OTTAWA – Sophie Grenier a lancé son premier album complet vendredi dernier, un an après sa victoire au concours télévisé La Voix. À 18 ans, la jeune artiste d’Orléans signe toutes les chansons, à l’exception de sa fameuse réinterprétation de L’Oiseau, avec laquelle elle avait ébloui les quatre coachs lors de son audition à l’aveugle. ONFR s’est entretenu avec Sophie Grenier au sujet de l’album À l’envers, de la fin du tourbillon La Voix et de la suite des choses.
« Jusqu’à présent, ce sont vraiment toutes de bonnes réactions. Je suis vraiment contente. Le public a l’air d’aimer mon album », indique Sophie Grenier, quelques jours après la sortie d’À l’envers, qui marque la fin de l’aventure La Voix et l’ouverture vers un nouveau chapitre.
Sous une recommandation de son coach Mario Pelchat, la jeune femme a été jumelée au réalisateur Benjamin Nadeau. Un heureux hasard pour celle qui avait remarqué la touche de ce dernier sur l’album de William Cloutier, gagnant de Star Académie 2021. L’équipe de Musicor a ensuite laissé la paire travailler sans trop intervenir dans le processus.
Musicor m’a donné la liberté d’être qui je suis comme artiste
— Sophie Grenier
C’était d’ailleurs l’une des promesses de Mario Pelchat. Dans une entrevue à ONFR après leur victoire, l’artiste et producteur établi avait affirmé : « Elle a du talent comme autrice-compositrice, alors c’est important que ce soit mis de l’avant. Je veux vraiment que son ADN ressorte, et non pas imposer un choix de chansons. »
Le mentor s’était tout de même gardé une carte dans sa manche, prêt à réquisitionner les services d’un auteur-compositeur connu pour ajouter des pièces, mais il n’en a finalement pas eu besoin. « Il écoutait toutes les chansons et me donnait du feedback (…) il était impressionné de mon écriture, alors je suis contente, » remercie Sophie Grenier.
Pochette de l’album À l’envers de Sophie Grenier. Source : Musicor
La Franco-Ontarienne affirme que son processus d’écriture de chansons est naturellement assez rapide, ce qui était un atout pour écrire l’album. Elle sentait tout de même une certaine urgence d’agir, craignant de se faire oublier du public de La Voix une fois la nouvelle saison entamée. « Pour moi, c’était quand même important que mon album sorte avant qu’il y ait une autre personne qui gagne, ou au moins que ce soit dans la même vague. »
La gagnante de la neuvième saison a donc pu déposer son album sur les différentes plateformes vendredi dernier, deux jours avant la finale de la saison 10, qui a couronné la Néo-Brunswickoise d’origine, Maude Cyr-Deschênes. La francophonie canadienne a donc été célébrée pour une troisième année consécutive dans cette compétition majoritairement québécoise. Rappelons que c’est une autre Néo-Brunswickoise, Josiane Comeau, qui avait remporté la huitième édition.
Inspirations d’une jeune artiste
Si À l’envers comporte des textes plus ingénus, comme celui de Je ne suis jamais tombée en amour, il porte aussi les thèmes de la nostalgie, du temps qui passe et des relations qui s’effritent.
La jeune femme de 18 ans s’inspire des œuvres culturelles qu’elle consomme, comme des livres ou des séries télévisées, pour aller puiser dans un bagage de vie différent du sien. Mais son propre parcours est aussi bien présent dans les textes de celle qui vit le moment charnière du passage de l’adolescence à l’âge adulte.
« Les chansons qui parlent de fins de relations sont souvent des chansons que j’ai écrites à propos de l’amitié. Je ne veux pas perdre mes amis, surtout que maintenant, on a tous gradué du secondaire, on est tous sur des chemins différents. »
Vidéoclip de la chanson Fermer les yeux, extrait de l’album À l’envers.
Comme de nombreux jeunes, particulièrement ceux ayant grandi en milieu linguistique minoritaire, la diplômée de l’École secondaire catholique Garneau nomme des influences plutôt anglophones. « Mon top 4, c’est Billy Eilish, Lana Del Rey, Taylor Swift et Aurora. Ce sont quatre artistes qui ont toutes leur propre univers. C’est ce que j’aime de leur musique. »
En termes d’ambitions, elle nomme aussi Charlotte Cardin. L’interprète de Feel Good et Confetti, lauréate de plusieurs prix Juno et de plus en plus reconnue à travers le monde, a été finaliste de la toute première saison de La Voix au Québec.
Écrire en français
Juste avant de participer au concours de TVA, Sophie Grenier avait lancé un EP anglophone intitulé Escape. Cette fois, il était important de créer dans la langue de Molière, malgré certaines appréhensions.
« Je pensais que ça allait venir un peu moins naturellement, que ça allait être plus difficile. Mais finalement, une fois que je suis entrée dans le rythme, c’est venu assez facilement, affirme l’artiste. Ce qui me faisait peur, c’est qu’en anglais, il y a beaucoup moins de mots qui vont sonner quétaines. Il y a aussi beaucoup de mots qui ont juste une syllabe, qui sont faciles à entrer dans une mélodie. En français, tu dois un peu plus chercher. »
C’est une chanson de la fin des années 60, L’oiseau, qui avait lancé la carrière du jeune René Simard en 1971, le propulsant au sommet des palmarès et au statut d’enfant vedette.
C’est aussi la toute première chanson que Sophie Grenier a interprétée sur scène au début de l’adolescence, et celle qu’elle a choisie de chanter lors de son audition à l’aveugle à La Voix, en 2023. Suite à ce premier passage remarqué, certains commentateurs la voyaient déjà gagnante.
Il allait donc de soi d’enregistrer cette pièce qui a été un véritable tremplin. « J’ai grandi avec cette chanson. J’ai toujours adoré les violons et tous les arrangements dans la version de René. J’ai toujours aimé les paroles et la mélodie. »
Si les deux interprètes ne se sont jamais rencontrés, René Simard avait publiquement encensé la version de Sophie Grenier. Sa sœur, Nathalie Simard, a exprimé en personne son appréciation de la version renouvelée plus d’un demi-siècle plus tard. « C’est vraiment spécial » de recevoir ces commentaires, selon la nouvelle interprète.
Sophie Grenier est la plus jeune candidate, et la seule Franco-Ontarienne, à avoir remporté La Voix, sur les ondes de TVA. Source : Musicor
Une autre chanson chère à son cœur, synonyme de grandes premières, est la pièce Sanstoi. « C’est la première chanson que j’ai écrite avec Benjamin, et c’est aussi la première chanson sur l’album. Je pense que je vais toujours l’aimer, pour cette raison. »
La suite des choses
La sortie de l’album vient en quelque sorte déposer Sophie Grenier sur la terre ferme après avoir été emportée dans un tourbillon depuis le printemps 2023.
Pour l’instant, Sophie Grenier espère qu’À l’envers pourra lui servir de carte de visite pour monter sur quelques scènes, notamment lors de festivals.
« J’espère que le public va aimer mon album autant que moi, je l’aime. J’espère aussi qu’ils vont découvrir des facettes de moi différentes de ce qu’on a vu à La Voix. »
Sophie Grenier figurait parmi les invités de Gregory Charles au Festival franco-ontarien de 2023, quelques mois après sa victoire à La Voix. Crédit image : Stéphane Bédard
Parallèlement, Sophie Grenier débute des études universitaires en ligne, pour ajouter une corde à son arc. « J’ai choisi le marketing, car ça me donne un plan B si jamais la musique ne fonctionne pas. En même temps, ça va toujours m’être utile, surtout dans le domaine de la musique. »
Notre couverture du parcours de Sophie Grenier à La Voix
OTTAWA – Le projet de loi d’un député acadien, René Arseneault, qui voulait rendre le serment au roi Charles III optionnel pour les élus fédéraux a été défait ce mercredi dans un vote à la Chambre des communes.
Le projet de loi du député du Nouveau-Brunswick a reçu l’appui de près de 40 de ses collègues libéraux, mais aussi d’autres formations politiques, mais ça n’aura pas été suffisant pour obtenir la majorité nécessaire. L’ensemble des ministres du gouvernement et une grande majorité de députés conservateurs ont voté contre le projet de loi qui a ainsi été battu en seconde lecture. Une quinzaine de députés conservateurs, dont l’ensemble des francophones dans l’opposition officielle, le NPD, le Bloc québécois ont voté en faveur.
Au total, 113 ont voté en faveur alors que 197 s’y sont opposés. Un groupe de députés conservateurs ont même célébré le résultat en chantant à voix haute God Save The King dans la Chambre des communes après le vote.
Projet de loi pour rendre optionnel le serment au Roi battu.
Et la Chambre d'entonner le « God Save the King ». Quel manque de respect. Quelle déconnexion du Québec. On s'en souviendra. pic.twitter.com/kj3vH2yq98
Extrait vidéo des députés conservateurs qui ont célébré la défaite du projet de loi C-347. Le Bloc Québécois s’est attaqué sur X à ces députés conservateurs.
Déposé à l’été 2023, il proposait que les élus et les sénateurs aient le choix de prononcer un serment sans lien avec la monarchie. René Arseneault suggérait dans le projet de loi C-347 que les parlementaires et sénateurs puissent prêter serment seulement à la fonction plutôt qu’au monarque britannique, s’ils le souhaitent.
Le député René Arseneault. Gracieuseté.
Le leader en chambre du gouvernement Steven MacKinnon a expliqué que son gouvernement ne souhaitait pas proposer des modifications constitutionnelles au Canada, « donc le gouvernement s’oppose », disait-il la veille. Mais ce point de vue, que ce projet de loi nécessiterait une modification à la Constitution du Canada, n’est pas partagé par certains députés libéraux.
« Je ne suis pas convaincu par cet argument-là », plaidait en matinée le député québécois Joël Lightbound, un avocat de formation qui a voté en faveur.
« On ne change pas la constitution, on donne une option », a renchéri de son côté le député franco-ontarien Francis Drouin, quelques heures avant le vote
« C’est un projet de loi qui est raisonnable… Comme francophone de l’Ontario, je comprends l’approche de M. Arseneault. Son explication est rationnelle pour moi », ajoute le représentant de Glengarry-Prescott-Russell.
« Absolument, j’appuie ça, lançait l’acadien Darrell Samson quelques instants après les propos de ses collègues. La proposition est claire, c’est une approche inclusive, on est dans un pays inclusif et ça n’enlève absolument rien à personne. »
René Arseneault avait refusé de prêter serment en 1992, à la reine Élisabeth II pour être admis au Barreau du Nouveau-Brunswick. Il n’a jamais caché son opposition à un tel serment, en raison de la Déportation des Acadiens (le Grand dérangement) de 1755, sous la monarchie britannique.
En décembre 2022, les députés de l’Assemblée nationale à Québec ont aboli l’obligation de prêter serment au roi.
TORONTO – Le gouvernement a dévoilé, ce mercredi, une salve de modifications et de mesures législatives destinées à réduire les formalités administratives, notamment dans la construction.
Plusieurs réductions sont ainsi prévues afin d’éliminer les obstacles bureaucratiques. Le ministre du Logement, Paul Calandra, cherche ici à accélérer les projets de construction et à stimuler le développement d’infrastructures dans toute la province.
Pour y parvenir, des initiatives seront mises en place ce printemps, touchant différents ministères et permettant d’économiser 1,5 million d’heures et 1,2 milliard de dollars chaque année pour les particuliers et les entreprises.
Des consultations avec le secteur de la construction sont aussi à l’agenda afin d’accélérer certains projets. Face aux multiples approbations municipales, certaines villes ont déjà été alertées sur des retards. Pour remédier à cela, le gouvernement envisage une nouvelle procédure d’approbation accélérée, en commençant par les écoles publiques, de la maternelle à la 12e année, puis en l’étendant progressivement aux institutions de soins de longue durée et aux hôpitaux.
Le gouvernement sollicitera également l’avis d’experts, notamment des urbanistes municipaux, des responsables de la construction, des ingénieurs, des associations professionnelles et des architectes, pour simplifier les formalités administratives et rationaliser les processus de planification dans les régions à croissance rapide de la province.
En conférence de presse, ce mercredi, le ministre a déclaré : « Ce que cela met en lumière, c’est que nous allons devoir travailler de façon étroite avec 444 municipalités à travers la province. »
Une autre mesure que propose la province est d’introduire des règles visant à empêcher les promoteurs de faire du « stockage foncier », soit de conserver des terrains prêts à la construction, jusqu’à ce que les conditions du marché soient plus favorables. Un changement que les maires demandent depuis longtemps.
« Sept municipalités ont signalé que 70 000 logements sont restés à l’état de projets inactifs pendant au moins deux ans ».
Modifications à prévoir du côté des collèges et universités
L’Ontario envisage d’exempter les universités publiques de la Loi sur l’aménagement du territoire pour accélérer la construction de nouveaux logements pour étudiants, donnant un plus grand contrôle aux établissements sur le développement sur leurs campus.
Cette mesure leur accorderait un traitement similaire à celui des collèges bénéficiant d’une aide publique et qui ne sont pas assujettis à cette loi (par exemple, en ce qui concerne les exigences de rezonage et de planification des sites).
Tous les collèges et universités seront également tenus de publier des politiques de logement étudiant, afin de garantir aux étudiants, un accès à des logements abordables, à proximité des campus.
« Mon focus est aussi de loger les étudiants. Les collèges ont démontré qu’ils pouvaient gérer; alors nous devons permettre cela aux universités, et le plus vite possible », a souligné M. Calandra.
Le ministre des Affaires municipales et du Logement de l’Ontario, Paul Calandra, a dévoilé aujourd’hui un nouveau projet de loi qui lui permettra de publier des décrets qui l’emporteront sur les lois de planifications locales. Source : Assemblée législative de l’Ontario
De plus, le gouvernement prévoit de modifier la Loi de 2021 sur l’Université de Hearst dans le but de diminuer le nombre de membres de son conseil d’administration, en réponse à la demande de l’établissement.
Cette modification permettrait à l’université d’harmoniser la composition de son conseil avec la taille de l’institution. Il en va de même pour l’Université Redeemer à Hamilton; là aussi afin de réduire et simplifier la composition du conseil d’administration.
Réduire la bureaucratie afin de soulager diverses entreprises
Le gouvernement prévoit en outre des ajustements à la réglementation sur la responsabilité des producteurs. Des consultations seront menées par le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs pour favoriser la collaboration entre les producteurs, les entreprises et le gouvernement.
Il sera question, par ailleurs, de modifier la Loi sur les coroners afin d’exiger du ministère du Procureur général qu’il fournisse des informations supplémentaires (telles que les numéros de téléphone, les adresses e-mail et la langue préférée) à partir de la liste des jurés. Cette mesure viserait à réduire le temps et les efforts nécessaires au coroner pour la sélection des jurés potentiels. Le projet de loi indique aussi que cela permettra au Bureau du coroner de mener des enquêtes de manière efficace.
Du côté des arts, le gouvernement souhaite apporter des modifications qui devraient aider, à la fois le Conseil des arts de l’Ontario, Destination Ontario et Ontario Créatif à « renforcer la notoriété de leur marque ».
Le Conseil des arts de la province de l’Ontario deviendrait le Conseil des arts de l’Ontario. La Société du Partenariat ontarien de marketing touristique deviendrait Destination Ontario et la Société de développement de l’industrie des médias de l’Ontario deviendrait Ontario Créatif.
Quant au ministère des Transports, la province propose de modifier le Code de la route. Après avoir mis en place la suppression des frais de renouvellement des plaques d’immatriculation, le gouvernement propose de renouveler automatiquement les plaques d’immatriculation pour les conducteurs en règle.
Après une saison historique de feux de forêt de l’an dernier, le gouvernement fédéral a fait part,ce mercredi, des prévisions pour cet été. Avec la montée du mercure et les faibles précipitations, tout semble indiquer une autre saison occupée dans le Nord de l’Ontario.
« Nous risquons d’être confrontés à nouveau à une saison catastrophique en matière de feux de forêt », estime le bureau de la sécurité publique du Canada qui a fait part de quelques données en prévision du début de la saison débutant généralement en mai.
Lors d’une conférence de presse avec des ministres du fédéral en matinée sur le sujet, le gouvernement a indiqué avoir « travaillé en étroite collaboration avec les Premières Nations, les provinces, les territoires et d’autres partenaires de la gestion des urgences afin de mener à bien un solide examen des leçons apprises ». Parmi les nouvelles mesures envisagées, on compte un engagement plus précoce dans la planification de la préparation aux situations d’urgence liée aux feux de forêt et dans l’évaluation des risques.
Une autre piste étudiée concerne la mise en place d’une capacité d’intervention civile dans l’ensemble des administrations afin de mieux tirer parti de celles-ci pendant et après les situations d’urgence de grande envergure au Canada, explique-t-on dans le communiqué.
Les détails de ces mesures avec les fonds alloués seront dévoilés lors du prochain budget dont le dépôt à la Chambre des communes est prévu le 16 avril. Source : Compte X de Jonathan Wilkinson, ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles.
On apprend aussi qu’un groupe de travail autochtone sur la gestion des urgences s’est réuni en février 2024 et servira de table permanente de dialogue sur les enjeux et les besoins des Autochtones en matière de gestion des urgences.
Un projet pilote de deux ans lancé en 2022 et monopolisant plus de huit millions de dollars a permis de former 467 pompiers et 109 gardiens d’incendie. « Le gouvernement travaille d’arrache-pied pour former davantage de pompiers, fournir plus d’équipement de sauvetage et établir des partenariats avec les provinces et les territoires en prévision de la saison des feux de forêt de 2024 et de celles à venir », a déclaré Jonathan Wilkinson, ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles.
Sécheresse et El Niño
Des températures supérieures à la normale sont prévues pour le printemps et l’été, en raison des conditions météorologiques d’El Niño, phénomène naturel survenant lorsque la température des eaux de surface s’élève au-delà de 0,5°C de la normale sur une période de cinq mois consécutifs en raison d’un déplacement d’une masse d’eau chaude d’ouest en est dans l’océan Pacifique.
En conséquence, il pourrait y avoir un risque d’incendie précoce et supérieur à la normale dans l’Est de l’Ontario en avril, tandis qu’en mai il y aurait un risque d’incendie supérieur à la normale dans le Nord. Néanmoins, il demeure encore difficile à l’heure actuelle de prévoir les précipitations pour les prochains mois ce qui ajoute une part d’incertitude à l’évaluation des risques, prévient la sécurité publique.
Les anomalies de température étaient en grande partie concentrées dans le Nord de l’Ontario entre décembre et février 2024. Source : Gouvernement du Canada
« Cet hiver, les Canadiens ont connu des températures supérieures à la normale et des conditions de sécheresse généralisées dans tout le pays, ce qui a aggravé les conditions de sécheresse et d’étiage existantes », fait-on également savoir au bureau de la sécurité qui ajoute, toutefois, que les conditions de sécheresse peuvent également entraîner des risques de ruissellement et d’inondation extrêmes lorsque la neige et la glace fondent ou qu’il y a de fortes pluies locales.
Une analyse fédérale révèle que les conséquences des changements climatiques coûtent aujourd’hui 720 dollars par an aux ménages canadiens moyens, et que ce montant atteindra environ 2000 $ par an d’ici 2050. En 2023, les conditions météorologiques extrêmes au Canada ont causé plus de 3,1 milliards de dollars en dommages assurés.
OTTAWA – Mis en place à compter de ce mercredi, un nouveau système de répartition du 911 devrait alléger les services d’urgences et les équipes paramédicales à Ottawa, dans les régions de Prescott-Russell, de Stormont, Dundas et Glengarry, dans l’Est ontarien. Ces régions sont, depuis plusieurs années, sous pression, en raison d’un système de répartition des priorités médicales mal adapté, qui entraîne une congestion des services d’urgence hospitaliers.
« À présent, les répartiteurs et répartitrices au 911 devront poser plus de questions dans le but d’identifier les priorités sévères », explique M. Périard, le chef des paramédics des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR).
Avant cela, « si une personne subit une blessure au genou, nous lui posons les questions suivantes : ‘’Ressentez-vous de la douleur?’’ Si la personne répond par l’affirmative, nous enchaînons avec : ‘’Votre douleur est-elle sévère?’’ Étant donné que la réponse est souvent positive, si la personne confirme que la douleur est sévère, l’ambulance se rend chez elle en utilisant les gyrophares et les sirènes; cela devient alors une haute priorité. »
L’équipe des répartiteurs d’Ottawa vient de terminer une formation de 90 heures pour maîtriser le nouveau système de répartition du 911. Crédit image : Ville d’Ottawa
D’après le chef, beaucoup de cas étaient considérés comme très urgents avec l’ancien système de répartition. Dorénavant, il y aura plus de questions, donc plus de détails, et la capacité à mieux prioriser les urgences.
En effet, en 2022 et 2023, les cibles de réponses dans les trois catégories de « hautes urgences » n’avaient pas été atteintes dans les Comtés unis de Prescott et Russell.
Cette problématique avait aussi été observée à Ottawa. En juin dernier, le maire Mark Sutcliffe avait partagé sur ses réseaux sociaux la nécessité de réduire ces délais.
En attente de ce système depuis la fusion des municipalités
De son côté, Isabelle Hébert, répartitrice au 911 à Ottawa, a exprimé au micro d’ONFR, qu’en plus de ces nouvelles questions, elle sera capable d’offrir de meilleures instructions de premiers secours. Elle rappelle que « cela fait plus 20 ans que nous étions en discussion avec la province pour ce système ».
Ce retard dans la livraison du programme est dû au fait que seul le ministère de la Santé de l’Ontario peut approuver ces changements.
D’après Marc-André Périard, « l’intégration de ce système était censée avoir lieu avant la pandémie. Il y a eu plusieurs retards pour plusieurs raisons, bien que dans la région de Toronto, cela a été mis en œuvre, il y a un an et demi, je crois ».
Implanté progressivement à travers la province, il reste encore quelques centres de répartition en Ontario qui doivent l’intégrer.
Pour assurer le bon fonctionnement du nouveau système, les répondants du 911 ont dû suivre une formation de 90 heures.
« Nous serons en mesure de mieux servir notre communauté, et même si c’est une technologie qui a fait ses preuves, elle continuera de faire l’objet de tests, de développement et de mesures pour assurer une bonne qualité », se réjouit Mme Hébert, qui en est à 18 ans de carrière comme répartitrice.
Isabelle Hébert est répartitrice à Ottawa. Ce nouveau système du 911 comporte désormais plus de 2000 questions qui permettront une meilleure répartition des urgences à l’avenir. Crédit image : Ville d’Ottawa
Selon Marc-André Périard, les équipes paramédicales ne subiront pas les mêmes changements que les répartiteurs. Il les décrit comme des éléments essentiels du système de premiers secours, soulignant qu’ils devront faire face à d’importants changements.
« Ce sont nos premiers répondants », affirme-t-il.
Les ambulances dans l’Est ontarien pourraient être moins sollicitées par Ottawa
Pour le chef des paramédics de Prescott et Russell, son unité devrait voir une réduction de la demande de soutien dans la ville d’Ottawa. « Vu que les appels seront mieux priorisés, nous ne répondrons pas aux appels verts, jaunes et oranges dans la capitale et les comtés de Stormont, Dundas et Glengarry. »
Il est également évident, pour M. Périard, qu’il y aura une diminution de citoyens qui se rendaient à l’hôpital et qui n’en ont pas besoin. « Ça devrait fonctionner parce que maintenant, nous emmènerons seulement les personnes ayant des besoins critiques. »
Marc-André Périard est le chef des paramédics des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR). Crédit image : CUPR
Un nouveau code couleur pour les priorités
« Ce qui nous posait un problème dans le passé, explique Marc-André Périard, directeur des services d’urgences dans les Comtés unis de Prescott et Russell, c’est qu’on était souvent appelé pour des urgences qui n’étaient vraiment pas des urgences. »
« Et nos résidents qui en avaient réellement besoin, ajoute-t-il, ne disposaient pas d’une ambulance disponible. Ce nouveau système devrait avoir un impact positif. »
En effet, depuis plusieurs années, les services de paramédics d’Ottawa et de l’Est ontarien vivent toujours des situations de congestion qui ont alourdi la crise des soins de santé.
Le niveau zéro, où toutes les ambulances sont occupées, a été atteint à de nombreuses reprises, en 2022 et en 2023. Cela a entraîné de longs délais pour l’arrivée des ambulances, obligeant certaines personnes à attendre plusieurs heures, avant de recevoir une assistance médicale. De plus, de nombreux paramédics se sont retrouvés bloqués dans les stationnements d’hôpitaux, attendant que des patients soient pris en charge par les urgences médicales, plutôt que de répondre à d’autres appels urgents. M. Périard espère que l’amélioration de la répartition permettra de réduire considérablement ces situations à l’avenir.
Les ambulances des Comtés unis de Prescott et Russell sont souvent appelées en renfort pour soutenir le service paramédical d’Ottawa. Gracieuseté
Dès le 10 avril, les catégories de réponses seront aussi classées par un nouveau code couleur. Le classement des priorités se détermine ainsi :
OTTAWA – Le Centre national des arts (CNA) a dévoilé ce mardi sa programmation estivale. Depuis trois ans, l’institution située au cœur d’Ottawa veut permettre au plus grand nombre de profiter à la fois de l’été et des arts vivants, avec de nombreux spectacles gratuits ou à petits coûts, qui se déroulent souvent à l’extérieur. La saison chaude se déclinera du 2 juillet au 30 août, sous le thème Ensemble sous le soleil.
« On invite les gens à passer leur été avec nous, au CNA. Sous le soleil, sur la terrasse en bois, vraiment dans une ambiance décontractée. Emmenez votre famille, vos amis, votre visite », exprime la gestionnaire principale des communications du CNA, Mireille Allaire, en entrevue avec ONFR.
Le CNA regorge de lieux originaux pour tenir des concerts cet été. Crédit image : Curtis Perry
La terrasse en bois, sur le toit du CNA, est effectivement un lieu charnière de cette programmation estivale. Des spectacles gratuits s’y dérouleront les mardis et mercredis, mettant en vedette des artistes d’origines diverses. On y verra entre autres plusieurs musiciens établis à Toronto : Ahmed Moneka et son projet Moneka Arabic Jazz, qui mélange les sonorités de ses origines africaines et iraquiennes, Quique Escamilla et son folk mexicain maya-zapothèque, ou le quatuor féminin arabe, grec et turc Turkwaz.
« C’est une vraie célébration de la musique canadienne et d’ailleurs, » indique Mireille Allaire. Pour ce qui est des francophones, la terrasse sera visitée par le collectif Okavango African Orchestra, qui mêle les différentes langues et musiques de plusieurs pays d’Afrique. La formation compte quatre musiciens francophones. Venus de l’Acadie, la formation Beauxmont et le trio de violonistes Les Fireflies seront aussi de la partie.
Une expérience unique à la capitale
Un joyau du centre-ville d’Ottawa sera mis à l’honneur encore une fois cette année. Du 27 juin au 27 juillet, des concerts seront tenus sur un bateau naviguant sur le canal Rideau, à l’intention des passants sur ses rives. Il est possible de s’installer le long du canal ou au parc Lansdowne, où un arrêt est prévu. Les cyclistes pourront aussi choisir d’écouter le concert en entier en le suivant à vélo. Ce sont des musiciens de l’Orchestre du CNA (OCNA) et le pianiste Miguel de Armas qui assureront ces concerts prévus les jeudis et samedis, lorsque la température le permettra.
Les musiciens du CNA se produiront sur un bateau, que les spectateurs pourront suivre le long du Canal Rideau. Crédit image : Curtis Perry
Les musiciens de l’OCNA participeront aussi aux concerts gratuits dans l’Atrium du CNA, qui accompagneront l’heure du dîner les lundis, mardis et mercredis de l’été, à compter du 2 juillet. Ce sera aussi l’occasion d’entendre Diyet, chanteuse originaire de la Première Nation de Kluane, au Yukon, et des artistes du Chamberfest d’Ottawa. Ces derniers proposeront entre autres deux performances dans le cadre de la série Amenez les enfants, dont le titre parle de lui-même.
Théâtre à prix de format familial
La programmation estivale compte également une série de pièces de théâtre à 8 $. En plus de la pièce pour adultes et en anglais, MixTape, on y retrouve deux pièces jeunesse francophones. L’écrit, de Ubus Théâtre, est présentée comme une ode au bonheur pour les six ans et plus. Le spectacle Renard doux de Sylvie Gosselin vise pour sa part les spectateurs à partir de l’âge de quatre ans.
Une série de spectacles en salle est aussi prévue au CNA cet été. Le 4 juillet, l’OCNA présentera la première mondiale de la plus récente œuvre du compositeur métis et franco-canadien Ian Cusson, intitulée 1Q84 : Sinfonietta Metamoderna, lors du spectacle 2024 : L’Odyssée de l’été.La Franco-Camerounaise Valérie Ekoume sera pour sa part sur scène le 12 juillet.
« L’idée, c’est que vraiment tout le monde y trouve son compte, » estime Mireille Allaire.
Encore un peu de mystère
Le CNA prépare une aventure immersive, une installation interactive intitulée MYÜZ. Peu de détails ont été dévoilés puisque le concept n’est pas finalisé, selon Mireille Allaire. L’expérience qui nous fera entrer dans un « monde onirique », selon un communiqué de presse, devrait être lancée au début du mois de juillet.
Des spectacles et activités pour toute la famille auront lieu à l’intérieur et à l’extérieur du CNA. Crédit image : Curtis Perry
En tout, ce sont plus de 70 spectacles qui sont prévus dans la programmation estivale Ensemble sous le soleil. L’an dernier, environ 250 000 spectateurs ont assisté à l’une ou l’autre des activités. L’horaire 2024 et les billets sont en ligne sur le site du CNA.
OTTAWA – Les ministres du gouvernement Trudeau n’appuieront pas un projet de loi de leur collègue, le député acadien René Arseneault, qui vise à rendre optionnel le serment au roi qu’effectuent les élus fédéraux.
Le leader en chambre pour le gouvernement, Steven MacKinnon, a indiqué que les 38 ministres du gouvernement voteront contre le projet de loi C-347 demain, lors d’un vote à la Chambre des communes.
« Nous estimons que ce n’est pas le temps de proposer des modifications constitutionnelles au Canada, donc le gouvernement s’oppose », a-t-il dit mardi matin avant une réunion du cabinet libéral.
Les députés seront de leur côté libres de voter en faveur ou contre, a précisé Steven MacKinnon.
Déposé à l’été 2023, ce projet de loi propose que les élus et les sénateurs aient le choix de prononcer un serment sans lien avec la monarchie. René Arseneault propose que les parlementaires et sénateurs puissent prêter serment à la fonction plutôt qu’au monarque britannique.
Le député acadien du Nord du Nouveau-Brunswick, René Arseneault. Gracieuseté.
Il est encore inconnu à savoir si le gouvernement aura l’appui nécessaire de la Chambre pour s’opposer au projet de loi du député acadien. Par le passé, le Bloc Québécois et le NPD ont voté en faveur de projets de loi qui proposaient d’abolir le serment au roi. Les conservateurs avaient rejoint le gouvernement en s’y opposant.
La constitution oblige présentement tous les députés et sénateurs à prêter serment ou encore à faire une affirmation solennelle au roi Charles III.
Au moment de déposer ce projet de loi, le député Arseneault expliquait qu’il s’agissait de la façon la plus inclusive « de respecter les sensibilités » de ceux qui sont monarchistes et de ceux qui ne le sont pas, tout en s’assurant de ne pas « briser une tradition ».
« Cela s’inscrit dans la modernisation du Parlement. On est en 2023 (…) Je ne veux pas abolir la monarchie, mais moderniser la façon dont on devient député fédéral sans avoir cette obligation-là », expliquait-il en entrevue en juin dernier.
Le représentant de la circonscription de Madawaska-Restigouche avait refusé, en 1992, de prêter serment à la reine Élisabeth II pour être admis au Barreau du Nouveau-Brunswick. Il n’a jamais caché son opposition à un tel serment, en raison de la grande déportation des Acadiens de 1755, sous la monarchie britannique.
Les débats en seconde lecture sur le projet de loi C-347 auront lieu aujourd’hui à la Chambre des communes.
TORONTO – Le Comité consultatif des affaires francophones de la Ville de Toronto a voté une motion qui confie au Comité du développement économique et culturel (ECDC), le mandat de chercher les possibilités de rendre accessibles, dans les deux langues officielles, les dix musées historiques torontois.
Votée à l’unanimité ce lundi et sujette à l’approbation du conseil municipal, cette motion prévoit que le Comité du développement économique et culturel de la Ville explore la possibilité de se prévaloir de ressources additionnelles en langue française dans les musées et centres culturels lorsqu’il posera sa candidature, dans le futur, à des programmes émanant du gouvernement fédéral.
La motion demande aussi à l’ECDC d’élaborer un plan pour mettre en place, dans un premier temps, un projet pilote dans un des musées, incluant des ressources et du matériel traduit pour les visiteurs. Un rapport à ce sujet sera rendu lors de la prochaine réunion du Comité consultatif des affaires francophones, le 17 octobre.
Le projet mis sur la table par la Société d’histoire de Toronto (SHT), et dont les contours ont été détaillés par ONFR en mars dernier, permettrait par la suite d’ajuster au mieux la généralisation de l’offre de services en français à l’ensemble des établissements. « Ce sont des services que l’on peut mettre en place de façon graduelle et peu coûteuse », a plaidé Rolande Smith, présidente de la SHT, venue lundi expliquer sa position devant le comité.
La présidente de la SHT, Rolande Smith (au centre), a été auditionnée par le comité, notamment composé de Christine Michaud, Hélène Grégoire et Carlo Charles, sous la présidence d’Alejandra Bravo et en présence du fonctionnaire Pat Tobin (à droite). Source : YouTube Ville de Toronto
« On ne veut pas nécessairement entièrement bilinguiser tous les musées. On pourrait commencer par des dépliants traduits, des audioguides en français, des étudiants volontaires bilingues, voire des embauches », a précisé Gilles Huot, guide bénévole de la SHT, présent au côté de Mme Smith, appelant à une forme d’inclusivité de la Ville vis-à-vis des francophones.
La vice-présidente du comité, Christine Michaud, a mis en exergue le potentiel de visites qui pourrait émaner du système éducatif d’immersion, mais aussi des camps d’été francophones. « Faire la promotion (des musées accessibles en français) peut amener une clientèle très intéressante, en même temps qu’un important apport économique. La demande est là, il faut créer le service et le rendre visible », a-t-elle encouragé.
Deux autres membres, Hélène Grégoire et Carlo Handi, sont intervenus pour appuyer l’initiative, entrevoyant la nécessité de trouver des partenariats et des programmes adaptés.
« Pendant les vacances scolaires de mars, tous les musées avaient des activités spécifiques pour les enfants et les familles, a relevé la présidente de la SHT. Ce sera pareil le 22 avril prochain lors de la Journée de la Terre. C’est assez incroyable que des milliers d’enfants ne puissent pas profiter d’un programme aussi important en français. On les prive de beaucoup trop d’activités intéressantes. »
Pat Tobin, gestionnaire de la division ECDC, dont font partie les musées, s’est dit prêt à envisager différentes pistes, mentionnant le programme fédéral de services de traduction (Patrimoine canadien) . « On peut enquêter sur ce service et voir si d’autres programmes peuvent nous aider à traduire les matériaux dans nos musées. »
Le fonctionnaire a aussi noté que ce projet pilote revêtait une « opportunité de travailler ensemble avec la communauté et la SHT, en regardant le curriculum scolaire pour trouver des liens avec l’histoire francophone du territoire ». M. Tobin va à présent identifier un de ses fonctionnaires pour étudier la gamme de programmes, aux niveaux fédéral et provincial, qui pourraient aider à concrétiser le projet.
La recommandation du comité sera transmise à la réunion du 30 avril de l’ECDC. Si elle est adoptée par l’ECDC, la demande fera l’objet d’un vote final au conseil municipal, lors de la réunion des 22, 23 et 24 mai.
GREENSTONE – Une solution de sociofinancement proposée par l’Association des francophones du Nord-Ouest de l’Ontario (AFNOO) qui proposait de prendre à sa charge l’achat de deux mâts n’a pas été retenue lundi soir à Greenstone. Le conseil municipal a plutôt opté pour la commande d’un rapport, lequel étudiera des options possibles pour reconnaître les peuples francophones et autochtones.
Celle qui est à l’origine du point de discussion pour l’avis de motion a alors évoqué une proposition amenée par l’AFNOO, soit l’achat de deux mâts pour faire flotter le drapeau franco-ontarien à Geraldton et à Longlac. Il s’agirait de deux mâts communautaires sur lesquels pourraient également flotter d’autres drapeaux comme ceux des Premières Nations.
Comme en mars dernier, des francophones ont fait le déplacement pour le conseil du 8 avril. Gracieuseté
« La communauté francophone se chargerait de la collecte des fonds pour acheter deux mâts dédiés et, en contrepartie, le drapeau franco-ontarien volerait en permanence », a-t-elle déclaré soutenant que ce serait une solution profitable pour la municipalité. Le maire James McPherson est alors intervenu pour demander à ce qu’aucune solution ne soit déterminée, mais plutôt d’établir la marche vers un dispositif évoquant plusieurs options.
La motion initiale proposée par la conseillère indiquant une volonté de réinstaller le drapeau franco-ontarien par le procédé évoqué n’a pas été acceptée par Mark Wright, directeur administratif de la ville, au motif qu’elle serait directionnelle et que cela contrevient à la législation municipale sur les points de discussion.
« Je me demande s’ils espèrent qu’on va oublier, mais en attendant le manque d’action blesse les francophones »
— Claudette Gleeson
Après un amendement proposé par le maire, c’est finalement une motion pour la commande d’un rapport qui sera produit en juin afin d’étudier les options pour reconnaître autochtones et francophones, qui a été adoptée par les membres sans toutefois indiquer de date précise. Seuls les conseillers francophones Alan Ouellet et Vicky Budge ont voté contre.
Déception et incompréhension à l’AFNOO
Contactée après le conseil, l’AFNOO s’est dite déçue et ne pas comprendre pourquoi le conseil municipal a opté pour une motion avec une formulation aussi générale.
« On va donner le contrôle à la municipalité. On a même dit que, s’il le faut, on va changer le niveau du drapeau pour être en dessous des Premières Nations pendant un moment mais ce qu’on veut, c’est clair, c’est être là de manière permanente », a fait savoir la présidente de l’AFNOO, Claudette Gleeson.
Cette dernière considère que le fait de repousser l’échéance d’une décision constitue, en soi, un obstacle au rétablissement du drapeau.
« Je me demande s’ils espèrent qu’on va oublier, mais en attendant le manque d’action blesse les francophones », a-t-elle confié en ajoutant qu’il va y a avoir des discussions auprès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et possiblement des députés provinciaux afin d’établir une stratégie d’avancement.
Claudette Gleeson se dit rassurée que les choses évoluent mais pas assez vite. Crédit image : Inès Rebei
Consultation des Premières Nations
Au cours de la discussion, Mark Wright avait questionné le fait que, dans la motion initiale, Vicky Budge avait évoqué la discussion avec l’AFNOO mais pas avec les Premières Nations, ce à quoi elle avait rétorqué qu’elle était absolument ouverte à recueillir leur opinion.
« Je trouve ça embarrassant. On nous examine de très près. La province regarde, beaucoup de groupes nous regardent »
— Vicky Budge, conseillère municipale
Celui-ci a alors répondu qu’« il n’y avait pas eu de consultation lorsque la décision de faire flotter le drapeau franco-ontarien avait été prise » à l’origine, et que le fait de spécifier une discussion avec un groupe communautaire en particulier peut-être considéré comme exclusif vis-à-vis d’un autre, appuyé par le maire. Il ajoute qu’il faudrait toutefois éviter d’ajouter une pression supplémentaire auprès des Premières Nations, lesquelles auraient, selon lui, déjà exprimé leur opinion en amont de la décision du 11 février.
La conseillère Budge n’a pas caché son amertume et, pour la première fois depuis la controverse, a tenu à parler d’un point de vue personnel.
« J’ai vraiment du mal à accepter que le fait que le drapeau franco-ontarien soit enlevé puisse faire partie de la réconciliation. Je suis une membre de Première Nation, je suis francophone et je suis fière d’être les deux », a-t-elle confié avec émotion.
Et d’ajouter : « Je ne vois pas en quoi le fait d’enlever une minorité à un autre groupe minoritaire serait équitable. Je trouve ça embarrassant. On nous examine de très près. La province regarde, beaucoup de groupes nous regardent. »
La conseillère Vicky Budge a fait référence au fait que Greenstone était considérée comme un exemple d’ouverture à la francophonie inspirant d’autres municipalités comme Sault Ste. Marie par exemple. Source : Municipalité de Greenstone
En fin de discussion, le directeur a invité à étudier d’autres options que de faire flotter un drapeau, en rappelant que la logique ayant motivé la nouvelle politique étant que « si on fait flotter un drapeau pour un groupe, on doit le faire pour tous les autres » et ce partout dans les collectivités de Greenstone, ce qui reviendrait, selon lui, à avoir plus de huit mâts pour un coût de plus de 15 000 $ à chaque endroit.
Le conseil toujours divisé
Pendant la discussion précédant la décision de motion, la conseillère Claudette Trottier s’était montrée ouverte devant la proposition de Mme Budge et a rappelé que le problème de coût de maintenance de l’ancien mât était une des raisons qui avait poussé le conseil à retirer celui sur lequel flottait le drapeau franco-ontarien.
« Les francophones sont arrivés seulement après les années 60 avec le développement de l’industrie forestière mais il y avait toujours les Premières Nations »
— Chris Walterson
Le conseiller francophone Allan Ouellet, qui s’est excusé d’avoir du mal à cacher son émotion durant le débat, a lui aussi salué cette solution qui pourrait permettre « rectifier le tord » de la décision du 11 février.
« Vous savez, une simple recherche sur Google du drapeau franco-ontarien aujourd’hui vous montrera l’ampleur de la couverture médiatique qui est autour de cela en ce moment », a-t-il lâché, tout en regrettant l’impact à long terme sur la réputation de la ville.
De son côté, le conseiller Chris Walterson s’est basé sur son expérience personnelle pour témoigner son désaccord. Il a évoqué le fait que dans sa classe, lorsqu’il était élève, il y avait des enfants d’origine japonaise, italienne, allemande et des Premières Nations.
Selon lui, « les francophones sont arrivés seulement après les années 60 avec le développement de l’industrie forestière mais il y avait toujours les Premières Nations dans ma classe et dans la ville ». C’est alors qu’il a conté une anecdote personnelle. Lorsqu’il était au restaurant avec un ami et qu’ils faisaient la file pour payer, ce dernier aurait lancé, possiblement sur le ton de la blague, à une femme autochtone visiblement pressée : « L’homme blanc d’abord. »
Le conseiller de Geraldton, Chris Walterson avait déjà été très vocal sur son opposition au rétablissement du drapeau à la municipalité lors des précédents conseils. Source : municipalité de Greenstone
Et d’ajouter : « J’essaie de me demander combien de fois elle a vu ça dans sa vie? Et quand elle traversera le pont et verra un drapeau qui pourrait avoir été payé par un tas d’autres personnes, je pense qu’elle verra d’abord l’homme blanc et c’est ça qui est triste. »
« J’aimerais vraiment voir un drapeau français hissé au club français, c’est ce que j’aimerais voir », a alors terminé le conseiller à la retraite.
OTTAWA – L’ensemble des établissements postsecondaires francophones hors Québec ont porté plainte contre le fédéral, estimant qu’il a violé la Loi sur les langues officielles en n’excluant pas les francophones d’un plafond sur le nombre d’étudiants étrangers.
« La loi est là pour être appliquée par tout le monde, y compris par IRCC, par le gouvernement du Canada. Si le gouvernement du Canada n’est pas foutu, d’appliquer sa Loi, je ne sais pas où l’on va », a vivement écorché le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, lors d’un comité sénatorial lundi soir.
En janvier, le ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) Marc Miller avait annoncé qu’il instaurerait un plafond de deux ans sur le nombre de nouveaux étudiants étrangers à travers le pays. En Ontario, cela signifie que le nombre de nouveaux étudiants étrangers en 2024 sera de 141 000 alors qu’il était de 239 753 en 2023, soit une chute de 41 %.
À travers le Canada, il s’agit d’une baisse de 28 % soit 291 914 permis qui seront délivrés cette année contre 404 668 en 2023.
Depuis cette annonce, les collèges et universités de la francophonie canadienne demandent au gouvernement fédéral d’exempter les francophones du plafond. Près de 30 % des étudiants dans ces universités et collèges proviennent de l’international, selon Association des collèges et universités de la francophonie canadienne. Des institutions francophones de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick et d’ailleurs au pays accusent à l’unisson Ottawa de ne pas respecter la nouvelle version de la Loi sur les langues officielles, modernisée en juin 2023.
« Au nom de ses membres, l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne a déposé une plainte au Commissariat aux langues officielles relativement à la décision d’instaurer un plafond (sur les étudiants étrangers) », a dit son directeur de la recherche stratégique, Martin Normand, devant un comité sénatorial lundi en compagnie de recteurs universitaires du pays.
Le Commissariat aux langues officielles a confirmé à ONFR qu’il avait reçu une plainte en lien avec ce dossier et que « l’analyse de cette plainte est en cours afin d’en déterminer la recevabilité ».
Les 22 établissements postsecondaires blâment le fédéral d’avoir négativement impacté les minorités francophones et « de ne pas avoir pris en compte les besoins particuliers et la réalité distincte des communautés minoritaires linguistiques », comme l’exige la Loi.
« Le plafond a été établi en prenant en compte la moyenne nationale du taux d’acceptation des demandes de permis d’études qui se situe autour de 60 %… Il n’a pas modulé son plafond en fonction du taux d’acceptation des francophones qui se situe à 30 %. Cela s’inscrit en porte-à-faux avec l’égalité réelle », déplore Martin Normand de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne qui comporte 22 membres.
« Je ne pense pas, a répondu le ministre Miller mardi matin lorsque nous lui avons demandé si sa mesure annoncée était en violation à la Loi sur les langues officielles. Les étudiants internationaux sont tout aussi vulnérables que les étudiants anglophones et je dirais même plus, étant donné les pays sources. Donc, il faut les protéger », insiste-t-il, ajoutant être pleinement conscient de ses obligations linguistiques en vertu de la Loi.
Mais les institutions jugent aussi que cette mesure va à l’encontre de la politique en immigration francophone fédérale, qui est incluse dans la Loi sur les langues officielles et qui mentionne l’importance de « maximiser la sélection des étudiants internationaux d’expression française ».
« Le fardeau a été mis encore une fois sur le dos des établissements francophones minoritaires, de défendre leur existence, et j’avoue que c’est extrêmement désappointant au lendemain de l’adoption de la Loi sur les langues officielles », soutient Jacques Frémont.
Le ministre de l’Immigration Marc Miller. Crédit image : Stéphane Bédard
Le ministre de l’Immigration avance ne pas être d’accord avec les institutions francophones qui demandent des exceptions « dans un contexte où j’essaie de rehausser l’intégrité du système ».
« Je ne veux pas que ça soit un programme qui soit fait à rabais, c’est ce qu’ils veulent, ce n’est pas ça qu’ils vont avoir. (…) Mais là, il n’est pas question d’avoir ça dans un système qui bat de l’aile », tranche-t-il.
« Là, on va voir ce qui se passe, mais c’est clair que je suis prêt à exercer mon rôle de façon responsable comme ministre de l’Immigration pour s’assurer qu’ils y aient des francophones qui viennent au pays », dit Marc Miller, citant des annonces qu’il a effectuées dans les derniers mois.
« On vire les étudiants de bord »
Les établissements s’estiment « chanceux » que les provinces aient pris en compte leur réalité et ainsi protégé leur aspect francophone distinct. En Ontario, le gouvernement Ford a annoncé qu’il ferait des francophones une cohorte prioritaire parmi sa clientèle internationale dans la province.
« Dans un contexte où le gouvernement fédéral a des obligations linguistiques à l’égard de l’épanouissement des communautés francophones, on ne devrait pas être dans une situation où on compte sur la chance et la bonne foi des provinces pour s’assurer de la survie et de la vitalité de nos établissements postsecondaires », a dénoncé M. Normand.
Le recteur Jacques Frémont a affirmé que cette annonce donne comme résultat, « qu’à l’Université d’Ottawa, on n’a aucune idée de combien de francophones vont être là au mois de septembre ».
« Là, le message qui a été reçu après l’annonce est que le Canada n’est plus ouvert, avance la tête dirigeante de l’institution bilingue. Il y a des ambitions de IRCC de passer de 4 % d’immigration francophone à 6 %, mais sur le terrain, les gens ne comprennent pas. Les messages sont contradictoires. On vire les étudiants de bord qui nous fournissent une immigration de qualité », reproche-t-il.
Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont. Archives ONFR
Étienne Rollet est scientifique au ministère de la Défense nationale à Ottawa et passionné d’astronomie.
LE CONTEXTE :
Ce lundi a lieu une éclipse solaire totale dont la bande de totalité recouvrera Hamilton, Niagara Falls, Kingston et Cornwall à l’Est.Dans le sud de l’Ontario, la n’aura lieu qu’en 2106, et la dernière observation en Ontario remonte au 26 février 1979, dans le Nord.
L’ENJEU :
Le phénomène suscite nombre de questions dont beaucoup restent encore sans réponse. Étienne Rollet répond à quelques-unes que vous pourriez vous poser.
« Pourquoi les éclipses totales sont-elles si rares?
Cela vient du fait qu’il faut que la lune s’aligne exactement entre le soleil et la Terre. Et un alignement comme ça, c’est quand même assez rare. On peut penser que la lune fait le tour de la Terre assez régulièrement, mais il y a une inclinaison qui fait que c’est assez rare que l’alignement soit parfait. En Amérique du Nord, il y a une toute petite bande où la lune va complètement cacher le soleil. Il y en a souvent partout à travers le monde, mais en Amérique du Nord, ou même proche d’Ottawa, ça arrive très rarement. C’est une fois par génération. Ça va être un événement assez exceptionnel, dont il faut profiter.
Les changements climatiques ont-ils une influence sur les éclipses?
Pas sur les éclipses en tant que telles, mais plus sur le couvert nuageux sur lequel il peut y avoir des changements. Il y a des zones plus sèches que d’autres, avec moins de nuages durant les éclipses. Je ne sais pas à quel point c’est relié au changement climatique, mais c’est certain que la météo en tant que telle influence le fait qu’on puisse voir ou non les éclipses. Si c’est nuageux la journée de l’éclipse, malheureusement, on ne pourra pas la voir.
Le scientifique Etienne Rollet incite le public à sortir profiter de l’événement rarissime en Ontario. Gracieuseté
Est-ce que certains éléments de l’éclipse constituent encore un mystère pour la science?
Tout ce qui est mécanique céleste, c’est-à-dire l’orbite de la Terre autour du soleil, de la lune autour de la Terre et les planètes en général, c’est quelque chose de très compliqué à calculer. On a une bonne projection pour les mille prochaines années mais après ça, c’est prendre la pression qu’on n’a pas encore. S’agissant de prédire la position exacte des astres, il y a encore beaucoup de recherches à faire. À part ça, ça fait longtemps qu’on connaît des éclipses. La production est plus compliquée, mais on le fait quand même assez bien pour plusieurs générations dans le futur.
Pourquoi observe-t-on un changement de couleur lors de ce phénomène?
Comme on n’a plus vraiment de lumière directe du soleil, la lumière qu’on reçoit provient de l’atmosphère, un peu comme lors d’un coucher de soleil. Lors de l’éclipse, c’est possible que la lumière à quelques kilomètres au-dessus de la terre soit diffusée par les particules. La seule lumière qu’on va avoir vient de cette diffusion-là, de toute la poussière ou de l’air. C’est pour ça que la couleur change.
Voici les villes en Ontario où l’on pourra observer une éclipse partielle et le moment estimé du maximum de leur exposition à celle-ci. Source : The Weather Network
Une éclipse ne peut-elle survenir que pendant la nouvelle lune?
Oui, absolument. Il faut 28 jours environ pour que la lune tourne autour de la terre. La terre est au centre, donc on a la lumière du soleil qui éclaire la terre et la lune aussi. Si on imagine une position soleil en dessous de la terre, ensuite de la lune lorsque c’est la nuit sur la terre, on fait face à la lune. La lune est complètement illuminée : elle est pleine. Mais 14 jours après ça, elle va tourner autour de la terre, puis se placer entre le soleil et la terre, donc la face de la lune qui est illuminée pointe vers le soleil, pas vers nous.
Ce qui veut dire que cela va être une lune en croissant ou complète, et c’est la position dans laquelle elle est pour qu’il y ait une éclipse. On ne peut pas avoir une nouvelle lune plus parfaite que ça durant une éclipse parce que l’alignement est parfait. Potentiellement, lorsqu’il y a une nouvelle lune, il peut y avoir une éclipse si l’inclinaison de la lune est correcte, si tous les alignements sont parfaits. Alors, oui, il faut absolument que ce soit une nouvelle lune.
Est-ce vrai que le comportement des animaux ou plantes peut changer?
Je n’ai jamais assisté à une éclipse totale, donc je n’ai jamais observé les animaux. Mais, selon les avis des scientifiques, les animaux croient que la nuit arrive puisque la luminosité diminue énormément, surtout lorsque l’éclipse est totale. Les gens rapportent que les oiseaux commencent à chanter comme si c’était le soir, les insectes aussi. Je ne sais pas si on va en avoir beaucoup mais, en général, les criquets commencent aussi à faire du bruit.
Le corridor d’exposition maximale de l’éclipse solaire va de Cornwall, dans l’est, à Niagara Falls dans le sud. Source : Centre des sciences de l’Ontario
Pourquoi la durée d’une éclipse totale varie d’un endroit à l’autre?
L’éclipse totale, lorsque la lune couvre complètement le soleil, suivant où on est sur la trajectoire, peut durer de quelques secondes à quelques minutes. C’est dû au fait que la lune est presque exactement de la même taille que le soleil. L’alignement entre nos yeux, la lune et le soleil est parfait car tout couvre mais, si on se déplace de quelques kilomètres, l’alignement est moins parfait. La raison pour laquelle la durée de l’éclipse totale est aussi courte c’est parce que la lune fait rapidement le tour de la Terre. Néanmoins, en tout, la durée totale de l’éclipse va être de quelques heures, pour les premiers contacts, puis après l’alignement de quelques minutes, mais ensuite tout va très vite se découvrir.
Pourra-t-on aussi voir d’autres astres pendant l’éclipse?
Ce ne sera pas comme une nuit complète, mais il est vrai qu’on peut voir les étoiles les plus brillantes. C’est résolument quelque chose à surveiller. Les planètes les plus brillantes, comme Saturne, seront possiblement visibles. S’il y a un petit peu de brume ou des nuages, c’est possible que cela va empêcher l’observation d’étoiles. »
TORONTO – James Wade a rejoint les Raptors de Toronto cette saison, recruté au sein du staff de Darko Rajakovic, l’entraineur en chef. Au travers de cette rencontre, le natif de Memphis qui a obtenu la nationalité française en 2007, revient en toute humilité sur une carrière riche qui l’a amené à devenir assistant en NBA, avec en fil rouge l’importance qu’il a toujours accordée à l’ouverture sur les cultures et les langues différentes de la sienne, notamment le français.
« Parlons de votre parcours de joueur. Quels souvenirs gardez-vous de votre passage en Europe (en France, Russie et Espagne notamment)?
La Russie était le plus gros choc pour moi car c’était comme un autre monde. Il faisait froid et c’était vraiment différent. En revanche, j’ai toujours eu une histoire d’amour avec la France, car c’est là-bas que j’ai rencontré ma femme. J’ai une relation très spéciale avec ce pays.
Il paraît même que vous avez appris le russe. Était-ce important pour vous?
En réalité, lorsque j’ai joué là-bas pendant deux ans, je n’avais pas pris la langue au sérieux. C’est lorsque j’y suis retourné pour entraîner que je me suis dit « c’est ma deuxième fois ici, il faut que j’apprenne la langue ». J’ai appris et j’apprends toujours.
Habituellement, les Américains qui viennent jouer en Europe n’apprennent pas la langue locale car tout le monde s’adapte en parlant anglais. Pourquoi n’était-ce pas le cas pour vous?
Je ne suis pas comme tout le monde. Je suis de Memphis, où il n’y a pas beaucoup de gens qui ont la chance de voyager et de découvrir le monde. En quittant les États-Unis, c’était très important d’apprendre la culture et, pour moi, ça commence avec la communication. Je voulais être capable de pouvoir sortir en ville et faire des choses tout seul, par moi-même. Je ne voulais pas avoir tout le temps à demander « Il dit quoi? » quand je discutais avec quelqu’un. J’essaie de transmettre ça aujourd’hui à mon fils : je veux qu’il ait ce même sens de l’appréciation des différentes cultures.
La langue française est-elle dans votre quotidien ici à Toronto?
Oui bien sûr! Avec mon fils et ma femme, j’essaie de parler tout le temps, même si je fais des erreurs. Dans l’équipe, je parle en français avec Chris Boucher qui est francophone.
James Wade connait sa première expérience en NBA avec les Raptors de Toronto. Crédit image : Andy Saint Hilaire
Pourriez-vous nous raconter l’histoire de votre rencontre avec votre femme Edwige Lawson-Wade qui est, elle aussi, ancienne basketteuse. Vous l’auriez vue la première fois dans un magazine de basket et vous auriez flashé sur elle. Est-ce une histoire vraie?
Oui c’est vrai. On était dans un Relay. J’ai cherché un magazine de basket et je suis tombé sur elle. À ce moment-là, j’étais célibataire et voilà!
Est-ce que vous parliez déjà bien français à l’époque de votre rencontre ou est-ce que c’est elle qui a grandement contribué à vous faire progresser?
À ce moment-là, les seuls mots que je savais dire étaient probablement bonjour et au revoir, c’est tout. C’était au tout début lors de ma première semaine. Je n’avais jamais appris le français. J’ai beaucoup progressé avec mes coéquipiers mais avec elle aussi. Quand on rendait visite à sa famille, il n’y avait pas beaucoup de monde qui parlait anglais, donc pour participer dans les conversations, il fallait que j’apprenne le français.
Avant même votre carrière de joueur et d’entraîneur, d’où vous est venue cette passion pour le basket?
Depuis tout petit. Je viens d’une famille de basket. Mes cousins jouaient au basket et j’ai cet amour depuis toujours. Je ne peux même pas me rappeler la première fois. C’est vraiment une grande passion que j’ai pour ce sport et pour laquelle je vis.
Qu’est-ce que le fait d’avoir eu cette carrière avec de nombreuses expériences diverses et variées vous a apporté?
Ce que l’Europe m’a apporté pour ensuite entrainer en WNBA, c’est le mouvement de balle constant. Aux États-Unis, on a la mauvaise réputation de jouer de manière individualiste mais, pour moi, le plus important est le jeu d’équipe, pas seulement les cinq joueurs sur le terrain mais aussi l’énergie sur le banc. Ici, c’est ce qu’on fait aussi : on joue beaucoup sur le mouvement de balle, les joueurs qui coupent, cela permet de rendre les choses faciles. Si vous jouez ensemble, vous créez des tirs faciles, des doubles pas faciles.
Les qualités humaines de l’entraîneur franco-américain ont séduit les Raptors et lui ont permis de rapidement s’intégrer dans le staff de Darko Rajakovic. Crédit image : Andy Saint Hilaire
Après cette carrière en Europe, vous êtes revenus aux États-Unis en WNBA, comment cela s’est-il fait?
C’est vraiment grâce à un des entraineurs de ma femme. La saison de WNBA se joue quand celle de l’Europe se termine et inversement. J’étais en vacances alors qu’Edwige jouait en WNBA, donc je suis allé voir des matchs et je la suivais. Un jour, son coach m’a invité à dîner et m’a demandé ce que je voulais faire après le basket. Je lui ai dit que peut-être que je pourrais entraîner au lycée ou à l’université, quelque chose comme ça. Il m’a dit qu’il pourrait peut-être m’aider et un an et demi plus tard, il m’a offert un poste de stagiaire. C’est comme ça que tout a commencé et c’est grâce à lui qu’aujourd’hui je suis dans cette position-là. Dans le basket, tout le monde recherche des opportunités. J’estime que j’ai eu vraiment beaucoup de chance de rencontrer quelqu’un comme lui qui a parié sur moi.
Vous avez rapidement gravi les échelons jusqu’à devenir directeur général du Sky de Chicago avec lequel vous avez remporté deux titres de champions en tant qu’assistant (2017) et entraîneur en chef (2021). Quelles ont été les clés de cette grande réussite?
Je ne sais pas (rires). Je travaille avec intention, je travaille dur mais en essayant de le faire intelligemment. Et la chose la plus importante pour moi, c’est que j’investis dans les gens qui vont m’entourer. Il y a une part de travail. Une autre part, c’est être correct avec tout le monde. Et la dernière, c’est aussi la chance. J’ai essayé de tirer profit de tout ça.
Lorsque vous avez pris ce poste de direction au Sky, vous avez confié avoir appelé Masai Ujiri, le président des Raptors. Que vous avait-il conseillé?
C’est vrai. J’avais appelé trois personnes et Masai a été le premier appel que j’ai passé. Il a la réputation d’être quelqu’un de très passionné et très intelligent. Ce sont des choses pour lesquelles je veux être reconnu aussi. Je suis passé d’assistant à un poste de dirigeant et d’entraîneur en chef en même temps. Je lui ai demandé comment je pouvais y arriver. Il m’a dit qu’il fallait avoir un bon plan de jeu et être capable de m’adapter à toutes les situations.
Pour être capable de se préparer, il m’a dit qu’il fallait connaître la position de chacun autour de soi. Pas seulement mon travail à moi, mais celui des gens qui travaillent avec moi. Ainsi, c’est plus facile de prendre des décisions en faisant confiance à son instinct. J’ai essayé de suivre ses conseils et de les inclure dans ma philosophie, et voilà.
James Wade joue un rôle important dans le développement individuel des joueurs en tant qu’assistant. Crédit image : Andy Saint Hilaire
Pour finir, comment s’est fait votre recrutement par les Raptors?
Je crois que c’est encore par chance. Un jour, j’ai reçu un appel de mon agent qui m’a dit qu’il y avait peut-être un intérêt de la part des Raptors. De mon côté, je n’avais jamais imaginé, ne serait-ce qu’une seule fois, entraîner en NBA. Au final, je suis arrivé ici pour un entretien, nous avons parlé et je pense que ça a collé des deux côtés. J’ai ensuite beaucoup parlé avec Darko et ça l’a fait, mais, honnêtement, quand j’ai appris que j’avais cette opportunité et la manière dont ça s’est passé, pour moi, c’était juste un rêve.
Connaissiez-vous Darko Rajakovic auparavant?
Je ne le connaissais pas du tout personnellement, seulement par sa réputation. Ça a tout de suite cliqué quand on a parlé. C’est quelqu’un qui est lui aussi un vrai passionné, très intelligent et vraiment concentré sur les détails. Je me suis vraiment dit que ça allait être un bonheur de travailler avec quelqu’un comme lui. »
LES DATES-CLÉS DE JAMES WADE :
1975 : Naissance à Memphis
2001 : Début de sa carrière de joueur en Europe à Cambrai en France
2007 : Obtention de la nationalité française
2012 : Début de sa carrière d’entraineur, assistant à San Antonio (WNBA)
2019 : Nommé entraîneur en chef (entraîneur de l’année cette saison) et directeur général du Sky de Chicago (WNBA)
2021 : Champion de la WNBA avec le Sky de Chicago
2023 :Recruté par les Raptors de Toronto (NBA) en tant qu’assistant de Darko Rajakovic
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario, au Canada et à l’étranger.
Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.
[CHRONIQUE]
Qu’ont ces trois livres en commun : La danse du figuier, Moi, figuier sous la neige et Le figuier sous le toit? Ils ont tous trois été écrits par des femmes immigrantes (ou d’origine) et traitent de parcours de vie. Et, bien évidemment, dans les titres de ces trois livres figure le nom d’un arbre magique qui n’est autre que le figuier.
On se demande pourquoi ces trois autrices voyageuses ont inclus le figuier comme emblème de leur livre.
Le figuier sous le toitde Marguerite Andersen autrice franco-ontarienne qui nous a quittés en 2022 après une longue vie et une œuvre dense et riche, est un plongeon dans sa vie de jeune adolescente dans l’Allemagne d’Hitler, avec le souvenir vague d’avoir porté l’uniforme nazi.
Mais que vient faire le figuier, ou plus exactement, le ficus carica, cet arbre fruitier de la famille des Moracées qui donne un fruit comestible qu’on appelle la figue, dans ce retour en arrière que fait cette dame établie au Canada après avoir voyagé et vécu dans plusieurs pays du monde?
C’est justement lors de son séjour en Tunisie, alors qu’elle devient mère avec tous les défis que cette nouvelle identité peut apporter ou enlever à une femme, que Marguerite Andersen fait la connaissance de cet arbre symbolique de la Méditerranée ensoleillée. Plus tard, elle essaie de le planter sur le toit de son immeuble à Toronto.
Un déracinement. Une transplantation. Des gestes médicaux qui requièrent à la fois dextérité et rigueur. Mais lorsqu’il s’agit d’un arbre, et surtout d’un figuier natif de régions chaudes, cette opération peut-elle réussir dans un environnement froid et enneigé?
C’est presque arrivé et c’est ce que Marguerite Andersen (ou son alter ego dans le livre) essaye de faire sur son toit canadien avec un figuier tunisien : « Elle l’a mis dans un vieux tonneau sur le toit de l’immeuble et cet arbrisseau encore chétif a maintenant l’air de vouloir produire une toute petite figue avant la venue de l’horrible hiver. »
Renouveau, persévérance et résilience
Se peut-il que ce figuier rappelle à l’autrice la vie ou le renouveau, la persévérance et la résilience? Ce qui est sûr, c’est que cet arbre peut vivre jusqu’à 300 ans et ainsi nous survivre. Et par conséquent, continuer à regarder le monde autour de lui, une fois après notre départ. Ses racines sont si profondes qu’il n’exige pas beaucoup d’entretien, un peu comme une autrice qui se renouvelle et trouve dans la littérature le terreau fertile pour grandir.
Chez Elkahna Talbi, l’autrice de Moi, figuier sous la neige, le figuier revêt un autre symbole. La poétesse et artiste aussi connue sous le nom Queen Ka (depuis elle a publié un autre recueil : Pomme Grenade) raconte qu’elle se promène dans les rues de Montréal avec, sous le bras, un figuier secret.
