Sudbury : un laboratoire citoyen pour favoriser les services bilingues de la ville

SUDBURY – En ce mardi 20 octobre, Impact ON a tenu son premier laboratoire citoyen axé sur les services bilingues dans le Grand Sudbury. Une trentaine de francophones de la ville, notamment des acteurs clés de la francophonie, se sont réunis pour développer des solutions pour favoriser l’accès aux services bilingues de la région dans le domaine de la santé, mais aussi de l’éducation, de l’immigration, et de l’emploi.

Après avoir recueilli des témoignages de citoyens et pris en compte le récent rapport du commissaire des services en français de l’Ontario, Carl Bouchard, l’organisme Impact ON a pris l’initiative d’organiser un laboratoire citoyen. « Il y a une demande croissante pour une offre active de services bilingues sur le territoire, notamment à Sudbury », dit Félix Corriveau, le directeur général de l’organisme.

« Il y a de plus en plus de nouveaux arrivants qui s’installent dans le nord de l’Ontario, de nouveaux arrivants qui sont francophones, qui s’ajoutent donc déjà à la masse critique de francophones qui est présente sur le territoire. Et ça accroît la pression sur les organismes sur le terrain pour qu’ils offrent des services bilingues. »

Pour trouver des solutions concrètes à cet écart linguistique dans l’offre des services, le laboratoire citoyen propose des activités de remue-méninges, mais aussi des dialogues sur la réalité des francophones en milieu où les services bilingues ne satisfont pas encore aux attentes.

« C’est vraiment une journée d’action où on va développer des idées très concrètes à mettre en place ici à Sudbury dans l’ensemble de la région du Nord ontarien. Puis ensuite de ça, s’assurer qu’elles soient transférables dans d’autres régions de l’Ontario ».

Félix Corriveau, Directeur général d’Impact ON. Photo : Gracieuseté de Félix Corriveau

De l’idée à l’action

La journée s’est amorcée avec un panel animé par Éric Robitaille de Radio-Canada, avec Thomas Mercier, le directeur du Réseau du Nord, Paul-André Gauthier, infirmier clinicien, Véronique Boyer, chargée du projet « L’inclusivité fonctionne » du Collège Boréal, Marc Gauthier, président du conseil d’administration de l’ACFO du Grand Sudbury et Lynne Dupuis, fondatrice et directrice de LMD solutions.

Ensuite, les participants ont été répartis en six équipes. Chacune a eu l’occasion de cibler un problème qui entraînerait un déséquilibre linguistique dans l’offre de services bilingues, mais aussi de développer des solutions pour favoriser le bilinguisme dans l’offre des services dans plusieurs secteurs.

De gauche à droite, Gouled Hassan, Luc Lagrandeur, Eric Akpa et Patrice Dubreuil, tous membres du jury lors du laboratoire citoyen d’Impact ON. Photo : Odia Barry / ONFR

« L’idée, c’est vraiment de ressortir d’ici avec des idées. Des gens qui vont mettre leur expertise et leur expérience à profit pour développer des idées concrètes, des mesures, des changements systémiques à mettre en place au sein des organismes qui offrent des services qui devraient, en tout cas, offrir des services bilingues », ajoute le directeur.

Enfin, chaque groupe a présenté son projet au jury. Le groupe désigné gagnant par le jury obtiendra 1000 dollars, ainsi qu’un accompagnement d’Impact ON pour mettre en place son projet. « Le critère le plus important, c’est vraiment de démontrer l’impact », dit Eric Akpa, membre du jury, « La valeur ajoutée que le groupe va apporter à la communauté ».

L’idée d’application mobile Intégration+ Sudbury a remporté 1000 dollars ainsi qu’un accompagnement d’Impact ON. Photo : Odia Barry / ONFR

Intégration+ Sudbury, grand gagnant du laboratoire

Si les enjeux de l’intégration des nouveaux arrivants francophones et les services de santé en français ont été récurrents dans les six différentes présentations, c’est le projet d’application mobile bilingue, Intégration+ Sudbury, pour guider les nouveaux arrivants vers des services en français existants qui a remporté la mise.

« En participant à l’événement, on s’est vraiment rendu compte qu’il y avait un besoin immense d’accompagnement des nouveaux arrivants parce que, nous-mêmes issus de l’immigration, on a vécu certaines difficultés et cela nous a poussés à nous investir davantage dans la réflexion pour pouvoir offrir la meilleure solution qui provienne de notre pensée », confie Kouamé Toussaint Boko, le porte-parole du groupe gagnant.

« C’est un sentiment d’immense joie qui nous anime, moi, y compris toute l’équipe. On a mis vraiment beaucoup d’idées pour pouvoir construire quelque chose en équipe qui pourra non seulement être considérée comme une forme de victoire, mais également pouvoir aider à accompagner », dit-il, « et cela s’est conclu par un gain. On en sort vraiment heureux, et puis les autres n’ont pas démérité ».

« Le français en paye le prix » : syndicats et opposition unis contre les coupes au Bureau de la traduction

OTTAWA — C’est entourés des députés du Bloc Québécois Yves Perron et Mario Beaulieu, ainsi que du porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière de travail, Don Davies, que les dirigeants syndicaux de la fonction publique ont fait front commun ce mardi sur la Colline du Parlement. À la veille de l’ouverture des négociations collectives du groupe Traduction (TR) prévues avec le Conseil du Trésor, syndicats et députés d’opposition ont dénoncé d’une seule voix le plan d’attrition de 25 % des effectifs au Bureau de la traduction et accusé le gouvernement de faire preuve de double discours.

« Dans ses négociations commerciales avec Donald Trump, M. Carney dit qu’il défend le français et la culture francophone au Canada, mais chez nous, il s’attaque aux spécialistes qui protègent le français en supprimant leur poste et en minant leur travail », a d’emblée dénoncé le président de l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP), Nathan Prier.

« Nous voulons une entente qui garantisse que notre intégrité professionnelle et notre jugement ne soient jamais compromis au nom du « good enough ». »

« On ne peut pas utiliser le français comme bouclier contre Donald Trump, faire volte-face et le considérer comme une dépense inutile à réduire », a fustigé le whip du Bloc Québécois, Yves Perron, dénonçant l’incohérence d’Ottawa entre ses négociations commerciales internationales et sa gestion interne des services linguistiques.

Appuyant la lutte des travailleurs au nom du NPD, Don Davies a qualifié d’essentiel le rôle des linguistes fédéraux pour la démocratie canadienne.

« Dans cet endroit, les mots comptent. La précision compte. Nous débattons des lois de ce pays, des lois qui pourraient un jour être interprétées par la Cour suprême du Canada. Avoir les talents et les compétences précises et professionnelles de traducteurs professionnels est crucial, non seulement pour le fonctionnement du Parlement, mais pour notre démocratie elle-même. »

Joint par téléphone après le point de presse, le porte-parole de l’opposition officielle en matière de langues officielles, le député conservateur Joël Godin estime qu’« il y a bien d’autres endroits dans l’opération du gouvernement où l’on pourrait faire des coupes majeures et il n’y aurait pas d’impact sur la traduction ».

Antoine Hersberger (au centre de la photo), vice-président TR de l’ACEP, dénonce le fait que le plan d’attrition de 25 % pousse le gouvernement à confier des mandats à des sous-traitants et à des pigistes rémunérés au plus bas soumissionnaire, plutôt que de préserver les postes fixes et accrédités au sein de la fonction publique. Photo : Inès Rebei/ONFR

Alerte sur les risques d’une mauvaise traduction

Selon les documents d’orientation gouvernementaux, le Bureau de la traduction prévoit une réduction de 339 postes sur une période de cinq ans par le biais de l’attrition naturelle.

Pour l’ACEP, baisser la qualité du travail pour justifier des compressions budgétaires pèse directement et de manière disproportionnée sur la population francophone. « Plus de 90 % de nos traductions sont faites de l’anglais vers le français. Autrement dit, quand le gouvernement nivelle par le bas, ce sont les francophones qui en payent de façon disproportionnée le prix », a dénoncé Antoine Hersberger.

Pour illustrer les répercussions concrètes et dangereuses de ce nivellement par le bas, le vice-président du groupe TR a énuméré des mises en garde.

« Une consigne mal traduite peut priver un contribuable d’un crédit d’impôt. Un avertissement de feu de forêt ambigu peut semer la confusion chez les citoyennes et les citoyens qui pourraient devoir évacuer leur domicile. Un mode d’emploi d’arme truffé d’erreurs pourrait causer des blessures à un membre des Forces armées canadiennes. Plus la qualité de nos services linguistiques est minée, plus on crée un système à deux vitesses où les francophones n’ont pas accès à des informations fiables. »

Santé au travail, refus de la sous-traitance et IA

Sur le plan de la santé au travail, les syndicats ont réitéré les risques acoustiques graves auxquels font face les interprètes au Parlement en raison de la piètre qualité du son virtuel lors des séances hybrides.

« La majorité des interprètes ont subi des blessures auditives. On parle ici de blessures douloureuses, permanentes et invalidantes », a affirmé Anaïs Haynes, interprète parlementaire et membre du comité de négociation de l’ACEP, qui n’a pas pu fournir de données précises sur ces accidents.

« Les interprètes continuent d’être blessés au travail. Ce n’est pas normal qu’en 2026, à la fonction publique fédérale, les interprètes mettent à risque leur santé à chaque jour. »

Anaïs Haynes, interprète au Parlement, explique que plusieurs collègues souffrent de la déterioration des conditions de travail liées aux coupes, notamment en raison de la surcharge de travail. Photo : Inès Rebei/ONFR

Face à ces conditions détériorées, Mme Haynes a souligné les conséquences directes sur les effectifs : « Plusieurs interprètes ont dû carrément quitter le métier. La surcharge de travail, l’épuisement professionnel, les démissions et les retraites anticipées créent un cercle vicieux où chaque départ augmente la pression sur ceux qui restent. »

« Protéger les interprètes, c’est protéger le droit de chaque Canadien d’être entendu et compris dans la langue de son choix », a souligné Alionka Skup, présidente d’AIIC-Canada, dénonçant également des pratiques d’approvisionnement qui « privilégient le prix le plus bas au détriment de l’expertise professionnelle ».

Du côté de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) et de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), le message envers le recours à l’IA comme l’outil GCtraduction et au privé est tout aussi catégorique.

« Ni l’IA ni la sous-traitance au privé ne peuvent remplacer leur expertise, leur jugement et leur sens des responsabilités », a affirmé Sharon DeSousa, présidente nationale de l’AFPC.

« Ce n’est pas en faisant des compressions, en faisant appel à la sous-traitance ou en remplaçant des travailleuses et travailleurs qualifiés par l’intelligence artificielle qu’on y parviendra, mais bien en ayant recours à des professionnels compétents et fiables », a ajouté Sean O’Reilly, président de l’IPFPC.

« Lorsque le Bureau de la traduction manque d’effectifs et qu’on se tourne vers des outils comme l’intelligence artificielle, c’est l’égalité réelle de nos deux langues officielles qui en fait les frais », déplore, quant à elle, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada dans une déclaration à ONFR.

« Non seulement perd-t-on la notion d’excellence au profit d’une traduction « juste assez bonne », on risque de créer un système à deux vitesses où les anglophones ont droit à un texte rédigé par un humain tandis que les francophones ont une traduction faite par l’IA », peut-on également y lire.

Dans leur communiqué conjoint, les syndicats rappellent d’ailleurs que le rapport annuel déposé par la commissaire aux langues officielles, Kelly Burke, demande au Conseil du Trésor d’intégrer le bilinguisme dans sa stratégie d’IA pour prévenir les biais anglophones sur le Web.

Mario Beaulieu, vice-président du Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes pour le Bloc Québécois, dénonce l’envoi de « centaines de millions pour renforcer l’anglais au Québec, alors que c’est le français qui est menacé ». Photo : Inès Rebei/ONFR

Déjà des ratés, dénonce l’opposition

Exposant l’impact de ces politiques au sein même des travaux parlementaires, Yves Perron a rapporté un incident survenu lors d’une séance de la Commission canadienne de sûreté nucléaire.

Le whip bloquiste affirme que l’interprétation assurée par des sous-traitants externes présentait des lacunes majeures : « On avait engagé des sous-traitants qui ne sont pas qualifiés […]. Allez écouter ça, puis essayez d’y comprendre quelque chose! »

Il précise que cette situation a contraint le Bureau de la traduction à recruter en urgence des interprètes accrédités tard en soirée.

M. Perron soutient également que la dégradation de la qualité des services pousse certains élus et témoins francophones à l’assimilation : « Quand ils voient qu’on perd un peu de temps dans les délais […], j’ai entendu récemment un collègue dire : « Je vais poser mes questions en anglais, ça va être plus simple. » C’est ça qui se produit au quotidien, c’est le côté vicieux de ce qu’on appelle l’assimilation. »

Sur le plan institutionnel, le député bloquiste Mario Beaulieu a annoncé son intention de déposer une motion au Comité permanent des langues officielles afin de réclamer une étude formelle sur l’impact des réductions budgétaires. De son côté, Yves Perron prévoit d’effectuer un suivi du dossier lors de la réunion du Bureau de régie interne fixée au 29 octobre à 11 h.

Questionné sur les conditions de travail des interprètes et la demande des syndicats de garantir une présence accrue en cabine, Joël Godin s’est montré réceptif : « Nous sommes les premiers défenseurs du retour en présentiel des parlementaires à la Chambre des communes et dans les comités, alors on ne peut qu’appuyer cette démarche-là. »

« La position du Parti conservateur, c’est de dire : il ne faut pas faire d’économies de bout de chandelle sur le dos des services offerts dans les deux langues officielles au Canada. La traduction est un élément bien important et un droit fondamental de tous les parlementaires », affirme le critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur, Joël Godin. Photo : X/Archives ONFR

Quant à la motion que prévoit déposer le Bloc Québécois au Comité permanent des langues officielles, le député conservateur a indiqué qu’il attendrait de voir la formulation exacte du texte, tout en se disant « très réceptif » à l’idée d’une étude sur les impacts des coupes.

« Les néo-démocrates croient et se battront pour la réponse qui consiste à investir dans l’expertise qui existe déjà au sein de notre fonction publique, à renforcer le Bureau de la traduction et à s’assurer que les nouvelles technologies sont introduites de manière responsable […], afin que la technologie serve les humains, et non l’inverse », a lancé de son côté le néo-démocrate Don Davies.

Contactés par ONFR pour répondre aux allégations formulées par le front syndical et les partis d’opposition, les cabinets ministériels concernés ainsi que Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) n’avaient pas encore transmis leurs réponses au moment d’écrire ces lignes.

Les 800 traductrices, traducteurs, interprètes et terminologues du gouvernement fédéral que représente l’ACEP entameront les négociations en vue de leur prochaine convention collective ce mercredi, après l’expiration de leur convention collective actuelle en avril.

Championnat canadien : le Forge FC et ses francophones veulent entrer dans l’histoire

À une victoire d’un premier sacre historique pour un club de la Première Ligue canadienne (PLC), le Forge FC défie le CF Montréal, mercredi soir, en finale du Championnat canadien. Après un passage à vide, le club de Hamilton a retrouvé son élan au meilleur moment. Le défenseur français Antoine Batisse et le Franco-Ontarien Maxime Filion rêvent de voir leur équipe soulever la Coupe des Voyageurs.

Le Forge FC n’a jamais été aussi près de décrocher le trophée national qui manque à son palmarès. Quatre fois champion de la Première Ligue canadienne depuis sa création en 2019, le club de Hamilton pourrait devenir mercredi, au Stade Saputo, la première formation de la PLC à remporter le Championnat canadien.

Après avoir dominé la première partie de saison, le Forge FC a connu un sérieux coup d’arrêt au mois d’août. Invaincu lors de ses six premières rencontres de championnat, le club de Hamilton avait ensuite enchaîné six victoires consécutives entre le 31 mai et le 26 juillet, confortant sa place de leader. Mais les défaites face à Vancouver (0-1), puis Cavalry (1-2), à la mi-août, ont permis à son rival albertain de lui ravir la première place.

Une période d’irrégularité s’est alors installée, avec seulement deux victoires en huit rencontres de championnat entre le 19 août et le 3 octobre. Mais les hommes de Bobby Smyrniotis ont retrouvé leur efficacité au meilleur moment. Ils ont enchaîné trois succès contre Pacific (3-0), Inter Toronto (5-0) et l’Atlético Ottawa (2-1), à quelques jours de la finale du Championnat canadien.

« Il y a eu une grosse remise en question du groupe. On a tous pris nos responsabilités pour retrouver une dynamique positive et sortir de cette spirale négative », confie à ONFR le défenseur français Antoine Batisse.

Un adversaire de MLS, mais aucune peur

Avec 57 points, à égalité avec Cavalry à une journée de la fin de la saison régulière, le Forge FC peut encore espérer remporter le Bouclier de la PLC, avant de se tourner vers les phases finales. Mais c’est d’abord un rendez-vous historique qui l’attend à Montréal.

Face au CF Montréal, qui traverse une saison difficile en MLS, le Forge FC entend poursuivre sur sa lancée. Le club de Hamilton connaît bien son adversaire, qu’il a éliminé du Championnat canadien lors des deux dernières éditions.

« On aborde ce match comme tous les autres. Je pense qu’il faut garder notre identité, nos principes de jeux et notre philosophie, explique Antoine Batisse. C’est vrai qu’on joue contre une équipe de MLS mais cela reste 11 joueurs contre 11 joueurs. À nous de rester concentré, de garder notre solidarité et esprit d’équipe tout au long du match. »

Utilisé aussi bien en défense qu’au milieu de terrain cette saison, le Français Antoine Batisse apporte une polyvalence précieuse au Forge FC, un atout supplémentaire pour le club de Hamilton à l’approche de sa finale historique face au CF Montréal. Photo : Tim Austen/CPL

Un discours partagé par Maxime Filion. Le Franco-Ontarien, qui sera absent de la rencontre en raison d’une blessure à l’épaule, estime que son équipe a retrouvé son efficacité devant le but.

« Je pense que l’équipe a finalement trouvé le niveau offensif espéré après les bas que nous avons connus, observe-t-il avant de livrer les clés de la rencontre en attaque. C’est certain que nous allons être obligés de capitaliser sur les occasions que nous allons avoir. Ensuite, au niveau tactique, je ne veux pas trop en dire. Mais, je pense qu’il ne faut pas chercher à changer ce qui fonctionne déjà bien pour nous dernièrement. »

Le trophée qui manque au Forge FC

Pour le Forge FC, cette finale représente bien davantage qu’une occasion d’ajouter une ligne à son palmarès. Déjà habitué aux titres en PLC, le club ontarien rêve de franchir un nouveau cap en devenant le premier représentant du championnat à soulever la Coupe des Voyageurs.

« Pour le groupe, je pense que c’est la finale la plus importante de l’histoire du club. C’est le trophée qui nous manque. Se rendre à ce point est déjà un exploit en soi et c’est vraiment quelque chose dont on peut être fiers », souligne Maxime Filion.

Privé de cette affiche, le Franco-Ontarien reconnaît néanmoins une certaine frustration. « Malheureusement, comme je ne joue pas, je ne peux pas m’approprier cette finale. C’est aux joueurs sur le terrain de la gagner. La seule chose que je puisse faire, c’est de les supporter du mieux que je peux. »

Originaire de Rockland, en Ontario, l’attaquant franco-ontarien Maxime Filion a inscrit deux buts et délivré une passe décisive en 15 rencontres de PLC cette saison. Récemment passé professionnel avec le Forge FC, il manquera la finale historique face au CF Montréal en raison d’une blessure à l’épaule. Photo : Nick Iwanyshyn/CPL

Pour Antoine Batisse, arrivé cette saison à Hamilton, l’occasion est tout aussi particulière. « Cela représenterai une grande fierté pour moi. Je fais ce métier pour vivre ce genre d’événements. Jouer des finales dans un beau stade, avec j’espère beaucoup de supporters, on en rêve tous. Donc maintenant, à nous de rendre ce moment inoubliable et de tout donner sur le terrain pour ne pas avoir de regrets. »

La finale entre le CF Montréal et le Forge FC se disputera ce mercredi 21 octobre, à 19 h, au Stade Saputo. Le vainqueur décrochera également son billet pour la Coupe des champions de la Concacaf 2027.

Référendum en Alberta : le rejet du séparatisme rassure, mais l’immigration inquiète la francophonie

Les résultats préliminaires d’Élections Alberta confirment, ce mardi, le rejet de l’option séparatiste par plus de 75 % des électeurs. Si ce résultat suscite un grand soulagement chez certains, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) et le politologue Frédéric Boily restent vigilants face aux clivages potentiels sur les enjeux d’immigration, vus comme cruciaux pour la démographie francophone.

L’ACFA, qui s’était engagée dans la campagne bilingue Forever Canadian/Canadiens pour toujours et avait mis en place un guide « Coup de pouce linguistique » élaboré avec l’Espace LiFT pour traduire les questions unilingues anglaises dans l’isoloir, voit la position des mouvements fédéralistes confirmée par les urnes.

Selon les résultats partiels publiés par Élections Alberta – basés sur 84 % des bureaux de dépouillement répertoriés au moment de publier ces lignes – l’option du maintien de la province au sein du Canada à la Question 10 l’emporte avec 75,33 % des voix (1 426 991 votes), contre 24,67 % (467 357 votes) pour l’option souverainiste, sur un total de plus de 1,89 million de suffrages comptabilisés pour cette seule question.

« Il y a vraiment un sentiment de soulagement, confie à ONFR la présidente de l’ACFA, Nathalie Lachance. On a travaillé très fort et on était inquiets par rapport à ce qui pouvait sortir, mais le résultat avec environ trois Albertains sur quatre qui favorisent de rester au sein du Canada nous apporte une plus grande sécurité pour les prochains mois. »

Pour l’organisme porte-parole, ce choix garantit la continuité du cadre constitutionnel canadien qui protège les droits linguistiques, l’éducation en français et le développement des institutions francophones.

Et d’ajouter : « Les Albertains et les Albertaines ont envoyé un message très clair. Nous sommes fiers d’être Albertains et Canadiens, et ce résultat nous permet de regarder l’avenir avec confiance. La francophonie albertaine est profondément enracinée dans cette province et fait partie intégrante de son histoire. Nous voulons continuer à contribuer à une Alberta forte, prospère et pleinement engagée au sein du Canada. »

De son côté la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) réagit en rappelant l’importance de la province. « Hier, les Albertaines et les Albertains ont lancé un message sans équivoque par rapport à leur appartenance au Canada. Nous sommes plus forts ensemble, particulièrement dans le contexte actuel. Il serait difficile d’imaginer le Canada sans l’Alberta, riche de près de 300 000 personnes d’expression française qui contribuent à l’essor de leur province et du pays tout entier », c’est ce qu’on peut lire dans une déclaration écrite envoyée à ONFR.

Les réactions politiques n’ont pas tardé à la lumière de ces premiers résultats sur la question de la séparation ayant commencé à arriver en fin de soirée lundi. Se disant « ravi » que les Albertains aient choisi l’unité, le premier ministre Mark Carney a salué « un grand résultat pour le Canada », précisant s’être entretenu avec Danielle Smith pour poursuivre le travail dans un esprit de fédéralisme coopératif, notamment sur les enjeux migratoires.

En Ontario, le premier ministre Doug Ford s’est réjoui de cette décision en affirmant que les électeurs ont opté pour un avenir « plus fort et plus prospère », tandis que la cheffe de l’opposition ontarienne, Marit Stiles, a salué ce choix de la solidarité en rappelant que « ce qui nous rassemble à travers le pays demeure plus fort que ce qui nous divise ».

Pas de grande surprise

Pour les observateurs de la scène politique provinciale, cette issue reflète les dynamiques observées tout au long de la campagne.

« Il n’y a pas de surprise si l’option du « Non » l’emporte, c’est-à-dire le choix de ceux qui veulent garder l’Alberta au sein du Canada et les partisans du statu quo, explique Frédéric Boily, professeur de science politique au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. Tout indiquait qu’on s’en allait dans cette direction-là. »

Selon le chercheur, la dynamique au sein du camp souverainiste manquait de souffle dans la dernière droite : « Même quand on écoute les leaders souverainistes, on ne les voit pas très enthousiastes. On ne ressent pas qu’il y a un vent d’optimisme qui les anime. »

Immigration : le nœud de l’inquiétude?

Si le débat sur l’unité nationale a capté la majorité de l’attention médiatique et politique, le politologue rappelle l’ampleur des autres enjeux au bulletin de vote.

« Il y avait quand même cinq questions sur dix qui portaient directement ou indirectement sur l’immigration, rappelle Frédéric Boily. Même si le débat sur la séparation a pris toute la place dans les médias et l’espace public, la moitié du référendum traitait de ces enjeux qui sont fondamentaux pour l’avenir démographique de la province et de la francophonie. »

Les résultats préliminaires confirment une avance du camp du « Oui » sur ces questions, notamment avec 55,33 % de « Oui » à la question 1 visant à restreindre l’immigration globale et 56,66 % à la question conditionnant l’accès aux programmes sociaux et de santé aux seuls citoyens, résidents permanents ou autres statuts approuvés par l’Alberta.

« Il y a un potentiel de créer de véritables clivages, prévient M. Boily. Du côté des minorités linguistiques et ethniculturelles, on s’est senti sous les projecteurs durant ce référendum. Ce sont des sujets porteurs de tensions sociales post-référendaires. »

Le politologue insiste sur les répercussions potentielles à long terme pour la minorité francophone, dont la croissance repose sur l’apport de l’immigration : « Si le gouvernement privilégie uniquement une logique économique et met de côté l’enjeu de la langue, cela pourrait avoir des conséquences à plus long terme pour la francophonie. »

Pour la communauté francophone de l’Alberta, dont la vitalité repose grandement sur l’apport des nouveaux arrivants, les orientations migratoires provinciales seront surveillées de très près.

« Nous avons des inquiétudes, reconnaît Nathalie Lachance de l’ACFA. Nous continuerons à faire beaucoup de démarchage politique pour indiquer l’importance de l’immigration francophone pour la vitalité de la communauté. C’est un ajout à la communauté, mais aussi un atout pour la province qui permet d’atteindre des marchés internationaux. Il va falloir qu’on s’assure que le gouvernement provincial comprend bien ces enjeux. »

Au lendemain du Grand congrès du centenaire de l’ACFA, la présidente réaffirme que la communauté entend s’appuyer sur ses liens solides et poursuivre ses représentations auprès du gouvernement de Danielle Smith : « Notre communauté vient de célébrer 100 ans de mobilisation. Nous voulons poursuivre ce travail pour renforcer la place du français et consolider nos institutions. »

Une participation historique aux urnes

Au-delà des dix propositions soumises aux urnes, l’autre grande question de ce rendez-vous démocratique résidait sans doute dans le niveau de participation et la capacité de mobilisation des électeurs. Un test de participation concluant : plus de 10,98 millions de bulletins ont été dépouillés à travers l’ensemble des questions.

Signe de cet engouement inédit, le vote par anticipation – qui s’est tenu du mardi 13 au samedi 17 octobre – combiné aux bulletins spéciaux avait déjà établi un record avant même le jour du scrutin, représentant plus de la moitié des bulletins enregistrés.

« Le taux de participation s’avère particulièrement élevé, souligne Frédéric Boily. On se situe sur une affluence globale qui dépasse nettement les moyennes provinciales habituelles, qui stagnent généralement sous la barre des 60 %. »

À titre de comparaison, le vote anticipé et par correspondance n’avait séduit que 27,5 % de l’électorat lors de l’élection générale de 2023, où le taux de participation final s’était établi à 60,5 %.

Alors qu’Élections Alberta complétera la vérification officielle des résultats d’ici le 29 octobre, la première ministre Danielle Smith doit s’adresser ce soir à la population pour préciser la suite législative qu’elle entend donner à ce scrutin.

Pour sa 46ᵉ édition, Contact Ontarois maintient le cap malgré les défis du milieu artistique

Dans un contexte difficile pour les artistes, Contact Ontarois mise sur la créativité et la collaboration, avec une programmation issue à plus de 60 % de la francophonie canadienne. Du 13 au 16 janvier 2027, près de 1800 personnes sont attendues à Ottawa pour découvrir 41 vitrines.

L’édition 46ᵉ édition de Contact Ontarois se prépare dans un contexte tendu pour les artistes, marqué notamment par des réductions de financement du Conseil des arts de l’Ontario qui touchent plusieurs artistes et organismes francophones. « Le financement est de plus en plus difficile à obtenir, et le développement présente des défis », explique Marie-Ève Chassé, directrice générale de Réseau Ontario qui organise Contact Ontarois.

Le milieu de la diffusion n’a pas été touché pour l’instant, précise-t-elle, mais Réseau Ontario demeure vigilant. « D’autres décisions sont encore à venir. Pour le financement de fonctionnement, nous avons été chanceux, autant pour Réseau Ontario que pour nos membres », souligne-t-elle.

Elle ajoute que les diffuseurs sont solidaires du milieu, même s’ils n’ont pas été directement touchés par les réductions annoncées. « Les diffuseurs ne reçoivent déjà pas de grosses sommes. Nous sommes heureux de ne pas avoir été coupés, mais nous aurions vraiment apprécié une augmentation. Nous en aurions eu besoin. »

Malgré les difficultés, elle estime que les artistes continuent de faire preuve de créativité et de dynamisme. « C’est souvent dans les moments difficiles ou de crise que la créativité se fait le plus sentir. Notre milieu ne perd pas son dynamisme. Au contraire, les artistes ont des choses à dire et ont besoin de se faire entendre. C’est là que Contact Ontarois conserve toute sa pertinence. »

Marie-Ève Chassé, directrice générale de Réseau Ontario. Crédit photo : Godwin Daniel Photography

Un moment pour collaborer

Près de 1800 personnes sont attendues à Ottawa pour la 46ᵉ édition de Contact Ontarois. Elles pourront découvrir 41 vitrines d’artistes francophones. Plus de 60 % de la programmation sera issue de la francophonie canadienne, selon les organisateurs.

« C’est un chiffre record pour Contact Ontarois, et nous en sommes très fiers », se réjouit Marie-Ève Chassé, directrice générale de Réseau Ontario.

La musique, le théâtre, la danse, le cirque, l’art de la parole, la magie et le multiart seront représentés. Pour la première fois, une artiste drag, Jenna Seppa, fera également partie de la programmation.

« Contact Ontarois est notre grand rassemblement annuel. Nous avons la chance d’y rencontrer presque tous les intervenants de notre écosystème. C’est précieux : c’est un moment pour collaborer et s’inspirer les uns des autres », souligne Marie-Ève Chassé.

Selon elle, bon an mal an, entre 60 et 80 % des artistes qui présentent une vitrine à Contact Ontarois obtiennent ensuite une tournée.

« Cela représente environ 450 à 550 spectacles en tournée dans notre province. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. »

Cette année, le thème s’inspire de la murmuration, ces envolées d’oiseaux qui avancent ensemble vers un but commun. « Il y avait quelque chose de très collaboratif qui nous inspirait beaucoup dans cette image-là », explique Marie-Ève Chassé. 

Céleste Lévis, porte-parole

Céleste Lévis chante devant un sapin argenté
Célestes Lévis en concert. Crédit image : Mylène Desbiens

Contact Ontarois a choisi Céleste Lévis comme porte-parole cette année. « Céleste est montée sur la scène de Contact Ontarois il y a dix ans pour sa toute première vitrine. Elle a depuis été en tournée aux quatre coins de l’Ontario pour partager son univers et ses cinq albums », expliquent les organisateurs.

Une vitrine pour les artistes 

Les vitrines grand public seront présentées au Centre des Arts Shenkman, du 13 au 15 janvier 2027. Elles consistent en un extrait de 20 minutes d’un spectacle, suivi d’une entrevue pour en apprendre davantage sur l’artiste. Plusieurs artistes de la francophonie ontarienne présenteront leur spectacle pendant la semaine : Geneviève RB, Reney Ray, Mehdi Cayenne, Le R Premier, Fethi Nadjem, Sophie Grenier et Les Rats d’Swompe.

Les vitrines jeunesse se dérouleront les 14 et 15 janvier à l’École secondaire publique De La Salle. Destinées aux élèves du primaire et du secondaire, elles permettront de découvrir plusieurs artistes, dont Évasions Mobile, Joey Albert, Vincent Bishop, ou encore Makhena et Caleb Rankin.

Contact Ontarois présente pour la première fois une Bulle de quatre vitrines axées sur le jeune public. Elles auront lieu le 14 janvier à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins. 

Le vendredi 15 janvier, neuf artistes auront chacun 10 minutes pour présenter leur offre artistique lors des présentations éclair. On cite parmi eux Compagnie Directo Cinéma (France), Triangle Vital, Mélisande, Théâtre Catapulte et Jenna Seppa.

L’événement accueillera également le Panorama des dramaturgies autochtones, une collaboration entre Les Voyagements, Théâtre de création en tournée, et le CEAD (Centre des auteurs dramatiques). Le projet met en lumière des textes choisis par les artistes et offre un regard sur la diversité des écritures autochtones contemporaines.

Français dans le secteur privé : craintes de fuites de postes hors des régions francophones

OTTAWA — L’application du futur règlement sur le français dans les entreprises privées de compétence fédérale pourrait déclencher un effet inattendu : la délocalisation de postes et de points de service hors des communautés francophones en situation minoritaire. C’est la mise en garde lancée lundi soir par le Réseau développement économique et employabilité du Canada (RDÉE Canada) devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles.

Quelques jours après la publication du rapport du Bureau de la directrice parlementaire du budget (BDPB) montrant une facture allégée pour le secteur privé, les témoignages entendus par les sénateurs évoquent des risques de dérive sur le terrain.

« On m’a parlé de fermetures de postes pouvant aller jusqu’à la fermeture définitive d’un point de service ou, à plusieurs occasions, de relocaliser des postes dans une ville qui n’est pas désignée comme une zone à forte proportion francophone afin de ne plus être contraint par le règlement », a rapporté Yan Plante, le président-directeur général du RDÉE Canada, devant le comité présidé par le sénateur Allister Surette.

En sondant de grands dirigeants d’entreprises sous réglementation fédérale (banques, transporteurs, télécommunications) au cours des derniers jours, M. Plante, affirme avoir entendu des inquiétudes persistantes quant aux contours de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP).

Pour éviter les coûts de conformité, les plaintes à répétition ou les atteintes à leur réputation dans les zones désignées à forte présence francophone, certaines firmes envisageraient déjà des scénarios de contournement.

Un piège pour les employés francophones

Le chef de la direction du RDÉE Canada a cité en exemple des délocalisations potentielles de postes administratifs ou de soutien depuis des communautés comme Sudbury vers Toronto, ou d’Edmonton vers Calgary, où le règlement fédéral ne s’appliquerait pas sous sa forme actuelle.

Cette stratégie de contournement créerait un dilemme pour les travailleurs francophones de ces régions. « Si l’employé fait le choix d’être relocalisé, il va quitter sa communauté avec sa famille et va perdre ses droits linguistiques parce qu’il va arriver dans une zone qui n’est pas contrainte, ou il va abandonner son travail pour rester dans sa communauté », a prévenu M. Plante.

« On ne veut pas ça, le législateur ne veut pas ça et actuellement les entreprises elles-mêmes ne veulent pas ça », a-t-il martelé, appelant Ottawa à resserrer les règles du jeu.

Pour neutraliser ce risque de fuite de postes, le RDÉE Canada suggère d’inclure d’emblée les grands centres économiques du pays – comme Toronto, Calgary et Vancouver – dans le périmètre du règlement, rejoignant ainsi la position défendue la semaine dernière par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) qui avait également témoigné devant le Sénat.

Le président-directeur général du RDÉE Canada, Yan Plante, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, lundi 19 octobre 2026. Photo : Capture d’écran / CPAC

Pénurie de main-d’œuvre et révision du règlement

Outre le risque de délocalisation, le RDÉE Canada a soulevé la difficulté de recrutement dans certains secteurs confrontés à une pénurie de main-d’œuvre bilingue. 

Citant l’exemple d’un transporteur aérien où « le pourcentage de gens réellement qui maîtrisent le français qui se pointent aux entrevues est très petit » pour les postes d’agents de bord, M. Plante a souligné que ces embauches ardues découlent d’une rareté de personnel qualifié plutôt que d’un manque de volonté des employeurs.

Face à ces réalités du marché du travail et à l’évolution rapide de la démographie, l’organisme réclame une révision du règlement tous les cinq ans, plutôt que le délai de dix ans envisagé par le gouvernement fédéral, à l’instar de la FCFA.

« Il y a dix ans, nous étions à quatre ans du début de la pandémie… Le monde a changé », a mentionné M. Plante, estimant qu’un suivi plus rapproché permettra d’ajuster les règles aux défis réels du terrain.

Hawkesbury : Des bénévoles offrent le transport gratuit pour lutter contre l’abstention aux municipales

HAWKESBURY — Pour faciliter l’accès aux urnes lors des élections municipales d’octobre, la Ligue du réveil civique de Hawkesbury (LLRC) met sur pied un service de transport gratuit et non partisan. Cette initiative citoyenne vise à encourager la participation dans une municipalité qui, contrairement à plusieurs collectivités voisines, ne propose que le vote en présentiel. 

« Lors des réunions de notre groupe au cours des dix derniers mois, à l’approche de l’élection, les membres ont suggéré que ça pourrait être une chose qu’on pourrait faire pour encourager le vote », explique René Berthiaume, bénévole et modérateur des rencontres de la Ligue du réveil civique. 

« On a développé un logo qui est « 80,4 % – Octobre 2026 – Allez voter », et le but de ça, c’est de doubler la participation au vote. À la dernière élection municipale à Hawkesbury, il y avait 40,2 % des gens qui ont voté. Alors on aimerait doubler cette participation-là. »

Le service sera proposé durant les quatre journées de vote prévues les 22, 23, 24 et 26 octobre, pendant les heures d’ouverture du bureau de vote centralisé au Complexe sportif Robert Hartley. 

René Berthiaume, modérateur au sein de la Ligue du réveil civique de Hawkesbury, l’un des organisateurs de l’initiative de transport gratuit pour le scrutin municipal d’octobre. Photo : Gracieuseté de René Berthiaume

Organisation logistique et cadre de neutralité

Sur le plan opérationnel, la démarche repose sur l’engagement de bénévoles qui utiliseront leurs propres véhicules personnels, identifiés par l’inscription du logo « 80,4 % » apposée sur les vitres arrière. 

L’organisation, qui a vu le jour en janvier dernier, prévoit d’aligner au moins deux véhicules par jour de scrutin, avec la possibilité de mobiliser deux voitures supplémentaires en cas de hausse de la demande. 

Les bénévoles assument l’ensemble de leurs dépenses de carburant et de fonctionnement, l’initiative ne recevant aucun financement ni appui logistique de la Corporation de la Ville de Hawkesbury.

« Notre organisme est complètement bénévole, il n’y a pas de compensation qui est payée à personne », souligne M. Berthiaume. « Les gens le font de façon bénévole et fournissent leur véhicule et leurs dépenses. Il n’y a pas d’aide financière qui va être donnée à nos bénévoles. »

Afin de garantir le caractère non partisan de la démarche, le groupe a établi des consignes strictes d’impartialité à l’intention de ses conducteurs. Il leur est formellement interdit de recommander un candidat, de commenter les programmes électoraux ou d’aborder des thèmes politiques avec les usagers pendant les trajets. 

Le rôle des bénévoles est strictement limité à l’accompagnement physique des électeurs vers le lieu de vote et à leur retour.

Les organisateurs précisent par ailleurs que les véhicules personnels utilisés ne disposent pas d’équipements adaptés au transport de fauteuils roulants. En cas de besoin spécifique pour des personnes à mobilité très réduite, le groupe prévoit orienter les usagers vers les services de transport adapté ou de taxi existants dans la région.

« Ce ne sont pas nécessairement des véhicules adaptés pour les gens à mobilité réduite au niveau de fauteuil roulant ou ces choses-là », indique M. Berthiaume. 

« Le service de taxi de Hawkesbury offre ce service-là, et on se fera un devoir de faciliter cette situation-là si quelqu’un nous appelle et est en besoin de ce genre de transport-là. »

Un contexte électoral axé sur le présentiel

L’initiative s’inscrit dans un contexte électoral particulier à Hawkesbury. Contrairement à d’autres municipalités des Comités unis de Prescott et Russell qui ont presque exclusivement choisi le vote par internet, Hawkesbury a fait le choix de maintenir un scrutin exclusivement en présentiel. 

La nécessité d’un déplacement physique vers le bureau de vote unique constitue ainsi le principal facteur d’organisation de ce service de transport. « Le conseil, à mon avis, fait erreur en ne permettant pas le vote à distance », estime René Berthiaume qui a été maire de Hawkesbury de 2010 à 2014.

« Aujourd’hui, je crois qu’on doit continuer à offrir un vote en présentiel pour les gens qui préfèrent voter comme ça, mais je crois que le conseil à Hawkesbury fait erreur en ne participant pas au vote à distance ou électronique qui est aujourd’hui reconnu comme étant très fiable. »

Pour ce scrutin municipal, cinq personnes sont candidates à la mairie, un record pour Prescott-Russell. De plus, neuf candidats se sont aussi manifestés pour les postes de conseillers municipaux.

À Toronto, Laurence Lemieux fait danser Schubert

« Le danseur principal qui porte l’histoire de Winterreise, c’est mon fils. C’est très spécial pour moi », confie Laurence Lemieux. Pour la première fois, la chorégraphe, originaire du Québec et établie à Toronto, crée une chorégraphie spécialement pour lui, inspirée de Winterreise, ou Le Voyage d’hiver, une œuvre de Franz Schubert vieille de près de deux siècles.


L’œuvre raconte l’histoire d’un jeune homme au cœur brisé qui entreprend un long voyage hivernal. Sur scène, deux danseurs, deux chanteurs, un pianiste et un violoniste donnent vie à ce récit. Pour traduire en mouvements les 24 chansons du cycle, Laurence Lemieux s’appuie d’abord sur la musique. « J’essaie d’absorber chaque tableau au niveau musical, puis de faire naître une gestuelle authentique, qui répond à ce qui se passe dans chaque chanson », explique-t-elle.

La chorégraphe cherche à accompagner l’œuvre sans détourner l’attention de la musique. « La musique est tellement extraordinaire, tellement riche. Tu veux simplement ajouter à la compréhension du public, pas le distraire », dit-elle.

Le spectacle sera présenté au théâtre The Citadel, à Toronto, du 25 au 28 novembre 2026.

À Sarnia, les francophones attendent des engagements concrets du prochain maire 

SARNIA – Deux ans après l’entrée en vigueur de la désignation de Sarnia sous la Loi sur les services en français, la communauté francophone réclame des engagements concrets de la prochaine administration municipale. À dix jours du scrutin, les quatre candidats à la mairie se disent ouverts à des améliorations, mais divergent sur les moyens à privilégier.

Des communications d’urgence en français, un meilleur accueil à l’hôtel de ville, un soutien aux organismes communautaires et un interlocuteur municipal clairement identifié : les francophones de Sarnia souhaitent aller plus loin que les premières mesures déjà mises en place par leur municipalité.

Le 1er novembre 2024, Sarnia devenait officiellement la 27e région désignée de l’Ontario en vertu de la Loi sur les services en français. Une victoire obtenue après plusieurs années de mobilisation communautaire, mais dont la portée concerne les services relevant du gouvernement provincial.

La municipalité n’est donc pas automatiquement tenue d’offrir ses propres services dans les deux langues. À l’approche des élections du 26 octobre, cette distinction soulève une question : jusqu’où le prochain conseil municipal sera-t-il prêt à aller pour répondre aux besoins de ses résidents francophones?

« Notre communauté contribue déjà activement à Sarnia. Nous souhaitons que cette contribution se traduise par une place durable dans les décisions et les investissements municipaux », affirme Tanya Tamilio, présidente du Centre communautaire francophone de Sarnia-Lambton (CCFSL), interrogée par ONFR.

Des avancées à consolider

La responsable communautaire reconnaît plusieurs initiatives de la municipalité : l’installation d’une signalisation bilingue à l’hôtel de ville, la mise en place d’un système de traduction téléphonique et l’embauche d’une personne francophile à la réception. « Ces mesures témoignent d’une volonté de mieux accueillir les résidents francophones et de faciliter leurs démarches », souligne-t-elle.

Pour autant, les besoins restent importants. Mme Tamilio cite d’abord l’accès aux soins de santé en français, particulièrement pour les aînés, les familles et les nouveaux arrivants.

Tanya Tamilio, présidente du Centre communautaire francophone de Sarnia-Lambton (CCFSL). Photo : Archives ONFR

Si l’organisation des soins relève principalement de la province, Mme Tamilio souhaite que la municipalité agisse dans ses propres champs de compétence. Elle place les communications d’urgence et de sécurité en tête de ses priorités, suivies de l’accès aux informations municipales courantes, de l’accueil en français et de la participation aux consultations publiques.

Elle demande également un dialogue régulier entre la Ville et les organismes francophones, la désignation d’une personne-ressource municipale et un soutien équitable aux programmes destinés aux jeunes, aux familles et aux aînés. « Nous aimerions voir des engagements concrets, accompagnés d’un échéancier et de moyens pour les réaliser. »

Carrie McEachran veut un plan 

Ces revendications ont été soumises aux candidats lors d’une rencontre électorale organisée le 5 octobre à l’École secondaire Franco-Jeunesse, à laquelle participaient le maire sortant Mike Bradley, Carrie McEachran et Scott Molson.

Carrie McEachran, directrice générale de la Chambre de commerce de Sarnia-Lambton, y a défendu l’élaboration d’un plan municipal pour les services en français, assorti de priorités, de coûts et d’échéanciers. « La reconnaissance doit mener à des actions », a-t-elle déclaré, en référence à la désignation provinciale.

Interrogée par ONFR, la candidate précise vouloir commencer par le site web municipal, afin de rendre les principales informations et les services les plus utilisés véritablement accessibles en français, sans dépendre uniquement de la traduction automatique.

Carrie McEachran fait de la diversification économique, de la création d’emplois, de l’accès au logement et de la revitalisation du centre-ville ses priorités, tout en promettant une gestion rigoureuse des finances municipales et davantage de transparence à l’hôtel de ville. Photo : site de campagne de Carrie McEachran

Les communications d’urgence, les avis publics et les consultations municipales figurent également parmi ses priorités. Elle souhaite travailler avec le conseil municipal, l’administration et les représentants francophones pour établir un calendrier de mise en œuvre.

Carrie McEachran entend par ailleurs renforcer ses propres compétences linguistiques. Sans être bilingue, elle affirme s’être inscrite à des cours de français qui débuteront en janvier au Centre communautaire francophone.

Mike Bradley invoque les contraintes budgétaires

De son côté, Mike Bradley, à la tête de la municipalité depuis 1988, rappelle son soutien de longue date à la communauté francophone et aux démarches ayant conduit à la désignation de Sarnia.

Le maire sortant reconnaît la nécessité de mieux organiser les services municipaux en français. Lors du forum, il a expliqué que des employés avaient déjà pu venir en aide à des résidents s’exprimant uniquement en français, tout en admettant que cette assistance demeurait ponctuelle. « Il faut que ce soit mieux organisé que cela », a-t-il reconnu.

Maire de Sarnia depuis 1988, Mike Bradley brigue un nouveau mandat en misant sur la maîtrise des taxes municipales, la rigueur budgétaire et la poursuite des investissements dans les infrastructures, tout en défendant le développement économique et l’amélioration de l’offre de logements. Photo : Wikipedia

Il a cependant insisté sur les difficultés financières que la municipalité pourrait rencontrer en 2027. Selon lui, l’amélioration des services en français prendra du temps et devra être examinée parallèlement aux autres priorités budgétaires.

Mike Bradley met également de l’avant les démarches de recrutement de travailleurs et d’entrepreneurs francophones menées avec le Sarnia-Lambton Economic Partnership, qu’il souhaite poursuivre.

Scott Molson et Bill Dennis privilégient une approche progressive

Scott Molson, entrepreneur local, propose pour sa part de réunir des représentants francophones et municipaux au sein d’un comité afin d’identifier les lacunes dans les services. Il se dit favorable à la traduction de renseignements municipaux essentiels, notamment les communications d’urgence, ainsi qu’à l’amélioration du contenu français du site web de la Ville.

Il souhaite également que l’administration recense les services déjà disponibles en français et chiffre les améliorations possibles avant d’envisager la création de nouveaux postes permanents. « Où sont les véritables lacunes? » demande-t-il, privilégiant le recours aux employés bilingues existants, aux technologies de traduction et aux partenariats communautaires.

Entrepreneur et propriétaire de Molson Tire, Scott Molson fait de la gestion rigoureuse des finances municipales, de l’entretien des infrastructures, de la revitalisation du centre-ville et du secteur riverain ainsi que de la lutte contre l’itinérance ses principales priorités. Photo : Facebook de Scott Molson

Absent de la rencontre du 5 octobre, le conseiller municipal Bill Dennis a lui aussi répondu aux questions d’ONFR. Il considère la communauté francophone comme une composante importante de l’histoire et de l’identité de Sarnia, tout en plaçant le développement économique, la sécurité publique, les infrastructures et la gestion des dépenses au centre de ses priorités.

Il se dit disposé à étudier des améliorations « pratiques et abordables » de l’information municipale en français, particulièrement pour les services essentiels et la sécurité publique. Le candidat souhaite rencontrer les organismes francophones pour mieux comprendre leurs besoins, sans toutefois annoncer de mesure budgétaire, de calendrier ni de programme précis.

Aucun des quatre candidats n’a, à ce stade, annoncé de montant déterminé pour soutenir les activités communautaires francophones.

De la reconnaissance symbolique aux engagements municipaux

Lors de la rencontre du 5 octobre, les trois candidats présents ont été invités à nommer une action qu’ils prendraient durant leur première année de mandat pour renforcer les relations avec la communauté francophone.

Mike Bradley a évoqué la poursuite de sa participation aux cérémonies de lever du drapeau franco-ontarien. Carrie McEachran a promis de rencontrer les organismes et les jeunes francophones afin de mieux cerner leurs attentes. Scott Molson a proposé l’organisation d’une célébration de la Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin.

Ces propositions illustrent différentes façons d’entretenir les liens avec la communauté, sans constituer à elles seules un calendrier de déploiement de nouveaux services municipaux.

Conseiller municipal depuis 2018, Bill Dennis fait de la réduction des dépenses municipales, de la maîtrise des taxes, du développement économique et de la création d’emplois ses principales priorités, tout en promettant de renforcer la sécurité publique et d’accélérer les projets de logement. Photo : site de campagne de Bill Dennis

Le monument de la francophonie en suspend

La question de la reconnaissance symbolique se pose également autour d’un projet plus ancien : celui d’un monument consacré à la francophonie de Sarnia. Évoqué depuis plusieurs années, le projet n’a toujours pas abouti. « Il demeure dans nos dossiers de projets à réaliser », confirme Tanya Tamilio. Faute de temps et de ressources, aucune échéance n’est actuellement fixée pour sa réalisation.

La présidente du CCFSL souhaite néanmoins que le prochain conseil municipal s’engage au-delà des célébrations et des déclarations de principe, notamment en associant davantage les organismes francophones aux décisions locales et aux stratégies d’accueil des nouveaux arrivants.

À Sarnia, où le drapeau franco-ontarien flotte en permanence à Seaway Parkette, la reconnaissance de la communauté est désormais bien visible. Reste à déterminer comment elle se traduira dans les services offerts aux résidents au cours du prochain mandat.

Les électeurs de Sarnia peuvent voter en ligne depuis le vendredi 16 octobre. Le vote en personne se tiendra le 26 octobre.

La littérature franco-canadienne sous le feu des projecteurs!

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Il y a quelques jours, le Prix Nobel de littérature 2026 a été attribué à la Canadienne Anne Carson, clôturant un chapitre littéraire mouvementé dans lequel le Canada en a été l’épicentre heureux-malheureux. En effet, ces dernières semaines, la littérature franco-canadienne a eu tous les projecteurs braqués sur elle d’une extrémité à l’autre de l’océan Atlantique. Deux auteurs résidant en Ontario ont particulièrement attiré l’attention sur eux : l’Ottavien Thélyson Orélien et le Torontois Ryad Assani-Razaki.

Entre polémique et encensement, le curseur a soufflé le chaud et le froid sur les plumes francophones du Canada. Ces évènements nourrissent une question de taille : comment notre littérature trouve-t-elle sa place au sein du plus gros écosystème littéraire francophone au monde, la France?

À moins de vivre sur la Lune, il était impossible pour le commun des mortels d’ignorer la polémique entourant le roman C’était ça ou mourir (éditions Boréal) de l’auteur Thélyson Orélien. Porté en haut du podium avec des sélections aux prix littéraires français les plus prestigieux, dont le Goncourt, le Renaudot, le Femina, le Medicis, la Bourse de la Découverte de la Fondation Prince Pierre de Monaco ou encore le Décembre — pour ne citer que ceux-là —, l’auteur a par la suite été accusé d’avoir utilisé massivement l’intelligence artificielle par « Balance ton Claude », un compte X français. L’utilisation de Pangram, un logiciel de détection d’IA dans un texte, pour prouver l’accusation, a indigné la communauté littéraire. Ont suivi des accusations de plagiat : tout d’abord d’articles que l’auteur a rédigés il y a une dizaine d’années, puis de son récit Où va le monde, pour lequel il avait gagné le Prix du public de Radio-Canada en 2014, dont certains passages semblent copiés de la préface du livre Le matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier. 

Parlez-en en bien ou parlez-en en mal, diraient certains , mais parlez-en!

L’ouvrage a été écarté du Prix Goncourt ainsi que de la Bourse de la Découverte, et il ne figure pas dans les deuxièmes sélections des Prix Femina, Médicis et Décembre, alors qu’il a remporté in extremis le prix FNAC avant la polémique. Mais… depuis que l’affaire a éclaté, il a aussi embrassé un destin surprenant : il vient d’être sélectionné au Prix de la Porte Dorée, il fait partie de la deuxième sélection du Prix Renaudot, tandis que ses ventes ont explosé. Ce méli-mélo démontre en quoi son cas divise les opinions! Le 13 octobre, l’auteur est enfin sorti du silence, avouant dans un communiqué officiel que ses plagiats étaient des « erreurs de jeunesse », pour lesquels il s’excuse : « Je le regrette profondément et présente mes excuses sans réserve », mais réfutant toute utilisation de l’intelligence artificielle pour la rédaction de son roman.

D’Ottawa à Toronto

Parallèlement, la littérature franco-canadienne a fait du bruit — positif, cette fois-ci : l’ouvrage Les Maîtres du sol (VLB éditeur) de l’écrivain franco-torontois Ryad Assani-Razaki a fait partie de la première sélection au Grand Prix du roman de l’Académie française. Le parcours de la littérature francophone du Canada n’aura jamais été aussi mouvementé qu’en 2026! Qui l’eût cru! Ces événements m’ont amené à me pencher sur la place accordée à la littérature franco-canadienne — et à plus large échelle de la reconnaissance de la littérature d’expression française internationale — par la France, dont le regard littéraire continue de faire autorité et dont les prises de position sont scrutées par le reste de la francophonie.

À Monaco, une littérature française qui s’ouvre sur le monde

Je me suis intéressée à un prix littéraire relativement peu connu du grand public, mais qui regroupe pourtant des auteurs et autrices francophones de haut calibre : les Prix littéraires de la Fondation Prince Pierre de Monaco. Créée en 1966, la Fondation remet plusieurs prix culturels chaque année en octobre, dont trois prix de littérature : le Prix littéraire (remis à un auteur francophone pour l’ensemble de son œuvre), la Bourse de la Découverte (premier roman francophone) et le Coup de Cœur des Lycéens.

Le jury des deux premiers prix, appelé Conseil littéraire, est présidé par son Altesse Royale la Princesse Caroline de Hanovre. Il réunit quatre membres de l’Académie Goncourt, dix membres de l’Académie française, quatre écrivains francophones ainsi que deux membres honoraires, dont la Canadienne Antonine Maillet décédée en 2025. Parmi les dix-huit membres du Conseil, à l’exclusion de la présidente et des membres honoraires, huit sont de nationalités autres que françaises, soit 44 % du total. Cette diversité se traduit notamment par la présence de deux Canadiens : l’Haïtien-Canadien Dany Laferrière et la Canadienne Dominique Fortier. Le Conseil compte également le Marocain Taha Ben Jelloun, le Libano-Français Amin Maalouf, l’Italien Maurizio Serra, le Suisse François Debluë, le Congolais Alain Mabanckou et le Belge Yves Namur. Cette composition témoigne d’une volonté d’ouverture à la diversité des voix littéraires de la francophonie, et souligne la place reconnue des plumes d’expression française — dont celles canadiennes — au-delà des frontières. 

Sur place, les rumeurs circulent : la Princesse Caroline de Hanovre, grande lectrice, tiendrait particulièrement à avoir une diversité sur le Conseil littéraire, aussi bien au niveau des origines du jury que concernant la parité auteurs-autrices. D’ailleurs, fait qui vaut la peine d’être souligné, la sélection des ouvrages ne se fait pas sur envoi d’œuvres par les maisons d’édition, mais vient directement des membres du jury eux-mêmes. Chacun.e présente deux ouvrages coup de cœur. Plusieurs membres venant de l’étranger m’ont expliqué qu’ils essaient, dans la mesure du possible, de mettre de l’avant des auteurs et autrices de leur pays ; une façon concrète d’accroître la visibilité de littératures parfois moins connues en France.

Cette diversité se ressent pour l’édition de 2026 : sur les quatre auteurs sélectionnés pour le Prix littéraire, on trouve l’auteur suisse d’origine roumaine Marius Daniel Popescu. Pour la Bourse de la Découverte, trois auteurs sur six viennent d’un autre espace national : la Marocaine Soundouss Chraïbi, Marocaine et le Canado-Haïtien Thélyson Orélien (dont l’ouvrage a été écarté de la Bourse après la polémique). Pour finir, dans la catégorie Coup de Cœur des Lycéens (dont le jury est composé de cinquante-sept élèves issus des trois lycées de la principauté), une autre sur les cinq ne vient pas de France : la Suisse Camille Leyvraz.

La cérémonie de proclamation des prix 2026, à laquelle j’ai participé, a eu lieu le 13 octobre à la salle Garnier du Casino de Monte-Carlo. Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II était présent pour cette édition spéciale soulignant les soixante ans de la Fondation. Plusieurs fois, l’IA a été citée de façon parfois subtile pendant la cérémonie, non pour alimenter la polémique récente, mais plutôt pour réaffirmer la croyance profonde en l’importance de la créativité humaine. Jean-Claude Curau, le Secrétaire Général de la Fondation Prince Pierre de Monaco, a d’ailleurs parlé dans son discours d’un « risque de la déshumanisation » et a réaffirmé l’engagement de l’institution à reconnaître le travail fondamental des artistes.

Les lauréats littéraires 2026 sont Daniel Pennac pour le Prix littéraire pour l’ensemble de son oeuvre, Soundouss Chraïbi à la Bourse de la Découverte pour son premier roman Le soleil se lève deux fois et Camille Leyvraz pour son premier roman Rouille dans la catégorie le Coup de Cœur des Lycéens. 

S.A.R. la Princesse Caroline de Hanovre entourée des lauréats 2026 de la Fondation Prince Pierre de Monaco. De gauche à droite : David Fulmer (Coup de Cœur des Jeunes Mélomanes), Alexandre Jamar (Tremplin Musical), Son Altesse Royale la Princesse de Hanovre, Daniel Pennac (Prix littéraire), Camille Leyvraz (Coup de Cœur des Lycéens) et Soundouss Chraïbi (Bourse de la Découverte). Photo : Direction de la communication de la Fondation Prince Pierre de Monaco- Manuel Vitali

Littérature francophone ou d’expression française?

À Monaco, l’expression « auteur d’expression française » est privilégiée à celle d’« auteur francophone ». Cette distinction semble importante : elle met l’accent sur la langue plutôt que sur l’identité et permet d’inclure des auteur.rice.s issu.e.s de toutes les traditions littéraires de langue française, notamment celles des anciennes colonies, sans les enfermer dans une catégorie identitaire. Comme Franco-Ontarienne, j’ai été sensible à ce choix langagier fait avec intelligence par la Fondation.

Les Prix littéraires de la Fondation Prince Pierre de Monaco me semblent l’exemple d’un décloisonnement de plus en plus évident des mentalités, des curseurs appréciatifs, et la preuve de la qualité des plumes franco-canadiennes et d’ailleurs dans la francophonie. Ces dernières trouvent aujourd’hui leur place en sacro-sainte terre littéraire française. Même si des polémiques viennent saupoudrer l’espace littéraire francophone, il n’en demeure pas moins que les plumes d’expression française de l’international, dont les canadiennes, sont essentielles à la création littéraire. Leurs voix méritent de rayonner au-delà de leurs frontières.

À l’Académie française, la francophonie gagne du terrain

Du côté de l’Académie française, je me suis prêtée au même exercice : Dany Laferrière est l’unique canadien nommé à l’institution. Sur les trente-six sièges, six ont une nationalité autre que française, ce qui correspond à 16,7 % de l’ensemble : Dany Laferrière (Canadien/Haïtien), Antoine Compagnon (Belge), Michael Edwards (Britannique), Andreï Makine (Russe), Maurizio Serra (Italien) et Boualem Sansal (Algérien). Le chiffre demeure modeste, mais il montre néanmoins une ouverture progressive et une propension à élargir la représentation de la francophonie au sein des institutions littéraires influentes de France.  Il y a encore du chemin à parcourir, cependant, comme me l’ont souligné des membres de l’Académie française, siéger à cette institution demande un fort engagement : les auteurs vivant en provinces doivent constamment se rendre à Paris, ce défi peut se complexifier lorsqu’un.e auteur.trice vient de l’extérieur du pays. Cette réalité pourrait expliquer en partie pourquoi il n’y a pas plus de représentant.e venant d’ailleurs de la francophonie.

Une partie des membres du comité littéraire 2026 juste avant les délibérations qui se sont tenues à l’hôtel Hermitage à Monaco. De gauche à droite : Pierre Assouline, Marc Lambron, Yves Namur, Dany Laferrière, Philippe Claudel, S.A.R. la Princesse de Hanovre, Dominique Bona, François Debluë, Alain Mabanckou, Jean-Charles Curau (Secrétaire Général de la Fondation Prince Pierre de Monaco).Crédit photo : Direction de la communication de la fondation Prince Pierre de Monaco – Stephane Danna

Construire des ponts entre les littératures d’expression française

Dans la perspective de construire des dialogues entre les différentes littératures d’expression française à travers le monde, prolongeant ainsi l’engagement entamé par la Fondation Prince Pierre de Monaco, j’ai remis plusieurs ouvrages franco-canadiens (dont des œuvres franco-ontariennes) aux membres du Comité littéraire de l’institution. Ceux-ci étaient offerts généreusement par des maisons d’édition francophones du Canada. Au-delà des prix littéraires, véritables propulseurs des talents de demain et moyens de reconnaissance des auteurs et autrices accompli.e.s, il ne faut pas oublier que la littérature est avant tout un partage. Écrire et lire sont les deux faces d’une même pièce de monnaie. La passion littéraire se construit dans les ponts créés entre les différentes francophonies, parfois sans attente, dont la seule intention est de tendre une main vers un.e autre curieux.se de découvrir de nouveaux horizons. Toutes les personnes rencontrées durant les Prix littéraires de la Fondation Prince Pierre de Monaco ont renforcé mon instinct : la littérature est une passion qui se lit au-delà des origines et des nationalités. Le langage littéraire est universel.

Je tiens à remercier la Fondation Prince Pierre de Monaco pour m’avoir invitée à son édition de remise des prix de 2026. 

De gauche à droite, de haut en bas : Marc Lambron de l’Académie française tenant Capharnaüm de Nancy Vickers (David) et Les princes charmants d’Eric Dupont (Marchand de feuilles); Dany Laferrière de l’Académie française avec Tuxedo Kid, mon amour de David Ménard (Interligne); Soundouss Chraïbi, la gagnante de la Bourse de la Découverte avec Et si je savais tout de Lamara Papitashvili (David); François Debluë, représentant les Lettres helvétiques d’expression française avec Le bien ne fait pas de bruit de Monique Proulx (Boréal); Dominique Bona de l’Académie française avec Maman bleue de Sarah Migneron (Prise de parole). Crédit photos : Marine Sibileau

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

30e Franco-Foire de Kingston : célébrer la vitalité francophone malgré les défis

KINGSTON – La Franco-Foire de Kingston soufflera ses 30 bougies ce samedi 17 octobre, tandis que son organisateur, l’Association canadienne-française de l’Ontario, conseil régional des Mille-Îles (ACFOMI), célébrera son 50e anniversaire. Quelque 46 exposants sont attendus au Centre communautaire de l’Est de Kingston. Ce rendez-vous annuel témoigne d’une francophonie locale en transformation, qui reste confrontée à des défis d’accès aux services en français.

Fournisseurs de services, organismes gouvernementaux et entreprises offrant des services en français dans la région de Kingston et des Mille-Îles se réuniront pour cette 30e édition de la Franco-Foire.

« D’année en année, on voit une augmentation du nombre d’entreprises qui viennent proposer leurs services en français », explique Laurianne Montpetit, directrice générale de l’ACFOMI.

L’accès à ces services ne se limite pas aux démarches officielles ou gouvernementales, souligne-t-elle. Il s’agit aussi de pouvoir « prendre un café en français » ou « aller chez la coiffeuse en français ».

« Ça fait partie de la possibilité de vivre tous les aspects de sa vie en français », ajoute Mme Montpetit.

Cinquante ans d’engagement francophone

La Franco-Foire prendra une dimension particulière cette année puisqu’elle coïncide avec le 50e anniversaire de l’ACFOMI. L’organisme a accompagné plusieurs grandes revendications de la communauté francophone de la région. Son territoire couvre notamment Kingston, Brockville, Kemptville, Belleville et Trenton.

« On essaie de continuer le combat pour que les francophones aient accès à tous les services », affirme Laurianne Montpetit, directrice générale de l’ACFOMI. Photo : Rob Whelan

« L’ACFOMI a été au centre des luttes pour l’obtention de certains droits des francophones. Que ce soit pour l’obtention des écoles de langue française, on a fait partie de cette mouvance. On a appuyé les parents, on a appuyé les groupes qui voulaient des écoles en français », rappelle Laurianne Montpetit.

Selon la directrice générale, l’ACFOMI a aussi contribué aux démarches qui ont mené à la désignation de Kingston en vertu de la Loi sur les services en français de l’Ontario. Cette désignation est entrée en vigueur dans la ville le 1er mai 2009.

Pour souligner son anniversaire, l’organisme présentera à la Franco-Foire une exposition artistique intitulée Mémoire francophone en vitrine. Elle réunira des œuvres d’artistes locaux évoquant leurs liens personnels avec la francophonie, des moments marquants de son histoire et le rôle de l’ACFOMI dans la communauté.

Une communauté transformée par l’immigration

Le double anniversaire est aussi l’occasion de mesurer l’évolution de la communauté francophone de Kingston. Longtemps, explique Mme Montpetit, celle-ci s’est appuyée sur un noyau de francophones établis dans la région, auquel s’ajoutait une population plus mobile, notamment des étudiants de l’Université Queen’s, des militaires et leurs familles.

Depuis quelques années, l’arrivée de nouveaux immigrants francophones transforme cette dynamique. « On voit de plus en plus de nouveaux arrivants qui s’installent dans notre communauté », constate la directrice générale. Cette évolution modifie les besoins de la communauté et renforce l’importance de pouvoir accéder à des services en français dans différents aspects de la vie quotidienne.

Des services en français encore insuffisants

L’ACFOMI estime que la communauté francophone de la région compte plus de 5000 personnes, soit environ 3 % de la population locale, dans un environnement très majoritairement anglophone. « Un grand enjeu, ce sont évidemment les services de santé en français, qui sont limités dans la région », souligne Laurianne Montpetit.

Dans ce sens, Mme Montpetit insiste sur l’importance de l’offre active : les services en français devraient être proposés spontanément, plutôt que d’attendre que les usagers en fassent la demande.

Une avancée récente est toutefois saluée du côté municipal. La Ville de Kingston dispose désormais d’un groupe de travail francophone chargé de représenter les intérêts de la communauté et de contribuer à améliorer l’accès aux services municipaux en français.

« C’est une victoire pour nous d’avoir ce point de contact avec la municipalité », estime Mme Montpetit.

Depuis 1997, la Franco-Foire réunit chaque année des organismes communautaires, des institutions publiques et des entreprises offrant des services en français dans la région de Kingston et des Mille-Îles. Photo : Gracieuseté

Un rendez-vous familial et rassembleur

La Franco-Foire est une vitrine des services en français, mais aussi un rendez-vous communautaire qui attire des visiteurs fidèles. Pour les nouveaux arrivants, c’est l’occasion de découvrir les ressources offertes dans leur langue et de nouer des liens avec les organismes locaux. Pour les habitués, c’est un moment de retrouvailles et de célébration.

« La foire, c’est aussi ça : c’est un moment de célébration de notre francophonie, un moment pour se retrouver entre nous », dit Laurianne Montpetit.

La programmation comprendra notamment un spectacle jeunesse d’Ari Cui Cui, Les jeux d’rôles – Les contes classiques en musique, présenté par le Centre culturel Frontenac. La Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO) animera un atelier sur le vieillissement en santé et en sécurité à domicile. Des activités artistiques, dont la création d’étampes, sont également prévues.

Mairie d’Ottawa : le français fait consensus, les pouvoirs du maire et le retour au bureau divisent

OTTAWA – La place du français, les pouvoirs de « maire fort », le retour au bureau des fonctionnaires et la crise du logement ont alimenté les échanges entre les quatre candidats à la mairie d’Ottawa, jeudi soir. À quelques jours du scrutin municipal, le maire sortant Mark Sutcliffe et ses trois principaux adversaires ont exposé leurs visions de la capitale lors d’un débat à l’église presbytérienne Knox, au centre-ville d’Ottawa. Un débat marqué par des divergences et quelques échanges musclés.

Sur une dizaine de questions posées par la modératrice du débat, Hallie Cotnam, de CBC, deux étaient en français, dont une sur la nécessité pour le prochain maire de maîtriser cette langue.

« J’ai le même niveau de français que notre premier ministre, Mark Carney », a lancé Neil Saravanamuttoo devant le public réuni pour ce débat organisé par l’Association communautaire de Centretown et d’autres associations communautaires du centre d’Ottawa.

« Je n’ai pas besoin de cours », a-t-il ajouté, estimant qu’il est « absolument important » que le maire puisse parler français.

Le candidat, qui s’est exprimé en français, a insisté sur la nécessité de multiplier les rencontres avec les communautés francophones à travers Ottawa et de tenir davantage de réunions publiques dans leur langue.

Le débat s’est tenu à l’église presbytérienne Knox, au centre-ville d’Ottawa. Photo : Amine Harmach/ONFR

De son côté, Alex Lawson a commencé sa réponse en français, avec un « Je comprends un peu le français », avant de poursuivre en anglais.

Le candidat, entrepreneur dans le secteur de la construction, a confié que l’apprentissage du français n’avait pas été une priorité durant sa jeunesse passée à travailler sur les chantiers. Une situation qu’il dit avoir voulu éviter à ses enfants.

« Ni ma femme ni moi ne sommes bilingues, mais nous nous sommes assurés que nos filles suivent un programme d’immersion française tout au long de leur scolarité », a-t-il expliqué, se réjouissant que son aînée ait réussi un test d’admission à l’Université de Montréal.

