Milan-Cortina 2026 : les athlètes franco-ontariens à suivre

À quelques heures du coup d’envoi des compétitions, ONFR vous propose un tour d’horizon des athlètes franco-ontariens et francophones de l’Ontario engagés aux Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, qui se dérouleront du 6 au 22 février 2026. Peu nombreux dans la délégation canadienne, ils arrivent toutefois avec des ambitions élevées et des profils capables de marquer ces Jeux.

Patinage de vitesse – longue piste : Ivanie Blondin

À 35 ans, Ivanie Blondin arrive à Milan-Cortina comme la tête d’affiche franco-ontarienne de ces Jeux et, surtout, comme la plus grande chance de médaille. Déjà double médaillée olympique à Beijing en 2022, l’Ottavienne avait décroché l’or en poursuite par équipes, aux côtés de Valérie Maltais et Isabelle Weidemann, ainsi que l’argent au départ groupé, deux disciplines dans lesquelles elle continue d’évoluer parmi les meilleures mondiales.

Sur le circuit international, Blondin s’est imposée comme une valeur sûre, accumulant podiums et médailles en Coupe du monde et aux Championnats du monde, notamment dans les épreuves tactiques où son expérience et sa lecture de course font souvent la différence.

Ivanie Blondin vise au moins deux médailles d’or à Milan-Cortina. Photo : Jurij Kodrun/ International Skating Union

À l’approche de ces Jeux, la Franco-Ontarienne ne se cache pas. Dans un entretien accordé à ONFR, elle l’a affirmé sans détour : elle ne participe pas pour viser la deuxième ou la troisième place, mais bien pour gagner. À Milan-Cortina, elle s’alignera avec l’ambition de défendre son titre en poursuite par équipes et de transformer l’argent de Beijing en or sur le départ groupé.

Quand voir Ivanie Blondin à Milan-Cortina

  • Samedi 7 février (10 h 00) : 3000 m – finale
  • Jeudi 12 février (10 h 30) : 5000 m – finale
  • Samedi 14 février (10 h 00) : poursuite par équipes – quart de finale
  • Mardi 17 février (8 h 52) : poursuite par équipes – demi-finale
  • Mardi 17 février (10 h 47) : poursuite par équipes – finale
  • Vendredi 20 février (10 h 30) : 1500 m – finale
  • Samedi 21 février (9 h 50) : départ groupé – demi-finale
  • Samedi 21 février (11 h 15) : départ groupé – finale

Patinage artistique – danse sur glace : Paul Poirier et Piper Gilles

Paul Poirier et Piper Gilles abordent leurs troisièmes Jeux olympiques ensemble avec un mélange d’expérience, de résilience et d’ambition. Le duo figure parmi les références mondiales de la danse sur glace depuis plusieurs saisons, avec un palmarès impressionnant : quadruples médaillés aux Championnats du monde, dont l’argent en 2024 et en 2025, et multiples titres aux Championnats des quatre continents.

La saison précédant Milan-Cortina a été marquée par des hauts et des bas, avec certaines déceptions au niveau des résultats. Mais le duo a su terminer fort, remportant en janvier un cinquième titre national consécutif, avec leur meilleure performance de la saison au meilleur moment.

Piper Gilles et Paul Poirier ont réalisé leur meilleure performance de la saison au meilleur moment lors des nationaux à Gatineau en janvier. Photo : Danielle Earl/Patinage Canada

À cela s’ajoute une exposition médiatique particulière : Poirier et Gilles font partie d’un documentaire Netflix consacré à la danse sur glace et aux coulisses de la route vers les Jeux. La série en trois parties qui les met en parallèle avec leurs adversaires directs s’intitule Danse sur glace : l’éclat de l’or. Elle est diffusée depuis le 1er février. À Milan-Cortina, l’objectif est clair : le podium.

Quand voir Poirier et Gilles à Milan-Cortina

  • Vendredi 6 février (3 h 55) : patinage artistique par équipes – danse rythmique
  • Samedi 7 février (16 h 05) : patinage artistique par équipes – danse libre
  • Lundi 9 février (13 h 20) : danse sur glace – danse rythmique
  • Mercredi 11 février (13 h 30) : danse sur glace – danse libre

Patinage artistique – simple féminin : Madeline Schizas

Madeline Schizas arrive en Italie avec un statut plus discret, mais un rôle loin d’être secondaire. L’Ontarienne originaire d’Oakville a déjà vécu l’expérience olympique à Beijing en 2022, où elle avait pris la 18e place en individuel et surtout contribué de manière déterminante à la quatrième place du Canada dans l’épreuve par équipes.

Depuis, Schizas a poursuivi sa progression sur la scène internationale. Elle s’est illustrée aux Championnats du monde 2025 avec son meilleur résultat en carrière. Une performance qui a permis au Canada de sécuriser un quota olympique supplémentaire. À Milan-Cortina, elle se présentera comme une patineuse capable de viser un top 10 si tout s’aligne. Elle représente aussi une valeur sûre pour le Canada dans les épreuves par équipes.

Madeline Schizas a également bien conclu sa saison préolympique avec une médaille d’or aux Championnats nationaux canadiens. Justin Tang/ La Presse canadienne

À noter que Madeline Schizas ne se définit pas comme Franco-Ontarienne au sens strict. Elle est toutefois francophone en partie du côté de son père, Lou Schizas, d’origine grecque-canadienne et franco-canadienne. Ses parents ont notamment vécu à Montréal, et la patineuse a suivi un parcours en immersion française à l’école secondaire White Oaks à Oakville, ce qui explique son lien avec la francophonie ontarienne.

Quand voir Madeline Schizas à Milan-Cortina

  • Vendredi 6 février (7 h 35) : patinage artistique par équipes – programme court féminin
  • Dimanche 8 février (14 h 45) : patinage artistique par équipes – programme libre féminin
  • Mardi 17 février (12 h 45) : programme court femmes
  • Jeudi 19 février (13 h 00) : programme libre femmes

Ski alpin : Valérie Grenier

Valérie Grenier aborde ces Jeux avec lucidité, mais sans renoncer à l’ambition. L’Ottavienne sort d’une saison qu’elle qualifie elle-même d’inégale, marquée par des résultats solides, mais aussi par le sentiment de pouvoir faire mieux. Un discours honnête, à l’image d’une skieuse consciente des exigences du très haut niveau.

Son parcours parle pour elle. La skieuse de Saint-Isidore compte plusieurs podiums en Coupe du monde, dont une victoire marquante en slalom géant en 2023, la première pour une Canadienne dans cette discipline depuis près d’un demi-siècle.

Le meilleur résultat de la saison de Valérie Grenier est sa troisième place à Mont-Tremblant le 6 décembre 2025. Photo : Gary Yee/Canada Alpine

Déjà présente aux Jeux de 2018 et de 2022, elle arrive à Milan-Cortina avec une expérience précieuse. Sans afficher ses objectifs à haute voix, le podium fait clairement partie de l’horizon. Sur une course maîtrisée, où engagement et précision se conjuguent, Valérie Grenier a les armes pour créer la surprise.

Quand voir Valérie Grenier à Milan-Cortina

  • Dimanche 8 février (5 h 30) : descente – finale (participation à confirmer)
  • Mardi 10 février (4 h 30) : descente – combiné par équipe (participation à confirmer)
  • Jeudi 12 février (5 h 30) : Super-G – finale
  • Dimanche 15 février (4 h 00) : slalom géant – course 1
  • Dimanche 15 février (7 h 30) : slalom géant – course 2

Santé : la méfiance persiste pour les femmes noires

TORONTO – Plusieurs femmes afro-descendantes au Canada disent avoir annulé ou retardé une consultation médicale par crainte de la façon dont elles seraient traitées. La peur d’être ignorées ou minimisées dans leurs préoccupations ressort aussi dans un sondage mené au pays par l’Institut des femmes noires pour la santé (IFNS).

Près de 2000 femmes ont partagé leur expérience avec le système de santé, dénonçant au passage des diagnostics erronés, des expériences traumatisantes et une mauvaise compréhension de leur situation. Plusieurs décrivent un système de santé criblé de biais raciaux compromettant l’accès aux soins des femmes noires de manière disproportionnée.

L’Institut des femmes noires pour la santé (IFNS) qui a piloté l’étude « Voix sans écho » soutient que la collecte de données fondées sur l’origine ethnique est indispensable et que les gouvernements doivent s’engager dans cette voie.

Atteinte dans l’identité

Dans le nord de l’Ontario à North Bay, Justine Gogoua partage son quotidien entre l’art de la scène et son rôle d’éducatrice. L’artiste raconte avoir eu des expériences négatives voire traumatisantes avec le système de santé, notamment lors d’une visite chez le gynécologue.

« Deux personnes sont arrivées à la place de mon médecin et ont essayé de me faire l’examen, sans me demander la permission », se rappelle Mme Gogoua, qui se demande toujours pourquoi aucune préparation psychologique ne lui a été fournie au préalable.

« Je suis sortie de la clinique en pleurant parce que je me suis sentie violée. » Au gré de ses expériences, elle a choisi de délaisser le système médical et prendre la gestion de sa santé en main.

Pour beaucoup, la crainte d’être négligée et/ou incomprise crée une réticence à consulter qui s’ajoutent d’autant plus à des biais néfastes déjà présents dans le système, tels que le stéréotype de la « femme noire forte », transmis de génération en génération, qui empêche fréquemment les femmes noires de reconnaître leur détresse psychologique, ce qui affecte d’autant plus leur santé mentale.

L’artiste franco-ontarienne Justine Gogoua a reçu de mauvais diagnostics à plusieurs reprises au cours de sa vie. Photo : Archives ONFR

Combler l’absence de données raciales

Yasmine Elmi, qui a grandi à Ottawa, poursuit actuellement un doctorat en médecine à l’Université McGill au Québec. Ayant fait partie de la récolte de données du récent rapport, elle révèle qu’aucune donnée médicale de la sorte n’a été rapatriée jusqu’à ce jour.

« On dit souvent que ce n’est qu’un problème aux États-Unis, mais pas au Canada, c’est juste qu’on n’a pas beaucoup de données », explique-t-elle.

« C’est pour ça que j’étais contente de voir cette initiative, parce que c’est exactement ce qu’il nous faut. Il nous faut les chiffres canadiens. »

Yasmine Elmi poursuit un doctorat en médecine et espère corriger les indicateurs de santé afin de prendre en compte les biais raciaux. Photo : Gracieuseté

Présentes au Canada dès le XVIIe siècle, les communautés noires ont évolués dans un système générateur d’inégalités. Ce constat vient appuyer les revendications de la communauté scientifique à introduire de nouveaux indicateurs de santé qui prennent en compte cette population.

En entrevue, Yasmine Elmi soutient avoir souvent entendu dans son entourage des femmes dire : « Je suis souvent laissée seule face à des questions sur ma santé, mes règles, mes hormones, parce que le système n’a pas été pensé pour moi ».

Elle ajoute que le manque de données basées sur la race et le genre permet aux préjudices de continuer dans l’ombre : « Ce silence statistique est une forme de négligence. »

« Donc malgré tout, un rapport comme celui-ci montre que nos expériences ne sont pas complètement invisibles, elles sont écoutées, documentées et prises au sérieux », espère Yasmine Elmi.

Remédier au manque de connaissances

Le rapport montre qu’un des grands domaines d’inégalité dans ce contexte concerne les problèmes médicaux plus fréquents chez les femmes noires et plus susceptibles d’être diagnostiqués plus tard.

« Dans mes cours de médecine, ils vont peut-être parler du fait que l’hypertension, les fibromes utérins, le lupus sont plus fréquents, mais sans expliquer que c’est plus grave et pourquoi ni comment vraiment servir cette population de manière équitable », déplore Yasmine Elmi.

À Ottawa, le clinicien, chercheur et virologue Dr Hugues Loemba, est habitué à la prise en charge des minorités visibles. Il explique que pour le cas des nouvelles arrivantes par exemple, l’absence de littéracie en santé les amène à minimiser leur détresse et à souffrir en silence. Il note aussi l’aspect de la langue comme déterminant : « Pour parler de problèmes de santé, souvent on veut parler dans sa langue », souligne-t-il.

La feuille de route que propose le rapport contient 90 recommandations afin d’encourager la collecte de données. « Il faut promouvoir une éducation et des soins adaptés aux différences culturelles au niveau des établissements de santé », ajoute le Dr. Loemba.

« Le Canada se pense souvent comme un pays ouvert, mais ignorer ces réalités entretient un système qui ne protège pas les femmes noires et un mythe d’une société inclusive qui empêche de voir les souffrances réelles » conclut l’étudiante au doctorat, Yasmine Elmi.


Crimes haineux à Ottawa : une baisse statistique qui ne dit pas tout

Le nombre de crimes haineux signalés à la police à Ottawa a connu une baisse notable en 2025 de 23 % comparativement à 2024. Selon les statistiques annuelles publiées par le Service de police d’Ottawa, 358 incidents ont été signalés à l’Unité des crimes haineux et préjugés, contre 467 en 2024. Toutefois, les autorités policières appellent à la prudence dans l’interprétation de ces chiffres.

« Une diminution du nombre de signalements ne signifie pas nécessairement une diminution du nombre d’incidents », souligne le Service de police d’Ottawa, rappelant que plusieurs facteurs peuvent expliquer cette baisse apparente.

Une sous-déclaration préoccupante

Parmi les raisons évoquées, la police note que certaines personnes peuvent devenir insensibles à ces comportements au fil du temps, en venir à normaliser certains incidents ou juger qu’ils ne sont pas suffisamment graves pour être signalés. D’autres peuvent ne pas percevoir ces actes comme répréhensibles ou craindre une revictimisation en entamant une démarche officielle.

Des barrières culturelles ou linguistiques, un manque de confiance envers les forces de l’ordre, ainsi que des préoccupations liées à la protection de la vie privée et des informations personnelles peuvent également freiner le signalement.

Dans certains cas, les incidents sont rapportés à des organismes communautaires ou à des organisations tierces, sans être transmis directement à la police, ce qui limite leur prise en charge judiciaire.

« Si la sensibilisation du public aux crimes et incidents motivés par la haine est peut-être en hausse, elle ne se traduit pas toujours par des signalements à la police. Dans certains cas, les personnes peuvent signaler des incidents à des organismes tiers pour obtenir de l’aide, mais ces incidents ne font pas nécessairement l’objet d’un suivi ou d’une enquête de la part de la police », explique le Service de police d’Ottawa.

Des groupes toujours ciblés

En 2025, les groupes les plus fréquemment visés par des crimes ou incidents haineux demeurent les mêmes que les années précédentes. Les personnes de confession juive arrivent en tête avec 73 cas signalés (contre 113 cas signalés en 2024), suivies des communautés noires (51 cas contre 54 en 2024 ), des personnes LGBT+ (26 cas contre 54 en 2024 ) et des musulmans (18 cas).

Parmi l’ensemble des signalements, 263 dossiers ont été classés comme des infractions criminelles, tandis que 95 relevaient d’incidents motivés par la haine sans constituer une infraction au sens du Code criminel.

Au total, 50 personnes ont été inculpées pour 163 infractions, dont quatre jeunes en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents. Les infractions les plus graves constatées en 2025 incluent le méfait à l’égard des biens, la profération de menaces, les voies de fait, la communication harcelante, les voies de fait causant des lésions corporelles et l’agression armée.

Partenariats communautaires

Face à cette réalité, le Service de police d’Ottawa affirme poursuivre son travail de manière proactive afin de lutter contre les incidents haineux et d’encourager leur signalement. Plusieurs initiatives sont mises de l’avant, notamment des activités de sensibilisation et de rapprochement communautaire par l’entremise de la section Ressources et relations pour la diversité.

La police mise également sur des partenariats avec des organisations communautaires afin d’offrir du soutien aux personnes touchées, ainsi que sur des réponses coordonnées dans les écoles, les transports en commun et les espaces publics, dans le but de sensibiliser la population et de diffuser des messages clairs contre la haine.

« Nous incitons vivement les gens ayant vécu un incident haineux à nous le signaler afin que nous puissions faire enquête sur la situation », rappelle le Service de police d’Ottawa.

Le français de Mark Carney s’est « amélioré immensément », selon Marc Miller

OTTAWA — La fréquence à laquelle le premier ministre Mark Carney utilise le français ainsi que la qualité de sa maîtrise de la langue s’améliorent, estime le ministre des Langues officielles, Marc Miller.

C’est ce qu’a affirmé ce dernier devant le Comité des langues officielles qui poursuivait, mardi, son étude sur l’utilisation du français au sein de l’appareil fédéral et, plus particulièrement, par le chef libéral. On y a notamment appris que le premier ministre avait suivi 11 heures de cours de français entre son arrivée en poste en avril et le mois de novembre 2025. Ce dernier avait dû interrompre son apprentissage de la langue de Molière en raison du départ de sa professeure.

M. Carney se fait reprocher, notamment par les partis d’opposition, son manque d’utilisation de la langue française dans ses discours et ses allocutions officiels depuis son arrivée comme premier ministre.

« J’ai pu noter une nette amélioration de son utilisation du français », soutient Marc Miller, qui a fait son entrée au sein du cabinet il y a près de deux mois.

« Je pense que le premier ministre lui-même a reconnu qu’il pouvait faire mieux et qu’il devait montrer l’exemple. Je ne cache rien quand je dis que la qualité de son français s’est améliorée immensément au cours de la dernière année et qu’il y a encore mieux à venir », a mentionné M. Miller.

Cette étude, commandée par le comité, fait suite à la publication d’un article de Radio-Canada. Celui-ci révélait que seulement 17 % des discours du premier ministre étaient prononcés en français. L’ex-gouverneur de la Banque du Canada s’était justifié en avançant qu’il fallait également considérer la proportion des réponses données en français.

Les partis d’opposition à Ottawa ne font pas la même observation que le ministre des Langues officielles, estimant que la fréquence des discours du premier ministre en français n’a pas changé.

« Je ne vois pas le premier ministre améliorer l’utilisation et la qualité de son français. Je ne suis pas là pour juger la qualité, mais surtout l’utilisation, et ce, sur des sujets intéressants. Il ne faut pas banaliser le français en l’utilisant uniquement pour parler de la pluie et du beau temps », image le député conservateur Joël Godin.

« Il faudrait peut-être regarder les détails, mais en me basant sur les débats en Chambre, ma perception est qu’il n’y a pas eu d’amélioration. Il arrive encore que ce soit uniquement en anglais », affirme de son côté le député bloquiste Mario Beaulieu.

À son arrivée en poste, M. Miller avait suscité la controverse en affirmant être « tanné » du débat autour de la langue française au Québec, jugeant qu’il y avait une « politisation de l’enjeu ». Mardi, devant les députés du comité, il a dit percevoir au sein de la classe politique « qu’il y a parfois une surenchère pour savoir qui défend le mieux le français ».

« La réalité est que le français est menacé et je suis une personne qui va le défendre jusqu’à la fin de mes jours », a-t-il ajouté.

Les états généraux de l’Ontario français entrent dans une phase de coconstruction

Après une première série de diagnostics partagés, un sondage et une assemblée citoyenne, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) entame désormais une nouvelle étape des états généraux de l’Ontario français qui doit déboucher sur la rédaction d’un livre vert.

Petite enfance, éducation, formation, santé, immigration, vieillissement, médias, emploi, jeunesse, inclusion, culture… L’AFO s’apprête à lancer en mars de vastes consultations thématiques virtuelles pour cibler les combats à mener dans les prochaines années.

« En 2025, on a fait un état des lieux de toutes les choses faites au cours de l’année. Ça nous a dit où nous en étions et à quels défis on faisait face, recontextualise Peter Hominuk, directeur général de l’AFO. Maintenant, on débute un acte 2 qui consiste à agir ensemble pour coconstruire des solutions. »

Pour ce faire, l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens va prendre dans les prochaines semaines le pouls de la communauté à différents endroits de la province.

Peter Hominuk, directeur général de l’AFO. Photo : Jackson Ho/ONFR

L’objectif de cet exercice mené « du bas vers le haut » est de « réfléchir à l’avenir de la francophonie ontarienne, faire des choix et renforcer notre capacité à agir, insiste M. Hominuk. « C’est aussi se doter d’une gouvernance claire et transformer le diagnostic en pistes de solutions concrètes ancrées sur le terrain. »

Le livre vert qui synthétisera au printemps prochain les idées collectées sous forme de grands thèmes servira de document de travail pour une tournée régionale d’avril à juin.

De Hearst au Niagara et de Windsor à Ottawa, les Franco-Ontariens donneront leur avis. La tournée fera, entre autres, étape à Thunder Bay, Sudbury, North Bay, Kapuskasing, Timmins, Sault Ste. Marie, New Liskeard, Cornwall, Hawkesbury, Prescott-Russell, Pembroke, Kingston, Toronto, Hamilton, les régions de York et Simcoe, London, Sarnia…

Publié à l’automne 2026, le livre blanc qui en ressortira contiendra des recommandations débattues au prochain congrès de l’organisme – du 22 au 24 octobre à Toronto – en vue de l’élaboration d’un plan stratégique décliné par secteur et par région, puis d’un plan d’action concret avant d’aller frapper à la porte des gouvernements.

Les travaux entrepris jusqu’ici ont d’ores et déjà permis d’identifier d’épineuses questions, selon les équipes de l’AFO qui parlent d’une « urgence à agir collectivement » face à des « défis structurels qui touchent toutes les régions » tels que l’immigration, la gouvernance et la consolidation des services en français.

Dans un contexte politique de relative austérité, il sera intéressant de voir si l’AFO adopte un ton plus offensif, compte tenu des attentes de la communauté. « Avec ces efforts accomplis, on adoptera le ton requis pour mener à bon port les changements pour notre communauté. Les enjeux sont trop grands pour ne pas tout faire pour atteindre nos objectifs », affirme le président Fabien Hébert.

« À la sortie du congrès, le timing sera très bon pour déposer nos recommandations à Patrimoine canadien (principal bailleur de fonds), complète M. Hominuk. Le gouvernement du Canada décidera comment il veut investir dans notre plan. » Et d’ajouter que « la province, par l’intermédiaire du ministère des Affaires francophones, suit de très près cet exercice communautaire ».

Cependant, des attentes plus grandes ne signifieront peut-être pas des ressources plus importantes. « Rêver d’avoir plus de ressources, c’est vraiment fabuler pas mal, avertit Benoît Hubert, président de PGF Consultants, qui accompagne l’AFO dans ces états généraux, mais il y a tout un thème de discussion et d’innovation à explorer sur la réallocation des ressources qui existent déjà. »

Danielle Smith somme Ottawa d’assouplir les exigences de bilinguisme pour les juges fédéraux

OTTAWA – La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, juge que l’exigence de bilinguisme pour les juges fédéraux, dont ceux de la Cour suprême, est trop sévère et désavantage les candidats provenant de l’Ouest canadien. Elle demande au fédéral d’assouplir ses exigences relatives à la maîtrise des deux langues officielles et menace de retirer le financement provincial si ses demandes ne sont pas acceptées.

Dans une lettre adressée au premier ministre Mark Carney, elle demande « d’apporter des changements pratiques et raisonnables pour assouplir les exigences de bilinguisme pour les nominations judiciaires fédérales ».

« Le gouvernement fédéral devrait examiner attentivement les implications de cette approche dans l’ensemble des institutions fédérales, particulièrement son impact sur l’accès à la justice et la représentation régionale équitable dans les nominations judiciaires », écrit-elle dans sa missive destinée à M. Carney.

La politicienne conservatrice poursuit dans le même sens en faisant allusion à l’exigence de bilinguisme pour le banc de neuf magistrats à la plus haute cour du pays.

« La décision d’imposer le bilinguisme fonctionnel comme exigence pour les juges de la Cour suprême du Canada renforce les barrières systémiques et l’aliénation des Canadiens de l’Ouest, et ne reflète pas la diversité linguistique plus large du Canada, incluant les nombreux Canadiens qui sont bilingues dans d’autres langues », estime Danielle Smith.

L’Alberta réclame, à l’instar du Québec, un droit de regard sur la nomination des juges fédéraux par l’entremise d’un comité spécial. Mme Smith concède toutefois que, dans le cas de la Cour suprême, les nominations peuvent provenir d’autres provinces et territoires de l’Ouest canadien, mais « propose que les candidats recommandés par le comité et acceptés par nos ministres de la Justice soient soumis au premier ministre ».

Cette dernière fait valoir l’urgence de combler plusieurs postes vacants à la Cour du Banc du Roi de l’Alberta et le départ à la retraite imminent de la juge Sheilah L. Martin (une juge de l’Ouest) de la Cour suprême. La première ministre exprime son attente « d’un engagement et d’une collaboration significatifs avant que ces postes judiciaires ne soient pourvus ».

« Le gouvernement de l’Alberta n’acceptera pas de fournir le financement nécessaire au soutien de tout nouveau poste judiciaire dans la province tant qu’un tel engagement et une telle collaboration n’auront pas été établis », menace Mme Smith.

Une exigence renforcée depuis 2023

À l’heure actuelle, les juges des cours de l’Alberta ne sont pas obligés, au sens de la loi, d’être bilingues, mais la Cour en tant que telle se doit de l’être en vertu de la Loi sur les langues officielles. De plus, les accusés ont le droit d’avoir un procès devant un juge maîtrisant le français s’ils le demandent. Lors de la modernisation de la Loi sur les langues officielles en 2023, des modifications ont été apportées pour renforcer l’exigence de bilinguisme pour les neuf magistrats siégeant à la Cour suprême, même si ce n’est pas encore 100 % obligatoire.

Danielle Smith souligne aussi avoir mentionné en personne à Mark Carney cette nécessité de modifier le système de nomination des juges fédéraux.

« Accorder à l’Alberta un rôle formel et significatif dans le processus de nomination renforcerait la confiance du public dans l’administration de la justice, favoriserait l’unité nationale au sein de l’Alberta et aiderait à garantir que les décisions judiciaires reflètent les valeurs et les attentes des Albertains », plaide-t-elle.

Le bureau du ministre de la Justice, Sean Fraser, a fait savoir dans une déclaration que « les comités consultatifs indépendants à la magistrature protègent cette indépendance en maintenant les nominations judiciaires à l’écart de toute influence politique » et que le gouvernement fédéral « continuera de travailler de manière constructive dans le respect de notre cadre constitutionnel » avec l’Alberta.

La numéro 2 du NPD de l’Ontario se lance au fédéral sous la bannière libérale

TORONTO – Doly Begum, députée de Scarborough-Sud-Ouest, et cheffe adjointe de l’opposition officielle de Queen’s Park, démissionne. Elle représentera désormais le Parti libéral du Canada pour la circonscription fédérale éponyme lors des prochaines élections partielles. Le siège est vacant depuis le départ du libéral Bill Blair.

La cheffe du NPD Marit Stiles perd une fidèle alliée au sein de ses rangs. La députée de Scarborough-Sud-Ouest, Doly Begum, était à ses côtés depuis 2018.

Cheffe adjointe du Parti néo-démocrate, elle endossait également les rôles de porte-parole en matière de transports en commun, d’antiracisme et d’équité, et siégeait au Comité permanent des finances et des affaires économiques.

Par sa démission, celle-ci fait ainsi non seulement le saut au fédéral, mais change également d’allégeance, endossant les couleurs du Parti libéral.

Dans une communication officielle, le Parti libéral du Canada a annoncé que Doly Begum serait la candidate libérale dans Scarborough-Sud-Ouest.

Le député Bill Blair, qui occupait le siège, a démissionné la veille pour devenir haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni.

« Je comprends les priorités de notre communauté et, en ce moment décisif pour notre pays, je crois que nous devons nous rassembler pour bâtir un Canada plus fort, plus uni et plus prospère, a déclaré Mme Begum. Voilà pourquoi je vous demande de me choisir comme prochaine députée fédérale (…) pour bâtir une économie canadienne plus forte et plus indépendante, rendre la vie plus abordable et donner les moyens de réussir à toutes les personnes qui ont élu domicile dans notre communauté. »

La cheffe de l’opposition officielle, Marit Stiles, a, elle, publié la déclaration suivante : « Ce matin, j’ai reçu l’avis de démission de Doly Begum à titre de députée de Scarborough-Sud-Ouest. Je tiens à remercier Doly pour ses services et je lui souhaite la meilleure des chances.

« Notre parti est fier de représenter les gens de Scarborough-Sud-Ouest depuis les huit dernières années et nous avons hâte de continuer à assurer cette représentation. »

Bastion libéral au fédéral, au provincial, la circonscription est passée aux mains du NPD en 2018 dans la mouvance du rejet du gouvernement de Kathleen Wynne.

Aucune date pour les élections partielles n’a été pour l’heure annoncée tant pour la circonscription provinciale que fédérale.

Un projet d’école francophone entravé depuis plus de 10 ans à Toronto, faute de terrain

TORONTO – Le Conseil scolaire catholique MonAvenir a tout essayé : acheter une ancienne école abandonnée, partager un édifice avec un conseil anglophone et même emménager dans une église. En vain. Implanter une école secondaire dans le sud-est de la ville relève de l’impossible. Des élus locaux pensent que la province doit intervenir pour trouver une solution.

C’est plus précisément dans les secteurs Danforth et Beaches, dans le sud-est torontois que le conseil scolaire concentre ses efforts, et ce depuis 2014. « Ce projet d’école secondaire catholique figure chaque année sur notre liste de priorités qu’on soumet au ministère, mais ça ne fait pas plus avancer les choses », soupire la conseillère scolaire Nathalie Dufour-Séguin qui a suivi les vicissitudes de ce dossier au long cours.

Et pour cause : mettre la main sur un terrain libre à Toronto tient de l’exploit.  « Les terrains et édifices libres sont très rares et il faut un espace assez grand avec au moins une cour arrière, précise Mme Dufour. Si les jeunes ont le choix entre une école francophone sans terrain de football et une anglophone qui en a un, ils vont choisir la mieux équipée. »

Son conseil scolaire, qui a engagé un agent réputé durant quatre ans pour dénicher – sans succès – la perle rare, avait tenté d’acquérir l’école Greenwood inutilisée du Toronto District School Board en 2019, finalement rachetée par le conseil scolaire Viamonde. Selon le Bureau de la responsabilité financière, 13 % des écoles ontariennes sont ainsi inoccupées, et pourraient être cédées à d’autres conseils scolaires en croissance.

Mais rien n’oblige véritablement un conseil scolaire anglophone à céder une installation en surplus. En revanche, si un conseil scolaire se départit d’une école, le règlement 374/23 de la Loi sur l’éducation l’oblige a en informer le ministère de l’Éducation afin de privilégier le rachat par un autre conseil scolaire.

Le Collège Centennial n’envisage pas de se séparer du bâtiment qui accueille le Centre des arts narratifs, à l’angle des avenues Danforth et Carlaw, même après la délocalisation des cours. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Alors MonAvenir étudie désormais une autre piste : acquérir les locaux du Centre des arts narratifs à l’angle des avenues Danforth et Carlaw. Cet édifice sera vacant à partir de l’été prochain, tous les programmes actuels étant transférés vers un autre campus.

« Ce serait un emplacement idéal », ne cache pas Rhea Dechaine, conseillère scolaire de la région Toronto-Est, à propos du bâtiment de 36 millions de dollars. Seulement voilà, son propriétaire, le Collège Centennial, n’envisage pas de s’en séparer dans l’immédiat.

« Notre priorité actuelle est d’assurer une transition harmonieuse pour tous les étudiants et le personnel concernés, indique le collège anglophone dans un échange de courriels avec ONFR. Aucune décision n’a encore été prise concernant l’utilisation future des installations et du terrain. »

Le dernier campus cédé par le Collège Centennial (Warden en 2004) a profité à un promoteur qui y a construit des résidences.

Paula Fletcher, conseillère municipale de Toronto-Danforth. Photo : Gracieuseté Paula Fletcher

Course au rachat impitoyable

Dans le secteur Danforth, la course au rachat est impitoyable. Sur trois terrains de ce type récemment mis en vente, deux ont servi à construire des condos, contre un seul pour une école, contextualise la conseillère municipale de Toronto-Danforth, Paula Fletcher.

Jointe par ONFR, l’élue dit comprendre l’urgence de la situation, mais n’a aucun pouvoir en la matière. « La Ville de Toronto ne peut pas légalement exiger des conseils scolaires ni d’aucun autre propriétaire foncier qu’il mette son terrain à disposition pour des écoles ou tout autre usage. »

Elle rappelle que le ministère de l’Éducation a des responsabilités : « Il doit veiller à ce que chaque conseil scolaire ait la capacité suffisante pour accueillir ses élèves. C’est son job. Quand une école vide est proche, le ministère doit dire au conseil qui s’en sépare qu’il ne peut la vendre à un promoteur mais doit la céder à un autre conseil. »

Paul Calandra, ministre de l’Éducation, est doté de pouvoirs accrus. Photos : Archives Jackson Ho/ONFR

Bien que doté de nouveaux pouvoirs qui lui confèrent un contrôle accru sur les conseils scolaires, le ministre de l’Éducation ne les utilise pas – pour le moment – pour forcer les conseils à céder leurs installations inutilisées, et peut encore moins intervenir sur des collèges.

« Les conseils scolaires sont tenus de se départir des biens inutilisés et non nécessaires pour accueillir les élèves au cours des dix prochaines années, nuance Emma Testani, attachée de presse de Paul Calandra, mais le ministre de l’Éducation n’a pas autorité sur les propriétés appartenant aux collèges, comme celle du Collège Centennial sur l’avenue Carlaw. »

« Il est temps que le ministre Calandra prenne ses responsabilités »
— Peter Tabuns, député de Toronto-Danforth

Le député provincial de Toronto-Danforth, Peter Tabuns, y décèle un manque d’implication de la province. « Dans le cas précis de cette école, le ministre dispose de plusieurs outils pour remédier à la situation, allant de l’augmentation du financement au transfert d’un bâtiment scolaire existant à MonAvenir. Le fait que ce problème persiste depuis le début du mandat de ce gouvernement témoigne de son manque de respect envers les droits des francophones. Il est temps que le ministre Calandra prenne ses responsabilités. »

Peter Tabuns, député provincial de Toronto-Danforth, rappelle le gouvernement à ses devoirs en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés. Photo : Archives ONFR

Et d’invoquer la Charte canadienne des droits et libertés : « Elle protège le droit des francophones à une éducation de même qualité que celle des anglophones. Le cas de ce conseil n’est qu’un exemple parmi tant d’autres où les délais pour la création d’une école répondant aux besoins des élèves francophones locaux sont beaucoup trop longs. »

Pour contourner le manque de terrain, l’architecte torontois Ken Greenberg croit qu’il faut repenser la façon de concevoir les écoles en les intégrant par exemple directement dans des projets résidentiels. « Des immeubles de bureaux vacants ou obsolètes – phénomène en croissance depuis la pandémie – pourraient aussi être convertis en écoles (…) et plutôt que de vendre des écoles sous-utilisées, on devrait favoriser leur transformation ou leur densification, considère ce spécialiste. »

À Toronto, plusieurs écoles ont ajouté des ailes ou des étages au fil des décennies, démontrant que l’intensification verticale est souvent possible, même sur des sites anciens », illustre l’architecte.

Depuis 2018, le gouvernement a investi 790 millions de dollars dans 54 projets de construction, d’agrandissement ou de rénovation d’écoles qui ont permis de créer 14 000 places pour les élèves. Mais la part des budgets alloués aux écoles francophones est considérablement inférieure à celle de langue anglaise.

Pour la seule année 2025, sur les 45 nouvelles écoles financées en Ontario, seules 9 étaient francophones. Aucune à Toronto.

Langues officielles : Air Canada dénonce des amendes « incohérentes » qui n’auront aucun effet

OTTAWA — Air Canada se joint aux organismes francophones du pays et critique certains aspects des pouvoirs que le gouvernement Carney souhaite conférer au commissaire aux langues officielles, lui permettant d’imposer des sanctions financières pouvant atteindre 50 000 $. Le transporteur aérien juge ce mécanisme inéquitable et estime que ces amendes n’influenceront en rien son service dans les deux langues officielles.

Selon Air Canada, le fait que le seuil de pénalité puisse atteindre 50 000 $ « va nous imposer des coûts que des compétiteurs n’ont pas », ont témoigné lundi soir deux hauts responsables de l’entreprise devant le Comité permanent des langues officielles du Sénat.

« C’est sûr que si on regarde 50 000 $ en fonction du chiffre d’affaires, c’est une chose, mais si on le regarde en fonction des routes et du profit par billet d’avion, c’est beaucoup », soutient David Rheault, vice-président, Relations avec les gouvernements et les collectivités chez Air Canada.

En novembre, le fédéral a déposé un projet de règlement qui vise à clarifier un nouveau pouvoir du commissaire aux langues officielles (CLO) : la possibilité d’imposer des sanctions financières aux entreprises desservant le public voyageur. Selon les types d’infractions, les amendes varieraient entre 5 000 et 50 000 dollars, et ce, par violation de la Loi sur les langues officielles.

Les organisations francophones du pays, comme la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), soutiennent que la somme « devrait être doublée et pourquoi ne pas aller jusqu’à un million de dollars ». Devant le comité sénatorial, le transporteur aérien a affirmé que, quel que soit le montant de la sanction financière imposée, cela ne modifierait en rien son approche en matière d’obligations linguistiques.

« Nos efforts pour nous conformer depuis des années n’ont pas été amoindris parce qu’il n’y avait pas de sanctions pécuniaires », présente David Rheault.

« Les sanctions pécuniaires n’arriveront pas à surmonter les véritables obstacles à l’offre de services dans les deux langues officielles, soit la disponibilité de personnel bilingue », ajoute le haut dirigeant.

Un règlement « incohérent », selon Air Canada

Selon le règlement publié, seules Air Canada, VIA Rail, Marine Atlantique et les administrations aéroportuaires pourraient se voir pénalisées au portefeuille. Air Canada estime que le projet de règlement favoriserait certains de ses compétiteurs aériens, comme WestJet et Porter, qui n’ont pas les mêmes obligations de services dans les deux langues officielles.

« C’est comme si cela favorisait la croissance de ceux qui n’offrent pas le service en français. Il y a quelque chose là-dedans qui est incohérent », avance M. Rheault.

Air Canada s’aligne ainsi sur les organismes francophones et le Commissariat aux langues officielles, qui avaient reproché au gouvernement fédéral de ne pas inclure dans cette liste d’autres entités fédérales, telles que l’Agence des services frontaliers du Canada, l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien et les ports du pays, afin que des sanctions puissent y être imposées.

Des fonctionnaires fédéraux avaient soutenu que ces administrations fédérales ne sont pas visées, car elles sont financées entièrement par des fonds publics.

« Le règlement est incongru et il manque de cohérence, commente David Rheault. En réalité, il n’y a qu’un transporteur aérien assujetti à ce règlement-là. Ce n’est pas un règlement qui peut avoir un plein effet pour le public voyageur, parce que les institutions ciblées sont très limitées. »

Le transporteur aérien, fréquemment visé par des plaintes au Commissariat aux langues officielles au cours de la dernière décennie concernant la qualité de son service en français, affirme que, bien que son service ne soit pas « parfait », il ne ménage pas « ses efforts et sa volonté ». L’entreprise souligne d’ailleurs l’amélioration de la situation, notamment grâce à l’embauche récente de 1200 agents de bord bilingues, sur un total de 1800.

M. Rheault mentionne qu’Air Canada a transporté 50 millions de passagers l’an dernier, et le fait que le CLO n’ait reçu que 85 plaintes « témoigne de notre volonté et de nos efforts pour remplir nos obligations », ajoute-t-il.

Lundi soir, de hauts dirigeants de VIA Rail, entendus par le comité, ont également affirmé ne pas s’inquiéter de l’application de sanctions financières. Selon eux, le faible nombre de plaintes (35) déposées auprès du CLO au cours des cinq dernières années rend cette éventualité peu probable.

La clinique du Centre francophone du Grand Toronto prête à accueillir 2300 nouveaux patients

TORONTO – Le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) a annoncé ce lundi, l’agrandissement de ses cliniques de soins primaires situées dans le centre et dans le nord de la ville. Il s’agit d’un grand pas pour cet organisme multidisciplinaire qui pourra accueillir jusqu’à 2300 nouveaux patients d’ici cet été afin de réduire les listes d’attente.

Deux ans après l’annonce du gouvernement d’un investissement de 110 millions de dollars afin de libérer l’accès aux soins primaires à 328 000 Ontariens, le nouveau plan d’action de l’Ontario pour les soins primaires commence à porter ses fruits.

En effet, les cliniques du CFGT présentes à Richmond Ouest et au centre commercial Fairview viennent tout juste d’agrandir leur équipe en apportant du renfort au personnel de santé qui couvre environ 5000 patients, auxquels vont s’ajouter 2300 nouveaux. « Les cliniques sont maintenant opérationnelles, les services y sont 100 % gratuits et nous acceptons tout le monde », affirme la PDG du CFGT Estelle Courty Duchon.

Des listes d’attente saturées

Le Centre a déjà commencé à rapatrier toutes les personnes en attente d’un médecin de famille depuis deux ans. « Éliminer cette liste d’attente, c’est la raison pour laquelle on a répondu à la proposition du gouvernement », poursuit Mme Courty Duchon.

Tous les postes ont déjà été pourvus et « quelqu’un qui nous contacte pour avoir un médecin sera pris en charge sous un mois environ », assure la directrice.

Estelle Courty Duchon préside et dirige le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) depuis deux ans. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Au total, il s’agit d’une équipe d’environ 50 personnes assignées dans une pluralité de domaines, y compris du personnel de soins infirmiers, une équipe de diabète, une diététiste ainsi que des intervenants en travail social qui accompagneront les communautés vulnérables dans lesquelles des problématiques de santé plus complexes sont anticipées.

« Si n’avons pas de soins primaires, nous n’avons pas de soins du tout », a rappelé la ministre des Soins de longue durée Kusendova-Bashta, présente à l’occasion de l’annonce.

Partenaires et représentants du gouvernement étaient présents à l’annonce du CFGT. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

« Il y a eu beaucoup de demandes pour les soins primaires, parce que la santé en français, c’est l’une des grosses priorités pour la communauté francophone », rejoint Mme Courty Duchon.

L’assistant parlementaire à la ministre des Affaires francophones, Stéphane Sarrazin, ainsi que la sous-ministre des Affaires francophones, Roda Muse, et le commissaire aux services en français, Carl Bouchard, ont également répondu présent.

« La santé en français, c’est l’une des grosses priorités pour la communauté francophone. »
— Estelle Courty Duchon, PDG du CFGT

La ministre Kusendova a également précisé que ces investissements historiques ont contribué à ce que l’Ontario atteigne les taux d’accès à un fournisseur de soins de santé réguliers les plus élevés au pays.

D’ici la mi-2026

La directrice du CFGT affirme que le Centre sollicitera du soutien supplémentaire au cours des prochains mois dans la mesure où l’objectif reste d’assurer une prise en charge complète des besoins de la communauté. « On a déjà fait de nouvelles demandes, parce que le gouvernement rouvre régulièrement des appels à proposition pour essayer de continuer à ajouter du financement », souligne-t-elle.

Toutefois, l’un des défis reste aussi à identifier les patients francophones dans les instances anglophones. À ce jour, tous les francophones résidents à Toronto ayant besoin de soins primaires en français sont invités à se rapprocher du Centre francophone.

Cinq faits historiques sur la contribution des communautés noires en Ontario

L’histoire franco-ontarienne est souvent racontée à travers un prisme relativement homogène, centré sur la colonisation française, la survivance linguistique et les luttes institutionnelles. Une lecture qui, au fil du temps, a laissé dans l’ombre une partie essentielle de ce récit : la contribution des personnes noires francophones à la construction du territoire ontarien.

Le gouvernement de l’Ontario a décidé d’y remédier en introduisant un apprentissage obligatoire sur l’histoire des Noirs dans les cours d’histoire. Dès la rentrée 2026, les élèves de 7e, 8e et 10e année apprendront des notions sur la contribution de la communauté noire à la fondation du Canada. Pour marquer le début du Mois de l’histoire des Noirs, nous avons décidé de vous livrer cinq faits historiques marquants.

L’historien Amadou Ba, qui est aussi professeur à l’Université Laurentienne se sent particulièrement interpellé par cette absence qui, selon lui, ne relève pas du hasard. « L’histoire des Noirs au Canada n’a pas été enseignée. On n’en parlait pas, elle ne faisait pas partie des récits transmis, et à force de ne pas être racontée, elle a fini par s’effacer de la mémoire collective », explique-t-il. Une amnésie collective qui touche aussi de plein fouet la francophonie ontarienne.

Une présence noire francophone antérieure à 1867

Contrairement à une idée largement répandue, la présence noire francophone en Ontario ne débute pas au XXe siècle. Elle précède même la création officielle de la province en 1867.

« Quand on parle de l’Ontario, il faut se rappeler qu’il n’existait pas encore comme tel. On parlait du Haut-Canada, qui faisait partie d’un espace beaucoup plus vaste hérité de la Nouvelle-France », rappelle Amadou Ba.

L'historien Amadou Ba. Gracieuseté
Spécialiste de l’histoire noire au Canada, l’historien Amadou Ba a notamment publié L’histoire oubliée. La contribution des esclaves et soldats noirs à l’édification du Canada (1604–1945). Photo : Gracieuseté

Dès la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, des hommes noirs sont présents dans les réseaux économiques francophones, notamment dans la traite des fourrures. Voyageurs, guides, interprètes ou manœuvres, ils circulent dans le corridor des Grands Lacs et de la rivière des Outaouais, autour de régions comme Nipissing, Mattawa, North Bay ou le lac Supérieur.

« Certains étaient libres, d’autres réduits en esclavage, mais ils travaillaient avec des francophones, parlaient français et faisaient partie de ces réseaux », souligne l’historien.

Cette réalité demeure pourtant largement méconnue, y compris dans le Nord de l’Ontario. « Beaucoup de gens ne savent pas qu’il y avait des Noirs dans ces régions dès cette époque-là », constate-t-il.

Mathieu Da Costa, une figure fondatrice à nuancer

Toute réflexion sur la présence noire francophone ancienne au Canada fait inévitablement émerger la figure de Mathieu Da Costa. Interprète noir ayant accompagné les premiers explorateurs français au début du XVIIe siècle, il est souvent présenté comme la première personne noire connue en Amérique du Nord française.

Amadou Ba insiste toutefois sur la nécessité d’apporter une nuance essentielle.

« Mathieu Da Costa est une figure extrêmement importante, mais il n’a pas vécu en Ontario », précise-t-il.

Les sources historiques situent sa présence en Acadie, à Port-Royal, lors des voyages de Samuel de Champlain entre 1604 et 1605. « Il était interprète auprès des Mi’kmaq, ce qui montre qu’il avait déjà voyagé dans les Amériques et appris leur langue. Ce n’était probablement pas son premier voyage. »

Si Da Costa ne peut être considéré comme un Franco-Ontarien noir, il demeure néanmoins une figure fondatrice, rappelle l’historien.

« Il est une figure importante, parce qu’il montre que la présence noire francophone existe dès le début de la colonie », rappelle Amadou Ba. Une reconnaissance qui dépasse le milieu universitaire, souligne-t-il, rappelant que Postes Canada lui a rendu hommage et qu’une école élémentaire de Toronto porte aujourd’hui son nom.

L’esclavage noir dans des foyers francophones

Autre réalité longtemps occultée : l’existence de l’esclavage au Canada, y compris en Ontario, et au sein même de foyers francophones.

« L’esclavage a existé jusqu’en 1833. Avant l’arrivée massive des loyalistes anglophones, le Haut-Canada comptait une forte présence francophone », explique Amadou Ba.

Des personnes noires réduites en esclavage travaillent alors comme domestiques, jardiniers ou ouvriers au service de familles francophones. Elles apparaissent dans les registres paroissiaux, souvent baptisées en français, mais rarement nommées de façon détaillée.

« La personne noire a été reléguée au rang de bien meuble. On ne jugeait même pas utile d’inscrire son prénom dans les archives », souligne l’historien.

Cette absence de noms contribue aujourd’hui à l’effacement de cette histoire. « Les personnes noires étaient bien présentes, mais leurs noms n’ont pas été conservés dans les archives. À force de ne pas être enregistrée ni enseignée, leur histoire s’est perdue », résume le professeur Ba, rappelant les travaux de l’historien Marcel Trudel sur l’esclavage en Nouvelle-France, dont les réalités s’étendent aussi au territoire ontarien.

Défendre un territoire qui exclut : la guerre de 1812

La contribution des Franco-Ontariens noirs s’inscrit également dans l’histoire militaire du pays. L’exemple le plus marquant demeure celui de Richard Pierpoint. Né en Afrique de l’Ouest, capturé et réduit en esclavage, il arrive en Amérique du Nord avant de s’établir dans le Haut-Canada avec les loyalistes.

Lorsque éclate la guerre de 1812, Pierpoint est déjà âgé de 68 ans. Trop vieux pour combattre en première ligne, il joue néanmoins un rôle déterminant en proposant la création d’une unité militaire composée de soldats noirs. « C’est lui qui est à l’origine du Coloured Corps, qui comptera entre 400 et 500 jeunes Noirs ayant participé à la défense du Canada contre l’invasion américaine », explique Amadou Ba.

Une illustration de Richard Pierpoint, Loyaliste noir. Image : llustration par Malcolm Jones, 1.E.2.4-CGR2
© Musée canadien de la guerre

Pour l’historien, cette période marque un moment rare d’alliance. « Pour la première fois, des Noirs, des Autochtones, des Français et des Anglais vont s’unir pour défendre le territoire. » Pourtant, la reconnaissance tarde à venir. Richard Pierpoint meurt en 1837, à un âge avancé, sans jamais avoir pu obtenir l’autorisation de retourner sur sa terre natale du Sénégal.

Invisibilisation et anglicisation des communautés noires francophones

Au fil du XIXe siècle, plusieurs facteurs contribuent à l’effacement progressif de cette histoire noire francophone. L’anglicisation généralisée du Canada, la domination britannique et l’arrivée massive de populations anglophones marginalisent les communautés francophones, y compris noires.

« Les francophones eux-mêmes avaient leur propre lutte à mener pour la survie de leur langue. Ça laissait très peu de place aux Noirs », analyse Amadou Ba.

À cela s’ajoute le fait que de nombreuses migrations noires ultérieures proviennent de milieux déjà anglophones, notamment des États-Unis ou des Caraïbes. « Le surnombre anglophone a rendu la francophonie noire encore moins visible », poursuit-il.

Résultat : peu de lieux patrimoniaux, peu de commémorations et une mémoire fragmentée. « L’histoire des Noirs au Canada n’a pas été enseignée. On n’en parlait pas, et à force de ne pas en parler, elle s’est effacée », déplore l’historien.

Une des rare plaques commémoratives d’un personnage historique national noir, Richard Pierpoint, en Ontario, Photo : Parcs Canada

Compléter le récit

Pour Amadou Ba, reconnaître l’histoire des Franco-Ontariens noirs ne signifie pas réécrire le passé, mais le compléter. « Enseigner cette histoire, ce n’est pas diviser, c’est permettre de construire une société plus cohérente et plus consciente de son héritage », affirme-t-il.

À l’heure où l’Ontario commence timidement à intégrer l’histoire des Noirs dans son curriculum scolaire, le défi demeure immense. Mais une chose est certaine : la francophonie ontarienne ne peut pleinement se comprendre sans reconnaître celles et ceux qui, longtemps, ont contribué à la bâtir dans l’ombre.

Mouvement souverainiste en Alberta : quelle place pour la francophonie?

La francophonie albertaine célèbre cette année son 100e anniversaire, un fait reconnu officiellement par le gouvernement provincial. Pour l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), ce centenaire est « une belle porte d’entrée pour la francophonie » dans la province. Mais l’année 2026 s’annonce aussi chargée avec le début d’une montée du mouvement souverainiste dans la province.

Le thème de l’indépendance dans l’Ouest s’est notamment imposé la semaine dernière lors d’une rencontre des premiers ministres des provinces et territoires avec Mark Carney.

Doug Ford a jugé « inacceptable et immorale » la démarche des séparatistes albertains qui, selon un article du Financial Times, auraient rencontré des responsables de l’administration Trump pour obtenir des appuis et discuter d’un prêt de 500 milliards visant à maintenir à flot une future Alberta indépendante.

Mais où se situent les francophones de cette province de l’Ouest dans ce mouvement? L’ACFA, qui représente un peu plus de 80 000 Franco-Albertains, ne souhaite pas commenter le dossier, soutenant que c’est prématuré et qu’il est difficile de connaître l’étendue de l’implication des francophones.

Toutefois, l’ACFA dit être au courant de francophones qui sont impliqués dans le mouvement Forever Canadian (Canadien pour toujours), c’est ce qu’affirme sa présidente Nathalie Lachance. Le groupe fait circuler une pétition pour faire contrepoids au mouvement souverainiste et a récolté plus de 400 000 signatures, selon Élections Alberta.

Pour le politologue Frédéric Boily, il ne faut pas nécessairement écarter la portée de l’année 2026 pour la francophonie albertaine en lien avec ce mouvement indépendantiste, toujours embryonnaire, rappelle-t-il.

« Ce symbolisme est important, surtout avec un mouvement séparatiste qui a tendance à oublier les francophones et les Autochtones. Le discours séparatiste s’accompagne souvent d’un antibilinguisme, bien qu’il soit moins fort aujourd’hui que dans les années 1980 », analyse le professeur du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta.

À l’heure actuelle, les leaders du mouvement séparatiste albertain collectent des signatures de résidents réclamant la séparation de l’Alberta du reste du Canada. Selon les règlements d’Élections Alberta, si la pétition obtient 178 000 signatures, un référendum sur la l’indépendance pourrait avoir lieu dès 2026.

L’analyste politique croit que les francophones de l’Alberta sont « inconfortables » face au mouvement souverainiste, tout comme les Autochtones.

« Une coupure du lien fédéral poserait trop de défis et de dangers pour l’avenir de la francophonie albertaine. Pour les Franco-Albertains, on ne peut pas appuyer les efforts de séparation », observe M. Boily.

Un centenaire marqué par le « symbolisme »

Pour souligner le 100e anniversaire de la francophonie albertaine, la l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) « a obtenu de la part de la province que 2026 soit l’année de la francophonie en Alberta », souligne la présidente Nathalie Lachance.

« C’est énorme, ça. C’est une belle porte d’entrée pour la francophonie, mentionne-t-elle. Je dirais qu’on va célébrer le centenaire de bien des façons. Donc, il y aura tout au long de l’année des activités et des actions. »

Plutôt que d’identifier un projet phare pour souligner cet anniversaire, l’ACFA mise sur l’avancement des services en français dans plusieurs secteurs : la santé, l’éducation et la justice, par exemple.

Pour le politologue de l’Université de l’Alberta, Frédéric Boily, la francophonie albertaine mise sur de bonnes relations avec le gouvernement de Danielle Smith.

« On n’est pas dans une optique de confrontation perpétuelle », analyse-t-il.

« Je pense que la francophonie albertaine pousse beaucoup sur les initiatives en matière de santé, évoque le professeur universitaire. L’année du centenaire est importante sur le plan de la légitimité symbolique, pour rappeler que les francophones ne sont pas un accident de l’histoire politique albertaine », conclut-il.

Les militants conservateurs s’opposent au financement de Radio-Canada

CALGARY – Réunis en congrès national en Alberta, les délégués du Parti conservateur du Canada se sont largement prononcés, ce samedi, pour la privatisation du diffuseur public lors du vote d’une motion en ce sens. Plus tôt, dans la nuit de vendredi à samedi, le chef Pierre Poilievre a passé haut la main l’épreuve du vote de confiance de son parti, récoltant 87,4 % des voix.

La motion, qui a récolté 77,07 % de voix en sa faveur, était celle-ci : Assurer un paysage médiatique de marché libre, réduire la régulation, transférer les activités de CBC-SRC à une agence non-gouvernementale.

« Durant une bonne partie de l’histoire de notre pays, les diffuseurs se sont heurtés à des obstacles à l’entrée sur le marché. Ce problème n’existe plus : il est maintenant moins dispendieux de distribuer du contenu. Il y a des possibilités sans précédent de renforcer notre identité culturelle sans payer des impôts au gouvernement », a plaidé le porteur de la résolution.

Cette position n’a toutefois pas fait l’unanimité, certaines voix appelant à ne pas mettre dans le même panier CBC et son pendant francophone Radio-Canada.

« Nous ne devons pas détruire CBC/Radio-Canada, car c’est un canal de communication vers le Québec et le Nouveau-Brunswick et, si nous voulons un Canada bleu d’une côte à l’autre, nous ne pouvons pas nier aux francophones leur droit à accéder à l’actualité en langue française. Ça va détruire nos appuis au Québec et au Nouveau-Brunswick », a contre argumenté un délégué partisan du non.

Gérard Deltell, député québécois de Louis-Saint-Laurent-Akiawenhrahk, a enfoncé le clou : « Il y a tout un monde de différence entre les deux : Radio-Canada donne accès à des contenus en français pour 9 millions de francophones. Gardez cela à l’esprit », a-t-il lancé avant le vote, rappelant que le chef du parti Pierre Poilievre (ainsi que le dernier premier ministre conservateur au pouvoir Stephen Harper) reconnaissait lui-même l’importance de cette mission de service public en français.

Quelques instants plus tôt, Rachael Thomas, une députée albertaine et farouche opposante au diffuseur public, invitait les délégués conservateurs à voter en faveur de cette résolution.

Lors de la dernière campagne électorale, le chef conservateur Pierre Poilievre s’était en effet engagé à « préserver les services de Radio-Canada partout au pays  », soulignant que, contrairement à la CBC, la section francophone du média public n’a pas de concurrents dans le secteur privé et qu’il est donc essentiel de la maintenir.

Cet argument n’a pas suffi à faire basculer le vote lors de ce congrès dans l’Ouest canadien où une partie des délégués du Québec et des provinces atlantiques n’ont pas fait le déplacement. Il faut toutefois préciser que ce type de motion n’est pas contraignante : le parti n’est pas obligé de suivre les politiques adoptées.

Expulsions des criminels non citoyens, thérapies de genre, nomination des juges, pensions privées… au total, plus de soixante motions ont été soumises au vote ce samedi, dernière journée du congrès.

Un solide appui du parti pour Pierre Poilievre

Plus tôt, dans la nuit de vendredi à samedi, le chef du parti Pierre Poilievre a largement remporté le vote de confiance par 87,4 % des suffrages exprimés. Ce vote, dont l’issue ne faisait guère de surprise, était essentiel au leader de l’opposition officielle pour réaffirmer sa légitimité à la tête des conservateurs, après sa défaite aux dernières élections fédérales.

M. Poilievre est ainsi le premier chef conservateur depuis Stephen Harper à qui le parti offre une seconde chance. Dans son discours devant des délégués, il s’en est pris au bilan du premier ministre libéral Mark Carney : « Après dix ans de gouvernement libéral, le Canada est plus cher, plus criminogène, plus dangereux, plus dépendant et plus divisé que jamais. »

« Le peuple a besoin que le gouvernement le laisse tranquille, qu’il ne l’entrave pas et qu’il soit à ses côtés, a-t-il clamé avant de promettre : Lorsque je deviendrai premier ministre, ces formidables Canadiens n’auront plus besoin de ma permission pour réussir. »

Article écrit avec les informations de Pascal Vachon.

Défendre l’identité canadienne par les arts : la vision d’Annabelle Cloutier du CNA

À la tête du Centre national des arts, Annabelle Cloutier, 52 ans, amorce son mandat à un moment charnière pour le Canada. Entre enjeux d’identité, de culture et de souveraineté, elle défend une vision où les arts deviennent un espace essentiel pour l’affirmation des récits canadiens.

