Hurler au changement : l’impératif de déclarer une épidémie de violence entre partenaires intimes en Ontario

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.

La violence entre partenaires intimes n’est pas une maladie infectieuse ou transmissible et, donc, ne se qualifie pas comme épidémie. C’est ce qu’affirmait le gouvernement ontarien en juin 2023, après l’enquête publique sur les meurtres d’Anastasia Kuzyk, Nathalie Warmerdam et Carol Culleton en une seule et sombre journée à Renfrew, en 2015. À la veille de la Journée mondiale de la femme (8 mars), il faut hurler au changement et exiger que le premier ministre Doug Ford reconnaisse la violence entre partenaires intimes comme une épidémie en Ontario. 

« There is no risk to the public ». Il n’y a pas de risque pour le public.

Ni à Carman, dans le sud du Manitoba, où Amanda Clearwater et ses enfants, Isabella, Jayven et Bethany, et sa nièce, Myah-Lee Gratton, ont été assassinées le mois dernier dans un acte de violence familiale.

Ni à Sault Ste. Marie, où Angie Sweeney et Abigail ‘Abbie’ Rose Hannah Marie Hallaert, Alexandra ‘Ally’ June Elizabeth Hallaert, et Nathaniel ‘Nate’ John Henrik Hallaert ont été anéantis l’automne dernier dans un meurtre-suicide.

Une affiche de l’organisme Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOCFF). Source : AOCFF

« Je m’en doutais et c’est maintenant confirmé », explique la journaliste Elizabeth Renzetti sur X, anciennement Twitter. « La femme et les enfants tués au Manitoba étaient la compagne et les enfants de l’homme accusé de leur meurtre. Il s’agit d’un #féminicide. C’est ça, la violence familiale que nous ignorons ».

« Ce n’est qu’en octobre qu’un homme ayant des antécédents de violence domestique a assassiné ses enfants à Sault Ste. Marie. Comme dans ce cas, la police a déclaré qu’il n’y avait pas de risque pour le public. Mais bien sûr, il y en a un, à moins que nous ne fassions quelque chose pour lutter contre la violence familiale » termine Elizabeth Renzetti.

Et toujours, « there is no risk to the public ». Il n’y a pas de risque pour le public.

Faire partie du public

Après tout, c’est une violence ordinaire, normalisée. Car si l’on souhaitait croire que la violence entre partenaires intimes est relique d’une époque révolue, elle habite toujours le quotidien des femmes, partout au pays. 

En 2018, 44 % des Canadiennes ont déclaré avoir subi une forme de violence psychologique, physique ou sexuelle de la part d’un partenaire intime au cours de leur vie. Les femmes et leurs enfants sont refusés dans des refuges au Canada près de 19 000 fois par mois. Toutes les 48 heures, une femme ou une fille est assassinée au Canada et, lorsque les informations sont connues, les hommes constituent la majorité des accusés.

Mais « there is no risk to the public ». Il n’y a pas de risque pour le public.

Sauf pour les femmes qui, selon cette logique, ne sont pas membres du public. Surtout les femmes autochtones, les femmes immigrantes et racisées, les femmes vivant avec un handicap, les femmes lesbiennes et bisexuelles, les femmes trans ainsi que les travailleuses du sexe.

La définition parfaite

Il faut hurler au changement. Scream for change, comme le souhaitait le jury qui a développé les 86 recommandations dans l’après-coup des meurtres d’Anastasia Kuzyk, Nathalie Warmerdam et Carol Culleton. La première recommandation : déclarer une épidémie de violence entre partenaires intimes.

Et si Sault Ste. Marie, ainsi que Sudbury, Thunder Bay, Toronto, Ottawa, Kingston, et plusieurs autres villes ontariennes, en plus du Canada, l’ont déclaré, le gouvernement de l’Ontario refuse toujours d’adopter cette terminologie.

« À cet égard, la violence entre partenaires intimes (VPI) ne serait pas considérée comme une épidémie puisqu’il ne s’agit pas d’une maladie infectieuse ou transmissible », écrivait le gouvernement ontarien dans un document signé par six sous-ministres et procureurs généraux adjoints au coroner en chef de la province.

Le 8 mars est la Journée internationale des droits des femmes. Source : Canva

« Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé affirme que la violence à l’égard des femmes, en particulier la violence entre les partenaires intimes et les abus sexuels, est un problème majeur de santé publique », expliquait la conseillère municipale Angela Caputo à Sault Ste. Marie l’automne dernier.

« On veut donner une définition beaucoup plus large à ce qu’on peut entendre avec le mot épidémie », soulignait également en décembre Gaëtane Pharand, directrice générale sortante du Centre Victoria pour femmes de Sudbury. 

Mais, comme l’affirmait le journal The Toronto Star dans un éditorial sur la question l’été dernier, « [le gouvernement ontarien] ne peut se résoudre à formuler le problème de manière appropriée, à prononcer le mot épidémie ».

« La violence domestique est un problème de santé publique, dont les causes et les conséquences relèvent de la santé publique et qu’il est préférable d’aborder dans le cadre d’une approche de santé publique », poursuivent les auteurs du texte.

« En refusant d’appeler la violence domestique par son nom, une épidémie, la province risque de compromettre ses propres efforts en envoyant le message qu’il n’y a pas d’urgence, qu’on peut toujours attendre un autre jour », termine le Toronto Star.

Oui. Oh, que oui. 

« Peut-être que dans quelques années, termine Elizabeth Renzetti sur X, le Comité d’examen des décès dus à la violence familiale publiera un autre rapport assorti de recommandations… et le cycle se poursuivra ».

Appel au changement

Il faut rompre ce cycle. Il faut exiger que le premier ministre Doug Ford reconnaisse la violence entre partenaires intimes comme épidémie en Ontario. Car c’est tout le bien-être d’une province qui est à risque. 

Angie Sweeney fait partie de ces innombrables femmes victimes de féminicides en Ontario. Source : O’Sullivan Funeral Home

Il est trop tard pour Anastasia Kuzyk, Nathalie Warmerdam et Carol Culleton à Renfew.

Trop tard pour Angie Sweeney. Abbie, Ally et Nate Hallaert à Sault Ste. Marie. Pour Carol Fournier à Sudbury. Et Jenna Ostberg à Thunder Bay. Pour tant d’autres.

Il est trop tard pour ces femmes.

Hurlons au changement. Pour toutes celles qui habitent à l’ombre de l’anonymat.

Le Salon du livre de Toronto, manifestation du fait français en Ontario

TORONTO – Le Salon du livre de Toronto (SLT) se poursuit jusqu’à dimanche dans les locaux de l’Université de l’Ontario français (UOF). Lors de l’ouverture jeudi soir, le prix littéraire Alain-Thomas a été décerné à Jean Mohsen Fahmy pour son roman historique Par-delà les frontières. L’événement se déroule cette année sous le thème Ontario, je t’aime… en français.

C’est donc une déclaration d’amour que lance le SLT avec ce thème librement inspiré du titre d’un roman de Didier Leclair. Toronto, je t’aime a justement été réédité en 2023. Le clin d’œil fait sourire le président du conseil d’administration (C. A.), Valéry Vlad. En entrevue avec ONFR, il résume son sentiment par rapport à cette 31e édition.

On dirait que les planètes se sont alignées, cette année
— Valéry Vlad

Didier Leclair avait gagné le prix Christine-Dumitriu-van-Saanen pour un autre roman, Pour l’amour de Dimitri, en 2016. Jean Fahmy a été le dernier lauréat du prix (en 2019, pour La sultane dévoilée) avant qu’il ne soit renommé prix Alain-Thomas, en 2021. C’est aussi lui a reçu les honneurs cette année, cette fois pour Par-delà les frontières. Ce roman historique raconte l’histoire d’amour entre un Canadien français et une immigrante italienne, sur fond de montée du fascisme et d’éclatement de la Deuxième Guerre mondiale.

Le roman Par-delà les frontières vaut à Jean Fahmy un Prix littéraire Alain-Thomas. Source : Éditions David

L’auteur ottavien Jean Fahmy était absent de la cérémonie, mais présent lors des autres journées du SLT. Les autres romans en nomination étaient Jaz, de Michèle Vinet, et L’odeur de l’oubli, de Roger Levac.

Écrire l’Histoire

Le choix de Dyane Adam comme présidente d’honneur est un clin d’œil aux gains des dernières années. Sur son impressionnante feuille de route, on retrouve entre autres les titres de Présidente fondatrice et gouverneure émérite du Conseil de gouvernance de l’Université de l’Ontario français (UOF) et d’ancienne commissaire aux langues officielles du Canada.

C’est Dyane Adam qui avait organisé, il y a quelques années, une manifestation dans le cadre du SLT afin de pousser le projet d’université francophone en Ontario. « On avait organisé un déplacement de tous les visiteurs du salon devant la permanence du premier ministre Ford », se souvient Valéry Vlad.

De gauche à droite : Valéry Vlad, président du Salon, Gabriel Osson, président du comité du jury 2024 et Yves Turbide, directeur général de l’AAOF, lors de la remise du Prix Alain-Thomas. Source : Salon du livre de Toronto

Aujourd’hui, le SLT se déroule dans les locaux de cette institution qui n’était qu’un rêve éloigné au moment de la manifestation. Le président du C. A. ne tarit pas d’éloges envers celle qui détient de nombreux titres honorifiques, dont l’Ordre du Canada, l’Ordre de l’Ontario et l’Ordre des francophones d’Amérique.

« Elle est un symbole du fait français ici, à Toronto. »

Pas plus, mais mieux

Le SLT a lieu une semaine exactement après le Salon du livre de l’Outaouais, qui fait aussi une grande place à la littérature franco-ontarienne. Plus modeste que son homologue de la région de la capitale, le SLT souhaite accueillir un millier de lecteurs adultes en plus des visiteurs scolaires.

Si l’événement n’est pas, en soi, plus gros que l’an dernier, il semble faire sa marque de plus en plus dans la ville reine.

« C’est vrai qu’on a fait un effort dans la communication », exprime Valéry Vlad. Il croit aussi que la visite de la première lieutenante-gouverneure francophone de l’Ontario, Edith Dumont, et la présidence d’honneur de Dyane Adam contribuent à donner un poids politique à l’événement.

Les auteurs Didier Leclair et Tamar Papiashvili lors du Salon du livre de Toronto 2024. Source : Salon du livre de Toronto

Le SLT a aussi conclu un nouveau partenariat avec le gouvernement du Québec, afin de faciliter les échanges entre les auteurs franco-ontariens et ceux de la belle province. Et les organisateurs ont réalisé un vieux rêve avec la venue de deux poètes louisianais, Zachary Richard et Barry Jean Ancelet.

Toujours selon Valéry Vlad, le SLT doit composer avec une situation économique moins favorable que par le passé, argumentant que le rapport budgétaire équivaut aujourd’hui à cinq fois moins qu’il y a vingt ans. À la fois militant et terre-à-terre, il résume l’objectif de l’équipe : « Essayer de garder le salon et Toronto sur la carte culturelle de la francophonie canadienne. »

Les visites scolaires sont aussi un outil de francisation important dans la Ville Reine. « Il ne faut pas se le cacher. La vente de livre a diminué (…) mais, ce qui nous tient, c’est la passion des jeunes pour le livre en français. On a de jeunes bénévoles qui ont rencontré le livre en français pour la première fois en faisant des visites au Salon du livre avec leur école. Il y en a beaucoup, ce n’est pas juste un exemple. »

Les visites scolaires permettent d’intéresser les jeunes à la lecture en français. Source : Salon du livre de Toronto

En plus des séances de signatures et des nombreux auteurs présents, le SLT offre une variété d’activités, allant des moments pour les jeunes familles aux discussions littéraires, en passant par une grande soirée Ontario, je t’aime… en français, où de nombreux auteurs de la province et d’ailleurs viendront clamer leur amour pour l’Ontario.

Le SLT se déroule jusqu’au 3 mars 2024 à l’UOF. L’entrée est gratuite.

Brian Mulroney : un grand défenseur de la cause Montfort

OTTAWA – En 1997, à l’apogée du mouvement S.O.S Montfort, qui suscitait l’attention des élites politiques à travers le pays, l’ancien premier ministre progressiste-conservateur Brian Mulroney avait pris position en faveur des manifestants. En s’opposant à l’un des leaders politiques de son camp à l’époque, Mike Harris, Brian Mulroney a démontré un engagement fort envers l’Hôpital Montfort et la communauté franco-ontarienne. Son soutien reste particulièrement marquant pour les acteurs de S.O.S Montfort.

D’après Ronald Caza, l’avocat qui a piloté le dossier juridique pour la sauvegarde de l’Hôpital Montfort : « Le soutien de l’ancien premier ministre, M. Mulroney, était crucial, surtout venant d’une figure respectée et ayant grandement contribué au Canada. »

« Sans équivoque, il appuyait l’Hôpital Montfort. Il a joué un rôle très important pour s’assurer que nous avions la crédibilité pour l’hôpital et auprès du public afin de mener ce combat. »

Brian Mulroney était très impliqué dans ce dossier, se souvient également Gérald Savoie, chef de la direction de l’Hôpital Montfort durant les évènements.

« Je sais de source sûre que M. Mulroney est intervenu auprès de Mike Harris pour lui expliquer combien Montfort était important. »

À l’époque, l’ancien politicien se serait entretenu avec plusieurs premiers ministres au pays, dont Ralph Klein en Alberta, « il était allé chercher des contacts pour que d’autres aillent dissuader M. Harris ».

Dans un article du Droit, datant de la période Montfort, il était possible de lire que « l’ancien premier ministre conservateur a indiqué qu’il fera tout en son pouvoir pour empêcher la fermeture du seul centre hospitalier de langue française en Ontario ».

Source : ACFO Ottawa

Gérald Savoie sait que l’ancien premier ministre agissait dans les coulisses pour changer le cours de l’histoire. « Il a eu une influence majeure sur la décision du gouvernement », estime-t-il. Et ajoute : « Ceux qui voulaient que Montfort cède, disaient que notre dossier était simplement régional. Finalement, les interventions ont montré que l’appui était non seulement régional, provincial, national et même international. M. Mulroney faisait partie de ces grands chefs d’État qui avaient des connexions à travers le monde et qui, de ce fait, ont certainement appuyé la Francophonie. »

L’Hôpital Montfort : une cause de principe pour Brian Mulroney

À plusieurs reprises, l’ancien premier ministre s’est présenté publiquement pour expliquer l’importance du rôle de l’Hôpital Montfort et l’importance des minorités linguistiques au Canada, se souvient M. Caza.

L’avocat Ronald Caza se souvient d’un homme de principe qui avait la cause Montfort à cœur. Crédit image : Lila Mouch

Il y a quelque temps, l’avocat de renom s’était entretenu avec M. Mulroney à propos de Montfort.

« On discutait du Carrefour santé Aline-Chrétien à Orléans. Lors du décès de Mme Chrétien, nous avions fait une campagne de fonds et contacté M. Mulroney, qui entretenait une grande estime pour Aline Chrétien. Dans ce contexte, il m’a aussi dit à quel point Montfort était toujours important pour la communauté, alors sans aucune hésitation, il a contribué. Son nom figure d’ailleurs sur les plaques dédiées aux donateurs. »

Ronald Caza se souvient d’un homme de causes. « C’était dans ses principes, c’était plus important pour lui que la partisanerie. »

La relation forte entre Brian Mulroney et Michel Gratton

« M. Mulroney était effectivement très présent dans les coulisses et il faut se rappeler que l’ancien premier ministre avait des liens forts avec Michel Gratton, qui était directeur des communications de l’hôpital à cette époque-là », indique M. Savoie.

Michel Gratton était un proche de l’ancien premier ministre pour lequel il a été son secrétaire de presse durant son mandat.

D’après le directeur général de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO), Diego Elizondo, Brian Mulroney était quelqu’un qui savait bien s’entourer et c’était le cas avec Michel Gratton.

« Il était fidèle à ses principes. Il a critiqué publiquement la décision de ses propres homologues ontariens conservateurs. »

D’après M. Elizondo, le politicien était le seul ancien premier ministre du Canada à se prononcer en faveur de la cause. « En temps de crise, les Franco-Ontariens avaient besoin de tous les alliers possibles et avoir quelqu’un comme M. Mulroney, c’était quelque chose. »

Le grand ralliement pour sauver l’hôpital, le 22 mars 1997. Crédit image : Hôpital Montfort

La communauté francophone en Ontario se souviendra certainement de l’impact qu’a eu Brian Mulroney sur l’Hôpital Montfort. Ils se souviendront peut-être aussi de son soutien à la création du premier collège francophone, La Cité.

« À l’époque, en 1989, c’était une première que le gouvernement fédéral de Mulroney finance une institution postsecondaire dans la francophonie », conclut-il.

Quand Brian Mulroney montait au front pour les minorités francophones

Nous sommes au début de l’année 1984. Brian Mulroney vient fraîchement d’arriver dans l’opposition comme chef progressiste-conservateur à Ottawa. Au même moment, au Manitoba, le gouvernement néo-démocrate propose d’accorder des droits constitutionnels aux Franco-Manitobains, ce qui provoque un tollé chez les anglophones et une crise linguistique dans la province.

L’opposition progressiste-conservatrice au Manitoba monte aux barricades et refuse même de se présenter en chambre durant deux semaines. Elle refuse de se présenter le jour du vote sur ce projet de loi, ce qui a pour effet de proroger la chambre. Le vote n’aura ainsi jamais lieu.

À Ottawa, Brian Mulroney et son parti contrastent avec leurs collèges manitobains et appuient, avec l’ensemble de la Chambre des communes, une motion en soutien à la cause des Franco-Manitobains. Brian Mulroney se met ainsi à dos les conservateurs provinciaux du Manitoba, à quelques mois des élections fédérales.

Il rentre aussi dans le rang, ses propres députés anti-bilinguisme, un mouvement social avec une certaine popularité à l’époque, et ses députés manitobains en accord avec leurs collègues provinciaux. Brian Mulroney « ne tolérera pas de dissidence parmi ses députés sur la question du français au Manitoba », selon les archives du journal La Presse.

« C’était un conservateur et progressiste qui avait une sensibilité, à la fois de la situation des Québécois comme telle, et du point de vue des minorités francophones. Il y croyait sincèrement. C’était plus que des paroles, il y avait des mesures qui suivaient », relate l’historien Serge Dupuis.

Né à Baie-Comeau, Brian Mulroney avait une certaine affinité naturelle avec les minorités francophones du pays, ayant grandi comme un anglophone du Québec, explique Serge Dupuis.

« Il avait connu la communauté acadienne. Il avait étudié à l’université Saint-Francis-Xavier en Nouvelle-Écosse. Ces grands amis, c’étaient des Doucet du Cap-Breton. Alors, ce n’était pas quelqu’un qui était étranger aux minorités francophones. La réalité de la francophonie canadienne, il la connaissait », raconte Yvon Fontaine, qui a été président de la Fédération des francophones hors Québec, de 1986 à 1988, sous le premier mandat de Brian Mulroney.

En 1988, c’est justement sous le gouvernement Mulroney qu’a lieu la première modernisation de la Loi sur les langues officielles, qui vient donner de nouveaux pouvoirs pour travailler et être servi en français au niveau fédéral, notamment dans des régions francophones du pays.

Cette législation confère aussi de nouveaux droits aux francophones dans le système judiciaire, comme d’imposer que les juges fédéraux soient en mesure de comprendre, dans les deux langues officielles, des causes, ainsi que le droit aux accusés de pouvoir subir un procès en français partout au pays.

« Il croyait en la dualité linguistique et il croyait qu’il fallait qu’il fasse quelque chose », soutient le juriste Pierre Foucher, qui précise que cela survenait à un moment où il y avait une revalorisation du français au Canada.

« Le caucus conservateur n’était pas toujours d’accord, mais il avait réussi à mettre tout le monde en ligne. Globalement, c’est positif, évalue M. Foucher. Il accordait une importance élevée aux droits linguistiques. Le seul hic que je vois est qu’il a aboli le Programme de contestation judiciaire. »

Au début de son règne, le gouvernement Mulroney fait aussi un renvoi à la Cour suprême pour forcer celle-ci à rendre inéligibles les lois du Manitoba, car elles ne sont pas traduites en français. La plus haute Cour du pays donne ainsi raison au gouvernement fédéral dans cette cause et force la province de l’Ouest à réécrire ses lois en français et à les adopter à nouveau.

« En 1985, c’est son gouvernement qui a initié ce renvoi-là et cela a permis de régler la crise linguistique au Manitoba… Cette initiative a incité d’autres provinces, comme l’Ontario, à lâcher du lousse et à adopter leurs lois dans les deux langues », explique M. Foucher.

Les francophones hors Québec ont aussi été impliqués dans l’Accord de Charlottetown en 1992. Sur la photo, l’ancien président de la FCFA Raymond Bisson en compagnie de Brian Mulroney lors des négociations. Gracieuseté FCFA.

En 1987, l’Accord du lac Meech est initié par Brian Mulroney, qui veut ainsi réconcilier le Québec et le reste du Canada unanimement autour d’un accord constitutionnel, qui échouera finalement trois ans plus tard.

« Le gouvernement fédéral voulait absolument avoir l’appui de la Fédération des francophones hors du Québec. Ils ont tout fait pour avoir notre appui et ce n’était pas gagné au départ, on était assez opposés. Il y avait beaucoup de pression, mais on a finalement décidé d’appuyer », se remémore Guy Matte, qui était président de la fédération de 1989 à 1992.

« M. Mulroney et Lucien Bouchard (alors secrétaire d’État) voulaient vraiment qu’il y ait une place importante pour les communautés francophones et acadiennes dans le paysage canadien » ajoute-t-il.

La Cité collégiale et les écoles francophones

Pour l’historien Serge Dupuis, les organismes francophones hors Québec et les institutions francophones d’aujourd’hui peuvent remercier l’ancien gouvernement Mulroney pour les nombreuses enveloppes financières dont ils bénéficient.

C’est justement via un fonds initié par le gouvernement Mulroney qu’Ottawa donne 100 millions de dollars au gouvernement de l’Ontario pour fonder La Cité en 1989. C’est aussi grâce à cet argent que l’on finance la création du Collège des Grands Lacs et du Collège Boréal, au milieu des années 1990. Serge Dupuis rappelle aussi que ce fonds de développement a aidé à la création des conseils scolaires de langue française en Ontario en 1998.

« Ce sont des institutions provinciales, les conseils et collèges communautaires, mais le fédéral était là pour pousser et encourager leur développement », développe Serge Dupuis.

Capture d’écran du journal Le Droit portant sur le financement des collèges francophones par le gouvernement Mulroney . Gracieuseté Association communautaire franco-ontarienne (ACFO-Ottawa).

« Il n’y a jamais eu autant de francophones au sein d’un gouvernement que dans le gouvernement Mulroney, car c’était avant la création du Bloc Québécois, alors il y avait des sensibilités aux francophones hors Québec. C’était vu comme une cause de justice sociale », indique-t-il.

La FCFA a d’ailleurs salué le legs politico-linguistique de ce dernier, déclarant qu’il a « élargi la place faite aux communautés francophones et acadiennes dans la politique linguistique canadienne ».

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a parlé, de son côté, de « l’impact indéniable et durable de M. Mulroney sur la francophonie, ainsi que sur le paysage politique canadien ».

Brian Mulroney avait aussi été un acteur important pour ramener le Canada au-devant de la scène francophone mondiale. C’est d’ailleurs lors du premier Sommet de la francophonie, en 1986, à Paris, qu’il fait adopter à l’unanimité une résolution qui condamne le régime raciste de l’apartheid en Afrique du Sud. Cette prise de position est d’ailleurs vue comme l’un de ses grands coups en carrière.

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé jeudi qu’il y aura des funérailles d’État pour l’ancien premier ministre canadien, qui a dirigé le pays de 1984 à 1993.

La francophonie en contes, humour, musique et cinéma

Le mois de mars débute et, avec lui, le mois de la Francophonie. C’est le temps de célébrer le fait français partout au pays, et les Franco-Ontariens ont de nombreuses idées en ce sens! Cette semaine, on lance les festivités, on expose les œuvres d’un artiste francophone à Toronto, les jeunes d’Ottawa découvrent l’heure du conte et une famille musicale vient visiter les gens d’Orléans.

Les RVF sous le thème Découvrir aux éclats

Les Rendez-vous de la francophonie (RVF) de la Fondation dialogue réunissent les communautés francophones d’un océan à l’autre, à chaque mois de mars, depuis 26 ans. Un calendrier virtuel permet de suivre et d’inscrire de nombreuses activités dans d’aussi nombreuses communautés. Mais certains événements sont récurrents, comme la Tournée Juste pour rire des RVF, qui fera son premier arrêt ce soir à Ottawa, tout de suite après le cocktail dînatoire de lancement, qui réunira des personnalités publiques et politiques francophones. Les deux porte-paroles de cette 26e édition seront présents : il s’agit du Franco-Ontarien LeFLOFRANCO et de la Franco-Manitobaine Micheline Marchildon.

Le premier offrira une performance au lancement et la deuxième fait partie du spectacle d’humour avec Coco Béliveau, Richardson Zéphir, Mona de Grenoble et le Franco-Ontarien Alex Bisaillon. LeFLOFRANCO vient d’ailleurs tout juste de lancer son nouveau vidéoclip, Énergie pt. 2, avec Chloé Doyon.

Les porte-paroles des RVF 2024 : LeFLOFRANCO et Micheline Marchildon. Source : Les Rendez-vous de la francophonie

Partout au pays, tout le mois de mars. Détails sur le site des RVF.

ONF aux RVF

Un autre organisme qui « part en tournée » pendant les Rendez-vous de la francophonie, c’est l’Office national du film (ONF), qui concocte chaque année différents programmes de projections gratuites. Les lieux de diffusion communautaires des provinces et territoires canadiens peuvent choisir la formule qui leur convient pour présenter des séries, des documentaires ou des films d’animation. Il est aussi possible de découvrir ces créations canadiennes en ligne. Une projection est, entre autres, organisée ce soir à l’Alliance française d’Ottawa.

Quelques films de l’ONF présentés pendant le Mois de la francophonie. Source : ONF

Partout au pays, tout le mois de mars. Détails sur le site de l’ONF ou sur celui des RVF.

Pour les tout-petits

Après une pause de quatre ans, c’est le retour des Contes de Luana au Centre national des arts (CNA). Dans le cadre des lundis des tout-petits, l’artiste gatinoise Julie Gunville incarne Luana et conte des histoires féériques aux enfants. L’activité se déroulera chaque lundi à 10 h à la Place Peter A. Herrndorf du CNA. En plus du conte, des activités de bricolage et des jeux sont organisées. Les lundis des tout-petits visent un public jeunesse jusqu’à 7 ans.

Julie Gunville incarne Luana depuis 10 ans. Source : CNA

Ottawa, tous les lundis jusqu’au 17 juin. Détails sur le site du CNA.

Entre le numérique et le réel

La galerie d’art Thompson Landry, qui se spécialise dans les expositions d’artistes québécois, expose, cette fois, les œuvres d’Alain Leblond à ses deux adresses du quartier historique de la Distillerie. L’artiste originaire de la capitale québécoise se spécialise dans l’art numérique, qu’il transpose ensuite sur des supports tangibles, souvent faits de plusieurs couches d’aluminium, car il est fasciné par le fait que ce matériau n’existe pas dans la nature. Ses œuvres seront en vedette aux deux emplacements de la galerie d’art Thompson Landry jusqu’au 14 avril.  

Quelques oeuvres d’Alain Leblond. Source : Galerie d’art Thompson Landry

Toronto, jusqu’au 14 avril. Détails sur le site de la galerie d’art Thompson Landry.

Un arrêt au MIFO

Il ne reste que quelques jours pour visiter une autre exposition d’art visuel, mais dans un registre totalement différent. À la galerie d’art Eugène-Racette du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), l’artiste québécois et haïtien Peddy Multidor présente La fresque de la Mémoire pour honorer les communautés afro-canadiennes et leur apport à la culture, aux sciences et à la société au pays.

Ce samedi, le MIFO prévoit aussi un spectacle du groupe de Lafontaine, Ariko, dans une ambiance presque printanière. En effet, le concert sera précédé d’un souper cabane à sucre des Fins Becs. Il n’est plus possible d’acheter des billets pour le souper, mais il reste des laissez-passer pour le spectacle, qui débutera à 19h30.

Le groupe musical Ariko est composé des soeurs Kelly, Jill et Nicole Lefaive et de leurs parents, Laura et Louis. Crédit image : Ryan Osman

Ottawa, jusqu’au 4 mars pour l’exposition de Peddy Multidor et le 2 mars pour Ariko. Détails sur le site du MIFO.

Cornwall veut accueillir un campus de l’Université d’Ottawa

CORNWALL – Ce n’est un secret pour personne, la Ville de Cornwall, dans l’Est ontarien, est particulièrement dynamique, depuis quelques mois, en matière d’offre active de services en français et de bilinguisme au sein des services municipaux. Au milieu du mois de février, la politique de bilinguisme a été révisée, offrant de nouvelles perspectives aux francophones.

En plus de remettre au goût du jour la politique de bilinguisme de Cornwall, la municipalité s’engage à accroître la présence francophone, notamment grâce à des négociations pour ouvrir une antenne de l’Université d’Ottawa qui offrirait des programmes en français.

Ce n’est pas la première fois que la Ville tente d’attirer un projet universitaire à Cornwall. En 2019, l’ancienne mairesse franco-ontarienne, Bernadette Clement, voulait regrouper les francophones et les Mohawks d’Akwesasne derrière l’Université de l’Ontario français (UOF), qui finalement avait posé ses bagages à Toronto.

« Nous avons entamé des discussions pour avoir un campus de l’Université d’Ottawa à Cornwall, avec une composante francophone importante, déclare le conseiller municipal de la Ville, Fred Ngoundjo. Ce serait une concrétisation, la cerise sur le gâteau. »

D’après M. Ngoundjo, ce sont des discussions en cours, mais elles pourraient être bientôt annoncées officiellement.

« Cela nous permettrait de renforcer le français à Cornwall au regard des nouvelles initiatives et de la révision de notre politique de bilinguisme. »

La révision de la politique n’avait pas eu lieu depuis 2008

Pour le conseiller municipal francophone, Fred Ngoundjo, réviser cette politique, qui existait depuis 2003, et tous les sujets qui touchent à la francophonie, est une priorité pour le conseil municipal. Même pour le maire unilingue anglophone Justin Towndale, il y aurait un intérêt à « fournir des services en français de manière adéquate aux résidents de la ville de Cornwall et aux visiteurs ».

L’administration de la Ville a donc établi un constat sur l’état du bilinguisme dans les services municipaux. Le rapport émanant de cette enquête détaille que parmi les 397 postes publics, 250 (soit 62,97 %) peuvent offrir des services en français. Si on prend la totalité des emplois, parmi les 925 postes, seulement 46 % d’entre eux peuvent offrir des services en français.

À la suite de ce rapport sur le bilinguisme, chapeauté par la greffière Manon Lévesque et le directeur de l’administration Mathieu Fleury, le conseil municipal a décidé d’offrir des cours de français aux employés municipaux et de revoir le modèle de services en français.

Le conseiller municipal Fred Ngoundjo. Crédit image : Ville de Cornwall

« Notre politique pour que le français soit offert aux citoyens va maintenant être mise en pratique, bien qu’elle existait déjà », rappelle le conseiller Ngoundjo.

Il serait important, selon lui, d’évaluer ces services dans l’avenir. « Dorénavant, le conseil municipal est aligné sur les besoins de la communauté », croit-il.

« Les citoyens ont aussi exprimé le besoin d’avoir des services de qualité en français. Dans mes priorités, j’ai besoin de voir plus de ces services, c’est une notion d’équité. »

Les détails de la politique de bilinguisme

Actuellement, les publications municipales visant à informer les résidents des programmes et des services de la Ville sont publiés dans les deux langues officielles, ainsi que les factures de taxes municipales, d’eau et d’égouts, et les renseignements sur les élections.

« Il y a déjà une réalité palpable, même les services auprès des citoyens et les services de première ligne sont en partie bilingues », se réjouit M. Ngoundjo.

« Il y a encore des choses à faire et, personnellement, j’aimerais que l’on travaille sur le transport en commun et l’affichage dans les deux langues. »

Si le conseil municipal est d’accord pour mettre en place une offre aux employés pour des cours en français, le rapport suggère aussi de communiquer les exigences de la politique bilingue à tous les employés, y compris l’obligation de fournir les publications sur le site Web, les communications directes et les affiches dans les deux langues officielles. Il est aussi recommandé de pourvoir les postes vacants avec du personnel bilingue.

Le document indique que, bien que la Ville de Cornwall s’efforce actuellement de s’assurer que les résidents reçoivent des services en français, « si on lui en fait la demande, elle adoptera un modèle de service où le français est activement offert, changeant la responsabilité des résidents au personnel de la Ville ».

L’administration contactera les intervenants de la communauté francophone pour discuter des résultats de cet examen et effectuera une analyse des postes désignés au sein de l’organisation, d’ici la fin de l’année. Pour l’instant, seulement 19 postes sont affichés bilingues.

Deux Franco-Ontariens lauréats des Prix d’excellence de l’Ontario pour les personnes âgées

TORONTO – Le Prix d’excellence de l’Ontario pour les personnes âgées, qui reconnait les réalisations de 20 aînés pour leurs contributions exceptionnelles, a été attribué à deux Franco-Ontariens : Pierrette Ouellette, ancienne membre du conseil d’administration de la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO), et Bob Séguin de la Résidence Saint-Louis d’Orléans et du programme À vélo sans âge.

La cérémonie s’est déroulée jeudi à Queen’s Park, dans les appartements de la lieutenante-gouverneure Edith Dumont. Cette dernière présidait l’événement en compagnie du ministre des Services aux aînés et de l’Accessibilité Raymond Cho. Ils ont remis les Prix d’excellence de l’Ontario pour les personnes âgées 2023 à 20 personnes âgées exceptionnelles.

« Il est important que nous continuions de récompenser les apports des personnes âgées à notre société, et je suis si heureuse d’avoir cette occasion de mettre en lumière le travail de 20 Ontariens et Ontariennes impressionnants, qui ont tant fait pour améliorer le cadre de vie de leurs communautés et pour les soutenir », a déclaré Edith Dumont dans un communiqué de presse.

Parmi les récipiendaires franco-ontariens, on retrouve donc Pierrette Ouellette, ancienne présidente de la FARFO régionale du Grand Nord et membre du conseil d’administration de la FARFO provinciale pendant de nombreuses années. Dans un communiqué, l’organisation a immédiatement salué son engagement dans sa communauté : « Pierrette Ouellette a consacré sa vie à l’enseignement dans le Nord de l’Ontario et s’est engagée pleinement dans sa communauté de Chapleau. »

La lauréate franco-ontarienne Pierrette Ouelette, au centre, avec la lieutenante-gouverneure Edith Dumont et le ministre des Services aux aînés et de l’Accessibilité Raymond Cho. Source : Bureau de la lieutenante-gouverneure

Au cours de son mandat de 11 ans, elle a joué un rôle actif pour assurer la restructuration et la pérennité de l’organisme pour le mieux-être et l’épanouissement des aînés et des retraités francophones de l’Ontario. Elle a également été présidente du conseil d’administration de l’organisme de services communautaires Carrefour santé Chapleau-Follyet-Sultan, et a été présidente du club de personnes âgées francophones de Chapleau Maria Chapdelaine et de la Maison Boréal Home, où elle a mené une campagne pour la création de logements abordables pour personnes âgées semi-autonomes.

« Mon amie Pierrette Ouellette incarne les valeurs de solidarité, d’altruisme et de service communautaire qui sont chères à la FARFO. Son dévouement exemplaire et sa contribution significative méritent d’être célébrés et honorés. Elle a consacré une quantité considérable de temps à aider, soutenir et encourager les aînés du Nord », s’est exprimé Jean-Rock Boutin, président de la FARFO.

Le deuxième lauréat franco-ontarien, Bob Séguin, qui n’a pas pu être présent pour la cérémonie, est originaire d’Orléans. Celui-ci a notamment été récompensé pour son engagement de plus de huit ans envers la Résidence Saint-Louis, centre de soins de longue durée, et la communauté de Village Bruyère pour laquelle il s’est grandement impliqué.

En 2016, il est devenu un participant actif du programme À vélo sans âge (AVSA), qui offre des balades à vélo pour contribuer à garder les personnes âgées actives et à maintenir des liens sociaux avec leur communauté.

« Bob formait notamment les nouveaux pilotes bénévoles, et il s’occupait également de l’entretien des nouveaux vélos, une tradition qui perdure. Il a aussi accru son rôle de bénévole au sein du Bistro Pub à Bruyère. En dépit de ses problèmes de santé, il est toujours là pour donner un coup de main, souriant à tous les résidents et encourageant les autres à rendre la pareille », explique le communiqué de presse.

Créé en 1986, le Prix d’excellence de l’Ontario pour les personnes âgées a récompensé, à ce jour, 696 personnes âgées de 65 ans et plus ayant accompli d’importantes réalisations dans leurs communautés.

L’ancien premier ministre Brian Mulroney est décédé 

Le 18e premier ministre du Canada s’est éteint ce jeudi 29 février, à l’âge de 84 ans. C’est sa fille Caroline Mulroney, l’actuelle ministre des Affaires francophones de l’Ontario, qui a partagé la nouvelle sur ses réseaux sociaux. 

 Brian Mulroney a été premier ministre au cours de deux mandats de 1984 à 1993. Son passage à la tête du pays a été notamment marqué par la négociation et la signature de l’Accord de libre-échange nord-américain, connu sous l’acronyme « ALENA », mais aussi pour son engagement fort dans le soutien de Nelson Mandela et la lutte pour mettre fin au régime d’Apartheid en Afrique du Sud.

Aujourd’hui, malgré de nombreux problèmes de santé, il était toujours actif en tant que président du conseil d’administration de Québecor. Par le passé, il a également exercé le métier d’avocat et d’homme d’affaires.

De nombreuses réactions se sont multipliées depuis l’annonce de la nouvelle sur les réseaux sociaux. 

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a affirmé dans un communiqué : « Le Canada a perdu son ultime homme d’État. (…) Face à des décisions difficiles, je me suis souvent appuyé sur lui pour obtenir des conseils, et j’ai bénéficié de son expérience et de son instinct politique. Il a été un modèle pour moi et m’a appris d’innombrables leçons sur la façon de devenir un meilleur leader. »

Par l’intermédiaire de son président, Fabien Hébert, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a tenu a lui rendre hommage en soulignant notamment son rôle dans la promotion de la langue française.

« Comme premier ministre, M. Mulroney a joué un rôle clé dans la promotion de la francophonie, tant au Canada qu’à l’international. Son gouvernement a grandement appuyé les organismes francophones de partout au pays et a procédé à la première modernisation en profondeur de la Loi sur les langues officielles. L’impact de M. Mulroney sur la francophonie, ainsi que sur le paysage politique canadien, est indéniable et durable. »

Plus de détails à venir…

Ottawa n’imposera pas de compressions de 3,3 % à Radio-Canada/CBC

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau n’imposera pas de compressions de 3,3 % à la Société Radio-Canada, comme le redoutaient les hauts dirigeants de l’institution. Les administrateurs de la société d’État avaient annoncé en décembre leur intention de supprimer 250 postes en français, soit 10 % de son effectif total, en lien avec l’exercice budgétaire du fédéral.

Le fédéral augmente même le financement public de Radio-Canada/CBC pour 2023-2024 à 1,4 milliard de dollars, alors qu’il était autour de 1,3 milliard de dollars entre 2021 et 2023, révèlent les dépenses budgétaires du gouvernement Trudeau.

« Nous avons pris la décision de ne pas couper l’argent pour CBC/Radio-Canada », a affirmé la présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand, en conférence de presse, jeudi au Parlement. Le Conseil du Trésor est l’entité qui supervise les dépenses du gouvernement fédéral.

Ottawa avait annoncé, lors de sa mise à jour économique à l’automne, vouloir trouver des économies de près de 15 milliards de dollars, notamment en imposant des compressions de 3,3 % à chaque ministère fédéral.

« Peut-être prématurément, avant les Fêtes, ils [Radio-Canada/CBC] ont annoncé des réductions, mais nous n’avions pas fini notre processus à ce moment. Maintenant, nous avons fini ce processus et nous avons déterminé que CBC/Radio-Canada fait face à beaucoup de problèmes. Nous savons que c’est difficile pour eux en ce moment et nous voulons maintenir l’accès aux nouvelles pour les Canadiens et Canadiennes », a expliqué Anita Anand.

En décembre, le radiodiffuseur annonçait des compressions budgétaires de 125 millions de dollars, dont 40 millions de dollars en programmation. Il avait aussi annoncé le retrait de 800 postes, dont 250 pour le secteur francophone. Devant les élus parlementaires en janvier, la PDG de la société d’État Catherine Tait avait répété à de multiples reprises qu’il s’agissait de « projections » qui pourraient être compensées « par une amélioration du financement du gouvernement et une amélioration des résultats des revenus publicitaires ».

Catherine Tait avait admis devant les parlementaires que d’être exempté d’un tel exercice de compressions de 3,3 % était « un scénario qui aiderait ».

Appelé à réagir, le média public a indiqué que malgré l’exemption accordée par Ottawa, ça ne sera pas suffisant, car « nous devons toujours faire face à des pressions budgétaires importantes, notamment la hausse des coûts de production, la diminution des revenus publicitaires à la télévision et la concurrence féroce des géants du numérique ».

« En attendant, nous restons déterminés à minimiser le plus possible les effets sur notre personnel ainsi que sur les émissions et les services que nous offrons aux auditoires canadiens », a déclaré Emma Iannetta, première spécialiste, Relations médias et Stratégie et Affaires publiques pour l’entreprise.

Le gouvernement Ford a demandé à Ottawa de réduire le nombre de demandeurs d’asile

OTTAWA – Ottawa a reçu de la pression de la part du gouvernement Ford, en coulisses, dans les dernières semaines et mois, pour réduire le nombre de demandeurs d’asile en Ontario. Pourtant, en public, le premier ministre ontarien Doug Ford n’a jamais dit qu’il souhaitait moins de demandeurs d’asile. Il a plutôt souhaité que le fédéral augmente son aide envers ceux-ci.

Lorsque questionné à savoir si l’Ontario lui avait communiqué qu’il trouvait qu’il y avait trop de demandeurs sur son territoire, le ministre de l’Immigration Marc Miller a répondu oui.

« Ce ne sont pas des demandes ou des doléances qu’ils ont faites de façon aussi publique que le Québec », a convenu le ministre Miller, en conférence de presse, jeudi.

Au Québec, le gouvernement caquiste a été très volubile, depuis plusieurs mois, en affirmant qu’il y a un trop grand nombre de demandeurs d’asile sur son territoire. Il s’agit de la province qui en a reçu le plus, avec un pourcentage plus important que son poids démographique. Le premier ministre François Legault avait même envoyé une lettre en janvier à Justin Trudeau, plaidant que la capacité d’accueil et d’intégration du Québec est arrivée « tout près du point de rupture ».

L’Ontario arrive deuxième, parmi les provinces, avec 63 000 demandeurs d’asile en 2023, selon les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). À la fin janvier, le ministre Marc Miller affirmait qu’il y avait autour de 7300 demandeurs d’asile qui résidaient dans des hôtels en Ontario, en attente d’un logement.

« Le gouvernement Ford en général », a répondu Marc Miller lorsque questionné sur qui, au sein du gouvernement Ford, avait fait ces revendications. Il a ajouté avoir communiqué, il y a deux jours, avec son homologue ontarien en immigration, David Piccini.

Pourtant, en public, Doug Ford n’a jamais mentionné qu’il souhaitait moins de demandeurs d’asile. Au contraire, dans les derniers mois, il a poussé Ottawa à accélérer le processus d’obtention de permis de travail pour ceux-ci. Il a aussi demandé, en compagnie de la mairesse Chow, que le fédéral améliore l’offre de logement, plaidant que 50 % des demandeurs d’asile de la province étaient à Toronto.

« Nous avons grandement besoin de financement du gouvernement fédéral », pressait-il lors d’une conférence de presse, en novembre dernier. « Je vais dans le nord d’Etobicoke, à Rexdale, et les hôtels regorgent de demandeurs d’asile qui veulent une vie meilleure. C’est tout ce qu’ils veulent ici, mais ils doivent obtenir leur permis de travail. »

Retour du visa pour les Mexicains

Marc Miller a annoncé ce matin le retour de l’imposition d’un visa pour les citoyens du Mexique, en raison d’une arrivée record de ces derniers en 2023. Il s’agit d’un pas de recul pour le Parti libéral, qui avait aboli cette mesure en 2016. Mais pour le ministre Miller, ce retour était nécessaire, car il était question de l’intégrité du système même.

Le ministre de l'Immigration Marc Miller. Crédit image: Stéphane Bédard.
Le ministre de l’Immigration Marc Miller. Crédit image : Stéphane Bédard.

Selon IRCC, en 2023, 17 % des demandeurs, toutes nationalités confondues, provenaient du Mexique. Depuis 2016, le nombre de demandes est passé de 260 à 23 995 l’an dernier.

« En Ontario, il y a l’effet de gens qui s’en viennent par Pearson, mais aussi des gens qui passent par l’aéroport Trudeau (à Montréal) et, pour une raison ou pour une autre, se dirigent vers l’Ontario. La réalité est que l’Ontario fait face à une immigration secondaire qui vient principalement du Québec », a mentionné le ministre.

« Les Mexicains font partie de ce groupe-là, a-t-il poursuivi. Donc, ces mesures vont affecter l’Ontario. Les gens viennent pour rejoindre leur famille, parce qu’ils ne parlent pas français, ne veulent pas rester, ou pour une autre raison. »

Il affirme aussi avoir senti de la pression de la part des maires des grandes villes de l’Ontario comme Patrick Brown, à Brampton, en plus d’Olivia Chow, à Toronto.

« Ils ne ciblaient pas une population en particulier, mais c’est clair que l’augmentation du volume est quelque chose qui arrive en Ontario, surtout à Toronto et les arrondissements environnants. »

Connaissez-vous votre patrimoine franco-ontarien?

Février est le Mois du patrimoine en Ontario français. Mais qu’est-ce qu’un patrimoine et est-ce que les Franco-Ontariens connaissent bien le leur?

La reporter Rachel Crustin a sillonné les rues d’Ottawa pour tester les connaissances des citoyens sur différents éléments du riche patrimoine franco-ontarien, des explorateurs de la première heure aux symboles forts de notre culture.

Recommandations de l’ACO : « C’est comme si le secteur culturel avait été figé dans le temps en 2019 »

Benoit Roy est le directeur général de Théâtre Action et le président du conseil d’administration de l’Alliance culturelle de l’Ontario (ACO), un organisme qui vise à stimuler la collaboration entre tous les intervenants du secteur des arts en Ontario francophone.

Le 31 janvier, l’ACO a déposé un mémoire auprès du gouvernement de l’Ontario afin d’émettre des recommandations pour améliorer le soutien de la province à son milieu artistique.

Avec l’approche du dépôt du prochain budget à Queen’s Park, fin mars, l’ACO propose trois grandes pistes de solution : réviser la Loi sur le statut des artistes ontariens, augmenter le budget du Conseil des arts de l’Ontario (CAO) et investir dans les ressources humaines pour combattre la pénurie de main-d’œuvre.

« Quels sont les principaux enjeux auxquels le domaine de la culture est confronté?

À mon avis, c’est le financement. C’est comme si le secteur culturel avait été figé dans le temps en 2019. Pendant la pandémie, on a été gâtés. Et là, on arrive en 2024 et on nous dit : l’ensemble de ces fonds-là ne sont plus disponibles.

Ensuite, il y a l’épuisement, surtout du côté des pigistes. Le secteur des arts est celui qui a le plus haut taux de travailleurs autonomes. Ça veut dire que tu n’es pas rémunéré pendant que tu fais une demande de subvention, de prix, de bourse, etc.

En plus, avec les taux de réussite, tu te retrouves à faire une demande sans savoir si ça va donner un résultat. Il y a de grands refus parce que, pendant la pandémie, il y avait plus d’argent, donc plus d’artistes qui ont commencé des projets. Alors, les demandes sont encore plus élevées que pendant la pandémie.

Y a-t-il des enjeux particuliers pour les francophones?

On est tous dans le même bateau. C’est certain que le milieu francophone est résilient. Mais on est en milieu minoritaire. Je dirais que la plupart du temps, on a ce luxe d’être financé de façon prioritaire. C’est certain qu’avec l’ensemble des actions qui sont prises en ce moment au niveau de l’équité, de l’inclusion et de la diversité, on doit aussi, à titre de francophones, aider à faire évoluer la situation pour l’ensemble du milieu. Mais on fait aussi partie de cette catégorie de groupes en quête d’équité.

Au CAO, on est chanceux d’avoir un bureau franco-ontarien pour les arts. On se sent entendu. Au niveau du gouvernement, il y a certains programmes qui sont disponibles, mais ils coupent ailleurs, au niveau des universités ou de certains services francophones.

Vous proposez une révision de la Loi sur le statut des artistes ontariens. Qu’est-ce qui cloche avec cette loi?

Elle n’a pas été mise à jour depuis 17 ans. On s’entend que le monde a changé. Je reviens aux artistes pigistes, qui ne sont pas protégés du tout avec cette loi. Elle ne dessert pas bien le statut de l’artiste quand on se compare, par exemple, à nos homologues québécois qui ont une reconnaissance du métier exceptionnelle, qui fait en sorte que l’Union des artistes (UDA) peut les défendre.

En théâtre, on utilise l’entente collective de l’UDA, mais elle n’a pas de juridiction en Ontario.

Benoit Roy est président du conseil d’administration de l’ACO et directeur général de Théâtre Action. Gracieuseté

Vous proposez d’augmenter le budget annuel du CAO, actuellement prévu à 60 millions de dollars. Votre recommandation est de l’ordre de 62 millions en 2024, 64 millions en 2025 et 67 millions en 2026. D’où viennent ces chiffres?

Les montants suggérés ne reflètent pas les besoins réels, mais ils reflètent l’inflation des indices des prix de consommation depuis 2019. Ce sont des montants réalistes qui n’obligent pas les organismes à diminuer les effectifs ou l’offre de service et qui permettent au secteur de maintenir un statu quo. On considère que notre demande est raisonnable.

À quelques exceptions près, le budget du CAO est demeuré stable depuis l’entrée en poste des conservateurs, sauf pour l’augmentation de 25 millions de dollars pendant la pandémie. Mais ces sommes avaient été distribuées aux organismes qui faisaient un chiffre d’affaires de plus d’un million de dollars. Le reste du secteur a souffert.

En 2023, le budget du CAO est passé tout près d’être coupé de 10 millions de dollars. Pensez-vous vraiment trouver une oreille attentive au sein du gouvernement en place?

On mise sur la force du milieu, car ils ont reçu des recommandations de la part de plusieurs organismes de services aux arts en Ontario. Anglophones et francophones, nous nous sommes concertés et avons tous fait la même recommandation. J’ai l’impression qu’ils n’auront pas le choix d’au moins prêter l’oreille.

Votre troisième recommandation demande de contrer la pénurie de main-d’œuvre. De quelle façon peut-on attirer et retenir des travailleurs dans le secteur culturel?

Il faut les rémunérer comme il se doit. Le salaire annuel moyen de l’artiste, selon le recensement de 2021, est de 30 000 $. Celui des professionnels culturels est de 49 600 $. C’est difficile de retenir les gens quand tu ne peux pas bien les payer. Il y a des limites à le faire par passion.

On fait ce qu’on peut en offrant des conditions optimales. À Théâtre Action, par exemple, on est rendu à des horaires de quatre jours par semaine, et nous ne sommes pas les seuls à le faire.

Ensuite, beaucoup de la pénurie de main-d’œuvre vient du côté technique et il n’y a pas de programme de formation. À Théâtre Action, on offre des mentorats et des stages, mais on doit faire des demandes de subvention pour ça.

Il faut aussi reconnaître les arts comme moteur économique de la province. Les arts contribuent à 27,5 milliards de dollars par an à l’économie. En comparaison, l’industrie automobile contribue à la hauteur de 13,9 milliards de dollars. »

Un programme de soutien à la santé mentale pour immigrants noirs francophones à Ottawa

OTTAWA – Ce 27 février, le Service familial et de counseling d’Ottawa (SFC) et Résilience active des familles immigrantes en Ontario (RAFIO) ont annoncé un nouveau programme gratuit facilitant l’accès aux services communautaires de santé mentale pour les nouveaux arrivants noirs francophones.

Ce nouveau programme, financé par la Ville d’Ottawa, est lancé en ce Mois de l’histoire des Noirs, alors que des obstacles quant à l’accès aux services de santé mentale persistent.

« Nous sommes déjà proches des communautés. Ce programme a démarré en janvier, et il sera financé jusqu’à la fin de l’année 2024 », explique Antoinette Irarera, la directrice générale de RAFIO.

« Nous aurons désormais l’opportunité d’offrir des conseils et un suivi personnalisés, du début à la fin, avec des sessions planifiées. Grâce au programme, nous avons recruté des professionnels et des psychothérapeutes qui comprennent les réalités et les défis rencontrés par les immigrants noirs. »

Ce programme conjoint offre du counseling à accès rapide en huit séances, qui devraient se dérouler sur de quatre à six semaines. Cette initiative comprend également des groupes de santé mentale animés par des professionnels. Le SFC et RAFIO mettront sur pied au moins deux à trois groupes par année sur des thèmes clés tels que l’anxiété, la dépression, le renforcement de la confiance en soi et la pleine conscience comme outil de bien-être.

Le projet, gratuit, vise à améliorer le bien-être mental des nouveaux arrivants noirs francophones, en favorisant des liens communautaires en français adaptés à leur culture.

« Nous travaillons beaucoup à sensibiliser la communauté avec notre approche d’animation psychosociale, affirme Mme Irarera. Les gens se retrouvent et s’ouvrent grâce à cette initiative. »

Absence de trousse pour la santé mentale auprès des nouveaux arrivants

« Cela faisait longtemps que RAFIO menait des activités de mobilisation et de sensibilisation, notamment en recueillant les besoins au sein de la communauté. Nous avions identifié un grave manque de services en santé mentale adaptés aux besoins réels des immigrants, en particulier des personnes noires », explique Antoinette Irarera.

La directrice se dit soulagée d’avoir obtenu le financement de la Ville d’Ottawa pour ce programme, car « les besoins sont criants ».

« Dans la trousse réservée aux nouveaux arrivants ici, il n’y a pas de place pour la santé mentale. J’ai toujours dit que c’était regrettable. »

Antoinette Irarera est la directrice générale de Résilience active des familles immigrantes en Ontario (RAFIO), un organisme engagé dans la promotion du bien-être global et de l’épanouissement des communautés immigrantes et réfugiées, notamment par un soutien psychosocial. Gracieuseté

Un programme adapté sur le plan culturel et linguistique

Plusieurs études ont révélé des besoins spécifiques au sein de cette communauté. « Le choc culturel, le climat et tant d’autres facteurs conduisent à la dépression », selon la représentante de RAFIO.

Les organismes partenaires expliquent également que l’intersectionnalité crée des besoins encore plus spécifiques, par exemple chez les personnes âgées noires ou la population jeune immigrante.

« Les jeunes arrivent avec beaucoup d’ambitions, beaucoup de rêves mais, lorsqu’ils arrivent, tout s’effondre parce qu’ils sont désillusionnés », croit Mme Irarera.

La directrice mentionne de nombreux cas de dépression et de suicides chez les jeunes Noirs.

Les recherches indiquent également que « plus de 30 % des personnes qui ont tenté d’accéder à des services de santé mentale ont déclaré avoir ressenti des préjugés ou une attitude négative de la part de leurs fournisseurs de services ».

Antoinette Irarera soutient donc que ce programme sera adapté sur le plan culturel pour répondre à ces besoins.

Selon un sondage mené par Santé publique Ottawa, 74 % de la communauté noire interrogée souhaite avoir accès à un fournisseur de services qui comprend les besoins de la personne. De plus, 71 % des répondants réclament un personnel sensibilisé à la culture et près de 32 % souhaitent un fournisseur de services qui parle la même langue.

Pour bénéficier de ce programme, il est possible de prendre rendez-vous auprès de RAFIO, via son site web, mais on peut procéder aussi par courriel ou par téléphone.

Festival franco-ontarien : une programmation à l’écoute des festivaliers

OTTAWA – Damien Robitaille et Kaïn, Sarahmée et Fouki, Pierre Kwenders et Paul Beaubrun, le Festival franco-ontarien (FFO) est allé chercher de grosses pointures musicales pour jouer les têtes d’affiche de sa 49ᵉ édition. Mais les artistes n’ont pas été recrutés simplement pour leur popularité personnelle. Derrière la programmation lancée mardi se trouve une volonté de renouveler et de diversifier à la fois les participants sur scène et dans la foule du parc Major.

Tout près de compléter un demi-siècle de FFO, l’organisation souhaite que cette 49ᵉ édition soit le reflet de l’avenir et non du passé.  L’an dernier, Groupe Simoncic, la firme qui organise l’événement, a commandé une vaste étude afin de mieux connaître les festivaliers ainsi que leurs envies et leurs revendications. L’enquête visait aussi les fournisseurs de services et les commanditaires.

Au micro d’ONFR, José Bertrand, le directeur général de Groupe Simoncic, explique les conclusions de cette étude. « Au niveau de la programmation, deux éléments principaux sont ressortis : faire de la place aux plus jeunes et faire de la place aux nouveaux arrivants, qui sont aussi francophones et n’ont pas de place pour s’identifier dans les festivals. »

José Bertrand est directeur général de Groupe Simoncic depuis août 2023. Crédit image : Rachel Crustin

Ces demandes ont jeté les bases de la programmation dévoilée cette semaine. Le FFO 2024 s’ouvrira avec Pierre Kwenders, Paul Beaubrun (membre d’Arcade Fire) et le collectif afro-électronique Moonshine. 

« Le FFO a voulu créer un partenariat avec Moonshine, puisque la qualité des artistes, DJs, musiciens et danseurs avec lesquels ils travaillent en ont fait une référence en musique électronique un peu partout sur la planète », a affirmé Sophie Bernier, directrice de la programmation, en conférence de presse. Elle souligne que le collectif montréalais s’est exporté partout dans le monde, mais n’a encore jamais offert de performances en Ontario.

La soirée du vendredi sera consacrée au hip-hop et au rap avec Fouki et Sarahmée, deux artistes qui ont déjà offert des apparitions spéciales dans des spectacles thématiques par le passé, mais qui seront en tête d’affiche pour la première fois.

Damien Robitaille, un choix logique

Parmi les critiques entendues, il y avait celle que le Festival franco-ontarien ne faisait pas assez de place aux artistes franco-ontariens, affichant nombre de têtes d’affiche québécoises année après année. Le reproche a été entendu, assure Sophie Bernier. « Pour nous aussi, c’est très important. Il y a d’autres noms qui seront annoncés dans les prochaines semaines. Il y a des artistes franco-ontariens qui vont se joindre (aux têtes d’affiche). C’est une priorité. »

YAO fait aussi partie des artistes franco-ontariens qui participeront au FFO 2024. Crédit image : Rachel Crustin

Une priorité qui se reflète dans le choix du dernier artiste qui foulera les planches du FFO, le 15 juin. « Quand on s’est demandé avec quel artiste clore le festival, il n’y avait pas beaucoup de noms en tête de lice », affirme José Bertrand en parlant de Damien Robitaille.

C’est donc une partie remise avec l’auteur-compositeur-interprète originaire de Lafontaine qui avait annulé sa présence il y a quelques années. La soirée du samedi vise un public très large en mettant également en vedette les habitués des festivals, le groupe québécois Kaïn.

Un défi d’inclusion

Les organisateurs ne se défilent pas quand ils sont questionnés sur le manque de diversité du FFO, non seulement sur scène, mais aussi dans la foule, assez homogène. Ils se lancent cette année le défi de rendre le festival intéressant pour tous les Franco-Ontariens.

La soirée d’ouverture est un effort en ce sens. « On espère que ça va vraiment être diversifié, que les gens vont venir danser et célébrer. On veut aussi que les communautés nouvelles arrivantes se sentent accueillies et sentent qu’elles font partie de la communauté franco-ontarienne », avoue sans détours Sophie Bernier.

Avec Fouki et Sarahmée sur scène le 14 juin, le FFO espère attirer les jeunes. Crédit image : Rachel Crustin

La soirée hip-hop du vendredi soir cherche pour sa part à accueillir plus d’adolescents et de jeunes adultes sur le site du parc Major. Une autre initiative en ce sens est la nouvelle formule de soirée à 10 $ pour les étudiants de 25 ans et moins.

En plus de préventes qui permettront de se procurer des passeports à prix réduit, le FFO accueillera gratuitement les enfants de 14 ans et moins accompagnés d’un adulte.

YAO en réalité virtuelle

Le FFO offrira une expérience unique aux festivaliers, qui pourront découvrir une toute nouvelle chanson de YAO, écrite pour le festival.

Les gens seront invités au dôme de La Cité, sorte de petit frère du pavillon Excentricité, un concept novateur qui permet des prouesses technologiques et artistiques. C’est au moyen de casques de réalité virtuelle que les festivaliers pourront assister au concert de l’artiste franco-ontarien. Une poignée de personnes, majoritairement étudiants et employés de La Cité, ont été invitées à danser devant la scène pour simuler la foule lors de l’enregistrement à l’Excentricité, ce mardi.

Notre journaliste a pu y assister et s’entretenir avec YAO quelques minutes avant son entrée sur scène. Le Franco-Ontarien affirme : « C’est nouveau pour nous aussi, ce qui est très excitant. Je dis toujours à mes musiciens que c’est un live show. C’est cette idée de donner vie à la musique, make it alive, et ensuite, show me, montre-moi. C’est de prendre cette idée-là et de l’apporter dans une autre sphère. »

YAO lors de l’enregistrement de la chanson Imaginaire au pavillon l’Excentricité. Crédit image : Rachel Crustin

Intitulée Imaginaire, la chanson est courte, légère et radiophonique. Son rythme rapide en fait une chanson dansante et estivale, parfaite pour l’occasion. L’artiste a été emballé d’emblée par la proposition de Groupe Simoncic. « Il se trouve que j’étais en période de création, donc je leur ai dit que j’allais entrer en studio la semaine suivante pour leur pondre une chanson. »

Une tradition en évolution

Sophie Bernier affirme la volonté du FFO d’être digne de sa réputation de festival rassembleur.

« Pour beaucoup de gens, le Franco est une tradition familiale. Ils venaient avec leurs parents quand ils étaient petits et là, ils viennent avec leurs enfants. Leur sentiment d’appartenance au Franco est très fort, et ils veulent que (la programmation) représente qui ils sont. »

Le FFO est souvent une tradition familiale. Photo de l’édition 2022. Crédit image : Stéphane Bédard

En plus des détails de la matinée familiale, José Bertrand promet que d’autres activations terrain seront annoncées dans les prochaines semaines.

On veut que le site du festival soit le fun. On ne s’en vient pas juste pour s’asseoir sur nos chaises pliantes et attendre que le spectacle commence.
— José Bertrand

Après quelques années à se tenir près de la journée des Franco-Ontariens en septembre, le FFO est revenu à sa case habituelle de juin l’an dernier. L’édition 2024 se déroulera du 13 au 15 juin au parc Major, au cœur d’Ottawa.

Étudiants étrangers : la ministre Dunlop dit « de la foutaise », réplique Ottawa

OTTAWA – Le fait que le gouvernement Ford dit avoir été pris de court par le plafond d’étudiants étrangers imposé par Ottawa est « complètement faux » et de « la foutaise », réplique le fédéral. Les ministres ontariens ne se sont jamais présentés à des rencontres organisées par le gouvernement Trudeau, a accusé Marc Miller.

