir une ligue professionnelle, sinon on n’avait pas le droit d’avoir des matchs ici au Canada. »

Pour lui, le défi est désormais de faire vivre cette ligue bien au-delà de l’effervescence du Mondial. Si la Ligue majeure de soccer (MLS) reste la principale voie d’accès au très haut niveau pour les meilleurs espoirs canadiens, la PLC est venue combler un vide dans leur parcours. Elle offre une première expérience professionnelle à de jeunes joueurs qui n’ont pas intégré les académies de la MLS, tout en permettant à d’autres de poursuivre leur développement avant, peut-être, de franchir une nouvelle étape.

« Pour le développement de nos joueurs, c’est immense. C’est hyper important. C’est une étape qui manquait pendant longtemps », se réjouit l’entraineur ottavien.

Les investissements annoncés par les gouvernements et les instances du soccer canadien témoignent d’une volonté de faire franchir un nouveau cap au pays. Les deux techniciens franco-ontariens ont exposé leur vision des changements à entreprendre. Mais reste à savoir si celle-ci sera partagée par les dirigeants du soccer canadien, alors que différentes philosophies de développement, notamment inspirées des traditions britannique et européenne continentale, continuent de coexister.

Le maire d’Ottawa veut décréter 2028 « Année de la Francophonie »

OTTAWA – Le maire Mark Sutcliffe a déposé un avis de motion lors de la réunion du Conseil municipal du 15 juillet afin de proclamer l’année 2028 comme l’« Année de la Francophonie à Ottawa ». Cette démarche survient à la suite de la confirmation que la capitale nationale accueillera le XXIe Sommet de la Francophonie en 2028.

Dans une déclaration diffusée sur ses réseaux sociaux, le maire indique avoir travaillé de concert avec le gouvernement fédéral pour obtenir la tenue du Sommet. 

Affirmant ne pas vouloir que l’événement se limite à « quelques jours », M. Sutcliffe explique souhaiter faire de l’année 2028 une occasion de reconnaître la contribution de la communauté francophone.

Appuyée par la conseillère Stéphanie Plante (Quartier 12 Rideau-Vanier), la motion sera formellement soumise au vote des élus lors de la séance du Conseil municipal du 26 août prochain.

Cette proposition de décret s’inscrit dans un alignement plus vaste de dossiers francophones à l’échelle municipale. Lors du Gala des prix Bernard-Grandmaître au printemps dernier, le maire Mark Sutcliffe avait esquissé l’idée d’organiser un grand forum francophone à Ottawa en 2027. 

Ce rassemblement, inspiré du modèle du Sommet rural de la Ville, viserait à consulter la population afin d’établir un état des lieux et de déterminer les priorités pour l’amélioration des services municipaux en français. 

Du côté de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa), l’initiative est accueillie favorablement. En entretien avec ONFR, le président de l’organisme, Bobby Bourdeau, indique que des échanges ont déjà eu lieu avec l’Hôtel de Ville.

« C’est certain qu’on accueille cette annonce avec enthousiasme. C’est une reconnaissance importante de la place qu’occupent les francophones à Ottawa et une occasion exceptionnelle de faire rayonner notre communauté non seulement ici, mais partout au Canada et à l’international. »

La question de l’héritage durable

Au-delà de la tenue d’un sommet international regroupant des représentants de plus de 90 États et gouvernements, la motion municipale mentionne la volonté de laisser un héritage pour l’ensemble de la collectivité, notamment par le renforcement des services en français et l’essor de la langue au sein des installations municipales.

Pour Bobby Bourdeau, l’étalement des démarches sur une année entière constitue un élément clé pour assurer un impact à plus long terme. 

« Ce qui va être important, c’est de travailler ensemble pour que l’année laisse vraiment un héritage durable pour les générations futures. C’est bien beau un événement de quelques jours, mais là on parle de toute une année. C’est une belle façon de pouvoir laisser un legs qui va durer beaucoup plus. »

La motion prévoit également de mandater le personnel municipal afin de collaborer avec les organismes communautaires, les institutions éducatives, les acteurs culturels et le milieu des affaires pour élaborer le programme des célébrations.

« Dans la motion, c’est leur façon de pouvoir s’engager. On souhaite vraiment qu’ils concrétisent leur volonté de travailler avec les partenaires communautaires, les chambres de commerce et les différents acteurs clés pour développer la présence francophone au sein de la ville », précise le président de l’ACFO Ottawa.

Sensibilisation et visibilité

Selon l’ACFO Ottawa, cette visibilité internationale représente aussi un outil de sensibilisation. Bien que la capitale compte plus de 143 000 résidents francophones et dispose d’une politique de bilinguisme depuis plus de 50 ans, M. Bourdeau rappelle que la présence de la francophonie ontarienne demeure parfois méconnue à l’extérieur de la province.

« On le réalise de plus en plus : il y a tellement de gens qui ne savent pas qu’il y a des francophones en Ontario », observe-t-il. C’est aussi une occasion historique pour faire découvrir notre ville, faire découvrir la présence francophone qu’on a et mettre en valeur notre culture. »

La députée fédérale d’Ottawa-Vanier, Mona Fortier, a également exprimé son appui à la démarche municipale sur les réseaux sociaux. 

« Depuis plus de 400 ans, les francophones font partie intégrante de l’histoire d’Ottawa. Ils ont contribué au développement économique de notre ville, favorisant ainsi la prospérité d’Ottawa, de l’Ontario et du Canada », a souligné la députée, qualifiant le Sommet de 2028 d’« occasion exceptionnelle pour Ottawa de mettre en valeur la richesse, la diversité et la vitalité de la langue française ».

L’après FIFA 2026 : le véritable héritage de la Coupe du monde commence maintenant

La Coupe du monde 2026 est terminée, mais son héritage reste à écrire. Dans cette série de trois articles, ONFR explore les grands défis qui attendent le soccer canadien à travers le regard de deux entraîneurs franco-ontariens : Joé Fournier, directeur du programme de soccer de l’École secondaire publique Louis-Riel à Ottawa, et Mata Boboy, entraîneur au Collège Boréal à Sudbury.

Après avoir vibré au rythme du plus grand événement sportif de la planète pendant un mois, le Canada doit maintenant transformer l’enthousiasme suscité par son parcours historique en véritable projet de développement. Des terrains du Nord de l’Ontario aux académies du sud du pays, entraîneurs et éducateurs voient déjà les premiers effets… mais rappellent que le plus difficile reste à faire.

Le dernier coup de sifflet de la Coupe du monde a retenti il y a quelques jours. Les fan zones se sont vidées, les drapeaux ont été rangés et les regards se tournent désormais vers l’avenir.

Pour le Canada, cette aventure ne restera pas seulement celle de la première victoire de son histoire dans un Mondial masculin et d’un parcours jusqu’aux huitièmes de finale. Elle pourrait surtout marquer le début d’une nouvelle ère pour le soccer canadien.

Sur le terrain, les performances ont donné des raisons d’espérer. Mais pour ceux qui forment les joueurs de demain, le véritable héritage se mesurera dans les prochaines années, lorsque les jeunes décideront, ou non, de chausser les crampons.

Enfin des modèles auxquels les jeunes peuvent s’identifier

Pour Mata Boboy, entraîneur au Collège Boréal à Sudbury, les premiers effets du tournoi se font déjà sentir. Le changement se lit surtout dans les rêves que nourrissent désormais les jeunes qui peuvent s’identifier aux parcours des joueurs de l’équipe canadienne.

« Ce sont des joueurs qui ont grandi, qui ont évolué dans le système de soccer du Canada. Les jeunes se disent que si Alphonso Davies ou Jonathan David ont réussi, eux aussi peuvent atteindre ce niveau en travaillant », explique M. Boboy.

Le Collège Boréal s’apprête d’ailleurs à lancer son nouveau programme collégial, une initiative qui pourrait profiter directement de cet engouement renouvelé. « Les jeunes voient maintenant le collège comme une porte d’entrée vers un niveau supérieur », estime-t-il.

Joé Fournier dirige le programme de soccer de l’École secondaire publique Louis-Riel depuis sa création, en 2005. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Même constat du côté de Joé Fournier, entraîneur et directeur du programme de soccer de l’École secondaire publique Louis-Riel, à Ottawa. En plein camp d’été, il était impossible selon lui d’échapper à la Coupe du monde.

« Les jeunes en parlent constamment. On fait des quiz, on regarde des vidéos, on discute des matchs. L’intérêt est bien réel », considère M. Fournier.

S’il ne s’attend pas à une explosion des inscriptions, son programme affichant déjà complet chaque année, il se trouve sur le même longueur d’ondes que son homologue à Sudbury.

« Avant, ce n’était qu’un rêve de devenir professionnel. Maintenant, les jeunes savent que c’est possible en passant par le système canadien. Ils ont vu que ces joueurs-là ont commencé ici avant de poursuivre leur parcours en Europe. »

Le Nord rappelle que tous les jeunes ne partent pas avec les mêmes chances

Cet enthousiasme ne suffit toutefois pas à gommer les réalités du terrain. À Sudbury, développer les jeunes talents reste un défi de tous les jours. Les distances, le coût des déplacements, le manque de terrains et le peu d’occasions de se mesurer régulièrement aux meilleures équipes compliquent le développement des jeunes joueurs.

« Beaucoup de talents existent dans le Nord, mais ils manquent d’encadrement, de suivi et surtout de visibilité, explique Mata Boboy. Un recruteur vient parfois une seule fois par année. C’est très peu. Les jeunes finissent donc par partir vers Toronto ou Montréal pour espérer être vus. »

Récemment, Mata Boboy occupait le poste de directeur technique de la Greater North Soccer Association. Une expérience qui lui a permis d’acquérir une connaissance approfondie des défis auxquels fait face le développement du soccer dans le Nord de l’Ontario. Photo : gracieuseté

L’arrivée prochaine d’un terrain aux normes de la FIFA au Collège Boréal représente ainsi bien plus qu’une nouvelle infrastructure. Pour lui, il s’agit d’offrir enfin davantage d’heures de pratique aux jeunes et de donner un nouvel élan au soccer dans le Nord de l’Ontario.

Mais l’ancien directeur technique de la Greater North Soccer Association (GNSA), l’organisme responsable du développement du soccer dans le Nord-Est de l’Ontario, estime que cela ne suffira pas.

Il souhaiterait voir davantage de compétitions régionales, de camps de recrutement et de collaborations avec les grands centres afin que les meilleurs joueurs puissent être repérés sans devoir systématiquement quitter leur région.

Le prochain défi est culturel

Pour Joé Fournier, la prochaine étape du soccer canadien dépasse largement les infrastructures. Le véritable changement devra être culturel.

« Le talent a énormément augmenté en trente ans, affirme-t-il. Mais ce qui nous fera franchir un autre cap, ce n’est pas seulement ce qui se passe sur le terrain. C’est ce qui se passe autour du terrain. »

Il rêve d’un pays où les familles discutent naturellement du match de la veille autour de la table, où les enfants parlent de tactique avec leurs parents et où le soccer fait partie des conversations quotidiennes, au même titre que le hockey.

Plusieurs athlètes passés par le programme de Joé Fournier ont poursuivi leur parcours au niveau universitaire, professionnel ou avec les équipes nationales canadiennes. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Selon lui, le développement des compétences des entraîneurs constitue également un chantier prioritaire. Il plaide pour une approche davantage inspirée des méthodologies françaises et espagnoles, axées sur la formation du joueur plutôt que sur le simple résultat.

« Il faut investir dans nos entraîneurs. Ce sont eux qui passent le plus de temps avec les jeunes. Si on veut développer de meilleurs joueurs, il faut d’abord développer de meilleurs entraîneurs », conclut celui-ci.

Sur ce point, Mata Boboy partage le même constat. Dans plusieurs communautés du Nord, le manque d’entraîneurs qualifiés oblige encore des parents à prendre en charge les équipes de jeunes. Une réalité qui complique le développement des joueurs dès leurs premières années de pratique.

L’accessibilité, l’un des plus grands freins

D’un point de vue économique, Joé Fournier et Mata Boboy se rejoignent parfaitement. Le principal adversaire du soccer canadien n’est ni le climat, ni le manque de talents. C’est le coût.

« Beaucoup de jeunes abandonnent simplement parce que les frais sont trop élevés », constate Mata Boboy. Il souhaite voir davantage de partenariats entre les clubs, les municipalités et les entreprises afin de rendre le sport plus accessible.

Même réflexion chez Joé Fournier : « Le soccer est le sport du peuple. Dès qu’il devient trop dispendieux, il cesse de l’être pour devenir celui des privilégiés. »

Entraîneur-chef de l’équipe masculine de soccer du Collège Boréal, Mata Boboy participe à la mise en place du nouveau programme intercollégial des Vipères, qui fera son entrée dans l’Ontario Colleges Athletic Association (OCAA) à compter de la saison 2027-2028. Photo : gracieuseté

Transformer l’élan en héritage

Quelques heures après la finale, le premier ministre Mark Carney annonçait un investissement historique d’un milliard de dollars destiné à améliorer l’accès au sport et à moderniser les infrastructures partout au pays.

Le gouvernement a également réaffirmé son soutien au projet de Centre national d’entraînement de Canada Soccer, appelé à devenir un héritage durable de la Coupe du monde.

Pour Mata Boboy, cette annonce est porteuse d’espoir. Encore faudra-t-il que ces investissements profitent également aux régions éloignées, où le potentiel existe mais où les occasions demeurent limitées.

Au fond, la Coupe du monde aura peut-être laissé un héritage plus important qu’un simple parcours historique. Elle a offert à toute une génération de jeunes Canadiens la conviction qu’ils peuvent rêver plus grand.

Le véritable défi commence maintenant : faire en sorte que, peu importe qu’ils grandissent à Toronto, Ottawa, Sudbury, ou ailleurs, ces rêves aient les mêmes chances de devenir réalité.

Normand Labrie quittera son poste de recteur de l’UOF

TORONTO – Le recteur de l’Université de l’Ontario français (UOF), Normand Labrie, quittera ses fonctions au cours de l’année 2027. Son mandat de trois ans restera marqué par la diversification des programmes ainsi que la croissance de l’effectif étudiant, deux avancées majeures pour mener l’université vers l’autonomie.

De retour à la tête de l’UOF depuis 2024, Normand Labrie prépare son départ à la retraite prévu l’an prochain : « Je suis fier des réalisations des deux dernières années et j’espère que la troisième sera tout aussi positive », a-t-il confié dans une entrevue à ONFR.

Les candidatures pour le poste sont déjà ouvertes depuis ce printemps. « J’ai toute confiance en l’équipe en place », ajoute-t-il.

Par le passé, M. Labrie a occupé le poste de directeur du Centre de recherches en éducation franco-ontarienne à l’Université de Toronto (UofT). Il est par ailleurs le tout premier recteur que l’UOF ait eu en 2018 avant André G. Roy en 2020, puis Pierre Ouellette jusqu’en 2024, avant que M. Labrie ne fasse son retour.

Un mandat pour stabiliser l’université

Le recteur explique que son objectif a toujours été d’ajouter des programmes, de recruter davantage d’étudiants et de mettre l’université sur le chemin de la croissance.

« Quand je suis arrivé, je m’étais fixé ces objectifs. Aujourd’hui, nous sommes en train de les atteindre ensemble », affirme Normand Labrie, qui assure qu’il sera bien présent pour assurer la transition.

« À mon arrivée, il y avait 250 étudiants. Cette année, il y en a 600. En septembre, nous en aurons plus de 900 », se réjouit-il.

L’établissement a tout récemment lancé un nouveau programme en travail social qui ouvrira dès la rentrée prochaine. « On a besoin de personnes brillantes qui vont aider à transformer la société et s’occuper des enjeux auxquels on fait face aujourd’hui. On a besoin d’une nouvelle génération qui a des solutions créatives et ingénieuses », souligne-t-il.

« À mon arrivée, il y avait 250 étudiants. Cette année, il y en a 600. En septembre, nous en aurons plus de 900. »
— Normand Labrie, recteur de l’UOF

Dès 2016, en tant que membre du comité de création de l’UOF, Normand Labrie a joué un rôle déterminant dans la conception, la planification et la concrétisation de l’institution.

« Je pense que l’Université de l’Ontario français est vraiment sur la bonne voie et elle va continuer de grandir », conclut M. Labrie

Soccer : l’arrivée fracassante de Fleuriau Chateau à l’Atletico Ottawa

OTTAWA – Il existe des scénarios qu’on n’écrit que dans les films. Pour Nicolas Fleuriau Chateau, ils peuvent aussi se produire sur un terrain de soccer. Deux jours seulement après avoir rejoint officiellement l’Atlético Ottawa, l’attaquant franco-ontarien a inscrit le but de la victoire dans le temps additionnel pour offrir un spectaculaire succès de 3-2 au club de sa ville natale face au Pacific FC, dimanche, à la Place TD.

La première de Nicolas Fleuriau Chateau avec l’Atletico Ottawa s’est déroulée comme dans un rêve. Entré en jeu en fin de rencontre, l’attaquant de 24 ans a récupéré le ballon dans sa moitié de terrain du but avant de dribbler plusieurs défenseurs.

Un contre favorable sur le dernier défenseur du Pacific FC lui a ensuite ouvert le chemin du but, et il n’a laissé aucune chance au gardien d’une puissante frappe du pied gauche à la 90+6e minute, faisant exploser les quelque 5000 spectateurs présents dans les gradins.

Pour celui qui venait tout juste de retrouver sa ville natale après plusieurs années passées aux États-Unis puis en Europe, difficile d’imaginer meilleur scénario.

« Ça a été six mois difficiles pour moi sur le plan personnel, sans avoir l’impression d’obtenir les occasions que je méritais. Mais au bout du compte, tout arrive pour une raison. Cette raison, c’est que je suis ici aujourd’hui, à marquer des buts pour l’équipe de ma ville devant ma famille et mes amis », a confié Fleuriau Chateau en conférence de presse d’après-match.

La frappe croisée du gauche de Fleuriau Chateau n’a laissé aucune chance à Sean Melvin le gardien du Pacific FC. Photo : Philippe Larivière/Atlético Ottawa

Retour aux sources

Originaire d’Ottawa, l’attaquant avait quitté la région il y a sept ans pour poursuivre son développement, d’abord aux États-Unis avec l’Université St. John’s, puis chez les Whitecaps de Vancouver, où il a disputé quatre matchs en Ligue majeure de soccer (MLS). Plus récemment, il évoluait avec Galway United, en première division irlandaise, lorsqu’il a choisi de revenir à la maison en signant un contrat jusqu’en 2027 avec l’Atlético Ottawa.

« Je cherchais la prochaine étape de ma carrière. J’avais quelques autres options, mais je commençais à avoir le mal du pays. À chaque fois que je revenais à Ottawa, je voyais ma nièce grandir à vue d’œil, a-t-il confié. Pouvoir passer davantage de temps avec ma famille et mes amis tout en poursuivant mon rêve de jouer au plus haut niveau possible, c’était difficile à refuser. »

Attendre son moment

Ironiquement, Fleuriau Chateau a très peu touché le ballon après son entrée en jeu. Quelques instants avant son but, Ballou Tabla ne l’avait même pas aperçu sur une possibilité de passe en retrait décisive. Pourtant, l’attaquant n’a jamais cessé d’y croire.

« Évidemment, ça ne fait pas longtemps que je suis ici et on apprend encore à se connaître. Ballou a des qualités incroyables, mais il est impossible de tout voir sur le terrain. Moi, je suis le type de joueur qui s’attend parfois à ne pas toucher beaucoup de ballons, mais je vais quand même faire les courses et rester dans le match », a-t-il expliqué.

« Si on regarde Erling Haaland, par exemple, a-t-il ajouté, il peut toucher seulement cinq ballons dans un match et marquer deux buts. C’est pour ça que je vais toujours faire les appels en profondeur. J’attends simplement le moment spécial. »

Ce moment est finalement arrivé dans les derniers instants de la rencontre.

« Hier à l’entraînement, je frappais tous les ballons de toutes mes forces. C’est un peu comme ça que j’ai toujours joué. Quand j’ai éliminé le défenseur, je voulais seulement revenir sur mon pied gauche. Ensuite, le ballon est revenu devant moi… Honnêtement, je vais devoir revoir le but parce que je ne me souviens pas vraiment de ce qui s’est passé. Je me rappelle seulement avoir vu le ballon et frappé. »

Une victoire renversante

Avant ce dénouement, l’Atlético Ottawa avait pourtant dû s’employer. Emiliano Garcia avait ouvert la marque juste avant la pause (45+6e), avant qu’Alejandro Díaz n’égalise sur penalty au retour des vestiaires (53e). Marco Bustos avait ensuite donné les devants au Pacific FC à la 61e minute, mais Ballou Tabla a remis les deux équipes à égalité quinze minutes plus tard grâce à son septième but de la saison.

Le but de Fleuriau Chateau a finalement permis à l’Atlético de compléter sa remontée et de récolter un huitième point cette saison après avoir été mené au score. Il s’agissait également de la première victoire du nouvel entraîneur en chef de Gustavo Leal.

Le scénario a d’autant plus fait sourire Gustavo Leal que l’entraîneur avait insisté toute la semaine sur la qualité de frappe de sa nouvelle recrue.

Quelques jours avant ses débuts avec l’Atlético Ottawa, Nicolas Fleuriau Chateau avait déjà impressionné son nouvel entraîneur Gustavo Leal par la puissance de son pied gauche à l’entraînement. Photo : Philippe Larivière/Atlético Ottawa

« Utilise ton pied gauche »

Gustavo Leal estime que cette réalisation pourrait avoir un impact bien au-delà du résultat du jour.

« Dès notre première séance, il a décoché quatre ou cinq frappes très puissantes. Puis, pendant deux entraînements, il n’a presque plus utilisé son pied gauche. Hier, après la séance, nous avons fait des exercices de finition et je lui ai dit : ‘Demain, si tu as une occasion, utilise ton pied gauche. Tu as une frappe très puissante.’ Et aujourd’hui, c’est exactement ce qui est arrivé », a raconté le technicien brésilien.

« Les attaquants sont des joueurs particuliers. Ils ont besoin d’avoir une grande confiance en eux. Marquer un but aussi important lors de son premier match, après seulement quelques minutes sur le terrain, est énorme pour son estime personnelle. Mais cette victoire va aussi renforcer la confiance de tout le groupe », a-t-il ajouté.

Après seulement quelques jours passés avec sa nouvelle équipe, l’attaquant franco-ontarien semble déjà avoir trouvé sa place.

« Tout le monde m’a accueilli à bras ouverts. Les entraîneurs savent exactement où ils veulent aller et on sent qu’il y a une excellente culture ici. Français, Espagnols, Anglais… tout le monde s’entend bien », résume-t-il.

Pour un joueur qui rêvait simplement de rentrer à la maison, difficile d’imaginer un premier chapitre plus réussi. Entre sa famille en tribunes, son premier ballon décisif ou presque et une victoire arrachée au bout du temps additionnel, Nicolas Fleuriau Chateau a offert à l’Atlético Ottawa une première dont les partisans se souviendront longtemps.

L’ombre de Sam Salter planait encore sur l’attaque de l’Atlético Ottawa depuis le début de la saison. Un seul match ne suffit pas à tourner une page, mais Nicolas Fleuriau Chateau vient peut-être d’écrire la première ligne du prochain chapitre.

« Il n’y a plus rien. Tout est brûlé » : un pompier forestier raconte la réalité du terrain

THUNDER BAY – Pour Mark Bélanger, pompier forestier depuis 38 ans, les feux de forêt atteignent un niveau sans précédent. Vice-président de la section 713 du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO) qui représente le personnel des Services d’urgence, d’aviation et de lutte contre les feux de forêt (SUALFF) du ministère des Richesses naturelles, il rapporte un manque de moyens criant sur le terrain et demande des comptes au gouvernement ontarien dans sa gestion des feux de forêt.

Avec 38 ans d’expérience en tant que pompier forestier, Mark Bélanger a connu nombre de saisons de feux de forêt. Lui qui en a éteint dans presque toutes les provinces, confie n’avoir jamais assisté à une saison d’une telle ampleur. « C’est le feu le plus large de l’histoire de l’Ontario, il n’y a pas de comparaison », dit-il, en parlant de THU_FIRE_36, un brasier qui a brûlé plus de 315 000 hectares. « C’est une année extrême », ajoute-t-il.

En poste à Thunder Bay comme technicien en gestion de feux spécialisé en sécurité, il passe ses journées au cœur de la forêt. La veille, alors qu’il prépare un camion pour le livrer à une équipe, il jette un coup d’œil sur le bord de la route et y constate un paysage apocalyptique : « Des maisons, des camps, et des trailers où il n’y a plus rien. Tout est brûlé. C’est une pile d’aluminium fondu ».

Pour lui, tout cela aurait pu être évité si la province s’était préparé en avance. Il appelle au gouvernement à « cesser le jeu de dupes » avec le personnel de première ligne et les Ontariens affectés par les feux.

Avec 38 ans d’expérience en tant que pompier forestier, Mark Bélanger est le vice-président de la section locale 713 du SEFPO. Il travaille actuellement à Thunder Bay en tant que technicien en gestion des feux, en charge de la sécurité de l’équipe. Photo : gracieuseté de Mark Bélanger.

Des données gouvernementales contestées par le syndicat

« Il gonfle le nombre de personnes qui travaillent » affirme-il. Alors que le premier ministre assure à la presse que 8900 pompiers forestiers combattent activement les brasiers, le technicien en gestion des feux dit, lui, que le nombre total de pompiers ne dépasse pas la barre des 600.

Le représentant syndical du local 713 de la SEFPO dispute aussi les déclarations de Doug Ford sur le matériel disponible. Selon lui, le premier ministre se serait targué d’avoir fourni plus de 90 bombardiers pour éteindre les feux. « C’est absolument faux », s’indigne-t-il. « Dans son calcul, chaque avion ou hélicoptère qui peut transporter de l’eau est un bombardier ».

Or, le pompier précise qu’un bombardier d’eau est un aéronef spécialisé, conçu avec des caractéristiques techniques bien distinctes.

Il dénonce la lenteur du gouvernement provincial à renouveler sa flotte d’avions bombardiers d’eau. Le constructeur De Havilland Canada a pourtant développé une toute nouvelle gamme, le Canadair DHC-515. « Tous les pays d’Europe connaissaient la qualité de ces appareils et ont commandé le premier lot. L’Ontario, lui, a tardé à agir », déplore-t-il.

Vue aérienne du brasier THU_FIRE_36 le 21 juillet dernier à Thunder Bay. Ce feu a brûlé plus de 320 000 hectares. Photo : Services d’urgence, d’aviation et de lutte contre les feux de forêt (SUALFF) de l’Ontario

La province se voit ainsi devancée par d’autres pays européens qui ont pu s’en procurer avant. Si la province a depuis passé le pas, ses bombardiers ne seront disponibles qu’en 2035.

De plus, cette acquisition ne répond pas aux critères opérationnels pour faire face aux feux : « Il faut neuf bombardiers. Quatre à l’Ouest, quatre à l’Est, et un en réserve, détaille M. Bélanger. Ford en a seulement acheté six ».

Actuellement, dans la province, deux bombardiers ne volent pas. En effet le représentant local accuse la province de ne pas avoir commandé certaines parties des engins en avance pour cette saison des feux, les rendant pour l’heure inutilisables.

Un problème de rétention du personnel d’expérience

Les pompiers forestiers et le personnel de gestion d’incendies auraient tendance à quitter leurs fonctions après quelques années, faute de rémunération suffisante; « Ils ont des familles, des factures », rappelle le vice-président de la section locale.

Ce dernier précise qu’avec un taux horaire de moins de 25 dollars par heure, les salaires actuels ne permettent pas d’envisager une carrière à long terme dans le secteur.

Selon lui, le personnel est en constante rotation, avec de jeunes étudiants novices venus prendre de l’expérience avant de partir. « Quand j’ai commencé, c’était commun de trouver une équipe avec 100 ans d’expérience cumulée, 20 par personne. Là, un chef d’équipe peut avoir six ans, le deuxième cinq ans, et le reste sont tous des nouveaux ».

À cause de cet écart, le gouvernement fait appel à des professionnels d’autres industries, affirme M. Bélanger. Ce dernier nous informe que, cette année, le gouvernement Ford a embauché un expert du secteur minier pour mener le protocole de formation des pompiers forestiers.

« Ils embauchent des personnes de l’extérieur qui viennent nous dire quels sont les standards de l’industrie et ce qu’on doit savoir, affirme le représentant syndical. Les seules personnes qui éteignent les feux dans la province de l’Ontario, c’est nous. Il n’y a personne d’autre. Nous sommes l’industrie. »

Alors qu’il continue à dévouer des heures sur le terrain et constate l’impact en temps réel de certaines décisions provinciales, il considère normal que les personnes qui aient tout perdu et dont la sécurité est en jeu puissent demander des comptes au gouvernement.

Les coalitions autochtones urbaines réclament le retour de leur financement fédéral

OTTAWA – Depuis le 1er avril, 33 coalitions autochtones urbaines ne reçoivent plus directement de financement fédéral. Le gouvernement assure avoir maintenu le programme, doté de 168 millions de dollars sur cinq ans, mais en confiant désormais les fonds au réseau des centres d’amitié. Selon les organismes concernés, cette perte de financement menace plusieurs activités et services destinés aux communautés autochtones.

Plusieurs organisations autochtones ont multiplié les démarches auprès de différentes instances gouvernementales et ont même récemment porté leurs préoccupations sur la scène internationale.

L’Ontario Native Women’s Association (ONWA) est notamment intervenue auprès du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones des Nations unies, à Genève.

« Nous n’avons reçu aucune réponse à ce jour », déplore Cora McGuire-Cyrette, directrice générale de l’ONWA, qui se présente comme la plus ancienne et la plus grande organisation de femmes autochtones au Canada.

« Nous demandons au gouvernement fédéral non seulement de rétablir ce financement, mais aussi de l’augmenter afin de répondre aux besoins des communautés », affirme-t-elle.

Une perte annuelle de 150 000 $ à Ottawa

La Coalition autochtone d’Ottawa (Ottawa Aboriginal Coalition, OAC), dont les dix organismes membres déclarent fournir chaque année des services à environ 31 000 personnes, confirme avoir perdu la totalité du financement qu’elle recevait dans le cadre du programme.

Selon Joan Riggs, plus de 100 organismes autochtones ont subi des compressions, dont Minwaashin Lodge et Inuuqatigiit, deux membres de la Coalition autochtone d’Ottawa. Photo : gracieuseté

« Le 1er avril 2026, le gouvernement fédéral a supprimé 100 % du financement des coalitions autochtones urbaines partout au pays », soutient Joan Riggs, facilitatrice de l’OAC.

Depuis dix ans, l’OAC recevait 150 000 $ par année pour soutenir ses activités de base, précise Mme Riggs. Selon elle, ce financement stable a permis à la coalition de structurer ses activités et d’obtenir d’autres sources de financement, jusqu’à atteindre un budget annuel total de cinq millions de dollars.

Cette perte touche notamment le financement du poste de coordonnatrice administrative, une partie de celui du poste de facilitatrice de l’OAC, quatre rassemblements saisonniers d’Aînés, l’entretien du site Internet et une partie des activités de mobilisation communautaire.

Un nouveau modèle de financement, selon le gouvernement

Services aux Autochtones Canada réfute l’idée d’une suppression du financement. Le ministère souligne que la Programmation urbaine pour les peuples autochtones (PUPA) a bénéficié d’un renouvellement de 168 millions de dollars sur cinq ans.

« Le financement n’a pas été supprimé. Toutefois, à compter du 1er avril 2026, la Programmation urbaine pour les peuples autochtones est passée à un nouveau modèle de prestation du financement », indique Jacinthe Goulet, porte-parole du ministère.

Les fonds seront désormais confiés à deux organismes qui offrent directement des programmes et des services sur le terrain. Après l’exercice 2025-2026, l’Association nationale des centres d’amitié (ANCA) et l’Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres (OFIFC) seront les seuls bénéficiaires du financement du programme.

Le ministère explique ces deux organismes constituent « le seul réseau autochtone au Canada qui dessert les populations autochtones vivant en milieu urbain à l’échelle nationale ».

La même source ajoute que dans le cadre de l’ancien modèle, les 33 coalitions ont reçu ensemble environ 3,7 millions de dollars en 2025-2026.

Mais pour Cora McGuire-Cyrette, les sommes auparavant versées aux coalitions sont minimes à l’échelle du budget fédéral.

« Le volume de ressources dont nous parlons ne représente même pas une erreur d’arrondi dans leurs budgets », lance-t-elle.

Cora McGuire-Cyrette, directrice générale de l’Ontario Native Women’s Association, estime que le manque de financement pousse les organismes autochtones à s’interroger sur la répartition des ressources. Photo : gracieuseté

« Une tactique coloniale »

La directrice générale de l’ONWA estime que la concentration des ressources entre les mains d’un seul réseau peut être perçue comme « une tactique coloniale consistant à diviser pour mieux régner. »

« Nous reconnaissons que les centres d’amitié jouent un rôle dans la prestation de services et de mesures de soutien aux communautés autochtones en milieu urbain. Nous devons toutefois nous rappeler qu’ils ne représentent qu’une composante d’un vaste réseau », insiste-t-elle.

Selon elle, le nouveau modèle ne tient pas suffisamment compte du travail effectué par les organisations de femmes autochtones, les coalitions et les autres fournisseurs de services.

L’ONWA possède sa propre structure de gouvernance et regroupe notamment des organismes et des refuges pour femmes autochtones offrant des services de première ligne.

Elle soutient également que le nouveau modèle ne découle pas des recommandations de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ni de celles de la Commission de vérité et réconciliation.

« Ces décisions n’ont pas été prises par les communautés locales », déplore-t-elle.

Des partenariats proposés par Ottawa

De son côté, Services aux Autochtones Canada encourage les coalitions à établir des partenariats avec l’ANCA et l’OFIFC afin de maintenir les programmes répondant aux besoins particuliers de leurs collectivités.

Le ministère assure également qu’il aidera les coalitions à trouver d’autres sources de financement et à établir de nouveaux partenariats.

Pour sa part, Cora McGuire-Cyrette rétorque qu’aucune aide concrète n’a encore été offerte aux organisations concernées.

« Si c’est effectivement le cas, pourquoi y a-t-il actuellement une interruption dans les contrats de services? Cela aurait dû être fait auparavant », réplique-t-elle.

Elle appelle Ottawa à éliminer les obstacles qui empêchent les organisations autochtones en milieu urbain de collaborer et à revenir sur sa décision.

« Même si les ressources ne sont pas disponibles, le travail se poursuivra. Le Canada a ici l’occasion de corriger une décision antérieure », affirme-t-elle.

« Lorsque nous bâtissons le Canada, nous devons le faire en incluant les personnes les plus vulnérables de notre communauté », conclut Mme McGuire-Cyrette.

Est ontarien : plus de 1000 arbres plantés pour la santé mentale des agriculteurs

SAINT-EUGÈNE – Planter un arbre pour garder espoir. C’est le geste qu’a posé Isabel Deslauriers, une agricultrice franco-ontarienne, après avoir constaté les répercussions psychologiques de l’incertitude entourant le projet de train à grande vitesse Alto sur les agriculteurs de l’Est ontarien. Deux mois plus tard, son initiative Des arbres pour l’espoir a déjà inspiré la plantation d’au moins 1000 arbres dans les comtés unis de Prescott et Russell.

L’idée est née au printemps, à la suite d’une rencontre entre des agriculteurs et la députée fédérale de Prescott—Russell—Cumberland, Giovanna Mingarelli.

« Un de mes voisins a abordé la question de la santé mentale. Il a dit qu’il était presque certain que chaque personne autour de la table connaissait quelqu’un qui s’était suicidé. En voyant les hochements de tête et les regards baissés, j’ai compris à quel point cette réalité était présente dans notre communauté », raconte Isabel Deslauriers.

Son témoignage rejoint les conclusions d’une enquête menée en 2021 par l’Université de Guelph auprès de près de 1200 agriculteurs canadiens. Les chercheurs y révèlent que les idées suicidaires étaient deux fois plus fréquentes que sur l’ensemble de la population canadienne.

Un agriculteur sur quatre a également indiqué avoir, au cours des douze mois précédents, estimé que sa vie ne valait pas la peine d’être vécue, souhaité être mort ou envisagé de mettre fin à ses jours.

Pour Isabel Deslauriers, le projet Alto vient accentuer une détresse déjà bien présente.

« Les agriculteurs vivent déjà au rythme des aléas climatiques, de la hausse du coût du carburant, des équipements et du manque de travailleurs saisonniers. Le projet Alto vient s’ajouter à toutes ces préoccupations. Pour plusieurs, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », affirme l’agricultrice de Saint-Eugène qui avait participé en juin à une manifestation contre le projet Alto.

Elle souligne également que les ressources en santé mentale demeurent difficiles d’accès en milieu rural.

« Les services existent, mais ils ne sont pas toujours accessibles ou suffisamment connus. Résultat, plusieurs personnes ne vont pas chercher l’aide dont elles auraient besoin. »

Planter un arbre et le voir grandir

Au printemps, Isabel Deslauriers dit avoir elle-même perdu l’envie d’investir dans sa ferme.

« Chaque année, je lance de nouveaux projets, je plante des arbres fruitiers. Cette fois, je me demandais si cela valait encore la peine d’investir dans un avenir qui pourrait m’être enlevé », confie-t-elle.

Elle décide alors de transformer cette inquiétude en geste concret.

« Je me suis promis de planter un arbre chez moi avec l’espoir d’être encore là pour le voir grandir et en récolter les fruits. »

Son choix s’arrête sur un amélanchier, une essence indigène du Canada.

Très vite, l’idée fait boule de neige. Des voisins emboîtent le pas, puis la municipalité de Hawkesbury Est participe à la distribution d’arbres. L’organisme Charlie’s Trees, dans la municipalité de Champlain, rejoint également l’initiative.

Aujourd’hui, Isabel Deslauriers estime qu’au moins un millier d’arbres a été planté.

« Nous voulons que les gens plantent un arbre avec la conviction qu’ils seront toujours là pour le voir atteindre sa maturité. »

Consultation psychologique gratuite pour les agriculteurs

Des arbres pour l’espoir ne se limite toutefois pas à la plantation d’arbres.

En collaboration avec l’Association canadienne pour la santé mentale, le mouvement met à la disposition des résidents des ressources bilingues, en français et en anglais. L’initiative fait également connaître l’Initiative de bien-être des agriculteurs, un programme ontarien qui offre gratuitement, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, des services de consultation psychologique aux agriculteurs, aux membres de leur famille et aux travailleurs saisonniers.

Isabel Deslauriers à un événement de sensibilisation à Vankleek Hill. Photo : gracieuseté

« Avant de lancer cette initiative, je ne savais même pas que cette ressource existait », reconnaît Isabel Deslauriers.

Le mouvement encourage également les résidents à reconnaître leurs émotions, à demeurer en contact avec leurs proches et leur communauté, à limiter leur exposition aux actualités lorsque celles-ci deviennent accablantes, à maintenir leurs habitudes de vie et à se concentrer sur les aspects qu’ils peuvent contrôler.

Des arbres pour l’espoir rappelle enfin que demander de l’aide « est une preuve de force » et oriente les personnes en situation de crise vers la ligne 988.

« Ce n’est pas seulement une terre que l’on perd »

Pour Isabel Deslauriers, la principale inquiétude ne concerne pas uniquement les terres agricoles.

« Je me suis demandé où j’irais si je perdais ma ferme. J’ai cherché des propriétés comparables dans un rayon de 100 kilomètres, mais je n’en ai pas trouvé. Je pourrais être forcée de choisir entre poursuivre mon projet de vie ou rester près de ma famille et de ma communauté. »

Selon elle, les conséquences du projet pourraient être particulièrement importantes pour les communautés francophones de l’Est ontarien, plusieurs d’entre elles se trouvant sur le tracé proposé.

« Il est difficile, en tant que Franco-Ontarienne, de ne pas se sentir concernée lorsqu’on voit le parcours prévu. »

Elle estime également que le manque d’information entourant le projet Alto nourrit les inquiétudes.

« En l’absence d’informations claires, les gens finissent par interpréter le moindre signe. Un camion inconnu, un drone ou l’installation d’un compteur deviennent des sources d’interrogation. »

Ce qui l’inquiète le plus demeure toutefois l’avenir des communautés.

