TGV : le Conseil municipal d’Ottawa fait front commun et dénonce un manque de transparence

OTTAWA – Le Conseil municipal d’Ottawa a adopté sans grande opposition une motion demandant au gouvernement fédéral et à la société d’État Alto de revoir en profondeur la méthode et la transparence de leurs consultations concernant le futur train à grande vitesse (TGV) reliant Québec à Toronto. Si l’importance stratégique du projet est globalement reconnue, les élus exigent que la municipalité et ses résidents ruraux soient traités comme des partenaires à part entière, et non mis devant le fait accompli.

La conseillère Catherine Kitts, qui représente le quartier d’Orléans-Sud-Navan, une circonscription de l’est de la ville à forte composante rurale, est l’instigatrice de la motion et a martelé l’importance pour le conseil de faire front commun.

« Les résidents voient des drones circuler au-dessus de leur propriété. On leur demande d’accéder à leurs terres, et on leur fournit très peu d’informations. Ils sont préoccupés, le niveau d’anxiété est élevé […]. Qu’est-ce que cela aura comme incidence pour leur communauté? »

Reprenant une partie de l’intitulé de la motion, celle-ci a poursuivi : « Alors qu’ils évaluent les tracés potentiels, nous nous opposons à la perte de terres agricoles. L’expropriation ne devrait être qu’un dernier recours. J’aimerais que nous puissions nous exprimer au nom des communautés qui sont de plus en plus inquiètes des retombées de ce grand projet. »

La conseillère Isabelle Skalski, élue de Osgoode, une vaste région agricole et rurale du sud d’Ottawa, a attiré l’attention sur l’effet de rupture qu’un tel aménagement pourrait provoquer au sein des collectivités.

« Nos deux communautés sont dans le couloir envisagé par Alto. Ce n’est pas une voie ferroviaire, c’est une barrière. Cet obstacle pourrait traverser notre ville et modifier notre communauté. L’infrastructure devrait servir de lien et non pas bloquer le chemin. »

Beaucoup de questions sans réponses

Cette inquiétude est amplifiée par un sentiment d’opacité entourant les démarches de la société d’État. Plusieurs élus rapportent que les séances d’information menées jusqu’à présent n’ont pas permis de répondre aux questions fondamentales des propriétaires fonciers. 

Le conseiller Riley Brockington, représentant le quartier urbain de Rivière (quartier 16), a ainsi déploré la nature des récentes rencontres publiques dont les conclusions ont été présentées la veille par Alto.

« J’ai participé à l’une des séances tenues l’hiver dernier avec Alto. Ce n’était pas une consultation; c’était une séance d’information. Ils n’ont pas répondu aux grandes questions […]. Les gens ne se sentent pas entendus. »

« Je reçois tellement d’appels et de demandes de renseignements. Je n’ai aucune réponse à fournir. […] Personne n’est au courant, je n’arrive pas à leur donner plus d’informations. Il faut qu’il y ait plus de transparence », s’est plainte la conseillère du quartier d’Alta Vista, Marty Carr.

Et de continuer : « Avant les consultations de l’an passé, le PDG d’Alto avait déclaré qu’il y aurait probablement une station dans mon quartier et qu’ils avaient besoin de 600 mètres pour une station. Il y a des terres fédérales sur Tremblay mais elles ne font que 500 mètres de large. Puis on me dit qu’il n’y aura pas de décision avant les élections municipales. Si vous savez qu’une station sera bientôt choisie, ça serait bien de pouvoir informer nos résidents. »

Nuances et débats sur le rôle de la municipalité

Si l’ensemble du Conseil s’est rallié derrière la motion pour réclamer plus de clarté, les discussions ont mis en relief certaines nuances quant à l’attitude à adopter face à un projet d’infrastructure de compétence fédérale.

Le conseiller Jeff Leiper, représentant le quartier central et urbain de Kitchissippi, et candidat à la mairie, a invité ses collègues à faire preuve de réalisme politique et technique, soulignant que la Ville ne peut simplement pas exiger un évitement total des propriétés privées.

« Nous devons faire preuve de prudence […]. C’est comme si on demandait à Alto d’être autre chose que son mandat. C’est une entité fédérale qui va de l’avant avec un projet ferroviaire d’importance. »

D’autres conseillers ont insisté sur le fait que la recherche de garanties ne doit pas paralyser le projet de transport lui-même. La conseillère Stéphanie Plante, représentante de Rideau-Vanier, a résumé cette tension entre la nécessité d’avancer et le besoin de valider les impacts, en traçant un parallèle direct avec la gestion de l’avenue King Edward par le gouvernement fédéral, pour illustrer les risques de l’enlisement administratif.

« Nous ne voulons pas qu’il y ait trop de consultations, trop d’études. Nous attendons des réponses depuis très longtemps. Et maintenant c’est comme si un bulldozer passait en plein milieu de nos communautés. […] J’appuie le projet, mais je ne veux pas que l’on dépense trop, qu’on passe trop de temps avec des études, des consultations car il n’y aura pas de résultats.. »

L’impact économique à long terme en question

Au-delà des tracés, les élus ont également débattu de la portée économique réelle du projet pour la région de la capitale nationale.

Le conseiller Matthew Luloff, représentant Orléans-Est-Cumberland, à l’extrême Est de la ville, a porté un regard critique sur les promesses de retombées économiques souvent associées à ces mégaprojets.

« Les gouvernements ont l’habitude, pour les grands projets d’infrastructure, de dire que les retombées sont garanties. Ce n’est pas vrai. Les retombées économiques ne sont pas garanties, le coût non plus […]. Toute personne qui a dirigé un grand projet d’infrastructure pourra vous dire que le coût est toujours accru. »

Le conseiller Shawn Menard, représentant de Capitale, une circonscription densément peuplée du centre-ville, a quant à lui rappelé que le projet s’inscrit dans une vision nationale du transport qui dépasse les frontières municipales, tout en insistant sur le fait que l’adhésion publique est indispensable.

« Je suis tout à fait d’accord avec l’ajout du TGV dans notre pays, dans notre ville […] mais j’espère vraiment que le projet peut se concrétiser de la bonne façon, après avoir sérieusement consulté la population concernée. »

Les exigences formulées à l’endroit d’Alto

« On a tous saisi l’importance économique, mais en même temps, le projet doit être exécuté d’une façon respectueuse à l’endroit des résidents de milieu rural qui verront leur propriété divisée. […] Je ne pense pas qu’Alto sera surprise de cette motion », a conclu de son côté le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, lequel a, d’ailleurs, secondé la proposition de Mme Kitts.

Par l’adoption de cette motion, le Conseil municipal d’Ottawa demande à son personnel de maintenir une position ferme dans ses discussions avec Alto et les représentants fédéraux.

La Ville exige notamment la transparence sur les critères pondérés utilisés pour évaluer les tracés alternatifs, une prise en compte réelle des commentaires des résidents afin qu’ils soient traités comme des partenaires, et l’engagement ferme de traiter l’expropriation comme une mesure exceptionnelle de dernier recours.

À la suite d’un amendement proposé durant les débats, une copie officielle de cette motion sera transmise non seulement à la société Alto et au ministre fédéral des Transports, mais également à l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) et à la Fédération canadienne des municipalités (FCM), afin de mobiliser les réseaux municipaux provinciaux et nationaux autour des réalités d’Ottawa.

À l’aéroport Pearson, le Centre francophone favorise la rétention des nouveaux arrivants

TORONTO – Établis depuis déjà plusieurs années, les kiosques d’accueil en français à l’aéroport Pearson mis en place par le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) offrent des services d’aiguillage aux nouveaux arrivants. Même si les francophones constituent toujours la clientèle la plus importante, leur rétention au sein de la communauté demeure un enjeu de taille.

Entre 2025 et 2026, le CFGT a accueilli 8718 francophones, un chiffre en hausse de 4,3 % par rapport à la période précédente. Le Cameroun demeure le principal pays de provenance et Ottawa la principale destination finale.

Meryem Taleb, qui dirige les services d’immigration, d’emploi et de logement au CFGT, constate que les profils des nouveaux arrivants sont de plus en plus qualifiés, mieux informés et donc plus autonomes, nécessitant principalement un aiguillage ponctuel. La directrice affirme également que le nouveau service de préarrivée améliore nettement la gestion des attentes.

« La nouvelle politique en matière d’immigration et l’augmentation des cibles en immigration francophone se reflète sur le service », souligne-t-elle.

Entre 2025 et 2026, le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) a accueilli 8718 francophones. Photo : Gracieuseté du CFGT

Le Centre a également ajouté une nouvelle activité de connexion, considérée comme un levier important d’intégration sociale. Celle-ci vise à aider les nouveaux arrivants à se constituer un réseau au Canada et à trouver une institution ou une personne pouvant jouer un rôle de mentor auprès d’eux.

Depuis cette année, le CFGT offre des services destinés aux populations et aux clients les plus vulnérables nécessitant un accompagnement approfondi, tandis qu’un programme de navigation en santé et en bien-être a également vu le jour.

Des difficultés persistantes de rétention

Même si Mme Taleb se réjouit de l’augmentation du nombre de nouveaux arrivants francophones, dans les points de service du CFGT à travers le Grand Toronto ainsi que chez ses partenaires partout au Canada, l’enjeu est plus que jamais de les garder dans la francophonie, particulièrement dans les milieux anglophones tels qu’à Toronto où le risque de perte progressive du lien à la communauté et à la vie en français est accru.

« On récupère, puis on transfère leurs informations afin de les référer vers les agences francophones d’établissement dans leur destination », relate la directrice, qui veille à ce que ses clients puissent amorcer un processus d’intégration guidé et avec l’appui nécessaire.

Depuis cinq ans, Meryem Taleb dirige les services d’immigration, d’emploi et de logement au CFGT. Photo : compte LinkedIn du CFGT

Et d’ajouter : « De nouveaux moyens sont déployés, notamment avec le Programme d’intégration dans les écoles francophones (PIDEF) où on fait des interventions au niveau des écoles francophones pour l’intégration des élèves dans les écoles. »

Objectif : 12 % d’arrivées francophones

L’objectif fixé pour cette année a été atteint et l’organisme vise désormais 12 % d’arrivées de francophones. En plus des nouveaux arrivants, le service s’adresse aux étudiants internationaux, qui bénéficient d’un volet spécifique destiné aux francophones en situation minoritaire : une initiative qui pourrait favoriser la rétention.

La ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, l’honorable Lena Metlege Diab (au milieu) en visite aux kiosques d’accueil en français du CFGT à l’aéroport Pearson. Source : compte Facebook du CFGT

Une récente visite de la ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Lena Metlege Diab, a permis d’échanger avec le Centre sur d’éventuelles améliorations en faveur d’un accompagnement plus inclusif.

Mandatés par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), les services d’accueil ont été élargis, il y a deux ans, aux nouveaux arrivants anglophones. Et il s’avère qu’au sein de ce groupe, 19 % des personnes ont pu être identifiées comme francophones par le CFGT.

Pour le moment, cette aide reste limitée aux résidents permanents, bien que les résidents temporaires expriment également un besoin en ce sens.

« L’accueil et l’aiguillage à Pearson demeurent le premier point de contact pour les nouveaux arrivants dans l’une des principales portes d’entrée des immigrants francophones au Canada et constituent un relais important vers les services d’établissement partout au pays », conclut Mme Taleb.

FIFA 2026 : plus que du soccer pour les Haïtiens de la région du Grand Toronto

PICKERING – Le résultat importait finalement assez peu. Le score de 3-0 pour le Brésil, la deuxième défaite en deux matchs de la sélection haïtienne à la Coupe du monde, n’a pas empêché une centaine de membres de la communauté de célébrer ensemble, vendredi soir dernier, à Pickering. Pour beaucoup, cette qualification historique représente bien davantage qu’un simple tournoi de soccer : elle est devenue un prétexte pour se retrouver, transmettre une culture et raviver un sentiment d’appartenance parfois difficile à entretenir dans une diaspora dispersée à travers la région du Grand Toronto.

Réunis au Galaxy Event Space à l’initiative de membres de la communauté haïtienne du Grand Toronto, les participants ont vécu une soirée où le soccer n’était qu’une partie de l’expérience.

Avant même le coup d’envoi du match entre Haïti et le Brésil, ils ont assisté à la projection du premier épisode Haïti : Au-delà du jeu. Ce documentaire, produit par TFO, qui retrace l’histoire du soccer haïtien, a donné lieu à une discussion avec sa créatrice, Noémie Ferron, ancienne joueuse de l’équipe nationale féminine d’Haïti.

Au fil de la soirée, une même idée revenait constamment : la Coupe du monde agit comme un puissant moteur de rassemblement pour une communauté souvent dispersée dans la grande région torontoise.

Une communauté qui se retrouve enfin

Pour Websder Corneille, la soirée représentait avant tout une occasion de renouer avec la communauté.

« Pour nous, c’est une fête collective. Quand il y a un moment de réjouissance ou de célébration, on se met ensemble pour célébrer. Ce n’est pas la question de gagner ou de perdre », explique-t-il.

Selon lui, la qualification historique d’Haïti à la Coupe du monde, une première depuis 1974, a créé un élan qui dépasse largement le cadre du sport.

« C’est historique. On sent un réveil haïtien, que ce soit dans la diaspora ou en Haïti. Il y a une unité qui s’est formée autour de cette équipe. Même des gens qui ne suivent pas habituellement le soccer se mobilisent parce qu’Haïti est à la Coupe du monde. »

Websder Corneille a parcouru près d’une heure depuis le centre-ville de Toronto pour participer au rassemblement. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Plusieurs participants soulignent que ce type de rassemblement demeure relativement rare dans la région du Grand Toronto, où les membres de la communauté vivent souvent loin les uns des autres.

« On ne connaît pas tous les Haïtiens qui sont ici. J’étais moi-même surpris de voir autant de gens à cet événement, raconte Carl-Edwin Michel. Le foot, c’est une excuse pour se rassembler. »

Pour lui, cette soirée pourrait même servir de point de départ à d’autres initiatives.

« J’ai parlé à plusieurs personnes ce soir et tout le monde disait qu’on devrait avoir davantage d’événements comme celui-là. Pas seulement pour les Haïtiens, mais aussi pour les gens qui veulent découvrir notre communauté. Je pense que cet événement va faire des petits. »

Un constat partagé par Lionel Perron, qui voit dans cette qualification un symbole d’espoir pour Haïti.

« Je vois ça comme une renaissance d’Haïti. C’est un pays qui a traversé beaucoup d’épreuves. Cette participation à la Coupe du monde, c’est comme les premières pousses vertes qu’on voit sortir de la terre au printemps. »

Transmettre la culture aux nouvelles générations

Au-delà du soccer, plusieurs parents présents ont insisté sur l’importance de profiter de ces moments pour transmettre leur héritage culturel à leurs enfants nés au Canada.

Carl-Edwin Michel, lui-même enfant de la diaspora haïtienne, avait d’ailleurs fait le déplacement avec sa famille.

« Mon fils me disait tout à l’heure qu’il voulait un chandail d’Haïti. C’est une belle opportunité de partager cet amour du soccer avec les enfants, mais aussi de leur faire connaître davantage la communauté », raconte-t-il.

Carl-Edwin Michel (au premier plan à droite) assiste à la soirée avec son fils. Pour cet haïtien né au Canada, la Coupe du monde représente une occasion privilégiée de transmettre la culture et l’identité haïtiennes à la nouvelle génération. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Cette transmission demande toutefois des efforts supplémentaires en Ontario, où la communauté est moins concentrée qu’au Québec.

« Il s’agit de les amener à des événements comme celui-ci, de participer aux fêtes familiales, de leur montrer des vidéos, de leur faire découvrir la culture et la nourriture haïtiennes. À Toronto, ça demande davantage d’efforts qu’à Montréal, mais c’est important qu’ils comprennent aussi qu’ils sont haïtiens », affirme-t-il.

Pour plusieurs familles présentes, la Coupe du monde est ainsi devenue un outil de transmission culturelle autant qu’un événement sportif.

Une série TFO pour raconter l’histoire haïtienne

Avant le match, la projection de la série documentaire de Noémie Ferron a permis aux participants de découvrir ou redécouvrir certaines pages méconnues de l’histoire du soccer haïtien.

Ancienne internationale haïtienne, la réalisatrice a expliqué que le projet cherchait autant à raconter un parcours sportif qu’à mettre en lumière la résilience d’un peuple et le rôle essentiel de sa diaspora.

« Je pense que c’est une grâce d’être capable d’être un peu partout dans le monde. C’est quelque chose qui nous différencie, mais on partage tous une même culture », a-t-elle expliqué.

Selon elle, cette réalité explique en partie le succès récent de la sélection nationale.

« En 2021, la majorité de l’équipe évoluait à l’extérieur du pays et pourtant elle a réussi à se qualifier. Il y a très peu de pays qui fonctionnent de cette façon. »

Avant la diffusion du match, Noémie Ferron a présenté sa série documentaire qui donne notamment la parole aux joueurs de l’épopée de 1974 et à la nouvelle génération qui a ramené Haïti sur la scène mondiale 52 ans plus tard. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Noémie Ferron rappelle également que le soccer occupe une place unique dans la société haïtienne.

« C’est presque une religion. C’est le seul sujet capable de réunir tout le monde autour d’un objectif commun. Peu importe les divisions ou les difficultés, quand il est question de l’équipe nationale, tout le monde se rassemble derrière elle. »

Pour plusieurs participants, la série a aussi permis de mieux comprendre les liens entre les générations, en donnant la parole aux joueurs de l’équipe de 1974 tout en racontant le parcours de la relève.

La fête plus forte que le résultat

Quelques heures plus tard, le Brésil confirmait son statut de favori en s’imposant 3-0 face à Haïti.

Pourtant, lorsque l’arbitre a sifflé la fin de la rencontre, l’ambiance est demeurée festive. La musique a rapidement repris ses droits, les discussions se sont prolongées autour des tables et plusieurs participants sont restés sur place longtemps après le match.

Avec deux défaites en autant de matchs, Haïti est devenue la première nation officiellement éliminée de la Coupe du monde 2026. Une réalité qui n’a toutefois pas entamé l’enthousiasme des personnes réunies à Pickering. Plusieurs donnaient déjà rendez-vous à leurs proches pour le troisième et dernier match de la phase de groupes, ce jeudi 25 juin à 18h, contre le Maroc.

Vers un nouveau toit pour la francophonie à North Bay?

NORTH BAY – Les Compagnons des francs loisirs étudient la possibilité de créer un espace communautaire francophone permanent dans la région. Ce projet de bâtiment s’inscrit dans un contexte de forte croissance pour l’organisme, accentué par l’apport de l’immigration francophone dans la région du Nipissing.

Les Compagnons des francs loisirs, principal organisme et diffuseur culturel de la communauté francophone de North Bay, n’ont jamais abandonné d’offrir un lieu de rassemblement permanent à la communauté, et d’en redevenir propriétaires, depuis la vente de leur édifice historique en 2020.

Un objectif qui prend concrètement forme grâce à une enveloppe de 73 450 $ octroyée par Patrimoine canadien pour l’exercice 2025-2026. Cet appui financier, approuvé le 16 janvier dernier, est accordé dans le cadre du programme Développement des communautés de langue officielle, sous le volet Projets d’infrastructure (Fonds pour les espaces communautaires). 

Ces fonds sont spécifiquement alloués à la réalisation d’une étude de faisabilité pour un futur bâtiment communautaire au sein de cette municipalité abritant 10,9 % de personnes ayant le français comme première langue officielle parlée.

La phase de consultation auprès des partenaires, des entreprises francophones et des membres du conseil d’administration vient de se terminer. La firme spécialisée PGF analyse actuellement les données en vue de produire un rapport d’ici la fin de l’été. 

Le conseil d’administration devra ensuite statuer sur les recommandations : la question de l’ouverture et de l’emplacement d’un éventuel centre restera à déterminer si le besoin est établi.

Les Compagnons des francs loisirs ont emménagé récemment dans un local au centre-ville qu’ils partagent avec les services d’établissement du Collège Boréal. Photo : Inès Rebei/ONFR

Croissance du personnel et des besoins

Cette recherche d’espace s’inscrit dans un contexte de croissance pour l’organisme. En quelques années, l’équipe des Compagnons des francs loisirs est passée d’une seule employée à une équipe de six salariés. Ce développement a contraint l’organisme à déménager dans des locaux plus grands, partagés avec les services d’établissement du Collège Boréal.

« On pensait que le moment était propice pour faire au moins une étude de faisabilité et voir si on pouvait avoir un espace rassembleur pour la francophonie à North Bay. En ce moment, on est locataire, mais on avait besoin d’espace parce qu’on débordait là où on était avant », indique la présidente du conseil d’administration, Nathalie Drolet. 

L’expansion des activités touche également les municipalités environnantes. « Nos célébrations ont une plus grande portée. On offre maintenant des activités dans les villes et les villages avoisinants, ce qui amène une plus grande participation et une meilleure visibilité », ajoute Mme Drolet. 

Nathalie Drolet, présidente du conseil d’administration des Compagnons des francs loisirs de North Bay. Photo : gracieuseté de Nathalie Drolet

Selon la présidente, ce dynamisme est en grande partie lié à l’arrivée de nouveaux résidents francophones dans la région du Nipissing.

« Je dirais qu’un des facteurs qui a contribué à ça, c’est vraiment l’immigration récente, nos nouveaux arrivants qui arrivent ici qui sont francophones et qui cherchent à contribuer et à participer à toutes les activités francophones qu’on offre. Cela a redonné un nouveau souffle », explique-t-elle.

Mise à jour du monument au Waterfront

Ce dossier immobilier fait suite à un autre jalon important pour la visibilité de la communauté, qui a récemment obtenu la levée permanente du drapeau franco-ontarien à l’hôtel de ville de North Bay.

En parallèle, Les Compagnons travaillent à la mise à jour du monument francophone, une plaque située sur la promenade du Waterfront, à proximité du lac Nipissing.

Mme Drolet précise que la structure existante demeure inchangée : « L’intention est toujours de le laisser là, c’est juste qu’on voulait l’actualiser. Le monument n’est pas disparu, on est tout simplement en train de mettre à jour l’information qu’il y a dessus. » 

Le conseil d’administration gère également une période de transition administrative avec l’embauche du nouveau directeur, Yaye Peukassa, pour porter ces différents dossiers, lequel entrera en fonction le 29 juin prochain.

La commissaire enquêtera sur le virage unilingue anglais au Collège militaire de Kingston

La commissaire aux langues officielles Kelly Burke lance une enquête sur la décision du Collège militaire royal de Kingston (CMR) de faire de l’anglais la langue de travail principale au sein de l’institution.

Sept plaintes ont été déposées après que le Collège est passé d’une entité administrative bilingue à une entité unilingue anglaise, en vertu d’une mise à jour de la politique sur les langues officielles à la Défense nationale. Le Commissariat aux langues officielles (CLO) a confirmé la semaine dernière qu’une enquête avait été ouverte. Les auteurs des plaintes ont aussi été officiellement informés de cette démarche.

« L’enquête tiendra compte, entre autres, de la partie VII et de l’esprit de la Loi sur les langues officielles (la Loi) », indique le CLO dans un message aux différents plaignants.

L’établissement militaire avait communiqué ce changement à la communauté en mai dernier. Dans une réponse écrite, le ministère de la Défense nationale, dont relève le CMR de Kingston, nous a indiqués être au courant de l’enquête que mène le CLO.

« Nous respectons le droit de toute personne de soulever des préoccupations auprès du Commissariat, et reconnaissons l’importance du processus de plainte dans la protection des droits linguistiques. Nous collaborerons pleinement avec le Commissariat dans le cadre de son enquête », a déclaré Cheryl Forrest, du bureau des relations avec les médias de la Défense nationale.

Cette décision faisait suite à celle du Conseil du Trésor de classifier Kingston comme une région unilingue anglophone pour la langue de travail, mettant ainsi le français de côté au sein de l’administration.

« L’administration interne, les réunions du personnel et les services centraux sont menés principalement en anglais », avait indiqué Pascal Godbout, en précisant que « l’utilisation des deux langues officielles dans les réunions et les communications internes est encouragée lorsque la situation opérationnelle le permet ».

« Toutefois, l’information essentielle doit être disponible en anglais », décrivait le commandant.

Pas d’impact sur l’instruction

Le CMR de Kingston constitue, avec le CMR Saint-Jean au Québec, l’une des deux seules institutions universitaires fédérales du pays. En raison de ce statut, ces établissements sont assujettis aux politiques du ministère de la Défense nationale ainsi qu’aux obligations linguistiques prévues par la Loi sur les langues officielles. Le Collège propose une vingtaine de programmes à ses quelque 1200 étudiants, lesquels obtiennent, au terme de leur parcours, un brevet d’officier des Forces armées canadiennes en plus d’un diplôme universitaire de premier cycle.

La directive assurait que la nouvelle politique n’aurait pas d’impact sur l’instruction en français et en anglais, alors que « le Collège maintiendra la capacité bilingue nécessaire pour respecter cette obligation ».

Il en va de même pour le public, qui n’est pas affecté par cette transition vers l’unilinguisme anglais, assure le CMR. En effet, l’abolition de l’obligation d’offrir des services internes bilingues ne concerne que les employés de l’institution.

Cette obligation concerne notamment les ressources humaines, les finances, l’administration universitaire, les technologies de l’information, ainsi que tous les services du personnel tels que la paie et les avantages sociaux.

« C’est quelque chose que vous me révélez, mais c’est une décision [celle du CMR], selon moi, qui n’a pas de sens », avait réagi le ministre de la Défense du Canada, David McGuinty, assurant que « le Collège et le système d’éducation sont des systèmes bilingues au Canada pour les Forces armées canadiennes ».

Éducation : 60 millions pour une nouvelle plateforme d’apprentissage numérique

TORONTO – Le ministre de l’Éducation investira 60 millions de dollars dans une nouvelle plateforme d’apprentissage en ligne, qui donnera aux enseignants accès à des ressources éducatives alignées au curriculum de l’Ontario. Une modernisation pour le gouvernement, tandis que l’opposition officielle dénonce une « commercialisation » de l’éducation au profit d’une multinationale désignée comme fournisseur des ressources unique, et une absence de concertation.

Le ministre de l’Éducation Paul Calandra, qui continue sur sa lancée pour réformer le système scolaire en Ontario, a annoncé ce lundi matin qu’une nouvelle plateforme numérique d’apprentissage à destination des enseignants serait lancée dès septembre prochain.

Le projet, au coût 60 millions de dollars, consiste en une centralisation assez inédite des ressources pédagogiques, de la 1re à la 12e année, via la plateforme privée Edwin de Nelson Education, fournisseur sélectionné après un appel d’offres.

Le personnel enseignant choisira parmi le matériel pour trouver des plans de leçon clés en main ou pour créer leurs propres outils interactifs ou présentations, avec du matériel téléchargeable et imprimable, explique la communication officielle.

« En donnant accès aux enseignants à des ressources de haute qualité alignées sur le curriculum, nous veillons à ce que les élèves apprennent le curriculum de l’Ontario de manière plus cohérente à travers les 72 conseils scolaires », a déclaré Paul Calandra, ministre de l’Éducation.

Ce dernier espère que le personnel enseignant aura davantage la main sur les progrès des élèves pour pallier les défis individuels plus rapidement et que les conseils scolaires et la province auront une image plus claire de la performance des élèves à travers l’Ontario.

Le corps enseignant pris au dépourvu, selon le NPD

Interrogée par ONFR sur cette nouvelle mesure, la députée et critique en Éducation du NPD, Chandra Pasma (Ottawa-Ouest-Nepean) n’en avait pas été informée au préalable.

La députée rapporte normalement recevoir un breffage des ministères lorsqu’un nouveau projet de loi est déposé, mais que rares sont les échanges de ce type avec le ministère de l’Éducation.

« Cela est tombé de nulle part. En discutant avec des enseignants ce matin, il semble que ce soit une surprise totale pour eux aussi, remarque-t-elle. C’est l’une de mes grandes préoccupations : lorsqu’on parle de ce qui se passe en classe et des ressources que les enseignants peuvent utiliser ou souhaitent avoir, cela devrait faire l’objet d’une discussion qui inclut les enseignants. »

Celle-ci déplore également le fait que les enseignants n’aient désormais que deux mois pour se préparer à ces changements avant la rentrée, et en pleine pause estivale.

De son côté pour les francophones, l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) a indiqué que la priorité restait que le personnel enseignant soit bien outillé et accompagné pour répondre aux besoins des élèves francophones.

« Nous déplorons toutefois l’absence de consultation du terrain et des partenaires francophones. Une initiative de cette importance devrait s’appuyer sur l’expertise du personnel enseignant et respecter son jugement professionnel », a regretté l’organisation, qui souhaite suivre ce dossier de près.

Centralisation du matériel pédagogique

Autre inquiétude exprimée par l’opposition officielle à Queen’s Park, celle de la centralisation des ressources via un fournisseur privé unique « imposé » par le gouvernement, alors qu’auparavant il y en avait une liste.

« L’entreprise (Nelson) appartient à trois firmes multinationales de gestion de patrimoine. Nous parlons donc de sociétés qui existent uniquement pour faire de l’argent. Ce sont elles les propriétaires de cette entreprise qui détient désormais un contrat exclusif dans les écoles de l’Ontario. »

« C’est la suite d’une tendance à la centralisation du contrôle par le ministère, qui retire le pouvoir de choisir des enseignants ainsi que leur jugement professionnel », s’indigne Chandra Pasma.

Le communiqué officiel du gouvernement précise que l’équipe de mise en œuvre d’Edwin de Nelson Education collaborera avec les conseils scolaires en vue de fournir du matériel de formation et des séances de démonstration en ligne.

Par ailleurs, le personnel enseignant pourra continuer à utiliser du matériel éducatif complémentaire qui est approuvé par le conseil scolaire.

Article mis à jour le 23 juin à 16h55.

TGV : Kingston s’ajoute aux plans d’Alto, l’Est ontarien toujours dans l’attente

KINGSTON – L’avenir du futur train à grande vitesse (TGV) Québec-Toronto prend une trajectoire plus précise pour le sud de la province, mais l’incertitude géographique demeure pour l’Est ontarien. En conférence de presse ce lundi à Kingston, le ministre des Transports au fédéral, Steven MacKinnon, et le président-directeur général de la société d’État Alto, Martin Imbleau, ont officialisé la publication du rapport de consultation publique et confirmé l’étude d’un tracé par le sud via Kingston.

Le gouvernement fédéral a officiellement chargé Alto d’évaluer un tracé par le sud pour le segment reliant Ottawa à Toronto, ouvrant ainsi la porte à l’intégration d’une gare à Kingston. 

En entrevue avec ONFR, Martin Imbleau explique ce virage par des facteurs purement économiques : « Économiquement, on voit que Kingston représente un potentiel d’utilisation intéressant pour Alto. Sa population, sa démographie, la présence de l’université, l’accroissement du tourisme, tout ça milite en faveur de l’ajout potentiel d’une station. »

Cette décision technique signifie que la société d’État concentrera désormais ses efforts sur le corridor sud au détriment du corridor nord passant par Peterborough, bien que ce dernier ne soit pas formellement rejeté. 

Questionné à savoir si ce resserrement autour du corridor sud pourrait faire en sorte que le tracé évite des terres dans l’Est ontarien, M. Imbleau, a précisé que l’option de Kingston concernait la liaison entre Ottawa et Toronto. 

Pour le segment reliant Ottawa à Montréal, il rappelle que le travail de relevés environnementaux et géologiques sur le terrain se poursuit afin de déterminer l’emprise finale. Il affirme que l’objectif de cette démarche reste d’« avoir un meilleur tracé qui va minimiser encore davantage les impacts, notamment sur les agriculteurs ». 

L’Est ontarien exclu d’une gare supplémentaire

Si l’ajout de Kingston porte à huit le nombre de gares potentielles dans le corridor Québec-Toronto, la porte se ferme définitivement pour l’ajout d’autres arrêts régionaux. 

Interrogé sur les demandes répétées venant de résidents de Hawkesbury, reflétées dans ce rapport, pour obtenir une gare intermédiaire, M. Imbleau s’est montré catégorique : « Présentement, il n’y a aucun autre endroit que l’on étudie pour ajouter une station. On est en train de raffiner le tracé, mais il n’y a que Kingston en date d’aujourd’hui qui […] justifierait d’avoir une station supplémentaire. »

Pourtant, les données du rapport de consultation de 142 pages publié aujourd’hui confirment une mobilisation importante dans l’Est ontarien. Les séances de portes ouvertes organisées à Vankleek Hill ont attiré à elles seules 452 participants. C’est un taux de participation supérieur à celui enregistré dans des centres urbains d’envergure comme Laval (245 participants) ou Trois-Rivières (217 participants).

Au total, l’exercice de consultation a été massif, récoltant 324 026 visites uniques sur la plateforme en ligne et mobilisant 324 experts lors de 31 tables rondes thématiques portant sur l’environnement, l’urbanisme et le développement économique.

Le rapport souligne que dans ce corridor central, l’impact sur les terres agricoles (11,9 % des préoccupations au niveau du corridor) et la fragmentation des parcelles et des habitats naturels (15,6 %) figurent parmi les principales craintes exprimées par les répondants ruraux. 

Les résidents de Prescott-Russell ont insisté sur la nécessité absolue de préserver l’intégrité des fermes familiales et la continuité de biens régionaux précieux, comme le sentier récréatif Prescott-Russell.

Pas de données sur les refus d’accès

Cette inquiétude généralisée s’est traduite sur le terrain par le refus de plusieurs producteurs agricoles et propriétaires fonciers de Prescott-Russell de laisser Alto accéder à leurs propriétés pour effectuer des études de sol.

Martin Imbleau a reconnu que « certains acceptent, et plusieurs propriétaires ont refusé l’accès », mais a refusé de divulguer des données précises : « Quant au nombre, c’est confidentiel parce que c’est une transaction qui est privée entre un propriétaire foncier et nous ». 

Il a toutefois défendu la nécessité de ces démarches, rappelant que les relevés environnementaux et géologiques servent justement à déterminer où passer à l’intérieur du corridor actuel de 10 kilomètres de large afin de « minimiser encore davantage les impacts, notamment sur les agriculteurs ».

Cette optimisation minutieuse du tracé revêt également un enjeu financier de taille pour la société d’État, alors que la gestion budgétaire du projet est scrutée de près par la population.

Selon les résultats du sondage d’Alto : le coût de construction représente la principale source d’impact négatif perçu par le public, récoltant 17 % des réponses, devant les craintes liées à l’altération du paysage (13,4 %) ou aux perturbations durant les travaux (7,4 %).

Concernant l’emplacement de la gare à Ottawa, le document note un fort intérêt des participants pour un site central au centre-ville d’Ottawa, notamment l’ancienne gare Union, bien que des critères opérationnels et de connectivité incitent également à évaluer le maintien de la gare VIA Rail actuelle sur le chemin Tremblay.

« Pas simple, mais on va bien »

Malgré l’intégration de nouvelles études techniques pour inclure Kingston, la direction d’Alto assure que le calendrier de réalisation ne subira aucun compromis, principalement pour des impératifs financiers.

« Chaque année qui est retardée, c’est plus de 3 à 4 milliards de dollars, donc on ne veut pas retarder le projet parce que ce sont des coûts non nécessaires pour le projet. Ce n’est pas simple, mais on va bien », tranche Martin Imbleau.

« Un rapport de consultation démontre trois choses : qu’il faut agir avec beaucoup d’humilité, et de transparence, et aussi qu’il faut être résilient puis garder le calendrier de réalisation pour ne pas le retarder », a-t-il finalement conclu.

Pour les résidents de l’Est ontarien, les réponses purement géographiques viendront à l’automne 2026 : Alto s’est engagée à dévoiler un tracé restreint d’un kilomètre de large pour le segment Montréal-Ottawa, ce qui lancera officiellement une nouvelle phase de consultations publiques. 

Les premiers coups de pelle mécaniques pour ce segment central sont attendus vers 2029-2030.

Le Franco-Manitobain Glenn Joyal deviendra juge à la Cour suprême

Le Franco-Manitobain Glenn Joyal deviendra juge à la Cour suprême du Canada, a annoncé le premier ministre Mark Carney, ce lundi 22 juin.

Celui qui est actuellement juge en chef de la Cour du Banc du Roi du Manitoba, et ce depuis 2011, doit succéder à Sheilah L. Martin, partie à la retraite le 30 mai dernier.

Dans un communiqué dévoilé ce jour, le premier ministre Mark Carney a soumis la nomination de Glenn Joyal, un juge de l’Ouest qui viendra compléter le banc de neuf juges de la plus haute cour du pays.

« Tout au long de sa carrière, le juge en chef Joyal a montré qu’il possède l’intégrité, l’expérience et le grand sens du discernement que requiert l’exercice de ces fonctions au sein de notre plus haute instance judiciaire. Je suis convaincu qu’il saura s’acquitter avec grande distinction de ce mandat au service des Canadiennes et des Canadiens », a déclaré le premier ministre par communiqué.

Glenn D. Joyal deviendra juge à la Cour suprême du Canada. Crédit image : Gracieuseté Cour du Banc du Roi du Manitoba

Glenn Joyal a notamment été membre de l’Association des juristes d’expression française du Manitoba et, avant sa nomination à la magistrature manitobaine, exerçait principalement dans le domaine du droit pénal et du droit constitutionnel. Il a aussi exercé comme procureur de la Couronne, tant au niveau provincial au Manitoba qu’au fédéral.

« Le juge en chef Joyal a passé plus d’une décennie à la tête de la Cour du Banc du Roi du Manitoba, où il a démontré l’expérience, l’intégrité et le bon jugement que ce rôle exige. efforts qu’il a déployés pour améliorer l’accès à la justice, moderniser les activités des tribunaux et faire progresser la réconciliation témoignent de son engagement profond à l’égard d’une administration équitable de la justice », soutient le ministre de la Justice Sean Fraser.

Prochaine étape : le Franco-Manitobain devra passer devant un comité de la Chambre des communes et du Sénat lors d’une audience spéciale pour y être interrogé. Le premier ministre propose la nomination d’un juge après qu’une liste de noms recommandés a été soumise par le Comité consultatif indépendant sur la nomination des juges de la Cour suprême du Canada.

Refaire sa vie après 55 ans : le parcours souvent invisible des nouveaux arrivants 2SLGBTQIA+ francophones

Fuir la discrimination, reconstruire un réseau social, s’adapter à une nouvelle culture et parfois à une nouvelle langue. Pour les nouveaux arrivants francophones de la communauté 2SLGBTQIA+, l’intégration en Ontario s’accompagne souvent de défis particuliers, surtout lorsqu’elle survient après 55 ans. Les parcours d’Hélène et de Bernard, arrivés à plus de quarante ans d’intervalle, illustrent à la fois les progrès réalisés et les obstacles qui demeurent.

Lorsqu’Hélène est arrivée au Canada en novembre 2024, elle découvrait un monde complètement différent de celui qu’elle avait connu toute sa vie au Cameroun.

À bientôt 65 ans, cette nouvelle arrivante francophone doit apprivoiser bien plus que le froid canadien. Les habitudes sociales, les codes culturels, le rapport au voisinage ou encore l’éducation des enfants lui semblent parfois appartenir à une autre réalité.

« Ici, la vie est douce. On ne crie pas sur les gens. Les gens vivent dans l’harmonie tranquillement. Même avec le voisin, il n’y a pas de problème », raconte-t-elle.

Derrière cette adaptation quotidienne se cache toutefois une histoire beaucoup plus douloureuse.

Au Cameroun, une relation amoureuse avec une autre femme a fini par être révélée après le décès de sa partenaire. Hélène affirme avoir alors été victime de violences de la part de sa famille et de son entourage.

« Quand elle est tombée malade, sa famille lui a demandé de se confesser et de dire tout ce qu’elle avait fait. C’est comme ça qu’ils ont appris pour nous. Après ça, ses frères et ses sœurs m’ont frappée. Le quartier les a aidés. Quand elle est décédée, sa famille est même allée chez mon fils pour me chercher. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je ne pouvais plus retourner là-bas. »

Craignant pour sa sécurité, elle choisit finalement d’entamer une demande d’asile pour partir au Canada. Comme beaucoup de nouveaux arrivants, elle doit aujourd’hui reconstruire sa vie dans un environnement qu’elle connaissait peu avant son arrivée.

« C’était l’inconnu pour moi. C’était la première fois que je quittais l’Afrique. Heureusement, ma fille était là pour me guider. Elle me disait : « Maman, ici, on ne fait pas comme ça. On ne crie pas sur les enfants. On ne dérange pas les voisins. » Petit à petit, j’ai appris à vivre autrement. »

Quarante ans plus tôt

L’histoire de Bernard Kenol présente plusieurs similitudes, malgré les décennies qui les séparent.

Originaire d’Haïti, il est arrivé au Canada en 1981 après que ses parents ont compris que son orientation sexuelle risquait de le placer dans une situation vulnérable dans son pays d’origine. À l’école, il subissait régulièrement de l’intimidation.

« Il y avait des groupes qui m’attendaient à la sortie de l’école et qui essayaient de m’intimider. Ça a duré plusieurs années. J’étais perçu comme un garçon trop efféminé et, dans leur mentalité, ce n’était pas acceptable. Je ne pouvais même pas me tourner vers les adultes pour demander de l’aide parce qu’à l’époque, être homosexuel était perçu comme quelque chose de mal. »

Aujourd’hui enseignant dans une école francophone de Toronto, il mesure le chemin parcouru.

« Quand je suis arrivé ici, j’étais heureux de vivre dans une société plus ouverte et plus égalitaire. Aujourd’hui, je peux vous parler ouvertement de qui je suis. Dans mon pays d’origine, j’étais obligé de vivre dans la discrétion et de garder une partie de moi-même cachée. »

Malgré tout, certaines blessures demeurent. Bernard se souvient encore du choc ressenti lorsqu’il a appris le sort réservé à deux amis restés en Haïti.

« Après avoir quitté le pays, j’ai appris qu’ils avaient été lynchés par la population de leur quartier. C’était deux personnes qui vivaient ensemble, qui s’aimaient. Un groupe est entré chez eux, a pillé leur maison et les a lynchés. C’est une violence injuste et révoltante. Quand une société ne prône pas la tolérance, le respect et les droits humains, la porte est ouverte à tous les excès. »

Le défi de reconstruire sa vie

Pour les personnes 2SLGBTQIA+ qui immigrent à un âge avancé, l’obtention d’un statut ou d’un emploi ne constitue qu’une partie du parcours. Il faut aussi recréer un cercle social, développer un sentiment d’appartenance et trouver sa place dans une nouvelle communauté.

Bernard connaît bien cette réalité. Comme plusieurs immigrants qualifiés, il a dû retourner aux études pour faire reconnaître ses compétences avant de pouvoir s’établir professionnellement en Ontario.

Hélène, arrivée au Canada en 2024, et Normand Babin, membre de la FARFO Fierté Toronto, ont participé à une discussion sur les réalités vécues par les nouveaux arrivants aînés 2SLGBTQIA+ francophones en Ontario. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Mais avec le recul, il estime que l’un des plus grands défis se situait ailleurs.

« Je dirais à un nouvel arrivant d’essayer de construire son réseau. Je sais que ça peut prendre plusieurs années. Le développement de l’amitié est tout aussi important que le reste. C’est une façon de briser l’isolement et de construire son pays d’accueil. »

À Toronto, l’intégration passe également par l’apprentissage de l’anglais.

« J’ai été chanceux de travailler dans un milieu francophone, mais pour quelqu’un qui choisit Toronto ou l’Ontario, développer ses compétences en anglais est important. Sinon, on risque de limiter beaucoup ses possibilités professionnelles et même sociales. »

Une réalité encore trop peu visible

Pour Normand Babin, membre de la FARFO Fierté Toronto, ces défis sont amplifiés par l’âge.

« On a fait une étude avec FrancoQueer sur les besoins des personnes queers francophones de plus de 55 ans en Ontario et c’est toujours la même chose qui revient : l’isolement. Qu’on soit nouvellement arrivé ou qu’on soit né ici, c’est la même réalité. »

Selon lui, plusieurs aînés 2SLGBTQIA+ vivent une forme de vulnérabilité particulière.

« En vieillissant, les gens autour de nous disparaissent, les amitiés s’effritent. Et comme personnes queers, on n’a souvent pas d’enfants ou de structures familiales traditionnelles sur lesquelles s’appuyer. On se retrouve seul. C’est probablement la plus grande peur. »

Même si le Canada est souvent perçu comme une société accueillante, le travail n’est pas terminé, ajoute-t-il.

« Il y a eu des progrès immenses, mais le combat n’est pas terminé. C’est la première fois de ma vie que je vois que certains de nos droits pourraient reculer. Je ne pensais pas vivre ça. Le chemin parcouru n’est jamais garanti. »

Trouver une famille choisie

Face à ces défis, les organismes communautaires jouent un rôle déterminant. Pour Hélène, ils ont permis de mieux comprendre les démarches administratives liées à son installation et à sa demande d’asile. Pour Bernard, ils ont surtout permis de créer des liens durables.

« FrancoQueer me donne autant que moi je peux lui apporter. Les programmes de jumelage, les activités et les rencontres permettent de construire un réseau social et de briser l’isolement. »

Au fil des années, cette communauté est devenue ce que plusieurs appellent une « famille choisie ». Une réalité particulièrement importante pour des personnes qui ont parfois dû quitter leur pays, leur entourage et même une partie de leur identité pour vivre en sécurité.

Pour Normand Babin, le message à retenir est simple.

« Il n’y a pas d’âge pour changer sa vie. Plus on avance en âge, plus c’est difficile de recommencer ailleurs. Ça demande énormément de courage. Mais ces parcours montrent qu’il est toujours possible de bâtir quelque chose de nouveau. »

Ferveur ivoirienne à la Coupe du monde de soccer face au géant allemand

La défaite de la Côte d’Ivoire face à l’Allemagne (2-1) ce samedi en Coupe du monde de soccer n’a pas terni l’enthousiasme de ses partisans. Venus de partout au pays et même au-delà des frontières, certains s’étaient donné rendez-vous à Milton devant un écran géant, d’autres dans les gradins du Stade de Toronto, lieu du match. Tous croient en leur chance d’aller très loin dans la compétition.

Si plusieurs supporters ivoiriens ont réussi à prendre place dans les gradins du Stade de Toronto, ce samedi, d’autres ont choisi de vivre la rencontre à quelques kilomètres de là.

À l’invitation du Comité national de soutien aux Éléphants, en collaboration avec la Fédération des associations ivoiriennes du Canada, l’Association de la communauté ivoirienne de la région de Toronto (ACIRT) et EYUA Synergy, près de 200 personnes se sont réunies au Milton Community Sports Park pour suivre le match dans une ambiance festive aux couleurs orange, blanc et vert.

David Brou venu du Québec et Thérèse Amankou de la région du Grand Toronto se sont rencontrés lors de l’événement. Photo : Hermane Ligué/ACIRT

La fan zone a attiré des membres de la diaspora venus de plusieurs régions du Canada, notamment du Québec et de l’Alberta, mais aussi quelques visiteurs arrivés des États-Unis, de France et directement de Côte d’Ivoire.

« Nous sommes heureux de retrouver nos frères de Milton, de Toronto et des autres villes venus soutenir notre équipe nationale. C’est une grande fête pour nous », explique David Brou, qui a effectué le déplacement depuis le Québec.

Comme plusieurs personnes présentes, il aurait préféré assister au match au bord du terrain. « C’était la plus grosse déception. On voulait être au stade, mais le coût du billet était vraiment excessif. Mais on est content d’être ici pour faire la fête à l’ivoirienne. »

Pour Mustapha Oudrouz, venu spécialement de Calgary, l’important était avant tout de partager ce moment avec la communauté. « Peu importe les péripéties pour arriver ici jusqu’à Toronto, je suis heureux d’être là, affirme-t-il. Jouer face à l’Allemagne et communier avec toute la population ivoirienne ici présente, entre autres la diaspora ivoirienne, c’est un pur bonheur et un pur plaisir. »

Nana Baba Kwame Betrand, chef du village d’Assinie-France (à gauche), a fait le voyage depuis la Côte d’Ivoire pour se rapprocher de l’équipe nationale présente à Toronto. Photo : Hermane Ligué/ACIRT

Le rassemblement a également accueilli des visiteurs venus directement de Côte d’Ivoire. Parmi eux se trouvait Nana Baba Kwame Betrand, chef du village d’Assinie-France, dans la commune d’Assinie-Mafia. « C’est un grand honneur pour moi d’être ici au Canada avec mes frères et sœurs ivoiriens. Même si on n’est pas au stade, on supporte la Côte d’Ivoire. »

Le découragement n’est pas ivoirien

Habituellement directeur du Réseau de soutien à l’immigration francophone, Alain Dobi avait laissé de côté ses fonctions le temps d’un après-midi pour enfiler son maillot de partisan ivoirien. « L’une de nos préoccupations en tant qu’Ivoiriens, c’est qu’on aime toujours se rassembler. Il faut briser l’isolement. Le sport, évidemment, c’est un rassembleur. »

Thérèse Amankou, présidente des Femmes de Toronto, voyait également dans cette mobilisation un symbole de la solidarité qui unit la communauté ivoirienne. Malgré la défaite face à l’Allemagne, elle refuse de revoir les ambitions à la baisse.

Et de prédire : « On ira jusqu’à la finale! L’Ivoirien est optimiste. Le découragement n’est pas ivoirien. Je ne pense pas qu’on ait déjà eu une équipe aussi bonne que celle-là. Nos jeunes se battent jusqu’à la dernière minute pour aller chercher le ballon et le mettre dans le filet. »

Raissa Fabiola brandit le drapeau ivoirien au pied du Portail des princes, à Toronto. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Pendant ce temps, au Stade de Toronto

À quelques kilomètres de là, dans un stade rempli et largement acquis à la cause allemande, les partisans ivoiriens ont tout de même donné de la voix dans la tribune Est et dans le virage Sud, portés par l’euphorie d’un but d’avance préservé durant une grande partie du match.

Mais dans les 20 dernières minutes, patatras… Un but puis deux pour la Mannschaft, quadruple championne du monde, ont complètement renversé la vapeur. « Ça fait mal, car aurait pu accrocher le match nul », regrette quelque peu Raissa Fabiola, venue du Québec voisin pour soutenir son équipe.

À ses yeux, rien n’est perdu pour la suite, au contraire : le troisième et dernier match de poule contre Curaçao – jeudi prochain à Philadelphie – devrait être une formalité sur la route qui mènera son pays d’origine « en finale! », est-elle persuadée.

Arnaud Diomandé (à droite) a assisté au match en famille. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

« La Côte d’Ivoire tenait le bon bout, malheureusement c’est la loi du foot », soupire Arnaud Diomandé au sortir du stade. Celui qui a fait le déplacement depuis le Michigan se montre confiant pour les prochains jours : « L’audace, la fougue et le talent » mèneront loin les triples champions de la Coupe d’Afrique des Nations. « On va sûrement finir deuxième de notre groupe, alors on donne rendez-vous à l’Allemagne dans un prochain round. »

Honorat Guidi pense déjà aux phases éliminatoires : « On aurait pu faire mieux contre l’Allemagne, mais on n’a pas pris sept buts non plus. On est fier de ce qu’on a fait. On continue la compétition et on ira loin, parce qu’après ce match les grandes équipes auront peur de nous. »

Honorat Guidi, Ivoirien installé à New York, s’est joint à la communauté torontoise pour encourager son équipe. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

« C’était dur d’être supporter ivoirien aujourd’hui, convient-il. Les Allemands étaient partout autour de nous, mais malgré notre minorité, on a tout donné pour être le plus bruyant possible. On va continuer de pousser les Éléphants. On n’a pas encore tout montré, attendez de voir la suite. »

Connor Lafortune, passeur de culture anishinaabe sur scène

Originaire de la Première Nation de Dokis dans le Nord de l’Ontario, Connor Lafortune fait vibrer la scène franco-ontarienne depuis 2019. De retour dans sa communauté après un passage marquant de sept ans à Sudbury, le doctorant à l’Université Laurentienne s’engage principalement dans la promotion de la vie — enaadmaget wii-bimadziiyins en langue anishinaabemowin — une approche proactive en santé mentale basée sur des savoirs autochtones. Plus récemment, il a prêté sa plume au Théâtre du Tremplin pour écrire et mettre en scène Maa Ndayaamin Geyaaba (Nous Sommes Encore Ici), une pièce présentée du 10 au 13 juin à Ottawa.

« Comment votre vocation pour les arts est-elle née?

J’ai commencé à écrire très jeune. C’est quelque chose que j’ai toujours fait. Aussitôt que j’ai pu physiquement écrire, j’ai écrit des textes, des poèmes, de la musique… J’ai commencé à écrire même en anglais, avant que je comprenne l’anglais complètement. J’écrivais avec les phoniques francophones en anglais! Écrire, peinturer, créer… J’ai toujours voulu explorer le monde à travers les arts. C’était une façon pour moi de comprendre le monde.

Comment s’est nouée votre implication dans le milieu artistique francophone de Sudbury?

J’ai toujours trouvé qu’on avait une belle communauté de jeunes francophones. Il y a quand même des différences entre les groupes. Mais il y a un petit sous-groupe dans lequel, lorsqu’on se trouve ensemble, même si on ne se connaît pas très bien, on rentre déjà dans le familier. Le français artistique, c’est une petite famille. On se connaît tous. C’est le fun de voir qu’on est en train de faire des projets. Cette communauté est très vibrante, jeune et francophone, et commence aussi à faire des arts qui ressemblent plus à nos visions du monde.

Connor Lafortune, ou G’chi Waabshka Mukwa — son nom anishinaabe signifiant « le grand ours d’esprit blanc » — se déplace à travers le Canada dans le cadre de son travail en promotion de la vie. Photo : Gracieuseté

Quelles ont été vos plus grandes sources d’inspiration dans votre parcours, tant artistique que personnel?

Je m’inspire beaucoup de mon arrière-grand-père, Leonard Dokis-baa. C’est un homme qui a fait tellement de belles choses à l’extérieur et à l’intérieur de notre communauté. Malheureusement, il est décédé quand j’étais jeune, mais ses histoires et sa vie continuent malgré son décès. C’est quelqu’un qui inspire beaucoup ma façon de voir le monde et le parcours professionnel que j’ai entrepris en promotion de la vie.

Ma première grosse exposition était une série de quatre poèmes que j’ai écrits au sujet de son vécu. C’était un des moments où j’ai vraiment pu trouver ma voie en tant qu’artiste.

Aussi, les communautés autochtones qui m’entourent, les histoires, l’humour, les réalités qui ont été vécues, qui sont encore vécues, pour moi, sont une grande source d’amour. Le travail que je fais en communauté, c’est souvent quelque chose qui m’inspire pour écrire des textes. J’ai souvent un cahier de notes avec moi. J’écoute la communauté, puis il y a comme des lignes que les gens disent qui m’inspirent. Je les écris, puis, éventuellement (elles) deviennent des créations, des poèmes, de la musique…

En quoi vos racines anishinaabe influencent-elles votre prise de parole?

Je crée des arts qui sont très politiques, qui visent un message spécifique, qui racontent une histoire distincte, qui essaient de passer un message clair. L’art, c’est une façon de transmettre des messages qu’on n’entend pas souvent ou que les gens oublient facilement. Il y a tellement de pouvoir dans une salle lorsqu’on crée, performe… C’est quelque chose qui m’inspire. Ce sont aussi des cultures anishinaabe, des orateurs, des conteurs d’histoire, de l’humour, de la joie, de la tristesse et toutes les belles choses qui s’entremêlent. C’est une vérité totale.

Je dis souvent que, lorsqu’on conte des poèmes ou lorsqu’on fait de l’art, on ramène les gens au même niveau. On est tous pareils, on est tous égaux, on est juste entremêlés dans l’histoire.

G.R Gritt (droite) et Connor Lafortune (gauche) sont les interprètes de Qui Crie au Loup? Photo : Gracieuseté

En 2023, vous avez collaboré sur Qui crie au loup?, une chanson de G.R. Gritt, également francophone et anishinaabe. Quel message vouliez-vous véhiculer dans ce morceau?  

G. R. Gritt est un cousin, donc c’était le fun de travailler ensemble en tant qu’artistes. Nous sommes tous les deux francophones, queers, autochtones. C’était le moment de transmettre un message un peu plus puissant.

C’est une chanson qui fait écho directement à l’homophobie, à la transphobie, qui parle aux gens qui ont des peurs, qui sont queers, qui sont différents, et qui reprend surtout des messages religieux. La religion a souvent été utilisée pour retirer des droits à des personnes queers et autochtones.

Tu n’as pas vraiment besoin de comprendre cette chanson pour l’aimer. Lorsque les gens commencent à écouter les paroles, ils vont se dire : « Ah, c’est ça qu’ils ont essayé de dire, ces deux-là. » Je trouve ça tellement fort, surtout en français. On n’a pas souvent d’éducation queer et autochtone.

Comment votre identité queer et autochtone prend place et prend vie dans vos œuvres artistiques?

C’est inséparable de mon identité artistique et communautaire. Ce sont tous les bagages que j’apporte lorsque j’entre (dans) une pièce. Donc, pour moi, ça serait injuste de ne pas les amener dans mes œuvres artistiques. Je suis aussi une personne avec un incroyable pouvoir et privilège et plateforme d’être capable d’œuvrer ces conversations ici. Donc je crois que c’est aussi un besoin communautaire, une responsabilité en tant qu’artiste d’avoir une plateforme et d’être capable de sortir des messages qui me tiennent à cœur qui peut-être changent la balle politique un petit peu.

Vous avez remporté le prix Coup de Cœur au Gala RelèveON en 2022, dont vous étiez le plus jeune candidat de l’histoire. Cet événement a-t-il impacté votre parcours professionnel? 

J’apprécie toujours ça, mais je pense que je suis tellement à moi-même quand ça vient à mes propres créations, que j’oublie que les gens observent. Ça, c’est quelque chose qui vient souvent. Ce n’est pas que je ne veuille pas un public, ou que je ne veux pas entendre ce que les gens pensent, mais j’oublie que les autres sont encore en observation. Donc, lorsque j’ai une reconnaissance comme ça, c’est un peu drôle.

Mais pour moi, ce sont les moments intimes. Une maman autochtone qui, en train de brailler, me prend dans ses bras et me dit merci. Pour moi, ça, c’est le plus grand prix. J’ai pu performer à une conférence de santé mentale, mon domaine de recherche. Une femme m’a dit que « la recherche autochtone sur les personnes autochtones enlève souvent la vie de nos mots, mais tu as réussi à les remettre ». Ça, c’est un cadeau. Ce sont ces petits moments humains qui me marquent le plus.

Depuis 2021, Connor Lafortune œuvre en tant que shkaabewis (aidant) dans la promotion de la vie, la réduction des méfaits, et l’éducation autochtone Photo : Gracieuseté.

Qu’est-ce que la promotion de la vie et la réduction des méfaits?

C’est une théorie, un système, une pratique communautaire autochtone qui va au-delà de la prévention du suicide pour adresser les crises de la mort préventive en communauté autochtone. Donc, c’est surtout dans ça que je m’engage avec de la recherche, mon travail de tous les jours, et aussi ma voix artistique.

Et la réduction des méfaits donc le harm reduction en anglais, c’est un moyen de trouver des systèmes qui réduisent le taux de dépendance dans les communautés, mais aussi qui prennent en compte le système humain, qui ne juge pas. Souvent, on utilise la réduction des méfaits pour l’utilisation du cannabis, l’utilisation des drogues. C’est un système qui prend en compte tout l’humain et qui donne des services sans parler seulement de l’arrêt d’utilisation.

Il s’agit de prendre en compte que le fait qu’une personne est agente de sa propre histoire et de ses choix. On doit travailler à partir d’une perspective basée sur les forces, basée sur l’humain.

Vous suivez actuellement un doctorat en études rurales et nordiques à l’Université Laurentienne. Qu’espérez-vous entreprendre pendant ce cursus? 

Faire la recherche dans les communautés autochtones de notre région pour voir les façons dont la promotion de la vie se manifeste dans nos communautés, les façons dont nous avons survécu, nous [sommes] restés connectés à la vie, nous avons utilisé les traditions et les enseignements traditionnels pour vraiment garder la vie dans nos communautés, pour but de créer un cours que j’aimerais éventuellement promouvoir dans les systèmes scolaires postsecondaires.

Ces objectifs-là sont-ils spécifiquement dirigés vers le domaine éducatif postsecondaire du nord de l’Ontario?

C’est plus proche pour moi, non seulement géographiquement, mais aussi, ça me tient plus à cœur. Les services dans le Nord et dans le rural sont surtout à la moindre, à plusieurs reprises. En Ontario, il y a 106 Premières Nations versus dans le sud de l’Ontario, il y a juste 27 communautés autochtones. Donc, pour moi, c’est une [région] qui est plus chargée avec une population autochtone. C’est plus important pour moi. Je ne suis pas le seul qui fait la recherche et le travail en promotion de la vie. J’ai des amis un peu plus partout, sur l’île de la Tortue. Puis, éventuellement, on crée un système de changement tous ensemble. Mais mon focus c’est vraiment sur notre région.

L’éducation et la guérison sont deux thèmes essentiels dans vos discours. Que signifient-ils actuellement pour vous?

C’est quelque chose qui vient main dans la main. L’éducation, la guérison, guérir à travers l’éducation. Le système éducatif a voulu effacer et assimiler les personnes autochtones. Donc, pour moi, l’éducation, c’est la façon dont on ressort. Je pense aux mots de Murray Sinclair, qui est décédé récemment, mais qui a dit, « si c’est l’éducation qui nous a mis dans le problème, c’est l’éducation qui va nous en sortir ».

Donc, à travers l’éducation, l’information, le partage des ressources, le partage de la vérité, c’est là où on se trouve à guérir. Je vois ça dans ma famille et dans ma communauté. On guérit en communauté. C’est la façon dont plusieurs des mouvements de guérison se font.

J’ai fait en ce moment une pièce de théâtre jouée au Tremplin, qui partage le sujet de la réalité des écoles résidentielles. J’ai pour but d’engager les gens dans l’action, avoir des alliés qui vont comprendre l’historique, qui vont faire des recherches et qui peuvent agir en changement dans le futur lorsqu’ils voient des injustices.

En 2026, Connor Lafortune a été écrivain et metteur en scène de la pièce Maa Ndayaamin Geyaaba (Nous Sommes Encore Ici), un récit qui traite des écoles résidentielles. Photo : Denys N. Tremblay

D’où vient ce désir ou ce besoin de se réapproprier l’éducation et de la connecter à l’art?

C’est vraiment une façon de répondre aux besoins que j’aurais eus dans ma jeunesse. C’est la façon (dont) j’aurais aimé apprendre. C’est la façon dont on apprend en communauté, en famille. Pourquoi est-ce qu’il y a une différence? Je suis un gros fan aussi de l’abolition, de la pratique de défaire ce qui ne fonctionne pas pour faire un monde meilleur, de bâtir le monde qu’on veut voir.

Et lorsque j’écoute des conteurs, je pense à l’artiste Aysanabee et son album Watin, un projet sous forme d’entrevues avec son grand-père, des appels au téléphone. Il y a comme un clip de son grand-père qui parle, ensuite il y a une chanson qui fait réflexion, et ensuite ça continue. Puis G.R fait des chansons qui sont tellement puissantes sur l’historique autochtone. J’ai plusieurs conteurs en tête qui font ça. C’est de la recherche. C’est de la véritable recherche en main. »


2021 : Fait ses premiers pas dans le travail de promotion de la vie

2022 : Remporte le prix Coup de Cœur au Gala RelèveON en 2022

2023 : Réceptionne officiellement son nom traditionnel d’adulte

2024 : Organise son premier camp de nature pour la jeunesse autochtone

2025 : Termine son projet de maîtrise en relations autochtones

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Qui célèbre-t-on à la Saint-Jean-Baptiste?

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

[CHRONIQUE]

J’avais 10 ans, le 30 octobre 1995. Comme d’autres résidents des communautés francophones hors Québec, le référendum sur l’indépendance suscitait beaucoup d’inquiétudes. Dans ma tête de garçon en 5e année, je peinais à croire que l’on pourrait continuer d’apprendre en français si on ne partageait plus un pays avec le Québec. Je n’ai aucun souvenir d’avoir ressenti de la colère ou d’avoir eu quelconque ressentiment envers les Québécois.

Au contraire, j’avais plutôt une fascination pour le monde qui était représenté à la télévision de Radio-Canada, que ce soit par son émission culte La Petite Vie, ou bien Québec et Mont-Tremblant, que j’ai visités quelques années plus tard, où les affiches et les menus de restaurant étaient en français. J’avais plutôt l’impression qu’on ne connaissait pas les Franco-Ontariens, et que tous gagneraient à mieux se connaître. Trente ans plus tard, ce moment semble toujours marquer mes intérêts de recherche.

C’est ce prétexte que j’ai choisi pour écrire quelques lignes sur la Saint-Jean, cette fête du solstice d’été que célébraient les païens avec des grands feux. Choisi comme saint patron des Canadiens français au début du 19e siècle, Jean Baptiste est fêté le 24 juin. Des décennies 1840 à 1960, une « intention nationale » anime les Canadiens français au Québec et dans les localités où ils s’installent, au Canada et en Nouvelle-Angleterre, généralement pour saisir des occasions de mobilité socioéconomique. Même en émigrant vers des lieux anglo-dominants, les Canadiens français soutiennent un développement institutionnel, au départ sous l’égide de l’Église catholique, et plus tard en parallèle à celle-ci, en vue de prolonger une expérience culturelle, historique, mémorielle et linguistique, ancrée dans la vallée du fleuve Saint-Laurent.

