Encore plus de place aux artistes locaux à Francophonie en fête

TORONTO – Le festival Francophonie en fête a dévoilé une partie de sa programmation 2024 à l’issue de son assemblée générale annuelle, mardi soir. L’événement se tiendra pour une 19e fois, du 13 au 28 septembre.

Francophonie en fête débutera avec une fin de semaine d’activités gratuites, du 13 au 15 septembre. Toujours située sous l’autoroute Gardiner, la superficie occupée sera quatre fois plus grande que celle de l’an dernier et s’étendra dans tout l’espace du Bentway.

Deux scènes accueilleront les artistes, une scène principale et une scène jeunesse. La première, la scène Glendon, fera face au lac Ontario et sera entourée d’une dizaine de tentes dans lesquelles s’installeront divers organismes et entreprises issues de la francophonie du Grand Toronto.

C’est dans l’amphithéâtre, un peu plus haut, que la scène jeunesse sera installée. Le lieu précis où se tenait Francophonie en fête l’an dernier deviendra donc le repère des familles, qui pourront aussi profiter de structures gonflables, d’une tente de maquillage, d’une chasse au trésor, d’animation et d’autres ateliers et jeux pour les enfants.

Le rassemblement des artistes locaux, avec quelques invités

Ce sont surtout les artistes qui monteront sur la scène Glendon qui ont été dévoilés mardi. On y retrouve plusieurs habitués de Francophonie en fête. La soirée du vendredi débutera de façon semblable à l’an dernier, avec l’écrivaine, poétesse et autrice-compositrice-interprète Tali de York qui ouvrira le bal le vendredi vers 16 h 30, suivie d’Anne-Sophie Roy, artiste originaire du Québec qui donne dans la fusion entre l’Orient et l’Occident. Suivront ensuite les musiciens du Rouslan Trio, nouveau nom du Trio Hassiba, qui mettra le violon plus en évidence, et de Folklassico.

Dès 19 h, les DJs entreront en scène avec JSTN et Clembox, LeMIND et le jeune SMPTY, qui s’était dévoilé au grand public l’an dernier avec une reprise de l’hymne franco-ontarien Mon beau drapeau, sur laquelle il avait posé la voix d’Emma Rose Smith.

Le musicien torontois afrosoul Dieufaite Charles débutera la journée du samedi, dès midi. Une dizaine de prestations se succéderont jusqu’à 22 h, incluant Alpha Rythm Roots, le Cactus Club, Fred Boutin, Jacko Backo, Maryem Tollar, Kazdoura, Dee Joyce, Dual-IT et le Monica Arabic Jazz Band.

Le dimanche, Francophonie en fête a confirmé la présence de Philippe Flahaut, de Suzelle, d’Analia & Shirley, du groupe de rock français La Jarry, de la jeune Noemi Madeleine et de Loch Ontario, un trio mélangeant les sons traditionnels écossais, irlandais, néo-écossais et québécois.

Une deuxième partie du festival se tiendra les 21 et 28 septembre. Il s’agira de spectacles payants au Théâtre Paradise, dont les têtes d’affiche n’ont pas encore été dévoilées.

Des défis financiers

À l’assemblée générale annuelle, les responsables sont revenus sur le manque de financement dont sont victimes de nombreux événements et organismes francophones en Ontario et qui a notamment causé l’annulation de la branche Bonjour printemps de Francophonie en fête pour cette année. Créé en 2023, ce nouveau volet avait accueilli La Compagnie créole.

Dans un document, on pointe l’augmentation des coûts divers comme la location des salles ou des sites ainsi que les cachets aux artistes, tout en assurant que la qualité des spectacles ne sera pas affectée.

On indique aussi que le principal objectif est de « présenter des artistes franco-ontariens établis et émergents et de mettre en valeur les nombreux musiciens issus de l’immigration francophone ontarienne. » Ces artistes représentent 80 % de la programmation.

Le festival souhaite aussi intéresser les jeunes de 12 à 17 ans, notamment aux moyens de ses ateliers en milieu scolaire, animés par des artistes francophones locaux.

Pour l’année fiscale se terminant le 29 février 2024, Francophonie en fête affiche un déficit de 13 146 $, « causé majoritairement par une inflation non contrôlée et des subventions prévues des mois d’avance qui n’ont pas pu être ajustées aux taux d’inflation et/ou qui n’ont pas été accordées », selon le document distribué lors de l’assemblée.

Le déficit de l’année précédente était de 27 097 $. L’organisme a réduit ses dépenses en 2023, notamment au niveau de la promotion. Il a aussi ralenti dans des domaines où les coûts ont augmenté, comme l’hébergement et les frais de transport, misant encore plus sur les artistes locaux.

L’année financière 2021 affichait un surplus de 9750 $.

Kristine St-Pierre : l’amour, la vulnérabilité et le nouvel album

OTTAWA – Kristine St-Pierre lancera son nouvel album ce vendredi 28 juin au Red Bird, à Ottawa. Love & Vulnerability se compose majoritairement de chansons anglophones qu’elle avait laissées de côté au fil du temps pour se concentrer sur sa carrière en français. Kristine St-Pierre a répondu aux questions d’ONFR concernant ce nouvel opus.

La création de cet album a débuté en 2021. L’artiste ottavienne croyait alors que la démarche serait rapide, puisque plusieurs chansons étaient déjà écrites.

« Je m’étais dit : je vais juste enregistrer quelques chansons rapidement, je vais lancer ça et passer à autre chose, exprime l’autrice-compositrice-interprète. Mais je me suis rendu compte à quel point, même si certaines étaient écrites depuis plusieurs années, elles me parlaient beaucoup et me parlaient différemment de quand je les avais écrites. »

 « J’ai appris à devenir plus vulnérable et beaucoup plus authentique. J’ai découvert à quel point c’est important d’être vulnérable pour bien aimer. »
— Kristine St-Pierre

C’est finalement trois ans plus tard que Kristine St-Pierre arrive à la fin du processus. Trois ans pendant lesquels elle a évolué au niveau personnel, entre autres à travers des étapes de vie comme une séparation ou son entrée dans la quarantaine.

Un titre éloquent

Le titre Love & Vulnerability résume très bien l’album, qui parle d’amour sous plusieurs formes. L’amour d’une mère pour ses enfants, celui d’une fille pour ses parents, celui que Kristine St-Pierre a à offrir en général aux gens qui l’entourent.

La relation parent-enfant est donc une inspiration évidente, mais ce n’est pas un choix conscient. « Ce sont les émotions que je ressens. Je mets ça sur papier et ça devient des textes de chansons, comme pour celle que j’ai écrite alors que j’étais enceinte. La joie, la peur, l’excitation, se demander ce qui va arriver et comment les choses vont changer… »

Dans les dernières années, Kristine St-Pierre a reçu cinq nominations comme artiste francophone au gala de CMAOntario. Photo : Gracieuseté de Productions J Smile

La chanson Magnet a été inspirée d’un petit objet qui a eu un grand impact dans ses souvenirs d’enfance : un aimant sur le réfrigérateur qui permettait d’enregistrer des messages. La chanson est d’ailleurs précédée de la voix de sa mère, à qui Magnet est dédiée.

« J’ai toujours voulu écrire une chanson en utilisant cette image. Ça m’a pris plusieurs années à l’écrire, à l’éditer, etc. J’ai réussi à faire quelque chose que j’aime beaucoup. »

La chanson One Minute More évoque pour sa part les étapes de vie, l’importance de chérir le moment et sa relation avec son père, sans être complètement autobiographique. « Je voulais que ça soit comme une ballade country, où l’on voit les images, et que les couplets se suivent et racontent une histoire. »

Le vidéoclip officiel de One Minute More

Le vidéoclip présente d’ailleurs son vrai papa et ses vrais enfants, mais pas sa vraie robe de mariée. « Je ne me suis jamais mariée. J’ai acheté une robe de mariage sur Amazon (pour la vidéo)! »

Une autre artiste franco-ottavienne, Jessy Lindsay, personnifie Kristine St-Pierre à 18 ans en début de clip.

Une seule chanson en français

Au milieu d’une dizaine de titres anglophones figure Et si, seule chanson en français de Love & Vulnerability. « J’aurais aimé en avoir plus. C’est juste que j’avais toutes ces autres chansons (à intégrer). »

Et si incite à « foncer, se laisser aller, suivre ses rêves et vivre pleinement. Ça se rattache aussi à l’amour, quand je dis qu’on devrait s’assurer de dire je t’aime beaucoup plus souvent. (…) La vie est courte. En ayant vécu la perte de ma mère il y a 17 ans, j’essaie de vivre de plus en plus pleinement. »

Et si a fait partie de la bande sonore de l’émission Habitants du Nord, qui relate le voyage au Yukon des Franco-Ontariens Nadia Campbell et Vincent Poirier.

Fouiller dans la filière 13

La chanson Et si a été écrite en 2020. C’est 10 ans après If I Were A Love Song, qui ouvre l’album. Les fans de longue date de Kristine St-Pierre reconnaîtront peut-être ce titre, qu’elle interprétait jadis en concert, mais qu’elle avait mis de côté.

D’autres chansons écrites il y a longtemps s’avèrent particulièrement d’actualité. Only Human a été teintée par les combats entre le Hamas et l’armée israélienne de mai 2021. « Je me suis beaucoup plus engagée à comprendre les enjeux. Je trouvais que cette chanson parlait aussi de ça, de la résilience, de rebâtir. Au niveau personnel dans ma vie, mais aussi dans le monde, que ce soit le Congo, le Soudan, la Palestine… »

« C’était vraiment intéressant de retourner dans mes filières et de redécouvrir ces chansons-là pour leur donner une vie. »
— Kristine St-Pierre

Lorsqu’on lui demande si les artistes ont la responsabilité de se prononcer sur des enjeux sociaux, Kristine St-Pierre pèse ses mots. « Je ne mettrais pas ça sur tous les artistes en général. Quand on est à un niveau comme Taylor Swift ou Beyonce, il y a définitivement une plus grande responsabilité. Au niveau de mes pairs, j’apprécie énormément quand ils parlent ou dénoncent. Mais je sais que ce n’est pas facile pour tout le monde. »

L’album Love & Vulnerability de Kristine St-Pierre sortira le 28 juin. Photo : Gracieuseté de Productions J Smile

L’album Love & Vulnerability se conclut avec un pot-pourri des mélodies de la plupart des chansons, que l’artiste interprète sur un piano construit en 1891, une véritable antiquité trouvée gratuitement sur une plateforme d’achat de seconde main.  

Le lancement aura lieu au Red Bird d’Ottawa le 28 juin. Accompagnée de ses musiciens, Kristine St-Pierre jouera l’entièreté de l’album, à l’exception de la pièce instrumentale. Elle continuera ensuite avec d’autres pièces de son répertoire.  

Repêchage NBA 2024 : les francophones disponibles pour les Raptors 

TORONTO – Les repêchages de la NBA ont lieu ce mercredi et ce jeudi, comme chaque année à New York. À la veille de l’événement, on fait le tour des jeunes joueurs francophones susceptibles d’être sélectionnés par les Raptors de Toronto. Âge, poste, taille, envergure, profil et chances estimées que le joueur soit sélectionné. On vous dit tout sur les possibles nouvelles recrues torontoises qui parlent français.

Il est important de rappeler, dans un premier temps, que les Raptors, à la veille des repêchages, possèdent les choix 19 et 31. Cela signifie que si rien ne change – il faudra surveiller tout de même d’éventuels échanges qui pourraient ajouter des sélections ou modifier le rang des choix – Toronto sélectionnera à la fois, le 26 juin, lors du premier tour (choix 1 à 30), puis, en premier, lors du deuxième tour, le 27. 

Les candidats au choix 19 

Yves Missi (20 ans), Cameroun.
Taille : 7’0″/ 2m13 (7’2″/ 2m18 d’envergure)
Poste : centre 

Profil : Jeune pivot camerounais qui vient de Yaoundé, qui possède des qualités athlétiques hors du commun et qui a une grande marge de progression, du fait d’avoir débuté le basket sur le tard. Si vous suivez la NBA, cela ne vous rappelle-t-il pas quelqu’un? Avec un profil qui fait clairement penser à Joël Embiid, Yves Missi, formé à l’Université de Baylor, fait partie des joueurs avec le plus de potentiel de ces repêchages 2024. S’il a déjà montré des qualités défensives qui lui promettent un avenir certain dans la NBA, rien, en revanche, ne garantit qu’il suivra la progression exceptionnelle de son aîné en attaque, du fait d’un manque flagrant d’un tir à mi-distance ou de loin fiable. Seul le temps et son développement nous diront s’il parviendra à enrichir son arsenal offensif, mais il est certain que le jeune Camerounais a les armes pour être, au minimum, un solide remplaçant au poste de centre dans la Grande Ligue. 

Sélection par les Raptors : peu de chances
Au vu du potentiel, Yves Missi est projeté par les spécialistes dans le top 15 et ne devrait, normalement, pas chuter au-delà. N’ayant, en plus, a priori, pas été mis à l’essai par la franchise canadienne, il y a très peu de chances d’entendre le nom du Camerounais prononcé par Adam Silver, le patron de la NBA lorsqu’il se présentera pour annoncer le choix 19. 

Kyshawn George (20 ans), Suisse.
Taille : 6’8.25″/ 2m03 (6’10.25″/ 2m09 d’envergure)
Poste : ailier 

Profil :  Kyshawn George, malgré un nom résonnant anglophone, parle bien français. Né en Suisse, le jeune ailier passé par Chalon-sur-Saône en France en 2022-23 puis l’Université de Miami cette saison, apporterait aux Raptors son adresse de loin et une capacité à créer balle en main à développer. Avec un corps encore en développement et un niveau défensif qui peut poser question, le Suisse constituerait un projet de développement nécessitant certainement du temps. Les Raptors semblent vouloir éviter une reconstruction sur le long terme. Seront-ils enclins à prendre le temps de développer le physique et les aptitudes de Kyshawn George sur deux, trois ans pour en faire un joueur prêt pour la NBA? Ou choisiront-ils plutôt un profil physique déjà prêt pour la NBA? Telles sont les questions. 

Sélection par les Raptors : grandes chances
Malgré les questions posées ci-dessus, l’ailier suisse revient régulièrement en position 19 chez les Raptors dans les prévisions des spécialistes américains, notamment celles de Jonathan Givony, le grand spécialiste d’ESPN. Kyshawn George a également confirmé ce mardi lors du point presse pré-repêchages qu’il avait participé à un essai avec la franchise canadienne. Un preuve de plus qu’il fait bien partie des joueurs qui intéressent fortement l’équipe ontarienne.

Pacôme Dadiet (18 ans), France. 
Taille : 6’9″/ 2m03 (6’9″/ 2m03 d’envergure)
Poste : arrière / ailier

Profil : Le jeune ailier français a quitté très jeune le pays, pour le centre de formation du club allemand de Ulm en 2023, avant d’intégrer l’équipe professionnelle, pour la saison 2023-24. Un passage « chez les grands », où il n’a pas été forcément en mesure de montrer l’étendue de son potentiel, selon le spécialiste des jeunes joueurs à potentiel d’envergure, Emmanuel Le Nevé. Malgré tout, le potentiel est là, comme en attestent les nombreuses franchises NBA qui l’ont mis à l’essai (Milwaukee, Utah, Orlando, Brooklyn, Boston, Miami, Philadelphie, San Antonio… Pas Toronto?). Son très jeune âge fait saliver, tout comme sa polyvalence défensive et ses qualités de scoreur et de créateur. 

Sélection par les Raptors : peu de chances
Le fait qu’il n’ait pas été mis à l’essai par Toronto, alors que de nombreuses autres franchises n’ont pas hésité à l’inviter, en dit long sur les intentions torontoises. Courtisé par des équipes, en milieu de premier tour, comme d’autres en début de deuxième, il y a fort à parier qu’il ne sera plus disponible au moment de choisir en 31. Difficile d’imaginer les Raptors le choisir en 19, sans l’avoir rencontré, surtout que son profil de diamant brut à polir ne semble pas coller avec la direction prise par la franchise décrite précédemment. 

Les candidats au choix 31 

Melvin Ajinça (20 ans), France
Taille : 6’8.5″ / 2m04 (6’7.5″/ 2m02 d’envergure)
Poste : arrière / ailier 

Le profil : Si vous suivez les Raptors depuis longtemps, ce nom de famille ne doit pas vous être étranger. Melvin Ajinça est, en effet, le cousin du grand pivot Alexis Ajinça, qui est passé par les Raptors durant la saison 2010-2011. Le profil est bien différent, puisque Melvin Ajinça joue, lui, sur les postes extérieurs, où il excelle par sa défense au périmètre et un tir de loin efficace. Avec un corps déjà taillé pour la NBA, le jeune joueur de Saint-Quentin en France possède des aptitudes qui devraient lui permettre d’être un joueur utile dans une rotation NBA, dès sa première année. Seul « défaut » : son envergure négative qui pourrait être un frein pour se défendre d’un plus grand que lui dans la NBA. Les Raptors ont historiquement été assez réticents à prendre des joueurs par rapport à ce point précis, parfois à tort (Desmond Bane en 2020). Pourtant, Melvin Ajinça cocherait pas mal de cases manquantes dans l’effectif torontois. 

Sélection par les Raptors : peu de chances 
Il est très compliqué de savoir si Melvin Ajinça est vraiment une cible pour les Raptors qui ont mis à l’essai énormément de joueurs susceptibles d’être choisis au second tour. Le jeune Français n’en faisait à priori pas partie…

Ulrich Chomche (18 ans) Cameroun
Taille : 6’11.5″/ 2m12 (7’4″/ 2m23 d’envergure)
Poste : ailier fort/ centre 

Profil : Assez méconnu du grand public, comme nous l’a confié Emmanuel Le Nevé, Ulrich Chomche est un très jeune joueur camerounais qui a principalement évolué avec l’Académie NBA Afrique durant la saison écoulée. Ce qui est frappant, ce sont ses mensurations avec une envergure exceptionnelle, couplée à une mobilité intéressante. Pour le spécialiste de chez Envergure, c’est un joueur qui va nécessiter du développement en G-League ou en Europe, avant d’être capable d’évoluer dans la NBA. Il a tout de même démontré du potentiel au tir et en création pour les autres. Les plus optimistes rêvent déjà d’un parcours à la Pascal Siakam choisi en 27e position en 2016 et qui s’est développé jusqu’à devenir un des joueurs majeurs de la ligue. 

Sélection par les Raptors : possibilité hors des repêchages ou plus bas
Difficile d’imaginer, encore une fois, qu’un joueur qui n’est pas encore prêt pour la NBA, soit sélectionné par les Raptors en 31e position. En revanche, si le jeune Camerounais ne trouve pas preneur ou si les Raptors réalisent une transaction qui leur permet d’obtenir un choix plus bas dans le second tour, Ulrich Chomche pourrait être une cible. La franchise a annoncé, ce mardi, avoir libéré Mouhamadou Gueye pour ouvrir une place supplémentaire à un joueur en contrat 2-way dans l’effectif. 

Profils des joueurs réalisés en collaboration avec Emmanuel Le Nevé d’Envergure, site spécialisé dans l’analyse des jeunes joueurs de basket. 

Greenstone : le conseil municipal dit encore non au drapeau franco-ontarien

GREENSTONE – Ce lundi soir, le conseil municipal a tranché sur la question de hisser ou non (à nouveau) le drapeau franco-ontarien toute l’année et c’est finalement le statu quo qui l’emporte. La municipalité ne changera pas sa position, après l’évaluation d’un nouveau rapport proposant différentes options pour la reconnaissance des Franco-Ontariens et des peuples autochtones.

Nouveau rebondissement concernant le retrait du drapeau franco-ontarien de la mairie de la municipalité du Nord de l’Ontario, drapeau qui était hissé de façon permanente depuis 2015.

En février dernier, Greenstone avait modifié sa politique de hissage des drapeaux pour représenter plus de groupes communautaires, dont les communautés autochtones. N’ayant que trois mâts à disposition, la municipalité avait décidé de ne faire flotter le drapeau franco-ontarien que cinq jours par an, en alternance avec le drapeau orange autochtone de Every child matters.

Après avoir repoussé une offre de l’Association des francophones du Nord-Ouest de l’Ontario (AFNOO) de lever des fonds pour financer deux « mâts de drapeau communautaire », le conseil avait fait la commande d’un rapport pour évaluer les options sur la question.

Parmi les quatre choix proposés par ledit rapport, Reconnaissance des Franco-Ontariens et des peuples autochtones, publié ce lundi 24 juin : le premier consistait à installer suffisamment de mâts pour faire flotter le drapeau franco-ontarien, ainsi que chaque communauté autochtone de la région, le second, à établir deux mâts de drapeau, un pour le drapeau franco-ontarien et un pour le drapeau Every child matters.

La troisième option validait l’offre de collecte de fonds pour deux mâts communautaires, tandis que la quatrième, à laquelle était ajoutée la mention « recommandée » en majuscules, préconisait de maintenir la politique de drapeaux telle quelle.

C’est le statu quo qui l’a emporté après un débat enflammé entre les conseillers pendant plus d’une heure d’allers et retours, opposant les droits des populations autochtones à ceux des Franco-Ontariens.

Le conseiller municipal, Allan Ouellet, a rappelé que le retrait du drapeau s’était fait sans aucune consultation, et considère cette exclusion comme une « discrimination » envers la communauté franco-ontarienne.

« Francophobie ou incompréhension de l’importance du geste »

La motion défendant le rétablissement du drapeau vert et blanc 365 jours par an était principalement soutenue par les conseillers municipaux Vicky Budge et Allan Ouellet, déplorant le manque de reconnaissance envers la communauté francophone.

« Nous avons un drapeau approuvé à l’échelle provinciale et nationale qui représente la communauté francophone (…) Or à Greenstone, il y a un héritage et une culture franco-ontariens très forts. C’est une communauté très bilingue », a défendu M. Ouellet.

Il s’est également insurgé du rejet du financement proposé par l’AFNOO : « Pourtant, nous continuons de rejeter une organisation qui souhaite collecter des fonds (…) Cette même organisation qui est prête à financer deux mâts pour les autres drapeaux communautaires où d’autres communautés peuvent également être représentées ». 

« C’est une grave déception », s’exprime Fabien Hébert, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), au lendemain de la décision délibérée en conseil.

« Quand la communauté francophone offre de défrayer les coûts pour ériger les mâts et les drapeaux et que le conseil municipal refuse, c’est clairement soit de la francophobie, soit de l’incompréhension totale de l’importance du geste. »

« Je ne m’explique pas la décision de brimer les droits des francophones sous prétexte de les opposer aux droits autochtones. Vouloir faire un geste de réconciliation est plus que normal à mon sens, mais le faire au détriment des francophones est un non-sens », explique celui-ci, rappelant que les Métis, qui ont été cités en conseil, parlent également en partie le français.

« La communauté de Greenstone a manqué l’opportunité de créer un geste d’unité entre la communauté anglophone, francophone et autochtone », conclut M. Hébert.

En guise de mesures compensatoires, une augmentation du budget pour des festivals franco-ontariens, sans toutefois en préciser le montant, ou encore l’ajout de panneaux bilingues dans la municipalité avaient été mentionnés en fin de débat.

Décès de Gilles Provost, figure de marque du monde théâtral d’Ottawa-Gatineau

OTTAWA — Gilles Provost, directeur artistique, comédien et ancien dirigeant de compagnie théâtrale, est décédé à l’âge de 86 ans, lui qui aura été une figure marquante du monde culturel d’Ottawa-Gatineau.

Dès l’âge de 10 ans, celui qui habite à Ottawa, est initié au monde du théâtre durant son parcours scolaire, dont à l’école secondaire l’Académie de la salle. Après ses études à l’Université d’Ottawa dans ce domaine, il rejoint plusieurs troupes théâtrales dans la région à titre de comédien et il dirige aussi plusieurs compagnies théâtrales.

En 1968, il remporte une bourse du Conseil des Arts de l’Ontario dans le but de passer une année au Birmingham Repertory Theatre, en Angleterre. De retour à Ottawa en 1969, il participe aux dix premières saisons du Théâtre français du tout nouveau Centre national des arts (CNA) faisant partie d’une quarantaine de productions.

« Gilles a eu un impact immense sur le milieu et sur les carrières de tant d’artistes, a témoigné l’actuel directeur du CNA Mani Soleymanlou. Il a fait partie de nombreuses équipes de spectacles au cours des dix premières saisons du Théâtre français du CNA. Depuis il est toujours resté un spectateur assidu et enthousiaste. »

M. Provost est aussi durant la même période directeur artistique de l’Atelier à Ottawa (1969-1972). Il dirige aussi pendant une décennie (1971-1981) le Théâtre des Lutins qui était à Vanier, une compagnie théâtrale destinée à un jeune public et qui a fait des spectacles aux quatre coins de l’Ontario français.

Claire Faubert et Gilles Provost dans La Musica, Théâtre de l’Île, Bateau-théâtre l’Escale, Hull, photographe inconnu, 1972. Source : Université d’Ottawa, CRCCF, Fonds Gilles Provost (P420), Ph326-2371

« Grand homme de théâtre, Gilles a été une figure marquante du milieu théâtral de la région d’Ottawa-Gatineau. Nous adressons nos plus sincères condoléances à son conjoint Claude, à sa famille et à ses proches, au milieu théâtral et plus particulièrement à la famille artistique du Théâtre de l’Île ainsi qu’aux nombreux spectateurs de ce mythique théâtre », a réagi le Théâtre de la Vieille 17 sur les réseaux sociaux.

En 1976, il devient le directeur artistique du Théâtre de l’Île à Gatineau, le seul théâtre municipal au Québec, poste qu’il occupera jusqu’en 2008, aidant à produire plus de 200 productions.

« Grande tristesse… Gilles m’avait ouvert ses portes en 1977 et celles du Théâtre de l’île et sa confiance ne s’était jamais démentie! Un passionné de théâtre, très engagé! Mes condoléances à ses proches », a partagé la metteuse en scène franco-ontarienne Brigitte Haentjens dans une publication sur Facebook.

Gilles Provost a aussi été professeur de théâtre à l’Université d’Ottawa, formant la prochaine génération de talents locaux. Son oeuvre lui a valu plusieurs distinctions, comme la médaille du Jubilé d’argent (1977) et du Jubilé d’or (2002) de la reine Élisabeth II et récipiendaire de l’Ordre de Gatineau en 2014.

Cinq questions que vous vous posez peut-être sur la Saint-Jean-Baptiste

Ce 24 juin, les Québécois, comme les Canadiens français ailleurs au pays, marquent la naissance de leur saint patron. Occasion d’affirmer une culture, une langue, une histoire en commun, cette journée populaire fêtée en grande partie au cours du week-end dernier et encore aujourd’hui chez nos voisins québécois l’a aussi été au cours des derniers jours en plusieurs endroits de l’Ontario.

Quelle est l’origine de la Saint-Jean-Baptiste?

Cette fête serait issue d’une tradition païenne consistant à allumer un feu pour marquer le solstice d’été. Introduite en Nouvelle-France par les colons français au 17e siècle, elle est devenue une fête catholique célébrant, chaque 24 juin, la naissance du patron des Canadiens français connu pour avoir baptisé Jésus dans le Jourdain. À l’origine une fête religieuse ponctuée de cérémonies et de feux de joie, elle se mue à partir du milieu du 19e siècle en célébration laïque, dont l’essence est l’affirmation de l’identité nationale des Québécois.

Comment la Saint-Jean-Baptiste a-t-elle évolué au fil du temps?

Après avoir été une fête principalement religieuse, elle s’est transformée en un événement nationaliste avec une forte connotation politique. Puis, au 20e siècle, sous l’influence de la Révolution tranquille, elle est devenue une célébration plus inclusive et culturelle, tout en conservant son caractère patriotique. Elle est officiellement reconnue par l’Assemblée législative du Québec comme un jour férié, en 1925. Aujourd’hui, elle est une fête populaire qui transcende les générations et les milieux sociaux, unifiant les Québécois autour de valeurs communes.

Mais alors pourquoi la fête-t-on en Ontario et ailleurs au pays?

La Saint-Jean-Baptiste est également célébrée en Ontario (et d’autres provinces hors-Québec) dans les communautés francophones, comme on l’a vu encore cette année à Kapuskasing, Sudbury et North Bay dans le Nord, Kitchener, London dans le Sud-Ouest, ou encore dans l’Est de la province. Les Franco-Ontariens partagent en effet une partie de l’héritage culturel et linguistique des Canadiens français et, à travers cette célébration, ils affirment eux-aussi leur identité culturelle et leur fierté d’appartenir à cette francophonie.

Comment cette fête est-elle célébrée cette année?

La Saint-Jean-Baptiste est célébrée cette année à travers plusieurs centaines de spectacles au Québec. Des milliers de personnes se sont rassemblées hier à Québec pour une soirée musical et la fête se poursuit ce lundi par un grand défilé dans les rues de Montréal, puis une soirée de concerts. Des spectacles et feux d’artifice ont été au cœur des festivités ces derniers jours, y compris en Ontario. D’ailleurs, le Festival franco-ontarien (Ottawa) et la FrancoFEST (Hamilton) se sont déroulés récemment en écho à la Saint-Jean-Baptiste.

Quels sont les symboles associés à la Saint-Jean-Baptiste?

On relie généralement la Saint-Jean-Baptiste au fleurdelisé. Omniprésent lors des célébrations, le drapeau du Québec symbolise la fierté nationale. Les feux de joie, rappelant les anciennes traditions païennes et chrétiennes, représentent la lumière et la purification. Le lys, emblème de la France et de la royauté, est également un symbole fort de l’héritage français du Québec qui participe du sentiment d’appartenance et d’identité culturelle des Québécois et des Canadiens français.

FrancoFEST Hamilton : retour en images sur trois jours de spectacles

HAMILTON – La FrancoFEST Hamilton s’est déroulée dans le parc Gage tout au long de la fin de semaine. Sous le thème Célébrons la Franco Diversité, des têtes d’affiche comme Samian, Le Diable à cinq, Mélissa Ouimet, Adama Daou, LeFLOFRANCO et DJ UNPIER se sont succédé, pour le plus grand plaisir des festivaliers francophones et francophiles de la région. Malgré quelques averses, la chaleur et le soleil ont aussi été au rendez-vous. Retour en images sur l’édition 2024 de la fête organisée par le Centre francophone Hamilton (CFH).

Un défilé de talents sur la scène

Mélissa Ouimet a offert ses chansons et des reprises de grands succès francophones des années 90. Photo : Rachel Crustin / TFO

Adama Daou s’est donné comme mission de faire connaitre le balafon partout au Canada. Photo : Rachel Crustin / TFO

Siraba est un quatuor qui mélange les influences de trois continents, avec des musiciens du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Brésil et de la France. Photo : Rachel Crustin / TFO

DJ UNPIER et Jean L’Océan ont interprété des extraits de leur album Le tour du club. Photo : Rachel Crustin / TFO

Samian était présent lors de la Journée nationale des peuples autochtones, le 21 juin. Photo : Gracieuseté du Centre francophone Hamilton

Le Diable à cinq a apporté le côté traditionnel canadien-français à la fête. Photo : Gracieuseté du Centre francophone Hamilton

Des enseignants et membres du personnel du Conseil scolaire catholique Mon Avenir ont offert une prestation et dirigé les jeunes chorales. Photo : Rachel Crustin / TFO

Le Hamilton Areal Group est un collectif local d’arts du cirque. Photo : Marie-Élise Faucher

LeFLOFRANCO et les rappeurs franco-ottaviens de Tha Incradouble Pack lors du spectacle de samedi soir. Photo : Rachel Crustin / TFO

Dans les allées du festival

Un festivalier particulièrement fier d’être un Franco-Ontarien. Crédit image : Rachel Crustin / TFO

Julie Jardel et Lanciné Koulibaly font partie des organisateurs de la FrancoFEST. Julie Jardel a récemment annoncé son départ comme directrice générale du Centre francophone Hamilton. Photo : Rachel Crustin / TFO

Environ 80 bénévoles se sont impliqués dans la FrancoFEST. Photo : Rachel Crustin / TFO

Quelques averses ont ponctué le festival, mais la météo s’est avéré généralement clémente. Photo : Rachel Crustin / TFO

Mélissa Ouimet en entrevue avec ONFR. Photo : Marie-Élise Faucher

Des activités pour toute la famille

Grand habitué du festival, Marco le clown (à droite) est le seul clown entièrement aveugle du Canada. Photo : Rachel Crustin / TFO

Les bulles géantes ont fait le bonheur des petits et des grands.  Photo : Rachel Crustin / TFO

Des élèves de la troupe de théâtre de l’École élémentaire catholique Monseigneur-de-Laval ont présenté des chansons de la comédie musicale Annie Jr. Photo : Rachel Crustin / TFO

La chorale d’enfants peut se vanter d’avoir attiré la plus grande foule de la fin de semaine. Photo : Rachel Crustin / TFO

Les parents étaient fiers de leurs enfants, montés sur scène pour interpréter des chansons en chorale. Photo : Rachel Crustin / TFO

La mobilisation des parents d’élèves aboutit à l’ouverture d’une école secondaire à Ottawa

OTTAWA – Une école secondaire verra le jour dès la rentrée prochaine dans Ottawa-Centre, faisant écho à une revendication de longue date. C’est ce qu’a annoncé Marc Bertrand, directeur de l’éducation du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) dans une correspondance avec les parents d’élèves que s’est procurée ONFR.

Il s’agira d’un pavillon secondaire du Collège catholique Franco-Ouest installé dans le couvent Saint-Jean-Baptiste acquis par le Conseil au 96, avenue Empress, capable d’accueillir, dès l’année scolaire 2024-2025, une cohorte d’élèves de 7e année, voire une autre de 8e année, si la demande est au rendez-vous.

À terme, le projet prévoit un réaménagement intérieur du couvent, permettant d’accueillir six salles de classe et couvrant éventuellement tous les niveaux scolaires de la 7e à la 12e année. La taille de l’édifice est telle que des classes additionnelles pourront être aménagées à plus long terme.

Cette annonce intervient après qu’un groupe de parents d’élèves aient déposé une requête constitutionnelle devant la Cour supérieure de justice de l’Ontario en mai dernier, réclamant un tel établissement secondaire dans ce secteur, au nom de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés. La requête vise du gouvernement et un autre conseil scolaire : le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO).

Jennifer Larocque, membre du Regroupement pour une école secondaire au cœur du centre-ville. Photo : Gracieuseté de Jennifer Larocque
C’est « un développement positif répondant au besoin urgent d’une partie de notre communauté »
— Jennifer Larocque, membre du Regroupement pour une école secondaire

« Les efforts du Regroupement commencent à porter des fruits », réagit Jennifer Larocque, saluant « un développement positif répondant au besoin urgent d’une partie de notre communauté ».

«  Cette avancée offre un choix pour certains de poursuivre l’éducation en français après la 6e année dans le secteur », se satisfait la mère de famille, évoquant un total de 1600 ayants droit dans Ottawa-Centre, un secteur en forte demande également du côté laïc, alors que le CEPEO a récemment fait une demande de financement en immobilisation auprès de la province.

Flou sur le financement de la province

Est-ce la fin de la procédure judiciaire visant le CEPEO? Non, répond-elle. « Nous aimerions que ce projet soit financé. Le ministère de l’Éducation est imputable : le droit constitutionnel à une éducation continue dans la langue minoritaire doit être respecté. Le projet n’a pas encore reçu de financement, ni le CEPEO, selon ce que nous savons aujourd’hui. »

Pour ce qui est de l’école du CECCE, une réunion à l’initiative du Conseil prévue mardi prochain devrait permettre d’en apprendre davantage.

Sans attendre cette échéance, le Conseil a concédé que cette réalisation a été « influencée et accélérée par l’engagement et la persévérance des parents de la communauté », en référence au combat de longue date du regroupement de parents qui « militent pour la création d’une école secondaire francophone dans le Centre-Nord d’Ottawa, particulièrement dans les quartiers municipaux Kitchissippi et Somerset.

« Avec des centaines d’élèves francophones dans le secteur Ottawa-Centre, sans école secondaire francophone à proximité, ce nouveau pavillon secondaire comblera un besoin essentiel », a affirmé Marc Bertrand dans sa lettre aux parents datée du 20 juin.

Questionné sur les modalités d’un éventuel financement, le ministère de l’Éducation n’avait pas retourné nos sollicitations médiatiques au moment de publier cet article.

Nicole Arseneau-Sluyter, la nouvelle porte-voix des Acadiens du Nouveau-Brunswick

SAINT-JEAN – La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), organisme porte-parole des francophones dans la province, a une nouvelle présidente en la personne de Nicole Arseneau-Sluyter, en poste depuis une semaine après une période d’intérim. Assimilation et éducation sont les deux mots qui sont probablement revenus le plus souvent dans notre entretien avec l’Acadienne. Elle se donne pour mission de freiner l’assimilation vers l’anglais des jeunes francophones avec le viseur tourné sur le système d’éducation néo-brunswickois.

« Comment avez-vous accueilli votre élection à la présidence de la SANB?

C’était vraiment un honneur. Pour être honnête, je me présentais contre deux bons candidats et je n’avais rien tenu pour acquis dès le début. Oui, j’étais à l’intérim depuis septembre dernier, mais je savais que je ne devais jamais lâcher, ne jamais arrêter et me donner à 200 %.

Vous habitez aujourd’hui à Saint-Jean dans le sud de la province, mais vous avez grandi dans le Nord du Nouveau-Brunswick, où paradoxalement, le français est majoritaire

Je viens de Balmoral qui est un village où j’ai grandi complètement en français. Je ne suis même pas certain qu’il y ait eu une famille anglaise. S’il y en avait une, ce n’était pas plus. Même aujourd’hui, mes parents ne parlent pas couramment l’anglais. C’est une grande famille de cinq enfants. Mon père avait une grande entreprise avec son moulin à scie et ses près de 300 employés, alors on était bien connu dans la région. J’y vais encore souvent, je suis très bien connecté avec mon village natal.

Pourquoi estimez-vous être la bonne personne pour représenter les francophones au Nouveau-Brunswick?

La majorité de ma carrière a été dans un milieu minoritaire où j’ai travaillé dans une mission semblable de la SANB, qui est de protéger notre langue et de promouvoir notre culture. Quand j’ai décidé de rejoindre le conseil d’administration de la SANB en 2018, c’est là que j’ai très vite réalisé les enjeux.

En quoi votre parcours professionnel à Saint-Jean – où vous avez travaillé pour le district scolaire francophone, puis comme parajuriste au privé et pour un centre communautaire francophone jusqu’en 2018 – vous a logiquement conduite à vous engager dans la SANB?

Souvent, quand on vit dans un milieu minoritaire comme Saint-Jean, une ville de loyalistes, les Acadiens en milieu majoritaire ne comprennent pas nos enjeux. Ils prennent des décisions qui parfois nous affectent directement. À Saint-Jean, notre population francophone est plus élevée qu’à Caraquet, que je donne en exemple, et là les gens oublient ça.

Gracieuseté SANB.

Le poids des francophones ne cesse de baisser depuis plusieurs années au Nouveau-Brunswick. Saint-Jean reflète-t-elle cette tendance, à la lumière de votre parcours dans le système d’éducation?

Il y a eu beaucoup d’assimilation ici. La commission scolaire francophone a seulement ouvert en 1985. Toutes les générations d’Acadiens avant ça étaient des gens pas peu convaincus, mais la majorité d’entre eux ont été assimilés, et ce de manière affreuse. Les petits enfants sont arrivés en première année et on les ridiculisait parce qu’ils ne parlaient pas anglais. Les parents trouvent ça difficile encore aujourd’hui.

J’ai une amie dans le début quarantaine et dont son père est un produit de ça qui lui a dit : ‘Je ne veux pas que tu mettes tes enfants en immersion française, c’est trop difficile, ça fait trop mal’. La plaie est encore ouverte. Notre histoire est jeune. J’entends ça et je rencontre des familles : des Robichaud, des Arseneault, des Savoie, des Pitre, des Ouellette… Et tous ces gens-là sont assimilés.

On devine que l’assimilation est un enjeu qui sera au centre de votre mandat à la SANB

Ça me passionne parce que c’est la base. Si on n’est pas capable de garder la base, on est foutu. Je parle de Saint-Jean, car je suis ici, mais ce n’est pas différent de Fredericton ou Moncton. On a des problèmes sérieux à trouver des éducateurs et éducatrices.

L’assimilation est un risque partout en Amérique du Nord. Les Québécois qui viennent à Saint-Jean mettent leurs enfants à l’école anglaise, car ils se disent : ‘On parle déjà français à la maison’. Vous savez ce qui se passe avec ça? Une génération et les enfants sont assimilés! Ils ne réalisent pas à quel point l’influence anglaise est forte.

La nouvelle présidente de la SANB en compagnie du ministre Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne à Québec, Jean François Roberge. Gracieuseté SANB.

Ce sujet vous prend très à coeur… Qu’est-ce qui vous attriste le plus?

J’ai de la difficulté à retenir mes larmes. Ça me touche comme ça. Je vois vraiment la fragilité de notre langue. Même dans ma propre famille. J’ai une sœur qui vit à Regina et qui a deux filles qui parlent encore français, mais elle a décidé de parler seulement anglais à la maison. Elles sont instruites, mais ce n’est pas garanti que mes nièces vont continuer (à parler français) dans leur vie adulte. Une langue, ça se perd.

C’est triste, mais ce qui m’attriste encore plus, c’est d’avoir l’impression que l’importance de préserver notre langue passe six pieds au-dessus de la tête des jeunes (…). Je veux dépenser beaucoup d’énergie à faire une différence (avec les jeunes).

Vous demandez au gouvernement de créer un ministère de l’Éducation entièrement francophone qui couvre les besoins de « la naissance jusqu’à la mort » comme vous dites. Pour quelle raison?

On veut avoir le contrôle, nous autres. On veut avoir notre propre ministre de l’Éducation. Parfois, on a un ministre qui parle juste anglais. On a une dualité et on n’est pas du tout sur la même longueur d’onde avec les programmes du système anglais. Il y a une déconnexion complète. Ils sont majoritaires, ils ne sont pas à risque. Si on avait nos employés et nos programmes, on pourrait aller de l’avant avec ça.

Une élection provinciale aura lieu à l’automne. Quelles sont vos demandes, outre l’éducation, à l’approche de ce scrutin?

On voudrait un comité sur les langues officielles à Fredericton avec plus de pouvoirs… On a beaucoup à discuter (avec les partis) et faire certain que les choses s’améliorent au niveau du gouvernement. La commissaire aux langues officielles ne semble pas avoir beaucoup de pouvoirs. C’est rendu qu’on ne se plaint plus, car on a plus de pouvoirs. On veut aussi faire des États généraux sur l’état du français au Nouveau-Brunswick. »


1962 : Naissance à Balmoral au Nord du Nouveau-Brunswick

1987 : Déménage à Saint-Jean pour travailler pour le district scolaire 52

2002 : Rejoint le Centre communautaire Samuel-de-Champlain à Saint-Jean

2018 : Rejoint le conseil d’administration de la SANB

2024 : Élue présidente de la SANB

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario, au Canada et à l’étranger.

Le droit à une justice équitable en français devant la Cour d’appel de l’Ontario

TORONTO – Débouté en première instance par la Cour supérieure de l’Ontario, un justiciable francophone porte sa cause en appel et demande que la province respecte ses engagements à offrir les mêmes chances de traitement des affaires qu’elles soient en français ou en anglais.

La cause d’Abdelmajid Rahmouni a été entendue ce vendredi par la Cour d’appel, plus haut tribunal de la province. Mise en délibéré, l’issue de ce combat juridique pourrait avoir des conséquences sur l’équité linguistique devant les tribunaux ontariens pour l’ensemble des justiciables francophones.

Cela fait presque quatre ans que cet un enseignant, en litige avec l’Association des enseignantes et enseignants de l’Ontario (AEFO), patiente pour que le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario (TDPO) traite sa plainte en français. Un délai d’attente jugé inacceptable qu’il l’a déterminé à engager un bras de fer juridique contre la province, afin de la contraindre à instaurer un quorum minimum de décideurs bilingues.

Pour obtenir une justice aussi rapide en français qu’en anglais, il suffirait que le procureur général recommande plus de juges francophones à la lieutenante-gouverneure, chargée de leur nomination, estime le plaignant. Le problème est qu’aucune loi régissant les nominations aux tribunaux décisionnels n’impose des compétences linguistiques.

Abdelmajid Rahmouni est depuis juillet 2020 en conflit avec l’AEFO dont il est membre du conseil d’administration de l’AEFO et président de l’unité locale 58. Photo : ONFR / Rudy Chabannes

Ses espoirs ont toutefois été balayés une première fois par la Cour supérieure en novembre dernier, par une motion en radiation, le juge estimant que cette requête ne relevait pas de la compétence de la Cour supérieure mais celle de la Cour divisionnaire et que sa déclaration ne reposait sur aucune cause d’action fondée.

M. Rahmouni s’est donc tourné vers la Cour d’appel pour tenter d’inverser la décision, invoquant la Loi sur les services en français, la Charte canadienne des droits et libertés, la Loi constitutionnelle de 1867 mais aussi les clauses linguistiques rattachées au Protocole d’entente engageant le Procureur général de l’Ontario et Tribunaux décisionnels Ontario (TDO, instance qui administre le TDPO).

Ce dernier prévoit que les services en français doivent être « clairement annoncés, visibles, faciles d’accès et de qualité équivalente aux services offerts en anglais ».

La partie adverse représentant le procureur général de l’Ontario a demandé de son côté une ordonnance rejetant cet appel, estimant entre autres que le juge de la motion n’a commis aucune erreur.

Actuellement, la Politique sur les services en français de TDO prévoit bien que du personnel bilingue soit assigné à une audience sur le fond lorsqu’une partie demande qu’une instance soit instruite en français. Mais dans les faits, l’avocat de M. Rahmouni, Me Pierre Lermusieaux, pointe des délais inacceptables, estimant que « le juge de motion a erré en droit » en concluant que la Cour supérieure n’était pas compétente pour entendre son action et en ne prenant pas en compte l’incapacité du TDPO à redresser les manquements au Protocole.

Me Pierre Lermusieaux, avocat défendant l’enseignant Abdelmajid Rahmouni. Photo : ONFR / Rudy Chabannes

S’il parvient à convaincre le juge, il pourrait obtenir l’obligation de la lieutenante-gouverneure en Conseil de l’Ontario de nommer et maintenir au sein du TDPO un quorum minimum de membres capables d’entendre des causes, communiquer avec les parties, considérer les éléments de preuve, et rendre des décisions entièrement en français. Il espère du même coup, contraindre le procureur général de toujours recommander à la lieutenante-gouverneure un quorum minimum de tels candidats pour nomination.

Cette obligation pourrait aboutir même si le jugement de première instance était confirmé en appel, pense Me Lermusieaux. « Dans l’hypothèse où la Cour d’appel confirme la radiation de la déclaration, il est dans l’intérêt de la justice d’autoriser sa modification pour corriger les déficiences identifiées, tel que l’a confirmé le juge de motion dans ses conclusions », plaide l’avocat dans son mémoire d’appel.

Grâce à un Franco-Ontarien, un nouveau monument sur la Seconde Guerre mondiale en France

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste en patrimoine Diego Elizondo.

Dans cette chronique, je vous emmène en France. Non pas pour parler des élections législatives éclair et surprises, ni du tournoi de soccer l’Euro, qui retiennent l’attention, mais pour vous raconter comment, grâce à un Franco-Ontarien, un nouveau monument vient d’être inauguré dans l’Hexagone sur un épisode d’histoire militaire canadienne méconnu et pratiquement oublié de la Seconde Guerre mondiale.

Le 15 juin dernier marquait l’aboutissement de recherches entamées il y a deux ans par le Franco-Ontarien Jean-François Born.

Ses recherches ont par moments pris les allures d’une enquête ou d’un scénario tout droit sorti de l’imagination du créateur de la série de bandes dessinées Lefranc et proche collaborateur d’Hergé, le bédéiste français Jacques Martin.

Tout commence avec une histoire que lui a souvent racontée son père à propos d’un écrasement d’avion. En effet, avant de quitter la France pour le Canada avec sa famille, son père habitait dans le village de Givenchy-en-Gohelle, dans le Nord de l’Hexagone. Dans le jardin de leur maison, on retrouvait souvent des pièces d’avion en aluminium. Des morceaux de cuir en décomposition, qui avaient été des gants d’aviateurs, témoignaient d’un tragique événement survenu lors de la Seconde Guerre mondiale dans ce village du Nord-Pas-de-Calais.

Le Franco-Ontarien Jean-François Born, instigateur du projet du monument en France, prend la parole lors de la cérémonie de dévoilement le 15 juin dernier. Photo : Gracieuseté Mairie de Givenchy en Gohelle

C’est à partir des souvenirs que lui avait racontés son père que Jean-François Born s’est décidé à faire de la recherche pour découvrir ce qui s’était vraiment passé dans la nuit du 13 au 14 juin 1944, et de commémorer la mémoire des aviateurs canadiens qui y ont péri. « Je voulais en savoir plus : qui étaient les membres de l’équipage? Que leur est-il arrivé? Quel a été l’impact sur leurs familles? Quelles étaient les conséquences à Givenchy? Comment nous souvenons-nous d’eux? Finalement, j’ai voulu que la mort de ces aviateurs soit marquée pour assurer la pérennité de leur mémoire », explique-t-il.

Pour parvenir à comprendre ce qui s’est passé, celui qui est titulaire d’une maîtrise en histoire de l’Université d’Ottawa a mené ses recherches en mettant à profit des techniques apprises pendant ses études. Parmi ses nombreuses sources se trouvent la lecture de livres (parfois indisponibles au Canada), la recherche généalogique, la consultation d’archives militaires canadiennes ou encore des témoignages oraux de témoins encore vivants des événements, rencontrés lors d’un de ses voyages en France.

Les événements de la nuit du 12 au 13 juin 1944

Alors que l’espoir d’une victoire des Alliés allait grandissant avec le débarquement réussi survenu quelques jours plus tôt en Normandie, six aviateurs canadiens-anglais ont trouvé la mort dans la nuit du 12 au 13 juin 1944 dans le ciel du village de Givenchy-en-Gohelle, dans le Nord de la France.

En mission vers Arras, leur bombardier Halifax du 434e Escadron Bluenose de l’Aviation Royale canadienne a été surpris par un avion de chasse de la Luftwaffe allemande. Après un court combat, l’avion canadien est touché, endommagé, prend feu, s’écrase et explose.

Seul l’opérateur radio, Dorcas Crawford, a eu le temps de s’extraire du quadrimoteur et de sauter en parachute.

L’épave de l’avion s’écrase sur plusieurs terrains au coin des rues Jean-Jaurès et Marcel-Sembat, à Givenchy-en-Gohelle. Par chance, l’avion ne s’abat pas sur les bâtiments du village et ne fait aucune victime civile. En revanche, il y a de nombreux dommages matériels, notamment sur des maisons, en raison de la force de l’impact du crash de l’avion et des bombes qui ont continué d’exploser dans les heures suivant l’écrasement.

Commémorer pour ne pas oublier

Au terme de ses recherches, Jean-François Born avait trouvé la trace de six des sept familles impliquées dans le drame. Il s’imaginait qu’en guise de commémoration, une petite plaque pourrait être installé dans le village français où les aviateurs canadiens ont perdu la vie.

La commémoration a plutôt pris une plus grande ampleur, étant donné l’enthousiasme des gens de la localité pour ses recherches. De son propre aveu, ils ont dépassé ses attentes.

Lors d’un voyage en France en 2022, il a rencontré le maire et la directrice générale des services de Givenchy-en-Gohelle, la commune française située dans le département du Pas-de-Calais, en région Hauts-de-France, où s’est produit l’écrasement d’avion huit décennies plus tôt.

Par délibération, en date du 6 décembre 2023, le conseil municipal de Givenchy-en-Gohelle a décidé d’ériger un monument commémoratif pour honorer la mémoire de six aviateurs canadiens tués, lors de l’écrasement de leur avion, dans la nuit du 13 au 14 juin 1944.

Un hommage aux pilotes disparus a suivi le dévoilement du monument où repose dans le cimetière local deux pilotes canadiens tués il y a 80 ans. Photo : Gracieuseté Geslaw Seillier

Au lieu d’une petite et typique plaque en bronze, un monument en forme de stèle, en hommage aux aviateurs canadiens décédés, a été dévoilé au cours d’une cérémonie protocolaire et émouvante 80 ans, jour pour jour, après le tragique événement, le 15 juin dernier à Givenchy-en-Gohelle.

Les textes du monument, écrits dans les deux langues officielles du Canada, ont été rédigés par Jean-François Born lui-même. Sobre, la stèle, qui se trouve sur la rue Jean-Jaurès, à l’entrée du clos de la Maladrerie, a été installée non loin du lieu où l’avion s’est écrasé, Il s’agit d’une œuvre du graphiste Xavier Dumur qui a coûté quelque 14 180 € (environ 20 895 $ canadiens).

Dans la foule assistaient notamment des dignitaires politiques et militaires, ainsi que des descendants des aviateurs canadiens tués. La cérémonie a débuté par une fanfare dans les rues avoisinantes et s’est poursuivie dans le cimetière du village, où reposent deux des aviateurs canadiens.

Prenant la parole lors de la cérémonie, le maire de la Commune de Givenchy en Gohelle Pierre Sénéchal a déclaré à propos des six aviateurs canadiens tués : « Ces hommes ont donné leur vie pour notre liberté, pour notre droit à vivre avec nos différences, pour que la France reste la France, patrie des lumières, mère de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. »

Pour le premier magistrat, le monument « au cœur de notre village nous rappellera chaque jour la reconnaissance que nous devons au sacrifice de ces aviateurs, et à celui de tous les hommes et femmes morts pour nous et pour notre liberté ».

L’instigateur du projet, Jean-François Born, a conclu quant à lui en invitant d’autres personnes, dont les plus jeunes, à s’inspirer de sa démarche. « Il y a des centaines d’histoires comme celles des aviateurs […] pour les jeunes, ici, aujourd’hui, intéressez-vous aux histoires de vos grands-parents et de vos familles. Chacune de ces histoires est importante. »

Un Franco-Ontarien impliqué

Ce féru d’histoire militaire travaille à la fonction publique du Canada et habite à Orléans. Originaire de Toronto, il s’est installé à Ottawa au moment d’entamer ses études postsecondaires à l’université. 

Pendant ses temps libres, Jean-François Born s’implique dans la communauté franco-ontarienne depuis déjà quelques années.

Il était jusqu’à mercredi dernier président du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO). Celui qui a répondu favorablement à l’invitation de Trèva Cousineau, en 2017, à la rejoindre au conseil d’administration du MIFO, a occupé plusieurs postes au sein du conseil et vient tout juste de céder sa place à la présidence. Pendant son mandat d’un an, un financement majeur de la part du gouvernement fédéral a été annoncé pour la construction du nouveau centre culturel de l’organisme. L’embauche d’une nouvelle direction générale a également été annoncée le même jour.

Jean-François Born, président du MIFO jusqu’à mercredi dernier lors de l’Assemblée générale annuelle, à Orléans, le 19 juin 2024. Photo : MIFO

Jean-François Born était également jusqu’à tout récemment membre du conseil d’administration de l’Association du patrimoine familial francophone de l’Ontario (APFFO) et a signé un texte sur son histoire familiale dans le tome 1 du recueil de famille publié par l’organisme. Il est aussi collaborateur occasionnel au magazine Le Chaînon, publié par le Réseau du patrimoine franco-ontarien. D’ailleurs, il a été le lauréat en 2022 du Prix Michel-Prévost, remis à l’auteur du meilleur article publié dans Le Chaînon, pour son texte Ernest Côté : un personnage légendaire, publié dans le numéro de l’été 2021 du (dernier) magazine franco-ontarien.

Fort du succès de sa commémoration à Givenchy-en-Gohelle, Jean-François Born a déjà été approché par une autre localité en France pour une commémoration semblable impliquant aussi un épisode méconnu et presque oublié de l’histoire militaire canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale.  

Mentionnons que le village de Givenchy-en-Gohelle est situé à deux kilomètres de la Crête de Vimy, célèbre lieu de bataille dans l’histoire militaire canadienne. Si les Canadiens ont déjà pour la plupart entendu parler de Vimy, l’histoire de l’écrasement de l’avion et de la mort des six aviateurs canadiens, survenue juste à côté en 1944, est maintenant sortie de l’ombre grâce au Franco-Ontarien Jean-François Born.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et du Groupe Média TFO.

Marie-Christine Pioffet : « Les relations franco-autochtones de la Nouvelle-France sont complexes »

Marie-Christine Pioffet, professeure au Collège Glendon de l’Université de York, est à la tête de la Chaire de recherche sur les relations franco-autochtones dans les Amériques, créée en juillet 2023.

À l’occasion du 21 juin, Journée nationale des peuples autochtones, et du Mois national de l’histoire autochtone, celle-ci aborde cette page de l’histoire encore méconnue sur laquelle ses recherches portent : les relations franco-autochtones à la période de la Nouvelle-France, du début du 16e siècle jusqu’à sa chute au 18e.

Malgré un engouement fort pour la culture autochtone ces dernières années, les ressources en autochtonie restent encore très dispersées. Retracer les rapports entre autochtones et premiers Franco-Canadiens permettra d’en comprendre les contours, de la période Nouvelle-France jusqu’à nos jours, tout en mettant à l’avant plan le passé et le patrimoine autochtones.  

« Quelles sont vos spécialités et activités autour de la Chaire?

J’enseigne beaucoup sur le récit de voyage et sur les textes de la Nouvelle-France et j’ai monté un nouveau cours en littérature autochtone. J’organiserai prochainement un mini colloque qui portera sur la tradition orale autochtone, dans le cadre de quatre journées d’étude prévues avec la Chaire.

En parallèle, je travaille sur la rédaction d’un livre sur les dialogues franco-autochtones dans les textes de la colonisation française des Amériques. Avec des étudiants, nous recensons les extraits de dialogues entre francophones et autochtones dans les récits de voyage, ce qui devrait s’avérer intéressant pour le grand public.

Carte de Champlain redessinée en 1677. Photo : Gracieuseté de Marie-Christine Pioffet

En quoi est-ce important pour vous de souligner les relations qu’ils entretenaient à cette époque?

C’est une période de l’histoire qui n’est pas très bien connue. Les difficultés de communication qui ont existé ont créé des malentendus qu’il est intéressant d’étudier. On a toujours dit que les autochtones étaient les oubliés de cette histoire. Or, on entend leurs voix à travers les textes de l’époque, à travers les dictionnaires bilingues qui ont été faits par les missionnaires, les truchements, les interprètes autochtones, des extraits de langue autochtone, leur rapport à la spiritualité, au commerce, au troc, etc.

Certains autochtones avaient été envoyés en France, parfois de force, parfois volontairement. Jacques Cartier a par exemple fait venir une dizaine d’autochtones en France. C’était une tradition usuelle avec l’idée de ramener un témoignage vivant de ces civilisations, qui menait à des célébrations, comme en 1550 à Rouen. À part dans la littérature de Michel de Montaigne et dans quelques autres témoignages, on ne sait pas vraiment ce qu’ils ont pensé de la France durant leur séjour.

Que retenez-vous des relations franco-autochtones jusqu’à présent dans vos recherches, qui sont encore amenées à évoluer?

Les relations franco-autochtones de la Nouvelle-France sont très complexes. Tout n’est pas tout blanc ou tout noir, mais les rapports ne sont pas égalitaires dans le rapport de force. L’idée de réciprocité était très importante pour les autochtones, recevoir autant qu’ils donnent. Or, les Français n’ont pas toujours rendu à leur juste valeur ce qu’ils ont reçu.

Mais par rapport à d’autres colons, les chercheurs ont parlé d’une exception française, d’une relation cordiale de proximité.

Il faut savoir que la Nouvelle France était très peu peuplée si on la compare à la Nouvelle-Angleterre. Ils ont dû cohabiter beaucoup plus avec les Autochtones, d’où bon nombre de mariages franco-autochtones. On sait que les Abénaquis, très proches des Français au moment de la fameuse bataille des Plaines d’Abraham, ont parcouru des centaines de kilomètres pour se battre aux côtés de Pierre de Rigaud de Vaudreuil et de Louis-Joseph de Montcalm. Lorsque la nouvelle France est tombée aux mains des Anglais, jusqu’à la signature du traité de Paris en 1763, ils espéraient que les Français reprennent la Nouvelle-France, qui n’aurait jamais tenu aussi longtemps sans eux.

Quelles Premières Nations parlent généralement le français aujourd’hui?

Les nations autochtones qui utilisent surtout le français aujourd’hui sont les Wendats, les Attikameks, les Innus, les Abénaquis. D’une façon générale, les communautés autochtones ont aussi influencé l’identité canadienne telle qu’elle est aujourd’hui, que ce soit par la langue, la culture ou les valeurs.

À quelle méthodologie votre travail de recherche s’attache-t-il?

C’est un travail de longue haleine et toujours en cours bien sûr, mais je m’intéresse à l’histoire et à l’ethnographie, à la linguistique, incontournable quand on tombe sur des expressions autochtones dans les textes.

La façon dont ils désignaient les Français est aussi très éloquente. Samuel de Champlain rapporte qu’ils se font appeler « hommes de fer », car ceux-ci apportaient des instruments et outils en fer comme des couteaux, des hachettes, etc. On retrouve ces désignations métonymiques très fréquemment dans les textes.

Considérez-vous le fait que les langues autochtones soient depuis peu autorisées au Parlement ontarien comme une énorme avancée?

C’est un grand pas vers la reconnaissance et je pense que cela donnera l’envie à beaucoup d’autochtones qui ont perdu leur langue de la retrouver ou de se perfectionner, parce que c’est une souffrance pour certains. Je crois que les universités et les gouvernements devraient faire beaucoup plus pour la préservation des langues autochtones. »

Une semaine pour fêter les peuples autochtones et les francophones

La Journée nationale des peuples autochtones et la Saint-Jean-Baptiste ont lieu cette semaine, donc on a plusieurs occasions et communautés à célébrer. C’est ce que fera, entre autres, la FrancoFEST à Hamilton. 30, 60 ou 150 ans… D’autres anniversaires importants sont soulignés en province, et le Mois de la fierté se poursuit avec d’autres activités.

Sudbury

Plusieurs fêtes disparates se dérouleront avec des artistes francophones au cours des prochains jours. Dans le cadre de la Saint-Jean de Sudbury, une soirée de chansons à répondre est organisée par le Centre franco-ontarien de folklore (CFOF) au Collège Boréal ce vendredi. Une journée familiale se déroulera au même endroit le lendemain, alors que le lever du drapeau aura lieu au Centre Lionel E. Lalonde à Azilda le 24 juin à 9 h 30. L’artiste Rodney Meilleur donnera un concert gratuit au Parc Whitewater d’Azilda le 27 juin à 19 h.

La Saint-Jean-Baptiste concerne les francophones de partout au pays. Photo : TFO / Benjamin Vachet

Sudbury, jusqu’au 27 juin. Détails sur le site de la Saint-Jean Sudbury.

En rafale

Vendredi, le Franco-Ontarien Mitch Jean sera en spectacle à North Bay au Centre culturel Les compagnons des francs loisirs. La formation Les fils du Diable donnera un spectacle à la salle paroissiale d’Oshawa dans le cadre de la Fiesta du pavillon canadien-français, qui se déroule également le lendemain. La chanteuse afro-soul montréalo-camerounaise Veeby se produira au Collège Glendon, à Toronto, sous l’invitation de l’Association canadienne pour l’apprentissage du français.

Samedi, dans la capitale, les Rats d’Swompe participeront à la journée familiale du Réseau des aînés francophones d’Ottawa alors que la Ligue du bonheur officiera à la Maison de la francophonie d’Ottawa.

Dimanche, le 23 juin, les chansonniers de Welcome Soleil s’occuperont de la fête de la Saint-Jean au Rivoli de Toronto. Pendant ce temps, l’Association des francophones de la région de York organise sa Fête de la francophonie et accueille Stéphane Guertin et Noémi & Le Friendless Crew au centre-ville de Newmarket.

Les Rats d’Swompe sont un incontournable des fêtes de la Saint-Jean-Baptiste en Ontario. Photo : TFO / Stéphane Bédard

Les francophones fêtent partout en province et au pays. Bonne Saint-Jean-Baptiste!

Festival autochtone du Solstice d’été

Du 21 au 23 juin, la ferme Mādahòkì souligne la Journée nationale des peuples autochtones dans son Festival autochtone du Solstice d’été. C’est l’occasion d’en connaître plus sur les cultures autochtones, de participer à des activités familiales gratuites, de faire ses emplettes au marché d’artisanat et de voir des chevaux spirituels ojibwés.

Un pow wow aura lieu vendredi en journée et en soirée. Plusieurs artistes seront de la fête entre 13 h et 18 h, dont le danseur métis et francophone originaire de Sudbury, Brad Lafortune. Il n’y a pas de stationnement public sur place, mais des navettes font la route depuis différents secteurs de la ville.

