Une mère francophone contrainte de scolariser son enfant en anglais

AJAX – D’un côté, un enfant d’ayants droit se voit refuser l’accès à l’école francophone catholique de proximité, faute d’être baptisé, et doit être scolarisé dans une école anglophone. De l’autre, un système d’éducation catholique qui suit son mandat religieux. En toile de fond, une pénurie d’écoles francophones laïques qui résulte en une perte des enfants francophones dans le système d’éducation anglophone.

Immigrée au Canada en 2023 et résidant à Ajax depuis, Marina Dupré*, une mère de famille francophone, espérait que son fils de cinq ans poursuive sa scolarité dans sa langue maternelle. Or, il se trouve que la seule école élémentaire de quartier, l’École Notre-Dame-de-la-Jeunesse, est catholique.

« J’ai démarché plusieurs écoles catholiques proches et on m’a demandé d’envoyer le certificat de baptême. À ma grande surprise, être francophone ne suffit pas, il faut être baptisé et catholique pour l’inscription et nous ne le sommes pas », raconte celle-ci.

Une déconvenue pour cette maman déçue de ne pouvoir inscrire son enfant dans un établissement à distance raisonnable pour l’emmener à l’école à pied, ne possédant pas de voiture.

L’alternative logique aurait pu être l’école publique francophone la plus proche, en l’occurrence l’École élémentaire Ronald-Marion, se trouvant dans la ville voisine de Pickering. Mais c’était sans compter des contraintes quotidiennes incompressibles pour Marina.

Marina Dupré et son fils résident à Ajax depuis l’année dernière. Crédit image : ONFR

Cette maman n’a pas eu d’autre choix que de se tourner vers le système éducatif anglophone. Crédit image : ONFR

Cette situation est vécue par de nombreuses familles francophones en Ontario, faute d’investissements provinciaux plus conséquents. Crédit image : ONFR

« La distance serait faisable en voiture, mais nous ne sommes pas véhiculés. Le transport scolaire, pour lequel non seulement il faut compter une heure de trajet dans la journée, implique des heures fixes qui ne correspondent pas du tout à mes horaires de travail. Sans compter qu’un très jeune enfant ne peut pas rentrer du bus par lui-même et rester seul », déplore Mme Dupré.

De poursuivre : « La garderie avant et après l’école est coûteuse. Dès l’âge de six ans, il faut par exemple compter 650 $ le mois, et il n’y a pas de transport scolaire assuré après. Il me faudrait alors 50 minutes aller et 50 minutes retour en transports en commun. Comment font les parents dont les horaires de travail ne coïncident pas? »

Découragée, elle s’est résolue à l’inscrire dans une école anglophone accessible à pied depuis leur lieu d’habitation. « L’immersion française des écoles anglophones est loin d’être au niveau. Je dois donc me charger moi-même de son éducation en français », conclut-elle.

Prérequis religieux et exception kilométrique

Selon Yves Levesque, le directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), les prérequis d’accès aux écoles catholiques sont clairs.

« En école élémentaire, chaque enfant qui se présente chez nous doit certes être un ayant droit francophone mais doit aussi être baptisé. C’est la réalité de notre système d’éducation, de notre vocation et de notre mandat. »

Il explique en revanche que des dérogations sont possibles dans les cas où l’école publique la plus proche se trouverait dans un rayon de 75 à 100 km (variant d’un conseil scolaire à l’autre) de distance du domicile. Auquel cas, cela justifierait une inscription sans devoir être de confession catholique.

« Si on se trouve par exemple dans une ville rurale qui n’a qu’une seule école à des kilomètres à la ronde, le côté francophone prime. C’est beaucoup plus rare dans les zones urbaines », illustre-t-il.

Si on avait la chance d’avoir des écoles de quartier de langue française un peu partout, ce serait beaucoup plus simple.
— Yves Levesque, directeur général de l’AFOCSC

M. Levesque nuance toutefois en ajoutant qu’au secondaire, les admissions sont beaucoup plus flexibles du fait qu’il existe beaucoup moins d’établissements pour les francophones.

Près de 70 % des élèves francophones sont inscrits dans des écoles catholiques et autour de 30 % dans des écoles laïques. Une proportion qui s’explique selon le directeur de l’AFOCSC. Les premières écoles étant historiquement catholiques, il y en a donc plus.

Celui-ci ajoute également qu’il y a un trop grand écart entre le nombre de conseils scolaires catholiques, huit contre quatre publics, et que cela pose des défis, alors que dans le nombre de conseils scolaires anglophones entre les deux systèmes est plus homogène.

« Si on avait la chance d’avoir des écoles de quartier de langue française un peu partout, ce serait beaucoup plus simple, mais le fait est qu’il n’y en a pas dans toutes les zones », commente-t-il.

Un très faible maillage d’écoles laïques francophones

Selon Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), les grandes régions de l’Ontario sont très mal ou pas du tout desservies par les écoles publiques de langue française.

Elle considère que le nord-ouest, le centre-nord, le nord-est et le sud-ouest (hors Windsor, Sarnia et London) sont concernés et que, côté Centre-Sud et Centre-Est, dans la région du Grand Toronto et du Grand Ottawa, les écoles débordent avec des longues distances entre elles, laissant des zones entières désertes.

Entre 80 et 120 écoles publiques de langue française supplémentaires sont nécessaires partout en Ontario afin de desservir la population franco-ontarienne.
— Isabelle Girard, directrice générale de l’ACÉPO

« Une grande partie de la population se voit donc obligée de faire de longs trajets pour se rendre dans une école publique de langue française », argumente Isabelle Girard, directrice générale de l’ACÉPO.

« Il n’y a certainement pas assez d’écoles publiques de langue française en Ontario. Compte tenu de notre taux de croissance de plus de 110 % depuis notre création en 1998, et des vastes régions non desservies, l’ACÉPO estime qu’entre 80 et 120 écoles publiques de langue française supplémentaires sont nécessaires partout en Ontario afin de desservir la population franco-ontarienne. »

Carte illustrant la dispersion des écoles publiques de langue française sur le territoire ontarien avec un focus sur la région d’Ajax et les écoles francophones laïques les plus proches. Source : ACÉPO

L’AFOCSC estime d’ailleurs que sur les 300 écoles catholiques actuelles, il en manquerait également une centaine.

Le conseil scolaire laïc Viamonde a informé ONFR que le projet d’une école élémentaire Whitby-Ajax a fait son apparition sur la liste des priorités en immobilisation depuis 2017, et qu’un terrain a été acheté en 2022. L’école devrait ouvrir d’ici quelques années, à l’angle du chemin Ainley et de l’avenue Turnerbury à Ajax. L’année exacte d’ouverture n’a pour l’heure pas été indiquée.

Interrogé sur la question, le ministère de l’Éducation défend pour sa part les investissements réalisés depuis 2018 : « Notre gouvernement a investi plus de 240 millions de dollars pour soutenir 18 nouvelles écoles francophones et 17 agrandissements ou rénovations, ce qui a permis de créer plus de 7700 places. Nous continuerons à aider la communauté francophone en investissant dans de nouvelles écoles. »

*Un nom fictif a été utilisé pour préserver l’anonymat du témoignage.

Les Franco-Albertains dénoncent des propos « qui nous ont profondément blessés » du chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet

Dans une longue lettre ouverte adressée au chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, l’organisme porte-parole des francophones de l’Alberta dénonce certains de ses propos tenus « qui nous ont profondément blessés ».

La présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), Nathalie Lachance, a répondu à des affirmations qu’avait tenues le chef de la formation souverainiste lors de la saga du « plein de marde » du député Francis Drouin.

La semaine dernière, Yves-François Blanchet avait critiqué des propos du ministre des Langues officielles, Randy Boissonnault. Questionné sur le lien entre les études postsecondaires et l’anglicisation au Québec, le ministre franco-albertain avait affirmé que « si on regarde le nombre d’étudiants qu’on a au Québec, ça n’anglicise pas la province ».

« Quand on a des francophones qui étudient en Alberta, comme moi, j’ai fait au campus Saint-Jean, ça n’a pas francisé la province de l’Alberta », avait-il dressé comme parallèle.

Cette affirmation du politicien libéral avait fait bondir Yves-François Blanchet qualifiant le propos de « bêtise ».

« Personne ne pense qu’étudier en français en Alberta va faire en sorte que les gens qui vont sortir de l’université vont travailler en français. Il n’y a personne qui travaille en français en Alberta, à part les profs de français », avait-il dit en conférence de presse.

Cette dernière phrase avait fait réagir la directrice générale adjointe de l’ACFA, Amy Vachon-Chabot, qui soulignait que nous sommes « 25 440 à travailler en français en Alberta dans divers milieux selon le recensement de 2021 ».

« Moi-même, je travaille en français et je ne suis pas dans le domaine de l’éducation. Révisez vos faits », soulignait-elle sur X (ancien Twitter).

Le lendemain, toujours sur X, le chef du Bloc québécois s’était défendu, soulignant que son propos était « une image » avant d’approfondir ses réflexions dans un autre tweet.

« Qu’une personne engagée dans une institution qui promeut le français en Alberta – ce qui est très souhaitable – suggère que tout va bien pour le français hors Québec a quelque chose de naïf. Le français va mal en dehors du Québec », écrivait-il.

« Vos efforts restent nécessaires et je préfère vous y encourager avec lucidité », ajoutait le leader de la formation souverainiste à la fin.

Dans sa lettre, la présidente de l’ACFA affirme qu’au nom de son organisme, « je me dois de répondre à certains propos qui ont circulé au cours de la dernière semaine et auxquels vous avez renchéri en traitant notamment une employée brillante et prometteuse de notre organisation de ‘naïve’, ce qui nous a profondément blessés ».

« Vivre en situation francophone minoritaire, c’est notre réalité au quotidien. Nous ne sommes pas naïfs et nous sommes bien au fait des limites de cette réalité. Je ne vous dirai donc pas que c’est toujours facile et automatique, loin de là », écrit Mme Lachance.

« Nous ne sommes pas naïfs. En fait, je crois plutôt que nous osons rêver. Rêver, c’est se donner l’opportunité de co-créer la francophonie albertaine d’aujourd’hui et de demain », renchérit-elle.

Le chef du Bloc a vivement dénoncé les propos du premier ministre Justin Trudeau qui soutenait que les bloquistes s’attaquaient à Francis Drouin, car « ils n’aiment pas les francophones qui parlent français hors du Québec », affirmait-il en chambre. Le chef souverainiste répondant que le premier ministre « essaie de mettre de la division entre les francophones du Québec et du Canada ».

« Je voudrais lui rappeler que, lors du débat en anglais à la dernière élection, j’ai voulu parler de francophones hors Québec, et on m’a dit que ce n’était pas la place et qu’on ne parlait pas de français dans le débat anglais de son Canada », illustrait-il.

Il avait aussi souligné sur X que sa formation politique était la seule qui a « soutenu les changements demandés par les francophones hors Québec dans la nouvelle loi sur les langues officielles », un appui pour lequel « nous sommes d’ailleurs très reconnaissants », écrit la présidente de l’ACFA dans sa lettre ouverte.

Si elle convient que sur les 25 440 personnes à travailler en français en Alberta, « une large part d’entre eux sont des enseignants », elle précise dans sa missive au politicien québécois que les Franco-Albertains, « nous sommes conscients qu’il faut être vigilants, car l’assimilation guette ».

« Les craintes concernant l’anglicisation du Québec et l’assimilation au sein de nos communautés francophones en situation minoritaire sont légitimes et doivent nous interpeller nationalement », estime-t-elle en invitant le chef du Bloc à « venir nous visiter » pour « découvrir un vaste réseau d’Albertains et d’Albertaines d’expression française passionnés ».

« La situation sera largement différente de celle que vous vivez au Québec, mais elle n’en est pas moins réelle et valide. »

Selon Statistique Canada, en 2021, 1,1 % des travailleurs de l’Alberta utilisait le français au moins régulièrement au travail. Une proportion importante de ces personnes travaillait dans les services d’enseignement (30,6 %) ou dans l’administration publique (11,9 %). Les travailleurs qui utilisaient le français le plus souvent au travail en 2021, de façon prédominante ou à égalité avec d’autres langues étaient d’une proportion de 0,4 %.

« Plein de marde » : l’AFO se porte à la défense de Francis Drouin

OTTAWA – L’organisme porte-parole des Franco-Ontariens, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), se porte à la défense du député Francis Drouin après qu’il ait traité de « plein de marde » et « extrémistes » des témoins en comité parlementaire. Le Comité des langues officielles s’est réuni mercredi de façon urgente après une demande des oppositions qui répètent leur revendication pour la démission de l’élu libéral.

Une requête avec laquelle l’AFO se met à l’encontre. Dans une lettre adressée au président du Comité des langues officielles, René Arseneault, l’AFO défend le représentant libéral, « comme un député disponible, à l’écoute et ayant œuvré pour le bien de la francophonie », écrit son président Fabien Hébert.

« Il a été un allié pour l’obtention de l’Université de l’Ontario français et la modernisation de la Loi sur les langues officielles, tout en assumant très bien ses fonctions à la présidence de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie », poursuit le président de l’organisme de la francophonie ontarienne.

« Toutes et tous les membres de ce comité ont les langues officielles et la francophonie à cœur, incluant M. Drouin », ajoute le porte-parole de l’AFO dans sa missive.

Francis Drouin est sous le feu de critiques des oppositions au Parlement qui demandent sa démission à titre de président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) et du Comité des langues officielles. Une rencontre d’urgence des membres de l’APF est d’ailleurs prévue le 23 mai pour un appel à sa démission après que le député bloquiste René Villemure ait demandé cette réunion.

Le député franco-ontarien avait retiré ses propos, mais refusé de s’excuser dans les jours suivants, admettant qu’il aurait pu « mieux poser mes mots » et reconnaissant s’être « laissé emporter par la passion ». Il s’était finalement formellement excusé lors de la séance suivante du comité. Mercredi, il a brièvement commenté devant les journalistes qu’il « n’a pas besoin de corriger cette perception » qu’il ne serait pas un allié pour la francophonie.

En entrevue avec ONFR, il jugeait « honteux » et « insultant » qu’on « extrapole ça (cet incident) en disant que j’insulte les gens qui défendent la langue française » affirmant qu’il a protégé la langue française « toute sa vie ».

« L’AFO est sorti en disant que j’ai toujours été un défenseur (du français) et je suis d’accord », acquiesce-t il.

Dans sa lettre, l’AFO « invite respectueusement les élues et élus de la Chambre des communes à mettre de l’avant des initiatives et des débats sur des enjeux touchant réellement les Franco-Ontariennes et les Franco-Ontariens » comme le financement des organismes et de l’Université de Sudbury.

C’est lors d’un comité étudiant le financement postsecondaire en milieu minoritaire que le député de Glengarry-Prescott-Russell a injurié de « plein de marde » et « extrémistes » les deux chercheurs, Frédéric Lacroix et Nicolas Bourdon. Ces derniers témoignaient, chiffres à l’appui, sur l’anglicisation au Québec et le lien avec les études en anglais. Ils expliquaient que fréquenter une université ou un cégep anglophone augmentait grandement la probabilité de mener sa vie en anglais.

Francis Drouin : un défenseur pour la francophonie?

La formation de Pierre Poilievre se dit en désaccord avec les propos de l’AFO. Son député Joël Godin indique « qu’on n’a pas la même lecture » sur le fait que Francis Drouin soit un allié de la francophonie. Il « a fait de bonnes choses avant » l’incident, concède le conservateur, mais « j’ai un gros point d’interrogation aujourd’hui avec ce qui s’est passé lundi passé ». Le fait qu’il ait pris plusieurs jours avant de formellement s’excuser le rend « illégitime » à son rôle à l’APF, souligne-t-il.

« Nous ce qu’on dit est que M. Drouin a fait des choses dans le passé, mais il a fait une chose inacceptable et à partir de ce moment-là, il se doit de démissionner », a dit le porte-parole conservateur en langues officielles aux journalistes mercredi.

Le député du Bloc Québécois Mario Beaulieu ne veut pas prêter d’intentions au député franco-ontarien à savoir s’il est un allié de la francophonie ontarienne comme l’affirme l’AFO. Mais il s’est « disqualifié comme représentant de la francophonie » du poste en « insultant les défenseurs du français au Québec », argumente-t-il.

Nouvelle offensive pour faire démissionner Francis Drouin

Dans une réunion d’urgence, demandée par le Bloc Québécois et les conservateurs, le Comité des langues officielles s’est réuni mercredi à Ottawa, en semaine de congé parlementaire pour demander à nouveau la démission du député libéral.

Les libéraux étaient d’ailleurs représentés à ce comité seulement par des Franco-Ontariens, ce qui a fait dire à Joël Godin « qu’ils ont sorti l’artillerie lourde pour défendre l’indéfendable ». Le comité comportait des ajouts inhabituels mercredi, soit les députées franco-ontariennes, Mona Fortier et Marie-France Lalonde.

La semaine dernière, les partis avaient accepté de suspendre le débat sur une motion demandant la démission de Francis Drouin du comité et de son poste de président de l’APF.

Le conservateur Joël Godin a déposé une motion similaire mercredi après que les députés se soient entendus pour faire venir le ministre des Langues officielles Randy Boissonnault qui n’avait pas pu témoigner la semaine dernière. La motion conservatrice a toutefois été bloquée, car elle ne respectait pas les procédures parlementaires, dont celle de fournir un préavis de 48 heures, ce qui a amené le président du comité René Arseneault à mettre fin à la séance plus tôt que prévu.

Mais les oppositions assurent qu’ils ne lâcheront pas le morceau et qu’ils persisteront en comité avec leurs demandes tant que l’élu franco-ontarien ne quittera pas le comité et le président de l’APF.

« Le dossier n’est pas clos. On va revenir avec cette motion », assure le conservateur Bernard Généreux, ajoutant qu’il faudra « le temps qu’il faudra pour faire en sorte que M. Drouin réponde à ses actes ».

On démystifie le français… d’un anglophone

Ô Canada, terre de nos aïeux, où se mêlent nos deux solitudes linguistiques. Sans conteste, une force de notre beau pays est son nombre de citoyens bilingues. En tant que francophone, êtes-vous en mesure de reconnaître lorsqu’un anglophone parle français, sans pour autant pouvoir identifier précisément les particularités de prononciation entre les deux langues? La phonologue Marie-Hélène Côté, professeure à l’Université de Lausanne, se penche sur cette question. Un indice : tout se jouerait au niveau du rythme.

Sault Ste. Marie approuve un projet d’escouade dédiée à la sécurité du centre-ville

SAULT STE. MARIE – Le conseil municipal a approuvé lundi soir à l’unanimité la mise en place d’un projet pilote visant à affecter une escouade de sécurité pédestre dédiée au centre-ville.

« Les patrouilles aideront à se sentir en sécurité et il y a un sentiment rassurant quand on sait qu’il y a des équipes aux alentours », a déclaré le maire Matthew Shoemaker au terme d’une très rapide discussion suivant l’adoption de la motion.

L’objectif de la patrouille est d’assurer un niveau supplémentaire de sécurité dans le centre-ville et d’aider à prévenir le vandalisme et la criminalité. « Toute forme de sécurité supplémentaire est très importante », a lancé de son côté le conseiller Ron Zagordi qui a appuyé la motion amenée par le conseiller Marchy Bruni.

« On espère que cette initiative permettra de ramener les gens au centre-ville, que ça les mettra à l’aise d’y aller manger et faire des courses », a renchéri le maire de la ville de près de 77 000 habitants.

La séance municipale a duré plus de quatre heures lundi soir. Capture d’écran internet

Plusieurs commerces avaient décidé de verrouiller leurs portes et d’instaurer un système d’entrée par sonnette devant la montée des vols et du harcèlement au centre-ville ces derniers mois.

Les heures de service prévues de l’escouade sont de 11 h à 15 h et de 18 h à 22 h, sept jours par semaine. La proposition pour le projet inclut une certaine souplesse, néanmoins, pour modifier ou allonger ces horaires.

La conseillère Lina Vezeau-Allen a, quant à elle, fait part de ses préoccupations : « Nous allons avoir la sécurité sur place, mais comment faire s’ils n’ont pas l’information sur l’endroit où référer quelqu’un et vont-ils avoir une formation pour savoir quoi faire devant quelqu’un en détresse? »

Ce à quoi Brent Lamming, directeur des services communautaires de la ville, a répondu que la question serait soulevée dans l’appel d’offres pour la mise en place du projet.

La patrouille devrait parcourir l’axe principal sur la rue Queen. Source : Ville de Sault Ste. Marie

Un emplacement central

Le projet d’une nouvelle station de police au centre-ville, potentiellement située sur la rue Queen et dont les opérations devraient commencer en été, ne devrait pas interférer avec l’escouade, précise M. Lamming puisque la police effectuera des patrouilles seulement sur une base volontaire.

L’escouade sera rattachée à une base située sur l’esplanade du centre-ville ce qui lui permettra de mieux connaître les propriétaires d’entreprises et les emplacements clés, selon la Ville.

En outre, la municipalité dit que la patrouille travaillera en collaboration avec le programme des ambassadeurs du centre-ville bien que celles-ci soient parfaitement indépendantes. 

La nouvelle station de police du centre-ville, estimée à un coût de 3,6 millions de dollars, pourrait être logée dans l’ancienne station du train passager d’Algoma et employer 17 agents. Source : Fungus Guy via Wikimédia Commons CC BY-SA 3.0

Ce programme existant depuis 2022 est géré par l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) en partenariat avec la ville de Sault Ste. Marie et l’Association du centre-ville. 

Des patrouilles privées étaient en exercice par le biais de l’organisme ces dernières années mais ont dû être arrêtées en raison d’un déficit important chez celui-ci. Des fonds restants de ce programme seront redirigés vers cette nouvelle escouade.

M. Lamming a rappelé que 41,2 % des membres de l’Association du centre-ville ont mentionné que les sans-abri et la toxicomanie étaient leur principale préoccupation. Un rapport quotidien sera rédigé pour tenir un registre des interventions et améliorer la sécurité au centre-ville.

Le 91ᵉ Congrès de l’ACFAS prend ses quartiers à l’Université d’Ottawa

OTTAWA – Le 91ᵉ congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) débute ce lundi sous le thème « Mobiliser les savoirs en français », à l’Université d’Ottawa. Pas moins de 6000 intervenants et chercheurs participent, jusqu’à vendredi, à plus de 220 colloques et conférences sur les enjeux de la recherche francophone au pays.

L’Université se transforme en un bouillon de culture et de connaissance pendant une semaine, dès ce lundi avec en plus des colloques, près de 400 conférences, des tables rondes, des ateliers, etc.

Franco-Ontarienne et membre abénaquise de la Première Nation d’Odanak, Michelle O’Bonsawin a été nommée présidente d’honneur pour ce congrès sous le patronage de l’UNESCO. En septembre 2022, elle est devenue la première autochtone à siéger au plus haut tribunal du pays.

Native de Hanmer à Sudbury et Franco-Ontarienne, Michelle O’Bonsawin est la première juge autochtone de la Cour suprême. Archives ONFR

L’ACFAS se considère comme un pilier dans le domaine de la recherche en français alors que les activités de recherche dans la langue de Molière diminuent depuis plusieurs années au Canada. C’est pourquoi, en marge cette 91ᵉ rencontre, l’organisme révèle ce lundi de nouvelles recommandations pour préserver et renforcer la publication scientifique francophone.

De nombreux chercheurs et étudiants de près 32 pays présenteront leurs recherches, mais ce sera aussi l’occasion de participer à des activités, dont certaines s’étaleront sur plusieurs mois.

Par exemple, une exposition de photographie numérique intitulée La preuve en image met en avant les clichés issus de recherches scientifiques dans tous les domaines du savoir.

De plus, des événements créatifs seront proposés, comme un atelier de bande dessinée Imaginons les soins virtuels en 2080, ouvert à tous. Ce projet invite à explorer un futur potentiel à travers deux scénarios décrivant les soins médicaux de demain. L’objectif est de concevoir les technologies futures répondant aux défis actuels.

Des conférences sur des enjeux très nouveaux

Parmi toutes ces rencontres et colloques, plusieurs sujets traités sont assez connus de la communauté de chercheurs, mais d’autres sont plus récents à l’agenda.

On retrouve, par exemple, le colloque de la controverse environnementale sur fond de crise climatique, de la gestion des ressources naturelles, en passant par l’aménagement du territoire, qui aura lieu jeudi et vendredi.

Mais aussi : Faire vivre les savoirs infirmiers au cœur de la francophonie : une contribution à une pensée disciplinaire vivante. Ce colloque vise à explorer des initiatives d’infirmières francophones partout dans le monde, et à en discuter, pour contribuer à la dissémination et au développement du savoir infirmier.

Bannière de l’ACFAS à l’Université d’Ottawa. Crédit image : Université d’Ottawa

Une conférence sur les soins d’affirmation de genre pour les personnes transgenres francophones au Canada sera proposée par deux professeurs de l’Université Laval au Québec.

En outre, une table ronde mettra en évidence la question de la participation des femmes francophones dans le domaine scientifique. Parmi les intervenants, on retrouvera Christine Dallaire, une Franco-Ontarienne spécialisée dans le sport et l’activité physique sous un angle socioculturel.

Par ailleurs, divers sujets tels que la diplomatie scientifique dans l’espace francophone, le vieillissement, la musique et le bien-être, ainsi que les neurosciences seront abordés par de nombreux chercheurs francophones.

La vice-rectrice adjointe à la recherche de l’Université de l’Ontario français, Linda Cardinal, animera un colloque intitulé L’idée d’université : quel avenir? À ses côtés : Anne Trépanier de l’Université Carleton, Louis Patrick Leroux, le nouveau recteur de l’Université Saint-Paul, et Isabelle Archambault de l’Université de Montréal.

Épuisement, dévalorisation, assimilation… les garderies francophones en Ontario craignent le pire

La question des garderies francophones est au cœur des débats en Ontario depuis plusieurs années avec l’initiative fédérale visant à réduire les coûts des services de garde à 10 $ par jour sur cinq ans. Pourtant, en 2024, la situation s’est aggravée et les acteurs de la petite enfance s’inquiètent pour l’avenir.

L’Association francophone à l’éducation des services à l’enfance de l’Ontario (AFÉSEO) représente 21 garderies francophones réparties sur l’ensemble du territoire ontarien et, pour la directrice, « c’est la débandade dans le système ».

Martine St-Onge déplore un manque de reconnaissance dans le financement, aggravé par le fait que le processus transite par les municipalités, pas toutes assujetties à la Loi sur les services en français. Résultat : « On ferme des centres, le personnel est épuisé, la relève n’est pas là. »

Et si on veut payer le personnel éducateur à sa juste valeur, si on veut une alimentation saine, du matériel de qualité, puis pour les francophones particulièrement, un environnement linguistique riche, « il faut payer le système à sa juste valeur », clame-t-elle.

Martine St-Onge est la directrice générale de l’Association des services à l’enfance de l’Ontario (AFÉSEO). Gracieuseté

Or, « on finance un système d’il y a quatre-cinq ans, mais, avec la flambée des prix et avec la hausse des salaires publics, la personne éducatrice est reléguée au dernier échelon de la société ».

Audrey Adam, la directrice de la garderie Croque-Soleil à Kingston croit que s’il n’y a pas de services de garde en français pour les familles francophones, le risque de ne pas développer la langue sera bien réel.

« Il y a plusieurs enfants qui arrivent au primaire qui ne parlent aucunement le français, tandis que leurs parents sont tous les deux francophones. »

Mme Adam, qui est aussi éducatrice de la petite enfance, regrette que le système des garderies francophones ne fasse pas partie de ce qu’on appelle le continuum en éducation. « Nous sommes régis par le ministère de l’Éducation, mais on dirait qu’il y a un double standard pour les garderies.  On nous perçoit comme seulement des services de garde et non d’éducation, mais je peux vous dire que nous devons suivre le curriculum du ministère de l’Éducation. »

Un sentiment que partage Mme St-Onge qui reconnaît que « tout le monde s’entend pour dire que la petite enfance, c’est à la base de toute la vie. Mais la considération qu’on lui donne n’est pas cohérente avec l’importance que la science lui donne ».

Si certaines garderies francophones ont des places, elles sont inexploitables à cause du manque de personnel. D’après Mme St-Onge, les garderies opèrent entre 40 % et 60 % de leur capacité organisationelle. Source : Canva

Dans les Comtés unis de Prescott et Russell, Danika Joly, superviseure des services de la petite enfance, souligne d’autres défis de taille : « Il y a très peu de ressources pédagogiques en français, les loyers pour les garderies qui ne sont pas intégrées dans une école coûtent très cher, les travaux de recherche qui sont faits à l’international ne sont jamais disponibles en français. »

Selon elle, « on doit toujours faire appel à un traducteur. Pour les enfants en besoins particuliers aussi, il y a de la difficulté à avoir des services pour les familles francophones. Là encore, les activités de développement professionnel pour les éducatrices ne sont pas disponibles en français ».

Des milliers d’enfants exposés à l’assimilation

Les subventions accordées aux municipalités dans le but d’atteindre le forfait journalier de 10 $ par jour aideront les familles à accéder aux services, mais seulement s’il y a du service, rappelle Mme St-Onge.

Dans les centres éducatifs de la petite enfance, ce qui est en place ne suffit pas à bonifier les salaires des éducateurs, à améliorer les conditions de travail ni à rendre le secteur attractif sur le marché de l’emploi. Face à cette situation, de nombreuses garderies se tournent vers l’immigration francophone pour combler les postes vacants, tandis que les listes d’attente pour l’inscription de nouveaux enfants continuent de s’allonger.

« On voulait vraiment mettre nos enfants en français, mais ça a l’air compromis »
— Darine Ben, mère de famille.

La garderie Le Petit Chaperon rouge à Toronto indique qu’au sein de ses huit garderies, l’organisme observe une augmentation significative de demandes d’inscription. 2605 familles sont en attente d’une place dans leurs garderies et services avant et après l’école.

À Kingston, la garderie Croque-Soleil, dont le deuxième centre a ouvert l’été dernier, recense déjà 120 familles sur la liste d’attente et aucune place avant septembre 2025.

Audrey Adam est la directrice générale de deux garderie à Kingtson. Elle aimerait ouvrir d’autres centres de la petite enfance car le demande est en augmentation. Crédit image : Lila Mouch

Dans la région du Grand Sudbury, où règne aussi une forte pénurie de personnels éducateurs qualifiés, « le temps d’attente est de 17 mois en moyenne pour l’obtention d’une place dans un centre de la petite enfance (CPE) », confirme Aline Fablet, coordinatrice du marketing et des communications du Centre francophone de Sudbury. Plus de 960 enfants figurent sur les listes d’attente des CPE de la ville.

Cette pénurie continue n’est pas sans conséquence… « En trois ans, le Carrefour francophone a été contraint de suspendre les programmes de CPE de façon temporaire et de redéployer ses services dans des sites à proximité. Des mesures exténuantes pour les équipes et perturbantes pour les familles », constate Mme Fablet.

« C’est la débandade dans le système, il ne fonctionne pas »
— Martine St-Onge

Darine Ben, une jeune mère de famille à Ottawa, se dit particulièrement inquiète de cette situation. À la recherche de places en garderie, elle a récemment accouché de deux jumelles. « Déjà pour un enfant, c’est compliqué, alors pour deux places au même endroit, vous imaginez le problème », témoigne-t-elle.

« On m’avait dit que l’idéal, c’était d’inscrire ses enfants alors qu’ils n’étaient même pas nés. J’ai cru que les gens se moquaient un peu de moi. Je ne l’ai pas fait et je regrette », confie celle qui a déjà dû rallonger son congé maternité.

Pour Mme Ben, les options restent limitées. La jeune maman voudrait mettre ses enfants dans un centre agréé, car le privé reste trop cher. Dans ses recherches, elle est tombée sur des gardiennes à domicile qui ne parlaient ni français, ni anglais.

Les ressources pédagogiques en français sont un défi. Certaines garderies doivent faire appel à des services de traduction. Une pratique énergivore et de plus en plus coûteuse. Crédit image : Lila Mouch

« On voulait vraiment mettre nos enfants en français, mais ça a l’air compromis. En plus, il y a des centres francophones qui ont accepté des familles anglophones, donc en tant que francophones, nous ne sommes même pas prioritaires. On s’est même fait demander des frais pour sécuriser une place allant jusqu’à 1500 dollars par enfant », rapporte-t-elle.

Besoin de 14 000 éducateurs de la petite enfance en Ontario

L’entente entre Queen’s Park et Ottawa prévoit la création de 250 000 places en garderie d’ici 2026 à un prix moyen de 10 $ par jour, mais, pour y arriver, le gouvernement ontarien estime qu’il faudrait embaucher plus de 14 000 travailleurs de la petite enfance.

Les éducateurs se font rares en Ontario, et plusieurs causes en sont à l’origine. D’abord, la réduction du prix des garderies, bien que considérée comme une bonne nouvelle, a mis en lumière le manque de places dans les centres de la petite enfance francophones qui ont vu les demandes d’inscription augmenter en très peu de temps, sans pouvoir répondre à la demande.

Martine St-Onge, estime que l’accessibilité est « pire qu’avant le programme de financement fédéral-provincial. Parce que les parents sont encore plus en attente. Puis là, l’enjeu est différent, puisque avant, les places n’étaient pas toutes prises parce que ça coûtait trop cher aux familles ».

« C’est l’immigration francophone qui a sauvé notre garderie »
— Audrey Adam

Les éducatrices et les directions des centres éducatifs s’accordent pour dire que le manque de personnel est le principal défi qui empêche la création de place et la construction de nouveaux centres.

Dans les Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR), Danika Joly, atteste vivre les mêmes défis. « Ce qui est triste avec ça, c’est qu’on a l’autorisation, dans certaines garderies, d’ouvrir des salles pour offrir un service, mais on n’a pas les éducateurs pour offrir le service. »

Deux ans auparavant, le service de la petite enfance des CUPR a offert un cours avec le Centre de services à l’emploi pour former des éducateurs et éducatrices de la petite enfance. « Ce qu’on a réalisé, c’est que bien que des gens se sont inscrits, les horaires ne les ont pas vraiment intéressés. Il y a beaucoup de split shift soit avant puis après l’école. »

Danika Joly est superviseure des services sociaux et des services à la petite enfance dans les Comtés unis de Prescott et Russell. Gracieuseté

Du côté de la garderie Croque-Soleil, avoir du personnel qualifié en français implique de lui offrir une formation. « On a un boom de l’immigration ici, donc je peux trouver des employés, mais je leur demande d’aller à l’école. Pour mon personnel qui ne parle pas anglais, je l’envoie à Ottawa ou à Montréal, notamment pour les cours de premiers soins, puisqu’il n’y pas les ressources en français à Kingston. »

Mais pour attirer de nouveaux employés, Audrey Adam affirme qu’il faut revaloriser le métier. « Les salaires sont bas, alors qu’on a sûrement le même nombre d’années d’études que les comptables, qui font en moyenne 15 dollars de plus que nous. Le fait aussi que ce soit un métier principalement de femme et que ça affecte les mères, qui, sans les garderies, sont empêchées de développer leur carrière. »

Cette question du salaire demeure primordiale pour Mme St-Onge. « Si demain matin, on avait une baguette magique, puis qu’on augmentait le salaire du personnel éducateur de façon équitable et comme les postes similaires dans les conseils scolaires, ce serait un atout, mais on ne réglerait quand même pas tout. »

Landry avant les Essais olympiques de natation : « Je ne suis pas encore le numéro un au Canada »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI?

Alexandre Landry est un nageur franco-ontarien natif de Hanmer. Membre du club de natation de Sudbury, il s’est révélé lors des Championnats nationaux 2023 avec une médaille de bronze sur le 200m brasse.

LE CONTEXTE

Neuf mois après s’être révélé au grand public, Alexandre Landry participe dès ce lundi 13 mai à ses premiers Essais olympiques canadiens, qualificatifs pour les Jeux de Paris 2024. Il sera aligné sur le 100 m brasse lundi et sur le 200 m brasse mercredi 15 mai.

L’ENJEU

Le nageur sudburois revient sur sa saison 2023-2024 riche en rebondissements, sa préparation pour cet événement majeur et son état d’esprit avant la compétition.

« On vous avait quitté sur vos belles performances aux Championnats nationaux en août, comment s’est passée la saison 2023-24 pour vous depuis l’été dernier? 

Cette saison avait bien commencé. À chaque compétition, je faisais des progrès et des meilleurs temps. Ensuite, au mois de décembre, j’ai concouru à Scarborough, mais j’ai été malade et j’ai dû sortir de l’eau. Par la suite, j’ai été capable de rejoindre l’équipe canadienne dans le Tennessee. Je n’ai pas réussi à obtenir ce que je voulais, j’ai eu un peu de difficulté et je n’ai pas réussi à faire les finales.

C’était un environnement vraiment différent pour moi. J’ai été de nouveau malade avant la compétition et j’avais un entraîneur différent et des nouveaux coéquipiers que je ne connaissais pas du tout. Il y avait des olympiens, des champions, des gens qui ont des records du monde. Je dois dire que c’était vraiment intimidant. J’ai pris beaucoup d’expérience, mais après cet épisode, j’ai eu un peu de difficulté, mentalement surtout. J’ai fait une autre compétition ensuite qui ne s’est pas bien passée non plus. 

Comment avez-vous fait, finalement, pour vous sortir de cette mauvaise passe?

C’est finalement avec l’aide de mon entraîneur, de mes coéquipiers, de mes amis et de mes parents que j’ai réussi à surmonter cela. J’ai aussi eu l’aide de Brent Hayden, un ancien champion olympique canadien de natation. J’ai suivi un programme de 14 semaines avec lui. Là, je viens de finir ma dernière semaine. Je le rencontre une fois par semaine. Il m’aide avec ma nutrition, ma santé mentale et ma technique. Il m’a beaucoup aidé et ça a été une expérience amusante et enrichissante. 

Depuis ce temps-là, j’ai fait d’autres compétitions, mes temps n’ont pas été les meilleurs dans les qualifications, mais j’ai été impressionnant dans les finales. J’ai finalement fait de bonnes courses, donc c’est vraiment très encourageant pour les Essais olympiques qui arrivent lundi. 

Alexandre Landry a effectué son dernier entraînement ce dimanche. Il est prêt pour les Essais olympiques de natation canadiens 2024. Crédit image : Daniel Landry.

Qu’est-ce que vous avez appris en côtoyant des olympiens? 

J’ai appris comment ils vivent. Ce sont juste des personnes comme tout le monde. On les voit comme des héros, mais ce sont des êtres humains. Ils font aussi des erreurs, ils ne font pas les meilleures courses non plus en tout temps. Même si ce sont les meilleurs des meilleurs, ça reste d’autres êtres humains. 

Dans quel état d’esprit êtes-vous à l’approche de ces Essais olympiques? 

Je vais nager le 100 mètres brasse et le 200 mètres. J’ai eu une grosse semaine d’entraînement la semaine dernière. Mes coéquipiers travaillent dur et m’aident à me pousser. C’est agréable d’avoir une aussi bonne équipe. Cette semaine, on a fait du taper, donc on a commencé à avoir des entraînements plus légers, avec moins de distances nagées, surtout du 40 mètres. Ça fait du bien, je vois que je suis capable de me pousser et j’espère pouvoir donner le meilleur de moi-même. 

Pour vous, ce sont vos premiers Essais olympiques, comment jugez-vous vos chances? 

Je ne m’attends pas à être sélectionné cette année. Je suis quand même nouveau sur la scène nationale et internationale. On va prendre ça un petit pas à la fois. Même si c’est un rêve d’enfance de faire les Jeux olympiques, je dois être réaliste, je ne suis pas encore numéro un au Canada.

Cette année, je veux faire de mon mieux, essayer d’atteindre les finales et faire mes meilleurs temps possibles. Durant les mondiaux, l’année dernière, j’avais fini septième sur mon 100 mètres brasse, donc j’espère faire de meilleurs résultats que l’année passée. »

Justin Serresse, une philosophie inspirante sur et en dehors des terrains de basket-ball

[LA RENCONTRE D’ONFR]

WATERLOO Entraîneur en chef et directeur général de l’équipe masculine de basket-ball de l’Université Wilfrid-Laurier depuis 2016, Justin Serresse n’était pas prédestiné à exercer ce métier. De ses débuts en tant que jeune basketteur en Normandie (France), en passant par ses années à Ottawa puis à Waterloo, ce Franco-Ontarien d’adoption nous raconte son parcours et sa philosophie de vie qu’il a développée au fil des ans et qui lui permet de gérer toutes les situations qui se présentent à lui, même les plus difficiles.

«  D’où vous est venue la passion pour le basket? 

Cela remonte à 1996, les finales NBA. J’avais un ami qui avait Canal +, la chaîne en France qui diffusait les matchs. Il m’a montré les affrontements entre les Bulls et les Supersonics. J’ai beaucoup accroché, surtout sur Scottie Pippen, qui était un joueur élégant et collectif. C’est aussi l’ambiance qui m’a fait aller au basket. J’avais essayé le foot et je n’avais pas du tout aimé. J’adore le foot, mais l’ambiance dans les deux clubs où j’ai essayé de jouer c’était une catastrophe.

J’ai trouvé de la bienveillance dans le basket. C’était encore un sport amateur, mais aussi un sport de passionnés, tu ressentais ça chez les gens. J’ai croisé des entraîneurs qui étaient de belles personnes et ont tous eu de belles carrières professionnelles ensuite. Ils m’ont transmis l’amour du basket. 

Vous avez en plus grandi du côté de Rouen en Normandie, une vraie région de basket…

C’est vrai! À l’époque, Tony Parker et ses frères étaient dans mon club. J’ai joué avec Pierre, le petit frère de Tony. Il y a une vraie culture basket là-bas. Pierrick Poupet qui vient d’être nommé entraîneur de l’ASVEL (équipe historique de Lyon), c’est quelqu’un que je connais bien. Toutes ces personnes étaient nos « grands » et ils ont fait une carrière derrière. On peut voir qu’il y avait une grande passion pour le basket en Normandie, une vraie culture qui perdure aujourd’hui. 

En 2019, l’entraineur de l’équipe de Wilfrid-Laurier avait emmené ses joueurs en Normandie, sa région natale, pour jouer face à des équipes semi-pro locales. Gracieuseté.

Comment êtes-vous arrivé à cette envie d’être entraîneur, l’aviez-vous très jeune?

C’est arrivé par hasard. Après, j’étais déjà un joueur plus tourné vers le collectif que dans l’individualisme. J’ai toujours été passionné par le travail de groupe, être au service du collectif, être en mission avec les gars. C’est mon côté famille et rassembleur. Je pense que ce sont des qualités qui font un entraîneur. Au fond de moi, il y avait une âme d’entraîneur mais je n’y avais jamais pensé. 

C’est lorsque je suis parti faire mes études au Canada en management du sport, que je me suis un peu lancé dans le coaching avec l’Université d’Ottawa, où je faisais mon master. J’avais un rôle dans le développement des joueurs. Je faisais beaucoup cela parce que j’avais trouvé que c’était quelque chose qui m’avait manqué en France.

Vous avez dit que c’est venu par hasard, à quoi vous destiniez-vous avant cela? 

Au départ, je voulais devenir agent, mais j’ai été un petit peu découragé par le métier. Devenir agent à 18 ans sans avoir de connexions et sans avoir vraiment d’argent pour se lancer, c’était difficile. J’avais besoin de vivre et de payer mes études. Le coaching était plus sûr pour moi car je me faisais payer. 

Comment votre carrière a-t-elle décollé? 

Après deux ans, j’ai été promu en tant qu’assistant principal. L’entraîneur en chef James Derouin m’aimait bien. Il a vu que j’étais passionné, que je me donnais à fond, que j’étais vraiment professionnel et, en plus, porté sur les détails. Il s’est vite rendu compte de mes qualités de leadership et qu’il pouvait compter sur moi. 

On a fait quatre ans ensemble durant lesquelles on s’est qualifié pour quatre championnats nationaux, deux finales d’affilée et on a gagné un championnat provincial. Ça m’a mis tout de suite le vent en poupe et les équipes nationales et provinciales ont commencé à me regarder, puis les universités se sont renseignées sur moi, car nos résultats m’ont donné pas mal de crédibilité. Entre temps, j’ai continué à faire des formations et à entraîner des équipes de jeunes l’été. Puis en 2016, j’ai eu l’opportunité d’avoir ma propre équipe universitaire à Laurier. 

Fier d’être franco-canadien, Justin Serresse a obtenu la nationalité canadienne en 2021. Il est également assistant au sein de l’équipe nationale des moins de 19 ans. Gracieuseté.

Comment jugez-vous vos résultats avec Wilfrid-Laurier sur toutes ces années? 

Ça se passe vraiment bien. L’équipe grandit et on a des résultats satisfaisants. Nous avons vraiment coché toutes les cases en dehors d’une petite déception qui est d’avoir chuté deux fois à une marche de la qualification pour le tournoi national. C’est un objectif qui nous reste encore à atteindre, mais on a une belle évolution. Le plus important pour nous c’est de sortir des bons joueurs, mais aussi de belles personnes, des gens qui sont actifs et qui réussissent très bien dans leur vie professionnelle, que ce soit dans le basket ou autre. 

Comment conciliez-vous vie professionnelle et vie privée dans un couple où, tous les deux, vous travaillez et voyagez beaucoup? 

Il faut avoir une certaine maturité pour pouvoir trouver un équilibre dans tout cela. Il faut savoir dissocier rapidement ce qui est important sur le moment de ce qui n’est pas important. Il faut aussi avoir une bonne hygiène de vie. 

Comment faites-vous justement pour maintenir cette bonne hygiène de vie? 

Je vais vous faire part de ma philosophie que j’ai matérialisé dans un projet que je viens de lancer et que j’ai envie de faire grandir. Elle est basée sur quatre piliers que j’appelle les 4H en anglais : be happy (sois heureux), be healthy (sois en bonne santé), be hungry (sois ambitieux) et be humble (reste humble). 

J’essaie de vivre ma vie sur ces quatre aspects. Chaque jour, j’essaie d’impacter ma joie de vivre à travers des choses qui me rendent heureux, comme passer du temps avec ma famille, ma fille etc… Ensuite, je fais en sorte de rester en bonne santé physique à travers l’entraînement, la nutrition et en nourrissant mon cerveau avec des choses positives, saines pour ma santé mentale.

J’essaie aussi d’avoir des buts à court terme que ce soit dans mon travail au basket ou dans les investissements qu’on fait avec ma femme, ou à plus long terme dans mon plan de carrière. J’essaie d’avoir une vision holistique des mes envies en général. Enfin, être humble. C’est ne jamais oublier d’où on vient, qui on est et pourquoi on est là. Prendre le temps de penser aux gens autour de soi en les respectant et en leur donnant l’importance qu’ils méritent. Ce côté humain est très important pour moi. 

Comment cela se matérialise concrètement dans votre vie? 

Ça m’aide beaucoup à gérer ma vie, à apprécier les choses, apprécier ma fille, ma femme, mes amis. Oui me femme parfois doit partir, il y a des choses plus graves que ça, j’ai ma fille, j’ai des matchs. On trouve des solutions et on avance. C’est comme ça que je vois les choses, même si évidemment tout n’est pas toujours aussi cool.

Mais, voilà, c’est ça le vrai Justin. C’est un gars posé, réfléchi qui peut parfois monter rapidement en température, mais qui redescend et est capable de se réajuster par rapport à ses 4H. C’est quelque chose que j’ai envie de partager avec les gens à travers des ateliers, du coaching, peut-être un livre, un journal… Je me lance tout doucement, on vient de lancer ça la semaine dernière avec un Instagram, un logo et une marque. 

A Paris en 2019, avec l’équipe de basket de Wilfrid-Laurier et son épouse Mélanie Danna. Cette dernière travaille pour Giants of Africa, un organisme qui oeuvre au développement du basket en Afrique. Gracieuseté.

Vous parliez de l’esprit du football qui ne vous avait pas plu, est-ce que ce côté humble et soucieux du monde qui l’entoure vient du monde du basket? 

Je ne connais pas les autres sports, donc je ne dirais pas que c’est que dans le basket. Au fond, ce sont juste des valeurs humaines. J’aime bien être parfois seul dans ma bulle, mais je suis aussi un gars du peuple. Si je suis dans un environnement avec du monde autour de moi, je veux que les gens se sentent importants, qu’ils fassent ce qu’ils ont à faire en se sentant bien. 

Je veux leur montrer que j’apprécie ce qu’ils font, que ce soit le chauffeur du bus qui nous emmène à la salle ou à l’hôtel ou le chef qui nous fait la cuisine. Je leur montre que je reconnais leur talent, je reconnais leur travail. Après, j’admet aussi que je ne suis pas non plus un ange. Il y a des gens aussi que je ne peux pas voir même en peinture et ça ils vont le ressentir. Mais jusqu’à ce qu’on me prouve le contraire, je vais assumer que tu es une belle personne. 

Pour finir, vous êtes vous fixé des objectifs à long terme en tant qu’entraîneur? 

Je dirais plutôt des objectifs de vie plutôt que des objectifs dans le coaching, qui n’est qu’une partie de ma vie et n’est pas une fin en soi. Ça fait 14 ans que je suis entraineur, on verra quand ça s’arrêtera car pour moi ça n’a jamais été une vocation. Ce n’est pas une destination finale. Ça fait partie de mon parcours et ça restera super important mais aujourd’hui – peut être que j’ai tort l’avenir nous le dira – je ne me vois pas faire 40 ans de carrière. Si je fais 20 ou 25 ans, ce sera déjà une belle carrière. 

Je me vois plus soit dans le scouting, dans la direction d’une équipe ou pourquoi pas même agent. Ce n’est pas encore figé, mais ce sont des carrières que je pourrais embrasser à un moment donné. Après, comme je vous l’ai dit, il y a aussi ma philosophie de vie que je voudrais partager. Si ça fonctionne bien et que les gens accrochent, je pourrais aussi me concentrer dessus pendant un temps et le développer. J’aimerais finir ma carrière là-dessus. »

Le logo symbolisant les 4H, la philosophie de vie que veut partager Justin Serresse. Gracieuseté

1986 : Naissance le 3 août à Mont-Saint-Aignan en Normandie à côté de Rouen en France.

1996 : Il tombe amoureux du basket-ball en regardant les Bulls de Michael Jordan et Scottie Pippen.

2006 : Arrivée au Canada chez son oncle à Sudbury, le 23 août. 

2006 : Il étudie la gestion et l’administration du sport à l’Université Laurentienne.

2010 : Il entre dans l’encadrement de l’équipe de basket-ball de l’Université d’Ottawa puis devient assistant principal de James Derouin. 

2016 : Il est nommé entraîneur en chef de l’équipe de l’Université Wilfrid-Laurier.

2021 : Obtention de la nationalité canadienne.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Un monument pour symboliser l’amitié France-Canada à Ottawa

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste en patrimoine Diego Elizondo.

OTTAWA – Quelque peu passé sous le radar médiatique lors de la plus récente visite au Canada du premier ministre de France, Gabriel Attal, une cérémonie réunissant les chefs des gouvernements français et canadien de même que plusieurs dignitaires et invités a eu lieu, il y a un mois jour pour jour, au cimetière Beechwood à Ottawa auprès d’un nouveau monument commémorant l’amitié France-Canada. Chronique sur l’histoire de ce « monument né d’une histoire et d’un patrimoine partagés. »

Brève genèse du monument Amicitia France-Canada 

Un projet de monument ayant pour but de commémorer plus de quatre siècles d’histoire commune et plus de 90 ans de relations diplomatiques officielles entre la France et le Canada a été lancé officiellement en 2020.

« Certes, nous avons des monuments commémorant la Première Guerre mondiale au Canada […] mais il n’y avait pas de monument dédié à l’amitié entre nos deux nations », avait déclaré à l’époque Christophe Raisonnier, le président de l’Association des médaillés militaires au Canada et co-initiateur du projet avec André Lévesque, président de l’Association Monument Amicitia France-Canada.

Le projet, baptisé Monument Amicitia France-Canada, se veut une commémoration des liens historiques et des principes partagés entre le Canada et la France. Il veut souligner « l’honneur, le souvenir et l’espoir alors que nous continuons à atteindre nos objectifs communs en tant qu’alliés clés », avaient énoncé les co-instigateurs du projet.

L’initiative du projet revient à quatre associations françaises d’Ottawa : la 1846ᵉ section de la Société nationale d’entraide de la Médaille militaire, l’Union des Français de l’étranger d’Ottawa, Français du monde d’Ottawa-Gatineau et l’Association des décorés de la Légion d’honneur de la capitale nationale du Canada.

Justin Trudeau et Gabriel Attal marchent ensemble dans le cimetière Beechwood, à Ottawa, un lieu historique national du Canada depuis l’an 2000, en vertu sa désignation patrimoniale fédérale. Crédit photo : Ambassade de France au Canada

À la Chambre des communes le 16 novembre 2020, la députée fédérale et franco-ontarienne d’Orléans Marie-France Lalonde informait le Parlement du projet de monument : « Monsieur le président, à l’occasion des célébrations commémorant le jour du Souvenir, j’ai participé, à titre de présidente de l’Association interparlementaire Canada-France, à la cérémonie annuelle du jour du Souvenir pour la communauté de France à Beechwood.

En hommage aux liens d’amitié qui unissent nos deux pays au-delà des relations interparlementaires, la cérémonie s’est déroulée à l’emplacement où sera érigé le monument commémoratif de l’association Monument Amicitia France-Canada, dont la campagne de financement sera lancée demain à l’ambassade de France.

Non seulement ce monument sera un symbole d’amitié et d’entraide, mais il confirmerait et immortaliserait aussi la longue histoire commune du Canada et de la France sur le champ de bataille. L’amitié de longue date entre nos deux pays demeure forte aujourd’hui et ce monument le rappellera aux générations à venir. »

Justin Trudeau et Gabriel Attal se recueillent devant le monument Amicitia France-Canada, à Ottawa le 11 avril 2024. Crédit photo : capture d’écran CPAC

Le travail de construction du monument a été achevé en juin 2021 au cimetière Beechwood à Ottawa, dans la section du cimetière militaire national des Forces armées canadiennes, mais l’inauguration officielle a été retardée d’un an en raison des restrictions sanitaires liées à la COVID-19 ainsi qu’aux élections en France et au Canada.

Symbole des liens historiques et durables entre les deux pays, ce monument est le premier de ce genre érigé au Canada. « Amicitia » signifie « amitié fraternelle ». Le choix de le baptiser d’un nom en latin a été fait pour éviter la traduction entre les deux langues officielles du Canada, avaient précisé les co-initiateurs du projet.

Lors de l’inauguration du monument le 16 octobre 2022, on reconnaissait dans la foule, entre autres, les députées fédérales et franco-ontariennes Mona Fortier (Ottawa-Vanier), Marie-France Lalonde (Orléans) ainsi que l’ambassadeur de France au Canada Michel Miraillet.

Devant le monument Amicitia France-Canada, la députée fédérale d’Ottawa-Vanier et Franco-Ontarienne, Mona Fortier, entourée (à gauche) de Michel Miraillet, Ambassadeur de France au Canada et de l’ex-sénateur du Canada Serge Joyal, en octobre 2023. Source : page Facebook Monument Amicitia France-Canada

310 000 $ en dons ont été récoltés pour réaliser le projet. Le monument en a coûté 270 000. Il a été financé en grande majorité par des donateurs privés du Canada et de la France, ainsi que par des subventions des gouvernements canadien et français. Les fonds inutilisés ont été laissés à la Fondation Beechwood afin d’assurer l’entretien du monument.

Le tout premier contributeur majeur a été la Fondation George et Helen Vari (Toronto), qui a incité d’autres personnes et organismes à participer à la collecte de fonds. Mentionnons Power Corporation du Canada, MCM Lettrage (St-Léonard, Québec), la Toronto French School et l’Association Champlain Fondateur.

Un monument truffé de symboles

Long de neuf mètres et haut de trois mètres, le monument Amicitia France-Canada a été réalisé en granite gris provenant de carrières canadiennes.

Les associations à l’origine du projet ont souhaité représenter l’amitié France-Canada sur le monument par les symboles des deux pays : la Marianne pour la France et la feuille d’érable pour le Canada. Au sommet du monument trône une torche qui est portée à bout de bras. Le côté droit représente le bras de la statue qui est située à la base du Mémorial national du Canada à Vimy, en France. Et le bras gauche représente le bras de Marianne, dont la statue se situe sur l’Arc de Triomphe.

Les effigies de huit médailles militaires (quatre de France et quatre du Canada) figurent également sur ledit monument.

Les deux drapeaux (le tricolore français et l’unifolié canadien) présents sur le site du monument sont un don du Centre Juno Beach. Ces deux drapeaux ont flotté au-dessus de Juno Beach en 2021.

Au moment de l’inauguration du monument, le souhait était de permettre à la communauté de le visiter, d’organiser des événements et de commémorer des moments majeurs internationaux de l’histoire commune du Canada et de la France. « L’objectif est de permettre à la communauté de donner vie à ce monument d’importance historique », avait expliqué à L’Express de Toronto l’un des promoteurs du projet, Gérard Poupée.

Le monument visité par Justin Trudeau et Gabriel Attal

Je l’évoquais en début de chronique, il y a un mois, le 11 avril, ce fut au tour des premiers ministres du Canada et de la France, Justin Trudeau et Gabriel Attal de se rendre au monument Amicitia France-Canada pour une cérémonie des plus protocolaires, dans le cadre de la visite officielle de M. Attal en sol canadien, sa première depuis sa nomination.

Dans un bref discours, Justin Trudeau a évoqué, dans les deux langues officielles du Canada, sa propre histoire personnelle, celle de son ancêtre charpentier né à La Rochelle, en France, et arrivé en Nouvelle-France il y a 365 ans. Il a salué les élèves du lycée Claudel, son alma mater, présents sur place. M. Trudeau a évoqué le sacrifice ultime des soldats canadiens morts au combat à la bataille de la crête de Vimy en 1917 et lors du Débarquement de Normandie en 1944. Enfin, il a souligné que le Canada continuera de toujours défendre aux côtés de la France des valeurs communes telles que la démocratie.

Gabriel Attal quant à lui a livré un long discours, fort intéressant et inspirant. Lui aussi a évoqué Vimy, le Débarquement de même que la bataille de Dieppe. 

Le premier ministre de France Gabriel Attal et le premier ministre du Canada Justin Trudeau déposent ensemble des gerbes de fleurs sur le monument Amicitia, à Ottawa le 11 avril 2024. Crédit photo : Ambassade de France au Canada

Le premier ministre français a également partagé sa philosophie de l’histoire : « C’est grâce à l’histoire qu’on peut écrire l’avenir. Bien sûr, l’histoire ne doit jamais être un carcan et toujours, elle doit nous inspirer, nous alerter, nous éclairer. C’est grâce à la mémoire qu’on peut éviter les errements, les erreurs et les drames du passé. C’est grâce à l’amitié […] qu’on peut changer le cours des choses […]. L’histoire, la mémoire et l’amitié, c’est précisément ce que nous sommes venus saluer et célébrer aujourd’hui, ensemble, devant ce monument Amicitia France-Canada. »

M. Attal n’a pas manqué de rappeler les liens historiques entre les deux pays en évoquant des noms bien connus ici et abondamment présents dans notre toponymie : « Notre histoire commune, c’est celle des découvertes. Celle de ces explorateurs pensant trouver l’Asie et accueillis ici par les Premières Nations. Celle de Jacques Cartier […] celle de Champlain, fondant la Nouvelle-France. Autant de noms qui aujourd’hui encore peuplent les rues, les quartiers et les monuments canadiens. »

Évoquant au passage la guerre en Ukraine, le premier ministre français a conclu en déclarant : « C’est notre devoir commun d’éclairer les générations à venir, de leur faire connaître notre passé et notre histoire à travers la mémoire. »

Mentionnons que sur place se trouvait aussi la ministre des Anciens combattants du Canada, l’Acadienne Ginette Petitpas-Taylor, de même que l’ambassadeur du Canada en France, Stéphane Dion.

Le 80ᵉ anniversaire du Débarquement de Normandie aura lieu le 6 juin prochain.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Le WeeFestival, un événement pensé pour le tout petit public

TORONTO 2024 marque la dixième année du WeeFestival, un festival étalé sur cinq semaines qui vise un public cible d’enfants, voire de bébés, de zéro à six ans. Jusqu’au 9 juin, plusieurs lieux de la ville accueilleront l’une ou l’autre des propositions en danse, théâtre, musique, marionnettes ou conte. Le Théâtre français de Toronto s’associe au WeeFestival afin de présenter une offre variée en français.

« On est convaincus de l’importance de l’art et de ce que ça représente pour l’éducation, pour que nos enfants grandissent et se développent psychologiquement », exprime Ariane Burtin, directrice administrative du festival.

Chaque année, le Théâtre français de Toronto s’allie au WeeFestival pour présenter une variété de spectacles en français.

« C’est vrai que cette année (la programmation francophone) est particulièrement riche. L’ambition était d’intégrer toutes les facettes de la francophonie dans le monde », explique Ariane Burtin, qui précise qu’il y aura des spectacles d’artistes québécois, français, belges et sénégalais.

En ce sens, le spectacle Walangaan est une collaboration belgo-sénégalaise qui explore le thème du cycle de l’eau, en chansons et en percussions.

Walangaan, du Théâtre de la Guimbarde, sera présenté du 31 mai au 2 juin dans le cadre du WeeFestival. Crédit image : Olivier Calicis

L’eau est aussi à l’honneur dans Poisson papier, où les jeunes de 8 à 24 mois sont invités à interagir avec le décor, à danser et à dessiner.

En plus de cette variété dans les origines, il y a aussi une volonté de présenter des modèles masculins positifs aux enfants et à leurs parents. « Cette année, on a une énergie masculine dans les spectacles que notre directrice artistique, Lynda Hill, a choisis. On a souvent tendance à se dire que, quand on présente des spectacles pour les enfants, il faut que ce soit délicat, doux, on a plutôt tendance à voir des artistes féminines. Et là, c’est vrai qu’on a été intéressés par ce virement, d’avoir des artistes masculins qui présentent à leur façon ce que ça veut dire de jouer. Dans la société dans laquelle on est, le masculin peut aussi être représenté d’une autre façon que ce qu’on voit à l’heure actuelle. »

Dans mOts premiers, de la compagnie française ak Entrepôt, la performance dynamique et physique combine puissance, émotion, humour et connection, selon la directrice artistique du WeeFestival, Lynda Hill. Source : WeeFestival

C’est le cas du spectacle de danse mOts premiers, ainsi que de Up!, de l’artiste français Kristof Hiriart. Dirigé vers les six mois à cinq ans, le spectacle est une métaphore de la croissance et propose de « prendre des risques pour aller au-delà et découvrir à la fois les seuils et les possibilités », selon la description disponible sur le site du WeeFestival.

L’un des buts du festival est de stimuler l’imaginaire des enfants. Dans le spectacle Plastique, de la compagnie québécoise Puzzle théâtre, ces sacs polluants à usage unique se voient tout à coup donner une nouvelle vie.

Le spectacle Plastique, pour les quatre ans et plus, était aussi de la première édition du WeeFestival, en 2014. Source : WeeFestival

La même compagnie propose aussi Bonne nuit!, dans lequel l’artiste Csaba Raduly et ses marionnettes luttent contre le sommeil, comme plusieurs enfants qui n’acceptent pas l’heure du dodo.

Le spectacle Coucou, présenté au Assembly Hall d’Etobicoke, fera découvrir tout un monde imaginaire qui se cache derrière l’horloge, « au-delà du temps. »

Finalement, Solalie propose aux enfants de 12 mois et plus de se déplacer librement dans ce « paysage de roches, de cordes, de fibres, de bois, de sphères, de tubes et de mousse. »

Un public particulier

Si le WeeFestival s’étend sur cinq semaines, c’est pour laisser la programmation respirer et permettre aux familles de profiter pleinement de différentes activités, car il serait impossible de retenir l’attention du public cible pendant de longues journées.

Ariane Burtin précise : « On est un festival, mais on ne veut pas être considéré comme un concentré, où il y aurait une espèce de boulimie de spectacles. »

Les horaires ont aussi été pensés afin d’accommoder le plus grand nombre de familles tout en respectant le rythme des enfants. Des représentations sont donc prévues à différentes heures dans la journée.

L’aspect interactif est particulièrement important pour capter l’attention des tout-petits. Crédit image : Dahlia Katz

De plus, les salles intimes permettent de vivre une expérience pensée directement pour les bébés, un public facilement surstimulé. Selon le spectacle, environ huit à 20 familles constitueront le public. « Les bébés font partie intégrante du spectacle. C’est plutôt comme une petite bulle où les artistes vont présenter des choses aux bébés et les spectacles vont s’ajuster en fonction des interactions. »

Ariane Burtin explique que cette formule donne parfois lieu à des moments magiques, où les bébés interagissent à coups d’onomatopées et de vocalises. Les parents en ressortent fascinés. « Forcément, j’ai envie d’encourager nos francophiles et nos francophones à aller voir chacune des expériences, parce qu’elles sont toutes différentes. »

Peu nombreux, mais bien présents

Si le WeeFestival se targue d’être le seul événement pour un public si jeune à Toronto, il existe tout de même quelques festivals pour les tout-petits en province. Ottawa en compte au moins trois : Le Tout petit festival de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins existe depuis 2021 et le Festival Big Bang, un concept d’origine belge, a été adopté par le Centre national des arts en 2021. Une nouvelle édition a été confirmée pour 2024.

Le Festival de la jeunesse, en cours jusqu’au 14 mai, est un événement dirigé vers le milieu scolaire et les familles ayant lieu depuis 1985. Bilingue, il combine des spectacles à la Cour des arts et sur les Plaines LeBreton, où se tient également une grande Zone Imagineland avec de nombreuses activités familiales.