Dans ces communautés d’expression française, des sections de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) sont établies pour promouvoir le « bon parler français ». Dans les années 1930 et 1940, on y lance des émissions en français à la radio locale « pour redonner à notre jeunesse la fierté de [sa langue], la fierté à un tel point qu’ils perdront la gêne de ne vouloir pas s’en servir dans les endroits publics » (L’Ami du peuple, 8 juin 1962). La SSJB coordonne aussi – et surtout – les festivités annuelles du 24 juin. Elles comprennent des loisirs – dont les courses en brouette, les matchs de lutte et les parties de balle. Le tout culmine autour du défilé, tenu dans les rues principales de la localité, de voitures de pompiers, de chars allégoriques commandités par des commerçants et comprenant des gens costumés en « héros » de la Nouvelle-France et du Canada français. « Dans notre région relativement neuve », affirme la section de la SSJB de Sudbury, « les Canadiens français semblent vouloir se donner depuis quelques années, une orientation plus sure et plus efficace pour la sauvegarde de leurs droits et l’épanouissement normal de leurs aspirations nationales » (L’Ami du peuple, 18 juin 1942).

Les crises scolaires, pendant lesquelles des gouvernements ont interdit l’enseignement en français, renouvellent la solidarité canadienne-française jusqu’aux années 1940. Le développement de l’État-providence, des décennies 1950 à 1970, tend à rapatrier des écoles et des hôpitaux franco-catholiques dans le giron des gouvernements provinciaux et à fragmenter les identités francophones. Le Canada français entreprend alors une « rupture », une « métamorphose » ou un « démantèlement », selon les expressions variées utilisées par les historiens pour décrire l’évolution de la nationalité pendant la Révolution tranquille. La tendance, des décennies 1980 à 2000, en est à l’élaboration de projets politiques francophones parallèles, entre un Québec, qui élargit ses compétences législatives, et des collectivités politiques franco-canadiennes, où le réseau institutionnel se solidifie et les taux d’assimilation augmentent.

Dans les années 1990, les écoles primaires Saint-Joseph et Sainte-Thérèse que je fréquentais organisaient une « fête champêtre » en juin. D’autres localités tenaient des « franco-fêtes », mais on ne nommait plus ceux que l’on fêtait, comme si la francophonie pouvait être extirpée de son contenu mémoriel, identitaire et culturel. Le Québec avait sa « fête nationale » depuis le 24 juin 1977, et les Franco-Canadiens semblaient hériter des restes de table d’une nationalité et d’un saint patron essentiellement largués aux oubliettes.

Dans les vingt dernières années, on semble se reconnecter sur l’idée selon laquelle le 24 juin serait la fête commune aux francophones du Canada, l’expression « la Saint-Jean » ayant retrouvé ses lettres de noblesse dans les milieux minoritaires, et même employée en alternance au Québec. Car quelque part, ces collectivités appartiennent à une « petite société » qui manifeste une « ambition » politique (Joseph Yvon Thériault, 1994), même si ce « désir de pouvoir » (Rémi Léger, 2014) est fortement contraint par les structures politiques et culturelles du milieu anglo-dominant dans les autres provinces.

Je me sens plus à l’aise dans cette représentation des collectivités francophones, qui renoue des liens entre Québécois et Francos dans leurs joies et leurs défis partagés. Même si je n’ai aucune hésitation à m’identifier comme Franco-Ontarien, d’abord et avant tout, je reconnais la force de la dualité nationale et de la culture canadienne-française comme étant nécessaires pour sortir les francophones de l’Ontario de la marginalité qu’ils peuvent ressentir, de temps en temps. À mon avis, l’histoire de cette « petite société » est tout aussi intéressante et légitime que celle des « grandes nations ». Et c’est ce qui me semble pertinent à rappeler le 24 juin.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

La Ville d’Ottawa veut ancrer la réconciliation dans ses décisions

OTTAWA – À chaque événement officiel, la reconnaissance du territoire algonquin anishinabe est devenue un passage obligé à Ottawa. Ce geste symbolique témoigne de la volonté des institutions de participer au processus de réconciliation avec les peuples autochtones. Mais au-delà des déclarations, comment cette réconciliation se traduit-elle dans la vie des Autochtones de la capitale?

Dans un rapport présenté au conseil municipal en mars et intitulé Faire progresser les relations avec les Autochtones à la Ville d’Ottawa, l’administration affirme vouloir faire en sorte que les enjeux autochtones influencent durablement ses politiques, ses programmes et ses décisions.

Depuis la création de la Direction des relations avec les Autochtones en 2022, la Ville indique avoir mené environ 200 consultations internes et externes ainsi qu’une centaine de révisions de politiques, stratégies et projets municipaux chaque année. L’objectif : mieux intégrer les voix autochtones dans les décisions municipales et assurer une plus grande cohérence entre les différents services de la Ville.

« Nous avons constaté beaucoup de progrès dans la compréhension des enjeux autochtones urbains et dans le travail en partenariat avec les organisations autochtones d’Ottawa », estime Joan Riggs, coordonnatrice au sein de la Coalition autochtone d’Ottawa, qui regroupe dix organismes membres au service des Autochtones vivant en milieu urbain.

Pour elle, la réconciliation est toutefois entrée dans une nouvelle phase.

Joan Riggs, coordonnatrice au sein de la Coalition autochtone d’Ottawa, estime que la réconciliation passe par un dialogue continu entre la Ville et les communautés autochtones. Photo : Gracieuseté

« Nous sommes maintenant rendus à l’étape où nous devons créer de nouveaux systèmes et de nouveaux processus pour résoudre ensemble des problèmes complexes », affirme-t-elle.

Mme Riggs rappelle également que la communauté autochtone d’Ottawa est loin d’être homogène.

« Personne n’a toutes les réponses », dit-elle, soulignant que la capitale compte près de 50 organismes et groupes communautaires autochtones aux réalités et aux besoins variés.

Sécurité des femmes autochtones, le logement et l’itinérance

Car derrière les discussions sur la réconciliation se cachent des enjeux bien concrets. Parmi eux, le logement et l’itinérance demeurent au premier rang des préoccupations.

« Lors des dénombrements ponctuels, entre 28 % et 30 % des personnes sans abri s’identifient comme autochtones », souligne Mme Riggs, alors que les Autochtones représentent une proportion beaucoup plus faible de la population ottavienne.

Elle rappelle également qu’environ 40 % des Autochtones en situation d’itinérance sont passés par le système de protection de l’enfance, illustrant le lien entre les traumatismes historiques et les réalités actuelles.

La sécurité des femmes autochtones figure aussi parmi les priorités de la Coalition. « À Ottawa seulement, six femmes autochtones ont été assassinées au cours des quinze dernières années », indique Mme Riggs.

Les enjeux de santé mentale et les traumatismes intergénérationnels demeurent également préoccupants. Selon elle, les services actuels peinent encore à répondre aux besoins complexes des familles autochtones.

Face à ces réalités, la Ville reconnaît que les réponses ne passent pas uniquement par de nouveaux programmes, mais aussi par une transformation de sa façon de travailler avec les communautés autochtones.

Le rapport municipal ne propose d’ailleurs pas de nouvelles mesures spécifiques en matière de logement, d’itinérance ou de santé mentale. Il mise plutôt sur une transformation de ses mécanismes de gouvernance afin que ces enjeux soient davantage pris en compte dans les décisions municipales.

Les limites du pouvoir municipal

La principale mesure annoncée est la création d’un Groupe de travail interservices sur les relations avec les Autochtones.

Celui-ci aura notamment pour mandat d’harmoniser les consultations menées par les différents services municipaux, d’évaluer les mécanismes de financement existants et d’identifier les ressources nécessaires pour soutenir les priorités exprimées par les communautés autochtones.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte où les communautés autochtones revendiquent une plus grande participation aux décisions qui touchent leur territoire.

Le rapport reconnaît toutefois certaines limites au pouvoir municipal.

« La Ville reconnaît qu’elle ne possède ni les pouvoirs constitutionnels ni les ressources nécessaires pour traiter l’ensemble des questions complexes liées aux droits ancestraux et issus de traités. Malgré ces défis, elle affirme vouloir maintenir des relations positives avec les communautés autochtones. Elle s’engage à transmettre toutes les informations nécessaires aux Premières Nations concernées par les processus de consultation et à partager l’information avec ses partenaires autochtones afin de respecter les droits et les territoires autochtones », peut-on lire dans le rapport.

Pour une spécialiste des relations autochtones, cette réalité explique en partie les frustrations qui émergent lors des consultations publiques.

« Les communautés autochtones voient souvent les différents ordres de gouvernement comme une seule entité. Pourtant, sur le plan juridique, plusieurs enjeux relèvent principalement des gouvernements fédéral et provincial », souligne la même source.

« Les communautés discutent alors avec des interlocuteurs qui ne peuvent pas toujours prendre les décisions demandées. »

Néanmoins, Joan Riggs estime de son côté que ces limites ne doivent pas servir de prétexte à l’inaction.

« La Ville n’a peut-être pas toute l’autorité nécessaire, mais elle a tout de même une responsabilité. Et si les espaces de dialogue n’existent pas, il faut les créer », affirme-t-elle.

Jonathan David, un triplé historique et une première victoire en Coupe du monde

VANCOUVER – Jonathan David a signé jeudi soir la plus grande performance individuelle de l’histoire du soccer canadien masculin. Auteur d’un triplé dans une victoire écrasante de 6-0 contre le Qatar, le Franco-Ontarien a mené le Canada vers la première victoire de son histoire en Coupe du monde.

« C’est historique, évidemment. C’est notre première victoire en Coupe du monde. Et de le faire de cette façon, je pense que c’était très bien », a résumé l’attaquant ottavien après la rencontre.

En plus d’offrir au Canada ce moment historique, le joueur de la Juventus est devenu le premier Canadien à réussir un triplé en Coupe du monde. Un exploit rarissime dans l’histoire du tournoi. Parmi les joueurs ayant réalisé pareille performance figurent notamment des grands noms comme Gerd Müller, Miroslav Klose, Kylian Mbappé et plus récemment Lionel Messi, auteur de trois buts contre l’Algérie lors de cette Coupe du monde 2026.

Avec ses trois réalisations, David porte désormais son total à 42 buts en 79 sélections, consolidant son statut de meilleur buteur de l’histoire de l’équipe nationale canadienne.

Devant une foule acquise à sa cause au BC Place, le Canada a également puisé son énergie dans le soutien de ses partisans.

« C’était incroyable. Après chaque but, ils ont encouragé encore plus fort. Ils nous ont donné encore plus faim et plus de détermination pour marquer le but suivant et enchaîner », a raconté David.

Cette communion entre l’équipe nationale et ses supporteurs a contribué à faire de cette soirée l’un des moments les plus marquants de l’histoire du sport canadien.

Une pensée pour Koné avant tout

Malgré l’euphorie entourant cette victoire historique et son triplé, Jonathan David a reconnu que ses pensées allaient d’abord à son coéquipier Ismaël Koné, victime d’une grave blessure qui met fin à son tournoi.

« Pour moi, je ne pense même pas au match ni aux buts. Je pense seulement à lui parce que c’est un ami très proche de moi. Quelqu’un qui est aimé par tout le monde. Le voir blessé comme ça… il va devoir se faire opérer et il va rater tout le tournoi. Alors on est très tristes pour lui », a-t-il confié.

Le Franco-Ontarien a insisté sur l’importance de Koné au sein du groupe.

« Il signifie tout pour l’équipe. Si tu poses la même question à n’importe quel joueur de l’équipe, il te dira la même chose. C’est quelqu’un que nous aimons beaucoup. »

L’émotion était d’ailleurs palpable tout au long de la soirée. Malgré l’ambiance de fête dans un BC Place en ébullition, le Franco-Ontarien a reconnu que les joueurs avaient dû trouver la force de continuer après avoir vu leur coéquipier quitter le terrain.

« C’était très difficile pour nous, pour lui et pour l’équipe. C’était un moment difficile, évidemment, mais nous devons rester forts pour lui », a-t-il expliqué.

Interrogé sur son triplé après avoir fait l’objet de certaines critiques au cours des derniers jours, David est demeuré fidèle à lui-même.

« C’est la vie d’un attaquant. Tu es critiqué quand tu ne marques pas, donc c’est normal », a-t-il lancé.

L’attaquant canadien a également commenté le jeu parfois rugueux du Qatar, dont les frustrations ont culminé avec deux expulsions.

« Je peux comprendre la frustration parce qu’il n’y a aucune équipe qui veut que ça se passe comme ça. Mais s’il y a un ballon que tu ne peux pas gagner, il n’y a pas de raison d’entrer comme ça. Au final, c’est juste pour blesser le joueur », a-t-il déclaré.

Cap sur la Suisse

Malgré cette victoire historique et la perspective désormais très réaliste d’une qualification pour les huitièmes de finale, David refuse de regarder trop loin.

Le Canada partage actuellement la tête du groupe avec la Suisse et les deux équipes s’affronteront lors du dernier match de la phase de groupes dans ce qui ressemble à une véritable finale pour la première place.

« On prépare le match comme on a préparé le premier et celui-ci. Rien ne va changer. On va aborder le match de la même manière pour essayer de le gagner », a assuré le numéro 10 canadien.

Après avoir offert au Canada la première victoire de son histoire en Coupe du monde, Jonathan David aura maintenant l’occasion de mener son pays vers un autre jalon historique : terminer en tête de son groupe lors d’un Mondial disputé à domicile.

Sudbury : 4 millions de dollars pour promouvoir le soccer

SUDBURY – Le Collège Boréal et le Conseil scolaire du Grand Nord annoncent un projet de réaménagement du terrain d’athlétisme de l’école secondaire Macdonald-Cartier qui sera rénové selon les normes internationales de la FIFA. Cette initiative mène également à la création d’une nouvelle Académie de soccer et de futures collaborations avec des programmes sportifs du Collège Boréal.

Le Collège Boréal s’associe au Conseil scolaire du Grand Nord pour réaliser un projet sportif de grande envergure à Sudbury. C’est plus précisément avec l’école secondaire Macdonald-Cartier que le collège s’allie — un partenariat stratégique puisque l’école bénéficie déjà d’un terrain de soccer à proximité du Collège Boréal. « Tout était aligné pour qu’on développe un partenariat unique et novateur dans ce sens-là, pour nos élèves et également les étudiants du Collège Boréal », affirme Carl Dussault, directeur de l’éducation du Conseil scolaire du Grand Nord.

Ce projet de 4 millions de dollars a coûté 1,5 million au Conseil scolaire du Grand Nord et 2,5 millions au Collège Boréal. L’ouverture du terrain est prévue pour l’automne 2026. « C’était parfait, parce que le terrain existe, donc les coûts sont beaucoup moins élevés lorsqu’on retravaille la surface. On ajoute un petit peu plus d’espace, on a de la capacité de [1000] spectateurs et des lumières pour des matchs ou des joutes en soirée » explique Daniel Giroux, président du Collège Boréal.

Le terrain rénové pourra notamment abriter des matchs pendant trois saisons sur quatre grâce à sa nouvelle surface synthétique — une bonne nouvelle pour les joueurs qui souhaitent jouer pendant l’automne ou le printemps. « Dans le nord de l’Ontario, une des préoccupations avec l’herbe naturelle, c’est la durée. C’est très trempé au printemps, donc on ne peut pas l’utiliser, puis ça devient trempé rapidement à l’automne ».

Carl Dussault (droite) et Daniel Giroux (gauche) accompagnés des Vipères de Boréal et des Panthères de Macdonald-Cartier durant la conférence de presse du 18 juin 2026. Crédit : Collège Boréal

Pour le Collège Boréal, ce projet est avant tout une réponse à un besoin venant de l’Association des étudiants et des étudiantes. « Ça fait des années qu’ils cherchent à avoir une équipe compétitive de soccer qui compétitionne contre les autres collèges de la province de l’Ontario. Et un des défis [c’est qu’on] n’avait pas accès à un terrain de soccer », affirme le président de l’établissement.

Dans le cadre de ce projet, le Collège Boréal formera d’ici cet automne deux équipes de soccer — une féminine et une masculine — qui tomberont sous la bannière des Vipères de Boréal. L’équipe est maintenant membre de l’Association athlétique des collèges de l’Ontario. « Ça va être un genre de saison préparatoire en septembre 2026 », explique le président de l’établissement « mais après ça, en septembre 2027, c’est là que ça va être la vraie saison normale et la première saison ».

Au-delà du soccer, ce projet veut attirer des étudiants-athlètes de la province et promouvoir des programmes liés au domaine sportif offerts par le Collège Boréal « tels qu’assistant-physiothérapeute, massothérapie, promotion de l’activité physique et de la santé. Ça, ce sont des programmes qui sont offerts au Collège Boréal. Ça, ce sont des programmes qui appuient directement les athlètes ».

Du côté de Macdonald-Cartier, qui a déjà sa propre équipe de soccer, ce projet signifie la création d’une Académie de soccer. Menée conjointement avec le collège, l’Académie a pour but d’offrir une orientation sportive aux étudiants-athlètes du secondaire, tout en offrant une proximité avec les activités et programmes proposés par le collège. « Le fait que ce partenariat-là rapproche nos équipes, rapproche nos étudiants et les élèves, ça donne des opportunités, des ouvertures à nos élèves d’être en contact avec le milieu collégial » dit le directeur de l’éducation.

Selon M. Dussault, ce projet permettra aussi aux étudiants du secondaire d’avoir des opportunités académiques en français. « En milieu francophone, ce qu’on veut, c’est aussi que nos élèves qui graduent de nos écoles secondaires puissent poursuivre au postsecondaire en français, pour garder notre richesse [et] notre vitalité au niveau de la francophonie ».

Rendre la littérature franco-ontarienne plus accessible dans le Nord

SUDBURY – La maison d’édition Prise de Parole annonce une initiative de développement communautaire et littéraire dans le nord de l’Ontario — un projet piloté par Véronique Sylvain, autrice et poète originaire de Kapuskasing. Actuellement dans la phase de recherche de financement, l’initiative a pour mission de rendre accessible la littérature franco-ontarienne dans les communautés du nord.

Présente depuis 1973, la maison d’édition Prise de Parole lance un nouveau projet aux ambitions régionales. L’objectif : créer des partenariats avec des organismes francophones à Sudbury, mais aussi à Hearst, Kapuskasing, et Thunder Bay.

« Ce qu’on va leur proposer, c’est des activités gratuites. Si on a des bailleurs de fonds, les ateliers, tout ça va être couvert par nous. Ce qu’on veut justement, c’est de créer un engouement autour de la littérature, autour de l’écriture, de la lecture, puis de faire des collaborations en milieu communautaire » dit l’autrice et récipiendaire du prix Trillium de poésie en 2020, Véronique Sylvain.

Bien que ce ne soit pas l’élément déclencheur, la suppression de 28 programmes en français à l’Université Laurentienne a certes motivé le projet. L’écrivaine a développé sa plume lors de son passage à l’université au baccalauréat en Lettres françaises, un programme qui n’existe plus aujourd’hui. « C’est là aussi que j’ai découvert la littérature franco-ontarienne, dit-elle. C’est l’une des raisons pour lesquelles, aujourd’hui, je suis autrice ».

Véronique Sylvain, finaliste en poésie du Prix Trillium de 2026, porte une initiative communautaire et littéraire dans le nord de la province. Photo : Ontario Créatif

En l’absence de ces programmes en littérature, la communauté littéraire remarque un déclin de la voix nord-ontarienne dans le portrait canadien. « Avec les coupures de l’Université Laurentienne, c’est plus difficile d’aller chercher un lectorat dans le Nord de l’Ontario, une relève en écriture » dit l’autrice.

Pour combler ce vide, le projet cherche à s’implanter dans plusieurs villes du nord. Bien que Sudbury soit au centre, notamment à cause de ses lieux culturels francophones, comme la Place des Arts, la maison d’édition souhaite atteindre les villes où la vie culturelle est plus limitée.

La maison d’édition en situation minoritaire veut, à travers ce projet, créer des espaces communautaires pour tous. « On est des animateurs, des animatrices de nos milieux déjà. Ça s’explique pour toutes sortes de raisons historiques. Des fois, il n’y a pas de librairie, il y a peu de livres en français dans les bibliothèques, dans les écoles, il y a peu de programmes d’enseignement de la littérature ou des arts », explique le co-directeur général de la maison d’édition, Stéphane Cormier.

« On est une maison de plus en plus pancanadienne, mais on n’oublie jamais les racines de la maison qui sont dans le Nord de l’Ontario » ajoute-t-il.

Bien qu’ambitieux, le projet ne cherche pas à dénicher les prochains talents nord-ontariens dans l’immédiat, d’après Mme Sylvain. L’intention, c’est surtout de rendre la littérature franco-ontarienne accessible, tant pour les lecteurs que pour les écrivains en herbe. « Je vois le projet qu’on lance en Ontario comme une transmission, un legs de Prise de Parole à des Franco-Ontariens qui auraient un intérêt pour les mots mais qui sont moins en contact, finalement, avec des activités et des institutions qui en font la promotion ».

Toronto enclenche son retour au sein de l’AFMO

TORONTO – Lors de la huitième et dernière session du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto, une étape très attendue par la communauté a été franchie : celle d’un retour (progressif) de la Ville au sein de l’Association francophone des municipalités de l’Ontario (AFMO). Elle bénéficiera d’une exception temporaire d’un an à titre de membre individuel, soumis à moins de contraintes financières notamment, jusqu’à son adhésion corporative complète.

« Ira, ira pas »… Une oscillation constante qui n’a cessé depuis 2021 quant au retour de la Ville de Toronto au sein de l’Association francophone des municipalités de l’Ontario (AFMO).

Toronto a été un membre actif de l’AFMO pendant près de trois décennies depuis la création de l’organisme en 1989.

En 2018, sous l’administration du maire John Tory, la Ville avait choisi de se retirer de l’association, une décision principalement budgétaire et administrative liée à la restructuration du conseil municipal à l’époque.

Durant la séance qui s’est tenue ce 18 juin à la mairie de Toronto, l’adhésion de la Ville reine à l’AFMO a finalement été reconfirmée, grâce à un accord mutuel et à des échanges actifs entre l’organisme et la municipalité, selon certaines modalités.

L’AFMO a en effet consenti à une exception d’un an pour Toronto, lui permettant de réintégrer l’association à un tarif réduit en tant que membre individuel.

À terme, il s’agirait d’une adhésion corporative complète pour réintégrer pleinement le réseau de l’AFMO. Un engagement institutionnel total qui scellerait le retour durable de la métropole dans les instances de gouvernance municipale francophone.

C’est le résultat du « travail puissant » du comité, a pour sa part estimé la présidente du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto et conseillère municipale Alejandra Bravo.

Ce sont quatre membres, dont au moins un élu, qui rejoindront les rangs de l’AFMO, servant entre autres à appuyer les municipalités de la province pour maintenir et améliorer la prestation des services en français.

La présidente de l’AFMO et mairesse de Timmins Michelle Boileau est fière d’accueillir la Ville de Toronto au sein de l’AFMO : « Cette recommandation d’adhésion témoigne d’un engagement concret envers la reconnaissance et l’épanouissement de la communauté francophone, ainsi qu’envers la promotion de la dualité linguistique dans l’une des villes les plus dynamiques et diversifiées du pays. »

« Je suis très impatiente de voir comment cette participation de Toronto à l’AFMO pourra faire avancer les priorités du Comité consultatif des affaires francophones », a aussi déclaré Christine Michaud, la vice-présidente du Comité, précisant qu’elle souhaitait s’assurer que les avancées soient concrètes dans le futur.

Demande de création d’un portail numérique en français

Entre autres sujets à l’ordre du jour, la Ville a procédé à un sondage pour analyser les principaux services municipaux offerts en français.

Une opportunité selon Mareva Cestor, l’une des membres du Comité, d’ajouter sur le site de la Ville un portail centralisé qui regrouperait les services municipaux, les programmes, les ressources, les consultations publiques et les événements en langue française.

Les services en français offerts par la Ville de Toronto. Source : Comité consultatif des affaires francophones de Toronto
Prestation obligatoire de services en français. Source : Comité consultatif des affaires francophones de Toronto

Celle-ci demande au Comité du développement économique et communautaire de solliciter le directeur général du Développement économique et de la Culture pour qu’il fasse un rapport sur les options de mise en œuvre et les prochaines étapes potentielles pour la création de ce portail, d’ici le premier trimestre de 2027.

Mme Cestor a également réitéré la nécessité de faire du français une langue prioritaire dans les communications de la municipalité et a demandé à ce que cela soit considéré pour le futur, bien que le français ne fasse pas partie des 10 langues les plus parlées à la maison à Toronto.

Selon les Politiques de la Ville de Toronto en matière de dispositions relatives à l’information multilingue, les renseignements essentiels doivent être traduits dans les 10 langues les plus parlées à la maison selon les dernières données du recensement, plus le français.

En 2021, à Toronto, le français se classait au 10ᵉ rang des langues maternelles les plus parlées et au 16ᵉ rang des langues parlées à la maison. La mise à jour du dernier recensement, disponible en 2027, mettra ces pratiques à jour.

Reconduction du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto

Cette huitième rencontre du Comité dont le terme touche à sa fin, avait un goût de bilan.

Si certains membres du Comité ont déploré des lenteurs administratives en ce qui concerne l’avancement de certaines priorités francophones, ceux-ci ont salué la création de ponts entre les organismes francophones et la Ville, propice à mieux comprendre et desservir la communauté, et à améliorer ses services.

Certains membres du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto avec, de gauche à droite, Mareva Cestor, Alejandra Bravo, conseillère municipale et présidente, Christine Michaud, vice-présidente, Hélène Grégoire et Amikley Fontaine. Photo : gracieuseté

La présidente du comité, la conseillère municipale Alejandra Bravo a insisté sur les droits historiques des francophones qui doivent être reconnus, ajoutant qu’il y a une grande concentration francophone à Toronto.

La décision de reconduire le comité consultatif sera prise par la prochaine majorité municipale, suite aux élections à venir, en octobre 2026.

« Nous avons en effet besoin d’une voix pour la communauté francophone », a conclu Mme Bravo.

Les festivals francophones se multiplient aux quatre coins de l’Ontario

De Toronto à Thunder Bay, en passant par Hamilton et Kapuskasing, quatre grands rendez-vous francophones se déroulent presque simultanément cette fin de semaine. Entre musique, humour, cinéma et activités familiales, les organisateurs multiplient les initiatives pour attirer les festivaliers.

La Franco-Fête de Toronto, le FrancoFEST de Hamilton, le Festival Bonjour de Thunder Bay et la St-Jean de Kapuskasing animeront les communautés francophones de la province du 18 au 21 juin.

Bien que chaque événement possède sa propre identité, tous partagent un même objectif : célébrer la francophonie sous toutes ses formes et rassembler des communautés de plus en plus diversifiées.

Hamilton : franchir le cap des 6000 participants

À Hamilton, le 45e FrancoFEST se déroulera du 19 au 21 juin au parc Gage. Son directeur général, Lanciné Koulibaly, souligne que la programmation évolue au rythme des changements démographiques de la région.

« D’année en année, nous adaptons notre programmation à la nouvelle réalité démographique de Hamilton. Autrefois, les principales communautés francophones provenaient notamment de la République démocratique du Congo, d’Haïti et de la France. Aujourd’hui, nous constatons aussi l’arrivée croissante de communautés maghrébines et camerounaises », explique-t-il.

Mehdi Cayenne sera en spectacle samedi à Hamilton. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Le festival proposera notamment les prestations d’Ariko, de Makhena Rankin Guerin, une artiste anishinaabe spécialisée dans la danse de cerceau, du chanteur franco-ontarien Mehdi Cayenne ainsi que du DJ canadien SMPTY.

Des activités familiales, un nouveau volet sportif destiné aux jeunes et une programmation spécialement conçue pour les aînés sont également prévus.

Doté d’un budget d’environ 260 000 $, le festival avait accueilli près de 5700 visiteurs l’an dernier et espère faire mieux cette année.

Plusieurs francophonies à l’honneur

Parmi les artistes attendus aussi bien à Hamilton qu’à Toronto figure le chanteur sénégalais Zale Seck.

« C’est un grand plaisir pour moi de participer à ces festivals. En tant que francophone, il est important de partager mes messages et de faire entendre ma contribution artistique, celle du Sénégal en particulier, mais aussi de l’Afrique en général », affirme-t-il.

L’artiste promet un spectacle à l’image de son parcours, mêlant français, anglais, wolof et même quelques chansons en japonais.

« La musique est universelle. Mon groupe reflète lui aussi cette diversité : mon bassiste est congolais, tandis que mon batteur et mon pianiste sont originaires de Guadeloupe. »

L’artiste sénégalais Zale Seck se produira à la Franco-Fête de Toronto et au FrancoFEST de Hamilton. Crédit : Luna Choquette Loranger

Partenariat avec Radio-Canada à Toronto

La Franco-Fête de Toronto, présentée les 19 et 20 juin, se déroulera cette année dans l’atrium de Radio-Canada.

Le directeur général de l’événement, José Bertrand, explique que le site habituellement utilisé, Sankofa Square (anciennement Dundas Square), était indisponible en raison des activités entourant la Coupe du monde de la FIFA.

« Nous avons conclu un partenariat avec Radio-Canada afin d’intégrer notre événement à sa journée portes ouvertes. Cela nous permet d’offrir une programmation de qualité dans un environnement intérieur, à l’abri des intempéries. »

Autrefois fréquentée par des dizaines de milliers de visiteurs à Sankofa Square, où de nombreux passants se mêlaient aux festivaliers, la Franco-Fête vise cette année quelque 3000 participants sur son nouveau site aménagé à Radio-Canada.

La programmation mettra notamment en vedette le groupe congolais Jupiter & Okwess, la chanteuse ottavienne Noémi Madeleine, ou encore Emmanuelle Querry, qui a récemment lancé son premier album Au 10e étage.

Thunder Bay réinvente son festival

À Thunder Bay, le Franco-Festival a changé de visage l’an dernier en devenant le Festival Bonjour.

Sa directrice, Paula Haapanen, explique que cette transformation découle d’une vaste réflexion menée auprès de la communauté.

« Nous avons constaté que plusieurs adolescents trouvaient le festival un peu fade et que certains anglophones ne se sentaient pas à l’aise d’y participer parce qu’ils ne parlaient pas français », raconte-t-elle.

L’organisation a revu plusieurs aspects de l’événement qui se tenait auparavant en septembre : nouveau nom, nouveau site et nouvelles dates à la fin de l’année scolaire afin de favoriser la participation des jeunes.

« Tout le monde sait dire « bonjour ». Nous voulions quelque chose de plus accueillant et moins intimidant, notamment pour les anglophones », explique-t-elle.

Le festival, qui se tient du 18 au 20 juin, dispose d’un budget d’environ 100 000 $. L’objectif est d’attirer quelque 3000 participants.

Les festivités s’ouvriront avec une soirée cinéma. Le film d’animation Linda veut du poulet! sera projeté dans le parc Waverley, suivi de la comédie française En fanfare au Théâtre Magnus.

Côté musique, les festivaliers pourront notamment assister aux prestations du groupe franco-ontarien LGS ainsi que de Flora Luna, nom de scène de l’artiste manitobaine Geneviève Freynet.

« J’espère surtout que les gens découvriront qu’il n’existe pas une seule culture francophone, mais une multitude de cultures qui ont le français en partage », souligne Paula Haapanen.

L’humour s’invite à Kapuskasing

À Kapuskasing, la Saint-Jean demeure un rendez-vous incontournable du Nord de l’Ontario.

Depuis quatre ans, le Festival Saint-Jean Caisse Alliance de Kapuskasing se déroule sous un grand chapiteau extérieur et propose une formule élargie comprenant une soirée d’humour le vendredi et une soirée musicale le samedi.

« Auparavant, la programmation comprenait uniquement deux soirées musicales. Depuis quatre ans, nous avons ajouté une soirée d’humour », explique l’organisateur Andy Deschamps.

L’événement, qui en est à sa 26e édition, s’amorcera avec un gala mettant en vedette Louis-José Houde, précédé d’Alphé Gagné. La soirée se poursuivra avec le groupe franco-ontarien Bilinguish Boys.

Mélissa Ouimet montera sur scène à Kapuskasing. Photo : Greg Kolz

Le samedi, les festivaliers retrouveront notamment les chanteuses Mélissa Ouimet et Roxane Bruneau.

Environ 3000 personnes sont attendues pendant les deux jours de festivités.

« Le festival représente bien la communauté francophone de la région. Des gens viennent de Hearst, Timmins, Sudbury, Ottawa et même de l’Abitibi », souligne Andy Deschamps.

Malgré leurs différences, ces quatre événements témoignent d’une même volonté : innover et rester à l’écoute de leurs communautés pour faire rayonner une francophonie ontarienne plurielle.

Le sport, clé du succès de Kristine, psychiatre à Ottawa

Dans cet épisode, on explore l’impact puissant du sport dans la construction identitaire à l’adolescence. Partie de la maison dès l’âge de 15 ans pour poursuivre sa passion athlétique, Kristine Levesque jette un regard franc sur ce bagage unique. Elle nous confie à quel point cette expérience de vie l’a façonnée et préparée à assumer ses rôles de leader d’aujourd’hui.

En tant que cheffe de département et médecin-cheffe adjointe à l’Hôpital Montfort, elle trace des parallèles fascinants entre la discipline de l’athlète et la posture de gestionnaire en milieu hospitalier.

Kristine Levesque, psychiatre, cheffe de département et médecin-cheffe adjointe à l’hôpital Montfort Photo : TFO/ONFR

Mère de trois garçons, Kristine aborde également avec beaucoup de transparence la réalité de la conciliation travail-famille. Comment conjugue-t-on une carrière médicale de haut niveau avec une vie de famille bien remplie?

Au cœur de cette discussion profondément humaine, la psychiatre nous partage son quotidien, aborde les grands défis de la santé mentale actuelle, et rappelle l’importance cruciale d’offrir des soins et des services en français pour la communauté.

Radio-Canada invitée à mieux évaluer son « impartialité » et le financement de sa production francophone

OTTAWA – Dans un rapport présenté mercredi, un comité sénatorial émet des doutes quant à l’affectation réelle des fonds destinés aux minorités francophones au sein de CBC/Radio-Canada. Les sénateurs recommandent aussi que le contenu de l’information soit revu périodiquement par des experts indépendants, « afin d’en évaluer l’impartialité et l’équilibre ».

Le Sénat, qui a mené une étude sur les services locaux au sein du radiodiffuseur, dit avoir entendu parmi ses plus de 60 témoins que le contenu des nouvelles peut être perçu comme ayant un parti pris idéologique ou partisan.

« Ces allégations de partialité sont sérieuses et minent la confiance envers le radiodiffuseur public », souligne le Comité sénatorial permanent des transports et des communications dans son rapport.

Le comité de la chambre haute soulève que la confiance des Canadiens envers le service de nouvelles du radiodiffuseur public chute d’année en année.

« Le comité est d’avis que la Société pourrait faire une analyse périodique du contenu des nouvelles et des reportages d’actualité diffusés par ses services d’information afin d’en évaluer l’impartialité et l’équilibre », recommande le document, notant que cette évaluation devrait être effectuée par des experts externes.

La société d’État pourrait mettre sur pied un comité avec ces experts externes, notamment des chercheurs, pour faire une telle évaluation, a précisé en conférence de presse la sénatrice Donna Dasko, l’une des auteures du rapport.

« On a entendu qu’il y a peut-être des biais à Radio-Canada », a affirmé à ses côtés le sénateur René Cormier.

« Alors il est légitime de s’assurer qu’on puisse renforcer la confiance qu’ont les Canadiens envers leur radiodiffuseur public […] Ce mécanisme est là avant tout pour renforcer l’adhésion des Canadiens à Radio-Canada/CBC », ajoute le sénateur de l’Acadie.

Appelé à réagir, le porte-parole de Radio-Canada, Leon Mar, a fait savoir que le diffuseur public était « en train d’examiner le rapport » et n’avait « aucun commentaire pour le moment ».

Le calcul du soutien à la production francophone remis en question

Concernant la programmation en milieu minoritaire francophone, le comité soulève des doutes quant au financement versé aux producteurs indépendants francophones. Le diffuseur déclare comme « 100 % minoritaires » des projets coproduits avec des producteurs qui ne vivent pas dans ces communautés, ce qui gonfle artificiellement les chiffres — une réalité dont la haute direction est au courant, soutient le rapport.

Le comité recommande donc qu’en vertu de ses obligations linguistiques, le diffuseur « s’assure que ses investissements dans la production télévisuelle des communautés de langue officielle en situation minoritaire respectent clairement et de manière équitable le principe d’égalité réelle ».

Une façon de s’en assurer serait que Radio-Canada se voie imposer de nouvelles exigences en matière de rapports sur les services locaux, notamment par la publication de données sur la programmation locale et les dépenses de ces services, suggèrent les sénateurs dans leur liste de sept recommandations.

Une autre critique formulée par les groupes représentant les francophones hors Québec dans le cadre de cette étude est que le contenu du service français de Radio-Canada est principalement axé sur le Québec et que leur réalité n’est pas reflétée.

Parmi les autres suggestions, le Sénat mentionne l’importance d’augmenter les collaborations avec les médias locaux privés, comme les radios communautaires, ainsi que d’apporter des modifications à la Loi sur la radiodiffusion afin d’ajouter « le reflet des collectivités et des auditoires locaux » au mandat de CBC/Radio-Canada.

Le média public s’est retrouvé au cœur d’appels à son définancement au cours des dernières années, notamment de la part du Parti conservateur, qui menace de couper les vivres à son pendant anglophone. Une fois élus au pouvoir, les libéraux ont plutôt annoncé un investissement de 150 millions de dollars dans Radio-Canada/CBC lors du budget de 2025.

Peu avant son départ en 2025, Pascale St-Onge, alors ministre du Patrimoine canadien, a formulé une série de propositions pour la société d’État. Elle préconisait notamment la suppression des recettes publicitaires, un accroissement des fonds publics alloués et une distinction plus nette entre les volets anglophone et francophone de l’organisation.

Langues officielles : Ottawa critiqué pour un projet de règlement « sans grande ambition »

OTTAWA — Un rapport sénatorial tire à boulets rouges sur le gouvernement fédéral concernant un projet de règlement visant l’une des plus importantes parties de la Loi sur les langues officielles. Les sénateurs concluent que le gouvernement fédéral a « opté pour une approche sans grande ambition » et craignent qu’Ottawa n’ouvre la porte à de futurs litiges.

L’avant-projet de règlement, qui vise à clarifier la partie VII de la Loi sur les langues officielles, ne faisait déjà pas l’unanimité, alors que la commissaire aux langues officielles et la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA) critiquaient tour à tour la proposition d’Ottawa. Cette section de la Loi engage le gouvernement fédéral, notamment sur le plan financier, à garantir l’égalité du français et de l’anglais en adoptant des mesures positives. C’est aussi grâce à celle-ci que le fédéral doit assurer l’épanouissement et le développement des minorités francophones hors Québec.

Dans un rapport dévoilé mardi à la suite d’une étude ayant vu passer près de cinquante témoins, le Comité sénatorial des langues officielles constate que le fédéral, avec son actuelle proposition réglementaire, « a opté pour une approche sans grande ambition ». Le Comité craint d’ailleurs que les avancées effectuées avec la modernisation de la Loi sur les langues officielles ne soient peine perdue.

« Des doutes subsistent à savoir si cette proposition est à la hauteur des ambitions de la réforme législative de 2023 », écrit le groupe de sénateurs.

« En consignant une approche qui mise uniquement sur les moyens et non sur les résultats, il n’incarne pas l’égalité réelle tant espérée. Le risque de produire des résultats inadéquats et difficilement mesurables est toujours présent parmi les institutions fédérales assujetties à la Loi », déplore le comité.

Les membres du comité reprochent aussi à Ottawa un manque de sérieux dans le dossier, alors qu’aucun des deux ministres chargés de faire appliquer la Loi — le ministre des Langues officielles, Marc Miller, et le président du Conseil du Trésor, Shafqat Ali — n’est venu témoigner pour cette étude.

« Cette situation est décevante, considérant qu’il s’agit d’une pièce maîtresse de la Loi modernisée », mentionne le rapport.

17 recommandations

Pour corriger le tir, les sénateurs émettent 17 recommandations pour modifier le projet de règlement. Notamment, ils réclament que le cadre réglementaire dissipe les ambiguïtés actuelles et impose aux institutions fédérales des plans d’action dotés d’indicateurs de rendement.

Il est également crucial d’appliquer systématiquement une « lentille des langues officielles » lors de l’examen de chaque politique ou initiative publique, recommandent-ils. Ils suggèrent que cette démarche s’appuie sur des mécanismes de consultation rigoureux pour générer des résultats concrets et durables.

Par ailleurs, le rapport du comité sénatorial prévient que de nouveaux litiges pourraient survenir si le tir n’est pas corrigé. La partie VII a été la cible de nombreuses causes juridiques ces dernières années, qui se sont rendues jusqu’en Cour suprême, notamment dans des dossiers scolaires.

« Un autre juge, d’ici quelques années, pourrait de nouveau être saisi des défis d’imprécision de la proposition réglementaire actuellement à l’étude », préviennent-ils.

À noter : comme il s’agit d’un avant-projet de règlement, Ottawa n’a aucune obligation d’écouter ou de mettre en application les recommandations du Sénat.

José Bertrand : « Continuer à être à l’écoute des Franco-Ontariens »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

José Bertrand, président-directeur général du Groupe JKB qui organise le Festival franco-ontarien et la Franco-Fête de Toronto.

LE CONTEXTE :

À Ottawa, l’organisation du FFO a été émaillée cette année par la controverse sur son partenariat avec Alto. À Toronto, la Franco-Fête a changé de lieu à cause de la Coupe du monde de soccer et risque d’attirer moins de monde.

L’ENJEU :

Les organisateurs du FFO et de la Franco-Fête de Toronto s’ingénient à trouver des solutions pour assurer la viabilité de ces deux événements.

« Près de 8650 festivaliers se sont rassemblés au FFO cette année. Comment interprétez-vous ce chiffre par rapport aux éditions précédentes?

L’année passée, c’était une 50e édition anniversaire. La comparaison la plus pertinente demeure donc celle avec 2024. Il faut aussi tenir compte de la météo difficile samedi, qui a pu décourager certaines personnes de se déplacer. Malgré cela, les festivaliers présents sont majoritairement revenus lorsque le site a rouvert après l’évacuation.

Si l’on regarde les années précédentes, nous avions accueilli près de 10 000 personnes pour le 50e anniversaire, tandis que l’édition 2024 avait attiré un peu plus de 6000 festivaliers. Cette année, pour une édition non anniversaire, nous enregistrons donc une hausse de l’achalandage. Cela montre que nous élargissons progressivement la portée du festival. Je suis satisfait de ces résultats et nous espérons poursuivre cette croissance en 2027.

Le groupe congolais Jupiter & Okwess partage la scène avec de jeunes Franco-Ontariens. Photo : Amine Harmach/ONFR

Il y a une dizaine d’années, le FFO attirait quelque 25 000 festivaliers. Qu’en dites-vous?

Les réalités ont beaucoup changé. À certaines époques, les festivals connaissaient un engouement exceptionnel. Dans les années 1980, le Festival franco-ontarien accueillait même plus de 100 000 personnes.

Depuis la pandémie, la reprise est graduelle. Nous retrouvons peu à peu une courbe de croissance, mais cela demande du temps et dépend aussi des ressources financières disponibles. En 2015, par exemple, le contexte du 400e anniversaire de la présence française en Ontario permettait d’avoir accès à davantage de financement et de visibilité. Plusieurs facteurs influencent la fréquentation d’un festival, qu’il s’agisse du financement, de la promotion ou du contexte général.

Parlez-nous de la situation financière du festival.

Dans l’ensemble, le festival se porte bien. Nous avions ajusté nos prévisions en fonction du fait qu’il ne s’agissait pas d’une année anniversaire. Les budgets avaient donc été revus à la baisse par rapport à ceux de la 50e édition, ce qui a eu un impact sur la programmation et, dans une certaine mesure, sur l’achalandage.

Nous sommes encore en train de finaliser les chiffres, mais la situation financière demeure saine. Cela dit, il ne faut surtout pas la tenir pour acquise. Assurer la viabilité du festival est un travail constant. Nous l’avons encore constaté dans les semaines précédant l’événement : il est de plus en plus difficile d’obtenir du financement privé. Les entreprises font elles aussi face à des contraintes budgétaires, et il faut constamment convaincre de nouveaux partenaires de se joindre à nous tout en remplaçant ceux qui se retirent.

Le festival repose sur plusieurs sources de revenus : les commandites privées, les fonds publics ainsi que les revenus autonomes, comme la billetterie et les ventes au bar. Cette diversification est essentielle pour maintenir une bonne santé financière.

Quel est le montant que vous avez perdu en mettant fin à la commandite d’Alto?

Je pense que nous l’avons déjà mentionné à plusieurs reprises : nous ne divulguons pas les ententes conclues avec nos partenaires. De façon générale, les commandites varient entre 5000 $ et 25 000 $, selon le niveau de visibilité offert. Nous proposons différents paliers afin que les partenaires puissent contribuer au festival en fonction de leurs moyens et de leurs objectifs.

Êtes-vous inquiet pour l’an prochain?

Non, pas du tout. Au contraire, nous avons vu les festivaliers répondre présents en grand nombre. Cette édition a aussi démontré à quel point la communauté franco-ontarienne est engagée et prête à s’exprimer.

Un public double était présent à la précédente Franco-Fête : les spectateurs d’intention et les passants qui choisissaient de rester pour quelques chansons. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Le festival est un lieu de rencontre et de dialogue. Il nous permet de prendre le pouls de la communauté, de comprendre ce que les gens souhaitent voir davantage (ou moins) dans la programmation et les activités.

Nous avons la chance d’avoir une communauté aussi impliquée, qui n’hésite pas à nous faire part de ses attentes. Cela nous aide à nous ajuster et à bâtir un festival qui lui ressemble.

Est-ce que tout le monde a été payé?

Le processus est en cours et tout le monde sera payé. Comme pour toute organisation qui gère un budget d’environ 750 000 $, les paiements ne se font pas du jour au lendemain. Nous sommes actuellement dans la phase finale des paiements et nous prévoyons avoir réglé l’ensemble des fournisseurs et partenaires d’ici la mi-juillet. Les fonds sont disponibles et les paiements sont effectués comme prévu.

Quelle leçon retenez-vous de la controverse qui a précédé le festival?

Comme je l’ai déjà dit, notre mission est avant tout culturelle. Bien que notre nom nous associe à une réalité qui peut parfois être perçue comme politique, nous demeurons d’abord un organisme culturel.
Cette situation nous a rappelé à quel point la communauté franco-ontarienne est engagée et n’hésite pas à exprimer ses opinions. Les festivaliers veulent être entendus et participer aux discussions. Nous allons donc continuer à être à l’écoute et à maintenir ce dialogue avec la communauté.

Comment se préparent les activités de la Franco-Fête à Toronto?

Les préparatifs vont bon train. Nous sommes en pleine finalisation de la programmation. Cette année, en raison de la FIFA, plusieurs espaces publics, dont Harbourfront, n’étaient pas disponibles. Nous avons donc conclu un partenariat avec Radio-Canada afin d’intégrer notre événement à sa journée portes ouvertes.

Les activités se dérouleront dans l’atrium de Radio-Canada, ce qui nous permettra d’offrir une programmation de qualité dans un environnement intérieur, à l’abri des intempéries. Nous sommes très satisfaits de cette solution et les préparatifs avancent bien.

Combien de visiteurs espérez-vous attirer?

On espère toujours faire grandir le festival et retrouver l’achalandage des belles années à Dundas Square, aujourd’hui appelé Sankofa Square. À l’époque, le site attirait beaucoup de passants qui s’arrêtaient spontanément, ce qui nous permettait d’accueillir jusqu’à 80 000 personnes.

Aujourd’hui, la Francofête rassemble entre 2000 et 3000 festivaliers au cours du week-end. Comme l’événement se déroule sur deux jours cette année, nous espérons accueillir environ 2500 personnes grâce aux collaborations que nous avons développées.

La Cour suprême vient-elle d’ouvrir la porte au bilinguisme obligatoire du premier ministre?

En rendant un verdict vendredi dernier dans un dossier de droits linguistiques, la Cour suprême a-t-elle ouvert la porte à une obligation constitutionnelle de bilinguisme pour les postes de premier ministre, de ministres et de gouverneur général du Canada? C’est du moins l’avis de trois des neuf juges de la Cour. Deux juristes que nous avons interrogés parlent plutôt d’une possibilité dont on est encore loin.

La Cour suprême a statué la semaine dernière, à six contre trois, que la fonction de lieutenant-gouverneur au Nouveau-Brunswick exige désormais une maîtrise des deux langues officielles. Cette décision fait suite à un litige opposant le gouvernement fédéral à la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), qui a obtenu gain de cause.

Les trois juges dissidents estiment plutôt qu’il n’y a pas d’obligation constitutionnelle pour que le poste soit occupé par une personne parlant français et anglais, soutenant qu’une approche contraire « reviendrait à modifier la Constitution sous prétexte de l’interpréter ».

En mentionnant le premier ministre du Canada, celui du Nouveau-Brunswick et leurs ministres respectifs, la minorité craint qu’une telle interprétation ne finisse par « étendre une obligation constitutionnelle de bilinguisme individuel similaire à d’autres titulaires de charges publiques ».

Le professeur de droit Michel Doucet estime toutefois que cet argument « a été bien écarté par la majorité de la Cour suprême ». Le verdict mentionne en effet clairement « la place unique du Nouveau-Brunswick dans le contexte constitutionnel canadien », explique le spécialiste en droits linguistiques.

Dans la décision rédigée par le juge en chef Richard Wagner, la majorité écrit que bien que les obligations linguistiques soient similaires au fédéral et au Nouveau-Brunswick, « il n’en découle pas nécessairement que ces dispositions doivent recevoir une interprétation identique ».

« Cette question n’a pas à être résolue dans le cadre du présent dossier », argumentent les six magistrats.

Pour Michel Doucet, la Cour suprême a peut-être renforcé des arguments politiques voulant que l’on exige le bilinguisme du premier ministre du Canada, mais il en va tout autrement sur le plan juridique.

« On est encore loin d’une situation où quelqu’un pourrait faire cet argument-là et gagner », estime le juriste acadien. « Il y a encore énormément d’obstacles qui rendraient très difficile un argument voulant que le premier ministre doive obligatoirement et constitutionnellement être tenu de parler les deux langues », poursuit-il.

Même constat du côté du professeur de la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa François Larocque, qui ne voit pas comment de telles obligations constitutionnelles de bilinguisme pourraient s’appliquer à des élus de haut rang. Il rappelle que le rôle de premier ministre n’est pas dicté par le texte de la Constitution canadienne, mais provient de traditions parlementaires britanniques bien plus anciennes.

« Ce sont des postes qui découlent non pas du texte de la Constitution, mais de la prérogative et des conventions constitutionnelles. […] Donc, je ne pense pas que les analogies que fait la minorité des juges dissidents ici fonctionnent. Ils ont probablement tort, en fait », estime-t-il.

Le professeur à l’Université d’Ottawa, François Larocque. Archives ONFR

Un destin similaire pour le poste de gouverneur général du Canada?

Pour le poste de gouverneur général, les juges dissidents sont plus directs, écrivant que la décision entraînera une exigence de bilinguisme pour la personne occupant ce rôle. Sur ce point, les deux juristes que nous avons consultés s’accordent pour dire que la décision de la Cour suprême apporte un argument de taille.

Pour François Larocque, s’il convient que les tribunaux devront se pencher sur la question, les analogies entre le poste au Nouveau-Brunswick et au fédéral « me semblent pas mal convaincantes quant à l’application des mêmes principes ».

« Moi, je trouve que la conclusion devient difficilement contestable », dit-il.

Michel Doucet considère qu’à la lumière du jugement, il est désormais nettement plus probable qu’un tribunal impose le bilinguisme au représentant du roi Charles III au Canada qu’à un premier ministre ou à d’autres représentants élus.

« Ils [les représentants de la monarchie] ne sont pas élus démocratiquement. Il n’y a pas toute la responsabilité collective du cabinet qui entre en ligne de compte. Pour le lieutenant-gouverneur ou le gouverneur général, ce sont des gens qui sont nommés par un processus relevant du premier ministre. Donc, il y a beaucoup plus de similitudes », explique-t-il.

Ce jugement survient alors qu’une cause se retrouve devant la Cour supérieure du Québec pour contester la nomination de l’ancienne gouverneure générale du pays, Mary Simon.

L’organisme Droits collectifs Québec (DCQ), qui est l’un des demandeurs dans cette affaire, soutient que les arguments avancés par la SANB en Cour suprême rejoignent les siens. L’avocat de l’organisme, Me François Côté, souligne que le jugement risque d’apporter « beaucoup d’eau au moulin pour notre dossier ».

« La conclusion rendue par la Cour suprême risque d’avoir une incidence significative et positive pour nous dans les conclusions qu’on recherche face à l’office de gouverneure générale », affirme-t-il en entrevue.

Un procès pourrait avoir lieu en 2027 dans cette cause.

Une portée étendue

En plus des répercussions qu’elle pourrait avoir sur d’autres titulaires de charges publiques au pays, la décision rendue pourrait aussi « faire des petits pendant longtemps », avance le professeur François Larocque.

En effet, les deux juristes que nous avons interrogés expliquent que c’est la première fois que la Cour suprême se prononce de la sorte sur l’article 16 de la Charte des droits et libertés, qui garantit l’égalité de statut et de droits du français et de l’anglais comme langues officielles au sein des institutions fédérales et du Nouveau-Brunswick.

« La Cour suprême vient donc de trancher un débat qui était initialement académique en disant : non, c’est un article qui va au-delà d’un simple guide d’interprétation, il donne des droits. Cela rouvre la porte à d’autres arguments qui pourraient être faits dans d’autres domaines également, à la longue », juge M. Doucet, soutenant que cela vient notamment constitutionnaliser le droit des fonctionnaires de travailler dans la langue de leur choix.

Par exemple, spécule François Larocque, le droit d’avoir un procès en français sans l’aide d’un interprète au Canada pourrait-il désormais être protégé par la Constitution?

« Est-ce que ça peut vouloir dire que ce droit-là n’est pas juste garanti dans la Loi sur les langues officielles, mais qu’il est dorénavant protégé de manière essentielle dans la Constitution du pays? C’est une question qu’on peut se poser », lance-t-il.

TGV : l’UCFO et ses partenaires rejettent l’entente de confidentialité d’Alto

OTTAWA – L’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) et une coalition intersyndicale refusent de signer l’entente de collaboration proposée par Alto, le promoteur du projet de train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto. L’organisme souhaite également mettre sur pied son propre comité consultatif pour analyser les impacts du tracé dans l’Est ontarien.

Cette démarche fait suite à la première rencontre consultative citoyenne de l’UCFO, qui s’est tenue en mode virtuel lundi soir afin de recenser les inquiétudes de la communauté agricole face au projet de transport ferroviaire. 

Selon les informations partagées durant la réunion et comme ce fut le cas pour les Comtés Unis de Prescott Russell, la corporation Alto conditionne l’accès aux données du projet à la signature d’une entente de non-divulgation.

La présidente de l’UCFO, Renée-Claude Goulet, a souligné que l’organisme a reçu une ébauche d’entente de collaboration de la part d’Alto le 1er mai, sans pression particulière pour la signer. 

La présidente de l’UCFO, Renée-Claude Goulet, a détaillé les exigences d’Alto, qui refuse de partager les données de terrain et les calques de cartes avant la signature des ententes de confidentialité. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Ce document prévoit une collaboration consultative, mais plusieurs clauses s’avèrent inquiétantes, notamment une obligation de confidentialité très floue. Il n’est pas clair du tout ce que nous aurions le droit de divulguer ou non. Nos membres et notre conseil d’administration ont clairement indiqué qu’il n’est pas désirable de signer ce texte en l’état. »

Celle-ci a précisé que l’organisme souhaite retourner à la table avec Alto pour clarifier la situation, lors d’une rencontre qui devrait avoir lieu prochainement.

Une position syndicale unifiée

Par ailleurs, une rencontre s’est tenue le 4 juin dernier, entre l’UCFO, la Food and Agriculture Organization (FAO), la National Farmers Union (NFU), les Christian Farmers et l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec. Ces organisations ont convenu de rejeter toute négociation individuelle avec le promoteur.

La présidente de l’UCFO, Renée-Claude Goulet, a exposé les réserves du conseil d’administration quant aux modalités financières et contractuelles soumises par la société d’État.

« Ils (Alto) souhaitent mettre sur pied un comité consultatif technique agricole qui se réunirait à plusieurs reprises d’ici la fin de l’année 2027. Cette proposition inclut une compensation financière. C’est une question particulièrement délicate : bien que la gestion de ce dossier engendre des coûts réels pour l’UCFO, ces échanges monétaires risquent de fausser la perception du public quant à l’indépendance de notre collaboration. » 

Selon les représentants agricoles, l’action collective vise à contrecarrer une tentative de fragmentation de la représentation syndicale. 

« Il y a le sentiment qu’Alto a tenté, sciemment ou non, de nous séparer en offrant une entente à chaque groupe. Pourtant, le consensus autour de la table est que nous voulons siéger ensemble face à Alto, et non séparément »
— Renée-Claude Goulet

Et d’ajouter : « Aucun organisme agricole de la province, incluant l’UPA, ne se sent à l’aise de signer l’entente telle qu’elle est. L’idée était de se rencontrer pour formuler une réponse collective, partager nos craintes et trouver une stratégie afin de répondre d’une voix unifiée. »

« Ces ententes qui sont largement utilisées dans l’industrie, constituent une pratique courante qui permet aux partenaires de partager des documents afin d’alimenter les discussions autour d’hypothèses de travail préliminaires appelées à évoluer au fil du temps, afin d’en évaluer la faisabilité technique. Les ententes de confidentialité protègent toutes les parties et visent notamment à s’assurer que le projet s’intégrera bien aux plans de développement des villes et des MRC », a répondu par courriel à ONFR, Caroline Des Rosiers, porte-parole d’Alto, après une demande de réaction concernant le refus des Comtés Unis de Prescott Russell de signer la même entente quelques semaines plus tôt.

Vers un comité consultatif agricole

Le directeur général par intérim, Marco Laperrière, explique que l’Union souhaite mettre sur pied son propre comité consultatif qui sera composé de trois administrateurs et de trois membres de la communauté.

« Le but du comité est d’analyser les documents fournis par Alto, puis de recueillir les questions, les inquiétudes du terrain et les opinions de la communauté afin de mieux représenter nos membres tout au long du processus. Comme nous ne sommes que deux personnes à l’administration et que les administrateurs du conseil sont des bénévoles très sollicités par les différents dossiers de l’Union, nous avons besoin d’un coup de main. » 

Michel Dignard, vice-président de l’UCFO, estime qu’Alto souhaite mettre sur pied ce comité car ils ne comprennent pas la réalité du monde agricole. Photo : Inès Rebei/ONFR

Ce comité aura pour mandat de recenser et d’étudier les dossiers techniques spécifiques, notamment les risques liés à l’assèchement ou à la contamination de la nappe phréatique locale, ainsi que l’impact environnemental des produits de déglaçage des voies. 

Le fonctionnement de cette cellule sera croisé : deux des six membres de ce comité technique franco-ontarien seront désignés pour siéger directement au sein du comité consultatif officiel qu’Alto tente de mettre sur pied.

Pour l’instant, aucune date n’a été annoncée pour la tenue de la première séance, qui devrait également se tenir en ligne, mais l’organisme prévoit de lancer un appel officiel aux candidatures sous peu.

Une position plus ferme

Si l’UCFO s’est montrée prudente jusqu’ici, son porte-parole média, Michel Dignard, clarifie une position désormais plus ferme : l’organisation est opposée au projet tel qu’il est présenté.

Jugeant le budget déraisonnable et déplorant l’absence de plan d’affaires, l’Union refuse que le train traverse les terres agricoles.

L’agriculteur d’Embrun reconnaît toutefois qu’elle n’a pas les reins assez solides financièrement pour s’engager dans une saga judiciaire.

« On n’est pas pour le train qui passe à travers des terres agricoles. Mais l’Union des cultivateurs n’a pas le budget de l’UPA du Québec pour investir 100 000 $ et les amener en cour. On ne peut pas empêcher les projets d’infrastructure, mais on va essayer de minimiser l’impact », a-t-il ajouté.

La Laurentienne entre redressement financier et défis académiques

SUDBURY – L’Université Laurentienne ferme le chapitre douloureux de sa reconstruction financière, versant ainsi les dernières indemnités à ses créanciers, soit cinq ans après le début de la crise ayant entraîné la suppression d’une centaine de postes et de 69 programmes, dont 28 en français. Soulagement indéniable, ce progrès n’exclut pas les nouveaux obstacles, notamment la restauration des programmes universitaires.

« C’est certes un soulagement, évidemment, d’apprendre que les employés ainsi que les membres du corps professoral, en particulier ceux qui ont été licenciés, recevront leurs dû » explique Fabrice Colin, président de l’Association des professeurs et des professeures de l’Université Laurentienne (APPUL).

Le 3 juin dernier, la Laurentienne a versé ses dernières indemnités à ses créanciers, un grand pas en avant pour l’établissement qui avait eu recours à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), une loi habituellement réservée aux entreprises en situation d’insolvabilité.

Avec l’aide d’un prêt de sortie de 35 millions de dollars, la Laurentienne est parvenue à payer tous ses créanciers, y compris les indemnités de licenciement qu’elle devait aux professeurs licenciés lors des coupes du lundi noir. Cette nouvelle survient cinq mois après la grève des professeurs, qui déploraient les baisses salariales, la lourde charge de travail, et la décimation de leurs régimes de retraite à la suite des déboires liés à la restructuration de 2021.

Pour la rectrice et vice-chancelière de l’université, Lynn Wells, la Laurentienne va désormais de l’avant avec son programme de transformation. Parmi les objectifs de l’établissement, disposer d’une planification financière plus prudente prime. « Nous continuons de contrôler nos finances soigneusement », assure-t-elle.

Pour cela, l’université s’arme désormais de mesures préventives pour contrôler ses dépenses. En 2026, la Laurentienne s’est outillée d’Axiom, un logiciel de budgétisation censé l’aider dans sa planification financière. « Cet outil moderne permettra une plus grande collaboration entre les unités individuelles et notre équipe financière offrant une image plus précise des finances en cours d’exercice » ajoute la rectrice de l’institution.

Des programmes toujours dans l’impasse

Si le versement des dernières indemnités clôture une longue période d’instabilité, la refonte des programmes reste freinée par un nouvel obstacle. Pendant la restructuration, l’université a maintenu quatre programmes autonomes, continuant de les offrir malgré l’absence de leurs départements d’enseignement respectifs. Au terme du Processus d’Assurance de la Qualité de l’Université Laurentienne (PAQUL), le conseil de qualité a conclu que cette autonomisation n’avait pas été faite dans la réglementation appropriée.

Par conséquent, le conseil de qualité a exigé la suspension de l’admission d’étudiants dans ces programmes. La Laurentienne a également été privée de créer de nouveaux programmes, tant qu’elle n’améliorera pas ses processus d’assurance qualité. « La procédure pour satisfaire [le PAQUL] est passée au Sénat. Il y a eu une réaction rapide à ce niveau-là » soutient M. Colin. « Mais ça peut prendre encore quelques mois. »

Pour y remédier, l’établissement compte investir 3,4 millions de dollars sur une période de cinq ans afin d’améliorer ses processus d’assurance qualité. « Nous attendons l’approbation du ministre pour les fonds, mais néanmoins, nous allons commencer à engager ce plan cet été », explique Lynn Wells. Le prochain contrôle de qualité se déroulera en 2027-2028.

Rétablir la confiance des francophones

Après la crise de la restructuration, la Laurentienne cherche maintenant à regagner la confiance de la communauté francophone. Pour rappel, l’Unité des services en français de l’Ombudsman avait ouvert une enquête sur l’établissement, avant de lever la surveillance en avril 2026. Cette crise avait surtout secoué la communauté francophone, notamment le corps professoral de l’université. « Plus de la moitié des professeurs francophones ont été mis à la porte » dit Jean-Charles Cachon, professeur émérite licencié pendant la crise.

Natalie Poulin-Lehoux, la vice-rectrice associée aux affaires francophones, parle d’une « institutionnalisation de la voix francophone au plus haut niveau décisionnel ». Cette résolution a abouti à la création du Comité consultatif francophone de l’Université Laurentienne (CCFUL). « Ce comité permanent réunit 15 membres votants issus des milieux culturel, économique, de la santé, scolaire et universitaire pour conseiller directement la direction sur nos priorités », explique-t-elle.

Quant à la restauration des programmes francophones, le président de l’APPUL parle d’une situation d’urgence. « Il faut savoir que le département de français n’existe plus, ce qui est, quand même, pour une université bilingue, un petit peu ennuyeux ».

Il reconnaît cependant les efforts fournis par l’administration et les « mains tendues », rapportant que l’université continue malgré tout d’attirer des étudiants dans ses programmes francophones. « Beaucoup d’étudiants franco-ontariens m’ont dit qu’ils sont venus à la Laurentienne justement à cause de la nature spécifique de l’Université Laurentienne en tant qu’université bilingue » affirme M. Colin, « Il y a cet aspect important qui ne disparaîtra pas ».