Le concours Pow wow lors d’une éditon précédente du FASE. Archives gracieuseté du Festival autochtone du solstice d’été

Ottawa, territoire traditionnel et non cédé de la Nation algonquine anichinabée, du 21 au 23 juin. Détails sur le site du Festival autochtone du solstice d’été.

150 ans d’histoire à St-Albert

Dans l’Est ontarien, la communauté de St-Albert fête son 150e anniversaire. Plusieurs activités sont prévues, dont un grand spectacle avec des artistes locaux vendredi soir, relatant l’histoire du village au moyen de pots-pourris thématiques. La direction musicale est assurée par Brian St-Pierre et la mise en scène est signée Nathalie Deslauriers. Samedi, il y aura une journée familiale et une soirée musicale avec DJ Marty et Matt Lang. L’autre activité originale de la fin de semaine est la danse des tracteurs.

L’entrée du village de St-Albert dans l’Est ontarien. Photo : TFO / Sébastien Pierroz

St-Albert, jusqu’au 23 juin. Détails sur le site du 150e.

60 ans pour La Slague

Le diffuseur culturel de Sudbury La Slague souffle 60 bougies. La saison-anniversaire sera lancée samedi à 17 h, à la Place des arts du Grand Sudbury. En plus du dévoilement de la programmation de la prochaine saison, sous forme de chasse au trésor, ce sera aussi l’occasion d’assister à un concert gratuit de Serge Monette. La soirée se terminera avec le spectacle de Stef Paquette, qui fête pour sa part ses 30 ans de carrière.

La Slague est le diffuseur culturel du Carrefour francophone, un des organismes fondateurs de la Place des arts du Grand Sudbury. Photo : TFO / Inès Rebei

Sudbury, le 22 juin. Détails sur le site de La Slague.

Match des étoiles au MIFO

La saison artistique qui se termine marquait le grand retour de l’improvisation au Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), après 10 ans d’absence. La formule mensuelle, qui proposait chaque fois un match scolaire et un match communautaire, a fait mouche. L’engouement des joueurs et du public sera souligné ce mardi avec le match des étoiles, animé par Martin Laporte. Pour cette soirée de clôture, les meilleurs joueurs de la saison formeront deux équipes, mélangeant pour la première fois les joueurs scolaires et communautaires.

Photo d’un match précédent de la ligue d’improvisation du MIFO. Gracieuseté MIFO.

Ottawa, le 25 juin. Détails et billets sur le site du MIFO.

À l’intersection du Mois de la fierté et du Mois national de l’histoire autochtone

Vendredi à 18 h, FrancoQueer organise une projection et une discussion autour du film Rosie, comédie dramatique de Gail Maurice. L’activité aura lieu à la Bibliothèque publique de Toronto. Josée Young et Constant Bernard, qui tiennent la vedette dans le film, prendront part au panel aux côtés de la gardienne du savoir métis, Diane Montreuil.

L’histoire est celle de Rosie, qui vient de perdre sa mère et a besoin de trouver rapidement un endroit pour vivre. Elle se tournera vers sa plus proche parente et rencontrera les deux meilleures amies de celle-ci. Elles formeront un « quatuor excentrique qu fera tout ce qu’il faut pour survivre, sans faire de compromis sur sa vision de l’existence. » Le film est bilingue et sera présenté avec des sous-titres anglais. L’activité est offerte avec la bibliothèque publique de Toronto et La Cité.

Scène de Rosie, de Gail Maurice. Photo : TVA Films

Toronto, le 21 juin. Détails sur le site de FrancoQueer.

L’architecture dans l’oeil de Florian Brisot

CONTACT, le festival de la photographie de Toronto, propose de découvrir différentes expositions de photos gratuites à travers la ville. Ces jours-ci, c’est la dernière chance de voir, entre autres, Symphonie, la toute première exposition de Florian Brisot. Le photographe s’intéresse à l’architecture, qu’il présente de façon presque immersive en s’amusant avec l’ombre et la lumière. On peut entre autres découvrir le cinéma Le Normandy, en France, ou le Planétarium McLaughlin, à Toronto. L’exposition a lieu à l’Université de l’Ontario français et prend fin ce lundi. Du 27 juin au 21 juillet, il sera également possible de visiter le même lieu pour voir l’exposition de Cynthia-Laure Etom intitulée KÉLÉMA – Souvenirs de Brazza.

Il ne reste plus que quelques jours pour visiter l’exposition de Florian Brisot à l’Université de l’Ontario français. Photo : Gracieuseté de Florian Brisot

Toronto, jusqu’au 24 juin. Détails sur le site de CONTACT.

« Laissez-nous raconter » : plus jamais sur nous, sans nous

Avec la série « Laissez-nous raconter », la cinéaste abénakise Kim O’Bomsawin a parcouru plus de 30 000 kilomètres à la rencontre des onze premiers peuples du Québec. Avec sa société de production Terre Innue et des personnes autochtones, devant et derrière la caméra, elle inscrit son récit dans une nouvelle souveraineté narrative : « Plus jamais sur nous, sans nous. » Coup de projecteur en cette Journée nationale des peuples autochtones.
Disponible en ligne sur la plateforme Tou-tv et Radio-Canada.

Nicolas Weinberg remporte le Prix littéraire Trillium 2024

TORONTO – Ce jeudi avait lieu la cérémonie de remise des Prix littéraires Trillium à l’Arcadian Court de Toronto, récompensant des œuvres littéraires d’auteurs ontariens en français et en anglais. Dans la catégorie francophone, c’est Vivre ou presque de Nicolas Weinberg qui a remporté cette haute distinction.

Organisée par Ontario Créatif, il s’agissait de la 37e édition de l’événement créé en 1987 par le gouvernement ontarien visant à reconnaître l’excellence littéraire et la diversité des écrivains et des écrits de l’Ontario. La cérémonie a été ouverte par un discours de la lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Edith Dumont, qui a souligné l’importance de la lecture : « Lire donne accès au monde », comme le dit Jean-Marc Dalpé, a-t-elle cité. 

La lieutenante-gouverneure Edith Dumont lors de l’ouverture de la soirée. Photo : Floriane Di Salvo / ONFR

Dans la catégorie francophone, Nicolas Weinberg succède donc à Gilles Lacombe lauréat en 2023 avec son œuvre Circé des hirondelles.

« Merci beaucoup pour cette récompense, a déclaré le lauréat. C’est extraordinaire pour moi en tant qu’immigrant d’obtenir ce prix. C’est en plus ma première publication, donc encore merci pour cette opportunité. Je voudrais ajouter pour finir que je pense que pour moi, l’écriture rend le monde plus appréciable, mais je suis sûr que lire le rend meilleur. »

Des histoires avant tout

Le livre vainqueur cette année, Vivre ou presque publié, aux Éditions L’Interligne, se compose d’un ensemble de sept récits indépendants qui se rejoignent autour d’une thématique commune : la difficulté à exister. 

« Ce sont avant tout des histoires, ce n’est pas forcément ce que je pense, a précisé l’auteur au micro d’ONFR. Je veux faire passer des idées dans mes histoires, mais la priorité reste qu’elles soient bien construites pour qu’il se passe quelque chose. Il faut qu’il se passe quelque chose à la fin […] En tant que lecteur, j’aime bien quand les histoires se terminent mal, car cela permet de s’imaginer la suite, qu’est-ce qui se passe? Qu’est-ce qui va se passer?

Alors que lorsque ça se finit bien, on referme le livre et puis on l’oublie. Je pense que les meilleures histoires sont celles-ci, car la vie c’est difficile, ça ne se termine pas toujours bien, c’est plus proche de ce qu’on vit dans la vie de tous les jours. »

Les autres finalistes salués par le vainqueur étaient Paul Ruban avec Le parfum de la baleine, David Ménard avec L’aurore martyrise l’enfant, Martin Bélanger avec La fin de nos programmes et Andrée Christensen avec Plonge, Freya, vole!.

Les deux lauréats anglophones A. Light Zachary pour la poésie et Nina Dunic aux côtés du vainqueur du prix francophone Nicolas Weinberg. Photo : Floriane Di Salvo / ONFR

Pas de poésie francophone

Pour le retour de la poésie cette année, qui alterne un an sur deux avec la littérature jeunesse, malheureusement, seules les œuvres anglophones ont été récompensées, faute d’un nombre insuffisant de propositions envoyées par les maisons d’édition francophone. 

Ainsi c’est More Sure de A. Light Zachary publié chez Arsenal Pulp Press qui a remporté le prix de poésie, tandis que dans la catégorie principale anglophone, Nina Dunic chez Invisible Publishing s’est vu récompensée pour son œuvre The Clarion.

Santé et éducation : les principaux secteurs en manque de travailleurs francophones en Ontario

Le personnel en éducation et dans le système de santé, notamment les infirmières, constitue la denrée la plus rare pour les employeurs recherchant des travailleurs francophones, révèle une nouvelle étude.

D’ici 2031, le métier d’enseignant sera la profession offrant le plus de possibilités d’emplois chez les francophones en Ontario, avec une moyenne de 1100 postes ouverts chaque année.

« Le secteur de l’éducation est celui qui reçoit des candidatures francophones qui correspondent le moins souvent aux profils recherchés pour pourvoir des postes vacants », dresse comme constat, l’étude effectuée par la firme Brynaert, Brennan & Associé. e. s., et commandée par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

« Là où la pénurie de main-d’œuvre se fait sentir, celle-ci pourrait être expliquée par le fait que les employeurs peinent à embaucher des travailleurs ayant les compétences recherchées pour ces emplois », relève-t-on dans l’étude.

D’ici 2031, le secteur qui entrevoit la plus grande pénurie de main-d’œuvre en Ontario français est la santé. Les infirmières, les aides-soignants ou préposés aux bénéficiaires, les médecins de famille et les médecins spécialistes font partie des dix premiers emplois qui afficheront les plus importantes pénuries de main d’oeuvre dans le futur. La mobilité interrégionale arrive en tête des solutions recherchées pour contrer cette pénurie.

Ce constat de pénurie de main-d’œuvre dans ces deux secteurs n’est pas surprenant, car la santé et l’enseignement sont les 2e et 3e marchés employant le plus de travailleurs francophones dans la province, avec respectivement 60 305 et 42 000 travailleurs. L’Est ontarien et Ottawa sont identifiés comme la principale région en manque de travailleurs francophones, tous domaines confondus.

L’AFO estime, qu’à la lumière de ces constats, « la pénurie de main-d’œuvre francophone et bilingue est le plus grand défi se dressant devant la pérennité de nos services en français ». L’organisme porte-parole des Franco-Ontariens estime que les décideurs politiques devraient établir « une stratégie proactive de maintien des acquis et des compétences dans les secteurs qui seront particulièrement affectés par les départs à la retraite ».

Elle prône aussi un meilleur alignement des politiques en immigration francophone avec les demandes du marché.

Cinq têtes d’affiche nous parlent de la FrancoFEST à venir

HAMILTON – La FrancoFEST de Hamilton se déroulera cette fin de semaine, du 21 au 23 juin. La population francophone et francophile est invitée gratuitement dans le parc Gage afin de participer aux activités et d’assister à plusieurs spectacles. ONFR s’est entretenu avec cinq des têtes d’affiche en prévision du festival.

Samian, la symbolique du 21 juin

La performance principale du vendredi a été confiée à Samian. Un mandat que le rappeur originaire de Pikogan, au Québec, accepte avec enthousiasme. Pour être à Hamilton, il a notamment annulé un voyage à Dakar, au Sénégal, où il devait initialement jouer lors de cette journée.

« J’ai toujours défendu le français à travers le monde. Mais le 21 juin reste la Journée nationale des Premières Nations. C’est aussi l’anniversaire de mon fils aîné. Il y a quelque chose qui m’attache beaucoup à vouloir rester à la maison. »

Samian se fait rare en spectacles, car il pilote de nombreux autres projets. Photo : Nikamowin

L’artiste qui fête ses 20 ans de carrière en profitera pour lancer un tout nouvel extrait.

Celui qui chante en français et en anishinaabemowin estime que le 21 juin est la « porte d’entrée aux grandes festivités », citant la Saint-Jean-Baptiste et la fête du Canada.

 « J’ai envie de faire de la scène parce que j’aime ça. J’ai envie d’être là pour les bonnes raisons. »
— Samian, qui fait seulement une demi-douzaine de spectacles par année

Samian croit que des événements comme la FrancoFEST, un festival gratuit où l’on retrouve des curieux et des francophiles, peuvent donner un bon exemple de rapprochement entre les communautés.

 « Je trouve ça drôle, parce qu’on nous parle de réconciliation, alors qu’il y a tellement de chicane entre Français et Anglais dans notre pays (…) Je représente la minorité dans la minorité. Je suis là pour m’amuser, pour passer un message qui est quand même très clair et direct depuis longtemps. Au-delà de ça, je ne veux pas entrer dans des trucs qui nous divisent à chaque fois. »

Mélissa Ouimet, la francophonie dans les tripes

Mélissa Ouimet mêlera les chansons de son répertoire et des reprises de grands succès des années 1990.

« J’aime ça quand c’est un party sur scène et quand les gens chantent avec nous, qu’on a l’impression qu’on est autour d’un feu de camp. »

Mélissa Ouimet aime chanter dans les deux langues, mais elle affirme « avoir toujours pris soin de sa langue ». Photo : Archives TFO / Stéphane Bédard

Celle qui est reconnue comme une digne représentante de la culture franco-ontarienne accepte cette étiquette avec fierté. En 2018, la nouvelle version de sa chanson Personne ne pourra m’arrêter (la résistance) est devenue un hymne réunissant non seulement de nombreux artistes, mais également toute une population.

« Ça venait directement de mes tripes, de mon cœur. Qu’on dise ça de moi, je trouve ça touchant. »

« L’énergie est au rendez-vous quand il fait beau et que les gens ont envie de célébrer. »
— Mélissa Ouimet, à propos de faire un spectacle à midi

Mélissa Ouimet avait participé à une édition virtuelle de la FrancoFEST en 2020, mais c’est la première fois qu’elle y sera en personne.

Son prochain album devrait être lancé en automne 2025. Pas de primeurs pour Hamilton, par contre, il faudra patienter jusqu’en début d’année pour entendre un premier extrait.

LeFLOFRANCO et DJ UNPIER, la plateau double des inséparables

Même si DJ UNPIER et LeFLOFRANCO collaborent constamment, ce sera la première fois qu’ils exploiteront la formule du plateau double, un spectacle unique pour la FrancoFEST.

LeFLOFRANCO (à gauche) et DJ UNPIER (à droite) sont des amis et collaborateurs de longue date. Photo : Archives TFO / Stéphane Bédard

Ils nous promettent d’interpréter leurs nouveautés, mais d’aussi piger dans leur répertoire plus ancien, s’appropriant tour à tour le devant de la scène.

LeFLOFRANCO promet « quelques surprises qu’on veut garder pour le public. On veut vraiment amener nos deux univers ensemble. »

« On veut prendre chacun notre place, et on veut la prendre ensemble. »
— LeFLOFRANCO

Ce spectacle est une suite logique aux deux précédentes éditions de la FrancoFEST. En 2022, DJ UNPIER était la tête d’affiche, et il avait invité son ami sur scène. Cette présence a convaincu les organisateurs de confier une soirée complète au FLOFRANCO en 2023. Et cette année, les deux amis remontent sur scène pour ce plateau double.

« C’est l’année qui va clôturer la trilogie. On est super reconnaissants de la FrancoFEST Hamilton qui nous donne cette occasion, qui croit en nous et qui veut mettre des artistes de chez nous comme têtes d’affiche. »

Le Diable à cinq, la tradition actuelle

Si les membres du Diable à cinq sont bien québécois (de Ripon, en Outaouais), leur musique résonne facilement dans le cœur des Franco-Ontariens.

Samuel Sabourin raconte que la francophonie canadienne « est comme une grande famille », ce qui rejoint l’essence même du groupe, qu’il forme avec ses frères Félix et Éloi, leur grand-cousin André-Michel « Brun » Dambremont et l’ami de la famille, Rémi Pagé.

« On a une complicité différente. Ça fait en sorte qu’on est capable, peut-être, de se parler des choses plus directement, exprime Samuel Sabourin. On a tous un peu les mêmes valeurs, les mêmes mentalités. »

Le Diable à cinq s’est formé lors de l’anniversaire d’un cousin commun à quatre des membres du groupe. Photo : Arianne Bergeron

Il promet « beaucoup d’énergie. On est proches de la Saint-Jean-Baptiste. Il y a quelque chose dans l’air de patriotique pour les francophones. »

Le Diable à cinq souhaite que le public participe au maximum. « On ne laisse personne s’asseoir, texter et regarder ailleurs. C’est comme un gros train, on embarque tous ensemble. »

Le thème de la FrancoFEST est Célébrons la Franco Diversité. Le Diable à cinq apporte le côté plus traditionnellement canadien-français, qui a aussi sa place.

« On voit que les chansons ramènent le monde ensemble. »
— Samuel Sabourin, le Diable à cinq

« C’est en chacun de nous, peu importe où tu es né dans la francophonie. C’est quelque chose qui nous unit, cette musique participative. Pas besoin de connaître les paroles, tu écoutes, tu chantes, tu répètes. C’est très accessible. »

La formation québécoise a même réalisé une tournée en anglais (avec les chansons en français) l’an dernier, s’arrêtant en Angleterre, en Espagne et en Estonie. Avis aux anglophones de Hamilton, Samuel Sabourin affirme que « l’énergie, c’est contagieux » et qu’il n’y a « aucune barrière de langue. »

Adama Daou, au-delà du thème

Adama Daou est un habitué de la FrancoFEST. Il peut témoigner de l’habitude de diversité dans la programmation, au-delà du thème affirmé dans le slogan.

« Nous ne sommes pas beaucoup représentés et je vois que la FrancoFEST fait beaucoup d’efforts. Il faut vraiment le souligner (dans votre article) », nous intime le musicien en entrevue.

L’artiste originaire du Mali revient avec ses ateliers de balafon, un instrument traditionnel de l’Afrique de l’Ouest s’apparentant au xylophone. « Les pianos ont été inspirés des balafons », explique le Montréalais, qui s’est donné la mission de faire connaître son instrument à travers le Canada.

Adama Daou était également de la FrancoFEST l’an dernier pour donner des ateliers de balafon aux festivaliers. Photo : Archives TFO / Rachel Crustin

Les ateliers s’adressent à n’importe quel public. Les participants, souvent curieux et un peu intimidés au départ, terminent l’activité le sourire aux lèvres. « Une fois qu’ils ont touché (au balafon), c’est fini, ils se laissent aller. C’est un instrument qui parle. Il n’y a pas de fausses notes. »

Adama Daou a même été témoin de petits miracles, comme l’histoire de cette dame qui a suivi un de ses ateliers en prison, deux semaines avant la fin de sa peine. « Aujourd’hui, elle est animatrice auprès des immigrants. Ça l’a poussée à faire de la médiation culturelle. »

Celui qui a appris à jouer de son instrument dans sa famille de griots affirme que l’apprentissage est bien différent, plus pédagogique, dans ses ateliers destinés au grand public.

« Chez nous, c’est autodidacte. La musique n’est pas écrite. Elle est vécue. »
— Adama Daou

Cette année, Adama Daou montera également sur scène avec son groupe Siraba, un quatuor mêlant les influences de trois continents : l’Afrique, l’Europe et l’Amérique du Sud. Les autres musiciens sont originaires du Brésil, de la France et de la Côte d’Ivoire.

Cette musique métissée s’appuie quand même sur le balafon d’Adama Daou. Siraba veut dire « la grande route » en bamanan, la plus importante langue du Mali.

Langues officielles : la situation empire dans la fonction publique, selon un rapport d’Ottawa

OTTAWA – Les ministères fédéraux démontrent « des lacunes importantes » concernant l’utilisation de l’anglais et du français dans la fonction publique, note le Conseil du Trésor dans un rapport qui dresse une détérioration du bilinguisme dans divers domaines au cours des récentes années.

Des réunions seulement en anglais, un nombre de hauts administrateurs ne communiquant pas dans les deux langues officielles et encore moins de formations linguistiques accessibles sont les problématiques qui se sont aggravées dans les trois dernières années dans les institutions fédérales.

« Si, en général, elles peuvent s’acquitter au quotidien de leurs responsabilités en matière de langues officielles, force est de constater qu’elles présentent cependant encore des lacunes quant à la pleine conformité à la Loi sur les langues officielles », dresse-t-on comme portrait dans le rapport annuel sur les langues officielles 2022-2023.

Ce rapport compile les réponses des institutions fédérales qui doivent soumettre un bilan sur les langues officielles au moins une fois tous les trois ans. Selon le Conseil du Trésor, qui a sondé l’ensemble des 64 organisations fédérales, il existe toujours plusieurs lacunes dans divers aspects reliés aux langues officielles. Par exemple, en 2020, 71 % des institutions affirmaient que la haute direction communiquait de façon régulière dans les deux langues officielles avec les employés alors que ce nombre chute à 61 % en 2023.

Concernant la langue de travail, l’objectif de 90 % institué par le Conseil du Trésor n’est atteint à aucune reprises sur les huit exigences énoncées ce qui démontre « des lacunes importantes qui persistent » dans ce domaine. Le ministère soutient aussi un manque de leadership dans la haute direction pour « contribuer au bilinguisme de la fonction publique fédérale ».

« Trop peu d’employés estiment pouvoir exercer leur droit de préparer des documents, de participer à des réunions ou de recevoir de la formation dans la langue officielle de leur choix », donne-t-on en exemple, indiquant que la moitié des institutions ne mènent pas toujours des réunions en anglais et français.

Le Conseil du Trésor note que le quart des institutions fédérales doivent en faire davantage pour inclure des clauses linguistiques lors d’accord avec des tiers et qu’une institution sur six ne respecte pas l’obligation d’offrir un service actif dans les deux langues officielles.

La capacité bilingue des fonctionnaires n’est toutefois pas le problème, soutient-on, car 95 % des fonctionnaires de l’administration centrale respectent les exigences linguistiques. La communication avec le public et les services offerts en anglais et français se sont améliorés de leur côté, l’ensemble des exigences ayant obtenu une meilleure note par rapport à 2020.

Moins de formation offerte et plus de fonctionnaires unilingues

Comparativement à 2017 à 2020, les institutions affirment respecter de moins en moins (de 78 % en 2020 à 74 % en 2023) les exigences linguistiques des postes bilingues au moment de l’embauche. De 2020 à 2023, seule une institution fédérale sur deux indique s’être « presque toujours » assurée d’offrir des cours de français ou d’anglais à ses employés pour la progression de leur carrière, en chute (de 58 % à 51 %) par rapport à 2017-2020. 54 % des organisations fédérales affirment en 2023 offrir les outils nécessaires pour l’utilisation de la langue seconde, une baisse de 14 points de pourcentage par rapport à 2020.

Anita Anand
La présidente du Conseil du Trésor Anita Anand. Crédit image : Stéphane Bédard

La ministre Anita Anand a d’ailleurs annoncé hier un nouveau cadre de formation linguistique. Le Conseil du Trésor souligne justement que les ministères doivent en faire plus « pour maintenir un environnement de travail propice à l’utilisation des deux langues officielles » et « fournir aux employés les outils nécessaires pour réussir sur le plan linguistique ».

« C’est difficile d’expliquer toutes les raisons pour lesquelles (ça décline) », a offert comme explication Mme Anand, convenant que « bien sûr, il y a beaucoup de travail à faire partout au pays » pour améliorer la formation linguistique des fonctionnaires.

Le chef du Bloc Québécois Yves-François Blanchet estime de son côté « qu’un petit morceau à la fois, qu’un fonctionnaire à la fois », le gouvernement contribue à faire reculer le français.

« Comme la proverbiale grenouille dans le chaudron dont la température monte et monte et qu’on lui dit ‘non, non grenouille, ne t’inquiète pas grenouille, ça va bien’. Et bien à un moment donné, elle va être cuite la grenouille » , image-t-il.

Le porte-parole en Langues officielles dans l’opposition officielle Joël Godin trouve que des éléments du rapport sont inquiétants, mais qu’il est « caduc », car il ne prend pas en vigueur l’entrée en vigueur de la Loi sur les langues officielles.

« Tous les ingrédients sont là pour démontrer que la volonté et l’intention du gouvernement n’est pas de freiner le déclin du français au Canada », constate le député conservateur.

Université de Sudbury : ouverture de 23 programmes dès 2025

SUDBURY – Dès la rentrée 2025, l’Université de Sudbury proposera 23 programmes universitaires dans quatre grands domaines, les arts, les sciences sociales, la gestion et les sciences de la santé. Le fruit d’un partenariat avec l’Université d’Ottawa permettant notamment aux étudiants d’obtenir des crédits communs aux deux universités sans besoin d’équivalence.

L’Objectif de ce partenariat d’« augmenter l’accès à l’enseignement universitaire de langue française dans la région du Grand Sudbury », avait déclaré le recteur de l’Université de Sudbury Serge Miville, en mars dernier, lors de l’annonce du partenariat entre les deux établissements.

Ce seront donc 23 programmes qui seront donnés au sein de l’université du Nord de l’Ontario et sous sa gouvernance. Les étudiants francophones auront par exemple le choix entre un Baccalauréat en sciences commerciales, Baccalauréat ès sciences de la santé, Baccalauréat ès arts, et de nombreuses options déclinées pour chacun.

La liste des programmes et options offerts dès la rentrée 2025. Source : Université de Sudbury

« L’offre de l’Université de Sudbury est unique en Ontario. La formule « un programme, deux diplômes » permet aux jeunes du Nord de profiter du meilleur de deux universités plus que centenaires, qui sont à l’avant-garde des connaissances et des exigences de notre économie », souligne dans un communiqué le recteur et vice-chancelier de l’Université de Sudbury, Serge Miville.

Selon lui, « l’expérience axée sur le leadership offre une valeur ajoutée inestimable directement liée aux compétences recherchées par les employeurs du Nord et du Canada tout entier. La relance des études universitaires en français à Sudbury offrira un choix de proximité permettant d’ancrer la jeunesse et le talent chez nous, ici, dans le Nord. »

Selon Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), témoin signataire de l’entente entre les deux universités au moment de sa ratification, « C’est un grand pas en avant et nous en sommes très contents ».

« Maintenant la balle est dans le camp du gouvernement provincial, nuance-t-il au micro d’ONFR. N’oublions pas que l’Université de Sudbury avait répondu à toutes les demandes du rapport CEQEP/PEQUAB (Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire). »

« La communauté francophone a fait valoir qu’elle voulait l’Université de Sudbury, celle-ci répond aux critères, et développe le partenariat pour faire la démonstration du besoin. Je pense que maintenant c’est au tour du gouvernement de l’Ontario et de financer les programmes qui vont être offerts à l’université », conclut-il.

En parallèle, durant l’été, l’Université de Sudbury convie des élèves francophones de 11e année à prendre part à des ateliers et groupes de discussions sur les aspirations et besoins de l’université pour et par la communauté, en résidence à l’université, les fins de semaine.

FrancoQueer et la FARFO lancent le premier Réseau fierté aîné francophone de Toronto

TORONTO – Les aînés francophones LGBTQ+ vivant en milieu minoritaire peuvent ressentir un fardeau supplémentaire en raison de leur orientation sexuelle et de leur langue maternelle lorsqu’ils tentent d’accéder aux services essentiels, tels que la santé, l’hébergement et divers autres services, selon des consultations réalisées auprès d’aînés francophones en Ontario. La Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO) et FrancoQueer souhaitent donc offrir un espace inclusif et accueillant pour les personnes aînées et retraitées francophones 2SLGBTQI+, qui subissent encore de nombreuses stigmatisations dans leur quotidien, grâce à la mise en place d’un tout premier Réseau fierté aîné francophone dans la Ville Reine.

Michel Tremblay, le directeur général de la FARFO, explique que l’objectif de ce réseau est de rejoindre les aînés francophones LGBTQ+.

Un des plus grands défis demeure dans la difficulté de repérer les personnes de cette communauté, explique le directeur.

« Nous en connaissons bien évidemment, mais les aînés de la communauté 2ELGBTQI+* ne se rassemblent pas nécessairement, alors, l’idée du réseau, c’est d’aller les chercher puis de se donner une force ensemble comme aînés francophones. »

M. Tremblay souhaite que ce réseau participe à la défense de leurs droits, mais en même temps qu’il s’inscrive dans un espace récréatif et social.

« On veut sortir les gens de leur isolement, espère-t-il. C’est aussi pourquoi on se rapproche des Centres D’accueil Héritage à Toronto. »

Le Réseau compte planifier des activités comme des rencontres sociales pour favoriser l’engagement et l’inclusion. Il sera aussi question d’événements culturels pour célébrer l’héritage et la diversité de ce groupe. Les deux organismes à la tête de ce projet veulent promouvoir des activités récréatives et des événements spécifiques pour offrir des opportunités de réseautage et de célébration.

Des défis qui persistent pour ces aînés

« Le mot d’ordre, c’est le respect », estime Paul-André Gauthier, consultant en soins infirmiers et soins de santé.

« Ce qu’on remarque, c’est qu’il y a encore des préjugés, des biais et des stéréotypes qui conduisent à de la discrimination. Le message qui revient souvent : c’est le respect. »

En amont de créer le Réseau fierté aîné francophone, la FARFO avait mandaté Paul-André Gauthier et le Centre de leadership et d’évaluation (CLÉ) pour la rédaction d’un guide de bientraitance en 2023.

Le docteur Paul-André Gauthier, originaire de Sudbury. Il est consultant en soins infirmiers et en soins palliatifs. Gracieuseté de Paul-André Gauthier

Paul-André Gauthier, qui fait partie d’un consortium en Ontario avec la communauté LGBTQ+, au niveau des soins infirmiers, a très vite réalisé dans ses recherches que les expériences d’homophobie, de biphobie et de transphobie vécues tout au long de la vie de ces personnes façonnent les besoins et les défis des personnes âgées dans la communauté lorsqu’elles vieillissent. « Les personnes aujourd’hui âgées de 65 ans et plus ne vont pas divulguer leur orientation sexuelle ou leur identité de genre aisément. »

Pour le directeur de la FARFO, il faut se rappeler que les gens, lorsqu’ils entrent dans une maison de retraite ou dans un foyer de soins de longue durée, intègrent de nombreux établissements à caractère religieux et d’autres ancrés dans des communautés très traditionnelles.

« C’est évident que ces gens-là ne sont pas nécessairement confortables à s’afficher avec leur conjoint ou conjointe dans ces lieux. C’est la réalité et ça change très lentement », affirme M. Tremblay.

D’ailleurs, on retrouve aussi du personnel dans ces établissements issus de l’immigration, certains venant de pays où être homosexuel n’est pas légal, rappelle-t-il.

Comme le Guide de bientraitance le rappelle : « Il importe aussi de reconnaître que l’accumulation d’expériences de stress, de discrimination, de stigmatisation et de violence contribue à des résultats négatifs sur la santé des personnes. Au fil du temps, ces expériences sont internalisées et créent un stress aigu et chronique, appelé stress des minorités. »

Le fardeau historique

D’après Paul-André Gauthier, il est aussi question de problèmes de santé disproportionnés, notamment à propos de la santé mentale, entre autre dû à l’isolement, mais aussi à cause des années de stigmatisations vécues par la communauté, influençant au passage plusieurs retours au placard.

Dans ses recherches, la FARFO estime que « 39 % des personnes âgées de la communauté ont déjà sérieusement pensé à s’enlever la vie. »

De plus, « la dépendance aux substances psychoactives (drogues, alcool et tabac) est plus fréquente que dans la population générale. »

Sachant qu’environ 50 % des personnes atteintes du VIH au Canada sont âgées de plus de 50 ans, « Il y a beaucoup de personnes qui craignent le VIH, et les personnes atteintes se demandent comment elles vont être reçues dans un foyer de longue durée. »

Michel Tremblay, directeur général de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario. Photo : Archives ONFR

Michel Tremblay affirme également que les aînés francophones de la communauté se heurtent à un autre fardeau : celui du manque de services en français dans les soins de santé mentale.

Les aînés LGBTQ+ francophones en milieu minoritaire font face à de nombreux défis dans le domaine de la santé. C’est pourquoi Paul-André Gauthier, en tant que consultant en soins infirmiers, pousse le personnel soignant à réellement faire preuve d’empathie.

« Il faut faire attention à ne pas briser la relation thérapeutique et ne pas accentuer la vulnérabilité. Pour y arriver, le mot d’ordre : c’est le respect. »

*2ELGBTQI+ désigne les personnes deux-esprits, lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, queer, intersexe, le + se référant notamment aux personnes agenres, genderqueer, pansexuelles, non-binaires, demi-sexuelles, demi-romantiques et en questionnement. Certains organismes ajoutent un A pour asexuel. Lorsqu’ONFR utilise l’acronyme LGBTQ+, le + englobe l’ensemble de ces personnes aux réalités diverses.

Retour sur le Festival franco-ontarien, entre renouveau et valeurs sûres

OTTAWA – Après une soirée écourtée pour des raisons météorologiques, le 49e Festival franco-ontarien (FFO) a pu se dérouler sous le soleil vendredi et samedi, se concluant avec une performance sans faille de l’un des enfants chouchous de l’Ontario français, Damien Robitaille.

Celui qui vit au Québec depuis de nombreuses années a renoué avec ses racines, soulignant qu’il n’avait pas donné de spectacles réguliers depuis un bon moment. Son dernier passage à Ottawa datait de décembre, pour Bientôt, ce sera Noël.

« On est plus limité, quand on fait un spectacle de Noël. Il y a juste deux ou trois mois où l’on peut tourner. J’ai fait ce spectacle trois ans de suite. Mais là, je suis content de refaire des spectacles d’été. Ça me permet de voyager un peu plus, d’être un peu plus malléable, pas juste conduire dans la neige et de chanter des chansons de Noël, » a-t-il exprimé en entrevue avec ONFR, avant de monter sur scène.

Damien Robitaille a démontré ses talents d’homme-orchestre, dévoilés avec une série de vidéos virales publiées pendant la pandémie. Photo : Rachel Crustin / ONFR

« Ce soir, c’est notre première de ce spectacle estival. J’ai tenté de monter quelque chose de festif, avec les chansons les plus entraînantes de mon répertoire », souligne celui qui est présentement en studio pour un nouvel album, qui devrait paraître au début 2025.

Le public a donc pu entendre des classiques de Damien Robitaille, dont Homme autonome, Mot de passe, Mambo métissé et même Porc-épic, qui date de son premier album, en 2006.

L’artiste originaire de Lafontaine a également fait un clin d’œil aux vidéos virales qui l’ont fait connaître à travers le monde durant la pandémie, demandant au public enthousiaste la permission de pousser la note en anglais et traduisant à la rigolade quelques paroles au passage. Par exemple, la fameuse Pump up the Jam est devenue Pompe la confiture pour quelques secondes.

Damien Robitaille réservait une surprise au public franco-ontarien. Vidéo : Rachel Crustin / ONFR

Mais le moment qui a particulièrement touché le cœur du public a été l’interprétation surprise de l’hymne franco-ontarien, Notre place. L’une des activités du FFO étant le maquillage vert et blanc gratuit par Kromatik, et plusieurs éléments aux couleurs de l’Ontario francophone étant vendus à l’entrée par l’ACFO Ottawa et l’entreprise EnTK, la foule était prête à brandir les drapeaux et à célébrer son identité à pleins poumons.

Des valeurs sûres

Ceux qui précédaient Damien Robitaille sur la scène principale du FFO n’ont plus besoin de présentation. Le groupe Kaïn fêtera bientôt son 25e anniversaire. En entrevue avec ONFR, le chanteur Steve Veilleux a affirmé que ses comparses et lui préparaient « un gros projet qui verra le jour à la fin 2025. On ne peut pas vraiment en dire plus, mais c’est plus qu’un album. C’est un projet global qui viendra résumer les 25 ans. »

Avec ses nombreux succès radio au cours des 25 dernières années, Kaïn est un incontournable dans les festivals. De gauche à droite : John Anthony Gagnon Robinette, Steve Veilleux et Éric Maheu. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Le dernier passage de Kaïn au FFO datait de 2015, une année que le guitariste John Anthony Gagnon Robinette se remémore avec bonheur. « La première fois que j’ai fait la première partie de Kaïn, c’était ici, avec Gabrielle Goulet », indique celui qui a intégré la formation drummondvilloise deux ans plus tard.

La première partie de la soirée du vendredi était assurée par un autre Franco-Ontarien bien connu, Mehdi Cayenne. L’auteur-compositeur-interprète né en Algérie est d’abord entré sur scène sobrement, entonnant a cappella une chanson pour dénoncer la situation humanitaire dans la bande de Gaza. L’exercice fût répété en milieu de spectacle, le reste de la performance offrant au public les chansons festives auxquelles il s’attend de l’interprète de Croque-pomme et d’Animal chic.

La danse prend aussi une place importante dans le spectacle de Sarahmée. Photo : Rachel Crustin / ONFR

La veille, la soirée hip-hop a fait la belle place à l’Ottavien LeFLOFRANCO, suivi de la rappeuse Sarahmée, qui a testé du nouveau matériel en plus d’offrir plusieurs grands succès et son plus récent extrait, Way Too Long. La foule était particulièrement dense lors du troisième tiers de la soirée, mettant en vedette Fouki.

Dame nature, un ombre au tableau

La première soirée du FFO a été assombrie par des orages qui ont forcé l’évacuation du site autour de 20 h 15, jeudi soir. Le spectacle, orchestré par le collectif Moonshine, a dû être interrompu pendant la performance de Paul Beaubrun. La tête d’affiche de la soirée, Pierre Kwenders, n’a pas pu monter sur scène.

Pour consoler les festivaliers, l’organisation a transformé les billets journaliers du jeudi en passeports pour l’entièreté du festival.

La soirée afro-caribéenne a dû être interrompue en raison des conditions météorologiques. Photo : Félix Déry

« On ne veut pas que ça arrive. En même temps, on ne peut pas contrôler ça, » a indiqué à ONFR le directeur général de Groupe Simoncic, José Bertrand. Il souhaite remettre à l’horaire ce genre de soirée dans le futur, tout en gardant en tête que l’édition de l’an prochain devra aussi saluer le premier demi-siècle de l’existence du festival.

 « Dans un 50e, il y a la francophonie d’hier à aujourd’hui. Comment peut-on toucher à toutes ses facettes, sans tomber dans la thématisation, comme on l’a fait cette année? » Voilà la piste de réflexion sur laquelle le groupe Simoncic s’appuiera pour créer une édition 2025 mémorable.

Une programmation renouvelée

La programmation de 2024 avait été élaborée suite à une étude commandée par groupe Simoncic l’an dernier, afin de cerner les envies et besoins des festivaliers. « La 49e édition, c’était de mettre la barre à la hauteur que l’on voulait pour les 50 prochaines années, » indique José Bertrand

Les missions : mieux représenter la diversité des francophonies canadiennes, rejoindre les jeunes et ramener les artistes franco-ontariens sous les projecteurs. José Bertrand indique aussi avoir porté attention au nombre de femmes présentes sur scène, même si les têtes d’affiche étaient surtout masculines (excluant Sarahmée). La scène du café communal, présentée par l’APCM et Ottawa Mic, présentait pour sa part quatre femmes sur six artistes présents durant la fin de semaine.

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

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Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Photo : Rachel Crustin / ONFR

Diane Chaperon-Lor, l’Ontario français à un âge d’or

Facétie contagieuse et franc parler, telle est Diane Chaperon-Lor qui, durant sa carrière prolifique, s’est distinguée dans les médias et la culture. Communicante du milieu des arts, amie des artistes et membre à part entière de la communauté franco-ontarienne, pour laquelle elle a une admiration « sans bornes », elle retrace son parcours riche à l’époque effervescente d’un Ontario français en éclosion.

«  Vous avez grandi à Chicoutimi avant de vous établir à Toronto pour la majeure partie de votre vie. Vous sentez-vous Franco-Ontarienne?

Oui, en effet. Je suis restée à Chicoutimi jusqu’à mes 19 ans. Je me sens Québécoise, bien sûr, mais je suis foncièrement Franco-Ontarienne. La plus grande partie de ma vie et de mes expériences professionnelles se sont passées en Ontario, ce qui m’a permis de m’ouvrir sur le monde et de bercer dans tous les milieux internationaux.

Photo de Diane Chaperon-Lor, prise l’été 1968, guide touristique au Fort Wellington, à Prescott, en Ontario, pour apprendre l’anglais et financer ses études universitaires en sciences politiques à l’Université d’Ottawa. Photo : gracieuseté

À votre entrée dans la vie active, à quoi ressemblaient l’Ontario français et les grandes institutions?

En arrivant de Québec, je trouvais ça tellement étrange qu’on doive se battre pour avoir des écoles francophones, par exemple. Les Franco-Ontariens se sont toujours battus pour établir des institutions et c’est pour ça que j’ai développé un respect sans bornes pour l’Ontario français et sa ténacité.

C’était une époque extraordinaire avec un milieu en effervescence parce que tout était permis. Il y avait beaucoup de moyens, pas de compressions budgétaires ou de coupes dans la culture : éclosion des artistes en Ontario, création des maisons d’édition, de La Nuit sur l’étang, etc. Dans les années 70, beaucoup de compagnies québécoises ont déménagé en Ontario. Radio-Canada y avait même établi ses bureaux dans ces années-là. Toronto est tout de même la capitale financière, économique et culturelle du pays et celle de l’Ontario français aussi.

Diane Chaperon-Lor reçoit un prix pour 30 ans de bénévolat au Club Canadien de Toronto. Photo : gracieuseté

Qu’est-ce qui vous a conduite à travailler dans les médias?

J’ai fait des études en sciences politiques à l’université d’Ottawa. Les médias, c’est les affaires publiques, et les affaires publiques, c’est la politique. C’était une transition en douceur assez logique pour moi. Comme la politique est une comédie, ça explique après ça ma transition vers le monde du spectacle! J’ai toujours eu besoin d’un petit brin d’excentricité. Génie et folie se côtoient dans la politique comme dans les arts.

Diane Chaperon-Lor, à droite, posant avec Céline Dion, au centre, de passage à Harbourfront Centre pour un concert, et la patineuse artistique Josée Chouinard, à gauche.

Comment résumeriez-vous les étapes importantes de votre carrière hétéroclite?

En arrivant à Toronto, j’ai commencé chez Radio-Canada (RC) pendant huit ans, avant une coupure de plusieurs années au Centre de recherches en éducation franco-ontarienne (CREFO-OISE), pour finalement revenir pour quatre ans en tant que directrice des communications pour l’Ontario.

Au CREFO-OISE, j’ai participé à un projet de recherche sur les batailles scolaires en Ontario français, menant à la publication du livre Une minorité s’explique aux Presses de l’Université de Toronto. Une merveilleuse expérience.

J’ai aussi travaillé avec l’ancêtre de TVOntario (TFO-TVO), l’Office de la télécommunication éducative de l’Ontario (OTEO), lorsque RC diffusait du contenu en français le dimanche sur ce réseau. J’y suis restée liée par la suite pour la promotion de mes projets.

En parallèle, j’ai toujours été engagée dans la communauté, dont 30 ans de bénévolat au Club canadien de Toronto depuis sa création, en tant que membre du conseil d’administration, puis présidente en 1996. J’ai aussi été la première présidente de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario, la FARFO (anciennement FAFO).

Photo prise lors d’une exposition à la Galerie Angélica à Rome avec Natalie Coutou (à droite) et sa fille Kiki (à gauche), aquarellistes et dessinatrices de mode autochtones. Photo : gracieuseté

Vous vous êtes par la suite beaucoup distinguée dans le milieu artistique…

Après une décennie en tant que cheffe des publicités à l’organisation culturelle Harbourfront Centre, durant le dernier tiers de ma carrière, je suis devenue pigiste dans les relations publiques du milieu de l’art. J’ai été recrutée comme attachée de presse nationale pour les Prix du Gouverneur général en arts visuels et médiatiques pendant 9 ans.

Pour le magazine Canadian Geographic, j’étais en charge des relations presse pour Les Prix canadiens de l’environnement pendant huit saisons. Avec l’Association des musées de l’Ontario, j’ai planifié le lancement de la campagne « Mai mois des musées » pour sa création en l’an 2000.

En travaillant avec le Conseil des Arts du Canada sur le 400e de la francophonie en 2015, et la création d’un musée numérique, j’ai réalisé que les médias sont les archives électroniques de l’Ontario français.

C’est une période que vous qualifiez vous-même d’âge d’or pour les arts…

Lorsque j’étais cheffe de la publicité à Harbourfront, le centre a connu une période d’abondance. Des commanditaires des plus grandes sociétés ont permis de nombreux événements d’envergure internationale qui ont servi de tremplin pour la carrière de nombreux artistes.

Il y avait un essor de toutes les disciplines : le théâtre, la littérature, la danse, la musique… c’était extraordinaire. On générait des millions de dollars en publicité pour tous les spectacles et festivals internationaux qui venaient à Toronto. C’était un âge d’or pour les arts. Je faisais notamment connaitre les francophones à la presse anglophone.

Avec le célèbre peintre autochtone Alex Janvier, qui a peint l’Étoile du matin, exposée au Musée canadien de l’histoire, lors de son passage à Rome. Photo : Gracieuseté

Vous avez toujours évolué dans les milieux francophone et anglophone. En quoi était-ce important pour vous ?

Selon moi, la communauté franco-ontarienne ne peut pas s’isoler. J’ai travaillé toute ma carrière avec les réseaux français et anglais et aussi avec la presse et les milieux artistiques internationaux. Il faut être ouvert au monde. En tant que média franco-ontarien c’est pareil, il ne faut pas s’aliéner de son public.

Quels sont pour vous les enjeux et les défis des organismes franco-ontariens aujourd’hui ?

La situation des Franco-Ontariens a une dimension politique. Il ne faut pas se fier aux gouvernements, mais se donner les outils pour prendre les décisions. Avec les compressions budgétaires du passé, on sait que les orientations gouvernementales peuvent changer du jour au lendemain.

Le grand défi est qu’il ne faut jamais tenir pour acquis ce que l’on a, car c’est bien une bataille constante. La relève est redevable à ceux qui l’ont précédée et doit avoir les mêmes principes d’intégrité et de résilience. Tout ce qui existe aujourd’hui a d’abord été créé par des personnes qui sont aujourd’hui des aînés, qui ont fait du bénévolat, qui ont milité et fait campagne. Rien n’est servi sur un plateau d’argent à l’Ontario français.

Diane Chaperon-Lor avec, à sa droite, sa fille, qui travaille pour Air Canada et parle français « grâce à sa mère ». Photo : Gracieuseté

Vous ne vous êtes pas arrêtée là et vous avez continué à promouvoir les arts par la suite.

Si la retraite c’est faire ce qu’on veut avec qui on veut quand on veut, c’est ce que j’ai fait. En 2018, j’ai organisé deux expositions avec des aquarellistes italiens et des peintres autochtones canadiens à Rome, dont le grand peintre Alex Janvier, avec qui je m’étais liée d’amitié grâce aux Prix du gouverneur général.

L’année précédente, j’avais organisé pour lui une exposition en France également, L’art autochtone aux couleurs de la Bourgogne. Quand tu travailles avec des artistes, la notion de retraite n’existe pas. Mon amie peintre Rita Letendre, dont j’étais l’attachée de presse, ne s’est arrêtée de peindre que parce qu’elle a perdu la vue.

Quelle place les arts occupent-ils dans votre vie aujourd’hui?

La langue sans culture est une coquille vide donc je suis assidument les activités de la Société d’histoire de Toronto (SHT), du Cercle canadien de Montréal, les nombreux concerts des artistes francophones durant la Franco-fête et la Francophonie en Fête de Toronto, etc. J’assiste aux concerts des Voix du cœur, aux expositions des artistes visuels, sans oublier notre Théâtre français, qui offre depuis plus de 50 ans une programmation de haut calibre. »

1947  : Naissance le 5 janvier à Chicoutimi, Saguenay, au Québec.

1968 : Départ pour des études de Sciences politiques à l’Université d’Ottawa, marquées par la crise d’octobre 1970.

1970 : Agente de recherches pour l’opposition officielle à la Chambre des communes du Canada et déménagement à Toronto, où elle intègre Radio-Canada.

1990 : Alors directrice des communications pour l’Ontario, elle quitte Radio-Canada et devient cheffe des publicités à l’organisation culturelle Harbourfront Centre.

2000 : Le Conseil des arts du Canada lui demande de devenir l’attachée de presse nationale pour les Prix du Gouverneur général en arts visuels.

2015 : Dernier hommage lors des jeux panaméricains de Toronto à son amie peintre Rita Letendre, dont elle était l’attachée de presse.

Natation : Benjamin Winterborn vise « l’équipe olympique de 2028 »

[ENTRETIEN EXPRESS]

QUI : 

Jeune athlète de 18 ans qui a grandi dans la région de Kingston, Benjamin Winterborn est un nageur franco-ontarien spécialiste des 100 et 200 m dos et nage libre. Fils d’un père anglais et d’une mère québécoise originaire de Laval, il a passé sa scolarité en français, notamment à l’école secondaire Milles-Îles de Kingston.

LE CONTEXTE : 

Après avoir déménagé à Toronto pour intégrer la Toronto Swim Academy en septembre 2023 et s’entraîner avec Don Burton, Benjamin Winterborn s’est révélé lors des Éssais olympiques avec une performance remarquée en finale du 200 m dos, signant une sixième place et surtout le deuxième temps de l’histoire des Essais sur cette distance pour un junior. Il a également battu ses records personnels sur trois disciplines : le 50 m nage libre, le 100 m nage libre et le 100 m dos. 

L’ENJEU : 

Suite à ces performances remarquables, le Kingstonien a été sélectionné pour représenter le Canada cet été aux Championnats Pan-Pacifiques junior qui se dérouleront à Canberra en Australie, première étape d’une carrière qui s’annonce prometteuse pour l’étoile montante de la natation franco-ontarienne. 

« Qu’est-ce que vous retenez des Essais olympiques, est-ce que vous vous attendiez à faire de si bonnes performances?

Je m’étais vraiment bien préparé. Cette année, j’ai déménagé de Kingston pour venir à Toronto pour avoir un nouvel entraîneur, un nouveau programme. J’ai senti une différence. C’était comme si à chaque entraînement je donnais le meilleur et je sentais qu’à chaque pratique je pouvais être de plus en plus performant. J’étais très confiant aux essais, je savais que je pouvais faire partie de l’équipe olympique. Ça ne s’est pas réalisé mais j’ai fait de mon mieux. 

Qu’est-ce qui a changé pour vous de passer de Kingston à Toronto? 

La différence, c’est fou! À Kingston j’avais à peu près cinq pratiques d’une heure et demie par semaine, ça faisait environ onze heures au total. À Toronto, j’ai neuf entraînements par semaine dans la piscine, ce qui fait environ 20 heures. On est en plus dans le gym trois fois par semaine. On a des psychologues du sport et des nutritionnistes qui sont là pour nous. C’est vraiment incroyable ici. 

Vous avez vraiment fait le choix de venir à Toronto pour la natation, comment parvenez-vous à combiner cela avec les études? 

Oui c’est bien ça. J’ai déménagé ici juste pour me concentrer sur la natation. À Kingston, j’étais à l’école secondaire Mille-Îles, mais cette année, je fais mes études en ligne. Ça a été un challenge. C’est vraiment très différent, je suis chez moi et certains jours c’est vraiment difficile de me concentrer sur le travail. Finalement, ça a bien été pour cette première année. 

Vous avez été sélectionné avec l’équipe nationale pour les Championnats Pan-Pacifiques junior cet été, comment avez-vous réagi à cette sélection? 

Je vais revenir sur les Essais d’abord. Je me rappelle bien, ma première journée c’était le mardi. J’ai atteint la finale du 100 m dos et j’ai fini deuxième des juniors, sixième au général. Lorsque j’ai touché le mur et que je suis sorti de la piscine, j’ai célébré! J’ai fait un gros câlin à mon entraîneur, puis j’ai pleuré de joie. Je n’oublierai jamais ce sentiment.

Après avoir obtenu cette deuxième place, je savais que j’avais une bonne chance de rentrer dans l’équipe nationale. Une semaine plus tard, j’étais avec ma copine et j’ai reçu le courriel qui m’annonçait que j’intégrais l’équipe officiellement, et là, on a pleuré ensemble. C’était un vrai bon moment. 

Benjamin Winterborn a un programme chargé cet été avec les Championnats provinciaux en juillet puis les nationaux et les Pan-Pacifiques avec le Canada en août. Photo : Renee Kardash Photography

Vous êtes spécialiste du dos et de la nage libre sur courtes distances, comment s’est fait le choix de ces types de nages et de distances? 

Je ne saurais dire exactement pourquoi, je pense que je suis assez grand et assez fort, du coup les courses qui sont moins longues, c’est ce qui me convient le mieux. Pour le dos, c’est assez nouveau avec mon nouvel entraîneur, j’ai été plus performant sur le dos que par le passé. Je ne sais pas ce qui s’est passé avec son entraînement, mais le dos a vraiment bien fonctionné. 

Revenons rapidement en arrière, comment vous est venue la passion pour la natation? 

Mon père a grandi en Angleterre – Winterborn c’est un nom très anglophone évidemment – et il nageait déjà là-bas. Il est venu au Canada quand il avait 16 ans. C’est lui qui m’a fait aller à la natation, je me rappelle très bien de la conversation à mes huit ans, lui me disant qu’il avait trouvé un club de natation à Kingston. J’ai commencé à 9 ans et depuis je n’ai pas arrêté. 

Tant de chemin parcouru pour être aujourd’hui sélectionné avec le Canada, quels seront vos objectifs? 

L’année prochaine en 2025, il y a aura les Jeux universitaires en Allemagne. Ce sera ça mon prochain but, faire partie de l’équipe du Canada pour ces Jeux. Après cela, j’aimerais faire l’équipe Olympique de 2028, ce serait ça mon but final. 

Pour atteindre ces formidables objectifs, sur quoi devez-vous travailler le plus, qu’est -ce que vous devez améliorer? 

J’aimerais beaucoup ajouter plus de muscle. Je suis assez fort, mais en comparaison avec d’autres nageurs de mon âge, ils sont déjà un peu plus lourds. Je dois travailler un peu plus au gym. Je fais actuellement 165 lbs et mon objectif serait de monter à 175, 180 lbs. Niveau technique, il y a toujours des améliorations à faire, mais j’ai une bonne base. »

NPD : une députée facture 17 600 $ aux contribuables pour des rencontres sur le français pendant Noël

OTTAWA – La députée du NPD Niki Ashton a dépensé 17 600 $ en argent public à Noël pour un voyage en famille au Québec où elle affirme avoir rencontré des organisations reliées à la défense du français au Canada. Elle a toutefois refusé à cinq reprises de nommer une seule organisation qu’elle aurait rencontrée.

L’élue manitobaine, porte-parole en Langues officielles pour le NPD, s’est fait rembourser 17 641,12 dollars pour un voyage à Montréal et à Québec pendant le temps des fêtes en 2022, a révélé CBC News jeudi. Les documents de la Chambre des communes indiquent que la représentante de Churchill-Keewatinook Aski dans le Nord manitobain a facturé aux contribuables canadiens ce montant pour un voyage entre le 21 décembre 2022 et le 4 janvier 2023.

Son mari et ses deux enfants ont fait le voyage avec la députée qui est partie de chez elle à Thompson au Manitoba pour aller à Ottawa avant d’aller à Québec le jour de Noël et à Montréal la veille du jour de l’an. Des photos sur les réseaux sociaux démontrent que la députée du NPD était dans les deux villes du Québec avec sa famille lors du temps des fêtes. Sur ce montant total, elle a reçu un remboursement de 13 619,90 $ pour le transport, 2508,39 $ pour des frais d’hébergement et de 1512,83 $ en repas.

Niki Ashton explique que cet argent public a été utilisé pour rencontrer des acteurs liés à la francophonie alors que s’entamait l’étude en comité du projet de loi C-13 (la modernisation de la Loi sur les langues officielles), où elle siège comme l’unique représentante néo-démocrate.

Elle explique avoir eu des rencontres avec plusieurs personnes et différents organismes qui sont impliqués « dans la question du français et de la francophonie en général » dans le cadre de « mon travail de porte-parole ». Or, questionnée par les journalistes, elle a refusé à cinq reprises de révéler l’identité d’une seule personne ou d’un seul organisme lié à la francophonie, qu’elle aurait rencontré.

« C’était important pour moi de pouvoir m’engager avec les gens, au centre francophone de notre pays à la ville de Québec sur la question de la protection de la langue française, sur la protection de la culture francophone et reconnaître le travail qui se fait dans ce domaine », a-t-elle offert comme explication lors d’une conférence de presse au Parlement jeudi.

Elle a plutôt insisté auprès des journalistes que ceux-ci posent des questions portant sur l’enjeu de sa conférence de presse qui portait sur la Palestine.

Le Quebec Community Groups Network, qui représente les anglophones du Québec et la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA), qui possède un bureau à Québec, ont chacun indiqué à ONFR qu’il n’avait pas rencontré Niki Ashton à ce moment-là.

Questionné à savoir si elle avait rencontré la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, qui milite pour la défense du français au Québec ou des acteurs du gouvernement du Québec, Niki Ashton n’a pas répondu. La critique en Langues officielles soutient avoir rencontré des acteurs du milieu culturel et municipal sans toutefois préciser leur identité.

Les règles ont été suivies, plaide Ashton

Les députés ont le droit de demander à un remboursement de leurs déplacements dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions parlementaires, mais pas pour des dépenses personnelles, est-il stipulé dans les règlements de la Chambre des communes. Les frais de voyage de la famille d’un membre du Parlement peuvent aussi être remboursés dans le but de rejoindre un député à sa résidence secondaire ou à un autre endroit où il exerce ses fonctions parlementaires. Niki Ashton explique qu’elle a dû rester à un hôtel lors de son séjour à Ottawa car une partie de la somme qui a été facturé aux contribuables était pour régler un problème de punaise de lit à sa résidence secondaire d’Ottawa.

La représentante néo-démocrate n’est que très rarement présente à la Chambre des communes, elle qui vit dans une circonscription étant difficile d’accès au niveau des voyages en avion. À titre d’exemple, elle ne s’est déplacée qu’à quatre reprises à Ottawa à l’automne dernier. L’élue franco-manitobaine estime que le fait que la Chambre des communes lui ait remboursé ses frais confirme qu’elle a respecté les règles.

« Les discussions faisaient partie de mon travail de porte-parole et la Chambre des communes l’ont reconnu et ils ont appliqué les règles qui s’appliquent à tout le monde », s’est-elle défendu, affirmant aussi avoir payé elle-même des coûts personnels qui n’étaient pas associés au travail pendant son séjour.

Elle indique que certains frais chargés étaient aussi pour son personnel.

Début de la saison des festivals en Ontario

La saison des festivals commence et se déroulera tout l’été en Ontario français. Cette fin de semaine est aussi l’occasion d’entendre en vrai l’une des plus belles voix belgo-canadiennes. À Sudbury, on découvre une artiste sous un nouvel angle tandis qu’à Hammond, on redécouvre une discipline qui manquait de représentation dans l’Est. Du côté de Toronto, on se rappelle que les jeux vidéos font aussi partie de notre culture.

La nouvelle mouture du FFO

Le Festival franco-ontarien (FFO) donne le coup d’envoi de l’été à Ottawa. L’événement majeur se déroule au parc Major’s Hill jusqu’à samedi. Suite à une étude conduite l’an dernier, l’organisation (Groupe Simoncic) a brassé ses cartes pour offrir une programmation plus diversifiée, susceptible d’attirer un public plus vaste et plus jeune, tout en offrant une meilleure place aux artistes franco-ontariens. Le FFO commence ce soir avec la soirée afro-caribéenne mettant en vedette Pierre Kwenders, Paul Beaubrun et Moonshine. Vendredi, la soirée hip-hop amène LeFLOFRANCO, Sarahmée et Fouki. Et samedi, on pourra voir Mehdi Cayenne, Damien Robitaille et Kaïn.

Un nouvel espace communautaire, le Café communal, sera également muni d’une deuxième scène qui mettra en vedette des artistes locaux comme King H, Jesse Simmons, Jessie Lindsay et Sophie d’Orléans, entre autres.

Le FFO propose aussi des kiosques de différents organismes, des activités pour toute la famille et des spectacles jeunesse. Photo : TFO / Stéphane Bédard

Ottawa, du 13 au 15 juin. Détails et billets sur le site du FFO.

Comme un fou, comme un soldat…

La vedette belgo-canadienne Lara Fabian donnera deux concerts à la salle Southam du Centre national des arts (CNA), vendredi et samedi. Au moment d’écrire ces lignes, il restait encore des billets au balcon. La tournée Je t’aime célèbre les « chansons intemporelles » qui ont jalonné la carrière de la vedette née à Etterbeek, une commune de la région de Bruxelles, en Belgique. La chanteuse s’envolera d’ailleurs vers le vieux continent pour une longue tournée cet automne.

Après Ottawa, Lara Fabian s’arrêtera deux soirs à Québec, puis s’envolera pour sa tournée européenne en octobre. Photo : Gracieuseté du CNA

Ottawa, 14 et 15 juin. Détails et billets sur le site du CNA.

Une autre corde à l’arc de Chloé Thériault

Bien connue dans le monde du théâtre, Chloé Thériault cultive aussi un talent en arts visuels. Sa toute première exposition, avec la Galerie d’art de Sudbury, se déroule jusqu’au 17 juin au Sudbury Theatre Center. Chloé Thériault a développé son amour pour le dessin à l’adolescence, alors qu’elle était en convalescence suite à un traumatisme crânien. Dans cette exposition, elle offre des œuvres abstraites, méditatives et très colorées. « Les formes et les couleurs sont encore aujourd’hui mon refuge contre le paysage fade et rempli de ciment dans lequel nous vivons, et peut-être le lieu où mon cerveau peut laisser tomber les règles et se contenter de suivre l’impulsion », explique la Sudburoise dans la description de l’exposition.

Il s’agit de la première exposition des toiles de Chloé Thériault, qui dessine et peint depuis l’adolescence. Photo : Chris Thériault

Sudbury, jusqu’au 17 juin. Détails sur le site de la Galerie d’art de Sudbury.

Rencontrer Bao

Né au Vietnam durant la guerre, Bao Pham est arrivé à Montréal à l’âge de sept ans. Même s’il dessinait depuis toujours, c’est à 20 ans que sa découverte du graffiti fait de lui un artiste accompli. En parallèle d’une carrière de dentiste, Bao Pham a vu ses œuvres exposées à New York, Los Angeles, Londres et Singapour. L’art urbain inspire encore sa création, comme on peut le constater en visitant l’exposition Spotlight on Bao, qui s’installe à la galerie Thompson Landry de Toronto aujourd’hui. L’exposition se déroulera jusqu’au 4 juillet, et Bao Pham sera présent ce samedi de midi à 16 h, pour rencontrer les visiteurs.

Harley Quinn’s Casa Del Papel, techniques mixtes sur toile. Image : Bao

Toronto, jusqu’au 4 juillet. Rencontre avec l’artiste le 15 juin. Détails sur le site de la galerie Thompson Landry.

Bibiche en voyage à Cornwall

L’Amalgame des arts de la langue française et du théâtre (l’Amalgame) de Cornwall veut permettre aux gens de la région de découvrir et de participer à différentes formes de création artistique en langue française. L’organisme a reçu le plus récent prix communautaire Jeanne-Sabourin, remis par Théâtre Action. Dès ce soir, la troupe de théâtre de l’Amalgame présente la comédie en trois actes Dépêche-toi Bibiche, on va rater l’avion. La pièce a été écrite par le français Jérôme Dubois et est adaptée et mise en scène par Pauline Laneville, assistée par Ginette Girard et Nancye Labrecque. Neuf comédiens se prêtent au jeu pour sept représentations, entre le 15 et le 23 juin. Au moment d’écrire ces lignes, la représentation du 15 juin à 14 h affiche déjà complet, et la salle se remplit bien pour d’autres dates. La pièce sera présentée au Théâtre Seaway Valley de Cornwall.

La troupe de théâtre communautaire de l’Amalgame présente la pièce Dépêche-toi Bibiche, on va rater l’avion. Photo : Tommy St-Arnaud

Cornwall, du 13 au 23 juin. Détails et billets sur le site de l’Amalgame.

Un besoin comblé à Hammond

Cet été, l’Est ontarien accueille une ligue d’improvisation estivale, le Club d’impro la Slice. Les joueurs de la région, qui s’impliquent souvent dans des ligues ottaviennes comme l’Acronyme, la LIEU (à l’Université d’Ottawa) ou même dans les événements d’improvisation du MIFO, n’avaient plus beaucoup d’occasions de jouer durant l’été. C’est en faisant ce constat que certains ont décidé de créer la Slice, qui connaît déjà un grand engouement. Une douzaine d’équipes se sont inscrites pour participer, et environ 70 personnes ont assisté au premier match, le 4 juin.