« Le figuier est l’écho du pays d’origine. Il est le frère que je n’ai pas eu. Il est un peu moi », se révèle-t-elle. Le figuier est cet arbre que son père tunisien a ramené de Tunisie et qu’il a replanté dans le sol québécois. Une manière d’étancher sa soif nostalgique. Tant que ce figuier survivra, je survivrai.
Mais pour Elkahna Talbi, Québécoise de seconde génération de parents immigrants, cet arbre n’a pas la même signification que celle que son père lui confère. C’est un rappel presque quotidien de son altérité, de celle qui est d’ici et d’ailleurs. De celle qui navigue sur des eaux calmes jusqu’à ce que les événements du 11 septembre 2001 lui éclaboussent le visage, que ces eaux s’agitent, que la question de ses origines remonte à la surface. Et la navigation devient difficile par moments et délicate par d’autres.
La poésie d’Elkahna Talbi est sensorielle et percutante. Elle dit vrai : « C’est dans l’écriture que j’ai trouvé mon pays, une poésie au-delà des frontières ». Le figuier est ce pont entre ses parents et elle, et c’est aussi son gri-gri qui lui donne la force de répondre aux questionnements des autres tantôt sournois, tantôt bénins.
Un rôle de pilier, un feu éternel
Pour Emné Nasereddine enfin, La danse du figuier est un hymne à la grand-mère et à la mère, et surtout, à la terre des ancêtres. Cette terre libanaise couverte de sang, de débris et de pauvreté… et qui continue pourtant à faire pousser des arbres. Surtout le figuier qui vit dans la cour de sa grand-mère.
Il y a la notion de joie et de fête dans la danse, et pourtant, le livre d’Emné Nasereddine est dur et enrobé d’une tristesse douce et constante. Avec la mort de la mère, tout devient banal. Même le bonheur. Le deuil est lourd à porter, mais il y a toujours ce retour en arrière vers cette terre qui symbolise la naissance et la résilience.
L’autrice rend hommage à ces femmes libanaises dont le deuil se porte toujours à bout de bras. Les nourrissons qui meurent. Les maris qui disparaissent. Les enfants qui émigrent et laissent un trou béant dans le cœur maternel et dans les branches de la fratrie qu’aucune pousse ne peut remplacer. Et le figuier qui joue le rôle de la pièce centrale. Le pilier. Le feu éternel autour duquel on danse pour oublier le deuil, pour oublier la violence des hommes qui rend les femmes tristes.
Ces trois livres et le rôle que prend le figuier dans chacun d’entre eux sont fascinants. Même si pour Elkahna et pour Nasereddine, le figuier est natif de leur terre ancestrale, il reste pour Anderson, cet arbre exotique dont elle fait connaissance lors de son séjour en Tunisie et auquel elle s’attache au point de vouloir le transplanter à Toronto, sa ville d’adoption.
Je me rappelle avoir lu le livre de Joy Kogawa, Obasan, et sa description du dernier moment où elle est obligée de faire ses adieux à la maison familiale, exilée par le gouvernement canadien dans les terres intérieures et désertes de la Colombie-Britannique. La petite Joy entoure le cerisier de leur cour arrière avec ses mains et fait un vœu : celui de revenir un jour à sa maison natale.
Ce vœu sera exaucé des années plus tard. Encore un arbre magique. Encore un livre magnifique.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
SUDBURY – Les Sudburois disposeront d’une option supplémentaire pour se rendre à Toronto. La compagnie FlixBus, reconnue pour offrir des tarifs réduits, a annoncé le début d’une liaison en autobus entre Toronto et Sudbury.
« Nous sommes très heureux d’ajouter Sudbury à la liste croissante des villes de l’Ontario desservies par FlixBus », a déclaré Richard Szeri, directeur principal de la planification du réseau pour FlixBus, dans un communiqué de presse publié jeudi.
La nouvelle route reliera la gare Union à Toronto au terminal Ontario Northland à Sudbury, avec des arrêts à l’aéroport international Pearson de Toronto et trois autres villes : Parry Sound, Port Severn et Waubaushene. Un bus par jour effectuera le trajet, à l’exception du mardi.
Les bus seront équipés d’une connexion Wi-Fi gratuite et de prises électriques, et offriront des divertissements à bord.
Jusqu’à présent, Ontario Northland, société publique, était la seule à offrir une liaison par bus entre Toronto et Sudbury. En comparaison, les prix des billets entre Sudbury et l’aéroport international Pearson à Toronto sont affichés à 49 $ sur FlixBus et entre 81 $ et 93 $ sur Ontario Northland pour le trajet du mercredi 10 avril, par exemple. Puisque la compagnie offre également des liaisons vers Ottawa, il est aussi possible de faire la connexion à l’arrivée à Toronto.
Il s’agit de la première ville du Nord desservie par la compagnie d’origine allemande qui a acquis les opérations de Greyhound en Amérique du Nord. FlixBus mène les usagers vers plus de 20 destinations en Ontario, y compris les villes d’Ottawa, London et Niagara Falls.
« Nous voulons que FlixBus devienne synonyme de voyage en autobus au Canada », a fait savoir la compagnie qui opère au Canada depuis 2022, au Québec, en Colombie-Britannique et en Ontario. L’entreprise a d’ailleurs également annoncé, vendredi, lancer ses opérations en Alberta avec des trajets entre Edmonton et Calgary, notamment.
Les billets sont déjà disponibles sur le site internet de FlixBus.
HEARST – Claude Villeneuve, figure importante des affaires de Hearst, s’est éteint jeudi après-midi après avoir combattu la maladie.
« C’est une légende qui part », confie le fils du magnat de la construction, Mario, qui assure aujourd’hui le rôle de vice-président chez Villeneuve Construction, une firme incontournable de Hearst fondée par son père.
« C’était un fier Franco-Ontarien qui était fier de sa langue, du Nord et de participer à les développer », explique celui qui fut également président de l’Association des constructeurs de routes de l’Ontario jusqu’en février dernier.
Personnage haut en couleur, le chef de file de la construction de Hearst s’est éteint à l’âge de 76 ans, après un combat contre le cancer. Mario Villeneuve confie que son père avait néanmoins choisi la mort assistée et est décédé entouré de ses proches, après un bon souper en famille.
Claude Villeneuve a légué son entreprise à ses fils Mario, complètement à droite, Martin et à son associé Ghislain Lacroix, complètement à gauche, en 2015. Source : Villeneuve Construction
Les hommages n’ont pas tardé à affluer sur les réseaux sociaux, à l’annonce du décès du septuagénaire, à tel point que son fils se dit dépassé, mais touché.
Roger Sigouin, maire de Hearst et proche de Claude Villeneuve, dit de lui qu’il était « une personne avec une générosité immense, qui avait la communauté et la région à cœur, mais aussi un champion de Hearst », confie-t-il, non sans émotion.
Et de continuer : « La perte est immense pour la communauté, il va laisser sa trace dans la région. »
« Il ne s’est jamais contenté de faire comme les autres, il voulait toujours prouver qu’il y a toujours une manière plus efficace de faire les choses », explique Mike Geoffroy, son ami et entrepreneur de Timmins.
Il ajoute que Claude Villeneuve était très humble et avait tendance à ne pas vouloir s’attribuer le crédit des accomplissements de son entreprise. « C’était quelqu’un d’exigeant, mais qui avait un grand cœur », fait savoir son tout premier employé et actuel président de Villeneuve Construction, Ghislain Lacroix.
Le nom de Villeneuve est très visible à Hearst. Crédit image : Inès Rebei
Un héritage conséquent
En février dernier, l’Association des constructeurs de routes de l’Ontario avait intronisé Claude Villeneuve au Temple de la renommée, pour ses contributions à l’industrie, lors de la convention annuelle de l’organisme à Toronto.
Comme beaucoup d’entrepreneurs du Nord, l’histoire de Claude Villeneuve a de quoi inspirer… Ayant grandi dans une ferme laitière et s’étant lancé en affaires avec une simple tractopelle, M. Villeneuve a bâti un empire s’étendant sur plus de 75 000 kilomètres carrés.
Villeneuve Construction était parmi les premiers à exploiter des drones pour évaluer la gestion des stocks. Chef de file en innovation, les sources d’agrégats et la nouvelle technologie furent deux éléments indispensables au succès de l’entreprise.
Claude Villeneuve s’est impliqué dans l’Association des constructeurs de routes de l’Ontario pendant 35 ans. Source : Association des constructeurs de routes de l’Ontario.
Parmi les nombreuses acquisitions du chef d’entreprise, on compte plusieurs ateliers et usines qui allaient fermer leurs portes à Cochrane ou encore Wawa, et qui sont, aujourd’hui encore, très reconnaissants d’avoir pu conserver leurs employés, selon le maire Sigouin.
« C’est une personne qui ne voulait pas aller détruire les autres ailleurs; au contraire, s’il pouvait en donner plus pour être capable de faire grandir sa famille, c’était encore mieux pour lui », lance-t-il.
La famille Villeneuve invite les citoyens à faire un don, en hommage à M. Villeneuve, à la Fondation de l’hôpital Notre-Dame de Hearst et au Camp Source de Vie. Un service aura lieu à la paroisse Notre-Dame-de-l’Assomption, le mercredi 10 avril.
OTTAWA – Depuis 2019, un groupe de parents s’engage activement en faveur de l’établissement d’une école francophone dans le centre-ville de la capitale. En réponse à cette demande, le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) a officiellement soumis une requête au programme des immobilisations prioritaires du gouvernement provincial afin de démarrer la construction de cette école tant attendue.
La réponse du gouvernement de l’Ontario devrait tomber durant le mois d’avril. Ce qui est attendu est un financement accordé pour la construction d’une école secondaire pouvant accueillir plus de 1000 élèves.
Mercredi soir, dans le quartier de la Petite Italie, de nombreux parents d’élèves du centre-ville se sont réunis pour discuter de ce projet. Près d’une quarantaine de parents, ainsi que le député provincial d’Ottawa-Centre, Joël Harden, le député fédéral d’Ottawa-Centre, Yasir Naqvi, le conseiller scolaire Joël Beddows et une grande partie de l’équipe du CEPEO, ont exprimé tour à tour l’urgence de disposer d’une école le plus rapidement possible.
Devant la foule de parents, Yasir Naqvi a exprimé son intention d’appuyer ce dossier qui lui est très important. « Mes enfants ont accès à une éducation francophone et il leur faudra continuer cette éducation », a-t-il dit en français.
Le député fédéral Yasir Naqvi veut travailler main dans la main avec le député provincial Joël Harden pour faire avancer le dossier de l’école. Crédit image : Lila Mouch
« C’est un droit de la Charte canadienne, a-t-il ajouté. Il faut sécuriser une parcelle de terrain et je vais appuyer le CEPEO et m’entretenir avec la Commission de la capitale nationale (CCN) au sujet des Plaines LeBreton. »
Si Les Plaines LeBreton semblent être une option plutôt viable, Jennifer Larocque, mère de famille et membre du regroupement pour une école secondaire au cœur du centre-ville, explique l’engouement autour de cet espace.
« Le terrain permet de rêver, parce que c’est un développement au cœur du centre-ville qui hébergera des sites importants, possiblement un nouvel aréna pour les Sénateurs d’Ottawa, la nouvelle bibliothèque municipale, de nouvelles constructions novatrices, alors c’est la promesse d’un lieu dynamique, le tout à proximité de deux bouches sur la voie du train léger. »
D’après Mme Larocque, de nombreux partenariats peuvent être imaginés au niveau de la municipalité et des divers paliers gouvernementaux. « Nous avons hâte d’appendre ce que proposera le CEPEO quant à son entente avec la CCN, ses plans architecturaux et les échéances prévues. »
Le député provincial Joël Harden a quant à lui rappelé qu’en février dernier, la députée provinciale d’Ottawa-Ouest Nepean, Chandra Pasma, porte-parole de l’opposition officielle pour l’Éducation et lui-même, ont transmis au gouvernement une demande pour appuyer l’obtention de fonds provinciaux.
La recherche d’un lieu de transition demeure la meilleure option
À la tête de cette initiative, on retrouve plusieurs parents qui se sont formés en comité pour porter ce projet et soutenir le conseil scolaire public.
Le regroupement communautaire pour la création de cette école est né en 2019 pour établir une école secondaire dans une zone qui représente plus ou moins la circonscription fédérale d’Ottawa-Centre. Environ 40 km², dans lesquels on retrouve les quartiers du cœur de la ville, mais aussi la Petite Italie, Les Plaines LeBreton, Westboro, le Glebe ou encore Old Ottawa South.
Dans cette zone, cohabitent quatre écoles primaires francophones : l’École élémentaire catholique Saint-François-d’Assise et l’École élémentaire catholique Au Cœur d’Ottawa, du conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), ainsi que l’École élémentaire publique Louise-Arbour et l’École élémentaire publique Charlotte-Lemieux du CEPEO.
Il n’y a cependant aucune école secondaire de langue française, mais bien sept écoles de langue anglaise dans ce secteur. L’école secondaire francophone De La Salle se trouve hors de la zone discutée, bien qu’elle soit dans la Basseville.
En attendant la construction de l’école permanente, le CEPEO et les parents d’élèves recherchent donc une solution temporaire, comme la mise en place d’une école de transition. Cette mesure viserait à assurer une rentrée scolaire, dès que possible, dans le centre-ville.
Christian-Charle Bouchard, directeur de l’éducation du CEPEO, s’est dit ouvert à divers partenariats pour l’ouverture d’une école de transition. Notamment, la possibilité de partager les locaux d’une école secondaire anglophone du centre-ville ou d’opter pour un partenariat avec le CECCE sous le même modèle du carrefour scolaire de Kingston.
« On est ouvert à explorer toutes les possibilités. »
En entrevue avec ONFR, Jennifer Larocque, membre du comité directeur du regroupement communautaire, a également émis l’idée de partager les locaux d’une école pour adultes sous-utilisés.
« Mais la meilleure solution pour l’instant serait de louer une école déjà existante. »
Selon la mère de famille, le conseil scolaire est confronté à plusieurs défis majeurs : « Il est difficile de trouver des terrains suffisamment vastes. Pour les bâtiments qui ne sont pas déjà des écoles, d’importants travaux de rénovation sont nécessaires, et l’acquisition de nouveaux bâtiments nécessite des partenariats qui prennent beaucoup de temps à mettre en place. »
Christian-Charle Bouchard est directeur de l’éducation et secrétaire-trésorier du CEPEO. Crédit image : Lila Mouch
Il y aurait entre 900 et 1200 élèves, dans les écoles primaires de ce secteur qui n’auront pas accès à la continuité de leur éducation en français si rien ne se passe, explique-t-elle.
Une potentielle perte de jeunes francophones
Pour les parents du centre-ville, la distance des autres écoles francophones appartenant au CEPEO et au CECCE serait un fardeau.
S’il n’existe, pour le moment, aucune estimation sur la perte d’élèves francophones vers des écoles anglaises, de nombreuses familles exogames auraient sans doute envoyé leurs enfants dans les écoles secondaires anglaises du centre-ville.
« C’est mon cas », a alors lancé une mère de famille venue assister à la rencontre.
Les écoles de langue anglaise qui proposent des programmes d’immersion en français restent une alternative pour les enfants issus de familles exogames, francophiles et anglophones qui poursuivre pourtant leur éducation en français au primaire, redoutent les acteurs de l’éducation et le groupe de parents.
Jennifer Larocque durant la mise au point du projet d’école secondaire, ce mercredi. Crédit image : Regroupement – école secondaire de langue française Ottawa-Centre
À la fin de la 6ᵉ année, les parents doivent prendre la décision d’inscrire leurs enfants en anglais ou de les envoyer assez loin pour rejoindre l’école.
Du côté des écoles catholiques, le CECCE a également entrepris des démarches.
C’est par courriel que le conseil scolaire nous a informé avoir « soumis au ministère de l’Éducation un projet prioritaire pour l’établissement d’une nouvelle école secondaire catholique francophone dans le secteur d’Ottawa-Centre ».
Rappelant que « le CECCE est actuellement en mesure de répondre aux besoins des familles dans ce secteur par le biais de ses écoles secondaires situées aux environs, même s’il souhaite y installer une école secondaire afin de réduire les temps de déplacement et d’augmenter l’accessibilité ».
Enfin, la municipalité d’Ottawa sera peut-être amenée à jouer un rôle plus important maintenant que le gouvernement Ford vient de lui octroyer la somme de 543 millions de dollars pour des projets de construction.
Cependant, « la Ville brille par son absence », a fait constater le conseiller scolaire, Joël Beddows, lors de la rencontre ce mercredi soir.
En ce début de mois d’avril, la culture francophone de l’Ontario et d’ailleurs brille de mille feux en films, humour et théâtre. Cette semaine, des pièces de théâtre qui donnent à réfléchir sont à l’affiche, ainsi que des fous rires grâce au cinéma et à un stand-up humoristique.
Films
Petit jésus de Julien Rigoulot au Sudbury Indie Cinema
Le Sudbury Indie Cinema propose cette semaine une comédie franco-canadienne réalisée par Julien Rigoulot. L’histoire tourne autour de Jean, un homme désespérément convaincu que son fils est une sorte de messie après l’avoir vu ressusciter leur chien. Excentrique et décalé, Jean poursuit sa quête de convaincre le reste de son entourage.
Du côté de Barrie, la Clé, un organisme sans but lucratif offrant de multiples services aux francophones et francophiles du comté de Simcoe, fait exceptionnellement d’une pierre trois coups dans le cadre de son Gala humour qui fera briller non pas deux, mais trois comédiens en pleine ascension dans leurs régions respectives. Cette soirée stand-up compte mettre en avant les talents de la Franco-Ontarienne Evelyne Roy-Molgat, également animatrice de la soirée, de Lucas Boucher, comédien provenant de Québec et ceux du Néo-Brunswickois, Thomas Lapointe.
M’appelle Mohamed Ali à la Nouvelle Scène Gilles Desjardins
Armé d’un scénario rédigé par la plume tranchante de l’auteur congolais, Dieudonné Niangouna, une troupe d’acteurs noirs du Théâtre de la Vieille 17, s’empare de la scène ottavienne pour raconter l’histoire du célèbre boxeur et activiste politique, Mohamed Ali. Un parcours puissant et toujours d’actualité, cette interprétation établit des parallèles avec la lutte actuelle pour la justice raciale, tant sur scène qu’en dehors.
Quichotte sur scène au Théâtre français de Toronto
Le récit épique de L’ingénieux Hidalgo Quichotte de La Manche de Miguel de Cervantes est interprété de façon comique et décalée par la compagnie de théâtre, Ombre Folles. Librement inspirée du roman, la pièce suit le duo dynamique formé de Quichotte et son compagnon, Sancho. Alors qu’ils poursuivent l’aventure et la gloire, l’entrechoc moral entre le chevalier et son écuyer donne lieu à une réflexion critique du rêve et de la réalité.
L’éclipse solaire totale du 8 avril est très attendue dans la province, alors que la dernière observation en Ontario remonte au 26 février 1979, dans le Nord. Entre aménagements pédagogiques, mesures d’urgence, et conseils pratiques, ONFR fait le point autour de l’événement.
Qu’est-ce qu’une éclipse solaire? Une éclipse solaire se produit lorsque la Lune passe entre le Soleil et la Terre, occultant partiellement ou totalement le disque solaire. La lumière du jour fait place à une obscurité momentanée.
Ce phénomène naturel débutera en territoire canadien dans le sud de l’Ontario et poursuivra sa trajectoire vers l’est, quelques minutes après 14 h, et durera environ deux heures et demie. L’éclipse sera totale de 15 h 20 à 15 h 25 (heure avancée de l’Est) environ.
Avec plus de trois minutes d’éclipse totale estimée, Niagara Falls sera le meilleur endroit au Canada où observer l’événement. La dernière éclipse solaire totale à Niagara Falls a eu lieu il y a près d’un siècle, soit en 1925, et la prochaine est prévue pour 2144 seulement. La prochaine prévue en Ontario n’aura lieu qu’en 2099.
Le corridor d’exposition maximale de l’éclipse solaire va de Cornwall, dans l’Est, à Niagara Falls dans le Sud. Source : Centre des sciences de l’Ontario.
La majorité des écoles fermées
En raison de l’heure à laquelle se produira l’événement et « pour assurer la sécurité des élèves », la très grande majorité des écoles franco-ontariennes fermeront leurs portes le 8 avril avec, à la place, une journée pédagogique avancée du calendrier.
Ce sera le cas, dans l’Est où l’éclipse sera partielle, du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) et du Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO).
Même scénario dans le Nord, bien que l’éclipse ne sera que très peu visible, au Conseil scolaire public du Grand Nord (CSGN), au Conseil scolaire catholique Franco-Nord (CSCFN) au Conseil scolaire catholique Nouvelon (CSC Nouvelon) et au Conseil scolaire catholique de district des Grandes Rivières (CSCDGR).
Au Sud, les conseils scolaires Viamonde et MonAvenir, dans la banlieue de Toronto, ont opté pour de l’apprentissage de façon « asynchrone », depuis le domicile des élèves, sur du matériel distribué à l’avance.
Les chutes du Niagara attirent en moyenne 14 millions de personnes par année. Archives ONFR
Niagara Falls, au cœur de l’action
La ville de Niagara Falls a déclaré l’état d’urgence dès le 29 mars en prévision de l’achalandage record attendu pour l’événement. Selon des estimations de la municipalité, près d’un million de personnes seront présentes dans la région pour observer l’éclipse.
En vue de célébrer ce phénomène astronomique, une programmation spéciale et des activités se tiendront à des lieux et attractions d’intérêt. Des scientifiques de la NASA et de l’Agence spatiale canadienne (ASC) s’adresseront au public à la centrale électrique de Parcs du Niagara et à Old Fort Erie., y compris Jeremy Hansen, le premier canadien et franco-ontarien qui sera le premier à se rendre dans l’espace. En outre, un nouveau thème d’illumination des chutes Niagara sera présenté le dimanche 7 avril.
Dans le Nord, la Place des Arts du Grand Sudbury consacrera une journée familiale avec des activités thématiques en lien avec l’éclipse telles qu’une station de fabrication de visualisateurs d’éclipse indirects pour tous les âges, tandis que Science Nord propose, entre autres, l’observation au télescope solaire et d’autres instruments sous réserve de beau temps.
Conseils pratiques
Les personnes qui choisissent d’observer l’éclipse directement doivent protéger leurs yeux en tout temps en utilisant des lunettes pour éclipses solaires qui respectent la norme internationale ISO 12 312-2.
Évitez d’observer ou de photographier l’éclipse à travers une lentille (ex. : cellulaire, jumelles, télescope) sans filtre solaire adapté.
Habillez-vous chaudement : le mercure pourrait chuter de quatre ou cinq degrés en zone de totalité, et même jusqu’à 10 degrés, selon l’endroit et la météo. Les vents peuvent aussi changer de direction ou prendre de l’ampleur.
Gardez l’oreille ouverte pour les grenouilles et autres animaux qui pourraient se mettre à faire des vocalises. En effet, durant l’éclipse, les animaux adoptent certains comportements qu’on leur connaît plutôt au crépuscule ou durant la nuit. Concernant les animaux de compagnie, La SPCA de Toronto suggère de les garder à l’intérieur.
Si vous vous déplacez pour regarder l’éclipse, prévoyez arriver à destination 24 à 48 heures à l’avance.
Les députés néo-démocrates de Timmins Baie-James, Charlie Angus et sa collègue de Algoma-Manitoulin-Kapuskasing, Carol Hughes, ont annoncé qu’ils ne se représenteront pas aux prochaines élections fédérales en 2025.
Charlie Angus en a fait l’annonce ce matin dans une publication sur sa page Facebook, lui qui était à la Chambre des communes depuis 2004, sous la bannière du NPD. La Franco-Ontarienne Carol Hughes a, de son côté, été élue en 2008.
Les deux politiciens représentaient d’importantes communautés francophones du Nord de l’Ontario, comme Timmins, Hearst et Kapuskasing.
En entrevue, Carol Hughes affirme que sa décision a été prise lors de l’élection de 2021 et qu’elle est motivée, en grande partie, par le fait de vouloir passer plus de temps auprès de ses proches et de son mari qui a récemment pris sa retraite.
« C’est certain que je ne m’en viens pas plus jeune. Je devrais passer plus de temps avec ma famille. Ma fille vient d’avoir un autre petit bambin au mois de décembre et elle a trois autres petits gars et il y a beaucoup de temps que je ne peux pas être avec eux et donc il est temps (pour moi), avant qu’ils soient trop vieux », confie-t-elle.
Charlie Angus a expliqué sa récente décision par le redécoupage de la carte électorale qui agrandit sa circonscription, en raison du retrait d’un comté dans le Nord de l’Ontario. Carol Hughes était aussi menacée par cette refonte de la carte électorale, car c’est son comté qui disparaîtra dès les prochaines élections. « Ça n’a pas vraiment joué dans la balance, car j’avais déjà décidé de ne pas me représenter », explique-t-elle.
La députée de la Colombie-Britannique Rachel Blaney a aussi annoncé qu’elle ne serait pas de la joute électorale en 2025.
« Au nom de l’ensemble des néo-démocrates, je tiens à remercier Rachel, Charlie et Carol pour leurs années de lutte et leur dévouement au service des travailleuses et travailleurs », a réagi le chef néo-démocrate Jagmeet Singh.
Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh avec le député Charlie Angus. Archives ONFR
« Ils ont tous accompli tant de choses pour les gens et se sont battus sans relâche pour faire de notre pays un endroit plus juste et plus agréable à vivre. Ils ont beaucoup apporté à notre parti et, bien que leur contribution à la table du caucus nous manquera, je tiens à souhaiter à mes ami·es tout le succès possible au moment où chacun·e d’eux entame un nouveau chapitre », a ajouté le chef du NPD.
Dans une longue publication sur Facebook, Charlie Angus a expliqué qu’il était temps pour lui de laisser place à une nouvelle génération de néo-démocrates, après sept élections et qu’il devait ça à sa famille.
« J’ai raté d’innombrables événements familiaux parce que j’étais à des centaines de kilomètres lors d’événements. Même lorsque j’étais à la maison, j’étais perpétuellement distrait par les courriels et les appels téléphoniques. Après vingt ans passés comme père de famille à temps partiel, je dois beaucoup de temps aux gens que j’aime vraiment », écrit-il.
Parmi quelques accomplissements, Carol Hughes cite la survie de la scierie Lecours Lumber en 2012 qui avait mis la clé sous la porte, après une impasse sur le renouvellement du bail avec la Première Nation de Constance Lake, où est située la scierie. Le conflit s’était finalement réglé par une entente avec la communauté autochtone située près de Hearst.
Plus récemment, c’est l’annonce de l’implantation d’un programme national de soins dentaires et d’un régime d’assurance-médicaments, « qui va faire une grosse différence », selon elle.
« Moi et Charlie, on a toujours donné plus que 100 %, souligne Carol Hughes. Moi, j’ai donné au moins 190 % de moi-même et c’est le temps que je prenne un pas en arrière et que je prenne soin de ma famille et de ma santé. »
TORONTO – Un homme arrêté avec près de quatre kilos d’héroïne en sa possession à l’aéroport international Pearson n’aura pas eu à se rendre à son procès et à faire face à la justice, car son droit à avoir des procédures judiciaires en français a été violé.
Dans une décision rendue le mois dernier, la juge Cynthia Petersen de la Cour supérieure de justice de l’Ontario a décrété la fin complète des procédures judiciaires envers un citoyen français qui encourait plus de 14 ans de prison, lui évitant du même coup une seule minute de procès.
Maxime Langlet est arrêté par la GRC en mai 2022 à l’aéroport international Pearson, car il aurait été en possession dans son bagage de 3,87 kilos d’héroïne. Il est par la suite accusé d’importation d’héroïne, de complot pour importer de l’héroïne au Canada et d’avoir de l’héroïne en sa possession en vue d’en faire le trafic.
Son dossier est ensuite dirigé devant un tribunal de Brampton en banlieue de Toronto où l’accusé fait le choix d’avoir des procédures judiciaires en français comme le permet le Code criminel. Il demande alors d’être jugé devant un juge et un jury avec une enquête préliminaire au préalable, pour présenter les preuves amassées.
Mais la défense et la Couronne sont incapables de trouver des dates, car l’enquête préliminaire, qui ne dure en principe que deux à trois jours, nécessitera dix jours d’audiences en raison du besoin de recourir à la traduction en français pour les témoins. Une date est finalement prévue un peu moins de 20 mois plus tard, en janvier et février 2024, pour l’audience préliminaire.
Comme l’accusé doit subir un procès à l’intérieur des 30 mois maximum en vertu de l’arrêt Jordan, il ne resterait alors que près de dix mois pour mener un procès. La Couronne propose donc, entre autres, de faire déplacer le procès à Ottawa, qui serait plus apte à traiter plus rapidement un dossier en français ou encore la tenue d’une enquête préalable, qui est plus courte et remplacerait celle préliminaire.
L’arrêt Jordan, c’est quoi? Il s’agit d’un arrêt de la Cour suprême du Canada qui prévoit que chaque accusé a droit d’être jugé dans un délai raisonnable, qui est entre 18 et 30 mois, dépendamment du type de cour judiciaire, depuis le dépôt des accusations.
Quelques jours plus tard, la Couronne opte alors pour une mise en accusation directe, allant ainsi directement au procès en évitant l’enquête préliminaire pour éviter de dépasser le plafond de 30 mois. La tenue du procès est alors prévue pour avril 2024. Cet horaire respecte ainsi le délai de 30 mois en vertu de l’arrêt Jordan, mais c’est à ce moment que l’accusé Maxime Langlet demande un arrêt des procédures.
Ce dernier ne conteste pas la décision d’aller directement au procès, mais avance que, s’il était anglophone, il aurait pu jouir d’une enquête préliminaire. Il estime alors que le dépôt de l’acte d’accusation directe dans les circonstances constitue une violation de ses droits linguistiques.
L’accusé estime qu’il est dans une situation « désavantageuse précisément parce qu’il a choisi d’être jugé en français », convenant toutefois que le tout « s’apparente davantage à une allégation de discrimination indirecte et non intentionnelle de la part de la Couronne ».
La juge Petersen écrit toutefois que « cela ne change pas la réalité que le délai en l’espèce est directement lié à la décision du requérant d’exercer son droit d’être jugé en français ». Cette décision d’aller avec la mise en accusation directe, « quoiqu’elle soit motivée par un désir légitime d’éviter un délai déraisonnable, a abouti au même effet préjudiciable en ce qui concerne M. Langlet » et constitue donc une violation des droits linguistiques, tranche-t-elle.
« Un accusé anglophone aurait probablement obtenu des dates d’audience avant janvier 2024, écrit la magistrate. La Cour provinciale n’était tout simplement pas en mesure d’offrir des dates pour la tenue d’une audience en français. Une situation semblable serait inimaginable pour des parties cherchant à fixer des dates pour une audience en anglais », constate-t-elle.
La juge Petersen conclut alors que la violation des droits linguistiques de Maxime Langlet « engendre un abus de procédure en raison de son caractère systémique ». Elle statue que l’arrêt des procédures judiciaires serait la seule avenue « susceptible de corriger l’atteinte aux droits linguistiques du requérant » de M. Langlet, soulignant qu’un tel dénouement est de nature évidente.
« L’intégrité du système de justice compromise »
Le Code criminel canadien garantit des procédures judiciaires dans les deux langues officielles, et ce, peu importe le tribunal judiciaire, la province et le territoire. Idem pour la Loi sur les tribunaux judiciaires en Ontario. Or, dans ce jugement, le ministère de la Justice admet lui-même ne pas être capable de respecter ses obligations à Brampton.
« Selon la preuve déposée, la principale raison pour laquelle les parties ne se sont pas vues offrir des dates d’audience plus rapprochées en l’instance est que la Cour provinciale à Brampton ne dispose pas de l’infrastructure institutionnelle nécessaire pour traiter les affaires en français de manière efficace », peut-on lire dans le jugement.
La juge Petersen signale à plusieurs reprises dans son raisonnement que « l’intégrité du système de justice est compromise » lorsque le système manque de ressources pour traiter les dossiers en français comme dans ce cas-ci.
« Le manque de ressources institutionnelles françaises au sein de la Cour provinciale à Brampton crée une situation qui contrevient au principe de justice fondamentale selon lequel les membres de la minorité francophone ont droit à un accès égal à la justice », note la magistrate.
« Une personne raisonnable, qui valorise les droits linguistiques, serait choquée par ce résultat, poursuit-elle. Les membres de la minorité francophone, qui constituent un segment important du public, seraient consternés, voire accablés. »
La Couronne n’a pas encore fait savoir si elle porterait la décision en appel nous a indiqué l’avocate de la défense, Alina Sklar.
« C’est une décision importante pour les justiciables francophones, les droits linguistiques et l’accès à la justice en français », a-t-elle commenté dans un échange de courriels avec ONFR.
TOTONTO – Première étape vers une entente formelle, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick ont signé ce mercredi une déclaration commune en vue de renforcer leur coopération dans plusieurs domaines clés de la francophonie.
Ratifié par la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, et son homologue néo-brunswickois Glen Savoie, ministre responsable de la Francophonie, le document prévoit une coopération renforcée dans plusieurs domaines.
Il est question d’encourager et promouvoir les échanges économiques, politiques, éducatifs et culturels, ainsi que d’opérer des initiatives conjointes dans la recherche, l’enseignement supérieur, le secteur municipal, les arts, le numérique, les communications, le tourisme ou encore la jeunesse.
Au cours de leur échange, qui s’est fait à distance, les deux ministres se sont entendus sur la nécessité de « trouver des occasions communes de supporter la vitalité de leurs communautés acadienne et francophones » et envisagent, dans les mois à venir, de développer des partenariats qui contribueront à « protéger et faire la promotion de la culture et du patrimoine francophones ».
Une économie francophone solide profite à tout le monde
J’étais enchantée de me joindre au ministre responsable de la Francophonie du Nouveau-Brunswick, l’honorable @glen_savoie, pour la signature d’une déclaration commune visant à renforcer les liens qui unissent nos deux… pic.twitter.com/JPkpkxLCc0
La francophonie économique serait particulièrement ciblée, notamment en favorisant la connexion des entrepreneurs francophones entre eux, l’exploration de nouveaux marchés et l’innovation entrepreneuriale.
« La signature de cette déclaration commune solidifie notre engagement commun à bâtir des communautés francophones plus fortes et plus prospères », a assuré Mme Mulroney sur le réseau social X.
Plus de consultations réclamées par les organismes porte-parole
« Je l’ai appris aujourd’hui, a réagi, surpris, Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). C’est toujours bonne nouvelle de voir de la coopération se mettre en place pour faire la promotion de l’éducation, de l’économie et de la culture en français. »
Et d’ajouter : « On ne peut qu’en bénéficier mais on espère être consulté pour influencer certains projets. C’est la première étape d’une démarche qui doit prendre un tour de table. On est heureux d’entreprendre cela avec le Nouveau-Brunswick, une juridiction canadienne proche avec un potentiel de collaboration rapide. »
« La collaboration entre les provinces pour la francophonie et la préservation de la langue française est une initiative louable, a jugé pour sa part Nicole Arseneau-Sluyter, présidente par intérim de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). Cependant, il aurait été bénéfique que les deux provinces consultent les communautés concernées. »
« Dans le cadre des collaborations en matière d’éducation, il aurait également été judicieux de consulter les conseils scolaires francophones de nos provinces respectives sur certaines activités, notamment en ce qui concerne les pratiques pédagogiques. La SANB salue cette initiative et espère vivement que les nouvelles avenues de collaboration soient enrichissantes et pérennes. »
Un rapprochement similaire en 2021 avec la Wallonie-Bruxelles
L’Ontario n’en est pas à sa première démarche en matière d’accord bilatéral avec une province ou la communauté francophone d’un pays tiers, par l’entremise du ministère des Affaires francophones. En septembre 2021, la province avait signé une déclaration commune de même nature avec la Fédération de la Wallonie-Bruxelles, aboutissant à un accord officiel en novembre de l’année suivante.
Depuis cette entente, une activité conjointe s’est notamment matérialisée dans la recherche avec une séance d’information pour les vice-présidents à la recherche des établissements postsecondaires de l’Ontario portant sur les opportunités de collaboration et d’échange en Belgique francophone.
En matière de postsecondaire, on peut également considérer une initiative de marketing et de recrutement d’étudiants dans la région Wallonie-Bruxelles qui a mis en avant les programmes offerts par les collèges et universités bilingues et francophones de l’Ontario sur le marché belge, par l’intermédiaire d’Avantage Ontario.
Sur le plan culturel, citons les Journées belges à Toronto, à l’initiative de l’ambassade de Belgique au Canada, ou encore une rencontre au Festival international du film de Cannes pour promouvoir les coproductions entre l’Ontario et la Wallonie.
Savez-vous pourquoi les gens de l’île Maurice parlent un créole à base lexicale française? Savez-vous même ce qu’est une langue créole? La phonologue Marie-Hélène Côté, professeure à l’Université de Lausanne, est de retour pour nous expliquer cette fois ce qui caractérise l’accent d’un Mauricien qui parle français. Par exemple, savez-vous que les Mauriciens ne prononcent pas toujours les « r » lorsque ceux-ci succèdent à une voyelle? Intrigant!
Comment le français de l’île Maurice diffère-t-il des autres? La phonologue Marie-Hélène Côté nous explique les spécificités du créole mauricien, et comment elles influencent la façon dont les Mauriciens parlent français.
Originaire d’Alfred dans l’Est ontarien, Stéphane Sarrazinest député provincial sous la bannière des progressistes-conservateurs depuis 2022. Il fut le maire du canton d’Alfred et Plantagenet et avant ça, électricien.
LE CONTEXTE :
D’abord adjoint parlementaire au ministre de l’Énergie, Todd Smith, M. Sarrazin est le nouvel assistant parlementaire de la ministre associée déléguée aux Petites Entreprises et de la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.
L’ENJEU :
Le député franco-ontarien prend la relève de Natalia Kusendova au poste d’adjoint parlementaire au ministère des Affaires francophones. Il prévoit oeuvrer dans la continuité, tout en renforçant les liens avec l’entrepreneuriat francophone en Ontario.
« Dans quels dossiers allez-vous vous impliquer?
Je représente une communauté francophone, sans doute la plus importante en pourcentage de la population de l’Ontario. Dans notre région, le français est déjà largement utilisé, et nous disposons de services en français qui sont relativement satisfaisants comparativement au reste de la province. Mon objectif est donc d’utiliser cette base pour améliorer l’offre de services en français à travers toute la province.
Comme vous le savez, le budget de cette année a été augmenté, ce qui nous permettra d’améliorer les services offerts aux francophones de l’Ontario, et c’est là ma principale priorité.
Je continuerai à rencontrer les différents organismes francophones, et je suis très enthousiaste à l’idée de travailler avec la ministre Mulroney, une championne de la francophonie ontarienne. Je suis convaincu que nous pourrons accomplir de grandes choses ensemble.
De plus, ayant été nommé adjoint parlementaire au ministère des Petites entreprises, je compte également développer le volet économique en mettant l’accent sur la dimension francophone, en collaborant avec les entrepreneurs francophones. Je suis certain que nous pouvons offrir une représentation bilingue efficace.
Vous avez dirigé une entreprise francophone dans la région de Prescott et Russell par le passé. Pensez-vous être le mieux placé pour ces deux portefeuilles?
Absolument. Ma nomination en tant qu’adjoint parlementaire du ministre de l’Énergie était basée sur mon expertise dans ce domaine, ayant étudié l’électricité. Mais je crois que ma double expérience en représentant les francophones et en provenant du milieu des affaires me positionne de manière cohérente pour ces deux portefeuilles. Je comprends parfaitement ces enjeux.
La vitalité de la francophonie passe aussi par l’économie et son ouverture sur le monde. Avez-vous l’intention de promouvoir cette francophonie dans vos missions parlementaires?
Depuis 2022, je suis chargé de mission pour la région Amérique de l’Assemblée parlementaire de la francophonie, où je collabore avec des parlementaires francophones du monde entier pour renforcer la francophonie. Cette opportunité me permet de faire rayonner la francophonie et de travailler en collaboration avec l’Organisation internationale de la Francophonie. Mon objectif ultime est d’améliorer la situation de la francophonie ontarienne.
Stéphane Sarrazin vient d’être nommé assistant parlementaire de la ministre Caroline Mulroney. Crédit image : Lila Mouch
Votre prédécesseure était impliquée dans les questions liées aux soins de santé en français? Poursuivrez-vous cet engagement?
Je suis très investi dans le domaine de la santé. Je suis en contact régulier avec de nombreux professionnels de la santé et je consulte fréquemment les équipes de santé familiale ainsi que les médecins de ma région. Je suis conscient des défis auxquels est confronté le secteur de la santé en français, tant dans ma circonscription que dans le reste de la province.
En collaboration avec Fabien Hébert (président de l’AFO), dont c’est la spécialité, nous travaillons sur ces questions et nous envisageons de nombreuses initiatives dans ce domaine, tout en abordant d’autres priorités.
Bien que nous ne soyons peut-être pas encore là où nous souhaiterions être en matière de francophonie en Ontario, je suis convaincu que notre progression continue et nos efforts, pour mettre en place des mesures positives, sont essentiels. »
RUSSELL – En poste depuis neuf ans, Pierre Leroux, figure incontournable de la ville de Russell dans l’Est ontarien, a présenté sa démission de son poste de maire de la Ville. Il quittera officiellement ses fonctions le 19 avril prochain pour rejoindre la municipalité de La Nation en tant que directeur général.
L’information fait figure de grande surprise pour cette personnalité très appréciée et engagée à Russell. Il avait en effet obtenu un troisième mandat à la tête de la ville en étant réélu par acclamation en octobre 2022.
Surprise également pour le maire d’Alfred et Plantagenet, avec qui M. Leroux siège aux Comtés unis de Prescott et Russell à titre de président.
« J’avoue tout simplement que c’est une surprise pour moi, a-t-il réagi, tout ce que je peux dire pour l’instant, c’est que je lui souhaite le meilleur des chances dans sa nouvelle aventure. »
L’édile de la municipalité de Russell a donc annoncé sur ses réseaux sociaux mardi soir : « Alors que je m’adresse à vous aujourd’hui, c’est avec un profond sentiment d’émotions partagées que j’annonce ma démission […] cette décision n’a pas été facile et découle d’une profonde réflexion sur les chemins inattendus que peuvent prendre nos vies et les portes qui s’ouvrent lorsque nous nous y attendons le moins. »
M. Leroux a souhaité remercier le personnel de la municipalité, les membres du conseil, les partenaires ainsi que sa famille.
En entrevue avec ONFR, le maire de Russell s’est dit en paix avec sa décision. « Après 14 ans de vie politique, la job commençait à perdre son shine, il faut que je pense à mon futur et à ma famille. »
Hommage rendu par la municipalité de Russell
Au-delà de son mandat de maire, Pierre Leroux avait été conseiller municipal à Russell de 2010 à 2014. Il a également été membre des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR), assumant deux fois la présidence, en 2020 et en 2024. Engagé, il a occupé le poste de président des conseils d’administration de la Conservation de la Nation Sud et du Réseau régional de l’Est de l’Ontario, en plus d’être un membre actif du Eastern Ontario Wardens’ Caucus.
Pour assurer « une transition en douceur » selon ses propres mots, il a indiqué qu’il ne participerait pas à la réunion du conseil municipal le 8 avril, sa démission sera officielle le 19 avril.
Richard Godin, le directeur général de la municipalité de Russell, a félicité M. Leroux par voie de communiqué, soulignant le travail effectué durant toutes ces années.
« Au nom de la municipalité, je félicite sincèrement le maire pour sa nouvelle nomination à la municipalité de La Nation. Son leadership et sa vision ont été essentiels pour guider notre communauté vers l’avenir. D’un point de vue personnel, je tiens à lui exprimer ma profonde gratitude. Travailler à ses côtés au cours de la dernière décennie m’a inspiré à adopter un leadership fort et novateur. »
Du côté des municipalités voisines, Geneviève Lajoie, la mairesse de Casselman, a indiqué à ONFR que « M. Leroux était un leader et collègue incroyable. Je le soutiens pleinement dans son nouveau rôle en tant que DG de la Nation ».
Pierre Leroux était aussi président des Comtés unis de Prescott et Russell. Crédit image : Stéphane Bédard
« Travailler à ses côtés au niveau des Comtés a été un privilège, a-t-elle ajouté, et je suis impatiente de continuer notre collaboration. Ensemble, nous poursuivrons notre travail pour construire de nouveaux partenariats durables et établir une base solide pour l’avenir. »
En mars dernier, il confiait à ONFR faire face à des intimidations, comme de nombreux élus. « J’ai travaillé dans le service à la clientèle, j’ai la peau épaisse, mais une goutte d’eau à chaque jour, ça casse une roche », disait-il.
Ce mercredi matin, il admet que ces problèmes d’intimidations ont pesé dans la décision, expliquant : « Je l’ai considéré et je ne veux plus être dans l’œil du public. J’ai toujours dit que le jour où je n’ai plus de fun, je laisserai mon tour et cette fois-ci mon amour pour le poste n’était plus aussi fort que dans le passé. »
Une aubaine pour La Nation
L’arrivée de Pierre Leroux en tant que directeur général au sein de la municipalité de La Nation représente une très grande nouvelle pour le maire Francis Brière contacté par ONFR.
« On est très content du résultat. Des gars d’expérience comme ça, il n’y en a pas une tonne. Son embauche va beaucoup aider les gens ici, a-t-il confié. Il va être entouré par un bon conseil et de bons employés. Je ne lui souhaite que le succès dans le futur. Je pense qu’il va mener notre municipalité au prochain niveau. »
En effet, suite à sa démission, un président intérimaire du Conseil des CUPR sera nommé pour assumer la présidence du gouvernement de palier supérieur jusqu’à ce qu’un processus de nomination officiel soit mené.
Le directeur des Comtés unis de Prescott et Russell, Stéphane Parisien, a déclaré dans un communiqué ce mercredi matin : « Nous sommes extrêmement reconnaissants envers l’apport du président Leroux […] Grand défenseur des intérêts et du bien-être de notre région, son legs se fera sentir encore très longtemps. »
Une chose est certaine, M. Leroux commencera son nouvel emploi pour la municipalité de La Nation le 6 mai prochain. En attendant, le Conseil municipal de Russell décidera à la fin du mois de nommer un remplaçant ou d’organiser de nouvelles élections.
Entre sa première saison en WNBA, le championnat américain de basket féminin, et une qualification olympique obtenue après un scénario rocambolesque avec la sélection canadienne, la jeune basketteuse franco-ontarienne a connu une première expérience professionnelle riche en enseignements et chargée en émotions.
Repêchée par le Dream d’Atlanta en 2023 en huitième position, la native de Mississauga a connu une première saison d’apprentissage du monde professionnel avec 21 matchs disputés et seulement sept minutes et 2,7 points de moyenne par match. À seulement 22 ans et dans un championnat d’élite, les objectifs allaient au-delà des chiffres.
« Ma première année, c’était un temps pour apprendre. Entrer dans la ligue et apprendre de mes équipières, de mes entraîneurs, explique l’ailière internationale canadienne. Faire partie d’une ligue qui compte seulement 144 athlètes, ça ne garantit pas que tu aies l’opportunité de toujours jouer beaucoup, mais c’était vraiment un moment où j’ai beaucoup appris. »
Le temps de jeu réduit a en effet été la partie de la saison la plus difficile à vivre, même si elle s’y attendait. L’ailière a joué plus de 10 minutes seulement six fois sur ses 21 apparitions. Elle a signé son record en carrière avec 17 minutes le 28 juin contre Washington et son record de points avec neuf quelques jours plus tard le 2 juillet face à Los Angeles.
« Quand tu rentres sur le terrain et que tu as des attentes sur combien de minutes tu vas avoir et qu’au final tu n’as pas trop le temps de faire ce que tu veux faire, c’est difficile mentalement. Le challenge était vraiment à ce niveau-là, confie-t-elle. Mais après, tu te dis que tu es dans la meilleure ligue au monde et que tu as attendu tant d’années avant d’en faire partie. Cela te donne un peu plus de perspectives. »
Laeticia Amihere lors de la réception des Wings de Dallas. Crédit image : Atlanta Dream
Le plein d’expérience
Même si elle n’a presque pas touché le terrain, Laeticia Amihere a tout de même été retenue dans l’effectif final pour les séries éliminatoires. Atlanta n’a malheureusement pas passé le premier tour avec une élimination 2-0 contre Dallas, mais c’est une expérience qui lui sera profitable à l’avenir.
« Ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’aller aux séries dès sa première année! C’est un grand point positif. Et puis, c’est un rêve car tout le monde n’a pas l’opportunité de jouer en WNBA. J’ai été choisie par une équipe dans laquelle je suis restée toute l’année. Ce sont ces petits succès qu’on veut célébrer. »
Le regard est déjà tourné vers la saison prochaine avec forcément des objectifs personnels et collectifs qui seront plus élevés. La Franco-Ontarienne a commencé à se préparer et à s’entraîner pour travailler sur les choses sur lesquelles elle veut progresser.
« L’objectif est d’avoir plus d’opportunités. Je viens avec plus d’expérience en rentrant dans ma deuxième année, donc je pense que cela va beaucoup m’aider. »
De l’expérience, Laeticia Amihere devrait en engranger davantage cet été avec la sélection canadienne qui disputera les Jeux olympiques à Paris. Dans le groupe depuis 2017, alors qu’elle n’était âgée que de 17 ans lors de son premier match avec les Rouges, elle a fait par la suite partie de l’équipe qui s’est qualifiée pour les Jeux olympiques de Tokyo 2020 et était présente au Japon, où les Canadiennes avaient obtenu la neuvième place.
Une qualification olympique presque inespérée
Toujours de l’aventure en 2024, Laeticia Amihere et ses coéquipières ont connu un tournoi de qualification au scénario rocambolesque en février dernier, à Sopron en Hongrie. Battues par les Japonaises sur le score de 86-82, les Canadiennes devaient compter sur une victoire de l’Espagne face à la Hongrie pour obtenir leur qualification.
Favorites, les Espagnoles ont pourtant compté jusqu’à 22 points de retard. La suite? C’est la Canadienne elle-même qui vous la fait vivre de l’intérieur.
« Je suis restée pour regarder le match mais, à la mi-temps, je suis rentrée à l’hôtel parce que je me suis dit qu’il n’y avait plus trop d’espoir. On a mangé ensemble et je savais que mes coéquipières étaient en train de regarder le match sur leur téléphone. Je ne voulais pas regarder, mais j’ai commencé à les entendre crier, se bousculer. J’ai alors compris qu’il y avait un peu d’espoir. Du coup, j’ai suivi un peu. »
Pour les deux dernières minutes du match, elle est finalement partie dans sa chambre. « J’ai tout éteint. Je ne pouvais pas supporter ce moment d’attente : être aux Jeux ou attendre quatre ans. Au final, je me rappelle avoir entendu un bruit, tout le monde était en train de hurler dans le couloir. Là, j’ai compris que quelque chose de bon venait de se passer. Je suis sortie sans savoir, mais avec tous ces hurlements, j’ai compris qu’on venait de se qualifier! »
L’Espagne a finalement renversé la vapeur pour s’imposer 73-72 et envoyer les Canadiennes à Paris.
« Je suis très excitée. J’ai beaucoup de famille en France et je sais qu’ils vont venir me soutenir. Ma famille n’avait pas pu venir à Tokyo, donc cette fois, c’est une super occasion pour qu’ils viennent me voir jouer et représenter mon pays. Il me semble que ce sera la première fois seulement qu’ils auront la chance de venir me voir jouer pour le Canada. C’est un moment que j’attends beaucoup. »
Laeticia Amihere sous les couleurs du Canada face à la France. Gracieuseté Klutch Sports Group
Objectif médaille olympique
Le tirage au sort de la phase de groupe du tournoi de basket-ball féminin a eu lieu le 19 mars dernier. Les Canadiennes retrouveront la France et l’Australie deux équipes que Laeticia Amihere a déjà affrontées à plusieurs reprises. Le Nigeria complète ce groupe B. « Ce sera ma première fois contre le Nigéria », précise-t-elle.
Malgré la petite frayeur du tournoi de qualification, que la Franco-Ontarienne attribue notamment à l’absence de dernière minute de la vedette de l’équipe Kia Nurse, les Canadiennes, riches d’un effectif expérimenté, comptent jouer les premiers rôles lors de cet événement. Objectif médaille et rien d’autre?
« Absolument! Avec tout ce qu’on a appris cette année et l’expérience qu’on a toutes ensemble – ce sont déjà mes deuxièmes Jeux, mes coéquipières en ont quatre pour certaines – je pense que c’est quelque chose qui va beaucoup nous aider. J’ai beaucoup de confiance dans mon équipe. »
Rendez-vous le 29 juillet à Lille pour le match d’ouverture du groupe face à l’équipe de France, hôte de la compétition.
Nous connaissons désormais les groupes de basketball féminin et masculin pour les Jeux Olympiques de @Paris2024 🏀
🏟️ Les matchs se dérouleront au Stade Pierre Mauroy et à l'Arena Bercy du 27 juillet au 11 août.
Un nouvel outil est maintenant accessible à tous ceux qui voudraient en connaître plus sur les luttes des communautés franco-canadiennes en milieu linguistique minoritaire. Prises de parole dans les francophonies canadiennes est une anthologie entièrement en ligne, donc gratuite et accessible de partout. C’est l’aboutissement d’un an de travail pour les historiens franco-ontariens Joel Belliveau et Marcel Martel. Ce dernier s’est entretenu avec ONFR pour parler de ce projet qui vise à rapprocher les communautés francophones.
C’est à l’adresse parolefranco.ca qu’on peut accéder, depuis quelques semaines, à une véritable caverne aux trésors qui nous permet de consulter une cinquantaine de documents historiques franco-canadiens. Chaque fiche contient une retranscription ou une représentation du document original, un texte de contextualisation sociohistorique ainsi que des liens menant vers différentes sources pour approfondir le sujet abordé.
Ce sont des prises de parole qui ont eu des conséquences importantes, dans la mesure où ça va apporter une mobilisation.
— Marcel Martel
Il est possible de chercher par époque, par thème ou par mot-clé, selon qu’on ait une idée précise ou qu’on fouille pour le plaisir, car il est facile et fascinant de vagabonder à travers ces morceaux de notre histoire. Pour Marcel Martel, « le genre de l’anthologie se prête bien à une présence sur le web ».
L’historien aime ce format qui permet d’accéder gratuitement et de partout à ces documents peu souvent représentés. Et Prises de parole dans les francophonies canadiennes vient répondre à un véritable besoin, selon lui.
« Pourquoi une anthologie en 2024? C’est que celles qui ont été publiées, il y a une trentaine d’années, elles datent », rappelle Marcel Martel, en évoquant des luttes plus récentes, comme celle pour la création de l’Université de l’Ontario français, par exemple.
« Ça nous permet de mieux comprendre le développement des communautés canadiennes de langue française. C’est aussi l’occasion de découvrir que ces gens-là, à un moment donné dans leur histoire, ont décidé de recourir à l’écrit pour faire part de leurs demandes. »
L’historien Marcel Martel est professeur d’histoire canadienne au département d’histoire de l’Université York, à Toronto. Gracieuseté
Une vingtaine de manifestes se retrouvent sur parolefranco.ca, dont le fameux Molière Go Home. Le 24 septembre 1970, des étudiants de l’Université Laurentienne, à Sudbury, réclament de se sentir représentés dans leurs études en théâtre ou en littérature française. L’année suivante, ils jetteront les premières pierres du théâtre franco-ontarien avec la pièce Moé, j’viens du Nord, sti!
Constatez par vous-mêmes
Les deux historiens à l’origine du projet tenaient à ce que leur anthologie soit pancanadienne. Cela permet de faire des liens, de rapprocher des luttes, en constatant des revendications semblables dans différentes communautés francophones ou des interactions entre celles-ci.
Par exemple, on peut retrouver une lettre envoyée aux communautés de l’Est de l’Ontario par l’Association canadienne-française de la Saskatchewan, en 1932. Les expéditeurs demandaient de l’aide afin de soutenir les fermiers de leur province, en ces temps de sécheresse doublée d’une crise économique majeure.
Peu importe à quelle communauté francophone vous appartenez, vous allez trouver des documents qui vous rappellent une partie de votre histoire.
— Marcel Martel
Pour d’autres luttes, c’est le chemin parcouru, et tout ce qu’il reste à faire, qui frappe. Marcel Martel donne l’exemple de documents sur la question du statut de la femme au Canada qui, en 1968, demandaient l’équité salariale et des garderies subventionnées par l’État. « Ils n’ont pas si mal vieilli. Ils demeurent encore d’actualité. Bien entendu, les mots qu’on utilise pour exprimer ces revendications ont changé. »
Il peut être étonnant de découvrir certains documents, comme celui de l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario, qui mettait de l’eau dans son vin, comme l’explique Marcel Martel. « Donc, vous avez un document publié en 1927, dans lequel on dit aux Franco-Ontariens, ça va peut-être vous décevoir, mais on a accepté l’idée mise de l’avant par le gouvernement provincial que les écoles fréquentées par les francophones seront des écoles bilingues. On vante les vertus du bilinguisme. Alors qu’aujourd’hui, depuis les années 60, c’est le contraire. On dit qu’on n’a pas besoin d’écoles bilingues, on veut des écoles françaises. »
Des silences qui parlent
Si l’on retrouve certains documents qui témoignent de la lutte pour les droits des femmes, ces dernières font tout de même partie des groupes qui ont été sous-représentés dans la sauvegarde de documents historiques à travers les époques. Ce biais est difficile à déconstruire dans un projet d’anthologie, au grand dam de Marcel Martel.
« On a voulu choisir une diversité de documents. Par contre, il y a ce que j’appelle des silences. Et ces silences-là s’expliquent en partie parce qu’on utilise des documents qui se retrouvent dans les dépôts d’archives. (…) Il y a malheureusement des groupes qui sont sous-représentés : les femmes, les milieux ouvriers, les groupes racialisés, les minorités LGBTQ+. »
Le manifeste pour la création de l’Université de l’Ontario français fait aussi partie des documents importants de l’histoire récente des francophonies canadiennes représentés sur parolefranco.ca. Crédit image : Rudy Chabannes
Et ce n’est pas tout de dénicher des documents. Il faut aussi s’assurer d’en avoir les droits de reproduction, un travail qui peut s’avérer ardu. L’instigateur du projet invite d’ailleurs les gens qui disposeraient de documents historiques concernant ces groupes marginalisés à les proposer sur le site. Un autre avantage au fait d’être en ligne est de pouvoir bonifier le produit au fil du temps.
Prises de parole dans les communautés franco-canadiennes a bénéficié d’une subvention du Secrétariat aux relations canadiennes du gouvernement du Québec, il y a tout juste un an. En plus de Joel Belliveau et de Marcel Martel, un comité de spécialistes des francophonies canadiennes a été impliqué pour choisir les morceaux qui se retrouveraient dans l’anthologie. Il s’agit d’Ariane Brun del Re, de Marc-André Gagnon, d’Andréanne Joly, de Michael Poplyansky, d’Eugénie Tessier et de Gilberto Fernandes. Ce dernier s’est occupé du design du site web. Tous les textes de contextualisation des documents sont aussi disponibles en anglais.
L’ancien ministre québécois et professeur de droit à l’Université d’Ottawa Benoît Pelletier est décédé au Mexique, a annoncé ce lundi la famille de l’ancien constitutionnaliste qui était vu comme un grand ami des francophones hors du Québec.
« Au-delà de ses accomplissements professionnels extraordinaires, Benoît Pelletier est surtout un mari attentionné, un père de famille dévoué, drôle, généreux et à l’écoute, et un grand amoureux du Québec et de la langue française », a déclaré la famille Pelletier dans un communiqué, sur l’ex-politicien décédé à l’âge de 64 ans, samedi dernier.
Élu député de Chapleau en 1998, il a occupé plusieurs fonctions ministérielles au sein du Parti libéral du Québec, dont celles de ministre des Affaires intergouvernementales et de la Francophonie canadienne.
C’est dans ce dernier rôle qu’il rapproche le Québec et les minorités francophones du pays. Il signe en 2006 avec l’Ontario une entente de coopération en matière de francophonie canadienne. À la fin de son mandat, il a conclu des accords d’échanges entre le Québec et toutes les provinces canadiennes et les trois territoires, en appui à la francophonie canadienne. C’est sous sa gouverne qu’il adopte, en 2006, une seconde version de la Politique en matière de francophonie canadienne du gouvernement du Québec, introduite préalablement en 1995.
« C’est vraiment un des premiers, dans les 20 dernières années, qui a tendu la main aux communautés francophones et acadienne en milieu minoritaire pour en faire une francophonie canadienne qui comprenait le Québec », affirme la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy.
Cela mènera en 2008 à la création du Centre de la francophonie des Amériques, une organisation ayant pour mandat de promouvoir la francophonie et la langue française sur le continent.
« Il reconnaissait que la défense du fait français passait par une véritable complicité entre la société québécoise et les communautés francophones. Il était un grand complice (…). Il était beaucoup collectif, il a introduit ce nous collectif-là dans la politique du Québec à l’égard des communautés francophones et acadienne », explique Mme Roy.
Benoît Pelletier avait reçu, en 2011, le Prix Boréal, pour son implication dans la francophonie canadienne. Gracieuseté FCFA
Il verra aussi à la création du Conseil de la fédération, qui réunit l’ensemble des provinces et territoires canadiens sous un même chapiteau, lui qui avait affirmé croire fortement à l’affirmation d’un Québec fort au sein du Canada.
Il a joint l’Université d’Ottawa comme professeur en 1990, ayant même été le doyen de la Faculté de Droit entre 1996 et 1998. Il revient comme professeur de droit dans l’institution bilingue après son départ de la politique en 2008, et ce jusqu’à sa mort.
« Il avait une mémoire prodigieuse », raconte un de ses collègues à la Faculté de Droit, François Larocque, titulaire de la Chaire de recherche sur le monde francophone en droits et enjeux linguistiques, et lui aussi constitutionnaliste comme l’ancien ministre
« Il emmagasinait des quantités faramineuses de jurisprudence et il pouvait sortir des arrêts et des références en pleine discussion comme ça. Une mémoire presque livresque », ajoute-t-il.
C’est aussi sous l’impulsion de Benoît Pelletier que les gouvernements du Québec et de l’Ontario se rapprochent dans certains dossiers. Par exemple, en 2006, les deux provinces signent une entente portant sur la mobilité de la main-d’œuvre dans le secteur de la construction et sur la reconnaissance des compétences. Avant ça, les entrepreneurs québécois n’avaient pas accès à certains chantiers de construction en Ontario.
François Larocque se souvient d’une personne « extrêmement généreuse, un grand collègue sage, généreux de son temps » qu’il côtoyait lors de conférences ou de panels, ou tout simplement lors « de discussions de corridor ».
« Il était de l’époque où il préférait venir cogner à la porte plutôt que d’envoyer un courriel. Il disait : « As-tu cinq minutes? » et il s’assoyait et il me disait, « je travaille sur un article et voici ce que j’ai envie de dire ». On pouvait avoir des débats de fond de manière spontanée sur des questions qui m’intéressaient beaucoup. C’était une façon très collégiale de faire. »
Benoît Pelletier a été décoré comme membre de l’Ordre des francophones d’Amérique (2010) et de l’Ordre du Canada (2017). En 2011, il reçoit le Prix Boréal de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, qui reconnaît la contribution d’un individu à l’avancement, au développement et à l’épanouissement des communautés francophones et acadienne du Canada. Il a aussi reçu la Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale, en plus de recevoir le titre de professeur émérite de l’Université d’Ottawa.
IQALUIT – Le Nunavut fête aujourd’hui le 25e anniversaire de son adhésion à la Confédération canadienne en tant que territoire. Le français y est une langue officielle depuis 2008, mais quelle est la place de celui-ci au Nunavut? Est-il vraiment possible d’y vivre en français en 2024 pour les quelque 4 % de citoyens capables de s’exprimer dans la langue de Molière?
« C’est possible en partie, mais pas à 100 %. Dans le sens, que oui, il y a certains commerces où il y a moyen de trouver un francophone. On peut trouver un francophone dans les taxis ou chez la coiffeuse. Donc, il y a certains services qu’on peut avoir en français, mais pas l’entièreté de la gamme », explique Marie-France Talbot, une Québécoise d’origine vivant à Iqaluit.
« Difficilement, mais je dirais que c’est néanmoins possible de vivre une bonne partie de sa vie en français », lance François Ouellette qui vit au Nunavut depuis 2008.
On y compte près de 37 000 habitants, dont près de la moitié vivent dans la région de Baffin (ou Qikiqtaaluk), dont Iqaluit qui abrite un peu moins de 8000 personnes.
Iqaluit, c’est d’ailleurs la principale ville du Nunavut, où sont disponibles une bonne partie des services en français offerts. Près de 15 % de la population qui vit dans la capitale nunavoise est francophone. C’est là où est situé le seul établissement scolaire francophone du territoire, l’École des Trois Soleils, ainsi que des garderies en français, mais il n’y a pas d’offres de programmes en français au niveau postsecondaire.
En matière d’emploi, les francophones travaillent principalement pour le gouvernement, via l’administration publique, en éducation et dans le domaine de la santé.
« Si tu t’attends à venir ici pour trouver un nid de francophonie, tu seras déçu parce que c’est toi qui va avoir besoin de le bâtir. Mais ça demeure facile, car il y a beaucoup de quoi s’inspirer », raconte François Ouellette, qui a grandi au Nouveau-Brunswick.
Quant à l’accès aux soins de santé, depuis près de trois ans, les Franco-Nunavois d’Iqaluit ont accès à une interprète francophone au Qikiqtani General Hospital. Si quelques médecins peuvent converser en français, le recours à l’interprète demeure le meilleur moyen de recevoir un service en français.
« J’ai deux enfants et les deux sont nés ici. La deuxième fois, la médecin qui nous avait aidés, elle était capable de parler en français. Elle était anglophone, mais elle faisait des efforts et j’étais vraiment impressionné », relate M. Ouellette qui rappelle que ce genre d’événement n’est pas toujours le cas pour l’ensemble des francophones qui passent par le système hospitalier.
Le français au Nunavut, en chiffres :
1450 (4 %) habitants peuvent converser en français.