Une initiative citoyenne de partage alimentaire voit le jour à Casselman

CASSELMAN – Un projet pilote de garde-manger communautaire autonome est inauguré ce lundi à Casselman. Née d’une collaboration entre une citoyenne et la mairesse de la municipalité, cette initiative locale aspire à devenir le modèle d’un futur réseau de partage alimentaire à l’échelle de l’Est ontarien.

À l’origine du projet, Brittany Octeau, gérante de la pharmacie locale, a publié un message sur les réseaux sociaux pour évaluer l’intérêt de la population envers la création d’un espace de partage de denrées.

« Avant, je suivais beaucoup ce que faisaient les banques alimentaires », indique Mme Octeau en entrevue avec ONFR. Tout en saluant leur apport, elle a relevé certaines contraintes structurelles. 

« Elles ne sont ouvertes que trois jours par semaine, avec des horaires restreints. Parfois, les gens ont un besoin immédiat, le soir même, et ils doivent attendre l’ouverture. » Elle ajoute que les critères d’admissibilité basés sur les preuves de revenus peuvent également limiter l’accès pour certains résidents.

L’idée a germé après qu’une citoyenne a observé un modèle similaire à Embrun. En tant que directrice de la pharmacie locale, elle a rapidement identifié les besoins grandissants à Casselman, notamment chez les personnes à faible revenu, les personnes en situation d’itinérance et les familles de la région.

Brittany Octeau devant l’emplacement où est installé le garde-manger. Photo : Brittany Octeau

« Je voulais quelque chose d’accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, de jour comme de nuit, si quelqu’un est dans le besoin », explique la promotrice du projet, qui a trouvé un terrain d’entente pour installer la structure derrière son commerce.

Après une simple publication sur les réseaux sociaux pour évaluer l’intérêt de la communauté, la mairesse de la municipalité, Geneviève Lajoie, a personnellement pris le dossier en main pour valider les aspects juridiques et salubres auprès des services de réglementation.

Mme Lajoie, a pris connaissance de l’initiative de Mme Octeau alors qu’elle recherchait des données sur la situation socio-économique locale.

« J’ai vu le message de cette dame. Au début, j’ai tenté de la contacter pour obtenir les coordonnées des entrepreneurs et des citoyens inquiets dont elle parlait afin de prendre le pouls de la situation, explique la mairesse Lajoie. Elle n’avait pas de contacts précis à me donner, mais à partir de là, je me suis dit : « Je vais t’en faire une, de boîte ». »

Conçu par la mairesse et son mari

La mairesse et son conjoint ont pris en charge la construction et le financement de la structure en bois durant la fin de semaine. 

« Mon conjoint et moi, on l’a bâtie et on l’a payée de nos poches », précise l’élue ajoutant que la boîte obtenue s’avère deux fois plus grande qu’initialement prévue.

Aménagée à proximité du supermarché et de la pharmacie, la structure fonctionnera en libre-service continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Le principe repose sur le don volontaire et l’anonymat : les citoyens qui le souhaitent y déposent des denrées, et ceux qui en ont besoin se servent gratuitement.

Le garde-manger accueillera uniquement des produits non périssables, tels que des conserves ou des aliments emballés. Brittany Octeau prévoit aussi d’y laisser de l’eau et des collations pour les élèves du secondaire. 

Comme l’infrastructure repose sur une propriété privée, la Ville n’impose aucune contrainte administrative, laissant la responsabilité de l’entretien et de la salubrité aux partenaires locaux. « Le processus pour démarrer a finalement été très simple », se réjouit la résidente qui assurera la supervision du site et complétera l’approvisionnement si nécessaire.

Geneviève Lajoie a œuvré comme travailleuse sociale avant d’accéder à la tête de la municipalité de Casselman. Photo : Inès Rebei/ONFR

Vers une proposition aux Comtés unis

L’inauguration officielle, marquée par une coupure de ruban, aura lieu la semaine prochaine. Pour la mairesse Geneviève Lajoie, cette première boîte constitue une phase d’expérimentation avant d’envisager un déploiement à plus grande échelle.

« Ce projet-là va nous servir de test pour montrer aux autres municipalités que ça fonctionne », affirme Mme Lajoie.

Une fois les résultats de ce projet pilote analysés, la mairesse prévoit d’accompagner le groupe de citoyens mobilisés afin de structurer une délégation officielle. Démarche subséquente : présenter une proposition formelle devant le conseil des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR).

« Le but, c’est d’aller dire aux CUPR : « On veut que vous nous souteniez pour établir un réseau régional de garde-mangers communautaires », expose Geneviève Lajoie. Nous allons demander aux Comtés unis d’investir un montant minimal, environ 5000 $, pour développer un système de réseau qu’on pourra suivre en ligne. Ce serait directement intégré sur leur site Web, dans la section des services sociaux. »

Dans l’immédiat, la municipalité invite les résidents à participer à l’inauguration de la semaine prochaine en y apportant des denrées non périssables ou des contributions financières pour lancer le roulement du stock.

Les Marocains de l’Ontario voient grand au Mondial de soccer

L’équipe nationale du Maroc est entrée de la bonne manière dans la Coupe du monde de soccer, décrochant ce week-end à New York un match nul contre les quintuples champions du monde brésiliens. À 700 kilomètres de là, à Toronto, passés par toutes les émotions dans le FIFA Fan Festival, les partisans des Lions de l’Atlas fondent beaucoup d’espoir pour la suite de la compétition.

Enveloppé dans un drapeau rouge XXL frappé d’une étoile verte, Hamza a vibré samedi, devant l’écran géant installé sur le site de Fort York, criant et bondissant à chaque offensive menée par l’équipe nationale marocaine. Tension garantie… jusqu’à la libération : le premier but marocain dans la compétition, qui plus est contre la redoutable Seleção.

Autour de lui, des dizaines de Marocains de l’Ontario ont exulté sur le but d’Ismael Saibari, avant de se prendre la tête dans les mains sur l’égalisation brésilienne, signée Vinicius Júnior dix minutes plus tard. Bref, un condensé de 90 minutes de frayeur, de joie, de passion et surtout de communion.

« Je suis fière de notre équipe qui a porté haut nos couleurs. Ça a été dur, mais on l’a fait », réagit, comme libérée, Olaya Sabri, qui a retenu son souffle jusqu’au coup de sifflet final. Autour d’elle, ses amis dansent, chantent, agitent avec fierté les drapeaux du royaume du couchant, entourés d’une marée jaune de partisans brésiliens, extrêmement nombreux à Toronto.

Olaya Sabri a retenu son souffle jusqu’au coup de sifflet final. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Il faut dire que les Lions de l’Atlas auraient pu à plusieurs reprises creuser l’écart, mais les Brésiliens auraient pu tout autant aggraver le score. Les deux équipes ont pratiquement fait jeu égal, se procurant des occasions et temps forts à tour de rôle dans une rencontre au rythme soutenu.

Toute la communauté pense maintenant à la suite. « On ira loin, même si avoir le Brésil dans notre groupe ne rend pas les choses faciles. Ils sont redoutables », estime Hiba Alami qui envisage une demi-finale à portée de main, comme lors de la dernière coupe du monde.

En 2022, au Qatar, les coéquipiers d’Achraf Hakimi, qui évoluent pour la plupart dans de grands clubs européens, s’étaient en effet débarrassés successivement de l’Espagne et du Portugal pour s’ouvrir les portes du dernier carré, du jamais-vu pour une sélection africaine.

Manifestation de joie sur la pelouse du FIFA Fan Festival de Toronto, après le but marocain. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Plus récemment, les Lions de l’Atlas ont atteint la finale de la dernière Coupe d’Afrique des Nations, dans une confrontation contre le Sénégal au résultat toujours contesté, cinq mois plus tard.

Ce parcours et la cohésion du groupe emmené par Mohamed Ouahbi font donc naturellement pousser des ailes à la communauté marocaine de l’Ontario, après le nul obtenu samedi.

« On est une grande nation de foot »
— Ismail El Idrissi, partisan marocain

« On est une grande nation de foot et on ne veut plus se contenter d’une demi-finale comme en 2022. On est capable de passer ce cap pour aller en finale et pourquoi pas soulever la coupe », ambitionne même Ismail El Idrissi, séduit par le talent des milieux de terrain Azzedine Ounahi et Ayyoub Bouaddi.

Ismail El Idrissi rêve de voir la sélection marocaine soulever le trophée mondial. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

« Depuis plusieurs années, il nous manque un numéro 9 capable de finaliser les actions et marquer des buts mais, cette année, ça va être différent », est convaincu celui qui suit aussi le parcours du Canada.

« Ça fait plaisir de voir autant de Marocains ici, ajoute Hiba Alami qui affectionne le site du FIFA Fan Festival. J’adore l’ambiance, c’est magnifique, agréable, aérée, multiculturelle… J’aimerais voir plus de festivals ici à l’avenir. Et de confier : « On n’entend pas beaucoup de français, mais beaucoup d’espagnol et de portugais. »

« En entrant dans la Fan Zone, j’ai tout de suite senti qu’on était une minorité par rapport aux supporters brésiliens, très nombreux, mais on est très sonore, on a aussi le sens de la fête. On sait se faire entendre et soutenir notre équipe. Ça crée des liens et une fierté dans la communauté. »

Hiba Alami, Marocaine de Toronto, va suivre tous les matchs de son équipe. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

La plupart des partisans croisés au micro d’ONFR se sont dits assez déçus des prix des billets pour aller au stade voir le peu de matchs à l’affiche au Toronto Stadium. « C’est exorbitant, c’est clairement un obstacle, considère Ismail El Idrissi. Heureusement qu’il y a des zones comme celles-ci accessibles aux gens qui ne peuvent pas se payer de ticket. On peut participer à la fête en communauté. C’est le plus important. »

« Là où il y a des Marocains, il y a de la bonne ambiance. On représente la francophonie partout où on va, résume avec entrain Olaya Sabri, qui attend avec impatience le prochain match face à l’Écosse le 19 juin (à Boston), avant une confrontation 100 % francophone face à Haïti le 24 juin (à Atlanta).

Cet ultime match du Maroc en phase de groupe sera non seulement diffusé dans la Fan Zone, mais aussi sur le campus torontois du Collège Boréal, dans le quartier historique de la Distillerie.

Affaires francophones : les ministres passent et des attentes restent

La communauté attend beaucoup de la ministre Kusendova-Bashta. L’augmentation du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO) fait notamment consensus, de même que l’application concrète de la modernisation de la Loi sur les services en français. Les besoins sont aussi pressants dans le domaine de la santé, de la petite enfance et de l’immigration.

« On ne veut pas prendre un pas de recul, mais au contraire continuer les avancées déjà entamées », affirme Bobby Bourdeau. Le président de l’ACFO-Ottawa attend en particulier de la ministre des gestes concrets sur le financement des organismes francophones « qui sont là pour défendre les droits de la communauté et assurer des services en français ».

M. Bourdeau est notamment en faveur d’une bonification du Programme d’appui à la francophonie ontarienne, dont le montant stagne depuis 2024. Et il n’est pas le seul. La plupart des intervenants sondés croient qu’il est urgent de commencer par là.

Parmi eux, son homologue de l’ACFO-Toronto, Jean-Claude N’Da. Ce dernier ajoute qu’il faut également renforcer l’offre de services en français. « Avoir des droits sur le papier, c’est une chose, les vivre au quotidien en est une autre. Être servi dans sa langue chez le médecin ou devant la justice n’est pas un privilège, mais une question de dignité et de sécurité. Nous attendons que la ministre soit une gardienne rigoureuse de cette offre. »

Bobby Bourdeau et Jean-Claude N’Da, respectivement présidents de l’ACFO-Ottawa et de l’ACFO-Toronto. Photos : Bobby Bourdeau et Laetitica Dogbe/ONFR

En entrevue avec ONFR le jour de son assermentation, Mme Kusendova-Bashta a indiqué que la mise en œuvre de la modernisation de la Loi sur les services en français, qui enchâsse entre autres la notion d’offre active, serait une de ses priorités.

Son gouvernement a aussi agi ces derniers mois sur plusieurs fronts comme l’élargissement des services gouvernementaux en français, l’entretien des campus francophones et bilingues ou encore le resserrement du dialogue avec le monde de la culture.

Le leader franco-torontois voudrait aussi une ministre plus interventionniste dans la planification des services publics de la Ville Reine quand cela touche à la francophonie. Il plaide, entre autres, pour une reconnaissance du rôle stratégique de Toronto dans la francophonie.

« La plus grande métropole du Canada devrait jouer un rôle moteur dans le bilinguisme, mais elle ne joue pas ce rôle, dit M. N’Da. C’est une responsabilité de la municipalité, mais aussi de la province. Les deux doivent dialoguer pour ancrer la francophonie dans les habitudes. »

Santé : une expertise à convertir en action

En droite ligne avec la stratégie du gouvernement sur les soins primaires qui a pour objectif de trouver un médecin à chaque Ontarien, « on veut que tous les francophones aient un médecin de famille ou un infirmier praticien qui parle français », réclame légitimement Estelle Duchon, présidente-directrice générale du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT).

Elle souligne du même souffle l’ampleur des besoins en termes de santé mentale et de services aux aînés. « La langue est un outil de traitement quand on parle de santé mentale. Il faut s’assurer que de tels services sont en place. Même chose pour nos aînés : il faut qu’ils puissent vivre à domicile le mieux possible avec du soutien en français. »

Estelle Duchon, PDG du CFGT et Daniel Giroux, président du Collège Boréal. Photos : Archives Rudy Chabannes/ONFR

Mme Duchon estime que la ministre Kusendova-Bashta est très bien placée pour répondre à ces enjeux, en tant qu’infirmière et ministre des Soins de longue durée. Daniel Giroux, président du Collège Boréal à Sudbury, le pense aussi.

« L’avantage que nous avons, c’est qu’elle connait extrêmement bien les besoins de la communauté en matière de santé et de soins de longue durée », dit celui qui croit que cela peut accélérer le déblocage de filières de formation pour répondre au besoin de main-d’œuvre dans le secteur.

M. Giroux espère en outre des avancées en matière de petite enfance. « Si nous voulons accroitre la francophonie en Ontario, ça commence dès la petite enfance en encourageant la programmation pour les éducatrices francophones et en réduisant les files d’attente dans les garderies francophones. De l’appui de ce côté-là serait très important. »

Éducation et immigration : deux sources d’inquiétude

Beaucoup attendent aussi de voir si la ministre sera en mesure de sensibiliser, voire influencer ses collègues au gouvernement dans des dossiers qui touchent directement la communauté. C’est le cas de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) qui attend des gestes forts en éducation, alors que les enseignants entament des négociations collectives cruciales.

« La francophonie ontarienne a besoin d’une voix forte à la table du Conseil des ministres », estime Gabrielle Lemieux, présidente de l’organisme. La ministre des Affaires francophones joue un rôle clé pour faire valoir les réalités, les besoins et les priorités des francophones dans l’ensemble des décisions gouvernementales. Une véritable lentille francophone est essentielle afin que les politiques et les programmes tiennent compte des défis particuliers que vivent les communautés francophones en situation minoritaire. 

Alain Dobi, directeur du RIFCSO, Gabrielle Lemieux, présidente de l’AEFO, et Dominic Mailloux, président de la FGA. Photos : Archives Rudy Chabannes/ONFR

Depuis l’abolition du ministère ontarien de l’Immigration, le ministère des Affaires francophones est repassé en première ligne aux yeux des acteurs en immigration dans la province. La restructuration du programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI) suscite des inquiétudes. « On avait un volet francophone qui nous permettait d’attirer pas mal de candidats, rappelle Alain Dobi, directeur du Réseau en immigration francophone du Centre‑Sud‑Ouest (RIFCSO). On ose espérer qu’elle saura faire preuve de leadership et parler à ses collègues pour que les intérêts des francophones soient sauvegardés, voire améliorés. »

Il souhaite voir les financements de services en établissement plus généreux. « On veut bénéficier de son appui pour avoir des augmentations de services et des budgets qui leur sont octroyés, d’autant qu’on a atteint nos cibles. »

Promouvoir la francophonie en dehors de l’Ontario

Le premier déplacement de Mme Kusendova-Bashta hors de la province, à titre de ministre des Affaires francophones, sera à Winnipeg à la fin du mois à l’occasion du Conseil des ministres de la francophonie canadienne. Sa présence au Sommet de la francophonie à Phnom Penh, en novembre prochain, n’est en revanche pas encore confirmée.

Dominic Mailloux, président de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) espère qu’elle y sera pour porter la voix des Franco-Ontariens, de même qu’il souhaite que « la nouvelle ministre continue à soutenir l’écosystème d’affaires qui se structure de plus en plus en Ontario, parce qu’à terme la vitalité francophone repose sur une économie forte. » C’est sous l’égide de sa prédécesseure, la ministre Mulroney, que la FGA avait été lancée.

Malgré l’orage et la controverse, le FFO conclut sa 51e édition en force

OTTAWA – Après trois jours de festivités, le Festival franco-ontarien a conclu sa 51e édition samedi soir. Malgré les défis et la controverse, la programmation et la réponse du public ont permis de recentrer l’attention sur la musique francophone et la vitalité franco-ontarienne dans la capitale.

En dépit d’un orage qui a forcé l’évacuation du parc Major’s Hill, à Ottawa, vers 19 h 30 lors de la dernière chanson de la Montréalaise Kamilou, la 51e édition du Festival franco-ontarien s’est conclue samedi soir en beauté.

Le public a pu regagner le site vers 21 h 30 afin d’assister à la clôture du festival, assurée par les prestations du rappeur Kimya et du chanteur Jay Scøtt.

Originaire de Kinshasa et établi à Ottawa depuis 2004, Kimya a partagé avec le public sa passion pour les mots à travers un mélange de slam et de rap engagé.

De son côté, le multi-instrumentiste Jay Scøtt a plongé les festivaliers dans son univers mélancolique, porté par des textes sensibles et des mélodies accrocheuses.

Vendredi soir, le public a également eu droit à une soirée haute en couleur. Le groupe Jupiter & Okwess a envoûté la foule avec ses sonorités congolaises et son groove.

Pour Jupiter Bokondji, chanteur du groupe, les artistes sont avant tout des messagers, des griots comme on les appelle en Afrique. Leur mission est simple : briser les barrières entre les êtres humains, indépendamment de leur origine, de leur race ou de leur couleur.

Un message porté avec force par le groupe, le chanteur n’hésitant pas à quitter la scène pour se mêler à la foule et danser avec elle dans un esprit de communion.

Plus tôt dans la soirée, l’ambiance était déjà survoltée avec LGS (Le Groupe Swing). Mélangeant musique électronique, influences populaires et traditions franco-canadiennes, le groupe franco-ontarien a fait danser la foule grâce à son énergie contagieuse et à ses sonorités festives.

« Chers Franco-Ontariens, faites du bruit. Laissez savoir aux gens que vous existez. »

C’est l’appel lancé par Michel Bénac, chanteur de LGS, à l’issue d’un concert électrisant.

Jeudi soir, l’ouverture du Festival franco-ontarien s’était déroulée sous le signe de l’humour, de la musique et de la résilience. Une soirée rassembleuse qui a donné le ton à cette 51e édition de l’événement qui marque traditionnellement le coup d’envoi de la saison estivale des festivals dans la capitale.

En attendant le bilan officiel que dresseront les organisateurs dans les prochains jours, une chose semble déjà acquise : malgré une semaine marquée par la controverse entourant le partenariat entre le Festival franco-ontarien et Alto – une entente finalement abandonnée quelques heures avant l’ouverture de l’événement -, le public franco-ontarien a répondu présent pour cette 51e édition.

Olivier Debregeas, du Parc des Princes à Toronto, au service du collectif

Né à Paris, passé par Madrid puis Montréal avant de s’établir à Toronto, Olivier Debregeas est devenu au fil des années l’un des visages les plus connus de la communauté française de la Ville Reine. Derrière les rassemblements de supporters de l’équipe de France, les célébrations du 14 juillet, le succès du PSG Fan Club Toronto ou encore son engagement au sein de la francophonie torontoise, se cache une même volonté : créer des liens avec les gens. Au lendemain de l’ouverture de la Coupe du monde 2026, ONFR a rencontré cet amoureux du football, de la langue française et de la vie communautaire.

Racontez-nous votre parcours avant votre arrivée au Canada.

Je suis né à Paris, dans le 15e arrondissement, puis j’ai grandi en région parisienne. J’ai eu une enfance heureuse, entouré de ma famille et de mes amis. Très tôt, le football a occupé une place importante dans ma vie.

Je fais partie d’une génération qui a grandi dehors. Quand il n’y avait rien à faire, on prenait un ballon et on allait jouer dans la rue avec les copains. Un sac à dos faisait un poteau, un chandail faisait l’autre et le terrain était prêt. J’ai ensuite joué au football pendant une quinzaine d’années et plusieurs de mes meilleurs amis aujourd’hui sont encore ceux que j’ai connus sur les terrains.

Professionnellement, j’ai évolué dans le domaine des technologies et des communications. C’est d’ailleurs mon travail qui m’a ouvert les portes de l’international.

Avant le Canada, vous avez vécu une première expatriation en Espagne. Comment cette aventure a-t-elle commencé?

J’ai vécu une première expatriation à Madrid avec ma famille. Ça a été un choc culturel fantastique. La vie espagnole est différente, les horaires sont différents, le rythme est différent. On prend le temps de vivre.

J’y suis arrivé grâce à mon travail. À l’époque, je travaillais déjà pour la même entreprise qui allait plus tard me proposer de poursuivre l’aventure au Canada. Cette expérience nous a permis de découvrir une autre culture et de réaliser que l’expatriation pouvait être une formidable aventure familiale.

Comment s’est ensuite présenté le projet canadien?

Le Canada est arrivé grâce à une opportunité professionnelle. Mon entreprise m’a proposé de poursuivre l’aventure à Montréal. C’était une occasion difficile à refuser et nous étions prêts à relever un nouveau défi.

Nous sommes arrivés à Montréal le 28 décembre 2010. Je me souviens encore du contraste entre Madrid et le froid québécois. C’était un véritable choc climatique. Nous passions d’un environnement relativement doux à des températures largement sous zéro.

Heureusement, j’arrivais avec un emploi déjà en place, ce qui a facilité mon intégration. Pour ma femme et mes enfants, l’adaptation a été différente. Il a fallu reconstruire un réseau, comprendre les codes locaux et bâtir une nouvelle vie. Avec le recul, je réalise à quel point le soutien de mon épouse a été essentiel dans cette transition.

Manifestement, nous avons aimé l’expérience puisque nous sommes toujours au Canada aujourd’hui.

Installé à Toronto depuis 2015, Olivier Debregeas a réussi à marier ses deux univers : son attachement à Paris et sa vie dans la métropole canadienne, où il contribue aujourd’hui à faire rayonner la communauté francophone. Photo : gracieuseté

Comment s’est passée votre arrivée à Toronto quelques années plus tard?

Toronto a représenté un autre choc, mais d’une nature complètement différente. Montréal demeure une grande ville, mais elle conserve une certaine douceur de vivre. Toronto, c’est une métropole qui va vite. On retrouve un peu l’énergie des grandes capitales internationales.

La différence linguistique a aussi été importante. À Montréal, on peut vivre principalement en français. À Toronto, la réalité est différente. Le travail, les services, le quotidien se déroulent largement en anglais.

Lorsque je suis arrivé, j’ai d’ailleurs voulu m’immerger complètement dans cette réalité anglophone. Je voulais découvrir la culture locale, améliorer mon anglais et sortir de ma zone de confort. Mais assez rapidement, quelque chose m’a manqué.

À quel moment avez-vous ressenti le besoin de vous rapprocher de la communauté francophone?

Je cherchais ma tribu. Au début, je pensais que je pouvais faire abstraction de mes racines culturelles françaises. Puis je me suis rendu compte qu’il me manquait les références communes, l’humour, les discussions, les repas entre amis, les apéros, tout ce qui fait partie de notre identité.

Toronto est une ville extraordinaire parce qu’on peut y trouver pratiquement toutes les cultures du monde. Mais pour profiter pleinement de cette richesse, il faut aussi savoir qui l’on est soi-même.

Je me suis donc progressivement rapproché de la communauté francophone. Ce n’était pas un rejet de l’anglais, bien au contraire. C’était simplement un retour vers une partie de moi qui avait besoin d’exister également.

Comment est née la Fédération Tricolore de Toronto?

Avec plusieurs amis, nous avions constaté qu’il existait beaucoup de Français et de francophones dans la région, mais relativement peu d’occasions de se rassembler. Nous avons donc créé la Fédération Tricolore de Toronto afin d’organiser les célébrations du 14 juillet et de favoriser les rencontres au sein de la communauté.

Au départ, les moyens étaient modestes. Une connexion Internet, un projecteur, un écran improvisé et beaucoup de bonne volonté. Mais l’objectif n’a jamais changé : permettre aux gens de se rencontrer. Très vite, le football est devenu un formidable outil de rassemblement.

Bien avant les grands rassemblements de la Coupe du monde 2018, Olivier Debregeas participait déjà à la création d’espaces de rencontre pour les Français de Toronto (ici en 2016). Photo : gracieuseté

Que représente pour vous la Coupe du monde 2018 vécue à Toronto?

C’est probablement l’un des plus beaux souvenirs de mon parcours communautaire. Tout est parti d’une discussion lors d’un concert du groupe IAM à Toronto. Nous avons commencé à imaginer des rassemblements pour regarder les matchs de l’équipe de France.

Au premier match, nous étions une dizaine. Puis les victoires se sont enchaînées. Les rassemblements ont grandi. Nous avons changé de salle plusieurs fois. Pour la finale, nous avons dû nous installer dans l’atrium de Ricarda’s. Près de 1000 personnes étaient présentes.

Quand je repense à cette journée, je ressens encore énormément d’émotion. Bien sûr, il y a la victoire de la France, mais il y a aussi tout ce que nous avons construit à Toronto pendant cette compétition. Nous sommes passés de quelques supporters à une véritable communauté.

Comment est née ensuite l’aventure du PSG (Paris Saint-Germain) Fan Club Toronto?

Le projet est né très naturellement. Avec Victor Reymond et Charles Cho, nous nous sommes aperçus que nous regardions tous les matchs du PSG chacun de notre côté, sur notre canapé. Nous avons fini par nous poser une question simple : pourquoi ne pas les regarder ensemble?

Nous avons commencé à organiser quelques rassemblements dans différents établissements de la ville. Puis un jour, alors que j’étais à New York pour le travail, je suis allé assister à un match avec le fan club local du PSG.

Une photo publiée sur les réseaux sociaux a attiré l’attention du Paris Saint-Germain lui-même. Le club nous a contactés pour nous dire qu’il ignorait l’existence d’un fan club à Toronto. Quelques mois plus tard, nous étions officiellement reconnus comme PSG Fan Club Toronto.

Comment expliquez-vous sa croissance au fil des années?

L’arrivée de joueurs comme Neymar, Messi ou Mbappé a évidemment contribué à accroître la visibilité du club, mais ce n’est qu’une partie de l’histoire.

Nous avons toujours voulu créer quelque chose qui dépasse le simple visionnement de matchs. Nous avons développé un programme de membres, organisé des activités de réseautage, lancé un club de course à pied et établi des partenariats avec d’autres organisations sportives. Nous avons également créé des liens avec des fan clubs du monde entier.

Aujourd’hui, nous essayons aussi de transmettre l’histoire du PSG aux nouvelles générations. Quand nous organisons des concours ou des quiz, il y a toujours quelques questions sur Raí, Ginola, Bernard Lama ou les débuts du club. Il est important de savoir d’où l’on vient.

Votre engagement vous a également amené vers l’ACFO Toronto. Pourquoi?

Parce qu’il est important de défendre la place du français à Toronto. Quand on vit ici, on réalise rapidement que le français est présent, mais qu’il faut constamment le faire vivre. Je voulais contribuer à cet effort.

Ce n’est pas un combat contre l’anglais. C’est un engagement pour le français. Je voulais participer à cette réflexion sur la place de notre langue dans l’espace public, dans les institutions, dans les services et dans la vie quotidienne.

Devenues sa marque de commerce au fil des années, les lunettes colorées d’Olivier Debregeas lui valent aujourd’hui d’être reconnu aussi bien dans les événements communautaires que dans les rassemblements de supporters du PSG à Toronto. Photo : gracieuseté

Comment voyez-vous aujourd’hui la francophonie torontoise?

Je pense qu’elle a longtemps été très discrète. Pendant longtemps, elle a été un peu comme le bon élève qui ne veut pas déranger. Mais je trouve qu’elle a énormément progressé.

Il y a eu des victoires importantes. Plus de services en français, plus de visibilité, plus d’événements. Aujourd’hui, nous avons une place réelle dans cette ville.

Ce qui est essentiel, selon moi, c’est de comprendre qu’il n’existe pas plusieurs francophonies distinctes. Il n’y a pas la francophonie française, africaine, haïtienne ou franco-ontarienne. Il y a la francophonie. Nous devons travailler ensemble parce que c’est notre plus grande force.

Vous avez également fait un saut en politique consulaire cette année. Pourquoi?

Parce que le projet est venu me chercher. Je voulais mieux comprendre comment fonctionnait la représentation des Français de l’étranger et voir comment je pouvais contribuer différemment à la communauté.

Cette expérience m’a permis de découvrir un autre aspect de l’engagement citoyen. J’ai mieux compris les enjeux vécus par les Français établis à l’étranger et l’importance de maintenir un lien fort avec eux. Je n’ai jamais eu l’ambition de faire carrière en politique, mais je crois qu’il est important de participer à la vie démocratique lorsqu’on en a l’occasion.

Vos lunettes sont devenues votre marque de commerce. D’où vient cette idée?

(Rires.) C’est complètement involontaire.

Après plusieurs années dans le secteur des technologies, j’ai travaillé pour Carl Zeiss, une entreprise spécialisée notamment dans l’optique. J’ai découvert un univers fascinant et j’ai commencé à m’intéresser davantage aux lunettes.

À un moment donné, j’ai décidé d’abandonner les montures classiques et d’essayer quelque chose de plus original. Petit à petit, les lunettes sont devenues plus colorées, plus visibles.

Et les gens ont commencé à me reconnaître grâce à elles. Aujourd’hui encore, certaines personnes me disent qu’elles m’ont identifié avant tout grâce à mes lunettes. C’est devenu une signature complètement inattendue.

Si le public connaît surtout le rassembleur derrière la Fédération Tricolore et le PSG Fan Club Toronto, Olivier Debregeas rappelle que sa première équipe demeure sa famille. Photo : gracieuseté

De quoi êtes-vous le plus fier aujourd’hui?

Sans hésiter, ma famille. Toutes ces activités demandent énormément de temps. Derrière chaque projet, chaque événement et chaque engagement, il y a aussi une épouse, des enfants et des proches qui acceptent de partager ce temps. Ma plus grande fierté, c’est d’avoir réussi à rester un père et un mari présent malgré tous ces engagements.

Ensuite, si je regarde tout ce qui a été réalisé à Toronto, je crois que ce qui me rend le plus heureux, ce sont les rencontres. Des gens qui se sont connus lors d’un événement du PSG Fan Club. Des amitiés qui sont nées à la Fédération Tricolore. Des personnes qui se sont rencontrées grâce à une passion commune.

Au fond, si j’ai contribué à créer ces liens-là, alors j’ai réussi quelque chose.

17 juin 1977 : naissance à Paris.

Août 2009 : première expatriation familiale à Madrid.

28 décembre 2010 : installation à Montréal.

1er juillet 2015 : arrivée à Toronto.

Mars 2018 : lancement du projet Bastille Day 2018 avec la Fédération Tricolore de Toronto.

Quand les aînés nous quittent, que deviennent les esprits qu’ils portaient?

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Partout au Canada, de nombreuses familles font face à une question difficile : que faisons-nous des choses que les gens laissent derrière eux? À mesure que la génération des baby-boomers vieillit, des maisons sont vidées. Des sous-sols, des garages et des chambres d’amis sont triés. Certains objets sont vendus dans des ventes de succession. D’autres sont transmis aux enfants et aux petits-enfants. Certains sont envoyés aux enchères. D’autres, malheureusement, finissent dans un dépotoir.


Les Canadiens parlent souvent de ce phénomène comme d’un transfert de richesse. Mais c’est
aussi un transfert de mémoire. Un transfert de responsabilité. Pour les peuples autochtones, cette question peut être encore plus complexe. Parce que tout ce qu’un aîné laisse derrière lui n’est pas simplement une possession.

Certaines choses portent un esprit. J’y pense de plus en plus. Au fil des années, j’ai reçu de nombreux objets en cadeau : une ceinture fléchée, des plumes, des tambours, des médecines, des objets faits à la main, des objets portés par d’autres avant moi. Certains sont beaux. Certains sont simples. Certains sont anciens. Certains sont puissants. Ils n’ont pas de valeur parce qu’ils pourraient être vendus. Ils ont de la valeur parce qu’ils ont été donnés d’une bonne manière et parce qu’ils portent un esprit.

Dans plusieurs enseignements autochtones, la vie est comprise à travers des étapes. Dans la direction de l’Est, nous pensons aux enfants et aux générations futures, à la nouvelle lumière qui entre dans le monde. Dans la direction du Sud se trouvent les jeunes adultes, qui grandissent en force et en responsabilité. À l’Ouest se trouvent les adultes et les personnes d’âge mûr, qui portent les familles, le travail et la communauté. Au Nord se trouvent les aînés, ceux qui portent la sagesse, la mémoire et l’expérience, et qui se préparent peut-être à leur passage vers le monde des esprits.

Aujourd’hui, plusieurs aînés ont passé une vie entière à renouer avec la culture, la langue, les cérémonies et les traditions que le colonialisme a tenté de détruire. Certains sont devenus porteurs de pipe. Certains ont porté des tambours. Certains ont pris soin de plumes d’aigle, de paquets sacrés, de hochets, de médecines, de chants et de récits. Certains ont fabriqué des habits cérémoniels, des perles, des sculptures, des peintures ou des objets de cérémonie. Ces choses n’ont pas été faites seulement pour décorer une maison. Elles faisaient partie d’une relation.

Mais que se passe-t-il lorsque cet aîné nous quitte?

Que devient la pipe? Qui porte le tambour? Qui prend soin des plumes d’aigle? Qui comprend la responsabilité? Ce ne sont pas de petites questions. Une pipe n’est pas un objet de collection. Un tambour n’est pas simplement une antiquité. Une ceinture fléchée métisse, offerte avec amour et avec une histoire, n’est pas seulement un morceau de tissu. Les plumes d’aigle ne sont pas des décorations.

Dans plusieurs traditions, ce sont des responsabilités vivantes. Elles ont accompagné des prières. Elles ont entendu des chants. Elles ont été présentes dans le deuil, la guérison, la naissance, la mort, le pardon et les cérémonies.

J’ai déjà entendu parler d’un aîné qui est décédé sans avoir d’enfants. Ses biens devaient être donnés comme de simples objets ménagers. Pourtant, parmi ces objets, il y avait des plumes d’aigle, un tambour et une pipe. Quelqu’un aurait facilement pu les mettre dans une boîte, les envoyer à un magasin d’occasion et croire qu’il n’avait rien fait de mal.

Mais pour ceux qui comprennent, cela n’aurait pas été suffisant.

Un tambour peut devoir être nourri par une cérémonie. Une pipe peut devoir être transférée selon un protocole cérémoniel. Des plumes peuvent devoir être données à la bonne personne, d’une bonne manière. Le protocole exact varie d’une nation à l’autre, d’une famille à l’autre, d’un enseignement à l’autre. Mais la responsabilité plus large demeure : les choses sacrées exigent des soins sacrés.

Ce n’est pas seulement un problème familial. C’est un problème communautaire. C’est aussi une question que les aînés eux-mêmes doivent affronter. Dans nos cultures, les aînés sont respectés. Ils ont beaucoup donné. Ils ont porté des récits, des chants, des enseignements et des fardeaux que beaucoup d’entre nous ne comprendront jamais entièrement. Mais le respect n’enlève pas la responsabilité. Si un aîné porte des objets cérémoniels, il devrait aussi réfléchir à ce qui arrivera à ces objets lorsqu’il ne sera plus ici.

Cette conversation peut être difficile. Les familles évitent souvent de parler de la mort. Nous nous disons qu’il y aura du temps plus tard. Mais plus tard arrive rapidement. Je pense au grand-père William Commanda, l’aîné algonquin respecté et leader spirituel de Kitigan Zibi. Il portait des ceintures wampum sacrées liées à l’histoire, aux prophéties, aux traités et aux relations entre les peuples. En vieillissant, il comprenait que ce qu’il portait ne lui appartenait pas simplement. Cela appartenait à quelque chose de plus grand. Cela devait continuer au-delà de lui.

Voilà l’enseignement.

Nos vies ne sont pas seulement faites de ce que nous accumulons. Elles sont faites de ce que nous portons, de ce que nous protégeons et de ce que nous transmettons.

Alors, peut-être que chaque famille doit commencer à se poser ces questions maintenant. Les grands-parents devraient parler avec leurs enfants et leurs petits-enfants. Les aînés devraient parler avec des ersonnes de confiance dans la communauté. Les familles devraient écrire certaines choses. Qui devrait recevoir le tambour? Qui comprend la pipe? Quelle loge, quel aîné, quel gardien du savoir ou quelle communauté devrait être contacté? Qu’est-ce qui ne devrait jamais être vendu? Qu’est-ce qui doit être rendu, enterré, brûlé, nourri par une cérémonie ou transféré?

Nous disons aux gens de préparer un testament pour leur succession. Peut-être devons-nous aussi nous préparer pour le monde des esprits.

Pas seulement avec un document juridique, mais avec des enseignements. Une conversation. Une cérémonie. Une liste de noms. Un plan fait d’une bonne manière.

Ces conversations ne sont pas morbides. Ce sont des gestes d’amour. Elles protègent les familles contre la confusion. Elles protègent les objets sacrés contre le manque de respect. Elles protègent les esprits qui ont aidé à guider nos aînés tout au long de leur vie.

Au fond, la mort ne demande pas seulement ce que nous laissons derrière nous. Elle demande si nous avons préparé les vivants à prendre soin de ce qui comptait le plus.

Une maison peut être vidée en une fin de semaine. Une responsabilité spirituelle portée toute une vie ne le peut pas. Nous devons parler de cela avant que les boîtes soient faites.

Le tambour avait un esprit,
Seul chez Value Village.
Avec qui as-tu vécu? Qui as-tu aimé?
Esprit errant, sans foyer, cherchant le retour.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Le lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick doit être bilingue, tranche la Cour suprême

OTTAWA — La Cour suprême du Canada a tranché : la personne occupant le poste de lieutenant-gouverneur au Nouveau-Brunswick se doit de parler français et anglais. C’est ce qu’on peut lire dans le jugement rendu vendredi matin.

Le plus haut tribunal au pays donne ainsi raison à la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), qui contestait une nomination effectuée par l’ancien premier ministre Justin Trudeau. En 2019, le gouvernement de Justin Trudeau a nommé Brenda Murphy comme lieutenante-gouverneure dans la province. Cette dernière ne parlait pas français et n’est pas devenue bilingue durant son mandat qui a pris fin en 2025.

Six des neuf juges ont penché en faveur de la SANB, contre trois dissidents, le juge en chef Richard Wagner ayant écrit la décision pour les six juges en faveur.

« La nomination d’un lieutenant-gouverneur au Nouveau-Brunswick n’ayant pas la capacité de comprendre les deux langues officielles et de communiquer dans celles-ci dans l’exercice de ses fonctions enfreint le paragraphe 16(2) de la Charte », écrit le juge Wagner au nom de la majorité.

Ces derniers soutiennent que, comme le Nouveau-Brunswick a un statut bilingue où les deux langues officielles ont un statut d’égalité, « son caractère unique doit être pris en compte ».

« Cette égalité ne saurait être préservée lorsque le poste de lieutenant-gouverneur de la province, institution unipersonnelle et hautement symbolique, est occupé par une personne unilingue, situation qui confère nécessairement une prépondérance à la langue majoritaire, l’anglais », soutient la majorité dans le jugement.

Même si la nomination est inconstitutionnelle, la Cour suprême déclare qu’il ne s’agit que d’une déclaration juridique et que « ni le décret de nomination ni les actes de la lieutenante-gouverneure Murphy ne sont invalidés par la présente décision ».

Lors des audiences devant la Cour suprême, le procureur général du Canada avait défendu l’idée que la personne occupant le poste ne devait pas avoir d’obligation constitutionnelle de parler les deux langues officielles. Ottawa soutenait qu’il fallait faire une distinction, d’une part, entre la personne de la lieutenante-gouverneure et ses fonctions, et, d’autre part, l’obligation de bilinguisme imposée à l’institution.

Le verdict de la Cour suprême répond plutôt que si une institution est unipersonnelle avec des fonctions non délégables, « l’égalité de statut ne peut être réalisée dans l’institution sans que cette personne soit capable de comprendre chacune des deux langues officielles et de s’exprimer dans celles-ci ».

« C’est une énorme victoire pour nous. Nous sommes au septième ciel aujourd’hui », soutient la présidente de la SANB, Nicole Arseneau Sluyter, au bout du fil.

Nicole Arseneau-Sluyter est la présidente de la SANB. Photo : Gracieuseté SANB.
Nicole Arseneau-Sluyter est la présidente de la SANB. Photo : Gracieuseté SANB.

Cette dernière considère le jugement comme « une énorme avancée » pour la communauté acadienne, soulignant notamment que les juges sont remontés jusqu’à la déportation des Acadiens au 18e siècle dans les motifs de leur jugement.

« Nous, à la SANB, ça fait 53 ans qu’on défend nos droits. Et puis on n’a pas toujours gagné les batailles, mais aujourd’hui on est vraiment, vraiment satisfaits, on est vraiment contents. Et on ne va jamais arrêter de défendre les droits des Acadiens », souligne la Néo-Brunswickoise avec fierté quelques heures après le jugement.

Les juges Côté, Martin, Kasirer, O’Bonsawin et Moreau ont penché en faveur de la SANB, alors que le juge Rowe a écrit l’opinion discordante avec les juges Karakatsanis et Jamal.

En 2022, la Cour du Banc du Roi du Nouveau-Brunswick avait statué que la nomination était inconstitutionnelle, car elle contrevenait aux obligations linguistiques du fédéral. À la suite d’un appel logé par Ottawa, la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick a infirmé le jugement initial en mai 2024.

Le cabinet du ministre de la Justice, Sean Fraser, et celui du ministre des Langues officielles, Marc Miller, nous ont chacun indiqué qu’ils ne feraient aucun commentaire face à la décision.

Applicable au premier ministre et au gouverneur général du Canada?

Les trois juges dissidents sont plutôt d’avis que la nomination de Brenda Murphy était conforme et qu’aucun des articles de la Charte n’impose que la lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick soit personnellement bilingue. Ils signalent que les nominations gouvernementales doivent « relever de la branche exécutive et non des tribunaux ».

« Une telle approche reviendrait à modifier la Constitution sous prétexte de l’interpréter. Il ne faut pas confondre des impératifs constitutionnels avec des considérations d’ordre politique et de politique publique », soutient le groupe de trois juges.

Selon eux, la décision rendue par leurs six autres collègues pourrait avoir « de vastes implications » et étendre l’exigence de bilinguisme à d’autres titulaires de charge publique comme le premier ministre, les ministres et la gouverneure générale du Canada, tout comme le premier ministre et les ministres du Nouveau-Brunswick, écrivent-ils.

« Cela pourrait entrer en conflit avec les conventions relatives au gouvernement responsable et compromettre ainsi la structure de la démocratie parlementaire et la légitimité démocratique du gouvernement », craignent-ils.

Concernant le premier ministre du Canada, la décision de la majorité juge plutôt qu’il s’agit d’un cas différent, car il s’agit du résultat d’un exercice démocratique, alors que « le choix d’un lieutenant-gouverneur repose sur l’exercice d’un pouvoir discrétionnaire ». Concernant la nomination d’un gouverneur général du Canada bilingue, la décision édicte que « cette question n’a pas à être résolue dans le cadre du présent dossier ».

« L’opération d’interprétation que nous avons effectuée dans les présents motifs est ancrée dans le contexte spécifique de l’historique de la protection des droits linguistiques au Nouveau-Brunswick et n’est pas nécessairement transposable dans l’interprétation des dispositions concernant les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada », peut-on lire.

Un dossier visant à contester la nomination de l’ancienne gouverneure générale du Canada, Mary Simon, ne parlant pas français, est présentement devant la Cour supérieure du Québec. En juillet 2024, le fédéral a vu sa requête de mettre fin aux procédures rejetée, alors qu’il plaidait que les demandeurs ne possédaient pas l’intérêt pour agir nécessaire.

Pour l’instant, aucune conclusion n’a été rendue dans cette affaire qui demeure pendante entre le fédéral et Droits collectifs Québec, Justice pour le Québec et l’Association de défense des droits individuels et collectifs du Québec.

Le fédéral avait nommé l’Acadienne Louise Imbeault au poste de lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick en remplacement de Brenda Murphy en 2025.

Rectificatif  : Une précédente version du texte indiquait que la nomination était considérée comme « illégale ». La Cour n’invalide pas directement le décret de nomination de Brenda Murphy en 2019, mais déclare plutôt que la nomination d’une personne qui n’étant pas bilingue à ce poste est inconstitutionnelle.

Le 51e FFO s’ouvre sous le signe de l’humour, de la musique et de la résilience

OTTAWA – Malgré une semaine marquée par la controverse sur son partenariat avec Alto, le Festival franco-ontarien (FFO) a lancé jeudi sa 51e édition devant un public nombreux. Entre humour, musique et diversité culturelle, l’événement entend rassembler toutes les générations de francophones. 

Le public, la météo et la musique. Tout était au rendez-vous jeudi soir pour l’ouverture du FFO, qui donne traditionnellement le coup d’envoi à la saison estivale des festivals à Ottawa.

« La météo est de notre côté, le site est bien rempli et nous avons une programmation dont nous sommes très fiers », a déclaré à ONFR José Bertrand, directeur général du festival, quelques heures après l’annonce de la fin du partenariat entre le FFO et Alto.

Malgré une semaine marquée par la polémique, le directeur général se veut confiant.

« C’est certain que ça a eu un impact, mais nous allons nous en relever. Nous allons en sortir plus forts et plus grands. Le Festival franco-ontarien est là depuis plus de 50 ans et nous voulons qu’il soit encore là dans 50 ans », affirme-t-il.

« On a passé la semaine à gérer autre chose que le festival. Maintenant, il faut revenir à l’essentiel », affirme José Bertrand, directeur général du FFO. Photo : Amine Harmach/ONFR

C’est donc sous le signe de l’humour, de la musique et de la résilience que s’est amorcée cette 51e édition avec la prestation du groupe franco-ontarien Improtéine.

Pour l’occasion, la troupe, forte de plus de 20 ans de carrière, a présenté un spectacle entièrement improvisé et chanté, conçu spécialement pour le festival.

Ils ont fait chanter et danser des centaines de festivaliers sur des refrains inventés quelques secondes plus tôt.

La soirée s’est poursuivie avec le groupe québécois Bleu Jeans Bleu, tête d’affiche de cette première journée.

La formation, qui poursuit sa tournée Record Nº5, a offert une prestation énergique ponctuée d’humour et de nombreux clins d’œil musicaux.

Les festivaliers ont repris en chœur plusieurs succès du groupe, notamment Coton ouaté, tandis que les musiciens s’amusaient à intégrer à leur spectacle des extraits de chansons ayant marqué leur parcours, des Eagles à Bob Marley en passant par les Cranberries.

« Une francophonie vivante, diverse et rassembleuse »

Pour la deuxième soirée, la chanteuse d’origine congolaise Joyce N’Sana, qui revient tout juste du Marché des arts du spectacle d’Afrique (MASA) en Côte d’Ivoire où elle représentait le Canada, promet un spectacle empreint d’énergie et de chaleur.

À travers ses chansons, Joyce N’Sana aborde notamment la place des femmes et la richesse de la diversité culturelle. Photo : Gracieuseté

L’artiste, qui chante notamment en français, en lingala, en kituba et en kikongo, estime que son spectacle reflète « une francophonie vivante, diverse et rassembleuse ».

La soirée de vendredi accueillera également LGS. Après plus de 25 ans de carrière et plus de 1000 spectacles à travers le pays, la formation franco-ontarienne demeure l’une des références du folklore festif revisité à la sauce pop et électro.

Le public pourra aussi découvrir Jupiter & Okwess, mené par le charismatique Jupiter Bokondji, figure emblématique de Kinshasa surnommée le « Général Rebelle », dont la musique marie sonorités congolaises, rock, funk et soul.

Une vitrine pour la relève

Le Festival franco-ontarien réserve aussi une place importante aux artistes émergents.

À travers son album Revenir, Geneviève RB propose une réflexion sur le rapport à soi, l’affirmation personnelle et l’importance des liens humains. Photo : Gracieuseté

Au Café communal, situé au cœur du parc Major’s Hill, la Franco-Ontarienne Geneviève RB présentera vendredi à 18 h 30 son nouvel album Revenir.

« Cette idée est au cœur de chacune des chansons. Pour moi, revenir ne signifie pas retourner en arrière, mais plutôt se retrouver, se choisir et revenir à soi-même », explique l’artiste.

« Mon objectif n’est pas seulement de présenter des chansons, mais de créer un véritable moment de partage avec le public », ajoute celle qui décrit son projet comme de la pop francophone.

Une matinée gratuite pour les familles

Le festival se poursuivra samedi avec sa traditionnelle matinée familiale gratuite.

De 10 h à 13 h, le site accueillera jeux, animations et activités destinés aux enfants et à leurs proches.

« Cette activité est entièrement gratuite afin de rendre le festival le plus accessible et inclusif possible », souligne Sophie Bernier, programmatrice du festival.

La 51e édition du Festival franco-ontarien se conclura samedi soir avec les prestations du Franco-Ontarien d’origine congolaise Kimya et du chanteur québécois Jay Scøtt.

Une programmation qui reflète les objectifs que s’est fixés le festival en matière de diversité et de rassemblement intergénérationnel.

« C’est un long processus qui commence dès l’automne précédent et qui s’échelonne sur environ six mois », explique Sophie Bernier, programmatrice du festival.

FIFA 2026 : Jonathan David, Franco-Ontarien au cœur des ambitions canadiennes

TORONTO – À l’heure où le Canada fait son entrée en lice à la Coupe du monde à domicile face à la Bosnie-Herzégovine, Jonathan David demeure la principale arme offensive de la sélection nationale. Meilleur buteur de l’histoire du pays, le Franco-Ontarien portera une grande partie des ambitions canadiennes lors du tournoi.

Lorsque le Canada disputera son premier match de la Coupe du monde face à la Bosnie-Herzégovine, une grande partie des espoirs du pays reposera sur les épaules de Jonathan David.

À 26 ans, le Canadien de la Juventus de Turin est devenu bien plus qu’un simple attaquant. Meilleur buteur de l’histoire de la sélection, il est aujourd’hui l’un des visages du soccer canadien et l’un des principaux artisans de l’ascension de l’équipe nationale au cours des dernières années.

Aux côtés de Cyle Larin, avec qui il forme depuis longtemps l’un des duos offensifs les plus redoutables de la CONCACAF, David représente la principale menace offensive du Canada. Capable d’évoluer comme attaquant de pointe tout en décrochant entre les lignes pour participer à la construction du jeu, il occupe un rôle hybride de « 9 et demi » qui le rend indispensable au système de Jesse Marsch.

Mais au-delà de son importance sportive, Jonathan David représente également une immense fierté pour la communauté franco-ontarienne. Formé à l’école secondaire publique Louis-Riel d’Ottawa, il est aujourd’hui le seul Franco-Ontarien au sein de l’effectif canadien qui dispute la Coupe du monde.

« Je pense que c’est un grand honneur pour les Franco-Ontariens d’avoir Jonathan comme ambassadeur », affirme son ancien entraîneur à Louis-Riel, Joé Fournier.

Joé Fournier, directeur des programmes de soccer de l’école secondaire publique Louis-Riel
Joé Fournier est à l’origine du programme de soccer de l’école secondaire publique Louis-Riel d’Ottawa. Il a formé notamment Jonathan David et Vanessa Gilles. Photo : gracieuseté

Un modèle pour toute une génération

Même s’il ne recherche pas particulièrement ce statut, l’attaquant de la Juventus inspire déjà de nombreux jeunes francophones de la province. Joé Fournier en a eu une démonstration concrète cette semaine lors d’un entraînement de l’équipe canadienne.

« J’ai un ancien élève qui joue pour l’académie du Toronto FC. Il est allé voir l’entraînement du Canada cette semaine et il a interpellé Jonathan en français en lui disant qu’il venait de Louis-Riel. Jonathan lui a donné son chandail autographié. C’est une petite connexion, mais elle est très grande pour nos jeunes. »

Pour l’école ottavienne, voir l’un de ses anciens élèves devenir le visage de la sélection canadienne demeure une source de fierté immense.

« C’est un honneur et un privilège d’avoir eu la chance de travailler avec lui », souligne Fournier.

L’ancien entraîneur rappelle d’ailleurs que Louis-Riel a également vu passer Vanessa Gilles, autre figure majeure du soccer canadien.

« On parle de deux Franco-Ontariens qui ont été les meilleurs joueurs canadiens chez les hommes et chez les femmes, qui jouent pour la Juventus et le Bayern Munich, qui viennent de la même école et du même programme. Les chances que ça arrive sont tellement minimes que c’est difficile à comparer à quelque chose. Peut-être une éclipse de lune… », confie le technicien avec le sourire.

Un talent porté par une mentalité exemplaire

Si Jonathan David est aujourd’hui reconnu parmi les meilleurs attaquants canadiens de tous les temps, son ancien entraîneur estime que son succès repose autant sur son attitude que sur son talent. Ce qui frappait déjà les entraîneurs à l’époque n’était pas seulement sa qualité technique.

« Ce qui ressortait de Jonathan, c’était qu’il était toujours parmi les meilleurs à chaque séance. Les caractéristiques d’un grand champion, c’est beaucoup plus que marquer des buts. »

« Son attitude était extrêmement positive. Il avait une passion indéniable et une volonté constante d’apprendre, de grandir et de devenir meilleur à chaque entraînement. »

Toujours sérieux et concentré à l’entraînement : c’est la marque de fabrique de Jonathan David. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Une année compliquée derrière lui

Son talent et son état d’esprit lui ont permis de rejoindre l’Europe, une chose très rare pour un joueur canadien à cette époque.

Après avoir brillé avec La Gantoise en Belgique puis Lille, où il a remporté le championnat de France et multiplié les saisons à plus de 25 buts, David a rejoint la Juventus de Turin avec l’ambition de franchir un nouveau palier.

Lors de sa présentation officielle, il affichait une confiance intacte.

« C’est une grande émotion pour moi d’être dans un club comme la Juventus », déclarait-il. « Je pense pouvoir encore marquer 25 buts cette saison. Bien sûr, je sais que la Serie A est plus tactique et plus défensive, mais je suis prêt à relever le défi. Je veux progresser et devenir l’un des meilleurs buteurs au monde. »

La réalité s’est toutefois révélée plus compliquée. Auteur de six buts toutes compétitions confondues, dont quatre en Serie A, le Franco-Ontarien a connu sa saison la moins productive depuis son arrivée en Europe. Un rendement bien loin des standards qu’il avait établis à Lille.

Une situation qui ne surprend pas forcément Joé Fournier.

« Je compare sa dernière saison un peu à ses débuts avec Lille, explique-t-il. Quand un joueur arrive dans un nouveau système, avec un nouvel entraîneur, dans une nouvelle ligue, un nouveau pays et une nouvelle langue, il y a énormément de choses que les gens ne voient pas. »

Malgré tout, il demeure convaincu que son ancien protégé retrouvera rapidement son meilleur niveau.

« Je suis confiant qu’il va y parvenir. J’ai espoir que les choses vont se replacer pour lui. »

Joé Fournier (à droite) lors de la remise des diplômes de Jonathan David. Photo : Gracieuseté

Le Canada a besoin du meilleur Jonathan David

Depuis plusieurs années, l’Ottavien est au cœur de tous les succès de la sélection nationale, des qualifications pour la Coupe du monde 2022 jusqu’au parcours historique à la Copa América.

Son association avec Cyle Larin demeure l’un des principaux atouts offensifs du Canada. Alors que Larin agit souvent comme point d’appui et présence physique dans la surface adverse, David se distingue par sa mobilité, ses déplacements entre les lignes et sa capacité à créer des espaces pour ses coéquipiers.

Pour Joé Fournier, le Canada n’a pas besoin d’un Jonathan David qui tente de porter l’équipe à lui seul.

« Il a simplement besoin d’être lui-même. Si Jonathan essaie d’en faire trop ou si on lui demande d’en faire plus que son rôle, je crois que c’est là que l’équipe peut perdre les bénéfices de ses qualités. »

Pour son ancien entraîneur, cette Coupe du monde pourrait même permettre au Franco-Ontarien de tourner définitivement la page sur sa saison plus difficile en club.

« Je pense que ça va être son moment. On va voir le meilleur Jonathan. »

Une Coupe du monde à la maison

L’événement possède également une signification très personnelle pour l’attaquant canadien. L’idée de disputer un Mondial devant sa famille, ses amis et les partisans canadiens lui tient particulièrement à cœur.

« Ça va être spécial d’avoir mon père sur place, confiait-il récemment à TVA. De pouvoir me regarder jouer dans une Coupe du monde, ça va être extraordinaire pour lui et c’est aussi très spécial pour moi de vivre ça. Ce sont des moments qu’on va partager ensemble. »

À quelques heures de l’entrée en lice du Canada, Jonathan David ne sera pas simplement l’attaquant vedette de l’équipe nationale. Pour le Canada, il représente l’espoir de franchir un nouveau cap devant son public. Pour les Franco-Ontariens, il est aussi la preuve qu’un rêve né sur les terrains d’Ottawa peut mener jusqu’aux plus grandes scènes du football mondial.

La Coupe du monde au Canada : un prix d’entrée à 82 millions de dollars par match joué au pays

Alors que le Canada s’apprête à disputer ce soir le premier match de la Coupe du monde de la FIFA en sol canadien, contre la Bosnie-Herzégovine à Toronto, chaque coup de sifflet aura un prix direct pour les contribuables. Une étude du Directeur parlementaire du budget révèle que l’accueil du tournoi se traduira par une moyenne de 82 millions de dollars par match joué au pays.

Tous ordres de gouvernement confondus, les dépenses canadiennes pour la Coupe du monde masculine de la FIFA 2026 devraient s’élever à 1,06 milliard de dollars, dont 473 millions proviendront du fédéral, le solde étant assumé par les autres ordres de gouvernement (municipaux et provinciaux).

À Toronto, où seront jouées six parties, les coûts prévus sont de 380 millions de dollars, dont 149 millions provenaient directement du fédéral et 231 millions de la ville elle-même. À Vancouver, qui accueillera un match de plus que la Ville Reine, la facture monte à 578 millions de dollars. Par exemple, près de 128 millions de dollars de l’aide financière ont servi à améliorer les stades et les terrains à Vancouver et Toronto. Dans la métropole ontarienne, dans le but d’accroître la capacité d’accueil du Stade de Toronto (BMO Field), des gradins additionnels ont été installés, permettant ainsi d’ajouter plus de 17 000 places.

Le Directeur parlementaire du budget (DPB) fournit au Parlement des analyses économiques et financières au niveau fédéral de manière neutre et impartiale. L’analyse de ce dernier prévient toutefois qu’il est « possible que ces estimations soient appelées à changer à la suite d’annonces budgétaires futures ».

« La présente analyse suppose qu’il n’y a pas d’augmentation globale des coûts au niveau local par rapport aux montants figurant dans les budgets les plus récents disponibles en date d’avril 2026 », explique le DPB.

Parmi les ministères fédéraux qui dépensent le plus, on compte Patrimoine canadien (220 millions) principalement pour des transferts de fonds vers divers ministères. Ensuite, il s’agit de Sécurité publique Canada et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui s’approprient une part importante avec respectivement 149 et 79 millions de dollars.

Sécurité publique Canada, dans une réponse adressée au député conservateur Vincent Neil Ho, précise que l’essentiel des dépenses sera alloué aux rémunérations et aux heures supplémentaires. Ces fonds couvriront également la formation du personnel temporaire ainsi que les frais de déplacement des agents déployés en renfort pour gérer l’important afflux de visiteurs.

La majeure partie de ces dépenses en capital est destinée à l’amélioration des stades et à la création de sites d’entraînement de la FIFA.

82 millions de dollars par partie

L’étude réalisée par le DPB conclut qu’il en coûtera près de 82 millions de dollars par partie au Canada pour les contribuables, alors que le pays sera l’hôte de 13 parties regroupant près d’une dizaine de pays, tels que la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Belgique, la Suisse, etc.

Le directeur parlementaire du budget estime qu’une fois convertis en dollars américains, « les coûts du Canada sont globalement comparables à ceux observés par match lors des tournois précédents ».

Crédit image : Capture d’écran du Directeur parlementaire du budget.

La Coupe du monde a débuté le 11 juin et se terminera le 19 juillet. Elle aura lieu, en plus du Canada, au Mexique et aux États-Unis dans 16 villes différentes. Ce sont 48 pays et 106 matchs qui se dérouleront au cours du prochain mois.

Le Festival franco-ontarien met fin à son partenariat avec Alto

OTTAWA – À quelques heures de l’ouverture de sa 51e édition, le Festival franco-ontarien (FFO) a annoncé mettre fin au partenariat conclu avec Alto, le promoteur du projet de train à grande vitesse reliant Toronto, Ottawa, Montréal et Québec. La décision survient après plusieurs jours de critiques et de mobilisation de citoyens opposés au projet.

Dans un communiqué publié jeudi, le FFO indique avoir convenu avec Alto de mettre un terme à leur collaboration à la suite de discussions menées au cours des derniers jours.

« Cette décision a été prise dans un esprit de respect mutuel et de dialogue constructif », écrivent les deux organisations.

Le Festival souligne que les échanges entourant cette commandite ont connu « une importante escalade » au cours des 48 dernières heures, tant sur le terrain que dans les médias et sur les réseaux sociaux.

« Devant cette situation, le Festival et Alto ont convenu qu’il était préférable de mettre fin à leur collaboration afin d’éviter que ce débat ne prenne davantage de place durant l’événement », précise le communiqué.

L’annonce survient après une vague de critiques provenant notamment de citoyens et de propriétaires fonciers de l’Est ontarien qui s’opposent au tracé envisagé du futur train à grande vitesse.

Le directeur général du Festival, José Bertrand, affirme que l’organisation souhaite désormais recentrer l’attention sur la mission de l’événement.

« Notre priorité demeure de faire du Festival franco-ontarien un espace accueillant, inclusif et rassembleur. Nous avons entendu les préoccupations exprimées par la communauté et nous croyons que cette décision permettra de recentrer l’attention sur ce qui nous unit : la culture francophone et le plaisir d’être ensemble », a-t-il déclaré.

Le FFO poursuit ses préparatifs en vue de l’ouverture du festival et invite le public à participer aux festivités « dans un esprit de rassemblement, de dialogue et de convivialité ».

FIFA 2026 : les communautés francophones de l’Ontario s’organisent

Face au prix élevé des billets et à l’absence de plusieurs sélections francophones au stade de Toronto, les communautés se mobilisent partout en Ontario pour vivre la Coupe du monde autrement. Zones de rassemblement, soirées de visionnement, restaurants et événements culturels permettront aux supporters de se rassembler pour encourager leurs équipes nationales tout au long du tournoi. Tour d’horizon non exhaustif des principaux rendez-vous recensés par ONFR.

La Coupe du monde 2026 se jouera en partie à Toronto, mais pour de nombreux amateurs de ballon rond, assister aux matchs demeure hors de portée. Entre les billets difficiles à obtenir et les prix parfois prohibitifs sur le marché de la revente, plusieurs communautés francophones ont choisi de recréer l’ambiance du Mondial à leur façon.

De Toronto à Sudbury, en passant par Ottawa et Gatineau, organismes communautaires, associations culturelles et groupes de supporters organisent ainsi des dizaines de rassemblements pour suivre les performances des équipes francophones qualifiées.

Les communautés européennes au rendez-vous à Toronto

Les supporters français pourront se retrouver à la Maison des Bleus à Toronto, installée chez Ricarda’s, sur Peter Street, où seront diffusés notamment les matchs contre le Sénégal, l’Irak et la Norvège.

Du côté belge, le TO.BE Belgian Social Club accueillera les amateurs des Diables rouges au Crafty Coyote, dans le centre-ville, pour suivre les rencontres de la phase de groupes dans une ambiance typiquement belge.

La communauté suisse sera également de la partie. Le Swiss Club Toronto a prévu plusieurs soirées de visionnement à travers la ville, notamment au Stout Irish Pub, au Fox & Fiddle Danforth et à l’Union Social Eatery afin d’accompagner le parcours de la Nati pendant la compétition.

Les communautés africaines multiplient les rassemblements

Les Ivoiriens prévoient plusieurs rassemblements dans des lieux déjà connus de la communauté, notamment au restaurant Instant du Palais, au Plato ainsi qu’au sein d’une zone de rassemblement annoncée à Milton.