Les spectacles pour enfants prévoient souvent des activités en marge de la présentation. Crédit image : Xin Wang

Pour ce qui est du WeeFestival, quelques activités sont proposées autour des spectacles qui constituent le programme. Pour souligner le 10ᵉ anniversaire, une fête pour les bébés aura lieu à l’Institut de danse Daniel Spectrum après la représentation du spectacle Up! de samedi. Les représentations de dimanche prévoient de petits cadeaux pour les mamans, en ce jour de la fête des Mères.

Une réception aura lieu lors de la deuxième fin de semaine, une activité cette fois plutôt dirigée vers les adultes.

Plusieurs nouveautés pour la 10e Nuit émergente de Sudbury

SUDBURY – La Slague vient tout juste de dévoiler la programmation de la Nuit émergente qui aura lieu les 24 et 25 mai à la Place des Arts. Le festival qui vise à promouvoir les nouveaux talents fera place à plusieurs nouveautés pour cette 10e édition, avec pour objectif de rejoindre les plus jeunes.

Si le festival de la Nuit émergente fait la belle place à la nouvelle vague artistique franco-ontarienne, cette année la Slague met l’accent sur le processus créatif et les talents amateurs. Avec pour thème Ça swing dans les ténèbres!, la 10e Nuit émergente veut mettre en lumière la musique franco-ontarienne.

« La fête, la musique en français, c’est tellement tapis, c’est tellement sous le boisseau. Si t’es pas dans le réseau, ça passe inaperçu. C’est un peu ça la Nuit émergente, c’est rendre visible ce qui est invisible à la majorité », lance Stéphane Gauthier, directeur général du Carrefour francophone du Grand Sudbury.

Pour lancer les festivités le vendredi 24 mai, la Slague introduit Chanson en chantier, un nouvel atelier où trois artistes du Nord présentent leurs inspirations, parlent de l’évolution de leurs créations et donnent vie à une œuvre musicale, en direct, devant le public.

Stéphane Gauthier, directeur général du Carrefour francophone du Grand Sudbury. Crédit image : Inès Rebei

Animé par la musicienne fransaskoise Anique Granger, ce concert intimiste qui aura lieu dans la salle du studio Desjardins réunira les Sudburois Yves Doyon (la voix du groupe En Bref), le musicien Michel Laforge et la chanteuse originaire de Cochrane Tricia Foster.

« Les artistes ont besoin d’une petite poussée dans le derrière pour montrer (leur processus) au public, mais surtout le montrer entre eux, puis échanger. La Nuit émergente se prête parfaitement à cet exercice », confie Stéphane Gauthier à propos des trois artistes qui lui ont confié être nerveux à l’idée de présenter leur travail brut au public. 

Il ajoute : « On va vouloir le refaire, on trouve que c’est un bon lieu, un bon moment, un bon contexte pour le tester. »

Nuit émergente des tout-petits 

Autre nouveauté cette année, les tout-petits auront aussi droit à leur propre Nuit émergente, pour laquelle le centre de la petite enfance, Place des tout-petits, sera réquisitionné.

« Il y a beaucoup de parents qui veulent sortir, mais trouver une gardienne n’est pas évident. Alors là, on a de la place pour 15 petits », explique M. Gauthier. Les enfants de 4 à 12 ans pourront profiter de plusieurs activités en pyjamas, avec bricolage, collations et, s’il fait beau, jeux sur la terrasse.

L’Agneau Bingo met l’accent sur des éléments de la culture africaine. Source : Facebook Communautés francophones accueillantes

Les adultes ne seront pas en reste puisque l’insolite tradition sudburoise du Porketta Bingo sera de retour avec, désormais, sa cousine germaine née de la diversité, l’Agneau Bingo. 

Animé par l’Ottavien Wise Atangana, le jeu alliant gourmandise musicale et culinaire prendra place le samedi dans la soirée. L’artiste originaire du Cameroun poussera aussi la chanson pour l’occasion.

Rejoindre les plus jeunes, plus que jamais

Cette année marque aussi le 20e anniversaire du concours de chant Radio-Chaud. Pour le souligner, ce seront des élèves des écoles MacDonald-Cartier et Rivière-des-Français qui présenteront chacun une chanson originale et une interprétation sur la grande scène.

C’est la première fois que des groupes amateurs du secondaire sont invités à la Nuit émergente. Des jeunes ont aussi participé à concevoir l’affiche de cette 10e édition.

Cette édition du Radio-Chaud réunira sur scène une dizaine de jeunes du secondaire du Nord. Source : Conseil scolaire du Grand Nord

Celui qui a été président du conseil d’administration de la Place des Arts dit avoir mis l’emphase, cette année, sur le rapprochement avec la nouvelle génération : « On veut qu’ils comprennent que c’est leur nuit émergente. »

« Ils peuvent aspirer à accéder à cette fête de musique, de nouveaux sons, de nouveaux groupes et de nouveaux projets », insiste M. Gauthier avant d’ajouter que le chanteur Mehdi Cayenne sera le parrain des jeunes du Radio-Chaud.

Mehdi Cayenne, Bermuda et Prairie Comeau

Le samedi promet d’être électrique avec les performances des têtes d’affiche, le chanteur franco-ontarien Mehdi Cayenne, un habitué des lieux, et l’artiste sherbrookoise Dominique Claire Gagnon – alias Bermuda.

« S’il y a des tables, ça va être vraiment sur le pourtour parce que Bermuda ne laisse vraiment pas sa place, c’est une boule d’énergie qui fait danser. Et à chaque fois qu’il sort un nouvel album, on invite Mehdi Cayenne, donc c’est clair qu’on allait pas manquer ça », lance l’ex-reporter de Radio-Canada.

Mehdi Cayenne était des festivités du 50e de la Nuit sur l’Étang à Sudbury en 2023. Crédit image : Inès Rebei

Le public pourra aussi profiter d’un moment de douceur avec une prestation, derrière les rideaux, de Prairie Comeau, duo composé de la Fransaskoise Anique Granger et du Québécois Benoît Archambault, auteur-compositeur, animateur et conteur ayant fait partie du populaire groupe de musique Mes Aïeux.

Clin d’oeil au 60e de la Slague

Le directeur général de la Slague dit « vouloir garder un peu de munitions » pour le dévoilement du 60e de la Slague le 22 juin prochain.

En attendant, samedi soir, le Phonophile (Eric Auclair) offrira un clin d’œil sur les 60 années depuis la création de l’organisme. Une table tournante conçue, adaptée, recyclée par le Phonophile, qui jouera des 78 tours, sera disposée pour la première fois dans la librairie-boutique qui a ouvert ses portes en décembre dernier.

« On continue d’apprivoiser le nouvel espace de diffusion qu’est la Place des Arts »
— Stéphane Gauthier

« Ça va être notre table tournante pour continuer à cimenter notre réputation de loge infernale, parce que ça va être le tourne-disque pour les loges, pour les événements spéciaux. Et il y a une signature toute unique et toute spéciale qui fait un clin d’œil aux années 60 », lâche le directeur du Carrefour. 

Celle-ci rejoindra ensuite la collection des différents éléments récupérés de l’histoire du patrimoine bâti de Sudbury. 

Place des Arts

C’est aussi la troisième fois que l’événement se produit « à la maison », à la Place des Arts. « On continue d’apprivoiser le nouvel espace de diffusion qu’est la Place des Arts. Elle est quand même un peu différente du Collège Boréal, donc on adapte notre programmation à l’espace », fait savoir M. Gauthier, qui n’écarte pas l’idée de retourner au Collège Boréal pour l’événement.

Les spectacles auront lieu au foyer ou dans les salles de la Place des Arts. Crédit image : Inès Rebei

Alors que l’événement pouvait réunir jusqu’à 450 personnes lors des éditions les plus achalandées, cette année, Stéphane Gauthier estime que près de 150 places seront vendues pour les spectacles, en fonction de la configuration de la Place des Arts.

« Tu ne peux pas danser dans la grande salle, tu peux juste danser dans la boîte noire, donc on a basé nos passes sur le nombre de places dans la boîte noire », précise-t-il, tout en faisant savoir que l’entrée dans le bâtiment n’est, elle, pas limitée.

D’autres détails sur la programmation et l’horaire de la Nuit émergente arriveront dans les prochains jours avec une autre surprise, promet Stéphane Gauthier. La billetterie est officiellement lancée aujourd’hui. L’accès à l’Agneau bingo et au Phonophile est gratuit.

Des fins et des débuts en Ontario français

Cette semaine, on met de la nouvelle musique franco-ontarienne dans la voiture, en route vers un spectacle d’humour ou une nouvelle exposition. On se rappelle aussi la petite histoire d’un duo et la grande histoire d’une région. C’est d’ailleurs la dernière chance de voir cette anecdote de 1998 racontée de façon si spectaculaire…

Le chant du cygne des vaches de Casselman

La comédie musicale Vaches, the musical sera présentée pour la toute dernière fois ce samedi à Rockland. L’histoire raconte comment un agriculteur de Casselman a aidé ses pairs de l’Est ontarien pendant la crise du verglas de 1998, permettant de sauver des centaines de vaches.

À la fois touchante, absurde et désopilante, la pièce réunit la crème franco-ontarienne, avec Stéphane Guertin, Constant Bernard, Geneviève-Roberge-Bouchard, Maxime David et Emma Ferrante. Le texte est signé Stéphane Guertin et Olivier Nadon, la mise en scène est de Dillon Orr, la chorégraphie de Janie Pinard et la musique de Brian St-Pierre. La dernière représentation prévue de Vaches, the musical est prévue ce samedi à la salle de spectacles Optimiste de Rockland.

L’équipe de création de Vaches, the musical. Crédit image : Marianne Duval

Rockland, le 11 mai. Billets sur la plateforme Eventbrite.

Du choix au MIFO

Alors que le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) a dévoilé des pans de sa programmation 2024-2025 cette semaine, la saison en cours propose encore plusieurs choix. Une nouvelle exposition orne les murs de la galerie Eugène-Racette. Le vernissage de cette exposition solo de Fitabella aura lieu vendredi en présence de l’artiste. Canadienne d’origine congolaise, Fitabella intègre le pagne wax, tissu courant dans les cultures africaines, à ses peintures, auxquelles elle intègre aussi divers matériaux récupérés.

Le vernissage débutant à 18 h, il est possible de prévoir une soirée doublement culturelle puisque Richardson Zéphir, avec son charisme et sa proposition décalée, donnera son spectacle au centre de la rue Carrière à compter de 20 h. Toujours dans la série humour, la programmation du MIFO prévoit aussi un spectacle de Philippe Laprise le mercredi 15 mai, cette fois au Centre des arts Shenkman. Au moment d’écrire ces lignes, 88 % des billets avaient déjà trouvé preneurs.

Félicité, l’une des oeuvres de Fitabella en exposition au MIFO. Crédit image : Fitabella

Ottawa, le 10 et le 15 mai. Détails et billets sur le site du MIFO.

Le retour d’une pièce marquante

Le Théâtre Tremplin présente la pièce Les Communords du 14 au 18 mai, à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins (LNSGD). Écrite par le Sudburois Claude Belcourt, la pièce a vu le jour au Théâtre du Nouvel-Ontario en 1974. Il s’agit d’ailleurs de la deuxième œuvre à avoir été publiée aux éditions Prise de parole. La version 2024 est une adaptation dramaturgique de Lionel Lehouillier et une mise en scène d’Emily Payeur. L’histoire se déroule dans une commune queer, où les jeunes tentent de résister à la société capitaliste.

En activité depuis 1997, le Théâtre Tremplin est une troupe communautaire ottavienne qui présente des œuvres du répertoire franco-ontarien.

Pascale Lemay et Marjorie Desbiens-Poitras lors d’une répétition pour les Communords. Crédit image : Amélie Trottier

Ottawa, du 14 au 18 mai. Billets sur la plateforme Simpletix.

Folklore franco-canadien

La formation Les gens du Nord sera en spectacle au Théâtre Meridian du secteur Nepean d’Ottawa ce samedi. Fondé en 1997 à North Bay, le groupe est une grande histoire d’amour, non seulement pour la musique, mais parce que trois conjointes des membres originaux se sont jointes à la formation. C’est donc une ambiance de fête de famille qui règne dans les spectacles du septuor réunissant Michel et Danielle Pagé, Alain et Lynne Legrand, Serge et Liette Levac, ainsi que Marcel Morin. Le spectacle est présenté par la Maison de la francophonie d’Ottawa.

Les Gens du Nord sont un groupe d’amis et de musiciens qui donnent dans la musique folklorique et néo-trad. Gracieuseté

Ottawa, le 11 mai. Détails et billets sur le site du Théâtre Meridian.

Retour aux sources pour Beau Nectar

Le duo écoféministe Beau Nectar lance la version deluxe de son album Two Lips ce vendredi. La Fransaskoise éemi et la Franco-Ontarienne Marie-Clo se sont rencontrées à l’émission Planète Brbr de TFO, une époque dont elles se rappellent avec le nouvel extrait Même vase qu’hier. Cette pièce enregistrée en Saskatchewan en 2021 est en fait la version originale de la chanson À fleur de pot. Voilà pourquoi on peut lire dans la vidéo de paroles « Bourgeons égarés en exil, déracinés d’un jardin brbr et fertile ». Clin d’œil au début de leur complicité, les deux finalistes de Planète Brbr avaient fait confiance à Mario Lepage (Ponteix) pour la réalisation de cette version plus planante, souvenir d’une époque où Beau Nectar n’avait pas encore de nom… mais déjà beaucoup de talent.

À l’émission Planète Brbr de TFO en 2017, les deux finalistes étaient Marie-Clo et éemi. Gracieuseté

Disponible sur les plateformes de Beau Nectar.

Nouvelle artiste à découvrir

Originaire d’Ottawa mais résidente de Toronto, Noémi Madeleine dévoile un premier EP intitulé Ces mots. Déjà disponible sur les plateformes numériques, ce premier opus sera officiellement lancé ce dimanche au Cameron House, dans la ville reine. Sarah Tomlinson en assurera la première partie.

En six chansons, l’artiste réussit à varier les thèmes : elle parlera d’amitié sur À deux, de l’arrivée de son neveu sur Hâte à toi et de la situation humanitaire dans la bande de Gaza avec Berceuse (pour la Palestine).

Source : page Facebook Noémi

Toronto, le 12 mai. Billets sur la plateforme Eventbrite.

Notre époque, un classique, selon le Théâtre français du CNA

OTTAWA – Le Centre national des arts (CNA) a dévoilé sa programmation 2024-2025 ce jeudi. Le théâtre français exploite le thème Sortir du cadre en proposant un regard nouveau sur des œuvres de répertoire et, à l’inverse, en traitant notre époque comme un grand classique.

Le théâtre français a reçu des artistes de la prochaine programmation et des spectateurs assidus lors d’un événement de prédévoilement mercredi soir. C’est dans une Quatrième salle bondée que le directeur artistique, Mani Soleymanlou, et la directrice artistique associée au volet enfance et jeunesse, Mélanie Dumont, ont présenté l’année à venir.

En entrevue avec ONFR, Mani Soleymanlou explique son désir de revenir vers les classiques, alors que le théâtre documentaire et l’autofiction ont été particulièrement populaires dans les dernières années. « J’en suis moi-même responsable, s’amuse le créateur de Un. Deux. Trois. Je pense aussi qu’il y avait une envie de la part du public d’avoir accès à ces pièces de répertoire. Alors on a été à l’écoute, et les propositions étaient là pour qu’on puisse attaquer cette envie de front. »

Mani Soleymanlou et Mélanie Dumont au prédévoilement de la saison 2024-2025 du Théâtre français du CNA. Crédit image : Rachel Crustin

Et les propositions sont ambitieuses. Après avoir fait fureur à Montréal, La traversée du siècle, spectacle de 12 h 30 basée sur l’œuvre de Michel Tremblay, sort du Québec pour la première fois. « Dans cette aventure d’une journée, l’esprit divague, part et revient. (…) C’est une expérience collective assez phénoménale. » La traversée du siècle a été imaginée par Alice Ronfard, appuyée par le regretté complice de Michel Tremblay, André Brassard.

Une autre œuvre particulièrement éclatée gardera le public en haleine pendant 4 h. The Rise of the BlingBling, de Philippe Boutin, mélange histoire religieuse, culture pop, théâtre, danse et même kung-fu avec une vingtaine d’interprètes. À l’événement de mercredi, l’auteur a raconté s’être inspiré de son propre superhéros d’enfance, Jésus, et de l’amour inconditionnel qu’il a reçu de ses parents.

« On le fait avec des séries télé, pourquoi ne pourrait-on pas binger une œuvre théâtrale? »
— Mani Soleymanlou

Mani Soleymalou propose de traiter notre époque à la manière d’un classique théâtral. « Il y a quand même des pandémies, des écarts de richesse, la montée du fascisme, des guerres de religion… on peut écrire notre époque d’aujourd’hui comme un classique (…) pour espérer que le public se responsabilise davantage, et qu’on réalise qu’on est collectivement en train d’écrire quelque chose qu’on lègue à d’autres. »

C’est l’idée derrière Classique(s), un collage pour lequel il a recruté de grosses pointures comme Louise Cardinal, Martin Drainville et Julie Le Breton, entre autres. Dans le même état d’esprit, Peau d’âne devient une fable féministe dans les yeux de Félix-Antoine Boutin et Sophie Cadieux. Au cœur de la rose (généalogie d’une tristesse) fera découvrir au public l’œuvre théâtrale du cinéaste Pierre Perreault.

Félix-Antoine Boutin (au micro) et Sophie Cadieux (derrière) adaptent le conte Peau d’âne pour explorer toutes les couches de peaux que les femmes doivent porter pour plaire à la société. Également sur la photo, Marie-Ève Fontaine, qui profitera d’une résidence de création au CNA en 2024-2025. Crédit image : Rachel Crustin

Cispersonnages en quête d’auteurice emprunte le concept de Luigi Pirandello (Six personnages en quête d’auteur), mais en mettant en vedette une troupe issue de la neurodiversité. « C’est assez bluffant, jouissif et troublant de voir une troupe d’acteurs neurodivergents se demander ce qu’ils ont le droit de jouer. » L’autrice et metteuse en scène Catherine Bourgeois « fait un travail phénoménal d’intégration et de sensibilisation avec un niveau artistique très élevé ».

D’autres propositions audacieuses

Dans Maurice, Anne-Marie Olivier campe le rôle d’un homme qu’elle a rencontré dans la vraie vie, qui vivait avec de graves conséquences d’un accident cérébral. Téméraire, elle invite un spectateur à monter sur scène pour lui raconter l’histoire directement, ce qui crée des rencontres toujours différentes.

Dans Surveillée et punie, le metteur en scène Philippe Cyr tente de sublimer la haine reçue par la chanteuse Safia Nolin. Le livret signé par la principale intéressée et par l’auteur Jean-Philippe Baril-Guérard utilise les vrais mots reçus pour en faire un spectacle « beau et troublant » selon Mani Soleymanlou, qui a vu les répétitions. Une vingtaine de choristes (dont plusieurs recrutés localement), Safia Nolin et Debbie Lynch-White seront réunis sur scène.

Surveillée et punie est une création du théâtre Prospero, en coproduction avec l’Homme allumette, le Théâtre français du CNA et Les Plateaux Sauvages, en collaboration avec le Théâtre du Trident. Crédit image : Kelly Jacob

Le directeur artistique du Théâtre français espère que la proposition fera œuvre utile, même si elle risque de prêcher à des convertis. « Si on peut s’adresser à des centaines de personnes tous les soirs, même si on est d’accord, bien on fait juste renforcir le fait qu’on est d’accord, que c’est inacceptable, et on est plus de soldats sur le terrain. »

Mani Soleymanlou fait aussi place à la relève avec la deuxième édition du Collectif, un projet qu’il a imaginé pour donner une première expérience professionnelle à des finissants en théâtre.

Dernière saison de Mélanie Dumont

Celle qui s’occupe du volet jeunesse et enfance du théâtre français depuis 2011 en est à son dernier tour de piste comme directrice artistique associée. En plus du retour confirmé du Festival Big Bang, la programmation promet de ravir les familles toute l’année.

Les musiciens de l’orage feront croire aux spectateurs qu’ils contrôlent la météo. Dans le théâtre acrobatique de Batailles, une querelle pour les places assises cache le thème de la cohabitation en société.

Élie Marchand avait misé juste avec Racines, qui prend tout son sens maintenant qu’il est parent. Crédit image : Rachel Crustin

Avec Racines, Élie Marchand imagine le monologue intérieur d’un bébé. À la Quatrième salle mercredi, l’auteur a expliqué qu’il « comprend maintenant pourquoi les parents pleurent » lors des représentations, depuis qu’il est lui-même parent.

Dans Joséphine et les grandes personnes, un personnage enfant sans être enfantin (Émilie Dionne) rencontrera une aînée (Mireille Metellus), avec qui elle a beaucoup en commun. Le ton est d’abord celui d’une conférence de coach de vie pour enfant.

« Ça fait juste cinq, six, sept, huit, neuf, 10 ans que vous voyez la pluie tomber. C’est pour ça que vous, les enfants, vous la trouvez encore belle, la pluie, vous avez encore le goût de sauter à pieds joints dedans. »
— Extrait de Joséphine et les grandes personnes

Maputo-Mozambique est un spectacle de jonglerie, de chant et de percussion que Mélanie Dumont avait particulièrement hâte d’intégrer à la programmation.

Le Potager, qui a déjà été présenté au Festival Big Bang par le passé, sera de retour avec sa musique rock jouée à l’intérieur d’une serre, au centre des spectateurs.

Anniversaires

Pour ses cinq ans, le Théâtre autochtone du CNA présente une première pièce en français avec Marguerite, le feu d’Émilie Monnet, lauréate du prix littéraire Jacques-Poirier-Outaouais.

Alexander Shelley célèbre dix ans comme directeur musical de l’Orchestre du CNA. La saison débutera avec le festival Sphère, qui implique aussi les autres volets artistiques de l’institution de la rue Elgin. La comédienne Christine Beaulieu viendra y présenter l’adaptation scénique de son livre Les saumons de la Mitis, accompagnée de l’orchestre. Dans le reste de la saison, les grands classiques, la musique de film et les présentations familiales seront de retour.

Alexander Shelley insuffle sa passion à l’Orchestre du CNA depuis 2015. Crédit image : Curtis Perry

La directrice artistique de Danse CNA, Caroline Orth, présente sa toute première programmation. Les chorégraphes francophones Catherine Gaudet et Virginie Brunelle seront de la partie. Une première pour le CNA, un spectacle sur glace sera présenté à l’Aréna Stade-Pierre-Lafontaine de Gatineau, du côté québécois de la rivière.

Si d’autres spectacles seront annoncés en juin, la saison de Musique populaire et variétés a déjà dévoilé certaines propositions en français : Chloé Sainte-Marie, Mado Lamotte, les Hay Babies, Raffi et le spectacle vocal et orchestral Héritières.

« Plein de marde » : le député franco-ontarien Francis Drouin présente ses excuses aux témoins

OTTAWA – Le député Francis Drouin a présenté ses excuses ce jeudi après avoir traité deux témoins lors d’un comité parlementaire de « plein de marde » et d’« extrémistes ».

« Tout témoin qui vient devant ce comité devrait se sentir libre et dans un environnement respectueux et je n’ai pas fait ça lundi. Alors je présente mes excuses encore une fois à M. Bourdon et M. Lacroix, » a-t-il déclaré dès le début au Comité des langues officielles qui accueillait le ministre des Langues officielles Randy Boissonnault dans le cadre d’une étude sur le financement fédéral pour les institutions postsecondaires de la minorité de langues officielles.

Lundi, le député de Glengarry-Prescott-Russell a traité deux témoins dans ce même comité de « plein de marde » et d’« extrémistes ». Les deux chercheurs, Frédéric Lacroix et Nicolas Bourdon, témoignaient devant le Comité, chiffres à l’appui, sur l’anglicisation au Québec et le lien avec les études en anglais. Ils expliquaient que fréquenter une université ou un cégep anglophone augmentait grandement la probabilité de mener sa vie en anglais.

Le Franco-Ontarien avait par la suite retiré ses propos, mais refusé de s’excuser dans les jours suivants, admettant qu’il aurait pu « mieux poser mes mots » et reconnaissant s’être « laissé emporter par la passion ».

Le Bloc québécois et les conservateurs se sont vite opposés à l’utilisation d’un rappel au règlement de la part de M. Drouin estimant que ça n’était pas le moment.

Motion demandant sa démission

Suite aux excuses, une motion a été déposée demandant à ce que Francis Drouin soit expulsé du Comité des langues officielles, qu’il démissionne de son poste de président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) au niveau international ainsi que de la section canadienne, qu’il fasse des excuses écrites aux témoins et qu’il reconnaisse que les données présentes étaient basées sur la science.

La motion a toutefois été jugée irrecevable par le président du Comité René Arseneault qui, en lisant le règlement, a expliqué que le comité et lui-même n’ont pas le pouvoir de censurer ou sanctionner le comportement d’un membre. 

La décision a toutefois été annulée dans un vote où tous les libéraux à l’exception de Francis Drouin, qui s’est abstenu (tout comme pour l’ensemble des votes portant sur des amendements) ont voté contre.

La néo-démocrate Niki Ashton a expliqué que « c’est assez troublant » que Francis Drouin soit le président de l’AFP qui est « le visage du Canada à l’international », exprimant « que c’est préoccupant que ça l’ait pris quatre jours pour un message d’excuses ».

« C’est dommage qu’on se retrouve à ce point-ci. On ne peut pas minimiser ce qu’on a vu et le message que ça l’envoie… et la réputation du Canada francophone à l’international », a-t-elle soutenu.

Pour le porte-parole conservateur en Langues officielles Joël Godin, « on se doit de respecter nos témoins » et les propos du député de l’Est ontarien « étaient inacceptables » d’où la raison de demander sa démission du comité et de l’APF, a-t-il dit.

Pour le Bloc Québécois, les propos de M. Drouin sont « méprisants pour tous ceux qui défendent le français au Québec » et « ne sont pas digne » de son poste interparlementaire. « D’arriver comme ça et dire ‘ah je m’excuse’, c’est comme à la va-vite pour glisser ça sous le tapis », estime son porte-parole en Langues officielles Mario Beaulieu. 

Mais pour les libéraux, « M. Drouin, un défenseur de la francophonie, partout au monde, au Canada et au Québec », et il « s’est déjà excusé quatre fois dans les derniers jours » dans les médias, « alors les faits sont clairs », a plaidé le député Marc Serré.

« Alors les jeux politiques de l’opposition qu’on voit ce matin sont clairement irresponsables », a attaqué le secrétaire parlementaire du ministre des langues officielles.

Francis Drouin n’a pas souhaité en dire plus, affirmant aux journalistes que « j’ai dit tout ce que j’avais à dire » à sa sortie de la salle.

Le débat sur motion en tant que telle se poursuivra lors de la prochaine réunion du comité dans deux semaines. Celle de jeudi ayant dû être ajourné par manque de temps non sans un peu d’obstruction parlementaire du député Darrell Samson, ayant parlé pendant plus de 30 minutes sur la motion présentée et se faisant rappeler à l’ordre à plus d’une reprise par le président René Arseneault pour éviter qu’il dévie du sujet principal.

Le député bloquiste René Villemure, qui est vice-président à l’APF, a appelé une réunion d’urgence afin que les membres puissent voter la démission de Francis Drouin, a-t-il écrit sur X.

Le Salon du livre du Grand Sudbury a le vent dans les voiles et la tête dans les nuages

SUDBURY – Le 11e Salon du livre du Grand Sudbury (SLGS) débute ce jeudi à la Place des arts (PDA) du Grand Sudbury. À la fois une foire du livre et un festival littéraire, l’événement, qui se poursuit jusqu’à dimanche, se déroulera désormais chaque année et compte cette fois-ci sur une nouvelle alliée, la librairie Panache.

« C’est un moment pour célébrer le livre », résume simplement Geneviève LeBlanc, directrice générale du SLGS, en entrevue avec ONFR. Le thème de cette année est La tête dans les nuages, lire, c’est s’élever!

Une cinquantaine d’auteurs, autrices et artistes seront sur place pour participer à une programmation étoffée. L’édition 2024 marque le début d’une nouvelle ère, puisque le nouveau plan stratégique adopté l’été dernier prévoit que l’événement ait désormais lieu chaque année. Auparavant, le Salon du livre de Sudbury se tenait en alternance avec celui de Hearst, mais ce dernier a cessé ses activités en 2019.

Le SLGS s’était tenu pour la première fois à la Place des arts quelques semaines après son ouverture en 2022. Source : SLGS

« Je suis en étroite consultation avec les maisons d’édition pour connaître leurs nouveautés ou les livres qui ont fait fureur dans la dernière année », glisse Geneviève LeBlanc. En plus de l’envie de recevoir des auteurs et autrices « vedettes » et de représenter les thématiques dans l’air du temps, elle indique aussi avoir un souci de bien représenter la population francophone de Sudbury, qui a le statut de communauté francophone accueillante.

« On a toujours une partie de notre programmation qu’on structure en collaboration avec le Salon du livre afro-canadien d’Ottawa et Mosaïque interculturelle, pour accueillir des auteurs issus de l’immigration. On va toujours chercher des auteurs autochtones aussi. J’ai insisté en arrivant à la barre du Salon du livre qu’on ajoute systématiquement de la programmation pour cette communauté. »

Geneviève LeBlanc souhaite aussi représenter d’autres groupes marginalisés, comme la communauté LGBTQ+. Environ la moitié des auteurs sur place sont franco-ontariens.

Membre honoraire de l’Association des salons du livre du Québec, le SLGS accueille évidemment plusieurs auteurs québécois. « Ce qu’ils aiment particulièrement du SLGS, c’est que parce que c’est un salon du livre plus petit (que le Salon du livre de l’Outaouais ou d’autres salons au Québec). Ils ont un contact privilégié avec leur public. »

Une présidente d’honneur attendue

La présidente d’honneur de cette année est l’artiste multidisciplinaire Natasha Kanapé Fontaine. Geneviève Leblanc se réjouit de la présence de l’autrice innue, qu’elle souhaitait recevoir depuis plusieurs années.  « Elle est très animée, engagée. C’est une artiste, elle trempe la patte dans plusieurs disciplines, et elle a gagné énormément de popularité (dans les dernières années) », explique la directrice générale.

Natasha Kanapé-Fontaine prendra part à plusieurs éléments de la programmation. D’abord, Thé et textes, une littérature autochtone souveraine et engagée aura lieu vendredi à 14 h au Bistro de la PDA. L’activité animée par Johanne Melançon réunira également Isabella Huberman, Moira-Uashteskun Bacon et Connor Lafortune.

Natasha Kanapé Fontaine est une artiste multidisciplinaire connue pour sa défense des droits et libertés par une démarche de rapprochement des peuples à travers l’art et le dialogue. Source : SLGS

Les visiteurs du SLGS pourront découvrir les autres talents de Natasha Kanapé Fontaine grâce à son spectacle Nui pimuten – Je veux marcher, qui allie slam, poésie et chansons. La performance aura lieu vendredi soir à la Grande salle de la PDA. Manuel Gasse accompagnera la poétesse en musique.

Samedi, la présidente d’honneur prendra part à une causerie animée par la professeure de littérature, Isabella Huberman, puis sera de la Soirée poésie en apesanteur aux côtés d’une dizaine d’autres poètes, au Bistro de la PDA.

Lancements de livres et activités jeunesse

Les Éditions David viennent de lancer une nouvelle collection pour les jeunes de 9 à 13 ans intitulée Pigeon voyageur. Un lancement aura lieu pendant le SLGS pour trois des quatre premiers romans de la collection : Une twiga à Ottawa et Déclic à Toronto de Mireille Messier, et Pigeons de fortune de Daniel Marchildon.

Les quatre premiers livres de la collection Pigeon Voyageur sont disponibles depuis quelques semaines. Crédit image : Rachel Crustin

Le samedi étant la journée familiale officielle, tous les auteurs jeunesse présents se relaieront des activités d’animation d’une trentaine de minutes chacune. Le spectacle jeunesse Léon le nul sera joué à la Grande salle de la PDA à 11h. Ce texte traite d’intimidation et alterne entre les points de vue de l’enfant et de l’adulte.

Des collaborations toutes sudburoises

Les occasions de se procurer des livres francophones à Sudbury ne faisaient pas légion jusqu’à tout récemment. L’ouverture de la librairie Panache à la PDA est venue changer la donne dans le paysage littéraire. Elle accueillera d’ailleurs une partie de la foire du livre, qui se déroulera aussi à la Galerie du Nouvel-Ontario (GNO) et à la salle Desjardins de la PDA.

Tristan Demers sera de retour au SLGS cette année pour l’activité jeunesse Dessiner, c’est facile. Source : SLGS

D’autres organismes fondateurs de la PDA mettent aussi la main à la pâte à leur façon. Les éditions Prise de parole présentent plusieurs activités du SLGS, dont le vernissage de l’exposition 500 ans de résistance autochtone, tirée de la bande dessinée de Gord Hill, qui avait aussi été présentée au Salon du livre de l’Outaouais, plus tôt cette année. Le Théâtre du Nouvel-Ontario participe aussi à l’organisation de la lecture publique de Thomas Lortie, pièce du Franco-Ontarien Alain Doom. La Slague présente pour sa part le concert du 30e anniversaire de la chorale des Troubadour.

Cette solidarité entre les membres fondateurs est à l’origine de l’idée de créer un lieu de rassemblement culturel francophone au Centre-Ville, et revêt une importance particulière en cette période où la PDA retient l’attention sur son bilan financier et la démission surprise de son directeur général en avril dernier. « Tout le monde se serre les coudes et s’entraide énormément », témoigne Geneviève LeBlanc en parlant à la fois des organismes locataires et de l’administration de la place des arts en tant que telle.

Le 11e SLGS se poursuit jusqu’au 12 mai pour le grand public. Plusieurs auteurs ont déjà posé leurs valises à Sudbury en début de semaine afin d’offrir des ateliers dans les écoles de la région. En tout, de 7000 à 8000 visiteurs sont attendus. La programmation complète peut être consultée sur le site du SLGS.

« Plein de marde » et « extrémistes » : Drouin dit que « la machine péquiste au Québec » s’est mise en marche contre lui

OTTAWA – Le député franco-ontarien Francis Drouin n’accepte pas qu’on l’accuse depuis près de 48 heures de ne pas vouloir défendre le français, accusant « la machine péquiste au Québec » de faire de l’extrapolation. Pour Justin Trudeau, le Bloc Québécois s’attaque à Francis Drouin, car il est un Franco-Ontarien et pour le premier ministre du Québec, François Legault, c’est « un total manque de jugement ».

« Ça ne devrait pas surprendre personne que le plus récent cheval de bataille du Bloc Québécois est de s’attaquer à un Franco-Ontarien, ils savent très bien qu’ils n’aiment pas les francophones qui parlent français hors du Québec », a lancé Justin Trudeau à la période des questions mercredi à Yves-François Blanchet, s’attirant des huées des banquettes bloquistes.

Le chef du Bloc tout comme le chef conservateur demande au premier ministre de démettre Francis Drouin de sa fonction de président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie pour ses propos.

Lundi, le député de Glengarry-Prescott-Russell a traité deux témoins en comité de « plein de marde » et « extrémistes ». Les deux chercheurs, Frédéric Lacroix et Nicolas Bourdon, ont témoigné au Comité des langues officielles avec des chiffres à l’appui, sur l’anglicisation au Québec et le lien avec les études en anglais. Ils expliquent que fréquenter une université ou un cégep anglophone augmente grandement la probabilité de mener sa vie en anglais.

Selon Francis Drouin, c’est « le prendre pour un con » de prétendre que les études supérieures sont en train de contribuer à l’anglicisation du Québec.

Francis Drouin indique qu’il n’aurait pas de problème à s’excuser si les deux chercheurs en question « se sentent vexés ».

« Je n’ai pas eu de communications officielles des deux personnes donc c’est ça le problème. Tout le monde parle au nom de ces deux personnes-là, mais les deux personnes ne sont pas venues directement à moi », a-t-il dit aux journalistes.

« Franchement, j’insulte quelqu’un et je dis à la personne que j’ai insultée qu’elle a le fardeau de venir me demander des excuses. Est-ce qu’il veut qu’ils lavent son char aussi? Tsé, il y a des limites là », s’est insurgé Yves-François Blanchet.

Français : Drouin à la fois « impoli et incompétent » pour Blanchet

L’élu libéral a par la suite retiré ses propos, mais a refusé de s’excuser dans les jours suivants admettant qu’il aurait pu « mieux poser mes mots » et reconnaissant s’être « laissé emporter par la passion ». Ce dernier estime trouver « honteux » et « insultant » qu’on « extrapole ça en disant que j’insulte les gens qui défendent la langue française » affirmant qu’il a protégé la langue française « toute sa vie ».

« C’est la machine péquiste au Québec qui fonctionne. Ils ne veulent pas parler de la francophonie canadienne. Mathieu Bock-Côté passe son temps à nous insulter. Mais ce n’est pas nouveau, je suis habitué », a lancé le représentant de l’Est ontarien en entrevue après une réunion du caucus libéral.

Ce dernier n’accepte pas les accusations, particulièrement du Bloc québécois qui affirme que la protection du français serait vue comme une position extrémiste par l’élu libéral.

« C’est des gens qui lisent le Journal de Montréal et pensent que j’insulte les gens qui défendent le français et ce n’est pas ça et je trouve ça honteux. Ils savent très bien ces députés-là ce qu’ils font et oui ça m’insulte. J’ai toujours été un ardent défenseur de la francophonie et je vais le demeurer », répète-t-il.

« Si M. Drouin a un intérêt pour la langue française, il est à la fois impoli et incompétent », lui a répondu Yves-François Blanchet en conférence de presse.

Selon Francis Drouin, les événements des derniers jours démontrent que « le Bloc ne veut pas que la francophonie canadienne fonctionne, c’est ça la réalité », juge-t-il. Des arguments repris par son chef libéral à la Chambre des communes pour qui le chef du Bloc ne fait que « chercher la chicane avec Ottawa alors que la responsabilité du fédéral c’est de défendre les langues officielles à travers le pays, le français au Québec et le fait français partout au Canada ».

« Le mot de Cambronne (marde) est connu depuis très longtemps partout à travers le monde. Ce n’est pas notre député qui l’a utilisé pour la première fois. Mais d’ailleurs effectivement, il y a un excès de zèle pour laquelle il s’est excusé et a retiré ses propos », a soutenu M. Trudeau.

François Legault. Gracieuseté: Conseil de la fédération
François Legault. Gracieuseté : Conseil de la fédération

« C’est un total manque de jugement », dit François Legault

À Québec, le premier ministre a commenté la situation qualifiant les propos comme « un total manque de jugement ». Son ministre des Relations canadiennes, Jean-François Roberge estime que « le député avait l’occasion de s’excuser, mais il a décidé de s’enliser », a-t-il écrit en commentant les commentaires de Francis Drouin.

À Ottawa, les ministres libéraux ont pris la défense de leur collègue ontarien.

« Je connais Francis Drouin pour être un fier francophone qui s’est battu toute sa vie, par exemple, pour le droit d’éduquer ses enfants en français. Il va toujours défendre le français, toujours, et parfois il s’emporte un peu. Mais ce ne sont pas les meilleurs mots qu’il a choisis », a convenu Pablo Rodriguez, le lieutenant pour le Québec au gouvernement.

Pour le ministre des Langues officielles, le fait de faire des études en anglais au Québec n’anglicise pas la province.

« Quand on a des francophones qui étudient en français en Alberta comme moi au Campus Saint-Jean, ça n’a pas francisé la province. Si on regarde le nombre d’étudiants qu’on a au Québec, ça n’anglicise pas la province non plus », argumente Randy Boissonnault.

Mettre le Nord sur la carte : le nouveau jeu de société d’un Franco-Ontarien de North Bay

NORTH BAY – Après le Sudburois Mat Cousineau, c’est un autre Franco-Ontarien du Nord qui se lance dans la création d’un jeu de société. Le but? Mettre le nord de l’Ontario sur la carte, littéralement.

C’est une toute nouvelle aventure dans laquelle se lance Éric Boutilier, journaliste au Voyageur, lequel a passé les six dernières années à développer son jeu Tripped, qui pourrait s’appeler Trébucher dans une version française à venir.

« Une fin de semaine, j’ai décidé de développer un concept original. J’avais une carte de l’Ontario que je consulte souvent et je me suis dis que je pourrais faire quelque chose avec ça », raconte le résident de North Bay qui ajoute avoir développé auparavant des cartes de jeux de société pour le jeu Risk.

Le jeu est une course à travers l’Amérique du Nord, utilisant différents modes de transport, des chemins, des voies ferrées, des bateaux de croisière et des avions. Gracieuseté

Il dit s’être inspiré de plusieurs jeux et avoir travaillé sur le concept pendant un an avant de le faire tester par ses amis. Le résultat est un mélange de Serpent et échelle, et de l’émission de télé Amazing Race. 

L’objectif du jeu : accumuler des étampes pour le passeport en visitant six communautés différentes, et en réussissant à surmonter les obstacles semés par les autres joueurs.

Sudbury ou North Bay?

Une centaine de villes d’Amérique du Nord figurent sur la carte du jeu dont une bonne partie se trouve au Canada, en Ontario et surtout dans le Nord. 

« On a décidé de sonder les grandes communautés pour voir quelles villes on devrait mettre sur la carte. Donc, il y a Thunder Bay, Moosonee, Hearst, Pickle Lake », énumère M. Boutilier.

À gauche, le maire de North Bay, Peter Chirico, et complètement à droite, Paul Lefebvre de Sudbury. Gracieuseté

Pour compléter la carte, celui qui gère aussi un blog sur les modes de transports dans le Nord depuis 2017 a invité les personnes des deux plus grandes villes du Nord ontarien à sélectionner laquelle de North Bay ou Sudbury devrait gagner sa place dans le jeu. 

Quoi de mieux pour faire la promotion de cette compétition qu’une partie de jeu entre les deux maires de ces deux municipalités? Paul Lefebvre, maire du Grand Sudbury, et Peter Chirico, maire de North Bay, se sont ainsi affrontés mardi à l’occasion de la deuxième journée de la conférence annuelle de l’Association des municipalités du Nord-Est de l’Ontario.

Le gagnant remportait 20 points pour sa ville. Le résultat des votes doit être dévoilé dans les prochaines semaines et, avec eux, le nom de la ville sélectionnée.

L’accent sur les petites collectivités

Pour le créateur franco-ontarien, concevoir cette carte fut aussi l’occasion de mettre en lumière les petites collectivités souvent oubliées au détriment des grands centres. 

« J’ai grandi, je demeure toujours dans le Nord de l’Ontario et je trouvais important de faire la promotion de différentes collectivités, pas juste dans le Nord, mais un peu partout au pays », s’est-il exprimé.

« C’était juste une question d’espace, on n’a pas pu mettre une ville comme Ottawa ou une autre communauté dans l’Est »

« On retrouve entre autres Hearst, une communauté majoritairement francophone, des collectivités acadiennes, des communautés québécoises, des communautés de l’Arctique, de l’Ouest canadien. »

La capitale nationale, Ottawa, ne se retrouvera pas sur la carte comme d’autres grandes villes du sud de la province. Les faibles distances sur la carte du Canada dans le Sud et l’Est expliquent ce choix selon le francophone de North Bay.

« C’était juste une question d’espace : on n’a pas pu mettre une ville comme Ottawa ou une autre communauté dans l’Est », justifie-t-il.

Éric Boutilier dit avoir reçu de très bons retours des premières personnes qui ont joué au jeu. Gracieuseté

Respecter les langues autochtones

Pour respecter au mieux les régionalismes, le Franco-Ontarien a choisi de représenter les villes dans leurs langues originelles avec, en Amérique centrale, des noms en espagnol, au Canada, des noms en français, dans l’Arctique, des noms en inuktitut, tout comme au Groenland.

Pour l’instant, le jeu est conçu seulement en anglais mais une traduction en français est prévue pour bientôt. « On est en train de voir comment on pourrait traduire le jeu, certains termes, le nom du jeu », fait savoir M. Boutilier qui précise que le nom du jeu en anglais utilise un jeu de mots.

Et d’ajouter : « On veut trouver un mot qui pourrait bien définir le jeu en français, puis bien traduire les instructions et c’est quelque chose qui va venir. »

Ce jeu est axé sur l’esprit de compétitivité, tout en faisant rire. Gracieuseté

Campagne de sociofinancement

C’est grâce à un ami proche qui a commencé à travailler pour Quinn & Sherry, un studio de design de jeux de société primé de North Bay, et a bien voulu présenter le jeu à son président Mark Sherry que M. Boutilier peut commencer à commercialiser son jeu.

« Nous avons été séduits dès que nous avons commencé à jouer », a déclaré M. Sherry, qui est devenu le plus grand amateur de TRIPPED. « Toutes les personnes à qui nous avons présenté le jeu veulent y rejouer immédiatement. »

Une campagne de financement participatif commencera fin mai.

« Le gouvernement est déconnecté du Nord », dénoncent des élus du Nord-Est et l’opposition

SUDBURY – Des critiques envers le gouvernement provincial se sont fait entendre lors de la 61e conférence annuelle de la Fédération des municipalités du Nord-Est de l’Ontario (FMNO). Pour des membres de l’opposition comme pour certains élus de petites municipalités, les efforts de la province seraient dirigés davantage vers le Sud, au détriment du Nord.

« Le gouvernement est déconnecté du Nord. Ils (les progressistes-conservateurs) ont l’habitude d’ignorer les particularités de cette région, ils montrent de l’intérêt quand ils veulent mais quand il faut agir, ils disparaissent », a lancé Marit Stiles, cheffe du Nouveau Parti démocratique de l’Ontario et porte-parole de l’opposition, ce mardi à Sudbury.

Au deuxième jour de la conférence, son allocution, dont la moitié a été faite en français, a trouvé un écho parmi les quelque 200 élus et représentants de municipalités du Nord Est présents dans la salle.

L’intervention de Marit Stiles, la seule à avoir parlé longuement en français, a suscité de l’engouement auprès des élus. Crédit image : Inès Rebei

En entrevue avec ONFR, Marit Stiles et Jamie West, député néo-démocrate de Sudbury, dénoncent entre autres le fait que la province aurait comptabilisé les lits de soins de longue durée et lits de résidence universitaire dans le calcul des municipalités pour atteindre les cibles en matière de logement.

La maire de Fauquier-Strickland, une municipalité de 142 habitants située sur la route 11, se dit en accord avec les propos de Mme Stiles qui est, selon elle, celle qui fut la première à aborder les enjeux spécifiques du Nord.

« Ils disent qu’ils ont investi de l’argent pour construire des logements… Nous on l’a pas ressenti. Le pourcentage c’est facile à dire mais c’est le Sud qui va avoir le mérite », confie Madeleine Tremblay.

Madeleine Tremblay, maire de Fauquier-Strickland, souhaiterait plus d’implication de la province au niveau municipal. Crédit image : Inès Rebei

La maire de la ville depuis 18 ans estime qu’il faudrait que la province appuie davantage les municipalités : « C’est beau de bâtir du logement abordable, mais c’est ceux qui existent déjà qui vont avoir besoin d’amour, et ça ne devrait pas sortir des fonds des municipalités. »

Un transfert néfaste des coûts vers les municipalités 

Également de passage, la cheffe du Parti libéral de l’Ontario et ex-mairesse de Mississauga, Bonnie Crombie, en a profité pour fustiger le gouvernement Ford : « Les politiciens de Queen’s Park devraient passer plus de temps dans les régions comme le Nord pour comprendre qu’il y a des besoins très spécifiques ici. »

« On a des besoins plus grands parce que nos revenus en taxes ne sont pas aussi élevés que les autres villes et on a pas la même population. »
— Jacques Dorval

« Les enjeux des soins de santé mentale et du sans-abrisme ont été injustement transférés aux municipalités alors que c’est le rôle de la province de financer ces institutions », livre-t-elle avant d’ajouter que « les municipalités ne peuvent pas vivre sur du déficit comme le fait la province avec 9 milliards de dollars de déficit ».

Bonnie Crombie a souligné l’importance de financer des services de santé en français dans son discours. Crédit image : Inès Rebei

« C’est sûr qu’ils (le gouvernement) n’en font jamais assez, surtout pour une petite municipalité comme la nôtre, mesure Jacques Dorval, maire d’Opasatika. On a des besoins plus grands parce que nos revenus en taxes ne sont pas aussi élevés que les autres villes et on a pas la même population. »

Le maire de la ville située à 30 minutes au nord de Kapuskasing dit avoir profité de l’événement pour approcher les ministres Stan Cho (Soins de longue durée) et Graydon Smith (Richesses naturelles et Forêts), présents le premier jour, afin d’obtenir de l’appui dans certains dossiers.

Jacques Dorval, maire d’Opasatika, espère que sa présence au congrès fera avancer des projets de la ville. Crédit image : Dominique Demers

L’argent du Nord va vers le Sud

« Personne au niveau du gouvernement provincial n’a tenu compte des disparités géographiques pour avoir accès à des soins de santé », a déclaré Robin Jones, présidente de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario (AMRO) devant l’assemblée des élus.

« Ce que je vois c’est que l’extraction des minéraux critiques bénéficie surtout au Sud »
— Mark Signoretti

« C’est important pour les gens qui ne sont pas dans le Nord ou des zones rurales, nous n’avons pas les mêmes enjeux », a ajouté celle qui est aussi la mairesse de Westport.

Le conseiller municipal du quartier 1 Sudbury, Mark Signoretti, regrette le fait que l’industrie minière, dont l’exploitation a des conséquences sur l’état des infrastructures et des routes du Nord, ne profite qu’au Sud.

Pour Peter Politis, maire de Cochrane, il reste beaucoup à faire pour améliorer l’état des routes dans le Nord. Crédit image : Inès Rebei

Et d’ajouter : « Ce que je vois, c’est que l’extraction des minéraux critiques bénéficie surtout au Sud, à Toronto ou à l’Est à Ottawa, les revenus ne restent pas dans le Nord. »

Le maire de Cochrane et président de l’Association des municipalités du Nord-Est de l’Ontario, Peter Politis, est du même avis : « Nous avons besoin qu’une partie de l’argent des contribuables qui quitte nos communautés revienne pour contribuer à la mise en place d’infrastructures sociales. »

Routes, infrastructure : d’autres enjeux communs

D’autres ont déploré le fait que le gouvernement n’est pas allé de l’avant dans sa promesse d’instaurer quatre voies sur la route 69 ou encore l’absence d’opérations de déneigement sur la route 11.

L’absence de financement au niveau des projets d’infrastructure dans les petites localités retarde d’importantes rénovations sur les routes.

« ll n’y a pas de financement pour cela. Nous avons besoin de l’aide du gouvernement chaque fois que nous devons faire quelque chose parce que nous sommes une si petite communauté », constate Bill Rosenberg, maire de Thessalon, bourgade de 1260 habitants.

La lourdeur du processus de demande de subventions provinciales a aussi des conséquences, comme en témoigne Debbie Rydall, trésorière de la ville située à une heure de route de Sault Ste. Marie avec le cas du pont de la rivière Thessalon sur l’autoroute 17B.

Debbie Rydall, à gauche, et Bill Rosenberg, respectivement trésorière et maire de Thessalon, affirment que les coûts des infrastructures ont augmenté encore plus dans les petites villes du Nord. Crédit image : Inès Rebei

« Nous avons obtenu du financement, ce qui est exceptionnel, mais entre le moment où nous avons reçu l’annonce, et celui où nous avons lancé l’appel d’offres, les coûts ont augmenté de plus d’un million de dollars », indique-t-elle en expliquant que la petite municipalité devra donc débourser 2,8 millions, dont 1,6 de son propre budget.

Ce mercredi matin aura lieu l’assemblée générale annuelle de l’organisme, un rapport sera ensuite envoyé à la province avec des recommandations. 110 municipalités font partie de la FMNO, seules six n’en font pas partie dans le Nord-Est.

Une première esquisse de la programmation du MIFO

OTTAWA – Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) a lancé les grandes lignes de sa programmation 2024-2025 mardi soir à son centre de la rue Carrière. Il s’agit de la dernière programmation prévue en partie dans le vieil édifice, qui laissera bientôt sa place à une construction neuve. ONFR a rencontré les artistes présents au lancement ainsi que la directrice artistique du MIFO et animatrice de la soirée, Anne Gutknecht.

La sélection de spectacles a d’abord été dévoilée par une vidéo promotionnelle qui a ravi la foule, particulièrement enthousiaste aux noms de Christine Morency, Robert Charlebois, Isabelle Boulay, Fred Pellerin et Gregory Charles. Un autre spectacle qui risque d’être fort apprécié est celui de François Bellefeuille, en rodage le 27 février 2025. Il s’agira du dernier spectacle présenté au centre actuel de la rue Carrière.

Par la suite, l’auditorium de l’École secondaire catholique (ÉSC) Béatrice-Desloges accueillera certains pans de la programmation, tout comme le partenaire de longue date, le Centre des arts Shenkman. La construction d’un nouveau bâtiment ultramoderne devrait s’échelonner du printemps 2025 à l’automne 2027.

Au-delà des grands noms, Anne Gutknecht souhaite que les Orléanais découvrent de nouvelles propositions. Elle rappelle que Katherine Levac a fait ses débuts au MIFO, et que Bleu Jeans Bleu était passé à Orléans avant de connaître le mégasuccès de Coton Ouaté.  « J’encourage les gens à venir voir des pépites, même s’ils ne connaissent pas les noms, exprime Anne Gutknecht. Faites confiance aux diffuseurs. »

Des spectacles pour tous

L’humoriste Michelle Desrochers a fait mouche lors de la première performance de la soirée. La venue de son spectacle le 19 octobre avait déjà été dévoilée il y a quelques semaines.

« Mon spectacle n’est jamais fixé dans le béton, parce que je m’adapte beaucoup au public. »
— Michelle Desrochers

Michelle Desrochers décrit son humour comme rassembleur et promet de faire rire les 7 à 77 ans… à condition que les parents soient prêts à répondre aux questions sur le chemin du retour, car quelques blagues exploitent un double sens, comme le laisse deviner le titre, Pelote. « J’ai cette capacité d’exprimer des idées adultes avec des images, donc on n’est pas dans un humour vulgaire. »

L’humoriste Michelle Desrochers avait présenté le spectacle Pelote en rodage l’an dernier. Crédit image : Rachel Crustin

Originaire de Saint-Boniface au Manitoba, Marie-Ève Fontaine ressent un attachement particulier à l’œuvre de Gabrielle Roy. C’est du livre du même nom qu’elle s’est inspirée pour créer Cet été qui chantait, une pièce de théâtre d’images et de marionnettes pensé pour un double public : les enfants et leurs grands-parents.

Au fil de représentations dans sa province natale et de vitrines à Ottawa lors des dernières Zones théâtrales, Marie-Ève Fontaine a réalisé que le spectacle touchait tous les publics. C’est d’ailleurs aux Zones théâtrales qu’Anne Gutknecht est tombée en amour avec la proposition. « Je me suis sentie comme si j’avais passé une journée au spa. C’est vous dire à quel point c’est de la douceur. »

Marie-Ève Fontaine dans Cet été qui chantait. Crédit image : Jonathan Lorange

Marie-Ève Fontaine voulait rendre hommage à « une sorte de lenteur, une simplicité, une appréciation des petites choses et de la nature environnante » qui se retrouvait dans le livre. La marionnettiste Natalie Labossière (la mère de Marie-Ève), et le concepteur sonore Gérald Laroche complètent l’équipe sur scène. Le spectacle s’arrêtera également dans sept autres salles lors de sa tournée franco-ontarienne.

L’impact de Contact ontarois

Remarqués lors de Contact ontarois en janvier, le trio innu Maten et la chanteuse québécoise Mélissa Bédard seront respectivement de passage le 25 octobre 2024 et le 21 mai 2025 au Centre des arts Shenkman.

En remportant le prix Distinction décerné par Réseau Ontario, Stéphane Guertin s’assurait de pouvoir poursuivre la tournée de Sortir la tempête du verre. « On fait pratiquement tous les centres culturels grand public en Ontario, plus une tournée au Québec qui s’en vient. »

Sortir la tempête du verre est prévu le 27 avril 2025 à l’ÉSC Béatrice-Desloges, mais Stéphane Guertin sera aussi au Centre des arts Shenkman le 7 décembre 2024 avec Improtéine, qui fête ses 20 ans.

Improtéine a offert une performance d’improvisation lors du lancement du MIFO. Crédit image : Rachel Crustin

Le fait d’improviser avec la même équipe pendant deux décennies permet une chimie presque fusionnelle. Nadia Campbell, Vincent Poirier, Olivier Nadon, Martin Laporte et Stéphane Guertin se comprennent et s’épaulent avec une complicité renouvelée. « On sait qui peut faire quoi, qui va y aller, et ça permet de faire un meilleur spectacle », explique Nadia Campbell.

Les membres d’Improtéine connaissent aussi l’Ontario comme le fond de leur poche, toujours curieux de connaître les référents des communautés locales. « Les gens de Timmins n’ont pas les mêmes passions que les gens de North Bay, à part le ski-doo », blague Martin Laporte. « On prend tout ce qu’on vit dans les communautés et on l’apporte sur scène. »

De gauche à droite : Martin Laporte, Nadia Campbell, Stéphane Guertin et Vincent Poirier d’Improtéine lors du lancement de la programmation du MIFO. Crédit image : Rachel Crustin

La formation vient d’ailleurs d’être intronisée au temple de la renommée de l’Association franco-ontarienne des ligues d’improvisation étudiantes (AFOLIE). « C’est un bel honneur, quand ta communauté te dit : ce que vous faites est important », se réjouit Vincent Poirier.

Le spectacle sera divisé en deux parties. La première réunira les jeux d’improvisation classiques qui ont fait la réputation du groupe. Dans la seconde, intitulée Hommage à Improtéine, par Improtéine, les membres incarneront un faux groupe de musique. Le public pourra crier, par exemple, les titres de leurs plus grands succès, qu’ils devront improviser.

Double défi pour JOLY

JOLY, le projet solo de Marc-Antoine Joly, fera halte à l’auditorium de l’ÉSC Béatrice-Desloges le 6 mars. Accompagné de son frère, le batteur Simon Joly, et du bassiste Patrick Harrison, JOLY propose une musique aux accents cinématographiques. Si l’ambiance est semblable à celle de l’album Deuil, « l’histoire se bouge un peu comme des blocs Lego ».

JOLY se permet également de sortir de l’ambiance plus lourde entre les chansons, pour offrir une animation légère.

« C’est un projet très introspectif. Pour moi, la musique est thérapeutique. J’espère que les gens seront capables de laisser tout de côté et de juste vivre un moment de rock, et des deux extrêmes : c’est super calme et super heavy aussi. »

Marc-Antoine Joly s’occupera de la direction artistique de la sixième édition du Kaléidoscope musical. Crédit image : Rachel Crustin

Marc-Antoine Joly prendra aussi les rênes du désormais traditionnel Kaléidoscope musical, un spectacle concept où des artistes de différents horizons se réunissent le temps d’une soirée. « On va créer un spectacle qui se tient pour une soirée seulement, comme pour les autres éditions, mais en allant un peu plus loin dans l’approche visuelle et dans la cohérence. »

D’autres spectacles seront annoncés au fil des semaines. Les billets pour les événements déjà annoncés sont en vente dès aujourd’hui pour les abonnés privilège du MIFO et dès vendredi pour le grand public.

D’autres spectacles de la programmation 2024-2025

  • Humour : Vulnérable, Guillaume Pineault, le 16 novembre au Centre des arts Shenkman
  • Humour : MILF, Rosalie Vaillancourt, 13 décembre au Centre des arts Shenkman
  • Jeunesse : Yassama et la calebasse aux Cauris, Lua Shayenne,le 5 octobre au MIFO
  • Théâtre communautaire : Hôtel des deux mondes d’Éric-Emmanuel Schmitt, Théâtre du Village d’Orléans, du 21 au 24 novembre
  • Deux femmes en or, théâtre La Manufacture, au Centre des arts Shenkman le 23 janvier.

Pas de « fusion », mais une « harmonisation » entre CBC et Radio-Canada, affirme sa présidente Catherine Tait

OTTAWA – Le rapprochement entre Radio-Canada et CBC ne se fera pas au détriment du secteur francophone, jure sa présidente Catherine Tait qui parle d’une « harmonisation » plutôt que d’une « fusion » entre les deux secteurs.

« Le questionnement du fusionnement des deux services n’est pas du tout dans nos réflexions. On parle d’harmoniser les services ou des technologies, des plateformes, ce genre de solution. On ne parle pas du contenu, ce n’est pas du tout sur la table », a assuré Catherine Tait devant les députés en comité parlementaire à Ottawa mardi.

« Pour moi, fusionner, c’est une mutualisation de nos services. Harmoniser, c’est de travailler ensemble et de trouver des solutions ensemble », a-t-elle ajouté devant les médias après sa comparution.

La Presse rapportait la semaine dernière que la haute direction de CBC/Radio-Canada travaillait sur un plan de transformation qui implique une mise en commun des ressources des services anglais et français. Il n’est pas exclu ni décidé que la programmation et la direction soient touchées, rapportait le quotidien québécois. Mais en comité mercredi, Catherine Tait a réfuté qu’il puisse y avoir un impact sur la programmation et la direction dans un tel scénario.

« L’indépendance éditoriale de CBC et Radio-Canada reste comme un principe fondamental de nos services (…) Je vous jure que la force de Radio-Canada et l’importance de Radio-Canada pour le fait français et la langue française restent au cœur de toutes nos réflexions », soutient-elle.

La société d’État partage déjà plusieurs éléments comme le département des finances, les équipements, les infrastructures et les ressources humaines. Donc quels secteurs, outre la programmation et le contenu, pourraient être rapprochés, a demandé le conservateur Tom Kmiec? Le vice-président de la société d’État, Marco Dubé et Catherine Tait ont tour à tour mentionné les technologies, la plateforme web ou encore les systèmes de production comme des exemples de secteurs.

« Il reste plusieurs endroits dans l’organisation où on pourrait travailler de manière plus étroite, qui n’est pas de la programmation », estime M. Dubé.

Il n’est d’ailleurs pas question d’avoir un seul dirigeant pour le service en français et anglophone, a confirmé Catherine Tait aux médias.

Le modèle des stations à l’extérieur du Québec « est l’exemple parfait de la manière dont CBC et Radio-Canada peuvent collaborer », avance Marco Dubé.

« Si on est capable d’offrir des services en français dans les communautés à l’extérieur du Québec, c’est parce qu’on est capable de tirer le meilleur des ressources dans des stations où francophones et anglophones travaillent les uns à côté des autres à produire des programmations qui sont tout à fait distinctes, indépendantes et différentes et qui répondent adéquatement aux besoins des marchés. »

La ministre de Patrimoine canadien Pascale St-Onge doit procéder à la révision de la structure financière, de la gouvernance et du mandat de Radio-Canada, alors qu’une nouvelle tête dirigeante doit être nommée avec Catherine Tait qui partira en 2025.

« Il n’y a aucune façon où est-ce que la programmation francophone, que ce soit au Québec ou à l’extérieur du Québec, devra ou sera affectée par une modernisation quelconque de CBC/Radio-Canada. Ils ont des obligations en vertu de leurs mandats, et puis ils vont continuer de le respecter », a signalé la ministre aux médias mardi.

« Plein de marde » et « extrémistes » : Trudeau et les libéraux se portent à la défense de Francis Drouin

OTTAWA – Le député de l’Est ontarien Francis Drouin ne s’excuse pas d’avoir traité des témoins en comité parlementaire de « plein de marde » et leurs propos « d’extrémistes », mais admet avoir « perdu patience » et s’être laissé « emporté par la passion ». Les ministres libéraux et Justin Trudeau ont défendu leur collègue franco-ontarien pour « un excès de passion en faveur du français » face au Bloc Québécois.

La Chambre des communes s’est légèrement échauffée mardi. À la période des questions, le chef de la formation souverainiste, Yves-François Blanchet, a exigé, pour « une injure aussi vulgaire au sujet de notre langue nationale », la démission de Francis Drouin à titre de président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. Ce à quoi Justin Trudeau n’a même pas répondu, vantant plutôt les mérites de son gouvernement en ce qui a trait à la protection des minorités linguistiques et de la langue française, accusant plutôt le Bloc de « chercher des chicanes ».

« Ne pas s’assurer que le député renonce à la présidence de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, alors même qu’il refuse de s’excuser pour ses propos, alors que pour lui, protéger le français est une position extrémiste, c’est une caution par le premier ministre lui-même et personnellement du mépris exprimé », a soutenu Yves-François Blanchet, relançant sa demande de démission.

Mais pour le leader libéral, « nous, contrairement au Bloc Québécois, on est là pour protéger la langue française partout à travers le pays ».

« On n’est pas en train de juste vouloir isoler le Québec. On est en train de reconnaître que la langue française a besoin d’être soutenue à travers le pays et oui, des fois, avec un excès de passion », a-t-il lancé.

Des témoins « pleins de marde »

Lundi soir, au Comité permanent des langues officielles, Francis Drouin a accusé des témoins qui comparaissaient de tenir des propos « extrémistes ». Le Comité était en train de procéder à une étude sur le financement des institutions postsecondaires en milieu minoritaire, incluant les universités anglophones du Québec. Y comparaissaient notamment deux témoins, le chercheur Frédéric Lacroix et un représentant du Regroupement pour le cégep français, Nicolas Bourdon.

L’élu franco-ontarien n’a pas accepté l’argument des chercheurs qui, selon lui, estiment que l’anglicisation du Québec serait due à la présence d’institutions anglophones, qualifiant leurs propos de « pas mal extrémistes ».

« Est-ce que ‘extrémiste’ est un langage parlementaire », a alors demandé M. Lacroix.

« M. Lacroix, si vous voulez me niaiser ici, je n’ai pas de patience avec votre discours », a rétorqué Francis Drouin.

Le président du Comité, René Arseneault, qui a admis « ne pas avoir vu ça, en 8-9 ans, au (Comité des) langues officielles » est alors intervenu pour tenter « d’adoucir l’atmosphère ».