72 % des personnes francophones sont des Canadiens nés hors du Nunavut.
1,9 % de la population parle principalement le français à la maison.
1,6 % de la population considère le français comme leur seule langue officielle.
Une forte immigration francophone récemment
La francophonie nunavoise est grandement marquée par l’arrivée de l’immigration interprovinciale, mais aussi internationale. Près de 17 % des immigrants du Nunavut disent pouvoir parler en français, alors que c’est seulement le cas pour 3,5 % du reste de la population. De ceux qui disent avoir seulement le français comme première langue officielle, 50 % sont des Québécois, suivis d’immigrants nés hors du Canada avec 15,7 %. Christian Ouaka, originaire de la Côte d’Ivoire, est l’un de ceux qui se sont installés au Nunavut en 2020, après être passé par le Nouveau-Brunswick.
« Il y a des francophones de partout au Canada qui viennent s’installer ici, constate-t-il. Mais dans les dernières années, on a eu beaucoup d’immigration au territoire. L’immigration est en croissance et parmi les personnes immigrantes, il y a des francophones. Ce sont des Franco-Ontariens, des Québécois, des Néo-Brunswickois, des Français de France, de Belgique et des Africains de l’Afrique francophone », ajoute celui qui est le directeur général de l’Association des francophones du Nunavut.
Christian Ouaka. Crédit image : Gracieuseté AFN
La langue de Molière côtoie, dans la sphère publique, les langues inuites (inuktitut et inuinnaqtun) et l’anglais, ce qui fait du Nunavut une administration unique au Canada.
« Je trouve ça fantastique d’entendre des personnes à l’épicerie parler français, anglais, et l’initikut. Ça me fait toujours plaisir d’entendre ça. Même si, parfois, je ne comprends rien à certains mots, c’est une richesse qu’on ait accès à différentes cultures, ça ouvre l’esprit », estime Mme Talbot.
« Les Inuits sont majoritaires sur le territoire, mais au niveau national, on est tous deux minoritaires. Des similitudes nous amènent à travailler ensemble et à nous entraider pour que nos langues soient davantage promues et présentes dans l’espace public », explique Christian Ouaka dont l’organisme a pour but de promouvoir l’utilisation du français dans l’espace public.
Et que dire à un francophone qui souhaiterait déménager au Nunavut?
« C’est un magnifique territoire avec plein d’avantages, une belle qualité de vie, beaucoup de plein air. Il y a une magnifique communauté francophone qui est très engagée. Mais oui, il faut être prêt à composer avec la réalité de vivre en région éloignée », soutient Marie-France Talbot qui vit au Nunavut depuis dix ans.
« Ce que je remarque, c’est que les francophones qui sont ici sur le long terme, ce sont ceux qui ont appris à respecter la culture inuite, qui ont appris à la valoriser et à l’intégrer à leur quotidien », conclut François Ouellette.
Le pronom iel est utilisé dans le texte pour représenter le genre neutre. Pour les accords de genre, Apollo, 18 ans, utilise le masculin.
Lundi matin. La cloche sonne et comme souvent, c’est empli d’appréhension qu’Apollo se dirige vers la salle de classe. Une journée de plus à devoir traverser les couloirs hostiles de l’école. Sur sa chaise, iel se sent complètement étranger. La professeure appelle un à un les élèves par leur nom. L’anxiété s’intensifie à mesure que son tour approche, et quand vient le moment fatidique, elle prononce encore ce prénom qui n’est plus le sien, son dead name. Pourquoi persiste-t-elle à l’appeler ainsi?
« Je m’appelle Apollo, mon pronom est : iel. »
En apparence, Apollo, 17 ans, semble être un adolescent ordinaire, passionné de poésie, de lecture et de mathématiques. Pourtant, une lutte intérieure s’est enclenchée bien des années auparavant.
Dès l’âge de 12 ans, iel ne se reconnaît plus dans le genre féminin qui lui a été attribué à la naissance. C’est le prélude à une quête identitaire empreinte de douleur, de confusion et d’espoir.
Nous rencontrons Apollo après une longue journée d’école, en octobre dernier. Son emploi du temps est très rempli, nous obligeant à faire une première rencontre à distance. Au premier abord, derrière l’écran, Apollo est timide, bien que tout sourire. Ces cheveux mi-long, d’un bleu-vert flamboyant, contrastent avec son regard presque fuyant.
Iel accepte de replonger dans ses souvenirs, à l’époque de son coming out, entre sa neuvième et sa dixième année.
« J’éteins ma queerness pour que les élèves trouvent ça plus acceptable. »
L’adolescent a 14 ans et c’est à ce moment-là qu’iel choisit son nouveau prénom. Apollo ne souhaite d’ailleurs pas révéler son dead name.
« J’ai réalisé que je n’aimais plus mon nom de naissance, je ne voulais plus l’entendre. C’est associé à beaucoup trop de choses que je n’aime pas », explique-t-iel, lui préférant le prénom Apollo, qui sonne masculin. C’est aussi une figure mythologique qui représente le dieu du soleil, de la poésie et de la guérison.
« L’ami qui m’a surnommé ainsi disait que j’étais un soleil dans sa vie. J’aime aussi la comparaison puisque j’écris des poèmes. »
Voilà donc un moment important dans la vie d’Apollo. À cette même époque, iel découvre le colloque LGBTQ+ de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO). À ses yeux, cette expérience a été une véritable révélation.
« À l’école, je me mets dans ma carapace. J’éteins ma queerness pour que les élèves trouvent ça plus acceptable. Mais avec la FESFO, je suis moi, dans ma communauté de francophones, une communauté queer francophone. »
Apollo a été impliqué à la FESFO durant plusieurs années. Les évènements, les colloques et les congrès de l’organisme sont des espaces dans lesquels Apollo se sent en sécurité.
Haïfa Zemni, la présidente de la FESFO, nous raconte qu’elle connaît bien l’histoire du jeune transgenre. L’organisme n’a pas de pouvoir dans son école, mais tente d’offrir à Apollo le soutien, l’acceptation et le respect qu’iel mérite.
Apollo adore cet organisme : « J’ai rencontré là-bas des personnes non-binaires et trans qui vivaient leur vie en français et selon leurs propres termes. »
Le revers du coming out dans l’école
Apollo a franchi le pas en faisant son coming out auprès d’une travailleuse sociale de son école et de l’enseignant en charge du bien-être des élèves.
Il lui aura fallu du courage pour le faire, puisque depuis sa 7ᵉ année, le jeune Apollo traîne avec lui sa dysphorie de genre, une détresse souvent cachée et teintée de peur.
« Je suis allé vers deux adultes en qui j’avais déjà confiance », glisse-t-iel. C’était un moment crucial dans son parcours vers son identité choisie. Pourtant, cela coïncide avec le début d’une vague d’intimidation à l’école. Les brimades ont atteint leur paroxysme lorsqu’un élève populaire de son école s’en est pris à lui.
L’intimidation se manifeste sous diverses formes, telles que le harcèlement insidieux dont Apollo a été victime. Ça commence par des surnoms dégradants, des moqueries acerbes, des attaques verbales… Une réputation piétinée. Un être humilié, sous le poids de commentaires malveillants.
Dans les corridors, Apollo a peur de marcher seul. On lui suggère une « aide mentale ».
Dans ce climat hostile, certains de ses pairs lui lancent des mots durs : « Dans mon pays, des gens comme toi sont tués. »
« Toute l’année, j’ai pleuré, c’était juste horrible. Plusieurs groupes, souvent des garçons, criaient mon dead name dans les couloirs et jusqu’en classe. On me traite de mouton et je ne sais pas pourquoi. »
Apollo confie : « L’élève qui m’attaquait régulièrement m’avait dans le collimateur en 10ᵉ année. À chaque fois que nous étions dans la même pièce, je savais qu’il allait s’en prendre à moi. »
Et reprend : « Ce n’est vraiment pas facile de se sentir détesté juste par ce que j’existe. »
Pour l’adolescent, son bourreau avait de l’influence, notamment par sa popularité et les responsabilités de ses fonctions associatives dans l’école. « Il avait deux ans de plus que moi et refusait d’utiliser mon pronom. Il ne m’écoutait pas, il me criait dessus. »
Le climat de terreur a pris de l’ampleur pendant toute sa scolarité, lorsque d’autres groupes s’attaquaient à lui, utilisant sans cesse des qualificatifs de la communauté queer contre lui.
Apollo a de la difficulté à répéter ces mots : « Ça me fait mal de le dire. Les mots utilisés étaient vraiment inappropriés. J’essaie de passer à autre chose. »
« Les gens me regardent de travers dans les couloirs. J’entends des élèves qui disent haut et fort : pourquoi es-tu gay? »
À chaque sortie de classe pour aller aux toilettes, iel affrontre les regards inquisiteurs dans les corridors.
Ce langage non verbal ne fait qu’approfondir le malaise d’Apollo, qui s’estime chanceux de n’avoir jamais été physiquement blessé, contrairement à un autre élève, littéralement « lancé dans les casiers ».
Dernièrement, le directeur de l’école lui a suggéré une solution : obtenir un laissez-passer lui permettant d’arriver en classe après les autres élèves, et éviter de croiser leur chemin dans les couloirs.
« Je sais que c’est pour m’aider, mais je vais être encore plus isolé. »
Découvrir qu’on n’est pas seul
Fatigué, désemparé, Apollo cogne finalement à la porte du groupe de soutien AGH (Alliance Gay-Hétéro), qui fournit un environnement sûr et dépourvu de discrimination aux jeunes LGTBQ+ en milieu scolaire.
Composés d’élèves LGTBQ+ et de leurs alliés hétérosexuels, ces groupes offrent aux jeunes un espace pour s’ouvrir, discuter de leur réalité et défendre leurs droits.
Les adolescents passent une grande partie de leur vie à l’école en Ontario et de nombreuses recherches au Canada et à l’étranger identifient un grave manque de ressources, de soutiens et de compréhension sur les enjeux que vivent les élèves trans et non binaires. Les données du dernier recensement mené par Statistique Canada, en 2021, indiquent qu’une personne sur 300, âgée de 15 ans et plus, est transgenre ou non binaire au pays.
Au sein de l’école, Apollo et un autre élève sont les seuls à avoir fait leur coming out . « D’autres ont quitté notre école et se sont dévoilés plus tard. »
Preuve d’une certaine insécurité, l’adolescent qui usait de son pouvoir dans l’école aurait pris à partie des personnes homosexuelles au sein du groupe AGH. « Il a fait irruption pour nous dire que l’école, ce n’est pas pour les gays. »
Une séance de médiation et un document à signer plus tard, ce dernier ne sera jamais exclu pour son comportement.
« Les pensées suicidaires… je vis avec à ce jour, mais je suis extrêmement bien soutenu par la travailleuse sociale de l’école. Grâce à elle, j’ai des stratégies pour les moments qui sont vraiment difficiles, dans lesquels je ne veux vraiment plus exister. Puis je dois dire que c’est grâce à elle que je suis encore ici. »
Au Canada, les jeunes trans et non binaires (TNB) présentent un risque cinq fois plus élevé en termes d’idées suicidaires et connaissent huit fois plus de tentatives de suicide que leurs pairs cisgenres ou hétérosexuels, d’après une étude du professeur Ian Colman, à l’Université d’Ottawa, publiée en 2022 dans le journal de l’Association médicale canadienne.
Les tentatives ratées de l’école et les intentions timides du conseil scolaire
« Certaines écoles ou directions s’opposent à notre diversité. Il y a des milieux où seulement un enseignant appuie notre diversité et c’est extrêmement aliénant », rapporte Anne-Sophie Ruest-Paquette, responsable de la recherche et du programme jeunesse chez FrancoQueer.
L’experte et chercheure collabore avec plusieurs conseils scolaires francophones en Ontario. Dans ses analyses, Mx Ruest-Paquette constate qu’il y a tout de même une volonté sincère d’améliorer la qualité de vie et l’expérience scolaire des élèves LGTBQ+.
« On reconnaît – dans les conseils scolaires – qu’il y a des enjeux d’homophobie, de biphobie, de transphobie et d’injustice sociale dans les écoles. »
— Anne-Sophie Ruest-Paquette
Tout en insistant sur le fait qu’« aujourd’hui beaucoup d’élèves sont mieux informés et outillés que les adultes », la chercheure est d’avis que « les adultes devraient avoir les connaissances et compétences nécessaires » afin de soutenir ces enfants.
Apollo a récemment participé à une consultation de l’organisme FrancoQueer permettant de créer un outil d’autoévaluation sur l’inclusivité dans les organisations.
En décidant de changer de prénom, Apollo ne s’attendait pas à une telle résistance de la part de nombreux professeurs. Ils refusaient catégoriquement d’utiliser son nouveau prénom, arguant qu’il n’était pas répertorié dans les listes d’élèves et qu’une demande officielle auprès de la direction était nécessaire. Pour iel cette idée était inconcevable, car elle aurait impliqué une révélation précoce de son identité à ses parents.
« Une de mes enseignantes cette année m’a traîné dans une salle et m’a hurlé dessus, j’ai complètement craqué, je faisais de l’hyperventilation. Elle refusait de me laisser partir, affirmant que personne ne lui avait confirmé mon nom… Pourtant, ma confirmation devrait suffire », soupire-t-iel, perplexe.
Les enseignants de français refusaient également d’utiliser le pronom iel, choisi par Apollo, alléguant que ce pronom n’est pas conforme à la langue française et qu’il ne se trouve pas dans les dictionnaires.
Affronter les adultes était déjà une tâche ardue pour Apollo qui commençait à se questionner sur les raisons de ce rejet véhément émanant de certains enseignants, une majorité étant issus de diverses communautés religieuses, tout comme de nombreux élèves.
Mais c’est grâce à une poignée d’enseignants compréhensifs que « je continue de fréquenter cette école. »
« La direction m’a demandé de faire une présentation LGBTQ+ aux profs. Ça a aidé certains d’entre eux, qui étaient merveilleux après ça, mais j’ai été honnête sur le fait qu’offrir cette formation, c’était très difficile. »
« On ne peut pas porter le poids de l’ignorance du personnel ou de l’ignorance des élèves sur nos épaules, il faut avoir une discipline », ajoute-t-iel.
Pour Apollo, « c’était tout un enfer », de vivre en tant que jeune trans et non binaire dans une école qui manque de ressources, d’outils et de sensibilisations. Pire encore, de devoir être le porte-parole attitré pour défendre ses droits et « éduquer » tous ceux qui l’intimident. C’est incompris et isolé qu’Apollo survivra à ses cinq dernières années.
Après des tentatives d’entrevues d’un conseil scolaire catholique de l’Est ontarien, ainsi qu’auprès de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques de l’Ontario, nos demandes sont restées lettre morte.
Le Conseil scolaire des écoles publiques de l’Est ontarien (CEPEO) nous a confirmé mettre en place un plan de sensibilisation à la diversité affective, sexuelle et de genre destiné à l’ensemble du personnel des écoles. En collaboration avec l’organisation FrancoQueer, il débutera ce printemps pour se terminer en 2026.
Le nouveau commissaire en équité et droit de la personne du CEPEO, Yasser Boukrab, affirme de son côté qu’« un bout de chemin a été fait (avec) de la volonté politique. Je suis optimiste par rapport à l’avenir. On répond aux aspirations de toutes les diversités, des minorités visibles et racialisées, pour répondre à leurs besoins en matière d’accommodements ».
Récemment, ce dernier a bonifié le mécanisme de traitement des plaintes pour les élèves du conseil.
Arrivé en poste au début du mois d’octobre 2023, il pense que son rôle s’inscrit dans ce cadre. « Je révise les politiques existantes, affirme-t-il, les choses mûrissent avec le temps, mais une chose est sûre, je veux que le milieu éducatif soit le plus inclusif possible, que tout le monde ait sa place. »
Homophobie, biphobie et transphobie encore trop répandues
Intimidé, mal à l’aise, atteint dans sa pudeur dans les toilettes genrées de son école, Apollo a réussi à accéder aux commodités des professeurs pour sa sécurité.
« J’évite tout de même d’y aller pendant le lunch, pour esquiver les commentaires. »
Les personnes trans sont à risque élevé de violences et de viols, souligne Anne-Sophie Ruest-Paquette. « Une jeune personne non binaire, qui tend peut-être un peu plus du côté masculin et qui va aux toilettes des garçons, encourt des risques pour sa sécurité, faute de surveillance dans les salles de bain. »
D’après l’experte, le droit à la sécurité est tout à la fois bafoué dans les lieux publics, comme les salles de classe où les adultes n’interviennent pas, alors dans les espaces privés où il n’y en a pas d’adulte, la violence physique et le viol sont bien réels.
Les résultats d’une enquête pancanadienne menée par l’organisme Egale Canada, en 2021, mettent en évidence la problématique de l’homophobie en milieu scolaire. Cette enquête nationale dévoile que l’homophobie, la biphobie, et la transphobie demeurent répandues dans les écoles canadiennes.
Le rapport de l’organisme, qui évalue le climat scolaire de la 8ᵉ à la 12ᵉ année, détaille entre autres que les élèves entendent régulièrement du langage homophobe, biphobe ou transphobe, et que la majorité d’entre eux y recourent.
D’après ces données, ceux qui ont signalé des cas d’intimidation et de harcèlement au personnel de leur école ont expliqué que ce personnel n’était pas efficace dans sa réponse aux actes de harcèlement transphobe.
Aujourd’hui, en phase de terminer le secondaire, Apollo nous raconte la suite des événements : « Il aurait fallu peut-être que je change d’école, mais pour ça j’aurais dû parler à mes parents… Seulement, à ce moment-là, ils n’avaient aucune idée de qui j’étais. »
La place de la famille dans la quête identitaire
« La plus grande source de stress, observe Anne-Sophie Ruest-Paquette, réside dans la résistance de certaines familles et l’hostilité avec laquelle elles expriment cette résistance. »
« Je fais comme si j’allais bien et on fait comme si de rien n’était. Je sais que, quelque part, mon père m’aime et ma mère aussi. »
« L’année dernière, l’école a dévoilé mon identité à ma mère dans une réunion. C’était un accident parce qu’ils ne voulaient vraiment pas me faire de mal. Le jour d’après, mon père a ouvert un courriel de l’école, qui utilisait enfin mon prénom et mon bon pronom. »
Cet événement aura de graves conséquences sur les relations entre Apollo et ses parents. La législation ontarienne protège pourtant le droit à la confidentialité des jeunes. Il n’est pas autorisé de divulguer aux familles et aux fournisseurs de soins, des renseignements au sujet de l’identité de genre d’un jeune sans sa permission.
Selon l’adolescent, sa mère semble désormais assez ouverte d’esprit et pourrait même soutenir son choix, malgré une certaine réticence au départ : « Tu es encore jeune, et puis c’est contraire aux principes du féminisme. »
La situation est plus délicate avec son père. Et d’illustrer : « Le jour où il l’a appris, j’étais dans la voiture avec ma mère pour rentrer chez nous quand elle m’a annoncé que mon père était très fâché suite à cette nouvelle. Je n’ai pas osé rentrer à la maison, par peur panique de sa réaction. »
Pendant près de trois heures, Apollo restera prostré, en larme, dans cette voiture, pendant la dispute parentale. Iel s’échappera pour vivre quelques semaines chez ses grands-parents, jonglant avec le domicile familial pour le reste de l’année.
« La bonne chose, c’est que ma mère a autorisé l’usage de mon nom auprès de la direction de l’école, mon prénom figure maintenant dans les listes de classes », se réjouit-iel.
« Mon père m’appelle toujours par mon dead name. Je fais comme si j’allais bien et on fait comme si de rien n’était. Je sais que, quelque part, mon père m’aime et ma mère aussi. »
Quand on demande à Apollo dans quel état est la relation avec ses parents aujourd’hui, iel hésite : « C’est compliqué, j’ai l’impression que je mène une double vie. »
Selon les travaux menés à la Chaire de recherche du Canada sur les enfants transgenres et leurs familles, Annie Pullen Sansfaçon raconte qu’il est de plus en plus évident que de nombreux éléments externes jouent un rôle crucial dans la protection des jeunes trans et non binaires (TNB). Parmi ces éléments, on trouve un soutien parental solide et le respect de l’identité de genre dans les environnements fréquentés.
Selon le Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario, « les enfants et les jeunes trans, non binaires (…) qui reçoivent du soutien, ont de meilleures chances de devenir des adultes heureux et productifs ».
Menée auprès de 2873 personnes trans et non binaires en 2019, l’enquête Trans Pulse Canada a relevé qu’un jeune sur quatre a déclaré que des membres de la famille ont arrêté de lui adresser la parole ou ont mis fin à leur relation.
Là encore, 10 % ont déclaré que des membres de la famille les ont envoyés consulter un thérapeute, un conseiller ou un responsable religieux.
Le départ pour l’Université d’Ottawa
En septembre prochain, Apollo fera son entrée à l’Université d’Ottawa avec la ferme intention de devenir enseignant. « J’ai eu 18 ans en décembre dernier et j’ai tellement hâte d’aller à l’université maintenant. »
Enthousiaste à l’idée de poursuivre des études en mathématiques avec une mineure en sciences politiques et impatient de quitter son école secondaire, iel ne peut cacher une forme d’anxiété, celle de « quitter ce qui m’est familier, même si ce n’était pas amusant, c’est ce que je connais depuis mes 13 ans ».
Un nouveau monde l’attend. Un sourire s’esquisse. « J’ai vraiment espoir pour le futur, pour mon futur. »
« Je sais que la société qui m’attend n’est pas la plus ouverte. Je viens d’apprendre qu’un jeune de 16 ans s’est fait tuer dans les salles de bains de son école, aux États-Unis, du fait de son identité transgenre. J’y pense beaucoup. »
Apollo se répète sans cesse qu’iel rencontrera l’adversité sur son chemin, mais qu’à l’université, cette intimidation pourra être atténuée, lui permettant enfin de se concentrer sur ses amis et sur sa vie.
« Je veux juste vivre, exister, avoir ma vie… simple. »
Pour trouver des ressources et de l’aide :
Interligne (24 heures sur 24, sans frais) : ligne info-soutien pour les personnes concernées par la diversité affective, sexuelle et de genre.
Ligne d’écoute et service de messagerie texte : +1 888 505-1010.
Après près de 30 années à la tête de la Société franco-manitobaine (SFM), son directeur général Daniel Boucher a annoncé il y a quelques semaines sa retraite. Celui-ci quitte un paysage qui était fort différent à son arrivée en 1994, alors qu’on annonçait la création à ce moment-là de la Division scolaire franco-manitobaine qui gère aujourd’hui 24 écoles francophones dans la province. D’un plan stratégique sur cinquante années à la transformation de la francophonie manitobaine par l’immigration, nous avons discuté avec celui qui laissera son poste de directeur général de la SFM au mois d’août.
« Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre votre retraite?
Je pense que c’était tout simplement le temps. J’avais déjà anticipé un peu un plan il y a quelques années. J’ai eu 65 ans au mois d’octobre dernier alors j’ai considéré que c’était dans cette période de temps là que j’allais le faire. Deuxièmement, je pense que je laisse les dossiers entre bonnes mains et en bon état. Je suis optimiste pour l’avenir de la SFM.
Qu’est-ce qui vous a amené à rejoindre l’équipe de SFM au début des années 1990?
J’avais travaillé au gouvernement provincial auparavant pendant quatre ans, donc j’avais un certain goût pour la politique, mais je ne voulais pas en faire. Alors, c’est dans ce contexte-là que je suis allé à la SFM, dans les dossiers politiques. De savoir que j’allais être directeur général, je n’en avais aucune espèce d’idée et ce n’était pas dans mes plans au début. J’avais aussi un intérêt qui venait de ma famille, mes parents et d’autres mentors qui ont développé mon intérêt pour mon identité, ma langue, ma culture alors pour moi ça tombait bien.
On peut présumer alors que vous ne pensiez pas que vous pourriez occuper cet emploi pendant près de trois décennies?
Non jamais de la vie! C’était un essai dans un sens, car je ne savais pas ce que j’allais faire. Est-ce que j’allais retourner à l’université? C’est quelque chose que j’ai pensé, mais finalement j’ai pu finir mon premier degré à l’université. Mais non, je n’avais pas tracé ma destination encore, mais avec le temps, c’est devenu quelque chose que j’aimais beaucoup et qui m’intéressait. J’ai continué parce que j’aimais ça, ce n’est pas compliqué.
Crédit image : Dan Harper
Y’a-t-il des dossiers en particulier sur lesquels vous avez travaillé au cours de votre carrière qui vous tiennent à coeur?
Peut-être pas un dossier, mais une orientation qui m’a vraiment influencé. C’était en 2001 et j’étais directeur général à cette époque. C’était un plan d’action qui s’étale sur 50 ans soit de 2001 à 2051 (…) Le cœur de tout ça était de s’ouvrir aux autres pour valoriser notre langue, notamment via l’immigration. En 2001, ce n’était pas évident. Ce n’était pas un concept qui était accepté par tout le monde. Mais en s’ouvrant, on pouvait ainsi renforcer notre communauté et se renforcer comme francophone.
C’est ça qui est à la base de toutes les actions de la SFM et c’est ça qui a continué à me motiver, car il y a eu des engagements communautaires impressionnants qui existent encore aujourd’hui. C’était plaisant de travailler dans un contexte où la communauté était assez confiante pour s’agrandir.
Un des épisodes marquants de la francophonie manitobaine est la crise linguistique des années 1980 où il y a une forte mouvance anti-bilinguisme. Vous dîtes l’avoir vécu d’assez près?
C’était une période extrêmement difficile. On ressentait beaucoup de haine, de incompréhension (envers les francophones) etc. Je travaillais pour la province à l’époque et j’ai vécu au Palais législatif beaucoup de manifestations et d’abus verbaux. En même temps, ça nous a permis de tisser des liens avec d’autres minorités. Par exemple, on a appuyé l’an passé avec une campagne de prélèvements de fonds pour les Ukrainiens, car à l’époque, ils nous avaient beaucoup appuyés.
Crédit image : Dan Harper
Décrivez-nous un peu le portrait de la francophonie manitobaine aujourd’hui?
On a des communautés partout au Manitoba. Le travail de la communauté est de s’assurer que les gens soient engagés à l’extérieur de Winnipeg. La communauté francophone du Manitoba est dans un radius de 90 kilomètres de Winnipeg alors c’est un peu plus simple de faire des choses avec les communautés rurales. C’est une affaire de toute une province. C’est une communauté qui va bien au-delà de Saint-Boniface et de la ville de Winnipeg.
Plusieurs personnes du milieu francophone disent souvent que ce sont parfois les mêmes combats qui reviennent. Est-ce que ç’a été épuisant pour vous?
S’il y a une chose qui est caractéristique des francophones partout au Canada, c’est la persévérance, il ne faut jamais lâcher. Il y a des moments qui sont difficiles, mais on n’a jamais baissé les bras, mais oui c’est frustrant et épuisant parfois. Mais en même temps, quand les gens travaillent ensemble, c’est moins épuisant. On a créé une communauté chez nous et ailleurs où l’on s’appuie assez pour être capable de persévérer.
Daniel Boucher s’est joint à la SFM au début des années 1990. Gracieuseté SFM.
Si vous aviez un message ou un conseil pour votre successeur, quel serait-il?
La collaboration et la concertation sont le meilleur moyen d’avancer. Parfois, on doit être plus dur, parfois, on doit passer des messages difficiles, mais garder l’œil sur la collaboration et la coopération, c’est la meilleure façon de nous faire avancer nos choses et ne jamais perdre de vue que les gens à l’autre bout de la table ne sont pas toujours de mauvaises personnes, mais ils ne comprennent pas nécessairement. J’ajouterais à ça la sensibilisation constante sur nos besoins et notre communauté. Il faut être ouvert, collaborer et être optimiste.
Avez-vous des plans en tête pour votre retraite?
Non pas pour l’instant. Je vais prendre ça tranquillement pour quelque temps. J’ai besoin de vider mon cerveau et de me trouver d’autres choses à faire, mais je ne suis pas inquiet que je vais en trouver. Mais je n’ai pas l’intention de replonger dans des choses communautaires pour quelque temps. J’ai besoin de prendre du recul, mais je suis très sûr que ma retraite va très bien aller. »
LES DATES-CLÉS DE DANIEL BOUCHER :
1958 : Naissance à Saint-Jean-Baptiste au Manitoba
1991 : Rejoint la Société de la francophonie manitobaine
1994 : Nomination à titre de directeur général de la Société de la francophonie manitobaine
2024 : Annonce son départ à la retraite
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste en patrimoine Diego Elizondo.
OTTAWA – C’était soir de fête pour la francophonie ottavienne le vendredi 15 mars dernier. En effet, quelque 300 personnes provenant de la communauté se sont réunies au Centre des conférences et des événements d’Ottawa pour festoyer leur francophonie et assister à la remise de prix hommages à des personnalités locales bien connues qui défendent ou défendaient le fait français dans la capitale. L’une de ces personnes récompensées s’est surtout impliquée ces dernières années dans la valorisation du patrimoine toponymique local francophone d’Orléans.
Mois de la francophonie oblige, deux semaines après la tenue de la 24e édition du Gala des Prix Bernard Grandmaître, organisé par l’ACFO Ottawa, le Tout-Ottawa francophone s’était donné rendez-vous à nouveau pour célébrer et honorer trois personnes méritantes de la communauté.
Succédant depuis 2019 au Gala des Clubs Richelieu fondateur, le Gala de la francophonie est un grand événement co-organisé par 11 organismes francophones de la région d’Ottawa : l’Association Champlain Fondateur (ACF), l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa), l’Association canadienne pour la promotion des héritages africains (ACPHA), le Centre Pauline-Charron (CPC), le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), la Maison de la francophonie d’Ottawa (CMFO), Rendez-vous des aînés francophones d’Ottawa (RAFO), Retraite en action (REA), Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans (SFOPHO), le Conseil économique et social d’Ottawa-Carleton (CÉSOC), la Coopérative enseignant Pas à pas (CEPAP) et le Point d’accueil francophone Ottawa (PAF).
Mentionnons toutefois que la concertation de tout ce regroupement d’organismes est l’œuvre de Trèva Cousineau, militante infatigable franco-ontarienne bien connue.
Louis Patry (deuxième à partir de la gauche) lors du lancement du tome 1 d’un recueil de chroniques sur la toponymie francophone à Orléans, en 2017. Source : SFOPHO
Plus qu’un gala tout court, il s’agit en vérité d’un grand banquet où cocktails, discours protocolaires, repas quatre services, prestations musicales et remise de prix se succèdent pendant plus de quatre heures.
Parmi les élus, on remarquait entre autres la présence des conseillers municipaux de la ville d’Ottawa Matthew Luloff, Lauda Dudas et Mary Carr. Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, était également présent et a même prononcé une allocution au début de la soirée.
Parmi les acteurs clés de la francophonie locale, on trouvait entre autres Dominic Giroux, président-directeur général de l’Hôpital Montfort, Émile Maheu, cadre à l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens ou encore Carol Jolin, le tout nouveau président de la Société franco-ontarienne de l’autisme et ex-président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario.
Deux fiers Orléanais honorés
Le clou de la soirée fut sans contredit la remise du Prix Champlain Fondateur de la Francophonie. Ce prix est remis annuellement lors du Gala de la francophonie à une personne (francophone ou francophile) de la région desservie d’Ottawa qui s’est démarquée de façon particulière à la cause de la francophonie.
Fait exceptionnel, cette année, deux prix ont été remis. Le premier de façon posthume à Jean-Louis Schyburt, décédé l’an dernier après de nombreuses années d’implication communautaire dans la région. Engagé sur plusieurs fronts, Jean-Louis Schryburt a été notamment membre fondateur (2006) et membre du conseil d’administration de la Coopérative multiservice francophone d’Ottawa (CMFO) dans l’ouest de la ville, jusqu’à son décès en 2023, directeur général de l’ACFO Ottawa (2005-2007) ainsi que président local de la Fédération des aînés francophones d’Ottawa.
Le second prix a été remis au couple orléanais formé de Nicole et Louis Patry.
Nicole Patry, originaire de Sudbury, est une ancienne enseignante qui a œuvré dans les écoles de langue française de Vanier et d’Orléans (écoles Ducharme, Préseault, des Villageois et Saint-Joseph d’Orléans) tandis que Louis Patry, originaire d’Ottawa, est un retraité du Bureau du vérificateur général du Canada. Tous les deux sont diplômés de l’Université d’Ottawa, parents de deux enfants et grands-parents d’une petite-fille.
Michel Prévost (ex-archiviste en chef de l’Université d’Ottawa), Louis et Nicole Patry, Nicole Fortier (présidente-fondatrice de la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans) et son époux Mike au Gala de la francophonie plurielle à Ottawa le 15 mars 2024. Source : SFOPHO
Le couple s’est installé à Orléans en 1978 et ils y résident encore fièrement. De fait, leur arrivée à Orléans coïncidait avec l’urbanisation massive de ce village autrefois agricole et typiquement franco-ontarien, métamorphosé en une grande banlieue urbanisée et bilingue.
L’année après l’arrivée du couple Patry à Orléans, le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) a été fondé, justement, en réponse à cette révolution urbaine. Louis Patry est d’ailleurs devenu le premier coordonnateur des activités socioculturelles du tout nouveau MIFO.
Ces deux résidents de l’est d’Ottawa multiplient le bénévolat dans la communauté franco-ontarienne, particulièrement depuis leur retraite. On ne saurait mentionner toutes les activités dans lesquelles ils s’impliquent, donc concentrons-nous sur le côté patrimoine.
L’implication patrimoniale de Louis Patry
Avec l’appui de son épouse, Louis Patry a été de ceux qui se sont joints au comité pour redonner au Complexe récréatif d’Orléans son nom original. En effet, en 2007, la Ville d’Ottawa avait changé, sans consultation publique, au bénéfice d’un nom anglophone, le nom du premier complexe récréatif de la localité, malgré l’attachement et l’histoire que ce bâtiment représentait pour la communauté francophone d’Orléans.
Bien que le comité n’ait pas eu gain de cause, Louis Patry a redoublé d’ardeur dans les années suivantes afin de faire rayonner la francophonie de son quartier d’Ottawa par l’entremise de la toponymie.
C’est ainsi qu’il s’est joint au premier conseil d’administration de la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans (SFOPHO) à titre de vice-président fondateur. Il occupe en même temps la présidence du Comité pour l’amélioration de la place des noms francophones à Orléans (le CAPNFO, un des comités de la SFOPHO, fondé en 2012).
Particulièrement actif, ce comité propose des noms francophones à connotation historique à faire commémorer dans la toponymie municipale d’Ottawa, rédige et publie ensuite des chroniques toponymiques dans le journal mensuel L’Orléanais et, enfin, sensibilise et encourage les commerces et organismes d’Orléans à écrire le nom de la localité avec un accent aigu sur le « e ».
Louis Patry en 2015 devant une plaque commémorative du parc Joseph-Vézina, idée suggéré par le Comité pour l’amélioration de place des noms francophones à Orléans (CAPNFO). Source : SFOPHO
Le comité présidé par Louis Patry a eu plusieurs succès dans ses suggestions toponymiques d’édifice, de salles, de parcs et de rues. Par exemple, la salle de lecture Patricia-Leduc, le parc Joseph-Laflamme ou encore le parc Henri Rocque.
De plus, le comité présidé par Louis Patry fait aussi en sorte que le nombre de commerces qui orthographient Orléans avec un accent a augmenté considérablement, que d’autres noms francophones mal orthographiés aient été corrigés par la municipalité (une soixantaine de cas ont été signalés à la Ville) et que deux recueils des chroniques toponymiques aient été publiés.
Prix et reconnaissances
Le Prix Champlain Fondateur de la Francophonie n’est pas le premier prix que remporte Louis Patry. En effet, depuis plus de 10 ans, il en cumule plusieurs.
En 2013, le conseiller municipal du quartier Orléans lui a décerné un Certificat de reconnaissance pour « reconnaître vos contributions à la préservation de l’histoire d’Orléans ». L’année suivante, la SFOPHO lui a remis le premier (et seul décerné à ce jour) Prix Orléans, « en reconnaissance de son dévouement exceptionnel et de sa grande contribution face à la préservation et à la promotion du patrimoine et de l’histoire d’Orléans ». L’année suivante, c’est au tour de l’ex-maire d’Ottawa Jim Watson de l’honorer : le jour de la Saint-Jean-Baptiste, Louis Patry se voit décerner le Prix du bâtisseur de la Ville d’Ottawa.
En 2016, il devient Chevalier de l’Ordre de la Pléiade, distinction décernée par l’Assemblée parlementaire de la francophonie, et du coup Personnalité de la semaine du 2 mai 2016, titre décerné par Radio-Canada/Le Droit. Quatre ans plus tard, Louis Patry reçoit le prix Citoyen de l’année remis dans le cadre du Gala des Prix Bernard Grandmaître de l’ACFO Ottawa. Enfin, le Jubilé de Platine de sa Majesté la Reine Élizabeth II lui fut remis en 2022.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
Philosophe et commissaire d’exposition au parcours militant, Paul B. Preciado est l’un des penseurs contemporains qui a le plus contribué à l’articulation des mouvements de la pensée queer et trans féministe. Avec son premier documentaire Orlando, ma biographie politique, il utilise le roman Orlando de Virginia Woolf comme le point de départ d’une révolution trans et non binaire, autobiographique et fictionnalisée.
WINDSOR – Une quarantaine de professeurs francophones de l’Université de Windsor se mobilisent pour la désignation bilingue de l’université du Sud-ouest ontarien. La première pierre angulaire en est la publication d’un mémoire ce jeudi. Valoriser la francophonie au sein de la communauté universitaire de Windsor développe des recommandations, soumises à la haute direction, dont la création de programmes universitaires francophones répondant aux besoins identifiés par le rapport Harrison « Blue-ribbon », ou du recrutement de main-d’œuvre bilingue de la région de Windsor-Essex.
Une des instigatrices, Emmanuelle Richez, professeure agrégée du département des Sciences politiques de l’Université de Windsor, évoque la genèse du projet, reposant sur plusieurs constats.
« Cela faisait plusieurs années que nous avons une masse critique de professeurs francophones et francophiles à l’université, une quarantaine parlant français. D’autre part, la région comprend neuf écoles secondaires de langue française et d’immersion française dans le comté d’Essex, mais nos jeunes n’ont que peu d’options. Ils doivent soit déménager, soit poursuivre leurs études postsecondaires en anglais et nous avons décidé d’agir », explique-t-elle.
« Nous voulons également devenir un pôle d’attractivité pour les étudiants francophones et francophiles de la région de Détroit, notamment. Cela fait deux années de suite que nous recevons des élèves du Michigan à la compétition régionale de langue française Épelle-moi Canada de Windsor », raconte l’universitaire franco-ontarienne.
Le corps professoral à l’origine du mémoire l’a soumis ce jeudi à la haute administration de l’Université de Windsor, incluant le recteur, Robert Gordon, le principal Robert Aguirre et le vice-président diversité et inclusion M. Quinton Bedford.
Une rencontre avec ceux-ci est prévue dès la semaine prochaine pour faire valoir les arguments clés en faveur du bilinguisme. En l’occurrence, l’un des points forts pour l’administration dans le fait de capitaliser sur la francophonie, selon Mme Richez, serait de bénéficier d’enveloppes budgétaires fédérales pour l’éducation postsecondaire en français en milieu minoritaire, en plus d’attirer de nombreux étudiants étrangers à la recherche d’une éducation bilingue.
Emmanuelle Richez, au centre, avec quelques-uns des professeurs de l’Université de Windsor impliqués dans la réalisation du mémoire. Source : Mémoire Valoriser la francophonie au sein de la communauté universitaire de Windsor
Des recommandations vers des programmes bilingues
L’Université n’offre pour l’instant que deux cursus francophones, le programme d’études françaises, département de langues, littérature et cultures, et la Spécialisation française en sciences politiques, pour lequel le tiers des cours est en langue française.
L’une des recommandations phares du rapport est de s’attacher aux besoins réels de la région de Windsor, désignée en vertu de la Loi sur les services en français (LSF).
« La prochaine étape serait de créer des programmes francophones ciblés sur les besoins de main-d’œuvre locale. Le rapport Harrison « Blue Ribbon » a identifié un besoin criant de main-d’œuvre bilingue dans le domaine de la santé et de juristes francophones à Windsor spécifiquement. »
Nous aimerions que l’université obtienne la désignation en vertu de la LSF et devienne ainsi bilingue.
— Emmanuelle Richez
« On pourrait ainsi très bien imaginer un nouveau programme qui donnerait l’occasion aux étudiants d’acquérir des compétences de soins infirmiers en français, donc on pourrait imaginer un programme se développer au sein de la faculté de droit », développe celle-ci.
Le mémoire recommande, entre autres, de rendre la francophonie visible sur le campus par diverses mesures, comme hisser le drapeau franco-ontarien, ainsi que procéder à un recensement des élèves qui parlent français.
« Nous aimerions que l’université obtienne la désignation en vertu de la LSF et devienne ainsi bilingue », conclut Mme Richez.
« Nous avons l’appui de tous les organismes francophones de la région, qui par ailleurs reçoit depuis quelques années énormément d’immigration francophone. Un renouvellement de la population francophone encouragée par la communauté. »
De la production grandiose de deux francophones particulièrement reconnus aux activités d’initiations pour le grand public, en passant par la discussion et la contemplation, la culture francophone se déploie dans des disciplines variées cette semaine en Ontario.
Musique
Double 2 pour 1
La soirée de mercredi sera bien remplie au 6600, rue Carrière à Orléans. Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) accueille deux activités, l’une en arts visuels et l’autre en musique. Dès 18 h 30, ce sera le vernissage de la nouvelle exposition de Juliette Gagnon Lachapelle à la galerie d’art Eugène-Racette. Passé, présent et futur se juxtaposent dans ces œuvres qui explorent « la déconstruction de la linéarité du temps dans notre esprit et dans notre mémoire ». L’artiste sera présente lors du vernissage. L’exposition restera au MIFO jusqu’au 5 mai.
Le même soir, dès 20 h, l’autrice-compositrice-interprète et accordéoniste Noé Lira donnera un spectacle, également au centre de la rue Carrière. L’artiste aux racines québécoises et mexicaines touche à des sujets d’actualité et de société, comme la violence faite aux femmes ou le changement social. On nous promet tout de même que l’humour sera aussi présent dans ce spectacle trilingue. Et pour l’occasion, les billets sont vendus à deux pour le prix d’un.
Noé Lira a déjà remporté plusieurs prix, comme celui de meilleur album en musique du monde au gala de l’ADISQ et au GAMIQ. Crédit image : Camille Tellier
La Bibliothèque publique de Toronto organise une série d’ateliers intitulée Du temps pour écrire, à l’aide d’exercices ludiques. Le but est de donner des trucs aux gens qui ont déjà la passion d’écrire, mais voudraient le faire de façon plus sérieuse. L’animatrice des ateliers est Lamara Papitashvili, elle-même autrice de deux romans, Une adolescente en exil et Adieu, Staline! Il faut s’inscrire à chaque atelier séparément, mais ils sont tous différents. Ils auront lieu les 2, 9, 16 et 23 avril à la bibliothèque de référence. Chaque atelier proposera de nouvelles « contraintes » qui stimuleront la créativité des participants.
Les participants pourront développer leurs capacités d’écriture tout en s’amusant. Source : Canva
Toronto, dès le 2 avril. Détails et inscriptions sur le site des ateliers.
Communauté
Réflexion et réconciliation
La Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO), en collaboration avec l’organisme The Retired Teachers of Ontario / Les enseignantes et enseignants retraités de l’Ontario (RTOERO), organise deux webinaires pour sensibiliser leurs membres aux cultures autochtones. C’est l’artiste visuelle métisse algonquine Diane Montreuil qui mènera la discussion. Durant la première séance, elle discutera des modes de vie traditionnels des autochtones et des bouleversements causés par l’arrivée des Européens.
Au deuxième webinaire, Diane Montreuil proposera des pistes de réflexion et d’actions concrètes qui peuvent être posées afin de faciliter la réconciliation et un meilleur avenir entre les peuples.
Diane Montreuil est une artiste métisse, algonquine et francophone torontoise. Source : FARFO
En ligne, les 3 et 17 avril. Détails et inscription gratuite sur les pages web du premier et du deuxième webinaire.
Danse
Danser ou ne pas danser Hamlet
La collaboration entre le metteur en scène Robert Lepage et le danseur Guillaume Côté a déjà fait ses preuves. Après une production pour le Ballet national du Canada en 2018, ils ont revisité un classique de Shakespeare d’une façon bien spéciale. Hamlet, Prince du Danemark, est une œuvre sans paroles, une interprétation métaphorique de ce classique dramaturgique sur une musique originale de John Gzowski. Le spectacle sera présenté du 3 au 7 avril au Elgin Theatre.
Guillaume Côté campera le rôle principal, Hamlet, entouré de huit autres danseurs provenant de styles différents. On pourra donc voir le style classique du danseur étoile se marier à du hip-hop, par exemple. Si une première ébauche avait été présentée à Saint-Sauveur, au Québec, l’an dernier, le premier soir à Toronto sera la première mondiale de la version finale du spectacle.
Guillaume Côté et Carleen Zouboules dans Hamlet, Prince du Danemark. Crédit image : Matt Barnes
TORONTO – Comme chaque année, le gouvernement ontarien dévoile sa liste de fonctionnaires les mieux payés en province pour l’année 2023. Parmi eux, on retrouve des centaines de Franco-Ontariens, dans divers domaines d’emploi.
Comme c’est la tradition chaque année, la liste des fonctionnaires gagnant plus de 100 000 $ ne fait que s’allonger avec 300 570 noms, soit 30 000 de plus que l’an dernier. Ils n’étaient que 4500 en 1996, au moment de la création de la Sunshine list sous le gouvernement Harris.
Tout en haut de la liste, on retrouve le patron d’Ontario Power Generation (OPG), à plus de 1,9 million de dollars, talonné par l’un de ses lieutenants, Dominique Minière. Avec 1,2 million de dollars par an, le chef de la stratégie d’OPG est le fonctionnaire francophone le mieux payé en Ontario.
Le médecin-hygiéniste et directeur général du bureau de santé publique de l’Est de l’Ontario, Paul Roumeliotis, a perçu un traitement de 361 742,76 $. La juge en chef de l’Ontario, Lise Maisonneuve, est aussi dans le haut du panier avec un traitement de 391 317,74 $.
La directrice générale de TFO, Michelle Séguin, a perçu quant à elle 242 000 $ en 2023. Une trentaine d’employés du diffuseur public francophone, qui a récemment aboli 24 postes, se retrouvent sur la Sunshine list, contre 44 chez son penchant anglophone, TVO.
Les collèges et universités en bonne position
Les plus grandes augmentations d’une année à l’autre ont été enregistrées dans les hôpitaux, les municipalités et les services ainsi que dans le secteur de l’enseignement postsecondaire. Ensemble, ces secteurs représentent environ 80 % de la croissance de la liste, selon la ministre Caroline Mulroney.
Parmi les têtes de liste pour les Franco-Ontariens, on retrouve le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, à 399 616,08 $, puis la future ex-présidente-directrice générale du Collège La Cité, Lise Bourgeois, avec 305 372,23 $. C’est beaucoup plus que le salaire annuel du premier ministre, Doug Ford, qui a gagné 208 974,00 $ en 2022.
La présidente-directrice-général de La Cité, Lise Bourgeois, au lancement de programmation du Festival franco-ontarien. Crédit image : Rachel Crustin
À Toronto, le recteur de l’Université de l’Ontario français, Pierre Ouellette, n’est pas très loin avec 293 037 $. Un peu plus loin, Marco Fiola, directeur du Collège Glendon, a gagné 253 885 $.
Dans le Nord, Daniel Giroux, président du Collège Boréal, a touché un salaire annuel de 274 042,72 $, alors que le recteur de l’Université de Sudbury, Serge Miville, a empoché la somme de 209 741,81 $. Le vice-recteur associé à la francophonie à l’Université d’Ottawa, Yves Pelletier, a remporté 197 765,68 $. Aurélie Lacassagne, actuelle doyenne des Facultés des sciences humaines et de philosophie à l’Université Saint-Paul (Ottawa) et qui vient d’annoncer sa nomination à titre de rectrice de l’Université de Hearst, a gagné 140 994,55 $ en 2023. Luc Bussières, l’actuel recteur de Hearst, a cumulé, quant à lui, 178 770,06 $.
Des changements de postes dans la francophonie
Dominic Giroux, qui a quitté la haute direction de l’Hôpital Horizon Santé Nord de Sudbury cet été, a touché un salaire annuel de 256 488,86 $ qui comprend, ainsi, quelques mois de travail aux commandes de l’Hôpital Montfort d’Ottawa.
Au sein du ministère des Affaires francophones, la rémunération de la sous-ministre, Roda Muse, a été de 153 932,96 $ mais elle a commencé sa prise de fonction en mai 2023. Ce n’est pourtant pas loin de la ministre Caroline Mulroney, qui a touché 165 851,03 $ en 2023.
L’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé, touche 365 092,59 $. Au sein de son bureau, l’ex-commissaire aux services en français Kelly Burke a gagné 271 568,90 $. Elle a subitement quitté son poste le 3 mars 2023. Celui qui l’a immédiatement remplacée et a été titularisé au poste de commissaire aux services en français de l’Ontario au mois de décembre, Carl Bouchard, a gagné 204 006,29 $ après avoir travaillé une partie de l’année en tant que directeur des opérations.
La lieutenante-gouverneure Edith Dumont était auparavant vice-rectrice aux partenariats, aux collectivités et à l’international à l’Université de l’Ontario français. Crédit image : Rachel Crustin
La nouvelle lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Edith Dumont, a gagné un salaire de 156 100,09 $ mais ce montant correspond à son travail au sein de l’Université de l’Ontario français comme vice-rectrice aux partenariats, aux collectivités et à l’international, qu’elle a occupé jusqu’à son entrée en fonction en novembre 2023.
Au niveau municipal, le maire d’Ottawa Mark Sutcliffe a gagné 198 702,14 $ et celui de Sudbury, Paul Lefebvre, a remporté 149 788,50 $.
Faits saillants de l’année
À noter cette année, plus de 25 000 infirmières se retrouvent dans le classement, notamment en raison des paiements rétroactifs du gouvernement Ford suite à l’annulation de la loi 124. Par ailleurs, c’est la première fois qu’une femme se retrouve au palmarès des 10 employés les mieux rémunérés. Cadre à Ontario Power Generation, Nicolle Butcher arrive en effet en 4e place avec un salaire de près de 900 000 $.
Divulguée chaque année avant le 31 mars, la Sunshine list est née de la Loi de 1996 sur la divulgation des traitements dans le secteur public, qui exige que les organismes qui reçoivent des fonds publics de la province de l’Ontario rendent publics les noms, postes, salaires et total des avantages imposables des employés qui ont gagné 100 000 $ ou plus au cours de l’année civile précédente.
TORONTO – Edith Dumont dans la vie privée, « Son honneur » dans l’exercice de ses fonctions, la 30e lieutenante-gouverneure (LG) de l’Ontario a reçu ONFR en pleine Journée internationale de la Francophonie. De ses projets pour son mandat à ses aspirations pour la francophonie, elle nous révèle également quelques secrets sur l’envers du décor, les rouages du protocole ou encore l’aménagement méticuleux de ses appartements, hantés par des fantômes, selon plusieurs témoins.
C’est le 20 mars dernier, lors de la Journée internationale de la Francophonie, qu’a été décerné l’Ordre de la Pléiade 2024 aux six récipiendaires francophones, dans les appartements de la lieutenante-gouverneure. Entre la cérémonie et la réception, Edith Dumont s’est éclipsée pour nous accorder une entrevue dans son bureau, à l’étage de ses quartiers de l’aile ouest du Parlement ontarien.
Ce fut l’occasion de revenir sur sa nomination, le 3 août 2023, par le premier ministre Justin Trudeau. « Une surprise totale », confie la principale intéressée, qui avait même initialement redéménagé de Toronto à Ottawa, sa ville d’origine.
« Une heureuse surprise » toutefois pour Mme Dumont, qui souligne « l’honneur de porter ce titre et d’occuper cette fonction qui dessert l’ensemble de l’Ontario dans toute sa diversité ».
Devenir la première lieutenante-gouverneure francophone de l’Ontario « est pour moi un signe d’appréciation et de reconnaissance que la francophonie occupe maintenant toutes les sphères de nos institutions. Le symbole pour les Franco-Ontariens de se sentir représentés ».
Interrogée sur ce qui l’a le plus surprise du protocole et des changements de sa vie quotidienne, entre les calèches et les gardes du corps, elle répond que c’est tout simplement qu’on l’appelle « Votre honneur ».
« Avec les fonctions que j’ai occupées précédemment, directrice de l’éducation, vice-rectrice de l’Université de l’Ontario français, j’étais familiarisée avec le cérémonial qui accompagne le fait de recevoir des gens importants de la province et de l’international et de faire des discours. »
« Mais c’est bien le titre qui déstabilise au début, concède-t-elle. Je l’ai associé à l’idée qu’il s’agit de mon deuxième prénom pour les cinq prochaines années et je le prends ainsi en toute simplicité, comme une marque d’accueil et de respect. »
Edith Dumont lors d’une cérémonie officielle dans la salle de musique. Crédit image : Joe Ségal
Des appartements officiels et leurs fantômes
La disposition des appartements officiels de la LG, qui comprennent deux étages, s’apparente à celle d’une maison classique dont le grand escalier central dessert les différents espaces. Il semble d’un côté y régner une certaine distinction ambiante d’apparat, et, tout à la fois, une atmosphère de simplicité conviviale.
Particularité notable, « lorsqu’un lieutenant-gouverneur quitte ses fonctions, tous les objets d’art sont retirés. J’ai ainsi pu choisir dans la galerie des œuvres d’art de l’Ontario, sous forme de prêts, des pièces qui correspondent à mes goûts et mes valeurs », nous apprend la LG.
En raison de son attrait pour la nature et de son lien avec la capitale canadienne, des toiles du Canal Rideau d’Ottawa et des paysages de forêts habillent les murs. On y trouve également des sculptures et tableaux autochtones, de même que de l’art urbain plus contemporain.
L’espace, qui ne comprend pas de chambre à coucher, Edith Dumont n’y résidant pas, accueille de nombreuses cérémonies. Il sert par exemple à recevoir les hauts dignitaires étrangers, ambassadeurs, consuls ou généraux en visite occasionnelle, et même la famille royale, notamment dans les trois salons de réception de différentes tailles et usages, au rez-de-chaussée.
La salle de musique jouxtant le bureau de la lieutenante-gouverneure, avec le portrait de la Reine Élisabeth II. Crédit image : Joe Segal
Plusieurs portraits de lieutenants-gouverneurs dont, à la toute droite, le portrait de la 26e LG, Hilary M. Weston, et du 27e, James K. Bartleman, premier LG autochtone. Crédit image : Sandra Padovani
Portrait du 28e lieutenant-gouverneur David Charles Onley. Crédit image : Sandra Padovani
À l’étage, le bureau de la LG jouxte la Salle de musique, the Music room, où trône un imposant piano, d’où son nom. Elle y donne la sanction royale, étape officielle finale d’approbation des projets de loi, en présence de membres de l’Assemblée législative, et décerne un certain nombre de décorations, tout comme l’Ordre de la Pléiade.
C’est aussi dans cette salle que l’on retrouve les portraits des derniers LG. Joe Segal, un des gestionnaires du bureau de la lieutenante-gouverneure de l’Ontario, nous explique que, tout comme les premiers ministres de l’Ontario, un portait est réalisé de chaque LG sortant, représenté avec les attributions et caractéristiques de leur choix.
James K. Bartleman, 27e lieutenant-gouverneur et premier d’origine autochtone, est ainsi représenté avec une tenue et des objets traditionnels. Le 28e lieutenant-gouverneur David Charles Onley, en situation de handicap moteur, a choisi de poser avec son fauteuil roulant.
Secret de Polichinelle, Edith Dumont nous glisse également que les appartements seraient hantés, selon de nombreux témoins qui « auraient entendu dès la tombée de la nuit, jusqu’au petit matin, des bruits étranges au sein de ces murs ». Une théorie qu’elle nous propose de venir vérifier lors d’une prochaine visite nocturne de groupe à l’Halloween.
Une empreinte et un legs à laisser
Mme Dumont rappelle humblement qu’elle n’a pris ses fonctions que quatre mois auparavant, et qu’il lui reste beaucoup de choses à apprendre. Elle souhaite, tout comme ces prédécesseurs, laisser un legs.
« Lors de mon discours d’installation, j’ai exprimé certains intérêts. L’équité homme/femme est quelque chose qui me tient énormément à cœur, de même que de m’assurer que la population vieillisse en toute dignité, avec le sentiment de continuer à contribuer à leur communauté. Mon cœur est aussi en éducation. J’en ai fait ma carrière, les jeunes sont le futur. Et enfin, la réconciliation et le renforcement des liens avec les Premières Nations sont pour moi primordiaux », explique-t-elle.
Dans mon rôle, je suis amenée à aller à la rencontre de toutes les communautés et je dois dire que le fait que je sois francophone suscite beaucoup d’intérêt.
— Edith Dumont, première LG franco-ontarienne
Fait surprenant, nous conte-t-elle, le nombre inimaginable d’Ontariens francophiles que l’on rencontre au sein des communautés.
« Cela me fait chaud au cœur lorsque j’arrive et que tous sont ravis de me raconter qu’ils ont appris le français, qu’ils le parlent encore un peu, que leurs enfants apprennent le français ou encore que leurs grand-mères étaient francophones », énumère-t-elle, amusée.
Le rôle de LG, qui repose sur des devoirs d’ordre constitutionnel, comprend également la remise de prix et de distinctions. Celle qui a elle-même été faite chevalière de l’Ordre de la Pléiade nous exprime la chaleur, sur le plan humain, que lui procure le fait d’offrir, à son tour, des reconnaissances et des médailles, pour souligner les contributions de citoyens qui œuvrent pour leurs communautés et pour les institutions.
Edith Dumont en compagnie des six récipiendaires de l’Ordre de la Pléiade 2024 et de députés francophones et francophiles de l’Assemblée législative de l’Ontario. Crédit image : Joe Segal
Edith Dumont et Olivia Chow, la mairesse de Toronto, à l’Hôtel de ville de Toronto. Source : Compte X LG de l’Ontario
Edith Dumont avec Patrick Van Gheel, ambassadeur de la Belgique au Canada, dans ses appartements de Queen’s Park. Source : Compte X LG de l’Ontario
Le discours d’Edith Dumont lors de la remise de l’Ordre de la Pléiade. Crédit image : Joe Ségal
OTTAWA – Après Toronto cet automne, c’est au tour d’Ottawa de recevoir une enveloppe conséquente de l’Ontario, dont l’objectif est de revitaliser la deuxième municipalité la plus importante de la province. L’entente prévoit une enveloppe maximale de 197 millions de dollars sur trois ans pour l’aide provinciale au fonctionnement et une autre de 346 millions de dollars sur dix ans pour l’aide provinciale à l’investissement.
« C’est une excellente journée pour la ville, a déclaré le maire Mark Sutcliffe en conférence de presse, ce matin à Ottawa. Ces investissements permettront d’alléger les pressions budgétaires importantes qui pèsent sur la ville et nous aideront à offrir de meilleurs services à nos résidents », a-t-il continué.
Parmi les coûts repris par Toronto, on compte ceux associés à la route 174, aux réparations des principales routes de raccordement, à un projet de construction d’un nouvel échangeur à l’intersection de l’autoroute 416 et de la route Barnsdale et l’ouverture d’un nouveau poste d’opération de police au centre-ville près du marché By.
« Personne ne comprend pourquoi c’est une route municipale, alors c’est le temps de faire un changement, ça soulage notre budget », a justifié en français Mark Sutcliffe à propos de la cession de la route 174.
Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, s’est dit ravi de la coopération de la province dans le dossier. Crédit image : Stéphane Bédard
Concernant la distribution de ces fonds, notamment ceux dédiés au poste de police, le maire Sutcliffe a affirmé ne pas avoir tous les détails. « On ne sait pas encore, c’est le début de notre conversation, alors nous continuerons à parler spécifiquement d’où cet argent doit être dépensé. »
« Cette nouvelle entente historique témoigne de l’engagement de notre gouvernement à l’égard de la réussite économique d’Ottawa et de tout l’est de l’Ontario », a déclaré de son côté le premier ministre Doug Ford, qui s’est rendu au petit-déjeuner du maire d’Ottawa pour l’occasion.
Outre le soutien financier offert, l’Ontario s’engage à collaborer avec Ottawa pour explorer les possibilités de financement et de construction d’infrastructures supplémentaires, notamment par le biais du Fonds pour la construction de l’Ontario et de modifications à certaines politiques, afin d’aider la ville à éliminer les obstacles à la construction plus rapide d’un plus grand nombre de logements.
Les deux politiciens souhaitent que cet investissement permette d’améliorer l’attrait touristique du centre-ville. Archives ONFR
Répondant à la question d’éventuels financements subséquents pour des villes comme Hamilton ou Brampton, le premier ministre affirme déjà investir « énormément d’argent pour soutenir d’autres régions », comme Windsor.
Comme ce fut le cas pour l’accord avec Toronto au mois de novembre dernier, la Ville d’Ottawa a aussi pris un certain nombre d’engagements réciproques envers l’Ontario, comme « la mise à disposition de terrains municipaux pour la construction d’habitations afin de répondre aux priorités communes en matière de logements, le respect voire le dépassement de ses objectifs en matière de construction de logements, le renforcement de la taxe sur les logements vacants, la mise en œuvre de mesures d’efficacité visant à réduire le fardeau de l’impôt foncier pour la population et les entreprises d’Ottawa et la mise en place d’un centre de soins de longue durée à l’Hôpital d’Ottawa ».
Appel au gouvernement fédéral
Par ailleurs, le gouvernement de l’Ontario et la Ville d’Ottawa demandent au gouvernement fédéral, « en sa qualité de plus important employeur de la ville, de faire sa part pour contribuer à la revitalisation de l’économie du centre-ville ».
« La Ville d’Ottawa nous a montré qu’elle surmontait les obstacles et qu’elle trouvait des moyens d’accélérer la construction des habitations dont nous avons tant besoin », a déclaré par voie de communiqué Paul Calandra, ministre des Affaires municipales et du Logement de l’Ontario, qui ajoute que « le gouvernement fédéral doit absolument fournir le financement dont nous avons désespérément besoin pour accroître la construction de logements et bâtir des communautés plus fortes ».
Dans cette enveloppe est aussi compris un financement conditionnel supplémentaire pour les refuges d’urgence et la prévention de l’itinérance, afin de répondre aux besoins liés à l’augmentation du nombre de sans-abri.
« Il appartient maintenant au gouvernement fédéral d’apporter son soutien à notre capitale nationale, surtout pour ce qui est de financer les infrastructures et de venir en aide aux refuges et aux demandeurs d’asile », fait savoir le premier ministre Doug Ford.
Le premier ministre en a aussi profité pour demande au premier ministre Justin Trudeau d’amener les fonctionnaires fédéraux à retourner travailler aux bureaux d’Ottawa « même trois jours par semaine », sous les applaudissements de la salle.
Selon Doug Ford, la politique de travail hybride implémentée par le gouvernement fédéral après la pandémie serait nocive pour le centre-ville : « Nous avons besoin que le fédéral ramène les gens au travail, dans les restaurants, dans les magasins du centre-ville, dans le transport. »
TORONTO – Le gouvernement ontarien a annoncé mercredi son allocation des permis d’études à travers la province qui verra les inscriptions effectuées dans des programmes de langue française considérés comme « prioritaires ». 96 % des permis d’études seront décernés aux universités et collèges du système public, laissant une maigre part aux collèges privés.
En janvier, le fédéral avait annoncé qu’il imposerait un plafond de deux ans sur le nombre de nouveaux étudiants étrangers au pays, soit de 360 000 en 2024. La décision revenait donc au gouvernement provincial de départager l’attribution des permis d’études pour chaque établissement postsecondaire.
La ministre des Collèges et Universités, Jill Dunlop, a annoncé ce mercredi les premières modalités de cette distribution. La priorité sera accordée « aux programmes dans les secteurs où la demande de main-d’œuvre est élevée, notamment dans le domaine des métiers spécialisés, des ressources humaines en santé, des STIM, de l’hôtellerie et de la garde d’enfants », précise le ministère par voie de communiqué.
« Les inscriptions effectuées dans des programmes de langue française seront également prioritaires, compte tenu de la demande croissante sur le marché du travail pour des travailleurs qui maîtrisent le français », explique-t-on par ailleurs.
Les établissements ne pourront dépasser le nombre d’étudiants internationaux qu’ils ont acceptés en 2023. La proportion de permis d’études soumis par des étudiants étrangers délivrés à un établissement ne pourra excéder 55 % du nombre total d’étudiants canadiens de première année inscrits dans un établissement en 2023. Des exceptions pour les francophones et les secteurs mentionnés comme criants en besoin de main-d’œuvre pourraient s’appliquer à cette dernière règle, ajoute-t-on.
« Nous travaillons avec les établissements d’enseignement postsecondaire pour garantir que les étudiantes et étudiants étrangers sont inscrits dans les programmes qui contribuent à former une main-d’œuvre à la fois qualifiée et adaptée aux besoins du marché de l’emploi », soutient Jill Dunlop.
Les institutions privées et les collèges de langues se partageront de leur côté 4 % des permis d’études alloués alors que les collèges d’enseignement professionnel ne pourront accueillir d’étudiants internationaux.
« Nous préservons l’intégrité de notre système d’éducation postsecondaire provincial en attirant les étudiantes et étudiants étrangers les plus talentueux en Ontario et en les encourageant à se spécialiser dans des domaines cruciaux pour notre économie », a déclaré la ministre Dunlop.
Le gouvernement Ford avait annoncé le mois dernier une aide de financement de près de 1,3 milliard de dollars sur trois ans aux collèges et universités de la province. Dans son budget rendu public mardi, l’Ontario avait précisé que le plafond imposé par Ottawa couperait près de trois milliards sur trois ans en revenus, soit 1,4 milliard de dollars en 2024-2025 et 1,7 milliard de dollars en 2025-2026. En raison d’une baisse des revenus tirés des droits de scolarité, le budget du ministère des Collèges et Universités a été revu à la baisse de 12,6 à 12,2 milliards de dollars pour 2024-2025.