« Ce qui me préoccupe, ce n’est pas seulement la perte d’une terre, mais aussi celle d’une communauté. Nos liens se construisent au quotidien. On s’entraide, on échange des biens, on se rend service. Si les gens sont dispersés, c’est toute cette solidarité qui risque de disparaître. »

Même pour ceux qui n’habitent pas le corridor visé, Isabel Deslauriers invite la population à poser un geste de solidarité.

« Planter un arbre est un bon point de départ. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Il faut aussi poursuivre la mobilisation et interpeller les décideurs. »

Théâtre français de Toronto : un financement toujours incomplet pour la nouvelle salle

TORONTO – La pression exercée par le Théâtre français de Toronto (TfT) sur le gouvernement fédéral a porté ses fruits. En effet, une première subvention de Patrimoine canadien (PCH) en mai dernier a permis d’amorcer les travaux de la nouvelle salle tant attendue. Toutefois, à l’aube d’une prochaine campagne de financement, le théâtre doit encore mobiliser de nouvelles sources afin de boucler son budget total estimé à 15 millions de dollars.

Avec les 4,725 millions de dollars versés cette année par le PCH, soit exactement la moitié de la somme de 9,5 millions demandée, le TfT savait que des efforts restaient à fournir pour compléter le financement de sa prochaine salle.

« Il reste trois volets de financement à compléter », affirme Ghislain Caron, codirecteur général du TfT. L’organisme compte désormais obtenir des fonds supplémentaires auprès du ministère fédéral du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités (Infrastructure Canada), mais également auprès du ministère des Affaires francophones de l’Ontario (MAFO).

Une partie de l’équipe du TfT le 27 janvier 2025 lors de l’étape de terrassement des sols sur le futur site du théâtre. De gauche à droite : Georges Som, Caroline Caire, Ghislain Caron, Manuel Verreydt, Karine Ricard. Photo : gracieuseté de Laurine Leconte

« Bientôt, une campagne de financement sera lancée, permettant aux amis du TfT, aux amoureux et amoureuses du théâtre en français, de partager la passion qui les anime chaque jour dans la réalisation de ce rêve franco-ontarien », a annoncé l’organisme par voie de communiqué.

En effet, pour ce dernier tiers, « notre objectif se situe entre 2 et 3 millions de dollars, selon ce que les deux gouvernements accorderont », explique Caroline Caire, responsable du développement au TfT. Elle confirme qu’une campagne de levée de fonds privée sera lancée à l’automne, dont les fonds prendraient idéalement la forme d’un prêt temporaire pour répondre à des besoins de trésorerie ponctuels.

Pour l’heure, le TfT se dit très confiant : « Lorsque nous avons eu la confirmation formelle du PCH, nous savions que les trois ministères (Patrimoine canadien, Infrastructure Canada et le ministère des Affaires francophones de l’Ontario) se parlaient pour répartir les fonds », raconte Mme Caire.

Une première pelletée symbolique cet été

Après avoir déposé leurs demandes auprès du MAFO et auprès d’Infrastructure Canada, l’équipe espère une réponse dans les prochains mois. La province ne disposant d’aucun programme spécifique pour ce type de projet, le TfT reconnaît que la suite est moins prévisible et anticipe l’ensemble des scénarios possibles.

Le financement actuel couvre les 36 premiers mois d’un chantier déjà entamé. Une première pelletée de terre symbolique est d’ailleurs prévue cet été en présence d’élus locaux et fédéraux, comme la conseillère municipale de Toronto-Danforth, Paula Fletcher, et la députée fédérale de Toronto-Danforth, Julie Dabrusin.

« Les gouvernements fédéral et provincial nous ont envoyé des signaux extrêmement positifs. Le plus encourageant, c’est que tout le monde considère notre projet comme une priorité grâce à Patrimoine qui nous a soutenus les premiers », souligne Ghislain Caron, directeur général du TfT.

Par ailleurs, la phase de conception s’achève officiellement cette semaine : « On veut faire en sorte que cela ressemble vraiment à un théâtre de l’extérieur et que ce soit bien visible depuis la rue. Nous allons continuer à travailler sur la signalétique extérieure dans les prochains mois », note la responsable du développement.

Rendre les mines propres : le défi d’Emmanuel à Sudbury

Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici

Établi à Sudbury depuis 2019, Emmanuel Ngoma mène une carrière remarquable d’expert en biotechnologies appliquées à l’industrie minière. Son objectif est ambitieux et profondément ancré dans les valeurs actuelles : développer des solutions innovantes pour rendre l’exploitation minière propre et tendre vers le zéro déchet.

Mais avant de devenir ce scientifique accompli et ce Franco-Ontarien engagé, Emmanuel a traversé des épreuves marquantes. Il se confie avec émotion sur le moment où il a dû fuir la guerre en République démocratique du Congo à la fin des années 1990. De cet exil jusqu’au Nord de l’Ontario, son chemin a été jalonné de défis, mais aussi de rencontres déterminantes avec des gens qui ont cru en lui et en son potentiel. Porter ce bagage unique le pousse aujourd’hui à s’impliquer activement dans sa communauté. Pour lui, le succès ne prend son sens que si l’on redonne autant que l’on a reçu.

Université de Sudbury : privés de RAFEO, ces étudiants quittent Sudbury

SUDBURY – Privée du Régime d’aide financière aux étudiants et étudiantes de l’Ontario (RAFEO), une partie de la première cohorte de l’Université de Sudbury décide de partir afin de sécuriser des prêts et bourses gouvernementaux ailleurs. Alors que des négociations avec le ministère des Collèges et Universités sont en cours, l’établissement fait face à un réel défi de rétention de ses étudiants à l’aube de sa deuxième rentrée académique.

Après une première année entièrement financée par l’Université de Sudbury, qui a bénéficié d’un soutien provincial de 21,6 millions de dollars, les étudiants de la première cohorte n’ont pas accès au RAFEO. Le ministère des Collèges et Universités ne reconnaît pas encore l’institution comme établissement postsecondaire autonome, elle qui, depuis 2025, dispense des programmes rattachés à l’Université d’Ottawa.

Cette situation chamboule le quotidien de certains étudiants, obligés de trouver des alternatives. Pour certains, la seule option est de quitter Sudbury.

« J’y croyais quand même », confie Arthur Foumena Mbog, étudiant en sciences commerciales, retourné à Ottawa depuis la fin du dernier semestre. Même si le jeune homme d’origine camerounaise comptait retourner à Ottawa, où il a effectué son secondaire, il planifiait de compléter ses études de premier cycle à l’Université de Sudbury. Mais sans RAFEO, il a choisi de rentrer plus tôt, et espère intégrer l’Université d’Ottawa pour sa deuxième année.

En avril 2026, la première cohorte de l’Université de Sudbury apprend qu’elle n’aura peut-être pas accès au RAFEO pour l’année académique 2026-2027. Photo : gracieuseté de Copain Nyakagaragu

Au moins cinq étudiants sur une cohorte d’environ 30 se sont installés dans la capitale. D’autres s’orientent également vers le Québec.

Pour le recteur et vice-chancelier Serge Miville, cette situation risque de dissoudre sa première cohorte : « Plusieurs étudiants nous ont indiqué qu’ils ne pourront pas poursuivre leurs études à l’Université de Sudbury en raison de l’absence d’éligibilité au RAFEO, affirme-t-il. Il est possible que ces derniers choisissent de poursuivre leurs études dans un autre établissement dans lequel ils seraient éligibles, et ce, malgré leur souhait de poursuivre leur programme d’études avec nous ».

Des étudiants « pris en otage »

C’est alors qu’ils passaient leurs derniers examens que les étudiants ont appris la nouvelle. Fin 2025, certains d’entre eux remarquaient déjà l’absence de leur établissement sur le portail RAFEO, rapporte Oumarou Tapily : « J’ai posé la question au recteur pour chercher à savoir, affirme-t-il. Il m’a dit qu’ils travaillaient là-dessus et qu’ils donneraient une réponse en avril 2026 ».

Le rectorat a fait part de la nouvelle aux étudiants : ils n’auront peut-être pas accès au RAFEO, mais l’établissement cherche une alternative le plus tôt possible.

Une partie d’entre eux commence alors à planifier leur départ de Sudbury.

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Fabien Hébert. Crédit photo : Lila Mouch/ONFR

Face à cette réalité, Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), a récemment rencontré le ministre des Collèges et Universités, Nolan Quinn. « On a fait valoir l’urgence de la situation et qu’une solution devait être trouvée le plus rapidement possible afin de ne pas prendre les étudiants en otage ».

Le président de l’AFO, qui s’est longuement impliqué dans l’ouverture et l’obtention du financement de l’université, craint que cette décision ne remette en question la légitimité même de l’établissement.

« La création de l’Université de Sudbury n’est pas encore complétée, en tout cas aux yeux du gouvernement, considère M. Hébert. C’est encore une université en devenir dans le sens où les négociations avec le ministère des Collèges et Universités ne semblent pas avoir été terminées pour obtenir un financement annuel récurrent ».

Selon lui, cette raison n’est toutefois pas suffisante pour refuser le RAFEO aux étudiants, d’autant plus que le gouvernement de l’Ontario s’est déjà engagé à financer le fonctionnement de l’université.

Ottawa, un choix populaire

Ceux qui ont opté pour Ottawa ne l’ont pas fait par hasard. Beaucoup d’étudiants de la première cohorte y habitaient déjà. C’est la gratuité des droits de scolarité que proposait l’Université de Sudbury qui avait incité ces Ottaviens à effectuer leur cursus de quatre ans là-bas.

« Au début, c’était une bonne opportunité. On se disait « wow, c’est gratuit ». On ne voit jamais ça », témoigne Marie Casimy, une étudiante de 28 ans actuellement basée à Ottawa.

Arrivée à Sudbury à l’automne 2025 pour son programme, l’étudiante d’origine haïtienne envisage maintenant plusieurs options avant de considérer l’Université de Sudbury. Pour bénéficier du RAFEO, elle a notamment soumis une candidature à l’Université d’Ottawa, ainsi que dans quelques établissements postsecondaires au Québec. « Si je suis refusée ailleurs, je retournerai à Sudbury, pas parce que je le veux, mais parce que je n’ai pas le choix ».

Les étudiants de l’Université de Sudbury bénéficiaient souvent de sorties, d’activités de groupe, et de cours en leadership. Photo : gracieuseté de Copain Nyakagaragu.

Alors que cet obstacle financier risque de dissoudre peu à peu la cohorte, certains s’inquiètent quant à l’avenir de l’établissement. « Je me demande comment le visage de l’Université de Sudbury va paraître si la moitié de la première cohorte n’est plus là », s’afflige Mme Casimy.

Ally Orla Ikoneza, également étudiante en sciences commerciales, a dû retourner à Ottawa plus tôt que prévu : « Je ne suis pas sûre pour le moment de pouvoir continuer parce que je n’ai pas accès au RAFEO. Je n’ai pas les moyens pour continuer ».

Malgré cela, elle reconnaît la qualité des programmes et des activités proposés par l’université. Entre pique-niques, sorties culturelles, et activités de groupe, l’établissement a séduit une grande partie de sa première cohorte.

« J’ai aimé la façon dont ils nous ont accueillis. J’ai aimé la ville de Sudbury. C’est bilingue et on accueille beaucoup la population francophone. J’aimerais finir mes études à l’Université de Sudbury, mais seulement si les moyens me le permettent », ajoute-t-elle.

Un prêt à la banque comme alternative temporaire

Début juin, les étudiants reçoivent un courriel leur faisant part d’une option de financement temporaire — un prêt bancaire avec Desjardins. Certains témoignent que le taux d’intérêt n’a pas été divulgué par l’université. « Avec nos propres recherches sur la banque Desjardins, on voit que le taux d’intérêt s’élève à 5 % », ajoute M. Tapily.

« J’étais hésitant. Lorsque je suis allé me renseigner, ils m’ont dit que l’année prochaine, il y aura probablement un accès au RAFEO », ajoute l’étudiant. Basé à Sudbury, il envisage de contracter un prêt pour l’année académique 2026-2027. Mais si cette situation se poursuit l’année suivante, il partira à Ottawa.

Pour une partie d’entre eux, ce prêt est plus une entrave financière qu’autre chose. « Le gros problème, c’est qu’on doit emprunter de l’argent à la banque qui sera, peut-être dans cinq ans, difficile à rembourser », affirme M. Foumena Mbog.

Soucieux de préserver leurs finances et de maintenir leurs cotes de crédit, plusieurs étudiants ont préféré écarter cette option.

Rester et payer le prix

Pour Copain Nyakagaragu, un étudiant burundais, rester à l’Université de Sudbury n’est pas une mince affaire. Catégoriquement opposé à l’idée de s’endetter auprès d’une banque, il travaille actuellement à temps plein pour une entreprise immobilière. Son but : économiser pour payer sa scolarité à l’Université de Sudbury.

« On se donne à fond et on essaie de se serrer la ceinture pour qu’on puisse au moins payer la scolarité ». En choisissant de payer l’université de sa propre poche, quitte à limiter ses repas, l’étudiant de 33 ans reconnait que cette situation est précaire.

Copain Nyakagaragu, étudiant de 33 ans, travaille à temps plein pour payer ses études à l’Université de Sudbury. Photo : gracieuseté de Copain Nyakagaragu

Avant de s’inscrire à l’Université de Sudbury, M. Nyakagaragu étudiait au Collège Boréal avec l’aide d’un financement du RAFEO. Une fois admis dans son nouvel établissement, alors que la période de grâce de son prêt s’achevait, il a tenté de geler ses remboursements, le temps de terminer son programme. Toutefois, son université n’étant pas admissible, il ne peut prétendre au statut d’exemption de remboursement pour poursuite d’études.

Il doit non seulement payer ses études, mais rembourser son prêt antérieur. « Je suis vraiment face à un dilemme. Rester là-bas ou quitter l’Université de Sudbury pour au moins trouver un autre établissement où je peux avoir accès au RAFEO, ne pas avoir à payer ma scolarité et aussi ne pas continuer à payer mon prêt alors que je suis encore aux études ».

Alors que l’étudiant en sciences de la santé réfléchit encore à comment s’en sortir, il espère que la situation s’améliorera vite, lui qui voyait en l’Université de Sudbury quelque chose de spécial. « Nous étions prêts à écrire l’histoire de l’université, dit-il. Ce sont des choses que tu ne peux pas trouver dans d’autres universités. Elle avait quelque chose de particulier. Mais tu ne peux pas te sacrifier, tu ne peux pas faire l’impossible ».

Trois Franco-Ontariens à suivre aux Jeux du Commonwealth de Glasgow

Trois Franco-Ontariens représenteront le Canada aux Jeux du Commonwealth de Glasgow qui débutent ce jeudi. Entre l’ascension fulgurante du sprinteur Eliezer Adjibi, les ambitions du nageur Ben Winterborn et la découverte de Maeliss Trapeau sur 800 mètres, ONFR vous présente les trois athlètes à surveiller au cours de cette édition 2026.

Organisés tous les quatre ans depuis 1930, les Jeux du Commonwealth constituent cette année l’un des rendez-vous multisports majeurs du calendrier international. Près de 3000 athlètes, 74 nations et territoires, 10 sports, 6 parasports et plus de 500 000 billets mis en vente : cet événement représente une étape internationale importante pour de nombreux athlètes dans une année sans Jeux olympiques ni championnats du monde. Parmi les représentants canadiens, trois Franco-Ontariens seront à suivre de près.

Eliezer Adjibi, la confirmation d’un nouveau statut

En quelques semaines, Eliezer Adjibi est passé du statut de sprinteur prometteur à celui de l’un des hommes les plus rapides de l’histoire du Canada.

Le Franco-Ontarien a marqué les esprits en réalisant un chrono impressionnant 9,92 secondes sur 100 mètres, devenant ainsi le quatrième Canadien le plus rapide de tous les temps. Une performance qui vient récompenser une saison construite avec patience, notamment lors d’une tournée européenne où il a multiplié les chronos sous les 10,20 secondes avant de franchir le cap symbolique des dix secondes.

Eliezer Adjibi lors des Championnats canadiens d’athlétisme à Ottawa. Le sprinteur franco-ontarien aborde les Jeux du Commonwealth après avoir réalisé la quatrième meilleure performance canadienne de l’histoire. Photo : Sean Burges/Mundo Sport Images.

Au-delà du chrono, c’est surtout son état d’esprit qui a évolué. Celui qui admirait autrefois André De Grasse ou Aaron Brown les considère désormais comme des concurrents directs. « Je dois commencer à penser à eux comme des compétiteurs », expliquait-il récemment, convaincu d’avoir à présent sa place parmi l’élite canadienne.

À Glasgow, Adjibi sera l’un des principaux atouts du Canada dans les épreuves de sprint. Il est engagé sur le 100 mètres, le 200 mètres ainsi que sur le relais 4 × 100 mètres, avec l’ambition de confirmer son nouveau statut sur la scène internationale.

Son programme (heure de Toronto)

  • 27 juillet : premier tour du 100 m (5 h à 8 h 30)
  • 28 juillet : demi-finales et finale du 100 m (13 h 30 à 17 h) si qualification
  • 29 juillet : premier tour du 200 m (5 h à 8 h)
  • 30 juillet : demi-finales du 200 m (13 h 30 à 17 h) si qualification
  • 31 juillet : finale du 200 m (13 h 30 à 17 h 15) si qualification
  • 1er août : relais 4 × 100 m
    séries : 5 h à 8 h 45
    finale : 13 h 30 à 17 h 30 si qualification

Ben Winterborn poursuit sa progression

À seulement 21 ans, Ben Winterborn continue de gravir les échelons parmi les meilleurs spécialistes canadiens du dos.

Le nageur du Centre de haute performance de Toronto et étudiant en sciences politiques à l’Université de Toronto abordait déjà la saison avec des objectifs ambitieux : remporter le 50 mètres dos, se rapprocher du record canadien de l’épreuve et décrocher une place parmi les meilleurs Canadiens sur 100 mètres dos.

Ben Winterborn s’élancera sur 50 m, 100 m et 200 m dos, avec l’ambition de se rapprocher du record canadien. Photo : Daniel Harrison/Natation Canada

Pour lui, la différence se joue désormais moins dans la préparation physique que dans le travail mental. « Je fais beaucoup de visualisation », expliquait-il quelques jours avant les essais canadiens, détaillant la manière dont il prépare mentalement chaque scénario de course afin d’arriver serein derrière les blocs de départ.

Après avoir obtenu sa sélection pour Glasgow, Winterborn arrive avec l’ambition de poursuivre cette progression internationale. Ses trois épreuves de dos lui offriront plusieurs occasions de mesurer le chemin parcouru face à certains des meilleurs nageurs du Commonwealth.

Son programme (heure de Toronto)

  • 24 juillet : séries du 50 m dos (5 h 30 à 8 h), demi-finales (14 h à 17 h)
  • 25 juillet : finale du 50 m dos (14 h à 17 h 15) si qualification
  • 26 juillet : séries du 200 m dos (5 h 30 à 7 h 45), finale (14 h à 17 h) si qualification
  • 28 juillet : séries du 100 m dos (5 h 30 à 8 h 15), demi-finales (14 h à 17 h 15)
  • 29 juillet : finale du 100 m dos (14 h à 17 h) si qualification

Maeliss Trapeau, un nouveau visage pour l’athlétisme franco-ontarien

Le nom de Maeliss Trapeau est peut-être encore peu connu du grand public franco-ontarien, mais son parcours mérite l’attention. Originaire de Saint-Priest, en France, Maeliss Trapeau s’est progressivement imposée parmi les meilleures spécialistes canadiennes du 800 mètres. Après avoir porté les couleurs de la France chez les juniors, elle représente désormais le Canada sur la scène internationale.

Cette progression l’a notamment menée jusqu’aux Championnats du monde de Tokyo en 2025, puis aux Championnats du monde en salle quelques mois plus tard.

Maeliss Trapeau a décroché sa qualification pour les Jeux après sa médaille d’argent aux Championnats canadiens du 800 m. Photo : Miles Ryan / Mundo Sport Images

Championne canadienne du 800 m en 2025, Maeliss Trapeau arrive à Glasgow après avoir frôlé un deuxième titre national consécutif. Battue de seulement trois centièmes de seconde lors des Championnats canadiens en juin, la Franco-Ontarienne confirme néanmoins qu’elle fait partie des meilleures demi-fondeuses du pays.

Son programme (heure de Toronto)

  • 27 juillet : premier tour du 800 m (13 h 30 à 17 h)
  • 29 juillet : demi-finales (13 h 30 à 17 h) si qualification
  • 31 juillet : finale (13 h 30 à 17 h 15) si qualification

Soins en français : un risque de décès inférieur de 11 % chez les francophones hors Québec

OTTAWA – Les francophones vivant hors Québec qui communiquent en français avec leur médecin habituel présentent un risque de décès, toutes causes confondues, inférieur de 11 % comparé à celui des francophones soignés en anglais, révèle une nouvelle étude canadienne. Chez les allophones, recevoir des soins dans leur langue est associé à une réduction de 27 % de ce risque.

« Notre étude visait à déterminer l’effet de la concordance linguistique entre les patients et les médecins sur la survie à long terme », explique le Dr Michael Reaume, de l’Université d’Ottawa, qui a dirigé la recherche.

La concordance linguistique désigne une situation dans laquelle le patient et son médecin communiquent dans la langue principalement parlée à la maison par le patient.

L’étude, qui repose sur l’analyse des données de plus de 50 000 participants canadiens, suivis pendant une période allant jusqu’à 15 ans, montre que cette concordance est associée à un risque moins élevé de décès, aussi bien chez les francophones vivant à l’extérieur du Québec que chez les allophones (personnes parlant principalement une langue autre que le français, l’anglais ou une langue autochtone).

Une réduction plus importante chez les allophones

Recevoir des soins dans sa langue était associé à un risque de décès inférieur de 27 % chez les allophones, contre 11 % chez les francophones hors Québec.

Les auteurs avancent deux explications à cette large différence. Premièrement, les francophones maîtriseraient généralement mieux l’anglais que les allophones. 

« Nous pensons que les répondants allophones recevant des soins linguistiquement discordants ont pu être confrontés à des barrières linguistiques plus importantes que les répondants francophones se trouvant dans la même situation », écrivent ceux-ci, précisant que parmi les participants allophones à l’étude, 88,1 % avaient immigré au Canada.

L’auteur principal de l’étude, Michael Reaume, a récemment terminé sa résidence en néphrologie à l’Université d’Ottawa et effectue désormais des recherches postdoctorales à l’Université du Manitoba. Photo : gracieuseté

Deuxièmement, certains francophones classés parmi les patients recevant des soins linguistiquement discordants pourraient, en réalité, préférer être soignés en anglais, même s’ils parlent principalement français à la maison.

« Nous pensons qu’une telle erreur de classification, qui aurait pour effet d’atténuer l’association mesurée, pourrait être plus fréquente chez les répondants francophones que chez les répondants allophones en raison de leur meilleure maîtrise de l’anglais », expliquent les chercheurs.

Un francophone sur trois soigné dans une autre langue

L’étude relève par ailleurs que les francophones étaient les plus susceptibles d’avoir un médecin de famille : 90,7 % d’entre eux en avaient un, comparativement à 85,5 % des allophones et à 77,1 % des anglophones du Québec.

Parmi les francophones ayant un médecin, 67,7 % communiquaient avec lui en français. Près d’un francophone sur trois recevait donc ses soins dans une autre langue.

L’étude repose sur les données de 50 375 participants à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, recueillies entre 2003 et 2014 et couplées aux registres de mortalité jusqu’à la fin de 2017.

L’échantillon comprenait 16 100 francophones vivant à l’extérieur du Québec, 7185 anglophones du Québec, 1970 personnes parlant une langue autochtone et 25 120 allophones.

Plus de la moitié des francophones étudiés, soit 52,1 %, vivaient au Nouveau-Brunswick, tandis que 34,8 % résidaient en Ontario. Près de la moitié, soit 45,1 %, habitaient en milieu rural.

Les allophones étaient principalement établis en Ontario, à 45,9 %, ou dans les provinces de l’Ouest, à 37,8 %. Ils vivaient très majoritairement en milieu urbain, à 92,6 %.

Des données encore actuelles?

Malgré l’ancienneté des données, Michael Reaume estime que les résultats reflètent toujours la réalité.

« La manière dont nous offrons les soins au Canada a peu changé, même si davantage de consultations se déroulent maintenant de façon virtuelle. Cela pourrait améliorer l’accès aux soins dans une langue minoritaire », avance-t-il.

Le médecin, qui exerce au Manitoba, souligne que les consultations virtuelles lui permettent de traiter des patients francophones vivant loin de sa clinique.

Si l’intelligence artificielle peut éventuellement faciliter l’interprétation instantanée, elle n’est pas encore suffisamment fiable dans toutes les langues, prévient-il.

« L’intelligence artificielle fonctionne actuellement assez bien pour les langues les plus courantes, comme l’anglais, l’espagnol et le français. Cependant, les études montrent que ces outils ne sont pas encore suffisamment fiables pour être utilisés dans un contexte clinique lorsqu’il s’agit de langues moins courantes. »

Identifier la langue des patients et des médecins

Pour réduire les disparités, le chercheur propose d’abord de mieux identifier la langue dans laquelle les patients préfèrent recevoir leurs soins.

Au Manitoba, par exemple, la langue officielle de préférence est maintenant indiquée sur la carte d’assurance maladie. Cette information peut servir à jumeler les patients souhaitant être soignés en français avec des médecins francophones.

« Les gouvernements et les systèmes de santé pourraient aller plus loin. Cette collecte ne devrait pas se limiter aux deux langues officielles », plaide le Dr Reaume.

Le chercheur recommande également de recueillir systématiquement les renseignements sur les langues parlées par les professionnels de la santé. Ces données demeurent incomplètes dans les registres des ordres professionnels.

Enfin, les établissements de santé devraient garantir l’accès à des services professionnels d’interprétation et encourager leur utilisation.

« Nous savons que ces services favorisent une meilleure interprétation, une meilleure compréhension et une réduction des événements indésirables. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour accroître leur utilisation. »

Pour Michael Reaume, les stratégies adoptées afin d’améliorer l’accès aux soins en français semblent produire des résultats, sans avoir complètement éliminé les inégalités.

« Les stratégies mises en place pour les francophones hors Québec semblent fonctionner, mais il reste encore du chemin à parcourir pour éliminer complètement ces disparités », conclut-il.

Un accès faible chez les Autochtones

La situation est beaucoup plus préoccupante chez les personnes parlant une langue autochtone. Seulement 27,4 % d’entre elles avaient un médecin habituel.

Parmi celles qui en avaient un, 6,5 % communiquaient avec ce médecin dans leur langue autochtone. À l’échelle de l’ensemble des répondants parlant une langue autochtone, cette proportion tombait à moins de 2 %.

« Une première pour Prescott et Russell » : la région lance un projet pour contrer les tarifs américains

PRESCOTT ET RUSSELL — Alors que le président américain Donald Trump vient tout juste d’accentuer la pression commerciale en annonçant l’imposition de nouveaux droits de douane de 50 % sur une vaste gamme de produits canadiens, la Société de développement communautaire de Prescott-Russell (SDCPR) lance ce mardi un projet de positionnement stratégique territorial visant à attirer 25 nouvelles entreprises et créer une centaine d’emplois d’ici deux ans.

Pour concrétiser cette initiative globale de 315 000 $, la SDCPR s’appuie sur une subvention provinciale de 300 000 $ annoncée ce mardi matin à Rockland par le député de Glengarry–Prescott–Russell, Stéphane Sarrazin, et issue du Programme d’aide aux collectivités affectées par les barrières tarifaires du ministère du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce de l’Ontario.

« Pour nous, c’est mobilisateur. Le moment est maintenant, étant donné qu’il y a vraiment une volonté des municipalités de préparer leurs sites industriels et commerciaux pour grandir ».

« Nos entreprises de Prescott et de Russell ont fait preuve d’une remarquable résilience face aux difficultés économiques engendrées par les barrières tarifaires américaines », a pour sa part déclaré le député Stéphane Sarrazin. 

Réduire la dépendance aux marchés extérieurs

Sur le terrain, cette instabilité viendrait contraindre plusieurs entrepreneurs de Prescott et Russell à revoir en profondeur leur modèle d’affaires. Selon Nicolas Malboeuf, le problème numéro un demeure la chaîne d’approvisionnement.

« Dès qu’il y a un bris dans la chaîne d’approvisionnement, ça perturbe toutes les affaires, tous les échéanciers et tous les budgets », observe celui-ci. Un jour c’est le transport, un autre jour ce sont les tarifs ».

Pour se protéger de ces aléas, certaines PME locales ont même choisi d’acquérir directement leurs propres fournisseurs régionaux afin de garder le contrôle sur leurs produits, leurs services et leurs échéanciers. 

C’est dans cette perspective que la SDCPR déploie son projet : inciter de nouveaux fournisseurs et tiers fournisseurs à s’implanter directement dans Prescott et Russell pour réduire la dépendance des entreprises d’ici envers les marchés extérieurs.

« C’est de vendre le brand Prescott et Russell au complet et non juste le nouveau développement à Wendover ou à Vars », précise l’ancien propriétaire d’une entreprise manufacturière.

Jusqu’à présent, les démarches de prospection s’effectuaient souvent de façon isolée par chacune des municipalités du territoire.

« L’objectif consiste à propulser une marque et une voix communes pour l’ensemble de Prescott et Russell, afin d’attirer des entreprises d’envergure qui fournissent déjà nos PME locales », ajoute-t-il.

Une marque unique et des outils technologiques

Un site web bilingue doté d’une carte interactive sera mis en ligne pour répertorier en temps réel l’ensemble des propriétés commerciales et des parcs industriels disponibles. Cet outil fournira aux investisseurs des données accessibles et actualisées afin de valoriser les parcs en expansion dans la région.

On y trouvera notamment les sites de Wendover, le parc Innovation dans la municipalité de La Nation, le parc 417 à Limoges et Vars dans Russell, ainsi que les projets d’expansion à Clarence-Rockland.

Afin d’assurer le suivi des investisseurs potentiels et d’éviter qu’ils ne se tournent vers d’autres régions comme Cornwall ou le Québec, la SDCPR intègre un logiciel de gestion de la relation client (CRM). 

Ce guichet sera opéré par une agente régionale dédiée et récemment embauchée, chargée de centraliser les demandes, d’accompagner les entrepreneurs et de coordonner l’action avec les agents économiques municipaux.

« Elle va prendre note de toutes les informations demandées, puis diriger les clients ou les entrepreneurs au bon site pour ne pas les perdre, pour ne pas qu’ils s’en aillent ailleurs », détaille Nicolas Malboeuf.

Diversification fiscale et concertation municipale

Au-delà de la création espérée d’une centaine d’emplois, l’accueil d’au moins 25 nouvelles entreprises comporte un enjeu fiscal important pour les municipalités rurales. 

Nicolas Malboeuf rappelle que le développement commercial et industriel génère un retour de taxes qui agit comme un multiplicateur supérieur au secteur résidentiel. L’élargissement de l’assiette fiscale permettrait ainsi d’alléger ou de limiter le fardeau des taxes foncières qui pèse sur les résidents.

« Quand on a les entreprises, ça permet d’alléger ou de moins mettre de fardeau de taxes sur les résidents, donc c’est gagnant-gagnant »
— Nicolas Malboeuf

De son côté, le maire de Clarence-Rockland et président des Comtés unis de Prescott et Russell, Mario Zanth, salue une démarche qui permettra d’appuyer les entreprises locales.

« Nous avons la chance d’avoir de nombreuses petites et moyennes entreprises à Prescott et Russell, mais les régions rurales peuvent être vulnérables à certains défis, donc il est important de continuer à soutenir nos entrepreneurs et de les aider à s’adapter à un environnement économique en pleine évolution », a indiqué M. Zanth. 

« Nos entreprises sont au cœur de notre développement social et économique. Elles constituent des facteurs essentiels à la diversification économique, à la productivité et à la résilience », conclut celui qui est aussi le vice-président des préfets de l’Est de l’Ontario. 

Le bilinguisme comme levier d’attraction

Outre l’emplacement géographique stratégique de la région, située sur la plaque tournante entre Ottawa, Montréal, le Québec et les États-Unis, la promotion de Prescott et Russell s’appuiera de manière centrale sur son identité francophone et sa main-d’œuvre bilingue.

S’inspirant de la démarche récemment adoptée par le secteur touristique régional, la SDCPR entend transformer le bilinguisme et la francophonie en un avantage concurrentiel fort.

« Pour les familles qui s’y installent et pour faire affaire, ça va être clair, le bilinguisme sur le site web et la communication aussi avec notre agente francophone », conclut Nicolas Malboeuf. Ça va être notre brand. C’est un atout fort ».

Postsecondaire : vers une première en français à travers le Grand Nord canadien

Pour la première fois de l’histoire, une offre postsecondaire en français unifiée couvrira l’ensemble des trois territoires canadiens. C’est le pari que lance le Collège nordique francophone en planifiant une expansion unique en 2028 au Yukon et au Nunavut.

À l’heure actuelle, aucun établissement postsecondaire francophone n’offre de cours sur place au Yukon et au Nunavut. Or, le Collège nordique francophone, situé à Yellowknife dans les Territoires du Nord-Ouest (TNO), veut étendre sa programmation en 2028 chez ses voisins. L’établissement prévoit d’élargir ses activités en français avec des points de service à Whitehorse, au Yukon, et à Iqaluit, au Nunavut.

« On a un engagement, une date précise, et un modèle qui nous convient et qu’on doit faire valider. Pour moi, on est plus loin que la simple idée, on a quelque chose de concret en place. Je m’attends à ce que ça fonctionne en 2028 », expose en entrevue le directeur général du Collège, Patrick Arsenault.

Il est encore trop tôt pour préciser quelle forme prendra cette expansion en ce qui concerne le nombre de programmes ou d’étudiants, explique ce dernier. Le dirigeant du Collège soutient que certains programmes pourraient être offerts en alternance ou être adaptés aux réalités locales des trois campus.

« Ça va vraiment dépendre des besoins locaux de nos communautés, mais, assurément, ça va nous permettre d’avoir de plus grands bassins », explique M. Arsenault.

« Si on développe quelque chose à Yellowknife, mais qu’il y a un besoin pour deux ou trois personnes à Whitehorse, on pourra se poser la question : est-ce qu’on peut les intégrer à distance ou en mode hybride? L’idée est de pouvoir capitaliser là-dessus et de l’adapter au Yukon ou au Nunavut, et vice-versa, plutôt que de repartir à zéro », ajoute-t-il.

Si les besoins en matière de main-d’œuvre (éducation, santé, petite enfance, etc.) se ressemblent ailleurs au Canada, la réalité de la population étudiante est bien différente dans le Grand Nord, rappelle le directeur général du Collège nordique.

« Les critères de chiffres, ça marche rarement dans le Nord. Parfois, on lance des programmes pour cinq ou six personnes. Ça peut paraître saugrenu dans le Sud, mais pour nous, c’est profondément transformateur. On se dit : Wow, maintenant, on a une formatrice ou une personne de plus qui travaille en garderie. Cela donne un accès à six familles de plus, et pour ces personnes-là, l’impact va se faire sentir tout au long de la vie. »

Premier établissement de langue française dans le Grand Nord canadien à avoir obtenu son statut officiel en 2024, le Collège veut se distinguer avec cette approche sur trois territoires, à la fois nouvelle et unique.

« C’est sûr qu’on a des petits bassins, des moyens limités, de grandes distances et des barrières géographiques, mais en unissant nos forces, on peut aller beaucoup plus loin », estime M. Arsenault.

« Je ne m’attends pas non plus à avoir de gros campus avec des résidences de quatre étages. Mais ce sera au moins une présence, un point de service et peut-être une salle de classe pour commencer », poursuit le dirigeant universitaire.

En plus de modifications à l’interne, notamment au niveau de la gouvernance, l’une des prochaines étapes sera d’approcher les trois gouvernements territoriaux ainsi que le fédéral afin d’obtenir du financement.

Une initiative du Yukon

C’est l’Association franco-yukonnaise (AFY) qui a approché le Collège nordique il y a quelques années pour voir si une telle possibilité était envisageable. L’établissement a ensuite contacté l’Association des francophones du Nunavut pour coordonner une approche pan-territoriale.

« Il n’y a pas de possibilité de poursuivre des études postsecondaires en français sur place. Cela signifie que nos jeunes doivent quitter le territoire pour étudier en français ailleurs, ou alors ils doivent intégrer une structure anglophone », explique Souâad Larfi, de l’Association franco-yukonnaise.

Approcher le Collège nordique était donc une avenue logique, d’autant plus qu’il existe déjà des liens étroits entre l’institution des TNO et les francophones du Yukon. Par exemple, souligne Mme Larfi, la majorité des personnes œuvrant dans le milieu de la petite enfance y ont obtenu leur diplôme, sans compter les étudiants inscrits dans d’autres programmes.

« Il y a une totale logique à travailler main dans la main avec le Collège nordique. Il y a déjà des initiatives en place, des gens qui étudient à distance avec eux, et nous développons d’autres volets. Cette structure territoriale va pouvoir joindre et accueillir encore plus de monde », souligne-t-elle.

L’AFY aimerait, à moyen terme, avoir trois programmes « robustes » à Whitehorse avant de se diversifier pour répondre à d’autres besoins, notamment dans le secteur de la construction ou encore dans un domaine en plein développement : la défense nationale.

« Pour l’instant, on en est vraiment au début de l’identification, mais certaines choses se dessinent », présente Souâad Larfi, soulignant que l’association est également « en veille active » pour acquérir des locaux supplémentaires.

Feux : Trump devrait aider ses voisins plutôt que de menacer de tarifs, réagit Doug Ford

TORONTO – Le premier ministre ontarien, qui a fait le point sur la situation des 190 feux actuels en Ontario et sur la gestion de la crise, a vivement critiqué les menaces de Donald Trump d’augmenter les tarifs douaniers en raison de la dégradation de la qualité de l’air liée aux incendies. Selon lui, les États-Unis devraient au contraire venir en aide à leurs plus proches voisins et alliés.

« C’est très décevant », a commenté le premier ministre ontarien lors de la conférence de presse ce lundi sur la situation des feux de forêt. Le président américain avait pointé du doigt le Canada pour la pollution de l’air et avait exigé que la situation soit mise sous contrôle sous peine d’imposer davantage de tarifs.

« Peut-être que le président Trump devrait offrir à ses alliés et amis les plus proches du soutien, plutôt que de rester assis là à nous menacer de droits de douane », s’est emporté Doug Ford.

Celui-ci a alors rappelé l’intervention de l’Ontario au cours des dernières années lors de l’ouragan Helena en Caroline et en Géorgie, avec l’envoi de 50 camions et de 100 monteurs de lignes d’Hydro sur place, ainsi que l’envoi de bombardiers d’eau lors des incendies frappant la Californie.

« Le président devrait savoir que l’un des plus grands incendies a commencé dans le Minnesota — et ce n’est pas une critique envers le Minnesota, parce que j’ai une relation formidable avec le gouverneur (Tim) Walz. Il m’a appelé pour me dire que des campeurs du YMCA étaient bloqués dans les flammes et nous avons envoyé la PPO et les Forces armées canadiennes pour les secourir. »

« Je dois rappeler au président Trump qu’il y a actuellement 3,9 millions d’acres qui brûlent aux États-Unis en ce moment même. Si nous avions les ressources excédentaires, nous les enverrions à nos amis et alliés les plus proches. »

« Ça me frustre d’entendre ce tas de foutaises », s’est enflammé M. Ford, avant de réitérer que Donald Trump devrait plutôt envoyer des bombardiers d’eau à ses plus proches voisins.

La situation des feux et l’évacuation

Le premier ministre a fait part du dernier bilan concernant les incendies, faisant état de 730 000 hectares touchés et d’un total de 190 feux de forêt répertoriés dans la province : 56 sont considérés hors de contrôle, 112 font l’objet de surveillance, 6 sont éteints et 16 sont maîtrisés.

Au total, 155 équipes de pompiers et 80 avions-citernes et hélicoptères poursuivraient leurs interventions dans le Nord de l’Ontario, avec une quarantaine d’appareils de soutien supplémentaires prêts à intervenir.

Le premier ministre ontarien, Doug Ford, le ministre des Richesses naturelles, Mike Harris, et la ministre de la Protection civile et de l’Intervention en cas d’urgence, Jill Dunlop. Photo : capture d’écran

« À ce jour, nous avons coordonné 13 évacuations, a déclaré Jill Dunlop, ministre de la Protection civile et de l’Intervention en cas d’urgence. Les personnes sont accueillies dans des villes hôtes comme Thunder Bay, Kapuskasing, Sudbury, Barrie. Toronto a aussi levé la main, tout comme Niagara Falls. Il y a énormément de coordination. »

Après un atterrissage à Thunder Bay ou Red Lake, qui servent de plaques tournantes, les évacués sont ensuite dirigés vers les communautés d’accueil.