Alex Lawson a également soulevé les difficultés d’accès aux services en français dans certains secteurs d’Ottawa, particulièrement dans l’ouest de la ville.

« À Ottawa, on ne devrait pas avoir des services en anglais d’abord, puis en français. On devrait avoir des services en français et en anglais », a-t-il soutenu.

« Dès qu’on se dirige vers l’ouest d’Ottawa, des familles me disent qu’elles n’arrivent pas à accéder à des services en français », a déploré le candidat à la mairie Alex Lawson. Photo : Amine Harmach/ONFR

Le maire sortant Mark Sutcliffe a, pour sa part, affirmé que dans une « ville bilingue comme Ottawa, le maire se doit d’être bilingue ».

Défendant son bilan auprès de la communauté francophone, M. Sutcliffe a évoqué une amélioration « d’environ 15 % des services en français pendant mon mandat ».

Cet ancien journaliste a également mis de avant les démarches entreprises pour accueillir le Sommet de la Francophonie en 2028 dans la capitale nationale, ainsi que la proclamation de cette année comme Année de la Francophonie à Ottawa.

Le conseiller municipal et candidat Jeff Leiper a lui aussi insisté sur l’importance de la maîtrise du français par le maire.

« Lorsque le maire parle français, c’est une reconnaissance d’une partie de notre histoire », a-t-il déclaré, évoquant la coopération historique entre les communautés anglophone et francophone et le caractère inclusif de la ville.

Échanges tendus sur les pouvoirs de « maire fort »

La question des pouvoirs de « maire fort », accordés aux municipalités ontariennes, a fait apparaître des divergences plus marquées.

« Nous avons un problème de culture organisationnelle à la Ville d’Ottawa. Pour changer cette culture, nous devons remplacer certains hauts responsables qui sont en poste depuis beaucoup trop longtemps », a estimé le candidat à la mairie Neil Saravanamuttoo. Photo : Amine Harmach/ONFR

Neil Saravanamuttoo, économiste de métier, a estimé que plusieurs de ces pouvoirs étaient « franchement antidémocratiques », tout en affirmant vouloir utiliser ceux qui concernent la gestion et la nomination des hauts responsables administratifs.

« Certaines personnes qui ont joué un rôle central dans les décisions concernant le train léger sont toujours là. Et qu’avons-nous fait? Nous leur avons accordé des promotions », a-t-il critiqué.

Il utiliserait donc les pouvoirs de « maire fort » pour remplacer certains dirigeants et « faire avancer Ottawa, plutôt que de la faire reculer ».

Alex Lawson a abondé dans le même sens : « Lorsqu’il s’agit d’examiner la gestion du personnel, de déterminer qui obtient des promotions, qui dépense l’argent des contribuables et comment cet argent est utilisé, je pense que le maire a un rôle important à jouer ».

« Je n’exclus donc pas le recours aux pouvoirs de « maire fort » », a-t-il ajouté, précisant toutefois qu’il n’y aurait « certainement pas recours à la légère ».

Mark Sutcliffe a, pour sa part, défendu une approche fondée sur la collaboration.

Rappelant l’atmosphère qu’il a qualifiée de « toxique » à son arrivée à l’hôtel de ville, il a assuré avoir réussi à rétablir le dialogue entre les conseillers municipaux et à faire adopter les principales décisions avec de larges majorités.

« Je n’ai pas besoin des pouvoirs spéciaux du maire pour obtenir ces résultats », a-t-il plaidé.

« Ces pouvoirs ont été accordés pour faire avancer des projets de développement malgré l’opposition de certains conseils municipaux. Mais des conseils les ont plutôt utilisés pour bloquer ces projets », a souligné le candidat à la mairie Jeff Leiper, au sujet des pouvoirs de « maire fort ». Amine Harmach/ONFR

Jeff Leiper a également rejeté leur utilisation, les qualifiant d’antidémocratiques.

Mais le conseiller de Kitchissippi en a profité pour attaquer le bilan du maire sortant, dénonçant un « manque total d’ambition » au cours des quatre dernières années.

Une critique à laquelle Mark Sutcliffe a rétorqué en accusant Jeff Leiper : « Je lui ai offert la possibilité de travailler ensemble, mais il n’a jamais présenté une seule idée. »

Retour au bureau

Le retour obligatoire au bureau des fonctionnaires a donné lieu à un autre désaccord sur le rôle que devrait jouer le maire face aux décisions du gouvernement fédéral.

Neil Saravanamuttoo s’est montré fermement opposé à cette mesure, estimant qu’Ottawa ne dispose pas actuellement des infrastructures nécessaires pour absorber ces déplacements.

« Les gens peuvent être productifs, quel que soit l’endroit où ils travaillent », a-t-il soutenu.

S’il était élu, il demanderait au gouvernement fédéral de reporter le retour au bureau jusqu’à ce que la ville soit prête.

Alex Lawson estime, lui, que la Ville ne pourra probablement pas changer la décision fédérale et doit plutôt améliorer son réseau de transport en commun.

« Nous devons examiner la gestion d’OC Transpo. Nous devons aussi rétablir les lignes express, afin que les usagers puissent traverser la ville sans devoir faire de nombreux détours dans différents quartiers », a-t-il plaidé.

Pour Mark Sutcliffe, le rôle du maire n’est pas de se comporter comme un « militant » contestant les décisions du gouvernement fédéral, mais de s’assurer que la Ville dispose des moyens nécessaires pour y répondre.

Cette position a suscité une réplique de Jeff Leiper : « C’est absolument le travail du maire d’Ottawa de défendre les résidents de la ville », a-t-il lancé.

« Le rôle du maire n’est pas de se comporter comme un militant qui conteste les décisions du gouvernement, les remet en question et s’en plaint », a déclaré le maire sortant Mark Sutcliffe, au sujet du retour obligatoire au bureau des fonctionnaires fédéraux. Photo : Amine Harmach/ONFR

Le débat a également abordé le logement, le transport en commun, la ruralité et l’itinérance, entre autres enjeux municipaux. Autant de sujets sur lesquels les trois adversaires de Mark Sutcliffe ont tenté de se présenter comme des acteurs du changement, tandis que le maire sortant s’est attaché à défendre son bilan à l’approche du scrutin du 26 octobre.

Forum régional du Nord : une vague d’immigration francophone qui force la réflexion

NORTH BAY – À l’occasion de son forum régional axé sous le thème « Une francophonie qui s’enracine : défis et solutions pour le Nord », le Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario (RSIFNO) a réuni la communauté francophone locale pour dresser le bilan de l’immigration francophone sur le territoire. Le réseau en a profité pour lancer « Osez le Nord », une stratégie promotionnelle visant à favoriser l’immigration francophone dans le Nord de l’Ontario, à un moment où elle connaît un essor sans précédent.

Après huit ans d’absence, le forum régional du Nord fait son grand retour à North Bay. C’est surtout dans un contexte de forte hausse de l’immigration francophone que le Réseau de soutien à l’immigration du Nord de l’Ontario relance un événement qui a rassemblé plusieurs organismes et institutions phares de la région.

« C’est clair qu’il y avait une demande des partenaires pour se réunir et avoir un espace de concertation entre nous. Mais c’est surtout le contexte. On est rendu là. Le nombre d’immigrants francophones qui s’établissent dans le Nord est en croissance conséquente », dit Thomas Mercier, le directeur du RSIFNO. « Il était grand temps qu’on puisse se réunir effectivement ».

Étalé sur deux jours, le forum a réuni plus d’une quarantaine d’acteurs de la francophonie régionale, proposant une multitude d’ateliers portant sur des enjeux liés à l’immigration francophone. Deux tables rondes ont permis à des jeunes immigrants francophones de partager leurs expériences. Entre difficultés d’adaptation, notamment les questions du logement, des transports, et opportunités professionnelles, les participants n’ont pas manqué de livrer leurs vulnérabilités.

De gauche à droite, Moussa Sow, Thom Junior Bakala Foutou, Rim Ayatallah, et Sami Bellamqaddam lors de la première table ronde du forum régional. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Reconnaître les barrières systémiques

Les barrières systémiques rencontrées par les nouveaux arrivants francophones dans la région ont été un sujet récurrent. En effet, la question des discriminations a émergé. C’est Gouled Hassan, directeur du Contact interculturel francophone de Sudbury et membre et responsable adjoint du comité de gouvernance de la Coalition des Noir.e.s francophones de l’Ontario, qui a animé une discussion autour de ce sujet.

« Le visage de la francophonie n’est pas le même qu’il était il y a dix ans. Le problème est que ces nouveaux arrivants francophones ne se sentent pas inclus dans la francophonie comme telle. Donc, ils commencent à créer une francophonie parallèle », affirme-t-il.

Gouled Hassan pense qu’il faut créer le dialogue sur les discriminations auxquelles font face les nouveaux arrivants pour favoriser leur épanouissement au sein de la francophonie nord-ontarienne. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

M. Hassan parle notamment d’un écart entre la francophonie nord-ontarienne implantée depuis longtemps et la francophonie des nouveaux arrivants. « Le problème, c’est que la francophonie traditionnelle a tout le pouvoir décisionnel, dans tous les projets qui fonctionnent bien, dans tous les organismes qui sont dans la communauté. La nouvelle francophonie n’a pas d’espace pour s’épanouir, pour se retrouver, se voir à l’intérieur de ces espaces-là ».

Et d’ajouter : « C’est important qu’on ait ce dialogue-là maintenant au lieu d’attendre que le problème devienne tellement grand que c’est impossible de faire changer le navire de bord . »

Créer une identité commune pour le Nord

Lors de la première journée du forum, le réseau a notamment lancé la campagne « Osez le Nord ». Pour le directeur, cette campagne est surtout l’occasion de « réunir l’ensemble des parties prenantes qui ont un rôle à jouer dans la promotion du Nord de l’Ontario pour créer une image de marque commune », explique-t-il.

À travers ce projet déployé jusqu’en mars 2028, les organismes partenaires joindront leurs efforts pour positionner le Nord « comme une destination spécifique pour les étudiants étrangers et les familles, les travailleurs qui cherchent des opportunités professionnelles et qui veulent bénéficier de la qualité de vie du Nord de l’Ontario ».

Le programme prévoit de regrouper des professionnels en communication et marketing afin d’élaborer une stratégie promotionnelle visant à bâtir une image de marque pour la région, propre à séduire les immigrants francophones. Un autre objectif clé est de régionaliser cette immigration, dit M. Mercier, soulignant que la hausse des arrivées à Sudbury peut entraîner une surfocalisation sur cette ville, alors qu’il importe de faire rayonner les autres municipalités du Nord.

Thomas Mercier est le directeur du Réseau de soutien à l’immigration du Nord de l’Ontario (RSIFNO). Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

« Pour mettre en œuvre cette stratégie, nous avons réuni un groupe de travail composé de spécialistes en communication et en marketing issu de municipalités, des établissements secondaires, primaires, et universitaires, des organismes offrant des services d’établissement et d’autres partenaires clés en immigration », annonce Nathalie Nimpa, l’agente du projet, lors du lancement officiel.

Parmi les projets, une campagne médiatique consistant en « des portraits vidéos de 60 à 90 secondes permettant de découvrir leurs parcours, les raisons de leur choix, et pourquoi ils viennent dans le Nord de l’Ontario », dit-elle. « La campagne de témoignage vise à faire connaître le Nord, à créer de l’émotion auprès du public, mais surtout à relater les histoires vraies et les parcours de vie porteurs, intéressants ».

Au-delà des témoignages, « Osez le Nord » s’articule autour de trois autres axes : un volet événementiel, numérique et publicitaire, ainsi qu’une stratégie de partenariats clés. Parmi les projets phares de la campagne, un balado animé par Radio-Canada.

ServiceOntario : des ratés majeurs en français, rapporte le commissaire Bouchard

TORONTO – Suite à une enquête révélant la non-conformité de ServiceOntario et du gouvernement à plusieurs de ses obligations liées à la Loi sur les services en français (LSF), le commissaire aux services en français, Carl Bouchard, a émis 25 recommandations pour améliorer la façon dont la prestation en français y est offerte et surveillée.

Le ministère des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement, en charge de ServiceOntario, fait partie des trois ministères faisant l’objet de plus de plaintes, explique le commissaire Bouchard dans son rapport « À la recherche des services en français ».

Une majorité de ces plaintes émane de clients de ServiceOntario estimant que leurs droits linguistiques ne sont pas respectés dans les points de service.

Le commissaire aux services en français, Carl Bouchard, était en conférence de presse à Queen’s Park ce jeudi pour présenter son nouveau rapport « À la recherche des services en français ». Photo : Sandra Padovani/ONFR

Lancée en avril 2025, cette enquête sur la conformité des services en français dans les ServiceOntario, menée par l’Unité des services en français, a mis en lumière « d’importants problèmes dans la prestation des services en français aux endroits où des services de première ligne en français sont requis ».

« Des enjeux qui doivent être traités immédiatement », a intimé ce jeudi le commissaire Bouchard lors de la conférence de presse suivant le dépôt de son rapport.

L’examen d’un millier de documents, la conduite de 70 entrevues et la visite à une vingtaine d’emplacements, a révélé que douze des points de service soumis à la LSF ne comptaient aucun employé bilingue.

Les processus de vérification en place considéraient souvent les obligations liées aux services en français comme « une exigence administrative mineure », rapporte le document.

Entre autres constats, il existe une confusion du personnel et des responsables de ServiceOntario quant aux zones soumises à la LSF et à leurs obligations linguistiques réelles. Une méconnaissance exacerbée au sein des points de service exploités par des tiers.

Une différence de traitement marquée entre les points de services

« On a remarqué une différence entre les points de services qui sont opérés directement par le ministère et ceux qui sont opérés par des tiers partis », a répondu à ONFR le commissaire en conférence de presse, remarquant beaucoup plus de personnel bilingue dans les points de services opérés par le ministère.

Début 2024, la province avait annoncé la fermeture de centres ServiceOntario au profit de kiosques intégrés à l’enseigne américaine Staples/Bureau en Gros.

Si M. Bouchard ne cite pas directement l’enseigne, il réaffirme l’importance de l’homogénéité entre les agences. « ServiceOntario, c’est un nom qui doit des services en français aux francophones de l’Ontario, et c’est ce que j’entends bien qu’il se produise. »

Son rapport rappelle en effet que, même si les agences gouvernementales concluent des ententes avec des tiers pour fournir des services en leur nom, elles ne peuvent pas se détacher de leurs obligations en vertu de la LSF. Le Règlement de l’Ontario 284/11 exige qu’elles s’assurent que les tiers respectent la LSF et ses règlements.

« C’est le règlement sur l’offre active qui fait que dès le premier point de contact, on se fait dire ‘Hello, bonjour, comment puis-je vous aider?’ Une offre bienveillante qui envoie un message que le service en français sera fiable, de qualité, et qui va nous permettre de continuer en français », appuie le commissaire, avant d’ajouter que le ministère en est imputable.

Or, côté gouvernement, « le ministère responsable de ServiceOntario n’a pas respecté pendant des années les exigences réglementaires de produire des rapports concernant les services fournis par des exploitants tiers », détaille le communiqué.

Une responsabilité directe du ministère des Affaires francophones

« Le ministère des Affaires francophones aurait dû intervenir il y a bien longtemps », a également soutenu en conférence de presse M. Bouchard.

Il indique en effet que le règlement 284/11 sur les tiers partis spécifie que les ministères sont responsables, dans les 30 jours de la mise en œuvre d’un contrat, de rapporter au ministère des Affaires francophones des éléments précis, comment les services sont octroyés au public.

« Le ministère des Affaires francophones disposait d’informations qui, raisonnablement, lui auraient permis d’aller voir le ministère (des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement) et de leur demander directement pourquoi ils n’avaient jamais reçu de rapport de leur part », rapporte M. Bouchard à notre micro.

« C’est son mandat dans la Loi », a-t-il tranché.

Dans ce contexte, le commissaire aux services en français a ainsi isolé 25 recommandations pour renforcer les services en français, la dotation en personnel, la formation et la surveillance, en améliorant la conformité à la Loi sur les services en français.

Des engagements réactualisés du côté de la province

Le ministère des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement et le ministère des Affaires francophones (MAFO) ont accepté 18 des 25 recommandations du commissaire visant à améliorer la façon dont les services en français sont administrés et surveillés.

Parmi ses engagements, le gouvernement s’attache à ce que tous les points de service tenus d’offrir des services en français s’y conforment, à mettre en place une surveillance de ces services, à produire les rapports requis, en plus de former son personnel, et à évaluer les besoins du personnel bilingue.

Autres axes retenus : davantage d’information au public quant à la disponibilité des services en français, en plus d’établir une dotation minimale de personnel bilingue dans les points ServiceOntario opérés par des tiers.

Le ministère des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement recevra également l’appui du MAFO pour l’amélioration des prestations. Ce dernier s’est engagé à examiner la recommandation sur la surveillance du respect de la production de rapports sur les prestations prévues par la LSF.

« Ces engagements constituent une étape importante vers l’amélioration de l’accès aux services en français partout en Ontario, a affirmé M. Bouchard. Nous continuerons de surveiller de près les progrès réalisés dans la mise en œuvre ou l’examen des recommandations, et nous rendrons compte publiquement et régulièrement des résultats obtenus. »

Quant au reste des recommandations, le gouvernement s’est engagé à examiner les enjeux en suspens et les recommandations destinées à y répondre.

Le ministère des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement ainsi que le MAFO doivent chacun remettre au commissaire un rapport de progrès dans les six mois suivant le dépôt du présent rapport, ainsi que tous les six mois par la suite, « jusqu’à ce que je sois satisfait que des mesures adéquates ont été prises pour y répondre », a conclu Carl Bouchard.

Dans le premier segment de l’émission du 15 octobre de « Toute une semaine! », le panel d’experts, Tasha Kheiriddin, Luc Turgeon et Fuyuki Kurasawa, s’est également penché sur les constats du commissaire aux services en français.

« On est très heureux » : Enfin une plaque patrimoniale pour l’église de l’Ordre de Jacques-Cartier

OTTAWA – À moins d’une semaine du centenaire de la fondation de l’Ordre de Jacques-Cartier, la valeur patrimoniale et historique de l’ancienne église Saint-Charles-Borromée sera officiellement immortalisée. La Ville d’Ottawa procédera à l’installation d’une plaque commémorative de bronze sur le bâtiment du quartier Vanier ce jeudi, avant un dévoilement officiel à la communauté ce vendredi matin.

Désignée bien patrimonial par la Ville d’Ottawa en 2013, puis confirmée par un règlement modificatif du conseil municipal en février 2020, l’église construite en 1908 manquait toujours d’une signalisation publique rappelant son histoire.

C’est le Comité de la francophonie de l’Association communautaire de Vanier (ACV) qui a pris le dossier à bras-le-corps pour réclamer cette plaque.

« On est très heureux […] Ça fait tellement longtemps qu’on l’attend, cette plaque. Il n’y avait absolument rien qui démontrait le statut patrimonial de l’église jusqu’ici », se réjouit Johanne Leroux, bénévole au sein de l’ACV dont elle fut la présidente du comité francophone jusqu’à récemment.

Pour la communauté francophone de la capitale, cette reconnaissance publique survient à un moment charnière.

« C’est une belle reconnaissance patrimoniale pour la communauté francophone d’Ottawa et plus particulièrement de Vanier, souligne Bobby Boudreau, président de l’ACFO Ottawa. L’église Saint-Charles-Borromée a été un lieu phare pour les citoyens de Vanier, mais aussi pour les avancements de la francophonie partout au pays. »

La plaque patrimoniale soulignant l’architecture de 1908 de l’église Saint-Charles-Borromée et la naissance de l’Ordre de Jacques-Cartier en 1926. Photo : Gracieuseté de Johanne Leroux

Le berceau de « La Patente »

La plaque de bronze rédigée en français et en anglais rappelle l’architecture néo-classique québécoise conçue par Charles Brodeur, mais accorde une place centrale à la fondation de l’Ordre de Jacques-Cartier.

C’est en effet dans le sous-sol du presbytère attenant que cette société secrète, surnommée « La Patente », est née le 22 octobre 1926 sous l’impulsion du curé François-Xavier Barrette, de l’ingénieur Albert Ménard et d’Émile Lavoie.

Pendant près de quarante ans, l’organisation a œuvré dans l’ombre à l’échelle canadienne pour favoriser l’accès des francophones à la fonction publique fédérale, exiger des chèques de paye bilingues, la monnaie bilingue ou encore pour jeter les bases des conseils scolaires de langue française en Ontario.

« C’est une église qui a un impact historique national. […] Ça aurait été épouvantable qu’il n’y ait pas de plaque avant le 22 octobre pour le 100e anniversaire », affirme Johanne Leroux.

Les militants ont d’ailleurs dû faire pression cet été auprès de la Ville pour que le budget nécessaire soit accordé afin d’offrir une plaque complète comprenant le récit historique et le nom de l’église.

Un projet d’occupation commerciale dans l’église Saint-Charles-Borromée a échoué en raison de la COVID-19, de l’inflation et des difficultés de financement, forçant le promoteur à mettre le bâtiment en vente. Photo : Inès Rebei/ONFR

Du côté de la municipalité, on attribue ce délai de plus d’une décennie aux démarches d’aménagement du site.

« À la suite de la désignation de l’église comme lieu patrimonial en 2013, les travaux de réaménagement du site ont retardé l’installation de la plaque », indique Anne Fitzpatrick, planificatrice de la conservation du patrimoine à la Ville d’Ottawa.

Conçue au coût de 1976,03 $ par la Direction de la planification du patrimoine de la Ville, la plaque a été rédigée par un historien municipal avant d’être soumise pour examen au comité francophone de l’ACV. La Ville confirme d’ailleurs que la date du dévoilement le 16 octobre a été choisie sur mesure pour concorder avec les célébrations du centenaire de La Patente.

Toujours pas d’acheteur

Cette cérémonie survient alors que l’avenir du bâtiment suscite toujours des interrogations. Acquis en décembre 2014 par le consortium Modbox puis mis en vente au printemps dernier pour 5,3 millions de dollars, le complexe réaménagé « St. Charles Market » cherche un nouvel acquéreur.

« On voulait vraiment que le statut se transmette et célébrer cette mémoire, particulièrement depuis que l’église a été mise en vente, explique à ce propos Mme Leroux. On ne voulait pas que dans la transaction, on perde la notion du statut patrimonial de l’édifice ou que le lieu soit négligé. »

Conçue par la firme d’architecture Linebox Studio, la transformation du site a permis d’enchâsser une structure résidentielle de huit étages autour de l’ancien lieu de culte. 

Toutefois, la protection municipale obtenue sous la Loi sur le patrimoine de l’Ontario ne protège que l’enveloppe extérieure et le clocher de l’église, excluant l’espace intérieur ainsi que l’ancien presbytère aujourd’hui démoli.

Johanne Leroux, bénévole au Comité de la francophonie de l’Association communautaire de Vanier, qui a mené les démarches pour l’obtention de la plaque patrimoniale. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Notre objectif est de vendre l’église à un acheteur qui en sera également l’occupant et qui voudra en faire son milieu de vie ou son commerce, tout en maintenant l’espace ouvert et accessible au public », explique Darryl Squires, associé chez Modbox.

« Tout ce que nous avons accompli sur cette propriété depuis plus de dix ans a été fait dans l’optique d’honorer l’histoire de l’église et son rôle dans la communauté francophone, ajoute M. Squires, précisant que la plaque sera fixée à gauche de l’entrée principale. Nous avons investi énormément d’argent et d’efforts dans la structure et les fondations pour mettre le bâtiment aux normes modernes et en assurer la pérennité. »

Parallèlement, Johanne Leroux espère qu’une deuxième plaque, cette fois-ci d’envergure nationale, verra le jour à proximité. Une demande de désignation est actuellement à l’étude auprès de Parcs Canada et de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada pour reconnaître l’importance historique nationale de l’Ordre de Jacques-Cartier.

Un automne sous le signe de l’histoire à Vanier

Les célébrations entourant le centenaire ne s’arrêteront pas au dévoilement de ce vendredi, lequel sera d’ailleurs suivi d’une réception. L’événement, orchestré par le Comité de la francophonie et l’ACV, est rendu possible grâce à la collaboration de la Ville d’Ottawa, du projet Vanier Culture en action, de la Zone d’amélioration commerciale (ZAC) Vanier, ModBox et The Lake Partnership et du Marché St. Charles.

La Ville d’Ottawa et Vanier Culture en Action, en collaboration avec la ZAC Vanier, présenteront aussi des extraits de la comédie musicale Les Patenteuses, une création de la compagnie Les Créations In Vivo sur le parvis lors de la cérémonie (ou à l’intérieur de l’édifice en cas de pluie).

De son côté, le Muséoparc Vanier inaugurera le 29 octobre prochain une exposition temporaire intitulée L’Ordre de Jacques Cartier : 100 ans de mystère et d’influence, qui permettra au public d’explorer les rituels, les codes secrets et l’impact de cette société née au cœur de Vanier.

Référendum en Alberta : la jeunesse et l’ACFA mobilisées face à un vote inédit

Alors que le vote par anticipation s’est ouvert ce mardi en Alberta, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) et Francophonie jeunesse de l’Alberta (FJA) déploient une batterie d’outils d’aide linguistique pour inciter les Franco-Albertains à se rendre aux urnes. À quelques jours du scrutin référendaire du 19 octobre, la jeunesse aborde ce rendez-vous démocratique entre intérêt marqué et sentiment d’impuissance.

Face à un bulletin de vote inédit comprenant 10 questions rédigées uniquement en anglais par Élections Alberta, l’organisme porte-parole et ses partenaires passent à l’action sur le terrain afin d’éviter que la barrière de la langue ne devienne un obstacle à la participation.

« Les questions sont longues, elles sont complexes, donc le but est vraiment de s’assurer qu’il n’y ait pas de barrières et d’essayer de minimiser les barrières linguistiques avec ce vote très important », explique Nathalie Lachance, présidente de l’ACFA.

Pour pallier l’absence de matériel bilingue dans les bureaux de scrutin, l’ACFA a fait équipe avec l’Espace LiFT, dirigé par la professeure Anne-José Villeneuve, du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. Ensemble, ils ont conçu un document d’une page intitulé « Coup de pouce linguistique ».

Pour la présidente de l’ACFA, Nathalie Lachance, désigner 2026 comme Année de la francophonie est une reconnaissance qui donne une visibilité accrue aux francophones de l’Alberta. Photo : Gracieuseté ACFA

Ce guide offre une traduction fidèle en français des 10 questions référendaires, basée sur le travail réalisé par Radio-Canada. Les électeurs peuvent l’imprimer et l’apporter directement avec eux dans l’isoloir pour se guider au moment de voter.

« Tout ce qui a été fourni dans plusieurs langues par Élections Alberta, ce sont des questions par rapport au processus de vote, mais rien par rapport aux questions comme telles », précise Mme Lachance pour justifier cette initiative citoyenne.

Outre ce guide pour l’isoloir, l’ACFA propose sur son site web des fiches explicatives sur l’impact potentiel des questions pour la minorité, ainsi qu’un « plan de vote » individuel permettant d’identifier le meilleur créneau horaire. 

L’organisme rappelle que les personnes ayant opté pour le vote par la poste doivent soumettre leur enveloppe avant le 16 octobre, la date limite de demande étant échue depuis le 25 septembre.

L’intérêt et le désarroi de la jeunesse francophone

Au bureau de vote par anticipation du Campus Saint-Jean, accessible aux résidents du secteur, le scrutin référendaire suscite des réactions contrastées au sein de la communauté étudiante.

« De ce que j’ai vu depuis le commencement, on a deux groupes, observe Ilona Kibangou, présidente de Francophonie jeunesse de l’Alberta (FJA). Il y en a que ça intéresse pas mal parce qu’on parle de sujets majeurs comme la séparation. Mais il y a aussi un autre côté où les jeunes trouvent que c’est quelque chose d’assez compliqué. Les questions n’ont pas été bien formulées pour que les jeunes puissent facilement les comprendre avant de voter. »

Ce sentiment d’impuissance est d’autant plus vif chez une frange importante de la jeunesse francophone : celle issue de l’immigration récente qui, ne possédant pas encore la citoyenneté canadienne, se retrouve exclue des urnes alors que l’Alberta compte ses défis en matière d’immigration et d’intégration.

« Moi, par exemple, je suis résidente permanente, ce qui fait que je ne peux pas voter, confie Ilona Kibangou. Je suis ici au Canada depuis longtemps, je suis quelqu’un de très impliquée dans la francophonie et dans ma communauté, et c’est un vote qui me tient à cœur. Les questions sont prioritairement sur ma situation en tant qu’immigrante. C’est sûr qu’on aimerait avoir cette chance-là de voter, mais on ne peut pas. »

Ilona Kibangou, présidente de Francophonie jeunesse de l’Alberta (FJA), souligne l’intérêt de la jeunesse francophone pour le scrutin tout en rappelant la stricte neutralité de l’organisme. Photo : gracieuseté d’Ilona Kibangou

Des séances d’information ciblées

Pour accompagner les premiers électeurs et les jeunes de 18 ans, deux séances d’information virtuelles ont été organisées la semaine dernière. Si la première réunion ciblait le grand public, la seconde s’est déroulée en partenariat direct avec FJA.

« À la deuxième session, on a réussi à trouver pas mal de jeunes quand même, environ une dizaine, indique la présidente de FJA. Ils ont bénéficié de conseils sur comment et où voter. On ne leur dit pas quoi voter, mais on leur montre que c’est important de pouvoir voter et que ces décisions vont nous affecter, en bien comme en mal. »

L’ACFA collabore également avec FJA et le nouvel organisme Majorité pour continuer de diffuser largement les supports d’information et les présentations issus de ces rencontres.

Entre engagement historique et neutralité

Cette mobilisation électorale survient alors que la communauté s’interrogeait sur la place de la francophonie face au mouvement souverainiste. 

Au printemps dernier, la francophonie albertaine a pris officiellement position contre la séparation de l’Alberta en s’associant au mouvement Canadiens pour toujours (Forever Canadian), cofondé par l’ancien vice-premier ministre provincial Thomas Lukaszuk.

« Nous croyons que c’était important pour nous de partager notre intérêt et notre désir de demeurer au sein du Canada. On comprend que les protections que nous avons en tant que francophones en situation minoritaire sont beaucoup mieux protégées grâce aux institutions fédérales », réitère la présidente de l’ACFA, en évoquant la Charte canadienne des droits et libertés et la Loi sur les langues officielles.

79 965 personnes (environ 1,88 %) ont le français comme première langue officielle parlée en Alberta selon le recensement de 2021. Photo : Istock

De son côté, FJA choisit de conserver une stricte neutralité auprès de ses membres. « On ne peut pas vraiment se prononcer sur la question parce qu’on n’est pas supposés prendre parti, précise Ilona Kibangou. Même quand on incite les jeunes à aller voter, on fait bien attention de ne pas pousser le bouchon en disant pour quoi voter ou ne pas voter. C’est juste important d’exercer son droit. »

Planifier son vote avant le 19 octobre

Avec 10 bulletins de vote différents à remplir par personne, l’ACFA s’attend à ce que les files d’attente soient particulièrement longues lors de la journée officielle du scrutin, le 19 octobre.

L’organisme encourage donc fortement les citoyens à profiter de la période de vote par anticipation, accessible jusqu’à ce samedi.

Sur le terrain, la présidente de FJA note toutefois que la plupart des étudiants tardent encore à se déplacer : « Jusqu’ici, dans les salles de vote du campus, j’ai surtout vu des personnes plus âgées et des parents venir voter. On connaît les jeunes : on est souvent à la dernière minute. La plupart iront probablement le jour même du scrutin, le 19 octobre. »

Cette fièvre électorale s’invitera d’ailleurs directement au Grand congrès du Centenaire de l’ACFA, qui clôturera les célébrations de son 100ᵉ anniversaire les 16 et 17 octobre à l’Edmonton Expo Centre. 

En plus des festivités comme l’Expo Frab, la Mosaïque du centenaire et le spectacle Francophonique, un atelier spécifiquement consacré aux enjeux du référendum figure à la programmation

Prix de reconnaissance 2026 : l’AFO dévoile ses six lauréats

OTTAWA – L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a dévoilé ce mercredi les six lauréats de la 14e édition de ses Prix de reconnaissance. Cinq personnes et un organisme recevront leur distinction le 23 octobre à Richmond Hill, à l’occasion du Congrès annuel de l’organisme.

Le Prix Paulette-Gagnon, qui reconnaît un parcours professionnel exemplaire au service de la communauté franco-ontarienne, est décerné à Claudia Lebeuf. Née en France et installée à Toronto depuis 1972, elle a été directrice administrative du Théâtre du P’tit Bonheur, aujourd’hui le Théâtre français de Toronto (TfT), de 1979 à 1989. Durant cette période, le nombre d’abonnés est passé de 30 à 1200.

Après un passage à l’Assemblée des centres culturels de l’Ontario, elle devient la première directrice générale du Regroupement des intervenants et intervenantes francophones en santé et en services sociaux de l’Ontario (RIFSSSO), jusqu’à sa retraite en 2002. Toujours engagée auprès du TfT, dont elle est donatrice depuis 1993, elle a assisté le 31 juillet dernier à la première pelletée de terre de sa future salle permanente, un projet qu’elle portait depuis ses débuts.

La culture et les arts de la scène à l’honneur

Le Prix de l’Horizon franco-ontarien, qui souligne une initiative communautaire contribuant de manière originale et durable à la vitalité de la francophonie, revient à Réseau Ontario. Producteur de Contact ontarois, le marché du spectacle, depuis 2001, l’organisme y rassemble chaque année plus de 2000 participants autour d’une quarantaine de vitrines d’artistes de la francophonie ontarienne et canadienne.

Réseau Ontario compte 41 membres à travers la province, dont 13 diffuseurs scolaires représentant 455 écoles francophones. Ses réseaux de diffusion permettent également la circulation de plus de 600 activités artistiques par année devant plus de 134 000 spectateurs, selon le dossier de presse de l’AFO.

Le Prix Florent-Lalonde, consacré à l’engagement bénévole, est attribué à Robert C. Rhéaume. Originaire de New Liskeard, ce comptable professionnel agréé à la retraite a consacré plus de 40 ans de bénévolat à des organismes dans les domaines du sport, de la jeunesse, de la santé et des affaires.

Administrateur de La Coccinelle depuis novembre 2022 et président de son conseil d’administration depuis 2024, il a contribué à l’expansion de ses services de garde en français à Ottawa et dans le comté de Lanark. « Redonner à la communauté qui m’a soutenu tout au long de ma carrière, a toujours été le moteur de ma décision de m’impliquer », affirme-t-il dans le dossier de presse.

Jacob Pilon, Robert C. Rhéaume, Claudia Lebeuf, Lo-Anne Chan et Pierrette Ouellette sont les cinq personnalités récompensées aux Prix de reconnaissance 2026 de l’AFO. Réseau Ontario est également honoré pour Contact ontarois. Photos : gracieuseté AFO/ Montage Canva.

Le bénévolat et la relève récompensés

Le Prix Jeunesse est décerné à Jacob Pilon, originaire de Cornwall. Étudiant en science politique et en droit à l’Université d’Ottawa, dans un parcours en français, il s’est investi dans la politique étudiante à l’École secondaire catholique La Citadelle, ainsi que dans des enjeux municipaux et provinciaux. Il souhaite se diriger vers le droit constitutionnel et administratif, notamment pour défendre les droits des francophones en situation minoritaire.

Le Prix Francophile revient à Lo-Anne Chan, une anglophone engagée dans le rapprochement des communautés de Sarnia-Lambton. Membre du conseil d’administration de la Société d’aide à l’enfance locale depuis plus de cinq ans, elle a contribué à intégrer les droits linguistiques dans les pratiques de l’organisme.

Devenue navigatrice des services en français au Centre communautaire francophone de Sarnia-Lambton en 2025, elle développe des outils pour améliorer l’accueil des familles francophones. Elle soutient également le recrutement de personnel bilingue et sensibilise les professionnels à l’importance de l’identité linguistique dans le bien-être des enfants et des familles.

Des services en français aux besoins des aînés

Enfin, le Prix Omer-Deslauriers, qui reconnaît l’apport d’une personne de 50 ans et plus à la communauté franco-ontarienne, est décerné à Pierrette Ouellette. Retraitée de l’enseignement à Chapleau, elle a notamment contribué à la fondation du centre culturel Louis-Hémon dans les années 1980 et longtemps présidé le Club Maria Chapdelaine.

Elle préside depuis plus de dix ans le Carrefour santé Chapleau–Foleyet–Sultan, qui veille à la prestation de services de santé en français dans la région. Également à la tête de la section régionale du Grand-Nord de la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO), elle préside Maison Boréal Home, un organisme voué à la création de logements abordables pour les aînés semi-autonomes.

« Les réalisations de nos lauréates et lauréats témoignent de la force de l’engagement au sein de la francophonie ontarienne », souligne le président de l’AFO, Fabien Hébert, dans le communiqué. Il estime que leurs parcours constituent une source d’inspiration au moment où les États généraux de l’Ontario français invitent la communauté à définir son avenir collectif.

Santé en français hors Québec : plus d’un francophone sur trois n’ose plus réclamer ses services

OTTAWA — La gêne ou la peur de déranger prend-elle le dessus sur le besoin d’être soigné dans sa langue? Selon de nouvelles données diffusées ce mercredi matin par Statistique Canada, la proportion de francophones hors Québec qui ne se sentent pas à l’aise de réclamer des soins de santé en français dans un établissement public a fait un bond considérable depuis 16 ans. Derrière ce constat se trouve toutefois un profond fossé entre l’Est de l’Ontario et le Grand Toronto, en plus de révéler des obstacles accrus pour les jeunes et les immigrants.

D’après la nouvelle Enquête sur la population de langue officielle en situation minoritaire (EPLOSM) de 2022, un francophone sur trois (36 %) vivant hors Québec hésite aujourd’hui à demander du service en français lorsqu’il franchit la porte d’un hôpital ou d’une clinique communautaire. Ils n’étaient que 23 % à ressentir ce malaise lors du recensement linguistique de 2006.

Pourtant, le désir de se faire soigner en français demeure bien vivant : deux tiers des francophones hors Québec (66 %) y accordent une importance personnelle. Mais sur le terrain, le réflexe s’émousse : près de la moitié d’entre eux (49 %) finissent par ne plus tenter leur chance, et quatre sur dix (39 %) ne reçoivent pratiquement jamais leurs soins en français.

Ce silence des usagers s’explique en grande partie par des attentes défavorables envers le personnel soignant. Si l’absence d’offre active joue un rôle (40 %), plus de la moitié des personnes interrogées (57 %) assument d’emblée que le professionnel ne parle pas français, et 38 % redoutent une maîtrise insuffisante de la langue.

La peur de faire face à des délais supplémentaires dans les soins (33 %), le sentiment de froisser le soignant (15 %), la crainte d’alourdir la tâche du personnel (12 %) ou la simple timidité (10 %) achèvent souvent de convaincre les usagers de bifurquer vers l’anglais.

De profondes disparités en Ontario

Comme le soulignent les auteurs du rapport, les adultes de langue française résidant dans des régions où la concentration de personnes de langue française est plus élevée, comme le Nord et le Sud-Est du Nouveau-Brunswick ainsi que le Sud-Est et le Nord-Est de l’Ontario, indiquaient généralement avoir un meilleur accès à des soins et à des services de santé en français comparativement à ceux résidant ailleurs au Canada hors Québec.

En Ontario, dans l’Est de la province (Prescott et Russell, Stormont, Dundas et Glengarry), 82 % de la population y tient, 10 % qualifient l’accès de difficile et 13 % éprouvent une gêne à le demander. De plus, 73 % des résidents y sont toujours ou souvent soignés dans leur langue, 77 % constatent une offre active sur place et 83 % connaissent les obligations légales des établissements.

À Ottawa et dans le Nord-Est, 73 % des francophones jugent le service en français important. Dans ces régions, un quart des répondants (25 %) font état d’un accès complexe et 26 % n’osent pas toujours le réclamer. Ils sont 39 % à y recevoir régulièrement leurs soins en français et 76 % à connaître leurs droits linguistiques.

La difficulté d’accès aux soins en français varie fortement selon les régions : elle atteint 64 % dans la région de Toronto, contre 25 % à Ottawa et dans le Nord-Est, et seulement 10 % dans le Sud-Est de l’Ontario. Source : Statistique Canada

La situation est différente dans la région de Toronto et le reste de la province. Même si la moitié des francophones (51 %) souhaite y recevoir des soins en français, près des deux tiers (64 %) jugent la démarche difficile, voire impossible dans leur secteur. 

Par ailleurs, 68 % préfèrent ne pas en demander, et 9 % des usagers parviennent à se faire soigner en français. Dans la région de Toronto, l’offre active est perçue par 29 % des répondants, et la connaissance des lois linguistiques s’établit à 58 %.

Parallèlement, entre 2006 et 2022, la proportion de répondants considérant difficile d’accéder à des soins en français est passée de 41 % à 36 % à l’échelle provinciale, en raison de baisses mesurées dans le Sud-Est (de 17 % à 10 %) ainsi qu’à Ottawa et dans le Nord-Est (de 31 % à 25 %).

Âge, genre et éducation

La perception du système de santé varie aussi selon le profil des usagers, les universitaires se montrant par exemple nettement plus exigeants et critiques : 40 % d’entre eux jugent l’accès en français ardu (contre 25 % chez les diplômés du secondaire) et 40 % expriment un inconfort au moment d’en faire la demande.

L’âge joue également un rôle déterminant dans cette équation. Les jeunes adultes de 18 à 44 ans apparaissent plus hésitants que leurs aînés : 40 % d’entre eux n’osent pas réclamer le français en consultation, comparativement à 31 % des 65 ans et plus. 

Les aînés se heurtent à moins de barrières (26 % contre 38 % chez les jeunes) et réussissent beaucoup mieux à se faire soigner dans leur langue (53 % contre 35 %).

Du côté du genre, les femmes accordent un peu plus d’importance au français que les hommes en matière de santé (67 % contre 63 %), mais elles sont aussi plus nombreuses à se dire confrontées à des obstacles sur le terrain (36 % contre 30 %).

Les immigrants encore moins à l’aise

Pour les personnes issues de l’immigration d’expression française, les données de l’enquête mettent en lumière des disparités marquées à pratiquement toutes les étapes du parcours de soins.

Un immigrant francophone sur deux (50 %) indique ne pas se sentir à l’aise de demander à se faire soigner en français lorsqu’il a besoin de soins dans un établissement public ou un centre communautaire, comparativement à un non-immigrant sur trois (34 %).

Selon l’étude de Statistique Canada, le fait que les immigrants et les non-immigrants d’expression française ne sont pas toujours concentrés dans les mêmes régions – les nouveaux arrivants s’établissant davantage dans les grands centres urbains où la présence francophone est plus diluée – contribue en partie à expliquer ces écarts.

La présomption que le professionnel de santé ne connaît pas le français (57 %) ou ne le maîtrise pas suffisamment (38 %), jumelée au manque d’offre active (40 %), constitue la principale raison pour laquelle les francophones hors Québec hésitent à demander des soins dans leur langue. Source : Statistique Canada

De plus, la majorité des immigrants d’expression française (53 %) considèrent qu’il serait difficile d’accéder à des services de santé dans leur langue dans leur communauté, alors que cette proportion s’établit à 30 % chez les non-immigrants. Le taux d’abstention se reflète directement dans les consultations : près de six immigrants francophones sur dix (59 %) déclarent demander rarement ou ne jamais des soins en français (contre 47 % pour les non-immigrants).

Conséquence directe : à peine 23 % d’entre eux parviennent à être servis dans leur langue contre 46 % pour les personnes nées au Canada.

Par ailleurs, 3 % des immigrants francophones rapportent avoir fait l’objet d’un traitement injuste, de discrimination ou de remarques discriminatoires liées à leur utilisation du français lors d’une consultation médicale au cours des cinq années précédentes, comparativement à 1 % chez les non-immigrants.

À Sault-Sainte-Marie, créer en français pour « mieux respirer »

À Sault-Sainte-Marie, dans le Nord ontarien, l’artiste multidisciplinaire Isabelle Michaud s’emploie à promouvoir les arts visuels en français depuis l’ouverture de son espace, la galerie Sans Clous, en 2021.

« Mais c’est très, très, très difficile », confie-t-elle. « Ce n’est pas souvent qu’on a la chance de voir de l’art en français, à quatre heures à l’ouest de Sudbury et à plus de six heures à l’est de Thunder Bay. »

Dans ce contexte, la création de l’œuvre collective (dé)collage a représenté une occasion de rassembler des francophones autour de l’art.

« C’était un projet où je me sentais comprise, accueillie autour du cercle. Ça m’a donné l’occasion d’aller chercher les francophones un par un et de faire de l’art avec eux. »

Pendant un mois, Isa Michaud a pu créer et échanger dans sa langue.

« J’ai pu parler français pendant un mois, ce qui ne m’arrive jamais. C’était vraiment fantastique. Je me sentais mieux. Après, je respirais mieux, je marchais avec plus d’entrain. J’avais l’impression d’avoir passé du temps avec ma famille. »

Son œuvre collective figure parmi les 17 projets de l’initiative « 50 ans de fierté! Ensemble pour demain », sélectionnés par la lieutenante-gouverneure de l’Ontario pour être présentés à l’occasion du Sommet de la Francophonie au Cambodge.

Fin du changement d’heure pour une partie de l’Ontario

Les régions du nord-ouest de l’Ontario passeront à l’heure avancée de façon permanente, pour être sur le même créneau horaire que les collectivités voisines du Manitoba, qui ne procèdera plus au changement d’heure, et ce dès le 1er novembre prochain.

Le gouvernement de l’Ontario propose une modification réglementaire qui serait mise en œuvre dès le 1er novembre prochain pour maintenir l’alignement de Kenora et des régions du nord-ouest de l’Ontario aux communautés manitobaines voisines, pour éviter des perturbations économiques.

Le Manitoba passera en effet définitivement à l’heure avancée à la fin du mois d’octobre, qui correspond à la période de l’année allant de mars à novembre, pendant laquelle l’heure en vigueur avance d’une heure par rapport à l’heure normale adoptée le reste de l’année.

Ainsi, les collectivités situées à l’ouest du 90ᵉ méridien n’auront pas à reculer leurs horloges le 1ᵉʳ novembre prochain. Elles partageront désormais le même fuseau horaire que le reste de l’Ontario durant les mois d’hiver, l’Ontario étant déjà scindé en deux fuseaux : la majeure partie de la province se trouve dans le fuseau de l’Est (Toronto, Ottawa), tandis que l’extrême Nord-Ouest est rattaché au fuseau du Centre.

Le changement s’appliquera aux collectivités à l’ouest du 90ᵉ méridien, situées dans le fuseau horaire du Centre de l’Ontario. Source : gouvernement de l’Ontario

« Assurer certitude et prévisibilité est essentiel pour maintenir des collectivités fortes et une économie concurrentielle », a déclaré le procureur général Doug Downey, défendant une approche pratique de bon sens pour éviter des perturbations inutiles et assurer la stabilité économique dans le fuseau horaire du Centre de l’Ontario.

Greg Rickford, ministre des Affaires autochtones et de la Réconciliation économique avec les Premières Nations et responsable des Partenariats économiques et communautaires pour le développement du Cercle de feu, évoque « un consensus fondé sur des considérations détaillées et nuancées » après des consultations des communautés, ainsi qu’une « préférence unanime, à l’échelle de la région, pour le passage à l’heure avancée toute l’année ».

Du côté de l’opposition officielle, le député néo-démocrate de Kiiwetinoong, Sol Mamakwa, s’est réjoui de l’annonce en soulignant que son bureau avait lui-même mené un sondage pour appuyer la demande auprès du gouvernement. « Après avoir porté la voix des gens du Nord-Ouest, nous sommes heureux que l’heure avancée soit instaurée de façon permanente pour nous aligner sur nos voisins du Manitoba », a-t-il déclaré, saluant un effort collaboratif au service des communautés nordiques.

Vers un changement pour toute la province ?

La Loi de 2020 modifiant la Loi sur l’heure légale pourra rendre l’heure avancée permanente en tant qu’heure normale, toute l’année et dans tout l’Ontario, si et quand une coordination avec les provinces et États voisins – comme le Québec et l’État de New York, sera possible -, une mesure essentielle en raison du commerce, des marchés boursiers et de la radiodiffusion, précise le communiqué.

En Colombie-Britannique, l’abandon du changement d’heure saisonnier est déjà devenu réalité depuis le dernier changement d’heure, le 8 mars dernier, pour passer à l’heure avancée de façon permanente toute l’année, faisant ainsi le choix de ne plus reculer ses horloges à l’automne.

Cette décision s’appuyait sur une vaste consultation publique menée en 2019, dans le cadre de laquelle plus de 90 % des répondants de tous les secteurs d’activité favorables à l’heure avancée permanente.

Le gouvernement britanno-colombien avance plusieurs bénéfices : une meilleure stabilité du sommeil et des routines quotidiennes, davantage de clarté en soirée l’hiver pour favoriser les loisirs et l’économie locale, ainsi qu’une réduction du fardeau administratif pour les entreprises et les services de transport.

Français dans le privé : la facture chute pour les entreprises, mais grimpe pour l’État

OTTAWA — L’application de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP) devrait coûter nettement moins cher que prévu au secteur privé, mais plus cher à l’État. Dans une étude publiée ce mardi, le Bureau de la directrice parlementaire du budget (BDPB) fixe désormais la facture du secteur privé à 81,9 millions de dollars sur cinq ans, loin des 240 millions craints dès la première année, tandis que le coût d’encadrement pour le gouvernement s’élève à 50,2 millions.

Au total, en combinant les dépenses imposées aux entreprises et le budget d’encadrement déployé par l’État, la mise en œuvre de la LUFEP représentera un coût global de 132,1 millions de dollars sur cinq ans, entre 2027 et 2032.

Mais c’est pour le secteur privé que la révision est la plus marquante. Selon la nouvelle directrice parlementaire du budget, Annette Ryan, les coûts de conformité des entreprises s’élèveront à 81,9 millions de dollars sur cinq ans, bien en deçà des 230 millions projetés par le gouvernement (une estimation ajustée en dollars courants par le BDPB).

En 2022, le BDPB évoquait 240 millions pour la seule première année, un chiffre qui additionnait alors l’entrée en vigueur au Québec et celle hors Québec (Nouveau-Brunswick et des parties de la Nouvelle-Écosse, de l’Ontario, de Winnipeg et d’Edmonton) deux ans plus tard. Le Bureau a depuis affiné son modèle, constatant notamment que 76 % des entreprises visées au Québec sont déjà conformes à la Charte de la langue française.

Ciblant près de 1300 entreprises privées de compétence fédérale (comme les banques et les télécommunications) pour y garantir le droit de travailler et d’être servi en français, la LUFEP – adoptée en 2023 et dont l’avant-projet de règlement a été déposé en avril dernier – n’a pas encore de date d’entrée en vigueur officielle, bien que le BDPB fonde ses calculs sur une application théorique au 1er avril 2027 au Québec, puis au 1er avril 2029 dans les régions à forte présence francophone hors Québec.

L’écart de près de 158 millions de dollars par rapport aux projections gouvernementales s’explique principalement par des prévisions révisées en matière de formation linguistique (-108 millions de dollars) et de traduction (-37 millions de dollars).

Le Bureau reconnaît toutefois que ces estimations comportent une part d’incertitude, s’appuyant sur les données du dernier recensement sans connaître la répartition exacte du personnel au sein de chaque firme.

50,2 M $ pour surveiller le respect des règles

Si la facture s’allège pour le secteur privé, le coût d’application pris en charge par l’État fédéral a été réévalué à la hausse. En 2022, le BDPB n’évaluait la charge du Commissariat aux langues officielles (CLO) qu’à 2,3 à 2,9 millions de dollars par an (en se basant sur une méthode approximative liée au nombre habituel de plaintes).

Dans sa nouvelle étude, le Bureau revoit ce montant nettement à la hausse et estime que le gouvernement devra engager un total de 50,2 millions de dollars sur cinq ans (2027-2032) pour encadrer la LUFEP.

Le Commissariat aux langues officielles du Canada obtiendra, donc, a part du lion, soit 35,6 millions de dollars, afin d’embaucher des enquêteurs spécialisés. Le BDPB anticipe que les plaintes déposées par des employés ou des consommateurs « seront probablement plus complexes que celles actuellement déposées en vertu de la LLO, en raison de la diversité des entreprises concernées et de l’incertitude quant à leur degré de coopération ».

Les analystes du BDPB soulignent toutefois le caractère approximatif de cette somme, le coût réel devant fluctuer selon la quantité et la technicité des griefs que recevra le Commissariat.

Comme le montre le détail des projections, l’effort financier public s’intensifiera progressivement à mesure que la loi s’appliquera sur le terrain, l’allocation annuelle du CLO passant de 4,6 millions en 2027-2028 à 8,2 millions par an dès 2029-2030. Source : Bureau de la directrice parlementaire du budget (BDPB).

Une enveloppe de 8,7 millions de dollars ira au Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) pour trancher les litiges liés à la langue de travail, tandis que Patrimoine canadien recevra 5,9 millions de dollars pour l’accompagnement des entreprises.

Ce choix de consacrer la majeure partie des ressources financières au Commissariat découle de la stratégie retenue par Ottawa. Au printemps dernier, Patrimoine canadien avait écarté la création d’un corps d’inspecteurs sur le modèle de l’Office québécois de la langue française (OQLF). Le gouvernement préfère miser sur la sensibilisation des employeurs et sur les plaintes des citoyens et des travailleurs pour veiller au respect de la loi.

Les fonds alloués à Patrimoine canadien serviront ainsi à financer le « grand effort de sensibilisation » promis par le ministère durant la période de transition.

La formation linguistique : le gros de la facture

En Ontario, la LUFEP s’appliquera aux entreprises de compétence fédérale de 100 employés et plus situées dans l’une des 8 divisions de recensement désignées comme régions à forte présence francophone, telles qu’Ottawa, Prescott et Russell, Nipissing, Sudbury, Timiskaming et Cochrane. 

Dans ces zones, la formation du personnel représentera le premier poste budgétaire. Sur les 61,9 millions de dollars consacrés à la formation à l’échelle canadienne, 41,6 millions de dollars iront directement aux régions à forte présence francophone hors Québec, contre 20,3 millions de dollars au Québec.

Le BDPB rappelle que « la formation linguistique représente la part la plus importante des coûts de conformité du secteur privé », précisant que ces sommes couvrent à la fois « les dépenses directes de formation et les coûts indirects liés au temps consacré à la formation, comme la perte de productivité ou le coût de remplacement du personnel ».

Les entreprises ontariennes concernées devront anticiper leurs besoins : « Dans les RFPF, on suppose que les entreprises devront commencer à former leur personnel six mois avant d’être assujetties à la LUFEP ».

Des exigences assouplies pour les cadres

Pour compenser l’absence d’aide financière fédérale, le BDPB a ajusté son modèle en abandonnant plusieurs hypothèses jugées trop lourdes.

D’une part, le BDPB n’impose plus un bilinguisme universel chez les cadres : « Dans le présent rapport, le BDPB estime qu’une proportion moindre de gestionnaires maîtrisant le français suffira à répondre aux exigences », soulignant que la part de cadres à former variera désormais entre 40 % et 80 % selon la concentration francophone de la région.

D’autre part, les analystes ont écarté l’idée d’une prime salariale obligatoire au bilinguisme dans leurs projections : « La littérature académique actuelle présente des résultats mitigés sur la question de savoir si les employés bilingues (anglais et français) sont mieux rémunérés que les employés unilingues. Pour cette raison, le BDPB n’intègre pas de prime pour bilinguisme dans ses calculs ».

Ce double assouplissement, une cible réduite de cadres à former et l’absence de surcoût salarial systématique, expliquerait, à lui seul, une part majeure de l’écart de près de 158 millions de dollars constaté entre les anciennes prévisions et le rapport publié ce mardi.

Cette révision vient nuancer les inquiétudes exprimées au printemps par les milieux d’affaires et le gouvernement. En avril dernier, le ministre des Langues officielles, Marc Miller, s’appuyait sur les chiffres de 2022 pour écarter toute idée de compensation financière fédérale. 

Un mois plus tard devant le Sénat, l’Association des banquiers canadiens (ABC) et l’Association des employeurs des transports et communications de régie fédérale (ETCOF) qualifiaient quant à elles ces exigences de « fardeau difficile à assumer », évoquant une pénurie de main-d’œuvre bilingue qualifiée.

Prescott et Russell : que proposent les candidats pour la francophonie?

Parmi les 18 candidats à la mairie dans Prescott et Russell, trois n’ont pas fourni de réponses au questionnaire de l’ACFO de Prescott et Russell, qui les invitait à faire connaître leur vision et leurs engagements envers la francophonie dans leur municipalité et dans la région.

À Clarence-Rockland, Laurier Lalonde n’a pas pu remplir le questionnaire, faute d’adresse courriel disponible, indique l’ACFO. Malgré plusieurs sollicitations, l’organisme n’a reçu aucune réponse de Mario Zanth, le maire sortant. Le même constat s’applique à Serge Ravary, candidat à la mairie du Canton de Champlain.

« On trouve malheureux que certains candidats à la mairie n’aient pas répondu au questionnaire. On s’attendait à ce que la plupart des candidats déjà en poste le fassent. Certains ont aussi répondu après avoir fait des recherches avec l’intelligence artificielle. Ça nous laisse perplexes quant à leur volonté réelle de s’engager envers la francophonie », souligne Sylvain St-Pierre, directeur général de l’ACFO de Prescott et Russell.

Il observe toutefois une volonté de la majorité des candidats de faire valoir et de promouvoir la francophonie. « On sent que la majorité nous appuie », dit-il. Il ajoute : « On verra, une fois les élections passées, si les candidats élus mettent leurs engagements en action. »

Sylvain St-Pierre, directeur général de l’ACFO de Prescott et Russell. Photo : Inès Rebei/ONFR

Le questionnaire abordait cinq grands thèmes : l’accès aux services municipaux en français et leur amélioration; la vitalité du français dans la vie communautaire; la participation des jeunes francophones; la connaissance et l’appui au programme Bonjour/Welcome; et la collaboration avec les organismes francophones.

Canton d’East Hawkesbury

Daniel Journeaux affirme que les services sont déjà offerts en français et en anglais. Il dit ne pas connaître Bonjour/Welcome et s’interroge sur la nécessité du programme dans une communauté majoritairement francophone.

L’ACFO de Prescott et Russell a également présenté ses excuses à Richard Sauvé, candidat à la mairie du Canton d’East Hawkesbury, pour une erreur dans l’adresse courriel utilisée lors de l’envoi du questionnaire. M. Sauvé souhaite renforcer l’offre de services en français dans les comités, au centre communautaire et lors des événements, ainsi que poursuivre la collaboration avec les organismes francophones pour promouvoir la francophonie et la vitalité du français. Il veut aussi encourager les jeunes à participer davantage aux activités en français.

Hawkesbury

À Hawkesbury, les candidats proposent différentes façons de renforcer les services en français.
Gilles Roch Greffe souhaite « fournir au personnel les ressources et la formation nécessaires et permettre aux résidents de signaler facilement les difficultés rencontrées », lit-on dans le document de l’ACFO, qui selon son directeur général, synthétise les commentaires des candidats à la mairie sans les avoir modifiés.

Julie Séguin voudrait intégrer des exigences linguistiques aux contrats et aux appels d’offres municipaux. Elle souhaite mettre en place « des mécanismes de dialogue régulier avec les organismes francophones et que ceux-ci soient impliqués suffisamment tôt dans les politiques, projets et décisions pouvant avoir une incidence sur la francophonie ».

Jeanne Charlebois rappelle « avoir toujours travaillé avec les organismes francophones de Prescott et Russell ».
Elle vise à maintenir les services dans les deux langues et à encourager davantage de commerces et d’endroits publics à afficher Bonjour/Welcome.

Johanna Raso a pour ambition de rendre plus visibles l’histoire et la dualité linguistique « dans les lieux publics » et de soutenir davantage les organismes offrant des activités culturelles, sportives et sociales en français.

Denis Pirollo associe la vitalité francophone à l’accès au financement, à la collaboration régionale et à la rétention des jeunes. Parmi ses propositions : des emplois d’été, des stages coopératifs, des apprentissages en français, un comité consultatif jeunesse et des possibilités de formation locale.

Casselman

À Casselman, François Richard compte mettre en place des communications municipales dans les deux langues, du personnel capable d’offrir des services bilingues et un mécanisme pour signaler les difficultés d’accès aux services en français.
La mairesse sortante, Geneviève Lajoie, mise aussi sur la formation et le recrutement du personnel, ainsi que sur une révision périodique des pratiques municipales.
De son côté, Paul Groulx souhaite « continuer à valoriser le français dans les communications, activités et événements municipaux et appuyer les écoles et les organismes communautaires ».

Canton de Champlain

Candidat à sa réélection, le maire sortant du Canton de Champlain, Normand Riopel, entend maintenir les services en français et en anglais, qui « sont déjà bien présents dans la municipalité », selon lui.
Il s’engage notamment à soutenir davantage les activités culturelles francophones, à créer des partenariats avec les écoles et les organismes communautaires, et à favoriser une plus grande participation des jeunes à la vie municipale.
Corina Parisien met l’accent sur « l’offre active de services » dans les deux langues, les activités francophones destinées aux jeunes et la consultation des organismes en amont des décisions.

Clarence-Rockland

Au niveau de Clarence-Rockland, le candidat Jay Woodruff affiche sa volonté de créer un comité francophone « chargé de travailler avec la municipalité ».
Il promet également de « travailler à la création d’un centre culturel franco-ontarien et de mettre sur pied un conseil des jeunes afin de leur donner une place plus directe dans le développement de la communauté ».

Alfred-Plantagenet

Yves Laviolette, le maire sortant d’Alfred-Plantagenet, souligne l’importance du français lors des assemblées du conseil et réaffirme à plusieurs reprises sa volonté de voir la langue française demeurer une priorité dans la municipalité.
Antoni Viau affirme vouloir faire des services municipaux en français une priorité. Parmi ses promesses figure notamment le fait que la signalisation, les événements et les publications municipales soient bilingues. Pour les jeunes, il propose des activités et des espaces communautaires davantage animés en français.

Santé en Ontario : des navigateurs pour surmonter la « double peine » des Noirs francophones

Aux difficultés d’obtenir des soins en français peuvent s’ajouter, pour les patients noirs francophones de l’Ontario, des barrières culturelles et discriminatoires. De London à Sudbury en passant par Toronto, différents types d’accompagnateurs en santé tentent de les accompagner dans un système où langue, préjugés et pénurie de professionnels peuvent compliquer leurs parcours.

À London, Holden Toué résume son métier par une image : celle d’un pont. Navigateur de santé noire francophone à Accès Franco Santé London, au Carrefour communautaire francophone de London (CCFL), il accompagne les patients vers les ressources appropriées et vérifie ensuite s’ils ont effectivement obtenu le service recherché.

Son travail s’effectue aussi auprès des prestataires, pour identifier les ressources réellement disponibles en français. « Nous servons de lien entre la communauté et les prestataires de santé », explique-t-il. 

Holden Toué a contribué à préparer l’ouverture de la nouvelle clinique francophone de London. Selon lui, plus de 300 personnes ont été recensées et orientées vers l’établissement en trois mois grâce au partenariat avec le CCFL. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Une « double minorité »

Pour Idrissa Beogo, professeur agrégé et directeur associé du Centre interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s, ces patients peuvent subir une forme de « double peine » ou de « double minorité ».

Aux obstacles auxquels peuvent être confrontées les personnes noires dans le système de santé s’ajoute, pour les francophones en contexte minoritaire, la difficulté d’accéder aux soins dans leur langue. Le chercheur souligne que peu d’études se sont précisément intéressées à l’intersection de ces deux réalités. 

Cette double vulnérabilité peut aussi peser sur la prévention. Idrissa Beogo souligne que les contraintes économiques et professionnelles de certaines personnes immigrantes les conduisent parfois à repousser leurs consultations, au détriment notamment du dépistage des maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension ou certains cancers.

Idrissa Beogo et le Centre interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s, ont notamment obtenu un financement de 15 000 $ de l’Université d’Ottawa pour mener des échanges communautaires visant à encourager le dépistage du diabète, de l’hypertension et de certains cancers auprès des populations noires. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Holden Toué parle lui aussi d’un « double défi ». Au-delà de la langue, des réalités culturelles ou religieuses peuvent influencer le rapport aux soins. Mais la seconde barrière n’est pas uniquement culturelle. Plusieurs intervenants rencontrés par ONFR évoquent également des préjugés ou du racisme auxquels peuvent être confrontés les patients noirs.

Toronto, une navigation plus large

À Toronto, le modèle est différent. Le Centre francophone du Grand Toronto ne dispose pas d’un navigateur exclusivement consacré aux patients noirs, mais de plusieurs fonctions de navigation en santé, dont deux accompagnateurs ayant une formation médicale. Une réponse qui rejoint largement une population racialisée, celle-ci représentant, selon Marie-Ève Ayotte, directrice des services de soins primaires, santé mentale et développement de l’enfance, 79 % de la clientèle du centre lors du dernier exercice.

Mme Ayotte parle explicitement de « racisme systémique dans le continuum de soins » auquel peuvent être confrontées les communautés noires et migrantes. Combiné à la barrière linguistique, il peut conduire son équipe à proposer un accompagnement physique lors d’un rendez-vous extérieur.

La navigation ne se limite pas aux besoins médicaux. Au Centre francophone du Grand Toronto, des intervenants sociaux accompagnent également les patients confrontés à des problèmes de santé mentale ou de dépendance. Selon Marie-Ève Ayotte, cette équipe assure notamment l’orientation vers des ressources spécialisées, comme le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), tandis que les navigateurs en santé prennent en charge les démarches liées aux soins médicaux.

Marie-Ève Ayotte souligne l’importance d’adapter les pratiques médicales aux réalités culturelles des patients. Elle cite notamment les conseils nutritionnels, qui doivent tenir compte des habitudes alimentaires des différentes communautés plutôt que de s’appuyer uniquement sur les références canadiennes. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Pour Julie Lutete, présidente de la Coalition des Noirs Francophones de l’Ontario, l’accès aux soins se heurte également à des obstacles géographiques. Dans le Grand Toronto, certains patients doivent choisir entre un établissement francophone éloigné et une ressource anglophone plus proche, une situation particulièrement contraignante pour les nouveaux arrivants qui ne maîtrisent pas encore bien le système de santé.

À Sudbury, une navigation pour les personnes noires

À Sudbury, Sandrine Jouegouo Tameu exerce une fonction plus proche de celle de Holden Toué. Infirmière autorisée et intervenante pivot en soins primaires au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, elle le résume ainsi : « Je fais la navigation en santé pour les personnes noires. »

Elle évoque notamment le préjugé selon lequel les personnes noires toléreraient davantage la douleur. Pour ses clients, pouvoir compter sur quelqu’un qui connaît ces préjugés peut faciliter leur parcours dans le système de santé.

Sandrine Jouegouo Tameu constate que la méconnaissance du système de santé peut décourager certains patients de consulter. Elle souligne notamment que la crainte de devoir payer pour des soins, même lorsqu’ils sont couverts, peut conduire certaines personnes à renoncer à une consultation. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

S’ajoutent les incompréhensions culturelles. Mme Jouegouo Tameu cite le mot « angine », couramment utilisé au Cameroun pour parler d’un mal de gorge, mais susceptible d’être compris différemment dans le contexte médical canadien. Elle apprend donc à certains patients à reformuler leurs symptômes et les prépare à leurs rendez-vous.

Dans le Nord, la rareté des services francophones complique encore la situation. Selon elle, certains patients finissent par accepter des soins en anglais plutôt que d’attendre davantage pour consulter en français.

Vers une stratégie ontarienne?

Ces initiatives locales pourraient-elles déboucher sur une approche plus structurée à l’échelle provinciale?

Nathalie Aubin, directrice générale du Centre de planification des services de santé en français, constate que les besoins en matière de navigation ressortent des consultations menées par son organisme.

« C’est déjà complexe. On ajoute la langue, c’est encore plus complexe », résume-t-elle. Elle souhaite voir « des investissements plus prononcés et une stratégie qui s’attache à la question de la navigation ». Le sujet pourrait se retrouver dans le futur plan stratégique du centre, mais aucun programme provincial de navigateurs noirs francophones n’est annoncé à ce stade.

Nathalie Aubin, directrice générale du Centre de planification des services de santé en français, dirige un organisme provincial créé en septembre 2025. Celui-ci travaille avec les ministères, Santé Ontario et les fournisseurs de soins pour améliorer l’accès aux services de santé en français dans l’ensemble de la province. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

« Un pis-aller en attendant »

Idrissa Beogo voit dans le modèle londonien une initiative « très intéressante », mais se garde d’en faire une solution à long terme. Un navigateur ne peut pas accompagner tous les patients. Le chercheur parle d’un « pis-aller en attendant » et estime que la réponse doit notamment passer par une plus grande diversité parmi les professionnels de santé.

Encore faut-il permettre à davantage de médecins noirs d’exercer. Beogo pointe les difficultés rencontrées par certains médecins formés à l’étranger pour intégrer le système canadien. « Il y a beaucoup de médecins qui sont ici (…) qui cherchent à s’intégrer dans le système, mais c’est très compliqué. Il y a des barrières artificielles », affirme-t-il. Certifications supplémentaires, coûts et temps peuvent, selon lui, conduire certains à changer de trajectoire professionnelle.

Les obstacles peuvent se poursuivre une fois la porte franchie. Idrissa Beogo évoque un « effet volume » : pendant leur formation, les médecins doivent voir suffisamment de patients pour développer leur expérience. Or, selon lui, certains médecins noirs peuvent être désavantagés par le refus de patients d’être soignés par eux.

« Les patients ne veulent pas se faire soigner par des médecins noirs. Ça, c’est pas nouveau… », affirme-t-il. Selon le chercheur, ce phénomène peut limiter l’expérience clinique acquise et contribuer à détourner certains médecins de la spécialité qu’ils souhaitaient exercer.

Pour M. Beogo, les navigateurs peuvent donc répondre à un besoin immédiat, mais ne remplacent pas une transformation plus profonde : faciliter l’intégration des professionnels noirs, diversifier les équipes et mieux former le personnel à soigner une population elle-même diverse.

Alexandre Matte : le conteur sudburois devenu vice-champion mondial d’art oratoire

SUDBURY – Du 15 au 25 octobre, le conteur sudburois Alexandre Matte participera pour la neuvième fois au festival Les vieux m’ont conté. Premier et unique Franco-Ontarien à avoir décroché la deuxième place au concours mondial de la parole publique, il présentera son art lors de trois événements du festival. Issu du milieu de l’administration et des finances, il a délaissé les chiffriers pour se consacrer aux contes et à l’art oratoire — une passion qu’il partage depuis maintenant six ans avec la jeunesse franco-ontarienne, mais aussi avec un public plus large.

«  Parlez-moi de votre enfance. Avez-vous été bercé par le folklore et les contes franco-ontariens?

Je n’ai pas grandi à Sudbury, mais j’y suis né. Il y a toujours eu cet attachement, même sans savoir tout à fait pourquoi. J’avais moins d’un an quand on a quitté Sudbury, ma famille et moi. On a vécu un peu à Toronto, puis Ottawa et à Orléans. Alors, c’est vraiment à Orléans que j’ai grandi.