Si le sport théâtral créé par Robert Gravel et Yvon Leduc s’appuie sur les codes du hockey pour structurer le jeu, les organisateurs de la Slice sont partis du cliché des joueurs de hockey qui jouent au golf durant l’été pour élaborer leur concept. C’est ainsi qu’ils ont formé des équipes de quatre et que l’ordre de jeu est déterminé par un tee plutôt qu’une rondelle, entre autres. Une autre particularité est que le public est invité à voter une seule fois, à la fin du match, plutôt qu’entre chaque improvisation. L’une des fondatrices, Dominique Payer, a expliqué à ONFR que cette façon de faire permettait un rythme plus fluide et rapide, qui laissait plus de place au jeu durant la soirée.

Les matchs ont lieu un mardi sur deux au Club de golf Hammond.  Le prochain match est ce mardi.

Plutôt que les chandails de hockey habituels, les membres de la Slice portent plutôt des polos de golf. Photo : Gracieuseté de la Slice

Hammond, le 18 juin, puis les 2, 16 et 30 juillet ainsi que le 13 août. Détails et billets sur la page Facebook de la Slice.

La ville reine… des jeux vidéos

La Semaine des jeux de Toronto (Toronto Games Week) se déroule jusqu’au 19 juin. Il s’agit d’un regroupement d’événements organisés par différents organismes afin de célébrer les arts et la culture jouables. Une délégation française, composée de cinq professionnels de l’industrie, sera sur place jusqu’au 15 juin. Le public est invité à assister à cette journée du 15 juin au Humber College. Dès 9 h 15, William Bertin discutera « de l’édition et du sourcing dans le secteur du jeu vidéo en Europe ». Un panel de discussion suivra sur le thème « France X Canada, favoriser l’intégration dans le jeu vidéo ». Finalement, un match démonstratif mettra en vedette la joueuse professionnelle et championne du monde Kayane, ainsi que le Consul général de France à Toronto, Bertrand Pous.

Les détails sur la délégation française. Photo : Consulat général de France à Toronto

Toronto, le 15 juin. Détails sur le site du Consulat général de France à Toronto.

Rénovations au point mort pour une école d’Ottawa : des parents exaspérés

OTTAWA – Des problèmes de réhabilitation ne sont toujours pas réglés au sein de l’école publique élémentaire Marie-Curie. Des travaux retardés et du financement manquant ont déjà repoussé le retour dans l’école pour de nombreux élèves déplacés dans les locaux de l’ancienne école secondaire St. Patrick dans le quartier d’Alta Vista. Plusieurs parents s’impatientent et déplorent l’inaction du gouvernement provincial et la négligence dans le financement des rénovations de leur école de quartier, alors que l’Ontario vient d’annoncer la construction de quatre nouvelles écoles francophones à Ottawa.

« J’ai acheté une maison proche de l’école élémentaire publique Marie-Curie pour que mes enfants puissent y aller à pied et pour que mes plus petits soient à la garderie scolaire La Clémentine », a déclaré Marie-Christine Gagnon à ONFR.

Le projet de vie de cette mère de famille est pour le moment en suspens, d’une part, car elle a été contrainte d’envoyer ses enfants dans une autre garderie, située à vingt minutes en voiture. D’une autre part, son autre enfant qui fréquente l’école Marie-Curie doit prendre le bus pour rejoindre l’école temporaire située sur la rue Heron.

Dans une communication adressée vendredi dernier au député provincial libéral John Fraser et plusieurs médias, Anne-Marie Leuchs, elle aussi parent d’élève, s’inquiète de la situation rappelant dans sa missive qu’en attendant que le site initial de Marie-Curie soit totalement rénové, l’école temporaire n’est pas, là non plus, adaptée.

Depuis 2022, l’école élémentaire publique Marie-Curie est inhabitée. Photo : Marie Christine Gagnon

« Malgré les efforts considérables du personnel scolaire, ce bâtiment est totalement inadéquat pour les élèves du primaire. L’eau qui sort des robinets n’est pas potable. Les plafonds fuient. Les élus devraient avoir honte. C’est une école élémentaire dans la capitale du Canada et l’eau des robinets est impropre à la consommation. »

Pour autant, Mme Leuchs assure que « la communauté scolaire est merveilleuse. Le personnel est excellent. Les enfants sont brillants et engagés. »

Les retards de rénovation s’accumulent

Tout commence avant la pandémie. Le gouvernement ontarien avait octroyé un investissement de 4 millions de dollars au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) afin de permettre la rénovation et l’amélioration des espaces physiques de l’école élémentaire publique Marie Curie. En 2020, d’après le Conseil scolaire, « l’entrepreneur initialement chargé du projet s’est malheureusement désisté ». Les travaux qui devaient se terminer pour la rentrée scolaire 2021-2022 sont, à ce jour, toujours en cours. 

D’après Anne-Marie Leuchs, d’abord le budget initial était trop faible, puisqu’il ne reflète pas les coûts de construction ayant explosé post-pandémie.  

Anne-Marie Leuchs est une mère d’élève. La semaine dernière, elle a demandé au député de la circonscription de son quartier de discuter de la situation de l’école Marie-Curie à Queen’s Park. Le député John Fraser lui a répondu par l’affirmative. Gracieuseté de Anne-Marie Leuchs

Pour l’instant, avec ce financement et d’après les informations que révèle le site internet de l’école, une partie des travaux ont été terminés, tel que la construction d’une nouvelle salle sensorielle, le remplacement du plancher dans le gymnase ou encore la réparation de la brique extérieure.

D’un autre côté, l’école temporaire (anciennement l’école secondaire St. Patrick) ne serait pas, à son tour, adaptée à des petits élèves, pense Mme Leuchs : « L’école temporaire est une école secondaire. Ce n’est pas la fin du monde, mais les toilettes ne sont pas adaptées pour les petits, par exemple. »

Marie-Christine Gagnon dit voir le temps qui passe. Elle qui habite tout proche du site initial de l’école Marie Curie, affirme y être allée plusieurs fois et constater que les travaux n’avancent pas.

« Je n’ai pas cherché à avoir de réponses auprès du conseil scolaire, mais les dernières nouvelles datent quand même de décembre 2023 », se souvient-elle.

Mme Gagnon estime, aujourd’hui, qu’il est temps d’en savoir plus. Pour elle, le site temporaire est obsolète, « il fait très chaud et il y a des problèmes de climatisation, il paraît que l’eau n’est pas potable aux robinets sauf pour deux abreuvoirs, ce n’est pas attrayant et ce qui me choque, c’est la cour extérieure, il n’y a pas de modules de jeux. »

« On dirait plutôt un centre de détention qu’une école. »

Le conseil scolaire souhaite à présent détruire l’école élémentaire

Par échange de courriel avec ONFR, le conseil scolaire confirme que : « Le projet de reconstruction de l’école élémentaire publique Marie-Curie demeure une priorité pour le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO). » 

Si le CEPEO parle d’une reconstruction, c’est bien parce qu’en décembre 2023, ils ont annoncé aux parents d’élèves via une mise à jour de la situation que « la location sur le chemin Heron a été prolongée en raison du dépassement majeur du budget prévu pour les travaux. Des travaux exploratoires ont permis d’observer que le coût envisagé pour les travaux rapprocherait le coût d’une nouvelle construction. »

Le CEPEO a pris la décision de démolir pour reconstruire l’école. Le côut des réparations serait équivalent. Photo : Marie-Christine Gagnon

De ce fait, le conseil explique avoir plutôt proposé au gouvernement de démolir complètement l’école et de construire un nouvel établissement avec des espaces plus modernes, « répondant aux besoins de la communauté scolaire, des familles avec de jeunes enfants, et à la croissance démographique prévue. »

Anne-Marie Leuchs déplore le manque de nouvelles depuis décembre 2023 à propos de ce rebondissement majeur.

« Le CEPEO devait nous revenir au printemps 2024, mais on dirait le gouvernement ne donne aucune nouvelle », croit-elle.

Si le gouvernement provincial repense un financement pour la démolition et la construction d’une nouvelle école, le CEPEO espère un réaménagement sur le chemin Quinlan pour l’année scolaire 2026-2027. 

Pourtant, dans nos échanges, le CEPEO écrit : « Le conseil espère que sa demande sera favorablement considérée dans la prochaine occasion de soumettre cette demande de financement au ministère de l’Éducation de l’Ontario. »

Il semble donc que rien ne soit encore fixé.

« Nous avons besoin de réponses », insiste Marie-Christine Gagnon. « L’école sera-t-elle construite quand nos enfants entreront au secondaire? »

Les deux mères de famille sont du même avis, soit que la province est capable d’agir plus rapidement sur ce dossier.

« C’est pourquoi j’ai interpellé le député provincial M. Fraser, puisque l’école Marie-Curie se trouve dans sa circonscription », explique Anne-Marie Leuchs.

Dans sa lettre adressée au député, Mme Leuchs soulève une question que partage également Mme Gagnon. Elles ont constaté que trois des quatre nouvelles écoles francophones de la région et qui ont reçu un financement du gouvernement de l’Ontario, vendredi dernier, se trouvent dans des circonscriptions conservatrices.

« C’est une excellente nouvelle pour ces écoles et pour la communauté francophone, croit Mme Gagnon, mais nous, nous attendons toujours. »

De son côté, Mme Leuchs ne peut s’empêcher de voir un délai injustifié dans le traitement de ce dossier : « L’école élémentaire publique Marie-Curie est une école extrêmement diverse, probablement l’une des plus diversifiées de la ville. Ses enfants représentent l’avenir de l’Ontario et du Canada. Ils méritent un bâtiment bien meilleur que celui qu’ils occupent actuellement et qu’on commence enfin à leur accorder de l’attention. Les retards dans ce dossier ressemblent de plus en plus à du racisme systémique », suppose-t-elle.

24 Heures du Mans : Zacharie Robichon « célébrerait un top 5 comme une victoire »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI : 

Natif d’Ottawa, Zacharie Robichon est un pilote automobile franco-ontarien qui évolue dans le domaine des courses d’endurance au volant de voitures de grand tourisme (GT3), au sein de l’écurie Proton Competition. 

LE CONTEXTE :

Engagé cette année dans le Championnat du monde de GT3 (WEC), il va participer aux 24 Heures du Mans, mythique épreuve française dans le domaine, les 15 et 16 juin, pour la troisième année consécutive. 

L’ENJEU :

Au volant d’une nouvelle voiture cette saison (Ford Mustang), le pilote franco-ontarien revient sur sa saison, sur ce que représentent les 24 Heures du Mans, ses dernières participations, ainsi que ses ambitions pour cette version 2024 de la course aux côtés de ses coéquipiers : le Britannique Benjamin Barker et l’amateur américain Ryan Hardwick. 

« Quel bilan faites-vous de votre saison jusqu’à présent? 

Cette année, c’est un nouveau défi, car depuis plusieurs années je courais avec Porsche et l’année dernière nous avions remporté le Championnat européen. Il y a eu des changements de règlement cette saison qui ont fait entrer plus de manufacturiers. Du coup, chacun est limité à deux autos dans le Championnat du monde de GT3. Mon équipe Proton a dû trouver un nouveau manufacturier, ce qui fait qu’on est avec Ford qui bâtit pour la première fois une GT3. On court avec la Mustang, car c’est son soixantième anniversaire. 

Comment vos performances ont-elles évolué sur vos trois  premières courses de la saison?

Ça n’a été pas facile d’être performant car c’est une année de développement, mais on a fait beaucoup de progrès depuis la première course de la saison au Qatar (11e aux 1812 kilomètres du Qatar). Cette première course début mars n’était vraiment pas évidente. Mais, depuis, on a fait deux top 10 (9e aux 6 Heures d’Imola en Italie, 9e aux 6 Heures de Spa-Francorchamps en Belgique). Et surtout, à chaque course on sent, au moins, qu’on s’améliore. C’est sûr que c’est différent pour moi de l’année dernière, où on avait vraiment dominé le championnat européen. Même si on n’avait pas fait une bonne course au Mans, on a été sur le podium dans cinq des six étapes. 

Là, on est sur un championnat différent, mais le niveau est très semblable. La réalité nous a un peu frappés au début, mais c’est un projet différent et intéressant parce qu’on représente vraiment l’équipe de Ford. On travaille directement avec eux et on est capable de faire des changements qu’on n’aurait pas pu faire avec un autre manufacturier, parce qu’on fait partie de l’équipe de développement. Ça peut être frustrant mais c’est aussi une occasion d’apprendre. 

La toute nouvelle Ford Mustang avec laquelle Zacharie Robichon et ses coéquipiers sont en compétition cette saison. Photo : Drew Gibson / Ford Performance

Quels sont vos souvenirs de vos deux premières participations aux 24 Heures du Mans que vous allez disputer pour la troisième fois ce samedi?

Je n’oublierai jamais mon tout premier tour que j’ai fait sur le circuit en 2022 . En tant que fan de sport automobile et de personne qui vit dans le domaine, ça a toujours été un rêve. Ce n’était pas quelque chose que je croyais pouvoir atteindre. Même lorsque j’ai su que j’allais y participer, je n’y croyais pas, ce n’était pas réel jusqu’au moment où j’étais vraiment sur le circuit. Ce premier tour, c’est vraiment une sensation que je ne vais pas oublier. 

L’année dernière, on n’a pas eu le résultat qu’on voulait. On a eu un accident très tôt dans la course, donc on n’était plus dedans après trois heures. En revanche, c’était le centenaire de l’épreuve et le nombre de personnes qui étaient présentes, c’était fou. Je ne peux même pas expliquer la sensation que ça procure. Faire partie d’un tel événement, si important, pour quelqu’un comme moi qui ne se serait jamais imaginé d’être là, c’est une chose qu’on ne peut pas mettre en mots. 

Les 24 Heures du Mans sont une course mythique qui existe depuis 1923. Elle est considérée parmi les trois courses les plus prestigieuses au monde avec le Grand Prix de F1 de Monaco et les 500 miles d’Indianapolis. Photo : Drew Gibson / Ford Performance

Pour les néophytes, pouvez-vous expliquer comment va se dérouler cette course sur 24 heures? 

Pour nous qui dépendons du Championnat du monde, on a le droit à trois pilotes dont un amateur. Ce dernier a un nombre d’heures minimum à conduire, qui est de six heures. Cela laisse 18 heures que les deux professionnels vont se partager. Typiquement, ce qu’on va faire, c’est qu’on va faire des relais de trois heures. Ce n’est pas un circuit très physique, donc trois heures, ça se fait. 

En général, c’est l’amateur qui commence et fait ses trois premières heures et ensuite c’est une rotation avec cinq à six heures de pause pour chaque pilote. On en profite pour faire un massage, manger un peu. Puis sur les douze dernières heures, ce sont les deux pros qui vont alterner trois heures chacun jusqu’à la fin. On a aussi des ravitaillements pour changer les pneus, mettre de l’essence et on repart. 

À quel point l’entente entre les pilotes est-elle importante? On pourrait croire qu’en soit cela reste très individuel sur la piste…

C’est super important d’avoir un bon esprit d’équipe parce qu’on n’est pas dans la voiture en même temps, mais il y a beaucoup de choses qui se passent pendant la course. Il faut encourager ses coéquipiers. C’est aussi important de bien s’entendre par rapport aux réglages de la voiture. On conduit tous la même voiture. Si, par exemple, j’aime un certain réglage mais les autres pilotes n’aiment pas, on va devoir faire des compromis. Il faut travailler ensemble pour trouver ce qui est idéal pour l’équipe. Il y a aussi une ambiance à créer et une confiance partagée qui permet de se sentir bien et de mieux performer. 

Zacharie Robichon est membre de l’un des trois trios engagés sur l’épreuve pour l’équipe Proton Competition. Photo : Drew Gibson / Ford Performance

Comment se forme l’équipe avec notamment le choix de l’amateur?

On appelle ça amateur parce qu’ils sont soit un peu plus vieux ou ils ont commencé plus tard, mais il faut quand même noter que ce sont les meilleurs amateurs au monde. Ils participent à de gros championnats régionaux voire nationaux. On ne se cache pas dans le sport automobile, ça coute beaucoup de sous.Très souvent, les amateurs qui participent sont ceux qui peuvent payer. Une grosse partie du budget est couverte par le manufacturier et les sponsors, mais il y a aussi une partie financée par l’amateur. Dans notre cas, c’est l’amateur qui choisit l’équipe car c’est lui qui paie l’équipe, qui paie les pilotes. 

Quelles sont les ambitions pour cette année? 

Je dirais que cette année, honnêtement, comme je l’ai dit, c’est vraiment une année de développement avec la nouvelle voiture. Si on pouvait faire un top 10, je serais très content. Avec ce groupe de trois pilotes qu’on a, je pense qu’on fait partie des plus forts. Par exemple, si on était tous les trois sur l’épreuve avec l’auto de l’année dernière, je pense qu’on pourrait gagner. Cette année, je suis plus réaliste et j’espère un top 10 et une course avec la voiture qui finit sans gros souci. Si on reste dans le top 10, tout est possible. Si on obtient un top 5 on serait très fier et on le célébrerait comme une victoire. » 

On démystifie le français… d’un Djiboutien

Près de la moitié des pays d’Afrique sont généralement considérés comme francophones, mais tous les Africains ne parlent pas le français de la même manière. Cela dépend souvent de l’influence de la première langue parlée à la maison. À Djibouti par exemple, plusieurs locuteurs parlent d’abord l’arabe ou le somali, avant d’acquérir le français à l’école. La phonologue Marie-Hélène Côté, professeure à l’Université de Lausanne, analyse le sujet. Serez-vous aussi en mesure de noter les nuances?

« L’autre Randy » : voici pourquoi le ministre des Langues officielles est au centre d’une polémique éthique

OTTAWA – « Qui est l’autre Randy » ont répété à maintes reprises les conservateurs la semaine dernière au Parlement en référence au ministre des Langues officielles alors que de récentes révélations sur ses relations d’affaires soulèvent des « inquiétudes » pour le commissaire à l’éthique.

En mai, le média Global News rapportait qu’une compagnie à numéro de Randy Boissonnault (2 256 956 Alberta Ltd) détenait 50 % des parts de l’entreprise Global Health Imports. Celle-ci vendait des équipements de protection médicale pendant la pandémie comme des gants et des masques de protection. Elle a fait l’objet de multiples poursuites avant d’être condamnée par les tribunaux à rembourser 7,8 millions de dollars pour fraude. Pendant plus d’un an après son élection en 2021, le politicien franco-albertain était toujours inscrit au registre fédéral et provincial en tant que directeur de l’entreprise de fournitures médicales malgré le fait que c’est illégal.

La Loi sur les conflits d’intérêts indique que tous les députés ont le droit d’avoir des parts dans une entreprise, mais il leur est interdit de l’exploiter ou de la gérer. Les ministres fédéraux qui auraient des parts dans une compagnie et dont la valeur pourrait augmenter ou diminuer en raison des décisions du gouvernement doivent placer ces actifs dans une fiducie aveugle.

Randy Boissonnault a justifié que son nom apparaissait toujours comme directeur de l’entreprise affirmant en comité parlementaire la semaine dernière que son avocat avait indiqué qu’il avait quitté son poste d’administrateur au moment de son élection en 2021, mais que Global Health Imports n’avait pas fait le changement au registre national et provincial. Toutefois, selon Global News, ce n’est qu’en mars 2023 que le changement aurait été officiellement fait par l’avocat de Randy Boissonnault.

Or des messages textes révélés par Global News remettent en cause si celui qui était ministre du Tourisme à l’époque s’est réellement retiré à titre de dirigeant de Global Health Imports. La discussion concerne le co-fondateur de Global Health Imports, Stephen Anderson et Malvina Ghaoui, la dirigeante The Ghaoui Group, LLC qui discutait d’un virement de 500 000 dollars pour l’achat d’une commande de gants en nitrile.

Dans ce message texte de Stephen Anderson envoyé à Malvina Ghaoui, il écrit que « Randy » lui a dit « d’être disponible dans 15 pour un appel avec un partenaire ». À plusieurs autres reprises, dans la conversation Stephen Anderson fait référence à un « Randy ». Le politicien franco-albertain a affirmé la semaine dernière que le « Randy » en question n’est pas lui. Une déclaration de Global Health Imports indique que le « Randy » n’est pas le ministre des langues officielles, mais plutôt une autre personne, mais l’entreprise a refusé de donner son nom de famille précisant que ce Randy est directeur de la logistique au sein de l’organisation.

Le fuseau horaire (HAE) dans les textos correspondent à Ottawa, ont soulevé les conservateurs, mais Randy Boissonnault affirme qu’il n’était pas dans la région de la capitale nationale au moment de cet échange, le 8 septembre 2022, mais plutôt à une retraite du cabinet libéral à Vancouver.

« J’ai toujours suivi les règles. J’ai toujours été en étroite collaboration avec le commissaire à l’éthique », a dit devant le comité celui qui occupe aussi la fonction de ministre de l’Emploi.

Devant les élus membres du comité parlementaire de l’éthique mardi dernier, le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Konrad W. von Finckenstein, a indiqué qu’il n’était pas au courant de ces textos.

« Je n’en savais rien du tout. Cela soulève évidemment des inquiétudes quant aux implications si l’histoire est vraie. Clairement, nous allons examiner cela », a-t-il mentionné aux élus, ajoutant qu’il pourrait ouvrir une enquête s’il voit qu’il y a de la « substance » à une probable contravention à la législation.

Des démêlés judiciaires

Pendant que le nom de Randy Boissonnault apparaissait comme administrateur, Global Health Imports Corporation aurait compétitionné pour des contrats provinciaux et municipaux notamment durant la pandémie pour du matériel de protection médicale, a aussi révélé Global News.

Elle aurait notamment remporté des contrats publics d’une valeur d’au moins 8,2 millions de dollars. Mais un tribunal albertain a ordonné à Global Health Imports Corporation et Stephen Anderson de rembourser 7,8 millions de dollars via six différentes poursuites judiciaires après que l’entreprise ait décidé de ne pas se défendre. Ces compagnies accusaient dans leurs poursuites des factures impayées et de livraisons non exécutées. Aucune poursuite ne contenait la mention de Randy Boissonnault.

Konrad W. von Finckenstein avait toutefois refusé d’enquêter sur ces révélations-ci, car le ministre des Langues officielles était en conformité avec la Loi sur les conflits d’intérêts, avait-il jugé.

Le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique Konrad W. von Finckenstein. Crédit image : gracieuseté du Commissariat aux conflits d’intérêts et à l’éthique

Dans les dernières semaines, les conservateurs ont multiplié les attaques à la période des questions.

« Monsieur le Président, je pense que l’autre Randy porte probablement le même nom de famille et le même poste que le ministre de l’Emploi. Alors, l’autre Randy va-t-il se lever, s’il vous plaît? », a lancé la cheffe adjointe Melissa Lantsman à la Chambre des communes mercredi passé.

Le comité à l’éthique a adopté mardi après-midi une motion visant à faire venir témoigner Stephen Anderson en plus de demander une copie de l’ensemble des appels et conversations téléphoniques de Randy Boissonnault et Stephen Anderson le 8 septembre 2022.

Carolyn Parrish succède à Bonnie Crombie à la mairie de Mississauga

MISSISSAUGA – L’ancienne conseillère municipale Carolyn Parrish est élue ce lundi soir mairesse de Mississauga, 3e ville la plus peuplée d’Ontario. Elle succède ainsi à Bonnie Crombie, ex-mairesse élue depuis 2014, et réélue pour trois mandats, avant de devenir cheffe du Parti libéral de l’Ontario fin 2023.

Les habitants de Mississauga pouvaient se rendre dès 10h00 dans l’un des 117 bureaux de vote, avant leur fermeture à 20h. Plus de 24 731 électeurs avaient voté en avance les 24 et 25 mai et 1er et 2 juin dernier.

L’ex-conseillère municipale du quartier 5 de Mississauga, Carolyn Parrish, est arrivée en tête avec 43 494 voix, suivie d’un trio de conseillers municipaux : Alvin Tedjo (35 005 voix), Dipika Damerla (27 119 voix), et Stephen Dasko (22 408 voix).

17 autres candidats étaient en lice pour cette course à la mairie.

« Je suis engagée à mener notre ville vers un mode de vie plus abordable et de formidables communautés où tout le monde veut vivre », exprimait-elle sur sa plateforme de campagne, en mettant l’accent sur l’abordabilité, l’un des thèmes récurrents de plusieurs des candidats.

Mississauga se trouve dans le top 5 des villes ontariennes les plus peuplées, après Toronto, Ottawa, et devant Brampton et Hamilton.

Logements abordables, coût de la vie sont ainsi ses promesses de campagne, avec l’amélioration du transport en commun et de la sécurité au sein de la ville, et la création de communautés plus inclusives.

Ces élections partielles ont mobilisé un total de 138 500 électeurs éligibles, soit 25,71 %, contre 107 310 lors des dernières élections municipales de la ville en 2022, soit 21,84 %.

En parallèle, se tenait également l’élection pour le siège vacant de la nouvelle mairesse pour le quartier 5 de Mississauga, au nord-est de la ville, qui se disputait entre 15 candidats, et c’est Natalie Hart qui l’emporte avec 3707 voix, devant Danny Singh (2993).

La cheffe du Parti libéral de l’Ontario a félicité Carolyn Parrish, élue nouvelle mairesse de Mississauga, et Natalia Hart, nouvelle conseillère municipale du Quartier 5. Source : Compte X de Bonnie Crombie
La mairesse de Toronto Olivia Chow a elle aussi félicité la nouvelle mairesse de la ville voisine. Source : Compte X de Olivia Chow

Une délégation franco-ontarienne en mission économique au Québec

MONTRÉAL – Une quinzaine d’entrepreneurs franco-ontariens mettent le cap sur Montréal pour participer jusqu’à jeudi à une mission économique et commerciale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Objectif : forger des relations et décrocher des contrats à l’étranger, ainsi que dans la Belle Province.

Après les éditions en Asie du Sud-Est (Vietnam et Cambodge), en Afrique centrale (Gabon et Rwanda), au Moyen-Orient (Liban) et en Europe centrale et orientale (Roumanie), c’est au tour du Canada d’accueillir une mission économique de l’OIF. Plus de 80 entreprises francophones sont attendues jusqu’à jeudi à Montréal puis Québec afin de stimuler les échanges commerciaux entre la francophonie canadienne et le reste du monde.

Parmi elles, les représentants de 14 entreprises franco-ontariennes, sous la houlette de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA), espèrent nouer des contacts commerciaux fructueux. Ils représentent des secteurs d’activité aussi variés que les énergies renouvelables, l’agroalimentaire, les technologies en éducation ou encore le numérique.

« J’aimerais élargir les marchés dans lesquelles je travaille principalement, faire connaître mes services qui peuvent se faire à l’international tout en étant gérés depuis le Canada », explique Stéphane Hunter. Sa société, Escouade multimédia, lauréate du dernier Prix du commerce Ontario-Québec, assure l’infrastructure numérique d’événements en ligne comme des colloques nationaux et internationaux.

François Byrne, fondateur de Hybrid Power Solutions, fabricant de générateurs sans carburant pour les chantiers de construction industrielle. Source : Facebook Hybrid Power Solutions

Fondateur de Hybrid Power Solutions, une entreprise dans les technologies durables qui fabrique des générateurs sans carburant pour les chantiers de construction industrielle, François Byrne pense lui aussi qu’il peut ouvrir des marchés inexplorés.

« De nombreux pays africains font face à de gros problèmes d’électricité que notre produit peut résoudre de façon plus économique et écologique. Ça sera intéressant d’échanger en français sur cette problématique », dit celui qui revient d’un voyage au Nigéria.

Julie Caron, fondatrice de Filvert Initiatives, une jeune entreprise créée en début d’année dans le domaine de l’éducation en langue française au Canada, est aussi du voyage. Elle accompagne des organisations publiques comme privées dans la production de ressources en apprentissage numérique.

Pour elle, cette mission économique est l’occasion de rencontrer des partenaires, mieux connaître les besoins de la francophonie internationale. « On est à l’écoute de nouvelles pistes de collaboration. Se développer à l’international n’est pas nécessairement notre premier objectif, mais on veut essayer de mutualiser nos efforts pour mieux occuper l’espace éducatif francophone à plus grande échelle. »

Julie Caron, fondatrice de Filvert Initiatives, une jeune entreprise dans le domaine de l’apprentissage numérique. Gracieuseté

Alexandre LaRocque, PDG d’Ardent Security, une société torontoise, entrevoit des opportunités à saisir dans son domaine : la cybersécurité. « Cette dimension prend une place extrêmement importante aujourd’hui, à tel point qu’elle est au cœur des décisions d’affaires des entreprises, dit ce chef d’entreprise dont la majeure partie des activités se concentre aux États-Unis et en Alberta.

Son travail consiste à tester les défenses informatiques des entreprises et repérer leurs vulnérabilités. Il compte parmi ses clients de grandes entreprises nord-américaines, notamment dans le secteur pétrolier.

Le français comme atout dans les affaires

« Maitriser la langue française m’a servi à avoir du rayonnement dans la communauté ontarienne », estime Alexandre LaRocque, lauréat du prix ReleveON Coup de cœur du jury en 2021. « Maintenant le challenge se situe au niveau du Québec, ma province natale, et de la francophonie internationale. »

François Byrne, quant à lui, ne cache pas que ce sera la première fois qu’il participe à une mission économique entièrement en français. Et pour cause : il réalise 80 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis. La langue de Molière lui semble le meilleur vecteur pour pénétrer les marchés africain et européen.

« Au Québec, le monde d’affaires un plus plus clos, ce sera une opportunité de discuter avec de nouveaux clients, ouvrir ce marché pour conquérir une base de clients »

Alexandre LaRocque, PDG d’Ardent Security, une société torontoise spécialisée dans la cybersécurité. Gracieuseté

« Dans le monde de l’éducation en français, la question ne se pose pas : « Les synergies pourraient être considérables », conclut Julie Caron.

Ponctuée de visites d’entreprises et organisée en marge de la Conférence de Montréal du Forum économique international des Amériques, cette mission de quatre jours, à laquelle participera la ministre des Affaires francophones de l’Ontario Caroline Mulroney, constitue, selon l’OIF, « la première étape vers le Sommet de la Francophonie » qui aura lieu à l’automne, en France.

« Depuis 2022, l’organisation des missions économiques et commerciales de l’OIF, véritable rendez-vous économique, a permis de dynamiser de manière inédite la coopération économique intra francophone, affirme via communiqué Louise Mushikiwabo, la secrétaire générale de la Francophonie. Elles ont permis des centaines d’entreprises, de régions géographiquement éloignées, de se rencontrer et d’envisager des partenariats grâce à une meilleure connaissance des opportunités et de leurs milieux d’affaires respectifs. »

Nina Kucheran referme son chapitre natation

[LA RENCONTRE D’ONFR]

TALLAHASSEE (FLORIDE) – Trois semaines après avoir annoncé la fin de sa carrière en natation de haut niveau, Nina Kucheran revient sur son choix. Elle se confie sur les difficultés de combiner travail et sport de haut niveau et sur sa décision de poursuivre ses études de médecine en français au Canada. La Sudburoise se remémore avec émotion les différentes étapes de son parcours dans la natation, de Sudbury à l’Université d’État de Floride, en passant par la sélection nationale Canadienne, qui l’a fait voyager aux quatre coins du monde.

« Trois semaines après l’arrêt de votre carrière, qu’est-ce qui vous manque le plus et qu’est-ce qui vous manque moins dans le fait d’être une athlète de haut niveau? 

Ce qui me manque vraiment c’est d’être avec mes amis tous les jours, et dont j’ai pu profiter en faisant de la natation. Chaque jour à l’entraînement, tu vois tes coéquipiers, tes amis. 

À l’inverse, ce que j’apprécie beaucoup maintenant, c’est de pouvoir faire de l’exercice qui me fait me sentir bien. Parce que quand tu t’entraînes cinq à sept heures par jour, tu ne le fais pas pour ton bien-être, mais pour la compétition. Aujourd’hui, j’aime aller faire une marche ou des cours de pilates.

Est-ce que vous avez quand-même gardé des réflexes de sportive de haut niveau? 

Oui en effet. Il y a certains jours où je me dis que je n’en ai pas fait assez, parce que je compare ça à mes cinq heures par jour d’avant. Il faut juste que je change la façon dont mon cerveau fonctionne en me disant qu’une heure et demie d’exercice c’est bon pour moi et c’est suffisant. 

Par rapport à la décision de prendre votre retraite, quand avez-vous commencé à y songer? 

J’ai fait mes essais olympiques pour la seconde fois en 2021 et je voulais me donner une autre chance. J’ai terminé mon école en 2023 en me laissant une année pour voir. Quand j’ai vu que je ne parvenais pas à intégrer l’équipe nationale l’année dernière, je me suis rendue compte que ça allait être compliqué, car j’avais besoin de travailler en même temps. 

En bref, je souhaitais me laisser encore du temps mais l’idée était tout de même, dès 2021, de prendre ma retraite après les essais ou après les Olympiques, si j’avais réussi à me qualifier. La chance que j’ai eue, c’est de pouvoir choisir quand arrêter. Je suis chanceuse car beaucoup d’athlètes ne savent pas quand c’est leur dernière course.

Au-delà des performances, Nina Kucheran est reconnaissante des rencontres et des amitiés qu’elle a nouées grâce à la natation. Photo : Gracieuseté de Nina Kucheran

Pouvez-vous nous parler de la difficulté d’être dans un sport où seuls les top athlètes arrivent à être rémunérés par les sponsors ou les fédérations, alors que les autres doivent travailler dès la sortie de leurs études et combiner travail et entraînement? 

Oui, évidemment les meilleurs qui font régulièrement partie de l’équipe nationale ont la chance d’avoir des rémunérations. Ça leur rend la vie plus facile. En revanche, lorsque vous êtes juste en dessous de ce niveau-là et que vous essayez de rentrer dans l’équipe nationale, c’est extrêmement difficile. J’étais la seule professionnelle dans mon équipe qui avait besoin de travailler, sans repos possible. Après tes pratiques, tu dois aller travailler pour faire rentrer de l’argent. 

Je pense que c’est un des facteurs majeurs qui, cette année, m’a fait prendre ma retraite, parce que j’étais juste fatiguée. Maintenant, je peux prendre du repos et me concentrer sur mon prochain chapitre. 

Est-ce qu’en étant dans cette situation vous avez remarqué que vos performances en ont pâti?

Absolument. J’ai voulu me donner la chance d’essayer cette année, mais je me suis rendue compte que même en donnant mon meilleur, mon meilleur n’était pas au même niveau que les années passées. J’ai réussi à être en paix avec ça et à me dire que c’est la vie. Les choses changent. 

Revenons sur votre carrière et au commencement. Comment était la jeune Nina Kucheran qui a grandi du côté de Sudbury? 

J’ai adoré mon adolescence. C’était certainement différent de ma vie actuelle en Floride. J’ai beaucoup aimé mon premier entraîneur, Dean Henzel, qui m’a coachée de l’âge de 12 ans jusqu’à mes 18 ans. J’avais une très bonne relation avec lui. C’est la première personne qui m’a appris à me pousser, à avoir confiance en moi et à m’investir dans le sport. 

C’est à 8 ans que Nina Kucheran a débuté la natation à Sudbury, poussée par ses parents qui voulaient simplement qu’elle apprenne à nager. Photo : Gracieuseté de Nina Kucheran

Quelle était la part du français dans votre famille? 

Avec la famille du côté de mon père, c’était toujours en français, et, avec ma mère, en anglais. Mais j’ai fait toute ma scolarité en français. Dans le secondaire, j’étais au collège Notre-Dame. J’ai donc fait mon école en français jusqu’à ce que je parte en Floride, qui a fait place à l’anglais. Puis, maintenant, je vais retourner à l’école de médecine en français à Ottawa. 

Est-ce que vous vous êtes rapidement rendue compte que vous aviez un très bon niveau en natation et que vous pouviez envisager de faire ce sport à haut niveau?

J’ai fait ma première compétition provinciale à l’âge de 10 ans et ma première compétition nationale à l’âge de 12 ans, donc, oui, je m’en suis rendue compte dès le plus jeune âge. Je passais déjà beaucoup de temps à nager. 

Quel a été le moment du début de votre carrière où vous vous êtes dit  : « là je suis vraiment forte et je peux rivaliser avec les meilleures »? 

C’était en décembre 2014 durant une compétition à Toronto qui s’appelle Ontario Junior International. Je n’étais pas censée faire les finales, j’étais juste là pour l’expérience, mais je les ai atteintes. C’était la première fois que je me suis dit que j’étais avec les meilleures juniors du pays, que je pouvais peut-être avoir une bourse et que le sport pouvait m’emmener loin. 

En compagnie de la future championne olympique Margaret MacNeil, lors de sa première compétition internationale avec l’équipe nationale. Photo : Gracieuseté de Nina Kucheran

Quel souvenir avez-vous de votre première compétition? 

J’ai un souvenir particulier. Je ne sais pas si c’était ma première compétition, mais c’était en tout cas l’une des mes premières. Je participais à un relais et j’étais tellement excitée de faire mon départ et de faire ma part du relais que je suis partie en oubliant de mettre mes lunettes. J’ai fait toute la nage avec mes lunettes sur le front. J’étais vraiment embarrassée après ça…

Qu’est-ce que vous retenez de vos années au club de natation de Sudbury? 

Ce que je retiens c’est qu’au club avec ma meilleure amie Abby McDonald, avec qui je suis toujours très proche, on était tellement fières de représenter Sudbury dans les compétitions. Il y avait toujours énormément de monde venant des grosses équipes de Toronto et nous étions seulement cinq ou six à représenter notre club dans les compétitions provinciales et nationales. J’ai aussi le souvenir de ma mère qui nous accompagnait et nous encadrait. On allait toujours dans des grands Airbnb avec elle et mes coéquipiers. 

Un de mes moments préférés, c’était lors de ma dernière année du secondaire. Nous sommes allés en Espagne pour un camp d’entraînement avec ma meilleure amie, mes coéquipiers et ma mère. C’était la première fois qu’elle sortait du Canada. On y a passé deux semaines. Les entraînements étaient super difficiles, mais on a développé ce sens de travailler ensemble. 

Après Sudbury, vous avez fait le grand saut aux États-Unis à l’Université d’État de Floride. Comment s’est passé votre recrutement? 

Lors de ma onzième année d’étude, j’ai décidé que je voulais aller aux États-Unis en essayant d’avoir une bourse pour financer mon école. J’ai envoyé quelques 40 courriels pour postuler dans les universités, puis j’ai eu des rencontres avec les entraîneurs pour voir qui me correspondait le mieux. J’ai vraiment adoré l’entraîneur, l’équipe et évidemment le soleil de Floride. Finalement, ils m’ont donné une bourse et c’est comme ça que je me suis engagée. 

Nina Kucheran a connu quatre années couronnées de succès individuels et collectifs avec l’équipe de natation des Gators de l’Université d’État de Floride. Photo : gracieuseté de Nina Kucheran

Quels ont été les moments marquants de votre passage à l’Université d’État de Floride, où vous avez connu d’excellents résultats collectifs et individuels? 

C’était la première fois que j’expérimentais une toute nouvelle façon de nager. C’était beaucoup de plaisir de voir que j’améliorais mes temps à chaque fois. Ce que je retiens également, ce sont tous les gens incroyables que j’ai rencontrés. J’ai des amis dans chaque coin du monde parce que l’équipe était tellement internationale. Faire partie d’une grosse équipe, c’est quelque chose que je n’avais pas eu avant. On était une quarantaine d’athlètes avec tous le même but de bien faire, d’être compétitifs. On a voyagé à travers les États-Unis pour les compétitions, c’était vraiment très enrichissant. 

Au final, est-ce que ce sont les rencontres et les amitiés que vous avez nouées qui comptent le plus ou les performances? 

Je dirais que les deux vont ensemble. Si tu es juste là pour te faire des amis et avoir une vie sociale, cela n’a pas le même sens que si tu te lances vraiment avec des personnes dans quelque chose. La première année, j’ai battu des records de l’école et j’ai eu une médaille d’argent au 200 m brasse aux Championnats ACC. Mais c’est sûr que de travailler avec des coéquipiers pour quelque chose qui va au-delà de ta personne, il n’y a pas de meilleure sensation. 

L’une des grandes fiertés de Nina Kucheran est d’avoir pu représenter le Canada à plusieurs reprises sur la scène internationale. Photo : Gracieuseté de Nina Kucheran

Vous avez eu aussi l’occasion de faire partie de l’équipe nationale, quels sont vos meilleurs souvenirs? 

Les Championnats pan-pacifiques junior étaient ma première compétition. Le sentiment de pouvoir représenter son pays, cette fierté, c’est plus gros que soi-même. J’ai vraiment été performante lors de cette compétition avec deux médailles d’argent dont une sur le relais. Le relais, c’est le souvenir qui me marque le plus car c’est toi et trois autres personnes qui accomplissent quelque chose ensemble. 

Mon deuxième grand souvenir, ce sont les Jeux universitaires mondiaux pour lesquels on a remporté la seule médaille canadienne de la compétition avec le bronze sur le relais. C’était extraordinaire. J’adore le Canada, je suis super fière d’être canadienne. Être capable de dire que j’ai représenté mon pays, c’est spécial. 

Parlons avenir pour finir. Vous revenez au Canada pour poursuivre vos études en médecine à Ottawa. Quel est votre état d’esprit par rapport à ce retour au pays? 

Je suis vraiment très excitée et notamment de retrouver une communauté francophone. Cela m’avait quand même manqué en Floride. J’ai hâte de déménager au Canada et d’être à Ottawa que j’adore. C’est une grosse ville avec beaucoup de choses à faire, mais aussi avec de la nature et des beaux paysages. C’est important car je suis une personne qui aime faire des choses en extérieur. Je suis aussi impatiente parce qu’au-delà de la natation, mon rêve a toujours été d’être médecin. Donc, je ferme un chapitre et j’en commence un nouveau. »


2000 : Naissance à Sudbury

2014 : Révélation sur la scène nationale avec une finale à l’Ontario Junior International

2016 : Premiers essais olympiques

2018 : Première sélection avec l’équipe nationale canadienne

2021 : Deuxièmes essais olympiques

2023 : Diplomée d’un master en physiologie appliquée et kinésiologie

2024 : Troisièmes essais olympiques et annonce de sa retraite

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario, au Canada et à l’étranger.

Volleyball : Danny Demyanenko veut « aller au bout de la Ligue des Nations pour bien préparer les JO »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI : 

Natif de Toronto d’un père dominicain et d’une mère ukrainienne, Danny Demyanenko Jimenez, communément appelé Danny Demyanenko, est un joueur de volleyball international canadien. Il a évolué pendant sept ans en tant que joueur professionnel en France, où il a perfectionné à la fois son jeu sur le terrain et sa maîtrise de la langue française. Il a d’abord appris le français à l’école, dans le programme d’immersion qu’il a suivi de la première à la cinquième année, puis à travers les cours de français suivis dans le système scolaire canadien jusqu’à l’université. 

LE CONTEXTE : 

L’équipe nationale canadienne a obtenu sa qualification pour les Jeux olympiques de Paris 2024 en octobre dernier, en terminant deuxième du Tournoi de qualification olympique masculin à Xi’an, en Chine. Cette semaine (du 4 au 9 juin), Danny Demyanenko et ses coéquipiers sont en action à la Place TD d’Ottawa, où ils disputent la deuxième phase de la Ligue des Nations. Il occupent actuellement la septième place de leur groupe dans cette compétition internationale.

L’ENJEU : 

Après une victoire contre Cuba (3-1) mardi, en ouverture de la deuxième phase, et une défaite jeudi contre l’Argentine (1-3), les Canadiens ont porté leur bilan à trois victoires et trois défaites en six matchs. Ils affronteront les États-Unis samedi, puis la Serbie dimanche, pour boucler cette semaine de compétition à domicile. Les Canadiens tenteront de se maintenir dans le top 8 de leur groupe pour atteindre la phase finale à la fin juin. Au-delà de l’enjeu sportif de la compétition, la Ligue des Nations, qui arrive directement avant les Jeux olympiques, représente une occasion de se préparer pour Paris. Pour les joueurs, c’est aussi le moment de faire leurs preuves dans l’optique d’être sélectionnés pour l’équipe olympique, qui sera dévoilée début juillet par le sélectionneur Tuomas Sammelvuo. 

« Vous avez débuté la deuxième phase de la Ligue des nations à Ottawa. Quel est votre ressenti sur le fait de jouer à la maison? 

Jouer devant le public canadien, c’est le top. Ce n’est pas souvent qu’on a la chance de jouer à domicile comme ça, avec des gradins bien remplis et pleins d’énergie. On l’a senti dès le premier match contre Cuba, une équipe bien classée. Cela nous a donné beaucoup de confiance. On sentait que ça vibrait bien et, dans les moments difficiles, le public nous a redonné vie. Ils nous ont permis de revenir dans le quatrième set quand on était menés. On a réussi à retourner l’histoire et à gagner en quatre sets. C’était vraiment très cool. 

Après le match, il y avait une « zone public », c’était vraiment intéressant de pouvoir avoir des interactions avec eux. On peut voir que le volley est en train de gagner en popularité au Canada. Il y a des gens qui le suivent vraiment bien. Cela nous montre qu’on a réussi à populariser le volley auprès du public canadien. 

Quels sont vos objectifs sur cette ligue des Nations? Sert-elle de préparation aux Jeux olympiques? 

C’est sûr qu’il y a deux côtés cette année. La Ligue des nations est une phase de préparation, mais la meilleure façon de se préparer, c’est d’aller jusqu’au bout, trouver notre niveau, nos repères et tout le reste. Si l’on parvient à cela en atteignant d’abord le top 8, qui qualifie pour la phase finale, on se prouvera qu’on peut rivaliser avec les meilleures équipes. C’est ce qu’on a fait jusqu’à présent. L’objectif est de continuer notre parcours et de gagner, bien sûr. C’est notre but. Après, on se prépare pour les JO en espérant maintenir notre niveau et être « au taquet » pour cette compétition qui arrive dans pas très longtemps. 

Vous avez enchaîné la saison en club, puis la Ligue des Nations, puis les Jeux olympiques qui vont arriver. Y a t-il une gestion particulière des joueurs au niveau de la condition physique? 

Ça dépend vraiment des joueurs, il y a des cas différents. Il y a ceux qui ont fini plus tôt leur saison et d’autres qui sont allés loin dans les phases finales de leurs championnats. On s’appuie sur ce qu’on a construit l’été dernier au niveau des structures et de l’état d’esprit qui avait déjà été mis en place. Niveau physique, on gère pour faire en sorte que ceux qui doivent revenir travaillent pour le faire et ceux qui sont bien physiquement jouent. C’est une vraie gestion, le staff médical et les entraîneurs gèrent ça vraiment bien et nous mettent en confiance pour qu’on enchaîne, qu’on retrouve notre niveau et notre confiance et qu’on ait un impact. 

À titre individuel, comment vous sentez-vous? 

J’ai eu quelques problèmes de dos, il y a quelques mois de cela, mais aujourd’hui ça va mieux, je me sens à 100 %. J’ai juste besoin de retrouver du temps de jeu pour me réintégrer dans l’équipe. Ça va arriver bientôt. J’attends juste ma chance pour vraiment être à fond. Pour l’instant, l’équipe a fait de belles performances et le plus important, ça reste l’équipe. On doit toujours penser collectif. C’est une mentalité qu’on a créée l’année dernière. 

En l’absence d’une ligue de volley professionnelle au Canada, les meilleurs joueurs du pays évoluent en majorité en Europe. C’est donc un moment spécial pour Demyanenko et ses coéquipiers de jouer à Ottawa cette semaine. Photo : Volleyball World

L’annonce de la sélection pour les Jeux olympiques devrait arriver début juillet dans le prolongement de la Ligue des Nations. Qu’est-ce qu’une sélection pour Paris représenterait pour vous, qui êtes en plus un peu français après sept années passées là-bas? 

Un peu Français mais, surtout, Canadien! (Rires) C’est sûr, le fait que ce soit à Paris, c’est quelque chose de très intéressant pour moi. J’ai vécu sept ans en France et c’est comme si l’histoire se déroulait dans ce sens-là. J’espère finir l’histoire en France avec ce grand palmarès et cette grande chance de jouer dans ce grand théâtre sportif. 

Restons en France pour finir. Vous avez annoncé avoir joué votre dernière saison à Montpellier. Qu’est-ce que vous retenez de cette saison et de ce passage de quatre ans dans ce club? 

Montpellier est vraiment une très belle ville. L’organisation montpelliéraine est toujours top classe, top niveau. J’ai passé quatre années là-bas qui m’ont bien plu. Cette saison, on a eu quelques difficultés en raison de problèmes de santé, quelques joueurs un peu blessés, mais on a fait un beau petit parcours. On s’est qualifiés pour les séries. C’est dommage qu’on n’ait pas réussi à aller jusqu’au bout mais, en même temps, on a aussi terminé finalistes de la Coupe de France. On voulait, bien sûr, remporter ce titre-là. 

On n’a pas réussi, mais on est très fiers d’avoir permis au club d’atteindre la finale de ce tournoi pour la première fois de son histoire. Malgré pas mal de petites blessures pendant la saison, je suis vraiment satisfait de mes performances individuelles. Je peux dire que c’était la meilleure saison de ma carrière en France. C’est sûr que j’aurais bien voulu finir avec un titre, mais c’est comme ça, c’est le sport. 

Avez-vous déjà une idée de votre prochaine destination? 

Je vais rester en Europe. Ce n’est pas encore public. Je le garde pour moi pour l’instant, mais ce sera bientôt annoncé. »

Le Concours LOL, 10 ans à  « développer le sentiment d’appartenance » des jeunes francophones, explique Sonia Behilil

Sonia Behilil est la nouvelle directrice générale de l’Association des communautés francophones de l’Ontario de Stormont, Dundas et Glengarry (ACFO-SDG), l’organisme à l’origine du Concours LOL! Mort de rire Desjardins (Concours LOL).

La finale de la 10e édition du Concours LOL se déroule ce soir au Great Canadian Theatre Company, à Ottawa. La soirée sera animée par l’humoriste Sinem Kara.

La mission du Concours LOL est la même qu’à l’origine. Le but est d’encourager le sentiment d’appartenance à l’identité franco-ontarienne chez les jeunes de 12 à 18 ans, en leur offrant des ateliers de formation et la possibilité de monter sur scène pour vivre une première expérience en humour. Le programme travaille la construction identitaire en exploitant un art apprécié des jeunes, tout en valorisant le français comme moyen d’expression.

 « De quelle façon l’ACFO-SDG souligne-t-elle les 10 ans du Concours LOL?

On organise un cocktail dînatoire pour nos valeureux partenaires, commanditaires et dignitaires qui appuient le programme depuis ces 10 ans. Il y aura des surprises, dont un interlude artistique qui va les mettre en danger, les pousser à présenter des petites blagues… On a vraiment hâte de voir ça! (Rires)

Dans l’entrée du théâtre, on a aussi une très petite exposition nostalgique rétrospective, avec des archives et des photos. Les gens pourront y ajouter de petits messages de vœux.

On prévoit aussi un nouveau format pour la finale. Depuis 10 ans, nous sommes connus pour avoir une soirée de finale assez longue et riche, avec une tête d’affiche qui fait un numéro complet. Cette fois, on opte pour une animation plus dynamique et des interventions plus humoristiques.

Comment se déroulera la finale?

Notre directrice générale sortante, Céline Baillargeon-Tardif, est aussi la tête pensante du programme. Elle fête donc ses 10 ans, mais elle part aussi à la retraite. On a décidé de faire un court numéro toutes les deux, pour remercier nos commanditaires et passer le flambeau de manière humoristique.

Tout de suite après, c’est l’entrée de Sinem Kara à l’animation, pour préparer le terrain et annoncer les numéros des jeunes. Elle fera également un numéro d’une vingtaine de minutes durant la délibération des juges.

C’est ensuite l’annonce du gagnant et la reconnaissance du partenaire extraordinaire de l’année.

Les juges sont Patrick Bourbonnais, de 49e Parallèle, l’humoriste Joëlle Prudhomme, Rita Kotzia de TFO et la comédienne et ancienne du Concours LOL, Amélie Trottier.

Quel impact le Concours LOL a-t-il sur les jeunes qui y participent?

Il y a l’impact évident qui est sciemment pensé, qui est de développer le sentiment d’appartenance et de bâtir la sécurité linguistique et la construction identitaire chez chacun des jeunes. Mais ce qui est vraiment fort, c’est qu’on rencontre des anciens qui sont en train de bâtir leur carrière avec l’humour. À leur tour, ils inspirent des jeunes à s’engager dans la vie francophone. On est fiers de dire qu’on a eu la chance de rencontrer ces jeunes et de leur donner un premier élan.

La nouvelle directrice générale de l’ACFO-SDG, Sonia Behilil, et le chargé de projet du Concours LOL! Mort de rire Desjardins, Justin Chénier. Photo : Gracieuseté de l’ACFO-SDG

Quelles sont les répercussions sur la communauté franco-ontarienne?

LOL, c’est un peu le bébé de tout le monde. C’est vraiment le fun quand on rencontre des gens qui nous apostrophent avec des questions sur l’édition en cours. On se rend compte que c’est devenu un programme qui non seulement atteint énormément de jeunes, mais qui rassemble aussi la communauté.

Chaque année, la finale est un moment extraordinaire où l’on voit dans un même endroit les dignitaires, les commanditaires, les parents d’élèves, le corps pédagogique, les conseils scolaires, etc. Tout ce monde discute et chacun parle de son point de vue du programme.

L’an dernier, vous aviez commencé à élargir les activités à travers le Canada. Où en est-on avec ce projet?

On a eu un premier forum national l’an dernier, qui avait réuni des jeunes de six provinces différentes. Ça a été une expérience très forte. On aimerait revenir avec un nouveau forum national éventuellement.

Mais cette année, c’était important pour nous de nous concentrer sur le 10e anniversaire. Et pour la 11e édition, on a décidé de plutôt faire des formations dans au moins quatre provinces différentes. On réfléchit aussi à ajouter de nouvelles branches dans le bel arbre de LOL (…) il y a de belles choses qui s’en viennent.

Quel est le processus à travers l’année, pour un jeune qui aimerait participer?

Il y a trois programmes de formation : initiation à l’humour, animation humoristique et écriture stand-up. Après avoir suivi cette dernière, les jeunes du secondaire peuvent soumettre une vidéo en demi-finale. Certains l’enregistrent devant leur classe ou même dans la salle de spectacle de leur école, face à leurs camarades.

Après la soumission, un jury choisit 14 finalistes. Ils reçoivent six heures de coaching individuel, avec des formateurs et artistes professionnels, pour se préparer à la fameuse finale.

Les gens n’ont que de bons mots pour le Concours LOL. Qu’est-ce qui explique ce succès?

Je pense que nous avons deux ingrédients secrets. Le premier est d’avoir eu une tête pensante aussi visionnaire que Céline Baillargeon-Tardif, qui lance des projets durables et les structures de manière à ce qu’ils se développent avec la communauté.

Le deuxième est d’avoir une équipe en place vraiment compétente. Notre chargé de projet, Justin Chénier, est jeune et jeune de cœur. Il est au plus proche de la communauté qu’il dessert et ça se voit. »

La grève de la CTT évitée de justesse avant minuit

TORONTO – Un premier accord a finalement été trouvé hier soir, juste avant les 12 coups de minuit, entre le syndicat ATU Local 113, représentant les employés de la Commission des Transports de Toronto (CTT), et l’employeur. Une grève d’envergure évitée de justesse sur le réseau dont dépendent les usagers pour les quelques 700 millions de trajets par an.

« Nous sommes heureux d’annoncer que nous avons conclu un accord-cadre avec la CTT qui nous permet de suspendre la grève. Nous continuerons à travailler sur les détails et à parvenir à un contrat juste et raisonnable que nous pourrons recommander à nos membres de ratifier », les journalistes ont-ils été informés par ATU Local 113, tard dans la soirée, via communiqué.

« Nous avons demandé à la CTT des garanties sur la sécurité d’emploi, des protections contre la sous-traitance de nos emplois et une amélioration des avantages sociaux pour les membres actifs et les retraités. Aujourd’hui, nous avons enfin vu des actions sur ces questions critiques. »

Le syndicat des 12 000 employés et la CTT étaient en négociation depuis janvier 2024 pour une nouvelle convention collective, expirée depuis le 1er avril 2024. 98,2 % des travailleurs étaient alors en faveur d’une grève générale.

Le président du syndicat Marvin Alfred, en conférence de presse dans la nuit du jeudi à vendredi, ne parle pas d’un accord mais d’un cadre vers un accord. Photo : CTV News Toronto

Le président de ATU Local 113 Marvin Alfred, a nuancé la victoire hier soir aux médias, un peu après minuit : « Nous n’avons pas d’accord, nous avons un cadre vers un accord. C’était un chemin difficile pour en arriver là. Nos membres méritent un contrat qui protège leurs droits et leur avenir (…) nous travaillons à combler les points de désaccord. Sinon, nous aurons une autre conversation avec la CTT. »

S’il a indiqué espérer que la proposition finale soit ratifiée par les membres à la fin, il a toutefois déploré « des années de frustration » et « une culture d’entreprise qui doit changer ».

« Si la seule façon d’attirer leur attention est de faire grève, alors nous le ferons », a conclu celui-ci.

La mairesse de Toronto, Olivia Chow, a exprimé dans la soirée son soulagement sur le réseau social X, face au maintien des services de transport en commun.

Èva Blais à la FESFO, une nouvelle présidente qui se veut à l’écoute

ALEXANDRIA – Élue 50ᵉ présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), Èva Blais veut absolument représenter la jeunesse et appuyer ses diversités et ses accents. Auparavant représentante de l’Est pour la FESFO, la jeune élève, qui passera en 12ᵉ année à l’École secondaire catholique Le Relais à Alexandria, deviendra officiellement la présidente en juillet. Elle succède à Haïfa Zemni. 

C’est la troisième fois de suite qu’une présidente ou un président vient de l’Est ontarien. En effet, la présidente sortante est originaire d’Orléans, dans la banlieue d’Ottawa, tout comme son propre prédécesseur.

En entrevue avec ONFR, Èva Blais, originaire d’Alexandria dans la région de Sturmont – Dundas et Glengarry, admet avoir déjà hâte de commencer le travail. Dans la lignée de ses prédécesseurs à la tête de la FESFO, la jeune femme veut continuer à faire rayonner son organisme, porte-parole de plus de 25 000 jeunes en Ontario.

C’est d’ailleurs son intérêt pour l’avenir des jeunes qui l’a poussée à se présenter. Un de ses objectifs est de représenter tous les jeunes, dans toutes leurs diversités. « Pour moi, il est essentiel de représenter les jeunes qui n’ont pas la force de se faire entendre. Je pense qu’il est important de les représenter afin que chaque jeune ait une voix et puisse s’exprimer en français. C’est une des principales raisons pour lesquelles je me suis engagée. »

La FESFO est l’organisme porte-parole d’environ 25 000 jeunes francophones qui fréquentent l’une des écoles secondaires francophones de l’Ontario de la 9e à la 12e année. Gracieuseté de la FESFO

Durant son mandat, Èva Blais a pour priorité de s’attaquer à l’insécurité linguistique qui, selon elle, est un problème majeur. « Il est crucial de développer un sentiment d’appartenance, pour que les jeunes francophones s’affirment en français, que ce soit leur première langue ou non. »

Elle reprend : « Il faut que les jeunes se sentent à l’aise de parler leur français, que ce soit à l’école, dans leur communauté ou même à la maison. C’est ce que fait la FESFO en grande partie. Comme présidente, je vais continuer à offrir, à chaque jeune qui veut s’impliquer en français, le droit et la possibilité de le faire. »

Célébrer la diversité des accents

Èva Blais célèbre aussi les accents. Que l’on soit du Nord de la province, du Sud ou de l’Est, voire même de l’étranger, « peu importe notre accent ou notre origine, chaque personne qui parle français a un beau français », estime-t-elle.

C’est d’ailleurs son fer de lance : « Il faut généraliser cette idée : que tout le monde a un beau français, peu importe d’où vient son accent. »

Pour la jeune femme, les francophones de l’Ontario peuvent être fier de leur français et s’approprier la langue comme ils le souhaitent.

Ce nouveau mandat sera donc une opportunité de défendre les droits des jeunes franco-ontariens, mais aussi de faire valoir les intérêts de la jeunesse à un plus haut niveau.

« C’est important de rencontrer diverses personnes et d’entendre différentes opinions pour représenter correctement les jeunes, pense-t-elle. Je vais rencontrer d’autres jeunes, probablement des ministres, et d’autres acteurs afin de considérer chaque point de vue pour faire avancer la FESFO. Je veux vraiment être une présidente à l’écoute. »

Un avenir encore semé d’embuches

« Je pense que l’enseignement postsecondaire en français pose un réel problème. Il n’y a pas beaucoup d’universités francophones en Ontario, ce qui m’inquiète pour l’avenir de nos jeunes francophones », affirme la nouvelle présidente.

Des jeunes élèves de la FESFO lors d’activités organisées. Gracieuseté de la FESFO

D’après Èva Blais, beaucoup de jeunes à la sortie du secondaire sont contraints de poursuivre leurs études en anglais, soit parce que les établissements francophones ne sont pas assez proches de chez eux, soit pour d’autres raisons.

« Pour l’avenir des jeunes, c’est vraiment ce qui m’inquiète le plus. »

Remaniement ministériel au dernier jour de la législature ontarienne

TORONTO – Le premier ministre de l’Ontario Doug Ford a rebattu les cartes de son cabinet ce jeudi, ultime jour de législature avant la pause estivale. C’est une équipe élargie qui prend les commandes de la province avec pas moins de 36 membres.

Un des changements majeurs réside dans l’arrivée au ministère des Soins de longue durée de Natalia Kusendova-Bashta. L’ancienne adjointe parlementaire à la ministre des Affaires francophones, tout récemment nommée adjointe au ministre des Soins de longue durée, décroche finalement son premier portefeuille indépendant au sein du gouvernement.

Autre changement remarqué : le départ de Stephen Lecce du ministère de l’Éducation, un poste qu’il occupait depuis 2019, pour prendre l’Énergie, tandis que Todd Smith fait le chemin inverse. Lisa Thompson devient quant à elle ministre des Affaires rurales et Mike Harris ministre de la Réduction des formalités administratives

Ceci dit, la plupart des cadres du parti sont maintenus à leur poste, à l’image de Sylvia Jones qui conserve son double mandat de ministre de la Santé et de vice-première ministre.

On peut également citer Peter Bethlenfalvy reconduit aux Finances, Paul Calandra au Logement, Vic Fedeli au Développement économique, Jill Dunlop aux Collèges et Universités, Prabmeet Sarkaria aux Transports, George Pirie aux Mines ou encore Caroline Mulroney aux Affaires francophones et au Conseil du Trésor.

« Alors que notre province et notre économie continuent de croître, cette équipe travaille côte à côte avec les travailleurs, les entreprises, les partenaires syndicaux, les dirigeants autochtones et tous les membres d’Équipe Ontario pour reconstruire notre économie », a affirmé le premier ministre, tandis que les membres de son cabinet prêtaient serment en fin d’après-midi devant la lieutenante-gouverneure Edith Dumont.

« Nous nous trouvons à un moment important de l’histoire de notre province et devons faire des choix clairs. Notre équipe choisit la croissance et la prospérité. Nous choisissons de réduire les impôts et de créer de meilleurs emplois avec de plus gros chèques de paie. »

Virulentes réactions de l’opposition

« Ce fut une année désastreuse, pleine de scandales et d’échecs pour Doug Ford. Il faudra plus que des chaises musicales à la table du Cabinet pour redresser ce gouvernement », a réagi Marit Stiles, cheffe de l’opposition officielle.

« Noyé dans son scandale de l’alcool, Doug Ford cherche désespérément à changer de chaîne », a pour sa part déploré la cheffe libérale Bonnie Crombie, pointant du doigt « deux promotions de copains : un extrémiste anti-choix et le bouc émissaire du scandale de la ceinture de verdure », en référence à Sam Oosterhoff promu ministre associé aux Industries à forte consommation d’énergie et Steve Clark nommé leader parlementaire, en retrait depuis sa gestion controversée de terres protégées.

« Un remaniement ministériel de dernière minute ne réparera pas les dégâts causés par ce gouvernement », a réagi pour sa part Mike Schreiner, le chef du Parti vert qui ne ménage pas ses critiques contre les progressistes-conservateurs.

« Au cours de la dernière session législative, le gouvernement a gaspillé le temps et l’argent des Ontariens en faisant marche arrière et en prenant de mauvais virages qui ont aggravé les crises du logement, des soins de santé et du climat.

Le retour en chambre est prévu le 21 octobre prochain.

Célébrations et discussions autour de la fierté en Ontario

Le mois de la Fierté est bien débuté et l’Ontario français propose plusieurs activités pour y participer. L’organisme FrancoQueer adopte le thème « Sois… » pour tout le mois, comme un slogan à compléter, une invitation à être soi-même, peu importe la façon dont on s’identifie.

L’organisme à suivre

FrancoQueer est l’organisme principal à suivre pendant le Mois de la Fierté en Ontario français. Son calendrier comporte des activités culturelles, ainsi que des formations et conférences sur divers enjeux rencontrés par la communauté LGBTQ+ franco-ontarienne. Plusieurs d’entre elles peuvent être suivies de partout, puisqu’elles ont lieu en ligne.