« Ontario211 agit comme ligne d’information, et des organismes tels que Feed Ontario et la Fédération des centres d’amitié autochtones de l’Ontario déploient de la nourriture d’urgence », ajoute-t-elle.

La ministre a ajouté que Global Medic avait livré des masques N95 à Thunder Bay et que la Croix-Rouge mettait en place le centre d’évacuation à Thunder Bay, notamment pour la Première Nation de Namaygoosisagagun (Collins) et Armstrong.

Élargissement du système d’alerte

Ce samedi 18 juillet, un protocole d’entente a été envoyé par la ministre Dunlop aux chefs des conseils municipaux et des Premières Nations, confirmant l’élargissement de l’accès au système Alerte en Ontario (Alert Ready).

Face à l’intensité de la saison des feux, la province permet désormais aux autorités locales, incluant directement les chefs des Premières Nations et les coordonnateurs d’urgence communautaires, de déclencher des alertes d’urgence sur les appareils mobiles et les médias en cas de menace imminente.

Le mémo ministériel rappelle d’ailleurs que chaque alerte d’urgence émise « doit être publiée à la fois en anglais et en français », le Centre provincial d’opérations d’urgence s’engageant à fournir une assistance immédiate pour la traduction au besoin.

« Nous l’avons utilisé cinq fois cette année pour des feux de forêt. Les maires, les chefs et les coordonnateurs de la gestion des urgences ont accès à notre Centre provincial d’opérations d’urgence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et ces messages peuvent être diffusés en moins de 20 minutes », a précisé la ministre Dunlop.

Mike Harris, le ministre des Richesses naturelles, a pour sa part mis l’accent sur une coordination à long terme avec les Premières Nations, accessible à l’année : « Si des situations surviennent avec une activité d’incendie intense au cours de la fin de semaine, et que notre ministère n’est pas disponible pour répondre directement dans la seconde, les communautés ont un plan pour s’auto-évacuer. Nous travaillons constamment avec elles. J’ai personnellement parlé à de nombreux dirigeants des Premières Nations au cours de la dernière semaine, car la situation s’est intensifiée à partir de lundi ou mardi dernier. »

Écoles francophones en Colombie-Britannique : un combat sans fin devant les tribunaux

Après près de 16 ans de combats juridiques et deux victoires en Cour suprême, les francophones de Colombie-Britannique continuent de se battre contre le gouvernement provincial devant les tribunaux pour tenter d’obtenir des gains pour l’éducation en français.

En 2015, la Cour suprême avait accordé une victoire historique pour l’éducation en français dans la province. Dans ce dossier lié à l’école Rose-des-Vents, à Vancouver, le plus haut tribunal avait conclu que les infrastructures scolaires mises à la disposition de la communauté francophone par la province étaient d’une qualité nettement insuffisante par rapport à celles des anglophones.

Cinq ans plus tard, en 2020, elle a récidivé en donnant une victoire sans équivoque au Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF), le seul conseil scolaire de langue française de la province. Dans son jugement, la Cour suprême a conclu que le gouvernement avait violé l’article 23 de la Charte canadienne des droits et des libertés, qui garantit le droit à l’éducation en français en milieu minoritaire.

Le CSF, qui invoquait un sous-financement chronique de ses écoles, se traduisant par des infrastructures et un transport scolaire insuffisants, a eu gain de cause. Le tribunal a conclu à l’unanimité que l’expérience éducative des jeunes francophones doit être équivalente, et non proportionnelle, à celle de la majorité anglophone.

Des victoires historiques, mais encore peu d’effets sur le terrain

Or, après deux jugements, le CSF est de nouveau devant les tribunaux pour faire appliquer les victoires juridiques du passé.

« Il ne s’est rien passé après », soupire au bout du fil Marie-Pierre Lavoie, la présidente du conseil scolaire francophone, au sujet de la décision de la Cour suprême en 2020.

« On n’a pas eu de plan. La province nous a dit qu’il fallait continuer le processus habituel, c’est-à-dire fournir un plan d’immobilisation tous les ans », déplore-t-elle.

C’est pourquoi, quelques mois après la décision du plus haut tribunal du pays en 2020, le conseil scolaire a intenté de nouveau une poursuite devant les tribunaux dans le but de faire appliquer les conclusions du jugement. Depuis cette nouvelle poursuite, deux nouvelles écoles sont en construction et deux autres sont en planification à travers la province.

Le ministère provincial de l’Infrastructure, chargé de la construction des établissements scolaires, nous a indiqué ne pas pouvoir fournir de commentaires étant donné que la cause est présentement devant les tribunaux. Le ministère souligne toutefois que depuis 2017, environ 360 millions de dollars ont été alloués aux infrastructures éducatives francophones, ce qui a permis de financer l’achat de 12 terrains et de mener à bien 8 projets d’extension d’écoles.

Marie-Pierre Lavoie est la présidente du Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique. Crédit image : Pascal Vachon/ONFR

« On s’attendait à ce que ça bouge, mais les choses n’ont pas vraiment changé. Quand on n’est pas en cour, il ne se produit pas grand-chose. S’il n’y avait pas eu de deuxième poursuite, je pense qu’on en serait exactement au même point qu’en juin 2020 », estime la présidente du CSF.

En plus du gouvernement, le conseil scolaire francophone poursuit aussi son homologue anglophone qui dessert la région de Vancouver, car ce dernier a refusé de céder un terrain excédentaire au CSF. Le CSF réclame des écoles qui lui ont été garanties par ces décisions juridiques passées et, l’an dernier, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a tranché dans le dossier, lui donnant une victoire partielle.

Le juge Geoffrey Gomery avait statué sur le fait que le CSF obtenait le droit d’exproprier des terrains pour ses futures écoles. Il force désormais les conseils scolaires anglophones à considérer les besoins des francophones avant de vendre leurs établissements ou terrains sous-utilisés.

Bien qu’il ait refusé d’ordonner le transfert immédiat des édifices réclamés, le magistrat a également blâmé la gestion interne du CSF, reprochant au conseil d’avoir étiré inutilement les procédures judiciaires.

Le CSF a décidé de porter cette décision en appel et attend toujours une date d’audience.

Tensions internes et épuisement financier

Mais ces batailles juridiques ne se sont pas déroulées sans heurts au sein de la communauté, notamment auprès des enseignants. Le Syndicat des enseignants du programme francophone de la Colombie-Britannique (SEPF) a réclamé la démission de Mme Lavoie ainsi que de plusieurs conseillers scolaires, en lien avec la décision de poursuivre la bataille juridique.

« Le conseil d’administration détourne des fonds publics essentiels qui devraient être investis directement dans les services aux élèves, le soutien au personnel éducatif et l’amélioration des conditions d’apprentissage. Ce choix budgétaire envoie un message clair : les priorités du conseil sont déconnectées des besoins réels du milieu scolaire », a écrit en juillet 2025 la présidente du syndicat, Maria Stinchcomb, dans une lettre adressée au conseil d’administration du CSF.

Nous avons contacté Mme Stinchcomb pour une entrevue, mais n’avons pas eu de retour.

Le syndicat considère que l’idée d’injecter encore de l’argent dans des frais juridiques nuit à la qualité de l’enseignement offert et des services aux élèves en français dans la province. Au-delà des questions financières, le syndicat dénonce le manque de transparence du CSF et la détérioration des conditions de travail, mettant en évidence une rupture de confiance entre l’administration et le personnel.

Marie-Pierre Lavoie admet que ces choix imposent une lourde contrainte au budget du conseil scolaire.

« C’est épuisant, et ça coûte extrêmement cher, expose-t-elle. On aimerait bien mieux travailler de concert avec le gouvernement pour faire avancer les projets. Malheureusement, on n’a pas le choix. C’est vraiment dommage qu’on en soit rendus là. »

Néanmoins, cette dernière soutient que le conseil scolaire juge cette lutte essentielle, soulignant les failles du modèle de financement actuel.

« Notre mandat, c’est d’offrir une éducation francophone à tous les enfants d’ayants droit en Colombie-Britannique, et on n’y arrive pas. Et si on ne le fait pas, on s’en va tout droit vers l’assimilation », conclut Mme Lavoie.

Le défilé de Fierté Sudbury, un moment haut en couleur

SUDBURY – Malgré une météo capricieuse, les Sudburois se sont rassemblés pour célébrer la communauté queer de Sudbury. Organisé par Fierté Sudbury Pride, le premier organisme 2SLGBTQ+ de la région. La semaine de la fierté a proposé une variété d’événements, y compris son défilé phare qui s’est tenu dans le centre-ville.

Cette semaine de la fierté s’est déroulée dans un contexte différent. Alors que les feux de forêt brûlent des centaines de milliers d’hectares et compromettent la qualité de l’air à Sudbury, de nombreux événements extérieurs ont été relocalisés dans l’arène communautaire de Sudbury.

Après des spéculations sur le fait que le défilé serait annulé, Fierté Sudbury a maintenu l’événement en fin d’après-midi. « Ils ne voulaient pas annuler parce que c’est trop important pour la communauté », explique Cassie Beaulieu, une bénévole de l’organisme.

Du 13 au 19 juillet, Fierté Sudbury Pride a organisé sa fameuse semaine de la fierté. De nombreux Sudburois étaient présents aux événements de l’organisme. Entre ateliers créatifs et cérémonies ambiancées, cette édition s’est voulue optimiste quant aux progrès sociaux sans oublier les fortes revendications des personnes queers dans la région.

Le vendredi 17 juillet, la Place des Arts a notamment accueilli un bal pour les jeunes entre 14 et 18 ans, animé par Jenna Seppa, une drag-queen franco-ontarienne. « Pour ceux qui restent en région ou qui ne vont pas nécessairement se retrouver en grand centre, c’est une bonne occasion de venir s’amuser avec moi, ou de s’immerger dans une scène queer » dit-elle.

Des revendications claires

Même si l’humeur générale était festive, la communauté 2SLGBTQ+ de Sudbury a beaucoup revendiqué. Entre isolement, droits des personnes trans, et manque de ressources dans le Nord, de nombreuses causes ont été mentionnées par les participants.

Pour Michelle Loubert, la cause 2SLGBTQ+ en Ontario doit s’améliorer. Pendant le défilé, l’artiste franco-ontarienne a plaidé de tout cœur pour les droits matrimoniaux des personnes 2SLGBTQ+. « Le mariage gay, il ne faut pas l’oublier. Ça ne fait pas longtemps que les gens en Ontario peuvent avoir les mêmes droits pour leur pension, par exemple ».

Les adolescents et jeunes adultes queers comptaient parmi l’une des plus fortes présences lors du défilé de Fierté Sudbury. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Avec une forte présence d’adolescents et de jeunes adultes, les revendications n’obstruent pas le fort sentiment de communauté que peuvent ressentir les jeunes. Pour Cove, la communauté queer de Sudbury lui a permis de se trouver. En tant que personne transmasculine et non-binaire de 23 ans qui a tout récemment eu sa cérémonie de changement de nom, Cove avoue que ce n’est pas toujours facile d’être jeune et queer dans le Nord. « Cela peut être un défi puisqu’on n’a pas énormément de ressources, mais ça me plait quand même ».

Au niveau politique, Jamie West, le député provincial à Sudbury, pense qu’il faut redoubler d’efforts pour soutenir la cause 2SLGBTQ+. « Il y a généralement des progrès, mais franchement, il y a une augmentation de personnes en colère, soutient-il, c’est donc important pour les officiels élus de démontrer leur soutien ».

Les bénévoles FrancoQueer portent un drapeau à moitié franco-ontarien et à moitié 2SLGBTQ+, pendant le défilé de Fierté Sudbury. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

FrancoQueer prend le Nord

Pour la première fois de son existence, l’organisme FrancoQueer s’est rendu à Sudbury pour défendre les droits des personnes queers francophones dans le Nord. L’organisme veut notamment soutenir les personnes queers isolées.

« Ce n’est pas comme à Toronto où il y a tout un village. On n’a pas ça dans le Nord. L’importance de faire des événements comme ça, c’est d’avoir une présence, de nous faire voir, de montrer aux gens que c’est normal », note Eric Boissoneault, bénévole à FrancoQueer basé à North Bay.

Merlin Simard, agente de liaison et de formation à FrancoQueer, tient une pancarte en français pendant le défilé de la fierté. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Pour Merlin Simard, agente de liaison et de formation pour la région centre Sud-Ouest, promouvoir Franco Queer à Sudbury est une façon de souligner les contributions des populations francophones dans les droits 2SLGBTQ+. Elle affirme que l’objectif de l’organisme dans le Nord est de « contrer l’isolement, et de créer une communauté, des opportunités pour que les gens ne soient pas tout seuls », dit-elle.

L’agente de liaison espère que FrancoQueer sera présent aux futures semaines de la fierté à Sudbury. « C’est vraiment important d’avoir des groupes de militants pour revendiquer les problèmes, les enjeux de la communauté, mais aussi pour célébrer ses joies. On fait partie d’une communauté qui nous soutient dans nos luttes, mais aussi dans nos succès ».

« Nous sommes toujours là » : le Festival du loup célèbre la francophonie 

OTTAWA – Parade de tracteurs, musique, théâtre et traditions francophones seront au rendez-vous samedi à La Fontaine, dans le comté de Simcoe, à l’occasion de la 22e édition du Festival du loup. Plus important festival francophone de la région, l’événement rassemblera une fois de plus la communauté afin de célébrer la vitalité de la francophonie.

« Se rassembler, festoyer, chanter et danser, se retrouver en famille et en communauté pour célébrer le fait que nous, les francophones, sommes toujours là et que nous n’avons aucune intention de disparaître. » C’est ainsi que Lucie Charlebois, coordinatrice de l’événement, résume la mission du Festival du loup.

Le festival est organisé dans ce petit village considéré comme « une véritable perle de la baie Georgienne ». La Fontaine est reconnue pour ses terres agricoles, ses boisés, ses pêcheries et son industrie forestière.

Le festival se veut une célébration vivante de l’histoire locale, à la manière d’un musée à ciel ouvert.

Son nom est inspiré d’une légende du XIXe siècle, romancée en 1955 par le prêtre Thomas Marchildon. Selon ce récit, un immense loup terrorisait les fermiers de la région en s’attaquant à leurs troupeaux. Devant cette menace, bûcherons, pêcheurs et agriculteurs auraient uni leurs forces jusqu’à ce que Théophile Brunel parvienne à abattre l’animal.

« Nous ne célébrons pas la menace. Nous célébrons le fait d’être ensemble », affirme Lucie Charlebois.

Lucie Charlebois, coordonnatrice du Festival du loup. Photo : gracieuseté

Cette légende a inspiré la création du Festival du loup ainsi que de la Meute culturelle de La Fontaine, l’organisme qui en assure l’organisation.

Une programmation francophone

Les festivités débuteront dès 10 h avec la traditionnelle parade de tracteurs, qui reliera la ferme Monpiero au parc La Fontaine, avant de laisser place à une programmation musicale en français. 

Le public pourra notamment assister aux prestations de Vincent Bishop, d’Ottawa, du groupe terre-neuvien Port-aux-Poutines, de Hy Five, des Aigles et des Fracas-Phones, une famille de musiciens bien connue des habitués du festival, ainsi que du Groupe des Cinq, composé de Louis Lefaive, Michel Paiement et Joëlle Roy. Ces trois vétérans de la scène francophone proposeront un mélange de compositions originales et de grands classiques du folklore.

Les Aigles, de jeunes musiciens de La Fontaine âgés de 10 à 14 ans, incarnent la relève. Lauréats du concours La Brunante, ils alternent compositions originales, chansons traditionnelles et hommages aux pionniers de la chanson francophone.

Originaire de Terre-Neuve, Port-aux-Poutines présentera un répertoire inspiré de la culture de l’île. Son plus récent album, Oui B’y, rend hommage à celles et ceux qui ont contribué à préserver le français dans cette province où les francophones sont minoritaires.

Établi à Ottawa et originaire de Vancouver, Vincent Bishop revisite quant à lui la chanson à répondre en y apportant une touche contemporaine. L’auteur-compositeur-interprète poursuit désormais sa carrière en français après avoir lancé deux albums en anglais.

Le groupe Hy Five, formé d’amis de La Fontaine qui jouent ensemble depuis près de 40 ans, sera également de retour. Habituée de la scène locale, la formation propose un répertoire qui fait danser les festivaliers depuis plusieurs décennies.

Le théâtre franco-ontarien d’Ottawa Créations In Vivo présentera également trois mini-spectacles dans le parc. Intitulée Mourir de trop gueuler, cette parade-théâtre met en scène des bouffons qui enterrent une grosse grenouille, morte d’avoir trop gueulé.

La pièce Mourir de trop gueuler aux Présentations éclair de Contact ontarois 2025. Photo : Rachel Crustin/ONFR

De nouveaux partenaires communautaires

Parmi les nouveautés de cette édition figure la participation d’une école secondaire anglophone de la région.

Des élèves de l’école St. Theresa’s défileront en interprétant des chansons en français, à l’initiative d’un enseignant de français francophone de l’établissement.

« C’est tout nouveau cette année d’ajouter des partenaires communautaires, des gens de la communauté qui, d’habitude, ne participaient pas au festival. J’en suis tellement fière », souligne Lucie Charlebois.

Selon elle, cette initiative illustre la volonté des organisateurs d’élargir le rassemblement au-delà de la communauté francophone traditionnelle.

Autre nouveauté cette année, un tournoi de cornhole, un jeu d’adresse très populaire dans la région, s’ajoutera à la programmation.

Les festivaliers pourront également profiter de kiosques d’artisans, d’une foire gourmande, d’une zone jeunesse ainsi que du traditionnel encan de loups. Cette activité emblématique invite les participants à miser sur des sculptures de loups peintes par des artistes locaux.

Selon les organisateurs, les fonds amassés serviront à soutenir le Festival du loup. La moitié des recettes provenant de la vente des sculptures sera remise au Georgian Bay Cancer Support Centre, un organisme communautaire, qui offre un soutien psychosocial aux personnes atteintes d’un cancer ainsi qu’à leurs proches et à leurs aidants.

Les organisateurs espèrent accueillir environ 1000 personnes entre 10 h et 20 h. L’entrée est gratuite pour les moins de 15 ans et coûte 15 dollars pour les personnes de 15 ans et plus.

« J’invite tout le monde à venir vivre l’énergie du Festival du loup et à découvrir notre région. Nous vous attendons avec plaisir », conclut Lucie Charlebois.

Le ministre Stan Cho remet sa démission suite à la polémique des frais d’hôtel

TORONTO – Le ministre du Tourisme, de la Culture et des Jeux, Stan Cho, au coeur d’une polémique cette semaine entourant une quinzaine d’autres députés du Parti progressiste-conservateur pour des frais d’hôtel à Toronto, a démissionné de son poste. Le ministre a « reconnu son erreur », a annoncé le premier ministre Doug Ford par voie de communiqué ce vendredi. Il conserve toutefois son siège de député provincial de Willowdale.

Le bureau de Doug Ford a annoncé la démission effective et immédiate de Stan Cho de ses fonctions ministérielles.

Moins de 24 heures après que le gouvernement progressiste-conservateur ait annoncé son intention d’abolir la clause de remboursement pour « circonstances spéciales » qui a permis ces dépenses, l’annonce du ministre Cho est tombée.

Bien qu’il quitte ses fonctions ministérielles, Stan Cho conservera son siège de député provincial pour la circonscription torontoise de Willowdale.

« Il a reconnu son erreur et en a assumé la responsabilité », a simplement commenté le premier ministre Doug Ford.

Dans le même communiqué, le gouvernement a également annoncé le départ à la retraite du ministre du Sport, Neil Lumsden (Hamilton-Est-Stoney Creek), qui quittera le Cabinet et la vie politique le 4 août prochain. M. Ford a salué le travail de ce dernier, notamment dans la préparation de l’accueil de la Coupe du Monde de la FIFA à Toronto.

Une tentative pour esquiver les comptes, selon l’opposition

La réplique de l’opposition officielle ne s’est pas fait attendre. Pour la cheffe du NPD, Marit Stiles, cette démission soudaine n’est qu’une tentative d’étouffer l’affaire sans fournir d’explications sur les 16 000 $ de frais d’hôtel. « Ce ministre menait la grande vie, s’offrant des suites de luxe sur le dos des contribuables, et il essaie maintenant de fuir ses responsabilités parce qu’il s’est fait prendre la main dans le sac », a-t-elle exprimé.

« Ont-ils toujours la confiance du premier ministre? Il est temps d’avoir de vraies réponses », a-t-elle aussi questionné au sujet des députés Hardeep Grewal, Nina Tangri et Charmaine Williams, dont les notes de frais exorbitantes ont également été exposées.

Même son de cloche du côté du chef intérimaire du Parti libéral de l’Ontario, John Fraser, pour qui la polémique autour de Stan Cho n’est que « la pointe de l’iceberg ». Selon lui, cette affaire cache une culture d’abus bien plus profonde au sein du gouvernement. « L’histoire ne s’arrête pas aux chambres d’hôtel de Stan Cho. Il y a d’autres ministres, d’autres députés et d’autres scandales », a prévenu M. Fraser, exigeant que Doug Ford montre l’ensemble des reçus aux contribuables : « Qui était où, quand, et pourquoi? Le public mérite de savoir. »

Pour le chef du Parti vert, Mike Schreiner, ce départ est le symptôme d’un problème systémique généralisé. « Alors que les Ontariens ordinaires peinent à payer leur loyer ou leur épicerie, les membres du gouvernement Ford utilisent l’argent des contribuables pour financer leur propre train de vie », s’est insurgé le leader des Verts.

Ces derniers ont d’ailleurs tous deux pointé du doigt une responsabilité directe de Doug Ford relative à un sens du privilège « qui commence au sommet », rappelant notamment les récentes tentatives du premier ministre de faire l’acquisition d’un avion privé de luxe alors que la population écope. Pour l’opposition, le départ d’un seul ministre ne suffira pas à répondre à la question de la gestion des fonds publics à Queen’s Park.

La maison en pierre de l’hôpital Montfort désignée bien patrimonial

OTTAWA – Le Comité du patrimoine bâti et le Conseil municipal d’Ottawa ont officiellement approuvé la désignation patrimoniale de la maison située au 701 chemin de Montréal. Construite vers 1875 en pierre calcaire, cette bâtisse d’un étage et demi, l’un des sept derniers bâtiments en pierre du secteur, est intimement liée à l’histoire de l’Hôpital Montfort et à l’héritage francophone d’Ottawa.

Adjacente au campus de l’Hôpital Montfort, la propriété a d’abord été une maison de ferme dans l’ancien canton de Gloucester avant d’être acquise par les Filles de la Sagesse, la congrégation catholique qui a fondé l’hôpital St-Louis Marie de Montfort. 

De 1952 à 2025, le bâtiment a joué différents rôles majeurs dans le fonctionnement de l’établissement, servant de résidence pour les sœurs travaillant à l’hôpital, les élèves-infirmières, le clergé et le personnel hospitalier.

La décision municipale accorde une protection juridique au bâtiment, lequel répond à quatre des neufs critères de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario, interdisant ainsi toute démolition ou modification de sa structure extérieure sans permis préalable de la Ville.

Un hommage aux bâtisseuses francophones

Le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) a rapidement salué cette protection officielle, soulignant la portée symbolique du site pour l’Ontario français.

« Le Réseau du patrimoine franco-ontarien accueille très favorablement la désignation patrimoniale du bâtiment, situé au 701 chemin de Montréal. Cette maison n’est pas seulement un témoin architectural du XIXᵉ siècle : elle est intimement liée à l’œuvre des Filles de la Sagesse et à l’histoire de l’Hôpital Montfort, une institution fondamentale pour la communauté franco-ontarienne », exprime Jacynthe Dupont, directrice générale du RPFO.

Pour l’organisme, cette reconnaissance permet de mettre en lumière l’apport des pionnières de la santé en français. « La protection du patrimoine bâti permet de rendre visibles ces histoires, parfois méconnues, et d’en assurer la transmission aux générations futures », ajoute-t-elle.

Du côté de l’Hôpital Montfort, qui a récemment fait l’acquisition de la propriété, l’enthousiasme est partagé.

« Montfort accueille favorablement la décision du Conseil municipal d’entamer le processus de désignation patrimoniale. Cette maison de pierre est bien plus qu’un bâtiment; elle témoigne de nos origines », indique dans une déclaration écrite Martin Sauvé, directeur des communications de l’Hôpital Montfort.

Et d’ajouter : « C’est là que les Filles de la Sagesse se sont établies avant d’ouvrir l’Hôpital Saint-Louis-Marie-de-Montfort dans les années 50, aujourd’hui l’Hôpital Montfort. Reconnaître la valeur patrimoniale de ce lieu, c’est honorer leur héritage et celui de la communauté franco-ontarienne. »

L’Hôpital Montfort a récemment fait l’acquisition de la propriété patrimoniale du 701 chemin de Montréal en vue de ses futurs projets d’agrandissement. Photo : Inès Rebei/ONFR

Concilier patrimoine et expansion hospitalière

Alors que l’établissement de santé prépare l’avenir et le développement à long terme de ses installations sur ce terrain adjacent, la question de la cohabitation entre le bâtiment historique et les futures infrastructures médicales se posait.

Afin d’offrir la flexibilité nécessaire à l’hôpital tout en préservant la valeur culturelle du site, la Ville et l’établissement ont convenu d’aménagements spécifiques.

La désignation autorise notamment l’hôpital à intégrer la maison en pierre au sein d’une nouvelle construction ou à la déplacer dans le secteur immédiat du campus.

« Nous travaillons déjà en étroite collaboration avec la Ville d’Ottawa pour concilier la conservation de la valeur culturelle du site avec les besoins d’expansion de l’hôpital. Notre objectif est clair : préserver la mémoire de ce lieu tout en assurant que Montfort puisse continuer de grandir au service de sa communauté », précise M. Sauvé.

« Arriver à l’aréna avec le sourire » : la méthode Pascal Rhéaume pour relancer les Sceptres de Toronto

TORONTO – Nommé entraîneur-chef des Sceptres de Toronto au début du mois de juin, Pascal Rhéaume entame un nouveau chapitre de sa carrière dans le hockey féminin, après plusieurs années passées à développer des joueurs dans les rangs professionnels masculins. Pour le Québécois, l’objectif est clair : bâtir une culture où le plaisir, la communication et le développement individuel doivent mener les Sceptres jusqu’à la Coupe Walter.

Après 17 saisons en tant que joueur professionnel et une quinzaine d’années derrière un banc, Pascal Rhéaume estime avoir atteint une étape importante de son parcours en prenant les commandes des Sceptres de Toronto, une équipe qui avait atteint les demi-finales lors des deux premières saisons de la LPHF avant de manquer les séries en 2025-2026.

« C’était un gros but pour moi et c’est un privilège d’être l’entraîneur-chef d’une équipe de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF). On parle des meilleures joueuses au monde dans une ligue qui continue de grandir chaque année », confie-t-il en entrevue avec ONFR.

L’ancien attaquant, qui a disputé plus de 300 rencontres dans la Ligue américaine et une partie de sa carrière dans la LNH avant d’entreprendre une reconversion derrière le banc, occupait jusqu’ici le poste d’entraîneur adjoint des Islanders de Bridgeport, le club-école des Islanders de New York, dans la Ligue américaine de hockey. Il succède à Troy Ryan, parti relever un nouveau défi avec l’équipe d’expansion de San José.

Au-delà du prestige du poste, c’est surtout l’occasion de travailler quotidiennement avec l’élite du hockey féminin qui a convaincu Rhéaume. « Ce qui me motive, c’est de développer des joueuses au plus haut niveau. J’ai beaucoup travaillé individuellement avec les athlètes tout au long de ma carrière d’entraîneur, avant les entraînements, après les entraînements, avec des vidéos personnalisées. Aujourd’hui, je me sens prêt à relever ce défi comme entraîneur-chef. »

Développer avant tout

Si les Sceptres viseront naturellement le championnat, Rhéaume refuse que les résultats soient le seul indicateur de réussite. Le nouveau pilote torontois veut avant tout faire progresser chacune de ses joueuses.

« Notre but, c’est de gagner la Coupe Walter, mais aussi de développer nos athlètes. On veut qu’elles repartent meilleures qu’à leur arrivée. On veut construire quelque chose qui va durer plusieurs années. »

Pascal Rhéaume souhaite installer une identité de jeu fondée sur l’engagement collectif et une communication constante entre les membres du personnel et les joueuses. Photo : Heather Pollock/LPHF

Pour y parvenir, il s’appuiera sur son personnel d’entraîneurs avec lequel il veut des échanges ouverts pour faire évoluer ses idées au quotidien.

« Je veux qu’on prenne les décisions ensemble. J’amène des idées, mais le personnel est là pour les enrichir. Une équipe ne fonctionne jamais grâce à une seule personne. »

Le bien-être mental au cœur du projet

Au fil de l’entretien accordé à ONFR, un thème revient constamment : l’importance de l’humain. Rhéaume souhaite instaurer un environnement où les joueuses prennent plaisir à venir à l’aréna.

« Une de mes plus grandes valeurs, c’est que les joueuses aient envie de venir à l’aréna tous les matins. On peut avoir du plaisir, mais dès qu’on embarque sur la glace, c’est le temps de travailler fort. »

L’ancien joueur estime que le métier d’entraîneur a profondément évolué au cours des dernières décennies.

« Dans mon temps, on se faisait souvent crier après. Aujourd’hui, on comprend beaucoup mieux l’importance de la façon dont on parle aux athlètes. Le positif amène énormément de choses. Les joueuses sont ici parce qu’elles ont du talent. Notre rôle, c’est de leur donner confiance. »

Selon lui, la préparation mentale est devenue aussi importante que la préparation physique. « Quand une joueuse ne va pas bien, ce n’est pas toujours une question de hockey. Il peut y avoir la famille, le couple ou d’autres préoccupations. C’est important de savoir ce qui se passe et d’avoir une relation de confiance. Après, il y a aussi des spécialistes pour les accompagner lorsque c’est nécessaire. »

Poser les bases avant novembre

Même si le premier camp d’entraînement est encore à plusieurs mois, Pascal Rhéaume ne manque pas de travail. Entre les réunions régulières avec son personnel, la préparation des systèmes de jeu, les analyses vidéo et le suivi des joueuses durant l’été, les journées sont déjà bien remplies.

« Je suis devant mon ordinateur pratiquement tous les matins. On travaille déjà sur notre système de jeu, sur les vidéos qu’on présentera au camp et sur les aspects que les joueuses peuvent améliorer pendant l’été. Quand elles arriveront au camp, on veut que tout soit déjà bien préparé. »

Après un été consacré à bâtir son équipe d’entraîneurs et à préparer la saison, Pascal Rhéaume retrouvera ses joueuses sur la glace lors du camp d’entraînement d’avant saison à l’automne. Photo : Heather Pollock/LPHF

Le contexte de la prochaine saison ajoute toutefois un défi supplémentaire. Avec l’expansion de la LPHF et l’arrivée de nouvelles équipes, plusieurs effectifs seront profondément remodelés.

« On ne connaît pas encore toutes les autres équipes. Beaucoup de nouvelles joueuses arrivent dans la ligue. Notre priorité, c’est surtout de nous concentrer sur Toronto et sur ce qu’on peut contrôler. »

Une rivalité… familiale

L’objectif demeure évidemment de remporter la Coupe Walter, mais Rhéaume préfère parler d’un processus plutôt que de résultats immédiats. « On veut poser nos bases dès le début de la saison. Ce n’est pas parce qu’on commence avec dix ou douze victoires qu’on gagne nécessairement le championnat. Ce qui compte, c’est de progresser et d’être prêt au bon moment. »

Sa première saison pourrait également offrir un scénario particulier puisque Manon Rhéaume, sa soeur, a récemment été nommée directrice générale de la franchise d’expansion de Detroit. « On était des ennemis au repêchage, mais des frères et sœurs en même temps », lance-t-il en souriant.

Le Québécois imagine déjà les retrouvailles lorsque les deux équipes s’affronteront. « Ça va être une belle rivalité. Notre mère va sûrement vouloir que les deux gagnent. Mais après le match, si on peut aller souper ou prendre un verre ensemble, on va le faire. »

En attendant, Rhéaume espère surtout convaincre les amateurs torontois, et notamment la communauté francophone, de découvrir la ligue qui ne cesse de grandir depuis sa création en 2023.

« Venez l’essayer. C’est du très bon hockey, l’ambiance est excellente et je suis convaincu que les gens ne seront pas déçus. »

Queen’s Park réagit à l’urgence des feux : l’opposition dénonce une sous-préparation

TORONTO – Alors que près de 200 feux de forêt se propagent dans le Nord et que la qualité de l’air reste irrespirable jusque dans les centres urbains, Queen’s Park cherche l’appui du fédéral. Si Doug Ford affirme ne pas lésiner sur les dépenses contre les incendies, 271 millions en 2025, le Parti vert et le NPD accusent le gouvernement ontarien d’improvisation face à l’urgence, pointant du doigt un sous-budget chronique qui nuit à la préparation et à la prévention.

Alors que Toronto, siège de l’Assemblée législative de l’Ontario, est plongée sous un voile d’épaisses fumées, conséquence des incendies à plusieurs centaines de kilomètres de là, le gouvernement Ford a demandé au fédéral un déploiement de ressources supplémentaires – incluant des Forces armées canadiennes – pour appuyer les évacuations dans le Nord de l’Ontario.

« La situation évolue rapidement. Les résidents touchés doivent suivre les directives des autorités locales et respecter les ordres d’évacuation. La priorité absolue de notre gouvernement est d’assurer la sécurité de la population », a déclaré la ministre de la Protection civile et de l’Intervention en cas d’urgence, Jill Dunlop.

Lors d’une conférence de presse à Windsor, ce jeudi, Doug Ford a affirmé que « le gouvernement ne financera jamais à la baisse la réponse aux urgences des incendies ».

« Nous avons un budget de 150 millions, mais chaque année, nous dépensons bien plus. L’année dernière, nous avons dépensé 271 millions de dollars et nous ne lésinerons pas sur les moyens. »

Celui-ci a souligné qu’aucun décès n’était à déplorer, que 150 équipes de près de 50 aéronefs étaient déployées, avant d’ajouter que l’Ontario a besoin d’avions-citernes par le biais du gouvernement fédéral.

La sous-budgétisation mène à la sous-préparation, dit Mike Schreiner

Pour Mike Schreiner, le chef du Parti vert en entrevue avec ONFR, le gouvernement sous-finance sciemment le budget d’urgence et attend la crise pour réagir au lieu de la financer correctement dès le départ.

En 2025, le Parti dénonçait une coupe de 42 millions de dollars.

« On a assisté à une réduction de la part du budget consacré à la lutte contre les feux de forêt. Et ce, même si les scientifiques, les pompiers forestiers eux-mêmes, les experts en gestion des forêts disaient que cette saison risquait d’être particulièrement difficile », s’afflige M. Schreiner.

« En 2025, le gouvernement avait budgétisé 135 millions de dollars pour le fonds d’urgence de lutte contre les feux de forêt. Ils ont finalement dépensé 271 millions. Or, le budget de cette année n’affiche que 150 millions, c’est-à-dire plus de 120 millions de moins que ce qu’ils ont réellement dépensé l’année dernière! »

Mike Schreiner, chef du Parti vert de l’Ontario, en scrum média à Queen’s Park, le 23 mars 2026. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Selon lui, en ne fournissant pas ces ressources à l’avance et en se contentant de réagir après coup, les chances de réussite sont considérablement réduites.

M. Schreiner soutient que les pompiers forestiers sur le terrain ont besoin de cet argent dès le départ pour pouvoir se préparer, constituer des équipes complètes, correctement équipées et enfin avec des salaires équitables : « Actuellement, les pompiers forestiers ont tendance à être sous-payés, ce qui fait que nous perdons nos éléments les plus expérimentés, qui partent vers des emplois plus lucratifs ».

En plus d’avoir un plan d’urgence pleinement financé, basé sur données probantes et l’expérience de terrain des pompiers forestiers eux-mêmes, il défend la nécessité de miser sur les énergies renouvelables. « Nous savons que ces événements météorologiques extrêmes sont alimentés par la crise climatique, elle-même nourrie par les énergies fossiles ».

« Aujourd’hui, nous respirons tous un air toxique. Mon cœur est avec les communautés du Nord-Ouest de l’Ontario qui sont en cours d’évacuation, et avec ces pompiers et autres premiers répondants qui sont aux premières lignes pour assurer notre sécurité ».

Provincial et fédéral : appel du NPD à faire front commun pour l’évacuation des Premières Nations

Face à une situation dramatique avec les maisons de la Première Nation de Namaygoosisagagun (Collins) réduites en cendres, le chef adjoint du NPD, Sol Mamakwa, a exhorté jeudi le gouvernement Ford à déclarer formellement l’état d’urgence provincial. « Aujourd’hui, il ne s’agit pas de savoir à quel parti politique vous appartenez (…). Le Nord de l’Ontario brûle », a-t-il lancé, implorant Queen’s Park et Ottawa de faire front commun.

Appuyés par leurs collègues nord-ontariens Lise Vaugeois (Thunder Bay-Superior-Nord) et Guy Bourgouin (Mushkegowuk-James Bay), les néo-démocrates soutiennent la demande des Chefs de l’Ontario : faire sauter immédiatement les barrières juridictionnelles entre le provincial et le fédéral. L’objectif étant de coordonner sans délai les évacuations, le transport, l’hébergement et les soins de santé pour les communautés menacées par les quelque 200 brasiers actifs.

Le député Bourgouin a rappelé qu’il aura fallu « près de deux semaines à la province pour intervenir lors des inondations » en avril dernier et que le Nord ne pouvait se permettre un tel retard face aux flammes.

Un des feux de Sioux Lookout dans le Nord-Ouest de l’Ontario, le 12 juillet dernier. Photo : gracieuseté du ministère des Richesses naturelles

Un constat alarmiste partagé par Lise Vaugeois, qui prévient que malgré leurs efforts acharnés face à des incendies d’une vélocité inédite, les pompiers forestiers manquent cruellement d’effectifs et de ressources nécessaires pour freiner la catastrophe.

Deux jours plus tôt, celle-ci avait demandé au gouvernement Ford de renouveler les contrats à long terme pour les hélicoptères afin de lutter contre les feux de forêt.

« Sans ce contrat, le service doit louer des hélicoptères de manière ponctuelle, ce qui rend toute planification préalable impossible. En raison de la négligence de Ford, les pompiers forestiers sont toujours en train de courir après le temps. »

« En ce moment, deux bombardiers d’eau sont cloués au sol en raison d’un manque de pilotes. Nous devrions compter 200 équipes de pompiers, mais nous n’en avons peut-être que 150. Doug Ford et ses conservateurs doivent cesser de traiter le Nord comme une préoccupation secondaire et fournir l’aide nécessaire pour faire face à l’immensité des feux de forêt qui touchent les familles, les communautés et les Premières Nations dans tout le Nord », avait-elle décrié, par voie de communiqué.

Des centaines de milliers d’hectares partent en fumée dans le Nord

Le ministère des Richesses naturelles (MRN) compte actuellement 177 feux actifs dans la province. Quinze communautés ont été évacuées. Même si la province continue de déployer des moyens conséquents pour atténuer la situation, l’ampleur des brasiers et la mauvaise qualité de l’air inquiètent de nombreuses communautés. Entre routes fermées, interdiction de brûler et retour du port du masque, on vous donne une idée générale de la situation.

Des feux de forêt ont brûlé et continuent ce jeudi de brûler des centaines de milliers d’hectares dans le Nord, particulièrement autour de Thunder Bay et Dryden où plusieurs feux se sont rejoints, formant depuis mercredi un seul grand feu qui, au total, a brûlé plus de 350 000 hectares, confirme le ministère.

Depuis le mercredi, une zone de restriction des feux (ZRF) est en vigueur dans toute la région du Nord-Ouest, ainsi qu’une partie du Nord-Est. « La ZRF a pour but de réduire le nombre de feux de forêt de cause humaine et ainsi limiter la demande des ressources d’intervention aux feux », affirme Isabelle Chenard, spécialiste des communications et des relations médias du ministère.

En raison de la proximité des flammes, plusieurs axes routiers de la région sont fermés, notamment les routes 527 et 599.