Lundi, la ministre des Collèges et Universités Jill Dunlop a affirmé avoir été prise de court par l’annonce d’Ottawa du mois de janvier, qui limitait le nombre d’étudiants étrangers au pays à 360 000. Il s’agit d’une réduction de 50 % en Ontario.

« La décision prise par le gouvernement fédéral était une décision unilatérale sans aucune consultation avec les provinces ou le secteur (…) Ça nous a été imposé juste comme ça. Le ministre du Travail (David Piccini) et moi avons demandé depuis des mois au ministre responsable une rencontre et ça nous a été refusé », a-t-elle soutenu en conférence de presse à Queen’s Park.

« C’est totalement faux, c’est de la foutaise tout simplement », a répliqué le ministre de l’Immigration Marc Miller mardi, avant une réunion du cabinet libéral.

Selon ce dernier, la représentante ontarienne n’a jamais accepté de le rencontrer en compagnie de son collègue David Piccini, l’homologue de Marc Miller au niveau provincial.

« On a sollicité des rencontres, ils ne se sont pas présentés, à plusieurs reprises », renchérit Marc Miller.

« J’ai des textos (pour le prouver). Je n’aime pas partager mes textos avec les journalistes… J’ai parlé au ministre de l’Immigration (David Piccini) et il était supposé l’amener (Jill Dunlop) à plusieurs reprises. Et puis, nos fonctionnaires et mon cabinet politique se sont entretenus avec leurs équipes, mais ils ne sont jamais venus nous voir », affirme-t-il.

Jill Dunlop est la ministre des Collèges et Universités. Archives ONFR

Marc Miller a indiqué qu’il avait mentionné le point du trop grand nombre d’étudiants étrangers, publiquement et lors d’une réunion entre lui et les ministres responsables de l’immigration des provinces et territoires. David Piccini aurait été absent de la réunion, a-t-il soulevé.

« J’ai parlé aux représentants (du gouvernement Ford) à cette rencontre. Nous leur avons dit très clairement qu’ils devaient mettre de l’ordre dans leurs affaires. Nous avions parlé spécifiquement de l’Ontario, qui compte le plus grand nombre d’étudiants internationaux. Ils devraient le savoir. »

L’Ontario a annoncé hier une aide de 1,3 milliard de dollars pour le système postsecondaire, alors que près d’une dizaine d’établissements serait en situation de déficit, selon le Conseil des universités de l’Ontario. Une situation qui devrait empirer avec le plafonnement des étudiants internationaux, souligne l’organisation porte-parole des universités de la province.

ONFR a contacté le bureau de la ministre Dunlop pour obtenir une réaction, mais n’a pas obtenu de réponse au moment de publier l’article.

Décès de Denis St-Jules : l’Ontario français perd une de ses voix légendaires

OTTAWA – Ce lundi 26 février, Denis St-Jules s’est éteint à l’âge de 73 ans. Natif de Sault Ste. Marie, ce célèbre animateur à Radio Canada a fait partie des voix francophones qui ont contribué au rayonnement de la culture franco-ontarienne pendant plus de trois décennies. 

Dès son plus jeune âge, la mise en avant de la langue française en Ontario, dans le contexte historique particulier de la fin des années 60, a été le moteur de ses actions. Réjean Grenier, ami proche de longue date, se remémore ce contexte.

« En 1967, il y a eu les États généraux du Canada français qui ont été complètement cooptés par le Québec, qui a nié le nom qu’on portait depuis des générations, ‘Canadiens français’. Ils ont décidé qu’ils étaient des Québécois et plus des Canadiens français. Cela a laissé notre génération sans identité. Il y a donc eu tout un mouvement pour se créer une identité, l’identité franco-ontarienne. »

Les deux amis ont été liés par la langue dès le départ. Ils se sont rencontrés au Concours national de français lors de leur douzième année d’étude, avant de se retrouver dans la même classe l’année suivante. Réjean Grenier se souvient d’ailleurs que le premier cours dans lequel ils ont été ensemble était un cours de français.

Ambassadeur de la culture franco-ontarienne

Dès la fin de leurs études, cet amour de la langue, combiné au contexte de l’époque et à cette quête d’identité, les a emmenés à prendre de nombreuses initiatives pour mettre en avant la culture franco-ontarienne.

C’est d’abord dans le monde du spectacle que le sudburois Denis St-Jules a fait ses premières armes, dans les années 1970. Il a notamment été à l’origine de la création du Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) en 1971, puis de la Coopérative artistique du Nouvel-Ontario (CANO) l’année suivante. 

Réjean Grenier, qui a lui aussi contribué à l’essor du TNO, souligne « l’engagement dans les communautés francophones » de son ami.

« Autant au niveau des arts, avec la pièce Moé j’viens du Nord, s’ti! qui a lancé ce que j’appelle le mouvement du nouvel Ontario dans les années 70, précise-t-il, mais aussi avec le lancement de la maison d’édition Prise de Parole avec comme premier livre publié Ligne signes qui contient un poème de Denis St-Jules. »

Co-fondateur des concerts Nuit sur l’étang, Réjean Grenier n’a eu aucun mal à entraîner son ami dans le monde de la musique en tant que membre du comité organisateur du premier concert, en 1973. L’événement, qui a plus de 50 ans, existe toujours, même si c’est « sous une forme différente ».

« Nous avons organisé les quatre premières éditions. A l’époque, c’était vraiment toute la nuit, je me rappelle avoir terminé de ranger une heure après la fin, vers 7 heures du matin », se souvient-il.

Une grande capacité d’adaptation

Denis St-Jules et Réjean Grenier se sont ensuite retrouvés à Radio-Canada. À partir de 1978, le natif de Sault St-Marie a appris la radio sur le tas, devenant au fil des années un véritable ambassadeur de la langue et de la culture francophones dans le Nord de l’Ontario. Pendant près de 30 ans, il a présenté des émissions comme Le Matin du nord et CBON le matin, où il accompagnait le réveil de milliers de francophones sur les ondes. 

« C’était quelqu’un qui apprenait vite. Quand nous avons commencé, nous étions de jeunes Franco-Ontariens qui n’avaient rien étudié en télévision, en radio ou en journalisme. Denis a d’abord été chroniqueur, puis est devenu animateur radio. L’animation est vraiment un métier particulier qui demande un certain talent, une certaine vivacité que tout le monde ne possède pas, mais que lui avait. »

M. Grenier se rappelle également d’un stage en Europe, dans une antenne de Radio-Canada, qui l’a beaucoup aidé en lui faisant découvrir d’autres manières de faire. 

Sudbury loin des yeux, près du coeur

Après avoir pris sa retraite, Denis St-Jules a déménagé à Ottawa pour se rapprocher de sa famille, notamment de ses enfants.

« Mais il est toujours resté attaché au Nord, précise M. Grenier. Il a contribué au mouvement pour bâtir la Place des arts du Grand Sudbury. Il était le parrain et s’est occupé des prélèvements de fonds chez les anciens de Sudbury à Ottawa. Il a vraiment été très engagé jusqu’au bout. »

Selon Radio-Canada, l’homme est décédé lundi matin, à Ottawa, entouré de ses proches, des suites d’un cancer. Un message a été publié sur la page Facebook de l’ancien animateur franco-ontarien, précisant que « La famille annoncera des rencontres de « Célébrations de la vie » à Ottawa et à Sudbury plus tard au printemps ».

TFO annonce abolir 24 postes, soit 10 % de son effectif total

La chaîne de télévision éducative et culturelle de langue française ontarienne, TFO, a annoncé lundi la coupure d’une vingtaine de postes, représentant près de 10 % de son effectif total.

Dans une note interne envoyée aux employés, la compagnie franco-ontarienne a annoncé neuf licenciements. TFO supprime donc 24 postes, « la majorité vacants », sur un total de 207. Trois nouveaux postes seront créés dans le cadre de cette « réévaluation des besoins ».

La direction explique que cette décision « essentielle pour maintenir notre pertinence » a été prise « afin d’assurer la pérennité de notre organisation et notre stabilité financière ». Les revenus télévisuels et du câble de TFO ont baissé de 30 % depuis 2013. L’enveloppe gouvernementale n’a pas bougé, tandis que les coûts d’opération ont augmenté de 15 %, explique la chaîne.

« Au fil des ans, TFO a coupé son investissement dans sa programmation pour pallier son financement et ses revenus stagnants et la hausse des coûts. Les budgets alloués aux contenus ont baissé et le taux de nouveauté des contenus et des ressources éducatives de TFO a diminué de 20 % en 5 ans », indique la directrice générale, Michelle Séguin, dans son message.

Cette dernière ne précise pas si d’autres coupures sont à venir dans l’avenir, mais assure « travailler activement à minimiser les répercussions sur l’ensemble du personnel et explorer toutes les opportunités possibles de développement et de croissance, afin de maximiser la stabilité financière de notre organisation ».

L’entreprise médiatique suggère entre autres, comme piste de solution pour redresser sa situation financière, de demander au gouvernement ontarien une plus grande enveloppe et d’augmenter la disponibilité de la chaîne francophone à travers le Canada en milieu minoritaire.

Cette décision survient quelques mois après une vague de licenciements dans le monde des médias. Bell Canada Entreprises (BCE) a annoncé au début du mois supprimer 4800 postes à travers le pays dans son effectif médiatique, dont 400 en Ontario et au Québec, rapportait le syndicat UNIFOR. L’automne dernier, Radio-Canada/CBC avait annoncé son intention de supprimer 800 postes, soit 10 % de son effectif total. Au Québec, le Groupe TVA avait sabré 500 postes en novembre.

Le penchant anglophone de TFO, TVO, avait à l’automne annoncé le rachat de 13 membres de son personnel, soit 18 % de son effectif, après près de 11 semaines de grève générale illimitée.

Correction : Une précédente version du texte indiquait ceci : « la compagnie franco-ontarienne a annoncé neuf licenciements en plus de supprimer 24 postes ». Il s’agit en fait de neuf licenciements qui sont inclus dans les 24 postes coupés. Nos excuses.

L’Ontario annonce 1,3 milliard de dollars pour le postsecondaire

Le gouvernement Ford dévoile ce lundi un nouveau financement de près de 1,3 milliard de dollars pour les collèges et les universités en Ontario. Un montant historique qui sera accordé aux établissements d’enseignement postsecondaire. Avec cette annonce viennent plusieurs changements législatifs.

D’abord, le gouvernement continue de geler les frais de scolarité après les avoir réduits de 10 % en 2019. Une décision qui pourrait être controversée, puisqu’en janvier dernier, le recteur de l’Université d’Ottawa accusait, entre autres, le gel des droits de scolarité pour les résidents ontariens d’être un des facteurs des difficultés financières de l’établissement.

La législation proposée comprend donc des changements liés, entre autres, à la santé mentale des étudiants, aux petits collèges et aux collèges du Nord et des régions rurales, à la prise en charge des coûts liés aux programmes de sciences, de technologie, d’ingénierie et de mathématiques (STIM) ou encore à l’appui à la recherche et à l’innovation.

« Plutôt que de faire peser l’augmentation des droits de scolarité sur des familles qui travaillent dur, nous avons souhaité réaliser des investissements sans précédent pour offrir une assise plus stable aux collèges et aux universités. Nous avons pris des mesures pour accroître la transparence des frais. Nous œuvrons en faveur de la santé mentale des étudiants, nous contribuons à faire des campus des lieux plus sûrs et nous formons les étudiants pour qu’ils puissent entreprendre des carrières enrichissantes », a déclaré Mme Dunlop dans un communiqué.

Le financement de 1,3 milliard de dollars reste en dessous des recommandations des experts qui jugeaient que l’enseignement postsecondaire en Ontario aurait besoin de 2,5 milliards de dollars pour sortir du bourbier. Le rapport Harrison recommandait lui aussi une « marge d’augmentation supplémentaire des frais de scolarité » pour les collèges.

Cap sur la stabilité du postsecondaire

Cette enveloppe de 1,3 milliard de dollars s’étalera sur trois ans. 903 millions de dollars, dont 203 millions iront aux établissements ayant un « besoin financier plus important ».

De plus, 167,4 millions de dollars seront alloués aux réparations des installations des établissements postsecondaires et 10 millions de dollars spécifiquement pour les petites universités rurales et du Nord.

Dans la découpe du milliard, la somme de 100 millions sera attribuée aux programmes STIM et 65,4 millions de dollars pour soutenir la recherche et l’innovation. 15 millions de dollars seront débloqués spécifiquement pour les problèmes structurels des collèges et universités afin d’améliorer la viabilité et l’expérience des étudiants.

Par exemple, 23 millions de dollars vont être utilisés pour améliorer le soutien en santé mentale sur les campus universitaires et collégiaux.

La nouvelle législation – intitulée Loi renforçant la responsabilité et le soutien aux étudiants – obligera les collèges et les universités à avoir des politiques spécifiques en matière de santé mentale. Elle les obligera également à avoir des règles pour lutter contre le racisme et la haine, a également déclaré la ministre.

La décision unilatérale du gouvernement fédéral pose problème

Le Conseil des universités de l’Ontario a déclaré qu’au moins 10 universités prévoient des déficits de fonctionnement cette année en raison du manque d’étudiants internationaux envisagés.

Le gouvernement fédéral a annoncé en janvier qu’il plafonnait le nombre de nouveaux étudiants étrangers au pays à 360 000 en 2024, une baisse de 50 % en Ontario par rapport à 2023.

Une décision prise sans consultations, a dénoncé la ministre des Collèges et Universités, Jill Dunlop, ce lundi. D’après la ministre, l’annonce du gouvernement fédéral sur le plafonnement des étudiants avait pris la province de court. Ottawa même aurait refusé les demandes d’entrevues de la ministre.

Selon le gouvernement, les revenus des étudiants internationaux sont désormais fondamentaux pour la viabilité du secteur, sans eux, les risques pour les établissements pourraient augmenter.

Panneaux saccagés : le patrimoine franco-torontois à l’abandon?

TORONTO – Un panneau déterré, d’autres criblés de graffitis ou tout simplement retirés de leur emplacement après avoir été vandalisés ou endommagés par les intempéries… Le Sentier partagé – (The Shared Path), le long de la rivière Humber, semble délaissé par les autorités municipales chargées de sa préservation.

S’étirant du lac Ontario au parc Lambton, dans l’ouest de la ville, cette boucle de près de sept kilomètres empruntant les allées du Parc Étienne Brulé est pourtant un des rares maillons pédagogiques qui rappellent aux Torontois les fondations autochtones et françaises de la ville reine au 17e siècle, avant que les Anglais ne s’y installent.

C’est en effet ici, en 1615, que le premier explorateur européen, Étienne Brulé, sillonna les eaux de la rivière pour nouer des relations avec les Premières Nations. Ce passage commercial névralgique pour la traite de la fourrure verra par la suite la création de plusieurs forts français – dont le Fort Rouillé tout proche – et, plus tard, la fondation de la ville.

Pour commémorer cette présence française, une stèle à l’effigie d’Étienne Brulé, coureur des bois, interprète et découvreur des Grands Lacs Ontario, Érié et Huron, subsiste dans le parc éponyme. Et une série de 25 écriteaux bilingues bleutés, installés en 2011, devaient durablement témoigner de cette histoire.

De cette initiative commune de la Ville de Toronto, de la Société d’histoire de Toronto (SHT), de la Toronto and Region Conservation Authority (TRCA) et d’Heritage Toronto, en collaboration avec les Anishinaabe, les Haudenosaunee et les Hurons-Wendat, un tiers des panneaux est manquant et le reste est vandalisé, dont un trônant sur place avec sa base déracinée et le dessus, arraché.

Crédit image : Sandra Padovani

Depuis son inauguration, le parcours historique s’est considérablement dégradé, victime de vandalisme et des intempéries. Certains graffitis rendent illisibles les histoires inscrites sur plusieurs panneaux. D’autres manquent à l’appel : trois sont introuvables et un quatrième a été arraché du sol et décapité. Il n’en reste que le socle en béton et le pied métallique abandonné au bord du chemin.

Alors que le Mois du patrimoine franco-ontarien bat son plein, plusieurs observateurs contactés par ONFR déplorent « l’immobilisme de la Ville » vis-à-vis de ces installations bilingues, alors que les lieux de découverte et d’apprentissage de ses racines françaises se comptent sur les doigts de la main.

« Il est déplorable que ces plaques ne soient pas mieux entretenues pour mettre en valeur l’histoire locale de la région », regrette Danielle Pecore-Ugorji, directrice générale du Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO), qui aimerait que « tous les paliers du gouvernement s’investissent davantage dans la préservation et le rayonnement du patrimoine franco-ontarien ».

Un projet digital pour sauvegarder le patrimoine francophone de la rivière Humber

La directrice de la Société d’histoire de Toronto, Rolande Smith, trouve elle aussi cette situation décevante. Elle espère trouver une issue favorable pour éviter que le patrimoine franco-torontois ne sombre dans l’oubli.

Pour contrer la disparition progressive de ces écriteaux, cette dernière envisage de réhabiliter le site en créant un parcours digital trilingue : en anishinaabemowin, la langue des Mississaugas, en français et en anglais. « Vous pourriez alors faire le sentier partagé avec le téléphone. La technologie n’est pas difficile à mettre en place, il nous faut simplement tout le monde à bord », encourage-t-elle.

Bénéficiant déjà d’une subvention de la Fondation Trillium, la SHT a demandé une subvention auprès du gouvernement fédéral pour cette numérisation. « C’est un très beau projet dont nous souhaitons la naissance très prochaine », souhaite Mme Smith.

Engagée dans la concrétisation du Sentier partagé en 2011, sa prédécesseure, Lisette Mallet, alertait déjà en 2021 que le sentier était délaissé, sans que la Ville ne prenne aucune disposition. « C’est le premier parc historique à Toronto pleinement bilingue qui honore les trois peuples fondateurs : Autochtones, Français et Britanniques. Mais certains panneaux ont été vandalisés et la Ville a fini par les enlever. J’aimerais qu’on les rétablisse. »

Contactée par ONFR, la Ville de Toronto assure qu’elle est consciente de la situation qui dure depuis plusieurs années et qu’elle est en train d’évaluer les prochaines étapes pour définir la meilleure marche à suivre.

Suite à nos sollicitations, le bureau de la conseillère municipale de Davenport et co-présidente du Comité consultatif francophone Alejandra Bravo n’a pour l’heure par souhaité commenter.

Carte légendée du Sentier partagé du Parc Étienne Brulé et repères des 12 emplacements comportant des panneaux. Source : Ville de Toronto

Gabrielle Lemieux élue nouvelle présidente de l’AEFO

OTTAWA – Les membres de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) se sont réunis à Ottawa ces 24 et 25 février pour élire leur nouveau comité exécutif. C’est Gabrielle Lemieux qui prendra la tête de la présidence provinciale dès le 1er septembre 2024 pour un mandat de deux ans.

165 membres délégués du syndicat enseignant ont voté dès 9 h aujourd’hui à l’occasion de l’assemblée annuelle à Ottawa.

Une élection qui intervient dix jours seulement après la signature d’une entente de principe avec le gouvernement, résultant d’un an et demi de négociations musclées, pour le renouvellement de ses conventions collectives, expirées le 31 août 2022.

Originaire de la région de Sudbury, Gabrielle Lemieux, vice-présidente de l’AEFO durant trois mandats, avait rejoint le conseil d’administration dès 2010. Elle succèdera à Anne Vinet-Roy, présidente depuis 2020, réélue en 2022 pour un second mandat.

Riche de 15 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation comme membre et déléguée à l’Unité 57 – Nord-Ouest publique, celle-ci est enseignante à l’école secondaire Hanmer à Sudbury où elle restera en poste jusqu’en juin prochain.

Au micro d’ONFR, Mme Lemieux se dit honorée de la confiance qui lui est accordée de représenter les 12 000 membres de l’association. Elle confie que ses efforts se situeront « au niveau de la concertation des forces à tous les paliers de l’AEFO, les élus, les employés et les membres. L’idée est de travailler ensemble et de rassembler pour continuer vers un avenir plus juste et plus équitable ».

Parmi ses chevaux de bataille, la revendication de meilleures conditions de travail, la valorisation de la profession, la nécessité de pallier la pénurie du personnel en éducation et la nécessité d’obtenir de meilleurs financements pour les services publics en langue française.

Dès le 1er septembre également, Sylvain Ducharme prendra le poste de premier vice-président, Ambroise Gomis, le poste de deuxième vice-président, et enfin Patrice Dufour et Francis Bourgon prendront les postes de conseillers de l’AEFO.

Alina Sklar : La justice en français à cœur

Avocate engagée pour les droits linguistiques et l’accès à la justice en français en Ontario, Alina Sklar défend avec passion les iniquités dans un domaine où le respect de l’exactitude des mots et de leurs nuances est primordial. Également très impliquée dans la communauté francophone de Toronto, elle reste fidèle à des valeurs altruistes, guidant les différentes causes humaines, politiques et sociales auxquelles elle croit.

« Vous parlez français, russe et anglais. Parlez-nous de vos origines…

Je suis d’origine ukrainienne et juive, née en Israël où ma famille a déménagé après la chute de l’URSS. Par la suite, ma famille s’est installée à Montréal lorsque j’étais enfant. Ainsi, j’ai grandi dans un environnement entièrement francophone et je suis allée à l’école en français. J’ai plus tard appris l’anglais par moi-même en m’immergeant au sein du Collège Dawson (Cégép), avant d’aller à l’école de droit à l’Université d’Ottawa (Droit civil et Common Law).

Avec le multiculturalisme se pose un questionnement identitaire, car la langue, au-delà des mots, c’est la culture. Ma langue de réflexe, celle dans laquelle je compte, celle de ma vie personnelle, c’est le français. Ma langue de famille, c’est le russe, et ma langue de travail, l’anglais. Toutes ces facettes font partie de moi.

Portait d’Alina Sklar dans sa robe d’avocate. Gracieuseté

Qu’est-ce qui vous a amenée à travailler dans le droit ?

En grandissant, j’observais le pluriculturalisme de Montréal avec beaucoup d’intérêt et j’étais frappée par les clivages et incompréhensions dans la société entre les différents groupes d’individus, ainsi que les injustices et la souffrance qui en découlent.

Pour moi, la clé en était la compassion, savoir se mettre à la place de l’autre, et aussi la compréhension des situations. J’ai décidé de m’orienter vers un métier qui me permette d’acquérir les connaissances et les compétences afin de défendre les intérêts d’une société meilleure au service des causes qui me paraissent justes. Je devais avoir 10 ans lorsque j’ai compris que je voulais être avocate.

Quelles sont vos spécialités juridiques ?

Je travaille principalement en droit pénal (criminel), mais également en immigration, protection des réfugiés et en droit civil. Plus que le droit seul, mon travail se joue également à un niveau sociétal et humain. Pour arriver à améliorer les choses, il est nécessaire de regarder attentivement l’obscurité et les fléaux qui existent dans notre société, et ce, dans l’objectif de comprendre d’où la souffrance nait. Comprendre la nature humaine, son interaction avec notre société et la balance entre les deux me passionne.

Alina Sklar donnant un cours sur la gestion de la pratique, dans le cadre du programme de pratique du droit de l’Université d’Ottawa. Gracieuseté

Avez-vous beaucoup de clients francophones ?

J’ai choisi d’ouvrir mon cabinet à Toronto car j’ai très vite compris que les justiciables francophones n’ont pas encore accès une justice réelle en français. Parfois, je peux avoir 70 % de clients francophones, mais en ce moment c’est plus 50 %. En général, la répartition est assez équilibrée.

En œuvrant en tant qu’avocate francophone à Toronto et en Ontario, cela représente malheureusement beaucoup de travail additionnel afin de faire reconnaitre dans la pratique des droits acquis sur papier (dans nos législations et jurisprudence).

Régulièrement, je me fais reprocher, dans la gestion de mes dossiers, que ma revendication de l’accès à la justice en français pour mes clients francophones est simplement une stratégie, qu’il s’agit d’un privilège et pas d’une nécessité ou un droit (surtout lorsque mon client comprend l’anglais également). Ces situations sont frustrantes, mais je ne change pas ma position ferme concernant l’application des droits linguistiques devant les tribunaux en Ontario.

Selon mon expérience, ce ne sont pas encore des droits acquis, car il faut encore se battre pour les obtenir de façon cohérente et systémique.

Quels sont selon vous vos dossiers les plus importants?

Certains dossiers sont cruciaux bien sûr au niveau de la gravité des chefs d’accusation et des conséquences pour un accusé, mais c’est ce qui est attendu dans le rôle d’un avocat.

J’aimerais plutôt évoquer la question des droits linguistiques qui sont des dossiers importants pour moi. J’ai d’un côté la pression du milieu judiciaire d’alléger des procédures, mais d’un autre, je me dois de répondre aux droits linguistiques des francophones.

Ma ligne de conduite envers les juges et procureurs de la Couronne (dans le contexte criminel) est la suivante : si ce n’est pas une proposition que vous feriez à un anglophone, ce n’est pas non plus acceptable pour un francophone. La question d’égalité et de discrimination est pour moi très importante.

Il faut comprendre l’impact négatif que revêt la nonchalance de l’irrespect des droits linguistiques. C’est essentiel car si on plie une fois sur nos droits linguistiques, on nous en enlève de plus en plus. Par ailleurs, cela crée une confusion concernant la nécessité de leur application.

Ce n’est pas acceptable que l’on me fasse ressentir que je retarde un dossier ou que je suis inflexible en réclamant l’application des principes juridiques entourant les droits linguistiques et l’accès réel de la justice en français en Ontario.

Alina Sklar lors d’un discours à l’Hôtel de ville de Toronto, invitée par la Mairesse Olivia Chow, dans le cadre de la levée du drapeau franco-ontarien. Gracieuseté

Un exemple d’iniquité entre justice en français et en anglais en Ontario ?

La grande iniquité d’une façon générale est le manque de main-d’œuvre adéquate et les délais qui augmentent quand on demande un traitement en français.

Or, cela peut avoir des conséquences importantes. Si la Couronne consent à une libération sous caution, un client anglophone sera libéré immédiatement en attendant son procès. Mais s’il s’agit d’un client francophone, peut-être qu’il passera une à deux semaines en prison parce qu’il n’y a pas de juge de paix ou de Couronne qui peuvent procéder à l’audience en français.

Dans ce cas-là, je dois faire un choix déchirant qui ne devrait pas avoir lieu : je veux que mon client francophone puisse choisir son droit de procéder en français, mais je vais devoir accepter de procéder avec l’audience en anglais avec une interprétation pour que mon client soit libéré directement (sans délai).

Il y a également une iniquité au niveau du droit constitutionnel de pouvoir se représenter soi-même, en tant qu’individu. En Ontario, contrairement à un anglophone, si un francophone veut se représenter lui-même, il ne peut pas. Comment le pourrait-il quand le dossier qui est contre lui est écrit en anglais ? La divulgation de la preuve est en anglais. Il n’a donc pas les mêmes droits. Ceci en dépit du droit constitutionnel reconnu d’un accusé de pouvoir présenter une défense pleine et entière (qui inclut le droit de connaitre et de comprendre le dossier contre lui présenté par la Couronne).

Quelles solutions pour supprimer les barrières de l’accès à la justice en français en Ontario ?

Le manque de main-d’œuvre bilingue et de juges bilingues est un problème reconnu. Ces enjeux sont véritables et ils ont malheureusement de graves conséquences sur l’accès à la justice en français. Peut-être alors que des solutions tampons devraient être envisagées (en attendent de pouvoir remédier à la pénurie de main-d’œuvre bilingue adéquatement).

Pourquoi ne pas utiliser la technologie et mettre en place une cour francophone virtuelle d’urgence pour des cas pressants, avec des juges francophones provenant de toute la province pour prendre le relais? Faire en sorte de lever les barrières administratives et juridictionnelles pour avoir des délais plus justes en attendant d’augmenter les effectifs bilingues serait un pas dans la bonne direction.

Alina Sklar, au centre, avec, à sa gauche, Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones, et, à sa droite, la députée provinciale Natalia Kusendova lors de la journée Internationale de la francophonie. Gracieuseté

Vous êtes également engagée auprès de l’Association des communautés francophones de l’Ontario (ACFO)…

En arrivant à Toronto, je voulais m’impliquer dans la communauté. J’ai été présidente de la Maison, le centre d’hébergement francophone pour femmes victimes de violence et leurs enfants, une étape significative pour moi. J’ai ensuite été recrutée pour rejoindre l’ACFO de Toronto et leur mandat sur les services en français, ce qui me tient beaucoup à cœur. Une de nos missions est de représenter et de soutenir toutes les communautés francophones de Toronto pour les unir dans LA grande communauté francophone de Toronto.

Vous faites partie de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO). Quelle en est la vocation ?

Son mandat est de travailler sur l’accès réel à la justice en français. C’est une organisation formidable qui œuvre en ce sens et donne des formations professionnelles continues chaque année pour les avocats, notamment pour savoir comment plaider en français en Ontario. La présence de l’AJEFO est primordiale pour les juristes francophones et pour l’accessibilité des informations juridiques pour les justiciables. Elle peut aussi parfois prendre position pour appuyer des dossiers francophones.

Photo prise à l’occasion de la présentation du projet de loi 183 de la députée provinciale Natalia Kusendova, reconnaissant le drapeau franco-ontarien comme drapeau officiel de l’Ontario. Gracieuseté

Vous êtes actuellement en mission humanitaire. En quoi cela consiste-t-il?

Suite à la tragédie du 7 octobre 2023 en Israël et au déclenchement de la guerre actuelle au Moyen-Orient, j’ai ressenti le besoin urgent d’apporter mon aide sur le terrain. Mon engagement consiste à soutenir les personnes affectées, que ce soit dans les hôpitaux ou auprès des familles déplacées par exemple, en m’efforçant de couvrir différents besoins.

La réalité sur le terrain diffère souvent de ce qui est présenté dans les médias. Sur place, je constate une forte solidarité entre les communautés et une volonté sincère d’aider les voisins en détresse.

Mon objectif principal est de promouvoir la compassion, la solidarité et l’entraide, en opposition à la propagation de la haine et de la division. Ainsi, l’objectif final est que chacun se sente valorisé et en sécurité dans son identité, et ce, à l’abri de tout discours antisémite ou islamophobe. »


1992 : Naissance à Tzfat (Safed), en Israël, dans une famille ukrainienne et juive.

1995 : Déménagement de sa famille au Canada, à Montréal.

2002 : Découverte de sa vocation d’avocate dès l’âge de 10 ans.

2011-2014 : École de droit à l’Université d’Ottawa (Programme National : Diplômes en Droit civil et Common Law).

2015-2016 : Stage en droit et examens du barreau de l’Ontario.

2016 : Assermentation au barreau de l’Ontario. Devient officiellement avocate et ouvre son propre cabinet juridique bilingue à Toronto, Alina Sklar, Barrister & Solicitor.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Les classiques revisités de Monia Mazigh

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

Il y a quelques jours, j’ai eu le privilège, lors d’une table ronde organisée par la plus récente édition du salon du livre de l’Outaouais en partenariat avec Mosaïque interculturelle, de suggérer des classiques littéraires. Des classiques qui ne sont pas « connus » mais que je considère comme des grandes œuvres.

Mon premier classique serait Léon l’Africain, écrit en français par Amin Maalouf et publié en 1997.

Pourquoi ce livre? Parce qu’il est à cheval entre le récit historique et la fiction romancée et qu’il nous fait mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, en lien avec les relations entre l’Europe et les pays arabo-musulmans et l’Afrique. Le personnage principal est le symbole vivant de la rencontre de l’Orient et de l’Occident.

Léon l’Africain raconte l’histoire de Hassan al-Wassan, un personnage réel qui a vécu au 16è siècle, à une époque qui a vu l’essor de l’Europe et le début de la chute des anciennes civilisations, comme celles des Arabes et des Africains. Ce personnage arabe et musulman est capturé par des pirates siciliens et devient géographe chez Jean-Léon de Médicis.

Couverture de Léon l’Africain. Source : leslibraires.ca

On en apprend sur la chute de la ville de Grenade, en Espagne, et sur sa prise par les rois catholiques et le début de la terrible inquisition. On en apprend sur le royaume de Askia le Grand ou Mohamed Touré, ce roi africain fascinant qui a régné sur une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, une région qui s’étend de l’océan Atlantique jusqu’au Niger, en passant par Tombouctou, au Mali. Il a encouragé la science et ses astronomes étaient les meilleurs au monde.

A la fin de sa vie et de son récit, Léon l’Africain part vivre en Tunisie, mon pays natal, et c’est ainsi qu’il décrit les côtes tunisiennes de son navire. C’était comme si je les revoyais aujourd’hui :

« Blancs minarets de Gammarth, nobles débris de Carthage, c’est à leur ombre que me guette l’oubli, c’est vers eux que dérive ma vie après tant de naufrages. Le sac de Rome après le châtiment du Caire, le feu de Tombouctou après la chute de Grenade : est-ce le malheur qui m’appelle, ou bien est-ce moi qui appelle le malheur? »

La figure du père

Mon second classique serait Anatomie d’une disparition, écrit en anglais par Hisham Matar et publié en 2017.

Hisham Matar est un auteur « obsédé » par le père. Son amour, sa présence, son image, son odeur et aussi sa disparition. Et pourquoi il ne le serait pas, alors que l’auteur lui-même a vécu avec cette image floue d’un père qui un jour était vivant, diplomate se déplaçant d’une ville à une autre et, le lendemain, devenu opposant de Kadhafi et disparu sans laisser de trace. Un grain de sel dans un grand verre d’eau.

J’ai choisi Hisham Matar parce que c’est un citoyen du monde né à New York, élevé à Tripoli (Libye) et au Caire (Égypte), éduqué à Londres et vivant aujourd’hui aux États-Unis. Cet auteur écrit en anglais et est donc méconnu du public francophone. C’est aussi un auteur libyen, et il est très rare d’entendre parler de ce pays, à part bien sûr d’évoquer le dictateur Mouammar Kadhafi ou la guerre qui s’en est suivie après que ce dernier ait été chassé du pouvoir.

Couverture d’Anatomie d’une disparition. Source : leslibraires.ca

Mais au-delà des nouvelles, il y a les histoires de gens. Des gens comme le père de Hisham Matar, ou celui de l’un de ses personnages. Nuri est le fils de Kamal Pasha el-Alfi, dissident politique sous une dictature arabe (le pays n’est jamais nommé) et ancien ministre de la monarchie égyptienne.

Le jeune Nuri, adolescent au début du roman, n’aura de cesse d’élucider le mystère de la disparition de son père, habité par cette soif intense de le retrouver. Dans les romans de Matar, la mère est souvent triste, mélancolique, alcoolique et dépressive.

Plusieurs auteurs ont écrit sur « le père » et notamment sur le patricide.

Mais Matar a écrit sur le père non pas tué par ses propres enfants, mais disparu par le régime politique totalitaire qui l’efface, l’emprisonne et le fait disparaître. Toute personnalité qui contredit ou tient un discours de liberté ou de défiance face au régime despotique n’a plus le droit à la vie. Kadhafi l’a fait avec le père de Matar. Bourguiba, ancien président de la Tunisie, l’a fait avec tous ses opposants politiques. Il n’arrêtait jamais de dire qu’il était le père de tous les Tunisiens. Et donc, c’était sous-entendu qu’il fallait tuer les pères biologiques ou, à la limite, que ce n’était pas grave de tuer « les pères réels » pour qu’il reste le seul et unique progéniteur. Le « père de la nation ».

L’anatomie d’une disparition est aussi l’histoire de plusieurs pays arabes dont la jeunesse se sent perpétuellement orpheline d’un père qui fut une fois vivant, parfois même flamboyant, mais qui hélas s’est mystérieusement volatilisé, laissant sa progéniture incapable de grandir, d’aimer, de jouir de la vie et d’avancer vers le futur.

La mémoire d’un peuple

 Mon troisième classique serait Kukum, écrit en français par Michel Jean et publié en 2019.

Kukum raconte la vie de la grand-mère maternelle de l’auteur Michel Jean. Kukum signifie grand-maman chez les Innus et certains peuples autochtones. L’histoire de Kukum est l’histoire de la colonisation du Canada par les Européens. Venus exploiter les ressources de ce vaste pays, ils vont changer le mode de vie nomade des Innus. Ceux qui vivaient auparavant en harmonie avec la forêt et les saisons vont voir leur vie devenir sédentaire, leurs enfants arrachés sous prétexte de civilisation et d’éducation, et leurs langues jetées aux oubliettes, comme si elles étaient source d’ignorance et de honte.

Couverture de Kukum. Source : leslibraires.ca

Michel Jean dresse avec amour et sincérité le portrait de sa grand-mère, une femme qui ne s’est jamais fait abattre par les politiques de colonisation. Sa vie a été une série de batailles pour se tenir debout, pour elle, pour sa famille et pour toute sa communauté.

La voix narrative de Kukum est à la fois solide et vulnérable, ce qui la rend d’autant plus crédible.

 Cette nature indomptée et somptueuse m’a libérée de l’horizon. Je m’amusais à écouter l’écho de ma voix se perdre entre les montagnes.
— Extrait de Kukum, de Michel Jean

Kukum doit devenir un classique enseigné dans toutes les écoles canadiennes. Rien de mieux que cette histoire pour enrayer des siècles de préjugés envers les Innus et les peuples autochtones, et les stéréotypes qui ont sexualisé les femmes autochtones et en ont fait des « proies faciles » pour abuser d’elles et les faire disparaître. Il y a un côté magique et bon-enfant dans ce livre qui ne laissera personne indifférent.

Water-polo : au coeur de la qualification olympique canadienne avec Jessica Gaudreault

En ayant terminé huitième des derniers mondiaux de water-polo à Doha, l’équipe féminine canadienne a cru un temps voir son rêve de se rendre à Paris cet été s’envoler. Mais un événement inattendu a permis le repêchage des Canadiennes. Retour sur une journée folle avec la gardienne franco-ontarienne Jessica Gaudreault. 

Nous sommes le 16 février 2024. L’équipe canadienne de water-polo, qui jouait sa dernière carte pour tenter de se qualifier pour les Jeux olympiques de Paris, vient de s’incliner face à l’Italie sur le score de 18 à 12. Jessica Gaudreault et ses coéquipières sont déçues après un tournoi qui ne s’est pas terminé comme prévu. 

« Dans ce tournoi, au début, je trouvais qu’on était bien. À chaque match, on s’améliorait, et je pensais qu’on aurait mieux joué que ça contre l’Italie. Mais, des fois, c’est juste pas ton jour, c’est trop de stress, trop de pression », explique la gardienne originaire de Mississauga. 

La compétition s’était, en effet, plutôt bien déroulée pour le Canada jusque-là. Deuxièmes de leur groupe derrière cette même équipe d’Italie, les Canadiennes se sont qualifiées pour les quarts de finale après une belle victoire 14-12 contre la Nouvelle-Zélande. Finalement, après avoir été éliminé par l’Espagne, future médaillée de bronze, dans un match serré (9-12), le Canada a eu des matchs de classement entre les places 5 et 8 qui leur donnaient deux chances de valider le billet pour Paris. 

Une pression inhabituelle

Malheureusement, la suite, vous la connaissez. Après une première défaite contre l’Australie, là encore dans un match très proche (8-10), Jessica Gaudreault et ses coéquipières se sont retrouvées dos au mur avec une pression qu’elles n’ont pas forcément l’habitude de gérer, contrairement à leurs adversaires…

« Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au Canada, nous n’avons pas de ligue professionnelle, contrairement à ces filles-là en Europe, précise la gardienne de but. Elles ont l’habitude de jouer des matchs à haute pression. Nous, de notre côté, on ne fait pas ça assez souvent. C’est une des raisons pour lesquelles on n’a pas bien débuté le match », explique la Franco-Ontarienne.

« Je trouve qu’après, dans le deuxième et le troisième quart, nous avons mieux joué. De manière générale, je pense que c’était un tournoi correct, c’est juste dommage que nous n’ayons pas produit notre meilleur match contre l’Italie, la deuxième fois. »

Jessica Gaudreault dans les buts canadiens lors du match face à la Grande-Bretagne. Crédit image : World Aquatics.

En finissant huitièmes de ces mondiaux, les Canadiennes ont hérité de la première place non qualificative pour les Jeux olympiques de Paris. Au-delà de cela, c’était vraiment l’idée d’une fin de cycle, avec certaines de ses coéquipières en fin de carrière, qui chagrinait Jessica Gaudreault. 

« C’était vraiment difficile. Surtout pour moi, parce que ça fait maintenant 13 ans que je suis avec l’équipe et il y a des filles avec qui je joue depuis 10 ans. Avec cette élimination, on avait l’impression que notre temps ensemble allait toucher à sa fin. J’ai surtout repensé à toutes ces heures de travail, d’entraînement. C’est surtout ça qui était dans ma tête à ce moment-là. » 

Un dernier espoir

L’histoire aurait pu en rester-là, mais sur la fin du tournoi, des rumeurs avaient commencé à faire surface au sujet de l’Afrique du Sud, qualifiée d’office pour Paris en tant que seul représentant africain, qui pourrait faire marche arrière. 

« À peu près six heures après notre défaite, notre entraîneur a reçu un appel d’un délégué du Comité international olympique de Paris, qui nous a dit de retourner à la piscine pour une annonce spéciale. On avait entendu ces rumeurs à propos de l’Afrique du Sud, donc on avait des espoirs que c’était ça. Finalement, lorsqu’on est arrivé, ils nous ont dit qu’on avait notre billet pour Paris. Ça a totalement changé notre journée. » 

C’est un véritable tourbillon d’émotions qu’ont vécu les Canadiennes en l’espace de six heures. Avec maintenant la certitude qu’elles seront bien présentes à Paris cet été, l’heure est désormais à la préparation pour l’événement. Contrairement aux Européennes, toutes les joueuses ne retournent pas dans leurs clubs au sein de ligues professionnelles, puisque plus de la moitié de l’effectif n’est pas professionnel. 

« Il n’y a que des ligues récréatives au Canada », explique la pensionnaire du club d’Ottawa Capital Wave.

Pour la majorité des joueuses, il faudra donc attendre les regroupements de l’équipe nationale, lors des stages de préparations, pour retrouver le haut niveau avant les Jeux, où l’objectif sera de faire mieux qu’à Tokyo en 2021. Il y a trois ans, les Canadiennes s’étaient classées septièmes du tournoi olympique.

Droits linguistiques : l’aéroport Pearson condamné à payer une amende de 6500 $

Dans une décision rendue mardi, la Cour fédérale a sévèrement rabroué l’Aéroport International Pearson pour plusieurs violations de la Loi sur les langues officielles et son « approche étroite » des droits linguistiques. L’aéroport torontois suggérait notamment qu’il lui faudrait un an pour changer un panneau en français sur un guichet automatique, « stupéfiant » le juge dans le dossier.

Le plaignant dans ce dossier est Michel Thibodeau, un Franco-Ontarien d’Ottawa. Il a remporté une bataille de plusieurs années contre l’Autorité aéroportuaire du Grand Toronto (GTAA), qui gère l’Aéroport International Pearson et est assujettie à la Loi sur les langues officielles en tant qu’institution fédérale. Cette dernière devra lui verser près de 6500 $ en dommages-intérêts et en dépens.

Michel Thibodeau avait remporté deux autres batailles judiciaires en 2022 contre des administrations aéroportuaires de Saint-Jean (Terre-Neuve-et-Labrador) et d’Edmonton (Alberta), qui avait été obligées de lui payer près de 20 000 $.

Entre 2016 et 2021, l’homme a déposé 410 plaintes contre des autorités aéroportuaires et 158 contre d’autres instances fédérales. Devant les tribunaux, l’Aéroport Pearson avait qualifié ses démarches « de grandes croisades contre les institutions fédérales, où il recherche activement d’éventuelles violations linguistiques pour son propre gain financier ». Un argument que n’a pas accepté le juge de la Cour fédérale, Peter Pamel, dans sa décision.

« Si tel est effectivement le cas, ma réaction immédiate serait : ‘tant mieux pour lui!’ si cela aboutit à attirer l’attention du public sur cette question et à garantir que les institutions fédérales soient fidèles aux valeurs canadiennes et fassent preuve d’un plus grand respect des droits linguistiques inscrits dans la Charte », écrit-il dans la décision en anglais, dont la version française n’était pas disponible au moment d’écrire l’article.

L’aéroport Pearson « n’a pas caché son mépris à l’égard des tactiques employées par M. Thibodeau pour faire valoir ses droits », souligne d’ailleurs le juge. L’aéroport reprochait à M. Thibodeau de régler ses dossiers devant les tribunaux, plaidant que si le véritable enjeu est de régler ce qui lui tient à cœur, cela pourrait se faire sans avoir à s’adresser à la Cour fédérale.

« Il me semble que la préservation et le développement des minorités de langue officielle au Canada ne pourront être réalisés que lorsque nous ferons la lumière sur les violations des droits linguistiques et que l’attention du public et les déclarations judiciaires sur les violations changeront les mœurs sociales canadiennes », soutient le juge Peter Pamel.

Ce dernier a par ailleurs encensé les actions du citoyen franco-ontarien, faisant valoir qu’il « cherche, à tort ou à raison, à dénoncer ces lacunes dans la façon dont les institutions fédérales donnent effet à ses droits linguistiques ».

« J’espère qu’un jour, nous n’aurons plus besoin de gens comme Michel Thibodeau dans ce monde, mais d’ici là, les défenseurs passionnés des droits linguistiques ont leur place dans notre société », ajoute-t-il.

Un an pour changer un panneau

La cause remonte à des plaintes qu’avait déposées Michel Thibodeau au Commissariat aux langues officielles en 2017, concernant des violations linguistiques. Le chien de garde fédéral lui avait alors donné raison.

La Cour fédérale a d’abord reconnu des violations linguistiques par l’Aéroport Pearson, concernant l’absence de certains communiqués de presse en français sur son site web, entre 2017 et 2020. Ensuite, elle a tranché que des violations ont été commises aux droits de M. Thibodeau dû à l’absence de français dans la signalisation sur un guichet automatique. Ce dernier était situé dans un commerce de la Banque CIBC, à l’intérieur de l’aéroport.

La GTAA argumentait devant la Cour que l’ajout d’une équivalence en français pourrait prendre plus d’un an à régler, car la CIBC était à l’époque en processus de refonte de son logo. Le magistrat s’est dit « stupéfait » de voir que « le respect des droits linguistiques garantis par la Constitution pourrait être mis en veilleuse jusqu’à un moment plus opportun ».

Il y a aussi eu une troisième violation concernant un affichage seulement en anglais d’un panneau d’assurance voyage au sein du même commerce. Les signalisations de la CIBC ont finalement été mises à jour et ont maintenant des panneaux bilingues, avec la même taille de caractères pour chaque version, avait avisé la GTAA devant la Cour.

« Je suis d’avis qu’un montant considérablement plus élevé que celui demandé par M. Thibodeau (1500 $ pour chaque plainte) relativement à ces deux violations des droits linguistiques aurait été justifié dans les circonstances. Cependant, je me limite aux montants demandés par M. Thibodeau à cet égard », admet même le juge dans son verdict.

La Cour a aussi reconnu un non-respect des droits de M. Thibodeau concernant un panneau unilingue en anglais situé à l’entrée de l’aire de jeu d’un commerce Booster Juice au sein de l’aéroport. Selon le GTAA, une signalisation en français n’était pas nécessaire, puisqu’il ne s’agissait pas d’une « une étape ou d’un élément essentiel et indispensable dans l’achat d’un smoothie ». Le juge Pamel a répondu : « Je ne peux pas être d’accord avec une approche aussi étroite pour déterminer les droits linguistiques dans ce pays. »

Un porte-parole de l’Aéroport Pearson a indiqué à ONFR que l’organisation aéroportuaire était en train « d’étudier le jugement et de faire les vérifications nécessaires », sans préciser si elle comptait porter la décision en appel.

Le commissaire aux langues officielles, qui agissait à titre d’intervenant dans le dossier, s’est réjoui que le tribunal « ait adopté une interprétation large et libérale de la Loi sur les langues officielles ».

« Cette décision assurera un plus grand respect des droits linguistiques du public voyageur et une plus grande conformité à la Loi de la part des institutions qui traitent avec ce public », a réagi Raymond Théberge dans une déclaration.

Humour, conte et cirque en Ontario français

Alors que les auteurs franco-ontariens se rassemblent au Salon du livre de l’Outaouais jusqu’à dimanche et au Salon du livre de Toronto la semaine prochaine, d’autres types d’arts se déploient partout afin de raconter des histoires à travers la province, qu’elles soient improvisées, contées ou filmées.

Le retour des blagues

Une nouvelle soirée d’humour voit le jour à Hammond, dans l’Est ontarien. Mais le Domaine Mallity a déjà été, dans une autre vie et sous un autre nom, l’hôte d’une soirée semblable. C’est désormais tous les derniers jeudis du mois que les humoristes francophones se succéderont dans une soirée animée par Jonathan Dion. La toute première édition accueillera sur scène l’animateur de l’ancienne version (les 4 saisons de l’humour), Phil Brown, ainsi que l’animatrice du Bordel Comédie Club, Évelyne Roy-Molgat. Les trois Franco-Ontariens seront rejoints par la tête d’affiche Joe Guérin.

Jonathan Dion est originaire de Clarence Creek. Crédit image : Lexine Ménard

Hammond, le 29 février. Détails et billets sur la plateforme Eventbrite.

Dégustation et histoires

L’agenda de Djennie Laguerre semble bien rempli ces temps-ci. C’est à Barrie qu’on pourra la voir ce samedi lors d’une soirée de conte théâtral. Les kriks et les kraks résonneront au Centre Sandbox dès 19h30. La soirée de contes est précédée d’une dégustation de nourriture caribéenne (dès 18h30) et suivie d’une discussion avec l’artiste franco-ontarienne d’origine haïtienne. L’activité est organisée par La Clé de la Baie dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs.

Djennie Laguerre est une comédienne et conteuse haïtienne et franco-ontarienne. Source : La Clé de la Baie

Barrie, le 24 février. Détails et billets sur le site de La Clé de la Baie.

Le monde artistique selon Pier Paquette

Le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) est fin prêt pour sa production maison professionnelle de l’année. Le comédien sudburois Pier Paquette revisite les œuvres qui l’ont marqué à travers les années dans Le château intérieur, présenté de jeudi à samedi.

Monologue, poèmes, contes se mêlent dans ce spectacle solo. Certaines activités sont organisées en marge des représentations, comme une soirée quiz le vendredi et une heure du conte et bricolage pour enfants le samedi. Cette dernière activité permet aux parents de profiter du spectacle pendant que leurs jeunes de 3 à 12 ans vivent leur propre activité.

Pier Paquette lors d’un point de presse concernant Le château intérieur. Crédit image : Priscilla Pilon

Sudbury, du 22 au 24 février. Détails et billets sur le site du TNO.

La tournée du Coup de foudre

Le passage de Stéphanie Morin-Robert à Contact ontarois 2023 lui a été particulièrement bénéfique. Gagnante du tout dernier prix Coup de cœur (les catégories ayant changé en 2024), elle a pu promener la version francophone de son spectacle Blindside, intitulée Angle mort, durant toute l’année. Ce n’est pas terminé, car l’artiste originaire de Timmins repart en tournée Réseau Ontario cette semaine.

Elle sera le 29 février au Conseil des arts de Hearst, le 2 mars au Centre régional de Loisirs culturels de Kapuskasing, le 8 mars au Centre culturel La Ronde de Timmins et le 9 mars à l’école secondaire Trillium de Chapleau, à l’invitation du Centre culturel Louis-Hémon. Ces dates s’ajoutent à plusieurs représentations dans les écoles de la province.

Stéphanie Morin-Robert a perdu un œil à l’âge de sept ans. Sur scène, elle fait un remarquable travail de vulgarisation en racontant son histoire de façon hilarante, parfois troublante, qui ne manque pas de faire réagir les foules.

Stéphanie Morin-Robert lors de sa vitrine à Contact ontarois, en janvier 2023. Crédit image : Stéphane Bédard.

Plusieurs lieux et plusieurs dates. Détails sur la plateforme Scènes francophones.

Du cirque à Kapuskasing

Le personnage pour enfants bien connu Atlas Géocircus sera de passage au Centre régional de Loisirs culturels de Kapuskasing ce vendredi. Atlas dans l’espace est un spectacle participatif pensé pour les jeunes d’âge scolaire. Le chanteur et artiste de cirque nomade qui voit le monde « comme un grand terrain de jeu à explorer » entraînera les enfants dans des aventures loufoques à travers la galaxie.

Affiche du spectacle Atlas dans l’espace. Source : Prestigo

Kapuskasing, le 23 février. Billets sur la plateforme Le point de vente.

Des films en français à Kingston

Le Festival du film canadien de Kingston (KCFF) offre quelques options de films francophones, avec sous-titres en anglais. Le film Ru, de Charles-Olivier Michaud, basé sur le roman de Kim Thúy, sera présenté le 1er mars. Kanaval d’Henri Pardo, en français et en créole, sera projeté le 29 février et le 1er mars, tout comme Solo, de Sophie Dupuis. Les jours heureux, film de Chloé Robichaud mettant en vedette Sophie Desmarais, sera sur les écrans du KCFF les 2 et 3 mars.

Sophie Desmarais, parle du film Les jours heureux dans un épisode de La cabine d’ONFR. Archives ONFR

Kingston, du 28 février au 3 mars. Détails et billets sur le site du KCFF.

Sortie d’Enfer et paradis, le nouvel album de Kimya

OTTAWA – Sept ans se sont écoulés depuis lEP Or et Flamme (2017), qui lui avait valu le Trille or Découverte en 2019. Depuis, si vous pensez que Kimya a changé, c’est parce qu’il a grandi, comme le scande le rappeur dans La légende, la première pièce du nouvel album. Enfer et paradis sera lancé ce vendredi à Quatrième salle du Centre national des arts (CNA). ONFR s’est entretenu avec l’artiste d’origine congolaise, qui fête ses 20 ans au Canada cette année.

Le titre Enfer et paradis fait référence au travail personnel que Kimya a dû faire dans les dernières années, après une entrée remarquée et non calculée dans le monde de la musique, période dans laquelle s’entremêlaient un désir de revendication, des enjeux familiaux et une rage de faire carrière. « Tout est arrivé trop vite et par la suite, je ne savais plus quoi dire. J’ai dû prendre du recul pour apprendre à me connaître et à mieux connaître l’industrie musicale. »

Dualités implicites

Ce n’est pas consciemment que Kimya a choisi des duos d’éléments pour nommer ses projets, Or et flamme et Enfer et paradis. Mais son œuvre est parsemée de dualités, à commencer par les identités congolaises et franco-ontariennes.

« Je trouve que ça vit très bien ensemble. Il y a des fois où je milite pour mes droits en tant que Franco-Ontarien, et des fois où je milite pour mes droits en tant que Congolais. (…) C’est certain que ce ne sont pas les mêmes réalités, ce sont deux combats complètement différents, mais ça fait partie de ma nouvelle identité en étant ici. »

Kimya lors de l’émission Lendemain de veille TFO en 2023. Crédit image : Stéphane Bédard

Pour Kimya, il était important d’affirmer davantage son côté congolais sur le nouvel album. On retrouve certaines paroles dans sa langue maternelle, le lingala, sur les chansons Motema (avec Akeem Oh) et Tribal, laquelle présente aussi des « éléments clés de la musique traditionnelle congolaise » comme le tam-tam ou la guitare, par exemple.  Dans cette chanson, même s’il parle de « culture grandiose », le rappeur n’hésite pas à dénoncer les atrocités qui se déroulent aussi dans son pays d’origine.

« J’en parle surtout parce que je trouve que les médias n’en parlent pas. Par exemple, dans l’Est du Congo, il y a encore des tueries, des femmes qui se font violer… mais il n’y a aucun média qui en parle ici. Moi, j’ai la chance de pouvoir faire de la musique et que ma voix puisse toucher un petit nombre de personnes. Financièrement, je ne peux pas aider mon pays avec des millions de dollars. Mais ma voix peut au moins faire passer ce message. »

Pour Kimya, la période de la pandémie a été un grand moment d’introspection. Crédit image : Phil Larivière

Avec plusieurs de ses proches, Kimya se prépare à retourner au Congo pour la première fois depuis qu’il l’a quitté, en 2004. Une quête identitaire qu’il caresse depuis longtemps et qu’il prépare avec fébrilité. Le trentenaire demande entre autres à sa famille de lui envoyer des photos de lui lorsqu’il était enfant, parce qu’il n’en possède pas. « Ça me permet de revoir toutes ces personnes avec qui j’ai grandi, mais avec qui je n’ai pas nécessairement de rapport. Pour moi, c’est important de pouvoir reconnecter avec eux, d’une certaine façon. »

Le rêve du rap au CNA

En entrevue pour une Rencontre ONFR en 2020, Kimya commentait l’état du monde du rap et son côté marginal. Il affirmait alors : « C’est difficile pour un rappeur de faire le Centre national des Arts », plaidant à la fois pour une plus grande ouverture des salles de spectacles et pour un rap de meilleure qualité.

Exemple parfait du message de détermination véhiculé sur ce nouvel opus, c’est au CNA que sera lancé Enfer et paradis ce vendredi. Il s’agit d’un grand accomplissement pour celui qui a déjà travaillé à cette institution de la rue Elgin à Ottawa, en rêvant de monter sur ses scènes. « C’est aussi de dire aux autres personnes qui viennent ici, au Canada, d’un pays comme le mien, qu’il y a la possibilité de faire de grandes choses si tu y mets du travail », affirme le Congolais.

C’est ce sentiment que Kimya souhaite insuffler aux spectateurs dans ce spectacle unique, pendant lequel il souhaite installer une ambiance d’inclusivité et de partage avec le public. Il sera entouré de D-Track et Akeem Oh, qui font des apparitions (featuring) sur l’album, et d’autres collaborateurs comme Guy Landry, Patrick Pharand, violoniste des Rats d’Swompe ou Fiston Zamwangana, guitariste congolais.

Avec d’autres artistes franco-ontariens lors de l’émission Lendemain de veille TFO. De gauche à droite : LeFLOFRANCO, Céleste Lévis, Mélissa Ouimet, Kimya, Alain Barbeau et Geneviève Roberge-Bouchard. Crédit image : Stéphane Bédard

Kimya souhaite aussi que ce nouvel opus donne un souffle à la scène rap franco-ontarienne, qu’il juge plutôt tranquille. Dans les paroles, il salue des amis comme LeFLOFRANCO, DJ Skorpyon et Le R Premier, qui lui a tendu la main en début de carrière et l’accompagne toujours avec son étiquette de disques, L’armure du son.

La vérité sort de la bouche des enfants

La chanson-titre occupe une place particulière dans le cœur de l’auteur-compositeur-interprète, non seulement pour sa signification, mais aussi pour le contexte dans lequel elle a été écrite. Celui qui est aussi animateur culturel venait de donner un atelier devant des élèves de troisième année.

« Je leur disais qu’ils avaient plein de potentiel, qu’ils étaient les chefs d’entreprises de demain, de croire en leurs rêves et que ça allait être eux qui allaient changer le monde. Du coup, il y a une jeune fille qui lève la main et qui dit : ‘Kimya, mais comment est-ce qu’on change le monde?’ Ça m’a tellement fait réfléchir. » C’est à ce moment précis que l’artiste fait référence dans la première phrase de la chanson.

On m’a demandé, Kimya, comment changer le monde? Comment changer tous les autres, si tu ne changes pas toi-même?
— Extrait de Enfer et paradis

Le choix d’Enfer et paradis comme titre de l’album n’est pas anodin. Kimya souhaite à tout le monde de vivre un processus de connaissance de soi comme celui qui l’a lui-même guidé vers ce nouveau projet.

« Je pense que c’est possible d’être heureux. C’est pour ça que je parle de paradis aussi, parce que j’étais dans cet enfer où je ne voyais rien avancer dans ma vie personnelle. Et le fait d’avoir mis autant d’efforts sur ma santé physique et mentale et sur l’amour que je partage avec les gens autour de moi, j’ai vu un autre côté de moi, que je ne connaissais pas. »

Pochette de l’album Enfer et paradis. Crédit image : 36 mille communications

L’album Enfer et paradis sera officiellement lancé le 23 février au CNA. Composé de huit pièces, il paraît sous l’étiquette l’Armure du son et est réalisé par Brodie Larocque.

Kimya offira également une performance au Gala de la francophonie plurielle à la Maison de la francophonie d’Ottawa, le 15 mars. Il y interprétera l’un de ses nouveaux textes, en version slam.

Toronto exclut le français d’un sondage multilingue pour ses résidents

TORONTO – Un questionnaire en anglais, en mandarin, en cantonais, en tagalog, en tamoul ou encore en espagnol… Mais pas de français. C’est le formulaire « multilingue » reçu par plusieurs résidents de la Ville Reine. Cette exclusion de la langue officielle canadienne fait vivement réagir l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO).

Ce sondage général à l’attention des résidents, daté de février 2024, a notamment pour vocation de récolter l’avis des Torontois sur le transport, l’accès aux programmes communautaires, la sécurité, le logement, etc.

Il est présenté comme un « engagement à améliorer la compréhension du bien-être et de l’expérience des voisinages dans leur diversité ». Pourtant, les seules langues dans lesquelles il est possible d’y répondre s’avèrent être l’anglais, le mandarin, le cantonais, le tagalog, le tamoul et l’espagnol.

« Alors que la diversité culturelle et linguistique de Toronto est célébrée, il est regrettable de constater que le français, l’une des langues officielles du Canada, a été négligé dans cette initiative de consultation », déplore l’ACFO dans un communiqué de presse, questionnant l’inclusivité de cette omission.

Une copie de l’invitation à répondre au sondage en ligne. Gracieuseté ACFO-Toronto

« Les résidents francophones de Toronto méritent d’avoir la possibilité de participer pleinement au processus démocratique, en comprenant et en répondant au sondage dans leur langue maternelle. »

Alertée par une Franco-Torontoise dans l’incapacité d’accéder aux questions en français via le formulaire en ligne, la présidente de l’ACFO-Toronto Zahra Diallo estime qu’il s’agit d’un problème récurrent vieux de plusieurs années.

« Nous avons maintenant une nouvelle mairie et, avec ça, l’espoir qu’ils feront un effort dans ce sens »
—  Zahra Diallo, présidente de l’ACFO Toronto

« Parmi les arguments avancés par le passé par la mairie, le nombre plus important d’autres communautés et minorités ethnoculturelles au sein de la ville », explique celle-ci pour qui cela ne soustrait pas le droit du français en tant que langue officielle.

« Nous avons maintenant une nouvelle mairie et, avec ça, l’espoir qu’ils feront un effort dans ce sens. On a également porté cette problématique à l’attention du comité francophone. On espère pouvoir travailler ensemble pour régler cette question une fois pour toutes », conclut-elle.

L’organisme entend ainsi convaincre la Ville de prendre des mesures pour inclure le français dans ses prochains sondages « garantissant ainsi que tous les résidents, indépendamment de leur langue maternelle, aient une voix égale dans le processus de prise de décision ».

La Ville défend son choix, indiquant avoir plutôt tenu compte des langues les plus parlées plutôt que des langues officielles : « La méthodologie d’enquête par échantillon aléatoire a été conçue pour maximiser les réponses dans des zones localisées spécifiques », argumente Russell Baker, gestionnaire des relations avec les médias à la Ville de Toronto.

Dans un échange de courriel avec ONFR, il indique que « l’enquête a été proposée dans les langues les plus fréquemment parlées (…). Bien que le français soit généralement inclus dans les enquêtes menées par la Ville avec des échantillons beaucoup plus vastes et ciblés, il n’a pas été inclus aux fins de cette enquête pour l’approche relativement restreinte et aléatoire ».

Les libéraux fédéraux pourraient perdre l’ensemble de leurs sièges en Ontario français

OTTAWA – Si des élections fédérales avaient lieu aujourd’hui, les libéraux pourraient perdre l’ensemble de leurs sièges dans les circonscriptions à forte présence francophone en Ontario. Les conservateurs de Pierre Poilievre seraient grandement favoris selon les plus récentes projections de la firme de sondage Léger pour ravir des sièges dans le Nord de l’Ontario et dans la capitale fédérale.