Par exemple, ce soir, une rencontre non contraignante du Comité du Carrefour des immigrant.e.s FrancoQueer aura lieu afin que tous puissent s’informer sur son mandat et, qui sait, se découvrir une envie de s’impliquer! Vendredi, une formation sur la communication inclusive se tiendra de 14 h à 15 h 30. Et mardi prochain, FrancoQueer présentera les résultats d’une « recherche communautaire, intersectorielle et intersectionnelle sur l’inclusivité des soins et des services offerts aux francophones 2SLGBTQIA+ en Ontario », menée par le Réseau franco-ontarien pour l’inclusion 2SLGBTQIA+.

Et le 13 juin, ce sera la fête avec le spectacle de drag Fierté Boréal. Ce partenariat entre FrancoQueer et le Collège Boréal mettra en scène des drag queens francophones comme Jezebel Bardot et Sophie Stiquée, mais aussi anglophones comme Ocean Giovanni. Le spectacle sera doublé d’une activité éducative pour apprendre à mieux connaître l’art de la drag.

Jezebel Bardot dans la série d’ONFR, Sur la chaise de maquillage. Photo : Archives ONFR

Pour les conférences et formations : En ligne, les 6, 7 et 11 juin. Pour le spectacle de drag : Toronto, le 13 juin. Détails et inscriptions sur le site de FrancoQueer.

Mona de Grenoble dans le Nord

La drag queen bien connue Mona de Grenoble sera l’invitée du Cabaret Queer de Hearst ce vendredi. La gagnante de la troisième saison de Big Brother Célébrités donne dans l’humour du style « matante sur le party ». Grivoise sans être choquante, Mona de Grenoble est attachante et séduira certainement chaque personne dans la salle. Au moment d’écrire ces lignes, il restait des billets aux tables de la dernière rangée de la salle. Le spectacle sera suivi par une bataille de karaoké. Il s’agit de la troisième édition du Cabaret Queer de Hearst.

Mona de Grenoble en spectacle aux Rendez-vous de la Francophonie, en mars 2024. Photo : TFO / Rachel Crustin

Hearst, le 7 juin. Détails et billets sur le site du Conseil des arts de Hearst.

La fierté à Sturgeon Falls

Le défilé de Fierté Nipissing Ouest aura lieu ce dimanche, au centre-ville de Sturgeon Falls. Les chars et participants se rassembleront dès midi sur la rue Main, à partir du coin de la rue Market. Le départ est prévu pour 13 h. Une fête est ensuite organisée au restaurant Sonia’s Patio, afin de socialiser et de chanter dans une activité de karaoké.

D’autres défilés de la fierté ont lieu cette semaine. Ce samedi, le défilé de la fierté de Brockville se déroulera dès midi, à partir du parc Reynolds. Celui de Belleville se déroulera à partir du côté nord du stationnement Riverside, également à midi. Le fameux défilé de la fierté de Toronto aura lieu pour sa part à la fin du mois, le 30 juin.

Le défilé de Sturgeon Falls aura lieu le dimanche 9 juin. Photo : Gracieuseté de Fierté Nipissing Ouest

Brockville et Belleville le 8 juin et Sturgeon Falls, le 9 juin. Détails sur le site de Fierté Nipissing Ouest.

Des discussions régulières

Juin étant le Mois de la Fierté, mais aussi le Mois des personnes âgées, c’est l’occasion de rappeler que la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO) organise une discussion sur un thème relié à la communauté LGBTQ+ toutes les deux semaines. Intitulées Au-delà de l’arc-en-ciel, ces rencontres virtuelles veulent offrir un espace sécuritaire pour les aînés LGBTQ+ et leurs alliés. Les discussions ont lieu un mercredi sur deux à 16 h, sur la plateforme Zoom. Un modérateur est présent pour animer la rencontre et s’assurer du bon déroulement des échanges. La FARFO propose parfois des pistes de discussions plus précises, et laisse parfois simplement la conversation suivre son cours. La prochaine rencontre est ce mercredi.

Photo : Canva

En ligne, le 12 juin et un mercredi sur deux. Détails et inscriptions sur le site web de la FARFO.

Natalie King à l’Alliance française

Juin est également le Mois national de l’histoire autochtone. Pour souligner cette occasion ainsi que le Mois de la Fierté, l’Alliance française de Toronto (AFT) présente une exposition de l’artiste interdisciplinaire queer anishinaabe, Natalie King. Les œuvres composant Triumphant Stories of good medicine seront présentées à la galerie Pierre Léon du 8 au 29 juin.

Natalie King s’inspire de sa propre intersectionnalité et crée des œuvres éclatées et colorées. Si elle est aussi animatrice, travailleuse communautaire, vidéaste et sculpteuse, ce sont ses œuvres sur toiles qui orneront les murs de l’AFT dès samedi. Les tableaux racontent des histoires variées de femmes, de vie urbaine et d’amour de sa culture. Ils « visent à embrasser l’ambiguïté et la multiplicité de l’identité au sein de l’expérience des femmes homosexuelles anishinaabe. La pratique de King s’inscrit dans une perspective résolument critique, anticoloniale, non-oppressive et tournée vers l’avenir », peut-on lire dans sa biographie.

Natalie King est une artiste multidisciplinaire queer anishinaabe, membre de la Première Nation de Timiskaming. Photo : Gracieuseté de Natalie King

Toronto, du 8 au 29 juin. Gratuit. Détails sur le site de l’AFT.

Un mois plus tard, le débat autour du « plein de marde » se poursuit toujours au Parlement

OTTAWA — Près de six séances de comité, des dizaines d’heures et les libéraux et les oppositions qui s’accusent chacun mutuellement de faire de l’obstruction parlementaire, le Comité des langues officielles est toujours pris un mois après les événements dans la saga du « plein de marde » de Francis Drouin.

Le 9 mai, le Franco-Ontarien avait traité de « plein de marde » et d’« extrémistes » au Comité des langues officielles, deux chercheurs québécois qui exposaient des données de Statistique Canada portant sur le lien entre faire des études postsecondaires en anglais au Québec et l’anglicisation. Le représentant libéral de l’Est ontarien avait par la suite, après quelques jours de tergiversations, présenté ses excuses aux témoins.

Depuis ce temps, les élus débattent autour d’une motion appuyée par les trois partis de l’opposition qui réclament la démission de Francis Drouin de ses postes de président de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF) et du comité. Le président du comité René Arseneault avait jugé irrecevable cette motion, mais les oppositions conservatrices, bloquistes et néo-démocrates avaient cassé sa décision.

« Ce que l’opposition demande, c’est comme si le Canadien de Montréal demandait aux Maple Leafs de Toronto : ‘C’est-tu correct si on met notre gars de quatrième ligne sur la glace?’ », a imagé Francis Drouin lors d’une séance du comité jeudi matin.

« C’est ça le principe de la motion, mais c’est pour ça qu’elle est irrecevable (…) C’est comme si l’arbitre ne pouvait pas faire sa job, la majorité a dit ‘non, on n’est pas d’accord, on a compté un but et ça va rester comme ça’ », a-t-il poursuivi.

Depuis quelques séances, les libéraux monopolisent le temps de parole en faisant de l’obstruction parlementaire évitant du même coup de se prononcer sur cette motion. Les libéraux se sont même transformés en professeurs d’histoire lors des réunions du comité racontant l’arrivée de Samuel de Champlain en Amérique du Nord, la grande déportation des Acadiens en 1755 ou encore en multipliant les anecdotes personnelles sur leurs liens avec la francophonie.

Mais le vote concernant Francis Drouin attend toujours. Le règlement de la Chambre des communes ne permet pas la fin du débat portant sur une motion tant qu’un membre veut se prononcer sur celle-ci, les libéraux s’assurant que l’un des leurs soit toujours disponible pour parler.

« C’est du gaspillage de temps », déplore le député conservateur Joël Godin qui estime qu’il y a un choc d’idée entre les libéraux et les oppositions qui « demandent à faire respecter l’institution ».

« On a de l’autre côté, le gouvernement qui fait du filibuster (obstruction) et qui demande de réduire le temps de gaspillage. Il y a une incohérence (…) Pourquoi ne procèdent-ils pas au vote? », demande le porte-parole en langues officielles conservateur.

« Je trouve ça déplorable, affirme le député du Bloc Québécois Mario Beaulieu. Il y a de l’obstruction systématique parce que les libéraux n’acceptent pas la décision de la majorité. Là, on perd beaucoup de temps en ce moment et ce n’est pas nous qui faisons perdre du temps, on attend pour voter », réclame-t-il.

Mais selon les libéraux, ce sont les autres formations politiques qui font de l’obstruction, car ils visent simplement à nuire aux projets de loi qui sont débattus au Parlement actuellement.

« C’est une motion de M. Blanchet (Yves-François Blanchet) et M. Poilievre (Pierre Poilievre), qui veulent retourner à la Chambre. Pourquoi? Pour ne pas voter sur les législations et qu’on perd du temps en Chambre. On ne retournera pas à la Chambre, on a des travaux importants à finir », tranche Marc Serré, le secrétaire parlementaire du ministre des Langues officielles.

Un vote de destitution de Francis Drouin à la tête de la présidence de l’APF avait été défait après que des députés du Parti libéral se soient ajoutés en masse dans les semaines précédant le vote.

Décès de Claude Deschâtelets, membre fondateur des Compagnons des Francs Loisirs de North Bay

NORTH BAY – Claude Deschâtelets, un des membres fondateurs des Compagnons des Francs Loisirs de North Bay, s’est éteint à l’âge de 85 ans.

Le centre culturel francophone, situé à North Bay, pleure la mort d’un de ses membres fondateurs. Plutôt discret, le Franco-Ontarien de North Bay a aussi travaillé comme éducateur pendant 35 ans, dont 25 à titre de directeur.

Avec Roger Pitre, Jérôme Tremblay et Simon Bribois, ils réfléchissent à un projet francophone d’envergure pour la région. Ces derniers et Claude Deschâtelets étaient les premiers hommes enseignants francophones d’une école catholique à North Bay.

Ils se sont d’abord regroupés autour de la création d’une patinoire pour accueillir un tournoi de ballon balai avant d’ajouter d’autres activités. Le groupe, désormais composé de 8 jeunes dans la vingtaine, a officialisé la création d’un organisme sans but lucratif dédié à la prestation d’activités en français le 13 juillet 1963 avec comme vision d’exprimer la joie de vivre en parlant français.

Claude Deschâtelets était le Bonhomme du Carnaval de 1980. Gracieuseté des Compagnons des Francs Loisirs de North Bay

En 1964, l’organisme s’est constitué en société et a réussi à amasser des fonds pour acheter les vestiges d’un bâtiment incendié sur Dudley, qui est devenu le centre de rassemblements, de mariages, de douches pour bébés et de toutes sortes d’activités communautaires.

En 1964, ils décident d’organiser le premier Carnaval des Compagnons dans une cour d’école, s’inspirant du modèle du Carnaval d’hiver de Québec avec son célèbre Bonhomme. La première édition avait remporté un énorme succès et continue encore d’attirer de nombreux curieux aujourd’hui.

De premiers hommages

« Claude a été un pilier de notre communauté, connu pour son dévouement, sa générosité et son engagement sans faille. Son amour pour la communauté francophone et sa passion pour le français ont toujours été très évidents », pouvait-on lire dans une publication Facebook des Compagnons des Francs Loisirs.

« Ses contributions inestimables et son esprit communautaire resteront gravés dans nos mémoires.  Son legs se reflète dans la vitalité de la culture francophone dans le Nipissing. »

« Il à beaucoup donné à notre communauté! », écrivait de son côté, la mairesse de East Ferris, Pauline Rochefort.

M. Deschâtelets était, en outre, un athlète passionné et talentueux dans plusieurs sports : ballon-panier, lacrosse, ballon-balai et billards. Il a mis plusieurs heures bénévoles afin d’appuyer ses étudiants et sa communauté, même plusieurs années après sa retraite. 

Claude Deschâtelets est décédé ce mardi dans l’hospice de la Maison Sérénité du Nipissing, entouré de sa famille.

La famille Deschâtelets recevra les condoléances le vendredi 7 juin 2024 de 14 h à 16 h et de 18 h à 20 h 30 au Salon Funéraire McGuinty (North Bay). La messe des funérailles aura lieu le samedi 8 juin 2024 à 12 h à l’église St-Vincent-de-Paul.

Près de 12 000 employés de la CTT au bord d’une grève totale

TORONTO – Ce sont près de 12 000 employés de la Commission des transports de Toronto (CTT) qui pourraient se mettre en grève dans la nuit de ce jeudi à vendredi, juste après minuit. Cela impliquerait une paralysie totale du réseau dont plus de 2,5 millions d’usagers dépendent chaque jour. Les négociations pour une nouvelle convention collective sont en cours et le verdict sera connu dans la soirée.

Le porte-parole média de la CTT Stuart Green s’est voulu confiant à 24 heures de l’échéance fixée par le syndicat : « Pour l’instant, les deux camps sont toujours à la table. Il y a de bonnes raisons de croire que nous parviendrons à un accord avant la date limite », s’est voulu confiant mercredi soir Stuart Green, le porte-parole média de la CTT.

« Il n’y aurait pas de service du tout, ce serait un arrêt complet », a-t-il tout de même averti.

Un arrêt des services de transport d’envergure qui pourrait affecter jusqu’à 2,5 millions d’usagers en moyenne par jour de semaine, dans la région du Grand Toronto.

Avec l’expiration de la convention collective des employés, dès le 1er avril 2024, s’en sont suivies des revendications salariales.

Comme nous l’a confirmé The Amalgamated Transit Union (ATU) Local 113, le syndicat qui représente les travailleurs de la CTT, les demandes ont trait à des augmentations de salaire sur plusieurs années, la sécurité d’emploi (dispositions dans le contrat garantissant que les emplois ne seront pas sous-traités), protection transfrontalière entre les différentes agences de transport en commun, améliorations des avantages sociaux et des conditions de travail.

« Nous ne pouvons pas divulguer de chiffres concernant les prétentions salariales pour le moment », a ajouté le syndicat, avant de préciser que la décision de lancer la grève effective et totale, ou non, en cas d’accord, sera communiquée dès ce jeudi soir.

En conférence de presse ce matin, Marvin Alfred, le président de ATU Local 113, a été catégorique sur leur position actuelle : « Le transit s’arrêtera demain sans aucune action de la part de la CTT. Nous implorons toutes les parties prenantes, la Ville de Toronto, la province, d’apporter les ressources nécessaires à la table. »

« Vous voulez renverser la grève? Alors faites quelque chose. Nos positions sont établies et claires (…) Nous ne resterons pas silencieux là-dessus, nous nous battrons et serons reconnus comme des partenaires égaux à la table. Sans cela, le transport en commun ne bougera pas », a-t-il conclu.

Droit de grève des employés de la CTT rétabli en 2023

La dernière grève date du 26 avril 2008, soit 16 années auparavant, occasionnant une suspension totale des services pendant 48h.

Cette potentielle grève serait la première depuis que le syndicat peut à nouveau légalement exercer son droit de grève. En mai 2023, un juge de la Cour supérieure de l’Ontario avait statué que la législation du gouvernement provincial interdisant aux travailleurs de la CTT de faire grève violait la Charte canadienne des droits et libertés.

En mai 2024 cette fois, la Cour d’appel de l’Ontario, dans une décision majoritaire, a de nouveau confirmé leur droit de grève, dans le cadre d’un appel lancé par le gouvernement Ford pour tenter de sauver la législation interdisant à tous les employés de la CTT de s’engager dans quelconque forme de grève. Législation qui a été jugée inconstitutionnelle et contraire à la liberté d’association garantie par la Charte.

La seule exception de service maintenu concernerait vendredi le transport pour personnes à mobilité réduite : « Nous reconnaissons l’importance du service Wheel-Trans pour les usagers, y compris pour se rendre à des soins médicaux, et par conséquent, par acte de bonne foi, nos membres continueront d’exploiter l’intégralité de Wheel-Trans », avait communiqué ATU Local 113.

Une RelèveON 2024 élargie pour sa septième édition 

TORONTO – Le Club canadien organisait ce mercredi 5 juin sa septième édition de RelèveOn, un événement visant à récompenser des jeunes talents franco-ontariens dans le monde des affaires qui contribuent activement à l’épanouissement de la communauté francophone dans la province. En plus des prix Jeune cadre, Jeune entrepreneur(e), Jeune leader inclusif(ve) et Jeune professionnel(le) déjà distribués lors des éditions précédentes, une nouvelle catégorie était en jeu : Leader étudiant. 

La soirée a débuté avec le prix Hommage Stéphane Teasdale qui récompense un membre de la communauté francophone qui a eu un impact sur celle-ci à travers ses réalisations personnelles et son mentorat auprès des jeunes. C’est la juge Michelle O’Bonsawin qui a été mise en avant cette année, première personne autochtone à siéger à la Cour suprême du Canada, le plus haut tribunal du pays. 

« C’est avec une grande joie et un grand honneur que je reçois le prix Hommage, a-t-elle réagi à distance. Depuis mes nominations à la Cour supérieure puis à la Cour suprême du Canada, j’ai eu le privilège d’observer la place importante de la langue française dans les travaux et le fonctionnement de nos tribunaux. Je suis très fière de recevoir ce prix.  »

Michelle O’Bonsawin est née à Hammer, une petite ville francophone du nord de l’Ontario et est membre abénakise de la Première Nation d’Odanaka. Photo : ONFR TFO / Mickael Laviolle

Hortense Fanouillère symbole de l’ouverture à l’internationale

C’est le prix de Jeune cadre qui a ensuite vu Hortense Fanouillère, directrice des opérations commerciales internationales chez Axelor, recevoir ce prix qui récompense une leader influente qui dirige et façonne une entreprise en Ontario. Depuis son arrivée en 2020, la jeune femme a contribué à l’ouverture à l’internationale de son organisation qui accompagne les entreprises dans leur gestion au quotidien à travers une suite d’applications métiers Open Source basée sur le Low code/No code.

Elle a d’abord participé à l’ouverture d’une première filiale en Inde afin d’«  explorer le marché asiatique  », puis une autre au Canada, du côté de Toronto. Elle est par ailleurs membre de la French Tech Toronto.

«  C’est une fierté de remporter ce prix qui met en avant la francophonie en Ontario. Voir les talents qui étaient en concurrence avec moi donne vraiment beaucoup d’espoir pour la suite et les talents suivants qui vont arriver en Ontario  », a déclaré la lauréate.

Hortense Fanouillère récompensée pour son ouverture au monde et son caractère innovateur. Photo : ONFR TFO / Mickael Laviolle

Janvier Kakoko au service des étudiants internationaux

Dans la catégorie Leader inclusif, qui met en avant une contribution exceptionnelle qui fait progresser la diversité et l’inclusion dans son milieu de travail ou dans sa communauté, c’est Janvier Kakoko qui a obtenu le prix.

Il est notamment le fondateur d’Elites Academic Network, un réseau de consultants et d’avocats en immigration et en éducation qui viennent en aide aux étudiants internationaux pour accéder aux collèges et universités au Canada. L’une de ses missions est de faciliter l’accès à l’éducation au Canada à des étudiants d’Afrique centrale et australe.

En 2028, il a également créé Landsbridge Landers, une société d’investissement et de gestion immobilière à Ottawa.

«  Mes tout premiers contacts avec le Club canadien se sont fait en 2016. J’étais alors encore étudiant sur le campus Glendon de l’Université de York. J’ai rencontré des personnes déterminées avec une vision claire. RelèveON est pour moi un outil d’inclusion pour les jeunes qui sont passionnés, parfois égarés, et c’est pour cela que nous devons continuer à créer des outils d’inclusion  », s’est réjoui le lauréat du prix de Jeune leader inclusif.

Janvier Kakoko récompensé pour son engagement dans l’inclusion. Photo : ONFR TFO / Mickael Laviolle

Espoir Masiala, un engagement sans faille pour les étudiants de l’UOF

Le nouveau prix Jeune leader étudiant, introduit à l’occasion de cette septième édition, a été décerné à Espoir Masiala, étudiant en Économie et innovation sociale à l’UOF, également juriste de formation de l’Université de Kinshasa. Ce nouveau prix met en avant une étudiant d’une université ou d’un collège francophone qui se démarque par son excellence académique, son leadership et son implication au sein d’une association étudiante ou de la communauté.

Le jeune homme, qui a démontré ses capacités de leader à travers son rôle de président de l’Association étudiante de l’UOF, a réagit ainsi : «  Un gagnant est un rêveur qui n’abandonne jamais. C’est vraiment un honneur mais aussi un réel plaisir de recevoir ce prix qui vient récompenser un combat qui remonte à mon enfance. Celui d’avoir un monde plus juste, plus égalitaire et plus confiant dans les jeunes.  »

Espoir Masiala récompensé pour son excellence académique et les services rendus à la communauté étudiante de l’UOF. Photo : ONFR TFO / Mickael Laviolle

Carl Alphonse, expert juridique en immigration

Avant-dernière récompense distribuée, mercredi soir, le prix du Jeune professionnel récompensant un membre d’un ordre professionnel reconnu ou exerçant une profession qui exige un niveau de savoir spécialisé, est revenu à Carl Alphonse, avocat travaillant dans l’immigration américaine et canadienne avec un accent mis sur l’immigration des affaires et familiale.

Après près de dix ans de travail dans le domaine et plus de 1200 dossiers approuvés aux États-Unis et au Canada, Carl Alphonse a ouvert son propre cabinet : Alphonse Law. Il partage régulièrement son expertise sur les radios francophones.

«  C’est une très belle surprise, a-t-il confié. Je suis très chanceux d’avoir eu les meilleurs clients et d’avoir contribué à réaliser leur rêve de venir au Canada ou aux États-Unis. Ce prix va me permettre de continuer ma mission, il y a beaucoup de travail mais on est prêt pour les défis.  »

Carl Alphonse récompensé pour son expertise juridique dans les dossiers d’immigration au Canada et aux États-Unis. Photo : ONFR TFO / Mickael Laviolle

Mariem Akrout à la pointe de la technologie et de l’énergie

Le dernier prix de la soirée a été attribué à Mariem Akrout, lauréate du prix de Jeune entrepreneure pour la fondation de son entreprise AI Energy dont elle est la directrice générale. Experte dans l’intelligence artificielle et l’énergie, elle a été sélectionnée dans la liste des dix femmes les plus influentes dans le secteur de l’énergie en 2024 par le magazine CIOLook.

Ai Energy, entreprise spécialisée dans l’ingénieurie informatique industrielle, a pour but de permettre aux entreprises pétrolières, minières et plus largement du secteur de l’énergie d’exécuter leurs projets plus rapidement et à moindre coût.

Au-delà de son rôle personnel au sein de l’entreprise, Mariem Akrout a souligné une réussite collective à travers la réception de ce prix de Jeune entrepreuneure.

«  Honnêtement je ne m’y attendais pas, a confié la lauréate sur le podium. Nous, tout ce qu’on a fait, c’est un travail d’équipe. Donc, merci à toute l’équipe de AI Energy pour tous les efforts qu’ils sont en train de faire tous les jours. Ça fait un an et demi qu’on travaille énormément sur beaucoup de recherche et développement. Quand on parle de recherche et développement il faut savoir que c’est 95 % de taux d’échec. Donc 5 % de succès, plus ce prix, c’est parfait!  »

Myriam Akrout, lauréate du prix de Jeune entrepreneure. Photo : ONFR TFO / Mickael Laviolle

« Le Canada n’est pas prêt à s’engager dans un conflit international aujourd’hui », selon une experte

Caroline D’Amours est professeure adjointe au Département d’histoire du Collège militaire royal du Canada à Kingston.

Aujourd’hui marque le 80e anniversaire du Débarquement en Normandie par les forces alliées auquel a participé le Canada, le 6 juin 1944 afin de libérer la France de l’Occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale.

Dans un contexte international marqué par plusieurs conflits armés, l’experte explique que des enjeux opérationnels et de recrutement rendraient une opération militaire de grande envergure impossible de nos jours pour l’Armée canadienne.

« En quoi cet épisode historique de la Seconde Guerre mondiale a-t-il permis de changer un peu la manière dont on fait la guerre?

Le débarquement a eu un gros impact sur l’histoire militaire. Ça a été le début de la reprise de l’Europe par les forces alliées. C’était une opération complexe avec des composantes d’aviation, de marine, et des milliers d’hommes déployés la même journée. Ça n’a plus jamais été fait depuis. Alors, oui, c’était une étape fondamentale pour réussir à mettre le pied sur la plage. Mais après ça, ce sont les combats à terre qui furent importants.

Vue aérienne des différents navires de la marine autour des plages de Normandie dans le nord de la France. L’invasion de la Normandie est considérée comme la plus grande invasion amphibienne de l’histoire avec près 156 000 soldats dont 14 000 canadiens. Photo : Vernon Lewis Gallery/Stocktrek Images/GETTY

Lesquels par exemple?

Je dirais qu’il y a un exemple intéressant de la Bataille de Normandie : c’est celui de la Croix Victoria du Major Curry à Saint-Lambert-sur-Dives qui a apporté une approche intéressante au niveau de l’infanterie qui va fermer progressivement ce qu’on appelle le trou de falaise pour emprisonner les forces allemandes. Plusieurs autres peuvent constituer des cas d’écoles dans les combats menés en juin-juillet et août 1944.

Qu’est-ce qui différencie la façon de faire la guerre aujourd’hui, comparé à 1944?

Il y a une évolution, surtout au niveau technologique. On essaye de plus en plus d’avoir des armées expertes. Le Canada, lui-même, a une très petite armée et ne peut pas tout faire, donc on essaye de tranquillement de se spécialiser. Aujourd’hui, on a les armes nucléaires et toutes ses composantes, des drones, de l’information en temps réel, et ça, c’est une des plus grosses différences par rapport aux années 1940. Un commandant, en 2024, reçoit des milliers d’informations qui rentrent quasiment chaque minute, donc c’est très difficile de prendre des décisions dans ce brouillard-là. Mais en même temps, les tâches de l’infanterie restent les mêmes, c’est-à-dire de conquérir du terrain, comme on le voit avec la guerre en Ukraine.

Caroline D’Amours s’intéresse aux questions militaires, en particulier celles reliées à la Seconde Guerre mondiale. Photo : Gracieuseté de Caroline D’Amours.

Le Canada est-il prêt à s’engager dans une guerre conventionnelle?

Non, le Canada n’est pas prêt à s’engager dans un conflit international aujourd’hui parce qu’on a fourni de l’armement à l’Ukraine et ça a épuisé nos propres réserves. Si le Canada devait envoyer plusieurs groupes-brigades, ce serait compliqué surtout que les Forces armées canadiennes sont très impliquées au niveau des désastres naturels. Il nous manque aussi beaucoup de monde dans l’armée, donc ça serait difficile une intervention en ce moment dans un conflit armé.

En quoi est-ce difficile de recruter des militaires en 2024?

Le problème, c’est qu’on n’est pas en guerre. Il n’y a pas de mission claire nécessairement pour les Forces armées canadiennes, donc c’est toujours plus compliqué de recruter. Pendant la guerre d’Afghanistan, le recrutement est monté en flèche parce qu’il y avait un but précis contrairement à aujourd’hui. Malheureusement, toutes les critiques, souvent justifiées, qu’on entend beaucoup dans les médias par rapport à des abus sexuels dans l’armée n’aident pas non plus à attirer des recrues. Finalement, je pense aussi que les forces armées ne sont pas toujours vues comme une carrière prestigieuse, ce qui nuit, là encore, au recrutement.

Les pertes canadiennes s’élevaient à 1074 dont 359 tués et 715 blessés ou capturés. Photo : Vernon Lewis Gallery/Stocktrek Images/GETTY

Que pensez-vous de l’avis de certains observateurs qui pensent qu’il faudrait instaurer un service civil pour inciter les jeunes à se tourner vers l’armée?

C’est très délicat. J’entends beaucoup d’appels en ce moment dans la société pour des compressions dans la fonction publique et avoir un tel programme va nécessairement demander ça. Je lisais justement dans les derniers jours des personnes qui ont été impliquées dans le recrutement au niveau des Forces canadiennes mentionner que d’obliger des jeunes à faire leur service quand ils sont dans un âge critique est justement le moyen parfait pour les éloigner de ça. » 

À Ottawa, un an avant la fin du Plan directeur sur les changements climatique, « la crise ne nous attend pas »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

William Van Geest est coordinateur de programme chez Écologie Ottawa. Il s’intéresse à l’engagement et à la mobilisation des gens pour promouvoir la biodiversité, la durabilité et la communauté, ainsi qu’aux questions liées au transport et à l’intégration de la nature sauvage dans les zones urbaines.

LE CONTEXTE : 

Au début du mois, la Ville a publié une vérification du Plan directeur sur les changements climatiques, à l’approche de l’échéance de 2025, dans lequel elle assume être encore loin de son objectif initial. Il s’agit d’un cadre global de la Ville visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et à s’adapter aux effets des changements climatiques.

L’ENJEU :

Ce plan ambitionne de prendre des mesures pour transformer Ottawa en une ville propre, écologique et résiliente d’ici à 2050. Et d’ici à 2025, le Conseil municipal a fixé comme objectifs une réduction des GES de 43 % d’ici pour les émissions de la collectivité et de 30 % pour les émissions des activités municipales.

« Il ne reste plus qu’un an pour attendre les cibles ambitieuses de 2025. Allons-nous réussir ce pari d’après vous ?

Le plan lui-même dit très ouvertement que c’est ambitieux. En même temps, on est confronté à cette crise climatique qui demande une approche ambitieuse. Là, je fais confiance à la Ville, aux gens qui ont créé ce plan pour dire : « oui, on devrait faire ça ». Est-ce qu’on va atteindre ce but? Je crois que le rapport nous dit que malheureusement non. C’est décevant. Maintenant, est-ce qu’on va atteindre les prochaines cibles? C’est une autre question.

Je crois que ce rapport est super important et offre un regard très sobre sur la situation. Par exemple, il admet ce qui n’est pas encore réalisé et qu’il faut faire ce bilan plus fréquemment. On n’a pas encore les inventaires promis de ce plan et on en est presque rendu à la fin. On est conscient que ça prend du temps pour avoir une infrastructure qui soit prête, et la routine nécessaire pour réaliser ces plans. Mais en même temps, la crise ne nous attend pas.

La municipalité indique que certains projets sont « hors voie » mais, sur la question financière, elle a déclaré qu’elle a investi plus de 52 millions de dollars en 2023 et qu’elle devrait investir 278 millions de dollars en 2024 dans différentes initiatives d’infrastructures. A-t-on raison de voir cette augmentation de bon augure?

Comme je le disais plus tôt, il faut du temps pour développer une dynamique dans la ville. Cela dépend également de la répartition de ces investissements. Par exemple, je sais qu’il y a eu des investissements dans les bus électriques, ce qui est un investissement ponctuel. Ce ne sont pas des investissements à long terme, et c’est ce dont nous avons besoin. Pour cela, il faut examiner les montants alloués et leur répartition. En 2023, dans le budget de la Ville d’Ottawa, le Conseil municipal a approuvé la somme de 5 millions de dollars pour le financement annuel du Fonds des infrastructures du Plan directeur sur les changements climatiques, mais c’est un montant qui n’a pas changé.

Il faut être reconnaissant de cette somme, mais répond-elle vraiment aux besoins? Non, clairement. Cependant, il faut saluer le travail du personnel de la ville : avec ces 5 millions, ils ont réalisé 26 de leurs priorités, ce qui est incroyable. Cela démontre leur engagement à accomplir ces objectifs. C’est un début, mais pour bien réaliser le plan et atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, l’investissement annuel nécessaire est estimé à 687 millions de dollars.

Chez Écologie Ottawa, au-delà de sensibiliser, vous êtes un partenaire de la municipalité. Avez-vous la sensation que le travail d’Ottawa porte ses fruits et êtes-vous rassuré?

Je suis un peu inquiet, même si nous communiquons beaucoup avec les gens de la Ville. L’équipe de la lutte contre les changements climatiques est excellente et très ouverte à discuter des initiatives et des plans. Cependant, au sein du reste de la Ville, c’est une autre histoire. Par exemple, l’année dernière, pendant les feux de forêt et la fumée à Ottawa, nous avons lancé une pétition pour répondre à cette situation urgente.

Elle contenait cinq demandes et a été signée par 1200 personnes, en plus des gens qui ont envoyé un courriel. Nous avons envoyé une lettre au maire, mais n’avons reçu aucune réponse, malgré le fait que certaines des demandes avaient été promises par M. Sutcliffe lors de sa campagne électorale. À Ottawa, nous avons vécu des inondations, des tornades, mais que fait-on pour y répondre? Les 5 millions de dollars alloués ne sont pas du tout proportionnels à notre réalité.

William Van Geest travaille pour la protection de l’environnement. Il est coordonnateur des programmes à Écologie Ottawa. Gracieuseté de William Van Geest

Peut-on dire, à lecture de ce rapport, que la Ville d’Ottawa prend très au sérieux la question climatique?

Il y a des conseillers très conscients et prêts à collaborer avec nous, mais malheureusement, la majorité du conseil a d’autres priorités que le climat. Pourtant, cette situation nous affecte tous et nécessite notre attention collective. On ne devrait pas faire de choix entre logement et climat. On peut tout faire.

Il est évident que nous sommes en retard par rapport à d’autres municipalités comparables. Pour être clair, ce n’est pas seulement la faute de l’administration actuelle. Ce sont des années d’inaction qui ont mené à cette situation. Ce n’est pas uniquement la responsabilité de ce Conseil municipal, mais il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire. Montréal est bien plus avancée, tout comme Toronto. Même en regardant des exemples de zonage en Colombie-Britannique, il y a des initiatives très intéressantes. Il est aussi vrai que le gouvernement provincial ne nous aide pas, c’est indéniable. Mais Ottawa ne constitue vraiment pas un exemple.

Quelles sont les bonnes initiatives de la municipalité en termes de lutte contre les changements climatiques?

Il y a une initiative fédérale, le Fonds pour accélérer la construction de logements, qui va aider Ottawa. Il me semble qu’il y a dix priorités là-dedans qui sont super et touchent le logement et le climat. Par exemple, en supprimant les exigences minimales de stationnement pour les voitures, ça parle aussi de densification et des questions de transport en commun.

L’an passé, Ecologie Ottawa a eu l’initiative de réunir 1200 signataires dans une pétition adressée au maire de la capitale concernant les feux de forêts et le nuage de fumée à Ottawa. Malheureusement, le maire n’a jamais répondu à cette demande. Gracieuseté de Zoë Thiery

Il y a aussi les Normes pour l’aménagement d’immeubles très performants. Ce sont des standards qui s’appliquent aux bâtiments nouvellement construits, puisqu’il est bien connu que 45 % de nos émissions de gaz à effet de serre proviennent des bâtiments. Puis, il y a l’objectif de construire 151 000 logements d’ici à 2031. C’est une cible ambitieuse et nécessaire. Si ces standards sont approuvés et appliqués à tous ces nouveaux bâtiments, leur impact sera immense.

Malheureusement, l’approbation est bloquée, le Conseil a voté pour reporter l’application des Normes pour l’aménagement d’immeubles très performants, avec une grande minorité qui a voté contre, c’était une motion présentée par conseiller Hill. La raison donnée était qu’un projet de la province risquait de modifier ces normes, mais finalement rien n’a changé, même après le code de construction annoncé par le gouvernement provincial. Donc, on subit des délais pour aucune raison. C’est inutile de limiter l’approche de la Ville en matière d’action climatique même si les activités de la Ville ne représentent que 4 % des émissions de gaz à effet de serre de notre ville. Ottawa a une influence considérable sur les émissions de la collectivité.

Le changement climatique est probablement le plus grand défi auquel l’humanité ait jamais été confrontée, aucune action climatique significative n’est inutile. »

Une exposition sur l’histoire francophone locale et canadienne à Sault Ste. Marie

SAULT STE. MARIE – Le musée de Sault Ste. Marie lancera une exposition temporaire sur l’histoire, la culture et la langue française du Canada et de la région ce vendredi. 34 ans après la déclaration unilingue anglophone, l’inauguration reviendra sur la place difficile du français dans cette ville.

Intitulée « Le français au Canada et une perspective locale », celle-ci est inspirée de l’exposition itinérante sur la langue française au Canada du musée canadien des langues de Toronto.

Des bannières verticales avec des photos, vêtements, outils, documents historiques et toutes sortes d’éléments de l’époque des premiers voyageurs seront exposés dans le musée dans les deux langues.

Nicole Curry, adjointe des collections du musée de Sault Ste. Marie, explique qu’elle souhaitait une emphase sur la langue française, mais aussi incorporer une touche locale à l’exposition.

Nicole Curry fut la coordinatrice du Centre francophone de Sault Ste. Marie de 2022 à 2023. Photo : ONFR TFO/Inès Rebei

« On a une grande histoire francophone ici, mais avec les événements et les circonstances, notre communauté francophone est devenue cachée, alors on voudrait vraiment en discuter et montrer à quel point la francophonie est encore vibrante aujourd’hui à Sault Ste. Marie », soutient-elle.

Il y a plusieurs mois, le Centre francophone de Sault Ste. Marie, dont Nicole Curry fut la coordinatrice jusqu’en janvier dernier, avait lancé un appel à contribution auprès des francophones.

« Je savais que si c’était le musée seulement qui avait demandé, il n’y aurait pas eu beaucoup de participation, c’est pourquoi j’ai fait le projet en collaboration avec le centre francophone », précise-t-elle.

L’histoire de la francophonie…en anglais

Le premier élément de la programmation consistera en une discussion, vendredi de 19h à 21h, autour de l’histoire de la communauté francophone de la région, en anglais.

« C’est vraiment plus les anglophones qui ne connaissent pas l’histoire des francophones ou qui ne savent pas vraiment ce qui s’est passé et les traumatismes qu’on peut encore sentir »
— Nicole Curry

Le francophone Jean-Marie Wissell évoquera les débuts de l’histoire francophone de la ville, le docteur Michael Graydon fera un exposé autour de la résolution unilingue et le couple Denise et Robert Martel témoignera, personnellement, des conséquences de celles-ci à ce jour.

Selon la jeune femme bilingue, ce choix de présenter l’histoire francophone en anglais s’explique de par le fait que les francophones ne connaissent que trop bien cette page douloureuse de l’histoire, mais pas la communauté anglophone.

« C’est vraiment plus les anglophones qui ne connaissent pas l’histoire des francophones ou qui ne savent pas vraiment ce qui s’est passé et les traumatismes qu’on peut encore sentir chez la communauté francophone », juge Nicole Curry.

Sault Ste. Marie compte près de 2000 habitants possédant le français comme première langue officielle parlée, soit près de 3 % de la population. Photo : ONFR TFO/Inès Rebei

Plus de bilinguisme à Sault Ste. Marie

Le maire Matthew Shoemaker devrait prononcer un discours, dans la langue de Molière, en guise d’inauguration de l’exposition à 18h vendredi.

« C’est un moment vraiment important pour nous, car c’est le premier maire francophone et il a créé une résolution qui aide à réparer la division entre les francophones et les anglophones », estime Mme Curry qui fait référence au vote du 29 janvier dernier qui a permis d’annoncer plus de services en français dans la ville, 34 ans jour pour jour après la résolution unilingue.

Selon la jeune femme, il existe encore une certaine division dans la ville : « On peut encore sentir qu’il y a de l’anxiété chez les francophones quand il s’agit de parler leur langue. »

Le maire Matthew Shoemaker a été élu en octobre 2022. Photo : ONFR TFO/Inès Rebei

« On a besoin de plus d’immigrants francophones ici et on ne peut pas les accueillir avant qu’on répare cette division et qu’on résout ce problème », juge Nicole Curry qui espère que l’augmentation de services en français pourra encourager la venue de plus de francophones.

Cette place plus importante accordée au français, selon Mme Cury, se traduit aussi au Musée de Sault Ste. Marie est en train de devenir bilingue et d’accueillir, un peu plus, l’histoire de la francophonie.

Deux fêtes de la St-Jean

Du côté de la programmation en français, un café-causerie dans la langue de Molière aura lieu en marge de l’ouverture de l’exposition vendredi de 13h à 14h.

Un cercle d’artisanat attendra les amateurs d’art le samedi de 10h à 16h avec Isabelle Michaud de la Galerie sans clous. Pour les enfants, un programme de jardinage à l’occasion d’une journée pédagogique se tiendra le lundi de 10h à 16h.

L’exposition sera visible tout le mois de juin et se clôturera par non pas une, mais deux festivités de la St-Jean Baptiste. D’abord, celle organisée par le Centre francophone le 22 puis une autre, au Musée, le 24 juin de 10h à 16h.

« On voulait avoir une autre petite fête pour la St-Jean avec tout le monde et avoir une dernière chance pour regarder l’exposition. Aussi pour que d’autres organisations et entreprises francophones puissent connecter entre elles et avec des membres du public », conclut-elle.

Zéro déchet : « Consommer moins, c’est vraiment juste une décision » selon Valérie Leloup

Valérie Leloup est membre du comité directeur de l’organisme Écologie Ottawa et co-fondatrice de la première épicerie zéro déchet de l’Ontario.

En cette Journée mondiale de l’environnement, nous nous sommes demandé où en était le mouvement zéro déchet, qui était très en vogue avant que la pandémie ne vienne perturber des habitudes en pleine émergence.

Le contexte socioéconomique, le manque d’éducation face aux enjeux climatiques, l’impression de complexité et les relents de mesures sanitaires sont autant d’obstacles au mouvement zéro déchet. Ses principaux porte-paroles semblent avoir disparu et ceux qui restent peinent à s’imposer dans l’imaginaire populaire. Pourtant, il est d’autant plus pertinent en 2024 d’adopter un mode de vie plus respectueux de l’environnement, croit Valérie Leloup.

« Pour nous mettre en contexte, racontez-nous l’histoire de Nu Grocery. Pourquoi vouliez-vous ouvrir une épicerie zéro déchet à Ottawa?

En 2015, j’ai lu le livre Zéro déchet, de Béa Johnson, qui m’a donné envie d’adopter ce mode de simplicité volontaire où l’on se concentre sur la prévention des déchets. Dans nos sociétés modernes, on s’occupe du déchet une fois qu’il a été créé, en essayant de trouver des solutions pour s’en débarrasser. Le mouvement zéro déchet prend le problème à la source et essaie de faire en sorte que le déchet ne soit pas créé.

Ce mode de vie m’a beaucoup parlé en tant qu’activiste environnementale. J’ai trouvé que certaines choses étaient faciles. Consommer moins, c’est vraiment juste une décision. Par contre, il y a d’autres aspects, comme l’épicerie, que j’ai trouvé très difficiles à mettre en œuvre. Béa Johnson préconisait d’acheter dans des magasins en vrac, en apportant ses propres contenants. Or, en 2016, il y avait très peu d’épiceries en vrac à Ottawa qui acceptaient les contenants.

Paru en version originale en 2013, le livre de Béa Johnson a été traduit et adapté dans plus de 25 langues. La version québécoise a été publiée aux Éditions Transcontinental en 2014. Photo : TFO / Rachel Crustin

En 2017, avec ma partenaire d’affaires Sia Veeramani, on a ouvert la première épicerie zéro déchet de l’Ontario. Ça a très bien fonctionné. En 2019, nous avons ouvert une deuxième succursale. Et six mois après, la pandémie est arrivée, et les choses ont été bouleversées.

Quel a été l’impact de la pandémie sur le mouvement?

2019 a été l’apogée du mouvement zéro déchet. Il y avait une effervescence, un intérêt. Avec la pandémie, les priorités ont complètement changé, ce qui se comprend. La priorité n’était pas forcément la réduction des déchets, mais plutôt la santé et la sécurité. Béa Johnson a complètement disparu de la circulation. On a perdu cet engouement, et des voix qui étaient des leaders du mouvement.

Ça s’est répercuté sur toutes les entreprises qui avaient été créées dans cette mouvance. Nous avons fermé l’une de nos succursales. Quatre ans plus tard, on ne s’en est pas encore remis. C’est représentatif de ce qui se passe à l’échelle sociale. Des fermetures d’entreprises, des ventes qui sont encore loin de ce qu’elles étaient prépandémie. Et le zéro déchet n’est toujours pas revenu sur le devant de la scène.

On sent que ça repart un peu, différemment, parce que c’est quand même l’avenir. On ne peut plus continuer à créer des montagnes de déchets comme on le fait. On parle de plus en plus d’économie circulaire et de choses qui vont se passer au niveau du système, et pas seulement de l’individu.

Sentez-vous un essoufflement des mouvements écologiques en général?

Définitivement. À Écologie Ottawa, on le ressent aussi. Les ONG environnementales ont beaucoup plus de mal à récolter des dons. Après la pandémie, il y a eu l’inflation, le coût de la vie, le logement… plusieurs autres problèmes ont détrôné l’environnement.

Malgré des événements choquants, comme les feux de forêt de l’an dernier, on tarde à revoir cette mobilisation pour la cause climatique.

Il y a une vraie fatigue. Je constate aussi beaucoup de dissonance cognitive. Je vois énormément de gens qui prônent plein de choses pour l’environnement, mais qui vont quand même acheter chez Loblaws et commander sur Amazon.

Comment peut-on se remotiver à adopter des habitudes plus vertes?

Si j’avais la solution, je l’aurais déjà appliquée. C’est un énorme travail d’éducation qui doit être refait. Je fais des interventions dans des écoles, des associations et des événements environnementaux. Mais souvent, vous prêchez à des convertis. Comment toucher les gens qui ne vont pas se rendre à ces événements?

Valérie Leloup est co-fondatrice de Nu Grocery et membre du comité directeur d’Écologie Ottawa. Photo : Gracieuseté de Valérie Leloup

Je crois que ça prend une impulsion gouvernementale. Il faut que tous nos paliers de gouvernements soient beaucoup plus dynamiques. Il y a énormément de politiques municipales qui touchent à l’environnement, comme la gestion des déchets, par exemple.

Il y a récemment eu un mouvement de boycottage de Loblaws pour dénoncer les coûts de l’épicerie. En étant une épicerie marginale, comment arrivez-vous à faire votre place?

C’est très difficile. Nous représentons ce fossé entre l’acte et la parole. Nous sommes une entreprise extrêmement aimée, parce que nous avons une mission, des valeurs, que nous payons nos employés avec un salaire décent. Mais ça ne se traduit pas forcément en acte d’achats.

Le problème, je pense, c’est la perception que c’est compliqué. C’est tellement plus simple d’acheter en ligne et de tout faire livrer par une grande chaîne que de penser à apporter ses contenants. L’aspect pratique a raison des convictions.

Je pense que tout le monde est encore un peu traumatisé, mais que les gens vont finir par retrouver le charme de l’épicerie de quartier.

Il y a aussi la perception que c’est plus cher. Est-ce vrai et, si oui, pourquoi?

Nous ne sommes pas plus chers que les grandes chaînes sur des produits à qualité égale. Le problème, c’est qu’on vend quand même des produits souvent bio, naturels, locaux. Ces produits sont un peu plus chers que la version la moins chère que vous allez trouver en épicerie, qui a été faite en masse dans une usine. Mais là, on ne compare pas les mêmes choses. »

Un album personnel, dur et lumineux pour LeFLOFRANCO

OTTAWA – Après Trajectoire divine, titre presque prémonitoire de son deuxième album, en 2022, LeFLOFRANCO a connu une période faste qui se poursuit cette fois-ci avec DiViNE iNTERVENTiON, paru le 29 mai. ONFR s’est entretenu avec « le petit gars de Vanier » au sujet de ce nouvel opus.

DiViNE iNTERVENTiON parle de père absent, de problèmes de santé mentale, mais aussi de détermination, d’amour et de gratitude. LeFLOFRANCO explique qu’il était prêt à explorer plus en profondeur des sujets qu’il avait effleurés auparavant.

« Pour moi, créer un album, c’est permettre au public d’apprendre à te connaître davantage. »

En ce sens, la chanson Besoin de toi aborde de façon frontale ses blessures d’enfance causées par l’absence de son père. La chanson est une collaboration avec Kristine St-Pierre, une amie qu’il a rencontrée lors de ses premières années dans le monde de la culture franco-ontarienne. « Elle représente un peu la voix de ma grande sœur, qui a connu la même douleur, » confie l’artiste.

LeFLOFRANCO lors de l’émission Lendemain de veille TFO, en 2023. Photo : TFO / Stéphane Bédard

La chanteuse ottavienne avait aussi collaboré à Petit Bijou, une chanson pour sa fille parue sur l’album Force inhérente, en 2019. LeFLOFRANCO commente : « Je ne sais même pas si c’est une coïncidence ou si c’était volontaire de ma part, mais les deux chansons sont des chansons familiales. On dirait qu’il y a cet élément de douceur ou de vulnérabilité qui m’interpelle dans la voix de Kristine. »

D’ailleurs, être père lui-même lui a donné une autre perspective sur cette absence. Besoin de toi et celle qui la suit, Délivrance, lancent un clin d’œil à la fameuse Papaoutai de Stromae.

« Délivrance, c’est de me permettre de me délivrer de certaines choses qui pèsent lourd sur mon cœur. J’ai remarqué que dans mes expériences, autant personnelles que professionnelles, pour pouvoir atteindre un autre chapitre, il a fallu que j’accepte certaines choses, que je pardonne », exprime le chanteur.

Vidéoclip de l’année

LE 16 mai, LeFLOFRANCO a remporté le titre du Vidéoclip de l’année aux Prix de la musique de la capitale pour Sonner l’alarme. Cette chanson au son plus lourd parle de prévention. « Sonner l’alarme, c’est de dire : avant qu’il ne soit trop tard, permets-toi d’être vulnérable avec quelqu’un. »

Pour les images qui accompagnent les paroles, « on est dans le noir, dans le rouge, dans l’intensité. Ça bouge beaucoup. On ressent une énergie un peu agressive, qui est contre ma nature normale. Mais pour moi, la musique, c’est de jouer avec les émotions. »

Vidéoclip officiel de Sonner l’alarme, vidéoclip de l’année aux Prix de la musique de la capitale.

L’artiste canado-haïtien affirme qu’il ne s’attendait pas à gagner. « Être nommé est tout aussi important que de repartir avec le prix, qui est la cerise sur le sundae. Une nomination, ce sont tes pairs qui confirment qu’ils t’ont vu, qu’ils t’ont entendu et qu’ils reconnaissent ton travail. Et ça, c’est déjà énorme. »

Du JE au NOUS

LeFLOFRANCO parle beaucoup de succès collectif. Ses victoires sont partagées avec ses pairs franco-ontariens, qu’on ne doit pas sous-estimer, selon lui. Il nomme entre autres Damien Robitaille, Yao, Mélissa Ouimet, Céleste Lévis ou JOLY, qui a remporté le prix d’Album de l’année aux Prix de la musique de la capitale.  

Sans que ce soit conscient, celui qui est aussi artiste-éducateur avoue que le fait de tourner beaucoup dans les écoles, de rencontrer les jeunes et d’entendre leurs histoires doit l’influencer quelque part. Il est fier de faire partie des modèles positifs proposés aux jeunes franco-ontariens. Mais tout ça se fait sans y porter attention. « Ma musique, je la vois comme une opportunité de vider mon âme. Ça part de là, en premier. J’essaie d’être authentique. »

LeFLOFRANCO se montre toujours reconnaissant de faire partie de la communauté artistique franco-canadienne. De gauche à droite : Ponteix, JOLY, Shawn Jobin, Squerl Noir, Reney Ray, LeFLOFRANCO. Crédit image : Rachel Crustin

L’ordre des mots dans le titre DiViNE iNTERVENTiON est réfléchi pour inclure un public qui a pu connaître LeFLOFRANCO entre autres grâce à la victoire de la chanson Danser avec toi à la Manie musicale 2023. Imaginée par deux enseignantes de français américaines, la Manie musicale propose 16 chansons francophones de partout dans le monde. Les jeunes dans les écoles du Canada et des États-Unis doivent voter pour faire progresser leur coup de cœur dans un organigramme inspiré du célèbre tournoi de basketball universitaire, le March Madness. Cette victoire a ouvert de nombreuses portes à l’artiste franco-ontarien.

 « La ‘bonne’ façon francophone de dire le titre de l’album aurait plutôt été Intervention divine. Je me suis permis d’aller avec l’anglicisme pour faire un clin d’œil à ce que j’ai vécu dans la dernière année et demie. Mon public s’est élargi, oui dans la communauté francophone, mais aussi dans les communautés francophiles et anglophones. »

Des titres dansants

Sur DiViNE iNTERVENTiON, on trouve aussi plusieurs chansons dansantes qui célèbrent l’amour ou la joie de vivre.

Sortie en tant qu’extrait en mai 2023, Partenaire de vie est, dans son esprit, une suite logique à Danser avec toi, qui abordait le moment où l’on se donne le droit de croire de nouveau en l’amour.

« J’ai le privilège de pouvoir dire que j’ai une partenaire de vie depuis presque 10 ans. Et avec elle, j’ai mon Petit Bijou », explique celui qui voulait exploiter ce sujet souvent peu abordé par les rappeurs. LeFLOFRANCO réitère du même souffle qu’il donne dans un style de musique plus éclectique, qu’il nomme pop urbaine multicolore, même si les gens l’associent beaucoup au rap.

Le vidéoclip de Partenaire de vie a été filmé en Jamaïque, lors du mariage de sa sœur.

LeFLOFRANCO au Gala Trille Or 2023. Photo : TFO / Maxime Delaquis

Au niveau de l’énergie, c’est un autre extrait, Longue vie au bonheur, qui rappelle Danser avec toi. L’artiste avoue que l’idée lui trotte en tête, mais qu’il ne ressent pas de pression prononcée à reproduire le succès de l’an dernier.

« J’espère que ça va bien résonner. Mais sinon, y’a pas de problèmes. La musique, c’est ça, tu te lances où tu veux aller et des fois ça connecte, des fois ça ne connecte pas. Tu dois juste rester vrai. »

L’album comprend aussi des collaborations avec Chloé Doyon (Énergie, pt. 2 et les voix d’accompagnement de Ensemble) et Kenan Belzner (Ciao. Bye. Au revoir) Ce dernier signe également les rythmes en compagnie de leur complice commun, DJ UNPIER.

La pochette et les crédits de l’album DiViNE iNTERVENTiON. Gracieuseté LeFLOFRANCO

LeFLOFRANCO nomme Bénis comme sa chanson préférée du nouvel album. Il aimerait qu’on l’écoute dans la voiture, les fenêtres ouvertes. « C’est un feel good vibe. On est vraiment dans la reconnaissance de tout ce qui s’est passé jusqu’à présent. »

Et la reconnaissance, LeFLOFRANCO la nomme à chaque occasion.

« Il y a trop de belles choses qui se passent. Et moi… je ne veux pas me réduire, mais je suis un petit artiste de notre francophonie ontarienne. Je n’ai pas de grosse étiquette derrière moi. (…) Dans ma tête, je suis le petit gars de Vanier qui trippe musique. Je suis très reconnaissant de tout ce qui m’arrive. »

CRTC : les services de diffusion en ligne devront financer du contenu des minorités francophones

Les services de diffusion en ligne comme Netflix et Spotify devront consacrer 5 % de leurs revenus dans le contenu canadien pour un total de 200 millions de dollars par an, a tranché le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). De cette cagnotte, ces géants numériques auront des obligations de contribution envers les minorités linguistiques.

Dans un règlement publié mardi, le CRTC a annoncé qu’il exigera des services de diffusion continue en ligne, dont les revenus de contribution annuels s’élèvent à 25 millions de dollars ou plus et qui ne sont pas affiliés à un radiodiffuseur canadien, qu’ils versent 5 % de ces revenus à certains fonds. Cette participation des plateformes numériques commencera dès 2024-2025.

La Loi sur la diffusion continue en ligne (anciennement C-11) adoptée en avril 2023 est venue modifier la Loi sur la radiodiffusion pour exiger aux entreprises en ligne de contribuer au contenu canadien.

Les services de diffusion continue en ligne comme Netlfix devront consacrer 0,5 % de leurs revenus aux communautés linguistiques en milieu minoritaire ainsi qu’aux producteurs issus de communautés de la diversité.

Pour les plateformes audio comme Spotify, le CRTC se donne jusqu’au 2 juillet pour consulter les minorités francophones et les acteurs concernés avant de déterminer une exigence de contribution.

Les entreprises en ligne audio (2 %) et audiovisuelle (2 %) devront consacrer une partie de leurs revenus aux Fonds des médias du Canada et à la musique canadienne (via les organismes FACTOR et Musicaction) et dont une portion devra être consacrée à une programmation en français, exigent le CRTC. Environ 60 % de ces sommes seront consacrées à du contenu en anglais et 40 % à du contenu en français.

Le CRTC a toutefois précisé que plusieurs types de fonds serait disponible pour les entreprises en ligne. Le CRTC a aussi indiqué que le contenu provenant de productions des minorités linguistiques ne serait pas seulement limité aux fonds dédiés pour les communautés de langue officielle en milieu minoritaire.

Au Parlement, la ministre de Patrimoine canadien Pascale St-Onge a mentionné que l’annonce du CRTC mettait la table à la création d’un « système équitable ».

« C’est tout à fait normal (…) de s’assurer que comme pays, qui a une diversité culturelle, que le Canada, que le Québec et que le français se retrouve non seulement à la télé puis à la radio, mais aussi là, où les gens sont aujourd’hui, c’est-à-dire en ligne. »

« La décision d’aujourd’hui fera en sorte que les services de diffusion en continu en ligne contribuent de façon importante au contenu canadien et autochtone », a affirmé Vicky Eatrides, présidente et première dirigeante du CRTC, dans un communiqué.

Pourquoi est-ce devenu si difficile de décrocher un nouvel emploi?

Des processus d’embauche complexes aux multiples entrevues, des candidats qui envoient des centaines de CV sans recevoir de réponses, des employeurs qui « ghostent » des candidats potentiels… Avez-vous l’impression que le marché du travail est rendu particulièrement inaccessible pour les chercheurs d’emploi? Vous n’avez pas tort. On vous explique pourquoi.

L’intelligence artificielle pourrait être « très positive » pour la traduction juridique, selon le juge en chef Wagner

OTTAWA — Le juge en chef de la Cour suprême Richard Wagner voit un possible aspect positif à l’utilisation de l’intelligence artificielle pour traduire les décisions des tribunaux au Canada.

Celui qui est à la tête du Conseil canadien de la magistrature, qui regroupe 44 juges en chef et leurs adjoints, indique que le Conseil surveille le développement de cet outil qui possède « de bons côtés et de mauvais côtés ».

« Je vois un intérêt très positif à l’intelligence artificielle au niveau de la traduction des décisions, ça pourrait nous aider », a-t-il souligné hier lors de sa conférence de presse annuelle.

En décembre 2023, la Cour fédérale avait indiqué tester un nouvel outil de traduction pour les décisions rédigées par les membres de la Cour qui fait appel à une forme d’IA. « Un traducteur ou jurilinguiste examinera ces traductions effectuées au moyen de l’IA pour faire en sorte que la traduction est fidèle aux motifs originaux et rend bien l’issue de l’instance », écrivait la Cour fédérale dans la section de son site internet portant sur les principes et lignes directrices portant sur l’intelligence artificielle.

« Je pense qu’il faut utiliser l’intelligence artificielle de manière positive. Une de ces façons-là, c’est peut-être dans la traduction, c’est peut-être dans l’accès à la justice (…) Il y a d’immenses possibilités, mais il y a aussi de graves dangers », met en garde Richard Wagner, qui convient que ça ne signifie pas « de mettre une croix là-dessus ».

Il est trop tôt pour émettre des politiques sur l’intelligence artificielle à la Cour suprême, mais éventuellement, ça pourrait survenir, dit-il.

« Pour le moment, ce n’est pas un problème, mais j’aimerais ça, moi, utiliser l’intelligence artificielle pour faciliter l’accès à la justice. On l’a vu avec la COVID-19, à quel point la technologie a permis de sauver les meubles. »

Elle est là pour y rester, soutient le juge en chef du plus haut tribunal au Canada et « la question n’est pas si on peut l’arrêter », mais plutôt que les acteurs du système judiciaire ne l’utilisent pas de manière « oblique ».

« Le démon de l’intelligence artificielle est la désinformation. Au niveau juridique, c’est la création artificielle d’une jurisprudence qui n’existe pas », note-t-il.

Le plus haut juge au pays citait l’exemple d’un cas en Cour suprême de la Colombie-Britannique où un avocat a été ordonné de payer des frais à la partie opposée après avoir cité deux cas de jurisprudences qui n’existaient pas, car ils avaient été inventés par Chat GPT.

« On veut s’assurer que tout ce qui se plaide et sort d’un tribunal soit vrai et pas de la désinformation », ajoute-t-il.

Changement de direction générale au Centre francophone Hamilton

HAMILTON – La directrice générale du Centre francophone Hamilton (CFH) depuis trois ans, Julie Jardel, a annoncé son départ, à prendre effet dès le 1er septembre 2024. Après plus de cinq ans passés au sein de l’organisme, elle confie au micro d’ONFR qu’elle restera engagée auprès de la communauté francophone hamiltonienne.

Julie Jardel avait été nommée à la direction de l’organisme en avril 2021, après plus de deux ans passés à titre de coordinatrice culturelle, soit cinq ans au sein du CFH.

« Il y a beaucoup de choses dont je suis très fière dans ce qui a été accompli, explique-t-elle, en particulier tout ce qui a trait à mon implication dans l’accession de Hamilton au titre de communauté francophone accueillante. Le CFH en est vraiment devenu le porte-parole et beaucoup de projets culturels et artistiques ont pu voir le jour autour de ce passage, comme sources d’inspiration. »

Concernant ses prochaines aventures, Julie Jardel souhaite revenir à ses premières amours, soit les relations internationales, la diplomatie et la gestion de projets internationaux, ce qu’elle fera après avoir assuré le processus de transition autant que nécessaire avec la nouvelle personne qui la remplacera.

« Les cinq dernières années ont été très intenses, et après une pause et un certain temps de réflexion, je me concentrerai sur la prochaine étape de ma carrière. Ce qui est certain, c’est que je resterai à Hamilton dans les prochaines années et la communauté francophone pourra toujours compter sur mon appui bénévole », a-t-elle assuré.

Le conseil d’administration du CFH a salué dans un communiqué de presse sa vision stratégique engagée, son sens du leadership inclusif et ses compétences en gestion de projets complexes, permettant « de développer une offre de services pertinente (…) tout en assurant la viabilité financière de l’organisme grâce à l’obtention de nouvelles sources de financement ».

« Julie s’est démarquée par sa créativité, aussi bien que par son sens de l’organisation et sa capacité de tisser des liens de collaboration solides et générateurs. Bien que nous recevions avec une tristesse certaine l’annonce de son départ, nous sommes reconnaissants pour tout le travail qu’elle a accompli et lui souhaitons le meilleur dans la poursuite de sa carrière », a également souligné la présidente du centre, Marie-France Lefort.

Un processus de recrutement pour la direction générale sera enclenché prochainement.

La Cour suprême ne peut se conformer à la Loi sur les langues officielles pour « une question de moyens et de raisonnabilité »

OTTAWA — La traduction d’anciens jugements de la Cour suprême, comme l’exige la Loi sur les langues officielles, n’est pas possible pour « une question de moyens et de raisonnabilité », affirme le juge en chef de la plus haute cour au pays Richard Wagner.

La modernisation de la Loi sur les langues officielles, adoptée en juin dernier, oblige l’ensemble des tribunaux canadiens à traduire leurs décisions dans les deux langues officielles. Or les jugements rendus avant l’adoption de la Loi sur les langues officielles ne sont pas disponibles en français et en anglais.

Dans sa conférence de presse annuelle lundi, le juge en chef de la Cour suprême du Canada Richard Wagner a affirmé que le plus haut tribunal avait « quand même regardé de bonne foi » à cette possibilité. Le résultat de la traduction de ces 6000 jugements? Un coût de 10 à 20 millions, la nécessité de plus de 100 interprètes et près de dix ans de travail selon lui.

« On n’a pas cet argent-là. S’il y a quelqu’un qui l’a tant mieux… mais nous, on ne l’a pas », soutient le juge en chef.

De plus, « le problème ultime, c’est que ça ne serait jamais des versions officielles » alors que la Cour suprême est obligée d’avoir une version officielle dans chaque langue, soutient-il, ajoutant que les décisions rendues avant 1970 ont un intérêt juridique « très minime ».

« Il n’y a personne qui va se référer à un précédent de 1892 pour justifier son dossier. Le droit évolue tellement rapidement, surtout avec la Charte des droits et libertés en 1982, la toile juridique a complètement changé. »

« Bref, c’est une série d’embûches. Moi, j’aimerais ça, ne serait-ce que pour protéger notre patrimoine juridique de pouvoir le faire… Ce n’est pas de la mauvaise foi, c’est une question de moyens et de raisonnabilité », ajoute-t-il.