Plus tôt en juin, un important brasier du côté de Timmins dans le Nord-Est avait réduit en cendres plus de 3000 hectares. La situation s’était calmée, mais depuis le début du mois de juillet, de nouveaux feux ont pris le dessus, forçant le ministère des Ressources naturelles à déployer un large personnel de pompiers forestiers. « Plusieurs feux ont vu une augmentation de leur superficie au cours des dernières 24 heures en raison d’une hausse continue des températures et des conditions venteuses dans le Nord-Ouest », ajoute-t-elle.

Du renfort hors-province

« L’Ontario a 156 équipes de feu d’un bout à l’autre de la province. Plusieurs de ces équipes interviennent présentement sur les feux actifs, alors que d’autres sont prêts à intervenir à de nouveaux feux. Deux équipes de gestion des incidents sont déployées dans la région Nord-Ouest ».

Malgré les efforts fournis, le ministère souhaite mieux s’armer face à la menace grandissante des feux, quitte à chercher ailleurs. La province a récemment demandé un appui par le biais du Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC) pour regrouper plus de personnel et d’équipement provenant de l’extérieur de l’Ontario.

« À cette heure, du renfort de l’Alberta et du Yukon sont en processus de déploiement vers le Nord-Ouest ontarien. Ceci inclut des avions, hélicoptères, de l’équipement et du personnel en vue des opérations de gestion et d’intervention aux feux de forêt », soutient la spécialiste des communications.

Évacuations et qualité de l’air compromise

De nombreuses Première Nations ont dû évacuer leurs territoires comme la Première Nation de Kasabonika Lake, début juillet. Cette mesure préventive avait notamment ciblé les résidents vulnérables à Toronto. Dans la nuit du 14 juillet, les Premières Nations de Whitesand ont également été évacuées, suivies par celles du Lac des Mille Lacs et de Collins, toutes situées dans le Nord-Ouest.

Cela fait quelques jours que les feux de forêt affectent la qualité de l’air du Nord au Sud de la province. La semaine dernière, des résidents de Kapuskasing, Timmins, et Kirkland Lake se plaignaient d’une forte odeur de fumée ainsi que d’un ciel brumeux, explique Evan Lizotte, spécialiste des relations publiques et des communications au MRN.

Désormais, la fumée continue d’impacter d’autres municipalités. C’est le cas pour Sudbury. Ce mercredi, les résidents de la ville du Nickel ont souffert d’une qualité de l’air à haut risque, selon Qualité de l’air Ontario. Présentement, ce sont les villes de Thunder Bay et de Sault Ste. Marie qui font face à ce défi de santé publique. Dans son rapport en temps réel, Environnement Canada indique que la qualité de l’air est considérée dangereuse pour ses résidents, en particulier les personnes âgées et les enfants.

En dehors du Nord, ces feux ont aussi pollué l’air à Toronto. Hier, la métropole a obtenu le pire indice de qualité de l’air au monde. Aujourd’hui, la ville publie un communiqué invitant la population à limiter ses déplacements à l’extérieur et à porter un masque si la situation l’exige. De nombreux événements extérieurs sont annulés, reprogrammés, ou encore relocalisés dans un espace intérieur.

Daniel Stevens : croire au potentiel des jeunes de Nipissing

Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici

Daniel Stevens est le directeur de l’éducation à l’école de la Première Nation de Nipissing. Après une riche carrière d’enseignant dans le réseau public ontarien, il a choisi de poursuivre son chemin au sein d’un établissement qui repense l’éducation et encadre les jeunes différemment. Pour lui, l’école doit avant tout être un lieu où l’on transmet de belles valeurs et où l’on croit profondément au potentiel de chaque élève.

Son approche humaniste ne vient pas seulement de ses années en classe, mais aussi de son vécu personnel. Père de trois enfants, dont l’un vit avec des défis importants, Daniel puise dans son quotidien de précieuses leçons de vie. Ce rôle de parent a forgé sa résilience, sa patience et son empathie, des qualités qu’il transpose chaque jour dans son travail de gestionnaire scolaire. Un témoignage inspirant sur l’importance de l’inclusion, de la bienveillance et de la persévérance.

Un bilan record de fréquentation pour le Sentier Prescott-Russell

ALFRED ET PLANTAGENET — Présenté mardi soir devant le conseil municipal local, le bilan annuel du Sentier récréatif Prescott-Russell dresse le portrait d’une année 2025 exceptionnelle. L’organisme, qui souffle ses 20 bougies, a franchi un sommet historique d’achalandage malgré les secousses financières causées par une météo extrême. 

« C’est notre meilleure année à ce jour », confirme d’emblée le directeur général du sentier, Éric Collard. Plus de 120 000 passages ont été comptabilisés l’an dernier sur l’ensemble du réseau de 72 kilomètres, marquant une hausse à deux chiffres comparativement à 2024. 

« C’est un sentier sécuritaire et dédié. Les cyclistes, surtout ceux qui font de la longue randonnée, aiment ça parce qu’ils n’ont pas peur de se faire frapper par une auto. Dans la section rurale, c’est le fun : vous avez de l’air frais, des champs, des arbres et parfois même des animaux ou des vaches. C’est beaucoup plus agréable que de rouler sur le bord d’une autoroute », explique-t-il.

Pour arriver à mesurer ces données, l’organisme a complètement modernisé sa méthodologie. Auparavant, le calcul reposait sur de simples compteurs physiques fixes installés à seulement deux pavillons. Désormais, il utilise un logiciel d’analyse spatiale qui capte et comptabilise anonymement les signaux des téléphones cellulaires présents sur la piste.

« Ça nous donne une meilleure approximation des visites », souligne M. Collard, précisant que cette technologie permet de mieux évaluer les trajets continus et la provenance exacte des visiteurs.

Le créneau francophone attire la clientèle québécoise

Raccordé au réseau du Sentier transcanadien depuis trois ans, le réseau s’impose comme un moteur économique majeur pour la région, attirant des usagers en provenance de l’Ouest canadien, des États-Unis, d’Ottawa et de Montréal, mais aussi une forte proportion de Québécois.

« Il y a beaucoup de monde, notamment quand je vais au Québec faire des présentations, qui ne sait pas que Prescott-Russell est une région très francophone. Les Québécois aiment vraiment venir ici pour parler français, avoir des services en français et vivre la culture canadienne-française », soulève M. Collard.

L’organisme fonde d’ailleurs de grands espoirs sur le rapport de Destination Canada publié en décembre 2025, une étude d’un quart de million de dollars à laquelle il a participé, visant à faire du corridor Prescott-Russell/Montérégie une destination cyclotouristique reconnue mondialement.

Le directeur général Éric Collard se réjouit de l’essor du Sentier Prescott-Russell, dont la portée numérique s’envole avec plus de 18 000 visiteurs web et 2800 abonnés Facebook. Photo : Gracieuseté d’Éric Collard

Gros chantiers à Alfred-Plantagenet et Bourget

Pour soutenir cette expansion, l’organisme indique avoir investi plus de 1 million de dollars dans l’amélioration de ses infrastructures au cours des quatre dernières années.

Actuellement, le grand chantier de l’été se déroule précisément dans le canton d’Alfred et Plantagenet : la réfection du pont de Plantagenet. 

Cette structure imposante de 320 pieds (qui soutenait autrefois les trains dans les années 1970) voit son tablier entièrement resurfacé en bois de pruche sur mesure. Les travaux, menés en partenariat avec le club de motoneige local et le Sentier transcanadien, doivent se terminer d’ici la fin août.

Autre projet phare : la gare historique de Bourget (datant de 1890), dont la réouverture est prévue en 2026. 

« Ça va être notre premier attrait direct sur le sentier. En ce moment, on a plusieurs attraits dans la région, mais il faut sortir du sentier pour aller les voir. Ça va être le fun de pouvoir s’arrêter directement sur le sentier, ou juste à côté, on parle de 10 pieds du sentier, pour prendre un café, un sandwich, une bière, une crème glacée ou aller aux toilettes. Ça va vraiment pouvoir attirer plus de monde pour une marche, du vélo et même l’hiver pour la motoneige. » 

La facture salée de la météo extrême

Ce bilan positif est toutefois assombri par la multiplication des événements météorologiques violents qui s’enchaînent sans répit depuis quatre ans.

L’organisme dit subir un véritable contrecoup climatique : après les ravages du derecho de 2022 qui a terrassé des centaines d’arbres, la tempête de verglas de 2023 et le passage d’une quasi-tornade en 2024, c’est une sécheresse historique qui aurait frappé le secteur en 2025.

Celui qui est en poste depuis quatre ans explique que sur certains tronçons, notamment du côté d’Alfred et Plantagenet où le couvert forestier est plus clairsemé en bordure de piste, le sol s’est complètement asséché. Cette déshydratation extrême de la terre a provoqué d’importantes et profondes crevasses sur la surface du sentier.

« Ça fait quatre ans qu’on a des événements climatiques qui ne nous aident pas », a déploré Éric Collard. Les seuls travaux de colmatage et de réparation de ces crevasses ont entraîné une facture de plus de 10 000 dollars l’an dernier, une somme estimée colossale pour le budget restreint de cet OSBL. 

L’équipe espère un répit météorologique cet été pour réussir à rattraper son retard dans l’entretien général de ses 72 kilomètres d’infrastructures.

L’ombre du projet Alto

En plus des aléas climatiques, l’équipe du sentier scrute avec anxiété l’évolution du projet de train à grande fréquence (TGF) Alto. 

Le corridor récréatif de 72 km se trouve intégralement dans la bande d’étude de 10 kilomètres ciblée par les promoteurs du tracé.

« La pire chose, c’est qu’on a plein de questions, mais pas beaucoup de réponses », déplore le directeur général. Est-ce qu’on va être affectés de manière minime ou majeure? Ça se peut qu’on perde tout le sentier. »

 Les prochaines annonces d’Alto concernant le tracé exact sont attendues à l’automne 2026.

Il y a 100 ans naissait l’Association canadienne-française de l’Alberta

EDMONTON – Il y a 100 ans, jour pour jour, le 15 juillet 1926, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) tenait son congrès fondateur à Edmonton. L’organisme porte-parole des Franco-Albertains, qui a traversé un siècle de combats en milieu minoritaire, poursuit des célébrations durant toute l’année, avant la sortie en mars prochain d’un livre qui relate son histoire.

Quand elle longe le mur des portraits des différents présidents qui se sont succédé à la tête de l’ACFA, dans le couloir qui mène à son bureau, l’actuelle directrice générale Isabelle Laurin mesure toute l’histoire à la suite de laquelle elle œuvre tous les jours pour développer de nouveaux projets.

« Notre équipe se sent privilégiée de faire partie de cette année spéciale. On prend ça très humblement avec beaucoup de respect vis-à-vis du travail réalisé jusqu’ici avant nous, mais aussi en voulant propulser la francophonie dans le prochain centenaire, en mettant en place des bases solides. »

Petitclerc, Pilon, Moreau, Durocher, Lalonde, Arès, Johnson… Les noms et visages des bâtisseurs défilent sur la façade. Le tout premier président était un certain Dr Joseph-Etienne Amyot, un nom qui nous fait faire un bond de géant dans le temps.

L’idée même de création de l’ACFA est née le 13 décembre 1925 lorsque des francophones, réunis à l’hôtel McDonald’s d’Edmonton, ont convenu de peser d’une seule voix, face à l’étiolement du français, une langue malmenée notamment en éducation puisque l’usage du français n’était autorisé qu’en première et deuxième année et pour une durée maximale d’une heure par jour.

Parmi eux se trouvaient Les Chevaliers de Colomb et le Cercle Jeanne d’Arc qui ont poussé à la mise sur pied d’un comité provisoire chargé de préparer un congrès de fondation.

Isabelle Laurin, directrice générale de l’ACFA. Denis Perreaux, directeur de la Société historique francophone de l’Alberta. Valérie Lapointe Gagnon, historienne et professeure au Campus Saint-Jean. Photos : ACFA, Xavier Archambault et ONFR

Centraliser les revendications

« La communauté s’est organisée pour ne pas perdre davantage de terrain autour du dossier de l’éducation », décrypte Denis Perreaux, directeur général de la Société historique francophone de l’Alberta. Là où, avant, on passait par les paroisses, la Société Saint-Jean-Baptiste ou l’Alliance nationale, on a établi que ça prenait quelque chose au niveau provincial. On a imaginé à partir de là un réel organisme ancré en Alberta qui centralise un peu plus les revendications. »

Six mois plus tard, le premier congrès de l’association entérinait ses statuts, lui conférant le champ d’action qu’on lui connait aujourd’hui. Toutefois, entre finances précaires et communication balbutiante dans une période médiatique précaire, les premières années n’ont pas été un long fleuve tranquille.

La création de La Survivance, précurseur du journal Le Franco, comblera le vide de l’information en français alors que, jusque dans les années 1970 — et avant que n’émergent des organismes spécialisés : jeunesse, parents, aînés, culture, santé —, pratiquement toute la vie communautaire passait par l’ACFA.

« C’est une culture politique tellement particulière en Alberta pour les francophones, dresse Valérie Lapointe Gagnon, historienne et professeure au Campus Saint-Jean. Il y a toute une identité qui s’est construite à l’encontre du bilinguisme, alors avoir comme interlocuteur un organisme qui défend la francophonie et le bilinguisme officiel n’a pas toujours été bien vu par le gouvernement. »

L’ACFA s’est notamment engagée en faveur du non dans les débats constitutionnels des années 1980-1990, au moment des discussions entourant le rapatriement de la Constitution, à un moment où les communautés francophones hors Québec cherchaient à faire reconnaitre leurs droits.

Au cours de ses récentes recherches en vue d’écrire un livre sur l’histoire de l’ACFA (à paraître l’année prochaine), l’historienne évoque une anecdote : « On a retrouvé un texte intéressant sur un pot de cornichons remis par le président de l’organisme à Joe Clark, alors ministre chargé des Affaires constitutionnelles, signifiant que les francophones n’étaient pas des conserves à préserver. »

Dans les années qui ont suivi, des combats, il y en a eu dans tous les secteurs de la société jusqu’à nos jours, où la santé et l’immigration occupent désormais une grande place. La francophonie s’est en effet considérablement étoffée et diversifiée, suscitant de nouveaux besoins.

Après le boom pétrolier des années 1970 et l’immigration des années 1990, « l’ACFA a construit l’avion en plein vol, s’est adaptée à une communauté en augmentation et en pleine transformation », résume M. Perreaux.

Une influence au-delà de l’Alberta

« Ce centenaire de l’ACFA nous fait prendre pleinement conscience de la grandeur de la communauté francophone de l’Alberta et de la place qu’elle occupe dans le devenir de notre pays tout entier. Ça nous rappelle que tout est possible », mesure Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

« De grandes idées comme celle de moderniser la Loi sur les langues officielles sont venues de l’ACFA qui, pour nous, est un partenaire privilégié et incontournable. L’an dernier, elle nous a suggéré de travailler sur le service national d’alerte, un dossier prioritaire sur lequel nous avons planché ensemble pour apporter une solution aux problèmes des messages d’urgence unilingues. »

Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). Photo : Archives ONFR

Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, souligne lui aussi l’écho hors frontière de cette organisation qui « crée des espaces, les nourrit, rassemble les forces de sa communauté et porte ses priorités avec constance auprès des gouvernements. »

« Ce qui distingue l’ACFA, c’est sa capacité à faire circuler ses idées, ses pratiques et son expérience au-delà de sa province. Par les approches qu’elle développe et par la qualité de sa contribution aux échanges pancanadiens, elle influence aussi ses pairs et enrichit l’ensemble du réseau francophone. C’est une organisation qui ne se contente pas d’occuper sa place : elle contribue activement à faire avancer les réflexions collectives. »

Et en cette année de la francophonie albertaine proclamée par le gouvernement, réflexions et célébrations continuent d’ailleurs de s’enchainer ce mercredi, à Edmonton d’abord, avec une célébration à la cité francophone, samedi ensuite, à Calgary, pour voir le match Stampeters de Calgary et les Alouettes de Montréal.

« On va clôturer avec le 100e congrès annuel de la francophonie albertaine au Edmonton Expos Center les 16 et 17 octobre prochains, durant lequel sera dévoilée une exposition intitulée Mosaïque de la francophonie albertaine, indique Mme Laurin. On aura aussi une foire aux services en français comme on ne l’a pas eue depuis longtemps. Ce sera une occasion d’inviter la population à venir les découvrir, avec des spectacles gratuits en continu sur une scène. »

120 000 $ de frais d’hôtel plus tard, le gouvernement veut éliminer la clause de remboursement

TORONTO – Suite à des notes de frais de plus de 120 000 dollars pour des hôtels à Toronto du ministre Stan Cho et d’une quinzaine de députés progressistes-conservateurs, le gouvernement Ford propose d’éliminer le remboursement des frais d’hébergement pour « circonstances spéciales » pour les députés locaux. La cheffe de l’opposition officielle a confirmé qu’elle approuverait la motion, mais exige que le Parti tienne ses députés pour responsables.

Suite à la polémique des frais d’hôtel, Steve Clark, le leader parlementaire du gouvernement a envoyé une lettre officielle ce matin à la présidente de la Chambre pour demander l’élimination de l’indemnité pour « circonstances spéciales » (celle-là même qui permettait aux députés locaux de se faire rembourser l’hôtel à Toronto).

Le gouvernement tente ce mercredi d’obtenir un accord rapide avec les partis d’opposition, sans quoi il déposera formellement une motion lors de la prochaine réunion de la Commission de régie interne, l’organisme qui gère le budget et les dépenses de l’Assemblée législative) pour forcer le changement.

La règle était jusqu’à présent que les députés qui vivent à plus de 50 km de Queen’s Park peuvent être remboursés pour des frais d’hébergement dans le cadre des sessions parlementaires auxquelles ils assistent, mais pour les autres, cet aménagement ne concerne que des cas de conditions météorologiques extrêmes.

Or, après la grogne de l’opposition sur plus de 16 000 dollars de frais d’hôtel soumis par le ministre du Tourisme, de la Culture et des Jeux, Stan Cho, le média Trillium a également révélé qu’une quinzaine d’autres députés du caucus progressiste-conservateur s’étaient accordé de similaires largesses au cours des dernières années par le biais de la clause de « circonstances spéciales ou exceptionnelles » pour un montant combiné de 107 118 $.

Parmi eux, quatre ministres — qui ont accès à une voiture et un chauffeur payés par la province — et des adjoints parlementaires ont accumulé des milliers de dollars en séjour à l’hôtel.

Le plus dépensier du groupe est le député de Brampton-Est, Hardeep Grewal, qui a facturé pas moins de 28 008 dollars aux contribuables depuis 2022, alors que sa circonscription se trouve à seulement une quarantaine de kilomètres de Queen’s Park.

La ministre associée aux Petites Entreprises, Nina Tangri (Mississauga-Streetsville), le suit de près avec une facture de 18 976 dollars sur trois ans pour des séjours dans la Ville Reine. Charmaine Williams, députée de Brampton-Centre et ministre déléguée aux opportunités sociales et économiques pour les femmes, a facturé 15 865 $, elle aussi pour des séjours à Toronto au cours des trois dernières années.

L’opposition réclame un remboursement total de la part des députés

Marit Stiles en conférence de presse suivant l’envoi de la lettre du leader parlementaire du gouvernement Steve Clark. Photo : capture Studio média de l’Assemblée législative de l’Ontario

En conférence de presse, la cheffe du NPD Marit Stiles, qui a qualifié ces notes de frais d’outrageuses, a exigé les détails et reçus expliquant les raisons des circonstances de ces facturations dans des « hôtels de luxe », mais également un remboursement immédiat de la totalité des frais pour « ce mauvais usage de l’argent du contribuable ».

« Le député Hardeep Grewal, de Brampton East, a facturé aux contribuables près de 30 000 $ pour des séjours à l’hôtel », s’est-elle offusquée avant de questionner : « Comment dépensez-vous 6000 dollars en un mois en hôtel », au sujet du ministre Stan Cho.

« Il (Steve Clark) peut changer cette politique comme il le veut, mais ça ne changera pas le fait que ces députés ont choisi de l’utiliser à mauvais escient. Voilà un comportement qui devient la norme sous l’égide de ce gouvernement (…) le problème n’était pas la règle, c’est l’abus à la règle. »

Le NPD a créé une facture ironique distribuée aux journalistes, listant les 120 000 $ de frais d’hôtel engagés par des députés progressistes-conservateurs de la région du Grand Toronto, avec la mention « payés par vous ». Photo : gracieuseté du NPD de l’Ontario

Stiles a confirmé qu’elle appuierait la motion proposée, avant de préciser que les députés néo-démocrates n’utilisaient pas cette clause d’indemnisation, ajoutant que la seule raison pour laquelle le gouvernement émettait un tel changement, « c’est parce qu’ils ont été pris la main dans le sac ».

Dans une lettre envoyée à Steve Clark, la députée libérale Stephanie Bowman (Don Valley-Ouest) a exigé que la future motion ne se limite pas à abolir la règle, mais qu’elle force le remboursement complet de toutes les sommes réclamées par les députés vivant à moins de 50 km de Queen’s Park depuis 2022.

Mme Bowman réclame également la divulgation publique de toutes les dates, des lieux et des raisons précises derrière chaque séjour à l’hôtel, ainsi qu’un examen indépendant de ces réclamations. Elle demande que ces propositions soient formellement ajoutées à l’ordre du jour d’une prochaine réunion de la Commission de régie interne.

« Doug Ford et ses députés perdent toute mesure lorsqu’il s’agit de dépenser notre argent pour leurs jets privés et leurs hôtels », a déclaré Mike Schreiner, le chef du Parti vert, par voie de communiqué.

« Les Verts de l’Ontario demandent à ce gouvernement de revoir ses priorités, de mettre fin au gaspillage des fonds publics et de commencer à utiliser l’argent de nos impôts pour améliorer la vie quotidienne des citoyens. »

Commerce interprovincial : sept PME sur dix ne constatent aucune amélioration, selon une étude

OTTAWA – Plus d’un an après l’entrée en vigueur de la Loi sur l’unité de l’économie canadienne, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) constate que les réformes prévues ne se traduisent pas encore par des changements concrets sur le terrain. L’organisation, qui publie ce mercredi la mise à jour de son rapport sur le commerce intérieur, indique que les barrières réglementaires des provinces continuent de compliquer les activités des entrepreneurs.

« Les choses s’améliorent sur papier, mais pas nécessairement en pratique », résume le vice-président aux affaires nationales de la FCEI, Jasmin Guénette. 

Ce constat s’appuie sur le plus récent sondage de l’organisation, qui souligne que sept PME sur dix interrogées n’ont observé aucune amélioration notable dans leurs activités commerciales quotidiennes au cours de la dernière année.

En plus de cette stagnation, un peu plus de 15 % des 1084 propriétaires de PME sondés rapportent que la situation s’est détériorée, rendant leurs échanges interprovinciaux plus complexes qu’auparavant.

Pour le Franco-Ottavien, ces données indiquent que si le gouvernement fédéral a supprimé ses propres barrières, les blocages persistent au niveau provincial, où les réformes peinent à se traduire en gains concrets pour les entreprises. 

Le suivi des ententes réglementaires

Un élan politique s’était pourtant manifesté à la suite de la signature, en novembre dernier, de l’Accord canadien de reconnaissance mutuelle sur la vente de produits par les provinces et les territoires.

Pourtant, sur le terrain, les barrières persistent et leur impact économique serait massif : des données partagées au récent Forum franco-ontarien des affaires évaluent le manque à gagner à 7 % du PIB national, représentant environ 210 milliards de dollars.

Huit mois plus tard, la fédération observe une lenteur dans la mise en œuvre, constatant que plusieurs provinces privilégient de longs processus d’harmonisation ou cherchent des exceptions réglementaires plutôt que d’appliquer pleinement le principe de reconnaissance mutuelle. 

« On a eu un momentum important l’année passée et au début de cette année au niveau de la rhétorique. L’ensemble des élus à travers le pays ont reconnu qu’il fallait améliorer le commerce interprovincial, mais on a encore de la difficulté à passer de la parole aux actes », mentionne M. Guénette.

La FCEI rappelle sa position : si un produit est fabriqué légalement et respecte les normes de sécurité d’une province, il devrait pouvoir être vendu dans l’ensemble du pays sans formalités administratives supplémentaires.

Un casse-tête quotidien pour les entrepreneurs locaux

Pour les propriétaires de PME sur le terrain, cette inertie n’a rien d’abstrait. Fondée à Ottawa il y a 15 mois, la jeune entreprise Twish Cart gère une plateforme technologique de groupes d’achat permettant aux familles de mutualiser leurs commandes individuelles en volume afin de négocier de meilleurs prix auprès de producteurs et fournisseurs locaux.

Sa fondatrice, El Gibbor Djiki, constate au quotidien la rigidité de la frontière entre l’Ontario et le Québec, pourtant séparés de quelques centaines de mètres seulement dans la région de la capitale nationale.

« On a très souvent des difficultés à servir des clients de Gatineau ou du Québec en produits alimentaires », explique Mme Djiki. « Par exemple, pour la viande, il y a des opportunités d’accessibilité en matière de coût où le produit est moins cher ici en Ontario qu’au Québec. Mais une ferme partenaire ontarienne ne peut pas livrer au Québec sans un permis provincial spécial qui l’autorise à y vendre ses produits. »

El Gibbor Djiki, fondatrice de la PME ottavienne Twish Cart, déplore les barrières réglementaires entre l’Ontario et le Québec qui compliquent l’approvisionnement agroalimentaire de son entreprise. Gracieuseté de El Gibbor Djiki

Ces restrictions engendrent des pertes financières directes, alourdissent la charge de travail et rallongent les délais de livraison pour la PME ottavienne.

« Si nos fermes partenaires du Québec n’ont pas un volume suffisant et qu’on doit se tourner vers l’Ontario, on perd parfois la commande à cause de cette limite administrative. Ça nous enlève toute marge de négociation avec nos fournisseurs parce qu’on se retrouve pris à la gorge, et ce n’est pas rentable du tout », déplore l’entrepreneure qui indique avoir fait face à des blocages réglementaires similaires pour des commandes d’alcool destinées à des restaurateurs.

Lorsqu’on l’interroge sur l’effet de la Loi sur l’unité de l’économie canadienne adoptée l’an dernier, le constat de Mme Djiki est sans appel : « Je ne savais même pas qu’il y avait cette loi. Rien n’a changé sur le terrain. C’est toujours la même chose. »

Des disparités du vin aux produits alimentaires

Pour illustrer la situation des entreprises, Jasmin Guénette évoque des barrières réglementaires persistantes qui touchent la fiscalité, les permis, le transport ou les exigences de certification, notamment dans le secteur des boissons alcoolisées. 

« Aujourd’hui, je suis à mon bureau d’Ottawa. Je peux prendre ma voiture, m’en aller à la LCBO en Ontario, puis revenir chez moi à Gatineau avec une bouteille de vin, aucun problème. Mais de chez moi en ligne, je ne peux pas la commander », indique-t-il, au sujet des restrictions sur la vente directe aux consommateurs d’une province à l’autre. 

« Je peux prendre mon jet privé, me rendre dans la vallée d’Okanagan, m’acheter trois caisses de vin et revenir chez moi avec elles sans problème, mais de mon salon en ligne, je ne peux pas les commander »
—  Jasmin Guénette

Jasmin Guénette cite également le secteur agroalimentaire en termes de règles comparables.  Selon l’organisation, des produits préparés au Québec contenant de la viande inspectée à l’échelle provinciale ne peuvent pas être commercialisés en Ontario, à moins d’avoir obtenu une certification d’inspection fédérale. 

Parallèle avec les ententes internationales

Cette situation sur le marché intérieur coïncide avec des démarches entreprises par l’Ontario à l’échelle internationale. Le gouvernement de Doug Ford a récemment conclu une dizaine d’accords économiques bilatéraux avec des États américains, comme l’Utah ou la Caroline du Sud.

Un contraste qui se reflète jusque dans les opérations commerciales de Twish Cart. Après avoir participé à une mission commerciale organisée à Détroit par le ministère de l’Agriculture de l’Ontario, la PME prépare sa première commande importante de friandises en provenance des États-Unis.

« De ce côté-là, les choses avancent plutôt bien », remarque El Gibbor Djiki, qui explore désormais d’autres marchés provinciaux perçus comme plus souples, comme le Nouveau-Brunswick ou l’Alberta.

Interrogé sur cette dynamique internationale parfois plus fluide que le marché national, Jasmin Guénette nuance la situation.

« C’est pas parce qu’on améliore les barrières au commerce canadien que soudainement on va se concentrer seulement sur le commerce interprovincial », explique-t-il. « Il faut continuer à faire du commerce avec les États-Unis et avec les autres pays. »

Le vice-président aux affaires nationales de la FCEI insiste toutefois sur la nécessité de mener les deux fronts de concert. « L’un n’empêche pas l’autre. Si le gouvernement de l’Ontario signe des ententes avec des États, c’est tant mieux pour la province. Mais en même temps, il faut faire tomber les barrières qui restent entre l’Ontario et les autres provinces. Si on fait ça, on va juste améliorer notre économie. »

La question de la mobilité de la main-d’œuvre

Au-delà des marchandises, la FCEI souligne que des obstacles nuisent également à la circulation des travailleurs. 

Qu’il s’agisse des métiers de la construction ou de professions réglementées comme les infirmières et les dentistes, les exigences de certification d’une province à l’autre ralentiraient la mobilité de la main-d’œuvre sur le marché du travail.

Selon la FCEI, la protection des monopoles provinciaux ou des revenus fiscaux explique une partie de la frilosité des gouvernements. 

La mise à jour de la grille d’analyse de la FCEI vient évaluer la situation en attribuant une note administrative à chaque province en fonction de ses critères d’ouverture commerciale.

Le ministre Stan Cho sous le feu des critiques pour 16 000 $ de frais d’hôtel à Toronto

TORONTO – Le ministre du Tourisme, de la Culture et des Jeux, Stan Cho s’est fait fustiger par les partis d’opposition à Queen’s Park pour des frais d’hôtel à Toronto « payés par les contribuables » et jugés exorbitants pour un élu qui n’habiterait qu’à 5,9 km de l’édifice législatif.

Selon les documents publics de divulgation des dépenses de l’Assemblée législative de l’Ontario, analysés et révélés par Global News, en trois ans, le ministre du Tourisme, de la Culture et des Jeux, Stan Cho, a engendré des frais de 16 203 dollars à l’Assemblée législative de l’Ontario pour son hébergement à Toronto.

Il a en effet facturé 1431 dollars en 2023-2024, 3081 en 2024-2025, et enfin 11 691 pour 2025-2026, soit ce cumul de 16 203 en trois ans.

À moins d’habiter à plus de 50 km de Queen’s Park, ce type d’hébergement n’est accessible aux députés de la région de Toronto que dans des « circonstances spéciales ou exceptionnelles », telles que des conditions météorologiques extrêmes.

Or M. Cho habite dans la circonscription de Willowdale qu’il représente, à 5,9km de l’Assemblée législative de l’Ontario, selon les registres fonciers accessibles au public utilisés par Global News.

En outre, l’élu a accès à un véhicule et à un chauffeur payés par l’État.

Ces dépenses et considérations lui ont attiré les foudres des partis d’opposition.

« Le ministre peut se rendre de Willowdale à Queen’s Park sans même avoir à changer de ligne de métro. Il dispose en plus d’une voiture et d’un chauffeur payés par les contribuables. Rien ne justifie qu’il ait besoin de 16 000 $ de séjours dans des hôtels de luxe du centre-ville », a fustigé par communiqué Marit Stiles, la cheffe néo-démocrate.

Selon celle-ci, pour qui « il s’agit d’un abus flagrant de l’argent des contribuables », « Doug Ford doit s’en expliquer et s’assurer que le ministre rembourse jusqu’au dernier centime ».

Le chef intérimaire du Parti libéral de l’Ontario, John Fraser, a, entre autres, déclaré que « les fonds publics ne sont pas la tirelire personnelle des progressistes-conservateurs. Chaque dollar dépensé appartient aux contribuables de l’Ontario, mais ils semblent tous penser que cet argent sert à payer des jets privés et des hôtels chics. »

« Pourquoi ces réclamations de remboursement ont-elles été soumises en premier lieu? », a-t-il questionné.

M. Fraser a également exigé la divulgation des détails qui ne sont pas accessibles dans les documents publics, tels que le nombre de nuitées d’hôtels facturées. « Combien d’argent sera réellement remboursé? Le ministre sera-t-il autorisé à conserver son poste après ce scandale? »

Dans une déclaration envoyée par son bureau, le ministre Stan Cho a assuré que : « Bien que ces dépenses répondent aux critères relatifs aux circonstances particulières énoncés dans le Guide législatif sur les dépenses des députés, je rembourserai personnellement à l’Assemblée la totalité du montant des dépenses engagées. »

Le combat des Camerounais de Sudbury pour hisser leur drapeau sur le Pont des nations

SUDBURY – Depuis sa création en 2023, l’Association ethnoculturelle des Camerounais du Grand Sudbury (AECGS) parle de hisser son drapeau sur le Pont des Nations. Cette année, elle se donne l’objectif de concrétiser cette vision. Seulement, avant de procéder, la Ville de Sudbury exige des frais d’installation de drapeaux, un montant de minimum 18 000 dollars. Entre espoir et réalisme, voici comment cette association, âgée de quelques années, compte récolter cette somme, coûte que coûte.

« Quand je suis passé sur le Pont des Nations pour la première fois, j’ai regardé partout, mais je n’ai pas vu le drapeau du Cameroun », dit Boris Keuko Djoumbissie, chargé de la commission de recherche de financement. Ce dernier y est même retourné à pied, pensant que c’était une erreur, qu’il était passé à côté. « Il y avait beaucoup de drapeaux africains. J’ai vu le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Sénégal. Je m’attendais à voir le drapeau camerounais, ce qui n’a pas été le cas », ajoute-t-il.

Un malaise partagé par la communauté camerounaise de Sudbury, notamment par les nouveaux arrivants. Dès ses premiers rassemblements, l’AECGS parle de résoudre ce problème et, en 2026, elle dresse un dossier qu’elle surnomme le Projet Pont des Nations. Son but : hisser le drapeau du Cameron d’ici à septembre 2026, en période estivale, et représenter les Camerounais de Sudbury sur leur terre d’accueil.

Boris Keuko Djoumbissie, Christian Pekdjob, et Lionel Ndoumba portent le drapeau du Cameroun sur le Pont des Nations. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR

Le 29 avril dernier, elle contacte la ville pour obtenir les critères d’éligibilité. Quelques jours plus tard, les services des parcs et loisirs répondent, faisant part des deux exigences à respecter. Premièrement, il faut être un pays reconnu par l’Organisation des Nations Unies (ONU), deuxièmement, il faut verser entre 18 000 et 20 000 dollars, de quoi pouvoir couvrir les coûts d’installation.

L’AECGS est consciente de l’obstacle financier auquel elle fait face. « Nous qui sommes une jeune association, nos finances sont encore embryonnaires », explique Christian Pekdjob, coordonnateur du projet Pont des Nations. Mais, déterminée à hisser le drapeau camerounais, l’association qui regroupe 150 membres inscrits et 478 participants dans son forum d’intégration, ne baisse pas les bras.

Un prix marqué par l’inflation

Inauguré dans le cadre la fête du Canada en 2007, cet emblème sudburois a toujours laissé les frais d’installation des drapeaux à la charge des associations communautaires concernées. Pendant la phase initiale, 72 drapeaux avaient été hissés. À l’époque, la Ville avait pu contribuer au financement des installations. Quelques entreprises privées avaient apporté un appui monétaire. En moyenne, chacun de ces 72 groupes n’a payé que 1200 dollars.

Presque vingt ans plus tard, les communautés doivent désormais payer un prix 1400 % plus élevé, sans soutien municipal.

Le Pont des Nations, situé sur la rue Paris, est une initiative citoyenne qui loge désormais 90 drapeaux. Photo : gracieuseté de la Ville du Grand Sudbury

« C’est vrai que c’est cher, mais nous devons coopérer avec les entreprises de construction qui fabriqueront les mâts et les mettront sur le pont. Et tous leurs prix sont élevés », avoue Kyle Marcus, coordonnateur des partenariats et de la mobilisation de la Ville. Il explique que cette forte hausse du prix est dû à l’inflation.

Pour installer un drapeau, la ville mandate des entreprises privées comme Lopes Limited ou Pioneer Construction. Elle paie environ 5500 dollars pour le mât, 13 100 dollars pour l’installation et, occasionnellement, des sommes supplémentaires liées au permis d’occupation ou de fermeture de voie si l’installation en question le nécessite.

Une fois le drapeau hissé, les services des parcs et des loisirs de Sudbury s’engagent tout de même à couvrir les coûts d’entretien. Malgré cela, la caution initiale freine certaines communautés qui, parfois, doivent peser le pour et le contre avant d’initier une collecte de fonds.

C’est la cas de la communauté ivoirienne. En mars 2022, l’Association des Ivoiriens et Ivoiriennes du Grand Sudbury (AIGS) s’était renseignée auprès de la Ville. En prenant connaissance de la somme, l’AIGS a décidé de prendre du recul — elle préfère dédier ses levées de fonds pour des événements, comme sa cérémonie annuelle d’accueil des nouveaux arrivants, explique son secrétaire général, Aubin Lammé.

« Nous ne disons pas que nous n’allons pas entreprendre des démarches pour mettre notre drapeau sur le Pont des Nations, mais c’est un projet que nous avons mis en veille ».

Un drapeau, bien plus qu’un symbole

Pour les organisateurs du projet, le drapeau représente un ancrage culturel pour les Camerounais éloignés de leur pays. À travers cette initiative, l’AECGS veut surtout s’imposer comme une entité organisée et mobilisatrice. Pour cela, elle compte faire de la levée du drapeau un événement solennel avec une présence massive des résidents camerounais à Sudbury.

L’AECGS proposera aux potentiels partenaires de se présenter à l’événement, histoire de faire connaître leurs services aux nouveaux arrivants.

Pour sa stratégie de levée de fonds, l’AECGS cible plusieurs sources. Elle a d’ailleurs notifié le Haut Commissariat du Cameroun au Canada de ses besoins. « Notre représentation diplomatique a déjà été informée et suit donc le projet à la loupe pour nous aider à faire face aux différents défis », explique M. Pekdjob.

L’AECGS compte également solliciter ses partenaires habituels, le Collège Boréal, la Caisse Desjardins, et le Carrefour francophone de Sudbury.

L’AECGS a formé une équipe pour gérer le projet Pont des Nations 2026, composée de Boris Keuko Djoumbissie (à gauche), Christian Pekdjop (au centre), Lionel Ndoumba (à droite), et de Paul Junior Ndoka. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR

Depuis le début du projet, l’AECGS affirme avoir reçu de nombreuses promesses de paiement venant de la communauté. « On a des aînés camerounais de Sudbury qui nous ont rencontrés et nous ont confirmé qu’ils feront le geste financier qu’il nous faut pour nous accompagner dans ce projet », confirme le coordonnateur du projet.

À deux mois de l’échéance qu’elle s’est fixée, l’AECGS reste motivée. Pour le secrétaire de l’association, Lionel Ndoumba, ce drapeau pourrait avant tout être une fierté nationale pour les générations à venir : « C’est un héritage qu’on veut laisser à nos enfants qui, pour une bonne partie, sont canadiens et pour leur rappeler leurs origines camerounaises ».

Basketball : à Golden State, Laeticia Amihere a trouvé sa place

De retour pour jouer à Toronto pour la première fois de sa carrière en WNBA, en milieu de semaine dernière, Laeticia Amihere a mesuré le chemin parcouru depuis son départ d’Atlanta en 2024. Après les doutes, un passage fructueux en Australie et une relance réussie avec les Valkyries de Golden State, la Franco-Ontarienne s’impose aujourd’hui comme une joueuse d’impact, bien au-delà des statistiques.

Après le coup de sifflet final, Laeticia Amihere a pris son temps. Le temps de sourire, de poser pour quelques photos et de retrouver les siens. Une trentaine de proches, amis et membres de sa famille, avaient fait le déplacement pour assister à son tout premier match de WNBA à Toronto. Certains avaient même confectionné des affiches à son effigie. Une scène simple, mais lourde de sens.

Quelques heures plus tôt, la native de Mississauga ne cachait pas son émotion. « C’est une fierté. Ma famille sera là pour me soutenir, alors j’ai vraiment hâte de vivre ce moment », confiait-elle.