«  Lors de votre nomination, Guy Pratte, président du CA du CNA, a déclaré que vous êtes « le genre de leader artistique dont le Canada a besoin en ce moment », à « un moment critique de l’histoire du pays ». Qu’en pensez-vous?

Je considère que les questions d’identités culturelles, de voix artistiques, de récits de qui nous sommes et de qui nous voulons être, ici au pays comme Canadiens, sont extrêmement importantes et viscérales.
C’est toujours le cas. Toute culture, toute civilisation, tout État ou toute nation se comprend, s’explique et se définit souvent à travers les arts et la culture. C’est une expression de qui nous sommes et des grands enjeux du moment.

Nous sommes, je crois, à un moment véritablement global où les questions d’identité, de culture et de souveraineté sont à l’avant-plan. Et des institutions comme le Centre national des arts ont un rôle important à jouer pour soutenir et mettre de l’avant les artistes et les récits, à un moment où nous avons besoin de les entendre, de les voir, de les écouter et de nous affirmer dans ces identités-là.

« J’arrive à un moment de ma vie et de ma carrière où tout converge », affirme Annabelle Cloutier. Photo : Amine Harmach / ONFR

Vous avez une formation d’avocate, mais votre parcours conjugue sensibilité artistique et expertise de gestionnaire. À quel moment vous êtes-vous dit que la culture était le fil conducteur de votre parcours?

La culture et les arts ont toujours fait partie de ma vie. Je viens d’une famille où la musique et les arts occupaient une place très importante. Il y avait aussi un esprit entrepreneurial, très ancré dans la communauté, au service de celle-ci.

Grâce à mes parents et aux membres de ma famille, j’ai appris très jeune le piano, puis le violon, que j’ai pratiqués de façon très sérieuse pendant plus d’une dizaine d’années. L’appréciation des arts et de leur importance a donc toujours été présente.

Par la suite, j’ai emprunté une trajectoire en droit. Il y avait en moi une dimension très pragmatique, mais qui s’est toujours combinée à cette sensibilité artistique. Aujourd’hui, j’arrive à faire cohabiter pleinement ces deux dimensions : le leadership, la gestion d’équipes et de projets, ainsi que la compréhension des enjeux de gouvernance, notamment budgétaires et politiques.

Allier cela à une profonde compréhension de l’importance des arts constitue, pour moi, un mariage parfait. J’arrive à un moment de ma vie et de ma carrière où tout converge, et je me sens prête à diriger l’institution.

Vous êtes au sein de l’équipe du CNA depuis 2018. Comment peut-on le décrire, vu de l’intérieur?

Le fait qu’au Centre national des arts, nous ayons un orchestre en résidence, trois programmations en théâtre (français, autochtone et anglais), une programmation en danse, une en musique populaire, ainsi que des activités gratuites dans nos espaces publics, est assez unique.

Très peu d’institutions réunissent sous un même toit un tel foisonnement artistique. Le CNA est non seulement un lieu de diffusion, mais aussi un lieu de création : on y conçoit des spectacles, on y monte des productions.

Annabelle Cloutier reconnaît la nécessité de mieux faire connaître la valeur du Centre national des arts, notamment auprès des publics francophones. Photo : Amine Harmach / ONFR

Nous avons le mandat de développer les arts de la scène canadiens. Nous jouons donc un rôle d’investisseur, de producteur, de coproducteur et de présentateur, ce qui est tout à fait unique. C’est ce qui crée la richesse que l’on voit sur nos scènes.

Du matin au soir, nos espaces publics sont animés, tout comme les coulisses. Présentement, de nombreux artistes répètent, beaucoup de choses se passent dans nos murs. Je crois que les Canadiens peuvent en être fiers.

Pensez-vous que le public, ou les publics potentiels, partagent cette vision du CNA?

Nous avons certainement un effort à faire pour mieux communiquer, présenter et démontrer cette valeur, notamment auprès des publics francophones et de ceux qui se trouvent à l’extérieur de la région de la capitale nationale.

Il est vrai que les premiers à bénéficier de ce que nous présentons sont les publics d’Ottawa-Gatineau. Mais nous développons aussi de nombreux partenariats et collaborations avec des milieux de théâtre, de danse, de chanson et de musique partout au pays, notamment au sein des communautés francophones.

Nous avons plusieurs programmes, dont des résidences culturelles avec les théâtres francophones hors Québec, que nous réunissons chaque année afin d’appuyer de plus petites compagnies, leur offrir des outils, des moyens et des pistes de réflexion. Nous travaillons donc aussi en amont avec les acteurs du milieu.

Annabelle Cloutier dit avoir sillonné le pays et rencontré des personnes qui incarnent la richesse et la diversité de l’identité canadienne. Photo : Amine Harmach / ONFR

Le public est-il toujours pleinement conscient de tout ce que nous faisons? Je dirais qu’il existe encore un certain écart, et que c’est un travail constant auquel nous devons continuellement nous consacrer.

Quelles seront vos priorités, maintenant que vous entamez votre mandat?

Je suis au tout début de mon mandat, et c’est une étape essentielle pour être à l’écoute. C’est un moment pour aller à la rencontre de nos publics, de nos auditoires, des gens qui traversent nos corridors.

Prendre le temps de dialoguer, de les entendre sur leur perception de ce qu’ils aiment ou de ce qu’ils aiment moins lorsqu’ils viennent au Centre national des arts. Aller à la rencontre des leaders artistiques d’autres institutions à travers le pays avec lesquelles nous collaborons. Il s’agit aussi d’identifier les lieux d’arrimage existants et de trouver de nouvelles pistes de collaboration. Car nous sommes à un moment viscéral où la collaboration est essentielle pour être sur la ligne de front de la défense de nos identités, de nos arts et de notre culture.

Je crois profondément à cette idée d’écoute, d’engagement et d’action. Ensuite, il faut passer à l’action. D’ailleurs, nous amorçons déjà le travail sur le prochain plan stratégique afin de définir une trajectoire claire pour les mois à venir.

Y a-t-il une ligne directrice qui se dessine déjà pour ce plan d’action?

Il y a d’abord un aspect fondamental, ancré dans le mandat du Centre national des arts depuis plus de 55 ans : nous avons à la fois un mandat local, ici, pour le public de la région de la capitale nationale, et un mandat national.

La question est donc d’arriver à conjuguer ces deux dimensions, de créer une forme de complémentarité, même si, parfois, cela peut nous étirer dans nos actions.

Comment s’assurer de jouer un rôle national à la fois pertinent et visible, tout en étant localement ancré dans une logique de proximité, où les communautés francophones des deux côtés de la rivière, Ottawa-Gatineau, et au-delà, s’approprient cet espace?

Il s’agit de faire en sorte que ces communautés voient sur scène des spectacles et des performances qui les intéressent, les intriguent, les interpellent. Pour moi, cette trajectoire, qui vise à allier le local et le national, est essentielle à un moment où nous avons réellement besoin d’être présents pour mettre en scène les voix artistiques les plus fortes au pays.

De 2009 à 2018, Annabelle Cloutier a assuré les fonctions de directrice des Communications et des Affaires publiques au Bureau du secrétaire du gouverneur général. Photo : Amine Harmach / ONFR

Vous avez aussi été membre de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF). Que vous a apporté cette expérience dans votre compréhension des réalités des communautés francophones en situation minoritaire?

Lorsque je suis arrivée dans la région d’Ottawa, j’ai d’abord travaillé avec l’Alliance des radios communautaires du Canada, ce qui m’a permis de découvrir le réseau des radios et les enjeux de communication en francophonie canadienne.

Par la suite, à la suite d’un projet réalisé pour les Jeux de la francophonie en 2001 (le projet Radio Jeunesse), je me suis jointe à la Fédération culturelle canadienne-française à titre de responsable du développement culturel. On m’a alors mandatée pour visiter une quarantaine de communautés francophones et acadiennes partout au pays, du nord au sud, d’est en ouest.

Cette expérience m’a permis de mieux comprendre le terrain et la réalité des communautés francophones en contexte linguistique minoritaire. J’ai vu des communautés qui disposent parfois de très peu de lieux de diffusion, mais où des bénévoles se mobilisent pour organiser des activités culturelles, présenter des artistes et créer un véritable milieu de vie, où la langue est intimement liée à la culture.

En quoi ces rencontres ont-elles façonné votre regard sur l’identité canadienne?

Moi qui viens du Québec, j’ai découvert la richesse, l’étendue et l’engagement de personnes qui se battent depuis très longtemps pour que leur langue et leur culture continuent d’être transmises et vécues. Cette réalité m’a profondément marquée.

Ces années à la FCCF ont été fondatrices. Par la suite, j’ai vécu en Afrique de l’Ouest pendant trois ans, avant de prendre la direction de l’Alliance des producteurs francophones du Canada, à titre de première directrice générale.

Après avoir travaillé dans le milieu de la radio et du développement culturel, j’ai œuvré auprès des producteurs en télévision et en cinéma, avant de me retrouver à Rideau Hall. Tout au long de ma carrière, j’ai sillonné le pays et rencontré des gens qui incarnent une incroyable richesse de ce que nous sommes comme Canadiens.

Je définis cette identité de manière très large et très ouverte : comme une terre d’accueil, marquée par la présence des peuples autochtones et inuits, mais aussi par des populations immigrantes qui ont choisi de faire du Canada leur pays. C’est cette diversité qui, à mon sens, enrichit profondément notre expérience collective. »


2001 : Responsable du développement culturel pour la Fédération culturelle canadienne-française

2008 : Directrice générale à l’Alliance des producteurs francophones du Canada

2012 : Directrice des Communications et des Affaires publiques au Bureau du secrétaire du gouverneur général

2018 : Directrice générale de la Stratégie et des Communications au CNA

Glace, ICE et le Traité de Jay : un droit plus ancien que la frontière

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

[CHRONIQUE]

L’hiver enseigne une loi simple. Ne fais pas confiance à une surface que tu n’as pas construite. Tu testes la glace, tu écoutes, tu avances prudemment, non pas parce que tu acceptes le danger comme une normalité, mais parce que tu veux rentrer chez toi.

En ce moment, on dit à plusieurs Premières Nations d’adopter la même prudence à l’approche de la frontière entre le Canada et les États-Unis. L’Assemblée des Premières Nations a demandé aux Autochtones d’être vigilants lorsqu’ils traversent vers les États-Unis, dans un contexte d’opérations de contrôle de l’immigration menées par l’agence américaine Immigration and Customs Enforcement (ICE) et d’autres organismes fédéraux. La cheffe nationale de l’APN, Cindy Woodhouse Nepinak, a confirmé qu’au moins une personne des Premières Nations avait récemment vécu une mauvaise expérience avec l’ICE et était ensuite revenue au Canada, et le chef régional de l’Ontario, Abram Benedict, a indiqué que le certificat de statut d’Indien de cette personne avait été saisi.

Pour la plupart des Canadiens, une frontière, c’est de la paperasse et de la patience. Pour les Premières Nations, c’est autre chose. C’est une coupure imposée à travers nos territoires, nos réseaux de parenté, nos économies et nos cérémonies.

C’est pourquoi le Traité de Jay compte encore. Signé en 1794 entre les États-Unis et la Grande Bretagne, il visait à stabiliser un monde tendu après la Révolution, avec ses conflits commerciaux, ses forts et ses revendications concurrentes. Mais au cœur de cette diplomatie se trouve une phrase que les peuples autochtones portent depuis des générations. L’article III reconnaissait que les « Indiens demeurant de part et d’autre » de la ligne frontalière seraient libres de « passer et repasser » la frontière. En clair, la frontière était nouvelle, nos nations ne l’étaient pas.

L’histoire compte ici parce qu’elle révèle le problème plus profond. Le Traité de Jay n’a pas créé la mobilité autochtone. Il a reconnu une réalité qui existait déjà, celle de peuples qui étaient, et demeurent, des nations transfrontalières.

Aujourd’hui, cette reconnaissance est inégale. Les États-Unis continuent de reconnaître les « Autochtones nés au Canada » pour l’entrée, y compris pour y vivre et y travailler, et les politiques américaines appliquent souvent un seuil controversé d’« au moins 50 % » selon une logique de quantum de sang. Le Canada, pendant ce temps, affirme que le Traité de Jay n’a pas force de loi au pays, en se fondant sur une décision de la Cour suprême datant de 1956.

Et pourtant, depuis des décennies, des Autochtones vivent la réalité concrète de cette reconnaissance américaine. Des membres de ma propre famille sont partis vers le sud. Ils ont traversé légalement, ils ont bâti leur vie et ils ont obtenu un numéro de sécurité sociale, non pas comme des « immigrants » qui s’introduiraient dans un pays étranger, mais comme des Autochtones se déplaçant dans la géographie que nos ancêtres connaissaient déjà.

Je connais aussi de nombreux vétérans des Premières Nations qui sont partis vers le sud et ont servi dans l’armée américaine, y compris lors de déploiements sous le drapeau des États-Unis en Afghanistan et en Irak. Cela peut surprendre certains lecteurs, mais cela ne devrait pas. Les nations autochtones ont toujours eu des guerriers, et la frontière n’a jamais contenu entièrement nos relations, nos responsabilités ou nos choix.

C’est pourquoi le moment actuel paraît si dangereux. En janvier, deux citoyens américains, Renée Good et Alex Pretti, ont été tués à Minneapolis lors d’incidents distincts liés à des opérations fédérales d’application des lois en matière d’immigration, ce qui a déclenché des manifestations et une forte attention publique sur la conduite de ces agences et sur la question de la reddition de comptes.

Quand des citoyens peuvent être arrêtés, mal identifiés ou blessés au nom de l’application de la loi, les Autochtones, qui sont souvent profilés, interrogés et contestés au sujet de leurs pièces d’identité, ressentent immédiatement le risque. Le grand chef mohawk Cody Diabo a décrit la crainte avec une franchise directe. Une peau et des cheveux plus foncés peuvent rendre les Autochtones plus facilement repérables et plus facilement soupçonnés.

On répète donc un message très pratique. Ayez vos documents. Connaissez vos droits. Voyagez prudemment. Plusieurs Premières Nations et l’Alliance du Traité de Jay recommandent de s’assurer d’avoir ce qu’il faut, une carte de statut, une pièce d’identité avec photo, un acte de naissance complet et, au besoin, des lettres de soutien.

Mais il faut dire clairement ce que cela signifie quand une cheffe nationale de l’APN doit publier une mise en garde pour que des Autochtones puissent simplement traverser une frontière qui a divisé nos nations sans consentement. Ce n’est pas seulement un problème administratif. C’est un problème moral.

La glace est dangereuse quand elle bouge sous tes pieds. Un climat politique l’est tout autant quand les droits autochtones sont traités comme une échappatoire, et l’identité autochtone comme un motif de suspicion. La promesse du Traité de Jay était simple. Notre mobilité n’est pas une faveur. C’est une
reconnaissance de qui nous sommes, et de l’endroit auquel nous avons toujours appartenu. La route sous ICE est dangereuse. Parfois, c’est la seule route vers la maison. Nos liens à la terre sont plus vieux que la frontière. Si l’on cède, on perd tout.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

L’exigence d’expérience canadienne est révolue, mais les craintes persistent

TORONTO – Depuis le 1er janvier en Ontario, la plupart des annonces d’emploi ne peuvent plus afficher le prérequis d’expérience de travail canadienne. Conformément à la Loi sur les normes d’emploi (LNE), ces changements visent à éliminer les barrières d’intégration des nouveaux arrivants, parmi lesquels nombre de francophones formés à l’étranger qui espèrent un modèle de recrutement plus équitable.

Il y a trois ans, Marco Ilunga Kabamba Betu, titulaire d’une maîtrise en sciences sociales, est arrivé en Ontario. Il a enchaîné quelques emplois au salaire minimum en espérant démarrer une carrière dans la sphère politique. L’homme originaire de la République démocratique du Congo a ensuite postulé à des centaines d’offres d’emploi spécialisé. « J’ai décroché quatre entrevues en un an », déplore-t-il.

Au sein de la maison de transition où il réside avec d’autres nouveaux arrivants francophones à Toronto, le sentiment d’impuissance grandit et l’espoir s’amenuise au fil des démarches infructueuses.

Marco Ilunga Kabamba Betu affirme que même une fois les défis du choc culturel et de la langue anglaise franchis, le manque d’expérience canadienne reste un frein. Gracieuseté

« J’étais choqué que certains n’aient jamais travaillé depuis leur arrivée. J’ai moi-même vu comment les offres d’emplois dégringolaient à cause de la condition d’expérience canadienne et les autres francophones me disaient : pour nous, c’est mort », raconte le chercheur d’emploi.

« D’autres francophones me disaient : « Pour nous, c’est mort. »

Pour Marco Ilunga Kabamba Betu, après s’être senti marginalisé vis-à-vis du critère d’expérience canadienne présent dans la plupart des opportunités d’emploi, il compte mettre toutes les chances de son côté : « Il y avait des offres auxquelles je ne touchais plus, mais maintenant que cette condition est retirée, je vais m’étendre à plusieurs secteurs. »

Un pas dans la bonne direction

Au Centre communautaire francophone de Sarnia (CCF), Boubacar Balde qui travaille comme conseiller en employabilité pense que « le fait que le gouvernement donne autant de poids aux demandeurs d’emploi, ça fait une grande différence. »

Néanmoins, il avoue que le pouvoir des centres d’emploi reste limité dans une démarche partenariale dans laquelle il demeure impossible de s’assurer que les entreprises appliquent les règles.

Avant de travailler comme conseiller en employabilité au Centre communautaire francophone de Sarnia, Boubacar Balde s’est lui-même heurté aux obstacles du requis d’expérience canadienne. Gracieuseté

« Pour savoir si réellement ces entreprises respectent la loi, ça ne relève pas de nous », note M. Balde. À l’heure actuelle, le ministère du Travail prévoit quand même un dispositif de dépôt de réclamation si des candidats estiment qu’une entreprise a enfreint la Loi.

Au CCF, Boubacar Balde, qui a, lui aussi postulé à des centaines d’offres depuis la France avant de poser ses valises dans le Sud de l’Ontario, espère que le gouvernement ira plus loin afin d’assurer le respect de la loi.

« Nous accueillons très bien cette nouvelle. Maintenant, tout dépend de l’éthique des entreprises à respecter cette loi-là », conclut-il.

Qu’entend-on par expérience canadienne?

Bien que les lacunes de la nouvelle règle n’échappent pas aux yeux des employeurs, elle les sensibilise aux nouvelles réalités du marché. « Il n’y a pas de législation parfaite. Maintenant, ce n’est pas une raison pour ne pas légiférer », avance Dominic Mailloux qui préside la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA).

Ce dernier explique que les critères d’expérience canadienne sont « des critères qui, à mon avis, sont hérités d’une autre époque et qui étaient des critères discriminatoires », juge-t-il en ajoutant que cette loi encourage les employeurs à sortir de leur zone de confort.

Dominic Mailloux représente la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) depuis cinq ans. Gracieuseté

Lorsqu’il s’agit de définir l’expérience canadienne, les opportunités de bénévolat sur lesquelles nombre de nouveaux arrivants misent afin de décrocher leur première expérience restent une voie incertaine.

M. Mailloux impliqué lui-même dans des organisations bénévoles depuis une trentaine d’années affirme que ces opportunités aident à améliorer ses compétences plutôt qu’à l’entrée sur le marché du travail. D’après le président, il s’agit d’une différence en termes de formation : « L’expérience par un professionnel, c’est quelque chose à laquelle je vais m’intéresser davantage parce que je sais ce que c’est. »

Pourtant, dans l’Est, au Centre de services à l’emploi de Prescott-Russell (CSEPR), la conseillère en emploi Farah Louis affirme que « l’avantage de faire du bénévolat pour ces nouveaux travailleurs, c’est qu’ils s’exposent à la culture canadienne. »

Pour Farah Louis à Prescott-Russell, les ateliers régulièrement organisés afin de « permettre aux employeurs de se rendre compte qu’ils risquent de passer à côté de très bons employés », dit-elle, contribuent également à mettre en lumière la contribution des travailleurs formés à l’étranger qui sont à même d’enrichir les entreprises canadiennes.

Une Loi pour donner la chance à tous

Pour Gilles LeVasseur qui enseigne la gestion et le droit à l’Université d’Ottawa, la nouvelle règle découle d’une initiative légitime. En effet, selon lui, « ne pas avoir d’expérience canadienne, ne veut pas dire que l’on n’a pas d’expérience du tout. »

L’ajout au texte de loi stipulant : « Nul employeur qui fait une annonce publique de poste n’inclut des exigences relatives à l’expérience canadienne dans celle-ci ou dans n’importe quel formulaire de candidature », s’applique désormais aux entreprises comptant au moins 25 employés.

Le professeur précise toutefois que les professions règlementées qui nécessitent un encadrement légal spécifique en Ontario sont exclues.

Enseignant en droit depuis 40 ans à l’Université d’Ottawa, Gilles Levasseur considère qu’une telle loi tardait à se concrétiser. Gracieuseté.

« On ne peut pas faire ce genre de sélection qui amène une discrimination sur les compétences des candidats », soutient-il.

Il espère que la nouvelle règle en vigueur simplifie l’intégration des nouveaux travailleurs dans l’écosystème ontarien.

Congrès : Doug Ford confiant, mais en quête d’un nouvel élan

ETOBICOKE – Le congrès du Parti progressiste-conservateur (PPC), qui débute ce 30 janvier et se poursuit jusqu’au 1er février, ne revêt pas de grands enjeux pour Doug Ford, confiant, en position de force avec un gouvernement majoritaire. Toutefois, selon l’avis d’un expert et d’un partisan conservateur, avec un message de « capitaine Canada » qui s’essouffle, un bilan négatif dans les secteurs de l’automobile et de l’immobilier, celui-ci doit trouver un nouvel élan et un message rassembleur.

Au programme du congrès au Toronto Congress Centre d’Etobicoke, dont l’accès a été interdit aux médias – fait peu commun – des allocutions de Doug Ford et des causeries avec des membres du caucus sont prévues, de même que des conférences et du réseautage.

Pas de gros enjeux à prévoir selon les politologues, avec un Doug Ford en bonne posture, près d’un an après sa réélection. Un gouvernement majoritaire et pas de figure d’opposition qui s’impose, notamment avec la déconfiture et la démission de Bonnie Crombie à la tête du Parti libéral.

Il reste stable dans les sondages, le Parti progressiste-conservateur dominant avec 48 % des intentions de vote chez les électeurs décidés à l’échelle de la province. Côté approbation personnelle, 40 % des Ontariens ont une opinion positive du premier ministre ontarien (Abacus, janvier 2026).

« Ça risque d’être le non-événement de l’année, conjecture la politologue Geneviève Tellier. En fait, je serais très surprise qu’il y ait des surprises. »

« Même si M. Ford est moins populaire qu’il l’a été il y a un an, je n’ai pas eu vent de grognement ou de remise en question au sein de son caucus ou de son cabinet. Donc ce n’est pas quelque chose auquel il a à faire face pour ce rassemblement », dit, lui, le politologue Luc Turgeon.

L’avocat et partisan conservateur Joël Etienne n’anticipe ni surprise ni potentiel remaniement ministériel.

« L’avantage de Doug Ford, c’est qu’il est assis sur une très belle majorité, explique-t-il. Il est encore assez populaire dans les sondages publics, donc il n’a pas vraiment besoin de s’inquiéter. »

Celui-ci revient sur une levée de fonds « spectaculaire » du PPC en novembre 2025 à Etobicoke, leur événement de fin d’année : « C’est une fortune qu’ils ont amassée en une soirée, près de 12 millions de dollars. Il n’y avait pas un gros cabinet d’avocats, cabinet comptable, ou une grande entreprise qui n’y avait pas ses représentants. Je crois qu’après cette soirée-là, la vraie convention est devenue accessoire. »

Une division conservatrice fédérale et provinciale marquée

« C’est tout de même intéressant que ce congrès se passe en même temps que la convention du Parti conservateur fédéral. On essaye habituellement de faire en sorte d’éviter de tels chevauchements. Je pense que ça en dit long sur la relation entre le grand frère fédéral et la province de l’Ontario », constate le politologue Luc Turgeon.

Le partisan conservateur francophone Joël Etienne admet qu’une certaine pression se fait sentir auprès des membres des deux partis, quant à « choisir son camp ».

« En raison de la guerre civile fédérale-provinciale, c’est très difficile même de se présenter dans une convention ou l’autre. On ne peut même pas aller aux deux événements. »

« Théoriquement, en tant que partisans, on est censés aider les deux camps et faire son mieux pour le parti, relève-t-il. C’est ça la passion partisane, sous-entendu des non-employés, des activistes, comme nous appellent les politiciens d’Ottawa et leur personnel. »

Un besoin de renouveau du message de Doug Ford

Pour Luc Turgeon : « Ce qu’on voit, c’est que le parti a très bien fait de profiter de la vague anti-Donald Trump au printemps dernier, un peu comme les libéraux fédéraux, pour se présenter comme les sauveurs. Mais on sent un certain essoufflement de ce message pour Doug Ford. »

Il soulève le fait qu’en général, lorsqu’on est au pouvoir depuis longtemps, une certaine fatigue s’installe auprès de la population, surtout s’il y a une accumulation de scandales.

Selon M. Turgeon, le message sera à recalibrer également avec l’arrivée d’un nouveau chef libéral au provincial : « On peut penser que les progressistes-conservateurs vont tout de suite, comme c’est leur tradition, tenter de définir qui sera ce nouveau chef-là pour l’attaquer et prouver, en comparaison, leur légitimité à défendre les intérêts de la province. »

« Bien entendu, il y a également la question de la situation économique. Avec la rencontre entre Carney et Ford plus tôt cette semaine, il semble avoir voulu faire redescendre la température. Il est dans ses intérêts d’être main dans la main avec Carney, d’une part pour faire avancer ses projets (notamment l’extraction minière du Cercle de feu), et compte tenu de sa popularité plus élevée que celle de Pierre Poilievre. »

La création de nouveaux débouchés économiques pour la province est l’enjeu le plus important selon celui-ci.

Joël Etienne évoque lui aussi cet aspect : « L’économie ontarienne n’est pas très forte, avec les frais de douane américains d’une part on a misé sur les véhicules électriques qui ne se vendent pas ce qui prédate les tarifs, et l’immobilier qui n’est pas au beau fixe non plus, avec 20-25 % de déclin en termes de valeur. »

« Je pense que le parti va parler de son historique, de son bilan, mais le problème pour un parti politique c’est qu’il doit toujours se concentrer sur l’avenir et je ne sais pas sur quel discours il va s’appuyer désormais », reconnait-il.

« Parce qu’il est très populiste, Doug est le seul politicien conservateur depuis une génération qui est capable d’aller chercher des comtés néo-démocrates. Mais n’empêche que pour conserver une majorité, il faut définir un but vers lequel avancer », conclut-il.

Laurentienne : « On n’a pas d’autres choix que d’être un peu plus conservateur », prévient le vice-recteur

Alain Simard est vice-recteur principal aux études de l’Université Laurentienne à Sudbury.

À l’appel de l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL), un mouvement de grève paralyse depuis deux semaines le déroulement des cours.

Le Conseil des gouverneurs et le syndicat doivent parvenir à une entente pour sortir de l’impasse, tandis que l’établissement se remet d’une lourde crise financière.

« Comprenez-vous la colère des professeurs et le manque de reconnaissance qu’ils expriment depuis plusieurs jours?

On comprend très bien la colère. Ce qui s’est passé pendant la LACC (Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies) était affreux. Les sacrifices étaient grands. On comprend tout ça, d’autant que certains membres de l’administration d’aujourd’hui faisaient eux-mêmes partie des professeurs à ce moment-là. Moi, je n’étais pas encore employé de la Laurentienne. J’étais à l’École de médecine, en bas de la côte. J’ai donc vécu les impacts un peu plus à distance.

Où les discussions ont-elles achoppé lors des négociations? Êtes-vous allés assez loin pour éviter cette grève? Une entente est-elle encore possible?

Il y a les salaires, la charge de travail et la pension. Sur ces trois niveaux, en toute honnêteté, on a mis sur la table la meilleure offre possible avec l’optique responsable de s’assurer que l’Université sera encore ici dans 5, 10 ou 15 ans. On est dans une situation financière beaucoup plus stable, mais on n’en est pas complètement sortis de la zone d’impact de la LACC. Il faut éviter les déficits à tout prix.

Pourtant vous disposez de 200 millions de dollars de liquidités, pour seulement 30 millions de dollars de prêt à rembourser, objecte l’APPUL. N’y a-t-il pas une marge rendant possible un geste supplémentaire?

C’est plus complexe que ça. Beaucoup de surplus générés (comme la vente de certains biens immobiliers ou des subventions pour des projets spéciaux) sont opérationnels et moins gros que ne laissent paraître les chiffres. En bout de ligne, ces surplus-là sont restreints et on ne peut pas les utiliser pour n’importe quoi.

L’autre grande raison, c’est qu’avec la LACC on a signé des ententes qui ne nous permettent plus de reprendre de prêt. Or, les universités dépendent beaucoup de ces prêts car leurs finances sont limitées avec des revenus principalement à l’automne. Donc la Laurentienne dépend beaucoup plus de sa réserve de liquidités qu’on ne le pense. On ne peut pas simplement dépenser ces 200 millions parce qu’on se mettrait encore une fois dans une situation très précaire.

Vous dites qu’on ne peut pas dépenser ces 200 millions pour « n’importe quoi », mais le corps professoral n’est-il pas le cœur de la mission universitaire? Comment allez-vous regagner sa confiance?

La seule façon d’aller de l’avant, c’est de travailler ensemble. Si on n’a pas confiance, ça ne fonctionnera pas. Est-ce qu’on est parfait? Personne ne l’est. Moi-même, je suis dans ce poste depuis quelques mois. J’ai accès à des informations que je ne comprenais pas avant. Il y aura toujours quelqu’un pour questionner la vérité. Dans les dernières années, avec une nouvelle équipe de leadership à l’université, on commençait à rebâtir cette confiance mais avec cette grève, tous ces efforts-là sont perdus.

En attendant, les étudiants sont directement victimes de ce conflit, leurs cours étant suspendus. Comment les aidez-vous? Leur réussite et leur chance de diplôme sont-elles hypothéquées?

Il y a encore trop d’incertitudes à ce stade. On aura des réponses une fois la grève terminée. Notre priorité est de s’assurer que les étudiants pourront compléter leurs études dans ce semestre. C’est un plan qui sera déterminé par le Sénat après la grève. On est résolu à trouver les solutions qui vont avoir le moins d’impact possible. L’annulation d’un semestre est la dernière option et on ne la considère pas à ce point-ci.

Vous avez mentionné que vous étiez relativement nouveau dans ce poste. La gestion de l’Université a connu un profond renouvellement. Comment s’assure-t-on, dans ce nouvel environnement, de ne pas reproduire les erreurs du passé?

Il reste plusieurs choses à régler, mais une des plus grandes responsabilités, c’est de s’assurer que nos décisions financières soient responsables. On n’a pas d’autres choix que d’être un peu plus conservateur, dans le sens où il faut éviter de mettre à nouveau l’université dans une situation qui ressemble à celle qui l’a menée à la LACC.

Le dialogue a-t-il repris ces dernières 24 heures ou la situation est-elle toujours au point mort?

Officiellement, non. Entre les directeurs et les chefs des équipes de négociation, il y a toujours un certain dialogue, mais pas au point de retourner à la table. De notre côté, on est en train d’étudier différents scénarios et on espère que les négociations vont reprendre bientôt. »

NPD : un futur chef unilingue anglophone à la tête du parti

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a officialisé jeudi la liste de ses candidats à la chefferie pour succéder à Jagmeet Singh. Cette confirmation implique que le futur chef du NPD ne sera pas bilingue, car aucun des cinq candidats ne maîtrise le français.

Voici les noms des cinq potentiels futurs leaders du parti :

  • Rob Ashton
  • Tanille Johnston
  • Avi Lewis
  • Heather McPherson
  • Tony McQuail

Aucun des cinq candidats n’a le français comme langue maternelle et aucun d’entre eux, outre quelques mots d’usage, ne peut s’exprimer dans la langue de Molière. Lors d’un débat en novembre dernier, tenu en partie en français, les échanges entre les candidats étaient difficiles à comprendre en raison d’un français boiteux, sans compter que la majorité d’entre eux se sont fiés à leurs notes.

Heather McPherson, actuelle députée fédérale d’Edmonton, et Avi Lewis, un ancien journaliste de la Colombie-Britannique, sont considérés comme les deux favoris dans cette course, suivis de près par Rob Ashton, un dirigeant syndical. Ces trois aspirants chefs se sont d’ailleurs engagés à améliorer leur français s’ils sont élus à la tête du parti. À la suite du débat en novembre dernier à Montréal, les aspirants avaient tous reconnu que leur français n’était pas d’un niveau suffisant.

Les membres avaient jusqu’au 28 janvier pour s’inscrire dans le but de voter pour le prochain leader. Le gagnant ou la gagnante sera choisie le 29 mars prochain lors du congrès du parti à Winnipeg.

« Les membres du parti sont optimistes quant à l’avenir de notre mouvement et reconnaissants de voir ces cinq personnes se présenter et proposer leur vision pour l’avenir », a déclaré Mary Shortall, présidente du NPD, dans un communiqué jeudi. « Avec la fin de la période de mise en candidature et la date limite pour la vente de nouvelles adhésions, les candidats et leurs équipes de campagne peuvent maintenant passer à la phase suivante de cette course à la direction excitante. »

Le NPD est à la recherche d’un chef depuis la défaite de Jagmeet Singh aux dernières élections, lui qui a dirigé la formation politique entre 2017 et 2025. Ce dernier a été défait dans son comté aux élections en avril dernier et le NPD a été effacé de la carte électorale canadienne passant de 18 à 7 sièges, perdant ainsi son statut de parti officiel à Ottawa.

Le seul francophone au sein de l’équipe actuelle, Alexandre Boulerice, député sur l’île de Montréal, n’a pas encore annoncé qui il appuierait dans cette course à la chefferie.

Le 33e Salon du livre de Toronto ancré dans les enjeux contemporains

TORONTO – Le Salon du livre de Toronto a levé le voile sur la programmation de sa 33e édition, qui se tiendra du 26 février au 1er mars 2026 à l’Université de l’Ontario français. Au-delà de l’enchaînement de tables rondes, de rencontres et de spectacles littéraires, cette édition se distingue surtout par un positionnement assumé : celui d’un salon profondément ancré dans l’actualité, attentif aux mutations identitaires et résolument tourné vers la transmission.

Placée sous le thème Héritage et patrimoine, la programmation 2026 s’éloigne volontairement d’une approche figée ou nostalgique du patrimoine. Pour le président du conseil d’administration, Valéry Vlad, ce choix est tout sauf anodin.

« C’est un thème qui peut sembler tranquille, presque patrimonial au sens muséal du terme, mais qui est en réalité profondément actuel », a-t-il souligné, évoquant un contexte mondial marqué par des tensions identitaires et des discours remettant en question la place et la légitimité des cultures minoritaires. Parler d’héritage aujourd’hui, selon lui, relève d’un acte de lucidité et même de résistance.

Héritage et transmission : une réflexion collective

Cette réflexion traverse l’ensemble de la programmation, conçue comme un espace de dialogue et de questionnement. Plusieurs tables rondes interrogent directement ce que signifie être francophone aujourd’hui, en Ontario comme ailleurs, dans un contexte de francophonie plurielle, mouvante et parfois fragilisée.

« L’héritage n’est pas ce qu’on garde, c’est ce qu’on transmet », résume Valéry Vlad. Qu’est-ce que nous voulons laisser aux jeunes franco-ontariens, aux jeunes franco-ontariennes ou même franco-canadiens, franco-canadiennes? Est-ce qu’on veut laisser une langue affaiblie, une culture diluée, une francophonie consciente d’elle-même, plurielle, capable de dialoguer sans se dissoudre? »

Le dévoilement de la programmation a aussi permis de révéler les trois finalistes du Prix Alain-Tomas 2026 : Marie-Thé Morin, Maeva Guedjeu et Michel Thérien. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

La jeunesse comme point de passage de l’héritage

Dans cette logique de transmission, la jeunesse s’impose naturellement comme un axe central de la programmation. Le Salon du livre de Toronto poursuit et renforce son travail auprès des écoles, avec des activités qui débuteront dès le 25 février, avant même l’ouverture officielle au public. Ateliers scolaires, rencontres avec des auteurs et autrices, Prix Jeunes talents littéraires, matinée jeunesse animée par TFO, et plus encore.

Une attention soutenue qui traduit la volonté de faire du salon un véritable espace de passage entre les générations. « On va accorder une place centrale à la jeunesse, car l’héritage n’a pas de sens s’il n’est pas reçu et réinterprété », rappelle le président du conseil d’administration.

Une francophonie plurielle, en constante redéfinition

Cette attention portée à la jeunesse s’inscrit dans une vision élargie de la francophonie. Le salon met de l’avant des voix issues de parcours variés, de différentes générations et de multiples horizons culturels. Une diversité revendiquée, qui se traduit aussi par le choix d’invités d’honneur représentant une pluralité d’héritages : autochtone, franco-ontarien, acadien, diasporique et international. Pour les organisateurs, il s’agit de refléter une francophonie vivante, en constante redéfinition, loin d’une identité unique ou figée.

Les invités d’honneur de cette 33e édition représentent la diversité de la francophonie canadienne et même au-delà. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Dans cette volonté d’embrasser une francophonie plurielle, certaines voix occupent toutefois une place particulière. Celles des peuples autochtones, longtemps marginalisées dans les récits nationaux, sont ici abordées comme une composante essentielle de l’héritage collectif.

Les peuples autochtones au cœur de l’héritage collectif

Parmi les moments forts annoncés, la table ronde Héritage autochtone : reconnaissance ou réparation? s’impose comme l’un des temps de réflexion les plus attendus. Son intitulé volontairement frontal traduit une volonté de dépasser les gestes symboliques.

Valéry Vlad a d’ailleurs tenu à préciser que l’absence de reconnaissance territoriale en ouverture de la conférence de presse n’était pas un oubli, mais un choix délibéré. Un geste assumé, pensé pour éviter ce qu’il considère comme une formalité vide de sens si elle n’est pas suivie d’actions concrètes.

« Mieux vaut réparer ce qui a été fait par le passé, plutôt qu’une reconnaissance de deux minutes », a-t-il insisté. « Nous aussi, on n’est pas autochtones, mais ça fait partie de notre héritage et de notre patrimoine. »

Valéry Vlad, président du conseil d’administration du Salon du livre de Toronto, a insisté sur l’ancrage actuel du thème Héritage et patrimoine lors de la conférence de presse. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Un salon présent toute l’année

La conférence de presse a également permis de dévoiler plusieurs nouveautés structurantes pour l’avenir du salon. Parmi elles, le lancement d’un nouveau site Internet, pensé comme un outil central pour mieux faire connaître l’ensemble des activités de l’organisme. Plus clair et plus accessible, il regroupe maintenant la programmation détaillée, les projets spéciaux et les initiatives déployées tout au long de l’année, affirmant la volonté du Salon de renforcer sa présence numérique.

Car le Salon du livre de Toronto ne se limite plus à un événement ponctuel. Autre annonce majeure, il sera désormais présent dans la communauté toute l’année. De septembre à juin, clubs de lecture, soirées littéraires, ateliers et rencontres viendront prolonger l’esprit du salon au-delà de ses quelques jours de programmation officielle. Une manière de répondre à un constat souvent formulé : celui d’un événement très attendu, mais trop éphémère.

« Nous ne sommes plus un organisme qui apparaît et disparaît », insiste Eunice Boué la directrice générale, évoquant une programmation annuelle pensée comme un lien continu avec le public.

Enfin, la direction a annoncé un changement important à compter de 2027 : le Salon du livre de Toronto se tiendra désormais au mois de mai. Une décision expliquée par Eunice Boué, qui y voit une réponse à plusieurs enjeux concrets, dont la forte concentration d’événements communautaires en février, la concurrence avec le Mois de l’histoire des Noirs et les contraintes liées aux conditions hivernales. Ce nouveau calendrier vise à offrir un moment plus accessible, propice à la rencontre et à la participation du public.

Parti québécois : Doug Ford s’oppose vivement à toute idée de séparatisme

OTTAWA – Face à l’avance du Parti québécois selon les derniers sondages sur les intentions de vote au Québec, le premier ministre ontarien Doug Ford n’a pas mâché ses mots. La possibilité d’un référendum séparatiste est selon celui-ci « inacceptable », le Québec étant « plus fort au sein du Canada » et le Canada « plus fort avec le Québec ».

Ce jeudi, en conférence de presse à l’occasion de la rencontre hivernale des premiers ministres provinciaux à Ottawa, Doug Ford a déclaré inacceptable l’idée d’un référendum séparatiste au Québec.

« Vous êtes tellement plus forts quand vous faites partie du Canada. Le Québec est plus fort au sein du Canada et le Canada est plus fort avec le Québec », a tranché M. Ford.

Cette déclaration survient alors que le Parti québécois domine largement les intentions de vote au Québec en vue du scrutin du 5 octobre 2026. Un sondage mené en ligne par la firme Léger en décembre dernier auprès de 1039 répondants donnait 35 % au Parti Québécois (PQ), 20 % au Parti Libéral (PLQ), 19 % à la Coalition avenir Québec (CAQ) et 9 % pour Québec solidaire (QS).

Des commentaires qui s’ajoutent à une réaction choc du premier ministre ontarien, la veille, prédisant que si les séparatistes étaient élus au Québec « ce serait un désastre pour le pays ».

La première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, était à ses côtés et avait renchéri en disant que « c’est l’union qui fait la force ».

Doug Ford a affirmé aux journalistes ne pas regretter ses propos : « Non, ils sont séparatistes, ils vont faire un référendum. Si, et Dieu nous en garde, il (le chef du Parti québécois) est élu, retenez mes paroles, d’ici un an ou un an et demi, il déclenchera un référendum pour se séparer du Canada. C’est inacceptable! »

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a en effet promis de tenir un référendum sur la souveraineté du Québec au cours du premier mandat d’un gouvernement péquiste.

Réagissant depuis son caucus en Beauce (région au sud de Québec), ce dernier a qualifié les propos de Ford de « mauvais théâtre » et de « campagne de peur ».

À Ottawa, le premier ministre du Québec, François Legault, a soutenu que « les Québécois n’aiment pas ça », ce type de commentaires sur les affaires du Québec, « que ce soit M. Trump, M. Carney, M. Ford ou peu importe, les gens qui sont de l’extérieur du Québec ».

« J’ai dit aux premiers ministres des différentes provinces et des différents territoires que ce n’était pas une bonne idée. C’est aux Québécois de décider de l’avenir du Québec », a-t-il mentionné lors d’une conférence de presse de clôture à la rencontre des premiers ministres, jeudi après-midi.

Ford réitère son attachement pour les Québécois

« C’est une province extraordinaire avec des gens extraordinaires et je les soutiens à 1000 %, mais n’élisez pas un séparatiste parce que ça sera un désastre », a-t-il intimé, avant de dire qu’il espérait qu’il n’y aurait jamais de référendum.

Il en a également profité pour déclarer son attachement aux Québécois, confiant qu’ils occupent une grande place dans son cœur : « Je ne sais pas, il y a comme un lien entre moi et les Québécois. J’apprends le français, d’ailleurs. Chaque fois que je rencontre des gens du Québec, le courant passe, alors j’aime les Québécois. »

De conclure : « Mes amis, nous devons rester unis, c’est l’Équipe Canada, rien d’autre. Nous sommes tellement plus forts. Les Québécois veulent des emplois, et la façon d’obtenir des emplois, c’est de faire partie du Canada. »

Avec les informations de Pascal Vachon.

L’ACFO Prescott-Russell veut repartir sur de nouvelles bases

Apporter un vent de renouveau à l’ACFO de Prescott et Russell. C’était le mot d’ordre de l’assemblée générale annuelle (AGA) 2025 de l’organisme, tenue récemment, plus de trois ans après la dernière AGA, qui remontait à 2022.

« Le conseil d’administration issu de l’AGA est déterminé à repenser la façon de travailler de l’ACFO afin de mieux revitaliser la communauté francophone », a indiqué Sylvain St-Pierre, directeur général de l’ACFO de l’organisme.

Lors de l’assemblée générale annuelle tenue récemment, certains dysfonctionnements ont été soulevés, notamment l’absence de présentation des états financiers pour les années 2023, 2024 et 2025. Une situation qui, selon la direction, s’explique par les changements survenus à la tête de la direction générale au cours des dernières années.

Une approche axée sur le terrain

Désormais, l’ACFO de Prescott et Russell entend adopter une nouvelle approche misant sur un engagement accru du conseil d’administration, une présence renforcée sur le terrain et la mise en place d’activités mieux ciblées. Celles-ci viseront notamment les aînés et les jeunes, tout en misant sur le recrutement de membres au niveau institutionnel.

Parmi les projets annoncés figure le lancement de visites croisées entre des communautés francophones du Québec et des Comtés unis de Prescott et Russell.

L’ACFO Prescott-Russell relance la campagne visant à à promouvoir les services en français dans les commerces. Photo : Gracieuseté ACFO Prescott-Russell

« Nous voulons, grâce à ces visites, créer des ponts entre les communautés francophones des deux régions, notamment entre Hawkesbury, en Ontario, et Argenteuil–La Petite-Nation, au Québec. L’objectif est de revitaliser à la fois le commerce, le tourisme local et les échanges culturels », explique M. St-Pierre, qui souligne au passage une anglicisation croissante de la région.

Une demande de subvention a d’ailleurs été déposée afin de permettre le lancement de cette initiative dès le mois d’avril.

Un Banquet de la Francophonie repensé

Concernant le Banquet de la Francophonie de Prescott et Russell, événement phare rassemblant habituellement plusieurs centaines de convives, la direction assure que celui-ci n’est pas menacé, mais qu’il sera repensé afin de mieux répondre aux besoins de la communauté et de soutenir financièrement l’organisme.

« Le dernier Banquet de la Francophonie, organisé en 2023, s’est soldé par un déficit d’environ 3000 $. L’idée est maintenant d’en faire une levée de fonds d’au moins 5000 $ », précise le directeur général.

L’ACFO souhaite ainsi privilégier une formule plus simple, moins grandiose, mais mieux adaptée aux attentes du public. « Les gens trouvaient cela long », reconnaît M. St-Pierre.

Aucune date n’a encore été arrêtée pour la tenue du prochain banquet, qui pourrait avoir lieu soit cette année, soit en 2027.

« Par cette levée de fonds, on veut que ça profite directement à la communauté. Les activités de l’ACFO nécessitent des ressources, notamment pour assurer les salaires », ajoute-t-il.

Dans ce contexte, le directeur général évoque plusieurs initiatives déjà en cours, dont la promotion du programme Bonjour/Welcome, l’accompagnement de nouveaux arrivants dans la région, incluant des démarches concrètes comme la production de déclarations de revenus, dont 44 ont été complétées à ce jour, ainsi que la collaboration avec le programme Communauté francophone d’accueil (CFA). Autant d’activités qui mobilisent des ressources humaines et financières importantes.

Pour l’instant, l’ACFO de Prescott et Russell fonctionne grâce à une subvention du ministère du Patrimoine canadien. L’organisme entend toutefois se préparer dès maintenant à déposer de nouvelles demandes de financement en 2027, les délais ayant été dépassés pour le cycle actuel.

Congrès du Parti conservateur : les militants relancent le débat du financement de Radio-Canada

Les délégués conservateurs veulent forcer à nouveau leur parti à s’engager à mettre fin au financement de Radio-Canada lors du congrès du Parti conservateur qui se déroule du 29 au 31 janvier à Calgary, en Alberta.

Mettre fin au financement de la société d’État fait partie d’une liste de propositions qui seront débattues dans les prochains jours, lesquelles sont soit de nouvelles propositions, soit des modifications à apporter aux engagements actuels du parti. La proposition ne fait pas de distinction entre le volet anglophone et le volet francophone du diffuseur public et viendrait effacer presque complètement l’actuelle position du parti, qui définit le radiodiffuseur comme une « composante importante du système de radiodiffusion au Canada ».

Cette proposition, qui sera débattue par des milliers de délégués, est presque identique, mot pour mot, à celle soumise lors du dernier congrès en 2024. Elle est à nouveau présentée par la section albertaine du parti et se lit ainsi :

Nous reconnaissons le rôle essentiel que jouent les nouvelles et les médias au Canada et croyons qu’un cadre politique clair devrait être établi afin de :

i. assurer l’existence d’un paysage médiatique fondé sur le libre marché;

ii. réduire au minimum l’intervention et la réglementation gouvernementales dans ce marché;

iii. protéger la liberté d’expression.

Le Parti conservateur croit que la gouvernance et les activités de la SRC/CBC, à titre d’entité, devraient être assurées au moyen d’un financement indépendant et non gouvernemental.

Or, lors de la dernière campagne électorale, le chef conservateur Pierre Poilievre avait promis de « préserver les services de Radio-Canada partout au pays », soulignant que, contrairement à la CBC, la section francophone du média public n’a pas de concurrents dans le secteur privé et qu’il est donc essentiel de la maintenir.

Parmi les nouvelles propositions, les membres seront appelés à se prononcer sur un durcissement en matière d’immigration, comme une refonte du système d’asile et la fin du Programme des travailleurs étrangers temporaires, notamment dans les régions avec un taux de chômage élevé.

« En ce qui concerne le financement de CBC, ce n’est pas surprenant. Je pense que c’est une critique de fond de beaucoup de conservateurs. Sur l’immigration, c’est devenu moins surprenant, car le sujet monte partout, même chez les libéraux qui ont des politiques plus restrictives. Ce n’est plus un sujet tabou ou radioactif comme avant », analyse le professeur de sciences politiques au Campus Saint-Jean, Frédéric Boily.

La détermination des professeurs intacte au 10e jour de grève à la Laurentienne

SUDBURY – Affrontant des températures extrêmes, les professeurs entament leur 10e jour de grève à l’Université Laurentienne. Ils affirment qu’ils iront jusqu’au bout pour se faire entendre.

« Nous sommes tous prêts à tenir longtemps s’il le faut, affirme Mery Martinez-Garcia, professeure agrégée à l’École des sciences naturelles. On ne peut pas plier le genou. Certains d’entre nous ne pensaient pas faire grève plus d’une semaine et pensaient que l’Université ferait l’effort de négocier de bonne foi. Mais nous voilà ici, maintenant. »

Dans sa voix, le timbre de la détermination au 10e jour d’une grève déclenchée alors qu’une médiation entre le Conseil des gouverneurs de l’Université Laurentienne et l’Association des professeures et des professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL) s’était soldée par une impasse.

Depuis, les professeurs se relayent sur les lignes de piquetage dans un froid glacial. Le thermomètre affiche -28 degrés Celsius en ressenti ce mercredi. Les jours précédents ont été encore plus froids. Mais hors de question de flancher. Ils veulent des réponses à leurs préoccupations.

Tissés serrés, les manifestants se battent notamment pour leur salaire, leur régime de retraite et contre une charge académique excessive. Photo : Gracieuseté APPUL

« Tout le monde est déterminé, constate Elizabeth Carlson-Manathara, professeure agrégée de l’École de service social. On sent beaucoup de solidarité entre professeurs mais aussi de la part de nos étudiants. Sur les piquets de grève, l’ambiance est amicale, soudée. Les gens nous soutiennent. On a même eu la visite d’un autre syndicat venu nous encourager. »

En jeu pour les professeurs : faire reconnaître des années de sacrifices depuis le redressement financier de la Laurentienne. Le niveau des salaires est donc sur toutes les lèvres.

« Nous avions l’espoir que la direction allait nous aider à récupérer une partie des pertes subies lors de l’insolvabilité causée par les dépenses excessives de l’administration pour la modernisation de l’établissement, confie Robert Schinke, professeur titulaire de l’École de kinésiologie et sciences. Et nous nous retrouvons fin janvier sur une ligne de piquetage… Nous avons le sentiment qu’il y a un manque total de considération. »

Les professeurs Robert Schinke, Elizabeth Carlson-Manathara et Mery Martinez-Garcia. Photo : site internet de l’Université Laurentienne

Mais les salaires ne sont pas la seule motivation des grévistes, tient à souligner Mme Martinez-Garcia. Depuis le départ forcé de plusieurs professeurs , « la charge académique est devenue extrêmement lourde. Entre les heures de cours et de labo, tu as juste le temps de préparer tes cours, te mettre à jour, en plus de performer en recherche et assurer la gestion de l’unité et de l’université. Je suis dans cinq comités différents. Quand arrive la fin de semaine, tu finis à la maison ce qu’on n’a pas eu le temps de faire dans nos heures de travail. »

Confiance brisée, pas de retour au dialogue

« Les gens ont beaucoup de mal à faire confiance à cette administration, tranche tout net M. Schinke. Il y a des gens âgés sur cette ligne de piquetage, et ils manifestent par des températures de -30 ou -40 degrés. Ce n’est pas une situation qui favorise la confiance. »

Les professeurs manifestent en outre un fort mécontentement sur la perte de deux années d’ancienneté et sur l’impossibilité de migrer leur régime de retraite vers un régime conjoint.

« On va continuer parce qu’on est traité de manière injuste, poursuit M. Schinke. Nous sommes le corps professoral le moins bien payé de la province. Il n’y a eu aucun ajustement (compte tenu de l’inflation) alors que nous avons fait de notre mieux pour fournir d’excellents services à nos étudiants. L’administration ne semble pas comprendre l’historique qui a mené à cette situation. Même si une entente sera peut-être signée plus tard, lorsqu’il y a autant de ressentiment, cela crée un milieu de travail très difficile. »

« Soutenir nos profs pour soutenir le futur de la Laurentienne » peut-on lire parmi les pancartes. Photo : Gracieuseté APPUL

« On a toujours ce sentiment de ne pas être reconnu à la hauteur de notre travail et ni des sacrifices qu’on a faits au cours des dernières années, renchérit Mme Carlson-Manathara. L’Université aurait pu profiter des négociations collectives pour reconnaître cela mais elle ne l’a pas fait. »

Et de conclure : « On tiendra les piquets de grève jusqu’à ce qu’on obtienne quelque chose de juste. »

À l’heure où nous écrivions ces lignes, le Conseil des gouverneurs et l’APPUL n’avaient pas renoué le dialogue ni repris le chemin des négociations.

« Je ne vise ni la deuxième ni la troisième place », Ivanie Blondin déjà tournée vers l’or olympique

La dernière étape de la Coupe du monde de patinage de vitesse, disputée à Inzell, en Allemagne, en fin de semaine dernière a marqué la fin de la saison internationale préolympique pour Ivanie Blondin. Un rendez-vous clé pour l’Ottavienne, qui lui a permis de multiplier les courses, de faire le point sur sa préparation et de se projeter vers l’objectif ultime : les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026.

Comme à son habitude, Ivanie Blondin a choisi un programme chargé à Inzell. Elle s’est alignée sur plusieurs distances afin d’accumuler les situations de course en contexte de très haut niveau.

Sur le départ groupé, son épreuve phare, elle a pris la quatrième place, doublée sur la ligne par l’Américaine Mia Manganello qui a validé, grâce à cette troisième place, son sacre au classement général. C’est la Néerlandaise Marijke Groenewoud qui a remporté la course. Elle a devancé la compatriote de Blondin, Valérie Maltais, deuxième. La Franco-Ontarienne regrette un incident dans le dernier tour qui lui a coûté ses chances de victoire finale sur la course mais aussi au classement général.

« Je me suis fait bousculer vers l’arrière, ce qui ne m’a pas permis de conserver ma position, ni d’avancer comme je l’aurais souhaité. C’est évidemment frustrant, surtout à ce moment clé de la course, et cela a eu un impact direct sur le résultat final. »

Blondin s’est également alignée sur le 1500 m et le 3000 m, deux distances qu’elle a conclues au 10e rang. Elle a enfin pris part au sprint par équipes aux côtés de Béatrice Lamarche et Carolina Hiller-Donnelly. Une épreuve qui ne figure pas au programme olympique mais où le Canada a décroché la deuxième place, derrière les Pays-Bas, représentés par Marrit Fledderus, Nadine Verkerk et Irene Grevelt.

Ivanie Blondin en embuscade derrière Marijke Groenewoud lors du départ groupé. Photo : Jurij Kodrun/International Skating Union

Une saison de Coupe du monde riche en apprentissages

Au-delà de cette dernière étape allemande, la saison de Coupe du monde d’Ivanie Blondin aura été marquée par une alternance de performances solides et de courses plus complexes, dans un contexte de concurrence de plus en plus relevée sur le circuit international.

« Cette saison de Coupe du monde, je dirais qu’elle a été faite de hauts et de bas. Mais, elle a été aussi très riche en enseignements. J’ai dû m’adapter à différents contextes de course et continuer à ajuster certains aspects de ma préparation. Même si les résultats ne reflètent pas toujours le travail accompli, cette saison m’a permis de consolider des bases importantes en vue de la suite. »

Sur l’ensemble de la saison de Coupe du monde, Ivanie Blondin a confirmé une polyvalence rare sur le circuit international. Elle termine 8e au classement général du 1500 m, 10e au classement général des longues distances, 3e au classement général du départ groupé, son épreuve de spécialité, et 2e au classement général du sprint par équipes avec le Canada. En poursuite par équipes, discipline olympique majeure, elle a conclu la saison au 1er rang du classement général, avec Valérie Maltais et Isabelle Weidemann.

Ces résultats placent la Franco-Ontarienne dans le top 10 mondial de toutes les disciplines auxquelles elle a pris part. Un accomplissement remarquable à l’approche des Jeux olympiques.

Ivanie Blondin a conclu sa fin de semaine par une médaille d’argent avec Carolina Hiller-Donnelly et Béatrice Lamarche. Photo : Jurij Kodrun/International Skating Union

Cap sur Milan-Cortina avec une ambition intacte

À quelques jours des Jeux olympiques, l’état d’esprit d’Ivanie Blondin est clair : poursuivre le travail, peaufiner les détails et arriver prête le moment venu.

« À l’approche des Jeux olympiques, mon état d’esprit est résolument tourné vers la progression et la confiance dans le processus. L’expérience accumulée au fil des années m’aide à garder une vision claire : rester concentrée sur ce que je peux contrôler, continuer à peaufiner les détails et arriver à Milan-Cortina prête à performer le jour J. »

Sa troisième place au classement général du départ groupé sur l’ensemble des Coupes du monde lui reste en travers de la gorge.

« Une troisième place au classement général, c’est une déception. Je ne vise ni la troisième ni la deuxième place. »

Une déclaration qui en dit long sur l’état d’esprit de l’Ottavienne, déterminée à ne viser que l’or aux Jeux olympiques de Milan-Cortina qui se déroulent du 6 au 22 février.

Raymond Théberge tire sa révérence et met en garde le gouvernement Carney

OTTAWA — Après deux prolongements intérimaires au cours de la dernière année, Raymond Théberge a bouclé la boucle à titre de commissaire aux langues officielles. Alors qu’il vogue vers la retraite, il quitte son poste avec une inquiétude précise qu’il adresse au gouvernement de Mark Carney : quelle place occuperont les langues officielles et le français au sein de l’administration?

Après huit ans passés entre les rapports annuels, la pandémie, la modernisation de la Loi sur les langues officielles et l’obtention de nouveaux pouvoirs, l’ancien éducateur de carrière compte se retirer de la vie publique chez lui, au Manitoba, pour passer plus de temps avec sa famille, notamment ses petits-enfants.