Les supporters algériens sont invités à se retrouver à Nathan Phillips Square pour encourager les Fennecs, tandis que la communauté congolaise attend ses partisans pour un rassemblement le 17 juin au Queen Victoria pub à Scarborough à l’occasion de la rencontre face au Portugal. Les partisans de la RDC pourraient également converger vers l’Africa Village de Downsview Park, qui accueillera différents rassemblements consacrés aux nations africaines qualifiées.

Les Marocains seront également au rendez-vous. Dans la région d’Ottawa-Gatineau, le restaurant Sachis de Richmond accueillera notamment un rassemblement pour le match Brésil-Maroc. L’établissement prévoit diffuser la rencontre sur écran géant dans une ambiance festive ouverte aux supporters marocains, mais aussi à tous les amateurs de soccer de la région. Du côté de la région du Grand Toronto, la communauté devrait de nouveau se regrouper au restaurant Sahara à Mississauga.

Enfin, les partisans tunisiens sont quant à eux attendus au Best Western de Gatineau pour le match Tunisie-Suède, dans une ambiance familiale comprenant restauration, animations et activités pour les enfants.

Les Lions de la Teranga mobilisent leurs supporters

Les Sénégalais font partie des plus actifs. Ils organiseront notamment « Toronto au rythme du Sénégal », un événement festif combinant espace de rassemblement, spectacles, gastronomie et animations culturelles à l’occasion du match Sénégal-Irak. Au programme : grand sabar, défilé de mode, artistes invités et célébration de la culture sénégalaise.

Le restaurant PendAfrica, sur Oakwood Avenue, demeurera également un lieu de rassemblement incontournable. Déjà très fréquenté lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations, l’établissement prévoit diffuser l’ensemble des matchs du Mondial et accueillir des supporters venus de plusieurs pays africains.

Dans la région de la capitale nationale, une zone de rassemblement accompagnée d’un concert d’Élage Diouf est également prévue à Gatineau pour le match France-Sénégal, permettant aux partisans des Lions de la Teranga de vivre ensemble l’entrée en lice de leur sélection.

Certains fans sénégalais de l’Ontario plus chanceux pourraient assister à la rencontre au stade. Selon les informations obtenues par ONFR, plus de 1000 personnes se sont inscrites auprès du Regroupement général des Sénégalais du Canada dans l’espoir d’obtenir l’un des 400 billets mis à la disposition des supporters sénégalais par le ministère de la Jeunesse et des Sports du Sénégal pour le match disputé à Toronto.

La communauté haïtienne également très mobilisée

La communauté haïtienne du Grand Toronto et de la région de la capitale nationale a prévu plusieurs rendez-vous pendant le tournoi.

À Pickering, une importante soirée de visionnement du match Haïti-Brésil réunira supporters, organismes communautaires et partenaires autour d’une diffusion sur écran géant. L’événement comprendra également des commentaires en direct de Radio Caraïbes, des activités culturelles ainsi que la présentation d’un documentaire produit par TFO sur l’histoire du football haïtien.

À Mississauga, les matchs des Grenadiers contre l’Écosse, le Brésil et le Maroc seront diffusés sur le Celebration Square au centre-ville.

À Ottawa, le Club des étudiants haïtiens de l’Université d’Ottawa ainsi que plusieurs organismes communautaires organiseront également des visionnements collectifs tout au long de la phase de groupes. Un événement spécial combinant projection, rencontre avec la créatrice Noémie Ferron et visionnement collectif du match Écosse-Haïti est également prévu.

Des rassemblements ouverts à toute la francophonie

Au-delà des communautés nationales, plusieurs organismes ont choisi de miser sur le rassemblement de l’ensemble des francophones.

À Toronto, le Collège Boréal diffusera plusieurs rencontres impliquant des équipes francophones dans ses installations du Distillery District. Les amateurs de soccer pourront notamment y suivre les matchs Maroc-Brésil, France-Sénégal, RDC-Portugal, Côte d’Ivoire-Allemagne ou encore Haïti-Maroc dans une ambiance festive et multiculturelle.

Dans la région d’Ottawa-Gatineau, le restaurant IVONA prévoit également de diffuser l’ensemble des rencontres du tournoi et souhaite devenir un lieu de rassemblement pour les amateurs de soccer francophones, peu importe leur équipe de cœur.

Dans le Nord de l’Ontario, l’Association des Ivoiriens du Grand Sudbury et le Contact interculturel francophone de Sudbury organiseront plusieurs soirées de visionnement au Indie Cinema (Côte d’Ivoire-Équateur et Côte d’Ivoire-Curaçao) et au Collège Boréal (Côte d’Ivoire-Allemagne). D’autres matchs impliquant des équipes francophones seront également diffusés pendant le tournoi.

Même loin des stades de Toronto, les communautés francophones de l’Ontario comptent donc bien vivre pleinement leur Coupe du monde. Une façon de rappeler que le Mondial se joue certes sur le terrain, mais aussi dans les quartiers, les restaurants, les centres communautaires et les lieux de rassemblement où les supporters continuent de faire vibrer les couleurs de leur pays.

Le FFO refuse de remplacer la commandite d’Alto, déception chez les opposants du TGV

OTTAWA – Face à la controverse entourant la commandite d’Alto, une citoyenne de l’Est ontarien a proposé au Festival franco-ontarien une solution de rechange financée par des entreprises franco-ontariennes. Le FFO a décliné l’offre.

Retirer la commandite d’Alto et rendre cette décision publique en échange d’une mobilisation d’entreprises franco-ontariennes pour compenser cette contribution financière. C’est la proposition qu’a soumise Karine Bercier, agricultrice de Saint-Isidore, dans l’Est ontarien, au Festival franco-ontarien (FFO).

La démarche survient dans la foulée des critiques, notamment sur les réseaux sociaux, visant le partenariat entre le Festival et Alto, promoteur du projet de train à grande vitesse reliant Québec, Montréal, Ottawa et Toronto.

Plusieurs opposants au projet, notamment dans l’Est ontarien, ont dénoncé cette commandite à la suite d’une publication diffusée samedi sur les réseaux sociaux du Festival. Dans ce message, retiré depuis, le FFO se disait ravi de pouvoir compter sur le soutien d’Alto pour son édition 2026.

Le partenariat entre le Festival franco-ontarien et Alto a suscité des critiques sur les réseaux sociaux. La publication annonçant l’entente a depuis été supprimée. Photo : capture d’écran

Irritée par la situation, Mme Bercier affirme avoir communiqué directement avec la direction du Festival afin de proposer une solution.

Membre du groupe Alt-No, qui s’oppose au projet de TGV, elle dit avoir réussi à réunir rapidement des engagements totalisant 20 000 $.

Résidente de Saint-Isidore et membre du groupe Alt-No, Karine Bercier soutient que l’annonce du partenariat entre Alto et le Festival franco-ontarien l’a poussée à agir. Photo : Gracieuseté

« J’ai quand même un beau réseau, puis les entreprises franco-ontariennes sont super généreuses. J’ai déjà été bénévole pour plusieurs organisations locales. Même avant que le mot se passe, d’autres entreprises m’approchaient par la suite », explique-t-elle.

Le Festival invoque son indépendance

Le Festival a toutefois refusé l’offre. Contactée par ONFR, la direction du FFO a indiqué par écrit qu’elle ne pouvait accepter une contribution financière conditionnelle au retrait d’un autre partenaire et à la diffusion d’un message public imposé.

« Le Festival doit conserver son indépendance décisionnelle. Accepter qu’un soutien financier soit conditionnel à une décision visant un autre partenaire créerait un précédent incompatible avec une saine gouvernance de l’organisme », écrit l’organisation.

Mme Bercier dit « prendre acte » de cette décision, tout en se disant profondément déçue.

« Une occasion réelle d’écouter et de rapprocher le Festival de sa communauté a été manquée », affirme celle qui a participé, avec de nombreux Franco-Ontariens, à une marche contre Alto qui est passée devant le site du Festival avant de se rendre sur la Colline du Parlement.

Selon elle, les entreprises franco-ontariennes qui avaient accepté de contribuer ne cherchaient ni visibilité ni avantage particulier.

« Elles se sont mobilisées parce qu’elles croyaient venir en aide à leur communauté, à leurs familles, à leurs amis, à leurs employés, à leurs voisins et aux territoires qu’elles habitent et bâtissent depuis des générations. »

Mme Bercier affirme également que plusieurs résidents vivant dans le corridor du projet demeurent préoccupés.

« On est le soir à regarder le ciel, on a des drones qui se promènent. Ce n’est pas rien », dit-elle.

Rappelons que le Festival avait déjà réagi aux critiques visant son partenariat avec Alto.

« Le soutien d’un partenaire à notre événement ne signifie pas que le Festival endosse l’ensemble de ses activités, projets ou prises de position », avait indiqué l’organisation.

« Notre mandat demeure culturel : présenter des artistes, rassembler le public et faire rayonner la culture franco-ontarienne », insiste le FFO.

Hélène Dallaire et la relève reçoivent les distinctions de la 25e soirée du Mérite Horace-Viau

SUDBURY – La metteure en scène et enseignante Hélène Dallaire a reçu, mercredi soir, le Mérite Horace-Viau lors d’une cérémonie organisée par les Clubs Richelieu du Grand Sudbury au Centre communautaire Edgar-Leclair d’Azilda. Cette 25e édition de l’événement a également donné lieu à la remise des Prix Jeunesse Richelieu à trois étudiants de la région : Sami Kaidi, Marie-Christabelle Beïbro et Luca Chartrand.

C’est avec humilité qu’Hélène a reçu son prix « Je suis honorée, ça me touche […] il y en a beaucoup qui pourraient mériter ça. J’ai même cherché les critères sur Internet parce que je me demandais ce que j’avais fait pour mériter ça », a-t-elle confiée en entrevue avec ONFR

Mme Dallaire a enseigné le théâtre à l’École secondaire Macdonald-Cartier, a été professeure à l’Université Laurentienne et a signé plus d’une quinzaine de mises en scène pour le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO). 

Hélène Dallaire, avec Alexandra Belarbi Pacciarella directrice générale de Richelieu international, a passé plus de dix ans au conseil d’administration du Carrefour francophone de Sudbury. Photo : Inès Rebei/ONFR

Elle figure sur la liste des 50 personnalités culturelles influentes récemment répertoriées par le Conseil des arts de Sudbury. Son parcours avait également été souligné par une proclamation officielle du maire de la ville déclarant une journée en son honneur le 1er février 2025. 

Pour la lauréate, la pratique théâtrale en milieu minoritaire remplit une fonction sociale précise : « J’ai toujours pensé que le théâtre c’était très rassembleur. C’est un endroit où on apprenait à se connaître où on apprenait à travailler ensemble ».

Elle poursuit actuellement ses activités au niveau communautaire avec la mise sur pied de projets théâtraux sous forme d’ateliers.

Les membres du Cercle Horace Viau ont été reconnus par la communauté. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Une légende »

L’artiste franco-ontarien Stef Paquette, récipiendaire de ce même mérite en 2003, s’est déplacé pour l’occasion après avoir donné un spectacle à Hanmer. 

Arrivé juste à temps pour assister à la remise du prix, il a tenu à saluer le travail de l’ombre de la lauréate, rappelant qu’elle l’avait elle-même recruté pour enseigner au sein de la Majeure Haute Spécialisation (MHS) en arts de la scène à l’école Macdonald-Cartier.

« Hélène Dallaire, c’est une légende […]. Je trouve ça bizarre que j’aie reçu le mérite Horace-Viau avant [elle]. »

L’artiste Stef Paquette était présent à la 25e édition du Gala des Clubs Richelieu. Photo : Inès Rebei/ONFR

Il a réitéré son respect pour son parcours : « C’est impossible de ne pas rester marqué après avoir côtoyé Hélène Dallaire. Elle a pavé des chemins qui n’existaient pas. Elle ne cherche pas la lumière, elle ne cherche pas les éloges. C’est l’humilité complète. »

Hélène Dallaire rejoint ainsi la prestigieuse liste de lauréats sur laquelle on retrouve Michel Lavoie, récipiendaire en 2025, Germaine Paquette (2024), Jacques Babin (2023) et Joanne Gervais (2022). 

De la Côte d’Ivoire à l’entrepreneuriat

Le volet jeunesse a mis à l’honneur trois jeunes, dont Marie-Christabelle Beïbro, finissante de 12e année à l’École secondaire Macdonald-Cartier. Arrivée de la Côte d’Ivoire il y a trois ans, elle s’est investie dans le conseil d’élèves de son établissement.

« Je suis très reconnaissante qu’on m’ait choisie comme candidate pour ce prix de reconnaissance », avoue celle qui n’a pas caché son émotion lors de la remise du prix.

Malgré un objectif initial centré sur l’apprentissage linguistique de l’anglais lors de son arrivée au Canada, elle a choisi de s’investir dans le milieu francophone. Elle a également fondé une entreprise de pâtisserie à la suite d’un projet scolaire, une activité qu’elle indique mener par passion, parallèlement à son objectif de faire des études en médecine.

Marie-Christabelle Beïbro souhaite devenir médecin et garder son entreprise de pâtisseries. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Je voulais partager ma passion de la pâtisserie que j’aime beaucoup. À la base, c’est un projet pour l’école, mais maintenant j’y vois une opportunité à long terme de mener une entreprise à mon propre compte. »

La francophonie sur tous les terrains

« Je suis très honoré de recevoir ce prix parce que j’ai travaillé fort dans la communauté, et je suis content que ça ait été vu par quelqu’un », lance Sami Kaidi, élève de 12e année à l’École secondaire Hanmer.

Le jeune homme s’est aussi illustré par l’organisation d’une « Journée des nations » dans son école afin de sensibiliser à la diversité culturelle et aux réalités des minorités racisées.

« C’était vraiment pour encourager la diversité, pour sensibiliser les gens à voir les autres cultures au monde et les cultures racisées ici à Sudbury comme les Ukrainiens, les Indiens, les Palestiniens […]  On a fait ceci avec une exposition de plats traditionnels, puis des diaporamas pour éduquer les gens au sujet de choses assez cool. Ensuite, on les a laissés voter pour celui qui était leur préféré. »

Sami Kaidi, élève de 12e année à l’École secondaire Hanmer Photo : Inès Rebei/ONFR

Le jeune homme rêve de devenir pharmacien et d’ouvrir une officine offrant des services intégraux en français afin de pallier le manque de services bilingues en ville : « J’aimerais ça pouvoir avoir une pharmacie complètement francophone, parce que je trouve qu’il n’y a pas assez d’options francophones ici. »

Une implication multigénérationnelle

Âgé de seulement 15 ans, Luca Chartrand, élève de 10e année à l’École secondaire du Sacré-Cœur, s’implique dans la radio étudiante de son école et comme bénévole au Camp Soleil. 

Ce prix revêt pour lui une symbolique particulière : « C’est un honneur pour moi personnellement, mon grand-père, il est un Richelieu ça fait longtemps que je regarde ce prix comme un but pour moi et surtout pour ma francophonie. »

Celui qui est un habitué de tous les événements culturels de Sudbury qu’il fréquente avec sa maman s’oriente vers le métier de plombier et souhaite offrir des services bilingues pour répondre aux besoins de la communauté.

« J’aimerais être un plombier bilingue parce que c’est mieux d’offrir des services en français parce que je veux pouvoir desservir des personnes originaires de l’Afrique, par exemple, qui parlent juste le français à leur arrivée à Sudbury. »

Luca Chartrand, ici accompagné de sa maman, a effectué plus de 213 heures de bénévolat au cours de sa 10e année. Photo : Inès Rebei/ONFR

Sudbury sur la scène internationale en 2028 

La soirée a également été marquée par une annonce de la part des organisateurs : la ville de Sudbury accueillera le Congrès Richelieu International en 2028. Cette attribution s’inscrit dans une tradition historique locale voulant que le Nord de l’Ontario se positionne sur la scène internationale tous les 20 ans. 

Les responsables ont rappelé à ce titre le parcours de Woilford Whissell, un Sudburois ayant accédé à la présidence internationale du mouvement pour le mandat 1986-1987, une fonction occupée de nouveau par un représentant local en 2008-2009. 

L’événement de 2028 marquera ainsi les 20 ans du dernier grand rayonnement international de la ville sous l’égide du mouvement Richelieu. 

Vifs plaidoyers de la communauté aux États généraux de Sudbury

SUDBURY – Entre le besoin d’une école en périphérie, le manque de lits de soins spécialisés pour les aînés et les défis linguistiques liés à l’intégration des nouveaux arrivants, les réalités du terrain ont rapidement pris le dessus mercredi lors des États généraux de l’Ontario français à Sudbury.

Pour cette 22e étape de la tournée de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), une cinquantaine de personnes, incluant des figures de la francophonie locale et des dirigeants d’organismes, se sont réunies au Club amical de Sudbury.

C’est en marge des discussions publiques que Tamsen Laine Lahnalampi et Joshua Sbrega ont partagé leurs inquiétudes face aux risques routiers liés au transport scolaire quotidien et formulé leur demande pour l’établissement d’une école francophone locale pour leurs enfants.

Le couple dit s’être déplacé pour faire du réseautage dans le but de trouver des moyens d’obtenir une école de langue française à Onaping Falls. Photo : Inès Rebei/ONFR

« La plus proche école publique française est à 20 minutes de route sur une autoroute qui connaît de fréquents accidents mortels », a expliqué Tamsen Laine Lahnalampi, anglophone, dont les déplacements depuis Onaping Falls s’effectuent sur la route 144, un axe routier majeur du Moyen-Nord.

Celle qui se présente comme francophile estime que les familles de cette communauté ne devraient pas avoir à choisir entre l’accès linguistique et la sécurité routière.

« Je ne veux pas être la génération qui abandonne le français après tout le travail de mes ancêtres sur les 450 dernières années », a quant à lui confié M. Sbrega, tout en reconnaissant que l’un des plus grands défis à Sudbury est que « nous avons des services en français, mais ils ne sont pas toujours connus et il n’y a pas assez de fonds pour les supporter. »

« Notre situation ressemble à celle de nombreuses familles aujourd’hui : un parent francophone et un parent anglophone. C’est un modèle familial très répandu, et je veux faire partie des 25 % de familles qui réussissent à transmettre le français à leurs enfants », conclut de son côté Mme Lahnalampi.

La discussion fut très animée dans les tables lors des ateliers avec des participants demandant, entre autres, plus de coopération entre les organismes communautaires locaux. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Aucun lit désigné »

« Il n’y a aucun lit officiellement désigné francophone [à Sudbury]. C’est franchement honteux parce qu’on est tellement une communauté francophone forte et importante ici dans la région du Grand Sudbury », a déploré de son côté, Kim Morris, directrice générale de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO).

Une situation d’autant plus aberrante, selon elle, que d’autres régions de la province, comme Welland ou Aurora, disposent de telles structures adaptées alors qu’elles comptent un bassin de population francophone nettement moins élevé.

Mme Morris a toutefois fait état d’une récente ouverture de la part de la ministre des Soins de longue durée et, nouvellement, des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, qui a invité l’organisme à lui soumettre des pistes de solutions. 

« Nous allons travailler avec les clubs d’âge d’or et avec nos partenaires francophones en santé pour retourner à la ministre et puis lui donner des pistes de solutions pour identifier des lits francophones dans notre région avec son nouveau portefeuille de ministre francophone », a-t-elle précisé.

Kim Morris s’inquiète aussi de l’insécurité linguistique chez les jeunes de Sudbury, affirmant qu’il est désormais « plus facile pour un jeune de choisir d’étudier en anglais plutôt qu’en français ». Photo : Inès Rebei/ONFR

La FARFO prévoit désormais de collaborer avec les clubs de l’âge d’or et les partenaires de la santé de la région pour identifier des lits potentiels, notamment au foyer Saint-Gabriel à Chelmsford ou à la Villa Sainte-Élisabeth à Val Caron.

Pour Martin Lajeunesse, directeur régional au Centre de planification des services de santé en français, le Grand Sudbury possède déjà une « forte complétude institutionnelle », le défi demeurant au niveau du recrutement.

« Parfois le problème, ce n’est pas le fait qu’il y a des lacunes au niveau des institutions qui offrent des services, mais de la capacité de ces institutions-là à trouver la main-d’œuvre nécessaire pour assurer les services. »

Immigration et l’accès aux loisirs

La pérennité de la communauté face au vieillissement de la population dépend en partie de l’apport des nouveaux arrivants, un volet qui présente toutefois des difficultés structurelles selon les intervenants.

« Le premier constat est que l’immigration est galopante, mais que le poids démographique des francophones va en décroissant », a expliqué Alexandre Pondy, intervenant au sein d’un organisme d’aide à l’emploi à Sudbury. 

Selon son analyse, les immigrants francophones s’orientent vers la région mais peinent à s’y établir durablement, en raison des obstacles liés à l’accès aux services en français.

Sur le marché du travail local, la maîtrise de l’anglais reste prédominante, et les organismes francophones ne peuvent absorber toute la main-d’œuvre disponible. M. Pondy a aussi pointé du doigt la standardisation des services d’emploi, qui n’offrent aucun soutien financier spécifique pour la reconnaissance des diplômes des professionnels formés à l’étranger. 

Alexandre exhorte les pouvoirs publics et les partenaires à agir pour que les recommandations des États généraux « ne restent pas dans des tiroirs ». Photo : Inès Rebei/ONFR

Pour Karine Tellier, directrice générale de l’ACFO Sudbury, la rétention des familles est aussi liée à l’offre d’activités récréatives. « Ce qui manque à Sudbury, ce sont les sports et les loisirs en français pour nos enfants », a-t-elle affirmé, préconisant la création de structures stables pour la pratique du soccer ou du hockey en français.

Elle a également insisté sur la nécessité de favoriser l’inclusion de tous les nouveaux arrivants au sein des mêmes activités, sans distinction d’origine.

Pour pallier l’éparpillement des services, une proposition de « guichet unique » a été avancée lors des ateliers, visant à regrouper les différents organismes d’accueil dans un même espace géographique tout en préservant leur autonomie respective.

« Une conjoncture unique » 

Le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk, s’est dit satisfait de la participation sudburoise, reconnaissant que cette ville, dont 22,5 % de la population a le français comme première langue officielle parlée, jouit d’une situation particulière.

« Sudbury dispose d’une conjoncture unique : un conseil scolaire fort, une université bilingue, un collège avec son siège social, la Place des Arts et plusieurs organismes provinciaux », a énuméré M. Hominuk, qualifiant les échanges de passionnés au sein d’une « belle gamme de personnes, allant des jeunes leaders jusqu’aux aînés ».

Malgré ces infrastructures, le directeur général de l’AFO a souligné l’existence de demandes importantes de ressources sur le terrain, notamment dans le secteur des aînés, qui se sont déplacés en nombre pour l’événement. 

Chaque étape des États généraux est marquée par la traditionnelle photo de groupe clôturant l’événement. Photo : Inès Rebei/ONFR

Il a cité l’exemple du Centre amical des personnes âgées de Sudbury, qui compte plus de 300 membres, et du club d’Azilda, qui en regroupe 550. Selon lui, ces structures reposent largement sur le travail bénévole et disposent d’un appui gouvernemental limité pour mener leurs activités.

Les témoignages et solutions recueillis à Sudbury seront intégrés aux données des autres étapes de la tournée de l’AFO, qui se poursuivra notamment à North Bay et Timmins avant de prendre fin à Thunder Bay en juillet. 

Ces consultations serviront de base à la rédaction d’un Livre blanc sur la sécurité linguistique, destiné à orienter les revendications de l’organisme face aux investissements gouvernementaux projetés pour 2028.

Les vécus invisibles des femmes au cœur des œuvres récompensées aux Prix Trillium 2026

TORONTO – Les lauréats francophones de la 39e édition du Prix Trillium ont été dévoilées ce mercredi lors du gala annuel de remise des prix à Toronto. Les Ottaviennes Sarah Migneron et Lisa L’Heureux ont été couronnées après plusieurs mois de suspense. Leurs parcours respectifs avaient été primés plus tôt cette année dans le cadre des Prix Champlain.

Sarah Migneron s’impose avec un récit sur la dépression post-partum. La première lauréate remporte le prix de littérature en langue française pour son récit poétique et théâtral intitulé « Maman Bleue » publié aux éditions Prise de parole. Dans cette œuvre, Sarah Migneron aborde les thèmes de la maternité et de la santé mentale à travers une relation mère-fille confrontée à la dépression post-partum.

« J’espère que les gens vont lire le livre, car je l’ai écrit pour leur faire ouvrir les yeux sur les difficultés maternelles. Elles constituent une réalité beaucoup trop commune », a réagi l’auteure au micro d’ONFR.

Sarah Migneron, gagnante du Prix Trillium de littérature en langue française 2026. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

L’écrivaine bien connue dans la communauté d’auteurs franco-ontariens a été invitée lors d’un épisode du balado Cœur d’encre dans lequel elle revient sur son récit poignant lors d’un tête-à-tête avec Marine Sibileau.

Parmi les finalistes du prix de littérature en langue française figurent Sylvie Bérard pour «  Mes morts jeunes », Maéva Guedjeu pour « Des silences et des murmures », Alain Bernard Marchand pour « Les visages de Rembrandt » et Blaise Ndala pour « L’équation avant la nuit  ».

Violence faite aux femmes : Lisa L’Heureux distinguée

Du côté de la poésie en langue française, le jury a couronné la poète Lisa L’Heureux pour le livre « Haus  », publié également aux éditions Prise de parole, dans lequel elle met en lumière les violences touchant les femmes ainsi que les personnes marginalisées.

Abordant les enjeux contemporains, « Haus », qui signifie « maison » en allemand, souligne que le domicile peut, pour de nombreuses personnes, devenir un lieu de conflit plutôt qu’un espace de sécurité et de paix.

« J’invite les gens à prendre le temps de lire et de découvrir le livre », explique l’auteure d’Ottawa, interrogée par ONFR. Dans son discours, la fondatrice du Théâtre Rouge Écarlate a notamment remercié la maison d’édition qui n’a pas hésité à embarquer dans le projet avec elle.

Lisa L’Heureux remporte le Prix littéraire Trillium de poésie 2026 pour « Haus  », publié aux éditions Prise de parole. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Dans les finalistes du prix de littérature en langue française, la Québécoise Noémie Roy pour « L’épingle filante » ainsi que « En terrain miné » pour Véronique Sylvain, originaire de Kitigan, non loin de Kapuskasing ont été retenues. L’une explorant les thèmes de la maternité, tandis que l’autre s’intéresse à la jeunesse confrontée à des troubles neurologiques.

Une 39e édition sous le signe de l’engagement

Les œuvres des lauréats de l’édition 2026 du Prix Trillium, qui traitent pratiquement toutes de sujets actuels, ont été dévoilées ce mercredi dans un souhait de réflexion commune, de donner la voix aux expériences souvent peu entendues et à la vulnérabilité.

Gabriel Osson, (l’un des membres du jury) ainsi que Eunice Boué, Lisa L’Heureux, Sarah Migneron, Véronique Sylvain et Noémie Roy et l’auteur Soufiane Chakkouche. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Du côté des anglophones, c’est Otoniya J. Okot Bitek, une auteure d’origine ougandaise installée à Kingston qui gagne le prix de littérature avec « We, the Kindling » dont l’ouvrage est publié aux éditions Penguin Random House. La seconde lauréate est la Palestino-Irakienne établie à Toronto, Hajer Mirwali, qui décroche le prix de poésie pour son œuvre « Revolutions  » publié aux Talonbooks.

Portés par la province, les prix Trillium comptent parmi les récompenses les plus prestigieuses accordées aux auteurs ontariens, tant en français qu’en anglais. Chaque année, Ontario Créatif, qui marquera ses 40 ans l’an prochain, célèbre un large éventail d’auteurs et d’autrices de tous genre littéraire.

Coupe du monde de soccer : dix chiffres qui donnent le tournis

TORONTO – À la veille du coup d’envoi de la Coupe du monde de soccer de la Fédération internationale de football association (FIFA), ce jeudi, voici 10 chiffres pour en saisir les principaux enjeux.

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C’est la 23e édition de la Coupe du monde, laquelle a déjà été remportée 5 fois par le Brésil, seule équipe à avoir disputé toutes les phases finales de la compétition depuis le début. En comparaison, le Canada est toujours en quête d’une première victoire après n’avoir participé que 2 fois par le passé : en 1986 au Mexique (toute première qualification) et en 2022 au Qatar, après 36 ans d’absence.

10

C’est le numéro de maillot à surveiller dans l’équipe canadienne pour tout partisan franco-ontarien! Il sera porté par l’international Jonathan David, un pur produit du programme sport-études de l’École secondaire Louis-Riel à Ottawa. À 26 ans, cet attaquant champion de France avec le LOSC (Lille) et vainqueur du trophée des champions avec la Juventus (Turin) est le meilleur buteur de l’histoire sous les couleurs nationales.

Jonathan David et les Canadiens vont tenter d’aller le plus loin possible. Photo : AP Photo/Gary McCullough

11

Sur les 48 nations qualifiées pour ce Mondial élargi, 11 francophones seront attentivement suivies par les diasporas de l’Ontario : le Canada, la Suisse (qui s’affrontent dans le même groupe : B), le Maroc, Haïti (C), la Côte d’Ivoire (E), la Tunisie (F), la Belgique (G), le Sénégal (I), la France (I), l’Algérie (J) et la République démocratique du Congo (K).

3

Deux records seront battus puisque cette compétition se déroulera dans 3 pays différents (Canada, Mexique et États-Unis) avec un nombre d’équipes jamais atteint (48), ce qui, au passage, pourrait en faire la plus polluante de l’histoire du soccer. On estime qu’entre 5 et 9 millions de tonnes d’équivalent CO2 seront rejetées dans l’atmosphère, en grande partie à cause des déplacements en avion.

La ville hôte de Toronto est parée des couleurs de la compétition. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

13

13 matchs sur les 104 que compte la compétition se dérouleront au Canada dans 2 villes hôtes : Vancouver et Toronto. Mais seulement trois matchs éliminatoires (deux seizièmes et un huitième) auront lieu au pays. Les États-Unis, eux, raflent l’intégralité du dernier carré : les demi-finales, la finale et même le match pour la 3e place. Pour des matchs à faible enjeu, nombre de partisans auraient préféré des prix plus abordables.

4

La FIFA reconnaît 4 langues officielles : l’anglais, l’espagnol, l’allemand et le français, puisqu’elle a été fondée à Paris (1904). Cela engendre des obligations comme traduire la signalisation, diffuser des matchs en français et recruter des bénévoles multilingues. Sur les 6000 bénévoles à Toronto et Vancouver, 15 % devraient savoir s’exprimer en français.

Des milliers de partisans venus du monde entier sont attendus sur le continent américain. Photo : AP Photo/Butch Dill

0

Aucun match ne sera disputé au Québec où vivent la majorité des francophones au pays. La Ville de Montréal s’est désistée de l’organisation en 2021 en raison de l’explosion des coûts de rénovation de son Stade olympique. Les 3 matchs de groupe du Canada auront lieu les 12, 18 et 24 juin, respectivement contre la Bosnie-Herzégovine (à Toronto), le Qatar et la Suisse (à Vancouver).

45 736

Avec un peu plus de 45 000 places, le BMO Field à Toronto est le plus petit stade sélectionné dans cette compétition, juste derrière le BC Place à Vancouver et ses 54 000 places. Pour respecter les standards de la FIFA, il a fallu ajouter environ 17 000 places temporaires en construisant deux tribunes derrière les buts et il a provisoirement été rebaptisé Toronto Stadium, le naming commercial étant interdit par la FIFA.

Des ouvriers ajoutent des places temporaires au Stadium de Toronto. Photo : La Presse canadienne/Frank Gunn

22

Sur un total de 1248 joueurs participants jusqu’au 19 juillet, 22 champions du monde seront présents, dont quatre francophones : les Français Ousmane Dembélé, Lucas Hernández, N’Golo Kanté et Kylian Mbappé. Par ailleurs, 200 joueurs évoluent dans des championnats nationaux anglais, en très grande majorité en Premier League. L’Angleterre devance ainsi largement l’Allemagne (109), la France et l’Espagne (86).

5

Les retombées économiques pourraient atteindre jusqu’à 5 milliards de dollars pour le Canada. Pour la seule région du Grand Toronto, on évoque près de 940 millions de dollars. Pour la FIFA, cela représenterait jusqu’à 9 milliards de dollars de revenus.

Manifestation contre le projet Alto et réactions politiques

OTTAWA — Une douzaine d’autobus en provenance du Québec et de l’Ontario ont convergé vers Ottawa mercredi pour une manifestation contre le projet de train à grande vitesse (TGV) Alto. Parmi les participants, plusieurs Franco-Ontariens venus défendre leurs terres, leurs entreprises et leur mode de vie.

Des centaines de producteurs agricoles et de citoyens se sont réunis mercredi sur la Colline du Parlement pour manifester contre le projet de train à grande vitesse Alto reliant Toronto, Ottawa, Montréal et Québec. Parmi eux figurait Isabel Deslauriers, agricultrice de Saint-Eugène, une communauté rurale franco-ontarienne de l’Est ontarien. Elle craint de perdre la terre qu’elle habite et cultive depuis 16 ans.

« Chaque année, j’ai ajouté des arbres fruitiers, des légumes, de la permaculture, une forêt nourricière. Aujourd’hui, nous sommes pratiquement autosuffisants en nourriture et nous fournissons aussi des produits biologiques à des projets communautaires », explique-t-elle, les larmes aux yeux.

Selon elle, une éventuelle expropriation effacerait des années de travail impossibles à recréer rapidement.

« Il n’y a aucun montant d’argent qui peut remplacer 16 ans de travail. J’ai planté ces arbres il y a 16 ans. On ne peut pas remonter le temps et recommencer ailleurs du jour au lendemain », s’indigne Isabel Deslauriers.

Elle souligne également l’impact du projet Alto sur la santé mentale des agriculteurs.

« Voir des centaines, voire des milliers d’agriculteurs se déplacer en pleine période des travaux printaniers, ça montre à quel point la cause est importante », assure-t-elle.

Même son de cloche pour Daniel Longtin, producteur avicole de Saint-Isidore.

Pour Daniel Longtin, le projet Alto menace non seulement son exploitation agricole, mais aussi l’avenir des générations qui lui succéderont. Photo : Amine Harmach/ONFR

« Dans ma tête, ce n’était même pas une question. Il fallait être là. Beau temps, mauvais temps, c’est trop important pour ne pas s’impliquer », souligne le producteur. Daniel Longtin a reçu le 10 avril une lettre d’Alto demandant l’accès à sa propriété afin d’y réaliser des études.

« J’ai refusé, comme la plupart des producteurs que je connais. Tant que je vais être capable, je vais refuser l’accès à mes terres. »

Selon lui, le projet Alto menace bien plus qu’une exploitation agricole : il met en péril un héritage familial transmis depuis plusieurs générations. Producteur d’œufs de troisième génération, il exploite une ferme fondée par son grand-père, arrivé dans la région en 1945. Après avoir modernisé les installations en 2023, il prépare maintenant la relève avec deux de ses filles qui travaillent déjà sur l’entreprise.

« Tout l’investissement qu’on a fait au cours des cinq dernières années a été réalisé en fonction de la relève. Mes filles représentent la quatrième génération sur nos terres et j’espère que mes petites-filles pourront un jour former la cinquième », explique-t-il.

« Si nos puits s’assèchent ou sont contaminés? »

Sa principale inquiétude concerne les répercussions qu’aurait le passage du train sur son exploitation.

« Si le tracé passe sur ma propriété, il coupe ma terre en deux. Ça limite toutes nos possibilités d’expansion pour l’avenir. » Le producteur s’inquiète également des impacts potentiels sur l’approvisionnement en eau.

« À la campagne, nous dépendons des puits. On ne sait pas quel effet pourraient avoir les travaux d’excavation ou le passage du train sur nos sources d’eau. Si nos puits s’assèchent ou sont contaminés, on n’aura plus rien pour abreuver les animaux. »

Jean Saint-Pierre, président de Boisés Est, estime que le projet Alto soulève encore trop de questions quant à ses impacts sur l’environnement. Photo : Amine Harmach/ONFR

Jean Saint-Pierre, président de Boisés Est, l’Association des propriétaires de boisés francophones de l’Est de l’Ontario, a lui aussi fait le déplacement à Ottawa pour appuyer les agriculteurs préoccupés par les répercussions du projet Alto.

Son organisation s’inquiète également des conséquences qu’aurait le tracé sur les milieux forestiers.

« Créer un corridor de 60 mètres de largeur, voire davantage, à travers une forêt aurait des impacts importants sur la santé des arbres, l’accès aux terrains et la biodiversité », explique-t-il.

Selon lui, les clôtures prévues le long de l’infrastructure pourraient notamment nuire aux déplacements de la faune. « On sait déjà que nous faisons face à des défis en matière de biodiversité. Un corridor clôturé pourrait avoir des effets importants sur la circulation des animaux dans la forêt. »

« Ce n’est pas une lutte d’un jour »

Comme plusieurs manifestants présents, Isabel Deslauriers s’attend à une longue bataille face à Alto.

« Ce n’est pas une lutte d’un jour. On risque d’être pris avec ce dossier pendant une décennie. »

La Franco-Ontarienne se dit aussi préoccupée par les récentes modifications législatives encadrant les expropriations, notamment l’adoption du projet de loi C-15.

Isabel Deslauriers dénonce les impacts potentiels du projet Alto sur les terres agricoles. Photo : Amine Harmach/ONFR

« La minute où le gouvernement manifeste un intérêt pour une propriété, les conséquences peuvent être importantes. On peut se retrouver dans l’incertitude pendant des années, sans savoir ce qu’on pourra faire de notre terre », craint-elle.

Des réactions aussi sur la scène politique

Le chef de l’opposition, Pierre Poilievre considère que le gouvernement n’a pas les moyens d’aller de l’avant avec un tel projet en ce moment.

« C’est un train qui ne va même pas servir à 95 % des Canadiens, il va détruire des fermes à travers l’est de l’Ontario et les régions du Québec pour un train qui va passer, mais pas servir les villes dans les régions », a-t-il critiqué mercredi en conférence de presse au Parlement.

Il soutient que le projet coûterait jusqu’à 8000 $ par famille de quatre, invitant le gouvernement à se concentrer sur l’abordabilité plutôt que sur un « grand éléphant blanc de 90 milliards de dollars pour enrichir les libéraux ».

« Je crois que le gouvernement libéral fait une très bonne job à le faire dérailler », estime le chef conservateur à propos du projet.

De son côté, le ministre des Transports, Steven MacKinnon estime « faire preuve d’un grand respect et d’une grande écoute ».

« Je comprends le sentiment des agriculteurs face à leurs terrains, à leurs fermes. Je suis moi-même issu d’une famille agricole, donc je comprends ces préoccupations-là et on va les traiter une par une », ajoute-t-il.

M. MacKinnon soutient que la société chargée du TGV et le gouvernement continueront de « consulter jusqu’à ce qu’on soit capables d’annoncer le tracé précis ».

« Je ne m’empêcherai pas d’aller à la rencontre du monde agricole et des organisations agricoles… Nous allons être à l’écoute des milieux, dont le monde », a dit le ministre du gouvernement Carney.

L’estimation du coût par Alto, oscillant entre 60 et 90 milliards de dollars, est contestée, notamment au sein de la classe politique, mais Steven MacKinnon a refusé de garantir que le coût ne dépasserait pas ces prévisions.

« L’emplacement d’une seule gare peut influencer, et de beaucoup, l’estimation qui est donnée pour un tronçon d’un projet. N’ayant pas encore choisi le tracé précis final, il reste des inconnues, voire des impondérables », a-t-il mentionné mercredi dans les couloirs du Parlement.

Plus de 150 ans après Louis Riel, l’idéal d’un Manitoba bilingue refait surface

WINNIPEG — 1870 : Le Manitoba voit le jour. Son fondateur, Louis Riel, rêve de bâtir une province bilingue. Plus d’un siècle et demi plus tard, voilà que cet idéal résonne à nouveau, ravivé par la voix du premier ministre Wab Kinew. De Riel à Kinew, nous nous sommes rendus à Winnipeg, notamment dans son fief francophone, Saint-Boniface, avec une interrogation : 2026 marquera-t-elle l’avènement d’une seconde province bilingue au pays?

Du Centre culturel franco-manitobain à la maison d’enfance de la célèbre romancière Gabrielle Roy, en passant par l’université — la seule institution postsecondaire entièrement francophone de la province —, le quartier pourrait bien résumer la vision qu’avait du Manitoba Louis Riel. Une province bilingue et inclusive où les Métis se mariaient aux différentes cultures, avec le français, l’anglais et les langues autochtones en symbiose. Sa tombe, une statue à son effigie et un musée abritant plusieurs artefacts, se retrouvent d’ailleurs dans les rues de ce quartier, qui est l’un des seuls au Canada à être considéré comme bilingue.

Par-delà les flots de la rivière Rouge, qui scinde la ville en deux, bat le cœur francophone de Winnipeg. Des cafés, librairies et commerces locaux de l’avenue Taché au boulevard Provencher, Saint-Boniface s’épanouit, se distinguant du reste de Winnipeg par son caractère francophone unique dans la ville.

C’est là que près de 30 % des 60 000 habitants ont le français comme langue maternelle. À l’échelle du Manitoba, environ 3 % de la population est francophone, mais plus de 10 % des Manitobains anglophones connaissent aussi le français.

La maison d’enfance de la romancière Gabrielle Roy, au cœur de Saint-Boniface à Winnipeg. La demeure est aujourd’hui un musée en l’honneur de l’écrivaine. Crédit photo : ONFR

Près de 150 ans plus tard, la promesse de leur premier ministre résonne auprès des francophones que nous avons rencontrés dans les environs.

« C’est une bonne chose. Ça met la francophonie de l’avant et ça prouve que la francophonie ici a de l’importance », affirme Julien, un jeune homme venu de France il y a 10 ans.

« On est déjà des membres fondateurs de la province, et c’est à peu près le temps », nous lance Joseph à quelques pas des Jardins St-Léon, une icône familiale et un repère pour les francophones de Saint-Boniface, de Saint-Vital et des environs.

« Pour nous, oui, c’est facile parce que les gens connaissent », nous répond l’une des propriétaires de l’établissement fleurissant en été, Janelle Rémillard, lorsqu’on lui demande comment se passe la gestion d’une entreprise dans les deux langues.

« On est établis depuis les années 90, et les francophones de la communauté savent qu’on offre un service en français et que nos employés sont francophones », poursuit celle qui a repris, avec ses frères, l’entreprise familiale fondée par leurs parents.

Janelle Rémillard au Jardins St-Léon. Crédit image : ONFR

« Ça fait partie de notre offre à nos clients, mais on est définitivement en milieu minoritaire », nuance-t-elle, précisant que la ville de Winnipeg offre des services en français, mais que ceux-ci restent limités.

« C’est vraiment toi qui décides si tu vis en français », mentionne Stéphane que l’on croise sur le campus de l’Université de Saint-Boniface.

« C’est principalement en anglais, sauf qu’il y a des endroits où tu peux parler français », résume Gilles, un Québécois qui a récemment déménagé à Winnipeg.

Le bilinguisme vu par les anglophones

Mais comment un Manitoba définitivement bilingue est-il perçu par les anglophones? Certains n’ont pas voulu en parler lorsque nous les avons approchés, tandis que d’autres ignoraient qu’une telle intention était dans les plans.

« Je veux dire, nous sommes déjà un pays très diversifié, alors je ne vois pas pourquoi pas », lance en anglais Matthew, un jeune travailleur rencontré au centre-ville de Winnipeg.

« Je ne savais pas, en fait, que ce n’était pas une province officiellement bilingue, admet-il. Ma copine est métisse, elle parle français et je pense que ce serait formidable que ce soit officiellement reconnu. »

Bien qu’elle soit bien perçue, une province « définitivement bilingue », comme ne cesse de le répéter le premier ministre Wab Kinew, ne se fera pas sans attente advenant le cas où une telle promesse verrait le jour.

« Moi, je pense que les services de santé, ça devrait être la priorité. Il y a beaucoup de gens, surtout des nouveaux arrivants qui ne parlent que français, qui ont vraiment besoin d’un accompagnement en santé », estime Gabriel Tougas, rencontré à la Fourche, un lieu historique de la ville.

« Un problème gigantesque ici, ce sont les garderies francophones. Il y a définitivement une pénurie et toutes mes amies de mon âge qui ont des enfants cherchent des garderies francophones, et il n’y en a juste pas assez », illustre Janelle Rémillard.

« Je suis une ancienne professeure en immersion, et nous avons beaucoup de personnes qui veulent apprendre le français », conclut Hélène Beauchemin dans une allée de fleurs des Jardins St-Léon.

Un premier ministre au-devant de la scène

« C’est grâce à Louis Riel si je parle français », a déclaré l’an dernier Wab Kinew, né à Kenora dans le nord-ouest de l’Ontario et scolarisé en immersion française au Collège Béliveau à Winnipeg.

Les francophones parlent depuis longtemps de devenir plus bilingues, explique Derrek Bentley, le président de la Société de la francophonie manitobaine (SFM). Mais qu’un premier ministre le fasse?

« Je n’ai jamais entendu ça, continue-t-il. Nomme-moi un premier ministre, autre que celui du Nouveau-Brunswick, qui est sorti publiquement pour dire : ‘On vise à être de manière véritablement bilingue, puis on va concrètement franchir des étapes pour y arriver’, non seulement en développant un plan, mais même en disant : ‘Ça, c’est important, on le fait’ », louange Derrek Bentley.

Le président de la SFM, Derrek Bentley. Crédit photo : ONFR

« Certainement dans l’histoire des 20e et 21e siècles, je pense que c’est unique », souligne le politologue Raymond Hébert, à propos de celui qui est en poste depuis 2023.

« Je ne suis pas sûr qu’il y ait un capital politique énorme à gagner. Je pense que c’est honnêtement par principe qu’il parle de ça. Ça fait partie de sa vision du Canada », ajoute-t-il.

Fort d’une expérience au sein de la francophonie de la province depuis plus de 40 ans, cet expert est une figure familière au Manitoba. Reconnu pour ses analyses de la scène politique locale, il porte un regard empreint de lucidité sur les enjeux de la province.

« Juste une loi ordinaire proclamant le français comme langue officielle au Manitoba, ça pourrait être très controversé », observe celui qui fait partie de la génération ayant vécu la crise linguistique de 1983-1984.

À l’époque, un projet de loi visant à accorder aux francophones le droit constitutionnel de recevoir des services gouvernementaux dans leur langue sème l’émoi. La tension est telle que les bureaux de la SFM sont la proie d’un incendie criminel. En 1984, le gouvernement fait marche arrière face à la pression populaire.

« Il y a un sentiment anti-francophone au Manitoba qui subsiste encore », selon Raymond Hébert.

En tenant compte des élèves anglophones qui suivent un cours de français de base, on constate que près de 15 % de la population étudiante de la province est inscrite soit dans une école de langue française, soit dans un programme d’immersion.

« J’ai un espoir que tous ces gens-là soient maintenant favorables à la francophonie, souhaite Derrek Bentley. Il y a toujours ce risque (d’alimenter un sentiment anti-francophone), mais la cause en vaut la peine. »

Un Manitoba bilingue en 2026 ou en 2027?

Wab Kinew a le vent dans les voiles, lui qui demeure extrêmement populaire auprès de la population, ce qui fait de lui l’un des premiers ministres les plus appréciés au pays. Avec des élections qui approchent en 2027, il est difficile de concevoir un changement de garde, le gouvernement néo-démocrate étant majoritaire, ce qui lui donne le luxe du temps pour mener à bien ce projet.

Raymond Hébert estime « qu’il faut s’entendre sur les mots », percevant difficilement ce que veut dire le leader néo-démocrate lorsqu’il déclare vouloir une province « véritablement bilingue ».

« Il ne parle pas de langues officielles. Il ne dit pas qu’on devrait adopter une loi rendant le français langue officielle du Manitoba », examine-t-il.

« Ça serait énorme. Ça voudrait dire ultimement un amendement constitutionnel au niveau national qui serait discuté et adopté ici au Manitoba et au Parlement fédéral. Alors ça, je pense que c’est rêver en couleur », expose avec franchise l’analyste politique.

Le politologue et professeur émérite de l’Université Saint-Boniface à Winnipeg, Raymond Hébert. Crédit photo : ONFR

Le gouvernement a mené au cours de la dernière année des consultations auprès de la population, principalement auprès de 2000 personnes, en majorité des francophones, bien que des participants anglophones aient également pris part au processus.

« L’année 2026 est vraiment celle où nous allons développer avec la province la façon dont on va se rendre à un Manitoba bilingue. Le but est que ce soit publié en mars 2027. Donc 2027 sera peut-être l’année où l’on en découvrira beaucoup plus », lance avec un sourire Derrek Bentley.

Amendement constitutionnel, proclamation du français comme langue officielle, renforcement de l’actuelle Loi sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie manitobaine : la SFM veut avant tout « s’assurer que l’expérience de monsieur et madame tout le monde change sur le terrain ».

« Dans une stratégie pour devenir véritablement bilingue, ou plus bilingue, ou n’importe quel mot qu’on veut y ajouter, on doit aussi en même temps résoudre de plus grands problèmes qu’on voit dans la province, en y appliquant une lentille francophone », appelle M. Bentley, en citant notamment les soins de santé en français.

2026, 2027 ou plus loin, l’échéance et le portrait global restent encore inconnus, mais dans les rues de Saint-Boniface, le rêve de Louis Riel semble de plus en plus à portée de main.

Coupe du monde FIFA 2026 : une fête inaccessible pour de nombreux partisans africains francophones

TORONTO – La Coupe du monde de la FIFA n’a jamais été aussi proche des communautés africaines francophones du Grand Toronto. Pourtant, pour de nombreux supporters ivoiriens, sénégalais ou congolais, l’événement historique qui devait être une fête populaire est devenu inaccessible. Entre billets revendus à plus de 1000 dollars, offres VIP à plusieurs milliers de dollars et absence de soutien financier pour les partisans, plusieurs craignent que leurs équipes jouent presque sans leurs partisans dans les gradins.

À quelques jours du Mondial à Toronto, les occasions de mettre la main sur un billet à prix raisonnable se font rares.

Les partisans qui tentent de se procurer des billets découvrent rapidement une particularité de la Coupe du monde 2026 : ni l’achat principal ni la revente ne passent par Ticketmaster, l’habituel site officiel de vente de billets pour les grands événements sportifs au Canada. La FIFA a conservé l’exclusivité de la distribution des billets par l’entremise de sa propre plateforme de billetterie et de son marché officiel de revente.

En pratique, cela signifie que les partisans doivent se tourner vers le portail officiel de la FIFA pour espérer trouver des places disponibles. Les billets qui y apparaissent proviennent principalement de supporters qui remettent leurs places en vente par l’intermédiaire du système officiel de la FIFA.

Aperçu du prix des places pour le match Allemagne-Côte d’Ivoire sur un site de revente. Photo : Capture d’écran

Plusieurs billets sont également affichés sur des plateformes tierces comme StubHub, Viagogo, SeatGeek ou TicketSales. Ces sites ne revendent toutefois pas directement les billets. Ils servent plutôt d’intermédiaires entre vendeurs et acheteurs. Une fois la transaction conclue, le vendeur doit utiliser la fonction officielle de transfert de billets de la FIFA pour envoyer sa place à l’acheteur.

Cette méthode comporte un risque supplémentaire puisque la FIFA ne reconnaît officiellement que son propre marché de revente. En cas de problème avec le transfert, l’acheteur dépend essentiellement des garanties offertes par la plateforme utilisée, sans bénéficier de la protection du système officiel de la FIFA.

Des prix qui s’envolent

Résultat : pour de nombreux supporters, trouver un billet relève déjà du défi. Le faire à un prix abordable et par un canal jugé entièrement sécuritaire l’est encore davantage.

Pour le match Allemagne–Côte d’Ivoire du 20 juin au stade de Toronto, les prix observés sur le marché officiel de la FIFA dépassent les 3000 dollars pour le peu de places encore disponibles.

Affiche la plus alléchante à Toronto, ce match n’a plus beaucoup de places disponibles avec des tickets revendus à 3095,55 dollars sur la plateforme officiel de la FIFA. Photo : capture d’écran du marché de revente officiel

Du côté du match Sénégal–Irak du 26 juin, les prix les plus abordables débutent autour de 500 dollars. Quant au match d’ouverture du Canada contre la Bosnie-Herzégovine, l’offre est plus abondante sur le marché de revente, mais les premiers billets se situent encore autour de 800 dollars.

À cela s’ajoutent les forfaits hospitalité proposés par la FIFA, qui permettent de vivre l’événement dans des espaces VIP exclusifs moyennant plusieurs milliers de dollars par personne.

Les seuls billets encore disponibles à la vente hors revente sont de type « hospitalité », des formules VIP pour lesquelles il faut débourser plusieurs milliers de dollars. Photo : capture d’écran de la billetterie officielle de la FIFA

« Le douzième homme risque de manquer »

Pour la communauté ivoirienne, la situation est particulièrement difficile à accepter.

Le président de l’Association de la communauté ivoirienne de la région de Toronto (ACIRT), Hermane Amankou Ligue, rappelle que la Côte d’Ivoire est une véritable nation de football et que les Éléphants ont toujours pu compter sur le soutien massif de leurs supporters.

« Le douzième homme fait toute la différence », souligne-t-il, faisant allusion au public. Selon lui, de nombreux Ivoiriens étaient prêts à soutenir leur équipe à Toronto, mais les prix rendent cette présence pratiquement impossible pour la majorité.

Elijah Vanga craint de devoir suivre le match des Éléphants dans son canapé. Photo : gracieuseté

L’inquiétude est partagée par Elijah Vanga, supporter ivoirien installé à Toronto depuis cinq ans.

« Quand je vois les choses dans mon esprit, il y aura plus de supporters adverses que nous. Nous, on est un peu délaissés », déplore-t-il. Après avoir constaté que les billets se vendaient entre 1500 $ et 2000 $, il a abandonné l’idée d’assister au match.

Même son de cloche chez Fatou Mbaye. Son fils rêvait d’assister à Allemagne–Côte d’Ivoire, mais la mère de famille a rapidement dû faire une croix sur ce projet.

« Quand on m’a dit 1800 $ le ticket, j’ai dit à mon fils : je veux te faire plaisir, mais je ne peux pas », raconte-t-elle.

Pour Fatou Mbaye, au-delà des prix, c’est le processus même à suivre pour se procurer des billets qui lui a semblé très compliqué. Photo : gracieuseté

David Aka, autre supporter ivoirien, compare la situation avec les précédentes Coupes du monde.

« Pour la demi-finale au Qatar, des gens trouvaient des billets à 70 ou 80 dollars. Ici, pour un match de groupe, on parle de 600 $, 700 $, parfois plus. C’est vraiment quelque chose de fou », affirme-t-il.

Les Sénégalais aussi contraints aux fan zones

La frustration est tout aussi palpable dans la communauté sénégalaise. « Ce n’est pas simplement un fan, c’est tous les fans sénégalais qui sont frustrés », résume Thierno Soumaré.

Thierno Soumare (au centre en vert) et les partisans sénégalais vont en majorité se tourner vers les événements organisés dans la communauté, à défaut de pouvoir aller au stade. Photo : Hadley Foucher

Selon lui, ni l’ambassade du Sénégal, ni la Fédération sénégalaise de football, ni les autorités sportives du pays n’ont offert de solution permettant aux supporters de se procurer des billets à prix abordable.

Conséquence : la plupart des partisans se résignent déjà à regarder les rencontres dans les fan zones organisées par la communauté elle-même.

« Le football est devenu un sport de riches »

Même les communautés dont l’équipe ne joue pas à Toronto suivent le dossier avec attention.

Président de l’Association des Congolais de l’Ontario, Patrick Mpiana prépare plusieurs rassemblements communautaires pour suivre le parcours des Léopards, qualifiés pour leur première Coupe du monde depuis 1974.

Patrick Mpiana déplore également le prix exorbitant des places aux États-Unis, où les Léopards joueront, ce qui va limiter le nombre de Congolais prêts à faire le voyage. Photo : gracieuseté

Mais lui aussi s’inquiète de l’évolution du football moderne. « Le football, c’est un sport populaire, rappelle-t-il. Lorsqu’on commence à faire grimper les prix des billets comme ça, on prive les gens qui aimeraient quand même savourer cette joie-là. C’est devenu un sport de riches maintenant. »

Il souligne qu’avec le coût de la vie actuel, peu de familles peuvent justifier une dépense très conséquente pour assister à un match de groupe.

« Moi, j’aime beaucoup le football. Je connais toute l’histoire de la Coupe du monde. Mais présentement, avec la situation que j’ai, je ne vais pas dépenser 1000 dollars pour aller voir un match de groupe », affirme-t-il.

Une mince lueur d’espoir

Malgré la frustration, certains refusent encore d’abandonner complètement l’idée de voir leur équipe au stade. Du côté de l’Association de la communauté ivoirienne de la région de Toronto (ACIRT), Hermane Amankou Ligue affirme que des démarches sont toujours en cours auprès des autorités ivoiriennes.

« On a bon espoir », assure-t-il. Selon lui, l’association demeure en contact avec des représentants du ministère ivoirien des Sports ainsi qu’avec le Conseil national des supporters des Éléphants afin d’explorer d’éventuelles solutions permettant à davantage de partisans d’assister à la rencontre.

« J’espère que nos autorités auront une oreille attentive face à la situation pour permettre à la grande majorité des Ivoiriens d’aller supporter leur équipe », affirme-t-il.

David Aka et ses amis ont pu assister aux deux matchs amicaux de la Côte d’Ivoire au stade de Toronto, ils ne désespèrent pas d’être présents face à l’Allemagne le 20 juin. Photo : gracieuseté

D’autres continuent simplement à surveiller le marché de la revente dans l’espoir d’une baisse de prix de dernière minute. C’est notamment le cas de David Aka, qui consulte régulièrement les plateformes de vente en espérant que certains détenteurs de billets finissent par réduire leurs tarifs à l’approche du coup d’envoi.

« On observe encore l’évolution des choses. Peut-être qu’à la dernière minute, il y aura des gens qui voudront revendre leurs places moins cher », explique-t-il précisant qu’il serait prêt à débourser jusqu’à 150 dollars pour assister à la rencontre.

Reste qu’à quelques jours du tournoi, un sentiment domine : celui de voir la plus grande compétition sportive de la planète se dérouler dans sa propre ville… sans pouvoir en franchir les portes.

Pour plusieurs supporters africains du Grand Toronto, la Coupe du monde 2026 restera peut-être un événement historique. Mais elle risque aussi de devenir le symbole d’une fête devenue inaccessible à ceux qui l’aiment le plus.

Richard Wagner se dit « satisfait » du verdict libérant la Cour suprême de traduire 6000 décisions historiques

OTTAWA — Sans qualifier de victoire claire une décision de la Cour fédérale n’obligeant pas la Cour suprême à traduire près de 6000 décisions historiques, le juge en chef Richard Wagner soutient être « satisfait » du verdict rendu, estimant qu’il s’agit d’un « bon jugement ».

La Cour fédérale a donné raison sur toute la ligne, la semaine dernière, au plus haut tribunal du pays, soutenant qu’il n’avait pas à traduire près de 6000 décisions unilingues rendues avant 1970. Avant cette date, la Loi sur les langues officielles n’était pas en vigueur et n’imposait donc pas l’obligation de traduire les jugements dans les deux langues officielles.

La magistrate Denise LeBlanc a tranché dans son jugement que « les décisions historiques de la CSC [Cour suprême du Canada] ne constituent ni des ‘services’ ni des ‘communications au public’ soumises à l’obligation de traduction prévue par (…) la Loi sur les langues officielles ».

Lors de sa conférence de presse annuelle mardi, le juge en chef de la Cour suprême, Richard Wagner, a qualifié le verdict rendu de « bon jugement ».

« Les attitudes triomphalistes, je ne suis pas tellement favorable à ça », a-t-il répondu lorsque nous l’avons questionné pour savoir s’il considérait cette décision comme une victoire claire.

« Si vous lisez la décision de la Cour fédérale, vous allez voir que la juge LeBlanc adopte tous les points de vue et les arguments soulevés par les avocats du registraire de la Cour suprême. On peut qualifier ça comme vous voulez, mais moi je prends le jugement tel qu’il est », a-t-il ajouté.

L’organisme Droits collectifs Québec, par l’entremise de son directeur général Étienne-Alexis Boucher, avait déposé un recours devant la Cour fédérale, demandant à celle-ci de statuer que le Bureau du registraire de la Cour suprême avait l’obligation de traduire ces jugements unilingues. L’organisme tente de forcer le Bureau du registraire de la Cour suprême à traduire l’ensemble de ses arrêts rendus entre 1877 et 1969, presque tous rédigés uniquement en anglais.

« Je suis satisfait du jugement. Je pense que c’est le jugement à rendre », a commenté Richard Wagner.

Le dossier a débuté il y a plusieurs années, à la suite d’une enquête du Commissariat aux langues officielles qui avait conclu que la Cour suprême se devait de traduire ses anciennes décisions.

En réponse au recours déposé, le plus haut tribunal canadien avait décidé de retirer de son site Web les milliers de jugements unilingues, les rendant ainsi inaccessibles au grand public sans demande préalable.

« La décision était, je pense, très prudente. C’était pour éviter de poursuivre un état d’illégalité si tant est qu’un tribunal éventuellement vienne à la conclusion qu’il fallait effectivement traduire toutes ces décisions-là… Je pense que c’était sage dans les circonstances », a dit à ce sujet le plus haut magistrat du pays.

Interrogé sur l’éventualité que la Cour suprême puisse remettre en ligne les quelque 6000 décisions concernées à la suite de ce jugement, le juge en chef a rappelé que le dossier pourrait encore faire l’objet d’un appel.

« Par respect pour les tribunaux, on va attendre de voir ce qui va arriver dans le futur. Le registraire [le Bureau du registraire] prendra une décision, on va étudier ça à savoir si on devrait remettre ces décisions-là sur le site Web. »

La Cour suprême jugera-t-elle la Cour suprême?

Les demandeurs dans le dossier, Droits collectifs Québec, ont soutenu qu’ils étudiaient toujours la décision et n’avaient pas encore décidé s’ils comptaient porter le dossier devant la Cour d’appel fédérale. Ces derniers ont jusqu’au début juillet pour porter la cause en appel. Ils n’écartent toutefois pas l’hypothèse que le dossier se rende jusqu’au plus haut tribunal canadien.

« Ça reste une possibilité. C’est le parcours déjà tracé d’avance d’une cause qui va d’une instance à l’autre », mentionne Étienne-Alexis Boucher.

Dans un tel cas, la Cour suprême serait-elle portée à juger un dossier où elle est elle-même défenderesse?

« On verra en temps et lieu si, effectivement, c’est une hypothèse qui se réalise », a soutenu à plusieurs reprises le juge en chef mardi.

« Ce n’est pas à moi d’émettre une opinion. Le public jugera si ça a du bon sens que la Cour suprême se penche sur un dossier qui implique le Bureau du registraire, qui est l’administration au service unique de la Cour suprême… Le commun des mortels pourrait y voir là un enjeu », estime M. Boucher en entrevue.

Dans le cadre de son 150e anniversaire en 2025, la Cour suprême avait annoncé la mise en place d’un comité qui se pencherait sur la traduction de ces décisions dites historiques. Ce comité a ultimement identifié 24 arrêts d’importance historique nécessitant une traduction vers le français ou l’anglais.

Le juge en chef a notamment signalé que neuf jugements supplémentaires seraient bientôt publiés sur le site Web de l’institution, elle qui a publié une première décision en octobre dernier.

Devant la Cour fédérale, le Bureau du registraire a soutenu que traduire l’ensemble des jugements entraînerait un coût évalué entre 62,6 et 68,9 millions de dollars, soit plus de 366 % de son budget annuel de traduction.

FrancoQueer marque 20 ans de mobilisation et d’avancées pour les droits 2SLGBTQIA+

TORONTO – En deux décennies, les membres fondateurs de FrancoQueer ont joué un rôle décisif au sein de la communauté en créant des services d’accueil et des espaces visant à briser l’isolement permettant ainsi à la communauté 2SLGBTQIA+ francophone de prendre pleinement sa place. Aujourd’hui, une nouvelle génération poursuit cette vision un peu partout en Ontario.

C’est grâce à l’engagement de bénévoles comme Jean-Rock Boutin, en tant que travailleur social, et Marcel Grimard, comme coordonnateur, que l’organisme a officiellement été enregistré comme OBNL (organisme à but non lucratif) en 2006.

Au départ, il s’agissait d’un petit groupe de personnes à Toronto, principalement des hommes qui ont posé les bases du projet : « Nous avions commencé la planification, puis nous avons commencé à nous organiser pour trouver un nom. L’assemblée générale de fondation s’est ensuite tenue au mois de juin », se rappelle M. Boutin.

Ce dernier explique que plusieurs organisations sont nées dans des sous-sols d’églises puisque c’est dans les milieux catholiques que la communauté franco-ontarienne fondait sa survie et son identité.

À ses débuts, FrancoQueer se finançait essentiellement avec des fonds récoltés auprès des bénévoles, des alliers et d’autres proches. Les campagnes de financement prenaient la forme d’« apéros arc-en-ciel » organisés plusieurs fois par an. « Lorsqu’on se promenait dans le village gai de Toronto et qu’on entendait parler français, on allait à la rencontre des gens, on prenait leur adresse courriel et leur numéro de téléphone, puis on essayait de les rassembler afin de participer à nos activités », raconte Jean-Rock Boutin.