Ottawa réagit positivement
« J’ai hâte d’examiner les détails de cette annonce plus en profondeur, mais cela semble être une réponse très raisonnable de la part du gouvernement de l’Ontario », a réagi le ministre de l’Immigration fédéral, Marc Miller via le réseau social X.
Ce dernier avait pointé du doigt les provinces, dont l’Ontario, de sous-financer l’éducation postsecondaire ce qui forçait les établissements à se tourner vers les étudiants étrangers qui payent des frais de scolarité beaucoup plus élevés.
L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui représente la vingtaine d’établissements francophones en milieu minoritaire, réclamait une mesure d’exception pour les francophones. Le ministre Miller avait répondu que ces institutions devaient d’abord se tourner vers leurs provinces respectives avant de demander une distinction pour les francophones hors Québec.
Le 27 mars est la Journée mondiale du théâtre. L’organisme Théâtre Action a décidé de penser au-delà du traditionnel mot, un texte inspiré écrit chaque année par une personnalité du milieu théâtral. Et c’est sur sa chaîne YouTube que la plupart des activités se déroulent.
Le projet principal est une série d’entretiens à visionner sur le web. Danielle Le Saux-Farmer, comédienne, metteuse en scène et ancienne directrice artistique du Théâtre Catapulte, mène ces discussions avec des membres du public ou des médias, qui offrent leurs points de vue de spectateurs assidus.
Gloria Mampuya, comédienne dans la pièce Les filles du roi du Théâtre français de Toronto, dans une vidéo de Théâtre Action pour la Journée mondiale du théâtre. Capture d’écran YouTube
Ils mentionnent des spectacles qui les ont marqués, puis l’équipe de Théâtre Action les met en contact avec des acteurs ou artisans mentionnés. Un montage simple permet de découvrir les moments principaux de la discussion. Les vidéos rappellent un peu les causeries d’après-spectacle et visent à rapprocher le public et les gens du milieu du théâtre.
Remises de prix
La semaine menant à la Journée mondiale du théâtre a aussi été l’occasion pour Théâtre Action et l’Association des théâtres francophones du Canada (ATFC) de remettre certains prix de reconnaissance. Des entretiens avec les gagnants sont disponibles sur les réseaux sociaux.
Le Prix Paulette-Gagnon, remis conjointement par les deux organismes, appuie un artiste ou un travailleur culturel dans la création, la formation ou le perfectionnement professionnel. Il a été remis à Émilie Camiré-Pecek pour son projet de thèse devenu œuvre théâtrale, Culture de l’explosion.
Le Prix Marie-Ève Chassé est décerné à une personne pour l’ensemble de sa carrière et de ses contributions au milieu théâtral franco-ontarien, qu’elle soit issue du milieu professionnel, communautaire ou de l’éducation. C’est l’ex-enseignant Normand Dupont qui remporte les honneurs de ce prix annuel de Théâtre Action. Normand Dupont est impliqué depuis de nombreuses années dans le milieu théâtral franco-ontarien. Depuis 2020, il est directeur artistique du Centre culturel Frontenac de Kingston.
« Je vous remercie bien humblement. D’un côté, ça me gêne. Il y a un peu de vulnérabilité à recevoir ce prix-là », commente Normand Dupont sur la chaîne YouTube de Théâtre Action.
Normand Dupont avait également remporté le prix Martin Arseneau de Contact ontarois en janvier 2023. Crédit image : Rachel Crustin
Le Prix professionnel Jeanne-Sabourin, attribué annuellement à un artiste pigiste ou une entreprise membre de Théâtre Action, est allé du côté de Vincent Leblanc Beaudoin. Le créateur de la pièce insituLe Concierge a déplacé le théâtre dans les corridors d’écoles secondaire, de Toronto à Ottawa.
Le Prix communautaire Jeanne-Sabourin est pour sa part remis une fois aux deux ans. C’est l’Amalgame des arts et du théâtre de Cornwall qui a été salué cette année.
Plusieurs Franco-Ontariens ont remporté des prix de la fondation de L’ATFC. L’organisme a remis le Prix Marcus-BMO à Ghislain Caron, directeur administratif et co-directeur général du Théâtre français de Toronto. Le Prix national d’excellence RBC – artiste émergent a été remis à Guillaume Saindon pour sa tragédie poétique Vivances.
Le prix pour un projet de perfectionnement professionnel est allé au Torontois Ziad EK. Pascale Courville a remporté le prix du mentorat en administration des arts Mensour pour développer sa collaboration avec le Théâtre rouge écarlate. La Franco-Sudburoise Caroline Raynaud remporte le prix Thomas-Blais pour sa pièce en chantier, Le téton tardif.
Quand même un mot
Même si l’accent était mis sur des activités plus diverses cette année, le traditionnel mot pour la Journée mondiale du théâtre a été confié à l’artiste multidisciplinaire d’ascendance métisse, Jani Lauzon.
« Nous sommes resté·e·s à la maison, nous nous sommes isolé·e·s comme on nous avait dit de le faire. Et maintenant, nous nous retrouvons devant un choix : faire preuve de complaisance ou nous mobiliser pour nous assurer que notre capacité à être ensemble, à apprendre les un·e·s des autres, demeure importante dans notre vie », peut-on lire dans le texte de Jani Lauzon.
Sur son site web, l’ATFT invite les gens à retourner vers les salles de spectacle et à partager leurs expériences sur les réseaux sociaux en utilisant le mot-clic #ViveLaScène.
Bob Rae, ancien premier ministre de l’Ontario, ambassadeur et le représentant permanent du Canada auprès de l’Organisation des Nations Unies (ONU), s’entretient avec ONFR dans le cadre de son rôle dans la crise haïtienne.
LE CONTEXTE :
Le lundi 11 mars, la Communauté caribéenne (CARICOM) a organisé un sommet d’urgence à Kingston en Jamaïque sur l’état de siège de Haïti, dont la capitale, Port-au-Prince, est aux mains des gangs. Réunissant des leaders caribéens, des représentants du Canada, des États-Unis, de la France et de l’Organisation des Nations Unies (ONU), cette rencontre a permis d’établir les prémices d’un gouvernement provisoire, un Conseil présidentiel de transition et ses membres.
L’ENJEU :
Sans élections depuis 2016, sans président depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, Haïti est en proie à la violence des gangs qui réclamaient, tout comme la population, la démission du contesté premier ministre Ariel Henry s’accrochant au pouvoir. Au lendemain du sommet en Jamaïque et de la désignation du gouvernement provisoire, il a annoncé son retrait. La restauration de la sécurité et l’aide de forces armées extérieures restent les priorités.
« Comment s’est passé le Sommet en Jamaïque?
La situation de crise dure depuis plusieurs années et cela fait maintenant 18 mois que les pays voisins caribéens s’impliquent comme médiateurs. Nous avons consolidé les efforts de médiation qui ont été faits dans le pays avec d’autres intervenants d’autres pays pour convaincre tous les partis, incluant celui du premier ministre actuel, de s’unir face à un défi commun.
Le Sommet a été précédé d’une série de réunions, dont une avec le premier ministre canadien Justin Trudeau en octobre. Malheureusement, tout le monde ne pouvait pas se déplacer hors d’Haïti et une partie s’est déroulée en virtuel.
Étape par étape on a essayé de trouver un moyen pour trouver un accord. Il s’agissait du moment de décision, et maintenant on en est à la mise en place des détails de l’accord. Jour après jour, ça avance.
Quelle en est l’issue?
Les partis ont nommé leurs représentants constituant le gouvernement provisoire, un conseil présidentiel de transition. Ce fut une tâche ardue de mettre tous les partis d’accord. Il s’agit maintenant de nommer un président du conseil et un premier ministre intérimaire. Le travail du conseil fera l’objet de négociations qui vont se poursuivre.
On trace la voie d’une élection, mais pas sans un niveau de sécurité acceptable d’abord. Elles sont anticipées certes, mais pas avant l’été 2025. La priorité est en premier lieu d’améliorer la sécurité. La police nationale haïtienne (la PNH) continue de montrer un degré de résilience remarquable, il y a chaque jour des confrontations avec les gangs.
À ce jour, que contrôlent réellement les gangs armés?
Les gangs dominent et contrôlent presque la totalité de la ville de Port-au-Prince, mais leur pouvoir n’est pas si grand en dehors de la capitale. La propagation de leur zone de contrôle reste un danger si on n’enraye pas l’hémorragie. On ne peut pas laisser les gangs contrôler la distribution de la nourriture et de l’aide de tous les groupes humanitaires, de l’ONU, des agences internationales, etc. Il faut mettre fin à ce chaos et rétablir un équilibre.
Une fois la situation de nouveau sous contrôle, quelle solution sur le long terme pour éviter à nouveau de tels débordements?
Il faut avoir une stratégie pour attirer les jeunes. Malheureusement, on voit des enfants très jeunes, parfois de moins de 10 ans, qui sont recrutés et ce n’est pas une situation acceptable. Il y a un facteur d’aventure qui leur est promis et le facteur de l’argent, mais derrière ça, la réalité c’est une mort quasi assurée.
Une stratégie humanitaire est capitale, mais aussi une stratégie de développement du pays et d’emploi est nécessaire pour le long terme pour changer la situation en Haïti. Développer un plan sérieux et créer des opportunités pour l’avenir du pays va requérir un partenariat important avec le Canada et d’autres pays.
Des policiers kenyans devaient être déployés. Où en est-on de cette mesure? D’autres forces armées pourraient-elles être mobilisées par la communauté internationale?
Le Kenya attend que la transition du gouvernement soit officielle. Le premier ministre sortant Ariel Henry a dit qu’il officialiserait sa démission après la création du conseil et la nomination d’un premier ministre et de son cabinet. Dès lors, on verra une réponse positive du Kenya pour cette mobilisation. D’autres pays dans la région tels que la Jamaïque, les Bahamas, le Bélize, le Bénin y contribueront également. Le Canada va aider financièrement et logistiquement la création de cette force multinationale pour venir en aide à Haïti. Les Haïtiens restent aux commandes quoi qu’il en soit, on ne peut se substituer à leur dernier mot. »
TORONTO – Dans une lettre adressée cette semaine au directeur général des Parcs, Forêts et Loisirs de Toronto, trois conseillers municipaux réclament la réhabilitation du Sentier partagé (The Shared Path). Retraçant les fondations autochtones et françaises de la ville, ce parcours historique a subi d’importantes dégradations au cours des dernières années, dans l’Ouest de la ville.
« Des Torontois, y compris des Franco-Torontois, nous ont fait part de l’importance de veiller à l’entretien du Sentier partagé pour se souvenir de l’histoire de notre ville et honorer les autochtones qui vivent sur ce territoire depuis des milliers d’années », écrivent conjointement Alejandra Bravo, conseillère de Davenport, Amber Morley conseillère d’Etobicoke-Lakeshore et mairesse adjointe, ainsi que Gord Perks, conseiller de Parkdale-High Park.
Dans ce courrier adressé lundi au service des Parcs, Forêts et Loisirs, le trio d’élus réclame que soient engagés « des travaux de restauration et de réparation des panneaux d’interprétation du Sentier partagé ».
Pour la conseillère Bravo, qui est aussi présidente du Comité consultatif des affaires francophones, cette rénovation apparaît essentielle : « C’est un site important pour la préservation de l’histoire des Premières Nations, des francophones et de notre ville », a-t-elle plaidé sur le réseau social X, évoquant « des panneaux tombés en désuétude et qui nécessitent une attention particulière ».
J'ai écris à Parcs, Forêts et Loisirs avec @gordperks et @CllrAmberMorley pour plaider en faveur de la restauration et la réparation du Le Sentier partagé.
C'est un site important pour la préservation de l’histoire des Premières Nations, des francophones et de notre ville. pic.twitter.com/5eseMyh2Ev
Dans un reportage publié le 26 février dernier, durant le Mois du patrimoine franco-ontarien, ONFR avait mis en lumière l’état de délabrement des installations, certains panneaux étant couverts de graffitis, illisibles, d’autres arrachés ou bien encore retirés sans avoir été remplacés. Un tiers des panneaux manque à l’appel ou a été vandalisé, a-t-on pu constater sur place. Un état des lieux qui avait vivement fait réagir plusieurs organismes de la francophonie locale et patrimoniale, dont la Société d’histoire de Toronto (SHT), l’ACFO-Toronto et le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO).
À la suite de réactions citoyennes qu’il a suscitées, la conseillère Bravo a alerté ses collègues Amber Morley et Gord Perks, qui représentent les résidents des quartiers à travers lesquels serpente le Sentier partagé, le long de la rivière Humber, du Parc Lambton aux berges du lac Ontario, en passant par le Parc Étienne-Brulé.
Un des panneaux vandalisés et laissés à l’abandon. Crédit image : Sandra Padovani
Cette demande auprès de Parcs, Forêts et Loisirs pourrait aboutir sans passer par un vote du conseil municipal puisqu’il s’agirait de la rénovation d’un dispositif existant.
« Nous nous réjouissons de cette intervention de la conseillère Alejandra Bravo et de la mairesse adjointe Amber Morley auprès de M. Dayton, directeur de la division Parcs, forêts et loisirs, réagit Rolande Smith, président de la Société d’histoire de Toronto. Pour nous ce n’est pas vraiment un retournement mais bien une continuité dans nos contacts, actions et efforts continus de réactiver et de réactualiser le Sentier partagé. »
Inauguré en 2011 sous l’impulsion de plusieurs organisations sans but lucratif, en collaboration avec la Ville et les Premières Nations Anishinaabe, Haudenosaunee et Hurons-Wendat, le Sentier partagé consiste en une boucle de près de sept kilomètres jalonnée de panneaux pédagogiques retraçant l’histoire autochtone et francophone précédant la naissance de la métropole torontoise. Le projet en comptait à l’origine 25, répartis sur 12 aires d’interprétation.
TORONTO – « Infrastructure » est sans surprise le mot clé de l’exercice financier 2024, le budget de l’Ontario « Bâtir un Ontario meilleur » dévoilé aujourd’hui, dont la croissance du PIB réel ralentit et passe de 1,2 % en 2023 à 0,3 % en 2024. L’opposition officielle dénonce le manque d’investissement dans le secteur public en santé et en éducation tandis que le gouvernement se félicite de remettre de l’argent dans les poches du consommateur avec le gel de la taxe sur le carburant.
« Le plan d’immobilisations le plus ambitieux de l’histoire de la province » comme l’indique le gouvernement, fait la part belle aux infrastructures avec 190 milliards de dollars d’investissement annoncés sur les dix prochaines années, pour les routes, lignes de transport en commun, logements, réseaux internet à haute vitesse, etc.
Parmi les aménagements autoroutiers : de nouveaux échangeurs à l’intersection de Banwell Road et de l’autoroute E.C. Row à Windsor, et à Ottawa entre l’intersection de l’autoroute 416 et le chemin Barnsdale, et l’élargissement de la route 7 à Markham et de Kitchener à Guelph.
La liaison de l’autoroute 401 à Lauzon Parkway à Windsor ou encore l’autoroute 413 sont incluses dans les 650 projets du Programme des routes de l’Ontario cités. Côté transports en commun : on notera l’expansion du service de train GO Milton et l’extension de la ligne Hazel-McCallion du train léger sur rail par l’ajout d’une boucle au centre-ville de Mississauga et vers le centre-ville de Brampton.
Côté logement, 1 milliard de dollars sont alloués au nouveau programme pour l’infrastructure municipale et le logement, ainsi que 825 millions de dollars dans le Fonds pour le réseau d’eau pour les projets d’infrastructures municipales pour construire de nouveaux logements. Le fonds pour l’accélération de la construction récompensant les municipalités qui atteignent leurs objectifs s’élève à 1,2 milliard de dollars sur trois ans.
Un total de 50 milliards de dollars dans l’infrastructure de la santé est prévu sur les dix prochaines années pour une « expansion des hôpitaux » comprenant 620 millions de dollars pour des travaux pour infrastructures hospitalières et communautaires.
« Si vous recherchez du changement, le budget de Ford n’est pas pour vous, a réagi par communiqué Marit Stiles, la cheffe néo-démocrate. Les gens recherchent de meilleurs soins de santé et des logements abordables. Au lieu de cela, ils ont reçu une déclaration sans inspiration de la part d’un gouvernement déconnecté de la réalité. »
Celle-ci évoque notamment des actes manqués dans le système de santé public, la pénurie de personnel dans les écoles publiques et les coupes budgétaires en éducation, ainsi que le zonage d’exclusion dans la crise du logement. Elle déplore la non-suppression des péages pour les camions sur la 407 pour décongestionner l’autoroute 401, le financement insuffisant pour les universités ou encore l’absence de services de garde à 10 $ pour les familles.
« Le budget 2024-2025 consacrera un montant record de 214,5 milliards de dollars, tout en accomplissant si peu de choses pour les familles qui ont du mal à trouver un médecin de famille, à placer leurs enfants en garderie ou à faire face à des augmentations de loyer fulgurantes. En fait, les conservateurs réduiront les dépenses en soins de santé à un moment où 2,2 millions d’Ontariens ne trouvent pas de médecin de famille et où des milliers de fermetures de salles d’urgence ont lieu chaque année », a réagi le Parti libéral de l’Ontario.
Bonnie Crombie, la leader du Parti libéral a quant à elle déclaré : « La triste réalité est que Doug Ford (…) refuse délibérément de financer les soins de santé, l’éducation et les services publics. Il choisit de saper nos institutions publiques afin de poursuivre son programme de privatisation et aider ses riches amis initiés à gagner plus d’argent. »
« Remettre de l’argent dans la poche » des Ontariens
Le gouvernement met également l’emphase sur les économies que les Ontariens réaliseront par le biais de certaines mesures comme le gel de la taxe sur le carburant aux Ontariensface à l’augmentation de la taxe carbone du fédéral à compter du 1er avril 2024.
Comme annoncé la veille, l’Ontario prolonge les réductions temporaires des taux de la taxe sur l’essence de 5,7 cents le lire et de la taxe sur le carburant de 5,3 cents le litre jusqu’au 31 décembre 2024, soit une économie de 320 dollars par ménage sur trois ans, le document rappelant l’augmentation de la taxe fédérale sur le carbone dès le 1er avril 2024.
En outre, il est fait mention du tarif unique pour les correspondances entre les réseaux GO Transit, CTT et autres de la région du grand Toronto, réalisant 1600 dollars d’économies par an pour certains usagers quotidiens.
Également annoncé précédemment, le renouvellement du permis de conduire et de la carte-photo de l’Ontario sera gratuit pour les Ontariens.
Plus de familles à faible revenu pourront bénéficier d’électricité abordable par la hausse des seuils de revenu pour l’admissibilité au Programme ontarien d’aide relative aux frais d’électricité (POAFE), jusqu’à 35 %.
De même 100 000 aînés à faible revenu bénéficieront d’un appui financier par l’élargissement du programme de Régime de revenu annuel garanti de l’Ontario (RRAG) en indexant la prestation du RRAG sur l’inflation.
Six mesures supplémentaires :
743 millions de dollars sur trois ans pour accroître les effectifs du secteur de la santé et le nombre de professionnels de la santé.
396 millions de dollars de plus sur 3 ans (sur les 3,8G $ sur 10 ans) pour la santé mentale et de lutte contre les dépendances.
120 millions supplémentaires en 2024-2025 pour le Programme ontarien des services en matière d’autisme.
49 millions de dollars, pour lutter contre le vol de voitures, et 46 millions sur trois ans pour l’achat d’hélicoptères de police pour des patrouilles de lutte contre les délits graves dans la région du grand Toronto.
100 millions de dollars d’aide aux travailleurs et aux demandeurs d’emploi, y compris les apprentis, à acquérir les compétences.
152 millions de dollars additionnels sur trois ans dans diverses initiatives de logement destinées à aider les populations vulnérables.
Jusqu’à 9,8 milliards de déficit
Selon l’énoncé économique, les taux d’intérêt élevés auront une incidence négative sur l’économie et la croissance du PIB. « La croissance du PIB réel avait été estimée à 1,2 % en 2023. On s’attend à ce qu’elle soit de 0,3 % en 2024, en baisse de 1,3 % et de 0,5 % par rapport aux données du budget de 2023 et le document Perspectives économiques et revue financière de l’Ontario 2023. On estime que la croissance du PIB réel atteindra 1,9 % en 2025 et 2,2 % en 2026 et en 2027. »
Pour 2023‐2024, le gouvernement prévoit un déficit de 3,0 milliards de dollars. Engagé dans la voie du retour à l’équilibre budgétaire, il envisage des déficits de 9,8 milliards de dollars en 2024- 2025 et de 4,6 milliards de dollars en 2025 – 2026, puis un excédent de 0,5 milliard de dollars en 2026-2027.
Dans le budget de 2024, le gouvernement prévoit des revenus de 204,3 milliards de dollars en 2023-2024, soit 7,3 milliards de moins que les prévisions originelles pour 2024-2025 et de 8,5 milliards de dollars en 2025-2026.
TORONTO – Le budget de 2024 de la province révèle une augmentation du budget de base du ministère des Affaires francophones de 1 million de dollars ainsi qu’une augmentation globale à venir de 5,8 millions pour 2025. Décryptage des faits saillants pour la francophonie, dont une aide aux entrepreneurs, 10 millions de dollars pour l’amélioration de l’accès aux services en français et de nouvelles écoles francophones.
Si comme l’année précédente les mentions à la francophonie se font rares dans les quelque 200 pages de l’exercice financier de 2024 de la province, un des faits notables en est l’augmentation du budget de base du ministère des Affaires francophones qui passe de 7 millions de dollars pour 2023 à 8 millions de dollars pour un total identique à l’année précédente qui bénéficiait d’un investissement de durée limitée de 1 million.
Une nette progression du budget total est en revanche à anticiper pour 2025 avec 600 000 $ du budget initial, soit 8,6 millions de dollars avec une nouvelle addition de 4,7 millions d’investissements à court terme pour un montant total de 13,3 millions de dollars.
Budget du ministère des Affaires francophones de l’Ontario de 2021 à 2025, en millions de dollars. Source : Budget de l’Ontario 2024
Comment expliquer cette hausse importante? « La province s’est engagée à améliorer l’accès aux services en français dans l’ensemble de l’Ontario et à renforcer la vitalité des communautés franco-ontariennes », peut-on lire dans le document budgétaire, annonçant le renouvellement de l’entente fédérale-provinciale de 10 millions de dollars sur trois ans pour « élargir la prestation de services de qualité en français ».
Selon le gouvernement, cette entente relative aux services dans la langue de la minorité permettrait de soutenir le développement de programmes de formation bilingues, d’améliorer les perspectives économiques des entreprises francophones et de renforcer le soutien à la langue française dans les collectivités.
Investissements incluant la francophonie
D’autre part, l’Ontario investit 6,8 millions de dollars sur deux ans via le programme Entreprise en démarrage Plus pour les entrepreneurs ontariens, octroyant notamment des subventions de 5000 $.
C’est dans ce cadre que la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) bénéficiera d’un nouveau financement, dont le montant n’est pour l’heure par détaillé, pour fournir un soutien supplémentaire aux entrepreneurs francophones de l’Ontario à démarrer et à développer leur entreprise par le biais de services consultatifs, d’ateliers et d’évènements en français.
Écoles francophones : des projets réalisés, d’autres à venir
Ce budget met aussi en exergue les nouvelles écoles francophones ayant ouvert leurs portes à la rentrée 2023-2024 : l’École élémentaire publique de Thunder Bay accueille 257 élèves et l’École élémentaire catholique des Deux-Rivières à Arnprior accueille 248 élèves francophones et 49 places en service de garde agréé.
Parmi les écoles francophones ayant bénéficié de rénovation et/ou d’agrandissement, figure le regroupement de l’École secondaire publique Mille-Iles et de l’École secondaire catholique Saint-Marie-Rivier, à Kingston, avec une capacité d’accueil de 600 élèves francophones et 49 places en garderie.
L’agrandissement de l’École secondaire Jeunes sans frontières à Brampton permet quant à elle de recevoir 207 francophones de plus. L’École secondaire Michelle-O’Bonsawin de Toronto, qui regroupe 501 élèves, a également été rénovée.
À venir par le biais des 16 milliards de dollars en subventions d’immobilisations au cours des 10 prochaines années, une école élémentaire publique bilingue verra le jour à Blind River, avec 72 élèves francophones de l’élémentaire et du secondaire. Une nouvelle école élémentaire publique de langue française à Barrhaven accueillera 475 élèves dont 49 places en garderie.
Une école secondaire catholique de langue française verra le jour à Vaughan, accueillant 407 élèves, et l’école élémentaire catholique Sainte-Anne à St. Thomas sera rénovée.
Pas de mention de l’Université de Sudbury
Le gouvernement investit en outre 15 millions de dollars pour les outils numériques de soutien en mathématiques dont le tutorat individuel en ligne en français d’Eurêka.
Côté postsecondaire, pas de mention de l’Université de Sudbury, mais une subvention d’aide aux petits collèges et universités du Nord de la province de 10 millions de dollars pour « appuyer les établissements d’enseignement postsecondaire de petite taille, ruraux et du Nord pour que les collèges de petite taille, ruraux et du Nord et les universités du Nord puissent offrir aux étudiants des choix concurrentiels en matière d’éducation postsecondaire ».
Le financement est destiné à fournir un soutien ciblé aux établissements admissibles qui sont « financièrement vulnérables », pendant que le gouvernement collabore avec elles dans le cadre d’initiatives visant l’efficience.
À cela s’ajoute une contribution de 1,3 milliard de dollars de nouveaux fonds aux universités, dans un contexte de gel des frais de scolarité afin de limiter les coûts pour les étudiants, et de 15 millions de dollars sur trois ans pour mettre en place un Fonds pour l’efficience et la responsabilisation.
SAULT STE. MARIE – Le programme de recrutement et de maintien en poste des médecins de Sault Ste. Marie annonce avoir réussi à combler cinq nouveaux postes de médecins de famille, une nouvelle qui intervient alors que le besoin est criant dans la région.
« Même si nous avons enduré des semaines de nouvelles difficiles dans le secteur des soins de santé, le pourvoi des postes de résidence en médecine familiale à Sault Ste. Marie, à un moment où de nombreuses places restaient vacantes à l’échelle nationale, représente une lueur d’espoir pour l’avenir des besoins en santé de notre communauté », déclare le maire Matthew Shoemaker.
Les cinq médecins de famille en résidence ont été recrutés dans le cadre du Service canadien de jumelage des résidents (CaRMS) existant au sein de l’École de médecine du Nord de l’Ontario (EMNO).
Cette nouvelle offre un peu d’espoir alors qu’on apprenait, deux mois plus tôt, qu’environ 10 000 patients du Group Health Centre allaient perdre leur médecin de famille en juin en raison du départ à la retraite ou de la démission de praticiens.
« Les candidats jumelés sont bien connus de notre programme, ont effectué des stages avec nous tout au long de leurs études de médecine et sont ravis de déménager dans notre communauté pour commencer leur formation de résidence cet été », déclare Carrie Stewart, gestionnaire du recrutement et de la rétention des médecins.
« Malgré les tendances nationales qui se tournent vers les pratiques spécialisées, 55 % des étudiants en médecine de l’Université EMNO ont été jumelés à des programmes de médecine familiale », continue-t-elle.
Depuis sa création, le programme a permis le recrutement de 207 médecins dans la ville. La moitié des médecins recrutés ayant complété une partie de leur formation médicale à Sault Ste. Marie, selon les informations de la ville.
L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) demande au fédéral de doubler son enveloppe financière destinée aux organismes de la francophonie ontarienne, plaidant qu’il existe un écart de financement d’un minimum de 56 000 $ entre un organisme franco-ontarien moyen et celui d’une autre province.
« Les politiciens et Patrimoine Canadien ne font pas leur job d’assurer la survie de la communauté linguistique francophone en Ontario. On est en train de mettre en péril la survie de notre communauté franco-ontarienne avec le sous-financement chronique qui ne date pas d’hier. On cause des torts irréparables », fustige le président de l’AFO Fabien Hébert.
Selon une étude de l’AFO, 95 organismes dans la province reçoivent en moyenne 72 000 $ en financement de base de la part du fédéral alors que dans d’autres provinces comme le Nouveau-Brunswick, l’Alberta et le Manitoba, ça oscille entre 135 000 et 200 000 $. Selon l’association porte-parole des Franco-Ontariens, le minimum requis serait un financement moyen de 128 000 $ par organisme, ce qui serait nécessaire pour répondre aux besoins courants et à l’inflation.
« Lorsqu’on considère que l’Ontario représente 53 % de la population francophone hors Québec, que 35 % des organismes financés sont en Ontario et qu’on reçoit seulement 17 % du financement national, c’est clair qu’il y a un débalancement », lance Fabien Hébert.
Dans une déclaration, le ministre des Langues officielles Randy Boissonnault indique « entendre les demandes de l’AFO au sujet des besoins en financement des organismes francophones en Ontario ». Ce dernier rappelle qu’il a annoncé le mois dernier une bonification du financement de base des organismes du pays de 12,5 % dès la présente année, tirée de sommes annoncées lors du Plan d’action pour les langues officielles en 2023.
« Des sessions de dialogue sont actuellement en cours, dont avec les organismes ontariens ce matin, pour adapter l’octroi des fonds de la deuxième tranche de bonification aux besoins régionaux. Nos deux langues officielles font partie intégrante de notre identité canadienne et nous agissons en ce sens afin de pérenniser le financement aux organismes communautaires », a indiqué Mathis Denis, l’attaché de presse du ministre Boissonnault
Randy Boissonnault, le ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles. Crédit image : Stéphane Bédard.
Malgré cette bonification, l’AFO estime que l’enveloppe fédérale devrait être augmentée de 22 millions de dollars au cours des quatre prochaines années, ce qui constituerait une hausse monétaire de 25 % pour certains organismes.
95 des 137 organisations francophones de la province se partagent annuellement une cagnotte de près de sept millions de dollars. Le président de l’AFO juge que cette hausse est ce qui permettrait à chaque organisme d’ajouter un directeur général à temps plein.
« Avec 50 000 et quelques $ de financement, et qu’on doit payer le loyer, les frais de bureaux et d’opérations, il ne reste plus grand-chose pour payer le salaire de quelqu’un pour aider une organisation à fonctionner. Alors c’est clair que, sur le terrain, c’est difficile », explique-t-il.
Une bonne partie des organismes francophones de la province est constituée des associations communautaires locales (les ACFO), ensuite des groupes racialisés et finalement, des centres culturels.
Après plusieurs années de préparation, l’hôtelier franco-ontarien Richard Lafleur a réussi son pari : offrir une expérience immersive au cœur d’une meute de loups à Timmins – la seule attraction du genre dans tout l’Ontario.
Passionné des animaux, le propriétaire du complexe hôtelier Cedar Meadows Resort & Spa proposait déjà des visites en nature avec observation d’orignaux, wapitis et bisons. Le complexe hôtelier de 70 hectares accueille désormais une meute de 11 loups provenant de zoos canadiens, qu’on peut observer par les baies vitrées de chalets dont les chambres à coucher se retrouvent à l’intérieur de l’enclos des loups.
On est allé voir comment les loups s’adaptent à leur nouvel environnement et quels sont les défis d’un tel projet.
Il était question de voter pour la possibilité de débattre sur une révision de la politique des drapeaux mais la conseillère Vicky Budge, à l’origine de l’avis de motion déposé au précédent conseil municipal, a demandé de transformer le vote d’une motion en une discussion.
« J’ai décidé de la retirer car je pense que c’est important d’avoir une discussion à ce propos avant de demander un vote », s’est-elle justifiée, avec approbation du conseil. Ce fut donc une discussion longue et animée qui a eu lieu en fin de séance et qui a fait intervenir l’ensemble des conseillers municipaux mais qui s’est résolue sans entente de résolution.
« Nous devrions être fiers que Greenstone soit une municipalité bilingue, surtout qu’il n’y a pas beaucoup de municipalités ou de villes bilingues »
— Vicky Budge
Après la discussion, James McPherson, maire de la ville, a invité la conseillère à énoncer ce qu’elle souhaiterait comme direction pour la suite des choses mais voyant l’inconfort de Mme Budge, celui-ci lui a proposé de reporter la discussion au prochain conseil.
Ce à quoi la conseillère du quartier rural Est fut d’abord réticente mais finit par accepter. Celle-ci pourra décider d’une formulation pour la motion d’ici le conseil du 8 avril, qui sera ensuite soumise à un vote à une séance ultérieure.
La discussion a duré près de 35 minutes et a eu lieu en toute fin de séance. Capture internet
Une débat houleux
Première à intervenir pour ouvrir le débat, la conseillère Budge en a profité pour expliquer ce qui, selon elle, fut une décision inappropriée du conseil lequel avait, pourtant, sollicité la nouvelle politique à l’unanimité, à l’exception du conseiller francophone Alan Ouellet qui était absent pour motifs personnels lors du vote.
« Je ne suis pas de l’avis qu’enlever quelque-chose qui soit aussi important pour une communauté et qui existe déjà soit équitable au bout du compte », a-t-elle fait savoir avant d’ajouter que « nous devrions être fiers que Greenstone soit une municipalité bilingue, surtout qu’il n’y a pas beaucoup de municipalités ou de villes bilingues ».
« En élevant une communauté singulière au-dessus des autres, nous rendons un mauvais service aux autres, de mon point de vue », a rétorqué de son côté le conseiller Matthew Donovan.
Plusieurs conseillers ont souligné l’importante mobilisation lors du précédent conseil du 11 mars durant lequel une députation organisée par l’Association des francophones du Nord-Ouest de l’Ontario (AFNOO) a eu lieu.
Et de continuer : « Je crois qu’il faut reconnaître qu’à l’intérieur de Greenstone et à proximité, il y a de nombreuses collectivités qui ont dans le passé et qui, à l’heure actuelle, ajoutent un apport important à la culture et la participation de la communauté française. »
La conseillère Fran Koning a indiqué, de son côté, ne pas vouloir qu’un groupe ethnique soit reconnu au détriment d’un autre : « Nous avons une grande population d’origine portugaise, beaucoup de Suédois et de Finlandais ici. »
Le conseiller Eric Pietsch dit comprendre la déception des francophones qui s’étaient battus pour que le drapeau soit hissé en permanence en 2015 : « Pour moi ce n’est pas juste, ce n’est pas une décision que je respecterais si j’étais francophone », dit-il.
Pas de solution acceptable pour tous?
Chris Walterson estime que le drapeau canadien est le seul qui devrait flotter de manière permanente à la municipalité.
« 60 % de mes amis sont francophones, mais je ne les vois pas comme des francophones. Je les vois comme des Canadiens et mes amis. Je ne veux pas élever quiconque au-dessus des autres »
— Chris Walterson
Selon lui, il ne serait pas possible de rajouter des drapeaux car « si on fait ça tout le temps, on va manquer de mâts ». Bien que la possibilité d’obtenir des aides financières pour l’achat d’un autre mât a été brièvement évoquée par Mme Budge, ce point n’a pas retenu l’attention du conseil.
« C’est dommage que la discussion à propos des différents drapeaux ne soit pas arrivée au même moment » et « qu’on se soit rendu au point où le conseil a décidé qu’il fallait changer la politique sur les drapeaux mais je dois dire que je soutiens la nouvelle politique pour le bien de tous à Greenstone », déclare la conseillère Elaine Mannisto.
Toujours selon elle, « il y a des francophones dans la municipalité qui ne se sentent pas concernés » par ce changement et à moins de rétablir le drapeau, le noyau dur de la protestation francophone, telle qu’elle le qualifie, ne sera jamais satisfait.
« Je suis tout à fait disposé à écouter d’autres options, à réfléchir à tout cela mais je ne pense pas que nous allons avoir quelque chose qui est acceptable pour tout le monde », estime quant à lui le conseiller Donovan.
Une consultation publique?
La conseillère Budge et le conseiller Pietsch ont tous deux évoqué la récente nouvelle selon laquelle les policiers de la province auront une manière de s’identifier comme francophones sur leurs uniformes comme exemplification de la nécessité de chercher tout type d’alternative locale pour représenter les francophones.
« Si nous pouvons nous asseoir à une table et travailler en collaboration, je crois que nous avons les connaissances, les compétences et les outils autour de nous pour trouver quelque chose qui fonctionnera pour tout le monde »
— Allan Ouellet
Ces derniers ont aussi regretté le manque de consultation publique préalablement au vote de février dernier. Répondant à la question du maire McPherson, le conseiller Ouellet qui a aussi fait part de son désaccord avec la manière dont le vote s’est produit, a proposé qu’il y ait une discussion avec tous les acteurs communautaires.
« Si nous pouvons nous asseoir à une table et travailler en collaboration, je crois que nous avons les connaissances, les compétences et les outils autour de nous pour trouver quelque chose qui fonctionnera pour tout le monde », a exprimé M. Ouellet.
Ce à quoi le maire répondra qu’il ne pense pas que cela serait efficace : « Ce qui me préoccupe c’est que nous réunissons tout le monde et plus le groupe est grand moins c’est facile, dans quelle mesure les gens seront à l’aise ou même aurions-nous de la participation avec un aussi grand groupe? »
Même son de cloche chez la conseillère Koning : « J’ai peur que toutes les personnes qui viendraient à ce genre de réunion ne se sentent pas en sécurité et je me questionne : Est-ce que nos membres des Premières Nations se sentiront confortables? Parce-que jusqu’à présent les discussions sur cet enjeu ont été très conflictuelles. »
En rappel, si la politique actuelle des drapeaux de la ville reste inchangée le drapeau Every Child Matters flottera devant l’hôtel de ville pendant cinq jours, tout comme celui des Franco-Ontariens, coïncidant avec la Journée nationale de vérité et réconciliation le 30 septembre et le Jour des Franco-Ontariens.
TORONTO – Treize personnes se sont vues honorer par la province l’Ontario à travers l’attribution de la Médaille du mérite civique de l’Ontario pour leurs actions bénévoles exceptionnelles, en ce lundi 25 mars. Parmi ces personnalités aux actions marquantes, Gilles LeVasseur, professeur de gestion et de droit à l’Université d’Ottawa depuis plus de 25 ans, représente fièrement les Franco-Ontariens en tant que lauréat de 2022.
« C’est un honneur et un privilège. Pour un Franco-Ontarien comme moi, c’est important de montrer qu’on peut être capable de prendre notre place dans ce sommet-là et d’avoir cette volonté-là. C’est important de montrer qu’avec de la volonté on est tous capable de faire de grandes choses », a confié M. LeVasseur interrogé par ONFR.
La Médaille vient récompenser plus de 25 ans de travail auprès de sa communauté. Il s’est notamment engagé auprès des francophones malentendants de l’Ontario, des personnes en soins palliatifs et des anciens combattants pour qui il a levé des fonds pour améliorer la qualité de leurs soins.
Gilles LeVasseur a également collaboré avec l’équipe des Blue Jays de Toronto pour permettre à des enfants handicapés de connaître la joie de jouer au baseball et de côtoyer leurs idoles par l’intermédiaire de la fondation Blue Jay Care.
Enfin, en tant que spécialiste en gestion et en droit, il a offert gratuitement des conseils juridiques sur les questions d’éthique et les droits des patients, tout en contribuant au combat pour la sauvegarde de l’Hôpital Monfort.
Avec une vie professionnelle déjà bien remplie, ce n’était pas un problème pour ce Franco-Ontarien de trouver le temps d’aider sa communauté. Il donne du crédit à ses « deux belles filles » qui l’encouragent et l’inspirent dans cette voie.
« Quand on s’engage dans le bénévolat c’est parce qu’on sait qu’on est capable de faire une différence. Ce que j’essaie de faire c’est d’apporter une plus-value à ces gens-là qui sont dans la misère. »
Gilles LeVasseur fait partie des 10 lauréats de l’année 2022, accompagné de trois autres personnes qui obtiennent la récompense au titre de l’année 2021.
HALIFAX – Le gala des prix Juno s’est déroulé dimanche soir à Halifax, au terme d’une semaine d’activités et après un gala d’ouverture, la veille, où la plupart des prix avaient déjà été remis. Plusieurs artistes francophones ont tiré leur épingle du jeu cette année, à commencer par la Montréalaise Charlotte Cardin. Son album 99 Nights a remporté les titres d’album pop et d’album de l’année.
Les Juno ne sont pas reconnus pour être des ambassadeurs du bilinguisme ou de la francophonie. Pendant plusieurs années, la catégorie album francophone de l’année était la seule à faire une place aux artistes francophones. 2024 est différente. C’est Charlotte Cardin qui partait avec une longueur d’avance sur la ligne de départ, avec six nominations.
L’interprète de Confetti n’était d’ailleurs pas le seul espoir francophone dans la prestigieuse catégorie de l’album de l’année. La pianiste Alexandra Stréliski était aussi en lice pour Néo-Romance. L’Ottavien bilingue Talk, issu d’une mère québécoise, aurait très bien pu l’emporter pour Lord of the Flies & Birds & Bees. Il est plutôt reparti avec le prix de Révélation de l’année (artiste). Nicholas Durocher, de son vrai nom, cumulait cinq nominations cette année. Les deux autres nommés dans la catégorie Album de l’année étaient Daniel Ceasar et Lauren Spencer Smith.
Dimanche soir, Charlotte Cardin a dédié son trophée d’album de l’année à ses amis qui ont fait 99 Nights avec elle, à un moment où elle avait « désespérément besoin d’un exutoire créatif ». La veille, elle était également repartie avec le Juno d’album pop de l’année. En 2022, la pop star avait remporté le Juno dans ces deux mêmes catégories, en plus de la chanson de l’année et de l’artiste de l’année, à l’occasion de la sortie de son album Phoenix.
C’est sous une conceptuelle pluie de confettis que la Québécoise a interprété Confetti dans sa version anglophone.
Hommage et trophée posthume pour Karl Tremblay
Sans surprise, c’est l’album En concert avec l’Orchestre symphonique de Montréal (sous la direction du chef Simon Leclerc), des Cowboys fringants et de l’OSM, qui a remporté le prix de l’album francophone de l’année. Les autres artistes en nomination étaient Fouki, Karkwa, Salebardes et Souldia.
Alexandra Streliski a rendu hommage à Karl Tremblay. Crédit image : THE CANADIAN PRESS/Darren Calabrese
Alexandra Stréliski a rendu un sobre hommage à Karl Tremblay, décédé en novembre 2023. Devant des images du chanteur des Cowboys fringants, projetées sur grands écrans, elle a joué une version piano des Étoiles filantes. « Ton bout du chemin est arrivé beaucoup trop tôt, Karl. Mais tu as semé tellement de poussières d’étoiles dans nos cœurs que tu n’arrêteras jamais de briller », a-t-elle déclaré en français avant sa performance.
Une autre Montréalaise, Allison Russell, a participé à l’hommage suivant, rendu à Gordon Lightfoot et Robbie Robertson, eux aussi disparus dans la dernière année.
D’autres gagnants francophones
Parmi les autres francophones représentés aux prix Juno cette année, on trouve Dominique Fils-Aimé, récipiendaire du trophée Album de jazz vocal de l’année pour Our Roots Run Deep.
L’album classique grand ensemble de l’année est Maxime Goulet : Symphonie de la tempête de verglas de l’Orchestre classique de Montréal, dirigé par Jacques Lacombe. Les francophones du milieu de la musique classique ont fait bonne figure, puisque c’est Il Ponte di Leonardo, de la formation montréalaise Constantinople, qui a remporté le prix de l’album classique petit ensemble.
La pochette d’album de l’année est celle de Riopelle Symphonique, de l’OSM, créée par Nicolas Lemieux, Mykaël Nelson et Albert Zablit.
Le titre d’album métal/hard de l’année a été attribué à As Gomorrah Burns, du groupe québécois Cryptopsy.
Elisapie et Jeremy Dutcher sur le tapis rouge du gala des prix Juno. Avec Morgan Toney, ils ont offert une performance de la chanson Uummati Attanarsimat d’Elisapie, son adaptation de Heart of Glass de Blondie. Crédit image : THE CANADIAN PRESS/Chris Young
De son côté, Elisapie a remporté son pari dans la catégorie Album autochtone contemporain pour Inuktitut, un album où elle reprend les grands succès qui ont marqué sa jeunesse, de Led Zeppelin à Blondie en passant par Queen, mais dans une adaptation en Inuktituk.
Il s’agit d’ailleurs aussi d’une bonne année pour les artistes autochtones, qui étaient 33 à être en nomination pour un prix Juno cette année.
PARIS – Préparation du 19e Sommet de la Francophonie, priorités de l’institution, recul du français au Canada, engagement de l’Ontario, crise haïtienne, instabilité au Sahel, immigration… Louise Mushikiwabo, la numéro 1 de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), répond aux questions d’ONFR dans le contexte du Mois de la Francophonie.
La francophonie vit une année importante alors que se prépare le 19e Sommet de la Francophonie. Qu’attendre de ce rendez-vous qui réunira, cet automne à Paris, les chefs d’État et de gouvernements membres de l’OIF?
Ce sommet, qui sera le deuxième depuis ma prise de fonction en début 2019, sera celui de la consolidation de l’influence et des programmes de notre organisation entamés depuis l’année dernière, et aussi de la décentralisation de certaines de nos activités sur le terrain, parce que notre ambition est d’être plus proche des populations francophones.
Quel message essentiel allez-vous relayer en vue de ce sommet, le premier en France depuis 1991?
L’objectif prioritaire est de contribuer à l’emploi des jeunes. Le thème de ce sommet gravitera autour de l’innovation, de la créativité et de l’entrepreneuriat. Et donc nous voulons aller plus loin, passer à plus grande échelle sur certains de nos programmes phares et bien évidemment en profiter pour mobiliser les Français qui ne connaissent pas vraiment notre organisation, même si on est basé à Paris.
De nouveaux joueurs intègreront-ils le cercle des 88 États membres?
Ma réponse, c’est probablement oui. Nous sommes sollicités depuis quelques années déjà, notamment par l’Angola qui a fait sa demande dès 2019. Une province allemande est également dans le processus de dépôt de dossier. D’autres ont exprimé leur volonté d’adhésion ou de passage au niveau supérieur, mais n’ont pas encore déposé de dossier. Donc, très probablement, on aura un ou deux pays de plus, voire un gouvernement.
Au début de votre premier mandat, vous sembliez pourtant d’avis qu’il y avait trop de membres dans l’OIF… Avez-vous changé d’avis ou en quoi le contexte est-il différent? Arrivée à la tête de cette organisation, mon souci était de m’assurer que tous ceux qui ne sont pas membres à part entière puissent s’impliquer le plus possible, ce qui n’était pas le cas. Je ne suis pas contre l’extension de notre organisation en termes de membres, mais je ne voulais pas que l’on continue d’accumuler des États membres sans avoir assez de clarté sur leur rôle, surtout de la part de ceux qui ne sont pas membres à part entière.
Prenons le cas de l’Ontario, membre observateur depuis 2018. Son engagement dans l’OIF et dans les enjeux francophones est-il à la hauteur de vos attentes? Cette province ne pourrait-elle pas jouer un rôle plus grand, sur le modèle de ses voisins, le Nouveau-Brunswick et le Québec, membres permanents avec le Canada?
Mon souhait, c’est que l’Ontario soit beaucoup plus actif dans notre dans notre organisation car il est après le Québec, la deuxième province du Canada qui compte le plus grand nombre de francophones. De la part des autorités de l’Ontario et de ceux qui s’intéressent à la francophonie au-delà de la langue française, j’aimerais beaucoup qu’il y ait une plus grande implication de votre province.
Mme Mushikiwabo a rencontré le président français Emmanuel Macron, le 20 mars dernier, Journée internationale de la francophonie. Son pays sera l’hôte du 19e Sommet de la Francophonie en octobre prochain. Crédit image : OIF
Quelle forme cette implicationpourrait-elle revêtir?
Les membres observateurs ont une marge de manœuvre assez limitée par rapport aux membres à part entière, mais nous sommes toujours prêts à recevoir des contributions d’idées, de l’implication. Par exemple, nous avons aujourd’hui un problème majeur avec notre pays phare des Caraïbes, Haïti, et plusieurs membres qui ne sont qu’observateurs, notamment en Amérique du Nord, centrale et du Sud, très actifs, ont demandé à contribuer à la réflexion et même à faire partie des solutions qui pourront, j’espère plus tôt que tard, sortir Haïti de cette situation. J’aimerais bien que sur des sujets d’importance l’Ontario soit présent. J’aimerais qu’il y ait plus d’action.
Avez-vous une autre idée en tête?
Le Nouveau-Brunswick est par exemple très actif sur les questions de la jeunesse. (…) Or, je n’ai pas vu l’Ontario (sur ce genre de question). Que ce soit sur le plan culturel, linguistique, ou même politique, nous sommes très ouverts. Cette province représente (la francophonie) au plus haut niveau, comme beaucoup d’autres États, et je pense qu’il y avait même pas de participation au sommet où j’ai été élue, à Erevan (en 2018). Rien que là, le manque de présence dans un événement de si grande importance me désole.
Souhaiteriez-vous que l’Ontario devienne membre permanent afin justement de mieux prendre sa place?
Ma réponse est oui, à condition que les critères soient respectés (en termes d’augmentation de programmes, de locuteurs et d’usage de la langue dans les écoles). S’il remplit ces critères, l’Ontario est vraiment le bienvenu chez nous.
Lors des Jeux de la francophonie 2023 à Kinshasa, l’été dernier, l’Ontario était représenté par une seule athlète… anglophone. Comment interprétez-vous ce choix canadien?
Je ne le savais pas… Les pays et provinces d’appartenance membres de l’organisation ne sont pas exclus de ces activités-là évidemment. Maintenant, ma question serait de savoir comment est-ce qu’ils ont pu naviguer dans ce milieu qui est très francophone. La difficulté serait plutôt due au niveau des athlètes eux-mêmes. Je ne sais pas comment ils se sont débrouillés. La difficulté est plus pratique qu’institutionnelle pour moi.
La pratique de la langue française progresse à l’échelle mondiale, mais recule au Canada, y compris en Ontario, proportionnellement à l’anglais. Cette décélération vous inquiète-t-elle?
Ça ne m’alarme pas outre mesure parce qu’il y a d’autres acteurs sur le plan international qui émergent et qui ont leurs influences. La langue anglaise est plus ou moins la lingua franca du monde. Les efforts que je fais au niveau de l’OIF, des autres organisations internationales et des pays et gouvernements membres, c’est de m’assurer, par des actions concrètes, de ne pas continuer à perdre du terrain. Par exemple, par le biais de l’enseignement de la langue, de la mobilisation des acteurs culturels francophones, des échanges commerciaux…
La langue française doit occuper sa place, mais ne doit pas être en guerre contre l’anglais ou toute autre langue parce qu’on est aujourd’hui une francophonie dans un monde totalement multilingue. Nos États et gouvernements membres ont d’autres langues au-delà de la langue française. Donc je ne dramatise pas le recul du français, mais j’aimerais qu’on puisse plutôt ensemble agir pour qu’on ne pas à perdre du terrain.
Le Canada est une destination attractive pour les Européens et les Africains. Mais immigrer relève souvent du parcours du combattant, alors même que cela pourrait atténuer la pénurie de main-d’œuvre francophone, notamment en Ontario. Comment percevez-vous ce paradoxe vu de l’étranger?
En tant qu’organisation internationale, on ne se mêle pas des politiques de nos membres, mais, de mon de vue, il faudrait quand même pouvoir stimuler, favoriser la mobilité des francophones à travers le monde francophone. Sous quelle forme? L’immigration avec l’objectif d’installation permanente? L’arrivée d’étudiants en francophones qui après rentreraient dans leur pays? Je ne sais pas, mais tout ce que je sais, c’est que ce serait une bonne chose pour nous que les francophones puissent quand même circuler dans nos pays membres sans être trop encombrés.
Sous la coupe de gangs de rue, Haïti s’enfonce dans la crise malgré les tentatives diplomatiques des grandes puissances régionales comme le Canada… Comment enrayer le cycle de la violence dans cet État caribéen?
Il ne faut pas sous-estimer la complexité de la question haïtienne qui atteint un niveau alarmant. Des acteurs internationaux, y compris des organisations internationales comme nous, sont à la recherche de solutions accélérées depuis 2019 (…). On est bloqué à cause de la question sécuritaire, mais j’ai pu mobiliser nos États membres, notamment le Bénin, un pays très proche d’Haïti pour des raisons historiques, qui est prêt à envoyer des troupes (…). J’étais à New York il y a une semaine pour échanger avec le secrétaire général des Nations unies et nous sommes tous très frustrés.
La formation d’un gouvernement provisoire est-elle de nature à sortir de cette impasse?
La solution politique devrait commencer avec un petit groupe d’interlocuteurs haïtiens qui en train d’être formé, car, sans interlocuteur politique, on n’avance pas. On l’a vu avec le Kenya notamment (qui devait envoyer des forces de police en janvier dernier à la suite d’une résolution des Nations Unies). Le pays veut savoir auprès de qui il s’engage et qui est l’autorité en Haïti. C’est vraiment urgent et ça dépend surtout des Haïtiens eux-mêmes, avec leurs grands partenaires tels que le Canada et les États-Unis.
Nous attendons depuis quelque temps déjà avec ces outils politiques, pour pouvoir passer de la transition aux élections. Nous sommes prêts, nous attendons. Voilà les efforts sont là depuis très longtemps, mais comme le reste du monde, on est bloqué par le fait que, par ailleurs, pour nous et à mon humble avis, il faut absolument une action sécuritaire musclée, parce que ces gangs ne sont pas des enfants de chœur.
La jeunesse est une de vos priorités, mais n’êtes-vous pas en train de la perdre? On la retrouve en effet en grande partie en Afrique où semble se répandre un rejet de la France, voire de la langue française si on considère qu’au Mali le français a été déchu de son statut de langue officielle…
Il y a de réels problèmes politiques aujourd’hui entre la France et surtout les pays de la région du Sahel. Mais c’est surtout lié à la relation bilatérale qu’entretient la France avec ces pays, notamment dans la lutte contre le terrorisme, qui génère un mécontentement clair. Or, la francophonie, ce n’est pas la France. La France est un membre, celui qui nous a donné la langue, mais ce serait dommage de résumer la francophonie à la France.
N’oublions pas que le nombre de locuteurs francophones sur le continent africain est en grande progression, surtout à cause de la démographie, et que nous avons 29 membres à part entière sur 54 membres africains qui sont francophones, soit plus de la moitié du continent (…). Rejeter la langue française serait, à mon avis une erreur, car la grande majorité de nos pays francophones en Afrique n’ont que la langue française pour s’exprimer à l’international. Il faut se garder de l’amalgame entre la France, la langue française et la Francophonie.
Louise Mushikiwabo a entamé son second mandat depuis le 18e Sommet de la Francophonie, à Djerba (Tunisie) en 2022. Ici au côté des présidents français et tunisien, Emmanuel Macron et Kais Saied. Crédit image : OIF
Restons sur le continent africain où certains membres de l’OIF ont été suspendus comme la Guinée, le Mali, le Gabon, le Burkina Faso… Leur mise à l’écart est-elle vraiment dissuasive en vue de restaurer la stabilité démocratique d’un pays?
Oui et non. Nous sommes dans une grande réflexion sur ce qui pourrait aider ces pays (qui ont connu des coups d’État) à revenir dans le giron, sans couper les ponts avec eux afin de les convaincre, les accompagner sur le chemin du retour à la normale. Nous avons en effet une expertise depuis plusieurs années dans la rédaction de textes constitutionnels, l’audit des fichiers électoraux, la formation des médias en période électorale, etc. Nous ne voulons pas prendre de mesures qui, à la fin, se révèleraient contre-productives ou n’arriveraient pas à nous aider à ramener ces pays (dans l’OIF).
Qu’envisagez-vous dans ce cas? Après huit coups d’Etat en quatre ans, la réflexion tourne autour d’un retour progressif dans l’organisation de ces pays suspendus, en posant quelques conditions (…). J’ai reçu le mandat de m’impliquer personnellement au niveau des chefs d’État de transition pour continuer à échanger et revenir vers les États pour cette discussion-là qui, j’espère, nous mènera vers un retour à la normale.
Pensez-vous au cas de la Guinée?
Oui, la Guinée a fait des progrès par rapport à nos demandes. Il y avait encore quelque chose à faire avant de recommander la sortie de sa suspension, et c’était notamment, j’en avais parlé aux autorités en janvier, par rapport au blocage de l’internet et des réseaux sociaux, parce qu’il y avait eu un gros accident autour de la période des fêtes de fin d’année. Aujourd’hui, c’est fait. Après discussion, nous allons, j’imagine, au Conseil permanent de la Francophonie du mois de juin revoir le dossier et les étapes qui ont été franchies.
SUDBURY – La 51e édition de La Nuit sur l’étang a eu lieu samedi soir au Collège Boréal, à Sudbury. Année de transition suite au grand rendez-vous de l’an dernier pour le 50e anniversaire, l’édition 2024 s’annonçait plus modeste, mais a tout de même offert quelques moments grandioses, avec la présence de Céleste Lévis, de Marc-Antoine Joly et de la légende du rock, Breen LeBoeuf.
Dans les coulisses, on croisait à la fois d’anciens organisateurs toujours un peu impliqués ici et là, comme l’ex-directeur général devenu consultant, Pierre-Paul Mongeon, et des nouveaux qui se faisaient les dents sur la soirée. Ces derniers ont misé sur le couple formé de Céleste Lévis et Marc-Antoine Joly pour débuter le spectacle, qui s’est déroulé dans une salle Trisac avec encore quelques sièges libres.
Céleste Lévis et JOLY travaillent ensemble depuis une dizaine d’année. Crédit image : Dominique Demers
Originaire de Timmins, Céleste Lévis profite d’un grand capital de sympathie dans le Nord de l’Ontario. Son complice, Marc-Antoine Joly, a raconté sa propre histoire d’amour avec Sudbury, blaguant sur le fait qu’il aurait préféré que sa conjointe vienne de la ville du nickel.
Les musiciens ont alterné entre les chansons de leurs projets musicaux respectifs, même si l’un n’est jamais bien loin de l’autre. Céleste Lévis s’est assise derrière le clavier, expliquant au public qu’elle avait souvent délaissé cet instrument au profit de la guitare.
Céleste Lévis a expliqué être nerveuse de reprendre le piano pour ce concert spécial. Crédit image : Dominique Demers
Chu un rocker
À 74 ans, Breen LeBoeuf a prouvé une fois de plus à quel point il maitrisait ses instruments, non seulement sa basse, mais surtout sa voix, au timbre clair et puissant. Le musicien est arrivé à Sudbury quelques jours avant le concert afin de pratiquer les nouveaux arrangements de ses chansons, offerts par les musiciens locaux, sous la direction de Dan Bédard.
C’est une façon pour La Nuit sur l’étang de continuer d’encourager la culture francophone de Sudbury. « Ça prend des gens pour payer nos musiciens locaux, ou ils vont aller ailleurs », a indiqué Pierre-Paul Mongeon à ONFR.
Le consultant explique que les musiciens préparent des arrangements pour les grandes chansons de l’artiste invité afin de lui en offrir une nouvelle version, plus orchestrale et unique à l’expérience de La Nuit sur l’étang. « C’est comme un hommage » à la carrière de la tête d’affiche. On glissera, par exemple, un solo de saxophone au milieu d’un succès d’Offenbach. D’ailleurs, les musiciens avaient eux-mêmes leurs moments de gloire, où le public pouvait apprécier leur talent et leur expérience indéniables.
Plus orchestral qu’acoustique
Quand on entend parler d’un spectacle acoustique, on pense à un musicien sur scène, peut-être trois, avec une guitare sèche. Pas lors d’une collaboration entre La Nuit sur l’étang et Breen LeBoeuf, où la partie « acoustique » réunissait une douzaine de musiciens, dont deux violonistes et un violoncelliste.
La version Nuit sur l’étang de Deux autres bières, sur laquelle l’impressionnant batteur nord-ontarien Shawn Sasyniuk a aussi poussé la note, faisait oublier que l’on était supposément dans la partie acoustique du concert.
Breen LeBoeuf et les choristes Angèle Clément, Marielle Malleau et Patrick Therrien. Crédit image : Dominique Demers
Le musicien aux 55 ans de carrière en a profité pour refaire des chansons qu’il joue moins souvent en spectacle. Le public a même eu droit à un retour à la genèse de Breen LeBoeuf, alors qu’il a fait découvrir la chanson qui lui a permis de décrocher son tout premier contrat. Ce fut aussi l’occasion de revisiter quelques chansons de son premier album solo, De ville en aventure, qu’il ne fait plus nécessairement dans ses tournées régulières.
Belle surprise aussi avec la version acoustique bien sentie de Mes blues passent pu dans porte, la première chanson d’Offenbach à avoir été chantée par Breen LeBoeuf et qui est restée son grand classique. « Je suis bien content que vous aimiez ça, parce que nous autres, on trippe », a lancé le musicien à la foule.
Breen LeBoeuf à La Nuit sur l’étang 2024. Crédit image : Dominique Demers
Dans la deuxième partie, plus rock, ont continué de s’enchaîner les succès des nombreux projets de Breen LeBoeuf, dont April Wine et Offenbach. Le Franco-Ontarien n’a plus de complexes à interpréter les chansons de son ami Gerry Boulet, ce qu’il a longtemps refusé de faire après le décès de celui-ci. La date au calendrier a changé pendant Câline de blues, mais il restait quelques bons moments à ce concert qui s’est finalement terminé à minuit 25.
Une finale unique aux arts vivants
Au rappel, une quinzaine de musiciens sur scène ont entamé la mythique Promenade sur mars. On a ensuite fait entrer quatre choristes supplémentaires, des étudiantes de l’École secondaire Macdonald-Cartier. On a aussi rappelé Céleste Lévis et JOLY, pour une deuxième version de Mes blues passent pu dans porte mettant en vedette 22 personnes. Pour la petite histoire, le couple a appris l’après-midi même qu’ils étaient invités à joindre le numéro final.
JOLY lors de la Nuit sur l’étang 2024. Crédit image : Dominique Demers
La voix de JOLY, bien différente de celle de Breen LeBoeuf, s’est avérée étonnamment efficace sur ce classique revisité. Questionné par ONFR en fin de soirée, l’artiste originaire de Hawkesbury a raconté son expérience.
« Chanter devant Breen, c’est quand même quelque chose qui est difficile à faire, parce que Breen est une légende. Alors, le regarder dans les yeux et chanter ses paroles, tu ne veux pas te tromper. C’est une première fois pour moi de faire quelque chose comme ça. Ça me fait ouvrir mes portes à ce genre de choses », a lancé Marc-Antoine Joly sous le regard amusé de Céleste Lévis, qui cumule déjà pour sa part une demi-douzaine de collaborations du genre avec Breen LeBoeuf.
Ce dernier, qui a fait ses premières armes dans les chorales pour enfants de North Bay, était tout aussi enchanté de la finale du concert.
« Ça fait longtemps que ce n’est plus ma chanson. C’est la chanson de tout le monde. Quand on peut la chanter en gang comme ça avec Céleste, JOLY et les choristes qui chantaient avec nous ce soir… Quel son! C’est tellement un plaisir d’entendre notre création chantée par de belles voix comme ça en chorale. Je le referais tout de suite », a-t-il mentionné à ONFR.
La deuxième partie du concert misait davantage sur le rock. Crédit image : Dominique Demers
Mêlant des collaborations inattendues, des musiciens d’expérience et des jeunes, des connus et des moins connus, ce moment qui aurait pu se déployer sur un grand plateau rappelait un peu l’émission radio-canadienne En direct de l’univers. Mais il y a quelque chose de beau dans le fait de ne pas fixer l’expérience. Ceux qui raconteront y avoir assisté lanceront sans doute, sans y penser, un plaidoyer pour les arts vivants. En espérant que la 52e Nuit sur l’étang, en 2025, affiche complet.
En 1978, un Franco-Ontarien de North Bay a rejoint l’une des formations les plus importantes de l’histoire de la musique québécoise. Mais Breen LeBoeuf, c’est beaucoup plus que le bassiste d’Offenbach. Toujours passionné après 55 ans de carrière, il tient l’affiche de la 51e Nuit sur l’étang de Sudbury, ce soir, quelques jours après être rentré d’un voyage professionnel en Floride. C’est de là qu’il s’est entretenu avec ONFR.
« Qu’est-ce que vous faites en Floride?
J’ai été invité par un ami qui produit des spectacles pour la francophonie. En Floride, il y a beaucoup de francophones, particulièrement des Québécois. C’est agréable de jouer pour eux. C’est rare que je me permets de sortir de mon coin.
Donc, vous avez un côté tranquille?
Je suis rendu pantouflard, sauf quand je joue de la musique. La vie est tranquille et j’aime ça comme ça. Ça a été très actif, c’était même trop actif à un moment donné. Ça fait du bien de vivre à un rythme plus dégagé.
Retournons au début. Comment c’était, de grandir comme francophone à North Bay?
Il y avait beaucoup de noms francophones : Perron, Guillemette, LeBoeuf… mais beaucoup de gens avaient partiellement ou complètement perdu leur langue, à force de vivre dans une communauté où la langue du travail, des patrons et de l’argent était l’anglais.
Ma mère, d’origine irlandaise, occupait deux emplois pour nous payer notre éducation en français et nos leçons privées, comme mes cours de piano. Je suis chanceux.
Breen LeBoeuf lors d’un spectacle Harley. Gracieuseté
Au secondaire, on avait seulement l’Académie de Notre-Dame-de-L’Assomption, une école privée tenue par les Sœurs de l’Assomption. Elles faisaient un très bon travail, mais elles n’avaient pas de budget.
Au primaire, on partageait l’école avec des anglophones, car il manquait de bâtisses. J’étais parmi les frogs. Il y avait souvent de la friction. J’étais parmi le groupe qui protégeait notre culture, notre nom de famille, notre langue.
Vous étiez déjà militant au primaire?
Quand le gars s’en vient pour te pousser dans la clôture et te traiter de niaiseux, il y a une réponse à ça, non?
Mais c’était ça, je représentais la francophonie dans la cour d’école, avec mes chums. Mais on parlait l’anglais chez nous, car ma mère était unilingue anglophone. Ma grand-mère paternelle, elle, était unilingue francophone. Mais le français était surtout un exercice académique. À l’époque, c’était rare d’être servis en français. Même les francophones se parlaient anglais entre eux.
Trouvez-vous que ça a changé?
Oui. J’y suis allé il y a quelques années, car ils m’ont fait une étoile dans le trottoir, sur la rue principale. Je suis très fier d’être de ce petit Hall of Fame de North Bay.