Glengarry–Prescott–Russell (54 % de francophones), Nickel Belt (35 %), Orléans (28 %), Sudbury (16 %), Nipissing—Timiskaming (14 %) passeraient tous du rouge au bleu, selon les projections de Léger. Le site QC125 qui reprend les projections de Léger évalue les chances de victoire par circonscription, basées sur les chiffres nationaux. Dans l’ensemble de ces circonscriptions, les conservateurs seraient projetés gagnant avec 36 à 45 % des intentions de vote, des chiffres qui font dire au site de prédictions électorales que les probabilités de victoires conservatrices sont au-delà de 90 %.

« On n’a pas vu ça souvent dans l’histoire récente, mais ça témoigne de la force de l’équipe Poilievre sur le terrain par rapport au fait que le message sur le coût de la vie résonne », analyse la politologue Stéphanie Chouinard du Collège militaire royal du Canada.

La dernière fois que les conservateurs étaient au pouvoir entre 2006 et 2015 sous Stephen Harper, il a eu des représentants de son parti dans Orléans, Glengarry–Prescott–Russell et Nipissing-Timiskaming.

« Ça fait huit ans qu’on est là, alors c’est sûr qu’il y a toujours de l’usure dans un gouvernement », ne cache pas le député libéral Francis Drouin.

Francis Drouin. Crédit image: Stéphane Bédard.
Élu depuis 2015, le député de Glengarry-Prescott-Russell Francis Drouin compte se représenter à l’élection de 2025. Crédit image : Stéphane Bédard.

L’un de ceux menacés par l’appui grandissant de l’actuelle opposition officielle est le libéral Marc Serré dans Nickel Belt. « C’est inquiétant les sondages, mais il y en a qui sortent chaque jour. On a fait tellement de choses », lance-t-il, citant l’aide apportée durant la pandémie et les récents investissements dans la filière des batteries électriques.

« Mais ce ne sont pas des choses qui se répandent », admet-il comme problématique.

En se basant sur ces projections, les conservateurs pourraient s’emparer des deux comtés dans la région du Grand Sudbury, ce qui n’est jamais arrivé par le passé étant toujours associé aux libéraux et néo-démocrates.

« C’est un peu surprenant dans Nickel Belt, cible Stéphanie Chouinard. Aux trois dernières élections, les conservateurs étaient troisièmes derrière les néo-démocrates. Donc, c’est une mauvaise nouvelle pour le Parti libéral, mais aussi pour les néo-démocrates, qui ne sont pas vus comme l’alternative viable aux libéraux », observe-t-elle.

Le chef conservateur et ses troupes ont effectué des arrêts à Timmins, Sudbury et Kapuskasing au cours des derniers mois, martelant leur message d’abolir la taxe carbone.

« Pourquoi les députés libéraux à Thunder Bay, North Bay, Sudbury, Sault Ste. Marie et d’autres communautés où il fait un froid glacial ne bénéficient pas de la même pause (sur la taxe carbone)? Est-ce parce que leur député libéral local est complètement inutile? » affirmait notamment Pierre Poilievre aux Communes avant les fêtes.

Le nouveau chef du Parti conservateur Pierre Poilievre. Crédit image: Stéphane Bédard
Le chef conservateur Pierre Poilievre donnant un discours après sa victoire à titre de leader du Parti en 2022. Crédit image : Stéphane Bédard

« Les gens sont inquiets de l’abordabilité. Alors quand tu as un Parti conservateur qui passe dans les médias avec des slogans de 3-4 mots, ça passe dans les médias et les réseaux sociaux et en tant que gouvernement, il faut gérer ça », soutient Marc Serré.

Pour son son collègue dans l’Est ontarien, Francis Drouin, Justin Trudeau est toujours le bon capitaine pour le bateau libéral signalant que la campagne prévue en octobre 2025 est encore lointaine.

« En ce moment, c’est comme un match de boxe, ça crie fort et ça jappe fort, mais tant et aussi longtemps que la joute n’a pas eu lieu, ça peut changer », croit le représentant de la seule circonscription à majorité francophone en Ontario.

« Ce n’est pas Pierre Poilievre qui n’a pas présenté de plan en ce moment, outre que dire qu’il va couper une taxe (carbone) et -comme s’il est le Bon Dieu- qui va descendre du ciel pour régler tous les problèmes », attaque-t-il.

Les comtés d’Algoma-Manitoulin-Kapuskasing (23 % francophones) et Ottawa-Vanier (23,5 %) seraient de leur côté impliqués dans une chaude lutte avec les conservateurs. À noter que Algoma-Manitoulin-Kapuskasing sera retiré de la carte électorale lors des prochaines élections. Le comté sera alors redistribué à d’autres circonscriptions du Nord de l’Ontario, qui perd ainsi un représentant au Parlement.

Pour Stéphanie Chouinard, il reste encore beaucoup de temps d’ici la fin de 2025 pour parler « d’une carte parfaite pour les conservateurs ».

« Mais on voit que dans des circonscriptions qui sont généralement largement associées aux libéraux, effectivement, il y aura de chaudes luttes à surveiller. Ça parle à l’urgence que certains et certaines députées doivent sentir de renforcer leur présence sur le terrain dans leur circonscription pour sauver les meubles. »

« La perspective de voir des Canadiens d’origine africaine exceller n’est pas encore installée dans le Nord », selon Hosni Zaouali

Hosni Zaouali est un entrepreneur franco-ontarien et le président-directeur général de Voilà Community Help, une plateforme de tutorat en ligne.

L’initiative IDENO (Innovation de développement économique dans le Nord de l’Ontario), dirigée par M. Zaouali, est un projet dédié à la croissance et à la prospérité de l’écosystème entrepreneurial du Nord.

Trois ans après son implantation, l’heure est au bilan pour ce programme qui prend fin et dont la pérennisation reste incertaine.

« Quel bilan tirez-vous, en quelques mots, de ce projet pilote?

Le bilan est très positif, on a réussi à créer un métavers (monde virtuel) pour l’entrepreneuriat dans le Nord de l’Ontario. Cette technologie a permis de multiplier les interactions spontanées entre les entrepreneurs, les investisseurs, les fournisseurs de services comme le gouvernement. Il y a eu 18 postes créés en trois ans, dont 14, à temps partiel, et dix nouvelles entreprises ont vu le jour.

Comment définiriez-vous cet entrepreneuriat du Nord aujourd’hui?

Il y a un entrepreneuriat super dynamique, caractérisé par l’enthousiasme de la communauté à apprendre et sa capacité à construire des entreprises financièrement, mais aussi opérationnellement viables. Il y a un énorme appétit des jeunes francophones à créer des entreprises. Nous avons remarqué une demande particulièrement grande chez les jeunes issus de l’immigration.

Quels ont été les principaux défis rencontrés?

Un des premiers défis est que les structures gouvernementales dans le Nord ne sont pas nécessairement adaptées aux projets de haute technologie et d’innovation. Le deuxième problème, c’est que les organismes à but non lucratif, notamment francophones, en nous voyant créer de l’enthousiasme autour de l’entrepreneuriat, nous voient comme une menace pour leurs sources de financement. Au départ, tout le monde était partenaire et, très rapidement, ils ont vu qu’ils allaient être submergés par la technologie et ont essayé de nous savonner la planche et ça, c’est dommage parce que ça fait qu’il y a une espèce de cannibalisme francophone dans cette région.

Un autre enjeu de taille, c’est qu’on a fait face à des micro-agressions d’autres acteurs dans le Nord qui ne sont pas habitués à voir des Canadiens d’origine africaine exceller en termes de technologie et de création d’entreprise. On a eu, par exemple, quelqu’un qui nous a dit littéralement : ‘’Nous ne comprenons pas pourquoi FEDNOR (l’Agence fédérale de développement économique pour le Nord de l’Ontario) donne de l’argent à quelqu’un comme vous’’. Cette perspective de voir des Canadiens d’origine africaine exceller n’est pas encore installée dans le Nord de l’Ontario, ce qui fait qu’il y a beaucoup de Canadiens d’origine africaine qui ont du mal à s’exprimer, à s’épanouir.

Avez-vous constaté des défis particuliers pour les entrepreneurs francophones?

Les francophones sont aussi capables que les autres entrepreneurs, voire encore plus grâce à leur pluralité linguistique et culturelle. Cependant, il y a eu plusieurs acteurs francophones qui ne sont pas prêts à voir des francophones d’origine africaine s’établir en tant que chef d’entreprise. Et ça, je trouve que c’est vraiment un énorme problème. Toutes les données montrent que, en fin de compte, un francophone d’origine africaine aura plus de mal à ouvrir et à garder son entreprise dans le Nord de l’Ontario.

Allez-vous tout de même pérenniser ce programme?

Nous sommes décidés, malgré les défis que l’on a rencontrés, à rester et à continuer notre travail dans le Nord. Après, ça ne dépend pas que de nous non plus. Si FEDNOR désire que nous continuions à investir nos ressources, notre argent, notre temps, notre technologie dans le Nord, nous le ferons volontiers avec grand plaisir.

Pensez-vous que le Nord est prêt pour l’arrivée des différents outils permis par l’intelligence artificielle?

Que ce soit dans le Nord, dans le sud de l’Ontario, ou en Europe, personne n’est prêt. Il y a une révolution technologique qui est en train de se passer devant nous, qui est bien plus brutale que la création de l’électricité. Personne ne comprend l’impact que ça va avoir sur les jeunes, l’entrepreneuriat, le travail, le l’éducation, et donc dans le Nord c’est encore plus flagrant.

Mon message pour les jeunes, les entrepreneurs et les travailleurs dans le Nord de l’Ontario, c’est que vous n’allez pas être remplacés par l’intelligence artificielle, mais vous serez sûrement remplacés par quelqu’un d’autre qui utilise l’intelligence artificielle. Il y a énormément de travail à faire de ce côté-là, pour ne pas rater le train et ça c’est important de le souligner. »

Retour des élus à Queen’s Park sur fond de triple crise

TORONTO – Après dix semaines de trêve hivernale, le gouvernement et l’opposition font leur retour sur les bancs de l’Assemblée législative de l’Ontario ce mardi. Logement abordable, financement des universités et système de santé devraient rapidement se retrouver au cœur des échanges en chambre.

C’est un retour attendu ce mardi à Queen’s Park, alors que les élus ontariens regagnent leurs sièges avec des agendas contradictoires. De son côté, le gouvernement, qui prépare le terrain au prochain budget, entend faire passer un projet de loi omnibus qui obligera notamment tout gouvernement à tenir un référendum en cas de volonté de mettre sur pied un programme provincial de tarification du carbone.

Ce projet de loi a par ailleurs pour objectif d’interdire les péages sur les autoroutes provinciales, d’automatiser le renouvellement annuel d’immatriculation des véhicules, de geler les frais de permis de conduire et de rendre prioritaire le prolongement de la ligne de train léger Hazel McCallion vers la boucle du centre-ville de Mississauga et le centre-ville de Brampton.

« Pour la taxe carbone, les gens ont leur mot à dire », a plaidé Doug Ford lors de sa dernière conférence de presse. « Il faut offrir du soulagement à la population plutôt que de lui imposer un fardeau. On remet de l’argent dans la poche des gens et on fait bouger l’économie. On est devenu un moteur économique en Amérique du Nord. »

Doug Ford lors de son annonce jeudi dernier. Source : chaine YouTube du gouvernement

De l’autre bord, l’opposition tentera de ramener les débats autour du logement abordable, du système de santé et du financement des universités.

« Ce gouvernement ne veut pas être dans la législature car nous posons des questions difficiles », a déclaré la cheffe de l’opposition, Marit Stiles, au micro d’ONFR en marge de la conférence du Club canadien de Toronto dont elle était l’invitée mercredi dernier, évoquant « les scandales et la corruption ».

« Pendant les vacances, j’ai parlé avec beaucoup d’Ontariens inquiets de la direction que prend ce gouvernement. Il donne la priorité à ses amis riches et non au futur de cette province. Les Ontariens méritent un gouvernement honnête et ce n’est pas le cas du gouvernement de M. Ford ».

Mme Stiles a indiqué que son caucus se préparait à revenir à la charge sur le dossier de l’Université de Sudbury après les révélations d’ONFR sur l’aval de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire, mais aussi plus largement sur le futur des universités de la province, au moment où plusieurs d’entre elles manifestent une fragilité financière à l’image de l’Université d’Ottawa.

En conférence de presse ce mardi, avant d’entrer en chambre, la députée libérale Lucille Collard a indiqué que son parti aller concentrer sa riposte sur les « vrais besoins des Ontariens », dont un meilleur système de santé et le logement abordable.

L’ensemble des partis d’opposition se rejoignent également sur l’urgence de la question du logement abordable.

Des réponses attendues dans le prochain budget

Ce retour législatif intervient dans un double contexte judiciaire. Une première décision de la Cour suprême a récemment donné raison à Doug Ford sur le secret des lettres de mandat. La seconde, émanant de la Cour d’appel de l’Ontario, lui a donné tort sur le plafonnement des rémunérations du secteur public, jugeant inconstitutionnel le projet de Loi 124, et provoquant son retrait annoncé dans la foulée par le premier ministre.

Le politologue Peter Graefe émet l’hypothèse que « le gouvernement a peut-être préféré en rester là pour retrouver des relations de travail saines avec les fonctionnaires au lieu de prolonger l’indécision ».

Cette décision aura un impact assez important sur la situation budgétaire de la province, anticipe-t-il, car « M. Ford a indiqué qu’il y aurait une forme de compensation pour les hôpitaux de la part de la province, et sans doute un certain règlement à trouver avec les enseignants. La situation budgétaire est assez saine pour aller dans ce sens, compte tenu du fait qu’il y a eu une perte dans le salaire et de pouvoir d’achat des employés de la fonction publique depuis six ans ».

Le rapport financier du troisième trimestre a fait ressortir un déficit de la province qui devrait être ramené à 4,5 milliards de dollars en 2023-2024, soit 1,1 milliard de dollars de moins que prévu dans le budget à l’automne dernier. Le budget ontarien sera dévoilé d’ici le 31 mars prochain.

Exigence de bilinguisme : 18 % des entreprises canadiennes entrevoient des difficultés à recruter du personnel

Un peu moins d’une entreprise sur cinq du secteur privé au pays exigeant le bilinguisme pour un de ses postes entrevoit des difficultés à recruter du personnel dans les prochains mois.

L’Enquête canadienne sur la situation des entreprises de Statistique Canada révèle, qu’au troisième trimestre de 2023, 18,2 % des entreprises qui exigent une maîtrise de l’anglais et du français entrevoyaient des difficultés de recrutement dans les prochains mois, un nombre plus bas qu’au même moment en 2022 à 25 %. À l’échelle de toutes les entreprises canadiennes, c’est 5,5 % d’entre elles qui entrevoient de telles difficultés.

Au Canada, c’est 15,7 % des établissements privés qui exigent le bilinguisme pour au moins un de leurs postes, la plus grande proportion étant dans des provinces comme le Nouveau-Brunswick et le Québec. En Ontario, c’est une entreprise sur dix (9,8 %) qui exige le bilinguisme pour au moins une position, une proportion montant à 15,4 % dans la région d’Ottawa. À travers le pays, c’est pourtant à Toronto où l’on compte le plus d’établissements privés obligeant une connaissance des deux langues officielles si l’on exclut Montréal de l’équation.

« On a remarqué que l’exigence du bilinguisme était beaucoup plus prévalente dans les régions où la proportion de la population de langue officielle est minoritaire. Donc les entreprises veulent essentiellement pouvoir servir les clients et les partenaires d’affaires dans la langue minoritaire », note l’auteur de l’étude de Statistique Canada, Siramane Coulibaly.

Bien qu’il s’agisse de régions où le bassin de main-d’œuvre potentiellement bilingue est relativement grand, ce sont des endroits où la clientèle est plus susceptible de s’exprimer en français et en anglais, ce qui découle d’une plus grande demande pour ce type de main-d’œuvre, note l’analyse.

Ce sont principalement les secteurs du gros détail et des services professionnels qui ont un un ratio plus élevé d’exigence de bilinguisme, soit des secteurs qui nécessitent plus d’interactions avec les partenaires et clients, précise l’étude de Statistique Canada.

Patinage de vitesse : trois médailles pour Ivanie Blondin aux Championnats du monde

CALGARY – La plus grande pourvoyeuse de médailles parmi les athlètes franco-ontariens a encore frappé en cette fin de semaine. Lors des Championnats du monde de patinage de vitesse qui avaient lieu à Calgary, dans sa province de résidence, l’Ottavienne a remporté trois médailles sur les cinq épreuves qu’elle a disputées. 

Après une dernière étape de Coupe du monde à Québec où rien ne lui avait été favorable – double chute de sa coéquipière par équipe, puis d’une d’une adversaire qui l’a empêchée de disputer la première place au général sur le départ groupé – Ivanie Blondin avait à cœur de se racheter pour ces Championnats du monde à domicile. Ça a été chose faite avec deux médailles d’argent et une d’or.

Le trio Blondin-Hiller-Pearman avait à cœur de se rattraper après sa disqualification à Québec. Crédit image : International Skating Union

Étalée sur quatre jours, la compétition a débuté dès jeudi pour l’athlète franco-ontarienne habituée à s’aligner sur un nombre important de courses et de distances. En ouverture, c’est d’abord sur le 3000 m qu’elle a débuté avec une sixième place. La Hollandaise Irene Schouten, très en vue durant tout le week-end, s’est imposée devant la Québécoise Valérie Maltais qui a ainsi signé le premier podium canadien de ces Championnats du monde. 

Coéquipière idéale 

Peu importe les coéquipières alignées à ses côtés, Ivanie Blondin est toujours la base des équipes canadiennes dans les épreuves collectives. Pour conclure la journée de jeudi, c’est aux côtés de Carolina Hiller et Maddison Pearman – les mêmes avec qui elle n’avait pas pu terminer la vitesse par équipe à Québec – qu’elle est allée chercher la médaille d’or pour conserver le titre mondial que le trio détenait sur cette épreuve. 

Ivanie Blondin avec ses compères championnes olympiques sur la poursuite par équipe. Crédit image : Dave Holland/Speed Skating Canada

Toujours par équipe le lendemain, l’Ottavienne retrouvait ses partenaires championnes olympiques Valérie Maltais et Isabelle Weidemann pour la poursuite par équipe. Face à leurs grandes rivales hollandaises, les Canadiennes ont terminé deuxième, laissant l’or au trio Beune-Schouten-Groenewoud. 

« Je pense que nous avons respecté notre plan de course à la lettre, a confié Blondin après la course. C’est évident que nous n’avons pas été aussi rapides que les Néerlandaises, et ça nous laisse un goût amer, mais nous allons bâtir là-dessus. L’objectif d’ensemble n’était pas nécessairement cette fin de semaine, c’est plutôt de tout gagner aux prochains Jeux olympiques. »

Encore Schouten

Après ces succès par équipe, le moment le plus attendu en individuel était le départ groupé, son épreuve de prédilection. Malheureusement, c’est encore une fois Irene Schouten qui est venue contrecarrer les plans canadiens sur cette épreuve.

Ivanie Blodin sur le podium du départ groupé aux côtés de la vainqueur Irene Schouten et de la troisième Marijke Groenewoud. Crédit image : Dave Holland/Speed Skating Canada

Malgré une chute au premier tout qui a déstabilisé Valérie Maltais, la Hollandaise a ensuite été en mesure de battre l’Ottavienne sur la ligne. Blondin a tout de même obtenu l’argent mais s’est montrée déçue du « passe-droit » accordé par les juges à son adversaire. 

« C’était pas mal chaotique, mais en même temps, je trouve que c’était une course plutôt emballante pour tout le monde. Il y a eu beaucoup d’action et j’ai dû refermer plusieurs écarts, ce qui a peut-être sapé une partie de mon énergie en vue du sprint final, a-t-elle expliqué après la course. J’étais un peu frustrée qu’on ait fermé les yeux sur le moment où Valérie a été sortie par Schouten. Si les rôles avaient été inversés, et c’est d’ailleurs arrivé plusieurs fois dans le passé, j’aurais été disqualifiée ou quelque chose du genre. Mais Irene a disputé une très bonne course. Elle a chuté et elle est revenue en force, je pense que le rythme du peloton à ce stade de la course n’était pas assez élevé, ce qui lui a permis de combler l’écart et de s’accrocher. Et ensuite, elle m’a battue lors du sprint final. En même temps, je suis très contente d’être sur le podium. »

Pour conclure la fin de semaine, Ivanie Blondin s’est présentée sur le 1500 m. Au départ de la dixième série, elle a signé le troisième temps provisoire. Si sur les deux dernières manches la Japonaise Miho Tagaki, la Chinoise Mei Han et la Hollandaise Joy Beune ont constitué le podium dans cet ordre, la Franco-Ontarienne a terminé la compétition comme elle l’avait débuté par une très belle sixième place sur la distance la plus relevée.

Des activités pour célébrer le Mois du patrimoine en Ontario français

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste en patrimoine Diego Elizondo.

Depuis 2008, les mois de février sont ceux du Mois du patrimoine en Ontario français. Bref retour et aperçu dans cette chronique de quelques activités passées et à venir du mois.

Le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) a décidé cette année de devancer sa soirée annuelle du patrimoine en lançant les festivités dès le premier jour du mois. En effet, c’est une soirée bien remplie qu’on eut droit les convives qui se sont déplacés à l’Université Saint-Paul, à Ottawa. La soirée s’est déclinée en trois temps : d’abord avec des prestations musicales, ensuite avec le lancement du plus récent numéro du magazine Le Chaînon et enfin avec la présentation de la personne récipiendaire du Prix Michel-Prévost et du coup de cœur.

C’est donc au son de la musique qu’a débuté la soirée du RPFO. Trois artistes ont offert des prestations, dont deux issus de la diversité, Rachelle Muller et Wandara Topzo

Le clou de la soirée fut les trois prestations musicales de l’auteur-compositeur-interprète Serge Monette. Ce dernier (dont l’emploi du temps est d’être enseignant) a été choisi cette année ambassadeur du Mois du patrimoine en Ontario français.

En entrevue, on a appris que celui qui est tout simplement connu sous le nom de Monette dans sa vie de musicien réside dans une ancienne église à Merrickville! Un fait cocasse qui tombe bien pour quelqu’un qui a eu l’honneur d’être choisi ambassadeur du Mois du patrimoine en Ontario français.

La soirée du patrimoine du RPFO s’est ensuite poursuivie avec le lancement du plus récent numéro du Chaînon, soit celui d’hiver 2024. Comme d’habitude, deux personnes ayant collaboré à la rédaction d’articles dans le numéro courant du magazine ont présenté brièvement le contenu de leurs textes. Le 1er février, ce fut la professeure de théâtre à la retraite de l’Université d’Ottawa et de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) Hélène Beauchamp qui a d’abord pris la parole.

Elle a présenté son article qui raconte les bouleversements en profondeurs survenus dans la structure des écoles secondaires de langue française dans sa basse ville qui est chérie d’Ottawa à la fin des années 1960.

L’artiste Wandara Topzo, musicien d’origine centrafricaine, en prestation musiciale folklorique lors du lancement du Mois du patrimoine du Réseau du patrimoine franco-ontarien le 1er février dernier. Crédit photo : Réseau du patrimoine franco-ontarien.

Elle a été suivie par Shana Quesnel, étudiante au baccalauréat en histoire à l’Université d’Ottawa qui a rédigé un texte sur l’histoire de l’organisme Franco-Queer, fondé en 2006. Son texte s’insérait dans le cadre d’un mini-dossier spécial du Chaînon portant sur le thème de la Fierté LGBTQ+ puisque deux autres textes portant aussi sur cette communauté ont également rédigé par des étudiantes de l’Université d’Ottawa dans le même numéro du magazine.

Remise du Prix Michel-Prévost et du coup de cœur

L’auteure Danielle Coulombe a remporté le Prix Michel-Prévost 2024 pour son article « Une grève, une fusillade et des accusations en 1963 » publié dans le numéro d’été 2023 du magazine Le Chaînon.

Historienne de formation, Danielle Coulombe a œuvré comme professeure et administratrice à l’Université de Hearst. Native de Mattice, petit village Nord-ontarien, elle a aussi fondé le Centre d’archives de la Grande Zone argileuse.

Son texte a été retenu par le jury en raison de sa grande qualité. L’article nous relate un épisode de l’histoire ouvrière franco-ontarienne peu connu, la fusillade de la nuit du 10 au 11février 1963, qui a fait trois morts et huit blessés à Reesor Siding, un embranchement ferroviaire entre Mattice et Opasatika, dans le nord de l’Ontario.

Couverture du plus récent numéro du magazine Le Chaînon, lancé le 1er février dernier. Crédit photo : Réseau du patrimoine franco-ontarien.

En acceptant son prix, elle s’est dite honorée par ce prix qui souligne l’importance de ce violent conflit et cette saga judiciaire sans précédent dans l’histoire syndicale du pays qui a divisé pendant longtemps la communauté franco-ontarienne de Kapuskasing et des villages environnants.

Créé en 2013 par le Réseau du patrimoine franco-ontarien, le Prix Michel-Prévost récompense le meilleur article paru lors des deux dernières années dans le magazine Le Chaînon. Décerné aux deux ans, à la suite de délibérations par un jury, il a été remis la première fois en 2014.

Par ailleurs, mentionnons que Claire Ménard-Roussy a été désignée Coup de cœur 2024 de Michel Prévost pour son article « La vie secrète de Raoul Denonville » publié dans le numéro d’automne 2022 du magazine Le Chaînon.

Originaire de Lancaster, Claire Ménard-Roussy détient une maîtrise en éducation de l’Université d’Ottawa. Elle a enseigné à Sturgeon Falls et à Ottawa. Elle a également été conseillère pédagogique pour le ministère de l’Éducation de l’Ontario. Son roman Raoul, tu me caches quelque chose, a été publié à Sudbury, en 2019, chez Prise de parole.

Son article qui s’est mérité le coup de cœur de Michel Prévost porte sur l’histoire de Raoul Denonville, un véritable pionnier dans l’identité de genre. En effet, dans son article, on apprend la vie secrète de Raoul Denonville un trappeur et bûcheron arrivé dans le Moyen-Nord ontarien en 1915 (et décédé en 1979), et qui était en réalité… une femme!

Le Coup de cœur de Michel Prévost est une récompense remise depuis 2020 et dont le choix de la personne lauréate est laissé à la discrétion de Monsieur Prévost.

Traditionnel souper du patrimoine de l’Association du patrimoine familial francophone de l’Ontario

C’est désormais une tradition récurrente dans le milieu du patrimoine : le troisième mois jeudi du mois de février est celui du souper annuel de l’Association du patrimoine familial francophone de l’Ontario (APFFO).

L’APFFO, fondée en 2015, organise depuis plusieurs années un souper du patrimoine chaque mois de février où sont invités ses membres. L’activité phare de l’organisme est l’occasion d’un souper au restaurant original Gabriel Pizza, pizzeria bien connue et populaire d’Orléans fondé en 1977. Cette année c’est l’auteure Florence Serré qui sera la conférencière du souper pour parler de son village natal de Desaulniers.

Au Centre franco-ontarien de folklore

Le Centre franco-ontarien de folklore (CFOF), en partenariat avec Solidarité des femmes immigrantes francophones du Niagara (SOFIFRAN) a profité du Mois du patrimoine pour lancer la deuxième saison des échanges culturels « De notre foyer au vôtre ».

Placé sous le signe de la diversité, ce projet permet de réunir des musiciens et des conteurs franco-ontariens d’origines diverses dans une série d’ateliers et de spectacles gratuits en virtuel et en présentiel pour aller à la découverte des richesses culturelles des Franco-ontariens de toutes les origines. Cette année, deux spectacles en présentiel étaient organisés, l’un à Niagara le 10 février dernier tandis que l’autre a eu lieu hier à Sudbury au Collège Boréal.

En outre, une prestation en virtuelle aura également lieu le 20 février prochain. Enfin, mentionnons que la traditionnelle foire des organismes du patrimoine de la ville d’Ottawa aura lieu à l’hôtel de ville de la municipalité le mardi 20 sur l’heure du midi. Du côté francophone, on y retrouvera des kiosques du RPFO, de l’APFFO, du Muséoparc Vanier et de la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans.

Gernina Marilyne Mombili, rassembler les Noirs francophones de l’Ontario

TORONTO – Nommée en janvier dernier, Gernina Marilyne Mombili est la nouvelle directrice générale de la Coalition des Noirs Francophones de l’Ontario (CNFO). Originaire du Congo et ayant grandi en France, la jeune femme a posé ses bagages à Oshawa en 2023 et est déjà très impliquée dans la cause des personnes noires de l’Ontario français.

«  Qu’est-ce qui vous a amenée au rôle de directrice générale de la Coalition des Noir.es. Francophones de l’Ontario (CNFO)?

Ça a été totalement un hasard, je travaillais dans un organisme et j’ai vu l’offre d’emploi pour la coalition qui m’a beaucoup touchée en termes d’engagement. J’ai voulu faire partie de ce mouvement pour défendre les intérêts des personnes noires de l’Ontario.

Quel est le rôle de l’organisme ?

On est un organisme rassembleur des communautés noires de l’Ontario. On appuie leur développement et les représente auprès des différentes entités. Mais en fait, la vision de la coalition, c’est vraiment de renforcer la concertation, le développement et la pérennité de la collectivité noire francophone en Ontario.

Quelles vont être vos priorités?

La priorité sera de travailler sur la promotion et l’inclusion des noirs francophones de l’Ontario. Donc nous allons puiser pour chercher des moyens, des subventions, mais aussi sensibiliser la population générale au fait que les noirs francophones demandent, en fait, de pouvoir être inclus dans la société, aussi, comme francophone. Il faut savoir qu’en tant que francophone en Ontario, on est potentiellement touchés par la discrimination, puisque la première langue est l’anglais.

Il faut aussi se dire qu’en tant que Noirs francophones, nous représentons pratiquement la moitié de la population en Ontario. Donc, nous voulons aussi participer à l’évolution de l’époque. Alors, vraiment, ma première tâche, c’est la promotion, l’inclusion, mais aussi d’être la porte-parole de cette population-là.

Comment allez-vous faire pour rejoindre les intérêts de tous les Noirs, y compris ceux qui vivent dans des régions éloignées des grands centres?

Alors le but, c’est vraiment qu’on ne s’arrête pas à l’Ontario, mais qu’on élargisse la mission de la CNFO à tout le Canada. Ce que je vais mettre en place, avec la présidente Julie Lutete, c’est d’aller vers des organismes, car la coalition ne propose pas de services. C’est pour cela que nous allons investir pour pouvoir rassembler tous les organismes de la communauté francophone.

Très croyante, la jeune femme (au centre), s’est vu remettre un certificat d’appréciation en reconnaissance de ses services au sein de la communauté chrétienne du Ministère des Femmes Affranchies (ONG) et de l’Église Parole de Grâce (Word Of Grace Church) de France. Gracieuseté

Parlez-nous un peu de vos origines…

Je viens de la région parisienne, en France, mais je suis d’origine congolaise. Je suis très attachée à mon pays d’origine, la République démocratique du Congo (RDC). Je parle le lingala, la langue officielle, je mange congolais, j’écoute de la musique congolaise, j’y retourne quand je peux. C’est quelque chose qui est dans mon sang et qui ne va pas me quitter, même si je suis née et j’ai grandi en France. Le courage de mes parents, comme tous ceux venus d’Afrique vers la France pour une vie meilleure, m’a apporté de bonnes valeurs qui m’ont aidée dans ma vie ici en Occident.

Pour quelle raison avez-vous choisi de vous établir au Canada?

Le Canada, c’était un de mes rêves, un projet que j’avais depuis très longtemps et pour lequel j’ai beaucoup prié. Je devais venir faire mes études au Canada en 2016 mais, faute de moyens financiers, j’ai dû abandonner ce projet et venir un peu plus tard pour travailler à la place. Ce choix de m’établir au Canada, c’est en grande partie parce que je me retrouve beaucoup dans la culture du pays. On est plus libres et il y a beaucoup plus d’opportunités ici qu’en France, par exemple. Le côté anglophone du pays allait me pousser à devenir plus bilingue aussi, donc c’est un atout. Une amie m’avait parlé du permis vacances travail (PVT), alors j’ai décidé d’appliquer en 2021. Ma candidature a été tirée au sort, donc j’ai pu finalement arriver en 2023.

Vous avez travaillé au Centre d’emploi francophone de Durham en tant que conseillère et développeuse en emploi jeunesse. Que retenez-vous de cette première expérience professionnelle au Canada?

Une chose que ce premier emploi ici m’a apportée, c’est qu’on est tous une aide pour quelqu’un. Le centre est un point de contact pour tous les nouveaux arrivants, mais aussi pour les jeunes. La jeunesse canadienne-française et les jeunes nouveaux arrivants et réfugiés francophones ont ce courage, cette capacité et cette motivation à réussir malgré les défis de la langue. Ça m’a donné du courage pour les aider. Ça a définitivement été un défi pour moi aussi, car je devais plaider leur cause auprès d’employeurs anglophones.

Gernina Marilyne Mombili détient des diplômes et de l’expérience dans les domaines de l’administration des affaires et du marketing durant sa vie en France. Ici, à la cérémonie de remise des diplômes de 2021 à l’école Rocket School de Paris, où elle a obtenu sa maîtrise. Gracieuseté

Que faites-vous lorsque vous ne représentez pas la coalition?

J’ai commencé à développer ma présence sur les réseaux sociaux depuis peu. Sur mon TikTok, je parle beaucoup de mon parcours d’immigration. J’ai eu plus de 15 000 vues sur une de mes vidéos dans laquelle je parle de mon PVT. Beaucoup de personnes viennent me poser des questions et je leur réponds sur tout ce qui est en rapport avec l’immigration au Canada. Je travaille aussi à développer ma chaîne YouTube.

Si vous deviez comparer le fait d’être noir en France et au Canada, quelles différences pouvez-vous relever?

Il y a une énorme différence, ne serait-ce qu’au niveau des opportunités professionnelles. Moi, en tant que noire francophone au Canada, j’ai accès à de nombreuses fonctions, alors que ce n’est pas le cas ailleurs. Le poste que j’occupe aujourd’hui, je n’aurais jamais pu l’espérer aussi rapidement en France. Là-bas, il y a beaucoup de discrimination au niveau professionnel, surtout au niveau du salaire. On en souffre beaucoup. En France, une personne blanche a souvent droit à un salaire plus élevé qu’une personne noire. Ici, il y a beaucoup d’organismes pour nous défendre et nous représenter.

Que pensez-vous des revendications de certains groupes comme Black lives matter Sudbury qui demandent, par exemple, de retirer le financement de la police?

Il faut savoir que la coalition est aussi là pour défendre les Noirs dans les situations de discrimination et de racisme. Lorsqu’il y a eu l’événement tragique avec George Floyd, on a fait une journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. On est impliqués dans ce combat alors, oui, on se retrouve dans les revendications de ce groupe parce qu’on subit la violence, la discrimination. Il faut savoir que nous sommes dans un milieu où, souvent, on ne nous comprend pas. Alors, on a ce devoir de se soulever contre ces injustices et c’est aussi le rôle politique de la coalition.

Mme Mombili était intervenante et modératrice lors du rendez-vous annuel de 2021 de l’association Cœur brisé, une organisation dédiée à la guérison de toute personne en difficulté et en souffrance morale. Gracieuseté

Que pensez-vous de la demande de certains groupes d’interdire des livres avec des mots en N dans les écoles?

Nous n’avons pas eu ces discussions au niveau de la coalition, mais je peux vous donner mon point de vue personnel. Quand j’étais en cours d’histoire-géographie et qu’on parlait des Noirs, c’était toujours en les présentant comme des peuples en souffrance ou faibles. Ça me dérangeait beaucoup. On devrait plutôt parler de la contribution importante des personnes noires dans l’Histoire, qui ont été très résilientes et courageuses. Je pense qu’il faudrait absolument enlever les mots en N, mais ça peut aussi être à notre avantage. Sans qu’ils le sachent, ils nous mettent en avant. Ça va donner la curiosité à d’autres peuples à s’intéresser à notre Histoire.

Vous avez un passé d’actrice. Est-ce quelque chose que vous aimeriez poursuivre ici, au Canada?

Oui, j’aspire à développer ma carrière d’actrice au Canada, qui est un pays qui accueille de nombreux tournages. Le domaine artistique au Canada est caractérisé par une grande diversité et une ouverture d’esprit, et je considère cette opportunité comme une expérience enrichissante. Bien entendu, ça dépendra de la charge de travail que j’aurai, mais c’est une aspiration constante dans mes réflexions.

Réception d’une récompense, Prix de l’initiative, pour son engagement au sein de l’association 1000 Visages (laquelle remet ce prix) en décembre 2013. Gracieuseté

Quels sont vos rêves ou projets professionnels?

La création d’une marque de vêtements dédiée aux femmes de grandes tailles. Ce projet me tient particulièrement à cœur en tant que femme ronde, car j’ai toujours lutté pour que ma confiance en moi atteigne son apogée, indépendamment de mon poids et de ma silhouette. Je suis consciente que de nombreuses femmes traversent les mêmes défis, et ça devient parfois difficile de trouver des vêtements élégants, décontractés et classe tout en étant une femme ronde passionnée de mode. À travers cette initiative, je souhaite aider les femmes à retrouver leur joie intérieure en dépassant les obstacles liés à l’estime de soi.

Si vous aviez à recommander un film ou un livre pour les personnes qui s’intéressent à la condition des personnes noires dans le cadre de ce Mois de l’histoire des Noirs, que choisiriez-vous?

Je recommanderais le livre The Book of Negroes (aussi publié sous le titre Someone Knows My Name) de Lawrence Hill. Ce roman captivant explore l’histoire d’Aminata Diallo, une femme africaine enlevée de son village natal et vendue comme esclave en Amérique du Nord pendant l’époque de l’esclavage. L’histoire d’Aminata offre une perspective puissante sur la condition des personnes noires, leur résilience et leur quête de liberté. Ce roman historique éclairant et émouvant offre un regard perspicace sur le passé, tout en suscitant la réflexion sur les défis persistants auxquels sont confrontées les personnes noires au Canada et ailleurs. »


1995 : Naissance à Provins, en France.

2013 : Initiation à la comédie au sein de l’association 1000 Visages.

2023 : Déménagement de Paris pour s’installer à Toronto avec un PVT (Permis Vacances Travail).

2023 : Intègre le Centre d’Emploi Francophone de Durham en tant que conseillère et développeuse en emploi jeunesse.

2024 : Nommée directrice générale de la Coalition des Noir.es. Francophones de l’Ontario (CNFO).

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Le drapeau franco-ontarien ne flottera plus de façon permanente à Greenstone

GREENSTONE – Cette semaine, la municipalité de Greenstone, située près de Thunder Bay, a adopté une nouvelle politique concernant l’affichage des drapeaux suscitant des débats en opposant les privilèges des Franco-Ontariens à ceux des peuples autochtones, limitant à cinq jours par année le droit d’afficher leur drapeau pour ces deux communautés. Cette décision vise officiellement à assurer une cohérence et un respect dans le hissage des drapeaux sur les installations municipales.

« C’est une insulte à la communauté franco-ontarienne, et je crois aussi que c’est une tentative de la part du gouvernement local de créer une zizanie entre la communauté francophone et autochtone », s’est exprimé Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), au micro d’ONFR.

Selon le dernier recensement de 2021, la municipalité compte 890 résidents possédant le français comme première langue officielle parlée, soit un peu moins de 25 % de la population totale de la ville.

L’administration de la Ville de Greenstone a mis à jour sa politique sur le protocole des drapeaux dans laquelle, elle indique que « la politique établira un cadre pour régir les demandes pour hisser des drapeaux émanant de groupes communautaires ».

Mais rajoute : « Ce qui favorisera un sentiment d’appartenance communautaire et renforcera la sensibilisation du public aux activités telles que les jours fériés nationaux ou les événements multiculturels, qui peuvent ou non être accompagnés d’une cérémonie. »

Depuis dix ans, le drapeau franco-ontarien flotte devant le bâtiment administratif de la Ville de Greenstone. Gracieuseté

Ainsi, la municipalité regroupant plusieurs communautés, dont Geraldton, Longlac ou encore Nakina , déclare dans sa nouvelle politique que seuls les drapeaux canadien, provincial et municipal seront hissés en permanence sur les mâts à drapeaux dits municipaux.

La municipalité de Greenstone possède trois mâts au niveau de son bâtiment administratif, lesquels supportent le drapeau du Canada, de l’Ontario et de la municipalité avec en dessous, celui franco-ontarien.

Avec la nouvelle politique, le drapeau franco-ontarien accompagnera celui municipal « pendant une période pouvant aller jusqu’à cinq jours, incluant le 25 septembre de chaque année, en reconnaissance de la Journée franco-ontarienne ».

Il en sera de même pour les drapeaux communautaires et le drapeau Every Child Matters.

Un pas en arrière selon l’association francophone

La présidente de l’Association des francophones du Nord-Ouest de l’Ontario (AFNOO), Claudette Gleeson s’est dite confuse de cette décision, en entrevue avec ONFR.

« Cela fait dix ans que le drapeau franco-ontarien flotte devant la municipalité », rappelle-t-elle.

« C’est très étonnant et nous sommes très déçus, car il n’y a eu aucune consultation de la communauté. »

D’après Mme Gleeson, cette décision risque d’envoyer le mauvais message à la communauté francophone de Greenstone. C’est pourquoi la présidente rencontrera le maire dès jeudi prochain pour tenter d’inverser le sort. Elle perçoit cette annonce comme un « pas en arrière ».

« Il faut que la communauté se rapproche de la municipalité pour partager cette incompréhension, parce que c’est très important pour nous », s’indigne-t-elle.

En reprenant : « Nous sommes trois peuples fondateurs dans ce pays, la municipalité n’a peut-être pas compris la symbolique que cela représente pour notre communauté.

Acheter un nouveau mât plutôt que de priver les Franco-Ontariens

Dans la même veine, le président de l’AFO, Fabien Hébert a déclaré ne pas comprendre la décision de la municipalité, « je ne peux pas m’imaginer qu’on va choisir de brimer une communauté au nom d’une autre plutôt que de faire l’achat d’un nouveau mât », a-t-il dit.

L’AFO pourrait même aider la municipalité de Greenstone, s’ils le veulent, pour coordonner une demande de fonds afin de s’assurer que les autochtones aient leur propre mât aussi sans priver la communauté franco-ontarienne.

« Ils sont probablement capables de demander une subvention pour le Fonds Trillium de Patrimoine Canada ou autres pour un nouveau mât. »

La Ville de Greenstone autorisera le drapeau des Franco-Ontariens cinq jours par an sous le drapeau de la municipalité. Gracieuseté

Pour le président, ce qui se passe : « C’est donner un message que la communauté francophone n’a plus sa place. »

« Nous serions prêts à aider la municipalité dans leurs efforts de prélèvement de fonds pour maintenir le drapeau franco-ontarien et maintenir la paix entre les communautés. »

L’administration de Greenstone explique que « les mâts à drapeaux sont très coûteux et nécessitent un équipement spécial pour être installés ou retirés […] Le coût de remplacement d’un mât est estimé entre 10 000 et 20 000 $ en fonction du mât choisi et des exigences d’installation nécessaires ».

Face aux récents développements observés ailleurs en Ontario, tels que les efforts de réconciliation de Sault-Ste. Marie avec la communauté francophone après avoir adopté le statut unilingue anglophone, ou encore les discussions sur la politique d’aménagement linguistique à Cornwall, cette décision à Greenstone se trouve aux antipodes des avancées pour la francophonie, pensent Mme Gleeson et M. Hébert.

En votant pour ce règlement municipal, la Ville semble révéler un manque de compréhension de l’histoire francophone et autochtone des régions du Nord, estiment les deux représentants de la communauté franco-ontarienne.

En optant pour une alternance entre le drapeau franco-ontarien et le drapeau Every Child Matters, la Ville semble suggérer que les personnes issues des communautés franco-autochtones, métisses ou s’identifiant à ces groupes ne pourraient pas être représentées conjointement, pense Fabien Hébert.

Le CNA laisse toute la place aux enfants pour le festival Big Bang

OTTAWA – Samedi et dimanche, les enfants deviendront maîtres des lieux au Centre national des arts (CNA). Depuis 2019, le festival Big Bang leur permet de découvrir différentes formes d’expression artistique à travers des activités interactives et des performances pensées spécialement pour un public de cinq ans et plus. ONFR est allé visiter les artistes qui préparaient leurs installations, vendredi, à la veille de l’événement.

« C’est deux jours d’aventures sonores pour les jeunes et leur famille », lance la directrice artistique du festival Big Bang, Mélanie Dumont. Elle souligne que des activités (certaines gratuites et d’autres payantes) se dérouleront sur tout le site.

« Le lieu leur appartient. Le festival Big Bang permet ça. On va dans les coulisses, on va dans les espaces publics, on va dans les salles de spectacles. C’est une occupation joyeuse du lieu. »

Ce qui fait la force du festival Big Bang, c’est d’offrir un lieu d’exploration qui permet au jeune public de développer une ouverture aux arts et à la culture dès l’enfance, dans un concentré de propositions au même endroit. « On entend souvent les mêmes types de musiques et de sons, alors que le Big Bang nous en ouvre une variété immense », poursuit Mélanie Dumont.

Des installations interactives

Au moment de notre visite, deux équipes étaient en train de préparer leur salle respective en vue d’accueillir le public. Pierre-Luc Clément, idéateur de l’aérophone, aussi appelée la machine la plus inutile du monde, explique ce qui l’a inspiré.

« C’est un peu une réponse au monde technologique d’hyper efficacité. Ce n’est pas une critique, c’est plus une réponse à une observation. »

Dans la salle de la lanterne Al Zaibak, l’enfant devient chef d’orchestre, en contrôlant différents dispositifs par l’entremise d’un clavier modifié. Certains produisent des notes différentes, jouées par différents instruments, alors que d’autres actionnent des mécanismes plus visuels, proches de l’art de la marionnette.

Le clavier modifié de la machine la plus inutile du monde. Crédit image : Rachel Crustin

Dans la pièce adjacente, le pavillon Rossy, l’équipe de L’eau du bain, une compagnie de théâtre de Chelsea (en Outaouais québécois) installait le Solarium, un jardin sonore interactif. L’artiste et professeure de l’Unversité d’Ottawa, Anne-Marie Ouellet, explique l’expérience proposée aux enfants.

« Ces plantes, qui ont l’air tout à fait normales, vont s’enchanter, devenir musicales. » Les enfants seront invités à toucher les feuilles de ces plantes véritables, ce qui déclenchera des sons, pour créer « une sorte de symphonie botanique », explique celle qui a remporté le titre d’artiste de l’année 2023 en Outaouais, au gala des Culturiades.

Anne-Marie Ouellet est cofondatrice de la compagnie L’eau du bain. Crédit image : Rachel Crustin

Également croisée vendredi, l’artiste anichinabée et franco-ontarienne Makhena Rankin-Guérin offrira une loge musicale, un concept de concert intime d’une quinzaine de minutes afin d’initier les jeunes enfants à différentes performances artistiques.

« J’ai envie de leur transmettre la beauté de la culture autochtone, la fierté que nous portons et aussi le fait qu’on est encore là », explique-t-elle à ONFR.

Habituée des festivals de la région, ce sera pourtant une fin de semaine de premières pour elle. En plus de participer au Big Bang pour la première fois, elle dansera également sur la musique de son frère Caleb, dans une performance qu’elle qualifie de techno-pow-wow.

Makhena Rankin-Guérin est surtout connue comme danseuse de cerceaux, mais sa performance sera composée de différents types de danse. Crédit image : Rachel Crustin

De nombreuses autres activités se dérouleront pendant le Big Bang, un concept d’origine belge. L’une des activités signature de ces événements est le fait de jumeler un artiste établi à un groupe local d’enfants, qui participeront à une vraie démarche artistique afin de proposer un concert « par et pour » les jeunes. Le Britannique Paul Griffiths a été invité à Ottawa pour l’occasion. Il a guidé des jeunes de l’école élémentaire St. Dominic du secteur Orléans.

Petite histoire d’un jeune festival

En 2019, l’équipe du CNA s’est vue agréablement surprise d’accueillir autour de 8000 visiteurs pour la première édition du festival Big Bang. Un nombre qui a augmenté à près de 9600 l’année suivante, quelques semaines à peine avant l’arrivée de la pandémie qui a bouleversé la suite.

En 2021, le Big bang s’est tenu de façon virtuelle. En 2022, il a été déplacé à l’été, entre autres en raison du convoi de camionneurs qui bloquait le centre-ville d’Ottawa, où se situe le CNA, alors que 2023 fut l’année du retour à la programmation régulière. Il est donc difficile de prédire combien de familles en profiteront cette année, les 17 et 18 février 2024.

Des ambassadeurs du festival Big Bang étaient déjà curieux de tester les installations, vendredi. Crédit image : Rachel Crustin

Des jeunes âgés de 10 à 14 ans ont été choisis pour agir comme ambassadeurs du festival. Ils présenteront les spectacles, guideront les visiteurs et mèneront des entretiens avec les artistes. « Je pense que ce sera une expérience très spéciale. J’adore les arts et la musique, » lance Frédéric, l’un d’entre eux.

Le festival Big Bang souhaite faire vivre aux enfants une expérience artistique tantôt intense, tantôt contemplative, tantôt joyeusement chaotique. Il se déroule vendredi et samedi, les 17 et 18 février, au CNA. La programmation complète peut être consultée sur le site web du CNA.

Constructions identitaires et initiations artistiques

Cette semaine, les enfants investissent un haut-lieu de la culture canadienne. Un théâtre de Toronto encourage les spectateurs à trouver leur voix, pendant qu’une puissante voix franco-ontarienne part en tournée. On célèbre l’hiver et le folklore canadien-français dans le comté de Simcoe et c’est le retour d’une tradition dans un quartier francophone d’Ottawa. Et lundi, on se repose de toutes ces activités avec le Jour de la famille.

Membrane est l’adaptation par Rébecca Déraspe du premier roman de science-fiction queer en langue chinoise, un texte de Chi Ta-wei paru en 1995. Mise en scène par Cédric Delorme-Bouchard, la pièce se déroule dans un monde dystopique où la nature a complètement été rasée par les industries et le capitalisme sauvage. Les humains, réfugiés dans des cités sous-marines, vivent de façon charnelle et fluide.

Parmi eux, il y a Momo, une populaire esthéticienne dont la spécialité est de proposer des membranes invisibles qui « protègent la peau et magnifient l’existence ». Traumatisée par un virus et de multiples transplantations d’organes dans son enfance, elle se prépare à revoir sa mère pour la première fois depuis 20 ans. La Franco-Ontarienne Amélie Trottier fait partie de la distribution de cette production du théâtre Prospero et de Chambre noire, invités à Ottawa par le théâtre du Trillium.

Ines Talbi, Pascale Drevillon, Larissa Corriveau, Evelyne de la Chenelière et Marie-Christine Lê-Huu dans Membranes. Crédit image : Maxime Paré-Fortin

Ottawa, du 22 au 24 février. Détails et billets sur le site de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins.

De théâtre et d’opéra

Présenté au Fleck Dance Theatre dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, L’Amour telle une cathédrale ensevelie est un spectacle multidisciplinaire qui raconte l’épopée d’un jeune Haïtien qui arrange le mariage de sa mère avec un retraité québécois. Le jeune homme voudra aussi traverser vers ce pays plein de promesse, où le couple qu’il a formé ne vit pourtant pas dans l’amour ou l’harmonie. La pièce est la deuxième d’un tryptique de Guy Régis Jr qui explore le thème de ces familles haïtiennes séparées par les mers et les continents.

Le spectacle inclut une pièce d’opéra chantée en français ainsi qu’un chœur lyrique créole accompagné d’un guitariste classique, Amos Coulanges. Le chœur incarne la résilience haïtienne « comme si, en chœur, on pouvait faire quelque chose contre le mauvais sort », a expliqué l’auteur dans une vidéo promotionnelle.

La pièce est présentée du 22 au 25 février. La représentation du 24 février sera précédée d’un atelier d’initiation au chant choral avec l’ensemble Les Voix du Cœur, qui participe à la pièce. L’atelier est gratuit mais l’inscription est nécessaire.

Le triptyque de Guy Régis Jr inclut Étalé deux pieds devant (le père), L’amour telle une cathédrale ensevelie (le fils) et Et si à la mort de notre mère (la mère). Crédit image : Christophe Pean

Toronto du 22 au 25 février. Détails et billet sur le site du Théâtre français de Toronto.

Ferline Régis en tournée

S’étant fait remarquée à Contact ontarois 2023, l’Ottavienne et Haïtienne Ferline Régis débute une tournée Réseau Ontario ce dimanche au Centre culturel le Chenail de Hawkesbury. Elle sera ensuite à la Maison de la francophonie d’Ottawa le 24 février, où son spectacle sera précédé d’un buffet traditionnel haïtien. Ferline Régis sera ensuite à l’école secondaire Trillium de Chapleau, invitée par le Centre culturel Louis-Hémon le 8 mars et au Conseil des arts de Hearst le lendemain. La tournée se terminera au Centre culturel La Ronde de Timmins le 22 mars.

Ferline Régis lors de sa vitrine à Contact ontarois en janvier 2023. Crédit image : Stéphane Bédard

Plusieurs lieux et dates. Détails sur le site Scènes francophones.

Les enfants, maîtres du CNA

Le Centre national des arts (CNA) se transforme en majestueux terrain de jeux et de découvertes pour les enfants pour la fin de semaine. Le festival Big Bang offre de nombreuses activités gratuites et quelques activités payantes à petits coûts, comme les loges musicales, de courts spectacles de 20 minutes à 5 $, parfait pour initier les jeunes enfants à un instrument ou une discipline.

La danseuse de cerceaux anichinabée et franco-ontarienne Makhena Rankin-Guérin offrira une performance, accompagnée en musique par son frère Caleb. Des installations interactives, des concerts et des ateliers se retrouveront dans différents lieux à l’intérieur de l’immense bâtisse que les jeunes et leurs familles pourront explorer tout au long de la fin de semaine. Le festival Big Bang s’inscrit dans la programmation de la dernière fin de semaine du Bal de neige, qui se déroule jusqu’à lundi.

Les ambassadeurs du festival Big Bang. Crédit image : Jonathan Lorange

Ottawa, les 17 et 18 février. Détails et billets sur le site du CNA

Le vrai retour des sucres à Vanier

La cabane à sucre du Muséoparc Vanier complète le cycle du phénix. Après avoir inauguré la bâtisse il y a près d’un an, il est maintenant temps d’entailler les érables pour la première fois depuis l’incendie qui avait ravagé l’ancienne cabane en 2020. La tradition communautaire reprend donc, et les citoyens sont invités à mettre la main à la pâte en se présentant dès 9 h avec une perceuse sans fil. Il est aussi conseillé de se chausser de raquettes. Une courte formation sur l’entaillage sera donnée et une soupe aux pois sera servie à la fin de l’activité. La cabane accueillera ensuite les visiteurs pour sa saison des sucres officielles, du 18 février au 28 avril.

La cabane à sucre du Muséoparc Vanier est la seule cabane à sucre en milieu urbain active en Amérique du Nord. Crédit image : Rachel Crustin

Vanier, le 17 février. Détails sur le site du Muséoparc Vanier.

Une journée canadienne-française

De nombreuses municipalités organisent des carnavals et autres festivals d’hiver ces temps-ci, et Penetanguishene n’est pas en reste. Le Winterama se déroulera du 16 au 18 février avec diverses activités pour toute la famille. Et l’organisme La Clé de la Baie en profite pour proposer la journée Winterama avec M. Musique et la Cheminée Rouge, le projet en français du groupe local Red Hot Stove Pipe Band. Le spectacle gratuit aura lieu ce samedi de 11h30 à 15h à la salle Roland Desroches et un dîner typiquement canadien-français (payant) sera servi.

M. Musique, alias Basil Lafrenière, joue différents styles musicaux comme la musique traditionnelle canadienne-française ou cajun. Source : La Clé de la Baie

Penetanguishene, le 17 février. Détails et billets sur le site de La Clée de la Baie.

Pourquoi pas?

À quelques jours du Salon du livre de l’Outaouais (22 au 25 février), l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF) présente sa mensuelle Croisée des mots avec une autrice qui en incarne le thème : À voix hautes. Avec son roman d’auto-fiction Pourquoi Pas?, paru aux Éditions David en 2018, l’autrice montrait à ses lecteurs qu’il est possible de réaliser ses rêves, même quand on vit avec une condition (la dystrophie musculaire) qui les font paraître inaccessibles. Le roman pour adolescent avait aussi de quoi inspirer les adultes. Il en sera question dans cette discussion animée par Hugues Beaudoin-Dumouchel. Mylène Viens glissera sans doute aussi un mot sur son prochain roman, à paraître à l’automne 2024.

Mylène Viens et la couverture du roman Pourquoi pas? Source : AAOF

Virtuel, le 20 février. Détails et inscription à l’événement Zoom sur le site de l’AAOF.

Les enseignants franco-ontariens concluent une entente avec le gouvernement

TORONTO – L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) a abouti à une entente de principe après des discussions s’étendant sur plus d’un an et demi. Cette entente a été conclue avec le gouvernement et le Conseil des associations d’employeurs, qui représente les conseils scolaires francophones, pour le renouvellement de la partie A des conventions collectives des membres du personnel enseignant et suppléant, expirées depuis le 31 août 2022.

« Nous avons réussi à démontrer au gouvernement et aux conseils scolaires que l’éducation en français se doit d’être reconnue à sa juste valeur, qu’elle doit être financée de manière équitable et que ses besoins particuliers doivent être pris en compte », a déclaré Anne Vinet-Roy, la présidente de l’AEFO.

Les 12 000 membres de l’AEFO recevront une compensation salariale suite à l’invalidation de la Loi 124 pour la période de 2019 à 2022.

Les enseignants recevront une augmentation de salaire de 0,75 % pour l’année 2019-2020, puis de 0,75 % pour l’année 2020-2021 et enfin une augmentation de 2,75 % pour l’année 2021-2022.

Pour ce qui est de la rémunération pour la période de 2022 à 2026, celle-ci sera traitée par un arbitre impartial.

Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO). Crédit image : Stéphane Bédard

Enfin, la négociation de la partie B des conventions collectives se fera localement dans chaque unité. De plus, l’AEFO affirme ne pas déclencher de grève lors de ces négociations locales, afin d’assurer « une stabilité pour les élèves et les membres à quelques mois de la fin de l’année scolaire ».

Une entente juste et équitable selon l’AEFO

« À notre avis, c’est une entente qui est juste et équitable », estime Mme Vinet-Roy, en entrevue avec ONFR.

« C’est certain que lors des négociations avec les trois parties (l’AEFO, le gouvernement et les conseils scolaires), nous misons sur les priorités de nos membres, et on trouve des façons de l’obtenir le plus possible. »

D’après la présidente, il est aussi question d’équité dans les ressources accordées aux enseignants et enseignantes francophones.

« On a beaucoup travaillé à faire valoir les besoins spécifiques au système d’éducation de langue française et aux élèves qui sont inscrits dans ces écoles-là. »

Les questions liées aux salaires sont traitées à la table provinciale, mais il reste une négociation pour le volet local de la convention collective. « Il y a des éléments qui ne sont pas monétaires, mais qui sont très importants pour nos membres. »

Le vote de ratification de cette entente de principe aura lieu vers la fin du mois de mars.

Le ministre ontarien de l’Éducation, Stephen Lecce, signe une entente de principe avec l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens. Archives ONFR

Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, a déclaré que cet accord assurerait la stabilité aux familles à travers la province. Il garantit, d’ailleurs, qu’il n’y aura pas de grèves dans les écoles élémentaires et secondaires des 12 conseils scolaires de langue française.

« Notre seul objectif a toujours été de faire en sorte que les enfants poursuivent leur apprentissage en classe, sans les interruptions qu’une grève causerait. »

« L’éducation en français est cruciale », a-t-il dit en conférence de presse ce jeudi.

D’après le ministre, il reste des défis persistants en matière de recrutement, indiquant : « Nous nous engageons à garantir que nos écoles de langue française, alors qu’elles se développent, que la population augmente et que la demande augmente, disposent du personnel adéquat. Nous travaillons donc avec le Collège des enseignants pour réduire de 50 % le délai de traitement de la certification à partir de cette année. »

Il affirme ainsi que son gouvernement veut protéger la langue française, et continue de promouvoir un système d’éducation en français « qui a produit des résultats très positifs pour les enfants de l’Ontario, et cela, depuis des générations ».

Le gouvernement estime avoir négocié avec succès des accords qui couvrent 72,5 % du personnel enseignant de l’Ontario. Cependant, l’Association des enseignants catholiques anglophones de l’Ontario n’a toujours pas d’accord.

« Il n’y a aucune justification pour un nouveau retard », indique le communiqué du ministère. « Nous exhortons l’Association des enseignants catholiques anglophones de l’Ontario à mettre les élèves au premier plan et à signer un accord qui garantit que toutes les familles ontariennes bénéficient de trois années de paix, de stabilité et d’un regain d’attention sur la réussite scolaire. »

Étudiants étrangers francophones : Ottawa viole la Loi sur les langues officielles, selon deux juristes

OTTAWA – Près de huit mois après sa modernisation, le fédéral serait déjà en train de violer la nouvelle version de sa Loi sur les langues officielles, estiment deux juristes, avec l’imposition d’un plafond sur le nombre d’étudiants étrangers au pays.

L’impact négatif d’un tel cap sur les universités et collèges francophones hors Québec fait dire à deux avocats en droits linguistiques que cette mesure d’Ottawa contreviendrait à des sections de la nouvelle Loi sur les langues officielles (LLO), adoptée en juin.

« Il y a une obligation maintenant de faire en sorte de tenter d’éviter les impacts négatifs ou, à tout le moins, les atténuer d’une politique publique sur les communautés linguistiques en milieu minoritaire; alors, il s’agit d’une violation », explique l’avocat Darius Bossé.

« Si les faits sont tels qu’on nous les rapporte, c’est clair comme de l’eau de roche (que c’est une violation) », juge, de son côté, le juriste en droit linguistique Mark Power.

Le fait que plusieurs établissements francophones hors Québec ont indiqué que cette mesure impacterait négativement leurs institutions serait à la racine de cette entorse. L’Université d’Ottawa affirmait, au lendemain de l’annonce du ministre de l’Immigration Marc Miller, que « l’impact du plafond sur les visas risque d’être majeur ». En Ontario, il s’agirait d’une baisse de 50 % du nombre de places allouées à la clientèle internationale.

L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui représente la vingtaine d’établissements francophones hors Québec, indiquait qu’une telle mesure aurait des impacts financiers importants. Son directeur de la recherche stratégique Martin Normand évoquait, devant un comité parlementaire à Ottawa, que des institutions étaient incertaines qu’« une cohorte (d’étudiants) entre à la session de printemps ».

« Du jour au lendemain, une perte de revenus aussi importante pourrait entraîner, sans nécessairement aller jusqu’à la fermeture d’un établissement, à court terme, l’abolition de postes, la réduction de programmes, la réduction de places dans des programmes et la réduction de services sur les campus », évoquait-il.

Le ministre Miller se défend depuis plusieurs semaines qu’il « ne veut pas préjudicier de façon indue les francophones », mais vise plutôt les institutions qui abuse du système.

« Il y a un challenge d’intégrité et c’est ça que je vise particulièrement », dit-il.

Marc Miller n’a pas voulu répondre à nos questions jeudi avant de faire son entrée à la période des questions au Parlement.

Le campus de l'Université d'Ottawa. Archives ONFR+
L’Université d’Ottawa pourrait être l’une des nombreuses institutions de l’Ontario à se voir imposer un plafond sur son nombre d’étudiants. Archives ONFR

Pour Darius Bossé, la Loi sur les langues officielles ne fait pas cette distinction, comme le fait le ministre.