« Si vous pensez que McGill ou Dawson anglicisent le Québec, vous êtes dans le champ de patates, pas à peu près », a poursuivi plus tard Francis Drouin.

« Excusez-moi, mais vous êtes plein de marde. Je vais retirer mes propos, mais vous êtes dans le champ », a-t-il ajouté quelques instants plus tard.

« Prenez-moi pas pour un con »

En entrevue mardi matin, Francis Drouin ne s’excusait pas, mais admettait qu’il aurait dû choisir d’autres termes que ceux utilisés, lundi, en comité.

« Quand je l’ai dit, je l’ai retiré assez rapidement. J’aurais pu mieux poser mes mots, mais je ne suis pas parfait, je me suis laissé emporter par la passion. Je suis passionné par la défense de la langue française, mais en même temps, je n’accepte pas de faux argumentaires non plus. »

« Je ne suis pas un deux de pique. De là à dire que les études supérieures sont en train de contribuer à l’anglicisation (du Québec), ça n’a pas de sens. Prenez-moi pas pour un con et je vais faire la même chose en retour », poursuit-il.

« Imagines-tu si on était en train de dire que La Cité, l’Université d’Ottawa ou l’Université de l’Ontario français (UOF) sont en train de franciser Toronto? Ça n’a pas de bon sens ces discours-là. C’est pour ça que j’ai perdu patience », explique le représentant au Parlement.

Le député du Bloc Mario Beaulieu a accusé Francis Drouin de faire « de l’intimidation de témoins » et « du Quebec bashing ».

« Non, non, non, je vais le rappeler chaque fois, la défense de la langue française, ça n’appartient pas au Bloc Québécois et au Parti Québécois. J’ai beaucoup de respect pour le Québec. Ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec un témoin, que ça devient du Quebec bashing, à un moment donné-là… Mario a le droit de dire ce qu’il veut, ce n’est pas du Quebec bashing du tout. »

Les ministres libéraux vantent Francis Drouin

Tour à tour, les ministres libéraux ont défendu leur collègue de Glengarry-Prescott-Russell. On devrait « arrêter de se crêper le chignon sur la question du français », signale l’ancienne ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, soutenant « qu’on a été clair depuis longtemps que nous allons protéger le français au Québec et partout au pays ».

« Nous le faisons également à travers le monde et nous pouvons être très fiers d’avoir un président canadien, responsable de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie », a-t-elle dit, remerciant au passage le député franco-ontarien « pour son travail ». S’en est suivi un léger chahut dans la Chambre des communes, pendant quelques secondes, entre libéraux et bloquistes qui ont relancé leurs adversaires en les accusant d’être « plein de mépris envers la défense du français », comme l’a affirmé le député Mario Beaulieu.

Mais pour Pablo Rodriguez, pendant que le Bloc Québécois « s’écrase contre ce que l’on fait, nous on se tient debout, incluant le collègue (Francis Drouin), qui se tient debout pour tous les francophones au Canada », a encensé le lieutenant du Québec pour les libéraux.

Commissariat aux langues officielles : les plaintes à leur plus bas en près de dix ans

OTTAWA – Le nombre de plaintes au Commissariat aux langues officielles a connu un retour à la baisse en 2023-2024 avec 847. Une première après plusieurs années marquées par un nombre de plaintes au-dessus de la barre des 1000.

Dans son rapport annuel publié mardi, les 847 plaintes compilées au Commissariat aux langues officielles constituent son plus faible nombre depuis 2015-2016.

L’an dernier, le commissaire aux langues officielles avait accumulé 1788 plaintes qu’il avait attribuées aux manquements répétés dans le domaine du public voyageur alors que l’on sortait de la pandémie et que les voyages regagnaient du terrain.

En 2021-2022, ça avait été un véritable raz de marée de 5409 plaintes dû à la nomination de Mary Simon et le discours en anglais du PDG d’Air Canada Michael Rousseau.

Les deux principales catégories de plaintes cette année sont les communications et la prestation de services avec le public (533 sur 847) ainsi que la langue de travail (227 sur 847).

Raymond Théberge insiste d’ailleurs dans son document annuel que malgré l’adoption de la Loi sur les langues officielles depuis plus d’un siècle, « le plein respect des droits et des obligations linguistiques se fait attendre à plusieurs égards ».

« Si je tourne maintenant mon regard vers l’avenir en m’appuyant sur le bilan de six années de mon mandat, je vois plusieurs questions qui restent préoccupantes. D’abord, je constate que le respect des droits linguistiques de la part des institutions fédérales ne répond pas aux attentes formulées dans mes rapports annuels successifs », écrit Raymond Théberge.

En termes de langue de travail et de service au public, il accuse que « les institutions récalcitrantes n’acceptent pas la prémisse qu’elles doivent servir les membres des deux communautés linguistiques dans la langue officielle de leur choix ».

« Ces institutions fédérales ne semblent ni adhérer à la vision d’une fonction publique bilingue ni appuyer la création de milieux de travail dans lesquels les fonctionnaires se sentent habilités à travailler dans la langue officielle de leur choix », écorche-t-il.

Et ces institutions, c’est celles qui reviennent année après année avec Air Canada en tête suivie de la Gendarmerie royale du Canada, l’Agence des services frontaliers du Canada et les différentes administrations aéroportuaires du pays.

Dans son rapport annuel, il s’attarde surtout aux récents pouvoirs qu’il a obtenus en vertu de la modernisation de la Loi sur les langues officielles et la transition vers celle-ci. Car plusieurs pouvoirs et règlements restent à être adoptés, la Loi étant pour le moment incomplète.

« Le gouvernement doit déployer les moyens d’en faire une œuvre durable, en déclenchant une cascade de responsabilités. Les institutions qui jouent un rôle central de coordination, soit le Secrétariat du Conseil du Trésor et Patrimoine canadien, doivent à leur tour s’assurer que toutes les institutions fédérales saisissent clairement la nature de leurs obligations », réclame-t-il.

Raymond Théberge émet deux recommandations dans son rapport. En premier, que Patrimoine canadien développe et rendre public d’ici juin 2026, des indicateurs permettant de procéder à l’examen de la Loi sur les langues officielles en prévision de la revue décennale en 2033. En second, il recommande à la haute fonction publique, les sous-ministres et administrateurs d’institutions, de mettre en place un plan pour atteindre la pleine mise en œuvre de la partie VII de la Loi sur les langues officielles.

Hockey : les partisans des Sénateurs entre frustration et espoir d’un avenir meilleur 

OTTAWA – Alors que les partisans des Maple Leafs, éliminés en sept manches par Boston, ont vu se confirmer leurs craintes de vivre une nouvelle désillusion au premier tour des séries, ceux des Sénateurs sont déjà en vacances depuis le 16 avril, date de la fin de la saison régulière. Après une septième saison sans série, l’heure est au bilan avec le spécialiste de hockey franco-ontarien et partisan inconditionnel de la franchise d’Ottawa, Jean-Philippe Forgues. 

Les temps sont durs pour les partisans des Sénateurs d’Ottawa en Ligue nationale de hockey. La franchise du nouveau propriétaire Michael Andlauer, qui a repris l’équipe au début de la saison, après la vente de celle-ci suite au décès de l’ancien propriétaire Eugène Melnyk, a connu une saison mouvementée. 

Tout a commencé avec le renvoi du directeur général franco-ontarien Pierre Dorion qui a payé sa mauvaise gestion de l’équipe. Puis, c’est ensuite l’entraîneur en chef DJ Smith qui a été remercié en raison de son mauvais début de saison, remplacé par l’expérimenté Jacques Martin

Toutes les statistiques en baisse

Malgré ces mouvements, la franchise suivie de très près par Jean-Philippe Forgues et son équipe du balado La Brigade, n’a pas réussi une saison convaincante sur le plan sportif avec un bilan de 78 points, soit le troisième plus mauvais de la conférence Est.

« Non seulement c’est une saison sans série, mais aussi et surtout c’était une saison où les partisans avaient le droit d’avoir des attentes de se qualifier pour les séries ou au moins en être proche et se battre jusqu’à la fin, confie Jean-Philippe Forgues. Cela n’a pas été le cas. Si on compare les statistiques de cette saison avec celles de la saison dernière, dans toutes, l’équipe a fait un pas en arrière. » 

Une saison qu’il qualifie de « bizarre » au cours de laquelle une rupture entre l’équipe et ses partisans s’est créée. « J’ai eu l’impression, au fil de la saison, que la frustration est devenue du détachement chez les partisans. Et ça, ça devient dangereux car s’ils commencent à se dire ‘C’est toujours la même chose qui se produit et qu’on revit depuis trois ans’, là c’est plus difficile. » 

Des changements et une instabilité

Le spécialiste explique cette saison ratée par la transition nécessaire entre la gestion de Pierre Dorion « qui a précipité la reconstruction sur ses dernières années » et son successeur Steve Staios. Ce dernier a essayé de commencer à « faire le ménage » dans l’effectif des Sénateurs.

« (Sous Pierre Dorion) Il y a des joueurs qui ont été acquis, des vétérans, qui n’ont pas livré la marchandise. Ce n’est pas normal qu’on fasse une reconstruction, qu’on ‘brûle la maison au complet’ et qu’on dise aux jeunes ‘ben là relevez vous tout seuls’. On ne les a jamais encadrés avec des vétérans de qualité. Si on regarde des joueurs comme Brady Tkachuk qui en est à sa sixième saison, il n’a jamais été proche de participer aux séries. »

L’ancien entraîneur DJ Smith, remplacé en cours de saison, a également sa part de responsabilité selon le spécialiste franco-ontarien. Il pointe du doigt une sorte de culture de la défaite qui s’est installée dans le vestiaire en raison d’un technicien « peu porté sur les détails ». 

Un effectif en question

Le retour aux affaires de l’expérimenté Jacques Martin aura permis de redresser la barre, au moins au niveau de l’attitude. 

« Dès son arrivée, il a dit publiquement que des joueurs dans ce vestiaire devaient se regarder dans le miroir. Le problème, c’est qu’avec Pierre Dorion, on avait des joueurs qu’il avait signés et pour lesquels il avait transigé. Steve Staios est arrivé sans aucune relation avec personne. S’il décide de faire le ménage, ça va être plus facile. »

Autre problème majeur pointé du doigt, la construction de la défense n’a pas été à la hauteur cette saison et le niveau du gardien de but titulaire Joonas Korpisalo pose question. 

« Il a signé pour cinq saisons, pourtant c’est un gardien qui n’a jamais montré qu’il pouvait être un numéro 1 dans la LNH. Il a eu des bons moments ici et là, mais c’est un peu un pari et on doit faire avec pour les quatre prochaines années. »

« La défense aussi a des soucis. Ce dont on a besoin, c’est d’un vrai défenseur capable de défendre le filet et de cogner fort. Ce sont toutes des choses comme ça que je pense que Steve Staios va devoir réévaluer. »

Steve Staios et Jacques Martin vont travailler main dans la main pour construire l’équipe pour la saison prochaine. Le Franco-Ontarien a été confirmé en tant que conseiller au sein de la franchise pour la saison prochaine. Le grand chantier de l’été sera de lui trouver un successeur en tant qu’entraîneur en chef s’inscrivant dans la continuité de son travail avec l’équipe depuis décembre. 

« Staios doit remodeler l’équipe à son image : il doit reconsidérer qui fait partie du noyau dur de son équipe et commencer à partir de là. Il y a probablement des joueurs qui doivent partir. »

La satisfaction Claude Giroux

Parmi les joueurs qui devraient rester à coup sûr et qui font figure de grande satisfaction de la saison, la vedette locale Claude Giroux fait l’unanimité chez les partisans francophones. 

« C’est difficile de parler en mal de Claude Giroux. C’est quand même un favori du public, un gars de la région. C’est le vétéran parfait pour cette équipe. On s’est même demandé pendant l’année si ce n’était pas lui le vrai capitaine de cette équipe. »

« Et puis Giroux, il doit avoir quelque chose comme 36 ans, c’est beaucoup demander à un athlète comme ça. Il n’a jamais arrêté, il s’est toujours donné à 110 %. Pour Claude Giroux, je veux voir une prolongation de contrat. »

Signé pour trois ans l’année dernière, le natif de Hearst sera la saison prochaine dans sa dernière année de contrat. En cas de nouvelle saison décevante, la question se pose de savoir s’il ne cherchera pas à quitter les Senateurs pour rejoindre un concurrent à la Coupe Stanley, afin d’essayer de remporter ce trophée qu’il n’a jamais soulevé. Jean-Philippe Forgues effleure cette possibilité, mais ne veut pas y penser.

« On ne va pas commencer à imaginer ça pour Claude Giroux, car sinon on va commencer à être triste. »

Lien avec les francophones renoué

Autre point positif du changement de propriétaire en début de saison 2023-24, c’est le retour d’un intérêt de la franchise envers ses partisans francophones, longtemps ignorés par le propriétaire précédent. 

« Avec M. Melnyk, ça a été très peu mis en avant. Les francophones n’ont pas eu grand-chose. Dès son arrivée, M. Andlauer a dit que cette équipe-là appartient aux partisans d’Ottawa et de Gatineau. Cette année l’équipe a lancé la vente de billets pour la saison prochaine en anglais et en français, une chose qu’on n’avait pas vue depuis au moins cinq ans. » 

De quoi donner de l’espoir d’un point de vue relationnel. Du côté sportif, en revanche, les partisans francophones sont partagés en deux camps. 

« Certains, comme mon collègue au podcast Eric Fortin, pensent que l’année prochaine, ce sont les séries ou rien. Moi, je me permets d’être un peu plus patient. Steve Staios nous a demandé d’être patient. C’est difficile parce que ça fait sept ans qu’on patiente. Si je vois que Staios fait des changements et que ces changements ont du sens, je suis prêt à le croire et patienter encore un peu », conclut Jean-Philippe Forgues.

Keffieh : une députée expulsée de l’Assemblée législative de l’Ontario

TORONTO – Le président de la chambre Ted Arnott a appelé la députée indépendante de Hamilton-Centre Sarah Jama par son nom, menant à son expulsion de la législature. Elle portait le keffieh palestinien, un foulard à carreaux banni de la chambre depuis avril. Deux autres députés (des néo-démocrates) portant également le keffieh sont sortis de la chambre, talonnés par la cheffe de l’opposition officielle Marit Stiles.

Après avoir déclaré au président « ceci n’est pas un accessoire », le député néo-démocrate d’Ottawa Centre Joel Harden, portant un keffieh autour du cou, a quitté la chambre, suivi par la députée de Toronto-Centre Kristin Wong-Tam, elle aussi ornée du foulard. La cheffe de l’opposition Marit Stiles a emboité le pas des membres de son caucus vers la sortie.

Le président de la chambre a alors appelé la députée Sarah Jama par son nom avant d’ordonner son expulsion effective.

Ce matin même, Ted Arnott venait d’annoncer que le keffieh serait désormais autorisé dans Queen’s Park mais resterait interdit au sein de la chambre, car porteur selon lui d’un message politique.

Le keffieh, étoffe traditionnelle palestinienne, devenu symbole de résistance politique pour certains, avait été banni de Queen’s Park par le président de la chambre Ted Arnott en avril dernier.

Une décision qu’avaient vivement critiqué tous les partis, y compris le premier ministre Doug Ford souhaitant un vote à l’unanimité pour défaire la décision du président. Celui-ci avait déclaré que ce ban était un « vecteur de division » négatif. Une tentative de renversement par unanimité vaine puisque plusieurs membres de son caucus s’étaient prononcés contre un retour en arrière, le 18 avril dernier, comme la députée de Eglinton-Lawrence Robin Martin.

Le NPD avait alors demandé une nouvelle motion de vote à l’unanimité le 23 avril dernier, pour laquelle le premier ministre avait laissé le vote libre pour son gouvernement. Plusieurs « non » durant le vote avaient fait échouer le renversement.

Sarah Jama avait déjà porté le keffieh en chambre ces dernières semaines et refusé de sortir à plusieurs reprises. Expulsée de son parti, le NPD, depuis l’automne dernier, la députée faisait déjà l’objet d’une censure et ne pouvait, de ce fait, pas participer aux votes en chambre.

Les suites possibles dans l’affaire du keffieh à Queen’s Park

La veille, ce dimanche 5 mai, Marit Stiles avait publié sur son compte X, le message suivant : « Tous les chefs de parti sont d’accord : il est temps de mettre fin au ban du keffieh à Queen’s Park. C’est maintenant au premier ministre (Doug Ford) de donner suite lorsque l’Assemblée reviendra cette semaine. S’il ne le fait pas, nous le ferons, en forçant un vote des députés. Avec le vote de seulement 22 députés conservateurs, nous pouvons remédier à cette situation. »

Dans une conférence de presse ce matin, la cheffe néo-démocrate a salué « un pas dans la bonne direction », le président de la chambre ayant fait marche arrière sur une partie du ban du keffieh, maintenant autorisé dans l’enceinte de Queen’s Park, excepté en chambre.

Celle-ci a décrit le départ de la chambre des deux membres de son caucus plus tôt dans la matinée comme « un acte de solidarité » et a réitéré sa volonté de pousser un nouveau vote, considérant actuellement « toutes les options », dont celle de demander l’enregistrement du vote.

Quant au vote potentiel à venir, elle a également appelé Doug Ford à faire montre de leadership vis-à-vis de son propre caucus.

Dans le même temps aujourd’hui, le premier ministre ontarien a déclaré que les campements de protestation contre la guerre en Palestine, érigés depuis quelques jours sur les campus universitaires ontariens, devaient être démantelés pour la sécurité de tous, invoquant des appels de parents inquiets. « Si vous voulez protester, protestez pacifiquement », a-t-il commenté devant les journalistes.

L’Université d’Ottawa aurait un manque à gagner de 80 millions de dollars pour la francophonie

OTTAWA – Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, a informé dans une correspondance interne, en janvier dernier, que l’établissement connaissait des problèmes financiers, notamment un manque à gagner de 50 millions de dollars pour sa mission francophone. Cependant, lors d’une interview accordée à ONFR, à la fin du mois d’avril, le recteur a révélé que les chiffres recalculés à l’interne indiquent en réalité un sous-financement plus important, autour de 80 millions de dollars.

« On a recalculé les coûts récemment et c’est davantage de l’ordre de 78 millions de dollars », évalue Jacques Frémont. Le sous-financement dont parle l’Université n’aurait pas d’impact sur les programmes en français, insiste-t-il. Il explique que ce manquement est puisé dans les finances de l’Université.

« Tout manque à gagner est nécessairement imputé au budget de fonctionnement de l’Université », était-il possible de lire dans le mémoire de l’Université d’Ottawa adressé aux membres du Groupe d’experts sur le financement du secteur postsecondaire.

Si les 80 millions de dollars manquants sont récupérés par des ajustements ici et là, il est fort probable que l’Université souffre de carences dans d’autres domaines. Cependant, le recteur n’a pas pu nous fournir de détails précis sur les conséquences de ce sous-financement.

Il mentionne néanmoins que parmi les dépenses les plus importantes figurent les salaires des enseignants, ainsi que les coûts associés à la traduction et aux publications.

Par ailleurs, dans son rapport soumis aux experts de l’enquête sur la viabilité du postsecondaire en Ontario, connue sous le nom de rapport Harrison, l’Université souligne qu’« offrir aux étudiants francophones une expérience équivalente à celle des anglophones entraîne des coûts additionnels, que ce soit sur le plan de l’embauche de personnel enseignant ou de soutien, ou encore des coûts liés à la bibliothèque, à l’informatique, à la traduction, aux programmes d’immersion et à la formation dans la langue seconde. Ces coûts dépassent largement les subventions actuellement accordées par la province ».

La formule de financement provincial en retard de 20 ans

M. Frémont souligne une autre difficulté liée au financement des universités : « Avec le modèle ontarien, nous devons nous conformer à un corridor défini, où le nombre d’étudiants ne peut ni dépasser ni être inférieur à celui prévu. Si nous avons moins d’étudiants, nous sommes pénalisés, et si nous en avons plus, nous perdons du financement. »

Le recteur de l'Université d'Ottawa, Jacques Frémont.
Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, demande à la province de réviser son financement pour les programmes francophones de l’Université. Archives ONFR

À titre d’exemple, M. Frémont explique que le programme de pharmacie en français, qui compte actuellement environ 125 étudiants, devrait à terme en accueillir entre 400 et 500. Cependant, le gouvernement ne tient pas compte du fait que c’est un programme en français.

« Nos étudiants en pharmacie vont venir grossir ce corridor sans qu’il y ait de compensation pour ces étudiants. Ils sont traités de la même manière que les étudiants anglophones. » Et de demander au gouvernement de « nous compenser autrement pour les programmes en français. Parce qu’à traiter tout le monde en égal, on défavorise les programmes en français ».

D’autant que, parmi les deux sources de financement de l’Université, celle provenant de la province n’a pas été bonifiée depuis près de 20 ans. C’est ce que rappelle le vice-recteur associé, Yves Pelletier. « Malgré une inflation annuelle des coûts de 3 à 4 %, le gouvernement n’a pas augmenté l’enveloppe et ne reconnaît pas tous les coûts supplémentaires. Par conséquent, nous devons toujours trouver des économies à réaliser à l’intérieur de nos budgets pour remplir l’ensemble de notre mission académique, tant du côté francophone qu’anglophone. »

À la fin du mois de mai, l’Université d’Ottawa devra publier son nouveau budget. Source : Canva

Dans le mémoire de l’Université d’Ottawa, il est mentionné que « la bourse au bilinguisme, qui est la plus importante (de ce financement), n’a pas été majorée depuis 2010, entraînant un manque à gagner annuel de 50 millions de dollars pour l’Université d’Ottawa ».

Révisée pour la dernière fois en 1992, cette unique bourse à la discrétion de la province (les autres dépendant de l’Entente Canada-Ontario) se fonde sur sept facteurs de coûts :

  • Cours supplémentaires
  • Formation en langue seconde
  • Activités de la Bibliothèque
  • Services de traduction
  • Publication, impression, papeterie et fournitures
  • Personnel administratif
  • Services informatiques.

D’après M. Frémont, « c’est clair que, si nos étudiants francophones étaient des étudiants anglophones, ça nous coûterait moins cher ».

Un manque de transparence sur les dépenses en francophonie

Chercheure et politologue à l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier, qui avait déjà fait plusieurs sorties dans les médias concernant le manque de transparence des finances de l’Université, s’est dite inquiète de ce nouveau développement, et de ce chiffre de 80 millions, nettement plus important qu’initialement annoncé.

« Pour quelqu’un qui devrait défendre la francophonie, je pense qu’il y a une meilleure manière de communiquer le message », argumente-t-elle. « Je trouve très déplorable ce que le recteur dise que la francophonie coûte cher, quand on est dans une institution bilingue. »

Geneviève Tellier, professeure à l’Université d’Ottawa. Depuis l’annonce du sous-financement de la mission francophone, la chercheure tente de comprendre les chiffres avancés par l’Université et qui lui font craindre le pire pour les programmes en français. Crédit image : Lila Mouch

« Où va l’argent? s’interroge-t-elle. Ce n’est pas transparent. Je suis d’avis que les fonds alloués à la francophonie soient destinés à soutenir le fardeau supplémentaire résultant de la situation minoritaire précaire. »

« Nous sommes confrontés à des difficultés financières croissantes, et il semble que cette année soit particulièrement sérieuse. Pourtant, chaque année, on nous demande de faire des sacrifices supplémentaires. La charge de travail augmente. Nous bénéficions de moins en moins de soutien, avec une diminution du personnel administratif. Nos budgets pour les photocopies et les déplacements sont réduits », énumère la politologue, qui ressent une fatigue générale.

L’Université d’Ottawa se veut rassurante

« Les programmes en français à l’Université sont pérennes, clame le recteur. Il n’y a aucun doute là-dessus, on ne supprimera pas de programmes. Au contraire, on couvre ce qui n’est pas couvert sous la Loi sur les services en français et bien que cela s’appelle une université bilingue, c’est une université francophone où les francophones font leurs trois années où leurs quatre années entièrement en français. »

L’Université d’Ottawa avait sollicité et obtenu en 2016 que la plupart de ses programmes en français soient désignés en vertu de la Loi sur les services en français (LSF) de l’Ontario.

De plus, récemment, le gouvernement de l’Ontario a annoncé que les étudiants francophones seraient jugés prioritaires, alors que le fédéral avait annoncé qu’il imposerait un plafond de deux ans sur le nombre de nouveaux étudiants étrangers au pays.

L’Ontario a aussi annoncé une aide de 1,3 milliard de dollars au postecondaire, en février dernier, peu de temps avant d’amputer son ministère des Collèges et Universités de près de 400 millions de dollars de budget pour 2024-2025.

L’Université d’Ottawa est la plus grande université bilingue français-anglais au monde. Elle compte 45 000 étudiants, dont 15 000 sont francophones. Archives ONFR

La province a par ailleurs décidé de poursuivre son gel des droits de scolarité pour les étudiants ontariens, comme elle l’avait indiqué en février.

« Nos frais de scolarité étaient déjà inférieurs à ceux de l’Université de Toronto et de la plupart des autres universités de l’Ontario, rappelle M. Frémont. Maintenant, en restant figés à un niveau bas, nos ressources sont encore plus limitées. »

« C’est un peu une combinaison de challenges. Les défis que les universités ont à surmonter, dépendent de leurs caractéristiques. Notre caractéristique, c’est qu’il y a le volet francophone qui est hyper important et qui est la raison d’être de l’Université d’Ottawa. Et donc, c’est pour ça qu’il faut chérir cette raison d’être et la développer. »

M. Frémont admet que la situation actuelle est difficile, mais reste positif. « Non seulement on va rétablir les choses, mais j’ai très confiance que le volet francophone est appelé à agir de façons surprenantes. »

Reney Ray : l’album temporaire entre projets et promesses

Avec L’album temporaire, Reney Ray veut montrer à ceux qui la suivent qu’elle est toujours là. Qu’entre mille projets et plusieurs embûches, elle tiendra ses promesses. Déposé sur les plateformes le 26 avril, ce nouvel opus est le premier à voir le jour qui ait été entièrement réalisé par l’autrice-compositrice interprète.

Depuis la sortie de L’album temporaire, Reney Ray récolte les commentaires positifs de ses fans. « Je suis vraiment contente, parce que c’est moi qui ai réalisé l’album au complet. Je me disais : si les gens n’aiment pas ça, c’est moi la responsable à 100 %. »

L’album est particulièrement personnel, même si l’artiste originaire de Kapuskasing a toujours été très transparente dans son œuvre. Les gens qui connaissent Reney Ray dans la vie affirment que ce nouvel opus lui ressemble vraiment.

Des collaborations étonnement logiques

Reney Ray s’est entourée d’amis et de proches pour ce projet. Au milieu de l’album, la chanson rap Backstab étonne sans détonner. L’idée est venue de sa toute première rencontre avec l’auteur-compositeur-interprète David Jalbert.  

« Ni lui ni moi ne faisons du rap, mais on s’est dit qu’un jour, on allait écrire une chanson de rap ensemble. » La blague est devenue récurrente et s’est finalement matérialisée des années plus tard. Alors que Reney Ray cherchait à compléter L’album temporaire, elle a demandé à sa fille de lui composer quelque chose au piano pour l’inspirer. En entendant le rythme envoyé, l’artiste originaire de Kapuskasing a appelé David Jalbert : « Notre toune de rap, es-tu game de la faire? »

Le rappeur L’autre vient compléter la chanson. « Il a une articulation extraordinaire, mais il a aussi le talent d’écrire. (..) C’est vraiment un petit lingot d’or dans l’industrie du rap. »

« C’est ben correct de s’perdre entre deux jobs, entre deux amours. C’est dans les détours qu’on voit ce qui manque. »
— Extrait de la chanson Powerful

L’album temporaire fait aussi une place au chanteur Day Vee. Ayant grandi avec des parents malentendants, ce dernier a découvert le monde de la musique un peu plus tard.

« Il a vraiment un talent inexplicable. Je l’ai rencontré il y a 18 ans. C’est ma plus longue histoire d’amitié. Il a commencé à jouer de la musique avec moi, je lui apprenais des petites choses ici et là. Et c’est la personne avec qui j’ai écrit le plus de chansons dans ma vie. »

Des histoires vraies

Dans un tout autre ordre d’idée, La tombée du sage raconte une histoire qui semble à la fois universelle et très personnelle. Quand on demande à Reney Ray si le texte est inspiré d’une personne en particulier, son silence est éloquent. « Toutes mes chansons sont des expériences vécues, donc… »

Reney Ray a remporté le prix Coup de coeur du public au gala Trille or 2023. Crédit image : Maxime Delaquis

L’album se conclut avec T’as grandi, une chanson dédiée à sa fille, qu’elle a eue à 18 ans et de qui elle est très proche.

« J’ai appris d’elle. J’ai dit : OK, on est une équipe. Mom va faire des erreurs, parce que je suis encore une enfant. Il faut que tu me le dises quand tu n’es pas bien dans quelque chose. »

Sur chacun des albums de Reney Ray, il y a une chanson pour remercier Zakarie. « C’est grâce à elle que j’ai pu faire ce que je fais, parce qu’elle m’encourageait tellement à le faire, elle comprenait. »

Voir sa progéniture partir de la maison pour voler de ses propres ailes est un grand deuil, mais aussi une réussite. « De me rendre compte que j’ai fait une bonne job malgré le jugement de la société. »

S’il y a un fil conducteur sur l’album, c’est peut-être ça, celui d’affronter les idées préconçues.

Assumer sa foi

Si Reney Ray a toujours été transparente et sans tabous, il y a tout de même une valeur qu’elle n’avait jamais abordée de façon aussi frontale. « Ma foi a grandi au point où j’étais tannée de ne pas en parler, exprime la chanteuse. Je me suis dit : c’est plate, car je ne laisse pas les gens me connaître de cette façon-là. »

Les pièces Powerful, Les pages d’or et, plus encore, Oh my lord (avec Day Vee) sont beaucoup plus directes, la dernière donnant dans le country-folk chrétien et citant même un passage biblique. Celle qui considère que la foi est à la base de ses projets est maintenant prête à faire face aux préjugés.

« C’est un réconfort particulier. Je crois que tu as besoin de ça quand tu as vécu un tel montant d’épreuves. »
— Reney Ray à propos de la foi

« Dans les dernières années, il m’est arrivé beaucoup d’épreuves, et pas des petites, explique la chanteuse. On dirait que dans des moments comme ça, quand tu es tout le temps à terre, tu te dis : OK. Il y a quelque chose de plus grand que moi qui me garde en vie. »

Parmi les nombreux projets sur la table de Reney Ray, on retrouve d’ailleurs celui d’un album gospel.

Des projets plein la tête

Reney Ray a depuis longtemps annoncé qu’elle lancerait simultanément deux albums, qu’elle a aussi réalisés, l’un en français et l’autre en anglais. La séparation avec son ancienne maison de disque en retarde la sortie. De là l’idée d’un entre-deux, et le titre de L’album temporaire fait référence à ce conflit dont elle ne peut donner les détails, pour l’instant.

Vidéoclip de la chanson Cobaye, extrait de L’album temporaire.

L’autrice-compositrice-interprète lancera aussi un balado à la fin du mois. « À tous les épisodes, je reçois un artiste, connu ou émergent. Pendant toute la discussion, il n’a pas le droit de me parler de musique. C’est vraiment pour aller creuser dans l’humain derrière l’artiste. »

Celle qui est connue pour son authenticité trouve que cette valeur se perd au milieu des plateformes d’écoute en continu. « On suit des listes de lecture automatisées, on ne sait même plus qui on écoute. Je me suis rendue compte que, quand les gens aiment vraiment qui tu es, ils vont te suivre. »

Il y aura quand même un peu de musique dans cette série, avec des performances en fin d’épisode.

Reney Ray au gala Trille Or. Crédit image : Maxime Délaquis.

Un autre projet en cours est la publication d’une autobiographie, qui s’inscrira dans la suite logique de son œuvre musicale et des conférences qu’elle donne en lien avec la prévention du suicide.

« Je ne voulais pas l’écrire du vivant de ma mère. Pas parce que je la dénigre, aucunement, mais je parle de comment j’ai vécu mon enfance et je pense que ça l’aurait blessée de le lire. Je me sens maintenant prête à le partager avec le monde. »

Le livre parle de son cheminement, de son expérience de mère adolescente, du suicide de son père, de ses combats personnels et professionnels. Reney Ray a confié l’écriture d’un chapitre à sa fille afin d’avoir sa version de l’histoire.

Le titre du livre sera De A à Z, en référence à son vrai prénom, Ann-Renée, et à celui de sa fille, Zakarie. Les deux autrices ont écrit en anglais, se sentant plus habiles au niveau de la réflexion et de la qualité de la langue, mais la traduction sera dans les bacs en même temps que la version originale.

Guy Mignault : une vie sur scène

Directeur artistique du Théâtre français de Toronto (TfT) pendant 20 ans, Guy Mignault, à la fois comédien, acteur, auteur et metteur en scène, vit pour le théâtre, son grand amour. Ce Québécois-Franco-Ontarien, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres français, se découvre des talents naturels pour la scène dès le plus jeune âge. Durant sa carrière prolifique, il se distingue aussi au cinéma et à la télévision. Retour sur le parcours d’un prodige des planches du 6e art.

« Quel est votre rapport à votre double culture québécoise et franco-ontarienne?

Mon lieu de naissance, Hull, est de l’autre côté du pont d’Ottawa. Quand j’étais petit, on faisait une marche qu’on appelait « faire le tour des deux ponts », du pont Alexandria on passait devant le Parlement à Ottawa et on revenait par le pont des Chaudières. Quand ma tante disait « je m’en vais au marché » par exemple, c’était à Ottawa.

Il existe vraiment une culture hybride propre à la région littéralement et métaphoriquement à mi-chemin entre l’Ontario et le Québec. Il y a presque un statut particulier dans cette région au « sang-mêlé » de l’Outaouais ottavien, à cheval sur les deux frontières.

Est-ce que vous vous destiniez à devenir comédien/acteur ou l’êtes-vous devenu par hasard?

Sa première photo de casting en 1975, à l’âge de 28 ans. Gracieuseté

Une fois vers l’âge de 7 ans, je sautais sur le lit de mes parents qui s’apprêtaient à me disputer. Instinctivement, je me suis mis à leur raconter avec emphase comment on meurt par balle dans les Westerns (très à la mode à l’époque) à grand renfort de gestes théâtraux. Je me suis aperçu que j’avais le pouvoir de faire rire les gens et pense que tout est parti de là.

À l’âge de 15 ans déjà au pensionnat, je commençais à faire du théâtre. J’avais réécrit la pièce Cyrano de Bergerac, qui était compliquée, mais toujours en vers. C’était un collège pour garçons alors c’est mon ami Maurice qui jouait le rôle de Roxane, avec une mop à franges sur la tête en guise de perruque. Je me suis plus tard inscrit à l’école d’arts dramatiques de Hull où j’ai commencé à jouer plusieurs rôles, ce qui a confirmé mon goût de la scène.

Comment avez-vous fait vos débuts dans les milieux si différents du cinéma, de la télévision et du théâtre?

En sortant du conservatoire en 1970, dès l’âge de 22 ans, j’ai été administrateur culturel d’un théâtre de 500 places. Mais très vite, le besoin de jouer devant le public m’a rattrapé. De retour à Montréal, j’ai été choisi pour jouer dans le film de Jean-Pierre Lefebvre On n’engraisse pas les cochons à l’eau claire, mon premier contact avec le cinéma.

Guy Mignault dans le rôle de Germain Lafond pour la série Cormoran dans les années 90. Gracieuseté

Dans le même temps, j’ai travaillé sur ma première série télévisée, un programme pour enfants pendant plusieurs années. Après ça j’ai joué dans plusieurs compagnies comme le Théâtre du Nouveau Monde, le Théâtre de Quat’Sous, le Centre national des arts pendant trois ans, faisant la navette entre Ottawa et Montréal. En 82, le metteur en scène John Van Burek me propose d’incarner Arnolphe dans l’École des femmes, le plus long rôle que Molière ait écrit, au Théâtre du P’tit Bonheur (l’ancêtre du TfT) à Toronto. C’est ainsi que petit à petit, tout a commencé.

Si vous ne deviez en choisir qu’un, qu’est-ce qui vous a le plus défini en tant qu’artiste, le 6e (théâtre), le 7e(cinéma) ou le 8e art (télévision) ?

Guy Mignault jouant Harpagon dans l’Avare de Molière au TfT en 2006. Crédit image : Marc Lemyre

Le théâtre, indubitablement. Le théâtre c’est exactement comme faire l’amour. Pourquoi cette métaphore ? La scène et la salle acceptent ensemble de ne faire qu’un et de se répondre l’une à l’autre.

Au vu de votre longue expérience dans le métier, quelles qualités intrinsèques un bon acteur doit-il posséder selon vous ?

L’écoute est primordiale. Il faut savoir écouter ce qui se passe autour de nous sur scène ou sur un plateau de tournage. Il faut également croire en la « vérité » de ce qu’on dit pour parvenir à incarner l’histoire. C’est de la comédie, mais l’histoire, elle, est vraie sur scène ou à l’écran. Il faut la transporter dans la dimension du réel.

Quel est aujourd’hui le rapport aux œuvres classiques de théâtre, notamment françaises ?

C’est un socle de connaissances, un patrimoine classique qui peut inspirer selon les courants et les modes. De nos jours à Montréal, je vois du Molière, du Marivaux, du Shakespeare, du théâtre moderne auquel s’ajoute du cirque parfois. Quelle que soit l’époque, quand ça marche, la magie opère.

Quand j’étais au conservatoire, ce n’était pas mon patrimoine natif, mais j’ai appris à l’aimer. J’ai d’ailleurs écrit et publié une pièce inspirée de La Fontaine, Bonjour, monsieur de La Fontaine!, qui a dû être jouée près de 1500 fois. Je consacre la préface de mon livre à sa fable moins connue L’amour et la folie, 17e siècle. Suite à une dispute, la folie frappe l’amour, rendu aveugle. Pour rendre justice, la cour des dieux condamne la folie à servir de guide à l’amour.

Pièce de théâtre écrite par Guy Mignault Bonjour, Monsieur de La Fontaine!, sortie aux éditions Leméac en 1982. Gracieuseté

Vous avez été directeur artistique du TfT de 1997 à 2016, soit presque 20 ans. Qu’est-ce que vous en retenez et quelles contributions pensez-vous y avoir apportées?

À mon entrée en fonction, le TfT allait très mal financièrement et en était à sa dernière chance avant l’arrêt de son financement avec déjà un déficit de 100 000 dollars. Un soir la présidence me dit : « Guy, on va fermer. ».Ce à quoi je réponds : « Vous ne m’avez pas embauché pour fermer ». Une fois, il nous manquait 6000 $ pour une pièce, j’ai appelé six personnes qui ont chacune prêté 1000 et c’était reparti. C’était un travail d’équipe, mais on a redressé la barre et grandi jusqu’à donner au Théâtre français ses lettres de noblesse.

Dans une province à majorité anglophone, permettre aux jeunes comédiens d’avoir l’espoir de gagner leur vie et de pratiquer leur art en français, c’est pour moi l’une des choses les plus importantes qui aient été faites au TfT.

Dans la pièce Une maison face au nord, du Théâtre du tandem en 2009. Crédit image : Jean Briand

Continuez-vous à écrire et à jouer ? À quoi ressemble la vie pour vous maintenant ?

Mon intérêt pour la lecture et l’écriture a commencé avec mes parents qui tenaient une librairie. Qui dit théâtre dit livre. J’écris paresseusement ci et là et, en parallèle, depuis mon retour à Montréal en 2017, on m’a proposé de jouer, par exemple dans Les disparus, puis dans une série policière Disctrict 31. Il y a trois semaines j’ai participé à un court métrage. Je fais des sessions d’ateliers théâtraux dans l’optique de participer au spectacle. Je ne pense pas être arrêtable.

Pour terminer, vous avez été membre du Comité consultatif des affaires francophones de la ville de Toronto. Que pensez-vous de son évolution ?

C’était dans le cadre de mes fonctions au Théâtre français que j’ai pu y siéger et parce que j’étais révolté par l’absence de la langue française dans la ville de Toronto. Note positive, depuis mon départ de Toronto, on parle beaucoup plus français dans les rues et il y a beaucoup d’activités francophones. À l’époque il n’y avait presque que le Théâtre français de Toronto. Le Salon du livre commençait à peine. Il ne faut pas cesser d’y croire et de défendre notre langue. »

Guy Mignault avec le consul général de France, Jean-François Casabonne Masonnave, lors de la remise de la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres de la République française en 2014. Gracieuseté

1947 : Naissance le 23 juillet à Hull, quartier de Gatineau au Québec.

1967 : Il quitte sa ville natale pour intégrer le Conservatoire d’arts dramatiques de Montréal.

1978 : Premier poste au Centre national des arts d’Ottawa (CNA) en tant que membre de la compagnie permanente, pour partir en tournée partout au Canada.

1988 : Il obtient un rôle dans la série télévisée dramatique québécoise Cormoran de Radio-Canada et achète le Théâtre de la chèvrerie, un théâtre d’été à Saint-Fortunat, Québec.

1996 : Devient directeur artistique du Théâtre français de Toronto, et ce, jusqu’en 2016.

2017 : Retour à Montréal pour y vivre.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

La Cour suprême ordonne un nouveau procès en français pour un homme dont les droits linguistiques ont été violés

OTTAWA – Dans une décision renforçant l’accès à la justice en français au Canada, la Cour suprême a ordonné un nouveau procès en français à un homme reconnu coupable d’agression sexuelle, après que ses droits linguistiques aient été violés.

C’est ce que la plus haute cour au pays a conclu dans un jugement rendu vendredi de 5 juges en faveur contre 2 dissidents et écrit par le juge en chef Richard Wagner. 

La Cour suprême a ordonné un nouveau procès pour un citoyen de la Colombie-Britannique qui en avait subi un en anglais, après qu’il n’ait pas été avisé de son droit d’avoir des procédures judiciaires dans la langue officielle de son choix. Le plus haut tribunal au Canada estime qu’il s’agit d’une violation de son droit fondamental et que c’est suffisamment grave pour ordonner la tenue d’un nouveau procès.

La cause concerne un Camerounais d’origine, dont la première langue est le français, mais qui parle aussi anglais, Frank Tayo Tompouba. Il a été reconnu coupable en 2019 d’agression sexuelle. Lors de son arrestation et au cours de son procès, il n’a jamais demandé ni été avisé de son droit d’avoir un procès en français.

Frank Tayo Tompouba a porté sa condamnation en appel. C’est à ce moment qu’il a invoqué l’argument selon lequel il aurait dû avoir été avisé de son droit d’avoir un procès en français, alléguant une violation de ses droits linguistiques. Il affirme qu’il a évoqué cette raison seulement en appel, car il ne savait pas qu’il avait le droit de faire une telle demande au début des procédures. Il demandait donc un nouveau procès devant un juge francophone. La cause s’est retrouvée devant la Cour suprême après un refus de la Cour d’appel.

L’avocat de l’accusé, Jon Laxer, a salué « un arrêt historique sur l’accès à la justice dans les deux langues officielles ».

« La Cour suprême du Canada reconnait le caractère fondamental du droit de l’accusé à un procès dans la langue officielle de son choix et qu’un individu ne peut vraiment exercer ce droit que s’il en est informé. Dans cette affaire, la Cour a fourni un cadre utile qui garantit le respect de ce droit à l’avenir. Elle confirme l’importance du bilinguisme institutionnel dans le système judiciaire canadien », se réjouit l’avocat de chez Juriste Power Law qui a plaidé cette cause en Cour suprême.

Une erreur du juge en première instance

La Cour d’appel avait rejeté les arguments de M. Tayo Tompouba, qui demandait à ce qu’on lui accorde un nouveau procès comme réparation, même si elle avait reconnu que ses droits linguistiques avaient été violés. Les trois magistrats avaient écrit dans leur décision que le fait que ce dernier ait démontré une bonne connaissance de l’anglais avec les policiers et qu’il ait « témoigné en anglais sans difficulté apparente » ne méritait pas la tenue d’un nouveau procès en français.

Or, dans le jugement, le juge en chef Richard Wagner explique que la faute de ne pas avoir avisé M. Tayo Tompouba revient à la couronne et que celle-ci n’a pas prouvé qu’un « manquement n’a pas causé un tel préjudice à M. Tayo Tompouba ».

« Le ministère public a échoué à cet égard : les éléments de preuve sur la question sont, au mieux, stériles. Face à l’incertitude et au doute qui subsiste, notre Cour n’a d’autre choix que de conclure que le manquement (…) est une erreur de droit qui a causé un préjudice important à M. Tayo Tompouba », décrit le magistrat.

Le fait que l’accusé pouvait parler anglais et a subi un procès en anglais « sans difficulté apparente », comme l’a conclu la Cour d’appel, « n’est que d’une utilité limitée », poursuit le juge Wagner dans son raisonnement.

« On ne peut écarter, selon la prépondérance des probabilités, la possibilité que M. Tayo Tompouba ait choisi de subir un procès en français s’il avait été dûment informé de son droit fondamental de le faire », soutient-il.

Les deux juges dissidents, Andromache Karakatsanis et Sheilah L. Martin conviennent comme leurs collègues que les droits linguistiques de l’accusé camerounais ont été violés. Ils désapprouvent toutefois la décision d’ordonner un nouveau procès, acquiesçant le jugement rendu par la Cour d’appel de la Colombie-Britannique.

« À notre avis, la confiance du public envers l’administration de la justice serait minée si un appelant qui connaissait ses droits linguistiques, mais qui a attendu d’être déclaré coupable avant de soulever le manquement, bénéficiait néanmoins d’un nouveau procès pour ce motif », argumentent-ils.

 Un dossier similaire en 1999

Ce cas rappelle celui de Jean Victor Beaulac, en 1999. Grâce à une décision de la Cour suprême, il avait obtenu un nouveau procès en Colombie-Britannique, après avoir été déclaré coupable de meurtre au premier degré lors de procédures en anglais. Le tort causé à l’accusé avait été considéré comme important, et non comme une irrégularité de procédure, écrivait dans la décision l’ancien juge du plus haut tribunal au pays, Michel Bastarache.

Aujourd’hui reconnue comme l’arrêt Beaulac, cette décision avait forcé le gouvernement fédéral de l’époque à amender le Code criminel canadien pour ajouter le droit d’un accusé à demander un procès dans l’une des deux langues officielles.

Lancements en tous genres en Ontario

C’est une semaine de lancements en Ontario francophone. Avec le mois de mai vient le Mois du patrimoine asiatique ainsi que le Mois des musées. Deux institutions de la capitale fédérale dévoilent leur programmation à venir. Et un musicien sort de son duo le temps d’une pause qui nous permet d’apprécier tout son talent.

Un mois pour oser les musées

L’Association des musées de l’Ontario présente Mai, mois des musées en Ontario, une initiative qui existe aussi ailleurs au Canada. Selon l’organisme sans but lucratif, la province compterait plus de 700 musées au sein desquels œuvreraient 11 000 travailleurs et 37 000 bénévoles. Plusieurs d’entre eux offrent un accès gratuit les jeudis en soirée. Il faut surveiller la programmation de chacun pour connaître les activités en cours.

Le public est invité à visiter un musée au cours du mois de mai. Source : Association des musées de l’Ontario

Partout en Ontario, jusqu’au 31 mai. Plusieurs idées sur le compte X de l’Association des musées de l’Ontario.

Plusieurs anniversaires au CNA

Le Centre national des arts (CNA) dévoilera sa programmation 2024-2025 le 9 mai. Le Théâtre français parle déjà d’une quinzaine de spectacles réunis sous le thème Sortir du cadre pour la troisième saison du directeur artistique Mani Soleymanlou. Des noms d’artistes et d’auteurs qui visiteront le CNA, comme Jean-Philippe Baril Guérard, Éric Bernier, Sophie Cadieux, Evelyne de la Chenelière, Ève Landry, Julie Le Breton, Debbie Lynch-White, Benoit McGinnis et Mireille Métellus et Michel Tremblay ont déjà été dévoilés.

Alexander Shelley soulignera pour sa part ses 10 ans à la tête de l’Orchestre du CNA. Et Caroline Ohrt, arrivée l’an dernier, présentera sa première programmation pour Danse CNA. Le Théâtre autochtone en est à sa cinquième saison.

Le CNA souligne également le Mois du patrimoine asiatique en éclairant sa lanterne Kipness avec l’œuvre sama-sama * sala-sala de Christine Mangosing. Elle met en scène les traditions autochtones de tissage et de tatouages des Philippines. De plus, c’est le retour des concerts du midi Jukebox, des prestations gratuites qui ont lieu tous les jeudis à la place Peter A. Herrndorf.

La lanterne Kipness du CNA offre une tribune exceptionnelle à différents artistes, au coeur du centre-ville ottavien. Crédit image : Catherine Wilkie

Ottawa. Lancement le 9 mai. Tous les détails de la programmation actuelle sur le site du CNA.

L’euphorie du MIFO

Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) est sur un nuage cette semaine, alors que le gouvernement fédéral vient de lui octroyer un financement de 36 millions de dollars pour la construction de son nouvel édifice. L’organisme a aussi annoncé la nomination de Mélanie Routhier Boudreau comme nouvelle directrice générale. Cerise sur le sundae, la programmation 2024-2025 sera lancée le 7 mai en compagnie de certains artistes prévus.

Deux spectacles d’humour ont déjà été annoncés : Pelote, de Michelle Desrochers (19 octobre) et Vulnérable, de Guillaume Pineault (16 novembre). Le MIFO se garde aussi des surprises et dévoilera seulement les grandes lignes de sa programmation lors de l’événement du 7 mai, à son centre de la rue Carrière.

À la galerie d’art Étienne-Racette du MIFO, l’exposition de Juliette Gagnon Lachappelle prendra fin le 5 mai pour laisser place à Fitabella, artiste canadienne d’origine congolaise. Crédit image : Rachel Crustin

Ottawa, le 7 mai. Détails sur le site du MIFO.

Correspondance artistique pancanadienne

Les Duo Chorus, imaginés par les productions Rhizome, sont des spectacles qui allient la poésie et l’art sonore en jumelant des artistes de partout au Canada. Ils s’arrêteront à l’Alliance française de Toronto le 7 mai et au Salon du livre du Grand Sudbury le 9 mai. La rencontre se veut interdisciplinaire, linguistique et géographique, alors que l’œuvre est créée au moyen d’échanges épistolaires, comme une correspondance artistique.

L’artiste audio envoie une pièce au poète, qui s’en inspire pour créer un texte. L’enregistrement du poème est ensuite remis à l’artiste audio pour qu’il l’utilise comme matériau sonore. Le résultat est présenté sur scène avec les artistes, mais aussi avec l’audiographe, un générateur d’animation typographique. La poétesse sudburoise Chloé LaDuchesse fait notamment partie des artistes invités.

Les Duos chorus font se répondre la poésie et l’art sonore. Source : Alliance française de Toronto

Toronto, le 7 mai. Sudbury, le 9 mai. Détails sur les sites de l’Alliance française de Toronto et du Salon du livre du Grand Sudbury.

Ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle

Le Centre régional de Loisirs culturels de Kapuskasing propose un souper-spectacle qui est là pour faire rire, mais qui traite d’un sujet actuel loin d’être drôle. Mme Brûlé est enthousiaste à l’idée de réaliser son premier contrat d’enseignement, mais la réalité est beaucoup moins rose que dans ses aspirations. Le public joue le rôle tantôt de l’élève, tantôt du parent, pour suivre la descente aux enfers de cette enseignante de plus en plus… brûlée. Cette production de l’Empire Pagaille allie comédie physique et théâtre d’objets et est destinée à un public adulte. Mme Brûlé s’arrêtera également au Centre culturel de Midland le 10 mai.

Mme Brûlé est un spectacle clownesque contemporain destiné à un public adulte. Crédit image : David Bélanger

Kapuskasing, le 7 mai. Détails et billets sur la plateforme Le point de vente.

Simplement Alain

La moitié masculine du duo Geneviève et Alain, le guitariste Alain Barbeau, lance un premier extrait solo, une pièce instrumentale enregistrée en une seule prise, intitulée 333. Comme dans un film de Jim Carrey mais en plus doux, Alain Barbeau remarque sans cesse ce nombre depuis quelques années. La pièce a été enregistrée live, en une seule prise. « Voici ce qui arrive quand Geneviève sort de la maison et qu’il se retrouve seul avec sa guitare, en regardant le cadran du coin de l’œil », peut-on lire dans la description de la pièce.

Geneviève et Alain sont parents depuis quelques mois. On peut présumer que cette nouvelle dynamique familiale vient modifier le rythme de vie et de création. 333 donne ainsi l’impression d’entrer dans l’intimité du nouveau papa qui prend un temps pour lui, reprenant sa guitare entre deux changements de couches.

Sortie le 3 mai, la pièce est disponible sur les plateformes de Geneviève et Alain.

Le gouvernement Ford garde la main sur Milton et Lambton-Kent-Middlesex

Les résultats non officiels des élections partielles sont tombés : les circonscriptions de Milton et de Lambton-Kent-Middlesex conservent les couleurs bleues du Parti progressiste-conservateur (PC). Sont respectivement élus nouveaux députés Zee Hamid et Steve Pinsonneault, talonnés par le Parti libéral en seconde place, pour les deux courses.

C’est sans surprise que le gouvernement Ford conserve Lambton-Kent-Middlesex, à l’électorat plus conservateur, avec 56,85 % des votes.

Steve Pinsonneault, conseiller municipal de Chatham-Kent depuis 2006, devient ainsi député et succède à Monte McNaughton, ancien ministre du Travail et de l’Immigration. La création de nouvelles opportunités dans les métiers spécialisés et les industries locales ont été des thèmes importants de sa campagne.

La candidate libérale Cathy Burghardt-Jesson arrive en seconde position avec 22,55 % et la candidate néo-démocrate Kathryn Shailer, en troisième position avec 10,80 %, devant cinq autres candidats également en lice.

D’après les résultats non officiels, 27 529 électeurs, soit 30,3 %, ont voté dans la circonscription de Lambton-Kent-Middlesex. Source : Élections Ontario

La course côté Milton, menée par un binôme de tête dès le départ, s’est avérée serrée entre le candidat du PC Zee Hamid, un ancien sympathisant du Parti libéral, élu à 47,4 %, et le candidat libéral Galen Naidoo Harris, avec 38,25 %.

La candidate Edie Strachan, représentant le NPD, est, elle, arrivée en troisième position avec 6,76 %, devant six autres candidats.

M. Hamid, conseiller local, qui prendra le siège de Parm Gill, ancien ministre de la Réduction des formalités administratives, est un fervent défenseur de l’autoroute 413 et de l’expansion du réseau de transport GO.

D’après les résultats non officiels, 27 379 électeurs, soit 27,7 %, ont voté dans la circonscription de Milton. Source : Élections Ontario

Réactions antagonistes entre PC et Parti libéral

« Les libéraux de l’Ontario sont l’alternative évidente aux conservateurs de Doug Ford », peut-on lire d’un côté, et « Milton et Lambton-Kent-Middlesex rejettent la reine de la taxe sur le carbone, Bonnie Crombie », lit-on dans les communications de l’autre camp quant au scrutin.

Le Parti libéral, lui, met l’emphase sur sa deuxième position immédiate et sa légitimité à s’opposer au gouvernement : « Dans Lambton-Kent-Middlesex, la circonscription où les conservateurs ont remporté leur deuxième plus grande marge de victoire en 2022, les libéraux de l’Ontario sont passés de la troisième à la deuxième place décisive. »

« Les libéraux de l’Ontario continueront de tenir les conservateurs de Ford responsables d’avoir choisi de récompenser leurs riches amis initiés au lieu de se battre pour les vrais citoyens de l’Ontario. »

Le communiqué de presse de réaction du PC ne cite, quant à lui, pas moins de six fois le nom de Bonnie Crombie, la cheffe du Parti libéral.

« Ces victoires montrent que les électeurs de tout l’Ontario savent que Bonnie Crombie leur rendra la vie plus chère », y a déclaré le premier ministre ontarien Doug Ford.

« Tandis que Bonnie Crombie s’efforce de trouver de nouvelles façons de taxer les familles ontariennes (…), notre gouvernement ne cessera jamais de s’efforcer de maintenir les coûts à un niveau bas. Je tiens à féliciter Zee et Steve et j’ai hâte de les accueillir dans notre équipe à Queen’s Park. »

Le recteur de l’UOF Pierre Ouellette démissionne, remplacé par Normand Labrie

TORONTO – Le recteur de l’Université de l’Ontario français (UOF) Pierre Ouellette quitte son poste, a annoncé l’établissement dans un communiqué ce jeudi. L’UOF n’a pas pris de temps à annoncer son successeur en Normand Labrie, le premier recteur de l’établissement.

Pierre Ouellette était arrivé à la tête de l’établissement en 2021 en remplacement d’André Roy qui avait démissionné après seulement six mois en poste. Il s’agira donc d’un quatrième recteur en quasiment autant d’années pour l’institution universitaire torontoise qui a vu le jour officiellement en 2021 à la suite d’une entente entre le fédéral et la province de l’Ontario.

Pierre Ouellette a décidé de ne pas revenir comme recteur en septembre prochain, a fait savoir l’UOF dans son communiqué, annonçant son successeur dans la foulée : Normand Labrie.

« Figurant parmi les artisans de la première heure qui ont œuvré à la création de l’Université de l’Ontario français, M. Labrie a contribué grandement à la réalisation de cette avancée historique pour l’enseignement universitaire en français », indique l’institution.

« Fort de son engagement résolu et de son expérience incontestable, il a les atouts nécessaires pour assurer la croissance et le rayonnement de cette institution phare pour la francophonie ontarienne et canadienne. »

Normand Labrie est un ancien recteur de l’UOF. Gracieuseté gracieuseté OISE

M. Labrie a en effet était un acteur de la première heure dans les travaux de conception, de planification et de concrétisation de l’UOF. Il a aussi influé sur l’orientation académique de l’université et l’établissement des fondements de ses programmes. 

« Je suis très heureux de pouvoir me joindre à l’équipe professorale et professionnelle engagée de l’UOF, a -t-il déclaré. Je suis profondément attaché à la raison d’être de cette institution et c’est avec beaucoup d’humilité et de détermination que je suis prêt à mener à bien les visées de l’UOF. »

Tour à tour professeur de sociolinguistique à l’Université de Toronto, directeur scientifique du Fonds de recherche du Québec, directeur du Centre de recherches en éducation franco-ontarienne (de 1994 à 2004), membre du Comité consultatif auprès de la ministre des Affaires francophones par le gouverneur en conseil (de 2004 à 2009) et vice-doyen à la recherche à l’Institut des études pédagogiques de l’Ontario de l’Université de Toronto (de 2004 à 2012), il a aussi été une première fois recteur de l’UOF, par intérim (de 2018 à 2019).

Il siège en outre, depuis 2018, au conseil d’administration du Conseil de recherches en sciences sociales et humaines du Canada.

« Son expérience et son leadership nous convainquent qu’il exécutera son mandat de la meilleure manière et qu’il contribuera à l’épanouissement de cette institution pour laquelle la communauté s’est battue », a réagi Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

Les raisons du départ du recteur Ouellette ne sont pas explicitées dans le communiqué officiel. Sous son mandat, l’UOF a diversifié ses programmes avec, entre autres, le développement de micro-certifications et l’ajout d’un bac en éducation, sur fond de hausse du nombre d’étudiants. Ce dernier s’est par ailleurs montré critique vis-à-vis du rapport Harrisson sur la viabilité financière du postsecondaire en novembre dernier, jugeant ses propositions « mal fondées et partiales ».

Le président du Conseil de gouvernance de l’UOF, Jacques Naud, a remercié M. Ouellette pour « sa contribution au cours des trois dernières années notamment en ce qui a trait au développement de nouveaux programmes axés sur les secteurs en demande sur le marché du travail et pour le démarrage réussi de l’Université et de ses instances, en pleine pandémie ».

La construction du nouveau Centre de santé communautaire de Timmins débutera le 23 mai

TIMMINS – Le début des travaux pour la construction du nouveau Centre de santé communautaire de Timmins (CSC) aura lieu le 23 mai prochain. L’organisme annonce un événement d’envergure pour l’occasion.

« Je suis très émue, c’était vraiment un gros travail dans les quatre dernières années juste pour faire avancer le dossier. C’est quand même un accomplissement, qu’on soit rendu à cette phase », se réjouit en entrevue avec ONFR Michelle Stevens, directrice générale du CSC de Timmins.

La première pelletée de terre aura lieu dans trois semaines au 120 avenue Kent, en périphérie du centre-ville, sur le même site que l’ancien bâtiment. La directrice prévoit environ une centaine de personnes présentes et un apéritif après la pelletée.

« Ça fait 30 ans que la communauté se bat pour un centre qui offre des services en français pour les francophones. Tout le travail derrière ça, les longues heures, les pétitions des francophones, ça vient de loin. C’est monumental », ajoute-t-elle.

Le nouveau centre comprendra un espace extérieur et un grand stationnement. Gracieuseté

Tout sous le même toit

Une fois achevé, le nouveau CSC de Timmins recevra environ 18 000 visites et 20 000 présences de groupes pour des services de soins de santé chaque année. D’une superficie de plus de 10 000 pieds carrés, le nouvel établissement permettra aussi d’élargir les services pour inclure des services d’éducation de l’enfance, de physiothérapie et de psychologie.

Il y aura sept salles d’examens en plus des bureaux des intervenants, une salle pour le physiothérapeute, une salle d’évaluation pour les enfants et des salles de counselling pour les clients.

En outre, l’établissement accueillera des étudiants en médecine qui pourront y recevoir une formation pratique sur place, sous la supervision d’un médecin de famille.

« Ça va apaiser les clients et les rassurer d’être en mesure de se présenter à un seul édifice pour l’ensemble des services, que ce soit communautaire, que ce soit un rendez-vous physiothérapeute, un rendez-vous de travail social, etc. », croit celle qui est aux commandes du centre depuis deux ans.

Le site du nouveau Centre de santé communautaire de Timmins sur l’avenue Kent. Crédit image : Inès Rebei

Le CSC de Timmins, qui existe depuis 2018 et a commencé à offrir des services depuis fin 2019, était partagé entre la clinique située au centre commercial Timmins Square et des bureaux administratifs dans l’ancien bâtiment jusqu’en novembre.

Démoli en décembre dernier, l’ancien bâtiment contenait également des bureaux du Centre culturel La Ronde jusqu’en novembre. Il s’agissait avant cela d’une école francophone, l’École catholique St-Charles qui avait été fermée par la province faute d’inscriptions. Les bureaux administratifs ont quant à eux été transférés dans un édifice au centre-ville, sur l’avenue Wilson.

Une rénovation du bâtiment existant de l’école St-Charles n’était pas compatible avec les besoins du nouveau centre, selon Michelle Stevens. Gracieuseté

De nouveaux services pédiatriques

La première pelletée arrive au même moment de l’expansion du centre avec des services pédiatriques, pour lesquels quatre nouveaux employés ont étés embauchés dont deux infirmières, un analyste financier et une secrétaire additionnelle aux soins pédiatriques.

Avec une vingtaine d’employés prévus et une liste qui va possiblement continuer de s’agrandir, il a fallu ajuster la configuration du futur centre : « On s’est plié pour assurer qu’on avait suffisamment d’espace pour faire le partage de bureaux, puisqu’au tout début, quand on a planifié la création du nouveau bâtiment, on était à 17 employés. »

Le CSC de Timmins a reçu cette année une enveloppe de la province de 530 000 $ pour desservir les enfants de cinq ans et moins, et offrir des ressources aux parents gardiens. Ce volet sera axé principalement sur la santé mentale pour répondre au désert de services dans la région de Timmins.

Le CSC de Timmins offrira aussi des services de consultations virtuelles et veut mettre l’emphase sur un programme de gestion des bénévoles. Crédit image : Inès Rebei

« On a déjà des bébés sous notre charge qui sont inscrits au centre de santé mais quand on dit qu’on dessert les bébés, c’est jamais juste les enfants et les bébés, c’est aussi les parents qui ont besoin de ces services », précise-t-elle.

Un partenariat est en cours avec l’hôpital de Timmins pour assurer une coordination optimale des services : « Eux sont plutôt spécialisés dans les soins pédiatriques qu’ils vont aller au fond des interventions si nécessaire mais nous on va pouvoir appuyer les parents après la naissance, rencontrer les bébés, puis les mesurer, voir s’ils sont un poids normal entre autres. »

En avril 2022, le gouvernement provincial avait annoncé octroyer un financement de 10 millions de dollars pour la construction du nouveau site dans le cadre de son « Plan pour rester ouvert ».

Bien qu’il n’y ait pas de date précise pour l’ouverture de la nouvelle installation, Mme Stevens dit s’attendre à ce que les travaux soient terminés d’ici mai ou juin 2025.

Une enveloppe de 36 millions de dollars pour la construction d’un nouvel édifice au MIFO

OTTAWA – La construction d’un nouveau centre communautaire au Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) ira de l’avant grâce à un appui financier de 36 millions de dollars du gouvernement fédéral. La construction devrait débuter l’an prochain pour une ouverture prévue à l’automne 2027.

Le ministre des Langues officielles Randy Boissonnault et la députée d’Orléans Marie-France Lalonde ont annoncé ce jeudi ce financement provenant d’enveloppes d’Infrastructure Canada (25 millions de dollars), de Langues officielles Canada (10 millions de dollars) et de Patrimoine canadien (1 million de dollars) sur trois ans.

« Le mot heureuse est tout petit aujourd’hui, par rapport à comment je me sens dans mon cœur. C’est vraiment une annonce importante pour nous tous ici, pour notre communauté d’Orléans mais aussi pour la ville d’Ottawa et la région de la capitale nationale », a déclaré d’entrée de jeu Marie-France Lalonde en conférence de presse. Celle qui a été élue en 2019 a raconté qu’elle avait fait du MIFO son projet personnel, au point où ses collègues la surnommaient « MIFO ».