Ma mère a été enseignante, donc elle racontait beaucoup d’histoires. C’est avec elle que j’ai entendu le conte de Boucle d’or et des trois ours pour la première fois! Elle avait une sorte de poupée du petit chaperon rouge avec une grande robe et une grande cape. Quand on la mettait à l’envers, la cape devenait noire et ça devenait le loup. Lorsqu’on la retournait encore, ça devenait la grand-mère. Donc oui, ma mère y est pour beaucoup de cet engouement pour les contes, mais j’ose espérer que la plupart des enfants vivent cela. Parce qu’on aime les histoires, naturellement.

Je devrais mentionner ma sœur aussi, qui m’a initié au théâtre à un très jeune âge, quand j’avais seulement deux ou trois ans. Elle était déjà intéressée par les arts de la scène, puis elle inventait des pièces dans le salon, on demandait cinq cents à nos parents pour qu’ils viennent voir le spectacle! Elle m’a entraîné là-dedans, moi, le petit gars gêné. On avait même fondé une compagnie de théâtre quand j’étais encore adolescent. On a été très actifs pendant plusieurs années.

Pendant plus de dix ans, vous avez occupé le poste de directeur des finances du Carrefour francophone, un poste beaucoup plus administratif. Comment avez-vous fait pour maintenir la pratique de l’art oratoire et du conte en parallèle? Était-il difficile de concilier ces deux fonctions-là?

J’étais directeur des finances au Carrefour francophone de Sudbury, mais je représentais parfois le carrefour pour d’autres choses. Je remercie Stéphane Gauthier, le directeur général, qui a accepté que je fasse ça pendant mes heures de travail afin de représenter le Carrefour et donner un peu de visibilité à notre organisme.

Stéphane, un jour, me demande, lors de l’évaluation annuelle, comment je voudrais contribuer davantage à l’organisme. Je lui ai dit que j’aimerais pouvoir utiliser la parole publique pour représenter l’organisme. Il a dit « Ok, avec plaisir ». De temps en temps, il fallait représenter le Carrefour francophone, par exemple au congrès de l’AFO, ou à d’autres événements locaux. Donc, j’ai représenté l’organisme pendant plusieurs années.

Normalement, c’est la direction générale qui fait ça, et non pas le gars des finances, celui qui compte les chiffres. Mais ça fonctionnait bien. J’étais content de le faire, de contribuer de cette façon. J’ai pu prendre mon amour de la parole publique pour pouvoir faire quelque chose d’utile.

Alexandre Matte est le premier Franco-Ontarien à atteindre la deuxième place du Concours international de la parole publique. Photo : Aïssatou Odia Barry/ ONFR

Pouvez-vous nous parler de votre implication dans le club Toastmasters Voix du Nord? De quoi s’agit-il et comment est-ce que ça vous a initié au domaine de la parole publique?

D’abord, pourquoi est-ce que je suis devenu membre? C’est parce que je n’avais rien d’autre à faire le mercredi soir! J’habitais au Nouveau-Sudbury. Je prenais mon vélo pour me rendre au travail, donc au TNO dans le Collège Boréal. Ensuite, je retournais dans mon appartement et je regardais Star Trek avant de me coucher. Et je recommençais. Un mercredi matin, j’ai reçu une invitation par courriel. « Venez voir Toastmasters Voix du Nord et ce que nous faisons! »

Et c’était la vice-présidente du club, qui avait lancé l’invitation. Les réunions avaient lieu à l’école Macdonald-Cartier. C’était Michel Lafrance, qui est malheureusement décédé l’année passée, qui présidait la réunion. J’admirais sa façon de capter l’attention, de commander le silence, de diriger la réunion pour s’assurer que tout le monde ait le droit de parole. Pendant la réunion, il y a aussi eu des improvisations. On pose une question, puis là à brûle-pourpoint, il faut parler pendant une minute. J’ai participé, j’étais très nerveux, mais j’ai gagné le prix de l’improvisation.

J’étais encouragé. Après ça, on me demandait si je pensais revenir. Je comprenais mieux ce qu’on faisait ici au club, on pratique l’art de parler devant un public, mais qu’est-ce qu’il faut faire? On me disait qu’il suffisait de faire quelques présentations, qu’on te donne une rétroaction, puis ensuite tu t’améliores. Ça m’a pris quatre visites avant d’être convaincu. Donc, je pense que c’est comme plein de coïncidences qui ont fait en sorte que je suis devenu membre.

Alexandre Matte au congrès du district 123 de Toastmasters International en mai 2025. Photo : Zack Dawood

Après avoir tenté votre chance une douzaine fois au concours international de la parole publique, vous atteignez la deuxième place en 2022. Qu’est-ce que vous avez conté au public cette fois-ci et comment est-ce que cette édition-là a été différente des autres?

Mon discours a été différent. J’ai repris un discours que j’avais présenté pour essayer de gagner le concours en 2017 à propos de ma grand-mère et des traditions. J’avais beaucoup de difficulté à parler de tradition dans mon discours. Il y avait quelque chose qui manquait, parce que, même lorsque je suis revenu en 2022.

J’ai rencontré Mark Hunter, le champion du monde de 2009, en 2010, et c’est entre 2010 et 2012 que, grâce à lui, j’ai compris l’importance d’avoir un impact plutôt que de chercher à gagner. Il est devenu mon coach pour la première fois en 2012.

J’ai dit : « Ok, voici les cinq idées que j’ai pour un discours. » Une de ces idées, c’était les traditions et le gâteau. Puis j’ai dit : « Vraiment, c’est ce que je veux dire, mais je n’y arrive pas. » Il m’a fait comprendre que je vais seulement pouvoir gagner lorsque j’aurais eu un véritable impact auprès de mon auditoire.

Quand j’ai eu ce changement de mentalité, ça m’a pris quand même un petit bout de temps avant de vraiment le comprendre et de le mettre en œuvre. Ça fait toute la différence. D’abord parce que quand on ne gagne pas le trophée, on est moins triste. Au moins, j’ai donné quelque chose qui a de la valeur à l’auditoire. Ensuite, parce que c’est mieux apprécié par le public aussi. Il peut aussi détecter si tu es là pour gagner ou si tu es là pour rendre service.

Dans quelques jours, vous allez participer au Festival les vieux m’ont conté du Centre de folklore franco-ontarien. À quoi on peut s’attendre concernant votre participation à cette 10e édition?

Je participe à trois parties dans la programmation. Il y a l’Ontario raconté. Ça, c’est en ligne. Alors, ce sont des contes enregistrés par cinq différentes personnes. Et je vais raconter quelque chose qui vient de la collection Les vieux m’ont conté. L’histoire du capitaine trompé par le roi, mais avec un accent sur l’épouse du capitaine qui a réussi à organiser une veillée pour révéler un mensonge du roi.

Je vais raconter l’histoire de ma grand-mère et des traditions familiales pendant le Marathon de contes. Je vais l’adapter pour le public francophone. C’est aussi un retour aux sources parce que c’est avec cette histoire-là que j’ai remporté la reconnaissance des Conteurs émergents, des Conteurs du Canada en 2018. Patrick Breton était là, il va s’en souvenir, c’est lui qui organisait ce petit concours ici, à Sudbury. Et donc, j’ai raconté cette histoire-là. Ensuite, on m’a invité à la conter au Congrès des Conteurs du Canada, à Peterborough, puis au festival Les vieux m’ont conté.

L’autre chose, c’est le concours international franco-ontarien de la plus grande menterie. C’est très drôle. Je vais animer ce concours. Je m’amuse à présenter chaque participant et concurrent. Et pendant que les juges délibèrent, je vais conter une histoire.

Alexandre Matte lors de la randonnée du Festival Les vieux m’ont conté en 2023. Photo : Léo Duquette

En quoi le conte est-il, selon vous, un bon levier pour faire vivre la langue française et le folklore franco-ontarien d’un point de vue pédagogique?

D’un point de vue pédagogique, le conte est seulement un outil pour transmettre des leçons ou des valeurs. Si on raconte l’histoire du petit chaperon rouge, les enfants trouvent ça drôle et peuvent répéter « Attention, elle va te manger! » ou « Ah, tu as de grosses dents, grand-maman! » Mais il y a une leçon là-dedans. Celle de faire attention, même si une personne se présente bien, elle pourrait être méchante. C’est la même chose avec les trois petits cochons, c’est une leçon sur l’importance de travailler fort pour ne pas se faire manger par un loup. Attention, il y a beaucoup de loups dans les histoires!

Pour ce qui est de transmettre le folklore ou transmettre la langue, la culture, je vais te donner l’exemple des écoles d’immersion, parce que là, c’est énorme comme impact. Dans une école francophone, si tu as un conteur invité qui vient conter en français, c’est spécial, mais ce n’est pas renversant. Parce que les enseignants leur parlent déjà en français. Si je vais dans une école d’immersion française, surtout dans des endroits où il n’y a pas beaucoup de francophones, comme Terre-Neuve, souvent, je suis le premier francophone qu’ils ont rencontré.

Pendant mes interventions, on jase un petit peu, on se pose quelques questions et les jeunes s’ouvrent complètement. À la fin, ils se rendent compte que, non seulement ils peuvent s’exprimer devant un groupe, mais aussi qu’ils ont des choses intéressantes à raconter. Au début, ils se disaient qu’ils n’avaient rien à raconter, qu’ils avaient juste dix-sept ans. Et je leur dis : « Non, tu as vécu dix-sept ans d’expérience, tu as plein de choses à dire. » J’aime pouvoir développer des habiletés de leadership chez les jeunes. Ça passe par la communication efficace.

Depuis maintenant six ans, Alexandre Matte partage des contes au jeune public, y compris dans des écoles d’immersion à travers le pays. Photo : Renée Watts

Finalement, à travers les thèmes que vous abordez souvent, notamment ceux de la tradition et de l’identité, quel est le message le plus important que vous aimeriez transmettre à la jeunesse ?

Une chose qui manque en ce moment, c’est l’ouverture à l’autre. Puis là, je ne parle pas de culture, de langue, ou même de quartier ou d’origine, mais d’opinion. C’est là où on a la plus grosse séparation dans notre société, je pense. On finit par éviter de fréquenter une personne, de passer du temps avec elle ou même de se lier d’amitié, simplement parce qu’elle a une opinion différente, que ce soit sur la politique ou sur les enjeux de société. Ça veut dire que là, on se rassemble entre nous, c’est des chambres d’écho.

Bien sûr, en ligne, c’est encore pire comme phénomène. Alors, j’aimerais encourager tout le monde à aller trouver des gens qui ont des opinions contraires, puis de discuter de façon civile. D’être curieux de savoir pourquoi tu penses comme ça. C’est comme ça qu’on peut faire une meilleure société. Pas seulement de cette manière, mais c’est une des choses qu’on peut faire pour que notre société puisse aller mieux et pour, peut-être, trouver des façons de guérir un peu. »

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2005 : Début de carrière dans le milieu culturel francophone

2007 : Déménagement à Sudbury et entrée en poste comme directeur au Théâtre du Nouvel-Ontario

2018 : Reconnaissance comme conteur professionnel grâce à l’obtention du prix de Conteur émergent décerné par l’organisme Conteurs du Canada

2020 : Départ du Carrefour francophone après dix ans afin de se lancer comme conteur à temps plein

2022 : Victoire en tant que vice-champion du monde de la parole publique 

2025 : Élection à la présidence de l’organisme Conteurs du Canada

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Premier ministre ontarien recherche nouvel ami québécois

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Doug Ford aime les Québécois. C’est, à tout le moins, ce qu’il a affirmé à quelques occasions. À cet effet, il pouvait pointer la relation amicale qu’il semblait entretenir avec l’ancien premier ministre François Legault. On peut cependant s’interroger sur sa capacité à développer avec Paul St-Pierre Plamondon, le nouveau premier ministre québécois désigné après l’élection provinciale de lundi dernier, une relation similaire.

Ford et Legault, malgré leurs différences, appartenaient plus ou moins à la même génération, en plus de partager un passé d’hommes d’affaires et un style politique similaire. Ce n’est pas le cas avec celui qui est communément appelé PSPP.

Les interactions de Ford et de St-Pierre Plamondon à ce jour, par médias interposés, n’ont pas été particulièrement cordiales. Doug Ford avait déclaré il y a quelques mois que l’élection du Parti Québécois serait un désastre pour le pays : « Si, et Dieu nous en garde, il (le chef du Parti québécois) est élu, retenez mes paroles, d’ici un an ou un an et demi, il déclenchera un référendum pour se séparer du Canada. C’est inacceptable! ». Paul St-Pierre Plamondon avait quant à lui répliqué en accusant Ford de faire du « mauvais théâtre » et d’avoir nui, avec sa campagne publicitaire aux États-Unis qui avait soulevé l’ire de Donald Trump, aux intérêts du Québec.

Doug Ford a certainement été déçu par l’élection d’un gouvernement du Parti Québécois. Cependant, il a peut-être trouvé un peu de réconfort dans le fait que ce dernier n’a pas réussi à obtenir une majorité de députés à l’Assemblée nationale, ce qui rend encore plus improbable la tenue d’un référendum, à court ou moyen terme. Et, dans tous les cas, PSPP avait déjà indiqué durant la campagne électorale québécoise ne pas avoir l’intention de tenir un référendum tant que Donald Trump serait président des États-Unis.

Sans la menace immédiate d’un référendum, les deux premiers ministres pourront sans aucun doute développer des alliances ponctuelles au cours des prochains mois. Il ne faut pas négliger le fait que les deux provinces ont un certain nombre d’intérêts communs, que ce soient des transferts fédéraux aux provinces plus élevés ou encore la défense de l’industrie manufacturière canadienne, qui est largement concentrée au Québec et en Ontario. Il faudra également voir si Ford, qui a émis au cours des derniers mois des critiques à l’endroit du projet de train à grande vitesse Alto, qui suscite un certain mécontentement au sein de nombreuses circonscriptions conservatrices de l’Est ontarien, décidera d’entrer en croisade avec St-Pierre Plamondon, qui a promis de retirer la participation du Québec dans le projet.

Il demeure cependant peu probable que Ford trouve chez St-Pierre Plamondon un nouvel ami québécois pour remplacer Legault. En effet, on peut s’attendre à des relations beaucoup plus compliquées et tendues avec le Québec au cours des prochains mois malgré le souhait exprimé par Ford, après l’élection de St-Pierre Plamondon, que les deux provinces puissent travailler ensemble.

Contrairement au gouvernement de la Coalition Avenir Québec, qui avait limité ses critiques quant à l’approche adoptée par Mark Carney et le gouvernement fédéral dans leurs négociations avec les États-Unis, St-Pierre Plamondon n’a pas hésité à affirmer que le gouvernement fédéral était prêt à sacrifier les intérêts du Québec en faveur de ceux de l’Ontario et de l’Alberta. Il est improbable que le premier ministre québécois désigné accepte de jouer au sein de « l’équipe Canada » que Ford n’a eu de cesse de promouvoir depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. PSPP s’est d’ailleurs déjà engagé à nommer un ministre responsable du processus d’indépendance qui viendra remplacer le Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, qui pilotait auparavant, entre autres, la question des relations avec les autres provinces, de même que les relations du Québec avec les communautés francophones hors Québec. Il faudra également voir si St-Pierre Plamondon acceptera de participer aux rencontres du Conseil de la fédération, qui réunit l’ensemble des premiers ministres des dix provinces canadiennes et des trois territoires. À ce jour, il a fait preuve d’une certaine ambiguïté à ce sujet.

Bien entendu, Ford pourrait nous surprendre. Il a réussi, par le passé, à développer des relations de travail cordiales, et somme toute surprenantes, avec des politiciens comme Chrystia Freeland. Il n’en demeure pas moins qu’il doit sans doute espérer que le gouvernement minoritaire du Parti Québécois ne sera pas trop longtemps au pouvoir. Et que l’électorat québécois lui permettra par la suite de se faire, avant l’élection provinciale ontarienne prévue en 2029, une nouvelle ou un nouveau meilleur ami québécois.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Présidence de l’AFO : vers une course à trois candidats aux visions contrastées

OTTAWA – Alors que la période de mise en candidature à la tête de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) se clôture ce vendredi à 16 h, le président sortant, Fabien Hébert, devrait faire face à deux rivaux déclarés, Mélina Leroux et Abel Maxwell, dans ce qui s’apparente à la première course à trois depuis 2010. Deux candidats qui opposent leur désir de renouveau au discours de stabilité prôné par le candidat à sa propre succession.

« Pour moi, c’est simple, c’est un processus démocratique. Si la communauté pense que la meilleure direction est celle préconisée par un des deux autres candidats, ce sera le message donné », affirme d’emblée et avec sérénité celui qui brigue un troisième mandat de deux ans à la tête du porte-voix franco-ontarien et qui avait été élu par acclamation en 2024.

En effet, trois mois après l’annonce de sa candidature, deux nouvelles figures sont entrées en scène : Mélina Leroux, directrice générale de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) depuis 2019, et Abel Maxwell, artiste, entrepreneur et analyste financier. 

Mais, comme il l’avait fait lorsqu’il était seul dans la course, l’ex-dirigeant du secteur de la santé prône la stabilité afin de concrétiser les recommandations des États généraux sans créer de vide politique, notamment face aux enveloppes fédérales de Patrimoine canadien verrouillées jusqu’en 2028.

Le résident de Hearst, Fabien Hébert, a été vice-président de l’Hôpital Notre-Dame de Hearst et président-directeur général de l’Hôpital Smooth Rock Falls avant de prendre sa retraite en 2018. En 2022, il a accédé à la présidence en l’emportant face à Nicole Fortier Levesque, ex-mairesse de Monnbeam. Photo : Archives ONFR

Apporter un autre souffle

Ses deux adversaires défendent toutefois une autre approche, qui met de l’avant certains changements dans la direction de l’organisme. 

Pour Abel Maxwell, il est impératif d’élargir le champ d’action traditionnel de l’institution : « La santé et les soins de longue durée, c’est très bien et je vais continuer de porter ce flambeau. Mais les autres cases que j’apporte en plus, comme la jeunesse dans sa pluralité, la diversité culturelle, l’entrepreneuriat artistique, ne sont tout simplement pas sur leur radar actuellement.

« Je ne viens pas pour détruire le travail fait sous le leadership de Fabien Hébert, clarifie-t-il, mais pour apporter une lumière sur ces zones délaissées ».

De son côté, Mélina Leroux estime qu’il est temps de passer à une autre échelle : « La continuité et le statu quo ne sont plus une option. Quelle meilleure façon d’apporter du changement que de poser sa candidature et de remettre en question nos réflexions sur le leadership de notre communauté? »

La jeune femme originaire de Rockland, dans l’Est ontarien, et qui siège actuellement au conseil d’administration de l’AFO depuis 2022 à titre de représentante du secteur identitaire Jeunesse, milite pour une posture plus ferme sur le terrain.

« Il manque parfois d’animation, de passion et de fermeté dans nos interventions. On a besoin de quelqu’un qui se tient droit sur le terrain, qui frappe un peu plus fort et qui va directement au-devant des communautés », confie celle qui vit à Ottawa.

Jeunesse et diversité 

La réponse aux mutations démographiques constitue l’un des piliers de la candidature d’Abel Maxwell. Fort de son expérience d’analyste financier et d’artiste issu de l’immigration, il met en garde contre l’érosion démographique de la francophonie ontarienne. 

Le Torontois rappelle que la jeunesse francophone est aujourd’hui composée à 70 % de personnes issues de la diversité culturelle et qu’un jeune de 20 ans ne se reconnaît pas nécessairement dans les dossiers institutionnels classiques et que « si on ne fait rien, cette francophonie va aller vers l’anglophonie ».

Celui qui a posé ses valises au Canada en 2007 place ainsi la rétention des nouveaux arrivants et l’intégration économique au centre de sa vision : « On réussit l’accueil, mais on n’arrive pas à les garder. Quand la reconnaissance des diplômes tarde ou que l’accès à l’emploi bloque, un jour, la famille bascule à l’anglais ou déménage. »

Pour contrer ce phénomène, il propose de mettre sur pied une stratégie de vitalité francophone à l’horizon 2050 soutenue par un programme d’immigration économique distinct hors Québec, tout en demandant aussi un financement accru pour les arts et la culture.

Mélina Leroux est aussi de l’avis qu’il faut consulter en dehors des cercles habituels : « Il y a des endroits dans certaines régions qui auraient mérité d’avoir aussi des conversations pour justement ceux et celles qui ne pouvaient pas se déplacer dans un centre d’une région. C’est d’être capable d’aller sur le terrain puis de prendre le temps avec les gens sans que ce soit toujours rushing. »

Ayant eu plusieurs expériences dans des conseils d’administration d’organismes, Abel Maxwell souhaite cibler l’intégration économique des nouveaux arrivants, déplorant le manque d’accès à l’emploi et la lenteur dans la reconnaissance des diplômes. Photo : Gracieuseté d’Abel Maxwell

Une femme à la tête de l’AFO

Cette volonté de renouvellement rejoint les priorités de Mélina Leroux, qui insiste sur la représentativité des femmes et des jeunes aux postes décisionnels. Rappelant qu’aucune femme n’a dirigé l’AFO depuis deux décennies, elle revendique l’impact symbolique et politique de sa démarche.

« Être une jeune femme à la tête d’une telle institution comporte son poids. On parle souvent de la jeunesse et des femmes comme de l’avenir, mais il est temps de leur donner une vraie place décisionnelle aujourd’hui. Ce n’est pas parce qu’on est jeune et une femme qu’on ne peut pas diriger l’AFO », affirme-t-elle sans détour.

En ce qui concerne les consultations, elle note une perception de rigidité sur le terrain : « Les gens ont parfois l’impression que les décisions sont déjà prises ou encore qu’on a écouté un point de vue sans vouloir entendre l’autre côté. Le contact humain reste primordial, il nous permet de nous sentir moins isolés dans nos régions. »

Face à ces propositions, Fabien Hébert rappelle que les priorités portées sous son mandat découlent directement des besoins exprimés par la collectivité, citant les avancées obtenues en santé avec la création du Centre de planification des services de santé en français et la modernisation de la Loi sur les services en français ou encore l’obtention de la désignation bilingue obligatoire du poste d’Ombudsman.

« S’il y a des idées exprimées par les deux autres candidats qui méritent d’être retenues, ce n’est pas parce que je ne les ai pas mises de l’avant qu’elles ne méritent pas d’être écoutées et considérées », affirme-t-il.

Des méthodes qui diffèrent

La méthode de consultation de la base associative suscite également des discussions poussées entre les candidats. 

Fort des consultations de l’acte 2 des États généraux, ayant réuni 2000 répondants aux sondages et 1200 participants régionaux, Fabien Hébert rejette l’idée que l’AFO consulte un réseau fermé.

« Si les 1200 personnes qui ont participé aux sessions représentent toujours les mêmes personnes, je ne comprends pas. L’opportunité a été donnée à tout le monde dans toutes les régions », relève-t-il.

Abel Maxwell estime quant à lui que l’AFO doit revoir sa manière de communiquer pour toucher les communautés ethnoculturelles et artistiques, qui se sentent souvent à l’écart des grandes structures politiques. 

S’appuyant sur son rayonnement public, son parcours distingué par l’Ordre de la Pléiade, entre autres, et ses réseaux corporatifs, il compte mettre son profil médiatique au service de la cause francophone.

« Quand on parle de notoriété, il faut utiliser ce capital de visibilité pour ouvrir des portes qui restent fermées et faire résonner nos revendications là où on ne nous attend pas », fait-il valoir. 

Face à la multiplication des organismes en Ontario français et au chevauchement de leurs mandats, Mélina Leroux plaide pour une clarification des rôles afin de mieux concerter les efforts du réseau associatif. Photo : Gracieuseté de Mélina Leroux

Mélina Leroux met pour sa part en lumière la réalité vécue par les petites organisations communautaires : « J’arrive du terrain. Je sais ce qui s’y passe : je comprends le manque de financement, je comprends l’épuisement de nos directions générales, et je sais à quel point c’est difficile d’aller rejoindre les gens parce que je le vis au quotidien ». 

Témoin direct de ces réalités associatives, la directrice générale a d’ailleurs récemment orchestré la prise sous tutelle transitoire du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) par la FESFO afin de secourir la représentation étudiante au postsecondaire.

Concernant l’AFO, elle réclame une clarification des structures d’adhésion : « C’est devenu absurde : il me faut près de cinq minutes juste pour expliquer le fonctionnement des catégories de membres. Les membres individuels croient qu’ils peuvent voter pour la présidence, alors que ce n’est pas le cas. »

« Il faut moderniser nos structures et sortir des sentiers battus pour que tout le monde ait sa place », conclut-elle.

London : les francophones cherchent leur place dans la campagne municipale

LONDON – Alors que la communauté francophone de London grandit et se diversifie, plusieurs de ses membres disent encore se sentir peu interpellés par la politique municipale. Sollicités par ONFR, plusieurs candidats à la mairie promettent pourtant davantage de services en français et de dialogue avec la communauté, certains allant jusqu’à envisager une ville véritablement bilingue.

« Je vois plutôt la communauté qui se rassemble pour demander à la mairie, mais pas l’inverse », dit Juan Sarmiento, père d’un élève de l’école francophone Marie-Curie, pour qui la francophonie reste peu visible dans la campagne municipale londonienne.

Arrivé dans la ville il y a deux ans, après avoir notamment vécu à Gatineau et Toronto, il dit suivre « un peu » la campagne, mais ne pas avoir remarqué de propositions particulières destinées aux francophones.

Un constat que partage César Garo, père d’une élève qui étudie au sein du Conseil scolaire catholique Providence. Peu féru de politique municipale, il affirme n’avoir jamais entendu parler d’un plan pour les francophones.

Juan Sarmiento, le père d’un élève de l’école francophone Marie-Curie à London, voit dans l’apprentissage du français un atout pour l’avenir de son fils. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Taylor Conley est plus catégorique. Cette enseignante en immersion française, dont les trois enfants sont arrivés récemment d’Haïti, estime que la question du français est pratiquement absente de la campagne. Elle pointe notamment du doigt les difficultés que peuvent rencontrer de nouveaux arrivants francophones qui maîtrisent peu l’anglais et doivent naviguer dans les services locaux.

« Il faut avoir des services en français. Et ça n’existe pas », estime-t-elle, tout en reconnaissant ne pas connaître précisément l’ensemble des services offerts par la municipalité.

« Personne n’est venu me chercher »

Le sentiment de distance avec l’hôtel de ville se retrouve également chez certains responsables communautaires. Cofondatrice de Lions SAS, organisme qui offre notamment des cours de natation en français, Edwidge Pierre reconnaît ne pas particulièrement suivre la politique municipale. Mais elle regrette que personne ne soit venu vers son organisme pour lui demander quels étaient ses besoins ou comment la Ville pourrait l’appuyer.

« Jamais personne ne m’a contactée », résume-t-elle, tout en assurant qu’elle serait prête à davantage collaborer avec la municipalité. 

Edwidge Pierre, figure engagée de la communauté francophone de London, souhaite que les enjeux de cette population grandissante trouvent davantage leur place dans le débat municipal. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le constat n’est toutefois pas unanimement négatif. Holden Toué, navigateur en santé noire francophone à Accès Franco-Santé London, observe une communauté en croissance qui acquiert selon lui progressivement « un poids dans le paysage londonien ». La présence de responsables politiques lors des célébrations du Jour des Franco-Ontariens constitue à ses yeux un signe de reconnaissance croissante, même s’il dit ne pas suffisamment suivre la politique municipale pour évaluer les efforts individuels des candidats.

Des candidats promettent davantage de français

Interrogés par ONFR, plusieurs candidats à la mairie avancent pourtant des propositions concrètes.

Le maire anglophone sortant, Josh Morgan, défend les relations développées avec la communauté au cours de son mandat, mais reconnaît la nécessité d’aller plus loin. S’il est réélu, il souhaite notamment organiser des rencontres plus régulières avec les dirigeants et organismes francophones et avoir un engagement « plus large » que lors du mandat écoulé.

Le maire sortant de London, Josh Morgan, explique s’appuyer sur ses homologues des grandes villes québécoises pour mieux comprendre les enjeux liés à la langue française à l’échelle municipale. Il préside notamment le caucus des maires des 23 plus grandes villes du Canada. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Tariq Khan propose pour sa part de créer un point d’accès francophone au sein des ressources municipales existantes afin d’orienter les résidents cherchant de l’information ou de l’aide. Il promet également d’accroître progressivement l’information en français concernant les principaux services municipaux et les grandes consultations publiques.

Le candidat souhaite surtout instaurer une table ronde annuelle entre le maire et la communauté francophone, réunissant organismes, jeunes, aînés, entreprises, nouveaux arrivants et responsables communautaires. Il affirme qu’une première rencontre aurait lieu dès janvier 2027 s’il était élu.

« Je sais que nous avons des lacunes à ce niveau à la Ville », reconnaît-il dans ses réponses transmises en anglais à ONFR.

Tariq Khan (au centre en noir), candidat à la mairie de London, entouré de sympathisants. Sa campagne mise sur le gel des taxes foncières, la gratuité des transports en commun pour les personnes à faible revenu et l’amélioration de l’accès au logement. Photo : compte Facebook de Tariq Khan

Traduction, consultations et technologie

Kirsten Krose privilégie une approche ciblée. Elle propose d’abord d’évaluer les secteurs où un accès en français aurait le plus d’impact. Pages Web importantes, avis publics, informations d’urgence et de sécurité, renseignements électoraux, grandes consultations : la candidate souhaite identifier les services prioritaires plutôt que de traduire systématiquement l’ensemble des communications municipales.

Elle envisage notamment le recours aux technologies de traduction, avec une révision humaine, afin d’élargir l’offre sans augmenter inutilement les coûts administratifs. « L’objectif n’est pas simplement de traduire davantage de documents. Il s’agit de s’assurer que les gens puissent accéder à leur Ville, la comprendre et avoir voix au chapitre dans ses décisions », explique-t-elle dans une réponse écrite, traduite de l’anglais.

Mme Krose souhaite également instaurer des échanges structurés avec les organismes francophones et rendre compte des demandes auxquelles la municipalité peut répondre, ne relevant pas des gouvernements provincial ou fédéral.

Kirsten Krose, candidate à la mairie de London, fait campagne sur quatre priorités : la sécurité publique, l’amélioration des services municipaux, la réduction des embouteillages et une meilleure utilisation des fonds publics. Elle propose notamment de rendre publics les résultats des services municipaux et de cibler les principaux points de congestion routière. Photo : Site officiel de campagne de Kirsten Krose

Une ville de London bilingue?

Dan Lenart veut aller encore plus loin. Le candidat propose la création d’un bureau linguistique à l’hôtel de ville, avec un service de traduction, ainsi que la traduction des procès-verbaux des réunions municipales. Son objectif à plus long terme : faire de London une ville « véritablement bilingue ».

« Nous avons besoin de grands objectifs », écrit-il par courriel, tout en reconnaissant que leur réalisation nécessitera du temps. M. Lenart précise que sa propre connaissance du français remonte essentiellement à son apprentissage à l’école jusqu’en 8e année.

Bronagh Joyce Morgan a quant à elle choisi de répondre aux questions d’ONFR directement en français, malgré un niveau qu’elle reconnaît imparfait. Elle souhaite améliorer l’accès au français, mais inscrit cette ambition dans une approche plus largement multilingue, en souhaitant notamment une meilleure représentation des langues autochtones.

Bronagh Joyce Morgan, candidate à la mairie de London, souhaite réformer le fonctionnement de l’administration municipale, réduire les dépenses bureaucratiques et renforcer la transparence des décisions de l’hôtel de ville. Elle s’engage également à ne briguer qu’un seul mandat. Photo : compte Instagram de Bronagh Joyce Morgan

La candidate s’engage également à améliorer personnellement son français. Ses enfants ont fréquenté un programme d’immersion française et sa sœur enseigne la langue. « J’aimerais pratiquer plus souvent avec de vrais gens, plutôt qu’une chouette verte », plaisante-t-elle, en référence au logo de l’application Duolingo.

Sollicitée à plusieurs reprises par ONFR pour connaître ses positions sur les enjeux francophones à London, la candidate à la mairie Susan Stevenson n’a pas répondu à nos demandes au moment de la publication.

Jusqu’où peut aller une municipalité?

Toutes les difficultés linguistiques rencontrées par les francophones ne relèvent cependant pas de l’hôtel de ville. Certains services évoqués par les résidents interrogés sont de compétence provinciale ou fédérale.

Pour Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), cela ne signifie pas que les municipalités sont dépourvues de moyens d’action. Même lorsqu’elles ne financent ou ne fournissent pas directement certains services, elles peuvent, estime-t-il, exercer « de l’influence politique auprès des gouvernements » afin que leur population francophone soit mieux desservie.

À London, le contraste demeure donc entre une communauté qui ne se sent pas toujours sollicitée par la politique municipale et des candidats qui, une fois interrogés directement, se disent prêts à renforcer sa place à l’hôtel de ville.

Reste à voir si cette attention portée au français auprès d’ONFR se traduira par une présence accrue de la francophonie d’ici la fin de la campagne et, surtout, dans les services et les décisions municipales après le scrutin.

FrancoQueer déploie deux programmes à Sudbury pour soutenir les francophones 2SLGBTQIA+

SUDBURY – FrancoQueer étend son mandat au Nord de la province afin d’accroître l’offre et la visibilité de services en français pour les personnes 2SLGBTQIA+ francophones de la région. C’est à travers les volets sudburois de deux programmes, l’Alliance arc-en-ciel et le Programme partenaires inclusifs (PPI), que l’organisme mène sa stratégie de liaison entre les membres de la communauté et les établissements de services, dans un contexte régional où les ressources et initiatives disponibles sont majoritairement anglophones.

Alors que FrancoQueer célèbre ses 20 ans de mobilisation cette année, il porte désormais une nouvelle mission : assurer l’offre de services et de ressources en français pour les francophones 2SLGBTQIA+ du Nord de l’Ontario. Engagé depuis toujours auprès des personnes 2SLGBTQIA+ partout dans la province, l’organisme a lancé en septembre le volet sudburois du programme Alliance arc-en-ciel. Celui du PPI avait, quant à lui, été relancé en mai 2026. Ces deux volets sont portés par Mamadou Fam, l’agent de liaison et de formation pour le Nord.

Dans le cadre du PPI, le rôle de Mamadou Fam est « d’assurer la liaison entre Francoqueer et ses partenaires locaux, mais aussi avec ses clients au niveau du Nord pour les orienter, leur donner un maximum d’informations, ainsi que d’assurer la formation continue des partenaires locaux », explique-t-il. Figurent parmi ces partenaires, des organisations francophones, voire bilingues, de la région qui travailleront donc de concert avec FrancoQueer pour rendre leurs services plus inclusifs pour les personnes de la diversité affective, sexuelle et de genre.

Pour ce qui est de l’Alliance arc-en-ciel de Sudbury, FrancoQueer s’engage à établir des espaces de concertation, à assurer le continuum des services en français, et à accroître la visibilité des personnes francophones 2SLGBTQIA+. « C’est une table de discussion entre FrancoQueer et ses partenaires », poursuit Mamadou Fam.

« Elle consiste à discuter de stratégies et de nouvelles approches pour être beaucoup plus inclusif, ainsi que de coordonner les actions de ces organisations et de FrancoQueer pour mieux répondre aux besoins de cette communauté », ajoute-t-il.

Mamadou Fam est l’agent de liaison et de formation pour le Nord de l’Ontario à FrancoQueer. Photo : gracieuseté

Une nouvelle approche

Pour s’adapter aux réalités de la région, l’agent de liaison parle notamment de la création éventuelle de « groupes locaux », pour pour renforcer le sentiment d’appartenance au sein des communautés queers de la région.

« Nous avons désigné Sudbury comme ville cible. Pour le moment, nous sommes en train de travailler pour que d’ici 2027, ça puisse être mis en place. Il s’agit de lancer un groupe local où ses membres peuvent se regrouper une fois par mois, discuter, mener des activités ou bien se partager des informations pour lutter contre l’isolement. »

En effet, l’isolement des personnes issues de la communauté 2SLGBTQIA+ est l’une des réalités que FrancoQueer reconnait et souhaite affronter dans son mandat pour Sudbury et le Nord de la province. « Pendant l’hiver, beaucoup de personnes de cette communauté sont confrontées à ces problèmes d’isolement, ce qui les pousse même parfois à se comporter de manière inadaptée, notamment en consommant de la drogue ou autre. »

L’organisme avait d’ailleurs participé à la dernière édition de Fierté Sudbury Pride pour faire valoir l’importance d’une présence dans le Nord. À l’occasion du défilé, l’agente de liaison et de formation du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario, Merlin Simard, parlait de « contrer l’isolement et de créer des opportunités pour que les gens se rassemblent, parce que l’isolement, ça emprisonne. »

De gauche à droite, Merlin Simard, agente de liaison et de formation pour la région du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario, les bénévoles Adam El Omari et Eric Boissoneau, le député Jamie West, et l’agent de liaison et de formation du Nord, Mamadou Fam juste avant le défilé de Fierté Sudbury Pride en juillet 2026. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

L’importance d’une liaison communautaire pour le Nord

Pour Michel Gervais, membre du conseil d’administration de Fierté Ouest Nipissing West Pride, l’offre active de services en français au sein des organismes communautaires est primordiale pour le bien-être des personnes queers en milieu rural. C’est pourquoi les projets de liaison sont nécessaires dans ce contexte.

« C’est isolant d’être en milieu rural, surtout en tant que personne queer, et d’être une minorité en étant francophone. C’est difficile de trouver sa communauté et d’exprimer ses défis et ses émotions, ses sentiments, ce qui se passe dans une langue autre que sa langue maternelle », dit-il.

Et d’ajouter : « Ces services, ces liens là, sont aussi essentiels que des services de santé ou n’importe quel service qui mène au bien-être de la communauté . »

Dans le Nord, l’accès aux ressources en français s’avère également crucial pour les familles qui cherchent à accompagner leurs proches. « Chez nous à Nipissing Ouest, on a souvent eu des parents qui ont essayé de joindre le conseil pour essayer d’obtenir des outils ou des conseils pour être un meilleur parent, ou un meilleur allié pour leur enfant. J’imagine que si on n’avait pas cet accès-là en français, ce serait plus difficile pour ces parents d’aller de l’avant », conclut-il.

Commissariat aux langues officielles : forte augmentation du nombre de plaintes

OTTAWA — Dans son premier rapport annuel déposé jeudi matin, la nouvelle commissaire aux langues officielles (CLO), Kelly Burke, dresse un bilan marqué par une explosion du nombre de plaintes, alimentée en grande partie par le dossier Air Canada, ainsi que par des reculs en matière de langue de travail et des mises en garde sur l’IA dans la fonction publique.

Le Commissariat aux langues officielles fait état de 4110 plaintes jugées recevables pour l’année 2025-2026, ce qui représente près du quadruple du bilan de l’an dernier (1163).

Le principal objet des plaintes continue d’être le service offert au public (partie IV de la Loi sur les langues officielles), qui explose pour atteindre 3632 dossiers contre 766 en 2024-2025. Hausse moins marquée du côté de la langue de travail (partie V) qui enregistre 310 plaintes contre 255 plaintes recevables en 2024-2025. 

En Ontario, le nombre de plaintes varie de façon marquée selon les secteurs. Hors Région de la capitale nationale (RCN), le Commissariat a comptabilisé 304 plaintes recevables (dont 273 pour les services au public), contre 197 l’année précédente.

Du côté ontarien de la RCN, on recense 549 plaintes, comparativement à 307 en 2024-2025, incluant 157 dossiers liés à la langue de travail.

Ce bond rappelle le bilan de 2021-2022, où l’ex-commissaire Raymond Théberge avait recensé un sommet de plaintes, alimenté par l’unilinguisme de Michael Rousseau chez Air Canada et la nomination d’une gouverneure générale unilingue anglophone. Source : CLO

Air Canada et bilinguisme des leaders

Rappelant qu’en « temps de crise, il est important pour la population canadienne d’entendre et de voir ses leaders parler dans les deux langues officielles de manière égale », le rapport souligne que « le bilinguisme constitue une compétence essentielle pour tout leader, que ce soit en politique, dans la fonction publique fédérale ou même au sein d’entreprises privées ». 

Pour la commissaire, l’ampleur des réactions démontre que les langues officielles « comptent réellement pour la population ».

Outre le cas du transporteur aérien, le rapport dénonce une « tendance préoccupante » chez les hauts fonctionnaires et cadres fédéraux, de plus en plus nombreux à donner des séances d’information, discours et présentations publiques uniquement ou majoritairement en anglais, souvent sans service d’interprétation. 

« Il s’agit pourtant de chefs de file qui ont la responsabilité de promouvoir un milieu de travail bilingue et propice à l’usage des deux langues officielles. Les incidents de ce genre donnent un mauvais exemple au personnel, et perpétuent l’existence de milieux de travail gouvernementaux unilingues où les employés ne se sentent pas à l’aise de communiquer dans la langue officielle de leur choix », peut-on aussi y lire.

Lacunes en formation et dans les comités

La langue de travail au sein même de la fonction publique fait également l’objet de constats troublants. Le Commissariat a reçu 73 plaintes concernant la formation professionnelle offerte aux fonctionnaires, dénonçant un manque de cours et de ressources en français, souvent élaborés dans des régions unilingues anglophones. 

Le rapport prévient que priver un employé d’outils et de formations dans sa langue peut « freiner son rendement, provoquer son exclusion ou créer de l’insécurité linguistique ».

De plus, l’usage des deux langues se dégrade au sein de certains comités interministériels et réseaux informels d’employés, où les rencontres et documents se déroulent de plus en plus en anglais seulement. Bien que les institutions n’aient pas formellement enfreint la Loi, le Commissariat craint que ces pratiques ne « deviennent la norme » et s’inquiète de ce qui pourrait n’être que la « pointe de l’iceberg ».

Face à ces manquements répétés, Kelly Burke recommande au Conseil du Trésor de rendre obligatoire, d’ici le 31 mars 2028, la formation FON 413 : Gestion des obligations en matière de langues officielles pour tous les gestionnaires de la fonction publique.

IRCC, compressions et Radio-Canada

Le rapport met aussi en lumière des manquements d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Le Commissariat a jugé fondées deux plaintes reprochant au ministère « de ne pas avoir tenu compte des réalités particulières aux établissements d’enseignement postsecondaire en contexte linguistique minoritaire dans sa décision d’imposer, en janvier 2024, un plafond de réception des demandes de permis d’études ».

L’enquête conclut à « un manquement du côté de l’institution fédérale sur le plan des activités de dialogue et de consultation dans le cadre de son évaluation d’impact », relevant qu’IRCC n’avait pas fourni l’information nécessaire aux intervenants clés pour leur permettre de contribuer de manière éclairée.

Alors qu’un nouveau cycle de réductions budgétaires s’amorce dans la fonction publique, la commissaire s’inquiète des répercussions des dernières décisions financières d’Ottawa.

« Il est encore tôt pour évaluer de façon précise les effets du budget fédéral de 2025 sur le respect des obligations linguistiques des institutions fédérales ou sur les communautés. Les compressions dans la fonction publique demeurent préoccupantes », prévient le rapport, rappelant que « par le passé, les dépenses liées aux langues officielles ont souvent été ciblées durant les périodes de restrictions financières ».

Le document rappelle d’ailleurs la recommandation formulée par l’ancien commissaire, Raymond Théberge, demandant aux administrateurs généraux de veiller, d’ici le 30 mai 2027, à ce que leurs organisations protègent les droits linguistiques lors des exercices de réductions budgétaires.

Dans ce contexte, le rapport qualifie de « bonne nouvelle » le financement additionnel de 150 millions de dollars accordé à CBC/Radio-Canada pour 2025-2026 et prend note de la volonté exprimée par la nouvelle présidente du diffuseur public de bonifier les engagements quant à la couverture d’actualité en milieu rural et communautaire.

Biais de l’intelligence artificielle 

Le Commissariat consacre également une mise en garde aux risques liés à l’intelligence artificielle (IA) dans la fonction publique, rappelant que « les données et les perspectives de langue anglaise occupent la plus large part d’Internet » et que les outils peuvent générer des biais.

Dans sa recommandation, la commissaire demande au Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada (SCT) d’intégrer les langues officielles dans sa Stratégie d’IA et son Guide sur l’IA générative d’ici le 31 mars 2027. 

L’objectif est de s’assurer que tout outil ou politique d’IA tienne systématiquement compte du français et de l’anglais.

« Les biais sont reflétés souvent par le fait que la technologie répond à des questions très précises ici et donc les biais peuvent survenir en fonction de la façon qu’on pose la question », a-t-elle lancé jeudi matin tout en indiquant, qu’à sa connaissance, qu’aucune plainte formelle n’aurait été déposée pour l’instant.

Cette recommandation arrive quelques jours après le lancement, par le premier ministre Mark Carney, d’un nouveau conseil qui formulera des conseils indépendants et pratiques à l’égard de la transformation du Canada en matière d’IA.

La FCFA dénonce une méconnaissance de la Loi

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada n’a pas tardé à réagir à ce rapport de la commissaire, déplorant que l’appareil fédéral ne semble toujours pas saisir la portée des obligations linguistiques trois ans après la modernisation de la Loi.

« La commissaire Burke a raison, les gestionnaires fédéraux ont besoin d’une formation sur ces obligations et ça presse », a réagi la présidente de la FCFA, Liane Roy, évoquant notamment la directive récente rendant l’anglais obligatoire dans 180 unités de la Défense nationale et les dératés dans les programmes d’infrastructures.

Mme Roy critique également la lenteur et la faiblesse des projets de règlements d’application : « À la lecture de ce rapport, on est en droit de se questionner sur la capacité des institutions fédérales de transformer les obligations de la Loi en changements concrets. »

La FCFA pointe également du doigt le projet de loi omnibus C-39, dans lequel le mot « langues officielles » n’apparaît pas une seule fois, redoutant que les communautés francophones soient laissées « sur le quai à regarder le bateau passer ».

Article mis à jour jeudi à 13h.

Une barrière systémique tombe pour les médecins francophones étrangers en Ontario

Longtemps unilingue, l’évaluation à la pratique de la médecine familiale de l’Ontario est désormais disponible en français, une demande de longue date de la communauté francophone, pour qui les médecins francophones étaient désavantagés. En parallèle, un nouveau programme permettra à 200 médecins étrangers d’exercer plus facilement en Ontario, avec un volet pour les médecins francophones, pour desservir les régions à forte concentration francophone.

Parmi les obstacles qui rendent difficile l’accès à la médecine familiale en Ontario aux médecins francophones de l’étranger, l’évaluation de la capacité à exercer pour les médecins de famille formés à l’étranger en Ontario n’était jusqu’alors disponible qu’en anglais.

Or Touchstone Institute, qui administre le programme (en parallèle avec le gouvernement de l’Ontario ou encore l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario), a récemment émis une communication au sujet du programme Practice Ready Ontario (PRO), qui aide les médecins de famille formés à l’étranger à démontrer leur capacité à exercer pour commencer leur pratique en Ontario plus tôt. 

L’organisme y annonce que le PRO comprend maintenant un nouveau parcours bilingue axé sur le français, Préparation à la pratique en Ontario (PPO), destiné aux médecins qui souhaitent effectuer la majeure partie du processus d’évaluation en français.

Source : courriel de Touchstone Institute

« Leur demander de faire cette évaluation en anglais n’était pas juste, et pas accessible pour la majorité de ces candidats dont beaucoup échouaient. Ce qui compte, c’est que cette évaluation est maintenant disponible en français », a réagi pour ONFR Carole Lafrenière du Collectif des médecins francophones internationaux du Canada.

Pour accéder à ce programme d’évaluation, les médecins diplômés à l’étranger doivent toutefois répondre à des critères stricts, constate Mme Lafrenière. Ils doivent entre autres avoir une combinaison de quatre ans de formation postdoctorale (résidence) et d’expérience en pratique autonome en médecine de famille ou générale et justifier d’au moins 960 heures de pratique clinique (dont 720 en personne) au cours des trois dernières années.

Si l’évaluation est réussie, les médecins suivent une formation pratique de trois mois. Ils reçoivent alors un permis temporaire pour pratiquer sous le parrainage d’un autre médecin, avant l’obtention de leur permis d’exercice définitif.

Or, tous les médecins immigrés n’en sont pas au même stade de préparation et certains se retrouvent lésés par des circonstances d’immigration. « On veut attirer des médecins de famille de l’étranger mais c’est souvent le parcours du combattant pour eux. Il faut encore éliminer davantage de barrières », soutient celle-ci.

Un avis que partage la députée de Nickel Belt, France Gélinas, qui note toutefois que « n’importe quel petit pas qu’on fait pour faciliter la pratique des professionnels de santé en Ontario va dans la bonne direction ».

20 millions du fédéral pour créer 200 postes de médecins étrangers

En parallèle, un nouveau financement fédéral de 20 millions de dollars permettra d’ouvrir 50 postes par an sur quatre ans en Ontario, soit 200 médecins de famille formés à l’étranger prêts à exercer dans la province à l’horizon 2028-2029, et ce dans le cadre du programme PPO.

L’un des volets de ce programme sera directement consacré aux médecins de famille pouvant exercer en français, bien qu’aucun objectif francophone chiffré n’ait pour l’heure été précisé.

L’objectif principal annoncé est d’améliorer l’accès aux soins de première ligne dans les régions nordiques et rurales mal desservies, ainsi que dans les communautés francophones de l’Ontario.

« Nous saluons cet investissement du gouvernement fédéral (…) Il s’agit d’une nouvelle étape importante dans la poursuite de nos efforts visant à garantir à toute la population de l’Ontario l’accès aux soins de santé primaires d’ici 2029 », a déclaré Sylvia Jones, la ministre de la Santé de l’Ontario.

« Nous nous réjouissons de cette nouvelle qui offre une belle occasion pour les médecins francophones formés à l’étranger d’accéder à un permis d’exercice de la médecine et ainsi mieux desservir la population francophone de l’Ontario », a également noté Mme Lafrenière.

La députée francophone du Nord, Mme Gélinas, rappelle en revanche que l’Association des médecins de l’Ontario a déterminé qu’il manquait au moins 240 médecins dans le Nord, dont 40 % qui parlent français.

Celle-ci considère important que davantage de mesures soient prises pour faciliter l’installation et la rétention des médecins dans le Nord de l’Ontario.

Le communiqué officiel souligne que l’intégration des professionnels de la santé formés à l’étranger est essentielle pour remédier à la pénurie de personnel de santé à l’échelle du pays, malgré les obstacles au Canada, tels que des « processus de reconnaissance des titres de compétences longs, coûteux et complexes ».

L’enveloppe de 20 millions de dollars pour l’Ontario s’inscrit dans un investissement de 31 millions de dollars destiné à six projets qui fourniront des ressources et des outils pratiques « pour aider les médecins, infirmières, ergothérapeutes et physiothérapeutes formés à l’étranger à s’y retrouver dans les exigences provinciales et territoriales en matière de permis d’exercice et à se préparer à travailler dans le secteur de la santé canadien ».

Schizophrénie : des francophones brisent le silence sur le manque de services et la stigmatisation

OTTAWA – Une dizaine de francophones vivant avec la schizophrénie ont transposé leur expérience dans des œuvres réalisées aux Ateliers de l’Élan, à Montfort Renaissance. Issue d’une recherche participative, l’exposition présentée récemment au Centre communautaire de Vanier a mis en lumière leur parcours de rétablissement, mais aussi les obstacles liés à la stigmatisation, à la pauvreté et au manque de services en français.

Sur les œuvres de Samantha Anne, les couleurs varient en fonction de ses émotions et des voix qu’elle entend. « Quand il n’y a pas de voix, c’est la couleur pâle, le bleu, le jaune, le silence, la joie, la paix », explique-t-elle. À l’inverse, les teintes deviennent foncées quand elle est triste ou fâchée.

La jeune femme de 28 ans fait partie d’un groupe d’une dizaine de francophones vivant avec la schizophrénie qui a participé à six séances d’art aux Ateliers de l’Élan de l’organisme communautaire francophone Montfort Renaissance.

« Ça m’a permis de trouver des outils pour parler de la schizophrénie et expliquer aux gens qu’on n’est pas des monstres. »
— Samantha Anne

À travers sa participation, elle souhaite surtout combattre les préjugés envers les personnes vivant avec ce trouble de santé mentale. « Il y a du monde pour qui c’est vraiment négatif. Dès qu’ils nous voient : « Elle est bizarre. » Ils vont juger. Il ne faut pas faire de jugement. »

Lorsqu’on lui demande ce qu’elle souhaiterait améliorer, sa réponse est claire : « J’aimerais qu’il y ait davantage de services en français et moins de jugement. »

Samantha n’est actuellement suivie par aucun thérapeute, même si elle aimerait pouvoir compter sur cet accompagnement.

« J’en avais un auparavant, mais c’était un suivi à court terme. Mon dossier a ensuite été fermé. Souvent, quand on va mieux, le dossier est fermé. Mais ce n’est pas parce qu’on va bien aujourd’hui qu’on ira nécessairement bien dans six mois. On a parfois besoin de plus de temps et on doit ensuite redemander de l’aide », déplore-t-elle.

Pour prendre soin de sa santé mentale, elle se tourne vers la méditation, l’art, ses amis et les activités des Ateliers de l’Élan.

Samantha Anne utilise l’art pour exprimer son expérience de la schizophrénie et combattre les préjugés. Photo : Amine Harmach/ONFR

Les besoins ne se limitent pas aux services médicaux et psychiatriques. Les intervenants communautaires peuvent également aider les personnes à s’intégrer dans la société. Or, ces services comportent eux aussi des listes d’attente.

« À Montfort, par exemple, j’ai attendu environ six mois parce que j’étais en situation de crise. Si je n’avais pas été en crise, on m’avait dit que l’attente pouvait aller jusqu’à deux ans. Je connais des personnes qui ont attendu deux ans pour avoir accès à une travailleuse sociale à Montfort », témoigne Samantha.

Chantal Lavoie connaît elle aussi cette réalité. Paire aidante en santé mentale depuis plus de neuf ans, elle a accompagné les participants afin qu’ils puissent mettre en images leur parcours de rétablissement ou de guérison.

« Une paire aidante, c’est quelqu’un qui a vécu des troubles de santé mentale, qui est maintenant rétabli et qui offre de l’écoute aux personnes qui ont besoin de parler », explique Chantal, qui offre aussi des cours d’art.

Elle réserve des périodes pendant lesquelles les personnes peuvent l’appeler, qu’elles se sentent bien ou qu’elles traversent un moment plus difficile.

Selon Chantal Lavoie, paire aidante, la stigmatisation demeure présente, « même auprès de certains médecins et intervenants ». Photo : Amine Harmach/ONFR

Mettre le rétablissement en images

L’exposition est issue d’une recherche participative menée par Hakima Moktary, travailleuse sociale à l’Hôpital Montfort depuis 14 ans auprès de personnes vivant avec des troubles de santé mentale, particulièrement des troubles psychotiques et la schizophrénie.

« Au quotidien, elles me partageaient leurs expériences, leur vécu, leurs difficultés, mais aussi leur façon d’avancer. À un moment donné, je me suis demandé quel était leur propre point de vue sur ces expériences et comment elles vivaient elles-mêmes leur rétablissement », explique-t-elle.

Cette réflexion l’a conduite à entreprendre des études doctorales afin d’explorer le rétablissement du point de vue des personnes directement concernées.

Hakima Moktary souhaite permettre aux œuvres créées au cours des ateliers de rejoindre un public plus large. Photo : Amine Harmach/ONFR

Les participants ont abordé six grands sujets, parmi lesquels leur expérience de la schizophrénie, l’accès aux services en français, la gestion des phénomènes souvent qualifiés de symptômes, la stigmatisation ainsi que les facteurs structurels qui influencent leur rétablissement.

Le groupe reflète également des réalités culturelles diverses. Parmi les dix participants, quatre se définissent comme Autochtones, trois comme personnes immigrantes ou issues de l’immigration et trois comme personnes blanches.

Dominique, 40 ans, aime pour sa part peindre des montagnes. « On a des hauts et des bas », résume-t-il. Au milieu de son tableau se trouve une voiture rouge. « J’ai appris un peu à conduire. Là, c’est juste la ville, et sortir dehors », explique-t-il, confiant qu’il « aime faire des choses nouvelles comme ça ».

Malgré les moments plus difficiles, Dominique estime pouvoir compter sur les personnes qui l’accompagnent. Photo : Amine Harmach/ONFR

Lui aussi veut transmettre un message : « On n’est pas des criminels. On est des gens normaux, comme tout le monde. »

La pauvreté et le logement au cœur du rétablissement

La recherche s’intéresse aussi aux conditions sociales et financières dans lesquelles vivent les participants.

« On parle beaucoup du fait qu’il faut consulter un psychiatre, prendre ses médicaments, etc. Mais le problème, c’est qu’une bonne partie de ces personnes vivent dans la pauvreté », fait valoir Hakima Moktary.

Selon elle, la majorité des participants à sa recherche ont un revenu annuel inférieur à 20 000 dollars. Certaines personnes éprouvent ainsi de la difficulté à trouver et à conserver un logement indépendant et stable.

Pour Mme Moktary, améliorer les services passe d’abord par la reconnaissance de l’expertise des personnes concernées.

« Il faut aussi les impliquer dans les politiques qui les concernent et dans la réflexion autour des solutions », estime-t-elle.

Une spirale illustre le parcours d’une participante, renvoyée entre les services anglophones et francophones. Photo : Amine Harmach/ONFR

Les œuvres créées au cours des ateliers sont restées dans son sous-sol pendant plus d’un an avant que l’exposition puisse finalement être organisée. Mme Moktary souhaite maintenant leur permettre de rejoindre un public plus large.

« Peut-être que j’approcherai aussi d’autres personnes ou organismes pour présenter cette exposition ailleurs. J’aimerais bien qu’elle puisse voyager et permettre de briser l’isolement dans d’autres milieux. »

Représentation étudiante : la FESFO tente de relancer un RÉFO à l’arrêt

OTTAWA – Le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), plongé dans une grave crise de gouvernance et privé de direction ainsi que de conseil d’administration, passe temporairement sous la tutelle de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO). Résultat : les étudiants des collèges et universités se retrouvent temporairement représentés par un organisme voué aux élèves du secondaire, le temps de remettre sur pied la structure et de convoquer une assemblée générale.

C’est la directrice générale de la FESFO, Mélina Leroux, qui a confirmé la nouvelle en entrevue avec ONFR.

Dans la foulée du départ du dernier directeur général du RÉFO, François Hastir, les deux structures ont convenu d’un transfert transitoire pour éviter que la voix des 30 000 étudiants francophones de la province ne s’éteigne complètement. 

« On a offert de rapatrier le RÉFO dans son entièreté sous le même nom et tout ça […], question de leur offrir un endroit sécuritaire pour repartir », explique Mélina Leroux. « L’objectif, c’est d’être capable de reconnecter avec nos membres sortants pour être capable de leur offrir une piste d’engagement au niveau postsecondaire ».

Dans un communiqué publié six mois plus tôt, le RÉFO dressait un constat d’échec : manque de budget, bénévoles épuisés et incapacité d’atteindre le quorum de 35 délégués pour tenir une assemblée générale annuelle (AGA) depuis 2020. 

Sans conseil d’administration élu, la gestion reposait uniquement sur le président bénévole et le directeur général sortant. Le RÉFO indiquait alors chercher un « organisme de nature similaire » pour reprendre le relais, aujourd’hui confirmé comme étant la FESFO, l’organisme porte-parole d’environ 25 000 jeunes francophones qui fréquentent l’une des écoles secondaires francophones de l’Ontario de la 9e à la 12e année.

À ce jour, l’organisation n’a plus aucune structure interne. « Le RÉFO n’a plus d’employés et il n’y a plus de conseil d’administration », confirme Mélina Leroux.

Il ne s’agit pas pour autant d’une fusion. « Ce que nos conseils ont approuvé, c’est une reprise temporaire. Mais ça ne devient pas la FESFO. Ça reste son propre organisme, avec son domaine web, son compte de banque et ses courriels. Nous, on crée simplement l’espace pour rebâtir tout ça ».

Dans une déclaration officielle transmise mercredi matin à la communauté, la FESFO confirme cet accompagnement : « Être un.e jeune franco-ontarien.ne, ça ne s’arrête pas aux portes de l’école secondaire. Les étudiant.e.s des collèges et des universités font partie de notre jeunesse […]. En tendant la main au RÉFO, on reste fidèles à ce qu’on est », affirme ainsi Camille Carrière, présidente du Conseil d’administration de la FESFO.

100 000 $ en banque et une AGA en ligne de mire

La FESFO affirme ne recevoir aucune subvention pour assurer ce rôle de marraine. « On n’a pas été bonifiés de quelque manière que ce soit pour faire ce travail-là », indique sa directrice générale.

Le RÉFO possèderait toujours un peu moins de 100 000 $ dans son compte bancaire, des fonds qui serviront à organiser la prochaine AGA en plus de mettre à jour les documents administratifs de l’organisme.

Des travaux sont déjà en cours en vue de la tenue de cette assemblée au cours des six prochains mois afin d’y faire élire un nouveau conseil d’administration composé d’étudiants. La FESFO accompagnera ensuite la nouvelle équipe pendant un à deux ans.

« La voix des étudiant.e.s francophones du postsecondaire doit recommencer à être entendue. Cet accompagnement temporaire va permettre d’assurer une continuité dans la représentation jeunesse en Ontario français », ajoute de son côté, Henri Lavergne, président du Conseil de représentation de la FESFO par voie de communiqué.

Le défi de la mobilisation

Pour réunir les 35 délégués nécessaires lors de la prochaine AGA, la FESFO compte approcher les associations étudiantes des collèges et universités, mais aussi solliciter directement ses anciens membres du secondaire inscrits au postsecondaire.

« Beaucoup de nos anciens nous disaient qu’ils ne savaient pas comment continuer à s’impliquer pour la communauté une fois rendus au postsecondaire », note Mélina Leroux. 

« En allant chercher ces jeunes engagés, on crée un équilibre avec le réseau des associations étudiantes ».

Interrogée sur l’annonce récente de sa propre candidature à la présidence de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Mélina Leroux assure que son éventuel départ de la FESFO ne freinera pas la démarche.

« Ça fait partie du legs que je laisserai à la direction par intérim. L’intention reste la même : tenir cette AGA et guider le RÉFO jusqu’à ce qu’il soit assez fort pour repartir seul. »

Une directive du ministère de l’Éducation fait vaciller l’unité des conseils scolaires de langue française

Une note de service envoyée deux semaines après l’adoption du projet de loi 101 sur la réforme de l’éducation en Ontario interdit aux conseils scolaires de payer leurs cotisations auprès de leurs associations professionnelles. Si plusieurs des 12 conseils francophones rejettent cette directive, au nom de leurs droits constitutionnels, au moins un conseil scolaire a pris la décision inverse et l’appliquera.

La question divise au sein des conseils scolaires de langue française : faut-il suivre la directive du ministère de l’Éducation et se conformer à la loi ontarienne, ou bien la contester en invoquant l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés qui garantit aux communautés de la minorité linguistique le droit de gérer leurs propres conseils scolaires?

Dans une note en date du 14 mai dernier, dont ONFR a obtenu copie, le ministre Paul Calandra, demande aux conseils scolaires de se doter d’une politique de dépenses stipulant que les dépenses engagées pour le paiement des cotisations aux associations professionnelles, ainsi que les dépenses liées à des activités de perfectionnement professionnel ne seront plus prises en charge.

Une telle démarche, si elle était appliquée par tous les conseils, couperait massivement les ressources de trois organismes franco-ontariens chargés de représenter et défendre leurs intérêts : l’Association des conseils des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) et la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF).

Ces organismes continueraient de percevoir des financements directs du ministère, mais ceux-ci ont été plus que divisés par deux au cours de la dernière décennie.

Plusieurs conseils scolaires ont depuis adopté (ou vont adopter) une politique qui va à l’encontre de la directive ministérielle et pérennisent de telles dépenses. D’autres, comme le conseil scolaire Viamonde, sont en train de préparer une politique en deux étapes qui conservera le statu quo et sera soumise au ministre pour approbation.

« Désobéir à une loi devrait se faire dans des cas extrêmes, surtout quand les étudiants sont visés, estime Benoit Fortin, président du Conseil scolaire Viamonde. On va proposer la politique au ministre et lui laisser le temps de répondre. S’il ne répond pas, on ira de l’avant avec l’ancienne politique. Si sa réponse est négative, on regardera nos options, incluant le cadre légal. »

Un autre conseil a fait le choix inverse, craignant qu’une telle fronde ait des conséquences sur des projets vitaux en cours comme le financement de nouvelles écoles, voire même entraine une mise sous tutelle du ministère – comme le subissent déjà huit conseils scolaires anglophones.

À contre-courant de plusieurs conseils scolaires catholiques, MonAvenir a ainsi entériné, dès le mois de juin une politique mettant en oeuvre la directive du ministère, une décision confirmée par vote, mercredi dernier, lors d’une réunion mensuelle au cours de laquelle les conseillers sont apparus divisés.

« La menace d’une tutelle ne doit pas empêcher notre droit de gestion »
— Claire Thibideau, conseillère scolaire

« Ce n’est pas parce que le gouvernement nous dit de le faire qu’on doit l’accepter », a plaidé autour de la table la conseillère Claire Thibideau, rappelant que les acquis de la communauté ont souvent commencé par la désobéissance, à l’image de la lutte contre la fermeture de l’Hôpital Montfort. « La menace d’une tutelle ne doit pas empêcher notre droit de gestion et notre pouvoir d’agir par et pour les francophones (…) Le gouvernement a essayé bien des fois, par des lois, de nous fermer la bouche et c’est la Constitution qui nous a sauvés. »

« Le ministre est sérieux avec ses tutelles, a rétorqué au contraire la conseillère Nathalie Dufour-Séguin. On a d’autres priorités extrêmement importantes en ce moment. Il faut choisir nos batailles. Je ne veux pas aller contre la loi, surtout pas pour ça. »

Le siège du Conseil scolaire catholique MonAvenir où s’est déroulée la réunion mensuelle des conseillers. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Des « questions sérieuses quant à la constitutionnalité »

Dans un avis juridique transmis à l’AFOCSC, le cabinet d’avocat ottavien Emond Harnden estime que la conformité de la directive Calandra à l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés soulève « des questions sérieuses quant à la constitutionnalité », ajoutant que les conseils scolaires disposent ici de « fondements juridiques pour contester cette mesure, particulièrement en ce qui a trait à leur incidence sur l’autonomie de gestion et de contrôle des institutions de la minorité linguistique. »

Plusieurs acteurs du dossier s’interrogent sur les intentions du ministre de l’Éducation à travers cette note, alors que ce dernier avait clairement indiqué au moment de l’adoption du projet de loi 101 qu’il ne « toucherait pas aux droits enchâssés dans la Charte », ni ne « s’engagerait pas dans des contestations constitutionnelles » avec le système de langue française.

« La politique provisoire relative aux dépenses s’applique à tous les conseils scolaires, y compris les conseils scolaires francophones », a confirmé à ONFR Emma Testani, attaché du ministre de l’Éducation. En limitant des dépenses qu’il qualifie de « non essentielles », le ministère veut que ces sommes soient redirigées vers « la réussite des élèves ».

M. Calandra avertit, dans cette même note de service, que les récalcitrants s’exposeront à des « mesures d’exécution, telles qu’une réduction du plafond des dépenses d’administration au titre du financement de base de l’éducation, ou d’autres mesures de surveillance. »

De fortes réductions pour les arts visuels francophones, mais pas seulement

OTTAWA – Le financement accordé par le Conseil des arts de l’Ontario (CAO) aux organismes artistiques francophones recule de près de 4 % en 2026-2027, avec des réductions particulièrement importantes dans les arts visuels. Tandis que le milieu dénonce des critères économiques mal adaptés à sa réalité, le CAO invoque un budget provincial gelé depuis 2009 et la nécessité de diriger ses ressources vers les secteurs où elles auront les plus grandes retombées.

« Tout le travail que j’ai accompli pendant un quart de siècle est éliminé d’un simple trait de plume. » C’est en ces termes qu’Yves M. Larocque, directeur général du Bureau des regroupements des artistes visuels de l’Ontario (BRAVO), déplore la réduction de 62 % du financement accordé par le CAO à son organisme pour la saison 2026-2027.

BRAVO figure parmi les 11 organismes francophones, sur les 40 recensés, qui voient leur enveloppe diminuer dans le cadre du Fonds de fonctionnement des arts de l’Ontario. Les arts visuels comptent parmi les secteurs les plus durement touchés.
Le financement de BRAVO est passé de 39 682 $ en 2025-2026 à 15 000 $. La Galerie du Nouvel-Ontario perd 30,8 % de son enveloppe, le Centre d’artistes Voix Visuelle, 27 %, Le Labo, 26,6 %, et l’Association des groupes en arts visuels francophones, 25,6 %.

Le Théâtre la Tangente et Afrique Nouvelle Musique perdent pour leur part la totalité de leur financement. Parmi les autres réductions figurent celles des Éditions L’Interligne (-32,1 %), du Salon du livre de Toronto (-28,4 %) et de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (-28 %).

Au total, l’enveloppe destinée aux organismes francophones, historiquement protégée, a diminué de près de 4 %. « Cette année, pour la première fois, notre enveloppe a diminué de 4 %, ce qui représente 80 000 $. Pour nous, c’est très inquiétant », affirme Lisa Breton, directrice générale de l’Alliance culturelle de l’Ontario.

Pour elle, cette diminution ne constitue que la partie visible de l’iceberg. Elle s’inquiète de ce qu’elle décrit comme une diminution progressive de la représentation francophone au sein du CAO, après la disparition du Bureau des arts francophones et la perte d’une représentation francophone au conseil d’administration.

Lisa Breton, directrice générale de l’Alliance culturelle de l’Ontario, estime que les nouveaux critères de financement tiennent insuffisamment compte du contexte minoritaire francophone. Gracieuseté

« Quand je parle de la pointe de l’iceberg, c’est cette trajectoire qui m’inquiète : voir les services être, je ne veux pas dire « disparaître », mais réduits subtilement au fil des années », explique-t-elle.

Un budget provincial gelé depuis 2009

De son côté, le Conseil des arts de l’Ontario affirme, dans une réponse à ONFR, que le gouvernement provincial continue d’offrir un « soutien record » aux artistes et aux organismes artistiques francophones, qu’il considère comme une composante essentielle du paysage culturel ontarien. « Le Fonds de fonctionnement des arts de l’Ontario est un nouveau programme qui oriente les ressources là où elles auront le plus grand impact pour les artistes, les organismes artistiques, les communautés et la population ontarienne », explique Jaspreet Sandhu, directrice des affaires publiques, des communications et de la recherche au Conseil des arts de l’Ontario.

Cette révision survient dans un contexte de pression budgétaire. Dans une correspondance datant de la fin du mois de juillet, le directeur général du CAO, Michael Murray, indiquait que la population de l’Ontario et la demande de financement artistique avaient augmenté, alors que l’allocation provinciale annuelle du Conseil demeurait fixée à 60 millions de dollars depuis 2009.

« Les arts et la culture rivalisent avec les industries minière et automobile »

Cette nouvelle orientation, que les acteurs des arts francophones jugent trop centrée sur les indicateurs économiques et influencée notamment par la lettre d’orientation annuelle du ministère du Tourisme, de la Culture et des Jeux, suscite leur indignation.
Pour le directeur général de BRAVO, cette approche ne reflète pas adéquatement le rôle de cet organisme sans but lucratif fondé en 1991, qui soutient et représente les artistes visuels, médiatiques et métiers d’art de l’Ontario français.