« Sa décision a un impact sur les communautés d’expression française en milieu minoritaire. Cet impact négatif là et la façon dont la politique a été élaborée constituent des violations d’obligations en vertu de la Loi sur les langues officielles. S’il veut aller de l’avant avec sa politique générale, il doit repenser à comment la moduler, pour éviter d’écorcher les communautés francophones », estime-t-il.

Théberge a des doutes sur le geste d’Ottawa

Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge n’hésite pas à dire qu’il doute que le gouvernement fédéral ait consulté les communautés francophones avant cette décision comme l’exige la nouvelle Loi sur les langues officielles.

« On peut certainement se questionner si le gouvernement a pris une décision en bonne connaissance de cause », s’interroge-t-il en entrevue.

Ne pouvant se prononcer à savoir s’il s’agit d’une violation à la Loi sur les langues officielles à ses yeux, Raymond Théberge ne cache pas qu’une enquête auprès de son bureau pourrait donner une réponse claire.

« Je pense que c’est important, sans avoir toutes les facettes de la situation, que cette analyse et que cet examen approfondi devrait se faire dans le cadre d’une enquête, qui serait nécessaire pour tirer des conclusions. On ne peut pas simplement se prononcer sans avoir un fait », avance-t-il.

C’est pour contrer ce genre de scénario que les parlementaires ont adopté une nouvelle version de la Loi sur les langues officielles, en juin dernier, souffle Mark Power.

« La Loi sur les langues officielles exige désormais qu’on affûte les politiques publiques avec plus de doigté, pour épargner le Canada français et quand cela s’avère impossible, atténuer et compenser. Ici, c’est très possible d’épargner le Canada français, c’est exigé par la Loi. »

À l’instar des deux juristes, l’opposition conservatrice estime qu’une exemption pour les établissements francophones hors Québec réglerait le problème, en plus de favoriser les communautés.

« On est en train de créer un autre problème. Le ministre de l’Immigration fait une erreur, selon moi, de la faire de façon symétrique cette coupe-là », lance le député Joël Godin, qui estime que c’est un exemple d’annonce « improvisée, réactionnelle et sans vision ».

Sans se prononcer sur le cas des étudiants étrangers francophones, le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet estime que le processus autour de la Loi sur les langues officielles a été un exercice absolument politique, estimant que les décisions du gouvernement Trudeau « vont à l’encontre de ce qui se dit publiquement ».

« Ce qui se dit publiquement, c’est : Oh, que nous aimons le français! Ce qu’ils font en privé, c’est nuire systématiquement au français », juge-t-il.

Jeux d’hiver de l’Ontario à Thunder Bay : « Des bénéfices économiques considérables »

Kelly Robertson est gestionnaire communautaire de la ville de Thunder Bay et une bilingue impliquée dans l’organisation des Jeux d’hiver de l’Ontario 2024.

Les Jeux d’hiver de l’Ontario se déroulent dans le Nord-Ouest à Thunder Bay, pour la première fois depuis 1974. Ils commencent vendredi et s’étendront sur deux fins de semaine jusqu’au 26 février.

Plus de 1350 athlètes de 12 à 18 ans, entraîneurs et officiels participeront à des compétitions de 13 sports différents, du ski de fond à la lutte. En tout, ce seront 3500 personnes issues de partout en province qui participeront aux Jeux, avec des retombées économiques attendues pour la région.

« Quel a été le plus grand défi pour la préparation?

Sécuriser des vols pour les athlètes! Nous avions commencé à planifier les jeux entre 2019 et 2020, soit avant la pandémie. Nous avons réalisé, l’automne passé, qu’il y a eu une réduction des vols pour la ville de Thunder Bay. Environ 90 % des athlètes viennent de régions hors de Thunder Bay, donc ça a été tout un casse-tête au moment de Noël.

Quel impact espérez-vous pour la ville?

Le budget pour les Jeux était de plus de 10 millions de dollars, mais nous avions estimé l’impact économique à près de 6 millions de dollars au moment de la planification. Les bénéfices économiques pour nos entreprises locales seront considérables, que ce soit les hôtels, les restaurants, les commerces, mais aussi les stations de ski. On a aussi profité de l’occasion des jeux pour déposer notre candidature pour des fonds externes, on a aussi rénové des espaces récréatifs et sportifs de la ville, comme l’arène Fort William Gardens qu’on a rendue plus accessible, avec des tableaux d’affichage et dont on a pu moderniser le système d’insonorisation.

Kelly Robertson souhaite que l’événement ait une portée interprovinciale. Gracieuseté

Un événement comme celui-ci peut-il avoir des impacts au-delà des retombées économiques?

Absolument, puisqu’un autre impact à ne pas sous-estimer est celui du rayonnement qu’un tel événement peut apporter à notre région, juste avec la couverture médiatique, par exemple. Le dévouement de nos athlètes locaux, la promotion de Thunder Bay comme site d’entraînement pour les athlètes, peut-être après ces Jeux, pendant leur éducation secondaire et postsecondaire aussi, attirer les talents ici, augmenter notre population, mais aussi une occasion pour les citoyens des autres régions de l’Ontario de découvrir tout ce que le Nord a à offrir.

L’hiver est très doux et assez tardif dans le Nord, cette année. Avez-vous assez de neige pour les disciplines en extérieur?

Oui, nous avons de la neige. Heureusement, plusieurs des sites des jeux sont en intérieur. Mais pour les sites extérieurs, (ils) sont très bien entretenus et certains d’entre eux ont la capacité de produire de la neige artificielle. Quand il n’y a pas assez de neige, le personnel des stations de ski demande aux personnes de ne pas venir, afin de travailler sur les pistes, mais normalement, nous devrions avoir les conditions nécessaires pour nos jeux en extérieur. Je sais qu’ici, nous avons plus de neige que dans d’autres régions où ce n’est pas encore l’hiver et il y a plus de glace, donc ici, on est chanceux pour ça.

Quelle place aura la francophonie dans l’événement?

Il y a une obligation pour les services d’être disponibles dans les deux langues, pendant les jeux alors c’est absolument un événement bilingue. Même en ce qui concerne le recrutement, nous avons eu beaucoup de volontaires, à tel point que nous avons dû refuser des bénévoles, donc nous sommes vraiment chanceux pour ça aussi. »

Langues officielles : Ottawa déboursera bientôt les premières sommes de son plan de 4,1 milliards $

OTTAWA – Les premiers montants du Plan d’action pour les langues officielles de 4,1 milliards de dollars sortiront bientôt des coffres du fédéral, assure le ministre Randy Boissonnault. Son gouvernement bonifiera d’ailleurs le financement des organismes francophones jusqu’à la hauteur de 12,5 %.

Le fédéral avait annoncé en avril dernier un financement de 4,1 milliards de dollars entre 2023 et 2028 dans le cadre de sa feuille de route en matière de langues officielles, mais aucun montant n’a encore été versé.

Une bonne partie de ces sommes iront aux provinces dans le cadre des ententes en éducation portant sur le financement des écoles francophones en milieu minoritaire. La seconde partie servira à la mise en place de la nouvelle politique en immigration francophone. Le reste servira à plusieurs domaines, comme l’accès à la justice en français ou le financement des organismes en communautés de langues officielles en milieu minoritaire.

« Ils (les organismes) doivent faire des ententes de contribution. Suite à ça, l’argent va couler. Ça s’en vient », a attesté le ministre des langues officielles, Randy Boissonnault, à ONFR.

Le mois dernier, le ministre Boissonnault a avisé les organisations francophones qu’elles seront éligibles à une bonification de leur financement de base à la hauteur de 12,5 % pour l’année financière en cours. Pour les prochaines années, un financement additionnel leur sera accordé « pour répondre aux priorités et aux besoins émergents », a-t-il écrit dans une lettre destinée aux organismes de la francophonie canadienne le mois dernier.

« Cette enveloppe permettra l’expansion des services, des activités et des événements à une plus large part des communautés desservies, la mutualisation des ressources, la fusion de plusieurs petits organismes en vue de gains d’efficience, de répondre à la santé fragile de certains organismes et communautés minoritaires et d’appuyer de nouvelles initiatives touchant l’équité, la diversité et l’inclusion », écrit-il.

Les organisations francophones devront se partager un montant de 62,5 millions de dollars au cours des cinq prochaines années. Les organismes qui offrent des services d’aide à l’emploi seront aussi éligibles à une partie d’une somme additionnelle de 208 millions de dollars.

Aussi de nouvelles ententes en éducation

Le fédéral est présentement en négociation avec les provinces pour ses accords qui concernent le financement en éducation en français hors du Québec, de la petite enfance jusqu’au postsecondaire.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario et les universités et collèges francophones poussent depuis longtemps le gouvernement Trudeau pour qu’il remplisse une promesse électorale de 2021, dans laquelle il s’engageait à pérenniser ce financement et à l’augmenter à 80 millions de dollars par an. Dans le plan d’action, il est notamment question d’une enveloppe fédérale de 128 millions de dollars pour le postsecondaire en français hors du Québec, pour une durée de quatre ans. 

« On est donc à 30 millions de dollars plutôt qu’à 80 millions de dollars, et c’est temporaire plutôt que permanent… Ce n’est pas à la hauteur de ce qui avait été promis », reprochait le directeur de la recherche stratégique de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne, Martin Normand, en comité parlementaire au début du mois.

Une étude sur le portrait de la condition féminine dans Prescott-Russell


Dans le cadre de l’initiative « Concerté.e.s pour l’égalité », Leadership féminin Prescott-Russell (LFPR) et Centraide Est de l’Ontario (CEO) ont présenté un profil statistique détaillant la situation des femmes et les défis systémiques à l’égalité des genres dans la région de Prescott et Russell. Une conférence a été organisée, mardi matin, rassemblant les principaux acteurs de ces organisations ainsi que des élus, tels que le député provincial Stéphane Sarrazin, le député fédéral Francis Drouin, et plusieurs représentants municipaux et régionaux.

Le but de cette étude, réalisée par le Centre de leadership et d’évaluation (CLÉ), était de dresser le portrait démographique et socio-économique des femmes et des filles de Prescott-Russell.

Selon les porte-parole de l’événement, cette analyse vise à guider les décisions relatives à la programmation, y compris le développement du plan d’action de la table de concertation « Concerté.e.s pour l’égalité », tout en offrant des ressources pour soutenir les partenaires dans leurs initiatives de planification.

D’après Marie-Noëlle Lanthier, la présidente de LFPR, « les résultats ne sont pas surprenants, mais valident publiquement la condition féminine ».

« Les recherches mettent en lumière qu’une des barrières systémiques réside dans la perception selon laquelle l’égalité n’est pas une préoccupation majeure dans Prescott-Russell. En réalité, il s’agit clairement d’un enjeu qui impacte divers secteurs et entrave le plein épanouissement des femmes et des filles. »

Une campagne de sensibilisation

Cette étude sur la condition des femmes et des filles dans l’Est ontarien s’inscrit aussi dans le cadre d’une campagne de sensibilisation intitulée « Élevons nos voix » et qui se déroulera du 20 février au 8 mars. La table « Concerté.e.s pour l’égalité » présentera une délégation aux Comtés unis de Prescott-Russell, le 28 février prochain.

Dorénavant, avec ces nouvelles données et la mise en place de cette campagne de sensibilisation, Marie-Noëlle Lanthier espère « avoir des appels à l’action ».

Marie-Noëlle Lanthier, présidente de Leadership féminin Prescott-Russell. Gracieuseté

« Il y a encore beaucoup de travail à faire et même en dehors des frontières de Prescott-Russell », pense la présidente.

Ces dernières années, « l’imposante montée de la droite n’a pas été un bon signe pour les droits de la femme et les droits de la personne », pense-t-elle.

La situation dans Prescott-Russell

En dehors des classifications émises par Statistique Canada, les habitants de l’Est perçoivent leur région comme étant rurale, avec une riche tradition agricole et une identité francophone bien ancrée.

« Il faut reconnaître que la région s’est fondée sur l’agriculture et bien que cela ait changé, cela a aussi créé des perspectives, certains modèles mentaux qui aujourd’hui sont vraiment dépassés. »

Cependant, selon la présidente, les milieux ruraux sont caractérisés par une moindre présence académique, un espace limité pour exprimer des revendications, et sont souvent des communautés plus isolées où des modèles mentaux influencent les traditions et les croyances.

Suite au Symposium organisé en octobre 2023, l’organisme a relevé plusieurs modèles mentaux dans la région :

  • « Une culture agricole qui influence les perceptions concernant les rôles de l’homme et de la femme.
  • Une éducation peu avancée et/ou valorisée.
  • Le caractère rapproché des petites communautés et la pression de ne pas briser la confidentialité.
  • La place de la religion dans la gouvernance, l’éducation, les soins.
  • Minorités linguistiques opprimées qui ont développé une mentalité de rareté et un mode de survie limitatif.
  • Le peu d’exposition à la diversité et un manque d’ouverture.
  • Vieillissement de la population et l’influence sociale de générations qui portent des valeurs traditionnelles. »

Les résultats de l’étude

Dans le rapport du CLÉ et avec les données de la Circonscription sanitaire de l’Est de l’Ontario (CSEO), les enquêteurs se sont intéressés à l’état de santé des femmes, dont la charge et la santé mentale, mais aussi les conditions de vie, dont la situation familiale, l’accès au logement et l’insécurité financière, l’éducation et les comportements sains, comme l’activité physique.

Pour ce qui est de la prévalence des troubles anxieux ou de l’humeur, l’étude démontre qu’il existe une disparité significative entre les hommes et les femmes. Une différence observée dans toutes les régions, mais notamment dans l’Est (CSEO sur le tableau) pour les troubles de l’humeur, là où 16,4 % des femmes l’ont déclaré comparativement à 7,9 % chez les hommes.

Le rapport indique que les troubles mentaux chez les femmes pourraient être intergénérationnels, « c’est-à-dire que l’on revoit les mêmes enjeux d’une génération à l’autre, et qu’ils sont souvent reliés à des difficultés relationnelles au sein de familles ». (Capture d’écran/ Rapport d’étude – Portrait de la condition féminine à Prescott-Russell)

Là encore, le manque d’accès à un logement abordable a été identifié comme l’un des défis majeurs pour les femmes dans Prescott-Russell. L’analyse en parle comme d’un enjeu transversal à la condition féminine, car il ne se limite pas à causer du stress aux femmes, mais il affecte également leur sécurité, leur participation au marché du travail, ainsi que leur capacité et leur volonté de s’impliquer dans des rôles de gouvernance.


Le tableau fait état de la situation en juillet 2023 concernant la demande de Loyer-Indexé-sur-le-Revenu par des individus à Prescott-Russell. (Capture d’écran/ Rapport d’étude – Portrait de la condition féminine à Prescott-Russell)

Enfin, le rapport prouve qu’il y aurait une tendance en matière de violence envers les femmes. Des données de Statistique Canada en 2021-2022 avait effectivement démontré une hausse de plusieurs formes de violence qui affectent les femmes de façon disproportionnée.

Leadership féminin Prescott-Russell ainsi que la Maison Interlude avaient d’ailleurs interpellé le gouvernement régional afin que soit déclarée une épidémie de violence dans l’est de la province.

En 2022, la Police provinciale de l’Ontario (PPO) aurait enregistré neuf dossiers d’agression sexuelle de plus dans la région de Prescott-Russell, par rapport à l’année précédente (93 contre 84 en 2021). Bien que le nombre d’appels relatifs à des incidents de violence conjugale (sans accusations portées) ait augmenté, les accusations déposées auprès des services de police auraient diminué.

La conférence était animée par Marie-Noëlle Lanthier et Audrey Lizotte. Crédit image : LFPR

Plusieurs facteurs indiquent que la situation dans la région de Prescott-Russell est préoccupante. La PPO signale également une augmentation des cas d’agression sexuelle impliquant des enfants. Les jeunes filles âgées de 10 à 19 ans sembleraient être plus susceptibles d’être victimes d’agression sexuelle et de violence familiale que les garçons du même groupe d’âge. De plus, les actes de violence envers les femmes immigrantes et les personnes âgées auraient également augmenté.

Enfin, la région de Prescott-Russell est encadrée par l’autoroute 401 et l’autoroute Transcanadienne. Étant positionné entre deux couloirs majeurs de traite des personnes reliant Montréal, Ottawa et Toronto, où 45 % des cas ont été signalés depuis 2011, l’Est ontarien a enregistré une augmentation significative des affaires de traite de personnes, au cours de la dernière décennie.

Les données du rapport mettent en lumière les nombreuses injustices et inégalités auxquelles les femmes de l’Est de l’Ontario sont encore confrontées, que ce soit en matière d’employabilité, d’inaccessibilité aux services de garde, d’écart salarial entre hommes et femmes, ou encore de participation des femmes à l’économie. Ces obstacles continuent de constituer des défis majeurs entravant la condition féminine dans la région.

Entente libéraux-NPD : la menace d’élections refait surface à Ottawa

OTTAWA – L’entente entre libéraux et néo-démocrates est de plus en plus sur la corde raide alors que le chef du NPD Jagmeet Singh menace de briser l’accord entre les deux partis si un projet de loi pour un programme d’assurance-médicaments universel n’est pas déposé d’ici le 1er mars.

Jagmeet Singh a rencontré le premier ministre Justin Trudeau la semaine dernière et en est sorti « sans une assurance claire » que les libéraux allaient respecter leur promesse de déposer un tel libellé.

« S’ils brisent l’entente, l’entente est brisée alors. Donc tous les éléments de l’entente ne vont pas continuer d’exister et donc il n’y a aucune garantie qu’on appuie les projets de loi. Aucune garantie qu’on doit aider avec les passages de projets de loi. Toutes les conséquences sont sur la table s’ils brisent l’entente », a pressé le chef du NPD en conférence de presse sur la Colline parlementaire mardi.

Les libéraux et les néo-démocrates ont signé une entente de confiance en 2022 assurerant aux libéraux une majorité nécessaire sur des projets de loi en échange de concessions comme pour le programme universel de soins dentaires ou encore la loi anti-briseurs de grève déposée en novembre dernier.

Cette rupture entre les deux partis politiques pourrait donc signifier une possibilité d’élections si les libéraux ne sont pas en mesure d’obtenir un appui majoritaire sur des votes de confiance comme le budget fédéral qui sera présenté en mars. Le chef néo-démocrate rejette toutefois la faute sur les libéraux dans l’éventualité d’un scrutin générale à la suite d’un vote de confiance qui échouerait.

« C’est le gouvernement qui décide s’ils vont avoir une élection ou non (…). Je ne peux pas comprendre comment cela pourrait être de notre faute si les libéraux brisent leur promesse », a-t-il répondu aux journalistes qui le questionnaient sur une possibilité d’élection printanière.

Dans une entrevue avec La Presse, M. Singh a indiqué que sa formation politique accélérait ses préparatifs électoraux dans l’éventualité d’un tel scénario.

« On doit être vigilant et on doit être préparé, car on ne sait pas ce qui pourrait arriver après le 1er mars », a-t-il soutenu mardi matin.

Ce dernier demande à ce qu’un tel projet de loi soit déposé d’ici deux semaines. Les néo-démocrates n’exigent pas que ce programme fasse partie du prochain budget. Le Directeur parlementaire du budget avait évalué dans une étude le coût d’un tel programme à 11,2 milliards de dollars la première année, et 13,4 milliards dans cinq ans.

Élections : des libéraux n’y croient pas

Pour le ministre des Transports Pablo Rodriguez, les discussions avec leur partenaire politique « avancent » alors que son collègue aux Langues officielles « n’a aucune inquiétude » par rapport à un scrutin général à l’horizon.

« On a une entente et j’ai beaucoup de confiance qu’on va être ici jusqu’à jusqu’en 2025 », s’aventure Randy Boissonnault.

Randy Boissonnault, ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles. Crédit image : Stéphane Bédard.

« Il n’y a personne qui a le goût d’aller à l’élection, juge Pablo Rodriguez. Il n’y a pas d’appétit, pas chez nous, puis je serais surpris qu’il y en ait dans les autres caucus aussi. »

Le ministre de l’Immigration Marc Miller a de son côté mentionné que s’il y a « des demandes déraisonnables, ils doivent être soulignés » en parlant des discussions entre les deux clans, sans toutefois s’avancer davantage.

Ces « premières fois » par des figures noires au Canada

L’Ontario et le Canada ont été au centre de mutations dans la lutte pour l’égalité raciale : de l’abolition de l’esclavage en 1834, à la Racial Discrimination Act, interdisant tout symbole de discrimination raciale en 1944, quelques tournants historiques qui ont eu un impact pour la communauté noire canadienne et ontarienne. À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, plongée dans le passé avec la (re)découverte de ces « premières fois » emblématiques, incarnées par ces pionniers et leaders noirs du 17e siècle jusqu’à nos jours.

Harriet Tubman : première fuite des esclaves noirs des États-Unis vers le Canada

Figure emblématique du chemin de fer clandestin, réseau secret d’abolitionnistes reliant les États-Unis au Canada, Harriet Tubman permet la libération de centaines d’esclaves afro-américains.

Entre 1851 et 1861, elle conduit de nombreuses expéditions via le pont ferroviaire suspendu de Whirlpool Rapids, à proximité des chutes du Niagara.

Le chemin de fer clandestin était le plus important mouvement antiesclavagiste pour la liberté d’Amérique du Nord. Entre 30 000 et 40 000 fugitifs y ont trouvé refuge.

Née esclave dans une plantation du Maryland, séparée de sa famille à l’âge de 6 ans, Harriet Tubman fuit une vie de maltraitance à l’âge de 27 ans et arrive en 1856 au Canada, où l’esclavage est aboli depuis 1834.

Après une vie de lutte pour la liberté, l’égalité et le vote universel, elle décède à New York le 10 mars 1913. Cette journée est déclarée journée Harriet Tubman en 1990 aux États-Unis et à St. Catharines où elle a résidé en Ontario, en l’honneur de son courage, de ses efforts humanitaires, de son héroïsme.

En 2005, elle est reconnue comme personne d’importance historique par le gouvernement canadien. Elle devient en 2020 la première femme noire à figurer sur un billet de banque américain.

Le 2 juin 2017, la Commission des parcs du Niagara inaugure deux panneaux dans les deux langues officielles honorant la vie et le passage historique d’Harriet Tubman, lors d’une cérémonie à Niagara Falls.

Harriet Tubman, abolutionniste connu pour son engagement dans le chemin de fer clandestin. Crédit image : Photos.com via Getty Images Plus

Mathieu da Costa, premier explorateur noir au Canada

Cet Africain polyglotte est considéré par les historiens comme le premier Noir à avoir visité le Canada, au début du 17e siècle, arrivant le long des côtes du Canada atlantique et dans la région du fleuve Saint-Laurent.

Celui-ci, qui parlait français, hollandais et portugais, a servi, en tant qu’homme libre, d’interprète pour des commerçants et des explorateurs français et hollandais.

Selon les historiens, Mathieu da Costa a ainsi accompagné Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain lors d’un ou de plusieurs de leurs voyages en Acadie et dans la région du Saint-Laurent.

Pour communiquer avec les peuples autochtones d’Amérique du Nord, ceux-ci pensent qu’il aurait eu recours à un « pidgin » basque (fusion entre la langue basque et les langues locales), employé couramment lors des activités de commerce exercées dans les Amériques, puisque les Basques du nord de l’Espagne venaient fréquemment pêcher le long de la côte atlantique.

Mathieu da Costa, interprète pionnier entre les Français et les Premières Nations au 17e siècle. Source : BCC (Black Cultural Centre for Nova Scotia)

Viola Desmond, première femme noire et première femme seule sur un billet de banque canadien

Celle qui est considérée comme la Rosa Park canadienne est la première femme noire, et première femme à figurer seule, sur un billet de banque canadien. Viola Desmond est désignée personnage historique national en juillet 2017.

Célèbre pour son action contre la ségrégation raciale en Nouvelle-Écosse, elle est également la première personne à recevoir un pardon posthume au Canada.

Née en 1914 à Halifax d’une mère afro-canadienne et d’un père blanc, elle suit une formation d’esthéticienne à Montréal, après avoir été refusée à Halifax à cause de ses origines raciales. Cela la poussera à ouvrir sa propre école de beauté et d’administration des affaires, l’École Desmond, que les femmes noires de Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, pourront intégrer.

En septembre 1946, alors qu’elle visite la ville de New Glasgow en Nouvelle-Écosse, elle se rend au cinéma local, le Roseland Theatre, auquel les Noirs étaient tenus de s’asseoir uniquement au balcon.

Ayant pris un siège au parterre, elle reçoit l’ordre de se déplacer, ce qu’elle refuse, presque 10 ans avant que Rosa Parks ne refuse de quitter son siège dans le bus en Alabama. Elle est alors arrêtée, emprisonnée pendant 12 heures et condamnée à payer une amende de 26 $, au motif de ne pas avoir payé la différence d’un centime de taxe provinciale entre le prix d’un billet à l’étage et celui d’un billet au parterre.

Morte en 1965, à l’âge de 50 ans, ce n’est qu’en 2010, soit 45 ans après sa mort, que la lieutenante gouverneure de la Nouvelle-Écosse lui présente des excuses à titre posthume pour cette injustice.

Un billet de 10 $ sur lequel figure le portrait de Viola Desmond, activiste pour les droits civiques en Nouvelle-Écosse. Crédit image : Johan10 via istock/Getty Images Plus

Lincoln Alexander, premier noir lieutenant-gouverneur de l’Ontario

En 1985, Lincoln Alexander est nommé 24e lieutenant-gouverneur de l’Ontario et devient ainsi le premier noir nommé à un poste vice-royal au Canada. Il est également le premier député noir à la Chambre des communes, élu en 1968 dans la circonscription de Hamilton-Ouest, ainsi que le premier Noir membre d’un cabinet fédéral, au poste de ministre du Travail (1979-1980) sous le gouvernement conservateur de Joseph Clark.

Né en 1922 à Midland en Ontario d’une famille d’origine antillaise, il grandit à Toronto puis à Harlem, New York. Il s’engage avant la seconde guerre mondiale dans l’Aviation royale canadienne.

Alors en poste à Vancouver, le tenancier d’un bar refuse de le servir à cause de la couleur de sa peau. Après avoir signalé l’incident à un officier supérieur qui refuse d’agir, M. Alexander quitte l’Aviation en 1945, avant de faire des études de droit à l’Osgoode Hall Law School.

En 2000, Lincoln Alexander est nommé président de la Fondation canadienne des relations raciales, pour laquelle il demeure porte-parole en matière de relations raciales et pour les anciens combattants.

Il décède en 2012 à Hamilton, à l’âge de 90 ans, décoré de nombreuses distinctions : membre de l’Ordre de l’Ontario, compagnon de l’Ordre du Canada, récipiendaire des médailles du jubilé d’or et de diamant d’Elisabeth II, du prix de l’Association des avocats noirs du Canada pour l’ensemble de ses réalisations et de la Décoration des Forces canadiennes.

Lincoln Alexander, 24e lieutenant-gouverneur de l’Ontario. Crédit image : Lincoln Alexander Centre, Creative Commons CC01.0 via Wikimedia

Firmin Monestime, premier maire noir du Canada

Ce médecin d’origine haïtienne, immigré au Canada, est élu maire de Mattawa en 1964, faisant de lui le premier maire noir du pays.

Né en 1909 à Cap-Haïtien, il choisit d’exercer la médecine rurale après des études à Port-au-Prince. Il est le seul médecin présent lors du massacre des Haïtiens en 1937 à la frontière entre Haïti et la République dominicaine, une épuration ethnique menée par le dictateur dominicain Rafael Lenonidas Trujillo Molina. Il en résultera la mort de plus de 20 000 Haïtiens.

Un dévouement qui lui vaudra la Légion d’honneur du Mérite haïtien.

Il s’installe au Québec en 1940 avant de s’établir dans la ville ontarienne de Mattawa, où il pratiquera la médecine jusqu’à son investiture à la mairie. Il fait notamment construire une maison de retraite pour la nation autochtone des Algonquins.

Dévoué à sa ville d’accueil, très respecté et apprécié, il restera maire de Mattawa pendant 13 ans, jusqu’à sa mort en 1977.

Firmin Monestime, maire de Mattawa de 1964 à 1977. Crédit image : Musée Mattawa

Bernadette Clement, première femme noire mairesse en Ontario

Élue mairesse de Cornwall le 22 octobre 2018, elle est la première femme noire à devenir mairesse en Ontario, et la première femme et francophone à ce poste.

Née en 1965 à Montréal d’une mère franco-manitobaine et d’un père trinidadien, elle fait des études de droit. Inscrite au barreau de l’Ontario en 1991, elle fait carrière dans l’avocature dans le domaine de l’aide juridique.

Elle devient en parallèle conseillère municipale de Cornwall en 2006 et ce, pour trois mandats, avant d’être élue mairesse.

Le premier ministre Justin Trudeau la nomme sénatrice au Sénat le 22 juin 2021, représentant l’Ontario. Membre du Groupe des sénateurs indépendants (GSI), elle rejoint en décembre 2022, l’équipe des facilitateurs du GSI en tant que coordonnatrice en chambre.

Notamment membre de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario et de la Stormont, Dundas & Glengarry Law Association, elle reçoit un prix du Conseil du district et du travail de Cornwall pour ses services exceptionnels aux travailleurs blessés et un prix GEM d’Aide juridique Ontario pour ses réalisations exceptionnelles.

Bernadette Clement, aancienne mairesse de Cornwall aujourd’hui sénatrice. Archives ONFR

Le projet de loi 124 jugé inconstitutionnel par la Cour d’appel de l’Ontario

TORONTO – Le plus haut tribunal de la province a jugé que le projet de loi 124, limitant les augmentations de salaire des travailleurs de la fonction publique, est inconstitutionnel.

Ce lundi matin, la Cour d’appel de l’Ontario a statué en faveur des travailleurs, notamment des enseignants et des infirmières, touchés par cette loi controversée, dans une décision de 2 contre 1. Parmi les trois juges qui ont entendu l’affaire à la Cour d’appel, deux ont voté en faveur de la décision rendue (déclarant la loi inconstitutionnelle), tandis qu’un seul juge a voté contre cette décision.

Les progressistes-conservateurs ont promulgué cette loi qui plafonnait les augmentations de salaire des travailleurs du secteur public à 1 % par an pendant trois ans, en 2019.

« La décision rendue aujourd’hui par la Cour d’appel de l’Ontario confirme à juste titre ce que nous savions être vrai depuis l’introduction de cette législation illégale : le projet de loi 124 constitue une attaque inconstitutionnelle contre les droits des travailleurs de cette province », a déclaré par voie de presse Karen Brown, présidente de la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO/ETFO).

« Nous sommes heureux que la Cour ait défendu la démocratie et rétabli les droits des travailleurs du secteur public en Ontario. »

La cour a déterminé que la loi défendue par Doug Ford était inconstitutionnelle en raison d’un manque de consultation préalable à son adoption et du défaut de disposer de mécanismes « significatifs » pour exclure les accords collectifs de son champ d’application. Crédit image : Jackson Ho

En novembre 2022, la Cour supérieure de l’Ontario avait déjà statué sur le caractère inconstitutionnel de la loi, indiquant qu’elle portait atteinte aux droits de négociation collective. Le gouvernement Ford avait fait appel le 20 juin 2023.

D’ailleurs, les groupes de travailleurs et les syndicats remettaient en question cette loi, soutenant qu’elle contribuait en partie au départ de nombreuses infirmières de la profession ou vers des agences de soins infirmiers privées offrant une rémunération plus élevée.

« Que la décision de la Cour serve de leçon au gouvernement Ford pour ne jamais contourner les négociations ou piétiner à nouveau les droits démocratiques des travailleurs », pouvions-nous lire dans le communiqué de presse de la FEEO.

« Les travailleurs ont le droit à un processus de négociation non restreint, garanti par la Charte canadienne des droits et libertés, et il doit être respecté. »

De gauche à droite, la cheffe des néo-démocrates Marit Stiles, le président ontarien de la SCFP et la présidente de l’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario, Erin Ariss en conférence de presse à Queen’s Park ce lundi matin. Capture d’écran

En conférence de presse à Queen’s Park, l’opposition officielle, accompagnée de Laura Walton, présidente de la Fédération du travail de l’Ontario, de Erin Ariss, présidente de l’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario et de Fred Hahn, vice-président de l’Ontario pour le syndicat canadien de la fonction publique, ont demandé au gouvernement Ford d’accepter la décision de la Cour d’appel.

France Gélinas, la députée néo-démocrate pour Nickel Belt a justement déclaré : « C’est la deuxième fois que la Cour de l’Ontario dit à M. Ford que sa loi est inconstitutionnelle, il doit l’accepter. »

Dans la même veine, le syndicat de la fonction publique demande au ministre des Finances d’ajouter un financement adéquat à chaque secteur dans le prochain budget provincial afin de garantir que les employeurs disposent de suffisamment d’argent pour payer leurs arriérés de salaire.

Soccer : champions d’Afrique, les Ivoiriens du Grand Toronto aux anges

TORONTO – En battant le Nigéria sur le score de 2-1 en finale dimanche, la Côte d’Ivoire a réussi le pari fou de remporter sa Coupe d’Afrique des nations. Réunie notamment du côté d’Etobicoke, la communauté ivoirienne torontoise a vibré pendant tout le match devant la prestation de ses Éléphants victorieux. 

« On est champion d’Afrique, c’est un moment merveilleux pour nous les Ivoiriens du Canada de Toronto et au pays », s’est réjoui Aboubacar Sanogo qui s’était joint à une cinquantaine de ses compatriotes dans une salle d’Etobicoke. 

Ce regroupement était à l’initiative de l’Association de la communauté ivoirienne de Toronto, dont la présidente Carole Gallou paraissait elle aussi aux anges après la victoire. 

« Nous sommes vraiment heureux d’appartenir à la Côte d’Ivoire, pays organisateur de la Coupe d’Afrique. C’est formidable. Cela ne pouvait que se terminer comme ça après le parcours de nos jeunes, cela ne pouvait être que la récompense ultime. »

La salle dans l’attente du coup de sifflet final libérateur. Crédit image : Mickael Laviolle

Pour aller chercher leur troisième titre de l’histoire après l’avoir remporté en 1992 et 2015, les Ivoiriens sont passés par tous les états, sauvés in extremis de la phase de poule et revenant ensuite d’un déficit de 1-0 face aux champions en titre sénégalais en huitième de finale pour s’imposer aux tirs au but. 

Ce parcours du pays hôte de la compétition, d’abord chaotique, s’est transformé en véritable force pour les partisans ivoiriens qui avaient plus que jamais foi en leur équipe. Malgré un retard d’un but, toute la salle demeurait optimiste face à un adversaire nigérian que les Éléphants avaient déjà affronté en phase de poule. 

« Personnellement, j’avais confiance, assure M. Sanogo. J’avais vu le premier match contre le Nigéria perdu 1-0. (Dans cette rencontre) on n’avait pas eu beaucoup de chance mais on avait été efficace. Je savais que si on reprenait le match, on allait gagner. En plus, avec le parcours qu’on a connu, cette équipe qui revient de loin, on savait qu’on ne pouvait que connaître la victoire. »

La fête après 90 minutes de nervosité et d’espoir. Crédit image : Mickael Laviolle

Au-delà du sport, Carole Gallou s’est réjouie avant tout d’avoir été en mesure de regrouper sa communauté tout au long de l’événement. Cette réussite des Éléphants, c’est aussi une grande réussite pour l’association. 

« On a suivi tous les matchs de la compétition grâce à un partenariat avec deux restaurants ivoiriens de Toronto. Tous les matchs ont été diffusés là-bas et les gens se sont regroupés dans ces lieux à chaque fois. On a choisi un lieu plus grand pour la finale tout en conservant les deux restaurants pour les habitants de l’est de la ville. »

Près de 50 personnes ont répondu présent dans l’Ouest torontois et ont chanté et dansé pendant plus d’une heure après le coup de sifflet final de la rencontre. 

Monette, recevoir et redonner la culture franco-ontarienne

MISSISSIPPI MILLS – On peut sortir l’homme de Sudbury, mais on ne peut pas sortir Sudbury de l’homme. Monette, Serge de son prénom, continue de chanter les histoires du Nord de l’Ontario. Cet auteur-compositeur-interprète est aussi enseignant en musique et en art dramatique au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE). Il souhaite être un passeur culturel, comme l’ont été pour lui des grands de la culture franco-ontarienne. Rencontre avec celui qui prépare la sortie de son cinquième album solo.

« Vous avez fait votre marque avec des chansons qui parlaient concrètement du Nord de l’Ontario. Pourquoi exploiter ce filon?

Je suis natif de Sudbury, plus particulièrement du village de Val Thérèse. Mon père était camionneur. Je passais beaucoup de temps à voyager en écoutant de la musique country, qui parle souvent d’histoires personnelles, mais aussi de monuments historiques.

La musique de Bob Dylan et de Neil Young jouait beaucoup à Sudbury. Dans sa chanson Long May You Run, Neil Young raconte la fois où sa voiture s’est brisée à Blind River, et ça devient un éloge au Nord de l’Ontario.

C’était normal d’écrire ma recherche d’identité et d’en relater les histoires.

À l’époque de Cormoran, le groupe qui l’a fait connaître. De gauche à droite : Shawn Sasyniuk, Monette, Alain Dorion (Radio-Canada), Jacques Grylls et Don Kingsley. Gracieuseté

J’ai étudié en Histoire à l’Université d’Ottawa. J’étais dans la troupe de théâtre avec Madeleine Azzola et Hélène Gravel. Ces deux enseignantes m’ont donné le goût d’aller plus loin dans mon écriture. Hélène Gravel m’a donné cette fierté d’être franco-ontarien et de parler dans l’accent de chez nous.

Puis, il y a eu La Brunante, diffusée à Radio-Canada. On était des jeunes punks, on arrivait sur une scène télévisée, au national. On avait des ateliers avec Robert Paquette, Breen LeBoeuf, John Mcgale et Toyo.

Sur ma chanson L’autre bord d’la track, Toyo m’a demandé : ‘Pourquoi tu dis le moulin à fleur? C’est le moulin à farine.’

J’ai dit aux organisateurs : ‘Toyo est bon, mais il ne comprend pas notre langue, il ne comprend pas notre identité.’

Le Moulin à fleur, c’est le quartier francophone de Sudbury.

De gauche à droite : Serge Monette, Paul Demers et Robert Paquette, lors d’un spectacle à North Bay. Gracieuseté

Au secondaire, on se questionnait déjà au niveau de l’identité. Pour moi, ça se passait moins bien en anglais. Mon émotif est en français.

À un moment donné, on jouait dans un Battle of the bands entre les écoles secondaires. Avec mon groupe, on avait chanté moitié-moitié en français et en anglais.

J’ai vu les visages inquiets des francophones dans la foule. Et j’ai commencé à entendre des pings, pings! Les gens nous lançaient des cents noirs. Je pensais qu’ils allaient nous frapper.

En débarquant de scène, la première personne que j’ai vue, c’est Chuck Labelle. Il m’a dit : ‘C’était vraiment bon, ne lâche pas.’ Puis, CTV a fait une entrevue avec nous, probablement parce qu’on était différents.

Avec le projet Monette, Serge Monette continue de chanter les histoires du Nord de l’Ontario. Crédit image : Sean Sisk

Je suis un peu de cette époque de l’engagement des années 1970. Moé, j’viens du Nord, sti!

Mais vous étiez à peine né à l’époque de Moé, j’viens du Nord

Oui, mais ces gens-là venaient dans nos écoles. Je me souviens d’avoir vécu des ateliers avec François Lemieux ou Robert Paquette. Et Hélène Gravel a aidé beaucoup de jeunes.

Dans ma génération, la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) n’existait pas. On n’avait pas d’animateurs culturels comme Félix St-Denis. Et même le drapeau franco-ontarien, on ne l’affichait pas.

Francophonie Ontario Drapeau franco-ontarien
Drapeau franco-ontarien. Archives ONFR

Aujourd’hui, on n’investit plus dans cette identité franco-ontarienne. On est dans le pluralisme. Ça fait en sorte que de parler des histoires comme je le fais, c’est un peu difficile à passer, parce que ça fait très folklorique.

Reesor Siding a connu un certain succès. Je l’ai chantée au lancement du Mois du patrimoine, pour lequel le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) m’a demandé d’être ambassadeur. On m’a demandé de la chanter, car on a attribué le prix Michel-Prévost à Danielle Coulombe, pour son article Une grève, une fusillade et des accusations en 1963, paru dans la revue Le Chaînon l’été dernier.

Vous êtes aussi enseignant. On dit souvent que les jeunes n’écoutent plus de musique en français. Est-ce pire qu’avant, ou c’est notre perception d’adulte?

Ça a toujours été, et ça va toujours être, aussi longtemps qu’on ne se demande pas pourquoi on est inconfortables avec la musique ou les films francophones. As-tu honte de qui tu es? Moi, je trouve que c’est une beauté de parler plusieurs langues.

Les enseignants ont cette honte aussi. L’insécurité linguistique dans nos écoles existe encore.

Il y a des gens d’ailleurs et des gens d’ici, mais ils se comprennent mal. L’enseignant devrait être un défenseur de la langue et de la culture générale.

Comment insuffler cette fierté franco-ontarienne chez les jeunes, tout en respectant cette pluralité?

Il faut leur donner des plateformes. Les En bref de ce monde n’auraient pas été les mêmes sans La Brunante.

Ces gens ont ouvert la porte à des élèves, à des petits punks, à des Stef Paquette. Ils leur ont dit : ‘Tu n’aimes pas ce qui se passe en français? Viens, on va créer quelque chose.’

Okféfé, son groupe avec Ferline Régis, en performance à la Bastringue de Contact ontarois. Gracieuseté

À Ottawa, ils ont investi énormément d’argent dans les sports-études. C’est excellent. C’est comme ça que l’école franco-ontarienne va survivre. Par contre, elle devient une école d’immersion, parce qu’on ne nourrit pas la culture.

Quand j’entends l’harmonie de l’école jouer The House of the Rising Sun, même si c’est instrumental, mon cerveau ne pense qu’aux paroles en anglais. Je n’entends pas Les portes du pénitencier.

Y a-t-il des initiatives actuelles qui donnent ce genre de plateformes?

Le festival en milieu scolaire Quand ça nous chante est un moteur culturel dans lequel on doit investir. Mais il faut convaincre les élèves, les profs et les directions.

J’ai passé près de huit ans à faire de l’enregistrement et de la tournée avec le CECCE pour un programme qui s’appelait Focus – chanson et musique. C’est le plus beau projet que j’ai pu vivre. Le programme est mort en raison de coupures de budget et de pandémie. J’ai dit que si je ne pouvais pas retourner en studio et faire 25 spectacles avec les élèves, je ne le faisais plus.

Est-ce que ça pourrait revenir?

Il faudrait que quelqu’un le reprenne. Moi, je suis à la fin de ma carrière. Pour plusieurs, la pandémie a changé nos priorités. Est-ce que je veux retourner au stress que j’avais avant? Non.

C’est aussi ça l’album Le diable dans le corps. La chanson Je fais de mon mieux, c’est de dire que puisque le monde est en train d’arrêter, je ne peux pas me stresser pour demain.

Quels sont les thèmes abordés dans cet album?

Crache ton sang est une réaction à mon expérience de demi-finaliste au Festival international de la chanson de Granby (FICG), en 1997 et 1998. La première année, on m’avait présenté en anglais. The next artist is Serge Monette, all the way from Sudbury!

J’étais en beau maudit. Je me disais : ‘Je suis venu ici pour chanter en français, pas me faire écœurer en anglais. Je peux faire ça chez nous.’

Ensuite, j’ai été au Festival de la chanson de Saint-Ambroise (au Saguenay-Lac-Saint-Jean). On m’avait invité à aller retrouver les autres au bar en me disant : ‘Viens chanter des chansons en cajun, tu dois connaître ça, tu as l’accent!’

Le diable dans le corps est le cinquième album de Monette, après 18 roues (2002), Bad Luck (2008), Capital humain (2015) et Sonnez l’éveil (2020). Crédit image : Sean Sisk

Quand on chante de la chanson francophone, on aimerait être acceptés pour ce que c’est. Pourquoi les radios en Ontario ne font pas jouer de la musique franco-ontarienne tous les jours? En Acadie, il n’y a pas cette gêne.

Parlez-nous des autres chansons sur l’album…

Le diable dans le corps, je l’aime beaucoup. Ça veut dire que tu as de l’énergie, et que si tu ne te calmes pas, tu vas être dans le trouble!

J’aimerais faire une vidéo en dessins animés pour Le vieux coq, parce que c’est l’histoire de mon père. C’est un reflet du bon Canadien français. Il venait d’une grande famille. Il a grandi sur une ferme, à Noëlville. Il a été en ville. Il a travaillé dans l’industrie minière. Puis, il a pris le highway pour conduire des camions.

La chanson est un beau message pour mon père, qui a 82 ans, mais c’est aussi une chanson drôle qui me fait penser à plusieurs membres de ma famille.

Avec sa fille Élodie Monette-Dugas lors de La nuit sur l’étang. Gracieuseté

Joe et Lola, ce sont deux immigrants qui quittent le vieux pays pour aller travailler à Timmins, vers 1900. La ruée vers l’or, ce n’est pas facile. La chanson est basée sur une histoire vraie. Lola va le tuer parce qu’il est alcoolique et violent. Dans ces années-là, qu’est-ce qu’elle pouvait faire?  

Comme Reesor Siding, c’est une histoire du développement économique de la région du Nord. Il ne faut pas les oublier, même si elles ne sont pas faciles.

Pourquoi avez-vous quitté Sudbury?

Je ne suis pas là, mais je suis toujours là.

J’ai d’abord travaillé dans des écoles de Toronto. Ma copine de l’époque et moi avons décidé de déménager à Ottawa, un juste milieu entre mon Sudbury et son Acadie. Beaucoup de gens avec qui je collaborais habitaient à Ottawa et Montréal : Patrice Desbiens, Paul Demers, Marcel Aymar.

C’était naturel de quitter Sudbury. Il n’y avait pas de jobs en enseignement et faire de la musique était difficile.

Vous avez côtoyé plusieurs grands noms de la culture franco-ontarienne. Que vous ont-ils apporté?

Ils ont été des passeurs culturels, chacun à leur façon.

En 2017, lors d’un spectacle pour souligner les 20 ans du mouvement SOS Montfort. De gauche à droite : Damien Robitaille, Robert Paquette, Marcel Aymar, Chuck Labelle, Serge Monette. Gracieuseté

Robert (Paquette) est comme le père de toutes les générations. Il m’encourageait. Il est le Gordon Lightfoot francophone. C’était tout un apprentissage.

Marcel (Aymar) m’a aidé à enregistrer mon premier disque et à poser ma voix. Il m’a donné une identité musicale.

Paul (Demers) était un grand frère. On a passé beaucoup de temps sur la route avec lui et Josée (Lajoie).  Et on a tous les deux été présidents de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM). On avait des divergences d’opinions, parce qu’il voulait que l’APCM soit présente d’un océan à l’autre. Je trouvais que ça n’avait pas de sens, car ce sont les Franco-Ontariens qui payent pour l’APCM. 

Quelle importance a eu Cormoran sur votre parcours?

Au secondaire, il y avait un jeune prof qui venait d’arriver, Jacques Grylls. Moi, j’étais à ma 14e année… J’avais le diable dans le corps, je devais faire une 14e année (rires)!

Jacques Grylls et Serge Monette se sont réunis pour former Cormoran en 1995. Gracieuseté

Quand j’étais à l’université, j’ai recontacté Jacques pour créer un groupe, Cormoran, pour La Brunante. On a perdu contre En Bref la première année, et on l’a remportée l’année suivante. Ça a apporté plein d’opportunités. On a même joué avant les Colocs au Festival franco-ontarien, en 1995.

Quand j’ai déménagé à Toronto, je revenais à Sudbury toutes les fins de semaine. On partageait un studio avec En bref dans l’ancienne morgue du Carrefour francophone, dans un ancien hôpital. Après nous, c’est Konflit Dramatik qui a repris le studio. Je pense que l’album Morgue (2005) est une référence à ça.

Vous avez mentionné la tournée avec Paul Demers et Josée Lajoie. Quel était ce projet, 30 ans de chansons?

C’est né de l’idée que de vendre de la musique originale est extrêmement difficile. Même Paul sortait un album et vendait 10 spectacles. On a décidé de se mettre ensemble pour faire des interprétations. Notre angle était de relater 30 ans de chansons franco-ontariennes et franco-canadiennes.

On savait aussi qu’il y avait des 20e et 25e anniversaires qui s’en venaient. Le Centre culturel les Trois p’tits points à Alexandria, La Slague à Sudbury… On a eu le prix coup de foudre à Contact ontarois en raison de ce momentum. On a joué pendant deux ans.

Avec Josée Lajoie et Paul Demers, à l’époque de la tournée 30 ans de chansons. Gracieuseté

J’aurais aimé continuer et faire la Bonne Chanson. Mais honnêtement, nous étions épuisés. Paul se donnait à 100 %. Il était en rémission de son cancer. Quand il tombait malade, ça tournait automatiquement en pneumonie.

Josée avait des raisons familiales, c’était beaucoup à gérer avec le travail, les enfants, le divorce.

Moi aussi j’avais mon travail et j’étais père monoparental, en garde partagée donc je l’avais quand même plus facile.

Quel souvenir gardez-vous de Paul Demers, dont la chanson Notre place (avec François Dubé) a été intronisée au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens?

C’est un grand frère qui voulait le bien de tout le monde. Il était simplement un bon gars. S’il avait eu un dollar chaque fois que sa chanson avait joué, il aurait été millionnaire. Malheureusement, le système a fait en sorte qu’il n’a pas pu profiter pleinement de ce succès.

Comment en êtes-vous venu à vivre dans une ancienne église?

J’ai habité longtemps dans Vanier, à Ottawa. Mais j’étais fatigué de la ville. J’ai acheté une église anglicane à 45 minutes à l’Ouest, sur le bord de la rivière Mississippi.

J’y ai fait un projet avec Ferline Régis et d’autres musiciens, Les sessions du Mississippi. C’était un concept de spectacles en direct sur Facebook, à l’époque où les live Facebook commençaient, avant la pandémie.

Une ancienne église devenue maison et lieu de création. Gracieuseté

L’album Sonnez l’éveil (2020) a été enregistré dans l’église. Depuis, j’ai fait un studio dans mon garage. Il y a des groupes qui viennent d’Ottawa, mais aussi de Boston ou New York pour enregistrer. C’est mon ami Corey Bergeron qui fait du mixage et qui aime bien mon studio, car j’ai un équipement plus vintage. Il y a très peu de synthétique dans ce que je fais.

Y a-t-il un côté métaphysique à vivre dans une église?

Non. Quand je suis arrivé, c’était vacant depuis quatre ans. J’ai fait tellement de rénovations que je pense que tous les mauvais esprits sont partis (Rires).

Avec George Turcotte, qui l’accompagnera aussi sur scène pour les lancements d’album. Crédit image : Sean Sisk

Quand auront lieu vos lancements d’album?

À Ottawa, c’est le 7 avril à 14 h. Megan Francoeur et Brian Stephenson feront la première partie. Megan a beaucoup chanté comme choriste sur mes albums.

Et le 13 avril, on va être au Lounge à Sudbury, toujours à 14h. Philippe Mathieu va faire la première partie. Il a un bel album, c’est un bon guitariste aussi. »


1972 : Naissance à Sudbury

1996 : Victoire à La Brunante avec Cormoran

1997 : Demi-finaliste au FICG, où l’animateur le présente en anglais

2002 : Lancement de son premier album, 18 roues

2004 : Prix Coup de foudre à Contact ontarois et début de la tournée 30 ans de chansons avec Paul Demers et Josée Lajoie.

2012 : Prix de la meilleure animation au Cinéfest de Sudbury pour Reesor Siding, court-métrage dérivé de sa chanson lancée en 2008 sur l’album Bad Luck

2024 (à venir) : Lancement de son cinquième album, Le diable dans le corps

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Ottawa transfère 3,1 milliards $ pour les soins de santé en Ontario

KING CITY – L’accord signé ce vendredi entre Ottawa et la province est en droite ligne avec le Sommet national sur la santé de l’an dernier. Le gouvernement fédéral s’était alors engagé à accroître les transferts financiers aux provinces et territoires dans ce domaine.

Ottawa a formalisé une entente de 3,1 milliards de dollars avec la province afin d’accroitre l’accès aux soins de santé primaires, de réduire les temps d’attente pour les chirurgies et de recruter davantage de personnel de santé.

L’accord prévoit également des investissements en santé mentale et dans les soins prodigués aux peuples autochtones, ainsi qu’une modernisation numérique des hôpitaux.

« Cette annonce aura un impact positif sur la vie des populations de l’Ontario », a estimé le premier ministre Justin Trudeau en déplacement à King City, dans la région du Grand Toronto, anticipant « une transformation et des résultats réels ».

« Ce nouveau financement va renforcer les efforts que nous faisons en Ontario pour rapprocher les soins pratiques du domicile des Ontariens », a réagi à ses côtés Doug Ford, le premier ministre ontarien. Il évoquait des investissements records dans la santé, dont 50 milliards de dollars en soutien aux nouveaux hôpitaux et l’ajout de 80 000 infirmières depuis 2018.

La province réclamait de longue date de tels transferts pour améliorer son système de santé. Face à un front uni des premiers ministres des provinces et territoires, le gouvernement fédéral avait promis, dès février 2023, d’augmenter les transferts en santé de 46,2 milliards de dollars sur 10 ans.

L’Ontario, plus gros bénéficiaire de cette enveloppe, avait par la suite signé une entente bilatérale avec Ottawa afin de préciser les buts à atteindre avec ce financement. La province entend notamment pallier le manque de personnel soignant dans ses hôpitaux, ses foyers de soins de longue durée et dans les cliniques de soins primaires.

« Cet accord vient compléter nos travaux visant à nous assurer que les Ontariens ont un accès incomparable à des soins adéquats dans leur communauté, peu importe où ils vivent », a déclaré Sylvia Jones, vice-première ministre et ministre de la Santé de l’Ontario.

Une des contreparties, selon les termes de l’entente, est que la province crée des équipes de soins primaires additionnelles, finance 700 places additionnelles dans les programmes de formation et améliore la collecte de données.

Le Transfert canadien en matière de santé est le plus important des principaux transferts fédéraux aux provinces et territoires. Il assure un financement à long terme pour les soins de santé et appuie les principes de la Loi canadienne sur la santé.

L’opposition demande plus de clarté et moins de privatisation

L’opposition provinciale n’a pas tardé à réagir en avertissant qu’un tel transfert ne garantira pas la fin des déboires du système de santé en Ontario.

France Gélinas, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé, s’est étonnée du manque de transparence autour de la future utilisation de ces fonds : « Nous n’avons pas assez de clarifications sur comment cet argent va être alloué et je suis inquiète de ce que les conservateurs vont en faire. »

« Pendant la pandémie de COVID-19, le gouvernement fédéral a consacré des milliards de dollars aux soins de santé, mais Doug Ford a garé ces fonds dans les coffres du gouvernement, privant intentionnellement nos hôpitaux des ressources dont ils avaient besoin », a taclé de son côté la cheffe du Parti libéral, Bonnie Crombie.

« Si ce gouvernement veut vraiment résoudre la crise des soins de santé, qu’il arrête immédiatement la privatisation de notre système de santé et mette en œuvre une stratégie de rétention des travailleurs », a renchéri Mike Schreiner, le chef du Parti vert de l’Ontario.

Le Bal de neige à l’ère des changements climatiques

OTTAWA – Le Bal de neige bat son plein jusqu’au 19 février à Ottawa et Gatineau. Mais la grande fête de l’hiver, tradition de la capitale fédérale depuis 1979, fait face à un défi de taille. Les températures plus douces causent entre autres la fermeture de la patinoire du canal Rideau, symbole de la ville et de l’événement. Entre l’ajout d’activités intérieures et la fabrication de neige artificielle, un changement de paradigme semble s’opérer lentement, mais sûrement.

« Ça fait plusieurs années qu’on fait des changements à la programmation pour s’adapter aux changements climatiques », lance d’entrée de jeu Charles Cardinal, gestionnaire principal du Bal de neige chez Patrimoine canadien, en entrevue avec ONFR. Il souligne qu’à son arrivée dans l’organisation, il y a 15 ans, « il y avait déjà un rapport qui parlait des changements climatiques à venir ».

C’est une accumulation de journées (douces) consécutives, et aussi le fait qu’il ne neige pas.
— Charles Cardinal, Patrimoine canadien

C’est aussi depuis une quinzaine d’années que des canons à neige sont utilisés au Domaine des flocons pour bâtir, entre autres, les énormes glissoires. Le principal défi lorsque la température est plus douce, c’est la fonte du parterre de neige. C’est pourquoi le Domaine des flocons, situé sur la rive gatinoise de la rivière des Outaouais, a ouvert ses portes une journée plus tard que prévu cette année. L’équipe a pris le temps de sécuriser le site en étalant plus de neige la nuit, lorsqu’il faisait plus froid. « Je pense qu’on est rendus des experts de la contingence », exprime Charles Cardinal.

Une fermeture de taille

En 2023, pour la première fois de son histoire, l’emblématique patinoire du canal Rideau n’a pas pu accueillir de visiteurs de toute la saison. Un an plus tard, elle n’a été accessible que quatre jours en janvier. Dans un communiqué envoyé le 8 février, la Commission de la capitale nationale (CCN) tentait de se faire rassurante.

« Nous effectuerons des tests lundi pour évaluer l’état de la glace et continuerons à travailler pour qu’il soit possible de rouvrir la patinoire dès que les conditions seront sûres. Nous sommes optimistes quant à la réouverture de la patinoire du canal Rideau en raison des températures plus froides prévues pour la semaine prochaine. »

Plus de 70 000 personnes se sont ruées sur la patinoire du Canal Rideau lors de ses quatre jours d’ouverture en janvier, selon la CCN. Gracieuseté Patrimoine canadien

Entre-temps, si plusieurs activités prévues sur le canal ont pu se déplacer, certaines n’ont pas cette possibilité. C’est le cas des courses du Festival de bateaux-dragons sur glace Queue de castor, pour lesquelles des athlètes voyageaient depuis aussi loin que les Pays-Bas et le Pakistan. 65 % des 1600 participants prévus arrivaient de l’extérieur.

« Les organisateurs ont épuisé tous les efforts pour tenir les courses à un autre endroit où les replanifier, dû aux exigences uniques des parcours en matière de taille, combinées aux prévisions météorologiques », pouvait-on lire dans un communiqué à quelques jours du festival.

Une offre modifiée

L’organisme Fierté dans la capitale est l’un des partenaires de programmation de Patrimoine canadien. Depuis 2019, la Fierté hivernale se déroule pendant le Bal de neige. Au micro d’ONFR, le directeur des affaires francophones de Fierté dans la capitale, Francesco MacAllister-Caruso, explique cette collaboration.

La fierté hivernale a lieu durant le Bal de neige depuis 2019. Gracieuseté : Patrimoine canadien

« C’est un événement si populaire que plusieurs personnes viennent dans la région pour vivre le Bal de neige. On espère que, pendant qu’ils seront en visite à Ottawa, ils verront nos événements de la fierté, qu’ils n’auraient peut-être pas vus normalement. »

L’une des activités est le défilé sur glace, qui en sera à sa deuxième édition. L’événement n’a encore jamais eu lieu à l’endroit pour lequel il a été pensé, la patinoire du canal Rideau. Les organisateurs avaient déjà un plan B et un plan C en tête. C’est finalement au parc Lansdowne que le défilé aura lieu, ce dimanche.

Une autre activité emblématique du Bal de neige a été modifiée cette année, mais le public n’y verra que du feu… ou de la glace. La compétition internationale de sculptures sur glace a connu des temps difficiles dans les dernières années.

En 2018 aussi, les sculptures avaient fondu avant la fin du Bal de neige. Crédit image : Rachel Crustin

« L’an dernier, après le premier week-end, toutes les sculptures avaient fondu », relate Charles Cardinal. Cette année, la compétition a été remplacée par une exposition qui se renouvelle toutes les fins de semaine, avec six nouveaux sculpteurs invités, encore une fois de partout dans le monde. Ils créent des œuvres en s’inspirant des thèmes de la programmation et peuvent discuter avec le public. « Ça garantit d’avoir des sculptures tout au long du Bal de neige, et ça permet aux visiteurs de voir des sculpteurs professionnels à l’œuvre chaque week-end », se réjouit le représentant de Patrimoine canadien.

Une question de perception

Le premier Bal de neige a été créé par la CCN en 1979 afin de « célébrer la culture et le climat nordique uniques du Canada », selon le site officiel de l’événement. À cette époque, l’entièreté de la programmation se tenait sur la patinoire du canal Rideau.

Depuis, l’offre s’est diversifiée afin d’occuper toute la capitale. Si les changements climatiques ne sont pas étrangers au fait que la moitié des activités soient prévues à l’intérieur en 2024, Charles Cardinal nuance. « Il y a aussi le fait que le Bal de neige est devenu très populaire. C’est quand même 600 000 visiteurs » par an, dont le quart vient de l’extérieur de la région.

La glissade au Domaine des flocons est une autre activité phare du Bal de neige. Gracieuseté Patrimoine canadien

600 000 visiteurs à qui il faut expliquer que la patinoire du canal Rideau, quand elle est ouverte, n’accueille désormais plus que 1 % des activités du Bal de neige. Selon M. Cardinal, « l’enjeu qu’on a, c’est que la patinoire est tellement une icône de Bal de neige que, quand elle est fermée, ils croient qu’il n’y a pas d’activités ». Il dit quand même comprendre l’envie des gens de vivre l’expérience de patiner sur la plus grande patinoire du monde.

Deux Glamottes, mascottes officielles du Bal de neige, croisées sur la rue Sparks lors de la première fin de semaine de l’édition 2024. Crédit image : Rachel Crustin

Pourtant, la programmation du Bal de neige continue de s’enrichir. Cette année, la rue Sparks accueille le tout premier OLG Buskerfest, version hivernale du Buskerfest d’Ottawa, un festival international d’arts de la rue. Au domaine des flocons, on pourra assister à une compétition de break dance organisée par Break City Montréal. Parmi les juges, on retrouvera le champion du monde de break dance, Phil Wizard.

Le temps doux a aussi des avantages

Selon le directeur des affaires publiques de Tourisme Ottawa, Jérôme Miousse, les températures plus douces ont aussi de bons côtés. Il prend l’exemple de 2023 où, malgré la fermeture de la patinoire du canal Rideau, le Bal de neige a accueilli un nombre de visiteurs semblable à 2019 et 2020, qui étaient de bonnes années.

« Il y a deux week-ends qui étaient plus chauds, qui se rapprochaient de -5, 0 degrés Celsius. Et ces fins de semaine ont été plus populaires que celle où on a eu de grands froids de -20, -25. »

Il souligne que les événements intérieurs, comme dans les musées, par exemple, sont plus populaires lors des grands froids.

Un mini pow-wow, organisé par Expériences autochtones, avait lieu au Musée canadien de l’Histoire lors de la première fin de semaine du Bal de neige 2024. Gracieuseté Patrimoine canadien

Tourisme Ottawa aurait aussi observé, en 2023, une hausse de visiteurs venus de régions situées à distance moyenne d’Ottawa. C’est le cas par exemple des Montréalais, qui peuvent faire l’aller-retour dans la même journée. « Ces gens-là étaient plus prompts à venir ici, parce que les routes étaient belles », affirme M. Miousse.

Le représentant de Tourisme Ottawa explique qu’il est difficile de mesurer l’impact réel de la fermeture de la patinoire, puisqu’il n’existe pas de données sur les motivations des gens à se rendre au Bal de neige, un événement gratuit, mais dont les retombées économiques sont tangibles.