Le juge en chef de la Cour suprême du Canada, Richard Wagner, devant la Cour suprême du Canada. Archives ONFR

Blâmé par le commissaire aux langues officielles

En novembre 2023, Radio-Canada rapportait que le commissaire aux langues officielles avait conclu dans un rapport d’enquête que la non-traduction des décisions constituait une violation de la Loi sur les langues officielles. Un organisme québécois Droits collectifs Québec a déposé une seconde plainte en décembre 2023 se disant même prêt à amener la Cour suprême devant les tribunaux pour la forcer à traduire ses jugements antérieurs.

« On quête à la Cour suprême la capacité à se conformer à l’état de droit, c’est une question plutôt particulière », déplore son directeur général Etienne-Alexis Boucher.

Richard Wagner ne ferme toutefois pas la porte à trouver une issue lui qui a indiqué qu’il doit discuter avec la bâtonnière du Québec qui lui a signalé une possible solution à son problème.

La Fédération des associations de juristes d’expression française de common law se dit déçue de l’inaction dans ce dossier de la Cour suprême du Canada estimant que certaines décisions clés encore utilisées aujourd’hui comme jurisprudence pourraient être traduites.

« Je pense que la perspective de dire qu’on ne va pas rien faire est une approche très renfermée dans la vision de l’accès à la justice… Il y a plus d’une façon de régler le problème et dire non uniquement enfreint l’accès à la justice en français au Canada », juge son président Justin Kingston en entrevue.

Devant le commissaire aux langues officielles, la Cour suprême plaidait ne pas avoir à effectuer la traduction parce que ce n’était pas de la communication publique, mais du domaine judiciaire, a expliqué Richard Wagner.

Droits collectifs Québec n’accepte pas l’argument financier du juge en chef plaidant que le « respect de l’État de droit » doit passer avant.

« Ce n’est pas Droits collectifs Québec ou Etienne-Alexis qui a écrit la Loi. C’est l’État fédéral. Donc si la Cour suprême manque de ressources, je l’invite à se retourner vers le gouvernement et lui demander de lui offrir les ressources nécessaires pour respecter la loi », soutient Etienne-Alexis Boucher.

L’Ontario français se souvient de Cayouche, personnage à la fois simple et imposant

Réginald Charles Gagnon, alias Cayouche, est décédé le 29 mai dernier. La légende acadienne aura marqué toute une génération, non seulement dans les maritimes, mais aussi à travers la francophonie canadienne. ONFR a questionné quelques artistes franco-ontariens qui ont croisé le chemin du géant. Ils nous ont dépeint un homme à la fois imposant, humble et authentique, qui ne jouait de jeu devant personne.

« Les chansons sont bonnes, simples et honnêtes. Et je pense que c’est ce qui a fait son succès. Il y a la musique, et il y a le personnage. Lui avait les deux », résume l’auteur-compositeur interprète Stef Paquette, qui a pu croiser Cayouche plusieurs fois au cours de sa carrière.

Même son de cloche du côté de Serge Monette, qui a vu plusieurs grands noms en spectacle alors qu’il passait ses étés en Acadie, chez son ex-belle-famille. « Ce n’était pas prétentieux, c’était croche, un peu, et les gens aimaient ça. »

Selon lui, Cayouche était un bon exemple d’un francophone qui ose « prendre sa place et être fier ».

« Il disait les choses que les Acadiens pensaient, j’imagine, mais qu’on ne disait pas tout haut. »
— Serge Monette

De son côté, Joanie Charron se rappelle avoir croisé Cayouche quelques fois dans des festivals country. Sans avoir entretenu de conversations avec lui, elle a tout de même remarqué son humilité. « Je trouvais ça très admirable. Jamais il n’allait faire le clown devant les médias pour avoir du temps d’antenne ou de l’attention. Il était là pour les bonnes raisons, c’est-à-dire pour faire de la musique. Il n’allait changer pour personne. »

La chanteuse de Sugar Crush apprécie la structure des chansons de Cayouche, qui racontent des histoires du début à la fin. « Son style, c’est d’être près du vrai monde et d’écrire pour le vrai monde. »

De son côté, Vincent Bishop aime « le son folklorique et bluegrass de ses albums, avec de l’instrumentation réelle. »

Un concert mythique à Hanmer

Le directeur général de La Slague, Stéphane Gauthier, se rappelle avoir programmé le Country Jambeurré avec Cayouche, un spectacle en plein-air dans le champ adjacent à la salle des Chevaliers de Colomb à Hanmer, dans le Grand Sudbury. Si certains doutaient de la capacité de réunir une foule assez grande pour remplir un tel terrain avec un spectacle francophone, les sceptiques ont été confondus. C’est environ 800 personnes qui se sont déplacées pour la légende acadienne, le 4 juin 2016.

« Les spectateurs venaient de partout dans le Nord. Certains en maison mobile. Même de Thunder Bay! »
— Stéphane Gauthier, à propos du spectacle de Cayouche à Hanmer

Le musicien sudburois Marc Serré a vu ce fameux spectacle de 2016, et a même eu l’occasion de jouer quelques chansons en première partie. « C’était une bonne soirée. Tout le monde l’a aimé. J’ai été chanceux de le rencontrer. »

Après quelques minutes de conversation en coulisse, Marc Serré s’est décidé à demander à Cayouche de signer sa guitare. Ce dernier a d’abord refusé, lui rétorquant : « Pourquoi voudrais-tu que je mette une grimace de ma signature sur un instrument de musique? » Il a pourtant obtempéré quelques minutes plus tard. Cette anecdote montre bien le côté à la fois imposant et humble de l’Acadien, et fait encore rire Marc Serré aujourd’hui.

Une partie de la foule venue acclamer Cayouche, dans un champ à Hanmer en 2016. Photo : Gracieuseté de La Slague

Stef Paquette fait partie de ceux qui ont découvert la légende ce jour-là. « Il s’assoit sur une botte de foin, il met sa jambe sur une caisse de bière Alpine, et il part. Ce sont des chansons à trois ou quatre accords, des histoires d’une simplicité, mais d’une honnêteté… J’ai fait : voyons donc, c’est qui ce gars-là? »

Le coude léger

La plupart des anecdotes qui nous ont été racontées impliquent de la bière et des cigarettes, à commencer par celle de Brandon Girouard, qui n’avait que sept ou huit ans lorsqu’il a rencontré la légende. Le futur guitariste des Rats d’Swompe avait gagné un concours organisé à son école primaire, qui lui permettait de faire la première partie de Cayouche au centre communautaire de Kapuskasing.

« Même il y a 21 ans, Cayouche avait déjà l’air vieux, pour moi, qui était un enfant », rigole le musicien. « Je me souviens d’avoir été dans sa loge pour le rencontrer. En ouvrant la porte, la grosse bouffée de fumée… il me regarde et dit : veux-tu une bière, mon jeune? »

Malgré le caractère très politiquement incorrect de cette anecdote, la rencontre a été déterminante pour Brandon Girouard. « C’était ma première expérience sur scène. C’est ce qui m’a donné la piqûre. »

« Il avait été très correct. Cayouche était connu pour prendre le temps de jaser avec les jeunes autour de lui (…) C’était un bon bonhomme, un bon vivant. »
— Brandon Girouard

Un jour, de passage à Rimouski pour une vitrine aux rencontres du Réseau des organisateurs de spectacles de l’Est-du-Québec (ROSEQ), Stef Paquette et le violoniste Jason Hutt ont aperçu Cayouche qui buvait tout bonnement dans le stationnement, derrière sa fourgonnette. L’interprète de L’acool au volant, qui était en ville pour donner un spectacle ce soir-là, les a invités à se joindre à lui, fournissant même les chaises de parterre. « C’était un personnage. On n’aurait pas pu inventer ce gars-là, ce chanteur country à la barbe blanche, mais à la moustache à moitié jaune parce qu’il fumait… »

Cayouche est officiellement passé du côté de la légende le 29 mai 2024, à l’âge de 75 ans. Photo : Gracieuseté de La Slague

Cayouche ne s’excusait jamais d’être lui, mais à un point où il ne donnait pas toujours le bon exemple. Dans un lobby d’hôtel, Stef Paquette l’a déjà entendu demander d’emblée au personnel d’accueil combien était l’amende prévue pour un client qui fumerait à l’intérieur. « Il a sorti 400 $ de sa poche, l’a mis sur le comptoir, s’est allumé une cigarette et est parti dans sa chambre. »

Une inspiration directe

La seule chanson country du répertoire de Stef Paquette a été directement inspirée par ce personnage plus grand que nature. « C’est pour ça qu’on a écrit Ta sœur est plus belle que toi. C’est simple, c’est trois accords. Et c’est en relation à Cayouche, parce qu’on se disait tout le temps : il nous faut un Cayouche franco-ontarien. »

Cayouche est aussi mentionné dans la chanson Promenade de LGS, parue en 2003.

Cayouche lors d’un concert à Notre-Dame-de-Pierreville, en 2018. Photo : Wikimedia commons / Robert Bouchard

Il existe même une ébauche de chanson de Deux saisons qui s’adressait directement à Cayouche. Les musiciens avaient commencé à la composer en passant devant chez lui, lors d’une tournée en Acadie. ONFR a pu en entendre un extrait chanté par Jean-Marc Lalonde, au téléphone.

Nicolas Doyon, autre membre de Deux saisons, a même avoué à ONFR que cette chanson pourrait avoir un avenir. « J’avoue que dans les circonstances, j’ai ressorti ce vieux brouillon et je suis inspiré de la compléter. »

Nicolas Doyon regrette d’avoir manqué le spectacle de Cayouche au Festival de la curd, alors qu’il avait pourtant ses billets, en 2013. Ce rendez-vous manqué ne change pas le sentiment qu’il éprouve face à la musique de l’Acadien.

« Il m’a fait comprendre qu’on n’avait pas besoin de se casser la tête. Que ça pouvait être bon même si c’était simple. Et il m’a fait comprendre, même si je suis Franco-Ontarien, que la musique avait un sens identitaire. Il chantait pour les Acadiens, mais au fond il chantait pour tout le monde. Chantons qui nous sommes, soyons fiers d’où l’on vient. »

Cayouche lors de son spectacle à Hanmer, en 2016. Photo : Gracieuseté de La Slague

Jean-Marc Lalonde affirme : « Deux saisons, on est des fans finis de Cayouche. On faisait de ses chansons, car elles sont plaisantes, pas compliquées et le texte est loufoque. C’est vraiment le fun à faire et le public aime beaucoup. »

Les Rats d’Swompe interprètent encore La reine du bingo en spectacle, ajoutée à leur répertoire par Brandon Girouard. « Ça nous a quand même influencé pour le côté plus léger de la musique, » indique ce dernier.

Services en français : la ministre des Affaires francophones souligne plusieurs avancées

TORONTO – Dans son troisième rapport annuel rendu public ce lundi, le ministère des Affaires francophones de l’Ontario met en perspective plusieurs bons coups réalisés en matière de services en français.

Portail d’emploi de la fonction publique bilingue depuis janvier dernier, financement de 110 places de baccalauréat en éducation pour atténuer la pénurie d’enseignants, formation de 90 préposés francophones aux services de soutien à la personne (PSSP) pour renforcer les foyers de soins de longue durée… La ministre Caroline Mulroney revient sur plusieurs progrès réalisés en 2023-24, qualifiant ces résultats de « porteurs et durables ».

En matière d’intégration, l’exergue est mise sur l’aide à l’établissement de 4300 nouveaux arrivants francophones grâce au soutien du ministère du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences. Par ailleurs, 105 nouveaux arrivants francophones ont bénéficié des services en français du Programme de formation relais de l’Ontario. Ce programme aide les travailleurs à trouver un emploi selon leurs compétences et à faire reconnaître leurs diplômes obtenus à l’étranger.

D’autres initiatives ont été le fruit de l’Entente Canada-Ontario, à l’image de l’appui à la formation des praticiens francophones du secteur de la santé mentale pour les enfants et les jeunes en Ontario.

Sur le plan culturel, le document de 26 pages mentionne des investissements de plus de 4,6 millions de dollars en direction de 46 projets culturels via la Fondation Trillium, mais aussi le Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO), soit deux millions de dollars qui ont aidé 51 organismes et entreprises dans la dernière année à réaliser leur projet.

Sur le plan économique, cinq investissements principaux se détachent en 2023-24 :

  • 800 000 $ de soutien aux entrepreneurs et nouvelles entreprises, en hausse de 300 000 $
  • 300 000 $ pour promouvoir la francophonie, dont le programme Avantage Ontario
  • 295 000 $ pour mener une étude des besoins des entrepreneurs et de la formation
  • 150 000 $ pour aider des femmes entrepreneures et les primo-exportateurs
  • 100 000 $ pour développer des modules d’apprentissage sur le démarrage d’entreprise

Des efforts ministériels sur l’offre active

Publié pour la troisième année consécutive, le rapport énumère également les efforts de quatre ministères en matière d’offre active dans la dernière année. Au sein du ministère de l’Éducation, les coordonnateurs de services en français ont en effet développé une ressource permettant au personnel occupant des postes bilingues de répondre rapidement au public en français par téléphone et par courriel.

De son côté, le ministère des Soins de longue durée a investi plus d’un million de dollars dans la traduction de documents de formation, de signalisation, de politique et des programmes des foyers de soins de longue durée au cours des trois prochaines années.

Le ministère de l’Infrastructure, quant à lui, a émis de nouvelles lignes directrices sur la signalisation des constructions en Ontario exigeant depuis décembre dernier l’installation de panneaux bilingues dans les zones désignées.

Enfin, au sein de la Police provinciale de l’Ontario (PPO), qui dépend du ministère du Solliciteur général, les agents francophones portent depuis mars dernier une épinglette arborant le drapeau franco-ontarien, facilitant ainsi l’identification des policiers pouvant communiquer en français.

Ce rapport annuel est dévoilé à quelques jours d’une mission économique et commerciale de la francophonie internationale qui se tiendra à Montréal du 11 au 13 juin et à laquelle Caroline Mulroney participera. La ministre sera aussi du voyage au Sommet de la Francophonie de Paris les 4 et 5 octobre prochain.

À l’échelle interprovinciale et internationale, la province a entre autres signé en avril dernier deux déclarations de collaboration avec le Nouveau-Brunswick et la France, comme elle l’avait fait en 2021 avec la Wallonie-Bruxelles.

Lucie Hotte, théoricienne de la littérature franco-ontarienne

OTTAWA – Lucie Hotte est professeure titulaire au Département de français et directrice du Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF) de l’Université d’Ottawa. Elle dirige également le Laboratoire de recherche sur les cultures et les littératures francophones du Canada. Ses recherches se concentrent sur les théories de la lecture, les littératures minoritaires et l’écriture des femmes. Forte de plus de 25 ans d’expérience, Lucie Hotte a reçu de nombreux prix, dont le plus récent est le Prix d’excellence en recherche en francophonie de l’Université d’Ottawa, récompensant son rôle majeur dans la promotion et l’étude des cultures francophones minoritaires au Canada.

« Votre curriculum vitae fait 44 pages. Est-ce qu’il reste de la place pour d’autres projets?

Oui, il y a toujours des projets en cours. Je travaille actuellement sur deux manuscrits de livres. L’un d’entre eux devrait être soumis à un éditeur prochainement, j’espère avant la fin de l’année, tandis que l’autre prendra encore quelques années. En plus, je mijote une idée pour un troisième livre. Les idées ne manquent jamais. Au fil de ma carrière, j’ai souvent eu des idées de recherches que j’ai proposées à des collègues ou à des étudiants.

Après, c’est un avantage et un désavantage parce qu’il faut savoir se concentrer sur un projet à la fois pour le mener à terme (rires).

Quel est votre rapport à la littérature, qui semble être au cœur de vos missions?

Mon parcours est un peu différent. Au départ, ce qui m’intéressait vraiment, c’était les théories de la lecture. Quand j’étais étudiante au baccalauréat, beaucoup de gens autour de moi voulaient devenir écrivains. Pas moi. Je n’étais pas intéressée par l’idée d’écrire. Moi, j’aimais lire. J’aimais comprendre ce qui fait qu’une œuvre littéraire nous attire, nous passionne, nous fascine, nous captive. Comment est-ce construit, comment cela fonctionne, et quel impact cela a sur le lecteur ou la lectrice. Donc, à la base, je suis une théoricienne de la littérature et je me concentre sur les théories de la réception. Mon premier livre traite de cela, en se basant sur un corpus québécois. Le choix du corpus était un peu accessoire, je voulais travailler sur une littérature canadienne, pas sur la littérature française, même si je l’aimais beaucoup.

Puis, j’ai commencé à m’intéresser à la littérature franco-ontarienne, à la lire et à lire aussi la critique de cette littérature. Je trouvais que la critique était très réductrice. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui se passait dans la lecture de cette littérature, quelque chose de différent par rapport à la lecture des littératures majoritaires.

Sylvain Charbonneau, vice-recteur à la recherche, Sophie Montreuil, directrice général de l’Acfas, Lucie Hotte, Martine Lagacé, vice-rectrice associée développement et promotion de la recherche, Jacques Frémont, recteur de l’Université d’Ottawa et Martin Maltais, président de l’Acfas, lorsque Lucie Hotte a reçu le Prix d’excellence en recherche en francophonie. Gracieuseté de Lucie Hotte

Une de vos expertises est la théorie de la réception. Comment décririez-vous votre travail, pour les novices?

C’est assez large mais, par exemple, le filon de la lecture est devenu central dans mes recherches sur les littératures franco-canadiennes. Je travaille beaucoup sur la réception critique des œuvres et sur les raisons pour lesquelles un auteur reçoit des prix et d’autres non. Parallèlement, j’ai toujours analysé des œuvres et publié des articles sur des auteurs comme Michel Ouellet, Patrice Desbiens, Gabriel Osson, etc.

Toutes les littératures minoritaires, qu’elles soient franco-ontariennes, acadiennes, franco-manitobaines, africaines ou haïtiennes, sont souvent lues par les critiques selon une grille de lecture qui tend à être presque toujours réaliste. On cherche à découvrir quelque chose d’exotique, on cherche à ce que ces œuvres nous représentent une certaine réalité.

Il y a-t-il un engouement pour la littérature francophone minoritaire et a-t-elle une place au Canada selon vous?

C’est une question assez complexe, surtout récemment. Avec la direction du CRCCF, je me suis beaucoup éloignée des études littéraires pour m’intéresser à la recherche en français, à la francophonie minoritaire au Canada, à ses conditions d’existence, ainsi qu’aux enjeux et défis que les chercheurs francophones doivent relever.

Mon bilan n’est pas très positif, particulièrement pour le domaine littéraire.

Alexandre Yergeau, fils de Robert Yergeau et Lucie Hotte. Gracieuseté de Lucie Hotte

Qu’en est-il de la situation des maisons d’édition au pays et particulièrement en Ontario?

Nous avons de moins en moins de maisons d’édition francophones en Ontario. En Acadie, depuis la fermeture des Éditions d’Acadie en 2000, la situation est assez stable avec les Éditions Perce-Neige. Au Manitoba et dans l’Ouest, c’est stable avec Les Éditions du Blé et ou encore les Éditions de la Nouvelle Plume, une petite maison d’édition en Saskatchewan qui ne publie pas beaucoup. Mais en Ontario, nous sommes passés de six maisons d’édition à seulement quatre. Les Éditions L’Interligne ont décidé il y a deux ou trois ans de ne publier que six livres par an au lieu de douze.

Les Éditions David ont décidé de ne plus publier de poésie. Les maisons d’édition sont contraintes, en partie, par les critères des organismes subventionnaires qui imposent certaines attentes. Il est difficile de comprendre toutes les raisons derrière ces changements. Je n’ai pas encore terminé toutes mes analyses, mais par exemple, on publie plus de livres en traduction qu’avant, ce qui pourrait être lié aux subventions allouées pour la traduction littéraire.

Par ailleurs, les Éditions Prise de parole et les Éditions David publient plus d’auteurs venant d’autres régions. Cela répond à une demande, notamment depuis la fermeture des Éditions d’Acadie en 2000. À cette époque, les Éditions Prise de parole ont repris certains écrivains publiés par les Éditions d’Acadie.

Existe-t-il une relève chez les écrivains et écrivaines franco-ontariennes?

C’est là la question. Pourquoi y a-t-il moins de jeunes auteurs? Est-ce parce qu’il y a moins de place pour eux pour publier? Est-ce parce qu’ils sont moins nombreux? Est-ce parce qu’il y a moins de mentorat?

Je pense, par exemple, à l’Université Laurentienne où Robert Dickson, lorsqu’il y était professeur, était très lié aux Éditions Prise de parole. Il enseignait la création littéraire, repérait les jeunes talents et les dirigeait vers les maisons d’édition. À l’Université d’Ottawa, il y avait plusieurs professeurs qui enseignaient la création littéraire, dont Robert Yergeau, qui était également éditeur. Il repérait les talents dans ses cours de création littéraire et leur proposait de travailler ensemble pour publier un recueil de poèmes ou un roman. Malheureusement, Robert Yergeau est décédé et n’a jamais été remplacé.

Kevin Kee, ancien doyen, Faculté des arts, Lucie Hotte et Juana Liceras, ancienne vice-doyenne à la recherche, Faculté des arts, Université d’Ottawa. Gracieuseté de Lucie Hotte

À mon département, on était 26 profs quand je suis arrivée, on est plus que dix.

Il y a un déclin dans la formation. Au départ, nous étions quatre professeurs spécialisés dans la littérature franco-canadienne, y compris acadienne. Il ne reste plus que moi et je prends ma retraite le 30 juin prochain.

Depuis combien de temps observez-vous ce déclin dans la formation et le mentorat en littérature?

Je dirais vingt ans, mais ça a été pire les dix dernières années. Si vous regardez les grands chercheurs en francophonie canadienne ou en situation minoritaire ou franco-ontarienne à l’Université, soit ils sont à la retraite, soit ils sont décédés.

Vous avez publié 17 livres, 77 chapitres et participé à plus de 175 conférences, et en même temps vous avez supervisé pas moins d’une trentaine d’étudiants dans leurs thèses et projets de recherches. Quelle est la clé du mentorat selon vous?

Lorsque des étudiants viennent me voir pour envisager la supervision de leur thèse, je les informe que c’est un engagement réciproque, un contrat. Il faut qu’on se rencontre régulièrement pour éviter les confusions. Ma supervision de thèse ne se limite pas à la lecture et aux commentaires. Quand on discute, on parle de choses pratiques pour faire de la recherche, mais aussi du contexte de travail, des problèmes financiers éventuels, et de s’ils disposent d’un espace pour travailler. Je tiens à ce que mes étudiants se sentent soutenus financièrement et professionnellement, car les études peuvent être coûteuses et solitaires.

Yves Pelletier, vice-recteur associé à la francophonie, Université d’Ottawa, Lucie Hotte et Jérémie Séror, vice-doyen à la gouvernance, Faculté des arts, Université d’Ottawa. Gracieuseté de Lucie Hotte

Honnêtement, écrire une thèse demande un effort, et ça peut affecter le bien-être mental des étudiants, alors c’est normal pour moi de veiller à ce que cet aspect soit pris en compte et d’offrir un soutien émotionnel. J’ai la réussite de l’étudiant à cœur.

Si vous deviez choisir une autre carrière que celle que vous avez aujourd’hui, dans quel domaine auriez-vous aimé travailler?

Au début, j’ai étudié pour travailler en bibliothèque. J’y ai travaillé pendant quelques années, notamment à la Bibliothèque de la Banque du Canada. J’ai aussi travaillé dans des bibliothèques scolaires dans l’Est ontarien et au cégep de Saint-Jérôme. J’adorais ce travail. Ensuite, je suis retournée aux études quand mon fils avait un an et ma fille deux ans. J’ai commencé mon bac avec deux jeunes enfants, ce qui n’était pas évident. Avoir travaillé en bibliothèque m’a beaucoup aidée pour mes études en lettres, alors je crois que j’aimerais bien retourner travailler en bibliothèque ou dans les archives. J’ai adoré travailler avec les archivistes au CRCCF. Si j’avais connu ce métier plus tôt, je pense que ça m’aurait beaucoup passionnée.

Comme directrice du CRCCF de l’Université d’Ottawa, quels ont été vos objectifs?


Quand je suis arrivée à la direction du CRCCF, il était question de revitaliser et de stimuler la recherche, et d’impliquer davantage les professeurs. Comme je vous l’ai dit, de nombreux collègues sont partis à la retraite, et il fallait trouver des moyens d’attirer et de motiver les nouveaux chercheurs. J’ai donc voulu agir sur plusieurs fronts, notamment en relançant les bourses de maîtrise et de doctorat pour encourager les jeunes chercheurs.

On avait peu de fonds, parce que notre budget de fonctionnement n’avait pas augmenté depuis des décennies, et nous avions même subi des coupes dans les deux dernières années. J’ai pensé miser sur les dons. Nous avons lancé des campagnes qui ont très bien fonctionné. Les gens ont été très généreux, et je les remercie du fond du cœur. Grâce à ces donateurs, nous avons pu offrir des bourses de maîtrise et de doctorat depuis que je suis directrice.

Lucie Hotte a reçu le Prix Marguerite-Maillet de l’Association des professeurs des littératures acadienne et québécoise de l’Atlantique (APLAQA) pour l’excellence en recherche. Emir Delic, ancien étudiant de Mme Hotte, professeur Université Sainte-Anne, Lucie Hotte, Jimmy Thibeault, ancien étudiant, professeur Université Sainte-Anne et Louis Bélanger, président du jury du Prix Marguerite-Maillet, professeur Université du Nouveau-Brunswick, campus Saint-Jean.

En plus, ces dons nous permettent d’embaucher des archivistes contractuels pour rattraper notre retard dans le traitement des fonds d’archives. Pour les chercheurs, j’ai mis en place de nouvelles activités de diffusion de la recherche et de mobilisation des connaissances avec des expositions de documents d’archives, etc.

Il y a bien d’autres choses, mais c’est ce qui me vient en tête (rires).

On parle beaucoup du déclin du français en Ontario. Pour vous qui évoluez dans le monde universitaire francophone, quel est votre constat?


On parle du déclin du français en Ontario depuis toujours, depuis des décennies. C’était déjà comme ça quand j’étais au secondaire. Il ne faut pas interpréter cela comme un signe de faiblesse, mais plutôt comme une preuve de notre résilience. Ça montre qu’on est intelligents et capables de s’adapter.

Je pense aussi que c’est une question de responsabilité. Ça m’inquiète un peu pour mon petit-fils. Mon fils habite à Sudbury, et mon petit-fils y a grandi. Sudbury est un milieu plus anglophone que l’Est ontarien.

Je pense qu’il faut continuer à mettre de l’avant la culture francophone et les œuvres littéraires en français. Mais c’est important d’admettre que c’est notre responsabilité à tous de lire en français, d’aller voir du théâtre en français ou des films en français. »


Naissance à l’Hôpital Montfort, Ottawa

1996 : Obtention du doctorat en Lettres françaises, Université d’Ottawa.

2015 : Prix du meilleur livre de l’Association des professeurs de français des universités et collèges canadiens pour René Dionne et Gabrielle Poulin : œuvres et vies croisées (Éditions David).

2017 : Médaille commémorative du Sénat canadien à l’occasion du 150e anniversaire du Canada.

2018 : Prix Marguerite-Maillet de l’APLAQA, pour l’excellence en recherche.

2018 : Directrice, Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF), Université d’Ottawa.

2023 : Prix Paulette Gagnon de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario pour « le cheminement professionnel exemplaire d’une personne à l’endroit de la communauté francophone ».

2024 : Prix d’excellence en recherche en Francophonie dans le cadre du 91e Congrès de l’Acfas.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario, au Canada et à l’étranger.

Cette fin de semaine à Portes Ouvertes Ottawa : patrimoine franco-ontarien et ambassades

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste en patrimoine Diego Elizondo.

C’est aujourd’hui et demain qu’on lieu les traditionnelles Portes Ouvertes à Ottawa. L’événement, dont la première édition a eu lieu un an après la fusion municipale de 2001, en est à sa 22e édition. C’est le moment idéal pour les amateurs d’histoire, de patrimoine, d’architecture ou pour les simples curieux de partir à la découverte des coulisses de plusieurs bâtiments de la capitale fédérale, normalement peu ou pas accessibles au grand public. Et c’est gratuit! Dans cette chronique, je mets en lumière les bâtiments du patrimoine franco-ontarien et les ambassades qui participent cette année.

Patrimoine franco-ontarien

Quelques bâtiments liés au patrimoine franco-ontarien participent cette année aux Portes Ouvertes Ottawa.

L’église Saint-François d’Assise, imaginée par l’architecte franco-ontarien Charles Brodeur, se distingue par son style éclectique. Photo : Wikimedia commons

C’est le cas de l’église St-François d’Assise, dans le centre-ouest de la ville. Cette église, probablement le meilleur exemple de style architectural éclectique des églises franco-ontariennes, a été construit entre 1914 et 1915, selon les plans du prolifique architecte de l’institutionnel franco-ontarien et hullois, Charles Brodeur. Très imposante, avec son nombre impressionnant de marches à gravir pour parvenir au parvis de l’église, vaut le détour.

L’église se distingue aussi par ses deux clochers différents et inégaux. Le plus grand est d’une influence normande tandis que le plus petit est plutôt d’inspiration orthodoxe. Les cloches de l’église proviennent de la France et furent installées en 1925. Je vous invite à lire attentivement la petite exposition permanente de l’église, qui relate en dix bannières l’histoire de la paroisse et celle de ses fondateurs, les Frères Capucins, arrivés à Ottawa en 1891.

Le muséoparc Vanier opère également la seule cabane à sucre active en milieu urbain en Amérique du Nord. Photo : Gracieuseté du Muséoparc Vanier

Le Muséoparc Vanier sera ouvert toute cette fin de semaine pour les Portes Ouvertes Ottawa. Ce musée franco-ontarien, situé dans le site patrimonial et enchanteur de l’ancien domaine des Pères Blancs d’Afrique, raconte depuis 2006 l’histoire de la francophonie de Vanier et d’Ottawa. Inauguré il y a un an, la nouvelle exposition permanente regorge de détails sur l’histoire de la francophonie d’ici et même de l’Ontario. Une place de choix a été accordé à Gisèle Lalonde et à Bernard Grandmaître, entre autres. À ses côtés, l’exposition temporaire consacrée aux Sœurs de l’Institut Jeanne-d’Arc (seule congrégation religieuse francophone féminine fondée en Ontario) est aussi un incontournable. L’exposition a été préparée par l’auteur et chercheur franco-ontarien Jean Yves Pelletier.

L’ancienne école Routhier, aujourd’hui le Centre communautaire Routhier. Photo : Archives des Soeurs de la Charité d’Ottawa

Autre lieu à souligner, l’ancienne École Routhier. Cette ancienne école élémentaire franco-ontarienne pour filles a ouvert ses portes en 1932 dans la Basse-Ville Ouest d’Ottawa. Ses plans ont été dessiné par un autre prolifique architecte franco-ontarien de l’institutionnel, Lucien Leblanc, et construite par l’entrepreneur Édouard Monette. L’école est devenue un centre communautaire municipal au moment de sa fermeture en 1992. Son sous-sol sert aujourd’hui d’entrepôt et on y trouve une grande quantité d’artéfacts appartenant au réseau des musées municipaux de la ville d’Ottawa. Le site web des Portes Ouvertes Ottawa indique même que « le Centre communautaire Routhier est le secret le mieux gardé du secteur du marché By ».

La maison Duford au Musée-village du patrimoine de Cumberland.

Enfin, mentionnons que dans l’extrémité est de la ville, le Musée-village du patrimoine de Cumberland participe aussi aux Portes Ouvertes cette année.

Le village d’antan compte une douzaine de bâtiments patrimoniaux originaux de la fin du XIXe et du début XXe siècles de cet ancien canton, dont plusieurs localités étaient et sont encore à majorité francophone. Sur le terrain du musée, on y retrouve les maisons pionnières franco-ontariennes Dupuis et Duford, sauvées de la démolition à Orléans dans les années 1970-1980, et transportés à Cumberland sur le site du musée. Les maisons Foubert et Lévesque sont aussi d’autres maisons franco-ontariennes que l’on retrouve au musée.

Lieux diplomatiques à visiter

Toujours appréciées du grand public, des ambassades ouvrent encore leurs portes cette année. En effet, il est possible de visiter l’ambassade de France, des États-Unis, de la Croatie, de Hongrie et le Haut-Commissariat du Royaume-Uni.

Située sur la promenade Sussex, à côté du 24 Sussex, l’Ambassade de France est un bel exemple du mouvement Art déco des années 1930, construit principalement de matériaux provenant du Québec et de la France. On peut y voir, entre autres, le Salon de l’honorable George W. Vari (anciennement le Salon des Bouleaux), une réplique du Mémorial de Vimy, des bronzes d’André Bizette-Lindet, une murale d’Alfred Courmes ainsi que des gravures murales historiques.

L’architecture de l’Ambassade des États-Unis rappelle la forme d’un bateau. Photo : Portes ouvertes Ottawa

L’ambassade des États-Unis à Ottawa, par sa conception et sa fonction, se veut un pont entre lieux, personnes et idées. Symbolisant un bateau, l’édifice représente le partenariat et l’alliance entre les États-Unis et le Canada.

Les États-Unis ont une présence diplomatique officielle au Canada depuis 1827, mais la première ambassade a d’abord été construite en 1932 au 100, rue Wellington. L’ambassade actuelle date de 1999 et a été inauguré par le président américain de l’époque, Bill Clinton. C’est l’architecte David M. Childs, de la firme Skidmore, Owings & Merrill, qui en a conçu les plans.

Le nouvel édifice du Haut-Commissariat du Royaume-Uni est ouvert depuis quelques mois à peine. Photo : British High Commission in Canada

Du côté du Haut-Commissariat du Royaume-Uni, c’est le tout nouvel édifice de la mission diplomatique, avec son architecture contemporaine dernier cri, qui accueillera les visiteurs cette année. Ce bâtiment remplace l’édifice au style architectural international datant de 1964 et qui avait pignon sur la rue Elgin.

L’édifice flambant neuf de neuf étages vient d’ouvrir ses portes cet hiver, après que les travaux commencés en 2019 aient étés ralentis en raison de la pandémie de COVID-19. Ce bâtiment en forme de cube blanc, surélevé sur une plateforme grise, se veut le plus vert de tout le réseau diplomatique britannique.

Un souci de développement durable a inspiré sa conception. À preuve, 98 % des déchets de construction ont été recyclés. Le bois qui se trouve dans le bâtiment provient directement de la rivière des Outaouais. De la pierre de l’ancien bâtiment qui était sur le site a également été réutilisée, tandis que les autres pierres proviennent de carrières qui se trouvent à proximité, réduisant le coût environnemental en transport.

Grâce à ce travail de durabilité, le haut-commissariat britannique espère obtenir la certification LEED Or. Selon le niveau de certification visé, les travaux réalisés durablement permettent jusqu’à 70 % d’économie d’énergie comparativement à un bâtiment ordinaire.

Normalement accessible, la résidence du haut-commissaire britannique au Canada ne le sera pas cette année en raison de travaux de rénovations. En espérant qu’elle rouvre ses portes lors d’une prochaine édition des Portes Ouvertes, étant donné que ce manoir de style gothique victorien, dernière résidence de Sir John A. Macdonald, est un Lieu historique national du Canada.

Mentionnons cependant que visiter les ambassades française, américaine et le haut-commissariat britannique requérait l’inscription au préalable.

La maison dans laquelle se trouve l’Ambassade de Croatie a déjà abrité une école élémentaire catholique privée francophone. Photo : Portes ouvertes Ottawa

Enfin, l’Ambassade de la République de la Croatie, également ouverte au public cette fin de semaine, permet de jumeler les deux thèmes de cette chronique. En effet, cette ambassade de la Côte-de-Sable (à l’origine une maison néogothique conçue en 1875) a abrité une école élémentaire catholique privée pour filles de la congrégation des Sœurs Blanches d’Afrique de 1929 à 1968.

Bonnes visites!

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

L’Hôpital Montfort s’attaque au problème de la santé mentale

OTTAWA – L’Hôpital Montfort et la Fondation Montfort développent une nouvelle infrastructure pour mieux répondre aux besoins des patients en crise de santé mentale. C’est la Zone d’urgence de santé mentale (ZUSM), qui ouvrira ses portes à l’automne 2024. Cet espace, directement intégré aux urgences de l’Hôpital, sera consacré à l’accueil et à la gestion de ces patients.

Le PDG de l’hôpital, Dominic Giroux, a déclaré en conférence de presse qu’il y a urgence à Montfort, estimant que l’institution franco-ontarienne reçoit « proportionnellement deux fois plus de visites pour des raisons de santé mentale que les autres hôpitaux d’Ottawa et de la province ».

Derrière l’initiative de mettre en place un couloir d’urgence pour les personnes vivant avec des problèmes de santé mentale, l’Hôpital Montfort explique que, bien que le personnel hospitalier soit au fait de cette problématique, il est celui qui dessert le plus ces gens en détresse mentale.

« L’impact de cette situation unique est important pour le personnel de l’Hôpital, qui a reçu en 2022 plus de 50 000 personnes à l’urgence, dont 4217 présentaient une condition de santé mentale », révèle le communiqué de presse à cet effet.

D’après Jocelyn Veillard, directeur du programme de santé mentale et des services thérapeutiques à Montfort : « La Zone d’urgence de santé mentale sera la porte d’entrée pour tous les patients en proie à des problèmes de toxicomanie ou toute problématique liée à la santé mentale. »

Jocelyn Veillard, directeur du programme de santé mentale, a mis l’accent sur l’aspect sécuritaire
et humain de la ZUSM. Gracieuseté de l’Hôpital Montfort

« L’idée derrière cette zone d’urgence, c’est d’arriver avec un environnement plus adéquat pour servir ces patients qui ont besoin d’être vus et évalués par des professionnels de la santé. La zone d’urgence va amener beaucoup de choses positives pour les patients, mais aussi pour le personnel », croit-il.

Offrir un espace sécuritaire pour les patients et le personnel

Le directeur du programme estime que cette nouvelle zone sera adaptée aux besoins des patients, notamment afin d’offrir un espace où tant les patients que le personnel se sentiront en sécurité, en favorisant « une réponse efficace et humaine ».

D’autres aspects positifs dans cette démarche sont anticipés, tels qu’une réduction des délais de prise en charge.

« Actuellement, un patient qui se présente à l’urgence va être vu au triage et l’évaluation va être faite par l’infirmier du triage, explique M. Veillard. Par la suite, le patient va attendre pour sa consultation, ce peut être 30 minutes ou 45 minutes, mais il va attendre pour être vu par un professionnel qualifié en santé mentale. »

Maintenant, avec la zone d’urgence, une équipe multidisciplinaire sera déjà sur place et pourra commencer « un cycle de traitement ».

Pour l’Hôpital, ce sera une solution qui permettra de mieux appuyer les hôpitaux de la région et de mieux desservir la communauté.

Un espace outillé pour répondre efficacement

La ZUSM fait partie intégrante des urgences de l’Hôpital Montfort.

« On ne va pas agrandir le service des urgences, mais faire un réaménagement de l’espace existant, qui deviendra la zone de santé mentale. »

L’Hôpital va rénover une partie des urgences pour créer cet espace dédié à la santé mentale. Gracieuseté de l’Hôpital Montfort

L’environnement de ce nouvel espace sera équipé des outils et des meilleures techniques de soins visant à soulager les patients.

« D’abord, nous voulions recréer un environnement qui ressemble beaucoup plus au quotidien de la personne plutôt qu’au décor d’un milieu hospitalier, raconte Jocelyn Veillard. »

Dans cette optique, la rénovation comprend l’intégration de salles sensorielles, de douches, mais aussi de la musique, des fenêtres et des outils de réconfort, ainsi qu’une salle d’attente dédiée à la zone.

D’après le directeur du service, ces outils diminueront le stress. « C’est un mélange entre ce qui se fait maintenant et ce qui est recommandé, mais aussi issu des meilleures pratiques. »

« On a une approche qui est vraiment basée sur le rétablissement. Par le passé, on a essayé de travailler sur les déficits, de traiter les symptômes, mais notre approche à l’Hôpital Montfort, c’est de mettre l’emphase sur les forces du patient. C’est une condition que la personne vit et qui a un sens particulier pour cette personne. »

Jocelyn Veillard souhaite aussi travailler avec les partenaires communautaires pour aider les patients à se rétablir.

Québec-Ontario : destins croisés de francophones d’ici et d’ailleurs

Tout au long de la semaine, ONFR explore les réalités des minorités de langues officielles au Québec et en Ontario dans un contexte de tensions linguistiques dans la Belle Province.

Ils sont de l’Ontario, du Québec ou d’ailleurs et ont choisi de partir vers une l’une ou l’autre des provinces à la recherche de meilleures opportunités ou pour mieux vivre en français. Portraits croisés de migrations francophones qui témoignent des contrastes et parallèles entre les communautés québécoises et franco-ontariennes.

Maryse Baillairgé aura vécu dans les trois provinces les plus francophones du pays. Il y a 35 ans, elle et son mari avaient terminé des études pour devenir enseignants au Nouveau-Brunswick et espéraient trouver un premier emploi au Québec sans imaginer combien ce serait difficile.

« Il n’y avait pas vraiment d’emploi et puis le Québec était pas mal fermé en raison du nationalisme fort qui y régnait », se souvient-elle. Elle et son époux ont fini par avoir une opportunité d’emploi à Windsor, dans le sud de l’Ontario, grâce à l’ouverture d’écoles secondaires de langue française.

Maryse Baillargé a été très impliquée dans la lutte pour les francophones de l’Ontario. Photo : Gracieuseté de Maryse Baillargé

Et elle n’était pas la seule à tenter sa chance de l’autre côté de la frontière : « Il y avait comme une grosse vague de Québécois, d’enseignants québécois qui arrivait à cette époque-là. On pouvait être, facilement, une trentaine. »

Rachelle Elie, une jeune femme originaire de Toronto et ayant grandi à Ottawa a fait le chemin inverse en partant s’installer au Québec.

Née d’un père francophone d’origine haïtienne et d’une mère anglophone, celle-ci a fait son parcours scolaire jusqu’à la 6e en français. Aujourd’hui âgée de la cinquantaine, elle se produit en spectacles de stand-up d’abord en anglais, puis en français depuis 2019.

« J’ai décidé de changer de langue parce que tu peux avoir une carrière facilement ici, mais faire de l’argent avec de l’humour en anglais, c’est très difficile. On est obsédés, comme anglophones, avec l’humour américain, mais on fait des vedettes ici aussi », assure-t-elle.

Rachelle Elie, au festival montréalais Juste pour rire. Photo : Gracieuseté Rachelle Élie

L’Ontario, Eldorado des francophones

Yosri Mimouna est un père de famille originaire de Tunisie qui a émigré au Canada en 2019. Celui-ci a connu une période d’un an sans travail avant de signer un contrat comme graphiste pour Radio-Canada à Ottawa, mais se dit reconnaissant d’avoir reçu de l’aide à cette période difficile

« Je n’ai jamais senti aucun manque ni aucune difficulté, parce qu’il y avait justement l’aide de l’Ontario qui était très généreuse, comparativement à d’autres amis qui ont choisi par exemple d’aller à Montréal. Les débuts étaient beaucoup plus difficiles pour eux que pour moi », compare-t-il.

Ayant vécu à Gatineau et Ottawa, M. Mimouna est catégorique : l’Ontario est plus accueillant que le Québec : « Les gens de l’autre côté de la rivière sont beaucoup plus ouverts, beaucoup plus accueillants. »

Yosri Mimouna et sa famille se sentent parfaitement intégrés en Ontario. Photo : Gracieuseté de Yosri Mimouna

« Les opportunités professionnelles pour les francophones en Ontario sont immenses », pense aussi Mme Baillargé qui estime n’avoir aucun regret sur son long séjour en Ontario, loin des siens.

Elle évoque le cas de sa fille installée à Sudbury, dans le Nord de l’Ontario : « Les opportunités qu’elle a eues au niveau de l’Ontario français sont inimaginables.  Elle a fait des choses qu’elle n’avait jamais pu faire ici au Québec, parce que le bassin est plus large. »

Sentiment d’appartenance

Quand Maryse Baillairgé a réalisé le manque de services destinés aux francophones à Windsor, c’est là que celle qui est originaire de Montréal a pris conscience qu’elle se trouvait en milieu minoritaire : « C’était un choc parce que je me rappelle, lorsque je faisais mes études au Nouveau-Brunswick, à quel point les Acadiens étaient fiers de leur langue et de leur culture. »

« Dans le sud de l’Ontario, on était vraiment oubliés », se rappelle-t-elle en évoquant la diminution progressive des émissions de radio des services français de Radio-Canada. « C’est fou : le nombre d’élèves dans les écoles françaises a augmenté, mais la participation aux activités françaises a diminué. »

« Je retourne chaque année à Windsor, je regarde ce qui se passe et je suis déçue », citant le manque de relève notamment par rapport à la disparition de la ligue d’improvisation des écoles secondaires francophones à Windsor, vieille de 30 ans.

Rachelle Elie n’a plus peur de s’afficher comme Franco-Ontarienne. Photo : Gracieuseté de Rachelle Elie

« Même mon vocabulaire a diminué parce qu’il fallait aller à la plus simple expression », confie-t-elle.

Lorsqu’elle vivait en Ontario, Rachelle Elie n’avait pas conscience de la présence de personnes bilingues dans la province : « Pendant longtemps, je travaillais en anglais en Ontario, je ne savais pas que le public était en partie français. »

« Maintenant, parce que je commence à parler de mon expérience au Québec et en français avec des anglophones ou des personnes qui sont dans un spectacle anglophone, ça me permet de réaliser qu’il y a beaucoup de francophones en Ontario », ajoute-t-elle.

Du français à l’anglais

S’installer dans un milieu majoritairement anglophone séduit chaque année de nombreux immigrants de France.

Pour Cyrielle Galet, l’Ontario était l’objectif final, après une période difficile dans une région éloignée du Québec. « Un de nos buts en venant au Canada était de devenir bilingue aussi et en Beauce ce n’était pas possible. »

« Alors on s’est donné un an et on a déménagé. On ne regrette pas une seconde. Oui c’est dur de devoir recommencer à zéro encore une fois, mais la vie nous correspond plus ici », estime celle qui a déménagé à Thorold dans le sud de la province avec son conjoint.

Yosri Mimouna a choisi le Canada pour que son fils puisse être parfaitement bilingue. Photo : Gracieuseté de Yosri Mimouna

M. Mimouna a lui aussi choisi l’Ontario pour avoir le plus grand dépaysement possible et s’offrir une nouvelle vie. Sa femme ne parlait pas un mot d’anglais avant d’arriver, mais a fait des progrès à force d’être en immersion dans un milieu majoritairement anglophone.

Pour leurs enfants, les Mimouna ont longuement hésité, mais ont fini par opter pour une école francophone étant donné que leur fils ne parlait pas en français avant d’arriver au Canada.

« L’anglais est un peu plus facile que le français qui est une langue très riche, donc on a choisi le français et parce que l’anglais, il va l’apprendre dans la rue », fait-il savoir, ajoutant qu’il parle davantage dans la langue de Molière avec son fils depuis sa scolarisation.

Le climat plus clément de l’Ontario a aussi motivé les Galet à traverser la frontière : « On avait visité la région de Niagara en juin 2022 et j’ai adoré. Le lac me rappelait la mer, les vignobles de ma région et le climat est beaucoup plus doux. »

Cyrielle Galet et son conjoint trouvaient le froid du Québec difficile à surmonter. Photo : Gracieuseté de Cyrielle Galet

Chez soi dans la francophonie

« Quand je commence mon spectacle, je dis toujours que je suis anglophone et aussi Franco-Ontarienne », lance Rachelle Elie avant d’ajouter que « ça fait seulement un an que je m’identifie comme Franco-Ontarienne. »

Elle se dit très reconnaissante vis-à-vis du public qui a un bon rapport avec son accent trahissant son identité anglophone. C’est grâce à cet accueil positif à chaque spectacle qu’elle a commencé à affirmer son côté franco-ontarien : « Je trouve que le public québécois apprécie vraiment les gens comme moi qui font un effort. »

Pour Yosri Mimouna, l’accent franco-ontarien est très agréable à l’oreille : « Je préfère de loin l’accent franco-ontarien à l’accent québécois. »

Il raconte avoir de la difficulté à comprendre l’accent du Québec et être beaucoup plus à l’aise devant des expressions et accents francophones de l’Ontario.

Yosri Mimouna travaille aux services français de Radio-Canada Ottawa. Photo : Gracieuseté de Yosri Mimouna

Se sentir chez soi dans la francophonie est très important aussi pour les Baillairgé. Après leur retraite et parce qu’ils souhaitaient retrouver une plus grande vie sociale en français, ceux-ci ont fait leur retour au Québec en 2019. Ce choix s’est aussi fait afin d’avoir un meilleur accès aux soins en français, pour les vieux jours.

Avant de s’installer au Lac Saint-Jean pour se rapprocher de la famille du conjoint de Maryse Baillairgé, le couple fera un passage de quelques semaines dans un logement temporaire de Montréal qui leur a permis de comprendre à quel point vivre en milieu majoritaire est un atout.

« Deux fois par semaine, il y avait un spectacle, une pièce de théâtre, une comédie musicale, l’humoriste, une partie de hockey…C’était comme un nouveau souffle de vivre tout en français autour de nous. C’était un besoin que je ne retrouvais plus à Windsor », soutient-elle.

Cyclisme : « La sélection olympique va vraiment être dure », juge Michael Woods

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI : 

Michael Woods est un cycliste professionnel franco-ontarien qui fait partie des meilleurs Canadiens sur le circuit international. Il s’est notamment distingué par une formidable victoire sur le Tour de France l’année dernière, lors de la neuvième étape, dans l’ascension mythique du Puy-de-Dôme

LE CONTEXTE : 

L’Ottavien a connu une déception dans son début de saison difficile avec une chute sur le Tour d’Italie (Giro) qui l’a poussé à l’abandon. Il a dû renoncer à son objectif de remporter la première étape de sa carrière sur cette épreuve majeure du cyclisme mondial. 

L’ENJEU : 

Le coureur canadien de l’équipe Israel-Premier Tech va tenter de rebondir avec les Championnats canadiens du 21 au 24 juin qui devraient lui permettre de préparer les Jeux olympiques (contre-la-montre le 27 juillet, épreuve en ligne le 3 août) pour lesquels il n’est pour l’instant pas sûr de participer (annonce de la sélection le 4 juin). Il aura ensuite en ligne de mire le Tour d’Espagne (Vuelta) du 17 août au 8 septembre, puis les Championnats du monde le 21 septembre. 

« Quelles sont les nouvelles de votre santé après cette chute sur le Giro? 

Ce n’était vraiment pas la façon dont je voulais terminer cette course. Avec le coup que j’ai reçu sur la tête lors de cette chute, je n’étais pas capable de continuer. On a pris la décision de ne pas continuer car je me sentais très fatigué après la chute et j’avais des maux de tête. Ce n’était pas une décision facile, mais c’était la bonne. Maintenant, je suis en train de récupérer pour être capable d’atteindre mes buts pour la suite de la saison. 

Quels sont ces buts? 

Il y a les Jeux olympiques, si je suis choisi. Il y a aussi la Vuelta, les Championnats du monde et les classiques italiennes. La saison n’est pas terminée, j’ai plusieurs opportunités de réussir, mais je reste vraiment déçu par rapport à ce qui s’est passé sur cette première partie de la saison. 

Comment s’était passée votre entame de saison avant cette déception sur le Giro? 

J’avais commencé par un stage de préparation en Afrique du Sud. Je me sentais bien préparé pour la saison. J’ai bien commencé sur les classiques du Var et des Alpes-Maritimes. J’ai ensuite attrapé un virus qui m’a empêché de participer aux classiques suivantes. Je n’avais pas commencé le Giro dans la meilleure forme, mais je pensais que ça allait s’améliorer pendant la course et que j’allais être capable de réussir un coup dans la dernière semaine. C’est vraiment une grande déception. Cette année, l’objectif était vraiment le Giro car c’est le seul tour sur lequel je n’avais pas gagné une étape. Je pensais vraiment pouvoir le faire. 

Vous avez décidé de ne pas vous aligner sur le Tour de France cette année, est-ce parce que c’est difficile d’enchaîner le Tour et les Jeux olympiques? 

Non. C’est tout à fait possible de le faire, mais ce n’était pas dans les plans cette année. Nous avons décidé que faire la Vuelta était une meilleure préparation pour les Championnats du monde. Ce sera dur de regarder le Tour à la télé mais, en même temps, je dois atteindre mes autres buts. 

Revenons rapidement sur le Tour de l’année dernière. Cela doit être un souvenir formidable? 

Oui, c’est certainement le meilleur résultat que j’ai eu de ma vie. Le Tour, c’est la plus grande course au monde et je suis fier de ce résultat-là. 

Au-delà des épreuves avec le Canada, Michael Woods a aussi de belles échéances à venir avec son équipe Israel-Premier Tech. Photo : Gracieuseté Israel-Premier Tech

Vous n’êtes pas encore certain de faire les Jeux olympiques. Quels sont les critères pour être sélectionné? 

Il y a plusieurs critères, mais malheureusement cette année, tous les coureurs qui sont en lice pour la sélection n’ont pas bien couru en raison de blessures ou de maladies. La sélection va vraiment être dure car personne ne se détache, du fait que nous n’avons pas connu une saison formidable. Il y a deux places pour quatre coureurs, cela va vraiment être une sélection compliquée. 

Même si vous n’êtes pas encore certain d’y participer, comment se prépare une compétition qui se déroule sur une seule journée comme les Jeux? 

Oui, c’est différent d’une grande course, mais la préparation n’est pas trop différente. C’est sur un jour, mais une course comme ça, c’est très long. Là, je crois que ce sera 280 kilomètres. Typiquement, une étape du Tour, par exemple, c’est 160-180 kilomètres. C’est sûr qu’il y a besoin de travailler l’endurance, mais c’est aussi important de faire des efforts plus courts et plus agressifs en amont d’une course comme ça.

Si vous êtes sélectionné, quelles seront vos ambitions, comment jugez-vous vos chances? 

Ce sera bien différent des Jeux olympiques à Tokyo en raison du parcours. A Tokyo, il y avait beaucoup de dénivelé, alors qu’à Paris, ce sera une course plate, donc ce sera un peu plus compliqué pour moi de faire un résultat. Mais, en même temps, il y a seulement 90 coureurs. Ce sera moins que lors des derniers Jeux et cela fait que ce sera plus compliqué de contrôler la course pour les grosses nations comme la Belgique ou la France. Je pense que, pour ces raisons, ce sera une course difficile et je pourrai avoir une chance de faire un résultat. 

Pour finir, quel souvenir gardez-vous de Tokyo? 

J’avais fini cinquième, mais ce n’était pas le but. Je voulais une médaille. Mais après, j’ai bien couru, j’ai été agressif et j’ai montré que j’étais l’un des meilleurs coureurs du monde dans cette course-là. Je suis fier de ce résultat et j’espère pouvoir faire une course comme ça à Paris. »

Du country au classique, en passant par le cirque

En plus du mois de juin qui débute, apportant avec lui plusieurs activités en lien avec le Mois de la fierté et le Mois national de l’histoire autochtone, de nombreux autres événements culturels ont lieu partout en Ontario. Cette semaine, on valse entre la musique classique et le country, on découvre un art méconnu, on amène nos tout-petits au théâtre et on ouvre de nombreuses portes.

Les grands airs du cinéma en concert symphonique

Difficile de penser musique de film sans penser à John Williams. Le compositeur des trames sonores d’Indiana Jones, d’Harry Potter, des Dents de la mer et de Star Wars, pour ne nommer que celles-là, sera à l’honneur lors du concert de l’Orchestre FILMHarmonique de Montréal, de passage à Toronto ce vendredi. Il s’agit du quatrième volet d’une série de concerts intitulée L’univers symphonique du cinéma. 70 musiciens, 100 choristes et le chef d’orchestre Francis Choinière seront réunis sur la scène du Roy Thomson Hall. Au moment d’écrire ces lignes, quelques billets étaient toujours disponibles.

Créé en 2015, L’Orchestre FILMharmonique est le premier orchestre dédié à la musique de film au Canada. Photo : Tam Photography

Toronto, le 31 mai. Billets sur le site de GNF productions.

Les francophones country de l’année

La Country Music Association of Ontario (CMAOntario) tiendra son festival annuel du 31 mai au 2 juin. La remise des prix couronnera au moins un francophone, puisqu’une catégorie est prévue à cet effet. Les artistes qui font de la musique en français sont par contre absents des autres catégories. Néanmoins, Stef Paquette sera l’un des invités de l’événement Songs & Stories : Songwriters in the Round, le 31 mai.Il sera également du concert autour du feu du 2 juin avec son trio Les Bilinguish Boys, dans lequel on retrouve aussi Edouard Landry et Dayv Poulin. Ce dernier est d’ailleurs en nomination comme Artiste francophone de l’année, aux côtés de Kristine St-Pierre, des Rats d’Swompe, de Reney Ray, de Sugar Crush et de Vincent Bishop. Il s’agirait d’une troisième victoire consécutive pour Reney Ray, si elle l’emportait de nouveau cette année. Le duo Sugar Crush, nommé pour la première fois, montera également sur scène pour une performance pendant le gala.

Reney Ray a remporté le titre d’artiste francophone de l’année au gala du CMAOntario en 2022 et 2023. Photo : Gracieuseté de CMAOntario

Mississauga, festival du 31 mai au 2 juin, gala le 2 juin. Détails sur le site de CMAOntario.

Les Rats dans l’Est

À la veille du gala de CMAOntario, où ils sont en nomination, les Rats d’Swompe donneront un concert dans un autre coin de l’Ontario. La formation de Yan Leduc sera en vedette lors de la Journée d’antan de Ste-Anne-de-Prescott, dans l’Est ontarien. Malgré son titre, l’activité se tient en fait sur deux jours, samedi et dimanche. Des activités familiales et communautaires auront lieu toute la fin de semaine, comme des démonstrations de machinerie antique ou des compétitions de bûcherons ou de tracteurs à gazon. Le musicien Roger Hamelin s’occupera de l’ambiance sous la tente lors de l’après-midi du dimanche.

Les Rats d’Swompe seront à Ste-Anne-de-Prescott le 1er juin. Photo : TFO / Stéphane Bédard

Ste-Anne-de-Prescott, les 1er et 2 juin. Détails sur la page Facebook de la Journée antique de Ste-Anne-de-Prescott.

Des portes ouvertes…

L’événement Portes ouvertes Ottawa se déroule samedi et dimanche, avec environ 90 bâtiments de la capitale à découvrir. Que ce soit pour leur architecture ou les activités qui s’y déroulent, les citoyens pourront mettre les pieds dans des lieux aux vocations variées, comme des ambassades (comme l’ambassade de France, par exemple), des églises, des organismes communautaires ou des musées, par exemple.

Le Muséoparc Vanier fait partie des lieux à découvrir lors des Portes ouvertes Ottawa. C’est l’occasion de découvrir gratuitement le nouveau musée et les expositions Vanier, notre place et Mère Marie Thomas d’Aquin et la Congrégation des sœurs de l’Institut Jeanne d’Arc, ou de se procurer une bouteille de sirop de la première cuvée récoltée depuis la reconstruction de la cabane à sucre.

La nouvelle cabane à sucre du Muséoparc Vanier a été inaugurée en 2023. Photo : TFO / Rachel Crustin

Ottawa, les 1er et 2 juin. Détails sur le site de la Ville d’Ottawa.

… en portes ouvertes

Sans faire partie de la liste officielle, la Maison de la francophonie d’Ottawa ouvre aussi ses portes au public samedi, de 10 h à 16 h. C’est l’occasion de visiter les lieux et de rencontrer les gens derrière cet organisme francophone dans l’Ouest de la ville, ainsi que leurs partenaires. La Maison de la francophonie en profite pour tenir la troisième édition de son Petit salon du livre francophone, en présence de certains auteurs comme Eddy Garnier, Serge Cham et Claire Huneault. Cette initiative franco-ontarienne s’exportera d’ailleurs dans la ville de Québec mardi prochain.

Le petit salon du livre francophone La parole au livre a lieu environ tous les six mois à la Maison de la francophonie d’Ottawa. Photo : gracieuseté de la Maison de la francophonie d’Ottawa

Ottawa, le 1er juin. Détails sur le site de La parole aux livres.

Découvrir le feutrage à l’aiguille

L’artiste franco-ontarienne Sarah Brousseau (Sarah the Bookwyrm) a découvert le feutrage à l’aiguille dans la dernière année. En plus d’y trouver un exutoire bénéfique à sa propre santé mentale, elle s’est aussi découvert un talent qui lui permet maintenant de participer à diverses expositions et de vendre ses œuvres. Elle sculpte ainsi dans la laine ses personnages de dessins animés préférés. L’Ottavienne maintenant basée à Toronto sera de retour dans sa ville d’origine pour faire partie de l’événement Glitch, présenté par Raw Ottawa. L’activité aura lieu au Urban Center ce vendredi à 19 h.

Sarah Brousseau pratique le feutrage à l’aiguille depuis environ un an. Photo : gracieuseté de Sarah Brousseau

Ottawa, le 31 mai. Détails sur le site de Raw Ottawa.

Pour les petits lève-tôt

C’est la deuxième et dernière fin de semaine du Tout petit festival, qui se tient à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins (LNSGD). Quelques activités pour les enfants (bricolage et collations) s’y tiennent, en plus de la représentation du spectacle de cirque Tweet tweet, qui s’adresse à un public de zéro à trois ans. « Fidèle à la tradition du cirque, le spectacle est joué dans un espace circulaire, un arbre magique qui comprend deux nids avec deux balançoires en bois suspendues à ses branches », peut-on lire dans la description de l’événement. Attention, le spectacle a lieu à 9 h 30 le matin. La pièce est produite par l’organisme de Welland, Femme du Feu Créations.

Tweet Tweet s’adresse aux enfants d’environ deux ans. Photo : Brian Medina

Ottawa, le 1er juin. Détails et billets sur le site de LNSGD.

Sonia Behilil nommée directrice générale de l’ACFO-SDG

CORNWALL – L’Association des communautés francophones de l’Ontario, Stormont, Dundas et Glengarry (ACFO-SDG) a annoncé ce jeudi soir la nomination de Sonia Behilil en tant que directrice générale. Elle succède à la très estimée Céline Baillargeon-Tardif qui, pendant 10 ans, a mené l’ACFO-SDG à se positionner en leader dans la région de Cornwall.

Suite au départ à la retraite annoncé en mars dernier de l’ancienne directrice générale, Mme Baillargeon-Tardif, c’est sans grande surprise que la directrice des opérations, Mme Behilil, va reprendre le flambeau à la tête de l’organisme.

« J’ai eu tellement de chance de vivre quatre années de mentorat auprès de Céline et d’apprendre à connaître et à développer des liens avec la communauté francophone de SDG », admet Sonia Behilil en entrevue avec ONFR.

Mme Behilil a occupé plusieurs rôles à l’ACFO, notamment agente de développement, chargée de projets en programmation culturelle, artistique et récréative, responsable de la programmation et directrice des opérations. C’est donc tout naturellement qu’elle se retrouve aujourd’hui directrice générale de l’organisme, bien qu’il y ait eu un processus d’embauche et un peu moins d’une dizaine de candidats intéressés par le poste.

Dans la continuité du travail de sa prédécesseure, Sonia Behilil sera donc chargée de la gestion globale de l’ACFO SDG, mais aussi des actions de promotion, de collaboration et de rayonnement de la communauté francophone du côté de Cornwall.

« J’ai juste le goût de continuer ce qui a été commencé, de sécuriser ce qui a été développé et bâti, puis de saisir de nouvelles opportunités. Je pense qu’une nouvelle page est en train de s’écrire dans la francophonie. C’est le fun d’arriver à ce moment-là », raconte-t-elle.

Dans l’annonce de sa nomination sur les réseaux sociaux, la présidente du Conseil d’administration, Jasmine Bernier, s’est dite « ravie d’accueillir Sonia dans son nouveau poste. » Elle a souligné que son expérience, sa vision et son dévouement seront des atouts précieux pour continuer à renforcer et développer la communauté francophone.

Les aspirations de la nouvelle directrice générale

Avant son arrivée à Cornwall en 2020, Sonia Behilil avait travaillé dans le domaine communautaire en Suisse et en Norvège. C’est d’ailleurs en Norvège, plus précisément à l’Université de Bergen, qu’elle a terminé sa maîtrise en sciences sociales et humaines avec une spécialisation en politiques comparées, qu’elle avait commencée à l’Université de Savoie Mont-Blanc en France.

Très engagée dans le développement de la communauté francophone dans l’Est de l’Ontario depuis son arrivée au Canada, elle s’est notamment distinguée par la création, en 2022, du Carrefour de l’immigration Crossroad (CIC), une plateforme d’aide aux nouveaux arrivants, totalement indépendante du ministère de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

Dans ses nouvelles fonctions, Mme Behilil tient à pérenniser une mobilisation active et multilatérale. « Il faut un leadership de mobilisation important et c’est la base de mon mandat, notamment avec les défis auxquels la francophonie fait face », estime-t-elle.