« Nous ne vendons ni billets, ni musique, ni livres : nous offrons des services. Nous devrons donc réduire, voire éliminer, certaines activités, comme les expositions de groupe, les conférences destinées aux membres ou notre présence sur les réseaux sociaux », prévient-il.

Originaire de Sturgeon Falls, Yves M. Larocque rappelle avoir participé à la crise scolaire qui a secoué cette communauté du Nord de l’Ontario en 1971. « Je suis un peu fatigué de devoir constamment mener des combats pour la francophonie ontarienne. J’ai fait ma part », confie-t-il. Gracieuseté

La directrice générale de l’Alliance culturelle de l’Ontario abonde dans le même sens. Elle souligne que les organismes de services, comme l’Alliance culturelle de l’Ontario, l’Association des groupes en arts visuels francophones, BRAVO ou l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français, ont surtout des retombées indirectes sur l’économie du secteur.

« Les arts et la culture constituent un secteur dont l’impact économique en Ontario rivalise avec celui des industries minière et automobile », assure-t-elle.

Et d’ajouter : « Réduire notre budget, nos capacités et nos ressources nous empêche d’accomplir pleinement notre travail, qui consiste notamment à agir comme interlocuteur entre le ministère et le secteur et à faire valoir ses retombées, notamment sur le tourisme. »

Selon Lisa Breton, cette méthode d’évaluation tient insuffisamment compte du contexte minoritaire dans lequel évoluent les organismes francophones. « Notre capacité de générer des revenus de billetterie est plus limitée que celle des organismes de la communauté majoritaire. […] La francophonie est pourtant désignée par le Conseil des arts de l’Ontario comme un groupe prioritaire. Malgré cela, ces résultats nous donnent l’impression que l’on fait abstraction du contexte particulier des francophones », dit-elle.

Elle rappelle par ailleurs que l’Alliance s’était déjà mobilisée pour défendre le budget du CAO. Au final, l’Alliance culturelle de l’Ontario est elle-même touchée par une réduction de 13,5 %. Son financement passe de 17 337 $ à 15 000 $, soit une perte de 2337 $.

Des hausses pour plusieurs organismes

Tous les organismes ne subissent toutefois pas de réduction. Créations In Vivo voit son financement doubler, passant de 26 548 $ à 55 000 $, une hausse de 107,2 %. Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans bénéficie d’une augmentation de 51,2 %, tandis que Mosaïque interculturelle reçoit 33,3 % de plus.

Des hausses sont également accordées au Regroupement des artistes cinéastes de la francophonie canadienne, au Centre franco-ontarien de folklore et à la Place des arts du Grand Sudbury. La Compagnie des francs loisirs obtient enfin un nouveau financement de 20 000 $.

Règlement sur le français dans le privé : la FCFA suggère d’inclure le Grand Toronto

OTTAWA — Lors d’une comparution devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles lundi soir, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada a présenté ses recommandations concernant l’avant-projet de règlement de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP). L’organisme propose notamment de modifier les critères géographiques afin d’y inclure Toronto, des régions désignées en Ontario ainsi que les zones bilingues du Manitoba.

Adoptée par le Parlement en 2023, la LUFEP prévoit l’établissement d’obligations linguistiques pour les entreprises privées sous réglementation fédérale, comme les banques, les télécommunications ou les transporteurs interprovinciaux, lorsqu’elles exploitent des lieux de travail au Québec ou dans des régions désignées à forte présence francophone (RFPF).

Dès le début de son allocution devant le comité présidé par le sénateur Allister Surette, la présidente de la FCFA, Liane Roy, a estimé que la proposition actuelle de Patrimoine canadien manque d’audace. 

« À cette étape-ci, le projet de règlement et les outils qui l’accompagnent sont inadéquats », a affirmé Liane Roy. « Ils ne permettront pas la mise en œuvre efficace d’une Loi qui aura un impact direct sur la capacité des francophones à vivre et travailler en français. »

Le cas stratégique du Grand Toronto

Dans sa proposition réglementaire publiée au printemps 2026, le gouvernement fédéral n’a pas retenu la région métropolitaine de Toronto parmi les RFPF. 

Selon la méthode appliquée par le ministère, la demande potentielle de services en français dans cette zone n’atteint pas le seuil de proportion de 20 % par rapport à l’ensemble de la population locale.

Le mémoire de la FCFA, publié en mai dernier, rappelle que la région métropolitaine de Toronto constitue le deuxième pôle d’accueil de l’immigration francophone hors Québec au pays, avec 15 300 résidents permanents d’expression française accueillis entre 2022 et 2025.

Interrogée par la sénatrice ontarienne Lucie Moncion sur la pertinence d’inclure systématiquement toutes les capitales provinciales et territoriales, Liane Roy a cité l’exemple de la Ville Reine : « Pour Toronto, c’est une des capitales : il y a une masse critique, mais quand on regarde par rapport au poids démographique, le poids n’est pas là. Mais quand on parle de 191 000 personnes dans la région métropolitaine de recensement de Toronto, c’est quand même une masse assez critique pour les francophones à l’extérieur du Québec. »

Devant les sénateurs, Liane Roy a soutenu que la seule proportion démographique ne permet pas de mesurer les besoins réels. « Si l’on veut véritablement promouvoir le français, lutter contre l’assimilation et soutenir la vitalité des communautés francophones au pays, le seul poids démographique des francophones ne peut suffire comme critère », a martelé la présidente.

Pour refléter cette réalité, l’organisme préconise d’utiliser l’« aire de diffusion » (400 à 700 habitants) plutôt que le secteur de recensement, une unité « plus petite et plus précise » qui permet de faire ressortir « les pochettes où il y a le plus de francophones », comme Scarborough ou le centre-ville, où siègent l’Université de l’Ontario français, le Collège Boréal et Radio-Canada.

La FCFA réclame un « principe de non-recul » des services dans la LUFEP afin de soutenir la rétention et la vitalité des populations francophones en situation minoritaire. Photo : Capture d’écran/CPAC

Harmonisation avec l’Ontario et le Manitoba

La FCFA réclame également que le règlement fédéral s’aligne sur les cadres légaux provinciaux existants, notamment en Ontario et au Manitoba.

Alors qu’Ottawa ne propose de désigner que 8 divisions de recensement dans l’Est et le Nord (comme Prescott et Russell, Ottawa, Nipissing ou Cochrane), la FCFA demande d’inclure les 27 régions désignées par la province, incluant Toronto, Hamilton, Niagara, Simcoe (Penetanguishene), Windsor-Essex, Peel, York et Thunder Bay.

Au Manitoba, la FCFA suggère d’ajouter aux 21 secteurs désignés de Winnipeg les municipalités rurales bilingues situées au sud, au nord et à l’ouest de la capitale (comme St. Clements, Portage-la-Prairie ou Macdonald).

Le directeur des politiques de la FCFA, Hector Vera a, pour sa part, suggéré d’intégrer des représentants des communautés francophones locales au sein des comités internes de promotion du français afin de favoriser la concertation et le recrutement.

Enfin, la FCFA réitère sa demande de réviser le règlement tous les cinq ans. Comme l’a précisé Liane Roy avant la levée de la séance : « Le profil démographique du Canada est en transformation constante et rapide […], il faudra ajuster le règlement aux 5 ans pour s’assurer qu’on s’aligne avec les recensements et les changements démographiques. »

En outre, la FCFA préconise l’imposition de services en français en cas d’urgence dans les moyens de transport, la création d’un registre public répertoriant toutes les entreprises assujetties à la LUFEP, ainsi qu’un modèle de désignation volontaire pour inciter d’autres commerces à emboîter le pas. 

Le comité sénatorial poursuit ses travaux d’étude sur l’avant-projet de règlement avant le dépôt de la version finale dans la Partie II de la Gazette du Canada.

Victoire du PQ au Québec : Doug Ford prône l’unité canadienne

TORONTO – Après l’annonce de la victoire du Parti Québécois (PQ), le premier ministre ontarien Doug Ford, qui avait déclaré en janvier dernier que « ce serait un désastre pour le pays » si les séparatistes étaient élus au Québec, a réaffirmé l’importance de l’engagement envers l’unité canadienne.

Après une course électorale serrée au Québec, c’est le parti péquiste de Paul St-Pierre Plamondon, en tête des intentions de vote, qui a finalement remporté la course, en formant un gouvernement minoritaire de 59 sièges.

Le Parti libéral du Québec a pour sa part raflé 40 sièges, suivi du Parti conservateur du Québec avec 19, et de Québec solidaire qui en comptabilise neuf. Le parti Coalition avenir Québec (CAQ) du précédent gouvernement n’a obtenu aucun siège.

« Les électeurs du Québec ont choisi Paul St-Pierre Plamondon comme prochain premier ministre. Félicitations pour votre victoire. Siéger à la table des premiers ministres est un immense honneur et une grande responsabilité, tout particulièrement au moment où nous faisons face aux attaques du président Trump contre l’économie canadienne », a réagi Doug Ford sur son compte X au lendemain du scrutin.

Après avoir salué le travail de la première ministre sortante Christine Fréchette, celui-ci a insisté sur l’importance de l’unité interprovinciale pour défendre les travailleurs et les entreprises, ajoutant que la collaboration entre Queen’s Park et le Québec reste essentielle pour la prospérité commune.

En janvier dernier, à l’occasion de la rencontre hivernale des premiers ministres provinciaux à Ottawa, le premier ministre ontarien s’était vivement opposé à l’idée d’un référendum séparatiste au Québec.

M. Ford avait également affirmé que « ce serait un désastre pour le pays » si le Parti québécois était élu au Québec.

« Si, et Dieu nous en garde, il (le chef du PQ) est élu, retenez mes paroles, d’ici un an ou un an et demi, il déclenchera un référendum pour se séparer du Canada. C’est inacceptable », avait-il tempêté en mêlée de presse.

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a en effet promis un référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat, mais pas avant la fin du mandat de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2028.

Une nouvelle ère d’incertitude dans les relations Québec-Ontario

En entrevue avec ONFR, la politologue Geneviève Tellier rappelle que la relation entre Doug Ford et le précédent ministre québécois, François Legault, et avec son parti en général, la CAQ, était très bonne. « Il y avait une bonne entente sur le plan individuel (…) on les présentait souvent comme deux hommes d’affaires qui parlent le même langage. »

Les premiers ministres François Legault et Doug Ford qui s’adressaient aux médias lors de la rencontre estivale 2025 des premiers ministres des provinces et territoires. Photo : Conseil de la Fédération

La politologue ajoute que la CAQ a beaucoup fait pour la francophonie hors Québec, tissant des ententes pour pousser la francophonie ontarienne, y voyant une stratégie intéressante : un certain nationalisme à l’intérieur de la fédération, « ce qui cadrait vraiment avec ce que voulait faire la CAQ ».

Mais un gouvernement péquiste avec une divergence idéologique majeure sur la question nationale, selon elle, pose un point d’interrogation quant aux relations et à la position avec l’Ontario.

« Sont-ils prêts à collaborer ? », questionne-t-elle. « Monsieur Ford n’est pas prêt à tout : ce qui est bon pour l’Ontario, c’est ça qui est important. Ça va être la même chose pour le Québec : ce qui est bon pour le Québec sera la priorité d’un premier ministre péquiste », souligne celle-ci.

Selon Mme Tellier, il est toutefois dans l’intérêt de Doug Ford de garder une position diplomatique : « Un pays divisé, ce n’est pas bon pour l’Ontario. L’Ontario a plus à gagner d’une entente et d’une unité canadienne. Je ne pense pas qu’il cherche à ce que la relation soit tendue », anticipe celle-ci.

De l’espoir pour la francophonie canadienne ?

En ce qui concerne la francophonie hors Québec, la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA) maintient son optimisme et sa volonté d’un rapprochement durable.

La présidente de la FCFA, Liane Roy, explique que dans son programme national, le PQ dit aspirer à soutenir les organisations francophones hors Québec, à titre d’allié.

« On va tendre la main au prochain gouvernement pour faire cause commune pour renforcer notre langue en terre d’Amérique dans tous les dossiers sur lesquels on peut travailler ensemble. Avec la géopolitique actuelle, c’est le moment de le faire », ajoute-t-elle.

Durant la campagne électorale, Mme Roy a identifié plusieurs défis communs, dont le renforcement de la légitimité du français partout au pays, qui passerait aussi par la pérennisation des communautés francophones au Canada.

« Par le passé, les gouvernements péquistes, dont celui de Jacques Parizeau, ont eu un impact positif sur l’ensemble du pays. De plus, les gouvernements minoritaires ont aussi tendance à gouverner de façon collaborative pour se pérenniser. Il y a matière à collaboration pour être plus fort. On veut la même chose : le rayonnement du français. »

La politologue Geneviève Tellier, qui considère elle aussi que le Parti Québécois est très sensible aux préoccupations des francophones hors Québec, conclut toutefois qu’un référendum créerait inévitablement une rupture entre la cause indépendantiste et le soutien aux minorités linguistiques canadiennes.

Élections à Sudbury : la question du logement omniprésente dans les revendications citoyennes

SUDBURY – À quelques semaines du scrutin, les résidents du Grand Sudbury se sont réunis au Indie Cinéma afin d’exprimer leurs inquiétudes et plaintes aux candidats à la mairie. Entre coût de la vie, financement municipal des arts, action climatique, et sécurité alimentaire, c’est surtout la question du logement abordable que les citoyens n’ont pas manqué de faire entendre aux prétendants au poste de maire.

En ce lundi 5 octobre, la salle de diffusion de l’Indie Cinéma de Sudbury était bondée de citoyens, tous présents pour interpeller cinq des huit candidats à la mairie. En effet, Bob Johnston, Michael McIntosh, le maire sortant, Paul Lefebvre, Keenan Menard, et Rodney Newton ont répondu présents. Miranda Rocca-Circelli, Troy Crowder et Joe Boutros n’ont pas participé au débat.

Organisée par la Coalition for a Liveable Sudbury ainsi que d’autres organismes communautaires, tels que Black Lives Matter Sudbury et Myths and Mirrors, l’assemblée citoyenne a donné l’occasion aux résidents du Grand Sudbury de posé des questions sur plusieurs inquiétudes. Parmi elles, le coût du logement ainsi que l’itinérance ont primé.

« Je dirais qu’on a besoin de plus de quantité de logements publics ou bien des logements en partenariats avec des propriétaires privés. On n’a pas assez d’appartements accessibles pour les personnes handicapées, il faut qu’il y en ait plus », revendique Charles Tossell, électeur en situation de handicap.

« Les logements n’ont pas assez d’argent pour se maintenir eux-mêmes. Il faut qu’on fasse en sorte qu’il y ait un bon montant d’argent pour renouveler les appartements », poursuit-il.

Charles Tossell revendique plus de logements publics abordables et maintenus. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Le coût de la vie, le logement, et le sans-abrisme.

Pour la salle, les questions liées aux projets de logement étaient les plus récurrentes. « Les citoyens devraient être capables de trouver un logement d’une chambre qui constitue 25 % de leurs revenus. Voici ma définition du logement abordable pour les Sudburois », soulève le candidat McIntosh, promettant la construction de duplex, de triplex, et de logements à forte densité s’il est élu. Keenan Menard s’engage à collaborer avec les différents niveaux de gouvernements pour plafonner les loyers.

Bob Johnston, lui, a gagné des applaudissements de la foule avec sa réponse. « 15 % des appartements sont vacants. Il faut plus de logements abordables », dit-il, insistant qu’il faut cesser de taxer les citoyens pour financer les « projets de fantaisie » du mandat actuel de maire Lefebvre.

La salle de diffusion du Indie Cinéma a accueilli plus d’une quarantaine d’électeurs afin qu’ils puissent interroger les candidats à la mairie. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Le maire actuel assure qu’il y a des progrès. Il annonce que la municipalité de Sudbury vient de recevoir 2,5 millions de dollars du gouvernement fédéral pour remédier aux problèmes de sans-abrisme. En effet, aujourd’hui même, M. Lefebvre a annoncé ce financement octroyé par l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (ACMFI) et financé par le gouvernement du Canada.

1 110 791 de dollars seront versés dans un programme de logements passerelles pour les personnes âgées ayant des besoins complexes, tandis que 1 392 599 de dollars iront dans un programme axé sur le logement pour remédier à l’itinérance hors refuge.

« Certaines personnes au Energy Court veulent un logement, d’autres n’en veulent pas. À la fin de la journée, on sait qu’on ne peut pas continuer comme ça. On doit leur offrir des services et des opportunités de logement, et le soutien lorsqu’ils y sont pour ne pas qu’ils replongent dans la rue ». Il parle notamment d’une demande en cours pour construire 40 unités de logements abordables sur la rue Bruce.

Pour ce qui est de l’itinérance, les avis diffèrent. La majorité des candidats étaient pour la réouverture de l’ancien site de consommation supervisée sur Energy Court, à l’exception de Michael McIntosh et de Bob Johnston, qui avait, quelques instants avant, choqué la foule en affirmant que « 70 % des itinérants, des personnes atteintes de troubles de santé mentale et de dépendance, étaient autochtones ». Quant au traitement involontaire des personnes souffrant de dépendance et de troubles de santé mentale, seul le maire actuel était pour.

Les revendications francophones en arrière-plan, mais tout de même présentes

Même si les enjeux de la francophonie étaient peu présents, certaines questions posées en français ont testé les engagements et projets des candidats quant aux priorités des organismes francophones.

« Êtes-vous d’avis que les investissements municipaux en appui aux arts et à la culture à Sudbury devraient rester stable, diminuer, ou augmenter dans les cinq prochaines années, et pourquoi? » lit la modératrice, une question qui fait écho à la campagne « VOTONS pour les Arts » du Regroupement des organismes culturels de Sudbury pour mieux placer les enjeux du secteur artistique et culturel dans les discussions électorales.

Tous les candidats ont voté pour garder le financement municipal stable ou l’augmenter. Lefebvre a répondu en français, assurant que la municipalité continuera son engagement et son appui au secteur culturel.

Interrogé sur la façon dont ils comptent travailler pour s’assurer que les priorités de la communauté francophone sont prises en compte, le candidat Rodney Newton, a parlé de se « rassembler, et de faire tout dans son possible ». Bob Johnston, de son côté, assure qu’il compte apprendre le français, après avoir été questionné sur son plan d’action vis-à-vis de la transformation continue du tissu social de la ville par l’immigration.

Le jour de scrutin étant prévu le 26 octobre, les électeurs pourront commencer à voter en ligne dès le 16 octobre prochain.

Possible fermeture de foyers ruraux : l’Est ontarien s’oppose au transfert de ses lits vers Cornwall 

ALFRED-PLANTAGENET ET ALEXANDRIA — Alors que le ministère des Soins de longue durée de l’Ontario évalue un projet de transfert de lits vers un complexe privé à Cornwall, la grogne citoyenne s’enflamme dans l’Est ontarien. Entre pétitions et prises de parole municipales, élus, familles et citoyens s’organisent durant la consultation publique pour défendre leurs foyers ruraux.

« Nos aînés ont bâti cette communauté. Ils méritent de pouvoir y vieillir avec dignité, près des leurs. » 

C’est par ces mots incisifs du maire de Glengarry Nord, Jamie MacDonald, que la colère s’est cristallisée dans la région après la diffusion d’un message municipal sur les réseaux sociaux la semaine dernière. 

Au cœur du litige se trouve la demande de permis #26-017 officiellement soumise au ministère des Soins de longue durée de l’Ontario. 

Porté par le promoteur Yorkville Development LP en partenariat avec l’exploitant privé Southbridge Care Homes, ce projet vise à obtenir une concession provinciale assortie d’un permis d’exploitation de 30 ans pour construire un nouvel établissement centralisé au 800, chemin Nick Kaneb, à Cornwall.

Le scénario à l’étude par la province prévoit, à terme, la consolidation de 320 lits par le biais de la fermeture progressive et du transfert des résidents de trois foyers régionaux existants.

Ce projet entraînerait la fermeture du Foyer Pinecrest situé à Plantagenet et de ses 60 lits, du foyer Le Palais situé à Alexandria et de ses 70 lits, ainsi que du foyer Heartwood situé à Cornwall et de ses 118 lits.

Au total, ce sont 130 lits de soins de longue durée qui seraient définitivement extraits du tissu rural de Prescott-Russell et de Glengarry pour être regroupés dans un pôle urbain distant de plusieurs dizaines de kilomètres.

Une consultation publique sans préavis?

Bien que le dossier soit encore entre les mains du Ministère, la population rurale a décidé de se mobiliser. Pour les proches des résidents, l’enjeu immédiat est de faire entendre leur opposition avant que le directeur des permis ne tranche, or, la méthode employée pour consulter la population suscite une vive amertume sur le terrain.

Bien qu’une séance d’information publique virtuelle ait été organisée le 29 septembre dernier par la firme de relations publiques Burson Canada sous l’égide du Ministère, la majorité des familles directement touchées affirment avoir été tenues à l’écart du processus.

C’est notamment le cas de Chantal Lavergne, dont la grand-mère réside au Foyer Pinecrest à Plantagenet. En tant que mandataire et détentrice de la procuration pour sa proche, elle déniche les détails du projet par pur hasard.

« J’ai découvert cette consultation et ce projet de fermeture complètement par hasard, par des voies détournées », déplore-t-elle tout en regrettant qu’aucune lettre ou courriel n’ait été transmis aux tuteurs légaux. 

« On nous demande de donner notre avis sur l’avenir de nos aînés alors que personne n’a été prévenu individuellement »
— Chantal Lavergne

Mme Lavergne rappelle que sa famille a fait le choix calculé de Pinecrest pour sa taille humaine, son ambiance communautaire chaleureuse et son cadre bilingue dans cette localité où près de 73 % de la population a le français comme première langue officielle parlée. 

« Il y a des employés qui sont là depuis 30 ans et qui n’ont même pas été avisés. C’est un manque total de respect. Les employés ont appris ça sur le champ via les réseaux sociaux. C’est vraiment comme une claque au visage. [..] De les traiter comme ça, j’ai peur que même si la résidence reste à Plantagenet, les employés ne restent pas après avoir été traités de la sorte », estime-t-elle.

Selon elle, imposer un transfert vers un complexe de 320 lits à Cornwall imposerait un fardeau émotionnel, financier et logistique dramatique pour les familles rurales qui doivent rendre visite à leurs aînés.

Une pétition citoyenne soutenue par la Ville

Depuis la publication explicative de la municipalité sur Facebook la semaine dernière, la réaction citoyenne à Alexandria ne faiblit pas. 

Dans cet autre village à forte population francophone d’environ 3000 habitants où le foyer Le Palais accueille 70 résidents, la riposte s’est rapidement organisée autour d’Antonio Quesnel. 

Choqué d’apprendre la fermeture potentielle de l’établissement sur les réseaux sociaux, il a lancé une pétition en ligne qui a rapidement franchi le cap des 645 signatures, au moment où nous écrivons ces lignes, et qui a reçu l’appui officiel du maire de Glengarry Nord.

Pour M. Quesnel, dont la mère âgée de 83 ans habite Alexandria, l’incertitude quant à la concrétisation future du projet exige de réagir sans attendre.

« Nous savons que rien n’est coulé dans le béton et que cela prendra du temps, mais c’est maintenant qu’il faut parler », explique-t-il, en soulignant qu’Alexandria est une petite communauté où le foyer est ancré depuis toujours. Pour beaucoup de familles, l’établissement ne se trouve qu’à cinq minutes de marche du domicile.

Si ces lits sont déplacés à Cornwall à l’avenir, cela représentera un trajet de 50 kilomètres. « Pour des conjoints âgés qui ne conduisent plus ou pour des familles aux horaires chargés, les visites quotidiennes deviendront très difficiles, surtout en hiver sur des routes rurales glacées », prévient M. Quesnel.

« Je ne veux pas que ma maman, ni aucun aîné de notre village, se retrouve placé loin de sa famille simplement parce que les lits ont été déménagés ailleurs », s’inquiète M. Quesnel qui suggère que la province étudie la possibilité de construire un nouvel établissement de soins de longue durée directement sur ou à côté du terrain de l’Hôpital Memorial de Glengarry à Alexandria.

Il rejoint Chantal Lavergne sur la critique du processus de consultation, remettant vivement en question le choix d’une rencontre uniquement virtuelle.

« Organiser une réunion sur Zoom pour discuter de la fermeture d’un foyer de personnes âgées, c’est exclure d’emblée la majorité des premiers concernés », martèle-t-il, se demandant combien d’aînés sont réellement à l’aise avec cette technologie. 

Faute d’annonces claires dans les journaux locaux et de rencontres en personne dans les villages, il estime que « la démarche a été faite à l’abri des regards de la population ».

Il a d’ailleurs transmis un courriel à la ministre des Soins de longue durée et des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, et aux élus locaux, pour demander qu’un représentant du gouvernement se déplace en personne à Glengarry Nord pour tenir une assemblée publique transparente avec les citoyens.

Quid des services en français?

La question des services en français constitue un autre nœud critique de ce projet. En perdant ces foyers, la communauté franco-ontarienne perdrait deux établissements désignés sous le Règlement 398/93 de la Loi sur les services en français (LSF). 

La députée provinciale de Nickel Belt et porte-parole de l’opposition en santé, France Gélinas, martèle d’ailleurs le cadre légal : « On ne peut pas simplement fermer un foyer désigné sous la Loi sur les services en français pour transférer ses lits dans un grand complexe privé sans s’assurer que les droits et l’offre active soient intégralement préservés pour les résidents », prévient-elle. 

Selon la députée, l’expérience démontre que dès que des lits ruraux sont fondus dans une grande structure urbaine de 320 lits dans une collectivité où près de 19 % de la population a le français comme première langue parlée, « les soins en français finissent par se diluer ».

Il s’agit d’après elle d’un point juridique majeur que le Ministère devra impérativement clarifier avant d’accorder le moindre permis.

Mme Gélinas rappelle également que pour un aîné francophone atteint de troubles cognitifs ou de démence, perdre la possibilité d’être soigné dans sa langue maternelle accélère le déclin et crée une détresse profonde.

« Personne ne réalise le manque de choix qu’on a déjà dans la région » : Alors que la liste d’attente pour entrer au Foyer Pinecrest situé à Plantagenet s’allonge sur plusieurs mois, voire plus d’un an, Chantal Lavergne ne comprend pas pourquoi la province envisage de fermer un établissement déjà complet et réclamé par les familles locales. Photo : gracieuseté de Chantal Lavergne

Les demandes des municipalités

Les élus municipaux des territoires touchés entendent eux aussi peser de tout leur poids politique sur le Ministère pendant l’évaluation de la demande.

Dans son adresse vidéo enregistrée directement devant le foyer Le Palais, le maire de Glengarry Nord, Jamie MacDonald, a lancé un appel solennel au gouvernement provincial pour qu’il suspende l’analyse du projet. 

« Nous comprenons l’importance de moderniser et d’agrandir les foyers de soins de longue durée en Ontario », souligne l’élu. « Cependant, cela ne doit pas se faire au détriment de nos milieux ruraux. »

M. MacDonald rappelle que les aînés ont bâti cette communauté, y ont travaillé, y ont élevé leurs enfants et ont soutenu les commerces locaux. C’est pourquoi il demande formellement à la province de mettre ce projet en pause et de « travailler avec notre municipalité pour trouver des solutions qui préservent des lits directement à Alexandria ».

Même son de cloche dans la municipalité d’Alfred-Plantagenet, où le maire Yves Laviolette ne cache pas son inquiétude. « Ce qu’on entend sur le terrain, c’est une détresse réelle : on a l’impression qu’on vide nos villages de leurs infrastructures essentielles », confie-t-il à ONFR. 

Yves Laviolette, maire d’Alfred-Plantagenet, redoute les retombées économiques et sociales de la fermeture potentielle du Foyer Pinecrest sur les familles de sa municipalité. Photo : Inès Rebei/ONFR

Il évoque ainsi le témoignage d’une jeune mère monoparentale élevant seule son enfant de 4 ans tout en travaillant au Foyer Pinecrest : « Elle m’a dit carrément qu’elle ne savait pas comment elle allait survivre. Sans voiture et sans transport en commun vers Cornwall, elle ne pourra pas suivre ses heures. » 

Le Conseil examinera une résolution officielle concernant cette proposition lors de sa réunion du 13 octobre afin de la transmettre à la Province.

Une consultation ouverte jusqu’au 16 octobre 

Toutefois, le projet en est encore à un stade préliminaire. Dans une correspondance écrite obtenue par ONFR adressée à des familles de résidents, la direction de Southbridge a tenu à tempérer les craintes en précisant que le projet de Cornwall était encore à des années d’être achevé et qu’aucune fermeture n’était imminente. 

L’entreprise affirme également « continuer de chercher des opportunités pour maintenir des lits de soins de longue durée dans les communautés existantes ». 

Au moment de publier ces lignes, ni la direction de Southbridge, ni Stéphane Sarrazin, le député provincial de la circonscription de Glengarry—Prescott—Russell, ni le syndicat représentant les employés des Foyers n’avaient pu répondre aux demandes d’entrevue et de clarifications transmises par ONFR.

Également sollicité, le ministère des Soins de longue durée n’avait pas été en mesure de réagir avant la parution de notre reportage. Dans une déclaration transmise après publication, un porte-parole du Ministère soutient toutefois que « lorsqu’un foyer fait l’objet d’un réaménagement ou d’un déménagement, le ministère des Soins de longue durée travaille en étroite collaboration avec les exploitants pour soutenir la continuité des soins et, lorsque des obligations de services en français s’appliquent, les établissements sont tenus de maintenir leurs services en français. »

« Tout au long du processus d’admission, des coordonnateurs de placement sont disponibles pour accompagner les patients et leurs familles, en tenant compte dans la mesure du possible de leurs préférences linguistiques et culturelles », ajoute le porte-parole, assurant que la province continuera de « travailler avec les exploitants, les résidents, les familles et les partenaires communautaires pour préserver les services en français et l’identité culturelle des résidents francophones. »

Les citoyens, proches de résidents et membres de la communauté qui souhaitent faire entendre leur voix auprès du Ministère ont jusqu’au 16 octobre 2026 pour transmettre leurs commentaires sur la demande de permis du projet.

Article mis à jour lundi en fin d’après-midi.

Guy Dongué : transformer l’art culinaire en un outil d’éducation nutritionnelle

TORONTO – Installé en Ontario français après un passage éclair à Montréal au Québec, le chef Guy Dongué régale les Franco-Torontois depuis près de 15 ans. Formé à la haute gastronomie française, il aime revisiter ses classiques tout en y associant sa touche camerounaise. Aujourd’hui, il propose des services de repas dans les écoles de langue française de la région du Grand Toronto (GTA) grâce à une équipe à 80 % francophone. Lorsqu’il n’est pas derrière les fourneaux, le chef transmet son savoir-faire aux apprentis cuisiniers.

« Parlez-nous de votre parcours de la France jusqu’en Ontario, en passant par le Québec?

J’ai été formé à Paris où j’ai travaillé pendant plusieurs années. Au fil du temps et faute de reconnaissance, j’ai eu envie de tout changer et le Canada s’est imposé comme une évidence. Je suis arrivé à Montréal en 2008 où j’ai commencé au mythique restaurant Le Reine-Elizabeth. Toutefois, cela ne s’est pas passé comme prévu. En effet, au bout de deux jours, j’ai jeté l’éponge car éplucher des pommes de terre et des carottes ne nourrissait pas la créativité qui m’anime autant dans la gastronomie. Je suis alors parti pour Toronto où j’ai ouvert un petit restaurant sur Eglinton, qui s’appelait Bistro 92.

Aujourd’hui entrepreneur, vous avez fondé Kids Cuisine Santé. En quoi consiste ce projet?

Avec mon équipe Kids Cuisine Santé, nous servons des repas sains à une vingtaine d’établissements francophones situés à Toronto et dans le Grand Toronto. Notre priorité absolue, ce sont des menus équilibrés qui respectent le Guide alimentaire canadien avec une formule incluant entrée, plat et dessert. Nos jeunes convives adorent ça. Nos spécialités comprennent les crudités, les bouillons maison, du saumon à la provençale, des pâtes à la crème de champignons ou encore des macaronis au fromage complétés par des produits laitiers comme du fromage pour terminer par des fruits. L’entreprise ne cesse de grandir car nous fournissons désormais également des repas aux aînés à Oshawa, et je compte aujourd’hui près de 35 employés.

Comment vous est venue cette idée?

Lorsque mon fils est rentré de sa première journée de cours, il a rapporté plusieurs dépliants, dont un d’un prestataire de repas chauds qui était en activité depuis 13 ans. Le menu de la semaine était majoritairement composé de hot-dogs, de pizzas, de croissants au jambon ou de spaghettis à la bolognaise. Par curiosité, j’ai fait des recherches le soir même et j’ai découvert que 80 % des menus proposés dans la plupart des écoles étaient identiques.

L’idée de proposer des repas en milieu scolaire m’est venue. J’avais l’extrême chance que mon restaurant était situé juste à côté du Lycée français de Toronto. Donc tous les midis, il y avait des enseignants qui venaient, même les proviseurs et j’en ai profité pour ouvrir la discussion avec eux. C’est après trois ans qu’un de ces proviseurs m’a rappelé pour me confier la mission. Il m’a demandé si j’étais prêt; j’ai acquiescé en cachant mon incertitude, et c’est ainsi que l’aventure a commencé. Je dirais que je fais partie des premiers à avoir bousculé les codes car de nombreux prestataires ont commencé à s’aligner par la suite pour proposer des repas plus sains.

Avec son équipe de Kids Cuisine Santé, le Chef Guy Dongué priorise des menus équilibrés qui respectent le Guide alimentaire canadien. Photo : Gracieuseté

D’où vous vient cette volonté de former d’autres francophones à l’art culinaire?

Au fil du temps, j’ai également découvert une passion pour transmettre ma passion, j’ai d’ailleurs un local sur Eglinton. En arrivant au Canada en 2008, j’ai constaté que la nourriture n’était pas à la hauteur, même si ça s’est beaucoup amélioré depuis. C’est comme ça que j’ai mis en place des ateliers de cuisine centrés sur l’alimentation saine et la sensibilisation auprès des jeunes francophones, des personnes âgées et des nouveaux arrivants, pour leur expliquer comment adapter leurs habitudes alimentaires selon le climat et la culture.

J’ai commencé à faire de la télévision culinaire, puis j’ai commencé à enseigner au Collège La Cité à Ottawa. J’enseigne aussi pour le compte du Collège Boréal dans le cadre de la double reconnaissance de crédits, dans les écoles secondaires. La double reconnaissance de crédits (DRC) permet aux jeunes qui souhaitent obtenir leur diplôme de compléter leurs crédits.

En quoi la langue française est-elle un outil indispensable pour transmettre votre passion et votre savoir-faire?

Les francophones de Toronto qui souhaitent se former à l’école hôtelière, soit ils vont à Ottawa, soit ils consacrent deux ans à apprendre l’anglais pour intégrer un établissement anglophone. Je ne forme que des francophones parce qu’il y a un réel besoin. Je pense que du côté anglophone, ils disposent déjà de tout ce qu’il faut.

C’est important pour moi, car de nombreux jeunes s’identifient à mon parcours. Parfois, ils ne connaissent pas bien le métier ou n’osent pas se lancer. C’est aussi important de pérenniser le métier auprès de la jeunesse et de leur montrer qu’on peut apprendre un métier passionnant tout en gagnant bien sa vie.

Alors j’encourage ceux qui sont motivés ou pleins de talent à s’orienter vers ces formations. Pour ceux qui ne sont pas forcément très à l’aise en anglais pour le moment, c’est un excellent tremplin d’acquérir ces bases en français avant de viser plus tard des écoles hôtelières anglophones comme George Brown.

De nombreux jeunes apprentis franco-torontois ont bénéficié de la formation du chef Guy Dongué. Photo : Gracieuseté

Cet été, lors du festival Kompa Zouk, le traitement des dossiers des traiteurs francophones a été bloqué par Santé publique Toronto (SPT). Quel message d’espoir adresser à ces jeunes entrepreneurs francophones du milieu culinaire pour qu’ils ne baissent pas les bras?

Les coûts de location à Toronto sont exorbitants, ce qui constitue souvent un frein. Même une cuisine commerciale, ce n’est pas toujours donné. Je pense que ce qui donnerait un grand coup de pouce aux entrepreneurs francophones, qu’ils soient nouveaux arrivants ou des Torontois de longue date, ce serait d’avoir un incubateur, autrement dit une cuisine commerciale qui leur soit dédiée à des coûts très abordables. Personnellement, ma porte est toujours ouverte.

Envisagez-vous de transformer votre local d’Eglinton en un véritable centre de formation à l’art culinaire en français?

C’est un projet que j’ai en tête, car la demande est forte. J’aimerais relancer de petits ateliers pour enseigner les bases, notamment celles autour de l’hygiène, qui sont nécessaires pour réussir l’examen obligatoire en restauration. J’aimerais aussi créer des mini-clubs de pâtisserie pour ados. Pour le moment, nous avons identifié deux ou trois sources de financement accordées aux immigrants francophones. L’avantage, c’est qu’il y a des possibilités d’embauche immédiates, surtout qu’il y a un grand turnover incessant dans ce milieu. Actuellement, on recherche des cuisiniers et des pâtissiers. Beaucoup de talents n’ont pas la même visibilité que moi dans la communauté francophone, alors j’essaie de les mettre en avant vu leur talent.

Après la rentrée, nous allons déposer les demandes d’autorisation pour officialiser ces ateliers, et voir si le ministère de l’Ontario peut reconnaître nos certifications, ou passer par un partenaire comme le Collège Boréal pour faire valider nos formations. Ce serait qui serait un bon début.

Le chef Guy Dongué animant un atelier de cuisine à Welland en mars 2018. Photo : Le Régional

Comment participez-vous à la relève des cuisiniers francophones?

Le fait que nous soyons présents dans les écoles fait que beaucoup de jeunes nous approchent pendant l’année scolaire pour faire des stages, de l’observation pendant deux ou trois heures, ou même pour compléter leur programme de coop. Je suis ouvert à tout ça, alors je les aide et j’accueille tous ces jeunes. Cette année, par exemple, j’ai accompagné plus d’une quinzaine d’entre eux.

Le but, c’est aussi de donner du travail à ces jeunes pour qui c’est plus compliqué d’en trouver, car l’objectif d’une formation est d’en ressortir avec un emploi. On a du mal à trouver de la main-d’œuvre qualifiée voire formée. Alors, si on peut encadrer certains de ces jeunes qui décrochent souvent après la deuxième année, et en placer un petit pourcentage sur le marché du travail, ce serait une fierté. Cela permet aussi de faire perdurer le métier. En effet, de nos jours, de nombreux restaurants ferment non pas par manque de clients, mais par manque de personnel.

Vous le dites souvent : quand on a un métier et qu’on est formé, on ne chôme pas, surtout pas en cuisine. Pourtant, le milieu culinaire a la réputation d’être masculin et toxique. Comment contribuez-vous à changer cela?

La gastronomie est un milieu exigeant, mais je crois que l’exigence ne doit jamais servir d’excuse au manque de respect ou à l’exclusion. Dans mes entreprises, je m’efforce de créer un environnement où chacun peut progresser et prendre sa place selon ses compétences, son engagement et son potentiel, indépendamment de son genre ou de son origine.

Je privilégie une culture fondée sur le respect, l’écoute, la formation et la transmission. J’accorde une grande importance à l’accompagnement des femmes, des jeunes, des nouveaux arrivants et de toutes les personnes qui souhaitent apprendre le métier. Il est possible de maintenir des standards élevés tout en dirigeant avec humanité. Pour moi, faire évoluer notre industrie signifie offrir des possibilités équitables, valoriser les talents et montrer qu’une cuisine performante peut aussi être un lieu de collaboration, de dignité et d’épanouissement. »

En dehors des cuisines, le chef Guy Dongué consacre son temps à transmettre sa passion pour l’art culinaire. Photo : Gracieuseté

1995 : Diplomé de l’école hôtelière parisienne Médéric

2008 : Immigration au Canada

2010 : Ouverture de son premier restaurant à Gatineau, Le Poulet DG

2017 : Création de Kids Cuisine Santé, qui distribue des repas équilibrés aux enfants torontois

2018 : Prix Inspiration Ontario de l’entrepreneur immigrants francophone

2023 : Fondation du Centre Fede formation en Hôtellerie au Cameroun

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.

Les personnes aînées et leurs histoires

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Née à Blind River (Ontario) le 14 décembre 1930, Yvonne Prévost sera la deuxième d’une fratrie de six. Ses parents, Alfred Prévost et Rose Huot, avaient migré de Hull (Québec) à la Rivière-des-Français pendant leur adolescence. Alfred travaillait dans une scierie, qui a fermé comme tant d’autres pendant la Dépression.

La famille a déménagé sur la terre maternelle des Huot à Bigwood (Rivière-des-Français). Pendant cinq années, Rose a été internée dans un sanatorium et ses trois jeunes enfants ont été confiés aux Huot. Ma grand-mère Yvonne s’est rappelée toute sa vie de sa mère qui, arrivant dans la maisonnée un beau jour de 1939, a lancé son chapeau sur le divan pour signaler qu’elle était de retour pour de bon. Trois autres filles sont nées dans les années suivantes.

À partir de 1937, Yvonne Prévost a fréquenté l’école primaire séparée que son grand-père, Wilfrid Huot, avait fait construire quelques années plus tôt, après la suspension du Règlement 17. Ma grand-mère était bonne élève, puisqu’elle a été la candidate féminine de sa cohorte de 8e année au Concours régional de français, tenu à Coniston au printemps 1946. Son collègue masculin a décroché une bourse pour poursuivre ses études au Collège du Sacré-Cœur de Sudbury, mais pas elle, ce qui a tragiquement mis fin à son parcours d’études. À 15 ans, Yvonne est donc rentrée à la maison pour aider sa mère à élever ses jeunes sœurs. En 1950, elle a déménagé à Sudbury pour travailler comme cuisinière dans une maison d’ouvriers chambreurs, où elle a appris l’anglais et rencontré mon grand-père, Joseph Shields, qui venait d’être embauché à la mine INCO. La photo ci-dessous provient de leur 60e anniversaire de mariage en 2014. Ils sont décédés respectivement en 2021 et en 2024.

À l’occasion de la Journée internationale des personnes aînées, je tiens à souligner leur mémoire, et en particulier celle de ma grand-mère, qui était ordinaire et extraordinaire à la fois. Ordinaire par son parcours de Franco-Ontarienne ayant dû abandonner ses études trop tôt à l’époque où aucune subvention n’existait pour les études secondaires en français. Extraordinaire dans ses qualités humaines comme hôte, communicatrice et conseillère. J’ai le sentiment qu’il n’y avait rien d’autre au monde qui se passait pour elle quand j’allais souper chez elle (c’était toujours succulent) et qu’elle m’écoutait parler de mes projets (y compris mes livres, qu’elle lisait et commentait). Sa patience et sa disponibilité m’habitent comme parent.

La plupart de ce que je viens d’écrire a été peu ou pas documenté : je l’ai reconstitué à l’aide d’histoires que ma grand-mère m’a racontées, mais aussi par l’entremise de deux entrevues, enregistrées avec elle en 2020-2021. Tout le monde a une histoire, mais rares sont celles et ceux qui parviennent à la faire connaître. En fait, la mémoire est une autre manière d’accéder au passé, que je vois comme étant totalement complémentaire avec des traces écrites, les sources habituellement privilégiées par les historiens. Si les écrits d’époque permettent de reconstituer des faits et des séquences d’événements, ils passent souvent sous silence les non-dits, les conversations de coulisse, ainsi que le sens accordé aux anecdotes que les témoins racontent. À mon avis, les souvenirs ne sont ni inférieurs ni supérieurs aux sources d’époque. À mon avis, la juxtaposition de ces deux formes de passé permet de raconter des histoires plus vivantes et nuancées.

À l’occasion de la Journée internationale des personnes aînées, je nous invite à parler des aînés qui nous sont chers et, lorsqu’on a le privilège de les avoir avec nous, à les faire parler.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Nord de l’Ontario : « La Voix du Corridor pourrait disparaître »

KAPUSKASING – Après avoir lancé La Voix du Corridor, un média bilingue pour les communautés du corridor de la route 11, le printemps dernier, son fondateur et rédacteur en chef, Kevin Anderson, sollicite désormais l’appui financier de la communauté pour continuer la mission du journal. Si l’objectif n’est pas atteint sous peu, le journal risque de disparaître.

Depuis quelques jours, Kevin Anderson sollicite le soutien financier de son lectorat sur la page Facebook du média 100 % bilingue qu’il a lancé en mai 2026. « Sans un appui suffisant d’ici le 16 octobre, La Voix du Corridor pourrait disparaitre », peut-on lire dans une publication. Afin de sauver la mission du journal, il doit impérativement récolter une somme qu’il a préféré ne pas divulguer d’ici au 16 octobre prochain.

En entrevue avec ONFR, le fondateur précise qu’il ne cherche pas de don, mais des abonnements annuels. Pour l’instant publié gratuitement sur Facebook, le contenu d’information sera disponible sur le futur site web du média, réservé aux abonnés payants, un objectif que le rédacteur a dû clarifier auprès de son lectorat.

Pour lui, publier sur le réseau social était la phase préliminaire du projet. « Je voulais donner aux lecteurs la chance de voir quelle sorte d’histoires pourraient être publiées, à quelle sorte d’information ils pouvaient s’attendre », dit-il, « le seul problème, c’est qu’il y a beaucoup de monde qui pensait que la page Facebook était le journal tel quel. C’est pour cela qu’il a fallu que je mette une date limite pour qu’ils achètent un abonnement ou une adhésion ».

Depuis quelques jours, des entreprises locales apportent leur soutien en achetant des abonnements. Mais tout n’est pas gagné, puisqu’il faut que la communauté contribue pour que la somme récoltée suffise non seulement à finaliser la construction du site d’actualités et l’achat de l’équipement, mais surtout, à payer un salaire au rédacteur, qui, pour l’instant, demeure le seul journaliste du quotidien.

« Ça fait à peu près quatre mois que je travaille gratuitement. Puis, éventuellement, il va falloir que je sois capable de tirer un salaire du journal ou que je me trouve un autre emploi. C’est aussi simple que ça. Il faut quand même que je sois capable de soutenir ma famille ».

Lancée en mai, La Voix du Corridor a pour mandat de fournir toutes ses actualités en anglais comme en français aux municipalités qui longent le corridor de la route 11.

Kevin Anderson est le fondateur et rédacteur en chef de La Voix du Corridor. Photo : gracieuseté

Établir le média comme entité indépendante

M. Anderson souhaite adopter un modèle hybride : une rédaction à but non lucratif combinée à une coopérative commerciale. À son lancement, grâce au programme Incub’action, le média avait été enregistré sous la société Core Eleven Media Inc, faisant du rédacteur son unique actionnaire.

Mais ce modèle ne lui convient pas. En effet, le journaliste souhaite que les membres payants du journal en soient les véritables propriétaires afin d’en garantir l’indépendance. S’il parvient à récolter la somme nécessaire, il cèdera le journal à la coopérative Core Eleven Media, un modèle démocratique où chaque membre possède un droit de vote égal. Ce passage vers une structure hybride permettra de séparer le contenu éditorial de la gestion commerciale.

« À la fin de la journée, je n’essaye pas de mettre de l’argent dans mes poches, je veux que le monde qui lit le journal ait une voix dans la manière dont il fonctionne. Je n’ai aucun intérêt à être propriétaire d’une entreprise à la fin de la ligne. Je suis plutôt quelqu’un qui aime produire du contenu ».

À deux semaines de sa date limite, le futur du média bilingue dépend de la communauté. « Le but va toujours être de fournir des informations que les communautés veulent lire », souligne-t-il, « d’offrir un site web d’information pour remplir le vide qui a été laissé quand les journaux locaux ont fermé à travers le corridor », conclut l’ancien rédacteur en chef de The Northern Times et The Cochrane Times Post.

Casselman : Un nouveau festival met en lumière l’immigration rurale

CASSELMAN – Ce samedi, les terrains de baseball et de soccer de Casselman accueillent la toute première édition du Festival multiculturel Mosaïque. Derrière ce rassemblement festif axé sur la célébration de la diversité, l’organisme Promotion du leadership pour le développement communautaire (PLDC) souhaite mettre en lumière et traiter la question fondamentale de l’intégration des nouveaux arrivants francophones dans les zones rurales de l’Est ontarien.

Mis sur pied par des membres issus de l’immigration francophone locale, l’événement propose une programmation conçue pour favoriser le rapprochement interculturel. 

La journée comprend des présentations de danses traditionnelles, des offres gastronomiques internationales, une animation environnementale intitulée « Foreli » ainsi qu’un tournoi de soccer amical mettant aux prises des équipes représentant plusieurs communautés de la région, notamment celles du Congo, du Brésil, du Mexique et de la Somalie.

Pour la directrice générale et fondatrice de l’organisme existant depuis 2020, Adèle Marie Kabuo Karota, le choix de combiner le sport, la culture et l’animation communautaire répond à une stratégie précise. 

« On a trouvé que les activités, les événements rassembleurs, ça porte plus le message que les courriels officiels », explique celle qui espère que l’événement attirera plusieurs centaines de visiteurs. 

L’organisme accompagne aujourd’hui un nombre croissant de résidents et regroupe déjà une grande variété de profils. « À date, le PLDC regroupe 11 nationalités. Nous avons les Malgaches, les Chiliens, les Mexicains, les Sénégalais, le Burundais, les Rwandais, les Camerounais, les Argentins… C’est vraiment une mosaïque comme le dit le nom du festival », souligne Mme Karota.

Elle précise l’orientation fondamentale de cette démarche : « Nous sommes là pour informer la communauté, briser les barrières systémiques et tous les préjugés ». 

Dans cette optique, l’organisation d’un tournoi de soccer ne relève pas du hasard : « Ça brise d’abord l’isolement, ça nous aide à quitter de nos maisons et aller rencontrer les autres. Soccer nous aide aussi à la santé et le bien-être. »

« Les angles morts » de l’intégration

Au-delà de la tenue des activités festives, l’événement permet d’aborder les défis de l’établissement en milieu rural qui comporte des spécificités structurelles exigeantes. 

Mme Karota rappelle que le manque d’orientation adéquate constitue le premier obstacle lors de l’installation en région. « Si tu n’as pas l’information, même si tu as les atouts, tu as les talents, tu ne peux pas les exploiter au maximum parce que tu n’es pas informé ». 

Joviane Sileu, modiste originaire du Cameroun établie à Rockland et membre du comité organisateur du festival, évoque « beaucoup d’angles morts », relevant notamment deux enjeux logistiques majeurs : les transports et l’accès à l’emploi qualifié.

Selon Mme Sileu, l’absence d’un réseau public de transport force les résidents à s’organiser rapidement : « Si tu t’installes à Rockland, il faut absolument avoir un moyen de transport […] ça veut dire qu’il faut s’acheter une voiture, au moins une pour la famille ». 

« C’est la raison pour laquelle beaucoup de gens préfèrent rester à Ottawa, parce qu’il y a le transport [en commun]. Pourtant, c’est un bon coin, il y a de belles maisons, ça serait vraiment bien que les gens s’installent plus ici », explique Mme Sileu. 

Sur le plan professionnel, la confrontation avec le marché du travail local suscite souvent un désenchantement. 

« On vient en tant que travailleur qualifié, on vient avec un background, mais une fois sur place, on fait face à une autre réalité. Il faut souvent retourner à l’école »
— Joviane Sileu

Elle souligne l’impact de cet obstacle : « Il  y a plein de personnes qui, après être arrivées, font face à cette réalité-là et sont vraiment déçues ».

Le rôle des réseaux et de l’accompagnement

Pour Peter Soja, arrivé de Madagascar il y a quelques mois et également bénévole pour le festival, le processus d’installation dépend presque entièrement de la présence de réseaux de soutien formels ou informels. 

S’étant établi à proximité de Casselman grâce à l’aide d’un compatriote déjà présent dans la région, il observe que l’absence de repères rend les démarches initiales complexes pour une personne isolée. 

« C’est vraiment difficile si tu n’as personne à qui demander de l’aide ou des conseils. C’est presque impossible si tu te retrouves ici sans personne pour te guider », affirme-t-il. 

Pour Peter Soja, au-delà des défis logistiques et d’intégration, ce rassemblement répond à un besoin d’ancrage fondamental : « Vous avez cette sensation d’appartenir à quelque chose, de trouver un endroit, de rencontrer des gens et de partager les mêmes expériences; ça va être très enrichissant ». Photo : gracieuseté de Peter Soja

Les étapes liées au logement sont difficiles comme l’explique M. Soja : « Ce n’est pas facile de trouver un loyer pour la première fois. C’est la maison qui vous choisit, ce n’est pas vous qui choisissez la maison ».

Face à ces constats, il suggère la mise en place d’une structure dédiée : « Ce serait une très bonne idée de créer un centre d’accueil ou quelque chose comme ça pour aider les autres, un centre d’accueil pour les nouveaux arrivants, spécialement pour ceux qui parlent en français ».

De son côté, Mme Sileu préconise des actions dès l’arrivée au pays : « Si au niveau des aéroports, on indiquait aux familles les différentes communautés [locales] vers lesquelles se référer pour obtenir de l’information sur l’intégration, le transport et les opportunités, ce serait une très bonne piste ». 

Patenteuses : « On est les Spice Girls de l’Ontario français »

En répétition depuis plusieurs mois avant leur première mondiale, prévue le 22 octobre au MIFO, à l’Auditorium Béatrice-Desloges, les quatre comédiennes de la comédie musicale «  Patenteuse  » se comparent souvent aux « Spice Girls de l’Ontario français ». Leur spectacle de 75 minutes, rythmé et enjoué, tient le public en haleine.

« Elles dansent, jouent et chantent en même temps, et souvent à vitesse trois », lance Dylan Orr, producteur exécutif et artistique de Créations In Vivo.

Le spectacle remonte toutefois cent ans en arrière pour revisiter avec humour l’histoire de l’Ordre de Jacques-Cartier, une puissante société secrète catholique et francophone fondée en 1926, aussi appelée « la Patente ».

La première du spectacle affiche déjà complet. Une représentation supplémentaire aura lieu le 23 octobre à 19 h 30 au MIFO. La troupe se rendra ensuite à la Place des Arts du Grand Sudbury les 13 et 14 novembre, avant d’entreprendre une tournée dans tout l’Ontario, puis au Canada.

Financement de la formation : un organisme francophone dénonce une « injustice » au fédéral

OTTAWA — Estimant être victime d’une « injustice » depuis plusieurs années de la part du gouvernement fédéral concernant le financement du développement des compétences et de la formation, un organisme francophone a décidé de porter son dossier devant le Commissariat aux langues officielles (CLO).

Le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC) estime que pendant que des centaines de millions de dollars ont été distribués dans les dernières années à des organismes anglophones dans le domaine, les francophones en milieu minoritaire n’ont rien eu.

Ces fonds, qui servent notamment au développement des compétences telles que la numératie et la littératie, ne prévoient pas d’arrimage avec les communautés en situation minoritaire, « ce qui exclut de facto les francophones à travers le pays », dénonce le RESDAC. L’organisme a donc décidé de porter plainte devant le Commissariat aux langues officielles.

« C’est une injustice d’être exclu de ces fonds. Avec cette plainte, nous demandons donc que les ministères prennent leurs responsabilités et fassent leur travail », lance son président Geoffroy Krajewski en conférence de presse aux côtés de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

L’organisation avance que cela fait plusieurs années qu’elle tente de faire pression auprès des ministres, des fonctionnaires et des décideurs politiques à Ottawa pour changer la situation.

« Or, on voit que malgré tout cela, rien ne bouge. À un moment donné, le mécanisme de la plainte est celui qui est prévu par la loi. On espère évidemment qu’il [le commissaire] constatera qu’il y a bel et bien injustice », affirme le président du RESDAC.

Le RESDAC dit ignorer combien en subventions fédérales l’organisme aurait pu toucher en vertu d’obligations découlant de la Loi sur les langues officielles, mais c’est le CLO qui pourra « aller documenter ces montants auxquels les francophones n’ont pas eu accès », mentionne M. Krajewski.

La FCFA estime, elle aussi, qu’Emploi et Développement social Canada et Innovation, Sciences et Développement économique Canada, les deux ministères visés par la plainte, ne respectent pas leurs obligations linguistiques en ne finançant pas le développement des compétences en milieu francophone minoritaire.

La présidente de la FCFA, Liane Roy (au podium), en conférence de presse au Parlement jeudi aux côtés du RESDAC. Photo : Pascal Vachon/ONFR

« C’est pour cela qu’on a modernisé la Loi sur les langues officielles : pour que les institutions fédérales adaptent leurs façons de faire et leurs programmes afin que les francophones ne soient pas laissés pour compte », rappelle sa présidente Liane Roy.

« Soit on change les choses, soit on va vers l’assimilation »

Le RESDAC aide notamment des employés et employeurs à améliorer leurs conditions de travail ou à se requalifier, notamment via ses membres provinciaux. L’organisation donne en exemple une école de créativité de Montréal qui a reçu des fonds pour desservir l’ensemble de la francophonie canadienne.

« Il y a des organisations spécialisées pour la francophonie minoritaire. Pourquoi passer par des intermédiaires anglophones ou québécois? » se questionne le directeur général du RESDAC, Denis Desgagné.

« Les services offerts aux francophones se limitent souvent à de la traduction de documents, mais sans approche réellement pensée ‘par et pour’ les francophones », ajoute-t-il.

Le RESDAC pointe aussi en direction de la stratégie en intelligence artificielle lancée par Ottawa en juin dernier, notant qu’il y a une inquiétude dans le milieu francophone d’être ignoré dans cette stratégie.

« La crainte vient du terrain : la peur de ne pas avoir les outils pour que nos entreprises et nos organisations s’adaptent. Actuellement, la francophonie en situation minoritaire ne figure pas parmi les composantes qui recevront des services », indique M. Desgagné.

Selon ce dernier, l’avenir même du RESDAC se trouve menacé, l’organisation fonctionnant grâce à un financement par projet de cinq ans dont il ne reste actuellement plus que deux années.

« Après cela, nous ne savons pas si nous serons capables de maintenir l’organisation pour appuyer notre réseau », avertit M. Desgagné.

« Soit on change les choses, soit on va vers l’assimilation en utilisant les outils pensés pour les anglophones. On veut faire partie de la transition, augmenter la productivité de nos entreprises et de nos sociétés », termine le directeur général du RESDAC.

London : la natation comme bouée pour garder le français à flot

LONDON – Dans une ville où l’anglais domine largement l’espace public, maintenir le français au-delà des murs de l’école représente un défi pour certaines familles. Depuis 2013, Lions SAS tente d’y répondre en proposant aux jeunes des activités sportives en français. Aujourd’hui recentré sur la natation, l’organisme voit les enfants d’hier devenir les entraîneurs de ceux d’aujourd’hui.

Au bord du bassin, les enfants enchaînent les longueurs au rythme de consignes données en français. À London, où les activités extrascolaires dans cette langue restent limitées, plusieurs parents disent être venus chercher ici autant des cours de natation qu’un environnement francophone pour leurs enfants.

C’est justement pour faire sortir le français des salles de classe qu’Edwidge Pierre et Deborah Forrest ont créé Lions SAS en 2013. Toutes deux enseignantes, elles voyaient leurs élèves partir en congé en parlant français, puis revenir en ayant perdu une partie de leurs acquis.

Installée à London depuis 1996, Edwidge Pierre a vu évoluer une communauté francophone qui comptait alors beaucoup moins d’écoles et d’activités en français. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

« SAS » signifie Sports, Arts et Sciences, tandis que le lion, roi de la savane, a été choisi comme emblème. Natation et plongeon ont été les premières disciplines proposées en cours tout au long de l’année, avant que d’autres disciplines sportives ainsi que les arts et les sciences soient ajoutés aux camps d’été.

Au fil des années, Lions SAS a aussi cherché à former sa propre relève en mettant à contribution les premiers participants devenu adolescents. « C’est comme ça qu’on a bâti l’idée d’avoir les rôles de junior leaders, les futurs leaders et les leaders », explique Edwidge Pierre.

De nageur à entraîneur

Virgil Aviana, 16 ans et élève de 11e année à l’École secondaire catholique Monseigneur-Bruyère, est devenu l’un de ces leaders. Après avoir lui-même gravi les échelons, il enseigne désormais à son tour. « J’ai moi-même été élève ici. Depuis, j’ai suivi des formations pour devenir maître-nageur et enseignant. J’ai donc eu envie de revenir là où j’avais appris à nager. »

À l’origine, il n’envisageait pourtant pas d’en faire un travail. Edwidge Pierre et Deborah Forrest l’ont encouragé à poursuivre ses formations. « J’aimais vraiment la natation, mais je ne voyais pas plus loin que nager dans l’eau », raconte-t-il. Il imagine désormais pouvoir travailler comme maître-nageur à temps partiel à l’université.

Le parcours d’Eviane Akana fait écho au sien. Arrivée au Canada sans savoir nager, elle commence les cours avec Lions SAS vers 11-12 ans, participe aux camps d’été puis est progressivement formée pour devenir entraîneuse. « Elle m’a enseigné comment transmettre mes connaissances », dit-elle à propos d’Edwidge Pierre. Elle poursuit aujourd’hui ses formations avec l’objectif de devenir elle aussi maître-nageuse.

Eviane Akana dit retrouver chez Edwidge Pierre des valeurs proches de celles transmises par sa propre mère. Une relation qui, au fil des années, a dépassé pour elle le simple apprentissage de la natation. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Parler français après la cloche

Pour les jeunes entraîneurs, Lions SAS est aussi un espace où le français devient une langue de travail, quel que soit leur rapport avec elle.

Addison Mitchell est anglophone, mais fréquente une école francophone, notamment en raison des origines francophones de sa famille maternelle. « À mon école, on parle beaucoup français, mais entre nous, c’est vraiment l’anglais qui prend le dessus. On n’a pas souvent la chance de vraiment s’exprimer en français », explique-t-elle.

Addison Mitchell accompagne de jeunes nageurs dans le bassin. Alors qu’une grande partie de sa famille vit à Toronto et Ottawa, elle constate que les services en français sont moins nombreux à London, même si elle décrit sa communauté francophone comme particulièrement fière de son identité. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Pour Eviane Akana, le français est déjà présent à la maison et à l’école. Mais même là, l’anglais s’impose entre adolescents. « Même durant la pause de 15 minutes, on parle en anglais. Donc, pour moi, c’est important de rester dans un milieu francophone. »

Sacha Alary présente encore un autre profil. Le français est sa langue première et, contrairement à Virgil et Eviane, il n’a pas appris à nager avec Lions SAS. « Ce n’est pas partout qu’on a la possibilité d’enseigner la natation en français », souligne l’élève de 11e année, responsable des niveaux 3 et 4.

Pour Sacha Alary, entraîner de jeunes nageurs lui permet notamment de développer son leadership et d’apprendre à encadrer des enfants. Il dit surtout apprécier de les voir progresser au fil des séances. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Comprendre les consignes dans l’eau

Pour les parents, l’enjeu linguistique peut être encore plus concret.

Les trois enfants de Taylor Conley, récemment arrivée d’Haïti, comprennent beaucoup mieux le français que l’anglais. Recevoir les consignes de natation dans la langue qu’ils maîtrisent le mieux devient donc aussi, pour leur mère, un enjeu de sécurité. La famille retrouve par ailleurs une certaine proximité avec Edwidge Pierre, elle-même d’origine haïtienne.

Enseignante en immersion française, Taylor Conley cherchait pour ses trois enfants récemment arrivés d’Haïti des cours de natation dans la langue qu’ils maîtrisent le mieux : le français. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Même constat chez Juan Sarmiento. Son fils, élève à l’école Marie-Curie du Conseil scolaire Viamonde, évolue dans un environnement familial où se côtoient français, espagnol et portugais. L’anglais étant moins bien maîtrisé par l’enfant, les cours en français facilitent la compréhension des consignes.

Une francophonie multiple

Les familles présentes au bord du bassin n’entretiennent pas toutes le même rapport avec le français.

César Garo, lui, est hispanophone. Il a choisi une scolarité en français pour sa fille, aujourd’hui élève à Providence, et souhaite que cette langue ne reste pas cantonnée à l’école. « Je veux qu’elle fasse quelque chose qu’elle aime en français », explique-t-il. Il voit également dans le bilinguisme un atout pour son avenir et dit avoir trouvé peu d’options lorsqu’il cherchait des cours de natation en français à London.

Andy Saad, elle, est francophone et tient à transmettre sa langue maternelle à ses enfants, dont le père est anglophone. Celui-ci comprend le français et a même commencé à suivre des cours du soir. Ses deux aînés ont fréquenté Lions SAS pendant plusieurs années; c’est aujourd’hui au tour de sa plus jeune fille.

Andy Saad aux côtés de son fils aîné. Pour rendre les francophones plus visibles à London, elle raconte avoir un jour suggéré à un cinéma qu’un employé francophone porte une mention « Bonjour » afin que les clients sachent qu’ils pouvaient être servis en français. Une idée que l’établissement a adoptée. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Des parcours qui donnent du relief au constat d’Eviane Akana : « La communauté francophone de London, c’est une grande communauté, mais un peu espacée. »

Un modèle qui cherche un second souffle

Cette transmission n’épargne pas Lions SAS des difficultés. L’organisme proposait autrefois du basketball, du volleyball et du soccer à l’année. Mais désormais, seule la natation demeure au programme, les autres activités n’ayant pas retrouvé leur clientèle après la pandémie.

L’accès aux installations constitue également un obstacle. Lions SAS louait auparavant de quatre piscines, contre deux actuellement. Le programme a accueilli jusqu’à une centaine de nageurs; ils sont aujourd’hui 56.

Une nouvelle étape pourrait néanmoins s’ouvrir. L’organisme a obtenu en août son statut d’organisme de bienfaisance, après des années durant lesquelles son absence limitait notamment certaines possibilités de financement.

« Il va y avoir des choses qui vont bouger dans ce sens-là, estime Edwidge Pierre. Quand on n’a pas de subvention, c’est plus difficile d’offrir des prix compétitifs. » La fondatrice se dit également prête à relancer d’autres disciplines si la demande est au rendez-vous.

Les avocats du gouvernement ontarien n’ont pas l’obligation de parler français, tranche un tribunal

Le droit à la justice en français a ses limites en Ontario : il est impossible d’imposer l’usage du français aux avocats du gouvernement ontarien, a conclu le plus haut tribunal de la province.

Dans un jugement rendu le 22 septembre, la Cour d’appel de l’Ontario a rejeté un appel qui exigeait, dans un dossier, de la part des avocats du gouvernement « l’usage exclusif de la langue française par les avocats du procureur général dans toutes les procédures écrites et plaidoiries orales ».

Assurant sa propre défense, une mère poursuit des membres du personnel du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) pour des dommages qu’aurait subis sa fille alors qu’elle était sous la garde d’une société d’aide à l’enfance. L’identité de la mère et de la fille, mineure, est protégée par une ordonnance de non-publication.

Dans le cadre de la poursuite, le procureur général de l’Ontario a décidé d’intervenir après que la mère a déposé une motion exigeant que l’appel et l’instance se déroulent seulement en français, soutenant que l’utilisation de l’anglais enfreignait des lois juridiques, dont la Loi sur les services en français.

La mère plaidait que les avocats sont « inaptes à agir dans une instance bilingue », et qu’ils violent donc leur code de déontologie, arguant aussi que la non-utilisation du français « contrevient à l’obligation du procureur général de protéger les droits des minorités francophones ».

La juge Gomery a toutefois rejeté les allégations avancées par la plaignante, les qualifiant de « non fondées », en rappelant que, pour les poursuites civiles en Ontario, le droit d’exiger que l’avocat de la partie adverse soit bilingue n’existe pas. Le jugement rendu et écrit par la juge Gomery est souscrit par les juges Van Rensburg et Thorburn.

« Le droit d’exiger que la partie opposante soit représentée par un(e) avocat(e) bilingue est accordé seulement dans le contexte des poursuites sous la Loi sur les infractions provinciales », écrit la magistrate dans son jugement d’une dizaine de pages.

« Les observations de l’appelante ne sont pas entièrement sans fondement, à mon avis. Il demeure parfois difficile de réclamer certains droits linguistiques dans le système juridique ontarien »
— La juge Gomery

La mère soutenait en outre que la comparution du procureur dans le processus judiciaire représentait une forme de prestation de service gouvernemental. Selon elle, ce service se doit d’être disponible en français, conformément aux garanties prévues par la Loi sur les services en français dans les régions désignées bilingues.

« À mon avis, la comparution du procureur à la suite de la signification d’un avis d’une question constitutionnelle n’est pas un service visé par l’art. 5 (1) », statue la juge Gomery.

« En représentant les intérêts de la province dans le cadre d’un litige civil intenté par un individu, le représentant du procureur général fournit des services à sa cliente, la province », mentionne la magistrate ontarienne.

Des reproches au procureur général

La juge donne toutefois raison à la maman, qui avançait que le fait de ne pas forcer les avocats à être bilingues et que l’utilisation de traducteurs « ajoute aux délais, notamment au temps nécessaire pour les interrogatoires ».

« Les observations de l’appelante ne sont pas entièrement sans fondement, à mon avis. Il demeure parfois difficile de réclamer certains droits linguistiques dans le système juridique ontarien. Les retards et inconvénients identifiés par l’appelante ne la privent toutefois pas de ses droits fondamentaux et ne constituent pas une barrière à l’accès à la justice pour les Franco-Ontariens », juge la magistrate.

En Ontario, une partie francophone a le droit d’exiger une instance bilingue, ce qui oblige le tribunal à fournir un juge bilingue, la traduction écrite des documents juridiques et l’interprétation orale des témoignages et des audiences. Source : Shutterstock

La juge Gomery se montre aussi critique envers les avocats du procureur général dans ce dossier, soulignant que l’un d’eux est bilingue, ayant présenté un argument oral en français. Elle soutient qu’il est « difficile de comprendre pourquoi l’avocate de celui-ci n’aurait pas offert de communiquer avec l’appelante dans sa langue maternelle ».

« Une telle offre aurait souligné l’engagement de la province de promouvoir l’utilisation du français dans notre système de justice. Elle aurait pu en même temps éviter la présentation de cette motion », déplore-t-elle.


Note de la rédaction : Afin d’assurer la protection de l’identité des personnes concernées, ce texte a été partiellement modifié le 14 octobre 2026.

Est ontarien : vers des cours de théâtre et d’improvisation en français à Winchester

WINCHESTER — Le Greater Nation Arts Collective (GNAC), un organisme à but non lucratif offrant des formations en arts de la scène en milieu rural, prépare le lancement de ses premiers cours d’art dramatique et d’improvisation en français pour l’hiver 2027. Cette initiative s’inscrit dans la foulée de l’annonce récente d’un premier établissement scolaire francophone à Winchester, dans le canton de Dundas Nord.

Concrètement, c’est par une première phase de cours pilotes en français que le GNAC prendra le pouls de la communauté francophone au début de l’année 2027.

Deux ateliers distincts destinés aux jeunes seront proposés à l’ancien hôtel de ville de Winchester : le premier axé sur l’improvisation et le second sur le jeu dramatique.

« En hiver 2027, on va commencer avec un ou deux programmes, pour mesurer l’intérêt », détaille la directrice générale et responsable de l’administration du collectif, Marie-Thérèse Robinson. 