Le ministre des Langues officielles, Randy Boissonnault, a ensuite procédé à l’annonce de l’investissement de 36 millions de dollars, sous un tonnerre d’applaudissements. Il a longuement témoigné de l’importance de centres communautaires en français, se décrivant lui-même comme un « rattrapé francophone » de l’Alberta.

Randy Boissonault a raconté qu’il avait du mal à prononcer trois phrases de suite en français lorsqu’il s’est inscrit au Campus Saint-Jean à Edmonton. Crédit image : Rachel Crustin

Les élus fédéraux ont salué la ténacité et le courage des gens qui se sont impliqués dans la cause du MIFO dans les dernières années. Plusieurs d’entre eux étaient présents, dont Don Boudria, ex-député et ministre de la Francophonie sous Jean Chrétien, qui était présent à la première pelletée de terre du bâtiment actuel, et Trèva Cousineau, militante francophone qui relançait sans relâche les députés en lien avec ce projet.

Carboneutre et inclusif

Le futur édifice a été pensé en fonction de « l’accessibilité et l’inclusivité et de la polyvalence des espaces. À usage multigénérationel, l’édifice sera carboneutre et servira de refuge en cas de sinistre », a décrit le président du conseil d’administration, Jean-François Born.

Près de quatre fois plus grand que le bâtiment actuel, il comptera « une salle de réception ou de spectacles de 300 places, avec des gradins rétractables, des salles polyvalentes, un gymnase avec une piste de course en mezzanine, une galerie d’art et un foyer accueillant et lumineux ».

« Le nerf de la guerre, c’est le travail que vous avez fait pour rendre l’édifice carboneutre. C’est ce qui a déclenché 25 millions de dollars du Fonds d’Infrastructure Canada pour le programme Bâtiments inclusifs et verts », a indiqué Randy Boissonault. Patrimoine canadien et son propre ministère ont ensuite emboîté le pas. « C’est inhabituel, mais je crois en ce projet, alors j’ai utilisé plus de 10 % de mes fonds en infrastructure pour que ce projet voie le jour. »

Sources de financement multiples

Le MIFO, qui financera 2,5 millions de dollars à son projet, cherchait des sources de financement pour un nouveau bâtiment, l’actuel comportant des problèmes structurels, notamment au niveau de la fondation et de la toiture, explique l’organisme.

Au micro d’ONFR, la consultante en appui au projet et ancienne directrice générale de l’organisme, Marie-Claude Doucet, a témoigné de la fébrilité et d’un « sentiment de fierté ». Ce 2,5 millions de dollars est « petit comparé aux 36 millions annoncés ce matin, mais c’est quand même un 2,5 millions d’un organisme communautaire à but non lucratif, avec la pandémie et tout ça. C’est pour ça qu’on est excité, parce que là, avec le financement annoncé ce matin, on sait que notre projet va voir le jour. »

Elle précise que les prochaines étapes permettront de voir si le plan A peut être réalisé en entier ou s’il y aura des ajustements à faire.

Le MIFO voit grand pour son futur bâtiment. L’annonce de ce matin confirme que 70 % du financement requis a été atteint. Source : MIFO

« Le MIFO est un pilier essentiel pour notre communauté. Il occupe une place de taille dans l’espace francophone et l’on doit investir pour le faire grandir, a déclaré Jean-François Born. Nous sommes convaincus que les autres joueurs importants confirmeront leur engagement dans les prochains mois et nous les remercions pour la considération qu’ils accordent déjà au projet. »

Présent dans la salle, le député libéral provincial d’Orléans Stephen Blais a promis de continuer à porter le message du MIFO auprès du gouvernement ontarien.

De nombreuses personnes se sont impliquées dans le projet depuis une dizaine d’années. Plusieurs d’entre elles étaient présentes à la conférence de presse. Crédit image : Rachel Crustin

Marie-Claude Doucet a indiqué à ONFR espérer 10 à 15 millions du provincial et un million supplémentaire du municipal, qui a déjà accordé un million cinquante mille dollars au projet. « Des fois, ça prend juste un joueur important qui investit et qui démontre que le projet vaut la peine d’être soutenu, et le reste débloque. »

Deux ans sans édifice

C’est avec un pincement au cœur que les membres de la communauté diront au revoir au bâtiment qui leur a servi pendant plus de 40 ans. Marie-Claude Doucet explique que des éléments seront intégrés dans le nouveau bâtiment afin de commémorer cette époque. Mais les premières idées d’agrandissement, pour mieux répondre aux besoins de la population, sont survenues dans les années 1990.

« Pour que les rêves se réalisent, des fois ça prend du temps, ça prend de l’organisation et ça prend du bon monde »
— Jean-François Born

La démolition devrait avoir lieu au printemps 2025. La programmation du MIFO se fera donc dans différentes salles d’Orléans jusqu’à l’ouverture du nouveau centre. « Il va y avoir une période de transition, indique Jean-François Born. Il faut patienter et penser à l’objectif : 2027. Aujourd’hui, on a finalement quelque chose de concret. »

Le MIFO compte ensuite continuer de collaborer avec les autres organismes du secteur, dont le Centre des arts Shenkman, qui accueille la plupart des spectacles de la programmation. « Ce qu’on va offrir, c’est un lieu qui va être complémentaire au Centre des arts Shenkman. C’est pour ça que notre salle est de 300 places. Elle ne vient pas remplacer leur salle de 500 places. On est très fier de ce partenariat. »

Nouvelle directrice générale

Le MIFO a profité de la conférence de presse pour annoncer la nomination de Mélanie Routhier Boudreau au poste de directrice générale. Elle entrera en fonction le 3 juin prochain.

Mélanie Routhier Boudreau nommée au poste de directrice générale. Crédit image : Rachel Crustin

« Je réitère la fierté et le bonheur que nous ressentons avec l’annonce d’aujourd’hui. Ce financement permettra la concrétisation de notre merveilleux projet, symbole de la vision, de l’audace, de la persévérance et de l’essor de notre communauté et de notre francophonie », a conclu M. Born.

Le conseil scolaire anglophone d’Ottawa-Carleton pourrait sabrer dans l’immersion en français

OTTAWA – Le Conseil scolaire du district Ottawa-Carleton (OCDSB) a l’intention de modifier, voire de supprimer son programme élémentaire d’immersion précoce en français, alors que près de 70 % des familles inscrivent leurs enfants dans les divers programmes d’immersion du Conseil. La raison invoquée dans un rapport récemment publié : l’inégalité entre les élèves.

L’initiative derrière ces changements serait la révision des programmes élémentaires n’ayant pas été modifiés depuis 20 ans. L’OCDSB indique que ce processus de révision fait partie d’un grand projet en quatre étapes, un « exercice de vision » qui répondrait au désir exprimé par les membres du Conseil et le personnel. Cette nouvelle réglementation sera mise en place pour la rentrée 2025.

Un premier changement consiste à éliminer le programme d’immersion précoce en français ou de le modifier en passant d’un apprentissage à 80 % de français, à un programme de seulement 25 % d’enseignement en français, alors que selon les données du Conseil plus de la moitié des élèves à l’élémentaire sont inscrits dans ce programme, le nombre d’élèves ne cesse, d’ailleurs, d’augmenter depuis 2020.

Les statistiques d’inscription indiquent que 52 % des élèves de l’élémentaire étaient inscrits en immersion précoce en français en 2022-2023, tandis que 41 % étaient inscrits au programme anglais avec français de base et 5 % au programme d’immersion moyenne en français.

Graphique du rapport de l’OCDSB démontrant qu’une majorité des élèves participent au programme d’immersion précoce en français. Source : 2024 OCDSB elementary program review

L’OCDSB propose deux programmes d’immersion : l’immersion précoce en français (Early French immersion), qui commence en 1ʳᵉ année avec 80 % d’enseignement en français par jour et 20 % en anglais, puis diminuant à 50 % d’enseignement en français en 7ᵉ année.

Le deuxième programme, l’immersion moyenne en français (Middle French immersion) commence en 4ᵉ année, avec 66 % d’enseignement en français, réduisant à 50 % en 7ᵉ année.

Dans les autres programmes du Conseil, les cours de français restent inchangés tels que la maternelle qui offre un enseignement 50/50 en anglais et en français.

Détail de ce que propose le Conseil scolaire comme programmes à l’heure actuelle. Source : Rapport 24-052, Processus de révision des programmes au niveau élémentaire

Une révision des programmes de l’élémentaire qui touchera 50 000 élèves

Comme indiqué dans le rapport rédigé à cet effet par le conseil scolaire, la nécessité de revoir les options des programmes actuels était un thème récurrent lors des consultations sur le plan stratégique en hiver et au printemps 2023. C’est pourquoi, le conseil a exprimé : « Bien que le modèle de programme ait, au cours du dernier quart de siècle, répondu aux besoins de nombreux membres de la communauté, nous savons que de nombreux autres ont été mal desservis. Il est urgent de repenser les programmes que le district propose, comment et où ils sont offerts, quels besoins sont servis, et comment les écoles peuvent être redéfinies pour mieux répondre aux besoins des générations actuelles et futures. »

Dans son document, le district justifie aussi ce besoin de changement dû à la multiplicité des offres de programmes, des configurations scolaires et de nombreuses combinaisons de programmes complexes. « Sans aucun doute, cette complexité ajoute des coûts financiers, mais surtout, nous devons nous interroger sur le coût pour l’apprentissage et le bien-être des élèves. »

Le Conseil scolaire anglophone souhaite faire des économies dans le transport en commun, en redirigeant notamment les élèves dans leurs écoles de quartiers. Crédit image : Lila Mouch

L’autre aspect que le conseil scolaire anglophone veut réduire est le transport scolaire, un des problèmes clés identifiés dans le rapport. Dans ce document, il est indiqué que la problématique est encore plus complexe pour les élèves en classes de programme spécialisé, suggérant qu’il faille intégrer les élèves ayant des besoins spéciaux dans les classes normales.

Le transport scolaire d’élèves venant d’autres quartiers et notamment ceux attirés par l’immersion précoce et ceux avec des besoins spéciaux coûterait trop cher.

L’aspect financier était d’ailleurs une épée de Damoclès sur le Conseil puisque depuis la sortie de son budget l’année dernière, le plus grand conseil scolaire d’Ottawa devait effacer un déficit de 19 millions de dollars.

Dans son nouveau rapport, le conseil démontre comment il pourrait économiser cette somme. Il semble même qu’en supprimant le programme d’immersion précoce et les classes spécialisées, cela sauverait des coûts dans le transport. Les élèves n’iront plus dans les écoles qui proposent les programmes, puisqu’ils retourneront dans leurs écoles de quartier. Le gain : une réduction majeure du transport scolaire.

C’est la déduction qui est faite : « L’école communautaire désignée de l’élève n’est pas nécessairement l’école la plus proche de son domicile, mais plutôt le programme le plus proche de son domicile. »

D’après l’OCDSB, le choix de venir dans ces programmes augmente le nombre d’élèves éligibles au transport et le nombre de trajets de transport. « La majorité de ces élèves (à besoins spéciaux) sont transportés loin de leur école communautaire – dans certains cas, sur de longues distances. Ces problèmes combinés augmentent le besoin de transport en petit véhicule (par exemple, des fourgonnettes), ce qui représente un modèle de service plus coûteux. Au cours de l’année scolaire 2022-2023, ce coût s’élevait à environ 18 850 000 $. »

La décision n’a pas encore été donnée officiellement. ONFR a tenté de joindre le Conseil scolaire du district Ottawa-Carleton, sans succès à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Il y a 40 ans, le français devenait langue officielle des tribunaux ontariens

TORONTO – Le 1er mai 1984, la Loi sur les tribunaux judiciaires recevait la sanction royale, intronisant le français comme langue officielle des tribunaux ontariens, au même titre que l’anglais. 40 ans plus tard, dans la réalité, de nominations de juge unilingue en reports d’audience, les défis s’accumulent, faute de main-d’œuvre, de valorisation des postes administratifs et de volontarisme d’une partie de la profession.

Si les justiciables franco-ontariens peuvent réclamer un juge bilingue, ou encore des audiences et documents en français, c’est essentiellement grâce à la Loi sur les tribunaux judiciaires. Adoptée en 1984 sous l’impulsion du procureur général Roy McMurtry, récemment décédé, cette loi a changé la donne en Ontario.

« Il a compris que c’était une question de justice et d’équité envers la minorité francophone de l’Ontario », mesure François Larocque, titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne en droits et enjeux linguistiques.

« Avant McMurtry, le français était une langue étrangère devant les tribunaux. Il n’y avait aucune reconnaissance particulière. Pour lui, c’était incompatible avec la dualité linguistique du Canada », décrypte Étienne Saint-Aubin, coordonnateur des services en français au ministère du Procureur général à cette époque. Ce dernier compare sans détour l’ancien système judiciaire à un « désert juridique au niveau du français ».

Pour François Larocque, Linda Cardinal et Étienne Saint-Aubin, la Loi sur les tribunaux judiciaires a changé la donne linguistique en Ontario. Gracieuseté

D’abord circonscrite aux régions désignées sous le gouvernement Davis, puis généralisée à l’ensemble de la province en 1986, sous le gouvernement Peterson, la Loi s’est appliquée à tâtons à ses débuts. « Il était impossible de prévoir une capacité bilingue dans toutes les régions mais on pouvait organiser des procès sur demande, se remémore Me Saint-Aubin. On a donc constitué des équipes volantes et muté certaines ressources dans les endroits en plus grande demande. »

Quelques années auparavant, de premiers balbutiements étaient certes apparus comme la traduction de lois en français, un projet-pilote de tribunal bilingue à Sudbury lancé en 1976 ou encore la fondation de l’Association des juristes franco-ontariens (AJEFO) en 1981.

« L’Ontario considérait alors qu’il avait un rôle à jouer dans la fédération, plus grand que celui de simplement s’occuper de son jardin »
— Linda Cardinal

« Robarts, Davis (premiers ministres) et McMurtry font partie d’une génération de gens qui s’est ouverte à la francophonie au moment où le nationalisme québécois battait son plein, avec un grand mouvement d’affirmation de l’identité francophone, mais aussi la commission d’enquête sur le bilinguisme et le biculturarisme », analyse la chercheuse Linda Cardinal, vice-rectrice adjointe à la recherche à l’Université de l’Ontario français.

« Tout cela donnait l’impression que la société était en crise et l’Ontario considérait alors qu’il avait un rôle à jouer dans la fédération, un rôle plus grand que celui de simplement s’occuper de son jardin. »

Depuis l’adoption de la Loi sur les tribunaux judiciaires, plusieurs ajouts sont venus bonifier les dispositions linguistiques dans les tribunaux de la province, que ce soit le droit à une instance bilingue par dépôt de réquisition ou déclaration (légiféré en 2001) ou l’implantation d’un accès en français fluide dans les palais de justice d’Ottawa (2015), Sudbury et North Bay (2022). Depuis 2021, les documents en français sont en outre acceptés dans tous les tribunaux.

Manque de main-d’œuvre bilingue et délais d’attente

Cependant, quarante ans plus tard, le manque de juge dans les tribunaux demeure un des principaux obstacles à l’application de la Loi de façon équitable et dans des délais raisonnables. Leur nomination est de la responsabilité provinciale pour la Cour de justice de l’Ontario, et fédérale pour la Cour supérieure et la Cour d’appel.

Le bureau du Procureur général affirme ne pas ménager ses efforts pour que suffisamment de juges bilingues œuvrent en cour en apportant des changements à la loi, mais renvoie la responsabilité des nominations aux juges en chef de la Cour de justice de l’Ontario.

« Il est de sa responsabilité de décider quels postes vacants au sein de la magistrature doivent être pourvus et si ces postes doivent être bilingues. (…) Le procureur général ne peut recommander au Conseil des ministres que des candidats que lui a recommandés le Comité consultatif sur les nominations à la magistrature. »

Or, les justiciables francophones se heurtent régulièrement à l’absence de juges capables de les entendre, y compris dans des zones désignées. En 2021, le district d’Algoma, où vivent nombre de francophones, a même perdu son juge bilingue.

Du côté de la Cour supérieure, une cinquantaine de juges seraient bilingues, mais le jeu des affectations et rotations crée des situations parfois ubuesques, comme à Brampton où un homme accusé d’importer quatre kilos d’héroïne s’est vu dispensé de procès en mars dernier en première instance, la Cour ne pouvant pas garantir d’audience en français.

Quant à la Cour d’appel, selon les chiffres obtenus par ONFR, neuf juges sur 29 sont bilingues, dont six sont à temps plein et trois surnuméraires, soit une légère augmentation depuis dix ans. Au début de 2014, ils étaient cinq à temps plein et trois surnuméraires aptes à présider une audience en français. Une date d’audience s’obtient dans un délai de quatre à six mois suivants le dépôt des documents requis.

Le défi du manque de juges se retrouve également dans les tribunaux administratifs qui, même s’ils ne sont pas assujettis à la Loi sur les tribunaux judiciaires, ont des obligations au regard de la Loi sur les services en français.

Avec 34 arbitres bilingues (10 à temps plein et 24 à temps partiel), 747 instances en langue française ont eu lieu dans l’ensemble des 14 cours sous la responsabilité de l’organisme Tribunaux décisionnels Ontario. Ce qui n’empêche pas là aussi des situations tendues. Épuisé par les délais d’attente, un Franco-Ontarien poursuit le gouvernement depuis un an pour tenter de le pousser à instaurer un quorum de juges bilingues.

Vicky Ringuette, présidente de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO). Gracieuseté

Au-delà du nombre de juges, un des enjeux réside dans le manque de personnel bilingue dans les tribunaux, souligne Me Vicky Ringuette, présidente de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO).

 « Que ce soit en français ou en anglais, les délais sont longs, mais en français c’est pire car on n’a pas toujours quelqu’un au palais de justice qui comprend la nature du statut bilingue d’un dossier et ce que cela implique en termes de ressources. Or, le premier contact direct qu’on a, c’est avec cette administration. »

« On met le fardeau de la résolution du dossier sur les parties et non sur le système judiciaire qui ne joue pas son rôle »
— Me Vicky Ringuette

Lorsqu’elle demande une information en français, la juriste reçoit la plupart du temps une réponse en anglais. « Je me vois aussi souvent répondre que le tribunal n’est pas sûr d’avoir un juge bilingue dans la prochaine rotation régionale. C’est inacceptable. Il y a à la fois un manque d’éducation au sein du personnel administratif et un manque de juges bilingues », estime-t-elle.

Et de prendre pour exemple de récentes nominations unilingues à Brampton. « On se retrouve avec des parties francophones et des avocats francophones, devant un juge anglophone avec un interprète. Ce n’est pas un processus bilingue », déplore la juriste contrainte de demander un ajournement, créant un délai et des coûts supplémentaires.

« On a l’impression qu’on met le fardeau de la résolution du dossier sur les parties et non sur le système judiciaire qui ne joue pas son rôle », soupire-t-elle.

Des solutions à portée de main

Ceci dit, nommer plus de juges bilingues ne suffit pas selon l’avocate en droit de la famille. « On peut avoir tous les juges bilingues du monde, mais si on n’a pas le personnel administratif pour accompagner les juges et les parties, c’est inutile. C’est un véritable travail d’équipe et d’éducation de nos collègues anglophones sur les droits linguistiques qui doit s’effectuer. »

Pas besoin de moderniser la Loi sur les tribunaux judiciaires, selon la représentante de l’AJEFO, mais simplement « l’appliquer comme elle était entendue il y a 40 ans passés ». Cela passe notamment par une répartition géographique cohérente des juges dans les différents tribunaux. « Si on ne donne pas aux grandes villes qui ont de fortes populations francophones les outils pour bien desservir les justiciables, quel message envoie-t-on? »

Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones et présidente du Conseil du Trésor, a récemment mis l’accent sur le système de recrutement bilingue des offres d’emploi dans la fonction publique. Source : Assemblée législative de l’Ontario

D’autres solutions concrètes peuvent aussi être envisagées comme combiner les formulaires juridiques (Ontario Court Form) anglais et français en un seul formulaire bilingue afin qu’il soit traité par tout employé sans délai. Un appui pourrait aussi être trouvé dans l’application du règlement sur l’offre active de services en français. Plusieurs juristes demandent son application dans les faits, depuis l’entrée en vigueur de la modernisation de la Loi sur les services en français.

Des sources syndicales estiment qu’une revalorisation des postes administratifs atténuerait le roulement des effectifs à des postes clés et assurerait une plus grande stabilité dans les postes bilingues.

Accentuer l’immigration qualifiée et former plus de professionnels permettrait aussi d’accroître le bassin francophone. Entre 80 et 100 étudiants sortent chaque année de l’Université d’Ottawa avec un baccalauréat de common law en français, une des rares portes d’entrée en langue française vers une carrière d’avocat en Ontario.

Pour tenter de répondre aux défis de main-d’œuvre, la ministre des Affaires francophones, également présidente du Conseil du Trésor, a récemment affirmé renforcer les effectifs francophones de la fonction publique, « afin d’assurer une prestation de services rapide et de qualité pour tous les Ontariens qui souhaitent être servis en français ». Depuis janvier, toutes les offres d’emploi destinées au public sont ainsi disponibles en français. 

« Il ne faut pas blâmer tout le monde, tempère toutefois Me Ringuette. Il faut se regarder en face nous aussi les juristes. Tous les avocats ne respectent pas le code de déontologie qui indique pourtant très clairement l’obligation d’informer nos clients qu’ils peuvent procéder en français. Il y a des manquements dans notre propre profession à l’égard des droits linguistiques. »

Et de conclure : « Quarante ans après la Loi sur les tribunaux judiciaires, on devrait être à un point où tous les joueurs aient le réflexe de déterminer dans quelle langue on procède dès le début de chaque dossier, sans donner ni privilèges ni avantages à la partie anglophone du système. »

On démystifie le français… d’un Allemand

Guten Tag à tous nos cousins allemands! Dans cet épisode, la phonologue Marie-Hélène Côté, professeure à l’Université de Lausanne, nous explique ce qui caractérise l’accent d’un Allemand qui parle français. Découvrez pourquoi, à l’oral, les mots d’une phrase allemande sont si bien séparés alors que ceux d’une phrase française sont liés entre eux, ou encore comment les mots allemands sont construits tels des blocs de Lego. Seriez-vous capable de prononcer le mot « donaudampfschiffahrtsgesellschaftskapitän »?

Élections partielles : un double test pour le gouvernement à mi-mandat

Deux nouveaux députés seront élus ce jeudi dans les circonscriptions de Milton et de Lambton-Kent-Middlesex, jusqu’alors aux mains des conservateurs. Chaque parti espère gagner du terrain et poser des jalons dans l’échiquier à deux ans des élections provinciales de 2026. Décryptage à la loupe des revirements possibles avec un politologue, 48 heures avant le scrutin.

Occupé par le député progressiste-conservateur et ministre de la Réduction des formalités administratives Parm Gill depuis 2018, le siège de Milton s’est libéré après sa démission en janvier dernier, celui-ci briguant un siège fédéral aux côtés de Pierre Poilièvre, chef de l’opposition officielle sur la Colline parlementaire.

Circonscription devenue indépendante en 2018, Milton faisait auparavant partie de Halton à dominante conservatrice, ayant toutefois souvent alterné avec le Parti libéral de l’Ontario. La députée précédant M. Gill, de 2014 à 2018, n’était d’ailleurs autre que l’ancienne ministre de l’Éducation libérale Indira Naidoo-Harris.

Proche géographiquement de son fief de Mississauga, la nouvelle cheffe du Parti libéral Bonnie Crombie était un temps pressentie pour se lancer dans la course, étant toujours sans siège à Queen’s Park.

« Un changement de cap est une possibilité pour Milton »
— Peter Graefe, politologue

« Le parti ne s’est pas risqué à une défaite qui aurait pu affaiblir leur nouvelle leader, bien que cela aurait pu être une possibilité, les sondages montrant une légère avance pour le candidat libéral », explique le politologue Peter Graefe au micro d’ONFR.

Coïncidence ou non, le candidat choisi par le Parti progressiste-conservateur, Zee Hamid, est un ancien sympathisant du parti libéral, s’étant présenté à l’investiture libérale avant les élections fédérales de 2015.

« Peut-être une volonté dissuasive envers Mme Crombie et une vision stratégique pour aller chercher une partie de l’électorat libéral en se positionnant plus centriste », analyse M. Graefe.

« Il reste que le Parti libéral est passé proche aux élections provinciales de 2022 et que le député libéral Adam Van Koeverden occupe le siège fédéral depuis 2019. Un changement de cap est une possibilité pour Milton. »

Originaire et résident de Milton, Galen Naidoo Harris défendra les couleurs du Parti libéral, la candidate Edie Strachan y représentera le NPD, et le candidat Kyle Hutton, les Verts, tous deux résidant à Milton.

Carte de la circonscription de Milton. Source : Elections Ontario

Lambton-Kent-Middlesex, terres rurales plus conservatrices

Le député conservateur et ministre du Travail Monte McNaughton, ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences occupait quant à lui le siège de Lambton-Kent-Middlesex depuis 2011, et ce jusqu’à son retrait de la vie politique fin septembre 2023.

Redécoupée en 1999 à partir de certaines parties de Lambton, Chatham-Kent et Middlesex, pour correspondre au découpage fédéral, la circonscription a majoritairement évolué sous la bannière conservatrice.

« La région entourant Lambton et Sarnia est très rurale et le parti conservateur y a des bases solides depuis de nombreuses années. Ce serait une plus grande surprise s’il y avait un changement », remarque M. Graefe.

La circonscription du Sud-Ouest comprend notamment le village très francophone de Pain Court, au sud.

Le candidat progressiste-conservateur Steve Pinsonneault disputera le siège à la néo-démocrate Kathryn Shailer, à la candidate libérale Cathy Burghardt-Jesson et à Andraena Tilgner, du Parti vert, tous résidents de la circonscription.

Ce jeudi, jour de l’élection, 72 bureaux de scrutin seront ouverts dans Lambton-Kent-Middlesex et 42 à Milton, de 9 h à 21 h.

Carte de la circonscription de Lambton-Kent-Middlesex. Source : Elections Ontario

Des artistes franco-ontariens se souviennent de Jean-Pierre Ferland

Le 27 avril, le Québec a perdu l’un de ses monuments, l’auteur-compositeur-interprète Jean-Pierre Ferland. Le petit roi aura droit à des funérailles nationales tant son apport à la culture québécoise est indéniable et important. Jean-Pierre Ferland a quelques fois traversé la rivière des Outaouais, bien que son influence ne soit pas du même ordre en Ontario.

Jean-Pierre Ferland a participé au Festival franco-ontarien en 1992, 1996 et 2011. Il a également été deux fois parrain du concours Ontario Pop. Mais ce sont surtout les chanteurs franco-ontariens qui font carrière au Québec qui le nomment comme une influence majeure.

En entrevue avec ONFR, Breen LeBoeuf a raconté comment il avait été impressionné de voir l’auteur des Immortelles débarquer à North Bay en 1965. Il représentait une fenêtre sur la culture québécoise, déjà très attirante pour le futur bassiste d’Offenbach. « Je suis tombé sous le charme et le professionnalisme de Jean-Pierre Ferland, explique le rocker. La façon dont il charmait les dames, dont il s’habillait, dont il bougeait, son aise avec les caméras et avec le monde (…) et j’étais impressionné qu’il ait amené Radio-Canada chez nous. »

« Si tu chantais le moindrement avec du cœur, il était un fan et un ami. »
— Breen LeBoeuf

Les deux artistes se sont recroisés dans les années suivantes, que ce soit à la quincaillerie de Saint-Gabriel-de-Brandon ou sur les plateaux de tournage. Breen LeBoeuf a entre autres participé à Station soleil, à L’autobus du showbusiness, à Tapis rouge et à Ferland/Nadeau, où Jean-Pierre Ferland, animateur, recevait ses invités avec une grande générosité.

Même si leurs styles musicaux étaient différents, Breen LeBoeuf a toujours apprécié Jean-Pierre Ferland et son ouverture. « Il comprenait le rock and roll, il comprenait les petits voyous. Il comprenait toute la gamme d’artistes. »

En 2008, lors des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec. Céline Dion, Jean-Pierre Ferland et Ginette Reno ont offert une prestation historique de la chanson Un peu plus haut, un peu plus loin. Crédit image : THE CANADIAN PRESS/Jacques Boissinot

Originaire d’Orléans, Luce Dufault a beaucoup côtoyé l’auteur de la classique Un peu plus haut, un peu plus loin. C’est avec une interprétation sobre, mais particulièrement sentie de cette chanson qu’elle s’est présentée sur le plateau de l’émission Bonsoir bonsoir! lundi, à la télévision de Radio-Canada.

« C’est difficile. Ça secoue, ce départ-là. Même si, quelque part, on s’y attendait, on le savait malade », a témoigné la chanteuse, en expliquant avoir d’abord refusé l’invitation, car elle craignait d’être submergée par les émotions. Selon elle, Jean-Pierre Ferland se démarquait par sa générosité, son authenticité et son talent.

Jaune traverse la frontière

L’album Jaune, sorti en 1970, est reconnu comme une pierre angulaire de la musique québécoise. Ses 11 titres ont aussi résonné dans les foyers franco-ontariens. La directrice de la Meute culturelle de Lafontaine et autrice-compositrice-interprète Joëlle Roy a expliqué à ONFR :  « J’ai écouté obsessivement l’album Jaune. Son franc-parler a définitivement influencé ma plume de parolière. »

Pour Nicolas Doyon, qu’on a connu dans le groupe Deux saisons, la musique de Jean-Pierre Ferland a toujours fait partie du quotidien, que ce soit Jaune joué en boucle dans la maison de son enfance ou Une chance qu’on s’a (album Écoute pas ça, 1995) qui résonne à son propre mariage, des années plus tard. C’est d’ailleurs en fouillant dans les cahiers de chansons son père qu’il a fait ses premiers pas en musique. « C’est par la suite que ça m’a véritablement servi et que j’ai vraiment compris la richesse de son œuvre. Mais ça a toujours fait partie de ma culture musicale. »

Figure incontournable de la culture québécoise, Jean-Pierre Ferland a également été nommé Officier de l’Ordre du Canada par le gouverneur général David Johnston en 2017. Crédit imge : THE CANADIAN PRESS/Adrian Wyld

En 2008, la formation sudburoise Konflit a repris la chanson God is an American. Contacté par ONFR, Christian Berthiaume, le leader du groupe, raconte que l’album Konflit dramatik réagissait aux années de présidence de George W. Bush et « plus spécifiquement, l’invasion illégale et sans mérite des États-Unis contre l’Iraq. God is an American était la chanson parfaite pour clôturer l’album qu’on voulait terminer avec une grande exclamation. La version originale laisse beaucoup de place pour une nouvelle interprétation, mais le gros défi était d’y rendre justice. »

La version Konflit a failli ne pas voir le jour. « Nous n’avions pas encore reçu l’autorisation de M. Ferland qui, à notre grande surprise, nous a donné le OK une journée avant la sortie officielle. » Un beau cadeau pour Christian Berthiaume, pour qui « l’album Jaune représente l’apogée des albums Québécois, un modèle du processus artistique poussé à sa limite et un produit final presque parfait, qui est autant marquant et à la hauteur aujourd’hui qu’en 1970. »

Un exemple pour les générations suivantes

Plusieurs artistes franco-ontariens ont rencontré Jean-Pierre Ferland dans des événements de formation et des concours. C’est le cas de l’auteur-compositeur-interprète Stef Paquette, qui a partagé sur Facebook une photo de lui et du géant datant de 2008, au Festival international de la chanson de Granby.

« Repose en paix M. Ferland et merci pour la bonne jasette lors du Festival international de la chanson de Granby en 2008. C’était « le » moment de mon passage au FICG », a partagé Stef Paquette. Source : page Facebook Stef Paquette

Contactée par ONFR, la chanteuse Manon Séguin a parlé de son amour pour Une chance qu’on s’a, qu’elle a l’habitude d’interpréter en spectacle. « C’est une des plus belles chansons d’amour jamais écrites, toutes langues confondues. C’est un chef-d’œuvre, cette chanson-là. »

L’artiste originaire de L’Orignal, dans l’Est ontarien, a pu passer un moment privilégié avec Jean-Pierre Ferland il y a une dizaine d’années. Son conjoint, Christian Marc Gendron, participait à un spectacle hommage à ce grand de la musique. « Pour la conférence de presse, on s’était même rendus à sa maison dans Lanaudière. On avait passé un bon moment avec lui. Je garde cet instant gravé dans ma mémoire. Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de rencontrer un artiste comme M. Ferland, et chez lui, en plus. »

Parmi les artistes de ce spectacle de 2019, on retrouve des grands de la chanson québécoise dont Robert Charlebois, Paul Piché et Jean-Pierre Ferland. Les artistes franco-ontariennes Véronic Dicaire et Manon Séguin y ont aussi participé. Source : Manon Séguin

Manon Séguin a recroisé la route de Jean-Pierre Ferland en 2019, lors d’un spectacle bénéfice pour les sinistrés des inondations au Québec. Elle était la choriste principale du concert Le soleil emmène au soleil, dont le titre est également une référence à l’œuvre de Jean-Pierre Ferland.

« Ce qu’il y a de bien avec la musique, c’est que même si un monument comme Jean-Pierre Ferland nous quitte, son héritage musical va vivre à tout jamais. C’est à nous, aux nouvelles générations, de faire vivre cette musique-là », conclut Manon Séguin.

Plafond des étudiants étrangers : le commissaire aux langues officielles ouvre une enquête

OTTAWA – Le Commissariat aux langues officielles va enquêter sur la décision du gouvernement fédéral de plafonner le nombre de permis d’études des étudiants étrangers en 2024 et 2025.

Le bureau de Raymond Théberge a confirmé à ONFR avoir reçu deux plaintes en lien avec ce dossier et qu’il enquêtera sur les allégations formulées par les deux plaignants.

« Les personnes qui ont déposé les plaintes allèguent que le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada (IRCC) n’a pas pris en considération les réalités particulières des établissements postsecondaires en contextes linguistiques francophones et anglophones minoritaires en décidant d’imposer un plafond national de réception des demandes de permis d’études », indique le Commissariat aux langues officielles dans une déclaration écrite.

Une seconde partie d’accusations serait que le ministère « n’aurait pas pris de mesures pour éviter ou pour atténuer les impacts négatifs de sa décision et aurait ainsi manqué à ses obligations en vertu de la partie VII de la Loi sur les langues officielles », est-il allégué.

Les 22 universités et collèges francophones hors Québec avaient indiqué il y a quelques semaines avoir déposé une plainte au Commissariat aux langues officielles (CLO) arguant que le gouvernement fédéral avait violé la Loi sur les langues officielles avec cette mesure.

L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) avait affirmé devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, au début du mois d’avril, avoir déposé une longue plainte auprès du Commissariat aux langues officielles au nom de sa vingtaine de membres.

« C’est une plainte qu’on a bien documentée. On a documenté à la fois les gestes qu’on a posés pour essayer d’obtenir des mesures réparatrices dans les dernières semaines, les raisons qui justifient le dépôt de notre plainte et les attentes qu’on a à l’endroit du Commissariat pour la suite des choses et pour le traitement de la plainte », avait expliqué le directeur de la Recherche stratégique et relation internationales à l’ACUFC, Martin Normand.

Le ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) Marc Miller avaient annoncé au début de l’année qu’il instaurerait un plafond de deux ans sur le nombre de nouveaux étudiants étrangers à travers le pays. Marc Miller répondu par l’affirmative mardi matin lorsqu’on lui a demandé s’il croyait toujours avoir pris la bonne décision ajoutant qu’il allait coopérer à l’enquête du CLO si nécessaire.

« Absolument. C’est de son plein droit (de faire des enquêtes) », a-t-il brièvement répondu avant une réunion du cabinet libéral.

Marc Miller, ministre des Relations Couronne-Autochtones ne ferme pas la porte quant à voter contre le projet de Loi C-13. Crédit image : Stéphane Bédard.
Le ministre de l’Immigration Marc Miller.Crédit image : Stéphane Bédard.

Les établissements postsecondaires francophones hors Québec dénonçaient que cette mesure ait mis les établissements francophones dans le même bateau que leurs confrères anglophones. Cette mesure les affecterait donc de manière négative, ce qui serait contre la récente modernisation de la Loi sur les langues officielles, argumentent-ils.

« La loi est là pour être appliquée par tout le monde, y compris par IRCC, par le gouvernement du Canada. Si le gouvernement du Canada n’est pas foutu d’appliquer sa Loi, je ne sais pas où l’on va », avait vivement reproché le recteur de l’Université d’Ottawa Jacques Frémont durant ce comité sénatorial.

À travers le Canada, 291 914 permis pourront être délivrés cette année contre 404 668 en 2023, ce qui constitue une baisse de 28 %. En Ontario, cela signifie que le nombre de nouveaux étudiants étrangers en 2024 ne pourra dépasser 141 000 alors qu’il était de 239 753 en 2023, soit une chute de 41 %.

Depuis cette annonce, les collèges et universités de la francophonie canadienne demandent au gouvernement Trudeau de ne pas compter les francophones dans ce plafond. Près de 30 % des étudiants dans ces universités et collèges proviennent de l’international, selon l’ACUFC.

Un nouveau maire nommé à Russell pour succéder à Pierre Leroux

C’est le conseiller municipal Mike Tarnowski qui deviendra le nouveau maire de la municipalité de Russell dans l’Est ontarien. Il succédera à Pierre Leroux qui a démissionné.

Ce dernier avait annoncé qu’il quitterait son poste après près d’une décennie en poste, lui qui est officiellement parti le 19 avril pour rejoindre la municipalité de La Nation en tant que directeur général.

Lundi soir, le conseil municipal a voté pour nommer Mike Tarnowski comme maire de la ville, et ce pour le reste du mandat qui se termine en novembre 2026. Il était en poste comme conseiller municipal depuis son élection en 2018, ayant été membre du Comité consultatif sur les parcs, loisirs et culture de la Municipalité de Russell de 2002 à 2006. Plus récemment, il était membre du Conseil d’administration de la Bibliothèque de la municipalité de Russell de 2010 à 2018, occupant le poste de président de 2014 à 2018.

Il est actuellement le président du département académique à l’École de commerce et d’hôtellerie du Collège Algonquin. Il détient une maîtrise en administration des affaires de l’École de commerce et d’économie Gordon S. Lang de l’Université de Guelph. Mike Tarnowski habite avec sa famille à Embrun et est arrivé à Russell en 1995, lui qui est originaire de Montréal.

« Je suis profondément honoré d’avoir été chargé du rôle de maire. J’ai hâte de travailler étroitement avec les membres du Conseil, l’administration et la communauté pour relever les défis et les opportunités auxquels notre municipalité est confrontée », a-t-il déclaré via communiqué.

Le conseiller Jamie Laurin continuera d’exercer les fonctions de maire par intérim jusqu’au 27 mai, le jour de l’assermentation du nouveau maire. Le siège du conseil qu’occupait Mike Tarnowski avant sa nomination sera par la suite déclaré vacant et le Conseil disposera alors de 60 jours à compter de cette date pour décider comment pourvoir ce siège, soit par nomination, soit par une élection partielle.

Pierre Leroux avait été conseiller municipal à Russell de 2010 à 2014 avant de devenir maire, avant de quitter ses fonctions à mi-mandat.

La construction de l’autoroute 413 débutera d’ici à 2025

TORONTO – Suite à l’accord avec le palier fédéral du 15 avril dernier, le gouvernement ontarien officialise ce matin la construction de la controversée autoroute 413, au nord de Toronto, destinée à décongestionner la 401. Les travaux pourraient débuter dès 2025.

« Nous tenons notre promesse de construire l’autoroute 413 avec pour objectif de réduire les embouteillages et de permettre aux automobilistes des régions de Halton, de Peel et de York d’arriver plus rapidement à destination », a déclaré ce matin en conférence de presse le premier ministre Doug Ford, en déplacement à Caledon. Il était accompagné du ministre du Travail, David Piccini, et du maire de Brampton, Patrick Brown.

D’une distance de 52 kilomètres, l’autoroute 413 s’étendra de l’autoroute 400, de Vaughan, à l’est, jusqu’à la zone d’échangeur de l’autoroute 401/407, reliant les régions de York, Peel et Halton. Le projet comprendra également un prolongement de 4 km de l’autoroute 410 et un prolongement de 3 km de l’autoroute 427 soit un total de 59 km.

Source : Site officiel Highway413.ca

Des évaluations du sol sont actuellement en cours, qui donneront suite à des consultations avec « des experts du secteur privé » pour la prise de décision entourant les étapes de construction.

Les travaux préliminaires pour entamer la construction de l’autoroute 413 pourraient commencer dès 2025, « sous réserve de l’obtention de toutes les approbations nécessaires », précise un communiqué, le projet étant notamment soumis à la Loi sur les évaluations environnementales de l’Ontario.

Les communications semblent mettre l’emphase sur « des mesures de protection de l’environnement rigoureuses », le projet faisant grandement polémique depuis sa soumission en 2019 par le gouvernement Ford.

Le premier ministre Doug Ford et son ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences, David Piccini. Source : Chaine YouTube du Premier ministre de l’Ontario

Le ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences David Piccini, prévoit la création de milliers d’emplois et de 350 millions de dollars au PIB de la province générés par le projet.

Un projet trop lointain et trop cher, scande l’opposition

« Les habitants de la région de Peel ont besoin d’un soulagement de la circulation maintenant, et non dans des décennies », a réagi le NPD par la voix de sa cheffe Marit Stiles.

« Ce gouvernement dépense des milliards de dollars des contribuables dans un projet sans date limite en vue. Un projet qui menace également les terres agricoles de l’Ontario et accorde un traitement préférentiel aux initiés. » Il aurait plutôt fallu, selon l’opposition officielle, rendre l’autoroute 407 gratuite pour les camionneurs afin de désengorger la 401.

« Tout comme le scandale de la Ceinture de verdure, l’autoroute 413, inefficace et d’un coût de 10 milliards de dollars, est conçue pour bénéficier à un groupe de personnes : les riches initiés de Doug Ford, les donateurs conservateurs et les riches spéculateurs fonciers », a dénoncé Bonnie Crombie, cheffe du Parti libéral de l’Ontario.

Commissariat aux services en français : cinq ans de « manque de respect » pour l’opposition

TORONTO – Cinq ans, jour pour jour, après la dissolution du Commissariat indépendant aux services en français, reconverti en une unité de l’Ombudsman, les trois chefs de parti d’opposition Marit Stiles, Bonnie Crombie et Mike Schreiner exhortent le gouvernement Ford à reconsidérer sa position.

Le 30 avril 2019 marquait le dernier jour d’existence du Commissariat aux services en français avec à sa tête un officier indépendant relevant directement de l’Assemblée législative. Le lendemain, l’institution était reléguée au rang d’unité du Bureau de l’ombudsman.

Et depuis cinq ans, « le manque de respect de ce gouvernement à l’égard des droits linguistiques des Franco-Ontariens et de la culture francophone est plus clair que jamais », juge la néo-démocrate Marit Stiles.

Pour la cheffe de l’opposition officielle, il n’y a pas de hasard entre le manque d’accès aux soins de santé ou à la justice en français et le passage du commissariat sous la coupe de l’ombudsman. Ce sont des « impacts de la réduction du poste de commissaire imposée par Ford ».

Marit Stiles, cheffe de l’opposition officielle de l’Ontario. Archives ONFR

Actée dans la mise à jour financière de novembre 2018, sa dissolution s’est décidée en même temps que celle du Commissariat à l’environnement et du Bureau de l’intervenant en faveur des enfants, ainsi que l’abandon du projet d’Université de l’Ontario français –  finalement relancé et mené à son terme. Ces compressions budgétaires du Jeudi Noir allaient alors déboucher de retentissantes manifestations.

Une période dont se souvient Mme Stiles, élue députée quelques mois auparavant. On doit « se battre pour rétablir le bureau indépendant du commissaire et s’assurer que tous les services publics de cette province soient disponibles en français lorsque vous en avez besoin », estime-t-elle.

« Un dangereux précédent », selon Mike Schreiner

Le chef du Parti vert, Mike Schreiner, tire des enseignements similaires depuis ces cinq dernières années, qualifiant la décision du gouvernement Ford de « dangereux précédent en réduisant la surveillance indépendante et en obscurcissant la transparence du gouvernement ».

Les verts militent toujours pour que ce poste retrouve ce statut perdu, qui jouait « un rôle clé dans la défense des intérêts de la communauté et dans la responsabilisation du gouvernement lorsque ses actions échouaient ».

Sous l’aile de l’ombudsman, le Commissariat poursuit sa mission de collecte de plaintes : plus d’un millier a été traité depuis le 1er mai 2019 et un pic de 386 a été atteint en 2023. Il émet également des recommandations destinées à favoriser l’équité du gouvernement et à préserver les droits des Franco-Ontariens au regard de la Loi sur les services en français (LSF).

Il a conservé le pouvoir d’enquêter de sa propre initiative, avec ou sans plainte, comme il l’a fait sur les coupures de la Laurentienne, concluant que l’Université avait manqué à ses obligations en tant qu’organisme désigné en vertu de la LSF.

« Je ramènerai le commissariat indépendant », assure Bonnie Crombie

En revanche, il a perdu son statut d’instance de premier recours, ce que ne manque pas de rappeler la garde rapprochée de Bonnie Crombie.

La cheffe libérale en fait un enjeu électoral : « Je ramènerai le commissariat indépendant aux services en français lorsque je serai élue première ministre », promet-elle avec assurance.

Bonnie Crombie, cheffe du Parti libéral de l’Ontario. Crédit image : Sandra Padovani

« Doug Ford continue de réduire le financement et les services aux communautés francophones, malgré l’importance de soutenir la langue française pour les Franco-Ontariens, y compris les nombreuses communautés immigrantes francophones qui font partie intégrante de l’identité et de la communauté franco-ontarienne. »

« La position et le rôle du commissaire aux services en français, y compris le mandat de surveiller et de rendre compte de la prestation des services en français, sont demeurés inchangés sous l’autorité de l’ombudsman », affirme au contraire Andrea Chiappetta, directeur des communications de la ministre des Affaires francophones et présidente du Conseil du Trésor, Caroline Mulroney.

« Le commissaire continue d’avoir le pouvoir d’enquêter de sa propre initiative et de faire des recommandations pour améliorer la prestation des services en français », dit-il, rappelant que le Bureau de l’Ombudsman de l’Ontario est lui-même indépendant du gouvernement et des partis politiques.

Dans le Bureau de l’ombudsman, « l’ombre de l’influence »?

Le Commissariat a changé deux fois de commissaire en cinq ans. Après François Boileau, en poste de 2007 à 2019 (devenu ombudsman des contribuables), se sont succédé Kelly Burke, partie abruptement en 2023, puis Carl Bouchard, titularisé cette même année, à la suite d’une période d’intérim.

Un commissaire indépendant représente « la solution idéale », continue de croire Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), mais « on continue entre-temps à fonctionner avec le modèle qu’on a actuellement. Il faut souligner que Kelly Burke et Carl Bouchard ont fait de l’excellent travail ».

Toutefois, le fait que le commissaire soit associé au Bureau de l’ombudsman laisse planer « l’ombre de l’influence », nuance le patron de l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens. Si on veut lever tout doute, il faut revenir au modèle précédent, milite-t-il auprès des partis politiques.

Après des mois de chaos, le gouvernement dissout le conseil municipal de Black River-Matheson

BLACK RIVER-MATHESON – Le ministre des Affaires municipales et du logement a pris la décision de dissoudre l’entièreté du conseil municipal de Black River-Matheson après des mois de conflits entre les élus. Une élection partielle aura lieu prochainement pour combler l’ensemble des postes du conseil du canton situé sur la route 11.

Le 9 avril dernier, Paul Calandra, ministre des Affaires municipales et du logement, avait signalé à la municipalité son intention de dissoudre le conseil si le quorum n’était pas atteint d’ici le 26 avril. 

L’absence répétée et délibérée de trois conseillers sur les six qui composent le conseil depuis le 27 février a eu pour conséquence que la tenue de la séance municipale n’a pas pu se faire, faute de quorum.

Le ministre des Affaires municipales et du Logement Paul Calandra. Crédit image : Jackson Ho

« L’absence aux réunions a un impact sur la prise de décision et nuit aux résidents », a déclaré M. Calandra dans une lettre envoyée au membre du conseil municipal ce lundi après-midi.

Ainsi, et citant les dispositions de la Loi municipale de 1996, celui-ci a signifié la dissolution du conseil effective immédiatement et la tenue d’une élection prochaine à venir dans le canton de 2500 habitants.

Kathy Horgan, responsable des gouvernements locaux et du logement pour le bureau régional du Nord du ministère, a été désignée pour exercer de façon intérimaire les fonctions du conseil.

« Je compte nommer une autre personne qui s’occupera des fonctions et obligations du conseil », écrit le ministre Calandra qui précise que la personne nommée sera en place jusqu’à ce que l’élection partielle soit terminée.

Tous les membres du conseil municipal du canton, abritant 23 % de francophones, à l’exception de Dave Dyment, avaient été élus par acclamation en 2022.

De gauche à droite, le maire Doug Bender, les conseillers, Keith Neil, Dave Dyment, Steven Campsal, Louise Gadoury, Chantal Rondeau et Allana Schmidt. Source : Municipalité de Black River-Matheson

Conflit de travail et chaos 

En arrière-plan, il y a ce conflit de travail opposant les employés syndiqués de la municipalité depuis octobre 2023, qui réclamaient de meilleures conditions salariales. Après des comportements jugés menaçants par le Canton, un avis d’interdiction dans les bâtiments municipaux avait été émis contre les grévistes. 

Le syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) avait alors demandé un contrôle judiciaire de la conduite du Canton, alléguant qu’elle violait les règlements. 

Entre-temps, le Canton a embauché un enquêteur pour déterminer si les membres du syndicat avaient un comportement menaçant et nuisible.

Plus tôt ce mois-ci, un accord avait finalement été atteint, mais celui-ci a été retardé lorsque la ville a refusé d’abandonner des poursuites judiciaires et de ne pas exercer de représailles sur le personnel pour leur conduite pendant la grève.

Des grévistes de la SCFP à Black River-Matheson. Source : SCFP

La municipalité demande maintenant à la Commission des relations de travail de l’Ontario d’ordonner aux deux parties de signer l’entente.

En parallèle, la hausse prévue de 34 % des taxes municipales sans consultation publique avait contribué à accentuer la scission au sein du conseil municipal.

« Il est temps que les gens de cette ville obtiennent les services et la représentation que nous méritons tous »
— Serge Bouchard

Deux conseillers, Kim Druer et Keith Neal, avaient posé leur démission, respectivement, en août 2023 et février dernier. 

Trois autres conseillers, Dave Dyment, Steve Campsall et Louise Gadoury avaient annoncé ne plus avoir l’intention de se rendre au conseil, dans un communiqué de presse paru le 18 mars dernier. Ils disaient alors que le conseil et le personnel ne travaillaient pas dans l’intérêt de leurs contribuables.

Des réactions positives de la communauté

« Nous ne savons pas encore ce que cela signifie pour nous, mais c’est le premier signe positif que nous voyons depuis un certain temps », a déclaré Serge Bouchard, président de la section locale 1490 du SCFP, qui représente 14 travailleurs municipaux.

« C’est remarquable que nous en soyons arrivés là, mais nous accueillons favorablement la décision de la province et les prochaines élections municipales. Il est temps que les gens de cette ville obtiennent les services et la représentation que nous méritons tous », a-t-il laissé savoir.

Canton situé dans le district de Cochrane, Black River-Matheson regroupe Holtyre, Matheson, Ramore, Shillington, Val Gagné et Wavell. Source : Municipalité de Black River-Matheson

Les réactions n’ont pas tardé à affluer sur les réseaux sociaux, avec plus d’une centaine de commentaires célèbrant ce que les internautes considèrent comme une victoire pour la collectivité.

« Bonne nouvelle, tout ce travail acharné a porté fruit! Maintenant, il faut que les bonnes personnes soient au pouvoir pour remettre la ville sur la bonne voie », pouvait-on lire dans un commentaire de Linda Germain.

« Ce n’est peut-être que la deuxième fois que cela se produit en Ontario. Ça solidifie le concept d’une communauté qui se rassemble et de leaders prêts à parler pour réparer un tort », se réjouit de son côté Robert McKnight.

La communauté théâtrale franco-ontarienne se souvient de Lise L. Roy

OTTAWA – L’actrice et femme de théâtre franco-ontarienne Lise L. Roy est décédée le 17 avril dernier. Elle avait 69 ans. C’est sa sœur, Joëlle Roy, qui en a fait l’annonce sur ses réseaux sociaux au cours de la fin de semaine.

Lise L. Roy est décédée à l’hôpital Montfort, « après une longue maladie et beaucoup trop de souffrance », selon le message de Joëlle Roy.

Cette dernière est aussi très impliquée dans la communauté artistique franco-ontarienne, étant notamment directrice de la Meute culturelle de Lafontaine. Joëlle Roy souligne la fierté franco-ontarienne présente dans la famille, précisant que sa sœur s’est impliquée auprès de nombreux organismes et dans différentes disciplines, comme le clown ou la marionnette. Lise L. Roy a notamment publié chez Théâtre Action l’ouvrage La marionnette, c’est pas bébé lala.

Outre ses passions artistiques, « elle a étudié et pratiqué la médecine douce. Suivi d’une longue période d’animation culturelle à la grandeur de l’Ontario. Puis la fonction publique, du petit comptoir jusqu’au bureau du ministre. Le voyage était sa passion des dernières décennies », peut-on lire dans la publication.

À l’origine de la Vieille 17

Lise L. Roy est notamment connue pour avoir co-fondé le Théâtre de la Vieille 17 aux côtés de Jean Marc Dalpé, Roch Castonguay, Robert Bellefeuille et André Sarazin. Elle était de la distribution de la pièce phare de la Vieille 17, Les murs de nos villages, en 1979.

Joint au téléphone, Robert Bellefeuille a raconté les débuts de la compagnie, alors que ses camarades et lui cherchaient quelqu’un qui était prêt à s’investir dans le projet. « On avait besoin de quelqu’un qui pouvait improviser, faire du travail technique aussi, au niveau des décors et des accessoires. » Le comédien explique qu’à cette époque, ils devaient tout faire, de l’écriture à la vente du spectacle, incluant la fabrication et le montage du décor.

Lise L. Roy « était quelqu’un qui avait beaucoup d’énergie, et qui était très agréable. Quand je pense à Lise, je pense à son rire », témoigne Robert Bellefeuille. Les murs de nos villages était une pièce de 2 h 30, jouée à quatre acteurs qui campaient une vingtaine de personnages chacun. La polyvalence était de mise là aussi. « Elle était vraiment libre pour pouvoir passer d’un personnage à l’autre. Elle aimait le théâtre et avait envie d’embarquer dans cette aventure. »

Hommages dans la francophonie ontarienne

Lise L. Roy s’est impliquée auprès de nombreuses institutions et organismes du monde théâtral franco-ontarien, et nombre d’entre eux lui ont rendu hommage sur les réseaux sociaux.

Geneviève Pineault, actuelle directrice artistique et générale du Théâtre de la Vieille 17, s’est dite attristée par le décès de l’une des co-fondatrices de l’organisme. Même son de cloche du côté du Théâtre du Nouvel-Ontario, où elle a également œuvré.

Théâtre Action a publié un message pour saluer l’implication ce cette « actrice clé lors des années fondatrices » de l’organisme. « Elle a laissé une empreinte indélébile dans le milieu théâtral et culturel franco-ontarien. »

L’homme de théâtre et professeur à l’Université d’Ottawa Joël Beddows a écrit que « sa contribution à la culture franco-ontarienne était immense ».

L’ancienne présidente et fondatrice de La Nouvelle scène Gilles Desjardins, Ethel Côté, a mentionné que Lise L. Roy « était une femme d’exception. J’ai vraiment apprécié la côtoyer pendant quelques années ».

Soccer : Vanessa Gilles en finale de la Ligue des champions

PARIS – La défenseuse franco-ontarienne et l’Olympique lyonnais, ont décroché ce dimanche leur qualification pour la finale de la Ligue des champions féminine, en disposant du Paris Saint-Germain sur le score de 2-1, lors de la demi-finale retour au Parc des Princes.

Vanessa Gilles se rapproche un peu plus de l’un de ses objectifs de carrière, celui de remporter la plus grande compétition de clubs au monde. C’était le but lorsqu’en 2022 elle a rejoint l’Olympique lyonnais, l’équipe dominante en Europe dans le soccer féminin. L’OL disputera, en effet, la onzième finale de son histoire dans la compétition, la défenseuse ottavienne sa première.

La Franco-Ontarienne et ses coéquipières avaient raté le coche l’année dernière, avec une élimination en quart de finale face au club londonien de Chelsea (2-2 en cumulé, 4-3 aux tirs au but). Pour sa première participation à la compétition, c’était une grande déception pour Vanessa Gilles. 

Cette année, le stade des quarts de finale a été facilement franchi, avec un score cumulé de 6-2 face au Benfica Lisbonne de l’internationale canadienne Marie-Yasmine Alidou. Lorsque Lyon atteint les demies, le bilan est sans appel avec 100 % de victoire. En dix participations à ce niveau de la compétition, le club s’est qualifié autant de fois pour la finale.

Une demi-finale disputée

Pourtant, cette dixième qualification n’a pas été simple à décrocher. Les joueuses de Sonia Bompastor ont dû, en effet, remonter deux buts de retard signés Marie-Antoinette Katoto (44e et 48e) lors du match aller à Lyon. Poussées par 40 000 partisans au stade Groupama, les Lyonnaises ont marqué trois buts dans les 10 dernières minutes (Diani 80e, Dumornay 84e, Majri 86e).

C’est donc avec une dynamique en leur faveur que Vanessa Gilles et ses coéquipières ont abordé le match retour. Profitant de cet élan de la fin du match aller, et ce malgré les absences de leurs deux meilleures attaquantes Le Sommer et Hegerberg, elles ont rapidement ouvert le score par Selma Bacha à la 3e minute.

L’égalisation parisienne à la 41e par Tabitha Chawinga n’a pas fait trembler la maîtrise lyonnaise symbolisée par le duo Gilles-Renard, l’une des défenses centrales les plus performantes au monde. Melchie Dumornay, avec un but à la 81e minute, a mis fin aux minces espoirs de retour parisiens, validant la victoire sur le score de 2-1 et la qualification. 

L’Olympique lyonnais retrouvera en finale le FC Barcelone, qui évoluera quasiment à domicile puisque la rencontre aura lieu au stade San Mamés de Bilbao en Espagne, le samedi 25 mai à 18 h.

Par ailleurs, les Lyonnaises sont toujours en tête du championnat national avec 11 points d’avance sur le PSG. Les Fenottes, comme on les surnomme, ont donc l’occasion, en cas de doublé coupe d’Europe championnat, de remporter leur 17e titre de championnes de France et surtout leur neuvième Ligue des champions. Deux belles lignes à ajouter au palmarès de Vanessa Gilles à côté du titre de championne olympique avec le Canada en 2020.

Le directeur général de la Place des Arts de Sudbury quitte son poste

SUDBURY – Le directeur général de la Place des Arts du Grand Sudbury (PDA), Jean-Gilles Pelletier, a donné sa démission, deux ans jour pour jour après l’ouverture de l’édifice. L’organisme annonçait des difficultés financières depuis l’ouverture et travaillait sur un nouveau plan d’affaires.

C’est dans une correspondance envoyée aux employés de la PDA que René Lapierre, président du conseil d’administration, a annoncé la nouvelle lundi matin et l’a confirmée à ONFR dans un message texte.

Celui qui est aussi conseiller municipal du Grand Sudbury a indiqué que le conseil d’administration a accepté la démission de M. Pelletier, qui date du samedi 27 avril. Le processus de sélection pour la nouvelle direction générale sera annoncé sous peu, toujours d’après les informations de la lettre dont ONFR a obtenu copie.

« Au nom du conseil d’administration, je souhaite le remercier pour ses contributions depuis avril 2022 et lui souhaiter du succès dans ses projets futurs », a écrit M. Lapierre dans le courriel.

Pas d’explications

Aucune raison n’est donnée sur le motif de son départ ni sur la date de fin de son mandat. M. Lapierre a fait savoir que plus de précisions arriveront dans les prochains jours.

Jean-Gilles Pelletier avait donné une entrevue à ONFR vendredi après-midi, dans laquelle il évoquait le déficit budgétaire important de l’organisme. Il confiait alors avoir espoir de voir la situation s’arranger après la mise sur pied du nouveau plan d’affaires, en décembre prochain.

« C’est le début d’un processus qui va se répéter souvent parce que je pense que ça ne sera pas le premier départ ou la première fermeture »
— Fabien Hébert

Contacté pour avoir plus de détails sur sa démission, Jean-Gilles Pelletier n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.

Symptôme du sous-financement

Selon Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), le déficit important à la PDA serait lié au départ du directeur général : « C’est certainement un symptôme du malaise qui existe au niveau du financement des organisations culturelles francophones. »

Il va même jusqu’à dire que « ce qui se passe à la Place des arts est un symptôme du sous-financement des organismes culturels francophones ».

Fabien Hébert rappelle que l’AFO avait émis une demande pour un octroi de financement supplémentaire à la PDA en vue du budget 2024. Archives ONFR

« C’est le début d’un processus qui va se répéter souvent parce que je pense que ça ne sera pas le premier départ ou la première fermeture », termine-t-il.

Ancien directeur général de l’Association des traducteurs et interprètes de l’Ontario et de la Société Santé en français, M. Pelletier a également occupé les fonctions de directeur général du Commissariat aux services en français, avant son élimination sous sa forme indépendante et son transfert sous le bureau de l’ombudsman.

Il avait été nommé directeur général de la Place des Arts quelques jours seulement avant son inauguration officielle, le 18 avril 2022.

Deux ans après son ouverture, la Place des Arts est loin de la rentabilité financière

SUDBURY – Il y a deux ans, la Place des Arts du Grand Sudbury (PDA) ouvrait ses portes après un combat acharné de 14 années mené par la communauté francophone du Nord. Malgré de bons coups, aujourd’hui, c’est à une autre bataille que se livre l’organisme du centre-ville, celle de la rentabilité financière.

Deux ans après son ouverture, la PDA, ce sont 310 événements, plus de 19 000 billets vendus, et 30 000 spectateurs séduits. Derrière ces chiffres s’en cachent d’autres, qui témoignent de la quête encore inachevée de l’organisme vers l’équilibre budgétaire.

« La situation fait en sorte qu’on a encore un manque à gagner important au niveau du fonctionnement », constate Jean-Gilles Pelletier, directeur général de la PDA, en entrevue avec ONFR.

Jean-Gilles Pelletier pose ses valises dans le Nord avec pour mission de faire rayonner la culture. Crédit image: Simon Lefranc
Jean-Gilles Pelletier est confiant que le déficit ne perdurera pas dans les prochaines années. Archives ONFR

À l’origine, les trois paliers de gouvernement devaient chacun fournir annuellement 260 000 $ pour le fonctionnement de base de la PDA. Aujourd’hui, ce sont 260 000 $ du municipal, 125 000 $ de Patrimoine Canada, et 75 000 $ du Conseil des arts de l’Ontario que l’organisme dit recevoir, soit 320 000 $ de moins que prévu.

Les frais d’opération sont estimés à 425 000 $, ce qui comprend l’électricité, le chauffage et les taxes, un montant plus élevé que les projections budgétaires initiales pré-COVID, selon M. Pelletier.

À ceux-ci s’ajoutent 450 000 $ par année pour les services de base comme les salaires des employés, celui d’une agence de développement avec laquelle l’organisme fait affaire, les frais des services et ceux de la comptabilité.

500 000 $ de sous-financement

En outre, les centres d’entreprises comme la location de salles, la vente de services traiteurs, la billetterie, la vente de services techniques et le restaurant bistrot sont encore loin de constituer une source de profits.

En tout, ce sont donc entre 415 000 $ et 500 000 $ qui manquent à la PDA pour arriver à un équilibre annuel, confie M. Pelletier.

C’est normal qu’un organisme qu’on met debout ait plusieurs périodes d’ajustement dans l’évolution et le développement. »
— Pierre-Paul Mongeon

Selon Pierre-Paul Mongeon, ex-directeur général de La Nuit sur l’étang, la situation à la PDA est celle que rencontrent tous les organismes qui débutent. Il cite en exemple de grandes institutions comme le Centre national des arts (CNA) à Ottawa ou le Musée canadien de l’Histoire à Gatineau, qui ont pris selon lui une dizaine d’années pour être vraiment sur les rails.

Il ajoute tout de même que « souvent, on nous compare avec des organismes au Québec ou d’Ottawa. Il faut comprendre qu’on est différent. On est issu d’une communauté francophone minoritaire. Nous n’avons pas la même masse critique ».

La construction de la Place des Arts a duré plus de trois ans. Source : Place des Arts.

Des défis externes nuisent également au rayonnement de la PDA selon Geneviève Leblanc, directrice générale du Salon du livre du Grand Sudbury. Elle cite la crise des opioïdes au centre-ville, le manque de logements, la pandémie, l’inflation ou encore la perte des étudiants et professeurs francophones après la crise à la Laurentienne.

Des ajustements en cours de route

« On ne peut pas charger ce qu’on voudrait en termes de prix pour la location de salles ou pour les services traiteurs, le marché à Sudbury a des limites », explique Jean-Gilles Pelletier.

Il précise cependant que les services traiteurs et le bistrot ne sont aujourd’hui plus déficitaires, contrairement à la première année, et ce notamment après avoir revu à la baisse le nombre d’options sur le menu et avoir revu les heures d’ouverture.

Avant que sa carte ne soit revisitée, le bistrot enregistrait des pertes allant de 20 000 $ à 30 000 $ par mois. Source : Place des Arts

« Au-delà de ça, ce ne sont pas les centres d’entreprise de la PDA qui arrivent à financer les frais d’opération. » Le directeur général indique être en train de développer de nouveaux services pour des événements spéciaux, plus rentables, comme des petites conférences dont la taille est plus adaptée à la PDA. 