C’était incroyable pour moi de voir deux écoles secondaires francophones! Puis, on entend le français dans la rue, dans les restaurants… c’est loin d’être majoritaire, mais c’est présent.
Parmi les légendes que Breen LeBoeuf a pu rencontrer, notons Chuck Berry, en 1980. La chanson Chu un rocker d’Offenbach est une adaptation de I’m a rocker, de Chuck Berry. Gracieuseté
Vous avez un début de parcours ancré dans le catéchisme. Est-ce qu’il reste une place à la spiritualité ou à la religion dans votre vie?
Je ne suis pas religieux. Je me considère spirituel. Je crois qu’on atteint différents niveaux de présence. Des fois, je suis superficiel à en être désagréable. D’autres fois, surtout quand je fais de la musique, je suis ailleurs. Je ne pense pas être assez intelligent pour comprendre ce que c’est, mais je peux en profiter grâce à cette activité que j’adore encore.
Comment avez-vous décidé d’en faire une carrière?
Tout le monde m’avait convaincu qu’il n’y avait pas d’avenir là-dedans. Ils voulaient que je sois enseignant et j’ai essayé. Ah, que je ne me sentais pas à ma place!
À Sudbury, un mercredi matin pluvieux, j’allais enseigner une leçon de catéchisme au primaire. J’étais tourmenté. J’avais refusé un contrat de disque à Toronto quelques mois auparavant.
La professeure titulaire a refusé mon plan de leçon, car il était bâclé. Alors, je l’ai envoyée promener. Ce n’était pas personnel, elle représentait quelque chose. Et là, dans ce couloir d’école, j’ai décidé d’être musicien.
Heureusement, Mort Ross, qui vous avait proposé un contrat de disque, vous a repris. Quelle importance a-t-il eu sur votre carrière?
Il n’avait pas le choix. J’ai pris un billet d’autobus pour Toronto et je me suis pointé chez lui à 22 h. Ça ne marche pas comme ça, normalement. Mais dans ma vie, les choses sont souvent arrivées comme dans les films.
Pendant quelques mois, je restais au bureau de la compagnie de disque. Je travaillais pour sa compagnie de jingles publicitaires et c’était mon baptême de feu de studio, avec les meilleurs en ville. J’étais vraiment out of my league.
Chimo! Le groupe avec qui tout a commencé pour Breen LeBoeuf à Toronto. Gracieuseté
Dans une entrevue accordée à Marcel Vaillancourt pour La Nuit sur l’étang, vous affirmez : ‘Si tu n’étais pas alcoolique avant de faire 10 ans dans les bars, tu avais de très bonnes chances de développer un problème.’ Quel est votre rapport avec l’alcool et les drogues aujourd’hui?
Je suis sobre depuis 33 ans. J’ai fait des rencontres des Alcooliques anonymes pendant des années, parfois à raison de plusieurs par jour.
Je ne suis pas tombé malade du corps, mais de l’esprit. Ma personnalité, ma confiance, les pensées suicidaires… tu ne veux jamais retourner là. Alors, c’est la peur qui me tient. C’est une belle peur que je souhaite à tous ceux qui ont décidé de mettre une distance entre eux et leur mauvaise habitude.
Comment est arrivée l’idée de chanter en français?
J’avais un super bon groupe, mais on crevait de faim. Le guitariste Doug McCaskill et moi cherchions une opportunité.
Nous avions rencontré Offenbach un an auparavant, dans un bar de Toronto où nous étions allés dans le but de voler leur semaine de travail. Finalement, je m’étais fait ami avec Gerry (Boulet) et Johnny (Gravel). Doug et moi n’avions plus le cœur d’aller voir le gérant pour tenter de prendre leur place.
Un technicien m’a dit que le guitariste et le bassiste d’Offenbach s’en allaient. Doug et moi, on a appris deux de leurs albums avant d’auditionner. Quand on est arrivés dans le studio de répétition, ça a cliqué tout de suite.
Doug avait de la difficulté avec les chansons en français, car il était unilingue anglophone. Il n’est pas resté longtemps. J’ai recruté John McGale pour le remplacer.
Est-ce que le Québec s’est approprié Breen LeBoeuf et John McGale?
Encore aujourd’hui, il y a des gens qui ne savent pas. J’ai encore mon accent, alors ils se grattent la tête en se demandant d’où je viens. Mais on s’est approprié des deux bords, c’était un contrat mutuel.
À l’époque d’Offenbach. Gracieuseté
Offenbach était plus culte que populaire. Ça tournait à la radio FM mais, à l’époque, le FM jouait toutes sortes de choses qui n’étaient pas grand public. On allait chercher notre monde grâce aux spectacles. Ce que j’aimais d’Offenbach quand j’ai commencé avec eux, c’est qu’ils n’étaient pas à la mode. Parce que ce qui est à la mode te donne du travail pour six mois.
Mais John écrivait souvent dans une formule radiophonique. Ça nous aidait à franchir cette barrière, à vendre plus de billets, pour éventuellement faire de grandes tournées, où l’on partait à 40 personnes sur la route. Pour le Québec, c’était du jamais vu.
Pourquoi les albums anglophones d’Offenbach n’ont-ils pas fonctionné?
Gerry avait un accent tellement fort! Je ne comprenais pas son anglais. Il s’est amélioré avec les années parce que John et moi parlions en anglais entre nous. Ça a formé son oreille. Un accent, c’est beau, mais il faut que ça soit compréhensible.
Quel souvenir gardez-vous de Gerry Boulet, 33 ans après son décès?
Il était une personne exceptionnelle. Il ne parlait pas beaucoup, même sur scène. Il communiquait autrement. Il avait une aura immense.
Je me suis senti à l’aise avec lui tout de suite. On ne s’est jamais chicané. Il me donnait ma place, je le soutenais dans ses décisions, on avait une façon de gérer nos désaccords qui n’étaient pas dans l’orgueil.
Je ne voulais pas être le chanteur d’Offenbach, je voulais chanter dans Offenbach. Ça m’a pris des années à oser chanter ses chansons. Je ne voulais pas les abîmer.
Comment avez-vous géré le fait d’entendre d’autres chanteurs les reprendre? Vous êtes aussi devenu ami avec Martin Deschamps…
J’étais content que Martin les chante, parce qu’on pouvait ramener, en quelque sorte, l’enveloppe musicale d’Offenbach. Il y avait Johnny, John, moi et Martin, dont la voix résonnait comme celle de Gerry.
J’étais content de voir que les gens voulaient posséder sa façon de livrer une chanson. Des Boom Desjardins, des Garou, des voix garnotte, on n’entendait pas ça avant lui.
Qu’avez-vous pensé du film biographique Gerry (2011), et de la façon dont vous y êtes interprété?
Au lieu de trouver un francophone qui parlait comme moi, ils ont trouvé un Italien anglophone qui parlait français, Eugene Brotto. On a traîné ensemble avant qu’il joue mon rôle. Je l’adorais, c’est juste qu’il était bien trop grand par rapport à moi.
J’ai été, d’une certaine façon, consultant pour le film. Mais j’étais sur la route avec April Wine et je n’étais pas toujours disponible.
Breen LeBoeuf a aussi fait partie de groupe canadien April Wine de 2007 à 2011. Gracieuseté
Ils ont finalement fait quelque chose qui était acceptable pour Françoise Farlado-Boulet (sa femme), René Malo (ancien gérant d’Offenbach) et moi. On avait fait arrêter la production, car ça ne représentait pas notre Gerry.
C’est difficile de résumer une vie en 90 minutes. Donc oui, c’est romancé. Je trouve qu’ils ont raté une chose : il n’y a pas de fun dans le film, il y a de la chicane tout le long.
Il y a aussi une scène où Gerry et Françoise nous avaient invités, Claire (Mayer, la conjointe de Breen) et moi, à souper. Gerry voulait me vendre l’idée de son album Rendez-vous doux. À la maison, il m’a donné une cassette avec les chansons incomplètes. Je l’ai encore, et c’est la vraie cassette qu’on entend dans le film.
J’étais là lors du tournage. Gerry devait avoir deux pages de monologue. J’ai dit à Alain (DesRochers, le réalisateur) que ce n’était pas réaliste.
Dans la vraie vie, j’ai juste dit : ‘Pi Johnny, lui?’ Gerry m’a simplement regardé en faisant non de la tête. Il a dit : ‘Ça sonnerait trop comme Offenbach.’ Vous voyez comment on communiquait? Il y avait de l’émotion dans son visage. Il avait envie de pleurer, Johnny était comme son frère, mais il tournait la page. Ç’a été un moment important dans sa vie. Il fallait bien le représenter.
Vous avez aussi collaboré avec Céline Dion, sur sa tournée Incognito. Comment est-ce arrivé?
J’avais chanté à la télé avec elle quand elle avait 15 ans. On n’avait pas répété, on s’est regardé dans les yeux et elle avait été merveilleuse. Elle a un talent fou.
J’étais aussi ami avec Mégo (Claude Lemay, musicien en chef de Céline Dion pendant 28 ans), qui m’a approché pour que je me joigne à la tournée. J’étais entre deux projets, je n’avais pas d’entrée d’argent et mon fils Vincent allait naître bientôt. J’ai rapidement accepté. Et j’ai vécu une tournée très agréable.
Avec Céline Dion lors de la tournée Incognito. Gracieuseté
Comment ça se passe quand on se lance en solo après avoir fait partie d’un groupe mythique?
C’est un saut dans le vide. J’avais d’autres expressions musicales que ce qu’on faisait avec le groupe.
Vous êtes de retour à La Nuit sur l’étang. Qu’est-ce que cet événement signifie pour vous?
J’ai surtout des souvenirs de La Brunante, où j’ai été formateur. J’étais tellement fan de cet événement. On martelait les jeunes d’informations. Mais ça n’avait pas l’air d’une salle de classe, c’était comme un party de musiciens.
Les jeunes s’amélioraient à vue d’œil. On essayait aussi de ne pas trop les guider, de les laisser expérimenter eux-mêmes.
Breen LeBoeuf lors de la soirée Nos racines collectives à la 50e Nuit sur l’étang, en 2023. Crédit image : Léo Duquette
Je pense que j’étais allé à La Nuit sur l’étang à l’époque de mon premier album solo, De ville en aventure. J’en ferai d’ailleurs quelques chansons cette année, que je ne fais plus nécessairement en spectacle.
Que pensez-vous de la relève artistique d’aujourd’hui?
Premièrement, un jeune qui ramasse une guitare au lieu d’une arme, c’est une bonne personne. Si l’intention est là de créer des expériences artistiques à partager, je suis gagné. Ça ne me donne pas le droit d’être un juge, ça me donne le droit d’être un fan.
J’ai déjà beaucoup jugé et j’ai arrêté. C’est gênant quand tu fais comme si tu avais raison, mais que tout le monde sait que tu as tort.
Avez-vous un artiste coup de cœur parmi les jeunes?
Je suis un grand fan de Ricky Paquette, de Gatineau. Maintenant, il fait des tournées mondiales avec les Sheepdogs, un groupe de Saskatchewan. Il leur apporte tellement de calibre. J’ai connu Ricky quand il avait 12 ou 13 ans. Il jouait comme s’il avait 40 ans d’expérience. En plus, c’est un gars adorable, le contraire d’une tête enflée.
Qu’est-ce que la chanson Mes blues passent pu dans porte a changé pour vous?
Tout. On l’a faite en 30 minutes, elle est tombée du ciel. C’est la seule chanson que j’ai écrite avec Gerry. Mais on ne savait pas à quel point les gens allaient l’adopter.
Breen LeBoeuf cumule 55 ans de carrière dans différents groupes et en solo. Gracieuseté
Gerry m’avait fait un petit coup de cochon. C’était la première chanson d’Offenbach chantée par moi, et je crois qu’il avait peur qu’elle prenne trop d’attention. À l’époque, on envoyait des 45 tours dans les radios, avec la chanson en promotion en face A, et une moins importante en face B.
Cette fois-là, la face A était Je chante comme un coyote, une de mes préférées. Gerry avait mis Mes blues sur la face B sans que je le sache. Mais les programmateurs musicaux ont décidé de la jouer elle aussi. Ça nous a coûté un hit. On n’a pas eu assez de rotation pour grimper dans les palmarès.
Mais les radios ont oublié d’arrêter de la jouer. Pendant des années, puis des décennies. Il n’y a rien de mieux que d’être sur scène et de n’avoir rien à faire, car la foule chante ta chanson. »
LES DATES-CLÉS DE BREEN LEBOEUF :
1949 : Naissance à North Bay
1969 : Il laisse tomber ses études en enseignement et débarque à Toronto pour faire carrière en musique.
1978 : Il intègre le groupe québécois Offenbach
1986 : Il rencontre la chorégraphe Claire Mayer, qui deviendra son épouse. Leur fils Vincent naît l’année suivante.
1990 : Sortie de son premier album solo, De ville en aventure.
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario, au Canada et à l’étranger.
Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.
SUDBURY – L’écrivaine doit parfois se taire afin de mieux mijoter les mots et de redoubler de choses à dire. Du moins, je l’espère… Car les mots me manquent et je manque mes mots. Dévorée par l’éclat d’une page blanche, je n’arrive plus à écrire. La fatigue me gagne et l’inspiration me lâche. C’est pourquoi, pour le moment, ces paragraphes seront mes derniers pour ONFR.
Je vous ai dépeint ces êtres extraordinaires du paysage lunaire de Sudbury : l’immortelle Hélène Gravel, artiste et artisane du théâtre jeunesse franco-ontarien, la mineure Lilian Amelia Bellmore, une allégorie de ces pionnières qui ont osé faire carrière dans les mines de Sudbury, ou encore l’artiste et activiste queer Alex Tétreault et son intrépide gang de Nickel City Fifs.
La fatigue me gagne et l’inspiration me lâche. L’écrivaine doit parfois se taire afin de mieux mijoter ses mots et de redoubler de choses à dire.
Je souhaite continuer à faire briller une lumière sur ce bout d’arrière-pays et ce, surtout la Nickel City – et notre place dans le monde. Et je souhaite continuer à agiter pour une francophonie inclusive et intersectionnelle, féministe, engagée envers la vérité et la réconciliation avec « toutes nos relations » autochtones et préoccupée par l’œuvre antiraciste et antidiscriminatoire.
Or, je reprendrai bientôt ma plume à grands coups d’épée.
Avant de se quitter, quelques remerciements.
À Lila Mouch et Inès Rebei : C’est grâce à vous si ONFR a pris conscience de mes écrits dans mon blogue La Tourtière – merci de votre amitié et générosité. À Rudy Chabannes et Sébastien Pierroz : merci de m’avoir accordé le droit de parole dans les pages d’ONFR. À Monia Mazigh : ton courage et ta solidarité m’inspirent – shukran.
À vous, chères lectrices et chers lecteurs. Belle gang, merci de m’avoir accueilli dans vos lectures. Merci, merci, merci.
Et à très bientôt.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et du Groupe Média TFO.
La majorité des élus municipaux en Ontario pourraient faire face à de l’intimidation au quotidien dans l’exercice de leurs fonctions. Bien que ce ne soit pas un phénomène récent, la normalisation de ce problème de société pourrait avoir de graves impacts sur la démocratie, en plus d’affecter, à plusieurs niveaux, les politiciens et politiciennes qui subissent une violence numérique inouïe.
« Est-ce que vous êtes prêt, est-ce que votre famille et vos enfants sont prêts pour l’hostilité? Ce sont des questions que l’on m’a demandées lorsque j’ai posé ma candidature pour être le maire d’Ottawa », se rappelle Mark Sutcliffe.
Si aujourd’hui plusieurs élus municipaux sont confrontés à de l’intimidation, les raisons, aussi illégitimes soient-elles, sont nombreuses. D’abord, comme l’explique l’avocat et expert en droit municipal, Stéphane Émard-Chabot : « Face à l’intimidation, notamment en ligne, ce qui est difficile, c’est l’anonymat et donc de ne pas toujours savoir d’où vient le problème qui en est la source et le manque d’imputabilité des gens qui se permettent ces comportements. »
« C’est un enjeu de société », ajoute-t-il.
« J’ai peur de voir moins de personnes à l’avenir s’intéresser à la politique municipale »
— Mark Sutcliffe, maire d’Ottawa
Le maire d’Ottawa croit que si l’intimidation persiste, nous risquons de perdre de futurs bons candidats aux municipales. Crédit image : Lila Mouch
Un aspect particulier des élus municipaux réside dans le fait qu’ils n’ont pas de structure partisane. D’après M. Émard-Chabot, qui a jadis occupé le rôle de conseiller municipal à Ottawa, les élus (municipaux) n’ont pas l’appui d’une organisation comme peuvent en bénéficier les députés provinciaux ou fédéraux.
De plus, « l’élu municipal, par sa proximité avec l’électorat, a toujours été le premier point de contact pour toutes les frustrations. C’est le cas depuis toujours, mais ce degré de violence numérique, lui, n’existait pas ».
L’expert croit que l’on assiste désormais à un dérapage très problématique des valeurs sociales.
Le maire d’Ottawa Mark Sutcliffe s’inquiète des conséquences de l’intimidation, indiquant avoir « peur de voir moins de personnes à l’avenir s’intéresser à la politique municipale ».
Une différence de comportement envers les femmes en politique
« ‘C’est une dictatrice’, ‘elle se prend pour notre mère’… des choses comme ça, j’en ai entendu beaucoup l’été dernier, lors de nos problèmes avec l’eau municipale », se souvient Geneviève Lajoie, mairesse de Casselman.
L’élue s’est souvent posée la question : « Est-ce qu’on se permet de me dire telle ou telle chose parce que je suis une femme? »
« Lorsqu’on est une femme occupant des postes de direction, confiante, assertive et directe, on est considérée comme plus autoritaire, comme étant difficile ou hystérique, tandis qu’un homme qui a un état d’esprit similaire est vu comme une personne forte, voire que les gens admirent. »
Geneviève Lajoie est la mairesse de Casselman. Depuis l’été dernier, la mairesse est attaquée sur les réseaux sociaux. Crédit image : Stéphane Bédard
Mme Lajoie admet avoir déjà vécu des situations inconfortables : « En conférence, j’ai perçu du flirt avec moi. Même quand des hommes viennent vous parler par derrière et posent leur main sur votre dos. Je sais que parfois, ce sont les anciennes façons qui fusionnent avec les nouvelles et que ce n’est pas toujours destiné à être une chose négative. Mais quand même… »
La mairesse a aussi vécu des remarques sur son français. « Quand j’ai commencé, les gens craignaient que la langue française ne soit en déclin à Casselman, parce que je suis anglophone. J’ai été traité très mal à cause de cela et parfois, je le suis encore. »
« J’ai travaillé dans le service à la clientèle. J’ai la peau épaisse, mais une goutte d’eau à chaque jour, ça casse une roche »
— Pierre Leroux, maire de Russell
De son côté, la conseillère municipale d’Ottawa, Stéphanie Plante, connaît bien l’intimidation en ligne. Dès le début de sa campagne électorale, en 2022, la politicienne s’est fait plusieurs fois insulter.
Avec ses nouvelles responsabilités, « il y a de l’intimidation, oui, mais il y a beaucoup de remarques sur notre vie privée, nos enfants, notre mariage, notre capacité à la faire la job, mes vêtements, etc… », explique-t-elle.
La conseillère, qui a déjà été menacée de coups, reçoit des remarques ou insultes via ses courriels et sur les médias sociaux.
« Je vais partager que je regarde RuPaul Drag Race, reprend-elle, puis quelqu’un va commenter : ‘Va faire ta job.’ Est-ce qu’un vendredi soir, j’ai le droit de me divertir avec mes drags? », demande-t-elle.
L’incivilité sur les réseaux sociaux
« Sur les médias sociaux, les gens ont tendance à être moins civils, ils sont définitivement plus à l’aise », estime le maire de Russell, Pierre Leroux.
En politique depuis 2010, M. Leroux trouve que le phénomène a empiré. Il y a quelques semaines, l’édile avait reçu un appel téléphonique : « Quelqu’un m’a appelé d’un numéro bloqué pour me dire qu’il avait hâte que je meure. »
« J’ai travaillé dans le service à la clientèle, j’ai la peau épaisse, mais une goutte d’eau à chaque jour, ça casse une roche. »
Le maire de Russell et président des Comtés unis de Prescott et Russell, Pierre Leroux. Crédit image : Stéphane Bédard
« Tu as le droit de questionner tout, mais avec respect »
— Mario Zanth, maire de Clarence-Rockland
De son côté, le maire d’Ottawa ne consomme plus les réseaux sociaux depuis un an et demi : « Il y a trop d’insultes, nous en avons parlé avec certains élus et c’est inquiétant pour nombre d’entre eux. »
Lors d’une rencontre avec les maires des grandes villes du Canada, M. Sutcliffe a abordé la question du harcèlement et de l’intimidation.
« Normalement, France Bélisle est présente à cette réunion et son absence a été liée à cette problématique, à l’intimidation, donc il était important d’en discuter. » En février dernier, la mairesse de Gatineau a démissionné pour préserver, disait-elle, sa santé, dans un climat d’intimidation constante.
D’après le maire : « C’est choquant d’entendre ce que les autres maires ont pu vivre, en particulier les femmes et les minorités visibles ou linguistiques. Derrière le politicien, il y a des émotions, une vie et une famille », déclare-t-il.
L’élu municipal, récipiendaire de la frustration des politiques
À Clarence-Rockland, le maire Mario Zanth a remarqué que des personnes ralentissaient devant sa maison : « J’ai trouvé ça bizarre parce qu’ils prenaient des photos de ma maison. »
D’après l’édile, il est facile de s’attaquer aux élus municipaux, en raison de la facilité d’accès aux politiciens et politiciennes. « Nous recevons la haine vouée au gouvernement fédéral et provincial. »
Le maire de Clarence-Rockland dans l’Est ontarien, Mario Zanth. Crédit image : Stéphane Bédard
« Un jour, quelqu’un m’a dit : « Mais tu travailles pour moi ». J’ai dit « oui, mais est-ce que tu traiterais tous tes employés de la façon dont tu viens de me traiter? »
« Oui, tu as le droit d’être frustré. Oui, tu as le droit de questionner des politiciens. Tu as le droit de questionner tout, mais avec respect. »
Selon Pierre Leroux, il existe une impression, chez les citoyens, selon laquelle l’intimidation est tolérable puisque les élus sont rémunérés avec des fonds publics. Il estime que beaucoup de gens ne saisissent pas pleinement les limites de l’autorité municipale, ce qui entraîne une confusion entre les responsabilités des niveaux provincial, fédéral et municipal.
« Les leaders provinciaux et fédéraux ont une responsabilité et doivent faire descendre la température »
— Stephen Blais
Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux en février dernier, le maire de la petite municipalité de l’Est ontarien avait exprimé sa frustration concernant l’intimidation et les fausses nouvelles partagées par des membres de la communauté.
« Pour la première fois en 14 ans de carrière, je me suis demandé si j’étais heureux, si j’aimais toujours mon travail, et j’ai hésité […] »
Ces dernières années en Ontario, plusieurs villes ont été le théâtre de batailles internes aux municipalités, comme Sarnia en 2016, Nipissing Ouest en 2020 ou encore Hawkesbury en 2021.
Une intervention de la province sera nécessaire
Stéphanie Plante se demande quelles mesures la province prendra pour protéger les élus municipaux. « Nous sommes soumis à la législation provinciale et nous devons demander au premier ministre quelles sont les mesures prévues par le gouvernement. Je rappelle qu’il y a quelques semaines, quelqu’un est entré par effraction dans le bureau du maire. »
« Sommes-nous préparés aux menaces de 2024 plutôt qu’à celles de 1999? », interroge la politicienne.
Le député provincial pour Orléans, Stephen Blais, à l’Assemblée législative. Source : Facebook/ Stephen Blais
En 2022, le député provincial Stephen Blais avait proposé un projet de loi pour mettre fin aux abus commis par les élus. « Ce projet était pour protéger les employés, les résidents et les autres élus face au harcèlement d’élus municipaux. »
« Malheureusement, cette situation existe à Brampton, Barrie ou encore Mississauga et partout au Canada », déplore l’élu d’Orléans.
Selon lui, « Nous ne sommes pas arrivés à cette situation du jour au lendemain. Les leaders provinciaux et fédéraux ont une responsabilité et doivent faire descendre la température. Nous avons des ministres plus responsables et d’autres qui cherchent la confrontation ».
Une question demeure difficile, estime le député : « Où est la limite entre la liberté d’expression et le discours haineux? »
M. Émard-Chabot affirme que s’engager en politique représente actuellement un sacrifice considérable, qu’on le reconnaisse ou non. Il craint que l’intimidation entraîne le départ de candidats compétents, ce qui, selon lui, constituerait un véritable drame pour la démocratie.
L’expert en droit municipal et ancien conseiller municipal, Stéphane Émard-Chabot, avocat chez Silcotte Guilbaut. Crédit image : Silcotte Guilbaut
« Au niveau local, qui seront les prochains activistes communautaires prêts à faire le saut volontairement? », se demande-t-il.
En Ontario, le nombre de démissions n’est pas encore élevé, mais on observe une nette hausse du nombre d’élus par acclamation lors des récentes élections. « Il y a même des conseils municipaux qui sont entièrement élus par acclamation », relève-t-il.
Enfin, pour changer la donne, l’expert en droit municipal propose l’établissement d’une structure gouvernementale financée par la province, offrant un soutien aux élus municipaux en cas de besoin.
« Il est également temps de prendre au sérieux la possibilité de criminaliser les actes violents en ligne, ajoute-t-il, et il faut des mécanismes permettant d’identifier les auteurs de ces actes, ce qui constitue un défi majeur. »
Pour son premier film, la réalisatrice française Héléna Klotz offre un premier rôle au cinéma à la musicienne Claire Pommet (Pomme). Celle-ci revêt le costume de la Vénus d’argent, personnage qui se décrit comme « neutre » et tente de faire carrière dans le monde brutal de la finance tout en s’affranchissant des règles et des normes.
Alors que la Semaine de la Francophonie se termine à Toronto, une légende francophone résonne jusqu’au sud de la frontière avec le Festival Nain Nouge à Windsor et Détroit. Pendant ce temps, une tradition se poursuit dans le Nord, la littérature brille dans le Niagara et des artistes de styles bien différents montent sur scène un peu partout en Ontario.
Littérature
Des livres dans le Niagara
De jeudi à dimanche, le Salon du livre des francophonies du Niagara, SAFRAN, propose des rencontres avec des auteurs, divers ateliers et tables rondes et même des expériences théâtrales. L’événement, chapeauté par l’organimse Solidarité des femmes immigrantes francophones du Niagara (SOFIFRAN), se déroule à l’école des beaux-arts et du spectacle Marilyn I. Walker, à Ste. Catharines, en plus d’une soirée d’ouverture du cinéma Film House, tout près. Lors des visites scolaires, les jeunes pourront rencontrer les auteurs jeunesse francophones Khadidja Ndoye, Mireille Messier, Binta Wagué, Khadidja Ndoye, Michelle Laframboise et Karim Siguéré.
Le collectif d’art de la marionnette et d’art de la parole Le chemin qui marche présentera deux courtes pièces, Arbre et Inukshuk, lors du SAFRAN. Crédit image : Le chemin qui marche
Ste. Catharines, du 21 au 24 mars. Détails sur le site du SAFRAN.
Musique
La Nuit sur l’étang de retour
Après avoir mis le paquet pour la 50e édition en 2023, La Nuit sur l’étang revient à une formule plus modeste cette année, tout en continuant de célébrer la culture franco-ontarienne. Couple sur scène comme dans la vie, Céleste Lévis et Marc-Antoine Joly partageront leur complicité avec le public en début de soirée. Par la suite, c’est Breen LeBoeuf qui prendra la scène d’assaut. Le musicien originaire de North Bay était d’ailleurs de la soirée « Nos racines collectives », réunissant des grands du milieu culturel franco-ontarien, l’an dernier. La soirée se déroulera samedi au Collège Boréal.
Breen LeBoeuf lors de la 50e Nuit sur l’étang, en 2023. Crédit image : Léo Duquette
Plus de 110 000 km séparent les pays d’origine de Kiyoshi Nagata et de Donné Roberts, mais ils uniront leurs cultures le temps de deux représentations du concert double From Japan to Madagascar (Du Japon à Madagascar), vendredi et samedi. Donné Roberts est né à Madagascar et parle couramment quatre langues, dont le malgache et le français. Sa discographie contient des chansons comme Je te dis, Marie-José et À 5 heures du matin à Paris, issues de son plus récent album, Oya. Il a gagné deux prix Juno avec des formations musicales dont il était membre, en 2005 et 2017.
Pour sa part, Kiyoshi Nagata est un immigrant japonais de troisième génération qui est retourné vivre au pays du soleil levant pour parfaire ses connaissances dans le taiko, l’art du tambour japonais. De retour à Toronto, il a fondé le premier groupe de taiko au Canada, Nagata Shachu. Le concert de cette semaine fait partie des célébrations du 40e anniversaire de la formation. Kiyoshi Nagata cherche constamment des collaborations originales afin de garder son art traditionnel au goût du jour.
La formation Ten ten, qui modernise des airs traditionnels japonais, sera aussi des deux concerts au Al Green Theatre.
Donné Roberts et Kiyoshi Nagata lors d’une journée de répétition. Source : Want & Able
L’artiste country néo-brunswickois Daniel Goguen est de passage à Alexandria ce vendredi. Il cumule plus de 25 ans de carrière, mais s’est fait remarquer par Réseau Ontario en 2021 lors de la Francofête en Acadie, où il a remporté le prix Contact ontarois. Son plus récent album, Un air country, est sorti la même année. L’opus figure dans le palmarès des dix albums franco-canadiens de 2021 de l’Acadie nouvelle. Daniel Goguen sera au Pavillon Bonnie Glen à compter de 20h, à l’invitation du Centre culturel les Trois p’tits points.
Daniel Goguen a reçu une nomination comme Interprète masculin de l’année au Gala Country (Québec) en 2022. Crédit image : Rachelle Richard-Léger
Diane Montreuil met en lumière les héritages autochtones
L’artiste visuelle métisse algonquine et francophone Diane Montreuil présente sa nouvelle exposition à la galerie Pierre-Léon de l’Alliance française de Toronto (AFT), du 23 mars au 20 avril. Comme son nom l’indique, Commémorer et honorer nos ancêtres mettra en lumière les héritages et enseignements traditionnels des communautés autochtones. La connexion spirituelle avec la nature est au cœur des œuvres. L’entrée est gratuite.
Un aperçu de l’exposition de Diane Montreuil. Crédit image : Alliance française de Toronto
Toronto, du 23 mars au 20 avril. Détails sur le site de l’AFT.
Improvisation
Oser monter sur les planches
L’improvisation semble se tailler une place grandissante en Ontario français. Cette fois, ce sont les gens de Cornwall qui pourront s’initier à ce sport théâtral grâce à l’atelier Jeux dits impro! donné ce soir. Dans le cadre du projet de l’ACFO-SDG Le manège de la francophonie, l’Amalgame des arts a convié Robert Poirier pour un atelier en trois parties, allant des exercices et rappels des règlements de base jusqu’au match pour mettre en pratique les acquis de la soirée. Il est possible de se présenter directement à l’atelier dès 18 h au gymnase du Centre Charles-Émile Claude.
L’atelier débutera par des exercices de base. Source : Canva
Cornwall, le 21 mars. Détails sur l’événement Facebook, mais il est possible de se présenter sans s’être préalablement inscrit.
OTTAWA – Le gouvernement fédéral a annoncé ce jeudi qu’il compte réduire de près de 20 % l’immigration temporaire au Canada sur une période de trois ans, ce qui inclut les étudiants et travailleurs étrangers. Ottawa pourra aller plus loin, mais doit rencontrer les provinces et territoires en mai, avant de convenir d’une cible finale à l’automne.
Selon les dernières données, il y avait 2,5 millions d’immigrants temporaires au Canada sur une population de 40 millions de Canadiens ce qui correspond à 6,25 % de la population canadienne. Le fédéral veut donc faire baisser cette proportion de 6,25 % à 5 % ce qui équivaut à une réduction de 20 % de l’ensemble des immigrants temporaires au pays. Les travailleurs étrangers du secteur de la construction et de la santé seront exemptés de ce plafond.
Autre nouveauté, le gouvernement fédéral se dotera de cibles annuelles d’immigration temporaire comme c’est le cas pour les immigrants permanents. Le ministre de l’Immigration Marc Miller a indiqué qu’il rencontrera ses homologues provinciaux en mai ainsi que les acteurs du milieu économique avant d’annoncer à l’automne les cibles fédérales pour les immigrants temporaires et permanents.
« Nous devons garantir que le nombre de résidents temporaires entrant dans le pays est à un niveau durable, tout en respectant nos engagements humanitaires et soutenir les priorités de nos marché du travail », a déclaré M. Miller.
Selon le ministre de l’Emploi Randy Boissonnault, les employeurs devront se tourner vers les Canadiens, les immigrants permanents et les réfugiés avec des permis de travail pour remplir leurs besoins. Il y a près de 1,2 million de Canadiens qui cherchent un emploi pour 650 000 postes vacants, ce qui veut dire que certains employeurs ne font pas le maximum pour le recrutement, estime-t-il. Marc Miller a parlé d’être plus stratégique dans l’accueil des nouveaux résidents notamment en agençant le nombre à la capacité de logements disponible.
« Des changements sont nécessaires pour rendre le système plus efficace et plus durable », a-t-il soutenu en conférence de presse jeudi.
En janvier, le ministre de l’Immigration avait annoncé que le nombre de nouveaux étudiants étrangers au pays serait réduit de 35 % sur deux ans. 42 % de l’immigration temporaire est des étudiants internationaux. Marc Miller a admis que cette réduction pourrait être encore plus élevée dans les années à venir.
Selon les plans d’immigration, le Canada doit accueillir 485 000 immigrants permanents en 2024, 500 000 en 2025 et 500 000 en 2026.
OTTAWA – Les sous-ministres et sous-ministres délégués dans l’appareil fédéral présentement en poste qui ne sont pas bilingues doivent suivre des formations linguistiques, a indiqué aux parlementaires une représentante du Bureau du Conseil privé.
Depuis l’adoption du projet de loi C-13 en juin dernier, les futurs sous-ministres et sous-ministres délégués (ou ceux nommés depuis juin dernier) doivent parler les deux langues officielles au moment de leur nomination ou suivre une formation pour devenir bilingues. Ceux qui occupent ces postes présentement sont protégés et n’ont pas à s’y soumettre car ils ont été embauchés avant la modernisation de la Loi sur les langues officielles. La majorité d’entre eux sont anglophones et ne parlent pas français.
Or, une représentante du Bureau du Conseil privé, qui fait des recommandations au premier ministre et au cabinet sur ces nominations, a indiqué que ces hauts fonctionnaires unilingues avaient reçu l’ordre de suivre des formations en langue seconde.
« Le greffier du Conseil privé a demandé à tous les sous-ministres actuels d’adhérer aux changements de la Loi. Ça veut dire que s’ils ne comprennent pas parfaitement les deux langues parfaitement, ils devront prendre la formation », a dit en comité parlementaire Rima Hamoui, secrétaire adjointe du Cabinet, Personnel supérieur, au Bureau du Conseil privé.
10 à 12 % des sous-ministres actuels non bilingues
Selon cette dernière, de 10 à 12 % des sous-ministres actuels ne sont pas bilingues. Ceux-ci devront faire rapport dans leur évaluation de rendement annuelle dès l’an prochain de leur état des lieux sur leurs compétences linguistiques, mais il n’a pas été précisé en combien de temps ils devront satisfaire aux exigences linguistiques. Malgré la nouvelle version de la Loi sur les langues officielles, il est encore possible pour les institutions fédérales d’embaucher d’unilingues anglophones comme sous-ministre à condition qu’ils s’engagent à suivre une formation.
Le commissaire aux langues officielles estimait que la nouvelle version de la Loi sur les langues officielles (LLO) serait suffisamment contraignante pour la haute fonction publique si cette portion dans le libellé de la LLO était appliquée à la lettre. Par exemple, Raymond Théberge affirmait que les sous-ministres unilingues devraient être écartés de leur poste pendant leur apprentissage d’une langue seconde et être remplacés entre temps par une personne bilingue.
« La haute direction doit donner l’exemple et indiquer clairement que le français et l’anglais occupent une place égale au sein de la fonction publique fédérale », avait-il affirmé lors d’un témoignage au Comité des langues officielles au début du mois.
Les sous-ministres adjoints, qui sont nommés par le Conseil du Trésor, doivent obligatoirement être bilingues dès l’embauche. Pour les niveaux plus bas, mais toujours dans la haute fonction publique, soit les gestionnaires et les superviseurs, ceux-ci devront être en mesure d’ici juin 2025 de communiquer avec les employés dans les deux langues officielles. Selon le Conseil du Trésor, c’est 5 % d’entre eux qui ne respectent pas ces exigences.
TIMMINS – De nouveaux détails émergent au sujet du retour du train Northlander qui fera la liaison entre Toronto et Timmins. Bien que la nouvelle station ne sera opérationnelle qu’en 2026, le Northlander fait déjà réagir à Timmins, entre critiques et anticipation.
Vendredi dernier, des employés de North Bay de la compagnie en charge du train, Northland Ontario, s’étaient déplacés à Timmins pour présenter les plans de la future station Timmins-Porcupine, dans le cadre d’une consultation publique.
« Nous espérons commencer la construction l’année prochaine, durant l’été », a fait savoir Alan Spacek, président d’Ontario Northland. Michelle Boileau, mairesse de Timmins, se dit agréablement surprise du nombre de personnes qui se sont présentées à la séance, plus nombreuses que lors de la première séance tenue l’année précédente.
Parmi les nouvelles informations, on apprend qu’il y aura un voyage aller-retour par jour, avec un départ de Timmins vers minuit et une arrivée à la gare Union de Toronto, peu avant 11 h. Pour le retour, le train quittera la gare Union à 18 h pour arriver à Timmins à 5 h du matin. Il y aura 16 arrêts de deux minutes dans les deux directions.
Le train de nuit critiqué
La question du bruit a été soulevée par des citoyens qui s’inquiètent du bruit qui produira le train de nuit. M. Spacek, qui a aussi été maire de Kapuskasing de 2006 à 2018, se veut néanmoins rassurant.
« Lorsqu’ils ont parlé pour la première fois de ramener le train, il n’a jamais été question de la nuit »
— Joan Charlebois
Il explique que le train est conçu en monobloc, soit en une seule unité, avec quatre wagons qui sont construits et attachés ensemble. Bien qu’ils puissent l’être, « ces wagons ne nécessitent pas de démontage, ce qui est généralement ce qui génère du bruit », précise-t-il.
« C’est la dernière technologie en matière de capacité technique, en matière de contrôle des émissions, mais aussi du bruit et c’est une combinaison de diesel électrique. »
Alan Spacek, ancien président de la Fédération des municipalités du Nord de l’Ontario. Gracieuseté
Pour d’autres, ce qui dérange, c’est le fait qu’il n’y ait qu’un seul trajet par jour, d’une part, et qu’il s’agisse d’un train de nuit, d’autre part. Joan Charlebois a publié un message sur les réseaux sociaux à ce propos qui a enflammé la toile et généré des centaines de commentaires, à tel point qu’il n’est plus possible d’en ajouter.
« Lorsqu’ils ont parlé pour la première fois de ramener le train, il n’a jamais été question de la nuit. C’était toujours un train de jour, alors c’est ce que nous avons tous été amenés à croire », déplore-t-elle, en ajoutant que l’Ontario Northland lui aurait répondu avoir reçu une demande de la part du public pour un train nocturne ce qu’elle a peine à croire.
« Nous recevons les mêmes trains que VIA qui sont utilisés exclusivement pour les voyages de jour, pourquoi le Nord devraient-il être différent? » D’autres déplorent également le fait qu’un trajet de nuit ne permette pas de profiter du voyage pour observer les paysages, ou encore que le train de nuit n’offre pas de lits.
Pas de voiture-restaurant
« Beaucoup de gens ne peuvent tout simplement pas avoir une bonne nuit de sommeil assis sans moyen de se coucher. Pensez aux nombreuses personnes âgées qui auront de la difficulté à faire un long voyage comme celui-là sans même pouvoir obtenir un repas décent, puis qui arriveront à Toronto sans sommeil. Pour ceux qui prévoient revenir le jour même, ce sera encore plus taxant », écrit Mme Charlebois.
« le wagon-restaurant est un must »
— Jacques Ouellette
Elle dit se souvenir d’avoir pris l’ancien train de nuit pour Toronto, qui contenait alors des voitures-lits avec des couchettes supérieures et inférieures, ainsi que des chambres et une voiture-restaurant. « Même le Polar Bear Express de Cochrane à Moosonee a une voiture-restaurant, et ce voyage ne dure que cinq heures, quel est le problème, Ontario Northland? », ajoute-t-elle.
Elle a également confié à ONFR que son mari, qui travaille dans les transports, avait l’intention de postuler comme conducteur de train, mais qu’il compte se rétracter si les trajets ne sont que de nuit.
Jacques Ouellette, qui dit avoir longtemps appuyé les services ferroviaires, considère que « le wagon-restaurant est un must ». « Nous pourrions obtenir des restaurants de notre région pour fournir le train avec ce service et dans le même temps, promouvoir les affaires et fournir un service alimentaire dont on a grandement besoin. Le seul coût pour le chemin de fer serait le coût de la voiture-restaurant et de l’entretien », juge-t-il.
Voici à quoi devrait ressembler les rames du nouveau train Northlander avec une plateforme accessible et une connexion wi-fi. Source : Ontario Northland
Il ajoute aussi que le train devrait aussi remonter jusqu’à Hearst, en utilisant les rails du train de voyageurs Old Algoma Central jusqu’à Sault-Ste-Marie : « La piste est là, utilisons-la. »
Alan Spacek explique qu’il y aura tout de même la possibilité de commander un menu qui sera livré directement au siège, à la manière des repas en avion. Bien qu’il reconnaît que le wagon-restaurant traditionnel comportait certainement un bon aspect social, il défend le concept proposé dans le futur train.
« On pense aux personnes qui peuvent avoir des problèmes de mobilité ou si vous êtes avec votre famille et que vous ne voulez pas laisser une partie de votre famille derrière, que ce soit un jeune enfant ou non, ou simplement protéger vos objets de valeur », explique-t-il.
Beaucoup d’anticipation
Néanmoins, l’arrivée très attendue du train fait beaucoup d’heureux comme Patricia Lamarche-Giguère qui juge que ces critiques sont trop hâtives et injustifiées.
« Ce n’est que dans deux ans, beaucoup de choses peuvent changer d’ici là, pense-t-elle, certainement, je suis contente, il y a tellement peu de manière de se rendre ailleurs pour les gens qui n’ont pas de voiture ou ne veulent pas conduire. »
Habitant à deux blocs de la future station, laquelle sera située à six minutes du centre-ville de Timmins sur la rue Falcon à Porcupine, celle-ci dit ne pas craindre d’éventuelles nuisances sonores. « Nous sommes dans une petite ville minière, les bruits c’est commun. »
L’itinéraire prévoit 16 arrêts, notamment à Toronto (gare Union), à Langstaff, Gormley, Washago, Gravenhurst, Bracebridge, Huntsville, South River, North Bay, Temagami, Temiskaming Shores, Englehart, Kirkland Lake (Swastika), Matheson, Timmins et à Cochrane. Source : Ontario Northland
La mairesse de Timmins dit avoir recueilli des commentaires, majoritairement positifs, de la part des citoyens qui se réjouissent d’avoir une option de nuit permettant d’arriver en début de journée pour des rendez-vous médicaux.
« Il n’y a personne qui n’est pas excité d’avoir le Northlander dans le Nord, tout le monde a hâte qu’il revienne »
— Dan Ayotte
Elle ajoute vouloir elle-même en profiter : « L’option de pouvoir travailler, le réseau sans fil à bord, d’avoir cette option-là plutôt que d’être derrière le volant à conduire, ça va me permettre selon ce qui convient mieux à mon horaire, puis ça a plus de sens pour le budget aussi. »
Du potentiel pour toute la région
Dan Ayotte, ex-président et membre actuel du conseil d’administration de la chambre de commerce de Timmins, estime que le potentiel économique du retour du Northlander sera positif pour la ville.
Avec un seul commerce avoisinant la station actuellement, celui-ci considère que les trajets quotidiens du train pourraient dynamiser la zone : « J’espère qu’il y en a qui vont même bâtir ou créer des entreprises juste à cause de ça; ça pourrait être quelque chose qu’on anticipe. »
« Il n’y a personne qui n’est pas excité d’avoir le Northlander dans le Nord, tout le monde a hâte qu’il revienne », ajoute-t-il, en précisant avoir eu beaucoup de discussions avec des personnes de la région qui se réjouissent d’avoir une option de transports sécuritaire en hiver.
Dan Ayotte souhaite voir le Northlander provoquer davantage de déplacements entre les communautés du Nord. Gracieuseté
Alan Spacek, qui habite Kapuskasing, dit de son côté, qu’il s’agit effectivement d’un « élément constant de la rétroaction que nous avons reçue du grand public depuis Cochrane jusqu’aux collectivités sur la route que le Northlander empruntera ».
Le prix des billets n’a pas encore été arrêté, mais M. Spacek a fait savoir qu’offrir un tarif raisonnable était constamment abordé et était un « facteur important dont la commission et le gouvernement tiendront compte lorsqu’ils seront établis ». Quant à la langue de service à bord : « Ce sera certainement bilingue », assure l’ex-dirigeant municipal.
Une autre session publique aura lieu en juin durant laquelle davantage de détails seront révélés.
SUDBURY – Dans un message transmis aujourd’hui à la communauté laurentienne dans l’esprit de la Journée internationale de la Francophonie, on apprend, entre autres, que l’Université compte lancer une nouvelle maîtrise interdisciplinaire ès arts en études relationnelles, est ouverte à un partenariat avec l’Université de Sudbury et révise sa politique de bilinguisme.
« C’est un programme super-intéressant qui sera, je crois, très populaire avec nos étudiants francophones », explique Natalie Poulin-Lehoux, vice-rectrice associée aux affaires francophones en entrevue avec ONFR. La Franco-Ontarienne récemment embauchée ajoute qu’« il s’agit d’un programme façonné au cheminement particulier de l’étudiant » et qui est un « rapprochement de toutes les disciplines des arts de l’Université Laurentienne ».
La maîtrise interdisciplinaire en études relationnelles comprend trois volets : cognition et communication, études sociétales et analyses relationnelles. Il s’agira de la deuxième maîtrise francophone lancée, la première étant la maîtrise en administration de la santé en 2023. Elle indique que les inscriptions sont ouvertes présentement pour le nouveau programme de maîtrise qui débutera en septembre 2024.
Par ailleurs, l’Université dit avoir amorcé un État des lieux de la francophonie en son sein qui comprend une « révision de la Politique de bilinguisme de l’Université Laurentienne, une analyse des structures de gouvernance en matière de francophonie et une révision des postes désignés bilingues à l’Université ».
« L’Université d’Ottawa et l’Université de Sudbury nous assurent que les programmes offerts ne seront pas en concurrence avec nos programmes »
— Natalie Poulin-Lehoux
Il s’agit d’un travail, lancé dans le cadre d’une série de consultations auprès de divers secteurs, facultés et programmes, qui se poursuivra au cours des prochains mois, explique-t-on dans le courriel.
Ouverts à un partenariat avec l’Université de Sudbury
Répondant à une question d’ONFR, la vice-rectrice se dit non surprise de la nouvelle de l’entente protocolaire entre l’Université d’Ottawa et celle de Sudbury survenue la semaine passée, citant les conclusions du rapport Harrison qui invitait, entre autres, à un partenariat entre les établissements postsecondaires ontariens.
Elle fait savoir que l’Université de Sudbury a eu plusieurs conversations avec la rectrice, Mme Embleton, ainsi que quelques conversations concernant des possibilités de partenariats avec la provost, Mme Brouwer, « mais pour l’instant, rien de concret, cela étant dit, nous sommes ouverts à travailler avec l’Université de Sudbury ».
L’Université Laurentienne craint-elle la concurrence avec l’Université de Sudbury, laquelle va offrir des programmes qui n’existent pas dans le marché actuel?
« L’Université d’Ottawa et l’Université de Sudbury nous assurent que les programmes offerts ne seront pas en concurrence avec nos programmes, donc nous sommes heureux que d’autres parcours francophones soient développés pour les étudiants du Nord. »
Natalie Poulin-Lehoux est l’ancienne directrice du Bureau de la vice-présidence à l’enseignement au Collège Boréal. Gracieuseté
Pas de restitutions d’anciens programmes en français
À la question de savoir si les anciens programmes supprimés pourraient réapparaître, la dirigeante embauchée il y a cinq mois répond : « La réponse courte serait non, pas pour l’instant » et continue : « l’Université est intéressée à explorer les programmes qui pourraient être offerts plutôt que de simplement restaurer ce qui existait auparavant. »
Mme Poulin-Lehoux ajoute que l’établissement serait ouvert à « offrir des variations de programmes du passé – surtout s’il y a une demande sur le marché du travail ou dans certains domaines de recherche en industries. »
L’Université Laurentienne a indiqué ne pas avoir, pour le moment, de projet d’ouvrir un département d’études francophones malgré l’ajout de deux maîtrises en deux ans.
Recrutement de personnel francophone
Parmi les autres nouveautés annoncées dans le courriel, l’établissement d’un Centre de langues pour offrir des services de langue à la population étudiante et au personnel et, d’autre part, « le recrutement et l’embauche de personnes qualifiées dans des postes subventionnés à durée limitée au Centre d’enseignement et d’apprentissage continu pour appuyer la conception pédagogique dans le but de créer et de maintenir des cours en ligne en français ».
Deux nouveaux postes permanents ont été affichés au Bureau des affaires francophones, soit gestionnaire du BAF et adjointe administrative du secteur. Adopté il y a un mois, le Plan stratégique 2024-2029 a pour orientation stratégique de « dynamiser la mission d’enseignement et de recherche en rehaussant l’offre de programmes et les partenariats francophones et autochtones ».
Au cours des prochains mois, la VRA aux affaires francophones siègera au comité de planification du Plan d’enseignement avec d’autres collègues francophones afin d’établir plus précisément les priorités francophones touchant le développement stratégique de programmes d’enseignement, ainsi que la réussite et la persévérance des étudiants pour 2025-2029.
Il y a trois ans, presque jour pour jour, une crise financière à la Laurentienne a mené à la suppression de plus de 70 programmes, dont 29 en français. L’établissement offre aujourd’hui 34 programmes de langue française et compte quelque 2 300 étudiants francophones, soit 20 % de la population étudiante.
TORONTO – En ce 20 mars, Journée internationale de la Francophonie, la pénurie de main-d’œuvre francophone en santé s’est de nouveau invitée dans les débats de l’Assemblée législative, l’opposition officielle dénonçant la pénurie généralisée de personnel francophone dans le Nord et le gouvernement annonçant l’ajout de 90 préposés aux soins francophones dans les foyers de soins de longue durée.
La députée néo-démocrate France Gélinas s’est adressée à la chambre en français ce mercredi, dressant un portrait critique de la pénurie des médecins dans le Nord de l’Ontario : « 62 900 personnes sont sans médecin à Sudbury, Manitoulin et Parry Sound. 65 % des médecins de famille envisagent de quitter leur pratique dans les cinq prochaines années, principalement dû à la paperasse. »
« En donnant accès à des équipes aux médecins de famille, on permettrait d’ajouter l’équivalent de 2000 médecins dans le système. »
« Est-ce que le premier ministre va financer les équipes interdisciplinaires et libérer le temps des médecins de famille dans le nord de l’Ontario qui peuvent parler français ? », a demandé l’élue de Nickel Belt, en référence à un projet de loi récent du NPD destiné à alléger les médecins en administratif, pour augmenter la capacité de traitement de patients.
Après une première réponse négative et une seconde relance de la députée d’opposition, la ministre de la Santé Sylvia Jones ne répond que partiellement à la question : « C’est ce que nous voulons également. Il y a de nombreuses équipes multidisciplinaires dans le Nord, en particulier pour les soins de longue durée. Nous faisons des placements et c’est ce que les médecins nous réclament. »
« Que faites-vous pour augmenter le nombre de lits de soins de longue durée pour francophones dans le Nord? », a scandé un peu plus tard dans la matinée le député de Mushkegowuk-Baie James Guy Bourgouin, ajoutant que « les francophones du Nord de l’Ontario sont les grands oubliés de la santé ».
« C’est une question importante et je rappelle l’investissement de 10 milliards de dollars envers les foyers pour des besoins multilingues », a rétorqué Stan Cho, ministre des Soins de longue durée.
« La réalité ne reflète pas vos paroles. Sous votre gouvernement, on voit un lit pour 3400 francophones contre un lit pour 170 anglophones. Vous nous avez promis 68 lits à Kapuskasing, il y a deux ans. Quand va-t-on les avoir ? », a insisté M. Bourgouin face au ministre Cho qui a alors évoqué une extension de formation pour 90 nouveaux préposés aux soins francophones.
Augmentation du nombre de préposés francophones dans les soins de longue durée
Dans l’après-midi suivant, le ministère des Soins de longue durée annonçait par voie de communiqué les détails de l’élargissement d’un programme d’apprentissage (le Programme accéléré d’apprentissage rémunéré pour PSSP), qui permettra à 90 employés francophones des centres de soins de longue durée de devenir des préposés aux services de soutien à la personne (PSSP), avec un investissement de 2,5 millions de dollars.
Le Collège Boréal vient élargir ce programme pour englober le personnel francophone de la province et former 90 PSSP d’ici à 2025.
« Notre gouvernement vient aider les employés des foyers de soins de longue durée à faire avancer leur carrière en devenant des PSSP, en plus d’augmenter les soins directs offerts aux résidents des foyers situés dans des collectivités rurales, éloignées et du nord, a déclaré le ministre Cho. L’élargissement du Programme accéléré d’apprentissage rémunéré pour PSSP permettra d’aider encore plus de résidents francophones de partout en Ontario à recevoir des services culturellement adaptés, dans la langue de leur choix. »
« Notre gouvernement investit pour renforcer la capacité de la main-d’œuvre francophone dans nos foyers de soins de longue durée, a fait valoir Natalia Kusendova, adjointe parlementaire de la ministre des Affaires francophones. »
« Avec sa solide expertise, son approche pratique et ses nombreux campus situés dans les régions où se trouvent de fortes communautés francophones, le Collège Boréal est un établissement idéal pour participer au volet francophone du programme. La santé de toutes et de tous est au cœur de nos priorités, et il est essentiel que nos aînés francophones aient accès à des services en français et des soins linguistiquement appropriés. Cet investissement démontre l’engagement continu de notre gouvernement à améliorer la disponibilité des services en français en Ontario. »
On parle tous le français différemment, et c’est tant mieux comme ça! On démystifie le français entame sa seconde saison avec un profil particulier et bien d’actualité : une Ukrainienne dont la première langue est le russe. La phonologue Marie-Hélène Côté, professeure à l’Université de Lausanne, est de retour pour nous expliquer cette fois ce qui caractérise l’accent d’une russophone qui parle français. Par exemple, certaines consonnes en fin de mot ne sont pas prononcées avec la vibration des cordes vocales et deviennent pour ainsi dire muettes. Fascinant!
L’ancien procureur général de l’Ontario Roy McMurtry est décédé ce mardi à l’âge de 91 ans, 40 ans après l’adoption à son initiative de la Loi sur les tribunaux judiciaires, une contribution monumentale à la cause francophone qui fera du français une langue officielle dans la justice.
Député provincial d’Eglinton pour le Parti progressiste-conservateur, procureur général et solliciteur général de 1975 à 1985 sous le gouvernement de Bill Davis, Roy McMurtry est nommé juge en chef associé de la Cour supérieure de l’Ontario en 1991, avant de prendre les fonctions de juge en chef de l’Ontario en 1994.
Reconnu pour ses contributions sur des avancements sociétaux notables, notamment en matière de droit de la famille, dès 1976, il entame les premières démarches pour créer un système légal bilingue en Ontario, à commencer par la traduction de lois en français et la création d’un projet-pilote de tribunal bilingue à Sudbury.
En 1984 est adoptée, à son instigation, la Loi sur les tribunaux judiciaires, ajoutant le français comme langue officielle utilisée par les tribunaux en Ontario. Décoré de l’Ordre de l’Ontario en 2007, il devient officier de l’Ordre du Canada en 2009.
« On peut considérer qu’il a véritablement mis en œuvre la stratégie des petits pas de son gouvernement », indique la chercheuse Linda Cardinal, vice-rectrice adjointe à la recherche à l’Université de l’Ontario français, citant le projet pilote d’accès en français aux tribunaux à Sudbury, la Loi sur les tribunaux judicaires ou encore son appui à la création de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO) « car il pensait que cela aiderait les fonctionnaires de son ministère ».
Un « allié extraordinaire » à la diplomatie décisive
« Il a été un allié extraordinaire de la francophonie canadienne, abonde le juriste François Larocque. Les pierres qu’il a apportées à l’édifice des droits linguistiques des Franco-Ontariens sont fondamentales, tout aussi importantes que celles de Bernard Grandmaitre. »
Le professeur de droit à l’Université d’Ottawa explique qu’une des conséquences directes du projet pilote de Sudbury aura été « la naissance d’un programme de Common Law en français qui a abouti à la formation d’un millier de juristes, incluant des champions de la francophonie tels que Mark Power, Ronald Caza, Marc Cousineau ».
« Il a joué un rôle clé dans le mouvement de désobéissance civile C’est l’temps, recontextualise par ailleurs Mme Cardinal. Les gens allaient prendre des contraventions délibérément pour se retrouver devant les tribunaux et montrer l’absence de services en français. Roy McMurtry, qui était procureur général à cette époque, les a rencontrés pour régler le problème. »
« Il faut aussi se rappeler de son rôle crucial dans le rapatriement et l’adoption de la Charte des droits et des libertés avec ce qu’elle contient de droits linguistiques, complète M. Larocque. Il était un de ceux qui, avec Roy Romanow et Jean Chrétien (anciens premiers ministres du Canada et de la Saskatchewan), avaient le mandat de cogner aux portes des procureurs généraux des autres provinces pour les convaincre que c’était la chose a faire. Son influence et sa diplomatie ont été décisives. »
Un legs juridique unanimement salué
Roy McMurtry a joué « un rôle de leadership dans l’implantation du bilinguisme dans nos cours de justice », a salué l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario par la voix de son président Fabien Hébert.
La politologue Stéphanie Chouinard considère que le ministre de la Justice du gouvernement Davis a « fait œuvre dans le domaine de la justice en français ».
Le Bureau de l’ombudsman de l’Ontario a insisté sur son « impact sur la vie publique en Ontario » et son soutien à l’institution dès le premier jour : « À l’occasion de notre 35e anniversaire, il nous a qualifiés de moyen efficace d’humaniser le gouvernement ».
« Sa contribution monumentale au système judiciaire bilingue restera gravée dans l’histoire juridique du Canada »
— Alina Sklar, avocate et vice-présidente de l’ACFO-Toronto
L’avocate et vice-présidente de l’ACFO Toronto Alina Sklar salue son héritage : « Sa contribution monumentale au système judiciaire bilingue, notamment la Loi sur les tribunaux judiciaires, restera gravée dans l’histoire juridique du Canada. »
« En tant que fervent défenseur des droits linguistiques, Roy McMurtry a joué un rôle essentiel dans la protection et la promotion de la langue française au sein de la justice ontarienne. En tant que co-commissaire de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province d’Ontario (Commission Hall-Dennis), il a contribué à mettre en lumière l’importance de l’éducation bilingue et de la diversité culturelle dans le système éducatif. »
« On se souviendra de son engagement indéfectible envers la justice, son impact durable au sein du gouvernement, son leadership fort et pour avoir inspiré ceux qui recherchent une société plus juste et équitable », a réagi pour sa part le procureur général Doug Downey, qualifiant M. McMurtry de « géant à part entière ».
OTTAWA – L’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) estime que les formations linguistiques des fonctionnaires devraient revenir entre les mains de l’École de la fonction publique comme c’était le cas il y a dix ans.
À l’heure actuelle, la formation linguistique des employés fédéraux provient du privé par le truchement des institutions fédérales, ce qui créerait des inégalités au sein de la fonction publique canadienne. Des employés unilingues peuvent suivre des formations dans l’une des langues officielles dans le but d’obtenir un poste bilingue ou de remplir les conditions de celui-ci. Celles-ci sont assumées aux frais de chaque ministère, qui à la demande de l’employé, peut payer des cours au privé.
Or cette façon de procéder est inégale entre ministères, car certains sont plus enclins que d’autres à payer les coûts associés à une telle formation, selon le syndicat.
« On voit déjà que les départements qui ont moins de fonds : la première chose qu’ils font, c’est de couper dans la formation (linguistique) », a affirmé lundi en comité parlementaire la présidente de l’IPFPC, Jennifer Carr, qui représente 57 000 membres fédéraux.
De plus, les formations offertes aux privés sont parfois inefficaces pour apprendre le français, mais juste assez pour la note requise pour les tests de langues que passent les fonctionnaires, dénoncent certains. Comme il s’agit de contrats gré à gré, la compétition au sein du privé est forte pour mettre la main sur ceux-ci.
« On dépense beaucoup d’argent pour des services qu’on paie pour de la formation linguistique, mais on n’a pas de contrôle sur la qualité de cette formation, nous n’avons pas de moyens de mesurer cette formation à savoir si les gens apprennent la langue dont ils ont besoin. On a perdu tout moyen de mesurer l’efficacité », présente Mme Carr.
À l’heure actuelle, l’École de la fonction publique offre une quinzaine de cours en lien avec les langues officielles. Les cours en langue seconde ont comme principal but de « maintenir » les habiletés langagières.
« Si on doit être sérieux avec les langues officielles, on doit centraliser au Conseil du Trésor », réclame la présidente de l’IPFPC qui témoignait devant les députés dans le cadre d’une étude sur les obligations linguistiques des hauts fonctionnaires.
Le commissaire aux langues officielles est aussi d’avis d’avoir une plus grande centralisation des pouvoirs au Conseil du Trésor avec la nouvelle Loi sur les langues officielles, adoptée en juin dernier.
« Sur le plan de la gouvernance, il est extrêmement important, à mon avis, qu’il y ait un seul chef d’orchestre, et non plusieurs », tranchait-il dans le même comité parlementaire au début du mois.
Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge. Gracieuseté Commissariat aux langues officielles.
Exigences linguistiques
Dans un rapport spécial en 2020, Raymond Théberge avait décelé un problème systémique concernant certains postes et les exigences linguistiques. Il indiquait que plusieurs de ces postes étaient occupés par des personnes unilingues, car les exigences linguistiques n’avaient pas été appliquées comme il se doit.
L’une des problématiques pour le syndicat fédéral est que l’appareil n’alloue pas suffisamment de ressources pour l’apprentissage des langues et le fait que des ministères ignorent parfois le profil linguistique de leurs employés
« La position est bilingue, mais pas la personne. On a plusieurs personnes bilingues, mais qui sont dans des positions unilingues », estime Jennifer Carr.
Raymond Théberge avait justement indiqué lors de son témoignage qu’il serait important que le Conseil du Trésor se donne des outils pour mesurer l’utilisation des deux langues officielles en milieu de travail ajoutant qu’on nage dans le néant pour le moment.
HAWKESBURY – À partir de maintenant, les officiers et employés bilingues arboreront une épinglette représentant le drapeau franco-ontarien pour signaler leur maîtrise du français. Cette initiative des membres de la Police provinciale de l’Ontario s’inscrit dans le but d’améliorer leur capacité à répondre aux besoins des francophones de la province.
Cette épinglette, qui sera fixée sur les vêtements des agents de police, symbolise l’engagement et le dévouement de la Police provinciale envers les communautés francophones, a indiqué lundi la PPO sur ses réseaux sociaux.
En entrevue avec ONFR, l’inspectrice franco-ontarienne, Anne-Christine Gauthier, a souligné l’importance pour la communauté francophone de savoir qu’il est possible de communiquer dans leur langue avec les agents de police.
L’idée vient des membres bilingues de la PPO, a-t-elle précisé : « C’est très important d’identifier nos membres qui parlent français, et nous voulions que ce soit représenté avec le drapeau franco-ontarien. C’est le symbole officiel de notre province. »
Environ 650 personnes parleraient français au sein de la Police provinciale de l’Ontario. Crédit image : PPO
Une annonce pour le Mois de la Francophonie
L’identification linguistique a été mise en place au milieu du mois de mars. Selon l’inspectrice, c’est également un bon moment pour faire cette annonce, le mois de mars étant le Mois de la Francophonie.
La Police provinciale de l’Ontario compte 9000 membres, dont 650 se disent bilingues, soit un peu plus de 7 % des effectifs. Selon Mme Gauthier, l’organisme provincial se veut impliqué dans la promotion du français.
Elle explique à ce titre qu’au sein de la PPO, « nous avons un groupe de travail pour les services en français qui comprend des membres uniformes et civils se rencontrant chaque mois. Ils discutent notamment de ce qui est possible d’améliorer au sein de nos services et de la manière de les délivrer ».
L’inspectrice Anne-Christine Gauthier, une Franco-Ontarienne affiliée au détachement d’Hawkesbury dans l’Est ontarien. Crédit image : PPO
« L’utilisation du drapeau franco-ontarien comme symbole visuel sur les uniformes est venue de ce groupe, qui a ensuite été approuvée par notre commissaire », raconte la policière.
Une façon active d’offrir le français
Mme Gauthier affirme également que les policiers francophones et bilingues sont heureux de cette décision. « C’est une affirmation de l’engagement et du soutien de la Police provinciale envers ses employés bilingues qui sont au service de la communauté francophone à travers la province. »
En plus de fournir une meilleure façon de communiquer, avec cette identification linguistique, les francophones de la province se verront offrir le français de manière active.
« C’est sûr que dans mon détachement – Hawkesbury – nous avons des membres qui parlent français, donc nous pouvons toujours offrir un service en français 24 heures sur 24 », a-t-elle ajouté.
La majorité des agents de police provinciaux francophones se trouvent dans l’Est de la province, mais l’inspectrice Gauthier assure que plusieurs agents bilingues exercent dans le Nord et un peu partout en Ontario. L’annonce a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.
« La PPO fait partie du gouvernement, donc nous devons être capables d’offrir des services en français. Nous dispensons une formation linguistique à tous nos membres qui le souhaitent », a-t-elle rappelé.