Retour victorieux pour LA à Toronto sur et en dehors du terrain. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Son entraîneuse, Nathalie Nakase, avait elle aussi senti que cette rencontre n’était pas comme les autres.

« Dès qu’on a atterri, je voyais bien qu’elle avait hâte. Elle ne l’a jamais dit, mais son visage disait : ‘Vite, terminons la séance vidéo, je veux aller retrouver ma famille’. Ça nous donnait encore plus envie de gagner pour elle, parce qu’on savait que les gens qu’elle aime étaient dans les gradins. »

Les Valkyries ont effectivement quitté Toronto avec une victoire de 83 à 75 face au Tempo. Amihere a inscrit trois points, capté trois rebonds et distribué une passe décisive en un peu plus de quinze minutes de jeu, une prestation fidèle au rôle qu’elle occupe désormais dans cette jeune franchise.

Cette victoire avait surtout une portée symbolique. Elle venait conclure deux années marquées par les incertitudes, les remises en question et un patient travail de reconstruction.

L’Australie pour mieux rebondir

Sélectionnée au huitième rang du repêchage de la WNBA par le Dream d’Atlanta en 2023 après une brillante carrière à l’Université South Carolina, ponctuée notamment par un titre national en 2022, Amihere n’a jamais véritablement eu l’occasion de s’imposer en Géorgie.

À l’issue de sa deuxième saison en WNBA, elle profite de l’intersaison pour rejoindre les Perth Lynx, en Australie, avec un objectif clair : retrouver un rôle de premier plan et accumuler les minutes.

Le pari est pleinement réussi. Dans le championnat australien, elle affiche des moyennes de 15,5 points, 5,8 rebonds et plus d’un contre par rencontre, signe plusieurs prestations de plus de 20 points et est récompensée par une sélection dans la première équipe étoile de la WNBL. Surtout, elle retrouve la confiance qui lui avait parfois fait défaut en WNBA.

« Partir à l’étranger m’a permis d’avoir davantage de temps de jeu, de retravailler certains aspects de mon jeu et, surtout, de retrouver de la confiance avant de revenir ici », explique-t-elle.

Concentration maximale avant le coup d’envoi. Quelques minutes avant d’affronter le Tempo de Toronto, Laeticia Amihere s’apprête à disputer le premier match de sa carrière en WNBA devant les siens. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Cette excellente saison n’empêche pourtant pas Atlanta de s’en séparer quelques semaines plus tard.

« Je sais que ce n’est jamais facile d’intégrer cette ligue. Il y a très peu de places et beaucoup de joueuses sont passées par les mêmes épreuves avant moi. Moi, je reste motivée chaque jour. Je sais que je travaille fort et je veux simplement continuer à donner le meilleur de moi-même », confie-t-elle.

Réclamée au ballottage par la nouvelle franchise de Golden State, Amihere doit encore patienter. Les Valkyries la libèrent au terme du camp d’entraînement avant de la rappeler quelques semaines plus tard. Cette fois, l’occasion est la bonne.

Une joueuse qui change un match autrement

Avec Golden State, la Franco-Ontarienne s’est imposée comme une joueuse de rôle importante en sortie de banc. Ses 3,3 points, 3,6 rebonds, 1,2 passe décisive et 0,7 contre de moyenne ne sont pas significatifs de son impact qui se mesure autrement.

Pour Nathalie Nakase, l’intérieure franco-ontarienne est devenue une pièce importante de l’identité défensive des Valkyries. « Elle nous apporte de la protection de cercle, de la polyvalence et beaucoup de présence physique. Elle peut défendre aussi bien sur les intérieures que sur les extérieures et elle aime jouer avec du rythme », explique l’entraîneuse en chef.

Le même constat revient chez ses coéquipières. Présente à ses côtés depuis la création des Valkyries, Janelle Salaün partage cette saison encore davantage de minutes avec Amihere au sein de la deuxième unité. Une proximité qui lui permet de mesurer toute son influence sur le jeu.

« Dès qu’elle entre sur le terrain, on sait qu’elle va nous apporter beaucoup de choses, que ce soit au rebond, en défense ou simplement par sa présence. Je trouve que ça peut changer le cours d’un match. »

Illustration des capacités défensives d’Amihere, qui, par sa mobilité, peut contenir la meneuse Julie Allemand en possession de la balle et glisser sur l’intérieure Isabelle Harrison (à droite) qui roule vers le panier. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Avec 26 points, un sommet en carrière en WNBA, Janelle Salaün (à droite) a mené les Valkyries vers la victoire face au Tempo de Toronto. Une performance qui illustre la profondeur de banc de Golden State, dont Laeticia Amihere est l’une des pièces importantes. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Gabby Williams, l’une des leaders des Valkyries, souligne l’importance de l’énergie et de la profondeur de banc dans le succès de la franchise d’expansion de Golden State. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Pour Gabby Williams, sélectionnée au Match des étoiles cette saison, la force des Valkyries réside dans la profondeur de leur effectif : « Je pense qu’on a le meilleur banc de la ligue », affirme-t-elle.

Dans cette deuxième unité, l’internationale canadienne occupe une place importante. « Elle apporte énormément d’énergie et une bonne humeur contagieuse. Qu’elle joue deux minutes ou vingt, elle donne toujours la même intensité. »

Laeticia Amihere, elle, accepte pleinement ce rôle. « Je continue de prendre ma place dans cette ligue. Je me considère comme une joueuse polyvalente. Quand je suis sur le terrain, mon rôle est d’aller chercher les rebonds et d’offrir des deuxièmes chances à mon équipe. »

Une pièce importante du futur canadien

Le même état d’esprit l’accompagne avec la sélection canadienne. L’élimination dès le premier tour des Jeux olympiques de Paris en 2024 appartient désormais au passé. Pour la pivot, l’heure est déjà à la reconstruction.

« Nous continuons de travailler. Bien sûr, nous voulions nous qualifier pour la Coupe du monde, mais il y aura d’autres occasions. Nous avons une équipe plus jeune qu’auparavant et nous allons continuer à progresser ensemble. »

Triple olympienne et l’une des figures d’expérience de la sélection canadienne, Kia Nurse insiste surtout sur l’utilité d’Amihere lorsqu’elle est appelée sur le terrain.

« Chaque fois qu’elle est sur le terrain, elle a un véritable impact. Elle fait toutes ces petites choses importantes qui n’apparaissent pas toujours sur la feuille de statistiques, que ce soit en défense, en courant le terrain ou en créant des occasions pour l’équipe. »

Coéquipière de Laeticia Amihere avec la sélection canadienne, Kia Nurse voit l’intérieure de 25 ans poursuivre sa progression saison après saison. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Mais ce qui frappe le plus Nurse est peut-être la personnalité de sa jeune coéquipière : « Laeticia est plutôt réservée. Mais une fois qu’elle est à l’aise, elle s’ouvre complètement et c’est un vrai plaisir de l’avoir avec nous. C’est une personne formidable et je suis très heureuse de la voir continuer à grandir dans cette ligue. »

Pour Nurse, cette progression reste d’ailleurs le plus important. « Chaque année, elle ajoute quelque chose. C’est essentiel lorsqu’on est une jeune joueuse en WNBA : continuer à progresser et à enrichir son jeu. »

À Golden State comme en sélection nationale, Laeticia Amihere a trouvé une place et un rôle qui lui correspondent. Reste maintenant à les faire grandir.

Un large public torontois répond présent à la première édition de Franco-Été

TORONTO – Ce samedi soir, la toute première édition de Franco-Été, organisée par l’ACFO-Toronto, a rassemblé organismes, conseils scolaires, artistes et francophones de la Ville Reine pour une soirée de retrouvailles au cœur de performances artistiques et musicales.

L’événement, pensé comme un « mini-festival », a proposé une succession de prestations de slam, de poésie, de musique et de danse. De nouveaux visages ont profité de l’occasion pour se faire connaître auprès de la communauté.

Pour le jeune slameur, Ilyas Moffadel, c’était là l’occasion de se produire sur scène pour la première fois : « J’aime la poésie et j’aime l’exprimer sur scène. J’avais entendu parler de cet événement et j’avais envie d’y participer et de partager quelques-uns des poèmes que j’ai écrits. »

Ayant grandi au Québec et installé à Toronto depuis trois ans, il baigne désormais dans la culture anglophone. Il souhaitait également profiter de l’événement pour découvrir la diversité de la communauté francophone.

Le slammeur franco-torontois Ilyas Mofaddel sur scène. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

La première édition de Franco-Été a fait salle comble. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Le Centre de santé communautaire TAIBU renforce ses efforts de communication auprès de la communauté. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

L’artiste et chorégraphe de danse orientale Eden Fieldstone. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

L’autrice et dramaturge franco-ontarienne primée A.M. Matte. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Plusieurs organismes communautaires étaient présents pour l’occasion. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Pour l’Université de l’Ontario français (UOF) : « C’était important pour nous d’être présents ce soir, car nous sommes au cœur de la communauté et chaque événement est une occasion de mieux comprendre ses besoins pour déterminer les programmes universitaires qui répondent aux réalités et aux attentes de la communauté franco-ontarienne », avance l’ambassadrice de recrutement, Ghislaine Tchoupou Kuete.

Par ailleurs, un défilé de mode de la marque de prêt-à-porter « Orikrea », créée par la styliste franco-torontoise, Oriane Diebou, a permis de présenter les toutes nouvelles créations, portées par des personnalités de la communauté.

L’occasion pour les organismes de gagner en visibilité

Mardakore Adili Brahim, ambassadeur communautaire des programmes francophones du Centre de santé communautaire TAIBU, reconnaît que l’organisation doit encore améliorer sa communication, alors même que de nombreuses activités y sont proposées.

« Nous sommes là pour nous rapprocher de la communauté, pour promouvoir et vulgariser nos services et nos programmes. Nous misons sur l’impact. »

Mardakore Adili Brahim est l’ambassadeur communautaire des programmes francophones de l’organisme TAIBU. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

« Qui dit TAIBU dit la communauté, qui dit la communauté dit TAIBU », affirme M. Brahim.

Point Ancrage Jeunesse était aussi présent : « C’est la mission de l’ACFO de rassembler les partenaires communautaires. On se devait d’être là pour leur apporter notre soutien lors de ce premier rassemblement de Franco-Été », lance la présidente et directrice générale de l’organisme, Edwige Ngom.

Une première placée sous le signe de l’inclusion

Le promoteur de l’évènement, Jean-Claude N’da, a remercié tous les leaders des associations et conseils scolaires pour leur engagement et leur mobilisation : « L’ACFO est là pour représenter tous les organismes francophones. »

Il a décrit Franco-Été comme un événement qui se veut inclusif, pluriel et rassembleur, et qui engage toutes les communautés.

Maïmou Wali, vice-présidente de l’ACFO-Toronto et Jean Claude N’DA, président de l’organisme. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Pour cette première édition, quelques pépins techniques ont nécessité des ajustements dans le déroulement de la soirée, mais n’ont pas empêché l’événement de se dérouler avec succès.

« Aujourd’hui, nous faisons nos premiers pas. On peut tomber, mais nous allons nous relever et faire vibrer la francophonie à Toronto », a conclu M. N’DA.

FIFA 2026 : un parcours historique qui rapproche les Suisses de Toronto

TORONTO – Les célébrations accompagnées du son des cloches se sont éteintes un peu plus tôt que les partisans helvétiques l’auraient souhaité. Réunis au Firkin Pub sur Danforth, dans l’est de Toronto, les membres du Swiss Club Toronto ont vu le rêve d’une première demi-finale de Coupe du monde de l’histoire de la Suisse s’envoler face à l’Argentine. Pourtant, au moment de quitter les lieux, ce n’était pas tant la déception qui dominait que la fierté. Car au-delà d’un parcours historique sur le terrain, la Nati aura surtout réussi à rapprocher toute une communauté suisse dans la Ville Reine.

À partir des huitièmes de finale, le quartier Danforth s’est imposé comme le point de ralliement des supporteurs helvétiques de Toronto. Que ce soit au Fox and Fiddle ou au Firkin Pub, familles, étudiants, jeunes professionnels et membres de longue date s’y sont retrouvés pour encourager leur sélection nationale. Match après match, les rassemblements ont gagné en importance, preuve que ce Mondial avait réveillé un sentiment d’appartenance bien au-delà des 90 minutes.

Samedi, la Suisse est passée tout près d’écrire la plus belle page de son histoire en devenant, pour la première fois, demi-finaliste d’une Coupe du monde. Menés dès la 10e minute sur une tête d’Alexis Mac Allister à la réception d’un corner de Lionel Messi, les hommes de Murat Yakin ont fait preuve de caractère en revenant au score grâce à Dan Ndoye à la 67e minute.

Cinq minutes plus tard, tout a basculé lorsque Breel Embolo a été expulsé après avoir reçu un deuxième carton jaune pour simulation. Réduits à dix, les Helvètes ont résisté jusqu’en prolongation avant de céder à deux reprises. Julián Álvarez a redonné l’avantage à l’Argentine à la 112e minute, avant que Lautaro Martínez ne scelle la victoire dans les derniers instants.

Une expulsion discutée

Pour Céline Baracho, vice-présidente du Swiss Club Toronto, le scénario laisse forcément un goût amer.

« Ils ont tellement bien joué, nous sommes très fiers. Malheureusement, il y a eu le carton rouge. Embolo a dû sortir et je crois que ça a fait toute la différence. Mais même avec un joueur de moins, ils ont quand même super bien joué, ils se sont très bien défendus. On est quand-même bien déçu », résume-t-elle.

Réunis au Firkin Pub sur Danforth, les membres et sympathisants du Swiss Club Toronto célèbrent le parcours historique de la Nati. Céline Baracho, vice-présidente du club, apparaît au centre du groupe avec sa fille, entourée de plusieurs générations de supporteurs. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

La déception ne fait toutefois pas oublier l’ampleur de l’exploit. La Suisse n’avait plus atteint les quarts de finale d’une Coupe du monde depuis l’édition organisée à domicile en 1954, il y a 72 ans. Cette génération a ainsi égalé le meilleur résultat de l’histoire du pays tout en se retrouvant à une victoire d’une première qualification historique pour les demi-finales.

« C’est incroyable de vivre ça, de vivre ça avec le Club suisse aussi, avec la famille, avec tout le monde. C’est génial », sourit Céline Baracho.

Une nouvelle génération pousse la porte

Mais pour les dirigeants du Swiss Club Toronto, la plus belle victoire ne se mesure pas seulement au parcours sportif. Au fil de la compétition, les rassemblements ont pris de l’ampleur. De nombreux jeunes Suisses, ainsi que des personnes qui découvraient le Swiss Club Toronto, sont venus assister aux rencontres. Certains pourraient désormais rejoindre l’association et participer à ses nombreuses activités.

« Je dirais que les rassemblement ont été de plus en plus nombreux. Aujourd’hui, il y avait particulièrement beaucoup de nouveaux visages et de potentiels nouveaux membres. On est contents aussi de trouver d’autres Suisses qui viennent supporter et qui veulent faire partie de la communauté », explique la vice-présidente.

Cette évolution est loin d’être anodine. Comme beaucoup d’associations culturelles, le Swiss Club Toronto cherche à assurer sa relève. Si les membres historiques continuent de faire vivre le club, voir arriver une génération plus jeune représente une excellente nouvelle.

« Il y a beaucoup de membres qui sont plus âgés. Voir des jeunes Suisses qui viennent faire partie de nos événements, c’est vraiment chouette. C’est ça qui va faire vivre le club. On est content. »

Cinquante ans de fidélité

Parmi les fidèles se trouve Freddy Wenger. Depuis un demi-siècle, il participe à la vie du Swiss Club Toronto. Les fondues, les raclettes, les célébrations de la fête nationale du 1er août ou encore les anciens festivals multiculturels de Toronto : il a vu défiler plusieurs générations de Suisses.

Pour lui aussi, cette Coupe du monde restera un souvenir particulier. « On espérait bien que la Suisse s’en sorte, mais on savait quand même que l’Argentine, c’est une bonne équipe. C’était la première fois depuis 1954 que la Suisse était en quart de finale. On est bien content qu’ils soient arrivés jusque-là. »

Fidèle au Swiss Club Toronto depuis 50 ans, Freddy Wenger, à droite avec le petit drapeau à la main, a vécu le quart de finale entouré d’amis de longue date. Une image qui résume la force des liens entretenus par la communauté suisse à Toronto. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Au-delà du football, il retient surtout les retrouvailles. « On se voit de temps en temps à l’occasion des événements organisés par le club. Mais cette année, on s’est vu un peu plus souvent. »

Lorsque on lui demande depuis combien de temps il fréquente le club, sa réponse fait sourire : « Ça fait déjà 50 ans qu’on fait ça. Les fondues, les raclettes… On organise tout ça. »

À travers son parcours, c’est toute l’histoire du Swiss Club Toronto qui se dessine : une communauté qui entretient ses traditions tout en accueillant de nouveaux arrivants.

La Suisse ne disputera finalement pas la première demi-finale de son histoire. Mais à plusieurs milliers de kilomètres du terrain, cette Coupe du monde aura laissé une autre victoire. Pendant quelques semaines, la Nati a offert aux Suisses de Toronto bien plus que des émotions sportives : elle leur a donné une raison de se retrouver, de partager et, surtout, d’ouvrir leur communauté à une nouvelle génération.

Immigrant.e, oui… et alors?

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Le soleil, les beaux jours et les questions d’immigration! C’est un étrange mélange auquel plusieurs immigrants finissent par s’habituer. L’immigration a cette particularité de s’inviter à toutes les tables. Dans les projets d’avenir, dans les conversations ordinaires, dans les moments de joie, mais surtout dans les débats politiques. Même sous un beau soleil, certaines vies restent en attente, suspendues à un courriel, une demande de permis, une décision administrative ou la peur silencieuse de devoir repartir.

« Prendre sans demander, c’est voler. », cette phrase je l’ai entendue bien des fois et pendant longtemps, je l’ai considérée comme une simple leçon de politesse. Aujourd’hui, elle me fait réfléchir autrement. Car s’il y a bien une chose que l’expérience migratoire m’a apprise, c’est qu’immigrer consiste rarement à prendre. C’est plutôt apprendre à demander. Demander le droit d’entrer, d’étudier, de travailler, de rester et parfois même de se sentir légitime.

Se réinventer entre deux mondes

Contrairement à ce que l’on imagine souvent, il n’existe pas une seule expérience de l’immigration. Certaines personnes arrivent au Canada comme étudiantes internationales. D’autres obtiennent un permis de travail temporaire ou entreprennent un parcours vers la résidence permanente. Derrière ces différents statuts administratifs se cachent pourtant des réalités beaucoup plus complexes que les catégories auxquelles on les réduit souvent. Pour plusieurs jeunes, immigrer signifie apprendre à recommencer. Il faut reconstruire son réseau, créer de nouveaux repères, apprivoiser de nouvelles références culturelles et trouver sa place dans un environnement que l’on découvre jour après jour. Mais il faut aussi apprendre à vivre entre plusieurs réalités. On conserve certaines habitudes de son pays d’origine tout en adoptant celles du pays d’accueil. On navigue entre plusieurs identités et parfois plusieurs façons de voir le monde. Au début, cela peut être déstabilisant. On a parfois l’impression de ne jamais être complètement d’ici ni complètement d’ailleurs.

Puis, avec le temps, on comprend que cette position entre deux mondes n’est pas nécessairement un manque. Elle peut devenir une richesse. Les débats sur l’immigration donnent parfois l’impression que les personnes qui immigrent sont uniquement définies par leur statut migratoire. Pourtant, elles sont aussi des étudiant.e.s, des artistes, des employé.e.s, des entrepreneur.e.s, des bénévoles, des collègues, des voisin.e.s et même des ami.e.s. Elles contribuent à la société de multiples façons, souvent bien au-delà de ce que l’opinion publique laisse entendre. Dans les écoles, les universités, les entreprises et les organismes communautaires, de nombreux jeunes issus de l’immigration participent déjà à façonner le Canada de demain. Cette contribution est bien réelle, d’ailleurs selon le Rapport annuel au Parlement sur l’immigration 2025, publié par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, plus de 58 % des nouveaux résidents permanents admis en 2024 relevaient de l’immigration économique. Le même rapport indique également que la migration internationale représentait plus de 97 % de la croissance démographique du Canada en 2024.

Ces chiffres ne servent pas à mesurer la valeur d’une personne. Ils rappellent plutôt que les immigrants participent activement à la vitalité économique, sociale et culturelle du pays. Mais leur impact ne se limite pas aux statistiques. Il se retrouve dans les idées nouvelles, dans les échanges culturels, dans les projets qui voient le jour et dans les ponts qui se créent entre différentes réalités. Il se retrouve aussi dans ces identités hybrides qui naissent lorsqu’une personne apprend à conjuguer plusieurs cultures sans renoncer aucune d’entre elles.

Paradoxalement, c’est souvent au moment où l’on contribue le plus que certaines questions continuent de nous accompagner. Malgré les études, le travail, les amitiés et les années passées ici, plusieurs immigrants connaissent encore ce sentiment discret de devoir constamment démontrer qu’ils méritent leur place. Comme si l’appartenance devait être gagnée encore et encore. La véritable question n’est donc pas seulement économique ou administrative. Elle est surtout humaine. À quel moment cesse-t-on de se sentir de passage? À quel moment comprend-t-on que l’on a tout simplement le droit d’être là?

Plus qu’une étiquette…

Il y a quelque chose qui dérange dans la façon dont on parle parfois des immigrants. Comme si un mot pouvait résumer des trajectoires entières. Comme si qualifier une personne « d’immigrant.e » suffisait à dire qui elle est. Les personnes qui immigrent n’arrivent pas les mains vides. Elles arrivent avec des idées, des rêves, des compétences, des références et des histoires. Elles arrivent avec ce qu’elles sont déjà et avec ce qu’elles deviennent en chemin. Et surtout, elles n’ont rien pris sans demander. Elles ont demandé un visa, un permis, une chance, et parfois même le droit de rêver un avenir différent. En réalité, elles n’ont rien volé, car tout a été encadré, autorisé, justifié et attendu.

Pourtant dans le regard des autres, il reste parfois une distance. Alors peut-être qu’il faudrait inverser le regard. Peut-être qu’il faudrait commencer par voir les gens avant de voir leur statut. Avant de voir une catégorie, voir une personne. Avant de voir un dossier, voir une vie.

Parce qu’au fond, personne ne vit seulement à travers une étiquette.

Et peut-être que c’est là que tout se joue.

Alors, oui je suis immigrant.e.

Et bien plus que ça!

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

« Je n’ai pas peur des discussions difficiles » : Julie Cafley prend les commandes de la francophonie à l’U d’O

Nommée le 13 mai dernier, Mme Cafley a pris ses fonctions cette semaine, occupant un poste resté vacant pendant près de deux ans.

Diplômée quatre fois de l’Université d’Ottawa, elle arrive au moment où l’institution entame de grandes consultations sur la francophonie et après l’annonce de l’accueil du Sommet de la Francophonie à Ottawa en 2028, le tout dans un contexte de rapprochement avec la communauté francophone.

«  Comment s’est passée votre première semaine à la barre du vice-rectorat?

J’ai commencé ma carrière ici et j’éprouvais toujours de petits frissons en montant les marches du pavillon Tabaret. Lundi matin, en les gravissant à nouveau, la même émotion était là.

J’ai reçu un accueil incroyable. L’équipe de direction est soudée et partage une vision commune. Pour moi, c’est un véritable retour à la maison. Le moment est idéal avec tout ce qui se dessine : le Sommet de la Francophonie, la consultation institutionnelle… C’est un moment charnière pour l’Université et pour moi dans ce rôle.

Votre titre inclut les « relations externes et communautaires » aux côtés de la Francophonie. Qu’est-ce que cela ajoute à votre feuille de route?

À son arrivée il y a un an, la rectrice Marie-Ève Sylvestre a posé un principe clair : l’Université d’Ottawa doit demeurer parmi le top 5 des universités de recherche au pays, tout en restant profondément ancrée dans sa communauté. C’est essentiel pour la région d’Ottawa et de l’Outaouais, et tout particulièrement auprès des francophones.

Le volet communautaire est passionnant parce que les défis sont nombreux, tant sur le campus que dans la ville. Notre rôle est d’agir comme partenaire et leader : je pense notamment à nos travaux avec le maire d’Ottawa sur l’itinérance ou la santé, où nos experts et nos étudiants peuvent vraiment appuyer les démarches en cours.

Quant aux relations externes, elles englobent nos liens gouvernementaux, le secteur industriel et le corps diplomatique, comme les ambassadeurs francophones. Je vois la francophonie au cœur de ces relations externes et communautaires, mais aussi comme un pilier fondamental en soi, puisqu’elle touche l’essence même de notre mission.

Vous avez affirmé vouloir être une vice-rectrice de terrain lors de votre nomination. Comment voyez-vous votre présence auprès de la communauté francophone?

Depuis ma nomination, j’ai tenu à être très active sur le terrain, que ce soit lors des consultations de l’AFO, au Festival franco-ontarien ou durant les recrutements de professeurs francophones.

Durant mes premiers mois, je vais consacrer beaucoup de temps à aller à la rencontre de notre milieu, avec écoute et humilité. L’inclusion exige un effort quotidien. Nos portes sont grandes ouvertes et nous voulons assumer pleinement notre rôle de leadership. La communauté a de grandes attentes envers nous, et nous sommes prêts à répondre présent.

Le poste est resté vacant pendant près de deux ans, après une période marquée par certains défis, notamment autour de la place du français. Comment comptez-vous améliorer la relation avec la communauté franco-ontarienne?

Si les gens se plaignent, c’est parce qu’ils sont investis et qu’ils y croient. Chaque Franco-Ontarien a une connexion avec l’Université d’Ottawa et il est naturel d’avoir de grandes attentes envers une institution dans laquelle on s’investit. J’accueille ces critiques. Je n’ai pas peur des discussions difficiles, c’est au cœur de ce qu’on est comme institution.

La défense du français est essentielle, mais la célébration doit aussi avoir sa place. Parfois, on est vite à critiquer et on ne célèbre pas assez. On offre 371 programmes entièrement en français et on accueille une francophonie pluraliste : il y a de quoi être profondément fier.

Concernant le Sommet de la Francophonie de 2028 à Ottawa, quelles pourraient être les opportunités pour l’Université et pourrait-elle accueillir des activités sur son campus?

Les opportunités sont immenses. Nos chercheurs peuvent éclairer les travaux du Sommet, notamment sur l’impact économique de la francophonie. C’est aussi l’occasion d’impliquer la jeunesse, la culture et le réseau d’ambassadeurs francophones basés à Ottawa. Nous espérons d’ailleurs être présents au Sommet du Cambodge cet automne.

Accueillir un tel événement aux portes de l’Université, sinon directement sur le campus, serait une occasion unique dans une vie. Nous sommes situés à dix minutes de la Colline du Parlement, au cœur de la capitale. Même si rien n’est arrêté, nous voulons jouer un rôle de leadership, pousser nos limites et voir grand pour la francophonie.

Où en est la grande consultation sur la francophonie menée sur le campus par la professeure Stéphanie Gaudet?

À ce jour, plus de 1500 étudiants, 60 professeurs et 70 membres du personnel administratif ont été consultés. C’est un exercice d’une grande ampleur qui établira un diagnostic clair de la francophonie sur le campus en 2026.

Ce travail débouchera sur un plan d’action institutionnel pour harmoniser les initiatives déjà existantes dans les facultés. Dès la remise du rapport, nous établirons un calendrier d’exécution précis. Toute la direction est alignée derrière cette priorité et je me sens pleinement appuyée pour mener à bien ce chantier.

L’Université a multiplié les partenariats récents (Sudbury, UOF, Regina, Windsor). Quelle est votre vision pour ces collaborations?

Le développement de partenariats est au cœur de ma vision pour garantir l’accès à l’enseignement en français partout dans la province et au pays.

Si l’Université d’Ottawa est un acteur d’envergure, nous avons énormément à apprendre d’institutions à taille humaine, ancrées dans leur région et en milieu minoritaire. Il s’agit de combiner nos forces en gardant l’intérêt de l’étudiant au centre. Permettre à davantage de jeunes d’étudier et de vivre en français, y compris les 2000 étudiants inscrits dans nos programmes d’immersion, demeure la priorité absolue de notre mandat. »

Bluesfest d’Ottawa : quatre artistes franco-ontariens à l’affiche

OTTAWA – Joly, Mehdi Cayenne, Les Rats d’Swompe et LeFlofranco seront les quatre artistes franco-ontariens à l’affiche de l’édition 2026 du Bluesfest d’Ottawa. Le festival, qui s’ouvre ce jeudi et se poursuit jusqu’au 19 juillet, accueillera également plusieurs autres artistes francophones, ainsi que des vedettes internationales de premier plan.

« Depuis quelques années, le Bluesfest fait un effort pour intégrer davantage d’artistes francophones et autochtones. Cette année, leur présence est particulièrement importante », affirme la porte-parole du festival, Annie Boucher. Elle estime qu’une dizaine d’artistes francophones figurent à la programmation.

La journée du 12 juillet sera particulièrement riche en prestations franco-ontariennes.

Mehdi Cayenne livre son mélange d’électro-pop et de chanson francophone sur la scène Hard Rock Hotel & Casino Ottawa.

« Ça me fait vraiment plaisir de revenir au Bluesfest. C’est un endroit où j’ai la chance de jouer depuis que j’ai commencé à sortir des albums. C’est un peu un retour au bercail », confie-t-il.

Le chanteur profitera de cette prestation pour présenter plusieurs chansons de Trompe-la-mort, son prochain album attendu à l’automne.

Mehdi Cayenne se réjouit aussi de croiser Leif Vollebekk au festival, qui se produit le 12 juillet sur une autre scène. Les deux artistes ont fréquenté la même école secondaire, et c’est ce dernier qui lui a appris sa première chanson à la guitare.

La formation franco-ontarienne Les Rats d’Swompe. Photo : Stéphane Bédard / ONFR

« Il y a quand même plusieurs résonances familiales de ce point de vue-là, de même qu’avec les autres artistes francophones qui jouent au Bluesfest », relève-t-il.

Le même jour, Les Rats d’Swompe, lauréats de plusieurs prix Trille Or, montent sur la scène LeBreton pour présenter leur rock traditionnel moderne.

L’auteur-compositeur-interprète Joly présente aussi son univers où se mêlent folk, rock et textes intimistes au théâtre Barney Danson, situé dans le Musée canadien de la guerre.

Une semaine plus tard, le 19 juillet, le rappeur ottavien LeFlofranco sera en concert au Hard Rock Hotel & Casino Ottawa. L’artiste mélange hip-hop, trap, électro et influences caribéennes, tout en proposant des textes empreints d’émotion.

LeFlofranco au Festival franco-ontarien en 2022. Photo : TFO / Stéphane Bédard

Pour Annie Boucher, cette présence francophone s’inscrit dans la volonté du festival de mettre en valeur les talents locaux.

« Nous cherchons avant tout à représenter les artistes de la région, ce qui inclut les Franco-Ontariens. »

Des vedettes francophones et internationales

D’autres artistes francophones sont également au menu, notamment Billie du Page, étoile montante de la pop québécoise, le 18 juillet, ainsi que le duo instrumental Angine de poitrine, véritable phénomène mondial, le 17 juillet.

Parmi la centaine d’artistes programmés cette année figurent plusieurs vedettes internationales, dont Ella Langley, l’une des étoiles montantes de la musique country, Gwen Stefani, lauréate de trois Grammy Awards et ancienne chanteuse du groupe No Doubt, le groupe de hip-hop Cypress Hill ainsi que Limp Bizkit.

Le festival prévoit accueillir un peu plus de 250 000 festivaliers. Les soirées les plus populaires rassemblent jusqu’à 35 000 personnes.

L’une des nouveautés de cette édition sera la journée du 19 juillet, consacrée au 200e anniversaire d’Ottawa. Une programmation gratuite sera offerte en après-midi avec des prestations pour toute la famille, de la musique traditionnelle, des artistes autochtones et Nathalie MacMaster, indiquent les organisateurs.

Le groupe Les Petites Tounes participera également aux festivités avec son spectacle destiné aux familles.

La scène culturelle torontoise portée par un nouveau documentaire dédié au cinéma en français

TORONTO – Réalisé par l’artiste multidisciplinaire franco-torontois Hadley Foucher, le documentaire « Un festival en héritage », l’artiste a décidé de projeter l’histoire du festival Cinéfranco et de mettre en lumière les défis liés à l’accès à une offre culturelle en français en milieu minoritaire. Le projet fait parti des propositions artistiques sélectionnées afin de représenter l’Ontario au Sommet de la Francophonie au Cambodge en novembre.

Le documentaire donne la parole à des personnalités du milieu médiatique de la Ville Reine : « Je voulais avoir un point de vue un peu plus large de la situation culturelle à Toronto », explique Hadley Foucher.

« Au moment de déposer mon dossier, j’avais une idée précise des personnes que je souhaitais intégrer au documentaire. Après avoir dirigé et monté le documentaire moi-même, j’ai pu entrer en contact avec certains de ces intervenants clés grâce à l’appui de l’Alliance culturelle de l’Ontario », poursuit le réalisateur.

Chacun des artisans derrière une des 17 propositions artistiques sélectionnées pour représenter l’Ontario au Sommet de la Francophonie au Cambodge a bénéficié d’un accompagnement jusqu’au mois de juin pour la réalisation de son projet. L’initiative du Bureau de la lieutenante-gouverneure de l’Ontario a permis la concrétisation de projets comme celui de M. Foucher qui célèbrent la richesse culturelle franco-ontarienne.

Guillaume Lorin, directeur général de CHOQ FM à Toronto s’exprime au micro d’Hadley Foucher. Photo : Gracieuseté

« Un festival en héritage » a été produit, réalisé et monté par Hadley Foucher. Photo : Gracieuseté

Les défis de l’accès au cinéma en français

Ce dernier explique qu’à travers les différentes interventions de personnes clés du milieu culturel franco-torontois dans le documentaire, son objectif est « qu’une personne qui n’est jamais venue à Toronto puisse comprendre ce que l’on vit en tant que Franco-Ontarien », avance-t-il. Durant ces 25 minutes de reportage diffusé, on retrouve notamment Marcelle Lean, la fondatrice de Cinéfranco, ainsi que Dyana Ouvrard qui dirige Le Labo depuis plusieurs années.

En tant qu’artiste francophone établi dans la métropole anglophone, Hadley Foucher souhaite montrer qu’à Toronto, les barrières linguistiques du cinéma en salle demeurent et que des initiatives locales comme Cinéfranco sont un symbole de la lutte en faveur de la pérennité de la culture en français. « Je voulais vraiment parler de ce que Cinéfranco apporte à la communauté. Cinéfranco donne accès à des films en français, mais ça permet surtout aussi aux anglophones de s’immerger dans des contenus en français. »

Hadley Foucher, artiste multidisciplinaire établi à Toronto depuis deux ans, est déjà auteur de plusieurs réalisations à l’écran. Photo : Gracieuseté

« Comme il est dit dans le documentaire, le français n’est pas seulement une langue de traduction. Aujourd’hui, c’est bien de pouvoir travailler en français, mais c’est bien aussi de pouvoir consommer de la culture en français. Et c’est cette problématique-là que je voulais mettre en avant », décrit l’artiste.

Créé en 1997, un festival tel que Cinéfranco est souvent identifié comme l’un des plus anciens festivals de cinéma francophone en Amérique du Nord. Pour le réalisateur, il s’agit de bien plus qu’un film sur un festival, mais plutôt un hommage à ceux qui font vivre le cinéma franco-ontarien. Par ailleurs, une nouvelle édition de Cinéfranco est prévue du 6 au 15 novembre 2026.

Le cinéma : un pont entre les langues 

La directrice générale du Labo, Dyana Ouvrard, aborde dans le documentaire les difficultés sous-jacentes du cinéma depuis la pandémie, avec la prépondérance du streaming. Elle soutient que cette discipline reste avant tout une industrie.

« Les Franco-Ontariens ont besoin de lieux où ils peuvent regarder des films en français, tout comme les anglophones qui ont besoin de s’immerger dans le français pour que ce ne soit pas qu’une langue de traduction », réitère le réalisateur.

Au centre d’art médiatique francophone de Toronto (Le Labo), Dyana Ouvrard offre un cadre à la communauté des artistes. Photo : « Un festival en héritage », documentaire.

Selon M. Foucher, la diversité des langues dans l’offre cinématographique reste vitale pour tous, dans la mesure où la langue agit comme une porte d’entrée vers la culture. « Le cinéma francophone permet d’entendre le français dans un contexte vivant en découvrant des histoires, des accents et des réalités différentes », rapporte-t-il.

« Dans un pays multiculturel comme le nôtre, et surtout dans une ville comme Toronto, le français peut donner envie d’apprendre aux autres anglophones et anglophiles et ça peut créer des ponts entre les communautés, même pour celles et ceux qui ne le parlent pas au quotidien. »

Ce projet a été une sorte de tremplin, car il prépare maintenant d’autres documentaires sur d’autres thématiques francophones. « Déjà quand j’étais en France, j’ai beaucoup exploré ce qui se faisait artistiquement. » Un de ses projets d’animation pour les enfants, prévu pour début septembre sous forme de petites capsules, permettra l’apprentissage du français de manière ludique.

Nadia de Plantagenet : les défis d’une agronome d’asphalte

Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici

Citadine d’origine, Nadia Carrière enseigne aujourd’hui l’agriculture au Collège La Cité à Ottawa. Celle qui se décrit comme une agronome d’asphalte a dû tout apprendre, puisqu’elle ne vient pas d’une famille d’agriculteurs. Désormais co-propriétaire des Serres Quenneville à Plantagenet, elle lève le voile sur les réalités et les défis du repreneuriat agricole. Dans cet épisode, Nadia partage son parcours inspirant, met en lumière son quotidien auprès de la future génération et discute de son engagement à promouvoir la place des femmes, avec le désir de les rendre plus visibles dans le milieu. 

Nadia Carrière co-propriétaire des Serres Quenneville à Plantagenet

Festival Boréal : la francophonie au rendez-vous pour la 54e édition

SUDBURY – Du 10 au 12 juillet, le parc Bell accueillera le plus ancien festival de musique en plein air au Canada : le Festival Boréal. Pour sa 54e édition, la programmation propose une brochette d’artistes francophones, mais aussi un nouvel atelier musical en français.

Le Festival Boréal est de retour pour ambiancer les festivaliers venus de partout dans le pays. Étalé sur trois jours, l’événement mettra en scène des artistes de renom, et pas que, puisque des nouvelles voix francophones se feront connaître des spectateurs. Pour cette édition, la programmation compte également dévoiler un nouvel atelier musical en français intitulé « Cette voix qui me fait fondre », une première pour le festival qui, à ce jour, ne proposait que des ateliers en anglais.

Pour Kailin Kohls, chargée des réseaux sociaux et des communications du Festival Boréal, programmer des artistes francophones est une façon d’honorer les racines de l’événement. « Les personnes qui ont fondé ce festival étaient des hippies francophones. C’est une chose importante pour les organisateurs cette année. C’est comme ça que (le festival) a commencé, les francophones à Sudbury sont là et ils sont importants pour nous. »

La cérémonie d’ouverture se déroulera dans la soirée du 10 juillet sur la scène principale. Andrina Turenne, la chanteuse franco-manitobaine, sera la première artiste francophone à partager sa voix avec le public. « C’est éternellement important pour moi de m’exprimer en français et de partager mes chansons », confie-t-elle.

L’artiste nommée aux Prix de la musique de l’Ouest canadien pour son EP Je suis un arbre, offrira aussi une performance en français sur la scène familiale, le samedi 11 juillet en après-midi.

Andrina Turenne, l’artiste franco-manitobaine, montra sur la scène du Festival Boréal. Photo : Olivia Perillo / 2024

Des nouveaux visages

Cette année, les festivaliers auront droit à de nouvelles voix francophones. Et si le festival a souvent accueilli des vétérans de la musique canadienne, il veut aussi proposer une variété d’artistes émergents que les gens de Sudbury pourront découvrir, explique sa nouvelle directrice artistique, Kerri Stephens.

Cayenne, de son vrai nom Stéphanie Bouchard-Tremblay, sera présente au festival pour sa toute première fois. « Quand on m’invite dans ces milieux-là, je suis contente de rencontrer des artistes qui œuvrent dans ce type d’environnement culturel. Ça me fait voir les choses autrement quand je reviens chez nous. Je trouve ça vraiment important pour la survie du français », dit l’artiste originaire de la Côte-Nord du Québec.