Quoi qu’il se décharge dans les prochains jours de son rôle de surveillance, il garde un œil méfiant sur les années à venir.

« Ce qui m’inquiète présentement, étant donné le contexte politique, c’est quelle sera la place des langues officielles au sein des priorités du gouvernement », lance-t-il en entrevue de fin de mandat.

Dans un contexte où l’on « parle beaucoup de l’identité canadienne », Raymond Théberge soutient « qu’il ne faut pas oublier que les langues officielles font partie de cette identité ».

« C’est une richesse que l’on doit valoriser et s’assurer qu’elle est au cœur des valeurs canadiennes. Il faut que l’appareil fédéral comprenne l’importance des langues pour bien définir cette identité canadienne », avertit-il.

Un bilan mitigé dans la fonction publique

Après huit ans, le futur retraité constate que plusieurs défis persistent, principalement dans la fonction publique fédérale.

« Lorsqu’on parle de l’usage du français au sein de l’appareil fédéral, surtout en termes de langue de travail, les défis sont aussi importants aujourd’hui qu’ils l’étaient avant », mentionne-t-il à plus d’une reprise lors de cet entretien.

Cette inquiétude s’appuie sur le constat d’une culture où la fonction publique pense en anglais pour ensuite traduire vers le français, une habitude tenace dans la région de la capitale nationale. L’utilisation de l’anglais dans les rencontres ou les postes bilingues occupés par des unilingues sont, selon lui, des exemples légion qui illustrent cette culture privilégiant l’anglais. Des habitudes qui doivent être défaites, insiste-t-il.

« C’est possible de changer une culture. Il y a beaucoup d’exemples dans la société canadienne où on a changé les mentalités, que ce soit pour le tabagisme ou autres », pense le Franco-Manitobain.

Mais en huit ans, cela n’a pas changé, lui relance-t-on.

« Je dirais que le bilan est très mitigé », concède-t-il. « Je croyais qu’il y aurait une meilleure connaissance des obligations linguistiques. Souvent, l’application laisse à désirer parce que certains éléments ne sont pas compris par les fonctionnaires » dit-il, soutenant que c’est au gouvernement « d’éduquer et de sensibiliser ses employés à leurs obligations ».

« Ça aurait été beaucoup plus facile si, en 2018, on avait eu ces outils-là »

Nommé en 2018 par Justin Trudeau, l’ancien recteur de l’Université de Moncton est arrivé en poste à une époque où les francophones pressaient le gouvernement de moderniser la Loi sur les langues officielles.

« Le poste de recteur et celui de commissaire ne se ressemblent pas vraiment. Ce qui m’a frappé à mon arrivée, c’était l’ampleur de la tâche », se remémore-t-il. « J’ai dû me sensibiliser rapidement au fonctionnement de l’appareil fédéral, à sa taille et à ses défis. »

« On a dû rapidement se doter d’une vision pour les sept ou huit prochaines années : modernisation, plan d’action et conformité. Je pense que nous avons réussi à faire avancer les choses dans ces trois domaines. Mais c’est toujours un énorme défi. Peu importe qui occupera le poste, il ne faut jamais arrêter, il faut toujours pousser. »

Le commissaire aux langues officielles en entrevue avec ONFR à la mi-janvier. Gracieuseté.

« On travaillait avec ce qui nous était donné », présente-t-il.

« Maintenant, c’est plus coercitif. Il y a plus de flexibilité avec les accords de conformité, la possibilité d’émettre des ordonnances ou même de refuser d’enquêter sur certains dossiers. Ça aurait été beaucoup plus facile si, en 2018, on avait eu ces outils-là », croit-il, au sujet des nouveaux pouvoirs dont héritera sa successeure Kelly Burke.

Les langues officielles en rafale :

Qu’est-ce qui vous donne le plus d’espoir?

« La nouvelle Loi et le Plan d’action (pour les langues officielles). Les deux ensemble, ça donne des leviers et des soutiens importants. »

Un conseil pour votre successeur?

« Je pense que c’est toujours important d’être vigilant. On ne sait jamais comment le contexte peut changer, surtout dans le monde de 2026. »

Une chose qui n’a pas changé entre 2018 et 2026?

« Au niveau de la langue de travail (dans la fonction publique), on a encore beaucoup de défis. »

Une rencontre marquante?

« Ma première rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau. Il m’a donné l’occasion de faire un état des lieux sur l’importance de moderniser la Loi sur les langues officielles. J’ai apprécié l’ouverture et finalement, on a eu une nouvelle loi. »

Raymond Théberge en compagnie de l’ancien premier ministre Justin Trudeau mai dernier. Source : Twitter Justin Trudeau

Votre impression sur Air Canada?

« Je dirais que très souvent, on cite Air Canada comme une institution qui est un mauvais élève, mais c’est important de remarquer que ce n’est pas la seule. »

Le poste de premier ministre devrait-il être obligatoirement bilingue?

« Je pense que toute personne qui occupe le poste de premier ministre, ou n’importe quel poste de dirigeant de l’appareil fédéral, devrait être bilingue. Je pense que c’est inconcevable en 2026 si on avait un premier ministre qui n’est pas bilingue. »

Et finalement, la retraite de Raymond Théberge, ça ressemble à quoi?

« J’ai l’intention de prendre un moment pour me reposer. Ça se peut qu’il y ait des projets d’écriture et de recherche plus tard. À la retraite, on peut choisir ce qu’on veut faire. »


Est ontarien : Gérald Samson, pilier de la francophonie, s’éteint

Figure marquante de la francophonie dans la région de Stormont, Dundas et Glengarry (SDG), dans l’Est ontarien, Gérald Samson est décédé dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 janvier, à l’âge de 88 ans.

Reconnu pour son engagement envers la francophonie, M. Samson a joué un rôle clé dans le développement scolaire francophone en Ontario.

« M. Samson a contribué de manière déterminante au développement et au rayonnement du CEPEO et de nos écoles, notamment dans la région de Stormont, Dundas et Glengarry », a indiqué à ONFR Christian-Charle Bouchard, directeur de l’éducation du CEPEO.

Originaire de la région, ce dernier souligne l’empreinte durable laissée par M. Samson :
« J’ai pu constater à quel point son engagement, sa vision et son dévouement ont marqué profondément notre communauté. »

La communauté francophone de SDG rend hommage à Gérald Samson. Photo : Facebook / ACFO SDG

Fort d’une carrière de 31 ans dans le milieu de l’éducation, Gérald Samson a été le premier surintendant des écoles Horizon Jeunesse, Rose-des-Vents, L’Héritage et Terre-des-Jeunes, contribuant ainsi à l’essor du réseau scolaire francophone dans l’Est ontarien.

Très impliqué sur le plan communautaire, il a également été membre actif de l’ACFO-SDG et a participé à de nombreux événements rassembleurs. Son nom figure d’ailleurs sur la Promenade d’honneur, monument de la francophonie à Cornwall, où il a été gravé en septembre 2012 en reconnaissance de son apport.

La Promenade d’honneur à Cornwall rend hommage aux bâtisseurs de la francophonie, dont Gérald Samson, figure marquante de la communauté franco-ontarienne. Gracieuseté

L’ancienne présidente de l’ACFO-SDG de 2018 à 2022, Dianne Poirier, se souvient d’un homme profondément respecté.

« Gérald était une personne de confiance qu’on consultait lorsqu’il y avait des dossiers importants ou sensibles à discuter. »

Elle rappelle notamment son engagement lors de la controverse de 2012 entourant le bilinguisme à l’Hôpital communautaire de Cornwall, défendant activement le maintien des services en français.

Gérald Samson a aussi joué un rôle central dans la fondation en 2009 du Collectif franco, un regroupement ayant permis aux organismes francophones de la région de mieux dialoguer et de coordonner leurs actions.

Par ailleurs, plusieurs organismes ont bénéficié de ses conseils pour l’obtention de subventions, notamment auprès de la Fondation Trillium de l’Ontario, où il a agi comme membre-président pour la région de l’Est ontarien.

Jean-Paul Gagnon, ancien chef de programme à la Fondation Trillium pour l’Est de l’Ontario, salue son approche humaine.
« Gérald avait le don de se rendre très disponible. Il était un excellent écouteur et formulait des commentaires toujours pertinents », souligne M. Gagnon.

Il ajoute : « Je ne l’ai jamais vu embarrasser qui que ce soit. Il avait une attitude exemplaire et cherchait toujours à aider les gens à bien comprendre leur rôle afin de prendre de bonnes décisions pour la région. »

Homme dynamique et profondément enraciné dans sa communauté, Gérald Samson a reçu plusieurs distinctions au fil des ans, dont la Médaille du jubilé de diamant de la reine Élisabeth II en 2012 ainsi que le Mérite franco-ontarien, l’une des plus hautes reconnaissances de la communauté franco-ontarienne.

« Il va énormément nous manquer, mais le travail qu’il a accompli ne sera jamais oublié », conclut Dianne Poirier.

Dr Jean-Philippe Bercier, Franco-Ontarien au service de la vasectomie

Originaire de l’Est ontarien, le Dr Jean-Philippe Bercier s’impose comme une figure de la contraception masculine au Canada. Fort de plus de 25 000 vasectomies, ce Franco-Ontarien continue de miser sur l’innovation pour faire évoluer les pratiques. Immersion dans son univers.

Passé les escaliers, dès l’entrée de la clinique du Dr Jean-Philippe Bercier, un compteur annonce la couleur : plus de 25 000 vasectomies.

« Je n’aurais jamais imaginé en faire autant », confie le médecin, coiffé d’un bonnet coloré à motif de spermatozoïdes et vêtu d’un t-shirt sur lequel on peut lire « snip-snip », clin d’œil à la vasectomie.

« Ici, tout est pensé pour les mettre à l’aise », poursuit le Dr Bercier, 40 ans, expliquant que « pour plusieurs patients, c’est stressant. C’est parfois la seule chirurgie qu’ils auront dans leur vie ».

Sur les murs de la clinique, des cartes géographiques attirent le regard. Ottawa–Gatineau, l’Est ontarien, l’Ontario et le Québec : autant de territoires ponctués d’épingles de couleur.

Membre du World Vasectomy Network, le Dr Bercier a aidé à mettre sur pied des cliniques de contraception en Haïti et formé des médecins sur place. Photo : Amine Harmach / ONFR

« Les rouges marquent les vasectomies, les bleues les circoncisions, les roses les renversements de vasectomies », précise-t-il.

Les patients sont invités à placer eux-mêmes une épingle à leur arrivée.

« Ils réalisent ainsi qu’ils ne sont pas seuls, que des voisins, des gens de leur communauté ont fait le même choix. Ça aide énormément à dédramatiser », raconte-t-il.

Derrière ce décor se dessine un parcours ancré dans la francophonie ontarienne. Originaire de Sainte-Isidore, dans l’Est ontarien, le Dr Jean-Philippe Bercier a très tôt fait le choix de se former et de pratiquer en français.

Un fil conducteur qui l’a mené de l’Université d’Ottawa, aux hôpitaux en 2010 de la région (Hawkesbury, Ottawa), puis vers une pratique spécialisée en urologie, amorcée en 2018, avec l’objectif de desservir notamment les communautés francophones.

Le virage vers l’urologie

Lorsqu’il observe les techniques traditionnelles de vasectomie à ses débuts, le constat est clair. « Je les trouvais très invasives », souligne-t-il. Il décide alors de se former aux États-Unis auprès d’un chirurgien reconnu dans le domaine, le Dr Doug Stein.

« Rapidement, j’ai réalisé que j’aimais cette chirurgie, les patients et le service que ça permettait d’offrir », affirme le docteur, qui exerce désormais entre cinq cliniques (Ottawa, Gatineau, Hawkesbury, Montréal et Kingston).

« Derrière chaque intervention, il y a une décision personnelle et familiale importante », explique Dr Bercier. Photo : Amine Harmach / ONFR

« Pour moi, la contraception est fondamentale : elle permet aux couples et aux femmes d’avoir un réel contrôle sur leurs décisions et leur avenir. C’est une base importante pour le fonctionnement de notre société », est-il convaincu.

Aujourd’hui, observe-t-il, de plus en plus d’hommes souhaitent s’impliquer. Pendant longtemps, la responsabilité de la contraception reposait surtout sur les femmes. « On voit maintenant des hommes qui disent : « Je veux participer à la contraception du couple » ou « Je veux avoir le contrôle sur ma propre contraception ». »

Sur les traces du Dr Weiss

Le parcours du Dr Bercier est aussi marqué par l’héritage du Dr Ronald Weiss, un pionnier canadien de la vasectomie sans scalpel et sans aiguille, avec lequel il s’associe en 2019.

« J’ai vu à quel point il était passionné et rigoureux. Pour lui, le nombre d’interventions était une façon de mesurer l’impact et l’efficacité de son travail », note-t-il.

Le Dr Weiss a réalisé plus de 58 000 vasectomies. « Je suis encore loin de ça, mais je marche un peu dans ses traces », estime le Dr Bercier.

Cette continuité l’a particulièrement touché lorsque la conjointe du Dr Weiss est venue visiter la clinique lors de rénovations. « Elle a dit : « The little story of 29 Clemow (adresse de la clinique à Ottawa) continues. » Savoir qu’on fait vivre un héritage, ça donne tout son sens au travail », confie le Dr Bercier, qui prévoit à l’été 2026 la rénovation de la clinique du Dr Weiss.

Même après des milliers d’interventions, l’innovation demeure centrale. « On peut toujours améliorer les techniques, mais surtout développer de nouvelles formes de contraception masculine. Les gels injectables et réversibles pourraient révolutionner le domaine », fait-il savoir.

Le Dr Bercier collabore avec des entreprises pour développer ces solutions. Des études cliniques sont prévues dès 2026, et des patients seront invités à y participer.

Kelly Burke sera la prochaine commissaire aux langues officielles

OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney a approuvé la nomination de la juriste franco-ontarienne Kelly Burke comme prochaine commissaire aux langues officielles, et ce, pour un mandat de sept ans.

Le certificat de nomination a été déposé ce lundi aux Communes par Kevin Lamoureux, secrétaire parlementaire du leader du gouvernement à la Chambre des communes, après la période des questions. Sa nomination doit encore être approuvée par un comité parlementaire, puis par la Chambre des communes et le Sénat lors d’un vote, ce qui devrait en principe être une formalité.

À la fin de 2025, son nom avait été pressenti pour occuper cette fonction, elle qui doit remplacer Raymond Théberge, dont le mandat prend fin ce mercredi.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada a dit « accueillir positivement » l’arrivée de Mme Burke, soulignant que « ce n’est vraiment pas le moment de laisser vacant le poste de commissaire aux langues officielles ».

« Outre la connaissance de nos communautés, nous tenions à ce que la personne qui succéderait à Raymond Théberge connaisse bien la Loi sur les langues officielles modernisée et la nouvelle approche que celle-ci représente. Mme Burke coche plusieurs cases importantes et nous lui offrons notre entière collaboration », a indiqué Liane Roy, présidente de la FCFA dans un communiqué.

Kelly Burke a été commissaire aux services en français de l’Ontario de 2020 à 2023. La Franco-Ontarienne, originaire de Cornwall, a notamment occupé le poste de sous-ministre adjointe au ministère des Affaires francophones de l’Ontario. Elle arrive au moment même où Ottawa doit adopter des règlements visant à renforcer les pouvoirs du commissaire aux langues officielles, notamment pour les pénalités financières.

« Nous avons besoin d’une commissaire qui fera partie du processus pour veiller à ce que les règlements remplissent la promesse de la Loi sur les langues officielles modernisée », mentionne d’ailleurs Liane Roy.

Le mandat de sept ans de Raymond Théberge avait été prolongé deux fois au cours de la dernière année à titre intérimaire.

Une lueur d’espoir pour des municipalités du Nord dépendantes de la meurtrière Route 11

OPASATIKA – Une aire de repos pour véhicules devrait voir le jour en 2027 sur la Route 11 à Opasatika, une oasis vitale pour plusieurs municipalités du Nord. Le maire, Jacques Dorval, revient sur la tragédie de décembre 2025 qui a coûté la vie à une mère et ses deux filles. Plusieurs élus pointent du doigt la pénurie d’aménagements comme facteur aggravant et pressent le gouvernement d’agir face à l’insécurité routière chronique du Nord de l’Ontario.

Le projet initial, une station-service pour camions, a évolué pour devenir une infrastructure plus large destinée également au public et aux touristes. Bien que le site ait été approuvé, un terrain vacant entre la rivière et le bureau municipal, une confirmation écrite de la part de la province se fait encore attendre.

« On m’a dit que la date de construction envisagée était 2027, mais je n’ai eu aucun suivi », s’inquiète Jacques Dorval, le maire d’Opasatika.

Interrogé par ONFR, le ministère des Transports de l’Ontario a répondu que « la conception préliminaire et le choix du site sont presque terminés. Le projet passera ensuite à l’étape de la conception détaillée. »

Les estimations préliminaires des coûts sont en cours d’élaboration et dépendront du choix final du site ainsi que de l’ampleur des travaux, précise une porte-parole.

Le site proposé comprendrait des toilettes chauffées avec chasse d’eau accessibles à l’année, des espaces de stationnement pour les véhicules de tourisme et commerciaux, ainsi que de l’eau potable et le Wi-Fi.

« Des caractéristiques additionnelles incluraient une aire de pique-nique et un espace réservé à l’exercice des animaux de compagnie. De plus, la capacité du site à accueillir de futures infrastructures de recharge pour véhicules électriques sera examinée », ajoute le ministère.

Le projet accéléré à la suite d’un accident mortel

La nécessité d’une nouvelle aire de repos a été renforcée par un accident mortel près d’Opasatika, le 21 décembre dernier, une collision avec un camion semi-remorque ôtant la vie à trois des quatre membres d’une même famille, à bord du véhicule, la mère et les deux enfants.

En déplacement à la conférence annuelle de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario (ROMA), M. Dorval a raconté à ONFR la mobilisation du village de moins de 300 habitants.

« Nous étions dans la salle des fêtes pour la fête de fin d’année quand on a reçu l’appel vers minuit. Nous avons fait les allers-retours sur les lieux de l’accident et jusqu’à 6h30 du matin nous étions sur place, à apporter des boissons chaudes et collations aux premiers répondants dans le froid. Des collègues de Kapuskasing sont venus nous prêter main-forte. »

Jacques Dorval, le maire d’Opasatika, à la conférence 2026 de ROMA. Photo : Sandra Padovani/ONFR

« Pour le chef pompier qui est un ami, au moment de l’extraction, ça a été dur d’ouvrir la portière de voiture et de recevoir le corps d’un enfant inanimé dans les bras. Il n’a pas pu rester sur place, ces enfants-là ayant l’âge de nos petits-enfants, et la mère de famille ayant l’âge de nos enfants », raconte-t-il gravement.

« Les politiciens ne voient pas ça de leurs propres yeux et ne prennent pas l’ampleur de la chose ».

La fermeture de la route a laissé une cinquantaine de camions et des familles bloqués dans le village sans services sanitaires ni nourriture.

M. Dorval souligne le fait que la majeure partie des accidents implique des camionneurs et les mauvaises conditions des routes en hiver. Or, « il n’y a rien sur des kilomètres à la ronde pour les camions pour s’arrêter avant leur destination, se reposer ou échapper à une tempête de neige par exemple ».

Selon celui-ci, sans aires de repos, les camionneurs, mais aussi les touristes ou les gens du coin, qui naviguent entre nord et sud, se retrouvent isolés et vulnérables dès que les conditions se détériorent, n’ayant nulle part où se réfugier ou se ravitailler.

De nombreuses autres municipalités du Nord sont concernées par la situation de la route 11, dont Moonbeam, Hearst, Kapuskasing, Fauquier, Cochrane, ou encore Smooth Rockfalls, et soutiennent le projet s’accordant à dire qu’il n’y a pas assez d’espaces de repos sécuritaires sur les routes. Une manifestation a d’ailleurs eu lieu samedi pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur les dangers de cette route.

Un besoin critique d’infrastructures selon le maire de Hearst

Roger Sigouin, maire de Hearst, appuie son homologue : «  Il y a un besoin de plus d’infrastructures. Quand les routes sont fermées, en ville, ce n’est pas joli. C’est nous qui sommes en première ligne, le gouvernement semble oublier ça. »

Il a lui aussi soumis une demande de construction de stationnement pour les camions lourds au centre-ville de Hearst.

« La Transcanadienne (dont la route 11 constitue la branche nord) est conçue pour un trafic léger. En plus de ne pas y avoir d’aires, il n’y a pas de routes de dépassement ni d’accotements pavés. J’ai moi-même perdu ma belle-mère et mon beau-frère. Imaginez-vous les tragédies qui s’y passent… »

« On travaille très fort pour sécuriser la route 11 en faisant des démarches auprès du gouvernement parce qu’ils n’ont aucune vision pour les dix prochaines années », accuse celui-ci. Ça fait 35 ans que je suis en politique, j’ai goûté à tous les partis politiques, sans qu’aucun ne fasse rien. Les gens sont tannés. »

La cheffe néo-démocrate, Marit Stiles, entourée de plusieurs membres de son caucus, en scrum à la conférence 2026 de la ROMA. Photo : Sandra Padovani/ONFR

En conférence de presse, la cheffe du parti d’opposition officielle, Marit Stiles, a commenté : « C’est très frustrant que rien ne se passe alors que mes collègues (des députés néo-démocrates) ont mis sur pied quatre projets de loi pour sécuriser ces routes. Les progressistes-conservateurs ne s’occupent pas de ces routes tout simplement parce qu’ils n’ont pas à les emprunter pour se rendre au travail ou pour accéder à des soins. »

De s’indigner : « Non seulement des gens perdent la vie sur ces routes du nord, mais quand elles sont fermées, on ne peut plus se déplacer et on en peut plus acheminer des biens. Je ne comprends pas que le gouvernement ne voit pas ça comme un projet fondateur pour l’Ontario. »

Le ministère des Transports a, quant à lui, également assuré que d’autres aires de repos étaient en cours de planification le long du corridor de la route 11, incluant des sites potentiels près des intersections avec la route 631 et la route 655, ainsi que dans les secteurs de Marten River et de Sand Dam Road, sans date de construction annoncée pour l’heure.

Delphine Petitjean : le choix de l’information locale à Cornwall

CORNWALL – Rédactrice en chef d’On a le choix, une publication numérique de l’Est ontarien, la journaliste d’origine belge Delphine Petitjean fait vivre l’actualité des Comtés unis de Stormont, Dundas et Glengarry. Une mission d’information menée de concert avec son conjoint depuis la ville de Cornwall.

« Quand et pourquoi avez-vous choisi de créer un média francophone dans l’Est ontarien?

Le projet s’est réellement concrétisé en 2021, notamment avec l’achat du nom de domaine, mais l’idée est née plus tôt. Je porte ce projet avec mon partenaire, Raphaël Machiels. Nous venons tous les deux de Belgique : lui a travaillé en télévision et moi, j’ai une formation en journalisme de presse écrite.

J’ai toujours observé les médias, en Europe comme au Québec après mon arrivée. J’ai été frappée par certaines différences, notamment la place très importante accordée aux chroniqueurs au Québec. En Belgique, même à la radio, l’approche reste très journalistique et factuelle.

Puis est arrivée la pandémie. C’était une période de remise en question. J’ai eu le sentiment que la société devenait très polarisée et que l’opinion prenait souvent le pas sur l’information. Cela m’a donné envie de revenir à l’essentiel : remettre les faits au cœur du travail journalistique et offrir une diversité d’informations pour permettre aux gens de se forger leur propre opinion.

Pourquoi avoir choisi Cornwall pour lancer ce média?

À la base, ce n’était pas un choix professionnel, mais personnel. Nous avons quitté le Québec pour nous installer à Cornwall afin que nos enfants puissent fréquenter l’école francophone. Je savais que créer un média était un pari difficile. Or, il s’est avéré qu’il n’y avait plus de média francophone local depuis 2016. Nous étions donc, sans l’avoir planifié, au bon endroit au bon moment.

Sans compter que la communauté francophone ici est en croissance, notamment grâce à l’immigration. Il y avait clairement un besoin d’information francophone en milieu linguistique minoritaire.

Vos contenus sont publiés en français et parfois en anglais. Comment s’opèrent vos choix linguistiques?

Notre mission est avant tout francophone. Nous essayons de représenter la communauté francophone au maximum. Cela dit, nous évoluons dans une région bilingue. Pour certaines productions, surtout vidéo, nous interviewons des anglophones (avec des sous-titres en français) afin de ne pas limiter l’accès à l’information. Être un média francophone ici, c’est aussi s’adapter à la réalité linguistique locale.

Enjeux sociaux, environnementaux, communautaires… Vous abordez des sujets très variés. Comment définiriez-vous votre ligne éditoriale?

Nous sommes très ancrés localement. À la base, nous sommes un journal écrit, mais nous avons intégré une approche plus documentaire, qui correspond à notre sensibilité. Nous aimons relier le local à des enjeux plus globaux, prendre du recul. La variété vient aussi de notre curiosité et du fait qu’une partie importante de notre audience est issue de l’immigration. Les sujets reflètent à la fois notre parcours et la réalité de Cornwall.

Delphine Petitjean et Raphaël Machiels forment le duo fondateur du média On a le choix. Photo : Gracieuseté On a le choix

Vous travaillez en tandem avec votre conjoint. Comment se répartissent les rôles?

Raphaël s’occupe de toute la partie technique : l’audiovisuel, le web, le développement. Il est devenu développeur web au Canada. De mon côté, je gère la partie journalistique. Nous avons aussi commencé à accueillir des collaborateurs, notamment des chroniqueurs avec des expertises précises. L’idée est d’impliquer progressivement la communauté.

Pourquoi avoir nommé votre média On a le choix?

À l’origine, c’est lié à notre parcours personnel. Nous avons fait beaucoup de choix dans notre vie et nous croyons qu’il faut se donner les moyens de ses envies. Sur le plan journalistique, On a le choix signifie aussi donner aux lecteurs les informations nécessaires pour qu’ils puissent se forger leur propre opinion, en français et en milieu minoritaire. C’est une philosophie autant qu’un nom.

Y a-t-il un reportage qui a constitué pour vous une réelle découverte?

Oui, celui sur l’approche de la police communautaire de Cornwall, notamment face à la crise des opioïdes. J’ai été frappée par leur vision très humaine, axée sur la prévention, la santé mentale et les enjeux sociaux, plutôt que sur une approche strictement coercitive. C’est une sensibilité que je trouve très intéressante et qui s’explique aussi par la taille de la communauté.

À travers des entrevues et reportages de terrain, Mme Petitjean immerge ses lecteurs dans la vie locale et décrypte les enjeux qui font écho dans l’Est ontarien. Photo : Gracieuseté On a le choix

Quels sujets d’actualité vous stimulent le plus?

Ceux qui mettent en lumière l’implication citoyenne et le dynamisme de la région. Par exemple, un reportage sur une loi liée à la préservation de l’habitat des espèces, où nous avons tenté de recueillir l’ensemble des points de vue. Ce sont ces reportages qui montrent la richesse locale et l’importance d’un média de proximité pour relayer les enjeux qui touchent directement les citoyens.

Quelle couverture médiatique vous a personnellement touchée?

Je pense à un reportage sur la crise des opioïdes, notamment la rencontre avec une personne ayant vécu des problèmes d’addiction. Elle nous a expliqué à quel point cela peut arriver à n’importe qui. Il est important de transmettre un message de tolérance. Les portraits, notamment ceux des anonymes, ont aussi été des expériences humaines très fortes. En peu de temps, on crée un lien intime avec les personnes et on entre réellement dans leur histoire.

Avant de vivre à Cornwall, vous avez vécu en Belgique et au Québec. Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours?

En Belgique, après ma formation en journalisme, j’ai travaillé en presse écrite, puis principalement dans l’enseignement et l’insertion professionnelle, souvent en lien avec l’immigration. Raphaël a étudié le cinéma et travaillé en télévision comme caméraman, monteur et technicien.

Nous sommes arrivés au Canada en 2013 et avons vécu à Québec. J’y ai coordonné le projet de francisation en entreprise dans l’équipe de formateurs du Cégep de Sainte-Foy. J’étais aussi enseignante de français durant ces années. Raphaël, de son côté, s’est tourné vers le développement web et le marketing numérique.

Cette dimension sociale semble très présente dans votre parcours...

Oui. Je n’ai jamais cessé d’écrire. Être journaliste, c’est aussi être un peu sociologue. J’ai toujours été curieuse de l’humain et de ses dynamiques. Tout cela se rejoint naturellement dans ce que je fais aujourd’hui.

Autour de la rédactrice en chef, l’équipe commence à grandir avec notamment l’apport de chroniqueurs enrichissant l’offre et la diversité des contenus. Photo : Gracieuseté On a le choix

Qu’appréciez-vous le plus dans la vie à Cornwall et dans l’Est ontarien? Et inversement : qu’est-ce qui vous manque le plus?

C’est la dynamique communautaire. Je suis impressionnée par l’énergie d’une communauté qui n’est pas si grande. On ne s’ennuie jamais. Il y a un sentiment de grande famille, très différent de ce que j’ai connu ailleurs. Ce qui me manque le plus, ce sont certaines nourritures, des madeleines de Proust. Mais honnêtement, pas grand-chose d’autre!

Avez-vous observé un impact local lié à la proximité de la frontière américaine?

Il y a eu des pertes d’emplois dans certaines entreprises et une volonté de consommer davantage localement. Au niveau municipal, les relations transfrontalières restent importantes. C’est toujours un équilibre entre maintenir des liens et renforcer l’économie locale. On a justement fait des sujets là-dessus.

Comment imaginez-vous l’avenir de votre média?

On arrive à un moment charnière. Les opportunités grandissent, mais cela implique aussi plus de gestion. Je vois l’avenir à travers le renforcement de partenariats et l’accueil progressif de collaborateurs. Je suis de nature prudente. Grandir, oui, mais en veillant à l’équilibre de la charge de travail et à la cohérence du projet.

Avez-vous le sentiment de contribuer à la démocratie locale à travers votre travail?

Oui, clairement. Nous recevons beaucoup de retours de citoyens qui nous disent que notre travail a un impact. Nous avons aussi reçu un Prix d’excellence de la Chambre de commerce de Cornwall, dans la catégorie Nouvelle Entreprise de l’année 2024, ce qui a été une belle reconnaissance et a nourri notre sentiment d’appartenance. Mais au-delà du prix, ce sont surtout les retours humains qui comptent : donner la parole à des gens qui ne l’ont pas ailleurs et proposer une information équilibrée et approfondie. »


1980 : Naissance à Namur (Belgique)

2013 : Immigration au Canada et installation à Québec

2021 : Arrivée en Ontario et lancement du média On a le choix

2025 : Reçoit le Prix d’excellence Nouvelle Entreprise de l’année 2024’excellence de la Chambre de commerce de Cornwall

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Clin d’œil aux « snowbirds » franco-ontariens

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

[CHRONIQUE]

Je ne suis pas journaliste… et encore moins chroniqueur. Il y a presque vingt ans, j’ai fait du journalisme étudiant pour L’Orignal déchaîné et La Rotonde; j’ai aussi agi comme recherchiste à CBON (Radio-Canada, Sudbury). Cela étant, j’ai les deux pieds ancrés dans la recherche historique depuis ce temps-là.

Lorsque le rédacteur Rudy Chabannes m’a approché pour rédiger une chronique mensuelle sur l’histoire franco-ontarienne, j’étais touché et perplexe, à la fois. En tant qu’historien, mon travail consiste à prendre du recul sur les événements, afin de les voir dans le temps long des tendances qui façonnent l’expérience franco-ontarienne. Il n’aurait pas été réaliste, non plus, de produire des textes fouillés sur l’actualité à partir de nouvelles recherches, dans le cadre d’une chronique bien ponctuelle, à moins d’en faire un travail à temps plein.

C’est en réfléchissant à la proposition généreuse du Groupe média TFO que je me suis dit qu’une chronique en histoire franco-ontarienne pourrait mettre en valeur des segments de recherches que j’avais déjà réalisées et qui pourraient avoir un lien avec une fête récurrente, la saison ou une autre thématique.

En ce début de la nouvelle année, au creux de la saison froide au Canada, je me rappelle de ma toute première recherche, qui portait sur l’histoire des Franco-Ontariens qui fuient l’hiver, en Floride. Ce qui est devenu une thèse de maîtrise (2009) et un livre chez Prise de parole (2016) s’inspirait d’une expérience bien personnelle.

Plus peur de l’hiver que du Diable, éditions Prise de parole

Comme enfant, lors du congé scolaire en mars, je fréquentais la communauté hivernante de Palm Beach Mobile Homes, à Lake Worth (à 100 kilomètres au nord de Miami), où ma grand-mère paternelle, Rollande Turgeon, a passé ses hivers de 1990 à 2011. À l’époque, la majorité de ces maisonnettes appartenait à des Franco-Ontariens, des résidents des régions de Sudbury et du Nipissing-Ouest, ou à des Québécois, généralement issus du Grand Montréal.

Alors que l’historien Yves Frenette avait écrit, dans sa brève histoire des Canadiens français (1998), que sa synthèse portait sur un peuple qui n’existait plus, j’étais fasciné de retrouver une petite communauté où des Franco-Ontariens, des Québécois et des Franco-Américains redevenaient des Canadiens français, le temps de la saison froide, et bâtissaient de nouvelles communautés en exil, à la chaleur.

L’un des bâtisseurs du Club canadien-français de Lake Worth, Maurice Ouellette, nous a quittés le 24 octobre 2025, à l’âge de 96 ans. Ouellette avait été un précieux témoin de la constitution du Club canadien-français et de la communauté locale de langue française, ayant passé une partie ou la totalité de ses hivers à Lake Worth de 1963 à 2019.

Plusieurs amis, beaux-parents, beaux-frères, belles-sœurs, neveux et nièces, enfants et petits-enfants, l’ont suivi pour des vacances ou des séjours prolongés. En plus d’avoir lâché la phrase, au micro d’Éric Robitaille en novembre 2006, « Moi, j’ai bien plus peur de l’hiver que du Diable », qui est devenue le surtitre de mon livre dix ans plus tard, Maurice Ouellette m’a raconté de nombreuses histoires au sujet de l’attractivité et de l’accessibilité de Lake Worth : la possibilité de faire l’acquisition d’une maison mobile pour moins de 10 000 $, le faible coût de la vie en Floride, le plaisir de loisirs estivaux à faible coût, l’accueil de la parenté, puis l’intense vie communautaire autour du Club canadien-français, qu’il a présidé de 1982 à 1997.

Tandis que le Club avait été fondé, en 1973, comme club bilingue d’immigrants Québécois et de migrants Franco-Américains, Ouellette l’a transformé en club de snowbirds, en tâchant d’attirer les Franco-Ontariens qui fréquentaient des clubs anglophones qui n’entretenaient « pas les mêmes habitudes » que les francophones, puis de les rapprocher des Québécois de son club, puisqu’il s’agissait de « mêmes gens », dans son esprit (Ouellette, 7 janvier 2008).

L’homme d’affaires avait aussi des opinions tranchées sur les soirées dansantes au Club canadien-français, qui ont commencé à admettre la danse en ligne, une mode de musique country et de danse individuelle du tournant des années 1990. Maurice Ouellette n’en revenait pas que ce qu’il assimilait à un type de « culture physique » diminue la place accordée à la danse sociale traditionnelle, dans un club social  de surcroît.

Puisque la proportion de veufs et de veuves augmente à partir de la soixantaine, la danse sociale comportait la fonction de favoriser la formation de nouveaux couples. D’ailleurs, en 1996, ma grand-mère Rollande a rencontré son copain, Jean, sur le plancher de danse…

Maurice Ouellette a fondé une entreprise de stuc à Sudbury en 1964. Au cours de sa carrière, il a aussi bâti et rénové des maisons dans les régions de Sudbury (de mai à octobre) et de Palm Beach (de novembre à avril). Sa conjointe, Yolande Dupuis (1927-1977) a mis au monde 10 enfants du clan Ouellette.

Dans une notice nécrologique de la Coopérative funéraire de Sudbury, ils l’ont décrit comme « un excellent pourvoyeur pour sa famille aimante ». Pour l’avoir interviewé à quelques reprises, j’ajouterais que Maurice Ouellette était un excellent conteur, l’un des plus loquaces représentants d’une longue tradition orale, chez les anciens Franco-Ontariens, qu’on a intérêt à ne pas négliger dans nos travaux sur l’histoire franco-ontarienne.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Matteo de Brienne, un premier pas vers le niveau international

GÖTEBORG (SUÈDE) – Un quart d’heure sur la pelouse, un maillot qu’il rêvait d’enfiler, et une victoire symbolique face au Guatemala. Pour Matteo de Brienne, le camp d’entraînement de l’équipe nationale canadienne auquel il a participé en janvier à Los Angeles marque un tournant. Même si la rencontre remportée 1-0 n’a finalement pas été homologuée comme un match international A, l’arrière gauche franco-ontarien a vécu une première expérience marquante au plus haut niveau.

« C’était un moment incroyable, juste pour être capable d’être à côté et de pratiquer avec les gars que tu regardes à la télévision chaque mois, pendant la Gold Cup ou les grands matchs, raconte-t-il. Être là, apprendre, appliquer ce qu’ils font, c’était vraiment spécial pour moi. »

Sur le papier, ce Canada–Guatemala ne comptera pas dans les statistiques officielles. Mais sur le terrain, l’enjeu était bien réel. Le Canada s’est imposé 1-0 face à une sélection guatémaltèque proche de celle alignée lors de la dernière Gold Cup qui avait éliminé les Rouges en quarts de finale. Pour de Brienne, cette victoire a une saveur particulière.

« Juste d’être capable de mettre le maillot et de battre le Guatemala, surtout après ce qui s’était passé la dernière fois, c’était incroyable. Même si ce n’était pas officiellement ma première sélection A, pour moi, ça reste une expérience extrêmement positive. »

Apprendre à jouer collectif, autrement

Entré en jeu pour une quinzaine de minutes, le défenseur de 23 ans a surtout profité de ce rassemblement pour se jauger face au rythme international. Et le constat est rassurant.

« Honnêtement, je ne me suis pas senti si loin que ça. La qualité en Suède est vraiment bonne. La grande différence, c’était surtout la manière de jouer avec l’équipe nationale. »

Matteo de Brienne a beaucoup appris aux côtés du vétéran Kamal Miller lors du stage avec l’équipe nationale. Photo : Canada Soccer

Ce camp a aussi été une école tactique. Dans le système canadien, chaque déplacement est calibré, chaque course pensée pour le collectif. Une adaptation qui n’a pas été immédiate pour un joueur habitué à beaucoup courir.

« Les trois premiers jours, j’étais trop fatigué, explique-t-il en souriant. Jesse (Marsch) m’a dit : ‘Ici, tu ne cours pas à 100 %, tu cours à 25 % au bon moment’. Kamal Miller m’a beaucoup aidé. Il me disait : ‘Cours droit, ne contourne pas le joueur. Si quelqu’un passe, je suis là’. »

Un apprentissage accéléré, mais précieux. « Comprendre que tout le monde travaille ensemble, les dix joueurs et même le gardien, ça m’a vraiment aidé à devenir une meilleure version de moi-même pendant le camp. »

Du Canada à la Suède : un pari gagnant

Si Matteo de Brienne en est là aujourd’hui, ce n’est pas un hasard. Il y a un an, il faisait le choix de quitter Ottawa et la Première Ligue canadienne (PLC) pour tenter l’aventure européenne, en rejoignant le club de GAIS, en Suède.

Une transition loin d’être simple au départ. « Le début de saison a été compliqué. Je travaillais fort, mais je ne jouais pas beaucoup. J’étais dans une rotation, et mentalement, ce n’était pas facile. »

Il a fallu dix matchs à l’Ottavien pour s’imposer à GAIS en tant que titulaire au poste d’arrière gauche. Photo : Filip Kauffeldt/GAIS

Plutôt que de subir, de Brienne provoque une discussion franche avec son entraîneur.

« J’avais vraiment besoin de parler avec mon coach pour lui demander ce que je devais faire pour jouer plus et sortir de la rotation. Il m’a dit exactement ce que je devais travailler. Après le rendez-vous, je l’ai remercié, parce que je n’aime pas entendre : ‘Tu fais tout bien, ça va venir’. Je veux savoir précisément ce que je dois améliorer. »

Le déclic arrive autour du dixième match. Il enchaîne alors cinq titularisations, inscrit son premier but avec le club, puis sa première passe décisive. L’équipe termine la saison à la troisième place, synonyme de qualification pour les tours préliminaires de la Ligue Conférence de l’UEFA.

« Comprendre le système, comprendre le coach, savoir qu’on peut se dire les choses franchement… ça a tout changé pour le reste de la saison. »

S’adapter aussi en dehors du terrain

L’adaptation ne s’est pas jouée uniquement sur le terrain. À Göteborg, l’Ottavien découvre un nouveau mode de vie. « La plus grosse différence, c’est la nourriture, sourit-il. Ici, tout est très axé sur la santé. »

Le Franco-Ontarien et ses coéquipiers célèbrent la qualification pour la Coupe d’Europe. Photo : Filip Kauffeldt/GAIS

Pour le reste, l’intégration est fluide. La barrière de la langue n’en est pas vraiment une. « Les Suédois parlent un anglais incroyable, parfois même meilleur que certains Canadiens. Le club m’a aussi beaucoup aidé, et maintenant, on va même avoir un professeur de suédois. »

Vivre près du centre-ville, se déplacer facilement, recevoir famille et amis : tout contribue à un équilibre qui se ressent sur le terrain.

Une première porte ouverte…

Ce camp avec le Canada n’est peut-être qu’une étape, mais elle compte. « Dans ma tête, si j’ai une autre bonne saison ou quelques bons mois, je peux revenir avec l’équipe A. Je le vois comme ça. »

Le message est clair : la Première Ligue canadienne peut mener loin. « On a vu plusieurs joueurs passés par la PLC dans ce camp. Ça montre que le niveau monte chaque année. C’est une vraie porte d’entrée. »

À 23 ans, Matteo de Brienne ne s’enflamme pas. Il sait d’où il vient, et ce que ce premier pas représente. Une expérience fondatrice, qui lui a permis de se mesurer au niveau international et de confirmer que la marche vers ce plus haut niveau est peut-être moins haute qu’il ne l’imaginait.

Matteo de Brienne et Sam Salter (9), pourront bientôt célébrer de nouveau des buts ensemble, cette fois sous les couleurs de GAIS. Photo : Tim Austen/Freestyle Photography

Cap sur la saison prochaine

Pour la suite, il se projette avec ambition, mais sans brûler les étapes. Après une saison conclue à la troisième place avec GAIS et une qualification européenne, l’objectif est clair : continuer à s’imposer comme un titulaire et viser plus haut collectivement. « Finir troisième, ce n’était pas suffisant pour moi. Ce n’était pas le numéro un », résume-t-il, déjà tourné vers une saison qui s’annonce dense, entre championnat, coupe nationale et échéances européennes.

Dans ce nouveau cycle, il pourra aussi compter sur l’arrivée prochaine de Sam Salter, ancien coéquipier à l’Atlético Ottawa. Un renfort familier, et aussi un allié linguistique.

« Je vais lui dire : ‘Pendant toute l’année, tu me parles en français’ », sourit de Brienne. Une nécessité, précise-t-il, car « ma grand-mère n’est pas contente avec moi ». Une motivation supplémentaire pour entretenir son français, tout en poursuivant son aventure suédoise.

Encore plus d’écoles francophones en Ontario cette année

Rénovations et nouvelles écoles : les conseils scolaires francophones de l’Ontario affichent un calendrier chargé pour les prochaines années. Objectif : répondre à la croissance démographique des communautés francophones à travers la province.

Les chantiers de construction seront nombreux au cours des prochains mois dans plusieurs régions de l’Ontario afin de répondre aux besoins des milliers d’élèves qui choisissent le français pour leur parcours scolaire. Commençons notre tour d’horizon dans la région d’Ottawa où le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) poursuit son développement. Deux écoles élémentaires verront le jour grâce à des investissements du gouvernement ontarien.

À Ottawa, l’École élémentaire publique Orléans-Sud ( plus de 10,7 millions de dollars) devrait accueillir 354 élèves et offrir 59 places en garderie dès septembre 2026. 

De son côté, l’École élémentaire publique Kanata-Stittsville (plus de 12,4 millions de dollars) pourra recevoir 475 élèves et proposera également 59 places en service de garde.

Le CEPEO prévoit aussi trois nouvelles mises en service pour septembre 2027 : une école secondaire publique à Orléans-Sud, une autre à Clarence-Rockland, ainsi qu’une école élémentaire publique à Leitrim, à Ottawa.

Plusieurs chantiers au CECCE

Au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), la future École élémentaire catholique Avalon III, à Orléans, doit accueillir ses premiers élèves à la rentrée 2026-2027. L’établissement, soutenu par un investissement provincial de 10,6 millions de dollars, comptera 412 places de la maternelle à la 6e année et 49 places en service de garde.

Parallèlement, plusieurs projets d’agrandissement sont en cours de planification. À l’École élémentaire catholique J.-L.-Couroux, l’ajout de six salles de classe permettra de créer 138 places supplémentaires. Les travaux devraient débuter à l’été 2026 pour une livraison prévue à la rentrée 2027.

À l’École élémentaire catholique Notre-Dame-des-Champs, quatre nouvelles classes viendront augmenter la capacité de 92 places. Entamés en 2026, les travaux devraient être complétés à l’hiver 2027.

Le CECCE projette également l’ouverture, pour la rentrée 2027-2028, d’une école secondaire catholique à Riverside-Sud, pouvant accueillir jusqu’à 826 élèves, afin de répondre à la forte croissance démographique du secteur. S’ajoute à cela le chantier de l’Académie catholique Notre-Dame, qui regroupera une école de 417 places et un service de garde de 49 places sous un même toit.

Les travaux de construction de la première école secondaire catholique francophone du secteur de Riverside-Sud à Ottawa ont été lancés le 2 décembre 2025. Photo : Amine Harmach / ONFR

Un financement provincial a aussi été accordé pour la construction d’une nouvelle école élémentaire catholique à Leitrim. D’une capacité de 412 élèves, elle vise à réduire la pression exercée sur l’École élémentaire catholique Sainte-Bernadette, avec une livraison attendue à l’automne 2027.

Enfin, le Conseil poursuit la transformation du bâtiment Deschâtelets, destiné à accueillir l’École élémentaire catholique Au Cœur d’Ottawa. Ce projet, rendu possible par un financement total de 21,2 millions de dollars (19,3 millions provenant de la province et 1,9 million du programme Canada–Ontario) permettra de compléter les rénovations, d’ajouter un gymnase annexé en partenariat avec la Ville d’Ottawa et d’aménager un centre communautaire. À terme, l’école offrira 489 places et 39 places en garderie, pour une occupation prévue en janvier 2027.

Investissements dans le Nord et le Centre

Dans le Nord de l’Ontario, le Conseil scolaire public du Nord-Est poursuit ses travaux à l’École publique Passeport Jeunesse, à Hearst. Après une première phase achevée en 2025, la seconde, prévue en 2026, consistera à ériger un nouveau bâtiment destiné aux élèves du secondaire, de la 9e à la 12e année.

Dans le Centre de la province, le Conseil scolaire Viamonde annonce la mise en service, dès septembre prochain, de la nouvelle construction permanente de l’École élémentaire Paul-Demers, à North York, à Toronto. Évalué à environ 22 millions de dollars, l’établissement pourra accueillir 412 élèves et comprendra également des espaces de garderie.

Le Conseil scolaire catholique MonAvenir prévoit, pour septembre 2026, l’arrivée d’une nouvelle école élémentaire catholique à Mississauga-Ouest. L’établissement, qui comptera environ 300 élèves de la maternelle à la 6e année, deviendra la quatrième école élémentaire catholique francophone du Conseil dans ce secteur.

La future école de Mississauga deviendra la quatrième école élémentaire catholique francophone du Conseil dans ce secteur. Crédit : Conseil scolaire catholique MonAvenir.

Plusieurs autres projets structurants figurent également au calendrier, notamment l’agrandissement de l’École élémentaire catholique Saint-René-Goupil, à Guelph, dont l’ouverture est envisagée dès septembre 2026, ainsi que la construction d’une nouvelle école secondaire catholique à Brampton, pour laquelle la pelletée de terre est attendue avant la fin de l’année scolaire en cours.

Le Conseil annonce en outre de futures écoles élémentaires catholiques à Brooklin et à Cobourg, de même que deux nouvelles écoles secondaires catholiques à Milton et à Durham Est. Les travaux sont prévus durant l’année scolaire 2026-2027.

Pour le Conseil scolaire catholique des Grandes Rivières, le principal projet de l’année demeure la construction d’un nouveau service de garde à l’école catholique Jacques-Cartier, à Timmins. Attendu en janvier 2027, ce centre comptera trois salles, permettant d’accueillir 10 poupons, 15 bambins et 16 enfants d’âge préscolaire.

Unis pour séduire : les collèges et universités francos font front commun

TORONTO – Clips numériques, bannières promotionnelles, publicité dans toute la province… Les neuf collèges et universités francophones et bilingues de l’Ontario conjuguent leurs efforts pour lancer une nouvelle image de marque autour du thème « La vie de campus », qui donnera dans quelques jours son nom à un nouveau site web concentrant toute l’offre de programmes en français.

Les acteurs du postsecondaire étaient présents ce jeudi à l’Université de l’Ontario français (UOF) à Toronto pour marquer le coup d’envoi d’une campagne coordonnée. Objectif affiché : moderniser l’image de marque des établissements de langue française afin d’inciter les étudiants à poursuivre leurs études en français.

Appuyée à hauteur de 2 millions de dollars par le ministère des Collèges et Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité, via les fonds du Programme des langues officielles en éducation, l’initiative est pilotée par la Table de concertation postsecondaire francophone de l’Ontario qui réunit les neuf collèges et universités francophones et bilingues.

Sa présidente, Lynn Casimiro, croit que travailler sur cette stratégie numérique commune est la preuve qu’« on est plus fort ensemble pour accrocher l’intérêt des jeunes, leur donner le goût d’en savoir un peu plus sur l’offre de programmes. On a plein d’avantages à faire valoir. On a des programmes de qualité et on veut amener les jeunes à les considérer fortement. »

Serge Miville, recteur de l’Université de Sudbury. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

« On a une belle histoire à raconter sur nos établissements et la valeur ajoutée incommensurable de faire ses études en français, abonde Serge Miville, recteur de l’Université de Sudbury. En Ontario, travailler dans un milieu bilingue, c’est synonyme d’une augmentation salariale automatique de 5 à 20 %. On a quelque chose à faire reconnaître et rayonner. »

Chaque année, près de 7000 finissants des écoles secondaires franco-ontariennes se retrouvent devant un choix crucial pour leurs études, la moitié opte pour des programmes anglophones. C’est la cible numéro 1 de cette campagne qui inclut un nouveau site web, une identité visuelle rafraîchie, un déploiement publicitaire dans et hors de la province ainsi qu’une présence numérique et communautaire renforcée.

« On avait déjà un consortium à l’international avec Avantage Ontario. Avoir cet outil-là en Ontario vient refléter la complémentarité de nos institutions, de nos programmes, ajoute Marco Fiola, principal du Collège Glendon, le campus bilingue de l’Université York. On a des offres de programmes très diverses, qu’on soit dans le Nord, dans l’Est. Et chez nous à Glendon, ça va rehausser notre visibilité comme institution bilingue en Ontario et ça ne peut qu’être positif. »

Marco Fiola, principal du Collège Glendon et représentant des universités bilingues. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

La cohésion n’a pas toujours été au rendez-vous entre ces établissements autonomes en compétition et en quête d’équilibre budgétaire, notamment au moment de l’émergence du projet d’Université de l’Ontario français. Mais le temps de la compétition acharnée entre institutions francophones est révolu à en croire les différents leaders du postsecondaire.

« Nous, on n’est pas en compétition avec La Cité, ni avec aucun programme francophone. La compétition, elle est avec les établissements anglophones et les programmes en anglais, affirme Daniel Giroux, président du Collège Boréal.

« Le message est très clair, dit-il : on veut d’abord encourager les étudiants à continuer en français. Et, comme province, pour convaincre, on doit mettre en avant la qualité des programmes en français. »

Daniel Giroux, président du Collège Boréal et représentant des collèges. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

« Même si nous sommes tous contraints de travailler pour soi pour des raisons systémiques, il y a une volonté d’avancer ensemble, insiste Normand Labrie, recteur de l’UOF, qui se réunit tous les trois mois avec ses homologues pour évoquer des défis et projets collectifs. »

Depuis que la Table de concertation existe, les choses ont évolué, renchérit Mme Casimiro : « On a établi des projets et des priorités. Ça change totalement la dynamique de travail en commun. Oui, on a chacun notre identité et nos besoins, mais on a dans le même temps ouvert une nouvelle ère de collaboration. »

Normand Labrie, recteur de l’Université de l’Ontario français (UOF). Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Dans un contexte financier tendu pour la majorité des collèges et universités en Ontario, ce financement arrive à point nommé. Il « rehaussera le profil de nos établissements francophones de calibre mondial et veillera à ce que nous continuions à former des diplômés exceptionnels », plaide Nolan Quinn, ministre des Collèges et Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité.

Pour Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones, c’est la garantie d’une « visibilité accrue pour nos établissements postsecondaires de langue française ».

Réforme du recyclage : des effets variés en Ontario rural

ONTARIO – Depuis le 1er janvier 2026, la gestion du recyclage en Ontario ne relève plus des municipalités. En vertu du principe de responsabilité élargie des producteurs, la collecte et le traitement des matières recyclables sont désormais confiés à des organismes mandatés par l’industrie, dont Circular Materials. Sur le terrain, ce changement se traduit par des réalités très différentes selon les régions, en particulier dans les municipalités rurales, où les élus saluent certains gains tout en soulevant des inquiétudes quant aux effets indirects du nouveau système.

Tecumseh : un modèle solide, mais des zones à surveiller

À Tecumseh, la transition s’inscrit dans la continuité d’une culture du recyclage déjà bien ancrée. Le maire Gary McNamara rappelle que sa municipalité affichait un taux de participation avoisinant les 95 %, bien au-dessus de la moyenne provinciale.

« On s’y est préparés pendant huit ou neuf mois, avec beaucoup d’éducation », explique-t-il, notamment en amont du déploiement du bac vert pour les matières organiques à l’automne 2025. Les premiers audits montrent d’ailleurs une très faible contamination des matières compostables.

Le passage à un bac bleu unique pour tous les recyclables, en remplacement du système à deux flux auparavant en place, représente toutefois un changement logistique important.

« Avant, j’avais deux bacs de 90 gallons. Maintenant, j’ai un seul gros bac », illustre le maire, soulignant que des ajustements ont dû être envisagés pour certaines populations plus vulnérables notamment pour les aînés.

Gary McNamara est maire de Tecumseh depuis 2003. Photo : Mickael Laviolle / ONFR

Mais au-delà du résidentiel, M. McNamara identifie un enjeu plus large : la place accordée aux immeubles à logements multiples et au secteur commercial dans le nouveau cadre.

« Sous Circular Materials, l’accent est mis surtout sur les maisons unifamiliales », observe-t-il, estimant qu’un effort supplémentaire sera nécessaire pour éviter que certains secteurs ne se retrouvent en marge du système.

Opasatika : des économies bienvenues pour une petite municipalité

À Opasatika, le changement est perçu avant tout sous l’angle budgétaire. Pour le maire Jacques Dorval, la réforme permet de soulager une municipalité de 260 habitants de coûts logistiques importants.

Jusqu’ici, la collecte du recyclage mobilisait un camion, des remorques et deux employés municipaux, avec des déplacements réguliers vers Kapuskasing. « On va sauver ces deux ou trois heures-là par deux semaines », explique-t-il, évaluant les économies annuelles à environ 10 000 dollars.

Dans un contexte où l’ouverture ou l’agrandissement d’un dépotoir représente un investissement de plusieurs millions de dollars, ces économies sont jugées significatives. D’autant plus que la population était déjà fortement engagée dans le tri des matières recyclables.

Jacques Dorval se satisfait des économies qu’il a pu faire grâce au changement de législation sur le recyclage. Photo : Sandra Padovani / ONFR

Hearst : gains financiers, mais inquiétudes pour le recyclage commercial

À Hearst, le maire Roger Sigouin dresse un bilan globalement positif du nouveau régime, tout en mettant en lumière une limite importante du système actuel.

Sur le plan municipal, la réforme allège clairement la facture. « C’était vraiment positif au niveau du recyclage parce qu’on n’a plus besoin de payer pour ça. Maintenant, c’est l’entreprise qui paie la ville pour aller le chercher », explique-t-il.

À long terme, la réduction de l’usure des équipements municipaux constitue également un avantage. « La vie de notre camion va être plus longue. À long terme, on est gagnant de tous les côtés. »

En revanche, le maire souligne un changement qui suscite un malaise dans la communauté. Les entreprises locales ne sont plus intégrées au programme de recyclage comme auparavant.

« Le seul côté négatif, c’est qu’on ne peut plus recycler les produits des entreprises locales. On trouve ça vraiment dérangeant comme communauté qui a prêché tout le temps à avancer et à recycler à tous les niveaux. »

Roger Sigouin est le maire de Hearst depuis 24 ans. Photo : gracieuseté

Sans accuser directement qui que ce soit, M. Sigouin met en garde contre les conséquences indirectes d’un tel cadre. En l’absence de solutions accessibles pour les commerces, certaines matières recyclables risquent de se retrouver dans le flux des déchets ultimes, ce qui accélère la saturation des sites d’enfouissement.

« Plus on envoie de produits au dépotoir, plus on avance la fin de vie du site », rappelle-t-il, soulignant qu’ouvrir un nouveau site peut coûter entre 5 et 10 millions de dollars.

Pour les citoyens, toutefois, la transition s’est faite sans bouleversement. « On a encore les bacs pour recycler, ça continue comme avant », précise le maire, notant que la participation demeure élevée dans la population.

Timmins : une adaptation progressive

À Timmins, la mise en œuvre du nouveau système a nécessité quelques ajustements au cours des premières semaines. La mairesse Michelle Boileau reconnaît que la transition ne s’est pas faite sans accrocs.

« Ça se passe bien. C’est sûr qu’au début, on avait peut-être des petits pépins. Il y a eu des ramassages manqués, mais on a pu régler tout ça », explique-t-elle.

La Ville a également revu certains paramètres avec Circular Materials afin d’adapter le dispositif à la réalité locale.

« On a pu négocier avec Circular Materials pour ce qu’ils proposaient par rapport aux dépotoirs. On en avait demandé plus et on a pu avoir une entente », ajoute la mairesse, indiquant que ces ajustements ont permis de stabiliser le fonctionnement du système.

Michelle Boileau possède la double casquette de mairesse de Timmins et de présidente de l’Association française des municipalités de l’Ontario. Photo : gracieuseté

Un même cadre, des effets très différents

Ce tour d’horizon met en évidence une réalité partagée par plusieurs élus ruraux. Si la réforme de 2026 confirme le principe du pollueur-payeur et génère des économies municipales, son application actuelle laisse subsister des zones grises, en particulier pour le recyclage commercial.

Sans être formulée comme une accusation, la préoccupation est claire : un système qui ne couvre pas l’ensemble des acteurs risque, malgré ses intentions, de détourner certaines matières recyclables vers l’enfouissement, avec des conséquences financières et environnementales à long terme pour les communautés.