« L’un va être un programme d’improvisation pour les jeunes et l’autre, ça va probablement être un programme de théâtre. On va lancer la demande d’emploi sous peu, parce qu’on cherche une instructrice francophone pour enseigner le théâtre. »

Pour assurer la viabilité d’un groupe, l’organisme fixe le seuil minimal de participation entre six et huit élèves, avec une cible idéale d’une douzaine de participants par classe. 

Outre l’apprentissage des techniques scéniques, la direction souligne l’impact de ces disciplines sur le développement personnel des jeunes, notamment la prise de parole en public, la confiance en soi et l’esprit d’équipe.

Sur le plan organisationnel, le GNAC s’appuie sur une équipe administrative bénévole composée de six personnes, incluant la direction générale, la direction de la programmation et la direction des opérations. Photo : gracieuseté de la GNAC

Un milieu très anglophone

Bien que basé à Winchester, une communauté historiquement anglophone où 5 % de la population a le français comme première langue parlée, l’organisme a choisi dès le départ une dénomination reflétant un mandat plus large. 

Le GNAC vise en effet à desservir les ménages ruraux répartis le long du bassin de la rivière Nation, à travers les comtés unis de Stormont, Dundas et Glengarry ainsi que de Prescott et Russell.

« On a commencé en anglais parce que notre communauté est très anglophone », indique Marie-Thérèse Robinson. 

Située à une vingtaine de minutes de municipalités francophones comme Embrun, Russell, Casselman et Limoges, et à moins d’une heure de Cornwall, l’organisme souhaite toutefois profiter de sa situation géographique.

« On a quand même beaucoup d’influences francophones dans la région et on veut pouvoir amener ces personnes-là aussi parce qu’il y a encore moins d’opportunités. Il n’y a pas beaucoup de théâtre francophone dans les communautés rurales, il n’y a pas d’enseignement pour les jeunes. »

Le village de Winchester, au cœur du canton de North Dundas, s’apprête à accueillir ses premiers ateliers artistiques en français. Photo : Wikipedia/ P199

Vers une nouvelle école francophone

Cette transition vers des services bilingues s’aligne directement sur l’évolution des infrastructures scolaires de la région. 

Le gouvernement provincial a confirmé un investissement de 34,3 millions de dollars pour la construction d’une école catholique francophone de la maternelle à la 12e année à Winchester, gérée par le Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO).

Actuellement, aucune école francophone, qu’elle soit catholique ou publique, ne dessert le canton de Dundas Nord, obligeant les élèves de Winchester à parcourir au moins 24 kilomètres pour fréquenter un établissement de langue française à Casselman, Embrun ou Limoges.

Pour la direction du GNAC, l’établissement de ce nouveau pôle éducatif s’inscrit dans la continuité des démarches déjà entreprises au sein du village. « On va voir plus de familles francophones venir habiter à Winchester », prévoit Mme Robinson. 

« Alors si on est déjà établis, bien là ça va être un lien naturel et possiblement, dans le futur, peut-être un lien direct avec l’école aussi. »
— Marie-Thérèse Robinson

Consolider les arts de la scène en zone rurale

Fondé en janvier 2025 et incorporé en mars de la même année, le GNAC est né de l’initiative de trois membres fondateurs désireux de répondre au manque d’activités artistiques structurées dans le secteur rural de la région.

« On a trouvé qu’il n’y avait pas beaucoup de support dans les arts, spécialement pour les jeunes, dans les arts de la scène, donc n’importe quelle langue, dans son côté rural », explique Mme Robinson. 

« Il y avait beaucoup de théâtre communautaire, mais ils faisaient plutôt plus d’affaires pour les adultes. Pour les jeunes, il y a la danse ou beaucoup de sports, mais il n’y avait pas vraiment beaucoup pour les jeunes qui étaient intéressés dans les arts comme le théâtre ou la musique. »

Après avoir démarré ses premières activités en juin 2025, l’organisme a déployé une programmation initiale en anglais comprenant des sessions à l’automne, à l’hiver et au printemps. 

L’annonce initiale de l’expansion bilingue prévoyait un concert du duo country franco-ontarien Sugar Crush le 18 septembre dernier à l’ancien hôtel de ville. À la suite d’un conflit d’horaire, l’événement a dû être reporté à l’année 2027. 

La mise en ligne complète de la version française du site web de l’organisme s’effectuera en parallèle avec la reprogrammation de ce spectacle.

Transfert du campus Glendon : l’AFO s’y oppose et propose une autre option

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’oppose au transfert des programmes du Collège Glendon vers Keele, le méga campus anglophone de l’Université York. Si le projet persiste et que Glendon perd son campus historique, l’AFO proposera au ministère des Collèges et Universités le transfert de l’ensemble des programmes du Collège Glendon vers l’Université de l’Ontario français (UOF). Pour la ministre des Affaires francophones, au contraire, il s’agit « juste » d’un déménagement.

Alors qu’une proposition de restructuration impliquant le déménagement du Collège Glendon est sur la table du Conseil de la faculté, l’AFO s’oppose fermement au projet : hors de question que les francophones soient dilués dans un campus anglophone.

« C’est important de garder cet espace francophone (le Collège Glendon) », estime le président Fabien Hébert, qualifiant le campus de North York de « point de rassemblement pour la communauté ».

« Pour nous, la restructuration proposée n’est pas acceptable, tranche-t-il. On veut qu’il demeure où il est (sur le campus actuel). »

Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« On pourrait suggérer qu’ils transfèrent les programmes à l’UOF »
— Fabien Hébert, président de l’AFO

Et si le projet continuait à aller de l’avant et que le déménagement était adopté? « On pourrait suggérer qu’ils transfèrent les programmes à l’UOF », lâche M. Hébert au micro d’ONFR.

Ce regroupement de l’UOF et Glendon permettrait ainsi de réaliser un ancien projet évoqué au moment des réflexions sur la création de l’UOF. À l’époque, l’idée de mettre tous les programmes francophones sous un même toit avait les faveurs de nombreux acteurs convaincus que seul ce modèle pouvait garantir le succès du postsecondaire « par et pour » les Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes à Toronto.

Mais ce plan avait été écarté, par manque de consensus entre les tenants du regroupement et les universités impliquées. L’AFO, la FESFO et le RÉFO militaient pour un tel regroupement, conférant à l’UOF un mandat provincial sans compétition entre universités de langue française, contrairement au principal du Collège Glendon qui s’y opposait au nom de la spécificité bilingue de son établissement et de la complémentarité de l’offre de programmes.

C’est la première fois que l’AFO prend position de cette manière dans le dossier de la restructuration du Collège Glendon, une faculté bilingue unique dans la région de Toronto en déficit et confrontée à une baisse considérable de ses effectifs étudiants.

Cette situation budgétaire a conduit la rectrice à soumettre au Conseil de la faculté une proposition qui inclut le transfert du campus bilingue de Glendon à celui (anglophone) de Keele, la perte de son statut de faculté au profit de celui de collège, ainsi que le maintien de la désignation partielle de l’Université York en vertu de la Loi sur les services en français (LSF).

L’AFO regrette d’autant plus qu’une telle proposition soit envisagée alors que des travaux de rénovation avaient récemment été entrepris au campus Glendon, grâce à des fonds dédiés à la francophonie.

La ministre des Affaires francophones sereine

Interrogée par ONFR, la ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, parle comme si la question du déménagement était réglée : « Tous les cours et formations offerts sur le campus Glendon vont continuer au campus Keele, pour que les étudiants puissent poursuivre les études qu’ils ont commencées. »

« Ça va juste déménager d’un campus à l’autre », tente-t-elle de rassurer, indiquant que des discussions continuent entre le ministre des Collèges et Universités Nolan Quinn et l’Université York.

Natalia Kusendova-Bashta, ministre des Affaires francophones. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Cet argument est indéfendable pour Samuel Nieva, président de l’Association étudiante du Collège Glendon (AÉCG). « Le bilinguisme ne peut pas simplement être transféré d’un lieu à un autre sur le papier, clame-t-il. On ne peut pas se contenter d’affirmer que les programmes en français se poursuivront et en conclure pour autant que Glendon restera bilingue. »

Selon lui, « l’environnement dans lequel ces programmes s’inscrivent est important. Les services qui les encadrent sont importants. La possibilité d’utiliser le français dans les interactions quotidiennes est importante. La culture de l’établissement est importante. »

Autant de points qui ne seraient pas garantis, de l’avis de plusieurs étudiants et professeurs, dans la proposition présentée par la rectrice par intérim de l’Université York, Laina Bay-Cheng.

Le commissaire aux services en français considère « les options sur la table »

Quelle que soit l’issue de ce dossier, le Collège Glendon est assujetti à la Loi sur les services en français. « Cette loi établit des normes très claires et les obligations doivent être respectées », prévient Carl Bouchard, le commissaire aux services en français.

Ce dernier croit qu’une université ne peut plus faire n’importe quoi, depuis que son rapport sur l’Université Laurentienne a posé les balises à suivre avant de prendre une décision lourde de conséquences pour les droits francophones dans le postsecondaire.

« La LSF exige de la part des ministères concernés et de l’université de travailler ensemble », dit-il, invitant toute personne ayant « des préoccupations sur ce qui s’opère » à contacter son bureau.

Carl Bouchard, commissaire aux services en français de l’Ontario. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Et de rappeler que « les obligations de la LSF sont quasi constitutionnelles. Elles font partie du tissu législatif de l’Ontario. Elles doivent être prises très au sérieux et, en aucun cas, on peut se permettre de diluer leur importance. »

Le commissaire n’a pas voulu révéler si des plaintes étaient déposées à ce stade, ni s’il comptait lancer une enquête. « Je laisse des options sur la table, selon si des enjeux sont portés à notre attention et si notre intervention est nécessaire d’une façon spécifique. Je déterminerai au fur et à mesure. »

Rappelant que toute décision relative au fonctionnement du campus universitaire ou à l’utilisation des terrains relève exclusivement de chaque établissement, le ministère des Collèges et Universités dit toutefois « suivre l’évolution du dossier » s’attendant à ce que « l’Université York continue de satisfaire aux exigences de sa désignation en vertu de la LSF ».

À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’UOF n’a pas donné suite à nos sollicitations médiatiques.

Garderies à 19 $ : Ottawa versera près de 12 milliards à l’Ontario d’ici 2031

OTTAWA – Les gouvernements fédéral et ontarien prolongent de quatre ans leur accord sur les services de garde jusqu’en 2031. Ottawa versera près de 12 milliards de dollars à la province, mais le maintien des frais moyens à 19 $ par jour n’est confirmé que jusqu’au 30 juin 2027.

L’annonce a été faite mardi à Vaughan par la ministre fédérale de l’Emploi et des Familles, Patty Hajdu, et le ministre ontarien de l’Éducation, Paul Calandra.

Dans le cadre de cette prolongation, le gouvernement ontarien s’engage à maintenir les frais de garde à une moyenne de 19 $ par jour jusqu’au 30 juin 2027.

« Ce financement permettra de maintenir les frais actuels à une moyenne de 19 dollars par jour pour les familles et d’offrir une meilleure stabilité au secteur de la garde d’enfants », a souligné Paul Calandra dans un communiqué.

« Grâce à la prolongation de l’accord, nous protégeons les progrès réalisés », a déclaré pour sa part Patty Hajdu, ajoutant que le gouvernement souhaite protéger les places existantes et en augmenter le nombre.

La prolongation de l’Accord entre le Canada et l’Ontario sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants couvrira la période allant du 31 mars 2027 au 31 mars 2031.

Le financement fédéral de près de 12 milliards de dollars s’ajoutera aux 13,8 milliards déjà accordés à l’Ontario dans le cadre des ententes conclues entre 2021-2022 et 2026-2027.

Les deux gouvernements indiquent qu’ils poursuivront leurs discussions au cours de la prochaine année afin de maintenir des tarifs abordables et d’assurer la viabilité du secteur des services de garde.

Ces négociations porteront notamment sur la part que recevra l’Ontario des 5,4 milliards de dollars supplémentaires annoncés par Ottawa en juin dernier. Cette somme doit être répartie sur deux ans entre les provinces et les territoires afin de les aider à maintenir des frais de garde stables et abordables.

Plus de 47 000 places en français ou bilingues

Au 31 mars 2025, l’Ontario comptait 5989 centres de garde agréés, offrant au total 532 525 places aux enfants de 0 à 12 ans.

Parmi celles-ci, 39 007 se trouvaient dans des centres offrant des services en français et 8152 dans des centres bilingues. Ensemble, elles représentaient environ 8,9 % de toutes les places agréées dans la province.

Depuis le 1er janvier 2025, les fournisseurs ontariens inscrits au système pancanadien doivent limiter les frais de garde admissibles à un maximum de 22 $ par jour. Selon les gouvernements, la moyenne payée par les familles bénéficiant du programme s’établit actuellement à 19 $ par jour.

Les gouvernements soutiennent que les accords conclus à l’échelle du pays ont permis de réduire d’au moins 50 % le coût des services de garde réglementés.

Élections municipales : oubliée des débats, la scène culturelle francophone de Sudbury se mobilise

SUDBURY – Le Regroupement des organismes culturels de Sudbury (ROCS) lance la campagne « VOTONS pour les ARTS », une initiative pour positionner le secteur artistique et culturel de la ville ainsi que son financement comme un enjeu électoral important lors des prochaines élections municipales. Le regroupement soutient que le secteur fait en effet face à une incertitude grandissante, en net décalage avec les retombées économiques et sociales générées par ces institutions.

Alors que les élections municipales approchent à grands pas, les organismes culturels de la ville affirment que les enjeux du secteur artistique et culturel n’ont été évoqués par presque aucun des huit candidats. C’est pourquoi aujourd’hui, le ROCS lance la campagne « VOTONS pour les ARTS », un effort mobilisateur qui vise à placer le secteur artistique et culturel de la ville au sein des débats, discussions, et programmes électoraux des candidats.

C’est durant l’été dernier que les organismes parlent d’une possible campagne qui mettrait en lumière l’importance du rôle du secteur artistique dans la cohésion sociale, mais aussi dans économie locale, dit Marie-Pierre Proulx, membre du comité du regroupement, également directrice artistique du Théâtre du Nouvel-Ontario.

« On est dans un contexte en ce moment où le financement des arts du point de vue municipal à Sudbury est incertain. Il y a de la fragilité, il y a eu des changements, les sources de financement ont changé au cours de la dernière année. On n’a pas beaucoup de clarté par rapport à ce qui sera financé pour l’année prochaine ».

Pour sensibiliser le public, mais aussi les candidats et élus, le ROCS sort un communiqué de presse, la première étape de la campagne qui « vise à placer les arts et la culture parmi les enjeux électoraux et à sensibiliser les candidat.e.s à l’importance, l’ampleur et aux impacts du secteur artistique sudburois », peut-on lire dans le communiqué de presse.

Le ROCS a d’ailleurs sollicité d’autres organismes culturels de la ville, toutes langues confondues, pour élargir la portée de cette campagne. Actuellement, le regroupement cherche à engager le dialogue avec les prétendants au poste à la mairie et au conseil municipal de Sudbury. « Avec nos collègues à la Place des Arts, on a invité les candidats à la mairie, puis les candidats dans le quartier 10, qui est notre zone au centre-ville, à venir nous rencontrer et parler avec nous », dit la membre du comité, ajoutant que deux candidats ont répondu présent.

Formé en 2007, le ROCS est une coalition des sept organismes francophones du Grand Sudbury, fondatrice de la Place des Arts. Elle est composée du Théâtre du Nouvel-Ontario, du Carrefour francophone de Sudbury, du Salon du livre du Grand Sudbury, du Centre franco-ontarien de folklore, de la Galerie du Nouvel-Ontario, de la maison d’édition Prise de parole, et du festival La Nuit sur l’Étang.

Un financement en décalage avec l’impact économique du secteur

Pour ce qui est du financement municipal, les chiffres sont en baisse ou plafonnent depuis des années. « Dans un contexte inflationniste, la plupart des organismes vivent des petites diminutions ou une stagnation depuis un certain moment ». En effet, le ROCS affirme que les financements municipaux versés aux 43 organismes culturels se limitent à 570 000 dollars au total, soit 0,12 % du budget annuel de la ville.

Tout de même, le secteur artistique et culturel de la ville apporte des retombées économiques et sociales non négligeables, avance le ROCS. Pour chaque dollar versé, les organismes artistiques génèrent 7,30 dollars de plus. Le secteur soutient aussi presque 1700 emplois dans le Grand Sudbury.

Mme Proulx appelle à une compréhension de la part des élus et des candidats qu’investir de manière suffisante dans le secteur culturel n’est pas seulement une dépense, mais un investissement. « Financer les arts à Sudbury, c’est aussi nous permettre de rapporter de l’argent qui vient du provincial et du fédéral à travers les autres subventions qu’on reçoit qui est réinvesti, qui est dépensé à Sudbury dans les commerces, auprès des artistes et des entreprises locales ».

Dans le contexte d’un festival Boréal au bord de l’effondrement, le directeur général et culturel du Carrefour francophone de Sudbury, Stéphane Gauthier, appelait à plus de clarté et de vision de la part des subventionnaires dans le milieu artistique. « Il y a dix ans, c’était une priorité, on avait un plan culturel. Puis là, tout d’un coup, on est dans les limbes. Ce n’est pas normal. C’est un manque de vision et ça a besoin d’être corrigé », disait-il à ONFR la semaine dernière.

Immigration francophone : Ottawa octroie 1,2 M $ à trois nouvelles initiatives

Le gouvernement fédéral a annoncé un financement de 1,2 million de dollars pour des projets visant à favoriser l’immigration francophone au pays. Du lot, une somme de 300 000 $ servira à une stratégie de promotion pour attirer des immigrants francophones à Sudbury et dans le Nord de l’Ontario.

La ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), Lena Diab, a annoncé mardi le financement de deux autres projets en plus de celui du Nord de l’Ontario, un à Terre-Neuve-et-Labrador et un autre en Saskatchewan.

La subvention de 300 000 $ sur deux ans vise à informer de possibles immigrants « des possibilités d’immigration dans le Nord de l’Ontario » en plus de « mettre en valeur les possibilités offertes par les communautés francophones » dans la région. La stratégie intitulée « Osez le Nord » sera pilotée par le Carrefour francophone de Sudbury.

En Saskatchewan, 569 000 $ sur deux ans seront octroyés au Conseil économique et coopératif de la Saskatchewan (CECS) pour attirer des talents qualifiés internationaux dans des secteurs clés tels que l’agriculture, la santé, les mines et l’énergie, a indiqué la ministre Diab.

Pour Terre-Neuve-et-Labrador, le fédéral distribuera 350 000 $ pour un projet visant à attirer et retenir des immigrants francophones, notamment par la création d’une équipe de projet dédiée, via l’organisme Horizon TNL. La province vise notamment à recruter des immigrants en France, en Belgique et dans des pays d’Afrique du Nord, tels le Maroc et la Tunisie, là où « nous avons obtenu de très bons résultats », a mentionné le ministre provincial responsable des Affaires francophones, Lin Paddock.

« Nous avons six écoles francophones; nous avons donc un besoin urgent d’enseignants, d’éducateurs en petite enfance, ainsi que de professionnels de la santé (médecins, infirmiers). Les 350 000 $ accordés à Horizon serviront à consolider ces services essentiels », a-t-il indiqué en conférence de presse à St. John’s aux côtés de Lena Diab.

L’enveloppe monétaire accordée pour ce trio d’initiatives fait partie du Plan d’action pour les langues officielles, qui finance, via le Centre d’innovation en immigration francophone, des projets. Le Centre subventionne des activités dans les communautés francophones au pays pour appuyer le recrutement, la sélection et l’admission de résidents d’expression française.

À ce jour, 23 initiatives ont bénéficié de financements totalisant environ 20 millions de dollars sur quatre ans, selon IRCC.

« L’immigration francophone soutient le poids démographique des communautés minoritaires, aide les employeurs à trouver des talents et stimule l’économie locale. Pour réussir, les communautés doivent participer directement à la sélection, à l’accompagnement et à la rétention des candidats francophones et bilingues », a déclaré la ministre Diab.

Ottawa a atteint les cibles qu’il s’était fixées pour chacune des années en matière d’immigration francophone depuis 2022. Photo : archives ONFR

Pour le Nord de l’Ontario, cette annonce s’ajoute à une somme d’un million de dollars octroyée en mars 2026 qui visait à accélérer et favoriser l’accès à la résidence permanente pour les étudiants de l’Université de Hearst. Un autre projet mené par la Société économique de l’Ontario et annoncé il y a quelques années visait à placer près d’une centaine de travailleurs francophones et leurs familles dans des emplois répondant aux besoins de main-d’œuvre dans le Nord de l’Ontario.

Hausse de la cible en immigration francophone?

Questionnée à savoir si le gouvernement comptait hausser la cible en immigration francophone pour les prochaines années, la ministre Diab est restée avare de commentaires, soutenant que les niveaux allaient être annoncés le mois prochain.

« Vous pouvez donc attendre jusqu’en novembre, mais la chose qui est importante, c’est qu’on travaille très fort et je suis très contente du travail qu’on a fait dans ce domaine », a-t-elle commenté.

Ottawa doit annoncer en novembre ses niveaux en immigration pour les années 2027 à 2029, dont sa cible en immigration francophone. Selon le plan présenté l’année dernière, la cible francophone doit être de 9 % en 2026, 9,5 % en 2027 et 10,5 % en 2028. L’année 2029 est notable, car lors de la dernière campagne électorale, le Parti libéral avait promis de hausser la cible à 12 % dès l’année 2029.

Selon les plus récentes données d’IRCC, de janvier à juillet de la présente année, le Canada atteignait 8 % d’immigration dans la langue de Molière. L’an dernier, 8,9 % de l’immigration au pays était francophone et ce chiffre était de 7,2 % en 2024.

Une pétition pour « sauver » le Collège Glendon dépasse les 2000 signatures

TORONTO – Menacé de perdre son statut de faculté et son propre campus pour des raisons budgétaires, le Collège Glendon s’attire un soutien populaire en faveur de la préservation de son mandat bilingue et un vent d’hostilité contre les plans de son université de tutelle, York.

« Démanteler une institution unique et très respectée en période d’austérité administrative est contre-productif. L’Université York devrait investir aujourd’hui dans le recrutement pour Glendon, et non effacer son héritage. »

C’est ce que clament les partisans du maintien du collège dans son enceinte originelle de North York, dans une pétition en ligne sur le site Action Network, qui a franchi cette semaine la barre des 2000 signataires.

À l’origine de cette pétition, la Confédération ontarienne des associations de professeurs d’université (OCUFA) exige que le Collège Glendon reste un établissement d’arts libéraux bilingue situé à son emplacement actuel et que la présidente respecte le processus collégial en vigueur dans l’établissement concernant toute proposition visant à modifier les activités académiques et administratives.

Mais le destin de l’institution est entre d’autres mains : celles de son université de tutelle, York. Son plan est de stopper l’hémorragie budgétaire (qui dépasse les 40 millions de dollars en cumulé) en partie due à la chute des inscriptions au premier cycle (divisées par deux en l’espace de 10 ans avec 1343 inscrits en 2025-2026) en rétrogradant la faculté au rang de collège et en transférant ses offres de formation, ses services et sa vie communautaire en français vers le campus Keele.

Après une première compression d’un million de dollars il y a un an, puis une proposition soumise à sa communauté de Glendon en mai dernier, la rectrice par intérim Laina Bay-Cheng, a présenté une nouvelle mouture de la restructuration vendredi dernier, à laquelle les médias n’étaient pas conviés. Ironie du sort, cette discussion s’est tenue le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes, une journée qui d’ordinaire célèbre les avancées francophones.

Au-delà des économies réalisées, la direction de l’Université York avance que l’intégration à Keele « revitaliserait le mandat francophone et bilingue » de Glendon. En effet, 70 % des étudiants francophones actuels suivraient déjà des cours à Keele. Il serait par conséquent logique d’y rapatrier les étudiants du campus Glendon qui bénéficieraient d’une offre de cours plus large et mieux coordonnée du fait qu’elle serait concentrée sur un campus unique.

« Ce qui est en train de se passer, c’est la mort de Glendon »

Mais d’autres soutiennent au contraire que fondre une minorité de 1300 francophones dans un campus de plus de 50 000 anglophones conduira inexorablement l’exception bilingue du Collège Glendon à sa perte.

« On est en train d’assassiner le bilinguisme de Glendon, réagit sous couvert d’anonymat un membre de la communauté Glendon. C’est scandaleux. Croire qu’à Keele le français sera mieux respecté est une aberration. On a souvent par le passé reproché au campus Glendon lui-même de ne pas assez laisser de place au français… Alors comment peut-on croire une seule seconde que, mélangée à Keele dans une mer anglophone, cette institution sera miraculeusement plus bilingue qu’avant? »

Le campus Glendon et son manoir s’étendent sur une superficie de 33 hectares le long de l’avenue Bayview, à North York. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Et d’alerter : « Comme il y a des programmes similaires et concurrents entre Keele et Glendon, ils ne vont pas s’embarrasser à terme : ils vont en supprimer et garder quelques cours d’apparat en français pour faire plaisir au commissaire aux services en français, c’est tout. Ce qui est en train de se passer, c’est la mort de Glendon. »

Créé en 1959 et dirigé par le principal Escott Reid, diplomate et haut fonctionnaire de haut niveau, Glendon a depuis ses origines poursuivi un idéal : celui de former une élite canadienne bilingue dans les arts libéraux et les affaires mondiales à l’image de ce que devrait être le Canada.

Plus de 60 ans plus tard, plusieurs voient donc dans le plan proposé un coup de couteau dans le dos de l’idéal d’Escott Reid.

Des étudiants et professeurs hostiles au déménagement

« À Glendon, les étudiants peuvent parler français dans leurs salles de cours, dans les couloirs, avec leurs professeurs, avec le personnel et entre eux. Ils vivent dans un environnement où parler français ne nécessite ni explication ni excuse. Cet environnement immersif est un élément essentiel de ce qui fait de Glendon un établissement bilingue », contextualise Samuel Nieva, président de l’Association étudiante du Collège Glendon (AÉCG), partisan du maintien du statut de faculté et des activités sur le campus actuel.

Samuel Nieva, président de l’Association étudiante du Collège Glendon (AÉCG). Photo : Linkedin Samuel Nieva

En outre, la perte du statut de faculté conjugué au rabotage continu de son budget font craindre au syndicat SCFP 3903 « de graves répercussions sur le corps professoral contractuel » telles que « des pertes d’emploi, les cours de Glendon étant intégrés aux départements existants du campus de Keele.

« Ces pertes d’emploi potentielles s’ajouteraient aux importantes compressions déjà subies par les professeurs contractuels et les chargés de cours aux cycles supérieurs, un problème majeur à York, touchant également les étudiants de premier cycle qui se retrouvent avec un choix de cours de plus en plus restreint », déplore Zoë Newman, la présidente de l’union syndicale, dont les membres n’y voient guère plus clair depuis la concertation de vendredi dernier.

Plusieurs professeurs ont par ailleurs mentionné à ONFR avoir le sentiment de ne pas être les bienvenus parmi leurs confrères anglophones à Keele, où ils seraient regroupés avec des unités apparentées dans d’autres facultés – avec comme lieu d’ancrage le bâtiment qui abrite actuellement l’École de formation continue.

Ils ajoutent ne pas avoir reçu de garanties suffisantes sur les moyens et les cadres donnés à la pérennité et au développement de la vocation bilingue de Glendon.

L’Université York, elle, espère finaliser le transfert des étudiants et des professeurs dans leur prochain campus d’ici la rentrée 2029. La balle est le camp du Conseil de la faculté qui pourrait s’appuyer sur un vote ou une motion pour aller de l’avant ou au contraire abandonner la proposition de l’Université York.

Un Ottavien débouté de dédommagement pour de l’affichage unilingue au Parlement

OTTAWA — L’Ottavien Michel Thibodeau a subi un nouveau revers devant un tribunal fédéral. Il réclamait près de 20 000 dollars pour atteinte à ses droits linguistiques en raison de panneaux en anglais seulement sur la colline du Parlement, tels que « SLOW » et « STOP ».

La Cour d’appel fédérale a rejeté l’appel de M. Thibodeau, qui demandait 1500 dollars pour chacune des 13 infractions à la Loi sur les langues officielles. Ces manquements visaient des panneaux unilingues anglais qui portaient sur des enjeux de santé, de sécurité et de sûreté. Dans un jugement rendu public lundi, la juge de la Cour d’appel fédérale Vanessa Rochester écrit que Michel Thibodeau « n’a pas, à mon avis, démontré l’existence d’une erreur justifiant l’intervention de notre Cour ».

La Cour fédérale avait tranché en novembre 2024 que les droits linguistiques de l’Ottavien avaient été violés, mais que celui-ci ne méritait pas les dommages-intérêts qu’il réclamait. Le jugement de la juge Rochester ne comporte que sept pages et se limite à confirmer le jugement antérieur. La magistrate de la Cour d’appel fédérale, appuyée par le juge en chef Yves de Montigny et la juge Sylvie Roussel, conclut qu’il n’y a « aucune erreur révisable dans le raisonnement de la Cour fédérale ».

Des panneaux unilingues autour du Parlement

M. Thibodeau avait lancé ce recours judiciaire en 2021 contre Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) après que le Commissariat aux langues officielles lui a donné raison dans un rapport d’enquête sur les 13 plaintes.

Celles-ci portaient sur des panneaux en anglais comme « SLOW » et « STOP », « Danger due to… » ou encore « Caution » sans équivalent français, ainsi que la phrase « Falling Ice and Snow ». Les panneaux étaient situés sur la colline du Parlement (six plaintes), à l’édifice de la Confédération (une plainte), à l’édifice de Bibliothèque et Archives Canada et à l’édifice C.D. Howe (trois plaintes), ainsi qu’à l’édifice L’Esplanade Laurier (trois plaintes).

Services publics et Approvisionnement Canada fournit et gère l’aménagement et la rénovation des lieux de travail de ces ministères et institutions fédéraux. Le ministère avait reconnu auprès du Commissariat ces manquements à la loi et soutenait avoir par la suite rectifié les panneaux en question auprès de ses sous-traitants.

Les circonstances dans lesquelles M. Thibodeau a découvert les panneaux en litige font désormais l’objet d’une ordonnance de confidentialité rendue par le tribunal. Celle-ci restera en vigueur jusqu’à ce que les recours en appel dans cette affaire soient épuisés.

Toutes les descriptions de la manière dont M. Thibodeau a découvert les panneaux sont caviardées dans les deux décisions rendues dans cette cause fédérale. Source : Canva

Toutefois, la juge Rochester dévoile dans le plus récent jugement que « les actions de M. Thibodeau dans la présente affaire constituent, à mon avis, un comportement incompatible avec l’esprit et la lettre du règlement à l’amiable qu’il avait conclu avec Services publics ».

Elle ordonne aussi à Michel Thibodeau de verser 4000 dollars à Services publics pour couvrir les frais juridiques du ministère fédéral. M. Thibodeau a la possibilité de porter la décision en appel devant la Cour suprême du Canada.

Multiples causes juridiques

Michel Thibodeau n’en est pas à ses débuts dans le système judiciaire canadien concernant les droits linguistiques. Plus récemment, un de ses dossiers contre l’administration de l’aéroport international de St. John’s s’est rendu en Cour suprême. Une décision est attendue dans cette affaire.

Puis, dans une cause ayant débuté en 2009 et s’étant conclue en 2014, la Cour suprême du Canada avait tranché que M. Thibodeau ne pouvait obtenir de dommages-intérêts, après qu’il n’avait pas reçu de service en français lors de vols internationaux à bord d’avions d’Air Canada.

Plus particulièrement, les administrations aéroportuaires au pays ne portent pas dans leur cœur le fonctionnaire fédéral d’Ottawa. Dans des documents judiciaires, ces dernières soutiennent que l’homme a déposé 410 plaintes contre des autorités aéroportuaires et 158 contre d’autres instances fédérales. Devant les tribunaux, l’Aéroport Pearson avait qualifié les démarches « de grandes croisades contre les institutions fédérales, où il recherche activement d’éventuelles violations linguistiques pour son propre gain financier ».

Dans ce dossier, le juge Pamel avait toutefois rejeté ces propos et encensé les actions du Franco-Ontarien.

« J’espère qu’un jour, nous n’aurons plus besoin de gens comme Michel Thibodeau dans ce monde, mais d’ici là, les défenseurs passionnés des droits linguistiques ont leur place dans notre société », écrivait-il.

Gabrielle Goulet : les coulisses de son album Fragile

 « J’aime la bouette. » Gabrielle Goulet assume pleinement son univers country et ses racines rurales franco-ontariennes. Originaire de Bourget, la chanteuse vient de lancer Fragile, son troisième album.

Pour ce premier épisode de Focus culturel, une nouvelle série consacrée aux artistes de la scène franco-ontarienne, Gabrielle Goulet parle de ses collaborations, de ses inspirations, des sonorités de son nouvel album et de ce qui « la fait triper ».

Lauréate d’un prix Trille Or en 2015, du prix de la chanson de l’année de la SOCAN en 2016 et du titre d’Artiste francophone de l’année au gala de la CMAOntario en 2019, elle poursuit le rêve qu’elle porte depuis longtemps : vivre pleinement de sa musique.

Un nouveau projet minier d’envergure à Hearst pourrait contribuer à l’économie locale

HEARST – Avenir Minerals, une entreprise appuyée par le géant minier Agnico Eagle, amorce le projet de phosphate Martison. Mis en lumière par le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, lors du dernier sommet d’investissement, ce projet à grande échelle pourrait accroître la production intérieure de phosphate et favoriser l’économie locale.

Une nouvelle entreprise minière, Avenir Minerals, s’apprête à lancer un projet d’extraction et de transformation de phosphate à Hearst, une initiative mûrement réfléchie par la direction avant de donner le coup d’envoi.

« Durant les trois dernières années, on a fait des investissements dans plusieurs compagnies, certains étaient publics, d’autres privés. Et au bout de ça, après ces trois ans de travail, on a décidé de faire l’achat du projet à l’extérieur de Hearst », dit Paul Blatter, vice-président des opérations techniques à Avenir Minerals et directeur corporatif des minéraux critiques et stratégiques à Agnico Eagle.

Le projet en question n’est nul autre que la mine Martison, un site comprenant l’extraction de phosphate et une usine de transformation située près de Hearst. Le phosphate figure parmi les minéraux critiques indispensables à la fabrication d’engrais agricoles. Alors que le Canada importe la majorité de son phosphate, principalement des États-Unis, ce projet vise à fournir une ressource extraite et transformée localement, réduisant la dépendance envers les importations étrangères.

« Dans les vingt dernières années en Amérique du Nord, la production de phosphate est en déclin continu. On n’en produit même pas au Canada », dit-il, citant le projet comme « l’opportunité de faire renaître la production qui a déjà eu lieu dans les années 1980-1990 au Canada et de reprendre le contrôle sur la sécurité alimentaire ».

Paul Blatter est le vice-président des opérations techniques à Avenir Minerals et directeur corporatif des minéraux critiques et stratégiques à Agnico Eagle. Photo : Avenir Minerals Ltd

Officialisée il y a environ sept mois, l’entreprise Avenir Minerals est actuellement dans la phase d’évaluation préliminaire du projet qui a le potentiel d’attirer des investissements majeurs. Le 15 septembre dernier, il figurait parmi les projets miniers que le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, souhaite pousser. Le coût en capital s’élève à plus de 2 milliards de dollars.

« C’est un projet de phosphate qui va nécessiter l’opération d’une mine. Pour une opération minière typique qu’on voit ailleurs au Canada, on compte approximativement 7000 à 8000 tonnes par jour. Il y a aussi la seconde transformation, faire les engrais tels quels. La seconde transformation de raffinage est pour l’instant prévue près de la route de sortie de Hearst ».

L’opération de la mine pourrait durer entre 20 et 25 ans, souligne le vice-président, ajoutant que les différents niveaux de gouvernement sont déjà impliqués dans le projet. « Ils nous proposent des programmes pour nous aider à accélérer les travaux », confie-t-il, « alors on essaie de débroussailler lesquels pourraient nous aider à avancer plus rapidement. C’est très positif. Il y a un bel entrain ».

Les minéraux critiques, un levier de développement à long terme

Parmi les six entreprises mentionnées par Doug Ford, quatre étaient des projets miniers situés dans le Nord de l’Ontario, dont le projet de mine nickélifère approuvé par le gouvernement en juillet dernier. Pour Jean-Thomas Bernard, professeur d’économie à l’Université d’Ottawa, ceci n’est pas un hasard.

« Le gouvernement semble soulever un drapeau pour dire qu’il faudrait accélérer le développement de certains types de mines, particulièrement ce qu’on appelle les minéraux critiques, qui font partie de la nouvelle économie pour supporter principalement la transition énergétique et aussi le développement en ce qui a trait à l’internet ».

Il explique que le gouvernement a plus intérêt à prioriser des projets miniers à long terme. « Lorsqu’on regarde les mines, on ne développe pas une mine pendant deux ou trois ans. Le coût initial de développement est beaucoup trop élevé pour des projets à court terme ».

« C’est le marché qui va déterminer si c’est effectivement viable sur le plan économique ou non. L’économie peut avoir de grandes ambitions, mais en fin de compte, à un moment donné, il faut que les revenus excèdent les coûts. Sinon, on est en train d’appauvrir le Canada », reconnaît-il, soulignant toutefois l’importance de prendre ces facteurs en considération au moment de financer ces projets d’une telle envergure.

« L’Ontario est bien doté. Il a l’expertise, les entreprises », dit Jean-Thomas Bernard, professeur au Département de Science économique de l’Université d’Ottawa. Photo : gracieuseté

Par ailleurs, les gouvernements provincial et fédéral doivent s’assurer de développer les infrastructures et les services publics nécessaires — tels que le réseau routier ou l’approvisionnement électrique — pour ces projets d’envergure, tout en veillant à leurs retombées environnementales et sociales.

Le professeur souligne que le gouvernement cherche naturellement à accélérer le processus de développement minier, sachant que les retards entraînent des coûts considérables. « Mais il ne faut pas oublier les impacts environnementaux et aussi l’impact sur les communautés des Premières Nations », rappelle-t-il.

Des retombées économiques pour Hearst

Ann Parker, la présidente de la Chambre de commerce du corridor, parle d’une « importante possibilité économique pour le corridor de la route 11 ». En effet, l’opération de la mine attirera des travailleurs vers Hearst, des individus qui consommeront dans les entreprises locales.

« Le projet pourrait créer des occasions pour les entrepreneurs et les fournisseurs locaux, ouvrir des perspectives dans les métiers spécialisés et accroître les dépenses dans les commerces du corridor ». Nouvellement en collaboration avec Avenir Minerals, Mme Parker estime que ce projet aura « des retombées au-delà du secteur minier ».

D’après elle, le projet Martison donne surtout aux travailleurs de la région l’occasion de travailler dans une mine à proximité. « Il y a des personnes qui travaillent pour Agnico Eagle, mais doivent partir une semaine (vers le site minier) et ils trouvent ça difficile », affirme la présidente de la chambre de commerce, ajoutant que ce projet pourra surtout attirer une main-d’œuvre venant de l’extérieur de Hearst.

Du théâtre à la poésie, Lisa L’Heureux fait entendre les silences

OTTAWA – Lauréate du prix Champlain et du prix Trillium de poésie en français pour Haus, Lisa L’Heureux revient sur la genèse de ce recueil consacré à 55 victimes de féminicides. La dramaturge et metteuse en scène franco-ontarienne parle de sa démarche, mais aussi du rôle de l’art pour éveiller les consciences.

«  Vous avez remporté le prix Trillium de poésie en français pour Haus, tandis que Sarah Migneron recevait le prix Trillium en français pour Maman bleue. Que représente pour vous cette reconnaissance partagée?

C’était extraordinaire de recevoir ce prix la même soirée que Sarah Migneron et de la voir briller dans cette catégorie. Nous nous connaissons depuis nos études à l’Université d’Ottawa, il y a plus de 20 ans, et nos chemins se sont souvent croisés.

Ce qui est magnifique dans son projet Maman bleue, c’est qu’il se décline en deux volets. Pour les adultes, elle a écrit une pièce devenue un récit qui aborde la dépression post-partum. Pour les enfants, elle a créé Quand maman sourit, avec les mêmes personnages, que j’ai eu la chance de mettre en lecture il y a trois ou quatre ans.
Avoir plongé dans l’univers de cette artiste que j’aime tant, puis recevoir le prix Trillium la même soirée qu’elle, c’est très spécial.

La naissance de son fils, en 2020, transforme son regard sur le monde et donne une dimension plus politique à sa démarche artistique. Photo : Amine Harmach/ONFR

Sarah Migneron et Alex Tétreault étaient également finalistes au prix Champlain, que vous avez remporté pour Haus. Vous avez décidé de les inviter à partager la résidence associée au prix. Comment cette idée est-elle née?

Le prix Champlain est assorti d’une résidence d’écriture à la Maison Fairview. Le soir de la remise des prix, je me suis dit que me retrouver seule pour écrire dans une maison peut-être hantée – du moins, c’est ce que j’imaginais (rires) – n’était pas ce qui me plaisait le plus. J’ai alors regardé Sarah et Alex et je leur ai proposé de venir en résidence avec moi.

Sarah habite dans la région et Alex a accepté de faire le déplacement depuis Sudbury. D’autres personnes ont entendu parler de l’idée et ont décidé de se joindre à nous. J’ai proposé cette résidence collective au REFC (Regroupement des éditeurs franco-canadiens) et à la Maison des arts littéraires, qui ont accepté : « Pourquoi pas? C’est une grande maison. Soyez nombreux. »

Cette décision témoigne-t-elle aussi de votre conception collective de la création?

Je pense que cela témoigne de la force du théâtre. Je connais moins les autres domaines de l’écriture, mais le théâtre est un art collaboratif. Même dans l’écriture, on travaille souvent à plusieurs.

On a ce réflexe de la contamination, du partage de nos chantiers et du regard des autres sur notre travail. Parfois, cela aide à débloquer quelque chose. Entendre des gens prêter leur voix à un texte permet aussi de le sortir un peu de notre tête.

Le théâtre mérite-t-il davantage de place dans le paysage littéraire franco-ontarien?

En Ontario français, je dirais que plusieurs des plumes qui ont brillé ces dernières années participent au théâtre. Je pense à Alex Tétreault, à Marie-Thé Morin, qui écrit aussi des romans, ou encore à Robert Marinier, qui a remporté le prix Champlain il y a quelques années pour Un conte de l’apocalypse.

En 2012, Lisa L’Heureux quitte son poste de directrice de production et de régisseuse pour fonder le Théâtre Rouge Écarlate et participer à la création du collectif Les Poids Plumes, un tournant décisif dans son parcours d’autrice. Photo : Amine Harmach/ONFR

Pourquoi devrait-on davantage lire le théâtre?

Je trouve que le théâtre correspond bien à nos vies, qui sont de plus en plus tirées dans tous les sens et où nous avons peu de temps. Ce sont souvent des histoires dans lesquelles sont condensées des parcelles de vie ou des idées.
On peut s’asseoir et, le temps d’une soirée, lire un livre de théâtre en entier.

Haus porte-t-il l’empreinte de votre pratique théâtrale?

Haus est d’abord né d’un projet de recherche théâtrale expérimentale. C’était un projet davantage axé sur le son, dans lequel je collaborais avec un musicien.

Le dernier texte du recueil est né de cette approche. C’est le seul texte où un personnage prend la parole, dans une voix qui n’est pas la mienne et qui s’éloigne de ce lien intime présent dans le reste du livre.

Vous adoptez la première personne pour évoquer des victimes de féminicides. Quel défi cela représentait-il?

C’était tout un processus. En cours d’écriture, je me demandais : « Pourquoi est-ce que je me suis donné ce projet-là? » En même temps, il me paraissait tellement important de le mener jusqu’au bout. Souvent, je terminais ma journée de travail en petite boule sur le divan, parce que j’avais passé beaucoup de temps à faire de la recherche.

Je me suis donné une certaine distance et une certaine liberté pour que ce soit une œuvre littéraire qui crée un espace, et non une présentation de vies. J’ai fouillé Internet comme une détective. Je ne voulais pas aller à la rencontre des familles, parce que je tenais à conserver cette distance.

« Une maison en papier où règne un silence réparateur », a écrit Lisa L’Heureux dans la dédicace de son recueil Haus. Photo : Amine Harmach/ONFR

Cela a été difficile, parce que c’est fou à quel point nous mettons nos vies en ligne. J’ai trouvé énormément de choses sur ces personnes, autant sur les circonstances de leur mort que sur leur vécu.

On sent surtout la vie qui a été laissée derrière : la vie de ces personnes et l’amour que leur entourage leur témoignait. C’est quelque chose que l’on ne retrouve pas toujours dans les nouvelles. Plonger dans ces vies-là a été très difficile, mais nécessaire.

Que révèlent ces « 55 coups », ces 55 féminicides au cœur de Haus, sur notre société?

Il y a aussi, derrière ces histoires, des personnes marginalisées. Parmi elles, beaucoup de femmes, parce que notre société fait en sorte que la moitié de la population se retrouve directement dans cette catégorie-là.

En suivant certaines de ces histoires, on voit toutes les fois où des demandes d’aide ont été clairement formulées. C’est la conclusion la plus brutale.

Nos vies ont été fragilisées par la pandémie et par ce que nous continuons à vivre six ans plus tard. La crise du logement est toujours là. Il y a moins de ressources pour la santé mentale. Des services essentiels sont sous-financés ou supprimés. Des centres d’accueil pour les femmes victimes de violence ou vivant en situation de précarité n’ont plus les moyens nécessaires pour offrir des soins de base ou accueillir toutes celles qui en ont besoin.

On observe également une augmentation du nombre de femmes en situation d’itinérance. Pourtant, on ne voit pas nos gouvernements accorder suffisamment d’importance à ces enjeux qui sont au cœur de nos vies.

Quel rôle confiez-vous au lecteur lorsque vous l’invitez à « recueillir en toi ce qui a été tu »?

Où est-ce que tout cela vit? Comment peut-on sortir – je ne dis pas que nous sommes indifférents – d’une certaine inertie? Comment peut-on passer à une prochaine étape?

Il faut déjà en parler collectivement et briser ces tabous dans nos milieux et dans les médias. Il faut ensuite interpeller les décideurs et revendiquer. Peut-être que nous ne sommes pas nous-mêmes touchés, mais la personne à côté de nous l’est sans doute.

Avec sa pièce Et si un soir, publiée en 2018, Lisa L’Heureux reçoit le prix littéraire Trillium en français en 2019. Photo : Amine Harmach/ONFR

Le silence occupe une place importante dans Haus. Quelle signification lui donnez-vous?

Je pense que le silence est parfois nécessaire pour recevoir la vie autour de nous, sortir du train-train, changer de regard et prendre le temps de réfléchir, simplement de s’arrêter. La vie bouge beaucoup et nous sommes constamment plongés dans le bruit. Prendre le temps de remarquer ce qui nous entoure, c’est le côté bienfaisant du silence : lorsqu’on est capable de se retrouver, de saisir le regard de quelqu’un d’autre et de s’ouvrir à la vie.

Mais il y a aussi le silence forcé : celui où l’on n’ose pas parler, le silence de la honte et le poids de cette honte. Parfois, prendre position ou parler, c’est se mettre à risque et s’exposer à des conséquences que l’on ne peut pas contrôler. Il peut donc y avoir un certain danger à briser ce silence. »


2012 : Fonde le Théâtre Rouge Écarlate et cofonde le collectif Les Poids Plumes

2016 : Publie Pour l’hiver, Prix Jacques-Poirier

2018 : Elle publie Et si un soir, Prix littéraire Trillium

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.

Le pouvoir d’un chandail orange


Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Ce n’est qu’un chandail. Un morceau de coton, teint en orange, avec peut-être quelques mots ou une image imprimée sur le devant. Et pourtant, au Canada, un chandail orange est devenu extraordinairement puissant.

Chaque année en septembre, les chandails orange apparaissent dans les écoles, les milieux de travail, les universités et les institutions publiques. Plusieurs mettent en valeur le travail d’artistes autochtones ou servent à financer des étudiants, des survivants et des programmes communautaires.

Cela me semble tout à fait légitime. D’autres, toutefois, y voient surtout une occasion de faire de l’argent, parfois avec des images ayant peu de liens avec les communautés autochtones ou simplement générées par l’intelligence artificielle. La réconciliation, elle aussi, peut devenir une marchandise.

Mais quelque chose d’encore plus étrange s’est produit. Le chandail orange lui-même est devenu un champ de bataille. Une partie de cette controverse remonte à l’annonce, en 2021, de 215 anomalies détectées par géoradar sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops. Aucune excavation n’a encore confirmé 215 corps, ce qui a alimenté les critiques, même si les recherches et l’analyse des archives se poursuivent. Rebel News a ainsi lancé sa propre collection de chandails orange, avec des slogans comme Dig Deeper et Buried Truth, pour contester ce qu’il décrit comme des affirmations non fondées concernant les tombes anonymes.

Je trouve cela honteux. Un chandail qui symbolisait une petite fille à qui l’on avait retiré ses vêtements au pensionnat sert maintenant à remettre en question l’histoire de ces mêmes institutions.

Je suis toujours fasciné par la dissonance cognitive. On peut placer des faits directement devant les gens et certains trouveront malgré tout une façon de ne pas les voir. Le Centre national pour la vérité et la réconciliation a compilé les noms de milliers d’enfants morts ou disparus dans le système des pensionnats. Nous savons de plus en plus qui étaient ces enfants. Nous connaissons leurs noms. Nous avons des dossiers scolaires, des documents gouvernementaux, des archives religieuses, des témoignages de survivants et de familles, ainsi que des décennies de recherche. Et pourtant, certaines personnes regardent tout cela et continuent de dire : prouvez-le.

Il n’y a rien de mal à poser des questions. En fait, il est essentiel d’en poser. Les historiens doivent remettre les preuves en question. Les journalistes doivent questionner les gouvernements. Les archéologues doivent être précis quant à ce que le géoradar peut ou ne peut pas démontrer. Les organisations autochtones doivent elles aussi faire preuve de prudence dans les affirmations qu’elles avancent. La vérité mérite de la rigueur. Mais il existe une différence entre poser une question parce qu’on souhaite connaître la réponse et poser sans cesse la même question parce qu’on a déjà décidé qu’aucune réponse ne pourra jamais nous satisfaire.

Les gens savaient que des enfants mouraient. Les gouvernements le savaient. Les Églises le savaient. Les familles le savaient certainement lorsque leurs enfants ne revenaient pas à la maison. Ces documents n’ont pas été créés par des militants autochtones des décennies plus tard. Plusieurs ont été produits par les institutions mêmes qui administraient les pensionnats. C’est ce que je trouve si difficile dans le déni auquel nous assistons aujourd’hui. À un certain moment, lorsque les preuves continuent de s’accumuler et qu’une personne refuse toujours de les accepter, nous ne débattons plus simplement de l’histoire. Nous débattons de la volonté de certaines personnes d’accepter des faits qui les mettent mal à l’aise.

Peut-être qu’une partie de tout cela revient à la culpabilité. Peut-être que reconnaître ce qui s’est produit donne l’impression d’accepter une faute personnelle. Peut-être qu’admettre que des gouvernements canadiens ont créé et maintenu ces institutions ressemble, pour certains, à une accusation portée contre leurs grands-parents, leur Église ou leur pays. Je ne crois pas que la réconciliation exige cela. Je ne pense pas que chaque personne vivant aujourd’hui au Canada doive marcher en portant sur ses épaules la culpabilité des générations précédentes. Mais je crois qu’à partir du moment où nous savons ce qui s’est produit, nous héritons d’une responsabilité envers ce qui arrivera ensuite.

Cela me ramène au chandail. La Journée du chandail orange est née de l’histoire de Phyllis Webstad. À six ans, elle est arrivée au pensionnat de l’école vêtue d’un nouveau chandail orange que sa grand-mère lui avait acheté. On le lui a retiré. Ce simple souvenir d’enfance est devenu un symbole national, non pas parce qu’un chandail peut, à lui seul, accomplir la réconciliation, mais parce qu’il représente quelque chose de beaucoup plus grand : des enfants à qui l’on a enlevé leurs choix, leurs familles, leurs langues et leurs identités.

Le 30 septembre, je porte un chandail orange avec fierté. Je l’ai également porté comme membre des Forces armées canadiennes, où des chandails orange ont été portés avec l’uniforme pour souligner la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Je ne le porte pas parce que je crois qu’un chandail peut réparer le passé. Il ne peut pas réparer une famille. Il ne peut pas faire revivre une langue. Il ne peut pas ramener un enfant qui n’est jamais revenu à la maison.

Certains crient : « Il n’y a pas de corps, tout cela est mensonge. » Pourtant, nous avons les noms, les traces et la mémoire. Une petite fille, un chandail orange, et tout un pays se souvient. Peut-être qu’avant de crier, nous pourrions enfin écouter.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Banquet des Franco-Ontariens 2026 : Joanne Gervais est la lauréate du Prix de la francophonie

SUDBURY – En ce Jour des Franco-Ontariens, Joanne Gervais reçoit le Prix de la francophonie, une récompense pour ses décennies d’implication dans le monde francophone de Sudbury. À l’occasion du banquet des Franco-Ontariens, l’ancienne directrice de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) du Grand Sudbury a ainsi vu la communauté la célébrer.

« C’est surréel, je suis très flattée », se réjouit Joanne Gervais. À l’occasion du Banquet des Franco-Ontariens, une soirée organisée au Collège Boréal par l’ACFO, qu’elle a dirigée pendant seize ans, la Sudburoise s’est vu remettre le fameux Prix de la francophonie, anciennement connu sous le titre de Prix de la Personnalité de l’année de l’ACFO du grand Sudbury.

« Rien ne s’est fait seul. Tout a été réalisé en partenariat parce que j’avais de bons contacts », souligne-t-elle. « Quand tu es dans le feu, c’est difficile de voir les réalisations et les avancées. Donc ce sont des moments qui te forcent à réfléchir et à sentir une certaine fierté ».

Originaire de Sudbury, Mme Gervais s’est longuement impliquée dans les revendications francophones de la ville. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois qu’elle est récompensée par des organismes locaux.

En 2022, elle recevait le Mérite Horace-Viau. L’année suivante, elle obtient un diplôme honorifique en affaires et service communautaire du Collège Boréal. Trois ans plus tard, elle a l’honneur d’être nommée au Palmarès des personnalités influentes de la francophonie canadienne, avant de recevoir, en 2026, le Prix Coup de cœur à la onzième édition de la Soirée saphir de la Fondation franco-ontarienne.

« Cette année, l’événement avait une résonance toute spéciale pour moi : à mon premier banquet comme organisatrice, j’ai eu le privilège de voir ma propre mentore recevoir cette distinction bien méritée. Voir son dévouement ainsi reconnu a été un moment
inoubliable », soulève Karine Tellier qui a pris les rênes de l’ACFO cette année, par communiqué.

Joanne Gervais est la 44e lauréate du Prix de la francophonie, décerné par l’ACFO du Grand Sudbury dont elle a été la directrice pendant 16 années. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Un parcours ancré dans la francophonie

Après l’obtention d’un baccalauréat ès arts en études éthiques de la Laurentienne, elle entame une carrière marquée par plusieurs changements de direction, elle œuvre dans le domaine de la santé, du service social, et de l’éducation. C’est en 2005 qu’elle devient directrice du Centre franco-ontarien de folklore, une expérience qui la plonge dans le milieu culturel et patrimonial de l’Ontario français.

Vite immergée dans le milieu communautaire francophone de sa ville natale, elle devient membre du conseil d’administration de l’AFO.

Issue d’une grande fratrie, Joanne Gervais a grandi dans la francophonie. Son frère ainé n’est nul autre que l’historien sudburois, Gaëtan Gervais, cocréateur du drapeau franco-ontarien et figure importante du patrimoine, nommé membre de l’Ordre du Canada en 2014, soit quatre ans avant sa disparition en 2018.

Au niveau local, elle est fortement engagée dans la défense de la langue française. Elle joue un rôle dans la création de l’Université de Sudbury. Durant son mandat à la tête de l’ACFO, un rapport d’enquête sur le bilinguisme municipal par l’historien Serge Dupuis, est publié lors du Jour des Franco-Ontariens de 2023.

En dehors de la remise du Prix de la francophonie, ce premier banquet mené sous la nouvelle direction de Mme Tellier, n’a pas manqué de réunir les membres de la communauté et a aussi donné l’occasion aux acteurs de la communauté de s’exprimer sur la francophonie à Sudbury. Le maire de Sudbury, Paul Lefebvre, ainsi que les députés néodémocrates provinciaux Jamie West et France Gélinas, étaient également présents à l’occasion.

Parmi les célébrations figurait aussi le 35e anniversaire du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury. Son directeur, Denis Constantineau, a pris le temps, lors d’un discours, de saluer l’offre active de services en français à Sudbury, notamment à travers ses « bénévoles et toutes les personnes qui nous ont fait confiance au cours de ces 35 années et qui continuent ensemble de faire vivre cette francophonie accueillante, diversifiée, confiante et en santé ».

Pour la lauréate, la retraite ne veut pas dire qu’elle cesse ses engagements. Après six mois de repos, elle garde l’esprit ouvert, assurant qu’elle souhaite maintenir des activités qui lui tiennent à cœur : « J’ai pris ma retraite mais je n’ai pas arrêté d’être Franco-Ontarienne. »

200e de Bytown : « On pouvait se promener dans la Basse-Ville sans jamais entendre parler anglais »

Michel Bock est historien, professeur à l’Université d’Ottawa et directeur du Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF).

Ce samedi marque le 200e anniversaire de la fondation juridique de Bytown, le campement forestier et militaire devenu plus tard la ville d’Ottawa avec, notamment, plusieurs festivités au centre-ville.

Alors que l’histoire officielle met souvent en lumière le colonel britannique John By et le canal Rideau, l’historien rappelle que la présence et le travail de la population canadienne-française ont jeté les bases démographiques, sociales et institutionnelles de la capitale et de l’Ontario français.

« Qu’était Bytown au moment de sa fondation en 1826?

Bytown obtient une existence juridique à partir de 1826, mais le lieu existait depuis déjà plusieurs décennies. Bytown était essentiellement un camp de bûcherons dont la naissance est liée au développement de l’industrie forestière au tout début du XIXe siècle.

Napoléon étend son empire et la Grande-Bretagne a besoin de bois pour approvisionner sa flotte, la plus grande au monde. Elle se tourne alors vers ses colonies d’Amérique du Nord. Le développement très rapide de l’industrie forestière dans l’Outaouais va remplacer le commerce des fourrures et attirer une population canadienne-française, essentiellement ouvrière.

Je dis souvent à mes étudiants, un peu à la blague, que c’est en quelque sorte Napoléon qui a fondé l’Ontario français! C’est une exagération, mais c’est vrai que l’histoire de la fondation, en tout cas partielle, de l’Ontario français est connectée au contexte européen et aux guerres napoléoniennes.

Parlait-on français dans les camps de bûcherons et sur les chantiers?

Oui, tout à fait! Les Canadiens français qui arrivaient dans les chantiers de l’Outaouais n’étaient pas bilingues. La force ouvrière était organisée en groupes autonomes. Les patrons et propriétaires étaient anglophones, mais la main-d’œuvre était canadienne-française et irlandaise.

Il y avait clairement une division du travail sur le plan social et linguistique. Massivement, cette population francophone n’était pas bilingue au départ. Ces gens arrivaient directement des campagnes du Québec qui étaient surpeuplées en raison d’un taux de natalité très élevé. Entre 1830 et 1930, environ un million de Canadiens français ont quitté le Québec, et un bon contingent s’est dirigé vers l’Ontario et les chantiers de l’Outaouais.

Cette cohabitation a-t-elle créé des tensions à l’époque ?

Absolument. Avec la Grande Famine des années 1840 en Irlande, des milliers d’Irlandais très pauvres sont arrivés pour chercher du travail dans les chantiers forestiers, ce qui a créé beaucoup de rivalités entre Canadiens français et Irlandais pour le contrôle des chantiers.

Pendant la fameuse « guerre des Shiners », vous avez vraiment des gangs de rue, canadiens-français et irlandais, qui se font la guerre, qui se tapent dessus, souvent très très fort. Des figures symboliques en sont émergé, comme la légende de Jos Montferrand, un homme fort devenu le chef de la cabale canadienne-française. Mais ces conflits-là ont aussi contribué à alimenter l’émergence d’une conscience identitaire francophone.

Comment cette population s’était-elle répartie géographiquement?

Il y avait une division spatiale d’abord sociale. La Côte-de-Sable était le quartier traditionnel de la bourgeoisie d’Ottawa, très majoritairement anglophone. Et vous aviez la Basse-Ville, le quartier ouvrier où s’entassait une immense population canadienne-française et irlandaise.

Dans la Basse-Ville, on retrouvait la Cathédrale Notre-Dame, mais aussi l’église Sainte-Anne, la paroisse canadienne-française dont les curés étaient très revendicateurs sur le plan linguistique, et l’église Saint-Brigid pour les Irlandais. On pouvait se promener dans certaines parties de la Basse-Ville autrefois sans jamais entendre parler anglais. C’est cette autonomie spatiale qui a permis à la présence canadienne-française de s’institutionnaliser.

« Bytown s’inscrit très tôt dans un contexte socio-économique particulier avec toutes les rivalités entre groupes ethno-linguistiques », note Michel Bock, historien et directeur du Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF) de l’Université d’Ottawa. Photo : gracieuseté de Michel Bock

Quel rôle les communautés religieuses, notamment les Sœurs, ont-elles joué à Bytown?

Un rôle majeur et fondamental! Dès les années 1840, Monseigneur Bourget envoie les Oblats pour structurer la population catholique et fonder le Collège de Bytown en 1848, l’ancêtre de l’Université d’Ottawa. Au même moment, les Sœurs Grises arrivent sous la direction d’Élisabeth Bruyère. Elles vont devenir les Sœurs de la Charité d’Ottawa, la première congrégation féminine pleinement franco-ontarienne.

Élisabeth Bruyère et les Sœurs fondent la première école de langue française à Bytown, le premier hôpital, des orphelinats et des institutions sociales. C’est une œuvre sociale et institutionnelle qui est au fondement historique de l’Ottawa francophone. Si ces actrices-là n’avaient pas été là, il en aurait fallu d’autres.

Comment Bytown est-elle devenue une métropole culturelle et politique francophone?

À partir de 1857, lorsque Bytown, devenue Ottawa, est choisie comme capitale du Canada uni, puis confirmée en 1867 lors de la Confédération, une élite laïque s’installe : des politiciens, des avocats, des notaires, des traducteurs et des journalistes.

Le premier journal de langue française de ce qui allait devenir l’Ontario, Le Progrès, y est fondé en 1858. Des institutions comme l’Institut canadien-français et l’Union Saint-Joseph voyaient le jour. Cela va contribuer à faire d’Ottawa l’une des trois grandes métropoles du Canada français et certainement la capitale de ce qu’on pourrait considérer comme l’Ontario français.

Que reste-t-il aujourd’hui de cet héritage de 1826 dans la capitale nationale?

C’est une histoire faite de continuités et de ruptures. La rupture se voit dans la désaffection religieuse et la fermeture de lieux patrimoniaux. C’est comme si on était en train de tourner la dernière page du vieux Canada français à l’heure actuelle.

Mais la continuité se voit dans la capacité de mobilisation de cette population francophone : on l’a vu lors de la crise de l’Hôpital Montfort, ou lors du Jeudi noir pour défendre l’Université de l’Ontario français. De plus, la diversification ethnoculturelle de la population francophone d’Ottawa vient aujourd’hui enrichir et complexifier cette communauté, stimulant une réflexion importante sur l’inclusion tout en maintenant notre socle historique commun. » 

L’Ontario en vert, en blanc et en force, ce 25 septembre

De Toronto à Sudbury, de London à Ottawa en passant par Rockland et de multiples recoins de la province, le drapeau vert et blanc a flotté haut dans un ciel, en ce Jour des Franco-Ontariens, dans une année où la communauté tente de redessiner son avenir et s’apprête à marquer les 40 ans de Loi sur les services en français.

Près de 300 personnes se sont rassemblées à Toronto sur la place Nathan-Phillips, devant l’hôtel de ville, pour célébrer le Jour des Franco-Ontariens. Sur le thème de la relève, la cérémonie initiée par l’Association des communautés francophones de l’Ontario de Toronto (ACFO Toronto) a débuté par une performance de slam saisissante de l’artiste franco-torontois Ilyas Mofaddel, mettant les mots sur les combats de la communauté.

Devant des élèves électrisés à l’annonce de leur école respective au micro, le président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), Henri Lavergne, a encouragé la nouvelle génération à s’impliquer activement au sein de la francophonie. 

Si aucune figure politique municipale n’a assisté à l’événement en cette période électorale, de nombreux leaders institutionnels étaient présents pour représenter le Centre francophone du Grand Toronto, Action positive, le Consulat général de France et bien d’autres. 

Une élève torontoise souligne la fierté d’être Franco-Ontarien devant ses camarades sur l’esplanade de l’hôtel de ville. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

De nombreux représentants institutionnels ont fait le déplacement à Toronto. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

Les figures de la francophonie torontoise sont venues exprimer leur engagement envers la communauté francophone. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

À Queen’s Park, une cérémonie inhabituelle

 À Queen’s Park, en raison de travaux, les célébrations d’ordinaire à l’extérieur au pied du mât protocolaire se sont déplacées dans l’édifice de l’Assemblée législative où une succession de discours a ponctué la matinée.

« L’an dernier, nous célébrions les 50 ans de notre drapeau. Cette année, nous célébrons une avancée importante : la décision de faire flotter notre drapeau en permanence ici, à Queen’s Park, au cœur de la démocratie ontarienne, a rappelé Fabien Hébert, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

La ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova, l’a rejoint sur un point dans son discours : donner les clés à la francophonie afin qu’elle prenne une place plus importante en Ontario.

Des mots qui ont pris tout leur sens un peu plus tard dans les appartements de la lieutenante-gouverneure, Édith Dumont, qui dévoilait le catalogue numérique « 50 ans de fierté ensemble pour demain », une initiative débutée un an plus tôt et impliquant 17 projets artistiques à découvrir sur internet.

Devant l’Assemblée législative de l’Ontario, on se rassemble autour du drapeau franco-ontarien. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

La lieutenante-gouverneure Édith Dumont dévoile l’aboutissement du catalogue numérique lancé il y a un an. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

La ministre des Affaires francophones Natalia Kusendova Bashta écoute la chanson Notre place. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

À Ottawa, on continue de « se transformer et grandir »

À Ottawa, le drapeau était hissé par le maire et le président de l’ACFO Ottawa, deux cadets de l’escadron 925 Edmond-Lanthier, le premier escadron francophone des Cadets de l’Aviation royale du Canada à Ottawa. Le numéro 925 fait référence au 25 septembre 1975, jour du premier lever du drapeau.

« La francophonie d’Ottawa, c’est aussi une communauté qui continue de se construire, de se transformer et de grandir », a souligné Bobby Bourdeau, président de l’ACFO Ottawa, lors de la cérémonie tenue à l’édifice historique de l’hôtel de ville.

Cette célébration coïncidait cette année avec le 200e anniversaire de la capitale fédérale et a également permis de rappeler la contribution des francophones à la construction et au développement de la ville.

La communauté francophone d’Ottawa s’est réunie à l’hôtel de ville pour célébrer le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes autour du traditionnel lever du drapeau. Photo : Amine Harmach/ONFR

Le maire sortant d’Ottawa, Mark Sutcliffe, en compagnie de cadets de l’escadron 925 Edmond-Lanthier, le premier escadron francophone des Cadets de l’Aviation royale du Canada à Ottawa. Le numéro 925 rend hommage au 25 septembre 1975, date du premier lever du drapeau franco-ontarien. Photo : Amine Harmach/ONFR

L’ancien conseiller municipal de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, ainsi que les députées fédérales Marie-France Lalonde (Orléans), Mona Fortier (Ottawa-Vanier-Gloucester), et Giovanna Mingarelli (Prescott-Russell-Cumberland) figuraient parmi les nombreuses personnalités de la francophonie ottavienne présentes au lever du drapeau franco-ontarien. Photo : Amine Harmach/ONFR

À quelques encablures de là, dans l’agora de l’Université d’Ottawa, Julie Cafley a participé à son premier lever du drapeau en tant que vice-rectrice à la francophonie.

Dan Ngenzi Ya Ruty, commissaire aux affaires francophones du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa, a pour sa part déclamé un slam émouvant célébrant son amour pour la francophonie ontarienne. L’autrice franco-ontarienne Michèle Vinet a également pris la parole pour lire un poème.

À Rockland, une tradition du défilé bien ancrée

Dans l’Est ontarien, à Clarence-Rockland, la célébration a pris une tournure particulièrement rassembleuse devant le Monument de la francophonie. Quelque 250 élèves issus des écoles francophones et des programmes d’immersion des établissements anglophones voisins se sont rassemblés dans une mer de vert et de blanc.

Pour le Club Champlain, anciennement Club Richelieu et le coorganisateur de l’événement, ce rassemblement revêtait un cachet singulier. Son président, Richard Gagné, a martelé avec fierté que le club célébrait cette année son 60e anniversaire d’engagement auprès de la jeunesse et de la communauté francophone locale.

Rockland a eu droit à un lever de drapeau multigénérationnel pour cette 51e cérémonie au Monument de la Francophonie. Photo : Inès Rebei/ONFR

Les membres du Club Champlain présents se sont réjouis du contenu des discours des différents écoliers ayant souligné le Jour des Franco-Ontariens sur scène. Photo : Inès Rebei/ONFR

Plusieurs écoliers en ont profité pour faire des danses et des chants improvisés ou encore interpeller les voitures passant devant le site. Photo : Inès Rebei/ONFR

Des élèves issus de programmes d’immersion d’écoles anglophones sont venus exprimer tour à tour leur attachement à la langue française, tandis que le maire Mario Zanth a mis en valeur la portée de cet engagement pour toute la collectivité.

Les festivités ont culminé avec un défilé puis un lever de drapeau porté et hissé par les jeunes, au rythme de la chanson Notre place interprétée par la chorale de l’école L’Escale.

À Sudbury, « Rappelons-nous où nous allons! »

« Rappelons-nous où nous allons », a énoncé Serge Miville, le recteur et vice-chancelier de l’Université de Sudbury où le drapeau franco-ontarien a été levé pour la toute première fois il y a 51 ans.

Autour de lui, les membres de la communauté sudburoise se sont rassemblés pour célébrer l’Ontario français, dont des étudiants de MacDonald-Cartier, de la Laurentienne, et de l’Université de Sudbury.

En tant que maître de cérémonie, l’étudiant à l’Université de Sudbury, Oumarou Tapily, a lu le texte de sa camarade Bertine Bonyoku Wuya. Il figurera d’ailleurs dans un recueil de textes, Ancrage et exil, rédigés par les étudiants.

Les membres de la communauté sudburoise célèbrent la francophonie à l’Université de Sudbury. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR

L’artiste Japha, les députés Jamie West et France Gélinas, ainsi que Serge Miville tous présents lors du lever du drapeau franco-ontarien à Sudbury. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR

Bertine Bonyoku Wuya, étudiante à l’Université de Sudbury, également l’une des autrices figurant dans le recueil de texte Ancrage et exil. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR

« Mon cœur bat au rythme de deux terres unies par la langue et l’espoir » peut-on lire au début de ce récit qui rend hommage à sa francophonie. 