Toutes les communications de la Police provinciale se font en français et en anglais. De plus, « la PPO donne la priorité au recrutement bilingue dans les régions désignées francophones ».
La policière souligne que le service de police s’efforce continuellement d’améliorer sa stratégie pour mieux répondre aux besoins de la communauté francophone à travers l’Ontario. Selon elle, l’ajout d’une épinglette sur les uniformes vise à renforcer le service offert aux habitants et à favoriser les liens avec la communauté francophone.
HEARST – L’Université de Hearst vient d’annoncer la nomination d’Aurélie Lacassagne à titre de rectrice. Elle succèdera à Luc Bussières qui termine son mandat le 30 juin prochain.
« C’est avec beaucoup de fierté et d’enthousiasme que j’entreprends ce nouveau défi de devenir rectrice d’un établissement qui me tient déjà à cœur », a déclaré Mme Lacassagne par voie de communiqué ce lundi matin.
« Le Nord me manque, c’est une occasion pour moi de revenir dans la région qui m’a adoptée à mon arrivée au Canada », pouvait-on aussi lire.
Celle qui est l’actuelle doyenne des Facultés des sciences humaines et de philosophie à l’Université Saint-Paul depuis 2022, a d’abord été professeure agrégée durant 15 ans à l’Université Laurentienne où elle a aussi assumé les fonctions de vice-doyenne de la Faculté des sciences sociales et des humanités et de directrice de département avant la crise de l’établissement.
Intervenant souvent dans les médias à titre d’experte des enjeux politiques internationaux, Aurélie Lacassagne fait partie des membres fondateurs du Contact interculturel francophone de Sudbury (CIFS).
Cette Française d’origine est titulaire d’un doctorat en science politique de l’École doctorale de l’Institut d’études politiques de Bordeaux.
L’engagement d’Aurélie Lacassagne auprès du CIFS avait été reconnu l’an dernier à l’occasion des 25 ans de l’organisme. Crédit image : Inès Rebei
Dans l’annonce, il est aussi souligné que « son arrivée en poste coïncide avec un moment de grande incertitude pour le milieu de l’éducation postsecondaire au pays ».
« La collaboration entre les acteurs de l’éducation postsecondaire est plus que jamais essentielle et devra continuer à être une priorité pour l’Université de Hearst », a-t-elle lancé avant de poursuivre : « Notre survie et notre épanouissement passera inévitablement par le développement de programmes sur mesure pour nos communautés et pour les besoins de la francophonie ontarienne en matière de formation universitaire en vue du marché du travail actuel et de demain. »
Quelques jours plus tôt, l’Université de Sudbury annonçait de son côté un protocole d’entente avec l’Université d’Ottawa qui lui permettrait de donner des cours dès septembre 2025. En rappel, le rapport Harrison, paru en novembre et sur lequel est en partie basé ce partenariat, remettait en question la viabilité financière de l’Université de Hearst et celle de l’Ontario français.
Mme Lacassagne est arrivée au Canada, à Sault-Ste-Marie, en 2002 à titre de chargée de cours à l’Université Algoma et a ensuite vécu une quinzaine d’années à Sudbury avant de partir pour Montréal puis Ottawa.
D’après le communiqué, celle-ci espérerait s’établir dans la région de Kapuskasing « pour être au centre des trois campus ».
Aurélie Lacassagne entrera en fonction le 1er mai à titre de rectrice désignée et succèdera à Luc Bussières, qui occupe la fonction depuis 2017 et qui reste en poste jusqu’au 30 juin.
WINDSOR – Le Nain rouge, la légende française racontant la naissance de la Ville de Détroit, qui y est célébrée chaque année, le Mardi gras local, rayonne désormais de l’autre côté de la rivière Détroit. Pour sa seconde édition, Windsor lui emprunte son folklore français. Francophones et francophiles se rassembleront lors du Festival Nain Rouge entre le 23 et 24 mars, côté américain et côté canadien, la foule déguisée et vêtue du rouge symbolique, pour conjurer les sorts de la créature mystique.
Le Nain rouge, créature légendaire dont la venue est suivie de catastrophes, hanterait Détroit : l’incendie de 1805 ravageant la ville, les émeutes sanglantes de 1967 ou encore la faillite financière de la Ville en 2013. Depuis presque dix ans, chaque mois de mars, la Marche du Nain rouge rassemble les habitants qui se déguisent pour ne pas être reconnus de l’être maléfique lors de son passage et éviter ses sorts – une version locale unique en son genre de carnaval.
« Tout commence 15 ans en arrière, après l’Ouragan Katrina dévastant La Nouvelle-Orléans. Le premier Mardi gras de nouveau célébré après cette catastrophe naturelle était très important pour ses habitants. Les deux créateurs, Francis Grunow et Vince Keenan, inspirés par cette frénésie, ont alors l’idée de lancer une célébration similaire à Détroit, mais inspirée de son propre ADN, en allant chercher dans l’héritage français de la Ville », raconte John Cooper, un Américain francophone et francophile, acteur clé de l’histoire française de Détroit et des relations francophones avec Windsor.
« Ils découvrent un livre de 1872, Les légendes de Détroit, compilation de contes et mythes de la région et choisissent celle du Nain rouge – dont la tradition viendrait de Normandie – esprit malin dont les habitants doivent craindre le retour », narre-t-il.
Les légendes de Détroit (1872), une compilation de contes et mythes de la région. Gracieuseté
Lors d’un banquet organisé au Château Saint-Louis de Québec en mars 1701, une sorcière prédit son avenir à l’explorateur Antoine de la Mothe-Cadillac, le français fondateur de Détroit.
« Un voyage dangereux, vous allez bientôt entreprendre. Vous trouverez une grande ville laquelle aura plus d’habitants que la Nouvelle-France n’en possède (…) Méfiez-vous d’ambitions excessives qui gâcheraient vos plans. Apaisez le Nain rouge, attention à ne pas l’offenser. Devriez-vous l’offenser malheureux, et pas un vestige de votre héritage ne serait remis à vos héritiers. Votre nom serait à peine connu dans la ville que vous allez fonder », peut-on lire dans la version originale du conte.
La première édition en 2005 avait rassemblé une centaine de personnes, et c’est maintenant plus de 10 000 personnes qui viennent désormais défier le diablotin rouge dans les rues de Détroit. « Une marque de renouveau de la Ville » pour ceux-ci, selon John Cooper, ajoutant que de plus en plus, l’évènement embrasse ses origines, et véhicule le message aux habitants de Détroit qu’ils ont des racines françaises.
De la tradition à la célébration : de Détroit à Windsor
« L’année dernière, en 2023, nous avons fait venir le chanteur Cadill’Rock de Saint-Nicolas-de-la-Grave du Tarn-et-Garonne en France, d’où est issu Antoine de Lamothe-Cadillac. J’ai proposé au Centre francophone et communautaire de Windsor-Essex-Kent (CCFWEK) de profiter de sa venue pour la Marche du Nain rouge afin d’organiser quelque chose et, de là, est née l’idée d’une version à Windsor », explique M. Cooper.
Si la célébration à Détroit attire une foule très éclectique, le festival côté canadien, réunit un public très francophone et francophile sous forme de festival célébrant la culture locale, durant lequel « on purge les mauvais esprits avec le printemps ».
Une édition précédente de la Marche du Nain rouge de Détroit. Source : site officiel Marche du Nain rouge
Parade Marche du Nain rouge de Détroit. Source : Compte Facebook Nain Rouge
John Cooper à la parade du Nain rouge de Détroit. Gracieuseté
Le cortège de l’Alliance française de Détroit au cœur de la Marche du Nain rouge de Détroit. Gracieuseté
La Marche du Nain rouge est l’occasion de se déguiser et parader. Source : site officiel Marche du Nain rouge
Près de 10 000 personnes défient le diablotin rouge dans les rues de Détroit. Source : site officiel Marche du Nain rouge
Ce moment festif sert à « purger les mauvais esprits avec le printemps ». Source : site officiel Marche du Nain rouge
Photo de groupe de plusieurs participants à la première édition du Nain Rouge de Windsor, au Carrefour francophone avant le début de l’événement, participant à la création de masques. Gracieuseté
En concert à Windsor en 2023, l’artiste Cadill’Rock, originaire de Saint-Nicolas-de-la-Grave, en France, où est né Antoine de Lamothe-Cadillac, le fondateur de détroit. Sa musique touche la francophonie du Détroit et de la Louisiane. Gracieuseté
Cette seconde édition, qui se déroulera ce samedi 23 mars de 19 h à 2 h au Phog Lounge et au Meteor, est coordonnée par l’organisme communautaire Milieu artistique des connexions culturelles Sud-Ouest (MACCSO), soutenu par le CCFWEK.
La programmation comprendra des performances live d’artistes francophones de la scène musicale, dont SMPTY, Yao, Véloce André, et des activités ludiques telles que des jeux-quizz, de la lecture de tarots et des ateliers de création de masques.
Côté Détroit, la fameuse marche annuelle aura lieu en début d’après-midi, le dimanche 24 mars, dans le quartier Cass Corridor, à l’extrémité ouest du centre-ville. La parade géante verra défiler des chars à propulsion humaine et des « krewes », différents groupes qui arboreront des costumes thématiques pour représenter les quartiers de Détroit, joueront de la musique et danseront sur des rythmes endiablés.
TORONTO – Près d’une centaine de personnes se sont rassemblées ce samedi, dans le quartier de Regent Park, pour une veillée à la mémoire des victimes d’une fusillade intervenue un peu plus tôt cette semaine.
Visage fermé, en larmes, une membre de la communauté congolaise de Toronto dépose une gerbe de fleurs devant la petite clôture en bois à l’angle de l’avenue Dundas Est et de la rue Regent. Tout comme elle, de nombreux Torontois, encore sous le choc, sont venus témoigner leur sympathie à la famille Kongolo, endeuillée.
Un peu plus tôt cette semaine, mardi, deux membres de cette famille, un père et son fils ont perdu la vie dans une fusillade, dans une résidence à proximité de la rue Parliament. Blessée à la tête, la mère de famille a quant à elle survécu.
« Nous sommes unis dans cette indescriptible tragédie, a déclaré Walied Khogali au nom de l’Association des résidents de Regent Park. Nous honorons ensemble deux vies perdues et partageons nos condoléances. John Kongolo était gentil et généreux, dédié à sa famille et à sa communauté. Denzel Kongolo était un fils plein de promesses (…) qui apportait naturellement la joie autour de lui, avec des aspirations et des rêves. »
Jean-Paul Idikay (à gauche), président de la communauté congolaise du Grand Toronto (COCOT), au côté des frères et de la mère de famille rescapée. Crédit image : Rudy Chabannes
Le président de la Communauté congolaise du Grand Toronto (COCOT), Jean-Paul Idikay, a pour sa part appelé chacun à ne pas spéculer sur les réseaux sociaux tant que toute la lumière n’était pas faite sur ce drame, alors qu’une enquête policière en cours.
Identifié par la police de Toronto comme étant Benedict Johnson Kongolo, le suspect âgé de 23 ans a été interpellé après une course-poursuite au cours de laquelle deux policiers ont été blessés, l’un au bras, l’autre grièvement à la jambe, toujours selon les services de police.
Placé en détention provisoire en attendant une comparution devant le tribunal mercredi prochain, l’auteur présumé de la fusillade fait face à deux chefs d’accusation pour meurtre au premier degré.
« Nous nous battons tous les jours pour nos enfants, a déclaré à travers un mégaphone M. Idikay. Ce n’est pas facile dans ce pays d’éduquer un enfant. Nous faisons de notre mieux pour encadrer nos jeunes. Peu importe la nature des actes déviants, nous sommes une communauté non violente, comme le démontrent les statistiques. Voilà pourquoi il faut maintenant comprendre ce qui s’est passé. »
Sur place, un silence pesant. Des accolades. Des pleurs. Crédit image : Rudy Chabannes
Walied Khogali a apporté son soutien au nom de l’Association des résidents de Regent Park. Crédit image : Rudy Chabannes
Le portrait des deux victimes affiché sur un poteau de lampadaire à proximité. Crédit image : Rudy Chabannes
Une participante tenant une bougie dans le froid torontois, pendant la minute de silence. Crédit image : Rudy Chabannes
Initialement prévue à l’angle des avenues Dundas Est et Arnold, la veillée s’est finalement tenue au niveau de la rue Regent. Crédit image : Rudy Chabannes
Aux côtés des frères d’une des victimes ainsi que de la mère de famille rescapée, dans un climat pesant, le porte-parole de la communauté congolaise a souligné le talent sportif du fils décédé : « Nous avons perdu un jeune garçon qui avait l’ambition de devenir joueur professionnel. Il est même allé en Europe pour cela. Nous sommes très affectés. »
« Chaque femme dans sa maison a un enfant en difficulté. Ce n’est pas le moment du jugement. Prions pour nos enfants », a ajouté une membre de la famille.
« Nous sommes tous touchés par cette catastrophe, a confié à ONFR Emily après avoir fredonné une chanson reprise par le cortège massé au bord de la chaussée. Nous sommes là pour soutenir la famille et surtout la maman qui est restée avec ses autres enfants. On va passer beaucoup de moments avec elle durant les prochains jours. On sera toujours là pour elle. »
Après une minute de silence et une prière, chacun est venu déposer des fleurs et une bougie, avant de gagner le Centre communautaire Regent Park à quelques pas du lieu de rassemblement.
NOUVELLE-ORLÉANS – Joseph Dunn a embrassé plusieurs carrières au cours de ces 25 années à défendre la francophonie en Louisiane. Cet ancien directeur du Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL) est aujourd’hui directeur des relations publiques et du marketing à la Plantation Laura, à Vacherie, proche de La Nouvelle-Orléans. En janvier dernier, le ministère des Affaires étrangères du Canada l’a nommé consul honoraire pour l’ambassade du Canada.
« Vous avez appris le français à l’âge de huit ans. Qu’est-ce qui vous a replongé dans vos origines françaises?
Je ne dirais pas que je l’ai appris, mais plutôt que je me le suis réapproprié. À l’époque, le français se parlait dans ma famille. Je savais aussi que j’avais une aïeule dont on disait qu’elle était française. La Louisiane, c’est vraiment une mosaïque de populations francophones et créolophones. Donc, quand j’étais petit garçon, on ne distinguait pas cajun, créole ou autre. On me disait juste que mon aïeule était française.
J’étais très intéressé par la généalogie, puis j’ai passé beaucoup de temps avec mes grands-parents qui racontaient les histoires du vieux temps. Mes grands-parents avaient des amis en bas du bayou, dans le sud de La Nouvelle-Orléans, qui étaient d’origine acadienne, donc des cadiens. La grand-mère de cette famille était unilingue francophone. Je trouvais ça fascinant alors que je n’avais que quatre ou cinq ans.
Il est très difficile de compter le nombre de locuteurs du français, du créole ou du cadien en Louisiane. Les estimations du CODOFIL parlent de 200 000 personnes pouvant communiquer en français. Crédit image : Hypersite, travail personnel via Wikimédia Commons CC BY-SA 4.0
Peu de temps après, l’église méthodiste avec laquelle j’ai grandi avait fait une collecte de fonds pour aider à la construction d’une chapelle pour le peuple houmas, des natifs de la Louisiane. Comme ils ont été en contact avec les Français autour de 1684, les Houmas parlent français.
Quand je suis allé acheter des souvenirs auprès d’un aîné qui tenait un petit kiosque, je ne pouvais pas communiquer avec lui en français. J’avais cinq ans et j’étais interpellé. C’est plus tard, autour de huit ou neuf ans, que des professeurs de Suisse sont venus dans mon école élémentaire et là, j’étais complètement accroché.
Ça a été une sorte de déclic génétique. C’était comme si cette langue m’habitait quelque part. Il fallait juste mettre la clé au contact, et depuis, j’ai fait du français ma langue. Je considère le français comme ma langue autant que n’importe quelle personne de langue maternelle française.
Quand on vous demande vos origines, quelle réponse aimez-vous donner?
Je suis Nord-Américain. Je suis créole par définition, en tant que descendant de colons français qui sont arrivés en Louisiane pendant la période coloniale. J’ai aussi des racines acadiennes, de mes ancêtres qui sont arrivés à la fin du XVIIIᵉ siècle. Je suis Louisianais, je suis Franco-Louisianais, je suis Louisianais d’origine française, d’origine irlandaise, écossaise. Oui, en fait, je suis Nord-Américain.
Joseph Dunn lors de sa rencontre avec Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. Gracieuseté
D’après vous, le déclin du français pourrait-il être évité?
Je le crois et c’est très intéressant, parce qu’en plus de cela, c’est de voir l’espace francophone par le biais du français ou même du créole. C’est lié à toutes les langues d’héritage ou toutes les langues patrimoniales. On voit ça en France, avec les écoles bilingues en Bretagne pour le breton, les écoles pour l’occitan, ou même au Canada avec les efforts qui sont déployés pour faire revivre ou maintenir les langues autochtones.
Il est très difficile de faire comprendre aux gens, aux anglophones unilingues, qu’en revenant au français, on comprend tellement mieux cet espace où l’on habite. Je comprends tellement mieux l’histoire de la Louisiane maintenant. J’ai un regard complètement différent sur tout cela quand je peux le regarder en français.
Vous avez choisi de faire carrière dans des univers francophones. Quelle est l’étendue de votre curriculum?
J’étais conseiller de la ministre adjointe au ministère de la Culture de la Louisiane. Je suis passé aux relations internationales auprès du lieutenant-gouverneur de l’État, puis au sein de l’Office du tourisme de l’État. Ensuite, je suis passé au consulat général de France à La Nouvelle-Orléans, avant d’être nommé directeur du CODOFIL.
Finalement, je suis retourné à mon premier amour à la Plantation Laura, une vieille maison qui représente cette histoire de la Louisiane postcoloniale, cette Louisiane créole. J’y suis toujours et, en parallèle, je viens d’être nommé consul honoraire pour le Canada en janvier dernier.
De gauche à droite : le consul général de France à La Nouvelle-Orléans, M. Rodolphe Sambou, accompagné de la mairesse de La Nouvelle-Orléans, Mme LaToya Cantrell et de Joseph Dunn. Gracieuseté
J’ai été recruté sur ces postes parce que je parlais français. Le lieutenant-gouverneur de l’époque, Mitch Landrieu, qui par la suite est devenu maire de La Nouvelle-Orléans, et qui vient tout juste de terminer un mandat auprès du président Biden, voulait mettre la lumière sur la culture et les différents aspects culturels comme leviers économiques, et le français m’a beaucoup servi dans mes missions.
Diriez-vous que le gouvernement louisianais est ouvert au fait français?
Il y a énormément de sensibilisation et d’éducation à faire. J’ai toujours été le seul francophone dans ces postes. Il n’y a pas vraiment de politique d’embauche de francophones dans les différents ministères. Cette sensibilité au fait français n’existe pas vraiment à l’intérieur des administrations.
Il n’y a personne pour mettre la lumière sur les relations internationales ou sur la valeur économique ou professionnelle du français. C’est complètement invisible. Nous avons du travail à faire pour trouver une manière de les sensibiliser vis-à-vis de la francophonie.
Joseph Dunn a rencontré le président français, Emmanuel Macron, en 2022. Gracieuseté
Il y aurait plus de 5000 enfants qui apprennent le français grâce à l’immersion en Louisiane. L’immersion est-elle le moyen le plus viable pour augmenter la population de nouveaux francophones?
Je martèle depuis des années le côté économique et la valorisation sociale et professionnelle du français, mais s’il n’y a pas d’implication dans la vie de tous les jours, il n’y a pas de raison de parler cette langue. Le simple fait de l’apprendre ne va pas garantir sa survie ou sa transmission.
On a mis tous les œufs dans le panier de l’éducation et on n’a rien fait en annexe pour faire évoluer les programmes universitaires. Je travaille aussi dans le tourisme, pour créer de l’emploi et pour qu’il y ait justement cette passerelle et des débouchés.
Évidemment, il y a des gens qui sont, pour toutes les bonnes raisons, très enthousiastes pour l’immersion, sans comprendre que l’immersion n’est que le début. Il faut développer d’autres étapes pour accompagner les jeunes qui apprennent le français. La disparition des cours de français langue seconde dans les écoles secondaires m’inquiète et m’interpelle beaucoup.
Dans nos universités, nos programmes sont très axés sur la littérature française, donc le côté intellectuel, plutôt que le côté pratique. Il n’y a pas de cours qui démontrent justement l’utilité du français sur le marché du travail, alors que l’espagnol a cette place-là, on la voit comme une langue de consommation.
En novembre 2022, M. Dunn est décoré de l’Ordre des francophones d’Amérique par Juliette Champagne, sous-ministre associée chargée du Secrétariat à la promotion et à la valorisation de la langue française au Québec. Gracieuseté
Vous personnifiez la résilience et l’effort des Louisianais dans la préservation du français. D’autres personnes suivent vos traces, notamment sur les réseaux sociaux avec Jourdan Thibodeaux ou Will McGrew, qui a créé la première chaîne de télévision en français de Louisiane. Est-ce qu’on est témoin d’un mouvement de renaissance du français?
Oh là là, la pression! (Rires) Déjà, je crois qu’on préserve quelque chose quand on le met dans un bocal, sur une étagère et qu’on passe devant de temps en temps pour le regarder, parce que c’est un vestige du passé. Ça, c’est la préservation. Je vois plutôt une matière brute, je vois une ressource naturelle, renouvelable que je veux développer. Je veux que les gens reconnaissent la valeur de cette ressource et qu’ils s’en servent et qu’ils se joignent à nous pour utiliser le français.
M. Dunn est souvent appelé à faire des conférences au Canada ou en France, comme ici à l’Université Bordeaux-Montaigne en 2023 pour parler de la relation spéciale entre la France et la Louisiane. Gracieuseté
Je ne me vois pas vraiment comme un militant, je me vois comme un porte-parole. D’ailleurs, nul n’est prophète dans son pays. Je suis plus reconnu au Canada que je ne le suis en Louisiane, comme mon ami Zachary Richard. Je ne pense pas que quiconque me suive ou suive mes pas, mais il y a effectivement une visibilité très intéressante et qui reflète bien qui nous sommes, avec les personnalités que vous mentionnez et qui se sont fait remarquées sur différents réseaux.
Peut-on parler d’insécurité linguistique en Louisiane?
Rappelons-nous que les gens qui ont fait l’expérience de l’insécurité linguistique sont ceux qui ont été punis parce qu’ils parlaient français en Louisiane. Ils diront qu’ils ne parlent pas le bon français, le vrai français. Ce sont des personnes âgées, qui ne sont plus exposées aujourd’hui à ce concept de francophonie, d’assimilation, d’insécurité linguistique.
Je m’explique : tu peux mettre une personne âgée louisianaise de langue maternelle française devant la télévision en anglais, et cette personne ne va avoir aucun problème à regarder une émission d’Angleterre ou d’Australie parce qu’elle est toujours exposée à ces variétés d’anglais. L’oreille s’est accordée automatiquement. Tu mets cette même personne de langue maternelle française devant une émission québécoise, acadienne, franco-ontarienne ou française. Cette personne ne va rien capter, parce qu’elle n’a pas été exposée aux langages, au vocabulaire. L’exposition aux différents contextes linguistiques n’a pas pu se développer.
Joseph Dunn met aussi sa casquette d’entrepreneur afin de promouvoir la Louisiane, comme en 2022, à Paris, lors d’une conférence. Crédit image : Nestora
Quel est votre rôle au sein de la Plantation Laura?
Je suis l’un des administrateurs du site. En fait, mon titre, c’est directeur du marketing, des relations publiques et de la communication. Je suis, si vous voulez, la figure de la plantation.
Je participe également à la construction du récit interprétatif. C’est le mariage de tous mes intérêts. C’est le français, c’est le créole, c’est la recherche, c’est la vieille maison et le contact avec le public. L’année dernière, 25 % de la fréquentation étaient des francophones. On peut avoir une visite en français tous les jours.
De quels moyens disposez-vous pour assurer le développement du français?
C’est une très bonne question, parce que je considère la plantation comme un petit incubateur. Je suis toujours à la recherche de jeunes qui parlent français, qui veulent pratiquer leur français et qui viennent travailler avec nous à la Plantation Laura. C’est le moyen d’essayer d’avoir un espace où le français vit de manière professionnelle.
La Plantation Laura, une maison historique entourée de champs de canne à sucre, est un endroit très spécial pour Joseph Dunn. Gracieuseté
En 2022, le gouvernement du Québec avait pointé du doigt la Louisiane comme un exemple de la perte du français risquant d’arriver à la province. Le premier ministre avait parlé de « louisianisation » du Québec. Aujourd’hui, vous voulez vous réapproprier le terme « louisianiser », de façon positive, pourquoi?
Je reprends ce terme, « louisianisation », non pas du côté négatif, comme une assimilation totale, mais comme la « louisianisation » du français. Même si je parle un français international, on se sert à la plantation de termes louisianais français.
Tu vas habiter cette langue et cette langue va t’habiter. J’essaie aussi de véhiculer cela avec mes jeunes collègues, dont ma fille qui travaille maintenant avec moi à la plantation. Il y a toujours ceux qui vont vouloir corriger notre français. C’est vraiment le réflexe des francophones d’ailleurs. Mais je sens, quelque part, une certaine responsabilité presque paternelle de former ces jeunes, de les encourager, de leur donner ces compétences en français professionnel.
En quoi vont consister vos nouvelles responsabilités de consul honoraire du Canada à La Nouvelle-Orléans?
Ce sera beaucoup de représentation, et de voir aussi s’il y a des opportunités en Louisiane pour des partenariats avec le Canada, dans le domaine des affaires, dans le domaine culturel, etc. Donc, un rôle de terrain que je connais assez bien de par mes différents réseaux. Et je suis la personne-ressource en Louisiane pour le consulat général qui est situé à Dallas. »
LES DATES-CLÉS DE JOSEPH DUNN :
1971 : Naissance en Louisiane
2011 : Nomination au poste de Directeur du CODOFIL
2014 : Retour à Plantation Laura, où il avait commencé à travailler en 1996
2021 : Décoration de l’Ordre national du Mérite (France)
2022 : Visite de la Secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, en Louisiane, et décoration de l’Ordre des francophones d’Amérique.
2024 : Nomination au poste de Consul honoraire à La Nouvelle-Orléans
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario, au Canada et à l’étranger.
Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.
[CHRONIQUE]
Je n’ai jamais été une grande fan des romans d’espionnage : les intrigues à n’en plus finir et les rebondissements qui ne s’arrêtent que pour le temps de reprendre de plus belle. Peut-être du fait que j’ai grandi pendant une époque durant laquelle la guerre froide entre les États-Unis et l’ancienne Union soviétique battait son plein et que les nouvelles que nous lisions n’étaient qu’une succession de ces histoires avec la différence qu’elles étaient bien réelles.
En lisant le nouveau livre de Didier Leclair, Le prince africain, le traducteur et le nazi, publié aux Éditions David, je n’ai pas eu l’impression que c’était un roman d’espionnage classique, mais plutôt un roman historique revisitant l’occupation allemande de Paris avec des personnages attachants, drôles et surtout intelligents et braves. Et, quoi de mieux encore, ces personnages sont africains, asiatiques et sud-américains. Un pot-pourri de nationalités et de cultures diverses, chose rare dans les livres d’espionnage classiques.
Bien évidemment, si on connait Didier Leclair et son roman emblématique Toronto, Je t’aime, on pourrait se poser la question : pourquoi un livre d’espionnage qui se passe dans une époque sur laquelle tout a été dit ou presque. Mais ce que M. Leclair fait avec Le prince africain, le traducteur et le nazi (retenez bien l’ordre, les Africains en premier et le nazi en dernier), c’est un inversement des rôles entre les Blancs (suprémacistes), représentés par les nazis, et les Noirs, représentés par le personnage principal, Le prince Antonio, prince héritier du royaume Kongo dans l’Angola colonisée par les Portugais et son traducteur et interprète Jean de Dieu, homme cultivé et très intelligent.
Une revanche des opprimés sur les oppresseurs
Cette oeuvre n’est toutefois pas une histoire où les Noirs prennent leur revanche sur les Blancs (en un sens il y a un peu de ça et c’est tant mieux!). Elle est en effet beaucoup plus nuancée. Au lieu d’une course des Noirs contre les Blancs, on assiste à une partie de revanche des opprimés sur les oppresseurs et bien sûr la politique internationale et les politiques locales prennent toute leur place.
Le roman de Didier Leclair n’est jamais ennuyant : il n’y jamais un moment où on aimerait bien lâcher le livre, fatigué par trop d’intrigues. On suit au contraire cette cavale qui traverse la France occupée et s’en va jusqu’au Portugal puis revient en France. Même si on est à bout de souffle, on aime savoir comment se termineront les choses.
À plusieurs égards, ce livre me rappelle celui d’Esi Edugyan, une grande autrice canadienne qui écrit en anglais et qui s’est fait d’abord connaître avec son roman 3 minutes et 33 secondes. Dans le Paris occupé par les Allemands ou trois jazzmen, deux Américains et un métis, en fuite, tentent de s’échapper aux nazis et commettent le plus grand sacrilège : enregistrer un morceau de jazz.
Et du jazz, il y en a dans le livre et la vie de Didier Leclair, tout comme dans le livre d’Esi Edugyan. En effet, cette musique, qui a pendant des siècles symbolisé la voix de la résistance des esclaves africains abusés dans les champs de coton aux États-Unis, est de nouveau honnie, considérée comme source de problèmes bannie dans l’Allemagne nazie car considérée comme une « musique dégénérée ».
À ma connaissance, Esi Edugyan est l’une des rares autrices canadiennes qui a fait rentrer des personnages noirs dans l’histoire de l’occupation allemande et dans les découvertes scientifiques respectivement dans ses deux romans 3 minutes et 33 secondes et Washington Black. Je suis vraiment contente que Didier Leclair en fasse autant de notre côté francophone.
Un autre livre me rappelle celui de Didier Leclair, aussi écrit du point de vue des colonisés : Le dévoué de Viet Thanh Nguyen. Même si Le dévoué ne se promène pas dans le Paris sous l’occupation Allemande mais plutôt celui des années 80, c’est la rencontre, trop brutale chez Viet Thanh Nguyen, entre les divers membres des communautés ethniques, anciennes colonies de la France qui vivent maintenant sur son territoire qui étonne et fascine à la fois.
Cette même rencontre se fait , plutôt complice et amicale, dans le livre de Didier Leclair un peu à la manière du slogan communiste : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». On peut voir dans son roman comment différents personnages qui ont tout pour être des victimes parfaites – que ce soit la couleur de leur peau, leur religion, leur sexe, leur classe sociale – arrivent à s’unir, s’entraider et devenir des agents de changement à part entière.
Un autre regard sur l’histoire
Certes, de prime abord, l’oeuvre de Didier Leclair paraît un livre d’espionnage innocent avec des aventures rocambolesques et des cavales enjambant plusieurs pays et continent pendant la seconde guerre mondiale mais au fond, c’est une mise au point sur la façon dont l’histoire avec un grand H et les histoires subséquentes ont été écrites jusque-là. Une écriture monochrome, relatée du point de vue de la majorité alors que les minorités raciales qui ont pourtant joué un rôle primordial pour combattre le fascisme ont souvent été reléguées aux oubliettes, tuées ou simplement ignorées.
Ici, un petit rappel historique s’invite et s’impose. Entre 1939 et 1944, ils sont près de 140 000 tirailleurs sénégalais (en réalité ce sont des soldats indigènes venant d’Afrique subsaharienne) engagés par la France. Près de 24 000 sont faits prisonniers ou sont tués au combat. Selon l’historien américain Raffael Scheck, qui a enquêté dans les archives militaires françaises et allemandes, près de 3 000 tirailleurs sénégalais auraient été exécutés par la Wehrmacht, armée allemande nazie, entre mai et juin 1940.
Même si le livre de Didier Leclair épouse la forme du roman d’espionnage et d’aventure sans sombrer dans les détails et disputes historiques, il reste un livre avec un nouveau regard sur les rapports de force raciaux qui ont régi nos sociétés contemporaines et qui se poursuivent jusqu’à nos jours.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et du Groupe Média TFO.
TORONTO – Les dix musées d’histoire gérés par la Ville de Toronto, actuellement unilingues, pourraient proposer des services en français si la proposition soumise par la Société d’histoire de Toronto (SHT) était retenue lors des prochaines rencontres du Comité consultatif des affaires francophones de la mairie, dont la suivante se déroulera le 9 avril.
Début février, la présidente de la SHT Rolande Smith, en rencontre avec ONFR, confiait l’une des aspirations de l’organisme : « Nous avons soumis le projet de mise en place de services en français dans les dix musées municipaux au Comité consultatif des affaires francophones, notamment auprès de la coprésidente et conseillère municipale Alejandra Bravo. »
En plus des emblématiques Musée des beaux-arts de l’Ontario (AGO) ou encore du Musée royal de l’Ontario (ROM), la Ville de Toronto compte en effet dix musées d’histoire gratuits, des pépites cachées du patrimoine, flashbacks culturels de la métropole actuelle à ses origines.
Au centre-ville : le Musée Spadina (Spadina Museum), manoir dédié au Toronto des années 1930, le Market Gallery, espace d’exposition historique, autrefois première salle du conseil municipal, la Mackenzie House, témoin de l’ère victorienne de Toronto et de son premier maire controversé, et Fort York National Historic Site, où les soldats britanniques, les Premières Nations et les miliciens du Haut-Canada se sont unis contre les États-Unis et leur mission de s’emparer de Toronto lors de la guerre de 1812.
Dans le nord de Toronto : la Gibson House, ferme du 19e siècle, immerge les visiteurs dans une expérience sensorielle, et la Zion Schoolhouse, dans une école rurale typique de 1910.
Dans l’est de la ville, le Scarborough Museum abrite quatre bâtiments patrimoniaux qui raconte l’héritage de Scarborough, Todmorden Mills retrace le quotidien des travailleurs qui fabriquaient le bois, la farine, la bière et les briques et, dans l’ouest, se trouvent le Colborne Lodge, cottage de l’époque régence de 1836 où est née la vision de High Park et de la Montgomery’s Inn, une auberge de 1830.
« Ces musées sont gratuits, mais il nous arrive, à la Société d’histoire de Toronto, que des visiteurs nous sollicitent pour les accompagner, car il n’y a présentement aucun tour ou guide bilingue. Vis-à-vis des écoles et des visiteurs francophones, il est important que ça puisse être disponible », argumente Mme Smith.
Le Musée Spadina (Spadina museum). Crédit image : Hôtel de ville de Toronto
Montgomery’s Inn. Crédit image : Hôtel de ville de Toronto
Todmorden Mills. Crédit image : Hôtel de ville de Toronto
Fort York National Historic Site. Crédit image : Hôtel de ville de Toronto
Colborne Lodge. Crédit image : Hôtel de ville de Toronto
La Mackenzie House. Crédit image : Hôtel de ville de Toronto
La Gibson House. Crédit image : Hôtel de ville de Toronto
Commencer par des dépliants dans les deux langues
Quels types de services en français ces musées offriraient-ils si la recommandation était retenue? La Ville pourrait s’inspirer de bonnes pratiques qui existent déjà ailleurs en Ontario. Parmi les musées similaires gérés par la municipalité d’Ottawa, l’affichage bilingue anglais et français semble être la norme de prestation minimale, notamment au Musée et à la société historique du Canton d’Osgoode. Le Moulin Watson, par exemple, propose des visites en français avec l’un de ses membres du personnel bilingues.
Certains lieux ont des pratiques plus poussées : le Musée Bytown offre ainsi une expérience intégralement bilingue, du standard téléphonique automatisé à la présentation et à l’affichage en anishinaabemowin, français, anglais, jusqu’au bilinguisme de toute l’équipe de guides et interprètes.
Le Diefenbunker, musée de la guerre froide du Canada, en plus de produire ses communications aux médias dans les deux langues officielles et de fournir des audio-guides multilingues, programme chaque samedi et dimanche, à 13 h 30, des visites guidées en français.
« On a reçu un accueil de l’idée plutôt favorable, mais nous attendons le retour du comité »
— Rolande Smith, présidente de la SHT
Le concept développé par la SHT envisage un certain nombre de mesures qui pourraient assurer une transition en douceur, à commencer par des dépliants d’information bilingues, avant même d’envisager des panneaux en français et un déploiement de personnel francophone à la demande.
« On a reçu un accueil de l’idée plutôt favorable, mais nous attendons pour le moment le retour du comité », indique avec prudence Rolande Smith.
« Ce serait une excellente chose, commente Zahra Diallo, présidente de l’ACFO-Toronto, interrogée sur cette initiative. On a récemment publié ces offres de visites en français de la SHT à leur demande. On doit les encourager et rendre hommage à leur volonté de servir les communautés francophones de Toronto dans leur langue. »
La présidente de la SHT, qui rappelle qu’un des comités consultatifs précédents était parvenu à obtenir de meilleurs services en français dans les bibliothèques de la ville, dit espérer un succès similaire.
Alors que la Journée internationale de la Francophonie approche, c’est l’occasion parfaite de se tremper un orteil dans la mer d’activités culturelles offertes en français en Ontario. Et pourquoi ne pas y emmener un ami anglophone? Certains organismes présentent leurs activités avec des surtitres anglais afin d’en faciliter l’accès.
Communauté
Semaine de la Francophonie de Toronto
La ville Reine embarque dans le train du Mois de la Francophonie avec la Semaine de la Francophonie de Toronto, qui se déroule du 18 au 24 mars. Un calendrier est disponible pour découvrir toutes les activités, dont certaines sont organisées par des organismes déjà très actifs. On retrouve, par exemple, un marathon de films francophones et une pièce de théâtre à l’Alliance française Toronto, une soirée de la Ligue d’improvisation francophone (LIF) et une soirée Franc’Open Mic.
Le Théâtre français de Toronto présente également le spectacle solo de Jocelyn Sioui, Mononk Jules. L’artiste y raconte le combat de son grand-oncle Jules Sioui, qui s’est battu pour l’indépendance des Premières Nations. Des activités de médiation culturelle sont organisées autour du spectacle. Le 19 mars, il y aura un déjeuner-conférence du Club canadien de Toronto pour discuter de francophonie pancanadienne avec Danièle Henkel et Karl Blackburn.
Jocelyn Sioui dans Mononk Jules. Crédit image : Marie-Julie Garneau
Le Festival des sucres du Muséoparc Vanier aura lieu du 18 au 24 mars. En plus de la tire sur la neige et des activités familiales, il sera possible d’assister à plusieurs prestations artistiques et musicales les 23 et 24 mars. Makhena, Siaka Diabaté, Sophie D’Orléans et Louis Racine se produiront le samedi 23 mars. Le lendemain, ce sera le tour de Chantale Trottier, Sugar Crush, Monette et WISE Atangana.
La cabane à sucre du Muséoparc Vanier est la seule en milieu urbain active en Amérique du Nord. Crédit image : Rachel Crustin
Dans le cadre du Mois de la Francophonie et du congé de mars, l’autrice et poétesse Marie Célie Agnant donnera un atelier d’écriture à la Bibliothèque publique d’Ottawa vendredi à 13h30. Les participants de 8 à 11 ans créeront un conte collectif en compagnie de celle qui a reçu le Prix Alain-Grandbois de l’Académie des lettres du Québec, en 2007.
Marie Célie Agnant. Source : Bibliothèque publique d’Ottawa
Le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) a lancé un appel spécial aux francophiles afin de les inciter à venir voir sa prochaine pièce à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie. Le TNO, comme plusieurs autres organismes franco-ontariens, utilise une billetterie solidaire, qui permet de se procurer un billet à coût plus ou moins grand, selon nos capacités financières. Les organisateurs ont donc invité les spectateurs non-francophones à se procurer un billet économique pour voir Malaise dans la civilisation.
Selon certaines critiques, la pièce est aussi une bonne porte d’entrée pour les néophytes du théâtre. On la présente comme un « vivarium philosophique » où quatre touristes pénètrent dans un théâtre, qu’ils exploreront sans en connaître les codes. Cette pièce d’Alix Dufresne et Étienne Lepage a été créée au Festival TransAmérique de Montréal en 2022.
La représentation du 20 mars sera précédée d’un 5 à 7 en compagnie d’Alix Dufresne et Étienne Lepage. Ils seront également de la causerie d’après-spectacle le lendemain, en compagnie des comédiens.
Christian Pelletier est le porte-parole communautaire du TNO pour Malaise dans la civilisation
Sudbury, du 20 au 22 mars. Détails sur le site du TNO.
Deux pièces à LNSGD
La Nouvelle Scène Gilles-Desjardins (LNSGD) se prépare à accueillir non pas une, mais deux pièces de théâtre dans les prochains jours. Du 14 au 16 mars, le Théâtre Catapulte présente AlterIndiens, des Productions Menuentakuan. Il s’agit de la première traduction en français (signée Charles Bender) de la pièce alterNATIVES, de l’auteur ojibwé Drew Hayden Taylor. En utilisant les codes des sitcoms, le spectacle se moque des stéréotypes entre autochtones et allochtones.
Le metteur en scène, Xavier Huard, exprime le genre de questionnement qui risque aussi d’habiter le spectateur allochtone : « Comment savoir si l’ouverture qui m’habite, quoiqu’ancrée dans mes meilleures intentions, ne prend pas inconsciemment soin de réconforter et valider mes propres valeurs, et ma façon bien à moi de voir les choses? »
Le 16 mars, une activité « breuvages et bouquinerie » précédera la représentation. Les spectateurs pourront découvrir de la littérature, des bières et des tisanes autochtones.
Du 20 au 23 mars, c’est au studio B de LNSGD que s’installera la compagnie Territoire 80 pour le spectacle intimiste Dans la nuit, ou était-ce plutôt le matin, en collaboration avec le Théâtre du Trillium.
Image de la pièce AlterIndiens. Crédit image : Marie-Andrée Lemire
Ottawa, jusqu’au 16 mars, puis du 20 au 23 mars. Détails sur le site de LNSGD
Musique
LGS en mode VIP
La formation franco-ontarienne LGS est de retour avec VIP, disponible dès vendredi. On reconnaît le style de Michel Bénac et John Nathaniel dès les premières secondes de cet hymne estival, suite logique au succès On perd la tête, sorti en 2021. VIP met la table pour un EP de cinq chansons, qui sera lancé au printemps. En attendant, ce premier extrait donne envie de déjà préparer les glacières pour investir les plages d’un des nombreux lacs de l’Ontario cet été. Un, deux, trois, quatre, baby!
LGS dévoilera une nouvelle chanson ce vendredi. Gracieuseté
Sur toutes les plateformes le 15 mars. Détails sur LGS sur le site du groupe.
SUDBURY – Moins d’un an après avoir essuyé un refus du gouvernement Ford, la situation évolue dans le dossier de l’Université de Sudbury. L’établissement a annoncé qu’il signera un protocole d’entente avec l’Université d’Ottawa, qui lui permettra d’offrir une programmation à Sudbury dès septembre 2025.
« Il y a presque trois ans jour pour jour, le conseil de gouvernance de l’Université de Sudbury a pris l’audacieuse décision de retourner à ses sources pour redevenir un établissement de langue française du par et pour », a lancé Serge Miville, recteur et vice-chancelier de l’Université de Sudbury en début de conférence.
Et d’annoncer « un partenariat en ce sens avec l’Université d’Ottawa dont l’objectif est d’augmenter l’accès à l’enseignement universitaire de langue française dans la région du Grand Sudbury », sous les applaudissements de la salle. Selon le recteur Serge Miville, son homologue de l’Université d’Ottawa aurait été « l’un des premiers leaders universitaires à discuter avec l’Université de Sudbury pour trouver une solution ».
« Un siècle plus tard, nous nous remettons à travailler ensemble pour faire une différence »
— Jacques Frémont, recteur de l’Université d’Ottawa
« Parmi les nombreux programmes qui seront annoncés prochainement figureront des parcours qui permettront à l’Université de Sudbury de rétablir sa conformité en vertu de sa désignation sous la Loi sur les services en français », a-t-il continué. Si les détails sur l’offre de cours ne sont pas encore disponibles, celui-ci assure qu’il s’agit de « programmation qui n’est pas disponible dans la région et pour répondre aux besoins du marché du travail du Nord-Est de l’Ontario ».
Parmi les personnes présentes : Didier Pomerleau, sous-ministre adjoint au ministère de l’Éducation et des Collèges et Universités, des membres de l’AFO, les députés France Gélinas et Jamie West et Maxim Jean-Louis, président directeur-général de Contact Nord. Crédit image : Inès Rebei
Optimisation des ressources, économies d’échelle, approche novatrice… autant de termes employés par l’ex-historien pour qualifier ce partenariat qu’il considère « jeter les bases d’un nouveau modèle de coopération ». Ce partenariat fera en sorte que les étudiants pourront obtenir des crédits des deux établissements sans besoin d’équivalence.
Le recteur et vice-chancelier de l’Université d’Ottawa (U d’O), Jacques Frémont, a ensuite pris la parole en expliquant qu’il s’agit d’un modèle « gagnant-gagnant » pour les deux établissements et a rappelé que son université a déjà collaboré avec l’établissement sudburois entre 1916-1927 : « Un siècle plus tard, nous nous remettons à travailler ensemble pour faire une différence. »
« On n’est pas en train de se fédérer, on n’est pas en train de s’affilier »
— Serge Miville, recteur de l’Université de Sudbury
Il a alors évoqué le rapport Harrison, commandé par le gouvernement de Doug Ford et publié en novembre 2023, lequel émettait une recommandation allant dans le sens de ce partenariat, et citait déjà l’idée d’un consortium chapeauté par l’établissement de la capitale.
M. Miville a dit vouloir stratégiquement annoncer cette nouvelle à l’occasion de Mois de la Francophonie. et ne pas exclure d’autres partenariats de ce genre. Crédit image : Inès Rebei
Un long chemin
Le recteur Miville a confié à ONFR qu’il travaille sur cette négociation depuis près d’un an, soit avant même la décision de refus du gouvernement provincial : « Ça a toujours été dans notre plan d’établir des partenariats stratégiques avec des établissements de langue française, des établissements bilingues ou même de langue anglaise. »
Selon lui, cette solution de passer par un partenariat n’est en rien contradictoire avec l’autonomie complète de l’université. « On n’est pas en train de se fédérer, on n’est pas en train de s’affilier, on est en train d’offrir des programmes, des crédits et des cours enseignés par les professeurs de l’Université de Sudbury, donc ça maintient pleinement le par et pour », clame-t-il.
Interrogé sur les craintes éventuelles quant à la santé financière de son établissement après la missive envoyée à la communauté et qui révélait « un sous-financement chronique de 50 millions de dollars » pour le volet francophone, le recteur Frémont se veut rassurant.
« Il y a un défi de financement et de viabilité mais j’ai espoir que notre partenaire, l’Université de Sudbury, sera capable de convaincre les gouvernements de la soutenir », a-t-il indiqué. Et de continuer : « Il n’est pas question qu’on perde de l’argent ni en faire. On est là pour véritablement étendre la mission francophone. »
Le recteur Frémont indique que le partage de ressources telles que des livres, du matériel et des infrastructures sera sur la table des discussions. Crédit image : Inès Rebei
Le recteur Serge Miville a fait savoir qu’il reste du travail à faire, mais se dit optimiste quant à une réponse favorable du gouvernement pour une demande de financement avec cette nouvelle proposition, car il existe, selon lui, un précédent avec les institutions autochtones. La présence, dans la salle, du sous-ministre adjoint Pomerleau a été soulignée durant la conférence comme étant un signal positif d’un engagement futur du gouvernement conservateur.
« C’est loin d’être une université de langue française par pour et avec les francophones du Nord de l’Ontario »
— Denis Constantineau
Des précisions sur la configuration de ce partenariat seront divulguées dans les prochains mois après finalisation des discussions, notamment, entre les deux Sénats des universités.
Des réactions mitigées
La Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française (CNOUF), n’a pas caché son amertume devant la nouvelle : « Ce n’est pas ce que la communauté exigeait. Ce n’est pas ce que la communauté mérite. On va dire que c’est un gain mais on échange une institution bilingue, l’Université Laurentienne, pour une autre institution bilingue, l’Université d’Ottawa. »
« C’est loin d’être une université de langue française par pour et avec les francophones du Nord de l’Ontario. Mais encore une fois, le gouvernement ne nous a pas donné ce qu’on méritait. Alors la communauté est obligée de s’organiser autrement », déplore Denis Constantineau, porte-parole de la CNOUF.
Même son de cloche chez Geneviève Tellier, professeure à l’Université d’Ottawa, qui a réagi sur X (ex-Twitter) : « Ceci est un recul important du principe « par et pour » les francophones en Ontario. Comment se fait-il que l’AFO cautionne ceci? »
Peter Hominuk, directeur de l’AFO, se dit, au contraire, ravi de cette annonce et ne pas avoir d’inquiétude quant à l’autonomie réelle de l’Université de Sudbury laquelle sera assurée par le Sénat.
Peter Hominuk et l’AFO ont été très présents depuis le début du dossier de l’Université de Sudbury. Crédit image : Inès Rebei
L’organisme francophone s’était pourtant montré très critique lors des révélations du rapport Harrison. « Il n’y a pas de revirement », répond-il en disant que l’AFO était favorable à un partenariat tant qu’il unirait deux universités autonomes. Il est confiant que cette entente participera à régler les problèmes de pénurie de main-d’œuvre dans le Nord.
La députée de Nickel Belt, France Gélinas, anticipe des craintes de la part des habitants de sa circonscription qui risqueraient, selon elle, de ne pas voir une distinction entre ce partenariat avec une université bilingue et la fédération avec l’Université Laurentienne qui avait fini par faire faillite en 2021.
« Est-ce qu’on est à notre but final? Non, le but final c’est que le gouvernement provincial prenne ses responsabilités et finance l’Université de Sudbury, point à la ligne, juge-t-elle. Pour l’instant, on a gardé l’Université de Sudbury en vie. » Mme Gélinas ajoute qu’elle interpellera la ministre des Collèges et Universités, Jill Dunlop, dès son retour à Queen’s Park lundi pour du financement pour cette entente.
Avec les informations de Pascal Vachon.
Une première version publiée jeudi 14 mars, laissait penser que les cours en question auraient été donnés directement par l’Université d’Ottawa, et non par l’Université de Sudbury. Or, cette dernière offrira les cours, les ressources, et procédera à l’embauche des professeurs. Nous nous excusons pour cette confusion.
OTTAWA – La quatrième édition du Festival international du film d’Ottawa (IFFO) se déroule jusqu’au 24 mars. En plus de présenter des longs-métrages déjà primés, il permet de redécouvrir des films d’époque, de lancer des conversations sur l’industrie et de donner une voix aux femmes, aux communautés marginalisées, aux films canadiens et aux francophones.
Le « festival des festivals » a trouvé sa niche en restant un événement d’ampleur modeste, mais qui présente des films qui ont déjà fait leurs preuves dans d’autres festivals à travers le monde. Le directeur général Tom McSorley et la programmatrice Tish Black surveillent ce qui se passe à Cannes, Berlin, Toronto, Montréal et New York, par exemple.
En entrevue avec ONFR, Tom McSorley témoigne de la minutie avec laquelle la programmation est élaborée. « Nous sommes très petits, affirme-t-il. C’est 28 longs-métrages, cette année. À cause de ça, la sélection est vraiment importante. Nous voulons une diversité de films de partout à travers le monde. »
Image du film canadien Seven Veils, présenté en ouverture de l’IFFO 2024. Crédit image : Amanda Matlovich
Il nomme l’importance de trouver un équilibre entre les films de réalisateurs renommés et les plus obscurs, parfois de premières œuvres, qui font découvrir de nouveaux talents.
Parmi les têtes d’affiche de cette année, on retrouve Seven Veils, d’Atom Egoyan, en ouverture, ou encore Cerrar los ojos (Fermer les yeux) du réalisateur espagnol Víctor Erice.
En français, Solo de Sophie Dupuis est sans doute le film le plus connu, ayant remporté le prix du meilleur long-métrage canadien au Festival international du film de Toronto. « C’est très bien écrit et les comédiens sont extraordinaires », commente Tom McSorley.
Pluralité des voix
Le long-métrage Soleils atikamekw de Chloé Leriche, en français et en cri, s’est aussi taillé une place dans la programmation principale. Basé sur une histoire vraie toujours non résolue, le film mélange fiction et documentaire pour raconter un incident survenu dans la communauté atikamekw de Manawa, au Québec, en 1977. Tom McSorley commente : « C’est très intéressant et très émouvant, à mon avis. Et évidemment, nous voulons programmer des films des communautés autochtones, c’est important pour nous de présenter ces voix. »
Image du film Soleils atikamekw de Chloé Leriche. Source : IFFO
La place des femmes dans l’industrie est aussi un grand sujet de discussions à l’IFFO. La projection spéciale Cinema’s First Nasty Women présente des films muets réalisés par des femmes, trop souvent mises de côté, mais pourtant présentes depuis le début de l’histoire du cinéma.
Le Female gaze, de retour cette année, est un élément imaginé par Tish Black afin de présenter des films écrits et réalisés par des femmes, et d’avoir une « conversation sur le rôle des femmes dans le monde du cinéma et dans la société en général », explique Tom McSorley. Tiger Stripes, de la Malaisienne Amanda Nell Eu, est à l’honneur pour cette projection toujours « très populaire. »
La réalisatrice Emily Diana Ruth lors du segment The Female Gaze, en 2023. Source : IFFO
Malgré l’aspect international, les programmateurs réservent une grande place au savoir-faire canadien, entre autres, au moyen des courts-métrages présentés avant chaque programme principal.
Alors que la plupart des festivals organisent des programmes spéciaux où plusieurs courts-métrages sont projetés les uns à la suite des autres, L’IFFO privilégie cette formule qui impose (doucement) ces œuvres, toutes canadiennes. L’idée est de démocratiser l’art du court-métrage, en plus d’encourager les talents d’ici. « Le but de notre programmation de courts-métrages est de présenter les jeunes talents. Ceux qui deviendront des réalisateurs et réalisatrices de longs-métrages, éventuellement », explique le directeur général.
En terrain connu
Les habitués de l’IFFO ne seront pas dépaysés en 2024. « C’est le même bateau, mais avec différents passagers », illustre Tom McSorley. On retrouve donc des éléments comme le Screen Summit, qui permet à des gens qui auraient envie de se lancer dans l’industrie du cinéma d’entrer en contact avec des professionnels, ou la journée Save as, qui traite de la restauration et de la préservation du cinéma patrimonial. Lors de cet événement du 21 mars, le comédien Jean Leclerc sera présent pour participer aux discussions autour du film Guerres (The Wars), dans lequel il tenait la vedette en 1983.
Image de la soirée d’ouverture 2023. Source : IFFO
Cette année, le segment Les maîtres canadiens mettra à l’honneur la Torontoise d’origine indienne Deepa Mehta. La détentrice de nombreuses reconnaissances, dont une nomination aux Oscars et un titre d’Officier de l’Ordre du Canada, discutera de son parcours lors d’une entrevue qui précédera la projection de son film Funny Boy.
La place du français
Lui-même issu d’une famille exogame du Nouveau-Brunswick, Tom McSorley tient à ce que les communications de l’IFFO et les discours de bienvenue de chaque soirée soient faits dans les deux langues officielles. « Je suis très sensible au bilinguisme. C’est important, nous habitons à Ottawa, la capitale du Canada. De plus, le mois de mars est le Mois de la Francophonie. La présence de la langue de Molière est très importante pour notre festival. »
Tapis rouge 2023. Source : IFFO
Au moment d’élaborer la programmation, ce sont les thèmes exploités, et non la langue, qui dictent les agencements entre les courts et longs-métrages. Il n’est donc pas rare de voir un court-métrage francophone précéder un long-métrage anglophone. « Je pense que c’est normal pour (les festivaliers). C’est juste la réalité de notre environnement. On fait ça chaque année. »
C’est le cas lors de la soirée d’ouverture, où L’été des chaleurs, de Marie-Pier Dupuis, mettra la table pour Seven Veils. Les deux réalisateurs seront présents.
Parmi les autres réalisateurs en visite à Ottawa, on retrouve la Française Nora El Hourch, qui répondra aux questions du public sur son film Sisterhood le 17 mars.
Image du film français Sisterhood (HLM Pussy). Crédit image : Manny Films
Tous les films sont présentés dans leur langue originale, avec sous-titres anglais pour les films francophones, mais aussi pour ceux qui arrivent d’Italie ou d’Islande, par exemple.
Parmi les quatre longs-métrages canadiens sélectionnés pour un programme principal, deux sont francophones. Et parmi les 21 courts-métrages canadiens, on retrouve une dizaine de films en français.
Environ 4000 cinéphiles se donnent rendez-vous chaque année à l’IFFO. L’édition 2024 s’annonce prometteuse, selon Tom McSorley, qui indique que la vente de billets se déroule mieux que l’an passé à pareille date. La soirée d’ouverture se déroulera ce soir, à guichet fermé.
OTTAWA – Le nombre d’étudiants francophones à l’Université d’Ottawa a bondi en nombre et en proportion cette année alors qu’ils sont désormais de retour au-dessus de la barre du 31 %, et ce dans la plus importante institution universitaire bilingue canadienne. Cette hausse est fortement attribuable à la clientèle internationale qui a augmenté d’un peu moins que 400 % en une décennie.
Avec 31,45 % d’étudiants francophones en septembre 2023, l’Université d’Ottawa (U d’O) surpasse de peu sa plus haute proportion de francophones depuis 2014.
Ce regain de l’effectif francophone n’est toutefois pas attribuable à la clientèle canadienne. En 2014, il y avait 890 étudiants internationaux francophones alors qu’ ils sont aujourd’hui 4374, ce qui représente une hausse de 391 %. Le nombre de Canadiens francophones est, de son côté, en pente descendante. Alors qu’ils étaient autour de 12 000 en 2014, ils sont en moyenne autour de 10 600 ces dernières années.
En comptant les études supérieures et de premier cycle, l’effectif total de l’U d’O grimpe en 2024 à 48 259 alors qu’il était de 42 672 en 2014, une croissance de 14 %. Cette augmentation est principalement due à l’arrivée, en une décennie, de près de 6000 étudiants internationaux (+150 %), dont plus de la moitié sont francophones.
« Dans les programmes en français, il y avait un peu de places, donc on s’est permis de faire un meilleur recrutement », explique Yves Pelletier, le vice-recteur associé à la Francophonie au sein de l’établissement bilingue.
Ce dernier relate qu’au cours des dernières années, l’U d’O a signé des ententes avec des pays africains, en plus de recruter des étudiants du Cameroun, du Bénin, du Rwanda et du Congo notamment, ce qui explique ainsi l’afflux de nouveaux francophones.
« Ce n’est pas qu’on est plus présent dans certains pays maintenant. L’Université d’Ottawa s’est dotée d'une stratégie, autour de 2018, qui la positionne à l’international et par conséquent, on peut aller chercher plus d’étudiants francophones », affirme-t-il en entrevue.
Quel avenir pour les programmes en français?
En vertu d’une désignation partielle de la Loi sur les services en français, depuis 2016, l’Université d’Ottawa est dans l’obligation d’offrir des programmes de premier cycle en français dans l’ensemble de ses facultés, sauf celles de génie et des sciences.
Il plane toutefois un nuage noir sur la mission francophone de l’institution bilingue, alors que son recteur Jacques Frémont mentionnait en janvier dernier dans une missive envoyée à la communauté, « un sous-financement chronique de 50 millions de dollars » pour le volet francophone. Dans un mémoire destiné à un groupe d’experts du postsecondaire provincial, l’établissement demandait à l’Ontario de revoir sa subvention à la hausse avec « une formule de financement qui reflète le coût réel des formations en français ».
« Le financement de la province pour la francophonie n’a pas augmenté au cours des 20 dernières années, renchérit M. Pelletier. Avec un manque de financement pour l’Université d’Ottawa et pour son volet francophone, les budgets de l’université deviennent de plus en plus serrés. »
La clientèle internationale à la baisse?
À cela s’ajoute l’annonce du fédéral, d’il y a quelques semaines, qui décrétait un plafond à 360 000 du nombre de nouveaux étudiants étrangers admis au Canada en 2024, une réduction de près de 50 % pour l’Ontario.
« C’est encore trop tôt pour savoir quelle va être l’image à l’Université d’Ottawa pour les étudiants internationaux. La masse critique ne va pas diminuer au cours de l’année, mais c’est au cours des quatre prochaines années, où il y aura quatre cycles d’admissions où l’on pourra voir un plus faible taux d’étudiants internationaux », indique Yves Pelletier.
Yves Pelletier, vice-recteur associé au cabinet de la Francophonie de l'Université d'Ottawa. Gracieuseté
C’est le gouvernement Ford qui devra désormais départager le nombre de permis d’études entre collèges et universités, en fonction du nombre de places qui sera alloué par le fédéral à chaque province.
Le nouveau mécanisme rendra plus compliqué le recrutement, estime le vice-recteur, car une institution ne pourra pas transférer une lettre d’acceptation auprès d’un étudiant étranger, tant et aussi longtemps que celui-ci n’aura pas obtenu une réponse concernant sa demande de permis d’étude.
« Certaines provinces ont répondu au fédéral avec leur stratégie, mais on attend toujours que la ministre Jill Dunlop confirme les modalités pour les étudiants internationaux (…). On a fait valoir, auprès des gouvernements fédéral et ontarien, l’importance des étudiants internationaux francophones et leur importance vis-à-vis de la stratégie de hausser l’immigration francophone en contexte minoritaire », a-t-il expliqué.
Carol Jolin est le nouveau président de la Société franco-ontarienne de l’autisme (SFOA). Il était auparavant six ans à la présidence de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), où il a dû gérer de nombreux dossiers chauds, avant de prendre sa retraite en 2022.
LE CONTEXTE :
La Société franco-ontarienne de l’autisme avait annoncé sa fermeture en septembre 2023. Une semaine plus tard, le 14 septembre, les parents, et un nouveau conseil d’administration, se sont mobilisés pour tenter de sauver l’organisme d’aide aux familles et aux enfants atteints d’autisme.
L’ENJEU :
En 2024, la SFOA pourra relancer certaines de ses activités dont le tant attendu camp d’été. Carol Jolin va s’attarder à trouver les financements et sensibiliser la communauté afin de pérenniser la SFOA et ses activités à Ottawa.
« Vous avez quitté votre retraite. Comment se fait-il que l’on vous retrouve à la présidence de la SFOA?
J’ai été approché par un consultant, et je savais déjà que la SFOA avait eu des difficultés et même fermé ses portes. Le nouveau conseil d’administration est très motivé à relancer les activités de l’organisme et à repartir sur de bonnes bases comme un vrai organisme sans but lucratif (OSBL). C’est évident que sur le plan politique, je peux leur donner un coup de main, donc me voilà.
Et puis, je suis aussi sensible à l’autisme, puisque j’ai eu l’occasion de donner un coup de main au niveau des droits d’accommodation pour l’enfant autiste – aujourd’hui adulte – de mes voisins.
Quelles sont les prochaines étapes pour sauver la SFOA?
Le redressement financier est une priorité, mais on a déjà de bonnes bases puisque les activités de la SFOA s’autofinancent. Maintenant, pour être capable d’en faire davantage pour les jeunes et adultes sur le spectre de l’autisme, il va falloir être capable d’engager une direction générale à temps partiel pour s’occuper de la gestion et de la coordination des activités.
On commence aussi avec une campagne pendant le mois de l’autisme avec le 2 avril qui est la Journée internationale de l’autisme. La campagne : 2 $ pour l’autisme, c’est une étape pour se remettre sur les rails.
À long terme, on espère pouvoir amener quelque chose pour les adultes également, parce que, une fois qu’ils ont quitté l’école et qu’ils ont 21 ans, c’est le tiers monde pour les adultes autistes.
La SFOA est le seul organisme franco-ontarien à Ottawa pour les enfants autistes. Les programmes comme Sam-dit-Turbo, Samedi-Fou ou le camp d’été vont-ils revenir en 2024?
Environ 10 000 francophones vivent sous le spectre de l’autisme en Ontario, alors je suis curieux de savoir s’il y a d’autres organismes qui existent dans la province. Je sais qu’il y en a un dans l’Est ontarien et j’ai contacté la direction pour se rapprocher.
Dans toute la province, les organismes sans but lucratif, qui sont passés au travers de la pandémie, ont eu des difficultés. Je connais encore pas mal d’élus à Queen’s Park, donc j’aimerais sensibiliser davantage nos élus à la situation des services en français pour les autistes. Des solutions, il y en a plusieurs, mais ça prend l’aide du gouvernement.
Un nouveau président prend les rênes de la SFOA. Source : Facebook/ Stratégies pour sauver la SFOA
Pour ce qui est des programmes, pour le moment, on vient de relancer Sam-dit-Turbo. Et on est très content, en plus il y a une orthophoniste, il y a des activités en zoothérapie, en musicothérapie, donc c’est très bien monté.
Et pour dire jusqu’à quel point le besoin est là, on a rempli les seize places en 24 h, on avait même une liste d’attente. Donc les besoins sont énormes. De la même façon, on va remettre sur pied le camp d’été. C’est certain, la communauté aura son camp d’été qui doit accueillir une quarantaine de jeunes.
Pour la suite, il y a une volonté de suivre les jeunes lorsqu’ils sont adultes, on va réfléchir à cela, puisque dès qu’ils quittent l’école, c’est le tiers monde en français pour les autistes adultes et nous voulons y remédier.
Est-ce que rejoindre les gouvernements et rechercher des subventions vont être l’essence de votre nouvelle fonction?
Définitivement, sur le plan politique. Je vais travailler étroitement aussi avec l’Assemblée de la francophonie (AFO) sur ce dossier pour qu’ils nous appuient. Évidemment, il sera question d’être sensible aux possibilités de nouvelles subventions.
La SFOA est-elle saine et sauve?
Elle s’est sauvée d’elle-même. Avec ce nouveau conseil d’administration qui a pris les choses en main une semaine après la fermeture, c’est incroyable. Nous n’avons pas d’employé, donc c’est un conseil d’administration très travailleur. On n’a peut-être pas entièrement sauvé la SFOA, mais on est en train de se remettre sur les rails pour être capable d’offrir des options et des services aux parents et aux jeunes.
On veut contribuer activement à l’épanouissement des personnes autistes francophones dans toutes les sphères de leur vie.
C’est notre modus operandi : on veut atteindre notre objectif, c’est-à-dire ramener du personnel et avoir plus d’activités pour les jeunes. C’est le but de notre campagne : 2 $ pour l’autisme.