Valérie Grenier, le dernier virage avant Milan-Cortina

À quelques semaines des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, Valérie Grenier aborde un moment charnière de sa saison. Podium à la maison, places d’honneur sur le circuit et progression en vitesse : sur le plan des résultats comptable, l’hiver est solide. Mais à l’approche du rendez-vous olympique, la skieuse franco-ontarienne se situe surtout à un tournant, convaincue qu’elle peut encore ajuster son ski et hausser son niveau au moment où tout se joue.

La saison 2025-2026 n’a rien de linéaire pour Valérie Grenier. Elle l’assume sans détour : « Ma saison jusqu’à maintenant, c’est des hauts et des bas. Je suis quand même contente de certains résultats, mais je ne suis pas complètement satisfaite. »

Sur le plan des performances, la saison offre pourtant des repères solides. Après un podium à Mont-Tremblant, Valérie Grenier a aussi terminé au pied du podium à Semmering, avec une 4ᵉ place, puis signé un top 10 à Kranjska Gora, où elle a pris le 9ᵉ rang en slalom géant. Des classements qui confirment sa présence régulière parmi les meilleures sur le circuit.

Mais derrière les chiffres, le ressenti est plus mitigé. L’Ottavienne ne s’arrête pas uniquement aux positions finales, mais à ce qu’elle a réellement produit sur la neige.

« Ce n’est pas nécessairement le résultat, mais la façon dont j’ai skié et les erreurs que j’ai faites. Je connais mon potentiel, puis je n’ai pas réussi à l’atteindre lors de ces courses-là. »

À Kranjska Gora en Slovénie, une piste qu’elle affectionne particulièrement, ce sentiment a été encore plus marqué.

« C’est un endroit que j’aime beaucoup, où j’avais quand même l’intention de bien faire, mais je n’ai vraiment pas skié comme j’aurais aimé », confie-t-elle, consciente qu’il lui manque encore cette constance qu’elle recherche avant les Jeux.

Mont-Tremblant, bien plus qu’un podium

Dans cette saison en montagnes russes, Mont-Tremblant s’est imposé comme un point d’ancrage.

« C’était vraiment un moment incroyable. Un rêve qui s’est réalisé. »

L’émotion était d’autant plus forte que l’édition de 2024, annulée une semaine avant, avait laissé un goût amer. Cette fois, tout s’est aligné : la compétition a eu lieu et le podium a été au rendez-vous.

« On était déjà extrêmement contentes que les courses aient lieu. Le podium, c’était la cerise sur le sundae. »

Comme dans un rêve, Valérie Grenier a obtenu son seul podium de la saison chez elle à Mont-Tremblant. Photo : Gary Yee / Canada Alpin

Au-delà de l’image, ce résultat confirme son statut en slalom géant, sa discipline phare, celle où elle se sent aujourd’hui la plus solide et la plus légitime pour viser haut aux Jeux.

La vitesse, un chantier assumé

Autre fil conducteur de sa saison : la vitesse. Descente et super-G représentent encore un chantier, mais un chantier qui progresse.

« C’est un work in progress, mais je trouve que je me suis bien améliorée. Je me sens de mieux en mieux sur mes skis. »

Le verrou principal n’est plus uniquement technique. « Depuis ma blessure (fin janvier 2024), le côté mental me bloquait beaucoup. Maintenant, j’ai plus de confiance. » Une confiance qu’elle bâtit patiemment, en accumulant les descentes d’entraînement, en apprenant les lignes, en prenant ce qu’elle appelle du « mileage ».

Son programme avant les Jeux est très dense, privilégiant les compétitions à l’entraînement. La fin de semaine dernière, elle a signé une 14ᵉ place sur le super-G de Tarvisio en Italie. Deux jours plus tard, elle est revenue à sa discipline de prédilection avec le slalom géant de Kronplatz, où elle a pris la 9ᵉ place, signant un nouveau top 10 sur le circuit. Avant le départ pour Milan-Cortina, un ultime slalom géant en Tchéquie et un dernier bloc de vitesse est prévu à Crans-Montana (Suisse), à la fin du mois de janvier.

Malgré l’imminence des Jeux, elle n’a rien changé à son approche. Les courses qui précèdent les Olympiques sont abordées comme les autres, sans ajustement particulier, ni pression supplémentaire.

« Les objectifs restent les mêmes. Je ne modifie pas ma façon de faire », résume-t-elle, fidèle à un processus qu’elle refuse de bousculer à l’approche du grand rendez-vous.

Une tête froide et une routine maîtrisée

À l’approche d’un troisième rendez-vous olympique, la pression semble glisser sur elle.

« Je ne suis pas quelqu’un de très stressée avant une course. Au départ, je me sens bien, j’ai hâte d’y aller. »

Sa routine est simple, mais constante. Chaque matin débute par une méditation. Le reste du temps, la saison impose son rythme : peu de véritables blocs d’entraînement, beaucoup de compétitions, et une priorité assumée à la récupération.

« Avec l’horaire chargé, c’est important de prendre des journées de pause entre les courses pour récupérer et rester prête. »

La dernière ligne droite vers les Jeux laisse peu de place à l’entraînement, la Franco-Ontarienne a privilégié la répétition de compétitions avant l’épreuve la plus importante de sa saison. Photo : Gary Yee / Canada Alpin

Milan-Cortina : une ambition maîtrisée

Les ambitions sont élevées, mais volontairement mesurées dans le discours. Valérie Grenier reconnaît viser haut à Milan-Cortina, tout en refusant d’alourdir l’enjeu par des déclarations trop appuyées.

« Je dirais que j’ai des médailles en tête pour les Jeux. Évidemment, le slalom géant, c’est ma discipline de force présentement , confie-t-elle, avant de nuancer. Je regarde la médaille pour plusieurs disciplines, mais je ne veux pas trop en parler. »

Une manière pour elle de rester concentrée sur le processus, sans se mettre de pression inutile ni se porter malchance à l’approche du rendez-vous olympique.

À cela s’ajoute un atout de taille : la connaissance du terrain. Les épreuves de vitesse se dérouleront sur une piste qu’elle connaît particulièrement bien, skiée à de nombreuses reprises sur le circuit de la Coupe du monde. Une familiarité qui lui permet de visualiser les lignes, d’anticiper les enchaînements et d’aborder les descentes avec davantage de confiance.

Des repères solides pour aborder les Jeux

Cette année, son approche est aussi nourrie par l’expérience. Grenier s’apprête à disputer ses troisièmes Jeux olympiques, après PyeongChang en 2018 et Pékin en 2022. Deux rendez-vous qui lui ont permis d’apprivoiser l’environnement olympique, ses exigences et sa pression particulière.

Pour ces Jeux, elle arrive avec des repères, une lecture plus juste de ce qui l’attend et, au regard de sa maturité actuelle, de sa connaissance de la piste et de la constance affichée cet hiver, les espoirs de faire mieux que sa sixième place en 2018 sont permis.

À 29 ans, Valérie Grenier aborde Milan-Cortina, non pas comme une découverte, mais comme une opportunité pleinement assumée. Le dernier virage est lancé. Reste maintenant à transformer l’élan en résultat.

Pas d’obligation de traduire les décisions historiques, plaide la Cour suprême

La Loi sur les langues officielles ne s’applique pas aux anciens jugements rendus par la Cour suprême avant 1970, plaide sa branche administrative devant la justice. Le plus haut tribunal au pays est poursuivi pour son refus de traduire des milliers de décisions historiques, un litige dont le procès s’ouvre ce mercredi en Cour fédérale.

L’organisme Droits collectifs Québec (DCQ) poursuit le plus haut tribunal au pays pour son refus de traduire près de 6000 décisions unilingues, majoritairement anglophones, rendues avant 1970, époque où il n’y avait pas d’obligation juridique de le faire. Selon l’organisme, la Cour suprême du Canada (CSC) viole ses obligations linguistiques en ne rendant pas ses décisions disponibles dans les deux langues officielles.

La cause, qui sera entendue mercredi et jeudi à Montréal en Cour fédérale, se base d’abord sur une enquête du commissaire aux langues officielles (CLO) qui avait conclu que la plus haute instance juridique au pays avait enfreint la Loi. Selon l’organisation québécoise, il s’agit de la première fois que l’instance administrative de la Cour suprême se retrouve devant les tribunaux.

La Cour suprême soutient que le fait de rendre ces décisions publiques sur son site Web ne constitue pas un « service » ou une « communication » au public, mais « un prolongement de l’acte de juger », plaident les représentants juridiques du Bureau du registraire de la Cour suprême dans leur mémoire déposé en Cour fédérale. De ce fait, les exigences linguistiques de la Cour suprême « n’imposent ainsi aucune obligation de traduire des jugements passés ou historiques et aucune inférence en ce sens ne saurait être tirée », argumentent les avocats de la Cour suprême.

Le commissaire aux langues officielles et l’organisme Droits collectifs Québec considèrent que la publication de décisions sur le site web du plus haut tribunal au pays constitue une forme de communication au public et de service, ce qui signifierait que les jugements rendus avant 1970 se doivent d’être traduits.

« La position de la défense, c’est qu’il n’y a essentiellement aucune différence entre la publication de la décision en 1969 et sa mise en ligne en 2019, des décennies plus tard. Nous ne sommes pas d’accord. Ce sont deux contextes complètement différents », affirme l’avocat de DCQ, Me François Côté, en entrevue.

Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge. Archives ONFR
Le Commissariat aux langues officielles qui a enquêté sur le dossier s’est vu refuser le statut d’intervenant dans ce dossier. Archives ONFR

« Publier un jugement et le rendre disponible auprès du public canadien, ce n’est pas un acte de justice, c’est un acte de communication », ajoute de son côté le directeur général de l’organisme, Etienne-Alexis Boucher.

Une traduction à plus de 60 millions de dollars

En novembre dernier, la Cour avait annoncé le retrait de son site Web des décisions qui n’étaient pas traduites dans les deux langues officielles, soutenant qu’il s’agissait de « la seule façon qui lui paraissait réaliste » pour « ne pas se retrouver dans une situation de potentielle contravention à la loi ». À la suite de ce geste, Droits collectifs Québec avait accusé la Cour suprême de « spolier » la preuve devant la Cour fédérale, en plus de l’accuser d’entraver le travail du tribunal inférieur, une accusation « vexatoire » que rejette en argumentaire le plus haut tribunal du Canada.

Alors que les coûts étaient plutôt évalués à 10 millions de dollars en 2024, le Bureau du registraire soutient aujourd’hui que traduire l’ensemble des jugements entraînerait un coût évalué entre 62,6 et 68,9 millions de dollars, soit plus de 366 % de son budget annuel de traduction.

La Cour suprême soulève aussi comme argument que la traduction des jugements n’aurait pas de caractère officiel, car les juges qui les ont écrits sont décédés, « ce qui fait en sorte que d’imposer une obligation de traduction créerait une disparité de valeur juridique entre les deux versions ».

DCQ exige un million de dollars en dommages-intérêts pour violation des droits linguistiques, une somme que l’organisme dit vouloir verser à des organisations de défense des droits des francophones au pays. DCQ demande aussi une ordonnance de la Cour fédérale visant à traduire l’ensemble des 6000 décisions unilingues, et ce, à l’intérieur d’un délai de 10 ans.

« En entamant des procédures, on veut d’abord envoyer le message que les francophones ne sont pas des citoyens de seconde zone », avance Etienne-Alexis Boucher.

« Les droits linguistiques des francophones sont censés être égaux à ceux de leurs concitoyens anglophones, ce qui n’est pas le cas avec la situation actuelle. Ensuite, c’est de rappeler l’importance pour le plus haut tribunal au pays de respecter les lois », argue ce dernier.

À la suite de ces deux jours de procès, une décision dans ce dossier n’est pas attendue avant plusieurs mois.

Santé mentale : la police d’Ottawa et Le Royal lancent une équipe mobile

OTTAWA – Le Service de police d’Ottawa (SPO) déploie à partir du printemps une nouvelle unité de soutien mobile en santé mentale en partenariat avec l’hôpital Le Royal. Il s’agit d’une deuxième équipe du genre après celle lancée à l’automne dernier avec l’Hôpital d’Ottawa. Une troisième équipe dédiée au moins de 16 ans est également attendue.

Cette nouvelle collaboration jumellera un professionnel de la santé mentale de la future clinique de soins urgents du Royal, dont l’ouverture est prévue au printemps, à un agent spécialement formé de l’Unité de la santé mentale du SPO.

Ensemble, ils interviendront directement sur le terrain en réponse aux appels 911 comportant un enjeu de santé mentale, partout à Ottawa.

« L’objectif de cette unité conjointe est d’offrir une évaluation immédiate et sur place, axée sur le désamorçage des situations de crise et l’orientation vers les ressources adéquates », a expliqué à ONFR l’agent du SPO André Hart, porte-parole du SPO.

L’un des principaux atouts de cette unité est sa capacité à obtenir les soins appropriés, quand et où les gens en ont besoin.

« Un policier de patrouille répond à un appel, puis passe au suivant. Nous, on peut passer plus de temps avec une personne, apprendre à la connaître, comprendre son réseau de soutien et assurer des suivis », souligne M. Hart.

« Souvent, il y a une raison derrière ce que vivent les gens : un trauma, un abus, un événement marquant. Nous, on prend le temps de comprendre et d’agir autrement », ajoute-t-il.

Par ailleurs, selon M. Hart, une troisième unité, dédiée aux jeunes de 16 ans et moins, est également prévue prochainement. Il s’agit d’une équipe mobile d’intervention en situation de crise constituée d’un agent de l’Unité de la santé mentale du SPO et d’un intervenant du Bureau des services à la jeunesse d’Ottawa, organisme à but non lucratif au service des jeunes .

« On va avoir trois équipes à travers la ville, qui couvriront tout Ottawa », précise l’agent.

Une réponse réclamée par la communauté

Ce modèle d’intervention découle directement des consultations communautaires menées par le Service de police d’Ottawa.

« C’est vraiment une demande de la communauté. Les gens voulaient voir une approche différente. Ce n’est pas toutes les situations qui ont besoin d’une réponse policière axée sur la loi », reconnaît M. Hart.

La question linguistique fait également partie des priorités du service.

« Ottawa, c’est vraiment bilingue. Presque tous nos policiers parlent français », assure le représentant du SPO.

De sont côté, Stephanie Carter, Directeur exécutif des services cliniques souligne que Le Royal est « heureux de recruter activement un travailleur social bilingue afin que les résidents francophones puissent bénéficier d’un soutien dans la langue de leur choix ».

Et de conclure : « À mesure que le programme continue de se développer, il reste essentiel de garantir des soins de santé mentale accessibles et adaptés dans les deux langues officielles. »

Le fédéral dépasse son objectif d’immigration francophone hors Québec en 2025

OTTAWA — Le gouvernement fédéral a annoncé lundi avoir battu sa cible de 8,5 % d’immigrants francophones hors Québec pour l’année 2025, marquant un dépassement pour une quatrième année de suite.

Plus précisément, 8,9 % des immigrants qui se sont établis au Canada hors Québec l’année dernière étaient des francophones, selon un communiqué de presse du ministère de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). La ministre de l’Immigration, Lena Metlege Diab, en a fait l’annonce lundi en direct de Moncton. Selon les données d’IRCC, cela représenterait près de 29 500 nouveaux arrivants parlant la langue de Molière.

C’est donc la quatrième année consécutive que le fédéral atteint son objectif, alors qu’en 2024, il avait dépassé sa cible de 6 % de même qu’en 2022 et 2023, alors que l’objectif était de 4,4 %.

« Aujourd’hui, nous réaffirmons notre engagement et nos efforts soutenus envers l’immigration francophone. Les nouveaux arrivants d’expression française représentent un apport essentiel à la vitalité économique et au renforcement de la main-d’œuvre des communautés francophones et acadienne en situation minoritaire », a déclaré la ministre Diab par voie de communiqué.

En novembre, le fédéral a annoncé son intention de réduire légèrement sa cible de nouveaux arrivants francophones — par rapport à son plan sur les niveaux d’immigration de 2025 à 2027 — avec un objectif de 9 % en 2026, 9,5 % en 2027 et 10,5 % en 2028. En chiffres absolus, cela constituerait un total de près de 96 000 immigrants francophones sur trois ans.

Le plan d’immigration présenté par l’ex-ministre de l’Immigration, Marc Miller, à l’automne 2024 prévoyait plutôt une cible de 9,5 % en 2026 et 10 % en 2027.

Rappelons que lors de la campagne électorale en avril dernier, les libéraux avaient promis une cible de 12 % d’ici 2029.

Le ministère de l’Immigration a aussi annoncé lundi que, dès cette année, 5 000 places seront ajoutées aux allocations annuelles du Programme des candidats des provinces (PCP). Ces places seront spécifiquement réservées aux provinces et territoires pour la désignation de personnes immigrantes d’expression française. Ce programme permet aux provinces et territoires de sélectionner un nombre spécifique de candidats à l’immigration selon leurs propres critères. 

La nécessité des cibles soulignée

Pour Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) ces mesures sont essentielles à la survie du français. L’organisme souligne au passage que bien que la cible de 8,5 % ait été atteinte en 2025, en chiffres absolus le Canada a accueilli moins d’immigrants francophones qu’en 2024.

« Nous ne sommes pas encore où nous devrions être, mais nous progressons dans la bonne direction et la volonté politique, qui fait toute la différence, est là », a souligné la présidente de la FCFA, Liane Roy,

Mme Roy a rappelé que les mesures favorisant l’immigration francophone sont là pour rattraper les années où le Canada a accueilli, proportionnellement, beaucoup plus d’immigrants anglophones.

« Pendant plusieurs années, il y a eu un déséquilibre et comme résultat, le poids démographique de la francophonie a chuté. Or, maintenir un des traits fondamentaux de l’identité canadienne, c’est bon pour la souveraineté de notre pays », explique la présidente de la FCFA.

Des maires du Nord réclament plus de sécurité routière

TORONTO – Réunis à Toronto jusqu’à mardi, des maires venus de toute la province mettent en avant leurs défis lors de la conférence annuelle de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario (ROMA). Parmi eux, la sécurité routière dans le Nord a soulevé de très vives attentes, dimanche, au premier jour du rassemblement.

Renforcer la formation des conducteurs, élargir la route ou encore construire des aires de repos demeurent au cœur des préoccupations dans les communautés qui bordent les routes 11 et 17, des axes routiers hautement dangereux, théâtres de collisions mortelles fréquentes.

« Toutes nos municipalités soutiennent l’idée que nos routes devraient être améliorées », affirme Roger Sigouin. Rencontré dans les allées de la conférence, le maire de Hearst est venu porter ce message dans la Ville-Reine, soutenu par ses homologues de Timmins, Moonbeam, Kapuskasing… partageant un même sentiment d’urgence à agir.

« Je veux souligner le côté urgent, notamment vis-à-vis de l’impact sur la santé des communautés », alerte-t-il. Selon lui, une des façons d’atténuer la dangerosité de la route 11 serait d’aménager une aire de repos au centre-ville de Hearst, un projet soutenu par les autres maires pour diminuer la fatigue au volant et les fermetures de route à répétition à la suite d’accidents.

Et de pointer un manque de réactivité de la province, responsable des routes : « On dirait que la province ne veut pas voir ce gros problème. »

Roger Sigouin, maire de Hearst, a lui-même perdu des proches sur les routes du Nord. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Ce dernier explique que si les routes sont fermées, les personnes malades ayant besoin de se rendre à Sudbury ou Thunder Bay où des services pour le cancer sont fournis ne pourront plus y accéder. « C’est la même chose pour la Première Nation de Constance Lake : les chemins sont fermés et ils ne peuvent pas se rendre à Hearst », déplore l’élu du Nord.

Depuis la réduction des ressources destinées à l’entretien des chemins sous le mandat du premier ministre Mike Harris, M. Sigouin constate que la circulation a doublé, voire triplé.

Pour lui, le rôle essentiel que jouent les conducteurs de poids lourds qui desservent les communautés mérite une meilleure reconnaissance : « Il leur faut des stationnements, des services, des salles de bain, des restaurants, et tout ça, proche de la pharmacie, de l’hôpital, de tout. »

« On a de vieux procédés d’entretien des routes, c’est inacceptable (…). On a beaucoup de misère à avoir de l’argent de la province et du fédéral pour commencer des projets », dénonce M. Sigouin qui, après une rencontre avec le ministre des Transports en octobre dernier, espère obtenir des réponses lors de son passage à Toronto.

Timmins veut renforcer la formation des conducteurs

« C’est en train de devenir de pire en pire et je suis certaine que des données probantes peuvent le démontrer, abonde la mairesse de Timmins, Michelle Boileau. On est presque au point où il y a des saisons d’accident dans le Nord. »

« On pensait être à l’abri de ces problèmes, car nous avons plusieurs points d’entrée dans la communauté, mais il y a toujours des fermetures d’autoroute au complet autour de Timmins », relate Mme Boileau.

La mairesse de Timmins, Michelle Boileau, pense que les accidents arrivent trop souvent. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Sa Ville appuie les appels des groupes comme la Fédération des municipalités du Nord de l’Ontario (FONOM), qui a introduit l’idée d’élargir la route à quatre voies, et notamment d’introduire le concept de « route en 2+1 » sur les routes canadiennes pour une meilleure sécurité.

« Il faut s’assurer que les formations des conducteurs soient standardisées », avance la mairesse qui se réjouit d’avoir un espace tel que la ROMA afin de mettre en lumière ce genre de réalités du Nord.

À Kapuskasing et Moonbeam, le même constat

Du côté de Kapuskasing, le maire Dave Plourde affirme lui aussi que « les fermetures de route affectent profondément nos communautés, car ça bloque la livraison de marchandises.  » Et de prendre en exemple les six fermetures intervenues récemment. »

« On voit plus de 10 000 camions passer à travers nos communautés chaque jour et ça rend les choses difficiles quand ils sortent des chemins », constate le maire, qui entame ses 33 ans de carrière politique municipale.

« Tous les jours, il y a une fermeture de route dans le Nord de l’Ontario », rejoint Luc Léonard, maire de Moonbeam, lui aussi favorable à une aire de repos.

« C’est un désastre quand on regarde le niveau d’accident per capita » décrit-il. Il ajoute que le système a été brisé petit à petit au fil des années et que le dispositif d’immatriculation d’utilisateur de véhicule utilitaire (IUVU) entraine des difficultés. « Ce qui a été permis au Canada, c’est que les entreprises s’auto-licencent et s’auto-assurent sans vérifier les compétences des conducteurs », résume-t-il.

Luc Léonard est le maire de Moonbeam depuis deux ans. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Il ajoute qu’« il n’y a aucun règlement, aucune loi qui exige des pneus d’hiver. Il semblerait qu’il ait un léger manque de compréhension pour la route 11 qui traverse le Canada, et je blâme les gouvernements en premier. »

Dans la même lignée, une manifestation est prévue ce samedi à Hearst en faveur de plus de sécurité sur les routes du Nord. Les municipalités de Kapuskasing, Cochrane et d’autres se joindront au mouvement.

Une finale de folie pour les fans de soccer sénégalais de Toronto

TORONTO – La finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) restera comme l’une des plus tendues et des plus chargées émotionnellement de l’histoire récente de la compétition. À l’issue d’un scénario rocambolesque, le Sénégal s’est imposé 1-0 face au Maroc, au terme d’un match haché, polémique, parfois irrespirable. À Toronto, la communauté sénégalaise a vécu cette soirée comme un véritable ascenseur émotionnel, notamment au restaurant Pendafrica, transformé pour l’occasion en chaudron aux couleurs des Lions de la Teranga.

Dès le coup d’envoi, la rencontre s’installe dans une atmosphère lourde. Peu de rythme, beaucoup de duels, des tensions palpables sur la pelouse comme dans les tribunes.

« Le match était quand même assez terne pendant une bonne partie, avec beaucoup de tensions d’un côté comme de l’autre », observe Salim Gassama, dans une situation particulière puisque partagé entre ses deux attaches.

« Les Sénégalais, ce sont les frères. Les Marocains, c’est la belle-famille. Mais au fil du match, avec certaines décisions, mon cœur a basculé vers le Sénégal. »

La première mi-temps, quand tout était encore très calme. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le tournant survient au cœur d’une séquence surréaliste. Un but sénégalais refusé pour une faute légère sur un corner, non révisée à la vidéo, suivi d’un penalty accordé au Maroc, suite, cette fois-ci, à une révision vidéo, provoquent une immense colère côté sénégalais. Les Lions songent même à quitter la pelouse dans le sillage de leur entraîneur Pape Thiaw.

« Il y avait de l’injustice, de la frustration, une vraie colère », raconte Amy Sylla, supportrice sénégalaise. À ce moment-là, on se dit : est-ce qu’on continue ou est-ce qu’on refuse de cautionner ça? »

Amy Sylla, grand sourire, après l’obtention de la deuxième Coupe d’Afrique des nations de l’histoire du Sénégal. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Sadio Mané, le calme dans la tempête

C’est finalement la sagesse qui l’emporte, incarnée par Sadio Mané, capitaine respecté, qui rappelle ses coéquipiers sur le terrain.

« C’est un geste fort. Il a gardé le sourire, il a calmé tout le monde. Il a montré comment gérer les défis avec calme et dignité », souligne la partisane sénégalaise.

Peu après, le penalty marocain, tiré par Brahim Diaz sur une panenka ratée, est arrêté, déclenchant une explosion de joie dans le restaurant Pendafrica.

Le but sénégalais, inscrit dans la foulée en tout début de prolongation par Pape Gueye, d’une lourde frappe dans la lucarne, fait basculer la soirée dans une autre dimension.

Trente minutes à retenir son souffle

À partir de là, chaque minute devient une épreuve. Le Sénégal doit tenir, résister, souffrir.

« Pendant trente minutes, j’ai cru que j’allais m’évanouir, confie Amy Sylla. Je ne pouvais plus m’asseoir. Pourtant je ne suis pas une grande fan de foot, mais là… mon Dieu. »

Mame Penda, la propriétaire du restaurant, a offert le thé Ataya à tous pour fêter la victoire. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Du côté de Pendafrica, la tension est à son comble. Verres renversés, cris, chants, larmes : la soirée échappe à tout contrôle.

« On a cassé des verres, on a fait tomber des couverts, on a dansé, on a crié… mais on a gagné, raconte en riant Mame Penda, gérante du restaurant. Aujourd’hui, Pendafrica représente le Sénégal. C’est une immense fierté d’avoir rassemblé la communauté ici. »

Le match aussi à la maison

La fête ne se limite pas aux lieux publics. À la maison aussi, l’émotion est totale. Mamadou Bamba Ndaw, qui avait organisé un visionnement privé, parle d’une victoire collective : « C’est une immense fierté. On a vibré, on a souffert, mais cette victoire est celle de tout un peuple, ici au Canada comme au Sénégal. »

M. Ndaw avait choisi de vivre le match avec sa famille et quelques amis, à la maison. Photo : gracieuseté

Quand le coup de sifflet final retentit, c’est un soulagement autant qu’une explosion de joie.

« Ce n’est peut-être pas le plus beau match de la CAN, mais le scénario était digne d’un film, résume Salim Gassama. Et au bout, il n’y a qu’un gagnant. Ce soir, c’est le Sénégal. »

Une soirée de chaos, de foi, de colère et de joie mêlées, à l’image de ce sacre arraché dans la douleur, mais célébré avec une ferveur inoubliable par toute une communauté.

Université Laurentienne : professeurs en grève et cours suspendus

SUDBURY – Syndicat et Conseil des gouverneurs ne sont pas parvenus à conclure une entente de principe ce dimanche à l’issue de deux jours de médiation. Conséquence : la grève débute dès lundi.

Les discussions engagées au cours de la fin de semaine entre le Conseil des gouverneures et l’Association des professeures et des professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL) se sont soldées ce dimanche par un échec, le médiateur déclarant une impasse entre les deux parties.

« Ce n’est pas le résultat que nous espérions, et nous comprenons que ces événements susciteront diverses émotions », indique par voie de communiqué l’Université Laurentienne, affirmant avoir présenté « une offre juste, raisonnable et viable compte tenu des circonstances ».

L’institution mentionne avoir proposé « des augmentations salariales qui dépassent les normes du secteur, et une offre qui comprend des améliorations pour les professeures dans des domaines clés. »

Le président de l’APPUL ne partage absolument pas cet avis : « Peu voire aucun progrès n’a été enregistré concernant les priorités de nos membres, regrette Fabrice Colin. L’Université Laurentienne ne s’est pas jointe à nous pour une université meilleure et plus forte, malgré tous les sacrifices consentis par nos membres afin d’assurer la survie de l’institution (…) L’Université et le gouvernement laissent tomber le Nord ».

Au cœur des revendications figuraient la compensation des salaires impactés par le redressement financier de l’établissement, la charge de travail et la transition vers le régime de retraite conjoint du secteur. M. Colin estime ne pas avoir été entendu sur ces deux points. « Il est temps que le Conseil des gouverneurs reconnaisse l’ampleur de nos sacrifices. »

Les professeurs avaient en effet payé un lourd tribut au moment des coupes du Lundi noir, puis du placement de l’institution sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). Outre une vague de licenciements, le personnel restant avait subi des coupes de salaire de l’ordre de 5 %, suivies d’un gel et d’une perte de deux ans d’ancienneté.

Cours suspendus, services aux étudiants maintenus

Le campus restera ouvert ce lundi, fait savoir le service de communication de la Laurentienne, mais tous les cours seront suspendus. Cela s’applique aussi aux laboratoires, séminaires et activités animés par les professeurs et chargés de cours, en ligne comme en présentiel.

En revanche, les activités dirigées par le personnel universitaire (non-membre de l’APPUL) se poursuivront, y compris la plupart des services aux étudiants.

Les cours de perfectionnement professionnel et de qualifications additionnelles, ne donnant pas droit à des crédits du Centre d’enseignement et d’apprentissage continu, se dérouleront également comme prévu.

Les professeurs — qui avaient donné en novembre dernier un mandat de grève fort de 98 % à l’APPUL — organiseront des piquets de grève du lundi au vendredi, de 7h30 à 19h30, aux entrées principales du campus, ainsi que de l’école d’architecture située au centre-ville.

L’Université se veut rassurante auprès de ses étudiants : « Dès la fin de la grève, des dispositions seront prises pour vous permettre de terminer le trimestre et les études. » 

Le dernier mouvement de ce type à La Laurentienne, en 2017, avait duré 19 jours. 

« Notre équipe se tient prête à revenir à la table des négociations dès que l’administration fera signe et commencera à répondre aux priorités exprimées par nos membres », affirme pour sa part M. Colin.

Contact ontarois : l’artiste sénégalais Zale Seck rafle quatre prix

OTTAWA – Les lauréats de Contact ontarois, le marché du spectacle de l’Ontario français, ont été dévoilés ce samedi soir lors de la cérémonie de clôture de la 45e édition, tenue à Ottawa.

Parmi les artistes récompensés, Zale Seck, musicien sénégalais établi en Ontario, s’est illustré comme le grand gagnant de cette édition, raflant quatre prix. 

Cet artiste multi-talents (chanteur, musicien, danseur et compositeur) a reçu le Prix Distinction Desjardins pour la qualité artistique de sa proposition présentée à Contact ontarois. 

Zale Seck a également été récompensé du Prix du Festival international de la chanson de Granby (FICG), lui permettant de se produire lors de la 58e édition du FICG, en août prochain au Québec.

Les Prix Alliance Ouest RGE et ROSEQ lui donneront par ailleurs l’occasion de présenter son travail à Contact Ouest et à la Rencontre d’automne 2026 du ROSEQ.

Patenteuses, la comédie musicale de Chloé Thériault, a reçu deux prix à Contact ontarois 2026.

La compagnie Créations In Vivo s’est également démarquée en recevant deux distinctions : le Prix Audace Desjardins et le Prix Alliance Acadie. Ce dernier lui permettra de présenter un extrait de spectacle à la FrancoFête en Acadie 2026.

Le Prix Alliance Changez d’Air a quant à lui été remis à Yao (Ontario) et Claire Ness (Yukon).

Cette distinction leur offre l’occasion de se produire dans la région de Lyon, en France, au festival Changez d’Air.

Claire Ness, artiste du Yukon, a reçu le Prix Alliance Changez d’Air lors de la 45e édition de Contact ontarois. Photo : gracieuseté de Catherine Archambault

« Les prix ont des portées différentes, mais ils ont tous le même objectif : permettre aux artistes de la francophonie ontarienne de circuler et de percer d’autres marchés, au Canada comme à l’international », a indiqué à ONFR, Marie-Ève Chassé, directrice générale de Contact ontarois.

Engagement des diffuseurs et des producteurs

Outre les artistes, des diffuseurs et producteurs ont également été récompensés pour leur engagement envers la diffusion et le rayonnement des artistes de la francophonie ontarienne. Le Prix FrancoFlamme, présenté en collaboration avec l’APCM et Théâtre Action, a été décerné au Centre francophone de Hamilton.

Les Prix Product’Or ont été remis à Jean-Marc Dionne pour Éric Leclerc (volet scolaire), et à Luc Quintal (volet pluridisciplinaire) pour Mélissa Bédard.

Enfin, le Prix Alliance RIDEAU a été attribué au Centre culturel Louis-Hémon de Chapleau et au Conseil des arts de Hearst.

Par ailleurs, le Prix Martin-Arseneau, présenté par Réseau Ontario, a été remis à Valérie Picard, directrice générale et artistique du Conseil des arts de Hearst. Une reconnaissance de son apport au développement des arts francophones dans le Nord de l’Ontario.

Une édition marquée par la diversité

« Le mot qui est revenu le plus souvent cette semaine, c’est découverte. Les gens ont été marqués par la richesse des nouveaux talents, la qualité artistique et la diversité des disciplines présentées cette année », a souligné Marie-Ève Chassé.

En effet, cette année, 41 artistes ont partagé leurs univers dans le cadre de la programmation 2026, avec une présence notable d’artistes de la francophonie ontarienne.

L’événement a également accueilli 17 délégués internationaux, une tradition qui se poursuit pour une douzième année consécutive.

Au total, plus de 1400 personnes ont pris part au marché du spectacle de l’Ontario français.

Les participants ont pu assister à cinq blocs de vitrines artistiques, incluant les vitrines grand public, les vitrines jeunesse (secondaires et élémentaires), les présentations éclair ainsi que la Bulle d’Arts de la scène.

À noter que la 46e édition de Contact ontarois est prévue du 13 au 16 janvier 2027 à Ottawa.

Consolider le postsecondaire, le feu sacré de Lynn Brouillette

VERNER – Lynn Brouillette a dédié l’essentiel de sa vie à l’éducation et à la formation. Enseignante pour adultes à ses débuts, elle a dirigé par la suite le Consortium national de formation en santé (CNFS), puis l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC). Un parcours et un engagement récemment reconnus par l’Ordre de la Pléiade.

« Vous êtes originaire du Nord, n’est-ce pas?

Oui, je viens de Verner, un village à mi-chemin entre North Bay et Sudbury. J’y ai grandi dans une famille francophone. Ma mère était enseignante et mon père un homme d’affaires qui s’est investi dans la politique municipale. À l’époque, il y avait un curé qui ne laissait pas les familles anglophones s’établir. Verner est donc resté longtemps très francophone.

Il ne plaisantait pas, ce curé! Pensez-vous que cela a contribué à préserver Verner de l’assimilation?

Oui, car on vivait exclusivement en français. En arrivant au secondaire, par exemple, je ne savais pas du tout parler anglais. Tout se passait en français dans notre village, y compris à l’école. C’est pourquoi la francophonie est si fortement enracinée en moi. Adolescente, j’étais convaincue de deux choses : j’allais vivre en français et j’allais garder mon nom de famille. Il était clair dans ma tête que j’allais vivre comme ça.

Vous avez en large partie œuvré dans l’éducation et la formation en milieu minoritaire. Pourtant, vous avez fait des études en géologie. Comment passe-t-on de l’idée de « casser des cailloux » à celle de bâtir une communauté?

J’ai travaillé une couple d’années pour la Commission géologique du Canada, un domaine qui me passionne beaucoup, mais mon premier vrai travail a été d’enseigner aux adultes qui retournaient aux études, au Collège Cambrian, avant que le Collège Boréal n’existe. Avec mon brevet d’enseignement, j’ai enseigné les mathématiques et la chimie, dans la division française.

Vous avez ensuite embarqué dans l’équipe de démarrage du Collège Boréal. Quel était l’état d’esprit des enseignants à cette époque, dans cette aventure franco-ontarienne?

J’étais très fière de faire partie de cette première d’un collège francophone dans la région du Moyen-Nord. Ce fut une belle aventure avec le transfert des programmes francophones des collèges bilingues vers le Collège Boréal. Mes collègues et moi étions fiers d’avoir notre propre institution. On se donnait corps et âme à elle. Tout le monde travaillait au succès du Collège.

Lynn Brouillette a dirigé le CNFS et l’ACUFC. Photo : Gracieuseté Lynn Brouillette

Après 19 ans d’enseignement dans le système collégial, pourquoi avoir basculé dans des postes administratifs?

C’était l’opportunité d’agir sur des projets à l’échelle nationale, comme représenter le Collège Boréal dans le Consortium national de formation en santé (CNFS). Cette expérience m’a donné le goût des projets pancanadiens. Je trouvais ça absolument fascinant. En 2017, j’ai fait le saut vers le secrétariat national de ce consortium qui, de fil en aiguille, s’est joint à l’Association des universités francophones pour devenir l’ACUFC en 2015.

Dans quelle mission vous êtes-vous le plus engagée?

J’ai mis toute mon énergie dans le partenariat, en travaillant sur des projets qui dépassent la province, en collaborant avec des gens de partout en milieu minoritaire. Ce sont ces partenariats entre universités et entre collèges qui ont fait le succès du Consortium, permettant la mise en place de plusieurs programmes dans le domaine de la santé pour ultimement avoir plus de professionnels capables d’offrir des services dans les deux langues officielles dans nos communautés. Le CNFS reste un modèle exceptionnel en termes de partenariat.

Arrivée à la tête de l’ACUFC, avez-vous eu le sentiment d’avoir une voix plus forte et plus large?

Oui, cela m’a donné un mandat très clair de représenter les intérêts collectifs, particulièrement auprès du gouvernement fédéral, parce que, même si l’éducation postsecondaire est de compétence provinciale, le fédéral a un rôle à jouer. On lui a fait comprendre les réalités des établissements en contexte de francophonie minoritaire.

Quel enjeu vous a particulièrement alertée ces dernières années?

Quand le gouvernement fédéral a mis une limite sur le nombre d’étudiants arrivant de l’étranger, il y a deux ans, on a fait valoir que pour nos établissements les choses étaient très différentes. C’était problématique que tout d’un coup on traite nos établissements de la même façon qu’on traite les anglophones. Finalement, le ministre a exempté nos établissements et ça a été une réussite dont on était très fiers. Ça illustre souvent le fait que les gouvernements, quand ils réfléchissent ou émettent une nouvelle loi, n’ont pas toujours le réflexe de penser aux conséquences pour les francophones.

Une part importante de son rôle a été de sensibiliser le gouvernement fédéral aux réalités du postsecondaire en milieu minoritaire, ici avec l’ancienne ministre des Langues officielles Mélanie Joly. Photo : Gracieuseté Lynn Brouillette

Quand les gouvernements intègreront-ils une fois pour toutes cette dimension avant d’agir, selon vous?

On n’en verra jamais le bout : il faudra sans cesse sensibiliser les fonctionnaires à la nature du contexte minoritaire. Avec le temps, ça fait son chemin et à un moment donné, on a des ministères qui mettent en place des mesures positives pour que nos établissements ne subissent pas des contrecoups. Mais c’est un travail continuel.

Comment jugez-vous l’évolution de l’offre de programmes francophones au cours des dernières années?

C’est vraiment exceptionnel. Il y a 20 ans, on parlait d’une trentaine de programmes de formation en santé, alors que maintenant on parle d’une centaine un peu partout dans nos collèges et nos universités. Mais ça reste fragile dans le sens où c’est toujours une question de nombre.

Pour un établissement postsecondaire en contexte minoritaire, mettre en place un programme signifie des coûts identiques à ceux d’un établissement anglophone, excepté qu’il n’a pas les revenus qui vont avec. On va avoir une classe de 10 au lieu d’avoir une classe de 60.

En même temps, nos établissements doivent toujours être à l’affût des dynamiques de marché : anticiper les programmes qui s’étiolent ou qui vont disparaître, puis quels sont ceux qui vont être porteurs. Ça prend de l’habileté et, parfois, quasiment une boule de cristal.

Une boule de cristal, et de la stratégie comme on le voit avec l’UOF avec ses nouveaux baccalauréats qui font écho au marché du travail, ou l’Université de Sudbury qui fait des ponts avec l’Université d’Ottawa…

Oui, une stratégie et de l’agilité. On dit souvent qu’il faut savoir virer de bord. C’est l’expression qui décrit le mieux comment nos établissements doivent rapidement s’ajuster avec des programmes qui répondent aux besoins. Cette agilité-là a un coût aussi : fermer des programmes et en ouvrir d’autres rapidement avec des ressources limitées.

Mme Brouillette siège au conseil d’administration de la FCFA, présidée par Liane Roy. Photo : Gracieuseté Lynn Brouillette

Vous êtes, entre autres, une ancienne étudiante de la Laurentienne. Comment avez-vous vécu les coupes de programmes de 2021?

C’est certain qu’on s’inquiétait pour les programmes francophones. C’était perdre des acquis. On suivait ça de très près. Notre association n’intervenait pas dans un contexte comme ça mais on essayait d’appuyer dans la mesure du possible, mais c’était quand même très difficile pour la communauté. On est conscients qu’il va y avoir des séquelles pour bien des années à venir.

L’expérience que vous avez accumulée vous sert-elle aujourd’hui au conseil d’administration de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), dont vous êtes membre?

La FCFA – qui a fêté ses 50 ans – a évolué de façon extraordinaire. Elle a trouvé le bon créneau dans lequel travailler, surtout au niveau des politiques publiques. J’apporte de l’énergie et de la créativité au conseil d’administration, surtout quand on touche au postsecondaire et à l’ancrage de la francophonie dans ma communauté d’origine. J’essaye de trouver des solutions pour continuer à faire vivre notre belle francophonie.

Envisagez-vous de revenir un jour à Verner? Le village ressemble-t-il toujours à celui de votre enfance?

Mes parents m’ont donné un bout de terrain là-bas. On est en train de construire une maison, mon conjoint et moi, où on devrait déménager prochainement. Beaucoup de choses ont changé. Dans certaines entreprises, ça se passe juste en anglais. C’est une réalité pas facile à digérer pour moi… La francophonie m’est tellement importante que j’aurais souhaité que ça reste comme avant.

Mme Brouillette décorée de l’Ordre de la Pléiade, une distinction internationale de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF). Photo : Gracieuseté Lynn Brouillette

Maintenant que vous êtes à la retraite, imaginez-vous vous investir dans une autre aventure?

Disons qu’il y a des choses qui se trament (rires). Tout le monde ne sait pas que je suis revenue de façon permanente dans le Nord. À suivre!

Quel regard portez-vous justement sur cette francophonie du Nord?

Dans le Nord, des organismes font un travail exceptionnel. Je pense aux Compagnons des francs loisirs à North Bay qui étendent leurs actions au-delà de la ville, dans différentes communautés. Je trouve ce genre d’organisme très courageux. Ailleurs aussi, on voit beaucoup d’engagement comme à Sudbury et son solide noyau francophone. Dans le Nord, c’est souvent une poignée de gens très engagés avec beaucoup d’énergie qui vont chercher des financements vitaux. Il faut être passionné pour faire ce travail-là.

Parfois, la passion est récompensée par une médaille. Vous avez reçu une distinction dans l’Ordre de la Pléiade. Ça vous a-t-il touchée?

C’est tout un honneur de recevoir une telle médaille. On fait ce travail par amour, par conviction. C’est le fun d’être reconnue mais, en même temps, je me dis que j’ai été privilégiée de faire quelque chose qui m’a gardée dans la francophonie. Ce n’est pas que du hasard… Ce sont toutes sortes de décisions qui nous amènent à ce parcours-là, un parcours que je ne pouvais imaginer quand j’étais jeune. C’est à la fois satisfaisant et gratifiant. »


1964 : Naissance à Sudbury

1995 : Débute comme enseignante au Collège Boréal

2007 : Intègre le secrétariat national du CNFS

2016 : Devient directrice générale de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC)

2025 : Entre au conseil d’administration de la FCFA et reçoit l’Ordre de la Pléiade

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Suggestion de lecture : aimer un meurtrier jusqu’à en perdre la raison

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones ou jeunesse

[CHRONIQUE]

Deux épouses décédées… un mari séduisant qui arrive à échapper un temps à l’étau judiciaire. Voilà où t’entraîne ce livre surprenant. Il ressuscite un vrai fait divers à travers les yeux de l’une des victimes tombées dans l’oubli. Ce mois-ci je vous parle de Tuxedo Kid, mon amour de David Ménard, publié aux éditions L’Interligne.

Ce livre part d’une histoire vraie : celle de Léo-Rhéal Bertrand, un criminel franco-canadien de la première moitié du XXe siècle qui volait, séduisait à tout va, avortait illégalement et a été accusé de l’assassinat de sa seconde épouse. Bref, un homme charmant qu’on rêverait tous d’avoir comme voisin!

Mais qu’est-il arrivé à sa première épouse? C’est justement de celle-ci que s’inspire librement le livre Tuxedo Kid, mon amour, de David Ménard (éditions L’Interligne), qui sort en librairie le 21 janvier.

L’histoire est présentée du point de vue d’outre-tombe de cette première épouse oubliée, Rose-Anna, qui s’est noyée dans un accident tragique. La voiture du couple est tombée dans le lac Saint-François. Son époux a pu s’en extirper à temps, mais elle n’a pas eu cette chance. L’enquête ne permet pas de démontrer la responsabilité de Léo-Rhéal. Comment est-ce possible? Mystère du milieu judiciaire de l’époque, mais mettons que toi et moi, sans être des détectives de formation, on aurait pas mal pu résoudre l’affaire en deux secondes : un, la poignée de la portière du côté passager a été arrachée; deux, Léo-Rhéal avait contracté une assurance vie au nom de sa femme quelques jours auparavant. Petits… grands indices que l’accident avait sûrement été trafiqué.

C’est que le monsieur est séduisant, très séduisant. Il fait tomber tous les petits cœurs naïfs qu’il croise en Ontario et au Québec. Avec ses airs proprets, toujours habillé très élégamment, ce bel homme est surnommé Tuxedo Kid. Le surnom est sans équivoque : on lui donnerait le bon Dieu sans confession juste en le regardant, même si mon petit doigt me dit qu’il aurait bien eu besoin d’aller se confesser devant le curé deux fois plutôt qu’une…

Le livre est construit autour de l’admiration maladive qu’il suscite à sa première épouse, la noyée Rose-Anna qui parle après sa mort. Son amour est si puissant qu’elle se refuse à rejoindre l’au-delà. Jusque dans la mort, Léo-Rhéal dévore son âme, elle veut rester sur Terre à ses côtés.

Elle retrace cette adoration aveuglante de leur rencontre jusqu’à sa prison éthérique. Séduite par ce beau parleur, elle passe du rêve au cauchemar rapidement : de fiancée rayonnante à épouse maltraitée, il n’y a qu’une marche à monter quand on est marié à Tuxedo Kid.

La plume de David Ménard est poétique, les phrases sont courtes, les sentiments à vif. Rose-Anna est emportée par un tourbillon d’émotions comme une adolescente prise au piège de l’amour pour la première fois de sa vie. Tout va vite, le rythme de la narration transmet très bien cette accélération émotionnelle qui conduira à sa chute. Même dans la mort, elle est obsédée par son époux : son amour flirte avec la folie… mais une folie poétique, c’est ce qui rend la lecture fascinante, troublante et obsédante.

David Ménard–Crédit Photo _AlZon photographe

À la manière des femmes dans Des silences et des murmures de Maeva Geudjeu publié aux éditions L’Interligne (dont je parle dans cet article) qui ressentent tout de façon très intérieure, Rose-Anna est elle aussi très pudique en public. En revanche en privé, à travers sa plume poétique, elle expose ses émotions sans limites, ce qui permet au lectorat de comprendre comment elle a pu se faire manipuler.

Comment classer ce petit livre ovni : est-ce le témoignage d’une histoire d’amour qui tourne mal? Le reflet d’une introspection intérieure touchante? Un hommage aux victimes d’affaires criminelles? David Ménard s’approprie ce fait divers d’une manière très originale. Il aurait pu construire un récit avec un narrateur extérieur à l’histoire et se focaliser sur Tuxedo Kid, mais en donnant la parole à Rose-Anna, il met en lumière cette grande oubliée de l’Histoire. Souvent, on se souvient des criminels alors que les victimes s’effacent… Dans Tuxedo Kid, mon amour, Rose-Anna sort de l’amnésie collective. À défaut d’avoir marqué l’Histoire criminelle, elle inscrit son nom dans l’Histoire littéraire.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

L’Université de Sudbury renoue avec les cours en sciences

C’est un jalon supplémentaire franchi par l’Université de Sudbury : ses étudiants inscrits dans des programmes de sciences auront accès à des laboratoires modernes prêtés par le Collège Boréal.

Ce rapprochement entre les deux établissements postsecondaires doit à la fois mettre les étudiants dans des conditions optimales d’apprentissage et permettre de réaliser des économies d’échelle.

Le recteur et vice-chancelier de l’Université de Sudbury, Serge Miville, souligne le bénéfice pour ses étudiants : « Nous renforçons et élargissons notre offre de programmes universitaires en français en misant sur des partenariats stratégiques qui améliorent l’accès à des infrastructures de pointe. »

Et de saluer un partenariat gagnant-gagnant : « Nous sommes fiers de nous associer au Collège Boréal afin d’offrir à nos étudiants des laboratoires de sciences de haute qualité, tout en maximisant l’utilisation des fonds publics. »

Daniel Giroux, président du Collège Boréal, abonde dans le même sens : « En mettant à profit nos infrastructures et notre expertise, nous contribuons aujourd’hui à augmenter l’accès aux études en français dans le domaine des sciences et au développement d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, bénéficiant à toute la région. »

L’Université de Sudbury a fait sa première rentrée en septembre dernier, proposant des programmes en sciences de la santé, gestion et commerce, sciences sociales et arts, après avoir obtenu en 2022 le feu vert de la Commission d’évaluation de la qualité de l’enseignement postsecondaire (CEQEP) lui permettant d’offrir des cours appuyés par des fonds publics.

Elle a depuis avancé sur plusieurs fronts, notamment en concluant un partenariat avec l’Université d’Ottawa en 2023, en décrochant un financement du gouvernement ontarien de plus de 10 millions de dollars sur trois ans, en 2025. Elle abrite en outre un centre de recherche dédié aux enjeux économiques.

Créée en français, une œuvre relie la Belgique et Toronto

Six étudiantes francophones et francophiles de Toronto coprésentent une œuvre au festival Mons en Lumières, en Belgique, du 22 au 25 janvier. Fruit d’une collaboration entre des étudiantes et étudiants de l’Université OCAD de Toronto (école d’art et de design) et de l’école d’art belge ARTS², l’œuvre intitulée Carnet de voyage d’une particule poursuivra son parcours au Canada à l’automne prochain.

Destinée à être projetée en plein air sur de grands bâtiments, cette œuvre sera notamment présentée en octobre à Toronto, aux Canada Malting Silos, un site industriel situé près de l’aéroport Billy Bishop.

« Après des mois de travail à distance et de collaboration virtuelle avec les étudiantes et étudiants de Mons, j’ai vraiment hâte de rencontrer mes coéquipiers au festival Mons en Lumières, en Belgique (du 22 au 25 janvier), et de voir les projections en personne », confie Zahrah Khurram, 19 ans, étudiante à l’Université OCAD.

Carnet de voyage d’une particule sera présentée à Mons avant une escale à Toronto. Gracieuseté

Pour cette artiste en devenir, qui a suivi un programme d’immersion française pendant près de douze ans, cette collaboration avec les étudiants de l’école d’art belge ARTS² représente aussi une rare occasion de s’investir dans un projet bilingue ou francophone au niveau universitaire.

Selon elle, Carnet de voyage d’une particule raconte le trajet d’un élément minuscule, une particule de lumière, de l’espace jusqu’à la Terre.

« Comme humains, on a tendance à se concentrer sur des choses très grandes ou spectaculaires. Se pencher sur le parcours de quelque chose d’aussi petit permet de changer notre regard », explique-t-elle.

Zahrah Khurram, étudiante à l’Université OCAD, souhaite poursuivre une carrière artistique axée sur les installations et les projections immersives. Gracieuseté

Très visuelle, l’œuvre mise sur les couleurs et l’animation pour créer une projection immersive et interactive.

Travailler en français, un défi

Du côté de l’équipe pédagogique, Philippe Blanchard, doyen par intérim de la Faculté des arts de l’Université OCAD, codirige le projet avec les professeurs Martin Waroux et Cédric Sabato de l’école ARTS².

« Dans ce projet, toute la communication s’est faite en français, par visioconférence. Pour les étudiants, cela demandait parfois des clarifications terminologiques, puisque leur formation en animation se fait en anglais. Mais c’était un défi formateur, et je suis très fier de leur travail », souligne M. Blanchard.

Il rappelle que, bien que l’université soit anglophone, OCAD multiplie depuis quelques années les collaborations en français, notamment avec la Belgique et la France.

Pour Shannon Halliday, 21 ans, cette dimension linguistique a constitué l’un des principaux défis.

« Je n’avais pas vraiment utilisé le français depuis le lycée. J’ai fait beaucoup d’erreurs et la collaboration était parfois compliquée. Mais réaliser une animation-projection en français m’a beaucoup apporté », explique-t-elle.

La communication passait notamment par un serveur Discord, un mode d’échange principalement écrit dans lequel l’étudiante se sentait plus à l’aise. « Ça m’a aidée à prendre confiance progressivement », ajoute-t-elle.

Une collaboration humaine

À l’approche du départ pour la Belgique, prévu ce samedi, l’excitation est palpable.

« Je suis encore un peu stressée, parce que je travaillais jusqu’à la dernière minute. Aujourd’hui encore, je dessinais des poissons depuis très tôt », raconte Shannon Halliday, qui a travaillé sur la partie consacrée à l’océan, plus précisément aux abysses.

Shannon Halliday, étudiante à l’Université OCAD, voit dans la collaboration internationale une expérience qui « ouvre les yeux ». Gracieuseté

Selon elle, cette œuvre comporte aussi une dimension écologique. « Même dans les profondeurs marines, des déchets et des traces de l’activité humaine apparaissent à l’écran, sans que des personnages humains soient représentés », fait-elle remarquer.

Au-delà de l’œuvre, l’expérience a laissé une empreinte durable.

« Pendant la pandémie, j’avais beaucoup de cours en ligne et je n’avais pas aimé ça. Mais ce projet m’a montré qu’il existe de vraies façons de créer des liens à distance. Collaborer à l’international, ça ouvre les yeux », témoigne-t-elle.

Un partenariat appelé à durer

Le partenariat entre l’université OCAD et l’école d’art ARTS² est né en marge d’une visite en 2024 d’une délégation belge organisée par le Conseil des arts de l’Ontario.

« C’est le début du partenariat, mais il est très prometteur. Les structures de programmes varient d’une école à l’autre, ce qui complique souvent les collaborations internationales. Ici, la motivation partagée des professeurs a fait la différence », affirme Philippe Blanchard, qui souligne que d’autres projets pourraient suivre.

Philippe Blanchard, doyen par intérim de l’Université OCAD, souligne l’essor des collaborations francophones internationales. Gracieuseté

Pour le doyen, cette initiative reflète enfin la diversité de la francophonie torontoise.

« Même si OCAD n’est pas une université francophone, beaucoup d’étudiants parlent ou connaissent le français. Il y a une nouvelle génération de francophones et de francophiles qui voient le français comme une langue ouvrant des portes à l’international », conclut-il.

Soins en français : deux fournisseurs demandent la désignation dans le Niagara, une première en 30 ans

WELLAND – Pour la première fois en plus de 30 ans, deux fournisseurs de soins entament des démarches pour obtenir la désignation sous la Loi sur les services en français (LSF) dans le Niagara. Une exception, puisque 95 % des prestataires identifiés depuis l’application de la Loi n’offrent pas de services en français. Selon des acteurs du milieu, de nombreuses barrières entravent l’accès aux soins en français. Avec le regroupement récent des Entités sous le Centre de planification des services en santé en français, les attentes sont grandes.

Annie Boucher, la directrice régionale du Centre de planification des services de santé en français de la région de Niagara (CPSSF) — anciennement Entité 2 Hamilton-Niagara-Haldimand Grant-Waterloo-Wellington) — nous apprend que, pour la première fois en 30 ans, deux fournisseurs de soins « sérieux » ont entamé les démarches pour obtenir la désignation sous la Loi sur les services en français (LSF).

Une exception qui confirme la règle du paradoxe entre identification et désignation pour cette région. 95 % des fournisseurs sont identifiés depuis 30 ans, depuis les débuts de la LSF, qui « doivent en principe tendre vers la désignation », c’est-à-dire devenir légalement responsables de la prestation de services en français.

« C’est un défi de notre travail, confie Annie Boucher. Au niveau systémique, c’est une priorité de changer ce paradigme. Nous appuyons les fournisseurs pour qu’ils avancent vers la désignation, mais elle ne se fait que sur la base du volontariat. Dans notre région on a 38 fournisseurs identifiés, mais ils n’offrent pas de services en français pour autant. »

Parmi les deux futurs établissements à obtenir la désignation, l’un des deux a demandé l’auto-identification, ce qui est rare, explique Hanane Kabli, agente de planification et d’engagement communautaire du CPSSF.

« Ainsi, le foyer de soins de longue durée Manoir Idelwyld, à Hamilton, déposera son premier rapport officiel en tant qu’organisme identifié cette année, et travaille avec nous pour avancer sur ses critères de désignation. »

« Le second, Hospice Niagara, qui était déjà identifié, est un organisme très engagé en matière de services de santé en français dans la région. Son avancement à pas sûrs vers la désignation, ainsi que son engagement, ont été illustrés par l’ouverture de la Maison Walker à Welland en août 2025, permettant l’ajout de 10 lits supplémentaires offrant des services de soins palliatifs bilingues, répondant aux besoins des familles francophones de la région », décrit Mme Kabli.

Pénurie des soins de santé et barrières à l’accès

« Dans les faits, la Loi sur les services en français a de bonnes intentions, mais n’a aucun caractère punitif », explique cette fois France Vaillancourt, la directrice générale du Centre de santé communautaire d’Hamilton-Niagara (aux deux points de service à Hamilton et Welland).

« On est le seul prestataire francophone des soins de santé en français, et on ne peut pas tout faire, n’ayant pas assez de postes pour combler tous les besoins de la population francophone. C’est un grand défi. Par ailleurs, beaucoup de partenaires anglophones nous envoient des patients francophones, mais nous n’offrons pas tous les services. »

Elle identifie de nombreux obstacles à la délivrance des soins en français, notamment le fait que certains professionnels de la santé qui parlent français, dispersés dans des agences anglophones, soient difficiles à trouver.

« Souvent des partenaires anglophones ont des employés francophones isolés qui ne sont pas identifiés comme tels. Ils s’occupent du patient dans sa langue, mais il n’y a pas de promotion de ces services parce que les services connexes ne sont pas en français (secrétaire médicale ou autre). Or les francophones pourraient tout de même bénéficier de leurs services s’ils le savaient. »

S’ajoute à cela le manque de transports en commun, une difficulté accrue dans la région du Niagara : « Si tu es un francophone qui habite à Fort Érié et que tu dépends des transports pour aller à Welland, c’est une aventure d’une journée, s’exclame Mme Vaillancourt. Heureusement que certains rendez-vous peuvent maintenant se faire en virtuel ».