Il sera aussi question d’accroître la représentation de l’organisme, ainsi que celle de la communauté. L’ACFO SDG travaille avec plus d’une centaine de partenaires francophones et francophiles de la région pour offrir des services aux habitants.

« Cornwall a soumis sa candidature pour devenir une communauté francophone accueillante et ce qu’on a constaté, c’est que les gens se demandent s’il y a des francophones ici. Cela prouve que l’ACFO a un rôle à jouer et doit mettre en lumière ce qui se fait, célébrer les réussites et promouvoir les initiatives. »

Maintenant en place, Sonia Behilil hérite du Concours LOL, qui fête ses 10 ans le 7 juin au Great Canadian Theatre Company à Ottawa. L’Association des communautés francophones de l’Ontario SDG est aussi impliquée dans plusieurs programmes à venir, comme le festival 1784, qui célèbrera le 240ᵉ anniversaire de New Johnstown et des Cantons Royaux, sans oublier le festival des fraises à Akwesasne, une initiative franco-autochtone.

La Librairie Le Nord de Hearst ferme définitivement ses portes

Hearst – Le décès du fondateur et propriétaire Omer Cantin, survenu samedi dernier et révélé ce mardi, aura eu raison de l’établissement fondé en 1988.

Silencieuse depuis l’annonce du décès, c’est finalement ce jeudi après-midi que la Librairie Le Nord annonce la fermeture définitive et immédiate de ses portes dans une publication Facebook.

« Merci aux fidèles supporteurs, à votre appui incommensurable au fil des ans. Merci aux bibliothèques, aux écoles pour votre appuis. Vous étiez tous le succès de la Librairie et Omer vous appréciait tous », pouvait-on y lire.

Omer Cantin disait en 2021 devoir réduire ses activités en raison de son cancer, et avait dû mettre la clé sous la porte pendant six mois. Le fier Franco-Ontarien tenait la librairie avec un seul employé.

Contacté par ONFR, Noël Cantin, le plus jeune frère d’Omer explique que ce dernier n’aurait pas pu tenir la boutique tout seul et que c’est ce qui a amené la décision d’une fermeture complète.

En outre, personne de la famille Cantin n’est pas disponible pour reprendre la librairie : « On a un frère et une sœur à Hearst mais ils sont très occupés et le reste on est tous en dehors de la ville, donc on met la clé dans la porte pour tout de suite »

Un rachat potentiel?

M. Cantin explique néanmoins qu’il est en discussion avec de potentiels acheteurs qui pourraient reprendre les activités de la librairie.

Néanmoins, Noël Cantin pense que l’état dans lequel la librairie se trouve n’est pas encourageant : « Présentement ce n’est pas beau pour un acheteur parce que l’entreprise était en délaissement dans les dernières années. »

Concernant les livres qui restent dans l’inventaire : « Dans le pire scénario, on va faire une vente de garage mais mon but premier, c’est de vendre l’entreprise sur la base que c’est une entreprise opérable telle qu’elle est. »

Ce dernier dit être en contact avec deux acheteurs potentiels tous deux originaires de Hearst mais qu’il faudra s’armer de patience avant l’annonce d’une potentielle réouverture : « Il faut lui donner le temps de faire des plans d’affaires, d’approcher le financement donc c’est pas quelque chose qu’on va savoir du jour au lendemain. »

La dernière librairie francophone

Il ne reste désormais qu’une seule librairie de langue française dans le Nord, la Librairie Panache située à la Place des Arts de Sudbury et qui est en opération depuis décembre 2023.

Monica Meza Giron, directrice générale de l’établissement de Sudbury réagit : « Je ne l’ai pas connu mais tout le monde m’en parlait. Je savais le bien qu’il faisait jusqu’ici. » Celle-ci raconte que plusieurs visiteurs de Hearst lui confient venir s’approvisionner chez elle avec des ouvrages qui n’existaient pas dans la librairie de Hearst.

« On va continuer la mission rendre le français toujours accessible par le livre », conclut-elle.

Il s’agit d’un autre coup dur pour le monde du livre de Hearst qui a vu la fin, depuis 2019, de la tenue du Salon du livre de Hearst, en raison de difficultés financières reliées à la pandémie.

On démystifie le français… d’une Indienne

Avec plus d’un milliard d’habitants, l’Inde est un creuset culturel où des centaines de langues coexistent. L’une des plus connues est évidemment l’hindi. Pourtant, saviez-vous que l’hindi, malgré son éloignement géographique et culturel, appartient à la même famille linguistique que le français, soit la grande famille des langues indo-européennes? L’expertise de Marie-Hélène Côté, phonologue et professeure à l’Université de Lausanne, apporte un éclairage captivant sur ce qui distingue les locuteurs d’hindi qui parlent français.

Est-ce possible de se faire soigner en français en Ontario et en anglais au Québec?

Tout au long de la semaine, ONFR explore les réalités des minorités de langues officielles au Québec et en Ontario dans un contexte de tensions linguistiques dans la Belle Province.

Est-il possible d’avoir accès à un médecin ou encore se présenter à l’urgence, renouveler son permis de conduire dans un centre de service gouvernemental en français en Ontario ou en anglais au Québec? Si l’Ontario et le Québec ont des points communs dans la prestation des services pour les minorités, les lois et les résultats sont parfois distincts.

Soins de santé

Ontario

En Ontario, une vingtaine d’hôpitaux sont désignés sous la Loi sur les services en français (LSF). Certains le sont entièrement, d’autres partiellement. Cette désignation signifie qu’en vertu de la LSF un patient peut être soigné en français. Certains foyers de soins de longue durée le sont aussi.

Mais est-ce possible d’aller à l’urgence ou dans une clinique publique et de parler à un professionnel de la santé en français? En principe oui, mais la réalité comporte des bémols, constate le commissaire aux services en français en Ontario. L’équipe de Carl Bouchard accumule les plaintes concernant la santé année après année dans ses rapports annuels.

Selon le gouvernement, 80 % des Franco-Ontariens vivent dans des régions désignées ce qui veut dire que 20 % d’entre eux n’ont pas, dans leur région, un accès garanti à des soins de santé en français, souligne le chien de garde des francophones de la province.

« Il y a 21 hôpitaux désignés en Ontario qui se situent dans 13 des 27 régions désignées de l’Ontario. Alors je me concentre seulement sur ces 21 hôpitaux », présente-t-il.

« Ça démontre quand même que la majeure partie des régions désignées en Ontario n’ont pas un hôpital désigné pour offrir des services en français et sur lequel j’ai une juridiction directe. Peut-on tirer la conclusion que c’est simple d’avoir accès à des services en français? Je ne pense pas », observe M. Bouchard, qui travaille depuis 2014 au sein de la fonction publique ontarienne dans le secteur de la francophonie.

Pour ce dernier, le système de santé et l’offre de services en français ont leurs limites, et ce, même à l’intérieur des établissements qui ont des obligations en vertu de la loi. Le commissaire rappelle l’exemple des membres d’une famille ayant trouvé une note sur l’oreiller de leur mère mourante dans un hôpital désigné, sur laquelle était inscrit Please speak in english : « Je ne pense pas que c’est acceptable ce genre de situation ».

La pandémie a été un révélateur des limites d’accès à la santé en français illustre le commissaire aux services en français de l’Ontario Carl Bouchard.

Pendant la pandémie, ajoute-t-il, certains bureaux de santé publique n’avaient aucune obligation linguistique de fournir des informations en français, notamment concernant la vaccination, ce qui a démontré « des limites » dans les possibilités d’avoir accès à un service en français, note-t-il.

Québec

Comme en Ontario, il existe au Québec des établissements entièrement et partiellement désignés, en majorité sur l’île de Montréal, qui ont l’obligation d’offrir des services dans les deux langues aux patients. La réforme de la Charte de la langue française précise d’ailleurs que « toute personne d’expression anglaise a le droit de recevoir en langue anglaise des services de santé et des services sociaux ».

« Il est très probable que, dans un établissement désigné, vous allez recevoir un service en anglais. Dans une institution non désignée, le service devient de plus en plus difficile », affirme Jennifer Johnson du Community Health and Social Services Network (CHSSN).

Cet organisme provincial soutient les organismes de santé locaux dans l’accès à des soins de santé et sociaux en anglais dans la province. En 2023, l’instance provinciale avait réalisé un sondage auprès de 4000 Québécois, 3000 anglophones et 1000 francophones concernant l’accès aux soins de santé.

Sur la disponibilité des services de santé et sociaux locaux en anglais, 53 % des répondants se disaient satisfaits ou totalement satisfaits contre 27 % qui éprouvaient le contraire, tandis que 20 % ne penchaient pas plus d’un côté que l’autre.

82 % des répondants signalaient avoir obtenu un service en anglais lors d’une visite chez un médecin dans un cabinet ou une clinique privée. 77 % des répondants disaient avoir reçu directement un service en anglais contre 19 % ayant fait la demande. À l’urgence, 27 % des patients affirmaient ne pas avoir reçu de service en anglais et 71 % des répondants que le personnel de première ligne pouvait leur parler en anglais. 81 % des répondants étant restés au moins une nuit à l’hôpital notifiaient avoir reçu un service en anglais.

À l’instar de l’Ontario, note Mme Johnson, c’est lorsque l’on sort de l’île de Montréal qu’on remarque que le taux de satisfaction pour des services de santé en anglais descend plus bas vers 50 à 60 %.

« Si vous rentrez dans le bureau d’un médecin en Abitibi-Témiscamingue et que vous vous attendez à être servi en anglais, pas sûr que cela se produise. Mais dans le centre-est de Montréal, c’est beaucoup plus probable », soutient Mme Johnson.

80 % des anglophones au Québec vivent à Montréal, selon le plus récent recensement de Statistique Canada en 2021. Si la Loi 96 assure un service en anglais dans les soins de santé, la production de documents, par exemple des instructions à la suite d’une chirurgie, est plus nébuleuse, s’inquiète-t-elle.

« C’est extrêmement difficile d’avoir de l’information en anglais. Cela affecte la santé des gens. »

Jennifer Johnson. Gracieuseté.

La Loi prévoit que chaque établissement doit avoir un programme d’accès aux services de santé et aux services sociaux en langue anglaise ce qui inclut la documentation.

Services gouvernementaux

Ontario

En Ontario, toute personne qui habite dans une région désignée peut aller à un bureau de Service Ontario et demander des documents ou encore renouveler son permis de conduire en français. Depuis l’an dernier, le ministère des Affaires francophones a adopté un règlement que les fournisseurs de services se doivent activement d’offrir le service en français, mais ça ne se reflète pas sur le terrain, indique Carl Bouchard.

« Le fait que les gens nous signalent que ce n’est pas le cas nous démontre qu’ils continuent à y avoir des besoins d’améliorations. »

« En principe, ça devrait être simple. Mais est-ce que la réalité, c’est simple? Je ne pense pas, car on voit qu’on reçoit des cas régulièrement qui touchent les services de première ligne dans des agences du gouvernement dont Service Ontario de façon régulière », dresse-t-il comme constat

Le commissaire a identifié des problèmes qu’il a signalés au gouvernement, comme des employés gouvernementaux anglophones non conscients de leurs devoirs et responsabilités d’offrir des services en français à la population.

« C’est pour se pencher sur des enjeux récurrents où des francophones se présentent à des comptoirs de Service Ontario, ou de façon générale, dans des services de première ligne et n’obtiennent pas leur service directement. Ça devrait être simple, mais au quotidien, ce n’est pas toujours simple. »

« Clairement, il y a des enjeux qui continuent à refaire surface, relate-t-il. C’est pour ça qu’on a recommandé que chaque ministère ait un plan pour son offre de service en français pour développer cette proactivité-là pour pas que la responsabilité soit sur les francophones de toujours devoir s’identifier. »

Le commissaire est aussi conscient qu’il y a des gens qui ne vont pas demander un service en français en passant à l’anglais lorsque ce n’est pas possible et que ces cas ne se retrouveront pas sur son bureau.

« Quand on a au bas mot 652 000 francophones et presque un million de personnes qui parlent français et qu’on a déclaré 386 cas reçus l’année passée, j’ai l’impression que la majorité des francophones n’ont pas encore développé le réflexe de contacter notre bureau. »

Québec

Au Québec, contrairement à l’Ontario, en vertu de la loi, les services gouvernementaux sont limités à certains groupes et non à l’ensemble de la population. À noter que le secteur de la santé est exempté. Parmi les ayants droit, on retrouve la communauté anglophone historique du Québec et les immigrants arrivés il y a moins de six mois. Les Autochtones, ceux qui ne vivent pas au Québec et les personnes éligibles l’école en anglais font également partie des exceptions. Mais le tout se base sur une déclaration de bonne foi suite à une question de l’employé gouvernemental.

« Il faut démontrer qu’on est un anglophone, c’est un peu insultant quand même, car nous sommes des Québécois historiques comme les autres », déplore Eva Ludvig, la présidente du Quebec Community Groups Network

Le gouvernement du Québec, les sociétés d’État et les organismes gouvernementaux, de même que les municipalités, ont l’obligation depuis juin 2023 à servir les citoyens en français. Toutefois, près d’une cinquantaine de municipalités ont conservé leurs droits d’être bilingue, eux qui avaient le choix suite aux réglementations de la réforme de la Charte de la langue française.

La première usine de traitement des métaux de batterie au Canada sera bâtie à Sudbury

SUDBURY – La première usine de traitement en aval de matériaux actifs précurseurs de cathodes (MAPC) au Canada sera bâtie à Sudbury. L’annonce a été faite ce mercredi, au Collège Cambrian, dans le cadre de la conférence sur les véhicules électriques à batterie qui s’est tenue dans la ville du Nickel.

Le projet est né d’une entente entre le promoteur de la mine du Cercle de feu, Wyloo et la Ville du Grand Sudbury, avec le soutien des représentants des Premières Nations Atikameksheng Anishnawbek et de Wahnapitae.

 « L’urgence de renforcer les capacités pour le traitement de métaux en Amérique du Nord, en particulier le nickel, est plus évidente que jamais. Notre usine sera la pièce manquante qui apportera la capacité de traiter les matériaux qui entrent dans la fabrication de batteries ici même à Sudbury », déclare le directeur général de Wyloo Canada, Kristan Straub.

« C’est vital pour nos communautés de faire partie de ces conversations »
— Larry Roque

Bien qu’il n’y ait pas encore de données précises sur le nombre d’emplois qu’une telle usine pourrait générer, un représentant de l’entreprise confie, dans un échange courriel avec ONFR, que cette usine pourrait en créer quelques centaines.

Les coûts liés à la construction de l’usine pourraient, quant à eux, atteindre 800 à 900 millions de dollars. L’emplacement du terrain pour cette usine n’a pas encore été déterminé.

Le nickel proviendra de la future mine Eagle’s Nest de Wyloo dans la région nord-ontarienne du Cercle de feu et par des fournisseurs tiers de matières premières et de matières recyclées nickélifères.

« Ancrée par la mine Eagle’s Nest et avec l’apport de matériaux de fournisseurs tiers nord-américains, l’usine que nous bâtirons pourra fournir 50 % de la demande de nickel qui découle des investissements annoncés dans le domaine des véhicules électriques », termine M. Straub qui a grandi dans la communauté de Falconbridge, dans le Grand Sudbury.

Le gouvernement fédéral a investi plus de 40 milliards de dollars dans l’industrie des voitures électriques. Photo : Canva

Un modèle de coopération avec les Premières Nations

Le Chef d’Atikameksheng Anishnawbeck, Craig Nootchtai se félicite de ce partenariat : « En travaillant ensemble, nous pourrons nous assurer que nos traditions et notre culture sont intégrées au développement économique des territoires. »

« C’est vital pour nos communautés de faire partie de ces conversations », lance le Chef de la Première Nation de Wahnapitae, Larry Roque.

« Le partenariat à développer dans le cadre de ce projet illustrera ce qu’il faut aussi faire pour d’autres Premières Nations et d’autres entreprises privées », poursuit-il.

Le nickel et d’autres minéraux critiques se trouveraient à profusion dans le Cercle de feu, dans le grand-nord ouest. Photo : gracieuseté du gouvernement de l’Ontario

Sudbury a été considérée, selon la Ville, en raison de son engagement envers la réconciliation avec les communautés des Premières Nations mais aussi de par l’importance de son secteur minier : « Le Grand Sudbury a les terrains, les talents et les ressources qu’il faut pour assurer l’avenir de l’industrie minière et de la technologie des véhicules électriques à batterie. »

Wyloo mène actuellement une étude de délimitation de l’étendue du projet et prévoit de construire l’usine une fois que sa mine Eagle’s Nest envisagée aura été construite. La construction de la mine est censée débuter en 2027.

Plus de 600 francophones réunis pour le Sommet de la French Tech à Toronto

TORONTO – Plus de 600 francophones et francophiles se sont rassemblés ce mardi soir au château de Casa Loma pour le troisième sommet de la French Tech Toronto. La communauté tech France-Canada s’est réunie sous le signe de l’intelligence artificielle (IA), le potentiel et les limites de cette technologie «  qui n’est pas encore prête à nous remplacer ».

La French Tech Toronto, qui travaille en étroite collaboration avec les communautés French Tech aux États-Unis et au Canada, sous l’égide de La French Tech Amérique, a organisé son troisième grand rassemblement torontois après deux précédents dans les lieux emblématiques de l’AGO et de la Tour CN.

Le mouvement français French Tech, qui a fêté ses dix ans l’année dernière, compte parmi les dix organisations les plus influentes dans le domaine de l’innovation, celle-ci représentant plus de 140 communautés dans 67 pays, et plus de 25 000 startups.

« L’intelligence artificielle est en train de changer le monde » : le mot d’ordre de ce rassemblement qui a été inauguré par Bertrand Pous, le consul général de France à Toronto, Riva Walia, la directrice générale de la Chambre de commerce France-Canada et Estelle Chen, la présidente de la French Tech TO.

Les deux panels sur deux scènes en simultané ont rassemblé les professionnels et les aficionados du milieu.

Lors du premier, « Libérer le potentiel de l’IA : perspectives et applications du secteur », les panélistes issus du domaine bancaire, pharmaceutique et agroalimentaire ont abordé l’importance que prend le développement de l’IA dans les entreprises, de l’automatisation et l’expérience client, en passant par les diagnostics et traitements personnalisés jusqu’à l’analyse prédictive et la découverte de médicaments.

Le second panel, « Gardiens de la vie privée : naviguer dans l’ère de l’IA en toute sécurité », développait les enjeux de cybersécurité tels que la confidentialité des données à l’échelle mondiale, le changement du paysage des réglementations et des protections qui s’impose pour s’adapter à cette nouvelle ère technologique.

Une technologie qui n’est pas encore prête à nous remplacer

L’un des conférenciers, Nicolas Chapados, vice-président de la recherche, ServiceNow (ex-co-fondateur et directeur scientifique d’Element AI) est également intervenu sur l’impact de l’intelligence artificielle sur notre travail quotidien, le knowledge work, défini par des dizaines de tâches différentes que l’on exécute chaque jour dans le cadre de nos fonctions.

Ces tâches permettant de définir la performance de « agents IA », qui sont pour l’instant compétents pour opérer par exemple de manière indépendante pour automatiser les contenus de longue durée, raisonner sur les actions de l’utilisateur ou encore avoir de la mémoire et du contexte.

« Si cette technologie a évolué de façon monumentale au cours des dernières années, elle n’est pourtant pas encore prête à être utilisée de façon performante dans la vie de tous les jours. Plusieurs raisons : ces agents ne sont toujours pas prêts à nous comprendre complètement », a-t-il finalement expliqué.

D’ajouter que « le taux d’exécution des tâches des meilleurs agents de la dernière version de GPT4 ne dépasse pas les 50 %, ce qui est toujours trop bas pour nous dans nos professions. Car pour faire confiance à l’IA, il faudrait un minimum de 95 % ».

Les processus seraient selon lui également toujours trop lents pour une utilisation en temps réel de cette technologie. Les agents IA, qui attendent longtemps entre chaque étape, doivent encore beaucoup « réfléchir » avant de décider quelle est la prochaine marche à suivre.

« Une fois que l’intelligence artificielle sera prête, il y aura des changements massifs à prendre en compte dans notre façon de travailler et il nous faudra collaborer avec la machine », a conclu M. Chapados.

La « Franco diversité » à l’avant à Hamilton

HAMILTON – Le Centre francophone Hamilton (CFH) a dévoilé l’ensemble de la programmation de sa FrancoFEST 2024. En plus de Samian, dont le nom avait déjà été dévoilé, on y retrouve des artistes comme Mélissa Ouimet, la formation québécoise Le Diable à cinq ou encore un plateau double avec LeFLOFRANCO et DJ UNPIER.

C’est sous le thème Célébrons la Franco Diversité que le parc Gage s’animera cette année. Le CFH convie gratuitement toute la population d’Hamilton à découvrir ou redécouvrir la richesse de la francophonie régionale et nationale.

La cérémonie de lancement débutera le vendredi 21 juin à 17 h. La première performance musicale incarnera déjà le thème de l’année, avec la formation Mi’gmafrica. Ce duo afro-autochtone est composé du griot sénégalais Sadio Sissokho et de l’artiste multidisciplinaire de la Nation micmac de Gespeg, Valérie Ivy Hamelin.

Les arts du cirque seront aussi présents avec les Échassiers du Hamilton Aerial group pour ouvrir les festivités, et Chris Precius, artiste multidisciplinaire et propriétaire de Fire10 Entertainment, en toute fin de soirée.

Par sa musique et ses prises de parole, Samian est un fier porte-parole du français et de l’anishinaabemowin. Photo : Nikamowin

En cette Journée nationale des peuples autochtones, c’est Samian qui offrira la performance principale de la soirée. Le rappeur originaire de Pikogan, en Abitibi-Témiscamingue, célèbre cette année ses 20 ans de carrière. S’il se fait rare sur scène, il affirme à ONFR profiter de chaque moment.

« Quand je fais de la musique, je suis comme un enfant, je m’amuse. Je dis la vérité, je ne passe pas par quatre chemins, je fais de la musique engagée. Mais pour les francophones qui vont être là, ça va être le fun, car la majorité va comprendre », affirme celui qui dit représenter « la minorité dans la minorité ».

« Je suis juste tellement content d’être là dans un moment symbolique. »

Un festival pour toute la famille

Les familles trouveront certainement leur compte lors de la journée de samedi, avec les performances animalières d’Ultimutts et le spectacle jeunesse de Zak, dompteur de défis, en plus de diverses activités dans le parc Gage, comme un grand bingo familial.

Lorraine Klaasen et Lua Shayenne viendront présenter les résultats d’une résidence artistique pendant laquelle elles ont mélangé la danse, la musique, la narration et la culture africaine.

Ce sera aussi l’occasion de voir l’artiste québécois d’origine sénégalaise Ilam, en spectacle durant la journée.

LeFLOFRANCO (à gauche) et DJ UNPIER (à droite) sont des amis et collaborateurs de longue date. Ils étaient aussi ensemble lors du Festival franco-ontarien, en 2022. Photo : TFO / Stéphane Bédard

La programmation du soir débutera au son de la musique traditionnelle québécoise avec Le Diable à cinq. Ce sera ensuite au tour du Montréalo-Haïtien Wesli de monter sur scène. La soirée se terminera avec un plateau double des inséparables LeFLOFRANCO et DJ UNPIER, qui viennent tous les deux de lancer un nouvel album. Jean L’Océan, complique de DJ UNPIER sur Le tour du Club, paru en mai, viendra aussi faire son tour.

LeFLOFRANCO a pour sa part lancé DiViNE iNTERVENTiON aujourd’hui même, le 29 mai. Il était également de la FrancoFEST l’an dernier.

Présentement en période d’écriture et de studio, Mélissa Ouimet montera aussi sur scène pour la FrancoFEST à Hamilton. Photo : TFO / Stéphane Bédard

La Franco-Ontarienne Mélissa Ouimet sera sur la scène principale dimanche midi. En entrevue avec ONFR, elle commente : « En plein mois de juin, ça arrive souvent, dans des festivals ou des Saint-Jean-Baptistes, que ça se passe durant le jour. Les gens sont tellement heureux du beau temps, l’énergie est au rendez-vous. J’aime vraiment faire des spectacles extérieurs, car il y a toujours quelque chose de festif. »

Étonnement, il s’agit de la première présence en personne de Mélissa Ouimet à la FrancoFEST. Elle avait participé à l’édition virtuelle de 2020, dans les conditions loin d’être optimales que l’on a connues lors de la pandémie.

Adama Daou était également de la FrancoFEST l’an dernier pour donner des ateliers de balafon aux festivaliers. Photo : TFO / Rachel Crustin

Adama Daou sera de retour avec ses ateliers de balafon, un instrument traditionnel s’apparentant au xylophone. Cette année, l’artiste d’origine malienne offrira également une performance sur scène avec son groupe, Siraba, qui mêle les sons de l’Afrique de l’Ouest et de l’Europe de l’Est.

Les activités familiales se poursuivront le dimanche, entre autres avec des ateliers de Mini-Yoga donnés par Josée Leblanc, bien connue des téléspectateurs de Mini-TFO.

L’animation de la soirée d’ouverture sera assurée par Pascale Marchand, représentante de la Ville de Hamilton, et Isabelle Ménard de Radio-Canada. Nathalie Nadon, connue entre autres comme membre des Chiclettes, sera l’animatrice désignée du samedi alors que Rachel Crustin de TFO y sera le dimanche, pour la journée dédiée à la Saint-Jean-Baptiste.

Des parents d’élèves d’Ottawa poursuivent le gouvernement de l’Ontario en justice

OTTAWA – Un groupe de parents dépose une requête devant la Cour supérieure de justice de l’Ontario pour la construction d’une école secondaire francophone en centre-ville d’Ottawa. Depuis 2019, les parents concernés ont tenté de sensibiliser le gouvernement provincial à l’urgence de cette demande. En raison de l’inaction de la province et du silence du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, André Poulin-Denis, Mathieu Mault et Patrick Clermont ont déposé une requête constitutionnelle le 23 mai, exigeant que ces deux entités agissent sans délai.

La requête judiciaire vise à reconnaître que l’absence d’une école secondaire de langue française à Ottawa-Centre viole les droits linguistiques garantis par la Charte canadienne. Les plaignants demandent au gouvernement de collaborer avec le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) pour ouvrir une école dans les plus brefs délais.

Les parents d’élèves d’Ottawa, représentés par André Poulin-Denis, Mathieu Mault, et Patrick Clermont, ont déposé cette requête contre le gouvernement de l’Ontario, invoquant l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés. Ils demandent à la Cour supérieure de justice de rendre une déclaration sur leur cas.

Patrick Clermont est père de deux enfants à Ottawa. Un de ses enfants se trouve dans une école élémentaire en centre-ville et son deuxième traverse la ville pour apprendre dans une école secondaire francophone loin du domicile.

Patrick Clermont fait partie des trois parents qui poursuivent la province. Gracieuseté de Patrick Clermont

« J’ai grandi au Québec et si vous m’aviez dit que dans mon futur, un jour, je m’adresserais à la Cour pour faire en sorte que mes enfants aient accès à l’éducation en français, je serais tombé en bas de ma chaise », déclare-t-il en entrevue avec ONFR.

« Depuis que j’habite à Ottawa, je suis beaucoup plus conscient des réels risques d’assimilation. La situation qu’on vit en ce moment, elle est réelle. »

Il est temps de passer à l’action

« Il est minuit moins une, estime Patrick Clermont. Nous savons qu’il existe une réelle opportunité avec l’investissement historique de 1,3 milliard de dollars annoncé par le gouvernement de l’Ontario. »

Au début du mois d’avril, la province débloquait cette somme pour financer la construction et l’agrandissement de 60 écoles dans la province.

Le regroupement communautaire pour une école secondaire de langue française à Ottawa-Centre par l’entremise de Jennifer Larocque, et Patrick Clermont en entrevue avec ONFR, explique que « devant le manque d’éléments concrets, on ne voit pas vraiment d’autres avenues que de se tourner vers la Cour ».

Depuis la création de leur regroupement en 2019 et malgré les récentes demandes formulées par les parents et le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), le gouvernement ontarien n’a pas montré d’intérêt pour leur cause. Patrick Clermont, l’un des porte-parole, affirme : « Nous pouvons démontrer de manière très objective que la construction de cette école entraînera automatiquement l’arrivée d’élèves. »

L’avocat David Taylor, associé chez Conway Baxter Wilson et en charge du dossier devant la Cour, qualifie ce nouveau rebondissement de crucial. « La première phase est de prouver que les parents ont raison, explique-t-il. Il y a une obligation constitutionnelle de fournir une école homogène de langue française pour ce nombre d’élèves. »

David Taylor est l’avocat en charge du dossier. Il entend bien faire valoir l’article 23 de Charte canadienne des droits et libertés. Photo : gracieuseté de David Taylor

Le nombre d’enfants admissibles pour une école secondaire dans le secteur Ottawa-Centre est estimé à 721 élèves. Il y a actuellement 1655 enfants de 12 à 17 ans dans la zone de fréquentation Ottawa-Centre, une zone de 40 km sans école secondaire de langue française, mais avec deux écoles élémentaires francophones. Selon les projections, le nombre d’enfants francophones dans cette zone dépassera les 1850 au cours de la prochaine décennie, d’après l’avis de requête soumis à la Cour supérieure de justice.

Carte de la zone de l’emplacement des écoles à Ottawa.
Photo : secondaireottawacentre.ca

Face à l’urgence de construire une école pour éviter la perte de ces francophones au profit de l’assimilation, l’avocat souligne que c’est au gouvernement provincial et au CEPEO de passer à l’action. « Ce n’est pas aux parents de fournir les dessins architecturaux, de rechercher les permis de zonage ou de trouver le terrain, insiste-t-il. C’est vraiment le travail du gouvernement. »

L’autre aspect important que soulève M. Taylor, c’est que dans cette requête judiciaire, il sera attendu que le ministère de l’Éducation et le CEPEO rendent compte dans six mois au plus tard ou dans une période appropriée à la Cour.

Pas de résultat sans grands moyens

Si la priorité est l’ouverture rapide d’une école secondaire francophone pour répondre aux besoins de la communauté d’Ottawa-Centre. Le processus pourrait prendre du temps. L’avis de requête, déposé le 23 mais, sera suivi de déclarations sous serment et d’interrogatoires. Une fois les preuves réunies, les parties soumettront des mémoires avant une audience pouvant arriver en 2025.

Les parents sont ouverts à des discussions avec la province et le CEPEO pour résoudre le problème en dehors des tribunaux.

Jennifer Larocque est membre du regroupement pour une école secondaire au cœur du centre-ville. Photo : Gracieuseté de Jennifer Larocque

À préciser que la demande concerne une école secondaire publique et non catholique. Selon le recensement de 2021, seul un quart des enfants ayants droit dans Ottawa-Centre sont catholiques, ce qui signifie qu’il y a trois fois plus d’enfants non-catholiques admissibles à l’éducation en français.

D’après Mme Larocque, ce que les parents veulent maintenant, c’est une promesse d’engagement du ministère de l’Éducation, « qu’ils vont financer et faire partie de la solution, mais aussi un engagement de la part du conseil avec des échéances concrètes. Chaque cohorte qui termine la sixième année représente une perte supplémentaire pour la communauté francophone et pour les effectifs du système de langue française de l’Ontario. »

Jennifer Larocque, mère de famille et membre du regroupement de parents, insiste : « Pour la pérennité de la langue et pour le bien de ces enfants et ces familles qui ont choisi de poursuivre leur éducation en français dans le secteur Ottawa-Centre, il faut une solution immédiate. »

Dans les prochaines semaines, lorsque le ministère de l’Éducation et le CEPEO auront nommé leurs avocats, David Taylor entamera les démarches pour faire valoir les droits constitutionnels de ces ayants droit devant un juge.

L’urgence pour les parents est qu’une décision soit prise avant que l’enveloppe de 1,3 milliard de dollars ne soit épuisée.

350 millions de dollars pour mettre fin au sans-abrisme d’ici 2030 à Sudbury

SUDBURY – Un rapport présenté au conseil municipal de Sudbury, mardi soir, estime qu’il faudra investir 350 millions de dollars pour mettre fin au sans-abrisme d’ici 2030. Une résolution visant à adopter les recommandations issues de ce rapport a été adoptée à l’unanimité.

Intitulé « Feuille de route vers la fin du sans-abrisme », le document fait suite à une résolution présentée en septembre par le conseiller du quartier 5, Michel Parent, qui souhaitait voir une stratégie pour tenter d’éradiquer le sans-abrisme dans la municipalité.

Celui-ci a pris la parole après la présentation et s’est exprimé avec émotion sur l’urgence de la situation à Sudbury, avouant avoir lui-même vécu une période difficile par le passé qui l’a plongé dans une situation d’itinérance.

Il a affirmé qu’une personne qu’une personne qui devient sans-abri est à risque de développer des problèmes de dépendances : « Cela souligne l’importance d’intervenir avant que la profondeur des questions qui en découlent ne soit exacerbée ».

Le conseiller francophone Michel Parent a travaillé comme ambulancier dans le passé. Photo : Capture d’écran ville de Sudbury

La solution présentée dans le document consiste en une combinaison de fonds fédéraux, provinciaux et municipaux comprenant 322 millions de dollars en coûts d’immobilisation et de démarrage, 13,6 millions de dollars par année en coûts d’exploitation et 11 millions de dollars supplémentaires par année en termes de loyers supplémentaires. La municipalité pourrait fournir jusqu’à 30 % du capital des coûts.

« On ne peut pas y arriver seuls. Il est certain que le gouvernement fédéral et la province doivent jouer un rôle clé, comme cela a été le cas dans le passé pour le logement », a lancé de son côté le maire Paul Lefebvre.

Un sans-abrisme rare, bref et non récurrent

Le plan d’une cinquantaine de pages a pour objectif d’atteindre le « zéro fonctionnel », afin de mettre fin au sans-abrisme d’ici 2030.

« Alors que le but ultime est le zéro absolu en termes de sans-abri, le zéro fonctionnel prend en considération le fait que l’afflux de sans-abri peut être imprévisible malgré tous les meilleurs efforts de la communauté », peut-on lire dans le rapport.

En termes quantitatifs, ce zéro signifierait que le nombre de personnes sans-abri est de trois ou moins, et que la collectivité peut soutenir ce nombre pour trois ou plus par mois.

Tyler Campbell, directeur des services sociaux de la Ville, a assuré la présentation lundi soir. Photo : Capture ville de Sudbury

Ce système de zéro fonctionnel garantit que le sans-abrisme sera rare, bref et non récurrent.

La feuille de route contient, ainsi, plusieurs recommandations visant à accroître l’accès au logement pour les itinérants, mettant l’accent sur la transition des services passifs, comme les centres de réchauffement et les services de sensibilisation, vers des services actifs comme les services de prévention et la mise à disposition de logements communautaires.

Pour le premier pan, la rareté, des recommandations comprennent l’élaboration de logements de base et abordables avec des stratégies supplémentaires pour accroître l’abordabilité du logement.  

Pour le second, la brièveté, il s’agira de mettre plus d’efforts vers la transition, soit un refuge d’urgence, soit un logement de transition ouvert 24 heures sur 24.

En ce qui concerne troisième pilier, la non-récurrence, des investissements dans d’autres programmes de logement avec services de soutien, comme une conversion des programmes de refuges d’urgence en logements de transition sont envisagés.

La Ville a vu une augmentation exponentielle du taux d’occupation dans les logements temporaires entre 2022/2023 et 2023/2024. Photo : Capture de la ville de Sudbury

Des données inquiétantes

Des projections incluses dans le rapport prévoient une tendance à la hausse pour le nombre de personnes en situation d’itinérance dans le Grand Sudbury qui est actuellement de 237, pour ceux qui ont étés enregistrés par les services d’urgence. 75 % d’entre eux sont à Sudbury depuis au moins cinq années.

La conseillère Nathalie Labbée, du quartier 7 en a profité pour demander de confirmer une rumeur qui circule actuellement dans le ville du nickel et selon laquelle des personnes sans-abri seraient envoyés vers le Nord.

« Nous ne voyons pas des autobus remplis de gens qui sont déposés ici dans nos refuges. Les gens que nous voyons qui sont nouveaux dans notre communauté arrivent par eux-mêmes », a répondu Gail Spencer, gestionnaire de la stabilité du logement et des sans-abri pour la Ville. « Ils sont en transition et migrent par le nord de l’Ontario, c’est très courant chez les sans-abri », finit-elle.

« La population de sans-abri atteindra 741 personnes d’ici 2030, soit une augmentation de 205 % par rapport à décembre 2023 », peut-on lire dans le rapport.

Photo : Capture d’écran de la ville du Grand Sudbury

Un graphique présenté montre l’évolution des niveaux d’acuité, c’est-à-dire, le niveau de soutien dont la personne aurait besoin pour obtenir et maintenir un logement permanent et qui donnent la priorité à la personne pour les services de soutien les plus appropriés.

« L’augmentation la plus significative est attendue dans le niveau d’acuité élevé, avec un nombre total de sans-abri dans cette catégorie estimé à 611 personnes d’ici 2030 », poursuit-on dans le rapport.

On apprend aussi qu’en 2023, les principaux facteurs contribuant à une personne itinérante : rupture de la famille ou de la relation, santé mentale, crise financière, expulsion du logement et la toxicomanie. En outre, le taux d’inoccupation est proche du 0 % à Sudbury.

Un travail commun

« Le secteur des services communautaires ne peut pas résoudre le problème seul, le sans-abrisme est ce qui arrive lorsque d’autres systèmes de service tombent en panne », affirme le rapport en guise de conclusion.

Le maire Lefebvre a indiqué que les villes de North Bay et Sault Ste. Marie comptent s’inspirer du modèle adopté par Sudbury,

Des approches similaires ont été adoptées par d’autres municipalités, notamment la région de Waterloo, qui a engagé environ 245 millions de dollars pour mettre fin au sans-abrisme chronique d’ici 2030.

Le personnel municipal va préparer un plan financier et élaborer des analyses de rentabilisation pertinentes, y compris des stratégies complètes de financement et de promotion, et les présentera au Conseil dans le cadre du processus budgétaire de 2025.

Une pluie de récompenses d’ici vendredi à Toronto

TORONTO – La semaine du Canada à l’écran bat son plein jusqu’au 1er juin. Cet événement de l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision (l’Académie) réunit l’industrie audiovisuelle pour une série d’activités de réseautage et de remises de prix.

La cérémonie des Prix écrans canadiens aura lieu ce vendredi à 16 h, et sera télédiffusée à CBC à 21 h, en plus d’être disponible sur le site de l’Académie. Il s’agira de la dernière d’une suite de sept séances de remises de prix, les six autres étant diffusées en direct sur le site de l’Académie, entre mardi et jeudi. En tout, c’est plus de 160 récompenses qui seront remises dont une quinzaine lors du gala principal.

Le film Vampire humaniste cherche suicidaire consentant a été sélectionné dans plus de 35 festivals à travers le monde. Photo : Shawn Pavlin

Parmi les francophones qui pourraient se démarquer, notons les artisans du film Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, qui récolte une douzaine de nominations, notamment dans les catégories Meilleur film et Meilleure réalisation pour la gatinoise Ariane Louis-Seize. Cette comédie noire a déjà remporté plusieurs prix au Canada, mais aussi en France, en Espagne et en Italie.

Les francophones dominent d’ailleurs la prestigieuse catégorie du meilleur film. Parmi les six finalistes, on note Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, Les chambres rouges (4 nominations), Richelieu (6 nominations) et Solo (4 nominations). Les nominations sont complétées par Blackberry et Infinity Pool (Débordement), film qui récolte une dizaine d’autres nominations, dont une pour la direction photographique, assurée par le franco-ontarien Karim Hussain.  

La catégorie de la meilleure réalisation ressemble beaucoup à celle du meilleur film, mais on retire Richelieu pour le substituer par un autre film francophone, Kanaval de Henri Pardo.

Du film Kanaval, l’actrice Penande Estime et le réalisateur Henri Pardo, dans la série La cabine. Archives ONFR

Ru, le long-métrage de Charles-Olivier Michaud tiré du roman de Kim Thúy, cumule une dizaine de nominations, dont la meilleure adaptation pour le scénario de Jacques Davidts. Cette catégorie inclut aussi les films Cœur de slush (Sarah-Maude Beauchesne) et Le plongeur (Éric K. Boulianne et Francis Leclerc), lequel récolte aussi deux autres nominations.

Simple comme Sylvain est nommé quatre fois, dont une catégorie présentée lors du gala principal. Magalie Lépine-Blondeau pourrait alors l’emporter pour Meilleure interprétation dans un premier rôle, comédie. La réalisatrice Monia Chokri est nommée dans la catégorie meilleur scénario original. Ce prix, remis dans la cérémonie des arts cinématographiques jeudi soir, pourrait aussi récompenser Ariane Louis-Seize ou encore Delphine Girard pour Quitter la nuit.

Parmi ses trois nominations, Au-delà du papier, réalisé par Oana Suteu Khintirian et produit par l’Office national du film, pourrait être sacré meilleur long-métrage documentaire. Le film inclut plusieurs langues, dont le français, et s’interroge sur les façons de préserver le patrimoine à l’ère de l’infonuagique.

Des prix spéciaux déjà annoncés

En plus des artistes et membres de l’industrie en nomination, une vingtaine de lauréats recevront un prix spécial, déjà annoncé. C’est le cas du réalisateur Denis Villeneuve, à qui l’Académie décernera lors du gala principal son prix icône, « remis à une personne ou à une institution canadienne pour sa contribution exceptionnelle et continue à l’industrie audiovisuelle nationale ou étrangère ». Denis Villeneuve est reconnu parmi les plus grands réalisateurs canadiens, et s’est retrouvé sous les feux des projecteurs en 2024 grâce à la sortie de Dune : deuxième partie.

Le réalisateur, humoriste et acteur québécois Patrick Huard recevra quant à lui le prix Earle Grey, « remis à un interprète canadien pour son jeu exceptionnel dans les secteurs de la télévision et du cinéma canadien », lors de la cérémonie d’Arts cinématographiques, présentée jeudi à 19 h.

La liste complète des nominations, tout comme l’horaire et les webdiffusions des sept cérémonies se trouvent sur le site de l’Académie.

Contrastes et parallèles : les minorités linguistiques du Québec et de l’Ontario

Tout au long de la semaine, ONFR explore les réalités des minorités de langues officielles au Québec et en Ontario dans un contexte de tensions linguistiques dans la Belle Province.

Les réalités des minorités linguistiques anglophones au Québec et francophones en Ontario diffèrent considérablement en termes de contexte historique, de soutien institutionnel et de financement. Tandis que les anglophones au Québec disposent de nombreux atouts liés à leur maîtrise de la langue majoritaire du Canada, les francophones en Ontario doivent constamment lutter pour préserver et développer leurs acquis linguistiques et culturels.

Alors que l’Office québécois de la langue française vient de dévoiler son rapport sur l’état du français dans la province, la minorité anglophone partagerait de plus en plus de similarités avec la minorité francophone en Ontario.

Au regard des récents développements au Québec, notamment avec le projet de loi 96, du faible capital sympathie dont jouissent les anglophones au Québec ou encore du débat sur les universités anglophones à Montréal, mis en lumière par l’affaire impliquant le député fédéral Francis Drouin, des experts parlent d’un déclin de la minorité anglophone au Québec et croient que le contraste serait en fait amoindri entre les deux groupes.

De nombreuses études sociolinguistiques ont longtemps comparé ces minorités et examiné comment l’une et l’autre peuvent s’influencer. C’est d’ailleurs le travail de Shana Poplack, directrice du laboratoire de sociolinguistique de l’Université d’Ottawa. La chercheure, qui travaille sur les effets linguistiques du contact entre langue minoritaire et langue majoritaire, a publié plusieurs études à ce sujet.

« Tant la minorité francophone que la minorité anglophone sont convaincues que le contact avec la langue majoritaire ont produit des changements nocifs à la langue réceptrice, indique-t-elle, mais les résultats de nos recherches empiriques ont démontré clairement – à l’encontre des idées reçues – que tel impact, si impact il y a eu, est minime. »

Cela sous-entend que l’idée selon laquelle la minorité anglophone anglicise le Québec serait peut-être erronée. Et l’inverse vaudrait pour la minorité francophone en Ontario.

D’après le sociolinguiste et professeur émérite de l’Université du Québec à Montréal, Robert Bourhis, « si les statistiques montrent que les gens parlent moins français à la maison, le nombre de personnes qui connaissent la langue est confortable au Québec : 94 % des gens peuvent parler français, parce que oui, de nombreux anglophones parlent français ».

D’après le chercheur, les anglophones qui sont restés au Québec malgré les exodes des populations anglophones vers l’Ontario et le reste du Canada, suite aux deux référendums pour l’indépendance et la séparation du Québec ou encore la crise d’Octobre… ces anglophones ont choisi de participer à la vitalité québécoise et sont devenus pour beaucoup bilingues.

Le professeur rappelle que ceux qui choisissent de parler anglais à la maison ont entièrement le droit, et le gouvernement n’a pas à dicter cela. Il croit fermement qu’en aménagement linguistique « on ne doit pas utiliser la langue d’usage à la maison comme un indicateur du déclin d’une langue ou de l’avancée d’une langue ».

L’expert est d’avis que « pour le nationalisme québécois, le français est en danger, parce que l’usage du français à la maison n’est pas commensurable à celui de la connaissance du français, à 94 % dans la population générale et à 100 % chez les Québécois francophones ».

Le rapport de l’OQLF montre le nombre total de personnes connaissant le français seulement et ceux étant bilingue anglais/français. Ce chiffre représente 93,7 % de a population québécoise. Photo : OQLF

Dans le dernier rapport sur la situation linguistique au Québec dévoilé par l’Office québécois de la langue française (OQLF), l’immigration, les jeunes et le bilinguisme des villes telles que Montréal et Gatineau sont mis en porte-à-faux en lien avec l’état du français dans la province.

Pour Robert Bourhis, il est évident que, pour le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, il est catastrophique que les jeunes s’intéressent au bilinguisme. Or, « les jeunes Québécois comprennent très bien que le bilinguisme est un atout et qu’il n’est pas nécessairement soustractif ».

En Ontario, le bilinguisme est souvent acquis de naissance chez les Franco-Ontariens, puisque les couples exogames y sont monnaie courante.

Au Québec, le taux de bilinguisme a augmenté, surtout chez la minorité anglophone et aussi chez les francophones : en 2001 (A = 65,9 % et F = 37,7 %) et en 2021 (A = 67,1 % et F = 42,2 %), selon les travaux de M. Bourhis.

Le professeur émérite Richard Bourhis est réputé à l’internationale pour ses travaux dans le domaine de la psychologie sociale. Il a notamment travaillé sur l’impact de la Loi 101 sur la majorité francophone et les minorités anglophones du Québec. Photo : Gracieuseté de Richard Bourhis

Le document de l’OQLF révèle que les derniers recensements démontrent une augmentation du nombre de personnes de langue maternelle française au Québec (+ 4910 personnes entre 2016 et 2021). Pourtant, le poids démographique des Québécois parlant principalement le français à la maison a diminué, passant de 80,8 % à 78,9 %, au profit de l’anglais, passant de 10,4 % à 11,1 % et des autres langues.

Si on se base sur la langue parlée à la maison entre 2016 et 2021, le déclin représente 1,9 %. Photo : OQLF

En Ontario, « le tiers des Franco-Ontariens a adopté l’anglais comme principale langue d’usage à la maison, alors qu’au Québec c’est à peine plus de 10 % de la population anglo-québécoise qui parle anglais à la maison », estime le chercheur.

Le déclin du français au Québec selon les experts

Jean-Pierre Corbeil est professeur de sociologie à l’Université Laval et auparavant directeur adjoint à la division de la diversité et de la statistique socioculturelle de Statistique Canada.

Selon lui, lorsqu’on parle d’une possible noyade démographique des francophones au Québec, la réalité est beaucoup plus complexe que cela.

Par le passé, le sociologue avait déjà parlé de « panique morale », définie comme étant un processus de diabolisation d’une catégorie sociale présentée comme une menace. C’est aussi l’exagération de l’importance de certains événements, notamment en utilisant des expressions sensationnalistes.

Une nuance à prendre en compte, pense le chercheur. D’ailleurs, dans une recherche sociographique à venir de l’Université Laval, plusieurs analystes ont recensé toutes les mentions de cette notion de « déclin du français » dans les médias. Cette recherche dévoile qu’avant 2017, « c’était à peu près totalement absent dans les médias, alors que ce terme est monté finalement à 3000 mentions en 2022 ».

En bref, bien que le « déclin » du français à la maison ait lieu depuis 2001 au Québec, ce n’est que plus tard qu’il a fait les manchettes.

En Ontario, le français perd du terrain lui aussi. En dix ans, de 1991 à 2021, le poids démographique de ces résidents a baissé, passant de 4,8 % à 3,4 %.

Si 594 735 personnes parlent français à la maison, plus de 1,5 million d’Ontariens disent parler les deux langues officielles. La proportion de bilingues serait donc en augmentation.

Raymond Mougeon et Edouard Beniak, dans Linguistic Consequences of Language Contact and Restriction : The Case of French in Ontario (1994), disaient déjà que le pourcentage élevé de mariages mixtes entre anglophones et francophones (exogamie) en Ontario était l’un des principaux facteurs responsables de l’anglicisation des Franco-Ontariens dans cette province.

D’après M. Corbeil, qui œuvre dans le domaine de la démolinguistique et étudie la situation linguistique au Canada, « il y a des communautés francophones en Ontario, puis il y a des communautés anglophones au Québec. Ces communautés-là ne vivent pas toutes la même réalité ».

Ceci étant dit, les ressources, les institutions dont disposent la plupart des Anglo-Québécois dans la grande région de Montréal ne sont pas sur un même point d’égalité que les Franco-Ontariens à Ottawa ou ailleurs en province.

Jean-Pierre Corbeil est sociologue et expert en démolinguistique. Il étudie la situation linguistique au Canada. Photo : Statistique Canada 

Sur ce qui est des services et institutions : « La plupart des Anglo-Québécois ont accès à des services dans leur langue. Les institutions sont souvent bilingues et tenues par la loi d’offrir des services dans les deux langues. Alors qu’en Ontario, même s’il y a la Loi sur les services en français, c’est souvent une lutte de tous les instants », rappelle M. Corbeil.

Le cas du postsecondaire au Québec et en Ontario

L’Ontario peut aujourd’hui compter sur plusieurs institutions postsecondaires de langue française, telles que l’Université de l’Ontario français à Toronto, l’Université d’Ottawa et l’Université Saint-Paul (toutes deux bilingues), ainsi que l’Université de Sudbury, l’Université de Hearst, le Collège Boréal ou encore La Cité à Ottawa.

Au Québec, il existe neuf institutions postsecondaires anglophones, comprenant à la fois des universités et des collèges (CEGEPs). Parmi les plus connues, on trouve l’Université McGill, l’Université Concordia, l’Université Bishop’s et le Collège Dawson. Presque toutes ces institutions sont situées à Montréal ou dans ses environs, sauf le Collège Héritage, qui est le seul établissement anglophone à l’ouest du Québec, dans la ville de Gatineau.

Selon Jean-Pierre Corbeil, bien qu’il existe un réseau bien établi d’enseignement de la langue anglaise du primaire au postsecondaire au Québec, les effectifs des écoles anglophones ont diminué depuis de nombreuses années.

À ce titre, M. Bourhis explique également que la Loi 101 a restreint l’accès des allophones et des francophones aux écoles anglophones, et la Loi 14 (anciennement le projet de loi 96), fixe des limites quant au nombre total d’inscriptions dans les cégeps de langue anglaise.

Par exemple, au Collège Dawson, cela signifie qu’ils peuvent inscrire un maximum de 7915 personnes chaque année.

En 2018, le gouvernement ontarien profitait d’un énoncé économique pour annoncer l’annulation du projet de l’Université de l’Ontario français (UOF), et la fin de l’indépendance du Commissariat aux services en français. C’était le « jeudi noir ». Photo : Sébastien Pierroz

En Ontario, il est impossible de ne pas mentionner le « jeudi noir » de 2018, lorsque le gouvernement progressiste-conservateur a mis fin au projet de création de l’Université de l’Ontario français (UOF) – qui a finalement vu le jour en 2020 – et a transféré les responsabilités du commissaire aux services en français au Bureau de l’Ombudsman de l’Ontario.

Récemment, le refus de financement de l’Université de Sudbury a été perçu comme un recul pour la communauté franco-ontarienne, qui voit dans l’éducation en langue minoritaire un élément crucial de sa pérennité. D’un autre côté en mars dernier, le gouvernement provincial ontarien révélait qu’il ferait des étudiants étrangers francophones une cohorte prioritaire dans la délivrance des permis d’études.

Enfin, s’il est facile de constater que l’enseignement en anglais au Québec subit de nombreuses restrictions, les questions de financement de ces instituions n’est évidemment pas comparables à celui des établissements franco-ontariens qui pour la plupart souffrent d’un sous-financement et d’inscriptions en baisse, comme l’a énoncé le rapport sur la viabilité du post-secondaire, le rapport Harrison en novembre 2023.

L’Université McGill est le plus ancien des établissements universitaires du Québec, car créé en 1821, avant la première université francophone du Canada, l’Université Laval. Photo : Canva

Pour démystifier la formule de financement des universités québécoises, une analyse plus approfondie est nécessaire. Toutefois, M. Corbeil affirme qu’il existe un sous-financement chronique des institutions postsecondaires anglophones au Québec, estimé à environ 1,4 milliard de dollars.

À noter, que d’après M. Corbeil, « beaucoup de francophones étudient à McGill ou Concordia, et parlent principalement le français à la maison ou avec leurs amis. En fait, dans plus de 80 % des cas ».

Compte tenu de ces informations sur les établissements de la minorité anglophone, la question de l’anglicisation du Québec par les universités anglophones est redevenue d’actualité. Cela fait suite à la réaction du député franco-ontarien Francis Drouin en comité des Langues officielles, après que deux experts aient suggéré que l’Université McGill, l’Université Concordia et l’Université Bishop’s contribuent au déclin du français.

L’expert ajoute que de croire que les universités ont un tel impact, « c’est surestimer gravement l’influence et le rôle de ces universités-là, alors que dans bien des cas, c’est beaucoup plus des facteurs de milieux ».

Selon M. Bourhis, « le bilinguisme est additif et non soustractif », et c’est pourquoi les universités comme McGill, Concordia ou Bishop’s n’anglicisent pas le Québec.

Et de rajouter : « Hélas, on vit une situation en ce moment de polarisation intergroupe qui attise un peu les nationalismes ethniques qui existent dans toutes les sociétés, mais qui, en ce moment, sont assez saillants dans le contexte québécois. »

Le déclin des anglophones

Enfin, les anglophones seraient en perte de statut institutionnel : « On retrouve aussi des indicateurs très intéressants depuis deux, trois recensements sur le salaire médian des anglophones qui est moindre que celui des francophones », explique M. Bourhis.

Au cours des vingt-cinq dernières années, la situation socioéconomique de la minorité anglophone au Québec a considérablement décliné, d’après les experts.

Dans les travaux de M. Bourhis, les recensements montrent que le salaire médian annuel des anglophones était inférieur à celui des francophones en 2011 (A = 27 213 $ et F = 29 432 $) et en 2021 (A = 32 000 $ et F = 37 200 $).

Une tendance similaire pour ce qui est des taux de chômage des anglophones étant plus élevé que celui des francophones ainsi que la proportion de la population vivant sous le seuil de pauvreté étant plus élevée chez les anglophones que chez les francophones.

L’opinion publique dénonce que le français au Québec sera toujours menacé par l’anglais. « C’est mathématique, géographique, économique, médiatique, démographique », disait le chroniqueur Yves Boisvert. Photo : Canva

En Ontario, les données du recensement de Statistique Canada révèlent que les francophones ont un revenu moyen supérieur à celui des anglophones de la province. En 2021, les Ontariens de langue maternelle française avaient un revenu moyen de 61 350 $, soit environ 7 % de plus que leurs homologues anglophones.

Cette année-là, les Franco-Ontariens ont constaté une augmentation de 17 % de leur revenu moyen par rapport à celui de 2016.

Le revenu supérieur des francophones en Ontario pourrait s’expliquer par leur niveau de scolarité généralement plus élevé que celui des anglophones, ainsi que par leur bilinguisme.

« Le recul des anglophones au Québec est d’abord institutionnel, pense M. Bourhis, ça a été le cas avec la perte des d’hôpitaux anglophones au Québec. »

Tous les hôpitaux anglophones créés par les anglophones sont dorénavant des institutions bilingues, comme l’Hôpital général juif et l’Hôpital de St. Mary. Il existerait environ 50 établissements de santé bilingues au Québec, alors qu’en Ontario, l’Hôpital Montfort est le seul hôpital francophone de la province. D’autres hôpitaux promettent d’offrir des services en français dans les régions désignées de l’Ontario en vertu de la Loi sur les services en français, tel que l’Hôpital général d’Hawkesbury ou encore le Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO).

L’Hôpital Montfort est le seul hôpital francophone de la province. Photo : Archives ONFR

« Il y a des hôpitaux qui ont un capital humain très anglophone et qui doivent servir les francophones autant que les anglophones et c’est la loi qui l’oblige. »

Les anglophones représentent environ 8 % de la population totale du Québec. Les francophones représentent environ 4 % de la population totale de l’Ontario.

Enfin, selon Robert Bourhis, une différence majeure dans la sociologie de ces communautés réside dans le fait que les Anglo-Québécois ont été une minorité élite qui a fondé et développé leurs institutions. En revanche, les Franco-Ontariens n’ont jamais occupé une position de domination en Ontario. Ils ont toujours été une minorité souvent dévalorisée et défavorisée, occupant fréquemment des emplois peu rémunérés.

« Là est la plus grande différence. »

Omer Cantin, fondateur de la Librairie Le Nord, est décédé

HEARST – Le propriétaire et éditeur de la Librairie Le Nord, Omer Cantin, est décédé samedi à 73 ans après un long combat contre la maladie.

Originaire de Lac-Sainte-Thérèse, au nord de Hearst, Omer Cantin combattait un cancer depuis plusieurs années. En 2021, M. Cantin avait dû réduire ses activités au sein de la librairie et même fermer pendant six mois, en raison de ses problèmes de santé.

« On était préparés, Omer vivait sur du temps emprunté, le médecin avait dit il y a quatre ans passés qu’il en avait pour pour six mois » , confie Noël Cantin, son frère cadet.

« Il avait encore toutes sortes de projets en tête », raconte M. Noël qui l’avait vu en février. « Il n’avait pas changé, même dans la maladie avait changé », soutient celui qui vit à Ottawa.

Fondateur du journal Le Nord

M. Cantin a été le premier journaliste et actionnaire du journal Le Nord, lors de sa création en 1976, en fut aussi le seul propriétaire de 1993 à 2016.

En 2017, il décide de vendre le journal aux Médias de l’épinette noire, laquelle possède également la station de radio communautaire CINN FM et qu’il avait également fondée. Steve McInnis, actuel propriétaire du journal, se souvient du moment où il le lui a racheté.

Omer Cantin a fondé La Librairie du Nord en 1988. Photo : ONFR TFO / Inès Rebei

Il raconte qu’à l’époque un grand réseau de média tentait d’acquérir l’hebdomadaire : «  Je l’ai approché pour faire une offre qui était beaucoup plus basse que ce que les autres lui remettaient mais puisque c’était communautaire et que c’était d’ici il préférait faire beaucoup moins d’argent pour s’assurer que le journal Le Nord, demeure vivant et ici. »

Et d’ajouter : « C’est une grosse perte non seulement pour la ville mais pour l’Ontario au complet parce qu’il était très impliqué un peu partout dans la francophonie. »

Lutte pour le patrimoine

Omer Cantin avait également créé Les Éditions Cantinales de Hearst en 1995 et mis sur pied la Fondation Omer Cantin, avec pour objectif de préserver le patrimoine franco-ontarien et de mieux faire comprendre le monde agricole.

Le fier Franco-Ontarien a aussi pris part à la création de la Société historique de Hearst et de la Région et celle d’histoire et de généalogie de Kapuskasing. En 2007, il était fait Chevalier de l’Ordre de la Pléiade, par l’Ontario.

Le maire de Hearst, Roger Sigouin, qui l’a bien connu considère qu’il s’agit d’une grande perte pour Hearst : «  C’était quasiment un historien, si on peut dire, surtout au niveau de la ville, qui était très impliqué dans la communauté. »

«  C’était tout une personne de l’ombre mais on sait qu’il avait beaucoup de connaissances au niveau des livres, de la bibliothèque et de tout ce qu’il y avait là dedans », finit-il.

La question se pose quant à l’avenir de la Librairie Le Nord qu’il tenait à bout de bras avec un seul employé.

Des funérailles auront lieu le 4 juin à 10 h 30, en la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption de Hearst.

Première historique : les langues autochtones autorisées au parlement ontarien

TORONTO – Le député néo-démocrate de Kiiwetinoong, Sol Mamakwa, seul élu membre des Premières Nations siégeant à Queen’s Park, a marqué l’histoire ce mardi en s’exprimant en anishininiimowin. Une première pour la chambre législative de l’Ontario, qui autorisera désormais les langues autochtones à être utilisées dans l’enceinte de la chambre.

C’est face à une chambre comble et sous des tonnerres d’applaudissements de toute part que Sol Mamakwa a donné un discours historique d’une dizaine de minutes dans sa langue autochtone anishininiimowin.

En effet, pour la première fois, le Parlement ontarien a autorisé une langue autre que le français et l’anglais, à être officiellement parlée, interprétée et retranscrite dans l’enceinte de la chambre.

« Dans le passé, on nous a interdit de nous exprimer dans nos langues natives (en référence aux pensionnats autochtones). On nous a dit que jamais ce ne serait permis au Parlement et, aujourd’hui, ça le devient », a-t-il déclaré avec émotion.

De poursuivre : « Je me sens très reconnaissant de pouvoir m’exprimer dans ma langue et d’incarner ma culture et je m’en sens plus fort. Que l’on continue à lutter pour nos droits avec tous les gouvernements et je prie en ce jour historique qu’on puisse autoriser à parler ces langues autochtones dans d’autres chambres au Canada. »

Après son discours acclamé, Sol Mamakwa a également ouvert la marche de la période des questions en anishininiimowin, en lien avec des problématiques autochtones, levant la question de la pénurie des lits de soins de longue durée à Sioux Lookout.

« Le manque de lits de soins de longue conduit les unités d’urgence à utiliser leurs lits pour des aînés. Est-ce la province va s’assurer qu’ils aient les ressources dont ils ont besoin et qu’il y aura un financement pour le permettre ? »

Stan Cho, le ministre de Soins de longue durée l’a invité à en discuter ensemble pour trouver des solutions pour la communauté de Sioux Lookout, précédant une intervention du premier ministre ontarien.

« Je suis fier de vous et de ce que vous faites. Je m’engage à construire cet établissement de soins de longue durée », a promis Doug Ford avant de se lever et de rejoindre Sol Mamakwa au centre de la chambre pour lui serrer la main.

Photo : ONFR/Sandra Padovani

Un pas de géant pour les droits des Premières Nations

En mars dernier, à l’occasion d’un discours lors d’une réception, le député de Kiiwetinoong avait déploré ne pas pouvoir parler son propre langage à l’Assemblée.

S’en étaient suivies des discussions entre lui et le leader parlementaire et ministre du Logement Paul Calandra, incrédule face à cette déclaration, n’étant pas au courant de la règle archaïque datant de 1867 interdisant l’usage des langues autochtones.

Sol Mamakwa lui avait alors rappelé ses tentatives pour parler en anishininiimowin par le passé, interrompues à chaque fois par le président de la chambre Ted Arnott

À la lumière de ces informations, Paul Calandra avait ensuite pris les choses en main et entrepris les démarches pour faire changer le règlement autorisant tous les futurs membres autochtones du parlement provincial à parler leur langue, sous couvert d’informer préalablement le greffier sur la langue en question pour l’organisation de l’interprétation et de la traduction en interne.

« Il s’agit d’un moment historique pour les peuples autochtones de l’Ontario. Il renforce le capital symbolique des langues autochtones (souvent reléguées à la sphère privée et au passé), surmontant ainsi la honte associée à celles-ci », a réagi Darren O’Toole, professeur à la Faculté de droit et à l’École d’études politiques à l’Université d’Ottawa.

« C’est un pas simple vers la réconciliation »
— Sol Mamakwa

« Nous sommes si fiers de notre collègue. Ce jour marque un pas important et j’espère vraiment qu’on verra d’autres législatures provinciales et le parlement fédéral mettre en place des changements et règlements similaires », a souligné la cheffe du NPD Marit Stiles aux journalistes, juste après la session parlementaire.

À ses côtés, Sol Mamakwa a lui aussi exprimé son sentiment aux médias : « C’est monumental pour moi. Quand j’ai commencé mon discours, j’ai eu l’impression par automatisme que j’enfreignais les règles et les lois de la chambre. Puis je me suis rappelé qu’il n’y a rien de mal à parler ces langues. C’est l’anniversaire de ma mère aujourd’hui et j’ai pu parler ma langue natale, je suis très fier. »

« C’est un bon jour. Non. C’est un jour formidable, a-t-il corrigé. J’appelle d’autres parlements et la Colline parlementaire à en faire de même, à arrêter d’être colonialistes. C’est un pas simple vers la réconciliation », a-t-il conclu.