« On voit un pic dans la demande hôtelière durant les trois weekends du Bal de neige »
— Jérôme Miousse, Tourisme Ottawa

Tourisme Ottawa veut aussi cultiver la tradition du Bal de neige pour les citoyens de la région. « Quand les visiteurs voient que les événements ont du succès au niveau local, ça leur donne d’autant plus le goût d’y assister eux aussi. »

La rue Sparks est pleine d’installations lumineuses, comme ce tunnel interactif. Crédit image : Rachel Crustin

Même s’il trouve important de continuer de diversifier la programmation pour être moins dépendants de la neige et de la glace, Jérôme Miousse relativise aussi. « On est à Ottawa. Il y a toujours eu des périodes de grands froids et des hivers un peu moins froids aussi. »

La glace est donc bien mince entre un temps trop froid, rébarbatif pour les familles, et un temps trop doux qui force l’annulation d’activités extérieures.

Le Bal de neige se déroule chaque année durant trois fins de semaine et se termine avec le Jour de la famille en Ontario. L’événement se poursuit donc jusqu’au 19 février.

Idées pour une Saint-Valentin culturelle

C’est la Saint-Valentin cette semaine, et un classique du cinéma français est de retour en salle à Ottawa et Toronto. Il est aussi possible de célébrer l’amour en allant voir un couple de musiciens à Alexandria, ou de célébrer l’amitié en choisissant deux complices à Kapuskasing. Le fil culturel propose aussi des sorties pour le Mois de l’histoire des Noirs et le Mois du patrimoine.

L’amour à Alexandria

Le duo Geneviève et Alain sera en spectacle au pavillon Bonnie Glen du Centre culturel Les trois p’tits points ce samedi. Aussi en couple dans la vie, Geneviève Roberge-Bouchard et Alain Barbeau sont devenus parents en octobre. Après une apparition à l’émission spéciale Lendemain de veille de TFO, tournée en novembre, ils reprennent officiellement la scène depuis quelques jours à peine.

Le duo d’Ottawa-Gatineau était à Kingston et Oshawa dans les derniers jours et c’est à Alexandria qu’ils présenteront ce samedi le spectacle J’attends encore, du nom de leur album de 2021. Geneviève est aussi récemment passée à l’émission De quoi tu parles de?, animé par Marc-Antoine Joly et Nicolas Monette sur les ondes d’Unique FM. 

Geneviève et Alain au gala Trille Or 2023. Crédit image : Maxime Delaquis

Alexandria, le 10 février. Billets sur le site du Centre culturel Les trois p’tits points.

L’amitié à Kapuskasing

Le Centre régional de Loisirs culturels de Kapuskasing propose une soirée souper-spectacle ce vendredi, en prévision de la Saint-Valentin. La chanteuse Céleste Lévis a dû annuler sa présence, mais elle sera remplacée par deux autres Franco-Ontariennes : Rox Anne, originaire de Smooth Rock Falls et Gabrielle Goulet, de Bourget, sont deux bonnes amies dans la vie. Roxanne Dubé, de son vrai nom, a exprimé son enthousiasme sur son compte Instagram : « J’ai vraiment hâte d’être de retour dans le Nord, mon chez-moi, où la musique a commencé pour moi », a écrit celle qui est maintenant basée à Embrun. Les artistes Marie-Soleil et Mister Jey s’occuperont aussi d’installer l’ambiance pendant le souper.

Rox Anne a lancé un EP éponyme en 2022. Gracieuseté

Kapuskasing, le 9 février. Détails sur la page Facebook de l’événement.

Un Fringe hivernal

Le festival Undercurrents est la version hivernale du Fringe d’Ottawa. Il est donc possible de voir une multitude de performances, principalement à la Cour des arts, mais aussi dans d’autres lieux de la ville, jusqu’au 17 février. Quatre propositions francophones (trois pièces originales et une traduction) se sont glissées dans la programmation de cet événement qui s’affiche comme bilingue pour la deuxième année. C’est le cas de la pièce Le concierge de Vincent Leblanc-Beaudoin, créée en coproduction avec le Théâtre français de Toronto en mars 2023. Le public suit ce personnage de l’ombre lors d’un quart de travail de nuit, dans une véritable école secondaire. Cette pièce In Situ aura lieu à l’École secondaire publique De La Salle.

De son côté, le spectacle Chasse au trésor de Chançard Lemvo et Éric Beevis explore l’expérience d’un immigrant canadien d’origine congolaise, par l’entremise d’une série de vlogues. La pièce L’hippocampe de Marie-Ève Fontaine et Judith Poitras explore le monde des rêves pour un public de quatre ans et plus. La pièce Malunderstood du montréalais Kenny Streule a été traduite spécialement pour le festival Undercurrents. C’est une triade linguistique qui est présentée, alors que l’auteur analyse sa relation avec sa grand-mère d’origine suisse-allemande. La version originale a été présentée dans les festivals Fringe un peu partout en Amérique du Nord.

Chançard Lemvo interprète Chasse au trésor. Crédit image : Emma Ferrante

Ottawa, jusqu’au 17 février. Détails sur le site du Fringe Ottawa.

Des changements à la LIF

La ligue d’improvisation francophone de Toronto (LIF) déménage pour la saison hiver-printemps 2024. C’est au Comedy Bar sur la rue Bloor Ouest que l’aventure se poursuit. Les matchs auront lieu tous les deux mardis à compter de cette semaine. Le match d’ouverture opposera l’équipe des Opossums à celle des Ratons.

Image d’un match précédent de la LIF. Gracieuseté

Toronto, le 13 février. Billets sur le site du Comedy Bar.

Bal de neige et Fierté

C’est la fierté hivernale jusqu’au 11 février dans la région d’Ottawa. L’organisme Fierté dans la capitale s’allie au Bal de neige, qui veut pour sa part mettre de l’avant le thème de la diversité et de l’inclusion pour sa deuxième fin de semaine. Des spectacles de drag seront présentés sur la rue Sparks vendredi et samedi. Pour l’événement du samedi, Fierté dans la capitale souligne aussi le Mois de l’histoire des Noirs avec des performances des drag queens ottaviennes Aimee Yonce Shennel et Karamilk, en plus de la francophone Océane Aqua Black.

Celle qu’on a connue à la deuxième saison de Canada’s Drag Race offrira aussi une heure du conte au Domaine des flocons samedi. Initialement prévu sur la patinoire du Canal Rideau, le défilé de la fierté sur glace de dimanche aura plutôt lieu au parc Lansdowne.

Océane Aqua Black est une drag queen originaire de la région de Charlevoix, au Québec. Elle est personnifiée par Thierry Boily-Simard

Ottawa, jusqu’au 11 février. Détails sur le site de Fierté dans la capitale. Le Bal de neige se poursuit quant à lui jusqu’au 19 février.

Chansons et contes traditionnels

Le Centre francophone Hamilton et le Centre franco-ontarien de folklore invitent les festivaliers du Winterfest à participer à une activité folklorique à la bibliothèque publique centrale d’Hamilton ce dimanche. Les contes et la musique de traditions canadienne-française et des francophonies africaines seront à l’honneur grâce aux conteurs Djennie Laguerre et Said Ben Youssef et aux musiciens Paul Lemelin et Wandara dans cette activité pour toute la famille.

La comédienne et conteuse Djennie Laguerre. Crédit image : Wendell Bruno

Hamilton, le 11 février. Gratuit. Détails sur le site du Centre francophone Hamilton.

Amélie Poulain de retour en salle

À l’occasion de la Saint-Valentin, quelques salles de cinéma ontariennes ont choisi de remettre à l’affiche Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Ce film de Jean-Pierre Jeunet est d’abord sorti en 2001 et est devenu un classique du cinéma français. Le personnage d’Audrey Tautou reviendra sur les grands écrans du Cinéma ByTowne d’Ottawa, en version originale française avec des sous-titres en anglais les 14, 17 et 18 février. Le cinéma Apollo de Kichener, des mêmes propriétaires, le présentera les 16, 18 et 21 février. Le fabuleux destin d’Amélie Poulain sera également au cinéma Revue de Toronto les 16 et 17 février, et au cinéma Piers Handling du TIFF Lightbox, également dans la Ville Reine, les 14 et 17 février.

Un DVD du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, qui avait d’abord pris l’affiche en 2001. Crédit image : Rachel Crustin

Ottawa et Toronto, plusieurs dates entre le 14 et le 18 février. Détails sur les sites des cinémas ByTowne, Revue et TIFF Lightbox.

Une Franco-Sudburoise au casting d’une très populaire émission américaine

SUDBURY – La très populaire émission de téléréalité américaine Le Bachelor est de retour pour une 28e saison et cette année, une des candidates est une Franco-Sudburoise. Natalie Crépeau a fait le voyage jusqu’à Los Angeles pour participer à l’aventure et son passage, bien que court, a déjà su inspirer une certaine fierté dans la communauté.

« C’est une opportunité qu’on ne peut vivre qu’une fois dans sa vie », confie la jeune femme de 26 ans originaire de Hanmer. Celle-ci ajoute que l’expérience entourant l’émission est agréable : « Le manoir est magnifique, la nourriture est merveilleuse et on prend vraiment bien soin de nous. »

« Au début c’était juste pour le fun  : des amies m’ont inscrite à l’émission et après Sudbury est vraiment une petite ville et j’espérais que l’émission pourrait me permettre de me lancer dans le milieu des rencontres », explique-t-elle.

Natalie Crépeau dit aussi que le fait que le candidat sélectionné pour être le Bachelor cette année soit Joey Graziadei, finaliste malheureux de la précédente saison de Bachelorette, l’a aussi poussée à participer à l’émission.

Aucun regret

Cette année marque un record de popularité pour l’émission avec 32 candidates qui se sont inscrites pour tenter de remporter le cœur du Bachelor, avec des fiançailles à la clé.

« Beaucoup de personnes m’ont contactée pour me dire qu’elles étaient fières de voir quelqu’un de Sudbury, du Nord de l’Ontario les représenter à la télévision américaine »
— Natalie Crépeau

Un contexte particulier qui aura eu pour conséquence de ne pas permettre à la jolie brune de parler en tête à tête avec le jeune homme, ce qui mènera à son élimination dès la première soirée de l’émission. « C’est vraiment malheureux, c’est injuste, car dans la saison précédente toutes les filles avaient eu l’occasion de parler au Bachelor. »

Celle qui affirme avoir été la seule francophone de l’émission considère que son bilinguisme aurait pu constituer un atout dans l’aventure : « J’aurais voulu montrer à Joey que je sais parler français, je suis sûre qu’il aurait apprécié ça. »

Néanmoins, la jeune femme dit ressortir gagnante de l’émission : « Je ne regrette pas du tout l’expérience, car j’ai rencontré des personnes formidables et je me suis fait des amies pour la vie. »

Natalie Crépeau est au dernier rang, la quatrième en partant de la droite, ici accompagnée de toutes les 31 autres candidates lors de la première émission diffusée le 19 janvier dernier. Crédit image : Disney/Michael Kirchoff

Une inspiration

Son passage, bien que bref, dans l’émission aura également permis à Natalie Crépeau de se faire connaître et reconnaître encore plus dans sa communauté d’origine. « Beaucoup de personnes m’ont contactée pour me dire qu’elles étaient fières de voir quelqu’un de Sudbury, du Nord de l’Ontario les représenter à la télévision américaine », affirme Natalie Crépeau avant d’ajouter que lorsqu’elle parlait de Sudbury aux personnes de l’émission, personne ne connaissait la ville du Nickel ou ne savait la situer sur une carte.

Natalie Crépeau est diplômée de l’Université Laurentienne en sciences infirmières et y enseigne en français, bien qu’elle ait dû prendre une année de césure en raison de sa participation à l’émission. Elle est, à ce jour, la plus jeune enseignante de soins infirmiers de l’établissement de Sudbury et se dit engagée à continuer la pratique.

« J’ai reçu beaucoup de messages d’infirmières qui se disaient impressionnées par mon parcours académique », relate la jeune femme.

Celle que l’Université Laurentienne appelle une « héroïne de la santé » travaille comme infirmière autorisée en orthopédie/neurochirurgie à Horizon Santé Nord. Gracieuseté

« Je pense retourner à l’école, à la Laurentienne, et continuer à me spécialiser, car le développement professionnel de ma pratique me tient vraiment à cœur », précise-t-elle. Bien qu’elle avait déjà plusieurs milliers d’abonnées avant la diffusion de l’émission, la jeune Sudburoise dit en avoir gagné près de 2000 après son passage, la plupart de Sudbury.

Il ne serait pas impossible de revoir Natalie Crépeau sur le petit écran puisque certains des participants éliminés se retrouveront dans une émission dérivée intitulée Bachelor in Paradise. Un ancien candidat ayant connu un grand succès dans la franchise avait d’ailleurs consacré une section de son balado à la jeune femme, et avait alors confié qu’il ne comprend pas que celle-ci ait été éliminée si tôt dans l’aventure.

« Ce serait plus mon type d’environnement, j’adorerais être prise, qui sait. Ça pourrait bien arriver », conclut-elle.

Projet de loi C-35 : le gouvernement Trudeau acceptera de financer les garderies francophones

OTTAWA – Le gouvernement fédéral accepte un amendement à son projet de loi sur les garderies qui vise à assurer le financement à long terme des garderies francophones hors du Québec. Le Bloc Québécois a signalé qu’il allait appuyer la modification, ce qui devrait donner la majorité nécessaire au projet de loi.

Le Sénat a modifié avant les fêtes le projet de loi C-35 qui vient entériner dans la loi les ententes signées entre les provinces et le fédéral concernant les garderies à 10 $ par jour. Avec l’appui de ses collègues, le sénateur René Cormier avait fait adopter un amendement qui venait ajouter une mention des minorités linguistiques à l’article 8 du projet de loi, qui porte sur l’engagement financier à long terme du fédéral concernant les services de garde.

« Nous sommes très heureux aujourd’hui, de pouvoir annoncer que nous avons accepté l’amendement proposé par le Sénat », a fait savoir la ministre de la Famille, Jenna Sudds, aux journalistes mercredi matin, reconnaissant le travail des « nombreuses parties prenantes, les groupes de pression, mes collègues et les sénateurs » dans ce dossier.

La nouvelle a été saluée par les organisations francophones du pays qui poussait depuis plusieurs jours pour un tel geste.

« Qu’on ait inclus les communautés de langues officielles en situation minoritaire, ça nous rassure beaucoup, partage le directeur général de la Commission nationale des parents francophones (CNPF) Jean-Luc Racine. Pour les prochaines années, d’ici 2026, on devrait avoir le renouvellement des ententes fédérales-provinciales, on s’assure de cette façon-là, que ça sera inclus dans le projet de loi. »

Dans les dernières semaines, la ministre refusait de dire si elle accepterait cette modification du Sénat, ce qui avait inquiété les organisations francophones du pays, qui déploraient le silence du gouvernement. Les libéraux avaient par le passé refusé cet ajout au projet de loi. Ceux-ci considéraient qu’il n’était pas nécessaire, car les accords eux-mêmes garantissaient un tel financement pour la petite enfance dans les communautés en situation minoritaire.

« Je ne pense pas que rien n’a changé. C’était important qu’on prenne notre temps pour nous assurer de bien comprendre quelles étaient les implications de ce que cela signifie pour les Canadiens », a expliqué Jenna Sudds.

« Et c’est franchement une bonne nouvelle, ajoute-t-elle. Cela signifie qu’il y aura un accès à du financement pour soutenir les communautés de langue officielle pour accéder à l’apprentissage et à la garde des jeunes enfants. »

Le projet de loi doit toujours être approuvé par une majorité, ce qui devrait survenir avec l’appui du Bloc Québécois qui a indiqué qu’il appuierait l’amendement, a fait savoir son député Mario Beaulieu dans une déclaration écrite. Le projet de loi C-35 avait eu un appui unanime lorsqu’il était à la Chambre des communes avant d’être envoyé au Sénat.

garderies
Avec cet ajout, le gouvernement accepte de financer à long terme les services de garde en français hors du Québec. Source : Canva

« J’ai eu plusieurs conservations (avec les oppositions) dans les dernières semaines. Je pense qu’il sera bien soutenu et je suis sûr que nous pouvons comprendre que cette loi aura un impact considérable dans tous les coins de notre pays où se trouvent les communautés de langues officielles en situation minoritaire », disait Jenna Sudds en matinée.

Le vote concernant le projet de loi est prévu pour dans les prochains jours à la Chambre des communes. En principe, il n’aura pas à retourner au Sénat étant donné que le libellé n’aura pas changé. Il aura donc force de loi une fois la sanction royale obtenue.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois à 14h48.

Un poste d’opération de la police ouvrira dans le Marché By pour soutenir la communauté de la Basse-Ville

OTTAWA – Un poste d’opération de la police d’Ottawa ouvrira ses portes au printemps prochain dans le Marché By. Les rumeurs annonçaient un poste de police dès le mois de février dans ce quartier dorénavant considéré comme sensible, mais le service de police précise qu’aucune date n’a toutefois été avancée. Le poste d’opération ne sera pas non plus un poste de police traditionnel, mais bien un centre opérationnel de quartier.

Cette antenne de la police devrait donc voir le jour à l’emplacement de l’actuel café Bridgehead dans le Marché By sur la rue Rideau et non pas au cœur du centre commercial Rideau comme précédemment annoncé.

En entrevue avec ONFR, l’agent de police Paul Stam clarifie que ce nouveau poste opérationnel ne sera pas un commissariat de police traditionnel ouvert au public pour des réclamations ou autres services. Ce poste opérationnel sera mis en place en plusieurs phases, qui accueilleront d’abord les quartiers de la police et des places pour des partenaires communautaires. Il souligne également qu’il n’y aura pas d’enseigne imposante affichant le mot « Police » sur la devanture.

Non, ce sera un centre opérationnel de quartier (NOC – en anglais), « et nous entendons vraiment « quartier » dans tous les sens du terme, où il servira la communauté. C’est un espace où tous nos partenaires communautaires peuvent collaborer », explique l’agent de police.

Paul Stam explique que cette antenne permettra non seulement une meilleure coordination, mais aussi améliorera la collaboration entre les différentes agences qui y travailleront.

« Je suis un agent communautaire et je travaille très étroitement avec certains partenaires de la Ville, mais aussi des organismes à but non lucratif ou des entreprises du Marché Byward. Nous devons faire un meilleur travail de collaboration pour trouver des solutions dans ce quartier », croit-il.

Le quartier de la Basse-Ville a besoin d’une présence policière accrue

D’après le policier, la perception du public est que le Marché Byward et la Basse-Ville sont très dangereux. « Je veux rendre plus sûr les quartiers dans lesquels je travaille et qui sont la Basse-Ville, le Marché Byward et Sandy Hill, ainsi que le long de la rue Rideau. »

« Il y a des problèmes, affirme-t-il. La police a un rôle à jouer, mais ce n’est qu’un des aspects. »

L’agent de police d’Ottawa, Paul Stam. Leader sur le projet de centre opérationnel de quartier, l’officier de police est confiant de son succès. Crédit image : Lila Mouch

Selon M. Stam, la réponse ne doit pas se limiter à une approche strictement légale. Les quartiers du Marché By et de la Basse-Ville ont une population historiquement francophone. Ils connaissent depuis plusieurs années une crise liée à la prolifération des refuges et à l’absence de services sociaux, de soutien mental et de logements pour la population itinérante, souvent affectée par l’usage de drogues.

« Nous devons travailler avec tout le monde, et c’est précisément l’objectif de ce centre opérationnel de quartier. »

Une nouvelle approche est en cours d’élaboration

Avoir une présence policière plus importante ferait donc partie de la solution. Mais comme les problèmes ne sont pas strictement criminels, mais plus de l’ordre des problèmes de santé publique ou de services sociaux, « la meilleure chose que nous puissions faire en tant que police est de soutenir les partenaires en santé et en services sociaux », estime M. Stam.

Ainsi, le centre opérationnel de quartier constitue une partie d’une stratégie plus globale.

« Une stratégie de sensibilisation, d’intervention et d’engagement communautaire. »

L’agent Stam explique que dans cette stratégie, un des éléments consiste à mettre en place des conseils ou des comités formés de plusieurs organismes communautaires qui se réunissent régulièrement. Un autre élément consistera à mettre l’accent sur davantage d’opérations, où des agents et des équipes ainsi que des travailleurs de terrain iront dans la communauté pour se concentrer sur les zones les plus nécessiteuses.

« Ce qui va être intéressant ici, c’est que le centre opérationnel de quartier en lui-même n’est pas la solution, mais constituera une base qui nous permettra de mettre en œuvre cette stratégie à plus grande échelle. »

Et l’aspect francophone dans tout ça?

Actuellement, les agents de police communautaire du quartier de la Basse-Ville sont francophones, affirme M. Stam.

« Un de nos agents travaille dans le quartier depuis sept ans. Il est francophone, et c’est très important pour lui, cela fait partie de son identité. »

« La culture francophone est une part intégrante de la ville, reprend-il, et il est extrêmement important pour nous de la préserver. »

Le nouveau centre opérationnel de quartier de la police d’Ottawa s’installera à l’angle de la rue Rideau et de la rue William, à la place du café Bridgehead. Crédit image : Lila Mouch

Paul Stam assure que ces considérations seront prises en compte dans la nouvelle stratégie. « Nous avons instauré une table de solutions avec des partenaires issus des communautés autochtones, des Premières Nations, des familles d’ascendance juive, ainsi que Montfort Renaissance et plein d’autres groupes qui rejoignent la table chaque jour. »

Il y a 70 tables de situations à travers la province, mais Ottawa n’en avait plus depuis 2016. Encadrées par des directives établies par le procureur général de l’Ontario, les partenaires communautaires utiliseront cette table de situation pour répondre à des problèmes via les ressources présentes autour de la table.

Pénurie de policiers à Ottawa

Ce nouveau centre opérationnel de quartier ne sera donc pas un poste de police, et c’est aussi dû au fait que la police d’Ottawa manque de personnel dans ses rangs.

« Comme vous pouvez l’imaginer, on ne peut pas en faire un poste de police, car nous devrions avoir des agents de police là-bas tout le temps et cela devrait être ouvert 24h/24, puisqu’on ne peut pas l’avoir ouvert un jour et pas l’autre. »

Enfin, d’après le policier, « le service est à un niveau critique et nos agents font le travail de deux ou trois personnes, alors mettre des agents là-bas à plein temps ne serait pas pratique. Nous avons besoin qu’ils soient sur la route pour répondre aux appels ».

La stratégie communautaire de la police fera donc ses débuts avec leur première rencontre autour du 8 février.

Soccer : Ivoiriens et Congolais de l’Ontario convoitent la Coupe d’Afrique des nations 

La pression monte dans les communautés ivoirienne et congolaise du Grand Toronto à l’approche de la demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) qui se déroulera ce mercredi dans l’après-midi. Pour les partisans des deux camps, ce match et cette compétition sportive représentent beaucoup. Température à moins de 24 heures du coup d’envoi.

« Le parcours des Éléphants a suscité une ferveur, pas seulement au pays mais jusqu’ici », affirme José Kouadio. Ce partisan ivoirien qui vit à Whitby trépigne d’impatience avant le match qui pourrait expédier son équipe en finale. « Tous les Ivoiriens que je connais ont leur maillot de l’équipe. Pour regarder les matchs, certains prennent même congé, c’est dire à quel point leur parcours nous impressionne. »

Il décrit un engouement certain autour de lui. « Après la victoire en quart de finale, j’ai mis le drapeau sur la voiture pour rouler dans la ville. Je ne connais pas une personne de la diaspora qui n’aurait pas voulu être à Abidjan en ce moment pour vivre ça sur place. Mais ici aussi, on le vit vraiment passionnément. » 

Tom Galaty, un partisan membre de l’Association de la communauté ivoirienne de la région de Toronto (ACIRT), a également été témoin de cette ferveur. 

« Tout le monde est motivé et engagé naturellement à supporter les Éléphants. On la vit avec plein d’émotions, plein de stress et surtout on veut la gagner », raconte-t-il, fier que la Côte d’Ivoire, en quête d’un troisième trophée, soit le pays hôte de cette édition 2024.

Côté Congolais, cette compétition touche toutes les générations, mais plus particulièrement celle qui a vécu les victoires du Zaïre (ancien nom de la République démocratique du Congo, RDC) titré en 1968 et 1974. Patrick Mpiana est non seulement le président de l’Association des Congolais de l’Ontario, mais avant tout un très grand fan de soccer qui connaît sur le bout des doigts l’histoire de la sélection nationale.

« Ceux de ma génération ont les souvenirs de la dernière victoire en 74 et même les plus jeunes en ont entendu parler et veulent suivre. Ils sont aussi très intéressés. Ça fait 50 ans qu’on court après cette coupe, et là, les gens sont excités qu’on ait cette possibilité de la ramener pour la population. Tout le monde en parle de partout, même à l’église! »

Le parcours des deux équipes 

Il fallait avoir du nez avant la compétition ou même au terme de la phase de poule pour imaginer une demi-finale entre la Côte d’Ivoire, tout proche de l’élimination au premier tour, et la RDC qualifiée en huitièmes de finale avec trois matchs nuls.

« On a tous vécu ça avec beaucoup de stress jusqu’à rentrer dans les calculs. C’était stressant, mais on y croyait à tel point que les gens au pays restaient tout de même positifs scandant le slogan « La CAN c’est chez nous, on vaut rien mais on est qualifié’. Cela démontre cette joie de vivre des Ivoiriens qu’on retrouve beaucoup ici dans la communauté ivoirienne, à Toronto et au Canada en général », confie M. Galaty

José Kouadio, lui, est « sur un nuage » avec une équipe qu’il considère comme miraculée. 

« Le 4-0 (défaite) contre la Guinée équatoriale a sonné comme un coup de marteau pour tout le monde. Après ça, on devait chercher l’information sur les différents scénarios pour se qualifier. Il fallait finir dans les meilleurs troisièmes. On n’y croyait plus trop pour être honnête. »

« Finalement, ils ont fait l’exploit mais ensuite on rencontrait le Sénégal. On se disait : « Au moins le rêve aura tenu jusque-là ». Au final, se retrouver en demi-finale, c’est un miracle! Et une leçon de vie en même temps car on a une équipe qui ne lâche rien. »

Tom Galaty à gauche et Patrick Mpiala à droite arborent fièrement les couleurs de leurs équipes respectives. Gracieuseté

Côté RDC, après trois matchs nuls dans la phase de poule, qui ont suffi à obtenir la deuxième place, le niveau affiché par la sélection ne laissait pas entrevoir à Patrick Mpiana un tel parcours par la suite. 

« Je ne m’attendais pas à ce qu’on arrive à ce niveau-là de la compétition », avoue-t-il, nostalgique de la grande sélection nationale qui a soulevé le trophée en 1968 et 1974. « C’est une équipe pas très offensive, qui a marqué qu’un seul but en trois matchs. C’est ce manque d’attaque qui fait que je suis étonné mais je suis content quand même. »

Les événements organisés 

Avec des horaires souvent en journée la semaine, il n’est pas facile de permettre aux communautés de se regrouper. Ça n’a d’ailleurs pas été faisable pour les Congolais comme l’explique M. Mpiana. 

« Les matchs se déroulent le plus souvent à des heures où les gens travaillent. Certains suivent les matchs sur leur téléphone mais on n’a pas d’endroit spécifique où se réunir pour les suivre. »

L’ACIRT a en revanche profité d’un partenariat avec deux restaurants pour organiser de petits regroupements lors du match d’ouverture et des phases finales, pas loin de Mid-town (L’instant du palais) et un plus proche du centre-ville de Toronto sur Danforth (Le Plato). En cas de finale, il est prévu en partenariat avec le consulat d’obtenir une salle.

José Kouadio, de son côté, a la chance de pouvoir aménager ses heures de travail et profiter des matchs à la maison avec ses enfants qui le rejoignent après l’école quand les rencontres ont lieu en semaine. « Quand ils arrivent, on est tous à fond ensemble devant la deuxième mi-temps. Ce sont des moments extraordinaires, la maison est en feu! »

La demi-finale 

Cette demi-finale 100 % francophone est le match à ne pas rater pour les membres de ces deux communautés, comme en témoigne Patrick Mpiala.

« Je suis en train de compter les jours. Parfois le matin, je me réveille et je me dis : ‘on est quel jour, c’est dans combien de temps le match?’ J’ai vraiment envie qu’ils gagnent car cela va être vraiment très significatif pour les Congolais. »

Pour Tom Galaty, c’est presque une délivrance qui est attendue, après une compétition qui aura vraiment joué avec les nerfs des partisans ivoiriens depuis le début. « On ne dit jamais deux sans trois! Je suis impatient d’y être, mais en même temps je suis impatient d’en finir avec ça, c’est beaucoup d’émotion. »

En déplacement professionnel, José Kouadio ne pourra pas regarder la demi-finale avec ses enfants. Gracieuseté

En déplacement pour le travail ce jour-là, José Kouadio vivra la rencontre d’une manière un peu particulière : « Je vais l’écouter dans la voiture en roulant. Je pars en plus avec une Congolaise et un Ivoirien, donc ça sera la CAN dans la voiture! »

Le pronostic pour le match 

Chacun est confiant dans les chances de son équipe d’accéder à la finale. Tom Galaty ne veut pas parier sur le score. « Je ne fais pas de pronostic. Je veux qu’on se qualifie seulement, point barre. Peu importe le score, il n’y a plus de calcul, je veux juste la qualification. »

M. Kouadio est plus direct : « Si le cœur doit parler, je dirais 3-0 pour la Côte d’Ivoire. »

Côté Congolais, on mise sur le destin. M. Mpiala rappelle que son pays a gagné la CAN par deux fois après avoir éliminé le pays organisateur en demi-finale en le battant sur le score de 3-2 (l’Éthiopie en 1968 et l’Égypte en 1975), il croise les doigts pour que le scénario des victoires de 1968 et 1975 se répète. Il partage une anecdote croustillante qui lui fait dire que, non seulement les Léopards vont battre les Éléphants, mais qu’ils devraient aller au bout 50 ans après.

« 50 ans plus tard, nous nous retrouvons en demi-finale contre la Côte d’Ivoire, le pays organisateur. J’espère que le scénario va se répéter et que nous allons gagner par 3 buts à 2 et aller en finale face au Nigéria ou à l’Afrique du Sud pour gagner cette coupe. »

Des enjeux au-delà du sport pour la République démocratique du Congo 

Très souvent, les grands événements sportifs servent à mettre en avant des causes qui dépassent le cadre du sport. C’est encore le cas avec cette Coupe d’Afrique des nations dont les Congolais entendent bien se servir pour faire passer un message et mettre en lumière la situation politique compliquée actuellement à l’est du pays.

« C’est vraiment important pour les Congolais parce que c’est un pays de sport et c’est un pays meurtri, explique Patrick Mpiala. L’entraîneur français de l’équipe (Sébastien Desabre) a livré un message touchant après le dernier match, dédiant la victoire à la population de l’Est qui souffre. Même les gens qui sont dans cette détresse étaient sortis dans les rues, après la victoire en quart. Ça peut les soulager un peu, donc on attend une victoire pour leur donner de la joie et de l’espoir. »

Même chez les adversaires, on est conscient de ce supplément d’âme que possèdent les joueurs congolais dans cette compétition. José Kouadio le résume très bien. 

« C’est vraiment une équipe qui a la rage et qui a envie de faire plaisir à son peuple. On sait ce qui se passe au Congo, ce qui se passe à Goma notamment. Aucun joueur congolais ne joue que pour lui. Ils ont ce désir de mettre en lumière ces drames qui se passent au Congo sous le silence de la communauté internationale. Ça va être un match au sommet. Celui qui aura le plus de hargne l’emportera. Pour moi, ce match, c’est la finale. »

Immigration francophone et étudiants étrangers : Ottawa se contredit-il lui-même?

OTTAWA – Le gouvernement fédéral ne voit pas de contradictions entre sa politique en immigration francophone qui veut maximiser la venue d’étudiants étrangers francophones et son plafond imposé aux établissements postsecondaires au pays. L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) demande à Ottawa d’accorder une exemption aux institutions de langue française dans la province.

Un des objectifs principaux de la politique en immigration francophone dévoilée au début du mois de janvier est de « maximiser la sélection des étudiants internationaux d’expression française », est-il écrit dans celle-ci.

Il est question entre autres de « bonifier les programmes d’immigration temporaire visant les travailleurs et les étudiants internationaux d’expression française, notamment en éliminant les obstacles nuisant à leur acceptation et en élargissant les voies d’accès à la résidence permanente », mentionne un des sous-objectifs de cette politique qui fait partie de la Loi sur les langues officielles.

De plus, l’un des indicateurs de rendement que compte cette politique est que « la proportion et le nombre de permis d’étude pour les étudiants d’expression française (hors Québec) sur le total de permis d’étude » soient en augmentation année après année dès 2024, vise-t-on. Le ministre de l’Immigration Marc Miller n’y voit pas de contradiction entre le plafond imposé et les ambitions de son gouvernement pour attirer de nouveaux arrivants francophones.

« Aucunement », a-t-il répondu lorsque questionné à ce sujet ce mardi matin.

Le cap de 360 000 étudiants étrangers pour 2024 au Canada est là, car « il y a un challenge d’intégrité et c’est ça que je vise particulièrement », insiste le ministre libéral. Il souligne depuis plusieurs semaines que des établissements mauvais joueurs ont visé « le volume et non l’excellence » dans leur recrutement international dans les dernières années.

L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui représente une vingtaine d’établissements postsecondaires francophones hors Québec, estime que les deux cas démontrent « une contradiction flagrante ».

« Si le fédéral conserve sa responsabilité d’octroyer des permis d’étude aux étudiants francophones hors Québec pour respecter ce qui a été annoncé dans la politique en immigration francophone, on pense que ça pourrait régler beaucoup de soucis dans le système, enlever des acteurs des négociations qui s’en viendront (avec les provinces) et laisser des permis d’études à d’autres établissements », a plaidé le directeur de la recherche stratégique à l’ACUFC, Martin Normand, devant les élus la semaine dernière devant le Comité des langues officielles.

L’AFO réclame une exemption pour les francophones en Ontario

Le plafond de 360 000 nouveaux étudiants étrangers au pays, d’une durée de deux ans, signifiera une réduction de 50 % de l’effectif international dans le système postsecondaire ontarien. Le nombre de personnes ayant un permis d’étude au cours des dernières années a augmenté en flèche dans la plus grosse province du pays, selon les données de Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada :

  • 2023 : 539 480 (permis d’études)
  • 2022 : 412 460
  • 2021 : 291 530
  • 2020 : 242 595
  • 2019 : 306 070

L’ACUFC estime que le nombre de permis d’études délivrés par ses membres correspondait en septembre 2022 de 1 % à 2 % de l’ensemble du pays.

« On (les établissements francophones) ne suit pas la même trajectoire. On sait qu’en septembre 2022, il y a eu 5000 nouveaux permis d’études pour notre réseau d’établissements… On s’entend qu’il y a eu une croissance du nombre d’étudiants internationaux, mais ce n’est pas du simple au double en deux ans », explique M. Normand.

L’AFO estime que cette décision d’Ottawa accentuera la pénurie de main-d’œuvre bilingue dans la province et demande donc que les universités et collèges francophones n’en fassent pas partie.

« Le gouvernement fédéral vise même à rétablir notre poids démographique à celui de 1971 dans sa nouvelle Loi sur les langues officielles. Il est donc important d’encourager les institutions qui livrent des programmes en français à accueillir les étudiantes et étudiants internationaux sans leur imposer de nouvelles mesures restrictives », soutient son président Fabien Hébert.

Le fédéral « prêt à regarder plusieurs solutions »

Sur l’exemption, Marc Miller répond « être prêt à regarder plusieurs solutions (…). Mais d’abord, il faut parler de la qualité de ceux qui viennent. Évidemment, le 1 %, c’est quelque chose qu’on pourrait rehausser. »

« En faisant une réduction, on ne veut pas préjudicier de façon indue les francophones qui viennent ici, poursuit-il. Mais c’est clair que les institutions elles-mêmes ont un travail à faire pour rehausser l’intégrité du système et ne peuvent pas dépendre uniquement des étudiants internationaux, peu importe la langue. »

Ce dernier aimerait voir un plus grand nombre de pays au sein des demandeurs soulignant que près de 40 % de ceux-ci viennent de l’Inde. « On pourrait avoir un système qui est plus bien diversifié et qui pourrait aller vers la France, le Sénégal, la Belgique, le Maroc pour avoir plus de gens qui parlent français », énumère-t-il.

Cornwall : des atouts pour devenir communauté francophone accueillante

CORNWALL – Début janvier, le gouvernement fédéral a dévoilé son intention d’intégrer 10 nouvelles municipalités au programme des communautés francophones accueillantes. Bien que la sélection ne soit pas encore finalisée, Cornwall se profile comme une candidate idéale, notamment grâce à l’ACFO de Sturmont-Dundas et Glengarry (ACFO-SDG), son conseiller municipal francophone, ainsi que divers organismes et partenaires y offrant une gamme de services en français.

Près de la moitié de la population de Cornwall est bilingue et compte près de 10 000 personnes ayant le français comme langue maternelle, selon le dernier recensement de Statistique Canada. Ces dernières années, cette communauté a fait preuve d’initiatives pour réaffirmer son hospitalité envers les immigrants francophones. C’est d’ailleurs ce que Sonia Behilil, directrice des opérations de l’ACFO-SDG, décrit quand elle détaille les projets phares de son organisme.

« La réalité, c’est que depuis que le projet des communautés accueillantes existe, c’est déjà une réalité pour Cornwall », affirme-t-elle.

Pour l’instant, l’ACFO-SDG attend qu’un appel d’offres soit promulgué par le gouvernement afin de postuler au programme selon des critères prochainement déterminés. Mais pour l’heure, il semble que l’organisme ne soit pas du genre à se reposer sur ses lauriers.

« Cornwall veut être impliquée et veut démontrer sa caractéristique accueillante du côté francophone, mais pas seulement, puisque que même les acteurs hors parcours francophones sont impliqués dans ce contexte d’accueil. »

Faire partie officiellement du programme des communautés accueillantes sera définitivement un tremplin, croit-elle. D’après la jeune femme, depuis 2017, l’organisme travaille dans ce sens.

« C’est très important pour nous d’avoir une complémentarité dans les services, puis de travailler sur une cohésion communautaire dans l’accueil et dans l’information et l’orientation des nouveaux arrivants. »

Sonia Behilil, directrice des opérations à l’ACFO-SDG à Cornwall. Gracieuseté

En tant qu’agence communautaire, l’ACFO-SDG voit un niveau d’accueil qui est très spécifique afin de garantir la rétention et l’épanouissement des nouveaux arrivants.

« Je trouve que c’est un peu malhonnête de dire qu’une fois qu’ils sont inclus dans la communauté, l’inclusion a eu lieu. Il faut continuer à accompagner, même après. »

D’ailleurs, la directrice des opérations croit qu’être choisi pour faire partie des communautés accueillantes permettra la mise en place de pratiques gagnantes et intéressantes sur l’accueil et l’épanouissement des communautés nouvellement arrivées.

L’ACFO espère qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) annoncera bientôt leur éligibilité. « On est dans les starting blocks », révèle-t-elle.

Une vitalité communautaire et francophone en phase avec l’accueil des nouveaux arrivants

L’organisme compte 97 partenaires qui offrent des services aux immigrants et nouveaux arrivants francophones dans la région de Cornwall, un critère qui prouve selon la directrice le succès de cette communauté accueillante déjà bien organisée.

« C’est cette mobilisation exceptionnelle au niveau des partenaires locaux et la mobilisation de la communauté qui est vraiment forte ici », estime Mme Behilil.

Il y a six mois, Mathieu Fleury, ancien conseiller municipal d’Ottawa, est devenu directeur de l’administration de la Ville. Conscient des enjeux francophones à l’Est d’Ottawa et en découvrant Cornwall, M. Fleury a aussi découvert une vitalité francophone.

« D’Ottawa à la frontière du Québec, ce sont des communautés très francophones », affirme-t-il. « Évidemment, Cornwall est une communauté bilingue et il y a beaucoup de gens avec des noms francophones. Il reste des difficultés à desservir la population francophone dans toutes les sphères, c’est pourquoi on va faire un portrait de la disponibilité des services en français. Il faut débuter avec un constat en tout cas. »

Une chose est sûre pour M. Fleury, « le leadership communautaire possède une vitalité exceptionnelle ».

« Sans un constat, c’est difficile de prévoir les besoins »
— Mathieu Fleury

Dans le contexte d’une communauté francophone accueillante, Sonia Behilil admet que sa communauté se démarque de bien d’autres municipalités à travers l’Ontario.

À noter cependant que l’Est ontarien est très diversifié, constate la jeune femme. « La région de Prescott et Russell et celle de Sturmont-Dundas et Glengarry ont des réalités complètement différentes, mais elles peuvent être complémentaires, elles peuvent se coordonner pour avoir un impact plus grand. »

D’après elle, il reste important de discerner les deux régions dans leurs approches. « On ne veut pas juste recevoir des gens pour les transférer ailleurs. On veut des gens qui s’établissent et s’épanouissent, qu’ils prennent part à la communauté. »

En collaboration avec d’autres partenaires, l’organisme s’efforce de promouvoir Cornwall comme une terre accueillante, notamment à travers son développement économique. L’ACFO-SDG a joué un rôle essentiel dans cette démarche grâce à des initiatives telles que son Carrefour de l’immigration et son Concours LOL – Mort de rire, qui célèbre son dixième anniversaire en 2024. De nombreux projets sont lancés par diverses organisations, et c’est grâce aux nombreuses activités culturelles et communautaires, ainsi qu’aux services d’installations offerts, comme la friperie de l’ACFO, que Cornwall devient une destination de prédilection pour les immigrants francophones.

« On ne considère pas l’accueil comme une ponctualité »
— Sonia Behilil

Aujourd’hui, plusieurs organisations et entreprises s’y développent et appuient les nouveaux arrivants, telles que la Société économique de l’Ontario (SÉO), la Société d’aide au développement des collectivités, l’Organisation horizon jeunesse démunie (OHJD), l’Association des femmes immigrantes francophones, l’Amalgame des arts de la langue française et du théâtre, Job Zone d’emploi, la Maison Interlude ou encore la Clinique juridique SDG et pleins d’autres.

« On ne considère pas l’accueil comme une ponctualité, reconnaît Mme Behilil. On prépare la communauté d’accueil, en leur expliquant que c’est très important qu’il y ait des francophones ici. En maintenant cette promotion dans tous les aspects de la vie communautaire, les nouveaux arrivants se sentent attendus. »

Un engagement politique pour soutenir la communauté

Mathieu Fleury observe une tendance encourageante, soulignant que « nous avons notre premier conseiller municipal noir et francophone. Bernadette Clément a été la première mairesse noire. La communauté francophone continue de se diversifier et ça m’impressionne ».

Mathieu Fleury, directeur de l’administration à Cornwall. Gracieuseté

Toutefois, selon le directeur de l’administration municipale, il est temps d’établir un diagnostic complet sur l’état des services en français, puis d’évaluer les dynamiques politiques, les positions du conseil municipal, et la communication avec les conseils scolaires et des organisations comme l’ACFO.

« Il faudra obtenir leur rétroaction, leur perception sur les services, puis ensuite, on définira quelles seront les mesures à prendre. Sans un constat, c’est difficile de prévoir les besoins », estime-t-il.

Travailler de la maison favorise l’utilisation de l’anglais au travail

La hausse du travail à la maison, amorcée en 2020 avec le début de la pandémie de COVID-19, signifie que de plus en plus de travailleurs utilisent l’anglais en milieu de travail, révèle une étude de Statistique Canada.

Les travailleurs à domicile correspondaient à 7,4 % des Canadiens en 2016, un nombre qui a augmenté à 24,3 % en 2021, soit près du quart. Statistique Canada a utilisé pour cette étude, les travailleurs en provenance d’Ottawa-Gatineau, Montréal et Moncton, trois régions où l’on retrouve un usage important à la fois de l’anglais et du français au travail.

Au pays, les personnes qui travaillaient à domicile (81,7 %) au Canada utilisaient un peu plus souvent l’anglais comme langue de travail principale que les autres travailleurs (75,6 %).

À Ottawa-Gatineau, 10 % des personnes travaillant à domicile utilisaient principalement le français au travail (contre 22,1 % des autres travailleurs) et 84,5 % utilisaient principalement l’anglais (contre 73,3 %). L’utilisation des deux langues officielles était toutefois plus répandue chez les travailleurs à domicile (31,1 % contre 23,4 %), note l’étude.

L’organisme fédéral explique que ceux qui travaillent de chez eux sont principalement concentrés dans le secteur des services professionnels scientifiques et techniques, dans la finance et les assurances, en plus de l’industrie de l’information et culturels. Plus de la moitié des salariés de ces secteurs travaillent à domicile, soit entre 55 % à 57 %. Cela expliquerait que le travail à domicile varie en fonction des caractéristiques des emplois ainsi que des caractéristiques linguistiques des travailleurs, car les membres de ces professions étaient plus susceptibles d’utiliser l’anglais ou d’être bilingues.

D’un autre côté, moins de 10 % de ceux étant employés dans l’industrie de la construction, du transport ainsi que de l’hébergement et de la restauration travaillaient de leur domicile. Ces secteurs étaient donc plus susceptibles d’avoir une utilisation du français au travail.

Le fait de travailler pour un employeur situé à l’extérieur de notre région d’habitation, comme un employeur américain, pourrait aussi faire augmenter l’utilisation de l’anglais au travail.

« Toutefois, la prise en compte de ces facteurs ne permet pas d’expliquer entièrement le fait que les personnes travaillant à domicile à Moncton, Montréal et Ottawa-Gatineau utilisent plus souvent l’anglais comme langue principale au travail, comparativement aux autres travailleurs », peut-on lire comme constat dans cette étude.

Patinage artistique : Paul Poirier et Piper Gilles champions des Quatre Continents 

SHANGHAI – Le Franco-Ontarien Paul Poirier et sa partenaire canado-américaine ont remporté la médaille d’or dans l’épreuve de danse sur glace aux Championnats des Quatre Continents qui se déroulaient à Shanghai en cette fin de semaine. 

Intouchable, la paire qui avait raté l’événement la saison dernière en raison d’un problème de santé pour Piper Gilles, a totalement dominé les débats. En tête vendredi après le programme rythmique, Paul Poirier et Piper Gilles ont validé leur supériorité sur le programme libre. 

Ils ont ébloui les juges avec un total de 214.36 points (128.87 sur le programme libre) devançant largement un autre couple canadien, Laurence Fournier Beaudry et Nikolaj Sørensen qui obtiennent un score final de 207.54 (125.52). Le duo américain Christina Carreira-Anthony Ponomarenko prend la troisième place avec 194.14 points (116.67). 

« Nous sommes vraiment fiers de nous avec deux passages vraiment solides et agréables. Nous avons vraiment apprécié la façon dont nous avons patiné ici, c’est vraiment une grande fierté », s’est réjoui Paul Poirier. 

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Le Franco-Ontarien a remporté la médaille d’or dans l’épreuve de danse sur glace aux Championnats des Quatre Continents. Archives ONFR

Le duo Poirier-Gilles est dans une très bonne dynamique, puisqu’ils remportent une deuxième médaille d’or de suite, après celle obtenue lors des Championnats nationaux canadiens le 13 janvier dernier. C’est également leur première victoire sur cette compétition. Ils avaient, en effet, obtenu l’argent à deux reprises (2014, 2020) et le bronze en 2019.

Paul Poirier et Piper Gilles ne comptent pas se reposer sur leurs lauriers puisqu’ils ont déjà en tête la prochaine échéance. Après un titre national et un titre mondial sans les Européens, la suite logique sera de tenter de décrocher la médaille d’or lors des Championnats du monde qui auront lieu à domicile, puisqu’ils se dérouleront à Montréal du 18 au 24 mars. Le patineur franco-ontarien a confié dès la fin de cette épreuve qu’ils allaient se remettre au travail dès les prochains jours pour tenter d’améliorer leurs programmes actuels.

Céline Baillargeon-Tardif, une architecte de la solution

CORNWALL Céline Baillargeon-Tardif œuvre dans le milieu communautaire depuis plus de 30 ans en tant que gestionnaire de projets aux niveaux local, régional et provincial. Aujourd’hui, directrice générale de l’ACFO-SDG, elle est la personne derrière la création du Concours – LOL Mort de rire. Dans son travail auprès de la communauté francophone de Cornwall, Mme Baillargeon-Tardif n’a eu qu’un seul leitmotiv, celui de « répondre aux besoins des gens. »

« Vous fêtez 10 ans à la tête de l’Association des communautés francophones de l’Ontario pour la région de Sturmont-Dundas et Glengarry (ACFO-SDG) en 2024, mais où a véritablement commencé votre carrière dans le communautaire?

Au début, j’ai suivi une formation en éducation spécialisée et j’ai eu l’opportunité de travailler avec des personnes en situation de handicap pour un conseil scolaire. J’ai également passé du temps dans une garderie, mais je n’y ai pas trouvé les défis stimulants que je recherchais. C’est pourquoi j’ai pris la décision de retourner aux études et de m’inscrire à l’Université de Sherbrooke, au Québec, où j’ai étudié la psychoéducation. Cela a ouvert une nouvelle voie pour moi : la pédopsychiatrie. Pendant huit ans, j’ai travaillé au Centre hospitalier de l’Université de Sherbrooke, principalement auprès d’enfants autistes. En 1989, j’ai suivi mon conjoint à Cornwall.

Je me souviens d’avoir eu l’impression que je devais recommencer à zéro sur le plan professionnel, mais c’est aussi à ce moment-là que j’ai découvert ma passion pour le travail communautaire.

Céline Baillargeon-Tardif est la récipiendaire du prix Boréal leadership 2023 pour sa contribution à l’épanouissement de la francophonie dans la région de Cornwall-Alexandria. Gracieuseté

Même si mon environnement professionnel évoluait, deux valeurs ont toujours été au cœur de ma vie. D’abord, répondre aux besoins des autres, c’est ce qui me fait me lever le matin. J’ai cherché à rester proche de cette clientèle particulière, qui nécessitait une attention spéciale, quelque chose que je n’avais pas trouvé dans les garderies classiques.

Par la suite, j’ai développé de l’intérêt pour l’animation culturelle. Cela m’a conduit à devenir directrice générale du Centre culturel Les trois petits points. En septembre 1991, j’ai eu l’opportunité de diriger le Centre J’aime apprendre devenue CAF+ en 2006, un centre de formation pour adultes en alphabétisation, où j’ai eu le privilège de travailler pendant 20 ans.

En dehors de l’objectif principal de lutter contre l’analphabétisme, qu’est-ce qui vous a attiré dans cet engagement?

Ça m’a tellement allumée!

Ce n’est pas une clientèle avec des handicaps physiques ou mentaux, mais c’est une clientèle qui a souvent rencontré des handicaps sociaux. Ils n’ont pas eu les mêmes opportunités en matière d’éducation ou d’apprentissage que d’autres. Pourtant, c’était une clientèle que j’appréciais énormément. J’aimais chercher des idées, concevoir des projets pour les soutenir du mieux que je le pouvais.

Au début, nous avons commencé à créer un programme de formation à distance, bien avant qu’il ne devienne le programme de formation à distance de l’Ontario dans son ensemble.

En 2024, Mme Baillargeon-Tardif célèbre dix ans à la tête de l’ACFO-SDG. Gracieuseté

J’avais créé l’équivalent du GED, le General Educational Development, que nous appelions le DED. De nombreuses personnes analphabètes avaient atteint un niveau d’analphabètes fonctionnels, alors nous pouvions leur offrir l’opportunité d’obtenir un diplôme d’études secondaires pour faciliter leur intégration sur le marché du travail. C’était un projet que j’avais presque oublié. L’année dernière, lors de ma visite en Alberta pour récupérer mon prix Boréale, Mona Audet, la directrice générale de Pluri-elles au Manitoba, m’a rappelé ce projet. Elle m’a expliqué qu’ils l’avaient utilisé pour aider des membres de l’armée canadienne. Tu vois, ce sont ce genre de projets qui m’ont toujours passionnée et ça m’a fait tellement plaisir d’entendre ça.

En 2014, vous êtes devenue la directrice générale de l’ACFO-SDG et vous avez créé le Concours – LOL Mort de rire. Comment vous est venue cette idée?

À l’époque, la présidente de l’ACFO m’avait contactée pour travailler sur un nouveau projet, et on constatait que la scène de l’humour en Ontario n’avait pas été suffisamment exploitée. C’était un créneau que les jeunes pourraient exploiter, et de là est né le concours. On m’a engagée pour travailler sur ce projet et, depuis, je n’ai pas arrêté.

C’est là, la deuxième chose qui m’est très importante. La première chose qui m’allume, c’est de répondre aux besoins. Puis, c’est en lien avec la sécurité linguistique, le sentiment d’appartenance, la construction identitaire pour les jeunes. Mais ce qui m’allume surtout, c’est de pondre des idées qui vont rejoindre les gens. Alors, je n’ai jamais eu l’impression de travailler.

Céline Baillargeon-Tardif et Roda Muse lors du Congrès de l’AFO en octobre 2023. Gracieuseté

Comment expliquez-vous la vitalité francophone de Cornwall?

Les ACFO sont toujours des organismes revendicateurs, et je me suis souvent dit : ‘On peut aller plaider notre cause pour que quelque chose s’organise en français, mais on peut aussi mobiliser les gens, montrer que les francophones existent, qu’ils sont bien vivants.’

Et ça, ça a eu un impact sur la Ville de Cornwall.

À nous de le faire. C’est à nous de montrer que nous sommes présents. Nous allons chercher ce dont nous avons besoin, puis nous semons de petites graines ici et là. Bien sûr, il faut savoir prendre la parole avec raison, mais il reste beaucoup de travail à faire, c’est certain.

Il y a-t-il quelque chose qu’on ne sait pas de vous?

J’ai été formatrice-instructrice en natation. Ma clientèle était composée d’instructeurs que je formais, mais aussi de tous ceux qui avaient peur de l’eau, des femmes enceintes, des personnes ayant fait un AVC, une crise cardiaque, ou des personnes avec un handicap physique ou mental.

Vous avez travaillé avec des enfants, des jeunes, des adultes et, depuis peu, avec des personnes âgées. Vous vous intéressez à tous les âges. Est-ce que c’était prévu dans votre plan de carrière?

Rien n’était prévu (Rires). L’ACFO partage les locaux avec le Centre Charles-Émile-Claude (CCEC) depuis des années, un centre multiservices pour personnes âgées francophones à Cornwall. En 2021, la directrice générale est partie en congé de maternité et on m’a demandé d’être la directrice par intérim. Je me suis dit : ‘En plus, c’est déjà de mon âge, alors allons-y.’

C’était juste après la pandémie et j’ai découvert des gens isolés, ce qui a été révélateur pour moi. On est passé de peut-être 150 membres à 400 membres actifs qui passent chaque semaine pour les activités, et on a même rajeuni la clientèle.

La directrice de l’ACFO-SDG travaille dans le domaine communautaire depuis trente ans. À sa droite, Peter Hominuk, le directeur général de l’AFO. Gracieuseté

Je suis officiellement directrice générale depuis novembre 2023. Je suis vraiment ravie du travail que l’on fait, et c’est vrai que je me regarde dans le miroir et je sais que je suis là-dedans. Je fais partie de ces petites dames (Rires). Je me crois plus jeune si je ne me regarde pas dans le miroir (Rires).

La géographie de Cornwall la place à la jonction du Québec, de l’Ontario et des États-Unis, et avec la communauté mohawk d’Akwesasne, répartie sur ces trois territoires. Comment s’organise la cohabitation dans cette région?

Ce que l’on veut, évidemment, c’est avoir une bonne relation, alors je voulais organiser des activités ensemble. On a eu l’idée de confectionner une courtepointe, en utilisant des techniques traditionnelles et modernes francophones et autochtones. Véritablement, je cherchais une excuse pour que l’on se rencontre.

La raison d’être du projet, c’est d’oublier nos différences et de partager un moment, de discuter, et c’est ce qui s’est passé lors de notre événement. Pour moi, l’approche que l’on doit avoir doit être unique.

D’un autre côté, notre relation avec les anglophones canadiens, les Américains et les Autochtones est tellement spécifique à notre région que la collaboration est de mise. On n’est pas seulement dans une relation basée sur l’apprentissage, mais on est beaucoup plus dans la célébration.

Ceux qui vous connaissent vous décrivent comme une personne toujours prête à aider, comme en témoigne la réputation de l’ACFO-SDG. Comment avez-vous réussi à établir un tel lien de confiance avec la communauté?

Je pense que c’est grâce aux gens qui m’entourent, des personnes qui ont envie d’être dans la solution, qui font partie de la solution. Et c’est cela que je retiens fondamentalement dans toute ma carrière : répondre à un besoin, aider l’autre, avec des personnes comme Sonia Behilil, notre directrice des opérations à l’ACFO, mais aussi avec des gens comme Justin Chénier, Renée Baillargeon, Ethel Côté et Espérantine Desardouin. Nous avons tous envie de trouver une solution. Vous savez, il est extrêmement rare que quelqu’un entre dans mon bureau et que nous ne trouvions pas de solution à son problème. Je crois qu’il y a une solution pour tout. C’est ce que je suis et c’est ce que j’aime être.

Céline Baillargeon-Tardif et Alain Dupuis, le directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). Gracieuseté

Lorsque vous réfléchissez à vos trente années de carrière dans le domaine communautaire, que retenez-vous?

Je pense que partout où je suis allée, j’ai créé un programme qui a perduré dans le temps. Je pense au programme de natation et de sports d’hiver pour les personnes handicapées. En pédopsychiatrie, le programme que j’avais mis en place pour la clientèle borderline et autiste. À Cornwall, peut-être le programme de formation à distance en alphabétisation.

Comment expliquez-vous le succès du Concours – LOL Mort de rire?

La première fois, nous avons été financés par Patrimoine Canada pour les cinq comtés de l’Est, puis la deuxième année pour le Centre-Sud, Ottawa et les cinq régions, et ensuite pour le Centre-Ouest et le Centre-Sud. La troisième année, c’était pour le Nord. Ainsi, sur trois ans, nous avons pu développer le projet dans toute la province. Maintenant, cela fait deux ans que nous nous rendons dans l’est du Canada. Nous irons au Québec, en Colombie-Britannique et au Manitoba.

Édith Dumont m’avait dit, dès la troisième ou quatrième année du projet, que « jusqu’à présent, c’est le meilleur projet de construction identitaire et de sécurité linguistique que je vois ». Donc j’imagine que, quelque part, cela a répondu aux attentes. Dans le cadre du programme, les jeunes dépassent leurs craintes, car personne ne remet en question leur accent. C’est vraiment incroyable.

Mme Baillargeon-Tardif, entourée de membres de la communauté francophone de Cornwall, dont la sénatrice Bernadette Clément. Gracieuseté

Le succès de ce projet est peut-être lié aux partenaires aussi. Lorsque j’ai lancé le Concours LOL, j’ai cherché les bons partenaires, comme la Fondation Dialogue, les Rendez-vous de la francophonie ou encore Juste pour rire et l’École nationale de l’humour. Aujourd’hui, c’est toujours un projet fort de l’ACFO, qui est maintenant pancanadien et pourrait même s’internationaliser.

Comment voyez-vous la francophonie à Cornwall dans dix ans?

À mon avis, on sera plus présents, malgré les pertes qui ont été révélées ces dernières années.

Même avec la Ville, on a une ouverture pour la première fois depuis longtemps. Avec Mathieu Fleury comme chef de l’administration, ils vont peut-être mettre en place un comité de la francophonie et l’ACFO va s’assurer d’être là. On en avait bien besoin. On est vraiment heureux.

Céline Baillargeon-Tardif et Sonia Behilil, la directrice des opérations de l’ACFO-SDG. Gracieuseté

Depuis plusieurs années, vous êtes en quelque sorte devenu l’organisme consultatif et actif sur la question de l’immigration francophone à Cornwall. Comment cette problématique a-t-elle acquis une telle importance au sein de vos activités?

Je pense que, quelque part, l’immigration francophone, ça va être la survie des francophones et je pense que nous en sommes conscients. Les gens qui s’installent ici ont des choses à nous apporter aussi. Ils ont cet esprit d’entrepreneuriat. Ils vont commencer un emploi, mais tout de suite ils sont dans la création d’une entreprise et ils ont le guts de dire : ‘je peux réaliser mon rêve’. Nous, on se doit de les accompagner. »


LES DATES-CLÉS DE CÉLINE BAILLARGEON-TARDIF :

1953 : Naissance à Thetford-Mines (Québec)

1989 : Déménage à Cornwall

1991 : Directrice générale du centre de formation pour adulte J’aime apprendre

2014 : Mise sur pied du Concours LOL – Mort de rire

2014 : Directrice générale de l’ACFO-SDG

2023 : Directrice générale du Centre Charles-Émile-Claude

2023 : Récipiendaire du prix Boréal leadership pour sa contribution à l’épanouissement de la francophonie dans la région de Cornwall-Alexandria

2024 : Célèbre 10 ans à la tête de l’ACFO-SDG et 10 ans du Concours LOL – Mort de rire

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Quand la dystopie se rapproche de la réalité

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

C’est ma fille, alors adolescente, qui m’a fait découvrir Celeste Ng, une autrice américaine d’origine asiatique. Comme toute mère qui se respecte, j’avais d’abord de la réticence, pour ne pas dire carrément de la résistance. Je pensais découvrir une autre autrice à succès qui séduit les jeunes lecteurs avec une recette magique et superficielle, pour les accrocher à une histoire que j’imaginais frivole ou futile.

Mes préjugés n’avaient de valeur que dans ma tête. En lisant La saison des feux dans sa version originale anglaise, j’ai été vraiment séduite par l’écriture de Celeste Ng, et surtout par la force et la rigueur des personnages qu’elle crée. Ces protagonistes débordent de réalisme, sont pleins de contradictions et bourrés de complexité.

Sans tomber dans le thriller psychologique, l’écrivaine nous décrit les familles américaines des banlieues bourgeoises qui, de loin, nous semblent tellement heureuses et stables. Pourtant, elles couvent littéralement une explosion à tout moment, dès qu’on s’en approche de plus près et qu’on gratte la surface des pelouses verdoyantes parfaites et des mains soigneusement manucurées.

Une histoire non loin de me rappeler, quelques années plus tard, les prémisses du film sud-coréen Parasite. Paru en 2019, il montre le monde des riches et des pauvres et les tensions sociales qui s’ensuivent dès que les « pauvres » s’infiltrent dans le monde des riches et osent se comporter comme tels.

Dérangeant et crédible

Récemment, j’ai lu Nos cœurs disparus, écrit par Celeste Ng et traduit en français en 2023. Je n’ai pas du tout regretté ma lecture car j’ai l’impression que, cette fois, l’autrice est revenue avec un livre d’autant plus dérangeant que crédible. Sans le dire explicitement, elle a écrit un livre qui critique la société américaine et, par extension, toute autre société riche et développée qui sombre graduellement dans le racisme, la bigoterie et la haine institutionnalisée.

Pourtant, c’est une société « civilisée » qui se permet tout, y compris le malheur des « autres ». Ces « autres » qui sont les « étrangers » et qui font peur au point de les juger dangereux et de retirer leurs écrits et leurs arts des bibliothèques. La poétesse Margaret Miu (on comprend qu’elle est d’origine asiatique), mère du personnage principal Bird, n’échappe pas à ce sort. Elle disparaît dans des circonstances mystérieuses.

C’est à la fois la persévérance de Bird et l’aide que lui apporte un réseau clandestin de bibliothécaires qui changeront les choses.

En 2018, le gouvernement américain avait séparé les enfants de leurs parents immigrants sans papiers. Je me rappelle avoir suivi dans les nouvelles les histoires d’horreur de ces enfants vivant seuls dans des centres, alors que leurs parents, impuissants et sans ressources, étaient emprisonnés dans des centres de détention. Jamais on n’aurait cru qu’un gouvernement aussi riche, puissant et développé comme celui des États-Unis d’Amérique oserait faire une chose pareille, barbare et inhumaine, mais malheureusement bien réelle.