Avant le lever du drapeau, plusieurs acteurs de la communauté ont pris la parole, notamment Karine Tellier, la directrice générale de l’ACFO du Grand Sudbury et France Gélinas, la députée provinciale pour la circonscription de Nickel Belt, afin de faire valoir l’importance de vivre en français.

À London, une grande fête scolaire et musicale

À London, le Jour des Franco-Ontariens a pris des airs de grande fête scolaire. À l’initiative du Carrefour communautaire francophone de London (CCFL), des élèves du Conseil scolaire Viamonde et du Conseil scolaire catholique Providence étaient réunis au Centennial Hall pour assister au spectacle Passeport Franco de Johanne Lefebvre et Brian St-Pierre, auteur-compositeur de Mon beau drapeau.

Drapeaux dans les mains, vêtements verts et blancs, chants et danses : l’ambiance a rapidement gagné la salle. « C’était comme un feu d’artifice de joie et de fierté, ont résumé les artistes. On les a fait danser, on les a fait chanter, et c’était formidable. »

Johanne Lefebvre sur scène lors du spectacle Passeport franco, présenté à London. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Créé il y a quatre ans, Passeport Franco met à l’honneur la musique, la culture et les artistes franco-ontariens, autour notamment de Mon beau drapeau, chanson composée il y a 25 ans.

Les célébrations se sont poursuivies à St. Thomas, où le drapeau franco-ontarien a été hissé devant l’hôtel de ville à 14 h. Une première pour la municipalité, qui a également proclamé officiellement le 25 septembre Journée des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes. Pour le CCFL, cette cérémonie marque aussi sa volonté d’accroître la visibilité de la francophonie au-delà de London et de rapprocher les communautés francophones de London, St. Thomas et des environs.

La fête continue cette fin de semaine

Les festivités se poursuivent en fin de journée et en certains endroits toute la fin de semaine.

En fin d’après-midi, des Ottaviens se rassembleront au Carré de la francophonie, à Vanier, tandis que d’autres se sont donné rendez-vous au MIFO à Orléans pour assister aux festivités du Centre des arts Shenkman, avant un spectacle à 18 h réunissant Mélissa Ouimet, YAO, Sébastien Leroux, Bruny Surin et la chorale de L’Escale de Rockland.

Toujours dans l’Est, les festivités se poursuivent ce soir. À Hawkesbury, l’artiste franco-ontarien Serge Monette présente son spectacle Un gars de la vallée à 19 h 30 au centre culturel Le Chenail. À Cornwall, le premier Gala de la francophonie sous le thème « Une langue… mille histoires », lequel affiche complet, réunit la communauté ce soir au Centre Charles-Émile-Claude.

Les célébrations se prolongeront également demain, à Casselman, où la population est invitée au 2e Rassemblement communautaire et foire du patrimoine franco-ontarien, qui se tiendra le samedi 26 septembre de 11 h à 15 h à la Salle Deguire du complexe J.-R.-Brisson.

Dans le Nord, les Sudburois se préparent pour le Banquet de la francophonie ce vendredi, puis le French Fest le lendemain, tandis qu’à Toronto le festival Francophonie en fête laisse s’échapper les premières notes de trois jours de concert au sein de l’amphithéâtre Bentway, sous l’autoroute Gardiner.

L’AFO demande plus de pouvoirs en amont à Queen’s Park

La spécificité de la francophonie devrait être considérée dès l’élaboration des politiques à Queen’s Park selon l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). De passage sur le plateau de l’émission Toute une semaine! le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk a parlé de l’importance d’avoir une personne désignée dans plusieurs ministères. 

« On a des discussions avec la ministre Kusendova pour qu’elle appuie la création de postes de sous-ministres adjoints dans trois ou quatre ministères clés. » L’AFO estime qu’avoir des personnes responsables des dossiers francophones à l’intérieur des ministères est l’une des solutions pour assurer que les politiques du gouvernement prennent réellement en compte la spécificité francophone. 

Une lettre officielle a été envoyée à la ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, le 18 août dernier, afin d’obtenir son appui officiel dans cette démarche. 

« On a réussi à faire ça en santé il y a cinq ou six ans et on voit les différences que c’est en train de faire. »
— Peter Hominuk

Depuis quelques années, le sous-ministre adjoint au ministère de la Santé, Sean Twyford, a également la responsabilité des dossiers francophones. L’AFO précise qu’il ne s’agit pas d’un ajout de postes, mais plutôt d’identifier clairement des personnes qui s’assureront que l’aspect francophone sera pris en compte dans les processus de planification de ce ministère.

L’organisme propose au gouvernement de commencer par le ministère du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences ainsi qu’avec le ministère du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce. 

Questionné sur ses priorités, Peter Hominuk soutient qu’en matière d’immigration on doit faire mieux. « Le système actuel ne fonctionne pas adéquatement et doit être amélioré. » 

Le livre blanc produit à la suite des États généraux de l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens démontre clairement des lacunes dans le suivi des immigrants francophones et le continuum de services en français dans plusieurs régions de l’Ontario, selon Peter Hominuk. « En ce moment, on dit quand un francophone est arrivé en Ontario, on a réussi, mais vraiment c’est le début de son parcours », soutient-il.

Pour l’instant, la demande de l’AFO pour l’ajout de voix francophones dans les ministères n’a pas reçu d’appui officiel de la part de la ministre aux Affaires francophones, mais M. Hominuk reste optimiste. « On a réussi en santé, on va réussir dans d’autres domaines. C’est essentiel pour le livre blanc, c’est essentiel pour l’accroissement et le bénéfice de la communauté franco-ontarienne. »

Pour écouter l’entrevue intégrale.

La GRC reconnaît éprouver encore des difficultés à respecter la Loi sur les langues officielles

OTTAWA — Quelques années après avoir été pointée du doigt par le commissaire aux langues officielles, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) reconnaît qu’elle est parfois encore incapable de respecter ses obligations, notamment en matière de postes bilingues et de communications en situation d’urgence.

Questionné en comité parlementaire jeudi, le commissaire de la GRC Mike Duheme a rejeté l’idée qu’il y avait un problème de culture au sein de l’organisation concernant le bilinguisme et le français, mais a admis que des réalités opérationnelles rendaient difficile le respect des obligations linguistiques.

« Il se peut qu’à certains endroits au Canada, lorsqu’il y a une communication d’urgence, elle ne soit pas immédiatement émise dans les deux langues officielles. C’est alors une gestion du risque de la part du gestionnaire qui doit émettre le communiqué, s’il s’agit d’une communication opérationnelle urgente », a-t-il admis devant les députés du Comité permanent des comptes publics.

En 2023, le gouvernement avait modernisé la Loi sur les langues officielles et y avait ajouté une section qui édictait que les obligations linguistiques « s’appliquent en tout temps, notamment lors de situations d’urgence », après que le français a été mis à mal dans de telles circonstances, notamment durant la pandémie.

L’ex-commissaire aux langues officielles Raymond Théberge avait notamment déclaré devant un comité parlementaire en février 2024 que la GRC était une institution qui avait de la difficulté à respecter ses obligations en matière de langues officielles dans les domaines de la communication avec le public et de la formation offerte à ses employés, soulignant que la problématique était une « question de culture dans l’organisme ».

La GRC possède des postes bilingues obligatoires un peu partout au Canada, et notamment en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick. En 2023, la GRC avait indiqué que 12,5 % de ses postes désignés bilingues n’étaient pas pourvus par des gens pleinement bilingues, un nombre qui montait à 40 % chez les officiers. M. Duheme avait alors reconnu que le respect des postes ayant des exigences linguistiques est un défi qui remonte à plusieurs années. Près de trois ans plus tard, le problème semble persister.

« J’avoue qu’il y a parfois des défis en matière de dotation pour des postes nécessitant des qualifications particulières, où les candidats ne sont pas toujours bilingues », a-t-il commenté jeudi.

Le grand patron de la GRC estime aussi que les critères de maîtrise d’une seconde langue sont trop sévères, affirmant avoir connaissance « de beaucoup de gens qui sont parfaitement bilingues dans les faits, mais qui n’arrivent pas à réussir les tests ».

Questionné par le député bloquiste Maxime Blanchette-Joncas sur un problème de culture qu’avait relevé Raymond Théberge au sein de la GRC, Mike Duheme a rétorqué qu’il ne voyait pas les choses du même œil.

« Je ne suis pas d’accord pour dire qu’il y a une culture de négligence envers les francophones à la GRC », a-t-il commenté, soutenant qu’il était bilingue et que « le bilinguisme est présent dans l’organisation ».

Le Commissariat aux langues officielles indique avoir reçu 84 plaintes contre la GRC en 2025-2026 et 39 jusqu’à présent en 2026-2027.

« J’encourage la Gendarmerie royale du Canada à redoubler d’efforts pour mettre de l’avant des mesures concrètes pour respecter pleinement ses obligations linguistiques, tant envers le public qu’à l’interne », a réagi la commissaire Kelly Burke dans une déclaration écrite.

« En situation d’urgence, il est crucial que l’information pertinente soit systématiquement communiquée à la population dans les deux langues officielles afin qu’elle puisse comprendre et suivre les instructions qui lui sont données », ajoute le chien de garde des langues officielles au fédéral.

Pas de problème de recrutement chez les francophones, selon le commissaire

Le chef du corps policier était de passage en comité pour commenter un rapport de mars 2026 de la vérificatrice générale du Canada (VG), qui faisait état d’un manque de 3400 employés au sein de la GRC. Outre ces lacunes, la VG avait constaté d’importantes lourdeurs administratives, soulignant qu’il faut compter près d’une année entière pour finaliser l’embauche d’un nouveau membre. Selon le dirigeant de la GRC, il est faux de prétendre que l’organisation a de la difficulté à recruter auprès des francophones, a-t-il répondu au député du Bloc, qui le relançait sur le sujet.

« Personne ne m’a rapporté de problèmes de recrutement concernant des personnes uniquement francophones », a-t-il affirmé.

GRC. Gendarmerie Royale du Canada
Au sujet de la GRC, Raymond Théberge disait avoir constaté que la direction invoquait constamment des prétextes opérationnels pour bloquer l’accès aux programmes de formation linguistique. Source : Canva

« Nous avons des postes bilingues répartis un peu partout au Canada, poursuit le policier. J’encourage les gens à joindre les rangs de la GRC. Nous avons des troupes bilingues à la Division Dépôt, offrant un environnement d’apprentissage pour ceux qui veulent apprendre une langue seconde. »

Mais Mike Duheme a convenu que, même s’il existait des postes bilingues à l’extérieur du Québec dans certaines régions, la réalité était que très peu d’unilingues francophones peuvent travailler au sein de la police montée.

« La GRC n’a pratiquement aucun poste unilingue francophone, alors qu’il y a beaucoup de postes unilingues anglophones. Sur les 19 000 policiers et policières de l’organisation, il y a en effet beaucoup de postes unilingues anglais dans l’Ouest canadien et dans les Maritimes », indique-t-il.

Le festival Francophonie en fête s’en sort malgré les défis

TORONTO – Cette année, le festival Francophonie en fête reconduit son traditionnel week-end d’animations gratuites au Bentway de Toronto, sous l’autoroute Gardiner. Au cœur de la programmation : des concerts, des exposants, un village communautaire et de nombreuses activités familiales mettant en valeur la diversité culturelle de la francophonie torontoise. Pour la première fois en 20 ans, l’événement coïncide avec le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes, une édition qui se tient à un moment marqué par de nombreux défis.

Puisque l’événement coïncide avec la fête des Franco-Ontariens, l’implication de la jeunesse est d’autant plus au centre des priorités. Un rassemblement de près de 200 élèves francophones devait avoir lieu plus tôt ce vendredi pour un lever de drapeau. Toutefois, le directeur général du festival, Jacques Charette, explique que la Ville de Toronto réclamait 8000 dollars de frais supplémentaires, ce qui a entraîné l’annulation de l’événement. M. Charette précise toutefois que ce rassemblement n’était pas directement lié à la programmation du festival.

C’est la quatrième année consécutive que Le Bentway (250 Fort York Blvd) accueille le festival. Thierno Soumare gère la logistique et l’installation des scènes aux côtés du directeur depuis quatorze ans. M. Soumare se rappelle qu’auparavant, le festival était plutôt mobile et se déplaçait de théâtre en théâtre. « Je pense que la plus belle chose, c’est d’avoir trouvé Le Bentway et d’avoir ancré le festival dans un lieu fixe », confie-t-il.

Toutefois, il remarque que la ville se montre de plus en plus stricte concernant les niveaux sonores et l’organisation des festivals en plein air. Il a vu des inspecteurs de la Ville venir régulièrement vérifier les niveaux sonores sur place. « Ce n’est pas juste au Bentway, c’est la même chose à Woodbine », souligne-t-il, en ajoutant que ces règles ont évolué notamment au cours des 10 dernières années. « Au début, on pouvait organiser des festivals partout, mais depuis quelque temps, les résidents commencent à repousser ces événements. »

Pour Thierno Soumare, il est vital pour la francophonie torontoise de continuer à organiser ces festivals. « Ils font la beauté et le charme de la ville. C’est juste trois mois d’été, après lesquels il n’y a plus grand-chose dans la rue. On devrait utiliser ces trois mois pour faire de belles choses, vivre ensemble et s’apprécier mutuellement. »

Thierno Soumare gère la logistique et l’installation des scènes pour Francophonie en fête depuis quatorze ans. Photo : Gracieuseté

« On est très à cheval sur les règles », souligne le directeur général du festival, Jacques Charette. « On a un dossier impeccable avec la Ville de Toronto et avec le permis de bruit, et on a même le feu vert du conseiller municipal », assure-t-il.

Dans un entretien accordé à ONFR quelques jours avant le lancement de cette 21e édition, ce dernier confiait que malgré un financement provenant de plusieurs paliers gouvernementaux : « Les subventions sont de moins en moins importantes et les coûts sont de plus en plus élevés. Nous faisons face à des déficits accumulés chaque année. »

Par ailleurs, depuis que le festival occupe tout l’espace du Bentway, les dépenses ont quadruplé. Malgré ces difficultés financières, l’équipe continue d’avancer grâce à la fidélité de son public et de ses bénévoles.

Du côté de la ville, elle confirme que Francophonie en fête a reçu 17 500 $ dans le cadre du Programme de financement des festivals culturels (CFFP) en 2026.

Jacques Charette, directeur général de Francophonie en fête. Photo : Gracieuseté

Selon Jacques Charette, le soutien financier est devenu central. « Les institutions francophones de ce pays devraient s’impliquer davantage dans les événements que nous organisons, afin de permettre à tout le monde d’y participer. » « Les commerces marchent, les entrepreneurs se développent, les gens se sentent moins seuls. Il faut laisser les gens organiser des festivals », défend M. Soumare.

Avec sa programmation ciselée entre cultures africaine, antillaise, française, québécoise et ontarienne, le reflet de la diversité est assuré. Pour le moment, M. Charette compte faire un post-mortem de cette édition à la mi-octobre.

Une programmation qui reflète la diversité

Après de premières festivités au théâtre Glenn Gould la semaine dernière, dont une prestation du chanteur Pierre Lapointe, place maintenant aux 25 concerts qui animeront la scène principale et l’espace jeunesse, ainsi qu’à une vingtaine d’exposants artisanaux et culinaires qui occuperont également ces trois jours.

Cette année encore, l’organisme mise sur les têtes d’affiche. « C’est vrai qu’on a aussi un manque d’artistes francophones dans la région, donc on essaie à chaque fois de faire en sorte que le festival soit plus ouvert, pour éviter d’avoir des choses répétitives », assure le directeur. Ce deuxième week-end mettra en vedette la tête d’affiche québécoise Yann Perreau, qui se produira à deux reprises.

Le groupe Kazdoura et sa chanteuse Leen d’origine syrienne ont revisité des classiques de la musique arabe lors d’une ancienne édition de Francophonie en fête. Photo : ONFR/Mickael Laviolle

L’amphithéâtre Bentway est l’écrin du festival depuis quatre ans maintenant. Photo : ONFR/Rudy Chabannes

 

Jacques Charette attend environ 3000 personnes. Le directeur affirme que la participation augmente chaque année, notamment grâce à la promotion qui s’est améliorée : « On a une publicité dans le Toronto Star et To Do Toronto. » Il ajoute : « C’est toujours le défi de tous les organismes francophones à Toronto de rejoindre la communauté francophone, qui est bien éparpillée et difficile à contacter. »

La programmation dévoilée au mois de juin présente de nombreux artistes de la diversité francophone comme Suzanne LeClerk, Dieufaite Charles, Fethy Nadjem ou encore Swamparella pour clôturer la soirée.

Dans ce lieu situé sous l’autoroute Gardiner, « on fait de notre mieux pour avoir une belle programmation et puis pour assumer les coûts », rapporte M. Charette.

Le 25 septembre : pourquoi acheter franco-ontarien fait toute la différence

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

L’initiative « Le 25 septembre, j’achète un livre franco-ontarien », qu’est-ce que c’est? Car si l’idée est née au Québec, sa version franco-ontarienne répond à une réalité bien différente. Ici, trouver un livre franco-ontarien n’est pas aussi simple qu’il y paraît.

Tout commence en 2014 au Québec. Deux Québécois décident de lancer le mouvement « Le 12 août, j’achète un livre québécois » sur Facebook, pour dynamiser le marché du livre local. Un an plus tard, en Ontario, l’autrice Mireille Messier et le poète Michel Dallaire, qui trouvent l’idée bonne, demandent la permission à leurs cousins québécois de lancer un mouvement similaire, intitulé « Le 25 septembre, j’achète un livre franco-ontarien ».

Ils personnalisent l’initiative sous une forme assez originale, celle d’un calendrier de l’Avent littéraire. Du 1er au 24 septembre, leur calendrier ne dévoile pas un chocolat par jour, mais un livre franco-ontarien nouvellement paru. Cette sélection facilite la tâche au lectorat, qui n’a plus qu’à choisir les titres qui l’intéressent et à les acheter le 25 septembre.

Différences Québec et Ontario

J’ai demandé à Marie-Josée Martin, qui a repris les rênes du mouvement, pourquoi cette sélection était pertinente, alors qu’elle n’existe pas chez nos voisins québécois. Et c’est là que cela devient intéressant! En Ontario, les écrivains et écrivaines n’ont pas autant de plateformes médiatiques et de lieux de diffusion pour faire connaître leurs ouvrages qu’au Québec. Pourtant, rappelons que l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français compte près de 200 membres, preuve que la littérature franco-ontarienne est vivante. Or, et c’est là que ça fait mal, il n’existe que quatre librairies francophones en Ontario aujourd’hui selon les données que j’ai pu recueillir : la librairie Le coin du livre à Ottawa, la librairie Il était une fois à Oakville, la Librairie du Soleil au Marché By à Ottawa et la Librairie 10-04 à Hearst.

Parlons chiffres. Est-ce que ça marche un mouvement comme ça? Les chiffres québécois montrent que ce type de campagne peut avoir un réel impact. Le 12 août 2026, les ventes de fiction québécoise ont été 14,5 fois plus élevées que la moyenne des ventes enregistrées au cours des quatre mercredis précédents selon la Société de gestion de la banque de titres de langue française (BTLF). Donc, au Québec, la réponse semble claire : oui, ça fonctionne! Le mouvement est aujourd’hui suffisamment bien implanté pour fonctionner sans avoir besoin d’être relancé chaque année par un groupe organisateur.

En Ontario, le défi est différent, car encore faut-il savoir où trouver les livres franco-ontariens! De plus, les chiffres sont plus difficiles à établir, d’abord parce qu’aucun organisme ne compile les ventes globales en lien avec ce rendez-vous, mais aussi parce qu’au Canada, chaque librairie classe les ouvrages selon ses propres critères. Il n’existe donc pas de classification uniforme, comme une catégorie « Littérature franco-ontarienne », qui permettrait d’extraire facilement les données. Comme autrice franco-ontarienne, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le test avec mes propres livres. Sur le site leslibraires.ca, l’un de mes livres se trouve dans la catégorie « Roman polar/Suspense », l’autre dans « Roman canadien et étranger ». Sur le site québécois Renaud-Bray, mes ouvrages sont classés dans la catégorie « Littérature québécoise ». Si une autrice franco-ontarienne comme moi n’est pas clairement identifiée comme telle, imaginez la tâche pour quelqu’un qui souhaite simplement découvrir la littérature franco-ontarienne!

En effet, comment le grand public peut-il savoir s’il achète un livre franco-ontarien si celui-ci est catégorisé comme « Littérature québécoise »? C’est sans compter que certains auteurs franco-ontariens peuvent être publiés par des maisons d’édition québécoises, ou encore que des auteurs d’ailleurs dans la francophonie canadienne peuvent être publiés par une maison d’édition franco-ontarienne. Bonjour, l’imbroglio!

C’est pour cela que la sélection des ouvrages par le comité derrière « Le 25 septembre, j’achète un livre franco-ontarien » est logique en Ontario, alors qu’elle n’est pas nécessaire au Québec. À moins d’être une mordue de littérature comme moi, le commun des mortels aura l’impression de chercher une aiguille dans une botte de foin.

Des ventes… mais surtout de la visibilité

J’ai contacté plusieurs librairies francophones en Ontario pour avoir leur opinion. L’une d’elles, Le coin du livre à Ottawa, a constaté une augmentation de ses ventes de 50 % entre 2024 et 2025 durant la semaine du 25 septembre. Néanmoins, ces chiffres sont à analyser avec du recul : les achats liés à la rentrée scolaire peuvent avoir un impact. De plus, ces chiffres incluent toutes les ventes, peu importe l’origine de la maison d’édition ou celle de l’auteur.trice. Du côté de leslibraires.ca, Jean-Benoît Dumais, le directeur général du site, note : « Nous avons observé une hausse des ventes d’un échantillon de ces livres faisant l’objet d’une sélection thématique sur notre site, mais cela peut être dû à la vigueur de la promotion faite par la librairie qui a mis de l’avant cette sélection. Quant à remonter dans le temps, il faudrait faire attention de départager l’effet de la pandémie certaines années. »

J’ai également contacté les quatre maisons d’édition franco-ontariennes — Prise de parole, L’Interligne, David et Terre d’Accueil — pour avoir leur avis. Certaines voient une légère hausse de leurs ventes, d’autres non. Mais toutes partagent un point de vue commun : pour elles, les retombées positives de l’événement ne se traduisent pas forcément en termes de vente, mais en exposition médiatique. Et surtout, la campagne aide à entretenir un sentiment de solidarité identitaire et d’appartenance, tout en nourrissant la curiosité du grand public sur la littérature franco-ontarienne. Et ça, pour ces maisons d’édition, c’est un succès!

Plus qu’un livre, un écosystème

Pour finir, j’aimerais vous rappeler, chers lecteurs et chères lectrices de cette chronique, une chose importante : en appuyant la littérature franco-ontarienne, vous soutenez toute la chaîne du livre, et pas seulement les auteurs et les autrices : des personnes travaillant dans l’édition, la révision, l’illustration, la comptabilité, les communications, l’impression, la distribution, les librairies…

Le 25 septembre, en achetant un livre franco-ontarien, on n’encourage pas seulement la littérature, on contribue à faire vivre la communauté franco-ontarienne!

P. S. : Pour voir la sélection de 2026, rendez-vous sur jelisfo.ca. Pour découvrir d’autres voix de la littérature franco-canadienne, vous pouvez également écouter Cœur d’encre, le balado que j’anime!

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Viviane Lapointe élue présidente du Caucus libéral de l’Ontario

SUDBURY – La députée francophone de Sudbury, Viviane Lapointe, vient d’être élue à la tête du caucus libéral de l’Ontario ce lundi 21 septembre, annonce son bureau. Succédant à Michael Coteau qui a présidé le caucus pendant trois ans, elle s’engage à défendre les priorités de la province dans un contexte de guerre tarifaire avec les États-Unis.

Alors que le vote se tenait le 18 septembre passé, c’est Viviane Lapointe qui a été élue présidente du caucus libéral de l’Ontario. En lice contre deux autres candidats du parti libéral, Iqra Khalid, députée de Mississauga-Erin Mills, et Chris Brittle, qui représente St Catharines, elle succède aujourd’hui à Michael Coteau, député de Scarborough-Woburn, qui a dirigé le caucus pendant trois ans.

En tant que présidente, son rôle consistera à faire valoir les priorités de l’Ontario au caucus national et au premier ministre Mark Carney.

 « Ce vote de confiance est un moment charnière pour notre province. L’Ontario est en première ligne de la guerre commerciale avec les États-Unis. L’impact des tarifs sectoriels frappera le plus durement notre province. Notre travail doit se concentrer sur la défense de l’économie de l’Ontario et de ses travailleurs », a-t-elle déclaré par communiqué.

En effet, pour son mandat, Mme Lapointe veut mettre en avant les priorités économiques de la province, notamment à travers une protection de l’économie et des travailleurs. « Nous avons les minéraux critiques dont le monde a besoin. Nous avons l’énergie propre, ainsi que les infrastructures technologiques et de défenses capables d’attirer des investissements majeurs. »

Alors que la guerre tarifaire se poursuit, la nouvelle présidente souligne la position centrale qu’occupe la province dans ce conflit. « L’Ontario est en première ligne de la guerre commerciale qui nous touchera plus fort qu’ailleurs. Nous devons défendre l’économie et les travailleurs de l’Ontario », écrit-elle dans une publication sur sa page Facebook.

Ayant grandi à Sudbury, elle représente la ville du nickel à la Chambre des communes depuis 2021. Avec un parcours chevronné, elle a notamment travaillé au ministère du Développement et de la croissance économique du Nord. En 2025, elle devient secrétaire parlementaire de la ministre des Langues officielles et de la ministre associée de la Sécurité publique.

Céleste Lévis tutoie les cieux avec « Si elle »

OTTAWA – Cinq ans après son précédent opus et quelques mois après la naissance de son deuxième enfant, Céleste Lévis revient avec Si elle. L’artiste aborde la résilience, la quête de soi et sa volonté de s’affirmer en tant que femme dans l’industrie musicale. Plus pop-rock que ses précédents projets, ce cinquième album marque aussi son retour sur scène, avec une vingtaine de spectacles déjà prévus.

Si elle est une invitation à prendre de la hauteur et à aller de l’avant malgré les défis de la vie. L’idée du projet remonte à la fin de son précédent album, Si tu veux tout savoir, paru en 2021.

« J’étais devenue maman et je prenais ma place en tant que femme dans l’industrie musicale, avec plus de confiance dans ce que je faisais », confie l’auteure-compositrice-interprète franco-ontarienne en entrevue avec ONFR.

Elle s’interrogeait alors sur ses propres ambitions : « Si elle ose rêver en grand, si elle ose continuer, si elle ose prendre sa place… Je me disais, en tant que femme, que j’en étais capable, moi aussi. »

Avec Si elle, l’auteure-compositrice-interprète franco-ontarienne explore des sonorités plus pop-rock. Gracieuseté

À travers ses chansons, Céleste Lévis projette l’image d’une femme solide, prête à se battre pour les personnes qu’elle aime, mais aussi à assumer ses propres fragilités. « J’ai beaucoup de femmes fortes dans ma vie qui m’ont montré que tout était possible. J’ai été très bien entourée tout au long de ma vie », raconte-t-elle.

« Je veux continuer à bien représenter tout ce qu’elles m’ont appris », ajoute la chanteuse qui dit déjà mesurer les effets de cette affirmation de soi. Je vois le changement en moi et cela me fait beaucoup de bien. »

Un virage plus pop-rock

Longtemps associée à des chansons plus douces, Céleste Lévis accentue cette fois les sonorités pop-rock, portées par la batterie et les guitares électriques. Cette direction musicale la ramène au style qu’elle écoutait lorsqu’elle a commencé à faire de la musique.

« Je m’imaginais toujours sur scène en formule full band, accompagnée de plusieurs musiciens, avec beaucoup de plaisir et d’énergie. Je trouve que ces chansons vont justement me permettre de vivre cela. »

Fière du travail accompli sur les textes et les mélodies, elle s’est « poussée à explorer les mélodies pour m’amuser davantage avec ma voix et essayer de nouvelles choses. C’est maintenant un défi de les interpréter en spectacle, parce qu’elles ne sont plus seulement enregistrées en studio. »

Si elle compte 11 chansons, dont Contrecœur, Promis juré, Dans tes yeux, Pour nous, ainsi que Géant, dévoilée en mai, peu avant le congé de maternité de la chanteuse.

Une collaboration avec JOLY

Son conjoint et partenaire artistique, Marc-Antoine Joly, qui l’accompagne dans la création de ses chansons, prête également sa voix à Comment te dire, sous son nom d’artiste JOLY.

La chanson se distingue par une couleur plus rock, voire grunge. « Je savais que je voulais qu’il soit présent sur l’une de mes chansons. Comme nous écrivons ensemble toutes les chansons, c’était déjà naturel », raconte Céleste Lévis.

La dernière chanson de l’album, L’échelle, aborde les problèmes de santé auxquels Céleste Lévis est confrontée depuis plusieurs années. Son titre renvoie à une question que les médecins et les spécialistes lui ont souvent posée : « Sur une échelle de 1 à 10, ton mal de tête est à combien? »

Une question à laquelle l’artiste n’a jamais réellement su répondre : « Je n’arrive pas à croire qu’on puisse résumer toutes ces émotions et toutes ces expériences dans un seul chiffre. »

Même si L’échelle n’est pas la chanson-titre, elle occupe une place centrale dans le projet. Son imagerie se retrouve jusque sur la pochette de l’album.

« Je suis toujours ici, je continue à faire de la musique en français et cette musique est aussi bonne que la musique en anglais que les gens écoutent »
— Céleste Lévis

Avec Si elle, Céleste Lévis veut réaffirmer sa présence après plusieurs années marquées par des questionnements sur sa santé, sa carrière et l’équilibre avec sa vie familiale : « Je suis toujours ici, je continue à faire de la musique en français et cette musique est aussi bonne que la musique en anglais que les gens écoutent. »

La chanteuse amorce maintenant une tournée d’une vingtaine de spectacles en Ontario et au Québec, avec l’objectif de se rendre également dans d’autres régions du Canada.

Elle lance officiellement son album sur scène ce jeudi au Centre national des Arts, à Ottawa. Un second spectacle-lancement est prévu le 1er octobre à Montréal.

« C’est quelque chose que je n’avais pas vécu depuis dix ans. Cela s’était produit avec mon premier album, lorsque nous avions pu partir immédiatement en tournée, mais pas avec les albums suivants », se réjouit-elle.

Le festival Boréal en crise : ce que cela signifie pour le milieu artistique de Sudbury

SUDBURY – Alors que le festival Boréal tenait sa 54e édition en août dernier, l’institution culturelle est aujourd’hui au bord de l’effondrement. La direction parle d’une dissolution imminente si le festival ne parvient pas à récolter 65 000 dollars sous peu. Véritable pilier artistique de la région, cette situation illustre une précarité grandissante dans le milieu artistique sudburois, où le financement devient de plus en plus irrégulier et incertain.

« C’est ce qui me tient debout la nuit », dit la directrice générale du festival, Michelle Murray. Pour le garder en vie, il faut à tout prix récolter 65 000 dollars d’ici le 30 septembre. Cette situation est le résultat d’une longue dégringolade financière marquée par une baisse de la présence des festivaliers en contexte d’après COVID.

Pour la dernière édition, la vente des tickets était 20 % plus basse que les années précédentes, un fait qui s’inscrit dans le cadre d’une situation déficitaire. Cette année, 9000 personnes étaient présentes, incluant les artistes et les bénévoles. Les années précédentes, le festival attirait entre 10 000 et 13 000 participants.

Cet obstacle financier est en partie causé par l’absence d’une subvention de 50 000 dollars octroyés par la municipalité de Sudbury, nous informe la directrice. Chaque année, l’organisation recevait cette somme par l’entremise du Fonds de développement touristique de la Corporation du développement économique du Grand Sudbury, ce qui n’a pas été le cas en 2026, puisque la subvention n’était pas disponible selon le festival, qui n’a pas soumis de demande.

Questionnée par ONFR, Meredith Armstrong, la directrice de développement économique de la ville affirme que cette subvention était bel et bien disponible, mais que les modalités avaient changé, passant de candidature formelle à présentation. Le festival n’ayant pas soumis de demande cette année-là, la subvention n’a pas été octroyée, explique Mme Armstrong.

Quoi qu’il en soit, la directrice du festival craint l’impact que cela aura sur la communauté. « Si ce festival ne continue pas, ce sera une perte dévastatrice pour la communauté. On contribue à l’économie locale, au marché de l’emploi, on embauche des artistes émergents », dit-elle. « Présentement, nous espérons obtenir du soutien de la communauté, des différents niveaux de gouvernement, et peut-être des nouveaux partenaires ».

Le 9 septembre dernier, le festival a lancé une campagne de financement pour atteindre 65 000 dollars. À ce jour, 9929 dollars ont été versés par des donateurs.

Le soir du 22 septembre, des membres de la communauté se sont réunis au Knox Hall pour proposer des idées afin de sauver le festival Boréal de la dissolution. Photo : Aïssatou Odia Barry / ONFR

Des changements structurels nécessaires

Dans la soirée du 22 septembre, au Knox Hall, des membres de la communauté se sont rassemblés pour faire le point sur la situation. Entre revendications, observations, et suggestions, le public n’a pas hésité à exprimer ses inquiétudes. Parmi les griefs les plus récurrents figure l’évolution structurelle du festival Boréal.

Côté programmation, plusieurs participants déplorent une offre non adaptée pour le jeune public. D’autres regrettent qu’elle ne reflète plus le nouveau visage de Sudbury, aujourd’hui transformée par l’immigration.

Bernard Melanson, cofondateur du festival Boréal et bénévole de longue date, reconnait que la grille artistique a fortement évolué au fil des années. Selon lui, elle aurait trop penché vers les artistes anglophones, au détriment d’une sélection plus francophone et autochtone. Il appelle notamment à « bâtir un plus gros mandat ».

Le modèle financier a, lui aussi, été remis en question. Des billets jugés trop coûteux. Une formule d’achat non adapté aux familles. Une stratégie de communication pas assez musclée. Un manque d’activité à l’année et une absence de partenariats avec des entreprises et organismes de la ville, les participants ont formulé plusieurs pistes de solution au comité du festival.

À la fin de l’événement, une poignée d’entre eux se sont portés volontaires pour sauver le festival qui est, pour l’heure, loin d’atteindre son objectif de 65 000 dollars d’ici la fin du mois. Une situation critique qui ne démotive pas pour autant les Sudburois. « Ils sont ici pour bâtir les arts dans toutes les langues. On est riche dans les arts. On doit montrer qu’on a cela au Canada », ajoute M. Melanson.

Le directeur général et culturel du Carrefour francophone, Stéphane Gauthier, invite les bailleurs de fonds du secteur artistique et culturel régional à définir plus clairement leurs priorités et leurs exigences. Photo : Jasmine Morin

Un secteur en pleine transformation

Cette situation s’inscrit dans le cadre d’une situation plus large, dit Stéphane Gauthier, directeur général et culturel du Carrefour francophone, longuement impliqué dans le milieu culturel et artistique de la région, notamment la création de la Place des Arts. « Elle me semble symptomatique d’un changement profond dans l’environnement de la diffusion. Surtout depuis la pandémie. Les habitudes des festivaliers ont changé ».

Il mentionne notamment le manque de public unanime, un phénomène difficile à aborder pour les festivals en région. « Faire un festival avec beaucoup de monde qui se ramène, et qui en fait une tradition, c’est plus difficile », dit-il, « le public est fragmenté, vieillissant. Il faut trouver des façons de le rajeunir ».

En ce qui concerne le financement et les subventions, les temps changent, constate le directeur. « Il y a plus d’organismes sur la table, donc la tarte se fragmente. Au Conseil des arts de l’Ontario, on a vu une diminution dans certaines disciplines. Et là, je pense que les gouvernements ont des questions à se poser sur leur priorité et leurs motivations ».

Le directeur général de l’APCM, Daniel Sauvé, souhaite que les organismes subventionnaires prennent en compte l’impact de l’inflation dans l’attribution de leurs aides financières. Photo : Jean Nicholas Richardson

Il affirme surtout qu’il faut établir des priorités et attentes claires tout en considérant la réalité des diffuseurs en région, dont les enjeux diffèrent de ceux des grandes villes. « Premièrement, c’est beaucoup plus coûteux en région. Deuxièmement, on est plus loin, la capacité d’attraction est plus difficile ».

D’après Daniel Sauvé, le nouveau directeur général de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), il faut davatange prendre en compte l’inflation. « Les budgets du Conseil des arts de l’Ontario, ce sont des coupures par maintien. Ça fait depuis les années 1990 qu’on accuse du retard sur l’inflation. Les budgets augmentent très peu, et se maintiennent ».

Alors qu’il a lui-même débuté sa carrière professionnelle sur la scène du festival Boréal, il exprime une empathie envers l’administration, espérant que les subventions mettent davantage l’accent sur le développement des publics canadiens. « On devrait être capable de faire ça. Plutôt que d’exporter vers d’autres territoires. Parlons aussi de la demande domestique et de comment est-ce que le public canadien peut découvrir les artistes canadiens », conclut-il.

Jour des Franco-Ontariens : des festivités partout en Ontario

TORONTO – Afin de marquer le Jour des Franco-Ontariens, toutes les communautés francophones de la province porteront fièrement les couleurs vert et blanc, ce vendredi ainsi qu’une partie de la fin de semaine. Où et quand célébrer?Voici une liste non exhaustive des célébrations qui rassembleront les francophones vivant aux quatre coins du territoire.

Les incontournables de l’Est ontarien

Cette année, la capitale fédérale mise sur la nouveauté avec l’Institut canadien-français qui accueillera ce vendredi, dès 15 h, le tout premier Cayenne Carnaval, animé par l’artiste Mehdi Cayenne. Lors de cette célébration dans les deux langues, le Centre d’excellence artistique de l’Ontario mettra de l’avant une chorale jeunesse. Par ailleurs, on pourra y voir en avant-première le film musical La vie d’artiste, co-réalisé avec Frédérique Bérubé.

Autre nouveauté, du côté de Cornwall cette fois : un premier Gala de la francophonie à l’initiative de L’Amalgame des arts de la langue française et du théâtre aura lieu sur le thème « Une langue… mille histoires », au Centre Charles-Émile-Claude ce vendredi dès 17h.

La littérature sera aussi à l’honneur pour le Jour des Franco-Ontariens. À l’occasion du 45e anniversaire des Éditions L’Interligne et dans le cadre de l’initiative « J’achète un livre franco-ontarien », une journée de festivités littéraires se déroulera à la librairie Le Coin du livre, à partir de 13 h.

Le poète Daniel Groleau Landry lors de sa lecture. Photo : Sébastien Pierroz/Archives ONFR

Plusieurs auteurs se relaieront aux tables de dédicaces, dont la lauréate du Prix du livre d’Ottawa, Michèle Vinet, la finaliste du Prix Alain-Thomas 2026, Maeva Guedjeu, ainsi que le poète franco-ontarien Daniel Groleau Landry. L’Université d’Ottawa accueillera également Michèle Vinet pour la lecture d’un poème à l’agora du centre universitaire.

Des levers de drapeau sont en outre prévus à l’Université Saint-Paul à 8 h 45, à l’hôtel de ville de Kingston à 10 h 30, au monument de la francophonie d’Alfred-et-Plantagenet à 10 h 45, au Carré de la francophonie de Vanier à 16 h, en présence de l’ancien maire Guy Cousineau, ainsi qu’au MIFO à 17 h, suivi d’un spectacle avec Mélissa Ouimet, Yao, Sébastien Leroux, Bruny Surin et la chorale de l’École secondaire catholique L’Escale de Rockland.

Les festivités du Nord

Dans le Nord, la municipalité de Shuniah, près de Thunder Bay, lèvera pour la première fois de son histoire le drapeau vert et blanc, vendredi, « un geste important pour la communauté franco-ontarienne », selon Michelle Boileau, la présidente de l’Association francophone des municipalités de l’Ontario (AFMO).

Le French Fest 2015 était la première édition d’un festival gratuit célébrant la culture franco-canadienne à Sudbury, en Ontario, en l’honneur du 400e anniversaire de la présence française en Ontario. Gracieuseté de La Slague

Sur les coups de 10 h, des levers de drapeau auront lieu entre autres à Kenora, Red Lake, Ignace, Dryden, Sioux Lookout, Terrace Bay, Bonfield, Marathon et Manitouwadge. Les francophones de North Bay se donnent rendez-vous à 10 h 30 sur la place Léger, aux côtés de l’artiste Jenna Seppa. Ceux de Sturgeon Falls à 13 h (au parc Goulard), tout comme ceux de Schreiber (au complexe municipal). À Mattawa, on attendra 13 h 30 à la pointe de l’Explorateur, tandis qu’à Hearst et Red Lake l’heure de hisser l’étendard est fixée à 13h45.

Les aînés seront eux aussi de la fête au Club de l’Âge d’or de Mattawa, au Club de l’amitié de Verner et au Centre communautaire d’East Ferris, où EN BREF! réalise une tournée musicale à l’appel des Compagnons des francs loisirs

Les rendez-vous du Sud

Un lever du drapeau aura lieu à 11 h sur la place Nathan Phillips. Cette année, l’événement est placé sous le signe de la relève, a indiqué le président de l’ACFO-Toronto, Jean-Claude N’da. En après-midi, à 15 h, les Centres d’accueil Héritage invitent la communauté autour de ses aînés, d’un gâteau et d’une présentation sur l’histoire des Franco-Ontariens.

Les lettres TORONTO, la Tour CN ainsi que les chutes du Niagara seront illuminées de vert et blanc. Le drapeau vert et blanc sera hissé devant les hôtels de ville de Hamilton (10 h), Brampton (11 h) et Mississauga (11 h), tandis qu’à London Brian St-Pierre interprétera sa chanson Mon beau drapeau au Centennial Hall aux côtés de Johanne Lefebvre (10h).

Dans la capitale provinciale, le département de français de l’Université de Toronto organise « Le français en fête », une soirée qui met en avant le plaisir d’apprendre le français. La chanteuse francophone Suzelle Bisaillon clôturera la soirée avec un concert.

L’Ontario français s’affiche en vert et blanc pour célébrer son identité. Photo : ONFR/Mike Laviolle

Par ailleurs, le festival Francophonie en fête battra son plein durant la fin de semaine du côté du Bentway dans la Ville Reine, avec près de 25 concerts d’artistes au programme dont Pierre Lapointe en tête d’affiche, Amadou Kienou et bien d’autres, sans oublier la participation de chorales scolaires.

À Clarington, les francophones de la municipalité pourront assister pour la première fois à une proclamation officielle du Jour des Franco-Ontariens. Une cérémonie de lever du drapeau aura lieu ce vendredi à Veterans Square, à côté de l’hôtel de ville, qui sera pour l’occasion illuminé en vert et blanc.

Toujours dans le sud, le Centre communautaire francophone de Sarnia-Lambton propose des festivités sur deux jours, notamment un concert de Geneviève RB au Rustr Music Hall. Encore plus au sud à Windsor, le Centre communautaire francophone Windsor-Essex-Kent accueillera la traditionnelle French Parte’h ce vendredi dès 17 h.

L’ex-PDG Michael Rousseau « tout simplement pas capable d’apprendre le français », selon Air Canada

OTTAWA — Le président du conseil d’administration d’Air Canada fait porter à l’ex-PDG Michael Rousseau la responsabilité d’une vidéo diffusée uniquement en anglais après la tragédie de l’aéroport LaGuardia, affirmant devant les parlementaires que l’ancien haut dirigeant « n’était tout simplement pas capable d’apprendre le français ».

Le président du conseil d’administration d’Air Canada, Vagn Sørensen, comparaissait mercredi soir à Ottawa devant les députés du Comité permanent des langues officielles. Ce dernier a prononcé sa déclaration d’ouverture en français, mais a répondu aux questions des parlementaires en anglais pendant près d’une heure.

Air Canada avait été convoquée à la suite des nombreuses controverses linguistiques ayant marqué le mandat de Michael Rousseau, qui a pris sa retraite au mois d’août. Initialement, l’invitation s’adressait à l’ancien haut dirigeant en raison de la polémique entourant la vidéo unilingue, mais le comité avait retiré cette convocation après l’annonce de son départ à la retraite.

« Bonjour » et « merci » étaient deux seuls mots prononcés la langue de Molière dans le cadre d’une vidéo où il offrait ses condoléances aux familles des deux pilotes qui ont perdu la vie lors d’une collision à l’aéroport LaGuardia.

« M. Rousseau, compte tenu de l’urgence, a décidé d’enregistrer une vidéo en anglais avec des sous-titres en français, qui a été accueillie très négativement. Nous sommes vraiment désolés de cette décision au nom de M. Rousseau, décision pour laquelle il s’est excusé, mais c’est la décision qu’il avait prise », a soutenu Vagn Sørensen devant les députés.

Ce dernier estime que les protocoles de communication en situation d’urgence ont été respectés par le transporteur, mis à part cette vidéo qu’il qualifie d’erreur de jugement commise « de bonne foi, pour paraître aussi authentique que possible ».

« Le protocole a fonctionné comme il le devait, y compris l’envoi de l’équipe d’intervention spéciale sur le site de l’accident à New York », a-t-il affirmé.

Vagn Sørensen est le président du Conseil d’administration depuis 2017. Photo : Air Canada.

Interrogé par les parlementaires sur l’opportunité d’intervenir auprès du PDG à la suite de son allocution unilingue anglaise devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), M. Sørensen a précisé que la société faisait alors face à un contexte économique complexe lié à la pandémie et que M. Rousseau demeurait la personne idéale pour piloter l’entreprise.

À la suite de cet incident – qui avait provoqué un déluge de plaintes au Commissariat aux langues officielles -, M. Rousseau s’était engagé à apprendre le français. Toutefois, jusqu’à la toute fin de son mandat, il s’est révélé incapable de converser dans la langue de Molière.

« Cela a aussi été une grande déception pour nous et pour M. Rousseau. Ce n’est pas qu’il n’a pas suivi ses cours : je pense qu’il a accumulé plus de 300 heures […]. La seule explication que je puisse donner est que M. Rousseau n’était tout simplement pas capable d’apprendre le français », a exposé le dirigeant scandinave.

Le prochain dirigeant attendu de pied ferme

En juillet, l’entreprise a annoncé la nomination d’Anko Van der Werff, ancien dirigeant de Scandinavian Airlines qui parle français. Il doit entrer en fonction d’ici la fin de janvier 2027. Le président du conseil d’administration a confirmé que la maîtrise des deux langues officielles faisait partie d’une longue liste de critères lors du processus de sélection.

Questionné par les élus sur la culture d’entreprise au sein du transporteur, Vagn Sørensen a défendu que le français était « absolument respecté » et qu’Air Canada atteignait ses hauts standards de service bilingue sur la majorité de ses vols, faisant valoir que le nombre de plaintes au Commissariat aux langues officielles était à la baisse.

« Les services bilingues sont une priorité de premier ordre au sein d’ Air Canada et nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour nous conformer aux normes que nous avons établies. Nous y parvenons dans la majorité des cas », a assuré Vagn Sørensen.

Les membres du comité parlementaire n’ont toutefois pas semblé rassurés par les explications du haut dirigeant.

« On semble beaucoup rejeter la faute sur des éléments isolés, mais non : c’est une véritable culture d’entreprise. Ça fait longtemps que c’est comme ça. Air Canada continue de battre des records de plaintes tout en poursuivant dans la même voie », a déploré Mario Beaulieu, député du Bloc québécois.

La compagnie aérienne n’a d’ailleurs pas fini de rendre des comptes au Parlement : le nouveau PDG Anko Van der Werff doit être convoqué devant le comité dans les deux mois suivant sa prise de poste.

« Je ne suis pas rassuré par le témoignage du président du conseil d’administration, a mentionné pour sa part le député conservateur Joël Godin. Il va malheureusement falloir rester vigilants. C’est dommage que le comité doive assumer ce rôle de chien de garde pour la langue française chez Air Canada. »

Mississauga : 2,1 millions par année pour une nouvelle clinique de soins primaires en français 

MISSISSAUGA – Une nouvelle clinique de soins primaires en français ouvrira ses portes au début de 2027 à Mississauga. Le gouvernement de l’Ontario investira près de 2,12 millions de dollars par année pour permettre au Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) d’y accueillir, à terme, environ 4800 patients francophones de la région de Peel.

L’annonce a été faite ce mercredi lors d’un pique-nique communautaire consacré au Jour des Franco-Ontariens, organisé à Mississauga par la ministre des Affaires francophones et députée de Mississauga-Centre, Natalia Kusendova-Bashta.

À deux jours du 25 septembre, représentants du gouvernement et d’organismes francophones ont ainsi profité de ce rassemblement pour dévoiler un investissement destiné à renforcer l’accès aux soins primaires en français dans une région où celui-ci demeure difficile pour une partie de la population.

La future clinique fait partie des 124 équipes de soins primaires nouvelles ou élargies financées par l’Ontario en 2026-2027. La ministre des Affaires francophones prévoit revenir à Mississauga pour son ouverture officielle au début de l’année prochaine. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

La future clinique sera située au 90, chemin Burnhamthorpe Ouest. Son ouverture est prévue au début de 2027, une fois terminés l’aménagement des locaux et le recrutement des professionnels de la santé.

Son équipe interprofessionnelle doit notamment réunir des médecins, des infirmières praticiennes et infirmiers praticiens, du personnel infirmier autorisé, des thérapeutes, des diététistes, du personnel de promotion et d’éducation en santé, ainsi que des intervenants en santé communautaire.

« Comme infirmière, je sais qu’il est important de bien comprendre et d’être bien compris », a souligné dans son discours Mme Kusendova-Bashta. Pour la ministre, recevoir des soins dans sa langue permet notamment au patient de poser ses questions et de mieux comprendre les explications qui lui sont données.

Un besoin qui revient dans les consultations

Le besoin de développer les soins primaires en français est également remonté au cours de la première année d’existence du Centre de planification des services de santé en français de l’Ontario (CPSSF).

Sa première directrice générale, Natalie Aubin, en a fait l’un des principaux constats entendus depuis son entrée en fonction.

« Le mot, je pense, que j’ai le plus souvent entendu au cours de la dernière année, c’est qu’on a besoin de services de santé en français en soins primaires », a-t-elle déclaré, ajoutant que cet enjeu était devenu « très clairement une de nos premières priorités ».

La veille de l’annonce, plusieurs acteurs du secteur avaient justement participé à une journée de réflexion consacrée à la santé en français. Plus tôt mercredi, les partenaires du CPSSF travaillaient également à la planification stratégique de l’organisme.

Pour Natalia Kusendova-Bashta, l’ouverture de la clinique constitue un exemple de la manière dont les discussions autour de l’accès et du parcours de soins peuvent se traduire en nouveaux services.

Pas seulement une clinique

Pour le CFGT, l’ambition est justement de ne pas créer un service de santé fonctionnant en vase clos. Les soins de la future clinique seront intégrés aux services que l’organisme offre déjà dans la région tels que l’établissement, le logement, l’emploi ou les services juridiques.

« Notre objectif pour les francophones de Mississauga et de la région de Peel, c’est vraiment qu’ils aient à leur côté une équipe capable de les écouter, les comprendre et les accompagner dans leur parcours de soins », a expliqué Estelle Courty-Duchon, présidente-directrice générale du CFGT.

La PDG du CFGT a lancé un appel aux établissements d’éducation et de formation, dont elle juge la contribution essentielle pour former les professionnels de santé nécessaires à l’ouverture de la clinique. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Cette nouvelle activité répond également à deux axes du plan stratégique 2025-2030 du CFGT : le continuum de services en français et la croissance de l’organisme.

Denys Giguère, vice-président de son conseil d’administration, estime que le financement annuel donnera au Centre les moyens de préparer « une présence durable en soins primaires à Mississauga ».

« Pouvoir vivre en français, c’est aussi pouvoir compter sur des services en français au moment où l’on en a besoin », a-t-il résumé.

« Une question de droit, d’accès et de sécurité des soins »

L’annonce a également été saluée par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), tout en servant à rappeler les difficultés qui persistent ailleurs.

« L’accès à des soins de santé en français ne devrait jamais dépendre de la chance, de la capacité d’insister ou du lieu où l’on habite. C’est une question de droit, d’accès et de sécurité des soins », a lancé son président, Fabien Hébert.

Selon lui, la capacité à offrir des soins en français doit être prévue dès le départ, avec les ressources humaines nécessaires, une offre active et visible et la possibilité de bénéficier d’un parcours continu dans la langue du patient.

M. Hébert a notamment fait le lien avec les consultations des États généraux de l’Ontario français. À Mississauga, a-t-il rappelé, les participants avaient fait état de services en français encore « insuffisants, peu visibles et inégalement accessibles ».

Pour le président de l’AFO, le modèle retenu à Mississauga apporte une partie de la réponse puisqu’il ne s’agit pas simplement d’ajouter une offre médicale. « Il ne crée pas un service isolé, il contribue à bâtir un continuum autour de la personne », a-t-il affirmé, appelant désormais le gouvernement provincial à reproduire cette approche dans les régions où persistent des écarts dans l’accès aux services en français.

Des services « pensés en français dès le départ »

Une idée également défendue mercredi par Dawn Gallagher Murphy, députée de Newmarket–Aurora et adjointe parlementaire à la ministre des Soins de longue durée. À l’approche du Jour des Franco-Ontariens, elle a estimé que la vitalité de la francophonie ne pouvait reposer uniquement sur sa célébration : « Il faut aussi bâtir des institutions et offrir des services qui répondent aux besoins quotidiens des francophones. »

Également présidente déléguée de la section ontarienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, Dawn Gallagher Murphy dit constater dans ses échanges avec des parlementaires francophones d’ici et d’ailleurs que les communautés sont plus fortes lorsqu’elles disposent d’institutions qui les servent en français. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

L’élue a établi un parallèle avec le développement d’un village francophone dans sa propre circonscription, qui doit notamment comprendre un foyer de soins de longue durée, des logements et des espaces communautaires.

Si les deux projets sont différents, leur principe est, selon elle, identique : créer des lieux où les services sont « pensés en français dès le départ ».

Le recrutement, prochaine étape

Le projet de Mississauga fait partie des 124 projets retenus à la suite de l’appel de propositions 2026-2027 du Plan d’action de l’Ontario pour les soins primaires. Selon la province, ces nouvelles équipes ou équipes élargies doivent permettre de rattacher 500 000 personnes supplémentaires aux soins primaires à travers l’Ontario.

Pour le CFGT, le travail se déplace désormais vers l’aménagement des locaux et surtout la constitution de l’équipe qui accueillera les futurs patients.

Mme Courty-Duchon a d’ailleurs interpellé directement les partenaires du milieu de l’éducation et de la formation présents ce mercredi, leur rappelant que l’ouverture d’une clinique nécessite des professionnels de santé et qu’il faudra continuer à former la relève.

Les modalités permettant de s’inscrire comme nouveau patient ne sont pas encore connues. Le CFGT prévoit les communiquer avant l’ouverture de la clinique, toujours visée pour le début de 2027.

Sommet de la Francophonie à Ottawa en 2028 : le milieu économique francophone veut s’imposer

OTTAWA — Même si le Sommet de la Francophonie qu’Ottawa accueillera en 2028 n’aura lieu que dans deux ans, les acteurs francophones du pays s’y préparent déjà. Les milieux économiques francophones souhaitent notamment avoir leur mot à dire, y voyant une occasion privilégiée de tisser des liens d’affaires avec d’autres pays de l’espace francophone.

Ces acteurs économiques ont convergé vers la capitale fédérale mercredi, à l’occasion du sommet du Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE Canada), afin de discuter des possibilités financières qui pourraient se présenter dans le cadre de cet événement international.

« C’est une vitrine exceptionnelle pour se faire connaître », soutient Yan Plante, PDG du RDÉE Canada, un organisme qui représente les entreprises francophones hors Québec.

Ce dernier entrevoit, à l’approche de l’événement, un important potentiel pour le monde des affaires et pour la mobilité de la main-d’œuvre.

« Si l’on sait à l’avance que des entreprises étrangères viennent au Canada, nous pouvons les mettre en relation directe avec nos entrepreneurs dans les mêmes secteurs », explique Yan Plante.

À l’instar du RDÉE Canada, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada souhaite que le gouvernement fédéral profite des préparatifs pour promouvoir la langue de Molière.

« Pour bien se préparer, ce serait intéressant de décréter une année de la francophonie. Cela permettrait de mobiliser la culture et les médias, comme cela se fait à l’international avec les grandes conférences organisées autour du Sommet », espère Liane Roy, présidente de l’organisme porte-parole des communautés francophones et acadiennes.

Promouvoir la langue et l’expertise canadienne

Le milieu universitaire y voit quant à lui l’occasion de mettre en valeur le savoir-faire francophone en éducation, notamment l’expertise en matière d’enseignement du français, qui pourrait être utile ailleurs dans le monde, comme en Afrique, souligne Martin Normand.

« Il y a toute une expertise dans notre réseau d’établissements sur l’enseignement de la langue en milieu minoritaire : comment on enseigne la langue à de nouveaux apprenants, comment on l’enseigne à des gens en immersion… Nos chercheurs pourraient être sollicités à l’international », indique le président-directeur général de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC).

Il cite également l’exemple de l’intelligence artificielle, dont les avancées se font souvent en anglais, mais où l’expertise d’établissements comme l’Université d’Ottawa ou l’Université de Moncton pourrait être mise à profit dans les marchés francophones.

« Il y a plein de réponses à des enjeux émergents dans les marchés francophones qui pourraient être apportées par l’expertise canadienne présente dans nos collèges et universités », estime M. Normand.

Mona Fortier, secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères, qui pilote en partie le dossier de la francophonie internationale, était présente mercredi pour entendre les propositions des différents acteurs économiques.

« Ce sera une vitrine exceptionnelle pour nos entreprises, nos chercheurs, nos communautés et notre capacité d’innovation », a-t-elle déclaré.

La députée d’Ottawa-Vanier au fédéral, Mona Fortier. Photo : Inès Rebei/ONFR

La tenue de cet événement dans la capitale nationale survient alors que le gouvernement canadien cherche à renforcer les liens économiques du pays à l’échelle internationale.

« Dans le contexte actuel, où le Canada cherche à diversifier ses marchés, à stimuler le commerce intérieur et à réduire sa dépendance envers certains partenaires, la francophonie commerciale s’impose comme un moteur concret de croissance et d’innovation », a soutenu Mme Fortier.

« Une masse critique de décideurs prend conscience aujourd’hui du potentiel de la francophonie économique : un espace commercial rassembleur, un atout stratégique majeur et une force de développement économique », a indiqué la députée franco-ontarienne.

Plusieurs intervenants ont profité de la tribune offerte par le sommet du RDÉE Canada pour inviter la représentante du gouvernement à mettre en avant des secteurs comme l’économie et l’éducation, et à impliquer activement la francophonie canadienne dans la préparation de ce rassemblement international.

Le premier ministre Mark Carney avait annoncé en juillet dernier que la capitale canadienne accueillera le Sommet de la Francophonie en 2028, une première au pays depuis les sommets de Québec (2008) et de Moncton (1999).

« Pour moi, si à la fin du Sommet de 2028, les acteurs de la francophonie mondiale quittent Ottawa en sachant qu’ils peuvent faire des affaires avec 116 000 entreprises francophones et bilingues partout au pays, et pas seulement au Québec, nous aurons franchi un pas immense », conclut Yan Plante.

La recherche en français gagne du terrain à Ottawa

OTTAWA — Le Collège des chaires de recherche sur le monde francophone (CCRMF) prend du galon. Réunis mardi soir à la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa, dirigeants et universitaires ont officialisé l’arrivée de quatre nouvelles chaires, le renouvellement de deux mandats et la création d’une première chaire associée avec l’Université Saint-Paul.

L’alliance entre l’Université d’Ottawa et l’Université Saint-Paul concrétise un rapprochement stratégique pour les deux établissements de la capitale.

Soutenu financièrement par le vice-rectorat à la recherche et à l’innovation de l’Université d’Ottawa, le CCRMF chapeaute désormais 11 chaires vouées à l’étude des réalités francophones aux échelles locale, canadienne et internationale.

Chaque titulaire hérite d’un premier mandat de cinq ans, renouvelable une fois. Derrière ce déploiement, l’ambition reste claire : propulser la publication scientifique en français et faire contrepoids à l’omniprésence de l’anglais dans les réseaux de recherche mondiaux.

Un réseau interdisciplinaire taillé pour la francophonie

Les 11 chaires du Collège touchent désormais à presque tous les terrains de recherche : des sciences sociales à la santé, de l’éducation à la gestion, en passant par la littérature et la science politique.

« On a des chaires qui se consacrent à l’étude de la francophonie ontarienne, de la francophonie canadienne et de la francophonie internationale », explique Sylvie Grosjean, directrice du CCRMF. 

« Ce qui nous caractérise, c’est vraiment l’interdisciplinarité et la diversité. On aborde des sujets aussi variés que l’éducation, le patrimoine culturel, l’immigration, la santé ou encore la gestion. »

Dans les faits, la chaire confiée à Joël Thibeault (Faculté d’éducation) s’attaquera à l’enseignement du français en contexte ontarien, québécois et saskatchewanais. Stéphanie Gaudet (Faculté des sciences sociales) analysera de son côté l’engagement démocratique de la jeunesse francophone. 

Quant à Jonathan Paquette, il poursuit ses travaux sur les politiques du patrimoine culturel, tandis que Sylvie Grosjean conserve son cap sur le numérique et la santé en milieu francophone.

« Quand on est francophone et qu’on aborde des sujets comme l’impact des technologies, on a un regard spécifique qui est propre à la francophonie. C’est essentiel pour éviter une forme d’hégémonie ou d’homogénéisation de la recherche. On a besoin de cette diversité-là. »

Elle souligne également que le Collège se veut un laboratoire d’idées connecté avec le milieu : « On se veut ce laboratoire d’idées dont peuvent se saisir les décideurs politiques, les organisations communautaires ou les citoyens pour défendre parfois des intérêts, pour soulever des enjeux de société et réfléchir avec la communauté. »

Les professeurs Sophie Cloutier, Stéphanie Gaudet, Lavagnon Ika, Joël Thibeault et Kasereka Kavwahirehi lors de la présentation des nouvelles chaires sur le monde francophone. Photo : gracieuseté de Ika Lavagnon

Étudier le rôle actif des nouveaux arrivants

Parmi les initiatives présentées figure la première chaire associée accordée à l’Université Saint-Paul, confiée à la professeure de philosophie Sophie Cloutier.

« Il s’agira de la première chaire de recherche sur le monde francophone de notre université à être associée au Collège des chaires de l’Université d’Ottawa. Cette première chaire témoigne de notre engagement en faveur de la collaboration, du dialogue interinstitutionnel et du renforcement de la visibilité et de l’impact de la recherche francophone », se réjouit le recteur de l’Université Saint-Paul, Louis Patrick Leroux.

Intitulée Chaire de recherche sur la pluralité et l’hospitalité dans le monde francophone, elle s’intéressera aux dynamiques d’intégration, d’accueil et d’engagement citoyen. 

Alors que le débat public porte souvent sur les pressions exercées par l’immigration, la chercheuse souhaite analyser le rôle actif que jouent les personnes immigrantes une fois installées.

« On accuse beaucoup les immigrants d’être la cause de plusieurs de nos maux, comme la crise du logement. L’un des objectifs de ma chaire sera de documenter l’engagement social des nouveaux arrivants », explique Sophie Cloutier. 

« On réduit souvent les immigrants à seulement des bénéficiaires de services sociaux. Mais dans le fond, ils font beaucoup de travail de terrain et ils contribuent énormément à notre société. Ce sont souvent ces mêmes personnes accueillies qui, par la suite, donnent beaucoup de leur temps pour accueillir les nouvelles personnes à leur tour. »
— Sophie Cloutier

Ce rapprochement interinstitutionnel représente également un levier majeur pour le déploiement de ses travaux sur le terrain. Sur la visibilité offerte par ce rapprochement : « Évidemment, ça donne une visibilité aussi aux recherches que j’entends mener. Ça va probablement me permettre de faciliter les rencontres avec les organismes communautaires. »

Elle souligne par ailleurs la pertinence de cette alliance locale entre les deux établissements de la capitale : « Je suis absolument ravie et honorée de pouvoir me joindre à cette structure. On est toutes les deux universités dans la même région, très proches, donc c’est bien de sentir qu’on peut collaborer de manière étroite. »

L’Afrique francophone au cœur de la recherche

Le continent africain occupe une place centrale dans les orientations stratégiques du Collège, incarné notamment par la chaire de Kasereka Kavwahirehi sur la culture des jeunes et l’imagination du futur en Afrique francophone, par le renouvellement de la chaire de Marie-Eve Desrosiers sur les mouvements politiques africains, ainsi que par la Chaire Senghor en gouvernance humaniste des projets attribuée au professeur Lavagnon Ika.

« L’essentiel des outils qu’on utilise en matière de gestion des grands projets est d’inspiration anglo-saxonne, et la culture francophone n’est pas suffisamment représentée », déplore Lavagnon Ika. 

« On pense très souvent qu’un logiciel ou un algorithme d’intelligence artificielle peut nous aider à faire la différence dans nos projets. Or, ces outils ne suffisent pas toujours. Aux questions comme « Qu’est-ce qu’on veut construire? », « Quelle société veut-on devenir? », on ne peut pas répondre sans prendre en compte la gouvernance relationnelle. Il faut rendre la gouvernance plus humaine, plus inclusive et plus humaniste. »

En s’appuyant sur la pensée du poète et homme d’État sénégalais Léopold Sédar Senghor, le professeur Ika prône un rapprochement direct entre les chercheurs d’ici et le continent.

« Ce que Senghor propose, c’est qu’il faut d’abord qu’on soit enraciné dans sa propre culture pour s’ouvrir vers l’autre. C’est une fois avec l’enracinement et l’ouverture qu’on peut être prêt à dialoguer avec autrui et faire une synthèse. On a la possibilité d’accueillir des chercheurs africains à l’Université d’Ottawa et de créer de véritables passerelles à travers le Réseau international des Chaires Senghor », poursuit-il.

Le défi de la découvrabilité et le rendez-vous de 2028

Cette ouverture vers l’Afrique s’inscrit également dans un enjeu de découvrabilité des contenus scientifiques francophones sur Internet, alors que l’Afrique constitue le premier réservoir démographique de la francophonie.

« Comme l’a récemment rappelé Louise Mushikiwabo (Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, ndlr) seulement 3,5 % du contenu sur internet est francophone, alors que la francophonie compte plus de 320 millions de personnes et que l’anglais représente 24 % », rappelle Lavagnon Ika. 

« L’Afrique regorge de francophones. On a tout intérêt à aider ces francophones à prendre leur place dans l’univers mondial et à contribuer au développement de contenus francophones sur Internet. »

Ces développements scientifiques surviennent à un moment stratégique pour la capitale fédérale, qui s’apprête à accueillir le Sommet de la Francophonie internationale en 2028 et dans laquelle l’Université d’Ottawa souhaite jouer un rôle clé.

« Ça va être un carrefour de rencontres et d’échanges, une occasion de tisser des réseaux, de les développer, de partager cette fierté francophone et de faire avancer la découvrabilité en français », anticipe le professeur Ika Lavagnon.

Course à la mairie de Toronto : Chow et Bradford s’affrontent, Alexander attaque les deux bilans

TORONTO – Taxes foncières, logement, transports en commun, congestion et économie : Olivia Chow, Brad Bradford et Chris Alexander ont confronté leurs visions de Toronto mardi soir lors d’un débat marqué par les échanges musclés entre la mairesse sortante et le conseiller municipal. Le troisième candidat a, lui, tenté de renvoyer ses deux adversaires à leur bilan à l’hôtel de ville et de placer la compétitivité économique au cœur de la campagne.

Au Théâtre Isabel Bader de l’Université de Toronto, les trois principaux candidats à la mairie se retrouvaient mardi soir pour leur deuxième débat de la campagne électorale. Dès le départ Olivia Chow a été placée dans la position attendue d’une mairesse sortante : défendre trois années de bilan.

Face à elle, Brad Bradford a multiplié les attaques sur les taxes, le logement et l’état des transports en commun. Mais le conseiller municipal, élu depuis 2018, a lui-même dû répondre de son passage à l’hôtel de ville.

Une situation dont Chris Alexander a cherché à profiter. L’ancien ministre fédéral conservateur a régulièrement attaqué les deux autres candidats, leur reprochant de partager la responsabilité de problèmes qu’ils promettent aujourd’hui de résoudre.

Bradford promet un gel, Alexander attaque les deux bilans

Le ton est rapidement monté lorsque le débat s’est déplacé vers les finances municipales. Brad Bradford a annoncé qu’il gèlerait les taxes foncières lors de sa première année à la mairie et procéderait à un examen « ligne par ligne » des dépenses de la Ville.

Une proposition qui a permis à Chris Alexander de l’interpeller directement. « Vous êtes au conseil municipal depuis huit ans. Aucun examen ligne par ligne. Un déficit de 1,7 milliard de dollars. Assumez-vous une part de responsabilité dans ces échecs? » lui a-t-il demandé.

Alexander réclame lui aussi un examen des dépenses et affirme avoir été le premier candidat à proposer un gel des taxes foncières en 2027. Après le débat, il a accusé Bradford d’avoir repris sa proposition.

Olivia Chow a, elle aussi, utilisé le passé de son adversaire pour contre-attaquer. « J’ai passé les trois dernières années à nettoyer le gâchis », a-t-elle lancé à Bradford, lui reprochant d’avoir contribué à laisser un trou de près de deux milliards de dollars dans les finances municipales.

La mairesse sortante défend plutôt les accords conclus avec les gouvernements provincial et fédéral, notamment le transfert au gouvernement ontarien de la responsabilité du Gardiner Expressway et de la Don Valley Parkway.

Dans la mêlée de presse suivant le débat, elle a assumé le ton particulièrement offensif employé contre Bradford. « Il doit simplement assumer son bilan », a-t-elle insisté, lui reprochant notamment les décisions prises sur le TTC et les redevances d’aménagement.

Trois diagnostics pour le TTC

Les transports en commun ont fait apparaître trois approches différentes. Olivia Chow veut notamment rendre le TTC moins coûteux. Elle propose qu’après dix trajets effectués au cours d’une même semaine, les déplacements suivants soient gratuits.

Brad Bradford estime que le problème se trouve ailleurs. « Personne ne vous dit qu’il ne prend pas les transports en commun à cause du tarif. Ce n’est pas les 3,30 $ », a-t-il insisté après le débat.

Le conseiller municipal pointe plutôt la sécurité et la fiabilité. Il promet des agents en uniforme dans le réseau, des normes de propreté et d’éclairage dans les stations, des portes palières dans les stations les plus fréquentées et une garantie de service de 15 minutes.

« Il s’agit d’établir une culture de responsabilité », a-t-il résumé, estimant que les usagers du TTC doivent être considérés comme des clients dont le temps doit être respecté.

Chris Alexander s’est également opposé à la proposition de Chow, mais en insistant davantage sur les finances du réseau. Pendant le débat, il a évoqué le déficit d’exploitation anticipé du TTC et estimé qu’une nouvelle réduction tarifaire risquait d’accentuer les difficultés alors que des investissements sont nécessaires dans la fiabilité, la sécurité et les infrastructures.