Autre problématique de taille, l’accès à des spécialistes francophones, pratiquement inexistants selon celle-ci, tous concentrés dans les centres urbains de Toronto et d’Ottawa.

La directrice générale pointe également du doigt un manque de coordination quant aux capacités francophones des autres partenaires dans la région.

Des changements qui nourrissent espoir et attentes

« On doit en effet penser différemment dans le secteur communautaire en français, appuie Annie Boucher. Dans l’expansion des soins primaires pour les francophones, il y a la dispersion géographique à prendre en compte. La planification est complexe. On n’a pas nécessairement la masse critique à un endroit précis, mais des francophones dispersés qui ont besoin d’avoir accès à ces services. On doit être créatifs. »

Une tournée régionale sur l’offre et la demande active organisée par les Entités 1 et 2 en 2024 avait permis de comprendre certaines barrières à l’accès aux soins des communautés francophones.

« Nous avons compris que les francophones ne demandent pas les services par manque d’intérêt, mais en lien au manque d’informations, à la méconnaissance des droits linguistiques et à la crainte des délais d’attente, rapporte Hanane Kabli, ce qui donne des outils aux fournisseurs pour qu’ils comprennent que cette planification pourrait commencer par des actions simples. »

« Ce que la communauté nous a dit va informer notre travail et notre façon d’accompagner les fournisseurs dans le futur, complète Annie Boucher. Nous serons en mesure de contrecarrer leurs objections consistant à dire qu’il n’y a pas de francophones. »

D’ajouter que le fait d’identifier la variable linguistique à l’accueil des cliniques ou autre établissement médical serait primordial pour récolter les données sur les francophones.

Si la directrice régionale voit d’un très bon œil le regroupement des entités de planification, qui font depuis septembre 2025 partie du centre de planification provincial, elle souligne toutefois le fait qu’il s’agit d’un grand changement : « Notre directrice générale, Natalie Aubin, n’a pris son poste que début novembre 2025, c’est tout récent. »

« La création du Centre pourra être un vrai levier : plus d’expertise partagée, plus d’accès aux données, plus d’influence en amont avec les décideurs, pour une voix francophone plus forte, des solutions provinciales plus cohérentes et, surtout, un impact réel sur l’accès aux services de santé en français qui sera ressenti rapidement et dans les années qui viennent. Nous travaillons sur notre plan pluriannuel que nous soumettrons à Santé Ontario pour faire avancer les choses dans le cadre de notre mandat. »

Un sombre record de 85 000 sans-abri en Ontario

La crise de l’itinérance s’aggrave selon l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) qui a révélé les dernières données de 2025 : la province compte désormais 85 000 personnes sans-abri, soit une hausse de 8 % en un an, et de près de 50 % depuis 2021. Le sans-abrisme évoluerait également plus rapidement dans les communautés rurales et nordiques de l’Ontario. L’AMO réclame une action immédiate de la part du fédéral et du provincial.

L’association des municipalités de l’Ontario (AMO) a publié cette semaine son rapport de 2026, « Les municipalités sous pression, un an plus tard : mise à jour sur les coûts humains et financiers de la crise de l’itinérance en Ontario », des données actualisées sur l’itinérance en Ontario.

85 000 Ontariens étaient sans-abri en 2025, ce qui constitue une hausse de 8 % en un an, mais aussi une hausse vertigineuse de 50 % depuis 2021.

Autre phénomène relevé par ce nouveau rapport : la crise de l’itinérance progresse plus rapidement dans les communautés rurales et nordiques de l’Ontario. L’itinérance rurale a bondi de plus de 30 % l’an dernier, et de 37 % dans le Nord de l’Ontario.

L’évolution du nombre de sans-abri depuis 2018, avec une proportion de population nordique (bleu clair) qui augmente davantage depuis ces trois dernières années.
Source : Rapport de l’AMO Municipalities Under Pressure One Year Later : An Update on the Human and Financial Cost of Ontario’s Homelessness Crisis, réalisé avec l’Ontario Municipal Social Services Association (OMSSA), la Northern Ontario Service Deliverers Association (NOSDA) et HelpSeeker Technologies

On y apprend également que les Ontariens demeurent en situation d’itinérance pour des périodes de plus en plus longues, plus de la moitié souffrant d’itinérance chronique, sans logement depuis au moins six mois, ou vivant des cycles répétés d’itinérance.

La liste d’attente pour un logement social s’est également allongée pour atteindre plus de 300 000 ménages.

« Personne en Ontario ne devrait accepter l’ampleur de l’itinérance décrite dans ce rapport, a déclaré Robin Jones, présidente de l’AMO. Notre rapport de 2025 indiquait clairement que la situation ne ferait qu’empirer à moins de s’attaquer aux causes profondes. Aujourd’hui, la situation est encore plus critique. Depuis janvier dernier, on compte 5000 sans-abri de plus en Ontario. Beaucoup d’autres sont à risque en raison de l’incertitude économique. »

Doug Ford recommande « une formation et un emploi bien rémunéré » aux sans-abri

En conférence de presse plus tôt cette semaine, Doug Ford a été interpellé par le journaliste Liam Casey (Presse canadienne) au sujet des fonds débloqués par la province qui ne parviennent pas à suivre la progression du nombre de personnes qui tombent dans l’itinérance.

« Nous investissons des centaines et des centaines de millions de dollars pour aider les sans-abri. La meilleure façon d’aider une personne itinérante, c’est de lui offrir une formation et un emploi bien rémunéré, et c’est ce que nous faisons », a répliqué le premier ministre ontarien.

« Nous avons formé 750 000 personnes jusqu’à présent. Je veux aider ces gens, et je sais qu’ils veulent pouvoir se remettre sur pied et louer un appartement ou un condo, ou éventuellement économiser assez d’argent pour en acheter un. Nous nous concentrons donc là-dessus et sur le développement économique. »

Réagissant au rapport de l’AMO ce jeudi par voie de communiqué, l’opposition officielle a imputé ces nouveaux chiffres au gouvernement Ford.

« Sous le gouvernement Ford, l’itinérance en Ontario a augmenté de près de 8 % en une seule année, et de près de 50 % depuis la pandémie, a déclaré Marit Stiles, la cheffe du NPD. Cette crise n’est pas apparue du jour au lendemain. On a laissé ce problème échapper à tout contrôle alors que les listes d’attente pour un logement s’allongent et que de plus en plus de personnes sont poussées vers les campements. »

« Les gens tombent dans l’itinérance plus rapidement qu’ils ne peuvent être logés, a affirmé Catherine McKenney, du NPD dans Ottawa-Centre et porte-parole en matière de Logement. Nous savons tous que démanteler et évacuer les campements ne règle rien. Les municipalités implorent de l’aide, les experts ont proposé des solutions, et le gouvernement refuse toujours d’agir à l’échelle requise. »

« L’itinérance est un échec politique, a conclu Stiles. Et c’est un échec que ce gouvernement doit enfin assumer en apportant des correctifs. »

Des appels à l’action de l’AMO

L’AMO prévient que le nombre de sans-abri en Ontario pourrait doubler d’ici 2035 pour atteindre près de 300 000 personnes en cas de ralentissement économique.

« Nous avons besoin que le gouvernement provincial exerce son leadership par des actions concrètes, soutenues par des investissements fédéraux, afin de protéger les individus, les communautés et notre prospérité collective », a exhorté la présidente de l’AMO. Nous pouvons résoudre cette crise, mais nous devons travailler ensemble. »

Si les investissements et efforts de la province pour gérer des campements sont soulignés, l’association décrie toutefois « des décennies de sous-investissement en logement abordable, en soutien au revenu et en santé mentale et dépendances », en plus des pressions économiques subies par les communautés.

Celle-ci estime que les municipalités font leurs parts en investissant dans les programmes de logement et de lutte contre l’itinérance (2 milliards de dollars en 2025), et que les gouvernements provincial et fédéral se doivent de prendre des mesures significatives pour éradiquer l’itinérance.

Parmi ses recommandations, l’AMO préconise le maintien du financement fédéral via la Stratégie nationale sur le logement pour préserver les programmes essentiels comme l’Allocation Canada-Ontario, et un investissement de 11 milliards de dollars sur 10 ans pour développer 75 000 unités de logements abordables avec services de soutien.

Elle estime qu’un investissement de 2 milliards de dollars supplémentaires sur huit ans est nécessaire pour s’assurer que les personnes vivant dans les campements soient relogées rapidement, ainsi qu’une collaboration accrue de tous les paliers gouvernementaux.

Soccer : « Je suis heureux de revenir », Duhaney-Walker poursuit l’aventure avec l’Atlético Ottawa

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI

Tyr Duhaney-Walker, 22 ans, est un défenseur central canadien né à Russell (Ontario) d’une mère brésilienne et d’un père jamaïcain. Formé localement et Franco-Ontarien d’adoption, il a gravi les échelons jusqu’à signer son premier contrat professionnel avec l’Atlético Ottawa en 2023. Issu du programme de développement du club, il s’est imposé petit à petit dans l’équipe première jusqu’à faire partie intégrante de l’équipe championne de Première ligue canadienne en novembre dernier.

LE CONTEXTE

Le 8 janvier 2026, l’Atlético Ottawa a officialisé la prolongation de contrat de Tyr Duhaney-Walker jusqu’à la fin de 2027, deux mois après le sacre de champion de la Première Ligue canadienne. Dans la continuité d’une saison où la jeune garde défensive a été mise à contribution en l’absence d’Amer Didic, depuis parti, le club renouvelle sa confiance en une charnière rajeunie. Duhaney-Walker aura ainsi une carte à jouer aux côtés de Noah Abatneh (21 ans), Sergei Kozlovskiy (17 ans) Loïc Cloutier (21 ans) et Roni Mbomio (20 ans) dont le retour a été également annoncé par le club ottavien ce mardi 13 janvier.

L’ENJEU

Entre blessures, résilience et titre collectif, Tyr Duhaney-Walker raconte son parcours de la saison passée, explique son choix de rester à Ottawa et aborde 2026 avec l’envie de s’imposer durablement dans l’effectif.

« La finale a marqué les esprits, notamment avec des conditions météo extrêmes et un match qui s’est étiré sur près de quatre heures. Avec le recul, qu’est-ce que vous en retenez?

Oui, c’était incroyable. L’atmosphère, c’était quelque chose que personne n’avait jamais vécu. Le fait de gagner dans cet environnement-là, c’est fou. Avec l’équipe qu’on avait, avec le staff, tout le monde impliqué dans ce groupe, c’était très gratifiant de gagner à la fin de la saison. Ça a été une longue saison, avec de bons moments et des moments plus difficiles. La perte d’Amer au début de la saison a été un coup dur, c’était un très bon joueur. Beaucoup de jeunes ont dû prendre plus de place dans l’équipe, mais au final, tout a fonctionné.

Sur le plan individuel, votre saison a été faite de hauts et de bas, notamment à cause des blessures. Quel bilan en tirez-vous?

Individuellement, ça a été un peu difficile avec les blessures la majorité du temps. Je me blessais, je revenais, je reprenais le rythme, puis il y avait une autre blessure. C’était dur mentalement de rester à un haut niveau. Mais j’espère vraiment que cette année, ça ira mieux.

Vous avez choisi de re-signer avec l’Atlético Ottawa. Comment cette décision s’est-elle prise?

J’avais terminé mon contrat de deux ans, donc il y avait d’autres options aussi. Mais Ottawa, c’est la maison. Je suis heureux de revenir, de redonner mes talents à la communauté qui m’a soutenu toute ma carrière. Je suis heureux de revenir et je suis excité pour la Concacaf et pour toutes les choses à venir.

La saison dernière, Tyr Duhaney-Walker a disputé 15 matchs pour un total de 754 minutes en PLC. Photo : Philippe Lariviere / Atlético Ottawa

Quand vous voyez un coéquipier comme Noah Abatneh appelé en sélection canadienne, est-ce que cela vous motive encore plus?

Oui, c’est sûr. J’étais dans la chambre quand Noah a reçu l’appel. C’était incroyable, très excitant. Ça me motive à atteindre ce niveau-là cette année. Même la finale, il y a eu beaucoup de vues. Il y a plus d’attention sur la ligue maintenant. On espère de grandes choses.

Quels sont vos objectifs pendant l’intersaison?

Rester disponible pour le coach. Donner le maximum chaque jour. Faire attention à ce que je mange, à tout ce qui entoure la performance. Je veux toujours être à mon plus haut niveau.

Comment voyez-vous la saison prochaine pour l’Atlético Ottawa, dans un championnat où il y a beaucoup de mouvements de joueurs?

En PLC, il y a toujours beaucoup de mouvements. Des joueurs commencent ici, ils partent, ils reviennent. On perd aussi des leaders, comme Nate (Ingham), qui était un joueur clé pour nous. Ce n’est jamais facile. Mais de ce que je vois, notre équipe va être compétitive cette année. Le but, c’est de gagner. Je pense qu’on va avoir une bonne chance.

La pause est courte cette année avec la Coupe des champions de la Concacaf dès février (contre Nashville). Comment vivez-vous cette reprise rapide?

On a déjà recommencé. On a repris il y a trois jours parce qu’on joue en février. L’intersaison a été courte, mais je trouve que c’est mieux. Tu as moins de temps de repos, tu restes focus, tu te remets tout de suite au travail avec les objectifs à venir. »

Démission effective de Bonnie Crombie à la tête du Parti libéral de l’Ontario

TORONTO – Bonnie Crombie a signifié ce mercredi que sa démission à la tête du Parti libéral de l’Ontario prendrait effet immédiatement. Son départ ne faisait plus l’ombre d’un doute, la cheffe du parti l’ayant annoncé dès septembre dernier en dépit d’un vote de confiance faible, mais favorable. Elle avait initialement déclaré qu’elle resterait en poste jusqu’à l’élection d’un nouveau chef. Le parti a, lui, indiqué qu’un chef intérimaire serait choisi en attendant qu’une élection soit tenue.

L’ancienne mairesse de Mississauga, et actuelle leader du Parti libéral, a annoncé ce jour sa démission immédiate par voie de communiqué.

Le 14 septembre dernier, après un vote de confiance où elle avait récolté 57 % du soutien des membres du parti (contre 43 % qui souhaitaient un changement de leadership), celle-ci avait décidé de démissionner, mais de rester en poste jusqu’à ce que son remplaçant soit élu.

« Après mûre réflexion, j’ai pris la décision de me retirer de la direction du Parti libéral de l’Ontario, a-t-elle déclaré ce mercredi. À l’aube de cette nouvelle année, je crois que le moment est venu pour moi et pour le parti d’aller de l’avant. Je suis extrêmement fière du travail que nous avons accompli ensemble pour reconstruire et renouveler notre parti. Je suis reconnaissante envers nos membres, nos bénévoles, notre caucus et nos partisans partout en Ontario. »

D’ajouter : « Je me réjouis à l’idée de passer plus de temps avec ma famille, notamment pour accueillir mon premier petit-enfant, tout en laissant au parti l’espace dont il a besoin pour aller de l’avant avec une nouvelle direction. »

Mme Crombie a précisé que son départ permettrait au parti de nommer un chef intérimaire qui prendra les rênes pendant que le processus de sélection d’un nouveau chef se déroulerait.

La présidente du Parti libéral de l’Ontario, Kathryn McGarry, a confirmé que le parti choisira un chef intérimaire, en fonction jusqu’à ce qu’un chef permanent soit désigné : « le Conseil exécutif du parti travaille actuellement sur les détails de la prochaine élection à la direction et annoncera bientôt la date. »

Patrimoine canadien ne poursuivra pas la bataille juridique contre un conseil scolaire francophone

OTTAWA – Le ministère fédéral du Patrimoine canadien a décidé de ne pas faire appel de la décision rendue dans la cause qui l’opposait au Conseil scolaire francophone de Terre-Neuve-et-Labrador (CSFP) et qui pourrait avoir un impact sur d’autres conseils scolaires francophones au pays.

Comme le 12 janvier marquait la date limite pour porter en appel de la décision, tant Patrimoine canadien que le conseil scolaire ont choisi de ne pas le faire. Le jugement est donc maintenu et servira de précédent.

« Le ministère du Patrimoine canadien a analysé la décision rendue par la Cour fédérale et n’entend pas la porter en appel », nous a indiqué l’institution fédérale dans une déclaration, soutenant être « fermement engagé à respecter la Loi sur les langues officielles ».

Le mois dernier, la Cour fédérale a statué que le ministère n’avait pas respecté ses obligations linguistiques dans le cadre de son processus de consultation. Le juge Guy Régimbald a déclaré que le CSFP n’avait pas été « consulté directement » et que « le ministre n’a pas dûment tenu compte du fait que le CSFP est le mieux placé pour identifier les besoins locaux ».

Mais, Patrimoine canadien a aussi obtenu gain de cause partiellement dans cette décision, puisque la demande du CSFP pour un montant supplémentaire de deux millions de dollars a été rejetée. De plus, l’argument du CSFP selon lequel l’entité fédérale n’avait pas établi un mécanisme de reddition de comptes adéquat a été écarté.

Le CSFP reprochait à Ottawa de ne pas avoir été consulté au sujet de l’entente signée avec le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador pour l’éducation en français de 2013 à 2018. Cette entente prévoyait un investissement fédéral de 1,3 million de dollars, auquel devait s’ajouter une contribution provinciale au moins équivalente.

Des impacts ailleurs dans la francophonie

« Le CSFP est très heureux de la décision du ministre (Marc) Miller et de son ministère, laquelle nous donne espoir et fait preuve de bonne volonté », a soutenu Michael Clair, le président du CSFP par voie de communiqué mardi.

Le jugement ordonne désormais à Patrimoine canadien que le CSFP « doit être invité et consulté, avec un préavis suffisant pour se préparer et consulter les parents ayants droit, afin que ses besoins soient exprimés et considérés ». Ce jugement pourrait s’appliquer aux autres conseils scolaires francophones du pays, car le ministère fédéral signe des ententes similaires dans le domaine de l’éducation avec chaque province.

« Nous nous tournons donc vers l’avenir et nous nous attendons à être directement impliqués, en temps utile et en détail, dans le cadre de la mise en œuvre du PLOÉ (Protocole sur les langues officielles dans l’enseignement) actuellement en vigueur et dans l’élaboration du prochain PLOÉ », ajoute M. Clair dans sa déclaration.

À souligner que cette décision a été rendue selon l’ancienne mouture de la Loi sur les langues officielles, avant sa modernisation en 2023. De fait, l’obligation de consultation a été considérablement modifiée lors de cette refonte de la législation il y a trois ans.

Le ministre du Patrimoine canadien et responsable des langues officielles, Marc Miller avait affirmé la semaine dernière en marge d’une conférence de presse « qu’on devrait » consulter les conseils scolaires, selon ce que rapportait Radio-Canada.

« C’est clair que la consultation est très importante et qu’il va falloir qu’on s’assure que les gens soient bien consultés avant de faire des investissements le cas échéant », rapportait le radiodiffuseur.

Tourner en Ontario français : s’adapter pour rejoindre les publics

Contact Ontarois donne rendez-vous à l’industrie francophone du spectacle à Ottawa du 14 au 17 janvier. En marge de l’événement, artistes et professionnels franco-ontariens expliquent comment ils se positionnent pour faire circuler leurs œuvres à l’échelle de la province, entre réalités territoriales, contraintes économiques et choix identitaires.

L’un des défis majeurs qui anime les artistes franco-ontariens demeure la rencontre avec les publics, des petites communautés aux grands centres urbains de l’Ontario français.

« Notre plan, c’est vraiment d’aller dans toutes les localités possibles », affirme Ariane Carrière, productrice exécutive aux Créations in vivo.

Pour y parvenir, l’adaptation devient une condition essentielle.

« On essaie d’adapter le spectacle pour être le plus exportable possible », explique-t-elle. Dans plusieurs régions, les diffuseurs œuvrent en effet dans des salles communautaires ou scolaires, parfois peu équipées.

« Souvent, la salle de spectacle, c’est celle de l’école secondaire, qui sert aussi de centre communautaire. On s’adapte à ces contextes-là pour rejoindre le plus de gens possible et briser l’isolement de l’art », poursuit-elle.

« On est une compagnie de théâtre qui se promène », résume Ariane Carrière, productrice exécutive aux Créations in vivo. Gracieuseté

Cette année, Les Créations in vivo présentent un extrait de Patenteuse, une comédie musicale écrite par Chloé Thériault, qui aborde l’émancipation féminine et l’autonomie à travers l’humour et la fantaisie.

Un public en quête de proximité

Du côté du public, l’ancrage local demeure un levier déterminant. Selon Ariane Carrière, la présence d’artistes originaires d’une région favorise la mobilisation. « Les gens vont vraiment sortir s’ils connaissent quelqu’un qui est dans le spectacle », note-t-elle.

Autre constat : depuis la pandémie, le public recherche avant tout le plaisir de la sortie culturelle. « Les gens veulent du divertissement. Ils veulent réfléchir, mais sans se faire faire la morale », observe-t-elle.

Pour Patrick Bourbonnais, agent de spectacles au Groupe JKB, les artistes franco-ontariens évoluent dans un écosystème bien balisé. Il est constitué d’écoles francophones (environ 650 en Ontario), diffuseurs communautaires, quelques festivals, de rares salles spécialisées, et des événements de maillage comme Contact Ontarois.

« Le marché existe, mais il est restreint. Ça donne des occasions de tournée, mais ça demande énormément de planification et de coopération », résume-t-il.

À cette réalité s’ajoute la dispersion géographique des francophones. Les distances, les coûts de transport et les contraintes logistiques (particulièrement dans le Nord ontarien) compliquent les tournées.

« Se déplacer à Thunder Bay, c’est doublement cher. Alors on mutualise, on combine les dates, on travaille en réseau », explique-t-il.

Patrick Bourbonnais, agent de spectacles au Groupe JKB estime que « la mutualisation et la solidarité ce n’est pas un luxe, mais une condition de survie pour nos infrastructures culturelles ». Gracieuseté

L’équité plutôt que la rentabilité

Outre les contraintes de diffusion, la question du financement constitue également un enjeu. En Ontario français, la taille de la population ne permet pas de rivaliser avec de grands événements anglophones, comme le Bluesfest et ses quelque 300 000 spectateurs, souligne Patrick Bourbonnais.

« Un festival franco-ontarien qui attire 10 000 personnes, c’est un méga événement », insiste-t-il.

Selon lui, les bailleurs de fonds doivent raisonner en termes d’équité culturelle, plutôt que de simple retour sur investissement. Une logique de plus en plus reconnue par ces derniers.

La langue, un positionnement?

Avant le style ou l’esthétique, la langue demeure le premier axe de positionnement. Chanter en français en Ontario place les artistes dans une niche, tant sur scène qu’à la radio ou sur les plateformes numériques, où la musique francophone est souvent regroupée sans distinction de genres.

Pour Sophie d’Orléans, ce choix est à la fois identitaire et stratégique. « Chanter en français en milieu minoritaire, ça définit beaucoup notre positionnement », affirme-t-elle.

Bien qu’elle compose aussi en anglais, l’artiste veille à maintenir une majorité de chansons francophones.

« Si je postule pour des programmes de subventions (conseil des arts de l’Ontario, par exemple) ou pour des prix comme Trille Or, il faut un certain pourcentage de chansons en français pour être admissible. C’est important, surtout en début de carrière », explique-t-elle.

Un choix qui s’avère aussi avantageux pour les spectacles scolaires.

Sophie d’Orléans, chanteuse, souligne que, dans un contexte minoritaire, la culture passe largement par le milieu scolaire, véritable lieu de concentration francophone. Gracieuseté

« C’est tout à mon avantage d’avoir un positionnement clair sur la langue première de mon répertoire », ajoute-t-elle.

L’autonomie artistique comme stratégie

Face à la fragilité du marché, plusieurs artistes adoptent un modèle ‘do it yourself’.

« J’ai ma main dans tous les aspects », explique Sophie d’Orléans, qui s’implique autant dans la musique et les textes que dans la co-réalisation et la direction artistique. Une polyvalence exigeante, mais qui permet de mieux comprendre les rouages de l’industrie avant de déléguer.

Même constat chez Céleste Lévis, qui a cofondé Joly Records avec son conjoint.

Production, tournées, gestion : « On fait tout nous-mêmes pour créer des opportunités et prouver qu’on est là pour durer », explique l’artiste, qui prévoit la sortie de son cinquième album à l’automne 2026.

Pour Céleste Lévis, le marché franco-ontarien ressemble d’abord à une communauté : « une grosse famille », dit-elle. Crédit photo : Phil Larivière (Créaphil) 

Se positionner implique aussi de clarifier ses choix artistiques.

« C’est définitivement un marché qui n’est pas facile », observe Céleste Lévis, notant que la langue et l’origine amènent parfois à une uniformisation des perceptions, peu importe les styles. À cela s’ajoute la pression du formatage : chansons plus courtes, refrains plus rapides, potentiel radio.

« Est-ce qu’on raccourcit une chanson pour que le refrain arrive plus vite? Ce sont des questions qu’on se pose », reconnaît-elle. Mais l’artiste dit avoir tranché : « J’ai décidé de prendre mes décisions pour le bien de la chanson, pas pour une potentielle réussite à la radio », quitte à aller à contre-courant d’une industrie où les pièces durent de plus en plus souvent moins de trois minutes.

Un choix qui, paradoxalement, aurait porté fruit. « Drôlement, c’est là où les chansons ont encore mieux réussi », raconte-t-elle, y voyant une invitation à faire confiance à la démarche artistique.

« Il faut juste faire confiance à notre art et laisser la musique parler pour elle. »

La fermeture d’un laboratoire d’analyse médicale à Sudbury exaspère les élus

SUDBURY – La fermeture du seul laboratoire LifeLabs de la ville provoquerait la perte d’une quarantaine d’emplois, en plus d’allonger les délais de traitement des analyses réorientées vers dans le Grand Toronto.

La firme privée prévoit de fermer définitivement son laboratoire d’ici le printemps. Hors de question pour le maire de Sudbury qui, dans une lettre adressée ce mardi à la ministre de la Santé Sylvia Jones, exhorte le gouvernement à intervenir.

Paul Lefebvre, le maire de Sudbury, craint que les quelque 40 emplois de technologues recrutés par le laboratoire médical ne soient supprimés sans reclassement et que le transfert des analyses de tests vers d’autres laboratoires ne fasse que prolonger l’attente de résultats.

« Des échantillons provenant de l’ensemble du Nord devront être transportés sur des centaines de kilomètres pour être analysés », réagit l’élu sudburois, avec pour conséquence « des retards prévisibles et des risques inutiles pour les patients. »

Et de dénoncer un système de soins à deux vitesses dans lequel le Nord sort perdant : « Nos résidents méritent le même niveau de soins et de fiabilité que partout ailleurs dans la province, et cette décision met cela en péril. »

Paul Lefebvre demande au gouvernement de l’Ontario d’intervenir. Photo : Archives Inès Rebei/ONFR

Au-delà des Sudburois, ce laboratoire traitait des échantillons provenant de Sault Ste. Marie, North Bay et des localités de la route 11. C’est donc toute une partie de la population du Nord qui sera affectée, déplore également le député provincial de Sudbury, Jamie West.

« C’est une mauvaise nouvelle de voir disparaître ce service essentiel pour le Nord », dit-il, ironisant sur la nationalité de l’entreprise et l’inaction du premier ministre. LifeLabs est à l’origine une entreprise canadienne qui a ensuite été vendue en août 2024 à la multinationale américaine Quest Diagnostics.

« Ça a été racheté pour faire des profits, pas pour servir l’intérêt général. Or, depuis qu’il a été élu, Doug Ford ne cesse de nous promettre qu’il va nous protéger des États-Unis. Où est-il dans ce dossier? » questionne M. West.

Tout comme le maire de Sudbury et la députée France Gélinas, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé, il demande que le gouvernement s’interpose dans ce dossier, au moins pour préserver des emplois et garantir des délais raisonnables.

Le maire Lefebvre, quant à lui, croit que les personnes atteintes de maladies chroniques, les nouveau-nés, les résidents des foyers de soins de longue durée et les patients prenant des médicaments essentiels seront les premières victimes de la fermeture du laboratoire dans la ville du nickel, si la province reste à l’écart.

À l’heure où nous écrivions ces lignes, ni le ministère de la Santé ni LifeLabs n’avaient donné suite à nos sollicitations.

Quand le soccer rassemble les communautés africaines francophones de Toronto

TORONTO – À l’issue de quarts de finale riches en émotions en fin de semaine dernière, le Sénégal et le Maroc poursuivent leur route dans la Coupe d’Afrique des nations 2025. À Toronto, même sans grands rassemblements en raison des matchs disputés vendredi, les supporters ont vibré devant ces victoires qui ouvrent la porte à une possible finale entre ces deux nations « amies ». Si l’Algérie, la Côte d’Ivoire et le Cameroun ont vu leur parcours s’arrêter en quarts de finale, leurs supporters à Toronto ont toutefois mis de l’avant les aspects positifs, entre fierté, esprit de communauté et espoirs pour l’avenir.

Du côté sénégalais, la victoire 1-0 face au Mali a été accueillie avec soulagement plus qu’avec euphorie. Un succès minimaliste, mais essentiel, qui envoie les Lions de la Teranga en demi-finale contre l’Égypte.

Aïssatou Keïta, supportrice sénégalaise basée à Toronto, n’a malheureusement pas pu suivre la rencontre en direct.

« C’était un jour de travail, et en tant que professeure, je devais être avec ma classe. Ce sera pareil mercredi pour la demi-finale », explique-t-elle.

Malgré tout, elle reste confiante : « Ils n’ont pas fait un grand match, mais ils ont réussi l’essentiel. Je pense qu’ils vont devoir livrer leur meilleure prestation du tournoi contre l’Égypte, sinon ça ne passera pas. Mais avec leur expérience et leur défense solide, j’y crois. »

Niveau rassemblement, le restaurant sénégalais Pendafrica, à Toronto, proposait la diffusion du match. Mais en raison du jour de semaine, très peu de personnes ont pu se déplacer.

Le restaurant Pendafrica et sa propriétaire Mame Penda seront de nouveau prêts à accueillir les Sénégalais de la communauté torontoise ce mercredi 14 janvier pour le match contre l’Égypte. Photo : Mickael Laviolle / ONFR

L’établissement entend néanmoins renouveler l’expérience mercredi midi pour la demi-finale, et prévoit même une ouverture exceptionnelle dimanche en cas de qualification pour la finale. Aïssatou, elle, espère une chose : « S’ils vont en finale, j’aimerais vraiment aller voir le match avec la communauté. »

À noter aussi le contexte personnel de la supportrice sénégalaise, également d’origine malienne. « C’était un match particulier pour moi, mais j’étais à 100 % pour le Sénégal », confie-t-elle, tout en glissant son souhait pour la suite : une finale Sénégal–Nigéria.

Entre travail, écrans et passion partagée

Même tonalité de satisfaction du côté marocain après la victoire 2-0 contre le Cameroun. Mohammed Benjelloun, membre de la communauté marocaine de Toronto, a trouvé la prestation des Lions de l’Atlas très aboutie. « Le Maroc a joué un match très sérieux, extrêmement bien maîtrisé. On s’attendait à plus de résistance du Cameroun, mais le Maroc a eu le dessus », analyse-t-il.

Concernant la demi-finale à venir contre le Nigéria, il anticipe un duel plus accroché : « Ce sera un match un peu plus serré, mais on a complètement confiance que le Maroc va gagner. Je dirais peut-être 2-1. »

Il souligne aussi un aspect symbolique important : « C’est peut-être mieux de jouer le Nigéria que l’Algérie, à cause des enjeux politiques et émotionnels. Contre le Nigéria, on a les joueurs pour être efficaces. »

À Toronto, aucun grand regroupement n’a toutefois été organisé pour ce quart de finale marocain, le match ayant lieu également le vendredi après-midi. Il en sera de même pour la demi-finale qui se joue ce mercredi 14 janvier à 15 heures. Les Marocains envisagent en revanche de se retrouver dimanche en cas de qualification, même si, pour l’heure, aucun lieu de rassemblement n’a encore été déterminé.

Même éliminés, toujours debout ensemble

La journée de samedi n’a en revanche pas souri aux communautés algérienne et ivoirienne, toutes deux éliminées en quart de finale.

Les Algériens s’étaient pourtant mobilisés en nombre. Près d’une cinquantaine de personnes s’étaient réunies à Mississauga pour soutenir les Fennecs face au Nigéria. Un moment fort, malgré la déception. Oussama Redjel, présent sur place, évoque un match difficile.

« Les joueurs n’étaient pas très concentrés, il y a eu des polémiques autour de l’arbitrage, ça a déconcentré l’équipe. Mais il faut être honnête, le Nigéria a fait un très bon match. Ils méritent de gagner. »

Malgré la frustration, l’ambiance communautaire a marqué les esprits. « On n’était pas moins de 50. C’était une occasion de rencontrer plein d’Algériens, de se retrouver. On aimerait avoir plus d’initiatives comme celle-ci », souligne-t-il.

Du côté ivoirien, une dizaine de supporters s’étaient donné rendez-vous au restaurant Le Plateau Royal, sur Danforth, pour suivre le quart de finale face à l’Égypte (défaite 3-2). Mickael Ba résume avec lucidité : « La Côte d’Ivoire a fait un bon match, elle a eu la possession, mais l’Égypte a été chirurgicale. Dans le football moderne, ce n’est pas toujours l’équipe la plus forte qui gagne, mais la plus efficace. »

S’il reconnaît la déception, il insiste sur l’essentiel : « On est content de se regrouper comme ça, dans la fraternité. C’est important de continuer à faire ça dans la communauté ivoirienne de Toronto. »

Mickael Ba au premier plan en compagnie de quelques partisans ivoiriens au Plateau Royal. Photo : Mickael Laviolle / ONFR

Le Cameroun, une élimination dans la discrétion

Éliminés la veille par le Maroc, les Lions Indomptables n’avaient pas non plus organisé de regroupement, là encore en raison du jour de travail. Duvalier Monkam, supporter camerounais, préfère retenir le positif d’une campagne pourtant compliquée : une équipe montée en urgence, un nouveau sélectionneur, des joueurs jeunes et inexpérimentés, mais un groupe combatif. Battus en quart de finale, les Camerounais quittent la compétition avec des regrets, mais aussi des enseignements pour l’avenir.

À Toronto, cette Coupe d’Afrique des nations 2025 continue donc de tisser des liens, même lorsque les résultats font mal. Chaque communauté essaie de s’organiser pour vivre la compétition à sa manière. Et pour le Sénégal et le Maroc, l’aventure est loin d’être terminée.

Toxicomanie à Ottawa : projet pilote et nouveau modèle d’intervention

OTTAWA – Pour faire face à la toxicomanie et la criminalité qui y est associée, un investissement fédéral de 1,2 million de dollars permettra d’augmenter la capacité d’intervention des organismes communautaires du centre-ville d’Ottawa. Le financement soutient notamment un projet pilote axé sur l’expertise vécue et la coordination des services.

Comme plusieurs autres villes au pays, Ottawa fait face a une crise qui prend de l’ampleur. En 2024, la Ville a enregistré 157 décès liés aux surdoses. Pour le seul mois de décembre 2025, 263 visites aux urgences ont été attribuées à une surdose de drogue soupçonnée.

Dans ce contexte, le gouvernement fédéral a débloqué des fonds pour la création, entre autres, d’un modèle d’intervention qui pourrait être implanté ailleurs.

Combler un déficit de financement

Deux volets de financement seront mis en place. Le premier concerne un projet pilote de 500 000 $, déployé depuis le 30 décembre et jusqu’à la fin de l’exercice financier fédéral, le 31 mars 2026. Il vise à combler un déficit de financement et à renforcer la capacité d’intervention sur le terrain.

« Ce financement va nous aider à augmenter les services déjà disponibles et à accroître notre capacité de 50 à 100 personnes par jour, notamment au centre-ville », explique Michelle Hurtubise, directrice générale du Centre de santé communautaire du Centre-Ville, dont l’organisme a reçu 120 893,75 $.

Michelle Hurtubise, directrice générale du Centre de santé communautaire du Centre-Ville, évoque un manque de ressources pour répondre aux besoins des personnes en situation d’itinérance. Gracieuseté

Actuellement, le Centre dessert environ 4500 personnes par année.

« Il y a des personnes qui attendent à l’extérieur de nos installations, mais nous sommes à pleine capacité chaque jour », souligne Mme Hurtubise, évoquant la pression constante sur les services existants.

L’organisme prévoit notamment l’ouverture d’un nouvel espace sur la rue Somerset, ainsi que le réaménagement de certains points de service afin de les rendre plus accessibles aux personnes en situation d’itinérance.

Plusieurs organismes communautaires bénéficieront aussi de ce soutien financier, notamment :

Opération Rentrer au foyer : 90 163,19 $

Ottawa Inner City Health : 121 643,55 $

Les Bergers de l’espoir : 27 940,69 $

Service paramédic d’Ottawa : 65 200,00 $

Services sociaux et communautaires : 71 801,77 $

Malgré ces investissements, les besoins demeurent importants. « Le manque d’hébergements avec soutien demeure l’un des principaux obstacles, explique Mme Hurtubise. Il ne suffit pas d’avoir un logement : les personnes ont besoin d’un accompagnement pour réussir leur stabilisation. »

Un projet axé sur l’expertise vécue

Pour Sarah Taylor, directrice des Services de sécurité communautaire, de bien-être, des politiques et des données analytiques à la Ville d’Ottawa, le projet pilote repose sur une approche concertée.

« En regroupant les organismes afin qu’ils planifient et mettent en œuvre conjointement leurs activités dans les secteurs prioritaires du centre-ville, le projet pilote permet de s’assurer que les programmes sont coordonnés et adaptés aux besoins communautaires », indique-t-elle.

L’un des éléments centraux du projet est l’inclusion d’activités conçues et dirigées par des pairs, soit des personnes ayant vécu ou vivant en situation d’itinérance.

« Les programmes sont façonnés par ceux et celles qui connaissent ces réalités de l’intérieur, ce qui renforce leur pertinence et leur efficacité », ajoute Mme Taylor.

La Ville prévoit la mise en place d’un cadre d’évaluation visant à recueillir des données, à suivre la participation et à obtenir les commentaires des partenaires, des pairs et des usagers.

« Ce processus permettra d’orienter les pratiques exemplaires et d’éclairer les options futures de programmes », précise Sarah Taylor.

De son côté, Michelle Hurtubise indique que les organismes sont toujours en phase de concertation avec la Ville.
« Nous sommes en discussion afin de finaliser les objectifs du projet, les activités à mettre en œuvre et les indicateurs qui permettront d’en évaluer les retombées », explique Mme Hurtubise.

Selon elle, les échanges sont également en cours avec les services paramédicaux et les autres partenaires afin de définir les interventions à privilégier et de recruter des personnes ayant une expérience vécue, dans l’objectif d’offrir des services concrets et adaptés aux besoins immédiats des personnes accompagnées.

Un modèle reproductible

Le second volet, financé à hauteur de 650 000 $ par Santé Canada et dirigé par le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, vise à élaborer un modèle reproductible à l’échelle nationale.

Entre le 1er janvier et le 31 décembre 2026, le Centre collaborera avec la Ville et ses partenaires afin d’analyser les systèmes existants, les données disponibles et les pratiques comparables ailleurs au pays.

L’objectif est d’identifier des mesures à court terme, de renforcer la capacité de réponse face à une crise jugée complexe et imprévisible.

Ville officiellement bilingue, Ottawa affirme par ailleurs vouloir tenir compte des réalités francophones.

« Les besoins des communautés francophones seront identifiés à travers des processus de mobilisation dirigés par des pairs, afin de garantir que les services financés soient accessibles en français et adaptés aux réalités vécues », assure Sarah Taylor.

La menace d’une grève plane sur l’Université Laurentienne

SUDBURY – Syndicat et Conseil des gouverneurs participent à une médiation portant, entre autres, sur le régime de retraite et le retard de versement de salaires consécutif à la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). Si aucune entente n’est scellée cette semaine, ce sera la grève ou le lock-out dès lundi prochain.

C’est une semaine cruciale pour les professeurs de l’Université Laurentienne qui tentent d’obtenir des avancées en matière de retraite et de rattrapage de salaire. Deux ultimes séances de médiation qui auront lieu samedi et dimanche décideront de la suite des événements.

Un avis de non-convocation émis le 29 décembre dernier par le gouvernement place l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL) en position de faire grève dès le 19 janvier. Le syndicat avait reçu un mandat de grève très clair de ses membres (98 %) en novembre dernier.

« La pierre d’achoppement se situe au niveau du régime de retraite », affirme Fabrice Colin. Le président de l’APPUL dénonce certaines restrictions dans l’entente de sortie de la LACC négociée entre le Conseil des gouverneurs et le ministère des Collèges et Universités.

Régime de retraite « décimé » et salaires déconnectés

« Cela empêche des négociations libres et équitables, estime-t-il. Par exemple, il nous est impossible de rejoindre le Régime de retraite des universités de l’Ontario (UPP) sans l’accord du gouvernement. Ce qui est paradoxal puisque ce gouvernement a largement milité pour que les régimes de retraite régis par un seul employeur opèrent une transition vers des régimes conjoints. »

Son organisation avait lancé une contestation de la Charte canadienne des droits et libertés en novembre dernier concernant le prêt de sortie de la LACC contenant ces restrictions. Aujourd’hui, « elles ne sont plus nécessaires, clame M. Colin. Ce prêt pourrait d’ailleurs être remboursé demain par l’université puisqu’il reste 30 millions de dollars à payer et que La Laurentienne dispose de 200 millions de liquidités. »

« Notre régime de retraite a été décimé et de nombreux sacrifices ont été imposés », rappelle le leader l’APPUL qui compte près de 260 membres à temps plein et 200 à temps partiel. Ce serait une erreur du Conseil des gouverneurs de ne pas prendre au sérieux notre détermination. »

Les membres ont subi une coupe de 5 % de leur salaire, suivi d’un gel et de trois années plafonnées à 1 % d’augmentation, rappelle M. Colin.

Et d’ajouter : « Nous avons été sous convention pendant cinq ans au lieu de trois, ce qui nous a fait perdre 2 % depuis 2020, en plus de perdre deux années d’ancienneté, soit presque 6000 $. Tout cela fait qu’on est très loin des salaires offerts dans le secteur, dans une période qui s’est accompagnée d’une augmentation de la charge de travail puisque, après les licenciements, le travail administratif et de gouvernance est retombé sur les épaules d’un plus petit nombre de professeurs. »

La direction de l’université n’a pas donné suite aux sollicitations médiatiques d’ONFR. « L’Université demeure déterminée à négocier de bonne foi afin de parvenir à un accord équitable pour les membres de l’APPUL, tout en préservant sa viabilité financière à long terme, affirme par voie de communiqué la rectrice Lynn Wells. Nous continuerons à vous informer de l’avancement des négociations. »

« Nous suivons la situation de près et demeurons confiants que l’ensemble des parties parviendra à une entente équitable qui place les étudiantes et les étudiants au premier plan », estime pour sa part le ministère des Collèges et Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité, par la voix de son attachée de presse, Bianca Giacoboni.

L’Université Laurentienne n’a connu que deux grèves dans son histoire : en 1989 et en 2017.

Les voix franco-torontoises ont enfin la parole

Après le succès de sa campagne de sociofinancement, la Société d’histoire de Toronto (SHT) a franchi une étape décisive dans son projet de sauvegarde de la mémoire franco-torontoise avec le lancement, à l’automne 2025, de son tout premier balado, Les voix franco-torontoises. Une série audio pensée pour faire entendre, littéralement, celles et ceux qui ont façonné la francophonie dans la métropole.

Annoncé au printemps, le projet avait suscité un bel élan communautaire. L’objectif de 4000 $ a été atteint, permettant à l’équipe bénévole de concrétiser une idée qui « traînait depuis plusieurs années » dans les cartons.

« Ça nous a montré qu’il y avait de l’intérêt et que la communauté nous faisait confiance », souligne Rolande Smith, présidente de la Société d’histoire de Toronto.

De l’idée à la réalisation

Si l’envie de créer un balado était bien présente, le passage à l’action a nécessité du temps, de la patience et un accompagnement professionnel. Entièrement composée de bénévoles, la Société d’histoire de Toronto a dû s’entourer d’expertise externe pour donner vie au projet. C’est la compagnie Funson, avec Sébastien Parent à la réalisation et au montage, qui a été retenue.

« Tout le monde peut se mettre derrière un micro, mais ce n’est pas si simple », rappelle Rolande Smith. « Il fallait des gens qui connaissent leur métier. » Du premier enregistrement à la mise en ligne, le processus s’est étalé sur environ un an, un délai lié aux réalités du bénévolat, mais aussi à la volonté de livrer un produit de qualité. « On voulait du beau, on voulait du bon. »

Robert Godin, une voix emblématique pour ouvrir la série

Pour inaugurer Les voix franco-torontoises, la SHT a choisi de consacrer son premier balado à Robert Godin, artiste francophone né à Toronto en 1946, comédien, chanteur et figure marquante de la scène culturelle locale.

Le choix est hautement symbolique. « Il a eu un parcours assez unique à Toronto », explique Rolande Smith. « Il a réussi à faire carrière dans les arts, en français, ici, il y a déjà 50 ans. »

À travers quatre épisodes, Robert Godin revient sur son enfance, ses premières influences, ses débuts professionnels, ses engagements dans les grandes comédies musicales, mais aussi sur l’arrivée de la radio et de la télévision en français à Toronto dans les années 60 et 70.

Son témoignage dépasse le simple récit individuel pour retracer l’évolution de toute une communauté. « Ce qu’il raconte permet de comprendre pourquoi il y a eu une explosion du théâtre et des comédies musicales à Toronto à une époque », note la présidente. « C’est aussi un hommage au Théâtre français de Toronto. »

Sauvegarder les voix avant qu’il ne soit trop tard

Derrière le balado, il y a une urgence : celle de capter les voix des pionniers avant qu’elles ne se taisent.

« Ce qui m’ennuie, c’est qu’on ne parlait jamais des fondateurs », confie Rolande Smith, arrivée à Toronto il y a plusieurs décennies. « Beaucoup de gens aujourd’hui n’ont aucune idée de qui a bâti les institutions francophones. Avant qu’il ne soit trop tard, il faut enregistrer ces voix. »

Le format audio s’imposait naturellement. Entendre les personnes raconter leur parcours, avec leurs émotions, leurs hésitations et leurs souvenirs, donne une autre dimension à l’histoire.

« Ce n’est pas la même chose que de lire un article », souligne-t-elle. « La voix, c’est vivant. »

L’objectif du balado Les voix franco-torontoises est de faire découvrir les personnalités emblématiques qui ont marqué l’histoire récente et contribué à l’épanouissement de la communauté francophone de Toronto. Image : gracieuseté

Un outil pour la transmission et la réflexion

Même si la Société d’histoire de Toronto n’est pas directement impliquée dans le milieu scolaire, la présidente voit dans le balado comme un outil pédagogique potentiel.

« Il y a plein de vignettes qui peuvent amener des questionnements », dit-elle. « On peut inviter les jeunes à se projeter, à réfléchir à leur avenir, à leur place dans la communauté. »

Au-delà de l’école, l’objectif est aussi de nourrir le sentiment d’appartenance et de continuité. De montrer que la francophonie torontoise ne s’est pas construite par hasard, mais grâce à des personnes engagées, souvent dans l’ombre, qui ont posé les bases des institutions d’aujourd’hui.

La suite : Renaud St-Cyr et Alpha Toronto

La série ne s’arrête pas à Robert Godin. La Société d’histoire de Toronto travaille déjà sur les prochains balados, qui seront consacrés à Renaud St-Cyr et à Alpha Toronto. Un choix qui s’inscrit dans une volonté assumée de mettre en lumière des parcours atypiques.

« Les présidents, les directeurs, ils peuvent faire leur propre balado », lance Rolande Smith. « Nous, on veut creuser dans l’inconnu, raconter des histoires qu’on n’entend pas. »

Alpha Toronto, en particulier, occupe une place spéciale dans la démarche de la Société d’histoire de Toronto. Fondé pour accompagner des francophones peu ou pas alphabétisés en français, l’organisme œuvre depuis des décennies auprès de personnes qui, bien que francophones de naissance, n’avaient pas eu accès à l’éducation en français en Ontario.

« À une époque, beaucoup de francophones ne pouvaient tout simplement pas aller à l’école en français », rappelle Rolande Smith. « Ils parlaient la langue, mais n’étaient pas capables de la lire ou de l’écrire. C’est une réalité qu’on oublie aujourd’hui. »

En donnant la parole à Alpha Toronto, la SHT souhaite mettre en lumière cette facette méconnue de la francophonie torontoise et rappeler à quel point la transmission de la langue a longtemps reposé sur des initiatives communautaires essentielles.

Un appel à la communauté

La Société d’histoire de Toronto souhaite maintenant que la communauté s’approprie le projet. Elle invite les francophones à faire part de leurs impressions, mais aussi à suggérer des personnes dont le parcours mériterait d’être raconté.

« Dans les années 70, il y avait un bouillonnement incroyable qui a mené à la Loi sur les services en français », rappelle Rolande Smith. « Tous ceux qui étaient à l’origine de ça, il faut les capter maintenant. »

Le balado Les voix franco-torontoises est disponible sur plusieurs plateformes, les détails sont sur le site internet de la Société d’histoire de Toronto.

Une Ligue citoyenne se forme à Hawkesbury pour plus de transparence municipale

HAWKESBURY— Une initiative citoyenne voit le jour à Hawkesbury, dans l’Est ontarien, avec la création de la Ligue du réveil civique de Hawkesbury (LLRC). Le regroupement vise à renforcer la transparence et la reddition de comptes au sein du conseil municipal.

« Je vis à Hawkesbury depuis plus de trente ans, et j’ai constaté que la ville n’a pas vraiment évolué, que la population est restée autour de dix mille habitants depuis des décennies », explique Michael MacDonald, fondateur de la Ligue.

Mais c’est surtout ce qu’il dénonce comme étant un manque de transparence de la part de la municipalité qui a mené à ce geste. 

Le francophone souligne qu’après avoir fait des recherches et discuté avec plusieurs acteurs économiques de la ville, il en a conclu que plusieurs décisions se faisaient de manière opaque : « C’était tout en secret. Le maire et les conseillers agissent souvent seuls, sans demander l’avis des citoyens. »

La Ligue du réveil civique n’est pas une nouvelle idée. M. MacDonald rappelle qu’un groupe similaire existait dans les années 1960, visant déjà à défendre les droits des citoyens et à assurer la responsabilité des élus. 

« J’ai voulu reprendre cette vision », dit-il, rappelant que des élections municipales se tiendront en automne prochain. « On veut que le conseil municipal comprenne que nous, citoyens, suivons de près leurs actions. »

Rumeurs autour d’Hydro Hawkesbury

L’élément déclencheur a été cette rumeur naissante selon laquelle la municipalité envisagerait de vendre Hydro Hawkesbury.

« Quand j’ai entendu ça, j’ai cru que c’était impossible : notre deuxième plus gros revenu à Hawkesbury était en train d’être vendu, sans que la population soit consultée. »

M. Macdonald dit avoir eu une discussion avec le maire qui lui aurait confié ne pas pouvoir s’exprimer sur le sujet. ONFR a tenté de rejoindre le maire de Hawkesbury, Robert Lefebvre, pour obtenir une confirmation, mais n’a pas reçu de réponse. Dans une entrevue qu’il a accordée plus tôt au journal local anglophone The Review, il précisait, sans confirmer la rumeur, que ce genre de transaction, si elle se confirmait, devrait impérativement passer par le conseil municipal.

Le citoyen s’inquiète aussi de l’élargissement des pouvoirs des maires octroyé par la province. Toutefois, Michael Macdonald insiste : la LLRC n’est pas vouée à devenir un parti politique, et ne présentera aucun candidat lors des prochaines élections.

Après une première réunion à la mi-décembre et qui a rassemblé une trentaine de personnes, le groupe en tiendra une autre dans quelques jours, cette dernière aurait déjà suscité l’intérêt de plus de 75 personnes.

« Dès la première rencontre, nous avons été clairs : la Ligue n’existe pas pour attaquer le maire ou les conseillers. Ce n’est pas un groupe de contestation, mais un organisme citoyen qui vise à rappeler aux élus leurs responsabilités et leurs obligations envers la population. »

Mousser l’intérêt civique des citoyens

Cédrik Bertrand, natif de Hawkesbury, a aussi choisi de s’impliquer, car il estime qu’il est nécessaire pour les citoyens de s’intéresser à la politique municipale.

« L’idée est simple : commencez par assister aux réunions, posez des questions et montrez votre intérêt », explique-t-il en ajoutant souhaiter que les citoyens sortent du confort de l’anonymat permis par internet et pouvant parfois favoriser la désinformation.

Celui qui réalise des vidéos en ligne visant à sensibiliser le public au sujet de l’actualité municipale ajoute que très peu de personnes se présentent aux séances du conseil : « Si la salle est pleine, ou même à moitié pleine, à chaque réunion, il y a forcément quelque chose qui change. Voir des visages devant soi, ça a un impact réel : on n’est plus simplement en réunion, on est face aux citoyens. »

Ceci est d’autant plus important, selon lui, en raison de la très faible qualité de retransmission des réunions virtuelles que la Ville a reconnue depuis deux ans, sans pour autant y remédier.

Encourager d’autres municipalités

La Ligue pourrait ne pas se limiter à Hawkesbury. Ses fondateurs espèrent inspirer d’autres communautés confrontées aux mêmes défis. 

« Nous voulons créer un modèle que d’autres citoyens pourront reproduire », explique Michael MacDonald. « Une ville transparente et responsable n’est pas un idéal inaccessible. Elle commence par des gens qui s’intéressent vraiment aux décisions qui affectent leur quotidien. »

Pour lui, l’objectif n’est pas seulement de critiquer, mais de construire : « Nous voulons que les citoyens reprennent le contrôle de leur municipalité. Pas en s’opposant systématiquement, mais en exigeant des comptes et en participant activement. »

L’organisme recrute actuellement des bénévoles afin de mettre en place une structure bien établie à l’avenir.

Patinage artistique : Paul Poirier et Piper Gilles remportent leurs cinquièmes nationaux consécutifs 

GATINEAU – À un mois des Jeux olympiques de Milan-Cortina, le patineur artistique franco-ontarien et sa binôme américano-canadienne ont signé leur meilleure performance de la saison au meilleur moment. Vainqueurs en danse sur glace aux Championnats canadiens de patinage artistique pour la cinquième fois de suite, ils se positionnent comme le couple canadien sur qui miser dans leur discipline en février prochain. 

Paul Poirier et Piper Gilles ont fait respecter leur statut de favoris dès samedi avec un record personnel sur l’épreuve de la danse rythmique. Ils ont signé un score de 93,11 points qui les plaçaient largement en tête du concours avant l’épreuve libre de ce dimanche. 

Ce dimanche, les représentants du club de patinage de Scarborough n’ont fait que confirmer avec un sublime programme libre qui leur a valu une note de 137,91. Avec une première place sur les deux programmes et un total de 231,05 points, ils empochent la médaille d’or. 

« Nous avons remporté tellement de championnats nationaux que cela témoigne vraiment de l’empreinte que nous avons laissée sur la danse sur glace canadienne, à travers notre travail et l’ensemble de notre carrière, a déclaré Paul Poirier, à l’issue de la compétition. »

Et d’ajouter : « Il y avait énormément d’émotion dans cette performance, et nous nous sentions tellement bien, tellement libres sur la glace. C’est exactement ce genre de sensation que nous recherchons quand nous performons. »

Paul Poirier et piper Gilles lors du programme rythmique, samedi soir au Centre Slush Puppie de Gatineau. Photo : Danielle Earl/Skate Canada

Dernier titre national?

Après une première partie de saison lors de laquelle ils n’avaient pas obtenu des résultats à la hauteur de leurs attentes, Paul Poirier et Piper Gilles n’ont cessé de retravailler leurs programmes au fil des compétitions pour arriver avec un produit quasiment fini et de très grande qualité à exactement 26 jours du coup d’envoie des Jeux, où ils tenteront de glaner leur premier podium olympique. 

Avant de se retirer? Le sujet a été effleuré par Piper Gilles avant que Paul Poirier ne rejette l’idée. 

« Dans la vie comme dans le sport, on ne peut rien prendre pour acquis. Alors aller sur la glace, patiner à notre meilleur niveau et tout donner comme si c’était la dernière fois, c’est tellement important, a déclaré Gilles. C’est exactement ce qu’on a fait aujourd’hui. Si c’était notre dernière, si ce ne l’était pas, qui sait… Mais pour nous, c’était un moment spécial, et on serait en paix avec le fait de quitter sur ça. »

« On ne peut pas encore le dire maintenant. Il y a encore trop de choses importantes à venir avant ça », a conclu Poirier.

Patinage Canada fera l’annonce officielle des athlètes retenus pour participer aux Jeux ce dimanche soir à 19 heures. On sait dores et déjà que le couple Poirier-Gilles en fera partie. 

Natalie Aubin nommée pour bâtir un nouveau système de santé en français

OTTAWA – Dirigeante chevronnée du domaine de la santé, Natalie Aubin a pris les rênes du nouveau Centre de planification des services de santé en français de l’Ontario (CPSSF). La province a confié à cette Sudburoise au parcours riche en postes à responsabilité la mission de transformer l’accès aux soins des francophones.

«  Que représente pour vous le fait d’être la première personne à diriger ce nouveau centre?

Je trouve ça incroyable d’être capable de représenter un moment que je considère comme historique pour la santé des francophones, pour qui un tel système provincial soutenu par le gouvernement a toujours été un souhait. Aujourd’hui on existe, cela est un rêve incroyable pour ma part. De plus, être sélectionnée comme toute première directrice générale me tient particulièrement à cœur.

Quelles singularités de votre parcours vous ont conduite à cette nomination?

J’ai plusieurs expériences en santé mentale, cancérologie, pédiatrie et en services de santé en français auprès des Autochtones. Je me suis construit une carrière que j’ai beaucoup aimée et durant laquelle j’ai beaucoup appris.

Avec mes 20 ans d’expérience dans le système de la santé, dont 17 ans en leadership, tout ça combiné avec mon engagement pour la francophonie, je pense être la bonne personne pour ce rôle. Au cours de ma carrière, j’ai aussi eu le plaisir de travailler au niveau régional et provincial. J’ai commencé à titre d’intervenante auprès des jeunes en santé mentale au centre de santé d’Hamilton et Niagara, puis j’ai passé 14 ans avec Horizon Santé Nord à Sudbury à titre de vice-présidente régionale pour les services de cancérologie.

Quel moment a véritablement transformé votre parcours?

La pandémie a été une situation tellement marquante. C’était une période décisive tant au niveau du leadership que de mon développement personnel. L’une des bonnes choses de la pandémie, c’est qu’on a pu faire avancer les choses assez rapidement pour répondre aux besoins en ouvrant une première unité de toxicomanie et de soins aigus à Horizon Santé Nord à Sudbury. On avait trois mois pour le faire et je me demande encore comment on l’a fait, mais l’équipe était complètement déterminée, c’était incroyable. En fin de compte, cette unité est devenue une des meilleures pratiques médicales.