Celeste Ng avait alors utilisé son compte Twitter de l’époque (aujourd’hui X) pour appeler à porter attention à cette politique injuste et déshumanisante.

Réalisme frappant

Plusieurs critiques ont comparé Nos cœurs disparus à La servante écarlate de l’autrice canadienne Margaret Atwood, et même à l’emblématique 1984 de Georges Orwell. Les histoires sont bien différentes, mais elles ont en commun leur réalisme frappant, alors que leurs réalités semblaient un peu farfelues lors de leur sortie. C’est ce qui impressionne aujourd’hui la lectrice que je suis.

Toutefois, une légère observation à apporter : quand Margaret Atwood a publié son roman La servante écarlate en 1985, l’histoire paraissait un peu trop dystopique. Une société où la religion prend le contrôle de la politique et où les femmes sont divisées en classes selon leur tâche domestique, leur état reproductif ou leur statut économique semblait alors un peu trop exagéré et, surtout, invraisemblable aux États-Unis.

Et pourtant, aujourd’hui, cette dystopie n’a jamais été aussi proche de la réalité. Prenons en exemple le président Trump. Soutenu par des électeurs religieux, il avait pris le pouvoir et avait tenu publiquement des propos dégradants et misogynes, en sachant que plusieurs femmes avaient voté pour lui. C’est le même président qui a décrété la politique qui séparait les enfants de leurs parents et pour laquelle Celeste Ng a protesté publiquement, ainsi que d’autres auteurs. 

S’il a fallu une trentaine d’années dans le cas de La servante écarlate pour que la réalité rattrape la dystopie, il n’aurait fallu qu’une poignée d’années pour que Nos cœurs disparus soit bien ancré dans le réel, surtout quand on sait que, ces dernières années, plusieurs livres ont été retirés de certaines bibliothèques américaines pour des raisons religieuses, sexuelles ou ethniques. Certes, ces « censures » ou autocensures restent relativement limitées, mais elles existent et sont en croissance.

L’année dernière, l’Agence France Presse a rapporté que « les ouvrages ciblés sont au nombre de 2571, contre 1858 en 2021. La grande majorité (86 %) sont des livres de littérature jeunesse, et plus de la moitié (58 %) concernent des livres enseignés ou disponibles à l’école ». 

Il est tragi-comique de savoir que Beloved, le livre phare de l’autrice afro-américaine Toni Morrison, pour lequel elle a reçu le prix Nobel de la littérature, est parmi ces livres qui font l’objet de cette nouvelle forme de censure. C’est le cas notamment en raison de son propos contre la discrimination raciale qui sévit dans la société américaine et de la peur que son message ne corrompe les mœurs des jeunes élèves blancs et ne les rendent plus ouverts à la mixité des races ou aux droits et demandes d’égalité des élèves noirs. On aurait cru à une autre dystopie et, pourtant, cela est malheureusement la réalité.

Heureusement que nous avons des auteurs comme Ng, Margaret Atwood, Orwell et bien d’autres pour nous protéger de ces dirigeants politiques malades qui, le plus souvent, continuent à commettre des bêtises (pour ne pas dire des crimes) plus monstrueuses les unes que les autres.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et du Groupe Média TFO.

La France élève Marie-France Lalonde au rang de Chevalier dans l’ordre national du Mérite

OTTAWA – Marie-France Lalonde a reçu les insignes de Chevalier dans l’ordre national du Mérite, ce jeudi, à l’ambassade de France. Cette médaille lui a été remise par l’ambassadeur de France au Canada, Michel Miraillet. Elle symbolise la reconnaissance de sa contribution à la défense de la langue française et de son attachement à la démocratie et à l’humanisme.

L’ordre national du Mérite est la quatrième distinction française en importance, juste après la Légion d’honneur, l’ordre de la Libération et la Médaille militaire. Il s’agit toutefois de la troisième distinction toujours attribuable, car l’ordre de la Libération n’est plus décerné depuis 1946.

La carrière politique de Marie-France Lalonde a débuté en 2014 avec son élection comme députée d’Ottawa-Orléans à l’Assemblée législative de l’Ontario. 2024 marque donc une décennie depuis sa première élection. La distinction reçue aujourd’hui ne peut d’ailleurs être offerte qu’aux personnes qui possèdent 10 ans d’activité dans un rôle méritant.

Aujourd’hui députée fédérale, Marie-France Lalonde est une Franco-Ontarienne qui a démontré, par son engagement envers sa communauté, son soutien à la francophonie et à la langue française. Elle fut notamment ministre responsable de la francophonie à Queen’s Park en début de carrière, mais la République française reconnaît plus largement son apport aux nombreux événements francophones du pays.

Depuis la création de cet ordre, 337 000 personnes ont été nommées. Chaque année, environ 3800 Français et 300 étrangers reçoivent l’un des trois insignes de l’ordre : chevalier, officier ou commandeur.

Marie-France Lalonde a été ministre des Affaires francophones à l’Assemblée législative de l’Ontario. Archives ONFR

Marie-France Lalonde rejoint donc au titre de Chevalier de l’ordre du Mérite des artistes français tels que Jane Birkin, Francis Cabrel et Patrick Bruel, l’auteur québécois Michel Tremblay ou encore l’ancien directeur de Glendon, Kenneth McRoberts.

Durant la cérémonie, l’ambassadeur de France a déclaré : « Ce soir, dans cette maison qui est aussi la vôtre, nous saluons votre attachement à la démocratie et à l’humanisme. Ensemble, nous rendons hommage à votre combat – celui de toute une vie – en faveur de la défense de la langue française. À travers vous, nous célébrons l’intensité et la pérennité des liens qui unissent nos deux pays depuis des siècles. »

Des événements culturels pour le Mois de l’histoire des Noirs

Le mois de février est une occasion pour réfléchir et s’éduquer sur les communautés afrodescendantes, leur Histoire, leurs cultures, leur apport à notre société et le chemin qu’il reste à faire pour atteindre une pleine inclusivité. Plusieurs activités en ce sens sont organisées par différents organismes en Ontario, tout au long du Mois de l’histoire des Noirs. En voici quelques-unes qui relèvent du milieu artistique et culturel.

Au cœur de la capitale fédérale, le Centre national des arts (CNA) accueille jusqu’au 10 février le tout premier Festival de théâtre hip-hop. L’idée originale de Rose-Ingrid Benjamin a été élaborée en collaboration avec le Théâtre anglais et Musique populaire et variété du CNA.

Les activités sont annoncées en anglais, mais quelques artistes de la programmation sont francophones ou bilingues, comme Fletcher G et City Fidelia, deux artistes d’origine haïtienne qui ont participé à l’événement de lancement mercredi dernier, et Sébastien Heins, créateur et interprète de Brotherhood : The Hip Hopera qui sera présenté le 8 février.

Sébastien Heins a créé la première version de Brotherhood lorsqu’il était à l’École nationale de théâtre du Canada, à Montréal. Crédit image : Dakota Arsenault

Jointe au téléphone, Rose-Ingrid Benjamin a expliqué à ONFR qu’elle considérait les arts de la parole comme étant une forme de théâtre et qu’elle avait voulu rapprocher les deux. La directrice artistique du Théâtre anglais du CNA, Nina Lee Aquino, s’est engagée à trouver des pièces de théâtre qui mettaient en scène la culture hip-hop, tandis que Rose-Ingrid Benjamin rassemblait des disciplines comme le slam ou le rap battle. Elle affirme que le but est de « démontrer à notre communauté de théâtre traditionnelle : regarde, c’est du théâtre, c’est juste un peu différent. Mais aussi de dire à la communauté hip-hop : vous avez votre place ici. »

Plus tard ce mois-ci, le slameur et rappeur Kimya foulera également la scène de la Quatrième salle du CNA. Le détenteur du Trille Or Découverte de l’année en 2019 viendra présenter son album à paraître, Enfer et paradis.

Une soirée 100 % Haïti à Orléans

C’est plus qu’un spectacle qui sera présenté au Centre des arts Shenkman d’Orléans samedi soir. Faisant partie de la programmation du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), la soirée Le soleil d’Haïti à Orléans met en vedette LeFLOFRANCO, Woodney Pierre et KingH509, en plus de Djennie Laguerre à l’animation.

Dès 18 h, plusieurs activités se dérouleront au Centre des arts Shenkman en marge du spectacle, comme un buffet haïtien du restaurant ottavien Margo, une boutique éphémère de 1804 et des kiosques de Mosaïque interculturelle, de La Cité et de l’artiste multidisciplinaire, Sylberte Desrosiers.

LeFLOFRANCO lors de l’émission Lendemain de veille TFO. Crédit image Stéphane Bédard

Au moment d’écrire ces lignes, plus de 75 % des billets avaient trouvé preneurs. Le MIFO offre une billetterie solidaire pour permettre à plus de gens d’accéder à la soirée, peu importe les moyens financiers.

Le même soir, mais à l’autre bout de la ville, la Maison de la francophonie d’Ottawa accueille l’artiste Daby Touré. Le multi-instrumentiste mauritano-sénégalais donne dans plusieurs styles musicaux : pop, folk, soul, reggae, jazz et blues. Dans sa carrière, il a pu côtoyer des figures internationales de la musique comme Peter Gabriel, Francis Cabrel et Souad Massi.

Un livre pour souligner l’apport des personnes noires en France

L’auteur français Binkady-Emmanuel Hié est de passage à Toronto pour le lancement de son livre Visibles! Figures noires de l’histoire de France, co-écrit avec Léo Kloeckner et illustré par Aurélia Durand. Avocat de formation, puis ayant œuvré dans le domaine des arts, Binkady-Emmanuel Hié est aussi le fondateur de NORME, « une agence destinée à mettre en lumière les questions raciales en France selon des méthodes adaptées au contexte national ».

La couverture du livre et l’auteur Binkady-Emmanuel Hié. Gracieuseté

Le livre met en lumière une quarantaine de personnes noires qui ont aidé à faire l’Histoire de France dans leurs domaines respectifs, mais dont plusieurs ont été oubliées. Le lancement canadien aura lieu le 7 février à 18 h à la galerie Band de Toronto. L’événement sera bilingue, avec une session de questions et réponses prévues en anglais, mais une conférence sur l’agence NORME prévue en français.

La science des cheveux frisés

Le Musée des sciences et de la technologie du Canada (MSTC) accueillera ce dimanche des activités pour démystifier les particularités capillaires des personnes afrodescendantes. En avant-midi, les visiteurs du musée pourront assister à la présentation de la « spécialiste des boucles », Paula Whitelocke, propriétaire du salon de coiffure Curly Hair Designs et gagnante du titre de meilleure coiffeuse de cheveux naturels au Canada en 2015. L’entrepreneure d’Ottawa répondra ensuite aux questions du public. La présentation est en anglais, mais la période de questions est bilingue.

Le film Nid d’oiseau de Nadia Louis-Desmarchais sera présenté lors de l’exposition Crépu : Our DNA. Gracieuseté

En soirée, l’exposition Crépu : Our DNA s’installe au musée. L’événement organisé par Hors Pair Social et The Moving Art Gallery en est à sa deuxième édition, mais à sa première collaboration avec Ingenium et le MSTC. De 17h à 21h, différentes manifestations artistiques sont prévues afin de montrer la relation parfois complexe qu’entretiennent les personnes noires avec leurs cheveux, à travers l’art. Entre les démonstrations, défilés, performances musicales et muséales, il y a aura la projection du court-métrage francophone Nid d’oiseau. Cette fiction de Nadia Louis-Desmarchais met en scène Aïcha, une fillette de sept ans qui reçoit un dessin ridiculisant ses cheveux. La projection sera suivie d’un panel de discussion.

Les billets en ligne pour cette soirée ont tous trouvé preneurs, mais quelques-uns seront disponibles sur place, en quantité limitée.

Gala et musique

À Hamilton, le 11e gala du Mois de l’histoire des Noirs aura lieu le 17 février. L’événement conjoint du Centre de santé communautaire Hamilton Niagara, du Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario et du Centre francophone Hamilton mettra en vedette Amadou Kienou, Adama Daou et DJ Franck. Les places sont limitées.

Amadou Kienou sur le tapis rouge des Kilimanjaro Music Awards, en 2023. Crédit image : Rachel Crustin

Retour du Festiv’Ébène

L’organisme Solidarité des femmes immigrantes francophones du Niagara (SOFIFRAN) revient avec le Festiv’Ébène, un événement « d’effervescence culturelle » sur deux jours distincts. Le 10 février, avec le Centre franco-ontarien de folklore, SOFIFRAN invite les gens à participer à l’activité de contes De notre foyer au vôtre, qui soulignent les cultures des Franco-Ontariens de toutes les origines. L’activité récurrente, débutée pendant la pandémie, alterne maintenant entre des soirées virtuelles ou en personne. Celle du 10 février aura lieu au centre multiculturel Niagara Folk Arts de St. Catharines.

Le 24 février, le Festiv’Ébène se décline au même endroit en une soirée de spectacle avec la présence de plusieurs artistes et animateurs, comme Justine Djoléi Gogoua, Abel Maxwell, Borelson et Serenade Mizik.

Les lettres de mandat de Doug Ford peuvent rester secrètes, tranche la Cour suprême

Les lettres de mandat de Doug Ford, qui sont données à ses ministres, peuvent être gardées secrètes, a conclu la plus haute cour du pays vendredi dans une décision unanime.

Le premier ministre se battait depuis 2018 pour garder ses 23 lettres de mandat secrètes. CBC avait demandé l’accès à ces directives et objectifs, qui sont donnés aux ministres dans le cadre de leurs fonctions, en vertu de la Loi sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée (LAIPVP). Le commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Ontario (CIPVP) avait d’abord ordonné la divulgation de ces lettres de mandat.

Le gouvernement avait alors porté le dossier en appel à la Cour divisionnaire et à la Cour d’appel de l’Ontario, qui avaient toutes les deux donné raison à CBC. L’Ontario refusait de les rendre accessibles au public, car le contenu de ces lettres était protégé par la confidentialité entourant les délibérations du cabinet, arguait le gouvernement Ford.

Doug Ford. Crédit image : Stéphane Bédard
Doug Ford. Crédit image : Stéphane Bédard

La confidentialité du cabinet avant l’accès à l’information

Dans sa décision, la plus haute cour au pays stipule que les tribunaux et le CIPVP ont procédé à une lecture « trop étroite », notamment en affirmant que ces lettres de mandat étaient l’objet de « simples délibérations » au cabinet, rappelant « le rôle clé que joue la confidentialité du cabinet » dans le système démocratique canadien.

« Le CIPVP n’a pas accordé le poids qui convient au contexte juridique et factuel, y compris aux traditions et conventions constitutionnelles intéressant la confidentialité du cabinet, le rôle du premier ministre, ainsi que le caractère fluide et dynamique du processus décisionnel du cabinet », écrit la juge Andromache Karakatsanis dans la décision.

La Cour suprême convient de « l’importance primordiale de l’accès du public aux renseignements détenus par le gouvernement », mais rappelle « l’objectif fondamental du secret du cabinet de permettre un gouvernement efficace, de même que les considérations d’efficacité, de franchise et de solidarité qui le sous‑tendent », est-il expliqué.

« La LAIPVP prévoit néanmoins que, lorsqu’ils entrent en jeu, d’autres grands intérêts publics – qu’il s’agisse de la sécurité nationale, du droit à la vie privée ou de la confidentialité des délibérations du cabinet – revêtent une importance suffisante pour l’emporter sur l’intérêt du public dans l’accès à l’information » accentue la juge Karakatsanis.

L’opposition réagit

Le gouvernement Ford n’avait pas commenté la nouvelle au moment de mettre sous presse, mais les partis d’opposition à Queen’s Park n’ont pas tardé de réagir.

« Le public mérite de savoir ce que le premier ministre demande à ses ministres de faire, si ce gouvernement était véritablement ‘pour le peuple’, cela inclurait le droit du peuple de savoir ce que fait son gouvernement », a dit la cheffe libérale Bonnie Crombie, ajoutant que si elle était portée au pouvoir, elle rendrait publiques les lettres de mandat ministérielles.

Le NPD a critiqué le fait que le gouvernement ontarien ait « dépensé d’énormes sommes d’argent des contribuables pour garder ces documents secrets ».

« M. Ford et les conservateurs estiment qu’ils ne doivent aucune transparence ni responsabilité à la population de l’Ontario à l’égard de leurs décisions malhonnêtes en coulisses », dénonce la cheffe néo-démocrate Marit Stiles dans un communiqué.

Le verdict ordonne aussi à la Société Radio-Canada de payer les frais juridiques encourus par la province dans ce dossier.

Au fédéral, Justin Trudeau publie les lettres de mandat qui sont transmises aux différents ministres. En 2023, le média anglophone Global News avait mis la main sur l’ensemble des lettres de mandat de 2018 du premier ministre ontarien. Cette décision de la Cour suprême aura toutefois un effet plus large sur l’accès à l’information au pays.

Plus de détails à venir.

Le Salon du livre de l’Outaouais lance sa programmation

GATINEAU – Le Salon du livre de l’Outaouais (SLO) a lancé la programmation de sa 45e édition ce jeudi à la brasserie artisanale À la dérive, à Gatineau. Cette année, c’est une trentaine d’auteurs franco-ontariens qui seront au rendez-vous du 22 au 25 février. Jean Marc Dalpé jouera le rôle d’invité d’honneur pour l’Ontario français et Émilie Monnet recevra le prix littéraire Jacques-Poirier-Outaouais (PLJPO).

Le SLO explorera le thème À voix hautes, qui exprime l’envie de prendre la parole sans compromis, et de donner la parole à une pluralité de voix, dont certaines ont parfois été marginalisées. On retrouvera entre autres le cinq à sept Voix autochtones jumelé au vernissage de l’exposition 500 ans de résistance autochtone, basée sur le livre du même nom de Gord Hill, traduit par Marie C Sholl Dimanche et publié en français aux éditions Prise de parole (PDP).

La présidente d’honneur, Léa Clermont-Dion, rencontrera sur scène l’invitée d’honneur pour l’Outaouais, Michelle Lapierre Dallaire. La directrice générale de la Corporation du SLO, Mélanie Rivet, a commenté l’idée de cette rencontre au micro d’ONFR. « Toutes les deux, dans leurs œuvres, il y a une partie très personnelle, mais aussi une partie qui montre qu’il faut prendre la parole pour dire les choses telles qu’elles sont. »

Mélanie Rivet lors du dévoilement de la programmation du SLO 2024, à la brasserie artisanale À la dérive. Crédit image : Rachel Crustin

Mélanie Rivet peine à nommer une seule activité coup de cœur parmi toutes celles proposées. Il y a l’accord vins-livres avec la sommelière Véronique Rivet et les auteurs Jean Marc Dalpé, Alexandre Jardin, Louise Portal et Ian Shaw, parrainé par l’Association des auteures et des auteurs de l’Ontario français (AAOF). Il y a la nouvelle radio web parrainée par le Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC). Il y a les auteurs franco-ontariens Éric Mathieu, Mishka Lavigne et David Ménard qui agissent comme mentors pour un projet avec des jeunes et les éditions David.

Il est possible de consulter l’ensemble des activités proposées et de remplir son carnet de programmation dès maintenant sur le site du SLO.

Des dizaines de milliers de lecteurs

Plus de 500 auteurs et autrices seront présents pour des séances de dédicaces du 22 au 25 février. Plusieurs risquent d’attirer les foules, comme Catherine Girard-Audet, Patrick Sénécal ou Vincent Vallières.

Le jeune public aura la chance de rencontrer des écrivains en classe lors des tournées jeunesse, qui s’arrêteront dans près de 35 % des cas dans des écoles franco-ontariennes. Près de 10 000 élèves de la région se rendent chaque année au Palais des congrès de Gatineau pour les visites scolaires.

Marie Hélène Poitras fait partie des invités d’honneur du SLO. Crédit image : Rachel Crustin

Des caravanes littéraires sont aussi organisées afin de rejoindre des communautés hors des grands centres. Cette année, le SLO permettra également à des auteurs comme Michel Jean, Zachary Richard et Yves Beauchemin de visiter des résidences pour personnes âgées.

Bon an mal an, ce sont de 35 000 à 40 000 personnes qui profitent des activités du SLO. En 2023, ils étaient 42 000, selon Mélanie Rivet.

Un invité d’honneur tout désigné

C’est Jean Marc Dalpé qui porte le titre d’invité d’honneur pour l’Ontario français. Celui qui a écrit le mégaprojet théâtral Rome, dont le texte est publié chez PDP, se trouve un point commun avec le SLO dans l’idée de bâtir des ponts culturels entre Ottawa et Gatineau. Il s’exprime à ONFR : « Il devrait avoir une fluidité dans les échanges, certainement au niveau artistique, mais aussi au niveau des organismes et des organisations. »

Jean Marc Dalpé sera l’invité d’honneur de l’Ontario français au SLO 2024. Crédit image : Rachel Crustin

Quand on lui demande ce qui définit un auteur franco-ontarien, il répond : « C’est celui ou celle qui veut bien l’être. C’est une identité qui est éminemment ouverte, inclusive. Il y a juste une chose qui fait qu’il y a un nous, c’est que nous avons envie de nous nommer ‘nous’. »

Celui qui est reconnu comme l’une des voix fortes ayant contribué à l’émancipation culturelle franco-ontarienne ne compte pas lâcher le combat identitaire. S’il voit la pluralité des voix et la variation des thèmes abordés comme des signes d’une littérature plus mature, il met en garde ses compatriotes contre une certaine « haine de soi ».

Tous mes projets sont en réaction au monde
— Jean Marc Dalpé

« Ceux qui connaissent un peu l’histoire savent que c’est tellement un vieux discours au sein de la réalité canadienne-française. Il y a toujours eu une élite qui ne voulait pas être canayenne (…) L’ouverture au monde, les différentes voix, ne pas toujours être dans la défense de la langue française, je l’accueille énormément. C’est juste que, des fois, ça glisse faire quelque chose d’autre que j’ai l’intention de combattre. »

C’est donc un thème auquel Jean Marc Dalpé réfléchira cette année, lui qui prévoit de se faire discret pour élaborer de nombreux projets qui pourraient aboutir en 2025.

Les honneurs pour Émilie Monnet

Le panel d’honneur complet du SLO 2024 compte une dizaine d’auteurs, comme la professeure en théories politiques et féministes à l’Université d’Ottawa, Dalie Giroux, et les autrices natives d’Ottawa, Marie Hélène Poitras, gagnante du Prix littéraire du Gouverneur général 2023 et Émilie Monnet, qui recevra au SLO le PLJPO pour sa pièce de théâtre Marguerite : le feu, publiée aux Herbes rouges.

Mélanie Rivet explique ce qui a séduit le jury. « Son œuvre est extraordinaire, fracassante, très forte. Émilie Monnet est une autrice de la région, d’origine anichinabée et française, que les gens de la région connaissent peut-être un peu moins. Et pourtant, dans le monde, elle rayonne fortement comme dramaturge et comédienne. »

Mélanie Rivet et la bière du SLO, partenariat avec la brasserie artisanale À la dérive. Crédit image : Rachel Crustin

Marguerite : le feu expose l’histoire de Marguerite Duplessis et, plus largement, celle des esclaves autochtones en Nouvelle-France. Le jury a aussi tenu à souligner le travail d’une autre dramaturge de la région, Mishka Lavigne, à qui ils accordent un prix coup de cœur pour la pièce Murs.

Si Mélanie Rivet et l’équipe du SLO assurent que c’est surtout la programmation particulièrement riche qui souligne le 45e anniversaire, ils marquent quand même le coup avec le lancement de la Bière de salon, un partenariat avec la brasserie artisanale À la dérive.

La Bière de salon d’À la dérive souligne les 45 ans du SLO. Crédit image : Rachel Crustin

Le SLO aura lieu du 22 au 25 février au Palais des congrès de Gatineau.

Ivanie Blondin : « Je suis une très grosse compétitrice. J’y vais pour tout gagner »

[ENTREVUE EXPRESS]

Ivanie Blondin est l’athlète franco-ontarienne qui connaît le plus de succès en patinage de vitesse. Sur le départ groupé, son épreuve favorite, aux côtés de ses coéquipières de l’équipe canadienne Valérie Maltais et Isabelle Weidemman, l’Ottavienne fait partie des meilleures au monde. 

LE CONTEXTE :

Ce vendredi débute la sixième et dernière étape de Coupe du monde de patinage de vitesse ISU. L’épreuve est de retour à Québec pour la première fois depuis 30 ans. 

L’ENJEU :

Devant ses partisans canadiens, Ivanie Blondin tentera de décrocher la première place au classement général du départ groupé, son épreuve de prédilection. Comme à son habitude, la championne olympique sera très occupée sur les trois jours puisqu’en plus de participer à la vitesse par équipe (samedi 16 h 30) et au départ groupé (dimanche 17 h 17) , elle disputera également le 3000 m (ce vendredi 14 h 58) et possiblement le 1500 m (dimanche 14 h 30).

« Quel regard portez-vous sur votre saison jusqu’à présent? 

Honnêtement, je suis contente. Au début de la saison, mes performances étaient quand même bonnes, mais il me manquait un peu de force technique que j’avais un peu perdue ces dernières saisons. Donc j’ai dû beaucoup travailler en revenant au Canada, mais j’ai aussi été très malade à Beijing. J’ai eu la COVID-19 et je n’ai pas réussi à vraiment récupérer de la maladie jusqu’à mon retour au Canada.

Je faisais tellement de compétitions et de courses sur les fins de semaine que mon corps ne récupérait pas complètement. J’étais capable d’être compétitive mais je ne me sentais pas super bien. J’ai dû prendre deux semaines de repos complet car je ne pouvais plus faire d’effort. C’était vraiment un sentiment bizarre car c’était la première fois de ma carrière que ça m’arrivait. Mon corps me disait : « Tu as besoin d’un bon repos ». 

Avec sa victoire finale sur le départ groupé à Salt Lake City, Ivanie Blondin est plus que jamais dans la course pour obtenir la première place au classement général de l’épreuve. Crédit image : International Skating Union

Vous avez finalement retrouvé toutes vos sensations la semaine dernière à Salt Lake City

Oui, maintenant ça va mieux, je me sens super bien en ce moment sur la glace. À Salt Lake, la semaine passée, c’était vraiment une belle Coupe du monde. J’étais engagée sur beaucoup de distances, donc le premier jour, j’ai pris la première course plus relax, pour me concentrer sur le 3000 m.

En équipe, ça s’est super bien passé avec Isa et Val. J’ai aussi été satisfaite de mon temps et de mon résultat sur le 1500.

Je commence à rouler dans la bonne direction. Je retrouve les bonnes sensations et on va voir comment cette fin de semaine va se passer. Mais je me sens vraiment bien et c’est une bonne chose, surtout avant les mondiaux à Calgary qui arrivent (15 au 18 février). 

Comment gérez-vous le fait d’être en compétition sur un très grand nombre de distances? 

Pendant la saison des Coupes du monde, c’est correct de faire beaucoup de distances. J’ai fait ça l’année dernière. Mais, c’est vrai qu’après, arrivée aux mondiaux, il a fallu faire des choix et privilégier les épreuves sur lesquelles j’avais des chances de podium. C’est difficile de faire ces choix parce que c’est le fun de faire plusieurs distances et, mentalement, j’ai cette force-là. Je suis vraiment une très grosse compétitrice de manière générale.

Mais, c’est vrai, qu’en même temps, il faut penser un petit peu au repos et se concentrer sur les bonnes distances. Parfois, quand tu en fais trop, le corps n’accepte pas et tu vas « éclater ». C’est un peu ce qui s’est passé en début de saison où je les faisais toutes.

À Québec, Ivanie Blondin sera de nouveau en compétition sur un nombre conséquent d’épreuves, c’est l’une des seules athlètes du circuit à s’engager autant. Crédit image : International Skating Union

Cela vous a-t-il un peu forcée à modifier votre préparation et votre récupération? 

Oui et non. J’ai toujours aimé avoir un emploi du temps vraiment plein. Ça vient de mon caractère aussi. On dirait que plus j’en mets sur mon assiette, plus je performe. Mentalement, ça me permet vraiment de me concentrer sur le moment et de ne pas avoir trop le temps de penser à mes courses.

Après, parfois, ça me rattrape, mais j’ai toujours été comme ça. Même à la maison, pendant l’intersaison, je ne m’arrête pas. Une journée typique, ça va être trois heures d’entraînement le matin, puis je promène mon chien pendant une heure et demie, puis je mange, et de nouveau entrainement et je termine avec 45 minutes à une heure de marche de nouveau avec mon chien. Ça ne s’arrête pas jusqu’à ce que j’aille me coucher. Je pense que c’est comme ça que je suis programmée. Je ne suis pas capable de m’asseoir et de ne pas être active. Ce n’est pas une option, ça me rend stressée. 

C’est le grand retour d’une épreuve de Coupe du monde à Québec, qu’est-ce que cela représente? 

Oui c’est la première depuis 30 ans. C’est vraiment le fun d’être ici, en plus dans une très belle ville. J’aime passer du temps ici. Même si on n’y est pas souvent, c’est vraiment spécial. Être au Canada, c’est un environnement positif pour nous. On voit que tout le monde est impliqué jusqu’aux bénévoles, du coup on est tous excités pour cette fin de semaine. Ce sera pareil pour les mondiaux à Calgary, avec là encore l’avantage du terrain. 

Le duo canadien Blondin-Maltais va tenter de conserver les deux premières places au classement général sur cette dernière étape face notamment à la tenante du titre Irene Schouten (No4 en orange). Crédit image : International Skating Union

En parlant d’avantage du terrain, Valérie Maltais sera vraiment à domicile au Québec, elle est à la fois votre coéquipière mais aussi votre principale concurrente sur le départ groupé. Comment gérez-vous cela? 

Cette année, on a décidé de travailler ensemble pour essayer de battre les Hollandaises. Lors de l’étape deux (à Stavanger), on a eu un petit souci avec les disqualifications, et c’est un peu ça qui m’a fait descendre au classement. C’est super d’être deux filles aussi fortes sur la même distance : on peut s’entraider et rivaliser avec les meilleures, qui elles aussi travaillent toujours ensemble. C’est vrai que c’est un classement individuel à la fin, mais c’est très stratégique et, avec Valérie, on a pris cette décision de travailler ensemble, je ne vois pas ça comme une rivalité. On espère être ensemble sur le podium à la fin. 

Pour finir, quels sont les objectifs de cette dernière étape, allez-vous vous concentrer surtout sur les épreuves où vous pouvez jouer le podium comme le départ groupé ou est-ce que vous allez tout donner sur toutes les courses? 

Comme d’habitude, je vais me donner sur toutes les courses. La semaine dernière à Salt Lake City pour la première fois, je ne suis pas allée à fond sur le premier 1000 m, mais je suis tellement programmée que, même lorsque je me dis que je vais pas y aller à fond, c’est vraiment difficile pour moi. Pour cette fin de semaine, je vais prendre chaque course pour faire le mieux possible, je ne suis pas là juste pour être là. J’y vais pour gagner. »

Selon les néo-démocrates, le gouvernement Ford n’aurait jamais voulu du projet de l’Université de Sudbury

SUDBURY – La cheffe du Nouveau Parti démocratique de l’Ontario (NPD), Marit Stiles, a réagi ce jeudi à Sudbury, aux révélations faites par ONFR et celles, plus tôt ce matin, par le quotidien Le Droit. Celui-ci dévoilait que l’Université de Sudbury aurait fait une première demande de financement en 2022 que la province avait acceptée avant de se rétracter après que l’établissement aurait sollicité des fonds supplémentaires dans une nouvelle demande.

« La patience des Franco-Ontariens est arrivée à sa limite », a lancé Marit Stiles en marge de son passage à Sudbury où elle a donné une conférence jeudi après-midi, accompagnée des députés néo-démocrates locaux, France Gélinas, Guy Bourgouin et Jamie West.

Les révélations faites plus tôt ce jeudi par le journal Le Droit et celles d’ONFR ont occupé une bonne part de la conférence. Une semaine plus tôt, on apprenait que la province avait ignoré un rapport indépendant favorable au financement de l’université que Toronto avait pourtant commandé.

« Ils ont caché le rapport, ils l’ont bloqué, enterré, ils l’ont perdu derrière un cabinet et ils ont tourné le dos aux Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes du Nord », a clamé Mme Stiles avant d’ajouter qu’« ils ont refusé leur droit fondamental à l’éducation dans leur propre langue ».

Le document de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire (CEQEP/PEQAB), obtenu par ONFR en vertu de la Loi sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée, stipulait que l’Université de Sudbury « satisfait ou dépasse la norme » de chacun des huit standards exigés par la commission d’évaluation.

Dans l’article du Droit, on apprenait, selon une note interne obtenue en vertu de la Loi sur l’accès à l’information et à la vie privée, que la province avait validé la première demande de financement de l’établissement en août 2022 mais sans en aviser le recteur Serge Miville qui n’a été mis au courant qu’au moment de parler avec le journal.

Un « non » graduel

« Le gouvernement voulait dire non dès le début, ce qu’ils ont fait c’est qu’ils nous ont dit non graduellement », a estimé encore Guy Bourgouin.

Même son de cloche chez France Gélinas : « Le gouvernement Ford n’a jamais eu l’intention de financer l’Université de Sudbury, ce qu’ils font c’est qu’ils nous ont niaisés. »

En 2022, le gouvernement fédéral avait injecté 1,9 million de dollars pour appuyer l’établissement, notamment à la demande du gouvernement provincial dans le cadre d’un programme provincial-fédéral qui permet le financement de projets d’enseignement postsecondaire des langues minoritaires.

« M. Ford, il n’y a aucun ‘getting it done’ qui se fait à présent, quelle honte! »
— Joanne Gervais, présidente de l’ACFO du Grand Sudbury

« Je pense qu’on est rendu à un point d’entêtement » a fait savoir de son côté, Joanne Gervais, présidente de l’ACFO du Grand Sudbury. Et de continuer : « Votre slogan de campagne M. Ford était ‘get it done’, je peux vous assurer que de notre perspective il n’y a aucun ‘getting it done’ qui se fait à présent, quelle honte. »

Pour les néo-démocrates, cette demande n’avait aucun sens et démontrait déjà un manque d’engagement de la part du gouvernement conservateur.

M. Bourgouin, qui est également porte-parole de l’opposition officielle aux Affaires francophones, en a profité pour souligner le silence de la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, qui s’était montrée plutôt favorable au projet de l’Université de Sudbury. « Elle est censée être le chien de garde de nos droits francophones, elle est où elle? », regrette-t-il.

« Puis elle dit que c’est pas son ministère qui gère la demande, je m’excuse mais c’est faux, son ministère touche à tout », rajoute-t-il.

Répondant à la question d’un éventuel faux pas du recteur qui avait retiré sa première demande faite en août 2022, pour en soumettre une autre réclamant davantage de fonds en avril 2023, le député de Mushkegowuk-Baie James répond : « C’est pas un faux pas, c’est de la magouille du gouvernement qui ne l’a pas avisé que sa première demande était acceptée. »

Et de continuer : « C’est un manque de respect envers le recteur et un gros manque de respect envers notre culture. »

Continuer le combat

« On a déjà vu ce scénario avec les conservateurs », a lâché Marit Stiles qui a tenu à faire savoir que le gouvernement avait déjà reculé devant la pression des néodémocrates, citant en exemple le scandale de la ceinture de verdure.

Joanne Gervais a rappelé que le combat de l’Université de Sudbury ne date pas d’il y a seulement quelques années. Elle a montré, documents à l’appui, que depuis 50 ans la communauté réclame une université franco-ontarienne dans le Moyen Nord.

Joanne Gervais tient entre les mains plusieurs documents dont le Manifeste de Franco-Parole de mars 1973 et la revue du Nouvel Ontario en 1985 intitulée Pour une université française en Ontario. Crédit image : Inès Rebei

« S’il pensent qu’on va baisser les bras, ils ne nous connaissent pas », a-t-elle fini par conclure.

« On dirait qu’ils pensent que, si assez de temps passe, ce projet-là va tomber à l’eau, que ca sera plus important et qu’ils n’auront plus à le financer », craint Mme Gélinas.

« Assez c’est assez, on est unanime, on veut notre université par, pour et avec tout de suite et il n’y a aucune raison qu’ils disent non », a-t-elle lancé avec émotion.

Répondant à la question des moyens de pression prévus pour faire bouger le gouvernement, les députés affirment qu’il y aura prochainement un caucus néo-démocrate et que la question de l’Université de Sudbury sera « en haut de la liste des priorités ».

Les députés ont aussi lancé un appel aux citoyens de manifester leur mécontentement auprès du gouvernement afin de faire monter la pression populaire.

Quelques jours avant l’opposition néo-démocrate, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) avait réitéré sa demande de voir Queen’s Park reconsidérer un financement pour l’établissement dans le cadre de consultations pré-budgétaires.

Les différents chapeaux de février

Février débute en arborant une double thématique. De plus, à Ottawa, on s’amuse avec une grande tradition. À Toronto, c’est un musée très connu qui ouvre ses portes aux francophones. Et à Sudbury, les créatrices femmes sont à l’honneur cette semaine.

Musée gratuit pour les francophones

Le Royal Ontario Museum (ROM) invite les francophones à le visiter gratuitement ce vendredi. Au moment d’acheter des billets en ligne, il faut sélectionner la bonne date et entrer le code 2024FRANCAIS pour bénéficier de cette offre sur un maximum de cinq billets. La promotion exclut les expositions temporaires La mort : le plus grand mystère de la vie et Le photographe naturaliste de l’année 2023, qui se terminent respectivement en avril et en mai. Elle inclut par contre l’accès aux galeries permanentes et à l’installation de Noelle Hamlyn, Bouées, qui se terminera le 19 février. Des bénévoles du ROM offrent certaines visites guidées en français du mercredi au dimanche à 14 h.

Le ROM à Toronto. Crédit image : dandragonetti / Getty Images

Toronto, le 2 février. Billets et détails sur les expositions et galeries sur le site du ROM.

2024 débute « sous le saule » pour la GNO

La Galerie du Nouvel-Ontario (GNO) accueille sa première exposition de l’année avec Sous le saule de Rihab Essayh. Dans une installation incluant une vidéo projetée sur différents tissus à travers la galerie, l’artiste revisite une tragédie shakespearienne, Ophélie, « à travers une immersion dans les eaux du lac Ontario ».

La diplômée de la maîtrise en beaux-arts de l’Université de Guelph s’inspire du style soft futurism et met « en lumière la vulnérabilité et l’interdépendance comme fondements de la libération collective et du bien-être », selon un communiqué de la GNO. Dans Sous le saule, l’artiste montréalaise d’origine marocaine explore les thèmes de l’aliénation, de la résilience et de l’extase. Rihab Essayh sera présente lors de la réception d’ouverture, ce vendredi à 17 h.

L’exposition Sous le saule sera présentée à la GNO jusqu’au 8 mars 2024.

Sudbury, le 2 février. Détails sur le site de la GNO.

Chantier théâtral

Aller au théâtre peut parfois donner envie d’entrer dans la tête de l’auteur pour en cerner le processus créatif. C’est un peu ce que propose le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) avec le Cabaret de la cellule d’écriture, vendredi et samedi. Trois pièces féministes en chantier seront présentées au public sous forme de théâtre-laboratoire. Les autrices sudburoises, France Huot, Mariana Lafrance et Caroline Raynaud se nourriront des réactions des spectateurs pour poursuivre leur démarche avec leurs textes respectifs.

Ragtime Gal, de France Huot, traite d’un sujet sérieux dans un style clownesque mettant en vedette une femme en burn-out et son caillot menstruel. La quête du sombre, de Mariana Lafrance, est un récit allégorique sur le deuil, la sensibilité humaine et la nature. Finalement, Caroline Raynaud explore le rapport à la féminité et à la puberté avec Le téton tardif. Les deux représentations seront suivies de causeries, où le public pourra préciser ses impressions des pièces en chantier.

Chaque pièce du TNO bénéficie d’un ou d’une porte-parole communautaire, et c’est l’autrice Chloé LaDuchesse qui joue ce rôle pour le Cabaret de la Cellule d’écriture.

Sudbury, les 2 et 3 février. Détails sur le site du TNO.

Jusqu’à la Lune

Parcourir l’histoire de la conquête de l’espace, à partir du début de l’humanité, voilà un projet costaud pour Les Marcels, compagnons de création. C’est pourtant la mission de la pièce Et on campera sur la Lune, présentée ce samedi au théâtre Spadina de l’Alliance française Toronto (AFT). Le spectacle s’adresse à un public de 10 ans et plus et mêle humour, poésie et théâtre de marionnettes, d’objets et multimédias. Avec leur projet Les Marcels, les Québécois Jean-François Beauvais et Antoni Castonguay veulent « sensibiliser la jeune génération aux enjeux contemporains ».

Scène de la pièce Et on campera sur la Lune. Crédit image : Vanessa Fortin

Toronto, le 3 février. Détails et billets sur le site de l’AFT.

Mois de l’histoire des Noirs

Février est le Mois de l’histoire des Noirs, donc de nombreuses activités sont organisées un peu partout, par de nombreux organismes différents. La Coalition des Noir.e.s francophones de l’Ontario (CNFO) prévoit un événement de lancement ce samedi à Toronto, sous forme de cinq à sept à l’hôtel Double Tree by Hilton Toronto airport. Ce sera l’occasion, entre autres, de donner quelques détails au public concernant une application en développement, qui permettra à partir de l’an prochain de recenser toutes les activités du Mois de l’histoire des Noirs au même endroit, pour rendre l’information plus facilement accessible.

Le Mois de l’histoire des Noirs a lieu chaque année en février. Crédit image : JDawnInk / Getty Images

Toronto, le 3 février. Détails en contactant la CNFO.

Mois du patrimoine franco-ontarien

Février est également le Mois du patrimoine en Ontario français, chapeauté par le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO). Après un événement de lancement le 1er février à Ottawa, le RPFO propose un calendrier participatif pour recenser différentes activités. L’ambassadeur de cette 17e édition est Serge Monette, auteur-compositeur-interprète qui s’est toujours engagé à raconter les histoires et les lieux franco-ontariens dans ses chansons. Le thème de 2024 fait écho à l’une de ses chansons : Un peuple debout : La musique folklorique ici et maintenant.

Le RPFO souhaite également créer un pont entre son Mois du patrimoine et le Mois de l’histoire des Noirs. Un appel a été lancé pour trouver des participants au nouveau Comité du patrimoine afro-franco-ontarien.

Serge Monette est connu dans le monde de la musique franco-ontarienne depuis le début des années 1990. Gracieuseté

Différents lieux tout au long du mois de février. Détails sur le site du RPFO.

Le retour des Glamottes

Le traditionnel Bal de neige débute ce vendredi à Ottawa et Gatineau. De nombreuses activités hivernales, familiales et culturelles se dérouleront à différents endroits dans la région de la capitale jusqu’au Jour de la Famille, le 19 février. Il sera possible de croiser la famille Glamotte, les mascottes de Bal de neige, sur la rue Sparks et au Domaine des flocons, situé au parc Jacques-Cartier à Gatineau (ouvert seulement à partir de samedi, en raison de la météo).

D’autres activités se dérouleront au Marché By et dans divers endroits intérieurs des deux côtés de la rivière. Une navette est disponible pour se déplacer gratuitement entre les sites principaux. Notons que la patinoire du Canal Rideau, qui accueillait traditionnellement de nombreuses activités de Bal de neige, est présentement fermée après avoir été ouverte pour quatre jours seulement en janvier.

Vue sur le Parlement d’Ottawa depuis le domaine des flocons en 2019. Crédit image : Rachel Crustin

Ottawa et Gatineau, du 2 au 19 février. Détails sur les nombreuses activités sur le site de Patrimoine canadien.

Une commission fédérale sur les erreurs judiciaires, sans exigence de bilinguisme

OTTAWA – La commission fédérale qui doit être créée pour évaluer les demandes de révision d’erreurs judiciaires devait être bilingue, mais les commissaires chargés de revoir les décisions n’auront pas à maîtriser les deux langues officielles. Le tout est passé au vote à Ottawa ce jeudi matin. Le NPD estime que le bilinguisme aurait constitué un frein à la diversité des futurs commissaires.

Le projet de loi C-40 vise à créer la Commission d’examen des erreurs du système judiciaire et remplacerait l’actuel processus constitué d’une révision ministérielle. Le projet de loi créerait un organisme indépendant dont le mandat serait d’examiner les demandes de révision qui lui sont présentées.

L’organisme indépendant aurait un commissaire en chef ainsi que quatre à huit autres commissaires qui pourraient être à temps partiel. En comité ce matin, une motion du Bloc québécois visant à rendre obligatoire le bilinguisme pour ces neuf commissaires a été battue par les six députés conservateurs et néo-démocrates alors que les cinq libéraux et bloquistes ont voté pour.

Les nominations par le ministre de la Justice « cherchent à refléter la diversité de la société canadienne et tiennent compte de considérations comme l’égalité des genres et la surreprésentation de certains groupes dans le système de justice pénale, notamment les Noirs et les peuples autochtones », peut-on lire dans le libellé du projet de loi.

Un obstacle à la diversité

Le député du NPD Randall Garrison a expliqué qu’il craignait qu’une telle mesure « rétrécisse le champ de candidats possibles » en excluant des avocats autochtones ne parlant pas français ou des avocats au Québec, parlant français et cri, a-t-il illustré.

« Donc, il y a une conséquence inattendue en appliquant une exigence étroite à pouvoir parler les deux langues officielles. Je détesterais voir des avocats autochtones – mon exemple étant parlant en français et cri – qui ne pourraient pas siéger à cette commission. »

La commission en tant que telle devra respecter la Loi sur les langues officielles et donc pouvoir fonctionner en français et en anglais via notamment les services de traduction ou d’interprétation.

« Le français est traité comme une langue de seconde classe et le Canada échoue à faire respecter ce sur quoi il prétend s’être bâti. Les Québécois, les Acadiens et les communautés francophones du Canada devraient être assurés que des questions aussi importantes et délicates puissent être entendues et traitées dans les deux langues, ce ne sera malheureusement pas le cas », a déploré le député bloquiste Rhéal Éloi Fortin.

L’amendement proposé par ce dernier faisait suite à une requête du Barreau du Québec. Il stipulait que « des services adéquats en français devraient être offerts aux parties et que les commissaires devraient être bilingues », suggérant Ottawa comme siège social de cette commission, pour favoriser l’usage des deux langues officielles.

Dans un mémoire au Comité permanent de la justice et des droits de la personne, le barreau signalait un cas au Conseil canadien de la magistrature où près de 4000 pages de preuve en français avaient été déposées et qu’une décision avait été rendue alors qu’une partie des membres anglophones du comité n’avait pas eu droit à une traduction.

« Il est primordial que des demandeurs ne voient pas le traitement de leur dossier s’éterniser ou pire encore, être rejeté, alors que les éléments essentiels du dossier ont été fournis dans une des langues officielles du Canada, mais qui n’est pas comprise par les commissaires », est-il écrit.

Les partis devront se prononcer

Les députés conservateurs n’ont pas expliqué pourquoi ils ont voté contre. Le projet de Loi C-40 sera de nouveau étudié en troisième lecture à la Chambre des Communes. S’il est adopté, il prendra la direction du Sénat. Le projet de loi C-40 faisait suite à la recommandation de deux anciens juges, Harry LaForme et Juanita Westmoreland-Traoré, mandatés par Ottawa, qui avaient conclu la nécessité de créer un tel organisme indépendant.

Son but serait d’améliorer l’accès à la justice en facilitant et en accélérant l’examen des demandes présentées par des personnes potentiellement condamnées à tort. Celui-ci aurait notamment le pouvoir de mener des enquêtes ou encore d’offrir, dans certains cas, des remises en liberté provisoire, dans les cas d’ordonnances de nouveaux procès.

ServiceOntario dans les Staples : et les services en français ?

La province a annoncé, ce début de semaine, la fermeture de centres ServiceOntario au profit de kiosques ServiceOntario intégrés à l’enseigne américaine Staples/Bureau en Gros. Six premiers centres ouvrent dès ce jeudi 1er février dans le Centre-Sud et le Sud-Ouest de l’Ontario. Une décision controversée qui soulève des questions quant à l’accès aux services en français, la transparence d’un accord avec le privé ou encore la suppression potentielle d’emplois.

Les six premiers kiosques de ServiceOntario ouvrent aujourd’hui à Oakville, Newmarket, Toronto (Scarborough), Strathroy, Tillsonburg et Welland, remplaçant les six centres ServiceOntario qui ont fermé leurs portes le 31 janvier 2024.

« Tous les centres ServiceOntario qui ferment sont remplacés par un nouvel emplacement dans les mêmes communautés. Le service restera ininterrompu », précise le ministère des Services au public et aux entreprises.

Il est annoncé que d’autres kiosques ouvriront également à Hamilton, Keswick et Toronto (Leaside) dans le courant de l’année et que le gouvernement continuera d’étudier la possibilité d’élargir et d’ajouter de nouveaux modèles pour les sites de ServiceOntario, « y compris des co-localisations avec les municipalités, les communautés des Premières Nations, les bibliothèques publiques et d’autres partenaires de vente au détail, qui pourraient inclure des petites entreprises ».

Selon le gouvernement ontarien, l’implantation de services gouvernementaux au sein de Staples/Bureau en Gros pourront faire économiser environ un million de dollars pour la durée du projet pilote de trois ans et offrir des heures d’ouverture prolongées, soit 30 % d’heures de service de plus, par rapport aux centres qu’ils remplacent.

Interrogé sur la possible atteinte à l’accès aux services en français, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario Fabien Hébert nous répond que « le ministère des Affaires francophones nous a assuré que les sous-traitants sont assujettis à l’obligation linguistique que les bureaux de ServiceOntario de la région avaient. Cela ne s’applique que dans les régions qui sont désignées sous la Loi sur les services en français ».

Respect de l’obligation linguistique

Un porte-parole du bureau de Todd McCarthy, ministre des Services au public et aux entreprises, certifie que tous les centres ServiceOntario sont tenus de se conformer à la Loi sur les services en français : « Lorsqu’un centre est situé dans une zone de services en français désignée, les services seront offerts en français et en anglais. ServiceOntario continuera d’explorer des façons innovantes de fournir des services gouvernementaux essentiels à tous les Ontariens dans toutes les communautés. »

M. Hébert s’inquiète toutefois du fait qu’il pourrait en résulter une perte, voire une réduction de services « si les sous-traitants ne prennent pas leurs obligations au sérieux ou s’ils ne réussissent pas à recruter du personnel bilingue ».

« De plus, je présume que les salaires des sous-traitants ne sont pas aussi intéressants que les salaires dans les bureaux de ServiceOntario, ce qui va rendre le processus de recrutement de personnel bilingue plus difficile », ajoute celui-ci.

« Ce qui est sûr, c’est que ServiceOntario a l’obligation de fournir ses services en français conformément à la Loi sur les services en français et à ses règlements. Nous invitons les francophones à nous contacter lorsqu’ils et elles rencontrent des difficultés à accéder aux services en français », a déclaré à ONFR le commissaire aux services en français Carl Bouchard.

Les services gouvernementaux au profit de la consommation ?

« ServiceOntario est un maillon essentiel pour aider les gens à accéder aux services gouvernementaux importants, a indiqué dans un communiqué le ministre Todd McCarthy. C’est pourquoi nous nous associons à un détaillant expérimenté bien implanté en Ontario, pour aider à fournir des services là où les gens vivent, travaillent et font leurs courses. »

« Ce projet pilote démontrera que nos magasins constituent une option pratique pour les Ontariens occupés, en offrant des heures plus flexibles pour un meilleur accès aux services dont ils dépendent », croit la présidente de Staples/Bureau en gros Rachel Huckle.

L’opposition officielle n’a pas tardé à pointer du doigt « un contrat à fournisseur unique à une grande entreprise américaine, leur permettant ainsi de tirer profit de la prestation de services gouvernementaux clés », et un manque de transparence sur l’accord.

« Encore une fois, ce gouvernement refuse d’être transparent sur ses accords en coulisses. Nous les voyons confier davantage de nos services gouvernementaux à des méga-entreprises, utilisant l’argent des contribuables pour améliorer les résultats financiers d’une entreprise privée », a déploré Tom Rakocevic, porte-parole de l’opposition officielle en matière de protection des consommateurs.

Le leader du Parti vert Mike Schreiner a, quant à lui, interpellé la vérificatrice générale de l’Ontario pour l’ouverture d’une enquête : « Le gouvernement Ford tente d’empêcher les employés concernés de ServiceOntario de parler publiquement des rouages ​​de l’accord avec Staples. C’est exactement pourquoi j’ai demandé au vérificateur général de mener une vérification de l’optimisation des ressources sur ces échanges de lieux suspects. »

Concernant la question de la perte d’emplois soulevée par les partis d’opposition, le ministère des Services au public et aux entreprises assure pour l’heure que « l’effectif approprié est déterminé emplacement par emplacement, en fonction du volume prévu. Les employés des fournisseurs de services privés touchés ont eu la possibilité de continuer à travailler chez Staples Canada ».

Il existe 276 centres ServiceOntario et plus de 190 d’entre eux sont gérés par le secteur privé, soit 71 %. ServiceOntario a conclu des partenariats de vente au détail avec des entreprises canadiennes, notamment Canadian Tire, IDA et Home Hardware.

Gabriel Osson passe au maquillage

« Une fois arrivé au Canada, tout le monde voulait que je sois Noir, alors que moi, j’avais pris mon pari que je n’étais pas Noir. » Gabriel Osson, écrivain torontois originaire d’Haïti, discute poésie, couleur de peau et relève franco-ontarienne, le temps d’une mise en beauté dans la chaise de notre maquilleuse Julie Champagne.

Exemption pour les étudiants étrangers francophones : la décision revient aux provinces, selon Ottawa

OTTAWA — Les établissements postsecondaires francophones qui s’attendent à ce que le gouvernement fédéral exempte les francophones du plafonnement des étudiants étrangers doivent d’abord se tourner vers leurs gouvernements provinciaux, prévient Ottawa.

Le ministre de l’Immigration Marc Miller invite les établissements francophones au pays, surtout en Ontario et au Nouveau-Brunswick, à « aller voir leurs premiers ministres ».

« Le premier instinct ne devrait pas être de venir voir le gouvernement fédéral », a-t-il lancé avant une réunion du caucus libéral, mercredi matin.

Mais le domaine du recrutement d’étudiants étrangers est « un train sans conducteur depuis fort longtemps et il est vraiment temps de ralentir la locomotive », soutient le politicien libéral. Cette mesure ne vise toutefois pas à ce que « les francophones à l’extérieur du Québec et au Québec soient préjudiciés », convient-il.

« C’est clair que j’ai le souci des étudiants francophones qui viennent pour étudier ici. J’ai une responsabilité particulière envers les francophones en dehors du Québec, selon mon mandat que je compte respecter », assure M. Miller.

La semaine dernière, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il plafonnait le nombre de nouveaux étudiants étrangers au pays à 360 000 en 2024, ce qui signifie une baisse de 50 % en Ontario par rapport à 2023.

L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) qui représente la vingtaine d’établissements francophones hors Québec réclame d’Ottawa la mise en place de « balises garantissant un seuil minimal de permis d’études aux établissements postsecondaires en contexte francophone minoritaire ».

Les collèges et universités francophones s’expliquent mal comment Ottawa indique dans sa nouvelle politique en immigration francophone vouloir « maximiser la sélection des travailleurs temporaires et des étudiants internationaux d’expression française », mais qu’il impose un tel plafond du même coup.

« Si cette politique est aussi robuste que le prétend le ministre, elle devrait constituer l’horizon à partir duquel toute mesure visant la clientèle internationale des établissements postsecondaires est développée », déplore l’ACUFC dans un communiqué.

Les établissements de la francophonie canadienne suggèrent que les étudiants francophones soient étiquetés comme une cohorte prioritaire, comme pour ceux à la maîtrise et au doctorat, qui sont exemptés du plafond annoncé par Ottawa.

« Y aura-t-il lieu de s’asseoir avec ces gens-là (les établissements francophones) et parler de mesures qu’on pourrait prendre dans le cas où la province en question ne veillerait pas à sa propre obligation de respecter les francophones? … On va regarder ça », répond Marc Miller.

Deux directions générales recherchées au Centre culturel La Ronde de Timmins

TIMMINS – Le Centre culturel La Ronde peine à se doter d’une nouvelle direction générale depuis le départ inattendu de l’ex-directrice Lisa Bertrand, en mars 2023. L’organisme a finalement décidé de diviser le poste en deux, une direction générale consacrée à la programmation et à l’engagement communautaire et une autre, aux opérations et à la finance.

Malgré une préouverture très attendue en novembre dernier, il reste encore de nombreux défis pour le Centre culturel La Ronde…

Pourtant l’annonce du recrutement de Serge Gagné, lors de l’assemblée générale annuelle, le 14 novembre 2023, semblait mettre fin à cette quête, d’un peu moins d’un an, de l’organisme de Timmins. Néanmoins, le groupe cite des mésententes avec ce dernier qui ont mené à son départ, moins de 24 h après son entrée en poste, en décembre!

« Ça n’a pas fonctionné », lâche Lynne Guertin qui assure l’intérim, à temps partiel, depuis la fin de l’été. « C’est beaucoup de travail. Les trois mois où j’ai commencé, je n’ai pas pu toucher au tiers des tâches que j’aurai dû assurer », continue-t-elle.

Le conseil d’administration de La Ronde espère pouvoir annoncer sous peu le recrutement de deux directeurs généraux. Crédit image : Inès Rebei

Avec le déménagement de leur local d’un centre commercial vers un nouvel édifice du centre-ville, en plus des demandes de subventions, du service de garderie après l’école dans cinq établissements, les camps d’été et d’autres tâches liées à la programmation, le rôle du directeur général est loin d’être de tout repos, selon Mme Guertin.

« Juste le projet de construction sur les cinq dernières années, ça a beaucoup pesé sur la direction générale », explique de son côté Ernest Plante, président du conseil d’administration et ex-directeur général par intérim durant l’été.

En début de soirée jeudi, La Ronde annonçait sur ses réseaux sociaux avoir dû prendre la décision d’annuler le populaire carnaval : « Des facteurs tels que la réorganisation du centre, suite au déménagement, nous ont amené à conclure qu’il serait dans l’intérêt d’annuler le thème du carnaval cette année. »

« Nous vous assurons que le carnaval 2025 prendra une plus grande envergure que les années passées », pouvait-on aussi lire dans une publication.

Une période de transition

« On a décidé d’aller avec deux postes pour faciliter le travail et alléger le fardeau de la personne qui faisait le poste seule », ajoute-t-il. Le poste a donc été séparé pour permettre la spécialisation de chaque volet, la programmation et l’opérationnel.

« Je pense qu’on a une excellente installation pour accueillir nos nouvelles directions générales », estime Patrick Durepos, un des directeurs du conseil d’administration.

« C’est une grosse année de transition », insiste M. Plante qui regrette la perte d’anciens membres, lesquels travaillaient dans l’ancien édifice, avant l’incendie qui a mené à sa démolition en 2017.

Ernest Plante espère que le nouvel édifice saura attirer de nouveaux membres. Crédit image : Inès Rebei

En plus de la difficulté de recruter des francophones, le passage vers un autre édifice ne facilite pas les choses. « C’est la nature d’avoir un nouveau centre, on ne sait pas trop à quoi s’attendre, on peut avoir des surprises », ajoute M. Durepos.

Ernest Plante dit, néanmoins, se réjouir d’avoir commencé une liste de bénévoles qui ne fait que s’allonger depuis la réouverture.

Les postes sont en affichage depuis une semaine et M. Plante dit avoir reçu plusieurs candidatures pour chacun d’entre eux.

Rejoindre les jeunes

Côté programmation, La Ronde souhaite aussi refléter ce renouveau. L’exode des jeunes et le vieillissement de la population pourraient inspirer une plus grande ouverture des contenus.

Mélissa Bédard, Stéphanie Morin-Robert, Antoine Normandin, Jolene and the Gambler : de grands noms viendront se produire à La Ronde cette année. Crédit image : Inès Rebei

« Il faut écouter les jeunes et leur proposer quelque chose qui les rejoints », souligne Lynne Guertin qui souhaiterait aussi donner une plus grande vitrine aux artistes francophones issus de la diversité ethnique et sexuelle.

La réouverture du bar L’Armise est aussi très attendue et la directrice par intérim se dit optimiste quant à l’obtention très prochaine d’un permis d’alcool et l’embauche subséquente d’un barman.

En été, une terrasse sera aménagée à l’emplacement actuel du stationnement et se voudra un espace de rassemblement de la communauté durant les chaudes journées d’été.

Aménager un espace pour la terrasse donnant sur l’Armise demandera des mois de travaux. Crédit image : Inès Rebei

Quant à l’inauguration officielle, si aucune date n’est encore prévue, les membres de La Ronde disent être optimistes pour une ouverture au début de l’été.

Université de Sudbury, Place des Arts, santé… l’AFO veut des réponses dans le prochain budget ontarien

SUDBURY – L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) émet sept recommandations au gouvernement de l’Ontario, en vue du dépôt du budget, en mars prochain, afin de renforcer la présence francophone dans la province. Plusieurs demandes concernent les arts et la culture, mais aussi la santé et l’éducation postsecondaire.

D’abord, concernant le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), l’AFO suggère au gouvernement de l’Ontario de financer, à hauteur de 10 millions de dollars, le projet de construction du MIFO pour permettre à celui-ci d’aller de l’avant.

L’organisme porte-parole des francophones ontariens indique à ce titre que le MIFO figure parmi les principaux employeurs francophones en Ontario, comptant un effectif de plus de 300 employés et générant une contribution économique de 11,9 millions de dollars au PIB de la province.

Dans la même veine, il demande au ministère du Tourisme et de la Culture d’offrir un appui financier de 325 000 $ à la Place des Arts du Grand Sudbury afin d’aider l’organisation dans sa transition vers son nouveau modèle d’affaires.

L’AFO craint que, sans un soutien financier de la part du gouvernement de l’Ontario, le déficit accumulé par la Place des Arts, au cours des dernières années, ne devienne un fardeau insoutenable. La Place des Arts devrait déposer prochainement un nouveau plan d’affaires, appuyé d’une aide financière du gouvernement du Canada.

À quand la reconnaissance linguistique sur les cartes de santé?

L’organisme francophone plaide en faveur de l’amélioration des soins de santé pour les francophones et les allophones en proposant l’inclusion de la variable linguistique sur la carte santé.

Une recommandation loin d’être nouvelle puisque cette proposition est régulièrement soulevée par les entités de planification, et défendue de longue date par l’opposition.

L’identification linguistique sur la carte de santé est une demande réclamée de longue date par la communauté francophone. Montage ONFR

Pour l’AFO, cette mesure permettrait d’identifier, de manière précise, la langue de service de chaque patient à chaque étape de son parcours dans le système de santé, facilitant ainsi la planification.

L’AFO y voit plusieurs gains, tels qu’une meilleure accessibilité aux soins de santé, une réduction des erreurs médicales et une collecte de données probantes pour la planification des services de santé.

« Sur la carte santé devrait se trouver la langue de service et dans la carte santé, la langue de service, la langue officielle et la langue maternelle », suggère l’organisme.

Sans oublier l’Université de Sudbury et le postsecondaire

Là encore, une recommandation, souvent discutée, appelle le gouvernement provincial à reconnaître, « le caractère d’université publique de l’Université de Sudbury », et d’offrir un financement adéquat pour cette « institution vitale franco-ontarienne ».

L’AFO exhorte le gouvernement à entamer un dialogue constructif avec l’Université de Sudbury et à tenir compte des conseils de l’expertise indépendante qu’il a lui-même sollicitée pour éclairer sa décision. Il est également demandé au gouvernement de fournir un soutien financier à cette institution « qui a marqué un moment historique en accueillant le premier lever du drapeau franco-ontarien ».