Sur la congestion, il veut également faire du prochain maire le « responsable en chef de la congestion » de Toronto et lui faire suivre quotidiennement la situation.

Chow renvoie Bradford à son passé sur le logement

Le même jeu à trois s’est reproduit sur le logement. Brad Bradford a attaqué la stratégie d’Olivia Chow et le rythme de construction, défendant plutôt la création de conditions permettant au secteur privé de construire davantage.

La mairesse a répondu en rappelant son passage à la tête du comité de planification et de logement. Elle lui reproche d’avoir contribué à l’augmentation des redevances d’aménagement et à des délais d’approbation qu’elle affirme avoir depuis réduits. « Ce que vous faites et ce que vous avez fait dans le passé compte », a-t-elle encore déclaré.

Chris Alexander a, lui, attaqué les deux. Il juge insuffisants les résultats obtenus en matière de construction et souhaite notamment relancer le logement coopératif en négociant avec Ottawa. Le candidat veut également utiliser davantage les terrains appartenant à la Ville et faciliter la construction de logements intermédiaires.

Alexander veut déplacer la campagne vers l’économie

Moins impliqué dans certains des échanges les plus acrimonieux entre Chow et Bradford, Chris Alexander a cherché à se distinguer sur l’économie. « J’avais l’impression d’être au milieu des deux pendant qu’ils se chamaillaient », a-t-il résumé après le débat.

L’ancien ministre considère que la « vocation économique » de Toronto a été négligée par la mairesse, mais aussi par le conseil municipal, « y compris Brad Bradford ».

Il reproche notamment à Mme Chow de ne pas avoir suffisamment porté Toronto auprès des investisseurs et veut attirer davantage d’entreprises dans les secteurs de l’intelligence artificielle, des technologies et de la fabrication avancée.

M. Alexander souhaite aussi protéger les terrains réservés aux emplois et revoir la fiscalité commerciale pour rendre Toronto plus attractive. Son argument tout au long de la soirée : l’abordabilité ne peut pas uniquement être abordée par les dépenses, les taxes ou le coût des services, mais également par la création d’emplois et la croissance économique.

Deux portraits opposés de Toronto

Au-delà des propositions, Chow et Bradford se sont également affrontés sur le portrait même de la ville.

M. Bradford assume de montrer des images de personnes sans-abri ou aux prises avec des problèmes de dépendance dans sa campagne. Interrogé après le débat sur cette représentation, il a refusé de parler d’« images extrêmes ».

« Ce sont simplement les images que n’importe quelle personne prenant le métro peut voir », a-t-il affirmé, citant notamment Yonge-Dundas Square, les environs de Union Station et certaines lignes du TTC.

« Je veux simplement être honnête avec les gens sur la situation actuelle de la ville », a-t-il ajouté.

Olivia Chow lui reproche au contraire de présenter Toronto comme un « champ de ruines », un terme qu’elle attribue à son adversaire.

Questionnée sur le risque de présenter elle-même une vision trop optimiste de la Ville Reine, la mairesse a reconnu les difficultés auxquelles la ville demeure confrontée. Elle estime néanmoins que Toronto a « tourné un coin » et défend une ville qu’elle décrit comme ambitieuse et confiante.

« Rabaisser la ville en la qualifiant de « wasteland », ce n’est pas ce que nous sommes », a-t-elle répondu.

À l’issue du débat, les trois candidats restaient ainsi sur trois récits distincts : Olivia Chow défendant une ville dont le redressement serait amorcé, Brad Bradford promettant de corriger ce qu’il considère comme une détérioration des services et Chris Alexander affirmant que ni la mairesse ni son adversaire conseiller municipal ne peuvent complètement se dissocier du bilan de l’hôtel de ville.

Ottawa veut intervenir en Cour suprême contre des Acadiens

OTTAWA — Le gouvernement fédéral veut intervenir en Cour suprême dans une cause opposant des groupes de défense des droits des Acadiens au ministère de la Justice du Nouveau-Brunswick. Selon un juriste, cette intervention pourrait avoir comme impact de rendre plus difficile pour les minorités francophones de contester une décision gouvernementale à l’avenir.

Le cœur du litige repose sur la contestation de la décision du gouvernement du Nouveau-Brunswick de fermer des tribunaux situés dans des régions à majorité francophone, les demandeurs soutenant que cette mesure viole les droits linguistiques de la minorité.

Le procureur général du Canada a déposé une demande d’intervention le 18 septembre, selon un document judiciaire déposé à la Cour suprême et obtenu par ONFR.

Le dossier oppose le Forum des maires de la Péninsule acadienne au ministère de la Justice du Nouveau-Brunswick. Si Ottawa ne compte pas intervenir directement contre les droits linguistiques invoqués dans cette cause, son intervention, axée sur le droit administratif, pourrait avoir des répercussions majeures sur l’ensemble des minorités linguistiques au pays.

Cette affaire remonte à 2022, lorsque le gouvernement progressiste-conservateur de Blaine Higgs a décidé de fermer le palais de justice de Caraquet. Au même moment, le tribunal de Tracadie a été transformé en instance satellite, puis définitivement fermé six mois plus tard. En conséquence, les résidents des régions de Caraquet et de Tracadie sont désormais contraints d’effectuer un trajet d’une heure jusqu’à Bathurst pour accéder aux services judiciaires.

En février 2022, le Forum des maires de la Péninsule acadienne a poursuivi le gouvernement provincial, estimant qu’il violait les droits linguistiques des francophones en plus de contrevenir à son obligation de favoriser le développement de la minorité acadienne. Un premier jugement avait donné raison aux représentants acadiens, mais la Cour d’appel provinciale a annulé cette décision.

En mai dernier, la Cour suprême a accepté d’entendre la cause, après que le Forum des maires a porté l’affaire devant le plus haut tribunal du pays.

Le Forum des maires de la Péninsule acadienne réunit les maires et mairesses des différentes communautés de ce territoire majoritairement francophone, situé dans le Nord-Est de la province.

Une « incidence importante » pour l’administration fédérale

Dans sa demande, le procureur général du Canada soutient qu’il doit être entendu par le plus haut tribunal au pays parce qu’il « a un intérêt particulier dans ces questions en raison de l’impact important que cette décision pourrait avoir sur les intérêts du gouvernement fédéral ».

Les avocats du ministère de la Justice écrivent que les répercussions de cette décision « risquent d’avoir une incidence importante sur les principes de droit administratif, l’application de ces principes par les décideurs administratifs fédéraux et le contrôle judiciaire de ces décisions ».

« Un décideur administratif qui rend une décision qui n’est susceptible d’enfreindre aucun droit garanti par la Charte n’est pas tenu de mettre en balance les valeurs consacrées dans la Charte avec les objectifs de la loi qui lui confère un pouvoir décisionnel », avance comme un de ses arguments le procureur général.

Selon Michel Doucet, juriste et spécialiste des droits linguistiques, sollicité pour analyser l’argumentation d’Ottawa, cette position pourrait empêcher que de futurs recours s’appuient uniquement sur l’« esprit » de la Charte pour accorder de nouveaux droits linguistiques au-delà de ce que les tribunaux ont déjà établi.

Selon lui, l’argument avancé par Ottawa rendrait obligatoire l’établissement d’un lien juridique direct entre la fermeture du palais de justice et un droit garanti par la Charte — dans ce cas-ci, les droits linguistiques.

« Si elle était retenue, elle pourrait restreindre la possibilité d’invoquer ces valeurs pour contester une décision administrative qui affecte la vitalité ou les institutions d’une communauté linguistique, lorsque cette décision n’est pas d’abord rattachée à un droit expressément garanti par la Charte », explique le juriste.

En somme, l’argument d’Ottawa réside dans le fait que, sans violation d’un droit clair, on ne peut forcer un ministre à concilier les intérêts des Acadiens avec ses contraintes administratives en se basant uniquement sur l’« esprit » de la Charte, ajoute-t-il.

« L’approche du fédéral tracerait donc une frontière plus rigide entre les droits et les valeurs de la Charte. Les valeurs pourraient servir à guider la mise en œuvre d’un droit déjà reconnu, mais non à obliger un décideur à considérer les effets de sa décision sur une communauté [linguistique] lorsqu’aucun droit précis n’est d’abord établi », explique M. Doucet.

Cette approche du gouvernement fédéral va à l’encontre du raisonnement avancé par le Forum des maires devant la Cour suprême. Le regroupement de maires rappelle que le plus haut tribunal du pays a déjà tranché par le passé que la survie et l’épanouissement des minorités constituent des valeurs fondamentales de la Charte, et que toute décision ministérielle qui leur nuit doit être évaluée en conséquence.

La commissaire Kelly Burke souhaite aussi intervenir

Lundi marquait la date limite pour présenter une demande d’intervention. La commissaire aux langues officielles Kelly Burke a elle aussi fait savoir que son bureau souhaitait intervenir dans la cause.

« Bien que les dispositions en cause dans cette affaire concernent exclusivement le Nouveau-Brunswick, la décision de la Cour suprême pourrait avoir une incidence sur l’interprétation et l’application des droits linguistiques partout au pays », explique-t-elle dans une déclaration écrite.

Kelly Burke est la nouvelle commissaire aux langues officielles du Canada depuis le 30 mars. Crédit image : CLO

Déjà présente lors des étapes juridiques précédentes, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick figure également au nombre des intervenants. D’autres organismes, comme des associations de juristes francophones et une commission de parents francophones, ont aussi déposé une requête pour pouvoir passer devant le banc de neuf juges.

La Cour suprême du Canada devra trancher si elle autorise ces groupes, le Commissariat et le gouvernement fédéral à intervenir dans cette affaire. Aucune date d’audience n’a encore été fixée.

Avec l’appui de Jean Chrétien, Mark Sutcliffe dévoile sa plateforme francophone

OTTAWA – Consacré au dévoilement de sa plateforme pour la communauté francophone d’Ottawa, l’événement tenu mardi soir à La Nouvelle Scène a aussi permis au maire sortant et candidat à sa réélection, Mark Sutcliffe, de montrer le soutien dont il bénéficie au sein de cette communauté.

Parmi ses appuis de marque figure l’ancien premier ministre du Canada Jean Chrétien, qui a annoncé son soutien au maire sortant au cours de la soirée.

« Mark fait un excellent travail. C’est pourquoi je suis très content de pouvoir l’appuyer encore une fois », a-t-il déclaré.

Jean Chrétien s’est également réjoui de l’engagement du candidat à renforcer la présence du français dans la capitale.

« L’engagement à rendre le français encore plus présent à Ottawa me plaît énormément. Quand j’ai été élu en 1963, il n’y avait pas beaucoup de français qui se parlait ici », a-t-il lancé en évoquant l’évolution de la francophonie.

L’ancien premier ministre du Canada Jean Chrétien a annoncé son appui à Mark Sutcliffe lors du dévoilement de sa plateforme francophone. Photo : Amine Harmach/ONFR

Il s’exprimait devant plusieurs personnalités de la communauté, notamment des membres des conseils scolaires, des représentants d’universités et du monde politique ainsi que des acteurs des milieux culturel et artistique.

L’ancienne ministre déléguée aux Affaires francophones Madeleine Meilleur, qui avait coprésidé la première campagne électorale de Mark Sutcliffe il y a quatre ans, était également présente.

Elle a annoncé que des membres de la communauté francophone avaient organisé deux activités de financement cette année, dont celle de mardi soir.

« Je peux vous annoncer que la communauté francophone a recueilli plus de 55 000 $ pour la campagne », a affirmé Madeleine Meilleur.

Selon elle, « la francophonie est au premier rang de ses préoccupations ».

« Je pense qu’il représente un beau modèle en Ontario », a-t-elle ajouté.

« Beaucoup plus qu’un sommet de trois jours »

En plus de cette démonstration de soutien, la soirée a permis à Mark Sutcliffe de présenter ses engagements envers les francophones.

À l’approche du Sommet de la Francophonie, Mark Sutcliffe dit vouloir améliorer les services destinés aux francophones et faire de l’événement un moment durable pour la communauté.

« Je veux m’assurer qu’on livre beaucoup plus qu’un sommet de trois jours en 2028. Je veux travailler avec vous au cours des prochains mois pour qu’il reste un legs durable pour notre communauté après le Sommet », a-t-il affirmé.

Le candidat promet de créer un programme de financement municipal de 500 000 $ pour soutenir les activités organisées autour du Sommet. Il veut faire de 2028 une année de célébrations et « le début d’un nouveau chapitre pour la communauté francophone à Ottawa ».

La Ville a déjà proclamé 2028 Année de la Francophonie à Ottawa.

Mark Sutcliffe souhaite également organiser, au printemps 2027, un Forum francophone à l’hôtel de ville, en collaboration avec l’ACFO Ottawa.

Ce rassemblement permettrait aux organismes et aux membres de la communauté de participer aux préparatifs du Sommet et de réfléchir au legs qu’il pourrait laisser aux francophones de la capitale, a-t-il expliqué.

Le maire sortant entend aussi collaborer avec le comité responsable du legs des Jeux de la Francophonie de 2001 afin de s’inspirer de cette expérience.

« Je veux qu’Ottawa soit reconnue à travers le monde comme une ville pleinement bilingue, une ville que les francophones de la planète veulent visiter et une ville où la communauté francophone est vibrante », a-t-il insisté.

Une révision de la politique de bilinguisme

Mark Sutcliffe s’engage à lancer, dès 2027, un processus de révision de la Politique et du Règlement sur le bilinguisme de la Ville d’Ottawa.

Adoptés en 2001, au moment de la fusion municipale, ces deux textes n’ont jamais été révisés depuis leur entrée en vigueur.

Selon Mark Sutcliffe, les besoins de la communauté ont considérablement évolué en 25 ans, notamment en raison de l’immigration en provenance de pays francophones, de l’émergence des médias sociaux et des changements dans la manière d’accéder aux services municipaux.

« Le temps est venu de moderniser le règlement et la politique », a-t-il affirmé.

Le maire sortant considère le bilinguisme comme une richesse, mais également comme un avantage économique pour la capitale.

« Le bilinguisme nous permet d’attirer une main-d’œuvre éduquée et des entreprises performantes. Il soutient aussi le tourisme, qui fait vivre des centaines d’entreprises et de restaurants », a-t-il soutenu.

Il souligne que le bilinguisme se trouve aussi au cœur de l’entente de coopération économique récemment signée avec la mairesse de Gatineau.

Des investissements dans les organismes francophones

Mark Sutcliffe a par ailleurs présenté plusieurs investissements municipaux réalisés pendant son mandat comme des exemples de son soutien à la communauté francophone.

Il cite notamment le financement accordé à la Maison Marie-Louise, à Vanier, au nouveau Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), à la Maison de la Francophonie d’Ottawa, dans l’ouest de la ville, ainsi qu’à La Nouvelle Scène.

La Ville s’est aussi engagée comme partenaire dans le projet de carrefour communautaire porté par le Centre des services communautaires Vanier, au 250, chemin de Montréal.

« Nous devons maintenir cet élan, protéger nos acquis et continuer à faire avancer notre communauté », a conclu Mark Sutcliffe.

Plus de programmes en français

Selon le bilan présenté par le candidat, l’offre de programmes récréatifs en français a augmenté de 6 % l’année dernière. Durant les six premiers mois de 2026, elle aurait progressé de 17 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Les camps d’été en français auraient connu une hausse de 41 % depuis 2024, avec la création de plus de 1400 nouvelles places.

Entre autres mesures annoncées, il propose aussi d’accroître de 33 % la cohorte francophone du cours de formation en leadership de la Ville. Le nombre de participants passerait de 375 à 500 par année afin de former une relève de leaders communautaires francophones.

Français à la Défense : le ministre McGuinty convoqué en comité parlementaire

OTTAWA — Le ministre de la Défense, David McGuinty, sera convoqué en comité parlementaire pour expliquer la décision de son ministère de modifier la langue de travail dans plus de 350 unités, réduisant ainsi la possibilité d’utiliser le français au profit de l’anglais.

Le Comité permanent de la défense nationale a convenu, lundi, d’inviter David McGuinty à venir justifier cette décision, qu’il a lui-même mise sous examen au cours de l’été. Selon le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval, la demande présentée par le Bloc Québécois a fait l’objet d’un consensus lors de cette réunion tenue à huis clos. Une motion officielle en ce sens doit être votée ce jeudi au cours d’une séance publique.

« Ça fait des années qu’on dit partout qu’il faut faire plus de place au français dans l’appareil fédéral — et particulièrement à la Défense, où c’est un problème récurrent —, et on voit sortir une directive qui va dans le sens complètement opposé », déplore M. Barsalou-Duval.

Au total, près de 350 unités ont changé de statut linguistique — principalement en passant d’une désignation bilingue à unilingue anglophone —, selon des données de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes. Quelques jours après que ces changements ont été révélés dans les médias, le ministre McGuinty a ordonné « l’examen et la révision » des désignations de la langue de travail au sein des Forces armées canadiennes.

  • Du statut bilingue au statut unilingue : 174 unités sont passées d’un statut bilingue à unilingue anglophone et 29 d’un statut bilingue à unilingue francophone, pour un total de 203.
  • Du statut unilingue au statut bilingue : 67 unités sont passées d’un statut unilingue anglophone à bilingue et 78 d’un statut unilingue francophone à bilingue, pour un total de 145.

(Source : Données du ministère de la Défense nationale en date du 19 août dernier)

Le membre du cabinet de Mark Carney avait alors justifié cet examen en expliquant que « des préoccupations ont été soulevées » et qu’il les prenait « au sérieux ». Les partis d’opposition au Parlement, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada et le syndicat représentant les employés du ministère de la Défense avaient tous exprimé de vives inquiétudes concernant cette directive.

« Le but de faire venir le ministre en comité, c’est de s’assurer que l’annonce qu’il a faite cet été concernant la révision de la directive n’est pas juste de la frime pour faire baisser la température le temps qu’on passe à autre chose », avance Xavier Barsalou-Duval, qui estime que la directive aurait dû être annulée ou suspendue.

Afin de s’harmoniser avec les régions désignées bilingues par le Conseil du Trésor à l’échelle nationale, la nouvelle politique linguistique redéfinit la langue de travail au sein des unités de la Défense. Désormais, c’est principalement l’emplacement géographique de l’unité ou de l’organisation qui détermine sa langue de travail. Bien que la majorité des unités touchées se situent dans l’Ouest canadien, dans les Maritimes et dans certaines zones de l’Ontario, des unités installées au Québec sont aussi concernées par cette mesure.

La Défense nationale soutenait que l’ancienne approche générait « plusieurs défis » et que les modifications faisaient suite à des plaintes jugées fondées par le Commissariat aux langues officielles.

Déposée à la Chambre des communes et parrainée par le député conservateur Pierre Paul-Hus, une pétition dénonçant cette mesure a recueilli 3451 signatures — un nombre particulièrement élevé pour une initiative parlementaire.

Le ministre de la Défense devrait comparaître devant le comité au cours des prochaines semaines.

Basketball WNBA : Allemand et Bankolé font le bilan de leur première saison avec le Tempo

TORONTO — Deux joueuses, deux parcours et deux manières de vivre la première saison de l’histoire du Toronto Tempo. Julie Allemand et Ornella Bankolé s’apprêtent à refermer leur première campagne WNBA au Canada. Elles sont eu une année marquée par les blessures et les difficultés de la nouvelle franchise.

Battu par New York (106-69) dimanche à domicile, deux jours après sa défaite contre Indiana (103-85), le Tempo (11-31) terminera sa première saison mardi à Chicago et jeudi au Connecticut. 

Pour Allemand et Bankolé, le bilan individuel est pourtant loin de se résumer aux résultats de leur équipe. La Belge a consolidé sa place en WNBA au prix d’un calendrier de plus en plus éprouvant. La Française, elle, a transformé son contrat de développement en une première véritable expérience dans la ligue.

Une première saison minée par les blessures

Pour une équipe qui devait déjà tout construire, les blessures ont considérablement compliqué cette première année. Vingt joueuses différentes ont été mobilisées et Laura Juškaitė est la seule à avoir participé à toutes les rencontres du Tempo.

Une instabilité que Julie Allemand place au cœur de son analyse. « Ça a été une saison compliquée avec toutes les blessures. Il a toujours fallu s’ajuster. Nous n’avons pas vraiment eu de hiérarchie. Il y avait des joueuses qui arrivaient, des joueuses qui repartaient blessées », raconte-t-elle à ONFR.

La meneuse belge aurait évidemment aimé que cette première saison se prolonge en séries éliminatoires. Mais individuellement, son regard est beaucoup moins sombre.

« Dans l’ensemble, je suis fière de moi »

« Il y a du positif et du négatif. Dans l’ensemble, je suis fière de moi parce que ça n’a pas été une saison facile, estime Allemand. Par rapport à mes autres saisons en WNBA, c’était peut-être un peu mieux. »

À 30 ans, la Belge s’est installée dans le cinq majeur du Tempo. Vendredi contre Indiana, elle a connu sa 28e titularisation de la saison, son sommet personnel en WNBA, tout en établissant de nouveaux records pour son nombre de paniers inscrits et de points cumulés sur une saison.

Un bilan positif que partage Sandy Brondello. « Julie a fait une très bonne saison pour nous », juge l’entraîneuse, qui souligne son apport des deux côtés du terrain et rappelle qu’elle est régulièrement chargée de défendre sur la meilleure joueuse adverse.

Brondello aurait toutefois aimé la voir tirer davantage, mettant en avant son adresse notamment de loin. Un constat partagé par Allemand : « J’aurais aimé être plus agressive. J’aurais aimé que le ballon revienne plus vers moi. »

La Belge retient aussi ses performances défensives, « meilleures que les étés passés », et le sentiment d’être restée la joueuse qu’elle est, « toujours au service de l’équipe ».

« On n’est pas des robots »

Le retour à Toronto n’a pas été évident pour Julie Allemand. Quelques jours plus tôt, le parcours de la Belgique s’était arrêté en quarts de finale de la Coupe du monde, battue 93-74 par l’Allemagne, pays hôte.

La meneuse ne cache pas avoir eu du mal à trouver la motivation pour cette dernière semaine d’une saison dont l’issue était déjà connue.

« Je pense que ce qui est le plus dur ici, c’est de revenir pour quatre matchs, alors qu’on sait qu’on ne doit même pas se battre pour les playoffs », confie-t-elle. « C’était difficile de revenir, mais je me suis dit : essayer de profiter des derniers matchs, de profiter encore une semaine avec l’équipe. »

Ces rencontres prolongent un calendrier sans véritable coupure entre Fenerbahçe, la WNBA et la sélection belge. « Du repos, je n’en ai jamais vraiment », résume-t-elle.

Une accumulation qui finit par peser mentalement comme physiquement. « On n’est pas des robots », lâche la meneuse, qui repartira presque immédiatement en Turquie pour un match important en SuperCoupe d’Europe face à ÇİMSA ÇBK Mersin, le 7 octobre. Elle aura tout de même un peu de repos « prévu dans son contrat », après cette rencontre, avant d’enchaîner de nouveau une saison complète qui pourrait la ramener à Toronto l’été prochain.

Bankolé, quatre matchs comme une récompense

Ornella Bankolé vit cette fin de saison depuis une perspective presque opposée. « Je suis super contente! », lançait-elle après avoir appris qu’elle pourrait terminer la saison avec le Tempo.

Arrivée avec un contrat de développement, la Française avait été activée à plusieurs reprises sans savoir si elle aurait encore l’occasion de jouer. Les blessures au sein de l’effectif ont finalement permis au Tempo de lui offrir un contrat jusqu’à la fin de la saison.

« Je savais que je resterais avec le groupe jusqu’à la fin pour m’entraîner et les aider, mais je ne savais pas du tout que j’allais être signée », raconte-t-elle.

Là où Allemand doit puiser dans ses dernières réserves, Bankolé veut savourer. « Je pense qu’on mérite de prendre du plaisir sur les derniers matchs. »

Elle ressort de cette première expérience avec le sentiment d’avoir « appris énormément » et acquis une expérience qui va « [l’]endurcir pour la suite ».

L’équipe de France toujours dans un coin de la tête

Cette suite pourrait-elle également passer par un retour chez les Bleues? Pendant que la Belgique d’Allemand disputait la Coupe du monde, Bankolé a suivi attentivement le parcours de l’équipe de France.

« C’est génial ce qu’elles ont fait, c’est historique pour le basket féminin français. Nous sommes super fières de cette médaille », se réjouit-elle.

Bankolé n’a plus porté le maillot de l’équipe de France depuis 2022. L’ailière, qui a eu 29 ans la veille du match face à Indiana, aimerait forcément regoûter aux compétitions internationales.

« C’est des discussions qu’on a avec le coach, c’est à lui de prendre la décision quand il en aura envie ou pas », confie-t-elle, tout en restant prudente sur ses chances. « Ce n’est pas moi qui décide! »

Avant d’éventuellement retrouver les Bleues, Bankolé retournera en Espagne à Saragosse pour reprendre sa saison européenne et continuer de montrer ce qu’elle sait faire au sélectionneur Aimé Toupane.

Allemand, elle, retrouvera Fenerbahçe et « un jeu européen qui me correspond un peu plus », reconnaît-elle. 

Deux retours en Europe qui viendront refermer deux expériences très différentes de la première saison du Tempo : celle d’une Julie Allemand qui a consolidé sa place en WNBA tout en éprouvant les limites d’un calendrier sans véritable pause, et celle d’une Ornella Bankolé qui a entrouvert une porte en WNBA qu’elle espère désormais pouvoir franchir de nouveau.

Tensions avec les États-Unis : les gens d’affaires francophones du pays veulent resserrer leurs liens

La communauté d’affaires de la francophonie canadienne se donne rendez-vous à Ottawa pour un sommet national, alors que l’économie francophone n’est pas épargnée par les récentes turbulences économiques à l’échelle du pays.

Le Réseau de développement économique et d’employabilité du Canada (RDÉE Canada) organise ce rassemblement mardi et mercredi. L’événement réunira plusieurs centaines d’intervenants économiques, avec la participation des anciens premiers ministres provinciaux Jean Charest (Québec) et Brian Gallant (Nouveau-Brunswick). Le RDÉE est le porte-voix du développement économique des communautés francophones et acadiennes.

Alors que le premier ministre canadien, Mark Carney, multiplie les appels à diversifier l’économie canadienne pour réduire sa dépendance envers les États-Unis — notamment à l’international et par la promotion du commerce interprovincial —, les entreprises francophones ne sont pas étrangères à cette réalité.

« Très peu de gens savent que, hors Québec, la francophonie compte 116 000 entreprises et 3 millions de locuteurs. Très peu savent que l’espace francophone mondial pèse pour 16 % du PIB et 20 % du commerce mondial », énumère Yan Plante, PDG du RDÉE Canada.

« Donc, on a la responsabilité d’informer, d’expliquer et de valoriser cela. Si les gens ne sont pas au courant, on ne peut s’attendre à ce qu’une entreprise du Québec cherche à diversifier ses marchés vers l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, l’Alberta ou la Saskatchewan si cet entrepreneur-là ne sait même pas que ça existe. »

Il espère que ce rassemblement des acteurs économiques de la francophonie canadienne constituera un premier pas ou permettra de saisir de nouvelles occasions dans le contexte actuel.

« Parmi ces 116 000 entreprises-là (francophones hors Québec), il y en a qui sont prêtes à faire du commerce à l’extérieur de leur région ou de leur province, et elles peuvent faire partie de la solution. Donc il y a des opportunités », présente-t-il.

Le président et directeur général du RDÉE Canada, Yan Plante. Gracieuseté

Yan Plante y voit notamment des possibilités pour les entreprises du Québec qui doivent trouver de nouveaux fournisseurs ou partenaires hors de leurs frontières afin de faire des affaires en français. Il mentionne entre autres la stratégie fédérale de développement d’infrastructures dans le Grand Nord, qui pourrait profiter aux entreprises francophones de l’ensemble du pays, tout en soulignant le potentiel du repreneuriat, facilité par une langue commune.

« On ne veut pas que les gens quittent le sommet avec seulement des idées en tête, mais avec un appel à l’action : une personne à rappeler, un marché à explorer, une idée à développer. On veut passer à l’offensive avec la francophonie et saisir son potentiel, encore sous-utilisé et méconnu », affirme-t-il.

Conflit économique avec les États-Unis

La guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis s’est intensifiée au cours des dernières semaines avec l’imposition de droits de douane et de contre-tarifs de 50 % sur une panoplie de produits américains et canadiens. Les États-Unis appliquent des taxes douanières de 50 % sur près de 28 milliards de dollars de produits canadiens. Le Canada a répliqué, « dollar pour dollar », à l’offensive américaine en ripostant de la même manière par l’imposition de tarifs atteignant également 50 %.

Yan Plante constate que les 116 000 entreprises francophones hors Québec reflètent le portrait national. En Atlantique, la majorité des francophones évoluent dans le secteur des pêches, tandis qu’ils sont très présents dans l’industrie forestière dans le nord de l’Ontario, illustre-t-il. Des secteurs comme le bois et l’aluminium sont « durement touchés » par la situation actuelle, note-t-il, alors que d’autres entreprises profitent toujours de l’avantage concurrentiel du dollar canadien, plus faible que la devise américaine, pour poursuivre leurs activités chez nos voisins du Sud.

« C’est l’incertitude qui demeure le problème principal. Quand les entrepreneurs reportent leurs investissements pour moderniser leurs usines, cela crée un impact difficile à mesurer aujourd’hui, mais qu’on va sentir dans les prochaines années. Ce ne sera pas sans conséquences, et combien de temps cela peut-il durer? », s’interroge le président de l’organisme économique.

Le Sommet national du RDÉE Canada se déroule au Centre de conférences et d’événements d’Ottawa les 22 et 23 septembre.

Déjà la file d’attente pour la nouvelle clinique de soins urgents en santé mentale à Ottawa

OTTAWA – Le Royal ouvre ce lundi à Ottawa la première clinique spécialisée en soins urgents de santé mentale et de dépendance de l’Est de l’Ontario, un service sans rendez-vous pour les adultes en détresse psychologique.

« Nous savons qu’il y a un besoin, d’ailleurs nous en avons été témoins ce matin, il y avait une file d’attente avant l’ouverture, alors nous étions aux aguets pour accueillir ces personnes-là et avons pu, heureusement, répondre à la demande », explique Geneviève Côté, directrice des soins aux patients au Royal, hôpital spécialisé en santé mentale et en dépendances de la capitale nationale.

Installée sur le campus de l’avenue Carling, la nouvelle Clinique Minto Greenberg propose un accès rapide, des évaluations, des traitements et un accompagnement à court terme. Le service s’adresse, pour le moment, aux adultes de 18 ans et plus vivant une crise qui nécessite un soutien immédiat, mais dont l’état ne met pas la vie en danger. 

 La clinique comprend une grande salle d’attente, six salles d’entretien, ainsi que des salles de triage et de médication. Photo : gracieuseté du Royal

« D’innombrables personnes et familles confrontées à une crise de santé mentale ou de dépendance ont eu très peu d’options, se tournant souvent vers des services d’urgence déjà très surchargés pendant qu’elles attendaient des soins spécialisés », explique Cara Vaccarino, présidente et cheffe de la direction du Royal.

Des soins en français disponibles, mais non garantis

Contrairement à l’Hôpital Montfort, désigné bilingue à 100 % sous la Loi sur les services en français, la Clinique Minto Greenberg ne dispose pas d’un tel statut officiel.

Interrogé par ONFR, Le Royal assure faire son possible pour servir les usagers dans les deux langues officielles grâce à une équipe sur place de 8 à 10 professionnels par jour.

« Plusieurs membres de notre équipe clinique sont bilingues et peuvent offrir des services en français. Nous ne pouvons toutefois pas garantir que tous les aspects des soins seront toujours offerts directement en français », indique Alyssa Nader, spécialiste des communications au Royal, précisant que des services d’interprétation sont mobilisés au besoin.

L’établissement indique recourir à des services d’interprétation à distance pour combler les besoins lors des consultations médicales spécialisées lorsque le personnel bilingue n’est pas disponible.

« Soins urgents », mais pas pour les urgences vitales

Malgré son appellation de clinique de « soins urgents », l’établissement ne constitue pas un service d’urgence hospitalier traditionnel et ne traite pas les urgences médicales graves. Les personnes présentant des risques immédiats pour leur sécurité ou leur vie doivent continuer de se rendre aux urgences des hôpitaux généraux ou composer le 911.

« Ce n’est pas un service qui remplace les départements d’urgence des hôpitaux locaux », rappelle Geneviève Côté. « Mais nous savons que les salles d’urgence sont débordées. L’objectif est d’offrir une porte d’entrée rapide et un environnement calme, conçu pour favoriser le rétablissement. » 

Une inauguration officielle s’est tenue vendredi dernier en présence, notamment, du maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe. Photo : gracieuseté du Royal

Gratuit avec la carte Santé de l’Ontario, le service peut prendre en charge environ 20 personnes par jour sans rendez-vous, du lundi au vendredi, de 8 h à 16 h, « avec l’idée de prolonger nos heures d’ouverture lorsque nous aurons une meilleure idée du volume du besoin », indique également Mme Côté.

La clinique accueille aussi les patients orientés par d’autres services d’urgence, transférés par le Service paramédic d’Ottawa ou accompagnés par les Équipes mobiles d’intervention de crise du Service de police d’Ottawa.

Sur place, les usagers ont accès le jour même à des évaluations psychiatriques, du counseling de crise, de l’ajustement de médication et du soutien par les pairs.

Les patients sont toutefois invités à consulter le site internet du Royal avant de se présenter à la clinique, où les informations les plus récentes seront affichées sur la capacité d’accueil en temps réel.

Sans financement, le Réseau du patrimoine franco-ontarien devra mettre son équipe à pied

OTTAWA – Le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) se retrouve dans une impasse financière marquée par un second retard de financement de la part du ministère des Affaires civiques et du Multiculturalisme, informe la directrice générale. Âgé de plus de 50 ans, l’organisme patrimonial devra mettre à pied son personnel d’ici la fin du mois d’octobre si le paiement n’est pas effectué, ce qui menacerait la tenue des activités prévues.

Depuis ce printemps, le RPFO attend un versement de 64 000 dollars pour l’année d’imposition 2026-2027. Ce n’est pas la première fois que l’organisme se retrouve dans cette situation. L’hiver dernier, le réseau recevait son financement six semaines après la fin de l’année financière, lui qui avait l’habitude de le recevoir en début d’exercice. Ce retard mettait le RPFO sous une forte tension budgétaire.

« En juin, nous étions déjà en attente des modalités du programme. Nous sommes maintenant en septembre et nous n’avons toujours pas de confirmation du financement ni de date de versement », s’alarme la directrice générale du réseau, Jacynthe Dupont.

« Si le financement n’arrive pas à temps, nous devrons mettre toute notre équipe à pied à la fin octobre ». Il y a deux semaines, le RPFO a dû réduire la charge horaire de son équipe, passant de trois employés à temps plein à seulement deux, le troisième ayant été converti à temps partiel. Le RPFO est un organisme provincial à but non lucratif qui favorise la transmission de l’histoire et de la culture franco-ontarienne.

Incertitude et attente

Pendant une dizaine d’années, l’organisme reçoit ce paiement par l’entremise du ministère du Tourisme, de la Culture et des Jeux. L’an dernier, un changement a entraîné la passation de ce financement au ministère des Affaires civiques et du Multiculturalisme, explique la directrice. La directrice affirme que le ministère du Tourisme, de la Culture et des Jeux n’était pas au courant de ce changement.

Depuis, aucun versement n’a été fait à temps, confie-t-elle, ajoutant que ces changements sans préavis ont eu des répercussions « désastreuses » sur la trésorerie de l’organisme. En plein exercice, le RPFO attend toujours les détails du programme. « Le ministère nous a récemment indiqué que le programme sera lancé cet automne, avec des changements. C’est encourageant, mais nous devons continuer à payer nos dépenses pendant cette attente ».

Sollicité par ONFR, le ministère des Affaires civiques et du Multiculturalisme confirme que le programme de subvention est effectivement planifié pour cet automne, tout en précisant que les détails seront communiqués une fois les décisions finalisées.

Dos au mur, l’organisme a peu d’options en main. Pour poursuivre ses activités sans ce financement, le RPFO devra repousser des dépenses importantes et davantage se reposer sur des partenaires et des donateurs. De plus, la directrice parle d’un recours temporaire au crédit, une alternative qu’elle souhaite éviter.

« Ces solutions ne peuvent pas remplacer durablement une subvention de fonctionnement. Un emprunt doit être remboursé, et nos autres subventions sont souvent réservées à des projets ou à des emplois précis ».

Un héritage en péril

Sans ce financement dont une grande partie sert à payer le salaire de la directrice, les priorités de l’année 2026-2027 liées à la préservation du patrimoine franco-ontarien ne pourront être concrétisées par le RPFO. Mme Dupont rappelle que ce montant demeure inchangé depuis 20 ans, rendant difficile la couverture des dépenses de fonctionnement et de rémunération.

« Nous apprécions ce soutien, qui est essentiel à notre mission, mais son pouvoir d’achat s’est érodé au fil des années. Ce modèle devient difficilement viable dans les réalités économiques d’aujourd’hui », dit-elle, appelant à une prise en considération de la hausse du coût de la vie dans l’octroi du financement.

Alors que l’avenir de l’organisme pourrait basculer dans un mois, elle informe que cette impasse financière représente bien plus qu’un simple délai administratif : c’est une fragilisation graduelle des acquis de la communauté. « Lorsqu’un organisme établi depuis près de 50 ans est menacé de disparition, ce sont les acquis de toute une communauté qui sont en jeu ».

Ce retard met notamment en péril la parution du Chaînon, le dernier magazine imprimé de l’Ontario français diffusé à un lectorat francophone de la province, une perte qui « effacerait une partie de ce que des générations de francophones ont bâti pour faire vivre leur histoire et leur identité ».

Élections municipales : les francophones mis par défaut sur une liste électorale anglophone

En Ontario, lors des élections municipales, le système électoral actuel assigne automatiquement tout citoyen au réseau scolaire public anglophone, à moins d’entreprendre des démarches administratives. Cette mécanique méconnue fausse le poids démographique et linguistique, invisibilisant une partie de la communauté francophone des listes électorales.

Sur le bulletin de vote pour les municipales, les Ontariens, ayant des enfants ou non, sont appelés à choisir les élus d’un des quatre systèmes d’éducation pour les quatre prochaines années, anglophone public ou catholique, francophone public ou catholique.

Or, par défaut, tous les électeurs, même francophones, sont assignés au système scolaire public de langue anglaise, à moins d’entreprendre une démarche administrative pour modifier leur soutien et pouvoir voter pour leurs propres représentants.

Cette mécanique, largement méconnue, affecte notamment la représentativité politique et démographique des francophones sur les listes électorales avec des votes francophones invisibilisés et dilués.

La liste des quatre choix de systèmes d’éducation en Ontario, consultable sur le profil d’un électeur en ligne selon les municipalités. Photo : Capture d’écran

« Nos écoles contribuent directement à la vitalité culturelle, linguistique et communautaire de nos collectivités, a commenté Denis Labelle, président de l’Association des conseils scolaires publics de l’Ontario (ACÉPO). La démocratie scolaire permet aux francophones de participer aux décisions (…) Il est essentiel de préserver et de renforcer cet espace démocratique. » 

Pour Mathieu Fleury, ancien conseiller municipal d’Ottawa, et candidat au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), cette assignation par défaut est malaisante. « Pourquoi ne pas s’assurer que tous les francophones, même sans enfant, contribuent au bon conseil au lieu de l’attribuer automatiquement à l’anglophone public? », soulève-t-il.

« Pour nous, la force de nos institutions francophones pour le rayonnement et la défense de nos droits est primordiale. »

Le vote francophone, un poids politique et démographique

M. Fleury rappelle que les élections municipales et scolaires sont tenues ensemble parce qu’historiquement la démocratie scolaire est issue de l’attribution des taxes scolaires et foncières.

« Au moment du vote, on élit des représentants municipaux qui votent un budget, et de cette attribution des proportions budgétaires, il y a un montant qui va aux conseils scolaires. »

Mathieu Fleury est candidat pour les quartiers 12 et 13 d’Ottawa au sein du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario. Photo : gracieuseté

Celui-ci explique que dans le cas de parents qui ont des enfants dans le système, il y a un certain niveau d’intérêt et de responsabilisation, les conseils francophones tentant de sensibiliser les familles pour qu’elles fassent la modification.

« En revanche pour les francophones qui n’ont pas d’enfants, leur proportion va automatiquement à l’anglophone public sans qu’ils le sachent, prévient-il. C’est comme une attribution indirecte non identifiée ».

Selon Emmanuelle Richez, la présidente du Comité des élections scolaires de l’ACEPO, « bien qu’il n’y ait pas d’impact financier réel, l’impact se fait sentir quand on demande de nouvelles écoles, car il faut pouvoir prouver qu’il y a une demande suffisante. »

Selon celle-ci, le gouvernement provincial consulte les données du registre électoral pour évaluer la taille et le poids des communautés linguistiques lors de la prise de décision sur les infrastructures ou la planification.

« Une sous-représentation sur les listes électorales nuit ainsi directement aux demandes de construction et d’ouverture de nouvelles écoles francophones », affirme Mme Richez.

Des démarches administratives supplémentaires opaques

L’organisme en charge de la collecte d’informations sur l’assignation au système scolaire s’appelle la Société d’évaluation foncière des municipalités (SÉFM/MPAC pour Municipal Property Assessment Corporation).

La municipalité orchestre les élections, mais « la désignation du conseil scolaire demeure la responsabilité de la SÉFM/MPAC », assure Élections Ontario, responsable de préparer la liste préliminaire des électeurs, au moyen du Registre permanent des électeurs pour l’Ontario.

Pour changer l’assignation au conseil scolaire qu’il souhaite appuyer, un citoyen doit se connecter sur le portail en ligne de la SÉFM suivant s’il est propriétaire ou locataire de son logement. La mise à jour peut également leur être demandée par courrier.

« La manière dont SÉFM/MPAC a choisi d’orchestrer sa base de données ajoute des étapes supplémentaires aux électeurs éligibles pour voter pour les conseillers francophones et c’est un grave problème. »
— Yelena Nichilo, candidate au poste de conseillère scolaire pour le Csc MonAvenir

Le 1ᵉʳ juin 2026 était la date limite pour que le choix de conseil scolaire final apparaisse automatiquement sur la liste électorale finale transmise à Élections Ontario.

« Les électeurs de toutes les municipalités peuvent communiquer avec leur greffier municipal pour mettre à jour leurs renseignements ou s’inscrire à la liste électorale (en ligne) à tout moment jusqu’à la clôture du jour du scrutin », précise Élections Ontario.

Passé ce délai, il faut en effet présenter une confirmation à la municipalité pour corriger la liste, mais également modifier les renseignements sur le soutien scolaire au moyen de l’outil en ligne de soutien scolaire de la SÉFM, en prévision des futures élections municipales. 

En cas de déménagement dans une autre municipalité, le choix n’est pas conservé et, sans une nouvelle démarche active, le système réassigne par défaut les électeurs au réseau public anglophone.

« La manière dont SÉFM/MPAC a choisi d’orchestrer sa base de données ajoute des étapes supplémentaires aux électeurs éligibles pour voter pour les conseillers francophones et c’est un grave problème », déplore Yelena Nichilo, candidate au poste de conseillère scolaire à Toronto pour le Conseil scolaire MonAvenir, qui dénonce un système « archaïque, antidémocratique, anti-francophone ».

Le piège du système n’épargne personne, pas même les acteurs du milieu scolaire. Cette dernière observe que de nombreux citoyens sont absents de sa liste électorale, incluant des employés du conseil scolaire MonAvenir : « Ce sont pourtant des gens qui travaillent dans le système et qui sont au courant de cette mauvaise classification », déplore-t-elle.

Modification de dernière minute dans les bureaux de vote?

Questionnée sur cet enjeu, la ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, a assuré qu’en dernier recours, un électeur peut demander à changer son choix sur place à la station de vote.

Sollicitée par ONFR à titre d’exemple, la Ville d’Ottawa nous a assuré qu’un électeur pourra modifier ses renseignements sur la liste électorale à son bureau de vote le jour de scrutin bien que cette démarche doive être effectuée « avant de recevoir le bulletin de vote, en remplissant une ‘demande d’ajout ou de modification de mes renseignements’ sur la liste électorale. »

Dans les faits toutefois, par manque de connaissances du système, peu en feront la demande : « Beaucoup de francophones ou de catholiques découvrent le jour du vote qu’ils sont inscrits par défaut au réseau public anglophone et renoncent à faire rectifier leur statut sur place », analyse Emmanuelle Richez.

Emmanuelle Richez, la présidente du Comité des élections scolaires de l’Association des conseils scolaires publics de l’Ontario (ACÉPO).

« Par contre, ces électeurs (pas sur la liste électorale préliminaire) n’auront pas été sollicités par les candidats et n’auront pas les informations nécessaires pour faire un choix éclairé. »

Vers une modernisation du système?

Sur la question d’une éventuelle modernisation pour que les registres reflètent le poids démographique réel de la minorité francophone, la SÉFM/MPAC se défausse entièrement sur le gouvernement provincial. L’organisme se défend d’avoir un rôle purement exécutif.

« Les exigences en matière de désignation du soutien scolaire, y compris les options de désignation disponibles et le cadre législatif, sont établies par la législation provinciale. Le rôle de la SÉFM est de recueillir et de conserver les renseignements sur la désignation du soutien scolaire conformément à ces exigences législatives. »

Cependant, en ce qu’il s’agit de déterminer ou de mettre à jour la langue ou la foi des occupants, aucune collecte active de leur part. L’organisme reconnait que cela repose uniquement sur la démarche volontaire de l’électeur.

« C’est un enjeu important à vraiment analyser, mais faire une réforme électorale c’est énorme. Ce n’est définitivement pas pour ces municipales-là, mais c’est peut-être quelque chose qu’on peut regarder dans le futur », s’avance prudemment la ministre des Affaires francophones, à notre micro.

Le ministère de l’Éducation, estimant que cela relève de la compétence du ministère des Affaires municipales et du Logement, ne se prononce pour l’heure pas sur l’enjeu.

« Aucun changement n’est envisagé. Les électeurs continueront de pouvoir voter pour le conseil scolaire de leur choix », nous indique Michael Minzak, le porte-parole de Rob Flack, ministre des Affaires municipales et du Logement.

Le gouvernement a rappelé avoir financé plus d’un milliard de dollars dans les infrastructures scolaires francophones depuis 2018 sans toutefois adresser le problème identifié : sans révision du mécanisme d’inscription, une majorité de citoyens francophones restent, à leur insu, effacés des listes électorales des systèmes d’éducation francophones.

Le TIFF dévoile ses lauréats et clôt une 51ᵉ édition originale

TORONTO – Ce dimanche, au TIFF Lightbox, 12 prix ont été décernés dans plusieurs catégories à des cinéastes canadiens et internationaux, dont un remis à «  Mesdames et Messieurs, Brian Mulroney  » du cinéaste canadien Matthew Rankin. Cette cérémonie conclut 11 jours de festival marqués par la projection de 294 œuvres, dont une trentaine de séries, de documentaires et de longs métrages.

Parmi les distinctions majeures remises dans le cadre du festival figurent le prix du public, attribué par les festivaliers eux-mêmes, le prix Platform – seule section de la compétition soumise à un jury – , deux prix consacrés aux longs métrages canadiens, ainsi que les prix Short Cuts, récompensant les meilleurs courts métrages.

Cameron Bailey a une nouvelle fois été à la barre du Festival international du film de Toronto (TIFF) pour cette nouvelle édition. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Les 12 films lauréats de sa 51e édition incluent :

  • Prix du public : La Bola Negra, réalisé par Javier Calvo et Javier Ambrossi
  • Prix du public pour le meilleur documentaire : Darlene Love : I Know Where I’ve Been, réalisé par Barry Avrich
  • Prix du public Midnight Madness : Ladies and Gentlemen, Brian Mulroney, réalisé par Matthew Rankin
  • Prix du public international présenté : Elsinore, réalisé par Simon Stone
  • Prix Platform : Angh, réalisé par Theja Rio
  • Prix du meilleur long métrage canadien : Sunburn, réalisé par Serville Poblete
  • Prix de la découverte canadienne : Smudge the Blades, réalisé par Cody Lightning
  • Prix Short Cuts du meilleur court métrage international : MAMMALIA, réalisé par Elia Kalogianni
  • Prix Short Cuts du meilleur court métrage canadien : Fight Kid, réalisé par Michael Del Monte
  • Prix Short Cuts du meilleur court métrage d’animation : Into The Betaverse, réalisé par Varun Raman et Tom Hancock
  • Prix NETPAC : Thirteen in Gaza, réalisé par Hosam Abu Dan
  • Prix de la FIPRESCI : Ancestors, réalisé par David Turpin

Matthew Rankin remporte le prix du public « Midnight Madness »

Avec son œuvre mouvementée « Mesdames et Messieurs, Brian Mulroney », Matthew Rankin retrace l’ascension du 18e premier ministre du Canada dans un genre satirique mêlant images d’archives et nostalgie télévisuelle.

La projection du film en avant-première, plus tôt cette semaine en pleine nuit, a rassemblé un public déjanté, hâtif de voir l’œuvre. L’événement a été précédé d’un tapis rouge réunissant toute l’équipe du film ainsi que celle de l’Office national du film (ONF), qui a porté le projet.

Mesdames et Messieurs, Brian Mulroney, de Matthew Rankin, figure parmi les productions canadiennes francophones au TIFF 2026. Photo : gracieuseté de l’Office national du film du Canada

Matthew Rankin, cinéaste manitobain établi à Montréal, a été couronné pour son film consacré à Brian Mulroney. Photo : ONFR/Alexandre Murray

Pour cette 51e édition du TIFF, le public était composé d’une importante communauté francophone. Photo : ONFR/Alexandre Murray

« Quelle bonne nouvelle, je remercie tous mes collaborateurs et l’ONF pour la réalisation de ce film. Je pense que c’est le moment où nos institutions culturelles nous portent, il est donc important que nous protégions des organismes comme l’ONF et le TIFF. Merci beaucoup », a déclaré le cinéaste franco-manitobain dans un message lu par Cameron Bailey, le PDG du TIFF.

Le prix du public du TIFF, créé en 1978, récompense le film le plus apprécié du festival selon le choix du public torontois.

Les voix francophones manquent encore de visibilité

Enfin, parmi les prix Short Cuts qui récompensent le meilleur court métrage international, la Québécoise Justine Prince a été devancée par la cinéaste grecque Elia Kalogianni. Cette catégorie regroupe des œuvres internationales, canadiennes ainsi que des films d’animation.

Le prix Short Cuts du meilleur court métrage international a été remis à la cinéaste grecque Elia Kalogianni pour son œuvre Mammalia. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Le marché : un nouveau chapitre pour l’organisation

La grande nouveauté de cette année réside dans la création d’un marché qui a attiré 279 réalisateurs et près de 7000 délégués, dont une vingtaine de francophones venus de toutes parts. Ces délégations se sont réunis à Toronto autour de projections, de réunions et de négociations d’affaires, telles que Québec Créatif ou encore Unifrance. Par ailleurs, le Québécois Charles Tremblay a été nommé à la tête de ce nouveau marché.

« Ce marché est important, car nous essayons depuis longtemps de présenter notre public et notre industrie ici à Toronto à de nouveaux cinémas, à de nouvelles industries cinématographiques venues du monde entier et à de nouvelles cultures de la réalisation », a déclaré Cameron Bailey.

Cette année, la création d’un marché officiel du TIFF a ouvert de nouvelles opportunités de financement pour l’industrie canadienne. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Pendant plusieurs jours, le TIFF a transformé le centre-ville. En effet, grâce à ce nouveau marché officiel, l’organisme génère des retombées économiques annuelles estimées à 240 millions de dollars, indique-t-on dans un communiqué de presse.

Dès aujourd’hui et à partir de midi, le public pourra voir gratuitement les films primés par le prix du public au Lightbox. La 52e édition du festival aura lieu du 9 au 19 septembre 2027.

TGV ALTO : rassemblement symbolique d’opposants à la frontière ontarienne et québécoise

Quelques centaines de manifestants se sont rassemblés à Saint-Eugène, à la frontière de l’Ontario et du Québec, pour manifester leur opposition au projet de train à grande vitesse (TGV) et interpeller les candidats aux élections provinciales québécoises et municipales ontariennes.

Agriculteurs, élus et résidents de l’est de l’Ontario et du Québec ont convergé vers la ferme Legault pour s’opposer au projet, dont le tracé — qui doit être dévoilé à l’automne — traversera l’Est ontarien.

Près d’une cinquantaine de tracteurs décorés d’enseignes anti-Alto ont défilé samedi à cette ferme située à quelques centaines de mètres de Hawkesbury-Est.

« On a peur pour la division de la communauté », soutient Geneviève Bédard, venue de Saint-Eugène avec sa famille.

« Les enfants vont perdre leurs amis d’école et la communauté va se diviser en deux », déplore-t-elle.

La municipalité pourrait se voir coupée en deux par un pont ferroviaire ou par la voie empruntée par le TGV. Mme Bédard craint également l’impact sur le marché immobilier local, alors que la disponibilité de logements est déjà limitée.

« Qu’est-ce que ça va créer s’ils exproprient autant de gens en même temps? Ça va faire en sorte qu’il va y avoir plein de monde qui va chercher des maisons, et ça va créer une pénurie. Les gens qui vont vouloir vendre vont monter leurs prix parce qu’il y aura beaucoup d’acheteurs », s’inquiète la résidente de l’Est ontarien.

À quelques pas de là, Michel Lalonde craint lui aussi l’impact immobilier du projet ferroviaire pour Chute-à-Blondeau, un village du canton de Hawkesbury-Est qui pourrait faire partie du tracé, à l’instar de Saint-Eugène. Habitant au bord de l’eau, il redoute en outre la pollution sonore.

« Il y a des maisons sur le bord de cette même route, à Chute-à-Blondeau, qui sont plus difficiles à vendre aujourd’hui. Il n’y a rien en bas d’un million de dollars sur le bord de la rivière; de l’autre côté, c’est 500 000 $. Le monde a peur du bruit », avance-t-il.

Des résidents du Québec et de l’Ontario se sont déplacés pour l’occasion.

Photo : Pascal Vachon / ONFR

Lui-même ancien agriculteur, il dit s’être déplacé pour soutenir les personnes touchées.

« Pour moi, ça aurait été terrible », s’imagine le Franco-Ontarien.

« S’il y avait eu un grand terrain et qu’il avait fallu que quelqu’un coupe mes terres en deux… L’argent, ça ne donne rien comparé à tous les inconvénients qui viennent avec. Je trouve que c’est très triste pour les agriculteurs. Et financièrement, pour le gouvernement, je trouve ça déplorable », ajoute Michel Lalonde.

Le TGV, qui reliera Québec et Toronto en environ cinq heures, doit notamment s’arrêter à Ottawa et à Kingston. La grogne s’intensifie depuis plusieurs mois dans l’Est ontarien et ailleurs contre ce projet mis de l’avant par Ottawa. Plusieurs propriétaires touchés ont refusé l’accès à leurs terres aux employés de la société d’État. Des municipalités, dont les Comtés unis de Prescott et Russell ainsi que le Caucus des préfets de l’Est de l’Ontario, ont exprimé leur opposition officielle en adoptant des résolutions.

De son côté, le fermier Daniel Serré craint le pire pour ses terres.

« C’est censé passer ici, mais j’espère qu’ils vont changer d’idée et qu’il n’y en aura pas, soupire-t-il. Ce que je trouve le plus déplorable, ce sont de belles terres agricoles qui sont massacrées. Carrément massacrées », complète-t-il.

Plusieurs personnes interrogées samedi ont également dénoncé le coût d’une telle infrastructure, estimé à près de 90 milliards de dollars par Alto.

« L’argent est-il là? C’est de l’argent public. Ils parlent de 90 milliards, mais on s’entend que ce sera peut-être beaucoup plus. Ce n’est pas un projet viable selon moi », juge Stéphane Sénéchal, venu de Mirabel pour l’occasion.

L’impact environnemental fait aussi partie des principales préoccupations des opposants.

« Les terres agricoles, la faune… ça affecte tout », dénonce Debbie Scharf aux côtés de son conjoint, Joe.

Debbie Scharf aux côtés de son conjoint, Joe, venus manifester contre la future infrastructure ferroviaire.
Photo : Pascal Vachon / ONFR

« Ce n’est pas une bonne chose pour l’Est de l’Ontario, poursuit celle qui habite près de Carleton Place. Très peu de gens l’utiliseront. Pour parler franchement, ce n’est pas le citoyen ordinaire qui va s’en servir. C’est un train à vocation récréative, il n’est pas destiné aux déplacements professionnels. »

Jean-Claude N’da : 30 ans d’entrepreneuriat au service de la francophonie

TORONTO – Entrepreneur, coach, formateur, conseiller stratégique… Le président de l’ACFO-Toronto, Jean-Claude N’da, multiplie les casquettes. Derrière son rôle de leader communautaire se cache un homme d’affaires déterminé à faire rayonner la francophonie torontoise.

« D’où vient ce vif engagement pour la communauté francophone de Toronto?

Après un court séjour à Gatineau lors de mon arrivée au Canada, je me suis installé définitivement en Ontario en 2017. Cette année-là, je me suis impliqué comme bénévole à l’ACFO-Toronto. Par la suite, en intégrant le Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario (RIFCSO), mon agenda s’est nettement chargé, et puis, en me familiarisant avec ce réseau, j’ai développé une grande expertise, que je suis ensuite revenu mettre au service de l’ACFO.

Vous êtes bien connu de la communauté, mais vous connaît-on vraiment? Que ne sait-on pas encore de vous?

Beaucoup de personnes ne savent pas que je suis entrepreneur et que c’est une passion qui m’anime depuis la fin de mes études. J’étais chef d’entreprise en Côte d’Ivoire avant ma vie en Ontario. J’intervenais dans l’immobilier, la distribution, et j’accompagnais des organisations non gouvernementales, en plus de coopératives.

Ce que j’aimais par-dessus tout, c’était soutenir les jeunes ou les femmes en quête de financements, notamment dans le domaine agricole. Une bonne partie de ma vie a donc été marquée par l’entrepreneuriat, et peu de gens connaissent cette facette, ça fait partie des mystères entourant Jean-Claude N’da.

Jean-Claude N’da a été élu président de l’ACFO-Toronto en 2025 pour défendre les intérêts des francophones, où il a commencé comme bénévole quelques années plus tôt. Photo : Gracieuseté

Si l’entrepreneuriat peut être perçu comme une démarche plutôt individuelle, comment y intégrez-vous une dimension collective?

J’encourage beaucoup mes confrères qui m’approchent, souvent pour créer des organismes à but non lucratif francophones dans le Grand Toronto. Nous avons énormément de compétences sur le terrain, mais ils peuvent hésiter parfois par manque d’assurance ou par crainte. Il faut les soutenir et les pousser à mettre en place ces structures. C’est exactement ce que je fais.

Qu’est-ce qui vous passionne dans l’entrepreneuriat?

J’ai commencé il y a 30 ans, en 1996. Depuis tout petit, j’ai ce sentiment d’avoir la fibre entrepreneuriale en moi. Mon père possédait de grandes plantations de café et de légumes, et ma grand-mère produisait des pagnes qu’elle commercialisait. Tout cela m’a encouragé.

Comment garder le cap de l’action et de la créativité à l’ACFO-Toronto quand on dispose de moyens assez modestes?

Au niveau de l’ACFO, on essaie d’innover et de progresser à chaque instant. Même si nous n’avons pas les fonds nécessaires et que nous nous appuyons sur le volontariat, on espère que toute la francophonie saisit l’enjeu des francophones et nous appuie dans la bonne direction, car nous voulons apporter plus.

J’ai une philosophie simple : j’aime apporter quelque chose à ceux dont je croise en chemin. Je ne cherche pas forcément de la reconnaissance, mais j’aime apprendre et donner à la vie. Et donner à la vie, c’est aider à apporter quelque chose à ceux que je rencontre. Donc, je me sens très à l’aise de dire à quelqu’un : « Si tu as besoin d’aide, n’hésite pas. »

Le président de l’ACFO-Toronto a lancé cette année la première édition de Franco-Été, un projet pilote conçu comme un rendez-vous culturel annuel visant à rassembler la communauté francophone autour de sa richesse culturelle. Photo : Gracieuseté

Comment définiriez-vous votre rôle de président à l’ACFO-Toronto?

Je voudrais avant tout que la communauté francophone rayonne. Ça fait partie de mes attentes mais aussi des défis à surmonter. Mon rêve est que tout francophone qui arrive à Toronto sache d’emblée qu’il a sa communauté ici. En effet, lorsqu’on arrive au Canada, on pense souvent au bilinguisme, mais on pense rarement à l’existence d’une communauté francophone. Cette dernière a des droits, elle a des besoins de se bâtir et de se développer ainsi que d’affirmer sa présence et de faire reconnaître sa contribution.

Ainsi, peu importe d’où l’on vient, que ce soit du Cameroun, du Congo, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal ou du Vietnam, on se retrouve dans un environnement où l’on ne sait pas forcément comment les choses se passent et on a besoin d’apprendre. Cela demande beaucoup de résilience car c’est une prise de risque d’abandonner ce qu’un immigrant abandonne quand il part pour l’inconnu. C’est important de reconnaître leur contribution, parce que sans eux, beaucoup d’entreprises ne pourraient pas fonctionner.

Vous n’avez pas été très satisfait de la première édition de Franco-Été, la qualifiant de premier échec dans votre vie. Pourquoi une telle autocritique?

Lors de cette première édition, des pépins techniques nous ont obligés à ajuster le déroulement de la soirée. J’en ai été touché, car mon père nous a inculqué le sens des responsabilités depuis tout petit : apprendre à analyser une situation pour prendre les bonnes décisions et les bonnes attitudes qui servent l’intérêt collectif. Il nous a enseigné à ne pas vivre de manière égocentrique, mais plutôt à servir les autres, les accompagner et les aider.

Jean-Claude N’da s’adresse à la lieutenante-gouverneure de l’Ontario lors du lever du drapeau de la Francophonie internationale en mars 2026. Photo : Gracieuseté

D’autres figures de la francophonie évoquent régulièrement les défis d’entreprendre en tant que personne noire au Canada. Partagez-vous ce constat?

Pour enrichir notre francophonie, on a besoin d’aller vers l’entrepreneuriat, et quand tu as une solide maîtrise en anglais, cela facilite les choses. Mais entreprendre au Canada reste tout de même un réel défi. On arrive dans un environnement dont on ne connaît pas toujours les règles. Le fonctionnement des affaires y est très différent de celui de nombreux pays d’Afrique. En plus, ceux œuvrant à l’échelle locale ont besoin de bâtir leur nouvelle clientèle. Même si beaucoup d’entre eux visent la diaspora, il faut faire en sorte que ce qu’ils proposent puisse s’adapter à leur nouvelle réalité. L’essentiel est de ne pas se limiter, d’élargir ses horizons et d’aller à la conquête d’autres communautés.

Le Jour des Franco-Ontariens approche! Avez-vous prévu quelque chose pour l’occasion?

Évidemment, on aura notre traditionnel lever du drapeau que l’on place cette année sous le signe de la relève. Nous allons ainsi inviter les étudiants car c’est cette relève-là que nous voulons mettre à l’honneur ce 25 septembre.

Ça reste un événement historique pour toute la communauté franco-ontarienne, mais aussi un moment de rassemblement et d’affirmation. On voudrait pouvoir mobiliser les francophones, les institutions et les organismes afin qu’ils viennent marquer leur présence, parce que ce drapeau représente toute une lutte pour nous.

Ce drapeau est une fierté qui doit être le symbole de notre volonté d’être reconnus, d’être pris en compte. C’est le symbole que nous voulons que notre communauté, surtout à Toronto, soit parfaitement bilingue, et que ce bilinguisme soit présent dans les institutions et dans la vie de tous les jours. »


2017 : Installation à Toronto.

2018 : Intégration de l’équipe du Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest (RIFCSO) de l’Ontario.

2019 : Mise sur pied du Comité local en immigration francophone (CLIF) de Toronto.

2022 : Création du Groupe de travail en immigration francophone de Simcoe, lequel devient, en 2024, le Comité local en immigration francophone (CLIF) de Simcoe.

2025 : Élection à la présidence de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.

Suggestion de lecture : un ovni littéraire né en prison


Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Ma curiosité naturelle et mon rôle de chroniqueuse littéraire me font lire de tout, et ce n’est pas un euphémisme! Quand j’ai lu le résumé du nouvel ouvrage de Michèle Vinet, Mes beaux Rimbaud (éditions L’Interligne), j’ai sauté dessus comme une abeille sur du miel! Michèle a animé des ateliers littéraires dans une prison fédérale pour femmes et dans un centre de soins de santé mentale, qui ont inspiré son livre. Je me suis dit que je ne pouvais qu’être surprise…

Et pour l’être, je l’ai été! Mes beaux Rimbaud fait partie de ces ouvrages inclassables, hors normes, atypiques, qui ne plaisent peut-être pas à tout le monde, mais qui valent le détour. Un petit ovni sur la scène littéraire franco-ontarienne qui se lit étrangement. J’ai eu l’impression, en le feuilletant, de contorsionner le temps. C’est un livre venu d’un lieu où l’on ne s’attend pas à le trouver : des centres de détention et de soins de la santé mentale.

Dans son avant-propos, l’autrice explique que sa pratique littéraire a été pour toujours transformée par les rencontres improbables qu’elle a faites en 2012 au pénitencier fédéral pour femmes de Joliette, à l’établissement de détention Leclerc pour hommes à Laval et chez Les Impatients à Montréal, un organisme venant en aide aux personnes ayant des problèmes de santé mentale. Des rencontres faites dans un cadre qui n’a rien de joyeux…

Michèle Vinet autrice de Mes beaux Rimbaud. Crédit photo : Rachelle Bergeron

Mes beaux Rimbaud est né un peu par hasard : Vinet a été tellement chamboulé par son premier atelier qu’elle a été emportée par le besoin viscéral, en pleine nuit, d’écrire sur son ressenti. D’autres textes se sont collés à celui-ci, avant de finir dans un tiroir. Ce n’est que des années plus tard qu’elle retombe sur eux accidentellement, et décide d’en faire quelque chose. Elle les a transformés en un étonnant récit, lui-même semblant avoir été imbriqué d’une étrange façon : des textes poétiques font face aux soliloques (lorsqu’une personne seule se parle à elle-même) et des aquarelles d’André St-Onge se glissent ponctuellement entre les mots. Il y a même une lettre écrite par un enfant à sa mère incarcérée, accompagnée d’un dessin enfantin (tous deux fictifs), qui nous rappelle que derrière certaines détenues se cachent aussi des mères. Poignant.

Comment classer Mes beaux Rimbaud? Qu’en retenir? L’autrice parvient très bien à traduire la lourdeur de la vie des personnes qu’elle a rencontrées et la souffrance qu’elle a frôlée de près. Néanmoins, comme elle le dit si bien, son texte est traversé par une profonde humanité :

« Offrir aux prisonniers

Un pouls

En harmonie

Avec la ronde des planètes

Leurs aurores

Et crépuscules

Mauvacés » (p. 28)

Lire des textes hybrides mêlant poésie, images et prose n’est pas toujours évident pour quelqu’un qui n’est pas familier avec ce type d’écriture, je le conçois bien. Pourtant, je recommande vivement ce livre anticonformiste. Court, il se lit rapidement, empoigne le cœur et laisse derrière lui autant de questions que d’impressions tenaces. On comprend que derrière chaque personne incarcérée se trouvent, malgré tout, des êtres humains, et que les ateliers de Michèle ont permis de mettre en lumière cette humanité.

D’ailleurs, le titre, Mes beaux Rimbaud, est un clin d’œil évident au poète français Arthur Rimbaud et à la figure des poètes maudits, rejetés par les bourgeois de leur époque, dont l’œuvre a pourtant fini par être reconnue et célébrée. Les prisonniers et prisonnières rencontrés par Vinet sont, à leur manière, des poètes maudits. Je tiens aussi à saluer l’audace de la maison d’édition L’Interligne, qui a fait le pari de publier ce titre hors des sentiers battus, dans la même ligne poétique inconventionnelle que le roman Tuxedo Kid, mon amour de David Ménard, dont j’ai fait la recension ici.

N’ayez pas peur de lire entre les lignes… ou de regarder ce qui se passe derrière les barreaux.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

« Faisons rayonner les voix de chez nous » : Alex Tétreault prend la tête du Salon du livre du Grand Sudbury

SUDBURY – Le Salon du livre du Grand Sudbury (SLGS) a annoncé ce vendredi la nomination du poète queer et francophone Alex Tétreault comme nouveau directeur général et artistique, succédant à Geneviève LeBlanc. Également poète officiel de la ville depuis 2024, le Franco-Ontarien prend désormais les rênes d’une institution phare pour la littérature franco-ontarienne.

Avec l’arrivée du poète et dramaturge sudburois Alex Tétreault à la direction du SLGS, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre pour une institution dirigée pendant neuf ans par Geneviève LeBlanc.

« Alex représente très bien cette nouvelle génération qui va apporter du sang neuf au salon du livre, affirme Jacqueline Gauthier, la présidente du conseil d’administration du SLGS. Il va pouvoir mettre son vécu, son expérience, son regard sur les activités à venir du salon. C’est très excitant de penser qu’on s’en va dans une nouvelle direction. »

Originaire de Sudbury, Alex Tétreault œuvre au sein du milieu artistique et communautaire de la ville depuis 2017. Cette nomination prend un sens symbolique pour celui dont l’amour des livres a été façonné par la littérature du salon. « Je me souviens, enfant, me perdre dans les étagères et dans les rayons de livres du salon. Pour moi, ça a toujours représenté un havre, un espace où je pouvais me réfugier dans les livres, aller découvrir le monde », confie-t-il à ONFR.

Pour son mandat, il veut surtout faire rayonner les voix sudburoises et établir un lien avec la communauté. « J’ai hâte de me mettre au boulot, de commencer à rêver, à imaginer la belle programmation, les belles collaborations que je peux faire avec la communauté ».

Diplômé des programmes francophones de théâtre et de sciences politiques à la Laurentienne, le nouveau directeur avait notamment été finaliste au Prix Trillium de 2025 pour sa pièce Nickel City Fifs, une épopée queer sudburoise coproduite avec le Théâtre du Nouvel-Ontario. L’année précédente, il avait remporté le prix Audace Réseau Ontario de la 43e édition du Contact ontarois pour cette même œuvre.

Entré en poste lundi dernier, le nouveau directeur a rapidement pris le pli : « J’ai déjà commencé des discussions avec des collaborateurs et potentiels partenaires de programmation. »

Conseiller dramaturgique pour la maison d’édition nord-ontarienne Prise de Parole, M. Tétreault souligne que cette nouvelle étape professionnelle est « un moment opportun d’aller sur le plancher des vaches, voir ce qui se passe dans la communauté, s’assurer qu’on crée un environnement propice à la discussion, à l’échange ».

Feuilles vives : la relève théâtrale franco-ontarienne s’invite « À table »

OTTAWA – L’événement Feuilles vives, une initiative de Théâtre Action, lance ce vendredi sa 8e édition, mettant en lumière une dizaine d’artistes franco-ontariens. Avec pour thème « À table », cette programmation propose une lecture d’œuvres théâtrales en développement, produites par la relève dramaturgique francophone des quatre coins de la province.