Jean-Rock Boutin présente le concept de FrancoQueer à des participants lors d’un « apéro arc-en-ciel ». Photo : Gracieuseté d’Arnaud Baudry

Marcel Grimard et des participants d’un « apéro arc-en-ciel » pendant la Pride Toronto de 2007. Photo : Gracieuseté de Jean-Rock Boutin

Un « apéro arc-en-ciel » et une présentation des membres du conseil d’administration de FrancoQueer dans le village gai de Toronto. Photo : Gracieuseté de Jean-Rock Boutin

Malgré le manque d’une structure à cette époque, la mission de FrancoQueer reposait déjà sur la volonté de créer un espace francophone pour les personnes 2SLGBTQIA+, unis par un fort esprit de solidarité.

Jean-Rock Boutin, l’un des fondateurs, gardait en tête l’objectif d’obtenir du vrai financement permettant à l’organisme de franchir une nouvelle étape et surtout de mettre en place des services. « On attendait d’avoir une organisation en bonne et due forme, avec un enregistrement officiel auprès du gouvernement, ainsi qu’une charte d’objectifs, une mission, une vision de nos valeurs et un règlement afin d’être pleinement redevables envers la communauté », soutient le cofondateur.

Il affirme que le premier financement majeur d’un montant de 75 000 $, a été accordé à la fin des années 2000 par le ministère des Affaires civiques et du Multiculturalisme. « Après ça, on a commencé à faire du démarchage politique, c’est-à-dire qu’on a rencontré des députés et des ministres pour avoir le soutien gouvernemental. » Selon l’ancien travailleur social, il était essentiel à cette époque de faire de la sensibilisation afin de faire progresser l’organisme.

Présence de la francophonie lors du défilé de la Fierté à Toronto en 2016. Photo : Gracieuseté de Jean-Rock Boutin

FrancoQueer et des partenaires communautaires dans le Village francophone pendant la Pride Toronto de 2011. Photo : Gracieuseté de Jean-Rock Boutin

Des bénévoles au kioske de FrancoQueer lors de la première participation de l’organisme à Pride Toronto en 2007. Photo : Gracieuseté de Jean-Rock Boutin

Présence de FrancoQueer à Pride Toronto en 2013. Photo : Gracieuseté de Jean-Rock Boutin

Continuer de rassembler une communauté en constante évolution

Aujourd’hui, avec une équipe de 25 personnes à Toronto, Ottawa et Sudbury, le directeur général de FrancoQueer, Arnaud Baudry, souligne le travail accompli par ses aînés « 20 ans de FrancoQueer, c’est 20 ans d’action pour les droits humains », avance-t-il.

Actif au sein de l’organisme depuis plus de 10 ans, il avait lui-même été approché par Jean-Rock Boutin avant d’occuper presque tous les postes au sein du conseil d’administration, de contribuer au développement de l’organisme, puis d’en devenir le directeur général en 2021.

Sous sa direction, FrancoQueer a diversifié son champ d’action dans la communauté. « Nous avons notamment développé nos services d’établissement pour les personnes nouvellement arrivées. Nous intervenons aussi de façon importante dans les milieux éducatifs, jusqu’au niveau postsecondaire », souligne-t-il.

Michel Tremblay, président actuel du conseil d’administration et Arnaud Baudry, directeur général de FrancoQueer depuis cinq ans. Photo : Gracieuseté d’Arnaud Baudry

D’après M. Baudry, l’accueil des nouveaux arrivants représente un enjeu majeur, dans la mesure où il repose sur l’importance d’un processus basé sur un accompagnement individualisé et respectueux des parcours de chacun.

« Il y a un besoin de trouver des moyens de s’affirmer dans son identité malgré des histoires vécues très douloureuses, voire traumatiques. Il s’agit de trouver les manières de pouvoir être à l’aise dans son identité et de pouvoir s’affirmer avec fierté. »

« En 20 ans, la communauté s’est diversifiée, ce qui pousse à une approche humaniste et montre aussi qu’il y a toujours des besoins au sein de la communauté », explique-t-il. Il ajoute que l’ensemble du processus, qui inclut notamment l’acculturation et l’intégration, prend beaucoup de temps et que certaines barrières bureaucratiques, par exemple pour les demandeurs d’asile, peuvent compliquer la tâche.

« Pour moi, les 20 ans de FrancoQueer c’est une étape charnière. Ça montre aussi qu’il y a toujours des besoins dans la communauté. »
— Arnaud Baudry, directeur général

« Il y a encore beaucoup à faire. C’est important aussi de reconnaître tout le travail qui a été fait par nos aînés pour faire avancer les droits », poursuit le directeur qui fait partie de l’organisme depuis près de 10 ans.

FrancoQueer dans le cortège de la 44e marche de la Fierté à Toronto en 2025, dont le thème soulignait la solidarité envers les communautés trans et non binaires. Photo : ONFR/Abigail Alves Murta

Toutefois, M. Baudry observe que le travail accompli par les aînés fait face à un contrecoup des politiques d’inclusion au Canada et dans le monde. « On assiste à un renversement de situation dans les écoles, par exemple, avec le mouvement masculiniste ainsi qu’un contre-mouvement anti-inclusion, anti-diversité, voire anti-humanité, j’ai envie de dire. »

Aujourd’hui, FrancoQueer continue de se développer en s’adaptant aux besoins, malgré des débuts difficiles. « Même si certains membres du conseil d’administration, parfois, venaient de la région d’Ottawa ou de la région de Sudbury, les gens entendaient parler de nous et voulaient soutenir notre cause. C’était un souhait d’avoir une perspective provinciale, mais les fonds n’étant pas là, c’était difficile d’agir ailleurs », décrit Jean-Rock Boutin.

Le cofondateur se réjouit qu’aujourd’hui, « FrancoQueer ait une influence positive dans la création d’organismes francophones à travers tout le pays ». Selon lui, il en existe désormais « dans l’Ouest, au Nouveau-Brunswick, et même en Ontario à Sudbury, Ottawa et Nipissing-Ouest, par exemple. Et maintenant, il y a des mois de la Fierté, des actions et des activités communautaires un peu partout ».

« FrancoQueer a été une influence positive dans la création d’organismes francophones à travers tout le pays. »
— Jean-Rock Boutin, cofondateur

En tant que l’une des premières organisations LGBT structurées au sein des francophonies pancanadiennes, FrancoQueer est devenu un acteur important de la communauté LGBT en Ontario et à travers le pays.

Ce jeudi, une cérémonie de reconnaissance des pionniers de l’organisme aura lieu à l’Université de l’Ontario français. « Les actions doivent être menées et célébrées tout au long de l’année, et pas seulement au mois de juin », conclut le directeur général.

Fierté Timmins : une année record et un rayonnement régional

TIMMINS – Pour sa treizième célébration annuelle, Fierté Timmins Pride a bénéficié d’un financement de la Corporation du Développement Économique (CDE) de la ville, une première pour l’organisme qui a atteint des records d’affluence, une forte présence de jeunes et un rayonnement au-delà de Timmins.

Malgré une météo peu clémente, le défilé et le rallye ont rassemblé plus de 250 participants, une légère hausse pour un événement qui ne dépassait pas la barre des 200, rapporte Julie Nobert-Demarchi, fondatrice et trésorière de Fierté Timmins Pride. Au total, la nouvelle programmation a attiré plus de 500 participants, l’année la plus achalandée pour l’événement.

La fondatrice reconnaît que Fierté Timmins Pride doit en partie ce succès à la nouvelle programmation qui s’étale désormais sur deux fins de semaine au lieu d’une. « Les deux fins de semaine ont donné de l’accessibilité d’une façon différente », explique-t-elle. La première fin de semaine a servi de coup d’envoi, et a attiré des participants pour le défilé de la semaine suivante.

Pour la fondatrice, ce changement était avant tout censé alléger la charge de l’équipe d’environ treize bénévoles. « Essayer de faire tout ce qu’on faisait dans une fin de semaine, c’était vraiment difficile sur les volontaires. On allait de lundi jusqu’à la fin de la journée de samedi. On n’arrêtait pas ».

Cette décision survient quatre ans après la pénurie de bénévoles qui avait contraint l’organisme à annuler la semaine de la fierté 2022 avant de la repousser en septembre de la même année, avait confié Matthieu Villeneuve, le président de Fierté Timmins Pride à ONFR.

À travers le défilé ou encore le spectacle de drag mettant en vedette des artistes drag de l’Ontario français du Nord, comme Jezebel Bardot et Jenna Seppa, Fierté Timmins Pride a aussi remarqué un changement dans les participants. « Il y avait plusieurs adolescents. C’est vraiment super qu’ils trouvent [une] communauté quand ils sont assez jeunes. Qu’ils ne se sentent pas isolés ».

Jenna Seppa participe aux célébrations de Fierté Timmins Pride du 6 juin 2026 / Photo : Gracieuseté Julie Nobert-Demarchi

Le tourisme 2SLGBTQ+ comme opportunité pour l’économie locale

Habitué à des dons de particuliers ainsi que du financement provenant d’institutions comme le Collège Boréal ou le Conseil scolaire du Nord-Est de l’Ontario, Fierté Timmins Pride a cette fois-ci bénéficié de 10 000 $ octroyés par la Corporation du Développement Économique (CDE) de Timmins.

La CDE de Timmins a accepté la demande de financement de l’organisme, en s’appuyant sur le fait que les festivités pourraient attirer du tourisme à Timmins, notamment des visiteurs de villes voisines comme Kapuskasing, Cochrane, ou Timiskaming. « Notre drag show est vraiment connu. On peut vraiment dire que du monde vient à Timmins pour notre pride » affirme Julie Nobert-Demarchi.

D’ailleurs, la CDE a estimé que la programmation de Fierté Timmins Pride pourrait générer plus de 31 000 $ à l’économie locale sans compter les revenus hôteliers, explique Noella Rinaldo, directrice du développement économique communautaire de Timmins.

En 2025, le conseil municipal de Timmins avait lancé un plan décennal pour accentuer le tourisme culturel. La CDE a identifié le tourisme 2SLGTBQ+ comme une occasion d’héberger des touristes venant d’autres villes du nord de l’Ontario et de recueillir la taxe de séjour, de 6 %.

Au-delà de l’aspect économique, Mme Rinaldo explique que ce financement vise avant tout à imposer Timmins comme une destination culturelle de choix du nord-est de la province. Julie Nobert-Demarchi, elle, voit la programmation 2026 de Fierté Timmins Pride et son nouveau financement comme un essai pour les futures semaines de la fierté. « L’année prochaine, on a de gros noms qui vont venir. Les plans sont déjà en place. »

Un organisme à portée régionale

Au-delà des participants locaux, l’organisme a attiré des habitants issus de villes voisines où les événements liés à la fierté sont limités, voire inexistants. En dehors des célébrations, il n’est pas rare que l’organisme soutienne les personnes 2SLGBTQ+ des autres villes. « Fierté Timmins Pride est devenu [l’organisme] social pour la région » affirme Julie Nobert-Demarchi. « On a eu un appel de Kapuskasing pour aller les aider avec un enfant qui s’identifie comme trans, et qui a eu des difficultés de transphobie à l’école ».

Fierté Timmins Pride veut s’assurer que les visiteurs « viennent à Timmins pour pouvoir avoir ce sentiment d’appartenance » ajoute-t-elle.

Un autre objectif de Fierté Timmins Pride est de limiter l’exode des Timminois issus de la communauté 2SLGBTQ+ vers Toronto pour se sentir moins marginalisés. « Le nombre de personnes qui me disent : je n’aurais jamais pensé qu’il y aurait une pride à Timmins, dans ma petite ville, » note-t-elle, donnant l’exemple de Panic Fantasy, artiste drag originaire de Timmins, maintenant basé à Toronto. « Iel revient toutes les années, mais iel est parti à cause du fait qu’iel n’avait pas de sens d’appartenance. »

Avant tout, Fierté Timmins Pride veut continuer d’élargir son soutien à la communauté du Nord-est de l’Ontario. « Ça fait treize ans. On a créé un espace où le monde [sait] qu’il peut être [lui-même]. Sans jugement ».

Julie Allemand entre patience et adaptation : le Tempo continue d’avancer malgré les obstacles

TORONTO – Première joueuse de l’histoire du Toronto Tempo après avoir été sélectionnée au deuxième rang du repêchage d’expansion de la WNBA, Julie Allemand incarne depuis le début l’ambition de la nouvelle franchise canadienne. Quelques semaines après le lancement de cette aventure historique, la meneuse belge revient sur un début de saison aussi difficile individuellement qu’encourageant collectivement.

Blessures, manque de temps pour développer des automatismes et adaptation à une nouvelle ville : le début de saison de l’internationale belge est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Pourtant, à l’image du Tempo, qui affiche désormais une fiche de 6-4 malgré une infirmerie bien remplie, Allemand continue d’avancer avec la même priorité : aider son équipe à gagner.

« Ce n’est pas un début facile, reconnaissait-elle avant le match de dimanche contre le Sky de Chicago. Je me suis blessée assez rapidement. Quand je commençais enfin à trouver un petit rythme, il y avait encore ce manque d’alchimie avec toutes les joueuses. Ça, ça prend du temps, ça prend des matchs et des entraînements. »

Le défi est d’autant plus grand que le calendrier de la WNBA laisse peu de place au travail collectif.

« On joue tous les deux ou trois jours, donc on n’a pas énormément d’entraînements. Quand tu es blessée, tu es tout le temps sur le côté. C’est difficile », explique-t-elle.

À ses problèmes à la hanche se sont ajoutées récemment des douleurs au coude, au point où elle ne savait pas, quelques heures avant la rencontre, si elle serait capable de tirer normalement lors du dernier match.

Un rendement encore loin de son plein potentiel

Les statistiques de la Belge reflètent en partie cette adaptation. Après avoir connu une saison 2025 solide à Los Angeles avec 5,4 points, 3,7 rebonds et 5,0 passes décisives de moyenne, Allemand tourne pour l’instant à 4,5 points, 3 rebonds et 3,5 passes par rencontre avec Toronto en seulement 6 matchs disputés.

Si elle n’a pas encore trouvé le rythme en attaque, la meneuse belge a déjà en revanche un impact significatif en défense. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Des chiffres qui ne racontent toutefois qu’une partie de l’histoire.

Avant de traverser l’Atlantique, la meneuse de 29 ans sortait d’une saison exceptionnelle avec Fenerbahçe Opet en Turquie. Aux côtés de plusieurs vedettes internationales, elle a contribué à mener le club au titre en Euroligue féminine au printemps dernier.

Véritable chef d’orchestre de l’équipe, la Belge a même été récompensée de ses performances en étant élue meilleure joueuse du Final Six après la conquête du trophée, notamment grâce à une finale remarquable de 13 points, 10 passes décisives et 9 rebonds.

Son arrivée à Toronto n’est pas idyllique à titre individuel, mais pour l’instant, la priorité n’est pas son rendement personnel.

« Je ne pense pas à moi, je pense à l’équipe et à ce dont elle a besoin. Je sais qu’en ce moment l’équipe va avoir besoin de moi en défense, de mettre du rythme. Peut-être que je ne suis pas encore la Julie que je pourrais être plus tard, mais je vais faire le maximum. »

Le Tempo tient le coup malgré une infirmerie bien remplie

Ce qui impressionne le plus depuis le début de saison demeure sans doute la capacité du Tempo à rester compétitif malgré les nombreux coups durs.

Toronto a dû composer avec les absences d’Isabelle Harrison (revenue dimanche) et de Temi Fagbenlé, blessée lors du tout premier match de la saison. Nyara Sabally a également raté deux rencontres, tandis qu’Allemand elle-même a manqué cinq matchs et a été limitée physiquement depuis son retour.

La profondeur de l’effectif du Tempo a permis de pallier les blessures et de réaliser un début de saison satisfaisant. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le dernier revers est survenu la semaine dernière avec la blessure de la recrue Kiki Rice, qui réalisait jusque-là un début de saison tonitruant. Avant sa blessure, le sixième choix du repêchage tournait à 12,7 points, 4,7 rebonds et 2,6 passes décisives de moyenne.

Faire sans Kiki Rice

Allemand sait que l’absence de la jeune meneuse sera difficile à compenser.

« C’est sûr qu’elle va nous manquer, admet-elle. Mais depuis le début de saison, il nous manque des joueuses. À chaque fois, on a réussi à trouver des solutions pour aller chercher des victoires. Le plus important sera de trouver ce dont cette équipe a besoin pour gagner. »

L’ancienne joueuse des Sparks pourrait d’ailleurs voir son temps de jeu augmenter en l’absence de Rice.

« L’entraîneuse m’a dit d’être plus agressive parce qu’on a Kiki en moins, explique-t-elle. Mais ce ne sera pas seulement moi. Tout le monde devra faire un effort supplémentaire. »

Malgré tous ces obstacles, Toronto a réussi à demeurer dans la course aux séries lors de ses premières semaines d’existence, un résultat encourageant pour une franchise d’expansion qui découvre encore son identité. L’équipe affiche désormais une fiche de 6-4 après sa victoire convaincante face au Sky de Chicago dimanche (85-68), un départ qui dépasse les attentes pour une équipe qui se construit de zéro.

Toronto, le soleil et un peu de soccer

En dehors du terrain, Julie Allemand commence également à apprivoiser sa nouvelle ville. Après un printemps particulièrement pluvieux et des températures fluctuantes, elle profite enfin du retour du beau temps pour explorer les environs.

« Ce que j’aime surtout, c’est le soleil et la plage, raconte-t-elle. Je suis allée voir les îles de Toronto et je pense y retourner. C’était vraiment calme, vraiment paisible. J’aime beaucoup le fait qu’on habite à côté de l’eau. Je marche beaucoup et je visite pas mal. »

La Belge suit aussi de loin l’effervescence entourant la Coupe du monde de soccer qui s’installe progressivement à Toronto. Même si elle aurait aimé voir certaines grandes nations européennes passer par la Ville Reine, elle reconnaît que l’événement apportera une ambiance particulière.

« Ça va être spécial. À mon avis, il va y avoir beaucoup de monde. Si possible, peut-être qu’on ira voir un match », lance-t-elle avec un sourire.

D’ici là, l’objectif demeure le même : retrouver la pleine santé, poursuivre son intégration et aider le Tempo à continuer de déjouer les pronostics.

Car malgré les blessures et les ajustements inévitables, Toronto démontre déjà qu’il faudra compter sur elle.

Le Manitoba devrait-il imiter l’Ontario et offrir des excuses pour son Règlement 17?

WINNIPEG — Le 10 mars 1916, le Manitoba imite l’Ontario, qui avait agi quelques années auparavant, et décide d’interdire l’enseignement du français dans la province, ouvrant la porte à l’assimilation des francophones dans le fief de Louis Riel. Près de 110 ans plus tard, c’est un mouvement de jeunesse soutenu par la communauté qui pousse le gouvernement provincial à présenter des excuses formelles.

Intitulée la loi Thornton, la législation du gouvernement libéral de l’époque supprime les écoles bilingues, instaurant du même coup une interdiction du français dans les salles de classe. Ce n’est que 50 ans plus tard, en 1967, qu’un gouvernement conservateur renverse cette loi.

« Ce qui arrivait au début du XXe siècle, c’était un fouillis au niveau des programmes d’études, par exemple le curriculum, la qualité de l’enseignement, etc. C’était très difficile pour le gouvernement de mettre de l’ordre dans tout ça », explique Raymond Hébert, politologue et professeur émérite à l’Université de Saint-Boniface.

En réponse à cette législation, l’Association d’éducation des Canadiens français du Manitoba est fondée en 1916 lors d’une convention. Elle est composée d’enseignants qui se donne le rôle de ministère de l’instruction publique pour l’éducation française. Crédit image : Archives de la Société historique de Saint-Boniface/001/SHSB45 150

La province est alors marquée par une vague d’immigration qui souhaite avoir ses propres écoles dans sa propre langue, mais les articles de journaux de l’époque décrivent « l’incompétence totale de ces écoles-là », remet en perspective Raymond Hébert.

« La loi Thornton mettait fin à toutes ces écoles ethniques en même temps. Puis évidemment, les francophones ont été pris dans la lutte », explique-t-il.

Un mouvement mené par la jeunesse

Or, au Manitoba, de telles excuses n’ont jamais eu lieu, et un mouvement d’une vingtaine de jeunes de la province demande des excuses formelles au gouvernement. Le tout a débuté par une lettre ouverte dans le journal francophone La Liberté où la vingtaine de signataires soutiennent que la loi Thornton et « ses ramifications en matière d’anglicisation continuent de se faire ressentir encore aujourd’hui, », citant le manque de services en français dans la société.

« Si le gouvernement est sérieux au sujet de ce projet, pourquoi ne s’est-il jamais excusé pour la loi Thornton? », questionnent-ils.

Nous avons rencontré deux d’entre eux. L’un des instigateurs de ce mouvement, Beaudry Labossière, soutient que des excuses se doivent d’être faites, alors même que le gouvernement provincial milite pour un Manitoba bilingue.

« Il y a toujours les histoires qu’il fallait cacher les livres dans les pupitres et d’autres affaires. Ces excuses, c’est vraiment une façon de reconnaître ça et de faire en sorte qu’on puisse avancer », estime le jeune Franco-Métis et étudiant universitaire.

Beaudry Labossière (à gauche) et Téo Roy à droite. Crédit image : ONFR

Tout comme en Ontario, cette législation marque le début de l’enseignement clandestin en français où on sortait les livres de la langue de Shakespeare à la visite de l’inspecteur gouvernemental.

En 2016, près de 100 ans plus tard, le gouvernement ontarien, alors dirigé par Kathleen Wynne, présente des excuses au sujet du Règlement 17 (ou XVII), en vigueur de 1912 à 1927 et officiellement abrogée 17 ans plus tard. Cette initiative du gouvernement de l’Ontario, survenue il y a près d’une décennie, donne de l’espoir de voir un tel geste se concrétiser dans leur province.

« Si l’Ontario n’avait pas reçu d’excuses, là c’est comme : OK, le Manitoba ne va pas en avoir. Mais du fait que l’Ontario en a eu, ça nous donne une chance que le gouvernement ici offre des excuses », mentionne de son côté Théo Roy, un autre signataire de cette missive.

Des appuis provinciaux

Ce mouvement a récemment pris de l’ampleur au sein de la communauté francophone.

« La SFM est heureuse d’appuyer ces jeunes dans ce mouvement pour demander des excuses », souligne le président de la Société de la francophonie manitobaine (SFM), Derrek Bentley.

Par le passé, la SFM avait pris la position en disant « ce n’est pas une priorité d’aujourd’hui », mais la situation a changé, poursuit le président de l’organisation.

« On veut vraiment que ça aille au-delà des mots et des paroles. Pour nous, c’est important que quand on parle du système d’éducation, du curriculum, qu’on s’assure que tous les Manitobains reçoivent une éducation qui parle de ces lois-là, et de l’histoire de la francophonie au Manitoba », réclame Derrek Bentley.

Même appui du côté de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), qui gère le système d’éducation en langue française dans la province.

Alors que la province comptait 126 écoles francophones en 1915, ce chiffre a chuté drastiquement pour s’établir à seulement 26 établissements aujourd’hui. Sur la photo, le Collège Louis-Riel au coeur de Saint-Boniface à Winnipeg. Crédit image : ONFR

« Je pense que ce qui est beau à voir, c’est que c’est la jeunesse qui démontre à quel point elle comprend justement l’histoire qu’ont traversée les générations passées, pourquoi on est où on est aujourd’hui, et quel impact la loi Thornton a eu », nous indique son président, Bernard Lesage.

À l’image de l’Ontario, le système scolaire francophone dans la province déborde sous la demande avec sa vingtaine d’écoles et près de 6000 élèves en date de 2026. Des vagues d’immigration, combinées au désir des parents de donner la chance à leurs enfants d’aller à l’école en français, poussent la DSFM à plancher sur la construction de nouvelles écoles, notamment autour de Winnipeg.

« La croissance a toujours évolué de 1 à 3 % par an, depuis probablement 20 ans. Ça va très bien pour l’éducation en français ici, sauf qu’on reconnaît à quel point on a encore grandement besoin d’écoles au Manitoba pour répondre aux besoins de ces parents qui veulent une école de proximité, surtout au niveau élémentaire », présente le président de la division scolaire.

Un impact sur l’assimilation des Franco-Manitobains?

Mais la Loi Thornton a-t-elle réellement contribué à l’assimilation de la francophonie dans la province de Louis Riel? Raymond Hébert émet un bémol, soutenant que même si la loi était en vigueur, son application était une tout autre chose.

« Très rapidement après 1916, le gouvernement s’est rendu compte qu’il y avait eu une injustice, par rapport aux francophones », indique-t-il.

Le politologue et professeur émerite de l’Université Saint-Boniface à Winnipeg, Raymond Hébert. Crédit image : ONFR

« Le gouvernement a dit à la communauté francophone : Écoutez, vous avez l’Association, peut-être qu’on peut vous donner éventuellement des responsabilités, par exemple de surveillance de la qualité de l’enseignement etc. »

« Et finalement, c’est comme ça que les écoles françaises ont survécu de façon à peu près intacte au Manitoba jusqu’aux années 1960, alors qu’il y a eu des changements législatifs dramatiques qui ont renversé l’aventure », complète l’ancien professeur de l’Université de Saint-Boniface.

Politiquement pour le gouvernement actuel de Wab Kinew, souligne le politologue, offrir des excuses pour la Loi Thornton devrait aussi s’accompagner d’excuses pour l’Official Language Act des années 1890. Une vingtaine d’années après l’entrée du Manitoba dans la Confédération canadienne, cette loi avait aboli le statut du français comme langue officielle.

« Ça a probablement eu plus d’effets que la Loi Thornton, compte tenu de tout le contexte avec les écoles françaises (…) Il y a eu des moments clés, surtout au 19e siècle, qui sont très regrettables », commente Raymond Hébert.

Pour ces jeunes Franco-Manitobains, le manque d’excuses à ce jour est « une tache noire qui continue et reste comme une crotte sur le cœur ».

« On attend toujours. Puis, on va continuer jusqu’à ce qu’on reçoive des excuses », conclut Beaudry Labossière.

Philippe Blanchard ou l’art de diriger une faculté torontoise

TORONTO – Casquette vissée sur la tête, le vélo à portée de main, passionné d’art au discours habité, Philippe Blanchard, artiste multidisciplinaire, nous a ouvert les portes de la Faculté des arts visuels de l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario (OCAD), dont il est doyen intérimaire et professeur agrégé.

À quoi ressemble une journée de travail de doyen dans la plus grande et ancienne université d’art au pays?

Je supervise plusieurs programmes, notamment en photographie, arts imprimés, gravure et animation. Mon travail consiste à coordonner les équipes, gérer les budgets, régler les enjeux liés aux étudiants et aux professeurs, et définir la vision stratégique de la faculté. C’est aussi un rôle de gestion humaine et administrative important.

Un francophone à ce poste dans une université anglophone, c’est plutôt rarissime…

Oui, assez. À ma connaissance, il n’y a jamais vraiment eu de francophone dans ce type de rôle de cadre à l’université. Nous sommes peu nombreux parmi les professeurs francophones ici.

Comment avez-vous vécu le passage d’une pratique artistique et d’enseignement à un rôle plus administratif?

Ça s’est fait progressivement. Avant ce poste, j’avais déjà dirigé des programmes et développé différents projets administratifs. J’avais aussi travaillé dans la publicité et l’animation, donc j’étais habitué à concilier créativité et contraintes professionnelles. Mais aujourd’hui, le poids administratif est beaucoup plus important. Il faut apprendre à trouver un nouvel équilibre.

Craignez-vous de perdre le lien avec votre propre pratique artistique?

C’est un défi, oui. J’ai moins de temps pour mes projets personnels. Je pense qu’à long terme, une pause ou une sabbatique pourrait devenir nécessaire pour me ressourcer et rester à jour par rapport aux nouvelles technologies et aux pratiques artistiques contemporaines.

Pour Philippe Blanchard, rester connecté à la création est essentiel, même dans un rôle de gestion. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Vous êtes particulièrement attaché à transmettre vos savoirs aux étudiants. Parvenez-vous à enseigner malgré vos responsabilités?

Je n’ai plus de charge de cours régulière pour l’instant, mais l’enseignement reste très important pour moi. Je continue à mener de petits projets avec des groupes de trois à dix étudiants, souvent avec des partenaires internationaux ou des institutions culturelles. Ça me permet de rester connecté à l’expérience étudiante et à la création.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans l’enseignement?

Le grand privilège d’être enseignant, c’est de pouvoir ouvrir l’imaginaire des étudiants. Parfois, une œuvre, une technique ou une idée peut complètement transformer leur manière de créer. Vivre ces moments-là, sentir qu’on participe à leur développement intellectuel et artistique, c’est extrêmement stimulant.

Avez-vous en tête un exemple de projet étudiant qui vous a particulièrement marqué?

L’an dernier, j’ai développé avec des collègues de Mons (Belgique) un projet d’animation réunissant une vingtaine d’étudiants et entièrement en français. Plusieurs étudiants non francophones de naissance ont dû dépasser certaines appréhensions linguistiques tout en collaborant à distance. Ce qui m’a marqué, c’est de les voir gagner en confiance et développer un véritable esprit de groupe.

Comment êtes-vous arrivé dans le milieu artistique?

Je viens d’Ottawa et j’ai étudié à l’École secondaire publique De La Salle, qui était alors la seule école secondaire artistique francophone spécialisée en Ontario. Ensuite, je me suis dirigé vers le cinéma à l’Université Concordia parce que je voulais à la fois travailler l’image et raconter des histoires.

Après des études cinématographiques, M. Blanchard a évolué vers les arts numériques. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Pourquoi avoir quitté le cinéma traditionnel?

Je me suis rendu compte assez vite que le cinéma est un travail très collectif, alors que je cherchais quelque chose de plus intime et expérimental. À cette époque, les outils numériques comme Adobe Photoshop permettaient enfin de créer ses propres animations et vidéos à la maison. Je me suis donc tourné vers l’animation et les arts numériques.

Vous avez ensuite travaillé dans la publicité. Était-ce un compromis?

En partie, oui. Mais j’ai eu la chance de travailler dans un petit studio très créatif où chacun occupait plusieurs rôles : animation, storyboard, décors, montage… Ça m’a énormément appris. On nous encourageait constamment à inventer de nouveaux styles visuels et à expérimenter.

Pourquoi avoir repris des études après cela?

Après environ six ans dans ce milieu, je ressentais une forme d’épuisement créatif. J’ai voulu retrouver une pratique plus personnelle et expérimentale, ce qui m’a amené à faire une maîtrise.

Le textile a pris une place importante dans son univers créatif. Photo : www.philippeblanchard.com

Est-ce à ce moment-là que vous vous êtes tourné vers le textile?

Oui. Je voulais explorer l’animation sous une forme plus immersive et physique. Je me suis intéressé à la relation entre lumière, couleur et perception. Mes premières installations étaient imprimées sur papier, mais c’était difficile à transporter pour les expositions internationales. Le textile s’est imposé pour des raisons très pratiques, puis il est devenu central dans ma démarche artistique.

Vos œuvres ont voyagé dans plusieurs pays. Qu’est-ce que cela représente pour vous?

C’est toujours satisfaisant de voir que ces œuvres peuvent toucher des publics très différents. J’ai exposé notamment à Mexico, Paris et Shanghai. Ça me confirme que les questions autour de la perception ou de l’image peuvent avoir une portée assez universelle.

Vos installations changent-elles selon les lieux?

Oui, toujours. Le textile est souple et vivant. Une installation n’a jamais exactement la même apparence d’un espace à l’autre. Le contexte architectural modifie constamment l’œuvre.

Le doyen intérimaire s’investit dans les préparatifs des 150 ans de son université qui seront lancés à l’automne. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Que cherchez-vous à provoquer chez le public?

D’abord une réaction instinctive, presque hypnotique. Les gens essaient de comprendre ce qu’ils voient, comment fonctionne l’illusion visuelle. Ensuite, j’espère ouvrir une réflexion sur l’image en mouvement, le cinéma et même l’acte de regarder lui-même. On oublie souvent que voir est déjà une expérience complexe.

Le son fait-il aussi partie de votre travail?

Oui, certaines installations utilisent des bandes sonores synchronisées avec l’éclairage ou les animations lumineuses.

Comment percevez-vous l’évolution des technologies et de l’intelligence artificielle dans les arts visuels?

Nous sommes dans un environnement saturé d’images. Le rythme de production visuelle est devenu immense. Je pense que cela va créer une forme d’épuisement de l’attention. Dans ce contexte, les expériences physiques, immersives et collectives vont devenir de plus en plus importantes.

Vous pensez donc que l’avenir passe davantage par des expériences « vécues »?

Oui. On le voit déjà dans la musique avec le retour en force des concerts. Les gens cherchent une expérience réelle, partagée, impossible à reproduire sur un écran. Je pense que les artistes devront de plus en plus intervenir dans l’espace public ou créer des œuvres immersives capables de surprendre les gens dans leur quotidien.

Ses installations ont été exposées en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Photo : www.philippeblanchard.com

Les artistes sont-ils suffisamment soutenus en Ontario?

À mon avis, il reste beaucoup de travail à faire. Le Québec possède une infrastructure culturelle plus solide et une vision plus identitaire de la culture. En Ontario anglophone, la consommation culturelle est davantage dominée par les grands produits nord-américains.

Et du côté des artistes francophones en Ontario?

La communauté est petite, mais très intéressante. À Toronto, la francophonie est extrêmement diversifiée : Canadiens français, Québécois, Européens, Africains, Caribéens… C’est un contexte culturel unique qui mériterait d’être davantage raconté et représenté.

Quels sont aujourd’hui vos projets ou vos rêves artistiques?

J’ai envie de revenir à une animation plus traditionnelle : dessin sur papier, court-métrage projeté en salle. C’est quelque chose que je n’ai jamais vraiment exploré jusqu’au bout, notamment dans les festivals de cinéma d’animation.

Courts métrages, projections sur bâtiment et rôle de doyen… Plusieurs idées en tête dans un avenir proche. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Vous vous intéressez aussi au vidéo-mapping architectural

Oui, beaucoup. J’aimerais créer des projections sur des bâtiments, comme dans certains festivals de lumière. C’est un médium très immersif, très spectaculaire, mais aussi accessible à un large public. On revient à cette idée d’expérience collective et physique. Ce sont des œuvres éphémères qui existent pleinement seulement pour les gens présents sur place ce soir-là.

Qu’est-ce qui vous motive encore aujourd’hui comme artiste?

Créer des œuvres capables d’attirer immédiatement la curiosité du public, tout en ouvrant ensuite vers une réflexion plus profonde. J’aime l’idée d’un langage artistique accessible à tous, mais qui peut aussi amener des questions plus complexes sur l’image, la perception et notre manière de regarder le monde.

Avec tous ces projets en tête, envisagez-vous de poursuivre votre mission de doyen de la faculté après votre mandat intérimaire?

Mon mandat se termine en janvier prochain. Il y aura ensuite un appel de candidatures pour le poste permanent, et je pense présenter la mienne.


1974 : Naissance à Washington DC (États-Unis)

1998 : Étudie les Beaux-Arts à l’Université Concordia

2011 : Débute comme professeur adjoint à OCAD University

2016 : Devient professeur associé à OCAD University

2023 : Prend la direction du programme Experimental Animation

2025 : Devient doyen intérimaire de la Faculté des arts visuels à OCAD University

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.

Suggestion de lecture : quand la neige ne recouvre pas tout

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Ma mère m’a toujours appris à ne pas juger sur l’apparence. Maman, je n’ai pas réussi et j’ai jugé Du sang sur la neige (éditions Prise de parole) de Jacques Poirier et Christian Quesnel sur sa couverture… Elle était troublante de paradoxes, à la fois belle et violente avec son cardinal rouge, oiseau emblématique du Canada blessé sur la neige. Alors, je n’ai pas pu m’en empêcher, je l’ai achetée!

Et j’ai bien fait! On manque de livres qui mettent en avant les réalités francophones d’ici. La bande dessinée Du sang sur la neige est inspirée d’une histoire vraie qui s’est déroulée dans le nord de l’Ontario, et ça fait du bien. Or, cette histoire vraie reste inconnue du reste de l’Ontario, car elle a été volontairement passée sous silence… (j’y reviendrai).

Tout commence avec la Spruce Falls Power and Paper Company, une compagnie de production de papier, qui est implantée à Kapuskasing. Elle s’approvisionne en bois de trois façons : par les bûcherons qui sont syndiqués, les entrepreneurs indépendants et les fermiers (surnommés colons). Les bûcherons réclament un meilleur salaire et font la grève au début de 1963. Malchance pour le fameux journal américain The New York Times, qui est imprimé sur le papier produit par cette usine…

Les choses dérapent très vite dans cette petite communauté : les familles se divisent. Bûcherons, indépendants ou colons sont en désaccord, ça explose entre voisins et cousins. Pour ne rien arranger, les négociations sont difficiles avec le syndicat et la Spruce Falls. Rappelons que la majorité des employés sont francophones, alors que la compagnie est anglophone, ce qui lui vaut le surnom de Mononc’ Spruce, pour pointer avec ironie son monopole dans la région.

Alors que les bûcherons grévistes tiennent bon, les autres fournisseurs en bois (indépendants et colons) continuent de vouloir faire affaire avec la compagnie. Mononc’ Spruce est content, mais les grévistes le sont moins. Un jour, ils débarquent au camp des colons. Sauf que l’événement dérape, des coups de feu sont tirés et des corps tombent.

Le procès fascine la communauté, qui y assiste dans le cinéma local, car la ville n’a pas de salle de procès. Entre les témoignages, les preuves questionnables ainsi que le public qui mange du pop-corn en pensant assister à un divertissement, disons que l’événement tout comme le procès ne donnent pas la meilleure image de Kapuskasing. Pas étonnant qu’une fois l’affaire bouclée, les habitants aient décidé sans se consulter de plonger l’affaire dans une omerta totale, comme si rien n’était arrivé. Pourtant, les cicatrices restent à tout jamais gravées : le journal Canadien français de l’Ontario Nord ferme pour toujours (antisyndicaliste, le journal est boycotté par les grévistes et ne se vend plus). Quant aux familles impliquées, certaines ne s’adresseront plus jamais la parole. Oui, oui, j’ai bien dit jamais. Le traumatisme collectif est profond.

L’auteur Jacques Poirier Crédit photo : Rémi Dumais

Comment se fait-il alors que Jacques Poirier ait décidé de sortir de l’ombre ce fait historique? J’ai eu la chance de le croiser au Salon du livre de l’Outaouais, donc je lui ai demandé! Jacques a grandi là-bas et a ressenti ce traumatisme dans l’intimité de son foyer. Il était trop jeune lorsque tout est arrivé, mais il se rappelle très bien les discussions animées qui brassaient sa maison lorsque les amis de son père venaient souper et déliaient leur langue autour d’une bière, même des années après les faits. Les tensions palpables entre voisins et cousins, les rumeurs enflées qui ne permettaient pas de démêler le vrai du faux ont rythmé son enfance. Jacques se devait d’en parler. Je salue son courage de sortir de l’ombre ce fait important de l’histoire de l’Ontario et du Canada français.

Outre son apport mémoriel historique, il y a beaucoup d’autres éléments de Du sang sur la neige qui valent le détour. D’abord, faire le choix d’utiliser la bande dessinée comme médium était astucieux. Cela permet de digérer plus facilement toute l’information, surtout pour les lecteurs et lectrices qui ne sont pas de la génération concernée ni de ce coin de l’Ontario. De plus, le graphisme sombre, glacé et feutré avec ses dominantes de bleu, offre vraiment un plaisir visuel. L’illustrateur Christian Quesnel a un magnifique coup de crayon. Enfin, le choix de la narration est audacieux. L’histoire commence avec la Terre qui nous parle d’un ton nostalgique : elle se souvient du temps ancien où elle vivait au rythme des saisons. Puis l’arrivée de l’homme colonisateur a tout chamboulé. Très vite, la narration change de mains : des petites bulles avec les visages de vraies personnes nous racontent l’histoire : Jacques Poirier ou les personnes qu’il a consultées narrent les faits comme une voix hors champ dans un film. Cela rend la lecture dynamique, presque cinématographique.

L’illustrateur Christian Quesnel Crédit photo : Josée Lecompte

À travers cette bande dessinée, Jacques Poirier et Christian Quesnel rendent un vibrant hommage aux communautés francophones en Ontario : imparfaites, elles restent humaines, et c’est cette humanité qui touche et survit dans nos esprits lorsque l’on ferme la dernière page. Je n’ai qu’un regret… j’aurais aimé que la BD soit plus longue et voir encore plus les tiraillements familiaux.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Décès de Monique Cousineau, une pionnière incontournable de la francophonie sudburoise

SUDBURY – La pédagogue franco-ontarienne Monique Cousineau est décédée le 4 juin dernier. Véritable pilier de la francophonie du Nord de la province, elle a été directrice générale du Carrefour francophone de Sudbury de 1970 à 1982 avant de représenter l’Ontario au Commissariat des langues officielles jusqu’à sa retraite en 1995.

« Son influence et la portée de son travail se faisaient sentir encore aujourd’hui » affirme d’emblée Stéphane Gauthier, l’actuel directeur général et culturel du Carrefour francophone de Sudbury.

Il ajoute qu’il n’était pas rare qu’il entende des anecdotes d’anciens collègues de Mme Cousineau dans les années 70 ou 80. Il souligne que d’anciens membres du personnel lui « racontaient avec chaleur et nostalgie toute l’admiration et l’amitié qu’elles et ils éprouvaient pour cette battante qui a été complice dans leurs années formatrices. »

Stéphane Gauthier ajoute que « Monique Cousineau laisse avec nous la marque de ce qu’est la nature profonde de l’engagement envers la culture et la langue française ».

Née à Sturgeon-Falls dans le nord-est de l’Ontario, Monique Cousineau a fait des études en pédagogie à l’Université d’Ottawa, dans le domaine des arts à l’Université Laurentienne de Sudbury, en éducation théologique à Bruxelles, avant d’achever sa formation avec une maîtrise en théologie à l’Université de Toronto. Après son parcours académique, Mme Cousineau entame sa vie professionnelle dans l’enseignement à Sturgeon-Falls et à Ottawa de 1965 à 1968.

C’est dans les années 1970 que Monique Cousineau s’affirme comme défenseuse de la francophonie ontarienne, notamment par le biais de ses engagements communautaires au service de la jeunesse sudburoise. En 1970, elle accède à la direction du Carrefour francophone de Sudbury (anciennement le centre des jeunes de Sudbury), le premier centre culturel francophone de l’Ontario. Son mandat est marqué par l’attention privilégiée qu’elle accorde à la jeunesse. Pendant douze ans, elle mène des programmes pédagogiques et culturels francophones, entre autres, la célèbre colonie de vacances francophone à l’Île-aux-Chênes, sur le lac Nipissing.

À travers son rôle de présidente du Comité-Action de Sudbury, Mme Cousineau plaide pour une plus grande diffusion de contenu médiatique francophone, un engagement qui aboutira à la diffusion d’un programme de TVOntario en français et à la création de CBON-FM, une station de radio francophone créée par Radio-Canada.

C’est après son départ de Sudbury qu’elle a rejoint le secrétariat d’État dans le département des langues officielles où elle a été nommée représentante de l’Ontario par le commissaire aux langues officielles.

En 2021, dans le cadre du 70e anniversaire du Carrefour francophone, deux fauteuils dédicacés ont été inaugurés à la Place des Arts du Grand Sudbury. Le but était de rendre hommage à des « visionnaires de l’ancien Centre des jeunes », soit le Père Albert Régimbal et Monique Cousineau.

Écoute, soutien financier, services en français… La ministre Kusendova en mode solution

TORONTO – Tout juste assermentée ce vendredi, la neuvième ministre des Affaires francophones de l’Ontario assure qu’elle va écouter la communauté avant de s’atteler aux dossiers les plus urgents parmi lesquels l’application réelle de la Loi sur les services en français (LSF) et l’attraction de la main-d’œuvre bilingue.

En entrevue avec ONFR, Natalia Kusendova-Bashta affirme qu’elle sera vigilante sur les enjeux franco-ontariens et particulièrement sur l’application de la Loi sur les services en français de même que sur l’attraction d’une main-d’œuvre francophone.

« On doit faire de notre mieux pour soutenir les organismes qui veulent être désignés volontairement sous la LSF et attirer une main-d’œuvre bilingue. C’est pourquoi les investissements qu’on a faits au Collège Boréal, au campus de l’UOF et ailleurs sont si importants », estime-t-elle.

« Cette année, on va célébrer le 40e anniversaire de la LSF, qu’on a modernisée. C’est un grand événement. On a beaucoup de choses à fêter, mais aussi du travail de mise en œuvre à faire. »

Un peu plus tôt, la députée de Mississauga-Centre a prêté serment, officialisant sa prise de fonction à la tête du ministère des Affaires francophones, un portefeuille qu’elle gérera de concert avec celui des Soins de longue durée, déjà à sa charge depuis deux ans.

Mme Kusendova-Bashta, qui a déjà par le passé agi à titre d’adjointe parlementaire à la ministre des Affaires francophones, n’arrive pas en terre inconnue, se disant consciente des besoins existants et de la fragilité de certains organismes.

Elle les incite toutefois à ne pas tout attendre de son ministère, mais au contraire à saisir d’autres opportunités de financement : « On a beaucoup de programmes d’investissement différents qui peuvent soutenir ces organismes par le biais de tout le financement qui existe dans les autres ministères, rappelle l’élue progressiste-conservatrice, prenant en exemple celui du Tourisme.

Depuis ses origines, le rôle de ministre des Affaires francophones revêt une dimension d’influence auprès des autres ministres plus ou moins sensibles aux langues officielles. Mme Kusendova assume ce statut et entend le mettre à profit pour faire de nouveaux gains pour la communauté.

« On a fait beaucoup de progrès à ce sujet, mais bien sûr, il y a encore du travail à faire. Je vais rencontrer mes collègues pour assurer que la lentille francophone est toujours dans leurs pensées avant de créer ou changer une politique. »

Théâtre français de Toronto : des discussions en cours

Mettra-t-elle en œuvre les recommandations du commissaire aux services en français, notamment celle d’un répertoire des services en français, toujours en suspens? « C’est une bonne idée, mais je dois m’organiser d’abord, faire tous mes briefings et voir le terrain, faire les visites, rendre visite à tous les intervenants partout en Ontario. Et puis développer un plan, un plan d’action. »

Alors que le Théâtre français de Toronto (TfT) se bat pour concrétiser son projet de salle de spectacle et que le gouvernement ne l’a que partiellement aidé, Mme Kusendova a laissé la porte ouverte à une solution provenant de la province. « S’il y a des fonds, par exemple dans le ministère de Tourisme ou celui de l’Infrastructure, je vais faire ma recherche et je vais regarder si on peut avoir un partenariat avec le fédéral pour aider le théâtre. »

Hébergement pour femmes : des « fonds disponibles » à étudier

Parmi les autres dossiers en souffrance, figure celui de La Maison, un centre d’hébergement francophone pour femmes victimes de violence à Toronto qui a un besoin urgent de places additionnelles. Dans son dernier budget, le gouvernement n’a pas suivi une recommandation de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) réclamant un geste.

« Je sais que dans le ministère associé des Perspectives sociales et économiques pour les femmes de ma collègue Charmaine Williams, il y a des fonds où on peut voir si on peut aider cet organisme. Je ne sais pas si La Maison a fait une telle demande auprès de ce ministère, mais s’il y a des fonds disponibles, ça serait le meilleur endroit », note-t-elle.

États généraux de l’Ontario français : « J’ai hâte de voir les recommandations qui vont sortir de ces travaux »
— Natalia Kusendova-Bashta

Quoi qu’il en soit, avant de plonger dans tous ces dossiers, la ministre veut s’octroyer du temps afin de mieux saisir les besoins et attend beaucoup de l’issue des états généraux de l’Ontario français qui, après une tournée dans le Sud et l’Est, se tiennent dans le Nord au cours des prochains jours.

« J’ai hâte de voir les recommandations qui vont sortir de ces travaux », indique-t-elle, avant d’insister sur son vif intérêt à vouloir avancer sur les enjeux de santé et soins de longue durée pour les francophones, un enjeu qu’elle dit toujours garder en tête dans son autre ministère.

Véronic DiCaire veut faire rayonner les arts dans sept écoles de l’Est ontarien

ROCKLAND – Le Conseil scolaire du district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO) et la Fondation Véronic DiCaire ont annoncé, vendredi, un nouveau partenariat destiné à soutenir les projets liés aux arts de la scène. Les élèves des sept écoles secondaires du CSDCEO auront bientôt accès à plus de ressources et d’occasions de développer leurs talents artistiques.

« Ce partenariat me tient particulièrement à cœur car avant de fouler les grandes scènes, j’ai fait mes premiers pas artistiques près d’ici, à la Caféthèque de l’École secondaire catholique de Casselman », a déclaré Véronic DiCaire, vendredi, à l’occasion de l’annonce de ce partenariat à l’École secondaire catholique L’Escale.

Pour l’occasion, les élèves ont offert un aperçu des projets artistiques réalisés dans leurs écoles. Véronic DiCaire est même montée sur scène avec eux.

Le partenariat touchera les sept écoles secondaires du conseil : Embrun, Casselman, Rockland, Plantagenet, Hawkesbury, Cornwall et Alexandria.

« Accompagner aujourd’hui les enseignantes, les enseignants et les élèves des écoles du CSDCEO, c’est pour moi un véritable retour aux sources. Quel bonheur de contribuer, dans ma province et ma langue natales, à faire grandir la prochaine génération d’artistes francophones! », a-t-elle affirmé.

Pour Rémon Boulerice, conjoint et gérant de carrière de Véronic DiCaire, également président de la Fondation, l’idée est née d’une expérience familiale.

« L’élément déclencheur pour nous a été de voir nos nièces participer au spectacle Showbizz. Cela nous a ramenés à nos propres années au secondaire », raconte-t-il.

Tous deux anciens élèves d’écoles secondaires de l’Est ontarien, ils gardent un souvenir marquant de leur participation aux activités artistiques scolaires.

Originaire de Casselman en Ontario, Rémon Boulerice est le président et l’un des administrateurs officiels de la Fondation Véronic DiCaire. Photo : Amine Harmach/ONFR

« Nous croyons profondément à l’importance de ces projets. Lorsque nous avons constaté qu’ils avaient besoin d’aide, il nous a semblé tout naturel d’offrir notre soutien », explique-t-il.

La forme exacte de l’aide financière reste toutefois à déterminer. Une consultation a été amorcée avec les responsables des sept écoles afin d’identifier les besoins prioritaires.

La fondation n’écarte pas d’importants investissements à long terme. Elle avait notamment accordé un don de 100 000 dollars au MIFO dans le cadre de sa campagne majeure de financement.

Parmi les élèves présents lors de l’annonce, Flavie DiCaire, nièce de Véronic DiCaire et élève à L’Escale, a témoigné de l’impact des projets artistiques sur son parcours.

Flavie DiCaire, élève à l’École secondaire catholique L’Escale, témoigne de l’impact qu’ont eu les projets artistiques sur son parcours scolaire. Photo : Amine Harmach/ONFR

Attirée au départ par les sciences et les mathématiques, elle a attendu sa 11e année avant de participer au spectacle Showbizz, spectacle multidisciplinaire annuel de l’École secondaire catholique L’Escale.

« Honnêtement, c’est l’une des meilleures décisions que j’ai prises. J’en garde de très beaux souvenirs et j’y ai fait de nombreuses rencontres », raconte-t-elle.

La jeune femme dit avoir découvert une réalité souvent méconnue du grand public. « Quand on assiste à un spectacle, on voit surtout les musiciens et les chanteurs, mais on ne se rend pas toujours compte de tout le travail qui se fait en coulisses », souligne-t-elle.

« Cela me permet de mieux comprendre toute l’organisation nécessaire pour monter un spectacle et d’apprécier les efforts déployés par toutes les personnes qui travaillent derrière la scène. »

Miser sur la créativité des élèves

Pour le président du CSDCEO, Jean Lemay, ce partenariat répond directement à un intérêt grandissant des élèves pour les arts.

« Nous constatons que les élèves ne s’intéressent pas uniquement aux domaines techniques. Ils veulent aussi explorer les arts visuels, le théâtre, l’écriture, la prise de parole et la performance », affirme-t-il.

« En nous associant à une professionnelle reconnue comme Véronic DiCaire, nous souhaitons enrichir nos programmes, bénéficier de son expertise et offrir davantage d’occasions à nos élèves de développer leurs talents artistiques », poursuit-il.

Pour Jean Lemay, président du CSDCEO, les arts constituent un puissant levier d’engagement et d’épanouissement pour les élèves. Photo : Amine Harmach/ONFR

L’annonce s’est déroulée à l’École secondaire catholique L’Escale, la plus grande école secondaire du CSDCEO, qui compte plus de 1100 élèves et continue de croître chaque année.

L’entente prévoit notamment un accompagnement professionnel, du financement pour certains projets et des occasions de perfectionnement pour le personnel enseignant. Les élèves pourront aussi bénéficier d’activités touchant autant les arts de la scène que les métiers des coulisses, comme l’éclairage, la sonorisation, la scénographie ou la gestion de production.

Mettre des mots sur les maux : des ateliers pour les francophones de Niagara

WELLAND – Créer un espace pour écrire, respirer, échanger et se reconnecter à soi-même. C’est l’objectif que poursuit l’autrice Mélina Seymour avec les nouveaux ateliers de « littérapie » qu’elle lance cet été à Welland. Une initiative portée par les récentes Éditions Largent, une maison d’édition francophone qu’elle a fondée en mai dernier afin de mettre en lumière les récits de vie, particulièrement ceux des femmes et des personnes issues de l’immigration.

Originaire de la Guadeloupe, installée au Canada depuis une dizaine d’années et désormais résidente de l’Ontario, Mélina Seymour est autrice de neuf ouvrages et s’apprête à publier son dixième livre. Pour elle, l’écriture a toujours été bien plus qu’un simple exercice littéraire.

« J’écris depuis 2016 et à travers mes livres, je raconte les rencontres, les parcours migratoires, les politiques publiques qui peuvent aider les jeunes et les réalités des femmes, explique-t-elle. Je voulais aussi créer un espace pour que les gens puissent raconter leur propre histoire. »

Une maison d’édition née d’un hommage

Les Éditions Largent ont vu le jour en mai 2026, un mois particulièrement symbolique pour leur fondatrice. Le nom de la maison est directement inspiré du nom de famille de sa mère, à qui elle souhaitait rendre hommage.

« C’était une façon de célébrer les femmes, mes dix années d’écriture, mais aussi de laisser une place aux récits qui ne trouvent pas toujours leur chemin dans l’édition traditionnelle », souligne-t-elle.

Sans être exclusivement consacrée aux femmes, la maison d’édition accorde une attention particulière aux voix féminines et aux parcours de personnes ayant connu l’immigration, l’exil ou les transitions de vie.

La « littérapie », écrire pour mieux se reconstruire

Au cœur de cette démarche se trouve un terme inventé par l’autrice elle-même : la « littérapie ».

« Le mot n’existe pas vraiment, je l’ai inventé, admet-elle en souriant. L’idée, c’est que mettre des mots sur les maux fait du bien. »

Pour Mélina Seymour, cette pratique s’inspire directement de son propre parcours. Marquée par plusieurs épreuves personnelles, dont le décès brutal de son conjoint il y a deux ans, elle explique avoir trouvé dans l’écriture un moyen de traverser les moments difficiles.

« Écrire libère quelque chose. On dépose sur le papier ce qui nous habite et cela permet de prendre du recul sur ce que l’on vit. »

L’objectif des ateliers n’est toutefois pas de se concentrer uniquement sur les blessures ou les difficultés.

« Ce qui m’intéresse, c’est aussi de faire ressortir la résilience. Comment on s’est relevé, quelles forces on a découvertes en soi et comment ces expériences peuvent inspirer d’autres personnes. »

À l’heure où les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle multiplient les récits parfois fabriqués ou idéalisés, l’autrice souhaite remettre au centre les histoires vécues et les témoignages authentiques.

« Il y a de vraies personnes qui vivent de vraies choses et qui peuvent partager leur expérience avec les autres », résume-t-elle.

Un espace ouvert à tous

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, aucun niveau d’écriture n’est requis pour participer.

« Tout le monde est le bienvenu », insiste l’autrice. « Il n’y a pas besoin d’être écrivain ou d’avoir déjà rédigé quoi que ce soit. On vient simplement avec son histoire et ses mots. »

Les ateliers s’adressent autant aux hommes qu’aux femmes, aux nouveaux arrivants qu’aux résidents de longue date. Les familles peuvent également participer, et les enfants disposeront d’un espace où ils pourront dessiner ou écrire à leur manière.

Cette ouverture répond à un besoin qu’elle observe régulièrement auprès des personnes qu’elle accompagne dans la région de Niagara, notamment celles qui traversent une période de transition professionnelle ou personnelle.

« Beaucoup de gens qui cherchent un emploi ou qui essaient de s’intégrer se sentent découragés. Cet atelier leur rappelle qu’ils ne sont pas seulement un numéro ou un CV. Ils ont une histoire, une voix et une contribution à apporter à la société. »

Écrire en français comme acte de résistance

Au-delà du mieux-être individuel, ces rencontres portent également une dimension linguistique et culturelle.

Dans une région où l’anglais domine largement, Mélina Seymour voit ces ateliers comme une façon de créer des espaces francophones où la langue peut pleinement s’exprimer.

« C’est une forme de résistance », affirme-t-elle. « Le Canada a deux langues officielles, mais on se laisse souvent entraîner vers l’anglais. Ici, on veut montrer qu’on peut exister, créer et raconter nos histoires en français. »

Selon elle, préserver ces lieux d’expression est essentiel pour assurer la vitalité de la francophonie ontarienne et permettre aux nouveaux arrivants francophones de trouver leur place dans leur communauté.

« Nous sommes fiers de notre langue et nous avons notre propre rapport au monde. Il faut pouvoir le raconter. »

Une première rencontre appelée à se répéter

La première séance aura lieu ce dimanche 7 juin à Welland. Pendant trois heures, les participants seront invités à mettre de côté téléphones et ordinateurs afin de se concentrer sur une feuille blanche et sur le récit qu’ils souhaitent partager.

L’exercice pourra prendre différentes formes : souvenirs, anecdotes, réflexions personnelles ou récits collectifs construits à partir des échanges du groupe.

« On peut partir d’une simple rencontre dans un abribus ou d’un souvenir marquant. L’important est de trouver ce qu’on a envie de déposer sur le papier », explique l’autrice.

Face à l’intérêt suscité par l’initiative, Mélina Seymour prévoit déjà d’autres rencontres au cours de l’été ainsi que des ateliers destinés aux enfants. L’objectif à long terme est d’offrir ce rendez-vous une fois par mois, avec des séances virtuelles durant l’hiver.

« Beaucoup de personnes me disent qu’elles ont toujours rêvé d’écrire sans jamais oser. J’aimerais leur montrer que leur histoire mérite d’être racontée. »

Le Franco-Manitobain Daniel Boucher récompensé par la francophonie canadienne

WINNIPEG — Le Franco-Manitobain Daniel Boucher, administrateur de longue date au sein de la francophonie manitobaine, a été honoré jeudi soir par la francophonie canadienne pour son implication à faire avancer la langue française en milieu minoritaire.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, qui représente les quelque deux millions de francophones hors Québec et ses organisations membres d’est en ouest du pays, a remis jeudi soir ses prix annuels dans le cadre de son congrès. Daniel Boucher a ainsi reçu le prix Boréal Leadership devant une salle avec une centaine de personnes.

« C’est tout un honneur. Je suis vraiment, vraiment touché », affirme en entrevue M. Boucher, qui a passé plus de trois décennies au sein de la Société de la francophonie manitobaine (SFM).

Daniel Boucher recevant le prix Boréal Leadership de la présidente de la FCFA, Liane Roy, lors d’une cérémonie jeudi soir à Winnipeg. Cette récompense souligne une contribution exceptionnelle au développement des communautés francophones et acadiennes. Crédit image : ONFR

Il a été le directeur général de l’organisme représentant les francophones de cette province de l’Ouest pendant plus de 30 ans. M. Boucher considère que les avancées effectuées par la SFM au cours de ces années ont contribué à cet honneur, qu’il ne s’attendait « pas du tout » à recevoir.

« Avec la communauté, les bénévoles et notre équipe, on a pu lancer l’initiative d’agrandir l’espace francophone en 2001. On a fait des États généraux en 2014. On a eu aussi la Loi sur les services en français dans la province. On a laissé une marque dans la communauté », souligne-t-il avec fierté.

Autre lauréat : FrancoQueer, l’association francophone des personnes 2SLGBTQIA+ de l’Ontario, a obtenu le prix Boréal Inclusion.

« C’est une fierté de tout le travail qui est fait à FrancoQueer, et puis une reconnaissance, je pense, de l’impact qu’on a dans la communauté », commente son directeur général, Arnaud Baudry.

L’organisme basé à Toronto, qui souligne son 20e anniversaire de fondation, explique que près de 250 personnes immigrantes 2SLGBTQIA+ francophones ont pu profiter de services d’établissement « pour les accompagner aussi dans leur travail de reconstruction et d’affirmation identitaire ».

« C’est vraiment important, par exemple, pour les personnes qui viennent de pays où l’homosexualité est illégale. Aussi, l’an passé, par exemple, on a livré plus de 200 activités qui ont rassemblé 5000 participants », mentionne Arnaud Baudry.

Ahdithya Visweswaran s’est quant à lui vu décerner le prix Boréal-50 pour son engagement au sein de la francophonie albertaine et canadienne.

« C’était une belle surprise, je ne m’attendais aucunement à ça. Puis surtout comme personne qui a beaucoup questionné sa place dans la francophonie, c’est une façon qui m’a donné de la validation que oui, tu as ta place », signale-t-il.

Ce dernier est le directeur, Affaires publiques et politiques chez Canadian Parents for French, l’organisme national qui milite pour des programmes de français langue seconde de qualité, incluant l’immersion française.

« J’y pensais ce matin, puis j’étais comme : Pourquoi moi? », admet-il en riant.

« J’ai toujours été quelqu’un pour qui… ça vient de ma culture indienne, ça s’appelle le Seva. C’est le lien à sa communauté. Ça fait partie de mes valeurs, mes parents m’ont inculqué cette valeur-là. Puis pour moi, ma communauté, c’est la francophonie. J’ai fait ce qui était naturel pour moi, puis ils ont pensé que c’était digne d’une reconnaissance », raconte-t-il.

L’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC) a de son côté remporté le prix Boréal Rapprochement « en reconnaissance de ses efforts de maillage entre les milieux collégiaux au Québec et au sein des communautés francophones et acadiennes ».

Réunion annuelle

La FCFA était de passage à Winnipeg, dans une province où la francophonie s’est trouvée sous les projecteurs dans la dernière année.

« C’est dans le cadre de nos rencontres que l’on fait annuellement, et on a choisi de venir au Manitoba, justement pour appuyer tout le mouvement envers un Manitoba véritablement bilingue », explique sa présidente, Liane Roy, en référence au premier ministre Wab Kinew qui ne cesse de répéter son désir de voir sa province être « véritablement bilingue ».

Les organisations membres de la FCFA sont réunies de jeudi à samedi à Saint-Boniface, le cœur de la communauté francophone de Winnipeg.

« Ce sont nos rencontres habituelles où on parle des enjeux et où on discute avec nos membres pour voir ce qu’ils veulent qu’on fasse, s’il y a des dossiers qu’on doit ajouter. C’est là qu’on les informe aussi d’où on est rendus dans nos dossiers politiques et juridiques, et comment on fait progresser tout ça », explique-t-elle.

Liane Roy a été réélue par acclamation à la tête de l’organisme porte-parole des francophones hors Québec en mai dernier. Mais le conseil d’administration de l’organisation, qui a fêté son 50e anniversaire l’an dernier, pourrait voir de nouveaux visages alors que près de 23 candidats sont en lice pour cinq postes. L’assemblée annuelle de l’organisme a lieu samedi.

Les syndicats enseignants ontariens prêts à négocier avec le gouvernement

TORONTO – Alors que les conventions collectives des enseignants de la province arrivent à terme en août prochain, leurs principaux syndicats ont émis ce mercredi un avis d’intention de négocier, affichant une certaine cohésion et détermination à quelques jours d’entamer les pourparlers avec le gouvernement.

Un avis d’intention de négocier est en quelque sorte l’ultime étape avant le démarrage des négociations. C’est chose faite pour les cinq principales organisations syndicales qui défendent les intérêts de quelque 255 000 enseignants et membres du personnel scolaire à travers la province.

Gabrielle Lemieux, présidente de l’AEFO, a évoqué en conférence de presse, ce mercredi, des combats communs avec les autres syndicats plaidant pour un système éducatif « fort et accessible », tout en soulignant la fragilité de la situation des 12 000 enseignants de langue française qu’elle représente.

« Les écoles francophones doivent constamment en faire plus avec moins tout en répondant à des réalités particulières liées à notre contexte linguistique et culturel minoritaire, une réalité qui pèse aussi sur la rétention du personnel », a-t-elle fait valoir.

« Notre priorité se situe dans les conditions d’apprentissage et de travail des enseignants », a-t-elle précisé, répondant à une question d’ONFR. Mme Lemieux et son organisation vont ainsi tenter d’arracher des « améliorations concrètes et à la hauteur des besoins », appelant à des solutions « constructives et durables ».