D’ailleurs, le Centre franco-ontarien de folklore (CFOF), l’un des organismes fondateurs, a reçu l’an dernier le congrès de l’organisme Conteurs du Canada, « une très bonne expérience de tous les côtés » selon le directeur général du CFOF, Patrick Breton.

Le bâtiment de la PDA a été l’un des 10 lauréats de 2024 des Prix d’excellence en design de l’Association des architectes de l’Ontario, et a remporté deux prix lors de la 16e édition des Grands Prix du Design en 2023. Source : Place des Arts

Nouveau plan d’affaires

La PDA entreprend la réalisation d’un nouveau plan d’affaires, pour lequel l’organisme a reçu 125 000 $ du gouvernement fédéral et dont les recommandations devraient être présentées à la fin décembre.

« Nos rencontres indiquent que la PDA devrait se doter d’un nouveau mandat pancanadien axé sur des activités et services intersectorielles », rapporte M. Pelletier. Le directeur général a bon espoir que ces nouvelles activités permettront de glaner près de 300 000 $ de plus de la part des deux paliers gouvernementaux pour financer les opérations l’an prochain.

La ville du Grand Sudbury prévoit plus de stationnement au centre-ville avec le projet de construction d’un nouvel aréna communautaire. Archives ONFR

En plus de demander du financement supplémentaire aux bailleurs de fonds, il estime nécessaire un mécanisme de levée de fonds perpétuel. La phase silencieuse d’une campagne de financement a d’ailleurs été lancée et vise à réunir 1,8 million de dollars d’ici trois ans.

Quant à la possibilité d’ouvrir la PDA la fin de semaine, Jean-Gilles Pelletier affirme : « Pour l’instant c’est comme ça parce que ça coûterait cher d’avoir du personnel juste pour la garder ouverte alors qu’il n’y a pas de programmation à l’intérieur. » 

Les défis et atouts du centre-ville 

La localisation de la Place des Arts avait été pensée afin de mettre la francophonie au cœur de la ville, mais aussi pour contribuer à revitaliser le centre-ville.

« Ça va être un travail de longue haleine. Il y a des mordus de culture. Il y en a d’autres qui ne la voient pas. »

S’il reste encore à séduire un public néophyte, la PDA compte déjà des fidèles et de nombreux bénévoles qui ne comptent pas les heures passées dans l’antre de la culture franco-ontarienne. 

« Lors de la levée de fonds, j’ai acheté un siège que j’ai dédié à mon fils, l’auteur-compositeur-interprète Stef Paquette. Un peu plus tard, il a fait la même chose en m’offrant un siège comme cadeau de fête. Comment ne pas se sentir chez nous quand deux fauteuils personnalisés nous attendent? », se réjouit Germaine Paquette, bénévole de la PDA. 

Depuis la pandémie, le nombre de personnes fréquentant le centre-ville a nettement chuté. Crédit image :  Léo Duquette

La Ville de Sudbury est, d’ailleurs, en train de développer un projet pour l’installation d’un carrefour culturel au sein de l’hôtel de ville, en plus de la construction d’un nouvel aréna au sud du centre-ville.  Jean-Gilles Pelletier ne craint pas la compétition. « C’est fantastique, on a besoin d’un effort commun pour ramener les gens au centre-ville. » 

Des bons coups 

Selon le directeur général, ces deux premières années ont montré que la Place des Arts a satisfait les attentes et s’est démarquée comme lieu culturel rassembleur. 

« Si l’on pense sérieusement à tout ce qui s’est passé à la PDA dans les deux dernières années, c’est vraiment extraordinaire. »
— Jean-Gilles Pelletier

On peut penser à la tenue, quelques jours seulement après l’inauguration de la PDA, du dixième Salon du livre du Grand Sudbury. « On avait à peine déballé nos boîtes, mais ça s’est très bien passé, le public était au rendez-vous », se rappelle Geneviève Leblanc.

La cinquantième Nuit sur l’étang a réuni de grands noms de la musique franco-ontarienne du Nord tels que le groupe En Bref. Crédit image : Inès Rebei

Outre les sept membres fondateurs, plus de 30 organisations, associations, clubs et institutions ont loué des salles et tenu des événements à la PDA.

Des ententes de location annuelle ont aussi été établies avec sept partenaires externes, dont la Sudbury Symphony Orchestra, le CTV Christmas Children Telethon, Jazz Sudbury, Northern Lights Festival et Happiness is dancing.

Parmi les réussites, on compte les spectacles à guichets fermés de Gregory Charles et de Bruno Pelletier, dont les places se sont envolées en l’espace de quelques heures, mais aussi un concert de l’Orchestre symphonique qui a joué le requiem de Mozart avec une centaine de musiciens sur scène.

« Les gens arrivaient en limousine, en avant le tapis rouge avec des robes de gala, des smokings, c’était malade », se rappelle M. Pelletier au sujet du Gala d’ouverture du Festival Boréal. 

La librairie-boutique est le fruit d’une collaboration entre les Éditions Prise de parole, le Carrefour francophone de Sudbury, le Salon du livre du Grand Sudbury et la Place des Arts. Crédit image : Inès Rebei

Autre succès, l’ouverture de la très attendue librairie-boutique, officiellement inaugurée le 26 janvier dernier après plus d’un an de recherche pour la direction générale. Bien que les données sur la vente de livres ne soient pas encore disponibles, la directrice générale Monica Meza Giron confie que les données de fréquentation montrent un intérêt croissant pour l’établissement.

Pour le mois de février, la librairie-boutique a enregistré 271 visites, contre 376 pour le mois de mars et 458 visites en date du jeudi 25 avril pour le même mois. 

« Ce n’est pas juste une place pour faire des activités culturelles, c’est une place qui répond à un besoin social. »

Selon elle, les journées sont très occupées et la nouvelle de l’ouverture de la librairie Panache continue d’attirer des curieux.

Une meilleure collaboration interne

Depuis que les sept organismes fondateurs se sont retrouvés sous le même toit, la collaboration est devenue plus facile. 

« On avait l’habitude de travailler ensemble depuis trente ans, mais c’est sûr que ça facilite la chose qu’on soit tous sous le même toit et qu’on ait accès aux mêmes installations », constate Geneviève Leblanc.

De gauche à droite, Jean-Gilles Pelletier, Geneviève Leblanc, Marie-Eve Proulx (directrice artistique du TNO), Marc Serré (député fédéral de Nickel Belt) et Pierre-Paul Mongeon. Source : Place des Arts

En témoignent le partage de l’espace de la Galerie du Nouvel Ontario (GNO) pour la Foire du livre, ou encore les soirées jeux de société organisées par la librairie Panache, qui ont lieu au bistrot. Monica Meza Giron souligne : « Ce ne sont pas les soirées où l’on vend le plus de livres, mais ce sont celles où les gens restent le plus longtemps et s’en vont en disant : c’est quand le prochain? »

Un autre exemple est le passage du musicien et conteur Thomas Hellman au festival Les Vieux m’ont conté, en octobre dernier. Le spectacle était présenté par La Slague, en collaboration avec le CFOF et le Salon du livre. 

« Thomas Hellman, c’est des contes grecs avec de la musique moderne. Ça rentre dans la ligne directement », raconte Patrick Breton.

Selon Patrick Breton, il y a cinq ou six fois plus de gens qui passent devant le CFOF depuis que l’organisme est situé au centre-ville. Crédit image : Rachel Crustin

Pas juste pour les francophones

« La programmation de la Place des Arts est marquée par une ouverture à l’Autre – les communautés franco et anglo-canadiennes ou racisées, issues des Premiers Peuples, de la diversité de genre, et ce, sans distinction de statut social », peut-on lire sur le site de la PDA. 

« C’est important de faire en sorte qu’on soit disponible et ouvert à tout le monde, pas juste la communauté francophone. »
— Jean-Gilles Pelletier

« On n’a jamais été fermés. Les gens ont l’idée que c’est juste pour les francophones, parce qu’on n’avait pas d’endroit rassembleur pour les francophones », lance Patrick Breton.

« C’est aussi important maintenant que ça va l’être dans le futur, on n’a pas changé de vision », ajoute Jean-Gilles Pelletier. Si recruter du personnel bilingue reste un défi important, il s’agit d’un critère de premier plan, rassure-t-il.

Monica Meza Giron aimerait voir plus de participation au Club de lecture. Crédit image : Inès Rebei

Même constat à la librairie-boutique, où de plus en plus de personnes ne parlant pas français franchissent les portes : « Il y en a vraiment beaucoup qui viennent pour apprendre et pratiquer leur français, ce n’est pas juste des francophones. »

« Mes amis anglophones adorent la PDA. Je fais du bénévolat lors des activités anglophones et les gens nous remercient de l’accueil chaleureux », raconte de son côté Germaine Paquette.

Paul A. Gauthier, qui vient une fois par mois pour assister aux spectacles du Théâtre du Nouvel Ontario (TNO) confie : « J’emmène, de temps à autre, des amis qui sont franco-friendly. Ils adorent venir voir ce que nous offrons comme variétés de spectacles. »

Interdiction du vapotage et restriction des téléphones à l’école dès septembre 2024

NORTH YORK – Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce annonce des mesures drastiques pour améliorer la santé des élèves et éliminer les distractions à l’apprentissage en classe : restriction de l’usage des cellulaires et interdiction du vapotage dans les écoles, dès la rentrée scolaire de septembre 2024. Pour Parents partenaires en éducation (PPE), une uniformisation et une officialisation de ce que des conseils scolaires francophones mettaient déjà en pratique.

Parmi les arguments avancés : contrer la hausse alarmante du vapotage et de l’utilisation des cellulaires, source de distraction dans les salles de classe, pour protéger les étudiants des perturbations à l’apprentissage. Une décision qui fait suite à « l’entente avec tous les syndicats d’enseignants ».

« Plus d’un tiers des élèves du secondaire passe plus de cinq heures par jour devant un écran », a souligné Natalie Pierre, l’adjointe parlementaire au ministre de l’Éducation, mentionnant également les risques de dépression, d’isolement de leurs pairs et de harcèlement en ligne qui y sont associés.

Concernant le vapotage, il serait plus prévalent chez les jeunes, selon une étude de Statistique Canada de 2022 démontrant que plus d’un cinquième des adolescents de 15 à 17 ans ayant déclaré utiliser un produit de vapotage les 30 jours précédents.

Le ministre de l’Éducation de déclarer : « Notre gouvernement met en place la politique la plus rigoureuse du Canada pour s’attaquer à ce problème en limitant l’utilisation des cellulaires pendant les heures de classe et en interdisant le vapotage dans toutes les écoles. En ce qui concerne les cellulaires, notre politique est « loin des yeux, loin du cœur », car nous voulons ramener les élèves aux éléments fondamentaux en restaurant la concentration, la sécurité et le bon sens dans les écoles de l’Ontario. »

Dans les faits, les enfants de la maternelle jusqu’à la 6e année seront tenus de ranger leur cellulaire et de le mettre en mode silencieux et les élèves de la 7e à la 12e année ne seront simplement pas autorisés à utiliser leur cellulaire pendant la classe.

Cette mesure s’accompagne d’une interdiction de l’accès aux médias sociaux depuis les ordinateurs et tablettes des établissements scolaires. En outre, les bulletins scolaires feront mention du niveau de distraction de chaque élève en classe et les enseignants recevront une formation relative adéquate.

Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce lors de l’annonce de ce dimanche matin à North York, avec les adjoints parlementaires au ministre de l’Éducation : à sa gauche, Natalie Pierre, députée de Burlington, et, à sa droite, Billy Pang, député de Markham-Unionville. Source : Gouvernement de l’Ontario

Les conseils scolaires francophones « avant-gardistes » selon PPE

Selon Paul Baril, le président de Parents partenaires en éducation (PPE), il s’agit cette fois d’une officialisation et d’une uniformisation pour tous les conseils scolaires à l’échelle de la province.

« En 2017 et 2019, ces règles avaient déjà été avancées et suggérées aux conseils scolaires quant à leur application, laissée entre leurs mains. Ce qu’on s’aperçoit aujourd’hui, c’est qu’il semblerait que la plupart des conseils scolaires anglophones n’aient jusqu’à présent pas pris en compte ces recommandations du ministère, tandis que les écoles francophones avaient déjà mis en place des règles plus sévères sur l’usage du téléphone et de la vapoteuse », explique celui-ci.

Côté francophone, nous sommes toujours un peu plus avant-gardistes sur ces questions.
— Paul Baril, PPE

« Côté francophone, nous sommes toujours un peu plus avant-gardistes sur ces questions, d’où peut-être une corrélation à faire avec les meilleurs résultats scolaires des conseils scolaires francophones. Le bannissement des réseaux sociaux de type Facebook avec le réseau wifi de l’école était par exemple déjà en place. »

Si celui-ci déplore une absence de consultation avec les parents francophones en amont, il se réjouit de ces nouvelles positives pour l’apprentissage et la santé des enfants et des jeunes avec une certaine flexibilité : « Pour les téléphones portables, il s’agit d’une interdiction dans les salles de classe seulement et pas d’une interdiction draconienne », conclut-il.

De nouveaux investissements pour l’application des mesures

Le ministre de l’Éducation a indiqué que ces changements, qui s’inscrivent dans le plan de retour aux fondamentaux en éducation, induiront des investissements, précisant que des panneaux bilingues sur ces nouvelles règles seraient placardés dans les écoles.

Une enveloppe conséquente de 30 millions de dollars du budget 2024 permettra l’installation de détecteurs de fumée de vapoteuses, notamment dans les toilettes, et d’autres dispositifs tels que des caméras pour améliorer la sécurité dans les écoles.

Une technologie de pointe coûteuse selon M. Baril, qui agit « comme une alarme à feu informatisée, qui détecte le bruit et la chaleur et prévient l’usage d’une cigarette électronique dans l’enceinte de l’établissement scolaire ».

Des initiatives de soutien en santé mentale sont également prévues, dont une enveloppe de 15 millions de dollars dédiée à l’aide aux élèves à risque de développer des comportements de dépendance.

Un budget de 1 million de dollars permettra d’établir un partenariat avec Santé mentale en milieu scolaire Ontario pour créer des ressources sur les effets néfastes du vapotage et de l’utilisation excessive des cellulaires, ainsi que de 1,5 million de dollars pour permettre aux comités de participation des parents et aux élèves de lancer des campagnes locales de prévention.

Une lettre explicative sera envoyée aux parents dès ce lundi, a également précisé Stephen Lecce lors de la conférence de presse.

Lynne Dupuis, l’entrepreneure qui a toujours une solution… et une tasse de café

SUDBURY – Après avoir remporté le Prix entrepreneur de l’année au Gala Améthyste en 2023, c’est celui de la Soirée Saphir de la Fondation franco-ontarienne (FFO) que Lynne Dupuis a ramené chez elle samedi dernier. La Sudburoise d’origine et propriétaire de l’entreprise LMDSolutions, a mis son expertise des gouvernances et politiques au service de très nombreux organismes francophones du Nord depuis près de 25 ans. 

« Vous avez été la seule personne du Nord à recevoir un prix samedi dernier à la Soirée Saphir, que représente ce prix pour vous?

Tout d’abord, être en nomination avec des gens de l’Est, c’est très gratifiant. À un niveau provincial aussi, faire reconnaître ses capacités, ses compétences, son entreprise, c’est valorisant tout comme le fait d’être reconnu parmi ses pairs. Et pour moi, être la seule lauréate du nord de l’Ontario, ça en dit grand sur le besoin d’avoir plus de représentation, non seulement des entrepreneurs, mais entrepreneures. Il en va de même pour la reconnaissance du Gala Améthyste.

Qu’est-ce qui vous a poussée à devenir entrepreneure justement?

J’ai commencé mon entreprise en 2012 parce que je sentais que faire du 9 à 5 n’était pas pour moi. Et donc j’avais des compétences et des capacités que je voulais mettre à profit pour plusieurs organismes et pas seulement pour un seul poste. Je voulais aussi faire plus de travail communautaire sur des conseils d’administration. Je voulais me donner ce temps-là pour faire du développement communautaire et aussi être là pour ma famille et nos projets. En développant ma propre compagnie, je pouvais ainsi faire des sélections de contrats.

Lynne Dupuis interviewée par la maîtresse de cérémonie du Gala Améthyste en 2023, Mélanye Boissonnault, journaliste et animatrice de Radio-Canada. Crédit image : Koura Ndiaye

Y a-t-il un message que vous aimeriez faire passer aux femmes entrepreneures du Nord?

Je pense qu’on ne doit pas avoir peur de se lancer et que plus on sera représentées, plus ça facilitera la création de réseaux, le partage des connaissances et le fait de se retrouver avec des gens qui nous ressemblent. Donc pour moi, c’est important de saisir toutes les occasions et les opportunités qui se présentent pour, non seulement, faire valoir mon entreprise et qui je suis, mais vraiment pour faire valoir le fait qu’on peut être tout ça à la fois, entrepreneures, femmes, francophones.

Il y a beaucoup d’enjeux avec chacune de ces identités, mais on doit prendre notre place. Je me suis donné la mission de faire valoriser plus de femmes dans les prochaines années, et ça comprend le fait d’encourager la soumission de nominations.

Lynne Dupuis se voit remettre une reconnaissance pour ses implications bénévoles en 2019 par la députée de Nickel Belt France Gélinas. Gracieuseté

Quels sont, selon vous, les plus grands défis quand on est entrepreneur dans le Nord?

Les défis dans le Nord, je dirais que c’est le manque de reconnaissance du talent de ses consultants, ce qui a pour conséquence qu’on se tourne vers le Sud ou l’Est pour trouver ces ressources. Parce qu’il y a selon moi un plus grand bassin et plus d’expérience, des portfolios potentiellement plus étoffés.

Mais nous, on a des compétences et des connaissances du nord de l’Ontario, de nos localités et on devrait être capable de les mettre à profit pour le bien-être des projets locaux, de nos communautés nordiques. On me dit souvent que c’est un critère qui est déterminant dans la sélection de mon entreprise et je suis fière de travailler dans le nord de l’Ontario. 

Lynne Dupuis appuyant le conseil d’administration du Downtown Sudbury en planification stratégique en 2018. Gracieuseté

Vous avez une entreprise qui offre du conseil en gouvernance et on sait que les organismes communautaires francophones sont en difficulté. Quels constats tirez-vous à ce sujet? 

C’est vrai que les organismes à but lucratif et non lucratif francophones vivent de grands défis à cause d’un manque de ressources humaines. Les bénévoles sont difficiles à recruter. C’est vraiment important qu’il y ait plus de clarté autour de la gouvernance, des opérations, des capacités organisationnelles, des planifications stratégiques et des outils de ces organismes. C’est important pour s’assurer que les ressources, les bénévoles et même les bailleurs de fonds soient en mesure de s’engager auprès de ces organismes.

On a besoin de démontrer des résultats pour aller chercher plus d’argent et des gens qui auront confiance en l’organisme. Je reçois beaucoup d’appels de personnes en crise qui n’ont pas de plan stratégique et/ou avec un manque substantiel de ressources humaines. Et quand on commence à faire le diagnostic, on se rend compte que ces défis-là peuvent être réglés avec des structures plus solides et des politiques fortes.

LMDSolutions reçoit un chèque de 5000 $ suite à un programme avec la Regional Business Centre. Gracieuseté

Concernant votre rôle au Comité de gouvernance et Comité d’audit d’Horizon Santé Nord, que retenez-vous de cette expérience au sein du plus important centre hospitalier du Nord?

J’ai à peu près 25 ans d’expérience en conseil d’administration, ayant siégé au sein de plusieurs, mais celui de l’hôpital Horizon Santé Nord, c’était vraiment un point culminant pour moi. Être à l’hôpital avec des leaders régionaux comme ça c’était vraiment un niveau au-dessus.

Trouvez-vous qu’il y a eu des améliorations au niveau des services en français?

Quand j’étais sur le comité de gouvernance, on a mis en place des procédures pour impliquer les francophones. Depuis septembre, je fais partie du comité des services en français et je vois une amélioration. C’est le fruit d’un travail de dix ans de travail envers la désignation, les services, les politiques et procédures qui se manifeste aujourd’hui à travers un comité qui est actif et donne des résultats concrets. Je pense que HSN est dans la bonne direction pour faire les changements nécessaires pour mieux desservir les francophones. 

Lynne Dupuis alors membre du conseil d’administration de HSN aux côtés de l’ex-président du CA Daniel Giroux et de l’ancien président-directeur général Dominic Giroux. Gracieuseté

Vous avez été directrice des opérations à la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO). Qu’est-ce que cela vous a appris sur les enjeux de vieillissement pour les francophones en milieu minoritaire? 

Il y a beaucoup d’enjeux, beaucoup de conscientisation à faire et de mécanismes contre l’âgisme à développer. J’étais sur un comité national pour combattre l’âgisme et avec lequel on essayait d’aller appuyer les groupes minoritaires et qui sont moins desservis, comme les LGBTQ+ et les immigrants. Ça m’a vraiment ouvert les yeux au fait qu’il y a de grands besoins et qu’il y a des gens actifs sur le terrain qui veulent bien vivre leur dernière étape de vie. Pendant trois ans, j’ai pu observer tout le côté gouvernemental, mais aussi être sur le terrain avec des personnes âgées et avec des gens qui font une différence.

En 2019, celle qui était présidente du conseil d’administration du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury (CSCGS) a remis le Prix d’excellence de l’équité en santé à Lise Sénécal, Directrice générale de l’Association des jeunes de la rue. Gracieuseté

Vous avez été membre et présidente du conseil d’administration du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury pendant six ans. Avez-vous un accomplissement dont vous êtes fière?

On fait beaucoup pour la communauté francophone au Centre de santé communautaire. Je pense qu’on a travaillé des dossiers importants comme l’immigration, l’alphabétisation, les sans-abris. Pendant mon temps au centre, on a eu des leaders importants autour de la table au niveau de la diversité. C’est à ce moment-là qu’a été incorporé tout le côté diversité et équité au sein de nos pratiques de gouvernance. C’est donc un excellent accomplissement que j’en retiens.

Quels sont vos objectifs professionnels après tous ces engagements?

Je suis contente de dire que je suis à la recherche d’un CA sur lequel je veux siéger. Je veux me lancer plutôt sur des CA économiques, ou axés sur l’entrepreneuriat. Il y a des organismes que je suis en train d’évaluer en ce moment pour savoir où m’orienter. Mais sinon, je veux continuer à développer mon entreprise qui compte maintenant cinq employés. L’objectif est vraiment de stabiliser LMDSolutions et être en mesure d’offrir de meilleurs services pour les clients. Nous développons aussi notre nouveau modèle qui sert de cadre pour aider à diagnostiquer et à trouver des solutions pour le réengagement envers les organismes.

Lynne Dupuis jouant dans la pièce de théâtre La Cantatrice chauve du Théâtre du Nouvel Ontario (Sudbury) aux côtés de Raphaël Robitaille en 2014. Gracieuseté

Votre mari est le musicien Édouard Landry et vos fils sont eux aussi dans le milieu artistique. Quel est votre lien aux arts?

Je fais du théâtre communautaire. J’ai participé à quatre pièces du Théâtre du Nouvel Ontario. C’est un défi, mais aussi un grand plaisir et je trouve que c’est aussi très utile, par exemple en animation de groupe et en animation de groupe de planification stratégique, d’avoir un aspect théâtral et oral. J’aime beaucoup ça.

De gauche à droite, Mathieu et Simon, ses fils, puis Lynne Dupuis et Édouard Landry, en studio lors de l’enregistrement de l’album de son époux. Gracieuseté

Pouvez-vous nous confier une chose que les gens ne savent pas sur Lynne Dupuis?

J’ai développé un café qui est vendu à la brûlerie Old Rock Coffee. Pour l’anecdote, en 2017 j’ai lancé un défi sur les réseaux sociaux. J’ai demandé aux gens d’arrêter de faire des gros défis de santé physique et de prendre un petit moment dans la journée pour se reposer autour d’un bon café. J’ai commencé à poster une photo avec ma tasse de café un samedi avec un petit message motivant et les gens ont tout de suite embarqué et suivi la tendance, à ma grande surprise. Depuis, je le fais tous les jours sans exception.

Puis, il y a six ans, j’ai fait un rebranding de ma compagnie, et je me suis dit que, puisque les gens me connaissent comme la fille à tasse de café, je pourrais jouer avec ça. J’ai créé une tasse sur laquelle est écrit ‘’La Solution c’est le café’’, ce qui est un clin d’œil au nom de mon entreprise. Par la suite, j’ai décidé de contacter le Old Rock Coffee en leur disant que j’aimerais beaucoup créer un café avec eux et ils étaient tout de suite partants. Ils m’ont envoyé des échantillons que j’ai testés à l’aveugle et avec lesquels j’ai goûté et fait goûter le café à mon entourage. Le café que j’ai composé s’appelle le Wake up call. C’est un café corsé de torréfaction française. Depuis, le café est très apprécié et vendu à travers leur site et aussi le mien. »

Après une forte demande, Lynne Dupuis a fait traduire sa tasse en français. Gracieuseté

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1978 : Naissance à Sudbury, Ontario.

2012 : Création de son entreprise LMDSolutions.

2019 : Elle devient vice-présidente du Comité de gouvernance et membre du Comité de vérification de Horizon Santé Nord (HSN).

2023 : Elle remporte le Prix coup de cœur de l’année et le Prix femme entrepreneure à l’occasion du Gala Améthyste de la Société économique de l’Ontario (SÉO).

2024 : Le Prix entrepreneure de l’année de la Fondation franco-ontarienne lui est attribué pendant la Soirée Saphir.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Les femmes, les langues et la colonisation

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

Assia Djebar est l’une des autrices les plus connues dans le monde arabe. Quand elle a commencé à écrire et à être publiée, son pays natal, l’Algérie, était encore occupé par la France. Elle sera même expulsée de la prestigieuse école normale en France (réintégrée des années plus tard suivant les instructions du Général de Gaulle) pour avoir participé à des grèves étudiantes en signe de solidarité avec les événements meurtriers qui ont secoué l’Algérie lors de la guerre d’indépendance. 

L’œuvre d’Assia Djebar sera tout le long imprégnée de personnages féminins forts, revendicateurs, intelligents et courageux. Dans son livre, Les enfants du nouveau monde, publié en 1962, elle juxtapose les portraits féminins entre la traditionnelle et la moderne, entre la libérale et la conservatrice, entre l’éduquée et l’analphabète, sans toutefois créer l’impression d’une exclusion ou d’une supériorité quelconque de l’une sur l’autre.

Cette diversité de personnages ne fait que rajouter aux complexités de cette société qui souffre et se rebiffe contre le colonisateur et ses armées violentes. « Dans chaque maison où vivent ordinairement quatre à cinq familles se trouve toujours une femme, jeune, vieille, peu importe, qui prend la direction du chœur : exclamations, soupirs, silences gémissants quand la montagne saigne. »

Et la montagne ici représente le maquis. Cet endroit où tous les hommes (avec quelques femmes) indigènes se cachent avec leurs armes pour défendre leur patrie et attaquer les militaires. 

Dans Les enfants du nouveau monde, les femmes algériennes sont des amantes, des sœurs, des mères, des épouses, qui prennent des risques qu’elles n’ont jamais pris avant la guerre. Celle qui ne s’est jamais aventurée dans les ruelles de sa ville le fera pour sauver son mari. Celle qui voulait partir et hésitait jusque-là prendra son envol. Même la vieille à qui on disait de ne pas s’allonger dans la petite cour intérieure pendant la journée, de peur d’être touchée par les éclats d’obus, sera justement frappée et succombera à ses blessures.

Certains ont vu dans les premiers livres de l’écrivaine une obsession, et comment ne pas en faire preuve, avec le colonisateur, et une certaine nonchalance vis-à-vis du patriarcat ambiant qui suffoque les femmes.

Assia Djebar n’a pas donné raison à ces critiques et, plus tard, dans ses livres, elle n’a pas eu froid aux yeux en parlant de ces hommes qui autrefois ont pris le maquis et qui après l’indépendance se sont opposés à la libération de ces mêmes femmes, au nom des traditions ou au nom de la religion, qui étaient un jour leur complice dans la lutte pour l’indépendance.

L’occupation des terres comme fil conducteur

Adania Shibli est une autrice palestinienne qui vit entre Berlin et Jérusalem. Son roman, Un détail mineur, un petit livre qui se lit en quelques jours, a semé la controverse lors du dernier Salon du livre de Francfort quand ses organisateurs ont annulé un prix LiBeraturpreis, supposé être offert à Adania Shibli en évoquant l’attaque du 7 octobre 2023 de Hamas contre Israël.

Dans son livre, Adania Shibli raconte deux histoires qui semblent de prime abord séparées par un espace temporel mais dont le fil conducteur reste l’occupation israélienne des terres palestiniennes. Cela commence en 1949 avec un viol collectif  (serait-ce ici une métaphore de la confiscation des terres par l’armée) d’une jeune fille bédouine du Néguev par des militaires israéliens, puis tuée et enterrée dans le désert.

En 2003, le journal Haaretz révèle ce crime. C’est cet article sur l’incident, décrit presque comme une banalité, qui déclenche la seconde partie du roman narrée par une Palestinienne d’aujourd’hui, recherchiste, obsédée par ce « détail mineur » de l’incident : le fait qu’il se soit produit 25 ans jour pour jour avant sa naissance.

La jeune recherchiste entreprend un voyage en voiture pour retrouver le lieu du crime qui s’est passé 70 auparavant. Le passé hante le présent. Le crime qui n’a jamais été puni. Il vit avec les Palestiniens jours et nuits, les suit dans tous leurs mouvements, même quand ils conduisent, quand ils mangent et qu’ils font les gestes les plus anodins de leur quotidien. C’est tout le sentiment qui s’empare de nous en lisant ce livre à la fois simple et minutieux.

Contrairement à Assia Djebar qui écrit en français (à part quelques films en arabe), Adania Shibli écrit en arabe, une langue qu’elle qualifie de « sorcière » et qui l’empêcherait d’écrire dans d’autres langues qu’elle maîtrise, pourtant.

C’est en français, langue du colon, et en innu, sa langue maternelle, que Joséphine Bacon, poète innue originaire de Pessamit, a choisi d’écrire son recueil Un thé dans la toundra / Nipishapui nete mushuat, publié en 2013.

Elle écrit comment un jour elle s’est rappelé les paroles de Mishta-Napeu, celui qui était appelé Grand Homme par sa communauté, lui avoir dit « Si un jour tu vas à la toundra, tu sentiras que la Terre te porte. » Et tout de suite après Bacon qui décrit le moment où elle regarde la toundra pour la première fois « C’était vrai. Je voyais l’horizon tout autour. Il n’y avait plus de murs, comme si j’étais dans l’espace, suspendue dans le temps. »

Un peu comme des retrouvailles entre une mère et son enfant dont elle a été séparée depuis la naissance. Ce sentiment de liberté qui se recrée immédiatement dans l’espace vaste en l’absence de repères. Ces repères qui accaparent et accablent notre monde « moderne » avec des adresses, des parcs, des édifices sans lesquels nous risquons fort de nous perdre.

Ce sont ces repères qui ont été imposés aux Innus quand ils ont vu les colons s’installer sur leur territoire, leur confisquer leur nomadité, leur imposer des repères qui leur ont fait perdre ce vaste territoire en cachant l’horizon et en oubliant presque leurs origines. 

Un thé dans la toundra / Nipishapui nete mushuat est un hymne à ce territoire rempli de caribous et de rivières qui guident le nomade et maintiennent la mémoire collective vivante et éternelle.

Chacune à leur manière, Assia Djebar, Adania Shibli et Joséphine Bacon protègent précieusement leur communauté, les amènent délicatement vers nous et dénoncent parfois par des cris et parfois par des chuchotements les injustices de la colonisation et de l’occupation des terres.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Soins palliatifs francophones à Ottawa : « C’est grandiose, ça fait très longtemps qu’on travaille pour ça. »

[ENTREVUE EXPRESS]

Lynne Thévenaz est directrice des services francophones à la Maison de soins palliatifs d’Ottawa.

La Maison de l’Est inaugure son service résidentiel pour les gens en fin de vie. Huit nouveaux lits seront disponibles dans quelques semaines, probablement à la fin mai, pour accueillir des patients francophones.

Le manque de services en français se fait particulièrement ressentir en fin de vie, en milieu linguistique minoritaire. La maison veut offrir des services en français représentant la diversité de la population francophone et est actuellement en recrutement de bénévoles et de personnel qualifié.

«  Rappelez-nous le projet. Qu’est-ce qu’on inaugure exactement aujourd’hui?

Aujourd’hui, on inaugure la Maison de l’Est et, plus spécifiquement, des lits de fin de vie. On y avait déjà le volet communautaire depuis 2016. Ce sont des patients dans la communauté, qui peuvent venir une fois par semaine pour faire un programme de jour. C’est une journée pour que ces gens qui ont une maladie incurable puissent sortir de la maison, rencontrer d’autres personnes, faire des activités. S’ils ne se sentent pas bien ou trop fatigués, ils peuvent aussi faire une sieste, juste relaxer, mais au moins ça leur permet de sortir. Et ça permet aussi à l’aidant naturel d’avoir une journée pour se reposer. On a aussi un programme de bénévoles qui vont faire des visites à domicile.

Exemple d’une chambre à la Maison de l’Est, qui offrira des soins palliatifs pour la communauté francophone. Crédit image : Rachel Crustin

Maintenant, on ajoute le volet de lits résidentiels, où les résidents vont habiter 24 heures sur 24, en fin de vie. Ce sont souvent des gens qui sont venus à nos programmes de jour, avec qui on a déjà eu une interaction, ils ont donc des points de repère.

Nous avons déjà deux sites d’ouverts, May Court dans le Glebe et Ruddy-Shenkman à Kanata, mais ce sont des maisons anglophones. Ce qui est spécifique à la Maison de l’Est, c’est que c’est un site qui est dédié aux francophones.

À quels besoins cette nouvelle offre vient-elle répondre?

On sait combien c’est important, surtout en fin de vie, de pouvoir parler sa langue natale. Des fois, les gens sont un peu plus confus, plus malades, donc c’est important de pouvoir échanger dans leur langue principale. C’est grandiose, ça fait très longtemps qu’on travaille pour ça.

La communauté francophone d’Ottawa est diversifiée. On est très près du Québec, donc on peut avoir des francophones du Québec, mais aussi des Autochtones, des Africains, des Haïtiens, etc. Ce qu’on aimerait, c’est de faire en sorte que ce soit une maison chaleureuse et inclusive pour tous les francophones. Nous voulons être culturellement appropriés pour tous, par exemple au niveau des rites, être inclusifs par rapport à ce que les usagers souhaitent en fin de vie.

Lynne Thévenaz est directrice des services francophones à la Maison de soins palliatifs d’Ottawa. Gracieuseté

Avez-vous de la diversité dans les membres de votre équipe, afin de répondre adéquatement à ces demandes?

Oui, on est dans le processus d’engager des gens et ça fait partie de ce qu’on recherche. On a besoin, évidemment, d’un certain niveau professionnel et d’avoir des gens bilingues. C’est un enjeu, car le bassin de francophones est réduit, mais on a plein de partenaires comme l’Hôpital Montfort et des équipes de santé familiale.

Justement, est-ce un choix stratégique de vous établir tout près de l’Hôpital Montfort?

Pas forcément. C’est un avantage, mais on cherchait surtout à être dans l’Est, car il y a beaucoup de francophones. La résidence Cité Parkway est également en partie francophone.

L’une des chambres est munie d’un lit double, afin de permettre, par exemple, à un proche aidant de dormir avec sa conjointe malade. Crédit image : Rachel Crustin

Éventuellement, on aimerait avoir notre petite maison à nous, comme dans nos deux autres sites. Pour l’instant, c’est un partenariat avec Cité Parkway. Ils avaient l’espace, alors ils nous ont proposé de louer un étage. Ça réduit les coûts, ce qui est bien, car nous ne sommes pas complètement subventionnés. C’est aussi la raison pour laquelle on doit aussi aller chercher des dons. C’est aussi bien d’être ici, car on pourrait aller recruter certains bénévoles parmi les résidents de Cité Parkway.

Qu’est-ce que les lits, comme tels, ont de particulier?

Ici, ce n’est pas comme dans un milieu hospitalier. C’est vraiment une maison. Les proches peuvent rester 24 h sur 24 s’ils le désirent. On a des lits à la fine pointe de la technologie. On sait que les gens sont de plus en plus grands, donc on a la possibilité d’agrandir les lits en fonction des besoins. On a aussi un lit double, qui peut servir par exemple à une personne obèse, ou alors à un couple, si le conjoint proche aidant veut dormir avec la personne malade.

Vous offrez aussi des services d’accompagnement aux familles. De quoi s’agit-il?

Quand les patients décèdent, les proches aidants peuvent suivre un programme de deuil. Encore une fois, ici, ça se passera en français.

La salle de séjour permet d’offrir des services de jour, mais offre aussi un lieu de rassemblement pour les familles. Crédit image : Rachel Crustin

Le programme de jour est une fois par semaine mais, autrement, les familles pourront aussi utiliser notre grande salle de séjour, prendre un café, parler avec d’autres familles de ce qu’elles vivent. On a aussi un programme aux aidants naturels qui aura lieu une fois par semaine et qui est ouvert à la communauté.

Vous avez un financement pour deux années. Que va-t-il se passer après?

La demande de financement et le lobbying se passent en continu. Espérons que les fonds continuent et augmentent. C’est bien, car le gouvernement ontarien a quand même annoncé que des fonds ont été donnés. C’est excellent. Mais il faut toujours faire en sorte que ça continue, spécialement pour les services aux francophones.

Ce qu’il faut savoir maintenant, c’est qu’on a besoin des fonds pour fonctionner. On a besoin de dons, car le gouvernement ne subventionne pas à 100 %. On a aussi besoin de personnel bilingue et de bénévoles. Les clients, eux, sont là. On n’a pas besoin de les recruter, mais il faut qu’ils sachent que ce service existe. C’est le message qu’on veut passer : on a maintenant la possibilité d’offrir des soins palliatifs à la communauté francophone.  Toutes les informations sont sur notre nouveau site web. »

L’aventure africaine d’un entraineur franco-ontarien de basket vire au cauchemar

L’entraîneur de l’Université Wilfrid-Laurier de Waterloo, Justin Serresse, pensait vivre sa première à la tête d’une équipe professionnelle avec Bangui SC dans la Ligue africaine de basket-ball (BAL), mais l’expérience s’est transformée en véritable calvaire. Licencié par la direction du club, le Franco-Ontarien exprime ses préoccupations concernant la gestion du président.

Le club de la République centrafricaine est actuellement en pleine compétition dans la BAL, mais a attiré l’attention dès son arrivée au Caire le 16 avril, par l’absence de son entraîneur en chef Justin Serresse, son assistant Cavell Johnson ainsi que quatre joueurs faisant partie de l’effectif initial. 

Des « problèmes financiers » auraient obligé le président Cyrille Damango à se séparer de six membres importants de son équipe (un joueur a été convaincu par la suite de revenir), selon Justin Serresse, qu’ONFR a contacté.

Ce dernier revient sur ses cinq semaines à la tête de l’équipe qui ont été loin de se dérouler comme il l’imaginait et ce, dès le premier jour. 

« Il y avait tout de même eu des choses alarmantes. Déjà au départ, lorsque j’avais pris l’avion, on m’avait dans un premier temps retenu à l’aéroport car le billet n’avait pas été payé », se rappelle-t-il.

« Quand je suis arrivé à Amsterdam, j’ai dû aussi changer d’hôtel. Nous sommes allés dans un hôtel sans garantie de paiement. La personne qui a été engagée par Cyrille Damango pour s’occuper de tout ce qui était logistique a dû régler ça et a, au final, été remerciée après avoir eu à gérer beaucoup de crises. »

Des crises qui, la majorité du temps, avaient un rapport avec l’argent, d’après le témoignage de Justin Serresse. L’équipe était en préparation à Kigali, au Rwanda. Après les deux premières semaines d’entraînement, un premier changement d’hôtel a dû se faire en raison d’impayés. Ce sont ensuite les joueurs, arrivant au compte-gouttes tout au long de la préparation, qui auraient eu la mauvaise surprise de ne pas recevoir les avances promises. 

« Ensuite, cela a continué, mais l’argent n’était pas le souci en soi. Le problème, c’est qu’il essayait toujours de nous rouler dans la farine en nous disant que tout allait bien », confie le Franco-Ontarien.

Crise de confiance et « manipulation »

Cyrille Damango n’était pas sur place, selon Justin Serresse. Il gérait tout à distance et se reposait sur son entraineur en chef qui s’occupait lui-même de la communication avec la ligue. Le président aurait indiqué à son entraîneur en chef qu’il se rendrait à Kigali le 1er avril pour organiser une réunion de crise, mais il n’est venu que 15 jours plus tard. Entre-temps, la situation s’est détériorée. C’est en tout cas ce qu’affirme M. Serresse.

« Sur ces deux semaines, il a continué à mentir en envoyant des confirmations de transferts d’argent aux joueurs plus que douteuses, qui à ce jour n’ont jamais été confirmées. Tout ce qu’il a fait, c’est de la manipulation et de l’escroquerie pour pouvoir nous garder sous pression. »

« Les joueurs, le staff et moi avons petit à petit commencé à perdre confiance en lui. On n’a plus du tout cru en ce qu’il nous disait. À ce moment-là, ça a pris une dimension qui n’était pas saine. Je commençais déjà à me demander si je ne devais pas rentrer. Ce n’est pas comme ça que je travaille. »

« Pour moi, personnellement, c’était le point de non-retour »
— Justin Serresse

Toujours selon les faits relatés par M. Seresse, cela a duré jusqu’au soir du samedi 13 avril, où l’équipe devait s’envoler pour le Caire. Certains joueurs avaient donné leur passeport en guise de garantie dans l’attente du paiement de l’hôtel. Le paiement n’est jamais arrivé et le bus de l’équipe a été retenu. « Pour moi, personnellement, c’était le point de non-retour. »

L’équipe s’est finalement envolée pour l’Égypte le lundi 15 avril au soir. Mais tout le monde n’est pas parti…

« Le lundi soir, je reçois un appel une heure avant notre nouveau vol pour le Caire, me disant que Cavell, quatre joueurs et moi devions attendre à l’aéroport son arrivée. J’ai bien compris qu’on allait manquer le vol et qu’on allait être remerciés. »

Deux jours et demi d’attente dans le lobby d’un hôtel

Le président est finalement arrivé. Les choses auraient pu en rester là, avec le renvoi des six hommes le jour même. Mais après l’avoir attendu jusqu’à 3 h du matin dans le lobby de l’hôtel, Justin Serresse explique qu’il a été ignoré complètement par le dirigeant. C’est seulement deux jours plus tard, le 17 avril, que l’entraîneur a obtenu son salaire et sa lettre de fin de contrat. 

« Il nous a fait attendre deux jours et demi dans le lobby de l’hôtel, sans savoir vraiment ce qui allait se passer. Il nous a fait des menaces, il disait qu’il allait partir. J’ai dû appeler les autorités pour faire bouger un peu les choses. J’ai la chance d’avoir pas mal de relations à Kigali, donc ça lui a mis un peu la pression. »

« Il a aussi menti aux joueurs, en leur disant que c’était de ma faute s’ils étaient renvoyés, et à la ligue, en leur faisant savoir que c’était moi qui avait démissionné. C’est totalement faux. » 

Justin Serresse a été en relation avec la direction de la BAL durant tout ce temps pour la tenir informée de l’évolution de la situation sur place. Cette dernière semblait donc au courant de tout ce qui s’était passé, mais n’avait pas de pouvoir d’action sur la situation, du fait que l’affaire se déroulait en dehors du lieu de la compétition. 

« Au final, le problème n’a pas été avec la BAL, mais la direction de Bangui qui ne nous a pas respectés. Je suis venu dans l’optique d’aider le basket africain, pas pour me faire marcher dessus et manquer de respect. J’ai toujours fait preuve de professionnalisme et je pense que tout le monde respecte ça. Je suis prêt à reprendre part à un projet sérieux et professionnel en tant que coach ou assistant-coach. »

Ne pas généraliser et rester positif

L’entraîneur franco-ontarien a finalement obtenu la rémunération de ses cinq semaines de préparation avec l’équipe. Il a en revanche dû payer son billet d’avion pour le Caire, où il a rejoint sa famille, qui avait déjà prévu de le retrouver en Égypte pour le suivre en compétition. Au lieu de ça, ils ont décidé de prendre des vacances en famille. 

Malgré cette mauvaise expérience, Justin Serresse reste positif et souhaite continuer à s’investir dans le développement du basket africain.

« Cette mésaventure ne doit pas généraliser ce qui se passe dans le basket en Afrique. Il y a des organismes tels que Giants of Africa qui œuvrent de manière totalement respectueuse. Ce qui s’est passé est le résultat du manque de professionnalisme d’une seule personne. »

ONFR a pris le temps de contacter M. Damango afin d’obtenir sa version des faits sur la situation. Néanmoins, ce dernier n’a pas souhaité s’exprimer avant la fin de la compétition.

Dans un article du média sportif américain ESPN, qui relate que le salaire de l’entraineuse Liz Mills, prédécesseure de Justin Serresse, n’a toujours pas été réglé en totalité, le président du Bangui SC indique que « les retards de paiement sont relatifs à des problèmes auxquels il fait face dans ses activités commerciales en dehors de son club de basket ».

Marathon aura une nouvelle école de langue française en 2026

MARATHON – Une nouvelle école élémentaire de langue française ouvrira ses portes en septembre 2026 à Marathon dans le Nord-Ouest de l’Ontario grâce à un financement du gouvernement provincial de près de 2,3 millions de dollars.

La nouvelle a été annoncée dans les locaux de l’École publique de Thunder Bay jeudi en présence du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, et de membres du Conseil scolaire du Grand Nord (CSGN).

« En investissant 2,3 millions de dollars dans l’École élémentaire publique de Marathon, nous ne faisons pas que construire une école, nous créons un avenir meilleur pour 95 élèves francophones de Marathon », a déclaré Kevin Holland, député de Thunder Bay-Atikokan lors d’une conférence de presse jeudi.

Partage de ressources

Ce financement permettra au CGNO de mener à bien les rénovations nécessaires pour accueillir la nouvelle école dans le bâtiment du Superior-Greenstone District School Board. Cette nouvelle école partagera donc les ressources de l’école publique anglophone Margaret Twomey.

Territoire désigné sous la Loi sur les services en français (LSF) de l’Ontario, la ville de 3100 habitants compte environ 15 % de francophones. Source : Ville de Marathon

Sébastien Fontaine, directeur de l’éducation, ajoute que « le Conseil scolaire du Grand Nord est heureux d’annoncer une nouvelle collaboration avec le Superior-Greenstone District School Board qui, depuis de nombreuses années, est un partenaire exemplaire pour le partage d’espace scolaire afin de nous permettre d’offrir une éducation publique de langue française dans nos communautés du Nord ».

Le CSGN y gère également l’École secondaire Cité-Supérieure et le Conseil scolaire de district catholique des Aurores boréales, l’autre seule école élémentaire francophone de la ville. 

Les arts engagés à l’honneur en Ontario

En plus du festival Hot Docs, qui met en lumière le cinéma documentaire, un autre festival se déroule cette semaine à Toronto, pour célébrer les travailleurs et activistes. Une artiste anciennement citoyenne est aussi de retour dans la Ville Reine, tandis qu’à Ottawa, c’est l’Acadie qui est en visite. Musique, théâtre et arts engagés sont au cœur de l’activité culturelle de la semaine en Ontario français.

L’art et le prolétariat

Le festival Mayworks inclut toute forme d’art activiste dont le sujet principal est le travail ou, plutôt, le travailleur. Des films, des expositions, des lancements de livres, des installations artistiques et des panels de discussion sont au programme de ce festival communautaire « à l’intersection de l’art, de la justice sociale et du travail ». Toutes les activités sont gratuites.

Le film Richelieu, de Pier-Philippe Chevigny, sera présenté publiquement à Toronto pour la première fois mercredi 1er mai au Innis Town Hall, pendant le festival Mayworks. Le réalisateur tourne la lentille vers les travailleurs étrangers temporaires et la façon dont ils sont exploités dans l’industrie agroalimentaire québécoise. Le film est en lice pour six prix Écrans canadiens et a déjà remporté plusieurs prix dans des festivals de Montréal, Calgary, Namur et Athènes.

La projection de Richelieu sera suivie par une discussion sur le travail migrant avec Pier-Philippe Chevigny et l’activiste Sarom Rho. 

Dans Richelieu, Ariane (Ariane Castellanos), travaille comme interprète auprès de travailleurs guatémaltèques dans une usine de transformation alimentaire. Elle se liera d’amitié avec eux et commencera à tenir tête à son patron (Marc-André Grondin). Source : Le Foyer films

Toronto, le 1er mai. Gratuit. Détails sur le site du festival Mayworks.

Nadine Valcin en vitrine

Le projet En vitrine, collaboration entre Le Labo et l’Université de l’Ontario français, tire à sa fin. L’idée était d’exposer des œuvres des artistes membres du Labo dans le foyer de l’université afin « de favoriser le partage d’expertise entre le milieu des arts et la communauté universitaire francophone ». Après avoir présenté Madi Piller et Nicole Croiset dans les derniers mois, c’est au tour de la réalisatrice Nadine Valcin de présenter son œuvre Émergence.

Le vernissage aura lieu vendredi à 17 h et l’œuvre sera sur place jusqu’au 24 mai. Cette installation vidéo créée en 2017 présente des gros plans sur des visages, tantôt encarcanés, tantôt déterminés, pour « illustrer de manière viscérale la violence imposée au corps noir et à son image dans le contexte canadien ». L’étudiante Emilie Fotsing collabore à l’exposition avec le documentaire Le regard des autres : déconstruisons les préjugés à l’ère de l’avènement des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle.

Cette image fait partie de l’installation Émergence, de Nadine Valcin. Source : Le Labo

Toronto, vernissage le 26 avril et exposition jusqu’au 24 mai. Détails sur le site du Labo.

Quand le système nous abandonne

Jusqu’à samedi, le théâtre Babs Asper du Centre national des arts (CNA) accueille la pièce documentaire produite par Porte-Parole, Rose et la machine. Inspirée de sa propre histoire familiale, Maude Laurendeau joue son propre rôle et entraîne le spectateur dans les dédales d’un système inadéquat pour répondre aux besoins de sa fille vivant avec un trouble du spectre de l’autisme.

Marraine de la vraie Rose dans la vraie vie, la comédienne Julie Le Breton incarne une quarantaine de personnages au cours de la pièce. Entre humour, colère et prouesse artistique, Rose et la machine pose des questions importantes qui trotteront certainement dans la tête des spectateurs à la sortie du théâtre. La représentation de vendredi soir sera suivie par une discussion d’après spectacle animée par Emmanuelle Gauvreau.

Il s’agit du dernier spectacle grand public de la saison du Théâtre français du CNA. La nouvelle programmation sera lancée le 9 mai. Du 1er au 4 mai, la pièce sera présentée pour la toute première fois dans sa version anglaise, Rose and the machine, dans la programmation du Théâtre anglais du CNA. Natalie Tannous et Julie Trépanier seront les interprètes de cette traduction signée Annabel Soutar.

Dans Rose et la machine, Maude Laurendeau et Julie Le Breton racontent l’histoire vraie de Rose, la fille de Maude et filleule de Julie. Crédit image : Maxime Côté

Ottawa, jusqu’au 27 avril pour la version originale en français. Détails et billets sur le site du CNA.

Quand la vague nous emporte

Du côté de La Nouvelle scène Gilles Desjardins (LNSGD), la programmation du théâtre Catapulte accueille ce samedi une pièce néo-brunswickoise intitulée Tsunami. Le spectacle raconte l’histoire d’une jeune en crise d’adolescence qui sera confrontée à l’inévitable deuil de sa mère, atteinte d’une grave maladie. En parallèle, il y a cette histoire dans le journal, plusieurs îles dans l’océan Pacifique ont été rayées de la carte par un terrible tsunami. La seule survivante est donc la dernière personne à parler sa langue et pratiquer sa culture.

Vivant son propre tsunami métaphorique, « Élodie s’accroche à cette tragédie qui lui permet de nommer ce sentiment de perte et cette avalanche de questions qui la préoccupent ». Les thèmes centraux du deuil et de l’environnement côtoient aussi ceux des communautés bilingues, des couples exogames et du passage culturel entre les générations.

Le texte de Mélanie Léger est mis en scène par Philippe Soldevila et le Théâtre Sortie de secours, et produit par le Théâtre de l’Escaouette. La pièce s’adresse à un public de 12 ans et plus.

Florence Brunet et Karène Chiasson dans Tsunami. Crédit image : Mathieu Léger

Ottawa, le 27 avril. Détails et billets sur le site de LNSGD.

Un retour à Toronto pour Mimi O’Bonsawin

L’artiste abénaquise et franco-ontarienne Mimi O’Bonsawin a quitté son logement de Toronto il y a quelques années, mais prend toujours plaisir à retourner dans la ville reine pour des projets ou des concerts. Elle sera au Burdock Music Hall ce vendredi, avec Natasha Fisher comme invitée. L’agenda de Mimi O’Bonsawin est bien rempli.

Le 10 mai prochain, l’autrice-compositrice-interprète lancera un album live tiré de sa tournée Willow. Trois jours plus tard, elle s’envolera pour la France pour quelques dates de concert. Les prochains spectacles prévus en Ontario auront lieu les 6 et 7 juin, respectivement à Uxbridge et Penetanguishene. Mimi O’Bonsawin avait lancé son tout premier album francophone, Boréale, en septembre dernier.

Après avoir lancé Boréale, son premier album en français en septembre 2023, Mimi O’Bonsawin se prépare à lancer son premier album live, Mimi O’Bonsawin – Live in Concert. Gracieuseté

Toronto, le 26 avril. Billets disponibles sur le site de la brasserie Burdock.

Place à la relève à Ottawa

La Maison de la francophonie d’Ottawa accueillera ce samedi un concert double, mettant en vedette la Franco-Ontarienne Jessy Lindsay et la chanteuse de gorge inuite, originaire du Nunavut mais basée en Ontario, Qattuu.

Jessy Lindsay donne dans l’indie-pop et explore les thèmes de l’identité queer et de l’écologie. Elle a récemment complété un baccalauréat en chant classique et composition. Qattuu est une véritable ambassadrice internationale de la culture inuite, elle qui a déjà chanté entre autres en France, en Belgique et aux Philippines. Une vente d’art franco-queer et autochtone aura lieu avant le spectacle.

Jessy Lindsay au gala des prix Bernard Grandmaître, en mars 2024. En plus de sa propre création artistique, la jeune artiste est très impliquée dans le milieu musical franco-ottavien. Crédit image : Rachel Crustin

Ottawa, le 27 avril. Détails et billets sur la page Facebook de l’événement.

Du country en français

L’artiste gatinois Phil G. Smith sera de passage au Pavillon Bonnie Glen d’Alexandria ce samedi. Il s’agit du dernier spectacle de la saison artistique du Centre culturel Les trois p’tits points. Phil G. Smith fait du country à l’américaine, mais en français avec des références résolument québécoises (et gatinoises, clin d’œil à la défunte institution Les Brasseurs du temps). Celui qui a deux albums à son actif a déjà remporté le prix Étoiles Stingray au Festival Western de Saint-Tite, en plus de nominations au Gala Country et au Gala de l’ADISQ.

Phil G. Smith a deux albums à son actif, On fait du country (2019) et On est encore là (2022). Crédit image : Olivier Savoie Campeau

Alexandria, le 27 avril. Billets sur la plateforme Le point de vente.

Un service de taxi va enfin desservir Hearst

HEARST – Un chauffeur de taxi de Timmins originaire de l’Inde a entamé des procédures afin d’opérer en tant que taxi dans la ville de Hearst. Le service devrait débuter aux alentours de la mi-mai dans la ville du Nord qui n’avait plus de taxi depuis le départ du dernier chauffeur en 2022.

« Je suis vraiment excité, c’est incroyable de voir autant de réactions positives », confie Karanjit Singh après avoir vu plus d’une centaine de personnes se réjouir de la nouvelle dans une publication sur Facebook évoquant le retour possible d’un taxi à Hearst. « Je vérifie mon téléphone toutes les 5 minutes et ça ne s’arrête pas, c’est impressionnant. »

« On s’est fait approcher souvent à travers le temps, par des personnes qui se questionnent et sont intéressées, mais c’est vraiment le premier qui a l’air à vouloir foncer, donc on est très excités », estime Éric Picard, administrateur en chef à la corporation de Hearst. Le Franco-Ontarien déclare avoir eu des discussions avec Uber dans le passé, mais la multinationale américaine a décidé de ne pas se lancer à Hearst où la rentabilité serait minime.

Le jeune homme opère déjà un taxi à Timmins et lorsqu’il a entendu qu’il n’y avait aucun taxi à Hearst, il a tout de suite senti une occasion d’étendre ses activités. Des démarches ont déjà été entreprises depuis plus d’un mois et demi auprès de la ville.

« Ils m’ont dit les taux qu’ils avaient il y a 10 ou 15 ans et ceux-ci étaient vraiment bas par rapport aux tarifs d’aujourd’hui alors je leur ai demandé de les revoir et ils ont accepté », explique M. Singh, qui invoque la hausse des frais d’essence et d’assurances.

« Je vais essayer d’apprendre le français, au moins pour les conversations de base. »
— Karanjit Singh

Le conseil municipal de Hearst a voté une résolution, le 9 avril dernier, pour augmenter les tarifs du service de taxi pour la première fois depuis 2014. La modification du règlement augmente les frais de taxi initiaux à 5 $, et chaque kilomètre supplémentaire à 2,50 $. Des tarifs similaires sont pratiqués dans les villes voisines de Kapuskasing et de Timmins.

Apprendre le français

Conscient qu’il va déménager dans une ville où la langue française est parlée par la majorité des habitants, celui qui est anglophone répond : « Je vais essayer d’apprendre le français, au moins pour les conversations de base. »

« C’est important que les clients se sentent bien alors j’espère que je saurai parler un minimum avant de commencer là-bas », continue M. Singh, qui a d’ailleurs nommé son entreprise « Hearst Taxi » afin d’avoir un nom bilingue.

Le jeune homme, qui est installé à Timmins depuis trois ans, ajoute qu’il a déjà appris un peu de cri afin de communiquer avec les membres des Premières Nations locales.

L’offre de taxi pourrait séduire les nombreux étudiants non véhiculés de la ville, surtout en hiver. Crédit image : Inès Rebei

Après avoir poursuivi des études en administration des affaires à Montréal, celui qui est originaire de la région du Kashmir s’est dirigé vers Timmins, 41 000 habitants, et maintenant Hearst, 5000 âmes, car il souhaitait s’éloigner des grands centres. 

« Je viens d’un petit village, alors c’est l’atmosphère qui me convient. Je suis content d’aller dans une plus petite ville que Timmins », lâche-t-il.

Trouver un logement

Karanjit Singh a prévu de visiter Hearst d’ici deux semaines afin de faire inspecter son véhicule, et recherche présentement une option pour se loger. 

Il dit avoir un ami capable de le loger temporairement à son arrivée, mais n’a pas encore trouvé de logement à long terme.

Il fait néanmoins savoir qu’il est, en ce moment, en discussion avec une personne qui l’a contacté après avoir vu un commentaire dans lequel il disait être en recherche active d’appartement.

Celui qui espère obtenir rapidement sa résidence permanente ajoute qu’il compte visiter tous les commerces afin de proposer ses services, notamment pour les personnes non motorisées qui auraient besoin d’un taxi pour transporter leur épicerie.

« Il ne me reste qu’à obtenir un permis d’exploitation pour la ville de Hearst et la vérification de mes antécédents auprès des services policiers pour pouvoir commencer à exercer », conclut le jeune homme qui compte embaucher un chauffeur pour continuer à opérer son taxi de Timmins.

Une entreprise d’Hawkesbury remporte le Prix du commerce Ontario-Québec en francophonie

TORONTO – Lors du Forum franco-ontarien des affaires de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA), organisé ce jeudi au Globe and Mail Centre, deux entreprises lauréates, l’une franco-ontarienne, Escouade multimédia, et l’autre québécoise, Interprétation signes et paroles (ISEP), ont été récompensées du Prix du commerce Ontario-Québec en francophonie, symbole des échanges économiques interprovinces.

Le Prix du commerce Ontario-Québec en francophonie, dont c’est la troisième édition, est organisé conjointement par la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) et récompense chaque année deux entreprises francophones qui participent au renforcement des échanges entre l’Ontario et le Québec.

L’entreprise récipiendaire côté Ontario, Escouade multimédia, se spécialise depuis 20 ans dans la production multimédia, les expériences d’apprentissage et les évènements en ligne avec une grande expertise en éducation.

Sur scène, le PDG Stéphane Hunter explique choisir de travailler en français pour les activités, basées à 50 % en Ontario et à 50 % au Québec : « Je suis tellement fier de pouvoir travailler en français dans le domaine de la production vidéo multimédia presque unilingue anglophone. »

Côté Québec, Interprétation signes et paroles (ISEP) est un chef de file dans le domaine de l’interprétation en langue des signes avec pour focus l’amélioration de l’accès pour les personnes sourdes et malentendantes sans barrière linguistique.

Chantal Léonard, la propriétaire, directrice du développement organisationnel et interprète professionnelle a quant à elle exprimé sa gratitude d’être entourée d’entrepreneurs à succès francophones de chaque côté de la frontière.

Chantal Léonard et Michael Sirois de la société québécoise Interprétation signes et paroles (ISEP) ont reçu un chèque de 10 000 $. Crédit image : Sandra Padovani

Les deux entreprises lauréates ont chacune reçu un prix de 10 000 $ pour soutenir leur développement.

« Le développement de nos marchés respectifs, la promotion du commerce interprovincial et l’innovation, ne sont que quelques-unes des avancées découlant de la collaboration entre nos deux provinces. Je félicite chaleureusement les lauréats 2024 », a déclaré un peu plus tôt en matinée Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones de l’Ontario, en appuie à cette remise de prix.

« C’est une grande fierté pour nous de pouvoir souligner et valoriser l’innovation et la résilience de nos entreprises locales qui sont le cœur de la vitalité économique de la francophonie en Ontario. Notre prix illustre la force des liens entre le Québec et l’Ontario et témoigne de l’impact positif de la collaboration au sein de notre communauté francophone », a quant à lui  réagi Dominic Mailloux, président de la FGA.

La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, au Forum franco-ontarien des affaires. Crédit image : Sandra Padovani

« En célébrant l’excellence de nos entreprises, nous mettons en lumière l’importance de ces échanges pour le dynamisme économique et la vitalité de la francophonie à travers le Canada. Félicitations à tous les participants et lauréats pour leur contribution à cette belle histoire de collaboration et de prospérité partagée! », a conclu via communiqué Charles Milliard, président-directeur général de la FCCQ.

Tout au long de la journée, le Forum a fait place aux thématiques de la foresterie, des mines, du commerce international mais aussi de la pénurie de main-d’œuvre et des atouts du bilinguisme dans le monde des affaires.

Le festival Hot Docs débute sur fond de controverse

TORONTO – Le plus grand festival du documentaire en Amérique du Nord, le Hot Docs, se déroule cette année du 25 avril au 5 mai. Mais outre la programmation, c’est surtout les querelles internes qui retiennent l’attention du public et des médias pour cette 31e édition. Après des démissions en bloc et un appel à l’aide pour plus de financement, il n’est pas clair si l’organisme sans but lucratif poursuivra son événement phare l’an prochain.

En mars dernier, le directeur artistique du festival Hot Docs, Hussain Currimbhoy a démissionné pour des « raisons personnelles », selon l’organisme. Une dizaine de programmateurs ont aussi quitté le navire. Le 26 mars 2024, ces derniers ont publié un communiqué commun dans lequel ils affirment avoir agi indépendamment des autres membres du personnel.

« Programmer Hot Docs est un travail d’amour : un amour à la fois pour les films et pour leurs créateurs, et pour le processus de sélection », peut-on lire dans la déclaration. Les ex-employés affirment ne pas avoir été en mesure de poursuivre leurs tâches, à cause d’un envenimement de leur environnement de travail.

« Nous devions travailler dans un environnement en perpétuel changement, chaotique, non professionnel et discriminatoire. »
— Lettre commune des 10 programmateurs démissionnaires

La missive accuse l’organisation de manquer de respect envers le protocole et la communication d’entreprise, de faire taire les voix des membres de l’équipe, et de rupture de contrats dans divers programmes. Les deux parties auraient tenté de s’entendre, mais le point de non-retour se serait produit lorsque Hot Docs aurait refusé d’être transparent avec le public, tel que demandé par ses programmateurs, selon eux.

« Pour qu’un événement de classe mondiale comme Hot Docs reste pertinent et prospère, l’équipe de la programmation croit qu’elle doit être tenue responsable » de ses décisions. Les dix signataires concluent en rappelant qu’ils soutiennent tous les films de la programmation et tous les documentaristes qui s’efforcent de dire la vérité face au pouvoir.

Des soucis financiers

Avant même les démissions mentionnées ci-haut, la présidente de Hot Docs, Marie Nelson, avait abordé publiquement les enjeux financiers de l’organisme. Selon elle, les effets de la pandémie se font toujours ressentir. En plus d’une pause forcée du festival, revenu en 2023, le cinéma Ted Rogers Hot Docs, premier et plus grand cinéma dédié au documentaire au monde, a dû fermer ses portes pendant deux ans.

L’Américaine Marie Nelson a été embauchée à la présidence de Hot Docs, il y a moins d’un an.
Source : page Facebook du Hot Docs Canadian International Documentary Festival

L’organisme à but non lucratif peinerait à se remettre de cette période. Ses dirigeants demandent une aide financière supplémentaire de la part des trois paliers de gouvernement. Les espoirs étaient permis lors du dépôt du budget fédéral, mais Hot Docs en est ressorti bredouille. Cependant, le Festival international du film de Toronto (TIFF) a obtenu 23 millions de dollars sur trois ans.