Natalie Aubin (au milieu) avec les membres de la direction du CPSSF, Annie Boucher et Oureye Seck, au Congrès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, en octobre 2025. Photo : Gracieuseté

Quelles ont été vos premières actions en prenant vos fonctions au CPSSF?

Bien connaître les membres de mon équipe a été ma priorité. Je suis allée les rencontrer à Windsor, Sudbury, Newmarket, Hamilton, Niagara et Ottawa. Ils étaient tous motivés de bien mener notre mandat de centre de planification provinciale.

Quelle différence concrète le regroupement des six anciennes entités aura-t-il sur l’accessibilité de services de santé en français?

Ce centre remplace les six entités régionales qui existaient auparavant, et la grande différence, c’est celle d’avoir une seule voie unie ensemble dans la planification des services de santé. La structure précédente avait une portée provinciale limitée, c’est pourquoi on a entrepris cette modernisation. C’est ça notre mandat principal. Nous avons également un mandat de supervision des décisions au niveau de la planification, des ressources, ainsi de suite.

Comment les différentes entités ont-elles abordé cette transition?

Les employés des anciennes entités ont été affectés au centre lors de la transition et sont restés dispersés dans différentes régions de la province. On veut stabiliser et ouvrir ce nouveau centre, ce qui nous pousse à redéfinir certaines des nos anciennes procédures, mais aussi d’en continuer d’autres, telles que l’engagement communautaire et l’appui aux pourvoyeurs dans les processus de désignation.

Ça reste un changement conséquent pour les employés de transitionner de leur mandat initialement régional vers un mandat provincial, même avec le fort désir de contribuer à cette mission et vision commune. La constitution d’un conseil d’administration reste quelque chose de plus large que l’on va aborder plus tard dans la nouvelle année.

Quels seront vos principaux chantiers en tant que directrice générale?

J’ai plusieurs dossiers prioritaires, tels que la question des soins primaires, la santé mentale, la toxicomanie, les soins à domicile ou encore les soins de longue durée. À mesure que les priorités provinciales apparaitront, il restera important qu’on y soit présents dès le début, au niveau de la planification et jusqu’au point de décision.

Deux autres de mes priorités, c’est d’une part d’avoir une bonne stratégie pour être capable de mesurer nos progrès, parce qu’on doit être capable en tant que centre d’avoir accès et de partager ce genre d’informations. D’autre part, c’est d’être présent, peu importe la priorité, en tant que représentant des communautés francophones ontariennes. Ce centre est une opportunité historique pour les Franco-Ontariens, et c’est une grande tâche de vouloir bâtir un système de santé plus accessible et équitable pour les francophones.

Natalie Aubin (à gauche) avec les conseils d’administration de l’Hôpital Montfort, l’Institut du Savoir Montfort et Santé Montfort, ainsi que ceux de la Fondation Montfort et la présidence et la direction générale de Montfort Renaissance au Collège La Cité, en novembre 2025. Photo : Gracieuseté

Comment ce nouveau modèle contrôlé depuis un point unique peut-il servir les communautés francophones en milieu minoritaire?

Bien que la structure répond à un mandat provincial, elle entretient quand même de forts liens avec les différentes régions que nous desservons, parce qu’on doit bien comprendre que la réalité, quelle qu’elle soit n’est pas unique à tout le monde. C’est en prenant en compte ces variations régionales que nous établirons les bases d’une amélioration continue.

Comment gardez-vous la santé des francophones au cœur de vos priorités?

En réfléchissant à mes préoccupations, il s’agit majoritairement d’assurer que tout besoin francophone soit pleinement considéré dans la planification et le financement. On veut mener à une amélioration d’accès, car cette réalité d’accès a des répercussions directes sur l’expérience des patients et ultimement sur leur résultat de santé. Un accès constant aux services — que ce soit pour la santé primaire, la santé mentale ou les services d’urgence — reste donc une priorité.

Vous avez de l’expérience dans la direction d’organismes ainsi que dans des différents départements d’hôpitaux. Qu’est-ce qui vous attire dans le fait d’être en position de responsabilité?

L’expérience que j’apprécie le plus, c’est d’avoir de l’expérience dans la bonne gouvernance et dans la performance d’un système de santé du provincial au régional, donc c’est intéressant pour moi de faire l’application de ces expériences au développement de ce tout nouveau centre.

Après avoir été intervenante dans des centres de santé communautaire dans le début de ma carrière, j’ai commencé mes études doctorales parce qu’après ma maîtrise, j’avais un désir inné de comprendre le système dans lequel je travaillais.

Qu’est ce qui vous passionne dans le fait de faire partie d’un système complètement francophone?

J’ai étais élevée dans une famille francophone où l’on parlait juste le français, c’est ma culture, mon identité, ma famille et ma communauté. J’ai passé la majorité de ma vie à Sudbury depuis l’âge de deux ans. J’ai vécu pour un petit moment dans la région Niagara-Welland et un autre petit moment à Ottawa, mais la majorité de mon temps était ici. J’ai aussi fait mon baccalauréat, ma maîtrise et mon doctorat à l’Université Laurentienne.

Je suis Sudburoise jusqu’au bout. Notre territoire du Nord est tellement vaste et a des populations variées avec les Autochtones puis avec les nouveaux arrivants. Quand on travaille dans le Nord, on est maîtres de nos ressources, mais on souffre aussi parfois d’un manque de ressources, qu’elles soient humaines ou financières. Donc ça reste un défi d’y pratiquer. »


1980 : Naissance à Elliot Lake, Ontario.

2004 : Rejoint le Centre de santé communautaire Hamilton/Niagara.

2012 : Devient directrice régionale du Centre de cancérologie du Nord-Est de l’Ontario.

2017 : Est recrutée comme professeure adjointe en santé rurale et du Nord à l’Université Laurentienne.

2022–2025 : Devient vice-présidente régionale, Cancérologie, et vice-présidente, Responsabilité sociale, Horizon Santé Nord / Santé Ontario.

2025 : Nommée directrice générale du Centre de planification des services de santé en français (CPSSF) et vice-présidente à l’Hôpital Montfort.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.

Doug Ford, le premier ministre de moins en moins « téflon »

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones ou jeunesse

[CHRONIQUE]

OTTAWA – Les politologues ne sont pas reconnus pour leur capacité à prédire l’avenir. Très peu d’entre nous avaient d’ailleurs anticipé le retour des libéraux fédéraux au pouvoir en 2025 ou encore l’élection de Donald Trump en 2016. Se prêter au jeu des prédictions est donc un exercice périlleux. La vie politique est profondément instable et anticiper l’avenir est à plusieurs égards une quête futile.

Je serai donc modeste pour cette première chronique de l’année pour ONFR. Sans prédire ce que 2026 nous réserve en termes de changements majeurs en politique ontarienne, on peut tout de même identifier un certain nombre d’enjeux qui risquent de marquer l’année en politique ontarienne.

Le gouvernement conservateur a facilement été réélu il y a près d’un an. Le premier ministre Ford s’était présenté avec succès, tout au long de la campagne, comme un grand défenseur du Canada face au protectionnisme américain et aux visées expansionnistes de Donald Trump.

L’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire est survenue malgré un certain nombre de scandales au cours des dernières années, scandales qui ne semblent pas avoir terni l’image du gouvernement, d’où le surnom de « Teflon Doug » que certains ont accolé au premier ministre.

Or, le vent est peut-être en train de tourner. Un sondage de l’Institut Angus Reid publié le mois dernier démontrait que seulement 34 % des Ontariens approuvaient la performance du premier ministre. Doug Ford était ainsi le deuxième premier ministre provincial le plus impopulaire après François Legault du Québec. Il s’agissait d’une baisse, respectivement, de 7 % depuis septembre 2025 et de 14 % depuis mars 2025.

Il ne s’agit pas de la première baisse importante de popularité de Doug Ford depuis l’accession au pouvoir des conservateurs en 2018. Or, l’accumulation des scandales, la situation économique difficile de la province et l’usure du pouvoir font en sorte que la côte risque d’être difficile à remonter pour Doug Ford.

Ça risque en particulier d’être le cas si l’un des deux partis d’opposition est finalement en mesure de se présenter comme une alternative crédible au gouvernement conservateur.

Dans cette optique, il faudra surveiller qui sera choisi, et quand, pour remplacer Bonnie Crombie à la tête du Parti libéral de l’Ontario. Les libéraux semblent pour l’instant préférer attendre le plus longtemps possible avant de choisir un chef, question d’éviter un déluge de publicités négatives des conservateurs.

Cela m’apparaît comme une erreur stratégique, privant le parti à la fois d’une voix forte auprès de la population et de la possibilité de se présenter comme étant prêt à remplacer le gouvernement conservateur.

Des enjeux à surveiller en 2026

La situation économique de la province à l’heure du protectionnisme américain, la crise du logement et la santé risquent assurément d’être parmi les préoccupations principales des Ontariennes et des Ontariens au cours de la prochaine année.

Compte tenu de la propension du premier ministre Ford à s’immiscer dans les enjeux urbains, que ce soient les pistes cyclables ou encore les radars photo, la question du développement urbain continuera sans nul doute de créer des controverses. Les citoyens iront de plus aux urnes en octobre prochain pour élire maires et conseillers municipaux.

L’éducation me semble cependant être le domaine le plus susceptible d’être la source d’importants débats politiques en 2026. Le ministre de l’Éducation Paul Calandra a laissé planer à quelques occasions l’année dernière la possibilité d’éliminer les postes de conseillers scolaires, même s’il a reconnu par la suite qu’un tel changement ne pourrait affecter que les conseils publics anglophones en raison des garanties constitutionnelles protégeant les conseils francophones et/ou catholiques.

Il doit soumettre une proposition au cabinet au retour des députés à Queen’s Park en mars. Trois options s’offrent en principe à lui.

La première est le maintien d’un certain statu quo quant à l’élection des conseillers scolaires, assorti potentiellement de mesures supplémentaires, à celle déjà annoncée, de contrôles accrus des conseils scolaires publics anglophones.

La deuxième est d’abolir seulement les postes de conseillers scolaires dans le système scolaire public anglophone. On créerait ainsi un système anglophone à deux vitesses puisque les conseils catholiques auraient des représentants élus par la population contrairement aux conseils publics. Une telle mesure pourrait être vigoureusement opposée par les syndicats représentant les enseignantes, les enseignants et le personnel de soutien des écoles si elle a le potentiel d’affecter leurs conditions de travail.

La dernière option serait de suivre, à certains égards, le précédent québécois. Dans les années 1990, suivant une modification constitutionnelle, les commissions scolaires religieuses ont été abolies et remplacées par des commissions scolaires linguistiques. Le gouvernement Legault a quant à lui aboli les commissions scolaires francophones en 2020 pour les remplacer par des centres de service. Cette réforme a mis fin à l’élection de conseillers scolaires.

L’abolition du système scolaire catholique en Ontario par l’entremise d’une modification constitutionnelle, bien que théoriquement possible, est souvent perçue comme un sujet tabou en politique ontarienne ou une réforme impossible à mener à terme, similaire à l’adoption potentielle d’une taxe de vente en Alberta ou l’abolition du financement des écoles privées au Québec.

Si une telle démarche est à mon avis particulièrement souhaitable pour la communauté francophone afin d’éviter la fragmentation actuelle des ressources, il est peu probable que le gouvernement ontarien l’adopte compte tenu des coûts politiques potentiels associés à une telle réforme.

En annonçant une réforme potentielle des conseils scolaires l’année dernière, le ministre Calandra s’est cependant assuré que l’enjeu soit au cœur de la vie politique ontarienne cette année, et ce, au moment où le gouvernement conservateur semble en perte de vitesse. Qu’importe le choix du gouvernement conservateur dans ce dossier, il est peu susceptible de redorer son image et d’augmenter la popularité du premier ministre.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Raphaël Attalin : « Les jeunes ont leur mot à dire en politique »

Raphaël Attalin, 18 ans, Franco-Manitobain, participe pour une deuxième fois au Parlement jeunesse pancanadien. Il étudie en administration publique et en science politique à l’Université d’Ottawa.

La 13e édition du Parlement jeunesse pancanadien se tient à Ottawa du 7 au 11 janvier 2026 et réunit des jeunes francophones de partout au pays autour d’une simulation parlementaire.

Le Parlement jeunesse pancanadien met en lumière l’intérêt des jeunes pour la politique, leur engagement citoyen et la vitalité de la francophonie.

« Ce n’est pas votre première participation au Parlement Jeunesse. Qu’est-ce que ça représente pour vous?

Pour moi, ça représente un mouvement d’engagement civique porté par la jeunesse francophone. Ça nous donne l’opportunité de nous rencontrer entre jeunes francophones investis dans le civisme au Canada.

J’ai participé à plusieurs éditions du Parlement Jeunesse franco manitobain, ce qui m’a permis de rencontrer beaucoup de jeunes francophones au Manitoba, une communauté très soudée. Mais ici, au Parlement Jeunesse franco-canadien, ça m’a aidé à élargir mes horizons et ma vision de la francophonie canadienne. C’est ça, la beauté de cet événement, je dirais.

Des jeunes francophones de partout au pays participent à la 13e édition du Parlement jeunesse pancanadien, tenue à Ottawa du 7 au 11 janvier 2026. Crédit photo : Souhir Letaief

Pensez-vous que les jeunes s’intéressent à la politique?

Je trouve que c’est souvent un mythe de dire que les jeunes sont moins intéressés par la politique que les personnes plus âgées. Certes, on peut dire qu’ils sont parfois moins touchés directement, mais ils sont très concernés, notamment par les enjeux liés à l’éducation.

Ici, les participants au Parlement Jeunesse ont au moins 14 ans. La plupart ont 16, 18 ou même 20 ans. Ils vont entrer sur le marché du travail, dans le système d’éducation, et ils seront donc affectés par les décisions politiques. Ce genre d’événements est une bonne manière de les initier à la politique et de susciter leur intérêt, s’ils ne le sont pas déjà.

La participation massive au Parlement Jeunesse, notamment avec beaucoup de nouvelles personnes, montre que les jeunes sont prêts à s’investir et à traverser le pays pour être engagés, à la fois par civisme, mais aussi pour la protection de leur francophonie, et ce dès un jeune âge.

Cette année, vous occupez le rôle de ministre de la « classification citoyenne ». Pouvez-vous nous expliquer votre projet?

Même si on est dans un environnement plus ou moins politique, on ne veut pas que ce soit sérieux ou intimidant. C’est plutôt du théâtre, en quelque sorte.

J’ai donc rédigé un projet de loi assez farfelu qui s’appelle la classification citoyenne. Il s’agit d’un éco-score qu’on attribuerait aux citoyens du Canada selon leurs actions envers l’environnement. Plus le score est élevé, plus les personnes feraient partie d’une classe sociale plus haute; plus il est bas, plus elles seraient associées à une classe sociale plus basse. Je trouve que c’est assez créatif, et c’est pour ça que je l’ai écrit.

C’est ce projet de loi que je défends en ce moment. Lors du Parlement Jeunesse, on aborde des sujets variés comme l’écologie, l’avenir de la francophonie, l’inclusion ou encore l’éducation. Ça permet aux jeunes de réfléchir de manière créative à ces enjeux. Je trouve que ça stimule intellectuellement le groupe.

Par ailleurs, les jeunes ne veulent pas seulement participer. Ils souhaitent aussi s’engager à améliorer les prochaines éditions et à assurer la pérennité des projets, notamment en se présentant comme ministres, députés ou leaders de la chambre, afin d’avoir plus de responsabilités et d’organiser la prochaine session.

Pour Raphaël Attalin, la francophonie canadienne hors Québec crée un fort sentiment de communauté. Gracieuseté

D’où vient votre intérêt pour la politique?

Parce que la politique touche la vie de tout le monde. Souvent, je trouve que les choses ne sont pas faites correctement. Si tu es mécontent de ce qui se passe autour de toi, que ce soit en matière d’écologie ou d’éducation, c’est à toi de lever la voix.

Des événements comme le Parlement Jeunesse démontrent que les jeunes, même s’ils ne sont pas encore engagés dans la politique institutionnelle, commencent à bâtir une culture et à faire entendre leur voix.

Et sur la francophonie, quelle est votre vision?

Je suis immigrant. Je suis arrivé au Canada à l’âge de 5 ans et j’ai grandi au Manitoba. C’est la communauté francophone qui m’a accueilli et qui m’a donné un véritable sentiment d’appartenance.

Pour moi, la francophonie canadienne hors Québec est très pertinente, parce qu’elle crée un sentiment de communauté pour beaucoup de gens. C’est une composante essentielle de l’identité canadienne. Pour qu’elle survive et prospère, elle doit être stimulée par des événements culturels et par le dynamisme des francophones. C’est aussi simple que ça.

Avez-vous un regard critique sur la politique et sur la place de la francophonie?

Oui, sans trop entrer dans des considérations partisanes. Je souhaite que les gouvernements fédéral et provinciaux gardent à l’esprit l’importance de la francophonie à l’extérieur du Québec. Je comprends que le Québec doive protéger sa langue, mais il ne faut pas oublier les francophones hors Québec.

Je souhaite aussi que le gouvernement québécois reconnaisse pleinement l’existence des francophones à l’extérieur de la province, afin que le Canada puisse demeurer réellement bilingue. »

L’ACFO Prescott-Russell relance le programme Bonjour/Welcome

HAWKESBURY – L’ACFO Prescott-Russell relance le programme Bonjour/Welcome, un projet de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) visant à encourager les entreprises à offrir des services en français. Toutefois, le programme fait face à des défis historiques liés au financement limité, aux impacts de la pandémie et aux fréquents changements de personnel dans certaines ACFO. Ces éléments ont ralenti la progression du programme malgré les réussites passées.

Pour Sylvain St-Pierre, directeur général de l’Association canadienne française de l’Ontario de Prescott-Russell, l’objectif est de promouvoir le français de manière volontaire : « On ne veut pas imposer de règles aux commerces, mais plutôt les encourager à offrir des services en français et à reconnaître que c’est un avantage pour leur clientèle. »

Le programme, lancé initialement avec le soutien de Patrimoine canadien, avait été mis de côté depuis la pandémie, mais l’AFO et des acteurs économiques ont décidé de permettre aux régions intéressées de le reprendre. 

« Nous avions encore des dépliants, des affiches et des listes d’entreprises qui avaient participé, alors nous voulons permettre aux régions intéressées de reprendre le flambeau », explique Peter Hominuk, directeur général de l’AFO.

Exemple de documentation qui sera fournie aux participants. Photo : Gracieuseté de l’ACFO Prescott-Russell

Bonjour/Welcome repose sur des outils concrets pour les commerces et entreprises : un lexique français-anglais, des autocollants à afficher et des dépliants permettant aux employés anglophones d’offrir un service de base en français. 

Le programme prévoit également de courtes formations de quelques heures pour les employés et des concours ou incitatifs afin d’encourager les commerces à améliorer leur service en français.

« On veut vraiment mettre en place des initiatives dans ce programme pour faire gagner des prix aux commerces et organiser des concours entre eux, afin de récompenser ceux qui font le plus d’efforts pour offrir des services en français », explique M. St-Pierre qui indique vouloir mousser la campagne après l’assemblée générale de l’organisme à la mi-janvier.

Des fonds limités

Le programme créé en 2012, mais lancé en 2015 a connu des résultats variables selon les régions. Selon M. Hominuk, « de façon générale, on a recensé des centaines et des centaines d’entreprises qui se sont rajoutées à la liste. Puis, avec l’arrivée de la pandémie en 2020, ça a comme détruit le projet ». 

Le financement limité a été un obstacle important : « beaucoup d’argent qu’on recevait était redistribué aux ACFO, mais ce n’étaient pas de gros montants par ACFO. Je pense que c’était 5000 à 10 000 $ par année. Une fois que tu divises ça avec 20 régions, l’argent peut disparaître assez rapidement. »

Sylvain St-Pierre est convaincu du potentiel de cette campagne qui sera d’abord ancrée à Hawkesbury et Embrun. Photo : Inès Rebei/ONFR

En 2020, Patrimoine Canada n’a pas renouvelé le financement du projet, ce qui, ajouté à la pénurie de main-d’œuvre francophone, aux impacts de la pandémie et aux fréquents changements de personnel dans certaines ACFO, a interrompu les activités et ralenti la progression du programme. 

« Le projet a quand même créé une synergie entre les ACFO, les acteurs économiques et les commerces. Il a contribué à faire avancer le discours économique autour du français en Ontario », indique Peter Hominuk qui cite l’exemple de la région de Windsor et Penetanguishene.

Pas une question politique

Pour amorcer la campagne dans l’Est ontarien, l’ACFO Prescott-Russell a identifié des commerces et entreprises clés et a obtenu le soutien de la Chambre de commerce de Hawkesbury.

Le magasin Sports Experts à Hawkesbury est le premier ambassadeur francophone désigné par l’organisme pour relancer le programme dont l’objectif est de rallier toutes les entreprises offrant des services aux clients, pas seulement celles déjà francophones.

« C’est aussi une manière de créer des emplois pour les jeunes francophones et d’agrandir les espaces francophones dans nos communautés »
— Sylvain St-Pierre

De son côté, Peter Hominuk insiste sur le fait que l’approche employée n’est pas politique : « offrir des services en français dans une entreprise n’est pas une question politique, mais simplement un moyen de donner un bon service aux clients ». 

« On le voit dans nos sondages : les services en français sont importants dans le milieu de la santé, pour les garderies et pour de nombreux autres services. Une bonne façon de les obtenir est de les demander. Si on peut offrir ces services dans ces milieux, il est tout aussi important de les demander dans les entreprises privées », conclut-il.

Sports en 2026 : les grands rendez-vous et athlètes franco-ontariens à ne pas manquer

L’année 2026 s’annonce exceptionnelle pour le sport en Ontario, portée par de grands événements internationaux et par des athlètes francophones qui seront en première ligne dans leurs sports respectifs. Du soccer au tennis, en passant par les Jeux olympiques d’hiver, plusieurs rendez-vous majeurs viendront rythmer l’année et rassembler des communautés francophones diverses, particulièrement présentes dans la province.

La Coupe d’Afrique des Nations, place aux quarts de finale

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) entre dans sa phase la plus attendue avec des quarts de finale relevés, très suivis par les communautés francophones africaines de l’Ontario.

Le choc au sommet de ces quarts de finale verra s’affronter, ce vendredi 9 janvier (14 heures), le Maroc, hôte de la compétition et le Cameroun. Un affrontement entre Lions de l’Atlas et Lions Indomptables qui a tout d’une finale avant l’heure et qui mobilisera deux des communautés francophones africaines les plus représentées en Ontario.

Juste avant ce match très attendu, à 11 heures, le Sénégal, l’un des favoris du tournoi, sera opposé à son voisin, le Mali dans une affiche ouest africaine toujours disputée et très suivie par les diasporas en Ontario.

Les communautés africaines francophones de Toronto, à l’image des Ivoiriens ici au stade BMO de Toronto, sont très mobilisées pour l’événement phare que représente la CAN. Photo : gracieuseté de Hermane Amankou Ligué

Le lendemain en matinée, l’autre gros choc de ce tour opposera l’Algérie au Nigeria, une confrontation entre deux poids lourds du continent, mêlant puissance physique, talent individuel et forte rivalité historique.

Le dernier quart de finale, disputé à 14 heures samedi, sera aussi très attendu, puisqu’il verra le tenant du titre ivoirien affronter l’Égypte. Un duel qui s’annonce indécis, mais qui saura mobiliser les Ivoiriens de Toronto et de l’Ontario en général, comme ça avait été le cas en 2024 lors de la finale victorieuse.

Milan-Cortina 2026, trois Franco-Ontariens sous les projecteurs olympiques

Les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina offriront une visibilité mondiale à plusieurs athlètes franco-ontariens de premier plan.

En patinage artistique, Paul Poirier et son binôme Piper Gilles aborderont ces Jeux avec l’ambition de transformer des années de régularité au sommet en podium olympique, seul résultat international manquant au duo canadien.

La patineuse de vitesse franco-ontarienne Ivanie Blondin fait partie des têtes d’affiche de l’équipe canadienne aux Jeux olympiques d’hiver. Photo : Dave Holland/Speed Skating Canada

En patinage de vitesse, Ivanie Blondin fera figure de pilier de l’équipe canadienne, forte de son expérience et de son leadership. L’objectif sera bien évidemment l’or sur le départ groupé en individuel et en poursuite par équipe avec ses coéquipières de l’équipe canadienne.

Enfin, sur les pentes italiennes, Valérie Grenier tentera de confirmer son retour parmi l’élite mondiale du ski alpin, dans une discipline comme le slalom géant où la constance est aussi importante que la prise de risque.

La Coupe du monde de la FIFA 2026 : Toronto au centre de l’histoire

L’été 2026 marquera un tournant historique avec la Coupe du monde de la FIFA, coorganisée par le Canada, les États-Unis et le Mexique. Toronto accueillera plusieurs rencontres au stade BMO (qui n’affichera pas son commanditaire à l’occasion de la compétition).

Le vendredi 12 juin, le Canada disputera son match d’ouverture dans le groupe B face à l’Italie, l’Irlande du Nord, le Pays de Galles ou la Bosnie-Herzégovine. Tous les regards seront tournés vers Jonathan David, l’attaquant franco-ontarien, symbole des ambitions canadiennes sur la scène mondiale. Au-delà de remporter leur premier match de l’histoire au mondial, les Rouges ambitionnent de passer la phase de groupe et de jouer les trouble-fête lors des phases finales.

Toronto accueillera aussi une affiche de prestige du groupe E entre l’Allemagne et la Côte d’Ivoire, très attendue par les amateurs de soccer et par les communautés africaines francophones de la province.

Autre moment fort pour une communauté francophone du Grand Toronto, le vendredi 26 juin, avec la rencontre entre le Sénégal et l’Irak, la Bolivie ou le Suriname, selon l’issue des qualifications, une affiche qui promet du spectacle sur et en dehors du terrain, quand on connaît les fans sénégalais toujours là pour mettre l’ambiance dans le stade.

Une saison charnière pour le soccer professionnel en Ontario

Sur la scène nationale, les amateurs de soccer seront également gâtés. À Ottawa, l’Atlético, l’équipe la plus francophone de la Première ligue canadienne (PLC), remettra son titre en jeu avec l’ambition de confirmer son statut de référence du championnat.

Gabriel Antinoro et l’Atlético Ottawa remettront leur titre en jeu dans une PLC au nouveau visage. Photo : Atlético Ottawa / CPL

Du côté du soccer féminin, le Rapide d’Ottawa, porté notamment par Florence Belzile, tentera d’aller chercher un premier sacre, après une défaite en finale lors de la saison inaugurale.

La PLC vivra également une saison historique avec l’arrivée d’une équipe québécoise, le FC Supra du Québec, renforçant encore davantage la présence francophone dans le soccer professionnel canadien.

Victoria Mboko, l’année de la confirmation

Après une saison 2025 marquée par l’éclosion, 2026 s’annonce comme l’année de la confirmation pour Victoria Mboko. La jeune joueuse, qui a grandi à Burlington, devra démontrer qu’elle peut s’installer durablement parmi l’élite du tennis mondial.

Son année sera rythmée par les quatre tournois du Grand Chelem : l’Open d’Australie du 18 janvier au 1er février, Roland-Garros du 18 mai au 7 juin, Wimbledon du 29 juin au 12 juillet et l’US Open du 30 août au 13 septembre 2026.

Moment particulièrement attendu pour le public ontarien, l’Omnium Banque Nationale de Toronto, prévu du 2 au 13 août 2026, offrira à Victoria Mboko l’occasion de performer à domicile, dans un contexte où les attentes seront élevées. En effet, elle remettra en jeu le titre glané à Montréal en 2025 qui l’avait propulsé sur le devant de la scène du tennis mondial.

Les préoccupations persistent toujours en amont du nouveau programme de maternelle

TORONTO – Les mois sont comptés avant le déploiement du nouveau programme de la maternelle qui avait été mis sur pause par le gouvernement afin de donner plus de temps pour la préparation. Malgré ce délai d’un an, les critiques et préoccupations demeurent alors que le curriculum sera appliqué à l’automne 2026. La révision, présentée comme un « retour aux bases », est trop stricte selon certains et les enseignants se sentent mal accompagnés.

D’ici un mois, les équipes pédagogiques de la petite enfance vont débuter leur formation, en prévision du nouveau programme-cadre de maternelle et jardin d’enfants (PMJE).

Certains acteurs du monde éducatif, ainsi que des parents, jugent les nouvelles exigences en matière de littératie, de mathématiques et de codage, comme contraignantes.

« Si on met l’accent sur ces compétences, les parents vont se demander : « Est-ce que ça va diminuer le temps que mon enfant aura passé à simplement jouer dans la salle de classe et à bâtir ses compétences sociales? », explique Julie Béchard, directrice générale de Parents partenaires en éducation (PPE).

Dans un mémo envoyé aux institutions, le ministère de l’Éducation défend plutôt l’idée d’un meilleur équilibre entre l’enseignement intentionnel et le jeu. « L’apprentissage par le jeu et l’enquête soutenue par les équipes pédagogiques demeurent inchangés », lit-on dans la note de service du ministère de l’Éducation.

Conformément aux ambitions gouvernementales, l’objectif est d’assurer une transition plus fluide vers la première année.

Même si la communauté se réjouit qu’une date ait été fixée pour l’implantation des changements, des préoccupations s’installent face à ces attentes plus élevées.

Entre éducateurs et gouvernement, les avis divergent

Même si les nouveaux contenus sont encore à l’étude, les conseils scolaires disent accueillir favorablement les changements qui viennent actualiser l’ancien PMJE de 2016. « Les équipes pédagogiques prépareront la mise en œuvre selon les attentes ministérielles », affirme Virginie Oger, conseillère aux communications du conseil scolaire catholique MonAvenir.

Le Conseil MonAvenir voit les changements d’un bon œil. Photo : Archives ONFR

Quant à elle, l’équipe pédagogique du conseil scolaire Viamonde « s’appropriera les principaux changements dans les premiers mois de 2026 », complète Steve Lapierre qui dirige les communications.

Néanmoins, la responsabilité de la mise en œuvre transférée individuellement au personnel constitue l’un des points critiques majeurs. En effet, la formation offerte sous forme de webinaire doit être suivie par les professeurs de manière indépendante et durant leur temps libre.

De surcroit, l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) réagit : « Ça crée notamment un risque de surcharge de travail pour le personnel, pour qui le temps de préparation gagne à être reconnu comme du temps de travail. »

Gabrielle Lemieux est présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens. Gracieuseté

Bien que le gouvernement précise que le but est de fournir plus de repères au personnel enseignant, le manque de soutien se faire sentir.

« L’AEFO continuera de revendiquer que la mise en œuvre du curriculum se fasse dans des conditions réalistes, équitables, essentielles à l’apprentissage et au bien-être des tout-petits », conclut l’organisme.

Une transition plus fluide vers le primaire, selon le gouvernement

La directrice générale de Parents partenaires en éducation (PPE), Julie Béchard a rencontré les représentants du ministère de l’Éducation afin d’éclaircir les attentes du gouvernement avec ce nouveau programme. De sa compréhension, la révision du curriculum met de l’avant les compétences afin de faciliter la transition des enfants vers la première année de l’élémentaire.

« Il y a cette peur que ça ajoute une certaine pression sur de très jeunes enfants », souligne la directrice qui porte les préoccupations des parents.

Julie Béchard est directrice générale de Parents partenaires en éducation (PPE) depuis 2020. Gracieuseté

Mme Béchard souligne également le manque de soutien accordé aux parents qui ont aussi le rôle de premiers éducateurs.

« Ils vont se demander comment ils peuvent rebondir sur ces nouvelles priorités afin d’être capables d’assurer leur rôle », dit-elle.

La directrice a prévu de consulter les parents au cours des prochaines semaines, et espère qu’un dialogue ouvert entre le gouvernement et les parents viendra maximiser les chances de réussite des enfants. « C’est toujours quelque chose qu’on encourage pour guider les parents à emboîter le pas ».

Que se passera-t-il dans la francophonie canadienne en 2026?

Premières pierres du village francophone à Aurora, 40 ans de la Loi sur les services en français, Sommet de la Francophonie en Asie du Sud-Est, centenaire de l’Association canadienne-française de l’Alberta, Sudbury en mode solution sur les services en français… Voici cinq dossiers qui retiendront l’attention en cette nouvelle année.

Coup d’envoi des travaux du village francophone à Aurora

À Aurora, une petite révolution est en marche. La construction d’un village francophone doit débuter dans les prochaines semaines. À terme, les résidents auront ici accès à des services dans leur langue. Le projet, unique en son genre en Ontario, comprend des logements, un carrefour communautaire, ainsi qu’un foyer de soins de longue durée de 160 lits.

Cette initiative, portée par la Communauté du trille blanc, a été rendue possible grâce à l’achat d’un terrain provincial de 40 hectares à une heure de route au nord de Toronto sur lequel la construction se fera en plusieurs phases, avec de premiers bâtiments sur pied dans un horizon de sept à dix ans.

Une partie de la parcelle sur laquelle commence la construction. Photo : gracieuseté de Jean Bouchard

La Loi sur les services en français, 40 ans plus tard

Adoptée à l’unanimité le 18 novembre 1986, la Loi sur les services en français est entrée en vigueur en 1989. Née de l’abnégation de la communauté et portée par le ministre des Affaires francophones de l’époque, Bernard Grandmaître (décédé l’an dernier), elle grave dans le marbre le droit pour les francophones de l’Ontario d’obtenir des services gouvernementaux dans leur langue.

L’Assemblée de la francophonie est en train d’évaluer comment célébrer ce 40e anniversaire qu’elle considère comme un « jalon important », coïncidant avec le 5e anniversaire de sa modernisation en 2020.

Bernard Grandmaître, père de la Loi sur les services en français.

L’Ontario au Sommet de la Francophonie au Cambodge

La province se prépare à retrouver le Sommet de la Francophonie à l’automne prochain. Après Djerba, Paris, cap cette année sur Phnom Penh, la capitale du Cambodge, à moins que les tensions avec le pays voisin, la Thaïlande, ne contrarient ce plan. Des affrontements frontaliers avaient éclaté l’été dernier avant d’aboutir à un fragile cessez-le-feu signé cet hiver.

Dans ce royaume niché au cœur de la péninsule indochinoise et qui compte 400 000 locuteurs du français – soit 3 % de sa population -, le Sommet de la Francophonie sera particulièrement scruté avec la possible intégration du Manitoba comme membre observateur, mais aussi l’analyse des progrès réalisés en matière de numérique, d’éducation et de développement économique. Il sera aussi question d’élire un nouveau secrétaire général à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie. Qui succédera à la Rwandaise Louise Mushikiwabo? Réponse dans quelques mois.

Le pavillon de l’Ontario au précédent Sommet de la Francophonie, à Paris en 2024. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Un comité sur les services en français à Sudbury

Enfin un Comité sur les services en français à la Ville de Sudbury! La cité du nickel en prend tout droit le chemin en 2026. Elle emboite ainsi le pas à plusieurs autres municipalités comme Ottawa et Toronto, en entamant une révision de sa politique sur les services en français, dont la version finale devrait être présentée cette année au conseil municipal.

Objectif : mieux cerner les besoins des Franco-Sudburois qui représentent un quart de la population. Le maire estime que les recommandations qui en émaneront permettront d’améliorer la situation. L’ACFO de Sudbury également.

Le conseil municipal de Sudbury. Photo : extrait de la chaîne YouTube du Grand Sudbury

Les Franco-Albertains célèbrent les 100 ans de l’ACFA

Il y a 100 ans naissait l’Association canadienne-française de l’Alberta, un organisme porte-parole des francophones de cette province de l’Ouest. Les festivités, qui ont commencé dès le mois de décembre dernier, se poursuivront tout au long de 2026 avec entre autres la création d’une grande œuvre collective composée de 100 toiles réalisées lors d’ateliers à travers la province.

Conçue en collaboration avec le Centre d’arts visuels de l’Alberta, cette mosaïque de la francophonie albertaine sera ensuite exposée.

Trois Franco-Ontariens se hissent dans le palmarès des personnalités francophones 2025

Joanne Gervais, Billy Boulet-Gagnon et Laurent Vaillancourt figurent au Palmarès 2025 des personnalités francophones influentes, un classement annuel publié par Francopresse. Se distinguent également cette année des leaders du Nouveau-Brunswick, de Nouvelle-Écosse, de Colombie Britannique, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest.

Aux commandes de l’organisation du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien à Sudbury l’été dernier, Joanne Gervais a forcément laissé une empreinte sur l’année écoulée.

La directrice générale de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) du Grand Sudbury – qui prend sa retraite en mars prochain a rassemblé avec succès les francophones de la province le 25 septembre dernier, en plus de poursuivre les défis quotidiens de son organisme.

C’est donc logiquement qu’on la retrouve dans le palmarès des francophones influents, au même titre que Billy Boulet-Gagnon. Il est le directeur artistique du programme spécialisé en arts de l’École secondaire catholique Saint-Frère-André, à Toronto.

Créé en 2019 et en développement, ce programme composé de cinq sections (arts visuels, théâtre, musique, médias et constructions) donne naissance chaque année à une comédie musicale qui fait sa renommée.

Le troisième Franco-Ontarien est Laurent Vaillancourt, artiste multidisciplinaire engagé qui a contribué à l’avancement des arts visuels et au patrimoine en Ontario et à Hearst. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il avait reçu l’été dernier la médaille du couronnement du Roi Charles III.

Les lauréats. Source : Francopresse

Parmi les sept autres francophones figurant dans ce top-10, notons la présence de deux Acadiens : le cinéaste documentariste Julien Cadieux et la drag queen Sami Landri, alias Samuel Landry.

La Colombie-Britannique est aussi bien représentée avec Jeanne Baillaut, ancienne directrice du Centre culturel francophone de Vancouver à ses origines, et Chantal Fadous, une des 50 coautrices d’un livre consacré à des femmes inspirantes du Grand Vancouver.

Yvonne Careen des Territoires du Nord-Ouest, Monique Levesque du Yukon et Suzanne Saulnier de la Nouvelle-Écosse complète cette 11e édition.

Le palmarès des 10 personnalités influentes de la francophonie canadienne vise, chaque année, à faire briller le travail de chefs de file qui contribuent de façon marquante à l’avancement, à la promotion ou au rayonnement de la francophonie canadienne.

« Ces personnes proviennent de divers horizons et incarnent l’engagement, la persévérance et le dévouement au sein de leur communauté », salue, par voie de communiqué, le jury présidé par la professeure et chercheuse saskatchewanaise Anne Leis.

Et de souligner « le parcours impressionnant et la contribution extraordinaire à la francophonie canadienne de l’ensemble des candidatures reçues ».

« Nous y avons découvert des personnes extraordinaires qui se dépassent pour que la langue française et leur culture restent bien vivantes et célébrées, indique Mme Leis. Les choix ont été difficiles, mais ce palmarès représente bien le travail continu qui se déroule aux quatre coins de la francophonie canadienne, ainsi que ceux et celles qui le font avec passion. »

Les candidatures ont été soumises par les journaux membres de Réseau.Presse, auquel s’est ajouté cette année le journal La Source, de la Colombie-Britannique, un nouveau membre. Des candidatures de cette province ont été reçues et évaluées par le jury pour la première fois.

Réouverture du Dôme de Louis-Riel et hommage à Vanessa Gilles

OTTAWA – À Gloucester, le Dôme du complexe sportif de l’école secondaire publique Louis-Riel, le plus grand dôme sportif gonflable scolaire au Canada, a rouvert ses portes aux élèves, marqué par un hommage à la joueuse internationale Vanessa Gilles. 

Après plusieurs mois de travaux, c’est avec un hommage à Vanessa Gilles que le Dôme du complexe sportif de l’École secondaire publique Louis-Riel, à Gloucester, a été officiellement rouvert ce lundi.

À cette occasion, la joueuse de l’année de Canada Soccer pour 2024 et 2025 a reçu la médaille du couronnement du Roi Charles III.

« Vanessa suscite des vocations. L’école secondaire publique Louis-Riel et son programme sport-études n’auraient pu rêver d’un modèle plus inspirant », a souligné Jacinthe Marcil, présidente du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CÉPEO), lors de la cérémonie de remise de la Médaille du couronnement du Roi Charles III.

Touchée par cet hommage, l’athlète, qui a fait ses premiers pas au soccer au sein de cet établissement, a exprimé sa fierté « de pouvoir être honorée, non seulement pour le sport, mais aussi de pouvoir représenter ma région à l’étranger ».

Des racines sportives à Louis-Riel

La Franco-Ottavienne, qui évolue depuis mai 2025 avec le Bayern de Munich après avoir passé près de trois ans à l’Olympique lyonnais, a insisté sur l’importance des infrastructures dans son parcours.

« Avoir un dôme derrière ton école, ce n’est pas tout le monde qui l’a. Ç’a été une ressource assez importante pour mes débuts », a rappelé la médaillée d’or des Jeux olympiques de 2020.

Depuis 2019, Vanessa Gilles a disputé près de 50 matchs avec l’équipe nationale canadienne, inscrivant huit buts.

Pour Joe Fournier, directeur de l’Académie de soccer Louis-Riel et ancien entraîneur de la joueuse, la réouverture du Dôme marque « une nouvelle naissance » pour l’installation sportive.

Entièrement repensé, le Dôme bénéficie désormais d’une luminosité accrue et d’un environnement entièrement équipé et adapté aux besoins des jeunes athlètes. « C’est tellement différent. L’environnement est beaucoup plus agréable », souligne M. Fournier.

Les élèves auront dès maintenant accès à cet espace modernisé. Photo : Amine Harmach / ONFR

Le 16 février dernier, à la suite d’une importante tempête de neige, le dôme s’était effondré. Le retour aux installations est vécu avec émotion. « S’entraîner ailleurs, c’était fonctionnel, mais ce n’était pas chez nous. Ici, on retrouve notre maison, notre équipement, notre confort », explique-t-il.

Une réouverture progressive

Pour l’instant, les installations demeurent accessibles uniquement aux élèves.

« Il reste quand même quelques commandes à rentrer, mais c’est vraiment très fonctionnel pour les élèves. Les profs vont pouvoir venir et utiliser les plateaux également », précise Christian-Charle Bouchard, directeur de l’éducation du CEPEO.

Un dernier chantier reste à compléter : la piste qui fait le tour du Dôme. « La piste, c’est le prochain gros morceau. On ne voulait pas que nos élèves soient encore privés de cet espace extraordinaire. On a donc décidé de la faire installer l’été, lorsque l’école est fermée. À la rentrée, tout va être 100 % fonctionnel », ajoute-t-il.

Selon Christian-Charle Bouchard, directeur de l’éducation du CÉPEO, « Vanessa Gilles incarne l’excellence et la persévérance que nous souhaitons voir chez nos élèves ». Photo : Amine Harmach / ONFR

La date d’ouverture du Dôme au public n’a pas encore été fixée. La priorité demeure les élèves, le temps de recevoir l’ensemble du matériel, de tester les installations et d’évaluer les enjeux de sécurité, explique M. Bouchard.

« Dès qu’on aura tout validé, on pourra annoncer quand et comment accueillir la communauté. On veut les recevoir rapidement, mais surtout bien les recevoir d’ici quelques mois », conclut M. Bouchard.

Des fonctionnaires ontariens tenus de retourner au bureau cinq jours par semaine

Ce début d’année marque le retour obligatoire des fonctionnaires provinciaux à plein temps au bureau, pour qui le gouvernement Ford exige une présence de cinq jours par semaine, effective dès ce lundi. Côté municipal, les employés de Toronto restent eux sur un mode hybride, tandis que la mairie d’Ottawa oblige, elle aussi, ses employés à revenir au bureau toute la semaine, malgré de vives critiques.

La directive d’un retour à temps plein en présentiel, soit cinq jours par semaine, dès ce lundi, avait été annoncée au cours de l’été précédent par le gouvernement ontarien, affirmant que les employés étaient plus productifs au bureau.

Ces derniers avaient basculé en télétravail complet en mars 2020 au moment de la pandémie, adoptant par la suite un mode hybride de trois jours par semaine au bureau, à la mi-2022, puis de quatre jours en octobre dernier.

« Il s’agit d’un retour à la norme en vigueur avant la pandémie (…) qui correspond aux pratiques observées dans d’autres provinces, au sein des instances municipales et de diverses organisations à travers le pays », indique le secrétariat du Conseil du trésor, qualifiant cette dernière étape de « transition finale ».

« À ce jour, et selon la nature de leur poste, plus de la moitié des membres de la fonction publique de l’Ontario (FPO) travaillent déjà en présentiel cinq jours par semaine. »

Des exemptions pourraient toutefois s’appliquer. Les gestionnaires disposent de directives pour traiter des demandes de régimes de travail de rechange au cas par cas. Plusieurs de ces régimes prévoient des horaires échelonnés, une semaine de travail comprimée, du travail à temps partiel ou des modalités de préretraite.

Les demandes d’accommodement en matière d’emploi relèvent d’un processus distinct suivant le Code des droits de la personne de l’Ontario.

Des enjeux de logistique et de productivité selon les syndicats

Entre autres contestataires de la nouvelle mesure, le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO/OPSEU) invoque des problèmes de logistique notoires ou encore d’équilibre vie-travail.

« Le mandat de retour au bureau de ce gouvernement est une marque directe de manque de respect envers les travailleurs de la fonction publique de l’Ontario. Cette décision unilatérale a été prise sans les consulter et sans fournir la moindre preuve pour justifier un tel changement », déplore Amanda Usher, présidente, CCRT et Équipe de négociation de l’unité Unified SEFPO.

De justifier : « Nos membres ont prouvé que le travail hybride fonctionne : pour les Ontariens, pour les familles et pour la prestation de services publics de qualité. La productivité a augmenté, les services ont prospéré et l’équilibre travail-vie personnelle est devenu une réalité. »

« Forcer des dizaines de milliers de travailleurs à faire la navette quotidiennement ne fait qu’engorger les autoroutes de l’Ontario. »
— Amanda Usher, présidente, CCRT et Équipe de négociation de l’unité Unified SEFPO

Celle-ci estime qu’environ la moitié des membres de la fonction publique de l’Ontario syndiqués avec la SEFPO seront touchés par le retour au bureau.

Parmi ses arguments contre une telle marche arrière, une mauvaise logistique, avec notamment des espaces de travail qui, restructurés pour le mode hybride, sont inadéquats, insuffisants en taille ou en nombre.

Mme Usher brandit également l’engorgement routier et l’impact climatique : « Forcer des dizaines de milliers de travailleurs à faire la navette quotidiennement ne fait qu’engorger les autoroutes de l’Ontario, rejette davantage d’émissions dans l’air et efface les gains environnementaux réels du travail hybride. Un autre oubli de la part d’un gouvernement qui n’a consulté ni les experts ni les travailleurs avant de prendre cette décision unilatérale et inutile. »

Des directives différentes pour les employés municipaux d’Ottawa et de Toronto

Du côté des fonctionnaires municipaux, pas de changement pour la mairie de Toronto qui continue de privilégier un mode de travail hybride, nuançant que « 70 % des employés de la Ville de Toronto fournissent chaque jour des services de première ligne essentiels aux Torontois, dans des rôles qui ne peuvent être exercés à distance. »

Pour le reste du personnel qui a adhéré au programme de travail hybride de la Ville, la politique de télétravail pour 2026 stipule que « dans le cadre d’une entente de travail hybride, les employés sont tenus de travailler au moins trois jours par semaine à leur lieu de travail assigné par la Ville et le reste de la semaine depuis leur lieu de télétravail. »

Pour les chefs de division, c’est un minimum de quatre jours en présentiel qui s’applique.  

La Ville d’Ottawa en revanche emboîte le pas de la province puisque, depuis le 1er janvier, ses fonctionnaires sont tenus d’être présents au bureau cinq jours par semaine, sachant que plus de 85 % des d’entre eux travaillaient déjà quotidiennement sur place.

« Les employés admissibles travailleront sur place de manière plus constante tout au long de la semaine normale de cinq jours », indique Pamela LeMaistre, cheffe des ressources humaines de la Ville d’Ottawa.

Selon l’administration municipale, cette mesure vise à améliorer « la culture du milieu de travail et à favoriser l’excellence des services offerts aux résidents », tout en maintenant une certaine souplesse lorsque la nature du travail le permet.

Annoncée en août dernier, la décision est toutefois mal accueillie par l’Institut professionnel du personnel municipal (IPPM), qui représente environ 1500 employés bénéficiant actuellement d’un régime de travail hybride.

« Nos membres estiment qu’ils ont été très productifs, voire plus productifs, dans le cadre du travail hybride, et que les résidents en ont bénéficié », affirme Peter Bleyer, directeur général de l’IPPM. 

Il déplore le fait que « beaucoup de temps et d’énergie aient été gaspillés et qu’une telle confusion ait été créée dans le seul but de se conformer aux attentes exprimées par le premier ministre Doug Ford ».

Le syndicat reproche également à la Ville de ne pas avoir été consulté avant la mise en œuvre de ce changement, qu’il estime contraire aux droits prévus à la convention collective en matière de travail hybride.

« Au cours de la nouvelle année, nous soutiendrons nos membres partout à Ottawa alors qu’ils feront face aux changements qui entreront en vigueur le 1er janvier », précise l’IPPM. Le syndicat soutient toutefois que la grande majorité de ses membres souhaitant poursuivre le travail en mode hybride devrait pouvoir continuer à le faire.

Abel Maxwell, une année charnière entre consécration et nouveaux horizons

TORONTO – 2025 restera comme une année charnière dans le parcours du chanteur franco-ontarien Abel Maxwell. Entre une signature déterminante, des scènes européennes et des reconnaissances institutionnelles fortes, l’artiste originaire du Togo a franchi un cap décisif. Un bilan dense, nourri d’émotions, qui ouvre déjà sur une année 2026 ambitieuse.

Pour lui, 2025 a constitué un point de bascule, « une année de transformation et d’avancées » qui a débuté par la signature avec Universal Africa. « Certains peuvent voir ça comme un aboutissement, mais pour moi c’est un commencement. C’est le début de quelque chose de grand, l’arrivée à un nouvel étage de ma carrière », explique-t-il.

Cette signature a agi comme un catalyseur et donné le ton de l’année, aux yeux de l’artiste torontois, accompagnée notamment d’un accueil marquant en Côte d’Ivoire.

« Quand je suis arrivé pour la signature, il y avait tous les médias, même la télévision nationale à l’aéroport. J’étais très surpris par l’accueil. C’était difficile à décrire avec des mots. »

Abel Maxwell au micro de la chaîne de télévision nationale en Côte d’ivoire. Photo : gracieuseté Abel Maxwell

Des scènes européennes aux émotions fortes

L’année passée a aussi été rythmée par une tournée européenne le menant en France et en Belgique. Un moment l’a particulièrement ému : sa prestation au Zénith, en avril dernier, en première partie du groupe togolais Toofan, devant près de 10 000 spectateurs.

« Depuis tout jeune, j’entendais dire ‘tel artiste a joué au Zénith’. C’était comme le paroxysme d’une carrière. Alors me retrouver là, même en première partie, c’était énorme », confie-t-il.

Devant 10 000 spectateurs au Zénith. Photo : gracieuseté Abel Maxwell

La réaction du public restera gravée dans sa mémoire. « C’était électrique. J’ai toujours le trac, même si ça ne se voit pas. Et quand j’ai vu les gens allumer leur téléphone, j’ai presque eu les larmes aux yeux. On aurait dit des étoiles partout dans la salle. »

Au-delà de l’émotion, cette date a marqué un tournant. L’artiste le sait : l’exercice de la première partie est rarement évident, face à un public venu avant tout pour l’affiche principale. Mais ce soir-là, au Zénith, quelque chose s’est produit. « J’ai senti que j’avais touché quelque chose », décrit-il, convaincu d’avoir gagné de nouveaux auditeurs.

Le retour à Lyon, un voyage intérieur

Parmi les villes visitées, Lyon occupe une place à part. Ancienne ville d’études, où le musicien jonglait entre université et conservatoire, elle a ravivé des souvenirs forts.

« Je me rappelais encore de ces moments où je courais entre l’université et le conservatoire, où je mangeais un sandwich dans le métro ou le funiculaire. Repasser par ces chemins-là, ça m’a ramené à toute cette adrénaline et à tous ces doutes », raconte-t-il.

Ce retour a agi comme une véritable prise de conscience. En rejouant à Lyon, il a mesuré le chemin parcouru depuis son arrivée au Canada, autant sur le plan personnel que professionnel. « Ça m’a permis de réaliser le parcours, tout ce qu’on a accompli avec mon équipe. C’est assez fou », confie-t-il.

Devant le public de Roubaix lors de la tournée européenne. Photo : Florian Hodbert

Une reconnaissance institutionnelle forte

L’année a également été marquée par la remise de la Médaille du couronnement du roi Charles III, décernée par la lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Edith Dumont.

« C’est une reconnaissance de mon apport à la culture franco-ontarienne, canadienne et même mondiale. L’année d’avant, j’avais reçu l’Ordre de la Pléiade, donc ça s’inscrit dans une continuité », souligne-t-il.

L’artiste torontois a reçu la Médaille du couronnement du roi Charles III le 7 mai 2025. Photo : Bureau de la lieutenante-gouverneure

Pour l’auteur-compositeur-interprète, ces distinctions sont avant tout un moteur. « Je ne fais pas ça pour avoir des médailles. Je le fais parce que j’aime la musique et que c’est mon don. Ces reconnaissances te disent : ce que tu fais a du sens. Et en même temps, ça te pousse à aller encore plus loin. »

2026, une année déjà bien lancée

À peine 2025 refermée, 2026 s’annonce déjà très active. Abel Maxwell sera notamment à Contact Ontarois en janvier, pour un concert devant des diffuseurs venus de partout au pays, avant une prestation à Sarnia en février dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs.

« Jouer devant des diffuseurs, rencontrer des gens de partout au Canada, ce sont des opportunités majeures. Ça peut ouvrir énormément de portes », croit-il.

Rencontre avec les jeunes de l’École secondaire catholique Saint-Jean-de-Brébeuf à Welland. Photo : gracieuseté Abel Maxwell

Parallèlement, il poursuit son engagement auprès des jeunes à travers un travail de mentorat et d’éducation musicale. En collaboration avec le Centre francophone de Hamilton, il accompagne des jeunes sur plusieurs mois, les soutenant dans leur développement artistique et personnel. Il participe également au projet Expressions Afro-Francophones mené par le Point Ancrage Jeunesse. Une démarche de transmission qui occupe une place centrale dans son parcours.

Nouvelle tournée et horizons africains

Le printemps marquera le début d’une nouvelle tournée européenne, avec un passage à Paris le 18 avril pour le Togo Art Festival, puis des dates au Luxembourg, en Allemagne, en Belgique et dans plusieurs villes françaises. « D’autres dates s’ajouteront autour. C’est encore en construction », précise-t-il.

La signature avec Universal Africa a permis à Abel Maxwell d’élargir ses opportunités avec des artistes africains comme Angélique Kidjo, la star béninoise. Photo : gracieuseté Abel Maxwell

Cette dynamique s’accompagne aussi d’un regard tourné vers l’Afrique, où plusieurs festivals sont envisagés, notamment au Rwanda, en Côte d’Ivoire et au Bénin. Une perspective qui enthousiasme le chanteur. « J’ai très hâte de découvrir de nouveaux endroits, notamment en Afrique de l’Est », confie-t-il.

Un sixième album en ligne de mire

Sur le plan musical, l’artiste travaille activement sur un sixième album attendu cette année. « On est en studio depuis 2025 et on va continuer en 2026. L’idée serait de sortir l’album avant l’été, voire à l’automne. D’ici là, il y aura des singles pour annoncer le projet. »

La signature avec avec Universal, ici avec le DG Franck-Alcide Kakou en janvier, le moment qui a lancé l’année 2025 d’Abel Maxwell. Photo : gracieuseté Abel Maxwell

L’album à venir sera bilingue et porté par des collaborations d’envergure, reflet de l’ouverture internationale que prend désormais sa carrière.

Un parcours en mouvement

Au moment de dresser le bilan, Abel Maxwell évoque un équilibre entre émerveillement et lucidité.

« Je vis un peu comme dans un rêve éveillé. Mais chaque reconnaissance, chaque scène, c’est un nouveau départ. Il faut continuer à travailler, à transmettre et à avancer. »

De 2025 à 2026, le fil conducteur demeure clair : bâtir, partager et faire rayonner une musique qui traverse les frontières, confirmant un peu plus la place de l’artiste franco-ontarien sur la scène nationale et internationale.

Cinq moments-clés à vivre en Ontario en 2026

Un métro plus développé dans la région du Grand Toronto, le train de voyageurs Northlander bientôt de retour entre Timmins et la Ville Reine, des festivités pour souligner les bicentenaires de Bytown et de London, la folie mondiale du ballon rond à Toronto et l’ouverture du plus long pont à haubans d’Amérique du Nord à Windsor… Voici cinq grands projets et événements à surveiller cette année.

Extension du métro torontois : ouverture imminente de la ligne Eglinton Crosstown

Après l’ouverture de la ligne Finch, début décembre 2025, la ligne Eglinton Crosstown s’apprête à son tour à entrer en service à Toronto, très probablement au cours du mois de février. Plusieurs fois retardé, ce grand projet de métro reliera l’est et l’ouest d’Eglinton, principalement par voie souterraine, alimentant 25 stations pour rendre le déplacement des usagers plus rapide.

Avec ces 19 kilomètres de ligne supplémentaire, dont plus de 10 en sous-sol, et la liaison avec 54 lignes d’autobus et trois stations de métro de la TTC, Metrolinx évalue des déplacements jusqu’à 60 % plus rapides que les temps de parcours actuels.

La ligne reliera 25 stations d’est en ouest, entre Kennedy et Mount Dennis. Infographie : Metrolinx

Le Northlander de retour sur les rails

Interrompu en 2012, le train de voyageurs Northlander reliant Toronto à Timmins fera son retour cette année. Il totalise 16 arrêts (dont Hunstsville, North Bay, Matheson…) et inclut une liaison ferroviaire vers Cochrane. Afin d’être opérationnelle, la ligne a nécessité plusieurs grands chantiers, comme la construction de la nouvelle gare Timmins-Porcupine, ou plus récemment l’aménagement d’une voie de contournement de North Bay.

Cette infrastructure ferroviaire est un des chevaux de bataille du gouvernement Ford qui espère ainsi désenclaver le Nord, y favoriser le tourisme, l’emploi et la croissance économique.

Le trajet inclura 16 arrêts, avec une correspondance vers Cochrane. Photo : Ontario Northland

Bytown et London, villes bicentenaires

Deux villes ontariennes célèbrent cette année le 200e anniversaire de leur fondation en 1826 : Ottawa, autrefois appelée Bytown, et London dans le sud-ouest de la province.

Du côté d’Ottawa, on prévoit un événement musical concocté par Bluesfest, ainsi que le lancement d’un quartier des arts, de la culture et du divertissement du centre-ville, comprenant des projets de peinture murale et d’art sur asphalte. Des activités extérieures pour les jeunes et les familles devraient avoir lieu sur la place Marion-Dewar. 2026-2027 coïncide aussi avec les 200 ans du Marché By.

Du côté de London, il faut s’attendre à des initiatives d’art public, ainsi que des activités communautaires dans une ville qui, avant la fondation, était habitée par des peuples autochtones Anishinaabe, Haudenosaunee et Lenni-Lenape depuis plus de 10 000 ans. La ville compte aussi mettre en exergue son titre de capitale forestière du Canada, décerné par l’Institut forestier du Canada pour 2026-2027.