L’AFO recommande aussi que « le gouvernement de l’Ontario se dote d’une nouvelle formule de financement destinée au secteur postsecondaire de langue française et encourageant la collaboration et les partenariats ».

L’AFO demande au ministère des Collèges et Universités de revoir ses formules de financement afin d’en proposer une pour les francophones qui fourniraient des outils propices à la collaboration, à la concertation et aux partenariats. Source : Canva

L’organisme francophone rappelle à ce titre que la gouvernance « par et pour » les francophones est non négociable pour la communauté franco-ontarienne.

De plus, d’après l’AFO, il faut appuyer les institutions offrant une programmation en français, réitérant que « les formules de financement doivent être adaptées aux réalités et aux objectifs de nos institutions », étant indispensables pour répondre au défi de la rareté de la main-d’œuvre francophone et bilingue.

Une autre revendication porte sur le Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO), dont le financement devrait être non seulement renouvelé, mais aussi bonifié à hauteur de 5 millions de dollars par année, évalue l’organisation de M. Hébert.

Dans le mémoire de l’organisme francophone, l’importance du PAFO pour les organismes sans but lucratif y est précisé.

Un soutien supplémentaire au PAFO

La forte inflation et la pénurie de main-d’œuvre rendent ces organismes sans but lucratif francophones quelque peu dépendants du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO). C’est pourquoi l’AFO suggère au ministère des Affaires francophones d’envisager, par le biais de négociations sur le financement en matière de langues officielles, « un soutien financier supplémentaire du gouvernement fédéral pour renforcer le financement du PAFO ».

L’AFO estime aussi que le gouvernement devrait mettre en avant une approche pangouvernementale pour le secteur sans but lucratif. Il recommande la mise en place d’un « foyer » au sein du gouvernement qui prendrait les responsabilités de ce secteur sous la gouverne d’un ministre associé ou d’un adjoint parlementaire.

Le but étant « d’améliorer la communication et la coordination des efforts entre le gouvernement et ces organismes, qui ont joué un rôle crucial lors de la période de confinement et lors de la réouverture de la province et du pays ».

D’après l’AFO, le domaine non lucratif joue un rôle économique significatif en Ontario, contribuant à hauteur de 65 milliards de dollars au PIB de la province et fournissant des emplois à près de 850 000 résidents de l’Ontario. L’AFO estime qu’entre 300 et 400 organisations sans but lucratif sont dirigées par des francophones, représentant un peu moins de 10 % de toutes les organisations sans but lucratif de la province qui se décrivent comme bilingues.

Catherine Tait continue à défendre le plan de compressions égales entre CBC et Radio-Canada

OTTAWA – La PDG de Radio-Canada et CBC, Catherine Tait, défend toujours la stratégie de la haute direction de couper de manière égalitaire le nombre de postes entre son secteur anglophone et francophone.

56 % des fonds publics vont au secteur anglophone de l’entreprise contre 44 % au penchant francophone alors que les revenus générés par la CBC sont de 54 % contre 46 % pour Radio-Canada, a-t-elle expliqué.

« Alors on parle d’une parité quasi proportionnelle. Quand on regarde les compressions à CBC/Radio-Canada, notre approche est de regarder les deux marchés », a-t-elle soutenu lors d’une comparution parlementaire mardi à Ottawa.

En décembre, le radiodiffuseur a annoncé qu’il prévoyait de supprimer 10 % de son effectif : 250 emplois tant du côté anglophone que du côté francophone ainsi que 200 postes vacants. Ces coupes égalitaires avaient soulevé des questionnements au sein de la boîte et aussi au Parlement. Dans les derniers jours, Radio-Canada et Le Devoir ont rapporté que le Commissariat aux langues officielles a ouvert un enquête, à la suite de plaintes, questionnant si les coupe respecteraient la Loi sur les langues officielles.

Les compressions annoncées visent à combler un trou budgétaire de 125 millions de dollars en 2024, même si Catherine Tait a répété à de multiples reprises lors de son témoignage qu’il s’agissait de « projections » qui pourraient être compensées « par une amélioration du financement du gouvernement et une amélioration des résultats des revenus publicitaires ».

Les dirigeants du radiodiffuseur ont rappelé que sur les coupes de 40 millions de dollars au niveau de la production indépendante, la CBC devra trouver 25 millions de dollars en économies alors que son confrère francophone devra en éponger moins, 15 millions de dollars. Ce choix a été pris en considérant que les productions en français en milieu minoritaire soient protégées, ont assuré les hauts dirigeants devant le Comité permanent du patrimoine canadien.

« On est en train de prendre le temps nécessaire pour voir où l’on va faire nos coupes. Il y a des contenus de la programmation qui viennent à leur fin… il y a certaines émissions qui ne seront pas renouvelées », a partagé Dany Meloul, vice-présidente principale à Radio-Canada.

Catherine Tait a aussi soutenu qu’il est déjà prévu qu’il y ait un déclin pour les revenus publicitaires générés par le penchant francophone en 2024 ce qui nuit financièrement à Radio-Canada. Cette dernière admet que le secteur télévisé anglophone est beaucoup moins compétitif alors que son penchant francophone obtient de meilleures parts de marché.

« On regarde la radio de CBC, on est numéro un sur 22 marchés et sur les services numériques, numéro un aussi », balance -t-elle.

Radio-Canada
Le siège torontois de Radio-Canada sur la rue Front. Crédit image : Rudy Chabannes

Pas de décision sur les bonis des dirigeants

La PDG de la société d’État a indiqué que c’était au conseil d’administration que revenait de décider si les employés recevront ou non un boni, qui sera déterminé à la fin mars, elle qui a préféré insister sur des primes de rendement. Les employés qui rencontrent complètement ou partiellement leurs indicateurs de rendement au sein de leur contrat se verront alors accorder une rémunération vis-à-vis de ces objectifs. En 2022, c’est 14,9 millions de dollars qui ont été accordés en primes à des dirigeants du radiodiffuseur.

Les compressions surviennent alors que le gouvernement Trudeau a demandé aux différents ministères et organismes fédéraux de trouver 3,3 % d’économie au sein de leur budget respectif. Le NPD et le Bloc Québécois demandent à ce que CBC/Radio-Canada soit exempt d’un tel plan financier, « un scénario qui aiderait », a commenté Catherine Tait.

Bilan positif pour le premier Festival de la Curd d’hiver

LA NATION – Les organisateurs de la première édition hivernale du Festival de la Curd dressent un bilan positif de l’expérience, qui s’est déroulée les 26 et 27 janvier. Si l’avenir de cet événement emblématique de l’Est ontarien est encore incertain, Groupe Simoncic et la Fromagerie St-Albert semblent déterminés à continuer de faire vivre la marque.

« Ça s’est super bien passé », affirme d’entrée de jeu le directeur général de Groupe Simoncic, José Bertrand, joint au téléphone. Cette première tentative hivernale pour le Festival de la Curd comprenait deux soirées de spectacles payants et une démonstration de cascades en motoneige gratuite, à laquelle plus de 200 personnes ont assisté, selon José Bertrand.

Erik et Sonny Caouette, alias 2Frères, ont rempli le Centre communautaire St-Albert, une salle de 350 places, vendredi soir. L’autrice de certaines de leurs chansons, Reney Ray, a assuré la première partie en remplacement de Ferline Régis, qui avait d’abord été annoncée.

Le duo 2Frères a fait salle comble lors de la première soirée du Festival de la Curd d’hiver. Gracieuseté Groupe Simoncic

Selon le directeur général de Groupe Simoncic, cette première soirée a convaincu plusieurs spectateurs de revenir le lendemain pour le spectacle de Bon Débarras et de la Ligue du bonheur, ou environ 260 personnes se sont présentées. Certains détenteurs de billets s’étaient procuré un passeport curd. Vendus en quantité limitée avant le congé des Fêtes, ils permettaient d’accéder aux deux soirées pour le prix d’une.

« On avait des gens qu’on savait très bien qu’ils prenaient le passeport pour avoir accès à un spectacle et (pouvoir décider à la dernière minute) s’ils venaient ou pas le samedi. Mais les gens, en sortant le vendredi, étaient tellement enjoués qu’ils nous disaient : on n’avait pas prévu, mais on revient demain, ça a été trop le fun. »

Avenir incertain

Lorsque questionné à savoir quelle serait la prochaine étape pour le Festival de la Curd, José Bertrand répond : « C’est une très bonne question. La prochaine étape, c’est qu’on s’assoie avec le comité et qu’on décide justement quelle sera la prochaine étape. »

Le Festival de la Curd, tradition depuis une trentaine d’années, n’a pas connu d’édition régulière depuis 2019. La pandémie et la pénurie de main-d’œuvre y sont pour quelque chose, mais ce sont les travaux d’expansion à la Fromagerie St-Albert qui ont vraiment mis une croix sur un retour à un grand festival sur son terrain.

L’entreprise Trep Freestyle était au Festival de la Curd pour une démonstration de cascades en motoneige. Gracieuseté Groupe Simoncic

José Bertrand répète qu’il y a espoir de revoir un Festival de la Curd, et que son entreprise continue de travailler avec la Fromagerie St-Albert. « Les relations avec la fromagerie sont essentielles au festival. C’est certain qu’ils sont au cœur » des discussions.

Le directeur général de Groupe Simoncic ne peut toujours pas fournir de réponses aux questions quand, où et comment le Festival de la Curd pourrait revenir.

Ski alpin : fin de saison pour Valérie Grenier

Victime d’une violente chute sur le super-G de Cortina d’Ampezzo dimanche, Valérie Grenier a donné de ses nouvelles à travers ses réseaux sociaux lundi. Avec de multiples blessures graves et deux opérations nécessaires, la skieuse franco-ontarienne a confirmé les craintes qu’on pouvait nourrir suite au visionnage des images chocs de sa chute. On ne la reverra pas sur les pistes de ski cette saison.

La liste détaillée par la native d’Ottawa sur son compte Instagram fait froid dans le dos : « fracture de l’humérus, déchirure du ligament croisé antérieur et déchirure partielle du ligament croisé postérieur » s’ajoutent à sa blessure à l’épaule annoncée par Canada Alpin dès dimanche. 

Elle a ajouté qu’une opération de son épaule était prévue en Autriche dans la clinique où elle a été rapatriée, puis une au genou « certainement à la maison la semaine prochaine ». 

Cette terrible chute arrive alors que Valérie Grenier revenait au plus haut niveau sur les épreuves de vitesse après les avoir fuies pendant plusieurs années, suite à sa terrible fracture de la jambe en 2019. Elle s’était depuis concentrée sur le slalom géant, moins rapide mais plus technique, sur lequel elle a connu le succès avec deux victoires à Kranjska Gora en Slovénie, dont une récemment.

Cette saison, elle a réussi à vaincre ses craintes de la vitesse, cinq ans après son accident, et a renoué avec la descente vendredi avec une surprenante médaille de bronze. En confiance, elle réalisait une superbe performance au moment de sa chute – à plus de 100 km/h sur le super-G sur cette même piste Olympia delle Tofane, un parcours mythique car historique mais également jugé dangereux par les autres concurrentes. La vainqueur du jour Lara Gut-Behrami a même confié après la course que « le but n’était pas de skier pour la victoire, mais d’arriver en bas »…

« Je vous remercie pour le soutien et les messages que vous m’avez envoyés. Une mention spéciale aux premiers intervenants et à mon équipe pendant ces temps difficiles. Merci à vous tous! À bientôt. » C’est ainsi que Valérie Grenier a terminé son message sur les réseaux sociaux.

Maïssa Zemni : « Le simple fait de parler une langue différente nous prive de ressources »

Maïssa Zemni, élève de 12ᵉ année à l’École secondaire publique Gisèle-Lalonde. Elle exerce en tant qu’élève-conseillère depuis deux ans et a précédemment été sénatrice au sénat des élèves. Elle occupe actuellement la présidence du Regroupement des élèves conseillers et conseillères francophones de l’Ontario (RECFO).

Le Symposium sur l’éducation publique en Ontario s’est déroulé du 25 au 27 janvier à Toronto. Cette rencontre a réuni des conseillers scolaires, des directeurs de l’éducation, des élèves conseillers, ainsi que des invités et des experts en éducation. Les discussions ont couvert un large éventail de sujets, de la gouvernance à l’inclusion, en passant par le respect de la diversité et la vitalité de la francophonie.

Ce rassemblement a regroupé plusieurs acteurs clés du secteur éducatif pour aborder les enjeux cruciaux et les possibilités émergentes dans l’éducation publique. Pour les jeunes francophones, ce symposium représentait une opportunité de partager leurs perspectives et des initiatives afin de renforcer l’éducation en langue française en Ontario. De plus, les jeunes ont pris la parole lors d’un atelier dédié, offrant ainsi leurs visions et leurs idées pour l’avenir de l’éducation publique.

«  En tant qu’élève-conseillère d’un conseil scolaire public en Ontario, comment ce symposium sur l’éducation a-t-il pu vous être utile?

Je pense que c’était vraiment important d’y participer parce que cela nous permet, en tant que jeunes, de partager notre perspective sur des sujets qui nous touchent, comme la francophonie. Nous avons notamment participé à un panel où nous avons abordé cette question d’appartenance à la communauté francophone. Comment pouvons-nous motiver les élèves à ressentir ce sentiment d’appartenance?

Il a également été très utile d’entendre le discours de l’honorable Edith Dumont, la lieutenante-gouverneure de l’Ontario, qui était définitivement inspirante. Elle a justement évoqué les jeunes femmes franco-ontariennes qui aspirent à se lancer en politique malgré leur statut de minorité.

Nous avons aussi eu la chance de rencontrer Roda Muse, la sous-ministre aux Affaires francophones de l’Ontario, et Yves-Gérard Méhou-Loko, le secrétaire général de la Commission canadienne pour l’UNESCO qui a parlé de discrimination et de l’importance de respecter les différentes cultures. C’était très enrichissant d’entendre Anne-Sophie Ruest-Paquette parler de l’inclusion et du respect de la diversité affective, sexuelle et de genre dans les écoles.

Lors du symposium sur l’Éducation publique en Ontario, la jeune élève-conseillère a rencontré plusieurs acteurs de l’éducation. De gauche à droite : Sonia Boudreault, conseillère scolaire au CEPEO, Yves-Gérard Méhou-Loko, Maïssa Zemni et Samia Ouled Ali, présidente du CEPEO. Gracieuseté

Un symposium qui attire tous les acteurs de l’éducation publique en Ontario, et la place des jeunes dans tout ça?

La perspective jeunesse était vraiment mise en avant. Nous sommes de plus en plus invités à prendre la parole et nos opinions sont sollicitées. Nous abordons des sujets qui vont au-delà de l’éducation, comme la santé mentale et le bien-être. Après tout, l’éducation concerne principalement la jeunesse.

Durant ces rencontres et conférences, plusieurs défis de l’éducation publique ont-ils été soulevés par les participants?

Nous avons beaucoup discuté des ressources pour les francophones, estimant qu’elles sont insuffisantes. Par exemple, dans les programmes de baccalauréat international, les exercices de mathématiques sont généralement en anglais plutôt qu’en français. Un autre exemple concerne la difficulté des conseils francophones à retenir les élèves dans nos écoles, notamment ceux qui pratiquent la natation. Ils se tournent vers des écoles anglophones qui disposent souvent de meilleures installations. Les conseils anglophones bénéficient de plus de ressources et d’argent.

Un autre enjeu soulevé lors du panel est la peur du marché du travail chez de nombreux jeunes. Ils craignent de ne pas trouver d’emploi en français. Beaucoup souhaitent étudier le droit, la finance ou devenir médecin, mais mis à part l’Hôpital Montfort et certaines firmes d’avocats francophones, il n’y a pas beaucoup d’opportunités professionnelles en français. La plaidoirie en français et en anglais n’est pas comparable. Lors du symposium, nous avons rencontré une élève-conseillère venant du Nord de l’Ontario. En quittant sa petite ville francophone, trouvera-t-elle sa place ailleurs? Ça aussi, c’est un défi.

C’est pourquoi, lorsque nous voyons des politiciens francophones présenter leurs projets, nous sommes immédiatement inspirés et nous retrouvons de l’espoir. Mme Dumont, Mme Muse et M. Méhou-Loko ont tous travaillé au sein du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), ce qui est très rassurant.

Maïssa Zemni, élève de 12e année à l’École secondaire publique Gisèle-Lalonde. Gracieuseté

Pour vous, qu’est-ce qui a été le plus marquant durant ces quatre jours de conférences et de discussions?

Plusieurs choses, mais je dirais que le manque de ressources en français est un gros problème. Peut-être que je m’en rends compte étant donné que je viens d’Ottawa, mais les défis varient selon les régions de l’Ontario. À Ottawa, les élèves du Consortium Centre Jules-Léger pour les malentendants rencontrent des difficultés importantes, ce qui est regrettable puisque nous sommes tous Canadiens et de la même province. Le simple fait de parler une langue différente nous prive de ressources. »

« Il y a encore des cicatrices de la déclaration unilingue », Sault Ste. Marie adopte une résolution pour améliorer les services en français

SAULT STE. MARIE – 34 ans, jour pour jour, après la déclaration ayant rendu la Ville unilingue anglophone, le conseil municipal de Sault Ste. Marie a fait adopter lundi soir, à l’unanimité, une résolution visant à tourner, définitivement, une page sombre pour la communauté francophone de la région.

Rendre les services en français accessibles en tout temps, voilà le contenu de cette résolution que le maire a promis de concrétiser sans que cela n’impacte financièrement le paiement de taxes des citoyens.

La résolution proposée par le conseiller Duke Dufour et appuyée par la conseillère Lisa Vezeau-Allen n’a pas rencontré d’obstacles et a été saluée par l’ensemble du conseil municipal dont le maire, Matthew Shoemaker, est le seul membre francophone.

« Si un francophone vient à l’hôtel de ville, on aura un membre de l’équipe qui pourra lui répondre en français », explique le maire en entrevue avec ONFR qui ajoute que la municipalité va désormais pouvoir déplacer, temporairement, un des dix membres du personnel de l’hôtel de ville qui parlent couramment la langue française pour servir la population.

M. Shoemaker a déclaré lors de cette rencontre que les francophones étaient au même niveau que la population anglophone. Crédit image : Inès Rebei

Bien qu’il ne soit pas question d’embaucher du personnel supplémentaire, le maire espère que cette mesure saura encourager plus de francophones à venir solliciter les services de la Ville.

Celui-ci a tenu à rappeler, dans son discours, que l’histoire de la ville, qui compte aujourd’hui seulement 2,9 % d’habitants dont le français est la première langue officielle parlée, est intimement liée au français. Il a cité, en exemple, l’arrivée en 1622 du premier explorateur, le Français Étienne Brûlé mais aussi le fait que la ville porte un nom à consonance francophone.

 « Il y a encore des cicatrices de la déclaration unilingue, c’est quelque chose que je voulais réparer », lance M. Shoemaker. Et de continuer : « C’était une erreur qui a eu des implications dommageables pour notre ville relatifs aux services fédéraux et provinciaux qui ont été établis à Sudbury et ailleurs au lieu d’ici. »

Le conseiller Corey Gardi s’est livré avec émotion sur le fait que son grand-père, membre du conseil municipal qui avait voté en faveur de la résolution de 1990, avait fini par regretter, des années plus tard cette « erreur non nécessaire ». « Je suis heureux de faire des excuses personnelles pour lui et je suis heureux que nous fassions des excuses en tant que communauté au sens large », s’est-il confié.

« Il reste du travail à faire pour réparer la relation entre la ville et les francophones de notre communauté », a conclu de son côté le maire.

Une réputation toujours ternie ?

Leo Grazela, un Franco-Ontarien de Kapuskasing, avait l’habitude de se rendre à Sault Ste. Marie pour pratiquer le ski. Depuis la déclaration de 1990, il dit choisir de se rendre de l’autre côté de la frontière à Rouyn-Noranda, au Québec : « C’est une belle piste au Sault, mais c’est difficile d’encourager des anti-Français. »

Jessica D’Amour-Torrance, présidente du Centre francophone de Sault Ste. Marie, accueille favorablement la résolution du maire : « Depuis quelques années, nous voyons beaucoup de progrès dans le travail de collaboration entre la ville et la population francophone de Sault Ste. Marie et cela nous démontre que cela ne pourra que s’améliorer. »

Une citoyenne francophone de Sault Ste. Marie, Dania Kuzbari Haidar, applaudit la mesure du conseil, mais souhaiterait voir encore plus d’efforts pour conserver la langue car « perdre le français serait vraiment dommage. La diversité peut aider à raviver la langue française à Sault Ste. Marie ».

En 1990, le conseil municipal, sous l’impulsion du maire Joe Fratesi, avait voté en faveur d’une résolution communément appelée résolution « unilingue anglaise », après une pétition signée par plusieurs dizaines de milliers de citoyens ainsi que par l’Association pour la préservation de l’anglais à Sault Ste. Marie.

Plus tard, en juin 1994, la Cour de l’Ontario, Division générale, avait annulé la résolution du conseil municipal de 1990 et en janvier 2010, le maire John Rowswell s’est excusé auprès de tous les francophones du Canada au nom de la municipalité de Sault Ste. Marie.

Patinage de vitesse : une fin de semaine en or pour Ivanie Blondin

La patineuse de vitesse ottavienne continue de briller au fil des compétitions de cette saison 2023-2024. À Salt Lake City, ce week-end, elle a signé deux nouvelles médailles d’or sur le départ groupé et en poursuite par équipe. Retour sur trois jours de compétition intenses et fructueux.

Fidèle à ses habitudes, Ivanie Blondin était sur tous les fronts pour l’avant-dernière étape de Coupe du monde de patinage de vitesse ISU, qui avait lieu de vendredi à dimanche dernier à Salt Lake City. 

Deux épreuves de 1000 m, une de 1500, une de 3000, le départ groupé et deux compétitions par équipe, le tout en trois jours, la native d’Ottawa a de nouveau impressionné par sa capacité à s’aligner sur un maximum de courses, mais surtout à se montrer performante, voire très performante même, sur une grande majorité d’entre-elles. 

Le vendredi pour se mettre en jambes

En guise d’échauffement, vendredi dernier, elle a fait son entrée dans l’événement en commençant par un 1000 m sur lequel elle a terminé à la 20e place (1 min 19 sec 20). L’épreuve individuelle majeure du jour était bien évidemment le 3000 m pour cette spécialiste de l’endurance. 

Elle a finalement pris la 7e place en 4 min 01 sec 55 pour boucler sa première journée. Sur 3000 m, Ivanie Blondin occupe la 8e place au classement général. Sur 1000 m, malgré sa dernière place du jour, elle fait également partie du top 10 de la discipline avec une 9e place, meilleure Canadienne sur cette distance. 

Le classement de la Coupe du monde de longue distance dame après 5 étapes. Source : ISU

Le lendemain, c’est sur le 1500 m qu’elle a ouvert sa journée avec une 6e place en 1 min 53 sec 33. Dans cette catégorie, qui est probablement la plus relevée en patinage de vitesse, elle se classe également en tant que meilleure Canadienne à la 8e place du classement général.

Une équipe en or 

À peine deux heures plus tard, elle était de retour sur la glace en compagnie de Valérie Maltais et Isabelle Weidemann pour frapper son premier grand coup de la fin de semaine. 

Avec une poursuite par équipe menée de main de maître, le trio canadien est allé chercher la médaille d’or en pulvérisant le temps de référence réalisé par les Américaines de plus de 3 secondes. Opposées aux Japonaises dans cette manche, ces dernières ont finalement pris la deuxième place mais n’ont rien pu faire, cette fois-ci, face à la coordination, la technique et la vitesse des Canadiennes. 

Le classement final de l’épreuve de poursuite par équipe à Salt Lake City. Source : ISU

Avec un grand sourire sur le podium, Ivanie Blondin et ses équipières ont savouré ce premier succès face aux Japonaises qui remportent le classement général en ayant gagné les deux épreuves précédentes (174 points). Le Canada termine deuxième (168 points) avec une avance confortable sur la Pologne, troisième avec 134 points. 

Départ groupé, arrivée dorée

Après un nouveau 1000 m en guise d’échauffement où elle a terminé à une bonne 12e place (1 min 14 sec 60), Ivanie Blondin abordait son exercice de prédilection, le départ groupé en faisant partie des favorites et avec dans son viseur, la numéro une américaine au classement général Mia Manganello. Sa compatriote et coéquipière Valérie Maltais, deuxième, avait aussi un bon coup à jouer sur cette course pleine de promesses. 

Elle n’a finalement pas déçu puisque les deux Canadiennes francophones ont été à la lutte sur la ligne d’arrivée avec la Néerlandaise Irene Schouten pour s’adjuger la victoire. C’est finalement l’Ontarienne qui a pris le dessus sur ses adversaires haut la main pour remporter sa deuxième médaille d’or sur départ groupé, son quatrième podium en cinq courses! Troisième, la Québécoise en a profité pour prendre la première place au classement général suite à la 11e place seulement pour la leader déchue Mia Manganello. 

Le classement général de la Coupe du monde de départ groupé après cinq étapes. Source : ISU

Il restera une dernière étape de Coupe du monde qui se déroulera à Québec entre le 2 et le 4 février pour déterminer la grande vainqueur finale du départ groupé de cette saison 2023-24. 

La médaille d’or au cou, Ivanie Blondin aurait pu en rester là, mais moins d’une heure après sa victoire, elle était de nouveau en piste sur le relais mixte en compagnie de Yankun Zhao pour tenter de décrocher une troisième médaille. Elle n’en sera finalement pas passé loin puisque le duo termine à la quatrième place, après avoir livré une belle bataille avec les Coréens qui se sont emparés de la troisième place d’un rien. 

Le classement final de l’épreuve de relais mixte à Salt Lake City. Source : ISU

Ce fut encore une compétition réussie pour Ivanie Blondin qui avait déjà brillé à Salt Lake City une semaine auparavant lors des Championnats des quatre continents où elle avait remporté une médaille de bronze en vitesse par équipe, l’or en poursuite par équipe et sur le départ groupé. 

Désormais, tous les regards sont tournés vers la ville de Québec où aura lieu la dernière étape de Coupe du monde qui couronnera les vainqueurs au classement général de chaque discipline. Ne soyez pas étonné d’y retrouver le nom d’Ivanie Blondin dans plusieurs d’entre eux. 

De plus en plus d’immigrants francophones choisissent l’Ontario au détriment du Québec

OTTAWA – Un rapport récemment publié par Statistique Canada démontre que le nombre de nouveaux arrivants francophones qui choisissent de s’installer hors du Québec, principalement en Ontario, connaît une progression depuis près d’une vingtaine d’années.

Selon Statistique Canada, près de 11 % des immigrants dont le français est la première langue parlée se sont installés à l’extérieur du Québec en 2006 alors qu’il monte aujourd’hui à 17,9 %. Ces chiffres de Statistique Canada, basés sur les différents recensements, ciblent les immigrants qui sont arrivés dans les cinq années précédant le recensement, qu’on peut appeler les immigrants récents.

Entre 1991 et 2001, la part d’immigrants francophones qui jetaient leur dévolu sur une province autre que le Québec oscillait autour de 10,3 % à 13 %, soit de 5 à 7 % de moins qu’aujourd’hui.

« Il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer ça, entre autres, le nombre total d’immigrants récents de langue française qui sont arrivés au Québec est un peu plus faible en 2016 et 2021 tandis qu’il a augmenté au Canada hors Québec alors c’est ce qui explique cette croissance de la proportion », explique, Étienne Lemyre, l’auteur de l’étude, portant sur les données historiques sur l’immigration et les langues officielles.

Les raisons derrière cette hausse restent à déterminer, mais la mobilité immigrante peut être en général attribuable à la poursuite d’un emploi ou au rapprochement familial ou de proches, ajoute le statisticien.

Il faut noter que l’Ontario est l’une des provinces canadiennes qui bénéficient grandement de cette hausse hors de la Belle province.

« Comme les deux tiers des immigrants de langue française de l’extérieur du Québec vivent en Ontario, ça alimente un peu les tendances nationales pour le Canada hors Québec », ajoute M. Lemyre.

En 2006, près de 7,8 % des immigrants francophones récemment arrivés au pays avaient choisi l’Ontario comme province de choix alors que c’est près de 11 % en 2021.

Le français chez les immigrants en légère augmentation

L’Ontario n’a jamais eu autant d’immigrants francophones, mais au niveau de la proportion, les nouveaux arrivants francophones n’augmentent que très peu depuis 1981, révèle aussi cette étude de Statistique Canada. En 1981, il y avait 19 335 immigrants qui parlaient principalement le français, un nombre qui s’élève à 65 770 aujourd’hui, soit une hausse de 1 % à 1,6 % au niveau proportionnel dans la province.

Au Canada, la proportion immigrante a connu une plus grande hausse, augmentant à chaque recensement depuis 1981, alors à 6 % et aujourd’hui à 9,1 %. Toutefois, ce bond est principalement attribuable au Québec alors que les immigrants francophones hors Québec représentent toujours seulement entre 1 % et 1,4 % depuis 40 ans.

Les provinces hors Québec ont franchi en 2021 la barre des 100 000 immigrants de langue française pour la première fois avec 102 485, un nombre qui a presque triplé depuis 1981.

« Ce qu’on peut interpréter, c’est que la diminution qu’on a observée pour l’ensemble de la population de langue française provient davantage des personnes qui ne sont pas immigrantes », expose l’auteur de l’étude en se basant sur les données linguistiques des recensements remontant jusqu’à 1951.

Les données du Recensement de 2021 avaient révélé une chute du poids démographique des Franco-Ontariens.

Le poids des personnes ayant le français seulement comme première langue officielle parlée en Ontario depuis 2001 :

  • 2001 : 4,3 %
  • 2006 : 4,1 %
  • 2011 : 3,9 %
  • 2016 : 3,8 %
  • 2021 : 3,4 %

Alex Tétreault, développer l’art queer franco-ontarien

Alex Tétreault fait partie d’une nouvelle génération d’artistes qui pousse la culture franco-ontarienne à se dépasser. Avec une présentation éclair de 10 minutes, il a remporté deux prix à Contact ontarois (CO), qui lui permettront d’organiser une tournée pour la pièce Nickel City Fifs, une épopée queer sudburoise sur fond de trous, coproduite par le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO). Rencontre avec celui qui fait carrière depuis 2017, mais dont la feuille de route est particulièrement dense.

« Vous êtes une personne de théâtre, de politique et de communauté. Comment vous définiriez-vous en quelques mots?

Je dirais que je suis un créateur de théâtre, un brasseur de marde et un membre de conseils d’administration (C. A.) par excellence.

Quel a été votre parcours de vie pour avoir envie de vous impliquer autant dans votre communauté?

Je suis né en 1994 à Sudbury. En grandissant, j’étais un petit nerd. J’étais le jeune de huit ans qui regardait les nouvelles. Je regardais aussi des émissions satiriques comme Royal Canadian Air Farce.

On ne va pas se le cacher, j’ai toujours été un peu flamboyant. Mais je voulais aller en médecine. J’étais bon en sciences et j’aimais ça. C’était un peu difficile pour moi de décider de ce que je voulais faire de ma vie. Tout m’intéressait.

Quand je suis arrivé au secondaire, mon enseignante d’art dramatique m’a dit que je devrais m’essayer avec les Draveurs. Tout a un peu dégringolé de là. T’sais, j’avais un crédit à l’école pour faire des niaiseries en salle de classe!

Je me suis dit qu’en médecine, je pourrais travailler toute ma vie pour essayer de guérir le cancer et ne pas y arriver. Peut-être un peu naïvement, je me disais que c’était plus facile de me démarquer et d’avoir un impact dans la société en faisant de l’art. À l’université, j’ai étudié en théâtre et en sciences politiques, deux sujets que j’adore. Je n’avais pas de plan de carrière, mais tout est tombé en place.

En 2017, Alex Tétreault incarnait le sous-chef du Bloc Québécois au Parlement simulé de l’Université Laurentienne. Gracieuseté

Vous étiez bien impliqué dans la vie étudiante à l’Université Laurentienne. Comment avez-vous réagi aux coupes de 2021, qui ont éliminé 29 programmes en français, dont les vôtres?

Ce n’était pas surprenant. Au programme en théâtre, ma cohorte était la plus grande et on était quatre. Donc, j’étais déjà un peu surpris de le finir. C’est un peu pour ça que je voulais m’impliquer en politique étudiante, pour m’assurer que mes programmes ne se fassent pas couper.

Quand c’est arrivé, je travaillais au TNO et on était à deux semaines des représentations d’une production avec les étudiants en théâtre. Même si on avait des doutes, c’était lourd. Dans un milieu où tout le monde se connait, où les profs sont vraiment impliqués dans la communauté, ça a fait mal.

Sudbury est le berceau de la (jeune) culture franco-ontarienne. Comment la nouvelle génération peut-elle faire sa place?

J’ai rencontré tous les vétérans du milieu culturel franco-ontarien. T’sais, Jean Marc Dalpé, nous autres, on l’appelle Mononcle. Il y a cette proximité-là qu’un petit milieu permet, qui est vraiment le fun.

C’est un couteau à double tranchant. Parce que la communauté est tellement petite, c’est difficile de critiquer. Tu prends ton mal en patience, quand tu es jeune. Il y a bien du monde qui abandonne. Ça arrive que les vétérans prennent beaucoup de place, ce qui est plutôt juste, car ils ont contribué au développement de notre communauté. Sans eux, je ne serais pas en train de faire ce que je fais. Mais il y a une tension entre vouloir respecter le travail des vétérans et vouloir faire notre propre place.

Quand on parle des arts à Sudbury, on parle souvent des 50 dernières années. Quelle serait votre vision pour les 50 prochaines?

Je veux juste qu’il y ait de l’art qui se fasse et que les artistes aillent bien. On travaille dans un métier où la pauvreté est tenue pour acquise. Il faut qu’on arrête de penser comme ça. C’est difficile, car les gouvernements ne nous donnent pas plus de financement. Alors, comment réussir à faire quoi que ce soit dans des conditions adéquates, sans se brûler?

Je veux qu’il y ait un milieu vibrant. Et s’il y a des institutions qui prennent le bord, c’est correct. Ce sont les gens qui font vibrer le milieu, pas les structures.

Alex Tétreault et Sophie Ducharme dans la pièce Mambo Italiano, création communautaire du TNO, en 2018. Crédit image : Brian Côté

Vous avez gagné le prix Audace de CO, remis à un artiste franco-ontarien dont la proposition peut aller chercher de nouveaux publics. Était-ce l’un de vos buts avec Nickel City Fifs?

Je voulais miser sur un processus de création plus humain. J’ai beaucoup investi dans mes artistes. Les taux horaires étaient les mêmes pour tout le monde. Je voulais que tout le monde ait son mot à dire et qu’on essaie de nouvelles choses. Par exemple, ma scénographe et éclairagiste vient du milieu de l’architecture.

J’ai écrit ce projet avec le public franco-ontarien typique en tête, dans le but de le sensibiliser davantage aux réalités queers. J’ai intégré beaucoup d’éléments de la culture franco-ontarienne, pour dire : voici quelque chose que tu comprends, maintenant je vais te glisser un petit quelque chose de plus subversif. Dans mon prochain projet, je pourrai aller plus loin, parce que j’ai fait mon travail de développement de public.

Quels parallèles peut-on faire entre les communautés franco-ontariennes et queer?

La communauté queer ressemble énormément à ce que la communauté franco-ontarienne était à son départ. Aux racines du théâtre franco-ontarien, on faisait avec les moyens du bord. C’était politique, revendicateur. On s’assumait, on prenait notre place. C’est ce que les personnes queers revendiquent en ce moment. Là où la culture franco-ontarienne a eu le temps de se professionnaliser et de s’institutionnaliser, le queer est resté assez marginal. Je voulais dire à ceux qui étaient là à l’époque de Moé, j’viens du Nord s’tie : vous aussi, vous étiez juste des petits culs qui ne savaient rien. Donnez-nous aussi cette chance de prendre la parole comme on veut.

L’équipe de Nickel City Fifs en 2023. Crédit image : Isak Vaillancourt

Vous avez redonné les profits de la pièce au Zigs et au Réseau Access Network, qui soutient les services d’affirmation de genre. Pourquoi?

J’avais déjà un cachet, ce n’est pas comme si je ne me faisais pas payer. C’était encore une fois dans l’optique de redonner à la communauté. On a répété au Zigs gratuitement pendant un mois. Et c’est le seul bar queer du Nord de l’Ontario. C’est pour ça que l’histoire se passe là, c’est comme un rite de passage. Je voulais les soutenir.

Et pour Réseau, c’est à la lumière des enjeux politiques actuels. Je voulais envoyer un message. Si jamais un membre du public était dubitatif à l’égard des personnes trans, son argent les appuyait directement.

Quelle est l’histoire?

Tristan débarque au Zigs pour la première fois, en se disant que ce sera aussi la dernière. Il a l’impression qu’on ne peut pas vivre pleinement sa queerness à Sudbury. C’est un enjeu même pour les Sudburois en général. Mais pour les personnes queers en particulier, il y a un exode assez prononcé.

Donc, quand il arrive là, l’esprit protecteur du cratère de Sudbury enjôle les employés pour essayer de convaincre le jeune que c’est possible de vivre ici et qu’on a besoin de lui. Ça ressemble plus à un cabaret qu’à un spectacle de théâtre typique.

En 2018, Alex Tétreault participe pour la première fois au défilé de la Fierté. Gracieuseté

Vous avez parlé d’exode. Pourquoi restez-vous à Sudbury?

Parce que c’est mon chez-moi. Il y a tellement une belle communauté, dynamique, et je veux y contribuer. Il y a des liens familiaux, mais j’ai aussi de bons amis qui m’appuient depuis longtemps. Je n’ai pas envie de partir. Voilà pourquoi je suis membre de C. A. par excellence. Je veux redonner à cette communauté, m’impliquer, l’améliorer. J’aime ma ville, même si je la déteste parfois.

Comment ça se passe, de grandir comme personne queer à Sudbury?

Ce n’est pas évident. C’est une ville minière, qui a encore cette mentalité, même si les mines ne jouent plus le même rôle. On n’a pas une assez grande concentration de personnes queers pour pouvoir vivre aussi ouvertement que l’on voudrait. Il y a quand même eu énormément de progrès dans les dernières années. Il y a aussi eu un recul récemment. Et ça, ça fait peur, on le voit partout, pas juste à Sudbury.

Mais il y a quand même une proximité entre la communauté queer et la communauté artistique franco-ontarienne. Pour moi, faire du théâtre n’a jamais posé problème. C’est juste qu’il y a très rarement des projets de théâtre queers. On a rarement la chance de se voir sur scène, de participer à un processus queer.

En 2019, à l’occasion d’un match d’improvisation queers VS alliés lors de la Semaine de la Fierté. Gracieuseté

Vous avez aussi gagné le prix Alliance Acadie donné par le réseau RADARTS à CO. Et vous êtes le nouveau directeur général du Rendez-vous de la fierté Acadie Love. Quel est le lien entre Alex Tétreault et l’Acadie?

C’est une excellente question. J’ai toujours trouvé qu’il y a énormément d’atomes crochus entre les gens de Sudbury et ceux du Nouveau-Brunswick. J’ai toujours eu un intérêt pour leur culture particulière. J’ai gardé un bon souvenir d’un séjour de théâtre à Caraquet, il y a un peu plus de deux ans.

Quand j’ai vu passer l’affichage de poste à Acadie Love, la première fois, je n’ai pas posé ma candidature. Quand ils l’ont réaffiché, je me suis dit que c’était peut-être un signe.

C’est tout un apprentissage de comprendre les réalités, de m’intégrer dans la communauté. Ma première journée était lundi, c’est très nouveau. J’ai passé deux ans à la présidence de Fierté Sudbury, où je faisais sensiblement le même travail, mais bénévolement. Le développement communautaire engagé politiquement et queer-centré me manquait.

C’est un contrat à temps partiel. Je travaille surtout à distance, donc je peux garder mes liens avec l’Ontario français en développant mes nouveaux liens avec l’Acadie. On est déjà en train de parler de collaborations entre Acadie Love et Fierté Sudbury.

Alex Tétreault dans une vidéo de ONFR en 2021. Archives ONFR

Quelles sont vos ambitions pour Nickel City Fifs?

Pendant le processus de création, je voulais juste arriver à produire le spectacle. Mais après les représentations, les gens voulaient en savoir plus. Les comédiens me disaient qu’ils n’avaient pas fini de raconter cette histoire. De là est venue l’idée de s’essayer pour une tournée. Peut-être que d’autres publics ont besoin de cette représentation. Alors maintenant, je veux qu’il y ait autant de gens que possible qui voient cette affaire-là à laquelle j’ai dévoué cinq ans de ma vie.

Comment allez-vous l’adapter pour l’exporter?

Je suis encore en réflexion. L’idée serait d’offrir un spectacle clé en main. Ce que j’aimais du Zigs, c’était l’aspect intime. Tant qu’on peut récréer cette proximité, on peut le faire à peu près n’importe où. Mais ce serait le fun de continuer à jouer dans des bars. C’est aussi une occasion pour les diffuseurs de tisser des liens avec leur communauté locale.

C’était la même chose quand j’avais fait une présentation semblable aux Zones théâtrales. Les gens disent qu’ils savent exactement où je pourrais présenter mon spectacle. Je pense que si on offre aux diffuseurs plus de propositions qui sortent de l’ordinaire, il y a un appétit pour ça.

Alex Tétreault pendant les présentations éclair de Contact ontarois 2024. Crédit image : Rachel Crustin.

La pièce est pour un public averti, mais vous avez eu un petit mot pour les diffuseurs scolaires lors de votre présentation à Contact ontarois. Que pouvez-vous leur offrir?

C’est clair que je ne vais pas aller jouer dans des cafétérias d’écoles secondaires. Mais les sujets et les thèmes n’ont pas d’âge. Les conseils scolaires réalisent que ce sont des enjeux d’actualité et qu’ils n’ont pas nécessairement les connaissances à l’interne pour les aborder. Donc, si je peux aller parler aux élèves, les sensibiliser et offrir aux jeunes queers un peu de représentativité, ça va avoir valu le coup.

Comment avez-vous réagi au fait de gagner deux prix à Contact ontarois?

Je suis encore un peu sous le choc. Je ne m’attendais pas à grand-chose. Je n’avais pas de billet pour le gala. Mais après la présentation, j’ai vu que les gens avaient peut-être aimé ça plus que ce que je pensais. Je me suis dit que je devrais peut-être y aller. Finalement, il y a quelqu’un qui était malade et qui m’a donné son billet. Autrement, j’aurais juste appris la nouvelle dans ma chambre d’hôtel.

De gauche à droite : Marie-Pierre Proulx du TNO, Alex Tétreault, Marie-Claude Sabourin (présidente du conseil d’administration de Réseau Ontario) et Marie-Ève Chassé (directrice générale de Réseau Ontario), lors du gala de clôture de Contact Ontarois 2024. Crédit image : Stéphane Bédard

Vous avez gagné plusieurs prix artistiques dans votre carrière, mais aussi des prix communautaires. Qu’est-ce que le Good Neighbor Award?

C’est un prix du bureau du député provincial de Sudbury, Jamie West, remis à quelqu’un d’engagé dans la communauté. Pour moi, c’était pour le travail que j’avais fait avec Fierté Sudbury pendant la pandémie.

Quel est votre rapport avec la langue française?

C’est ma langue maternelle, donc c’est certain que j’ai un point faible pour le français. C’est la langue dans laquelle je m’exprime le plus aisément. Mais je vais m’appeler bilingue avant de me considérer francophone. Car ici, la langue anglaise fait tellement partie de notre quotidien. Je ne le vois pas comme une menace, au contraire. Je peux aller piger dans deux langues au lieu d’une. Je ne vois pas la langue française comme quelque chose qu’on doit à tout prix défendre contre l’assimilation. C’est une langue comme les autres, qui évolue, qui est dynamique.

En 2018, lors de la Fête des bénévoles du Regroupement des organismes culturels de Sudbury. Gracieuseté

Il y a deux ans, à l’émission Jonction 11-17 de Radio-Canada Sudbury, vous disiez vouloir être plus optimiste. Avez-vous réussi à voir le verre à moitié plein?

Oui, quand même. C’est certain qu’il y a des déceptions. On n’a pas fait autant de progrès comme société que ce que j’aurais aimé. Mais si j’arrête d’y croire, j’irai travailler au gouvernement, j’arrêterai de m’impliquer. Je préfère rester optimiste et croire qu’on peut être plus doux, plus conscients, plus empathiques.

Votre site web affiche clairement les mots : création, culture, communauté. Quelle est leur importance?

Création : Je veux contribuer avec quelque chose de différent, de concret.

Culture : C’est ce qui fait en sorte que la vie vaut la peine. Ce n’est pas essentiel à notre survie, on nous l’a rappelé énormément pendant la pandémie. Mais c’est ce qui nous unit. Communauté : Je veux juste que tout le monde aille bien. C’est certain que, des fois, je prends des contrats pour payer mon hypothèque. Mais ce qui m’allume vraiment, ce sont ceux qui me permettent de travailler à l’amélioration de ma communauté. »


1994 : Naissance à Sudbury

2014 :  Il est élu président de l’Association des étudiant·es francophones (AEF) de l’Université Laurentienne

2018 : Il incarne le personnage principal dans son premier projet théâtral queer, Mambo Italiano, le spectacle communautaire du TNO. Il est aussi un des parrains de la campagne communautaire de la Place des Arts du Grand Sudbury.

2019 : Il est le premier lauréat de la Bourse de création Geneviève Pineault du TNO et devient le président de Fierté Sudbury.

2022 : Il devient le président de Théâtre Action.

2023 : Première de Nickel City Fifs au bar Zigs de Sudbury

2024 : Devient directeur général des Rendez-vous de la fierté Acadie Love

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Course contre la montre pour protéger le patrimoine bâti en Ontario

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

Le compte à rebours est déjà bien entamé. En Ontario, les municipalités ont jusqu’à la fin de l’année pour faire désigner des bâtiments en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario. Après quoi, un moratoire de cinq ans empêchera les villes de désigner patrimonialement des bâtiments en vertu de la loi. Des changements imposés par le gouvernement provincial qui met de la pression sur les municipalités et sur les défenseurs du patrimoine.

La pression se fait sentir depuis l’adoption par le gouvernement de l’Ontario en 2022 du projet de loi 23, connu sous le nom de Loi visant à accélérer la construction de plus de logements, qui a pour effet corollaire d’altérer des protections prévues par la Loi sur le patrimoine de la province.

La loi 23 (une loi omnibus qui vise à pallier la pénurie de logements) donne aussi un ultimatum aux municipalités pour déterminer si les propriétés patrimoniales non désignées sur leurs registres devraient recevoir une désignation.

Deux types de bâtiments patrimoniaux se trouvent dans la partie IV de sa Loi sur le patrimoine. Dans un premier cas, les bâtiments désignés en bonne et due forme, lesquels ne peuvent pas être démolis (à moins d’une révocation par le conseil municipal de la désignation, ce qui est rare, mais qui s’est déjà produit).

Dans le second cas, des bâtiments se trouvent sur le registre des biens patrimoniaux municipal. Ce registre est une liste de bâtiments qui sont partiellement protégés. À la réception d’une demande de démolition, un moratoire de 90 jours est décrété pendant lequel la municipalité évalue si elle accorde un permis de démolition ou si elle procède à la désignation patrimoniale du bâtiment.

Ainsi, les bâtiments sur le registre du patrimoine bénéficient d’une période de grâce temporaire et sont donc partiellement protégés par la loi.

Avant le changement législatif survenu en 2022, un bâtiment pouvait rester sur le registre aussi longtemps que nécessaire. Il n’y avait aucune date de prescription. Certains bâtiments se trouvent sur les registres patrimoniaux municipaux avant les fusions municipales des années 1990 et début 2000. C’est le cas de plusieurs bâtiments de l’actuelle ville d’Ottawa, qui ont été ajoutés aux registres par des municipalités qui n’existent plus, donc depuis plus de 25 ans.

L’église St-François-d’Assise, située dans le quartier Hintonburg de la ville d’Ottawa. Le bâtiment se trouve sur le registre du patrimoine de la municipalité. Crédit photo : Wikipedia.

Cependant, les changements de la loi omnibus font en sorte que tous les bâtiments se trouvant encore sur les registres par le 1er janvier 2025 seront retirés. Suivront cinq années où ils devront attendre avant d’y retourner. Il sera aussi devenu plus difficile dans cinq ans qu’un bâtiment se retourne sur les registres patrimoniaux municipaux.

Prioriser et être stratégique

884 bâtiments à Windsor, 4000 à Toronto et 4600 à Ottawa : la capitale canadienne est la municipalité ontarienne qui compte le plus grand nombre de bâtiments sur son registre municipal du patrimoine.

La Ville d’Ottawa, qui avait procédé à un inventaire exhaustif entre 2016 et 2019 en ajoutant des centaines de bâtiments sur sa liste se trouve maintenant à devoir prioriser ceux qu’elle voudrait faire désigner dans les prochains mois.

Devant cette tâche colossale, la ville a procédé à l’embauche de trois nouveaux spécialistes du patrimoine bâti afin de classer et hiérarchiser en ordre de priorité les bâtiments les plus importants et les plus menacés.

Elle s’appuiera également sur l’apport des connaissances des défenseurs du patrimoine, lesquels sont pour la plupart des citoyens bénévoles engagés.

Alors que d’habitude un ou deux cas de désignation étaient étudiés par réunion, le comité du patrimoine bâti de la ville d’Ottawa a adopté à sa réunion du 16 janvier dernier des résolutions pour accorder une désignation patrimoniale à cinq bâtiments distincts issus de son registre.

Les choix du comité ont ensuite été entérinés par le conseil municipal cette semaine.

C’est donc une moyenne plus élevée qu’à l’habitude pour le comité, mais il n’en demeure pas moins que ce ne sont que cinq bâtiments sur un total de… 4600!

Ne pas oublier le patrimoine franco-ontarien

Il est certain que tous les bâtiments se trouvant actuellement sur les registres municipaux du patrimoine ne pourront pas être désignés d’ici la fin de l’année. En raison de la contrainte de temps, des choix difficiles devront être faits.

Le réel danger dans cette course effrénée contre la montre c’est que le patrimoine bâti franco-ontarien soit oublié.

Pourtant, ne serait-ce qu’à Ottawa, plusieurs dizaines de bâtiments à caractères patrimoniaux se retrouvent sur le registre du patrimoine.

Depuis plusieurs mois, le Comité du patrimoine bâti et religieux du Réseau du patrimoine franco-ontarien avait jugé prioritaire de déposer au moins sept demandes de désignations patrimoniales à Ottawa pour protéger des bâtiments qui sont liés à l’histoire institutionnelle franco-ontarienne.

L’ancienne école St-Conrad (construite au début du XXe siècle et qui fut une des écoles où a eu lieu la résistance contre le Règlement 17); la maison de pierre calcaire sur le terrain de l’Hôpital Montfort (un des derniers exemples d’une maison pionnière du XIXe siècle de style champêtre dans ce secteur de la ville); l’ancien couvent des Sœurs du Sacré-Cœur (dont la plus ancienne partie remonte à 1902 et qui est déserté depuis 2016); le couvent de la congrégation des Filles de Sagesse à Vanier (maison-mère canadienne de la congrégation et dont la plus ancienne partie de l’immeuble remonte à 1909); l’église St-François-d’Assise (un rare et magnifique exemple d’architecture religieuse éclectique en Ontario français); l’ancien Couvent Mont-Saint-Joseph (un très bel exemple d’architecture institutionnelle moderne franco-ontarien des années 1960 et dont la première vocation fut d’être une école secondaire privée catholique francophone pour filles); et le collège Dominicain (collège catholique postsecondaire bilingue).

L’ancien couvent Mont-Saint-Joseph, situé dans le quartier Rockcliffe Park de la ville d’Ottawa. Le bâtiment se trouve sur le registre du patrimoine de la municipalité.

À la veille du début des festivités du Mois du patrimoine en Ontario français, il ne faudra pas perdre de vue qu’à pareille date l’année prochaine il sera devenu trop tard pour désigner des bâtiments patrimoniaux de la communauté. S’il y a des bâtiments dont nous voulons nous assurer à tout prix qu’ils soient protégés pour les générations à venir, c’est cette année que ça se passe et il nous reste moins d’un an pour le faire. Sans quoi, il faudra attendre cinq années avant de pouvoir agir à nouveau.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et du Groupe Média TFO.

La librairie-boutique de Sudbury rebaptisée « Librairie Panache »

SUDBURY – C’est ce vendredi soir qu’on apprend le nouveau nom de la librairie-boutique francophone de Sudbury, rebaptisée « Librairie panache ». La programmation annuelle a également été annoncée au courant de l’événement qui a pris la forme d’un 5 à 7 à la Place des Arts.

« Le nom incarne l’esprit frondeur et fier de la communauté dans laquelle la librairie œuvre », fait savoir Monica Meza Giron, directrice-générale.

En formule 5 à 7, l’événement s’est tenu dans le foyer de la Place des Arts et c’est avec un jeu-questionnaire opposant plusieurs équipes que ce nom a été révélé.

Vers la fin de l’événement, le nom de la librairie fut finalement dévoilé, sous les applaudissements de la salle. Crédit image : Priscilla Pilon

La nouvelle directrice-générale a expliqué que le choix de ce titre a été pensé afin qu’il soit aisément prononçable dans les deux langues officielles et serait « un clin d’œil à un animal emblématique du Nord de l’Ontario – l’orignal  ».

« Je voudrais souligner que cette librairie n’est pas uniquement un espace culturel, mais elle vient répondre à un besoin manquant dans la ville : celui de vivre et de s’exprimer en français », s’est-elle exprimée.

Une programmation pour tous

Le rassemblement a aussi été l’occasion de révéler plus de détails au sujet de la programmation de la librairie-boutique.  En ce qui concerne la programmation récurrente,  on pourra compter, dès le mois de février, un programme de libraire invité.

Ils étaient nombreux à venir assister à l’événement de la Place des Arts. Crédit image : Priscilla Pilon

Et ce sera Fatou Condé, travaillant à la communication du Réseau du Nord, qui ouvrira les festivités en faisant découvrir au public ses lectures préférées. Une première rencontre du Club de lecture de la librairie se réunira, ensuite, autour de certains de ces titres, dont Petit pays de Gaël Faye, Philosophie du hip-hop de Jérémie McEwen et Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie.

En parallèle, on apprend que l’équipe de la librairie viendra aussi discuter de ses recommandations de lectures chaque jeudi au micro d’Éric Lapalme, animateur de Partons du bon pied, sur les ondes de la radio Le Loup 98,9 FM.

Chaque mois, la communauté sera invitée à participer à l’Heure du conte, une activité pour enfants, ainsi qu’à « Troque ton livre », une rencontre entre bibliophiles qui désirent échanger leurs livres.

Une levée de fonds annuelle a aussi été annoncée au cours de l’événement, en plus du programme « Patte-parole » qui permettra aux membres de la communauté de soumettre la candidature de son ou ses animaux de compagnie. Acclamé par vote populaire, l’animal élu représentera la librairie-boutique pendant un an.

Le maire francophone Paul Lefebvre a tenu à offrir un message de félicitations au monde culturel franco-sudburois. Crédit image : Priscilla Pilon

Après plus d’un an et demi d’attente, la librairie-boutique de la Place des Arts avait fait sa préouverture le 2 décembre dernier, devenant la deuxième librairie francophone du Nord.

Étudiants internationaux : l’Ontario serre la vis aux collèges et universités

Le gouvernement Ford a annoncé vendredi des mesures touchant le recrutement d’étudiants internationaux par les collèges et universités, et ayant pour but de « rehausser l’intégrité de l’éducation postsecondaire en Ontario ».

Plus tôt cette semaine, le fédéral a annoncé qu’il imposerait un plafond à la venue de nouveaux étudiants étrangers, pour une durée de deux ans, s’établissant à 360 000 personnes pour 2024. Le ministre de l’Immigration Marc Miller a indiqué que cette nouvelle mesure signifierait une baisse de 50 % pour l’Ontario. 

En guise de réponse, le gouvernement Ford a annoncé aujourd’hui qu’il entend procéder à une évaluation approfondie des programmes offerts par les établissements postsecondaires qui accueillent un grand nombre d’étudiants internationaux. De plus, il imposera aux établissements qu’ils assurent une offre de logement pour les nouveaux étudiants étrangers qui arrivent.

La ministre des Collèges et Universités Jill Dunlop affirme par communiqué que la situation « exige que nous prêtions une attention immédiate et que nous agissions de manière concertée ».

Parmi les autres actions qui entreront en vigueur pour les établissements postsecondaires, mentionnons la mise en place de mesures pour améliorer le taux de réponse aux enquêtes sur les résultats des étudiants et le renforcement des liens entre les besoins du marché du travail de l’Ontario et les programmes offerts aux étudiants.

Autre nouveauté, la province imposera un moratoire sur les nouveaux partenariats entre les collèges publics et le secteur privé. Ces derniers, qui sont beaucoup plus populaires du côté anglophone, ont été critiqués par le ministre Miller, comme étant des institutions qui en profitent pour « abuser » des frais de scolarité plus élevés pour les étudiants étrangers.

« Ils (les établissements) ont agi en conséquence, ils se sont renfloué les coffres », critiquait-il. 

L’Ontario ne s’est toutefois pas encore avancé sur la hausse du financement destiné aux établissements postsecondaires. La province a été pointée du doigt par Ottawa sur le sous-financement de ses institutions postsecondaires, forçant celles-ci à aller recruter massivement à l’étranger pour compenser.

« C’est clair que depuis au-delà d’une décennie, les provinces sous-financent l’éducation postsecondaire à travers le Canada — certaines provinces plus que d’autres — et ces institutions ont agi en conséquence », soulignait Marc Miller, plus tôt cette semaine.

En entrevue avec ONFR la semaine dernière, Marc Miller avait aussi soulevé la possibilité d’éviter que le plafond des étudiants étrangers ne vienne affecter les francophones.

« Je suis prêt à regarder des voies où les institutions d’expression française puissent avoir accès à ces gens-là. Je n’ai pas d’annonce à faire là, mais c’est une piste de solution », avait-il témoigné.

D’autres annonces à venir en février

Le ministère des Collèges et Universités entend aussi rehausser ses efforts « pour déterminer comment sévir davantage contre les recruteurs douteux qui profitent des étudiants étrangers et qui font des déclarations mensongères en matière d’emploi et de citoyenneté ».

« Nous devons trouver d’autres modes de collaboration pour lutter contre les pratiques de recrutement grossières, tout en protégeant notre capacité d’attirer les meilleurs et les plus brillants étudiants du monde pour qu’ils viennent étudier ici, en Ontario », a déclaré Jill Dunlop.

Cette dernière soutient que son ministère est toujours en train d’évaluer le rapport du blueribbon panel qu’elle a commandé. Ce comité de spécialistes en enseignement y émet des recommandations au gouvernement sur l’avenir financier du postsecondaire en Ontario, notamment celui des établissements de langue française.

C’est ce document qui avait remis en question la viabilité des petites universités franco-ontariennes, comme l’Université de Hearst et l’Université de l’Ontario français.

« Le gouvernement collaborera étroitement avec le secteur pour en arriver à une solution qui accorde une stabilité et une certitude tant aux établissements postsecondaires qu’aux étudiantes et étudiants. D’autres détails seront annoncés avant la fin de février », prévient un communiqué du ministère.

Le personnel enseignant franco-ontarien vote à 93 % pour un mandat de grève

Les membres de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), après 3 jours de vote, se sont prononcés aujourd’hui à 93 % en faveur d’un vote de grève. La résultante de 1 an et demi de négociations qui ne mènent nulle part avec le gouvernement pour le renouvellement des conventions collectives.

« L’objectif de l’AEFO n’est pas de déclencher une grève à tout prix, et nous avons la ferme intention de poursuivre la négociation de bonne foi », a déclaré par voie de communiqué, la présidente du syndicat Anne Vinet-Roy.

Cette dernière a souvent souligné dans les dernières semaines que le but de l’AEFO n’était pas d’aller dans une grève générale illimitée après la tenue du vote.

« Il est décevant que l’AEFO ait rejeté toutes les occasions de signer un accord offrant une stabilité aux étudiants et à leurs familles, notamment en soumettant les questions en suspens à l’arbitrage », a réagi le ministre de l’Éducation Stephen Lecce.

Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce. Archives ONFR+

Anne Vinnet-Roy indique que « ce vote retentissant en faveur du oui démontre hors de tout doute que les enseignantes et enseignants franco-ontariens ont l’intention de repousser les offensives du gouvernement ».

« Nous jugeons inacceptable leurs propositions qui limitent les appuis en salle de classe et qui amplifieront la pénurie criante de personnel enseignant. C’est la survie de notre système d’éducation en langue française, ainsi que la qualité des apprentissages qui sont offerts aux élèves qui sont en jeu. On ne peut pas accepter cela », ajoute la présidente de l’AEFO, qui représente près de 12 000 professeurs des conseils scolaires de langue française de la province.

Stephen Lecce demande au syndicat francophone de suivre le pas de ses confrères anglophones qui ont signé des ententes avec la province dans les derniers mois : « Nous exhortons l’AEFO à mettre fin au retard et à signer un accord équitable qui assure la paix et la stabilité pour les étudiants de langue française », sollicite-t-il.

« Le gouvernement et le CAE (Conseil des associations d’employeurs) doivent reconnaitre l’importance des services que nous offrons aux élèves (…) Le mandat de grève ne signifie pas l’arrêt des pourparlers », conclut Mme Vinet-Roy.

La prochaine ronde de négociation, les 31 janvier, 1er et 2 février prochains, se fera en présence d’un conciliateur nommé par la Commission des relations de travail de l’Ontario (CRTO).

Jeux olympiques d’hiver de la jeunesse : Callum Croskery et l’équipe de hockey à la poursuite de l’or 

Le jeune Franco-Ontarien Callum Croskery et ses coéquipiers de la sélection canadienne vont faire leurs débuts ce samedi dans la compétition de hockey sur glace aux Jeux olympiques d’hiver de la jeunesse à Gangwon en Corée du Sud. Objectif pour les Canadiens, la victoire finale et rien d’autre. 

C’est une très belle expérience que s’apprête à vivre ce jeune Ontarien natif de Oakville qui aura 16 ans le 29 janvier prochain. L’opportunité de représenter son pays dans une compétition internationale à un si jeune âge n’est pas donnée à tout le monde et il en est conscient. 

« C’est un très grand honneur, je suis très fier et aussi très excité d’y participer. »

Au-delà de l’aspect sportif, c’est aussi une belle occasion de découvrir un nouveau pays la Corée et sur le plan humain de rencontrer d’autres jeunes de son âge qui partagent la même passion et possèdent tous un niveau au-dessus de la moyenne dans son sport de prédilection. 

Callum Croskery espère engranger de l’expérience au niveau international pour la suite de sa carrière. Crédit image : RCAH photography

Les jeunes Canadiens se sont préparés en Colombie-Britannique avant de rallier Gangwon le jeudi 24 janvier. La préparation a été assez courte puisque l’équipe ne s’est réunie qu’en début de semaine.

À la conquête du premier titre canadien

À peine le temps de s’entraîner et de jouer un match d’exhibition contre une équipe locale qu’il fallait prendre l’avion pour partir à l’autre bout du monde. 

« L’objectif était de connecter avec les autres joueurs. Nous ne nous connaissions pas deux jours avant le match, c’était nouveau pour nous, a confié Callum Croskery.  Ce premier match était une occasion de voir comment chaque joueur joue et ce que chacun aime faire. »

« Tous les joueurs sont très bons. C’est facile de s’intégrer, il y a une bonne ambiance. Tout s’est très bien passé. » 

Le Canada affiche un bilan assez mitigé dans la compétition au vu du talent que possède le pays chez les jeunes. Lors des trois premières éditions de ces Jeux olympiques d’hiver de la jeunesse, ils ont fini troisièmes à Lausanne (Suisse) en 2020, deuxièmes en 20 216 à Lillehammer (Norvège) et encore troisièmes en 2012 à Innsbruck (Autriche) pour la première édition.