D’autres noms francophones comme Arielle Soucy, ou encore les groupes bilingues Bye Parula et Petunia and the Vipers, régaleront le public avec des prestations en français. Au menu, de la soul, du folk, du blues, de la pop, de l’indie et surtout des interprétations musicales pleines de vie.

Le musicien Clerel se produira sur scène et animera « Cette voix qui me fait fondre », le premier atelier francophone du Festival Boréal. Photo : Steve Walsh / 2025

Un atelier pour représenter la voix francophone

Pour la première fois de son histoire, le Festival Boréal propose un atelier musical entièrement en français. Intitulé « Cette voix qui me fait fondre », le projet est une initiative artistique qui plongera les participants dans le processus créatif des musiciens francophones.

Animé par Clerel, un musicien d’origine camerounaise basé à Montréal, l’événement proposera des prestations musicales accompagnées de dialogues interpersonnels entre artistes et spectateurs. « Quand on a la chance d’être à Sudbury, dans l’Ontario francophone, je pense que c’est l’espace idéal justement pour donner libre cours à l’expression de qui on est. Et dans mon cas, j’ai été élevé en français. Donc le français reste un ingrédient essentiel de ma conception de moi-même » soutient l’interprète.

L’atelier servira aussi de lieu d’échange entre ces artistes aux parcours différents, finalement unis par la langue. « À chaque fois que j’ai la chance de participer à un atelier de musique francophone avec des artistes francophones, c’est toujours très riche » affirme Andrina Turenne qui participera également à l’atelier. « J’aime la diversité de la musique créée en français en ce moment. Découvrir les histoires de chaque artiste, leurs chansons. C’est spécial » poursuit-elle.

Le NPD marque le 1000e jour d’enquête criminelle contre le gouvernement Ford

TORONTO – Marit Stiles, la cheffe du NPD, a choisi de marquer en conférence de presse « l’anniversaire » ironique du début de l’enquête criminelle de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur le scandale de la Ceinture de verdure du gouvernement Ford, par le biais d’un grand gâteau arborant l’inscription : « Doug : joyeux 1000e jour sous enquête criminelle ».

« Il n’y aucun autre premier ministre de l’Ontario qui puisse se targuer d’avoir été sous investigation criminelle pendant trois ans, a commencé la leader de l’opposition officielle (…). C’est ça le vrai legs de Doug Ford. »

Elle a poursuivi en affirmant que cela fait donc bientôt trois ans que les Ontariens attendent les résultats de cette enquête, et veulent savoir ce qui s’est réellement passé.

Marit Stiles en conférence de presse avec le gâteau des 1000 jours de l’enquête de la GRC, ce 8 juillet 2026, dans le studio média de Queen’s Park. Photo : NPD de l’Ontario

Celle-ci a déploré un manque d’informations et de mises à jour de la part de la Gendarmerie royale du Canada quant à l’enquête, nuançant toutefois son propos : « Je comprends que la GRC doive protéger l’intégrité du processus, mais l’investigation est bien toujours en cours, cela m’a été confirmé cette semaine », a-t-elle confirmé.

En réponse aux questions des journalistes sur le temps d’attente quant aux conclusions de l’enquête, celle-ci a déclaré qu’elle considérait fort probable que la police se soit retrouvée confrontée à plus de matière à investiguer qu’envisagé en premier lieu, d’où ces délais.

La leader néo-démocrate a assuré qu’elle avait toute confiance dans le travail de la GRC, quel que soit le temps nécessaire pour faire la lumière sur cette affaire, « mais aucune confiance en Doug Ford pour dire la vérité ».

Un lien direct avec les restrictions sur la Loi sur l’accès à l’information dit le NPD

« Nous ne saurions pas ce que nous savons sur la Ceinture de verdure sans les demandes d’accès à l’information. La seule chose que le gouvernement semble avoir apprise depuis ce scandale, c’est de changer la loi pour mieux couvrir ses traces », a implacablement lancé Stiles.

Celle-ci faisant directement écho aux changements législatifs apportés à la Loi sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée (LAIPVP), qui ont pris effet le 1er juillet dernier.

Le gouvernement Ford a décidé d’exempter les échanges et communications des bureaux des ministres et du premier ministre de la Loi sur l’accès à l’information. Aux yeux de la province, l’accès tel qu’il était actuellement compromettait « la confidentialité et la franchise des discussions entre les ministres et leurs bureaux. »

« Si vous n’avez rien à cacher, pourquoi le cacher? », a-t-elle questionné de façon rhétorique.

« Les gens veulent des politiciens qui fassent preuve d’éthique, et ce serait déjà le strict minimum », a conclu Marit Stiles, avant de couper le gâteau de célébration des 1000 jours et d’en distribuer des parts dans le studio média de Queen’s Park.

Le bureau du premier ministre n’a pas, pour l’heure, réagi à la conférence de presse du NPD.

La GRC a répondu à ONFR que son Unité des enquêtes sensibles et internationales menait actuellement une « enquête approfondie » et que celle-ci était toujours « en cours ». Le corps policier a toutefois refusé de fournir plus de détails, soulignant qu’il doit « veiller à ce que les enquêtes criminelles ne soient pas compromises par le partage public d’informations ».

Une chanson en quatre langues pour célébrer les 200 ans d’Ottawa

OTTAWA – La Ville d’Ottawa et la Coalition de l’industrie musicale d’Ottawa (CIMO) ont dévoilé mercredi Heart of This Place (Adàwe c’est ma ville), l’hymne officiel du bicentenaire d’Ottawa. Interprétée en anglais, en français, en anishinaabemowin et en inuktitut, l’œuvre raconte deux siècles d’histoire et célèbre la diversité de la capitale.

« À la croisée des flots où l’espoir s’enracine », chante Jessica Pearson au début de cette œuvre, qui réunit également les auteurs-compositeurs-interprètes Amanda Rheaume, Yao et Qattuu.

Le couplet interprété par Yao évoque « deux cents ans d’histoire, de mémoire gravée dans la terre, des voix mêlées du monde entier, qui marchent sur des siècles de repères », tandis que le refrain reprend : « We are the heart of this place » (« Nous sommes le cœur de cet endroit »).

Pour le rappeur et auteur-compositeur franco-ontarien Yao, l’objectif était de créer une œuvre dans laquelle les résidents puissent se reconnaître.

« Cette chanson parle des 200 ans d’histoire d’Ottawa. Il est important de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va, mais aussi pour apprécier où l’on est aujourd’hui. »

Selon lui, Ottawa est une ville où se croisent des parcours, des cultures et des destins.

Yao, Jessica Pearson et Qattuu participent à l’hymne officiel du bicentenaire d’Ottawa. Photo : Amine Harmach/ONFR

« Nous sommes aussi remontés aux racines de la ville afin de rappeler son histoire autochtone. Ottawa est une ville façonnée par sa diversité : des étudiants, des fonctionnaires, des diplomates et des personnes venues de partout finissent par en faire leur chez-soi. C’est cette richesse humaine que nous avons voulu faire transparaître dans la chanson. »

La chanson met également en valeur les langues et les cultures autochtones. Elle s’ouvre sur une bénédiction en anishinaabemowin de l’aînée algonquine Annie St. George et intègre, tout au long de l’œuvre, des références au territoire algonquin, au Kichi Zībī ainsi que des passages en anishinaabemowin et en inuktitut.

Un héritage destiné aux écoles et aux organismes

Le vidéoclip officiel, réalisé par Lone Oak Cinema, a également été dévoilé. Il comprend notamment des images du processus de création ainsi que plusieurs scènes tournées dans différents quartiers de la capitale.

Deux autres prestations publiques de Heart of This Place (Adàwe c’est ma ville) sont prévues : le 26 septembre, à la Place Marion-Dewar, dans le cadre d’un événement gratuit, puis le 9 octobre lors des Capital Music Awards, au Centre national des Arts.

Mélanie Brulée, directrice générale de la CIMO. Photo : Amine Harmach/ONFR

Selon la Ville d’Ottawa et la Coalition de l’industrie musicale d’Ottawa (CIMO), la chanson et son vidéoclip pourront être utilisés par les écoles, les organismes communautaires et les institutions afin de faire rayonner l’histoire, les cultures et la diversité d’Ottawa bien au-delà des célébrations de son 200e anniversaire.

« Nous espérons qu’elle fera désormais partie du patrimoine culturel d’Ottawa et rappellera que la musique possède un pouvoir unique : celui de nous rassembler, de nous inspirer et de célébrer ce que nous sommes, ensemble », souligne Mélanie Brulée, directrice générale de la CIMO.

Un nouveau PDG maîtrisant le français pour Air Canada

La compagnie aérienne Air Canada est allée recruter en Europe pour se dénicher un nouveau président. Elle a annoncé mardi la nomination d’Anko Van der Werff, qui parle français et était, jusqu’à tout récemment, le dirigeant de Scandinavian Airlines.

Il cumule près d’un quart de siècle dans le domaine aéronautique, lui qui a auparavant travaillé pour Avianca Group et Aeroméxico, mais aussi chez KLM Royal Dutch Airlines (aujourd’hui Air France-KLM) et Qatar Airways.

« C’est un honneur d’être choisi pour diriger cette entreprise canadienne emblématique, alors qu’elle fait progresser ses ambitions et sa stratégie, s’appuie sur sa culture d’entreprise primée et sa proposition de valeur pour les clients, et se prépare à un avenir encore plus prometteur », a souligné Anko Van der Werff dans un communiqué de presse, précisant qu’il déménagera à Montréal, lieu du siège social de l’entreprise.

Anko Van der Werff. Crédit photo : Image fournie par Air Canada

Originaire des Pays-Bas, le nouveau PDG d’Air Canada parle français, néerlandais et anglais, en plus d’avoir appris l’espagnol, l’italien et le suédois à différents niveaux au cours de sa carrière. La compagnie a d’ailleurs diffusé un message de présentation de M. Van der Werff où il s’exprime parfaitement en français pendant près de trois minutes.

« Le conseil d’administration a été impressionné par la qualité des parcours des hauts dirigeants expérimentés du monde entier qui ont manifesté leur intérêt pour ce poste », a déclaré Vagn Sørensen, président du conseil. « Nous sommes ravis d’avoir attiré et recruté un dirigeant du calibre de M. Van der Werff pour diriger Air Canada. »

Ce dernier entrera en poste d’ici la fin janvier 2027, alors que son prédécesseur Michael Rousseau quittera son poste le 31 août prochain, a annoncé l’entreprise dans un communiqué diffusé mardi matin.

L’annonce du départ de M. Rousseau avait suscité la controverse à la suite de l’enregistrement d’une vidéo de condoléances uniquement en anglais après la mort de deux employés d’Air Canada lors d’une collision à l’aéroport LaGuardia à New York en mars dernier.

Lors d’un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en 2021, Michael Rousseau avait suscité une vive indignation en s’exprimant presque exclusivement en anglais. Cette intervention avait entraîné un nombre record de plusieurs milliers de plaintes acheminées au Commissariat aux langues officielles du Canada.

Par la suite, le président de la firme canadienne a intensifié l’indignation publique en affirmant qu’il lui avait été possible de résider à Montréal durant 14 ans sans parler le français, un constat qu’il qualifiait d’ailleurs de fait « tout à l’honneur de Montréal ».

Par la suite, ce dernier s’est engagé à apprendre le français, mais en octobre dernier, la compagnie soutenait que son plus haut dirigeant n’avait toujours pas les capacités de s’exprimer dans la langue de Molière.

FIFA 2026 : le voyage d’une vie pour les Léopards

Après plus de cinquante ans d’absence de la République démocratique du Congo en Coupe du monde, Junior Mandoko ne pouvait pas manquer ce rendez-vous. Ce résident d’Ajax a économisé pendant des mois pour assister à la première victoire de l’histoire des Léopards dans la compétition, retrouver des amis venus des quatre coins du monde et prolonger l’aventure jusqu’au seizième de finale contre l’Angleterre. Deux matchs, deux ambiances et des souvenirs gravés pour toujours.

Lorsque l’arbitre siffle la fin du match, Junior Mandoko reste quelques instants immobile dans les tribunes du stade d’Atlanta. Autour de lui, des milliers de supporters congolais chantent, dansent et s’enlacent. Les Léopards viennent de signer la première victoire de leur histoire en Coupe du monde. L’Ajaxien prend le temps d’observer la scène. Les drapeaux bleu ciel flottent encore, les chants résonnent dans les travées et les joueurs célèbrent avec leurs partisans. Pour lui, tous les sacrifices consentis depuis des mois viennent soudainement de prendre un sens.

« Quand on a marqué le deuxième but, j’ai presque perdu ma voix parce que je criais comme un fou. Puis, à la fin du match je me suis dit : ‘C’est incroyable. C’est la toute première victoire du Congo en Coupe du monde. C’est historique’. »

Juge en droit administratif et professeur au Collège Boréal à Toronto, Junior Mandoko n’a pas improvisé ce voyage. Dès la qualification des Léopards en mars dernier, il se promet d’assister à au moins une rencontre de la RDC, convaincu qu’il ne pouvait pas laisser passer un rendez-vous aussi historique.

Junior est arrivé tôt au stade pour ne rien rater de l’avant-match et pour profiter de chaque instant de cette expérience unique. Photo : gracieuseté

Les deux premiers matchs de groupes tombent en pleine semaine et lui échappent. Le troisième, en revanche, est déjà entouré en rouge sur son calendrier.

« J’ai fait mes économies, j’ai planifié mon voyage. Ensuite, j’ai essayé de voir avec mon travail si je pouvais avoir quelques jours de vacances. Je ne pouvais pas manquer ce troisième match. »

Atlanta prend des airs de Kinshasa

En descendant de l’avion à Atlanta, Junior Mandoko s’attend à retrouver quelques supporters congolais. Il est loin d’imaginer l’ampleur de la mobilisation.

« On voyait le drapeau congolais presque partout. On se croisait, on criait, il y avait ceux qui étaient en voiture qui klaxonnaient. Je me suis senti un peu comme à Kinshasa. »

Le voyage prend alors une dimension beaucoup plus personnelle. Parti seul de Toronto, il retrouve sur place des amis installés aux États-Unis, mais aussi d’anciennes connaissances venues spécialement de Londres et même de Dubaï. La Coupe du monde devient le prétexte à des retrouvailles que plusieurs attendaient depuis des années.

« Retrouver des amis venus de plusieurs pays pour vivre ça ensemble, c’était vraiment exceptionnel. »

Dispersés aux quatre coins du monde, ces amis de longue date se sont retrouvés à Atlanta pour vivre ensemble le retour historique de la République démocratique du Congo en Coupe du monde, plus de cinquante ans après sa dernière participation. Photo : gracieuseté

À l’intérieur du stade, le spectacle se poursuit. Malgré le prix des billets, les supporters congolais répondent présents en nombre. Les chants, les danses et la musique donnent presque l’impression que les Léopards évoluent à domicile.

« Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de Congolais. Franchement, ça m’a marqué. Ça chantait, le stade bougeait au rythme du Congo. On sentait que les gens avaient fait d’énormes sacrifices pour être là. »

Une soirée historique

Le début de la rencontre refroidit pourtant rapidement les ardeurs congolaises. Après un premier but refusé pour hors-jeu, l’Ouzbékistan ouvre finalement le score. Junior Mandoko voit déjà défiler dans sa tête le long trajet du retour vers Toronto.

« Je me suis dit : je n’ai pas fait tout ce déplacement pour perdre. On ne pouvait pas faire un match nul contre le Portugal, tenir tête à la Colombie et venir perdre contre l’Ouzbékistan. Je me suis dit qu’ils devaient montrer de quoi ils étaient capables. »

Les changements effectués après la pause relancent finalement les Léopards. L’égalisation, puis le deuxième but font exploser les tribunes. Lorsque le troisième but assure définitivement la victoire, la fête peut commencer.

Dans la fan zone d’Atlanta, le point de ralliement des partisans congolais avant le match contre l’Ouzbékistan. Photo : Gracieuseté

Après le coup de sifflet final, personne ne pense à rentrer. Les partisans restent de longues minutes dans les gradins avant de poursuivre les célébrations autour du stade, puis lors d’une soirée organisée par la communauté congolaise d’Atlanta et le ministère congolais du Tourisme.

« On a mangé, on a dansé. On est repartis vers trois ou quatre heures du matin. C’était vraiment la fête. Tout le monde célébrait cette première victoire historique. »

Deux matchs, deux mondes

Au départ, Junior Mandoko devait rentrer au Canada dès le lendemain. Mais la qualification de la RDC change complètement ses plans. Avec ses amis, il découvre que le prochain match contre l’Angleterre se disputera lui aussi à Atlanta. Après avoir trouvé un billet au dernier moment, il décide de prolonger l’aventure.

Quelques jours plus tard, le décor est pourtant radicalement différent. Cette fois, les maillots blancs dominent largement les tribunes. Le petit noyau de supporters congolais est regroupé à l’autre bout du stade. Junior, lui, se retrouve entouré presque exclusivement de partisans anglais, ses amis ayant obtenus des places situées à d’autres endroits du stade.

« Quand le Congo a marqué, j’étais le seul à me lever. Tout le monde m’a regardé. Je me suis dit : ‘Attention. On connaît la réputation des supporters anglais.’ Heureusement, tout s’est bien passé, mais je me suis vraiment senti seul pendant ce match. »

Changement d’ambiance, un stade totalement acquis à la cause de l’Angleterre pour le 16e de finale. Photo : gracieuseté

Pendant une heure, il croit pourtant à un nouvel exploit. Les Léopards résistent, Lionel Mpasi multiplie les arrêts et l’inquiétude gagne progressivement les supporters anglais.

« Ils étaient vraiment surpris. Ils ne pensaient pas qu’on allait leur tenir tête. À la mi-temps, je sentais qu’ils commençaient à avoir peur d’une élimination. »

L’égalisation d’Harry Kane change toutefois complètement la dynamique. Les Anglais poussent, les Léopards reculent et la RDC finit par céder en fin de rencontre.

Junior Mandoko préfère patienter quelques minutes après le coup de sifflet final avant de quitter sa place. Finalement, contrairement à ses craintes, les échanges avec les supporters anglais restent cordiaux.

« J’étais entouré d’Anglais, mais je n’ai pas été insulté ni violenté. J’ai même discuté avec certains d’entre eux. Franchement, l’ambiance est restée respectueuse. »

Le prix d’un rêve

Les souvenirs de cette Coupe du monde resteront longtemps. La facture aussi. Entre les billets d’avion, l’hôtel, les repas, les transports et les deux billets de match, Junior Mandoko estime avoir dépensé entre 4000 et 5000 dollars. Une somme considérable qu’il assume sans regret, même s’il déplore le coût prohibitif des places.

« Pour vous dire la vérité, je n’ai même pas encore regardé ma carte de crédit. J’ai peur de le faire. Je croyais que la Coupe du monde était accessible à tout le monde. Le football est un sport populaire. Ça ne devrait pas être réservé aux élites. »

La RDC a finalement vu son parcours s’arrêter face à l’Angleterre. Mais pour l’Ajaxien, le résultat sportif est presque devenu secondaire. En quelques jours, il aura retrouvé des amis venus des quatre coins du monde, accompagné le retour historique des Léopards sur la scène mondiale et assisté à la première victoire de son pays en Coupe du monde.

Des souvenirs qui, eux, ne figureront jamais sur son relevé de carte de crédit.

Toronto compte-t-elle trop de festivals francophones?

Le lancement du Franco-été, le 11 juillet, par l’ACFO viendra bientôt s’ajouter à des rendez-vous bien établis de la francophonie torontoise, notamment la Franco-Fête et la Francophonie en Fête. De quoi soulever une question : la métropole ontarienne compte-t-elle trop de festivals francophones, alors que les événements existants peinent déjà à mobiliser les festivaliers?

« Je ne pense pas qu’il y en ait trop », affirme José Bertrand, directeur général de la Franco-Fête. Selon lui, si l’on compare Toronto à une ville comme Ottawa, qui accueille encore davantage de festivals, « il y a de la place pour d’autres événements ».

Même son de cloche du côté de Jacques Charette, directeur général de la Francophonie en Fête. « Franco-Fête a lieu au début de l’été, la Francophonie en Fête à la fin septembre, et nous organisons aussi Bonjour Printemps en mars. Les quatre saisons peuvent très bien être couvertes. »

Pour le promoteur du nouveau Franco-été, Jean-Claude N’da, la création de cet événement ne vise pas à concurrencer les festivals existants, mais à compléter l’offre culturelle.

Jean-Claude N’da, promoteur du Franco-été et président de l’ACFO Toronto. Gracieuseté

« Nous ne pensons pas que l’offre soit suffisante. Au contraire, nous croyons qu’il pourrait y avoir davantage de festivals durant l’été afin d’offrir une programmation francophone tout au long de la saison », affirme M. N’da, également président de l’ACFO-Toronto.

Attirer les francophones

Pour les organisateurs, le principal défi est de faire venir les francophones.

José Bertrand concède que la Franco-Fête peine à rejoindre son public, malgré l’appui d’un partenaire majeur comme Radio-Canada. La dernière édition illustre cette réalité.

L’Atrium de Radio-Canada à Toronto, qui a accueilli la Franco-Fête, a reçu une quarantaine de personnes le vendredi et une centaine le samedi. Ces chiffres doivent toutefois être replacés dans leur contexte, insiste-t-il.

En raison de la Coupe du monde de la FIFA, le festival a dû quitter son site habituel du Centre Harbourfront, beaucoup plus achalandé. « En 2025, au Centre Harbourfront, nous accueillions environ 1000 personnes par jour. Cette année est difficilement comparable », précise M. Bertrand.

josé bertrand
José Bertrand, directeur général de la Franco-Fête. Photo : Amine Harmach/ONFR

Malgré ce contexte particulier, le constat demeure. « Dans une région qui compte près de 200 000 francophones, où sont ces gens? Pourquoi n’arrive-t-on pas à mobiliser ne serait-ce qu’une fraction de cette communauté? », s’interroge-t-il.

Jean-Claude N’da est conscient que le Franco-été devra lui aussi relever ces difficultés. « Cette première édition est avant tout une édition test. Nous voulons identifier concrètement les défis liés à l’organisation d’un tel événement afin d’en tirer des leçons pour les prochaines éditions », explique-t-il. Il voit cette première édition comme un projet pilote appelé à évoluer.

« Pour cette première édition, je parlerais plutôt d’un mini-festival. Les prochaines éditions viendront confirmer son statut de véritable festival. »

Le Franco-été proposera notamment un concert d’environ 90 minutes, un défilé de mode, des prestations d’humour, de la danse et des performances de percussions.

Une programmation peu visible

Est-ce que c’est la programmation qui est responsable de la faible fréquentation? Les organisateurs rejettent l’idée. « Nous proposons des artistes de calibre international », rappelle José Bertrand, citant notamment le groupe congolais Jupiter & Okwess, qui se produit dans de grands festivals partout dans le monde.

« Le véritable défi, c’est la médiatisation de cette programmation », insiste José Bertrand. Selon lui, avec la baisse des subventions et des commandites, les budgets consacrés à la promotion diminuent. « On se retrouve dans un cercle vicieux : on manque de visibilité, donc le public ne vient pas », déplore M. Bertrand.

S’ajoute un autre enjeu : les confirmations de financement arrivent souvent très tard.

« Au cours des six dernières années, nous avons parfois attendu jusqu’au mois de mai pour connaître les montants accordés. Il nous reste ensuite à peine trois semaines pour organiser et promouvoir un festival. Dans une ville comme Toronto, c’est extrêmement difficile. »

Jean-Claude N’da reconnaît lui aussi ces contraintes financières. C’est d’ailleurs ce qui explique le choix d’une formule payante pour cette première édition. « Si nous avions suffisamment de financement, nous offririons l’ensemble du festival gratuitement. Mais nous avons prévu des billets gratuits pour les personnes qui en font la demande afin que personne ne soit exclu pour des raisons financières. »

Parmi les pistes évoquées figure une présence accrue dans les médias anglophones afin de rejoindre les nombreux francophones qui s’informent principalement en anglais.

Jacques Charette, directeur général de la Francophonie en Fête. Gracieuseté

Dans ce sens, Jacques Charette affirme vouloir consacrer davantage de ressources à cette stratégie pour la prochaine édition de la Francophonie en Fête, tout en reconnaissant qu’elle représente un investissement important pour des organismes communautaires.

José Bertrand invite toutefois à la prudence.

« Nous recevons des subventions parce que nous nous adressons d’abord aux communautés francophones en situation minoritaire. Notre mission est de préserver la langue, de renforcer le sentiment d’appartenance et de rassembler les francophones », martèle-t-il.

Pour le directeur de la Franco-Fête, il ne s’agit pas de réorienter les festivals vers un public anglophone. « Peut-être qu’une partie de la solution passe malgré tout par les médias anglophones, non pas pour changer de public, mais pour mieux rejoindre les francophones eux-mêmes. C’est toute la nuance. »

Une réflexion collective

Les trois responsables estiment que la réflexion doit dépasser le seul cadre des festivals et plaident pour une plus grande collaboration entre les acteurs de la francophonie torontoise.

Jacques Charette appelle notamment à la tenue d’états généraux réunissant festivals, organismes communautaires ainsi que médias francophones et anglophones afin de mieux comprendre les habitudes des francophones et de trouver des solutions communes pour accroître leur participation aux événements.

Abolition de cinq postes au CSPNE : le syndicat demande l’arbitrage

NORD-EST – Une section locale du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP 4865) veut lancer une procédure d’arbitrage après l’abolition de cinq postes de secrétaires dans cinq écoles secondaires par le Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario (CSPNE). La durée de ces postes a été écourtée, passant de douze mois à dix. Les personnes concernées ont d’ailleurs déposé un grief individuel et le syndicat, un grief de principe, tous deux refusés par le CSPNE.

Le lundi 6 juillet, le SCFP 4865 a avisé le CSPNE par le biais d’une lettre obtenue par ONFR qu’il souhaitait lancer une procédure d’arbitrage. Le syndicat laisse toutefois une ouverture à la médiation si le conseil scolaire l’accepte. Ce différend s’inscrit dans le cadre de l’abolition de cinq postes de secrétaires, confie Mitch Gagnon, le président du syndicat.

C’est au début du mois de mai qu’il a appris que des postes pourraient être supprimés. Quelques semaines plus tard, le CSPNE lui confirme les faits par courriel. Les personnes affectées verront leurs postes de douze mois réduits à dix mois, une décision qui entrera en vigueur dès le 31 août 2026.

Pour le président du syndicat, ce sont surtout les motifs apportés par le CSPNE qui ne passent pas. « Le conseil dit que c’est dû à une réduction d’effectif d’élèves alors que notre conseil est en croissance. Il n’y a aucune réduction d’élèves, » affirme-t-il.

Le président confie que le CSPNE aurait choisi de retirer deux mois d’été dans les cinq contrats sous prétexte que cette période ne requiert pas de travail des secrétaires. Avec cette mesure, les personnes concernées devront désormais fournir le travail d’été pendant l’année scolaire. « Ils sont déjà surchargés de travail. Cela va causer des ennuis aux secrétaires. Il y aura des burn-outs. »

Quand le CSPNE a informé le syndicat de potentielles coupures au début du mois de mai, il a mentionné comme cause principale la baisse de financement provincial. « Ils nous avaient avertis d’une possibilité de coupures parce que le gouvernement leur coupait des fonds » explique-t-il, « Nous avons demandé des chiffres, le conseil a refusé de nous les donner ».

Le CSPNE n’a pas souhaité s’exprimer sur la situation.

Des griefs refusés

Pour faire face au conseil, le syndicat a déposé un grief de principe, soit une plainte déposée pour dénoncer une omission ou un non-respect de la convention collective. Des secrétaires concernés ont également déposé des griefs individuels. À la mi-juin, le syndicat s’est entretenu avec le CSPNE afin de contester ces coupes qu’il considère à l’encontre du contrat de travail. « Dans la convention collective, c’est très clair. Les secrétaires au niveau du secondaire sont à douze mois, et non à dix mois. » Les griefs ont été refusés, le CSPNE reste sur sa décision, raconte M. Gagnon.

Bien que le SCFP 4865 reconnaisse le sous-financement des conseils scolaires par la province, il dénonce notamment les priorités d’embauche et les écarts salariaux entre la direction et les employés du personnel éducatif de première ligne. « Les directeurs ont eu une belle augmentation de salaire cette année », déclare-t-il. D’après le président, les équipes de direction et de ressources humaines ne font que grandir, avec l’ajout récent de deux postes au niveau de la direction.

Il assure que les abolitions de postes ciblent exclusivement le personnel d’éducation de première ligne, notamment les secrétaires et les aides-enseignants, et ce, à l’échelle provinciale. « Cette année, les secrétaires de 12 mois du secondaire dans presque tous les conseils en Ontario ont les mêmes coupures », explique le président du syndicat, « Éventuellement le système d’éducation francophone va s’affaiblir ».

FIFA 2026 : les montagnes belges des partisans de Toronto

TORONTO – Après avoir frôlé l’élimination face au Sénégal quelques jours plus tôt, les Diables rouges ont cette fois signé leur prestation la plus aboutie de la compétition en éliminant les États-Unis. Une qualification qui confirme la montée en puissance de la Belgique, mais aussi celle de sa communauté de partisans à Toronto, de plus en plus nombreuse à se retrouver autour de la Coupe du monde.

Cette fois, les partisans belges de Toronto n’ont pas eu besoin de se ronger les ongles jusqu’aux dernières minutes. Réunis comme depuis le début de la Coupe du monde au Crafty Coyote, sur la rue Bloor Ouest, ils ont vécu une soirée bien différente du seizième de finale renversant contre le Sénégal. Face aux États-Unis, la Belgique a maîtrisé son sujet, s’est imposée 4-1 et a validé son billet pour les quarts de finale.

Même l’égalisation américaine, venue ramener brièvement les deux équipes à 1-1, n’a pas vraiment fait trembler la terrasse bondée du bar. Le doute n’aura duré que quelques instants. Charles De Ketelaere a rapidement redonné l’avantage aux Diables rouges, signant un doublé qui a remis tout le monde en confiance. Les cris ont vite remplacé les regards inquiets.

« Il fallait réagir rapidement. Je pense que c’est ce qu’on a fait. De Ketelaere n’avait pas été bon de la Coupe du monde jusque-là, mais là, il est venu tout de suite marquer le 2-1. Son doublé, ça a vraiment remis tout le monde en confiance », raconte Emilien Messiaen.

Pour Benjamin Guelen, le sentiment de supériorité belge n’a presque jamais quitté les supporteurs. « On se sentait bien, toujours en confiance, parce qu’on savait qu’on avait le match en main. La Belgique a dominé quasiment toute la partie. Les Américains n’ont pas eu beaucoup d’occasions. »

Après les émotions du match contre le Sénégal, Émilien Messiaen a pu célébrer une qualification beaucoup plus sereine face aux États-Unis au Crafty Coyote de Toronto. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Une qualification sans véritable frayeur

Dans un contexte pourtant électrique, la Belgique a répondu sur le terrain. La rencontre avait été précédée par la polémique entourant l’annulation du carton rouge de Folarin Balogun, après l’intervention très commentée de Donald Trump. Loin de déstabiliser les Diables rouges, l’épisode semble avoir servi de carburant.

« Je pense que cette histoire de carton rouge a retourné un peu la situation et a motivé notre équipe à 100 % », estime Benjamin Guelen.

Emilien Messiaen y voit aussi un élément déclencheur. « À mon avis, ça a un peu reboosté les joueurs en disant : ‘OK, Balogun, pas Balogun, on va leur mettre une petite raclée et ça ira très bien.’ »

Sur le terrain, Rudi Garcia a également gagné son pari. Le sélectionneur français de la Belgique avait choisi de se priver de plusieurs cadres au coup d’envoi, dont Kevin De Bruyne, Jérémy Doku et Romelu Lukaku. Un choix audacieux, mais payant. La Belgique a contrôlé la rencontre avec une équipe largement remaniée, avant que Lukaku n’entre en deuxième période pour inscrire le quatrième but.

Quelques instants avant que la Belgique ne reprenne définitivement les commandes du match, Benjamin Guelen (au centre) partage la même concentration que les nombreux partisans réunis au Crafty Coyote. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Cette fois, l’attaquant n’a pas changé le match comme contre le Sénégal. Il a plutôt mis la cerise sur le sundae, une expression bien canadienne qui avait des airs de pied de nez aux Américains. Déjà devant 3-1, les Belges ont pu savourer ce dernier but comme la touche finale d’une soirée presque parfaite.

« On a démarré avec une équipe B, mais pour le coup, ça a bien servi. Une belle victoire, assez sereine », résume Emilien Messiaen. « Les États-Unis, ce n’était pas le Sénégal. On s’y attendait, mais ça a été confirmé pendant le match. Beaucoup plus simple. »

Du doute à la confiance

Cette sérénité contrastait fortement avec le parcours jusque-là mouvementé des Diables rouges. On parle souvent de montagnes russes dans le sport. Pour les partisans belges de Toronto, il faudra désormais parler de montagnes belges.

Avant la compétition, l’enthousiasme était mesuré. La Belgique arrivait avec moins de certitudes que lors des éditions précédentes, portée par une génération moins étincelante sur papier. Les premiers matchs de groupe n’avaient pas vraiment rassuré. Le niveau semblait moyen, les ambitions prudentes.

« Honnêtement, on n’imaginait pas nécessairement qu’ils aillent aussi loin », reconnaît Benjamin Guelen. « Les deux premiers matchs n’étaient pas vraiment convaincants. Tout le monde pensait qu’on aurait un meilleur niveau. Mais au fil des matchs, ils se sont améliorés et ils ont pris de plus en plus confiance. »

Les rassemblements des supporteurs belges au Crafty Coyote sont aussi une affaire de famille, comme en témoignent Benjamin Guelen et son fils après la victoire face aux États-Unis. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Puis il y a eu le Sénégal. Un seizième de finale irrespirable, presque perdu, avant un retournement complet dans les dix dernières minutes. La Belgique, malmenée, avait arraché sa qualification au bout d’un scénario fou.

« Contre le Sénégal, ça a été fou, honnêtement. Même moi, je n’y croyais plus trop. Je ne regardais plus trop le match. Et puis, on voit le premier but, le deuxième but. Ça a été quelque chose d’assez exceptionnel », se souvient Emilien Messiaen.

Benjamin Guelen reste lucide sur ce match. « Je pensais que le Sénégal avait mieux joué que nous pendant tout le match. Je pense même qu’ils méritaient de gagner. Mais les dix dernières minutes étaient à notre avantage. C’est le football. Ça s’est terminé en beauté pour nous. »

L’Espagne en ligne de mire

Depuis ce miracle, quelque chose semble avoir changé. La Belgique ne donne plus seulement l’impression de survivre dans cette Coupe du monde. Elle avance. Et elle avance maintenant vers l’Espagne, adversaire autrement plus redoutable en quart de finale.

« Contre l’Espagne, on est outsider. Si on gagne, ce n’est que du bonus. Mais je pense qu’on va tout faire pour gagner. On a vu qu’on était capable de sortir des gros matchs », estime Emilien Messiaen.

Entouré de plusieurs amis français, Émilien Messiaen espère désormais retrouver les Bleus en demi-finale. Mais avant de rêver d’une revanche de 2018, la Belgique devra se défaire de l’Espagne en quart de finale. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Une victoire ouvrirait possiblement la porte à une demi-finale contre la France, si les Bleus battent le Maroc dans l’autre quart de cette partie du tableau. Forcément, le souvenir de 2018 n’est jamais très loin chez les Belges.

« On est ici avec des amis français, beaucoup d’amis français. Franchement, ce serait un plaisir de rejouer contre eux, en espérant ne pas avoir la même chose qu’en 2018 », sourit Emilien Messiaen. « Sur un match, tout peut changer, tout peut chavirer. Tout est possible. »

Benjamin Guelen préfère avancer prudemment. « Match par match. La France a l’air d’être la meilleure équipe de toute cette Coupe du monde. Mais les retournements de scénario nous inspirent un peu confiance. Ça va être dur contre l’Espagne, et surtout contre la France si on arrive aussi loin. Mais on ne sait jamais. »

Une communauté qui grandit à chaque match

Au Crafty Coyote, cette aventure belge dépasse pourtant le simple résultat sportif. Pour Delphine Hautfenne, organisatrice des rassemblements de TO BE, chaque match est devenu une occasion de faire grandir la communauté belge de Toronto.

« Chaque match, on a un peu plus de monde », constate-t-elle. « Aujourd’hui, je pense qu’avec la controverse contre les États-Unis, on avait plein de gens non belges qui venaient nous supporter. »

Fondatrice de TO BE (Toronto Belgians), Delphine Hautfenne a profité de la Coupe du monde pour rassembler la communauté belge de Toronto autour des Diables rouges, tout en accueillant de nouveaux sympathisants venus d’horizons divers. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Elle le reconnaît avec le sourire : elle n’était pas, à l’origine, une grande passionnée de soccer. Mais la Coupe du monde a changé quelque chose.

« Moi, je suis seulement les matchs pour la Belgique. J’avais quelqu’un devant moi qui suivait le foot à fond, donc il m’expliquait tout ce qui se passait. C’était super chouette. Il y a un but, je suis contente. On en a eu quatre, c’est génial. »

Son rôle, surtout, est ailleurs. « J’essaie de regrouper un maximum de monde, parce que c’est mon rôle aussi d’être certaine que les gens qui viennent seuls rencontrent du monde et ne soient pas seuls dans leur coin. »

La suite se vivra donc au même endroit. Belgique-Espagne est prévue vendredi à 15 h, heure de Toronto. Les Diables rouges tenteront d’atteindre le dernier carré. Les partisans, eux, espèrent simplement prolonger encore un peu ces montagnes belges.

Plafond d’étudiants étrangers : Ottawa prolonge l’exemption d’un an pour des francophones

Le gouvernement fédéral a annoncé lundi qu’il prolongeait d’une année un programme pilote permettant à plus de 2000 étudiants étrangers francophones d’être exemptés du plafond national des permis d’études, un projet qui favorise également l’accès à la résidence permanente.

La ministre de l’Immigration, Lena Diab, a annoncé la prolongation jusqu’en août 2027 du Programme pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire, malgré le fait qu’il ait très peu fonctionné depuis sa création en 2024.

Annoncé en 2024 par Ottawa, ce projet avait pour but d’exempter 2300 francophones du plafond des permis d’études imposé aux étudiants internationaux. En 2025, ce plafond était de près de 2800. Le projet s’applique aux étudiants francophones dans des établissements postsecondaires de langue française à l’extérieur du Québec.

Or, ce programme n’a pas eu le succès escompté et, en moins de deux ans, n’a attiré que 515 étudiants francophones, précise le communiqué de presse du ministère d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada qui porte sur l’annonce.

« On veut se donner une année de plus pour mieux analyser les résultats du projet pilote. Après cela, nous établirons un plan à long terme. Mon espoir est que ce plan serve à rendre le programme permanent, oui, mais nous devons d’abord nous accorder un peu de temps pour bien faire les choses », a expliqué la ministre de l’Immigration, Lena Diab, en conférence de presse à Winnipeg.

En plus d’être exemptés du plafond national, les participants à ce programme bénéficient d’une voie d’accès directe pour passer d’un statut temporaire à un statut permanent après l’obtention de leur diplôme. Ces étudiants francophones et leurs familles sont aussi dispensés de prouver leur intention de quitter le Canada à la fin de leurs études, en plus de bénéficier d’un allègement du seuil financier requis pour venir étudier au pays.

L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui représente plus d’une vingtaine d’établissements postsecondaires francophones hors Québec, « se réjouit fortement » de cette annonce du fédéral.

« Depuis son lancement, le Programme pilote a permis d’attirer une population étudiante internationale d’expression française qui renforce la vitalité des communautés francophones et qui permettra de répondre à des besoins de main-d’œuvre dans des secteurs essentiels », a déclaré l’ACUFC par communiqué.

Un plafond illégal pour les francophones

Quelques mois avant l’annonce du projet pilote, Ottawa avait imposé un plafond sur les permis d’études au Canada pour contrer l’arrivée d’étudiants étrangers au pays. Après une enquête achevée en octobre 2025, le Commissariat aux langues officielles avait conclu que ce plafond était illégal, contrevenant à la Loi sur les langues officielles.

Selon les conclusions du rapport d’enquête, le gouvernement fédéral a omis de consulter les institutions francophones situées à l’extérieur du Québec. Le rapport souligne également que les autorités n’ont pas mis en place de mesures pour limiter les répercussions préjudiciables qu’un quota national de permis d’études pourrait avoir sur la francophonie canadienne.