Vers la mise en œuvre quasi complète de la Loi sur les langues officielles d’ici un an

OTTAWA – Les libéraux assurent que la majorité des derniers éléments de la Loi sur les langues officielles, qui ne sont pas en vigueur présentement, le seront au plus tard d’ici un an, alors que Raymond Théberge commence à montrer des signes d’impatience devant la longueur du processus.

« À ce temps-ci l’an prochain, ça va être prêt », a assuré Marc Serré, le secrétaire parlementaire du ministre des Langues officielles, lundi après un Comité des langues officielles.

Les consultations auprès des communautés francophones, obligatoires pour l’adoption des règlements, ont déjà démarré et se poursuivront jusqu’à l’automne 2024, ajoute Marc Serré.

Les règlements en question portent sur des nouveaux pouvoirs du commissaire aux langues officielles, comme celui de donner des amendes ainsi que sur la partie VII de la Loi sur les langues officielles. Le commissaire Raymond Théberge trouve crucial d’adopter rapidement cette section, car c’est celle « qui a le plus grand impact sur le développement de nos communautés ».

« On constate une lenteur par rapport aux développements des règlements. C’est une situation pressante, on doit aller le plus rapidement possible », a déploré Raymond Théberge lors d’une comparution au Comité des langues officielles lundi soir.

« Ce qui est important maintenant, c’est de se doter d’un règlement solide pour la mise en œuvre de la partie VII », presse-t-il.

La partie VII concerne « l’épanouissement et le développement » des minorités francophones ainsi que la prise de mesures positives par le gouvernement fédéral. Il assure la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles et engage le fédéral à prendre les mesures nécessaires, notamment au niveau monétaire, pour assurer l’égalité entre le français et l’anglais.

Voyant qu’il y avait « un vide » qui n’était pas assumé par le gouvernement fédéral, le Commissariat aux langues officielles a décidé d’aviser « proactivement » les institutions fédérales de leurs nouvelles obligations concernant cette section de la Loi.

« On n’est pas là pour faire de la suppléance, mais trop souvent on fait de la suppléance en attendant, mais moi je ne peux pas attendre », s’impatiente-t-il.

Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge. Gracieuseté.
Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge. Gracieuseté Commissariat aux langues officielles.

C’est aussi sous cette portion que sont déterminées les principales obligations linguistiques des ministères et institutions fédérales. Par exemple, une institution fédérale doit s’assurer en vertu de ses obligations, que lorsqu’elle lance un programme, que celui-ci n’ait pas d’impact négatif sur les minorités linguistiques.

« Par le passé, on a compris qu’une forte majorité des institutions ne comprenaient pas leurs obligations dans la partie VII en disant « ça ne nous touche pas, on ne travaille par sur les communautés ». Mais d’une certaine façon, tout ce qu’on fait a un impact sur les communautés donc c’est extrêmement important de sensibiliser l’appareil fédéral », soutient M. Théberge.

Le principal intéressé attend aussi de ses nouvelles compétences que lui garantissent la Loi sur les langues officielles comme le fait de distribuer des sanctions administratives ainsi que certaines portions de ses nouveaux pouvoirs d’ordonnance.

« En dépit des bonnes intentions, le temps presse. 2025, ça s’en vient vite. »

L’été 2025 est un échéancier plus rapide que ce qu’avaient prévu les libéraux initialement, la présidente du Conseil du Trésor qui affirmait à l’automne que ça pourrait prendre deux à trois ans alors que le ministre Randy Boissonnault ne voulait pas mettre de date finale sur le processus à la même époque.

Un autre règlement que le gouvernement promet d’adapter l’été prochain est la mise en vigueur de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées fédérales au Québec. Toutefois, la majorité des entreprises au Québec ont déjà signalé leur intention de s’aligner sur la législation québécoise, la Charte de la langue française.

Le dernier élément de la Loi sur les langues officielles qui restera à être mis en application est la section portant sur la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale dans les régions à forte présence francophone hors du Québec. Le gouvernement doit d’abord déterminer quelles sont ces régions. Ensuite, deux ans après son entrée aux matières au Québec, la Loi pourra être appliquée aux régions francophones sélectionnées.

Les populations des grandes villes du Nord retrouvent des niveaux historiques

SAULT STE. MARIE – La population du Nord a atteint des niveaux jamais vus depuis plus de dix ans dans le cas de Sault Ste. Marie ou encore Timmins. Les maires des plus grandes villes se sont réunis lundi pour réclamer plus d’aide des deux paliers gouvernementaux pour répondre à cette demande croissante.

En toile de fond, ces données publiées par Statistique Canada la semaine passée qui montrent que la population de Sault Ste. Marie en 2023 est passée de 74 679 en 2021 à 78 574 habitants, soit une augmentation de 5,2 % en seulement trois ans.

Il s’agit du plus haut niveau depuis 1996, lorsque les données du recensement chiffraient ce nombre à 80 054. Lors du recensement suivant, en 2001, la population de la ville avait chuté à 74 566 habitants.

La population de Timmins a augmenté de 42 763, en 2021, à 43 156 en 2022 et 44 819 en 2023. C’est aussi la première fois que le nombre d’habitants retrouve le niveau du début des années 2000.

Du côté de North Bay, on assiste à une augmentation de 7 % depuis 2021, portant le nombre d’habitants à 79 732 tandis que cette donnée stagnait aux alentours de 74 000 dans les vingt dernières années. Sudbury n’est pas en reste avec une hausse estimée de 4,4 % entre 2021 et 2023.

Un appel aux gouvernements

Peter Chirico, maire de North Bay, Paul Lefebvre, maire de Sudbury, Michelle Boileau, mairesse de Timmins, étaient présents à Sault Ste. Marie sur une invitation du maire Matthew Shoemaker.

Ceux-ci ont conclu que, compte tenu de la situation démographique du Nord qui comprend une population plus âgée et un taux de natalité plus faible, cette croissance démographique est un développement positif.

De gauche à droite, Steve Paikin, de TVO, a animé une table ronde sur les enjeux du Nord avec Michelle Boileau, mairesse de Timmins, Peter Chirico, maire de North Bay, Paul Lefebvre, maire de Sudbury et Matthew Shoemaker, maire de Sault Ste. Marie. Photo : Gracieuseté de la ville de Sault Ste. Marie

Néanmoins, ces derniers ont tenu à faire un appel aux gouvernements provincial et fédéral pour demander plus de ressources pour faire face aux nouveaux défis créés par cette croissance.

Parmi ces enjeux, ils citent la pénurie de médecins de famille, la crise de santé mentale et de toxicomanie, mais aussi et surtout le manque de logements abordables dans le Nord.

« Notre message est clair : nous avons besoin d’un soutien accru et nous en avons besoin maintenant », a déclaré Ken Boshcoff, maire de Thunder Bay, par voie de communiqué.

Plus d’aide pour des logements abordables

Les demandes au gouvernement de l’Ontario comprennent la réévaluation du Fonds pour les partenariats municipaux de l’Ontario et du Fonds d’appui au développement des ressources du nord de l’Ontario.

« Un plus grand nombre de logements est un élément important du casse-tête »
— Paul Lefebvre

L’objectif ? Mieux positionner les municipalités du Nord pour qu’elles puissent profiter des programmes provinciaux liés aux projets résidentiels.

« Nous avons besoin de plus de gens. La composition démographique du nord de l’Ontario exige une main-d’œuvre renouvelée pour veiller à ce que le potentiel économique du Nord ne soit pas perdu dans le Sud, et un plus grand nombre de logements est un élément important du casse-tête », a lancé de son côté Paul Lefebvre, maire du Grand Sudbury.

La perspective de nouveaux programmes d’immigration récemment annoncés par le ministre de l’Immigration, Marc Miller, ou encore le renouvellement du Programme pilote d’immigration dans les communautés rurales et du Nord (PPICRN) a été saluée par les maires présents qui ont affirmé que la hausse est en bonne partie attribuable à l’immigration.

Des jeunes francophones planteront 15 000 arbres à Timmins

TIMMINS – Près de 15 000 arbres vont être plantés d’ici les cinq prochaines années à Timmins grâce à une initiative de la section jeunesse de l’Alliance de la Francophonie de Timmins (AFT).

« Ça fait longtemps, presque dix ans, qu’on parlait d’avoir un groupe environnemental francophone de jeunes qui pourrait se rencontrer quelques fois par année pour identifier des projets possibles », confie Sylvin Lacroix, directeur général de l’AFT.

Celui-ci ajoute qu’une table de concertation avait eu lieu juste avant la pandémie et avait permis d’identifier plusieurs pistes telles que la plantation d’arbres, un forum et un symposium sur l’environnement.

Au-delà des initiatives, l’objectif reste de créer des rassemblements réguliers de jeunes francophones pour avancer vers des projets écologiques.

Sylvin Lacroix, directeur général de l’AFT, espère que ce projet attirera de la relève. Photo : ONFR TFO / Inès Rebei

Une entente avec le Collège Boréal

Une entente entre l’AFT et le Collège Boréal a permis de lancer le premier projet, soit la plantation d’arbres. Bien que l’établissement donnera les arbres gratuitement, l’Alliance a choisi de donner une bourse au programme de technologie en environnement forestier en guise de reconnaissance pour le partenariat.

La serre utilisée dans le cadre du programme de technologie forestière de l’établissement de Sudbury servira à fournir les arbres qui vont être plantés.

Marc Hébert, professeur du programme et responsable du projet avec l’AFT, fait savoir que le choix de l’espèce à planter n’est pas arrêté, bien qu’il ait une préférence pour des conifères natifs de la région.

Dans la serre du campus de Sudbury, on cultive et vend plus de 300 000 arbres pour le grand public et pour des compagnies qui en font la demande. Photo : gracieuseté du Collège Boréal

« On pensait au cèdre blanc, cette plante médicinale si spéciale pour les communautés autochtones. C’est une espèce que les gens aiment beaucoup », pense M. Hébert.

Les graines seront semées dans la serre d’ici les prochaines semaines afin de germer et d’être prêtes pour la plantation au printemps 2025. Le site de plantation sera déterminé prochainement par l’Alliance.

Encourager les jeunes

L’Alliance espère aussi tenir des expositions d’animaux en partenariat avec le Collège et offrir des conférences avec des scientifiques sur les enjeux environnementaux de la région grâce au réseau de l’établissement.

Le professeur franco-ontarien effectuera des déplacements vers Timmins au printemps 2025 pour accompagner le processus de plantation et offrir son expertise auprès des jeunes écoliers et autres néophytes.  

Le professeur du Collège Boréal, Marc Hébert, a reçu le Prix ministériel d’excellence des Collèges et Universités de l’Ontario le 16 mai dernier. Photo : Gracieuseté du Collège Boréal

« Les jeunes, c’est eux l’avenir de la planète. Donc, c’est important de leur parler de la foresterie, de la gestion des richesses naturelles, de l’environnement », ajoute-t-il.

« On pourrait avoir des conférenciers invités pour venir nous parler de là où on est rendus, de ce qui se passe au niveau du réchauffement de la planète », espère de son côté M. Lacroix.

Lancement en automne

Un site internet bilingue sera mis sur pied afin que tous puissent laisser un commentaire et une photo de l’arbre planté, afin de promouvoir le projet.

Le lancement officiel du projet devrait avoir lieu pendant la Foire d’automne de Timmins, durant laquelle les premiers milliers d’arbres seraient distribués. Les citoyens qui en recevront pourront les planter chez eux, à leur convenance.

Au printemps 2025, plusieurs milliers d’arbres seront plantés par des jeunes des écoles francophones de Timmins.

La santé : le combat public et personnel de Michelle Stevens

TIMMINS – Deux jours après la première pelletée de terre du très attendu nouveau Centre de santé communautaire de Timmins (CSCT), l’euphorie est encore très présente pour sa directrice Michelle Stevens. Habituellement très discrète, cette Franco-Ontarienne se livre sur ses batailles pour l’organisme francophone, mais aussi celles qu’elle livre en coulisse, dans sa vie privée.

« Comment s’est passée la pelletée de terre du CSCT de ce jeudi ?

Ça s’est très bien passé, malgré la météo avec des vents tellement forts qu’on avait de la misère à se garder les yeux ouverts. Plusieurs personnes se sont présentées, l’engagement était fort. Les gens étaient très heureux, l’ambiance était très positive.

De gauche à droite, George Pirie, ministre des Mines, Michelle Boileau, mairesse de Timmins, Nolan Quinn, adjoint parlementaire à la ministre de la Santé, Michelle Stevens et Karine Briand, présidente du conseil d’administration du CSCT lors de la pelletée de terre le 23 mai 2024. Gracieuseté

Sentez-vous qu’il s’agit d’un grand pas pour l’organisme ?

Disons que c’était pas mal significatif. Même le vent fort, on a eu l’impression que c’était symbolique de tous les défis qu’on a eus à franchir jusque-là. J’étais très émue aussi. J’ai pensé lâcher prise à plusieurs reprises, surtout avec tout ce qui s’est passé en parallèle, dans ma vie personnelle. Heureusement, j’ai pu compter sur le soutien de ma famille et de mes collègues de travail qui ont toujours trouvé les bons mots. C’était un très long et difficile trajet de quasiment quatre ans pour moi, mais au bout du compte ça en valait la peine.

Quel est le plus difficile à gérer quand on est à la tête d’un Centre en transition comme le vôtre ?

Je dirais le fait que j’ai dû mener le projet de construction tout de suite après mon embauche. Tout de suite, j’ai dû commencer les préparatifs pour les demandes de soumissions, les études, les évaluations. C’était aussi mon premier poste en tant que directrice générale d’un organisme, donc j’ai eu à préparer ce gros projet tout en apprenant mon nouveau rôle.

Michelle Stevens a reçu le Prix de la femme francophone de l’année en 2023 par l’ex-directrice du Centre culturel La Ronde, Lisa Bertrand (à droite) et du président du conseil d’administration, Stéphane Plante. Gracieuseté

Qu’est-ce qui vous a amenée, justement, à votre rôle au CSCT?

Je travaillais au Collège Boréal et je me suis fait approcher par des personnes du centre de santé pour m’aviser que le poste était affiché. C’était au tout début de la pandémie, et donc j’ai dit  »non, pas du tout, merci’’. Ça ne m’intéressait pas de diriger une équipe de santé pendant la pandémie. Mais, après plusieurs jours de réflexion, j’ai décidé de postuler et j’ai eu le poste le 14 septembre 2020.

Selon vous, quel est le plus gros défi actuellement au niveau de la santé en français à Timmins ?

Je dirais que ce serait de démystifier la définition de ce qu’est un francophone. J’ai eu l’occasion de siéger à un comité de liaison pour les services en français avec plusieurs partenaires clés. Ce qui arrive, c’est que les partenaires n’aiment pas nécessairement parler à haute voix ou s’exprimer en français, en raison du manque de confiance et du fait qu’il y a des attentes par rapport à la qualité du français avant de s’identifier comme étant francophone. Je voudrais vraiment démystifier tout ça et que les gens du Nord comprennent qu’on ne doit pas parler français parfaitement pour pouvoir s’identifier comme francophone.

Michelle Stevens et l’équipe du CSCT, le Jour des Franco-Ontariens en 2023. Gracieuseté

Sentez-vous un recul du français à Timmins, comme l’ont montré les données du dernier recensement?

Le pourcentage de francophones est plus élevé chez les baby-boomers ici, mais on a de plus en plus de nouveaux arrivants d’Afrique, par exemple, qui sont uniquement francophones et ont de grands besoins en santé. Alors je ne pourrais pas vraiment juger de s’il y a vraiment un recul sur le terrain, mais je crois qu’il y a eu un intérêt accru pour l’offre active de services en français.

Les organismes ont toujours encore peur de demander une désignation, parce qu’ils ont en tête que ça va créer plus de travail et mettre plus de barrières de recrutement du personnel. Ça serait important de les encourager plus en ce sens puisqu’on a quand même 43 % de la population qui est francophone dans le district de Cochrane.

Une mairesse francophone, une femme à la direction artistique de la Ronde, et vous au CSCT : sentez-vous que les femmes prennent plus leur place à Timmins?

Absolument, d’ailleurs j’ai travaillé avec la nouvelle mairesse au tout début de mes années au Collège Boréal. J’étais son mentor et sa superviseur, puis c’est elle qui a repris mon poste quand je suis allée au CSCT. On a tout de même été capable de vraiment se célébrer au long de notre parcours, et je suis très fière d’elle. Pour ce qui est de la femme, on a tout de même beaucoup de travail à faire dans le Nord de l’Ontario. C’est vraiment de faire valoir les compétences, car ça contribue beaucoup à l’équilibre des institutions.

De gauche à droite, Michelle Boileau – alors agente de liaison, Mélanie Dufresne – cheffe des programmes post secondaires, Jennifer Daoust – travailleuse avec le programme de jeunes en emploi et Michelle Stevens – gestionnaire des programmes d’emploi et d’immigration au Collège Boréal en 2017. Gracieuseté

Comment est-ce que ça se traduit chez vous au CSCT?

À mon niveau, j’essaie d’avoir un bon mélange d’hommes et de femmes au centre de santé parce que je trouve que ça a quand même un poids par rapport à la dynamique de travail. Ce n’est vraiment pas facile de recruter des hommes dans le domaine de la santé qui ne soient pas médecins ou pharmaciens. Des hommes infirmières auxiliaires, on n’en a pas alors qu’il y a des besoins criants. J’ai seulement trois hommes ici au Centre de santé, deux à temps partiel et un à temps plein, pour 18 femmes. Au niveau de mon conseil d’administration, par contre, on a un équilibre parfait homme/femme et c’est une excellente chose.

Comment voyez-vous l’avenir du centre, qui a débuté ses services seulement en 2019, dans les 10 prochaines années ?

La vision n’était pas vraiment claire quand j’ai commencé mon rôle. Mais plus j’avance, et plus je vois les lacunes en santé dans le Nord de l’Ontario. Je dirais donc de juste continuer à offrir la qualité de services, car on voit que nos efforts portent fruit. Quand je suis arrivée comme directrice générale, il y avait seulement 480 clients d’enregistrés et maintenant, on est au-delà de 1500, avec une liste d’attente.

L’objectif est aussi de sensibiliser la communauté sur l’importance de l’offre de services en soins dans la langue maternelle de choix. J’ai l’intention de vraiment d’appuyer la sensibilisation et de créer un processus de communication pour que la communauté soit plus ouverte à travailler avec le CSCT.

Michelle Stevens et des membres de son équipe reçoivent 5000 $ de la part du Club Richelieu de Timmins. Gracieuseté

Est-ce quelque chose qui résonne avec votre histoire personnelle ?

Je pense à quelque chose en particulier qui a eu un grand impact sur moi. En 2004, ma grand-mère a été diagnostiquée avec un cancer et je l’ai accompagnée à Sudbury alors qu’elle devait subir des traitements. Ma grand-mère est unilingue francophone, du Grand Nord de l’Ontario, et ce qui m’a vraiment frappée c’est que l’infirmière qui l’accompagnait dans son traitement n’était pas capable de lui expliquer en français les résultats de sa radio. Au lieu de lui trouver quelqu’un pour traduire, elle parlait plus lentement et plus fort en anglais dans l’espoir que ma grand-mère puisse mieux comprendre. C’est à ce moment-là que j’ai vu le travail à faire. Ça a été le deuxième événement qui a changé mon parcours.

Michelle Stevens avec sa grand-mère en 2005, après son diagnostic. Gracieuseté

Quel a été l’autre événement en question?

Le décès, en 2001, d’un très bon ami après que j’ai commencé à étudier en communication à l’Université d’Ottawa. Ça m’a fait réaliser à quel point la vie était trop courte et que je devais choisir un parcours académique qui me rendrait heureuse. Comme j’ai toujours aimé les langues et que j’étais très forte pour en apprendre, je me suis décidée à partir au Mexique pendant un semestre. Quand je suis revenue, j’ai changé mon baccalauréat pour avoir une concentration en espagnol. Ce choix-là, c’était aussi parce que j’avais dans l’idée de faire une carrière à l’international, dans les ambassades.

Mais finalement, vous êtes retournée vivre dans le Nord…

Oui. Après mes études, j’ai travaillé quelques années à Ottawa, mais j’ai réalisé que je voulais être proche de ma famille alors je suis revenue dans le Nord. J’ai commencé ma carrière au Collège Boréal à temps partiel et de manière contractuelle, j’enseignais alors des cours postsecondaires. J’avais aussi un contrat avec Industrie Canada pour appuyer les aînés avec des outils technologiques. Après plusieurs années, j’ai développé mes capacités en leadership et j’ai pu accepter, en 2015, un rôle comme gestionnaire des services d’immigration pour le Collège Boréal.

Michelle Stevens au Mexique avec des amies, la veille de son retour au Canada en 2002. Gracieuseté

De quoi êtes-vous la plus fière aujourd’hui ?

Un de mes plus grands accomplissements est d’avoir été capable de faire face au diagnostic de cancer de ma fille aînée. Je suis fière de ne pas avoir lâché prise et d’avoir continué à mener la bataille pour la construction du nouveau site, tout en accompagnant régulièrement ma fille pour ses traitements à Toronto. Elle est maintenant en rémission, puis on est toujours en croissance au niveau du centre, donc c’est une double victoire. J’ai aussi pu acheter une maison pour que ma maman puisse emménager avec nous et qu’on l’accompagne dans son vieillissement.

Où peut-on vous voir en dehors du centre ?

Je suis toujours dans les pistes, dans la nature avec mon chien en train de marcher tous les jours, toutes les fins de semaine. Et si je ne fais pas ça, je suis toujours à mon deuxième boulot : chauffeur de taxi pour les enfants ! »


1981 : Naissance à Kapuskasing.

2000 : Commence des études à l’Université d’Ottawa.

2006 : Retourne vivre dans le Nord pour se rapprocher de sa famille.

2015 : Devient gestionnaire du programme en emploi et immigration au Collège Boréal.

2020 : Accède à la direction générale du Centre de santé communautaire de Timmins.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Éducatrice de la petite enfance : quand la passion ne suffit plus

EMBRUN – Mélanie Ménard a grandi à Ottawa. Aujourd’hui mère de deux enfants, elle s’est toujours intéressée à la petite enfance. C’était donc une évidence pour la jeune femme d’en faire son métier. Aussitôt le secondaire terminé, Mélanie Ménard ira apprendre les rouages de ce beau métier au collègue La Cité. Mais après plusieurs années dans le domaine de la petite enfance, elle quittera son travail d’éducatrice, épuisée et dégoutée. Aujourd’hui témoin de l’effondrement du système, elle n’y retournera plus.

« J’ai toujours eu une passion pour les enfants et le développement de l’enfant, alors aussitôt que j’ai gradué, je suis rentrée dans le domaine », dit celle qui admet avoir su très tôt qu’elle ferait un métier de passion.

Pourtant, en 2019, tout s’arrête pour la jeune femme.

« Ça faisait un petit bout que ça n’allait plus. Puis, avec ma première grossesse, je crois que ça a été le déclencheur : je suis partie et je n’y suis jamais retournée. »

Aujourd’hui, Mélanie Ménard observe la situation se détériorer et ne peut s’empêcher de penser que cela aurait pu être évité.

« La petite enfance sonne l’alarme depuis très longtemps, et c’est pour cette raison que j’ai décidé de quitter le système », avoue-t-elle.

« Les conditions de travail sont quand même assez difficiles pour une éducatrice, sans parler des bas salaires. »

D’ailleurs, la question salariale a influencé sa décision. Selon la jeune mère, il était impossible de mettre son enfant en garderie avec le faible salaire qu’elle tirait de son emploi d’éducatrice.

« On est tellement fatiguées! C’est une fatigue mentale, physique, émotionnelle »

« Mon salaire ne couvrait même pas les frais de garderies et, pendant mon congé de maternité, le centre éducatif dans lequel je travaillais s’est fait acheter par un groupe qui a abaissé les salaires. Je gagnais 47 000 $ par année et les nouvelles grilles salariales faisaient passer mon salaire à 35 000 $. Je pense que c’était anormal, mais donc, j’étais mieux de rester à la maison. »

Des conditions de travail qui n’en valent pas la peine

Ayant passé huit années en garderie, Mélanie Ménard confie avoir constaté un énorme manque de soutien pour les enfants à besoins spéciaux. « C’est vraiment difficile de gérer ton groupe quand tu as un enfant qui a des besoins spéciaux et que tu essaies de t’occuper de sept autres enfants en même temps. »

D’après elle, « on n’arrive pas à offrir du soutien à ces enfants qui en ont tant besoin. C’est impossible de se couper en trois pendant notre journée. Je prenais même mes pauses de dîner pour préparer des activités pour les enfants ».

Mélanie Ménard a été éducatrice de la petite enfance pendant huit ans. Photo : Gracieuseté

Mélanie Ménard se souvient des difficultés de recrutement. Déjà, avant la pandémie, « on prenait ce qui passait parce qu’on n’avait pas le choix. Il faut que tu bouches un trou. Ce n’est pas nécessairement des gens qui sont qualifiés ou qui sont là pour des bonnes raisons ».

Pour certaines éducatrices de la petite enfance, les éducatrices issues de l’immigration francophone venues en renfort ont sauvé certaines garderies de la fermeture. Cependant, pour Mélanie Ménard, si cette main-d’oeuvre est indispensable à la pérennité des garderies, le nombre important de personnel débutant ou non qualifié complexifie le travail des éducatrices expérimentées.

« Parfois, c’était vraiment difficile. Il faut qu’on travaille ensemble mais, en parallèle, quand les gens ne savent pas ce qu’ils font, c’est une surcharge aussi pour les autres. »

« Il y avait tellement de gens qui partaient, même au niveau de la direction. »

Toutes ces circonstances ont finalement poussé Mme Ménard à bout. Après presque une décennie à s’occuper des enfants, elle a pris conscience du manque de valorisation que son emploi lui procurait.

Elle en témoigne : « Il y avait tellement de gens qui partaient, même au niveau de la direction. Il n’y avait pas d’appui, ni de valorisation, il n’y avait rien. J’ai été dans la même garderie pendant huit ans et lorsque j’ai quitté, je n’ai eu aucun remerciement. »

Le système a abandonné les éducatrices de la petite enfance

« Le système change constamment, sans même nous offrir de l’appui ou de la formation. »

« Je ne regrette pas, avise-t-elle. J’ai eu des bons moments, c’est sûr. Voir un enfant se développer et pouvoir l’aider à vraiment s’épanouir et devenir une petite personne, c’est quelque chose qui me tient à cœur et qui va toujours rester avec moi. »

Mais elle prévient : « Si tu veux entrer dans le domaine de l’éducation, que ce soit dans la petite enfance ou en enseignement, il faut que tu aies ça dans le cœur. »

Pour l’ancienne éducatrice, son départ était lié aux conditions de travail et au faible salaire qu’offrait sa garderie à Ottawa. Photo : Canva

Quand elle retourne dans ses souvenirs, Mme Ménard se rappelle son état de fatigue. « Honnêtement, on était tellement fatiguées! C’est une fatigue mentale, physique, émotionnelle. »

« On arrivait chez nous complètement épuisées, et on n’avait même pas assez d’argent pour prendre soin de nous-mêmes par la suite », raconte celle qui a déjà fait des arrêts de travail pour épuisement total.

« Je la comprends, la pénurie, malheureusement… comment vivre quand tu n’es pas heureux dans ce que tu fais et que ton travail en souffre? »

Le revers de la médaille pour Mme Ménard, c’est l’impact sur la santé mentale. « Après avoir donné toute son énergie et tant d’amour à tous ces enfants, c’est difficile de rentrer chez soi et d’en donner pareil. »

Les salaires de la petite enfance sont une épine dans ce métier honorable, estime-t-elle. « C’est vraiment décourageant. Je n’y retournerai plus. »

À deux reprises, l’éducatrice s’est arrêtée pour épuisement total. Photo : Canva

Pour Mélanie Ménard, les éducatrices de la petite enfance sont en charge du futur de ces enfants. D’ailleurs, elle explique que les garderies sont le début de vie d’un enfant. Les femmes et les quelques hommes qui font ce métier sont là pour les préparer à l’école, « pour les préparer à la vie ».

« Toutes les petites choses qu’ils commencent à faire au début de leur vie, apprendre à manger, apprendre à marcher, apprendre à aller aux toilettes par eux-mêmes, apprendre à lacer leurs souliers, etc. Qu’on le veuille ou non, c’est nous qui apprenons ces choses-là aux enfants. Les enfants passent parfois plus de temps en garderie qu’avec leurs parents. »

Une école francophone publique ouvrira finalement dans l’est de Toronto

TORONTO – Un an après un recours à la Cour supérieure de l’Ontario et des menaces de poursuites judiciaires du Conseil scolaire Viamonde contre le ministère de l’Éducation, celui-ci annonce aujourd’hui l’investissement de 20,1 millions de dollars pour la nouvelle école élémentaire publique Toronto Beaches-Cliffside, celle demandée par le conseil scolaire depuis 2010.

Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce a annoncé aujourd’hui à Scarborough, dans l’est de Toronto, un investissement de 20.1 millions de dollars auprès du Conseil scolaire Viamonde, le réseau d’écoles laïques de langue française, pour la nouvelle École élémentaire publique Toronto Beaches-Cliffside.

Cet investissement permettra de créer 380 places pour les élèves et 73 places dans les services de garde d’enfants agréés à Toronto.

« Notre gouvernement fait plus que doubler le financement destiné à la construction de nouvelles écoles, ce qui constitue le plus grand investissement dans la construction d’écoles de toute l’histoire de l’Ontario », a déclaré Stephen Lecce.

Après un sixième refus de financement pour l’acquisition d’un terrain dans le secteur Beaches-Cliffside, le conseil scolaire Viamonde décidait il y a un an de déposer une instance à la Cour supérieure de l’Ontario contre le gouvernement ontarien, au motif du non-respect de la Charte canadienne des droits et libertés, les données démographiques confirmant la nécessité d’une école laïque de langue française dans ce quartier de la ville reine.

Selon Benoit Fortin, le vice-président du Conseil scolaire Viamonde, le blocage était relatif au coût élevé des terrains, avoisinant les 20 millions de dollars. En avril 2023, il estimait déjà à 380 le nombre d’élèves en attente, « placés dans d’autres écoles ou même réduits à se diriger vers d’autres systèmes ».

Au micro d’ONFR, M. Fortin avait précisé que le conseil scolaire était toutefois prêt à « s’asseoir à la table avec le gouvernement afin de régler ça directement ».

Celui-ci a aujourd’hui réagi positivement à ce dénouement : « Le Conseil se réjouit de cette annonce et remercie le gouvernement de l’Ontario d’avoir alloué le financement pour la construction d’une nouvelle école élémentaire dans l’est de Toronto. »

Une ouverture dans les cinq prochaines années

L’école se situera dans le secteur Quarry Lands, à l’intersection de l’avenue Victoria Park et de la rue Gerrard East sur un terrain de 3 acres (1,21 hectares). Le ministère a approuvé un investissement total 41 880 099 $ pour l’achat du terrain et la construction de l’établissement scolaire.

L’école pourrait ainsi ouvrir ses portes dans les cinq prochaines années, ce qui permettra de « soulager la pression des effectifs en croissance dans ce secteur de Toronto et de mieux servir la communauté francophone ».

« La présence de la communauté francophone rayonnera encore plus dans ce secteur de la ville avec maintenant trois écoles élémentaires et une école secondaire. C’est assurément un grand jour pour nous! », a ajouté M. Fortin.

« En investissant dans la nouvelle École élémentaire publique Toronto Beaches Cliffside, notre gouvernement répond favorablement aux familles qui souhaitent que leurs enfants apprennent en français. Nous continuerons de soutenir la communauté francophone de Toronto, laquelle est en pleine croissance, et de veiller à ce que la prochaine génération de jeunes francophones et bilingues réussissent tout au long de leur vie », a quant à elle exprimé Caroline Mulroney, la ministre des Affaires francophones.

Soccer : Vanessa Gilles « ne se lasse pas de soulever des trophées »

Vanessa Gilles est une joueuse de soccer franco-ontarienne, championne olympique avec la sélection nationale, qui joue dans le club de Lyon en France depuis 2023. 

LE CONTEXTE :

La défenseuse originaire d’Ottawa et l’Olympique lyonnais (OL) viennent de remporter le championnat de France grâce à une victoire 2-1 contre le Paris Saint-Germain en finale. Et cette fin de semaine, un nouveau défi se présente avec la finale de la Ligue des champions, la compétition de clubs la plus prestigieuse d’Europe. 

L’ENJEU :

Arrivée à l’OL la saison dernière dans l’optique de remplir son armoire à trophées, Vanessa Gilles revient sur son deuxième titre de championne de France en deux ans et se projette sur la finale de la coupe d’Europe face à Barcelone, qui aura lieu samedi prochain (12 h heure de l’est). 

« Vous avez rejoint L’Olympique lyonnais pour gagner des titres. Quel est votre sentiment après cette victoire pour un deuxième titre national en deux ans? 

Je suis très fière de l’équipe. On a réussi à être régulières tout au long de la saison et on a réussi à valider ça avec une victoire contre Paris en play-offs. Évidemment, c’était une nouvelle formule, mais on ne se lasse pas de gagner, on n’est pas fatiguées de soulever des trophées. Comme vous l’avez dit, c’était pour ça que je suis venu à l’OL. 

Vous enchaînez une deuxième finale encore plus importante, la Ligue des champions. Quel est votre état d’esprit avant ce grand rendez-vous? 

Je pense que, que ce soit le staff ou les joueuses, on a vraiment adopté le bon état d’esprit. Avec quasiment trois finales en trois semaines, on a su se concentrer sur une semaine à la fois, on ne s’est pas projeté sur la Ligue des champions, ce qui aurait pu facilement être le cas vu le contexte. On a vraiment pris ça match après match. 

Du coup, cette semaine, c’est vraiment la première où l’on se concentre uniquement sur ce match dans la préparation, dans l’état d’esprit, dans la mentalité. On sait que le championnat et la Ligue des champions, ce sont vraiment deux choses différentes. L’équipe a l’expérience par rapport à ça, mais moi ce sera ma première. Il y a donc beaucoup à apprendre, mais je suis bien entourée et j’ai très hâte d’aborder ce match face à cette équipe du Barça. 

Est-ce bénéfique pour vous d’enchaîner les finales en si peu de temps?

Il y a des pour et des contre. On a eu qu’une seule semaine pour récupérer, préparer Barcelone, mais c’est vrai aussi que cela donne de la confiance d’avoir pu battre Paris, d’avoir pris des repères sur le terrain et d’être en forme. 

Après, contre Paris ce n’est jamais facile physiquement, surtout en fin de saison, c’est difficile de récupérer suite à des gros matchs après huit mois de travail. Je pense aussi aux coups qu’on a pu recevoir dans ce match. Là, on s’est concentré sur la récupération, puis on a eu toute la semaine pour préparer le match à venir. Nous sommes confiantes.

À quoi vous attendez-vous contre cette équipe de Barcelone, qui monte en puissance en plus d’être tenante du titre?

Ce sera probablement le match le plus difficile de la saison. Après, en tant que joueuse de foot, c’est ce genre de matchs qui t’excite et que tu veux jouer, surtout dans un stade plein. Elles sont tenantes du titre, on les respecte, mais on va tout faire pour reprendre ce trophée et redevenir les tenantes du titre nous-mêmes.

Les deux matchs importants que vous venez de gagner étaient à domicile. Là, ce sera en Espagne. À quel point c’est différent?

Tant que le stade est plein, nous sommes toujours contentes. Dans le foot féminin, je pense que nous ne sommes pas nombreuses à avoir eu cette expérience de ce genre d’ambiance. Donc, que ce soit chez nous ou ailleurs, si le stade est plein, c’est bon pour le foot féminin.

Vous parliez de cette mentalité de prendre match après match et de ne pas se projeter au-delà… Donc, pour vous les Jeux olympiques sont encore très loin? 

Oh oui, c’est très loin! Déjà, j’ai la ligue des champions, puis il y aura des vacances bien méritées, puis la sélection. On va prendre cela semaine par semaine. On est encore très loin des JO. »

Entretien réalisé dans le cadre d’une conférence de presse collective avec des journalistes locaux.

L’alcool en vente dans les grandes surfaces et dépanneurs dès 2024

TORONTO – Le gouvernement de l’Ontario avance la date de l’expansion de la vente d’alcool dans les grandes surfaces et dépanneurs dès 2024, soit deux ans plus tôt que ce qui avait été annoncé en décembre dernier. D’ici fin octobre, tous les dépanneurs, épiceries et grandes surfaces pourront vendre de l’alcool.

Initialement prévue pour 2026, la généralisation de la vente d’alcool en Ontario dans les grandes surfaces, les épiceries et les dépanneurs sera mise en place dès cette année.

Un déploiement graduel inclut de nouveaux produits alcoolisés dès le 1er août. Par exemple, des coolers et autres prêts à boire seront vendus dans 450 épiceries qui proposent actuellement du vin ou de la bière. Dès le 5 septembre 2024, de nouveaux détaillants admissibles pourront vendre de la bière, du cidre, du vin et des prêts à boire. Après le 31 octobre 2024, tous les magasins d’alimentation et grandes surfaces admissibles le pourront également.

« Au fil du temps, ce nouveau marché plus ouvert introduira jusqu’à 8500 nouveaux magasins où les consommateurs pourront acheter ces produits, ce qui représente, en matière de choix et de commodité pour les consommateurs, le plus grand élargissement depuis la fin de la prohibition, il y a près de 100 ans », peut-on lire dans le communiqué de presse.

Doug Ford lors de la conférence de presse de ce 24 mai 2024 dans un dépanneur d’Etobicoke. Source : Chaine YouTube officielle du gouvernement ontarien

Il s’agit d’une « modernisation de l’Ontario après 97 ans de monopole, déclare le premier ministre Doug Ford, comme tout autre endroit au Canada ou aux États-Unis concernant la vente d’alcool ».

The Beer Store (TBS), qui continuera à gérer jusqu’en 2031 au moins le programme de recyclage des contenants de boissons alcoolisées en Ontario, recevra 225 millions de dollars de la part du gouvernement dans le cadre de cet accord anticipé pour « maintenir sa présence sur le marché de la vente au détail et assurer un approvisionnement accessible en bière, accroître la capacité de distribution et étendre le fonctionnement du programme de recyclage de la province ».

La Régie des alcools de l’Ontario (LCBO) restera une société publique, notamment en tant que détaillant exclusif de spiritueux à forte teneur en alcool, de whisky, de vodka et de gin avec une transition vers un rôle élargi de grossiste pour tous les canaux de vente.

« Notre approche responsable et équilibrée traite les consommateurs ontariens comme des adultes en leur offrant plus de choix et de commodité, tout en soutenant les détaillants, les producteurs nationaux et les travailleurs de l’industrie de l’alcool de l’Ontario », a déclaré le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy.

« 225 millions de dollars dans les poches de riches initiés »

« Doug Ford met plus de 225 millions de dollars dans les poches de riches initiés, alors que les familles ontariennes continuent de lutter. Il a vendu la Ceinture de verdure. Il a vendu notre système de santé. Et maintenant, il vend la LCBO. Tout cela en refusant de poursuivre les DUI (Conduite avec facultés affaiblies).

Les milliardaires des épiceries et les sociétés multinationales sont les seuls gagnants de ce dernier accord en coulisses. Quand Doug cessera-t-il de dépenser l’argent des contribuables pour ses amis du monde des affaires et commencera-t-il à rendre la vie plus abordable pour les Ontariens? », a réagi par communiqué la cheffe du Parti libéral de l’Ontario Bonnie Crombie.

Le chef du Parti vert Mike Schreiner a lui aussi déploré le choix de cette priorisation : « Le premier ministre est déconnecté des véritables difficultés auxquelles les gens sont confrontés. Les gens ont besoin que le gouvernement accélère le financement du logement abordable et des soins de santé au lieu de donner des centaines de millions de dollars des contribuables au Beer Store pour accélérer un calendrier annoncé il y a à peine cinq mois. »

De conclure que « cette décision ne devrait pas prévaloir sur le financement de la construction de davantage de logements, de l’amélioration de l’accès aux soins de santé ou de la préparation aux risques climatiques auxquels nous sommes confrontés cet été ».

Fourberies, patrimoine et émergence

Cette fin de semaine, les gens de Sudbury sont choyés avec trois événements en un même lieu. À Toronto, c’est le weekend parfait pour explorer les recoins de la ville. Et de partout, on peut assister à une conversation enrichissante mettant en vedette une grande autrice, dans le cadre du Mois du patrimoine asiatique.

De tout à la Place des arts

C’est une fin de semaine occupée qui débute à la Place des arts (PDA) du Grand Sudbury. La nuit émergente battra d’abord son plein vendredi et samedi avec des têtes d’affiche comme Mehdi Cayenne, Bermuda et Prairie Comeau, en plus d’activités visant à donner un élan à la relève, à se rappeler du passé ou à connaître les démarches créatives des artistes.

En parallèle, la Galerie du Nouvel Ontario procédera au vernissage de sa nouvelle exposition ce vendredi. En place jusqu’au 29 juin, trois installations vidéos de Nadine Valcin : Origines (2021), Émergence (2017) et Whitewash (2016.) L’installation Émergence trônait d’ailleurs à l’Université de l’Ontario français dans les dernières semaines.

Pendant la fin de semaine, Xavier (North Bay), Le Ethos (Hanmer) et MacKenzie Dutrisac (Sudbury) participeront à trois jours d’ateliers de formation dans le cadre de La Brunante. Ils recevront des conseils de Patricia Cano, Stef Paquette, Simon Jutras et Daniel Bédard. Le fruit de leur travail sera présenté dimanche soir, dans un spectacle animé par Stef Paquette.

Le Ethos est un groupe formé à l’École secondaire Hanmer, en banlieue de Sudbury. Photo : Liam McLeish

Sudbury, plusieurs activités du 24 au 26 mai. Détails sur le site de la PDA.

Compositions franco-ontariennes

Le compositeur sudburois Robert Lemay signe les neuf pièces de Clés, un album de flûte qui sera lancé au Centre de musique canadienne (CMC) de Toronto le 27 mai. Les musiciens Stephen Tam, Katie Kirkpatrick, et Yoko Hirota interprèteront quelques pièces, puis il sera possible d’échanger avec eux ainsi qu’avec Robert Lemay. Sans être directement pédagogique, l’album Clés explore les différentes techniques de flûte. Les pièces ont été créées en collaboration avec la flûtiste et pédagogue Myriam Valley.

De gauche à droite : la pianiste Yoko Hirota, le compositeur Robert Lemay, la flûtiste Katie Kirkpatrick, l’ingénieur de son Dennis Patterson et le flûtiste Stephen Tam. Gracieuseté de Robert Lemay

Toronto, le 27 mai. Activité gratuite, mais il faut s’inscrire sur le site du CMC.

Explorer le patrimoine bâti de Toronto

Les traditionnelles portes ouvertes de Toronto se tiennent samedi et dimanche. Il est possible d’explorer la ville, d’entrer dans plus de 150 bâtiments pour en explorer l’architecture ou l’héritage patrimonial ou culturel. Les édifices abritant l’Alliance française de Toronto et Le Labo, centre d’arts médiatiques, font partie du lot. De son côté, la Société d’Histoire de Toronto (SHT) accueillera le public sur le site du Fort rouillé, entre 10 h et 16 h samedi et dimanche. Des activités familiales auront lieu sur place, et les bénévoles de la SHT expliqueront l’histoire des forts français de Toronto du XVIIIe siècle.

La SHT accueillera les visiteurs près du Fort rouillé, adjacent au site de la cabine Scadding sur le terrain du CNE / Parc des expositions. Photo : Domaine public

Toronto, les 25 et 26 mai. Détails sur le site de la SHT.

Molière réapproprié

La compagnie française L’Éternel été dépose ses valises à Toronto pour présenter Les fourberies de Scapin. Cinq acteurs revisitent ce classique de Molière en y ajoutant, entre autres, une bonne dose de musique. La troupe, qui prône un théâtre à la fois exigeant et populaire, a entrepris de se réapproprier les classiques du répertoire dans un triptyque incluant aussi des pièces de Musset et de Tchekhov. C’est dans une mise en scène d’Emmanuel Besnault que L’Éternel été et Lucernaire diffusion présentent Les fourberies de Scapin au Berkeley Street Theatre, accueillis par le Théâtre français et l’Alliance française de Toronto. Il reste à peine quelques places pour les représentations initialement prévues, mais une supplémentaire a été ajoutée pour le 1ᵉʳ juin à 19 h 30, pour laquelle il restait une meilleure sélection de sièges au moment d’écrire ces lignes.

Musique et danse sont ajoutées aux classiques Fourberies de Scapin, une pièce de Molière. Photo : Compagnie L’Éternel été

Toronto, du 29 mai au 1ᵉʳ juin. Détails et billets sur le site du Théâtre français de Toronto.

Conversation avec Kim Thúy

Dans le cadre du Mois du patrimoine asiatique, la Bibliothèque publique d’Ottawa veut faire connaître les contributions des Canadiens d’origine asiatique. C’est pourquoi elle organise une conversation visuelle avec l’autrice bien connue, Kim Thúy. L’autrice de Ru, dont l’adaptation cinématographique a fait fureur dans la dernière année, est arrivée au Canada à l’âge de 10 ans, quittant le Vietnam avec les boat people. Quelques décennies plus tard, ses livres sont traduits dans plus de 30 langues et distribués partout dans le monde. La conversation sera animée par Evelyne Charuest.

Portrait de Kim Thúy. Photo : Carl Lessard

En ligne, le 27 mai. Informations et inscription gratuite sur le site de la Bibliothèque publique d’Ottawa.  

Francis Drouin conserve son poste de président de l’Assemblée parlementaire de la francophonie

OTTAWA – Le député franco-ontarien Francis Drouin pourra conserver son poste de président de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF) après un vote de ses membres jeudi soir.

Le vote a été tenu jeudi soir lors d’une séance virtuelle à huis clos, fermée au public et aux journalistes. Seuls les membres de l’APF pouvaient y participer. Le vote a été tenu en secret donc il est impossible de savoir qui et combien de députés ont appuyé Francis Drouin. Le député du Bloc Québécois, René Villemure, un des vice-présidents de l’APF avaient demandé une réunion spéciale pour destituer le représentant franco-ontarien de la présidence, mais la motion a été battue par la majorité libérale.

« Il va de soi que son attitude est indigne de ce que la population est en droit d’attendre d’un élu, et a fortiori, de quelqu’un qui occupe une fonction de président d’une association aussi importante que l’APF. La plus haute des fonctions exige le plus haut niveau d’exemplarité, d’autant plus quand elle touche un enjeu aussi central et sensible que la francophonie », déplore M. Villemure dans un communiqué quelques instants après le scrutin.

Le NPD, le Parti conservateur et le Bloc Québécois réclamaient la démission de l’élu de l’Est ontarien de l’APF après qu’il ait traité de « plein de marde » et « extrémistes » des témoins lors d’un Comité des langues officielles.

Ce résultat permettra à Francis Drouin de conserver son siège jusqu’en juillet. Cette échéance étant prévue depuis longtemps. C’est un représentant du Cameroun qui héritera du rôle en succession du Franco-Ontarien.

Dans les dernières semaines, le nombre de libéraux qui sont membres de la section canadienne de l’APF a presque quadruplé alors qu’il était de près d’une vingtaine avant le début des événements. Ils sont aujourd’hui proches de 110. Cet ajout massif de nouveaux députés libéraux aura permis « de sauver le soldat Drouin », comme ont qualifié le Bloc et les conservateurs dans les derniers jours, car les libéraux sont passés de minoritaires à majoritaires face aux oppositions.

Plusieurs des nouveaux membres libéraux qui se sont ajoutés étaient des unilingues anglophones, ce que les libéraux ont défendu en bloc mercredi.

« S’ils ont des gens qui parlent français dans leur comté, c’est complètement légitime. Tous les organismes et groupes interparlementaires sont ouverts à tous les membres et tous les députés », affirmait le ministre des Langues officielles Randy Boissonnault.

Les libéraux ne veulent pas voter

Au Comité des langues officielles jeudi matin, les libéraux ont continué pour une troisième séance consécutive à faire de l’obstruction parlementaire dans le but d’éviter de voter sur une motion demandant l’exclusion de Francis Drouin de son poste de président de l’APF et du présent comité. Cette motion avait toutefois été jugée non recevable par le président, une décision qui a toutefois été infirmée par le NPD, le Bloc Québécois et les conservateurs pour qu’elle puisse être débattue.

Les libéraux au comité dénoncent cette manœuvre, considérant qu’il s’agit d’une façon d’esquiver la décision du président. Il n’y a toutefois pas eu de dénouement encore sur le vote, le député libéral de Nickel Belt, Marc Serré, affirmant que « s’il faut continuer de le faire jusqu’à la Saint-Jean-Baptiste, on va le faire ».

Horizon Santé-Nord met fin aux dossiers de santé papier

SUDBURY – L’hôpital Horizon Santé-Nord (HSN) et 23 autres hôpitaux du Nord-Est de l’Ontario font un virage numérique en se joignant au dossier de santé électronique (DSE) dès le 4 juin.

L’établissement de Sudbury annonce mettre fin aux dossiers de santé papier et vouloir améliorer l’expérience en matière de soins des patients, des familles et des fournisseurs de soins de santé. Grâce au nouveau DSE, les données à jour sur les patients se trouveront sur une seule plateforme sécurisée.

« Un des aspects vraiment positifs du DSE est que lorsque mes parents, qui sont âgés, se retrouvent au Service des urgences, ils ne devront pas raconter leur histoire à chaque fois », explique Brenda Carr, conseillère pour les patients et la famille à HSN.

Elle ajoute : « L’équipe de soins de santé pourra consulter le DSE et rapidement connaître les antécédents médicaux, les traitements reçus et les interventions réalisées pour dresser un plan de traitement éclairé. Et l’information médicale suivra les patients à n’importe quel hôpital auquel ils se rendront dans le nord-est de l’Ontario. »

« Le risque d’erreurs liées aux médicaments sera réduit et le personnel clinicien aura accès aux meilleures pratiques de soins fondées sur des preuves », affirme de son côté le Dr Tyler Christie, chef de l’information médicale pour le projet DSE et urgentologue à HSN.

HSN a lancé des consultations avec le public afin d’améliorer la qualité de ses services. Photo : Capture d’écran HSN.

S’armer de patience

L’établissement souhaite rappeler aux patients de faire preuve de patience et d’amabilité le temps que les équipes se familiarisent avec ce nouveau système.

« Les temps d’attente pour certains services ou rendez-vous pourraient être plus longs à mesure que nos équipes se familiarisent avec cette nouvelle technologie », ajoute Kelli-Ann Lemieux, responsable clinique du projet DSE d’HSN et vice-présidente, Services chirurgicaux et cliniques.

Parmi les établissements désignés bilingues, Sensenbrenner, à Kapuskasing, Notre-Dame, à Hearst, l’hôpital de Timmins et celui de Smooth Rock Falls ont déjà entamé leur transition numérique la semaine passée.

La planification du nouveau dossier de santé électronique intégré est le fruit de plusieurs années de travail, la formation des équipes cliniques ayant débuté en janvier 2024, selon l’établissement de santé de Sudbury.

Celui-ci précise également que le lancement du nouveau DSE découle de la volonté d’HSN d’augmenter sa capacité numérique, un des buts stratégiques du Plan stratégique d’HSN 2019-2024.

Lorraine Gandolfo : « l’engagement pour la francophonie » de Retraite active de Peel

Lorraine Gandolfo est présidente depuis 2019 de Retraite active de Peel (RAP), organisme dédié aux aînés et aux retraités francophones. Établie depuis 45 ans dans la région, auparavant conseillère scolaire puis directrice des ressources humaines pour le Fondation Trillium de l’Ontario pendant 15 ans, elle a toujours été impliquée dans le rayonnement de la communauté francophone de la région.

Créé en 2004, l’organisme Retraite active de Peel, qui a reçu le prix de l’engagement de la communauté de Société Santé en français en 2023 pour ses efforts visant à améliorer l’accès aux services de santé en français, fêtera cette année ses 20 ans d’engagement envers les aînés francophones de la région de Peel.

RAP, qui est affilié à la Ville de Mississauga à titre de Older Adult Group, est le seul organisme fédérateur pour les aînés desservant en français les villes de Mississauga, Brampton et Caledon.

« Comment qualifieriez-vous la francophonie de la région de Peel ?

C’est une communauté qui est diversifiée avec beaucoup de nouveaux arrivants au cours des dix dernières années. Il y a également beaucoup de francophones du Nord de l’Ontario, de l’Acadie et du Québec aussi qui sont venus s’installer dans la région.

La région de Peel est en bordure de l’aéroport Pearson, donc c’est un accès stratégique pour les entreprises. De grosses compagnies se sont en effet établies ici et cela a amené toute une population francophone, certaines personnes pour quelques années, d’autres durablement, comme nous. Nos enfants et nos petits-enfants sont ici. Les francophones y établissent des racines. En 2016, il y en avait déjà 32 000 à Peel.

Comment l’idée de créer RAP a-t-elle germé ?

Les deux fondatrices, Carmen Gauthier et Claire McCullough, avaient identifié un besoin de la région et souhaitaient faire en sorte que les aînés francophones ne soient plus isolés et aient accès à des activités. Briser cet isolement, rester social et actif est très important après le passage à la retraite.

Rien n’existait encore pour ces aînés francophones à Peel, qui en étaient d’ailleurs les fondateurs, les bâtisseurs qui ont contribué de différentes façons à la création des garderies et des écoles francophones. L’organisme Retraite active a ainsi été créé en 2004, avant de devenir un organisme sans but lucratif en 2017 sous le nom de Retraite active de Peel (RAP), avec l’aide de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO). Et nous soufflons maintenant nos 20 bougies !

Combien de membres cette communauté compte-t-elle maintenant ?

Nous sommes partis d’un petit groupe d’une vingtaine de personnes. En 2018, nous avons établi un partenariat avec la ville de Mississauga, qui nous donne l’accès au centre communautaire Frank McKechnie deux à trois fois par semaine. Nous sommes passés graduellement à 91 membres. Aujourd’hui, nous sommes plus de 150!

Avoir un endroit où se retrouver, offrir des activités et s’entraider est l’essence de notre groupe. C’est une communauté riche en services au sein de laquelle de grandes amitiés se sont formées. Nous sommes très fiers de ce que nous avons accompli et de l’engagement pour la francophonie. Nos membres ont entre 55 et 95 ans, mais la moyenne d’âge se situe entre 70 et 76 ans. Les membres de RAP sont très actifs et autonomes.

Crédit image : RAP

Crédit image : RAP

Crédit image : RAP

Crédit image : RAP

Qu’en est-il de votre structure et du conseil d’administration ?

Nous sommes une petite structure et le conseil d’administration comprend sept membres. Mais nous avons aussi deux autres comités : le comité de programmation, qui établit le calendrier des activités, et le comité des finances, de cinq membres chacun. Il est important de souligner que tout est réalisé et rendu possible par des bénévoles. C’est une réussite grâce à leur dévouement.

Quelles activités sont proposées via RAP et à quelle fréquence?

Nous nous réunissons de septembre à juin, avec une pause estivale, à raison de quatre jours par semaine. Chaque semaine un calendrier des programmes est envoyé aux membres, avec par exemple des activités physiques : des cours de Pilates, de taï-chi, de marche nordique, de pickleball et un peu de vélo. Nous avons accès à une piscine pour de l’aquaforme une fois par semaine.

Différents ateliers de sensibilisation sont offerts également dans le cadre de la promotion de la santé, par exemple sur le thème de l’arthrite, du diabète ou encore sur la maladie de Parkinson, avec des spécialistes.

Il y a aussi des ateliers de dessin, de peinture, de cuisine, du tricot. On joue aux cartes et nous avons même un club de lecture. Tellement d’activités différentes qui sont l’occasion de réunir cette belle communauté francophone d’aînés. »

N-B : un tribunal revalide la nomination d’une lieutenante-gouverneure unilingue par Trudeau

La Cour d’appel du Nouveau-Brunswick a infirmé jeudi la décision d’un tribunal inférieur qui avait statué que la nomination d’une lieutenante-gouverneure unilingue anglophone au Nouveau-Brunswick par Justin Trudeau était invalide.

Il y a deux ans, la Cour du Banc de la Reine du Nouveau-Brunswick avait statué que la nomination d’une gouverneure générale unilingue était inconstitutionnelle. Brenda Murphy avait été nommée en 2019 par le Bureau du Conseil privé à la suite d’une recommandation du premier ministre Justin Trudeau. Le gouvernement Trudeau avait alors porté ce jugement en appel, tout en admettant son erreur.

Jeudi, la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick a donné raison à Ottawa dans une décision rendue par le juge en chef Marc Richard avec deux autres juges.

Dans sa décision en mai 2022, la juge en chef de la Cour du Banc de la Reine Tracy Deware écrivait que le poste de lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick « doit être bilingue et capable de s’acquitter de toutes les tâches requises de son rôle en anglais et français ».

« Comment pouvons-nous considérer qu’il y a, dans un tel cas, égalité des deux communautés linguistiques? À mon avis, nous ne le pouvons pas », jugeait-elle.

La lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick, Brenda Murphy. Source: Facebook gouvernement du Nouveau-Brunswick
La lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick, Brenda Murphy. Source : gouvernement du Nouveau-Brunswick

Dans la décision rendue jeudi, la Cour d’appel rejette cette argumentation.

« Nous estimons que la juge a commis une erreur en centrant son analyse sur la question de savoir si l’unilinguisme de la lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick est incompatible avec l’égalité réelle », peut-on lire dans la décision.

C’est la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) qui avait porté la cause devant les tribunaux au départ et elle a fait savoir qu’elle va faire une demande d’autorisation auprès de la Cour suprême pour que la plus haute cour au pays entende le dossier.

« L’Acadie du Nouveau-Brunswick ne peut pas accepter que le processus de nomination du poste ne respecte pas le régime linguistique de la province. C’est pourquoi nous allons utiliser tous les recours juridiques à notre disposition, pour défendre les droits de la communauté acadienne et francophone du Nouveau-Brunswick », a réagi par communiqué sa présidente Nicole Arseneau-Sluyter.

Le trio de juges écrit que le tribunal de première instance a erré dans son interprétation du droit constitutionnel des Néo-Brunswickois à communiquer avec les institutions dans les deux langues officielles.

« Il ne s’agit pas du droit de ‘s’adresser’ au chef d’État ou à l’individu qui personnifie l’institution ou de communiquer par ailleurs avec lui (…) Le paragraphe 20 (2) n’impose pas l’obligation de nommer un lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick qui maîtrise les deux langues officielles », indique le jugement.

De plus, le verdict rendu jeudi conclut que le droit constitutionnel de la population d’utiliser les deux langues officielles au gouvernement et dans ses institutions ne peut s’appliquer à Brenda Murphy et à son rôle.

« L’emploi des deux langues officielles ‘dans’ l’institution afférente au lieutenant-gouverneur ne dépend pas des compétences linguistiques personnelles de celui-ci. La nomination d’une lieutenante-gouverneure unilingue au Nouveau-Brunswick n’enfreint pas par le paragraphe 16 (2). »

Les trois juges écorchent toutefois la décision de Justin Trudeau de nommer une personne unilingue, affirmant qu’il serait « souhaitable » d’avoir une personne compétente dans les deux langues officielles.

« Notre analyse nous mène à conclure que la Charte (canadienne) n’impose pas, en fait, cette exigence », notent-ils.

En entrevue avec l’Acadie Nouvelle la semaine dernière, Justin Trudeau a affirmé regretter que sa décision soit « un facteur de division ».

« Les lieutenants-gouverneurs sont faits pour rassembler les gens. Malheureusement, ça n’a pas été le cas ici. Oui, il y a des leçons à apprendre, et certainement le bilinguisme va être au cœur de tous les choix que je ferai pour le Nouveau-Brunswick à l’avenir », a-t-il affirmé au quotidien acadien.

Dans une déclaration écrite, le Bloc Québécois a déploré que la décision en 2019 de Justin Trudeau en était une « méprisante pour les Acadiennes et Acadiens ».

« Que la Cour invalide ou pas cette nomination, cette décision se révèle être le parfait reflet du peu de cas qu’ont les libéraux pour le respect de la langue française, au Canada comme au Québec », dénonce son porte-parole en Langues officielles, Mario Beaulieu.

Le ministre de la Justice du Canada, Arif Virani, n’a pas voulu commenter, son bureau nous référant vers le Bureau du Conseil privé pour une réaction.

La mine d’or à ciel ouvert la plus moderne du pays inaugurée à Gogama

GOGAMA – Après des années d’anticipation, Côté Gold, la première mine d’or entièrement autonomisée au du pays a été inaugurée ce mercredi.

L’événement de coupe du ruban a eu lieu sur les terrains de l’immense mine, laquelle se trouve à environ 25 km au sud-ouest de Gogama, à 125 km au sud-ouest de Timmins, en présence du ministre des mines, George Pirie, et des députés néo-démocrates, France Gélinas et Jamie West.

« C’est une journée fantastique pour notre communauté minière, car ce projet créera des possibilités d’emploi pour les personnes vivant à Timmins, Sudbury et dans le Nord », s’est exprimé George Pirie au sujet de la mine qui a commencé ses opérations 24 h/ 24 en juillet 2023.

George Pirie dit souhaiter que cette mine serve de modèle pour l’exploitation minière future dans le reste du monde. Source : compte X de George Pirie

Ce dernier a rappelé avoir été le premier sur le site il y a quelques années, lors d’un déplacement des premiers ministres fédéral Justin Trudeau et provincial Doug Ford, pour la première pelletée de terre en 2020.

Réduire les délais

Alors qu’il était maire de Timmins, George Pirie a évoqué devant la foule d’une quarantaine de personnes que les délais de concrétisation du projet l’avaient poussé à se lancer en politique provinciale.

« 15 à 17 ans pour autoriser une mine n’est tout simplement pas acceptable, surtout avec le besoin de découvrir et de trouver et de traiter les minéraux critiques », s’est-il exprimé avant d’ajouter que des consultations ont été effectuées avec les Premières Nations, tout en prenant en compte les considérations environnementales. 

Le site minier, qui s’étend sur 600 kilomètres carrés de territoire, contient une quantité d’or estimée à au moins 7 millions d’onces. Gracieuseté

Côté Gold s’est engagée à soutenir financièrement l’arène The Barn de Gogama, laquelle abrite la plus grande ligue de hockey récréatif du Nord de l’Ontario et est en activité depuis 1940.

« Personne ne le fait mieux que les mineurs canadiens, et personne ne le fait mieux que les mineurs du nord de l’Ontario, a-t-il alors terminé.

Une automatisation quasi complète

Le projet Côté Gold, de la minière IAMGOLD, a pris quatre années à être construit et est le premier au pays à utiliser de la technologie autonome. Celle-ci permet notamment d’avoir des véhicules fonctionnant sans conducteur selon des parcours automatisés, tout en étant capables de s’ajuster en cours de route à leur environnement.

Seuls huit employés sont nécessaires pour l’opération de la mine, qui utilise une vingtaine de camions automatisés. Une fois pleinement opérationnelle, la mine devrait employer près de 600 personnes et générer plus de 5 milliards de dollars en salaires, en plus de contribuer à hauteur de 10 milliards de dollars au produit intérieur brut de l’Ontario.

La mine se dit également déterminée à entretenir des pratiques d’exploitations responsables et a publié mercredi son premier rapport sur la gestion des résidus, qui fait suite à celui faisant état du développement durable au sein de l’entreprise.

Les camions automatisés ont une hauteur de plus de huit mètres. Gracieuseté

100 ans d’histoire

Des activités d’exploration ont été effectuées par différentes sociétés dans cette zone depuis le début du XXe siècle, avec des périodes plus soutenues vers 1940, puis entre 1970 et 1990. « Depuis la découverte du gisement Côté Gold en 2010, du forage intensif au diamant est effectué afin de le délimiter », peut-on lire sur le site web de la compagnie IAMGOLD, propriétaire des lieux depuis 2012.

Après une mise sur pause du projet en 2019, un manque de liquidités est survenu en 2022. Un partenariat financier avec la société japonaise Sumitomo Metal Mining Co, laquelle détient 40 % des parts, avait alors permis de sauver le projet.

La première coulée d’or a été achevée le 31 mars dernier et la production commerciale devrait être atteinte au cours du troisième trimestre de 2024. La durée de vie de la mine est actuellement estimée à 18 ans, voire un maximum de 30 ans.

Être unilingue anglophone et membre de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie est légitime, selon les libéraux

OTTAWA – On peut ne pas parler un seul mot de français, mais tout de même être membre de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF), estiment le ministre des Langues officielles Randy Boissonnault et ses collègues libéraux. Selon le ministre, dès qu’un député a un francophone dans son comté, il est légitime d’être membre de l’APF.