Bytown a été fondée en 1826, proche de l’actuel Canal Rideau. Illustration : Bibliothèque et Archives Canada

Le Pont Gordie-Howe bientôt en service à Windsor

Son édification a duré huit ans et coûté plus de 5 milliards de dollars. Le pont Gordie-Howe reliant Windsor à Détroit sera ouvert aux usagers cette année. Ce sera le plus long pont à haubans d’Amérique du Nord, le dixième à l’échelle mondiale. ONFR vous a fait découvrir les coulisses de ce chantier à travers le regard d’un travailleur francophone durant la construction.

Avec ce deuxième pont enjambant la frontière entre les deux villes, l’Ontario et le Canada comptent fluidifier le trafic et le commerce transfrontaliers avec les États-Unis, en dépit de la politique tarifaire du président américain Donald Trump, entretemps arrivé au pouvoir.

Mesurant 853 mètres, le Pont international Gordie Howe est le plus long pont à haubans d’Amérique du Nord. Photo : Autorité du Pont Windsor-Détroit

Toronto au rythme de la Coupe du monde de soccer

Aux côtés de 15 autres villes du Canada, du Mexique et des États-Unis, Toronto sera cet été l’hôte de la Coupe du Monde de soccer de la FIFA. Les Torontois pourront entre autres assister au match du Canada le 12 juin prochain, dont l’adversaire n’est pas encore connu. Les autres affiches sont Ghana-Panama (17  juin), Allemagne-Côte d’Ivoire (20 juin), Croatie-Panama (23 juin), un match du Sénégal (26 juin) et même un 16e de finale, le 2 juillet, au Stade de Toronto dont la capacité sera portée à 45 000 sièges, sur la place Exhibition.

La fête aura aussi lieu hors stade avec un festival au Fort York et au Bentway pendant toute la compétition avec des retransmissions en direct des matchs sur écrans géants, de la musique, de l’art et de la gastronomie au programme de ce festival gratuit et ouvert à tous. Au-delà de l’équipe canadienne emmenée par Jonathan David, de nombreuses équipes seront suivies par les diasporas francophones : Ivoiriens, Suisses, Haïtiens, Français, Marocains, Belges, Algériens, Sénégalais…

L’équipe nationale canadienne sur la pelouse du BMO Field à Toronto, où se dérouleront quelques matchs. La Presse canadienne/Neil Davidson

Ces lois et règlements qui entrent en vigueur au 1er janvier 2026 en Ontario

Services en français, mobilité de la main-d’œuvre, médecins étrangers… On vous résume certaines des plus importantes mesures législatives tout juste entrées en vigueur ce 1er janvier en Ontario.

Des territoires désignés étendus pour les services en français

Le gouvernement Ford a modifié la Loi sur les services en français (LSF) pour moderniser la liste des régions désignées dans la province, là où les services gouvernementaux doivent être offerts en français. 

Les limites géographiques des Comtés unis de Stormont, Dundas et Glengarry, du Comté d’Essex, de la Cité de Hamilton, de la Municipalité de Chatham-Kent, du Comté de Renfrew et du District de Thunder Bay ont été actualisés, ce qui entraîne l’ajout de services en français gouvernementaux dans certains cantons et villes.

Plusieurs de ces services commenceront à être implantés dès cette année, mais leur étendue sera pleinement opérationnelle à compter de 2029. Plus de 6000 kilomètres carrés de territoire sont désormais ajoutés en vertu de cette modification de la LSF.

La venue de travailleurs d’autres provinces facilitée

Près de 50 professions « hautement qualifiées », provenant d’ailleurs au Canada, pourront commencer à travailler en Ontario dans un délai de 10 jours ouvrables, une fois le tout approuvé par leur organisme de réglementation. Des professionnels tels que des architectes, ingénieurs, géoscientifiques, arpenteurs-géomètres et électriciens seront touchés par cette modification à la Loi ontarienne sur la mobilité de la main-d’œuvre.

Pour ces travailleurs, les organismes seront aussi obligés de publier leurs exigences publiquement sur leur site Web.

Un coup de pouce aux médecins étrangers

Un nouveau règlement en vertu de la Loi de 2015 sur l’immigration en Ontario permet désormais aux médecins étrangers qui ne sont pas salariés d’un hôpital – mais qui exercent dans des cliniques ou à titre de contractuels – de voir leur accès à une demande de résidence permanente facilité. Cette mesure a pour but de lever un obstacle pour ces professionnels en incluant leur pratique dans la liste des catégories de permis admissibles.

Zones économiques spéciales

Les mesures du projet de loi 5 visant à créer des « zones économiques spéciales » entrent en vigueur ce jeudi. Adoptée en juin, la législation permet au gouvernement, au sein de ces zones, de s’affranchir de certaines réglementations provinciales afin d’accélérer des projets à fort potentiel économique, tels que l’exploitation minière.

Des manifestants déploient une banderole « Tuez le projet de loi 5 » devant Queen’s Park, en juin dernier Photo : ONFR/Rudy Chabannes

Mobilité accrue pour les travailleurs de la santé

À l’instar des métiers spécialisés, plusieurs règlements ont été modifiés pour favoriser la pratique en Ontario de 16 catégories de professionnels de la santé provenant des autres provinces et territoires du Canada. Les Les dentistes, les optométristes, les psychologues et les sages-femmes, entre autres, s’ajouteront à la liste des professionnels canadiens pouvant travailler en Ontario pendant une période maximale de six mois, le temps de s’inscrire auprès de leur organisme de réglementation ontarien.

Les travailleurs de la santé en règle dans leur province d’origine pourront commencer à exercer immédiatement. Pour les médecins et les infirmières, l’inscription officielle doit désormais être traitée en deux jours ouvrables.

Vente d’alcool : des restrictions levées

À compter de ce jeudi, les épiceries et dépanneurs doivent respecter un prix minimal pour la vente de contenants de vin de cinq litres. Par ailleurs, ces établissements n’ont plus les obligations suivantes : séparer les boissons énergisantes des boissons alcoolisées sur les tablettes, et créer une section distincte sur leur site Web consacrée à la vente d’alcool.

Suspension de permis à vie pour les chauffards

Un Ontarien verra désormais son permis de conduire suspendu à vie en cas de condamnation pour conduite avec facultés affaiblies ayant causé la mort, en vertu de modifications apportées au Code de la route provincial. Les conducteurs condamnés pour une première fois pour conduite avec facultés affaiblies (drogue, alcool, etc.) devront également suivre un programme de sensibilisation obligatoire. Des suspensions de permis plus longues seront aussi imposées dès la première ou la deuxième infraction.

Ces Franco-Ontariens qui nous ont quittés en 2025

L’année 2025 aura été marquée par des décès de figures franco-ontariennes importantes dont Bernard Grandmaître et deux des soeurs Dionne. ONFR revient sur la disparition de ces monuments de la culture franco-ontarienne en un dernier hommage.

Bernard Grandmaître

Le père de la Loi sur les services en français est décédé en octobre à l’âge de 92 ans. L’ancien politicien a introduit cette loi en 1986, rendant ainsi possible l’accès à des services gouvernementaux en français dans la province. Son décès a été souligné aux quatre coins de la province, lui dont on a aussi rendu hommage en 1999 avec la création des Prix Bernard Grandmaître. 

Député libéral de 1984 à 1999, il a occupé les postes de ministre des Affaires francophones, du Revenu et des Affaires municipales. Il a aussi été maire de Vanier dans les années 1970.

Bernard Grandmaître lors du Gala qui porte son nom en 2017. Crédit image : Patrick Imbeau

Élizabeth Allard 

Décédée à l’âge de 83 ans, Mme Allard est connue en Ontario et au Canada francophone pour sa lutte pour les droits des aînés. Fonctionnaire responsable des langues officielles dans l’armée canadienne, elle a ensuite été présidente de la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO) de 2013 à 2017, et par la suite de la Fédération des aînées et aînés francophones du Canada (FAAFC) de 2017 à 2021. Sa contribution à la francophonie lui a valu la médaille du Jubilé de diamant de la reine Elizabeth II. Élizabeth Allard a longtemps milité contre l’âgisme, elle souhaitait moderniser la société par rapport au vieillissement.

Elizabeth Allard est une ancienne présidente de la FAAFC. Gracieuseté

Rolande Faucher

Figure connue dans la francophonie ottavienne, Rolande Faucher a été présidente du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) et de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO). Elle a été impliquée dans divers milieux de la francophonie à Ottawa et dans la province comme à La Nouvelle Scène, dans le milieu de l’éducation au Conseil de l’éducation et de la formation franco-ontarienne et comme membre du Comité consultatif sur les affaires francophones de l’Ontario. Mme Faucher est décédée en novembre à l’âge de 84 ans.

Rolande Faucher était une militante, auteure et consultante de la région d’Ottawa. Photo : Gracieuseté du CRCCF

Cécile et Annette Dionne 

Le décès à 91 ans d’Annette Dionne intervenu à la veille de Noël, quatre mois après celui de sa soeur Cécile, a ému l’Ontario. Toutes deux étaient les dernières survivantes des célèbres quintuplées de North Bay, dans le Nord de l’Ontario, qui ont, dans les années 1930, fasciné le monde entier.

À une époque où il était rarissime de survivre au-delà de quelques jours pour des quintuplés, les sœurs Dionne ont vu leur domicile devenir une attraction majeure, attirant près de trois millions de visiteurs dans les premières années suivant leur naissance. Ce traitement médiatique dont a profité le gouvernement de l’Ontario leur a finalement permis d’obtenir un règlement à l’amiable de 4 millions de dollars de préjudice dans les années 1990.

Lionel Lalonde

L’ancien politicien sudburois a rendu l’âme à 89 ans en mars dernier. Maire de la ville de Rayside-Balfour (Azilda, Chelmsford et Blezard Valley) de 1988 à 2000, il a ensuite été conseiller à la ville de Sudbury pendant quelques années. Un centre communautaire porte d’ailleurs son nom à Azilda, en l’honneur de cet ancien éducateur de carrière.

Daniel Gingras

Philanthrope bien connu dans la région de Sudbury, Daniel Gingras a permis au cours des années d’amasser de l’argent pour plusieurs organisations de la région comme Horizon Santé Nord, le Collège Boréal et plus. Mais c’est surtout grâce à sa contribution à la Place des Arts du Grand Sudbury qu’il a été reconnu, lui qui aura permis d’amasser 30 millions de dollars pour le projet. Il s’est éteint en mai dernier à l’âge de 70 ans.

Gérald Lacombe

Enseignant, bâtisseur, rassembleur, l’Orléanais est mort en mai dernier à l’âge de 83 ans. Il aura été président du MIFO de 1983 à 1986, une période charnière pour l’organisme avec la construction du bâtiment en 1985. Il a joué un rôle déterminant dans l’organisation des services francophones dans l’est de la capitale, notamment via l’obtention de financements pour la francophonie.

Est ontarien : cinq faits qui ont marqué 2025

Suppression de programmes d’enseignement francophones, triplé libéral aux élections fédérales, compressions budgétaires et distinctions de figures clés de la francophonie : retour sur quelques faits saillants qui ont marqué l’actualité de l’année dans l’Est ontarien.

Une citation :  « L’instabilité et les incertitudes ont fortement nui à l’image du Canada comme destination d’études. »

Dans une entrevue accordée à ONFR, la présidente-directrice générale du collège La Cité, Lynn Casimiro, expliquait le contexte ayant mené à la suppression de neuf programmes d’enseignement. La direction invoquait la baisse anticipée des étudiants internationaux et un climat « d’incertitude budgétaire » l’obligeant à adopter une gestion plus prudente.

Les syndicats ont de leur côté contesté ces arguments, rappelant que La Cité affichait un surplus de 25 millions de dollars l’année précédente.

Lynn Casimiro, présidente-directrice générale du Collège La Cité. Crédit image : La Cité

Les programmes touchés concernaient des secteurs stratégiques : santé, sécurité publique et arts médiatiques, déjà fragilisés par la pénurie de main-d’œuvre et les pressions sur les services en français.

Une date : le 28 avril

Le 28 avril, le Parti libéral du Canada a réalisé un triplé dans l’Est ontarien, conservant ses bastions lors des élections fédérales.

Dans la nouvelle circonscription de Prescott–Russell–Cumberland, Giovanna Mingarelli est entrée dans l’histoire en devenant la première femme élue dans ce comté, avec 54,6 % des voix.

Giovanna Mingarelli est native de Rockland. Photo : Amine Harmach

À Ottawa–Vanier–Gloucester, Mona Fortier a été réélue avec 67,2 % des voix, prolongeant une tradition libérale ininterrompue depuis 1935, tandis qu’à Orléans, Marie-France Lalonde a conservé son siège avec 66,8 % des suffrages.

Un chiffre : 25 000 emplois

Près de 25 000 emplois pourraient disparaître d’ici 2028 dans la région d’Ottawa-Gatineau en raison des compressions prévues dans la fonction publique fédérale, selon une étude du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA).

La région pourrait être la plus durement touchée au pays, une situation qui inquiète le Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA).

Carl Poirier, président du RGA, redoute les impacts économiques des compressions fédérales sur la région d’Ottawa. Photo : gracieuseté

« Non seulement la région perdra ces emplois, mais plusieurs projets d’embauche ou d’expansion seront mis sur la glace pour les trois prochaines années », avertit Carl Poirier, président du RGA.

Un lieu : le parc Trèva Cousineau

La Ville d’Ottawa a rebaptisé le parc Glen pour lui donner le nom de parc Trèva Cousineau, en hommage à cette figure marquante de la francophonie ontarienne.

Trèva Cousineau, figure emblématique de la francophonie ontarienne, à l’occasion de l’inauguration du parc Trèva-Cousineau à Orléans. Gracieuseté

Âgée de 88 ans, Mme Cousineau a inauguré le parc le 6 novembre, au 1756, promenade Grey-Nuns, entourée de proches et de membres de la communauté.

Militante franco-ontarienne infatigable, elle œuvre depuis plus de 50 ans à la défense et à la promotion de la francophonie.

« Je pense à toutes ces personnes qui donnent chaque jour de leur temps et de leur énergie pour les autres, souvent sans reconnaissance », a déclaré l’ancienne présidente du MIFO.

Une personnalité : Marie-Ève Sylvestre

Marie-Ève Sylvestre est devenue la première femme à diriger l’Université d’Ottawa depuis sa fondation en 1848. Rectrice désignée le 3 juin, elle est officiellement entrée en fonction en décembre, plaçant la francophonie et l’engagement au cœur de son mandat.

À la tête de l’Université d’Ottawa, Marie-Eve Sylvestre entend renforcer les liens avec la communauté franco-ontarienne et autochtone. Photo : uOttawa

Québécoise d’origine et Franco-Ontarienne d’adoption depuis vingt ans, elle doit aussi relever le défi de la viabilité financière d’une institution qui affichait un déficit opérationnel de 18 millions de dollars en 2023.

« Ce n’est pas soutenable à long terme », avait-elle affirmé, précisant qu’un plan visant le retour à l’équilibre budgétaire d’ici deux ans a été approuvé.

Patrimoine rural : sauver l’âme et le corps des granges

Joyaux de notre patrimoine rural, les vieilles granges de l’Ontario se font de plus en plus rares. Pour préserver cette richesse historique, deux initiatives en apparence très différentes mais avec le même objectif. D’un côté, l’artisan-récupérateur sauve la matière en démontant les structures pour offrir une seconde vie au bois. De l’autre, la photographe capture leur mémoire en immortalisant leur beauté tranquille.

2025 dans le Nord ontarien en cinq actualités

Le Nord ontarien a traversé d’importantes crises et marqué plusieurs jalons importants en 2025 : voici l’essentiel de l’année avec une personnalité, une date, un chiffre, un lieu et une citation.

Une citation : « Le modèle d’une librairie traditionnelle ne fonctionne pas en milieu minoritaire »

Installée à la Place des Arts du Grand Sudbury, la librairie Panache avait suscité une onde de choc en annonçant devoir suspendre ses activités en juillet 2025, confrontée à une fréquentation insuffisante et à des ventes incapables de soutenir ses opérations. 

« Le modèle d’une librairie traditionnelle ne fonctionne pas en milieu minoritaire », avait alors insisté Denis Bertrand, directeur général de la Place des Arts ajoutant qu’il ne s’agissait pas d’une fermeture définitive, mais d’une pause pour repenser la présence du livre à Sudbury et concevoir un modèle plus durable, en phase avec les besoins de la communauté francophone. 

Depuis, aucun calendrier précis de relance n’a été dévoilé, laissant l’avenir de la librairie, ouverte depuis janvier 2024, et plus largement de l’offre littéraire francophone à Sudbury, dans l’incertitude.

Les étagères de la librairie-boutique de la Place des Arts du Grand Sudbury sont vides. Photo : Inès Rebei/ONFR

Une date : 29 septembre

Une autre crise qui a secoué le Nord ontarien cette année touche l’usine Kap Paper à Kapuskasing, un pilier de l’industrie forestière locale. Le 29 septembre 2025, l’entreprise a annoncé la mise en pause de ses opérations, invoquant un manque de soutien financier immédiat pour maintenir son activité. 

Cette décision a directement menacé 420 emplois et a mis en péril jusqu’à 2 500 postes dans les secteurs du transport, de la maintenance et des services périphériques. L’annonce a provoqué une vive inquiétude dans la communauté et a mobilisé les autorités locales et les gouvernements provincial et fédéral pour éviter un impact économique majeur. 

Mi‑octobre, l’entreprise a obtenu un appui financier. Le gouvernement fédéral, par l’entremise de FedNor, a accordé un prêt remboursable de 12 millions $, tandis que le gouvernement de l’Ontario a injecté 16,8 millions $, permettant ainsi une reprise graduelle des opérations.

Un chiffre : 50

L’anniversaire de la création du drapeau franco-ontarien fut célébré partout dans la province, mais c’est à Sudbury que les célébrations ont pris toute leur ampleur. Le 25 septembre 2025,  une grande cérémonie a été organisée devant l’Université de Sudbury rassemblant des centaines de personnes venues de tout l’Ontario. 

Le programme comprenait des discours officiels, le lever du drapeau et un tintamarre vibrant qui a parcouru le campus, symbole de la fierté et de la résilience de la francophonie ontarienne. 

Pour l’occasion, un véhicule de la Police provinciale de l’Ontario, lancé quelques mois plus tôt et décoré aux couleurs du drapeau franco-ontarien pour souligner l’anniversaire du drapeau et le 40ᵉ anniversaire de la Loi sur les services en français, était également présent.

La cérémonie, parrainée par la lieutenante-gouverneure Édith Dumont, a également été l’occasion pour la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, d’annoncer un investissement d’un million de dollars cette année pour soutenir des événements valorisant la contribution des francophones à l’Ontario et favorisant leur développement culturel et économique. 

Les membres du comité de création du drapeau franco-ontarien ont reçu le Prix de la francophonie 2025 de l’ACFO du Grand Sudbury. Photo : Inès Rebei/ONFR

Un lieu : Fauquier-Strickland

S’il y a bien une collectivité qui aura fait parler d’elle cette année, c’est le canton de Fauquier‑Strickland. Cette petite municipalité de 500  âmes du Nord ontarien a fait les manchettes à travers le pays en raison de la crise financière sans précédent qu’elle traverse.

En juillet 2025, le canton révélait un déficit opérationnel de 2,5 millions $, accumulé sur plus d’une décennie, et annonçait la mise à pied de tous ses employés municipaux ainsi que l’arrêt des services essentiels dès le 1ᵉʳ août. On apprenait ensuite que la dette réelle dépassait en réalité les 5,5 millions $, obligeant le canton francophone à revoir sa situation après une aide conditionnelle de 300 000 $ accordée par la province.

Après avoir envisagé une hausse de taxes de 80 %, c’est finalement une augmentation de 20 % qui a été imposée aux habitants, accentuant leurs inquiétudes. 

En novembre dernier, la province de l’Ontario a annoncé un financement supplémentaire de 600 000 $ et le lancement d’un audit municipal pour examiner les pratiques financières de la municipalité.

De plus en plus de résidents demandent le départ de la mairesse de Fauquier. Photo : Gracieuseté de Tammy Daigle

Une personnalité : Serge Miville

L’année 2025 est aussi celle qui a consacré l’engagement de Serge Miville pour la francophonie ontarienne à travers plusieurs avancées majeures. Sous sa gouverne, l’Université de Sudbury (UdeS) a reçu en mars 2025 un financement longtemps attendu de 10,8 millions de dollars sur trois ans de la part du gouvernement de l’Ontario, permettant de relancer l’institution en tant qu’établissement francophone autonome.

Ce soutien rend possible la réouverture de l’université pour la rentrée de septembre 2025, sa première cohorte depuis 2021. Parallèlement, l’UdeS offre la gratuité des droits de scolarité pour l’année 2025‑2026, grâce à des bourses internes couvrant les frais des étudiantes et étudiants.

En juillet dernier, Serge Miville a également lancé une Académie de leadership et de gouvernance destinée aux gestionnaires d’organismes communautaires francophones, afin de professionnaliser le leadership et soutenir le développement institutionnel dans la province. 

Enfin, en octobre 2025, il a été nommé chevalier de l’Ordre de la Pléiade en reconnaissance de son travail en faveur de la francophonie.

Les athlètes franco-ontariens à l’heure des grands rendez-vous en 2025

Du circuit WTA aux séries de la LNH, en passant par la Serie A italienne, la PLC et les sports d’hiver, les athlètes franco-ontariens ont traversé une année rythmée par des enjeux majeurs et des performances significatives. Retour sur les événements sportifs marquant de 2025.

Une personnalité : Victoria Mboko

Victoria Mboko a signé l’une des progressions les plus marquantes du sport canadien en 2025. La joueuse ontarienne a amorcé la saison au-delà de la 300e place mondiale, avant de grimper jusqu’au 18e rang du classement WTA. Elle a officiellement fait son entrée dans le top 20 le 3 novembre 2025, une ascension fulgurante en l’espace de quelques mois.

Née aux États-Unis de parents originaires de la République démocratique du Congo, Mboko a grandi du côté de Burlington, où elle s’est formée à l’académie Ace Tennis de Pierre Lamarche. Son parcours de développement en Ontario a posé les bases d’une saison charnière sur le circuit professionnel.

Victoria Mboko victorieuse à Montréal, le tournoi qui l’a révélée aux yeux du grand public. Photo : Christinne Muschi / La Presse canadienne

Son année a d’abord été marquée par une série de titres ITF, avant un tournant majeur à l’Omnium Banque Nationale de Montréal, qu’elle a remporté le 10 août 2025. En route vers le titre, elle a notamment battu Naomi Osaka en finale, ainsi que Coco Gauff, Elena Rybakina et Sofia Kenin. Après une période plus difficile à la suite de Montréal, Mboko a conclu sa saison en remportant le WTA 250 de Hong Kong, une victoire venue confirmer qu’elle appartenait pleinement au top 20 mondial.

En fin de saison, Victoria Mboko a été élue recrue de l’année par la WTA, venant couronner une année de transition réussie vers l’élite mondiale.

Un lieu : Turin

Difficile d’évoquer la saison sportive 2025 sans s’arrêter à Turin, devenue un point de repère pour le soccer canadien avec le transfert de Jonathan David à la Juventus. Après cinq saisons pleines à Lille, l’attaquant franco-ontarien a rejoint le club italien à l’été 2025, devenant au passage le premier joueur canadien de l’histoire à porter les couleurs de la Vieille Dame.

Jonathan David lors de sa conférence de presse d’introduction à Turin. Photo : capture d’écran YouTube

Ses débuts sous le maillot turinois ont toutefois été mesurés. Utilisé progressivement par son entraîneur, Jonathan David a surtout été intégré dans un rôle de rotation lors de ses premières apparitions, partageant son temps de jeu entre la Serie A et les compétitions européennes. S’il n’a pas immédiatement retrouvé les statistiques offensives qui faisaient sa force en Ligue 1, son apport sans ballon et son travail défensif ont été régulièrement soulignés.

À Turin, l’année 2025 a ainsi marqué une phase d’adaptation pour Jonathan David, dans un contexte exigeant, au sein d’un club où la concurrence et la pression du résultat sont constantes. Avec la sélection nationale, il a de nouveau connu une année pleine qui lui a valu la récompense de joueur canadien de l’année pour la troisième année consécutive.

Un chiffre : 7

Sept. C’est le nombre d’années sans séries éliminatoires pour les Sénateurs d’Ottawa avant leur retour en 2025. Avec un bilan de 45-30-7 et 97 points, Ottawa a terminé 6ᵉ de la conférence de l’Est, ce qui lui a permis de décrocher l’une des deux places de repêchage pour les séries.

Au premier tour, les Sénateurs ont affronté leur rival provincial, les Maple Leafs de Toronto, dans une série qui s’est jouée en six rencontres. Après deux défaites dont une en prolongation à Toronto, Ottawa a réagi en remportant les matchs 3 (4-3 en prolongation) et 4 (4-0) à domicile, forçant ainsi un cinquième match. Toronto a finalement scellé la série 4 – 2 avec un succès (4-2) dans le match 6. Cette opposition serrée face à un candidat à la Coupe Stanley a confirmé le retour au premier plan des Sénateurs.

Claude Giroux a été un élément clé des Sénateurs d’Ottawa lors des séries éliminatoires de la LNH au mois d’avril. Photo : La Presse canadienne

Claude Giroux, vétéran franco-ontarien de 37 ans, a continué d’être un pilier pour l’équipe de la capitale fédérale. En saison régulière, il a disputé 81 matchs, totalisant 15 buts et 35 passes pour 50 points, se classant cinquième marqueur de l’équipe. En séries, il a ajouté 1 but et 4 passes en 6 matchs, tout en apportant leadership et constance dans le vestiaire. Agent libre à l’issue de la saison, Giroux a finalement choisi de poursuivre l’aventure à Ottawa en re-signant pour une saison supplémentaire à l’été 2025, confirmant son attachement à l’organisation et son rôle de leader auprès du jeune noyau de l’équipe.

Une date : 9 novembre

La finale de la Canadian Premier League jouée le 9 novembre 2025 à Ottawa restera l’un des moments les plus marquants de la saison, en grande partie en raison de conditions hivernales extrêmes. Disputée sous une neige abondante, la rencontre s’est étirée sur près de quatre heures, avec plusieurs interruptions nécessaires pour déneiger le terrain. C’est surtout le but spectaculaire de David Rodríguez dans ces conditions qui a fait le tour du monde sur les réseaux sociaux, attirant une attention internationale inhabituelle sur l’événement et sur la ligue.

Illustration des conditions dantesques dans lesquelles s’est déroulée la finale de la PLC entre l’Atlético Ottawa et Cavalry FC. Photo : David Chant/Cavalry FC

Sur le terrain, l’Atlético Ottawa s’est imposé 2-1 après prolongation face à Cavalry FC, remportant ainsi le premier titre de son histoire. Ce titre a aussi marqué l’aboutissement du projet mené par l’entraîneur Diego Mejía, qui a su imposer un style de jeu offensif basé sur la possession, encore jamais vu à ce niveau en PLC.

Sur le plan individuel, l’attaquant Sam Salter a conclu la saison avec 19 buts en saison régulière, un record dans l’histoire de la ligue, et 24 buts toutes compétitions confondues. Il a également été élu joueur de l’année de la Première ligue canadienne et également reçu ce même trophée décerné par ses pairs. Le natif de Laval quitte ainsi le Canada par la grande porte, il évoluera la saison prochaine du côté de la Suède avec le club de GAIS.

Une citation : « L’essentiel, c’est d’arriver aux Jeux olympiques à mon pic »

Cette phrase d’Ivanie Blondin résume bien l’état d’esprit qui guide la fin de son année 2025. Plus qu’une simple accumulation de résultats, la patineuse de vitesse franco-ontarienne aborde cette période comme une étape stratégique dans un cycle long, où la performance doit être calibrée pour répondre aux enjeux internationaux à venir. Cela ne l’a toutefois pas empêchée de glaner quelques médailles au fil de la saison, notamment une victoire en départ groupé lors d’une étape de la Coupe du monde à Calgary, ainsi que des podiums en poursuite par équipes sur le circuit mondial.

Ivanie Blondin est consciente que l’enjeu de sa saison se situe en février à Milan-Cortina. Photo : Matthew Stockman, International Skating Union via Getty Images

Cette capacité à performer tout en gardant une vision à long terme illustre la maturité de l’Ottavienne, qui utilise chaque course comme un repère dans sa préparation. Une logique partagée par d’autres athlètes franco-ontariens des sports d’hiver. En danse sur glace, Paul Poirier poursuit une saison charnière avec Piper Gilles, tandis que la skieuse alpine Valérie Grenier continue son retour progressif au premier plan sur le circuit de la Coupe du monde. Tous avancent avec le même objectif : être prêts au bon moment.


Annette, la dernière des quintuplées Dionne, s’est éteinte à l’âge de 91 ans

La dernière des célèbres sœurs Dionne originaires du Nord de l’Ontario, Annette Dionne, s’est éteinte à la veille de Noël, ce 24 décembre 2025. Elle était non seulement la dernière des quintuplées, mais aussi la dernière des 14 enfants de la famille Dionne. Elle tenait particulièrement à la préservation du Musée des sœurs Dionne comme héritage pour sensibiliser aux droits des enfants, les sœurs ayant elles-mêmes été victimes d’exploitation.

Annette s’éteint ainsi la même année que sa sœur Cécile Dionne, décédée le 27 juillet dernier, elle aussi âgée de 91 ans.

Sa disparition marque la fin d’une époque pour cette famille franco-ontarienne dont le destin a captivé la planète entière durant les années 1930 et 1940.

« C’est avec un profond regret que nous annonçons le décès d’Annette la veille de Noël. Très aimée, Annette s’était fait la championne des droits des enfants. Elle croyait qu’il était important de maintenir le Musée des Sœurs Dionne et l’histoire qu’il transmet pour l’avenir de tous les enfants », a publié sur ses réseaux sociaux le musée Dionne Quints Home Museum.

Femme de conviction et protectrice de la mémoire familiale, Annette Dionne a en effet consacré une grande partie de sa vie à défendre les droits des enfants et à veiller à ce que l’histoire unique de ses sœurs soit préservée pour les générations futures à travers leur musée.

Situé dans la maison d’origine où les quintuplées étaient nées le 28 mai 1934 à Corbeil, puis déplacé à North Bay en 1985 pour son ouverture au public, le musée retrace l’histoire atypique des premières quintuplées au monde à survivre au-delà de la petite enfance.

Placées sous tutelle et devenues pupilles de la Couronne, les quintuplées seront retirées à leurs parents par la province, puis installées à l’hôpital-pouponnière Dafoe Hospital and Nursery, construit en face du domicile familial.

Elzire (à l’arrière gauche) et Oliva Dionne posent avec leurs quintuplées, Cécile, Yvonne, Marie, Émilie et Annette, sur cette photo non datée. Photo : La Presse canadienne

C’est là que les sœurs grandiront, séparées de leurs proches, surveillées en permanence et exposées quotidiennement au regard de milliers de touristes venus de partout dans le monde. On estime que plus de trois millions de visiteurs ont défilé devant leur lieu de vie dans les premières années. Ce n’est qu’en 1943, à l’âge de 9 ans, que les quintuplées sont rendues à leurs parents.

Dans les années 1990, Annette Dionne a mené, avec ses sœurs Cécile et Yvonne, un combat juridique acharné contre la province pour dénoncer l’exploitation subie durant leur enfance, obtenant des excuses officielles et une compensation de 4 millions de dollars en 1998.

Plus récemment, en 2017, elle s’était mobilisée avec force pour empêcher le démantèlement de leur maison d’origine, s’assurant que ce lieu de mémoire reste à North Bay.

Le site rouvrira ses portes pour la saison 2026 le vendredi 22 mai, permettant au public de découvrir cet héritage franco-ontarien.

On s’invite sous une église d’Hamilton dans un cercle d’aînés francophones

HAMILTON – Chaque mardi, au sous-sol de l’église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours à Hamilton, une routine bien établie prend vie. Tables dressées, jeux de cartes, conversations animées et, habituellement, une soupe partagée. Le Club de l’Âge d’or rassemble depuis plus de cinquante ans des aînés francophones pour rompre l’isolement et maintenir un lien social essentiel. Fondé en 1974, le club demeure aujourd’hui un pilier communautaire pour de nombreux aînés de la région.

Le 16 décembre dernier, l’ambiance était toutefois un peu différente. Pour la dernière rencontre de l’année, la traditionnelle soupe a laissé place à un repas de Noël, marquant un moment fort avant la pause des Fêtes. Dans la salle, la gaieté était palpable.

« Les gens sont contents d’être ensemble, de se faire des bons vœux et de partager un repas, observe Claudette Sainte-Paquette, secrétaire du club depuis plusieurs années. Ce genre de moment est important, surtout à cette période de l’année. »

Une routine qui structure le quotidien

Au fil des décennies, la formule du Club de l’Âge d’or a peu changé et c’est précisément ce qui fait sa force. Une rencontre hebdomadaire, des activités simples et surtout, la certitude de retrouver des visages connus.

« Les aînés ont leurs habitudes. Ils savent que le mardi, ils viennent ici. Ça fait partie de leur semaine », explique Claudette Sainte-Paquette.

Pour plusieurs membres, cette sortie représente parfois l’unique occasion de socialiser en français. Marcel Levesque, ancien trésorier du club pendant plus de dix ans, le souligne sans détour.

« Il y a des personnes pour qui c’est la seule sortie de la semaine. Être ensemble, rencontrer du monde, ça aide énormément contre la solitude. »

Lauren Wilson fréquente le club depuis les années 90, elle en a même été la présidente par le passé. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Même après avoir quitté ses fonctions de présidente, Lauren Wilson continue de fréquenter les activités.

« Je rencontre tous mes amis ici. On se connaît tous. D’habitude, il y a de la bonne soupe. Aujourd’hui, c’est différent, mais c’est tout aussi agréable », se réjouit-elle, rappelant l’importance du club dans son quotidien.

Un lieu ancré dans l’histoire, ouvert à tous

Si le Club de l’Âge d’or se déroule dans le sous-sol de l’église Notre-Dame, cette réalité ne constitue pas un frein à l’inclusion. Tous les intervenants rencontrés le rappellent : le club est ouvert à tous, sans considération religieuse.

« Quand les gens arrivent à la porte, on ne demande pas s’ils sont catholiques ou non », insiste Marcel Levesque. On ne fait aucune différence. Une personne, c’est une personne. »

Marcel Levesque côtoie le club avec son épouse. Il en a été le trésorier pendant dix ans. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Cette ouverture est assumée depuis longtemps : « Le club porte le nom de Notre-Dame, mais c’est surtout historique », explique René Bouchard, président actuel du Club de l’Âge d’or. « Aujourd’hui, il n’y a aucune obligation à être pratiquant pour participer. Chacun fait sa vie comme il l’entend. »

Une courte bénédicité est parfois récitée avant le repas, par tradition, mais elle ne s’impose à personne.

« Il y a des gens qui pratiquent peu ou pas du tout, et ils sont parfaitement à l’aise ici », précise Claudette Sainte-Paquette.

L’engagement humain au cœur du club

Lors du repas de Noël, un moment particulier a été consacré à souligner l’engagement des bénévoles. Le Père Lourdy Dorismond, curé de la paroisse Notre-Dame, a pris la parole pour remercier les personnes impliquées dans la vie du club, rappelant l’importance du rassemblement et du partage.

René Bouchard, président du club, a remis un chèque de 1000 dollars au Père Lourdy Dorismond, curé de la paroisse Notre-Dame. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Il a notamment salué l’engagement du président, René Bouchard, soulignant un aspect souvent invisible du travail bénévole.

« Ce n’est pas seulement ce qui se fait dans la salle. Il prend le téléphone, il appelle les gens. Sans cet appel, certaines personnes ne seraient pas ici aujourd’hui. »

Un geste simple, mais déterminant, particulièrement pour des aînés hésitants ou isolés : « Il faut parfois aller les chercher, confirme Claudette Sainte-Paquette. Quand ils reviennent, ils sont tellement contents. »

Une réalité qui dépasse Hamilton

Si le Club de l’Âge d’or de Hamilton offre un exemple concret de lutte contre l’isolement, la solitude des aînés demeure un enjeu plus large en Ontario. Dans un entretien accordé à ONFR, Kim Morris, directrice générale de la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO), rappelle que cette réalité est particulièrement marquée durant le temps des Fêtes.

Une partie de cartes dans la bonne humeur. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

« Les personnes aînées se retrouvent encore très isolées, même après la pandémie, explique-t-elle. Pendant les Fêtes, les souvenirs, la perte de proches, les problèmes de mobilité et les contraintes financières accentuent ce sentiment de solitude. »

Selon elle, les aînés vivant à domicile sont souvent plus isolés que ceux résidant en centre : « Il y a sans doute deux ou trois fois plus de personnes seules à domicile que de personnes en centre ou en foyer », avance-t-elle, soulignant l’importance des clubs communautaires comme points d’ancrage social.

Un rôle de sentinelle communautaire

Présent lors de la rencontre du 16 décembre, Jean-Rock Boutin insiste lui aussi sur le rôle essentiel joué par les clubs comme celui de Hamilton.

« C’est absolument nécessaire. Il y a des gens qui ne peuvent pas venir ici, alors d’autres vont les visiter, à l’hôpital ou à domicile. Le club devient un point de repère. »

La pétanque, une autre activité très prisée par les membres du club. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Il évoque d’ailleurs un projet à venir visant à mieux identifier et soutenir les aînés isolés à domicile dans la région, en collaboration avec des partenaires communautaires et le centre de santé. Une initiative qui s’inscrit dans la continuité du travail de terrain déjà réalisé par les clubs.

Un lieu simple, un impact durable

Dans un contexte où plusieurs clubs doivent composer avec des ressources limitées et une participation fluctuante, le Club de l’Âge d’or de Hamilton continue de démontrer qu’un lieu modeste peut avoir un impact considérable.

« Ça nous fait sortir de la maison. Ça nous garde actifs. Ça nous fait rencontrer du monde », résume René Bouchard.

La paroisse Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours se trouve dans le quartier Blakeley d’Hamilton, à l’est de la ville. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Au sous-sol de cette église, ce ne sont pas les murs qui comptent, mais les liens qui s’y tissent. Pour de nombreux aînés francophones de Hamilton, ce rendez-vous hebdomadaire demeure l’un des rares espaces où la solitude recule, ne serait-ce que pour quelques heures.

Comprendre la politique ontarienne de 2025 en cinq points

La scène politique ontarienne, qui a connu une année chargée, a été marquée par des élections anticipées, la menace des tarifs américains, ou encore une réforme en éducation. 2025 en cinq piqûres de rappel parlementaires.

Une citation : « S’ils sortent des rails (…) qu’il s’agisse d’un conseil scolaire francophone ou anglophone, j’interviendrai et je prendrai le contrôle »

C’est ce qu’a déclaré le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, au sujet de la mise sous supervision de conseils scolaires anglophones qui avaient fait montre de mauvaise gestion financière.

« Sortir des rails » faisant référence au fait de ne pas être capable de tenir des budgets équilibrés ou encore d’assurer de bons résultats scolaires des élèves, dans le contexte de l’impopulaire projet de loi 33. Cette réforme de l’éducation lui confère plus de pouvoir, dont celui de prendre le contrôle des conseils scolaires.

Laissant entendre à plusieurs reprises qu’il pourrait supprimer les conseillers scolaires, et face à l’inquiétude de la communauté, M. Calandra a réitéré qu’il n’envisageait aucun changement au modèle de gouvernance du côté francophone, les conseils francophones et catholiques anglophones étant protégés par la Constitution canadienne.

« Nous respecterons les droits constitutionnels des Franco-Ontariens d’être éduqués et représentés par des conseillers scolaires de langue française », a-t-il assuré.

Une date : 27 février

Il s’agit du jour où les Ontariens ont été rappelés aux urnes pour les élections anticipées lancées par Doug Ford, un an et demi avant le terme de son deuxième mandat de premier ministre.

La menace du président américain Donald Trump d’appliquer des droits de douane de 25 % sur les produits canadiens exportés aux États-Unis a servi la rhétorique de Doug Ford pour demander aux Ontariens « un mandat fort » renouvelé, pour « protéger l’Ontario » et son économie.

Celui qui s’était autoproclamé « Capitaine Canada » durant sa campagne a raflé un troisième mandat, une première en cinquante ans pour un premier ministre, et formé un gouvernement majoritaire.

Doug Ford prend la parole pour son discours de victoire durant la soirée électorale. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Un chiffre : 11,7 millions de dollars

C’est le budget alloué au ministère des Affaires francophones pour 2025-2026, soit une baisse significative comparativement aux 14 millions de l’année précédente. 2,7 millions en moins qui s’expliquent par une diminution de son budget de base, et par la fin d’un report de fonds exceptionnel.

« Les dépenses du ministère des Affaires francophones devraient être moins élevées en 2025-26 qu’en 2024-25 en raison d’un financement temporaire accordé dans le cadre d’une entente fédérale-provinciale visant à appuyer la prestation de services de qualité en français », avait expliqué un porte-parole du gouvernement.

L’entente Canada-Ontario signée en 2024 garantit un financement de 4 millions de dollars par an pendant cinq ans, visant à améliorer les perspectives économiques des entreprises francophones et à renforcer les services en français.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) avait réagi sur cette baisse et notamment sur le manque de « transparence quant à la destination des fonds », laissant la communauté dans l’incertitude, rappelant que le budget de 2024 comportait une section Appuyer la communauté francophone de l’Ontario, absente de l’exercice financier de cette année.

Un lieu : le Cercle de feu

« Nous avons demandé à la population de nous donner le mandat de libérer le formidable potentiel économique du Cercle de feu », déclarait Doug Ford lors de son discours de victoire électorale. 

Avec les tarifs douaniers américains mettant à mal l’économie, le premier ministre ontarien a plus que jamais misé sur la manne financière que représentent les richesses minières du Cercle de feu.

Le projet de loi 5Loi de 2025 pour protéger l’Ontario en libérant son économie, adopté en juin, permet au gouvernement de créer des « zones économiques spéciales » pour s’affranchir de réglementations provinciales et accélérer des projets à fort potentiel économique tels que l’exploitation minière.

« Un passe-droit » qui donnerait « carte blanche » au gouvernement, selon l’opposition.

En dépit de plusieurs recours en justice en cours pour violation des droits autochtones, le gouvernement ontarien a signé des ententes avec les Premières Nations de Marten Falls, d’Aroland et de Webequie pour la construction de routes vers le Cercle de feu.

Le gouvernement Carney a récemment accepté la demande de l’Ontario de ne plus dupliquer les études d’impact environnementales au niveau fédéral, concernant les grands projets d’infrastructures et de ressources naturelles.

Carte des routes proposées dans la région du Cercle de feu. Photo : gouvernement de l’Ontario

Une personnalité : Donna Skelly

La présidente de l’Assemblée législative de l’Ontario, Donna Skelly. Photo : compte officiel X de Donna Skelly

La députée de Flamborough-Glanbrook, Donna Skelly, a été élue présidente de l’Assemblée législative de l’Ontario, devenant ainsi la première femme à ce poste.

Succédant à Ted Arnott, la nouvelle maitre d’orchestre de la chambre, avait formulé l’intention de faire baisser la tension à l’Assemblée, et de favoriser la collaboration entre les députés des différents partis. 

Donna Skelly avait exprimé au micro des journalistes son immense fierté : « Être la première femme à occuper ce poste, c’est incroyable. C’est vraiment spécial. »

Avant de se lancer en politique en 2018, elle était journaliste, notamment pour CHCH-TV à Hamilton, où elle animait et produisait des bulletins de nouvelles télévisés locaux et régionaux.

Originaire du Nord de l’Ontario, elle a également à cœur de reconnecter les régions rurales du Nord à Queen’s Park.

« Pendant le temps des Fêtes, la solitude des aînés est souvent amplifiée », rappelle Kim Morris

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Kim Morris est la directrice générale de la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO). Elle travaille auprès des communautés aînées francophones à l’échelle provinciale, notamment sur les enjeux liés à l’isolement, au vieillissement et à l’accès aux services en français.

LE CONTEXTE :

À l’approche du temps des Fêtes, la solitude des aînés refait surface comme un enjeu majeur en Ontario. Plusieurs organismes communautaires tentent de rejoindre des personnes âgées vivant seules à domicile, parfois avec des problèmes de santé, de mobilité ou de contraintes financières. Dans ce contexte, les clubs de l’âge d’or, les centres de vie active et le bénévolat des aînés eux-mêmes jouent un rôle central pour maintenir le lien social.

L’ENJEU :

Les aînés francophones vivent une double réalité : le vieillissement et l’isolement, combinés à une situation linguistique minoritaire. Durant le temps des Fêtes, ce sentiment de solitude peut s’intensifier, alors que les traditions, la langue et les repères culturels sont moins accessibles, notamment en résidence ou en foyer de soins.

« De manière générale, comment se manifeste aujourd’hui la solitude chez les aînés en Ontario?

La solitude demeure très présente, même après la pandémie. Beaucoup de personnes aînées ont perdu des amis, des proches ou des membres de leur famille. Avec l’âge, des problèmes de santé apparaissent, la mobilité diminue et les occasions de sortir se font plus rares. Plusieurs aînés se retrouvent donc seuls, parfois sans contact régulier avec autrui, ce qui affecte directement leur bien-être.

Pourquoi le temps des Fêtes est-il une période particulièrement difficile pour plusieurs aînés?

Parce que cette période est associée à des images de bonheur, de rassemblement et de célébration. Pour une personne aînée qui vit seule, ces images peuvent raviver des souvenirs douloureux liés à la perte et à l’isolement. Les souvenirs de grandes familles, de repas partagés et de traditions deviennent parfois une source de tristesse plutôt que de réconfort.

Quels facteurs concrets accentuent ce sentiment d’isolement?

Il y a plusieurs facteurs. Les problèmes de santé et la mobilité réduite limitent les déplacements. Certaines personnes ne peuvent plus conduire, surtout le soir. Il y a aussi le stress financier : plusieurs aînés vivent avec des revenus modestes, ce qui rend les repas de Fêtes ou les cadeaux difficiles à assumer. Tout cela pousse parfois les gens à s’isoler davantage.

La réalité des aînés francophones est-elle différente de celle des aînés anglophones?

Oui, parce que les aînés francophones vivent en situation minoritaire. En résidence ou en foyer de soins, la langue, la musique et les traditions sont majoritairement anglophones. Les chansons, les coutumes et même certains repères religieux francophones disparaissent. Cela peut créer un sentiment de déracinement et accentuer l’isolement.

Entre les aînés vivant à domicile et ceux en centre ou en foyer, qui sont les plus vulnérables?

Les personnes aînées vivant à domicile sont souvent les plus isolées. Même si elles souhaitent sortir ou participer à des activités, elles n’en ont pas toujours la capacité physique ou logistique. On estime qu’il y a probablement deux ou trois fois plus de personnes seules à domicile que de personnes vivant en centre ou en foyer.

Quel rôle jouent les clubs de l’âge d’or dans ce contexte?

Les clubs de l’âge d’or sont essentiels. Ils offrent un espace sécurisant où les aînés peuvent socialiser en français, partager un repas et maintenir un sentiment d’appartenance. Ils permettent aussi de repérer des personnes plus vulnérables et de créer un réseau de soutien informel. Pour plusieurs, ces clubs sont un véritable point d’ancrage dans la communauté.

Comment la FARFO tente-t-elle de rejoindre les aînés les plus isolés?

Nous travaillons beaucoup en partenariat avec les clubs, les centres de santé, les organismes communautaires et même les institutions religieuses. Le bouche-à-oreille est très important. Nous avons aussi mis en place des appels amicaux, des livraisons de paniers de Noël, des repas à domicile et des ateliers virtuels qui rejoignent des centaines de personnes partout en province.

Est-il difficile d’identifier les aînés qui sont complètement isolés?

Oui, parce que ce sont souvent des personnes qui ne sont membres d’aucun organisme et qui ne demandent pas d’aide. C’est pourquoi les partenariats sont essentiels. Plus les organismes travaillent ensemble, plus il devient possible de repérer ces personnes et de leur offrir du soutien.

Quel message souhaitez-vous adresser aux aînés francophones qui se sentent seuls?

Ils ne sont pas seuls, même s’ils en ont parfois l’impression. Il existe des ressources en français, des organismes et des personnes qui veulent les accompagner. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide ou à accepter une invitation. Briser l’isolement commence souvent par un premier contact. »

Improtéine Expose 2025 : une revue décalée au cœur franco-ontarien

Pour sa quatrième revue de l’année, le collectif humoristique Improtéine revisite une actualité canadienne bousculée par les bouleversements politiques, sans perdre de vue la francophonie et les régions.

Depuis 2024, Improtéine Expose, la revue de fin d’année du collectif humoristique Improtéine est diffusée à la télévision à l’échelle nationale.

Mais pour la troupe franco-ontarienne, pas question de perdre de vue ses racines : les Franco-Ontariens et, plus largement, la francophonie canadienne, continuent d’y occuper une place centrale. « Les Franco-Ontariens vont être fiers de se voir à l’écran le 31 décembre », escompte Vincent Poirier, l’un des cinq membres du collectif.

« On réussit à faire de beaux clins d’œil à notre public franco-ontarien », estime Vincent Poirier, membre du collectif Improtéine. Gracieuseté

Composée d’Olivier Nadon, Martin Laporte, Vincent Poirier, Nadia Campbell et Stéphane Guertin, la troupe a d’ailleurs réservé un segment complet à l’Ontario dans ce faux documentaire (docu-menteur), multipliant les clins d’œil à son premier public. Un imposant drapeau franco-ontarien trône même dans le décor du bureau.

« On réussit à faire de beaux clins d’œil amusants pour notre public franco-ontarien, qui est notre premier public », rappelle Vincent Poirier.

Bévues politiques et regards régionaux

L’actualité ontarienne n’a pas manqué de matière cette année. « Il y a une entrevue complète sur les bévues qui se sont passées en Ontario, notamment sur les mauvais coups de notre premier ministre Doug Ford. Il y a même eu un petit scandale financier dans une municipalité du nord de l’Ontario », précise Vincent Poirier.

Mais, au-delà de l’Ontario, 2025 aura été une année charnière à l’échelle du pays, marquée par une succession d’événements majeurs. « Contrairement à l’année précédente, cette année, il y a eu plein de grosses nouvelles. Il fallait choisir », résume Stéphane Guertin.

« Chaque année, notre défi, c’est de faire briller la francophonie canadienne », souligne Stéphane Guertin, membre du collectif Improtéine. Gracieuseté

La démission de Justin Trudeau, annoncée le 6 janvier dernier, a ouvert la voie à une série de bouleversements politiques. Les tarifs imposés par Donald Trump en début d’année, le G7 tenu au Canada, les élections nationales et le changement de chef libéral… autant d’événements qui ont alimenté Improtéine Expose 2025 qui a pour thème « la prophétie ».

« Tout avait un impact sur l’entièreté du pays. Même si dans l’émission on se promène partout, de l’Arctique à l’Alberta, en passant par le Nouveau-Brunswick, c’était de l’actualité d’intérêt national », souligne Vincent Poirier. « C’est ça qui m’a vraiment marqué cette année », confie-t-il.

Au cœur de la démarche d’Improtéine Expose se trouve aussi une volonté assumée de faire rayonner la francophonie canadienne.

« Chaque année, notre défi, c’est de se demander jusqu’où on va réussir à faire briller la francophonie canadienne », explique Stéphane Guertin. « C’est un beau moment pour mettre en relief une actualité francophone régionale qu’on ne voit pas souvent, dont on n’entend presque jamais parler », estime-t-il.

Diffusée à une heure de grande écoute sur un réseau national, l’émission offre ainsi une vitrine rare à des réalités francophones issues des régions.

Entre rigueur journalistique et satire

Avant même de sélectionner les histoires, les membres d’Improtéine se sont donné une ligne directrice claire : raconter une histoire cohérente, avec des rebondissements, du début à la fin.

« On voulait mettre un peu plus d’emphase sur l’histoire qu’on raconte, sentir qu’on suit un fil narratif tout au long de l’émission », confie Vincent Poirier.

Improtéine continue ainsi de jouer avec les faux reportages, les fausses enquêtes, entrevues, les théories du complot et les fake news, le tout reposant sur une trame de faits réels.

La règle? « Quand on explique la nouvelle aux téléspectateurs, il faut que ce soit la vérité. La nouvelle doit être présentée telle qu’elle s’est réellement passée. C’est après, dans nos fausses entrevues ou nos faux reportages, qu’on s’amuse à inventer des scandales ou des raisons absurdes », précise Vincent Poirier.

« Tant mieux si ça glisse de façon presque imperceptible, que le spectateur se demande : « C’était-tu vrai, ça? » », ajoute Vincent Poirier.

Pour la troupe, passer de l’actualité sérieuse à la satire n’a rien d’un exercice forcé.

« La vulgarisation avec humour, ça a toujours été dans nos codes. Avoir du contenu pertinent, mais le rendre accessible et drôle, c’est naturel pour nous », affirme Vincent Poirier, soulignant aussi l’apport d’invités de marque qui ont bien voulu se prêter au jeu pour incarner leur propre personnage, mais de manière décalée.

Une tournée dans le sud de l’Ontario

Par ailleurs, outre la diffusion télévisée de l’émission, Improtéine ira aussi à la rencontre du jeune public. La troupe entreprendra une tournée scolaire dans le sud de l’Ontario cet hiver.

« Improtéine débarque dans les écoles », lance Vincent Poirier. « Le spectacle repose sur des jeux d’improvisation avec les suggestions du public. Tout est improvisé à 100 %. Les jeunes montent sur scène, participent, et c’est toujours le gros délire », conclut-il.

Pendant les Fêtes, des aînés se dévouent pour leurs pairs

Pour beaucoup de résidents de maisons pour personnes âgées, la période des Fêtes peut accentuer la solitude. C’est pourquoi, en Ontario français, certains aînés font le choix de passer Noël et le Nouvel An à donner de leur temps comme bénévoles, offrant présence, réconfort et moments de joie à ceux qui en ont le plus besoin, parfois jusqu’aux derniers moments de leur vie.

À 67 ans, Gaétan Turenne est bénévole à la Maison pour aînés de Mattawa, un foyer de soins de longue durée offrant des soins complets pour environ 73 aînés. Originaire de la région, il y a grandi avant de partir pour une carrière dans les Forces armées. 

Après le décès de son épouse en 2020, il revient s’installer dans sa ville natale et reprend une habitude qu’il partageait avec ses parents : offrir du temps aux résidents des maisons pour personnes âgées.

« On l’avait fait avec nos parents, et on savait à quel point la présence humaine est importante », explique M. Turenne.

Pendant l’année, et plus particulièrement pendant les Fêtes, il s’implique de multiples façons. Il anime le bingo trois fois par semaine, transporte les chaises roulantes lors des sorties, et accompagne les résidents lors d’activités organisées avec des bénévoles de l’école secondaire. Il participe aussi à des événements spéciaux comme l’Arbre de Lumière, où des musiciens viennent illuminer l’arbre de Noël.

« Juste d’être là, c’est une contribution. Il y a des gens qui n’ont pas de visite à la résidence. Moi, je suis comme un visiteur ami », dit Gaétan Turenne.

L’un de ses moments marquants est la relation avec une résidente dure de l’ouïe mais toujours joyeuse. « Malgré ses appareils auditifs, elle comprend mal, mais son caractère et sa joie de vivre me font toujours sourire. Parfois, elle est assise près de moi quand j’appelle le bingo. C’est un petit moment spécial de ma journée. »

Pour Gaétan Turenne, le plus difficile pendant le temps des Fêtes est de constater la solitude de certains résidents. « Quand il y a plus de familles et une ambiance plus réjouissante, ceux qui n’ont pas de visiteurs, ça doit leur faire mal au cœur. Il faut leur accorder encore plus d’attention », observe-t-il.

Être là pour les derniers moments

Toujours à Mattawa, Linda Minor, 70 ans, offre un type de bénévolat différent, mais tout aussi essentiel. Depuis deux ans, elle s’implique elle aussi auprès des résidents en soins palliatifs dans la même résidence, en plus de donner de son temps à la pastorale.

« J’ai toujours aimé le monde âgé. C’est dur pour eux, certains ont perdu leur maison. Un peu de tendresse pour eux, ça vaut beaucoup », confie celle qui, auparavant, travaillait dans les services communautaires auprès de personnes en situation de handicap.

Pendant le temps des Fêtes, elle choisit d’être présente auprès de résidents qu’elle ne connaît pas. « Ça vient du cœur. J’ai 70 ans moi-même, alors je sais ce qu’ils vivent. Ma famille comprend que s’il y a quelqu’un qui a besoin de moi, je suis là. »

Linda Minor compte faire du bénévolat aussi longtemps que possible. Photo : gracieuseté d’Ashleigh Trotter

Son rôle consiste surtout à offrir une présence rassurante : rester avec les résidents, lire, chanter, prier avec eux, et soutenir la famille lorsque celle-ci ne peut être présente.

Chaque année, Mme Minor dépense près de 200 $ pour préparer un grand panier de cadeaux à distribuer aux patients, parfois grâce à des dons de la communauté, pour chaque résident : « Ce n’est rien pour moi, mais ça représente beaucoup pour eux ».

Le plus dur pour elle est de se retrouver avec des aînés atteints d’Alzheimer. « Ils ne savent pas où ils sont ou pensent qu’ils ont fait du mal, puis ils se mettent à pleurer. Parfois, je m’assois avec cinq ou six d’entre eux et je trouve cela extrêmement éprouvant. »

Une période plus difficile

Elle observe que le temps des Fêtes rend certaines émotions plus vives. « Les gens seuls parlent de leurs parents, de leurs frères et sœurs. La solitude se fait sentir davantage. »

Même son de cloche à Hearst, où Huguette Laurin, 69 ans, est bénévole au Foyer des Pionniers depuis environ quatre ans.

Comme Gaétan Turenne et Linda Minor, elle note que le temps des Fêtes peut être une période difficile pour certains résidents. « Il y en a qui n’ont pas de famille ou pas beaucoup de visites. On le sent encore plus dans ce temps-là », dit-elle. 

Son engagement est étroitement lié à sa vie personnelle : sa mère y réside. « J’ai commencé à faire du bénévolat quand ma mère est entrée ici », raconte Mme Laurin.

« On apprend leurs histoires, on échange. C’est enrichissant, dans les deux sens »
— Huguette Laurin, bénévole

Retraitée après une carrière dans une pharmacie, elle passe plusieurs après-midis par semaine au foyer. 

En plus des visites personnelles, elle aide lors des activités : le bingo deux fois par semaine, la messe hebdomadaire et les événements spéciaux du temps des Fêtes, dont le souper de Noël. Elle participe aussi à l’entretien des plantes et des fleurs pendant l’été.

Pour Mme Laurin, le bénévolat est avant tout un acte de présence et de lien humain : « Je sais que les résidents apprécient notre présence. Quand je peux, je fais mon possible. »

Pour elle, le bénévolat apporte un échange humain réciproque. « On apprend leurs histoires, on échange. C’est enrichissant, dans les deux sens », raconte-t-elle.

Avec l’aide à la recherche de Jacques-Normand Sauvé.

2025 dans le Sud ontarien en cinq actualités

TORONTO – Dans le sud de l’Ontario, les hostilités tarifaires entre le Canada et les États-Unis ont donné le ton à une année riche en faits marquants. Dans la grande région de la Ville Reine, le lancement de projets attendus et le congrès annuel de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) ont fait rayonner la communauté franco-torontoise.