Par voie de communiqué, les dirigeants de Hot Docs ont réagi en affirmant que « le gouvernement fédéral a choisi des gagnants et des perdants dans le paysage culturel canadien ». L’organisme rappelle ses craintes que la 31e édition du festival, qui commence aujourd’hui, ne soit la dernière.

Dans une entrevue accordée au Globe and Mail, Nicholas de Pencier, qui est membre du conseil d’administration, précise : « C’est un gouvernement qui a déclaré la guerre à la désinformation et lancé nombre d’initiatives pour soutenir le journalisme basé sur les faits. Bien sûr, il est immensément important de financer des institutions artistiques comme le festival Shaw et nos frères et sœurs du TIFF. Mais ce que fait Hot Docs est en lien direct avec cet objectif. »

Des différends politiques?

ONFR a tenté de joindre les 10 programmateurs démissionnaires. Ceux qui ont répondu à nos messages ont refusé nos demandes d’entrevue et nous ont redirigés vers leur déclaration commune citée ci-haut. Les dirigeants de Hot Docs ont également refusé notre demande d’entrevue, évoquant un manque de temps.

Certaines rumeurs sur les réseaux sociaux mentionnent que des différences de vue sur la guerre entre Israël et le Hamas pourraient être à l’origine des démissions.

Un autre irritant serait l’embauche de Marie Nelson en juin 2023. Cette dernière est une Américaine toujours basée à Washington. Certains craignent que la pertinence de présenter des œuvres canadiennes en souffre, et dénoncent les coûts de ses déplacements entre les capitales américaine et ontarienne.

Mais les problèmes d’environnement toxique remonteraient à bien avant son embauche et avant même la pandémie.

La programmation du festival Hot Docs comprend quelques documentaires en français. La réalisatrice culturelle Joanne Belluco en propose une sélection sur la page Instagram d’ONFR. Crédit image : ONFR

Le 31e festival Hot Docs se déroule à Toronto du 25 avril au 5 mai. En plus du festival et du cinéma Ted Rogers, l’organisme est responsable de programmes de développement professionnel, d’un fond de production et de projections gratuites dans les écoles, à travers le programme Docs for School. Hot Docs emploie un peu moins d’une cinquantaine de personnes à temps plein, en plus des employés contractuels, selon l’entrevue accordée au Globe and Mail et citée ci-haut.

Sault Ste. Marie : l’affichage à la mairie sera traduit en français et en anishinaabemowin

SAULT STE. MARIE – La municipalité va installer de nouveaux affichages à l’intérieur des bâtiments de l’hôtel de ville qui seront traduits en français et en anishinaabemowin. Cette initiative s’inscrit dans la démarche d’une plus grande accessibilité et d’inclusion des services municipaux.

« Il fallait les renouveler, mais ça nous a donné l’opportunité de les traduire dans les mêmes langues que le gouvernement provincial et fédéral », a déclaré à ONFR le maire de Sault Ste. Marie, Matthew Shoemaker, faisant référence au fait que pendant la pandémie la ville avait entrepris des travaux pour réorganiser les espaces de l’hôtel de ville.

Cette idée de traduire les affichages municipaux arrive après que la Ville ait présenté des excuses et fait adopter à l’unanimité, une résolution pour améliorer les services en français le 29 janvier dernier.

L’élu francophone espère que ce genre d’initiative pourra tenter de rassurer un peu plus les francophones, 34 ans après la déclaration unilingue.

Les affiches sont présentement en anglais dans l’hôtel de ville. Crédit image : Inès Rebei

Le personnel administratif de la Ville, qui avait suggéré l’ajout des traductions en langue ojibwée et française, dit avoir mis beaucoup d’efforts dans le projet.

« On est reconnaissants des ajouts de services bilingues, mais on ne veut pas nécessairement que ça prenne un gros budget de la ville »
— Tiziana Principe

« Nous reconnaissons l’importance de la précision et de la sensibilité avec ce projet et travaillons donc avec des traducteurs compétents et des contacts appropriés qui peuvent nous aider à faciliter le processus de traduction », a fait savoir Tessa Vecchio, du bureau du greffier.

Les traductions sont achevées pour le français, mais il reste encore à recevoir celle en langue ojibwée, avant de concevoir le produit final.

La municipalité spécifie qu’il n’y aura pas de coûts supplémentaires associés à cette initiative et que les premières affiches seront installées en juin et continueront durant l’été, en respectant le calendrier de rénovation de l’entrée principale.

«  Vraiment une bonne initiative »

Pour la traduction en français, le partenaire fut le Centre d’éducation et de formation pour adultes (CEFA) et pour le Anishinaabemowin, c’est l’aînée locale Barb Nolan ainsi que Cathy Syrette du Centre d’amitié autochtone qui ont prêté leurs services.

Tiziana Principe, directrice générale du CEFA, n’a pas hésité avant d’accepter de faire les traductions de manière bénévole.

« On pense que c’est une bonne idée d’offrir des services bilingues, c’est vraiment une bonne initiative », affirme la francophone qui précise qu’il n’a pas fallu beaucoup de temps pour préparer ces traductions. Elle ajoute que la Ville avait également manifesté un intérêt afin de payer pour faire traduire des documents juridiques.

Tiziana Principe a hâte de voir le produit final affiché dans l’hôtel de ville. Crédit image : Inès Rebei

Serait-il souhaitable de voir des traductions ailleurs dans la ville? « On est reconnaissant des ajouts de services bilingues, mais on ne veut pas nécessairement que ça prenne un gros budget municipal », confie Mme Principe, alors que la population francophone constitue un pourcentage modeste de la population.

L’engagement du maire d’offrir des services en français en tout temps à la municipalité est aussi un pas dans la bonne direction, selon la directrice générale.

Et d’ajouter : « On est prêt à former les employés bilingues ou les aider à perfectionner leur français pour qu’il y ait toujours un employé pendant les heures de travail capable d’assurer des services bilingues. »

Autoroutes ontariennes à 110km/h : des craintes pour la sécurité

À compter du 12 juillet prochain, la limite de vitesse de dix tronçons d’autoroutes provinciales dans le nord et le sud de l’Ontario passera de 100 à 110km/h. Une mesure qui ne fait pas l’unanimité auprès de certains organismes de sécurité routière qui craignent une recrudescence des collisions et des comportements de conduite dangereuse.

Dès le 12 juillet 2024, passeront à 110km/h les tronçons de l’autoroute 401 suivants : Tilbury (avec 7 km supplémentaires), l’autoroute 35/115 à Cobourg, la portion de Colborne à Belleville, de Belleville à Kingston et de l’autoroute 16 jusqu’à la frontière du Québec.

Pour l’autoroute 403, l’augmentation s’appliquera de Woodstock à Brantford et de Brantford à Hamilton, tandis que pour l’autoroute 406, elle s’appliquera de Thorold à Welland. Quant à l’autoroute 416, le changement concernera la portion de l’autoroute 401 à Ottawa, et pour l’autoroute 69, celle de Sudbury à Rivière des Français.

L’augmentation permanente des limites de vitesse couvrira ainsi 860 kilomètres de réseau autoroutier de l’Ontario, soit 36 % de son ensemble. Des tronçons supplémentaires seront annoncés avant la fin de l’année 2024.

L’augmentation de la vitesse sur les autoroutes en Colombie-Britannique a entraîné une augmentation de 11 % des collisions graves
— Stephanie Cowle, Parachute Canada

« Les données montrent que des vitesses plus élevées sont liées à une augmentation des blessures graves et des décès. La vitesse est le facteur le plus courant dans les collisions mortelles en Ontario : un décès sur la route sur cinq est lié à la vitesse », s’inquiète l’experte en sécurité routière Stephanie Cowle, de l’organisme pancanadien de prévention des blessures Parachute Canada.

Selon le ministère des Transports, il s’agit d’une mesure de « bon sens » visant à simplifier la vie de conducteurs et à harmoniser les limites de vitesse avec celles des autres provinces canadiennes.

« L’augmentation de la vitesse sur les autoroutes en Colombie-Britannique a entraîné une augmentation de 11 % des collisions graves », s’alarme Mme Cowle.

 « La plupart des autoroutes de l’Ontario ont été conçues pour que la vitesse puisse être limitée en toute sécurité à 110km/h », déclare dans un communiqué, le ministre des Transports Prabmeet Sarkaria.

Cette décision fait suite à un premier projet pilote de 2022 de deux ans ciblant l’augmentation de la vitesse sur six tronçons d’autoroutes provinciales : la 402 de London à Sarnia, la 417 d’Ottawa à la frontière Ontario-Québec, la 401 de Windsor à Tilbury, la 404 de Newmarket à Woodbine, la 417 de Kanata à Arnprior et la Queen Elizabeth Way de Hamilton à St. Catharines.

Pourtant, selon l’organisme Parachute Canada, c’est la réduction de la vitesse qui devrait être une priorité pour assurer la sécurité de tous les utilisateurs sur les routes de l’Ontario.

L’expansion d’une banque alimentaire bloquée… à cause d’une rampe d’accès

OTTAWA – La banque alimentaire de la Basse-Ville affirme avoir trouvé un nouveau local plus vaste et plus approprié pour servir les citoyens, mais un conflit à propos d’une rampe d’accès bloque le tout, alors que « le besoin est criant », déplore-t-on.

« On serait prêt à signer un bail avec la Ville pour avoir accès aux locaux. Mais il faut qu’elle nous offre un accès à la rampe pour les besoins des personnes à mobilité réduite et de livraison et de chargements de denrées alimentaires », affirme le directeur général du Centre de ressources communautaires de la Basse-Ville (CRCBV), Matt Beutel.

La banque alimentaire de l’organisme dit avoir trouvé un local qui convient à ses besoins au 40, rue Cobourg, à quelques minutes de leur site actuel sur la promenade Beausoleil. L’édifice abrite diverses installations, dont le Centre de ressources communautaires de la Basse-Ville, une piscine municipale, un gymnase et deux vastes espaces alloués au Patro, un organisme destiné aux adultes ayant des besoins spéciaux. La Ville d’Ottawa est propriétaire de l’un des deux espaces.

La municipalité a pris la décision de retirer un espace au Patro d’Ottawa qui ne l’utilisait pas de manière appropriée, selon elle, et l’a contrainte de la libérer, dès le 20 janvier dernier. Elle a donc offert le local vacant à la banque alimentaire, qui estime être prête à emménager. Or, le Patro d’Ottawa refuserait d’accorder l’accès à cette rampe qui faciliterait le transport des denrées alimentaires et le déplacement de personnes à mobilité réduite. Ce refus fait donc en sorte que la Ville ne peut pas accorder l’espace à la banque alimentaire de la Basse-Ville.

« Le Patro souhaite limiter ses commentaires au fait que les négociations avec la Ville se poursuivent et qu’elles progressent. Le Patro sera en mesure de partager plus de détails, une fois qu’une entente aura été conclue », nous a répondu le porte-parole du Patro d’Ottawa, Stéphane Émard-Chabot, dans un échange de courriels.

La rampe d’accès au Patro d’Ottawa dans la Basse-Ville. Gracieuseté

La banque alimentaire de la Basse-Ville opère à partir d’un duplex converti qui n’est pas conçu pour accueillir une telle infrastructure, étant trop petit et inapproprié pour un tel usage, explique le directeur général de l’organisme.

« Par exemple, si une occasion se présente demain et qu’on me dit : « voici cinq palettes de denrées qui peuvent être entreposées, sans devenir périmées, en ce moment », la réponse c’est non, car on n’a pas de place pour les entreposer. Si on avait l’espace, on pourrait le faire et ensuite les distribuer », déplore M. Beutel.

La banque alimentaire de la Basse-Ville dans son édifice sur la promenade Beausoleil. Crédit image : Lila Mouch

La banque alimentaire affirme que son local actuel est en surcapacité en raison de l’afflux des demandes des dernières années. La demande pour des denrées alimentaires, de la part de la population, a doublé en cinq ans, passant de 8800 visites à 16 000 en 2022, explique-t-on. La quantité d’aliments offerts à chaque client et la fréquence à laquelle la clientèle – évaluée à 1200 familles au sein de la Basse-Ville – se présente ont dû être réduites.

Le local situé au 40, rue Cobourg viendrait régler ces problèmes, selon le CRCVB.

« C’est désolant et difficile à comprendre. Le besoin est tellement criant. On a une solution facile devant nous », se désole M. Beutel.

Le drapeau franco-ontarien flottera à nouveau sur River Valley

RIVER VALLEY – La municipalité de Nipissing Ouest a approuvé une résolution visant à acheter deux mâts afin de faire flotter le drapeau canadien et le drapeau franco-ontarien à l’entrée du village de River Valley.

L’idée était à l’ordre du jour du dernier conseil de la municipalité de Nipissing Ouest et n’a pas rencontré d’opposition. Loin des jours de discorde du précédent mandat municipal, les membres du conseil se sont montrés à l’unanimité, favorables à l’idée d’acheter deux nouveaux mâts pour 1200 $ après une demande de vote à main levée. 

Il s’agissait d’une demande du chapitre de River Valley de la Fédération des femmes canadiennes-françaises (FCFF) qui souhaitait « favoriser l’expansion de la culture française ».

Dans leur demande initiale, qui date de juin 2023, la FCFF proposait de retirer un des deux drapeaux de la municipalité et d’y installer, à l’horizontale, les deux drapeaux demandés. Une autre suggestion était de retirer un drapeau municipal, y faire flotter le drapeau canadien et ériger un troisième mât pour y faire flotter le drapeau franco-ontarien.

C’est la deuxième solution qui a été plébiscitée par le conseil municipal, étant donné qu’il n’est pas possible de faire flotter un autre drapeau avec celui du Canada. En plus des deux drapeaux municipaux, il y aurait donc un mât sur lequel flottera le drapeau du Canada et un autre sur lequel flottera le drapeau franco-ontarien.

River Valley est l’une des dix collectivités qui composent la municipalité de Nipissing Ouest, laquelle compte près de 57 % de résidents dont la première langue officielle parlée est le français.
Source : Ville de Nipissing Ouest.

La proposition reviendra toutefois sous forme de résolution à une rencontre ultérieure, et devrait préciser si le drapeau franco-ontarien flottera de manière permanente ou seulement le 25 septembre de chaque année, à l’occasion du Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes.

Donner un effet « wow » à River Valley

En outre, les élus ont exprimé vouloir conserver les deux drapeaux horizontaux de « Joie de vivre », le slogan de la municipalité, « qui apportent de la couleur à l’entrée du village de River Valley ».

Bien que la FCFF s’était dite prête à débourser le montant, les élus ont jugé qu’il s’agissait de coûts raisonnables. Ainsi, le projet serait couvert par le budget des services communautaires et l’installation du drapeau serait effectuée par le personnel municipal.

« Nous allons aller dans une direction où tout le monde va demander un mât »
— Daniel Gagné, conseiller municipal

Kris Rivard, conseiller municipal et président du Comité des services communautaires, qui chapeaute le projet, juge que d’ajouter le drapeau franco-ontarien pourrait favoriser l’attrait de la ville. « C’est un prix à payer assez raisonnable pour embellir la région de River Valley et donner un effet ‘wow’ à l’entrée de la communauté. »

Le drapeau franco-ontarien a déjà flotté sur River Valley, mais un problème de maintenance du mât, sur lequel il flottait, aurait contraint la Ville à le retirer, il y a quelques années. Le conseil municipal, entièrement renouvelé lors des dernières élections municipales, a reconnu ne pas avoir plus de détails entourant ce retrait.

Le drapeau franco-ontarien est présent dans la salle du conseil municipal de Nipissing Ouest. Capture d’écran internet

Établir une politique de drapeaux

Peu avant le vote, le conseiller Daniel Gagné avait demandé si la municipalité possède une politique de drapeaux, ce à quoi le directeur général Jean-Pierre Barbeau a répondu qu’il n’en existe pas, à l’heure actuelle.

Le conseiller francophone du quartier 3 craint des conséquences si la municipalité n’a pas de réglementation claire à ce sujet : « Je pense que nous allons aller dans une direction où tout le monde va demander un mât et faire des levées de différents types de drapeaux, à différents moments de l’année. »

M. Barbeau a alors fait savoir qu’une ébauche de politique sera préparée et présentée lors d’un prochain conseil. 

Les conseillers Daniel Gagné et Anne Tessier du quartier 6, représentant River Valley, ont tous deux fait allusion à la possibilité d’utiliser le mât sur lequel serait hissé le drapeau franco-ontarien pour des levées de drapeaux communautaires.

Vers un premier journal franco-numérique à Red Lake

RED LAKE – L’Association francophone de Red Lake (AFRL) souhaite lancer son tout premier journal franco-numérique pour partager des nouvelles locales, en français.

« Je pense que ça serait vraiment intéressant pour la région de Red Lake, vu qu’on est isolés, ça serait le fun d’avoir des nouvelles locales », laisse savoir Agathe Breton-Plouffe de l’AFRL, qui est à l’origine du projet qui en est encore à ses tout débuts mais devrait arriver au mois de mai.

En plus de la disparition de Northern Sun News, un journal imprimé dans la localité du nord-ouest, il n’existe aucun format dédié aux nouvelles en français pour les gens de Red Lake. 

L’infatigable bénévole explique que l’inspiration pour le projet vient du journal La Jazette, journal communautaire francophone de la région de Cochrane. L’objectif de ce nouveau journal serait aussi d’encourager un sentiment de fierté francophone, en lien avec le mandat de l’organisme.

« En le faisant en français, ça va pousser les gens à apprendre, pratiquer ou continuer à utiliser leur langue », croit-elle. 

Au menu du journal : blagues, recettes, belles images de la communauté avec descriptions, réflexions sur divers sujets, et autres. Agathe Breton-Plouffe fait savoir qu’il n’y aura aucun sujet imposé et que tous peuvent écrire sur un sujet d’actualité ou non de leur choix.

Inclure les anglophones

Un appel à contribution a été lancé sur les réseaux sociaux par l’AFRL qui dit rechercher des « collaborateurs francophones et francophiles qui veulent partager toutes sortes de choses avec le grand public ». Si elle invite tout le monde en Ontario à envoyer des blagues, les nouvelles et contenus devraient être centrés sur la région.

« C’est une façon très facile d’intégrer les anglophones »
— Agathe Breton-Plouffe

L’organisme a invité des élèves de l’école catholique des Étoiles-du-nord ainsi que d’autres écoles anglophones et leurs classes de français langue seconde pour la rédaction du premier numéro. Pour celui-ci, les élèves font un palmarès de leurs chansons préférées en français, une compétition appelée la manie musicale, auquel le journal consacre une section dans le premier numéro. 

« C’est une façon très facile d’intégrer les anglophones. Ces enfants-là ne sont pas français du tout, mais ça va être une façon le fun de mettre un peu de français là-dedans », explique la Franco-Ontarienne.

Agathe Breton-Plouffe dit que l’AFRL réfléchit encore à déterminer un nom pour le journal. Crédit image : Inès Rebei

Les participations étant bénévoles et le journal ayant un format numérique, l’AFRL dit pouvoir puiser dans les fonds disponibles à Patrimoine Canada pour mettre sur pied le projet. L’organisme avait recu un financement supplémentaire de la part de Patrimoine Canada de 12 %, soit environ 5000 $. L’organisme a également reçu près de 2000 $ pour célébrer la St-Jean Baptiste le lundi 24 juin prochain et recherche des idées pour marquer l’événement.

Agathe Breton-Plouffe s’occupera de l’édition du journal et Ariane Thibault, collaboratrice à l’AFRL, sera chargée du graphisme. 

Quelle fréquence pour la publication du journal en ligne? « Ça serait vraiment le fun de le faire mensuellement mais ça va vraiment dépendre de si on a assez de collaborateurs, j’aimerais peut être commencer moins ambitieux, à chaque trois mois. »

Droit d’auteur : les demandes du milieu du livre canadien

Le 23 avril est la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Au Canada, des associations d’éditeurs demandent depuis longtemps de revoir la Loi sur le droit d’auteur. Le point qui dérange : une exception ajoutée lors de la refonte de la loi en 2012, qui exempte les établissements d’enseignement dans le cadre d’une reproduction à des fins pédagogiques.

« Ce qu’on demande au gouvernement fédéral depuis des années, c’est de mettre fin à cette brèche pour usage équitable à des fins d’éducation, parce qu’on observe une perte de revenus que l’Association of Canadian Publishers (ACP) évalue à 200 millions de dollars depuis dix ans », explique Stéphane Cormier, président du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC).

Ces pertes seraient dues au désengagement des établissements d’enseignement, selon différents organismes, dont le REFC et l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), ainsi que les sociétés de gestion Copibec et Access Copyright, qui font front commun dans leurs communications envers le gouvernement.

Nuances Québec-Canada

Même si le milieu du livre parle d’une même voix dans cette affaire, l’impact de l’usage équitable à des fins d’éducation varie en fonction de la langue et de la province de chaque maison d’édition.

La société de gestion Copibec, qui opère au Québec, a profité d’une plus grande solidarité des établissements d’enseignement que son homologue pour le reste du Canada, Access Copyright.

Stéphane Cormier recontextualise : « Quand le gouvernement conservateur a modifié la Loi sur les droits d’auteurs, en 2012, les institutions du Québec ont, en très grande majorité, décidé de continuer avec Copibec. Et au Québec, on a observé beaucoup moins de pertes pour le milieu. Tandis que dans toutes les autres provinces canadiennes, les redevances qui ont été perçues et redistribuées par Access Copyright ont énormément fondu, parce que les universités se sont dotées, pour la plupart, de leur propre mécanisme de perception. »

Quelques livres franco-ontariens. Crédit image : Rachel Crustin

Cette solidarité de plusieurs institutions québécoise a permis d’atténuer les impacts pour les maisons d’édition franco-canadiennes, car une partie de leurs ventes s’effectuent au Québec. Stéphane Cormier constate facilement la différence puisqu’il est également codirecteur de Prise de parole. La maison d’édition franco-ontarienne effectue près de la moitié de ses ventes dans la belle province.

Mais les conséquences ont été dramatiques pour d’autres, comme les éditions du Blé. La maison franco-manitobaine a cessé de produire des manuels scolaires suite à une perte de revenus drastique dans la première année suivant la révision de la loi de 2012.

« Quand on crée nos propres contenus, on sait de quoi on parle, on sait comment présenter les œuvres, la culture, la connaissance. L’exception de la loi menace notre capacité à produire du contenu chez nous », se désole Stéphane Cormier.

Même au Québec, une diminution de 23 % des redevances provenant du milieu de l’éducation a été observée entre 2012 et 2017, et Copibec aurait de la difficulté à renouveler certaines licences.

Aussi des recommandations politiques

En 2019, un rapport du comité permanent de l’industrie et de la technologie, de pair avec le comité permanent du patrimoine canadien, proposait déjà de réviser la loi.

En novembre 2023, l’idée a de nouveau été écrite dans un rapport, cette fois du comité permanent de la science et de la recherche. La recommandation 10 du rapport, intitulé Soutien à la commercialisation de la propriété intellectuelle, demande « que le gouvernement du Canada révise la Loi sur le droit d’auteur afin d’étudier une rémunération appropriée aux créateurs de contenu canadien, surtout en ce qui se rapporte aux documents de formation ».

Ce sont les livres utilisés à des fins d’enseignement qui sont visés par la « brèche » dénoncée par les éditeurs. Archives ONFR

La réponse du gouvernement à ce rapport de novembre ne faisait aucune promesse : « Le gouvernement veille à s’assurer que la Loi protège tous les créateurs et les titulaires de droits d’auteur. Cela suppose notamment une industrie de l’édition durable, y compris une rémunération juste pour les créateurs et les titulaires de droits d’auteur, ainsi qu’un marché moderne novateur qui peut servir efficacement les créateurs et les utilisateurs de droits d’auteur. »

La même réponse fait aussi référence au rapport de 2019 : « Sur la question de la rémunération relative au matériel pédagogique, le premier examen parlementaire du droit d’auteur a donné lieu à des recommandations divergentes », selon le gouvernement.

Ce que fait le gouvernement

Lors de la campagne électorale de 2021, les libéraux de Justin Trudeau avaient promis d’augmenter de 50 % le budget du Fonds du livre du Canada (FLC). Le budget fédéral déposé le 16 avril dernier prévoit plutôt une augmentation temporaire de 10 millions de dollars sur trois ans, ce qui est insuffisant, selon le REFC.

Le kiosque du REFC au Salon du livre de l’Outaouais en 2023. Crédit image : Rachel Crustin

Le ministère de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada semble plus préoccupé par les questions de propriété intellectuelle en lien avec la montée de l’intelligence artificielle (IA) générative. Il a d’ailleurs lancé une consultation publique sur le sujet, qui a pris fin le 15 janvier 2024.

L’ANEL a déposé un mémoire dans le cadre de cette consultation, demandant entre autres d’exiger que les systèmes d’IA mentionnent explicitement les contenus protégés par droit d’auteur qui sont utilisés dans leurs algorithmes.

« Le Canada ne doit surtout pas introduire à la Loi sur le droit d’auteur d’exception ou d’exonération permettant de reproduire ou de s’approprier autrement, sans autorisation, les œuvres protégées afin de faciliter l’IA générative, que ce soit sa création, son exploitation ou les produits et services qui en découlent. Au contraire, le Canada doit encourager le marché naissant d’octrois de licence pour activités de fouille de textes et données (FTD) en exigeant des développeurs de systèmes d’IA de tenir des registres et de divulguer les contenus protégés par le droit d’auteur utilisés pour la formation de leurs systèmes. »

Le mémoire rappelle aussi la revendication du milieu du livre de modifier la Loi sur le droit d’auteur et l’exception pour usage équitable à des fins d’éducation. « Les ayants droit du livre canadien ont urgemment besoin d’un cadre réglementaire protégeant plus adéquatement leur création, leur innovation, leur investissement et leur travail. Le Canada doit s’empresser d’améliorer la Loi sur le droit d’auteur pour cesser de les priver injustement de revenus légitimes à l’occasion de l’utilisation d’œuvres dans certains établissements d’enseignement. » 

Des livres au kiosque du REFC, au Salon du livre de l’Outaouais 2024. Crédit image : Rachel Crustin

Si l’enjeu souligné par le milieu du livre touche particulièrement les manuels pédagogiques, la question des droits d’auteurs se pose dans toutes formes de littérature. Pour la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF) a mandaté Gabriel Osson pour rédiger l’annuel « mot franco-ontarien ». L’auteur des Voix du chemin et d’Hubert, le restavèk, conclut son texte de cette façon :

« Cette journée est une occasion privilégiée pour célébrer la vitalité de la littérature francophone en Ontario, renforcer le dialogue entre les acteurs de l’industrie du livre et promouvoir la culture francophone tout en assurant une répartition équitable des revenus générés par nos œuvres littéraires. »

Il est prévu que la Loi sur le droit d’auteur soit examinée tous les cinq ans par un comité du Sénat du Canada, de la Chambre des communes ou des deux chambres, conjointement.

Les Indésirables, un film personnel et sociopolitique

Le cinéaste français Ladj Ly est de retour à Toronto, trois ans après le succès international de son premier film coup-de-poing Les Misérables. Accompagné des comédiens Anta Diaw et Alexis Manenti, il poursuit son exploration des fractures sociales hexagonales avec Les Indésirables, le récit d’un projet de réaménagement d’une cité qui prévoit la destruction du bâtiment 5 et l’expulsion de ses résidents.

Pluie d’hommages à la suite du décès de Jean-Yves Lalonde, ex-maire du canton d’Alfred et Plantagenet

CURRAN – L’ex-maire du canton d’Alfred et Plantagenet, Jean-Yves Lalonde, est décédé le 20 avril dernier, à l’âge de 76 ans. En plus de son rôle de maire, M. Lalonde s’est impliqué dans la francophonie de l’Est ontarien à différents niveaux au cours de sa vie.

Le maire actuel a rendu hommage à son prédécesseur sur la page Facebook du Canton d’Alfred et Plantagenet. « Monsieur Lalonde a été un politicien chevronné qui avait à cœur le canton et la région », a souligné Yves Laviolette.

Le même communiqué mentionne qu’en « vertu des règles protocolaires, les drapeaux sur tous les bâtiments municipaux et tous les emplacements du canton d’Alfred et Plantagenet seront mis en berne, à partir du lever au coucher du soleil la journée des funérailles ou du service commémoratif de M. Lalonde ».

Une personnalité impliquée

Jean-Yves Lalonde a été maire du canton d’Alfred et Plantagenet de 2003 à 2014, où il a été défait par Fernand Dicaire aux élections municipales. Durant ses mandats, il fut président des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) à deux reprises, en 2007 et 2011.

Il s’est aussi impliqué dans l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO) pendant plusieurs années et y a été nommé président en 2014.

Sur les réseaux sociaux, les CUPR ont envoyé leurs condoléances aux proches de ce « politicien grandement engagé dans sa communauté ».

M. Lalonde est aussi l’un des membres fondateurs de l’Association francophone pour l’éducation artistique en Ontario (AFÉAO), dont il était toujours le trésorier. Par voie de communiqué, l’AFÉAO lui a rendu un vibrant hommage.

« Jean-Yves, grand pédagogue, savait que les arts sont un outil d’apprentissage pour nos élèves »
— Association francophone pour l’éducation artistique en Ontario

« Jean-Yves commençait par écouter, puis savait adapter nos idées de manière ouverte à ses idées et aux finances disponibles. Généreux, bienveillant, nous avons apprécié nous laisser organiser dans nos déplacements pour y présenter des ateliers, au travers de l’Ontario francophone et dans les écoles. Nous lui avions donné le surnom de Nounou. »

La famille recevra les condoléances à l’église St-Luc de Curran, dont Jean-Yves Lalonde est originaire, le 27 avril à compter de 9 h 30.

Communauté francophone accueillante : Kenora, Nipissing et la route 11 en lice dans le Nord

SUDBURY – Les trois collectivités présélectionnées pour devenir une nouvelle communauté francophone accueillante (CFA) dans le Nord sont le district du Nipissing, le Corridor du Nord et la région de Kenora. Des candidatures 100 % régionales pour la première fois depuis le début du projet de CFA dans le Nord.

ONFR a obtenu l’information auprès du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord qui confirme avoir reçu ces trois candidatures au terme d’un appel d’intérêt ayant pris fin au début du mois d’avril. 

Les partenaires communautaires en charge des dossiers de candidature sont les Compagnons des Francs Loisirs de North Bay, pour le district de Nipissing, le Centre régional de recherche et d’intervention en développement économique et communautaire (CRRIDEC) pour le Corridor du Nord qui inclut notamment Timmins, le district de Cochrane et d’autres villes le long de la route 11, et l’Association des francophones du Nord-Ouest (AFNOO) pour la région de Kenora.

Près de 56 % de la population de Sturgeon Falls a le français comme première langue officielle parlée. Source : Wikipedia

À ce stade, le dossier de l’une de ces trois communautés a déjà été sélectionné pour devenir une CFA et se trouve désormais entre les mains d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Un comité d’experts en immigration du Nord a procédé à la sélection, mais aucun d’entre eux n’avait de lien avec les communautés ayant posé leur candidature, tient à préciser le Réseau du Nord.

L’annonce de cette nouvelle CFA, et les neuf autres finales à l’échelle du pays, aura lieu aux alentours du mois de juin par le Ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada, Marc Miller.

L’atout des candidatures régionales

L’organisme fait savoir qu’il y avait eu beaucoup d’intérêt de plusieurs municipalités, si bien que certaines ont été encouragées à soumettre une candidature régionale afin de minimiser la compétitivité.

« C’est important pour nous de mettre en place des candidatures régionales pour faciliter la collaboration multilatérale entre les partenaires, mais aussi assurer qu’il y ait un maximum de communautés qui puissent bénéficier du projet », explique Thomas Mercier, coordonnateur du Réseau du Nord.

Thomas Mercier croit au potentiel du CFA pour attirer et retenir des francophones dans le Nord. Gracieuseté

Selon M. Mercier, le fait d’avoir une CFA regroupant plusieurs collectivités présente un avantage pour un territoire aussi étendu que celui du Nord. Il cite en exemple le district du Nipissing dont North Bay est le centre de service, mais qui comprend également Sturgeon Falls où se trouve une importante communauté franco-ontarienne.

La candidature de la région de Kenora comprend des régions très isolées avec des francophones éparpillés entre Red Lake, Sioux Lookout, Ignace, Dryden et Kenora et qui doivent souvent faire de grandes distances pour accéder à des services.

« C’est la réalité du nord de l’Ontario où les services ne sont pas que dans un endroit et souvent, les habitants d’une communauté ont à vivre et interagir dans un ensemble territorial régional. »

Plus de services d’établissement

En 2019, les communautés qui avaient posé leurs candidatures étaient Sudbury, Thunder Bay et la route 11 entre Kapuskasing et Hearst. Et pour celles qui n’avaient pas été sélectionnées, le fait d’avoir soumis une candidature aura permis de faire avancer les services aux nouveaux arrivants.

« C’est important d’avoir la population franco-ontarienne et même les anglophones de Sudbury mobilisés »
— Thomas Mercier

« Ça a permis de faire en sorte qu’au bout de la ligne, même si c’est Sudbury qui a eu la CFA, il y a quand même eu l’arrivée de nouveaux services d’établissement, grâce à cette mobilisation-là, à Thunder Bay et entre Hearst et Kapuskasing », se réjouit Thomas Mercier. Pour le moment, aucun service d’établissement n’existe à Kenora et à Nipissing Ouest.

Selon le coordinateur du Réseau Nord, le projet CFA de Sudbury a contribué à mettre en place « plusieurs belles initiatives concertées qu’on n’aurait pas pu voir autrement ». Il cite, en exemple, la foire de l’emploi, qui aurait attiré plusieurs nouveaux arrivants francophones, ou encore le concours de talent théâtralisé Par ici, le talent!

Timmins, 4ème ville francophone en Ontario.
La mairesse de Timmins avait exprimé son intérêt envers le projet de CFA dans le passé. Archives ONFR

Des points d’amélioration

Quant aux zones d’amélioration pour la CFA de Sudbury et la prochaine, Thomas Mercier évoque vouloir mettre en place un nouveau plan communautaire à améliorer dans les prochaines années, en concertation avec les acteurs communautaires impliqués.

L’objectif? Renforcer la partie interculturelle et la mobilisation de la communauté afin d’avoir un mariage interculturel.

« C’est important d’avoir la population franco-ontarienne et même les anglophones de Sudbury mobilisés, qui se reconnaissent dans le projet et qui participent aux activités avec les nouveaux arrivants », termine M. Mercier qui indique que le Réseau du Nord travaille sur un processus de consultation multilatérale.

Lancé en 2018, le programme CFA compte actuellement 14 villes participantes au Canada, notamment Sudbury, Hamilton et Hawkesbury en Ontario. Les CFA reçoivent des fonds de plusieurs centaines de milliers de dollars afin de favoriser l’intégration d’immigrants francophones. 

Le ministère signera des ententes avec les nouvelles communautés dès cet automne, celles existant étant en vigueur jusqu’en mars 2028.

Nina Kucheran, dernière ligne droite en vue d’une qualification olympique

GAINSVILLE – La nageuse de Sudbury sort de sa dernière compétition à San Antonio au Texas avant l’échéance majeure de sa carrière, les Essais olympiques canadiens de natation. Comme son nom l’indique, l’événement qui se déroulera du 13 au 19 mai à Toronto, sera qualificatif pour les prochains Jeux olympiques, cet été à Paris. Comment s’est passée sa préparation? Quelles sont ses chances de qualification? Nina Kucheran fait le point pour ONFR..

On l’avait quittée en août dernier avec quatre médailles aux Championnats canadiens de natation à Toronto. Depuis, Nina Kucheran a vécu sa première saison en tant que nageuse professionnelle du côté de Gainsville en Floride. Finies les études, la Sudburoise est entrée dans le monde du travail, tout en poursuivant ses entraînements avec le groupe professionnel de l’Université de Floride. 

« J’ai validé ma maîtrise en décembre et j’ai commencé à m’entraîner avec le groupe professionnel. On s’entraîne tout de même avec l’équipe collégiale, donc j’ai retrouvé les mêmes coéquipiers que la saison dernière », confie-t-elle.

Nouveau mode de fonctionnement

Des repères qui sont restés les mêmes au niveau sportif ,mais un changement de vie majeur avec un emploi à assumer. La nageuse franco-ontarienne occupe un poste d’assistante médicale à temps partiel avec des horaires aménagés par son employeur très coopératif, pour pouvoir s’entraîner dans les meilleures conditions possibles. « C’est quand même différent des cours. Quand tu es fatiguée tu peux te permettre de rater un cours, mais là, avec le travail, tu ne peux pas te permettre de ne pas y aller. »

Une nouvelle vie a commencé pour Nina Kuchera après l’obtention de sa maîtrise en physiologie appliquée et kinésiologie. Source : Instagram

Malgré ce changement de vie qui lui a réduit son temps de loisirs personnel, Nina Kucheran a pris le rythme et se sent dans les meilleures conditions possibles pour aborder les Essais olympiques canadiens de natation.

Prête pour les qualifications olympiques

Elle sort d’une compétition satisfaisante du côté de San Antonio et aborde maintenant la dernière ligne droite de sa préparation. 

« Le plus gros de mon travail a été fait. Maintenant, je dois me concentrer sur les détails, travailler sur ma précision lors des pratiques. Il faut que je m’assure d’exécuter de façon parfaite, mais aussi, prendre le temps de me reposer. Je dois me placer dans une bulle jusqu’à la compétition et vraiment prioriser le repos. »

Pour tenter de décrocher son billet pour Paris, la Sudburoise aura fort à faire face à l’élite de la brasse canadienne avec des nageuses comme Alexanne Lepage, Sophie Angus ou encore Kelsea Wog et Sidney Pickrem. Elle devra se placer dans les deux premières places des épreuves auxquelles elle participera : les 100 et 200 m brasse et le 200 m quatre nages. 

« Cette année, je me classe cinquième sur le 100 m brasse et sixième sur le 200 m. Il faut finir dans les deux premières mais aussi réaliser un temps qualificatif. Pour l’instant, je suis une seconde en dessous de ce temps. Je dois réussir à un peu réduire ce temps et me placer première ou deuxième, on va espérer que ça pourra arriver. »

Nina Kucheran rêve toujours de représenter son pays lors des JO de Paris. Gracieuseté

Presque à la maison

Initialement prévus à Montréal, les essais auront finalement lieu à Toronto, en raison de la fermeture du centre sportif du Stade olympique de Montréal et l’Institut national du sport (INS) pour les quatre à six prochains mois, à cause d’un début d’incendie dans le bâtiment qui nécessite des rénovations.

Même si Nina Kucheran confie apprécier la piscine de Montréal et était impatiente de retrouver une ville qu’elle aime beaucoup, ce changement de lieu de compétition pourrait lui être bénéfique. 

« Ma mère, ma sœur, mes grands-parents ainsi que mes meilleurs amis vont venir parce c’est à quelque chose comme quatre heures de Sudbury. Donc, c’est sûr que c’est excitant pour moi, car je n’ai pas toujours l’occasion d’avoir ma famille et mes amis de ma région qui peuvent venir me voir en compétition en personne. Ce sera quelque chose de vraiment spécial pour moi. »

Jour de la Terre : le bilan environnemental en Ontario

Près d’un an après une saison record de feux de forêt, ce 22 avril, Jour de la Terre, est l’occasion de faire le point sur la situation environnementale en Ontario. Après le scandale du retrait des terres protégées de la Ceinture de verdure du gouvernement Ford, le fédéral lui donne son appui pour un autre projet controversé, la construction de la nouvelle autoroute 413. Entre taxe carbone et objectifs environnementaux d’ici à 2030, où en est-on aujourd’hui en Ontario?

Le rapport 2023 L’état de l’environnement en Ontario, de la précédente vérificatrice générale de l’Ontario Bonnie Lysyk, fait état de plusieurs marqueurs inquiétants.

Si la qualité de l’air s’est améliorée en dix ans, notamment dû à l’amélioration des systèmes antipollution des véhicules ou de l’industrie, les concentrations atmosphériques d’ozone troposphérique, responsables de problèmes respiratoires, ont augmenté. La pollution atmosphérique est responsable de 7 % de décès et de 4000 hospitalisations par an pour des raisons respiratoires et cardiaques.

La qualité de l’eau semble varier à l’échelle de la province, car les lacs Érié et Ontario sont généralement plus pollués que les lacs Huron et Supérieur, avec des proliférations d’algues plus fréquentes et des concentrations plus élevées de microplastiques. Côté rivières et cours d’eau, 60 % obtiennent une cote de « plutôt mauvaise » à « très mauvaise » et 41 % de « douteuse » à « mauvaise », particulièrement en zone urbaine.

La qualité de l’eau des plages ontariennes s’améliore toutefois dans l’ensemble depuis 2011, nous indique le rapport, concernant la concentration de bactéries E. coli.

La qualité des sols s’est dégradée sur les terres cultivées. Selon des données de 2016, 58 % des terres cultivées présentaient déjà un risque d’érosion du sol de modéré à très élevé, réduisant la productivité ou l’annihilant à long terme.

L’Ontario a émis 149,6 Mt d’équivalents en CO2 en 2020, ce qui représente environ 22 % des émissions du Canada. Source : Rapport 2023 du Bureau de la vérificatrice générale L’état de l’environnement en Ontario.

Côté gestion de déchets, la capacité actuelle « d’enfouissement » de l’Ontario permettra l’élimination de déchets pendant 13 années supplémentaires seulement. À l’origine de la hausse de production de déchets : croissance démographique, augmentation de la consommation, utilisation croissante d’articles à usage unique et d’emballages. Malgré une progression du recyclage de 19 % à 29 % entre 2002 et 2020, la quantité de déchets générale demeure élevée et s’évalue à plus de 8 millions de tonnes par an.

Les forêts recouvrent près des deux tiers de l’Ontario. Le nombre moyen d’hectares perdus chaque année à cause de la déforestation est presque le quadruple de la quantité établie à titre de nouvelles forêts. De plus, les changements climatiques augmentent les conditions météorologiques propices aux incendies forestiers (combinaison de conditions chaudes, sèches et venteuses), ce qui pourrait entraîner une augmentation du nombre de feux de forêt, en plus d’accroître la superficie brûlée et leur gravité dans de nombreuses régions.

Les espèces de faune et flore « suscitant des préoccupations quant à leur conservation » se comptent par milliers. Le sud de l’Ontario présente l’une des plus fortes concentrations d’espèces en péril au Canada (comme la tortue mouchetée, l’hirondelle rustique et le blaireau d’Amérique), principalement en raison de la perte et de la dégradation de l’habitat. Les espèces envahissantes, qui peuvent perturber les écosystèmes et nuire à la biodiversité, continuent de se propager en Ontario.

Un projet controversé pour un autre

Déjoué d’un côté, l’étalement urbain sur la zone protégée de la Ceinture de verdure fait place à l’avancement d’un autre : la construction de l’autoroute 413 s’étirant sur 59 km, défendue par le gouvernement Ford depuis 2019.

Plan du projet de l’autoroute 413 : 59 km depuis l’autoroute 400, de l’est à Vaughan, à l’ouest, Caledon, Brampton, jusqu’à l’échangeur 401/407 près de Mississauga, de Milton et de Halton Hills. Source : www.highway413.ca

Le 15 avril dernier, le gouvernement fédéral signait un protocole d’entente avec l’Ontario sur le projet d’autoroute 413, sous réserve d’un encadrement environnemental plus exigeant. « L’Ontario s’engage à construire l’infrastructure d’une manière responsable qui réduit au minimum les impacts sur l’environnement. Le Canada et l’Ontario disposent tous deux de régimes de réglementation robustes et transparents pour assurer la protection de l’environnement avant l’élaboration de grands projets », indiquait le communiqué de presse.

« Une autoroute qui va paver l’habitat d’espèces menacées »
— Yannick Beaudoin, directeur changements climatiques et solutions axées sur la nature d’Alinea International

« Une autoroute qui va paver l’habitat d’espèces menacées. Le choix de l’autoroute contre l’environnement en somme », ironise Yannick Beaudoin, directeur changements climatiques et solutions axées sur la nature d’Alinea International, pour qui un compromis environnemental est antithétique avec ce projet.

Aislinn Clancy, leader adjoint des Verts de l’Ontario et députée provinciale de Kitchener-Centre avait quant à elle déclaré que « malgré ces nouvelles décevantes, les Verts de l’Ontario continueront de se battre pour bloquer l’autoroute 413 et proposeront de véritables solutions de logement qui protègent nos fermes, nos forêts et nos zones humides d’un étalement coûteux. »

« L’autoroute 413 est un superchargeur tentaculaire qui coûtera aux Ontariens au moins 10 milliards de dollars et ouvrira plus de 2 000 acres de terres agricoles de premier ordre – tout cela pour faire gagner quelques secondes supplémentaires aux automobilistes. Une fois que cette terre a disparu, elle est définitivement perdue. »

Yannick Beaudoin, directeur changements climatiques et solutions axées sur la nature, Alinea International. Archives ONFR

Autre sujet qui divise, la taxe carbone du gouvernement fédéral, tarification de la pollution par le carbone qui contribuerait à réduire jusqu’à un tiers des émissions au Canada en 2030.

Le 1er avril dernier, le premier ministre ontarien Doug Ford avait fortement critiqué la nouvelle hausse de la taxe fédérale sur le carbone, 15 $ par tonne de carbone. Le premier ministre Justin Trudeau avait déclaré que cette augmentation se traduirait également par des chèques de remise trimestriels plus importants à la population, par le biais de la Remise canadienne sur le carbone (anciennement connue sous le nom de paiements de l’Incitatif à agir pour le climat).

« L’opposition à cette taxe sur le carbone est une approche très capitaliste de la part du gouvernement Ford et c’est devenu un argument politique pour les élections, commente l’environnementaliste Yannick Beaudoin. Selon la Cour suprême du Canada, il s’agit d’un prix sur la pollution, ‘une récompense carbone’, et pas juste une taxe. La communication a été très mal exécutée par le gouvernement fédéral, d’où la mauvaise publicité dont certains s’emparent à des fins politiques, en quelque sorte. Dans les faits, le contribuable reçoit plus d’argent que ce qu’il dépense ».

« Il s’agit d’un outil qui fonctionne, avec lequel il y a eu des résultats, sans lequel la prochaine alternative est une réglementation », conclut-il.  

Quelques avancées

Avec le Règlement interdisant les plastiques à usage unique, le gouvernement du Canada souhaite atteindre un objectif zéro déchet en plastique d’ici à 2030. Sont notamment interdites la fabrication, l’importation et la vente des articles en plastique à usage unique tels que : les sacs, les ustensiles, les récipients alimentaires fabriqués à partir de plastiques problématiques, les anneaux pour l’emballage de boissons, les bâtonnets à mélanger et les pailles. 

L’ajout des « articles manufacturés en plastique » à l’annexe 1 de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999) a été déclaré rétroactivement invalide et illégal par la Cour fédérale le 16 novembre 2023. Mais le 25 janvier 2024, la Cour d’appel fédérale a accordé une requête en sursis bloquant cette décision, interjetée le 8 décembre 2023 par le gouvernement fédéral. L’appel de la décision est ainsi encore en cours.

La province ontarienne s’est fixé comme objectif de réduire les émissions annuelles de gaz à effet de serre de 30 % par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2030, ce qui équivaut à 144 millions de tonnes d’émissions d’équivalent en dioxyde de carbone (Mt d’équivalents en CO2) par année.

Des Torontois se mobilisent pour collecter des déchets, comme dans d’autres municipalités ontariennes. Crédit photo : Hôtel de ville de Toronto

Côté énergie, M. Beaudoin souligne des investissements intéressants récents pour prolonger les centres hydroélectriques dans la région du Niagara, un pas vers la capacité à livrer de l’énergie durable et saine. Les efforts qui sont faits pour l’amélioration et l’expansion des réseaux de transports en commun sont pour lui encourageants également.

Le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs vient d’annoncer l’investissement de 289 000 $ dans trois projets de réhabilitation du bassin versant du lac Simcoe, l’un des lacs intérieurs ontariens, notamment pour concevoir des jardins pluviaux et pollinisateurs et pour utiliser des plantes indigènes pour réduire l’érosion et restaurer les rives.

Côté municipalités, un nettoyage annuel de Toronto a eu lieu durant le week-end et se termine ce lundi, un rassemblement citoyen pour nettoyer les déchets dans les parcs, les plages et autres espaces publics. L’année dernière, plus de 1000 nettoyages ont eu lieu dans toute la ville et plus de 70 000 résidents et employés de la ville ont participé.

La Ville d’Ottawa organise quant à elle une campagne printanière de grand ménage jusqu’au 3 mai et met à disposition des « trousses de nettoyage », et formulaires d’inscription pour soumissions de projets, dont 788 sont déjà enregistrés.

2024 marque la 51e opération de reboisement de Sudbury. Depuis 1978, plus de 3 500 hectares de terres ont été chaulés et engazonnés et plus de 10 millions d’arbres ont été plantés dans le but de restaurer le paysage et les bassins hydrographiques de la ville du nickel.

La communauté francophone partagée sur les chances des Maple Leafs en séries

Malgré un potentiel certain et des ambitions affichées, les Maple Leafs de Toronto n’ont pas rassuré leurs partisans, avec une cinglante défaite contre les Bruins de Boston (5-1) en ouverture des séries éliminatoires de la LNH. Au sein des fans et des spécialistes francophones, les avis divergent sur les chances de réussite de l’équipe en post-saison cette année.

Avec un total de 102 points en saison régulière et une troisième place obtenue dans la division atlantique, les Maple Leafs de Toronto ont atteint leur objectif de se qualifier pour les séries éliminatoires pour une huitième année de suite. 

Au premier tour, ils retrouvent les Bruins de Boston, un adversaire qui ne leur réussit guère puisque l’équipe du Massachusetts a éliminé celle de l’Ontario en 2018 et en 2019. Au-delà de cette confrontation, les Torontois n’ont passé le premier tour qu’une seule fois sur leurs huit participations depuis 2017.

Une saison régulière qui laisse des doutes

Pour Jean-Philippe Forgues, spécialiste LNH pour le balado sur les Sénateurs d’Ottawa La Brigade, les Leafs ont montré une grosse force d’attaque, mais il s’interroge sur les capacités défensives de l’équipe. 

« Leur défensive ne fait pas toujours le travail et leurs gardiens sont capables du meilleur comme du pire, explique-t-il. On a beaucoup parlé des 69 buts de (Auston) Matthews cette année. J’ai hâte de voir si le numéro 34 pourra jouer en équipe et passer en deuxième ronde pour la deuxième fois de sa carrière. »

Le joueur des Bruins de Boston, Jake DeBrusk, compte dans le filet des Maple Leafs le 20 avril 2024, à Boston. Le match se terminera 5-1 pour les Bruins. Crédit image : AP Photo/Michael Dwyer

Du côté des partisans francophones de l’équipe, les avis s’opposent. Jordan, administrateur de la page Maple Leafs FR sur X (anciennement Twitter), veut être optimiste malgré des réserves sur la saison régulière réalisée. 

« 102 points, c’est un moins bon bilan que les années précédentes et la troisième place est vraiment le minimum syndical que nous sommes en droit d’attendre d’un tel effectif. L’an dernier, et pour la première fois depuis des années, les Leafs ont enfin passé le premier tour avant de vivre un dur retour à la réalité face aux Panthers de la Floride, poursuit-il. Forcément, cette année, on espère encore du progrès et donc atteindre la finale de conférence, au moins. Vivre enfin un parcours de séries éliminatoires digne de ce nom. »

Peu de confiance en l’équipe chez certains fans

Anne, qui participe également à Maple Leafs FR, notamment à travers des commentaires des matchs en direct, est beaucoup plus pessimiste. 

« Je ne suis pas du tout confiante pour les playoffs. Les joueurs n’ont pas fait de belles perf’ comme l’an dernier et je ne les vois pas passer le premier tour. J’espère qu’ils me feront mentir. Vous l’aurez compris, je suis ultra négative cette année, peut-être à cause de mes déceptions des autres années plus prometteuses. Même si je regarderai tous les matchs de ces playoffs, je reste plus réaliste que passionnée. »

La série s’est ouverte ce samedi 20 avril avec une cinglante défaite au TD Garden de Boston sur le score de 5-1,  qui n’a fait que conforter Anne dans son sentiment.

« Je n’ai pas compris l’esprit d’individualisme de ce soir. Un vrai miracle si les Leafs passent ce tour. »
— Anne, partisane des Maple Leafs

Anne n’est pas la seule à tenir ce discours au sein des partisans francophones torontois. « Je suis devenue comme ces fans qui regardent tous les matchs ou presque, mais qui deviennent moroses. J’ai envie d’y croire, alors que ma raison m’implore d’arrêter de le faire. »

Rien n’est perdu dans la série

Jordan, lui, reste positif et croit aux chances de son équipe. 

« Boston est une très bonne équipe avec un bon effectif. Cette équipe a posé beaucoup de problèmes aux Leafs pendant la saison et lors du premier match. D’un autre côté, Auston Matthews est sur une saison extraordinaire avec ses 69 buts. S’il joue son meilleur hockey et que les autres joueurs aussi, alors oui, c’est possible pour les Leafs de battre Boston. J’y crois encore. »

Même son de cloche du côté de Jean-Philippe Forgue, qui ne veut pas tirer de conclusion hâtive de ce premier match des séries. 

« Ça ne veut rien dire (cette première défaite), mais ça va nous montrer la force de caractère des Leafs pour le match numéro 2. »

Les deux équipes se retrouvent pour la deuxième manche, ce lundi 22 avril au TD Garden de Boston. 

Lise Bourgeois honorée à la Soirée Saphir

OTTAWA – La Fondation franco-ontarienne (FFO) a remis ses prix Saphir samedi soir à Ottawa. Le titre de personnalité de l’année a été attribué à la présidente-directrice générale sortante de La Cité, Lise Bourgeois. En tout, une demi-douzaine de récompenses a été distribuée au Centre des conventions Infinity d’Ottawa.

Lise Bourgeois a ainsi remporté le titre le plus prestigieux de la soirée face à la directrice générale du Centre de services communautaires de Vanier, Andrée-Anne Martel, et à la gestionnaire en engagement communautaire au Conseil des écoles catholiques du centre-est (CECCE), Marie-Michèle Laferrière.Ly

La récipiendaire s’est dite « vraiment très honorée » de se retrouver parmi la panoplie de femmes nommées au cours de la soirée, qui rejoignent les objectifs de la Fondation franco-ontarienne en faisant vibrer la communauté. « Je voudrais surtout dire merci aux femmes qui m’accompagnent ce soir à ma table, qui sont toutes des femmes d’exception, que j’aime. »

Lise Bourgeois a été présidente-directrice générale de La Cité pendant 14 ans. Crédit image : Rachel Crustin

Lise Bourgeois a souligné son émotion de recevoir ce prix après l’annonce de son départ, elle qui remplit le rôle de présidente-directrice générale de La Cité depuis 2010. Rappelons que c’est Lynn Casimiro qui prendra la tête de l’établissement le 1er juillet prochain.

C’est un départ remarqué pour Lise Bourgeois, qui a également reçu le grade de chevalière de l’Ordre de la Pléiade en mars dernier.

La Soirée Saphir de la Fondation franco-ontarienne en était à sa neuvième édition. Crédit image : Badr-Eddine Khehchchab

En début de soirée, le premier Saphir a reconnu l’engagement communautaire de Colette Stitt, qui œuvre comme conseillère scolaire depuis plus de 35 ans. Mme Stitt est employée du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario depuis 1998.  Elle a salué la communauté francophone de Pembroke et les membres des Premières Nations, dont elle fait également partie.

« Je suis tellement fière de voir notre communauté francophone, non seulement survivre, mais grandir et s’épanouir de jour en jour », a lancé la première récipiendaire de la soirée, qui semblait surprise de sa victoire.

Les autres nommées dans la catégorie Engagement communautaire étaient Florence Ngenzebuhoro et Aline Nizigama.

Colette Stitt a reçu son prix des mains de Lise Bourgeois, qui représentait La Cité. Les autres nommées étaient Aline Nizigama (à gauche) et Florence Ngenzebuhoro (à droite). Crédit image : Badr-Eddine Khehchchab

Un peu plus tard, le prix Entrepreneure a été remis à Lynne Dupuis, propriétaire de LMD solutions. L’entreprise bilingue offre des formations et des outils aux membres de conseils d’administration pour les aider à mieux remplir leurs fonctions.

« Être une femme entrepreneure, c’est quelque chose qui me tient à cœur. Ce n’est vraiment pas évident. On travaille souvent dans l’ombre, et souvent seule. Ça fait vraiment plaisir d’être ici, devant vous », a affirmé Lynne Dupuis, qui était en nomination aux côtés de Mélanie Bélair et de Carelle Lahouri.

Peu de surprises

Lorsqu’on regarde les différents prix remis dans la francophonie ontarienne, on remarque une certaine cohérence. La Soirée Saphir a ceci de particulier qu’elle honore les femmes de la francophonie de la province, mais elle rejoint tout de même la logique d’autres cérémonies, comme les prix Bernard Grandmaître, qui récompensent la francophonie ottavienne.

Samedi soir, le prix Saphir Jeunesse a été remis à la photographe et documentariste ottavienne d’origine ivoirienne, Ama Ouattara. Cette dernière, qui raconte par son œuvre les histoires d’immigrations de la région de la capitale nationale, avait aussi remporté le prix Bernard Grandmaître en 2022. Elle a fait allusion à cette soirée en lançant avec émotion : « J’ai pleuré lorsque l’on m’a remis le prix Bernard Grandmaître. Donc, cette fois-ci, j’essaie de vous donner un beau sourire, mais c’est très compliqué. » 

Clin d’œil imprévu, elle était cette fois en nomination contre la lauréate 2024 de la catégorie équivalente aux prix Bernard Grandmaître, Justine Perreault. Quant à Maïssa Zemni, elle a récolté une nomination pour chacune de ces cérémonies cette année.

Ama Ouattara a salué ses deux co-nomées durant son discours de remerciement. « Vous m’inspirez vraiment », a-t-elle lancé. Crédit image : Rachel Crustin

La catégorie Professionnelle rejoignait aussi la logique des prix Bernard Grandmaître, alors que deux nommées se retrouvaient encore une fois au coude à coude. Si Joanne Assad avait remporté le Laurier en mars, ce fut au tour d’Irene Xia Zhou de monter sur scène le 20 avril pour recevoir un Saphir. La troisième nommée dans cette catégorie était Chantal Paquin-McAlpine.

Irene Xia Zhou a raconté être arrivée au Canada à l’âge de 15 ans, avec sa valise pour seule compagne de voyage. « C’est une reconnaissance très touchante de mes efforts et de mon dévouement » pour la communauté franco-ontarienne, dont fait aujourd’hui partie cette jeune femme d’origine chinoise ayant grandi en Espagne.

Coup de cœur à France Lamarche

Après le couronnement de Lise Bourgeois, un tout dernier prix Saphir a été remis, dans la catégorie Coup de cœur. Cette dernière récompense met la lumière sur une femme qui a « captivé l’attention des membres du jury par l’originalité et l’impact positif de sa contribution à l’avancement de la francophonie en Ontario ». C’est la leader pédagogique France Lamarche qui s’est mérité ce titre. Dans la dernière année, elle a entre autres travaillé sur l’établissement d’un nouveau monument de la francophonie à Alfred, inauguré en septembre 2023.

« Je suis immensément fière ce soir de recevoir ce prix », a lancé France Lamarche avant de saluer toutes les nommées de la soirée, son entourage et les gagnantes des dernières années. La dernière gagnante de la soirée a aussi eu un mot pour les gens dans la salle, les remerciant « de continuer à faire une différence dans notre société, car vous continuez de croire que le français en Ontario, d’hier, d’aujourd’hui et de demain, c’est pour toujours ».

« Je suis tombée dans la potion du rayonnement de la francophonie dès mon adolescence », a raconté France Lamarche. Crédit image : Badr-Eddine Khehchchab

Depuis 2015, la FFO honore les femmes qui contribuent à l’épanouissement de la communauté francophone en Ontario. La Soirée Saphir est un événement phare de la fondation qui appuie de nombreuses initiatives franco-ontariennes tout au long de l’année. L’an prochain marquera donc le 10e anniversaire de la Soirée Saphir, et les organisateurs de la FFO commencent déjà à réfléchir aux façons de marquer le coup.

On préfère rire que pleurer avec Bado, le caricaturiste de l’Outaouais  

OTTAWA Guy Badeaux, alias Bado, est un dessinateur de presse et caricaturiste québécois qui offre depuis plus de 40 ans un regard aiguisé sur l’actualité, dans divers journaux du Québec et de l’Ontario. Dès 1981, c’est au journal franco-ontarien Le Droit que les dessins de Bado se hissent parmi les meilleurs au pays. Après plus de 10 000 dessins, dont 3000 généreusement offerts aux Archives nationales du Canada, Guy Badeaux est toujours en quête de son prochain gag, avec la même envie, celle de nous faire rire.

« Vous avez commencé votre carrière de dessinateur dans les années 1970. Est-ce que le dessin de presse et la caricature ont toujours été une évidence pour vous ?

Au départ, je voulais me lancer dans la bande dessinée, car les postes de dessinateurs de presse étaient limités, ce qui est toujours le cas aujourd’hui. À l’époque, il y avait seulement un dessinateur par journal. Mais ce qui m’a vraiment donné le goût du dessin de presse, c’est lorsque j’ai rencontré le caricaturiste de la Gazette de Montréal, à l’âge d’environ 20 ans. J’ai ensuite proposé mes dessins un peu partout, et c’est ainsi que j’ai commencé. À cette époque, il y avait quand même plus de journaux, ce qui rendait les choses plus faciles.

Bado a commencé à faire des caricatures pour le journal Le Droit en 1981. Crédit image : Le Droit

De nos jours, avec la montée des journaux en ligne, les opportunités sont moins fréquentes, et le fait de payer pour des dessins n’est pas vraiment un réflexe. D’ailleurs, avec le partage sur Facebook ou X (anciennement Twitter) on est un peu victimes de notre propre quête de popularité. Je suis également coupable de cela, car je partage mes dessins après leur publication dans les journaux.

Je me souviens qu’à mes débuts, il y avait des pages entières de bandes dessinées dans les journaux, souvent en dernière page. Maintenant, c’est de plus en plus rare.

Vous avez donc toujours navigué dans le domaine de la bande dessinée. À quoi ressemblait votre expérience de la BD ?

En fait, j’ai travaillé au magazine Croc dans mes débuts, un monument de la bande dessinée et de l’humour à l’époque. Et pendant 23 ans, j’étais rédacteur en chef de Portfoolio : The Year’s Best Canadian Editorial Cartoons.

Combien de dessins avez-vous réalisés dans votre carrière?

C’était un peu niaiseux de les compter, mais j’ai réalisé 10 100 dessins au Droit au total. J’ai commencé à les classer pour mieux m’y retrouver. Il peut parfois être difficile de se rappeler qui est représenté dans chaque dessin. Depuis 1970, je tiens un journal dans lequel j’ajoute une brève description, ainsi que le numéro du dessin et si j’ai été payé pour.

Ça me fait rire parce que je crois que mes expériences en tant que trésorier dans plusieurs organismes m’ont aidé là-dedans. J’ai été trésorier pour l’Association des caricaturistes canadiens, puis aux rendez-vous de la BD de Gatineau… enfin, c’est un détail, mais ça me sert.

En 1997, les femmes ont obtenu le droit de se promener seins nus en Ontario. Crédit image : Bado/Le Droit

Puis, je reconnais que cela peut sembler bassement matérialiste, mais je fais des dons aux Archives nationales, et c’est vrai qu’ils possèdent déjà environ 3000 de mes dessins. Mais, il faut savoir que les archives ne peuvent pas accepter les caricatures si la propriété des originaux n’est pas clairement établie. Dans mon cas, étant syndiqué au journal Le Droit, ils soutiennent que le journal est propriétaire de mes œuvres.

Caricature de Robert Bourassa en 1991, à l’époque premier ministre du Québec. Ce dessin a valu à Bado de gagner le Concours canadien de journalisme. Crédit image : Bado/ Le Droit

Vous avez travaillé en anglais et en français. Est-ce qu’il y a une différente vision de la caricature dans ces deux mondes ?

En fait, je ne fais que traduire mes dessins en anglais. Mes dessins dans Portfoolio, par exemple, étaient publiés dans leur version originale et sous-titrés en anglais. Je ne travaille pas, à proprement parler, pour des médias anglophones, sauf à de très rares exceptions. J’ai collaboré au mensuel Canadian Forum pendant quelques années, mais on ne peut pas parler d’une production très importante.

Mais vous savez, moi, dans le fond, je suis une minorité linguistique québécoise, parce que j’habitais à Westmount, un quartier anglophone enclavé dans Montréal. C’est comme ça que je me reconnais dans la situation des francophones en Ontario.

J’ai fait mes premiers dessins pour un journal anglophone, à la Gazette de Montréal, The Gazette. C’est là que j’ai rencontré le caricaturiste Terry Mosher, alias Aislin. S’en est suivi Portfoolio. J’étais le seul dessinateur francophone en Ontario. En fait, j’étais le seul dessinateur francophone qui comprenait l’Ontario, parce que les Québécois ne comprennent pas l’Ontario, puis les Ontariens ne comprenaient pas le Québec.

En 1981, j’ai postulé pour le poste de caricaturiste au Droit, suite au décès de mon ami Daniel McKale qui l’occupait depuis quelques années.

Publiée en août 1983, cette caricature représente un sans-abri sous des journaux qui traitent du logement. Crédit image : Bado/Le Droit

Je n’envisageais pas de m’exiler en région, mais Le Droit m’offrait la possibilité de traiter de sujets nationaux et internationaux, de même qu’ontariens et québécois. Il faut dire que toutes les avenues étaient bloquées à Montréal. J’en avais pour 20 ans avant qu’un poste se libère, alors je me suis installé à Ottawa, dans le coin de la Côte-de-Sable.