Je suis confiant, car nous avons un groupe extrêmement motivé. »
ALFRED – Dix ans après la fermeture du Collège d’Alfred, dans l’Est ontarien, et alors qu’une partie des programmes en français se trouvent disséminés au sein des collèges La Cité à Ottawa et Boréal dans l’ensemble de l’Ontario, d’anciens élèves n’ont pas oublié l’apport inestimable de cet établissement et son impact sur la relève agricole franco-ontarienne.
Il y a dix ans, l’Université de Guelph annonçait la fermeture du Collège d’Alfred, situé dans l’Est ontarien, ainsi que celle de son campus anglophone de Kemptville au sud d’Ottawa, pour des raisons financières.
« Quand on y pense, il y a eu un impact à plusieurs niveaux », se rappelle Jean Dubois, agent de liaison pour le recrutement d’étudiants au Collège d’Alfred jusqu’en 2014.
« Économique, d’une part, puisqu’il y avait un peu plus d’une centaine d’élèves qui participaient à l’économie locale dans le village d’Alfred et Plantagenet. »
D’après l’ancien employé, « il y avait un sentiment hors du commun d’appartenance et de fierté, autant du côté des étudiants que du côté des employés ».
« On était comme une famille. On était fiers de dire qu’on travaillait au Collège d’Alfred, et la communauté, elle aussi fière de son collège. »
Une fermeture qui a eu un impact sur la relève agricole
« On a eu peur de ne plus pouvoir étudier l’agriculture en français en Ontario », affirme Nicolas Dessaint, ancien élève du Collège d’Alfred et ancien président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), producteur laitier et apiculteur.
« Heureusement, La Cité et le Collège Boréal ont démontré de l’intérêt et offrent toujours ces programmes. »
Les programmes offerts à La Cité à Ottawa. Capture d’écran
Une chance que n’a pas eu le Collège de Kemptville proche d’Ottawa pour les anglophones, estime Danielle Lefebvre, diplômée d’un cursus agricole spécialisé en développement international.
« C’était pratiquement le seul endroit où je pouvais suivre ce programme international, et j’ai eu la chance par la suite de faire un stage en Afrique de l’Ouest en agroforesterie. »
D’après Jean Dubois, « cela aurait été une erreur si le collège avait simplement fermé. J’entends du bien des programmes de La Cité, et si elle n’avait pas été là, ça aurait été terrible ».
Une partie des programmes du Collège d’Alfred sont offerts par La Cité. Le programme de technique de soins vétérinaires par le Collège Boréal. Archives ONFR
Danielle Lefebvre considère que le Collège d’Alfred lui a permis de vivre ses études en français en Ontario, mais elle se souvient aussi combien la communauté a perdu à sa fermeture.
« Nous avions cette communauté de gens liés à l’agriculture, c’était comme une petite famille. »
Pour Mme Lefebvre, l’impact dans la région a été économique, mais peut-être aussi touristique. Cette effervescence n’existe plus dans la région aujourd’hui, mais à une époque, un véritable dynamisme agricole animait ce petit canton de l’Est.
« Nous avions des événements annuels et nous étions très proches du Québec et de ses associations d’agriculteurs. C’était très chaleureux, il y avait des gens issus de l’immigration qui venaient au Collège d’Alfred, et nous avions également un parrainage d’étudiants réfugiés », se rappelle-t-elle.
Alexandre Blain, diplômé en horticulture ornementale en 2004, estime que le collège était excellent pour l’agriculture, les techniques vétérinaires et la nutrition et diététique. Originaire de Montréal, il faisait partie de la majorité des étudiants québécois qui avaient choisi le campus d’Alfred pour la qualité de son enseignement.
« C’était une des solutions pour la relève agricole », affirme-t-il.
Dans le même sens, M. Dubois admet que « les fermes familiales sont en voie de disparition ».
De nombreux doutes persistent concernant l’avenir du bâtiment du Collège
« Le Collège avait une signification particulière pour la communauté », explique M. Dessaint. « Cela a été une longue lutte pour avoir le droit d’étudier en français et en agriculture. »
Le 12 mars 2014, l’Université de Guelph annonçait la fermeture définitive du Campus d’Alfred et de celui de Kemptville, le campus anglophone, fondé en 1917 et l’un des plus anciens établissements de formation agricole de la province.
Le Collège d’Alfred avait célébré ses 30 ans en 2011, mais c’est l’Université de Guelph qui subissait des déficits. De plus, le bâtiment abritant le collège francophone était assez vieillissant et nécessitait de nombreuses rénovations.
La ferme laitière de la FERCA a fermé officiellement en 2022. Source : Facebook/ FERCA
En 2021, les derniers bâtiments du Collège d’Alfred ont été mis en vente.
La section Nord, appelée « Upper Campus », était à vendre par le gouvernement de l’Ontario pour la somme de 299 999 $.
La partie « Lower Campus » avait été achetée par l’UCFO en 2018 pour ouvrir une Ferme d’éducation et de recherche du campus d’Alfred (FERCA). L’exploitation laitière a ensuite fermé ses portes en 2022.
Aujourd’hui, il n’y a plus de panneau de courtier devant la propriété. En octobre dernier, les Éditions André Paquette faisaient le point sur la situation, indiquant que le gouvernement provincial n’avait communiqué aucune décision quant à la vente du bâtiment.
GREENSTONE – Une conseillère de la ville de Greenstone a demandé à déposer une motion pour annuler la décision de retirer le drapeau franco-ontarien suite à la présentation d’un groupe de citoyens francophones exigeant le retour du drapeau franco-ontarien.
Vêtue de vert et de blanc, une délégation de trois francophones de Greenstone a fait une présentation ce lundi soir lors du conseil municipal afin de réclamer le retour permanent et immédiat du drapeau franco-ontarien sur la devanture de la municipalité.
Suite à la présentation, la conseillère municipale Vicky Budge, représentant le quartier rural Est, a pris la parole pour déclarer qu’elle déposera une motion pour annuler la politique adoptée le 12 février. Conformément aux procédures, la motion est proposée aujourd’hui mais ne sera lue officiellement que lors du prochain conseil pour être ensuite débattue lors de la session du 8 avril.
« La communauté francophone est inclusive et cherche toujours à avoir des relations positives avec les Premières Nations »
— Anne-Marie Gelineault
« Les Premières Nations et les francophones n’ont jamais été consultés », a déclaré Sylvie Payeur, membre de la délégation et citoyenne de Longlac, qui s’est dite très déçue d’avoir appris la décision du conseil à travers les médias.
Une vingtaine de personnes ont fait le déplacement pour la séance. Gracieuseté de l’AFNOO
Selon Anne-Marie Gelineault, « la communauté francophone est inclusive et cherche toujours à avoir des relations positives avec les Premières Nations ». Un poème en français composé par Vincent Nadon, élève de 12e année à l’École secondaire Château-Jeunesse de Longlac et s’identifiant comme francophone et autochtone, a aussi été récité pour conclure la présentation.
Alors qu’il était question de discuter de la pétition menée par l’Association des francophones du Nord ouest de l’Ontario (AFNOO), laquelle a recueilli 531 signatures en quatre jours, le conseil a évoqué « un problème avec la pétition dont nous ne pouvons pas parler avec le public », sans donner d’autres détails.
Le drapeau franco-ontarien flottait en permanence devant l’hôtel de ville de Greenstone depuis une résolution adoptée en 2015 par l’ex-maire francophone de la ville, Renald Beaulieu. Archives ONFR
Les Premières Nations non consultées?
En rappel, la nouvelle politique de la municipalité, adoptée à l’unanimité le 12 février dernier stipule qu’« en faisant flotter le drapeau franco-ontarien toute l’année, nous reconnaissons un groupe démographique toute l’année, ce qui peut être considéré comme une non-reconnaissance d’autres groupes démographiques, dont les peuples autochtones ».
Selon la nouvelle politique de la municipalité, le drapeau Every Child Matters flottera devant l’hôtel de ville pendant cinq jours, tout comme celui des Franco-Ontariens, coïncidant avec la Journée nationale de vérité et réconciliation le 30 septembre et le Jour des Franco-Ontariens.
Interrogé au sujet d’éventuelles discussions avec des membres des Premières Nations ayant mené à cette décision du conseil, le maire James McPherson répond à ONFR que « c’est une décision municipale pour un processus municipal. Le résultat de cette décision est ce qu’ils [les Premières Nations] recherchaient. C’est ce qu’on a considéré être la solution la plus équitable ».
Patty Hajdu, ministre fédérale des Services aux Autochtones et députée de Thunder Bay-Supérieur Nord, incluant Greenstone, avait par ailleurs réagi sur X (ex-Twitter) le 3 mars dernier : « On peut avancer sur le chemin de la réconciliation ET être fier de nos racines francophones. On n’a pas à choisir. »
TORONTO – L’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) a révélé aujourd’hui le nom des six médaillés de l’Ordre de la Pléiade de 2024, récompensés pour leurs contributions exceptionnelles envers la francophonie ontarienne. Ronald Bisson, Lise Bourgeois, Melinda Chartrand, Claudette R. Gleeson, Abel Maxwell, et Denis Poirier seront décorés officiellement le 20 mars, lors de la Journée internationale de la francophonie.
Le récipiendaire du prix Bernard-Grandmaître 2021, Ronald Bisson, sera élevé au grade d’officier. Président du conseil d’administration de la Maison de la francophonie d’Ottawa, consultant dans les langues officielles pendant 25 ans, ancien directeur du Réseau national de formation en justice (RNFJ) et directeur des opérations de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), ce Manitobain d’origine a toujours milité pour la cause franco-ontarienne.
Melinda Chartrand est la présidente de l’Entité 2 de planification des services de santé en français. Cette Franco-Ontarienne, originaire de St. Catharines, qui obtiendra le grade de chevalière, a été conseillère scolaire, présidente du Conseil scolaire catholique MonAvenir, de l’Assocation franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) et de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF).
Lise Bourgeois, PDG de La Cité, prendra sa retraite le 30 juin 2024. Crédit image : Rudy Chabannes
Lise Bourgeois, présidente-directrice générale du collège d’arts appliqués La Cité pendant 14 ans, et ce, jusqu’au 30 juin 2024, recevra le grade de chevalière. Cette détentrice du Prix Bernard-Grandmaître a fait toute sa carrière dans l’éducation, exerçant d’abord au Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO) puis au sein du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), dont elle est devenue directrice de l’éducation en 2003, poste qu’elle a occupé durant sept ans.
Originaire de North Bay et installée dans la région de Thunder Bay depuis près de 35 ans, Claudette Gleeson est la fondatrice et présidente du Franco-Festival de Thunder Bay, présidente du conseil d’administration de l’Association des francophones du Nord-Ouest (AFNOO), vice-présidente du Conseil scolaire du district catholique des Aurores boréales, présidente de l’Accueil francophone de Thunder Bay Claudette R. Gleeson. Elle deviendra chevalière pour ses nombreuses contributions.
Abel Maxwell, artiste franco-torontois auteur de cinq albums afrobeats. Gracieuseté
Le chanteur franco-ontarien, d’origine française et sénégalaise Abel Maxwell, auteur de cinq albums afrobeats francophones, dont le dernier opus, 5 roses, a été lancé en décembre 2023, lors d’une soirée à l’Université de l’Ontario français (UOF), fait danser la francophonie sur fond de valeurs humanistes et unitaires et de messages d’espoir. Il intégrera lui aussi l’Ordre au rang de chevalier.
De même que l’éditeur Denis Poirier, propriétaire du groupe Altomédia qui regroupe les titres de presse Le Métropolitain (Grand Toronto), Le Régional (Niagara), Le Rempart (Windsor) et L’Action (London). M. Poirier pilote les quatre journaux communautaires depuis la rédaction de Brampton, en plus d’un répertoire des services en français dans chacune des zones de diffusion. L’un de ses titres, Le Rempart, vient de faire don de ses archives à la bibliothèque Leddy de l’Université de Windsor.
Née en 1976, la Pléiade, Ordre de la francophonie et du dialogue des cultures, est une initiative de l’APF destinée à reconnaître les mérites des personnalités qui ont contribué à l’épanouissement de la langue française en Ontario. 100 personnalités ont déjà été décorées d’un des cinq grades de l’Ordre de la Pléiade, soit chevalier, officier, commandeur, grand officier et grande croix.
La remise des médailles aura lieu le mercredi 20 mars prochain, lors de la Journée internationale de la Francophonie, et sera présidée par Edith Dumont, lieutenante-gouverneure de l’Ontario et Natalia Kusendova, députée et présidente déléguée de la Section de l’Ontario de l’APF.
TORONTO – Derrière les films de Denis Villeneuve se trouvent des personnes clés qui ont façonné ses univers. Parmi eux, il y a l’artiste storyboard Sam Hudecki, fidèle complice du réalisateur québécois depuis qu’il s’est lancé dans le cinéma anglophone. Travaillant avec Denis Villeneuve depuis plus d’une décennie, Sam Hudecki se dévoue maintenant à l’épopée futuriste Dune de Frank Herbert, aux côtés d’un des plus grands réalisateurs de sa génération.
« Vous êtes né à Toronto et êtes bilingue. Quelles sont vos racines francophones?
C’est le côté de ma mère qui a des origines francophones de l’île d’Orléans, au Québec. Elle est née à Hamilton de parents québécois mais, quand elle était jeune, c’était très mal vu de parler en français. Donc, la langue s’est perdue avec le temps dans ma famille, mais ça a toujours été important pour moi de redécouvrir mes racines francophones. J’ai fréquenté les écoles d’immersion, mais c’est vraiment mon temps au Québec qui a ravivé cette flamme de vouloir parler en français.
Gracieuseté de Sam Hudecki.
Qu’est-ce qu’un artiste storyboard?
C’est un processus qui commence assez tôt dans la production d’un film. Le storyboard arrive au moment où le scénario est prêt. C’est une manière de traduire les mots en images pour expliquer visuellement la mise en scène de l’histoire. Je travaille beaucoup avec le directeur artistique, Patrice Vermette et, bien sûr, Denis Villeneuve.
Qu’on soit à distance ou qu’on ait l’occasion d’être dans la même ville, nous passons des jours à réfléchir au concept qu’il souhaite concrétiser. Ça devient un très beau processus parce qu’on part essentiellement d’une toile vierge. La capacité de Denis à conserver autant d’images dans sa tête est impressionnante. Bien que nous continuions à développer les dessins au fur et à mesure de la production, ses idées initiales sont toujours suffisamment précises pour que l’équipe comprenne ce qu’il veut.
Storyboard de Dune : première partie. Gracieuseté de Sam Hudecki.
Votre portfolio comprend essentiellement tous les films de Denis Villeneuve après Incendies : Ennemi, Prisonniers, Sicario, L’Arrivée, Blade Runner 2049 et, évidemment, la série Dune. Comment êtes-vous arrivé là où vous êtes aujourd’hui?
J’ai toujours dessiné. C’était une manière de communiquer avec ma famille, surtout avec ma mère, qui est une peintre exceptionnelle. J’ai fait mes études en cinéma à l’Université Queen’s et, même durant cette période, je continuais de dessiner. J’étais captivé par les images, les photos, la cinématographie, mais encore là, je dessinais. C’était une manière de penser, pour moi. J’ai donc toujours su que je voulais trouver un moyen de marier ces deux intérêts.
La première fois où j’ai travaillé avec Denis, c’était vraiment par chance. J’avais rencontré le directeur artistique, Patrice Vermette, et il avait vu que je faisais des storyboards et que je parlais en français, donc il me l’a présenté. Et ça y est, je me suis embarqué dans son tout premier film anglophone, Ennemi (Enemy).
La suite des choses, nous la connaissons. On a vite réalisé que cette collaboration fonctionnait très bien. C’était un moment de transition pour lui, ayant réalisé Incendies juste avant. Je pense que c’était rassurant pour lui de travailler avec quelqu’un qui comprenait autant le français que l’anglais.
Quels films vous ont poussé vers le cinéma?
Oh, mon Dieu! Il y a beaucoup de films des années 70 et 80 qui m’ont inspiré. Je pense notamment aux films de Star Wars (George Lucas), mais aussi à Rencontres du troisième type (Steven Spielberg) et Alien (Ridley Scott). C’est la première fois où je me suis rendu compte du travail qui pouvait se faire derrière la caméra. Il y avait une magie dans ces films qui était juste inspirante.
En fait, Alien nous a tellement inspirés, Denis et moi, que nous avons réalisé une illustration de deux pages dans l’édition du 40e anniversaire du livre Alien : 40 years 40 artists.
Quel est votre processus créatif pour créer les storyboards de vos films?
Premièrement, si on a un paysage ou un environnement en tête qui existe déjà, on va d’abord explorer ce lieu. On va prendre des photos, faire beaucoup de repérage. Par exemple, quand j’ai commencé à travailler sur Ennemi, on avait pris beaucoup de photos des lieux potentiels pour ce film. Après ça, on se réunit et on commence à créer les séquences.
Dans mon processus, j’essaie d’éviter Internet et de prendre plutôt mon inspiration de la vie autour de moi. En observant les détails, j’étudie la lumière et le mouvement des choses qui m’entourent. Il est surtout important de réfléchir à ces images et à la manière dont elles seront vécues au cinéma.
Storyboard de Dune : première partie. Gracieuseté de Sam Hudecki.
Denis Villeneuve vous considère comme un ‘prolongement’ de lui-même, voire ‘son arme secrète’. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette synergie que vous semblez avoir tous les deux?
On se comprend énormément. S’il m’explique quelque chose en deux mots, je saisis exactement ce qu’il est en train de me dire, tandis qu’avec quelqu’un d’autre, ça lui aurait pris peut-être 30 minutes pour transmettre ses idées. Je me sens tellement chanceux d’avoir ce genre de complicité avec quelqu’un que je considère comme un grand frère. C’est une expérience très unique de travailler avec un réalisateur qui sait exactement ce qu’il veut tout en restant ouvert à l’expérimentation.
Enfant, Denis Villeneuve avait dessiné lui-même ses propres storyboards quand il imaginait le monde de Dune. Comment s’est déroulée la création des storyboards pour cette série tout en intégrant celles de Denis dans la production?
Curieusement, je ne les avais pas vus avant que nous ayons terminé les storyboards. Il a tout simplement apporté ses idées et nous avons refait les storyboards ensemble. Je pense que c’est parce qu’il a voulu maintenir une certaine continuité des choses. J’ai dessiné ce qu’il m’avait décrit, mais quand il m’a enfin montré ses anciens sketchs, j’ai vu que ce que j’avais conçu n’était quand même pas si différent!
Storyboard de Dune : première partie. Gracieuseté de Sam Hudecki.
Quels ont été les défis à relever pour créer les storyboards d’un film basé sur un livre?
J’avais 13 ans quand j’ai lu Dune pour la première fois. L’une des premières choses que j’ai faites avant de lire le scénario, c’était de relire le livre. J’ai eu l’impression de retrouver un vieil ami. Nous avons vraiment voulu recréer l’environnement. On ne pouvait évidemment pas raconter tous les aspects du livre, donc on a voulu laisser des indices dans le film qui faisaient référence à des aspects clés de l’histoire.
Je dirais que la partie la plus difficile a été de déterminer comment nous allions interpréter le ver, et même d’interpréter des détails plus petits mais à la fois importants comme le stilltent, un essentiel de survie dans le désert d’Arrakis.
La production a fait appel à des experts en Kali, un type d’arts martiaux philippins, pour chorégraphier les scènes de combat au couteau. Comment avez-vous consolidé la vision de Denis avec les conseils des experts lors de la création des storyboards pour les scènes de combat?
L’une des principales questions était de savoir à quoi ressembleraient les scènes de combat dans le film. J’ai donc fait beaucoup de recherches en ligne, ce qui m’a permis de les sélectionner avec beaucoup de soin. Nous avons fini par dessiner certaines des sessions d’entraînement pour aider à créer, par exemple, le combat d’anniversaire du personnage Feyd-Rautha Harkonnen.
Source : Warner Bros. Pictures
À quoi ressemble l’environnement de travail d’une production qui compte à la fois des anglophones et des francophones?
Quand on tournait à Budapest en Hongrie, il y avait plusieurs langues sur le plateau de tournage. Mais en général, ça dépendait vraiment du jour et de l’équipe de laquelle tu étais entouré. Quand c’était Patrice, moi et Denis, c’était souvent en français.
Qu’est-ce que ça fait pour vous de collaborer avec un réalisateur qui valorise autant ce que vous faites ?
C’est tout simplement la meilleure chose. C’est incroyable de dessiner avec quelqu’un comme Denis qui invite tout le monde à table pour trouver des solutions aux questions qu’il se pose. C’est quelqu’un qui a un sens de soi-même, il est authentique et c’est quelqu’un qui a un bon cœur. Je travaille vraiment avec un gentleman qui exemplifie ce que c’est d’être un bon leader.
Denis Villeneuve a confirmé que Dune Messiah est déjà en préparation. Que pouvez-vous nous dire par rapport à votre rôle?
Eh ben, disons que j’attends l’appel. J’ai hâte de travailler sur Dune Messiah, mais j’espère surtout que Denis se trouve un moment de repos pour prendre soin de lui-même avant de replonger dans ce prochain chapitre.
Source : Warner Bros. Picture
LES DATES-CLÉS DE SAM HUDECKI :
1979 : Naissance à Toronto
2002 : Obtient son diplôme de l’Université Queen’s
2011 : Rencontre le réalisateur Denis Villeneuve et le concepteur de production Patrice Vermette pour la première fois
2021 : Sortie de Dune, puis en 2024 de Dune 2
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste en patrimoine Diego Elizondo.
L’histoire de l’Ontario français a souvent été marquée par l’apport inestimable de femmes franco-ontariennes. Elles ont façonné notre communauté.En ce lendemain de la Journée internationale des droits des femmes, survol des Franco-Ontariennes qui ont été commémorées par une plaque de la Fiducie du patrimoine ontarien.
Le programme des plaques provinciales est l’activité la plus ancienne et peut-être la mieux connue de la Fiducie du patrimoine ontarien, un organisme du gouvernement de l’Ontario.
Près de 1300 plaques imposantes de couleur bleu et or se trouvent partout sur le territoire de la province. Ces plaques honorent des épisodes marquants de l’histoire de l’Ontario en commémorant d’illustres individus, des lieux et des événements qui ont contribué à façonner l’histoire de la province.
Un bon nombre d’entre elles portent sur l’histoire franco-ontarienne, dont six sur des femmes. À noter que les descriptions biographiques ci-dessous sont issues des résumés écrits sur les plaques.
Madeleine de Roybon d’Allonne : première propriétaire terrienne
De naissance noble, Madeleine de Roybon est la première Européenne propriétaire terrienne dans l’Ontario d’aujourd’hui. Elle arrive probablement en 1679 au fort Frontenac (Kingston), où elle acquiert des terres du célèbre René-Robert Cavelier de La Salle, gouverneur et seigneur du fort.
En 1681, elle aide La Salle à financer ses explorations. C’est vers cette époque qu’il lui concède une seigneurie à l’ouest de Toneguignon (aujourd’hui Collins Bay). Elle y bâtit une maison, des dépendances et un poste de traite, cultive la terre et élève de bétail. Des Iroquois, voulant se venger de la campagne récente des Français contre les Sénécas, détruisent ses bâtiments en août 1687 et la prennent prisonnière. Libérée l’année suivante, de Roybon finit ses jours à Montréal. Mentionnons que l’école élémentaire publique de langue française de Kingston porte aussi son nom depuis 1995.
Élisabeth Bruyère : fondatrice de l’Hôpital d’Ottawa
Figure marquante de l’histoire féminine et religieuse de l’Ontario français, mère Élisabeth Bruyère a sa plaque de la Fiducie depuis 1995, à Ottawa.
Pendant les années 1840, Bytown (aujourd’hui Ottawa) est un village de commerce de bois d’œuvre en plein essor qui a une importante population canadienne-française, mais pas d’école catholique et peu de services sociaux. En février 1845, les Sœurs de la Charité de Montréal (dites Sœurs grises) y envoient quatre sœurs. Sous la direction d’Élisabeth Bruyère (née à L’Assomption en 1818), alors jeune femme, les sœurs établissent rapidement une école bilingue pour filles, un hôpital et un orphelinat.
Elles aident les plus démunis, les personnes âgées et les souffrants, dont des centaines d’immigrants frappés par les épidémies de typhus de 1847-1848. À la mort d’Élisabeth Bruyère en 1876, les Sœurs de la Charité d’Ottawa avaient fondé d’importantes institutions locales et étendu leurs services dans seize autres collectivités au Canada et aux États-Unis.
Marie-Rose Turcot : femme de lettres
Née à Laurierville, au Québec, en 1887, Marie-Rose Turcot a déménagé à Ottawa vers l’âge de 20 ans pour travailler à la fonction publique. Plus tard, comme journaliste, elle a écrit des articles pour le quotidien Le Droit, de même que pour plusieurs autres quotidiens et hebdomadaires d’Ottawa et de Montréal, parfois sous le pseudonyme de Constance Bayard. Elle a aussi été journaliste à la station de radio francophone CKCH, à Hull, au Québec.
Dévoilement de la plaque en souvenir de Marie-Rose Turcot à Ottawa, 2005. De gauche à droite : Royal Galipeau, député fédéral d’Ottawa-Orléans; Paule Doucet, consultante en patrimoine; Clive Doucet, conseiller municipal du quartier Capitale de la ville d’Ottawa; Madeleine Meilleur, députée provinciale d’Ottawa-Vanier, ministre de la Culture et ministre déléguée aux Affaires francophones et Yves Frenette, directeur du Centre de recherche sur les francophonies canadiennes de l’Université d’Ottawa. Source : Fiducie du patrimoine ontarien.
Mme Turcot est l’autrice d’un roman ainsi que de plusieurs collections de nouvelles et de poèmes. Elle a collectionné et publié des contes folkloriques franco-ontariens, faisant figure de pionnière en la matière. Elle a œuvré au sein de plusieurs associations professionnelles et organismes culturels franco-ontariens à Ottawa, comme Le Caveau. Elle a vécu à Ottawa pendant la majeure partie de sa vie. La plaque, dévoilée en 2005, se trouve dans la Basse-Ville Est, à côté de la succursale Rideau de la bibliothèque publique d’Ottawa.
Jeanne Lajoie : héroïne contre le Règlement 17
Le 28 octobre 2008, la Fiducie du patrimoine ontarien, la ville de Pembroke et le Centre culturel francophone de Pembroke ont dévoilé une plaque provinciale commémorant Jeanne Lajoie.
Figure marquante de la Résistance franco-ontarienne contre le Règlement 17, Jeanne Lajoie est née en 1899 à Lefaivre, dans l’Est ontarien. En 1923, elle aida un groupe de parents francophones à ouvrir la première école française indépendante à Pembroke. Cette école garantissait une instruction dans leur langue à leurs enfants. La création de l’École Sainte-Jeanne d’Arc fut l’un des derniers événements majeurs de la lutte franco-ontarienne contre le Règlement 17, qui, de 1912 à 1927, interdit l’enseignement en français après la 2e année. Jeanne Lajoie enseigna dans cette école.
Dévoilement de la plaque provinciale érigée en souvenir de Jeanne Lajoie, à Pembroke, 28 octobre 2008. Lucile Tourigny, présidente du Centre culturel de Pembroke et Paule Doucet, consultante en patrimoine. Source : Fiducie du patrimoine ontarien.
D’une santé fragile depuis sa naissance, Jeanne Lajoie fut emportée par la tuberculose à l’âge de 31 ans en 1930. Par son courage, elle est à jamais restée dans les esprits sous le surnom de la « Pucelle de Pembroke », en référence à Jeanne d’Arc, pour son engagement en faveur de l’éducation en français et de la défense de la culture francophone en Ontario. Le Centre scolaire catholique de langue française de Pembroke porte également son nom.
Almanda Walker-Marchand : féministe
Almanda Walker-Marchand était la fondatrice et présidente de la Fédération des femmes canadiennes-françaises (FFCF), aujourd’hui l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne. Elle a été commémorée par une plaque de la Fiducie du patrimoine ontarien en 2018.
Née à Québec en 1868, elle déménagea avec sa famille tout d’abord à Montréal, puis à Ottawa. En 1914, quelques jours après la déclaration de la Première Guerre mondiale, Walker-Marchand encouragea un groupe de plus de 400 Franco-Canadiennes à former une organisation se consacrant à aider les soldats canadiens-français et leur famille pendant et après la guerre.
De 1918 à 1945, elles contribuèrent à soulager la pauvreté, à faire avancer la santé et l’éducation et à promouvoir la culture francophone. Durant les 32 années où Walker-Marchand en assura la présidence, la FFCF s’est étendue au-delà d’Ottawa pour former de nombreuses sections régionales dans les communautés francophones de partout au Canada.
En 1943, Walker-Marchand a été nommée officière de l’Ordre de l’Empire britannique. Elle s’est éteinte en 1949, mais le groupe a continué pour se faire le champion des droits politiques, sociaux et économiques des femmes francophones d’un océan à l’autre.
Marie Thomas d’Aquin : aider les femmes de la communauté
Enfin, la plus récente femme à avoir été commémorée par une plaque de la Fiducie du patrimoine fut mère Marie Thomas d’Aquin, en 2022.
Née Jeanne Lydia Branda, elle a grandi près de Bordeaux, en France. En 1877, la future mère Marie Thomas d’Aquin s’est sentie appelée à devenir religieuse et enseignante. En 1899, elle s’est jointe aux Sœurs dominicaines de Nancy.
Quatre membres de la congrégation religieuse catholique des Sœurs de l’Institut Jeanne d’Arc posent devant la plaque de la Fiducie du patrimoine ontarien, installée en l’honneur de leur fondatrice, en 2022. Crédit photo : Diego Elizondo.
Elle se consacra à l’enseignement et prit le nom de sœur Marie Thomas d’Aquin. Elle quitta la France et s’installa d’abord aux États-Unis, puis en Ontario. Lors de sa visite à Ottawa en 1914, elle a accepté de diriger l’Institut Jeanne d’Arc, un refuge pour jeunes femmes à la recherche d’un emploi, au travail ou aux études. Sous sa direction, l’institut a connu une croissance sans précédent et a déménagé dans un plus grand complexe de la rue Sussex. L’Institut offrait des cours, de la camaraderie, et surtout un sentiment de communauté. Sœur Marie Thomas d’Aquin a créé un nouvel ordre en 1919 : les Sœurs de l’Institut Jeanne D’Arc, la seule congrégation religieuse francophone catholique fondée en Ontario.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
Au Canada, bien que l’égalité soit en principe accordée aux femmes, les progrès réalisés ces dernières années semblent limitée, voire stagnants. Le gouvernement fédéral investit dans la santé reproductive des femmes, la lutte contre la violence faite aux femmes et les droits des femmes autochtones, mais le Canada semble perdre du terrain dans certains domaines clés.
Il existe une myriade d’injustices et de violences subies par les femmes au Canada, telles que les violences à caractère sexuel, la violence en milieu de travail et la culture du viol. Les cas de féminicides sont en augmentation, selon l’Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation. En 2023, 191 féminicides ont été recensés, contre 184 en 2022 et 173 en 2021.
En entrevue avec ONFR, la sénatrice Lucie Moncion fait remarquer : « Au Canada, une femme qui vit de la violence conjugale doit quitter son foyer pour se protéger. En Espagne, c’est le mari qui quitte. »
La question des filles et des femmes autochtones disparues ou assassinées demeure préoccupante. Entre 2009 et 2021, le taux d’homicides contre les femmes et les filles des Premières Nations, métisses et inuites était six fois plus élevé que chez les femmes allochtones, selon Statistique Canada.
Ce 8 mars, plusieurs personnes autochtones ont manifesté devant le parlement manitobain pour que le gouvernement entame des recherches dans les décharges, afin de retrouver les femmes autochtones disparues. Crédit image : La presse canadienne/John Woods
Il y a aussi la question de la pauvreté et de l’écart salarial. En 2021, une femme gagnait en moyenne 89 cents pour chaque dollar gagné par un homme.
L’augmentation du stress économique et des violences fondées sur le genre font partie des impacts observés suite aux mesures d’isolement imposées pendant la COVID-19. En Ontario, 90 municipalités auraient déclaré une épidémie de violences faites aux femmes.
Les services de garde et l’accès des femmes au marché du travail font également partie des préoccupations. Sylvie Gravel, superviseure à la Maison Interlude, une agence multiservices pour les femmes victimes de violence conjugale dans l’Est ontarien, affirme que « malgré la forte réduction du prix dans les garderies, il n’y a toujours pas de place dans les garderies francophones ».
Même au Canada, des inégalités persistent en matière d’égalité des genres. Montage ONFR
Lucie Moncion estime tout de même que les nouvelles décisions concernant les services de garde constituent une avancée. « L’une des choses les plus importantes pour le droit des femmes, ça a été les garderies plus accessibles et tout le programme qui a été mis en place par le gouvernement fédéral pour justement augmenter la productivité canadienne, et permettre aux femmes de pouvoir se retrouver sur le marché du travail. »
Les progrès des dernières années
Le budget fédéral 2022 a prévu un investissement de 539,3 millions de dollars sur cinq ans pour aider les provinces et les territoires à mettre en œuvre un plan d’action national pour prévenir et contrer la violence faite aux femmes. En janvier dernier, le gouvernement avait aussi annoncé qu’il verserait jusqu’à 19 millions de dollars à 34 organismes de l’Ontario, dans le même objectif.
La représentante de la Maison Interlude se réjouit qu’il y ait plus d’investissements en faveur des survivantes, mais nuance : « Cela n’est tout de même pas suffisant pour couvrir certains services, notamment dans les régions rurales. »
Soukaina Boutiyeb est la directrice générale de l’’Alliance des femmes de la francophonie canadienne. Crédit image : AFFC
Soukaina Boutiyeb, directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne, abonde dans le même sens. « Quand une femme vit des situations de violence familiale ou conjugale, et qu’elle n’a nulle part où aller, car il n’y a pas de place dans les maisons d’hébergement, et qu’il n’y a même pas de logements abordables, c’est qu’il y a un gros problème de services. Et là, on ne parle même pas de la question de prévention et de sensibilisation. »
La santé des femmes : de grandes inégalités
En 2023, la Colombie-Britannique est devenue la seule province à offrir une couverture gratuite et complète de la contraception. Depuis janvier, elle est aussi la première à utiliser un programme d’autodépistage du papillomavirus humain (VPH) comme méthode de dépistage primaire du cancer du col de l’utérus. L’autotest, inclus dans une trousse distribuée par le gouvernement, est livré par voie postale.
Les autres provinces et territoires étudient la possibilité d’y avoir recours, notamment à l’Île-du-Prince-Édouard et au Québec. « C’est une bonne chose, croit Lucie Moncion. À cause des problèmes du système de santé, il n’y a pas suffisamment de médecins pour faire ces tests. »
Alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a annoncé la fin de l’urgence sanitaire mondiale en mai 2023, les effets de la pandémie sur la santé et le bien-être des femmes restent largement sous-documentés. On sait tout de même qu’elles ont moins eu accès à des médecins de famille pour la contraception, aux accompagnantes à la naissance ou encore à l’avortement.
La Clinique 554 à Fredericton, seul établissement dans la province offrant des services d’avortement privés, a fermé ses portes en janvier. Crédit image : Pascal Vachon
D’autre part, au Nouveau-Brunswick, la seule clinique offrant des avortements chirurgicaux en dehors des hôpitaux a officiellement fermé ses portes en janvier 2024. Cette clinique fournissait des avortements à celles qui n’ont pas de carte de santé, comme les nouvelles arrivantes ou les sans-abri.
À ces difficultés s’ajoutent l’intersectionnalité, qui est un facteur aggravant dans l’accès à des soins de santé pour les femmes en milieux ruraux, les femmes francophones, handicapées, racialisées ou issues des Premières Nations, ainsi que les membres de la communauté LGBTQ+.
Inégalités systémiques à l’emploi
Parmi les domaines économiques les plus touchés par la pandémie, on compte l’hébergement, la restauration, la vente et les services. Les femmes sont présentes en grand nombre dans ces secteurs, tout comme dans certains métiers « au front » comme les infirmières ou les préposées aux bénéficiaires.
Autre inégalité, une étude du Journal canadien de chirurgie dévoilait en 2023 qu’au Canada, les chirurgiens seraient remboursés à des taux nettement inférieurs (26,7 %) pour les interventions effectuées sur des patientes que pour des interventions similaires réalisées sur des patients.
Une étude ontarienne sur le remboursement des médecins aurait aussi montré que les chirurgiennes seraient remboursées 24 % de moins que les chirurgiens masculins, au sein de la même discipline.
Mais d’autres avancées ont eu lieu ces dernières années, estime Lucie Moncion : « Il y a maintenant 50 % de femmes médecins au pays et les médecins spécialisées femmes ont atteint 40,2 %. »
Où se situe le Canada dans le monde?
Il existe plusieurs organismes internationaux qui effectuent des analyses sur la condition des femmes.
En 2023, le rapport Les Femmes, l’Entreprise et le Droit de la Banque mondiale révélait que sur 190 économies analysées, 14 ont atteint la parité juridique. Le Canada en fait partie. Par contre, aucun pays au monde ne garantit l’égalité des chances pour les femmes, selon le même rapport.
Le Canada se classe 30ᵉ sur 146 pays au classement de l’Indice mondial de l’écart entre les genres du Forum économique mondial, en 2023. La Colombie-Britannique, le Québec et l’Ontario sont les provinces les mieux classées à l’échelle du pays.
Une étude de 2022, réalisée par l’entreprise spécialisée Hologic, classe le Canada 43ᵉ sur 116 pays et territoires en matière de santé des femmes.
OTTAWA – Une conférence organisée ce jeudi à l’Université d’Ottawa, réunissant plusieurs chercheurs et politologues, a traité de la notion d’égalité réelle au sein de la nouvelle Loi modernisée sur les langues officielles (LLO) du gouvernement fédéral. Les conclusions de cette table ronde estiment que l’objectif de la Loi n’est pas l’égalité, mais que l’on observe une progression vers celle-ci.
« Il faut demeurer extrêmement vigilants », alerte la politologue du Collège militaire royal à Kingston, Stéphanie Chouinard, panéliste lors de la conférence.
« Est-ce que l’objectif, c’est l’égalité ou est-ce que l’objectif, c’est la progression vers l’égalité? Ce n’est pas parce que cela est codifié que le travail est terminé. »
En 2021, la première réforme, proposée par la ministre Mélanie Joly, s’intitulait : Loi visant l’égalité réelle entre les langues officielles du Canada. « On s’interroge sur le sens de cette réforme législative aujourd’hui », déclare François Larocque, titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne en droit et enjeux linguistiques de l’Université d’Ottawa.
Autour de cette réflexion, le Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF) a invité François Larocque et Stéphanie Chouinard à débattre, tout comme l’avocat de Juristes Power Chris Casmiro, l’avocate au Commissariat aux langues officielles du Canada Isabelle Hardy et la professeure agrégée d’histoire à la faculté Saint-Jean de l’Université d’Alberta, Valérie Lapointe Gagnon.
Le professeur à l’Université d’Ottawa, François Larocque, a animé la table ronde. Crédit image : Lila Mouch
Après le projet de loi C-32 de la ministre Joly en 2021, c’est le projet de loi C-13 de la ministre Petitpas-Taylor en 2023 qui aurait poussé plus loin la notion d’égalité réelle, s’accordent les experts.
Mais l’égalité réelle n’est pas une nouveauté, indique l’avocat Chris Casmiro.
D’après lui, c’est notamment le cas recherché dans les tribunaux et « c’est un concept qui est développé dans beaucoup de décisions de la Cour suprême. C’est un concept qui ne touche pas seulement aux droits linguistiques, mais qui est développé dans des décisions de droit linguistique ».
L’immigration francophone : un progrès vers l’égalité réelle
Atteindre l’égalité demeure l’intention derrière la Loi sur les langues officielles et M. Casmiro estime qu’il faut reconnaître que cette recherche s’est faite dans les coulisses du pouvoir. « Nous savons qu’entre C-32 et C-13, il y a un énorme écart. »
« L’égalité réelle, ça veut dire que nous allons traiter les gens différemment pour répondre à leurs besoins différents et arriver à un résultat égal. »
Autrement dit, dans le contexte des droits linguistiques, il est déterminé qu’il faille traiter les minorités, donc les communautés francophones hors Québec et les communautés anglophones au Québec, de manière différente, pour ensuite arriver à de l’égalité entre ces communautés. Dans la Loi sur les langues officielles, cela est dit explicitement à plusieurs reprises.
Chris Casmiro est avocat chez Juristes Power. Son expertise porte principalement sur les droits linguistiques et les droits de la personne. Crédit image : Lila Mouch
L’avocat indique que l’article 44.1 oblige le ministre de l’Immigration à adopter une politique d’immigration francophone, pour rétablir et accroître le poids démographique des francophones.
« Non seulement le ministre doit remplir la nouvelle cible de 6,1 %, mais il doit cibler de manière plus ambitieuse et faire sa job pour assurer la pérennité et la vitalité du français pour les générations à venir. »
D’après François Larocque, cet article prend acte du déclin de la francophonie canadienne. Cependant, Stéphanie Chouinard considère que « la cible du 6,1 % sur le terrain est quelque peu dérisoire à certains endroits dans le pays ».
Le concept d’égalité réelle : l’idée force des commissaires de 1963
La Loi sur les langues officielles n’est qu’une des recommandations de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (aussi appelée Commission Laurendeau-Dunton), et « pas la recommandation principale », rappelle Valérie Lapointe-Gagnon.
Valérie Lapointe-Gagnon est professeure agrégée d’histoire à la Faculté Saint-Jean de l’Université de l’Alberta et présidente de l’Acfas-Alberta. Crédit image : Lila Mouch
L’idée était de faire en sorte qu’être francophone au Canada ne soit pas un obstacle à l’accès à l’éducation, à l’accès à des carrières aussi bien rémunérées que celles des anglophones et à l’accès à des services qui ne soient pas seulement au fédéral.
« La Loi qui est née de ça, c’est un peu l’éléphant qui a accouché d’une souris », croit-elle.
Le rapport réalisé de 1967 à 1970 disait :
« Notre enquête jusqu’ici nous donne le sentiment que les Canadiens de langue anglaise en général doivent en venir à reconnaître l’existence au Canada d’une société francophone vigoureuse et à s’intéresser davantage aux aspirations, aux frustrations et aux réalisations des Canadiens français, tant au Québec que dans les autres provinces. »
La majorité n’a pas besoin d’un traitement spécial, ayant tous les outils pour se bâtir, estime l’historienne. « Il n’y aura égalité linguistique dans notre pays que si les francophones des autres provinces obtiennent un traitement équivalent à celui que reçoivent, actuellement, les anglophones au Québec. »
Mme Lapointe-Gagnon estime que la conception de l’égalité des années 1960 est à réenvisager. L’objectif ne pourrait être atteint « avec une majorité qui n’est pas consciente de ses privilèges et qui n’est pas prête à partager avec nous ».
À ce titre, la politologue Stéphanie Chouinard affirme qu’en Ontario, les jeunes anglophones n’apprennent pas ce qu’est le Règlement XVII.
« Alors que les élèves franco-ontariens apprennent pourquoi leurs grands-parents se sont battus pour des écoles, les jeunes de la majorité ne le savent pas. Évidemment, lorsqu’ils voient 14 000 personnes dans la rue se battre pour une université franco-ontarienne, ils se disent : what is going on? »
Stéphanie Chouinard est professeure agrégée de sciences politiques au Collège militaire royale du Canada et à l’Université Queen’s. Crédit image : Lila Mouch
Pour avoir cette empathie-là, il faut en faire la promotion, il faut l’éducation. « Ce n’est vraiment pas plus compliqué que ça », ajoute l’avocate Isabelle Hardy.
L’égalité des langues dans la Charte canadienne des droits et libertés
Parmi les trente-quatre articles de la Charte canadienne des droits et libertés, ceux de seize à vingt-trois portent sur les langues du pays. C’est une partie importante de la Constitution du Canada et c’est pourquoi les experts s’interrogent sur le respect de la Charte au sein de la Loi modernisée.
Pour l’avocate du Commissariat aux langues officielles, c’est un pari gagné. « Il n’y a rien dans la Charte qui empêche le Parlement de favoriser la progression vers l’égalité de statut et d’usage des langues officielles. »
Isabelle Hardy est avocate au Commissariat aux langues officielles du Canada. Elle offre ses conseils aux commissaires sur l’interprétation de la Loi sur les langues officielles. Crédit image : Lila Mouch
L’avocate rappelle que le gouvernement s’engage à renforcer les possibilités d’apprentissage dans la langue de la minorité, mais aussi à favoriser les occasions d’apprentissage et à viser le continuum de l’éducation de la garderie jusqu’au postsecondaire. De plus, le gouvernement tiendra compte des besoins des minorités dans l’élaboration des stratégies d’aliénation d’immeubles fédéraux excédentaires.
La politologue Stéphanie Chouinard nuance tout de même : « Il y a énormément de vigilance à avoir sur le terrain. Ce n’est pas parce qu’on a un beau nouveau texte de loi avec des nouvelles responsabilités, noir sur blanc, qu’il va y avoir un impact sur le terrain », conclut-elle.
OTTAWA – C’est ce soir, au Centre national des arts (CNA) qu’aura lieu la toute dernière représentation du concert Deux orchestres, une symphonie. Le spectacle de grande envergure réunit l’Orchestre du CNA (OCNA), l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ), la chorale Mendelssohn de Toronto et le pianiste prodige Kevin Chen. La tournée entamée il y a quelques semaines souligne le savoir-faire artistique canadien.
La fébrilité était palpable lors de la représentation de jeudi soir, premier arrêt à Ottawa de cette tournée qui s’est arrêtée à Québec et Toronto dans les dernières semaines. Le directeur musical de l’OCNA, Alexander Shelley, a qualifié cette tournée de « merveilleuse et importante » lorsqu’il s’est adressé à la foule dans un discours bilingue.
Alexander Shelley est le directeur musical de l’OCNA depuis 2015. Crédit image : Greggory Clark
Le concert débute avec l’interprétation de Dark Nights, Bright Stars, Vast Universe de la compositrice ottavienne Kelly-Marie Murphy, une pièce qui prouve combien un orchestre peut donner dans la douceur et les nuances. La pièce a été composée en 2023 à la demande de l’OCNA et répond au Don Juan de Richard Strauss. Elle s’inspire de la vie de Williamina Fleming, la femme à l’origine de la découverte de la nébuleuse de la Tête de cheval, en 1888.
La pièce aborde les thèmes du questionnement, de la recherche, de la persévérance et de la découverte, comme l’explique Kelly-Marie Murphy dans la notice qui accompagne l’œuvre. « Tout au long de la pièce, nous sommes conscients des étoiles : elles brillent, elles interpellent, elles nous montrent le chemin. »
Joyeux anniversaire
C’était l’anniversaire du pianiste Kevin Chen jeudi. Il a brillamment interprété le Concerto pour piano n° 2 en sol majeur, du compositeur français Camille Saint-Saëns. Pour ses tout justes 19 ans, il s’est offert non pas une, mais deux ovations debout de la part d’un public subjugué par la qualité de l’interprétation et la jeunesse de l’artiste.
Kevin Chen en était à sa première collaboration avec l’OCNA et l’OSQ, mais il est sur le radar du monde de la musique depuis déjà longtemps. À huit ans seulement, il avait remporté le Concours de musique du Canada. Plus récemment, en 2023, il s’est mérité le premier prix du Concours international de piano Arthur-Rubinstein à Tel-Aviv, en Israël.
le pianiste prodige Kevin Chen a eu 19 ans le 7 mars 2024. Crédit image : Curtis Perry
Un ange est passé dans le Southam Hall lorsque le chef d’orchestre Alexander Shelley a souligné la présence dans l’assistance de Jeanne Desaulniers, la veuve de Jacques Hétu, juste avant d’entamer avec l’orchestre la symphonie no. 5 de ce compositeur québécois décédé en 2010. Jacques Hétu n’a jamais pu voir sa dernière œuvre en concert, puisqu’il est décédé trois semaines avant la première mondiale.
La pièce maitresse de Deux orchestres, une symphonie raconte l’histoire de Paris avant, pendant et après l’occupation nazie. La chorale Mendelssohn réservait sa participation pour l’impact de la fin lors du quatrième mouvement, avec l’interprétation de L’hymne à la liberté, adaptation du poème Liberté de Paul Éluard.
Photo prise lors de la représentation au Grand théâtre de Québec, le 28 février. Crédit image : Greggory Clark
La représentation de vendredi est la toute dernière d’une tournée qui s’est arrêtée à Québec et Toronto dans les dernières semaines. Elle sera précédée d’un entretien bilingue avec Alexander Shelley, le directeur musical de l’OCNA et Joël Brouillette, le directeur de l’administration artistique de l’OSQ, dès 19 h.
La politologue Stéphanie Chouinard aborde le double défi auquel sont souvent confrontées les femmes invitées en tant qu’expertes ou commentatrices par les médias d’information. Sous le pinceau de la maquilleuse Julie Champagne, la professeure de sciences politiques se confie sur sa jeunesse, les défis de la maternité et quelques aspects méconnus de sa personnalité!
« Quand on est jeune et qu’on est femme, je pense qu’il y a un standard supplémentaire d’avoir l’air de quelque chose à la caméra avant même que les gens s’intéressent à nos propos. »
Le 8 mars est la Journée internationale des droits des femmes. Plusieurs activités sont organisées dans le milieu de la culture, afin de célébrer avec des artistes inspirantes.
Humour
Le rire féministe
Le spectacle d’humour féministe Womansplaining show se déplace pour la première fois à Ottawa, à l’initiative d’une membre étudiante de l’Atelier d’innovation sociale Mauril-Bélanger. Le concept, déjà connu à Montréal, met en vedette Anne-Sarah Charbonneau et la Gatinoise Noémie Leduc-Roy, ainsi que deux humoristes invitées à chaque édition.
Ce vendredi, c’est Trana Wintour et Douaa Kachache qui se joindront aux deux animatrices. Les organisateurs souhaitent particulièrement attirer des étudiants, qui entreront gratuitement, et des personnes militantes ou engagées dans les causes féministes et LGBTQ+.
Le premier Womansplaining Show d’Ottawa mettra en vedette Trana Wintour et Douaa Kachache, en plus des animatrices Anne-Sarah Charbonneau et Noémie Leduc-Roy. Source : Atelier d’innovation sociale Mauril-Bélanger
L’humoriste Geneviève Gagnon présentera sa conférence humoristique Y n’aura pas de miracle au Centre régional de Loisirs culturels de Kapuskasing ce soir. L’idée de ce showconférence découle des capsules Cours toutoune, qui incitent les femmes de toutes les conditions physiques à être actives physiquement afin d’améliorer leur santé globale, leur motivation et leur confiance.
En 2015, Geneviève Gagnon a commencé à se filmer, à bout de bras, lorsqu’elle allait courir, et à partager sur ses réseaux sociaux ces vidéos amusantes où elle s’encourageait elle-même et encourageait les autres à la suivre. L’idée a connu un tel succès que Cours toutoune s’est transporté dans la vraie vie lors d’événements de marche et course organisés dans différents coins du Québec. Cours toutoune s’est aussi décliné en livres et en conférences.
Geneviève Gagnon présentera une conférence humoristique et inspirante à Kapuskasing. Gracieuseté
Kapuskasing, le 8 mars. Détails et billets sur la plateforme Le point de vente.
Arts visuels
L’aboutissement du projet 6 degrés
Il y a maintenant un an que le projet épistolaire et participatif 6 degrés a vu le jour au Labo, centre d’arts médiatiques francophones de Toronto. Depuis la Nuit blanche de Toronto en mars 2023, les artistes et le public ont écrit des lettres pour réfléchir sur différents thèmes engagés comme la liberté, le partage et les luttes contemporaines.
L’exposition qui en découle s’intitule 6 degrés, territoire de narration. Le vernissage aura lieu ce soir à 18h, et l’exposition se poursuivra jusqu’au 31 mars. La commissaire Dyana Ouvrard a invité 12 artistes à participer : Julie Lassonde, Sophie Dumesny, Éveline Boudreau, Noémie Roy, Laura Demers, Eléonore Donati, Saïda Ouchaou-Ozarowski, Martine Côté , Habibata Ouarme, Chantal Leblanc, ImageFatale et Shahla Bahrami. Une oeuvre médiatique engagée de Shahla Bahrami se mêle à l’installation collective et lui donne une perspective de plus.
« Cette manifestation artistique, épistolaire et féministe vient défier les contours obscurs du patriarcat à travers des lettres dont chaque mot, chaque ligne joue une note dans la symphonie de la compassion », peut-on lire dans la description de l’événement.
Lors de la Nuit blanche de Toronto, en 2023. Crédit image : Dyana Ouvrard
La deuxième édition du concours théâtralisé Par ici, le talent! aura lieu ce soir à la Place des arts du Grand Sudbury (PAGS). Avec cette initiative, le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) souhaite « créer de riches occasions de rencontres et tisser des liens entre les organismes culturels francophones de Sudbury et les nouveaux arrivants », tel que décrit sur la page web de l’événement. Des Franco-Sudburois issus de l’immigration ont été sélectionnés suite à des auditions, puis encadrés par des professionnels afin de développer des numéros artistiques qui seront présentés ce soir à la Grande Salle de la PAGS.
Comme l’activité est présentée lors de la Journée internationale des droits des femmes, le TNO a récemment lancé un appel à la population afin de proposer des noms de femmes sudburoises dont le parcours d’immigration est inspirant. Les portraits sélectionnés seront présentés sur scène. La soirée sera suivie d’une performance musicale de Patrice Munyama. Levy Beugré et Asael Sobabe.
Kloley Koko a participé à la première édition de Par ici, le talent! Elle est la porte-parole communautaire du spectacle, pour le TNO. Source : TNO
Sudbury, le 8 mars. Détails et billets sur le site du TNO.
Journée pour toutes à Cornwall
L’Association des communautés francophones de l’Ontario pour la région de Sturmont-Dundas et Glengarry (ACFO-SDG) invite la population à « célébrer la diversité et la force des femmes, en rassemblant les femmes de la communauté, quel que soit leur âge, leur provenance ou leur genre », au lendemain de la Journée internationale des droits des femmes. Ce samedi de 9 h à 16 h, différentes activités auront lieu au Centre Charles-Émile-Claude de Cornwall. Des ateliers de peinture, d’aromathérapie et de danse font partie des choix, tout comme le dîner reconnaissance. L’activité est gratuite.
L’ACFO-SDG veut célébrer toutes les femmes ce samedi. Source : Canva
TORONTO – La militante féministe gambienne Toufah Jallow partage au micro d’ONFR son parcours poignant de survivante et de pionnière, en tant que première femme de Gambie à dénoncer publiquement son viol par le président Yayha Jammeh. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, ce vendredi 8 mars, elle rencontrera le public à l’Alliance française de Toronto (AFT) pour parler de son combat contre les violences faites aux femmes et dédicacera des exemplaires de son livre La femme qui inspira un #MeToo africain.
En 2019, Toufah Jallow devient la première femme de Gambie à briser la loi du silence sur son viol par le dictateur Yayha Jammeh, alors au pouvoir. Son geste déclenche un mouvement de libération de la parole des femmes sans précédent en Afrique de l’Ouest.
Deux ans plus tard, elle co-écrit avec la journaliste Kim Pattaway le livre Toufah Jallow, la femme qui inspira un #MeToo africain, traduit aux éditions Des femmes en septembre 2023. Elle dirige également la Toufah Foundation, soutenant les victimes de violences sexuelles et sexistes entre Toronto et la Gambie.
Mais pour en arriver là, du chemin, il lui aura fallu en parcourir, et des montagnes, en gravir.
« J’ai rencontré cet homme, la personne la plus puissante du pays, lors d’un concours de beauté que j’ai remporté en 2014 », raconte-t-elle lors d’une rencontre avec ONFR.
« J’avais toujours vécu dans un contexte de dictature à la fois sociale, culturelle, religieuse et politique. C’était la norme. Une société extrêmement conservatrice qui réprime les femmes, qui ne peuvent pas s’exprimer, être libres de porter ce qu’elles veulent, ou se faire entendre. Ces concepts étant intériorisés dès le plus jeune âge. »
« Après mon agression sexuelle, début 2015, je ne savais pas comment réagir. Je n’avais pas le langage du ‘’viol’’, n’ayant jamais entendu ce terme, et n’ayant jamais eu aucune sorte de sensibilisation à la sexualité, notion taboue à l’exception du concept de ‘’virginité’’. »
« Mais je ressentais quelque chose en moi de l’ordre du dégoût profond et le sentiment n’a pas besoin de langage. Je savais que je ne pouvais pas subir ça une fois de plus. Cela avait déjà brisé chaque partie de moi et enlevé tout sentiment de pouvoir et d’espoir. »
« Je pensais toutefois pouvoir vivre avec ça dans le silence, mais quand j’ai reçu un appel d’un officiel, le président voulant me revoir, je savais ce que cela signifiait. Je savais que je devais m’enfuir. En juin, j’étais hors du pays. »
C’est alors pour elle, qui n’a jamais quitté le cocon familial, l’exil, seule, à l’âge de 19 ans.
« J’ai pris des taxis, des bateaux, j’ai traversé des rivières jusqu’à Dakar au Sénégal, où je suis devenue réfugiée et, en août, le Canada m’a accueillie à son tour. C’est comme ça que je me suis échappée physiquement, mais j’ai été mentalement piégée pendant très longtemps ».
Couverture de son livre en français aux édition Des femmes, publié en septembre 2023. Gracieuseté
Libérer la parole
Toufah Jallow reçoit en 2022 le Prix franco-allemand des droits de l’Homme et de l’État de droit. Elle explique que l’idée même de partager son histoire au monde ne germera qu’après avoir entrepris une thérapie, mais aussi des recherches pour comprendre s’il existait d’autres victimes dans son pays natal.
Contrairement aux données prolifiques sur d’autres pays, elle se heurte à l’absence totale d’archives pour la Gambie.
« J’ai commencé à me questionner : et si moi, je parlais? Non seulement pour que les autres femmes aient enfin une histoire à laquelle s’identifier, mais aussi pour ma propre santé mentale, pour redevenir moi-même », confie-t-elle, malgré de longues nuits blanches à imaginer les conséquences néfastes possibles, notamment pour sa famille.
« Avec les organisations Human Rights Watch et Trial International, l’idée était de raconter mon histoire de manière anonyme, parce que c’était la seule façon pour elles de garantir ma sécurité ».
« Le processus pour prouver les faits a été lourd, se souvient-elle. J’ai dû montrer les cicatrices sur mon corps, décrire chaque détail, expédier les vêtements que je portais, etc. Il a fallu qu’il se passe tellement de choses pour qu’elles (les organisations) puissent me soutenir. Et au final, ça m’a fait réfléchir. Après tout ça, je désirais aller jusqu’au bout et incarner mon histoire en mon nom. »
Un acte de bravoure certain, mais qu’elle relativise avec humilité. Ne pas parler en son nom revenait pour Toufah Jallow à repartir à la case départ, de nouveau emprisonnée par le silence. Sa toute première conférence de presse est alors organisée au Sénégal, précédent une première couverture médiatique d’envergure, dont un article dans le New York Times.
« La réponse a été incroyable de la part de la communauté gambienne. Les gens n’arrivaient pas à y croire et on a été submergés d’invitations à intervenir publiquement. Tant de femmes voulaient dire leurs vérités. J’ai découvert que je n’étais qu’un cas parmi une longue série d’abus contre les femmes par des hommes de pouvoir. »
« En bref, on est passé d’une approche anonyme hors d’Afrique, à une conférence de presse près de la frontière, pour finalement parler publiquement en plein milieu du pays, dans la plus grande ville, manifestant avec d’autres survivants, partisans et alliés », résume-t-elle avec amusement.
Elle relate aussi avoir été accusée à maintes reprises de mentir, d’être coupable d’avoir « fait quelque chose » pour que ça arrive. Les accusations classiques contre les femmes, d’un continent à un autre, selon elle.
Ce qui était nouveau, c’était la réaction des femmes et leur volonté de s’ouvrir à moi.
— Toufah Jallow
Plus tard, à Dakar, elle rencontrera l’ambassadeur du Canada qui la mettra en contact avec une maison d’édition à Toronto pour écrire un livre racontant son histoire et son combat, avec la collaboration d’une journaliste. « Nous avons réalisé l’écriture pendant la pandémie », se remémore-t-elle.
Manifestation contre la violence sexuelle en Gambie, menée par Toufah Jallow, en bas au centre. Crédit image : Toufah foundation
Discussion à l’Alliance française, à la rencontre du public torontois
Combattre les violences sexuelles est un travail du quotidien pour Toufah Jallow, à travers sa fondation gambienne Toufah foundation, qui aide les femmes victimes de violences sexuelles, menant notamment aux premières poursuites judiciaires contre des agresseurs.
« Tant que nous continuons à en parler, il y aura des améliorations et des changements. Lorsqu’il est question des droits des femmes dans toutes nos sociétés, il y a ce thème constant : faire un pas en avant puis reculer. Un effet boomerang, qu’il s’agisse des droits reproductifs ou encore des agressions sexuelles. C’est pourquoi il est si important d’aller de l’avant et d’être radical quant à notre position, car il faudra un gros push pour combattre le patriarcat systémique », conclut celle-ci.
La discussion de ce vendredi 8 mars, de 18 h 20 à 20 h, est organisée par l’AFT, en partenariat avec l’association francophone Oasis centre des Femmes et le Consulat général et l’Ambassade de France au Canada. L’événement réunira sur la scène du théâtre Spadina Toufah Jallow et Nawel Bentobbal, consultante d’Oasis Centre des Femmes.
Oasis, qui offre un accompagnement aux femmes du Grand Toronto et Halton-Peel touchées par la violence, travaille depuis quelques années avec l’AFT sur des évènements de sensibilisation à la violence faite aux femmes sous l’angle des arts.
« En tant que CALACS (Centre d’Aide et de Lutte contre les Agressions à Caractère Sexuel), nous avons trouvé important de nous associer à cet évènement pour pousser notre message de lutte et d’éducation publique sur ce fléau, en cette Journée internationale des droits des femmes. Toufah, en tant que survivante, qui raconte son expérience et son parcours, est une belle opportunité de démontrer le courage des victimes. Quelles belles leçons à tirer de son livre », nous exprime la directrice générale Dada Gasirabo.
« Au moment où la France est le premier pays au monde à inscrire l’IVG dans sa Constitution et à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, il était naturel que le service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade et le consulat général de France, en partenariat avec l’AFT, donnent la parole à une femme remarquable, militante de la cause des femmes et écrivaine, lauréate du prix franco-allemand des droits de l’homme pour son combat contre la violence faite aux femmes, Fatou Toufah Jallow », déclare quant à lui l’attaché de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade, Hadrien Laroche.
WINDSOR – Le journal francophone local, Le Rempart, a fait don de ses archives à la bibliothèque Leddy de l’Université de Windsor.
Ce sont 40 ans d’histoire franco-ontarienne de la ville qui sont en voie d’être numérisés. La bibliothécaire de la bibliothèque Leddy de l’Université de Windsor, Katharine Ball, est responsable de ce travail minutieux, entrepris en décembre 2023 et qui devrait s’échelonner sur environ un an. Les archives sont rendues accessibles au grand public au fur et à mesure de leur numérisation.
Alerté par une artiste locale
La chanteuse Denise Leboeuf, qui faisait des recherches sur l’histoire de la communauté francophone locale pour l’un de ses projets, avait été déçue de ne pas trouver les archives du Rempart, alors que les celles d’autres journaux étaient disponibles. Elle a contacté l’archiviste de l’Université de Windsor, Sarah Glassford, qui s’est montrée intéressée par l’acquisition de la collection.
Le professeur d’Histoire Guillaume Teasdale et la professeure de sciences politiques Emmanuelle Richez se sont joints au projet. Cette dernière a contacté le propriétaire du Rempart, Denis Poirier. Les astres s’étaient alignés, puisque M. Poirier cherchait depuis plusieurs années une façon de conserver les archives de son journal. Suite à un déménagement des locaux, il a même dû les garder un temps chez lui.
« Je voulais trouver un endroit sécurisé pour entreposer les archives, le fait de pouvoir les numériser était un bonus », confie le propriétaire du journal sur le site de l’université.
Une occasion immanquable
Pour Sarah Glassford, la valeur de ces archives est inestimable, comme mentionné dans le même communiqué. « Les journaux sont extrêmement précieux en tant que sources primaires car ils offrent des fenêtres uniques sur les communautés qu’ils desservent. »
Même son de cloche du côté d’Emmanuelle Richez, qui commente la nouvelle au micro d’ONFR. « C’est monumental. Le Rempart, c’est notre mémoire collective. Avec l’archivage à l’Université de Windsor, on s’assure que notre mémoire collective sera préservée, et aussi qu’elle sera accessible à tous. »
Le Rempart a été le témoin d’importants changements culturels et sociaux de notre communauté au fil du temps. Il a été témoin des luttes que la communauté a menées.
— Emmanuelle Richez
La collection disponible sur le site de la bibliothèque s’étendra, à l’issue du projet, de 1966 à 2003. Ces documents historiques pourront bénéficier aux 13 000 francophones qui vivent à Windsor et ses environs, ainsi qu’à près de 38 000 habitants qui comprennent le français.
Selon Emmanuelle Richez, l’initiative s’inscrit dans un mouvement plus grand. « On voit, à la bibliothèque mais à l’Université en général, un désir d’appuyer et de collaborer avec les groupes locaux qui sont sous-représentés, comme la francophonie locale. Nous sommes une quarantaine de professeurs francophones et francophiles. Vous allez entendre parler de nous très bientôt », laisse-t-elle entendre en conclusion.
Les corps de quatre enfants et de deux adultes ont été découverts mercredi soir dans une résidence privée du quartier Barrhaven, à Ottawa. Il s’agit d’une mère et de ses quatre enfants en bas âge, ainsi que d’un ami de la famille, qui vivait avec eux. Le père de famille repose dans un état grave mais stable. Le seul suspect est un homme de 19 ans, au pays en tant qu’étudiant étranger, qui vivait avec la famille.