L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO), l’Association des enseignantes et des enseignants catholiques anglo-ontariens (OECTA), le Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario (SCFP-CSCSO) et la Fédération des enseignantes et des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (OSSTF/FEESO) se préparent maintenant à entamer des discussions franches et potentiellement difficiles.

Plusieurs représentants se sont rejoints sur certains points, dont ceux du sous-financement chronique du système éducatif, de la taille des classes, du manque de ressources pour les élèves et de la pénurie de personnel qui frappe le secteur, des sujets récurrents dans le cadre de négociations. Ils ont en outre martelé le caractère urgent du processus, après que leur demande d’entrer en négociation dès le 2 mars dernier a échoué.

Paul Calandra, ministre de l’Éducation. Photo : Capture du compte YouTube officiel du gouvernement de l’Ontario

La veille, le ministre de l’Éducation Paul Calandra se disait lui aussi prêt à négocier, en marge d’une conférence de presse sur un tout autre sujet. « Je suis optimiste (…) Ils veulent le meilleur accord pour les gens qu’ils représentent et je veux la même chose pour les enseignants et les contribuables », disait-il en réponse à une question de la presse.

Son gouvernement a fait quelques avancées ces derniers mois pour les enseignants comme le raccourcissement de la durée de formation, en même temps qu’il a suscité de vives inquiétudes sur la réforme touchant le rôle des conseillers scolaires.

Les parties sont à présent légalement tenues d’entamer des négociations dans un délai de 15 jours. « Nous pressons le gouvernement provincial et les organismes négociateurs patronaux à se présenter à la table des négociations dès que possible, prêts à échanger de façon constructive pour garantir que chaque élève ait accès au soutien, aux ressources et aux conditions d’apprentissage nécessaires à sa réussite », enjoignent les cinq syndicats.

Rapprochement avec le Québec : le nouveau pari de l’ACFO de Prescott et Russell

HAWKESBURY – Face aux impératifs de renouvellement de ses enveloppes budgétaires fédérales, l’Association canadienne-française de l’Ontario de Prescott et Russell (ACFO PR) mise désormais sur une stratégie additionnelle d’interdépendance culturelle et économique en abattant la barrière administrative de la rivière des Outaouais pour s’allier au Québec.

« Si on ne démontrait pas des idées novatrices, on risquait d’être carrément coupé », voilà comment Sylvain St-Pierre, directeur général de l’ACFO PR, explique ce choix de se tourner vers la province voisine.

Patrimoine canadien exigeait, en effet, un renouvellement profond des projets habituels, une pression qui s’est transformée en opportunité pour la structure franco-ontarienne. 

L’idée semble avoir séduit le bailleur de fonds qui vient tout juste d’accorder une nouvelle enveloppe de 37 500 $ par an à l’organisme pour deux ans, une somme qui demeure toutefois inférieure aux budgets précédents.

Cette réalité financière a poussé M. St-Pierre à bousculer le statu quo pour concevoir une collaboration inédite. « C’est pour ça que je suis allé à gros coup », ajoute-t-il en indiquant avoir basé sa nouvelle stratégie sur un maillage serré avec la région québécoise de la Petite-Nation. 

Sylvain St-Pierre, directeur général de l’ACFO de Prescott et Russell, souhaite relier sécurité linguistique et vitalité économique locale. Photo : Inès Rebei/ONFR

Un choc culturel inversé sur la sécurité linguistique

Le directeur général de l’ACFO PR dit observer un paradoxe important dans les mentalités de part et d’autre de la frontière, estimant que l’Ontario français possède une expertise de la résilience à partager.

M. St-Pierre affirme que de l’autre côté de la rivière, la perception de la sécurité linguistique est parfois trompeuse : « Je pense qu’ils ne se rendent pas compte de la possibilité de perdre le français très facilement ». 

Il soutient qu’une vague d’immigration anglophone pourrait rapidement déstabiliser le Québec frontalier, à l’image des défis démographiques relevés en Ontario : « C’est facile de perdre sur l’autre côté. Ici, mon but c’est d’apporter la fierté d’être francophone […] et c’est important de ce temps de se tenir ensemble. »

Selon M. St-Pierre, le recul du français et l’anglicisation progressive constatés dans certains commerces de l’Est ontarien ont entraîné des conséquences financières directes, notamment en décourageant la clientèle québécoise de venir dépenser dans la région.

Afin de retourner cette tendance, l’organisme délaisse le discours purement identitaire pour utiliser le levier des affaires.

Le directeur général de l’ACFO PR rappelle que la langue et l’économie sont intimement liées sur le marché local. « C’est bien de demander des services en français, mais est-ce que les gens réalisent que c’est lié à l’économie? », s’interroge M. St-Pierre. 

Il constate que lorsque le visage francophone des municipalités s’efface, l’impact commercial est immédiat : « Les gens de la Petite-Nation me disent qu’ils viennent moins parce qu’ils s’aperçoivent qu’ils ne se font plus servir en français ».

Économie et culture

Pour concrétiser cette vision, l’ACFO-PR mise sur des secteurs économiques de proximité, au premier rang desquels figurent l’agroalimentaire et le secteur culturel.

L’organisme prévoit de commencer les discussions ce jeudi au Québec en rencontrant la Société de généalogie de la Petite-Nation. À plus long terme, l’objectif de cette stratégie, qui englobe aussi la région d’Argenteuil, serait notamment de créer des ponts entre les structures agroalimentaires des deux rives pour développer un marché régional unifié.

Des projets de circuits touristiques communs, des visites de centres culturels en autobus et des concepts de municipalités jumelées sur le modèle européen pourraient aussi être des pistes étudiées pour des échanges interprovinciaux les deux prochaines années.

M. St-Pierre insiste sur le fait que les deux rives partagent la même réalité quotidienne, mais que les structures politiques forcent les intervenants à travailler de manière isolée. « Ces deux organismes, je veux essayer de les mettre ensemble », explique-t-il, en faisant référence aux tables agroalimentaires des deux provinces. 

Le directeur général conclut en affirmant que relier ces réseaux et créer ces corridors d’échanges n’est pas une simple posture philosophique : « Je trouve ça très important pour les deux prochaines années de faire des ponts entre les deux régions ».

L’Ontario amorce la construction de la porte d’entrée du Cercle de feu

GREENSTONE – Le gouvernement de l’Ontario a lancé aujourd’hui les travaux de reconstruction de la rue principale de Geraldton, dans la municipalité de Greenstone. Doté d’un budget de 81,3 millions de dollars, ce chantier de voirie constitue le premier jalon logistique terrestre vers les gisements de minéraux critiques du Cercle de feu, dont le calendrier officiel de réalisation est devancé de cinq ans par la province.

L’annonce a été faite par Greg Rickford, ministre des Affaires autochtones et de la Réconciliation économique avec les Premières Nations, en présence de représentants municipaux et du milieu industriel ainsi que des dirigeants de communautés autochtones. 

Les travaux visent à réhabiliter le tronçon reliant la route 11 à la route 584 afin d’adapter l’infrastructure au trafic industriel lourd et de raccorder la zone à la route Transcanadienne.

Selon les prévisions révisées du ministère des Transports, l’objectif est d’amorcer dès ce mois-ci la construction de plus de 500 kilomètres de routes toutes-saisons menant au projet minier Eagle’s Nest

Les autorités prévoient une ouverture progressive des voies à partir de novembre 2030, visant un accès complet au Cercle de feu d’ici 2031.

« La rue principale de Geraldton a toujours représenté bien plus qu’une simple reconstruction de route : il s’agit de construire les voies vers la prospérité, avec les Premières Nations et les communautés du Nord en tant que dirigeants et partenaires à part entière, à chaque étape du processus », a déclaré Greg Rickford par voie de communiqué.

De son côté, le maire de Greenstone, James McPherson, a affirmé  : « La réhabilitation de la rue principale est un projet unique en son genre qui apporte une revitalisation indispensable à une infrastructure essentielle qui servira de point de départ aux voies vers la prospérité. Il s’agit du plus grand projet d’infrastructure municipale de l’histoire de Greenstone, qui n’aurait pas été possible sans la direction du premier ministre Ford et du ministre Rickford. »

Carte illustrant la portion de la route 584 (rue principale de Geraldton) ciblée par l’investissement de 81,3 millions de dollars de la province. Ce tronçon relie la route 11 au sud jusqu’à l’extrémité nord de la municipalité, servant de point de départ logistique vers le Cercle de feu. Photo : gracieuseté du gouvernement de l’Ontario

Contrat à une firme autochtone

Ce changement de calendrier fait suite à l’accord bilatéral « Un projet, une évaluation » conclu en décembre dernier entre le premier ministre fédéral Mark Carney et le premier ministre ontarien Doug Ford. 

Ce protocole de réciprocité environnementale confie à la province la gestion unique de l’étude d’impact, sous réserve du respect des compétences fédérales. L’Agence d’évaluation d’impact du Canada s’était alors engagée à clore son examen des routes d’accès au plus tard en juin 2026, une étape administrative franchie à temps pour le déclenchement des travaux.

Sur le plan de la gouvernance économique, le contrat de reconstruction de la rue principale a été attribué à l’entreprise Pioneer/Minodahmun Development LP, un partenariat commercial détenu par des Premières Nations. 

Cette décision fait suite à plusieurs ententes signées par la province au cours de la dernière année, notamment un accord de prospérité collective avec la Première Nation d’Aroland et des partenariats communautaires avec Webequie et Marten Falls.

Pour encadrer ces projets, l’Ontario mobilise une enveloppe de près de 3,1 milliards de dollars sous forme de prêts, de subventions et de bourses d’études destinés à la participation autochtone, parallèlement au déploiement du Fonds pour le traitement des minéraux critiques doté de 500 millions de dollars.

Archives unilingues : pas d’obligation de bilinguisme rétroactif pour la Cour suprême

OTTAWA – La Cour suprême du Canada n’aura pas l’obligation de traduire ses 6000 décisions historiques d’avant 1970. Dans un jugement rendu public ce mardi, la Cour fédérale a rejeté la demande qui visait à imposer le bilinguisme rétroactif aux archives sur internet du plus haut tribunal du pays.

Dans sa décision, la juge adjointe Denise A. LeBlanc a rejeté la demande de recours déposée par l’organisme Droits collectifs Québec (DCQ) et son directeur général, Étienne-Alexis Boucher. 

Ceux-ci tentaient de forcer le Bureau du registraire de la Cour suprême à traduire l’ensemble de ses arrêts rendus entre 1877 et 1969, presque tous rédigés uniquement en anglais.

La Cour fédérale donne ainsi raison à la branche administrative de la Cour suprême. Dans ses motifs, la juge LeBlanc tranche catégoriquement le débat :  « Je conclus que les décisions historiques de la CSC ne constituent ni des « services » ni des « communications » avec le public assujettis à l’obligation de traduction en vertu des dispositions générales de la partie IV de la LLO (Loi sur les langues officielles). » 

La magistrate ajoute que « les décisions judiciaires relèvent exclusivement du champ d’application de la partie III de la LLO, qui concerne l’administration de la justice » or cette section sur la justice n’impose pas de bilinguisme rétroactif pour les jugements rendus avant les années 1970.

Le tribunal a balayé l’argument central des demandeurs, qui soutenaient que le fait de numériser les textes et d’y ajouter des hyperliens créait une nouvelle version moderne, devant obéir aux règles actuelles de bilinguisme imposées aux sites web fédéraux.

La juge LeBlanc a rappelé que le passage au numérique ne changeait rien à la nature de l’œuvre d’origine : « […] le transfert d’un document sur un support technologique pour le rendre disponible ne constitue pas une « reproduction », une « republication » ou une « retranscription » modifiée; le document électronique reste identique au document original avant sa numérisation. »

Sur le plan strictement juridique, le tribunal a aussi reconnu qu’une telle traduction n’aurait eu aucune valeur officielle, puisque les magistrats signataires d’origine sont tous décédés et ne peuvent plus en approuver le contenu.

Déçu mais pas surpris

En entrevue avec ONFR, le directeur général de DCQ, Étienne-Alexis Boucher, ne cache pas sa déception face à ce verdict, qu’il qualifie de jugement « extrêmement technique ». « Oui, nous sommes déçus de la décision rendue aujourd’hui par la Cour fédérale… mais peu surpris. En effet, il faut réaliser que nous demandions à la Cour de remettre en question un système établi depuis plusieurs décennies. »

Malgré ce revers juridique, M. Boucher maintient que la situation actuelle demeure problématique quant au respect des droits linguistiques des francophones : « Indépendamment de la technique judiciaire, nous sommes donc toujours convaincus que la situation actuelle demeure problématique quant au respect des droits linguistiques des francophones du Canada. »

L’organisme a 30 jours pour faire appel de cette décision. « Nous étudierons la possibilité de porter en appel cette décision, qui, selon nous, ne permet pas de tendre vers une égalité réelle entre les citoyens et les citoyennes du Canada », indique-t-il.

Le directeur général préfère toutefois mettre en lumière le chemin parcouru depuis le dépôt de sa plainte en décembre 2023, estimant que les procédures ont forcé la Cour suprême à devancer les tribunaux en créant un comité d’experts pour traduire 24 jugements historiques.

« La seule existence de ces procédures judiciaires a convaincu la Cour suprême de poser un geste. On avait déjà obtenu des gains concrets et réels pour les francophones », se réjouit Étienne-Alexis Boucher.

Des coûts financiers jugés prohibitifs

En juin 2024, le juge en chef Richard Wagner avait déjà affirmé que l’institution ne disposait pas des ressources nécessaires. Son administration avait démontré qu’une telle obligation de traduction globale représenterait un chantier irréalisable nécessitant l’embauche d’une centaine de traducteurs et des dépenses de 10 à 20 millions de dollars.

Ce dénouement vient aussi contredire les conclusions du commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge. Une enquête de son bureau avait d’abord donné raison aux plaignants en 2023, ce qui avait poussé Droits collectifs Québec à traîner la Cour suprême devant les tribunaux en novembre 2024.

Pour éviter d’être blâmée en justice, la Cour suprême avait retiré de manière préventive ses 6000 jugements unilingues de son portail web, un geste dont Raymond Théberge avait vivement déploré les impacts lors de son bilan annuel.

Enfin, la Cour suprême pourra, si elle le souhaite, remettre en ligne l’ensemble de ses archives historiques dans leur état unilingue d’origine pour les besoins de la recherche des juristes et des historiens. 

L’initiative prise en 2025 de traduire une courte sélection de 24 décisions jugées « les plus cruciales » par un comité d’experts se poursuivra, mais à titre de simple démarche patrimoniale.

Fermeture des centres de consommation supervisée : « Les conséquences pourraient être importantes »

Le gouvernement ontarien s’apprête à fermer, le 13 juin, plusieurs centres de consommation supervisée. Ces services seront remplacés par des carrefours d’aide aux sans-abri et de lutte contre les dépendances (AIDE), qui offriront notamment des services de traitement, de santé et de soutien social, mais sans consommation supervisée.

Alors que les débats opposent souvent santé publique et sécurité publique, le Dr Caudarella estime qu’aucune solution unique ne peut répondre à la crise des surdoses. Il plaide pour une meilleure collaboration entre les municipalités, les provinces et le gouvernement fédéral.

« Les centres de consommation supervisée en Ontario fermeront le 13 juin. Quels impacts anticipez-vous sur les personnes qui utilisent ces services, notamment dans les grandes villes comme Ottawa ou Toronto par rapport à des villes plus petites comme Timmins ou Cochrane?

Autour des impacts de ces fermetures, il demeure beaucoup d’inconnues, et c’est justement ce qui préoccupe plusieurs intervenants du milieu. Ce que l’on sait, c’est que ces services sont utilisés par un grand nombre de personnes qui hésitent souvent à recourir à d’autres ressources ou qui, dans le passé, n’ont pas réussi à y accéder. Les conséquences pourraient donc être importantes.

Dans les petites villes, il faut aussi rappeler qu’il y a généralement moins de services. La fermeture d’une clinique ou d’un programme y a souvent des effets plus systémiques que dans les grands centres urbains.

Il faudra recueillir des données pour comprendre ce qui se passe réellement. Plusieurs scénarios sont avancés. Par exemple, si des personnes qui consommaient dans des centres supervisés se retrouvent à consommer dans des espaces publics, particulièrement durant l’été, cela pourrait entraîner davantage d’enjeux de sécurité publique ou de surdoses. 

Ces sites seront remplacés par des carrefours d’aide aux sans-abri et de lutte contre les dépendances (AIDE). Est-ce une bonne approche?

Tout investissement supplémentaire dans le secteur peut être positif, notamment s’il permet d’offrir davantage de places en traitement.

La véritable question est de savoir si ces services répondront réellement aux besoins des personnes concernées. C’est pourquoi il faudra des évaluations rigoureuses pour déterminer leur efficacité.

Il n’existe aucune solution parfaite pour toutes les villes et toutes les communautés. Partout dans le monde, les substances consommées, les modes de consommation et même la culture entourant les drogues varient d’une région à l’autre.

L’idée qu’une province entière ou un pays entier puisse appliquer exactement la même réponse partout n’est pas réaliste. Chaque ville et chaque communauté doivent pouvoir mettre en place les approches qui correspondent le mieux à leur réalité.

Vous dites que la réalité des petites villes est différente. Est-ce simplement parce qu’elles disposent de moins de services?

Il y a effectivement moins de services, mais il y a aussi des réalités très particulières. Par exemple, dans une région agricole, les modes de consommation et la façon dont les gens souhaitent accéder aux traitements peuvent être différents de ceux observés ailleurs. Il en va de même dans des communautés où l’économie repose davantage sur la foresterie ou d’autres secteurs.

Chaque ville possède également sa propre culture et sa propre façon d’aborder ces enjeux. Dans un grand centre comme Toronto, il est souvent possible d’ouvrir une nouvelle clinique ou d’ajouter de nouveaux services. Dans les petites villes, c’est beaucoup plus difficile. Dans les grandes villes, on parle souvent de capacité; dans les petites communautés, on parle davantage de possibilités concrètes de mise en œuvre.

La question devient alors : comment peut-on aider les ressources déjà présentes à faire davantage avec plus de soutien, plus de formation ou plus d’accompagnement? Parfois, la solution n’est pas de créer de nouveaux services, mais plutôt de développer des approches différentes, comme des services mobiles.

Cela dit, les petites villes possèdent aussi un avantage : elles peuvent souvent innover plus rapidement. À Timmins, par exemple, les paramédics ont été parmi les premiers au pays à pouvoir administrer de la buprénorphine, un traitement efficace contre la dépendance aux opioïdes. Au lieu d’attendre une consultation médicale, les personnes pouvaient commencer leur traitement directement avec les ambulanciers.

À Ottawa, on observe des divergences importantes entre la Ville et le gouvernement provincial sur la question des centres de consommation supervisée. Comment voyez-vous cette situation?

C’est un domaine où les municipalités, les provinces et le gouvernement fédéral ont tous un rôle à jouer. Il est inévitable qu’il y ait parfois des divergences idéologiques. Toutefois, il n’y a pas de solution durable sans collaboration entre les trois niveaux de gouvernement.

Sans cette collaboration, ce sont les patients, les personnes qui utilisent les services et les citoyens qui risquent d’en subir les conséquences. La recherche montre qu’il est possible d’avoir à la fois des communautés en santé et des communautés sécuritaires. L’idée qu’il faudrait nécessairement choisir entre la santé publique et la sécurité publique ne correspond pas à la réalité.

Le public doit également être impliqué dans ces discussions. Nous vivons aujourd’hui dans un nouveau contexte marqué par les drogues synthétiques. La situation varie énormément d’une région à l’autre. Autrefois, de vastes territoires étaient exposés aux mêmes substances. Aujourd’hui, chaque communauté peut être confrontée à une réalité différente.

C’est pourquoi les gouvernements doivent trouver des moyens de travailler ensemble. Sinon, ce sont encore une fois les patients, les citoyens et les communautés qui en paieront le prix. »

Immigration francophone : près de 15 millions $ dépensés par Ottawa en publicités

OTTAWA — Au cours des dernières années, le gouvernement fédéral a dépensé des dizaines de millions de dollars en contrats publicitaires auprès de firmes externes dans le but d’attirer des immigrants francophones au Canada.

Cameroun, Algérie, France, Maroc, Belgique, Tunisie et plus d’une cinquantaine d’autres pays à travers le monde : Ottawa multiplie les publicités sur les réseaux sociaux en plus d’orienter les utilisateurs vers son site Web pour attirer des immigrants francophones.

C’est ce qui est indiqué dans des réponses offertes aux députés conservateurs au Feuilleton de la Chambre des communes, Andrew Lawton et Burton Bailey. Ces derniers ont demandé aux différents ministères, dont Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), leurs dépenses en matière de publicité au cours des dernières années.

Ce sont 9,5 millions $ qui ont été dépensés de 2021 à 2026 dans le cadre de campagnes publicitaires internationales « visant à encourager les personnes francophones hautement qualifiées à immigrer au Canada par le biais du programme Entrée express ».

« Les messages ont promu le français comme un atout pour le travail au Canada et le Canada comme un pays offrant de nombreuses opportunités aux travailleurs qualifiés francophones pour s’installer et prospérer. Les annonces ont orienté les demandeurs potentiels à consulter le site Web de la campagne pour découvrir la raison pour laquelle ils devraient choisir le Canada et quelles voies et ressources peuvent soutenir leur immigration », peut-on lire dans l’un des descriptifs d’une des campagnes de publicité.

En plus de ces dix millions de dollars, on peut ajouter un autre cinq millions qui a été dépensé en publicité entre 2022 et 2025 dans le cadre d’une campagne nationale au Canada. Cette initiative promotionnelle avait pour but d’informer « les personnes nouvellement arrivées au Canada des services d’établissement offerts, notamment des mesures de soutien destinées aux personnes immigrantes francophones ».

Les contrats ont été conclus avec les entreprises privées spécialiées en marketing Cossette Média et EssenceMediacom, alors que les campagnes durent généralement de janvier à mars.

À ces dépenses, s’ajoutent quelques milliers de dollars en publicité pour mousser la visibilité de forums et d’événements tenus par IRCC « en vue d’augmenter la participation aux événements et, en fin de compte, les demandes présentées par des candidats hautement qualifiés ».

« L’investissement est énorme », affirme la chercheuse en immigration francophone Luisa Veronis lorsque nous lui avons présenté ces chiffres.

« C’est en plus de l’argent qu’ils dépensent eux-mêmes pour les activités de promotion qu’ils font auprès des Réseaux en immigration francophone et des communautés francophones accueillantes qui reçoivent aussi de l’argent d’IRCC pour de la promotion. Donc en fait, la quantité d’argent qui va en promotion est énorme », constate la professeure à l’Université d’Ottawa.

La seule catégorie

Parmi les autres dépenses publicitaires, on note certaines campagnes destinées à des pays précis comme l’Inde pour prévenir la fraude concernant les visas temporaires ou encore pour les pays membres de la Coupe du Monde de la FIFA 2026. Il est aussi question de publicité visant à prévenir la migration irrégulière en provenance de pays comme le Mexique et Haïti en mars 2023, soit au même moment où Ottawa avait décidé de fermer le passage du chemin Roxham.

Mais aucune de ces campagnes n’a dépassé le million de dollars ou ne s’est approchée de la récurrence des campagnes de promotion destinées à l’immigration francophone. De plus, aucun autre type de catégorie, comme les résidents temporaires par exemple, n’est la cible de campagnes promotionnelles. Luisa Veronis n’est pas surprise, rappelant qu’il n’est pas nécessaire de faire de la promotion pour les autres catégories.

« Ça fait des décennies que des gens, surtout d’Inde ou de Chine, veulent venir au Canada », rappelle Luisa Veronis.

« Pour l’immigration francophone, il faut en faire la promotion. C’est souvent le Québec qui est très présent et ils (les immigrants) ont une idée floue que le Canada est bilingue. Donc je pense que les promotions sont vraiment importantes pour vraiment expliquer c’est quoi la francophonie en dehors du Québec », justifie-t-elle.

La chercheuse en immigration francophone de l’Université d’Ottawa, Luisa Veronis. Gracieuseté

Si cette dernière se demande en quoi il est nécessaire d’aller à l’externe pour ce genre de travail, elle estime que c’est nécessaire pour préparer des immigrants à habiter hors du Québec.

« On a fait des entrevues avec des étudiants internationaux qui étaient venus en 2023 et la majorité d’entre eux cherchent le site d’IRCC et les réseaux sociaux. Tout ce qui est investissement dans le numérique, je crois que ça vaut la peine », mentionne la spécialiste de l’immigration francophone.

Des cibles en hausse

On ignore si les campagnes de publicité avaient aussi lieu avant 2020, mais elles concordent avec une hausse de l’immigration en français hors du Québec dans les dernières années. Depuis 2022, le fédéral a atteint chaque année ses cibles en immigration francophone. À quel point la publicité joue-t-elle un rôle dans tout ça?

« C’est plus difficile à dire parce qu’une partie des cibles, c’était des gens qui étaient déjà au Canada, des temporaires, des étudiants internationaux, rappelle Luisa Veronis. Donc pour les cibles qui ont augmenté, on ne peut pas directement dire que c’est à cause de la promotion qui les a stimulés », juge la professeure.

L’immigration francophone hors Québec dans les cinq dernières années

AnnéeEn nombreEn pourcentage
202529 6308,89 %
202430 5657,2 %
202319 6354,69 %
202216 3804,44 %
202169501,95 %

En 2025, dans un document ministériel portant sur l’immigration francophone, IRCC signalait que ses campagnes de promotion sur les réseaux sociaux « ont généré 4 689 725 impressions qui ont conduit à 52 326 clics sur des liens vers le site web d’IRCC ».

Astrid Moulin : une créativité portée par l’esprit d’entraide en francophonie torontoise

TORONTO – Originaire d’un petit village de France et arrivée à Toronto au début des années 2010, Astrid Moulin s’est fait connaître auprès de nombreux jeunes de la communauté francophone à travers son blog et sa chaîne YouTube où se mêlent récits de vie, conseils et découvertes dans la métropole ontarienne.

« En 2014, à l’époque où les médias sociaux servaient surtout d’outil de communication avec l’entourage proche, qu’est-ce qui t’a donné envie de partager tes aventures à Toronto avec le monde?

Beaucoup de Français voulaient comprendre comment j’avais réussi à m’installer ici et s’inspirer de mon parcours d’immigration. J’étais souvent sollicitée pour expliquer, partager et raconter une multitude de choses liées au processus d’immigration. À la base, j’étais censée rester un an seulement, donc ce qui devait être une sorte de journal de bord où garder une trace de mes aventures s’est transformé en blog accessible à tous, en tout temps. C’était pour moi une façon de partager mes connaissances avec le plus grand nombre.

C’est ainsi que mes plateformes sont nées, notamment ma chaîne YouTube. Progressivement, des internautes provenant d’autres pays francophones ont rejoint la communauté. Comme beaucoup d’entre eux éprouvaient des difficultés à se retrouver dans la masse de sites d’immigration souvent très formatés et remplis d’informations générales en anglais, j’ai fait en sorte que mon blog permette de montrer l’humain derrière le contenu, avec des émotions, du vécu et des conseils concrets.

C’est une grande fierté d’avoir pu monter cet espace créatif où j’ai bâti quelque chose qui a du sens et qui aide réellement les gens. De plus, au fil de la dernière décennie passée ici, chaque étape de ma vie m’a apporté de nouvelles anecdotes à partager.

La créatrice de contenu d’origine française, Astrid Moulin, est devenue un repère pour une partie de la communauté franco-torontoise. Photo : Gracieuseté d’Astrid Moulin

Comment parviens-tu à continuer d’apporter de bons conseils aux nouveaux arrivants, alors que tu t’éloignes de plus en plus de ce statut?

Il est évident que les expériences peuvent varier considérablement selon qu’on soit arrivé à mon époque, il y a plus de dix ans ou bien juste après la pandémie. Lorsque je suis arrivée, le coût de la vie était nettement moins élevé et les gens parlaient très peu de politique, contrairement à aujourd’hui où le contexte économique suscite beaucoup plus d’opinions. Si j’étais arrivée aujourd’hui, cela aurait certainement été beaucoup plus difficile.

Toutefois, avec la détermination que j’avais à mon arrivée – une qualité largement partagée par beaucoup de nouveaux arrivants – je crois que les opportunités demeurent bel et bien présentes et que tout dépend surtout de la manière dont chacun va les chercher. Ainsi, la question qui me revient souvent de savoir si cela vaut la peine d’immigrer en 2026 demeure très relative selon la situation de chacun, et surtout selon les attentes de chacun.

Quelles réalités de la vie à Toronto mets-tu en garde les futurs immigrants francophones qui te suivent?

Il faut savoir qu’en arrivant ici, il n’y aura pas toujours quelqu’un pour nous accueillir. C’est souvent entre la recherche du premier emploi et d’un logement que l’on réalise que l’entourage n’est plus là, et c’est très difficile. Avec le temps, un fossé peut se creuser entre le moment où l’on quitte son pays et celui où on réussit enfin à se construire une communauté ici. Durant cette période, ta famille ou tes amis restés ne comprennent pas ta réalité et tu as l’impression d’être la seule personne à comprendre ce que tu vis.

À quel moment t’es-tu rendu compte de l’impact que tu avais dans la communauté franco-torontoise?

L’un des moments où j’ai pris conscience de mon impact a été après un événement célébrant le 14 juillet à Toronto, où plusieurs personnes sont venues me voir pour me remercier et me dire que mon contenu les avait aidées. Présent avec moi ce soir-là, mon conjoint insistait sur le fait que les remerciements de toutes ces personnes que j’avais guidées étaient la preuve que ce que je faisais avait un sens profond. Par ailleurs, être finaliste dans la catégorie des entrepreneurs au Prix RelèveON 2026 du Club canadien de Toronto est aussi très gratifiant. C’est une reconnaissance qui dépasse l’échelle individuelle et qui me motive à continuer.

Astrid a terminé parmi les finalistes des Prix RelèveON 2026 du Club canadien de Toronto, étant nommée dans la catégorie « Entrepreneure ». Photo : ONFR/Mickael Laviolle

Une partie de ton travail consiste à enseigner les codes culturels locaux aux nouveaux arrivants. Peux-tu donner un exemple?

En effet, il y a énormément de différences culturelles. Ici, les relations prennent parfois plus de temps à se construire et les gens ne vont pas forcément s’inviter chez eux aussi vite qu’on peut le faire en France par exemple. Dans la culture canadienne et torontoise, on va davantage se retrouver dans un café, dans un parc ou lors d’activités extérieures. Depuis 2019, j’ai animé des ateliers auprès d’environ 500 personnes afin de les aider à mieux comprendre ces réalités. Ce sont des ateliers qui ne s’adressent pas uniquement aux nouveaux arrivants, tout le monde y est invité!

Lors de ses ateliers interactifs et de ses formations, Astrid Moulin s’adresse aux nouveaux arrivants, mais aussi aux entrepreneures francophones. Photo : Gracieuseté d’Astrid Moulin

Quelles sont les conséquences d’être peu accompagné en arrivant ou de ne pas bénéficier de services en français?

Au-delà de toutes les démarches administratives à gérer dans les premiers mois, l’accès aux soins de santé demeure un véritable défi lorsqu’on ne maîtrise pas bien l’anglais. Un jour, lors d’un appel avec un médecin qui ne voulait pas m’écouter, j’ai raccroché en me disant qu’heureusement, j’étais suffisamment à l’aise en anglais pour m’affirmer. Beaucoup d’immigrants auraient été intimidés et auraient donc renoncé à certains soins parce qu’on leur a dit non ou qu’on a minimisé leurs problèmes de santé.

C’est important de s’écouter et de s’exprimer, surtout qu’en tant qu’immigré, la santé passe souvent au dernier plan durant les premières années d’installation. L’an dernier, j’ai reçu un diagnostic de lipœdème après des années à vivre avec des douleurs que je pensais normales. Le lipœdème, c’est une accumulation anormale de graisse douloureuse, comme si une pression était enfermée à l’intérieur du corps. Il n’y a pas de remède à cette maladie, mais on peut apprendre à la gérer en réduisant le stress, tel qu’avec du yoga, de la thérapie, du soutien psychologique. Tout ce qui peut contribuer à diminuer le stress est important.

Pour Astrid Moulin, désormais professeure de yoga, le diagnostic de lipœdème a marqué un véritable tournant dans son existence à Toronto. Photo : Gracieuseté d’Astrid Moulin

La Journée mondiale du lipœdème est célébrée chaque année le 11 juin. Pourquoi est-ce important d’en parler?

Beaucoup de personnes vivant avec le lipœdème souffrent aussi d’isolement. Comme la maladie reste encore peu connue, certains médecins leur disent simplement de perdre du poids, sans chercher à les aider concrètement. Cela entraîne énormément de culpabilisation et de discrimination. La charge mentale associée à la maladie s’ajoute également aux traitements, aux coûts, aux rendez-vous.

Après mon diagnostic, j’ai cherché une professeure de yoga à Toronto qui connaissait le lipœdème, sans trouver quiconque. Je me suis demandé comment c’était possible dans une ville de six millions d’habitants. Depuis mon diagnostic, je suis devenue moi-même professeure de yoga, j’ai fait énormément de choses pour la cause, j’ai notamment eu des échanges avec Lipœdème Canada. Heureusement, grâce aux réseaux sociaux, de plus en plus de personnes en parlent aujourd’hui. Cela aide énormément à ne plus se sentir seule. »


2014 : Arrivée à Toronto

2014 : Lancement de son blog « Fringinto »

2024 : Prix d’excellence impactON

2025 : Diagnostic de lipœdème

2025 : Certification de professeure de yoga à Bali

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.

Gala des Prix RelèveON 2026 : le leadership francophone de l’Ontario à l’honneur

TORONTO – La 9e édition du Gala des Prix RelèveON, orchestrée par le Club canadien de Toronto au Design Exchange, a mis en lumière des profils d’exception au sein de la jeune relève et des figures marquantes de la communauté francophone et bilingue de la province. Ce rendez-vous annuel demeure un baromètre essentiel du dynamisme, de l’esprit d’entreprise et de l’engagement social en contexte minoritaire.

Le moment fort de la soirée a été la remise du Prix Héritage à Dada Gasirabo. Cette distinction vient saluer un parcours exceptionnel dédié aux droits humains et à l’équité. Figure incontournable de la communauté, Dada Gasirabo est l’ancienne directrice générale d’Oasis Centre des Femmes à Toronto. Survivante du génocide des Tutsis au Rwanda, elle a transformé son histoire personnelle en un combat infatigable pour l’autonomisation des femmes francophones, le soutien aux victimes de violence et l’intégration des personnes réfugiées et immigrantes en Ontario.

Dada Gasirabo a reçu un prix d’honneur pour l’ensemble de sa carrière et sa contribution à la communauté franco-ontarienne. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le prix lui a été remis par Estelle Courty Duchon, directrice générale du Centre Francophone du Grand Toronto. Un moment fort en émotions et hautement symbolique, puisque c’est précisément au sein de cette institution que Dada Gasirabo avait décroché son tout premier emploi à son arrivée à Toronto.

Un ancrage fort dans le droit et les institutions

Dans la catégorie Jeune professionnel, le prix a été attribué à Frédérick Doucet. Avocat et enquêteur senior chez Rubin Thomlinson, il s’est distingué par son travail de lutte contre la discrimination et pour l’inclusion au sein des organisations. Pour lui, cette distinction dépasse sa seule individualité.

« C’est beaucoup de fierté, un grand honneur, et une belle reconnaissance pour le travail fait jusqu’à présent. Pas juste mon travail à moi, mais tout le travail que les personnes font en droit de la personne pour essayer de lutter contre la discrimination. »

Voyant ce prix non pas comme un aboutissement mais comme un véritable « tremplin », Frédérick Doucet a tenu à lancer un message fort à la jeunesse franco-ontarienne :

« Si vous avez un projet en tête ou un rêve que vous voulez réaliser : osez. Des fois, ça fait peur d’oser, mais c’est vraiment ce qui va vous permettre d’atteindre votre objectif. »

Roxalie Lebeau-Hébert (au centre) était en compétition avec Mike Knobben et Mailys Godinat (à droite). Photo : Mickael Laviolle/ONFR

La catégorie Jeune cadre a quant à elle couronné Roxalie Lebeau-Hébert. Récemment nommée à la direction des affaires juridiques du Groupe Média TFO et membre active de la Canadian Media Lawyers Association, elle incarne une gestion juridique de haut niveau dans le secteur des médias publics et du droit des communications.

Engagement étudiant et virage technologique

Du côté de la relève universitaire, Paule Véronique Fouda Mengue s’est vu décerner le prix de la catégorie Leader étudiante. Ambassadrice engagée de l’Université de l’Ontario français (UOF) à Toronto, elle a récemment marqué les esprits en menant un projet d’envergure visant à rassembler les associations de langue française de la province.

« Voir qu’il y a d’autres personnes avec un regard extérieur, un jury qui ne me connaît pas personnellement, qui ont vu que j’avais du potentiel et qui m’ont donné cette opportunité, honnêtement, c’est incroyable », a-t-elle confié.

Paule Véronique Fouda Mengue, fière représente de l’Université de l’Ontario français, ici avec son recteur Normand Labrie. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Pour elle, la présence de tels événements au sein de la communauté francophone est un symbole fort pour l’avenir de la langue.

« Qu’il y ait ce genre de célébration, c’est vraiment comme un symbole d’espoir. C’est un appel pour dire aux autres ‘n’abandonnons pas notre français’, surtout pour nous les jeunes où on est entre l’anglais, le français et le bilinguisme. »

Le volet entrepreneurial a mis en valeur Elvine Assouline, lauréat dans la catégorie Jeune entrepreneur. Co-fondateur de la plateforme de vérification de références Credibled, il a salué la synergie qui anime l’écosystème francophone de la métropole.

« C’est un accomplissement et une reconnaissance. Mais vous savez, une entreprise qui gagne, c’est l’effort collectif de tout le monde, je suis très fier de nos équipes. »

Elvine Assouline (au centre) a insisté sur le caractère collectif de son prix qui récompense le travail de toute une équipe. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Évoquant la complexité de faire vivre des initiatives à 100 % en français dans un environnement majoritairement anglophone, il voit ce prix comme un encouragement à persévérer.

« C’est grâce au Club canadien et à la communauté francophone qui se mobilise. Mon mot d’encouragement pour les entrepreneurs, c’est de continuer et de rester dans le game, parce que c’est en continuant le plus longtemps possible qu’on finit par gagner. »

L’inclusion au cœur de l’action communautaire

Enfin, le prix du Jeune Leader inclusif a été remis à Franck-Maleek Djamat-Dubois. Reconnu pour son action terrain à la tête de l’organisation Kids Connect Africa qu’il a mise en place en 2018, il s’attache à inspirer et encourager la prochaine génération de leaders.

« La gloire individuelle ne vaut rien sans l’impact de la communauté. Je ne le vois pas vraiment comme un prix personnel, c’est plus un prix pour mon organisation. C’est un bon rappel que le travail qu’on fait est super important, mais que ce n’est pas encore fini. »

Franck-Maleek Djamat-Dubois ne voit pas cette récompense comme une fin en soi mais comme un encouragement pour poursuivre son engagement. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

À travers ses ateliers et ses tournois de débats universitaires, Franck-Maleek Djamat-Dubois rappelle que la valeur n’attend pas le nombre des années.

« Sachez juste que l’âge n’est pas un obstacle. L’âge est vraiment juste un chiffre et l’impact ne se bloque pas à 15 ou 20 ans. Il faut juste se lever, prendre les ressources, trouver les bonnes personnes et puis agir. »


Le plein air et l’île aux Chênes

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Alors qu’on commence à goûter aux premières chaleurs de la saison estivale, j’ai pensé revenir sur une colonie de vacances, l’Île aux Chênes, très bien connue dans les cercles franco-ontariens des années 1950 à 1970.

Mon arrière-arrière-grand-père, Frank Dupuis, a cofondé la paroisse Saint-Charles-Borromée, au nord-ouest du lac Nipissing, en 1895. Mes arrière-grands-parents, Rose Huot et Alfred Prevost, ont figuré parmi les premières familles à habiter Bigwood, sur les berges de la rivière des Français, en 1915. Ce coin de pays, avec ses majestueux pins blancs et ses rochers rosés, m’habite. Ce n’est pas un hasard si certains touristes ont voulu y passer des vacances, suivant l’arrivée des chemins de fer qui liaient la région à Ottawa (1882) et à Toronto (1907). Mes arrière-grands-parents Dupuis, ont d’ailleurs géré une pourvoirie, Musky Bay Camp, de 1940 à 1971. « Pour le citadin désirant passer de belles vacances au bord de l’eau, pour celui qui cherche le repos dans une pittoresque région », écrivait le curé Lionel Séguin en 1945, « les environs de St-Charles sont des endroits désignés » où l’« on peut se donner toutes les aises […] à peu de
frais ».

C’est sur l’île West Hardwood au prolongement du lac Nipissing, surnommé West Arm, que les pères jésuites de Sudbury ont aménagé la première colonie de vacances de langue française de la région, en 1945. À l’époque, le retour à la nature est vanté comme un lieu pouvant neutraliser les effets dépresseurs de la ville anglo-dominante sur la motivation individuelle, la fibre canadienne-française et les valeurs catholiques des jeunes. Des premières installations rudimentaires, des dortoirs et une cuisine électrifiée ont été ajoutés pour accueillir les enfants de 6 à 13 ans et les initier « à une vie sociale plus authentiquement humaine et chrétienne ». Outre les prières à la chapelle et la langue des activités, la programmation initiale sur l’île aux Chênes ne se distingue pas beaucoup des colonies YMCA au niveau des loisirs : baignades, jeux et soirées de variétés, etc.

Le jésuite Albert Regimbal, qui dirige la colonie de 1960 à 1980, cherche à en faire un lieu pour promouvoir « des valeurs humaines engagées » et une « société de services engagée dans la créativité ». C’est sous Regimbal que le camp, initialement affilié à la paroisse Sainte-Anne-des-Pins de Sudbury, renforce sa programmation culturelle franco-ontarienne, en y enseignant le leadership aux adolescents et aux jeunes adultes, ainsi qu’en y offrant des camps de théâtre et de musique. L’Île aux Chênes propose « la chance inestimable de vivre une expérience culturelle axée sur la créativité individuelle et collective, sur l’intégration des arts et de la nature, sur le leadership » (Le Voyageur, 15 mai 1974).

L’isolement de l’île propose une « expérience globale en français » qui tend à « assimiler » les jeunes et les éveiller à la prise de conscience vis-à-vis de la langue et de la culture franco-ontariennes. « Quand nous sommes arrivés à l’île, nous étions tous des étrangers », relate l’adolescente Thérèse Bilier sur son expérience à l’été 1978. « Et quand nous en sommes repartis, nous étions tous des amis ». « C’était un petit pays à part, comme dans une fantaisie », rappellera la directrice adjointe de la colonie, Monique Cousineau, en 1999. « Ça unissait les gens, ça les transformait ». Avec le décès du père Regimbal, en juillet 1980, et les problèmes financiers de la colonie, le conseil d’administration décidera de fermer l’île aux Chênes après la saison 1981.

Je n’ai jamais eu l’occasion de fréquenter une colonie de vacances franco-ontarienne, mais les forums « organizzaction » et les Jeux franco-ontariens de la FESFO m’ont fourni des expériences semblables d’épanouissement en français. À la FESFO, l’Ontario français pouvait être autre chose que la gestion d’un déclin tranquille que je constatais parfois dans mon milieu immédiat : elle pouvait avoir une histoire et une culture riches, qui méritaient d’être défendues et promues. J’en suis encore persuadé.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

« On travaille pour que les francophones soient visibles » : Toronto marque la Journée des nouveaux arrivants

TORONTO– Chaque année, la Ville Reine réunit de nombreux organismes et établissements lors d’une journée d’information pour les personnes nouvellement établies au pays. Cette année, la Journée des nouveaux arrivants met l’accent sur la nécessité d’offrir des moyens supplémentaires afin de favoriser la rétention des immigrants francophones.

Fraîchement arrivé du Cameroun il y a deux mois, Loïc Mambo avait initialement prévu de séjourner temporairement à Toronto avant de poursuivre son chemin vers Ottawa. Il a toutefois fini par s’attacher à sa ville d’accueil : « Après avoir visité quelques villes canadiennes, c’est décidé : je reste à Toronto. »

Accompagné depuis son pays d’origine par le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), puis accueilli à leur kiosque d’accueil des nouveaux arrivants à l’Aéroport international Pearson, il est toujours suivi par l’organisme dans sa recherche d’emploi en tant que juriste.

Loïc Mambo a pu être accompagné par le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) depuis son pays d’origine. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

« J’ai été bluffé par ce que le Canada met à disposition des personnes immigrantes », avance M. Mambo, satisfait de son accompagnement avec le CFGT.

« La recherche d’emploi est un peu fastidieuse, mais je comprends que cela fait partie des enjeux lorsqu’on s’installe dans un nouveau milieu », ajoute-t-il, affirmant également avoir rencontré quelques difficultés à trouver une communauté francophone.

Une meilleure centralisation des organismes francophones

« Il faut dire que depuis les quatre ou cinq dernières années, les francophones sont bien représentés à la Journée des nouveaux arrivants. Avant ça, nous étions noyés au milieu des stands anglophones », se rappelle Jean-Claude N’da, qui coordonne trois comités locaux en immigration francophone (CLIF) : Toronto, Peel, Simcoe. « Désormais, nous avons tout un quartier francophone puis la collaboration entre le RIFSCO et le Bureau des nouveaux arrivants donne de la visibilité aux participants », se réjouit-il.

Bien au fait des réalités des nouveaux arrivants, l’agent de projet s’assure de coordonner au mieux ce quartier. « Il faut dire que l’étendue de Toronto fait qu’il n’est pas évident de s’y retrouver lorsqu’on vient d’arriver », dit-il.

Jean-Claude coordonne le quartier francophone de la Journée des nouveaux arrivants. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Selon lui, les ressources demeurent toutefois limitées au sein des organisations, ce qui constitue un enjeu.

« Nos organes francophones connaissent souvent des roulements de personnel, ce qui fragilise les acquis en matière de renforcement des capacités. De plus, les salaires ne sont souvent pas à la hauteur du travail fourni, ce qui rend la situation d’autant plus difficile. »

En appui aux organisations, la Ville affirme que « Le Bureau des nouveaux arrivants de Toronto travaille en étroite collaboration avec les organismes francophones qui desservent les nouveaux arrivants francophones afin de mieux comprendre les défis auxquels fait face le secteur de l’établissement francophone », rapporte Imane Boussaid, porte-parole de la ville.

À la suite d’une recommandation du Comité consultatif des affaires francophones de la Ville de Toronto, une présentation est prévue le 18 juin afin de fournir davantage d’informations sur les services municipaux existants offerts aux Torontois francophones.

La place Nathan Phillips affichait une ambiance festive à l’occasion de la Journée des nouveaux arrivants de Toronto. Au programme : spectacles culturels et animations. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

La quartier francophone à la Journée des nouveaux arrivants à Toronto. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

 

« Nous avons mené une étude à Toronto et nous avons découvert que le temps d’accompagnement d’un nouvel arrivant francophone est plus long que celui d’un anglophone. Si le temps d’accompagnement est plus long, cela demande davantage de ressources, de temps et de disponibilité », martèle Jean-Claude N’da.

M. N’da estime qu’avec les cibles fédérales d’immigration francophones fixées à 9,5 % d’ici 2027 et 10,5 % d’ici 2028, le travail doit être mené de façon concertée, notamment dans un contexte de coupes budgétaires où les organismes doivent constamment s’adapter.

Droits linguistiques : la Cour suprême examinera la fermeture de tribunaux au N.-B

OTTAWA – La Cour suprême accepte d’entendre la cause de maires acadiens qui contestent une décision du gouvernement du Nouveau-Brunswick de fermer des tribunaux en région, alléguant que cela viole les droits linguistiques des minorités francophones.

Le plus haut tribunal au pays en a fait l’annonce jeudi matin. Comme à son habitude, la Cour suprême ne dévoile pas ses motifs lorsqu’elle se prononce sur une demande d’autorisation d’appel.

L’affaire a débuté en 2022, année où l’administration progressiste-conservatrice de Blaine Higgs a procédé à la fermeture du palais de justice de Caraquet. Le gouvernement a aussi converti le tribunal de Tracadie en instance satellite avant d’ordonner sa fermeture définitivement six mois plus tard. Ces décisions forçaient donc les gens de la région de Caraquet et Tracadie à se rendre à Bathurst, à une heure de route, dans le cadre de leurs démarches juridiques.

Insatisfait de cette décision, le Forum des maires de la Péninsule acadienne a poursuivi le gouvernement en justice, alléguant que cette décision portait atteinte aux droits linguistiques des minorités francophones tout en impactant de manière négative son développement.

Un tribunal de première instance avait donné raison au Forum en 2024. La Cour d’appel provinciale avait renversé la décision en septembre 2025, estimant que le Forum n’avait pas démontré en quoi la décision ministérielle contrevenait aux droits linguistiques protégés par la Charte. Le Forum des maires avait par la suite porté la cause devant le plus haut tribunal au pays.

Bien que la Cour suprême accepte rarement d’entendre des appels compte tenu du volume important de demandes qu’elle reçoit, elle a tout de même choisi d’examiner cette affaire.

Pour l’instant, on peut s’attendre à voir défiler à la Cour les représentants du Forum des maires, mais aussi le ministre de la Justice et de la Sécurité publique du Nouveau-Brunswick, qui est mis en cause, ainsi que la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick à titre d’intervenante.

Plus de détails à venir.

États généraux : la communauté plaide pour une francophonie visible partout à Ottawa

OTTAWA – La consultation des États généraux de l’Ontario français a rassemblé plus de 130 participants mercredi soir à l’Université d’Ottawa. Coorganisé par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et l’ACFO Ottawa, l’événement a permis de cibler les priorités de la région de la capitale fédérale, où les participants ont notamment réclamé une meilleure visibilité et un accès accru aux services en français.

« C’est la plus grosse foule qu’on a eue depuis qu’on a commencé au début d’avril. » C’est par ces mots que le directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Peter Hominuk, a salué l’auditoire mercredi soir. 

Initialement prévue dans les locaux de l’Hôpital Montfort, cette consultation – qui représentait la 18e étape de la tournée provinciale menée en vue des États généraux de l’Ontario français – a dû être déplacée d’urgence à la dernière minute à l’Université d’Ottawa pour pouvoir accueillir l’ensemble des quelque 132 participants. 

« On s’est retrouvé avec un beau problème. Au début, on avait anticipé peut-être 60 ou 70 participants, mais quand on a dépassé les 80, c’est là qu’on a dû changer d’emplacement », explique la directrice générale de l’ACFO Ottawa, Anik Larivière. 

Alors que l’ACFO Ottawa avait déjà prévu tenir sa propre consultation locale, l’AFO l’a approchée pour coorganiser l’événement dans le cadre des États généraux, permettant ainsi d’unir leurs forces pour donner vie à cette soirée qui a duré plus de cinq heures. Photo : Inès Rebei/ONFR

Assurant la première partie de la consultation, l’ACFO Ottawa a souhaité donner un ancrage local aux discussions en mettant l’accent sur les transformations récentes de la capitale. 

« Le panorama de la ville d’Ottawa a vraiment changé ces dernières années. On voit que tout l’ouest d’Ottawa s’est développé, le bassin de la francophonie s’est élargi, Orléans a changé aussi, tout comme le centre-ville. On veut asseoir les gens pour parler de comment ils vivent cette nouvelle réalité, avec plus de projets de développement, plus de francophones et plus d’immigration. »

Recul institutionnel dans l’espace public

Pour plusieurs participants, le manque de visibilité du français commence par les symboles publics de la municipalité bien qu’elle soit officiellement bilingue. Le résident d’Ottawa et ancien bibliothécaire Gilles Marleau a partagé un constat lié aux infrastructures de transport scolaire.

« Dans le passé, les autobus scolaires à Ottawa affichaient School bus d’un côté et Autobus scolaire de l’autre. Maintenant, ils sont tous marqués uniquement School bus. L’enfant, en sortant de l’école, voit ça et sait tout de suite que sa langue n’est pas valorisée au même titre que l’anglais. »

Gilles Marleau insiste sur la nécessité de stimuler la fierté francophone à Ottawa, déplorant le manque de citoyens qui osent exiger des services ou de l’affichage en français dans les commerces locaux. Photo : Inès Rebei/ONFR

Selon le retraité, les conseils scolaires ont la responsabilité d’imposer un affichage bilingue sur les véhicules de transport desservant les établissements francophones. Il soutient que cette initiative pourrait recevoir l’appui de la communauté anglophone inscrite dans les programmes d’immersion. 

Cette nécessité d’afficher et de revendiquer l’usage du français s’étend également au secteur commercial de la capitale. Le directeur artistique de Vox Théâtre, Pier Rodier suggère de s’inspirer d’initiatives passées pour identifier clairement les espaces accueillants.

« Dans le passé à Ottawa, il y avait la campagne « Allô Bonjour », où les commerces et les institutions affichaient « Ici, on parle français ». C’était une façon d’identifier les endroits où l’on pouvait entrer et obtenir un service en français. On pourrait réinstaurer cela à plusieurs niveaux. »

« En tant que francophone, j’aime bien qu’on me serve en français. De savoir que certaines boutiques l’offrent, ça m’incite à y aller », lance Pier Rodier de Vox Théâtre. Photo : Inès Rebei/ONFR

M. Rodier rappelle que l’immigration francophone croissante offre une main-d’œuvre bilingue capable d’appuyer les entrepreneurs, d’autant plus que la communauté détient un poids économique majeur qu’il faut faire valoir auprès des commerçants de la région. 

« Il faut outiller les entrepreneurs anglophones et leur faire savoir que les francophones de la région d’Ottawa ont un pouvoir d’achat et aiment consommer. Cela pourrait les encourager à embaucher du personnel bilingue. »

Le partage de certaines ressources, comme des comptables compétents, entre différents organismes a été soulevé par une participante lors de la soirée. Photo : Inès Rebei/ONFR

Mieux accueillir les nouveaux arrivants

Selon des chiffres présentés mercredi soir, la région de la capitale nationale serait devenue la principale terre d’accueil de l’immigration francophone en Ontario, attirant à elle seule les trois quarts des nouveaux arrivants qui choisissent la province et ce, depuis 2025. 

Parmi eux, Michelet Joseph, étudiant d’origine haïtienne établi à Ottawa depuis deux ans, considère que l’enjeu principal dans la capitale nationale ne réside pas dans l’offre, mais bien dans le repérage des ressources disponibles.

Selon l’étudiant en développement international, ce manque de signalement nuit considérablement aux immigrants qui ne savent pas où trouver les services à leur arrivée. 

Bien que le français demeure selon lui minoritaire sur le campus, Michelet Joseph salue les efforts récents de l’Université d’Ottawa, citant notamment la tenue d’une consultation générale et l’organisation d’une foire d’emploi exclusivement francophone comme des initiatives marquantes pour l’amélioration des services. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Je ne pense pas que les organisations francophones nous rejoignent suffisamment. Les personnes extraverties comme moi vont d’elles-mêmes chercher de l’aide, mais les personnes introverties ont beaucoup plus de mal à trouver les services à cause de ce déficit de visibilité. Les ressources existent, mais les gens ne savent tout simplement pas où aller. »

Pour corriger le tir, Michelet Joseph propose de décentraliser l’information en s’appuyant sur les élus locaux et les partenaires municipaux, particulièrement pour rejoindre les nouveaux arrivants installés en périphérie, comme à Orléans ou Barrhaven.

Carole Breton, directrice des communications et du développement au Diocèse anglican d’Ottawa, partage cette vision.

« Quand j’ai habité en Saskatchewan, il y avait des francophones qui arrivaient, mais qui ne se renseignaient pas sur les services en français. C’est un constat qui s’applique aussi à Ottawa. Il y a beaucoup d’immigrants, mais il faut s’assurer qu’ils soient au courant de ce qui existe. C’est un travail qui ne doit jamais s’arrêter à cause des mouvements de population et du vieillissement démographique. » 

Lors des échanges, plusieurs participants ont également partagé leur inquiétude de voir le recul démographique des francophones servir de prétexte à une fusion forcée des organismes communautaires. Photo : Inès Rebei/ONFR

Un plus grand rôle décisionnel

La structure des instances municipales a également fait l’objet de discussions à la table où était assise la directrice générale du Rendez-vous des aînés francophones d’Ottawa (RAFO), Chantal Nadeau.

« Souvent, les francophones sont appelés à siéger de manière isolée au sein de divers comités municipaux ou d’organismes pour apporter leur perspective. Ce qui serait intéressant, c’est plutôt de réunir autour d’une même table francophone des représentants de tous les secteurs – les aînés, les garderies, la santé – pour aborder l’ensemble des enjeux, au lieu d’intégrer un seul francophone à des tables sectorielles distinctes. » 

Tout en saluant l’ouverture de la Ville d’Ottawa et le travail du comité consultatif sur les services en français, celle-ci aimerait voir un plus grand pouvoir d’action des francophones de manière générale dans la capitale nationale.

Chantal Nadeau, directrice générale du RAFO, ne cache pas son inquiétude face au recul démographique des francophones à Ottawa, redoutant qu’il n’entraîne une baisse du financement des services communautaires. Photo : Inès Rebei/ONFR

« C’est apprécié qu’on soit consultés mais ça serait plaisant d’avoir un rôle plus décisionnel que consultatif », confie-t-elle.

Prochaines étapes

À la conclusion de cette soirée, les organisateurs affichaient un optimisme manifeste. Du côté de l’AFO, on ne cache pas le sentiment de satisfaction devant le succès et l’effervescence de ce rassemblement dans la capitale.

Le directeur général, Peter Hominuk, se réjouit de voir la communauté locale s’approprier pleinement l’exercice, « C’est le plus gros groupe qu’on a rencontré à ce jour dans la tournée. Je vois des échanges très animés aux tables, et c’est exactement ce qu’on cherche. On veut que les gens pensent vraiment à l’avenir de la communauté. »

Selon la directrice générale de l’ACFO Ottawa, cette concertation locale prend tout son sens à l’approche de grands rendez-vous internationaux qui mettront la région sous les projecteurs. « Le Sommet de la Francophonie mondiale arrive à Ottawa, il faut préparer la ville pour accueillir les gens », rappelle-t-elle.

« Même à Ottawa, la pleine gamme de services n’est pas là. Il y a encore du travail à faire », constate Peter Hominuk (AFO), rappelant que l’accès aux services en français reste le « nerf de la guerre » de ces États généraux. Photo : Inès Rebei/ONFR

Cette effervescence doit maintenant servir de tremplin : « On a des gens qui viennent de 40 à 50 pays dans notre communauté francophone. On devrait utiliser et capitaliser sur ces connaissances pour développer des liens avec d’autres pays de la Francophonie mondiale », insiste Peter Hominuk.

Après la région de la capitale, l’AFO poursuivra son parcours dans l’Est à Pembroke (28 mai) et à Limoges (2 juin), avant de mettre le cap vers le Nord de la province (Sault-Sainte-Marie, Sudbury, North Bay, Timmins, Kapuskasing, Hearst) pour terminer sa course à Thunder Bay le 19 juillet. 

L’ensemble des témoignages et des solutions recueillis lors de ces multiples arrêts aux quatre coins de la province serviront de matière première à la rédaction d’un Livre blanc sur la sécurité linguistique.

Attendu prochainement, ce document stratégique dressera un état des lieux précis des défis actuels et tracera une feuille de route claire pour guider les futures revendications et assurer l’épanouissement de la francophonie ontarienne.

À Toronto, un match amical France-Sénégal pour lancer l’esprit de la Coupe du monde

TORONTO – À un peu plus de deux semaines du début de la Coupe du monde de la FIFA 2026, les communautés française et sénégalaise de Toronto lanceront les festivités à leur manière, ce samedi, avec un match amical entre partisans des deux pays. Une initiative portée conjointement par la Fédération Tricolore de Toronto, le PSG Fan Club Toronto et Senontario, avec un objectif qui dépasse largement le simple résultat sportif : rassembler les communautés autour du football dans un esprit de fraternité et de fête avant le choc France-Sénégal prévu le 16 juin.

« C’est un match qui est en préambule de la Coupe du monde, explique Olivier Debregeas, président du PSG Fan Club Toronto et impliqué dans l’organisation avec la Fédération Tricolore. On s’est dit : pourquoi pas faire un match amical avec nos amis sénégalais et peut-être débuter un petit peu la Coupe du monde sous un bon esprit. »

Du côté sénégalais, Mamadou Ndaw, de Senontario, partage la même vision : « Au-delà de l’esprit de compétition et de l’envie de victoire, nous voulons aussi mettre en avant l’aspect communautaire, souligne-t-il. Ça va être à la fois Sénégal-France, mais aussi Afrique-France, Afrique-Europe. Le foot est un véhicule pour rassembler. »

Les deux organisations ont rapidement trouvé leurs joueurs grâce à des inscriptions ouvertes via Eventbrite. Plus d’une quarantaine de personnes ont manifesté leur intérêt de part et d’autre.

« Il y aura assez de joueurs, et tous prêts pour affronter l’équipe adverse », lance Mamadou Ndaw avec le sourire. Mais l’appel est désormais surtout adressé au public : drapeaux, maillots et ambiance seront encouragés autour du terrain de soccer des écoles Saint Frère André et Toronto Ouest.

« Être avec les tiens »

Ce match amical s’inscrit dans une réflexion plus large autour de la Coupe du monde à Toronto, où les prix élevés des billets et le fonctionnement des fan zones officielles poussent plusieurs communautés à organiser leurs propres rassemblements.

Les prochains rendez-vous des l’équipe de France à la Maison des Bleus. Photo : Fédération tricolore de Toronto

Pour Olivier Debregeas, l’idée est claire : créer des espaces communautaires accessibles et chaleureux.

« C’est important d’avoir notre fan zone à nous, affirme-t-il. C’est bien d’avoir celle mise à disposition par la ville, mais en réalité, tu as envie d’être avec les tiens quand tu regardes les matchs. Tu as envie d’être avec les supporters de l’équipe de France quand tu regardes la France. »

Cette future « Maison des Bleus », installée chez Ricarda’s au centre-ville de Toronto, réunira plusieurs associations françaises et francophones de la ville : le PSG Fan Club Toronto, French Tech, Français du Monde, le consulat, l’Alliance française et d’autres organismes communautaires.

Le premier grand rendez-vous organisé par la Fédération Tricolore aura lieu dès le 10 juin avec le match amical entre la France et la Côte d’Ivoire, présenté comme une répétition générale avant l’entrée en lice des Bleus contre le Sénégal le 16 juin, un match qui donnera immédiatement une saveur particulière au tournoi pour les communautés présentes à Toronto.

Le Sénégal à Toronto face à l’Irak

Du côté sénégalais aussi, la volonté est de privilégier les rassemblements communautaires. Senontario travaille notamment avec l’ambassade du Sénégal afin d’organiser des événements autour des matchs des Lions de la Teranga. Le restaurant Pendafrica sera également, comme lors de la Coupe d’Afrique des nations, un lieu incontournable de rassemblement pour l’événement.

Mamadou Ndaw (en haut à droite), ici en famille lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations, travaille avec le consulat du Sénégal pour organiser un événement autour du match du Sénégal à Toronto contre l’Irak le 26 juin. Photo : Gracieuseté

Un moment particulièrement attendu est déjà ciblé : le match Sénégal-Irak prévu à Toronto le 26 juin.

« Nous voulons vraiment faire une journée de fête », explique Mamadou Ndaw.

Mais l’accès aux matchs au stade demeure une préoccupation majeure. Très peu de supporters sénégalais ont réussi à obtenir des billets.

« Les gens déplorent le fait que les billets sont chers, constate Mamadou Ndaw. Le football, c’est un sport de masse populaire. Ça ne devrait pas être une affaire d’élite ou une affaire de riches. »

Même son de cloche chez les Français, où plusieurs supporters préfèrent miser sur les rassemblements organisés par la communauté plutôt que sur les fan zones officielles ou la loterie des billets FIFA.

Un week-end chargé pour les partisans du PSG

Pour Olivier Debregeas, ce samedi sera aussi marqué par un autre événement majeur : la finale de la Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et l’Inter Milan (coup d’envoi à midi).

Le PSG Fan Club Toronto organise trois rassemblements simultanés au centre-ville afin d’accueillir les nombreux supporters attendus. Le principal événement, au Friar, a affiché complet en deux heures avec une capacité de 120 personnes.

D’autres établissements, comme The Pint et Pizza Rustica, accueilleront également des supporters parisiens et plusieurs groupes amis, notamment des fans de Naples, un club historiquement proche du PSG.

Les partisans torontois du PSG regroupés au bar le Friar lors de la demi-finale de la Ligue des champions la saison dernière. Photo : gracieuseté du Fan club du PSG de Toronto

Un cortège de supporters partira samedi matin du pied de la Tour CN avant de rejoindre les différents bars partenaires. Onze membres du fan club torontois seront également présents à Budapest pour assister à la finale.

« Je suis confiant, serein, en même temps stressé et à la fois j’ai envie d’y être, confie Olivier Debregeas. Gagner la coupe une deuxième fois en deux ans, c’est tout ce que j’aimerais mais je ne me prononcerai pas sur le match par superstition. »

Ça continue dimanche

Et à peine quelques heures après cette finale européenne, les supporters parisiens de Toronto remettront ça dimanche matin avec la We Run Toronto, une course de 10 kilomètres inspirée de la We Run Paris organisée par le PSG.