Qu’est-ce qui est le plus facile dans votre travail et, à l’inverse, que trouvez-vous difficile?

Ce qui est difficile c’est de trouver l’idée, parce que je ne dessine pas des fleurs, des animaux ou des couchers de soleil. Ce qui est facile, c’est qu’il y a des personnages qui sont plus simples à dessiner que d’autres. Claude Ryan, (ancien éditorialiste et directeur du Devoir et homme politique) c’était mon préféré, lui qui me payait très mal au Devoir. Je me vengeais dans mes dessins (Rires).

J’ai eu l’occasion de le dessiner quand il a appuyé l’Hôpital Montfort. Il avait donné son appui à la lutte contre sa fermeture. Puis, il y a des gens comme Mulroney. Avec son menton, c’est assez facile. Mais des fois, c’est problématique parce que Jean Chrétien, on ne peut que le dessiner de face, du fait de sa bouche si typique. À l’inverse, Bourrassa, qui avait un nez pointu, il était plus intéressant de le dessiner de profil, mais je l’ai réussi avec mon dessin qui a gagné un prix en 1991.

Autoportrait. Au cours de sa carrière, Bado a remporté plusieurs prix, dont le Concours canadien de
journalisme en 1991, le Prix d’excellence du Concours de dessin éditorial de l’Association des correspondants des Nations Unies en 2009 et 2013 et le Prix Robert-LaPalme en 2007. Gracieuseté

Comment trouvez-vous une idée de dessin?

Généralement, je trouve en lisant un article. D’ailleurs, hier, j’en ai trouvé deux. Évidemment que l’événement de la semaine, c’était le budget fédéral, alors ça m’a donné quelques idées de gags.

C’est l’actualité qui donne le sujet. Après, c’est plus compliqué de trouver une bonne idée pour la représenter.

Vous appelez vos dessins « des gags ». Est-ce que la caricature doit nécessairement être de l’humour ou si, parfois, elle peut être dramatique?

La caricature, c’est la caricature, souvent drôle, parfois dramatique. Et puis, il vaut mieux rire que pleurer.
On peut faire penser, tout en faisant rire. Moi, je crois que la pilule passe plus facilement dans ce sens. Parce que quand on est trop dogmatique, les gens arrêtent, ils n’écoutent plus.

Est-ce qu’aujourd’hui, c’est difficile de représenter et de dessiner ce qui se passe à l’international?

Le problème, c’est qu’il faut que je convainque les gens à qui je vends les dessins de les publier. Là, avec le conflit à Gaza, qui est très polarisant, j’ai fait plein de dessins qui ne seront pas publiés. Ce qui signifie qu’il y aura des dessins inédits dans mon prochain livre (Rires).

Mais effectivement, ce qui n’est pas simple dans les conflits, c’est que la situation change du jour au lendemain. C’est un peu comme faire des dessins sur la météo. Il y a beaucoup de propagande, donc il faut faire attention à ne pas dessiner quelque chose qui n’est pas totalement vérifié.

Guy Badeaux a publié son dernier album de dessins aux Éditions David. On n’est jamais trop prudent est son 13e recueil de caricatures. Gracieuseté

C’est aussi ce qui se passe avec l’intelligence artificielle, qui me fait très peur d’un point de vue professionnel. La seule chose que je me dis, c’est que les machines ne peuvent pas encore trouver d’idées.

Depuis 10 ans, je suis devenu pigiste et je fais surtout des dessins locaux. Donc, je fais à peu près deux dessins par semaine pour Le Droit et un pour Francopresse. J’en ai fait aussi pour le journal français Le Monde. Quand le caricaturiste Plantu a quitté son poste, le journal Le Monde a confié à Cartooning for Peace le rôle de remplir la une. C’est une organisation dont je fais partie, que Plantu avait créée avec Chappatte et Kofi Annan pour montrer que tout le monde n’était pas raciste. Les dessinateurs membres peuvent publier sur la une. Nous sommes en compétition avec une cinquantaine de dessinateurs, dont Chapatte, qui est une célébrité dans le domaine.

En 2015, il y a eu l’attentat de Charlie Hebdo à Paris. Est-ce que pour vous, il y a eu un avant et un après cet événement?  

Je ne sais pas s’il y a eu un avant et un après, car Charlie Hebdo existe depuis longtemps. Mais j’ai quand même perdu un ami dans la fusillade. J’étais très proche de Tignous.

Tignous était un caricaturiste et dessinateur de presse français, mort assassiné lors de l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, à Paris. Gracieuseté

Cet événement a rendu le danger plus immédiat. Des menaces, ils en avaient depuis des années. À partir de ce moment-là, c’est sûr qu’on avait peur que quelqu’un entre dans le bureau.

Cela me fait penser aux risques lorsque l’on dessine les Hells Angels. Quand « Mom » Boucher était le chef des Hells Angels au Québec et qu’il a été condamné, j’ai fait un dessin, mais tout s’est bien passé. Mon seul problème avec les Hells Angels, c’est quand j’ai rencontré un des membres dans un bar et que je lui ai dit que leur logo avait besoin d’être mis à jour… ça, ça n’a pas très bien passé (Rires).

Dans toutes les caricatures que vous avez créées ces quarante dernières années, est-ce qu’il y a un dessin que vous regrettez?

En fait, ça m’arrive assez souvent de regretter un dessin, mais c’est souvent parce que je vois autre chose à faire, que ce soit une perspective incorrecte ou une ressemblance qui ne me satisfait pas. On peut être exigent avec soi-même.

Par contre, je ne regrette pas de heurter, car c’est mon opinion. Je ne vais pas non plus dessiner quelque chose auquel je ne crois pas. Quoi qu’il en soit, je ne pourrais pas dire que je regrette d’avoir dessiné quelque chose pour avoir été trop loin.

Guy Badeaux lors de sa rencontre avec René Lévesque. Bado venait de se procurer sa biographie et le remerciait pour la préface qu’il avait écrite dans Portfoolio 85. Crédit image : Michel Lafleur

Nous connaissons Bado le caricaturiste, mais est-ce que Guy Badeaux a d’autres passions?

Absolument! Je joue de l’harmonica, je suis un peu un musicien de blues. En fait, plus jeune, j’avais même envie d’être musicien. J’ai toujours fait de la musique.

La musique, c’est un travail coopératif, alors que dans le dessin, on est tout seul. Il y a beaucoup de dessinateurs qui sont musiciens. Et vous savez, l’expression « le Violon d’Ingres » vient du peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres, qui jouait du violon.

Quand j’allais au Congrès des caricaturistes américains, il y avait toujours un orchestre, des batteurs, des pianistes, des joueurs de saxophones, de trompettes… et c’étaient les dessinateurs.

Le dessin et la musique, c’est comme respirer. Quand on dessine, on inspire, et puis quand on fait de la musique, on expire. »


1949 : Naissance à Montréal, Québec

1981 : Obtient le poste de dessinateur éditorial au quotidien Le Droit à Ottawa

1984 : Rédacteur en chef pendant 23 ans de Portfoolio : The Year’s Best Canadian Editorial Cartoons

1985 : Président, puis trésorier de l’Association des caricaturistes canadiens

1991 : Remporte le prix de la meilleure caricature au Concours canadien de journalisme avec son dessin de Robert Bourassa

2000 : Préside le jury du concours international de dessins de Liberté de la presse Canada

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

L’élue municipale Josée B. Vachon nommée à la direction générale de l’hôpital de Hearst

HEARST – L’hôpital Notre-Dame de Hearst vient de nommer sa nouvelle direction générale en la personne de Josée B. Vachon, qui occupait le poste par intérim depuis plusieurs mois. Elle prendra officiellement ses fonctions le 29 avril 2024.

Originaire de la région, diplômée de l’Université de Hearst en administration des affaires et détentrice d’un certificat en développement économique de l’Université de Waterloo, Josée B. Vachon agissait déjà comme directrice des services financiers depuis 2022 au sein de l’établissement hospitalier. 

« Reconnue dans nos communautés comme visionnaire ayant un sens d’engagement et d’organisation, Mme Josée B. Vachon possède d’excellentes capacités d’analyse et a démontré de solides aptitudes à travailler de façon transversale mettant l’accent sur des solutions novatrices », peut-on lire dans le communiqué paru vendredi.

L’hôpital connaissant des défis importants de recrutement de main-d’œuvre, le service d’accouchement de l’hôpital y est, notamment, fermé depuis juin dernier en raison du départ du seul obstétricien de la ville. Crédit image : Inès Rebei

En outre, ses précédentes expériences, notamment dans le milieu de la santé, sont citées comme étant des atouts « face aux enjeux de taille dans un contexte difficile et en constant changement. »

« C’est une très bonne nouvelle pour tout le monde que l’hôpital ait trouvé une direction générale, je pense que Josée va être dévouée pour sa communauté », croit le maire de Hearst Roger Sigouin.

Conflit d’intérêts?

Mais Josee B. Vachon est aussi connue comme conseillère municipale de Hearst depuis 2018. ONFR a tenté de joindre Mme Vachon pour savoir si elle compte mettre fin à son mandat, mais n’a pas eu de retour au moment de publier ces lignes.

Celle-ci assure depuis décembre dernier l’intérim de la direction générale en même temps que son rôle d’élue.

Selon les règlements municipaux, il n’y aurait aucun conflit d’intérêts entre ses deux rôles étant donné le fait que l’hôpital relève d’une compétence provinciale et non municipale. De plus, le régime à temps partiel du rôle de conseiller municipal implique également la nécessité d’un autre emploi rémunéré.

Selon le maire de la ville de 5000 habitants, le fait que Mme Vachon siège également au conseil va permettre d’aider à mieux cerner les enjeux au niveau de la santé : « On va pouvoir avoir beaucoup d’informations sur tout ce qui se passe à l’hôpital. »

Manque de transparence

Mme Vachon succède à Liza Fortier, qui assurait la direction de l’établissement depuis septembre 2020, après que l’ex-directeur Jacques Doucet ait quitté son poste pour des raisons personnelles après seulement quelques mois de travail. 

Le départ de Mme Fortier en décembre 2023 avait suscité beaucoup de spéculation alors qu’aucune information n’avait été donnée au sujet de son départ qui, selon des rumeurs à l’époque, semblait involontaire.

Le maire Sigouin regrette ce qu’il qualifie de manque de transparence de l’établissement, qui avait refusé des demandes de médias. Néanmoins, il faut noter que le centre hospitalier n’ayant que peu de moyens, il n’y existe aucun département de communications, comme c’est le cas pour les plus gros établissements.

L’hôpital de Hearst avait fait les manchettes en juillet 2023 alors qu’un patient avait perdu la vie en attendant d’être transféré en hélicoptère vers un centre de soin plus adapté. Bien qu’une enquête avait été lancée, les conclusions de celles-ci semblent toujours se faire attendre.

L’histoire franco-ontarienne dans les timbres du Canada

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à l’histoire avec Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

Si on vous demandait d’énumérer des Franco-Ontariens ou Franco-Ontariennes qui se trouvent sur des timbres du Canada, seriez-vous capable de le faire?

Prenez un instant pour y songer.

La réponse vous étonnera peut-être en raison de la faiblesse du nombre.

Jusqu’en 1978, les francophones peu présents

Le premier timbre-poste émis au Canada remonte à 1851. Sans surprise, les personnes à avoir figuré le plus souvent sur les timbres-poste du Canada sont les membres de la famille royale (particulièrement le souverain régnant).

Or, en 1978, un article publié dans le magazine L’Actualité a fait grand bruit et a contribué à diversifier les représentations. L’article soulignait le peu de place qui avait été faite aux Québécois dans les timbres émis par la poste canadienne.

Si le gouvernement du Canada s’était abstenu de réagir publiquement à la suite de la controverse qu’avait suscitée la publication de l’article de L’Actualité, la polémique avait été telle qu’elle attira l’attention du premier ministre du Canada, qui mandata son ministre des Postes de créer un comité pour se pencher sur la question. Rappelons que ce ministre, à l’époque, n’était nul autre que le Franco-Ontarien Jean-Jacques Blais, député de Nipissing.

Depuis les années 1980, un effort a visiblement été entrepris pour rectifier le tir et la tendance n’a fait que s’accentuer depuis le début du XXIe siècle.

Plusieurs séries thématiques de timbres ont commémorée à la fois des icônes de la musique québécoise, des leaders autochtones ou encore des personnalités canadiennes-anglaises.

Néanmoins, entre les Canadiens anglais, les Autochtones et les Québécois, les Franco-Ontariens restent en plan.

Les Franco-Ontariens, sur les doigts d’une main

En parcourant la liste des timbres-poste émis par Postes Canada, un constat s’impose rapidement : le faible nombre de Franco-Ontariens qui s’y trouvent. Les compter sur les doigts d’une main suffit, largement.

Le premier Franco-Ontarien à être immortalisé sur un timbre-poste de Postes Canada fut Lionel Chevrier. Né en 1903 à Cornwall, Chevrier fut député fédéral et ministre dans les cabinets des premiers ministres William Lyon Mackenzie King, Louis St-Laurent et Lester B. Pearson, avant de devenir diplomate.

Le timbre sur Chevrier fut émis en 1997 dans une série commémorant aussi les anciens députés fédéraux Martha Black, Réal Couette et Judy LaMarsh.

Source : Postes Canada

Le deuxième Franco-Ontarien à avoir été commémoré sur un timbre-poste fut un sportif, le hockeyeur Denis Potvin, en 2001. Originaire de Vanier, il fut capitaine de l’équipe de hockey des Islanders de New York lorsqu’elle rafla quatre coupe Stanley d’affilé, de 1980 à 1983.

Comme pour Chevrier, Denis Potvin se trouvait au sein d’une série de timbres commémoratifs, soit celle des étoiles canadiennes de la Ligue nationale de hockey.

Source : Postes Canada

Des événements, des lieux

En 2001, toujours dans le domaine sportif, c’est un événement plutôt qu’une personnalité qui est honoré sur un timbre-poste. Il s’agit des IV Jeux de la Francophonie, tenus du 14 au 24 juillet 2001 à Ottawa-Hull.

Créés en 1989, ces « Jeux olympiques » de la Francophonie avaient été les premiers à se tenir au Canada et le premier événement sportif mondial majeur dans l’histoire de la région de la capitale nationale du pays. C’est l’entrepreneur franco-ontarien Rhéal Leroux qui fut chargé de les organiser.

Ce timbre avait été précédé par deux autres dignes de mentions liés à l’histoire franco-ontarienne : celui émis en 1998 pour souligner le 150e anniversaire de fondation de l’Université d’Ottawa ainsi que celui émis en 1983 pour commémorer le centenaire de la découverte du nickel à Sudbury (et la fondation de la ville).

Les timbres commémorant l’histoire de la Nouvelle-France

Si on extrapole pour chercher d’autres timbres ayant un quelconque lien avec l’Ontario français et son histoire, c’est du côté des personnages historiques de l’époque de la Nouvelle-France qu’on en trouvera.

L’époque de la Nouvelle-France a souvent été commémorée par les timbres au Canada. L’un de ces premiers personnages ayant vécu à l’époque du Régime français à avoir été commémoré par un timbre-poste du Canada fut Étienne Brûlé.

Considéré aujourd’hui dans la tradition populaire et une certaine historiographie comme le « premier Franco-Ontarien » de l’histoire, il n’en demeure pas moins qu’officiellement, de son vivant, Brûlé était Français.

Source : Postes Canada

Tout comme Samuel de Champlain, dont le 400e anniversaire de passage et séjour sur le territoire actuel de l’Ontario en 2013 et 2015 avait fait l’objet de grandes commémorations. Champlain a eu plusieurs timbres émis à son effigie, mais surtout liés à son rôle dans la fondation de Québec.

D’autres personnages qui ont marqué l’histoire de la Nouvelle-France et qui ont foulé l’actuel sol ontarien ont également été commémorés dans l’histoire canadienne des timbres-poste. C’est le cas des explorateurs René-Robert Cavelier de La Salle, Frontenac ou La Vérendrye.

Dollard des Ormeaux, mort en martyre en 1660 pour la Nouvelle-France dans les environs de l’actuel village de Chute-à-Blondeau, en Ontario, a eu droit à son timbre 300 ans plus tard, en 1960.

Mentionnons aussi que la rivière des Outaouais, à titre de rivière patrimoniale, a été commémorée par un timbre en 1992 dans une série comprenant quatre autres rivières historiques du Canada. La Rivière-des-Français, dans le Nord de l’Ontario, le fut à son tour deux ans plus tard dans une deuxième série commémorant cinq rivières patrimoniales liées à l’histoire du commerce des fourrures.

Les personnalités canadiennes ayant eu un lien avec l’Ontario français

Outre les personnages de la Nouvelle-France, si on continue d’extrapoler à la recherche de timbres ayant un lien avec l’Ontario français, on pourrait inclure quatre autres personnages, dont trois qui se sont illustrés sur la scène politique canadienne.

En premier lieu, l’homme fort Jos Montferrand a été immortalisé sur un timbre émis en 1992.

Source : Postes Canada

Ensuite, un timbre en 1927 pour Sir Robert Baldwin et Sir Louis-Hyppolite Lafontaine, alliés, amis, réformistes et co-premiers ministres, Lafontaine se fait élire lors d’une élection partielle à York (aujourd’hui Toronto), bien qu’originaire du Bas-Canada, une première. L’événement contribuera grandement à rapprocher les deux cultures linguistiques.

Quelques décennies après Baldwin-Lafontaine, Sir Wilfrid Laurier devient le premier francophone à accéder à la fonction de premier ministre du Canada, en 1896. Il reste en poste jusqu’en 1911 mais continua de siéger jusqu’à sa mort en 1919. Ami entre autres des Franco-Ontariens Napoléon-Antoine Belcourt et Ascanio-J. Major, Laurier sera même député de la Cité d’Ottawa de 1908 à 1910. Résident d’Ottawa, décédé dans la capitale et inhumé au cimetière Notre-Dame d’Ottawa, l’essayiste Paul-François Sylvestre a inclut Laurier en 1986 dans son livre sur les parlementaires franco-ontariens.

Enfin, un timbre commémorant Jeanne Sauvé, première (et seule en date d’aujourd’hui) présidente de la Chambre des communes du Canada et première femme à devenir gouverneure générale, a été émis l’année de son décès, en 1993.

Bien qu’élue au Québec toute sa vie politique durant et s’identifiant une fois adulte comme Québécoise et Canadienne, Jeanne Sauvé a grandi dans une famille franco-ontarienne à Ottawa et a effectué toute sa scolarité, de l’école élémentaire jusqu’au premier cycle universitaire (à l’Université d’Ottawa), en Ontario.

Source : Postes Canada

Les Franco-Ontariennes, complètement absentes

Soulignons qu’aucune Franco-Ontarienne n’a été commémoré sur un timbre émis au Canada, plus de 150 ans après la confédération!

Ce constat est peu reluisant, mais le fait est que l’Ontario français est très peu présent en général dans les timbres-poste émis au Canada, depuis le premier émis en 1851.

Pourtant, avec son histoire plus de quatre fois centenaire, l’Ontario français a des personnages dignes d’être commémorés sur des timbres-poste canadiens.

Immigration francophone : des cibles fédérales trop basses, critiquent des députés de tous bords

OTTAWA – Des députés de l’ensemble des partis politiques, dont certains libéraux, estiment que les cibles en immigration francophone que le gouvernement fédéral s’est fixées pour les prochaines années sont trop faibles.

Dans un rapport du Comité des langues officielles intitulé Ouverture sur la francophonie internationale : optimiser l’immigration francophone au Canada, les élus des quatre principaux partis à la Chambre des Communes estiment que les objectifs annoncés par le ministre de l’Immigration Marc Miller à l’automne dernier ne sont pas assez élevés pour « rééquilibrer le poids démographique des francophones au Canada ».

Actuellement, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) vise à accueillir parmi ses nouveaux résidents permanents 6 % de francophones en 2024, 7 % en 2025 et 8 % en 2026. Or, les députés libéraux (une dizaine), conservateurs ainsi que les représentants du Bloc québécois et du NPD écrivent dans le rapport « encourager le gouvernement à accroître son taux à 12 % en 2024 et à atteindre progressivement un taux de 20 % en 2036 ».

À l’automne, les organismes de la francophonie canadienne avaient vivement critiqué les nouveaux objectifs en immigration francophone hors Québec du ministre Miller. L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario s’était dite « profondément déçue » alors que la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) mentionnait une cible « qui contribue au déclin du poids démographique des francophones ».

Même le gouvernement du Québec avait dénoncé la politique fédérale. Auparavant, la cible annuelle de francophones était de 4,4 % et elle n’avait été atteinte que deux fois en 20 ans, soit en 2022 et 2023. Le ministre Marc Miller s’était défendu, affirmant que l’augmentation de 4 % à 6 % constituait une augmentation de 50 % « et donc moi, mon défi, ce n’est pas de fixer des cibles qui sont irréalistes ».

« Ce n’est pas une question simplement de mettre un chiffre pour faire plaisir à tout le monde, mais un chiffre qui est réalisable », disait-il au moment de l’annonce.

Il n’avait pas fermé la porte à revoir sa cible à la hausse, mais il se devait avant tout de « donner un coup de barre » ainsi que de changer la façon de penser de son ministère, avant d’aller plus haut.

Dans leur rapport, les députés suggèrent notamment une solution au coup de barre mentionnée par le ministre Miller : revoir la gouvernance globale de l’immigration francophone au sein d’IRCC. Il est notamment proposé que la branche chargée du dossier de l’immigration francophone soit mutée plus haut dans la hiérarchie pour relever directement d’un sous-ministre adjoint.

Parmi les autres propositions, augmenter les ressources allouées aux ambassades et bureaux de traitement responsables des demandes des francophones et aussi que l’immigration francophone soit un facteur pris en compte pour la potentielle ouverture de nouveaux bureaux de visas dans le monde. On recommande également de changer les tests de langue en français que doivent passer les nouveaux arrivants avant de venir au Canada et que les universités et collèges francophones soient chargés de le concevoir et l’administrer.

Le document émet un total de 19 recommandations. Le gouvernement doit donner une réponse au rapport du Comité des langues officielles.

Une semaine culturelle éclatée en Ontario

Cette semaine en Ontario francophone, on s’émerveille à Toronto, on rit à Ottawa, on forme la jeunesse à Kapuskasing et on rend hommage à un grand groupe à Cornwall. Les citoyens de Minden Hills découvrent une formation gatinoise, alors que ceux de la capitale et de la ville reine reçoivent une formation éclectique française. Les amateurs de country ont également un nouveau son à se mettre dans l’oreille…

En attendant Matthieu Pepper

L’humoriste Matthieu Pepper s’arrête un seul soir en Ontario, au milieu de sa tournée En attendant la fête au village. Qualifié de « spectacle réconfort » dans La Presse et de « belle réussite » dans Le Journal de Montréal, ce premier spectacle solo raconte la vie, l’introspection et le processus d’écriture de celui qui a remporté le titre de Découverte de l’année au gala des Olivier 2023.

Matthieu Pepper sera de passage au Centre des arts Shenkman dans le cadre de la programmation du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) ce mercredi. Au moment d’écrire ces lignes, 78 % des billets avaient trouvé preneurs.

Matthieu Pepper est entre autres connu pour la comédie à sketchs Entre deux draps, dont il est l’auteur principal. Source : MIFO

Ottawa, le 24 avril. Détails et billet sur le site du MIFO.

Comédie humaine à Toronto

Une nouvelle exposition a débuté jeudi à la galerie d’art torontoise Thompson Landry, qui se spécialise dans les œuvres d’art québécoises. L’exposition Comédie humaine de Michel Blouin sera à l’honneur à l’espace Stone, dans le quartier historique de la Distillerie.

Selon la propriétaire de la galerie, Joanne Thompson, les œuvres du peintre originaire de l’île d’Orléans se distinguent par l’instinct de l’artiste, la liberté d’expression, la riche palette d’émotions et un langage visuel symbolique vibrant. Plus de 40 tableaux orneront les murs de la galerie, jusqu’au 5 mai prochain.

Le monde imaginaire, huile sur toile. Crédit image : Michel Blouin

Toronto, du 18 avril au 5 mai. Détails sur le site de la galerie Thompson Landry.

Fable écoresponsable à Ottawa et Toronto

Quel genre de personnage pourrait habiter sur les îles de plastique que l’on retrouve dans l’Océan Pacifique? C’est la question à laquelle l’imaginaire du comédien et musicien Eudes Laroche-Francoeur répond dans Le Roi Poubelle, une coproduction de VOX théâtre et du Théâtre français de Toronto (TFT). L’artiste originaire de Québec et établi dans la ville reine avait déjà l’habitude de fabriquer des instruments de musique avec des objets récupérés. Ajoutons l’histoire d’une jeune femme en plein deuil de sa mère, qui se retrouvera à interagir avec ce personnage qui, lui, n’a jamais perdu personne.

Des thèmes universels seront au cœur de cette histoire, qui se déroule dans un décor éclaté. Le spectacle s’adresse à un public de neuf à 14 ans. Le Roi Poubelle sera d’abord présenté à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins (LNSGD) d’Ottawa vendredi et samedi, avant de s’arrêter au Berkeley Street Theatre de Toronto la semaine prochaine. Eudes Laroche-Francoeur lancera également son livre Le Roi Poubelle lors de la représentation de vendredi.

Dans Le Roi Poubelle, le personnage écrit et joué par Eudes Laroche-Francoeur s’est autoproclamé souverain d’une île de plastique. Crédit image : Catherine Archambault

Ottawa, les 19 et 20 avril. Toronto, le 27 avril. Détails et billets sur les sites de LNSGD et du TFT.

Voisinage clownesque

Un autre spectacle pour enfants mettra en vedette des déchets, cette fois à Kapuskasing, dans la programmation du Centre régional de Loisirs culturels. Dans Les Voisines, l’une des personnages aimerait bien lire un livre ou profiter de sa cour tranquillement, tandis que l’autre est d’un naturel plutôt exubérant.

Entre les chicanes de terrain, de bruit et de poubelles qui débordent, les deux voisines se trouveront peut-être finalement une certaine complicité. Un spectacle de cirque et de jeu clownesque pour les cinq à 12 ans, signé Le Gros orteil.

Marie-Hélène D’Amours et Vanessa Kneale dans Les Voisines. Crédit image : Robert Gilbert

Kapuskasing, le 23 avril. Détails et billets sur la plateforme Le point de vente.

La Grand-Messe de Cornwall

La ville de Cornwall accueillera La Grand-Messe, un groupe hommage aux Cowboys fringants. En plus de reproduire les grands succès de la formation québécoise sur scène, les musiciens en arborent le style. Le groupe en est à ses débuts en Ontario, mais est actif depuis plusieurs années et reconnu par les Cowboys fringants eux-mêmes depuis 2015. Le spectacle est présenté par l’ACFO-SDG et aura lieu au Théâtre Aultsville ce samedi. Le code promo ACFOSDG permet d’ailleurs d’économiser 10 $.

La Grand-Messe lors du lancement de l’album Octobre des Cowboys fringants, en 2015. Source : Youtube La Grand-Messe

Cornwall, le 20 avril. Détails et billets sur la plateforme Ticket pro.

Musique fusion

La formation française Taqsim Driver a trouvé sa niche en mêlant la tradition et la modernité, ainsi qu’une multitude d’instruments et de styles musicaux, comme autant d’ingrédients qu’on aurait agencés dans une assiette de cuisine fusion. Les musiques rares et ancestrales comme le dabké libanais ou le tallava albanais se marient donc avec des sons plus actuels comme le dance, le trap ou le rap.

Si les premiers extraits officiels de Taqsim Driver sont sortis en 2023, les musiciens se connaissent depuis une quinzaine d’années et ont déjà réalisé des tournées en Europe, en Inde, au Maroc et en Afrique du Sud en tant que La fanfare couche-tard. Ils s’attaquent cette fois au Canada et s’arrêteront à l’Alliance française de Toronto ce samedi et à l’Alliance française d’Ottawa ce mardi.

La formation Taqsim Driver fait le tour du réseau des Alliances françaises du Canada, s’arrêtant aussi à Winnipeg, Edmonton et Vancouver. Source : Réseau des Alliances françaises du Canada

Toronto, le 20 avril et Ottawa, le 23 avril. Détails et billets sur les sites des Alliances françaises de Toronto et d’Ottawa.

Du folk dans le comté de Haliburton

La formation Leverage for Mountains se rendra à Minden Hills ce samedi pour donner un concert à la Highland Hills United Church, sous l’invitation de la Haliburton County Folk Society. Le trio composé de Jay Trépanier, Nick Loyer et Jay Flynn est basé à Gatineau, au Québec. Les harmonies vocales font sa marque de commerce. Imaginez un boy band, mais dans un style folk acoustique, les guitares en plus et les chorégraphies en moins. Le duo ontarien The Salt Cellars assurera la première partie de Leverage for Mountains samedi.

Le trio Leverage for Mountains s’est formé à Val-des-Monts, dans l’Outaouais québécois. Source : 49e parallèle

Minden Hills, le 20 avril. Détails sur le site de la Haliburton County Folk Society.

La pause a assez duré

Quelques mois après la sortie du EP Pause, le duo country Sugar Crush ajoute une nouvelle chanson à son répertoire. Si Pour toi a été envoyée aux radios ce jeudi, il faudra patienter jusqu’au 10 mai pour la retrouver sur les plateformes d’écoute en ligne. Le texte parle d’un coup de foudre destructeur qui mène à la séparation d’un couple établi, du déchirement entre l’envie de protéger sa famille et celle de vivre à fond une nouvelle passion. L’ambiance est tout de même légère et la force de la chanson réside dans son refrain accrocheur, potentiel ver d’oreille. Sugar Crush est un duo franco-ottavien composé de Joanie Charron et Marie-Soleil Provost.

Sugar Crush est un duo country franco-ottavien composé de Marie-Soleil Provost et de Joanie Charron. Source : pistage radio Julia Smile

Dans les radios dès maintenant, sur les plateformes en ligne dès le 10 mai. Plus de détails sur Sugar Crush sur la page Facebook du duo.

Budget 2024 : un accueil favorable mais prudent du milieu culturel

OTTAWA – Les organismes œuvrant dans le milieu culturel ont généralement bien réagi aux mesures annoncées dans le budget 2024, dévoilé mardi par la ministre des Finances, Chrystia Freeland. Ils dénotent par contre une certaine incertitude face à la part de gâteau que pourront obtenir les communautés de langues officielles en situation minoritaire (CLOSM) et pointent du doigt la courte durée de certaines mesures.   

Le budget 2024 prévoit de nouveaux investissements au sein de Patrimoine canadien, dont 31 millions de dollars sur deux ans au Fonds du Canada pour la présentation des arts (FCPA). Selon le texte du budget, ce fonds appuie chaque année « environ 680 festivals artistiques professionnels et séries d’arts de la scène dans plus de 270 villes du pays ».

Questionnée par ONFR, la directrice générale du Centre francophone Hamilton (CFH), Julie Jardel, salue la campagne Avenir du spectacle, menée par 34 associations pour les arts vivants. Depuis 2022, la campagne milite entre autres pour rendre permanents certains investissements dans le FCPA qui allaient prendre fin cette année. Les organismes demandaient également un financement supplémentaire de 21 millions de dollars par année. Ce sont plutôt 31 millions de dollars sur deux ans qui ont été accordés au FCPA. 

« Je ne saurais pas dire si cette augmentation sera suffisante pour nous permettre d’augmenter l’ampleur ou le nombre de nos projets », affirme Mme Jardel, dont l’organisme est l’un des rares à offrir à la fois une saison artistique régulière et un festival d’envergure en français. « Le gouvernement n’a pas précisé quelle part irait aux francophones et n’a pas pérennisé l’augmentation au-delà de deux ans comme demandé par le réseau artistique », précise-t-elle.

La FrancoFEST Hamilton est un festival francophone gratuit qui se tient au parc Gage d’Hamilton. L’édition 2024 aura lieu du 21 au 23 juin. Crédit image : Rachel Crustin

Le son de cloche est semblable du côté de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF). Par voie de communiqué, l’organisme « salue la bonification de l’enveloppe » du FCPA, mais indique du même souffle qu’il « espérait toutefois une bonification permanente et plus importante de ce programme ». L’absence de mention de la francophonie canadienne et acadienne inquiète l’organisme porte-parole du milieu culturel des CLOSM. 

Questionnée en mêlée de presse au sujet de la place de la culture francophone dans le budget, la ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, a répondu en parlant du Québec. « Dans tous les programmes qu’on met en place du côté des arts et de la culture, la question de la francophonie, la question de la culture du Québec, est toujours très présente et évidemment, tous les programmes soutiennent notamment la communauté culturelle au Québec. »

Pascale St-Onge
La ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge. Son ministère gère différents fonds qui recevront du financement pour bénéficier au milieu culturel. Crédit image : Stéphane Bédard

La FCCF salue différents investissements présents dans le budget 2024 qui bénéficieront à la francophonie canadienne, mais estime que « les ressources allouées ne suffisent pas à l’ensemble des besoins. La précarité des emplois, la pénurie de main-d’œuvre et l’augmentation du coût de la vie continuent de fragiliser le milieu des arts et de la culture ».

Soutien aux autres branches culturelles

En plus des arts de la scène, le budget 2024 mentionne un financement de 32 millions de dollars sur deux ans pour le Fonds de la musique du Canada, déjà annoncé le 24 mars dernier. Le 31 janvier, le gouvernement fédéral avait aussi annoncé 100 millions de dollars sur deux ans à Téléfilm Canada.

À cela s’ajoutent cette semaine 20 millions de dollars annuellement pour les deux prochaines années pour le Fonds des médias du Canada (FMC), un investissement salué par l’Alliance des producteurs francophones du Canada (APFC), qui reste aussi prudente. « Bien que ce financement contribuera au dynamisme de l’industrie audiovisuelle, l’APFC attend toujours la pérennisation des sommes supplémentaires accordées à Téléfilm Canada et la réalisation de la promesse de doubler le budget du FMC », peut-on lire dans un communiqué tout de même très enthousiaste.

De son côté, le Fonds du livre du Canada (FLC), toujours chapeauté par Patrimoine canadien, recevra 10 millions de dollars sur trois ans. Un regroupement d’associations représentant l’industrie canadienne de l’édition et des auteurs professionnels demandait plutôt d’augmenter de 50 % le budget du FLC, une promesse à ce jour non tenue des libéraux lors de la campagne électorale de 2021.

L’industrie attend également impatiemment une modernisation de la Loi sur les droits d’auteurs. Ces deux éléments sont d’ailleurs rappelés au gouvernement par le Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC) ce jeudi. Par voie de communiqué, l’organisme dit accueillir le budget fédéral « avec un brin de scepticisme ».

De l’aide plus directe pour certains

Le budget de la ministre Freeland mentionne certains organismes culturels de façon plus précise. En Ontario, 23 millions de dollars sont prévus sur trois ans pour soutenir le Festival international du film de Toronto (TIFF). Une excellente nouvelle, selon la directrice des communications du TIFF, Maria Alejandra Sosa. En réponse à ONFR, elle affirme que ces montants permettront au festival de franchir une nouvelle étape dans son développement, la création d’un marché officiel pour l’industrie cinématographique canadienne et internationale.

« Le TIFF est très reconnaissant de l’investissement exceptionnel annoncé par le gouvernement fédéral »
— Maria Alejandra Sosa

De son côté, le Centre national des arts, organisme fédéral majeur et plaque tournante de l’industrie culturelle canadienne, recevra 45 millions de dollars sur trois ans, à compter de 2025-2026. Ce montant servira à « assurer un soutien continu aux artistes et aux productions de tout le pays ».

Le Centre national des arts, situé au centre-ville d’Ottawa, présente plus de 1400 événements annuellement à travers le pays. Crédit image : Rachel Crustin

Dans l’est du pays, la Société Nationale de l’Acadie (SNA) pousse un soupir de soulagement. Le budget fédéral 2024 prévoit deux millions de dollars sur trois ans « pour permettre au Programme des célébrations et commémorations d’appuyer les célébrations communautaires organisées lors de la Journée de la fête nationale des Acadiens et des Acadiennes ».

« Bien que nous accueillions cette annonce avec soulagement, nous continuerons nos démarches auprès du gouvernement afin de garantir un financement permanent pour assurer la continuité de nos célébrations et la préservation de notre culture acadienne », souligne le président de la SNA, Martin Théberge. Rappelons que le financement annuel de la Fête nationale de l’Acadie avait été mis de côté, puis reconduit partiellement en 2023, suscitant l’inquiétude de la communauté acadienne.

D’autres institutions ontariennes nommées dans le budget

  • Le Centre Harbourfront de Toronto : 10 millions de dollars sur deux ans pour des travaux de réparation majeurs.
  • Le Shaw Festival Theater de Niagara-on-the-Lake : 15 millions de dollars pour la campagne All.Together.Now.
  • La Sikh Arts & Culture Foundation et le Musée royal de l’Ontario : Montant de 11 millions de dollars partagé avec la communauté hellénique de Vancouver. En Ontario, le projet est de « créer un espace de musée à Toronto consacré aux arts, à la culture et au patrimoine sikhs ».

Une francophone deviendra la première femme rectrice de l’Université Thorneloe à Sudbury

SUDBURY – Le Conseil des gouverneurs de l’Université Thorneloe vient d’annoncer la nomination de Stacy Sathaseevan à titre de rectrice intérimaire à compter du 1er juin prochain. Il s’agit non seulement de la première femme mais aussi de la première francophone à la tête de l’établissement.

« Je suis fière de porter ces titres », confie à ONFR celle qui est née dans une famille bilingue à Holtyre, une municipalité située à l’Est de Timmins.

« Cette transition marque un nouveau chapitre pour notre université », s’est exprimé le président du conseil, Brian Koivu à propos du fait que Mme Sathaseevan constitue la première femme présidente de l’établissement vieux d’une soixantaine d’années, dont l’intérim durera une année.

« Une année, c’est à la fois long et court. Ainsi, pendant mon mandat de présidente, mes principales priorités seront de continuer à trouver des moyens novateurs de rajeunir notre communauté de résidence », explique-t-elle en ajoutant que c’est ce qu’elle a pu faire dans son rôle de doyenne ces deux dernières années.

La jeune maman déclare également vouloir « commencer à élaborer des plans concrets pour aider Thorneloe à croître et à prospérer l’année prochaine et les années à venir ».

Mme Sathaseevan succède au révérend John Gibaut lequel prendra sa retraite « après un mandat de cinq ans qui a permis à l’Université Thorneloe de traverser une période extrêmement difficile », lit-on dans le communiqué.

Une activiste convaincue

Cette femme de 42 ans a déménagé à Sudbury en 2001 pour poursuivre ses études postsecondaires à l’Université Laurentienne. 

Elle y obtient son baccalauréat spécialisé en 2005 et un baccalauréat en éducation en 2009, tout en se spécialisant dans l’enseignement intermédiaire de premier cycle. Elle finalise, présentement, les exigences de sa maîtrise en sciences humaines interdisciplinaires qu’elle soutiendra en juin prochain.

Stacy Sathaseevan présente les programmes d’études supérieures de la Laurentienne. Source : X

Ces deux dernières années, la francophone a occupé le poste de doyenne de la résidence à l’Université Thorneloe. Par ailleurs, depuis 2016, elle travaille à la Faculté des études supérieures de l’Université Laurentienne en tant qu’agente d’information.

Très impliquée dans le monde communautaire, Mme Sathaseevan a été l’une des membres fondatrices du comité exécutif du groupe d’action communautaire du quartier 1 Kingsmount/Park Bell.

Elle a également été présidente du club philanthropique Kinette du Grand Sudbury et vice-présidente de la section de Sudbury de l’Association des Nations Unies du Canada. 

En outre, la mère célibataire de trois enfants a aussi donné de son temps au Conseil d’éducation catholique et de l’organisme humanitaire Sole Hope, venant en aide aux enfants d’Afrique.

L’Université Thorneloe toujours debout

L’histoire de l’Université Thorneloe est étroitement liée à celle de l’Université Laurentienne à laquelle elle fut fédérée, avec l’Université de Sudbury et celle de Huntington, peu après ses débuts en 1961.

Le 30 mars 2021, soit presque 60 ans jour pour jour de la création de Thorneloe, l’Université Laurentienne a annoncé sa décision unilatérale de mettre fin aux accords de fédération historique avec les trois universités fédérées en raison de la crise financière qui la secoue.

Avant la dissolution de la fédération, l’Université Thorneloe offrait des programmes en arts, en études féministes ou encore en études anciennes. Source : Université Thorneloe

Tous les départements et programmes furent abolis, aujourd’hui l’enseignement à Thorneloe est axé sur son École de théologie avec des cours en ligne. Alors qu’ils étaient 13 avant la crise à la Laurentienne, il ne reste aujourd’hui que six professeurs à temps partiel et presque autant de cours par session universitaire.

« Thorneloe n’offre pas de programme en français au sein de l’École de théologie, mais nous avons une communauté de résidence très diversifiée qui comprend de nombreux francophones », indique la future présidente.

Les frais de scolarité de l’établissement sont facturés le tiers du coût des cours équivalents dans d’autres universités (y compris l’Université Laurentienne) et des institutions théologiques au Canada.

L’établissement mise depuis sur les revenus issus de sa résidence pouvant héberger 58 étudiants et la location de sa salle de théâtre Ernie Checkeris, qui accueille des groupes de théâtre et d’arts de la scène de toute la région de Sudbury.

On démystifie le français… d’une Vietnamienne

Le français est parlé de manière différente dans chaque région du monde. Déplaçons-nous donc vers l’Asie pour explorer une ancienne colonie française : le Vietnam. Saviez-vous que plusieurs langues asiatiques utilisent un système tonal, telle une gamme de musique? La phonologue Marie-Hélène Côté, professeure à l’Université de Lausanne, est de retour pour nous expliquer cette fois ce qui caractérise l’accent d’une Vietnamienne qui parle français.

Une enveloppe supplémentaire de 10 millions pour le Commissariat aux langues officielles

OTTAWA – Le Commissariat aux langues officielles recevra du gouvernement fédéral 10 millions de dollars additionnels de son budget en vertu des nouveaux pouvoirs que lui confère la nouvelle Loi sur les langues officielles.

Modernisée en juin dernier, la Loi sur les langues officielles augmente grandement les pouvoirs du commissaire aux langues officielles et son équipe. Hier, dans son budget de 2024, Ottawa a réservé un financement de 26 millions de dollars sur cinq ans qui bénéficiera à Patrimoine canadien, le Conseil du Trésor et le Commissariat aux langues officielles (CLO). Le ministre des Langues officielles Randy Boissonnault a déclaré ce mercredi que le commissaire toucherait autour de 10 millions de dollars.

« C’est par l’entremise de Patrimoine canadien que le commissaire recevra ces ressources (…) On veut que le commissaire ait ses propres ressources », soutient-il.

L’an dernier, le budget du Commissariat aux langues officielles s’élevait annuellement à 22,6 millions de dollars. On ne sait toutefois pas quel montant avait demandé le chien de garde des langues officielles au Conseil du Trésor. Raymond Théberge n’a pas voulu se prononcer sur ce montant, car « nous n’avons pas reçu de confirmation quant au montant précis qui sera alloué au Commissariat », a-t-il commenté dans une déclaration écrite.

En entrevue avec ONFR en février, ce dernier avait refusé à plus d’une reprise de dévoiler un chiffre précisant que le tout servirait à embaucher de nouvelles personnes, offrir de la formation et ajouter des ressources.

« C’est un changement important au Commissariat et presque fondamental. On va passer d’un Commissariat 2.0 à un Commissariat 3.0 », disait-il.

En vertu de ses nouveaux pouvoirs, Raymond Théberge pourra désormais distribuer des amendes aux mauvais joueurs en matière de langues officielles, comme Air Canada, qui revient année après année dans ses rapports annuels.

« Il va sans dire que j’ai besoin de ressources financières additionnelles pour assurer une intégration réussie des nouveaux pouvoirs qui m’ont été accordés et pour mener à bien le mandat qui m’a été confié », ajoute le commissaire aux langues officielles dans sa déclaration.

Il pourra conclure des accords de conformité avec les institutions prises en faute. Si ces dernières ne respectent pas cela, le CLO pourra alors demander à ce que la Cour fédérale émette une ordonnance à l’institution fédérale fautive lui demandant de corriger la situation.

Randy Boissonnault le ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles. Crédit image: Stéphane Bédard.
Randy Boissonnault le ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles. Crédit image : Stéphane Bédard.

À l’heure actuelle, certains pouvoirs du commissaire ne sont pas en vigueur, car ils restent à être adoptés par des règlements de la part du gouvernement Trudeau. Auparavant, le CLO ne pouvait faire que des enquêtes et des recommandations.

« C’est de l’argent pour aider avec l’implantation de C-13, la nouvelle loi, a expliqué Randy Boissonnault au sujet du 26 millions de dollars. C’est pour aider pas seulement à avoir du personnel pour faire le travail, mais pour faire certain qu’à travers du processus d’implantation des réglementations, qu’on ait des ressources nécessaires pour faire le bon travail. »

La Franco-Ontarienne Lynn Casimiro nommée PDG du Collège La Cité

OTTAWA – Lynn Casimiro débutera son nouveau mandat de présidente-directrice générale du Collège La Cité le 1ᵉʳ juillet prochain, à la suite du départ à la retraite de Lise Bourgeois.

Actuellement, vice-présidente à l’enseignement et à la réussite scolaire de La Cité, Lynn Casimiro compte 17 années d’expérience dans le milieu collégial et universitaire.

Mme Casimiro a eu plusieurs postes à responsabilité, dont ceux de directrice générale du Conseil académique de santé à l’Université d’Ottawa, directrice de l’éducation à l’Institut du Savoir Montfort, et chercheuse à l’Institut de recherche de l’Hôpital Montfort. Depuis 2016, elle occupe le poste de vice-présidente à l’Enseignement et à la réussite scolaire au Collège La Cité, précise l’établissement par voie de communiqué, ce mercredi.

Le comité de sélection révèle d’ailleurs avoir été « très impressionné » par sa candidature.

Ce à quoi Lise Cloutier, présidente du conseil d’administration, a réagi en disant : « Nous sommes convaincus d’avoir choisi la leader qu’il nous faut pour prendre la relève de La Cité. Je suis persuadée que Lynn a toutes les compétences pour diriger le collège et le propulser vers de nouveaux sommets dans la foulée du travail accompli par sa prédécesseure Lise Bourgeois. »

Lise Bourgeois est la présidente directrice générale de La Cité depuis 14 ans. Elle terminera son mandat à la fin du mois de juin. Source : X/ La Cité

Mme Bourgeois qui est en poste depuis 2010, avait remis son avis de départ à la retraite en août dernier. Elle avait pris la relève d’Andrée Lortie, qui avait décidé de prendre sa retraite après 20 ans à la tête de l’institution.

À la suite de cette nomination, Lynn Casimiro, a déclaré : « Je souhaite ardemment mettre à profit toute mon expertise et ma passion pour assurer l’amélioration continue de la réussite de la collectivité étudiante, pour bien desservir la communauté franco-ontarienne et pour répondre aux besoins des employeurs. »

« La Cité a toujours été, pour moi, un pilier de la francophonie ontarienne ainsi que du réseau collégial canadien », a-t-elle conclu.

Francophonie : l’Ontario et la France signent une déclaration de coopération

TORONTO – La ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney et son homologue français, Franck Riester, ont signé une déclaration commune de coopération en vue d’une entente dans plusieurs domaines liés à la francophonie.

La signature est intervenue ce mardi à Toronto en marge du déplacement du premier ministre français Gabriel Attal au Canada. Du voyage dans la délégation française, Franck Riester, son ministre délégué chargé du Commerce extérieur, de l’Attractivité, de la Francophonie et des Français de l’étranger, a profité d’une halte en Ontario pour parapher le document.

Les deux parties y expriment une volonté partagée d’optimiser leur coopération dans la culture, l’éducation, la recherche, l’enseignement supérieur, le numérique et la promotion de la langue française. 

Le bureau de la ministre Mulroney évoque « un premier geste » et « une vision commune » préalable à des échanges concrets par le biais d’un protocole d’entente qui interviendra plus tard. « Les liens entre nos gouvernements sont historiques et profonds. Nous travaillons ensemble pour construire l’avenir de la francophonie partout », a déclaré ce mercredi Mme Mulroney sur le réseau social X.

Les deux gouvernements, qui travaillent déjà de concert dans le cadre de l’Organisation internationale de la Francophonie, souhaitent à présent identifier des pistes de collaboration qui puissent mener à des initiatives et des échanges ciblés.

Au-delà de la francophonie, un fort intérêt économique

Il s’agit de la troisième déclaration de coopération francophone, après celles signées avec la Wallonie-Bruxelles à l’automne 2021 et le Nouveau-Brunswick, au début du mois. Plus d’un million de personnes d’origine française résident en Ontario et le marché français constitue un potentiel en termes de tourisme, de culture ou encore d’échanges étudiants.

Après avoir rendu visite mardi au Lycée français de Toronto puis au campus du groupe pharmaceutique français Sanofi, M. Riester poursuivait son déplacement ce mercredi dans la Ville Reine sur une tonalité plus commerciale, accompagné de l’ambassadeur de France au Canada, Michel Miraillet, et du consul général de France à Toronto, Bertrand Pous.

Il s’est rendu notamment au marché St. Lawrence et au pôle d’innovation urbaine MaRS au contact des membres de la French Tech Toronto.

Au côté de Mary Ng, ministre de la Promotion des exportations, du Commerce international et du Développement économique, le ministre a entre autres pris le pouls des commerçants ayant bénéficié du CETA, l’accord économique et commercial global entre l’Europe et la Canada en vigueur depuis 2017.

Radio-Canada/CBC : les compressions annoncées moins élevées que prévu

OTTAWA – Un financement de 42 millions de dollars inclus dans le budget fédéral mardi signifie que CBC/Radio-Canada ne procédera pas à des « compressions supplémentaires majeures cette année » comme cela avait été annoncé à l’automne dernier.

La société d’État avait alors annoncé son intention de supprimer 800 postes, dont 250 au niveau francophone. Le radiodiffuseur souhaitait, ainsi réaliser, dans la présente année, des économies de 125 millions de dollars, dont 40 millions de dollars en programmation.

Depuis décembre, CBC/Radio-Canada a réduit son effectif de 141 employés et éliminé 205 postes vacants et le budget fédéral mettra fin à davantage de diminutions d’effectifs, a déclaré hier dans un communiqué la société d’État.

« Le nouveau financement annoncé aujourd’hui (mardi) et des améliorations observées dans la situation financière de la Société font en sorte que CBC/Radio-Canada peut combler son déficit restant prévu et équilibrer son budget sans compressions supplémentaires majeures cette année. »

Le budget fédéral écrit que cette aide de 42 millions de dollars pour 2024-2025 servira « pour les émissions d’actualité et de divertissement de CBC/Radio-Canada, afin que l’ensemble de la population canadienne, y compris les communautés rurales, éloignées, autochtones et de langue minoritaire, ait accès à des émissions de divertissement et à des nouvelles indépendantes de grande qualité ».

Ottawa avait aussi exempté le média public de son régime minceur de 15 milliards de dollars imposé aux ministères fédéraux, qui imposait des compressions de 3,3 % pour chaque instance fédérale.

La ministre du Patrimoine canadien Pascale St-Onge a affirmé ce mercredi que cette injection de fonds « permettra de limiter les dépenses pour cette année et donner le temps de revoir la gouvernance, la culture financière et aussi la mission et le mandat de Radio-Canada ». Elle ne croit pas d’ailleurs que le radiodiffuseur a utilisé les compressions budgétaires comme un nuage noir pour forcer le gouvernement Trudeau à lui venir en aide.

« Radio-Canada, comme les radiodiffuseurs privés et les médias de la presse écrite, traverse une période difficile où les revenus publicitaires s’érodent pour aller dans les poches des géants du Web », a-t-elle soutenu au lendemain du budget fédéral.

Taylor Swift, Gen Z, vapotage et frais cellulaires : quelques éléments sous le radar du budget fédéral

OTTAWA – Qu’ont en commun Taylor Swift, les Maple Leafs de Toronto, la Génération Z, le vapotage? Ils sont tous mentionnés dans le budget 2024 du gouvernement fédéral dévoilé mardi. Voici quelques éléments tirés du budget 2024 qui sont peut-être passés inaperçus depuis son dépôt hier.

Les billets pour Taylor Swift et le hockey

Le fédéral indique dans son budget 2024 qu’il compte « collaborer » avec les provinces et territoires pour l’adoption d’exigences de pratiques exemplaires concernant la vente des billets notamment par les revendeurs. On veut notamment lutter contre les revendeurs de billets qui font augmenter les prix, via l’utilisation de la technologie.

On parle aussi de protéger les Canadiens contre les frais cachés jusqu’au moment de l’achat et de meilleures garanties de remboursement rapide lorsque les événements sont annulés.

Via ces nouvelles pratiques, le budget imagine deux cas de figure : un pour l’achat de billets d’une partie des Maple Leafs de Toronto et l’autre étant Aaina et ses amies qui cherchent à acheter des billets pour un concert au Canada de la chanteuse Taylor Swift.

« Grâce aux nouvelles mesures visant à trouver des moyens de contrer les pratiques des revendeurs de billets qui font augmenter injustement les prix, y compris l’utilisation de la technologie des robots (…) Aaina et ses amis auront de meilleures chances d’obtenir des billets la prochaine fois que Taylor présentera un spectacle au Canada », présente-t-on.

Millénariaux et « Gen Z »

Les mots «  millénariaux et Génération Z » se retrouvent mentionnés près d’une quarantaine de fois dans le budget de 2024, Ottawa visant particulièrement la génération future à près d’un an des prochaines élections. Mesure d’aide en matière de logements et de bourses pour étudiants postsecondaires, le fédéral parle amplement des 14 à 44 ans soulignant que pour eux, « le rêve de la classe moyenne semble de plus en plus hors de portée ». À titre de comparatif, les mots « Génération Z ou millénariaux » ne sont pas mentionnés à une seule reprise dans le budget et l’énoncé économique de 2023.

Ottawa augmentera d’ailleurs les impôts sur les gains en capitaux des plus riches, estimant pouvoir récupérer près de 20 milliards sur cinq ans. La ministre des Finances Chrystia Freeland a même qualifié cette mesure de « moyen d’agir pour garantir l’équité pour chaque génération ». Après l’avoir annoncé de manière temporaire l’an dernier, le fédéral augmentera cette fois-ci de manière permanente le plafond pour les prêts pour les bourses d’études de 3000 à 4200 $ par année.

Suppressions de postes dans la fonction publique

Le fédéral supprimera 5000 postes au cours des quatre prochaines années au sein de l’appareil fédéral. Cette réduction se fera via des postes non comblés à la suite de départs volontaires ou à la retraite. Le Conseil du Trésor imposera aussi un régime minceur aux ministères, les laissant assumer la hausse de leurs dépenses de fonctionnement à l’aide de leurs ressources existantes.

Ces économies devraient se chiffrer autour de 8 milliards de dollars, dont 4 milliards dans la prochaine année. Entre 2019 et 2021, le Conseil du Trésor estimait que près 11 000 fonctionnaires chaque année partaient à la retraite. La fonction publique compte près de 370 000 fonctionnaires.

Fini les pénalités pour le changement d’un forfait cellulaire et internet

Le gouvernement Trudeau entend modifier la Loi sur les télécommunications afin de mettre fin à l’imposition de frais supplémentaires aux personnes qui changent de fournisseur de services d’internet et de cellulaires. Une personne qui trouverait un forfait cellulaire à coût moindre auprès d’une autre compagnie ne se verrait pas pénaliser en annulant son contrat avec son actuel fournisseur, donne en exemple l’exercice fédéral. C’est le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) qui sera chargé de mettre en place cette mesure.

D’autres éléments :

  • Droit à la déconnexion : Le fédéral obligera les entreprises sous juridiction fédérale d’établir une politique sur le droit à la déconnexion limitant les communications liées au travail en dehors des heures de travail comme l’avait fait l’Ontario en 2022
  • Plus cher le vapotage : 310 milliards de dollars dans les cinq prochaines années seront récupérés par Ottawa en augmentant la taxe des droits d’accise de 12 % sur les produits de vapotage. Cela signifie que chaque dose d’une vape sera taxée entre 0,12 $ et 0,24 $ de plus que présentement.

Le conseil de Sudbury approuve à l’unanimité un nouvel aréna à 200 millions de dollars

SUDBURY – C’est après une discussion de plus de trois heures que le conseil municipal a finalement tranché mardi soir sur l’avenir du projet de l’arène de Sudbury. Les conseillers ont voté à l’unanimité en faveur de l’option de construire une nouvelle arène dont le coût devrait s’élever à 200 millions de dollars.

C’est la fin d’une longue saga qui a animé la ville du Nickel depuis près de dix ans, alors que le conseil municipal a choisi d’investir dans du neuf plutôt que de recycler l’ancien aréna. 

Le nouveau centre d’événements, qui devrait être prêt d’ici avril 2028, comprendra 5800 sièges fixes pour un budget total de 200 millions de dollars et sera localisé dans le district sud du centre-ville. Néanmoins, le projet devrait atteindre 225 millions de dollars sans compter les intérêts payés sur les fonds empruntés, soit 10 millions de dollars de plus que le projet abandonné du Kingsway District Entertainment (KED).

Le projet du Kingsway Entertainment district, prévu pour remplacer l’aréna, a finalement été abandonné en juillet 2022 après une estimation des coûts passée de 100 M $ à 215 M $. Source : Ville du Grand Sudbury

La ville devra donc chercher au moins 135 millions de dollars pour compléter le financement existant déjà, somme qu’elle souhaite rembourser à l’aide d’une augmentation de la taxe foncière, de la taxe municipale d’hébergement ou à l’aide des prix des billets d’événements.

La discussion aura permis d’explorer les trois options qui étaient sur la table, soit la rénovation de l’ancien aréna, la construction d’un nouvel édifice ou le statu quo. La dernière option fut rapidement écartée du débat en début de soirée, tandis qu’une première résolution était directement axée sur le choix d’opter pour une nouvelle arène.

Un rapport produit par le bureau du directeur général du Grand Sudbury et rendu public récemment, indiquait que construire un nouvel aréna reviendrait à investir 187 millions de dollars tandis que rénover celui existant s’élèverait à 191 millions de dollars.

Le conseil municipal de la ville du nickel a racheté pour près de 12 millions de dollars de propriétés au centre-ville pour faire des espaces de stationnements près du nouvel aréna en octobre dernier.  Source : Ville du Grand Sudbury

Dans celui-ci, on apprenait notamment que la durée de vie du nouveau centre est deux fois plus importante que dans le cas d’une rénovation de l’aréna et que le produit intérieur brut du Grand Sudbury pourrait augmenter de 75 millions de dollars grâce à ce nouveau centre.

Une motion pour consulter le public rejetée

Le conseiller Bill Leduc, du quartier 11, s’est montré très opposé à l’idée de prendre une décision le soir même et a introduit une motion pour reporter la décision après consultation auprès du public. L’ensemble des conseillers ont voté en défaveur, craignant de retarder davantage le processus.

« On doit arrêter de se comporter en adolescents et agir comme une grande ville »
— René Lapierre

« On a même pas le design du nouvel édifice, comment peut-on imaginer prendre une décision ce soir », s’est-il exprimé. « On a besoin du soutien du public avant de se lancer là-dedans », a-t-il également lancé en ajoutant qu’il était inquiet du fait de l’augmentation des coûts pour le nouveau centre et de l’impact sur les impôts des futures générations.

Le conseiller Fern Cormier a rappelé que le conseiller Leduc était pourtant auparavant en faveur du nouvel aréna tandis que Natalie Labbée a dit soutenir la proposition d’une décision mardi soir car « plus on attend, plus on prend le risque que les coûts augmentent encore ».

Le maire Paul Lefebvre estime que ce nouveau centre saura attirer de nouveaux résidents et des investisseurs permanents dans la ville. Archives ONFR

« Ça fait 25 ans depuis la fusion municipale, on doit arrêter de se comporter en adolescents et agir comme une grande ville », a fait savoir de son côté le conseiller René Lapierre. « La communauté est prête à prendre une décision ce soir », a exprimé quant à elle la conseillère Deb McIntosh, qui rappelle qu’il y avait eu des consultations auprès du public depuis 2016.

Le conseiller Mark Signoretti a insisté sur le potentiel économique de la construction du nouveau centre avec la revitalisation du centre-ville. « On a tous les 13 été élus pour prendre des décisions, c’est la bonne chose à faire », a-t-il plaidé.

Le maire Lefebvre a dû demander plusieurs points d’ordre tant le débat était agité par moments. Capture internet

La conseillère Pauline Fortin a confié que les membres de son quartier lui ont exprimé vouloir que le projet prenne enfin forme : « Ils viennent me voir en disant « faites-le », arrêtons d’en parler et construisons-le. »

Prochaines étapes pour la ville : recruter un directeur de projet et commencer le processus pour identifier un site pour le nouveau centre d’événements dans le district du Sud.

Budget 2024 : 36 millions pour faire respecter les nouvelles exigences de la Loi sur les langues officielles

OTTAWA – Le gouvernement fédéral augmentera le budget destiné au Commissariat aux langues officielles et divers ministères de l’appareil public dans le but de respecter les nouvelles exigences de la Loi sur les langues officielles.

Ottawa a annoncé un investissement de 26 millions de dollars sur cinq ans qui bénéficiera à Patrimoine canadien, le Conseil du Trésor et le Commissariat aux langues officielles dans le but de respecter les nouvelles exigences requises par la Loi sur les langues officielles, adoptée en juin dernier.

Les détails du partage de ce montant et de combien le Commissariat aux langues officielles recevra est encore inconnu, mais une haute fonctionnaire du ministère des Finances nous a indiqué lors du huis clos budgétaire qu’il s’agissait de fonds de nature administrative comme pour l’ajout de ressources.

Raymond Théberge dispose désormais de nouveaux pouvoirs en vertu de la Loi sur les langues officielles, comme la possibilité de donner des amendes, émettre des ordonnances, conclure des accords de conformité, nécessitant ainsi l’ajout de nouvelles ressources. L’an dernier, le budget du Commissariat aux langues officielles s’élevait annuellement à 22,6 millions de dollars.

Les tribunaux fédéraux recevront aussi un financement de 10 millions sur la même période sur trois ans afin d’accroître leur capacité à fournir des décisions traduites en français et en anglais. Cela porte le total à 36 millions de dollars qui seront investis pour les langues officielles sur cinq ans via ce budget.

Dans un communiqué, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) se dit « satisfaite » de ce rehaussement de cette enveloppe financière destinée aux langues officielles.

« Cependant, la contrepartie c’est que les organismes et institutions de nos communautés demeurent dans une situation de précarité alarmante et le budget d’aujourd’hui ne change rien à cet état de fait », déplore sa présidente Liane Roy.

Augmentation financière pour le Bureau de la traduction

Le Bureau de la traduction verra son budget augmenter de manière significative dans les prochaines années en vertu d’un investissement de 33 millions sur cinq ans et de 3 millions de dollars par la suite.

Le budget du Bureau de la traduction se chiffrait en 2022-2023 à 46 millions de dollars. L’organisme fédéral verra une injection de fonds juste dans les deux prochaines années de 20 millions de dollars. De l’argent est aussi prévu pour offrir des bourses d’études aux futures interprètes.

Ottawa ira puiser dans les poches des plus riches

Ce sont les plus riches et les grandes entreprises qui financent les grandes mesures annoncées lors des dernières semaines par Justin Trudeau et ses ministres. De nouveaux investissements dans le logement, la défense nationale ainsi que les programmes d’alimentation scolaire et de garderies à 10 $ seront financés en augmentant le seul impôt sur le gain en capital. Ottawa estime que cette mesure lui permettra de collecter des revenus de 19,4 milliards de dollars sur cinq ans, dont le tiers juste en 2024.

« L’équité est importante pour nous et c’était important de cibler le taux d’inclusion à ceux qui ont le plus de possibilités de payer un peu plus », a expliqué la ministre des Finances Chrystia Freeland en conférence de presse.

La vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland. Crédit image: Stéphane Bédard
La vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland. Crédit image : Stéphane Bédard

Les personnes qui déclarent des gains en capitaux supérieurs à 250 000 $ par année verront leur seuil d’imposition sur ces gains passer de 50 % à 66 % (deux tiers). Les revenus générés grâce à la revente d’une résidence principale continueront d’être exemptés de ces gains en capitaux. La même mesure s’appliquera pour l’ensemble des sociétés et entreprises qui auront déclaré 250 000 $ de gains capitaux. Toutefois, certaines entreprises pourraient être exemptées en réduisant le seuil d’imposition à 33 % sur une somme maximale de 2 millions de dollars.

Le fédéral avait procédé à une panoplie d’annonces dans les dernières semaines :

  • Logements et accès à la propriété : 8,5 $ milliards sur cinq ans
  • Défense et sécurité nationale : 10.7 $ milliards sur cinq ans
  • Programme d’alimentation scolaire et frais de garderies : 1,5 $ milliards sur cinq ans

Le Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE Canada), qui représente les entreprises et le milieu économique de la francophonie canadienne, salue les investissements effectués dans le logement.

« Je fais le tour de nos entreprises depuis plus d’un an à travers le Canada et on me dit qu’il y a deux boulets principaux, la pénurie de logements et de main-d’œuvre. Alors, toute mesure pour s’attaquer à la crise du logement, on salue ça. Car beaucoup de dirigeants d’entreprises me disent qu’ils pourraient en faire beaucoup plus s’ils voulaient, mais qu’ils sont freinés par la crise du logement », soutient le président de RDÉE Canada, Yan Plante en entrevue quelques instants après le dépôt du budget.

