Le fédéral plafonnera le nombre d’étudiants internationaux au Canada durant deux ans

OTTAWA – Le gouvernement fédéral a annoncé lundi qu’il plafonnera le nombre d’étudiants internationaux au pays à 360 000 à la rentrée d’automne 2024. Ce plafond imposé contraindra l’Ontario à réduire son nombre d’étudiants étrangers de près de 50b %, a indiqué le ministre de l’Immigration Marc Miller.

Les étudiants qui sont actuellement au Canada pour faire leurs études postsecondaires ne sont pas visés par cette mesure; ce qui veut dire qu’ils ne comptent pas dans le plafond de 360 000. Ottawa estime que l’arrivée de ces nouveaux étudiants correspond à une chute de 35 % par rapport au nombre d’étudiants étrangers qui vont graduer durant la même année. Le nombre de nouvelles demandes de permis d’études qui seront acceptées en 2025 sera de son côté réévalué à la fin de cette année.

« L’annonce d’aujourd’hui vise à protéger un système qui a ouvert la voie à des abus ainsi qu’à soutenir une croissance démographique durable au Canada », a dit le ministre Miller en conférence de presse.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) imposera aux provinces un plafond maximal d’étudiants qu’elles peuvent accueillir en fonction de leur population. Il s’agira ensuite du rôle des provinces de déterminer l’allocation entre leurs établissements postsecondaires, a annoncé Marc Miller, lundi, en direct de Montréal, lors de la retraite du cabinet du gouvernement Trudeau. Les étudiants devront aussi obtenir une lettre d’attestation de leur province ou territoire où ils comptent étudier dans le but d’obtenir leur permis. Cette mesure devra être mise en place par les provinces et territoires, d’ici le 31 mars.

Le ministre estime que certaines institutions n’ont pas leur raison d’être, car elles ont profité « d’un système qui a des effets pervers » en raison des frais plus élevés imposés à leurs étudiants en provenance de l’international.

« Ils (les établissements) ont agi en conséquence, ils se sont renfloué les coffres. C’est clair que depuis au-delà d’une décennie, les provinces sous-financent l’éducation postsecondaire à travers le Canada – certaines provinces plus que d’autres- et ces institutions ont agi en conséquence. Ce n’est pas un système qui a été désigné pour avoir ce flux de gens », juge Marc Miller.

En Ontario, des étudiants étrangers sont inscrits dans des collèges privés sans ne jamais fréquenter ceux-ci en personne, utilisant plutôt le permis d’étude pour s’installer au pays.

Modification au programme postdiplôme

À partir du 1er septembre, les étudiants étrangers qui commencent un programme faisant partie d’un accord d’utilisation des programmes d’études ne seront plus admissibles à un permis de travail postdiplôme à la fin de leurs parcours. Ceux qui font des études supérieures auront désormais la possibilité de faire une demande de permis de travail pour jusqu’à trois ans. De plus, à l’avenir, seul l’époux ou l’épouse d’un étudiant étranger inscrit à un programme de maîtrise ou de doctorat aura accès à un permis de travail ouvert. Ceux qui ne sont pas inscrits aux programmes supérieurs ne seront plus admissibles.

Alex Tétreault et Stéphane Guertin s’illustrent à Contact ontarois

OTTAWA – La 43e édition de Contact ontarois s’est terminée samedi soir dans un gala de clôture animé par DJ UNPIER et Yao. En quatre jours, ce sont 41 spectacles qui ont été proposés aux diffuseurs de partout au Canada et à la délégation internationale. À l’issue d’une édition particulièrement relevée, c’est le Sudburois Alex Tétreault qui est sorti grand gagnant de la soirée, en remportant deux prix.

La pièce Nickel City Fifs, une épopée queer sudburoise sur fond de trous d’Alex Tétreault, appuyé par le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO), a remporté le nouveau prix Audace Réseau Ontario, décerné à « l’artiste franco-ontarien.ne qui enrichira notre réseau de diffusion d’une proposition audacieuse ou nouvelle, s’adressera à de nouveaux publics, fera découvrir de nouvelles formes ou de nouvelles approches artistiques. » Le prix est accompagné d’une bourse de la Caisse Desjardins afin d’appuyer la promotion de la tournée.