Callum Croskery espère profiter de la lancée de sa belle saison avec les Rangers d’Oakville pour briller avec le Canada. Crédit image : RCAH photography

Cette année, Croskery et ses coéquipiers sont décidés à aller chercher la première médaille d’or de l’unifolié dans la compétition, même s’il n’oublie pas le principal à son jeune âge…

« Pour nous c’est sûr que pour les objectifs c’est la victoire ou rien, mais c’est aussi de s’amuser car c’est une belle opportunité, une belle expérience pour laquelle nous sommes tous très excités. »

Des rêves de LNH

Une belle expérience qui pourrait lui servir à l’avenir. Il ne cache pas que la LNH représente un rêve et un but pour lui. 

« Je veux profiter d’être avec beaucoup de bons joueurs autour de moi, pour apprendre d’eux. Je dois travailler fort et apprendre le plus que je peux, c’est très important », confie-t-il au sujet de ce qu’il doit faire pour réaliser son rêve.

Défenseur comme un autre Franco-Ontarien, Maveric Lamoureux qui a fait partie des meilleurs joueurs de l’équipe canadienne aux Championnats du monde junior, Callum Croskery confie que son aîné représente une source d’inspiration. 

Deux matchs sont au programme du premier tour de la compétition de hockey à Gangwon, avant les phases finales. Le Canada débute face à l’hôte, la Corée du Sud ce samedi 25 janvier à 6 h du matin et enchaînera face à la Finlande le lundi 29, au même horaire. 

« Je sens le match de la Corée très bien, le plus difficile sera celui contre la Finlande », se projette Callum Croskery. 

Le gouvernement Ford perd un ministre de plus

TORONTO – Le ministre de la Réduction des formalités administratives, Parm Gill, a donné sa démission au premier ministre Ford ce jeudi. Le député provincial de Milton a déclaré rejoindre les troupes de Pierre Poilievre, le leader conservateur et chef de l’opposition fédérale, en vue de la prochaine campagne électorale.

Après « de nombreuses discussions » avec son entourage, il a déclaré dans la soirée sur le réseau social X avoir « présenté sa démission » au premier ministre, après que « de nombreux membres » de sa communauté l’aient encouragé à rejoindre le camp Poilievre.

« Je suis motivé à continuer de me battre pour les électeurs de Milton en me joignant à l’équipe conservatrice de bon sens de Pierre Poilièvre dans ses efforts pour vaincre la coûteuse coalition libérale-NPD de Justin Trudeau », a-t-il motivé dans sa déclaration.

Élu une première fois dans un scrutin provincial en 2018 dans la circonscription de Milton, à la faveur d’un raz-de-marée progressiste-conservateur, M. Gill a obtenu trois ans plus tard le portefeuille ministériel des Affaires civiques et du Multiculturalisme.

Réélu en 2022, il s’est vu confier le ministère de la Réduction des formalités administratives, poste qu’il occupait jusqu’à présent.

Parm Gill n’est pas un néophyte en politique fédérale. Élu à la Chambre des communes de 2011 à 2015, il espère retrouver un siège sur la Colline parlementaire lors des prochaines échéances électorales dans un contexte de perte de vitesse de l’actuel premier ministre canadien, Justin Trudeau.

Son successeur au ministère de la Réduction des formalités administratives sera connu « à une date ultérieure », a fait savoir le bureau du premier ministre ontarien, tandis que plusieurs voix se sont fait entendre dans l’opposition au cours de la soirée.

« C’est clairement un autre signe que l’équipe de Ford abandonne un navire en perdition », interprète le Parti libéral de l’Ontario, « heureux de cette opportunité d’élargir notre caucus », en référence à une future élection partielle à Milton.

Il s’agit de la cinquième défection ministérielle dans les rangs de la majorité provinciale depuis l’arrivée au pouvoir des progressistes-conservateurs en Ontario.

 Il y a d’abord eu Rod Phillips, ministre de l’Environnement, des Finances puis des Soins de longue durée,  démissionnaire à deux reprises, une première fois en décembre 2020 pointé du doigt pour ses vacances controversées au cœur de la pandémie, puis une seconde fois en janvier 2022, synonyme de retraite politique.

Trois mois plus tard, en mars de la même année, la ministre de la Santé et vice-première ministre de l’époque, Christine Elliott, pilier de la Ford Nation, avait elle aussi jeté l’éponge, à l’aube des élections provinciales.

Plus récemment, citons le ministre des Affaires municipales et du Logement, Steve Clark, poussé vers la sortie dans la foulée de la controverse de la ceinture de verdure, et imité quelques jours plus tard par le ministre des Services au public et aux entreprises, Kaleed Rasheed.

Rassemblements, musique et jeux-questionnaires

Que ce soit pour tester leurs connaissances, célébrer leurs réussites ou tout simplement vivre un moment collectif, les communautés franco-ontariennes se réunissent d’un bout à l’autre de la province. De Milton à Kapuskasing, en passant par Embrun et Ottawa, voici un petit aperçu de ce qui se passe cette semaine.

Fêter l’hiver à St-Albert

Le Festival de la curd semble avoir remporté son pari avec sa toute première édition hivernale, qui aura lieu vendredi et samedi. L’édition régulière est sur la glace depuis 2019, alors que les organisateurs ont fait face aux défis de la pandémie, de la pénurie de main-d’œuvre et des travaux sur le site de la fromagerie St-Albert. Pourtant, les dirigeants de Groupe Simoncic, qui organisent l’événement, continuent d’affirmer qu’ils veulent garder la marque du Festival de la curd bien vivante. Ils se tournent cette fois vers un mini-festival avec deux soirs de spectacles au Centre communautaire St-Albert, en plus d’une démonstration gratuite de Trep freestyle, des cascades en motoneige.

Les passeports deux jours et les billets de vendredi ont déjà tous trouvé preneurs. Le populaire duo 2Frères s’occupera du spectacle principal. La Franco-Ontarienne Reney Ray, qui a écrit certaines des chansons de 2Frères, assurera leur première partie. Elle remplace ainsi Ferline Régis, qui a dû se désister suite à un conflit d’horaire.

Des billets sont toujours disponibles en ligne et à la fromagerie pour le spectacle traditionnel de samedi soir, avec la formation Bon Débarras et les Franco-Ontariens de La ligue du bonheur.

Reney Ray a remporté le prix coup de coeur du public au dernier gala Trille Or. Crédit image : Maxime Délaquis.

St-Albert, les 26 et 27 janvier. Détails et billets sur le site du Festival de la curd.

Une jeune institution

La Maison de la francophonie d’Ottawa, qui vient de remporter un prix Francoflamme à Contact ontarois, fêtera son quatrième anniversaire ce samedi, dans un événement qui veut souligner « notre attachement commun à la langue française, à la culture et à l’épanouissement de notre francophonie plurielle ». La soirée en mode « cinq à sept » familial culminera avec une performance du Franco-Torontois Abel Maxwell.

Abel Maxwell en performance aux Kilimanjaro Music Awards le 28 octobre 2023. Crédit image : Rachel Crustin

Ottawa, le 27 janvier. Gratuit. Détails sur la page Facebook de la Maison de la francophonie d’Ottawa.

Jeu-questionnaire sur la francophonie

La saison des Soirées Quiz Night, une nouvelle initiative du Muséoparc Vanier, prend fin ce vendredi. Chaque mois, un thème qui touche la francophonie ou les enjeux locaux était abordé dans un jeu-questionnaire bilingue animé par un organisme qui œuvre dans le champ de compétence du thème en question. Cette fois-ci, c’est Samuel Coeytaux et Salomé Grève de l’Alliance française Ottawa qui dirigeront la soirée pour tester les connaissances des participants sur le monde francophone en musique.

C’est l’équipe d’Unique FM qui avait remporté l’édition précédente des Soirées Quiz Nights. Gracieuseté Muséoparc Vanier

Ottawa, le 26 janvier. Détails sur le site du Muséoparc Vanier.

20 ans d’Improtéine

Animateurs, improvisateurs, comédiens ou humoristes, les Franco-Ontariens Stéphane Guertin, Nadia Campbell, Vincent Poirier, Olivier Nadon et Martin Laporte portent tous ces chapeaux depuis deux décennies. Leur ambition est de fêter toute l’année, et ils débutent l’aventure ce vendredi en lançant la bière officielle des célébrations, en collaboration avec la brasserie Tuque de Broue à Embrun. La Improtéine Pale Ale sera dévoilée à la brasserie même, dans une soirée qui inclura aussi un jeu-questionnaire sur les vingt ans du groupe. Improtéine a distribué les billets de l’événement aux moyens de concours sur sa page Facebook, et la bière continuera d’être disponible à la microbrasserie à compter du 26 janvier.  

Stéphane Guertin, membre d’Improtéine, lors de Contact ontarois 2024. Crédit image : Stéphane Bédard

Embrun, le 26 janvier. Détails sur la page Facebook d’Improtéine.  

Des films en français à Milton

Le Festival du film de Milton se déroule de vendredi à dimanche au Centre d’arts FirstOntario. Les films québécois Richelieu et Solo (Sophie Dupuis) seront présentés, de même que le thriller franco-espagnol As Bestas (The Beasts). Ces trois longs-métrages seront sous-titrés en anglais. Ce sera également le cas pour les films The Old Oak et Scapper, afin d’accommoder les personnes vivant avec des déficiences auditives et celles qui auraient simplement du mal à comprendre l’accent britannique.

Le réalisateur de Richelieu, Pier-Philippe Chevigny, prendra part à une séance de questions et réponses à la suite de la projection de son film, ce samedi. Richelieu sera précédé du court-métrage La ligne, que la jeune réalisatrice Myriam Guérin a créé pendant son BAC en cinéma. Pour sa part, la projection de Solo sera précédée d’une performance de la drag queen d’Hamilton, Karma Kameleon.

La réalisatrice de Solo, Sophie Dupuis, lors de son passage à La cabine d’ONFR. Archives ONFR

Milton, du 26 au 28 janvier. Détails et billets sur le site du Festival du film de Milton.

Quelques dates pour les Bilinguish Boys

Le trio sudburois se présentera sur plusieurs scènes de l’Ontario prochainement. Stef Paquette, Edouard Landry et Dayv Poulin seront au Centre régional de Loisirs culturels de Kapuskasing ce vendredi. Au moment d’écrire ces lignes, il restait encore quelques billets, mais la majorité s’était envolée. Ce samedi, les Bilinguish Boys seront à la Place des Arts de Hearst. En mars, ils retrouveront les publics de North Bay et Penetanguishene.

Les Bilinguish Boys lors de la Nuit sur l’étang 2023. Crédit image : Inès Rebei

Kapuskasing le 26 janvier et Hearst le 27 janvier. Détails sur les sites du Centre régional de Loisirs culturels et du Conseil des arts de Hearst.

Nouvel extrait pour De Flore

Le duo De Flore vient de dévoiler un nouvel extrait, Encore un peu, qui s’ajoute à trois chansons déjà connues afin de lancer un EP du même titre. La plus récente chanson se marie bien à Météo astrale, Comme un sablier et L’été ne reste pas. Sarah-Anne Lacombe et Mathieu Gauthier respectent leur style de « bedroom pop vaporeuse » dans une production achevée et sensuelle, qui pourrait autant jouer à la radio que dans un « lit de roses », pour paraphraser les paroles.

De Flore en performance au Festival franco-ontarien, en juin 2023. Crédit image : Stéphane Bédard

Université de Sudbury : « Une décision politique », dénoncent l’AFO et l’opposition

Les partis d’opposition à Queen’s Park et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) demandent au gouvernement de revenir sur sa décision concernant l’Université de Sudbury après qu’ONFR a révélé qu’un rapport indépendant demandé par la province recommandait le financement du projet entièrement francophone.

L’analyse de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire (CEQEP) donne une note parfaite à l’Université de Sudbury. Elle conclut que le plan de l’établissement entièrement francophone « a satisfait à ses normes d’examen organisationnel et que l’établissement a la capacité organisationnelle nécessaire pour offrir des programmes d’éducation postsecondaire financés par des fonds publics », est-il écrit dans ce rapport que nous avons obtenu en vertu de la Loi sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée.

« Cela vient confirmer nos suspicions. Depuis le commencement, on sait que ce gouvernement est contre l’Université de Sudbury », dénonce le porte-parole de l’opposition officielle aux Affaires francophones, Guy Bourgouin.

Le document a été déposé sur le bureau de la ministre des Collèges et Universités Jill Dunlop en septembre 2022, soit quelques mois avant que son ministère annonce qu’il ne financerait pas le projet.

« Lorsqu’on voit le contenu du document, ça ne peut être qu’une décision politique », avance le président de l’AFO Fabien Hébert, qui se demande si d’autres universités comme La Laurentienne « se seraient opposées verbalement au projet auprès du gouvernement pour ne pas avoir de compétiteur ».

Dans une déclaration, le bureau de la ministre Jill Dunlop se défend et remet en doute la pertinence des critères d’évaluation de la CEQEP, déclarant que « le ministère a pris en considération divers autres facteurs pour en arriver à cette décision ».

Le député néo-démocrate souligne que toutes les demandes formulées par le ministère via divers rapports ont été respectées et surpassées par l’Université de Sudbury.

« Le rapport PEQAB (CEQEP) lui-même a été commissionné par la ministre Jill Dunlop et là encore l’université répond et dépasse tous les critères exigés. Ils trouvent encore des excuses pour dire non à la communauté franco-ontarienne », déplore M. Bourgouin, dénonçant également une inégalité et des exigences à deux vitesses entre les universités francophones et anglophones.

Le député néo-démocrate Guy Bourgouin estime que le gouvernement Ford « trouve encore des excuses pour dire non à la communauté franco-ontarienne ». Archives ONFR

Les libéraux ontariens ont critiqué les propos de Jill Dunlop qui « au lieu d’écouter les experts et de financer l’université et ses étudiants, a choisi de contester purement et simplement la validité de leur étude ».

« Le ministère est plus préoccupé de trouver des excuses pour ne pas financer ces universités que de trouver de nouvelles façons de les soutenir », reproche le porte-parole libéral au postsecondaire Adil Shamji.

Le fait d’ajouter une troisième institution entièrement francophone alors que « l’effectif canadien demeure faible dans les universités de langue française en Ontario… risquerait d’aggraver cette situation », plaide-t-on au bureau de Mme Dunlop via son attachée de presse, Liz Tuomi.

« Je pense que c’est lancer de la poudre dans les airs pour nous faire perdre notre accent et pour ne pas parler des vraies choses », réplique Fabien Hébert, président de l’AFO.

L’AFO estime que la ministre Jill Dunlop a pris « une décision politique » en refusant de financer l’Université de Sudbury. Archives ONFR

Prendre Doug Ford au mot

Ce dernier estime que l’on devrait croire Doug Ford au mot lorsqu’il disait, en décembre, que « la plus grosse erreur que font les politiciens » est de « s’entêter » même s’ils ont pris une mauvaise décision.

« N’est-ce pas une bonne chose que nous soyons ouverts d’esprit? Nous écoutons les gens », affirmait le premier ministre de l’Ontario.

L’AFO demande donc à la province de revenir sur sa décision et d’aller de l’avant avec le projet de l’établissement francophone du Nord de l’Ontario.

« Les Franco-Ontariennes et les Franco-Ontariens ont parlé. Les expertes et les experts ont parlé. C’est maintenant au gouvernement de l’Ontario de passer à l’action », plaide M. Hébert.

Serge Miville, recteur de l'université de Sudbury
Le recteur de l’Université de Sudbury, Serge Miville. Graciseueté

Le recteur de l’Université de Sudbury Serge Miville a refusé notre demande d’entrevue, mais a indiqué dans un courriel être « extrêmement fier de la qualité et de la rigueur du travail effectué par l’équipe de l’Université de Sudbury durant le processus de la CEQEP ».

« Je suis satisfait du résultat de notre évaluation, notamment puisqu’il reconnaît la compétence, l’expertise, et l’excellence de notre personnel et de l’institution quant aux standards rigoureux à partir desquels nous avons été évalués », indique-t-il.

La banque alimentaire de la Basse-Ville en lice pour le 40 Cobourg

OTTAWA – La Maison communautaire du Bon Voisinage de la Basse-Ville pourrait bientôt recevoir un nouvel espace pour sa banque alimentaire en grande difficulté. Ce pourrait être au 40, rue Cobourg à Ottawa, où réside le Centre de ressources communautaires de la Basse-Ville et le Patro. En janvier 2023, les difficultés de l’organisme franco-ontarien avaient suscité une attention médiatique et une vive émotion de la part de la communauté de la Basse-Ville. Un an plus tard, la municipalité, sous l’impulsion de la conseillère municipale Stéphanie Plante, envisage une solution.

Dans le plus ancien quartier d’Ottawa, la Basse-Ville est l’un des foyers historiques de la communauté francophone de la capitale. C’est aussi dans ce secteur que de graves problèmes sociaux subsistent. Lors d’une entrevue avec ONFR, l’année dernière, nous apprenions que la Maison communautaire se consacrait principalement à sa banque alimentaire, laquelle constituait 95 % de son activité et desservait près de 16 000 personnes. Depuis, l’organisme éprouve toujours des difficultés à maintenir ses services, en raison de la prévalence croissante de l’insécurité alimentaire dans le quartier.

Le 40, rue Cobourg abrite diverses installations, dont le Centre de ressources communautaires de la Basse-Ville, une piscine municipale, un gymnase et deux vastes espaces alloués au Patro, un organisme destiné aux adultes ayant des besoins spéciaux. La Ville d’Ottawa est propriétaire de l’un des deux espaces.

L’édifice du Patro Ottawa se divise en deux parties, un espace leur appartenant et un espace appartenant à la Ville d’Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

La municipalité a pris la décision de retirer sa propriété au Patro qui ne l’utiliserait pas de manière appropriée, selon elle, et l’a contrainte de la libérer, dès le 20 janvier dernier. Elle étudierait donc la possibilité d’offrir cet espace pour les besoins de la Maison communautaire de la Basse-Ville.

La Maison communautaire de la Basse-Ville coche toutes les cases

« En juin dernier, le conseil d’administration a publié dans le journal communautaire le besoin d’un accès à des espaces municipaux inutilisés, sous-utilisés ou utilisés de façon inappropriée, pour être mis à la disposition de programmes, services et activités pour les résidents de la communauté à grands besoins et faisant face à de grandes iniquités », indique Matthew Beutel, le directeur général du Centre de ressources communautaire de la Basse-Ville.

Matthew Beutel, directeur du Centre de ressources communautaires de la Basse-Ville à Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

D’après M. Beutel, les défis auxquels la communauté fait face existent depuis bien plus longtemps que ce que l’on pourrait imaginer. L’année dernière, la déclaration poignante de l’organisme, concernant la situation de la banque alimentaire n’était que la partie émergée de l’iceberg.

« Il existe une pénurie et des difficultés à accéder à des gymnases pour les jeunes ainsi qu’à des activités adaptées à leur âge. Cela s’applique également aux activités socio-récréatives destinées aux résidents de la Basse-Ville », explique-t-il.

En octobre dernier, une motion de la conseillère Plante demandait à la Ville d’explorer la possibilité d’offrir cet espace pour les besoins de la Maison communautaire.

« En juillet 2022, Mathieu Fleury, l’ancien conseiller municipal du quartier, s’était déjà interrogé concernant les espaces situés au 40, rue Cobourg à Ottawa. »

Le directeur général a maintenant de l’espoir. « Les besoins des résidents sont de plus en plus frappants et urgents », estime-t-il. « On a commencé à recevoir des indications, surtout vers le mois d’octobre, quand la conseillère a mis de l’avant sa motion, parce que ça, c’était une indication concrète de ce que la Ville faisait. »

Rien n’est confirmé, mais M. Beutel est confiant d’avoir démontré que son organisme a grand besoin du 40, rue Cobourg.

L’équipe du Centre de ressources communautaires de la Basse-Ville offre divers services à la communauté. L’organisme habite le 40, rue Cobourg depuis plus de dix ans. Crédit image : Lila Mouch

« Je pense que nous avons très bien identifié et énoncé nos besoins et on a démontré, à travers notre relation avec la Ville et les ententes de financement, que l’on comble à 100 % nos activités et plus. » « On livre la marchandise et on espère que le reste suivra. »

En plus de cela, le directeur général rappelle à quel point la mission francophone dans ce quartier est primordiale. « On est multilingue, mais on est francophone d’abord, on est multi-ethnique, mais on reste francophone et nous pensons que c’est la vraie façon de préserver le français. C’est de s’en tenir à cette francophonie-là. »

Comment l’espace serait utilisé par la Maison communautaire de la Basse-Ville?

Matthew Beutel rappelle que le Centre de ressources communautaires du quartier est situé au 40, rue Cobourg depuis des décennies déjà. « Il y a aussi une clinique dentaire de santé publique, la piscine municipale qui est gérée par la Ville et donc on parle ici seulement, du deuxième étage du même édifice ».

« Nous, comme organisme, on ne cherche aucunement à avoir tout l’espace, on cherche à avoir accès à une partie de l’espace et on croit que ce serait un lieu très approprié pour ce que nous offrons. »

Ce que M. Beutel voit dans ce projet, c’est de pouvoir amener la banque alimentaire dans un lieu plus approprié, qui permettra la confidentialité, et un environnement sain et sécuritaire pour les bénévoles, les employés et les clients.

En janvier 2023, la banque alimentaire de la Maison communautaire débordait et la zone de déchargement était difficile d’accès pour les bénévoles. Crédit image : Lila Mouch

« Nous aimerions amener un autre niveau de programmation ou encore un meilleur espace pour notre programmation parascolaire. »

Trop longtemps dans un demi-sous-sol pour mener ses activités, Matthew Beutel a sollicité des écoles afin d’utiliser leurs gymnases pour proposer des programmes sportifs à la communauté.

Bien qu’il exprime sa gratitude, il insiste sur le caractère temporaire de cette situation en raison des problèmes logistiques parfois rencontrés.

Il explique : « Il arrive que des annulations surviennent parce que les écoles, à juste titre, ont besoin de leur espace pour des événements interscolaires ou d’autres activités, voire des travaux de rénovation. Ainsi, nous sommes souvent contraints d’annuler ou de réorganiser notre programme, et il est très difficile de planifier ces choses-là. »

« Ce serait un grand soulagement pour la communauté, un grand premier pas », conclut-il.

Le gouvernement Ford a ignoré un rapport indépendant favorable au financement de l’Université de Sudbury

Le gouvernement Ford est allé contre l’expertise produite dans un rapport indépendant qu’il avait lui-même commandé et qui recommandait le financement du projet de l’Université de Sudbury.

« Le conseil conclut que l’Université de Sudbury satisfait à ses normes d’examen organisationnel et que l’établissement a la capacité organisationnelle nécessaire pour offrir des programmes d’éducation postsecondaire financés par des fonds publics », peut-on lire dans un document de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire (CEQEP/PEQAB), obtenu par ONFR en vertu de la Loi sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée.

Ce rapport a été déposé sur le bureau de la ministre des Collèges et Universités Jill Dunlop, en septembre 2022.

Quelques mois plus tard, en juin 2023, son ministère annonçait qu’il ne financerait pas le projet d’un établissement entièrement francophone. L’Université de Sudbury « ne correspond pas à la demande actuelle et aux tendances relatives aux inscriptions », était-il écrit dans une lettre adressée aux dirigeants de l’établissement.

Dans une déclaration aux médias, le ministère indiquait avoir tenu compte d’un certain nombre de facteurs pour prendre cette décision, dont « les conclusions de l’examen organisationnel de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire ».

Cette étude était une requête de la ministre Jill Dunlop qui avait demandé en mars 2022 à l’organisme indépendant de la produire. La politicienne aurait très bien pu refuser de confier le dossier à cette commission, ce qui avait été en soi, souligné comme une victoire, par le recteur de l’établissement Serge Miville.

À la demande de Mme Dunlop, le gouvernement fédéral avait accepté d’octroyer 1,9 million de dollars à l’université pour qu’elle puisse « entreprendre une étude de ses capacités institutionnelles et organisationnelles afin de répondre aux besoins de formation des étudiants, du marché du travail et de la communauté de Sudbury », était-il indiqué dans un communiqué de presse d’Ottawa.

Université de Sudbury
Archives ONFR

C’est cette étude qui a été confiée à la CEQEP. Celle-ci a été menée par deux experts indépendants pour analyser la candidature de l’institution sudburoise, soit l’ancien président de l’Université de Moncton Jacques Paul Couturier et Phyllis Clark, l’ancienne vice-présidente de l’Université de l’Alberta. Basé sur les propos des deux experts universitaires, la CEQEP a ensuite formulé dans un rapport final sa recommandation de financement de l’Université de Sudbury à la ministre Dunlop.

Note parfaite pour l’Université de Sudbury

Le comité indépendant étale sur neuf pages les raisons qui le conduisent à conclure que l’Université de Sudbury mériterait un financement public. La demande de l’institution « satisfait ou dépasse la norme » de chacun des huit standards exigés par la commission d’évaluation.

Les standards en question portent notamment sur l’évaluation de l’organisation, sa stabilité financière, sa capacité administrative, son énoncé de mission et ses objectifs académiques, sa conduite éthique… peut-on lire dans le rapport.

Pas les mêmes critères d’évaluation, plaide Jill Dunlop

Dans une déclaration écrite, le bureau de la ministre stipule que les normes de la CEQEP n’étaient pas similaires à celles du ministère « qui a pris en considération divers autres facteurs pour en arriver à cette décision ». Le faible nombre d’étudiants à l’Université de l’Ontario français et à l’Université de Hearst ont aussi penché dans la balance.

« Le fait d’approuver et de financer un troisième établissement de langue française risquerait d’aggraver cette situation », écrit l’attachée de presse de la ministre, Liz Tuomi.

De plus, les programmes de premier cycle en sciences humaines proposés par l’Université de Sudbury auraient été trop similaires à ceux d’autres universités francophones et ne correspondaient pas à des secteurs en besoin, tels que la santé et la formation des enseignants.

« Les données du marché du travail concernant les offres de programmes témoignent de la nécessité d’une collaboration entre les établissements afin de mieux répondre aux besoins des étudiantes et étudiants dans des programmes axés sur le marché. »

Une injection de fonds provinciaux aurait été nécessaire

Dans son plan initial, l’Université de Sudbury envisageait d’accueillir ses premiers étudiants dès l’automne 2024 et prévoyait déjà l’embauche de professeurs. Selon ce plan, l’Université de Sudbury estimait qu’elle aurait acquise une stabilité du côté financier et quant à son effectif étudiant (full enrollment en anglais) à partir de 2027-2028.

À l’automne 2022, le panel d’experts citait le rapport d’un auditeur financier qui qualifiait la situation économique de l’Université de Sudbury de fragile, en raison de l’absence de « sources directes de subventions ou de frais de scolarité ». Toutefois, l’établissement a « des actifs considérables à l’interne pour s’offrir un coussin financier », en plus de compter sur du financement gouvernemental, notent les deux experts à cet effet.

La possibilité que ce coussin financier soit insuffisant, l’absence d’un financement gouvernemental, un effectif étudiant plus réduit que prévu et l’inflation sont toutefois jugés par les deux anciens acteurs du milieu universitaire, comme des facteurs de risques financiers majeurs.

Dans son rapport, le duo applaudit toutefois les alternatives présentées en cas d’un tel scénario, ajoutant que l’institution aurait « un budget réaliste et supportable » dès sa période de stabilité en 2027. « Ils ont exploré toutes les questions réalistes possibles », écrivent Jacques Paul Couturier et Phyllis Clark.

Ces derniers soulignent que des investissements gouvernementaux auraient été nécessaires entre 2022 et 2024 pour assurer le projet de l’Université de Sudbury. « Elle (l’Université de Sudbury) doit être considérée comme une ‘start-up’ dont le succès dépend de l’investissement et de la disponibilité de fonds publics, avant que les revenus des frais de scolarité ne puissent être perçus », signalent-ils.

En campagne, Mulroney soulignait l’importance de ce rapport

Lors de la campagne électorale en juin 2022, la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney se disait « très heureuse » de voir que le ministère avait approché la CEQEP pour procéder à cette évaluation de l’Université de Sudbury. Elle soulignait alors que ce processus était une étape importante dont « nous attendons tous la recommandation ».

« C’est une très bonne nouvelle pour les étudiants à Sudbury qui veulent que la programmation francophone reste à l’Université de Sudbury parce que l’examen de cette programmation va se faire », soutenait-elle, dans un débat électoral télévisé, à l’initiative de Radio-Canada et TFO, et portant sur les enjeux francophones.

Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones. Archives ONFR

Elle vantait alors le mérite de son gouvernement d’avoir jeté les bases d’un futur réseau universitaire francophone pour que « les étudiants puissent aller de l’UOF (Université de l’Ontario français), à Hearst et à Sudbury, peut-être un jour ».

Article écrit avec la collaboration de Sandra Padovani.

Garderies : les intentions du fédéral inquiètent les francophones

OTTAWA – Des organismes de la francophonie canadienne s’inquiètent du silence du gouvernement Trudeau sur un projet de loi visant à assurer le financement à long terme des garderies francophones au pays.

Le projet de loi C-35, qui vise à entériner dans la Loi, les ententes avec les provinces et territoires sur le système des garderies à 10 $ par jour, a été amendé au Sénat. Le sénateur acadien René Cormier avait fait adopter un amendement visant à ajouter une mention sur les minorités linguistiques à l’article 8 du projet de loi, portant sur l’engagement financier à long terme du fédéral. Le projet de loi sera de retour à la Chambre des communes prochainement et le gouvernement Trudeau doit décider s’il accepte ou refuse cet amendement.

« Le problème est que le gouvernement demeure silencieux sur ses intentions (…). Le silence du gouvernement nous inquiète beaucoup. On a beaucoup de mal à comprendre pourquoi un gouvernement qui se targue de vouloir protéger le français au pays hésiterait même un instant à appuyer cet amendement », soulignait la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Liane Roy, en conférence de presse, ce mercredi.

La FCFA a tenté de rencontrer la ministre de la Famille et responsable du projet de loi, Jenna Sudds, et n’a pas eu de retour, même si des rencontres ont eu lieu entre le bureau de cette dernière et l’organisme porte-parole des francophones hors Québec. Le portrait n’est pas plus clair du côté des députés libéraux.

« On a eu plusieurs discussions avec plusieurs députés, mais c’est difficile de savoir exactement où les gens se situent par rapport à l’amendement… Je pense qu’ils sont très ouverts, mais on n’a pas eu de réponse officielle, comme telle, de leur part et c’est ça qui nous inquiète », soutient Mme Roy.

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy
La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy. Gracieuseté

Lors des débats portant sur cet amendement, les sénateurs libéraux dans la Chambre haute et le représentant du gouvernement au Sénat avaient encouragé leurs collègues à voter contre la modification apportée par René Cormier.

De leur côté, les partis de l’opposition, qui doivent aussi se prononcer en faveur de la modification au Sénat, « reçoivent assez favorablement l’amendement », assure la présidente de la FCFA.

Selon les organisations francophones, les ententes entre les provinces et le fédéral signées au cours des dernières années n’ont pas mené à la création de places supplémentaires dans les services de garde en français. C’est donc pour cela que cet amendement est crucial, seconde de son côté la Commission nationale des parents francophones (CNPF), qui croit qu’il pourra faire une différence.

« Souvent, on pense beaucoup au financement pour que ça convienne à la majorité; alors on établit des règles de financement, mais là les francophones ont beaucoup de difficultés à faire en sorte qu’ils puissent avoir accès à ce financement-là. En Ontario, il y a des enjeux », explique Jean-Luc Racine, le directeur général de la CNPF.

Les organisations francophones ont eu l’appui de l’ancien juge de la Cour suprême Michel Bastarache dans ce dossier qui suggérait au gouvernement d’y aller de l’avant avec cet amendement. Un soutien similaire a aussi été obtenu du commissaire aux langues officielles Raymond Théberge.

Voici comment le Canada compte s’y prendre pour doubler son nombre d’immigrants francophones

Prioriser la venue de travailleurs francophones, augmenter la présence canadienne en Afrique et faciliter l’accès à la résidence temporaire pour les étudiants internationaux sont quelques-unes des mesures que contient la nouvelle politique en immigration francophone dévoilée par Ottawa pour doubler son nombre d’immigrants francophones hors Québec d’ici 2028.

Une politique en immigration francophone, c’est la stratégie du gouvernement fédéral pour attirer et intégrer des immigrants francophones à l’extérieur du Québec, comme en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Son but est de rétablir le poids démographique des francophones hors Québec à 6,1 %, comme c’était le cas en 1971, et qui est à 3,3 % aujourd’hui, selon les plus récentes données du recensement de 2021.

« L’idée derrière la politique est de s’assurer que le fédéral fasse son travail », affirme d’emblée en entrevue Marc Miller, le ministre de l’Immigration. Ottawa n’a atteint qu’à une seule reprise, depuis 20 ans, son objectif d’immigration francophone de 4,4 %, soit en 2022.

Des cibles annuelles d’immigrants francophones

La politique oblige le département de l’immigration à se doter d’une cible de nouveaux arrivants francophones hors Québec et à revoir celle-ci, année après année. Pour 2024, le gouvernement fédéral a établi une cible de 6 % qui augmentera à 7 % et 8 %, les deux années suivantes, mais Marc Miller a indiqué qu’il pourrait revoir celles-ci à la hausse, à la fin de 2024.

Un accès à la résidence permanente plus rapide pour les travailleurs et étudiants étrangers

Ottawa veut accélérer l’accès à la résidence permanente pour les immigrants temporaires, comme les travailleurs et les étudiants d’expression française. Il se fixe comme objectif d’augmenter, année après année, leur nombre et leur proportion hors Québec. Il souhaite aussi augmenter la part de francophones dans ces catégories d’immigrants économiques, avec le développement d’un nouveau programme et de mesures voués à l’immigration francophone économique. On parle aussi d’un corridor spécialement dédié pour faire venir des enseignants de français.

« Il y a des efforts (de plus) qu’on peut déployer au Canada, lance Marc Miller, en parlant des personnes à statut temporaire. Ce sont des gens qui se sont déjà intégrés, en allant à l’école au Canada, alors ce sont des éléments qui sont sur la table. »

Marc Miller, ministre des Relations Couronne-Autochtones ne ferme pas la porte quant à voter contre le projet de Loi C-13. Crédit image : Stéphane Bédard.
Marc Miller est ministre de l’Immigration depuis juillet 2023. Crédit image : Stéphane Bédard.

Une lentille francophone

Le ministre de l’Immigration mise sur l’importance d’inclure des cibles et des indicateurs de volume pour que les fonctionnaires respectent ceux-ci au sein de cette stratégie. Cette politique inclut une lentille francophone dans l’ensemble des programmes du ministère, que ce soit, par exemple, dans la catégorie des candidats économiques, des réfugiés ou encore des travailleurs spécialisés.

La Loi sur les langues officielles, récemment modernisée en juin, encourage les ministères à ne pas prendre de mesures qui nuiraient à l’épanouissement des minorités francophones ou atténuer les impacts de politiques pro-francophones. IRCC indique justement qu’il mettra une directive en place à l’intention de ses agents de recrutement et employés pour « évaluer l’effet de ces nouvelles initiatives sur l’atteinte des objectifs de la politique ».

Augmenter la promotion du Canada, notamment en Afrique

Le gouvernement veut augmenter ses efforts d’attraction dans les pays à locuteurs du français, car les candidats francophones ne se bousculent pas aux portes canadiennes. On parle notamment de cibler des zones précises en Asie et en Afrique de l’Ouest et du Nord, comme le Sénégal, l’Algérie et le Maroc, en augmentant les efforts de promotion et d’attraction de la francophonie canadienne.

Le ministre Marc Miller suggère d’augmenter le nombre de missions canadiennes, notamment en collaboration avec les employeurs et les intervenants francophones du pays.

« En regardant l’état du français à travers le monde, ça ne devrait pas être si difficile d’aller chercher des gens qui parlent français. C’est quand même la 5e ou 6e langue la plus parlée au monde », explique-t-il.

Collecte de données sur l’immigration francophone

Le département de l’immigration fédéral veut mieux colliger les données et faits au sujet des immigrants francophones et leurs parcours, une fois arrivés au Canada. IRCC se donne comme objectif, en partenariat avec Statistique Canada, d’élaborer une vingtaine de projets de recherche en lien avec l’immigration francophone d’ici 2028.

Le ministre Miller estime qu’il sera nécessaire d’avoir une discussion sur l’intégration des immigrants francophones dans les plus petites communautés du pays, avant de parler d’augmenter les cibles.

« L’immigration est un début, mais pas l’entièreté de la conversation… Je ne peux pas demander à un couple du Vietnam d’être le porte-étendard du fait français hors Québec et d’être des Acadiens du jour au lendemain, ça ne se fait pas. Ce n’est pas du bétail, on ne peut pas leur demander de rester sur place », explique-t-il.

Prédictions : ces spectacles qu’on devrait voir prochainement en Ontario

OTTAWA – Après avoir passé quatre jours à regarder les vitrines et différentes présentations artistiques de Contact ontarois, en plus de parler avec les participants et d’animer les vitrines jeunesse, présentées par TFO, ONFR sort sa boule de cristal afin de pointer quelques artistes qui risquent de faire parler d’eux durant l’année à venir et la saison artistique 2024-2025.

Rappelons d’abord que Stéphane Guertin, Alex Tétreault, Beau Nectar, Sugar Crush et Moonfruits sont déjà ressortis du lot en se partageant les prix remis lors du gala de clôture. Les indicateurs sont donc au vert pour eux, mais ils ne sont pas les seuls. Voici quelques prédictions.

Maten

Contact ontarois a fait plus de place aux artistes autochtones cette année, ce qui a été souligné par Samuel Pinette du groupe Maten. Le musicien s’est réjoui d’être en vitrine aux côtés de Pako et Shauit. La foule s’est spontanément levée pour danser avec ceux qui font carrière depuis 25 ans, mais qui sont encore méconnus chez les allochtones. Cela pourrait changer si les diffuseurs présents décident d’ajouter Maten à leur programmation.

Les circonstances semblent favorables pour Maten, qui a offert une prestation sans faille à Contact ontarois. Crédit image : Alexandre Bussière

Au lendemain de sa vitrine, le trio qui chante en innu-aïmun et en français montait sur la scène du Centre national des arts. « Quand vous nous donnez la chance de chanter dans vos salles, ça nous aide à guérir », a indiqué le chanteur originaire de Mani-utenam, sur la Côte-Nord québécoise.

Mélissa Bédard

Lorsque l’animatrice de la soirée, Anne Gutknecht, a prononcé le nom de Mélissa Bédard, on a pu entendre quelques exclamations dans la salle. C’est qu’il peut être surprenant de voir une artiste déjà très populaire se présenter dans un événement de vitrines comme Contact ontarois. Mais celle qu’on a connue à Star Académie 2012 est surtout active au Québec et souhaite développer un nouveau marché.

Mélissa Bédard a débuté sa performance avec la chanson Marie-Jo, de Karim Ouellet. Crédit image : Catherine Archambault

Elle a indiqué vouloir aller chercher chaque Franco-Ontarien un par un, ce qui a manifestement déjà fonctionné pour les gens dans la salle, qui lui ont offert une ovation debout après deux chansons. Mélissa Bédard, toujours juste et puissante, s’avère aussi drôle et attachante, en plus d’offrir un produit accessible à un large public. Si elle veut faire une tournée en Ontario, nul doute que la province l’accueillera à bras ouverts.

Alexis Normand

En 2023, elle a été porte-parole des Rendez-vous de la francophonie et a parcouru le pays avec son documentaire Assez French, en plus de lancer son album Mementos en septembre. Elle fait partie des 10 personnalités influentes de la francophonie canadienne selon le dernier palmarès Francopresse.

De nombreux franco-canadiens se reconnaîtront dans la quête identitaire de la Fransaskoise Alexis Normand. Crédit image : Stéphane Bédard

Ces textes justes et sa quête identitaire rejoindront facilement le cœur de nombreux francophones en milieu minoritaire, elle qui avoue s’être souvent demandé si elle était « assez francophone », puisque la langue parlée à la maison était majoritairement l’anglais. Un moment touchant de sa vitrine fut lorsqu’elle a fait résonner la voix de sa mère, extraite de son documentaire, avant d’entamer une chanson pour elle. Alexis Normand l’assume aujourd’hui : « Je suis francophone, au complet. »

Sympa César

Pieds nus sur scène, le drapeau franco-albertain en guise de cape et le (vrai) nom fait sur mesure pour devenir une vedette reggae, Sympa César a déjà remporté plusieurs prix dans sa province d’origine. Il doit son passage à Contact ontarois au prix Alliance gagné lors de Contact Ouest, événement équivalent du Réseau des grands espaces. Si Réseau Ontario l’avait alors remarqué, nul doute que les diffuseurs ont fait de même lors de sa vitrine, vendredi dernier. Celui qui réside maintenant à Montréal pourrait donc revenir en Ontario lors de la saison 2024-2025.

Sympa César habite maintenant à Montréal, mais continue de scander sa fierté franco-albertaine. Crédit image : Stéphane Bédard

« Être francophone en Alberta, ce n’est pas toujours facile. On a toute une belle francophonie chez nous. On persiste. C’est les montagnes, la beauté du paysage, et un français qui est à nous, qui nous appartient », a souligné Sympa César au micro d’ONFR.

Michel Lalonde

Le vétéran de la scène franco-canadienne présente De Glen à Garolou, une rétrospective de près de 60 ans de carrière. Mais même ceux qui ne sont pas nostalgiques pourront apprécier le spectacle. La vitrine de Michel Lalonde était bien pensée, mise en scène, sa biographie musicale racontée au public suspendu à ses lèvres.

Michel Lalonde est un Franco-Ontarien exilé en Saskatchewan, qui vit maintenant à l’île-du-Prince-Édouard. Crédit image : Rachel Crustin

Ce qui frappe le plus, c’est le sourire sincère, le bonheur flagrant et contagieux de chanter. Qu’on l’ait suivi dans les dernières décennies ou qu’on le découvre maintenant, Michel Lalonde est encore une valeur sûre.

Là-bas, par L’Aubergine

La troupe de la ville de Québec, L’Aubergine, présente un trio de clowns franchement sympathiques. Inséparables, ils vivront de nombreuses péripéties dans ce voyage où l’amitié se taille une place au premier plan. Le rire sincère des enfants présents lors des vitrines jeunesse élémentaires ne ment pas. Là-bas est le genre de spectacle qui pourrait bénéficier d’une collaboration entre un diffuseur scolaire et un diffuseur pluridisciplinaire, pour rejoindre les familles de différentes communautés franco-ontariennes.

De gauche à droite : Jocelyn Paré, Amélie Gadbois et Miguel Fontaine, en entrevue avec ONFR. Crédit image : Rachel Crustin

« C’est un spectacle qui n’a presque pas de paroles. C’est vraiment plus dans le mouvement. Et on est des clowns, donc on est un peu cabotins », a résumé à ONFR Amélie Gadbois, qui joue aux côtés de Miguel Fontaine et Jocelyn Paré.

Lionel Groove

DJ Horg et le rappeur Sam Faye, amis depuis longtemps, se sont unis en 2022 pour créer le projet Lionel Groove. Ils exploitent des sons dansants, entre le groove, le disco, le funk et le rap. Les jeunes présents lors des vitrines jeunesse secondaires se sont spontanément levés pour danser, se bousculant même un peu pour atteindre le bord de la scène et espérer serrer la main de Sam Faye durant la performance.

DJ Horg (à gauche) et Sam Faye (à droite) ont lancé le projet Lionel Groove en 2022. Source : Réseau Ontario

À noter qu’un autre DJ, le jeune SMPTY, a aussi suscité de grandes réactions, notamment avec sa reprise de la chanson Mon beau drapeau de Brian St-Pierre. Il devra par contre se mettre à l’œuvre pour offrir d’autres extraits officiels, mais on le garde dans notre mire.

La grève ou l’entente : l’heure du choix pour les enseignants franco-ontariens

TORONTO – Après un an et demi de négociations infructueuses avec la province pour les conventions collectives, l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) tiendra un vote de grève cette semaine, du 24 au 26 janvier. Un tournant décisif qui pourrait faire pression sur un déblocage de la situation, ou bien signifier la mise en arrêt de 12 000 enseignants. À trois jours du vote : le point de vue du syndicat enseignant, celui du gouvernement et, enfin, celui des parents.

« Nous avons rencontré des centaines de membres. L’atmosphère est positive et le message collectif puissant », assure Anne Vinet-Roy, la présidente de l’AEFO.

« Obtenir un mandat de grève ne signifie bien sûr pas que l’on part en grève dès le lendemain. Entre-temps le travail de négociation se poursuit. Mais un vote de grève est un outil important qui envoie un message fort à l’employeur », poursuit-elle.

« Si nous obtenons un mandat de grève et que les choses n’avancent toujours pas même avec le conciliateur, nous nous en remettrons alors au conseil d’administration pour déterminer les meilleures mesures de grève à mettre en place. Nous n’irions pas directement vers une grève générale illimitée, dès le lendemain du résultat du vote. »

Le bureau du ministère de l’Éducation, Stephen Lecce, croit encore à la conciliation : « Nous exhortons l’AEFO à signer une entente qui maintienne les élèves en classe. Comme tous les parents, nous savons que les élèves méritent d’être en classe et d’apprendre avec leurs amis et leurs éducateurs sans menace de grève. Nous espérons que l’AEFO travaillera avec le conciliateur pour signer une entente équitable et y parvenir afin que tous les élèves de langue française puissent bénéficier de notre retour à l’essentiel et de notre stabilité en classe. »

Selon la présidente de l’AEFO, côté gouvernement, « le ton a changé depuis l’annonce de ce vote, en particulier en présence de la tierce partie conciliatrice. Quand on se retrouvera pour la prochaine ronde de négociation les 31 janvier, 1er et 2 février, nous saurons alors les résultats de ce vote de grève ».

Le système de langue française sur la balance

Lors de la dernière grève de février 2020, les quatre autres syndicats d’enseignement anglophones faisaient front unis avec l’AEFO.

Malgré les difficultés relationnelles avec le ministère de l’Éducation, la plupart a désormais déjà ratifié des ententes, dont la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (OSSTF/FEESO) et la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO/ETFO), ceux-ci ayant renvoyé les points centraux en suspens à l’arbitrage des différends.

Des ententes centrales ont également été ratifiées avec le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP/CUPE) ainsi que le Conseil des travailleurs de l’éducation de l’Ontario (OCEW).

Selon Anne Vinet-Roy, cela n’amoindrit en rien le poids et la portée de la pression exercée : « Nous représentons tout le personnel enseignant de l’ensemble des écoles du système de langue française. S’il y a un conflit, cela aura une ampleur importante pour toutes les écoles francophones et, de ce fait, les conseils scolaires et le gouvernement vont devoir penser fort à savoir s’ils veulent vraiment aller dans cette direction et continuer à s’entêter à nous faire des offres déraisonnables. »

« Même si nos collègues ont choisi des voies différentes, et nous travaillons encore étroitement ensemble. Nous avons beaucoup d’alliés en Ontario qui comprennent l’ampleur des revendications et l’importance de bien financer et d’appuyer le système de langue française en Ontario », précise celle-ci.

L’Ontario English Catholic Teachers’ Association (OECTA), toujours en négociation, a voté à 97 % en faveur d’un mandat de grève en octobre dernier.

L’exaspération des parents francophones

« Les parents ontariens sont tannés! Il est temps que cela avance et que cela se règle », raconte en entrevue avec ONFR Paul Baril, le président de Parents partenaires en éducation (PPE).

« Un vote de grève favorable impliquerait même encore des mois de flottement quant à l’issue, donc encore du stress et de l’incertitude », déplore M. Baril.

« Les parents commencent à ne pas comprendre pourquoi ce n’est toujours pas réglé. En tant que partenaires en éducation, nous ne pointons pas des doigts, mais les échos que l’on a penchent vers un blocage et une obstination du côté du gouvernement », rapporte-t-il.

« Si on regarde la situation, les syndicats anglophones ont eu des augmentations et des améliorations de condition, mais les francophones ne semblent pas encore logés à la même enseigne. C’est ce qu’on semble voir du point de vue des parents. »

PPE, qui craint une situation instable sans fin, rappelle les difficultés et perturbations qu’ont dû endurer les élèves durant la COVID, mettant fin à toute activité sociale et extrascolaire : « Si on s’oriente vers un vote de grève de zèle, tous les clubs et activités scolaires, indispensables à leur santé mentale, dans l’année vont cesser, alors qu’ils y ont repris goût. »

Celui-ci conclut en mettant l’emphase sur la volonté des parents de ne pas infliger un stress supplémentaire aux enfants, rappelant toutefois que, dans la mesure où tous les syndicats ont également de longues et tumultueuses négociations, il ne s’agirait pas d’un entêtement de l’AEFO.

Étudiants étrangers : le regard des établissements francophones se tourne vers le gouvernement Ford

OTTAWA – Face à la décision du gouvernement fédéral de plafonner le nombre d’étudiants internationaux, des établissements francophones surveillent désormais les prochaines décisions qui seront prises par le gouvernement Ford, certains craignant des effets substantiels.

« L’impact du plafond sur les visas risque d’être majeur », a réagi l’Université d’Ottawa dans une déclaration écrite, suite à l’annonce fédérale hier de limiter le nombre de nouveaux étudiants étrangers au pays à 360 000 pour la rentrée prochaine.

Ottawa liera le nombre de permis à la population de chaque province et territoire. Cette mesure signifierait deux fois moins d’étudiants en provenance de l’étranger en Ontario.

Immigration Canada n’a pas divulgué exactement comment il comptait départager les demandes de permis d’études par province et territoire. Toutefois, Marc Miller a indiqué hier que cela serait basé sur le poids démographique des provinces et territoires respectifs au sein du Canada.

Basé sur cette affirmation, il va donc dire que les établissements ontariens pourraient accueillir aux alentours de 140 000 nouveaux étudiants étrangers en 2024, contre 300 000 nouveaux permis d’études octroyés en 2023. Il s’agira ensuite aux différentes provinces et territoires de redistribuer les permis d’études au sein de leurs établissements postsecondaires.

« Nous allons initier des discussions avec le gouvernement provincial pour mieux comprendre l’impact réel sur notre université », déclare Ricky Landry dirigeant principal des communications à l’Université d’Ottawa, ajoutant que l’établissement « arrive généralement à trouver des places en résidence pour la plupart des étudiants internationaux qui en ont besoin ».

Même son de cloche à l’Université de l’Ontario français (UOF), dont la moitié de ses 230 étudiants provient de l’étranger et où l’on est un peu dans le néant, quelques heures après l’annonce.

« On ne sait pas comment à l’intérieur de la province les permis vont être octroyés, où les réductions vont être imposées. Les provinces ont jusqu’à la fin mars pour établir leur mode de fonctionnement. Jusque là, il est assez difficile de savoir qui va être touché (…). Il va falloir être patient jusqu’au mois de mars », affirme la directrice des communications de l’établissement, Claire Francoeur.

« Une mesure sans nuance », réagit l’ACUFC

Dans le Nord, l’Université de Hearst, dont la très grande majorité de la clientèle provient de l’international, on affirme « surveiller l’évolution de ce dossier, notamment à savoir si les étudiants internationaux francophones seront touchés de la même façon ».

« Notre approche personnalisée nous permet d’ailleurs de trouver un logement pour chaque étudiant avant même son arrivée au Canada, éliminant ainsi des situations de précarité du logement », souligne son recteur Luc Bussières.

L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui représente une vingtaine d’institutions francophones hors Québec, dont l’ensemble de celles en Ontario, se dit « inquiète d’une mesure sans nuance, un one size fits all ».

« On est aussi très inquiet de ce mécanisme-là, à savoir comment la province va distribuer les permis d’études disponibles et si ça sera équitable envers les établissements francophones », s’interroge le directeur de la recherche stratégique à l’ACUFC, Martin Normand.

La ministre des Collèges et Universités de l’Ontario, Jill Dunlop a indiqué dans une déclaration être « consciente que certains individus malveillants exploitent ces étudiantes et étudiants, en leur faisant de fausses promesses, telles que l’assurance d’un emploi garanti, d’une résidence permanente et même de la citoyenneté canadienne ».

« Nous sommes en communication avec le gouvernement fédéral, afin de trouver des solutions qui permettront de sévir contre ces pratiques abusives, notamment en ce qui concerne le recrutement frauduleux », déclare-t-elle.

La ministre des Collèges et Universités, Jill Dunlop et son ministère devront départager les permis d’études au sein des institutions postsecondaires ontariennes. Source : compte Twitter Jill Dunlop

La ministre ajoute que le fédéral et la province assument « une responsabilité collective au niveau de la stabilité du secteur postsecondaire » à ce que « le recrutement d’étudiants internationaux répond aux besoins spécifiques de l’Ontario en matière de main-d’œuvre ».

Et pour les francophones?

L’ACUFC pense que les petits établissements ontariens francophones pourraient être forcés de faire des économies si une réduction de la moitié de leurs effectifs internationaux leur était imposée, car « c’est connu qu’en Ontario, ils sont sous-financés » par la province.

« Donc si les nouveaux revenus en venaient à être réduits de 50 % dans un établissement, ça peut vouloir dire revoir l’offre de service et l’offre de programmes. On ne sait pas encore, mais nécessairement une perte de revenus, ça amène des décisions difficiles », juge Martin Normand.

L’ACUFC espère que le gouvernement Trudeau « prévoit des balises qui vont protéger les établissements francophones dans le processus », surtout après avoir inclus ceux-ci dans sa nouvelle politique en immigration francophone dévoilée la semaine dernière, presse l’organisation.

Plan Logement : deux ans après, les maires du Nord au même point de départ

TORONTO – En 2022, le gouvernement ontarien lançait un grand plan Logement avec pour objectif 1,5 million de nouvelles unités à travers la province d’ici 2031. Deux ans plus tard, dans les municipalités du Nord, on se pose de sérieuses questions car rien n’a vraiment changé sur le terrain.

Quel effet le plan provincial a-t-il eu jusqu’à présent dans votre ville? « Aucun ». La mairesse de Nipissing Ouest, Kathleen Rochon, résume en un mot le statu quo sur la crise du logement, déplorant que les investissements réalisés jusqu’à présent aient privilégié « Toronto, London, Hamilton, Ottawa, mais pas les villes rurales et encore moins le Nord ».

À la tête d’une municipalité composée à 60 % de francophones, elle est venue à la conférence annuelle de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario (ROMA), pour trouver des solutions, partager ses défis et connaître ceux de ses homologues. Depuis dimanche et jusqu’à mardi, des milliers d’élus locaux, comme elle, sont rassemblés à Toronto.

Kathleen Rochon, mairesse de Nipissing Ouest. Crédit image : Rudy Chabannes

Dans les corridors et salles de conférence, le constat est identique : « Rien n’a bougé », assure Roger Sigouin. Le maire de Hearst « essaye de trouver des fonds, par tous les moyens, pour inverser la tendance, mais les gouvernements font la sourde oreille. On entend de belles paroles, mais rien ne se produit », dit-il, renvoyant dos à dos provincial et fédéral.

Tandis que la province entame la troisième année de son plan, tout indique qu’elle n’a pas atteint son rythme de croisière pour espérer atteindre sa cible de 1,5 million d’unités additionnelles, d’ici les six prochaines années. Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement, seulement 178 000 mises en construction ont été lancées en 2022 et 2023, avec un ralentissement, la deuxième année, et des taux d’intérêt de plus en plus dissuasifs.

Afin de donner un coup d’accélérateur à la construction, l’Ontario s’est engagé, l’été dernier, à débloquer un fonds de 1,2 milliard de dollars sur trois ans. À la clé : jusqu’à 400 millions de dollars par année aux municipalités s’engageant par écrit sur une cible en matière de logement d’ici 2031, 10 % du financement étant réservé aux collectivités de petite taille, rurales et du Nord. En déplacement ce lundi au congrès de la ROMA, le premier ministre a déclaré que les candidatures seraient bientôt acceptées, sans autres détails sur l’échéancier.

Roger Sigouin, maire de Hearst. Crédit image : Rudy Chabannes

« On est toujours en attente de plus de détails sur ces 10 % », réagit Michelle Boileau, mairesse de Timmins. « On se prépare à prendre connaissance des lignes directrices pour établir nos cibles. On attend toujours de savoir quelle sorte d’appui on aura. » L’élue du Nord a demandé une rencontre avec le ministère du Logement pour « nous orienter dans la bonne direction ».

Depuis deux ans, les instances de la ROMA réclament du gouvernement Ford « la flexibilité et l’autorité nécessaires » pour accroître leur offre, notamment en déléguant aux municipalités plus de pouvoir d’approbation sur certains projets, en accordant des incitatifs aux promoteurs et en accélérant les processus de planification.

Décrocher des fonds, convaincre les promoteurs

« Ce n’est pas qu’un problème de fonds, prévient Mme Rochon. On a aussi du mal à faire venir des contracteurs et des développeurs ayant une véritable expérience dans le multirésidentiel, car ils sont mobilisés pour la plupart sur la densification des grandes villes. » L’élue décrit un monde à l’envers dans lequel les promoteurs se bousculent dans les villes du Sud pour bâtir sur de rares parcelles inabordables et, à l’opposé, un Nord ontarien où les terrains pullulent, mais ne bénéficient pas d’assez de compétences pour les faire fructifier.

« On manque de logement partout en Ontario, ma ville n’échappe pas à la règle, soupire Éric Coté, maire de Moonbeam. On manque de logements additionnels, alors on essaye de développer des projets à long terme. On est choyé d’avoir plusieurs attraits comme le lac, les sentiers pédestres, l’école, mais il n’y a pas assez de logements, c’est certain. »

Eric Coté, maire de Moonbeam. Crédit image : Rudy Chabannes

Résultat : un développement économique parfois moins ambitieux que prévu, « beaucoup de frustration et un sentiment d’injustice, car on aimerait accueillir les gens à la hauteur de ce qu’ils sont en droit d’attendre », regrette M. Sigouin, toujours en quête de faire grossir sa communauté, notamment par l’immigration.

« C’est injuste d’attirer des immigrants au Canada et de ne pas être capable de leur donner un toit »
— Roger Sigouin, maire de Hearst

Alors que le gouvernement a rehaussé sa cible et adopté sa nouvelle politique en immigration francophone, le premier magistrat de Hearst trouve « injuste d’attirer des immigrants au Canada et de ne pas être capable de leur donner un toit. C’est pourtant du monde intelligent qui contribue à l’essor économique de la ville. On est oublié encore une fois. On se sent coupable de pas pouvoir les desservir ni de les retenir ».

Il relate que, faute de place, sur les 40 étudiants reçus cette année, 35 ont dû s’installer à l’extérieur de sa ville, du côté de Kapuskasing et Timmins.

Immigration et étudiants internationaux : un gros besoin

Mme Boileau est préoccupée, en outre, par une baisse prévisible d’étudiants, après l’augmentation des planchers monétaires du fédéral pour venir étudier au pays, et par le manque de capacité pour les accueillir dans le Nord. « On mise beaucoup sur les étudiants internationaux. Quand leur nombre augmente, c’est à l’avantage de notre communauté pour combler ensuite des postes vacants. Avec la population actuelle, on doit donc être en mesure de maintenir l’offre de logement. »

Peu de temps après notre entrevue, Ottawa a annoncé, ce lundi, un plafonnement du nombre d’étudiants internationaux, à compter de l’automne prochain. Conséquence pour l’Ontario : deux fois moins d’étudiants étrangers.

« Je comprends la stratégie gouvernementale de restreindre la venue d’étudiants internationaux; ce n’est pas évident, convient Éric Côté. Je pense néanmoins qu’il faut continuer de les accueillir, mais ça doit venir avec des infrastructures et des fonds pour que les municipalités soient en mesure de développer des services et du logement. »

Michelle Boileau, mairesse de Timmins. Crédit image : Rudy Chabannes

En matière d’immigration, la mairesse de Timmins se dit encouragée par l’annonce d’ajout de communautés francophones accueillantes, espérant en ajouter une dans le Nord, après celle du Grand Sudbury. D’où l’importance dans ce laps de temps d’accroître le logement, d’autant que le sans-abrisme aussi réclame des toits. « Ça nous prend le stock que nous avons. On doit aussi loger les travailleurs de la foresterie et du secteur minier pour assurer le succès de nos grosses industries. »

« Nous voulons plus de logements et plus d’immigrants », martèle Mme Rochon. « Les efforts gouvernementaux en matière d’immigration sont louables, mais on a besoin que les gens ne s’installent pas que dans les régions de Toronto et Ottawa. On veut qu’ils rejoignent nos communautés rurales. Si tu es francophone, tu peux vivre, travailler, avoir des services et scolariser tes enfants en français. »

Le fédéral plafonnera le nombre d’étudiants internationaux au Canada durant deux ans

OTTAWA – Le gouvernement fédéral a annoncé lundi qu’il plafonnera le nombre d’étudiants internationaux au pays à 360 000 à la rentrée d’automne 2024. Ce plafond imposé contraindra l’Ontario à réduire son nombre d’étudiants étrangers de près de 50b %, a indiqué le ministre de l’Immigration Marc Miller.

Les étudiants qui sont actuellement au Canada pour faire leurs études postsecondaires ne sont pas visés par cette mesure; ce qui veut dire qu’ils ne comptent pas dans le plafond de 360 000. Ottawa estime que l’arrivée de ces nouveaux étudiants correspond à une chute de 35 % par rapport au nombre d’étudiants étrangers qui vont graduer durant la même année. Le nombre de nouvelles demandes de permis d’études qui seront acceptées en 2025 sera de son côté réévalué à la fin de cette année.

« L’annonce d’aujourd’hui vise à protéger un système qui a ouvert la voie à des abus ainsi qu’à soutenir une croissance démographique durable au Canada », a dit le ministre Miller en conférence de presse.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) imposera aux provinces un plafond maximal d’étudiants qu’elles peuvent accueillir en fonction de leur population. Il s’agira ensuite du rôle des provinces de déterminer l’allocation entre leurs établissements postsecondaires, a annoncé Marc Miller, lundi, en direct de Montréal, lors de la retraite du cabinet du gouvernement Trudeau. Les étudiants devront aussi obtenir une lettre d’attestation de leur province ou territoire où ils comptent étudier dans le but d’obtenir leur permis. Cette mesure devra être mise en place par les provinces et territoires, d’ici le 31 mars.

Le ministre estime que certaines institutions n’ont pas leur raison d’être, car elles ont profité « d’un système qui a des effets pervers » en raison des frais plus élevés imposés à leurs étudiants en provenance de l’international.

« Ils (les établissements) ont agi en conséquence, ils se sont renfloué les coffres. C’est clair que depuis au-delà d’une décennie, les provinces sous-financent l’éducation postsecondaire à travers le Canada – certaines provinces plus que d’autres- et ces institutions ont agi en conséquence. Ce n’est pas un système qui a été désigné pour avoir ce flux de gens », juge Marc Miller.

En Ontario, des étudiants étrangers sont inscrits dans des collèges privés sans ne jamais fréquenter ceux-ci en personne, utilisant plutôt le permis d’étude pour s’installer au pays.

Modification au programme postdiplôme

À partir du 1er septembre, les étudiants étrangers qui commencent un programme faisant partie d’un accord d’utilisation des programmes d’études ne seront plus admissibles à un permis de travail postdiplôme à la fin de leurs parcours. Ceux qui font des études supérieures auront désormais la possibilité de faire une demande de permis de travail pour jusqu’à trois ans. De plus, à l’avenir, seul l’époux ou l’épouse d’un étudiant étranger inscrit à un programme de maîtrise ou de doctorat aura accès à un permis de travail ouvert. Ceux qui ne sont pas inscrits aux programmes supérieurs ne seront plus admissibles.