Nouveauté du budget de mardi, le gouvernement Trudeau réservera 6,1 milliards de dollars pour la mise en place d’une prestation canadienne pour les personnes handicapées dès juillet 2025. Le modèle proposé est fondé sur un montant de prestation maximum de 2400 $ par année pour les personnes handicapées à faible revenu de 18 à 64 ans.

Un déficit budgétaire stable

Le déficit budgétaire se chiffre pour cette année à 39,8 milliards de dollars légèrement plus haut que celui de 38,4 milliards prévu lors de la mise à jour économique de l’automne dernier. L’objectif d’un équilibre budgétaire est bien loin alors qu’Ottawa envisage que les finances publiques seront dans le rouge de 20 milliards de dollars dans cinq ans, alors que c’était prévu à 18,4 milliards de dollars l’automne dernier.

La municipalité d’East Ferris vote contre le drapeau de la Fierté

EAST FERRIS – Après Greenstone et le drapeau franco-ontarien, c’est une autre saga de drapeau qui fait parler dans le Nord. La municipalité de East Ferris, très proche de North Bay, a voté à de multiples reprises contre le lever du drapeau de la Fierté pour le mois de juin, causant de vives réactions auprès des minorités sexuelles.

Le drapeau de la Fierté ne flottera pas à East Ferris durant le mois de juin. Cette décision du conseil municipal de la commune de près de 5000 habitants est le résultat de plusieurs motions défaites au sein du conseil.

C’était, à l’origine, une demande de motion par la mairesse adjointe Lauren Rooyakkers pour élever le drapeau tout le mois de juin qui était sur la table du conseil mais qui n’a pas été retenue le 26 mars. Une autre demande provenant d’un résident a elle aussi été défaite par trois voix contre et deux le 28 mars dernier. 

« Lorsque nous mettons un drapeau sur une propriété municipale, et que ce n’est que 3 % de la population, il s’agit d’un groupe dissident »
— Terry Kelly

Mercredi dernier, une autre motion avait été déposée par Mme Rooyakkers afin de faire flotter le drapeau seulement une journée du mois de juin, mais celle-ci n’est également pas passée. La mairesse Pauline Rochefort, laquelle avait voté en faveur à chaque fois, dit néanmoins soutenir la décision du conseil et considère que la municipalité reste très ouverte et accueillante envers les différentes minorités.

Un « groupe dissident »

« Vous pouvez arborer le drapeau que vous voulez, mais lorsque nous mettons un drapeau sur une propriété municipale, et que ce n’est que 3 % de la population, il s’agit d’un groupe dissident », avait lancé le conseiller Terry Kelly citant des données de Statistique Canada. Le conseiller Steven Trahan, qui avait lui aussi voté contre, disait considérer que « cela pourrait causer des perturbations dans la municipalité ».

Lauren Rooyakkers avait alors déclaré être très choquée d’entendre ces mots, étant elle-même membre de cette communauté. Elle a rappelé que la ville avait hissé un drapeau pour montrer son soutien à l’Ukraine pendant la guerre, en solidarité avec cinq personnes ukrainiennes habitant la ville. Ce qui représente moins que les 3 % de personnes LGBTQ+.

« C’est triste de voir qu’en 2024 on doit encore se battre pour la représentation »
— Michel Gervais

« Elle n’est pas juste cette donnée-là, parce que souvent les gens ne s’identifient pas comme étant membres de la communauté LGBTQ+, alors ce n’est pas une statistique qui est exacte », plaide en entrevue avec ONFR Pauline Rochefort qui ajoute que dans les faits celle-ci se rapprocherait plus du 10 %.

Selon la mairesse, le fait que le d’autres drapeaux flottent occasionnellement, comme le drapeau franco-ontarien, montre que celui de la Fierté devrait pouvoir y avoir droit aussi. Source : ville de East Ferris

La mairesse francophone a aussi confié que la Ville est pourtant préparée pour des levers de drapeau lors d’occasions spéciales depuis l’acquisition récente d’un troisième mât, en lien avec une nouvelle politique de drapeaux de la ville : « La demande qui a été faite rencontre cette nouvelle politique, alors sur quelle base est-ce qu’on dit non? »

Déception chez la communauté

« C’est triste de voir qu’en 2024 on doit encore se battre pour la représentation », regrette Michel Gervais, membre de la communauté LGBTQ+ et citoyen de la ville voisine Nipissing Ouest. 

Selon lui, la montée de l’extrême droite dans le Nord a des conséquences sur ce genre de décisions : « Il y a une vague qui pousse contre notre communauté pour essayer d’arrêter notre progrès. »

« Nous ne sommes pas seulement un « groupe dissident », nous sommes des personnes qui aspirent à la dignité, à l’acceptation et à la liberté de vivre de façon authentique »
— Fierté North Bay

Ce dernier, qui est aussi président de Fierté Nipissing, estime que les membres LGBTQ+ « ont le droit de demander l’appui de leur gouvernement local, surtout qu’en tant que gouvernement de proximité, c’est leur devoir de montrer l’exemple ».

Le canton de East Ferris, qui regroupe les villes de Corbeil et d’Astorville, compte 23 % de francophones. Source : Wikipedia

« Nous ne sommes pas seulement un « groupe dissident ». Nous sommes des personnes qui aspirent à la dignité, à l’acceptation et à la liberté de vivre de façon authentique », a fait savoir le groupe Fierté North Bay dans une publication Facebook ce lundi. « Au lieu de nous attarder sur leur fermeture d’esprit, nous nous tournons vers l’intérieur, pour renforcer notre communauté de l’intérieur. Nos événements de la Fierté brilleront plus que jamais. »

Sundridge déclare juin comme Mois de la Fierté

Le petit Village de Sundridge, située à 65 km au sud de East Ferris et North Bay, a quant à elle voté mercredi soir en faveur d’un lever du drapeau de la Fierté tout le mois de juin. La municipalité procèdera à l’achat du drapeau d’ici le 1er juin, journée où il sera levé et un discours de reconnaissance sera donné par le conseiller Fraser Williamson.

L’ensemble des conseillers, à l’exception de la mairesse qui a choisi de s’abstenir, a voté en faveur d’une déclaration du mois de juin comme Mois de la Fierté. Le conseiller Williamson, un pasteur de l’Église unie, a déclaré en conseil qu’il espère que cette ouverture inspirera d’autres villes comme celle d’East Ferris dont il souhaite que le conseil reconsidère la décision de ne pas arborer le drapeau arc-en-ciel.

« Aucun geste n’a été posé en ce sens, mais ça reste possible », répond la mairesse d’East Ferris concernant un retour éventuel d’une motion pour proposer le lever du drapeau.

Les inondations à Kirkland Lake et aux alentours en cinq images

KIRKLAND LAKE – La fin de semaine fut marquée par des précipitations importantes dans la région de Kirkland Lake, à tel point que la ville a décrété l’état d’urgence en raison d’inondations ayant forcé l’évacuation de certains habitants.

La zone inondée concerne des rues en périphérie du centre-ville. Source : municipalité de Kirkland Lake

État d’urgence toujours en vigueur

Vendredi, en fin d’après-midi, le ruisseau Murdoch a débordé et causé une surcharge du système sanitaire, ce qui a amené la ville à déclarer l’état d’urgence à 16 h.

Crédit image : Northern Ontario Information Station

Plus d’une centaine de maisons touchées

Ce sont près de 130 maisons qui ont été touchées par les inondations et que les pompiers ont visitées en soirée, vendredi. Huit maisons, dans lesquelles se trouvaient 12 résidents, ont été évacuées. Toujours selon le service de pompiers de la municipalité, ceux-ci ont dû couper l’alimentation en électricité de leurs sous-sols afin d’éviter le risque d’incendie en raison du niveau de l’eau.

Un des quelques véhicules submergés en raison de la montée des eaux à Hilliard. Crédit image : Northern Ontario Information Station

Restriction d’utilisation de l’eau

En réponse à une demande de la municipalité, les résidents doivent limiter au minimum leur utilisation d’eau afin de réduire la pression sur le système de traitement d’eau. Aucun avis d’ébullition d’eau n’a été émis par la ville jusqu’à présent.

Une voiture a fait les frais des inondations dans le canton de Hilliard, situé à 70 km au sud de Kirkland Lake. Crédit image : Northern Ontario Information Station

Lente décrue

Samedi, la municipalité a fait savoir que le niveau de l’eau avait baissé à Kirkland Lake. La dernière route bloquée, l’avenue Allan, a été rouverte lundi matin.

Les eaux ont envahi les rues de Kirkland Lake avant une lente décrue. Crédit image : Northern Ontario Information Station

Élan de solidarité

Le service de pompiers de la Ville s’est dit particulièrement impressionné de voir un grand élan de solidarité dans la collectivité. Douches accessibles dans le gymnase local, repas gratuits dans les restaurants, sacs de sable offerts par la mine… les gestes ne se comptent plus, depuis le drame à Kirkland Lake.

Pont Gordie-Howe : un francophone aux premières loges d’un chantier titanesque

WINDSOR – Avec une portée libre de 853 mètres, le pont international Gordie-Howe reliant Windsor à Détroit sera le plus long pont à haubans d’Amérique du Nord, le dixième à l’échelle mondiale. Avant son entrée en fonction prévue en septembre 2025, une première étape majeure est sur le point d’aboutir d’ici cet été : la jonction du tablier simultanément construit depuis les deux rives, américaine et canadienne. ONFR s’est faufilé sur ce chantier hors norme pour rencontrer un des 10 000 travailleurs mobilisés depuis cinq ans.

Coordonnateur de projet au point d’entrée canadien depuis un an, Elario Hanna n’est pas peu fier de participer à l’édification du deuxième pont qui reliera les villes de Windsor en Ontario et de Détroit dans le Michigan. Chaque jour, il mesure les progrès accomplis par ses collègues et lui-même, s’imaginant déjà traverser ce monstre de béton et d’acier.

« Je ressens une grande fierté lorsque je dis à mes amis et à mes proches que je travaille sur ce projet unique au monde qui rapproche le Canada et les États-Unis et contribuera à leur prospérité économique, confie cet Ontarien d’origine libanaise. J’ai hâte d’emprunter ce pont en sachant que j’ai participé au plus grand projet d’infrastructure à la frontière canado-américaine. »

Un des aspects les plus spectaculaires reste certainement la progression, mètre par mètre, du tablier, cette surface sur laquelle reposera la future route à six voies et qui supportera le trafic transfrontalier quotidien de plusieurs milliers de véhicules.

Comme suspendues dans les airs, défiant les lois de la gravité, à plus de 40 mètres au-dessus des flots de la rivière Détroit, des plaques de béton de plusieurs tonnes ne tiennent que par la force d’immenses câbles d’acier (des haubans) tissés depuis deux imposants piliers de 220 mètres de haut érigés sur les berges.

Elario Hanna, coordonnateur de projet pour Bridging North America au point d’entrée canadien. Crédit image : Projet du Pont international Gordie-Howe

En poste depuis un an, M. Hanna est enthousiaste. « C’est ma première participation à la construction d’un pont et d’un point d’entrée. C’est aussi la première fois que je travaille sur un grand projet en Amérique du Nord », rapporte ce travailleur, précédemment engagé dans un grand projet d’infrastructure routière en Arabie saoudite en 2021.

Une fourmilière sur plusieurs dizaines d’hectares

Tout comme lui, des milliers de travailleurs sont mobilisés sur ce chantier débuté en 2018. Près de 10 000 ont suivi une formation à cette fin, 42 % de la main-d’œuvre provenant de Détroit ou du comté de Windsor-Essex.

Ouvriers, ingénieurs, techniciens, agents de communication et de sécurité s’affairent sur les deux immenses sites (53 hectares pour le seul côté canadien) qui accueilleront, outre le pont en lui-même, une complexe infrastructure d’échangeurs routiers et de postes-frontière.

À titre de responsable de la collaboration entre les différentes parties prenantes du projet, Elario Hanna côtoie sous-traitants, consultants et architectes, tout en collectant les commentaires des inspecteurs sur l’état d’avancement des 11 bâtiments, structures et autres éléments du point d’entrée canadien. Il doit en effet s’assurer que le projet respecte toutes les spécifications établies.

Il prend très à cœur cette mission au contact des mécaniciens de chantier, des soudeurs de structures, des opérateurs d’équipements lourds, des électriciens, des plombiers ou encore des peintres. « On travaille tous en étroite collaboration afin de progresser chaque jour. »

Le tablier en cours de construction a simultanément démarré du côté canadien et du côté américain. Crédit image : Projet du Pont international Gordie-Howe

Chaque poutre d’acier pèse une tonne et doit être manipulée avec une extrême précaution. Crédit image : Projet du Pont international Gordie-Howe

Aucun pilier dans l’eau : ce pont à haubans tient grâce à des câbles obliques partant deux pylônes supportant à eux seuls le tablier sur lequel les véhicules circuleront. Crédit image : Projet du Pont international Gordie-Howe

Le pilier canadien culmine à 220 mètres de haut. Crédit image : Projet du Pont international Gordie-Howe

Une fois achevé, ce sera le plus grand point d’entrée canadien le long de la frontière canado-américaine. Crédit image : Projet du Pont international Gordie-Howe

« Les conditions météorologiques sont particulièrement difficiles à gérer »
— Élario Hanna, travailleur francophone

Sa journée débute par une réunion cruciale avec tous les sous-traitants pour passer en revue nos plans de travail, puis se termine par un examen des progrès accomplis, avec l’équipe administrative. « C’est à ce moment qu’on se répartit de nouvelles tâches pour le lendemain. »

Et quand le mauvais temps s’en mêle, il faut rebattre les cartes. « Les conditions météorologiques sont particulièrement difficiles à gérer parce que nous travaillons principalement à l’extérieur, qu’il neige ou qu’il pleuve, dans le froid comme la chaleur. Si la sécurité est en jeu, nous réorganisons nos plans et nous concentrons l’intérieur des bâtiments. »

Des missions moins connues du grand public

Dans l’ombre du chantier principal, ce travailleur confie que des missions moins connues prennent forme sur le site. « Au point d’entrée canadien, l’un des éléments que beaucoup de gens ne considèrent peut-être pas est notre travail en matière de protection des espèces sauvages de la région. »

Une équipe environnementale déploie chaque jour des buses sur le site afin de dissuader des oiseaux de nidifier dans les infrastructures. L’objectif de ce programme de fauconnerie est double : préserver les espèces en péril et éviter un arrêt du chantier en cas de déplacement d’un nid, comme le prévoit la loi.

Un fauconnier et son oiseau de proie, prêts à inspecter le chantier. Crédit image : Projet du Pont international Gordie-Howe

« Récemment, deux oiseaux sont entrés dans notre remorque de chantier. Pour les déloger en toute sécurité, l’un de nos superviseurs a utilisé un balai pour diriger les oiseaux vers la sortie en toute sécurité », relate Elario Hanna.

Derrière lui, se dessine la silhouette du mastodonte inachevé qui prendra le nom du plus grand joueur de hockey canadien. Il reste environ 130 mètres pour que les deux parties du tablier réalisent leur jonction. Retardée d’un an, la fin des travaux est prévue pour septembre 2025, avec une ouverture à la circulation à l’automne de la même année.

Après le pont Ambassador et le tunnel Windsor-Détroit, le pont Gordie-Howe constituera le troisième lien routier entre les deux villes frontalières par lesquelles transite près du quart du commence canado-américain. On estime à plus de 450 milliards de dollars le volume annuel des échanges commerciaux entre l’Ontario et les États-Unis, dont Windsor et Détroit constituent l’entrée principale.

Le pont Gordie-Howe en chiffres

  • 10e pont à haubans le plus long au monde
  • 2,5 kilomètres de long, 37,5 mètres de large
  • 7 ans de construction, de 2018 à 2025
  • 6,4 milliards de dollars de contrat
  • 10 000 personnes formées pour y travailler
  • 2500 emplois créés, dont 42 % au niveau local
  • 275 entreprises de Windsor et Détroit impliquées
  • 12 millions d’heures de travail depuis 2018
  • 6 voies de circulation et 1 voie piétons/vélos

Laeticia Amihere : « Donner des opportunités, c’est très important pour moi »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Laeticia Amihere est une jeune basketteuse franco-ontarienne née d’un père ghanéen et d’une mère ivoirienne. Étoile montante du basket féminin canadien, elle a connu sa première saison dans la WNBA et est membre de l’équipe nationale. 

LE CONTEXTE :

La native de Mississauga organisait, ce samedi, un événement caritatif à Toronto par l’intermédiaire de son organisme Back to the Motherland. 

L’ENJEU :

L’objectif était de récolter des fonds pour construire un terrain de basket en Afrique de l’Ouest, mais aussi de réunir les communautés ghanéenne et ivoirienne, afin de célébrer la culture notamment à travers un défilé de mode. Un panel de discussion sur « comment renforcer la communauté à travers le sport » a également été mené avec divers intervenants du monde du basket-ball. 

« Quel est l’objectif de votre organisme Back to the Motherland et de cet événement? 

Je me suis donné comme mission avec mon organisation de construire des terrains, spécialement en Afrique de l’Ouest. C’était une bonne opportunité de regrouper la communauté pour leur montrer mes projets. Ce que je veux faire aussi, c’est donner de la force à la prochaine génération, que ce soit en Afrique mais aussi au Canada, parce que je viens d’ici et c’est vraiment la communauté qui m’a aidée. Mon but c’est de vraiment montrer qu’il y a un besoin à ce niveau-là. 

D’où vous vient cette volonté de vous engager dans la communauté?

C’est une chose qu’on m’a inculquée depuis ma naissance. Mes parents m’ont toujours dit que c’était très important. Ils sont vraiment très impliqués dans la communauté, dans des organisations. Ils font plusieurs projets, donc c’est quelque chose que j’ai, moi aussi, toujours fait depuis toute petite. 

Laeticia Amihere lors du défilé de mode de son événement caritatif. Crédit image : Laura Longfort

À quel point êtes-vous proche de vos pays d’origine, le Ghana et la Côte d’Ivoire? 

Je vais régulièrement dans mes deux pays d’origine. J’ai été en Côte d’Ivoire l’année passée et j’étais au Ghana en décembre. C’est très important pour moi de savoir d’où je viens, d’où mes parents viennent, de connaître mes racines. Quand tu vas là-bas, cela te donne de la compassion. Tu reconnais toutes les opportunités que tu as au Canada et qu’ils ne reçoivent pas. C’est important pour moi de leur donner, car je sais que beaucoup d’enfants aimeraient avoir ces chances. 

Avez-vous toujours eu ces opportunités vous-même? 

Quand j’ai commencé à jouer au basket, mes parents n’avaient pas les moyens pour que je puisse rejoindre des clubs, car ça coûtait vraiment cher. J’avais déjà mes deux grands frères qui jouaient, donc ajouter ça pour moi, ça faisait beaucoup. J’ai eu une chance qu’on m’accorde l’opportunité de jouer sans frais et ça a vraiment transformé ma vie de basketteuse. Quelqu’un a cru en moi et m’a donné une opportunité. C’est quelque chose que je veux faire avec la prochaine génération. 

Ce n’est pas seulement donner une opportunité dans le basket, ce n’est pas juste aller en WNBA ou en NBA, mais aussi d’avoir de l’estime de soi, faire une activité physique ou simplement avoir les opportunités que le sport ramène. C’est important pour moi car c’est l’expérience que j’ai vécue et je sais que c’est ce qu’ont vécu beaucoup de personnes qui n’ont pas eu l’opportunité d’avoir quelqu’un qui a pris en charge leurs frais. 

Votre mission a des similitudes avec ce que fait le président des Raptors, Masai Ujiri, à travers son association Giants of Africa. Vous a-t-il inspirée? 

Oui. J’étais en huitième ou neuvième année quand j’ai commencé à travailler avec Giants of Africa et Masai. J’étais aussi à son événement à Toronto en décembre. Je suis vraiment proche de lui. Il y a beaucoup de similitudes entre ce que nous faisons. Nous voulons aider la prochaine génération. C’est important d’avoir comme modèle quelqu’un comme lui, qui est dans la position d’être en mesure de réaliser ce qu’il veut atteindre. »

Patricia Cano, une bête de scène traçant son propre chemin

SUDBURY – Patricia Cano est une chanteuse et comédienne primée qui s’est emparée des scènes internationales. De Paris à Rio de Janeiro, en passant par Toronto, cette artiste polyglotte à la voix envoûtante a conquis les cœurs de ses spectateurs en français, espagnol, portugais et même en cri. De retour à sa ville natale de Sudbury, un nouveau chapitre s’écrit pour Patricia Cano. Bien que toujours dévouée à son art, la mère de deux enfants décide aujourd’hui de vivre sa vie d’artiste à son propre rythme. 

« Vous êtes originaire de Sudbury et née de parents péruviens. Parlez-nous de vos débuts. Comment en êtes-vous venu à bâtir des liens avec la francophonie ontarienne?

Je me suis vraiment retrouvée ici par grand hasard. Mes parents sont deux médecins qui ont fait leurs études au Canada et aux États-Unis. Leur but était toujours de retourner au Pérou, mais à l’époque, ce n’était vraiment pas le moment à cause de l’instabilité politique. Mon père s’est donc dit : « Tiens, je vais choisir une ville qui a besoin de mes capacités. » Il est allé à Thunder Bay et Sudbury qui l’ont sollicité. Éventuellement, il a dû faire le choix entre les deux et a finalement choisi Sudbury, car il a senti un grand besoin dans la ville.

Il n’y avait ni rhumatologues ni oncologues à Sudbury pour une population de 200 000 personnes. Et comme l’industrie des mines primait, c’était logique pour lui de rester et soutenir cette communauté. Au fil du temps, son amour pour la ville s’est accru et il n’a jamais voulu la quitter. 

En plus de parler espagnol, mon père a également appris à parler français quand il étudiait au Lycée français de Lima au Pérou. Il s’était dit que nous aussi on allait apprendre le français. On est une famille qui adore les langues. Sachant que Sudbury était une ville bilingue avec une forte présence francophone, il était encore plus logique qu’il s’y installe et qu’il nous élève, mes frères et moi.

Plus jeune, l’artiste s’imaginait infirmière ou médecin comme ses parents. Crédit image : Red Works Photography.

Vous êtes diplômée de l’Université de Toronto en littérature et théâtre hispanophone. Avez-vous toujours su que vous alliez faire carrière dans la musique et le théâtre?

J’allais être infirmière ou médecin qui chantait et dansait les fins de semaine. C’était mon grand plan de fille de 17 ans. J’étais partout dans mes rêves et nulle part dans la réalité. Mais mon père m’avait dit : « Non, ma fille. Tu ne vas pas gaspiller tes talents entre les quatre murs d’un hôpital. Tu dois faire les arts et le théâtre, car c’est le cadeau avec lequel tu es née ».

Quand il m’a dit ça, c’était vraiment un moment charnière pour moi. Sans ses mots d’encouragement, je ne pense pas que j’aurais visé cette porte, car je n’étais pas une fille de grande ville. Mais une fois que j’ai eu l’occasion de voir le campus, de visiter Toronto avec lui et d’être finalement acceptée dans le programme, j’ai découvert un tout nouveau monde qui m’a permis de saisir de nombreuses opportunités qui ont façonné ma carrière. 

Vous avez vécu à Paris, Toronto, Séoul et Rio de Janeiro. De nombreux artistes ont tendance à quitter leur ville natale pour saisir les opportunités offertes par les grandes métropoles. Pourquoi êtes-vous revenue à Sudbury?

Durant et après la pandémie, j’ai réalisé que je ne pouvais pas tout faire. Je n’avais plus l’énergie que j’avais quand j’étais une jeune artiste. Je ne voulais plus être Patricia Cano accompagnée de son groupe de musiciens, la comédienne à faire des auditions et voyager sans arrêt. Au bout du chapitre Je peux tout faire avec deux enfants, je n’en pouvais plus. Je ralentis. Je mets un pied à terre pour tout simplement me reposer. Je voyageais beaucoup avec mon plus âgé tout en jonglant les demandes de subventions, à continuellement lancer mes idées créatives en plus d’être une maman super dévouée. C’était ma réalité pour un bout de temps.

Patricia Cano a remporté en 2019 le prix Northern Ontario Music & Film pour la meilleure performance vocale enregistrée, pour son interprétation de Gracias a la Vida de Violeta Parra. Crédit image : Rachel Crustin.

Pendant la pandémie, vous vous êtes également découvert une passion pour l’enseignement. Comment cela s’est-il produit? 

J’ai passé beaucoup de temps avec mes parents à Sudbury. Mes enfants étaient bien et je me suis dit que quelque chose devait changer dans les cinq prochaines années. Durant cette période, mon plus jeune est resté à la maison et j’ai enseigné sa troisième année. J’ai absolument adoré. En fait, j’ai été assez surprise, car je n’aurais jamais pensé à le faire. Je me voyais mieux faire autre chose avec mes langues, mais cette expérience m’a prouvé autrement. Une certaine vision m’est venue dans ma quête de vivre le rythme d’artiste moins intensément.

Je cherchais à faire quelque chose qui donnait une valeur humaine et l’échange avec les jeunes pour moi, c’était l’idéal. Je me suis donc lancée à faire de la suppléance dans les écoles anglophones et francophones tout en continuant de vivre ma vie d’artiste.

Luis Orbegoso, Carlos Bernardo, Kevin Barrett, Patricia Cano et Paco Luviano. Crédit image : Red Works Photography.

En quoi le fait d’évoluer dans ces différents univers vous a-t-il rapprochée de ces communautés?

Ça m’a rapprochée de tout. De la nourriture, des différents sens d’humour. C’est dans les grandes villes que j’ai senti le cœur d’une culture, j’adore les petites villes, mais aussi les grandes. Elles m’ont aidée à être plus connectée au monde autour de moi.

Pour de nombreux artistes, il est tentant de s’orienter vers le marché anglophone. Qu’est-ce qui vous permet de rester dans votre voie polyglotte?

C’est quelque chose que j’ai souvent entendu dans ma carrière artistique quand je suis retournée au Canada. On m’a fait savoir très clairement que si tu veux arriver à un tel niveau, il faudra faire des choix. J’avais vite compris le jeu. Je savais qu’il fallait se conformer pour être plus commercialisable.

Quand tu chantes en plusieurs langues, c’est difficile de rentrer dans des cases. Dans les demandes de subventions, on te demande quel pourcentage de la langue sera sur ton album. Je voulais plus répondre aux exigences qui me divisaient en partie. Je me trahirais moi-même. Je ressens l’amour dans plusieurs langues. Je serais damnée si à mon âge je me plie pour me vendre.

Patricia Cano sur la scène de la Nuit sur l’étang en 2022. Crédit image : Leo Duquette.

Vous avez collaboré avec de nombreux artistes. Avec qui d’autre aimeriez-vous collaborer?

Ce serait un rêve de chanter aux côtés de Jackie Richardson. Pour moi, c’est la meilleure chanteuse au Canada, en ce moment. Je suis sa plus grande fan. Si je pouvais chanter pour les musiciennes canado-cubaines OKAN, ce serait aussi génial. Ou encore faire un duo complet avec mon ami Stéphane Paquette. Je l’adore et il est d’ici, en plus. Y’en a tellement.

À quoi ressemble la suite des choses pour vous?

J’élargis l’album numérique Love and Resistance Sessions que j’ai fait avec l’auteur-compositeur, Luis Simão durant la pandémie. On souhaite aussi se lancer dans le cinéma. Il y a beaucoup de films qui sont tournés dans le nord de l’Ontario, donc on essaye de voir comment on pourrait contribuer sur le plan musical du cinéma. J’aimerais aussi faire du doublage. Mais surtout, je m’amuse avec ma vie et ma voix. Je ne vis plus avec cette frénésie de faire parce qu’il le faut.

À Sudbury, je peux être moi-même. Je suis Patricia Cano : Péruvienne, Franco-Ontarienne, humaine et j’en passe. On ne me pose pas de questions ici. Je suis chez moi. »


2001 : Invitée sur scène par Tomson Highway, le plus grand dramaturge, romancier et compositeur cri du Canada pour produire à ses côtés un cabaret de ses chansons

2002 : Acceptée dans la compagnie du Théâtre de Soleil

2011 : Récipiendaire du Prix du meilleur album d’un artiste solo aux Northern Ontario Music and Film Awards 2011 pour son album This is The New World

2017 : Remporte le prix Toronto Theatre Critics pour la meilleure actrice dans une comédie musicale pour sa prestation en cri, en anglais et en français dans la comédie musicale solo du dramaturge Tomson Highway.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Soccer : l’Atlético Ottawa prêt à retrouver les sommets de la PLC

OTTAWA – Après une saison 2023 décevante, la plus francophone des équipes de Première ligue canadienne de soccer s’est donné les moyens de jouer dans le haut du panier cette année. L’exercice 2024 débute ce samedi pour les Ottaviens avec la réception du voisin ontarien York FC. 

Un an après avoir terminé champion de la saison régulière et finaliste face à Forge FC, l’Atlético Ottawa a connu une saison 2023 en deçà des attentes. Avec une sixième place (sur huit équipes) et une qualification pour les phases finales qui lui a échappé, l’équipe de la capitale fédérale devait réagir. Ça a été chose faite en s’armant lourdement durant l’intersaison, pour rejouer les premiers rôles dans la ligue. 

L’équipe, qui comptera de nouveau le plus de francophones au sein de son effectif (11 joueurs sur 20) dont deux Franco-Ontariens (de Brienne et Walker), a réalisé de gros coups sur le marché des agents libres de la PLC. Après avoir fait revenir Matteo de Brienne à la maison en provenance de Winnipeg dès le mois de décembre, le club dirigé par Fernando Lòpez affilié à l’Atletico Madrid a multiplié les grosses signatures.

Un recrutement de champions

Ryan Yesli, jeune gardien à fort potentiel, arrive lui aussi du Manitoba et viendra faire concurrence à l’expérimenté Nathan Ingham. La défense a été renforcée avec Liberman Torres, Équatorien prêté par la réserve de Villareal en Espagne et par la signature récente d’Amer Didic, en provenance de Pacific FC avec qui il a été champion en 2022. Ils s’ajoutent au retour en prêt de Luke Singh et à l’arrivée de Kris Twardek qui devrait occuper le couloir droit.

Au milieu de terrain, de l’expérience de joueurs champions a aussi été ajoutée avec les signatures de Manny Aparicio, ancien coéquipier de Didic dans l’ouest du pays, et du milieu de terrain malien Aboubacar Sissoko, lui aussi champion la saison dernière avec Forge FC, l’équipe d’Hamilton. Le milieu de terrain espagnol très expérimenté Alberto Zapater poursuit l’aventure, tout comme le meilleur joueur de la CPL 2022 Ollie Bassett. Ce quatuor devrait sans grande surprise constituer le meilleur milieu de terrain de la ligue.

En attaque, enfin, l’Atlético enregistre le retour de Ballou Tabla, ailier d’origine ivoirienne, qui a fait les beaux jours du club lors de la saison 2022, avec sept buts et quatre passes décisives à son actif. Sur l’autre aile, Kevin Dos Santos arrive en provenance de York. Ces deux ailiers auront la charge d’alimenter leurs avant-centres, Samuel Salter et Ruben Del Campo qui seront en concurrence pour la pointe de l’attaque.

L’effectif de l’Atlético pour débuter la saison 2024 (en jaune les joueurs francophones). Source : Atlético Ottawa Média

Lors de sa signature en décembre, Matteo de Brienne s’attendait à rejoindre une équipe compétitive, mais il était loin de s’imaginer qu’il allait retrouver autant de « grands noms de la ligue ». 

« Honnêtement, quand je me suis assis avec Carlos (Gonzales, l’entraîneur) et Fernando (Lòpez), ils m’ont juste fait part de leurs ambitions, mais je n’avais aucune idée qu’on allait recruter Amer Didic, Sissoko, Aparicio… J’ai juste cru en eux pour qu’ils fassent du mieux possible. »

Ambitions affichées

Avec un tel arsenal, l’Atlético affiche des ambitions forcément partagées par l’effectif, qui s’est préparé pendant un mois du côté du Mexique. 

« On va, je l’espère, être une des équipes qui va surprendre le plus de monde, confie de Brienne. Sur le papier, nous faisons partie des équipes qui sont vraiment fortes. Mais maintenant, tout cela ne comptera que sur le terrain, pendant la saison. Demain (samedi 13 avril), ce sera notre premier examen pour essayer d’obtenir les trois points. On en saura plus après ça. »

Pour ouvrir sa saison, Ottawa accueille ce samedi à la place TD, l’équipe torontoise de York FC pour un derby de l’Ontario. Historiquement, les voisins ontariens ne réussissent pas beaucoup à l’Atlético, qui n’a remporté qu’un seul match dans la courte histoire de la ligue (bilan : une victoire, neuf nuls et cinq défaites). 

« C’est une chose dont nous sommes tous conscients, mais nous sommes chez nous, c’est notre territoire, on doit montrer que nous sommes les plus forts devant notre public. Je sais qu’ils vont avoir une équipe complètement nouvelle, avec de nouveaux propriétaires qui ont récupéré de bons joueurs aussi. »

« Je pense que ce match va être une petite guerre, poursuit de Brienne, mais ce sera le cas de tout le premier mois de compétition. Cela fait 190 jours qu’on a joué notre dernier match, donc on est tous excités pour jouer contre une équipe de cette ligue. On sait quels sont les enjeux et, prendre trois points, ce serait gigantesque pour commencer la saison. »

Le français comme avantage

Pour bien débuter la saison, l’Atlético Ottawa pourra compter sur un côté gauche 100 % francophone. On peut s’attendre à voir jouer l’Ottavien au poste d’arrière, avec devant lui Ballou Tabla qui a occupé le poste d’ailier gauche lors du dernier match de préparation remporté 4-1 face au CS Saint-Laurent, club de Ligue 1 du Québec.

La composition d’équipe probable de l’Atlético Ottawa pour l’ouverture de la saison.

Pour les suppléer en sortie de banc, ils pourront compter sur le Gatinois Maxime Tissot et le Français Abou Sacko. Seul Kevin Dos Santos, qui retrouvera son ancienne équipe, n’est pas officiellement francophone, même si de Brienne confie « qu’il comprend un petit peu ».

« Ça peut être un petit avantage puisqu’on est capable de communiquer de différentes manières. Je sais qu’il y a quelques francophones dans les autres équipes, mais de manière générale, ce n’est pas une grande ligue de français. Donc, ça pourrait toujours nous aider. »

Premier match de la journée prévu à 13 h, cet Atlético Ottawa-York United marquera le coup d’envoi de la version 2024 de la Première ligue canadienne. L’intégralité de la saison est diffusée sur One Soccer avec l’ensemble des matchs de l’Atlético, dans toutes les compétitions nationales, commentés en français par Matt Cullen et Mike Laviolle. 

Étudiants étrangers à rabais : « Ça va faire », tonne le recteur de l’Université d’Ottawa

OTTAWA – Le ministre de l’Immigration Marc Miller « n’a pas rapport » lorsqu’il accuse les établissements postsecondaires francophones de vouloir des étudiants étrangers à rabais, affirme Jacques Frémont, le recteur de la plus grosse institution bilingue au Canada.

« Qu’on fasse la preuve que l’Université d’Ottawa a des étudiants à rabais, ça va faire. On est extrêmement sérieux dans nos sélections des étudiants. Il y a beaucoup de demandes et beaucoup de refus. Il n’y a rien qui est à rabais », a-t-il affirmé aux médias après une comparution au Comité des langues officielles de la Chambre des communes.

Lundi, les 22 collèges et universités francophones hors du Québec ont annoncé qu’ils déposaient une plainte au Commissariat aux langues officielles en lien avec le plafond des étudiants étrangers.

Selon l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui représente ces établissements, le ministère de Marc Miller a violé la Loi sur les langues officielles avec cette annonce en ne prenant pas en considération les nouveaux engagements qui incombent aux institutions fédérales, en vertu de la version modernisée de la Loi sur les langues officielles.

Le ministre Miller estime qu’il n’y a pas eu un tel manquement à la Loi. Les universités et collèges francophones sont allés voir ce dernier pour demander une exemption pour leurs futurs étudiants étrangers, car celles-ci voudraient plus d’étudiants à rabais, estime le ministre de l’Immigration.

« Je ne veux pas que ça soit un programme qui soit à rabais. C’est ce qu’ils veulent, ce n’est pas ça qu’ils vont avoir », avait lancé le ministre de l’Immigration Marc Miller aux journalistes au Parlement.

« Demandez-lui donc (pourquoi il dit ça?). Il n’a pas rapport, lance Jacques Frémont. Pour nous, ce qui est clair, c’est qu’on a tous les ans des milliers de demandes et on en accepte pas mal, mais on a une proportion d’étudiants étrangers et locaux que non, on n’accepte pas. Il n’y a personne qui est à rabais et les standards sont très élevés », assure-t-il.

Ce dernier dit d’ailleurs attendre impatiemment après Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Les établissements francophones hors Québec ont eu comme message du ministère qu’il y aurait des solutions apportées sur la table pour les conséquences reliées aux plafonds des étudiants étrangers. Mais les processus de demandes d’admissions pour septembre 2024 sont déjà en cours. « On est déjà en retard », déplore Jacques Frémont.

En janvier dernier, ONFR rapportait que le fédéral songeait à mettre en place des bourses pour les étudiants francophones hors Québec pour favoriser leur venue au pays.

Jacques Frémont explique que l’annonce du ministre Miller s’est propagée très rapidement sur le continent africain, précisant que le message sur le terrain est que le Canada n’est pas ouvert, mais que le Québec est ouvert.

En 2023, on comptait près de 15 000 étudiants francophones à l’Université d’Ottawa sur un total avoisinant 50 000, pour une proportion autour de 30 %. De ce lot, il y avait 4374 francophones qui provenaient de l’international, soit près de 30 % de toute la clientèle francophone dans l’institution ottavienne.

À l’Université de Moncton, on envisage une baisse de plus ou moins 130 étudiants internationaux, ce qui signale une perte de près de 2 millions par année en revenu sur quatre ans, a indiqué Gabriel Cormier, le vice-recteur de l’Université de Moncton.

« C’est substantiel pour l’Université de Moncton, ça crée énormément d’incertitude par rapport aux choix. Est-ce qu’il va y avoir autant de permis l’année prochaine et ainsi de suite (…) On a 35 % de nos étudiants qui viennent de l’international et qui contribuent au Nouveau-Brunswick. »

L’Université de Moncton est la plus grande université hors du Québec entièrement francophone, avec un peu plus de 5000 étudiants.

Trois ans après les coupes : « Recruter de nouvelles sages-femmes dans le nord de l’Ontario est quasi impossible »

SUDBURY –  Trois ans jour pour jour après la crise financière qui a secoué l’établissement et le milieu postsecondaire du Nord, c’est le statu quo concernant le seul programme de sages-femmes en français en dehors du Québec et le paiement des indemnités aux professeurs licenciés.

En 2021, les programmes de sages-femmes, en français et en anglais, ont fait partie des 76 programmes abolis, parmi lesquels figuraient 28 programmes en français. Aujourd’hui encore, l’incompréhension est totale devant l’absence du seul programme de sages-femmes en français à l’extérieur du Québec qui attirait, notamment, des étudiantes francophones du Nouveau-Brunswick.

« Recruter de nouvelles sages-femmes dans le nord de l’Ontario est quasi impossible »
— France Gélinas

« Personne ne l’explique, tout le monde comprend que ce programme-là doit recommencer dans le Nord de l’Ontario et on a un gouvernement qui fait la sourde oreille », déclare France Gélinas, porte-parole de l’opposition en matière de santé.

La suppression du programme, qui recevait 300 demandes d’admissions pour 30 places à la rentrée 2020 et dont le financement était assuré par la province, aurait des conséquences sur le milieu médical du Nord. De toutes les sages-femmes du Nord de l’Ontario, une seule serait graduée du programme de sages-femmes de l’Université Laurentienne aujourd’hui.

« Recruter de nouvelles sages-femmes dans le Nord de l’Ontario est quasi impossible, on le voit avec Hearst qui n’est plus capable de faire le suivi des femmes enceintes », insiste la députée de Nickel Belt, qui considère que « si la Laurentienne avait encore son programme, on aurait eu des nouvelles graduées qui auraient aidé ». 

L’hôpital de Hearst a perdu son seul obstétricien en juin dernier. Depuis, toutes les femmes devant accoucher doivent parcourir des centaines de kilomètres pour se rendre à l’hôpital le plus proche, à Timmins. De son côté le centre de santé communautaire du Grand Sudbury indique avoir deux postes de sages-femmes qu’il n’arrive toujours pas à combler.

France Gélinas estime que la perte du programme est doublement problématique dans le Nord, que ce soit pour les francophones ou le milieu de la santé. Archives ONFR

Malgré la forte demande et la facilité de transfert du programme, qu’est-ce qui constitue un obstacle à une évolution du dossier? « C’est le gouvernement de monsieur Ford qui veut pas dépenser une cenne dans le nord de l’Ontario », rétorque France Gélinas.

Après la suppression du programme, les universités McMaster (Hamilton) et Ryerson (Toronto) ont accueilli, temporairement, les étudiantes et certaines professeures de la Laurentienne. « Mais une fois que ces cohortes ont gradué, les cours en français ont cessé d’être disponibles », a fait savoir l’établissement de McMaster. 

Depuis, aucun établissement postsecondaire du Nord n’a, pour le moment, repris le programme. 

Mutisme des établissements postsecondaires du Nord 

« Après une étude de marché et de faisabilité, le Collège Boréal ne compte pas faire de demande pour offrir le baccalauréat lié à la profession de sage-femme », a fait savoir le Collège Boréal, qui était l’un des établissements pressentis après que l’Ontario ait autorisé les collèges à créer de nouveaux programmes dans des domaines marqués par une pénurie de main-d’œuvre, en avril 2021. 

« Boréal pourrait néanmoins offrir des appuis en termes de partenariats, de formation continue, d’appui aux services en français et de recherche appliquée, aux établissements qui envisageraient éventuellement d’offrir un tel programme. »

L’Université Laurentienne avait déclaré à ONFR, en mars dernier, qu’elle était ouverte à un partenariat avec l’Université de Sudbury suivant les recommandations du rapport Harrison. Archives ONFR

L’Université de Sudbury, qui a annoncé pouvoir offrir des programmes dont l’offre est inexistante dans la région l’an prochain, n’a pas répondu directement à la question d’ONFR sur une possibilité de reprise : « Nous avons hâte de partager prochainement les programmes qui feront l’objet de la programmation de l’Université en septembre 2025. »

Même silence du côté de la Laurentienne, interrogée sur un éventuel rétablissement du programme : « L’Université a récemment lancé son nouveau plan stratégique et, parmi les éléments de celui-ci, nous précisons notre approche aux programmes francophones. » 

Le 20 mars dernier, Journée internationale de la Francophonie, Natalie Poulin-Lehoux, la nouvelle Vice-rectrice associée, Affaires francophones avait écrit à ONFR que « l’Université est intéressée à explorer les programmes qui pourraient être offerts plutôt que de simplement restaurer ce qui existait auparavant ».

De son côté, l’École de médecine du nord de l’Ontario (EMNO), qui aurait témoigné un intérêt pour dispenser le programme, selon Mme Gélinas, n’a pas répondu à nos questions.

« Voir l’UL commencer à réembaucher et reconstruire avant d’avoir réglé leurs obligations envers nous, après la manière cavalière dont ils nous ont licenciés, ça ne me semble pas correct »
— Joel Belliveau

Enfin, le Ministère des Collèges et Universités (MCU), qui avait déclaré vouloir trouver un établissement pour récupérer les cours juste après les coupes, n’a toujours pas agi en ce sens. Contacté par courriel à de multiples reprises, celui-ci n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Les professeurs toujours pas indemnisés

Aucun changement non plus au niveau des quelques cent professeurs et professeures licenciés qui attendent toujours un dédommagement de l’établissement, qui annonçait avoir retrouvé sa santé financière avec un excédent prévu de 8,2 millions de dollars pour l’exercice 2023-2024.

En raison de la LACC et n’étant pas considérés comme étant de catégorie 1 (prioritaire), les professeurs ne pourront recevoir qu’entre 14 % et 24 % des indemnités prévues dans leur convention collective, en fonction de l’ancienneté. Archives ONFR

« J’avoue que, trois ans plus tard, ça me frustre », confie Joël Belliveau, ex-professeur agrégé au Département d’histoire. Il continue : « Personnellement, c’est la seule chose qui m’empêche de tourner la page pour de bon. »

Le 23 janvier dernier, l’établissement annonçait l’embauche de 10 nouveaux professeurs permanents, dont deux contribuant aux programmes en langue française de droit et justice et de sciences infirmières. Par ailleurs, depuis 2023, l’Université Laurentienne a procédé à la création de deux nouveaux programmes prévus pour cet automne, soit la maîtrise en administration de la santé et la maîtrise interdisciplinaire en études relationnelles.

« Voir l’UL commencer à réembaucher et reconstruire avant d’avoir réglé leurs obligations envers nous, après la manière cavalière dont ils nous ont licenciés, ça ne me semble pas correct », regrette celui qui travaille comme pigiste ou consultant en histoire, dans la région d’Ottawa.

En juin 2023, l’Université Laurentienne a conclu une entente dans le cadre d’une feuille de modalités pour la vente de biens immobiliers. Respectant cette feuille de modalités non contraignante, l’Université étudie la vente de ces biens et négocie une entente d’achat et de vente avec la province de l’Ontario qui sera établie d’ici le 28 novembre 2025, au plus tard. L’indemnisation des créanciers doit être parachevée d’ici cette même date, précise l’Université Laurentienne.

La proposition de revente concernerait plus de 27 hectares soit 9 % des 300 hectares occupés par l’Université. Archives ONFR

Un comité, représentant environ 17 des plus de 100 membres du corps professoral qui ont été congédiés, a indiqué à ONFR avoir l’intention de continuer à demander des excuses formelles, une enquête publique sur le recourt de l’établissement à la Loi sur les arrangements des créanciers des compagnies (LACC) et un remboursement immédiat des sommes dues aux employés.

D’autres professeurs licenciés ont néanmoins tiré leur épingle du jeu dans le Nord comme Serge Miville, recteur de l’Université de Sudbury et Aurélie Lacassagne qui deviendra la rectrice de l’Université de Hearst en mai prochain.

Il reste aujourd’hui 34 programmes offerts en français de premier et deuxième cycle et quelque 2300 étudiants francophones représentant près de 20 % de la population étudiante à l’Université Laurentienne.

Beaucoup de musique et un peu de poésie

Classique, cinématographique ou même folklorique, la musique déploie ses sons à travers l’Ontario francophone cette semaine. La poésie trouve aussi sa place, tout comme un peu de littérature.

Tournée nord-américaine

L’Orchestre FILMharmonique de Montréal, dirigé par Francis Choinière, est en pleine tournée nord-américaine pour présenter son interprétation des Quatre saisons de Vivaldi et des Quatre saisons de Buenos Aires, de Piazzolla. La violoniste invitée Isabella d’Éloize Perron est aussi de la partie. Parmi les 11 villes visitées, on compte Toronto ce soir et Hamilton, demain.

Le public pourra constater l’étendue du talent de ces jeunes artistes. À 24 ans, la violoniste Isabella d’Éloize Perron est déjà bien reconnue. Elle avait seulement 10 ans lorsqu’elle a joué comme soliste avec l’Orchestre métropolitain, dirigé par Yannick Nézet-Séguin. De son côté, Francis Choinière, 27 ans, s’est retrouvé en 2020 sur la liste des meilleurs musiciens classiques de moins de 30 ans, établie par CBC.

En marge de la tournée, il est aussi possible de découvrir l’album Vivaldi & Piazzolla : Les Quatre Saisons, sorti le 22 mars dernier.

L’orchestre FILMharmonique dirigé par Francis Choinière, avec Isabella d’Éloize Perron. Crédit image : Tam Photography

Toronto et Hamilton, les 12 et 13 avril. Billets sur le site de GFN productions.

Triple performance

Trois formations unissent leurs forces ce samedi pour un concert au Rainbow d’Ottawa. L’autrice-compositrice-interprète montréalaise Sarah Segal-Lazar sera sur place avec ses musiciens. Elle rejoint le trio de guitare d’Ottawa et la formation Jumpin’ Joel Flash and the Magic Machine dans ce qui s’annonce comme une soirée plutôt éclectique. The Magic Machine est une formation qui mêle les styles folk, rock, country et comédie musicale. Le trio de guitare d’Ottawa se fait connaître entre autres pour ses reprises de musiques de film en version guitare classique.

Le trio de guitares d’Ottawa à Contact ontarois 2024. Crédit image : Rachel Crustin

Ottawa, le 13 avril. Détails et billets sur le site du Rainbow.

Deux occasions au MIFO

La programmation du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) est bien remplie cette semaine. Ce vendredi, le spectacle multidisciplinaire Robot infidèle alliera le cirque, la poésie, le théâtre d’objets et la musique. La pièce traite de l’équilibre entre productivité et créativité.

Quelques jours plus tard, le 18 avril, c’est le Fransaskois Étienne Fletcher qui montera sur scène. Il s’agit de son dernier passage dans la région pour sa tournée de l’album Entre-deux, qui lui a valu les prix de meilleur album et d’artiste solo lors du plus récent gala Trille Or.

Les deux spectacles auront lieu au Centre des arts Shenkman.

Étienne Fletcher à Contact ontarois 2023. Crédit image : Stéphane Bédard

Ottawa, les 12 et 18 avril. Détails et billets sur le site du MIFO.

Monette de retour dans la ville du Nickel

L’auteur-compositeur-interprète Serge Monette (Monette) est de retour à Sudbury pour un deuxième lancement de son album, après celui qui a eu lieu, la semaine dernière, à Ottawa. C’est au lounge que résonneront les chansons de l’album Le diable dans le corps. Celui qui enseigne aujourd’hui dans la région d’Ottawa a fait sa marque en racontant les histoires du nord de l’Ontario dans ses chansons. C’est un autre musicien-enseignant, Philippe Mathieu, qui assurera la première partie du spectacle.

Monette (à droite) et George Turcotte (à gauche), qui l’accompagnera lors du lancement d’album. Crédit image : Sean Sisk

Sudbury, le 13 avril. Détails et billets sur le site de Monette.

Cindy Doire présente Sarah Burton

L’amitié va régner au Bistro de la Place des arts du Grand Sudbury ce mardi. Le concept du Bistro des découvertes est qu’un artiste établi choisit un coup de cœur musical personnel pour faire découvrir un autre artiste au public. C’est à Cindy Doire que revient cette tâche pour la prochaine édition. L’artiste originaire de Timmins, qui est aussi psychothérapeute, a choisi son amie Sarah Burton, une Torontoise maintenant basée au Texas. Son plus récent album, 64 Magic Queens, a été enregistré à Sudbury.

À gauche : Cindy Doire. Crédit image : Jen Squires. À droite : Sarah Burton. Source : La Slague

Sudbury, le 16 avril. Détails et billets sur le site de La Slague.

Des moulins à vent… en papier

Il ne reste que quelques billets pour assister au spectacle jeunesse Quichotte, co-présenté par le Théâtre français de Toronto (TFT) et l’Alliance française de Toronto (AFT). La compagnie de théâtre Ombres folles s’inspire du classique L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes pour en présenter une version en papier et théâtre d’ombres, destinée à un public de 7 ans et plus.

Quichotte est une création d’Ombres folles. Source : Théâtre français de Toronto

Toronto, jusqu’au 13 avril. Détails et billets sur le site du TFT.

Causerie et poésie

La prochaine Croisée des mots de l’Association des auteures et des auteurs de l’Ontario français (AAOF) aura lieu ce mardi. C’est le poète Gilles Lacombe qui sera à l’honneur, avec son recueil Circée des hirondelles. Les événements Croisée des mots sont des entrevues-causeries virtuelles animées par Hugues Beaudoin-Dumouchel. Il est donc possible de participer à cet entretien de partout afin d’en connaître plus sur l’auteur, de découvrir sa démarche artistique et des extraits de son œuvre. Circée des hirondelles a valu à Gilles Lacombe le prix Trillium 2023.

Gilles Lacombe a reçu le prix littéraire Trillium 2023 pour son recueil de poésie Circé des hirondelles. Crédit image : Joanne Belluco

Virtuel, le 16 avril. Détails et inscription gratuite sur le site de l’AAOF.

La mouette atterrit au Théâtre français du CNA

OTTAWA – Après deux ans de résidence de création au Théâtre français du Centre national des arts (CNA), la metteuse en scène Catherine Vidal est maintenant prête à présenter sa version de La mouette. Le classique d’Anton Tchekhov traite de thèmes universels et intemporels, qui méritent encore qu’on s’y attarde, tout en campant l’histoire dans un univers plus près du spectateur contemporain. Après un arrêt au théâtre Prospero de Montréal, La mouette sera présentée jusqu’au 13 avril au théâtre Babs Asper du CNA.

« J’ai toujours voulu faire du Tchekhov, mais j’attendais d’avoir de l’expérience. Ce sont des pièces qui demandent une expérience de vie pour comprendre les points de vue de tout le monde », indique Catherine Vidal en entrevue avec ONFR.

Le choc des générations étant un thème important, elle estime qu’il aurait été facile, en début de carrière, de tomber dans le piège de s’identifier aux personnages plus jeunes. « Là, je me retrouve entre les deux générations. »

La mouette a été présentée au théâtre Prospero avant d’atterrir au Théâtre français du CNA. Crédit image : Maxim Paré-Fortin

Catherine Vidal incarne elle-même cette envie de rapprocher les jeunes et les vétérans. « Dans la pièce, j’ai vu qu’il y avait cet accompagnement, ou pas, de la jeune génération, que je trouve très d’actualité. »

Une scène de La mouette montre une pièce de théâtre mise en scène par l’un des jeunes personnages, Kostia. Catherine Vidal a choisi de doubler la mise en abyme en confiant elle-même ce moment à une jeune metteuse en scène, Sophie El-Assaad.

« Je me suis dit que ça serait parfait, car il faut complètement changer le langage scénique de mise en scène pour ce morceau-là. (…) Je voulais qu’elle se sente vraiment libre de le faire comme elle le voyait. »

Contemporaine, mais fidèle

Certains enjeux ont été actualisés, mais « on a gardé 95 % du texte ». Nul besoin, donc, d’être un initié de Tchekhov pour comprendre. L’adaptation a été confiée à Guillaume Corbeil, qui avait la mission de revenir à une langue plus vernaculaire, plus pratique. Cette façon de parler avait été perdue dans les traductions françaises existantes, qui ont tendance à monter les grands classiques dans un style plus soutenu.

Si l’environnement a été recadré dans un Québec contemporain, pour le langage et certaines références culturelles, ce n’est jamais explicitement nommé. Les noms de villes russes comme Moscou ou Saint-Pétersbourg ont même été conservés. « Ce n’était pas nécessaire » d’aller plus loin, selon Catherine Vidal.

Madeleine Sarr dans La mouette. La revue Clin d’oeil est une des références québécoises de l’adaptation de Catherine Vidal. Crédit image : Maxim Paré-Fortin

Au niveau de la mise en scène, le bris du quatrième mur distingue cette version des autres adaptations. Le public est impliqué dans l’œuvre dès son arrivée au théâtre, alors que les spectateurs sont invités à entrer dans la salle une vingtaine de minutes avant le début de la pièce comme telle. Ils seront conviés à une espèce de fête où ils croiseront les acteurs et pourront même déguster popcorn et barbe à papa, clin d’œil à la personnalité particulièrement festive d’Anton Tchekhov.

Le quatrième mur s’ouvrira et se refermera au cours de la pièce. Le fait de ramener le texte à un niveau de langue plus québécois permet aux acteurs de jongler facilement avec les petits imprévus. « J’ai fait en sorte de travailler avec une espèce d’imperfection, qui fait que tout ce qui peut arriver dans le moment présent peut s’intégrer facilement dans le spectacle. »

Une résidence moulée aux besoins des artistes

La metteuse en scène explique ce que ces deux années lui ont permis d’approfondir. Entre autres, elle a pu réunir tous les acteurs pendant une semaine pour analyser en profondeur le texte de Guillaume Corbeil. « Ça a été un super travail, qu’on n’aurait jamais eu le temps de faire avec deux mois de production. »

En décembre 2023, toute l’équipe de La mouette s’est à nouveau réunie pour offrir une lecture-spectacle de textes ayant nourri la recherche de Catherine Vidal. Déjà très mise en scène, performance en soi, la soirée a permis au public de plonger dans la démarche artistique de la résidente. Cet événement a aussi servi à souder l’équipe d’acteurs montréalais, qui sont venus faire leur tour à Ottawa pour l’occasion. « Ça a créé une espèce de camaraderie » juste avant de débuter les répétitions officielles, indique la metteuse en scène.

C’est le directeur artistique du Théâtre français du CNA, Mani Soleymanlou, qui a eu l’idée de créer cette résidence particulièrement longue. En entrevue avec ONFR, il explique pourquoi il a sauté sur l’idée de monter La mouette. « Catherine a une faculté de lire le théâtre classique d’une façon très contemporaine, ludique et personnelle à elle. Dans une époque où le théâtre est beaucoup axé sur l’autofiction, le documentaire ou les solos, j’avais envie d’offrir au public une pièce classique avec une grande distribution. Catherine était une bonne personne pour attaquer ce texte-là. »

Madeleine Sarr et Mattis Savard-Verhoeven dans La mouette. Crédit image : Maxim Paré-Fortin

C’est aussi avec Catherine Vidal en tête que le directeur artistique a réfléchi aux paramètres de la résidence. « Le temps est un luxe, dans notre milieu, indique-t-il. Je sentais qu’elle avait envie de prendre le temps et de plonger. C’est comme ça qu’elle travaille, de longue haleine, elle prend le temps, elle scrute, elle creuse les œuvres. Moi, si tu m’avais offert deux ans pour une pièce, j’aurais trouvé ça trop long! »

D’ailleurs, la prochaine résidence du Théâtre français du CNA sera bien différente. D’une durée d’un an, elle a été confiée à deux artistes locaux, Marie-Ève Fontaine et Guillaume Saindon, qui auront la mission de rencontrer le public de façon plus fréquente plutôt que de viser une grande production.

La mouette est coproduite par Cœur battant et le Théâtre Prospero, où elle s’est d’abord arrêtée en mars. Elle est présentée au Théâtre français du CNA à compter de ce soir, jusqu’à samedi, le 13 avril. Mani Soleymanlou qualifie la pièce de « théâtre résolument populaire, dans le sens noble du terme, c’est-à-dire qu’il s’adresse à tout le monde ».

La directrice générale de TFO quitte ses fonctions en février

TORONTO – À la tête du diffuseur public francophone de l’Ontario TFO depuis trois ans, Michelle Séguin prendra sa retraite en février prochain, à la fin de son mandat.

« Je suis fière de ce que nous avons accompli au cours des dernières années, et ce, à un moment où le monde des médias et de l’éducation vivent de grands chamboulements », a déclaré Mme Séguin ce jeudi par voie de communiqué, soulignant « le rôle essentiel de TFO en tant que vecteur de construction identitaire pour la jeunesse francophone et nos communautés ».

Sous son mandat, le diffuseur a engagé plusieurs chantiers : amélioration de la culture organisationnelle, recentrage stratégique sur le contenu franco-ontarien, création d’une identité pour les productions originales, refonte des sites web… Il a aussi connu un revers : la suppression de 24 postes, soit près de 10 % de son effectif total, la majorité d’entre eux étant vacants.

Michelle Séguin lors de l’événement de rentrée de TFO, en septembre dernier, à Ottawa, donne la réplique à une marionnette de Camp Kazoo, une série originale de TFO. Crédit image : TFO

 « À TFO, on donne le goût d’apprendre à travers des contenus faits ici qui nous ressemblent et nous rassemblent. Ça me remplit de fierté d’avoir eu l’immense privilège de contribuer à une mission aussi importante aux côtés d’une équipe débordante de talent et portée par une passion commune : inspirer et transmettre le savoir en français », a ajouté Mme Séguin.

Et de mettre en avant des « efforts collectifs » qui ont permis de reconnecter avec la communauté et les décideurs politiques. « On a tendu la main aux grands joueurs du milieu de l’éducation et on a réussi à se positionner comme étant un partenaire clé. »

Arrivée à TFO en juin 2019, Michelle Séguin avait pris les commandes de l’entreprise en mai 2021, d’abord par intérim, puis de façon pleine et entière à partir de février 2022. Son arrivée intervenait à la suite de la suspension d’Éric Minoli, son prédecesseur par interim, dans un contexte d’allégations de climat toxique.

Originaire d’Ottawa, elle avait auparavant occupé les fonctions de directrice générale et vice-présidente d’Aide juridique Ontario, vice-présidente des affaires générales et chef de la gestion des risques à la Société ontarienne d’assurance-dépôts, ainsi que directrice, Finances et Trésorier de la ville d’Oakville.

« Le recrutement de la prochaine direction générale sera entamé dans les prochaines semaines », indique TFO. Un comité de sélection composé de membres du conseil d’administration et d’un représentant du ministère de l’Éducation de l’Ontario a été établi pour le piloter, en collaboration avec une firme de recrutement.

La députée Natalia Kusendova défendra les intérêts des aînés francophones

TORONTO – Après s’être familiarisée avec sa nouvelle position d’adjointe parlementaire au ministre des Soins de longue durée et au ministre des Services aux aînés et de l’Accessibilité, Natalia Kusendova assure qu’elle fera remonter les besoins des francophones auprès des ministres en charge de ces dossiers.

« Je suis prête », a-t-elle confié au micro d’ONFR, suite à sa nouvelle nomination comme assistante parlementaire au ministre Raymond Cho (Services aux aînés et de l’Accessibilité) et au ministre Stan Cho (Soins de longue durée).

Mme Kusendova change donc de domaine après avoir été adjointe parlementaire à la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, de 2020 à 2024. Cette dernière sera tout de même à l’aise dans ses nouvelles responsabilités puisqu’elle navigue dans le domaine de la santé depuis plusieurs années. Elle est d’ailleurs infirmière.  

« Je suis vraiment contente d’avoir été nommée dans ces portefeuilles, parce que, bien évidemment, j’ai les compétences, déjà en tant qu’infirmière, mais aussi parce que je connais bien le système de santé », a-t-elle déclaré.

La députée de Mississauga met en avant que, dans son rôle d’infirmière, elle est confrontée au continuum des soins de santé, ce qui constitue l’essence même des soins de longue durée. « À l’hôpital, je suis très souvent au contact de personnes qui viennent des établissements de soins de longue durée. Les patients viennent pour recevoir des traitements ou pour des urgences. »

Les deux ministres Cho ouverts aux francophones selon Natalia Kusendova

Bien que la députée admette que la question du français devrait être intégrée à toutes les politiques gouvernementales, elle explique que la présence de personnes parlant français et ayant une connaissance de la communauté apporte une dimension supplémentaire aux ministres dans l’élaboration de leurs plans.

« C’est aussi mon rôle de veiller à ce que nos politiques intègrent clairement une perspective francophone. »

Le ministre des Soins de longue durée, Stan Cho et Natalia Kusendova. Source : Facebook/ Stan Cho

Les ministres Stan Cho (Soins de longue durée) et Raymond Cho (Services aux aînés et de l’Accessibilité) ont déjà été informés de ses intentions. Natalia Kusendova est même optimiste quant au soutien du ministre des Soins de longue durée pour la poursuite de son projet visant à établir davantage de lits francophones à travers la province.

« Nous avions mis en place une stratégie pour les soins de longue durée destinée aux francophones, avec l’annonce de 550 lits spécifiquement désignés. À présent, 12 projets pour les francophones sont en cours, et les exploitants se sont engagés à fournir des programmes culturels et linguistiques, ainsi que des services spécialisés à la population francophone de l’Ontario. »

« Notre objectif d’ici à 2028 est de construire et d’améliorer 58 000 lits de soins de longue durée. Par ailleurs, nous travaillons actuellement sur 110 projets en développement qui visent à améliorer les soins dans toute la province. »

Jamais très loin du ministère des Affaires francophones

Le ministère des Affaires francophones travaille avec celui de la Santé, notamment sur le dossier des entités de planification et, selon la députée de Mississauga, la ministre Caroline Mulroney sera aussi impliquée sur les questions de soins qui touchent les francophones.

Si on s’intéresse à l’aspect linguistique, « il y a beaucoup d’enjeux communs chez les aînés, sur les questions d’accessibilité et les soins de longue durée », admet l’adjointe parlementaire.

La députée de Mississauga, Natalia Kusendova et le ministre des Services aux aînés et de l’Accessibilité, Raymond Cho. Source : Instagram/ Natalia Kusendova

Natalia Kusendova a en outre participé à l’ouverture du nouveau campus du Collège Boréal à Toronto qui offre désormais un baccalauréat en français en science infirmière. « Lorsque j’ai échangé avec les étudiants en sciences infirmières là-bas, cela a été une expérience vraiment nouvelle pour moi. »

En parallèle, la députée poursuit une maîtrise en recherche infirmière à l’Université Métropolitaine de Toronto. Mme Kusendova nous dit être sensibilisée à de nouveaux aspects.

Elle souligne notamment qu’elle a découvert que de nombreux aînés de la communauté LGBTQ+ se sentent contraints de « retourner dans le placard » lorsqu’ils entrent dans un établissement de soins. Ils redoutent de ne pas bénéficier des soins appropriés et craignent d’être stigmatisés.

« En tant que société, nous devons entamer un dialogue sur ces questions, sur la manière de garantir des soins équitables pour toutes les communautés vulnérables. Les personnes âgées sont vulnérables, les francophones le sont également, tout comme les aînés de la communauté LGBTQ+. Comment pouvons-nous alors construire des services de santé et des soins de longue durée équitables et accessibles pour tous? », se demande-t-elle.

Mme Kusendova a en tête deux autres dossiers qu’elle souhaite faire avancer : les soins liés à la démence (elle est à l’origine du projet de loi 121), ainsi que la lutte contre la violence et les crimes. Elle travaille notamment avec la police dans la région de Peel pour protéger les plus vulnérables contre les arnaques en ligne.