L’initiative, proposée par le fan club torontois puis reprise à l’international, réunira plusieurs villes comme Montréal, Londres, Tokyo, Los Angeles ou encore Abidjan.

« On court ensemble, on reste ensemble, on s’amuse, résume Olivier Debregeas. Il n’y a pas de chrono, pas de médaille. L’objectif, c’est le partage et les valeurs sportives. »

Un esprit qui ressemble finalement beaucoup à celui du match France-Sénégal organisé quelques heures plus tôt : utiliser le sport comme prétexte pour rapprocher les communautés, avant qu’une ville entière ne vive au rythme de la Coupe du monde.

TGV : Prescott-Russell bloque Alto et refuse de signer une entente de confidentialité

L’ORIGNAL – Réunis en séance ce mercredi, les maires des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) ont rejeté à l’unanimité une motion qui aurait permis d’entamer des études de terrain dès ce printemps et de signer une entente de confidentialité avec Alto, le promoteur du futur train à grande vitesse (TGV) reliant Québec à Toronto.

Cette motion fait suite à une demande d’Alto réclamant une autorisation d’accès à plusieurs parcelles de terrain appartenant aux CUPR pour y mener des examens biologiques et physiques au cours du printemps et de l’été 2026. 

L’entreprise exigeait également la signature préalable d’une entente de confidentialité avec l’administration municipale avant la tenue de réunions techniques.

Après une discussion à huis clos, la motion introduite par le maire de Champlain, Normand Riopel, et secondée par la mairesse de Casselman, Geneviève Lajoie, a été rejetée de manière définitive par l’ensemble des huit élus de la table régionale.

Le refus des élus est si catégorique qu’à la seconde même où le résultat du vote nominal a été prononcé, la présidence du conseil a dicté une directive on ne peut plus limpide au directeur général de la municipalité régionale.

« Veuillez aviser la corporation Alto que ce conseil ne les veut pas sur notre territoire. Nous avons refusé la signature de l’entente de confidentialité ainsi que l’accès aux terres des CUPR », s’est exprimé avec fermeté Mario Zanth, président des CUPR et maire de Clarence-Rockland.

Des questions sans réponses 

Joint par ONFR après la séance, Mario Zanth n’a pas mâché ses mots pour expliquer ce rejet unanime. Selon lui, le partenariat avec le promoteur du TGV est actuellement bloqué parce que la société d’État exige le secret absolu avant de divulguer ses détails techniques.

En effet, plusieurs questions techniques soulevées par les municipalités, concernant la composition chimique des liquides de déglaçage et les risques pour les puits, l’alimentation électrique du TGV ou l’impact sur les forêts, demeurent toujours sans réponse publique.

Devant ce flou, la table du conseil considère que les bases d’un véritable partenariat ne sont pas établies. « Le conseil des maires s’est dit : « C’est pas vraiment un partenariat, ça ». Alors, si le gouvernement fédéral a quelque chose à annoncer, le liquide utilisé pour dégivrer les rails, c’est pas un secret. Dites-le-nous, on veut le savoir », soutient l’administration régionale.

Ce refus unanime du conseil régional fait d’ailleurs écho à une grogne qui s’organise municipalité par municipalité dans l’Est ontarien. À la mi-mai, le conseil municipal du Canton de Champlain adoptait lui aussi une résolution s’opposant officiellement au tracé actuel d’Alto, citant des inquiétudes majeures pour les terres agricoles de la région. 

Plus au sud, les comtés voisins de Stormont, Dundas et Glengarry (SD&G) ont également partagé publiquement leurs propres réserves quant aux impacts de ce projet estimé entre 60 et 90 milliards de dollars. 

Alto mise sur le « volontariat » 

Contactée par ONFR, la société d’État a tenté de tempérer les tensions en jouant la carte de la diplomatie, bien qu’elle ait évité de commenter le litige entourant l’accord de confidentialité imposé aux municipalités.

Par courriel, la porte-parole d’Alto, Caroline Des Rosiers, s’est limitée à affirmer que l’approche de l’entreprise demeure « axée sur un dialogue ouvert et transparent avec les municipalités ». 

Elle soutient qu’Alto a récemment rencontré le préfet du comté et qu’une rencontre de suivi est déjà en planification. 

Devant le refus des CUPR d’accorder l’accès aux terres publiques, le promoteur du TGV mise désormais sur la collaboration directe avec les propriétaires fonciers de la région.

« La participation aux études de terrain est volontaire. Aucune étude de terrain ou relevé géotechnique ne sera réalisée sur une propriété sans le consentement de son propriétaire », précise Mme Des Rosiers, ajoutant que les propriétaires privés qui accepteront de collaborer recevront une compensation financière.

Paul Poirier célèbre son parcours olympique à Ottawa

Médaillé de bronze en danse sur glace aux Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026 avec Piper Gilles, le Franco-Ontarien Paul Poirier affirme vouloir prendre du recul avant de décider de la suite de sa carrière. Le patineur était de passage à Ottawa pour une célébration d’Équipe Canada à Rideau Hall.

Le patineur franco-ontarien Paul Poirier n’a pas encore tranché quant à la suite de sa carrière après sa consécration aux Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026.

« On n’a pas beaucoup pensé à ce qui vient après les Jeux. Ça a pris tout notre focus, toute notre énergie pour la dernière année », explique le médaillé de bronze en danse sur glace avec sa partenaire Piper Gilles, rencontré en marge d’une célébration d’Équipe Canada à Rideau Hall.

« Là, on commence finalement les vacances, donc j’ai hâte de me reposer un peu », affirme le patineur, qui souhaite prendre un peu de recul avant de réfléchir à la suite de sa carrière avec Piper Gilles.

« Avec un peu de temps hors de la glace, on aura le moment de penser à ce qu’on veut faire après », ajoute-t-il.

Le duo vient également de terminer la tournée Stars on Ice, qui les a amenés à travers le pays pendant plusieurs semaines.

« Pour nous, c’est vraiment une bonne opportunité de pouvoir performer sans la pression de la compétition », souligne Paul Poirier.

« Après la médaille olympique, c’était surtout une chance de célébrer ce qu’on a accompli cette année avec tout le Canada. »

La célébration était justement au rendez-vous à Rideau Hall, où les athlètes d’Équipe Canada étaient réunis à Ottawa afin de souligner leurs réalisations aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2026 à Milano Cortina.

L’événement comprenait une matinée à Rideau Hall suivie d’une réception au Parlement. Les athlètes et la gouverneure générale, Mary Simon, ont également participé à des activités avec une centaine de jeunes élèves canadiens.

« Je pense que c’est un moment important pour célébrer les efforts de tous les athlètes canadiens qui ont participé aux Jeux. C’est un projet qui demande énormément de dévouement, de temps et d’énergie, des années et des années de travail. Aujourd’hui, on a la chance de célébrer ensemble ce qu’on a accompli avec l’ensemble du pays. »

Le Franco-Ontarien dit aussi ressentir une grande fierté de pouvoir vivre ce moment dans la capitale fédérale.

« Je suis tellement fier d’être franco-ontarien et de pouvoir utiliser ma langue tous les jours », affirme-t-il. « C’est vraiment un plaisir d’être à Ottawa, dans un milieu bilingue. »

Paul Poirier signe des autographes à de jeunes admirateurs lors de la célébration des athlètes d’Équipe Canada à Rideau Hall, à Ottawa. Photo : ONFR/Amine Harmach

Questionné sur le conseil qu’il donnerait aux jeunes athlètes, Paul Poirier insiste sur l’importance de ne jamais perdre de vue la passion derrière le sport.

« La chose la plus importante, c’est de se souvenir du pourquoi », dit-il. « Il y a des moments difficiles, des obstacles et des défis dans le sport, mais on choisit de faire ça parce que ça nous apporte de la joie. »

« On fait ça avec beaucoup d’amour. Il faut toujours se rappeler ce qui nous fait aimer notre sport. »

Affaires francophones : un dernier rapport pour Caroline Mulroney

TORONTO – Le ministère des Affaires francophones a déposé ce mercredi son rapport de 2026, le dernier de Caroline Mulroney en tant que ministre. On revient sur une année marquée par des financements autour du 50e du drapeau franco-ontarien, mais aussi sur les avancées de la modernisation de la Loi sur les services en français, le legs de la huitième ministre des Affaires francophones de l’histoire de l’Ontario.

C’est dans le contexte de la démission de sa ministre, annoncée deux jours plus tôt, que le ministère des Affaires francophones dévoile son rapport de 2026. Il sera le dernier sous l’ère de Caroline Mulroney.

Parmi ses pierres à l’édifice franco-ontarien, la ministre, devenue Chevalier de la Légion d’honneur française, s’est le plus illustrée dans la modernisation de la Loi sur les services en français (LSF), lancée en 2021 sous sa gouvernance, soit 30 ans après son entrée en vigueur, et avec son actualisation dorénavant tous les 10 ans.

Le rapport de l’année lui consacre une partie notamment à l’élargissement récent de six régions désignées sous la LSF, afin de refléter les frontières municipales actuelles établies par le Règlement de l’Ontario 180/03, Division de l’Ontario en zones géographiques (Loi de 2002 sur la division territoriale).

Cet élargissement entrera en vigueur le 1er janvier 2029, au terme d’une période de trois ans permettant aux ministères provinciaux, aux agences et aux fournisseurs de services tiers de renforcer leur capacité à offrir des services en français, précise le rapport.

Carte de régions désignées en vertu de la Loi sur les services en français au 1er janvier 2029. Source : Rapport sur les Affaires francophones 2026

Une expansion qui donnera accès aux services gouvernementaux en français à un peu plus de 7700 francophones supplémentaires, sur un territoire additionnel de 6326 km²

La mise à jour du Règlement 396/93, qui répertorie les organismes désignés prestataire de services en français, en conformité avec la LSF, est toujours en cours. Un total de 143 mises à jour ont été réalisées depuis 2023, précise le MAFO.

Deux nouveaux organismes ont obtenu leur désignation depuis janvier 2026 : le Centre d’Accueil Champlain dans l’est et l’Hôpital régional de Pembroke.

Pour Caroline Mulroney, les dossiers prioritaires de la prochaine ministre des Affaires francophones devront être l’accès aux services en français, le développement d’une main-d’œuvre bilingue et la prospérité des communautés.

Financements notables, notamment pour les 50 ans du drapeau franco-ontarien

À l’occasion du 21 septembre 2025, Jour des Franco-Ontariens et 50e anniversaire du drapeau, le ministère a dédié un million de dollars pour soutenir des initiatives culturelles et communautaires visant à le célébrer partout en Ontario.

Il est fait mention de la participation de quelques ministères et organismes gouvernementaux qui ont souligné cet anniversaire, notamment le ministère des Transports qui a affiché le drapeau vert et blanc sur des panneaux d’autoroute, ou encore la Police provinciale de l’Ontario (OPP) qui a paradé à travers la province une nouvelle voiture de police franco-ontarienne.

Source : Rapport sur les Affaires francophones 2026

Le Jour des Franco-Ontariens a rassemblé plus de 47 000 participants francophones en Ontario, dont 3000 participants à Queen’s Park et à Sudbury.

En décembre 2025, le drapeau franco-ontarien a également été hissé de façon permanente à Queen’s Park, sur le mât de célébration.

Pour l’édition 2025-2026, le Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO) a bénéficié, pour une deuxième année consécutive, d’un financement total de 3 millions de dollars, dont 1 million via l’Entente Canada-Ontario relative aux services dans la langue de la minorité, bénéficiant à 71 projets culturels, économiques, sociaux et communautaires.

Côté postsecondaire, le rapport souligne l’investissement de 10,8 millions de dollars du gouvernement en 2025 pour appuyer la relance des programmes de langue française à l’Université de Sudbury, en partenariat avec l’Université d’Ottawa, pour élargir l’offre dans le Nord, avec 33 programmes dans les arts, les sciences sociales, la gestion/commerce et les sciences de la santé.

Nouveau Prix de la ministre des Affaires francophones

Le MAFO a lancé la première édition du Prix de la ministre des Affaires francophones (anciennement Prix de la francophonie de l’Ontario). Remis par la ministre Mulroney à l’occasion du congrès annuel de l’AFO, il a été décerné à Fété Ngira-Batware Kimpiobi, cofondatrice et directrice générale de l’organisme Solidarité des femmes immigrantes francophones du Niagara (SOFIFRAN).

À cette occasion également, le MAFO a remis les premiers autocollants « Fr. », identité visuelle pour les organismes désignés, indiquant que « Nos services sont offerts en français. Au plaisir de vous servir! »

Une campagne promotionnelle a été lancée en mars 2026 sur les réseaux sociaux du ministère des Affaires francophones.

Par ailleurs, une initiative de formation linguistique, organisée par le Groupement de l’éducation en langue française et des services communautaires, a permis à 127 employés de sept ministères cibles (dont l’Éducation, le Logement et les Services sociaux employés de perfectionner leur français. Dispensées par un fournisseur attitré de la province, ces 18 séances avaient pour objectif de renforcer les compétences de la fonction publique, de faciliter la mobilité vers des postes bilingues et de mieux répondre aux exigences de la LSF.

Objectif 50 candidates aux élections municipales : Prescott-Russell donne son appui

L’ORIGNAL – Le conseil des Comtés unis de Prescott-Russell (CUPR) a adopté à l’unanimité, ce mercredi, une motion de soutien officiel à la campagne de recrutement de candidates menée par l’organisme Leadership féminin Prescott-Russell (LFPR). Intitulée « Politique au féminin », cette initiative vise à doubler le nombre de femmes sur les bulletins de vote lors des élections municipales d’octobre prochain afin de tendre vers la parité institutionnelle. 

« En 2022, seulement 24 % des candidats dans la région de Prescott-Russell étaient des femmes et actuellement dans les Comtés unis, il n’y a qu’une seule femme à la tête d’un conseil. » 

C’est par ce constat statistique que la directrice générale de Leadership féminin Prescott-Russell (LFPR), Marie-Noëlle Lanthier, a ouvert sa présentation officielle devant le Conseil des Comtés unis de Prescott-Russell (CUPR), mercredi matin. 

Face à cette situation, l’organisme francophone a établi un objectif arithmétique précis pour le scrutin d’octobre 2026 : doubler le nombre de candidatures féminines par rapport aux 21 recensées en 2022 afin d’atteindre le seuil de 50 candidates engagées à l’échelle régionale.

« Notre objectif de recrutement de candidates à travers Prescott-Russell est de doubler le nombre de candidates inscrites en 2022 pour atteindre 50 candidates en 2026 », ambitionne Mme Lanthier. 

« Le but, c’est un peu de changer les perceptions qu’on recherche un certain profil de femmes pour être en politique active au niveau municipal. Et c’est ce qu’on veut changer à travers cette campagne. »

À la suite de cette intervention, une résolution a été entérinée sans opposition, engageant formellement le gouvernement régional à collaborer à la promotion de la campagne en partageant les outils de communication de l’organisme. 

Des outils et des alliés pour les candidates

Sur le plan opérationnel, LFPR s’appuie sur des outils de terrain pour encadrer les citoyennes, notamment le dépliant bilingue Et si c’était toi…, qui détaille les critères d’éligibilité, les dates de mise en candidature et les formulaires requis.

« J’aurais vraiment aimé avoir l’information du package quand j’ai commencé. Et je pense que l’enjeu que vous soulevez est important car il touche à notre santé démocratique. On est très content de vous avoir afin de « taper le tambour » sur ce sujet », a souligné à ce propos le maire de Russell, Mike Tarnowski après la présentation.

Bien que les femmes représentent plus de 50 % de la population locale, elles n’occupent actuellement que 25 % des sièges d’élus municipaux dans Prescott-Russell, un écart que la campagne de LFPR vise à corriger pour 2026. Photo : Gracieuseté de LFPR

L’organisme déploie également une campagne de sensibilisation bilingue axée sur les « rôles d’alliés », conçue pour mobiliser l’entourage direct des candidates potentielles. 

« Qu’est-ce que ces hommes peuvent faire? […] Pas juste de dire « oui oui, vas-y, tu es capable », mais de vraiment offrir de l’aide. Est-ce que tu as besoin d’aide avec les pancartes? […] C’est quoi ton budget, comment on peut t’aider? » expliquait-elle mardi en entrevue avec ONFR.

Pour appuyer sa démarche, LFPR offre également une série d’activités : un événement d’information a déjà eu lieu le 4 mai à la bibliothèque de Russell, un autre est programmé à Hawkesbury le 15 juin avec l’ex-mairesse de la ville, Carmen Williams, et une formation sur la prise de parole se tiendra ce samedi 30 mai à Casselman avec l’ex-mairesse de Gatineau, France Bélisle. 

Mme Lanthier a conclu en mentionnant que le suivi des registres municipaux indique que neuf candidates se sont officiellement inscrites à ce jour à travers les huit municipalités du territoire, dont plusieurs qui se présentent pour la première fois. 

La période de dépôt des déclarations de candidature se poursuivra jusqu’au vendredi 21 août 2026, à 14 h.

Harcèlement en ligne et projet de Loi 9

La veille de la présentation, le projet de loi 9, intitulé Loi de 2026 sur la responsabilité au niveau municipal, a été adopté à l’Assemblée législative à Toronto, une réforme modifiant la Loi sur les municipalités afin de permettre la destitution officielle d’un élu en cas de harcèlement ou de comportement violent.

Toujours en entrevue avec ONFR, Mme Lanthier a fait un lien direct entre cette avancée et le cas récent de la conseillère Sarah Good à Cornwall, qui a, récemment, choisi de retirer sa candidature à la mairie de la ville et de quitter la politique en raison de la cyberintimidation et d’attaques subies en ligne. 

« On oublie que ce sont des personnes et non des robots qui reçoivent des commentaires insultants »
— Marie-Noëlle Lanthier

« On a enlevé le respect envers les politiciens, on oublie que ce sont des personnes et non des robots qui reçoivent des commentaires insultants. On dit souvent qu’il faut avoir la couenne dure, mais on ne veut pas d’un représentant avec une carapace : on veut qu’il soit empathique et capable d’écouter. »

La directrice générale avait d’ailleurs illustré la sévérité de cette détresse psychologique en rapportant que certaines candidates en étaient rendues à demander à leur propre compagnon de filtrer les commentaires sur leurs réseaux sociaux pour s’éviter de lire les insultes. 

Saluant l’issue du vote à Queen’s Park pour la sécurité des élues et des employés municipaux, elle a conclu de façon imagée : « On n’a pas eu exactement tout ce qu’on voulait dans ce projet de loi, mais c’est encore du vin. Alors je vais le boire à la victoire qu’on a eue aujourd’hui. »

TGV ALTO : Une campagne citoyenne lancée pour « rendre visible le soutien et le support au projet »

David Bellerive est le fondateur et coordonnateur de GO ALTO, une nouvelle campagne publique et citoyenne lancée à Ottawa ce lundi. Résident de la capitale fédérale, il pilote bénévolement cette initiative aux côtés d’une petite équipe locale. 

Alors que les équipes techniques d’Alto s’activent à définir le tracé exact du futur TGV qui reliera Québec à Toronto, la grogne citoyenne s’intensifie sur le terrain, particulièrement dans l’Est ontarien où les craintes liées aux expropriations et aux impacts sur les terres agricoles font monter la tension. 

Face à une opposition de plus en plus structurée, GO ALTO, qui vient de voir le jour, veut faire contrepoids et rendre visible le soutien et le support au projet Alto.

« Qu’est-ce qui a poussé la création de la campagne GO ALTO?

On a lancé cette campagne pour rendre visible le soutien et le support au projet Alto, le train de très grande vitesse entre Toronto, Québec et toutes les villes sur le chemin. Ce qui nous a vraiment motivés à faire ce lancement, c’est qu’on croit que pour avoir de bonnes discussions, il faut qu’on ait les deux bords de l’équation. En ce moment, on entend beaucoup parler de pourquoi on ne devrait pas aller de l’avant avec ce projet. Nous, on veut mettre à l’avant pourquoi c’est un projet qui est important, qui est transformateur, et surtout, qu’on ne peut pas se permettre de ne pas compléter.

Ça fait près de 60 ans qu’on étudie le train à grande vitesse au Canada sans jamais aller au bout. Qu’est-ce qui rend le contexte d’aujourd’hui plus favorable?

Comme vous le mentionnez, ça fait pas loin de 60 ans qu’on étudie le train à grande vitesse au Canada, et à chaque étude passée, il s’est toujours produit exactement la même chose : on a remis le dossier sur une étagère et on s’est dit qu’on attendrait à plus tard. Mais là, je crois qu’on voit une renaissance, une recrudescence de l’idée d’investir au Canada. Le pays a trop souvent ignoré d’investir dans ses infrastructures pour être compétitif à l’international, mais aussi pour améliorer la vie des gens qui vivent dans ces régions-là. 

En ce moment, le projet actuel de train à grande vitesse est le plus avancé de l’histoire du Canada. Attendre coûte cher, et remettre ALTO sur l’étagère aujourd’hui serait un immense désavantage pour le Canada et pour les générations à venir. Il faut cesser d’attendre. 

Vous vous dites 100 % indépendants, mais votre nom reprend celui du projet officiel du gouvernement. Qui est derrière votre campagne et comment la financez vous?

Le site web et la campagne ont été lancés à partir d’un ordinateur dans le sous-sol chez nous. Nous sommes 100 % indépendants, sans aucune affiliation politique, gouvernementale ou privée. L’idée, c’est que ce soit un projet bâti par les gens, pour les gens.

Initialement, nous sommes une équipe de quatre à cinq personnes. Le niveau de contribution de chacun varie selon nos engagements professionnels, et nous ne pouvons pas tous nous présenter devant les médias. Ce sont des gens ordinaires qui parlent de projets qui leur tiennent à cœur, et nous sommes très fiers de cette entière indépendance.

Les opposants dénoncent un manque de consultation publique de la part du gouvernement. Comment comptez-vous créer un dialogue entre les deux camps?

Comme tierce partie, on ne peut pas forcer les groupes à agir, mais on veut encourager un dialogue ouvert et honnête en misant sur l’éducation et la recherche. D’un côté, il faut qu’ALTO respecte ses engagements pour minimiser les impacts locaux. De l’autre, les communautés doivent être prêtes à discuter de l’intégration du projet chez elles, que ce soit pour identifier les routes prioritaires ou protéger les sols.

Définir le tracé d’un projet linéaire de plus de 1000 kilomètres est une étape critique. Il y aura inévitablement des mécontents en bout de ligne, mais en étant proactifs et collaboratifs pour réduire le nombre d’expropriations, on peut y arriver. Ça demande du temps et de la réflexion de la part de tout le monde.

On sent une très forte opposition dans l’Est ontarien face aux craintes d’expropriation. Comment concilier votre message de promotion avec les inquiétudes de ces communautés?

Ces inquiétudes sont tout à fait valides. On ne veut pas les minimiser : le projet va utiliser des terres et aura un impact sur les propriétés entre les grandes villes. On ne peut pas l’ignorer, et cela doit faire partie de la définition du projet. La vraie question réside plutôt dans la façon dont on atténue ces impacts et dont on compense équitablement les gens.

De plus, il est normal qu’un train à grande vitesse ne s’arrête pas dans chaque localité. En contrepartie, on peut investir dans de meilleures connexions et renforcer le transport en commun régional pour faciliter l’accès aux stations existantes. Il y a plein d’opportunités à explorer ensemble pour que chaque région puisse tirer son épingle du jeu.

On attend toujours les rapports d’impact environnemental et social. Si ces études concluent que les dommages locaux l’emportent sur les gains, maintiendrez-vous votre appui?

C’est une question complexe, car tout dépend de la façon dont on soupèse un bénéfice par rapport à un coût. Un grand projet d’infrastructure aura des impacts dans tous les cas. L’important est de les identifier à l’avance pour arriver à une décision éclairée par les personnes en charge. Notre position pourrait évoluer avec le temps. 

Par contre, nous sommes confiants que les équipes d’ALTO mettent en place les mesures nécessaires pour réduire l’impact réel et s’assurer que ce soit le projet le plus bénéfique pour le Canada. Chaque décision de tracé, comme choisir de passer par un terrain privé plutôt que par une forêt, comporte des coûts et des risques. L’intérêt d’ALTO est de minimiser ces coûts, ce qui veut aussi dire minimiser les conséquences pour le projet. Tout cela doit se faire en étroite collaboration avec les communautés et les gouvernements.

Quels sont les prochains objectifs concrets pour votre campagne?

Honnêtement, notre but pour les prochaines semaines est de bâtir des outils pour rendre la campagne visible et concrétiser le soutien du public. On a déjà une certaine quantité d’actions disponibles sur notre site web, mais au cours des prochains mois, nous allons en lancer de nouvelles. On veut notamment donner aux citoyens les moyens d’avoir des discussions éclairées sur les impacts et les bénéfices réels du train. 

C’est encore le tout début, mais sans avancer de chiffres concrets, le niveau d’engagement et l’intérêt fort du public depuis le lancement surpassent déjà nos attentes. On a bien hâte d’utiliser cet élan et de travailler avec les gens pour développer la campagne. Notre priorité reste de provoquer des dialogues ouverts et honnêtes. »

Restructuration au CEPEO : les secrétaires protestent de nouveau et dénoncent un manque de transparence

OTTAWA – Un mois après une première manifestation contre le projet de restructuration du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, des secrétaires scolaires, syndicalistes et parents ont de nouveau protesté mardi devant les bureaux du CEPEO. Les manifestants réclament davantage de transparence et dénoncent des coupures de postes qu’ils jugent incompatibles avec la croissance du conseil scolaire.

« Pour un conseil en pleine croissance comme le nôtre, ça n’a pas de sens. C’est du jamais vu en 30 ans au CEPEO », lance Christine Couture, présidente de l’unité syndicale SCFP 5335.

La décision du CEPEO de couper 26 postes équivalents temps plein (ETP) dans le cadre d’une « restructuration des tâches administratives lancée en juin 2024 », selon le conseil scolaire, ne passe toujours pas auprès des travailleurs concernés.

« Ces coupures contredisent l’ouverture de nouvelles écoles et la croissance affichée du conseil scolaire », affirme Mme Couture, entourée de travailleurs de l’éducation, de parents et de syndicalistes rassemblés devant les bureaux du CEPEO pour dénoncer la situation.

Ce rassemblement, le deuxième du genre, s’est tenu en marge d’une réunion ordinaire des conseillers scolaires.

Lors du premier rassemblement, il y a un mois, une conseillère scolaire avait demandé un rapport d’analyse sur les raisons de cette restructuration, les démarches entreprises par le conseil et les conséquences possibles de cette décision.

« Nous avons demandé si ce rapport serait présenté ce soir, mais on nous a répondu que ce ne serait pas fait publiquement. Nous nous attendions pourtant à ce qu’il soit rendu public aujourd’hui », s’indigne la présidente du SCFP 5335, qui dénonce un manque de transparence du CEPEO.

Pour en avoir le cœur net, des membres du personnel et du syndicat ont même fait irruption dans la réunion des conseillers scolaires afin d’exprimer leurs inquiétudes quant aux répercussions de ces décisions sur les écoles et les élèves du CEPEO.

Contacté par ONFR, le CEPEO explique qu’il procède à des ajustements de personnel dans le cadre de la planification des effectifs pour l’année scolaire 2026-2027.

« La restructuration vise à optimiser l’efficacité de nos opérations dans une démarche d’amélioration continue et à alléger certaines responsabilités administratives dans les écoles afin de leur permettre de prioriser le service à l’élève », souligne le conseil scolaire.

Le CEPEO ajoute que « les formules de dotation du personnel administratif, incluant les secrétaires d’école, sont prescrites par le ministère de l’Éducation, et le financement est octroyé en fonction de ces paramètres ».

Le conseil scolaire voit également dans les actions récentes du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) « une posture visant à mobiliser leurs membres en prévision de négociations prévues avec le gouvernement de l’Ontario à l’automne ».

Un argument rejeté par le syndicat.

« Pourquoi veut-on équilibrer le budget sur leur dos? »

« Les secrétaires n’ont pas les salaires les plus élevés du conseil scolaire. Pourquoi veut-on équilibrer le budget sur leur dos? », déplore Caroline Lemieux, secrétaire dans une école.

« Personnellement, je pourrais perdre environ 12 000 dollars par année. Avec le coût de la vie actuel, c’est énorme », affirme-t-elle.

« Les secrétaires n’ont pas les salaires les plus élevés du conseil scolaire. Pourquoi veut-on équilibrer le budget sur leur dos? », déplore Caroline Lemieux. Photo : ONFR

Depuis la première manifestation du 28 avril dernier, la principale évolution dans le dossier est la possibilité offerte aux écoles touchées de demander une dérogation afin d’éviter certaines suppressions de postes.

« Par contre, il était clairement mentionné qu’une demande ne garantit pas son acceptation », prévient Mme Lemieux.

« Les dossiers sont toujours à l’étude par le conseil. On devrait avoir une réponse d’ici vendredi », précise pour sa part Christine Couture.

La présidente du SCFP 5335, une section locale représentant quelque 500 travailleurs de l’éducation, de l’administration et de la conciergerie du CEPEO, estime toutefois que ce mécanisme soulève des questions sur l’utilisation des enveloppes budgétaires.

Christine Couture appelle également les conseillers scolaires à prendre le dossier à bras-le-corps.

« Le ministère de l’Éducation impose des coupures un peu partout, mais il a aussi maintenu les conseils scolaires francophones et leurs conseillers scolaires pour assurer le bon fonctionnement des écoles. Ce qu’on veut faire valoir ce soir, c’est que les conseillers scolaires ont un rôle important à jouer. Ils doivent faire entendre les préoccupations des parents et du public face à cette restructuration », affirme-t-elle.

Malgré cela, les travailleurs assurent vouloir poursuivre leur mobilisation.

« Notre bataille n’est pas terminée. Nous voulons continuer à nous faire entendre et demander au CEPEO de renverser sa décision. Derrière le titre de secrétaire, il y a des humains et des familles. Plusieurs d’entre nous seront placés dans une situation précaire », soutient Mme Lemieux.

Elle insiste aussi sur l’importance du rôle joué par les secrétaires dans les écoles.

« Avant tout, on se bat pour nos élèves. Dans mon école, je connais les 500 élèves par leur prénom et je connais les familles. Une école sans secrétaire, c’est comme enlever le cœur de l’école. »

Nouvelles exigences en français : les grandes entreprises fédérales contestent le cadre d’Ottawa

OTTAWA — Les entreprises bancaires, des transports et des communications sous réglementation fédérale sollicitent d’Ottawa la modification de nouvelles obligations qu’elles devront respecter à l’avenir en matière de service et de supervision en français aux consommateurs et avec leurs employés.

L’Association des banquiers canadiens (ABC) et l’Association des employeurs des transports et communications de régie fédérale (ETCOF) soutiennent que les mesures linguistiques prévues pour les régions francophones du Canada alourdissent la gestion administrative des entreprises privées et pourraient avoir des répercussions imprévues.

Ces nouvelles obligations concerneront plus de 1300 entreprises à travers le pays. L’ETCOF représente plusieurs grandes entreprises du secteur fédéral telles que Rogers, Air Canada, Rio Tinto, UPS, FedEx, etc., mais aussi de plus petites compagnies, alors que l’ABC représente 60 des 80 banques au pays.

Au cours des prochaines années, ces entités devront se conformer à la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP). Cette réglementation entrera d’abord en vigueur au Québec, avant de s’étendre deux ans plus tard aux régions à forte présence francophone dans le reste du Canada.

« En ce moment, il y a des régions où il sera extrêmement difficile, au niveau pratique, de respecter la Loi », a indiqué Derrick Hynes, président et chef de la direction de l’ETCOF, lors d’une réunion du Comité des langues officielles au Sénat lundi soir.

« Pour certaines régions du pays, ça peut poser un défi, car il y a moins de main-d’œuvre francophone », abonde de son côté Eric Prud’homme, le directeur général, Relations gouvernementales Québec et Atlantique pour l’ABC.

« Le premier défi dans le secteur bancaire est d’avoir de la main-d’œuvre qualifiée (…) et là dans certaines régions où le bassin d’employés qui parlent français est limité, ça sera beaucoup plus difficile », ajoute ce dernier.

Les deux organisations nationales étaient invitées par le Sénat à commenter le projet de règlement déposé par Ottawa sur la LUFEP qui vient encadrer l’application de cette loi. La législation régit l’application du régime linguistique, la concrétisation des nouveaux droits accordés aux consommateurs et aux employés, ainsi que les responsabilités accrues des employeurs concernant l’utilisation du français.

Les organisations visées par la LUFEP devront dorénavant signaler de façon explicite l’accessibilité de leurs prestations en français et rendre disponible la documentation nécessaire dans cette langue. Actuellement, plusieurs de ces sociétés de ressort fédéral ne sont pas contraintes par la Loi sur les langues officielles, ce qui signifie que les exigences de la LUFEP représentent pour elles un tout nouveau cadre d’obligations linguistiques.

Le nombre de régions francophones jugé excessif

L’ETCOF exprime une « préoccupation majeure » concernant l’étendue des zones identifiées comme ayant une forte présence francophone, estimant que les critères de sélection actuels sont trop permissifs.

« Nous craignons qu’il y ait des défis à relever pour respecter ces obligations dans certaines régions du pays, ou dans certains domaines de travail spécialisés, particulièrement en ce qui concerne la recherche d’employés bilingues. Nous demandons au ministre une certaine flexibilité à cet égard », revendique Derrick Hynes.

Autant les banques que l’ETCOF demandent aussi que la période de deux ans prévue par Ottawa soit allongée.

« Ces changements exigeront un effort colossal de la part de la communauté des employeurs… Concrètement, ces règlements imposeront aux employeurs un fardeau qu’il sera très difficile d’assumer à court terme », explique M. Hynes.

Autant les banques que l’ETCOF se disent ouvertes à ces nouvelles obligations reliées à la Loi sur les langues officielles, mais appellent le gouvernement Carney à faire preuve de « flexibilité ».

Interrogées par les sénateurs du comité lundi soir sur l’éventualité de solliciter l’appui financier d’Ottawa pour soutenir la formation ou l’embauche d’employés bilingues, les deux organisations nationales ont manifesté leur intérêt pour l’obtention d’un tel soutien, s’il se présentait.

Le ministre des Langues officielles, Marc Miller, s’est toutefois montré réticent à l’idée d’offrir une telle aide monétaire à des entreprises, soutenant que ce n’est pas « nécessairement au fédéral de tout compenser ».

Le Grand Sudbury se hisse au 5e rang national pour l’emploi, selon une étude

SUDBURY – Le Grand Sudbury a progressé de 15 places pour se hisser au 5e rang national pour la performance de son marché de l’emploi, selon une étude récente qui met en lumière une forte poussée du Nord, contrastant avec le ralentissement économique dans le sud de la province. 

« Cela indique un climat de confiance », observe Marie Litalien, présidente et cheffe de la direction de la Chambre de commerce du Grand Sudbury, en réaction au dernier rapport de la Banque de Montréal (BMO). 

Cette étude évalue le rendement des 33 plus grandes villes canadiennes en s’appuyant sur cinq facteurs pondérés, dont l’évolution de l’emploi, la croissance démographique et le taux de chômage.

« On voit que cette hausse dans le classement est le résultat direct des investissements récents de la province dans notre région », poursuit Mme Litalien. Cela permet à nos entreprises de se développer et de planifier à long terme. » 

Elle nuance toutefois : « Nous sommes confrontés à des défis juste comme les autres communautés du Nord, la disponibilité des logements, la main-d’œuvre, les tarifs, mais peut-être moins qu’ailleurs car nous dépendons de plusieurs secteurs. »

Ce classement de la BMO place le Grand Sudbury au 5e rang national, aux côtés de Peterborough (8e) et Brantford (9e), alors que les centres urbains du sud de la province, comme Toronto (27e) ou London (33e), subissent un net recul. Source : Rapport sur le rendement du marché du travail régional de la BMO

Le secteur minier comme pilier économique

L’étude de la BMO attribue la vigueur des marchés de l’Ouest canadien et de Sudbury à la performance des économies axées sur les ressources. Alex Ross, responsable du développement commercial pour la Ville du Grand Sudbury, confirme cette dynamique locale. 

« Le rapport montre qu’il y a eu des résultats plus forts et plus positifs dans l’économie des ressources », explique-t-il. 

« Je soupçonne qu’une grande partie de cela pourrait être due à l’importance croissante des minéraux critiques, comparativement à certaines des villes qui n’ont pas aussi bien performé et qui étaient davantage basées sur le secteur manufacturier dans le Sud. »

Selon les données de la municipalité, l’industrie minière demeure justement un pilier central et le premier secteur en matière d’employabilité. 

« Le secteur de l’approvisionnement et des services miniers emploie environ 14 000 personnes, et environ 5500 autres travaillent directement dans l’extraction et le traitement, précise M. Ross. C’est donc un moteur majeur de l’économie de Sudbury. »

Cette activité génère des retombées plus larges sur l’économie locale. 

Marie Litalien, présidente de la Chambre de commerce du Grand Sudbury, pilote également les initiatives de mentorat pour l’intégration des entrepreneurs issus de l’immigration au sein du réseau d’affaires local. Photo : gracieuseté de la Chambre de commerce du Grand Sudbury

« Quand le secteur minier a un succès, ça bénéficie à toute la communauté, ajoute Mme Litalien. Ce n’est pas juste le secteur minier, il y a par exemple plus de gens qui vont dans nos restaurants ou nos magasins. »

Une structure économique diversifiée

Malgré l’impact des ressources, la stabilité du marché du travail repose également sur d’autres secteurs clés comme la vente et les services, qui représentent plus de 20 000 emplois, suivis par la santé et l’assistance sociale avec plus de 13 000 postes, puis par l’administration publique, l’éducation et la justice.

La municipalité ajoute que la croissance est soutenue par le recrutement continu en santé, un niveau record de productions cinématographiques, ayant généré 16 millions de dollars de dépenses locales, et par l’activité touristique lors d’événements majeurs.

De plus, la municipalité a enregistré près de 600 millions de dollars en permis de construction en 2025, incluant un investissement manufacturier de 85,1 millions de dollars de la part de l’entreprise Sandvik.

Cette conjoncture favorise la création d’entreprises, bien que le profil de ces dernières évolue de manière contrastée. « Les données de la table de la main-d’œuvre de février montrent que de 2024 à 2025, il y a eu une augmentation positive du nombre total d’entreprises, avec une hausse nette de 291 firmes », indique M. Ross. 

Selon le Registre des entreprises de Statistique Canada, le tissu entrepreneurial du Grand Sudbury est majoritairement composé de petites entreprises, des secteurs de l’immobilier, de la santé et des services professionnels affichant le plus grand nombre d’établissements. Photo capture d’écran de la page web Choisir Sudbury (Statistique Canada)

« Beaucoup de celles-ci étaient de petites entreprises. Les catégories d’entreprises avec zéro employé ont augmenté, celles de 1 à 19 employés ont diminué, mais les entreprises de 20 à 99 employés et celles de 100 employés et plus ont augmenté. » 

Du côté de la Chambre de commerce, l’adhésion suit une courbe similaire. L’organisme indique avoir terminé sa dernière année fiscale avec 782 membres, pour atteindre actuellement un total de 825 membres actifs.

Le rôle des flux migratoires et de l’immigration

La croissance démographique alimente ce marché du travail, la population de la région métropolitaine de recensement étant estimée à près de 194 000 habitants en 2025 alors qu’elle était de 165 000 en 2021. À l’échelle provinciale, l’étude de la BMO note que le coût de la vie pousse certains jeunes adultes à quitter Toronto et à choisir la ville du nickel.

Selon des données de Statistique Canada fournies par la municipalité, le Grand Sudbury enregistre un solde migratoire intraprovincial systématiquement positif, ayant attiré plus de 2500 résidents en provenance d’autres régions de l’Ontario au cours des quatre dernières années. 

M. Ross souligne d’ailleurs que le Grand Sudbury est la communauté qui attire le plus grand nombre de nouveaux arrivants d’expression française parmi toutes les villes du Nord de l’Ontario avec 480 résidents permanents francophones établis dans la région au cours de l’année 2025 (contre 45 à Timmins), selon les données de l’Observatoire en immigration francophone au Canada.

Alex Ross, responsable du développement commercial pour la Ville du Grand Sudbury, dont le bureau coordonne la Table de concertation sur l’attraction de la main-d’œuvre et le déploiement des nouveaux programmes d’immigration économique. Photo : gracieuseté de la ville du Grand Sudbury

Pour encadrer ces arrivées, la ville s’appuie sur des programmes fédéraux. L’année dernière, 46 personnes et leurs familles se sont établies via le nouveau Programme pilote d’immigration dans les communautés francophones, remplissant la totalité des quotas alloués. 

Le Programme pilote d’immigration rurale et du Nord a quant à lui généré plus de 900 demandes pour 525 places. « C’est formidable de voir ce programme pleinement utilisé, conclut M. Ross. Il est de nouveau disponible cette année. » 

« Notre membriété compte beaucoup de petites entreprises et de nouvelles entreprises qui sont des immigrants, mentionne quant à elle Mme Litalien. On diversifie nos membres, c’est vraiment beau à voir. Quand on voit les différents immigrants avec de nouvelles entreprises, ça nous aide à être une communauté plus accueillante. Alors ça a des effets sur notre capacité de croissance et sur l’économie. »

Ottawa : quatre candidats à la mairie, le français déjà scruté

OTTAWA – Le maire sortant Mark Sutcliffe a officialisé ce lundi sa candidature à un second mandat à la tête de la Ville, relançant une course électorale où la question du bilinguisme pourrait s’imposer comme un enjeu.

Élu une première fois en 2022, l’ancien animateur radio et entrepreneur devient le quatrième candidat à la course à la mairie. Il s’est rendu au bureau des élections de la Ville d’Ottawa ce lundi afin d’enregistrer officiellement sa candidature.

Jusqu’ici, trois autres candidats avaient déjà annoncé leur intention de briguer la mairie : le conseiller municipal de Kitchissippi Jeff Leiper, l’économiste et organisateur communautaire Neil Saravanamuttoo, ainsi que l’entrepreneur Alex Lawson.

Un enjeu dans une ville bilingue

Ottawa est officiellement bilingue depuis 2017 et offre des services municipaux en français et en anglais. Selon le recensement de 2021 de Statistique Canada, plus de 16 % de la population de la capitale fédérale a le français comme première langue officielle parlée.

Dans ce contexte, la capacité des candidats à s’exprimer en français est régulièrement scrutée durant les campagnes municipales, particulièrement par les communautés franco-ontariennes.

Bien qu’il s’exprime dans les deux langues, M. Sutcliffe se présente comme « francophile, non francophone ». Au cours de son mandat, il a multiplié les gestes envers la communauté francophone, citant entre autres les investissements de la Ville dans la construction du nouveau MIFO, le soutien aux garderies francophones ainsi que la contribution municipale au Festival franco-ontarien.

Conseiller de Kitchissippi depuis 2014, Jeff Leiper intervient quant à lui régulièrement dans les deux langues lors d’événements publics et dans les médias. Il affirme s’être « toujours senti à l’aise en français » lors du porte-à-porte et reconnaît que « des communications françaises exactes et réfléchies sont importantes ». Il a mis en place un site dans les deux langues.

Toutefois, l’annonce de sa candidature a été marquée par certaines maladresses. Une affiche électorale bilingue comportait notamment une erreur en français avant d’être corrigée, puis modifiée une seconde fois avec une autre formulation fautive. On pouvait y lire successivement « Pour le maire » puis « À la maire ».

Les deux versions de l’affiche électorale bilingue de Jeff Leiper, où l’on pouvait lire successivement « Pour le maire » puis « À la maire », ont suscité des réactions dans certains milieux francophones.

Anglophone, Alex Lawson a indiqué à ONFR comprendre le français et travailler à améliorer son niveau. Son site web officiel demeure toutefois uniquement disponible en anglais.

Propriétaire d’une entreprise spécialisée dans la charpente résidentielle, M. Lawson axe principalement sa campagne sur la crise du logement et l’itinérance.

De son côté, Neil Saravanamuttoo affirme être bilingue et possède un site web dans les deux langues. Dans une vidéo publiée il y a deux semaines, il s’exprime en français pour retracer son parcours, ses racines ottaviennes, son expérience en économie et en administration publique, ainsi que son engagement dans des dossiers municipaux comme le projet Lansdowne 2.0.

Par ailleurs, la campagne devrait aussi tourner autour du coût de la vie, du logement, du transport en commun, de l’itinérance et de la sécurité publique.

La période de mise en candidature a débuté le 1er mai et se terminera le 21 août. L’élection municipale d’Ottawa aura lieu le 26 octobre prochain.

La ministre Natalia Kusendova-Bashta deviendra ministre des Affaires francophones

Suite à la démission de l’actuelle ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, c’est Natalia Kusendova-Bashta qui endossera le portefeuille francophone en plus de son ministère des Soins de longue durée, et ce, dès le 5 juin, date officielle du départ de la ministre Mulroney.

« Le premier ministre a demandé à la ministre Kusendova d’assumer les fonctions de ministre des Affaires francophones en plus de celles de ministre des Soins de longue durée, et elle a accepté », nous a informés via une déclaration officielle le bureau du premier ministre Doug Ford.

« La ministre Kusendova assumera ce rôle supplémentaire à la suite de la démission de Caroline Mulroney, qui prendra effet le 5 juin. »

Cette infirmière autorisée de formation est députée de Mississauga-Centre pour le Parti progressif-conservateur de l’Ontario depuis 2018.

Après avoir été adjointe parlementaire au ministère des Soins de longue durée de 2020 à 2024, elle a officiellement été promue par Doug Ford au Conseil des ministres en tant que ministre des Soins de longue durée lors du remaniement de juin 2024, poste qu’elle occupe toujours actuellement.

Parlant couramment le français, en plus de plusieurs autres langues, dont l’anglais et le polonais, elle était parmi les mieux placés du cabinet ministériel sur le plan linguistique pour assurer le mandat des Affaires francophones.

Natalia Kusendova-Bashta lors de la Journée internationale de la francophonie, le 20 mars 2023, durant le rassemblement du caucus progressiste-conservateur francophone à Queen’s Park. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Dans une déclaration envoyée à ONFR, Mme Kusendova-Bashta a salué le travail de la ministre Mulroney pour faire progresser les services en français dans la province de l’Ontario.

« En tant que fière francophile et amie de la communauté francophone de l’Ontario, c’est un honneur d’être appelée à servir comme ministre des Affaires francophones, tout en poursuivant mon rôle de ministre des Soins de longue durée, a-t-elle également déclaré. J’ai hâte de servir les francophones et de protéger les droits linguistiques en français partout dans la province. »

Par le passé, Mme Kusendova-Bashta s’est engagée sur plusieurs dossiers, notamment sur le projet de loi 182 en septembre 2020 pour faire du drapeau franco-ontarien un emblème officiel reconnu à l’Assemblée législative, et faire flotter ce symbole francophone devant Queen’s Park.

La ministre Kusendova-Bashta s’est également impliquée dans le processus de création du village francophone pour les aînés à Aurora, porté par l’organisme Trille Blanc.

Quant aux soins de longue durée, la ministre Natalia Kusendova-Bashta a présenté le Projet de loi 14, Loi de 2025 sur le soutien aux personnes âgées et aux fournisseurs de soins, qui comprend un volet poussant davantage de traduction et de ressources disponibles à destination des aînés francophones.

« C’est le meilleur choix pour succéder à la ministre Caroline Mulroney », a réagi auprès d’ONFR le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert.

« Nous avons eu la chance de côtoyer Mme Kusendova-Bashta lorsqu’elle était adjointe parlementaire et elle connait bien les dossiers. »

D’ajouter qu’au vu de son implication et « de la place que Mme Mulroney a taillé pour la francophonie », le travail sera moindre pour la maintenir.

« Nous aurons une bonne personne en place pour les Franco-Ontariens », conclut-il.

La ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney quitte ses fonctions

TORONTO – La ministre des Affaires francophones et présidente du Conseil du Trésor se retire de la vie politique et quittera le cabinet de Doug Ford ainsi que son siège de députée provinciale, à compter du 5 juin.

Dans une lettre adressée dimanche au premier ministre ontarien, l’élue de York-Simcoe affirme que « cette décision n’a pas été prise à la légère », mettant en avant la perte de son père, Brian Mulroney (premier ministre du Canada de 1984 à 1993) et le fait que ses enfants, devenus adultes, prennent leur envol.

« Ce sont des moments qui nous rappellent l’essentiel, déclare-t-elle. Ensemble, ils m’ont amenée à conclure qu’il était temps pour moi de tourner la page sur la vie politique élective et d’entreprendre un nouveau chapitre que j’aborde avec enthousiasme. »

Mme Mulroney est entrée en politique en 2018 en tentant de briguer la tête du Parti progressiste-conservateur, finalement remportée par Doug Ford. Élue députée de la circonscription de York-Simcoe lors des élections provinciales de 2018, elle est aussitôt devenue ministre des Affaires francophones, un poste qu’elle a occupé sans discontinuer durant huit ans, en parallèle de plusieurs portefeuilles de premier plan : Procureur générale (2018-2019), Transports (2019-2023) et Conseil du Trésor (depuis 2023).

Ses premiers pas ont été marqués par la mobilisation du Jeudi noir de l’Ontario français contre les coupes Ford visant le Commissariat aux services en français et le projet d’Université de l’Ontario français. Le premier a finalement été intégré au Bureau de l’ombudsman et le second relancé puis concrétisé.

Mme Mulroney a ensuite mené à terme plusieurs chantiers, dont le plus significatif est la modernisation de la Loi sur les services en français (LSF). On peut également citer la création de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario, le renforcement du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO), la désignation de Sarnia en vertu de la LSF, l’autonomie de l’Université de Hearst, la reconnaissance du drapeau franco-ontarien comme emblème officiel de la province ou encore la réforme des entités de planification des services en français.

« Nous avons réalisé des avancées qui laisseront une empreinte durable, dit-elle. La société franco-ontarienne n’est pas une clientèle politique à gérer. Elle constitue l’une des forces vives de la province et de notre pays. Je me réjouis à l’idée de trouver de nouvelles façons de contribuer à son essor dans les années à venir. »

Dans une longue entrevue accordée à ONFR, elle s’était positionnée il y a un an sur plusieurs dossiers sensibles tels que la pénurie d’enseignants, la crise à La Cité, la réforme des entités de planification, le financement du MIFO ou encore l’avenir des universités de langue française…

Au-delà de la francophonie, l’élue conservatrice aux trois mandats se dit fière du travail accompli, énumérant la construction de la voie de contournement de Bradford, la protection de la forêt de North Gwillimbury, la préservation du lac Simcoe contre tout nouveau rejet d’eau usée et l’avancement du nouvel hôpital de soins actifs de Southlake Health à East Gwillimbury.

« Rien de tout cela n’est arrivé par hasard, est-elle convaincue. Cela s’est produit grâce à votre engagement, votre mobilisation et votre volonté constante de me demander des comptes. »

« Elle ne menait pas les Affaires francophones pour simplement couper des rubans »
— Matthew Conway, stratège conservateur

Interrogé par les journalistes en conférence de presse ce lundi, Doug Ford a laissé entendre qu’il n’était pas étonné de sa démission, affirmant que « nous l’avions déjà convaincue de courir pour un troisième mandat », en référence aux élections provinciales de février 2025. Celui-ci a ajouté que leurs deux familles étaient très proches depuis longtemps et qu’il a « la plus grande estime pour Caroline Mulroney ».

Un peu plus tôt, par voie de communiqué, le premier ministre a salué le « leadership calme et stable » de sa ministre qui « laisse derrière elle un bilan dont elle peut être immensément fière : un accord historique de financement pour la plus grande expansion des transports en commun en Amérique du Nord, des politiques budgétaires disciplinées qui contribuent à maintenir la compétitivité de notre économie (…) et une communauté francophone forte et florissante à travers la province. »

« Tout au long de son parcours, elle aura été une voix influente au cœur du gouvernement ontarien, avec cette capacité rare de porter les enjeux de la francophonie là où se prennent les grandes décisions, mais surtout de contribuer à faire reconnaître l’Ontario français non pas comme une réalité périphérique, mais comme une composante essentielle, dynamique et pleinement contributive de notre province », juge Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario.

« Elle ne menait pas les Affaires francophones pour simplement couper des rubans. Elle y était pour assurer un avenir meilleur à ses concitoyens, considère le stratège conservateur Matthew Conway. Son bilan et son legs politique pour les francophones en Ontario auront des impacts pendant longtemps. »

Natalia Kusendova-Bashta prend le relai aux Affaires francophones

« Elle fut une super ministre des Affaires francophones depuis 2018, estime pour sa part Dominic Giroux, PDG de l’Hôpital Montfort. À son arrivée, elle a contribué à s’assurer que le projet du Carrefour santé Aline-Chrétien se déroule comme prévu et a participé à la première pelletée de terre. À l’automne 2023, elle a sollicité le leadership de l’Hôpital Montfort pour l’élaboration d’un Plan d’action provincial pour les soins de santé, l’éducation et la recherche en français », cite-t-il en exemple.

La ministre des Soins de longue durée, Natalia Kusendova-Bashta, prendra le relai aux Affaires francophones à compter du 5 juin, tout en conservant son ministère actuel. L’intérim du Conseil du Trésor sera, lui, assuré par le ministre des Finances Peter Bethlenfavly.

Trop d’artistes, pas assez de scènes en Ontario français

OTTAWA – Après plus de 30 ans de carrière musicale, Jean-Marc Lalonde regarde aujourd’hui son groupe Hey, Wow ralentir progressivement. Malgré un nouvel album lancé en 2025, une identité artistique forte et des spectacles festifs mêlant folklore, rock et accordéon, les dates se font rares.

Le groupe a assuré le 21 mars dernier la clôture de La Nuit sur l’étang avec un spectacle haut en couleur. Mais, depuis, peu d’occasions se sont présentées.

« C’était peut-être là le dernier spectacle. On n’a rien qui s’en vient », confie le musicien franco-ontarien, qui a aussi été maître de cérémonie de La Nuit sur l’étang.

Derrière cette réalité se cache un problème plus large : un milieu culturel franco-ontarien fragilisé par le manque de financement, la multiplication des artistes, la difficulté à remplir les salles et l’absence d’infrastructures solides pour accompagner les groupes indépendants.

Une « bête étrange » difficile à vendre

Jean-Marc Lalonde décrit lui-même la formule du groupe comme « une bête étrange ». « Quand on a lancé Hey, Wow, beaucoup d’acheteurs pensaient qu’on faisait du rigodon », raconte cet artiste originaire de La Fontaine.

Jean-Marc Lalonde (en rouge), du groupe Hey, Wow, avait animé la 53e Nuit sur l’étang. Photo : Dominique Demers/ONFR

« Ce n’est pas du country. Ce n’est pas du traditionnel non plus. Les gens comprennent après avoir vu le spectacle. Mais le concept comme tel est difficilement vendu », explique l’artiste, dont le groupe est passé d’une cinquantaine de dates annuelles à une dizaine aujourd’hui. Le musicien estime aussi que l’accordéon demeure moins « vendeur » en Amérique du Nord.

« Avec les chansons à répondre, (forme de chant alterné où les chanteurs entonnent une phrase que l’assemblée ou le chœur répète en écho) on n’a pas besoin de connaître la chanson pour chanter avec l’artiste. Ça a toujours fait partie de ma culture et je ne suis pas certain qu’on retrouve ça ailleurs aussi souvent, mais chez nous, c’est quelque chose d’important », ajoute-t-il.

Cette singularité constitue justement la force du groupe, estime Patrick Bourbonnais, consultant culturel et agent du milieu artistique franco-canadien. « C’est très niché comme projet artistique. Mais c’est ce qui en fait aussi la beauté », affirme-t-il.

« Il y a énormément d’offres »

Selon plusieurs intervenants, les artistes francophones sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux que les occasions de se produire sur scène.

« En ce moment, il y a énormément d’offres et d’artistes qui démarrent et de groupes établis qui continuent de persister. Pour chaque style musical, il y a beaucoup d’artistes talentueux qui mériteraient tous une place », explique Nicolas Formell, responsable de la programmation à Réseau Ontario, un organisme qui soutient la diffusion et le rayonnement des arts de la scène francophone en Ontario.

« Mais les programmations des festivals et des salles de spectacle ne sont pas extensibles, et les budgets des diffuseurs tendent plutôt à diminuer », déplore-t-il. Les salles cherchent aussi à diversifier leurs programmations afin de rejoindre différents publics : humour, théâtre, musique urbaine, spectacles familiaux ou artistes issus de groupes sous-représentés. Même au sein de Contact Ontarois, les règles ont changé.

« Avant, un artiste pouvait revenir une année sur deux. Maintenant, nous attendons parfois deux ans avant de reprogrammer un même projet, même si nous l’aimons beaucoup, simplement parce qu’il faut laisser de la place aux nouveautés et à d’autres styles artistiques », ajoute M. Formell.

« Aujourd’hui, il faut plaire à tout le monde », résume Patrick Bourbonnais, agent de spectacles au Groupe JKB. Photo : gracieuseté

Selon Patrick Bourbonnais, les diffuseurs sont aussi contraints de répondre à de nouveaux critères de représentation. « Les diffuseurs tiennent également compte des enjeux de diversité, des communautés LGBTQ+, des Premières Nations, Métis et Inuit, tout en cherchant à rajeunir leur public. Ce n’est plus uniquement une question de qualité artistique », relève-t-il.

De détailler : « On nous dit par exemple : vous êtes quatre hommes et on cherche plutôt une figure féminine ou une représentation queer ».

« Maintenant, j’aime ce que je fais »

Pour survivre, plusieurs artistes franco-ontariens doivent désormais cumuler plusieurs projets ou occuper un autre emploi à temps plein. Jean-Marc Lalonde, lui, enseigne désormais à temps plein après avoir vécu pendant des années uniquement de la musique.

« Avant, quand je faisais de la musique 100 % du temps, je faisais ce que j’aimais. Maintenant, j’aime ce que je fais », dit-il. D’ailleurs beaucoup de groupes et de musiciens de sa génération ont quitté le domaine, notamment faute de structures d’accompagnement.

À cela s’ajoute la transformation complète du modèle économique musical. « Personne n’achète de musique, tout le monde le veut gratuitement », déplore Jean-Marc Lalonde.

Les revenus provenant des plateformes numériques demeurent faibles, explique Patrick Bourbonnais, qui rappelle qu’aujourd’hui, le revenu principal est la présentation de spectacles. Selon lui, même ce modèle devient plus fragile dans un contexte où le public sort moins et où les diffuseurs hésitent davantage à prendre des risques financiers.

« Les festivals ont moins de financement, les salles ont du mal à remplir leurs sièges et le public sort moins qu’avant. Tout ça crée un cercle difficile pour les artistes comme pour les diffuseurs », décrit Nicolas Formell.

« Ça devient difficile pour un artiste d’être programmé chaque année, ou même tous les deux ans, dans les mêmes festivals », observe Nicolas Formell, responsable de la programmation à Réseau Ontario. Photo : gracieuseté

Le soutien culturel demeure aussi insuffisant aux yeux des acteurs du milieu. « Le Québec demeure le champion au niveau des structures d’accompagnement et du financement culturel. Là-bas, la culture est considérée comme une priorité et les fonds publics sont investis massivement pour soutenir les projets artistiques », explique Patrick Bourbonnais.

Selon lui, cette vision contraste avec celle qui domine souvent ailleurs au pays. « En Ontario ou dans d’autres provinces, la musique est davantage perçue comme de l’entertainment que comme un enjeu culturel. » Dans ce sens, il appelle à un meilleur soutien public et à des structures d’accompagnement plus solides afin de permettre aux artistes franco-ontariens de développer davantage leurs carrières et leurs tournées.

De son côté, Nicolas Formell estime que les artistes gagneraient à s’ouvrir à d’autres marchés et à miser davantage sur la promotion dans les réseaux sociaux. « Ça prend une équipe derrière qui assure la promotion, la gestion, la planification des tournées et toute la gérance du groupe. »

Nicolas Formell observe d’ailleurs que les artistes autoproduits et autogérés ont de plus en plus de difficulté à suivre le rythme imposé par l’industrie actuelle.

Malgré les difficultés, Jean-Marc Lalonde continue de monter sur scène à l’occasion.
« Je suis rendu au point où je fais des apparitions ici et là, et ça me fait plaisir de le faire. Mais je ralentis », conclut le leader de Hey, Wow, pour qui la virgule du nom du groupe est importante, « parce qu’on ne s’est jamais vraiment pris au sérieux ».

Raphaëlle Delaunay, un parcours sur mesure pour faire rayonner le français

TORONTO – Riche d’une longue expérience en gestion, en pédagogie et en apprentissage du français langue seconde, la nouvelle directrice de l’Alliance française de Toronto, Raphaëlle Delaunay, semble avoir endossé un rôle fait sur mesure pour faire rayonner la langue française. Après un mandat à la tête de l’Alliance française d’Adélaïde en Australie, cette passionnée d’immersion socio-culturelle orchestre depuis 2025 les cinq campus du Grand Toronto, avec la ferme intention d’allier excellence éducative et vitalité artistique.

« Racontez-nous votre parcours et les étapes clés de votre carrière…

Pendant mes études, la culture et les relations internationales m’intéressaient tout particulièrement bien que je me sois dirigée vers le domaine de l’accompagnement managérial pour une start-up. Il s’agissait d’un travail sur les dynamiques de management en entreprise en partant du principe que c’est l’expérience qui fonde la capacité à progresser, avec trois angles d’approche, la formation, le conseil et le coaching. J’ai notamment travaillé pour de grands groupes français tels qu’Air France.

Le PDG a par la suite ouvert une école d’art oratoire et une école de français langue étrangère (appelée français langue seconde au Canada), dont j’ai pris la direction des six campus, trois à Paris, un à Bordeaux, à Nice et à Biarritz, comprenant 6000 étudiants d’une centaine de nationalités différentes.

Vous y êtes restée 11 ans en tout. Est-ce cette expérience orientée autour de la pédagogie et de la langue française qui a été déterminante dans la prise de votre rôle à l’Alliance française?

C’était en effet une forme d’organisation similaire à l’Alliance Toronto, qui compte elle-même 6000 étudiants, cinq campus dans le GTA et un en ligne. Elle est d’ailleurs la première Alliance française d’Amérique du Nord.

J’ai ensuite pris la direction d’une école préparatoire de droit pendant deux ans, avec une refonte de la culture managériale, des réformes pédagogiques, etc. Mais suivant mon intérêt initial pour l’aspect culturel, j’ai finalement repris mes études, un master sur la coopération internationale à la Sorbonne, mêlant des notions de pédagogie et de transfert culturel.

Cela m’a orientée vers le Réseau culturel de la France à l’étranger, auprès duquel j’ai obtenu mon premier poste expatrié de directrice à l’Alliance française d’Adélaïde en Australie.

Portrait de Raphaëlle Delaunay pris à Adélaïde. Photo : gracieuseté

Parlez-nous de votre expérience et du rôle en Australie…

Les AF étant des associations à but non lucratif autonomes en termes de budget et de gouvernance (l’Australie en compte 30), j’ai alors découvert tous les aspects de la gouvernance associative de droit australien, très différent de ce que j’avais connu avant.

Côté programmation pédagogique et culturelle, nous jouissions de la proximité géographique avec la Nouvelle-Calédonie pour les contenus francophones. Aussi, en partenariat avec six Alliances j’ai participé à l’organisation du Alliance française French Film Festival, le plus gros festival de film français hors France, qui rassemble 200 000 spectateurs par an.

Cette période a été marquée par le contexte de la pandémie de COVID avec une fermeture stricte des frontières internationales, et j’ai choisi de retourner trois ans en France avant ma prise de poste à Toronto.

Pourquoi avoir choisi d’endosser un second mandat à l’Alliance française, et au Canada cette fois?  

Même après mon retour en France, je suis restée très attachée à la gouvernance associative, où je me suis d’ailleurs occupée d’une association liée à la jeunesse. Guidée par mon amour du voyage, mon intérêt depuis toujours pour le Canada et la volonté d’immersion culturelle, je me suis lancée.

Raphaëlle Delaunay nous montre une des galeries de l’Alliance française de Toronto sur le campus de Spadina. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Vous y êtes installée depuis un peu moins d’un an. Que pensez-vous de Toronto?

C’est toujours une expérience particulière d’arriver dans un endroit où on n’a jamais vécu. La ville de Toronto est extraordinaire, riche d’une telle diversité et d’une multitude de communautés. Découvrir un pays pourvu de deux langues officielles avec le français en situation minoritaire, ce qui, historiquement a représenté des enjeux politiques, est des plus intéressants.

Du point de vue de l’Alliance, ça renforce d’autant plus le rôle de promotion de la langue française et du dialogue interculturel francophone. On essaye d’intégrer un maximum de culture francophone canadienne, environ 80 % de notre programmation.

Pouvez-vous rappeler la raison d’être et les activités principales de l’Alliance française?

Il faut savoir qu’il y a 800 AF dans le monde dont la mission est la promotion et la diffusion de la langue française et des cultures francophones dans les valeurs du bilinguisme canadien – dans le contexte présent – et dans une perspective de dialogue interculturel.