Les victimes sont Darshani Banbaranayake Gama Walwwe Darshani Dilanthika Ekanyake, une mère de famille âgée de 35 ans, son fils Inuka Wickramasinghe (sept ans), ses filles Ashwini Wickramasinghe (quatre ans), Rinyana Wickramasinghe (deux ans) et Kelly Wickramasinghe (2 mois et demie), ainsi que Ge Gamini Amarakoon, un homme de 40 ans nouvellement arrivé au pays et qui vivait avec la famille.
Le père de famille a aussi été blessé. Il repose à l’hôpital dans un état grave, mais stable. Ce sont ses cris qui ont alerté les voisins. Deux appels ont été logés au 911 à 22 h 52 mercredi.
Il s’agit d’un acte de violence insensé, perpétré contre des victimes innocentes.
— Eric Stubbs, chef du SPO
En conférence de presse en début d’après-midi, le Service de police d’Ottawa (SPO) a réaffirmé qu’il n’y avait pas de danger pour le public et que le seul suspect avait été arrêté. Une vigile a été installée au parc Palmadeo pour les citoyens qui souhaiteraient se recueillir et rendre hommage aux victimes. La police demande à la population d’éviter le secteur de la promenade Berrigan, puisque l’unité des homicides est toujours sur place.
Le suspect, Febrio De Zoysa, a comparu devant les tribunaux jeudi. Il a été accusé de six chefs d’accusation de meurtre au premier degré et d’un chef d’accusation de tentative de meurtre. Il s’agit d’un homme de 19 ans originaire du Sri Lanka, qui était au pays en tant qu’étudiant et vivait aussi avec les victimes. Le SPO n’a pas voulu donner plus de détails sur la relation entre le suspect et la famille afin de ne pas nuire à l’enquête en cours.
Il s’agit d’une « enquête très difficile, complexe et active », ont affirmé les représentants du SPO.
La plus grande tuerie de l’histoire récente de la ville
Les policiers ont affirmé qu’il s’agissait de la plus grande tragédie qu’ils aient vus à Ottawa dans leur carrière. Le chef Eric Stubbs a confirmé que l’arme du crime était un « objet tranchant ». « Vous savez ce que c’est, un objet tranchant… un couteau… », a-t-il hésité devant la demande de précision d’une journaliste.
« Pour être clair, il s’agissait d’une tuerie de masse, non pas d’une fusillade de masse », a-t-il affirmé.
Le maire d’Ottawa Mark Sutcliffe s’est dit choqué de voir un tel incident se produire dans sa ville. « Il est particulièrement troublant pour moi, en tant que parent, d’entendre parler de la perte de quatre enfants très jeunes », s’est-il désolé lors de la conférence de presse. Sur le réseau social X, plus tôt aujourd’hui, il avait qualifié ces homicides comme « l’un des incidents de violence les plus choquants de l’histoire de notre ville ».
Le service de police incite toute personne qui aurait de l’information à composer le 613-236-1222 poste 5493 ou à communiquer anonymement avec le service Échec au crime sur son site web ou par téléphone au 1-800-222-8477.
TORONTO – Samedi dernier, des membres de l’Association des Congolais de l’Ontarioet leur président Patrick Kaketa Mpiana ont marché dans les rues de Toronto afin d’attirer l’attention des dirigeants politiques et des médias sur le conflit qui perdure dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
La situation actuelle plonge ses racines dans l’histoire coloniale et les tensions ethniques, qui sont toujours présentes. Mais il faut savoir que le sous-sol de l’est de la RDC est particulièrement riche en différents minéraux comme l’or, le diamant, l’étain et le coltan, utilisé dans la fabrication de nombreux objets technologiques comme les tablettes électroniques ou les téléphones cellulaires. Cette abondance en fait une région d’intérêt pour les puissances internationales, au détriment des populations locales.
Une centaine de groupes armés seraient présents dans cette région. Mais les tensions actuellement au centre du conflit opposent surtout l’armée congolaise au groupe rebelle M23, manifestement appuyé par le pays voisin, le Rwanda.
Une marche pour attirer l’attention
Samedi dernier, les manifestants se sont rassemblés à Dundas Square pour se rendre tour à tour devant le consulat de France, Queen’s Park et le consulat américain.
« Nous demandons une intervention du gouvernement du Canada auprès d’autres gouvernements, notamment les gouvernements américains, français et anglais, pour pouvoir débloquer la situation au Congo. Dénoncer, condamner fermement et imposer des sanctions », expliquait le leader de l’association à ONFR, quelques jours avant la marche.
Ce dernier rappelle que son organisation est basée dans la ville reine, ce qui explique pourquoi elle a cherché à attirer l’attention en passant par le gouvernement provincial. Il précise que d’autres marches ont eu lieu, notamment à Ottawa, dans les dernières semaines.
Patrick Kaketa Mpiana (à l’avant) lors de la marche du 2 mars à Toronto. Crédit image : Mickael Laviolle
Durant son entretien avec ONFR, Patrick Kaketa Mpiana a dénoncé plusieurs éléments, dont l’embargo sur les armes qui avait été imposé par l’Organisation des Nations Unies (ONU) à la RDC à la suite de la Deuxième guerre du Congo. Cet embargo a été levé en 2022.
« C’est incroyable que le Congo ait été mis sous embargo. Le pays agressé n’avait pas le droit d’acheter des armes. Mais on en vendait au pays agresseur », selon le représentant de l’Association des Congolais.
Des résidents de Toronto prenant part à la marche de l’Association des Congolais de l’Ontario, le 2 mars 2024. Crédit image : Mickael Laviolle
Le leader de la diaspora congolaise s’est également insurgé contre un accord sur les matières premières que l’Union européenne (UE) a entériné avec le Rwanda en février 2024.
« Ça doit cesser. Ils doivent quitter le territoire congolais et tous les pays occidentaux et les multinationales, s’ils ont besoin de nos richesses, qu’ils traitent directement avec le Congo. »
Réaction internationale timide
Patrick Kaketa Mpiana se désole du silence international en lien avec les crimes commis dans son pays d’origine. Un constat partagé par le rappeur franco-ontarien et congolais, Kimya, qui parle de la situation dans son dernier album, comme il l’avait expliqué à ONFR en février.
« J’en parle surtout parce que je trouve que les médias n’en parlent pas. Par exemple, dans l’est du Congo, il y a encore des tueries, des femmes qui se font violer… mais il n’y a aucun média qui en parle ici. »
Pour l’Ukraine, on en parle partout. Ce qui est normal. Mais pourquoi on se tait pour le Congo?
— Patrick Kaketa Mpiana
L’organisateur de la marche de samedi affirme : « Nous estimons que si le Canada n’en parle pas, le pays est sur la même logique que les États-Unis et l’Union européenne. Parce qu’ils savent ce qui se passe à l’est de la RDC. Tous les premiers ministres qui sont passés, ils le savaient. Mais personne ne veut en parler. »
Le président du Rwanda, Paul Kagame, au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, en janvier 2024. Crédit image : AP Photo/Markus Schreiber
Le 4 mars, malgré son accord récent avec Paul Kagame, l’Union européenne a publié un communiqué dans lequel elle « condamne le soutien du Rwanda au M23 et sa présence militaire sur le territoire congolais ». Les États-Unis et la France avaient fait des déclarations semblables dans les dernières semaines.
Du même souffle, l’UE « exhorte vivement la RDC et tous les acteurs régionaux à mettre fin à tout le soutien qu’ils apportent aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et à cesser toute coopération avec celles-ci, lesquelles trouvent leurs racines dans le génocide perpétré contre les Tutsis ».
Des milliers de personnes qui fuient le conflit entre les forces gouvernementales et le M23 arrivent à l’entrée de la ville de Goma, en République démocratique du Congo, le 7 février 2024. Crédit image : AP Photo/Moses Sawasawa
Selon Patrick Kaketa Mpiana, « il faut qu’un tribunal pénal international soit créé pour juger les crimes atroces qui ont été commis au Congo ».
Contexte historique
Ce conflit, extrêmement complexe, est intimement lié à l’histoire de la RDC et du Rwanda. Ces deux ex-colonies belges ont obtenu leur indépendance respectivement en 1960 et 1962.
C’est le colonialisme belge qui a nourri les tensions entre deux groupes présents dans cette région du monde, les Tutsis et les Hutus, ce qui a mené au génocide rwandais de 1994.
Après la reprise du pouvoir au Rwanda par le Tutsi Paul Kagame, le Zaïre (aujourd’hui RDC) accueille un grand nombre de réfugiés hutus, parmi lesquels se trouvent des génocidaires.
Paul Kagame fournit de l’armement aux populations tutsies du Zaïre, ce qui déplaît au président Joseph Désiré Mobutu, qui tente alors de les chasser.
Le Rwanda et l’Ouganda appuient Laurent-Désiré Kabila afin de chasser Mobutu du pouvoir. (Première guerre du Congo)
Kabila se retourne contre ses anciens alliés, appuyé par d’autres pays africains (Deuxième guerre du Congo)
La situation dans l’est de la RDC découle aussi de l’histoire du pays voisin, le Rwanda. Capture d’écran Google Maps
Si cette deuxième guerre officielle se termine en 2003, les conflits restent omniprésents dans l’est du pays. Avec la montée du groupe rebelle tutsi M23, la menace d’une troisième guerre ouverte est bien réelle.
SUDBURY – Le gouvernement fédéral a annoncé un nouveau projet pilote visant à offrir une voie d’accès à la résidence permanente pour des travailleurs francophones qui s’établissent dans des communautés francophones hors Québec.
À Sudbury, mercredi, Ottawa a aussi annoncé rendre permanent le Projet pilote d’immigration dans les communautés rurales et du Nord implanté il y a six ans.
Par cette initiative, les travailleurs étrangers qui possèdent un emploi peuvent obtenir une recommandation, d’une communauté par exemple, afin de demander la résidence permanente. Il permet aussi aux employeurs de recruter ces travailleurs qualifiés.
Le gouvernement canadien a aussi précisé qu’il augmentera le plafond du nombre de travailleurs qualifiés éligibles au sein de ce programme. Près de 4600 nouveaux arrivants ont obtenu la résidence permanente depuis sa mise en place en 2019, ce qui bénéficie à 11 régions du pays. Des villes de l’Ontario comme Sudbury, North Bay, Timmins, Sault Ste. Marie et Thunder Bay y participent.
L’annonce du ministre de l’Immigration Marc Miller crée ainsi le même type d’initiative en place pour les communautés rurales, mais avec un volet francophone. Le Programme pilote d’immigration dans les communautés francophones, qui débutera à l’automne 2024 a pour but de favoriser la venue de travailleurs francophones au Canada. L’identité des communautés qui pourront participer à cette initiative est encore inconnue, mais celles-ci pourront signaler leur intérêt auprès du fédéral, qui les révèlera au printemps. 2750 places pour des travailleurs seront ouvertes à travers le pays.
En conférence de presse, le ministre Miller a précisé qu’il y avait « déjà beaucoup de demandes dans beaucoup de communautés ».
« Mais avec cette demande viennent des responsabilités qui ne relèvent pas spécialement du fédéral. C’est un peu là où l’on veut raffiner notre façon de faire les choses, pour s’assurer que le taux de rétention soit plus efficace, surtout avec les gens qui parlent français, étant donné la fragilité de la langue française, surtout à l’extérieur du Québec », a-t-il affirmé.
La nouvelle mesure vient ainsi appuyer l’initiative des 14 communautés francophones accueillantes, qui vise à favoriser l’accueil et l’intégration des immigrants francophones.
Marc Miller a indiqué que son annonce visait à s’aligner sur la nouvelle Politique en immigration francophone de son ministère, dévoilée en janvier. Celle-ci établit un objectif de nouveaux arrivants francophones au pays de 6 % en 2024, 7 % en 2025 et 8 % en 2026. La Politique mentionnait d’ailleurs l’importance de miser sur la venue de travailleurs étrangers francophones dans les régions du pays, pour augmenter le poids démographique des locuteurs du français hors du Québec.
« C’est une des premières retombées concrètes de la nouvelle Politique en matière d’immigration francophone annoncée par le ministère en janvier, et ça démontre le sérieux du gouvernement », a salué Liane Roy, la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA).
TORONTO – Une motion du NPD, visant à désengorger la saturée autoroute 401 pour éviter la construction de la controversée autoroute 413, a relancé le débat sur ce projet en ce début de semaine à Queen’s Park. Soutenue par tous les partis d’opposition, la proposition a été rejetée le jour même par le gouvernement Ford. Au micro d’ONFR, un camionneur franco-ontarien, qui sillonne les routes chaque jour, partage sa vision de l’intérieur sur ce sujet clivant.
Ce lundi, la cheffe de l’opposition officielle Marit Stiles a proposé de rendre l’autoroute 407 gratuite pour les camions commerciaux, afin de désengorger la 401, surchargée. Une alternative à la construction de l’autoroute 413, défendue par le gouvernement depuis 2019 (projet de 59 km depuis l’autoroute 400, traversant les villes de Vaughan, Caledon, Brampton, jusqu’à l’échangeur 401/407 près de Mississauga, de Milton et de Halton Hills).
Il s’agirait d’un gain de temps pour les Ontariens qui subissent les embouteillages, selon la leader néo-démocrate : « Retirer davantage de camions de l’autoroute 401 vers l’autoroute 407, sous-utilisée, signifiera des temps de trajet plus courts, un meilleur transport des marchandises et des milliers de dollars en frais de péage économisés pour les chauffeurs de camion. »
La motion, soutenue par le Parti libéral et le Parti vert, a été rejetée par la majorité du gouvernement, le jour de sa proposition, à 61 voix contre 29.
Le ministre des Transports Prabmeet Singh Sarkaria a défendu en chambre la construction de cette nouvelle infrastructure comme seule alternative viable au désengorgement : « Notre gouvernement est déterminé à bâtir 30 milliards de dollars d’infrastructures (routes, autoroutes) dans toute la province et c’est exactement ce que nous ferons. Nous poursuivrons notre chemin vers la construction de l’autoroute 413. »
L’échange a rapidement glissé vers le caractère privé de l’autoroute 407 « hors de prix » et « sous-utilisée », Marit Stiles objectant : « Il s’agit d’apporter un soulagement dès aujourd’hui, pas dans 10 ans. Le ministre des Transports a déclaré hier qu’il serait tout simplement trop difficile de supprimer les péages sur l’autoroute 407, parce qu’il appartient à une entité privée. Il a même admis aux journalistes que le gouvernement avait le pouvoir de renégocier le contrat 407, mais ils ne sont pas disposés à le faire. »
L’autoroute des désaccords
« Le NPD, les camionneurs, les experts en transport et les défenseurs de l’environnement ont tous demandé au gouvernement de supprimer les péages sur l’autoroute 407. Faire sortir certains camions de l’autoroute 401 et leur faire emprunter l’autoroute 407 est préférable pour les camionneurs et c’est mieux pour tous les conducteurs aussi. C’est un changement de bon sens », a déclaré plus tôt cette semaine, en chambre, la cheffe néo-démocrate.
Ce à quoi le ministre des Transports a répondu : « À chaque étape du chemin, nous avons été là pour les chauffeurs de camion. Qu’il s’agisse de soutenir et de construire la 413 ; que ce soit sur la suppression des péages sur les 412 et 418 ; qu’il s’agisse de réduire ou de lutter contre la taxe carbone. »
Si ces coûts de péage étaient supprimés, au moins la moitié des chauffeurs de camion se déporterait sur la 407 et cela soulagerait la 401 à coup sûr.
— Xavier St-Gelais
Xavier St-Gelais, un chauffeur franco-ontarien membre de l’association Truckers for Safer Highways confie quant à lui au micro d’ONFR avoir souvent pensé à l’alternative proposée par les néo-démocrates pour éviter la congestion de la 401.
« D’après moi, ça éviterait beaucoup d’accidents également. Il y a tellement de trafic que les conducteurs sont à bout. Selon ce que j’ai vu, la 407 est très peu utilisée par les camions. Si ces coûts de péage étaient supprimés, au moins la moitié des chauffeurs se déporterait sur la 407 et cela soulagerait la 401 à coup sûr », explique celui-ci.
Outre les enjeux environnementaux et coûts d’une nouvelle autoroute, M. St-Gelais émet également des doutes quant à l’impact. « Je comprends l’intention de désengorgement de la 413, mais elle serait relativement excentrée de Toronto, ce qui n’aurait selon moi pas l’impact espéré. »
La députée de Kitchener-Centre du Parti vert Aislinn Clancy a elle aussi déploré la décision d’écarter la motion : « Le gouvernement Ford pourrait réduire les embouteillages aujourd’hui et générer 6 milliards de dollars d’économies en supprimant la très polluante autoroute 413. (…) Non seulement cela réduirait la circulation de la 401, mais cela permettrait également de conserver 2 000 acres de terres agricoles de premier ordre et 400 acres de terres de la ceinture de verdure qui seraient détruites par l’autoroute 413 ».
« Mais hier, nous avons vu ce gouvernement dire une fois de plus non à une solution de bon sens qui est bonne pour le climat, bonne pour réduire les embouteillages et bonne pour nos portefeuilles. »
Vanessa Gilles fait partie des piliers de la défense de l’équipe nationale de soccer canadienne. La Franco-Ontarienne, qui a grandi et a découvert ce sport à Ottawa, compte 37 sélections avec les Rouges et un titre olympique en 2021. En club, elle est titulaire indiscutable au sein de la défense de l’une des plus grandes équipes féminines d’Europe, l’Olympique lyonnais (OL).
LE CONTEXTE :
Les Canadiennes disputent actuellement la première édition de la Gold Cup féminine, qui regroupe les équipes des trois Amériques et des Caraïbes. Gilles et ses coéquipières ont brillamment passé la phase de qualification avec trois victoires, 13 buts marqués et aucun encaissé. Elles se sont qualifiées pour les demi-finales après une victoire contre le Costa Rica en prolongation (1-0) en quart de finale, en se faisant une petite frayeur contre une équipe qu’elles avaient battue 3-0 en qualification.
L’ENJEU : Les joueuses entraînées par Bev Priestman visent une qualification pour la finale. Pour ce faire, elle devront battre leurs grandes rivales américaines ce mercredi 6 mars. Les États-Unis sont hôtes de la compétition. La rencontre est programmée à 22h15 et se disputera au stade Snapdragon de San Diego.
« Quel regard portez-vous sur votre parcours dans cette compétition jusqu’à présent? C’est toujours difficile une compétition comme ça, avec les matchs qui s’enchaînent et avec une moitié de l’effectif qui est en plein milieu de la saison, et l’autre qui débute la sienne. Ce n’est pas facile de créer une cohésion, mais je pense qu’on a bien démarré. Bev a fait du bon travail pour impliquer tout le monde en donnant du temps de jeu à toutes les joueuses qui ont pu contribuer. Ça nous a bien servi puisqu’on a dû jouer 120 minutes contre le Costa Rica. Au final, le sentiment général, c’est de la satisfaction. On a hâte de jouer contre les États-Unis en demi-finale.
Du fait que c’est la dernière grande compétition avant les Jeux olympiques (JO) et qu’il y a un nombre de places limité à 18 pour aller à Paris, sentez-vous une émulation particulière au sein de l’effectif?
C’est certain qu’avec le sport qui continue de grandir au Canada et les joueuses qui ont de plus en plus d’opportunités de jouer au niveau professionnel, nos ressources en termes de joueuses sont de plus en plus grandes. En tant que Canadienne, ça me fait vraiment plaisir, mais c’est certain qu’au niveau de l’équipe nationale, quand on doit choisir 18 joueuses plutôt que 23, ça devient compliqué.
Tout le monde a envie de participer à une telle compétition, donc c’est sûr que ça rend les entraînements et les matchs très compétitifs. Chacune veut prouver qu’elle mérite d’y être.
Comment analysez-vous les difficultés que vous avez eu en quart de finale contre le Costa Rica, que vous aviez battu facilement en qualification?
C’est toujours difficile de rejouer contre la même équipe, surtout avec si peu de temps entre les deux matchs. Seulement trois jours, ça n’arrive pas souvent. Après, ce qui a été, ce qui n’a pas été… Je pense que c’est la beauté du soccer. Les Costariciennes sont venues prêtes à jouer. C’était un quart de finale, elles voulaient se qualifier. Ce n’est jamais facile. C’est toujours un plaisir de disputer des matchs comme ça, avec un enjeu de qualification.
Après, je dirais qu’il y a des jours comme ça où tu peux avoir 40 occasions et on dirait qu’il y a un aimant répulsif sur le but, ça ne veut pas entrer. On a réussi à marquer. L’important était de rester concentrées durant tout le match. Notre gardienne, qui a eu un seul tir au but à sauver, qu’elle a bien négocié, nous a montré ça. C’est une bonne leçon à apprendre pour le futur.
Est-ce un avantage ou un désavantage d’avoir, jusqu’à présent, rencontré un niveau de jeu moindre par rapport à celui des Américaines, que vous vous apprêtez à affronter?
On a surtout affronté des adversaires qui évoluaient avec un bloc défensif bas. Il fallait avoir plus de patience pour trouver des opportunités et rester concentrées. Ce n’est pas facile de jouer contre ce genre de défense. Ça nous arrive très souvent avec l’OL et, même pour les meilleures joueuses au monde, ça peut être difficile. Ce n’est ni un avantage, ni un désavantage, c’est une bonne préparation en vue des JO.
Là, on va jouer, à l’inverse, contre une équipe très athlétique qui va nous presser très haut. C’est très bien de voir un peu des deux. Ce n’est pas notre première fois dans un tournoi où l’on rencontre plein d’équipes différentes. On est toujours prêtes à affronter les États-Unis mentalement, car c’est un derby proche du cœur pour nous.
Quelles seront les clés pour les battre?
Il faudra être prêtes pour 90 minutes, voire 120. Mentalement, c’est toujours une bataille. Pour elles comme pour nous, c’est la priorité numéro un de répondre présentes mentalement et physiquement, pour remporter les batailles individuelles, mais aussi collectives. Le sport, c’est ce qui se passe sur le terrain, mais c’est aussi ce qui se passe dans la tête. Et dans un derby, c’est extrêmement important.
Vous excellez sur le jeu de tête, qu’est-ce qui fait que c’est une force dans votre jeu? Oh! Je ne sais pas… Il y en a qui disent que c’est parce que j’ai un grand front. (Rires)
Pour finir, un petit mot sur la pratique du français au sein de l’équipe, est-elle répandue ou parlez-vous majoritairement en anglais?
J’ai vu une vraie évolution. Quand je suis arrivée en sélection, on devait être deux. Maintenant, avec le staff, il doit bien y avoir la moitié des gens qui parlent ou comprennent le français. Ça fait plaisir parce qu’il y a beaucoup de monde qui peut passer d’une langue à l’autre.
Parfois, quand c’est ta langue première et que tu es « dans le moment », ce qui vient naturellement, c’est le français. Du coup, c’est vraiment bien de pouvoir se sentir à l’aise en parlant sa langue maternelle sans être jugée, mais surtout en étant comprise. C’est vraiment un plaisir en tant que Canadienne bilingue. »
OTTAWA – Les monuments de la francophonie font partie du patrimoine franco-ontarien. Si ces infrastructures sont estimées par la communauté, elles représentent tout de même un coût pour les contribuables. Venant d’une initiative communautaire, voire de municipalités, les monuments de la francophonie sont des symboles, des œuvres commémoratives. Leur nombre croît de manière significative dans les régions où habitent les francophones de la province. Les matériaux utilisés, le style et le coût de ces structures soulèvent cependant plusieurs questions.
« Quand nous apercevrons notre drapeau franco-ontarien flotter du haut de son mât de 70 pieds, nous saurons que nous sommes chez nous […], et ici pour y rester », avait un jour dit Bernard Grandmaître, le président d’honneur des Monuments de la francophonie d’Ottawa.
« J’aimerais voir des monuments partout où il y a des francophones en Ontario », avoue Tréva Cousineau en entrevue avec ONFR. Mme Cousineau a été membre du comité organisateur pour les six premiers monuments de la francophonie.
« Les comités organisateurs peuvent faire ce qu’ils veulent, chaque municipalité est libre d’ériger un monument comme elle le veut et tant mieux, puisque ça démontre notre diversité », pense-t-elle.
Il existe 18 monuments de la francophonie en Ontario. Une grande partie se trouve dans l’Est ontarien, là où se trouve la plus forte population de francophones.
Le monument de la francophonie érigé à Alfred en septembre 2023. Crédit image : Lila Mouch
Depuis 2006, date à laquelle le premier monument fut érigé au Centre éducatif du Conseil des écoles catholiques de langue française du Centre-Est (CECECLF) à Ottawa, tous ces monuments réunissent la population locale autour d’un même projet, d’un rendez-vous et d’un intérêt commun.
L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a élaboré un guide pour appuyer la création d’un monument en suivant des étapes précises. Un processus qui montre tout le sérieux qu’il y a derrière ces constructions.
« En démarrant un projet de monument de la francophonie, vous contribuerez à ce que le drapeau franco-ontarien puisse marquer ‘notre place’ partout à travers la province », est-il possible de lire dans ce guide.
L’argument principal dans la construction d’un monument de la francophonie, c’est qu’il symbolise la création d’un espace commémoratif et patrimonial centré autour d’un immense drapeau franco-ontarien. On retrouve ces monuments à des points stratégiques, avec un thème central comme l’éducation, la santé, l’immigration francophone ou la culture, par exemple.
Le monument de la francophonie à Hawkesbury lors de sa construction. Source : Facebook/ Monument de la francophonie d’Hawkesbury
Malgré le consensus quasi unanime autour de la légitimité de tels projets, les monuments ont un coût que les plus petites municipalités ne peuvent se permettre. La collecte de fonds pour des communautés très minoritaires est difficile. Windsor, Sarnia et Pembroke en sont de parfaits exemples, puisque leurs projets de monuments n’ont toujours pas dépassé le stade de la collecte.
Certains protecteurs du patrimoine bâti franco-ontarien que nous avons rencontrés se désolent de voir des montants importants investis dans de nouveaux monuments, alors qu’eux peinent à obtenir des fonds, publics ou privés, pour sauver des bâtiments existants.
C’est aussi ce que croit l’ancien archiviste de l’Université d’Ottawa et président de la Société d’histoire de l’Outaouais, Michel Prévost. Tout en étant favorable aux monuments de la francophonie, il souligne une perte récente dans le patrimoine bâti.
« On a démoli une belle église à Pointe aux Roches en novembre. On le sait qu’il y a plein de bâtiments qui sont menacés. Mais peut-être qu’il faut développer la visibilité avant, développer un sentiment d’appartenance qui va permettre de préserver certains bâtiments. »
Commandites et collectes de fonds
Les commanditaires jouent un rôle important dans la construction d’un monument. Par exemple, pour la construction des premiers monuments de la francophonie d’Ottawa, l’entreprise Lafarge avait fourni le béton et l’armature. D’autres commanditaires, tels que la Fondation de l’Hôpital Montfort, la Ville d’Ottawa, l’Université Saint-Paul, Desjardins, la Fondation Trillium et beaucoup d’autres, déboursent des sommes pouvant aller jusqu’à 25 000 $.
Puis, il y a les donateurs individuels. Le jeu de la commandite offre au plus gros donateur la représentation la plus visible sur le monument. D’après Nicolas Gagnon de la Fédération canadienne des contribuables, les monuments sont souvent présentés en hommage à des familles ou à des compagnies donatrices. Il déplore que ces structures mettent trop l’accent sur les donateurs et les commanditaires plutôt que sur les citoyens.
Monument de la francophonie devant le Centre éducatif du Conseil des écoles catholiques de langue française du Centre-Est (CECECLF). Source : mondrapeaufranco.ca
Les sommes amassées représentent souvent des centaines de milliers de dollars. Par exemple, les monuments d’Alfred, de St-Albert et d’Embrun ont respectivement récolté 300 000, 350 000 et 400 000 $.
Style peu novateur et matériaux funéraires
L’entreprise de monuments funéraires franco-ontarienne Martel & Fils a participé à la création de onze monuments de la francophonie en Ontario. Pour Julien Martel, ce qui est cher ou ce qui ne l’est pas reste subjectif. Les coûts sont reliés aux types de matériaux, mais le granit n’est pas beaucoup plus dispendieux que le ciment.
« Quand nous avions fait le monument d’Embrun, l’équipe nous avait sollicités pour un monument en granit. De leur côté, ils avaient fait des recherches pour le faire de la même dimension, mais en ciment et avec un peu de granit pour des plaques intégrées. Ils se sont rendu compte que le budget global était presque identique. »
Lorsque questionné sur l’utilisation du granit, matériau associé aux pierres tombales, dans l’érection de monuments supposés célébrer la vitalité d’une communauté, Julien Martel justifie que « le matériau utilisé vit plus d’une quarantaine d’années ».
« De nos jours, on ne voit plus de monuments en marbre parce que c’est très poreux et salissant. (Le granit) va être beaucoup plus rigide, supporter les intempéries. La maintenance est très facile. »
Le monument de la francophonie à Clarence-Rockland. Source : mondrapeaufranco.ca
Malheureusement, les monuments en ciment, comme celui de Cornwall, voient déjà apparaître des fissures. « Éventuellement, ils vont devoir le remplacer parce qu’il ne sera plus sécuritaire pour un endroit public », croit l’expert.
Pour ce qui est du design, les comités font appel à des architectes ou dessinateurs et font valider le dessin par plusieurs personnes. « Ce sont les gens qui payent pour avoir ce monument, et j’ai déjà vu des comités proposer différents choix aux habitants. »
« Il y a un fil conducteur entre les monuments, c’est certain, admet le manufacturier, mais il est possible d’être novateur en 2024 ». Par exemple, le monument d’Alfred a commandé du granit ayant des touches de vert.
Selon Julien Martel, « il n’y a aucune croix et aucun signe religieux qui pourrait faire en sorte que les monuments de la francophonie deviennent vraiment funéraires ».
Réfléchir à la fonction
Philippe Garneau, président et directeur de création chez GWP Brand Engineering, est expert en publicité et en image de marque. Il se demande si la création d’un monument est la meilleure façon de célébrer la francophonie.
« Les monuments qui attirent notre attention et qui persistent sont ceux qui nous partagent une émotion ou une grande histoire. La statue de la Liberté représente la liberté, l’Atomium à Bruxelles représente le futur, le mémorial des anciens combattants du Viêt Nam, on n’y va pas pour rigoler », raconte-t-il.
D’après M. Garneau : « Ou bien on embaume le passé, ou on fige une idée qui va être éternelle. »
Philippe Garneau est expert en image de marque et publicité. Crédit image : GWP Brand Enginering
De ce même point de vue, l’expert explique que si l’effet désiré des monuments est d’être un point de rassemblement et de mémoire collective, « vous pouvez voir immédiatement qu’un monument est émotionnellement muet ».
L’expert voit là une « architecture défensive », soulignée par des écritures « funèbres », à l’emplacement des noms des donateurs.
M. Garneau soulève ainsi la question de la fonction du monument, rappelant que le contexte reste primordial.
Des réalisations très sérieuses
Le monument de la francophonie à l’Université d’Ottawa revêt une fonction un peu différente. Partiellement construit en bois, il est devenu un lieu de détente prisé des étudiants et constitue une étape incontournable lors des visites guidées du patrimoine franco-ontarien.
Le drapeau franco-ontarien, quant à lui, se trouve sur le campus de Lees, visible depuis l’autoroute 417.
L’ancien archiviste en chef de l’Université d’Ottawa, Michel Prévost. Crédit image : Université d’Ottawa, Robert Lacombe
Pour que les monuments vivent, il faut « les animer », croit Michel Prévost, qui était membre du comité organisateur en 2013.
« C’était tellement logique que l’Université ait un monument puisqu’il y a une présence francophone depuis sa fondation en 1848. »
M. Prévost trouve intéressant de voir que de nombreux organismes, institutions et communautés religieuses tiennent à avoir leur nom gravé sur le monument. « C’est aussi une façon d’exprimer leur appartenance à la communauté francophone », pense-t-il.
Selon l’ancien archiviste, les monuments développent un sentiment de fierté et d’appartenance. Il estime que les symboles choisis sur les monuments, tels que les graminées symbolisant l’agriculture, ou les choix de matériaux, comme le granit évoquant l’histoire des mines, contribuent à cette représentation.
OTTAWA – Le gouvernement fédéral doit accélérer la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles, estime Raymond Théberge, qui juge qu’Ottawa est beaucoup trop lent à agir pour mettre en œuvre l’ensemble de la législation.
Ayant obtenu la sanction royale en juin dernier, la nouvelle version de la Loi sur les langues officielles (LLO) comporte encore plusieurs éléments qui tardent à être adoptés par décret et voie de règlement, ce qui est entre les mains du gouvernement Trudeau.
Le commissaire aux langues officielles attend toujours la majeure partie de ses nouveaux pouvoirs, notamment la possibilité de distribuer des amendes aux mauvais joueurs sur le plan linguistique. Les nouvelles mesures concernent, entre autres, les services aux voyageurs, source numéro un des plaintes auprès de son bureau. Il indique ne pas avoir encore reçu de date fixe concernant la mise en place de ces nouveaux pouvoirs.
« Pour l’instant, ce n’est pas clair pour moi c’est quoi l’échéancier, avance-t-il en entrevue. J’aimerais que le décret soit adopté plus tôt que tard, car ça a un impact sur la possibilité de travailler dans un secteur très important. »
Depuis juin, le commissariat a des pouvoirs qui lui offrent la possibilité de conclure des ententes ou d’émettre des ordonnances à des instances fédérales. Raymond Théberge indique que son bureau sera pleinement en mesure d’agir avec ces nouveaux outils au cours de l’année 2024.
« Comme commissariat, on va s’occuper de ce que l’on peut faire. Mais pour certains éléments, il appartient au gouvernement de développer des réglements », rappelle-t-il.
Le ministre aux Langues officielles Randy Boissonnault a indiqué que les consultations concernant les règlements commenceront au mois d’avril, mais admet que le processus devrait aller plus vite.
« Avoir un échéancier de deux à trois ans semble un peu long. Je travaille de mon côté et la ministre Anand travaille de son côté, et on va revenir avec des précisions sous peu », a-t-il précisé vendredi dernier, lors d’une conférence de presse.
Raymond Théberge pointe aussi une autre section qui était dans le projet de loi C-13, la Loi sur l’usage du français dans les entreprises privées de compétences fédérales, qui donne de nouveaux droits pour travailler en français hors du Québec.
« Présentement, je n’entends pas de discussion autour de cette partie de la Loi. Ce n’est pas clair pour moi où on en est rendu en termes de la mise en œuvre », explique l’ancien recteur de l’Université de Moncton.
Le ministre Randy Boissonnault. En entrevue en septembre, il précisait ne pas vouloir se donner un échéancier concernant la mise en oeuvre complète de la Loi sur les langues officielles. Crédit image : Stéphane Bédard.
Ce dernier a même indiqué en comité parlementaire, jeudi, qu’il ne sait pas quel ministre au sein du gouvernement Trudeau, entre Randy Boissonnault (Langues officielles) et Anita Anand (Conseil du Trésor), est responsable de l’adoption des décrets.
« Ça fait la démonstration que la Loi sur les langues officielles est un tape-à-l’œil. Il y a un manque de volonté et d’intention du gouvernement », a réagi à ce fait le député conservateur Joël Godin.
« Le problème est qu’on ne sait même pas à qui on doit adresser le blâme. C’est la plus grande aberration. Est-ce le ministre du Patrimoine, des Langues officielles, du Conseil du Trésor, de la Justice, de l’Immigration? », s’interroge-t-il.
« C’est un peu comme on voit régulièrement chez les libéraux : que de belles intention,s mais quand c’est le temps de bouger, il n’y a pas de volonté politique », déplore, de son côté, le bloquiste Mario Beaulieu.
« Si le commissaire veut venir me voir pour qu’on puisse lui donner un diagramme de Venne pour lui expliquer qui est responsable de quoi, je serais très content de le faire », a réagi Randy Boissonnault lorsque questionné à ce sujet.
En octobre, la présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand, avait révélé que la section VII (7) de la LLO, qui porte sur les engagements du fédéral envers les minorités linguistiques, serait complètement mise en vigueur en 2026.
En conférence de presse, jeudi dernier, elle affirmait : « Il y a le cadre et ça, c’est aussitôt que possible, peut-être dans le prochain mois, et ensuite la réglementation. Cela n’est pas dans les prochains mois, mais peut-être cette année ou l’année prochaine ».
La présidente du Conseil du Trésor. Crédit image : Stéphane Bédard
L’automne dernier, elle expliquait devant un comité sénatorial que le développement d’un cadre pour cette portion de la Loi prendrait de six à neuf mois et que la réglementation surviendrait en 2025 ou 2026.
« Ça fait quasiment six mois qu’on parle d’une période de trois ans, alors je pense qu’il y a un travail qui a déjà débuté de la part du gouvernement. Reste à savoir si ça va être un processus plus rapide. Tant que ce règlement n’est pas adopté et en vigueur, ça limite la mise en œuvre de la loi », estime Raymond Théberge.
OTTAWA – Les Rendez-vous de la francophonie (RVF) ont officiellement été lancés vendredi dernier à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins (LNSGD) d’Ottawa. L’événement, chapeauté par la Fondation dialogue, prévoit de nombreuses activités pour souligner le Mois de la Francophonie partout au pays, pendant tout le mois de mars.
Plusieurs personnalités de la francophonie ontarienne étaient réunies pour assister à un cocktail dînatoire, suivi du premier arrêt de la tournée Juste pour rire des RVF, qui réunit des humoristes provenant de différentes provinces. Les porte-paroles Micheline Marchildon et LeFLOFRANCO étaient aussi sur place. ONFR les a rencontrés.
Pour LeFLOFRANCO, le rôle de porte-parole est une suite logique à une année 2023 qui marquait clairement une ascension dans sa carrière. L’artiste ottavien s’efforce de démontrer de la gratitude aussi souvent que nécessaire. Il n’était donc pas étonnant de l’entendre raconter sa réaction lorsqu’il a appris que la Fondation dialogue l’avait choisi. « Surpris, honoré. C’était un beau moment. J’ai su ça pendant que j’étais à Québec, en train de faire mon plus grand spectacle en carrière. (…) C’était très excitant. »
LeFLOFRANCO performera d’un océan à l’autre pendant le mois de mars. La tournée des RVF lui permettra de visiter des coins de pays pour la toute première fois, comme la Saskatchewan, l’Île-du-Prince-Édouard et le Nunavut. Le rappeur est enthousiaste à l’idée de « propager mon amour pour la musique, la langue française, et d’aller voir nos francophones dans d’autres provinces et territoires et de connecter avec eux ». Il souligne aussi que son public compte des anglophones et francophiles, un atout pour les RVF qui veulent célébrer la francophonie avec tous les Canadiens.
Les porte-paroles des RVF 2024, Micheline Marchildon et LeFLOFRANCO. Crédit image : Rachel Crustin
Pour sa part, Micheline Marchildon s’est elle-même proposée à l’équipe de la Fondation dialogue. Après avoir participé à une activité des RVF l’an dernier, elle a demandé s’ils cherchaient une porte-parole pour 2024. « Ils me sont revenus à l’automne. Finalement, mon pedigree était assez bon. Avec mon spectacle Frencher hors Québec, ça fait des années que je représente » la francophonie canadienne, assure l’humoriste.
À côté d’elle, son homologue franco-ontarien la félicite d’avoir osé demander. « C’est comme ça que j’ai eu tout ce que j’ai dans la vie », répond Micheline Marchildon.
Même si elle a démarré une soirée d’humour franco-manitobaine, les occasions de faire de l’humour en français sont moins grandes dans cette province que dans une métropole comme Montréal. Micheline Marchildon a hâte de côtoyer des humoristes chevronnés, lors de la tournée Juste pour rire des RVF, afin d’en apprendre de ses pairs.
Celle qui a vécu trois ans à Montréal et 10 ans à Toronto confirme tout de même que davantage d’occasions professionnelles se présentent à elle dans sa province d’origine.
« On est une belle île de francophonie dans un océan anglophone. On a tellement de belles ressources, au niveau de la culture, et même au niveau économique. Notre communauté met en place des opportunités pour que quelqu’un comme moi puisse vivre de son art », affirme celle qui est aussi comédienne et animatrice.
La famille reçoit
Le cocktail d’ouverture des RVF avait un peu l’allure d’un rassemblement familial où étaient conviés quelques amis. On y retrouvait des personnalités de la francophonie ontarienne, comme le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, et son directeur général, Peter Hominuk, le vice-président de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO), Bobby Bourdeau, la députée fédérale d’Orléans, Marie-France Lalonde, ainsi que plusieurs autres politiciens, sénateurs, ambassadeurs ou représentants des conseils scolaires.
Certains d’entre eux se sont d’ailleurs aussi retrouvés au gala des Prix Bernard Grandmaître, le lendemain, ce qui accentuait cette impression familiale. Le dramaturge Jean Marc Dalpé a donné quelques heures de son temps pour servir les convives au bar de LNSGD, vendredi soir.
Alexandre Bisaillon pendant son numéro de la Tournée Juste pour rire des RVF. Crédit image : Rachel Crustin
La soirée s’est poursuivie avec le premier arrêt de la Tournée Juste pour rire des RVF, qui mènera Micheline Marchildon à animer une autre demi-douzaine de soirées d’humour avec différents humoristes, au cours du mois. Entouré des plus connus – Coco Belliveau, Richardson Zéphir et Mona de Grenoble – l’humoriste franco-ottavien Alexandre Bisaillon a fait très bonne figure. Nul doute que le gagnant de l’émission Le prochain stand-up de Noovo en 2021 continuera sur sa lancée des dernières années et rejoindra les rangs de ces artistes dont on se targue de rappeler les origines franco-ontariennes.
D’autres façons de célébrer
Les RVF, qui se déroulent cette année sous le thème Découvrir aux éclats, chapeautent un nombre important d’activités organisées pour le mois de la Francophonie. Un calendrier interactif sur le site des RVF permet de chercher des événements selon la province, la date, la gratuité ou le style d’activités.
La Lanterne Kipnes illuminée de l’oeuvre Éloge au chiacdisco de Mathieu Dionne. Crédit image : Catherine Wilkie
D’autres initiatives, sans lien avec la Fondation dialogue, célèbrent le fait français en mars. Le Centre national des arts (CNA) a illuminé sa fameuse Lanterne Kipnes de l’œuvre de Mathieu Dionne. Intitulée Éloge au chiac disco, l’animation est une adaptation de l’affiche créée en 2022, lorsque Lisa Leblanc s’était retrouvée sur la courte liste du prix Polaris. L’Acadienne donnera d’ailleurs un concert avec l’Orchestre du CNA, le 15 mars.
Le Gala de la francophonie plurielle aura lieu le 15 mars au Centre de conférences et d’événements d’Ottawa. Le prix Champlain de l’Association Champlain Fondateur y sera remis pendant la soirée.
Les historiens Marcel Martel et Joel Belliveau profitent aussi de mars pour lancer une anthologie virtuelle de 50 documents phares des francophonies canadiennes, de 1867 à aujourd’hui.
La ville de Toronto aura, quant à elle, sa semaine de la francophonie, du 18 au 24 mars.
OTTAWA – Le 24ᵉ Gala des prix Bernard Grandmaître s’est tenu ce samedi à la Maison de la francophonie, une première dans l’Ouest d’Ottawa. Sous les projecteurs de cet événement prestigieux organisé par l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO), Madeleine Meilleur s’est vu attribuer la distinction tant convoitée du Prix Bernard Grandmaître. Pour l’occasion, huit autres lauréats ont été récompensés pour leurs engagements indéfectibles au sein de la francophonie ontarienne dans différentes catégories, dont celle du Laurier jeunesse, tout récemment renommé Laurier Gisèle-Lalonde.
« J’accepte ce prix au nom de tous les Franco-Ontariens », a déclaré Mme Meilleur au micro d’ONFR après avoir récupéré son trophée samedi soir.
« Ce sont les Franco-Ontariens qui m’ont toujours appuyée, qui ont toujours été là pour moi, qui m’ont donné le pouvoir et la force de frappe lorsque j’étais au gouvernement de l’Ontario comme ministre des Affaires francophones. J’ai pu faire avancer de grands dossiers, avec leur appui, grâce à eux et pour eux. »
Aujourd’hui directrice générale du Muséoparc Vanier, Madeleine Meilleur est une figure éminemment reconnue de la francophonie en Ontario. Née et ayant grandi dans les Laurentides, au Québec, elle a occupé divers postes tels qu’infirmière, procureure générale, conseillère municipale de la Cité de Vanier, députée, ministre de la Culture et ministre déléguée aux Affaires francophones sous le gouvernement de Dalton McGuinty, puis de Kathleen Wynne.
À 75 ans, Madeleine Meilleur possède une liste impressionnante d’accomplissements. En 1991, elle est élue au conseil municipal de Vanier et, en 1997, elle s’engage dans le mouvement SOS Montfort. Proche de Gisèle Lalonde, Mme Meilleur était aux premières loges de cet événement majeur pour la communauté.
En 2003, elle se lance dans la politique provinciale et est élue députée pour la circonscription d’Ottawa-Vanier. Elle sera successivement ministre de la Culture et ministre déléguée aux Affaires francophones (2003-2006), ministre des Services sociaux et communautaires (2006-2011), ministre de la Sécurité publique et des Services correctionnels (2011-2014), puis procureure générale jusqu’en 2016.
Madeleine Meilleur remporte le prix Bernard Grandmaître. Crédit image : Rachel Crustin
Madeleine Meilleur est une figure emblématique de la politique ontarienne, notamment pour ses réalisations telles que la création du Commissariat aux services en français de l’Ontario et la mise en place du Comité consultatif provincial sur les Affaires Francophones.
C’est aussi elle qui a permis l’accroissement du nombre de régions et d’établissements désignés sous l’offre de services en français. Elle a également joué un rôle crucial dans l’instauration du règlement sur la désignation d’organismes offrant des services publics en vertu de la Loi sur les services en français.
Par ailleurs, Madeleine Meilleur a été une force motrice derrière l’obtention de l’autonomie pour la chaîne de télévision franco-ontarienne TFO, et elle a été à l’origine de la désignation du 25 septembre en tant que Jour des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens.
Animé par Sébastien Pierroz, producteur de la franchise ONFR, l’événement a réuni pas moins de 200 personnes à la Maison de la francophonie. De nombreux leaders ottaviens et quelques personnalités politiques et artistiques se sont déplacés pour l’occasion.
Parmi eux, Marie-France Lalonde, députée fédérale d’Orléans, Marilissa Gosselin, directrice des Affaires francophones à Queen’s Park, Chandra Pasma, députée provinciale d’Ottawa-Ouest-Nepean et Theresa Kavanagh, conseillère municipale du quartier Baie.
La présence exceptionnelle de la lieutenante-gouverneure Edith Dumont
Si la présence de nombreux dignitaires est une routine au Gala des prix Bernard Grandmaître, la venue de la lieutenante-gouverneure n’est pas passée inaperçue. C’est la première fois qu’une figure d’un tel prestige assiste au gala. La lieutenante-gouverneure avait gagné le prix Bernard Grandmaître en 2020, lorsqu’elle était directrice de l’éducation pour le compte du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO).
La lieutenante-gouverneure Edith Dumont a livré un discours lors du gala des prix Bernard Grandmaître. Crédit image : Rachel Crustin
Au total, 27 finalistes ont été sélectionnés pour recevoir l’un des neuf prix décernés lors de la soirée.
Le premier prix, Allié de l’année, a été décerné à Peter Noel, un jeune francophile de Terre-Neuve-et-Labrador, actuellement étudiant à l’Université d’Ottawa. Il est engagé dans la recherche et l’innovation, la citoyenneté mondiale, le bilinguisme et l’engagement communautaire.
Le prix Organisme de l’année a été attribué au Centre de services communautaires de Vanier (CSC Vanier), qui s’efforce de venir en aide aux nouveaux arrivants et francophones de Vanier. C’est la directrice générale, Andrée-Anne Martel, qui est venue récupérer le trophée de l’organisme et qui a livré un discours émouvant sur les dures réalités des communautés dans le besoin, qui bénéficient des services du CSC Vanier.
Le prix Jeune leader de l’année a été offert à Joane Assad, fondatrice de l’association Femmes ambitieuses motivées (FAM), proposant des services aux jeunes femmes francophones et aux mères monoparentales de la région.
Michelle Hurtubise est la récipiendaire du prix Intervenante en santé. Elle est la directrice générale du Centre de santé communautaire centre-ville à Ottawa et, avec 30 ans d’expérience dans les services sociaux et communautaires, elle est une figure importante dans la défense des intérêts des personnes LGBTQ+, des francophones, des immigrants et des nouveaux arrivants, mais aussi des personnes sans abri ou à risque d’itinérance.
Michelle Hurtubise a remporté le prix Intervenante en santé. Crédit image : Rachel Crustin
Enfin, le prix Intervenant en éducation a été attribué à Robert Filion pour son engagement de qualité dans le domaine de l’éducation et de la musique. Au cours de ses 20 années de carrière, Robert Filion s’est distingué en enseignant le chant choral à de nombreux ensembles. Durant le gala, l’enseignant s’est donné pour mission de faire chanter les centaines de personnes présentes dans la salle. En quelques minutes, les dignitaires et invités ont chanté en choeur Le bon roi Dagobert.
Pour le prix Nouvelle arrivante de l’année, c’est la musicienne originaire d’Haïti, Samora Julmisse, qui a récolté les honneurs. Elle s’est dite « reconnaissante » suite à la remise de ce prestigieux prix.
La jeune artiste souhaite continuer à partager sa musique avec la communauté francophone.
Pour finir la soirée en beauté, Jean-Gardy Dumoulin a reçu le prix Claudette-Boyer, citoyen de l’année.
M. Dumoulin est le directeur de l’école secondaire publique l’Alternative au Conseil des écoles de l’Est de l’Ontario (CEPEO) depuis plus de 17 ans.
Justine Perreault est une jeune franco-ontarienne de 17 ans, elle a livré un discours sur la place dans la jeunesse dans la francophonie. Crédit image : Rachel Crustin
Enfin, Justine Perreault a reçu le Laurier Gisèle-Lalonde, anciennement Laurier Jeunesse. La jeune leader est élève à l’école secondaire catholique Garneau et impliquée à la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO). Elle est également co-animatrice pour Le Réveil.
Au micro d’ONFR, le jeune femme a partagé ses espoirs pour la francophonie, indiquant : « Je vois un avenir francophone où on accepte beaucoup plus la différence, la diversité et l’inclusion et où l’on accepte tous les accents. »
TORONTO – Ça ne fait que deux ans que la ballerine Emma Ouellet a rejoint le corps de ballet du Ballet national du Canada. En si peu de temps, cette jeune danseuse a réalisé des prouesses impressionnantes. Ayant grandi en regardant les productions de la compagnie, la Franco-Ontarienne voit aujourd’hui ses rêves se concrétiser alors qu’elle se retrouve sur scène, aux côtés des mêmes personnes qu’elle a toujours admirées.
Vous êtes née à London en Ontario. Parlez-nous un peu de vos origines. Quel est votre rapport avec la francophonie?
Mon père est un Acadien né à Bathurst, au Nouveau-Brunswick. Quand mes parents se sont rencontrés, ils ont déménagé à London. Quand j’étais petite, ma mère me parlait seulement en anglais et mon père me parlait principalement en français.
C’est un aspect de notre famille qui reste toujours très important. Je souhaite rester bilingue pour le reste de ma vie, mais je dois travailler plus fort pour continuer de l’être, surtout maintenant que je ne suis plus à la maison.
Vous dansez depuis que vous avez trois ans. Qu’est-ce qui vous a poussée vers le ballet?
Ça s’est passé de façon naturelle et assez rapide. Ma mère m’avait inscrite dans des cours de danse à l’âge de trois ans parce que j’étais une girly girl qui aimait les costumes. Mais ça n’a pas été long avant que je tombe en amour avec la danse.
Je ne crois pas avoir envisagé de faire quelque chose d’autre. Ça a toujours été ma décision de rester. Je n’ai jamais senti la pression de mes parents.
Même si ça reste une discipline difficile, je veux faire ça pour le reste de ma vie. Maintenant que j’y réfléchis, c’est vraiment difficile de penser à un monde dans lequel la danse et le ballet n’existeraient pas pour moi.
Au-delà de sa beauté, le ballet est incroyablement exigeant mentalement et physiquement. Comment gérez-vous la pression de la performance qui accompagne souvent cette carrière?
Ça m’a pris beaucoup d’années pour comprendre quoi faire pour gérer le stress de la performance et savoir ce qui fonctionne pour moi. Je pense que la maturité et l’expérience aident beaucoup, mais c’est sûr que je rencontre encore des danseurs aujourd’hui qui ont des difficultés à gérer leur stress.
C’est une forme d’art qui te pousse à atteindre la perfection, mais il faut trouver un équilibre entre la perfection et le respect de soi-même. Je pense que nous devons reconnaître autant le chemin que la performance. Quand j’ai découvert cette façon de voir les choses, c’était un moment lumineux pour moi. En faisant partie d’une compagnie qui réalise tellement de productions, tu apprends très vite que certaines performances vont mieux aller que d’autres. Quand j’ai réalisé que la perfection n’existait pas, je me suis enfin libérée de ce poids.
Emma Ouellet pendant un entrainement au Ballet national du Canada. Gracieuseté
À quoi ressemble une journée typique pour vous?
Nous commençons la journée par une rencontre avec toute la compagnie chaque jour, à 9 h 30. C’est vraiment important pour que je puisse me préparer aux répétitions. C’est un moment pour travailler sur les choses que j’essaie d’améliorer. Après ça, nous avons six heures de répétitions. Cela peut varier en fonction de la période mais, en général, nous dédions les matinées et les après-midis aux répétitions, surtout quand la nouvelle saison approche. Durant la période des spectacles, nous commençons nos journées un peu plus tard avec deux ou trois heures de répétitions qui s’enchaînent après le déjeuner et le souper.
Nos spectacles commencent généralement à 19 h et nous terminons vers 22 h ou 23 h. La période des spectacles, c’est mon temps préféré de l’année. Il y a une magie dans l’air après les spectacles. La joie est palpable parmi nous. C’est ce qui me rend la plus heureuse en tant que danseuse.
Vers qui vous tournez-vous lors de vos moments difficiles et de vos moments de succès?
C’est ma famille qui est mon roc, mon plus grand soutien, surtout ma mère. Nous avons une relation tellement spéciale. Elle a été là pour moi depuis le début et, comme le ballet est une grande partie de ma vie, je pense qu’elle a voulu elle aussi faire partie de cela. Je me sens tellement chanceuse d’avoir quelqu’un d’aussi dévouée qu’elle.
J’ai aussi un très bon groupe d’amis dans la compagnie de danse. C’est tellement facile de se confier à eux parce que nous vivons essentiellement la même vie.
Quelles ont été vos inspirations tout au long de votre parcours en tant que danseuse?
Comme j’ai grandi à London, c’était très facile pour moi de me rendre à Toronto pour voir les spectacles, donc ça fait longtemps que je regarde les ballets du Ballet national du Canada. Je pense qu’en général, cette compagnie a toujours été une source d’inspiration pour moi.
Il y avait certaines danseuses de l’époque qui m’inspiraient beaucoup, comme Heather Ogden et Greta Hodgkinson. Ces deux femmes étaient juste incroyables. Quand je les regardais danser, je me disais ‘OK, je veux devenir comme elles un jour’. Et c’est fou car, aujourd’hui, je me retrouve de l’autre côté du rideau, avec ces femmes. D’ailleurs, Greta Hodgkinson est aujourd’hui ma mentore. C’est un honneur d’être en sa présence chaque jour.
On sait évidemment que ce genre de danse vous apprend la discipline et la rigueur. Qu’est-ce que le ballet vous apporte d’autre dans votre vie de tous les jours?
Ça m’a appris la résilience. Ça m’a aidé à surmonter des défis qui m’ont permis d’être une meilleure personne et une meilleure danseuse. Ça m’a permis de devenir une personne plus confiante, avec plus d’assurance. Ça m’a aussi appris l’importance de la passion. J’ai pris conscience de ce qui fait vibrer mon cœur et je veux faire ce qui me procure de la joie.
Je veux tout faire passionnément, que ce soit lorsque je danse, lorsque je suis entre amis ou lorsque je voyage.
Il est très facile de se laisser submerger par la négativité. Je crois que le ballet, contrairement à ce que beaucoup pensent, permet de découvrir la beauté au cœur de l’adversité.
Quelles sont, à votre avis, les idées préconçues sur la danse classique et les danseurs de ballet?
Il y a cette idée que nous sommes des personnes fragiles et très minces.
C’est vrai qu’historiquement, il y avait une esthétique corporelle idéale dans le ballet, mais ça a beaucoup évolué. Aujourd’hui, les compagnies veulent des danseurs forts qui sont fiers de leur corps. Cette esthétique du passé, ce n’est plus vraiment actuel. Je suis très fière de faire partie d’une forme d’art qui a su évoluer pour devenir plus inclusive. Nous sommes des artistes, mais nous sommes aussi des athlètes. Donc, quand quelqu’un me dit : ‘Tu dois être vraiment mince pour faire ce genre de danse’, je lui réponds : ‘Non, en fait. Tu as juste besoin d’être fort.‘ Et on travaille pour être fort, tous les danseurs font plusieurs formes d’entraînement-croisé pour qu’on puisse accomplir plus en tant que danseur.
Une autre chose que je constate, c’est que les gens nous voient comme des personnes qui ne sont pas heureuses. C’est vrai que le ballet est difficile, mais nous le faisons parce que nous sommes amoureux de cette forme d’art.
Emma Ouellet pratique le ballet depuis l’âge de trois ans. Gracieuseté du Ballet national du Canada
La saison dernière, vous avez fait partie de la première mondiale d’Emma Bovary aux côtés de la chorégraphe Helen Pickett. Comment s’est déroulée cette expérience?
C’était vraiment une belle expérience. J’adore travailler sur de nouvelles créations. C’était la première fois que je travaillais avec Helen Pickett. Elle a un style de mouvement tellement unique et, comme l’œuvre est ancrée dans l’histoire et la dramaturgie, j’ai pu voir comment on peut développer un personnage. Même les plus petits mouvements peuvent dire tellement dans une histoire de ballet.
La nouvelle saison débute le 6 mars avec Alice au pays des merveilles. Vous allez y jouer plusieurs rôles. Comment vous sentez-vous?
J’ai super hâte. La musique est iconique, la chorégraphie est tellement gratifiante et les costumes sont tellement amusants! Je joue le rôle du loir, un rôle théâtral pour moi. C’est un personnage mignon et drôle, donc j’ai hâte de le faire vivre sur scène. Je joue aussi le rôle de la fleur et de la carte, qui sont des rôles de corps de ballet.
Comme nouvelle membre du corps de ballet, ces rôles signifient beaucoup pour moi, car ils font partie d’une histoire que je regarde depuis que je suis toute petite. C’est très rassurant pour moi. Ça me dit que j’ai réussi quelque part. Dans le corps de ballet, tu as tendance à attendre ton tour et tes rôles sont plus petits, mais le chorégraphe Christopher Wheeldon a un don pour donner de l’importance à tous les rôles, peu importe ton rang dans la compagnie.
Emma Ouellet. Gracieuseté Ballet national du Canada
Vous n’avez que 21 ans. Comment voyez-vous votre évolution au sein du corps de ballet?
J’essaie juste de faire de mon mieux pour pouvoir éventuellement prouver que je peux aller plus loin que le corps. Ce sont de gros rêves. Je ne cherche pas particulièrement le gros titre de première danseuse, mais plutôt la chance de pouvoir danser des rôles ayant plus d’impact.
Quel est le meilleur conseil que l’on vous ait donné?
Faites-le pour vous-même.
Vous avez commencé un groupe hebdomadaire intitulé French Fridays. De quoi s’agit-il exactement?
Nous sommes à peu près six francophones dans la compagnie. Tous les vendredis, nous nous efforçons de parler seulement en français entre nous. Nous avons pris l’initiative de commencer ce groupe pour pouvoir parler en français dans un environnement majoritairement anglophone.
Ma francophonie fait partie de mon identité, donc c’est une initiative assez amusante qui me tient beaucoup à cœur. Si jamais il y a d’autres francophones qui se joignent à la compagnie, ils sont les bienvenus.
Comment espérez-vous intégrer davantage la langue française dans votre parcours de danseuse?
Déjà, de faire une entrevue comme ça, c’est super unique pour moi. J’aimerais continuer à être une représentante de la communauté francophone du ballet et des arts au Canada. Je pense que ma francophonie est une passerelle qui m’emmènera vers quelque chose de très unique.
Et maintenant pour la fameuse question : Où vous voyez-vous dans 5 ans?
Dans cinq ans, j’aimerais me retrouver encore ici, à danser, heureuse, tous les jours. J’espère pouvoir avancer dans les rangs de la compagnie et, peut-être, partager mon talent artistique. Mais avant tout, j’espère tout simplement être heureuse et continuer de danser le plus souvent possible. »
LES DATES-CLÉS D’EMMA OUELLET :
2003 : Naissance à London, en Ontario, d’un père francophone et d’une mère anglophone
2020 : Acceptée au Programme d’apprentissage RBC du Ballet national du Canada
2022 : Promue au corps de ballet du Ballet national du Canada
2022 : Récipiendaire du RBC Emerging Artist Award
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.
La violence entre partenaires intimes n’est pas une maladie infectieuse ou transmissible et, donc, ne se qualifie pas comme épidémie. C’est ce qu’affirmait le gouvernement ontarien en juin 2023, après l’enquête publique sur les meurtres d’Anastasia Kuzyk, Nathalie Warmerdam et Carol Culleton en une seule et sombre journée à Renfrew, en 2015. À la veille de la Journée mondiale de la femme (8 mars), il faut hurler au changement et exiger que le premier ministre Doug Ford reconnaisse la violence entre partenaires intimes comme une épidémie en Ontario.
« There is no risk to the public ». Il n’y a pas de risque pour le public.
Ni à Carman, dans le sud du Manitoba, où Amanda Clearwater et ses enfants, Isabella, Jayven et Bethany, et sa nièce, Myah-Lee Gratton, ont été assassinées le mois dernier dans un acte de violence familiale.
Ni à Sault Ste. Marie, où Angie Sweeney et Abigail ‘Abbie’ Rose Hannah Marie Hallaert, Alexandra ‘Ally’ June Elizabeth Hallaert, et Nathaniel ‘Nate’ John Henrik Hallaert ont été anéantis l’automne dernier dans un meurtre-suicide.
Une affiche de l’organisme Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOCFF). Source : AOCFF
« Je m’en doutais et c’est maintenant confirmé », explique la journaliste Elizabeth Renzetti sur X, anciennement Twitter. « La femme et les enfants tués au Manitoba étaient la compagne et les enfants de l’homme accusé de leur meurtre. Il s’agit d’un #féminicide. C’est ça, la violence familiale que nous ignorons ».
« Ce n’est qu’en octobre qu’un homme ayant des antécédents de violence domestique a assassiné ses enfants à Sault Ste. Marie. Comme dans ce cas, la police a déclaré qu’il n’y avait pas de risque pour le public. Mais bien sûr, il y en a un, à moins que nous ne fassions quelque chose pour lutter contre la violence familiale » termine Elizabeth Renzetti.
Et toujours, « there is no risk to the public ». Il n’y a pas de risque pour le public.
Faire partie du public
Après tout, c’est une violence ordinaire, normalisée. Car si l’on souhaitait croire que la violence entre partenaires intimes est relique d’une époque révolue, elle habite toujours le quotidien des femmes, partout au pays.
En 2018, 44 % des Canadiennes ont déclaré avoir subi une forme de violence psychologique, physique ou sexuelle de la part d’un partenaire intime au cours de leur vie. Les femmes et leurs enfants sont refusés dans des refuges au Canada près de 19 000 fois par mois. Toutes les 48 heures, une femme ou une fille est assassinée au Canada et, lorsque les informations sont connues, les hommes constituent la majorité des accusés.
Mais « there is no risk to the public ». Il n’y a pas de risque pour le public.
Il faut hurler au changement. Scream for change, comme le souhaitait le jury qui a développé les 86 recommandations dans l’après-coup des meurtres d’Anastasia Kuzyk, Nathalie Warmerdam et Carol Culleton. La première recommandation : déclarer une épidémie de violence entre partenaires intimes.
« À cet égard, la violence entre partenaires intimes (VPI) ne serait pas considérée comme une épidémie puisqu’il ne s’agit pas d’une maladie infectieuse ou transmissible », écrivait le gouvernement ontarien dans un document signé par six sous-ministres et procureurs généraux adjoints au coroner en chef de la province.
Le 8 mars est la Journée internationale des droits des femmes. Source : Canva
« Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé affirme que la violence à l’égard des femmes, en particulier la violence entre les partenaires intimes et les abus sexuels, est un problème majeur de santé publique », expliquait la conseillère municipale Angela Caputo à Sault Ste. Marie l’automne dernier.
« On veut donner une définition beaucoup plus large à ce qu’on peut entendre avec le mot épidémie », soulignait également en décembre Gaëtane Pharand, directrice générale sortante du Centre Victoria pour femmes de Sudbury.
« La violence domestique est un problème de santé publique, dont les causes et les conséquences relèvent de la santé publique et qu’il est préférable d’aborder dans le cadre d’une approche de santé publique », poursuivent les auteurs du texte.
« En refusant d’appeler la violence domestique par son nom, une épidémie, la province risque de compromettre ses propres efforts en envoyant le message qu’il n’y a pas d’urgence, qu’on peut toujours attendre un autre jour », termine le Toronto Star.
Oui. Oh, que oui.
« Peut-être que dans quelques années, termine Elizabeth Renzetti sur X, le Comité d’examen des décès dus à la violence familiale publiera un autre rapport assorti de recommandations… et le cycle se poursuivra ».
Appel au changement
Il faut rompre ce cycle. Il faut exiger que le premier ministre Doug Ford reconnaisse la violence entre partenaires intimes comme épidémie en Ontario. Car c’est tout le bien-être d’une province qui est à risque.
Angie Sweeney fait partie de ces innombrables femmes victimes de féminicides en Ontario. Source : O’Sullivan Funeral Home
Il est trop tard pour Anastasia Kuzyk, Nathalie Warmerdam et Carol Culleton à Renfew.
Trop tard pour Angie Sweeney. Abbie, Ally et Nate Hallaert à Sault Ste. Marie. Pour Carol Fournier à Sudbury. Et Jenna Ostberg à Thunder Bay. Pour tant d’autres.
Il est trop tard pour ces femmes.
Hurlons au changement. Pour toutes celles qui habitent à l’ombre de l’anonymat.
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