Une citation : « Quand on entend que des Canadiens se font interdire l’entrée aux États-Unis, ça fait peur »

À Windsor, plus tôt cette année, les gens de la région qui travaillent de l’autre côté de la frontière à Détroit se sont réveillés dans un contexte profondément affecté par la guerre tarifaire. Cette phrase, lancée par le professeur d’histoire de l’Université de Windsor, Guillaume Teasdale, décrit bien la nouvelle réalité des travailleurs transfrontaliers de Windsor. Cette population témoigne d’une différence concrète depuis l’élection de Donald Trump (5 novembre 2024). Même les détenteurs d’une double nationalité canadienne et américaine limitent désormais les allers-retours : « Il y a plus de tensions des deux côtés. Traverser, on ne peut pas vraiment le prendre pour acquis. Alors qu’avant, c’était sans réfléchir », raconte Towela Magai Okwudire, professeure de français dans un collège américain.

Guillaume Teasdale dans son bureau du département d’histoire de l’Université de Windsor. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Le sud de l’Ontario, notamment la ville de Windsor, figure parmi les endroits les plus affectés, surtout par les droits de douane de 25 % sur les automobiles importées qui impactent des centaines de milliers de travailleurs canadiens. L’usine d’assemblage Stellantis avait d’ailleurs annoncé une cessation d’activités provisoire au mois d’avril pour annoncer une réouverture progressive dès 2026.

Une date : le 22 octobre

Cette année, le congrès annuel de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’est ouvert à Richmond Hill, dans la région du Grand Toronto du 22 au 25 octobre sous le thème évocateur « Nous sommes… nous serons ». Ce rendez-vous francophone annuel important a réuni le grand public, mais aussi la société civile pour établir un plan de sauvetage pour les années à venir : « Cette édition est vraiment un moment charnière pour la francophonie ontarienne », raconte Fabien Hébert, président de l’AFO.

Après avoir lancé en mars des états généraux en faveur de grandes consultations, puis après avoir mené une étude depuis cet été, l’AFO dresse un constat alarmant selon lequel la francophonie en Ontario est en perte de vitesse par rapport à la population anglophone et qu’il est temps d’agir.

Fabien Hébert s’exprime lors de la soirée de lancement du Congrès 2025 de l’AFO. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Avec en vue l’objectif clair de parvenir à une cible de 6 % du poids démographique francophone d’ici 2050, plusieurs voies sont considérées : la rétention dans les écoles francophones, l’augmentation du nombre de locuteurs de langue française ou encore l’immigration. Un plan d’action communautaire et des plans d’action dans 30 régions seront réalisés. Ces derniers seront présentés lors du congrès de 2026.

Un lieu : 100, Bloomington Ouest à Aurora

À cette adresse, a eu lieu cette année la première pelletée de terre du nouveau village francophone pour aînés dont la construction doit débuter en juin 2026. Pensé par la Communauté du Trille blanc (CTB) depuis 2019, ce village au nord de Toronto disposera d’un établissement de soins de longue durée avec 160 lits francophones, mais aussi des services, des commerces, une pharmacie, un café et des logements aux alentours.

C’est au courant du mois d’avril 2025 que la signature du contrat d’achat du terrain a eu lieu, pour la somme de 15 millions de dollars, engagée par Jean Bouchard, président de la CTB.

Le porteur du projet Jean Bouchard entouré des ministres Natalia Kusendova-Bashta (Soins de longue durée), Caroline Mulroney (Affaires francophones), Kinga Surma (Infrastructure) et de la députée d’Aurora Dawn Gallagher Murphy. Photo : YouTube Gouvernement de l’Ontario

Plusieurs phases de constructions ont été élaborées afin de conduire le projet à son aboutissement, avec la première phase qui devrait aboutir au cours des deux ou trois prochaines années, et la dernière d’ici 7 à 10 ans.

Le projet de village inclus la construction de logements abordables et de condos, mais aussi d’un centre d’imagerie, d’ostéopathie et chiropratique, ainsi qu’un centre dédié à la formation. L’organisme espère amasser 30 millions de dollars au cours des trois prochaines années. 

Une personnalité : Jean Bouchard

Une enfance au Québec, un passage en Alberta et une vie en Ontario, c’est la trajectoire de Jean Bouchard, qui a œuvré toute sa vie dans différents secteurs : l’éducation, la fondation d’écoles francophones et même la poésie avant de prendre les rênes du projet du village francophone pour aînés par la Communauté du Trille blanc (CTB), qu’il préside actuellement.

« Ça prend un village pour élever les enfants, mais ça prend un village pour aider les aînés », affirme l’homme à tout faire.

En effet, depuis qu’il a été envoyé en 1982 en Alberta pour y ouvrir la première école francophone, il a maintenu un engagement permanent envers le fait français. Aujourd’hui, permettre aux aînés francophones de rester intégrés dans leur communauté tout en recevant des soins nécessaires est le flambeau qu’il porte comme président.

Jean Bouchard au congrès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) en octobre dernier. Photo : Sandra Padovani

Ayant plusieurs cordes à son arc, il a également ouvert en 2007 l’École catholique secondaire Renaissance à Aurora et en 2013 l’école francophone Père-Philippe-Lamarche à Scarborough.

Au fil des imprévus de la vie, Jean Bouchard a redéménagé au Québec pour s’occuper de ses parents où il dit être entouré de personnes qui l’aident avec le projet du village pour aînés.

Un chiffre : un million

Plus tard dans l’année, le gouvernement fédéral a annoncé que trois organisations francophones du sud de la province bénéficieront de près d’un million de dollars pour la formation de la main-d’œuvre bilingue de la région des Mille-Îles et de Windsor.

Près de 200 entreprises de Windsor et Sud-Ouest de la province bénéficieront d’un financement du fédéral pour la main-d’œuvre bilingue. Source : Canva

Ainsi, la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) recevra 350 000 dollars au cours des deux prochaines années pour aider près de 200 entreprises de Windsor et du Sud-Ouest de l’Ontario. Ce financement servira à offrir des services aux entreprises et aux entrepreneurs francophones, en améliorant l’accès aux services actuels dans l’écosystème, en plus de favoriser la création de nouvelles opportunités économiques.

Les fonds seront distribués aux des organismes francophones tels que la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) et le Collège Boréal qui s’assureront d’aider les entrepreneurs de Windsor et du Centre et du Sud-Ouest de l’Ontario.

Temps des fêtes : ces travailleurs essentiels franco-ontariens qui restent au poste

OTTAWA – Alors que le temps des fêtes rime pour plusieurs avec congés, rassemblements familiaux et traditions bien ancrées, des centaines de travailleurs essentiels poursuivent leur mission, souvent loin de leurs proches. À Ottawa, des francophones œuvrant dans les services d’urgence assurent une présence continue, rappelant que les besoins de la population, eux, ne prennent pas de vacances.

Pour Florence Hall, répartitrice aux services des incendies d’Ottawa, travailler durant le temps des fêtes est une réalité relativement récente. Après une première carrière qui lui permettait de prendre congé à Noël, elle en est maintenant à sa deuxième année à travailler pendant cette période.

« C’est quelque chose qui ne me dérange pas vraiment », explique-t-elle. Avec des enfants plus âgés, ses obligations familiales ont changé. 

Florence Hall, en haut à droite, entourée de son équipe lors de Noël en 2025. Photo : Gracieuseté de Florence Hall

Florence Hall souligne surtout l’ambiance particulière qui règne au centre de répartition durant Noël. « On s’organise entre collègues, on amène de la nourriture, on a plus de temps pour jaser. Il y a vraiment un esprit de famille. »

Même si certaines traditions doivent être adaptées, comme l’ouverture des cadeaux reportée au 26 décembre, Florence Hall se dit reconnaissante de pouvoir être présente pour la population, tout comme son conjoint, pompier volontaire dans la région d’Ottawa.

Chaque année durant le temps des fêtes, celui-ci est appelé à intervenir, notamment pour des accidents de la route ou des incendies résidentiels. « Les urgences, ça ne prend pas de vacances. Être là pour les gens durant un moment important de l’année, c’est un privilège. »

La caserne comme deuxième famille

Cette notion de « famille au travail » revient aussi chez Lou Laflamme, capitaine au Service des incendies d’Ottawa. Pompier depuis plus de 20 ans, il a travaillé durant Noël ou le jour de l’An à de nombreuses reprises.

« Ce n’est pas une grosse difficulté pour moi », affirme-t-il. Vivant seul, il préfère souvent passer les fêtes à la caserne, où l’ambiance se rapproche d’un réveillon. 

Lou Laflamme lors d’une intervention. Photo : Gracieuseté de Lou Laflamme

« On mange ensemble, on se connaît depuis des années. On connaît les enfants, les conjoints. C’est vraiment une deuxième famille. »

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce dernier estime même que le travail est parfois plus calme durant les fêtes. « Il y a moins de circulation, moins d’appels liés aux milieux de travail. » Il rappelle toutefois que la vigilance demeure essentielle, notamment avec les risques liés à la cuisine et au chauffage.

Être policière pendant les fêtes

Pour Amy Gagnon, policière au Service de police d’Ottawa depuis 2012, travailler durant le temps des fêtes fait partie de la réalité du métier. Une année sur deux, elle est appelée en service à Noël ou au jour de l’An.

« Au début, ça demande une adaptation, autant pour nous que pour la famille », explique-t-elle. Les célébrations sont parfois déplacées, les cadeaux ouverts un autre jour. « Mais on trouve quand même des moments ensemble, et on les apprécie encore plus. »

La sergente Amy Gagnon lors d’une cérémonie de remise de badge du Service de police d’Ottawa pour la cohorte en 2024. Photo : Gracieuseté du Service de police d’Ottawa

Sur le terrain, les fêtes peuvent aussi être synonymes de détresse. La sergente évoque les appels liés à la solitude, aux conflits familiaux ou au deuil. 

« Les gens n’arrêtent pas de vivre parce que c’est Noël. » Celle qui est rattachée à la section des contre-mesures en matière de conduite avec facultés affaiblies se souvient notamment d’un jour de l’An passé auprès d’une famille endeuillée. « Ça te rappelle pourquoi tu fais ce travail. Ta présence peut être réconfortante. »

Au sein du service de police, la solidarité est omniprésente. Décorations improvisées, échanges de gâteries et même un repas de Noël servi par la direction aux agents en service contribuent à créer un esprit de cohésion. 

« C’est une façon de se rappeler qu’on est là pour servir la communauté, et qu’on se respecte entre nous. »

Avec l’aide à la recherche de Jacques-Normand Sauvé.

Financements, changements, anniversaires… La culture en 2025

En 2025, partout dans la province, la scène culturelle a été marquée par de grands retours d’événements emblématiques, mais aussi par d’importantes pertes révélant les failles du secteur. Avec plusieurs cinquantenaires qui ont fait dates dont le grand 50e du drapeau franco-ontarien, ainsi que de nombreux projets pour les arts en Ontario français, ONFR revient sur la culture en 2025 en cinq actus.

Une citation : « La communauté francophone à Toronto est une francophonie plurielle, et il faut que ça se ressente sur scène »

Ces propos de Sophie Bernier, qui a dirigé la programmation de la Franco-Fête cette année, viennent saluer le retour de ce festival francophone. La directrice souligne également que « les gens doivent se reconnaître et sentir qu’ils font partie de cette communauté. » La tenue de l’évènement l’année passée était déjà empreinte d’incertitude, faute de financement. Cette année encore, l’organisation a frôlé l’annulation définitive avant de faire un retour marqué suite au soutien de plusieurs partenaires. Par ailleurs, le retour symbolique au Harbourfront ainsi qu’aux dates historiques autour de la Saint-Jean-Baptiste a fait le bonheur des festivaliers.

La scène du Centre Harbourfront où s’est déroulée la Franco-Fête 2025. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Néanmoins, ailleurs dans la province, d’autres institutions culturelles comme le Conseil des arts de Nipissing Ouest (CANO) n’ont pu surmonter des difficultés financières, faute de fréquentation suffisante. Résultat : le CANO a fermé ses portes après 23 ans d’existence. À Ottawa, ce fut au tour de la maison de production franco-ontarienne Le Réveil de mettre la clé sous la porte à cause d’obstacles concernant la formation, le financement et la compétition entre les écoles. Ailleurs dans le Nord à Sudbury, la Librairie Panache a elle aussi suspendu ses activités à cause de défis structurels.

Une date : 25 septembre 2025

Cette année a été riche en cinquantenaires : le drapeau franco-ontarien, le Festival international du film de Toronto (TIFF) ainsi que le Festival Franco-Ontarien (FFO) ont en effet tous marqué leur demi-siècle.

Le 25 septembre 2025 s’est fortement distingué lorsque les Franco-Ontariens de partout dans la province ont célébré le 50e anniversaire de leur drapeau. À l’occasion, des dizaines d’événements culturels ont eu lieu pour souligner cette journée historique, comme à North Bay, où les compositeurs des hymnes franco-ontariens François Dubé (Notre place) et Brian St-Pierre (Mon beau drapeau) ont interprété leur chanson face à un public envoûté.

LeFLOFRANCO, Brian St-Pierre et la foule du Festival franco-ontarien 2025 lors d’un tournage pour le vidéoclip Mon beau drapeau (nouvelle génération). Photo : Rachel Crustin/ONFR

D’autre part, avec le 25e anniversaire de la chanson Mon beau drapeau l’an prochain, le compositeur Brian St-Pierre a réuni des milliers de personnes afin de créer une nouvelle version de son hymne au drapeau. La vidéo est un grand succès sur la toile, ce qui martèle ce sentiment toujours vif d’appartenance franco-ontarienne.

À Ottawa pour les festivités, la Librairie du Soleil a mis de l’avant dans sa boutique les auteurs franco-ontariens, tels que Sarah Migneron ou Didier Leclair, pour le plus grand bonheur des passionnés de lettres.

Un chiffre : 6 millions

6 millions de dollars, c’est le financement annoncé dans le budget de 2025 en faveur du Conseil des arts du Canada (CAC) à travers lequel le secteur littéraire reçoit ses subventions. Les professionnels du livre ont ainsi reçu 6 millions, au lieu des 140 millions de dollars espérés. En effet, le budget n’a prévu aucun renouvellement pour le Fonds du livre du Canada (FLC) dont les 10 millions de dollars reçus l’an passé s’épuiseront d’ici mars 2026.

Afin de soutenir l’écosystème culturel, le budget a prévu en tout un investissement de 503 millions de dollars à partir de 2026-2027, étalé sur quatre ans. Toutefois, d’autres financements ont redonné du souffle au secteur culturel, tels que les 410 000 $ alloués à la Place des Arts du Grand Sudbury, ou encore les 49 000 $ destinés à la tenue d’ateliers et spectacles à Sault-Sainte-Marie, un finacement issu du Programme d’appui à la francophonie ontarienne. Le nouveau Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) a lui aussi reçu 15,7 millions de dollars cette année.

Une personnalité : Brian St-Pierre

Le compositeur de Mon beau drapeau a réuni cette année des milliers de personnes pour créer une nouvelle version de cet hymne au drapeau franco-ontarien, faisant chanter le slammeur franco-ontarien YAO, la chanteuse de l’Orignal Manon Séguin, les chansonniers d’Ottawa, ainsi que de nombreux autres artistes locaux.

Brian St-Pierre à Contact ontarois 2025. Photo : Rachel Crustin/ONFR

De plus, les écoles en Ontario pourront utiliser la chanson à des fins pédagogiques, grâce aux ressources qui accompagnent la création de la chanson et du drapeau.

Un lieu : Hearst et sa librairie communautaire

Après la fermeture de la Librairie Le Nord de Hearst l’année dernière, les Médias de l’Épinette noire de la ville ont pris l’initiative de revitaliser l’offre littéraire en français à Hearst en ouvrant une nouvelle librairie francophone communautaire, intégrée au paysage médiatique local.

« Depuis qu’on a annoncé le projet, les commentaires affluent. Les gens ont tellement hâte que ça ouvre », confiait Steve McInnis, directeur des Médias de l’Épinette noire avant l’ouverture.

La Librairie Le Nord avait un emplacement au cœur du centre-ville de Hearst. Photo : ONFR/Inès Rebei

La nouvelle librairie a fini par ouvrir plus tôt ce mois-ci avec l’appui de la Caisse Alliance afin que la librairie puisse profiter de la période des Fêtes. La disparition de la librairie du Nord l’an dernier était intervenue peu de temps après le décès de son propriétaire Omer Cantin.. Cette nouvelle librairie redonne donc vie à la scène littéraire de Hearst.

Cinq suggestions de lecture pour le temps des fêtes avec des auteurs de la francophonie

Chaque mois, Marine Sibileau, autrice, scénariste et animatrice du balado Cœur d’encre, t’invite à plonger dans sa chronique de recommandations littéraires.

Tu aimes les surprises? Laisse moi te surprendre avec des livres qui valent le détour. On néglige souvent ce petit objet rectangulaire, pourtant, il est l’allié idéal comme cadeau de reconnaissance aux collègues, au corps enseignant ou aux proches à la fin de l’année.

Avec son prix abordable, se déclinant à tous genres et pour tous les goûts, il s’offre facilement. Lequel choisir parmi la montagne de titres qui existent? Étant moi-même autrice, scénariste et animatrice du balado littéraire Cœur d’encre, je lis des livres comme d’autres dévorent du chocolat. Dans les mois à venir, je vous partagerai plusieurs suggestions. Cette première sélection est très spéciale, car en plus de vous proposer des ouvrages issus de ma bibliothèque personnelle, j’ai eu la chance de rencontrer leurs auteur et autrices dans le cadre du balado Cœur d’encre disponible sur TFO.org.


Welsford de Claude Guilmain, publié aux éditions Prise de parole

Tu adores deviner qui est le meurtrier avant la fin? Cette enquête va te donner du fil à retordre! Ce livre policier, il faut bien l’avouer, donne envie d’être acheté juste pour sa couverture qui sent bon l’été même si on est hors saison. À défaut de faire sploush dans la piscine du camping, plonge dans une enquête policière qui va te surprendre. Oui, oui! La preuve, j’ai mis du temps à deviner qui était le meurtrier, allant de fausse piste en fausse piste. L’histoire parle de quoi? De nos jours, le détective francophone Franck Duchesne aide la police de Toronto à enquêter sur un meurtre survenu dans les années 1970, mais qui est découvert seulement maintenant. Comment est-ce possible? Des ossements sont retrouvés sous une piscine privée en pleine démolition. Coïncidence… ou pas : le détective habitait en face de cette maison quand il était ado.

Si tu veux en savoir plus sur ce livre, rejoins-moi au balado Cœur d’encre ici. L’auteur passe aux aveux de mon interrogatoire littéraire… sans son avocat!

La fille d’elle-même de Gabrielle Boulianne-Tremblay, publié aux éditions Marchand de feuilles


Ça fait quoi, d’être dans la peau d’une personne trans? Dans ce roman touchant, la quête de soi universelle ne laisse pas indifférent. Pas étonnant que ce livre soit en cours d’adaptation pour le cinéma! À travers sa plume sensible, l’autrice Gabrielle Boulianne-Tremblay propose un récit poignant, où chaque mot résonne avec poésie comme un écho à notre propre parcours. On y suit une personne trans qui tente d’affirmer son identité — et de la comprendre — de l’enfance à l’âge adulte. Ce qui est magnifique avec ce roman, c’est qu’il laisse le thème principal de la transidentité s’effacer doucement pour permettre à l’humanité de se déployer. La fille d’elle-même est une autofiction où la justesse des mots permet de comprendre avec douceur les questions de l’âme.

Si tu veux en savoir plus sur ce livre, rejoins-moi au balado Cœur d’encre ici. L’autrice se livre dans une conversation intime sur ce roman inspiré de sa vie.


Capharnaüm de Nancy Vickers, publié aux éditions David


T’aimes les histoires weird? Saute sur ce livre déjanté qui te fait entrer dans la tête d’une accumulatrice compulsive. Ce roman, c’est un peu un plaisir coupable que l’on consomme comme un biscuit volé dans la jarre à biscuits de grand-mère. Pourquoi? Car tu découvres comment Elsa, qui souffre d’accumulation compulsive, voit les objets et les déchets prendre de plus en plus de place dans sa vie. Cette fenêtre intérieure permet de saisir les circonstances qui l’ont entraînée là. Ses amies ont, elles aussi, des obsessions qui ne sont pas banales : l’une collectionne les objets des personnes décédées, l’autre les objets mortuaires (bonjour, lit en forme de cercueil!) et la dernière entasse les animaux chez elle. Derrière ce kaléidoscope humain croustillant, l’autrice lève un voile humain autour de l’accumulation compulsive.

Si tu veux en savoir plus sur ce livre, rejoins-moi au balado Cœur d’encre ici. L’autrice se confie sur ce livre écrit alors qu’elle combattait un cancer.


Des silences et des murmures de Maeva Guedjeu, publié aux éditions L’Interligne


Comment survivre à l’impensable? Dans ce recueil de nouvelles, les femmes s’affirment avec une force silencieuse. Nouvellement arrivée au Canada et sur la scène littéraire, l’autrice d’origine camerounaise Maeva Guedjeu propose, avec ce recueil de nouvelles, un regard direct et pourtant tout en nuance sur les femmes. La beauté de son écriture réside dans les non-dits, car presque tout est indirect dans son récit. Chaque nouvelle suit le parcours, souvent difficile, d’une femme qui a fait preuve de résilience pour s’en sortir, sans oser l’affirmer frontalement. Derrière la dureté des épreuves de la vie, ce recueil amène à réfléchir sur la condition féminine et porte un message d’espoir émouvant.

Si tu veux en savoir plus sur ce livre, rejoins-moi au balado Cœur d’encre ici. L’autrice parle des vraies femmes camerounaises qui l’ont inspirée.


L’Obomsawin de Daniel Poliquin, publié éditions Prise de parole


Tu veux parfaire ta culture de lectures classiques? Ce roman phare de la littérature franco-canadienne n’a rien de poussiéreux! Un bon livre est comme un bon vin, il vieillit bien! L’Obomsawin, c’est le classique franco-
canadien qu’il faut avoir dans sa bibliothèque, car il ne prend pas une ride. Certes, je ne suis pas impartiale — Daniel Poliquin est mon auteur franco-ontarien préféré — mais il n’empêche que son histoire, intergénérationnelle et intemporelle, se savoure comme une poutine saupoudrée d’ironie. Tout commence avec le procès d’un peintre métis qui est accusé d’avoir brûlé la maison familiale, détruisant ainsi ses propres peintures. Cela intrigue… En plongeant dans le passé de cet homme et de sa ville natale, l’histoire à l’allure de fresque historique franco-ontarienne se transforme vite en microcosme social cinglant.

Si tu veux en savoir plus sur ce livre, rejoins-moi au balado Coeur d’encre ici. L’auteur offre un regard franc sur cet ouvrage désormais culte qu’il a écrit il y a plus de trente ans.

Nouveaux centres de justice en Ontario : zone d’ombre sur les services en français

TORONTO – Un accord entre Ottawa et la province a abouti à la création de cinq centres de justice communautaires pour jeunes en Ontario. Bien qu’ils visent à débloquer l’accès à des suivis juridiques égalitaires, les contours exacts de l’offre de services en français restent flous, selon un expert.

Dans un échange de courriel avec ONFR, Alexandra Wilkes, porte-parole du procureur général provincial, Doug Downey, explique que « le Centre de santé communautaire de TAIBU (dans lequel un de ces nouveaux centres sera ouvert) sera doté d’une équipe de cinq représentants bilingues, sur place, qui offriront divers services en français, y compris des programmes de soins primaires et de promotion de la santé. » Le carrefour communautaire de Rexdale également prendra part au projet, nous dit-on.

Néanmoins, en entrevue, le gestionnaire des services francophones du Centre communautaire de TAIBU, Ahmat Hassane Tchanaye, affirme que « notre centre de justice pour jeunes en français n’a pas de structure officielle et n’a pas encore reçu de financement. On espère le recevoir, car nous avons l’expertise nécessaire et le personnel qualifié pour mener ce projet en français. »

Dans leur communiqué, les gouvernements affirment que « les centres de justice reçoivent 2,9 millions de dollars de financement provincial annuellement. »

« Ils parlent au futur, donc j’imagine que l’idée d’un vrai centre de justice francophone est actuellement en cours de réflexion? », se demande le gestionnaire.

Ahmat Hassane Tchanaye est le gestionnaire des services en français au Centre de santé communautaire TAIBU. Photo : Gracieuseté

Les jeunes passant par ces centres satellites de justice bénéficient d’un accompagnement à l’insertion à l’aide d’un suivi de santé, social et juridique. D’un point de vue global, ces centres permettent d’améliorer la sécurité communautaire.

Le carrefour communautaire de Rexdale de son côté n’a pu fournir de commentaires avant la parution de cet article.

La prévention plus forte que la répression

Avec ce programme, près de 2200 affaires juvéniles pourraient voir leur traitement accélérer chaque année, selon les deux paliers de gouvernement. L’investissement prévu totalise 13 millions de dollars versés sur quatre ans afin de financer les centres à London, dans le Nord-Ouest de Toronto, puis à Est du centre-ville, ainsi qu’à Kenora, puis un cinquième à Barrie.

« L’accès à la justice en français pour les jeunes et familles qui utilisent les services d’un centre de justice à Toronto est assuré dans les instances virtuelles tenues dans les centres de justice satellites », avance la porte-parole du procureur général. Cette dernière ajoute que des instances tenues en présentiel sont aussi tenues à Toronto en vertu du droit à l’utilisation du français dans les instances judiciaires.

Malgré un statut non officiel, la structure d’aide juridique en français au Centre de santé communautaire TAIBU « offre une approche préventive qui intervient au niveau des jeunes et des parents pour prévenir la violence, en mettant l’accent sur le développement personnel, la santé mentale, le bien-être de ces personnes », décrit M. Tchanaye.

Dissuader la récidive tout en exerçant exercer un système de justice équitable pour les jeunes personnes noires et racisées ainsi que leur famille, tel est l’un des objectifs cités par les gouvernements.

« Le Centre TAIBU est un organisme fondé par les noirs, pour les noirs et dirigés par les noirs », souligne-t-il.

Le Centre de santé communautaire TAIBU à Scarborough abritera l’un de ces nouveaux centres de justice, selon le gouvernement. Photo : Gracieuseté

« Pour nous, c’est une façon d’apporter notre soutien à ces jeunes-là pour qu’ils soient sur la bonne voie et pour éviter le décrochage scolaire », confie le gestionnaire.

En attendant la constitution d’un centre en français, M. Tchanaye avertit quant aux limites des capacités du centre à long terme et de son personnel : « Nous avons clairement exprimé ce vœu-là, parce que nous recevons des jeunes, mais on n’a pas de financement. »

M. Tchanaye constate toujours un manque de soutien, notamment vis-à-vis des services connexes à l’insertion des jeunes : « Nous avons un service de bénévolat pour les aider professionnellement, mais c’est complètement non financé, alors que nous avons 153 bénévoles et plus de 200 sur liste d’attente », déplore le gestionnaire de services en français.

Qu’est-ce qui a retenu l’attention au niveau de la francophonie canadienne et au fédéral en 2025?

OTTAWA – On revient sur l’année 2025 au Parlement avec une personnalité, une citation, une date, un chiffre et un lieu qui ont marqué l’actualité à Ottawa et dans les langues officielles et au niveau fédéral.

Une date : le 6 janvier

Ce jour-là, Justin Trudeau annonçait sa démission comme chef libéral forçant ainsi la tenue d’une course à la chefferie chez les libéraux, qui a son issue aura amené le pays en campagne électorale. Après près de 10 ans au pouvoir, la démission de Justin Trudeau aura changé la façade de la politique fédérale avec l’arrivée de Mark Carney.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau. Crédit image: Stéphane Bédard
La démission de Justin Trudeau aura complètement changé les événements en politique fédérale en 2025. Photo : Stéphane Bédard

Mais sa démission, tant espérée par Pierre Poilievre – qui se dirigeait alors vers une victoire facile – aura finalement chamboulé l’avenir du chef conservateur, mais aussi celui de son adversaire Jagmeet Singh. Le premier a été défait dans sa propre circonscription par les électeurs, tandis que le second a subi le même sort, en plus de démissionner de son poste de chef néo-démocrate.

Une personnalité : Donald Trump 

Jamais un président américain n’aura autant été présent sur la scène politique au Canada que cette année. La guerre tarifaire, la menace du 51e état et l’humeur changeant du président américain envers son voisin du Nord auront transformé l’opinion canadienne, la relation avec les États-Unis étant devenue l’un des enjeux les plus importants aux yeux des Canadiens dans les sondages.

Élu sous la promesse d’obtenir une entente avec les Américains, Mark Carney a plutôt vu le président américain mettre fin aux négociations entre les deux pays, après une publicité de Doug Ford utilisant des propos de Ronald Reagan en opposition aux tarifs. Tout ça alors que 2026 s’annonce l’année de la renégociation de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique.

Un chiffre : 2

C’est le nombre de ministres qui ont occupé le poste de ministre des Langues officielles cette année en seulement quelques mois – Guilbeault et Miller – alors que le total monte à cinq personnes au cours des cinq dernières années. Quand Mark Carney arrive au pouvoir, succédant à Justin Trudeau, son premier cabinet en mars ne compte pas de ministre attitré avec le poste de ministre des Langues officielles. Mais son cabinet après les élections en avril comporte ce rôle de ministre avec Steven Guilbeault. 

Steven Guilbeault a quitté le cabinet de Mark Carney avec fracas en novembre. Photo : Stéphane Bédard

Ce dernier démissionne avec éclat en novembre, l’ancien ministre de l’Environnement attaquant durement l’absence d’une politique écologique au gouvernement. Quelques jours après son départ, M. Carney annonce le retour d’un ministre de la première heure pour les libéraux, Marc Miller, qui hérite des fonctions aux Langues officielles, mais aussi à la Culture.

Une citation : « C’est évident que mon français est loin d’être parfait », Mark Carney

Le français du premier ministre aura fait l’objet de critiques autant en campagne électorale que durant les derniers mois. Depuis son entrée sur la scène politique, il est parfois arrivé que certaines affirmations dans la langue de Molière de l’ancien banquier nuisent à la compréhension de son propos.

Si la maîtrise de l’une des deux langues officielles du pays de ce dernier s’est améliorée depuis son arrivée sur la scène politique, il a admis encore récemment que son français devait s’améliorer. 

À l’automne, Radio-Canada a mesuré que le français représentait environ 17 % du temps de parole du premier ministre, l’anglais étant majoritaire. Par la suite, on a appris que ce dernier n’avait pas de professeur de français depuis plus de deux mois, après avoir suivi près d’une dizaine d’heures de cours durant l’été.

Un lieu : Battle River-Crowfoot

Cette région de l’Alberta aura marqué une année difficile pour Pierre Poilievre qui était pourtant pressenti à pareille date l’an dernier pour devenir le prochain premier ministre. Perdant à l’élection générale face à Mark Carney, il a aussi subi une double défaite en échappant la même soirée son comté de Carleton en banlieue d’Ottawa qu’il détenait pourtant depuis 2004. 

Le chef conservateur s’est alors tourné vers la circonscription de Battle River-Crowfoot en Alberta pour revenir au Parlement, mais pour ce faire, il a eu besoin de la démission de son député Damien Kurek qui lui a laissé sa place.

Un panneau électoral en faveur du chef conservateur Pierre Poilievre est visible en bord de route dans son ancienne circonscription de Carleton, à Ottawa. Photo : La Presse canadienne/Chris Young

Les derniers mois ont été particulièrement ardus pour le chef conservateur, qui a vu deux de ses députés rejoindre les libéraux (Chris d’Entremont et Michael Ma), écorchant son leadership au passage. Il faut aussi noter la démission de Matt Jeneroux, qui avait également eu des discussions avec Mark Carney pour rejoindre les rangs libéraux. Le chef conservateur fera face à une révision de son leadership le 29 janvier prochain.

« Un projet, une évaluation, une décision » : entente entre l’Ontario et Ottawa sur les grands projets

Le gouvernement fédéral et l’Ontario se sont entendus pour éviter de dupliquer les études d’impact et environnementales concernant les grands projets d’infrastructures et de ressources naturelles, visant notamment le développement du Cercle de feu dans le Nord de l’Ontario.

Les premiers ministres Mark Carney et Doug Ford en ont fait l’annonce jeudi dans le cadre de la signature d’une entente entre la province et le fédéral, qui autorise la province à évaluer le projet d’une entreprise selon ses propres critères.

Le gouvernement fédéral se servira ensuite des conclusions de cette évaluation pour décider d’approuver ou non le projet. Auparavant, une entreprise était soumise à une étude auprès des deux paliers gouvernementaux.

« Il y a des enjeux pour le gouvernement fédéral, par exemple avec les oiseaux, les poissons et les consultations avec les peuples autochtones. On garde ces responsabilités, on respecte nos engagements, mais on crée en même temps un seul processus plus efficace avec une décision », a affirmé Mark Carney en conférence de presse, ce jeudi.

Doug Ford a répété son désir de conclure une entente de ce type au cours des derniers mois, plaidant qu’elle permettrait de faire avancer le développement du Cercle de feu dans le Nord de l’Ontario. Par ailleurs, le communiqué de l’entente précise que l’Agence d’évaluation d’impact du Canada s’engage à terminer son examen des routes menant au Cercle de feu au plus tard en juin 2026.

« Et nulle part ailleurs l’impact de cet accord ne se fera plus sentir que dans le développement du Cercle de feu, a vanté Doug Ford aux côtés de son homologue fédéral. Notre entente constitue la prochaine étape du travail de grande envergure et du partenariat de notre gouvernement avec les communautés autochtones et du Nord. »

« Nous avions l’habitude de construire de grandes choses dans ce pays, et nous les construisions rapidement. Il est temps de s’y remettre et d’aller de l’avant », a plaidé M. Carney, soulignant que le Cercle de feu « possède les minéraux critiques nécessaires aux véhicules électriques, à l’énergie solaire et éolienne, ainsi qu’aux applications de défense ».

Des ententes similaires ont déjà été signées avec le Nouveau-Brunswick et l’Alberta dans les dernières semaines.

5 albums franco-ontariens de 2025 à écouter

OTTAWA – De Sudbury à l’Est ontarien, plusieurs artistes franco-ontariens ont marqué l’année 2025 avec des albums aux univers distincts, entre introspection, liberté créative et diversité musicale. Retour sur 5 albums à déguster sans modération.

Salon des refusés d’Edouard Landry

Originaire de Sudbury, Edouard Landry a livré en mars 2025 son huitième album. Salon des refusés est un opus inspiré de la vie du peintre Claude Monet, un pionnier qui a su imposer son art malgré la résistance et le conservatisme des institutions académiques de l’époque.

Pochette de l’album Salon des refusés. Photo : Gracieuseté d’Edouard Landry

À travers 13 chansons, Edouard Landry explore les thèmes du refus, de la persévérance et de la beauté, dans la nature et dans l’art. Dans cet album, la musique est volontairement sobre mais captivante mimant quelque part le courant impressionniste, l’accordéon rappelle un peu le Paris de Monet. Inspirant.

Mille raisons d’écouter Mélissa Ouimet

Mille raisons, le nouvel album de la Franco-Ontarienne Mélissa Ouimet est disponible depuis le 19 septembre. La chanteuse originaire de Saint-Albert, dans l’Est ontarien, propose 10 pièces écrites et composées en équipe, notamment avec son complice musical et conjoint Bruno Labrie.

Mélissa Ouimet lancera la tournée ontarienne Mille raisons à Orléans (Ottawa) en février 2026. Photo : Gracieuseté de Bombardier communications

C’est la chanson Mille raisons qui donne son titre à l’album. « Mille raisons était vraiment plus représentatif de l’album. Dans chaque chanson, il y a une raison. Une raison de pleurer. Une raison de rire. Une raison de se révolter, d’avoir du fun… c’est un mélange de plein de trucs, cet album-là », affirmait Mélissa Ouimet à la sortie de son album, ajoutant qu’elle raconte aussi bien ses histoires, que celles des autres.

Ultraviolet, un album éclectique

Ultraviolet est le sixième album de Damien Robitaille, chanteur originaire du petit village franco-ontarien de Lafontaine. Sorti en février, Ultraviolet c’est neuf titres aux influences diverses : de la pop, du disco, du funk, du folk, du gospel. Le multi-instrumentiste désormais établi à Montréal s’occupe du piano, des claviers, de la guitare acoustique et des voix.

Ultraviolet est le sixième album de Damien Robitaille. Photo : Martin Girard

Selon l’artiste, les mélodies ont pris naissance dans la période où Damien Robitaille voyait sa popularité exploser, alors qu’il publiait une chanson par jour sur ses réseaux sociaux, pendant la pandémie.

L’exercice lui a permis de « chanter en anglais, de chanter dans une autre langue, d’être libre », tout en orientant l’écriture des prochaines pièces qui composent Ultraviolet, éblouissant!

Le groupe Hey, Wow entre humour et tendresse

La formation franco-ontarienne Hey, Wow a lancé l’album éponyme Hey, Wow IV en septembre. Réunissant des musiciens virtuoses, le groupe de la région d’Ottawa présente une variété de styles musicaux (du traditionnel au country, de la java au ska et blues) et où l’accordéon et les guitares rencontrent des textes ciselés.

Le groupe Hey Wow est issu de la région d’Ottawa. Photo : Joël Ducharme. Source : heywow.ca

Onze chansons qui accrochent les mélomanes et où l’on passe facilement de l’humour à la tendresse, avec des titres aussi évocateurs les un que les autres : Envoie fort, La tournée des fêtards, J’ai perdu ma femme, C’est légal! ou encore Un weekend en plein milieu de la semaine. Un régal!

L’électro-pop de Jessy Lindsay

Lancé en janvier 2025, Plus pareil est le titre du mini album électro-pop de Jessy Lindsay auteure-compositrice-interprète franco-ontarienne.

Jessy Lindsay en spectacle pour Fierté dans la capitale, en 2024. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Dans cet opus, l’artiste de 24 ans, fait montre de sa puissante voix, ses textes engagés qui lui ont d’ailleurs valu deux nominations aux derniers prix Trille Or.

Grâce à sa musique groovy et festive, cette artiste qui se définit comme jeune femme queer espère apporter une vague d’air frais.

À Ottawa, une friperie transforme le rétro en acte écolo

OTTAWA – La friperie Lainey’s Luck redonne vie aux vêtements en misant sur la réparation, le recyclage et le savoir-faire local. Un petit bastion de consommation durable face à la mode jetable.

Ils sont rapidement devenus leur produit vedette, particulièrement prisé par les jeunes : des tricots de laine retouchés, ornés de patchs colorés bien visibles. 

Depuis l’ouverture de Lainey’s Luck en 2023, au cœur du centre-ville d’Ottawa, la petite friperie arborant comme logo un chat, Lainey, n’a cessé d’évoluer.

Patchs colorés cousus à la main : la signature des tricots vedettes de Lainey’s Luck. Crédit : Mastodon / laineysluck@ottawa.place

Patchs colorés cousus à la main : la signature des tricots vedettes de Lainey’s Luck. Crédit : Mastodon / laineysluck@ottawa.place

Patchs colorés cousus à la main : la signature des tricots vedettes de Lainey’s Luck. Crédit : Mastodon / laineysluck@ottawa.place

Lainey, le chat mascotte de la boutique, symbole de seconde chance et d’inspiration pour Lainey’s Luck. Crédit : Mastodon / laineysluck@ottawa.place

« Au début, tout était vendu au poids. Puis, avec l’évolution du quartier et l’arrivée de nouveaux magasins rétro, nous avons ajusté notre modèle », explique Jamil Shariff, copropriétaire avec Samantha Dodd. 

Aujourd’hui, une partie des articles est vendue à l’unité. Tout est soigneusement trié, lavé, parfois réparé, puis étiqueté avant d’être mis en rayon.

« Je fais partie des premières générations de garçons qui ont pu suivre à l’école des cours traditionnellement réservés aux filles, comme la couture, au lieu du travail du bois ou de la photographie. Une révolution à l’époque », raconte Jamil.

Mais cette culture de la réparation et de la récupération se perd, déplore cet ancien expert en développement durable. 

« Les gens n’ont plus vraiment ces habiletés, constate Jamil. Leur réflexe : jeter et racheter. Ils préfèrent le prêt-à-porter. »

Et c’est justement ce que la boutique tente de renverser.

Jamil Shariff, copropriétaire de Lainey’s Luck, retouche et répare les tricots qui font la renommée de la boutique. Photo : Amine Harmach / ONFR

Faire du neuf avec du vieux

Lainey’s Luck propose aussi des créations uniques, issues de collaborations avec des artisans locaux, certains provenant d’un refuge voisin, qui réutilisent la matière première récupérée à la friperie.

Mitaines, bonnets, mouchoirs, sacs, chandails, jupes, chaussures, mais aussi savons locaux, tableaux et pots de plantes : chaque pièce a son histoire, que les propriétaires savent raconter.

« Nous sauvons tellement de choses de l’enfouissement, tellement de vêtements qui auraient pu finir à la poubelle, et c’est quelque chose qui compte beaucoup pour nous », confie Samantha.

Pour Jamil, la solution passe par « la revalorisation des compétences locales de couture, un changement d’attitude envers la qualité, et une réflexion plus large sur nos habitudes de consommation ».

Il reconnaît toutefois que ce virage culturel est difficile, mais il reste déterminé à faire sa part.

Engagés dans sa communauté et pour l’environnement

Avant de se consacrer à la friperie, ce natif d’Ottawa a travaillé comme consultant en efficacité énergétique et en énergies renouvelables, entre autres au Tadjikistan, au Cameroun et au Bénin, après des études à Londres. La pandémie a mis un frein à sa carrière internationale.

Son engagement environnemental ne date pas d’hier. En 2008, il publiait 50 Green Projects for the Evil Genius (McGraw Hill TAB), un guide « do-it-yourself » proposant des idées pour réduire la consommation, recycler et adopter un mode de vie plus durable.

« Si je continue ce projet de friperie, c’est parce que je crois à ce défi : contribuer, à mon échelle, à une solution durable à un problème global », dit-il.

Vêtements, accessoires et créations locales, chaque article a son histoire. Photo : Amine Harmach / ONFR

Samantha, elle, a travaillé toute sa vie dans la restauration et le service avant de se lancer à son compte. Amoureuse du vintage et des vêtements de seconde main, elle trouve enfin dans cette boutique un sentiment d’utilité et d’alignement avec ses valeurs.

« Ici, on consomme encore, mais autrement »
— Samantha Dodd

Elle aime imaginer la vie d’un chandail : acheté neuf, porté, puis revenu à la boutique pour être aimé une seconde fois.

Le principal défi pour Sam et Jamil demeure la qualité catastrophique de la mode jetable (fast fashion) : des vêtements conçus pour être portés une ou deux fois, impossibles à réparer durablement.

« Parfois, on ne sait même pas quoi en faire. Ce n’est ni utilisable, ni recyclable, ni acceptable en don », déplore Jamil.

Malgré tout, ils persévèrent et cherchent sans cesse de nouvelles solutions.

Un engouement pour le seconde main

Le magasin attire désormais davantage de clients, même si les débuts ont été difficiles.

« Nous arrivons aujourd’hui à payer le loyer, près de 4000 dollars, et à nous verser un petit montant, mais le projet reste fragile. Les mois de décembre, janvier et février sont particulièrement lents. La fièvre d’achat de neuf autour du vendredi fou n’aide pas », dit-il.

Samantha est tout de même optimiste. Selon elle, la période des Fêtes sera plus active que l’année dernière, la boutique offrant désormais davantage d’articles-cadeaux (sacs et chapeaux recyclés, t-shirts revalorisés, plantes, savons locaux, etc.).

Samantha Dodd, copropriétaire de Lainey’s Luck, affirme se sentir chanceuse, même si la stabilité financière demandera du temps. Photo : Amine Harmach / ONFR

Elle constate déjà une amélioration : les ventes ont augmenté par rapport à l’an passé et la réputation de la boutique commence à se répandre.

« Il y en a pour toutes les bourses, des pièces très abordables et d’autres plus chères, en fibres naturelles, qui durent longtemps et font de beaux cadeaux. »

Elle souligne également le rôle social de la friperie. De nombreuses personnes en situation d’itinérance viennent y chercher des vêtements.

Ce qui lui plaît le plus? « Rendre les gens heureux. Les aider à trouver leur vêtement. »

À l’approche du week-end, elle prépare déjà les plus beaux chandails de Noël, en prévision d’un achalandage accru pour des cadeaux estampillés Lainy’s Luck. 

Pour la petite histoire, Lainey, le chat adopté par Sam et Jamil, doit sa place sur le logo à son propre coup de chance. Recueilli par le couple, le veinard incarne à sa façon cette seconde vie que la boutique offre aux vêtements.

Éducation en français : Patrimoine canadien blâmé par un tribunal pour l’absence de consultation

La Cour fédérale a statué que Patrimoine canadien a failli à ses obligations linguistiques en omettant de consulter de façon appropriée le Conseil scolaire francophone de Terre-Neuve-et-Labrador (CSFP) dans le cadre d’une entente en éducation avec le gouvernement provincial. Le tribunal rejette toutefois les deux millions de dollars que réclamait le conseil scolaire en dommages.

La décision rendue mardi par le juge de la Cour fédérale Guy Régimbald accueille en partie la demande du CSFP, rejetant la réclamation monétaire, l’accusation d’un manque de reddition de comptes, mais épingle le ministère fédéral pour avoir violé la Loi sur les langues officielles sur la démarche de consultation.

Le CSFP accusait Ottawa de ne pas l’avoir consulté avant de signer une entente sur l’éducation en français avec le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador pour la période de 2013 à 2018, où le fédéral comptait investir 1,3 million de dollars avec une contribution provinciale équivalente ou supérieure.

Le seul conseil francophone dans la province s’appuyait dans sa requête sur une enquête du commissaire aux langues officielles qui lui avait donné raison concernant le manque de consultation.

La décision rendue mardi établit que le conseil n’a pas été « consulté directement dans l’élaboration et l’adoption de l’Entente 2013-2018 » et que « si une telle consultation avait eu lieu, le CSFP aurait proposé des initiatives permettant de répondre à certains besoins de la communauté linguistique minoritaire », est-il écrit dans le verdict.

« Le ministre n’a pas dûment tenu compte du fait que le CSF, qui agit à titre de représentant des parents ayant-droits, est le mieux placé pour identifier les besoins locaux », soutient le jugement.

« Dans le cadre de toute Entente ultérieure où des initiatives seront évaluées et négociées entre PC (Patrimoine canadien) et le GTN-L (gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador), le CSF doit être invité et consulté, avec un préavis suffisant pour se préparer et consulter les parents ayants droit, afin que ses besoins soient exprimés et considérés », est-il ordonné par le juge Guy Régimbald qui a écrit cette décision.

Devant la Cour, Patrimoine canadien soutenait qu’une telle demande le « rendrait incapable de mettre en œuvre sa mission » puisqu’il gère des centaines de programmes, un argument rejeté par le tribunal. Le juge considère que le fait de consulter des conseils scolaires francophones « représente une circonstance précise et circonscrite qui n’est pas reproduite dans d’autres contextes », ajoutant que le ministère a déjà effectué ce genre d’exercice auparavant auprès d’autres instances scolaires.

Fait à noter, cette décision a été rendue en vertu de l’anciene version de la Loi sur les langues officielles, avant qu’elle ne soit modernisée en 2023. Ce devoir de consultation a d’ailleurs fait l’objet de plusieurs modifications dans la refonte de la LLO. Dans un communiqué, le président du CSFP, Michael Clair, a déclaré être « heureux de cette conclusion de la Cour fédérale ».

« La Cour fédérale est sans équivoque : il faut que ces consultations soient effectives et surtout que l’expertise du CSFP en matière d’éducation dans la langue de la minorité pèse lourdement dans le cadre de l’élaboration des priorités financées par le PLOÉ », mentionne-t-il.

Réclamation de 2M $ rejetée

Si la section sur les consultations est accueillie favorablement, les autres arguments, comme celui financier, avancés par le conseil scolaire de la province atlantique, sont rejetés par le tribunal. Le CSFP demandait à ce que la Cour statue que l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui garantit le droit à l’instruction dans la langue de la minorité, s’applique au gouvernement fédéral, ce que n’a pas voulu statuer le juge Régimbald, « puisque le litige peut être tranché sur la base de la LLO », soutient-il.

Le CSFP réclamait une somme de 251 000 $ de fonds fédéraux par année sur sept ans en réparation. Il prétend qu’il aurait dû recevoir ce financement, mais qu’il n’est pas « traçable » en plus d’une somme de 267 000 $ pour un total de près de deux millions de dollars.

L’instance provinciale soutenait aussi que le processus de reddition de compte d’Ottawa, auprès de la province dans ce cas-ci, n’était pas suffisant pour « s’assurer que les fonds sont effectivement investis dans les initiatives proposées ». 

Le juge Régimbald tranche que « les mesures de reddition de compte étaient adéquates », mais écorche les deux paliers de gouvernement, qui « ont fait preuve d’un certain manque de transparence en omettant de les communiquer sur demande » au conseil scolaire francophone.

Le juge a écarté l’argument du CSFP selon lequel le financement d’Ottawa était insuffisant pour respecter l’article 23 de la Charte. Cet argument soutenait que le financement correspondait uniquement au minimum requis et ne faisait que « favoriser la préservation du statu quo » au lieu de l’épanouissement de la communauté, contredisant ainsi les obligations linguistiques.

« La Cour n’est pas en mesure d’établir, en l’espèce, que ce ‘seuil’, ou l’égalité réelle, n’est pas rencontré pour les élèves de la minorité, ni de conclure que tous les fonds PLOÉ (Protocole sur les langues officielles en éducation) sont nécessairement consacrés à permettre au GTN-L de se rapprocher, mais non d’atteindre, l’égalité réelle », a déterminé le juge Régimbald.

Le communiqué du conseil scolaire mentionne aussi la possibilité que l’appel puisse être interjeté autant par Patrimoine canadien que le CSFP devant la Cour d’appel fédérale. Mardi, Patrimoine canadien nous a indiqué, dans une déclaration, avoir « pris acte de la décision rendue par la Cour fédérale et procède présentement à l’étude de ce jugement ».

Le drapeau franco-ontarien hissé de façon permanente sur un mât de Queen’s Park

TORONTO – Le drapeau franco-ontarien est désormais hissé de manière permanente sur le mât cérémonial de l’Assemblée législative de l’Ontario. Celui-ci trônait déjà sur la façade de l’édifice depuis 2021, mais n’était arboré sur le terrain que durant le Jour des Franco-Ontariens. Il prendra ainsi place aux côtés des drapeaux du Canada et de l’Ontario, ornant les deux mâts principaux.

Le drapeau franco-ontarien a pris place de façon permanente sur le mât de célébration de Queen’s Park, situé devant l’entrée des visiteurs, partie sud de l’édifice.

Les deux plus grands mâts, qui ceignent l’entrée principale, portent, eux, les drapeaux de l’Ontario et du Canada.

ONFR a appris que la décision a été votée la semaine précédente par la Commission de régie interne (Board of Internal Economy), organe de l’Assemblée législative de l’Ontario au rôle administratif et financier, pour laquelle il s’agissait de rendre plus visible ce symbole de la communauté pour marquer le 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien.

Constituée de députés représentant les trois partis principaux, et présidée par Donna Skelly, présidente de la chambre, qui n’a pas de vote, la commission regroupe les progressistes-conservateurs Paul Calandra, ministre de l’Éducation, et Steve Clark (Leeds-Grenville-Thousand Islands et Rideau Lakes), le néo-démocrate John Vanthof (Timiskaming-Cochrane) et la libérale Stephanie Bowman (Don Valley-Ouest).

La nouvelle a été annoncée ce 16 décembre par voie de communiqué par le bureau de Donna Skelly, qui a déclaré : « En déployant ce drapeau de manière permanente devant l’édifice, nous ne nous contentons pas d’afficher un symbole reconnu par la Loi sur l’emblème franco-ontarien, nous affirmons à chaque personne qui en franchit les portes que la communauté franco-ontarienne est non seulement partie intégrante de notre histoire, mais qu’elle est fondamentale pour la construction de notre avenir. »

La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, qui y fait référence au récent 50e anniversaire de la création du drapeau, a ajouté que « bien qu’il ait déjà été déployé sur la façade de l’édifice de l’Assemblée législative lors de levers commémoratifs, cette mise en place permanente reflète le rôle continu et essentiel que joue la communauté franco-ontarienne dans la vie de notre province ».

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’est réjouie de l’annonce via une déclaration officielle : « Pour la communauté francophone, il s’agit d’un geste d’une portée hautement symbolique et profondément structurante. Le drapeau franco-ontarien incarne l’histoire, la présence continue et la contribution essentielle des Franco-Ontariens à la vie démocratique, sociale et culturelle de la province. En rendant permanente la présence du drapeau au sein de l’Assemblée législative, l’Ontario pose un geste clair de reconnaissance institutionnelle envers sa francophonie. »

En 2021, l’étandard franco-ontarien avait été installé dans la Chambre de l’Assemblée législative, puis sur le balcon au-dessus de l’entrée principale de Queen’s Park, habillant le bâtiment législatif de vert et blanc.

Viamonde prône un meilleur renouvellement des conseillers scolaires pour assainir la gouvernance

Le conseil scolaire Viamonde considère, tout comme le ministère de l’Éducation, qu’une réforme du système de gouvernance est nécessaire, mais par une approche inversée. Le problème selon son président, Benoit Fortin, réside dans le faible taux de participation des parents aux élections qui met à mal ce processus démocratique et la santé de la gouvernance des écoles. Il défend la revalorisation du rôle du conseiller scolaire pour garantir un meilleur renouvellement des élus et, ainsi, assainir la gouvernance.

Comme le gouvernement, le conseil scolaire francophone Viamonde s’accorde à dire qu’il existe un problème de gouvernance au sein des conseils scolaires, mais la cause qu’il identifie est autre.

Ce sont plusieurs cas de mauvaise gestion financière de conseils scolaires qui avaient mis le feu aux poudres, entrainant leur mise sous supervision et l’octroi de nouveaux pouvoirs au ministre de l’Éducation. En juillet 2024, des élus d’un conseil scolaire catholique anglophone (Brant Haldimand Norfolk Catholic District School Board) s’étaient rendus à Rome pour l’achat d’œuvres d’art, pour un coût total de près de 190 000 dollars qui avait fait polémique.

En entrevue avec ONFR, Benoit Fortin, le président de Viamonde, affirme que si des centaines de parents avaient été présents dans la salle lorsqu’il avait été décidé de les y envoyer, l’incident aurait pu être évité.

Le problème selon lui : les conseils scolaires peinent à atteindre ne serait-ce que 10 % de taux de participation aux élections des conseillers scolaires.

« Il n’y aurait pas autant de dérives s’il y avait un plus grand regard et contrôle de la part des parents. »
— Benoit Fortin, président de Viamonde

« Viamonde a fait de gros efforts pour attirer les parents, avec des rappels et des ordres du jour. Mais sur 21 000 parents, je me suis récemment estimé chanceux d’en avoir eu 30 à une rencontre », raconte-t-il.

D’autre part, il souligne le fait que nombre de sièges sont réélus par acclamation faute de candidats, avec des conseillers scolaires vieillissants et qui ne sont jamais challengés : « Plus les gens s’impliqueront aux élections et en réunion, plus les conseils scolaires seront en bonne santé, plus la gouvernance sera surveillée. »

Pour le président du conseil scolaire francophone, l’équation est limpide : une participation accrue favoriserait un meilleur roulement et renouvellement des représentants, soit un meilleur système de gouvernance.

« Il n’y aurait pas autant de dérives s’il y avait un plus grand regard et contrôle de la part des parents », tranche-t-il.

Méconnaissance du rôle du conseiller scolaire

Celui-ci considère que le ministre de l’Éducation s’est saisi d’un problème, mais qu’il en a profité pour réduire des contre-pouvoirs institutionnels : « Or, on ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, commente M. Fortin. Du point de vue du gouvernement, moins de conseils scolaires, moins d’opposition. »

« Les parents veulent être représentés par des élus, pas par des fonctionnaires auxquels ils n’ont pas accès. Comment régler le problème de représentation locale avec des fonctionnaires, questionne-t-il. Ils sont là pour être la voix des parents et créer certaines barrières vis-à-vis du gouvernement. »

Selon le président de Viamonde, dans la plupart des cas, les parents n’ont aucune idée du rôle que jouent les conseillers scolaires, un rôle à ses yeux pourtant essentiel qu’il faut promouvoir.

Ceux-ci ont une double représentation, fiduciaire, auprès du conseil, et locale, auprès de la population pour représenter les besoins locaux.

Ils sont également en charge d’administrer les budgets. Le budget total du conseil scolaire Viamonde s’élève par exemple à près de 300 millions de dollars et celui du Toronto District School Board à environ 3,4 milliards de dollars.

Il s’agit entre autres pour eux de déterminer quel quartier a besoin de quelle école, ou encore de dresser la liste des priorités par école, rendues publiques.

M. Fortin, pour qui l’implication des parents est la solution aux problèmes de gouvernance, affirme que voter pour ses représentants locaux ne prend que 30 minutes tous les quatre ans, et que les réunions générales ne prennent qu’une heure par mois.

Revalorisation des conditions de travail

Le conseil scolaire identifie le manque de reconnaissance du poste comme un frein majeur à l’attractivité de la fonction de conseiller scolaire.

« Paul Calandra (le ministre de l’Éducation) veut rajeunir la moyenne d’âge des conseillers scolaires, mais leurs frais de garde d’enfants ne sont pas pris en charge, alors que le salaire n’équivaut qu’à 200 dollars toutes les deux semaines », constate Benoit Fortin.

Il rapporte qu’une des élus du conseil scolaire francophone avait dû se déplacer pour deux jours de réunion et ainsi utiliser tout son revenu en frais de gardiennage pour ses trois enfants.

Emmanuelle Richez, conseillère scolaire, vice-présidente de Viamonde et mère d’un enfant elle-même, témoigne elle aussi : « On entend souvent que les conseillers sont des retraités et pas nécessairement de jeunes parents. Or, ce rôle représente des tâches importantes, du temps et des frais. Il faut pouvoir se libérer les soirs et les fins de semaine, ce qui n’est pas toujours évident, donc il faut avoir recours à des services de garde dont les coûts sont élevés. »

Benoit Fortin et Emmanuelle Richez, respectivement président et vice-présidente du conseil scolaire Viamonde. Photo : gracieuseté

En plus des comités de plusieurs rencontres par an, elle estime son implication à dix réunions par année, de 17h à 21h, ce qui l’oblige à voyager de Windsor à Toronto, à raison de quatre heures aller puis retour, en plus des quatre heures de réunion, avec un besoin de se loger sur place.

« Sans compter que les gens ont leur emploi à temps plein à côté. Sans un époux qui m’appuie, je ne pourrais pas le faire, déplore-t-elle. Si on veut encourager des parents qui font partie de la population active, il faut trouver des solutions pour les soutenir. »

Celle-ci ajoute qu’en tant qu’élus, ils se doivent d’être présents dans la communauté pour la représenter à la table du conseil, ce qui demande aussi du temps et de l’implication à l’extérieur.

« En revalorisant le travail et la paye, plus de gens s’impliqueraient. Si sur toute l’année on dépensait 50 000 dollars de garde d’enfants sur 300 millions, ça ne serait pas grand chose. Si on veut des jeunes parents qui s’impliquent dans la cause scolaire, c’est ce qu’il faut faire », conclut le président.