Les libéraux ont défendu près d’une centaine de leurs collègues, dont plusieurs unilingues anglophones, qui se sont ajoutés dans les derniers jours à titre de membre de l’APF, dans le but de sauver le titre de président de Francis Drouin. Le ministre des Langues officielles estime que les 338 députés de la Chambre des communes pourraient souscrire à l’APF.

« S’ils ont des gens qui parlent français dans leur comté, c’est complètement légitime. Tous les organismes et groupes interparlementaires sont ouverts à tous les membres et tous les députés », plaide Randy Boissonnault.

Ce dernier dresse un parallèle avec ParlAmericas, une association de parlementaires des pays des deux Amériques.

« J’ai déjà été membre de ParlAmericas. On avait des membres qui ne parlaient pas espagnol, donc c’est complètement légitimement qu’on a des gens unilingues qui font partie de l’APF. »

René Arseneault, député libéral et président du Comité des langues officielles, fait une lecture similaire au ministre albertain.

« Je pense qu’il faut retourner la situation. Comment ça se fait qu’il y ait des unilingues francophones qui sont membres de l’association parlementaire entre l’Angleterre et le Canada? demande le représentant acadien. On est dans un pays libre », ajoute-t-il.

Les trois partis de l’opposition demandent la démission de Francis Drouin, après qu’il ait traité de « pleins de marde » des témoins lors d’un Comité des langues officielles. Le député du Bloc Québécois, René Villemure, a convoqué une réunion spéciale qui aura lieu jeudi soir dans le but de destituer l’élu franco-ontarien lors d’un vote.

En date du 9 mai, ils étaient 26 libéraux à être membres. Or, depuis que René Villemure a fait cette demande il y a quelques semaines, c’est près d’une centaine de membres libéraux qui se sont ajoutés, dont plusieurs unilingues anglophones. Le nombre total de membres de la section canadienne de l’APF est passé d’en deçà de 100 à plus de 170 en l’espace de quelques jours.

Ces ajouts récents devraient, en principe, permettre aux libéraux d’avoir une majorité nécessaire lors du vote face aux représentants du Bloc, du Parti conservateur et du NPD.

Pour l’élu libéral Darrell Samson, « il n’y a rien de mal avec ça ». Il estime lui aussi que d’avoir au moins un francophone dans sa circonscription est un bon critère de qualification à l’APF.

« Un, c’est un. Il faut commencer quelque part (…) Il faut aller chercher tous nos alliés, donc ce n’est pas mauvais. Le plus de gens qui sont conscients de la situation et qui peuvent attirer plus d’attention, pour moi, c’est profitable », soutient le représentant acadien.

« On a des membres, oui qui sont des anglophones, mais ils représentent des communautés francophones, soutient de son côté Francis Drouin. Alors, je ne sais pas c’est qui qui est en train de vous spinner ça », a-t-il lancé aux journalistes avant la période des questions mercredi aux Communes.

À la défense de Francis Drouin

Sur le site internet de l’APF, on peut lire que l’institution a « la particularité d’avoir le français en partage » et que l’un de ses objectifs est « de contribuer au rayonnement de la langue française ». Elle compte près de 92 adhérents issus de parlements ou d’organisations interparlementaires des cinq continents.

N’importe quel parlementaire peut-être membre de l’APF, incluant les sénateurs. Ceux qui ne sont pas membres ont jusqu’à mercredi soir pour s’inscrire avant le vote de jeudi.

Les libéraux se portent à la défense de l’élu libéral de Glengarry–Prescott–Russell depuis ses injures envers deux chercheurs lors d’une étude portant sur le financement des institutions postsecondaires de la minorité. Le député de Nickel Belt, Marc Serré, a demandé si son collègue franco-ontarien « avait besoin de l’absolution du Pape pour un petit péché », estimant qu’il est temps de passer à autre chose car il s’est déjà excusé à six reprises.

Mais les oppositions n’en démordent pas, elles qui tentent depuis quelques séances du Comité des langues officielles de faire démissionner le représentant de l’Est ontarien en tant que président de l’APF, mais aussi comme membre du comité.

Pour le député néo-démocrate Alexandre Boulerice, tout le monde peut être membre d’une association interparlementaire et « on ne va pas changer les règles du jeu en cours de route », mais les libéraux « sont en train de paqueter la salle », constate-t-il.

« Ce n’est pas chic, mais c’est légal », soutient-il.

Selon le leader parlementaire du Bloc Québécois, Alain Therrien, ce n’est pas à lui, mais bien « à la population de juger si c’est pertinent ou non » d’avoir des unilingues anglophones à l’APF pour « sauver le soldat Drouin », image-t-il. Tandis que pour les conservateurs, les libéraux « sont prêts à tout pour sauver le soldat Drouin », car « un chum c’t’un chum  », comme mentionné par le député Joël Godin.

Universités québécoises : pas de hausses de frais de scolarité pour les francophones hors Québec

Québec n’imposera pas une hausse de frais de scolarité aux étudiants francophones du Canada vivant à l’extérieur du Québec, contrairement aux Canadiens anglophones qui devront payer quelques milliers de dollars de plus pour étudier dans leur langue.

Le ministère de l’Enseignement supérieur du Québec a confirmé que contrairement aux anglophones, les francophones du Canada qui vont étudier dans un établissement de langue française continueront à payer près de 9000 $ par an.

« La majoration additionnelle ne s’appliquera pas aux étudiants canadiens non résidents du Québec de premier cycle et de deuxième cycle de type professionnel inscrits dans une université francophone et dans un programme offert en français », peut-on lire dans la règle budgétaire du ministère de mars dernier.

Québec avait annoncé à l’automne dernier qu’il haussait le plafond des frais de scolarité des étudiants canadiens de 9000 $ à 17 000 $ avant de revoir à la baisse quelques semaines plus tard à 12 000 $. Au moment de l’annonce, la ministre de l’Enseignement supérieur Pascale Déry avait affirmé en conférence de presse que cette mesure toucherait également les étudiants francophones hors du Québec.

« Je veux le mentionner, car il y a de l’information un peu erronée qui a été véhiculée, que le montant forfaitaire ne sera pas juste prélevé chez les anglophones, mais à travers le réseau et tous les étudiants non internationaux », avait-elle assuré.

Or, le flou persistait, car le ministère de l’Enseignement supérieur avait indiqué par la suite qu’aucune décision finale n’avait été prise encore. Cette mesure vise à transférer les nouveaux revenus générés par les étudiants anglophones vers le réseau postsecondaire francophone, avait expliqué la ministre Pascale Déry.

Il s’agit d’une action prise qui touchera principalement les universités McGill et Concordia à Montréal. Ces dernières accueillent des étudiants canadiens hors Québec « qui n’ont pas nécessairement une connaissance du français », présentaient comme autre argument le ministre Jean-François Roberge.

« Il ne faut pas se mettre des lunettes roses : à Montréal, les étudiants canadiens et internationaux sont de plus en plus nombreux et ils fréquentent majoritairement nos universités anglophones », disait au moment de l’annonce, à l’automne dernier, le ministre de la Langue française et de la Francophonie canadienne.

Le ministre de la Francophonie canadienne au Québec, Jean-François Roberge. Crédit image: Sandra Padovani
Le ministre de la Francophonie canadienne au Québec, Jean-François Roberge. Crédit image : Sandra Padovani

Une autre exemption

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement Legault exempte les francophones hors Québec en ce qui concerne les études postsecondaires. Dans la Loi 96 (Charte de la langue française), Québec avait permis aux minorités francophones de payer des frais de scolarité similaires aux étudiants québécois, à condition que leur programme ne soit pas offert en français hors du Québec.

« Plein de marde » : nouvelle offensive en comité des oppositions envers Francis Drouin qui déplore « la petite politique »

« Si on veut mettre une motion et que je marche nu-pieds à coup de fouet jusqu’au Vatican, je vais le faire », a lancé le député Francis Drouin au milieu d’un long discours en comité où il défendait son « intégrité » alors que les oppositions appellent toujours à sa démission après qu’il ait injurié deux chercheurs lors d’une séance précédente.

Dans une réunion spéciale du Comité des langues officielles lundi soir, les oppositions sont revenues à la charge pour une troisième séance consécutive, réclamant via une motion que l’élu libéral démissionne comme président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) et du Comité des langues officielles. 

Il y a près de deux semaines, lors d’une étude sur le financement postsecondaire en milieu minoritaire, le député de Glengarry-Prescott-Russell a qualifié de « plein de marde » et « extrémistes » les deux chercheurs, Frédéric Lacroix et Nicolas Bourdon.

Comme lors d’une précédente séance, le président du comité a jugé irrecevable cette motion identique des oppositions demandant la double démission de Francis Drouin, car « ni le président, ni même le comité ne peut sanctionner, censurer les propos d’un membre du comité », a expliqué René Arseneault. Les trois partis de l’opposition ont toutefois renversé cette décision car ils étaient tous en faveur de la motion.

Cela a porté les libéraux à déposer une motion, en fin de séance, visant à ce que les membres du Comité des langues officielles demandent à René Arseneault de présenter des excuses aux deux témoins, au nom du comité.

Alors que les deux heures de la séance prévue venaient d’être dépassées, René Arseneault a ajourné la réunion, déclenchant l’ire des conservateurs et bloquistes.

« Tu n’es pas correct », ont tour à tour répété les députés Joël Godin (conservateur) et Mario Beaulieu (Bloc Québécois), en pointant du doigt le président du comité, le bloquiste ajoutant un, « tu n’es pas correct tabarnouche ».

Drouin : « une campagne de désinformation à mon égard »

Dans un monologue de près de 20 minutes, le député franco-ontarien a dénoncé « la désinformation » à son endroit, les attaques envers son intégrité et « la petite politique » autour de cet événement.

« Ce n’est plus à propos de mes excuses, mais de la petite politique (…) mais le Bloc s’est engagé dans une campagne de désinformation à mon égard en soutenant que je n’appuie pas la francophonie. »

« Ça, je n’accepte pas ça. C’est s’attaquer à mon intégrité », a-t-il poursuivi.

Il a par la suite cité des dossiers où il estime avoir mis de l’avant la défense de la francophonie : la fois où il avait attaqué ses collègues libéraux du « Montreal island », le dénombrement des ayants droit, les juges bilingues à la Cour suprême ou encore la saga de l’Université de l’Ontario français.

« Je l’ai fait, car je porte avant tout les couleurs vert et blanc et ça, c’est tatoué sur le cœur », a-t-il lancé comme plaidoyer.

« J’ose croire que mes actions parlent beaucoup plus fort que mes paroles et commentaires », a-t-il ajouté.

Il a répété ses excuses présentées lors d’une précédente séance, plaidant ne pas être parfait, « car comme ma mère me disait souvent, il y a seulement deux personnes parfaites dans la vie, ma mère et le Bon Dieu », a-t-il imagé.

Les libéraux ont tour à tour défendu leur collègue. Marc Serré a demandé si Francis Drouin « avait besoin de l’absolution du Pape pour un petit péché » alors que Darrell Samson a accusé les oppositions « d’être à la chasse ».

Réunion d’urgence de l’APF jeudi

Une rencontre d’urgence des membres de l’APF est d’ailleurs prévue ce jeudi 23 mai pour un appel à la démission de Francis Drouin. En vue du vote, les libéraux sont passés d’une vingtaine de membres à près d’une centaine dans les derniers jours à l’APF, les règles le permettant.

« Chez les libéraux, ma lecture est un chum c’t’un chum. Alors il faut mettre en garde la population sur le fait qu’ils sont prêts à tout pour sauver le soldat Drouin », interprète Joël Godin.

Pour la néo-démocrate Niki Ashton, le fait de dire qu’on a présenté des excuses, sans prendre de pause pour réfléchir à nos propos « montre une arrogance troublante » de Francis Drouin. 

Le député Mario Beaulieu soutient pour sa part que les propos étaient « indignes » pour le poste de président de l’APF, et que « les libéraux se calent », en « s’entêtant à le défendre ».

De belles histoires franco-ontariennes aux Essais olympiques de natation 

SCARBOROUGH – Les Essais olympiques canadiens de natation ont livré leur verdict la fin de semaine dernière. Malheureusement, aucun athlète franco-ontarien ne s’envolera pour Paris. Malgré tout, entre les promesses d’avenir d’Alexandre Landry et Filip Senc-Samardzic et la fin de carrière annoncée par Nina Kucheran, on ne s’est pas ennuyé du côté du Centre sportif panaméricain de Toronto et les émotions étaient au rendez-vous.

Les émotions ont été très fortes pour la nageuse de Sudbury. Engagée sur ses disciplines de prédilections, le 100 et 200 mètres brasse, elle a d’abord connu une grosse déception pour son entrée dans la compétition mardi. Qualifiée in extremis pour la finale avec le dixième temps lors des séries (1’09’’96), elle n’a pas réussi à faire mieux que cette dixième place en finale, avec un temps en plus inférieur à celui réalisé le matin (1’10’’54).

Déjà frustrée, Nina Kucheran était loin d’imaginer le cauchemar qui l’attendait sur le reste de la semaine qui devait la mener au 200 mètres le vendredi. En proie à une grippe intestinale mercredi, elle n’a pas pu préparer correctement ce qui allait s’avérer être ses dernières courses en carrière.

Toujours malade et affaiblie le vendredi, elle n’est pas parvenue à accrocher la finale, malgré un bon premier 150 mètres. Fatiguée, la nageuse a lâché dans les 50 derniers mètres derrière la fusée Kelsey Wog (2’23’’71) et n’a signé que le 12e temps des séries (2’34’’23) synonyme de finale B, ce qui représentait déjà un exploit vu son état de santé et une décision de participer à l’épreuve au tout dernier moment.

« J’ai décidé seulement 20 minutes avant l’épreuve. J’ai dû faire un quart de l’échauffement que je fais d’habitude, car je n’avais pas d’énergie. Physiquement, je ne pensais vraiment pas être capable de le faire. J’ai regardé le célèbre Flu game (match grippé) de Michael Jordan, je regardais ça dans le corridor avant ma course et je me suis dit ‘si lui peux le faire, je peux le faire’! »

Si Nina Kucheran a fait preuve d’autant de détermination pour lutter contre la maladie et participer au 200 mètres malgré le fait qu’elle savait que ses chances de performer étaient très faibles, c’est avant tout parce qu’il s’agissait des dernières courses de sa carrière.

« C’était ma dernière semaine de compétition, mes deux dernières courses. J’ai décidé de mettre un terme à ma carrière. Il est temps que je démarre un nouveau chapitre, je vais aller à l’école de médecine à l’Université d’Ottawa dans le programme en français. On dit toujours que la carrière ne finit jamais de la manière dont on le souhaite, mais je veux vraiment être reconnaissante pour l’expérience que j’ai eue cette semaine et cette année. » 

La finale B lui a permis de quitter la natation sur une note très positive en remportant la course en 2’32’’35, une dernière démonstration d’abnégation et de force de caractère. Ce temps lui aurait permis d’obtenir la neuvième place lors de la finale A, loin des meilleures, mais déjà exceptionnelle vu les circonstances.

« Je savais que je n’allais pas performer de la manière dont je voulais, mais je voulais être reconnaissante d’avoir l’occasion d’être sur les blocs une dernière fois. J’avais toute ma famille et mes amis ici avec moi, c’est la manière parfaite de finir ma carrière. »

Landry poursuit son ascension

Malheureusement, que ce soit sur 100 ou 200 m, il n’est à chaque fois pas passé loin, mais a dû se contenter sur les deux épreuves de la finale B. En ouverture lundi au 100 m, il n’est passé qu’à 13 centièmes de secondes de participer à la finale, avec le 13e temps en 1’03’’65, tandis que le 10e Brodie Khadjuria a rejoint la finale en 1’03’’52. La finale B a ensuite été très rapide, Alexandre Landry finissant seulement quatrième, mais avec un temps qui l’aurait classé 8e de la finale principale.

Sur le 200 m mercredi, il a connu un scénario similaire en terminant 13e (2’20’’06) puis troisième de la finale B avec son deuxième chrono le plus rapide de sa carrière. Un temps de 2’19’’04 qui lui aurait offert la 10e place de la finale A.

« Je suis content de mes résultats, a-t-il confié après la compétition. C’est certain que j’aurais aimé faire de meilleurs temps dans mes deux courses, mais mes temps sont quand même très proches de mes meilleurs. En plus, je retiens que sur le 200 mètres brasse, mon premier 100 mètres n’a pas été très bon, mais le deuxième était vraiment rapide. Donc, je pense que dans l’optique des Championnats nationaux cet été, je vais pouvoir m’améliorer. »

Senc-Samardzic étoile montante en nage libre

Lui aussi en tout début de carrière et encore plus jeune (19 ans), un autre Franco-Ontarien, s’est révélé lors de ces Essais olympiques. Il s’agit de Filip Senc-Samardzic qui a fait sensation lors du deuxième jour de compétition sur le 200 m nage libre. Après des séries où il avait signé le 8e temps, le jeune membre du club de Toronto ne cachait pas son ambition de faire partie des quatre meilleurs chronos lors de la finale et ainsi se donner une chance de faire les Jeux au sein du relais.

C’est finalement 21 centièmes de secondes qui l’ont séparé de son rêve olympique avec une sixième place en 1’48’’70, Jeremy Bagshaw terminant quatrième en 1’48’’49.

Il a ensuite, de nouveau, laissé entrevoir tout son potentiel avec un scénario similaire sur le 100 m nage libre avec le huitième temps des séries en 49’’35 et une nouvelle 6e place dans la finale.

Malgré, les déceptions de ne pas être entré dans le top 4 à chaque fois, Filip Senc-Samardzic a montré à 19 ans qu’on pourrait bien compter sur un Franco-Ontarien pour jouer les premiers rôles en nage libre dans un avenir très proche.

Brian St-Pierre, tout faire… en français

Entre les albums solos, l’enseignement, les spectacles à grand déploiement et les performances dans les Club Med, Brian St-Pierre semble avoir trouvé la façon de travailler tout en s’amusant. Rencontre avec l’hyperactif compositeur de Mon beau drapeau, chanson incontournable en Ontario francophone.

« Comment la musique est-elle arrivée dans votre vie?

Je viens d’une famille de musiciens. Ça a toujours été un rêve de faire quelque chose en lien avec la musique.

Pourquoi prononce-t-on Brian (comme brillant, en français) et non Bryan?

Beaucoup de gens pensent que c’est un nom d’artiste, mais pas du tout. J’ai l’impression que ma mère a vu passer ce prénom irlandais et qu’elle s’est dit que ça se prononçait bien en français.

Plus jeune, on m’agaçait, me disant que je ne portais pas bien mon nom… Au secondaire, j’ai dit que je m’appelais Bryan. Ça a été ça pendant des années, jusqu’à ce que je rencontre un certain Brian Faucher. Je n’étais plus seul au monde! 

Brian St-Pierre a officiellement repris son nom en français pour son premier album solo, intitulé Libre. Gracieuseté

Vous avez participé au concours Ontario Pop, qui a été formateur pour plusieurs artistes. Qu’est-ce que ça a changé pour vous?

La première fois, je suis arrivé deuxième. Souvent, on dit que ce sont ceux qui n’arrivent pas premiers dont on entend le plus parler ensuite. Alors, j’ai toujours continué.

J’ai participé une deuxième fois une dizaine d’années plus tard et j’ai gagné le prix du public.

C’est Robert Paquette qui avait convaincu Brian St-Pierre de s’inscrire à Ontario Pop pour une deuxième fois. Ici, les deux hommes célèbrent le prix Hommage qui souligne l’ensemble de la carrière de Brian St-Pierre, au Gala Trille Or 2023. Crédit image : Maxime Delaquis

Vous avez aussi gagné des prix dans le milieu universitaire…

À l’Université d’Ottawa, ils construisaient le nouvel édifice pour le département de musique. J’ai lancé l’idée qu’il faudrait un thème musical. Ils ont alors lancé un concours, et nous sommes deux à l’avoir remporté. L’Orchestre du Centre national des arts a utilisé ma pièce pour des tournées dans les écoles, alors elle a été jouée par des grands musiciens.

Vous avez été fait membre de l’Ordre de la francophonie, une reconnaissance décernée par l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) de Prescott et Russell, en 2006. Et en 2023, vous avez reçu le prix Hommage au Gala Trille Or. Qu’est-ce que ces récompenses signifient pour vous?

Ce sont celles dont je suis le plus fier. L’Ordre de la francophonie, c’est le premier prix qui m’a fait sentir que j’ai fait une différence. Pour le prix Hommage, j’ai pleuré quand ils me l’ont annoncé. Que ma contribution soit reconnue, c’est une bonne tape dans le dos.

Les membres de Vice Versa vous ont surpris pendant le gala…

Je m’attendais à voir arriver Improtéine, que j’accompagne souvent sur scène. Vice versa était mon premier groupe. On a eu la chance de faire les premières parties de plusieurs grands noms. C’était une belle surprise de les revoir.

Vice versa était composé de Brian St-Pierre, Lise Dazé, Pierre Voisine, Gilles Desjardins et Jean-Luc Bourgie. Gracieuseté

Vous avez lancé votre premier album solo en 2003. Que retenez-vous de cette époque?

L’album Libre représentait la paix avec mes démons intérieurs. Je venais de finir d’écrire la musique de l’écho d’un peuple. Félix St-Denis m’a encouragé à sortir un album solo.

Il y a beaucoup d’autodérision dans les textes. Charles Fairfield, du studio nCode à Ottawa, m’a amené à un autre niveau.

Après, j’ai approché le Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO) parce qu’on commençait à parler de construction identitaire. Je leur ai promis un album et un concept de spectacle avec des activités sur la francophonie. C’est comme ça qu’est arrivé Réveille. Les autres conseils ont embarqué. Je me suis retrouvé à faire une tournée partout en Ontario, et même en Saskatchewan. Ça aussi, j’en suis très fier.

Brian St-Pierre à l’époque de Réveille. Gracieuseté

Comme plusieurs autres, vous avez aussi eu une carrière d’enseignant. Est-ce trop difficile de vivre de la musique en Ontario français?

C’est très difficile. Il y en a qui peuvent le faire, mais ils font beaucoup de choses à côté, comme des conférences ou des formations. Moi, j’enseignais la musique. J’ai pu vivre ma passion.

Quitter l’enseignement a été une décision difficile. J’ai beaucoup aimé ce que j’ai fait. Tu sais, quand des élèves te disent que tu leur as redonné le goût de vivre… Je leur donnais confiance. Je leur disais, tu es capable de monter sur scène, imagine ce que tu peux faire si tu mets tous ces efforts sur ta passion à toi. J’ai eu la chance d’enseigner à des élèves comme Véronic Dicaire, Michel Bénac et le baryton Yanik Gosselin.

« Sans elle, je ne serai pas l’homme que je suis aujourd’hui. Tous ces prix, elle les méritent autant que moi. Pas facile de vivre avec un artiste qui est souvent parti, et aussi parti dans sa tête créative », affirme Brian St-Pierre à propos de sa femme Lucie Roy St-Pierre. Crédit image : Maxime Delaquis

J’enseignais toute la journée et, le soir, quand mes enfants étaient couchés, je retournais à l’école, car j’y avais bâti un studio. J’y restais régulièrement jusqu’à 3 h du matin.

C’est là qu’on a enregistré Mon beau drapeau, qui est devenu l’hymne au drapeau franco-ontarien.

Quelle est la genèse de Mon beau drapeau?

C’était une commande. Le CSDCEO voulait inviter Jean-Marc Lalonde, le député qui venait de faire reconnaître officiellement le drapeau à Queen’s Park. Ils m’ont donné une semaine. J’ai appelé Jean-Pierre Perreault, j’avais un plan : la première journée, il écrirait le texte. La deuxième, je composerais la musique. La troisième, on serait en studio. La quatrième, on ferait venir la chanteuse, Martine Lafontaine. Et la cinquième, on peaufinerait les détails.

J’ai fait écouter la chanson à mes élèves pour la tester. Je voulais qu’on soit capable de la chanter après une seule écoute. Ils m’ont proposé de faire une chorale, alors j’ai recruté 10 volontaires pour venir en studio le soir. J’ai multiplié leurs voix pour que ça sonne comme s’ils étaient 50.

Le vendredi, j’avais déjà envoyé la chanson quand mon ami m’a fait remarquer qu’on parlait seulement du passé. J’ai rappelé le CSDCEO en urgence pour leur demander une journée supplémentaire. On a ajouté « aujourd’hui et demain » à la fin.

Brian St-Pierre chante Mon beau drapeau devant le parlement. Crédit image : Stéphane Hunter

Là encore, les autres conseils ont embarqué et la chanson a été reprise partout. Comme le Ô Canada de Calixa Lavallée, je m’étais déjà dit que ce serait bien d’écrire une chanson que tout le monde chante sans savoir qui l’a composée. C’est devenu la chanson du peuple.

L’an dernier, Mon beau drapeau a été reprise par le jeune DJ SMPTY. Comment avez-vous réagi?

DJ UNPIER l’avait faite aussi. Tant mieux si c’est refait avec une nouvelle sonorité. C’est un honneur.

Comment fait-on pour inculquer la fierté franco-ontarienne dans les écoles?

La fierté, il ne faut pas la dire. Il faut la vivre. Au théâtre, je leur disais à la blague : ris, pleure, crie, pète, mais fais tout ça en français.

Quand ils vivent une expérience où ils font du théâtre ou de la musique en français, et qu’ils voient la réaction du public, ça leur donne le goût de recommencer. Oui, je leur refusais de chanter en anglais. Mais je leur faisais découvrir des bonnes chansons francophones. Il faut leur faire vivre la culture plutôt que d’imposer des règlements stricts.

Nous avons évoqué L’écho d’un peuple. Quelle est l’histoire de ce grand projet?

Quelqu’un m’avait dit qu’un groupe nommé Francoscénie voulait organiser un spectacle à grand déploiement, comme ce qu’ils avaient vu en Europe. Je suis arrivé à leur deuxième réunion et je leur ai dit : je suis ici pour écrire la meilleure musique pour le meilleur spectacle.

Le comité avait approché le CSDCEO pour leur demander de me subventionner. Le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) a fait la même chose avec Lise Paiement. Ils nous ont libérés pendant un semestre. J’avais le même salaire, mais la seule chose que je devais faire était d’écrire la musique. Je me sentais comme Beethoven.

La pochette d’album de L’écho d’un peuple. Gracieuseté

Le spectacle a été retardé d’un an, alors ils ont d’abord lancé l’album. Quand je l’ai écouté, j’ai eu un moment de panique. Mais quand j’ai entendu la musique avec le spectacle fini, tous mes doutes se sont évaporés.

C’est dommage, en Ontario français, on n’a pas beaucoup de subventions pour ce genre d’événements. Si on avait été au Québec, le spectacle existerait encore, un peu comme La Fabuleuse histoire d’un royaume au Saguenay-Lac-Saint-Jean. On a quand même duré cinq ans.

Vous avez aussi composé la musique de Vaches! The musical, qui vient de se terminer.

C’était un de mes rêves d’écrire une comédie musicale. Je suis tellement fier de ce projet. C’est une idée de Stéphane Guertin et Olivier Nadon. Certains ont douté, mais eux étaient convaincus que ça allait fonctionner, et c’est ce qui est arrivé.

La mise en scène de Dillon Orr est tellement drôle. Il y a un moment où tu ne sais pas si tu dois pleurer ou rire. C’est un coup de génie.

L’équipe de création de Vaches, the musical. Crédit image : Marianne Duval

Moi qui m’inquiétais de manquer de projets à la retraite… Quand tu enseignes, c’est la cloche qui te fait vivre. Tu es comme le chien de Pavlov. Je m’inquiétais de comment j’allais remplir mon temps, et ils m’ont approché.

Pour l’anecdote, la veille du début des répétitions, j’ai appelé Stéphane pour complètement changer la chanson-thème. Je venais de composer Oh, Casselman! J’ai dit : avec ça, les gens vont continuer de la chanter en repartant chez eux.

Vous avez un nouveau projet de comédie musicale avec Stéphane Guertin. Que pouvez-vous nous dire là-dessus?

On est dans le début du processus. On va travailler là-dessus cet été. Mais un projet comme ça, ça va prendre quelques années avant que ça ne soit sur scène.

Être le compositeur de Mon beau drapeau, est-ce que ça vient avec une pression de toujours être un ambassadeur de la culture franco-ontarienne?

Pression est un grand mot. Mais, des fois, je me sens coupable si je chante en anglais.

Avec ma femme, Lucie, et ma fille, Mélina, on avait participé au concours télévisé Un air de famille. À la deuxième étape, ils voulaient nous faire chanter I Love Rock N’ Roll. J’ai dit à René Simard, le directeur artistique : mes élèves vont voir l’émission. Je passe mon temps à leur dire de chanter en français, et là vous allez me faire chanter en anglais dans une émission du Québec? Je ne peux pas faire ça.

Les St-Pierre avaient été coachés par Bruno Pelletier lors de l’émission Un air de famille. Gracieuseté

En Ontario, on se bat pour notre langue. Pour moi, c’est une fierté de chanter en français. C’est un engagement.

À Un air de famille, on ne pouvait pas emmener mes fils Benoît et Jérémie, qui ne chantent pas, mais jouent de la basse et de la batterie. L’objectif était de se faire connaître. On a sorti l’album Les St-Pierre avec eux ensuite.

C’est sûr que, quand je chante dans les Club Med, je m’adapte au public. Je vais chanter en anglais et, s’il y a des Français de France, je vais faire du Aznavour, etc. Une fois, j’étais aux îles Turques-et-Caïques et quelqu’un m’a demandé Mon beau drapeau!

Comment c’est arrivé, de chanter dans les Club Med?

J’ai saisi une occasion d’aller dans les îles turques en juillet, pendant mes vacances de prof. J’ai adoré.

Tu rencontres des gens de partout, et chaque personne a une chanson qui vient particulièrement la chercher. Tu reçois toutes sortes de confidences. Et tu rends les gens heureux pendant leurs vacances.  

Les St-Pierre au lancement de leur album, en 2013. Brian St-Pierre considère que de faire de la musique avec sa famille est le plus beau cadeau. Gracieuseté

À quoi peut-on s’attendre pour votre quatrième album solo?

Je ne connais pas le titre encore. On a lancé les chansons Fou de toi et Beaucoup d’amour. Marc-Antoine Joly est en train de finir le mix. Moi, j’ai tout fait dans mon studio chez moi.

C’est en regardant une émission sur Shania Twain que je me suis décidé à faire l’album. Ça racontait qu’elle a été très affectée par la maladie de Lyme et n’a pas chanté pendant 10 ans. C’est Lionel Richie qui a insisté pour qu’elle recommence.

Elle disait : la seule personne qui te bloque, c’est toi. Alors, je me suis dit la même chose. L’album devrait sortir à l’automne. Je suis fébrile.  

Quels sont les thèmes abordés?

Des choses que j’ai vécues ou que j’ai vu d’autres personnes vivre. Le deuil, l’Alzheimer… Fou de toi est une chanson d’amour qui a l’air de parler d’un jeune couple, mais qui parle de mon histoire avec Lucie qui continue depuis 35 ans.

La pochette de la chanson Beaucoup d’amour. Gracieuseté

Une chanson, c’est comme une bouteille à la mer. Il y en a tellement, ça prend plusieurs facteurs pour que la tienne ressorte du lot. Il faut avoir du plaisir à le faire, ce que je fais autant avec la musique pour adulte que celle pour enfants, car je compose des spectacles avec Johanne Lefebvre, alias Jojo.

Vous préparez le spectacle du 150e anniversaire de St-Albert. De quoi ça va avoir l’air?

Ils voulaient un spectacle avec des artistes locaux semi-professionnels comme Lise Dazé et Nathalie Deslauriers, qui fait la mise en scène. Moi, je m’occupe de la musique.

On a construit notre spectacle autour de l’histoire St-Albert. Le narrateur Francis Ouimet va présenter chaque tableau, puis on va faire des medleys, un peu à la En direct de l’univers.

Par exemple, on a un medley avec des chansons de plein d’artistes qui sont passés au Festival de la curd. Ce sera un spectacle de grande envergure, le 21 juin, avec des feux d’artifice après.

Avez-vous trouvé la recette du bonheur?

Je suis à la retraite, mais j’appelle plutôt ça une nouvelle vie. Je manque de temps. Ma femme a hâte que je prenne ma retraite de ma retraite. Mais j’ai tellement de plaisir! »


1963 : Naissance à Moose Creek

1994 : Premier contrat de disque avec Vice Versa

2001 : Création de la chanson Mon beau drapeau avec les paroles de Jean-Pierre Perreault

2003 : Composition de la musique de L’écho d’un peuple et lancement de son premier album solo

2007 : Le spectacle Réveille, associé à l’album du même titre, remporte le prix Coup de coeur scolaire à Contact ontarois

2013 : Participation à Un air de famille et lancement de l’album Les St-Pierre, qui représente le bonheur de faire de la musique avec sa femme et ses enfants

2023 : Récipiendaire du prix Hommage au Gala Trille Or

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario, au Canada et à l’étranger.

Soccer : Vanessa Gilles remporte son deuxième championnat de France 

L’Olympique Lyonnais (OL) a battu le Paris Saint-Germain sur le score de 2-1, samedi en France en finale de la D1 Arkema. Une victoire qui permet à la défenseuse franco-ontarienne d’obtenir son deuxième titre de championne de France.

Les Lyonnaises étaient les grandes favorites après avoir survolé la saison régulière en première place (20 victoires, un nul et une défaite) et avec leur victoire convaincante en demi-finale contre Reims (6-0). Elles ont confirmé leur domination nationale avec un succès 2-1 contre Paris en finale.

Vanessa Gilles et ses coéquipières ont assuré la victoire dans les 22 premières minutes du match face à leurs grandes rivales parisiennes. Delphine Cascario a ouvert le score après une longue chevauchée côté gauche à la 18e minute, puis Kadidiatou Diani a doublé la mise, profitant d’une erreur de la gardienne parisienne, qui a perdu le ballon devant ses buts au profit de Melchie Durmornay passée décisive à la 22e minute pour faire 2-0.

Le PSG a été capable de réagir par l’intermédiaire de Tabitha Chawinga en deuxième mi-temps. L’attaquante a récupéré le ballon dans la surface après un premier tir repoussé par Christiane Endler mal dégagé par Vanessa Gilles. Son deuxième, dans la foulée, s’est avéré victorieux et a relancé la rencontre et les espoirs parisiens à la 73e minute (2-1).

Malgré cette frayeur, Vanessa Gilles et la défense lyonnaise sont tout de même restées solides dans le dernier quart d’heure pour assurer la victoire. Il s’agit du 17e titre de championne de France du club de Lyon, le deuxième pour l’Ottavienne.

La prochaine grosse échéance pour l’internationale canadienne, avant les Jeux olympiques cet été, sera la finale de la Ligue des champions. L’OL affrontera Barcelone le samedi 25 mai (12 h heure de l’Est) au stade San Mamés de Bilbao. Une occasion pour Vanessa Gilles de remporter pour la première fois la plus prestigieuse compétition européenne, la 9e pour l’OL.

La municipalité de Casselman demande aux habitants de réduire leur consommation d’eau

CASSELMAN – La gestion des services d’eau potable continue de poser des problèmes dans cette municipalité de l’Est ontarien. Ce vendredi, la Ville a annoncé qu’une réduction de 10 % de la consommation d’eau sera mise en place selon un horaire bien précis et émis des suggestions pour les résidents.

Alors que les problèmes de manganèse chaque été sont liés aux niveaux d’eau de la rivière Nation Sud, cette fois-ci, la Ville admet que des difficultés concernent la capacité de traitement de l’usine d’eau.

Selon un rapport de la compagnie J.L. Richards, il est recommandé à la municipalité de réduire de 10 % la consommation d’eau potable, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des bâtiments.

Dorénavant, la municipalité imposera l’usage de l’eau à l’extérieur seulement les mardis et les mercredis entre 19 h et 20 h.

À l’intérieur des maisons, la Ville suggère aux résidents de limiter les douches à quatre minutes, d’utiliser des demi-chasses d’eau de toilettes ou encore de faire des lessives à charges pleines.

Cette réduction est considérée comme une mesure cruciale à court terme pour gérer les contraintes actuelles de capacité hydraulique.

Une réduction globale de 10 % de l’utilisation de l’eau permettrait de répondre aux besoins de croissance à court terme sans augmenter la capacité de l’usine de traitement des eaux existante, explique la municipalité.

La rivière Nation Sud a un débit limité, particulièrement en période estivale. Prendre de l’eau supplémentaire de la rivière réduira le niveau de l’eau en amont du barrage, ce qui aura des effets négatifs sur l’environnement aquatique. Archives ONFR

La majeure partie de la consommation d’eau est attribuée au secteur résidentiel, représentant 80 % de la consommation totale.

Dans sa missive envoyée aux habitants ce 17 mai, la municipalité indique que cette situation ne sera que temporaire « jusqu’à ce que les facteurs déterminants de la consommation d’eau soient identifiés, ce qui pourrait permettre à la municipalité d’ajuster la politique de restriction d’eau ».

Depuis l’épisode de contamination au manganèse à l’été 2023, la Ville de Casselman a lancé une vaste étude de son système de traitement de l’eau. L’étude du plan directeur évalue diverses options pour améliorer les performances et la fiabilité de l’approvisionnement en eau, du traitement et de la distribution, ainsi que des systèmes de traitement et de collecte des eaux usées. Cette initiative vise à garantir que ces infrastructures puissent répondre de manière fiable aux débits actuels et futurs générés au sein de la municipalité.

Possible connexion au réseau de Clarence-Rockland

La Ville de Clarence-Rockland est l’une des régions adjacentes à la Municipalité de Casselman qui traite l’eau provenant de la rivière des Outaouais : une source d’eau fiable en termes de quantité et de qualité. La Ville de Clarence-Rockland a actuellement un accord de service avec la Municipalité de La Nation pour la ville de Limoges, où l’eau traitée et stockée dans le village de Cheney (provenant de l’usine de traitement de la ville) est pompée et stockée à Limoges via une conduite principale de transmission de l’eau (environ 9,7 km de long).

L’an dernier, JL Richards et Clarence-Rockland ont discuté de la faisabilité de fournir de l’eau à Casselman depuis la Ville de Clarence-Rockland.

Le maire de Clarence-Rockland, Mario Zanth, et le services des pompiers face à la rivière des Outaouais dans laquelle la Ville puise son eau. Source : Facebook/ Cité de Clarence-Rockland

Dans le rapport susmentionné, Clarence-Rockland a indiqué que la connexion entre Limoges et Cheney avait pris sept ans, de la planification à l’achèvement. Celle pour Casselman pourrait donc arriver vers 2030. Cependant, la bonne nouvelle est que la municipalité de Clarence-Rockland affirme pouvoir répondre à la demande de Casselman. Pour que cette connexion soit efficace, les experts indiquent que « le scénario à court terme est le seul scénario futur pour lequel des améliorations sont recommandées dans ce Plan directeur, étant donné que l’approvisionnement en eau devrait rester inchangé au cours des cinq prochaines années. Une fois l’approvisionnement en eau futur confirmé, les scénarios à moyen et à long terme seront évalués en fonction des conditions d’approvisionnement. »

Enfin, dans sa communication, la Ville de Casselman s’adresse aux habitants : «  Nous nous excusons pour les désagréments causés par ces politiques. Nous comprenons que des ajustements peuvent être nécessaires, mais nous avons confiance en la résilience de nos résidents pour surmonter cet obstacle. Pour éviter des investissements prématurés dans l’expansion de la capacité hydraulique de l’usine de traitement, qui pourraient coûter potentiellement des millions de dollars, la municipalité est contrainte de gérer efficacement la demande. »

Créativité et disciplines variées en Ontario français

Les arts se déploient dans une variété de disciplines cette semaine. De grands artistes québécois sont de passage en Ontario. Un spectacle original risque de donner des idées de bons… et de mauvais coups aux enfants. Et le DJ franco-ontarien qui ne fait jamais relâche lance un autre album.

Un court-métrage et un rêve réalisé

Le nouveau court-métrage de Patrick Thibeault, intitulé J’y serai, sera lancé ce soir (vendredi) en formule cinq à sept à la cabane à sucre du Muséoparc Vanier. L’histoire est celle d’un père qui doit encore une fois aller chercher sa fille adulte dans un sous-sol de club, en pleine nuit. Ce n’est pas la première fois, mais ça pourrait être la dernière. 

La musique de J’y serai est signée Marc-Antoine Joly. Celui qui vient tout juste de remporter le prix de l’album de l’année aux Prix de la musique de la capitale rêvait de composer de la musique de film. Il sera en performance ce soir. Un film de Nicole Blundell sera également présenté. La cinéaste a fait partie des finalistes du prix Peter Honeywell cette année, une récompense du Conseil des arts de l’Ontario décernée à un artiste en mi-carrière.

Le court-métrage J’y serai de Patrick Thibeault met en vedette le comédien Richard Léger. Gracieuseté Patrick Thibeault

Ottawa, le 17 mai à 17 h, à la cabane à sucre du Muséoparc Vanier.

Des œuvres en papier collant

Le spectacle jeunesse SCOOOOOTCH! est en tournée internationale, avec deux équipes distinctes, française (Nouveaux Ballets du Nord-Pas-de-Calais) ou québécoise (Synthèse Additive), selon la zone géographique. Les enfants de deux à six ans de Sudbury sont invités à y assister au Théâre du Nouvel-Ontario (TNO) ce samedi, alors que ceux d’Ottawa auront la même occasion les 1er et 2 juin au Centre national des arts (CNA). Au cœur de cette performance alliant théâtre, musique et arts plastiques, on retrouve le papier collant, le fameux scotch tape que les enfants apprécient souvent déjà… ils verront la matière se transformer sous leurs yeux et leur créativité sera sans doute stimulée, puisque les utilisations semblent infinies. Des ateliers créatifs sont aussi organisés autour des représentations.

À Ottawa, l’engouement pour la pièce SCOOOOOTCH! a incité le CNA à ajouter une représentation supplémentaire pour le 2 juin. Crédit image : Liana Paré

Sudbury, le 18 mai. Détails sur le site du TNO. Ottawa, les 1er et 2 juin. Détails sur le site du CNA.

Hearst sur les planches

Le Festival HSP (Hearst sur les planches) bat son plein à Hearst jusqu’à samedi. Des performances musicales sont à l’honneur lors des soirées cabaret. Au moment d’écrire ces lignes, la soirée du vendredi affiche déjà complet, mais il reste quelques billets pour samedi. Le spectacle Interventions Divines, pensé pour des performances extérieures dans des parcs, se déploie également à Hearst cette fin de semaine. Il s’agit d’une création de la compagnie de danse et de théâtre Corpus.

L’exposition Images & Mots de BRAVO-Nord a profité du festival pour s’installer à la galerie 815. Cette collection d’œuvres inspirées de textes franco-ontariens ornera les murs de la galerie jusqu’au 28 juin.

Le festival HSP en 2022. Crédit image : Francine Savoie-Jansson

Hearst, jusqu’au 18 mai. Détails sur la page Facebook du Festival HSP.

Sylvain Coulombe à Toronto

La galerie d’art Thompson Landry, qui met en valeur des artistes québécois dans la ville reine, s’offre les œuvres de Sylvain Coulombe du 18 mai au 9 juin. Le peintre sera présent sur place ce samedi entre midi et 16 h, pour présenter son exposition Witness of Their Time. L’artiste s’inspire de son propre ressenti et de son environnement pour créer des personnages qui arborent à la fois des éléments de la sculpture et de la peinture. Cette exposition explore le thème de la recherche du bonheur en temps d’adversité, et du confort qu’on peut trouver le long du chemin.

Cette oeuvre est la première du triptyque Un consentement difficile. Crédit image : Sylvain Coulombe

Toronto. Rencontre avec l’artiste le 18 mai, exposition jusqu’au 9 juin. Détails sur le site de la galerie Thompson Landry.

Une grande voix à Orléans

Marie-Denise Pelletier sera au Centre des arts Shenkman, dans le cadre de la programmation du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), le 23 mai. Il s’agit du seul arrêt en sol ontarien pour sa tournée Sous ma peau de femme. Le titre est celui de son 12e album, sorti en octobre dernier, mais les nouveautés côtoient les intemporelles dans ce spectacle qui souligne aussi ses 40 ans de carrière.

Pour ce nouvel album, Marie-Denise Pelletier a reçu des chansons de plusieurs auteurs et compositeurs de renom, comme Robert Charlebois, Louis-Jean Cormier, Corey Hart, Catherine Major, Michel Rivard et le franco-ontarien Marc Séguin. Source : MIFO

Ottawa, le 23 mai. Détails sur le site du MIFO.

Nouvel album électro franco-ontarien

Maintenant Montréalais, DJ UNPIER s’associe à Jérémie Caron, alias Jean L’Océan, pour un nouvel opus de huit pièces intitulé Le tour du club. Bien que Québécois, Jérémie Caron a des racines franco-ontariennes puisque son père est un francophone d’Ottawa. Son style oscille entre la pop et le rap. Les rythmes et les paroles de cette collaboration feront parfois sourire, souvent hocher de la tête et peut-être lever les bras en l’air pour danser.

Le lancement d’album se fera dans la métropole québécoise le 22 mai, mais DJ UNPIER et Jean L’Océan seront présents à la FrancoFEST d’Hamilton en juin.

DJ UNPIER (à gauche) et Jean L’Océan (à droite). Crédit image : Soren

Partout, dès maintenant. À écouter sur les plateformes d’écoute de DJ UNPIER.

Un enfant meurt de la rougeole en Ontario, le premier décès en dix ans

Un enfant de moins de cinq ans est décédé du virus de la rougeole en Ontario, a rapporté hier Santé publique Ontario. Celui-ci comptait parmi les cinq enfants faisant l’objet d’une hospitalisation en 2024, tous ayant en commun de ne pas avoir été immunisés.  

Il s’agit du premier cas de décès depuis une décennie à l’échelle de la province.

22 cas de rougeole ont été confirmés depuis le début de l’année en Ontario. Les personnes atteintes sont toutes nées après 1970. La province recense 13 cas infantiles, dont 12 enfants non vaccinés, et neuf cas adultes, dont quatre vaccinés et trois au statut vaccinal non connu.

Parmi les neuf unités de santé publique ontariennes concernées, ce sont celles d’Hamilton et de Toronto qui rapportent le plus de cas, soit six chacune. Selon Santé publique Ontario, le voyage serait la source de la contraction de la maladie pour 15 des personnes affectées.

L’analyse des tendances révèle une recrudescence de la rougeole depuis le début 2024. La dernière fois que des chiffres similaires avaient été enregistrés était en 2014. Entre 2013 et 2023, 101 cas confirmés de rougeole avaient été signalés en Ontario, avec une majorité de personnes non immunisées, 62,4 %, certains au statut vaccinal non connu, 24,8 %, et une partie de personnes vaccinées, soit 12,8 %.

Nombre de cas de rougeole et taux d’incidence par million d’habitants en Ontario du 1er janvier 2013 au 15 mai 2024. Source : Santé publique Ontario

Les symptômes de la rougeole, virus respiratoire très contagieux, se manifestent par de la fièvre, de la toux, un écoulement nasal et de la conjonctivite et sont accompagnés d’éruptions cutanées rouges sur le visage et le corps, 3 à 7 jours après l’apparition des premiers symptômes.

Dès les premiers signes, les autorités sanitaires recommandent un signalement immédiat au bureau local de santé publique et un dépistage en laboratoire comprenant à la fois la détection du virus par réaction en chaîne de la polymérase (PCR), par voie orale et par test urinaire, ainsi qu’un diagnostic sérologique en phase aiguë et en phase de convalescence.

« La vaccination est le meilleur moyen de se protéger contre la rougeole », explique le rapport.

En Ontario, deux doses de vaccin contenant le virus de la rougeole sont systématiquement administrées, la première à l’âge de 12 mois avec le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (RRO), et la seconde à l’âge de 4 à 6 ans avec le vaccin contre la rougeole, les oreillons, la rubéole et la varicelle (RROV).

Recommandations pour la vaccination contre la rougeole avant un voyage à l’étranger. Source : Santé publique Ontario

Temiskaming Shores : « On va relancer les festivités de la Saint-Jean », promet Annik Boucher

Annik Boucher est la nouvelle présidente de l’Association Canadienne française de l’Ontario (ACFO), région Témiskaming depuis le 27 mars et succède donc à Dominique Nackers qui siège toujours sur le conseil d’administration.

Le festival de la Saint-Jean-Baptiste sera de retour cette année après plusieurs années d’interruption et d’ajustements. L’ACFO vient aussi de recevoir, ce lundi, une enveloppe de 149 850 dollars de Patrimoine Canada pour relancer, entre autres, le Festival des Folies Franco-Fun.

L’ACFO-Témiskaming cherche à se redéfinir après des années marquées par la baisse de ses activités et de la membriété.

« Sur quel chantier voulez-vous travailler en premier?

Une des premières choses c’est qu’à l’ACFO, nous sommes en train de travailler sur une nouvelle planification stratégique. On a terminé la planification stratégique il y a quelques mois, mais c’est vraiment de commencer à travailler sur les priorités de celle-ci.

Quelles sont ces priorités?

On s’est entendu sur trois volets, donc vraiment, c’est toute la question d’une culture dynamique, durable et diverse. Mais en même temps, ce qu’on remarque, c’est qu’on dessert très bien la communauté des 55 ans et plus. C’est une communauté qui, souvent, est à la retraite, a le temps de faire des activités, de les organiser et de les vivre. Et ça, ce n’est pas toujours le cas avec la clientèle des 18 à 55 ans, qui sont souvent des parents avec des enfants, qui ont des activités extracurriculaires. Ce qu’on veut donc, dans un premier temps, c’est de se pencher sur des moyens de rejoindre cette clientèle-là.

Les aînés de la région sont de grands adeptes des journées des 55 ans et plus. Gracieuseté

L’ACFO-Témiscaming avait souffert de la pandémie, comment se portent vos finances?

Une première chose, c’est qu’on a reçu le financement du Patrimoine canadien encore pour les trois prochaines années. Cet argent-là nous aide à payer le salaire de notre directrice générale et, en plus, on a une bonification d’un peu plus de 5000 $ par année pour ces années-là, donc on a un peu plus d’argent pour nous aider à réaliser nos activités. Il faut aussi souligner le fait qu’on a débuté une campagne de financement annuelle auprès de nos partenaires communautaires, de nos organismes ce qui nous aide, aussi, à aller chercher les sous dont on a besoin pour encore mieux desservir la communauté avec des activités qui répondent à leurs besoins.

Alors bien sûr, il y a l’aspect financier, mais il y a aussi la nécessité de retrouver notre élan parce que l’ACFO-Témiskaming est quand même très visible dans la communauté. On a travaillé fort pour faire notre place, démontrer aux gens qu’on est ici, mais on dirait qu’avec la COVID, cet élan-là s’est un peu estompé dans le sens qu’on ne pouvait plus se rassembler. 

Comment ça se passe en ce moment au niveau du recrutement à L’ACFO?

C’est un peu difficile dans le sens où j’arrive à peine mais, l’année passée, j’ai observé et cette année, j’ai pris le mandat de la présidence, donc je ne suis pas vraiment au courant de toutes les embûches. Mais ce que je peux vous dire, c’est que oui, il manquait quatre membres à notre CA puis on a été capable de les combler. Comment? Pourquoi? Je ne sais pas mais on a pu réussir à aller chercher tous les représentants du conseil d’administration. On est allé chercher des jeunes pour nous aider, justement, avec la priorité dont on vient de parler.

Jean-Claude Carrière, ex- président et, Mélissa, nouvelle chargée de projet de l’ACFO-Témiskaming. Gracieuseté

Et au niveau de la membriété?

Nous rencontrons un défi de recrutement des bénévoles. Une de nos priorités, c’est de valoriser les gens de notre communauté. On veut vraiment utiliser davantage notre page Facebook pour faire connaître aux gens ce qui se passe avec nos partenaires, nos associations et organismes, mais aussi de faire connaître, entre autres, les commerces, et  tout ce qui peut se passer en français dans la communauté.

Si on démontre qu’on a des besoins ici et là, peut-être que les gens vont vouloir embarquer parce qu’on constate souvent que les gens ne veulent peut-être pas s’impliquer dans un organisme avec des rencontres tous les mois, et préfèrent participer occasionnellement comme bénévole à des activités. Une des prochaines choses qu’on va faire, c’est d’aller se créer une banque de bénévoles par activité. Un exemple de ça, c’est justement la journée des 55 ans et plus pour laquelle nous avons une équipe bien rodée de bénévoles.

Des membres du club d’âge d’or de New Liskaerd à une activité de l’ACFO-Témiskaming. Gracieuseté

Quels sont les prochains événements ou projets francophones qui s’en viennent à Temiskaming Shores?

Alors, on a cru bon, cette année, de ramener une Saint-Jean-Baptiste alors que ça faisait longtemps qu’on n’en avait pas eu parce que, évidemment, ça fonctionne avec des subventions et on ne pouvait pas se payer un employé pendant l’été.

La fête aura lieu le 21 juin. Je sais que ce n’est pas le 24, malheureusement, car ce n’est pas congé pour nous les Ontariens, mais on va relancer les festivités de la Saint-Jean-Baptiste. Autre bonne nouvelle, on vient d’embaucher une chargée de projet pour relancer le Festival des Folies Franco-fun. C’est le festival annuel qui se déroulait en avril, mais en raison de la COVID celui-ci avait perdu de son élan. On est dans le processus de commencer l’organisation du festival pour avril 2025.  »

Le Deuil de JOLY sacré meilleur album aux Prix de la musique de la capitale

OTTAWA – Les Prix de la musique de la capitale ont été remis jeudi soir au Théâtre musical du centre Bronson, à Ottawa. Cet événement bilingue de la Coalition de l’industrie de la musique d’Ottawa (CIMO) se tenait pour une cinquième édition. Il récompense les artistes de la région de la capitale nationale, sans distinction sur la langue utilisée. Du côté de la musique en français, JOLY et LeFLOFRANCO sont repartis gagnants.

Marc-Antoine Joly, habitué de collaborer sur scène et dans l’ombre avec de nombreux autres artistes franco-ontariens, a réussi le pari de lancer son projet solo. Peaufiné pendant cinq ans, le premier album de JOLY vient de lui valoir le titre d’album de l’année aux Prix de la musique de la capitale. Intitulé Deuil, l’album-concept propose sept chansons et sept interludes qui racontent les étapes du deuil tout en laissant une grande part à l’interprétation, dans une ambiance presque cinématographique.

En entrevue avec ONFR à la sortie de l’album, JOLY expliquait : « Je me suis laissé aller complètement musicalement. La musique, c’est l’affaire la plus importante pour moi. Les textes aussi, mais la musique c’est en premier, c’est certain. »

Marc-Antoine Joly au lancement de la programmation 2024-2025 du MIFO. Crédit image : Rachel Crustin

Marc-Antoine Joly était aussi en nomination dans la nouvelle catégorie Éducateur de musique de l’année, remporté par Danah-Lee Krieger.

En spectacle dans les prochains mois, JOLY sera accompagné de son frère, Simon de son prénom (aussi batteur des Rats d’Swompe), du bassiste Patrick Harrison et du technicien de son Nicolas Séguin, qu’il reconnaît comme « un quatrième membre, parce qu’on a beaucoup d’effets sonores, de délais, de réverbérations, etc. », comme mentionné lorsque nous l’avons croisé au lancement de programmation du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO).

Nicolas Séguin était lui-même en nomination comme ingénieur de son de l’année, aux côtés de Quest, un prix finalement remporté par Steve Foley.

Les autres nommés dans la catégorie album de l’année étaient Boréale de Mimi O’Bonsawin, Laff it Off de Pony Girl, Volume III de The Commotions et l’album éponyme de Mikhail Laxton.

Pony Girl, formation qui s’exprime en anglais, mais dont certains membres sont francophones, a remporté le titre de Chanson primée de l’année avec Laff it Off, devant JOLY (Ça tourne encore) et les Rats D’Swompe (Dans l’cabanon), entre autres.

LeFLOFRANCO lors de l’émission Lendemain de veille TFO. Crédit image Stéphane Bédard

De son côté, LeFLOFRANCO a remporté le prix du vidéoclip de l’année pour l’anxiogène Sonner l’alarme, réalisé par Quest et édité par JohnJohn. Lancé en janvier dernier, cet extrait propose une ambiance beaucoup plus chargée que la légère Danser avec toi qui lui a valu une année 2023 exceptionnelle.

Avec ce prix décerné par les votes du public, LeFLOFRANCO remporte aussi « 1000 $ pour un fonds de développement musical et commercial, offert par la CIMO et Kinaxis, ainsi qu’une location de studio inMotion d’une valeur de 600 $ », peut-on lire sur le site des Prix de la musique de la capitale.

LeFLOFRANCO était en nomination aux côtés d’autres francophones tels qu’Almiros  (Boîte de pandore / vulgaire) et Beau Nectar (Buds).

Beau Nectar à Contact ontarois 2024, où le duo a remporté le Prix Alliance du ROSEQ. Crédit image : Rachel Crustin

Le duo composé de Marie-Clo et d’éemi est reparti bredouille malgré quatre nominations. Outre la catégorie vidéoclip, elles étaient en lice pour les prix Nouvel artiste, Groupe et Meilleurs production et arrangements pour On fera la fête. Ces trois récompenses ont respectivement été remportées par Hannah Vig, School House et The Commotions.

La productive Mimi O’Bonsawin récoltait sa nomination pour l’album de l’année pour son premier album en français, Boréale, mais avait également une mention comme Autrice-compositrice pour l’album anglophone Willow sorti quelques mois auparavant (prix remporté par N’nerjie pour Tug of War). L’artiste franco-ontarienne et abénaquise vient tout juste de lancer son album Live in concert, le 10 mai dernier.

Mimi O’Bonsawin était en nomination également comme artiste solo de l’année, un prix remporté par Grey Brisson. Grey Brisson est d’ascendance francophone et a vécu à Paris quelques années avant de s’installer à Ottawa en août dernier. Les autres nommés dans cette catégorie étaient Jesse Simmons, Melissa Lamm et Zach Diamond.

Une mère francophone contrainte de scolariser son enfant en anglais

AJAX – D’un côté, un enfant d’ayants droit se voit refuser l’accès à l’école francophone catholique de proximité, faute d’être baptisé, et doit être scolarisé dans une école anglophone. De l’autre, un système d’éducation catholique qui suit son mandat religieux. En toile de fond, une pénurie d’écoles francophones laïques qui résulte en une perte des enfants francophones dans le système d’éducation anglophone.

Immigrée au Canada en 2023 et résidant à Ajax depuis, Marina Dupré*, une mère de famille francophone, espérait que son fils de cinq ans poursuive sa scolarité dans sa langue maternelle. Or, il se trouve que la seule école élémentaire de quartier, l’École Notre-Dame-de-la-Jeunesse, est catholique.

« J’ai démarché plusieurs écoles catholiques proches et on m’a demandé d’envoyer le certificat de baptême. À ma grande surprise, être francophone ne suffit pas, il faut être baptisé et catholique pour l’inscription et nous ne le sommes pas », raconte celle-ci.

Une déconvenue pour cette maman déçue de ne pouvoir inscrire son enfant dans un établissement à distance raisonnable pour l’emmener à l’école à pied, ne possédant pas de voiture.

L’alternative logique aurait pu être l’école publique francophone la plus proche, en l’occurrence l’École élémentaire Ronald-Marion, se trouvant dans la ville voisine de Pickering. Mais c’était sans compter des contraintes quotidiennes incompressibles pour Marina.

Marina Dupré et son fils résident à Ajax depuis l’année dernière. Crédit image : ONFR

Cette maman n’a pas eu d’autre choix que de se tourner vers le système éducatif anglophone. Crédit image : ONFR

Cette situation est vécue par de nombreuses familles francophones en Ontario, faute d’investissements provinciaux plus conséquents. Crédit image : ONFR

« La distance serait faisable en voiture, mais nous ne sommes pas véhiculés. Le transport scolaire, pour lequel non seulement il faut compter une heure de trajet dans la journée, implique des heures fixes qui ne correspondent pas du tout à mes horaires de travail. Sans compter qu’un très jeune enfant ne peut pas rentrer du bus par lui-même et rester seul », déplore Mme Dupré.

De poursuivre : « La garderie avant et après l’école est coûteuse. Dès l’âge de six ans, il faut par exemple compter 650 $ le mois, et il n’y a pas de transport scolaire assuré après. Il me faudrait alors 50 minutes aller et 50 minutes retour en transports en commun. Comment font les parents dont les horaires de travail ne coïncident pas? »

Découragée, elle s’est résolue à l’inscrire dans une école anglophone accessible à pied depuis leur lieu d’habitation. « L’immersion française des écoles anglophones est loin d’être au niveau. Je dois donc me charger moi-même de son éducation en français », conclut-elle.

Prérequis religieux et exception kilométrique

Selon Yves Levesque, le directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), les prérequis d’accès aux écoles catholiques sont clairs.

« En école élémentaire, chaque enfant qui se présente chez nous doit certes être un ayant droit francophone mais doit aussi être baptisé. C’est la réalité de notre système d’éducation, de notre vocation et de notre mandat. »

Il explique en revanche que des dérogations sont possibles dans les cas où l’école publique la plus proche se trouverait dans un rayon de 75 à 100 km (variant d’un conseil scolaire à l’autre) de distance du domicile. Auquel cas, cela justifierait une inscription sans devoir être de confession catholique.

« Si on se trouve par exemple dans une ville rurale qui n’a qu’une seule école à des kilomètres à la ronde, le côté francophone prime. C’est beaucoup plus rare dans les zones urbaines », illustre-t-il.

Si on avait la chance d’avoir des écoles de quartier de langue française un peu partout, ce serait beaucoup plus simple.
— Yves Levesque, directeur général de l’AFOCSC

M. Levesque nuance toutefois en ajoutant qu’au secondaire, les admissions sont beaucoup plus flexibles du fait qu’il existe beaucoup moins d’établissements pour les francophones.

Près de 70 % des élèves francophones sont inscrits dans des écoles catholiques et autour de 30 % dans des écoles laïques. Une proportion qui s’explique selon le directeur de l’AFOCSC. Les premières écoles étant historiquement catholiques, il y en a donc plus.

Celui-ci ajoute également qu’il y a un trop grand écart entre le nombre de conseils scolaires catholiques, huit contre quatre publics, et que cela pose des défis, alors que dans le nombre de conseils scolaires anglophones entre les deux systèmes est plus homogène.

« Si on avait la chance d’avoir des écoles de quartier de langue française un peu partout, ce serait beaucoup plus simple, mais le fait est qu’il n’y en a pas dans toutes les zones », commente-t-il.

Un très faible maillage d’écoles laïques francophones

Selon Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), les grandes régions de l’Ontario sont très mal ou pas du tout desservies par les écoles publiques de langue française.

Elle considère que le nord-ouest, le centre-nord, le nord-est et le sud-ouest (hors Windsor, Sarnia et London) sont concernés et que, côté Centre-Sud et Centre-Est, dans la région du Grand Toronto et du Grand Ottawa, les écoles débordent avec des longues distances entre elles, laissant des zones entières désertes.

Entre 80 et 120 écoles publiques de langue française supplémentaires sont nécessaires partout en Ontario afin de desservir la population franco-ontarienne.
— Isabelle Girard, directrice générale de l’ACÉPO

« Une grande partie de la population se voit donc obligée de faire de longs trajets pour se rendre dans une école publique de langue française », argumente Isabelle Girard, directrice générale de l’ACÉPO.

« Il n’y a certainement pas assez d’écoles publiques de langue française en Ontario. Compte tenu de notre taux de croissance de plus de 110 % depuis notre création en 1998, et des vastes régions non desservies, l’ACÉPO estime qu’entre 80 et 120 écoles publiques de langue française supplémentaires sont nécessaires partout en Ontario afin de desservir la population franco-ontarienne. »

Carte illustrant la dispersion des écoles publiques de langue française sur le territoire ontarien avec un focus sur la région d’Ajax et les écoles francophones laïques les plus proches. Source : ACÉPO

L’AFOCSC estime d’ailleurs que sur les 300 écoles catholiques actuelles, il en manquerait également une centaine.

Le conseil scolaire laïc Viamonde a informé ONFR que le projet d’une école élémentaire Whitby-Ajax a fait son apparition sur la liste des priorités en immobilisation depuis 2017, et qu’un terrain a été acheté en 2022. L’école devrait ouvrir d’ici quelques années, à l’angle du chemin Ainley et de l’avenue Turnerbury à Ajax. L’année exacte d’ouverture n’a pour l’heure pas été indiquée.

Interrogé sur la question, le ministère de l’Éducation défend pour sa part les investissements réalisés depuis 2018 : « Notre gouvernement a investi plus de 240 millions de dollars pour soutenir 18 nouvelles écoles francophones et 17 agrandissements ou rénovations, ce qui a permis de créer plus de 7700 places. Nous continuerons à aider la communauté francophone en investissant dans de nouvelles écoles. »

*Un nom fictif a été utilisé pour préserver l’anonymat du témoignage.