Notre activité se concentre autour de la programmation pédagogique, avec les cours et examens de français pour tous les âges, et aussi la programmation culturelle. On a la chance de disposer d’un théâtre de 143 places et de deux galeries d’exposition. On a plus d’une centaine d’évènements pluridisciplinaires par an : théâtre, cinéma, concerts, conférences, danse, exposition, etc. Les publics scolaires francophones ont aussi leurs propres programmes.

Raphaëlle Delaunay (au première plan, deuxième sur la gauche), entourée de l’équipe de l’Alliance française de Toronto, au campus Spadina. Photo : gracieuseté

Le campus de Markham de l’Alliance française de Toronto. Photo : gracieuseté

Le campus de Mississauga de l’Alliance française de Toronto. Photo : gracieuseté

Le campus de North York de l’Alliance française de Toronto. Photo : gracieuseté

Quels sont vos principaux objectifs en tant que directrice et dans quelle direction aimeriez-vous amener l’AF de Toronto?

En arrivant, j’ai échangé avec les équipes pour se demander vers quoi on avait envie d’aller d’ici quatre ans, qui est la durée de mon mandat.

L’excellence pédagogique nous importe beaucoup, mais aussi la porosité culturelle, qu’un étudiant se sente légitime de bénéficier de la programmation culturelle en français. Développer la programmation culturelle sur les autres campus est un de nos objectifs aussi.

Enfin, de mon expérience managériale, il m’est indispensable d’offrir aux 150 salariés de l’Alliance un environnement de travail responsable et sain.

Comment voyez-vous l’apprentissage du français évoluer via l’Alliance française?

Nous avons un tiers d’enfants et deux tiers adultes apprenants, pour qui la moyenne d’âge, entre 25 et 35 ans, est plutôt jeune. La demande adulte est en augmentation sur presque tous les campus (Spadina, Oakville, Mississauga, North York, Markham et le campus en ligne.)

La demande pour les examens explose, tant les certifications du niveau de langue TEF (Test d’Évaluation de Français) et TCF (Test de Connaissance du Français), que les diplômes DELF (Diplôme d’Études en Langue Française) et DALF (Diplôme Approfondi de Langue Française), certifications officielles et valables à vie délivrées par le Ministère français de l’Éducation nationale. »

1982 : naissance en région parisienne dans une famille nombreuse

2009 : co-écriture d’un livre sur le management d’équipe, Manager une équipe aux Éditions Nathan, en partenariat avec les Echos.fr  

2015 : attentats du Bataclan à Paris qui la marquent particulièrement, alors qu’elle dirige une école de Français langue étrangère étant en charge d’étudiants étrangers en immersion

2019 : arrivée en Australie pour prendre la direction de l’Alliance française d’Adélaïde

2025 : arrivée au Canada en tant que directrice des cinq emplacements de l’Alliance française de Toronto

Vive l’Ontario libre!

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Il y a une quinzaine d’années, lors d’une conférence sur la place de l’Ontario dans la fédération canadienne organisée par le défunt Centre Mowat, mon collègue Daniel Béland avait fait rire le parterre en scandant « Vive l’Ontario libre! ». Il y avait en effet quelque chose de surréaliste, pour ne pas dire loufoque, à imaginer l’existence même d’un mouvement indépendantiste ontarien.

Comme l’ont démontré différents sondages récents de l’Institut Environics effectués dans le cadre du projet Confederation of Tomorrow, les Ontariens et les Ontariennes n’ont pas, à première vue, la graine d’indépendantistes. En effet, ils sont les Canadiens avec l’identité provinciale la plus faible. Ils sont, de plus, les moins susceptibles de considérer que leur province n’est pas traitée avec le respect qu’elle mérite, qu’elle n’a pas suffisamment d’influence sur les décisions nationales importantes ou encore qu’elle ne reçoit pas sa juste part.

Le gouvernement Ford aurait pourtant intérêt, à la lumière de la situation financière de l’Ontario, à encourager les résidents de la province à manifester un certain mécontentement face à Ottawa.

La faute du fédéral

Un rapport récent du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario peint un portrait plutôt noir de la situation financière et budgétaire de la province. En effet, comme le rapportait Sandra Padovani sur ONFR, le rapport révèle que l’Ontario est la province canadienne avec la valeur financière nette par habitant la plus négative au Canada. Cet indicateur, qui mesure la différence entre les actifs financiers et les dettes, démontre que la province a une dette d’environ 20 000 $ par habitant, plus que le double de la valeur de la moyenne du reste du Canada de 8973 $.

Face à cette situation, la Fédération canadienne des contribuables a exhorté le premier ministre Ford à sabrer dans les dépenses. Il s’agit cependant d’un mauvais diagnostic quant à la source des problèmes financiers de la province. En effet, le même rapport du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario
démontre que les dépenses totales par habitant de la province sont les plus faibles au Canada. La source du problème ne se trouve pas non plus du côté de la taxation des individus et des entreprises. Le rapport indique que les revenus fiscaux par habitant étaient au-delà de la moyenne du reste du Canada, que ce
soit en termes de dollars par habitant ou encore en proportion du PIB. La situation précaire de la province s’explique plutôt, dans une perspective comparée, par deux principaux facteurs.

Le premier est la faiblesse des revenus provenant des ressources naturelles. L’Ontario n’a pas le privilège d’avoir des réserves de pétrole comme l’Alberta. Si cette dernière peut compter sur des revenus non fiscaux de 7558 $ par habitant, l’Ontario est la province qui génère le moins de ce type de revenu au Canada avec à peine 1329 $ par habitant. On peut donc comprendre le gouvernement provincial de mettre autant d’espoir dans le développement du Cercle du feu dans le nord de la province, une région riche en minéraux critiques.

Le second facteur peut se résumer au titre de la chanson du duo humoristique Bowser & Blue : c’est la faute du fédéral! Si le duo avait composé cette chanson pour se moquer gentiment de la tendance des Québécois à blâmer le gouvernement fédéral pour un ensemble de problèmes, il n’en demeure pas moins que lorsqu’il s’agit de la situation financière difficile de l’Ontario, le gouvernement fédéral a sans doute une part de responsabilité.

En effet, l’Ontario est la province qui reçoit par habitant le plus bas montant de transferts fédéraux de l’ensemble des provinces canadiennes, et ce, même si sa capacité fiscale (excluant les ressources naturelles) est plus faible que celle de l’Alberta et de la Colombie-Britannique et que sa capacité fiscale liée aux ressources naturelles est plus faible que celle de l’ensemble des provinces à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse.

L’équité pour l’Ontario, Prise 2

Il serait donc peut-être temps que le gouvernement Ford mobilise la population ontarienne face à Ottawa. Comme je l’indiquais dans une chronique précédente, les Ontariens n’ont pas le même réflexe de méfiance envers le gouvernement fédéral que les Québécois et les Albertains. Cela ne veut cependant pas dire pour autant que la population ontarienne ne peut pas être mobilisée pour améliorer la place de la province dans la fédération. Il y a, à cet effet, un précédent récent. Dans les années 2000, le gouvernement provincial de Dalton McGuinty avait adopté une campagne intitulée « L’équité pour l’Ontario ». Il avait également contribué à la création du Centre Mowat, qui avait pour mission, entre autres, de produire de la recherche sur la place de l’Ontario dans la fédération canadienne (par souci de transparence, je note que j’ai été membre du comité éditorial du centre).

Ces actions avaient eu deux conséquences importantes. Premièrement, elles avaient eu un impact significatif au sein de l’opinion publique. La proportion d’Ontariens et d’Ontariennes indiquant que la province n’était pas respectée ou qu’elle ne recevait pas sa juste part des transferts fédéraux avait considérablement augmenté dans les années 2000. Deuxièmement, elles avaient contribué à mettre de la pression sur les gouvernements libéraux et conservateurs qui avaient apporté certaines réformes, certes insuffisantes, afin de satisfaire aux revendications du gouvernement ontarien.

Alors que la situation fiscale de la province ne cesse d’empirer, le temps est opportun d’amorcer une campagne visant l’équité pour l’Ontario, version 2.0. Et le temps, pour le premier ministre Ford, de mettre sa casquette de Capitaine Ontario.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Nipissing Ouest : relation brisée entre le comité de la Fierté et le conseil municipal

NIPISSING OUEST – Le dialogue est désormais totalement rompu à Nipissing Ouest, où le conseil municipal refuse désormais de rencontrer le comité de la Fierté locale. À quelques jours du début des célébrations du Mois de la Fierté, les deux instances s’enfoncent dans une crise qui paralyse les relations entre l’administration et les représentants de la communauté LGBTQ+.

Accusations d’« obstruction » politique, dénonciation d’un comportement « méprisant et rabaissant », reproches de « graves allégations » : la guerre de mots est lancée entre les deux clans de cette petite ville du Nord où vit une importante population francophone.

Par communications interposées, le ton a grimpé, transformant un débat sur des règlements municipaux en une véritable crise politique. Le comité de la Fierté accuse la Ville d’« indifférence » qui réplique en reprochant au comité d’avoir une approche conflictuelle.

Pour comprendre comment la situation a pu s’envenimer à ce point, il faut remonter à février dernier. 

Lors d’une présentation officielle devant le conseil municipal, le comité de la Fierté a fait part aux élus d’une hausse de 388 % des crimes haineux envers la communauté LGBTQ+ sur cinq ans au Canada, soulignant à l’échelle locale les risques liés aux menaces de mort et au vandalisme.

Les élus ont par la suite voté des mesures qui modifient le soutien accordé aux organismes, dont celui de la Fierté, par rapport aux années précédentes. Le conseil municipal a voté pour une refonte de sa politique d’affichage faisant passer d’un mois à une semaine le temps accordé aux organismes qui désirent utiliser les mâts municipaux pour hisser leur drapeau.

Le conseil a, par ailleurs, rejeté les autres requêtes du comité de la Fierté soit la demande financière pour leur marché des exposants, l’assurance de la présence du service des incendies lors des festivités, ainsi que la demande d’apposition d’autocollants « espaces sécuritaires » aux entrées des édifices municipaux.

Celle-ci avait alors affirmé que « le conseil n’a pas voté contre l’inclusion, la sécurité ou la communauté » et que les décisions visaient plutôt à appliquer les politiques municipales « de façon cohérente pour tous les groupes ».

Le dialogue rompu

Cet assouplissement est survenu au moment même où le comité de la Fierté a transmis une demande de création d’un groupe de travailqui a qualifiée de « main tendue ».

Quelques jours plus tard, dans un échange de courriels, la mairesse a rejeté cette invitation indiquant que la correspondance du comité contenait de « graves allégations concernant l’intention et la conduite du conseil », rendant « difficile l’établissement du type d’environnement constructif et respectueux nécessaire à une réunion productive ».

Le comité de la Fierté a alors soumis une nouvelle lettre officielle ce mercredi pour répliquer à cette fin de recevoir. Le président du comité, Ryan Marc Jackson, qualifie le refus de la mairie de « méprisant et rabaissant » pour les contribuables concernés.

L’organisme dénonce également des délais administratifs de près de deux mois, qualifiés de manquement aux engagements de collaboration pris par la mairesse lors d’une rencontre préliminaire qui remonte au mois de décembre.

Enfin, le président a lancé un appel direct et individuel aux conseillers municipaux, affirmant qu’ils « invitent tous les conseillers qui sont prêts à s’asseoir avec [eux] à le faire, afin de favoriser une municipalité plus inclusive et compréhensive. »

Défilé de la fierté

Interpellée par ONFR, la mairesse Kathleen Thorne Rochon a indiqué jeudi avoir pris connaissance de cette dernière missive.

« La municipalité et les membres du conseil n’ont reçu la lettre la plus récente que ce matin. Comme elle contient à nouveau ce que nous estimons être de graves allégations sur l’intention des décisions du conseil, nous prendrons le temps d’analyser la question avant de répondre. »

Malgré cette rupture apparente avec le comité organisateur, Kathleen Thorne Rochon a confirmé que la Ville ne boycottera pas la parade de la Fierté prévue le 30 mai prochain. 

« La municipalité aura un véhicule dans le défilé et j’ai l’intention d’y assister. Je ne peux pas me prononcer sur la participation des autres membres du conseil », a-t-elle également fait savoir.

Ebola et hantavirus : « Il n’y a aucune raison de s’inquiéter dans l’Est ontarien »

Le Dr Paul Roumeliotis est médecin hygiéniste et directeur général du Bureau de santé de l’est de l’Ontario.

En Ontario, trois voyageurs à haut risque liés au hantavirus sont en isolement strict.
En parallèle, un patient est évalué après un voyage en Afrique de l’Est afin d’écarter notamment le risque d’Ebola, a annoncé mercredi le ministère de la Santé de l’Ontario. Aucun cas n’est toutefois confirmé dans la province.

Alors que les souvenirs de la pandémie de COVID-19 demeurent présents, les autorités sanitaires canadiennes assurent une surveillance étroite des maladies infectieuses émergentes et des risques liés aux voyages internationaux.

«  Quelle est actuellement la situation concernant l’Ontario, et plus particulièrement dans l’est de la province?

Il n’y a aucune raison de s’inquiéter dans notre région. Nous n’avons aucune indication que des personnes ayant voyagé sur la croisière à l’origine de la contamination (le MV Hondius) se trouvent dans l’est de l’Ontario. Il n’y a donc aucun risque pour la population.

Pour ce qui est de l’Ebola, l’épidémie demeure limitée à certaines régions d’Afrique. Malheureusement, il y a beaucoup de cas et de décès, mais il n’y a actuellement aucun risque pour la population canadienne.

En Ontario, trois voyageurs à haut risque — deux qui se trouvaient à bord du navire de croisière et un autre qui était sur le même vol qu’une personne décédée des suites du hantavirus — sont actuellement en isolement strict. Y a-t-il lieu de s’inquiéter?

Les personnes actuellement isolées en Ontario ne le sont pas dans l’est de la province. Toutes les précautions nécessaires ont été prises. La santé publique a effectué le traçage des contacts et rejoint toutes les personnes concernées.

Vous savez aussi qu’à Vancouver, une personne ayant contracté la maladie a développé des symptômes, mais elle était déjà en quarantaine. Elle n’a donc infecté personne.

Il faut aussi préciser qu’il existe différentes souches de hantavirus. La plupart sont transmises par les excréments ou l’urine de rongeurs. Habituellement, une personne infectée ne transmet pas ensuite le virus à d’autres humains.

La souche détectée chez ces voyageurs en provenance d’Argentine peut toutefois se transmettre d’une personne à l’autre, mais très difficilement. Cela nécessite un contact très étroit et prolongé pendant plusieurs jours.

Ce n’est pas comparable à la COVID-19, à la grippe ou à la rougeole. Pour toutes ces raisons, je ne suis pas inquiet pour notre région.

Le Dr Paul Roumeliotis assure que le risque lié au hantavirus et à l’Ebola demeure faible dans l’Est ontarien. Gracieuseté

Est-ce que des précautions particulières ont été mises en place par les autorités sanitaires?

Tous les bureaux de santé publique de l’Ontario, ainsi que les médecins spécialistes, se sont réunis récemment pour discuter de la situation, sachant que certains voyageurs revenaient en Ontario.

Nous avons élaboré des protocoles clairs concernant le diagnostic, l’isolement, les précautions à prendre et le traçage des contacts. Ces documents sont partagés à travers la province.

Nous sommes prêts. Mais honnêtement, une fois que la période d’isolement des personnes concernées, notamment par le hantavirus, sera terminée, je ne crois pas qu’il y aura un problème en Ontario.

Beaucoup de personnes comptent voyager cet été. Est-ce que voyager représente un risque?

Ça dépend où l’on voyage. Les personnes touchées avaient séjourné dans une région d’Argentine où le hantavirus est endémique. Dans ce contexte, oui, il y a un risque.

Même chose pour l’Ebola : je déconseillerais actuellement les régions d’Afrique où il y a des cas actifs.
Santé Canada offre des outils très utiles pour connaître les risques par pays et les précautions à prendre avant un voyage.

Les croisières, par exemple, favorisent la propagation des virus parce que les gens vivent dans un espace fermé. On l’a encore vu récemment avec une autre croisière où plusieurs passagers ont développé des symptômes gastro-intestinaux, probablement liés au norovirus.

De façon générale, si l’on s’informe bien, qu’on évite les zones à risque et qu’on prend les précautions nécessaires, voyager demeure sécuritaire.

Certaines régions nécessitent des vaccins ou des médicaments préventifs, par exemple contre l’hépatite ou la malaria. Personnellement, je préfère voyager dans des endroits où les risques sont les plus faibles possible.

Est-ce que l’immigration et les déplacements internationaux peuvent favoriser la propagation de maladies comme l’Ebola?

Il y a beaucoup de déplacements entre les pays touchés actuellement en Afrique. Si les mesures aux frontières et aux douanes ne sont pas adéquates, cela peut favoriser la transmission.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles l’Organisation mondiale de la santé considère la situation préoccupante. Lorsqu’il y a une flambée épidémique, la priorité est toujours d’identifier rapidement le virus et de limiter sa propagation.

Avec l’Ebola, par exemple, une personne demeure très contagieuse, même après son décès. Certaines transmissions surviennent lors des funérailles.

Heureusement, au Canada, nous avons des protocoles bien établis. On demande notamment aux voyageurs s’ils présentent des symptômes et quelles régions ils ont visitées.

Mais il faut aussi reconnaître que les pays touchés sont souvent confrontés à la pauvreté et à des systèmes de santé publique fragiles, ce qui complique énormément le contrôle des épidémies.

C’est particulièrement inquiétant parce que l’Ebola est une maladie très dangereuse, avec un taux de mortalité de 30 à 40 %. Et la souche actuelle ne répond pas au vaccin existant, ce qui complique la situation.

Même au Canada, plusieurs personnes dénoncent les problèmes dans le système de santé : urgences débordées, manque de médecins… Est-ce que cela pourrait compliquer la gestion d’une nouvelle pandémie?

C’est vrai que les hôpitaux et le système de soins aigus sont sous pression. Mais cela ne veut pas dire que notre système de santé publique n’est pas préparé. Nous travaillons en étroite collaboration avec les hôpitaux, les ambulanciers, les cliniques et même les forces militaires lorsque nécessaire.

Nous avons appris de la COVID-19 et nous sommes capables de mettre rapidement en place des mesures d’isolement, de dépistage et de coordination. Le système hospitalier peut être débordé, mais notre capacité de surveillance et de gestion des maladies infectieuses demeure solide. »

Une restructuration majeure impacterait le campus francophone Glendon

TORONTO – Pour pallier le déficit financier et la baisse des inscriptions au Collège Glendon, l’Université York propose une restructuration majeure de son campus francophone. Ce plan prévoit notamment le déménagement des activités de Glendon vers le campus principal de Keele et la perte de son statut de faculté autonome. Une annonce qui suscite déjà de vives inquiétudes chez le personnel enseignant quant à de potentielles pertes d’emplois et à l’avenir du bilinguisme au sein de l’institution.

Après une première restructuration menant à la fusion de ses 14 départements en quatre pôles en 2014, le Collège Glendon de l’Université York pourrait faire l’objet d’une refonte radicale pour pallier la diminution des inscriptions au premier cycle qui ont chuté de 50 % en 10 ans, contribuant à creuser le déficit.

Graphique du déficit cumulatif du campus Glendon depuis 2016. Source : Université York

Le Conseil de la Faculté de Glendon avait demandé à l’administration de l’Université York de présenter des options de « revitalisation » de Glendon et, ce mercredi 20 mai, la vice-rectrice par intérim, Laina Bay-Cheng a tenu une réunion extraordinaire, aux fins d’examen du corps professoral.

« La proposition offre une option visant à revitaliser le mandat francophone et bilingue de l’Université York et à optimiser l’utilisation de ses ressources », peut-on lire dans la déclaration officielle de York.

Celle-ci se centralise notamment autour du déménagement de Glendon sur le campus de Keele « où se trouvent environ 70 % des étudiants francophones actuels », un des enjeux mentionnés étant les contraintes logistiques pour des étudiants qui suivent des cours sur les deux campus.

Sur le plan des infrastructures, le projet prévoit de déménager le point d’ancrage physique du Collège Glendon dans le bâtiment qui abrite actuellement l’École de formation continue sur le campus Keele. L’université promet d’investir dans le réaménagement de cet édifice récent — situé près du Bennett Centre — pour y centraliser les services en français et concevoir des espaces qui reflètent l’orientation francophone, bilingue et multilingue de l’institution.

Perte d’autonomie et fin des programmes indépendants

Autre changement de structure : le Collège Glendon changerait de statut institutionnel. Selon la proposition, « le Collège Glendon passerait du statut de faculté à celui de collège à l’échelle de l’université, servant de point d’ancrage, de renforcement et d’intégration de l’éducation bilingue, de la communauté francophone et des services en français ».

Sous cette nouvelle configuration, la gestion des programmes serait intégrée à celle du campus principal de Keele.

Sur le plan académique justement, la proposition envisage que les programmes et les membres du corps professoral de Glendon soient regroupés avec des unités apparentées dans d’autres facultés.

Les programmes propres à Glendon seraient ainsi transférés vers le campus Keele. Bien que les professeurs conserveraient leur affiliation au Collège Glendon, ils occuperaient désormais des postes officiels dans d’autres facultés de l’université.

Plutôt que d’offrir des diplômes universitaires indépendants, le Collège Glendon changerait de mandat. Sous la direction de son principal, il coordonnerait plutôt l’intégration de cours en français, de parcours menant à des diplômes et d’expériences de cohortes étudiantes, mais au sein des programmes gérés par les autres facultés de York.

L’administration justifie cette approche par la volonté d’éliminer des programmes potentiellement redondants et « le chevauchement des cours entre les programmes de différentes facultés ».

De vives inquiétudes chez le personnel enseignant

« Les membres du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP/CUPE, section locale 3903) sont très préoccupés par la restructuration de Glendon », nous informe sa présidente, Zoë Newman, pointant du doigt de graves répercussions sur les professeurs contractuels et étudiants instructeurs de cycle supérieur.

Selon cette dernière, l’intégration des cours de Glendon à des départements existants du campus de Keele fait craindre des pertes d’emploi, auxquelles pourraient s’ajouter d’autres coupes de cours.

« De plus, l’intégration de Glendon à Keele risque fort d’avoir de graves conséquences sur le bilinguisme à York. Glendon est un environnement unique où l’enseignement en langue française peut s’épanouir grâce à sa propre mission pédagogique distincte, et non comme un simple ajout dans un environnement majoritairement anglophone », alarme-t-elle.

L’unité syndicale dénonce également un manque de consultations récurrentes avec les travailleurs à York, assurant que la proposition présentée par la vice-rectrice par intérim, Laina Bay-Cheng, a pris de court plusieurs enseignants de Glendon.

« La proposition entre maintenant dans une période d’examen réfléchi et approfondi, qui permettra la rétroaction et des discussions avec de nombreuses parties prenantes », a déclaré le porte-parole de l’Université York, Yanni Dagonas, avant de préciser que les perspectives recueillies dans le cadre de ce processus orienteront les démarches futures.

Projet de TGV : un train « inutile » pour les gens du Nord selon un député fédéral

SUDBURY – Le député conservateur du Nord de l’Ontario, Jim Bélanger, qualifie d’inutile le projet de train à grande vitesse (TGV) ALTO, qui se traduira selon lui par une facture de 8000 $ par famille pour un service qu’ils n’utiliseront jamais. L’élu de Sudbury-Est-Manitoulin-Nickel Belt réclame plutôt le détournement des 90 milliards de fonds publics vers la sécurité des routes régionales et le prolongement du train « Budd Car ».

Le projet ALTO, estimé entre 60 et 90 milliards de dollars par l’administration fédérale, est la cible principale du député conservateur de la région. 

« En moyenne, ça va coûter à chaque famille ici, dans le Nord de l’Ontario, 8000 $ pour quelque chose qu’on n’utilisera jamais ici », affirme l’élu conservateur, porté au pouvoir dans la circonscription lors du scrutin d’avril 2025.

Pour appuyer ses dires, il se réfère à des données de sondages qui révèlent qu’ « il y a deux tiers des Canadiens…qui disent qu’ils ne vont probablement jamais l’utiliser de leur vie », ce qui démontre, selon lui, la déconnexion d’Ottawa dans ce dossier.

Il estime que cette dépense est injustifiée pour sa région affirmant que le corridor entre Toronto et Québec bénéficie déjà d’une excellente desserte.

Des milliards pour le Sud, des routes critiques pour le Nord

La frustration du représentant s’appuie sur le fait que le gouvernement fédéral s’est engagé à investir 4,3 milliards de dollars dans les phases initiales d’ALTO. 

Cette somme est dépensée alors que la construction ne débutera pas avant 2029, laissant, d’après l’élu, les infrastructures du Nord dans un état d’abandon.

Le député franco-ontarien soutient que ces fonds devraient être immédiatement réorientés vers des projets routiers de sa circonscription. Parmi les dossiers prioritaires, il évoque notamment la pétition de son collègue Gaétan Malette visant à améliorer la route 11 Nord, une artère coûteuse, particulièrement accidentogène et meurtrière.

Cet axe routier enregistre régulièrement de graves accidents en hiver. L’élu mentionne également le besoin de financement pour sécuriser la route 17 et parachever l’élargissement à quatre voies de la route 69, déclarant : « moi je demande seulement que le Nord partage dans les fonds publics du pays ».

L’alternative de l’expansion du « Budd Car »

Au-delà des routes, le député prête sa voix à une revendication citoyenne historique : l’interconnexion du transport ferroviaire dans le Nord. 

Cette demande s’articule autour du mythique « Budd Car », un autorail diesel d’époque qui assure le seul lien vital pour les résidents et les chalets isolés en pleine forêt entre Sudbury et White River. 

Son intérêt s’est intensifié après un récent déplacement sur le terrain : « à peu près deux mois passés, j’étais allé prendre un petit voyage sur le Budd Car qui relie Sudbury à White River ». S’il a trouvé l’expérience plaisante, il s’est dit surpris par l’isolement de cette ligne ferroviaire qui fonctionne de manière autonome. 

L’élu souhaite prolonger cette ligne, affirmant qu’« elle devrait au moins aller jusqu’à Thunder Bay, et vraiment se connecter à North Bay aussi ». 

Selon lui, la concrétisation de cette interconnexion ne coûterait qu’une fraction des sommes requises pour le projet ALTO, rappelant que « le Budd Car c’est un service essentiel, tant qu’à l’avoir on devrait faire le mieux qu’on peut avec, au lieu de saper 90 milliards de dollars dans le Sud de l’Ontario ».

Interrogé sur les coûts réels d’une telle expansion, le représentant conservateur admet qu’il n’en est qu’au tout début de ses démarches et qu’il ne dispose d’aucune étude financière précise pour le moment. 

Il qualifie lui-même son initiative d’« étude que je commence, qui est très préliminaire », et confie qu’il est simplement au début de son « investigation ».

L’un des défis majeurs réside dans le partage des voies ferrées, qui appartiennent à la compagnie privée Canadien Pacifique Kansas City (CPKC), cette dernière accordant contractuellement la priorité au transport de ses marchandises. Le député reconnaît qu’il faudrait surmonter plusieurs embûches, expliquant qu’« il y a des obstacles sur la voie ferroviaire, il y a des obstacles sur les trains eux-mêmes qui sont vieux et qui doivent être remplacés, et il y a des obstacles de main-d’œuvre aussi ».

VIA Rail ferme la porte à une expansion

L’élu dit avoir déjà rencontré les dirigeants de VIA Rail à deux reprises. S’il salue le fait qu’« ils sont sincères dans leur dévouement pour avoir la fiabilité », les détails entourant le remplacement de la flotte demeurent minces. 

Interrogée sur la faisabilité technique et financière d’un prolongement du train de passagers sur des voies de marchandises, VIA Rail s’est montrée prudente, indiquant qu’aucun projet de ce type n’était dans les cartons pour le moment.

La société d’État a plutôt mis l’accent sur la modernisation de ses équipements actuels : « Au cours des dernières années, VIA Rail a réalisé des investissements importants dans l’entretien, la réparation et l’amélioration de son parc de trains RDC […] afin d’accroître leur fiabilité et d’assurer la continuité du service. »

Quant à une éventuelle expansion du réseau vers le Nord de l’Ontario, la réponse est sans équivoque : « À l’heure actuelle, VIA Rail n’a aucun projet concernant une expansion du service vers North Bay ou Thunder Bay. »

« Pour l’instant le projet avance » : le Théâtre français de Toronto reçoit un financement partiel

TORONTO – Le Théâtre français de Toronto (TfT) a reçu 4,725 millions de dollars de la part du ministère du Patrimoine canadien (PCH), soit la moitié du montant demandé pour se doter d’une salle de théâtre. Bien qu’il reste encore près de deux tiers du financement à aller chercher, le co-directeur est optimiste pour la suite du projet.

Le Théâtre français de Toronto (TfT) a reçu une lettre du ministre Marc Miller confirmant un premier investissement fédéral de 4,725 millions de dollars de la part de Patrimoine canadien, pour appuyer la construction de sa salle de spectacle.

Malgré un financement partiel, l’équipe se réjouit de tout de même de cette annonce. « Le point positif c’est que pour un projet de 15 millions au total, ce financement confirme presque le tiers du projet », souligne Ghislain Caron, co-directeur général du Théâtre.

Afin de combler les quelque 10 millions de dollars restant, le TfT compte désormais solliciter d’autres ministères aux niveaux fédéral et provincial ainsi que les instances municipales. Selon le co-directeur, cet appui de Patrimoine canadien ouvre une voie à la contribution d’autres acteurs gouvernementaux. Toutefois, il note qu’auprès de la ville de Toronto, les perspectives demeurent incertaines en raison de l’absence de programmes adaptés à ce type de projet.

Ghislain Caron, co-directeur général du Théâtre français de Toronto (TfT) est positif pour la suite du projet de nouvelle salle de théâtre. Gracieuseté de Matthieu Taillardas

M. Caron assure qu’aux dernières nouvelles, le projet va de l’avant et que les travaux ne sont pas retardés. Les conditions et modalités détaillées du financement fédéral restent encore à préciser. Pour le moment, entre le théâtre, les avocats et le développeur immobilier, l’heure est à l’évaluation des risques.

« Nous n’avons pas toutes les réponses à ce jour », soutient Ghislain Caron, au vu d’un chemin vers le financement complet plus long qu’anticipé : « Nous mettons toutes les chances de notre côté. »

Le Théâtre devrait lancer sa campagne de financement dès cet été.

L’anglais comme langue de travail au CMR de Kingston : une décision insensée, selon le ministre de la Défense

La décision du Collège militaire royal (CMR) de Kingston de désigner l’anglais comme langue de travail principale au sein de l’administration ne fait pas de sens, selon le ministre de la Défense nationale David McGuinty. Le CMR déclare de son côté qu’il n’avait pas le choix de procéder ainsi, devant se conformer à une nouvelle directive fédérale, tout en maintenant que « son engagement en faveur de la promotion du bilinguisme reste inchangé ».

La semaine dernière, dans une note envoyée aux membres de la communauté, le Collège a annoncé que l’anglais serait désormais la langue de travail au sein de l’administration, mettant ainsi le français de côté. Le ministre de la Défense a indiqué mardi qu’il n’était « pas au courant de cette proposition » du CMR de Kingston, lui qui revient d’un voyage de trois jours au Moyen-Orient.

« C’est quelque chose que vous me révélez, mais c’est une question (la décision du CMR), selon moi, qui n’a pas de sens », a réagi David McGuinty en conférence de presse lorsque nous l’avons questionné à ce sujet.

« Comme chancelier de l’université, je peux vous assurer que le Collège et le système d’éducation sont un système bilingue au Canada pour les Forces armées canadiennes », a soutenu celui qui, à titre de ministre de la Défense, est de facto le chancelier des deux collèges militaires royaux du Canada (Kingston et Saint-Jean).

La missive envoyée par le brigadier-général et commandant du CMR, Pascal Godbout, stipule notamment que « l’administration interne, les réunions du personnel et les services centraux seront menés principalement en anglais » et que « l’information essentielle doit être disponible en anglais ».

Cette obligation concerne notamment les ressources humaines, les finances, l’administration universitaire, les technologies de l’information, ainsi que tous les services du personnel tels que la paie et les avantages sociaux.

Le ministre de la Défense nationale David McGuinty. Crédit image : Twitter David McGuinty

Pas une décision locale, selon le CMR

Le CMR nous a indiqué qu’il ne s’agissait pas de sa décision et qu’il se devait de se conformer aux nouvelles directives de la Défense nationale. En janvier 2025, les désignations linguistiques des différentes unités militaires et administratives ont été annulées par le ministère pour faire place à de nouvelles directives reliées à la modernisation de la Loi sur les langues officielles en 2023.

« Il ne s’agit pas d’une décision locale. Le CMR est un établissement militaire relevant du gouvernement fédéral et est tenu de se conformer à toutes les lois et politiques applicables en matière de langues officielles », explique Joël Breton, officier des affaires publiques au CMR.

Le Collège assure que « son engagement en faveur de la promotion du bilinguisme reste inchangé », tout comme l’enseignement et la formation aux élèves, le service au public et aux membres des Forces armées canadiennes (FAC) en anglais et en français.

« Le Collège n’est pas unilingue (…) Le bilinguisme reste un élément central de la formation des officiers au CMR et une compétence essentielle en matière de leadership au sein des FAC », soutient M. Breton.

Une plainte au Commissariat aux langues officielles

Ce nouveau changement au sein de l’institution militaire à Kingston a été qualifié de « préoccupant » par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), appelant le collège à « maintenir un haut niveau de bilinguisme institutionnel indépendamment des minimums administratifs applicables ». La directive envoyée aux employés souligne que cette nouveauté est due au fait que le Conseil du Trésor a désigné la région de Kingston comme étant anglophone.

« Le Collège militaire royal n’est pas une institution comme les autres. Il s’agit d’une institution nationale qui forme la relève militaire et les futurs leaders du pays. À ce titre, le bilinguisme ne devrait pas être perçu comme une contrainte administrative, mais comme une composante essentielle de l’identité et du leadership canadiens », a réagi par communiqué le vice-président de l’AFO, Luc Amoussou.

Appelée à réagir, la commissaire aux langues officielles, Kelly Burke, a indiqué qu’elle ne pouvait commenter directement, car une plainte, présentement en cours d’analyse, a été déposée au Commissariat.

« Je demeure toutefois fermement engagée à veiller à l’égalité du français et de l’anglais au sein des institutions fédérales, à soutenir les communautés de langue officielle en situation minoritaire et d’intervenir auprès des institutions fédérales afin qu’elles se conforment à la Loi sur les langues officielles », nous a-t-elle indiqué.

La semaine dernière, le lieutenant du Québec pour le Parti conservateur et ancien militaire, Pierre-Paul Hus, avait soutenu que la nouvelle directive « constitue un simulacre de protection du français et de respect des langues officielles ».

Côté finances, l’Ontario fait office de mauvais élève face aux autres provinces

La dernière comparaison financière interprovinciale place l’Ontario comme le « mauvais élève » du Canada sur plusieurs critères clés. La province affiche notamment la valeur financière nette par habitant la plus faible et les dépenses de programmes les plus basses au pays. Ce sous-financement chronique ne s’explique toutefois pas par une faible fiscalité, mais plutôt par des revenus externes et des transferts fédéraux historiquement bas.

Le Bureau de la responsabilité financière (BRF) a publié une comparaison budgétaire interprovinciale pour 2024-2025 qui s’appuie sur Statistiques de finances publiques (SPF) et Statistique Canada.

Parmi les points analysés, on y trouve une comparaison de la « valeur financière nette » des provinces par habitant, c’est-à-dire la différence entre les actifs financiers et les dettes.

Source : rapport Comparaison budgétaire interprovinciale 2024-2025 du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario (BRF)

Avec une dette nette de près de 20 000 dollars par habitant, l’Ontario traîne un fardeau deux fois plus lourd que la moyenne des autres provinces de près de 9000 dollars. L’Ontario est donc presque deux fois plus endettée que la moyenne des autres provinces par habitant.

Il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau puisque le rapport précise d’ailleurs que depuis 2009-2010, la valeur financière nette par habitant de l’Ontario s’est systématiquement établie au dernier rang ou à l’avant-dernier rang de toutes les provinces.

Santé et services sociaux : l’Ontario ferme la marche

Un autre critère où l’Ontario est reléguée au dernier rang : les dépenses totales par habitants qui s’élevaient à 14 470 dollars, soit 3238 dollars (18,3 %) de moins que la moyenne du reste du Canada, une tendance courante depuis 2008-2009.

« Le niveau relativement faible des dépenses totales de l’Ontario par habitant s’explique par ses faibles dépenses de programmes par habitant et ses paiements d’intérêt de la dette inférieurs à la moyenne », détaille le rapport.

Source : rapport Comparaison budgétaire interprovinciale 2024-2025 du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario (BRF)

Ceux-ci se chiffraient à 17,7 % sous la moyenne du reste du Canada. A noter que les dépenses en santé par habitant en Ontario s’élevaient à 5284 $, le deuxième montant le plus faible de toutes les provinces, se situant à 17,4 % sous la moyenne du reste du Canada.

En éducation, avec 3085 $ par habitant, la province se situe au 4e rang, mais demeure légèrement sous la moyenne du reste du Canada (-0,7 %).

Toutes les autres dépenses de programmes par habitant en Ontario s’élevaient à 5101 $ en 2024-2025, soit le niveau le plus faible de toutes les provinces et 1760 $ (25,6 %) sous la moyenne du reste du Canada.

L’Ontario est la province qui reçoit le moins de fonds fédéraux

Les revenus totaux de l’Ontario par habitant étaient les plus faibles au Canada (13 333 dollars), soit 3244 dollars (19,6 %) en dessous de la moyenne du reste du Canada.

Deux explications principales à cela selon le BRF qui pointe deux sources de revenus où l’Ontario est largement « perdante ».

Ce déficit de ressources ne provient pas de la fiscalité provinciale : les revenus fiscaux de l’Ontario (impôts et taxes) s’élèvent à 9787 $ par habitant, un montant supérieur de 2,9 % à la moyenne nationale. Rapportés à la taille de son économie, les revenus fiscaux représentent 13,2 % du PIB (contre 12,5 % ailleurs au pays).

Le manque à gagner provient de deux sources externes, soit des transferts fédéraux moindres qu’ailleurs : l’Ontario reçoit en effet le montant le plus faible au pays, 33,1 % de moins que la moyenne du reste du Canada.

Des revenus non fiscaux (incluant les ressources naturelles), l’Ontario perçoit 1329 $ par habitant, ce qui est 64,5 % sous la moyenne nationale (3748 $).

En résumé, malgré un effort fiscal des contribuables supérieur à la moyenne, l’Ontario doit composer avec un budget global réduit en raison de transferts fédéraux moindres et de revenus de ressources naturelles nettement inférieurs à ses voisins.

Au chapitre du « solde de fonctionnement net » — qui mesure l’écart entre l’argent qui entre et l’argent qui sort des coffres de l’État — l’Ontario affiche un déficit de 1137 $ par habitant. Un chiffre qui place la province pile dans la moyenne canadienne, au 6e rang au pays.

Seulement trois provinces, l’Alberta, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, ont enregistré des excédents de fonctionnement nets en 2024-2025. Source : rapport Comparaison budgétaire interprovinciale 2024-2025 du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario (BRF)

Basketball : des débuts encourageants pour le Tempo, malgré la blessure de Julie Allemand

Malgré les défis inévitables d’un début de saison pour une franchise d’expansion, le Tempo de Toronto montre déjà des bases prometteuses après ses quatre premiers matchs en WNBA. Touchée par plusieurs blessures affectant des joueuses importantes du secteur intérieur, en plus de sa meneuse belge Julie Allemand sortie lors de son troisième match, la formation torontoise présente néanmoins un bilan équilibré de deux victoires et deux défaites après quatre rencontres.

Les débuts du Tempo en WNBA ont rappelé toute la difficulté pour une franchise d’expansion de rapidement créer des automatismes. Pour son match inaugural face aux Mystics de Washington, Toronto a manqué de rythme offensivement, mais a déjà montré des signes positifs en défense ne s’inclinant que de trois points (68-65).

Première joueuse de l’histoire du Tempo sélectionnée lors du repêchage d’expansion 2026, Julie Allemand est arrivée à Toronto après une saison européenne couronnée par un titre en EuroLeague avec Fenerbahçe Opet, où elle a également été élue meilleure joueuse du Final Six. En manque de rythme, la meneuse belge, à l’image du collectif torontois, a connu une soirée offensive compliquée.

« Lors du premier match, notre espacement était terrible, a-t-elle reconnu. Lors du deuxième match, on a beaucoup mieux bougé le ballon et trouvé les espaces. »

La réaction immédiate contre Seattle

Le Tempo a rapidement montré sa capacité à corriger le tir, dès le deuxième match. Face au Storm de Seattle, devant une nouvelle fois une salle comble à domicile, Toronto a signé la première victoire de son histoire, avec un succès convaincant de 86-73.

Cette fois, l’attaque torontoise semblait beaucoup plus fluide. Les joueuses ont trouvé davantage d’espaces en transition, le ballon a circulé rapidement et plusieurs options offensives ont participé à l’effort collectif. Marina Mabrey a notamment inscrit 26 points, tandis que Brittney Sykes a ajouté 18 points, huit rebonds et six passes décisives.

Julie Allemand à l’échauffement avant le match du Tempo face à Seattle. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Julie Allemand, elle, s’est surtout distinguée par son activité défensive (3 interceptions) et sa lecture du jeu (6 passes décisives). Très présente sur les lignes de passe et précieuse dans les aides défensives, elle a contribué à établir l’identité défensive que tente déjà d’installer le Tempo.

« On commence à comprendre où chacune aime recevoir le ballon et comment créer des avantages pour les autres », expliquait la Belge après cette victoire encourageante.

L’entraîneuse-chef Sandy Brondello insistait également sur cette progression collective.

« Je leur demande simplement de se faire confiance et de faire circuler le ballon. Une fois qu’on crée un avantage, il faut continuer à le faire vivre », expliquait-elle après la rencontre.

Une blessure qui freine l’élan

Le troisième match, disputé vendredi dernier à Los Angeles contre les Sparks, a toutefois représenté un nouveau défi pour l’équipe. Le Tempo a complètement raté son début de rencontre et s’est rapidement retrouvé mené 21-2, après plusieurs pertes de balle et des erreurs défensives coûteuses.

Malgré ce lourd déficit, les Torontoises sont progressivement revenues dans le match grâce à une défense beaucoup plus agressive et plusieurs séquences de transition efficaces. Le Tempo a finalement échoué de peu dans sa remontée et s’est incliné 99-95 face à cette équipe des Sparks menée par l’expérimentée Kelsey Plum, auteure de 27 points.

La rencontre a aussi été marquée par la sortie sur blessure de Julie Allemand. La meneuse belge a quitté le match après 21 minutes de jeu en raison d’une blessure à l’aine. Avant sa sortie, elle avait récolté cinq points, quatre passes décisives et deux interceptions.

Son absence représentait alors un véritable test pour le Tempo avant le deuxième affrontement consécutif face aux Sparks ce dimanche en soirée à Los Angeles.

Une réponse encourageante malgré les absences

Toujours privé d’Isabelle Harrison depuis le début de la saison et de Temi Fagbenlé, touchée à l’épaule lors du premier match, le Tempo devait donc également faire sans sa meneuse de jeu titulaire pour ce quatrième affrontement face aux Sparks.

Et la réponse a été positive.

Toronto a retenu la leçon du premier match et a réalisé un début de rencontre solide, grâce notamment à la première titularisation réussie de la recrue Kiki Rice (19 points), mais aussi et surtout à la performance exceptionnelle de Brittney Sykes.

L’arrière américaine a signé un record personnel en carrière avec 38 points, dont un parfait 15 en 15 aux lancers francs, permettant au Tempo de marquer plus de 100 points pour la première fois de son histoire et d’obteir une deuxième victoire en quatre matchs (106-96).

La meneuse belge (numéro 22) était encore en recherche de son adresse au tir avant sa blessure. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Au-delà des résultats, ces quatre premières rencontres permettent surtout d’entrevoir l’identité que tente progressivement de bâtir Sandy Brondello : une équipe disciplinée défensivement, capable de hausser rapidement son niveau après des performances plus difficiles et qui cherche constamment à faire vivre le ballon offensivement.

Pour une franchise qui découvre encore les exigences de la WNBA, les automatismes restent évidemment en construction. Mais malgré les blessures et les ajustements constants, les premières bases du projet torontois semblent déjà bien installées.

Une profondeur d’effectif déjà prometteuse

Le travail de construction de l’effectif commence notamment à porter ses fruits avec une rotation qui apparaît déjà particulièrement profonde. Autour de joueuses expérimentées comme Brittney Sykes, Marina Mabrey, Julie Allemand, ou encore la Canadienne Kia Nurse, plusieurs profils venus d’Europe apportent rapidement une vraie valeur ajoutée.

Les débuts de l’Espagnole María Conde, 29 ans, et de la Lituanienne Laura Juškaitė, 28 ans, sont notamment encourageants. Pour leur première expérience en WNBA, les deux Européennes se sont rapidement adaptées à l’intensité du championnat nord-américain en apportant polyvalence, énergie défensive, adresse et qualité de circulation du ballon.

Avec un effectif aussi complet, qui est encore loin d’avoir atteint son plein potentiel après seulement quatre matchs, le Toronto Tempo pourrait rapidement dépasser le simple statut de franchise d’expansion et bien se mêler à la lutte parmi les équipes compétitives de la ligue dès sa saison inaugurale.

Henri Lavergne, un regard torontois sur l’avenir de la FESFO

TORONTO – Henri Lavergne a été élu mercredi 51e président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), obtenant 63 % des suffrages au terme d’un scrutin en ligne. L’élève de 11e année au Collège français de Toronto, qui entamera officiellement son mandat en juillet prochain, devient l’un des rares représentants de la métropole à accéder à ce poste. Arbitre de hockey et de baseball, il entend axer son mandat sur la représentativité des régions et l’implication des élèves dans les dossiers de politiques éducatives.

« Vous étudiez au Collège français à Toronto où votre cohorte compte à peine plus de 20 élèves. À quel moment précis avez eu envie de vous impliquer à plus grande échelle?

Ça a commencé dès la 7e année avec le conseil des élèves. Je m’y suis impliqué chaque année à différents rôles : j’ai représenté mes cohortes en 7e et 8e, puis en 9e et 10e, j’étais ministre des Sports. C’est là que j’ai vraiment commencé à travailler avec d’autres écoles autour de moi et à créer des liens dans le réseau des écoles francophones à Toronto.

Cette année, je suis dans l’exécutif de mon conseil mais, au temps des fêtes, j’ai vu que le poste de représentant du Grand Toronto était ouvert. J’ai postulé, j’ai appris ce qu’était la FESFO, j’ai été choisi et j’ai représenté la région pour la moitié de l’année.

Depuis 1977, vous êtes le troisième président originaire de Toronto sur plus de 50 mandats. En quoi est-ce crucial de porter la voix de cette région qui accède si rarement à la présidence?

C’est important d’être représenté dans le Grand Toronto. Accéder à la présidence d’une région un peu différente d’Ottawa, apporte une perspective nouvelle, car les défis y sont très différents de l’Est ontarien. À Toronto, les écoles sont plus petites et le sentiment d’appartenance très différent.

Plusieurs jeunes ne sentent pas qu’ils font partie de la communauté franco-ontarienne à cause d’insécurités linguistiques ou parce que la communauté n’a pas l’air comme eux. Il y a beaucoup de nouveaux arrivants qui rejoignent la communauté. Cette variété-là est vraiment cool à représenter.

Henri Lavergne lors de l’ouverture du café étudiant au CollèJuin 2025 : Henri Lavergne lors de l’inauguration du café étudiant de son école, un projet qu’il a cofondé en tant que représentant des élèves. Photo : Gracieuseté de Henri Lavergne

Y a-t-il une rencontre ou un modèle dans la communauté franco-ontarienne qui vous a donné l’envie de vous impliquer ou procuré de fortes émotions?

Ce n’est vraiment pas une personne en particulier, mais plus la communauté en général qui m’entoure depuis que je suis très jeune. C’est une communauté au sein de laquelle il y a énormément de fierté. J’adore le 25 septembre : c’est une de mes journées préférées quand tout le monde porte du vert et du blanc et qu’on est fier d’être Franco-Ontarien.

Ce n’est pas toujours facile. On doit souvent se battre pour avoir accès à des services, des écoles en français ou notre droit à l’éducation en français. C’est une passion pour moi et c’est la communauté au complet qui me motive à me battre pour nos droits.

Après les grandes batailles historiques pour les universités comme l’UOF et l’U de S, en quoi la FESFO peut-elle encore être pertinente pour les jeunes aujourd’hui?

C’est le fait que les jeunes franco-ontariens ont besoin d’un endroit à l’extérieur de leur école où ils puissent avoir un contact avec le français. S’ils ont un problème avec l’accès aux services en français dans leur région, ils peuvent être représentés politiquement à l’extérieur de l’école. Seule la FESFO peut offrir ça. C’est important que notre voix soit entendue au niveau provincial et que de nouvelles personnes apprennent ce qu’est l’organisme et utilisent ses ressources.

On parlait souvent d’une baisse de participation ces dernières années. Est-ce qu’on peut dire que la vie associative à la FESFO est redevenue normale ou le réseau est-il encore en reconstruction?

Après la pandémie, ça a été très difficile de rebâtir le réseau, mais on a fait d’énormes progrès, surtout pour rebâtir notre réseau de personnes contacts dans les écoles. On a plus de 100 PéCos (des élèves qui servent de personnes-ressources pour la FESFO) maintenant à travers la province. J’ai mené ma campagne pour augmenter ce chiffre et le nombre d’écoles qui ont une voix directe entre nous et eux. Je veux continuer l’année prochaine à faire des progrès dans la représentation de chaque école.

Le 25 septembre 2024, Henri Lavergne prononçait une allocution devant l’hôtel de ville de Toronto au nom des élèves du Conseil scolaire Viamonde. Photo : Gracieuseté de Henri Lavergne

Il manque encore des représentants pour le Nord et pour Toronto au sein du conseil. Comment allez-vous faire pour motiver les jeunes à prendre ces rôles?

Ce n’est pas de les convaincre de s’impliquer, c’est plutôt de les motiver à le faire. Beaucoup de jeunes veulent s’impliquer, mais ils se disent que leur voix n’a pas un grand impact ou qu’ils ne veulent pas gaspiller leur temps. On doit les convaincre que c’est important d’avoir cette représentation régionale. À Toronto, je suis en contact avec plusieurs personnes pour remplir le poste, et dans le Nord, on fait aussi beaucoup de réseautage. J’aimerais idéalement avoir le conseil au complet avant qu’on prenne la relève en juillet.

Cette année est la septième sans les Jeux franco-ontariens. Leur retour est-il envisagé ou faut-il inventer un nouveau modèle de rassemblement?

Les Jeux sont un événement auquel je n’ai jamais pu participer. Je ne vais pas dire oui ou non sur leur retour, car je n’ai pas encore parlé avec mon conseil de représentation de l’événementiel. Mais, selon moi, les événements qu’on va organiser seront axés sur les besoins et l’intérêt des jeunes. J’ai cru comprendre que la FESFO envisage de continuer le Congrès provincial du réseau jeunesse chaque automne. C’est important d’avoir un endroit où les jeunes francophones de chaque région peuvent se parler.

Henri Lavergne et l’équipe organisatrice du tournoi de basketball entre le Collège français et l’École secondaire Michelle O’Bonsawin en 2025. Photo : Gracieuseté de Henri Lavergne

Comment comptez-vous améliorer la communication et la collaboration avec les autres organismes de la communauté?

Ça aide vraiment de se mobiliser, d’être actif sur les réseaux sociaux et de répondre présent quand on nous pose des questions. Je veux m’assurer qu’on est visible à travers la communauté. On a une excellente équipe au bureau qui est déjà très habile à faire ces collaborations, mais je voudrais augmenter nos collaborations à travers la province.

Le gouvernement envisage de bloquer l’accès aux réseaux sociaux dans les écoles pour protéger votre santé mentale, trouvez-vous cette mesure infantilisante?

Je ne peux pas parler au nom de la FESFO car je ne suis pas encore président, mais de mon côté je comprends que les réseaux sociaux posent un défi pour certains jeunes. Par contre, c’est un excellent outil pour nous pour communiquer avec les jeunes, car c’est là qu’ils se trouvent. Cette année, je rejoindre les jeunes là où ils sont. C’est un moyen de les informer sur des événements politiques ou de les inscrire à nos activités sans devoir aller leur parler un par un en personne. J’aimerais qu’on puisse garder ce moyen de communication, même si on est prêt à s’adapter si la mesure s’impose.

Henri Lavergne recevant le prix de « Meilleur délégué » lors d’une simulation des Nations unies organisée par des élèves de l’école secondaire Toronto-Ouest appelée Viamonu, ouverte à toutes les écoles de langue française du Grand Toronto cette année. Photo : Gracieuseté de Henri Lavergne

La province veut aussi noter la présence en classe. Trouvez-vous cette mesure nécessaire ou injuste pour ceux qui ont des réalités plus difficiles?

Là encore, je comprends que l’absentéisme est un problème en Ontario mais je voudrais m’assurer que la solution est mise en place de façon équitable et humaine. Certains jeunes doivent travailler pour faire de l’argent pour leur famille, d’autres vivent des défis de santé mentale et ont besoin de journées de repos pour mieux se présenter en classe ensuite.

Si l’absentéisme est compté dans la note finale, il faut que les jeunes puissent avoir une discussion avec leurs enseignants ou leur direction pour trouver une solution humaine plutôt que de juste mettre une solution technique sur un problème.

Certains disent que le système craque et que le financement baisse. En voyez-vous concrètement les effets sur le terrain?

Ce sont plus les profs qui voient l’impact direct sur les ressources en classe, mais pour les jeunes, c’est le manque d’opportunités. Travaillant dans un conseil d’élèves à mon école, je vois qu’on se fait parfois dire « non » parce qu’on n’a pas les moyens d’obtenir du financement pour organiser des activités rassembleuses pour les jeunes. Si on avait plus de financement, ce serait bien plus facile pour les conseils d’élèves d’impliquer les jeunes dans leur communauté.

Vous participiez hier aux états généraux de l’Ontario français ici même, à Toronto. Quel message crucial la jeunesse doit-elle envoyer pour que le futur de la province lui ressemble?

Pour moi, cette journée a été l’occasion d’écouter des perspectives variées et c’était inspirant de voir à quel point tout le monde veut voir du progrès. Mais mon message est clair : je veux que les jeunes soient entendus pour de vrai, pas juste pour « cocher une boîte ».

Trop souvent, on nous consulte par simple formalité parce qu’on est jeunes. Je refuse que notre voix soit un simple crochet sur une liste. Je veux qu’on se sente écoutés parce que notre opinion a un impact réel. Ce que nous, les jeunes, demandons, ce sont des actions concrètes qui reflètent nos idées et notre engagement, pas seulement une consultation pour la forme.

Henri Lavergne au Forum des jeunes de Viamonde avec des amis en 2025. Photo : Gracieuseté de Henri Lavergne

Dans dix ans, quand vous ferez le bilan, quel accomplissement vous fera dire : « J’ai réussi ma mission »?

Je veux être capable de dire que j’ai augmenté le nombre de jeunes francophones qui connaissent la FESFO et qu’on a représenté les défis de chaque région lors de mon mandat, du Nord au Sud.

Qu’aimeriez-vous faire plus tard comme études ou carrière?

J’ai toujours été très impliqué et j’aimerais continuer, que ce soit dans la représentation politique ou pour améliorer la vie des personnes autour de moi. Je n’ai pas encore décidé pour l’université, mais je veux continuer mon éducation en français. J’ai mon œil sur l’Université d’Ottawa en sciences politiques pour son programme bilingue qui est exceptionnel.

Mettons de côté votre titre de président! Qui est le Henri du quotidien, en dehors des études et de la représentation?

C’est probablement le sport. Je suis très impliqué dans le baseball et le hockey. J’arbitre du baseball durant l’été et du hockey durant l’hiver, en plus d’entraîner des jeunes. Je joue aussi régulièrement au hockey.

Un autre sport qui passionne Henri Lavergne est le hockey. Photo : Gracieuseté de Henri Lavergne

Suivez-vous les séries éliminatoires de hockey en ce moment et quel genre de partisan êtes-vous?

Oui, je suis les séries! Malheureusement pour moi, je suis un fan des Leafs de Toronto. Malgré tout, j’espère que des équipes canadiennes, comme les Canadiens de Montréal, peuvent gagner pour le Canada. Même si ça me fait un peu mal de dire ça en tant que partisan de Toronto, c’est correct, je suis les résultats de près.

À quoi va ressembler votre été? Des voyages ou projets en perspective, en dehors de vos nouvelles responsabilités à la FESFO?

Pour l’instant, je n’ai pas de voyage spécifique de prévu, puisque j’ai déjà fait un grand voyage en Europe durant la semaine de relâche. Je vais donc rester pas mal chez moi, à Toronto, pour travailler à l’association de baseball comme je le fais habituellement. Je vais en profiter pour passer du temps avec mes amis, mais je vais aussi consacrer une bonne partie de mon temps à me préparer pour la rentrée scolaire et, surtout, pour mon nouveau rôle de président. »


2026  : Devient représentant du Grand Toronto à la FESFO.

Qui parle au nom de la Nation métisse?

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

L’Ontario pourrait bientôt ressentir les effets du projet de loi C-21 (le traité métis). Le débat entourant le projet de loi C-21 s’est largement concentré sur le Manitoba. Cela est compréhensible. Cette loi donnerait force de loi au Traité sur l’autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge et reconnaîtrait officiellement la Fédération Métisse du Manitoba (FMM) comme gouvernement des Métis de la rivière Rouge.

Mais les conséquences à long terme de cet accord pourraient dépasser largement les frontières du Manitoba. L’Ontario, en particulier, pourrait bientôt se retrouver devant une question difficile : qui parle au nom de la Nation métisse au Canada?

Depuis des années, le paysage politique métis est marqué par des désaccords autour de l’identité, de la représentation et de la légitimité. La Métis Nation of Ontario (MNO), le Ralliement national des Métis (RNM) et la Fédération Métisse du Manitoba se disputent depuis longtemps la reconnaissance, l’appartenance et l’accès aux ressources politiques et financières. Les tensions sont devenues si importantes que la FMM a finalement quitté le Ralliement national des Métis, accusant l’organisation et certains de ses gouvernements membres de reconnaître des communautés sans liens historiques suffisants avec le foyer métis de la rivière Rouge.

Ces désaccords n’ont jamais été de simples conflits de personnalité. Ils reflètent quelque chose de beaucoup plus profond : des visions concurrentes de ce qu’est réellement la Nation métisse.

Durant mes années au Parlement, il devenait de plus en plus évident que la Fédération Métisse du Manitoba comprenait Ottawa de manière exceptionnelle. Elle a bâti patiemment des relations, créé sa crédibilité au fil du temps et s’est positionnée non seulement comme un organisme de revendication, mais comme un partenaire gouvernemental incontournable aux yeux du gouvernement fédéral.

Le projet de loi C-21 pourrait maintenant transformer davantage cette réalité politique.

Le traité utilise de façon répétée l’expression « Métis de la rivière Rouge » plutôt que simplement « Métis ». À première vue, cela peut sembler plus restreint et historiquement précis. Mais sur les plans politique et juridique, les implications pourraient être beaucoup plus vastes. Les Métis de la rivière Rouge sont considérés par plusieurs historiens et dirigeants métis comme le noyau historique à partir duquel les communautés métisses se sont étendues vers l’Ouest et dans d’autres régions du Canada.

Cela soulève une question importante.

Si le gouvernement fédéral reconnaît la FMM comme gouvernement des Métis de la rivière Rouge, et si l’ascendance liée à la rivière Rouge devient le fondement constitutionnel principal de l’identité métisse, cela place-t-il progressivement la FMM au centre de l’autorité politique métisse au Canada?

Les communautés métisses de l’Ontario pourraient éventuellement ressentir cette pression plus
que quiconque.

De nombreuses personnes métisses en Ontario retracent leurs origines à des communautés mixtes autochtones et européennes qui ont évolué différemment de l’établissement de la rivière Rouge. D’autres revendiquent des liens familiaux et politiques directs avec la tradition métisse de la rivière Rouge. Certaines communautés possèdent une longue histoire reconnue. D’autres demeurent contestées par des historiens, des gouvernements et même par d’autres organisations métisses.

Le projet de loi C-21 ne règle pas ces tensions. À certains égards, il pourrait même les accentuer.

Il ne s’agit pas simplement de symbolisme ou de prestige politique. La reconnaissance compte parce qu’elle façonne le pouvoir. Elle influence les droits de consultation, l’autorité gouvernementale, l’accès au financement, les droits de récolte et la capacité de négocier directement avec la Couronne.

Lorsqu’un gouvernement reçoit une reconnaissance constitutionnelle et des pouvoirs législatifs liés à une compréhension particulière de la nation métisse, d’autres organisations pourraient éventuellement être forcées de se définir en fonction de ce cadre.

Cela pourrait créer une pression vers une centralisation politique au sein de la gouvernance métisse au Canada, intentionnellement ou non.

Rien de cela ne signifie que la Fédération Métisse du Manitoba agit de mauvaise foi. Cela ne signifie pas non plus que les Métis de la rivière Rouge ne possèdent pas une revendication légitime à l’autonomie gouvernementale. Leur histoire distincte et importante au Canada est indéniable.

Mais la reconnaissance constitutionnelle produit des conséquences qui dépassent largement l’accord immédiat qui est signé.

C’est pourquoi cette conversation concerne non seulement le Manitoba, mais aussi l’Ontario, la Saskatchewan, l’Alberta et la Colombie-Britannique.

Qui définit ultimement l’identité métisse au Canada? La Nation métisse est-elle principalement enracinée dans la rivière Rouge? Plusieurs identités politiques métisses peuvent-elles coexister sur un pied d’égalité? Ou le Canada se dirige-t-il progressivement vers la reconnaissance d’une seule autorité historique et politique centrale?

Ce ne sont pas des attaques contre les droits des Métis. Ce sont des questions sur l’avenir de la gouvernance autochtone au Canada.

Et elles méritent d’être débattues ouvertement avant que le Parlement ne les transforme discrètement en réalité constitutionnelle.

Silencieusement, le débat avance
Silencieusement, un nouveau gouvernement naît
Silencieusement, tu deviens citoyen
Et l’écho résonnera pendant des générations.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

États généraux : les francophones de Toronto veulent passer du constat à l’action

TORONTO – Pour leur 29e consultation, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) fait escale à Toronto pour tenir leurs états généraux. Des représentants des services clés en français, ainsi que des francophones et francophiles de la Ville Reine se sont réunis afin d’échanger sur leur vision de l’avenir.

C’est la première fois qu’un grand centre urbain est visité dans le cadre des états généraux et plus de 90 personnes se sont inscrites à ces consultations. Des organismes, des bénévoles et divers intervenants francophones rencontrent l’équipe de l’AFO ces 14 et 15 mai pour discuter de la survie de la francophonie de l’Ontario à l’horizon 2050.

« Pour nous, l’un des objectifs des états généraux, est que nos institutions prennent en main la destinée de la francophonie ontarienne », a déclaré le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk. Selon lui, une crise identitaire et démographique rend nécessaire cette rencontre dans la métropole anglophone. Il a d’ailleurs dressé un portrait critique des défis actuels.

Des discussions en groupe ont permis l’échange du vécu des francophones à Toronto. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

« Si notre poids démographique descend sous la barre des 4 %, le pouvoir politique des francophones disparaîtrait. Il deviendrait plus difficile d’obtenir des changements politiques favorables à notre communauté », s’inquiète le directeur général.

L’immigration a également été au cœur des enjeux liés au déclin démographique, particulièrement observé dans la métropole. « Sans l’immigration, on aura un déclin assuré de la francophonie ontarienne », poursuit-il.

Le directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Peter Hominuk. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Un réseau de services en français sous pression

Le directeur général de l’AFO a constaté que plus de la moitié des répondants au sondage mené pour l’organisme estiment que les services en français sont en déclin.

Dans le cadre des discussions en groupe aux états généraux, certains nouveaux arrivants francophones ont partagé leur réalité en tant que francophones à Toronto.

Parmi eux, Marius Voli et Rudelfie Bazolo racontent que le manque de services a un réel impact sur les perspectives des nouveaux arrivants de s’établir dans la région.

« Quand il n’y a pas d’organismes qui nous accompagnent dans l’installation et l’intégration, l’idée nous vient à l’esprit d’aller dans une autre province », témoigne M. Voli en ajoutant qu’il a lui-même déjà songé à quitter l’Ontario pour le Québec.

Marius Voli et Rudelfie Bazolo pensent que le manque de services en français à Toronto a de réels impacts sur la communauté nouvellement arrivée. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

« J’ai aussi des amis qui souhaitent partir à Montréal », admet à son tour Mme Bazolo.

À la même table, la PDG du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), Estelle Duchon, observe le phénomène, de nombreux francophones partent vers Ottawa.

Le Sud de l’Ontario exclu d’un nouveau projet du fédéral

Dans une entrevue avec ONFR, Peter Hominuk déplore que dans le cadre d’un nouveau projet de règlement obligeant certaines entreprises privées à offrir des services en français dans les communautés à forte concentration francophone, aucune communauté dans le Sud de la province n’ait été reconnue comme telle.

Il se dit déçu de la position du gouvernement fédéral, tout en estimant que ce règlement constitue malgré tout un premier pas.

Les états généraux doivent prendre fin d’ici la fin juin.