De gauche à droite : Marie-Pierre Proulx du TNO, Alex Tétreault, Marie-Claude Sabourin (présidente du conseil d’administration de Réseau Ontario) et Marie-Ève Chassé (directrice générale de Réseau Ontario). Crédit image : Stéphane Bédard

Créée in situ au Zigs, le bar gai de Sudbury, Nickel City Fifs voyagera au moins jusqu’au Nouveau-Brunswick, puisqu’Alex Tétreault et le TNO ont aussi remporté le prix Alliance Acadie, décerné par le réseau RADARTS. Un extrait de la pièce sera donc présenté à la Francofête en Acadie en novembre. Appelé à commenter sur l’aspect très « culture locale » de la ville du Nickel, le principal intéressé a le mot juste : « Il n’y a personne qui se pose cette question-là pour des spectacles qui viennent de Montréal. »

En plus de la proposition qui sort des sentiers battus, c’est la personnalité d’Alex Tétreault qui a séduit les diffuseurs lors de sa présentation éclair, un concept où les artistes n’ont qu’une dizaine de minutes pour convaincre les gens dans la salle d’acheter le spectacle.

Alex Tétreault pendant les présentations éclair de Contact ontarois 2024. Crédit image : Rachel Crustin

« Je suis juste tellement content et reconnaissant du fait que mon projet ait pu parler à autant de gens. J’ai tellement hâte d’aller à la rencontre de plus de public », s’est exclamé Alex Tétreault au micro d’ONFR, quelques minutes après la fin du gala.

Réseau Ontario a remanié la façon de récompenser les artistes en vitrine cette année. En plus du prix Audace, le prix Distinction Réseau Ontario a aussi fait son apparition. Ce prix récompense un artiste franco-ontarien pour « l’excellence et la qualité artistique de sa proposition lors de Contact ontarois. » C’est Stéphane Guertin et les productions Effet Papillon qui ont reçu le titre, aussi accompagné d’une bourse de la Caisse Desjardins pour la promotion de la tournée du spectacle Sortir la tempête du verre.

De gauche à droite : Marie-Claude Sabourin, Stéphane Guertin et Marie-Ève Chassé. Crédit image : Stéphane Bédard

Au micro d’ONFR, Stéphane Guertin s’est dit agréablement surpris. « Sortir la tempête du verre est un spectacle un peu plus introspectif. (…) Ce n’est pas un spectacle où tout le monde va rire et se taper sur les cuisses. Et, quand même, d’avoir cet accueil de la part des diffuseurs, tu fais comme : wow, je ne m’attendais pas pantoute à ça. »

Le conteur a pu profiter de la première bulle d’art de la parole de Contact ontarois. Les bulles permettent de réunir les vitrines d’une même discipline dans la même séquence afin d’installer une ambiance favorable à leur découvrabilité.

Des Franco-Ontariens qui voyagent

Les prix Alliance de Contact ontarois sont remis par différents réseaux de diffusion sous la forme d’une invitation à participer à leurs propres événements. C’est ainsi que le duo country d’Ottawa Sugar Crush pourra donner un spectacle rémunéré lors du prochain Festival international de la chanson de Granby (FICG). Les représentants du FICG ont indiqué leur intention de choisir une formation exploitant un style moins familier à leur événement.

C’est en formule groupe que s’est présenté le duo Sugar Crush lors des vitrines de mercredi soir. Crédit image : Rachel Crustin

Un autre duo de la capitale s’envolera pour sa part vers la Saskatchewan grâce au prix Alliance Ouest du Réseau des grands espaces (RGE). Il s’agit de Moonfruits pour le spectacle Réveil, dans lequel on retrouve les habitants du fictif village de Ste-Quequepart, créé pour l’album du même nom en 2017.