Les établissements francophones ont souvent dénoncé, au cours des dernières années, l’impact du plafonnement du nombre de permis d’études sur leurs institutions.

Bien que les étudiants internationaux comptent pour près de 30 % des effectifs au sein des institutions francophones hors Québec, cette proportion ne constitue qu’une part infime, oscillant entre 1 % et 2 %, de la population étudiante totale du pays.

Un Franco-Ontarien nommé juge en chef de la Cour supérieure de l’Ontario

Un Franco-Ontarien de Kapuskasing, dans le Nord de l’Ontario, devient l’un des juges les plus haut placés dans la province et du pays. Patrick Boucher a été nommé lundi juge en chef de la Cour supérieure de justice de l’Ontario.

Le premier ministre Mark Carney a annoncé lundi par communiqué la nomination de M. Boucher à la tête de ce tribunal de première instance en Ontario, l’un des plus importants à travers le pays en matière de volume et d’envergure.

Patrick Boucher, né à Kapuskasing, était depuis 2024 le juge principal régional de la Cour supérieure de justice de l’Ontario pour la région du Nord-Est. Il remplace dans ce nouveau poste Geoffrey B. Morawetz, qui a pris sa retraite le 15 mai dernier.

Nommé juge à la Cour de justice de l’Ontario en 2009, il a ensuite été promu juge de la Cour supérieure de la province en 2020. Avant d’accéder à la magistrature, il a exercé en cabinet privé, travaillant principalement dans le domaine des litiges en droit de la famille et en droit pénal dans le Nord de l’Ontario. Il a aussi été bénévole à la Clinique juridique communautaire Grand-Nord, en plus de siéger au sein de plusieurs comités de direction, groupes de travail et conseils d’administration judiciaires en Ontario.

Il a obtenu un baccalauréat spécialisé de l’Université McGill et un baccalauréat en droit de l’Université d’Ottawa, et a été admis au Barreau de l’Ontario en 1998.

Un pipeline de 3300 km pourrait relier l’Ontario et l’Alberta

CALGARY – L’Ontario et l’Alberta prévoient de construire un pipeline de 3300 km de long qui voyagerait vers l’est, depuis Hardisty, en Alberta, jusqu’à la ceinture de raffinage à Sarnia, en Ontario. L’infrastructure serait construite avec de l’acier canadien exclusivement et permettrait d’acheminer 500 000 barils de pétrole brut par jour. Une étude de faisabilité est en cours, notamment pour évaluer les coûts du projet, avec des conclusions attendues d’ici la fin de 2026.

Le premier ministre ontarien, Doug Ford, et la première ministre albertaine, Danielle Smith, sont réunis à Calgary ce lundi pour dévoiler le tracé proposé d’un pipeline d’envergure.

Intitulé « Bouclier pour le Nord » quant au transport d’énergie, ce pipeline acheminerait du pétrole sur 3 300 km de Hardisty, en Alberta, à Sarnia, en passant par la Saskatchewan et le Manitoba, restant uniquement au sein des frontières canadiennes donc.

Le tracé proposé pour le « Bouclier pour le Nord ». Source : gouvernement de l’Ontario

Si initialement la configuration du pipeline et des stations de pompage devait permettre de transporter 500 000 barils de pétrole brut par jour, la capacité d’expansion permettrait d’acheminer jusqu’à 800 000 barils par jour.

L’Ontario étudie également les possibilités d’étendre les connexions du pipeline vers de nouveaux ports ainsi que vers des ports existants.

Les deux premiers ministres ont chacun mis l’emphase sur le gain pour l’économie, et la création et la protection des emplois au pays : « Notre projet de couloir « Bouclier pour le Nord » de transport de l’énergie est un plan visant à protéger les travailleurs de l’Ontario, de l’Alberta et de toutes les régions du pays », a insisté Doug Ford.

« En reliant les ressources énergétiques de l’Alberta aux raffineries et aux marchés canadiens, nous pouvons créer des emplois, stimuler notre économie et mieux exploiter les ressources de classe mondiale dont nous disposons déjà », a affirmé Danielle Smith.

En juillet 2025, la Saskatchewan s’était déjà jointe à l’accord pour un corridor est-ouest entre l’Ontario et l’Alberta sur la construction de grands projets d’infrastructures pour transporter les minéraux critiques de l’Ontario et le pétrole et le gaz de l’Ouest canadien.

Danielle Smith et Doug Ford ont annoncé le tracé du pipeline Alberta-Ontario ce 6 juillet à Calgary. Photo : capture chaine YouTube officielle du gouvernement de l’Ontario

Conclusion de l’étude de faisabilité d’ici fin 2026

En toile de fond également, on trouve la volonté de réduire la dépendance du Canada à l’égard des marchés étrangers et de renforcer les chaînes d’approvisionnement intérieures.

L’Ontario a officiellement lancé l’étude de faisabilité, dont les conclusions sont attendues d’ici la fin de 2026. Supervisée par Infrastructure Ontario à titre de conseiller commercial, une équipe d’experts (incluant GHD, EY Canada, Mokwateh, AtkinsRéalis, Wood et Turner & Townsend) est actuellement chargée d’évaluer les coûts, les modèles commerciaux et les opportunités connexes, telles que la modernisation du réseau électrique et la création de réserves stratégiques de pétrole.

La province s’engage également « à respecter son obligation de consultation auprès de ses partenaires et communautés autochtones, tout en soutenant la participation des Autochtones aux projets de développement national grâce à un financement historique qui aiderait les communautés autochtones à devenir des partenaires financiers », stipule le communiqué de presse officiel.

Basketball : le Tempo de Toronto mise sur la filière française

TORONTO – Le contingent francophone du Tempo de Toronto continue de s’agrandir. Un peu plus d’un mois après l’arrivée de Tima Pouye, c’est au tour d’Ornella Bankolé de rejoindre la franchise canadienne. Si leurs situations diffèrent, les deux internationales françaises poursuivent le même objectif : s’imposer progressivement dans la meilleure ligue de basketball au monde.

L’une gagne peu à peu la confiance de son entraîneuse. L’autre découvre à peine son nouvel environnement. En l’espace de quelques semaines, Tima Pouye et Ornella Bankolé sont venues apporter une touche française au Tempo. Et la blessure de dernière minute de Julie Allemand face aux Wings de Dallas, ce dimanche, a accéléré les choses pour les deux Françaises.

Tima Pouye a ainsi obtenu sa première titularisation en WNBA, tandis qu’Ornella Bankolé a vu son contrat de développement activé et a foulé un parquet de la grande ligue pour la première fois de sa carrière. Un rêve devenu réalité pour la native d’Auxerre.

Sur le plan collectif, la soirée s’est toutefois terminée par une défaite de Toronto, battu 89-76 par Dallas. Le Tempo affiche désormais un bilan de 9 victoires et 11 défaites.

Moment d’histoire pour le Tempo avec deux Françaises sur le terrain en même temps face aux Wings de Dallas. Ornella Bankolé (33) mène la contre-attaque balle en main, Tima Pouye (32) espace le jeu au large. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Arrivée à Toronto il y a un peu plus d’un mois, Tima Pouye a d’abord dû apprivoiser le rythme de la WNBA avant de voir son rôle grandir progressivement au sein du Tempo. « Tout s’est enchaîné très vite. Mais j’ai été super bien accueillie et je me sens de plus en plus à l’aise », expliquait-elle deux semaines après son arrivée.

Tima Pouye récompensée

Les blessures de Kiki Rice puis de Brittney Sykes ont ouvert davantage de minutes dans la rotation extérieure de Sandy Brondello, et la Française a progressivement gagné la confiance de son entraîneuse jusqu’à être récompensée par ce premier départ.

« Nous sommes très satisfaits de Tima. En revoyant les vidéos, je me suis même dit après le dernier match que j’aurais probablement dû la faire jouer davantage. Donnez-lui une mission et elle va la remplir à 150 % », avait confié Brondello après la rencontre face aux Sparks de Los Angeles, le 25 juin dernier.

Le match suivant, la native de Tulle signait son record en carrière avec 13 points en 20 minutes, son plus gros temps de jeu de la saison. L’entraîneuse australienne soulignait alors autant son investissement que sa compréhension du jeu.

« Elle apprend très vite, ce qui démontre son QI basket. C’est une énorme travailleuse. Elle est toujours au gymnase avant et après les entraînements pour continuer à tirer. Nous voulons qu’elle soit une défenseuse capable de perturber les adversaires sur tout le terrain. Offensivement, j’aime aussi sa capacité à attaquer le cercle et à créer pour les autres. »

Dimanche, Pouye a terminé avec 3 points et 1 passe décisive en 21 minutes. Après la rencontre, Brondello a rappelé que sa titularisation s’était décidée dans l’urgence, pas le contexte idéal pour elle.

« On l’a lancée là-dedans à court préavis, quand on a su que Julie ne pouvait pas jouer. Elle joue dur. Défensivement, elle a fait du bon travail. Offensivement, elle doit encore trouver quand faire circuler le ballon et quand être agressive. Elle doit se faire confiance. »

Depuis son arrivée au Tempo le 28 juin, Tima Pouye a disputé 11 matchs, dont 10 en sortie de banc, avec une moyenne de 9 minutes par rencontre.

Une énergie qui plaît

Pour Pouye, cette progression s’inscrit dans un processus : « Ce n’est que le début. Mon objectif est de gagner progressivement des minutes, de confirmer ce que je fais et que le staff me fasse de plus en plus confiance. »

Julie Allemand constate elle aussi cette montée en puissance. « Ce que j’aime chez Tima, c’est qu’elle reste toujours la même. Elle travaille énormément. Elle apporte beaucoup d’énergie, surtout en défense. »

La meneuse belge estime que la Française commence également à prendre davantage confiance dans son jeu. « Quand on arrive d’Europe, on n’a pas les mêmes responsabilités ici. Mais je vois qu’elle ose de plus en plus à l’entraînement. Ça veut dire qu’elle se sent de plus en plus à l’aise. »

La meneuse reconnaît elle-même que l’adaptation au basket nord-américain demande quelques ajustements. « Ici, tout va beaucoup plus vite. Les possessions sont plus courtes et les joueuses disposent de davantage de liberté pour lire le jeu, alors qu’en Europe on s’appuie davantage sur des systèmes offensifs bien définis. »

Une occasion à saisir

À la veille du match contre Dallas, Ornella Bankolé ne savait toujours pas si elle ferait partie des joueuses activées. « Je me tiens juste prête pour quand l’équipe aura besoin de moi. Je suis vraiment là pour essayer d’apporter ce dont ils ont besoin, quand ils en ont besoin », confiait-elle à ONFR.

Quelques heures plus tard, la blessure de dernière minute de Julie Allemand changeait les plans du Tempo et permettait à l’ailière française de faire sa première apparition sur la feuille de match.

Âgée de 28 ans, Bankolé évolue sous un contrat de développement, un statut propre à la WNBA qui limite sa présence à un maximum de 12 rencontres. Chaque opportunité revêt donc une importance particulière pour convaincre la franchise torontoise.

Ornella Bankolé a inscrit ses deux premiers points en WNBA sur lancers francs. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Pour ses débuts, elle a inscrit ses deux premiers points en WNBA, ajouté 2 rebonds et 1 interception en 8 minutes. Après la rencontre, Brondello a apprécié son énergie malgré une intégration express.

« Elle est entrée et elle a joué dur. Elle ne connaît pas encore beaucoup de nos systèmes vu qu’elle est ici depuis très peu de temps. Les leaders ont essayé de l’aider sur le terrain, mais l’idée était simple : jouer dur. Sur ses minutes, elle nous a donné une bonne énergie. »

Même si les circonstances ont accéléré ses débuts, Brondello appréciait déjà le profil de sa nouvelle joueuse. « Nous cherchions davantage de joueuses physiques capables de défendre. Aujourd’hui, elle a montré qu’elle pouvait tirer à trois points, bien couper vers le panier et qu’elle peut apprendre rapidement notre système. »

Une intégration accélérée

Julie Allemand connaît bien les difficultés d’une arrivée en pleine saison. « Elle me disait qu’elle ne comprenait pas encore tous les termes. Je lui ai répondu que c’était normal. Chaque fois que je change d’équipe aux États-Unis, il me faut environ une semaine avant de tout comprendre. »

La Belge rappelle aussi que le calendrier laisse peu de place à l’apprentissage. « On n’a eu que trois entraînements. Maintenant, on repart pour cinq matchs en dix jours. On ne va presque plus s’entraîner. Je lui ai déjà dit qu’elle allait devoir faire beaucoup de travail supplémentaire pour rester prête. »

Avec trois ans d’expérience dans la WNBA et une langue commune, Julie Allemand (au centre) représente une aide solide pour les Françaises du Tempo. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Heureusement pour l’Auxerroise, son intégration a été facilitée par la présence des deux francophones dans le vestiaire, mais aussi par un premier moment de cohésion avec ses nouvelles coéquipières lors du match de la Coupe du monde entre la Croatie et le Portugal, disputé à Toronto quelques jours après son arrivée.

« Ça m’a permis de passer un peu de temps avec le groupe, avec les filles, et de mieux les connaître. C’était un premier vrai moment partagé avec l’équipe. C’est vraiment appréciable parce que Julie et Tima soient là m’aider quand je ne comprends pas tout en anglais. C’est un vrai soutien et ça fait vraiment du bien. »

Deux Françaises, un même état d’esprit

Pour Sandy Brondello, les deux Françaises partagent d’ailleurs plusieurs qualités. « Elles sont très faciles à entraîner et travaillent extrêmement fort. Elles arrivent avant les entraînements, restent après pour faire des extras et prennent leur métier de professionnelles très au sérieux. »

L’entraîneuse australienne ne cache pas non plus son admiration pour la qualité de la formation française. « Le basket français possède énormément de talent. Il faut reconnaître le travail réalisé dans la formation des joueuses. Beaucoup arrivent ensuite en WNBA et y occupent des rôles importants. »

Édith Houle, une femme engagée du Sud-Ouest s’éteint

SARNIA – Le Sud-Ouest est en deuil, suite au décès d’Édith Houle, une Franco-Ontarienne engagée dans sa communauté depuis six décennies.

Elle était un des visages du Centre culturel francophone Jolliet dont elle a été la première femme administratrice dans les années 1960. Édith Houle s’est éteinte jeudi à l’âge de 103 ans.

Le maire de Sarnia, Mike Bradley, a salué la « vie bien remplie » de celle qui a « joué un rôle important dans l’évolution et le développement de la communauté francophone pendant plus de six décennies ».

« Son dévouement et son amour pour la communauté francophone resteront longtemps gravés dans nos mémoires », a-t-il estimé.

Née à Chandler en 1922, au Québec, Mme Houle a vécu ensuite à Smooth Rock Falls, dans le Nord de l’Ontario, avant de s’installer à Sarnia, près de Bluewater, où elle s’est impliquée dans la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin.

Elle en a été l’organiste durant 60 ans, de même qu’elle a présidé les Dames de Sainte-Anne, un groupe religieux de soutien aux causes locales et de collecte de fonds pour la paroisse.

Elle a notamment été présidente du club de l’âge d’or La Gaieté pendant 14 ans, et a contribué en 1959 à la fondation du Club Jolliet, futur Centre culturel francophone Jolliet.

Une « immense perte » pour la communauté

« La communauté francophone de Sarnia est sous le choc », a d’ailleurs réagi le Centre, rendant hommage à celle qui a « marqué l’histoire et l’évolution de la communauté francophone de Sarnia pendant plus de six décennies. »

Son président actuel, Normand Prevost, s’est dit ému lorsqu’il a appris sa disparition. « J’ai adoré chaque instant passé à discuter avec elle! Elle m’impressionnait tellement par sa mémoire, la clarté et l’intelligence de ses propos. C’est une immense perte pour notre belle communauté francophone », a-t-il déclaré dans une publication sur le réseau social Facebook.

« La communauté francophone de Sarnia a perdu une grande dame, une dame toujours pleine d’énergie », s’est aussi attristé Patrice Dufour, un ancien président du Centre.

Une cérémonie commémorative aura lieu le samedi prochain de 13 h à 16 h, au restaurant Big Fish Steak & Lounge, à Sarnia.

À Ottawa, le parcours historique du Canada célébré malgré l’élimination

OTTAWA – Le rêve canadien s’est arrêté en huitièmes de finale de la Coupe du monde de soccer après une défaite de 3-0 face au Maroc. Réunis par milliers au parc des Plaines-LeBreton, les partisans ont néanmoins salué le parcours historique de leur équipe, qui a franchi pour la première fois la phase de groupes et remporté un premier match à élimination directe. 

Plus qu’un match de football entre le Canada et le Maroc, le visionnement de la Coupe du monde, samedi au parc des Plaines-LeBreton, à Ottawa, avait des airs de véritable fête du Canada.

Quelques jours après l’annulation des célébrations de la fête nationale en raison d’un orage, plusieurs milliers de spectateurs ont envahi les plaines LeBreton, vêtus de rouge. Le rouge des supporters de l’équipe du Canada se confondait parfois avec celui des partisans du Maroc, dans une ambiance de drapeaux, de chants et de passion.

Peu avant le coup d’envoi, un hélicoptère CH-147F Chinook de l’Aviation royale canadienne a survolé le parc, un hommage organisé pour souligner ce grand rassemblement populaire et le parcours historique du Canada dans ce Mondial.

Sur le terrain, le rêve canadien s’est toutefois arrêté en huitièmes de finale. Le groupe du Franco-ontarien Jonathan David s’est inclinée 3-0 face au Maroc, au Stade de Houston, au terme d’un parcours historique. 

Avant cette élimination, le Canada avait marqué l’histoire de son soccer. En phase de groupes, les Canadiens ont d’abord fait match nul 1-1 contre la Bosnie-Herzégovine, le 12 juin, au Stade de Toronto. Ils ont ensuite signé une large victoire de 6-0 face au Qatar, le 18 juin, au BC Place de Vancouver, avant de s’incliner 2-1 contre la Suisse, le 24 juin, toujours à Vancouver.

Qualifié pour la phase éliminatoire, le Canada a ensuite franchi une autre étape majeure en battant l’Afrique du Sud 1-0 en seizièmes de finale, décrochant ainsi le premier succès de son histoire dans un match éliminatoire de Coupe du monde. 

Malgré la défaite face au Maroc, la fierté dominait chez plusieurs partisans réunis à Ottawa.

« C’était un match difficile, mais malgré tout ça, je félicite l’équipe du Canada parce qu’ils sont vraiment arrivés très loin, a confié Lizett Castillo. C’est le soccer, c’est comme ça : aujourd’hui, on crie de joie et parfois on est triste, mais je serai toujours dans l’appui du Canada. »

Même sentiment chez Josh, déçu, mais fier du chemin parcouru. « Très déçu, bien sûr. Si le Canada avait marqué dans les premières minutes, je pense que ça aurait été un autre match. Mais je suis fier qu’ils soient arrivés jusqu’ici », a-t-il souligné.

Et d’ajouter : « Je pense que ce parcours va changer le jeu dans le pays et inspirer beaucoup de jeunes. Ce sera un moment dont les Canadiens vont se souvenir »

Malgré la défaite, Josh estime que le parcours du Canada inspirera toute une nouvelle génération de jeunes joueurs. Photo : Amine Harmach/ONFR

Pour Ryan Pascal, cette Coupe du monde aura surtout permis de mesurer le chemin parcouru par le Canada sur la scène internationale. « Je suis très fier qu’on ait réussi à aller jusque-là. On a joué contre une très bonne équipe. Tout le monde a fait de son mieux, mais à la fin, c’est la meilleure équipe qui gagne », a-t-il résumé. « On est très fiers d’être Canadiens. C’était incroyable de voir tout le monde avec ces différents drapeaux, soutenir ces différents pays. »

À Ottawa, malgré la déception, l’image restera celle d’un pays rassemblé autour de son équipe, dans une ambiance de fête, de fierté et d’espoir pour la suite.

Trois Franco-Ontariens plongent vers les Essais canadiens

Du 5 au 9 juillet, les meilleurs nageurs du pays convergeront vers la Piscine olympique de Montréal pour les Essais canadiens Bell 2026. En jeu : une place au sein de l’équipe nationale qui représentera le Canada aux Championnats pan-pacifiques. Parmi les athlètes attendus figurent trois Franco-Ontariens aux parcours bien différents. Ben Winterborn et Filip Senc-Samardzic visent les sommets de la natation canadienne, tandis qu’Alexandre Landry s’apprête à tourner une page importante de sa carrière.

À quelques jours de plonger dans le bassin montréalais, les trois nageurs affichent des états d’esprit contrastés, mais un même désir de franchir une nouvelle étape.

Ben Winterborn, s’imposer parmi l’élite canadienne du dos

Chez Ben Winterborn, la confiance est palpable. Le nageur torontois estime avoir trouvé une stabilité qui lui faisait parfois défaut ces dernières saisons. Sans chercher à accumuler les performances éclatantes avant Montréal, il a construit sa préparation autour d’un seul objectif : arriver au meilleur de sa forme lorsque les qualifications seront en jeu.

« L’entraînement va vraiment bien. Les championnats universitaires m’ont donné beaucoup de confiance. Je suis content de la façon dont les choses se passent et je me sens confiant à l’approche des essais », résume-t-il.

Ses ambitions sont clairement définies. Déjà sélectionné pour les Jeux du Commonwealth, le spécialiste du dos originaire de Kingston souhaite désormais décrocher une place au sein de l’équipe canadienne qui participera aux Championnats pan-pacifiques. Sur le plan individuel, il vise la victoire au 50 mètres dos, une place parmi les deux premiers au 100 mètres dos et espère se rapprocher du record canadien sur sa spécialité.

Le spécialiste du dos Ben Winterborn s’entraîne au Centre de haute performance de Toronto tout en poursuivant des études en sciences politiques à l’Université de Toronto. Photo : Barry McCluskey/Université de Toronto

Construire la suite de sa carrière

À une semaine des essais, les derniers ajustements ne sont plus physiques, mais psychologiques.

« À présent, il n’y a plus grand-chose que je peux changer physiquement. Là, l’objectif, c’est le mental. Je fais beaucoup de visualisation. Chaque jour, je m’imagine au 50 mètres et au 100 mètres. J’imagine comment je veux approcher la course, comment je veux être derrière les blocs, à quoi je veux penser. Et je me prépare aussi à réagir si quelque chose d’imprévu arrive. »

Cette préparation minutieuse s’inscrit dans un projet à plus long terme. Ben Winterborn pense déjà aux Championnats du monde de 2027, puis aux Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Son objectif est de continuer à progresser parmi les meilleurs canadiens de sa discipline.

Filip Senc-Samardzic, des ambitions au-delà de la qualification

Le parcours de Filip Senc-Samardzic raconte une autre histoire.

Sa saison universitaire aux États-Unis a été marquée par une frustration. Malgré une préparation qu’il juge réussie, le Franco-Ontarien a échoué à une seule place d’une qualification individuelle aux championnats NCAA, après des changements dans le système de sélection. Il a en effet terminé 25e alors que, désormais, seuls les 24 meilleurs nageurs étaient retenus.

Malgré cette déception, Senc-Samardzic est resté concentré sur le relais 4 x 100, où, avec son équipe, il a terminé parmi les huit meilleures du pays. (modifié) 

Loin de l’abattre, sa détermination s’est renforcée. Après un stage avec l’équipe canadienne à Majorque et une compétition à Barcelone, Senc-Samardzic estime arriver aux essais dans les meilleures dispositions de la saison.

« Je me sens vraiment bien. C’est la première fois cette saison que je passe sous les 50 secondes au 100 mètres libre. Maintenant qu’on approche des essais et que l’affûtage est terminé, je suis content de là où j’en suis. On verra ce que je peux faire, mais je sens que je suis dans une bonne période. »

Filip Senc-Samardzic, spécialiste du papillon et de la nage libre, évolue à l’Université de l’Arizona. Il y a notamment partagé le bassin avec le Français Léon Marchand, quadruple champion olympique aux Jeux de Paris 2024. Photo : Casey McNulty/Arizona Athletics

Des rêves de podium olympique

Cette confiance s’accompagne d’objectifs élevés. Une qualification pour les Championnats pan-pacifiques constitue la priorité immédiate, avant les Championnats du monde en petit bassin cet hiver et les Mondiaux de Budapest en 2027.

Mais le nageur de 22 ans voit déjà plus loin. « Je n’ai pas envie juste de me qualifier pour les Jeux olympiques. Bien sûr que ce serait une étape importante dans ma carrière, mais je veux performer là-bas. Je veux me qualifier pour des finales individuelles et, avec notre relais 4 x 100 mètres libre, on parle déjà de gagner une médaille à Los Angeles. C’est un objectif qu’on partage tous les quatre depuis les derniers championnats du monde. »

Cette ambition illustre le changement de statut du Canadien d’origine suisse et croate. Désormais intégré à l’environnement de l’équipe nationale, il ne cherche plus seulement à y faire sa place, mais à s’y imposer durablement.

Alexandre Landry, des adieux à Sudbury

Pour Alexandre Landry, les essais montréalais auront une signification particulière. Au-delà de l’aspect sportif, ils marqueront ses dernières compétitions sous les couleurs du club de Sudbury, qu’il quittera à la fin de l’été pour rejoindre l’Université d’Ottawa, où il poursuivra des études en éducation en français tout en intégrant un groupe d’entraînement de haut niveau.

Le choix s’est imposé naturellement. Après plusieurs stages avec sa future équipe, Landry a découvert un environnement beaucoup plus structuré, avec un accès à des spécialistes de la préparation physique, de la nutrition et de la santé mentale.

« Ça m’a vraiment ouvert les yeux. J’ai pu rencontrer la majorité de l’équipe, voir comment tout est organisé et découvrir tous les services auxquels ils ont accès. Je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de choses qui pourront m’aider à progresser dans le futur. »

Âgé de 25 ans, le Franco-Ontarien Alexandre Landry partagera son temps entre ses études en éducation en français à l’Université d’Ottawa et la natation de haut niveau à compter de l’automne. Photo : Daniel Landry

Nager sans pression

Quitter Sudbury n’en demeure pas moins chargé d’émotion.

« L’équipe va certainement beaucoup me manquer. Même si ça ne fait que cinq ans, ça a vraiment été comme une famille. Le camp d’entraînement en Espagne et les dernières compétitions ensemble m’ont aussi rassuré. J’ai vu les plus jeunes progresser et je me suis dit qu’ils étaient prêts à continuer sans moi. Ça rend le départ un peu plus facile. »

Sur le plan sportif, Landry reconnaît que sa saison n’a pas répondu à toutes ses attentes. Plutôt que de s’imposer une pression supplémentaire, il préfère aborder les essais avec sérénité.

« Je veux simplement bien la terminer. J’essaie de ne pas me mettre de pression, juste nager pour le plaisir. Ça fait quinze ans que je fais ce sport. Je veux continuer à m’améliorer et voir ce qui va se passer. »

Une philosophie qui pourrait lui permettre de créer la surprise avant de débuter un nouveau chapitre de sa carrière dans la capitale fédérale.

« Un moment charnière » : Fabien Hébert brigue un 3e mandat à la tête de l’AFO

OTTAWA – Fort d’un capital politique qu’il dit avoir accumulé depuis quatre ans, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, confirme sa volonté de briguer un troisième mandat en octobre prochain. Le leader communautaire prévient que d’importants combats attendent l’Ontario français et justifie sa candidature précoce par le besoin d’assurer une stabilité au moment où la communauté s’apprêterait à entamer d’importants changements.

Pour ce natif de Hearst, dans le Nord de l’Ontario, solliciter un nouveau mandat de deux ans s’impose comme une évidence. 

« C’était déjà mon intention d’aller pour un troisième mandat, mais c’est devenu naturel avec tous les défis qui sont à relever et ce qu’on a entendu dans toutes les communautés lors des États généraux », confie-t-il à ONFR après en avoir fait l’annonce sur les réseaux sociaux jeudi soir.

Fabien Hébert mise sur la continuité et l’accès aux cercles décisionnels : « On est à un moment charnière. J’ai quatre ans d’expérience dans le dossier, j’ai gagné du capital politique dans mes rencontres et mes discussions. Pourquoi ne pas mettre ça à l’avantage de la communauté francophone? »

Le Livre blanc comme feuille de route

Cette candidature survient alors que l’organisme porte-parole vient de clore la phase de consultation de l’Acte 2 de ses États généraux, un exercice d’envergure qui a mobilisé plus de 1000 participants. 

Les données recueillies doivent mener à la publication, cet automne, d’un Livre blanc très attendu, qui servira de plan de match pour l’avenir.

Le président sortant indique vouloir faire de la mise en œuvre de ce Livre blanc sa priorité s’il obtient un nouveau mandat. Selon lui, les structures actuelles ne permettent pas de répondre pleinement aux besoins de la communauté.

« On doit développer ou imaginer un nouveau modèle d’organisation communautaire pour bien y répondre », explique-t-il.

Le paradoxe financier de 2028

Toutefois, la route vers cette transformation promise devra s’armer de patience, puisque les ressources financières majeures n’arriveront pas avant 2028.

Questionné sur ce décalage, M. Hébert précise qu’il s’agit d’une réalité purement budgétaire liée au Plan d’action fédéral pour les langues officielles et aux ententes avec Patrimoine Canada, dont les enveloppes actuelles sont verrouillées jusqu’en mars 2028. 

Si la communauté voulait lancer de grands chantiers dès demain, « les fonds ne sont pas là », admet-il franchement.

Ce positionnement répond à des impératifs de calendrier alors que l’organisme prévoit d’utiliser les conclusions de son Livre blanc pour alimenter les consultations en cours avec Patrimoine Canada, en vue de la préparation du prochain cycle de financement fédéral pour la période 2028-2033. 

Bien qu’il n’exclue pas la possibilité d’aller chercher des fonds d’urgence d’ici là, le président sortant estime qu’ils ne seraient pas suffisants pour mener à terme un exercice aussi ambitieux.

La modernisation de la LSF comme plus grande fierté

Interrogé sur son plus grand accomplissement, Fabien Hébert cite la création du Centre de planification des services de santé en français, né de la crise entre le gouvernement et les anciennes entités.

« Nous avons réussi, par nos interventions, à créer une agence indépendante, par et pour les francophones, pour recommander au gouvernement les actions prioritaires en santé », se félicite-t-il, soulignant que la structure a permis de préserver l’expertise et les emplois existants.

« Le renouvellement de la Loi sur les services en français et la modernisation des règlements, c’est quelque chose qui nous tenait vraiment à cœur et qu’on a réussi à obtenir », cite-t-il également tout en rappelant le soutien à des projets culturels d’envergure, à l’instar du MIFO ou du Théâtre français de Toronto.

Malgré ces gains, le président sortant continue de talonner le ministère des Affaires francophones (MAFO), nouvellement piloté par Natalia Kusendova-Bashta, pour que la révision des règlements administratifs suive le rythme, notamment en ce qui a trait à la liste des établissements désignés sous la LSF.

« On attend encore une mise à jour de ce règlement-là, qui est vraiment crucial pour nous permettre de bien comprendre où sont les lacunes », rappelle-t-il.

Un calendrier électoral devancé

En choisissant de dévoiler ses intentions dès le début de juillet, Fabien Hébert prend une longueur d’avance sur le calendrier institutionnel. La période officielle de mise en candidature de l’AFO ne s’ouvrira que le 26 août et se clôturera le 9 octobre prochain.

L’élection se déroulera lors du Congrès annuel de l’organisme, prévu du 21 au 24 octobre prochain à Richmond Hill. Placée sous le thème « Un nouveau souffle », cette édition coïncidera avec la présentation des résultats de l’Acte 2 des États généraux.

Élu pour un premier mandat en 2022 face à Nicole Fortier Levesque, puis reconduit sans opposition en 2024, le président affirme vouloir éviter qu’un « vide » politique ne s’installe durant la saison estivale, préférant rassurer la base associative.

S’il l’emporte lors du scrutin d’octobre 2026, Fabien Hébert s’inscrira dans la lignée de ses prédécesseurs directs, Carol Jolin (2016-2022) et Denis B. Vaillancourt (2010-2016). 

Tous deux avaient également complété six années consécutives à la tête de l’organisme, une longévité institutionnelle devenue une véritable tradition politique pour le porte-parole de l’Ontario français depuis sa refondation en 2006 sous la présidence de Mariette Carrier-Fraser.

Des rêves plus grands que les obstacles

« L’entraide, très importante en situation de grande chaleur » : appel à la vigilance à Ottawa

Nicolas Guertin est porte-parole pour le Service paramédic d’Ottawa et agit à titre de voix officielle pour informer la population sur la réponse médicale d’urgence et la prévention lors des événements climatiques extrêmes dans la capitale fédérale.

Après une fête du Canada marquée par les intempéries et une annulation des festivités, la ville d’Ottawa entre de plain-pied dans une vague de chaleur accablante. 

L’augmentation des appels au 911 force les autorités médicales à intensifier la prévention. Au-delà des conseils d’usage, les ambulanciers misent sur l’entraide communautaire et la vigilance face aux erreurs d’hydratation fréquentes pour éviter les hospitalisations critiques.

« Vos services ou les urgences de la région constatent-ils déjà une hausse des signalements ou des malaises liés à la chaleur sur le terrain?

Oui, on commence à recevoir des appels reliés à la chaleur. Aujourd’hui, notamment, on a eu environ une quinzaine d’appels. Il y a eu quelques transports vers l’hôpital, mais heureusement, rien de critique pour l’instant.

Quels sont les services ou les lieux physiques, comme les centres de rafraîchissement, mis en place à Ottawa pour les citoyens qui n’ont pas l’air climatisé?

Pour n’importe qui qui n’aurait pas d’air climatisé ou qui serait pris dehors, c’est important de visiter le site Ottawa.ca qui contient une liste complète de tous les lieux d’accueil. Mais le message vraiment important qu’on essaie de partager aux citoyens, c’est de vérifier auprès de votre famille et de vos amis. 

Si vous connaissez des proches qui n’ont pas la climatisation, appelez-les, invitez-les chez vous si vous le pouvez. L’entraide, ce qu’on appelle un buddy system, c’est très important dans des situations de grande chaleur comme on vit en ce moment.

À quel moment un simple inconfort lié à la chaleur devient-il une urgence médicale majeure qui doit nous inciter à composer le 911?

L’un des symptômes les plus importants, c’est la perte de connaissance ou un niveau de conscience altéré. Quelqu’un qui ne répond plus normalement ou qui a de la misère à rester réveillé à cause d’une exposition soutenue à la chaleur, ça devient une urgence médicale importante. C’est crucial d’appeler le 911 pour que nos agents de communication puissent envoyer la bonne ressource paramédicale le plus rapidement possible.

On répète souvent de boire de l’eau, mais quelle est l’erreur classique que les gens commettent encore trop souvent chez eux lors d’une canicule?

Une des erreurs fréquentes, c’est le manque d’hydratation en eau pure et le fait de remplacer cette hydratation par de l’alcool ou des boissons caféinées. Ces boissons vont, en fait, avoir un effet contraire et accélérer la déshydratation. Il faut impérativement éviter l’alcool et le café, et consommer beaucoup d’eau.

Certaines personnes sont plus à risque, comme les aînés. Quels sont les risques réels pour les jeunes adultes en bonne santé qui sous-estimeraient cette canicule?

Les coups de chaleur et la déshydratation, personne n’est à l’abri de ça. Il ne faut pas sous-estimer l’effet de la chaleur ou du manque d’eau sur notre corps, peu importe notre âge. N’importe qui peut être touché par un événement de chaleur intense. C’est pourquoi tout le monde doit suivre les conseils et s’entraider pour diminuer les appels au 911 associés aux grandes chaleurs par des petits gestes.

C’est actuellement la saison des festivals à Ottawa. Quels sont vos conseils pour ceux qui prévoient de passer de longues journées dehors?

C’est juste de prendre nos précautions pour apprécier la saison des festivals sans problème : s’hydrater adéquatement, se couvrir la tête d’un chapeau, mettre de la crème solaire et, surtout, diminuer notre exposition à la chaleur soutenue en prenant des pauses à l’ombre ou à l’air climatisé. Les petites choses peuvent faire de grandes différences pour profiter de l’été de façon sécuritaire. »

Course à la tête de l’OIF : quatre candidats pour un fauteuil

Qui présidera aux destinées de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)? Une audition ministérielle inédite a mis en lumière mardi les intentions des quatre candidats en lice pour le poste de secrétaire général. Décryptage d’une lutte de pouvoir qui connaîtra son épilogue lors du 20e Sommet de la Francophonie en novembre prochain.

Candidate à sa propre succession, la secrétaire générale sortante de la Francophonie Louise Mushikiwabo a défendu son bilan au cours d’une Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) extraordinaire, notamment ses réformes qui ont abouti à un resserrement budgétaire et à un recentrage des missions coopération de l’OIF, réduites à une vingtaine depuis sa prise de fonction en 2019.

« C’était pour plus d’impact et de concret », a argumenté celle qui, si elle était reconduite pour un troisième mandat de quatre ans, voudrait « aller encore plus loin, faire de la francophonie un espace plus influent, plus solidaire, mieux gouverné et aligné sur les défis de son époque ».

Sous sa gouvernance, l’OIF s’est enrichie de trois nouvelles représentations décentralisées (Beyrouth, Tunis et Québec) et sept nouveaux membres (dont la Nouvelle-Écosse) en même temps que trois pays du Sahel quittaient le navire (Burkina Faso, Mali et Niger). « La porte leur reste grande ouverte », a-t-elle insisté, pointant de multiples perturbations succeptibles de fragiliser à tout moment la confiance envers l’institution : crises climatiques, sanitaires, érosion de la démocratie, désinformation, droits humains…

La route vers un troisième mandat est cependant plus complexe pour la sortante qu’il y a quatre ans quand elle était seule à convoiter le siège de secrétaire général. Si elle y parvenait, elle égaliserait le nombre de mandats du tout premier patron de l’organisation, le Sénégalais Abdou Diouf.

Louise Mushikiwabo (Rwanda), Juliana Amato Lumumba (RDC), Dacian Cioloș (Roumanie) et Coumba Bâ (Mauritanie), auditionnés à Paris, lors d’une CMF. Photos : captures YouTube OIF

Face à l’ancienne ministre rwandaise de la Défense, se présente Juliana Amato Lumumba (RDC), fille du premier premier ministre de la République démocratique du Congo (RDC), le tout dans un contexte de tensions géopolitiques et militaires entre leurs deux pays dans la région africaine des Grands Lacs.

Devant les ministres des Affaires étrangères des États et gouvernements membres de plein droit, Mme Lumumba a plaidé mardi pour « une francophonie tournée vers les peuples, qui a un impact sur la vie quotidienne à l’école, dans l’emploi, dans la mobilité, l’accès au numérique, la culture, la paix et la participation citoyenne », exigeant opportunités et résultats.

« La Francophonie doit renforcer son influence internationale et assumer pleinement son rôle politique », a-t-elle par ailleurs martelé, là où les secrétaires généraux successifs ont souvent opté pour la prudence en la matière. L’ex-ministre congolaise de la Culture et des Arts a eu toutefois, au moment de la période des questions, des difficultés à répondre aux ministres et ambassadeurs de la CMF, indiquant ne pas comprendre et les faisant répéter à plusieurs reprises.

Trois Africaines et un Européen sur les rangs

Alors qu’on se dirigeait tout droit vers un duel Mushikiwabo-Lumumba il y a encore quelques mois, deux autres candidats déclarés plus récemment étaient également audiotonnés : la Mauritanienne Coumba Bâ et le Roumain Dacian Ciolos.

La première milite pour une francophonie plus active dans la prévention des conflits, la défense des valeurs de l’OIF et la lutte contre la désinformation. Le second souhaite élever la francophonie économique au rang de priorité numéro un.

« Si les jeunes n’apprennent à coder qu’en anglais, si les contenus qu’ils consultent sont dans d’autres langues, si les modèles d’intelligence artificielle qui façonnent l’accès aux savoirs sont alimentés sans données francophones suffisantes, alors la francophonie dans le monde sera sérieusement compromise », a en outre illustré Mme Bâ, inscrivant la jeunesse, l’employabilité, le numérique et la découvrabilité au coeur de sa candidature.

De son côté, M. Ciolos, seul à intervenir sans lire ses notes, était certainement celui qui dégageait le plus d’assurance dans ce grand oral, mais aussi celui qui craignait le plus pour sa légitimité alors que la Francophonie repose largement sur la démographie de l’Afrique.