L’événement biennal Feuilles vives revient ce vendredi à Ottawa pour présenter au public des œuvres théâtrales en pleine ébullition, un moyen de créer un laboratoire d’idées pour les jeunes artistes franco-ontariens. Surtout, les spectateurs auront droit à une diversité de paroles, confie Antoine Côté Legault, le directeur artistique de l’événement.

« On cherche à avoir des pièces qui sont le plus représentatives de ce qui se fait ici en Ontario ». Pour conduire ces œuvres théâtrales, la direction désigne « À table » comme ligne directrice, un thème basé sur la convivialité des échanges, souligne le directeur. « L’idée c’est qu’autour d’une table, on se rassemble, on se raconte des histoires, on échange, on débat. »

Au total, dix oeuvres inédites de jeunes dramaturges et auteurs franco-ontariens seront présentées au public ottavien, à la Nouvelle Scène Gilles Desjardins jusqu’à dimanche.

Antoine Côté Legault est un artiste franco-ontarien basé à Sudbury. Photo : Chloé Laduchesse

Des oeuvres engagées et réfléchies

Chaque œuvre portera son propre message, un choix de la direction qui veut avant tout représenter une variété de sujets qui illustrent des thèmes phares de notre société. Les dix œuvres sont réparties dans trois volets. Le premier, Amuse-gueule, aura comme format une lecture d’extraits de pièces. L’audience pourra notamment découvrir La tête dans le sable d’Amélie Trottier, Astéracées de Mishka Lavigne, et Ce que l’on pense d’Alain Lauzon.

Le deuxième volet, Dans la cuisine, introduira Les sons du rien, une pièce rédigée par un collectif du même nom, mais aussi Bélizaire : l’homme effacé de Bénédicte et David Bélizaire, et L’autre qui se pensait fleur de Lionel Lehouillier.

Finalement, le troisième volet À la mijoteuse présentera Ragtime Gal, un texte d’humour sur la santé des femmes créé par France Huot, artiste basée à Sudbury. « Il y a tout à fait une composante politique. J’essaie de l’amener avec beaucoup d’humour et de douceur », dit-elle. « La recherche scientifique par rapport à la santé utérine et à la santé des femmes tarde ».

L’artiste France Huot sera présente à l’événement afin de lire son oeuvre, Ragtime Gal. Photo : Rémi Thériault

La cryptozoologie et moi, une œuvre destinée à un jeune public, signée Eudes La Roche-Francoeur, parle de solitude et de relations parasociales. « Les jeunes ados recherchent ce que moi je recherchais quand j’avais leur âge, et c’est un désir de communauté. En trouver une maintenant avec les réseaux sociaux, c’est très facile d’en trouver une nichée, avec par exemple, des influenceurs. Ça crée des relations parasociales, qui sont des relations à sens unique », dit-il.

Jake et Géraldine de Mickaël Girouard et Une anguille dans mon café d’Isaac Adams figureront également parmi ce troisième volet.

David Bélizaire reviendra avec Bélizaire : l’homme effacé, créé avec Bénédicte Bélizaire lors de l’événement. Photo : Feuilles vives

Accompagner les artistes franco-ontariens

Au-delà des lectures publiques, cet événement est un accompagnement artistique. Les artistes bénéficient d’une opportunité de travailler leurs textes. D’ailleurs, c’est à l’occasion de la précédente édition, à Kingston, que certains artistes ont développé des productions à succès, telles que Os de Vincent Beaudoin ou encore Téton Tardif de Caroline Raynaud.

« Au fil des années, il y a quand même un pourcentage important des pièces présentées dans le cadre de Feuilles vives qui deviennent des productions par la suite », conclut M. Côté Legault.

« C’est vraiment notre mandat de veiller au rayonnement de la communauté théâtrale dans son ensemble. Feuilles vives est une bonne façon de rassembler des gens autant parmi les artistes que le public pour être au courant de ce qui est en train de se faire créer , puis peut-être découvrir les offres de demain qui vont parcourir les scènes ».

London : enfin une clinique où tout se passe en français

LONDON — La Clinique Franco-Santé London a accueilli cette semaine ses premiers patients. Plus de 200 personnes ont déjà ouvert un dossier auprès de ce nouveau point de service francophone, qui permet désormais aux patients de recevoir des soins en français à toutes les étapes de leur parcours.

Le médecin de la clinique a commencé ses consultations cette semaine, tandis que les postes infirmiers sont déjà pourvus. L’équipe n’est toutefois pas encore tout à fait complète : le recrutement d’une infirmière praticienne se poursuit.

Avant même le début des consultations, la demande était déjà au rendez-vous. « Il y a déjà plus de 200 patients qui ont un dossier ouvert », indique France Vaillancourt, directrice générale du Centre de santé communautaire Hamilton-Niagara (CSCHN), l’organisme qui chapeaute la nouvelle clinique. Un nombre atteint alors que le médecin venait à peine de commencer à recevoir ses premiers patients.

Pour la directrice générale, cette ouverture représente « un moment de fierté pour la communauté francophone », mais également l’aboutissement de démarches entamées il y a plus de deux ans.

Quand trouver un médecin francophone relevait du défi

L’arrivée de la clinique répond à une demande qu’Accès Franco-Santé London dit entendre depuis longtemps. « La plus grande demande de tous nos clients était toujours un médecin francophone », explique Danielle Tobin, chef d’équipe de l’organisme, qui accompagne les francophones dans l’information, la coordination et la navigation du système de santé à London.

Avant l’ouverture de la clinique, des médecins parlant français exerçaient bien dans la région, mais aucun n’acceptait de nouveaux patients, selon Accès Franco-Santé. Pour les francophones sans médecin, il fallait alors se tourner vers des professionnels anglophones et trouver des solutions pour franchir la barrière linguistique.

France Vaillancourt, directrice générale du Centre de santé communautaire Hamilton-Niagara (CSCHN), dont dépend la nouvelle Clinique Franco-Santé London. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Accès Franco-Santé pouvait notamment proposer un service d’interprétation téléphonique. Mais son utilisation n’était pas toujours simple. « Il y a certains médecins qui ne veulent peut-être pas avoir l’interprétation par téléphone, donc ça devient une barrière », raconte Danielle Tobin.

Certains professionnels préféraient qu’un membre de la famille du patient assure l’interprétation. Une pratique qui n’est « vraiment pas toujours idéale », souligne-t-elle. Dans d’autres situations, certains patients pouvaient finir par recourir à des outils comme Google Translate. « On essayait le mieux qu’on pouvait de trouver des solutions, mais parfois, on avait encore des barrières », résume-t-elle.

Des soins en français « du début jusqu’à la fin »

La différence avec la nouvelle clinique ne réside donc pas seulement dans la possibilité de consulter un médecin francophone. Avoir accès à un service annoncé comme disponible en français ne signifiait pas nécessairement pouvoir effectuer l’ensemble de son parcours dans cette langue.

« Souvent, lorsqu’on offre des services en français ici, ce n’est peut-être pas toujours dès le début du trajet », constate Danielle Tobin.

Le patient pouvait par exemple devoir effectuer ses premières démarches en anglais avant d’arriver à l’étape où un professionnel francophone ou un interprète devenait disponible.

Danielle Tobin, chef d’équipe d’Accès Franco-Santé London, accompagne les francophones dans leur navigation du système de santé. Photo : gracieuseté

À la Clinique Franco-Santé London, l’expérience se veut différente. « En venant ici, vous allez avoir le service complet en français du début jusqu’à la fin », se réjouit-elle.

« La secrétaire est en français. Le secrétaire médical est en français. Les infirmières, les infirmiers. Tout est en français », poursuit-elle.

Accès Franco-Santé, qui demeure une organisation distincte de la clinique, prévoit désormais de travailler étroitement avec cette dernière et de développer des collaborations. Danielle Tobin a déjà reçu les retours de quelques-uns de ses clients ayant obtenu un premier rendez-vous.

« J’ai eu des retours de quelques clients qui nous ont dit qu’ils ont eu un rendez-vous et qu’ils étaient vraiment contents que tout soit en français. » 

« Les planètes se sont vraiment alignées »

Les besoins en soins primaires en français avaient été documentés bien avant l’ouverture de la clinique. Il y a plus de deux ans, Accès Franco-Santé avait fait appel au consultant Stéphane Ouellet pour dresser un état des lieux et examiner les partenariats susceptibles de permettre l’arrivée de services médicaux en français à London.

C’est dans ce contexte que France Vaillancourt est approchée. « La conversation avait piqué ma curiosité », se souvient-elle.

Lorsqu’un programme provincial d’expansion des soins primaires est ensuite lancé, la directrice générale du CSCHN y voit l’occasion de concrétiser le projet. Elle dépose une demande de financement couvrant plusieurs régions désignées et London est finalement choisie comme première étape de l’expansion de l’organisme.

Les besoins documentés par Accès Franco-Santé et la désignation de London comme Communauté francophone accueillante contribuent également à faire avancer le projet. « Les planètes se sont vraiment alignées », résume France Vaillancourt.

Un alignement qui s’est poursuivi avec le recrutement du médecin. Grâce à des contacts au sein du CSCHN, France Vaillancourt apprend qu’un médecin francophone ayant déjà exercé dans un centre de santé ontarien souhaitait revenir au pays après plusieurs années à l’étranger. « Quand je dis que les planètes se sont vraiment alignées, c’est aussi parce qu’on n’a pas eu de difficulté à trouver un médecin qui parle français », raconte-t-elle.

Le recrutement d’une infirmière praticienne demeure en revanche plus difficile, à London comme dans la région de Hamilton-Niagara, mais « aussi dans le milieu anglophone » comme le précise Madame Tobin.

« C’est un début »

Plus largement, Santé Ontario-Ouest a fixé au CSCHN une cible de 3000 patients à desservir. France Vaillancourt insiste toutefois sur le caractère organisationnel de cet objectif : il ne concerne pas uniquement la clinique de London. L’ouverture de la clinique ne devrait pas constituer la dernière étape du développement des services francophones du CSCHN à London.

À plus long terme, elle voit surtout l’implantation du CSCHN à London comme une occasion d’élargir l’offre de services de santé en français. La directrice générale évoque notamment la possibilité d’y ajouter de l’ergothérapie, de la diététique ou encore des services de santé mentale pour les adultes, les enfants et les jeunes, déjà proposés dans les autres points de service de son organisme.

Elle insiste néanmoins sur sa volonté de travailler en complémentarité avec les organismes déjà établis à London. « J’aimerais être capable d’ajouter un complément aux services qui existent déjà, explique-t-elle. C’est un début. »

Une journée portes ouvertes doit enfin permettre à la communauté de découvrir officiellement la nouvelle clinique. Aucune date n’est encore arrêtée, mais le CSCHN envisage de l’organiser d’ici la fin octobre ou au début novembre.

Cinéfest Sudbury : les pépites francophones à ne pas manquer lors de la 38e édition

SUDBURY – Pour sa 38e édition désignée sous le thème « Pour penser, pour s’émouvoir », le festival international de films Cinéfest Sudbury reprend ses quartiers au SilverCity. Au menu : une vaste sélection de documentaires, de longs-métrages de fiction et de courts-métrages, tous reflétant les problématiques sociétales de notre époque. Surtout, l’institution met à l’honneur 22 projets francophones provenant de la scène internationale.

« Chaque année, près de 25 % de notre programmation est en langue française », confirme Patrick O’Hearn, le directeur de Cinéfest. « On est fiers de s’assurer que notre vibrante communauté francophone a accès à la programmation ». En effet, la 38e édition du festival revient en force, proposant aux cinéphiles de Sudbury une programmation francophone diverse et variée.

Avec le thème « Pour penser, pour s’émouvoir », le festival propose 22 œuvres francophones, une sélection mêlant comédies, drames, thrillers psychologiques, et documentaires, avec des récits illustrant l’état actuel du monde. « Il s’agit de s’assurer que nous proposons des films qui peuvent résonner auprès du public. Certains thèmes émergent. Chaque année, les cinéastes répondent aux inquiétudes et défis mondiaux. Ils cherchent tout de même à divertir ».

À l’approche du coup d’envoi du festival le 19 septembre prochain, voici notre sélection des films francophones issus du cinéma canadien ainsi que des coproductions internationales à ne pas manquer.

Les Furies, une comédie sportive 100 % féminine

Réalisé par Mélanie Charbonneau, Les Furies sera le premier film canadien diffusé. Il raconte l’histoire de Mélissa, gardienne de but en hockey, souffrant de problèmes de colère. Après la disparition de son club de hockey féminin, écarté en raison de l’arrivée d’une équipe semi-professionnelle masculine, elle décide de former une équipe de derby qui s’entraînera dans le sous-sol d’une église à Waterloo.

Produit par Immina Films, le projet est le deuxième de la réalisatrice à faire partie de la sélection officielle du Cinéfest — son film Outstanding (2025), avait remporté le prix du public lors de la dernière édition.

Sorti en 2025, Les Furies a fait 1,3 million de dollars au box-office canadien. Il sera présenté le jour du lancement de la 38e édition du Cinéfest. Photo : Immina Films

« On a tous envie de voir des femmes underdogs qui décident finalement de prendre leur place. Le film aborde plein de sujets, on parle d’Alzheimer, de violence conjugale, de transidentité, tout cela dans une espèce d’aventure colorée, drôle, puis divertissante », affirme la réalisatrice.

Quête et tension dans La Mécanique des frontières (2025)

Le premier long-métrage du réalisateur québécois Hubert Caron-Guay sera diffusé au Silver City le 22 septembre prochain. Le récit met en scène Mathieu, un jeune homme solitaire de 19 ans, qui reçoit un appel de détresse de sa sœur partie aux États-Unis trois ans plus tôt. Le personnage principal accepte à contrecœur et prend la route vers Tucson, et ce trajet ravive un passé familial douloureux.

« C’est un film qui laisse beaucoup plus de place aux questions qu’aux réponses », dit le réalisateur, à ONFR. « J’étais sensible à ces enjeux d’attachement là. C’est comme ça que j’ai bâti le projet, à travers des personnages qui avaient été abandonnés finalement ».

Photo : Maxime Bernard

D’autres productions canadiennes seront diffusées au public. L’Autre d’Alexandre Franchi, également diffusé au TIFF, sera présenté le 20 septembre. Mon fils ne revint que sept jours, un drame québécois signé Yan Giroux, pourra être visionné le 21 septembre. Le même jour, les jeunes spectateurs pourront découvrir Au revoir, Pluton, un film jeunesse réalisé par Saranne Cormier.

Nitassinan (2026), ou la mémoire innue

Né d’une collaboration entre la poétesse innue Joséphine Bacon et la cinéaste abénaquise Kim O’Bomsawin, Nitassinan est un documentaire qui rend hommage à la terre ancestrale du Nitassinan, au Québec. Le projet est une affirmation du peuple innu, un message porté par des témoignages et une immersion poétique.

« C’est l’histoire du Nitassinan dans sa lumière positive, voir et entendre sa force, sa beauté et la résilience du peuple innu. Ce film est une occasion de raconter notre passé, notre présent et notre avenir dans nos mots, nos images et nos silences. Ce projet révèle sa vision du monde, son lien profond avec la terre, la nature et l’univers », exprime la poétesse dans sa note d’intention.

Nitassinan, qui signifie, « notre territoire » en innu-aimun, est un film autochtone, francophone, axé sur un hommage à la terre ancestrale du peuple innu qui sera présenté au Cinéfest. Photo : Maison4Tiers

« Le message, c’est un hommage à la terre que je fais — un hommage à ceux qui l’ont marché, partagé, navigué, le souvenir qu’ils gardent », ajoute-t-elle. « Je voulais que le film soit visuel et poétique, on ne peut pas faire ça dans une aussi belle terre, une terre qui se conscientise ».

Le cinéma hexagonal au rendez-vous

Plusieurs œuvres de France seront proposées à l’audience sudburoise. Parmi la sélection globale, plusieurs productions et coproductions s’illustrent à travers des registres variés.

Du côté des présentations spéciales, le public du festival peut notamment découvrir Le Rêve américain d’Anthony Marciano, un film inspiré d’une histoire vraie qui suit le destin de deux Français devenus d’importants agents de joueurs de la NBA. La programmation fait également écho aux grands noms du cinéma hexagonal avec Juste une illusion signé par le duo Éric Tolédano et Olivier Nakache, mettant en scène les vedettes françaises Camille Cottin et Pierre Niney.

SoumSoum, la nuit des astres (2026) de Mahamet Saleh-Haroun, fait partie de la sélection francophone du Cinéfest. Il sera diffusé au SilverCity le 27 septembre prochain. Photo : KMBO Films

L’offre de film français s’étend aussi aux coproductions internationales et aux propositions de genres plus singulières. On y retrouve le drame Minotaure d’Andrei Zvyaginstev, un film policier français, mais également letton et allemand ou encore le film d’animation pour adultes Jim Queen à la recherche de la Chloroqueer, une production franco-belge de Nicholas Athane et Marco Nguyen.

SoumSoum, la nuit des astres, le dernier projet du réalisateur tchadien Mahamet-Saleh Haroun, sera présenté le « Avoir un récit fondateur, propre à votre culture, qui fonde votre façon non seulement de voir, mais aussi d’être au monde et votre philosophie de la vie, vous donne une forme de conscience », dit-il par voie de communiqué.

Kusendova-Bashta fait de l’employabilité des immigrants francophones un enjeu de son mandat

TORONTO – Attirer des immigrants francophones en Ontario ne suffit pas : encore faut-il leur permettre de travailler dans leur domaine et de mettre leurs compétences au service de la communauté. La ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, en a fait l’un des enjeux de son mandat, mercredi, devant le Club canadien de Toronto.

Lors d’une période de questions suivant son discours, la ministre a notamment évoqué une récente visite à Kitchener, où elle dit avoir constaté un paradoxe : la présence de nombreux nouveaux arrivants francophones, mais peu de services d’employabilité et d’accompagnement en français.

« Mais en même temps, les nouveaux arrivants n’ont pas d’emploi en français. Comment ça se fait? », s’est-elle interrogée.

Pour la ministre, le problème dépasse l’accès à des services d’accompagnement et touche aussi à la capacité de faire correspondre les compétences présentes dans la communauté avec les besoins en main-d’œuvre francophone.

« On a des personnes qui parlent français, il y a des compétences, on manque de services en français, mais alors comment on fait se connecter les deux pour que ces nouveaux arrivants puissent avoir ces emplois en français? », a-t-elle lancé, estimant qu’il reste « beaucoup de travail à faire » sur cet enjeu.

Selon Natalia Kusendova-Bashta, environ 11 % des nouveaux arrivants accueillis chaque année en Ontario sont francophones. Mais à ses yeux, la question ne s’arrête pas aux arrivées.

« Je pense que l’enjeu le plus important, c’est l’employabilité de ces nouveaux arrivants. »

La ministre Natalia Kusendova-Bashta a répondu pendant une quinzaine de minutes aux questions de Karim Djinko, à l’issue de son discours devant le Club canadien de Toronto. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Une demande qui rejoint celle de l’AFO

Ces propos font directement écho à l’une des recommandations du récent Livre blanc des États généraux de l’Ontario français.

Parmi les quatre recommandations adressées au gouvernement provincial, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) réclame l’établissement d’une « stratégie ontarienne d’immigration et d’ancrage francophones ».

Dans la mise en œuvre du Programme ontarien des candidats à l’immigration, l’organisme demande notamment que la sélection soit arrimée aux besoins régionaux et sectoriels, mais également aux capacités de « reconnaissance des compétences et des acquis de l’expérience » et à l’accès à des « emplois correspondant aux qualifications » des nouveaux arrivants.

Le Livre blanc insiste d’ailleurs sur le fait que l’immigration francophone ne peut être envisagée uniquement sous l’angle des objectifs d’admission. L’enjeu déterminant serait désormais celui de l’ancrage, soit la capacité des personnes à s’établir durablement, travailler, accéder aux services et participer à la vie francophone en Ontario. Les consultations menées dans le cadre des États généraux ont notamment fait ressortir les liens entre accueil, emploi et reconnaissance des compétences.

« Pour ma famille, une grande blessure »

Pour Natalia Kusendova-Bashta, cette difficulté à permettre aux immigrants d’exercer dans leur domaine résonne aussi personnellement. Son père, médecin, est arrivé au Canada en 2000. Mais, selon le récit de la ministre, il n’a pas pu y travailler comme médecin de famille et a éprouvé de grandes difficultés à trouver un emploi dans son domaine.

Deux ans plus tard, il quittait le Canada pour la France, où il exerce aujourd’hui comme médecin de famille. « C’était pour ma famille, bien sûr, une grande blessure, je dirais, mais pour la société, c’était une grande perte », a raconté Natalia Kusendova-Bashta.

La ministre souligne notamment qu’il s’agissait d’un médecin qui aurait pu offrir des services en français en Ontario. Une expérience qu’elle relie aujourd’hui directement au défi de l’intégration professionnelle des nouveaux arrivants francophones.

« Comment on peut faire pour que les nouveaux arrivants francophones soient vraiment employés dans leur domaine, dans leur expertise, car on a besoin de ces compétences? », a-t-elle demandé.

La ministre a également associé cet enjeu au portefeuille de la Santé, son exemple familial illustrant notamment les difficultés rencontrées par certains professionnels de la santé formés à l’étranger. Une indication que la réponse ne relèvera pas uniquement des Affaires francophones, mais devra aussi passer par les ministères responsables des secteurs concernés. 

Le français comme atout sur le marché du travail

La ministre connaît elle-même un parcours d’immigration. Arrivée au Canada alors qu’elle était en sixième année, elle parlait français avant de maîtriser l’anglais. Elle a raconté mercredi que le français avait été « essentiel » durant ses premiers mois et ses premières années au pays. Aujourd’hui, elle le présente également comme un avantage professionnel.

« Le français est un atout immense », a-t-elle affirmé, expliquant aux jeunes qu’il peut leur donner accès à « un marché du travail différent » et à davantage de possibilités professionnelles.

Son discours met ainsi en lumière un autre défi : faire en sorte que cet atout linguistique puisse effectivement se traduire en débouchés professionnels pour les immigrants francophones possédant déjà une expertise.

Lynn Casimiro, présidente-directrice générale de La Cité, a prononcé le discours d’introduction de l’événement du Club canadien de Toronto, dont La Cité était le commanditaire. Photo : La Cité

Des « passerelles vers l’emploi »

Un constat également porté en ouverture de l’événement par Lynn Casimiro, présidente-directrice générale de La Cité.

Pour répondre aux besoins de main-d’œuvre francophone et bilingue, celle-ci estime qu’augmenter l’offre de formation ne suffit pas.

« Il faut répondre aux besoins de main-d’œuvre et ce n’est pas seulement en augmentant la formation qu’on offre », a-t-elle déclaré, appelant à développer de nouvelles approches permettant de préparer plus rapidement les travailleurs aux besoins des employeurs et évoquant notamment des « passerelles vers l’emploi ».

La dirigeante de La Cité a également établi un lien direct entre les besoins en personnel et la capacité de l’Ontario à offrir des services dans la langue de Molière.

« On ne peut pas parler de services en français sans parler des personnes qui peuvent offrir ces services. Et nous ne pouvons pas parler de vitalité francophone sans parler d’emploi, d’innovation, d’entrepreneuriat et d’investissement. »

Une équation qui ramène au constat formulé par Natalia Kusendova-Bashta à Kitchener : d’un côté, des besoins en services et en main-d’œuvre francophone; de l’autre, des nouveaux arrivants qui possèdent des compétences, mais qui ne travaillent pas nécessairement dans leur domaine.

Pour la ministre, parvenir à mieux connecter les deux constitue désormais « la grande question de ce mandat ».

Postes Canada : le prochain PDG devra être bilingue, assure le ministre Lightbound

Le prochain grand patron de Postes Canada n’aura pas l’obligation de maîtriser les deux langues officielles, si l’on se fie à l’offre d’emploi, mais le ministre Joël Lightbound assure qu’aucun candidat unilingue ne sera nommé.

Le prochain patron de l’entreprise de livraison devra démontrer « d’excellentes aptitudes en communication, tant à l’écrit qu’à l’oral, et la capacité à agir comme porte-parole » en public, précise l’offre d’emploi, mais ne sera pas obligé de parler le français et l’anglais.

« La maîtrise des deux langues officielles est préférable », indique l’offre d’emploi sur le site du ministère des Services publics et de l’Approvisionnement Canada, publiée pour le compte de Postes Canada.

L’embauche du prochain PDG « tiendra compte du bilinguisme dans l’évaluation des candidats », assure toutefois le gouvernement.

« Votre profil en ligne doit inclure votre niveau de compétence en expression orale et en compréhension de votre deuxième langue officielle », ajoute-t-on.

Mais le bureau du ministre des Services publics et de l’Approvisionnement du Canada, Joël Lightbound, assure qu’un candidat bilingue sera désigné pour diriger la société d’État.

« Le ministre croit que le prochain PDG de Postes Canada devrait être en mesure de communiquer dans les deux langues officielles. Postes Canada est une institution nationale de grande importance qui doit servir des communautés francophones et anglophones partout au pays, et son dirigeant doit pouvoir s’adresser directement à l’ensemble des Canadiens », commente son cabinet dans une déclaration écrite.

L’actuel PDG, Doug Ettinger, dont le mandat prend fin en mars 2027, prendra sa retraite alors qu’il n’était pas parfaitement bilingue. La prochaine personne à la tête de la société d’État touchera un salaire situé entre 573 000 et 674 000 dollars.

L’annonce de recrutement souligne que Postes Canada pourrait accorder « une préférence » aux individus qui appartiennent à l’un ou à plusieurs des groupes suivants : les Autochtones, les personnes handicapées, les membres des minorités visibles, les membres des communautés 2SLGBTQ+ et les femmes.

Dans une déclaration, la commissaire aux langues officielles du Canada, Kelly Burke, soutient que la maîtrise du français et de l’anglais doit « constituer une compétence essentielle pour tout leader » à la tête d’une institution fédérale.

Les candidats ont jusqu’au 6 octobre pour postuler, indique Services publics et Approvisionnement Canada.

Transformation à Postes Canada

Le prochain dirigeant aura la responsabilité de mener à terme la transformation au sein de Postes Canada.

Au printemps, le fédéral avait annoncé que Postes Canada n’offrirait plus le service de livraison du courrier à domicile partout au pays, se tournant vers les boîtes communautaires. La fin du service à domicile se fera par vagues et s’échelonnera sur une période de cinq ans, touchant près de 4 millions de domiciles. Les colis non urgents pourront aussi être livrés par voie terrestre et non plus aérienne, et l’organisation doit aussi revoir le modèle de ses quelque 6000 bureaux de poste d’est en ouest du pays.

Le gouvernement avait annoncé des mesures dans le but de rétablir la situation financière fragile au sein de la société d’État. En 2024 et 2025, Postes Canada a enregistré chaque année plus d’un milliard de dollars de pertes, alors que depuis 2018, ce montant s’élève à plus de cinq milliards de dollars.

Le prochain PDG devra aussi détenir une « capacité à établir des relations de travail efficaces avec les organisations syndicales », écrit le ministère, alors que Postes Canada a connu plusieurs conflits de travail au cours des dernières années, notamment des interruptions de service en raison de grèves.

Le ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Joël Lightbound, a signalé dans un communiqué la semaine dernière qu’« un changement de direction et un changement structurel au sein de l’organisation seront essentiels ».

« Postes Canada doit prendre des mesures décisives pour fournir les services dont les Canadiens ont besoin, et ce, d’une manière financièrement viable. Alors que notre gouvernement examine ses bilans afin que nous puissions dépenser moins et investir plus, nous demandons à Postes Canada de faire de même », a déclaré M. Lightbound.

Élections au Québec : la francophonie canadienne appelle à un rapprochement durable

En pleine campagne électorale québécoise, la francophonie canadienne invite les partis à renforcer leurs liens avec les francophones hors Québec. Une éventuelle victoire du Parti québécois et sa promesse référendaire n’inquiètent d’ailleurs pas la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

La FCFA veut inciter toutes les formations politiques à s’engager activement dans le renforcement des liens entre le Québec et la francophonie canadienne dans le cadre de la campagne électorale qui se déroule jusqu’au 5 octobre, jour de vote.

« Le Québec et nous, on représente 11 millions de personnes qui parlent français au Canada. Si on veut faire rayonner le français, cela dépend vraiment de notre capacité à nous connaître et à travailler ensemble », estime la présidente de la FCFA, Liane Roy.

Cette dernière considère qu’il existe plusieurs enjeux et objectifs communs, notamment sur le plan linguistique entre les francophones hors Québec et les Québécois, mais aussi en ce qui a trait à la découvrabilité culturelle francophone ou au potentiel économique de la francophonie.

« C’est pour cela qu’il faut que les partis pensent à nous : le prochain gouvernement doit faire de la francophonie canadienne une priorité. Il est temps d’établir un partenariat encore plus fort à cause de tous ces éléments », mentionne Mme Roy.

Mardi, la FCFA a présenté aux partis un mémoire recommandant d’accentuer ce partenariat, d’accroître les échanges entre les deux francophonies, en plus d’inviter le Québec à jouer un rôle plus important au sein de la francophonie canadienne.

La FCFA souhaite qu’un rapprochement accru permette de mieux faire connaître la réalité des Acadiens et des francophones hors Québec dans la Belle Province.

Image générique Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA)
Pour la FCFA, le prochain gouvernement devra faire de la francophonie canadienne une priorité. Photo : ONFR

« Il y a encore de la méconnaissance. Peut-être pas tant du point de vue politique en tant que tel, mais auprès du grand public… Nous voulons être plus présents dans l’environnement québécois pour réussir ce rapprochement », souhaite la présidente de la FCFA.

Aucune inquiétude face à un parti souverainiste

Alors que la campagne électorale est lancée depuis plusieurs semaines, c’est le Parti québécois qui mène depuis plusieurs mois dans les sondages. Ce dernier a promis un référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat, mais pas avant le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche en 2028.

« Ce n’est pas une inquiétude parce que nous avons très bien travaillé avec l’ensemble des gouvernements québécois depuis 1976 », affirme Liane Roy quant à l’éventualité qu’un parti souverainiste prenne le pouvoir à Québec.

Elle rappelle que c’est sous le gouvernement péquiste de Jacques Parizeau qu’a été adoptée la première politique du Québec à l’égard des communautés francophones et acadiennes.

« Évidemment, le choix électoral appartient entièrement aux Québécois et aux Québécoises, nous ne nous en mêlons pas », convient Mme Roy.

« Nous voulons travailler avec toute la classe politique au Québec pour renforcer les liens avec la francophonie canadienne », conclut la présidente de l’organisation représentant près d’un million de personnes parlant la langue de Molière en dehors du Québec.

Les services de santé mentale sont plus difficiles d’accès pour les francophones du Nord

NORD DE L’ONTARIO – Pour les francophones du Nord de la province, trouver des soins de santé en français n’est pas une mince affaire. Selon des consultations menées par le Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario (RMEFNO), l’accès aux soins de santé mentale en français représente un défi majeur, dans un contexte marqué par une pénurie de praticiens locaux bilingues.

L’année dernière, le RMEFNO a fait l’état des lieux dans plusieurs villes du Nord, histoire de prendre le pouls de la population francophone et évaluer l’accès aux services en français.

« On a tenu quatorze séances d’engagement communautaire qui ont rejoint environ 144 participants. Un des premiers constats, évidemment, était l’accès limité aux services en français dans plusieurs secteurs clés de la santé mentale », relate Jonathan Bussières, le directeur général par intérim du Réseau.

Il attribue en partie ce phénomène au manque de personnel bilingue. « Il y a un problème de ressources humaines bilingues. Ça, c’est une réalité partout dans le Nord, partout en Ontario, partout au Canada », avance-t-il, ajoutant qu’au-delà du recrutement, cela nécessite un véritable travail de sensibilisation auprès des fournisseurs de services. « Il faut que ceux qui organisent les services soient conscients premièrement qu’il y a des francophones dans la région, ce qui n’est pas toujours le cas ».

Il affirme que cet obstacle entraîne un renoncement aux soins chez les francophones de la région. « Les gens se disent que les services n’existent pas, donc ils ne peuvent pas en obtenir, puis demeurent avec leurs problèmes et leurs difficultés sans être traités. Ça mène à toute une panoplie de conséquences quand on a des problèmes de santé mentale non traités ».

Jonathan Bussières, directeur général par intérim du Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario (RMEFNO), mène avec l’organisme des formations pour accroître l’offre active des services de santé en français. Photo : Joseph Jethro Sereme

Guérir dans sa langue, un besoin vital

Ouverte depuis maintenant trois ans, la clinique privée d’Isabelle Chaussée a vite suscité un engouement chez les francophones de la région. Par manque de praticiens locaux, elle dit recevoir des clients de la région, mais pas que, puisqu’elle accompagne aussi des clients provenant du Sud. « C’est devenu ma niche sans que ce soit fait exprès. Je réalise qu’il y a des clients de partout qui me contactent pour avoir des services en français. J’en ai de Kapuskasing, de Hearst, beaucoup de Hawkesbury, de Prescott-Russell ».

Au-delà de la question linguistique, l’accès aux soins de santé mentale en français est avant tout primordial pour le succès du traitement, confie Mme Chaussée. « Être capable d’exprimer tes émotions sans avoir à penser à quel mot utiliser parce que c’est ta langue seconde, c’est vraiment ce qui fait le gros travail en thérapie ».

La thérapeute utilise l’exemple de son père, un francophone unilingue, pour démontrer l’importance de se soigner dans sa langue première. « Quand j’étais jeune, et qu’on allait au restaurant, il devenait tellement stressé quand la serveuse venait à table et qu’il fallait qu’il commande en anglais », raconte-t-elle, « Et ça, c’est juste pour commander à manger. Donc, imaginons ce que ça doit être de parler de ses troubles de santé mentale dans une langue qui n’est pas la tienne ».

Isabelle Chaussée, travailleuse sociale originaire de Mattice-Val-Côté, propose des soins thérapeutiques en français pour les patients du Nord de la province. Photo : gracieuseté

Néanmoins, les soins de santé mentale en français restent « un manque qui est vraiment alarmant dans le Nord », dit-elle. Dû à ce fait, des francophones de la province vont jusqu’à solliciter des services en français à l’extérieur du pays. Il y a quelques mois, Éléonore Hamour, psychanalyste basée à Bordeaux, en France, a reçu plusieurs clients franco-ontariens sollicitant ses sessions virtuelles de psychanalyse.

« L’Ontario s’est imposé non pas par un ciblage de ma part, mais par la demande affluente de patients vivant en milieu linguistique minoritaire. Ils se tournaient vers des plateformes comme la mienne pour pallier un cruel manque de praticiens locaux, cherchant désespérément à déposer leur souffrance dans la langue qui les a vus grandir », souligne Mme Hamour.

Rapidement, la clientèle franco-ontarienne représente une part notable de ses rendez-vous, bien qu’elle desserve les communautés francophones à l’échelle internationale. Elle alerte notamment sur les risques d’une prise en charge en anglais pour un patient dont la langue maternelle est le français.

« Pour ceux qui s’essaient tout de même à consulter en anglais, le danger majeur est l’impasse thérapeutique par intellectualisation. Le patient devient le traducteur de son propre mal-être, ce qui dresse un mécanisme de défense inconscient particulièrement tenace ». 

Accroître l’offre active

Le directeur général par intérim du RMEFNO souligne que l’offre active varie par région et institution. « Dans la région de Cochrane, il y a plusieurs petits fournisseurs qui sont des fois essentiellement francophones où la majorité du personnel est bilingue. Quand il s’agit des services offerts par les grands hôpitaux à Sudbury ou Thunder Bay, l’accès aux services en français est des fois beaucoup moins évident ».

Pour y remédier, le RMEFNO propose des modules de formation pour améliorer l’offre active de services en français chez les professionnels et organisations de santé afin de « s’assurer que les personnes bilingues au sein d’une organisation ont le soutien nécessaire pour faire cette offre de services en français ».

À Sudbury, l’hôpital Horizon Santé-Nord, désigné sous la Loi sur les services en français, s’engage à offrir des services en santé mentale en français pour les patients. Pour Jason Séguin, gérant des services d’intervention à la crise ainsi que des unités de services médicaux à la toxicomanie, l’offre active est « particulièrement importante en santé mentale parce que les soins reposent sur l’écoute, la communication, et une bonne confiance ».

Dans le plan stratégique de l’hôpital, Ensemble pour vous 2030, augmenter l’offre active de services en français est l’un des objectifs fixés par l’institution pour assurer une meilleure équité. M. Séguin confirme que, pour le moment, 30 % du personnel de l’hôpital est capable d’offrir des services en français, reconnaissant que l’institution compte augmenter ce taux. « On vise à acheminer 30 % dans tous nos programmes, pas juste 30 % pour tout l’hôpital ».

TIFF : 240 millions de dollars de retombées, mais pas pour tous

TORONTO – Hôtels presque complets, restaurants bondés et commerces à la recherche de personnel supplémentaire : pendant une dizaine de jours, le Festival international du film de Toronto (TIFF) transforme le centre-ville. Cette année, son premier marché officiel pourrait accroître des retombées économiques annuelles déjà estimées à 240 millions de dollars.

Dans le quartier du divertissement (Entertainment District), l’effervescence est particulièrement visible autour de King Street. Pour l’occasion, une partie de King Street West est fermée à la circulation automobile et transformée en zone piétonne, où se croisent festivaliers, professionnels de l’industrie et vedettes internationales.

Emir Ozgundogdu, directeur des ventes et du marketing au Ritz-Carlton de Toronto, affirme que l’établissement, situé juste au sud de tous les plus gros tapis rouges du festival, profite directement de cet achalandage.

« Notre taux d’occupation est actuellement très élevé et l’hôtel est presque complet. Ce n’est pas seulement notre établissement : les hôtels de toute la ville sont très occupés », explique-t-il.

Emir Ozgundogdu, directeur des ventes et du marketing au Ritz-Carlton de Toronto. Photo : Amine Harmach/ONFR

Le Ritz-Carlton accueille pendant le festival des studios, des personnalités et une clientèle internationale.

« Lorsque le TIFF se déroule, toute la ville devient plus glamour. Le festival apporte beaucoup de prestige à Toronto, un peu comme Cannes ailleurs dans le monde », ajoute Emir Ozgundogdu.

Selon les organisateurs, le TIFF génère chaque année environ 240 millions de dollars de retombées économiques, notamment dans l’hôtellerie, la restauration, les transports et les industries culturelles.

Des retombées inégalement réparties

Tous les établissements ne profitent toutefois pas de la même manière de cette effervescence, observe Yannick Bigourdan, restaurateur d’origine française établi à Toronto, fondateur de KLTY Hospitality Consulting et derrière plusieurs adresses torontoises, dont Lucie, The Carbon Bar et The Berczy Tavern.

« Le TIFF est très concentré autour de King Street, où se déroulent les principaux événements. Les restaurants situés dans ce périmètre bénéficient évidemment d’une exposition importante, avec une clientèle qui vient pour le festival et qui en profite pour sortir manger », explique-t-il.

Situé dans le quartier financier, le restaurant français Lucie se trouve à l’écart de ce centre névralgique.

« Nous observons une légère hausse de fréquentation liée au TIFF, mais elle demeure assez modeste, sauf lorsque nous accueillons un événement privé ou une activité organisée dans le cadre du festival. »

L’impact dépend donc largement de l’emplacement des établissements.

« Certains restaurants, et certains hôtels aussi, en profitent beaucoup plus que d’autres, selon leur proximité avec l’effervescence du festival », résume Yannick Bigourdan.

Il demeure néanmoins optimiste quant aux retombées générales de l’événement.

Yannick Bigourdan, restaurateur d’origine française établi à Toronto et fondateur de KLTY Hospitality Consulting. Gracieuseté

« Le TIFF demeure un excellent moteur économique pour Toronto. Le festival continue de prendre de l’ampleur, particulièrement depuis les deux dernières années, ce qui est très positif pour la ville. »

« Une injection énorme dans l’économie »

Jason Norris, président et agent principal de YCAA / Talent & Literary Agency, constate lui aussi une transformation du centre-ville. Son agence représente notamment des acteurs, des scénaristes, des réalisateurs et des producteurs.

« L’impact est incroyable. Des gens viennent d’Australie, de Thaïlande, de France et d’ailleurs. Ce ne sont pas seulement des professionnels de l’industrie, mais aussi des amateurs de cinéma », souligne-t-il.

À l’échelle de Toronto, il compare les retombées du TIFF à celles d’un événement sportif international comme la Coupe du monde de la FIFA.

« Pendant le festival, le TIFF apporte beaucoup d’argent et de circulation. Il donne un élan considérable aux entreprises locales. »

Le marché comme rempart à l’incertitude

La 51e édition marque également l’arrivée du premier marché officiel du TIFF, organisé du 10 au 16 septembre. Producteurs, distributeurs, investisseurs et acheteurs peuvent désormais y négocier des droits, vendre des projets et chercher du financement.

Cette nouveauté survient alors que l’industrie ontarienne du cinéma et de la télévision tente de retrouver une croissance durable.

Selon Ontario Créatif, les productions admissibles à ses programmes ont dépensé 2,70 milliards de dollars dans la province en 2025, contre 1,83 milliard en 2023. Elles ont soutenu l’équivalent de 35 268 emplois directs et indirects à temps plein en 2025.

Jason Norris, président et agent principal de YCAA / Talent & Literary Agency. Gracieuseté

Jason Norris affirme que le nombre élevé de repérages effectués en 2025 laissait espérer une année 2026 encore plus importante. Plusieurs projets ne se seraient toutefois pas concrétisés.

« Nous pensions que cette année marquerait presque un retour complet après la pandémie. Il y avait énormément d’intérêt pour Toronto, Ottawa et l’Ontario, mais plusieurs productions ont été freinées par l’incertitude économique, les tensions tarifaires et la concurrence des mesures incitatives américaines », avance-t-il.

Selon lui, les crédits d’impôt demeurent déterminants dans le choix des lieux de tournage.

« Beaucoup de producteurs viennent ici pour les crédits et les rabais. Si la Californie leur propose des avantages comparables, l’Ontario risque de perdre une partie de ces activités », prévient-il.

Dans ce contexte, Jason Norris considère le marché du TIFF comme une « planche de salut » susceptible de stimuler l’investissement à un moment où les tournages sont plus difficiles à prévoir.

Casselman rejette une motion sur le recrutement de médecins francophones

CASSELMAN – Recruter et retenir des médecins francophones grâce à un programme d’incitatifs : c’était l’objectif d’une motion présentée par la mairesse sortante de Casselman en pleine campagne électorale. Rejetée par trois voix contre deux lors de la récente réunion du conseil municipal, elle a néanmoins relancé le débat sur le rôle de la Municipalité et sa capacité à concurrencer les localités voisines.

« Les médecins vont à l’extérieur de Casselman parce que, lorsqu’ils choisissent des secteurs voisins comme La Nation, ils reçoivent 80 000 $ supplémentaires », a lancé Geneviève Lajoie, candidate à sa réélection à la mairie. Elle accuse la province de « traîner les pieds depuis quatre ans et de ne pas répondre aux courriels ».

Mme Lajoie affirme avoir épuisé les démarches auprès du gouvernement ontarien. Elle dit également avoir sollicité l’Association médicale de l’Ontario, travaillé avec le secteur privé et la clinique médicale locale, puis proposé, sans succès, une approche régionale avec les Comtés unis de Prescott et Russell.

« Si Casselman prend vraiment au sérieux la prestation de services en français, si ce conseil la prend vraiment au sérieux, c’est la seule façon que je vois de le faire », a-t-elle plaidé en appelant les conseillers à soutenir sa motion.

« Nous avons des aînés qui parlent uniquement français. Ils ont le droit de ne pas avoir à quitter Casselman pour recevoir des soins. »

Lajoie
Geneviève Lajoie, mairesse sortante de Casselman. Photo : Stéphane Bédard / ONFR

Anik Charron, qui sollicite un nouveau mandat de conseillère, a appuyé la motion. Elle estime nécessaire d’explorer les solutions disponibles, alors que plusieurs citoyens de Casselman sont toujours privés de médecin.

« Ce qui est intéressant, c’est de savoir s’il y a des subventions possibles et disponibles. C’est quelque chose que j’aimerais voir l’administration nous soumettre dans un rapport : est-ce que la Municipalité peut faire quelque chose? »

Elle a insisté sur le fait que son intention n’était pas d’alourdir la facture des contribuables.

« On ne demande rien aux contribuables et on ne va pas augmenter les impôts fonciers pour cela. On veut vraiment voir ce que la province offre comme ressources pour essayer de trouver une solution au problème des petites municipalités en matière de soins de santé. »

Une administration déjà surchargée

Le conseiller sortant Paul Groulx, candidat à la mairie, a voté contre la motion. Il a interrogé l’administration sur le temps nécessaire pour effectuer les recherches demandées.

Le directeur général de la Municipalité, Yves Morrissette, a estimé qu’un rapport pourrait difficilement être produit avant la fin du mandat.

« Peut-être pas dans le temps du présent conseil, mais possiblement pour le prochain conseil », a-t-il répondu, rappelant que l’administration doit pourvoir plusieurs postes clés et préparer le prochain budget.

« D’ici le budget, la fin de l’année et la fin du mandat, l’administration est quand même occupée. Ce serait difficile de livrer un produit comme celui-là avant la fin octobre. »

Geneviève Lajoie a rejeté l’idée selon laquelle l’étude proposée lierait les mains du prochain conseil. Le personnel aurait seulement exploré les options, laissant aux prochains élus le soin de trancher au moment du budget de 2027.

« La démocratie et le gouvernement ne s’arrêtent pas parce qu’un conseil change. La démocratie et nos politiques doivent se poursuivre, peu importe le conseil qui entre en fonction », a-t-elle soutenu.

Francine Leblanc, candidate à sa réélection au poste de conseillère, s’est opposée à l’utilisation de fonds municipaux pour convaincre des médecins de s’établir à Casselman.

« Personnellement, sur le plan financier, je suis contre. Si on est capable d’aller chercher des médecins volontairement, parfait. Mais si on demande à l’administration de déterminer si on peut avoir un budget pour inviter des médecins à venir s’installer ici, et pour combien de temps, il faut aussi comprendre pourquoi les médecins déjà installés s’en vont. »

Selon elle, le recours à l’argent des contribuables demeure préoccupant, que la décision revienne au conseil actuel ou au prochain.

La discussion survient en pleine campagne électorale. Geneviève Lajoie et Paul Groulx sont candidats à la mairie aux côtés de François Richard. Sylvain Cléroux, Francine Leblanc et Anik Charron briguent pour leur part un poste au conseil municipal.

Casselman mène depuis plusieurs années une bataille autour de son Indice de ruralité de l’Ontario (RIO). Avec un score de 39, la Municipalité se trouve à un point du seuil lui donnant accès aux incitatifs provinciaux destinés au recrutement de médecins dans les communautés rurales. Cette situation désavantage Casselman par rapport à des municipalités voisines comme La Nation.

La démocratie scolaire mise à mal par l’abstention et la stagnation des candidats?

Les élections des conseillers scolaires, qui se tiendront le 26 octobre prochain conjointement avec les élections municipales, connaissent un déclin constant de leur taux de participation. De plus, avec trop peu de candidats, les réélections par acclamation se multiplient, un phénomène qui alerte plusieurs acteurs du milieu quant à la santé démocratique de la gouvernance scolaire.

En Ontario, ce vote vise à élire les conseillers scolaires au sein des régions électorales de chaque conseil scolaire, qui en compte jusqu’à 12, pour une nouvelle période de quatre ans, de 2026 à 2030.

Or, lors des dernières élections municipales et scolaires de 2022, le taux de participation provincial s’est effondré à 36,3 %, poursuivant sa chute après les 38,3 % enregistrés en 2018 et les 44 % de 2010.

Mathieu Fleury, ancien conseiller municipal d’Ottawa, et candidat au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) rappelle qu’il s’agit d’une désaffection plus vaste qui frappe l’ensemble du pays, mais dont le palier municipal souffre particulièrement depuis une dizaine d’années.

Mathieu Fleury est candidat pour les quartiers 12 et 13 d’Ottawa au sein du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario. Photo : site officiel de Mathieu Fleury

« Les gens arrivent, ils savent à peine pour qui voter à la mairie, puis ils doivent décider qui les représentera comme conseiller municipal. Et enfin, en tout dernier item sur le bulletin, ils doivent choisir un conseiller scolaire », explique-t-il. Les citoyens peinent ainsi à connaître les candidats, leurs programmes ou les enjeux réels défendus par les différentes candidatures.

Pourtant, bien qu’il soit le parent pauvre du scrutin municipal, le conseil scolaire constitue l’un des paliers politiques les plus proches des communautés. Souvent méconnus, les conseillers scolaires gèrent pourtant d’imposants budgets publics et définissent les politiques locales d’éducation. En plus de représenter la population locale, ces élus ont pour mission d’assurer la gouvernance et la reddition de comptes du conseil.

Plusieurs conseils scolaires affirment promouvoir activement l’importance du vote et des candidatures sur leurs plateformes numériques. Toutefois, la démarche d’information s’arrête là : les sites officiels ne diffusent qu’une simple liste nominative des candidats. Les profils, visions stratégiques et programmes politiques des aspirants conseillers demeurent quant à eux quasi absents en ligne.

Selon M. Fleury, l’absence de vraies campagnes aggrave ce phénomène. Également, dans de nombreuses circonscriptions, le manque de candidats mène à des élections par acclamation, ce qui annule le vote, décourage la participation des électeurs et érode l’habitude du vote local. Cette année, près des deux tiers des sièges de conseillers scolaires seront ainsi pourvus par acclamation parmi les quatre conseils scolaires publics de langue française de l’Ontario.

Un manque de candidats et de renouvellement

« Si les gens votent sans avoir aucune idée des candidatures, ou s’il y a trop de gens acclamés, ce sont tous des indicateurs d’un besoin de réforme », remarque l’ancien conseiller municipal qui soulève l’idée de moderniser le système en limitant par exemple le nombre de mandats à deux pour forcer le renouvellement.

Un besoin de renouveau partagé par Yelena Nichilo, une mère de deux enfants, très impliquée dans la vie scolaire, qui se lance pour la première fois pour un siège à Toronto-Ouest au sein du Conseil scolaire catholique MonAvenir.

« Dans cette élection, neuf candidats sur 12 ont déjà été élus par acclamation puisqu’ils étaient les seuls à avoir déposé leur candidature, rapporte-t-elle. On retrouve essentiellement le même groupe de personnes qui jouent aux chaises musicales d’une élection à l’autre. »

Yelena Nichilo, mère de deux fils et présidente du Conseil d’école de l’École élémentaire catholique du Sacré-Cœur de Toronto, se présente comme conseillère scolaire à Toronto pour le Conseil scolaire MonAvenir. Photo : gracieuseté

Elle considère que la plupart des conseillers occupent leurs fonctions depuis trop longtemps. « Beaucoup sont devenus complaisants. Ils ont à cœur de protéger leurs postes et se couvrent entre eux », déplore celle-ci.

Sans véritable opposition électorale, elle estime qu’ils ne sont pas suffisamment remis en question et qu’ils ne remettraient également pas suffisamment en question l’administration du Conseil scolaire.

De ce manque de renouvellement résulterait l’absence de nouvelles perspectives.

Benoit Fortin, président du conseil scolaire Viamonde, prône lui aussi un meilleur renouvellement des conseillers scolaires pour assainir la gouvernance, de même que la participation active des parents à la vie scolaire.

« La participation active d’une communauté est la seule garantie pour une gouvernance saine, mettre son nom sur un bulletin de vote, voter aux quatre ans, la participation aux réunions publiques, le bénévolat dans les écoles et pour les parents suivre la progression des enfants sont tous des gages de la réussite scolaire. »

Des enjeux de transparence?

Exaspérée par un manque de transparence et de communication dans le cadre d’un projet de réaménagement de la cour de l’École Sacré-Cœur de Toronto, Mme Nichilo a décidé de se lancer dans la course par conviction.

« Des parents et moi avons consacré la majorité de notre été à tenter de comprendre ce qui s’est passé : comment les décisions ont été prises, comment les fonds publics ont été dépensés et qui devait en assurer la surveillance. »

Elle explique que les conseillers scolaires ont laissé aller de l’avant le projet qui a subi un changement de direction, sans exiger la publication des résultats du sondage auprès des parents ni des réponses claires concernant les conséquences financières.

Yelena Nichilo affirme que leur conseillère scolaire a refusé de rencontrer un groupe de parents et de répondre aux questions concernant les décisions prises sur le sujet des investissements engagés dans l’école.

« Les conseils scolaires administrent d’importantes sommes d’argent public. Les conseillers doivent être prêts à poser des questions difficiles, à exiger de la transparence et à demander des comptes à l’administration. Et cela n’a pas été fait ici. Est-ce qu’il y a d’autres projets où les conseillers ont fermé leurs yeux? Je veux apporter des changements au Conseil de l’intérieur, car cela est inacceptable », s’insurge-t-elle.

Faire preuve de transparence et représenter les intérêts des parents devrait pour elle être la priorité des conseillers scolaires élus.

Bobby Bourdeau reconduit à la tête de l’ACFO Ottawa pour faire bouger les lignes

OTTAWA – Bobby Bourdeau entame un second mandat à la tête de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa). Après deux premières années de réorganisation interne, le président veut renforcer la proximité avec les membres et accroitre l’influence de l’organisme.

« Comment se porte l’ACFO Ottawa?

Très bien, malgré qu’on ait présenté un déficit, lors de notre dernière assemblée générale annuelle, cette semaine. C’était prévu et explicable à 100 %. Ce n’est pas une crainte puisqu’on le voyait venir. Nos prévisions pour l’année prochaine nous démontrent déjà qu’on est dans le bon train et que tout devrait se réaligner. Ce n’est pas un déficit à long terme.

Si on regarde vos deux premières années de présidence dans le rétroviseur, de quel accomplissement êtes-vous le plus fier?

Principalement de la réorganisation de l’organisme. On était depuis quelques années comme des canards sur l’eau : tout paraissait bien mais, en dessous, on pédalait pour faire avancer les choses, dans une période de fort roulement des employés et de changements au sein des directions générales. De petites choses sont tombées entre les cracks ici et là qui ont peut-être contribué à perdre la confiance de certains de nos membres et bailleurs de fonds. Ces deux dernières années ont permis de rebâtir cette confiance et de se réorienter vers des objectifs clairs.

Après tous ces changements, êtes-vous structurellement prêt à aller de l’avant? Quels sont les défis à venir?

On va commencer la discussion autour d’un plan stratégique dans le but de cerner les besoins de nos membres pour les années à venir.

L’ACFO Ottawa est principalement la voix politique des francophones d’Ottawa, mais elle est aussi derrière l’organisation des Prix Bernard Grandmaître…

Oui et les deux sont liés, les Prix Bernard Grandmaître sont un outil de promotion et de mise en valeur du leadership, en droite ligne avec notre mandat de représentation, de revendications, de voix politique. C’est ce qui représente le plus notre mandat : valoriser ces gens qui, dans la communauté, font avancer les dossiers, mais aussi reconnaître les organismes qui offrent des services à Ottawa.

Bobby Bourdeau (à droite) remet le Prix Bernard Grandmaître 2026 à Carol Jolin (au centre). Photo : ACFO Ottawa

Que manque-t-il le plus aujourd’hui à Ottawa en termes de service en français?

Une déconcentration des services! Je veux dire par là que la majorité des services en français sont concentrés dans des endroits qui étaient plus ou moins stratégiques avant (Vanier, Orléans…), alors que les choses ont évolué ces 20-30 dernières années. On voit de plus en plus que les francophones sont partout dans la ville, surtout avec l’immigration. Il faut que les services suivent mieux la population, soient mieux répartis. On n’a pas évolué à la même vitesse que la population francophone.

Cela veut-il dire que les services sont suffisants, mais simplement mal localisés?

Il y a sûrement quand même un manque de services, mais on serait capable de mieux répondre aux besoins si on était en mesure de bien les répartir. Avec une équité d’accès aux services, on serait en meilleure position d’évaluer s’il y a réellement un manque.

Comment l’ACFO Ottawa peut-elle influencer en ce sens?

Nos relations avec les différentes instances gouvernementales et acteurs de changement peuvent faire avancer les choses. Et la meilleure façon de nous appuyer dans nos démarches, c’est que les membres nous fassent part de leurs besoins. Où est-ce qu’il manque des services? Où faire des améliorations? Afin que nous les remontions aux différents acteurs et instances de gouvernement.

Président de l’ACFO Ottawa et employé au CECCE, M. Bourdeau est au carrefour de la jeunesse et de la communauté, dans laquelle il intervient régulièrement, comme ici au Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO). Photo : ACFO Ottawa

Plus largement, les Franco-Ontariens à travers toute la province ont des besoins, parfois similaires à ceux d’Ottawa. Pensez-vous que les États généraux de l’Ontario français offrent justement une opportunité de remobilisation des communautés?

Oui. J’ai moi-même participé à cet exercice à Ottawa qui a été un moment pertinent et très utile pour identifier les revendications locales. Une partie du travail de l’ACFO consiste d’ailleurs à appuyer l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) dans ses revendications provinciales. Si on est à l’affût des revendications dans notre ville, on est plus facilement capable d’aller appuyer l’AFO dans ses propres démarches. Toute cette information va donc nourrir nos discussions.

25 ans après le règlement sur les services en français d’Ottawa, le bilinguisme de la ville reste-t-il une utopie?

Dans les 25 dernières années, on a quand même fait du bon travail, mais tout n’est pas terminé. Je crois que ce qui peut parfois nous mettre des bâtons dans les roues, c’est que les gens ne se considèrent pas tous francophones et ne se sentent pas légitimes pour exiger des services dans leur langue. Si on ne fait pas l’effort de demander un service, pourquoi le gouvernement ferait-il l’effort de le mettre en place? C’est donnant-donnant.

Et du français, on va en entendre en 2028 à Ottawa qui sera l’hôte du 21e Sommet de la francophonie dans une année spéciale dédiée à la langue de Molière. Est-ce une vitrine à saisir pour la francophonie ottavienne?

Absolument! Cet événement va nous inciter à mettre en place des initiatives, non seulement dans les prochains deux ans, mais dont certaines perdureront probablement dans le temps au bénéfice des francophones d’ici. Il faut nous préparer, car ça va demander des efforts de beaucoup de gens dans plusieurs instances et exiger par exemple que nos commerçants aient des employés francophones capables d’accueillir tous ces gens-là. Ça va être très favorable aux francophones d’Ottawa en termes de services et nous ouvrir des portes en termes de collaborations à l’international.

Photo : Bobby Bourdeau (à l’arrière-plan) entouré d’une partie de l’équipe de l’ACFO. Photo : ACFO Ottawa

Dans la vie active, vous êtes conseiller en engagement communautaire au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE). En quoi cela consiste-t-il?

Je travaille avec les différents partenaires communautaires pour accentuer la visibilité de la francophonie, les appuyer dans leur offre de services, dans leurs événements. Ça fait partie du double mandat des conseils scolaires francophones en Ontario : éduquer les jeunes mais aussi promouvoir la culture francophone au sein de la communauté.

Vous êtes donc à la fois au contact de la jeunesse et de la communauté. N’est-ce pas une position idéale pour observer, comprendre et anticiper les besoins de chacun?

J’ai compris beaucoup de choses avec le conseil scolaire et dans la communauté en général. Ca m’a évidemment encore plus sensibilisé au contexte minoritaire. Une des choses qui m’a incité à m’impliquer dans l’ACFO a été la relation de partenariat que j’avais justement avec cet organisme, dans le cadre de mon travail au CECCE. J’ai commencé à l’ACFO en tant qu’administrateur, puis vice-président, avant d’en prendre la présidence.

Comment résumer la « méthode Bourdeau » à la tête de l’ACFO Ottawa?

C’est définitivement de l’action et de l’écoute. Je me mets beaucoup de pression à m’assurer que je représente le mieux possible tout le monde. C’est pourquoi je pousse beaucoup vers la consultation publique chaque fois que c’est possible. Même si j’ai une assez forte connaissance de la réalité, je n’oublie pas que je suis là pour relayer l’opinion des membres.

M. Bourdeau croit que l’ACFO Ottawa peut être un relai très puissant auprès des gouvernements si les membres font remonter leurs besoins. Photo : Mélodie Maxwell

Où imaginez-vous l’organisme dans deux ans à la fin de votre second mandat?

À un stade où, au-delà des francophones, tous les Ottaviens connaitront l’ACFO et son mandat, au point que ça devienne un réflexe de se tourner vers nous quand on a besoin de revendiquer nos droits. C’est beau d’aller créer des publications sur Facebook sur Instagram ou sur X pour dire qu’on est fâché parce qu’on est allé à la piscine, puis qu’on n’a pas été servi en français, mais ce n’est pas ça qui va faire changer les choses. Il faut prendre cette même énergie-là pour signaler à l’ACFO ce qui s’est passé et comment on pourrait faire pour améliorer la situation. On est capable d’apporter ce type de problématique à un autre niveau, de changer les choses, dans la mesure du possible.

Qu’est-ce que le gens ne savent pas de vous? Un secret bien gardé?

J’ai été Cadet de la Marine pendant mon adolescence. C’est quelque chose qui a forgé une partie de ma discipline et de mon caractère. Ça a fait en sorte que je suis quelqu’un d’assez discipliné, qui est capable de faire la part des choses, quand c’est le temps de déconner, puis quand c’est le temps d’être sérieux. Ce sont les deux facettes de ma personnalité : j’ai un côté très public, professionnel, que les gens connaissent, et un autre plus introverti, dans ma bulle, calme. Ce parcours dans les cadets m’a sorti de ma zone de confort, m’a permis de m’épanouir, apparaître plus extraverti sans que ce soit 100 % de ma personnalité.

C’est aussi un milieu où il y a un esprit de corps : il faut être solidaire et savoir jouer en équipe, n’est-ce pas?

Absolument. Ça m’a beaucoup aidé aussi dans le développement de mon leadership, et ma capacité à savoir déléguer quelque chose, quand et comment le faire. »

Bobby Bourdeau a fait partie des Cadets de la Marine royale canadienne, durant son adolescence. Photo : Gracieuseté Bobby Bourdeau

1992 : Naissance à Ottawa

2017 : Intègre les équipes du CECCE

2024 : Élu président de l’ACFO Ottawa

2026 : Réélu président

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Le tabou entourant la difficulté à lire


Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Je ne me rappelle pas pourquoi ou comment Le trésor de Brion est arrivé sur ma table de chevet, mais il a été un choix mal avisé pour le garçon de 12 ans que j’étais. Si j’ai détesté ce roman pour ados, cela n’a aucun rapport avec le récit de Jean Lemieux comme tel, dont je ne doute pas de la qualité. Si je n’en retiens aucun bon souvenir, c’est parce que je n’ai pas de souvenir du récit. Pas maintenant, et pas plus à l’automne 1997 quand je l’ai « lu ».

J’étais en 7e année, à l’école Notre-Dame de Hanmer à l’époque, et pour nous encourager à lire, la direction nous proposait un certificat-cadeau au Pizza Hut local si on parvenait à lire au moins 100 pages d’un livre. Certains enfants pouvaient atteindre l’objectif en deux jours, mais j’ai dû travailler et souffrir pour atteindre la cible mensuelle. Je n’éprouvais pas de difficulté à identifier ou à prononcer ces mots autant que j’étais incapable de me rappeler ce que je lisais, et donc, de suivre une histoire.

Heureusement, à peu près à cette même période, j’ai commencé à lire plus régulièrement des journaux (en anglais et en français). Composés de textes brefs et directs, les journaux m’ont permis d’effectuer un certain rattrapage. J’avouerai cependant que j’ai passé mon adolescence et le début de ma vingtaine à éprouver de la difficulté à me rappeler ce que je lisais, du moins assez pour avoir quelques interventions suffisamment acceptables pour être partagées en classe. La mi-vingtaine a été consacrée à apprendre à écrire correctement.

J’aurais été gêné de partager ces lignes si je n’avais pas, quinze ans plus tard, rattrapé ce retard et fait mes preuves comme auteur. J’ai probablement vécu un trouble d’apprentissage (non diagnostiqué) que j’ai dû rattraper, sur le tard, pendant mes études universitaires. Quand on doit lire beaucoup, sous pression, on développe des techniques pour accéder au contenu essentiel plus rapidement. On obtient aussi le bénéfice de mieux écrire, par conséquent, et c’est par le travail et l’effort que je suis parvenu à surmonter ces difficultés.

Le 8 septembre, c’était la Journée internationale de l’alphabétisation. Je la souligne avec cette histoire personnelle, parce que tant de gens éprouvent encore d’énormes difficultés à lire et à écrire. Encore aujourd’hui, plus de 50 % de la population canadienne et près de 60 % de la population francophone éprouvent des difficultés à lire plus que des textes simples. Cette année, le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESAC) a 35 ans. La Fédération a vu le jour pour souligner l’Année internationale de l’alphabétisation et pour agir comme pendant francophone aux organisations canadiennes anglodominantes.

Fondé en 1991 sous le nom de la Fédération canadienne pour l’alphabétisation en français, le RESDAC rassemble des associations provinciales de la francophonie canadienne qui luttent contre l’analphabétisme et fait la promotion d’apprentissages formels et informels à tous les stades de vie.

Anecdotiquement, je reçois parfois des bons mots d’une lectrice ayant bien aimé l’un de mes livres (je dis lectrices, car les femmes constituent 80 % du public). Or, je reçois tout autant de réactions d’adultes (des hommes, très souvent) qui ont été intimidés par des « gros mots », la longueur d’un texte ou l’absence d’images. D’autres encore peuvent lire un texte, mais n’auront pas saisi l’argument ou seront incapables d’appliquer les leçons d’une histoire que j’ai écrite. On consacre quand même des ressources considérables à générer de la connaissance et ça m’attriste quand les principaux intéressés ne parviennent pas à y accéder.

En Ontario, la Coalition ontarienne de formation des adultes fournit plusieurs ressources. Il existe des équivalents dans toutes les provinces canadiennes. Avec cette Journée internationale de l’alphabétisation, je nous souhaite de découvrir (ou de redécouvrir) le plaisir de la lecture (peu importe le type), et le courage de chercher de l’aide pour surmonter ses difficultés.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Université d’Ottawa : les professeurs contractuels votent massivement en faveur d’un mandat de grève

OTTAWA – Les membres de l’Association des professeurs enseignants de l’Université d’Ottawa (APEUO) ont voté massivement en faveur d’un mandat de grève, dans un contexte de négociations difficiles avec leur administration. Le syndicat assure toutefois que ce résultat n’entraînera pas une interruption immédiate des cours.

Plus de 860 membres ont appuyé le recours à des moyens de pression pouvant aller jusqu’à la grève, au terme d’un vote électronique organisé sur cinq jours.

Le mandat a obtenu l’appui de 88,2 % des votants au sein de l’unité principale, de 73,1 % à l’Institut des langues officielles et du bilinguisme (ILOB) et de 100 % dans l’unité Toronto-Windsor.

« Nos membres envoient un message clair à l’administration qu’ils n’acceptent plus le statu quo et que les conditions actuelles sont devenues intolérables », affirme par communiqué Nelson Arturo Ovalle Diaz, président et négociateur en chef de l’APEUO.

L’association, qui représente plus de 2500 enseignants contractuels, avait convoqué lundi une assemblée générale spéciale afin de présenter l’état des négociations à ses membres avant le scrutin.

Pas de grève immédiate

L’obtention du mandat ne signifie pas qu’une grève sera déclenchée immédiatement.

L’association assure toujours privilégier une entente négociée et assure que la réussite des étudiants demeure sa priorité. Elle invite l’administration à reprendre les négociations « dans un esprit d’ouverture, de collaboration et de bonne foi ».

Les conventions collectives des trois unités représentées par l’APEUO sont échues depuis le 31 août 2025. Depuis, les membres sont notamment soumis à un gel salarial.

« Cela fait presque 23 mois qu’on négocie avec l’administration. On juge, pour plusieurs raisons, que les discussions n’aboutissent pas », indique Luc Angers, vice-président chargé de la mobilisation et membre du comité de négociation.

Selon lui, les représentants syndicaux et ceux de l’Université se rencontrent presque chaque semaine depuis juin, sans parvenir à régler les principaux points en litige.

« Ce sont des discussions, du verbillage. Ce sont des négociations superficielles. On n’a rien obtenu de concret sur les enjeux qui doivent être réglés », déplore-t-il, estimant que les deux parties se dirigeaient vers une impasse.

Des contrats qui seraient menacés

Dans son communiqué publié ce vendredi, l’APEUO accuse également l’administration de vouloir créer un nombre illimité de postes d’enseignement intensif et de les intégrer à l’unité de négociation des professeurs réguliers.

Selon l’association, une telle mesure risquerait de retirer aux professeurs contractuels des centaines de contrats d’enseignement, dont certains contrats permanents.

« Ce sont des centaines de contrats d’enseignement, dont des contrats permanents, que les membres de l’APEUO pourraient se voir dérober », soutient Luc Angers.

Il estime que cette situation accentuerait la précarité des enseignants contractuels et menacerait la qualité de l’éducation. Selon lui, la multiplication, au sein du corps professoral régulier, de postes sans obligation d’activités savantes pourrait également compromettre « l’intégrité et la pérennité des postes voués à la recherche ».

Sécurité d’emploi et rattrapage salarial

La sécurité d’emploi demeure l’une des principales revendications de l’association. Les professeurs contractuels sont généralement embauchés un semestre à la fois, même lorsque certains enseignent à l’Université depuis plusieurs années.

« Nous sommes des professeurs engagés semestre par semestre. Nous sommes donc dans une situation très précaire », explique M. Angers. « Après un certain nombre d’années, les professeurs qui ont enseigné, qui ont été fidèles et qui ont donné cinq cours ou plus devraient recevoir un contrat à plus long terme. »

L’association réclame également un rattrapage salarial. Selon son vice-président, plusieurs professeurs contractuels donnant au moins cinq cours gagnent moins que des enseignants du secondaire, malgré leurs qualifications universitaires.

« Il y en a même parmi nos membres qui doivent se mettre sur l’assurance-emploi l’été pour survivre. Ce n’est pas normal », soutient-il, rappelant que plusieurs détiennent un doctorat ou ont effectué des études postdoctorales.

La taille des groupes figure aussi parmi les préoccupations du syndicat. Certaines classes peuvent compter une centaine d’étudiants, parfois jusqu’à 130, ce qui compliquerait l’encadrement individuel.

Des reculs dénoncés

L’APEUO reproche par ailleurs à l’employeur de réclamer plusieurs concessions, notamment l’exclusion de certaines personnes de la Faculté des sciences de la santé de l’unité de négociation et l’élimination d’un plancher d’emploi pour les nominations à long terme.

Selon le syndicat, l’administration souhaiterait également pouvoir mettre fin à ces contrats pour des « raisons opérationnelles », supprimer certaines protections contre le harcèlement sexuel et retirer aux unités de l’ILOB et de Toronto-Windsor le droit de reporter les congés de maladie accumulés.

L’association juge ces demandes difficiles à justifier alors que l’Université d’Ottawa aurait enregistré un surplus budgétaire de 15,6 millions de dollars et une croissance record des inscriptions cette année.

Sollicitée par ONFR, l’Université d’Ottawa n’a pas répondu aux questions précises concernant le mandat de grève et les points en litige.

« L’Université est engagée à négocier de bonne foi et à arriver à une entente négociée avec le syndicat », a indiqué Jesse Robichaud, directeur des affaires publiques de l’Université d’Ottawa.