L’ancien premier ministre de Roumanie a d’ailleurs abordé la question sans qu’on la lui pose, affirmant que, s’il était nommé, son futur administrateur serait de facto issu d’un pays africain et qu’il consacrerait sa première année à une tournée sur le continent. Le poste le plus important après celui de secrétaire général, soit l’administrateur, a souvent par le passé été accordé à un candidat canadien.

Cet économiste de formation revendique un « multilatéralisme éclairé », conscient de ses périls et de ses forces. Il a affirmé vouloir faire de la coopération économique et des jeunes une priorité. « L’avenir dépend du choix des jeunes de choisir le français. Ils le choisissent si cela leur apporte quelque chose de positif. Ce doit être une langue d’opportunités. »

Et d’appeler de ses voeux une OIF plus présente au niveau régional, « plus proche des projets là où ils sont financés. »

Départager les programmes de ses quatre prétendants reste néanmoins ardu. Tous ont évoqué la place de la jeunesse, le potentiel des petites et moyennes entreprises, la stabilité, la sécurité, le soutien aux pays les plus vulnérables ou encore les enjeux liés à l’intelligence artificielle. Tous ont également évoqué l’impératif d’accroître et de diversifier les sources de financement de l’OIF pour lui donner la pleine capacité d’agir.

Le choix final reviendra aux chefs d’État et de gouvernement de l’OIF lors du 20e Sommet de la Francophonie en novembre prochain, au Cambodge.

Une ligue d’impro à Hammond : un salut pour Nicholas

Balado – Si les routes avaient des oreilles : 12 récits de gens d’ici

Dans la trentaine, Nicholas Filion s’est arrêté pour faire le point. Pris dans le tourbillon classique de la vie adulte — le mariage, la maison, l’arrivée d’un enfant —, il a réalisé qu’à force de suivre la routine, il s’était un peu perdu en chemin et avait délaissé ses passions. Après une séparation, le besoin de prendre un nouveau départ et de se retrouver est devenu une évidence.

Pour Nicolas, ce renouveau est passé par un retour aux sources. Originaire de l’Est ontarien, il ressentait le désir de se reconnecter à cette communauté franco-ontarienne qu’il avait un peu mis de côté depuis le secondaire. C’est de cette quête de sens et de partage qu’est née la SLICE, la ligue d’improvisation de Hammond. En lançant ce projet, il a non seulement retrouvé son étincelle, mais il a aussi offert un lieu de rassemblement aux francophones de la région.

Dans cet échange rafraîchissant et très authentique, on jase de paternité, de reconstruction, de quête identitaire et de l’importance de s’accorder du temps pour vibrer à nouveau.

Ottawa confirmée comme ville hôte du Sommet de la Francophonie en 2028

La région d’Ottawa a officiellement été confirmée comme ville hôte pour accueillir le Sommet de la Francophonie en 2028, a affirmé le premier ministre Mark Carney.

Le premier ministre en a fait l’annonce ce mercredi, dans son discours dans le cadre des festivités de la Fête du Canada, signalant que « nous avons décidé d’amener le monde au Canada pour célébrer la vitalité, la richesse et la résilience de la langue française dans ce pays et partout dans le monde. »

« Oui, le Canada accueillera le Sommet de la Francophonie en 2028, ici même, dans la région de la capitale nationale. Que la fête commence », a-t-il affirmé devant une foule rassemblée aux plaines LeBreton à Ottawa.

Le bureau du premier ministre a indiqué à ONFR qu’Ottawa était la dernière candidature en lice, obtenant ainsi automatiquement le Sommet dans deux ans.

Le Conseil permanent de la Francophonie, qui réunit les représentants personnels des Chefs d’État et de gouvernement, a fait une recommandation ce mercredi en ce sens, qui devra être ensuite entérinée lors du Sommet du Cambodge, conformément aux procédures de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il s’agit toutefois d’une formalité.

Dans le même esprit, les États et gouvernements membres ont également répondu favorablement à la demande du Bénin d’accueillir la Conférence ministérielle de la Francophonie en 2027.

En décembre dernier, Mark Carney avait fait l’annonce que la région de la capitale nationale soumettait sa candidature pour accueillir cet événement qui regroupe 93 États et gouvernements membres.

« Le Sommet de la Francophonie permettra au Canada d’approfondir les échanges commerciaux et culturels au sein d’un réseau de pays francophones », avait alors dit le premier ministre.

Membre fondateur de l’OIF, le Canada est aussi son deuxième bailleur de fonds. Il siège aux côtés des provinces du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l’Ontario. Le prochain sommet biennal est prévu en novembre à Siem Reap, au Cambodge.

Avant l’édition de 2028 prévue à Ottawa, le Canada a été l’hôte de ce rassemblement des dirigeants de la Francophonie à trois reprises : à Québec en 2008, à Moncton en 1999, ainsi qu’une première fois à Québec en 1987.

Lors de son allocution de mercredi, Mark Carney a également annoncé l’adhésion du Canada à l’Eurovision. Ce célèbre concours européen de la chanson, tenu annuellement, est sous l’égide de l’Union européenne de radio-télévision.

Les Français de Toronto éparpillés… sauf pour le soccer

TORONTO – La qualification mardi de la France en huitièmes de finale de la Coupe du monde de soccer, au détriment de la Suède, a ravi les partisans tricolores en Ontario qui s’étaient donné rendez-vous dans le centre-ville.

Mardi, 17h45, centre-ville torontois. « Qu’est-ce qui se passe? On peut entrer? » interroge, interloqué, un habitué des lieux, vêtu du chandail des Blue Jays, dans la file d’entrée du pub The Pint Public House, sur la rue Front Ouest.

« Ce sont les Français. Ils occupent tout l’étage », répond, affable, une serveuse du bar que surplombe l’imposante enceinte circulaire du Centre Rogers, dans ce quartier général bien connu des amateurs de sports à Toronto.

Ce soir, ni baseball ni basket ni hockey. Le ballon rond bouscule les traditions nord-américaines, Coupe du Monde oblige.

Le client quitte les lieux, bredouille, quand soudain des cris retentissent au fond de la brasserie. La France vient d’inscrire un premier but contre la Suède, après une succession de tentatives vaines au cours de la première période de jeu. En haut des escaliers ornés de drapeaux bleu-blanc-rouge, une ola démarre aussitôt pour tourner en boucle autour du bar du premier niveau.

Un partisan porte un maillot floqué au nom de Zizou, le surnom de Zinedine Zidane, vainqueur embématique du Mondial de 1998. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

On s’accroche aux symboles dans le pub The Pint Public House. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Les matchs de la France sont prétexte à se rassembler. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Les 45 premières minutes de jeu sans but ont donné lieu à des sueurs froides. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Suspense, frayeurs et joie sur les visages. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Un but, puis deux, puis trois. Libération. L’aventure en bleu peut continuer. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Olivier Debregeas, cheville ouvrière des rassemblements tricolores. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Serge Paul, ancien président de l’ACFO Toronto, savoure le score. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Durant 90 minutes, les participants français de Toronto ont ainsi hurlé, chanté souvent, prié parfois. Buteurs du jour, Kylian Mbappé, auteur d’un doublé, et son compère Bradley Barcola les ont-ils entendus depuis la pelouse du Stade de New York, à 700 kilomètres de là?

Et un, et deux, et trois-zéro! Comme en finale du Mondiale de 1998 face au Brésil, les Bleus ont récidivé avec un score au parfum de nostalgie. Comme la célèbre statue qui veille sur l’entrée du port de la mégapole new yorkaise, le clan franco-torontois semblait « libéré » à l’issue de ce choc européen.

« On aurait pu en mettre un ou deux buts de plus, réagit, gourmand, Corentin Divais. Ce Franco-Torontois qui ne rate pas un match de son équipe aurait aimé voir l’ailier international du Bayern Munich, Michael Olise, évoluer plus à gauche et le Ballon d’or parisien, Ousmane Dembélé, en numéro 10. Mais il n’a pas boudé la composition concoctée par le sélectionneur Didier Deschamps et rafraichie en fin de match par l’entrée de Désiré Doué.

Corentin Divais ne rate pas un match de son équipe. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Il est vrai que l’équipe de France est passée très près d’ouvrir le score à moult reprises sans trouver la faille scandinave au cours 45 premières minutes. Pas de quoi affoler sa voisine de table, Manon Guillet, qui a fait le trajet depuis Hamilton. « La première période était un peu stressante, avoue cette fervente supportrice des doubles champions du monde, mais au fur et à mesure que le jeu s’est installé, j’ai eu la sensation que ça allait dans le bon sens ».

Autour d’elle, les drapeaux continuent d’être agités, comme pour prolonger le plaisir. Les visages maquillés aux couleurs de l’Hexagone se décrispent aussi, scrutant sur de multiples écrans les plus belles occasions au ralenti.

« Les Suédois n’étaient pas faciles à jouer », convient Jade Pineau, soulagée de voir les Bleus triompher là où d’autres favoris comme l’Allemagne ont connu une fin brutale. Et de poursuivre : « Je suis contente pour Kylian Mbappé parce qu’il a énormément été critiqué en club, mais il répond présent en équipe nationale. »

Jade Pineau soulagée par un score sans appel. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Étienne Marty, pour sa part, salue « un très bon match du début à la fin », tout en affichant une certaine sérénité pour la suite de la compétition. « Je suis très optimiste, car on a de bons joueurs du terrain jusqu’au banc. On peut aller jusqu’au bout », est persuadé celui qui pratique le soccer depuis 2006.

Il faudra samedi prochain en passer par les huitièmes de finale, contre le Paraguay, surprenant tombeur de l’Allemagne. Olivier Debregeas, organisateur des rassemblements tricolores, donne rendez-vous au bistrot français Ricarda’s pour suivre cette rencontre et, une fois encore, montrer que les francophones sont, certes éparpillés dans la Ville Reine, mais, quand vient le soccer, tous convergent vers la même passion.

« C’est un sport populaire qui rassemble à Toronto quel que soit le pays francophone, clame-t-il. Hier, j’étais avec les Marocains pour célébrer leur victoire sur les Pays-Bas : le maillot est différent mais la culture du ballon est la même. On crée tellement d’amitiés grâce au sport, grâce à la langue, c’est incroyable ce qui se passe. »

Étienne Marty, impatient de voir France-Paraguay en huitièmes de finale. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Devant le succès d’un premier match amical entre supporters français et sénégalais à la veille du Mondial, l’organisateur a élargi la formule ce mercredi, en lançant une mini Coupe du monde des nations francophones opposant la France, le Maroc, le Sénégal et le Canada. Un événement appuyé par la Fédération tricolore de Toronto, Canoraa et le Toronto PSG Fan Club.

À Toronto, l’Académie du grand débat littéraire lance sa première édition

TORONTO – Une toute première édition de la nouvelle Académie du grand débat littéraire a été lancée ce mercredi par le Salon du livre de Toronto, où quatre clubs de lecture se sont affrontés autour de Jacaranda, l’œuvre de Gaël Faye, dernier lauréat en date du Choix Goncourt Canada. Cette édition inaugurale se présente comme le début d’un véritable programme de formation au débat littéraire.

La diversité des clubs de lecture participants, tous réunis autour de la même passion, a constitué la richesse de cette première rencontre. Ils étaient au nombre de quatre à relever le défi : le club du Centre Accueil Héritage, le club de l’Université de l’Ontario français, celui du Empowered Readers Circle ainsi que le club Mousson et Macaron. Les uns et les autres se sont mesurés autour de l’œuvre de Gaël Faye Jacaranda, parue il y a deux ans aux éditions Grasset.

« Le débat a été excellent. Nous avons beaucoup aimé écouter les points de vue des autres participants. C’était une très belle expérience », témoigne Manu Ramesh, membre du club de lecture Mousson et Macaron. Ce dernier explique que le livre choisi illustre des problématiques communes à de nombreux pays : « Le Rwanda, ce n’est pas le seul pays où l’on voit des choses pareilles. »

Eunice Boué est la directrice générale du Salon du livre de Toronto depuis deux ans. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Le club de lecture « Mousson et Macaron ». Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Pour la directrice du Salon du livre de Toronto, Eunice Boué, il fallait trouver un livre capable de rassembler tout le monde. Elle a ainsi choisi le deuxième roman du franco-rwandais Gaël Faye dans lequel il raconte les conséquences du génocide rwandais sur les générations suivantes, mais surtout la manière dont les sociétés tentent de se reconstruire après leurs tragédies. « C’est beau de voir que différents clubs de lecture, aux parcours variés, peuvent se réunir autour de ce livre », mesure-t-elle.

L’idée de créer cette Académie était en réflexion depuis déjà un certain temps, car « un livre se lit seul, mais lorsqu’on en débat ensemble, cela apporte quelque chose de particulier et ça ouvre la porte au jeu », juge Mme Boué.

La désignation d’Académie relève d’une certaine ambition d’amener ces clubs à développer des compétences complémentaires, comme la prise de parole en public, l’éloquence, ainsi que la maîtrise du débat.

Les clubs de lecture de l’Université de l’Ontario français et du Centre Accueil Héritage se sont retrouvés face à face lors de la compétition. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Le roman acclamé de Gaël Faye, Jacaranda, a reçu le Choix Goncourt Canada 2025. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe.

Les clubs de lecture participent à des jeux de devinette. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Les prochains clubs de lecture pourront s’inscrire dès le mois de janvier prochain, puis suivre un programme d’accompagnement et de mentorat autour de la prise de parole en public et des arts oratoires. Au total, 12 candidatures ont été reçues cette année.

Pour cette première édition, le club de lecture de l’Université de l’Ontario français (UOF) s’est vu décerner le premier prix.

Positionner Toronto comme un carrefour majeur de la littérature francophone ressort également des ambitions des organismes participants. « On veut aussi, par ce projet, montrer que Toronto peut être le rendez-vous de la littérature francophone pancanadienne », affirme Mme Boué.

Le jury de cette première édition. De gauche à droite : Sylvain Cornevaux (Institut français du Canada), Suzanne Kemenang (Éditions Terre d’Accueil), Marie-Élaine Lebel (Campus Glendon, YorkU), Francesca Merentié (Radio-Canada) et Valery Vlad (Salon du livre de Toronto). Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Les membres du jury composé de maisons d’éditions ou encore de l’Institut français du Canada étaient présents pour valoriser ces clubs de lecture et soutenir leur engagement en faveur de la littérature francophone.

« C’est une forme de pérennisation du Choix Goncourt au sein des communautés », conclut la directrice.

Loi sur l’accès à l’information : entrée en vigueur de nouvelles restrictions en Ontario

TORONTO – Plusieurs lois et règlements entrent en vigueur en Ontario, ce mercredi 1er juillet, parmi lesquels de nouvelles restrictions visant la Loi sur l’accès à l’information, un serrage de vis contre l’usage de drogues dans les transports et la conduite avec facultés affaiblies, ou encore l’interdiction de changer de nom pour les délinquants sexuels.

Les modifications apportées à la Loi sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée (LAIPVP) ont pris effet ce jour. Adoptée en 1988, elle repose sur le principe que l’information détenue par le gouvernement appartient au public.

Or, comme l’avait annoncé en mars dernier, Doug Ford, le gouvernement de l’Ontario a décidé d’exempter les bureaux des ministres et du premier ministre de cette loi, qui permettait, jusqu’à présent aux membres du public et aux journalistes de demander des documents, des communications et informations gouvernementales.

Des modifications ont également été apportées à la Loi sur l’accès à l’information municipale et la protection de la vie privée, là aussi pour« moderniser les règles ontariennes en matière d’accès à l’information et de protection de la vie privée ».

Selon le gouvernement, il s’agit de supprimer les exigences désuètes relatives aux fichiers de renseignements personnels, et de protéger certains documents qui posent un risque de cybersécurité.

Pour l’opposition à Queen’s Park et la commissaire à l’information, Patricia Kosseim, ce changement constitue plutôt un recul historique de la transparence gouvernementale.

Les délais de réponse aux demandes d’accès à l’information passeront de 30 jours civils à 45 jours ouvrables.

Pénaliser davantage les facultés affaiblies au volant et les drogues dans les transports en commun

L’Ontario modifie le Code de la route pour obliger toute personne reconnue coupable de conduite avec facultés affaiblies à installer un dispositif de démarrage avec éthylomètre pendant une période déterminée exigée par la loi. Les conducteurs seront également assujettis à une nouvelle condition de tolérance zéro de six mois, leur interdisant de conduire s’ils ont consommé de l’alcool ou des drogues présentes dans leur système, même en quantité infime.

Un nouveau règlement en vertu de la Loi de 2005 visant à restreindre la consommation en public de substances illégales, permettra d’étendre « les pouvoirs policiers » à certains constables spéciaux des transports en commun employés par Metrolinx dans les régions du Grand Toronto et de Hamilton, par la Commission de transport de Toronto et par OC Transpo à Ottawa et Gatineau.

Ceux-ci pourront désormais expulser et arrêter les personnes utilisant des substances illégales dans les transports en commun et les aires de transport en commun et leur dresser des contraventions provinciales.

Plus de sanctions pour les véhicules commerciaux

Le gouvernement augmente la surveillance des conducteurs de véhicules commerciaux (camions, autobus, etc.) via des modifications législatives en vertu du Code de la route.

Dorénavant, le gouvernement pourra ajouter des conditions de sécurité sur le permis d’une entreprise de transport (le certificat d’IUVU) à n’importe quel moment, plutôt que d’attendre le renouvellement ou l’émission du document. Cette modification législative permettra de sévir plus rapidement contre les comportements à risque sur les routes ontariennes.

Le ministère des Transports espère que cette mesure « aidera à régler les problèmes de sécurité et à protéger les personnes et les familles contre la conduite dangereuse ».

L’Ontario modernise l’imposition des amendes pour les camionneurs et les écoles de conduite (en vertu du Code de la route et de la Loi de 2021 sur la sécurité et l’encadrement du remorquage et de l’entreposage de véhicules). Le gouvernement introduit des sanctions administratives qui permettront de punir les manquements aux normes de sécurité sans encombrer les tribunaux. Les entreprises visées pourront ainsi payer leurs pénalités directement en ligne, leur évitant d’avoir à se présenter devant un juge.

Interdiction de changer de nom pour les délinquants sexuels

Afin que les délinquants sexuels enregistrés, ayant une obligation de déclaration en vertu de la Loi Christopher de 2000 sur le registre des délinquants sexuels, ne soient pas autorisés à changer légalement leur nom, dans une tentative d’échapper à la vigilance des autorités, des modifications ont été apportées à la Loi sur le changement de nom.

Adoptée en 2000, la Loi Christopher avait en effet créé le tout premier registre des délinquants sexuels au Canada. Elle porte le nom de Christopher Stephenson, un garçon de 11 ans de Newmarket, en Ontario, enlevé et assassiné en 1988 par un pédophile récidiviste en liberté conditionnelle.

Jusqu’à présent, cette loi obligeait les délinquants à signaler tout changement d’adresse ou d’emploi à la police.

Désormais, toute personne qui effectuera une demande de changement de nom légal devra fournir une vérification certifiée du casier judiciaire dans le cadre de sa demande.

Athlétisme : Eliezer Adjibi passe dans une autre dimension

OTTAWA – À 24 ans, Eliezer Adjibi a franchi un cap. Grâce à son chrono de 9,92 secondes réalisé aux Championnats panaméricains, le Franco-Ontarien est devenu le quatrième Canadien le plus rapide de l’histoire sur 100 mètres. Derrière cette performance historique se cache pourtant une progression patiemment construite : une confiance forgée au contact des meilleurs sprinteurs du pays, un parcours atypique commencé tardivement et une fidélité à Ottawa et à son entraîneur Lyndon George qui portent aujourd’hui leurs fruits.

Il n’a pas immédiatement compris ce qui venait de se passer.

Quelques secondes après avoir franchi la ligne d’arrivée du 100 mètres des Championnats panaméricains en Colombie, Eliezer Adjibi cherchait d’abord à reprendre son souffle. Le tableau d’affichage ne faisait pas encore partie de ses préoccupations. C’est un autre sprinteur canadien qui s’est approché de lui pour le féliciter avant de lui annoncer son temps : 9,92 secondes.

« Au début, je n’avais pas vu le chrono. C’est l’autre Canadien qui était avec moi qui me l’a dit. Après, je suis allé le voir, je n’y croyais pas encore. J’étais très surpris, très ému, mais surtout vraiment content », raconte le Franco-Ontarien.

Quelques instants plus tard, il découvre une autre statistique donnant encore plus de relief à sa performance. Avec ce 9,92, il devient le quatrième Canadien le plus rapide de l’histoire sur 100 mètres. Une place que le jeune homme d’Ottawa peine encore à réaliser.

« C’est un honneur. Quand j’ai commencé l’athlétisme, j’admirais ces personnes. Aujourd’hui, je suis à peu près à leur niveau. Mais je ne veux pas faire ce temps qu’une seule fois. Il faut que je sois capable de le refaire régulièrement pour vraiment me sentir au même niveau qu’eux. »

Ce souci de la régularité résume parfaitement son état d’esprit. Pour Adjibi, ce 9,92 n’est pas une ligne d’arrivée. C’est le début d’un nouveau chapitre.

De l’admiration à la compétition

Pendant longtemps, les meilleurs sprinteurs canadiens représentaient un objectif lointain. Andre De Grasse, Aaron Brown et les autres étaient ceux qu’il regardait à la télévision. Aujourd’hui, ils sont devenus ses concurrents directs.

Le déclic ne s’est pas produit en Colombie. Il remonte plutôt à la saison 2024, lorsqu’il réalise pour la première fois un chrono sous les dix secondes… malheureusement avec un vent trop favorable pour être homologué.

« J’ai réalisé qu’on était tous dans la même course. Je me suis dit que je pouvais le faire moi aussi », explique-t-il.

Depuis, son regard a changé.

« Il faut que je commence à penser à eux comme à des compétiteurs. Je veux arriver à un niveau où mes rivaux me respectent et pensent qu’ils risquent de perdre face à moi dans une course. »

Cette confiance nouvelle s’est également construite au sein du relais canadien. Aux côtés des meilleurs sprinteurs du pays, Adjibi a découvert un environnement où la rivalité n’empêche pas le partage. Au sein de l’équipe canadienne, il n’hésite pas à demander conseil à Andre De Grasse.

« Ils me donnent différentes perspectives. Ils me montrent certaines erreurs que je fais, ils me parlent de la respiration, de la sortie des blocs. Ensuite, j’en discute avec mon entraîneur et on essaie d’intégrer ça à l’entraînement. »

Né au Bénin avant de s’établir à Ottawa où il a grandi, Eliezer Adjibi représente aujourd’hui le Canada sur la scène internationale. Photo : gracieuseté

Une progression patiemment construite

Le chrono de 9,92 secondes n’est pas sorti de nulle part. Depuis le début de la saison, son entraîneur Lyndon George avait volontairement choisi de l’envoyer courir en Europe afin de changer ses habitudes.

Nouveaux pays, nouveaux adversaires, nouveaux environnements. Une façon de sortir de sa zone de confort. L’expérience porte rapidement ses fruits. Il signe notamment des chronos de 10,11 puis 10,01 en Angleterre et descend régulièrement autour des 10,1 secondes.

« À chaque compétition, j’étais autour des 10,1. Je savais que courir sous les dix secondes devenait quelque chose de probable », raconte-t-il.

Après les Championnats canadiens, où il espérait décrocher le titre national, il repart frustré après sa troisième place, mais davantage motivé.

« Ça m’a rendu plus combatif. Je voulais vraiment courir plus vite et atteindre un niveau où je pourrais être comparé aux meilleurs Canadiens. »

Une semaine plus tard, en Colombie, toutes les pièces du puzzle s’assemblent : une bonne piste, une finale rapide, un départ réussi. Une course presque parfaite.

Et, enfin, cette barrière des dix secondes officiellement franchie.

Un destin né presque par hasard

Rien ne destinait pourtant Eliezer Adjibi à devenir l’un des hommes les plus rapides de l’histoire du pays. Au secondaire, son sport de cœur est le soccer. L’athlétisme n’est alors qu’une activité scolaire pratiquée avec des amis de l’école secondaire publique Louis-Riel. À l’époque, il dispute surtout les épreuves de saut en hauteur.

« Je n’étais pas le plus rapide. Je faisais surtout ça pour m’amuser », se souvient-il.

Puis survient une importante poussée de croissance entre la fin de sa 10e année et le début de la 11e. En quelques mois seulement, son chrono passe de 12 secondes à environ 11,1. Les victoires commencent à s’accumuler lors des championnats scolaires.

Malgré tout, il continue de privilégier le soccer. Le véritable tournant arrive lorsqu’il obtient une place dans un club d’Ottawa. Son père lui pose alors une simple question :

« Est-ce que ça vaut la peine? »

Cette réflexion suffit à faire basculer son destin. Il choisit finalement de consacrer toute sa 12e année à l’athlétisme. Le résultat est spectaculaire. Son record descend à 10,50.

« C’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre l’athlétisme au sérieux. »

Les blessures, puis la pandémie de COVID-19, ralentissent ensuite sa progression, mais jamais sa conviction.

« J’ai toujours cru que je pouvais courir sous les dix secondes. Même en cas de blessure, même face à des doutes, j’ai continué à croire en moi. Mon entraîneur m’a énormément aidé à rester sur le bon chemin. »

Concentration maximale avant le départ. Quelques secondes plus tard, Eliezer Adjibi réalisait la course de sa vie en signant un 9,92 historique qui l’a propulsé parmi les plus grands sprinteurs canadiens. Photo : gracieuseté d’Eliezer Adjibi

Le pari d’Ottawa

À une époque où de nombreux athlètes choisissent les universités américaines, Adjibi a fait un autre pari, celui de rester à Ottawa. Le choix n’avait rien d’évident. Les infrastructures sont plus limitées et les hivers compliquent la préparation. Mais il refuse de quitter un entraîneur qui connaît parfaitement son corps, particulièrement après plusieurs blessures.

« Mon coach sait ce qui fonctionne avec moi. Je me suis dit que ça ne valait pas la peine de repartir à zéro ailleurs. À la fin, courir, c’est courir. Si tu as un bon entraîneur, tu peux réussir ici aussi. »

Cette fidélité porte aujourd’hui ses fruits. Devenu l’un des meilleurs sprinteurs du pays, il incarne désormais une nouvelle réussite issue de Louis-Riel, une école déjà reconnue pour avoir formé plusieurs athlètes de haut niveau.

Le début d’une nouvelle histoire

Le plus difficile commence maintenant. Après avoir franchi officiellement la barre des dix secondes, le défi consiste désormais à s’y installer. Eliezer Adjibi veut améliorer son départ, continuer à courir avec davantage de relâchement et conserver le plaisir qui l’a accompagné toute la saison.

« J’ai retrouvé la joie avec l’athlétisme. Plus tu prends ce sport trop au sérieux, plus ça devient difficile. Cette année, je voulais simplement retrouver le plaisir, et c’est ce qui m’a amené là où je suis aujourd’hui. »

À court terme, il vise les Ultimate Championships, une première présence régulière sur le circuit de la Ligue de diamant et les Championnats du monde. Plus loin se profile déjà Los Angeles 2028.

Mais avant de penser aux Jeux olympiques, le Franco-Ontarien s’est fixé une mission beaucoup plus simple : transformer ce 9,92 secondes en nouvelle norme. Car pour Eliezer Adjibi, le plus important n’est plus de prouver qu’il peut courir sous les dix secondes, c’est de montrer qu’il appartient désormais durablement au cercle des sprinteurs les plus rapides du Canada.

La FCCF lance une initiative de médiation culturelle à Timmins

TIMMINS – Dans le cadre de son projet Culture d’entreprise, la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) lance une initiative de médiation culturelle pour soutenir les nouveaux arrivants francophones à Timmins. Ce programme, né d’un partenariat avec Culture pour tous et le Conseil des ministres sur la francophonie canadienne (CMFC), va déployer des ateliers et outils pour le centre de services de Timmins de la Caisse Alliance.

Le 26 juin dernier, la FCCF a annoncé son initiative de médiation culturelle destinée aux personnes issues de l’immigration francophone dans la ville de Timmins. C’est d’ailleurs son centre de services de la Caisse Alliance qui bénéficiera du programme Culture d’entreprise dont l’objectif est de favoriser l’intégration des nouveaux arrivants francophones dans leurs milieux de travail.

La FCCF s’est d’abord tournée vers le Collège Boréal afin d’entrer en contact avec des entreprises et organismes locaux. Mélanie Dufresne, la directrice générale du campus de Timmins, a recommandé la Caisse Alliance, une coopérative de services financiers dans le nord qui régit 26 centres de services. C’est celui de Timmins qui a manifesté son intérêt pour le projet, explique son directeur régional, Marc Rodrigue.

« On sait que le centre de service de Timmins a à cœur le bien-être de ses employés. Quand ils ont pris connaissance du projet Culture d’entreprise, ils ont voulu en faire partie », dit Nancy Juneau, la présidente du FCCF.

« Lors de notre rencontre générale, on a réfléchi à ce qu’on pouvait faire afin d’amplifier ou de mettre en avant la culture des nouveaux arrivants. Le timing était incroyable pour parler d’un projet comme ça », soutient Marc Rodrigue, directeur régional de Caisse Alliance.

Culture d’entreprise, un projet pancanadien à multiples volets

Avec l’aide d’un investissement de 500 000 $ du Conseil des ministres sur la francophonie, le projet se déploiera dans 16 milieux de travail à travers 12 provinces. Le centre de services de Timmins est d’ailleurs le troisième établissement à bénéficier de cette médiation, suivant les traces de la coopérative IGA de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, et de la boulangerie St-Pierre au Manitoba.

« Ce qu’on souhaitait, c’est que le modèle soit reproductible dans plusieurs milieux de travail. Ça fait partie du projet : créer des ressources qui pourront être partagées par la suite dans des milieux de travail qui voudraient développer des projets de médiation culturelle pour leurs employés », explique Mme Juneau.

En plein dans sa première année, Culture d’entreprise est né d’une conférence des ministres de la francophonie à Halifax en août 2024, raconte la présidente de l’établissement : « On y avait présenté des résultats de notre étude sur l’impact économique des arts et de la culture dans la francophonie canadienne. Il y avait également eu une présentation de Culture pour tous, qui est un organisme sans but lucratif du Québec, spécialisé dans la médiation culturelle ».

Après ces deux présentations, le Conseil des ministres sur la francophonie avait démontré un intérêt pour un éventuel projet de médiation culturelle à double objectif. Le premier étant de favoriser l’économie des régions francophone, le deuxième, d’améliorer la rétention de nouveaux arrivants francophones en milieu de travail.

« La FCCF a élaboré un projet qu’elle a soumis au Conseil des ministres, et que celui-ci a décidé de financer pour une période de trois ans, de 2025 à 2028. Et on s’est associé avec Culture pour tous, qui maîtrise l’aspect de médiation culturelle du projet ».

À son lancement, le projet a également reçu 250 000 $ de Patrimoine canadien, un soutien financier qui permettra à la FCCF de documenter les résultats et impacts du projet.

Pour leur premier atelier de médiation culturelle, les employés du centre de services de Caisse Alliance ont participé à des entrevues filmées le 28 juin dernier à Timmins. Photo : gracieuseté

Soutenir et retenir les nouveaux arrivants dans le Nord-Est

Pour le directeur du centre de services de Timmins, ce projet cherche surtout à encourager la rétention de nouveaux arrivants dans le Nord-Est de la province. Il mentionne, notamment, les défis culturels que peuvent rencontrer les employés du centre, majoritairement issus de l’Afrique de l’Ouest et du Nord. Entre isolement et défis d’adaptation à un nouvel environnement, il est commun que les nouveaux arrivants ne restent pas. Le centre de services de Timmins s’engage donc à ouvrir le dialogue. « On essaie de mieux les comprendre et d’être mieux outillé pour qu’il y ait une bonne intégration à la Caisse ».

Comme premier projet de médiation, le centre de services de Timmins a organisé un tournage vidéo le 28 juin. Animé par l’artiste et caméraman Steff Paquette, le projet met en vedette les employés du centre sous forme d’entrevues. La vidéo sera diffusée en octobre durant l’assemblée générale de la Caisse Alliance, une opportunité pour le programme Culture d’Entreprise d’attirer d’autres centres de services de la région, espère la présidente de la FCCF.

« Les entrevues ont porté sur l’expérience d’immigration et d’intégration. Ça ressemble à quoi? Quel est le rapport à la diversité culturelle? Comment vit-on le fait d’être membre d’une communauté culturellement très diverse? Qu’est-ce que la francophonie timminoise? », rapporte Mme Juneau.

Pour M. Rodrigue, ce projet vidéo vient s’assurer que le centre de services de Timmins ainsi que la Caisse Alliance soient non seulement des lieux de travail inclusifs, mais des espaces d’intégration communautaire. « On se doit de faire le travail nécessaire pour que le Nord de l’Ontario soit une région où les gens y voient un futur à long terme et viennent travailler dans nos institutions francophones ».

Un premier livre blanc sur la situation des aînées francophones en milieu rural

OTTAWA – À l’approche de son 90e anniversaire, l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes (UCFO) dévoile son tout premier livre blanc, intitulé « Elles existent. Mais les voit-on vraiment? ». Ce document de politique publique qui sera présenté lors d’une conférence de presse virtuelle ce mardi, met en lumière une analyse des réalités vécues par les femmes aînées francophones en milieu rural, un groupe qui serait souvent absent des indicateurs officiels selon l’organisme.

« L’invisibilité n’est pas un sentiment. C’est une réalité qui se construit à travers des structures, des pratiques et des absences », affirme Janie Renée Myner, directrice générale de l’UCFO en entrevue avec ONFR.

Ce livre blanc s’appuie sur des témoignages de terrain, une recherche documentaire exhaustive auprès d’organismes comme Statistique Canada, ainsi que sur quatre sondages internes anonymes menés auprès de 354 répondantes entre mars et mai 2026.

Pour l’organisation fondée en 1936, il s’agit d’une démarche inédite visant à fournir aux instances décisionnelles des données désagrégées qui font défaut dans les bases de données institutionnelles actuelles, désormais accessibles en version intégrale sur leur site internet. 

« Ce livre blanc dit aux instances décisionnelles ce qu’elles ne peuvent pas trouver dans leurs propres bases de données et ce qu’elles ont l’obligation légale de considérer », tranche la directrice générale.

Janie Renée Myner, directrice générale de l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes (UCFO). Photo : Joël Ducharme

Cette publication survient aussi alors que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) vient d’achever ses États généraux, un contexte où l’UCFO estime nécessaire d’apporter une lecture critique. 

L’organisation soutient que les orientations actuelles de la communauté « risquent de reproduire une erreur historique récurrente : ignorer que la survie du fait français en Ontario a été, depuis près de neuf décennies, portée en grande partie par des femmes aînées en milieu rural – les membres de l’UCFO – dont le travail quotidien, collectif et bénévole n’a jamais reçu la reconnaissance institutionnelle qu’il mérite. » 

Pour l’association, « si la francophonie ontarienne veut vraiment se donner un avenir, elle doit d’abord reconnaître celles qui lui ont permis de survivre jusqu’à aujourd’hui. »

Manque de données statistiques

Le document souligne que les grands cadres statistiques nationaux et provinciaux, tels que les recensements de Statistique Canada, ne croisent pas simultanément les variables liées au genre, à l’âge, à la ruralité, à la langue minoritaire et à l’engagement bénévole. 

« Les femmes aînées francophones rurales de l’Ontario constituent un angle mort des politiques publiques canadiennes et ontariennes. Elles ne sont ni nommées, ni isolées, ni protégées dans les grands cadres statistiques, législatifs ou de financement », peut-on également lire dans le rapport de 78 pages.

Selon l’UCFO, cette absence de données spécifiques nuit à l’élaboration de politiques publiques adaptées et au financement des structures de soutien. 

Le livre blanc répertorie huit dimensions de l’invisibilité, touchant des aspects économiques, géographiques, linguistiques, numériques et institutionnels. L’objectif affiché est de fournir aux ministères des informations vérifiables permettant de fonder des interventions ciblées.

Des contraintes structurelles

Les sondages menés par l’UCFO révèlent des défis d’accessibilité importants pour les résidentes des milieux ruraux : 40 % des répondantes vivent dans des municipalités dépourvues de transport en commun. 56 % d’entre elles doivent parcourir plus de 10 kilomètres pour accéder à un hôpital offrant des services en français. 

En matière de soins de proximité, 35 % des membres signalent des délais d’attente d’au moins un mois pour obtenir un rendez-vous médical.

En raison de ces lacunes infrastructurelles, 84 % des membres dépendent de leur propre automobile pour se déplacer. Le rapport note que la perte du permis de conduire constitue un facteur de rupture sociale et culturelle, l’usage du français chutant à 37 % dans les commerces locaux alors qu’il se maintient à 97 % au sein des activités de l’UCFO. 

Face à cet isolement, les cercles locaux agiraient comme un espace de socialisation et d’entraide, fournissant du transport bénévole, des repas et un soutien moral.

Le livre blanc rappelle que la part des tâches ménagères et familiales non rémunérées assumées par les femmes atteint 61,3 % en Ontario, soit la proportion la plus élevée au Canada selon Statistique Canada. Photo : gracieuseté de l’UCFO

« 0,01 % du budget fédéral »

L’UCFO évalue la contribution de ses 516 membres, réparties dans 20 cercles, à 59 078 heures de bénévolat par année. 

En calculant la valeur de ce temps selon les standards horaires de l’économie sociale (25 $/h), cette contribution équivaut à un apport de plus de 1,4 million de dollars aux communautés locales, réalisé sans financement structurel de base.

« Nous disposons uniquement d’un financement par projet. Il faut constamment en inventer de nouveaux et, chaque fois que l’un d’eux se termine, c’est comme si nous laissions tomber une partie des gens avant de devoir recommencer autre chose. Cette absence de permanence affecte directement la vie des communautés. »

Elle exprime également des réserves face aux projections budgétaires du ministère fédéral des Femmes et de l’Égalité des genres (FEGC), dont les dépenses prévues doivent passer de 407 millions de dollars en 2025-2026, à 76,3 millions en 2027-2028. 

L’UCFO souligne que cette baisse de financement risque de fragiliser davantage les structures associatives en milieu minoritaire.

« Si on va voir dans les rapports gouvernementaux, le ministère Femmes et Égalité des genres Canada compte pour 0,01 % du budget fédéral. Ça, c’est le respect du fédéral par rapport à 53 % de femmes au Canada », souligne-t-elle.

Les cercles locaux comme indicateurs de vitalité

L’organisme rappelle aussi que la viabilité des communautés rurales dépend du maintien de leurs infrastructures de proximité. 

Le livre blanc propose ainsi un nouvel outil de mesure permettant de documenter ce que les communautés rurales francophones perdent lorsqu’un cercle disparaît.

Nommé l’Indice de Santé Communautaire (ISC), cet outil permettrait de chiffrer l’impact d’une fermeture en croisant des variables de transport, de santé, de bénévolat et d’isolement social propres à la ruralité.

« On s’est rendu compte en ayant des données désagrégées que, souvent, si le cercle de l’UCFO disparaît dans une communauté donnée, c’est une part considérable du patrimoine linguistique et culturel francophone qui s’efface »
— Janie Renée Myner

L’organisation rappelle que dans 22 % des cas, le cercle local représente l’unique structure francophone active de la localité. Le message de l’UCFO aux décideurs politiques demeure sans équivoque : « Ces chiffres ont une valeur. Il est temps qu’ils aient aussi un poids politique. »

La fermeture de ces espaces de proximité pourrait ainsi accélérer l’érosion linguistique dans les municipalités de moins de 2000 habitants.

Des axes de solutions proposés

Pour pallier ces lacunes, le livre blanc formule cinq recommandations précises à l’intention des décideurs politiques. 

Sur le plan institutionnel, l’organisme sollicite d’abord sa reconnaissance formelle en tant qu’infrastructure de vitalité au sein du prochain Plan d’action fédéral sur les langues officielles, ce qui lui permettrait de troquer le modèle actuel de financement par projets à durée déterminée contre une enveloppe structurelle stable et prévisible.

Sur le terrain rural, l’UCFO réclame l’application effective et l’extension du réseau internet haute vitesse pour briser la fracture numérique qui isole ses membres. 

Afin de faciliter les initiatives intergénérationnelles et l’action communautaire, le rapport propose enfin d’alléger les barrières administratives et financières entourant les vérifications d’antécédents judiciaires pour les bénévoles aînées.