Alex Millaire et Kaitlin Milroy n’étaient pas présents au gala, puisqu’ils étaient en Irlande afin de proposer une vitrine lors de l’événement Your Roots Are Showing.

Le duo bilingue Moonfruits a opté pour la formule trio, avec contrebasse, pour sa vitrine à Contact ontarois. Crédit image : Rachel Crustin

La Franco-Ontarienne Marie-Clo et son acolyte fransaskoise éemi, du duo Beau Nectar, se retrouveront pour leur part à Rimouski lors des Rencontres d’automne du Réseau des organisateurs de spectacles de l’Est du Québec (ROSEQ).

Le prix Alliance internationale, présenté en collaboration avec le Festival Changez d’air de Lyon, en France, a été décerné à Mimi O’Bonsawin. L’artiste franco-ontarienne et abénaquise a été repérée lors du Studio Pitch, une activité offerte par l’Association des professionnel.le.s de la chanson et de la musique (APCM) à la délégation internationale. Celle qui s’est justement produite en France pour la première fois cet automne peut donc s’attendre à retourner faire quelques dates en Europe.

Des collaborations à venir

Questionnée par ONFR, la directrice générale de Réseau Ontario, Marie-Ève Chassé, s’est dite « totalement satisfaite » de ce 43e Contact ontarois. « Ça a été au-delà de mes attentes. Les artistes ont tellement bien performé, la réception des diffuseurs, des membres, de tout le monde présent était vraiment positive. »

Les discussions allaient effectivement bon train entre les diffuseurs, avant même le gala de clôture. De retour de la salle contact, événement de réseautage du samedi avant-midi, certains semblaient particulièrement stimulés, la tête déjà dans les calculs pour tenter de voir ce qui pourrait être intégré à leur prochaine saison artistique. D’autres préféraient prendre le temps de laisser les idées retomber afin de faire des choix à tête reposée.

Les animateurs de la soirée, Yao (à gauche) et DJ UNPIER (à droite). Crédit image : Stéphane Bédard

Plusieurs profitaient de la présence de leurs homologues pour tenter de coordonner des tournées pour les artistes s’étant illustrés lors des vitrines. Marie-Ève Chassé a constaté le phénomène : « Aujourd’hui, on discutait avec les membres et on voit qu’il y a plein de belles collaborations qui se dessinent entre les diffuseurs pluridisciplinaires et les diffuseurs scolaires. On sent une volonté de décloisonnement de nos façons de faire. »

L’enthousiasme gagnait aussi les agents présents sur place. À micro fermé, certains nous ont indiqué voir de belles tournées se dessiner pour leurs poulains, incluant des invitations outre-Atlantique.

DJ UNPIER a invité quelques amis, dont Makhena Rankin-Guérin, pour un numéro d’ouverture du gala de Contact ontarois. Le concept misait sur les cinq sens, d’où le décor lumineux visant à en mettre plein la vue. Crédit image : Stéphane Bédard

Contact ontarois, le marché du spectacle de l’Ontario français, a misé sur la simplicité et l’accessibilité pour 2024. Certains événements ont entre autres bénéficié de la présence d’interprètes en langage des signes du Québec.

L’événement donne le ton à la prochaine saison artistique, permettant de développer ou d’anticiper les programmations des différents diffuseurs. L’exercice des vitrines est particulièrement intense. Pourtant, il règne un esprit de camaraderie lors de ce premier événement de l’année à réunir la communauté artistique francophone. Reste à savoir qui a réussi à créer la plus grosse vague sur laquelle surfer.

Melinda Chartrand, la conseillère « everywhere »

STE. CATHARINES – « You’re everywhere », lui glisse le ministre Stephen Lecce quand il la croise. Rodée aux rouages de l’éducation, tour à tour conseillère scolaire, présidente du Conseil scolaire catholique MonAvenir, de l’Assocation franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) et de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF), Melinda Chartrand explore un nouvel univers : la santé, avec l’Entité 2 de planification de services de santé en français.

« Qu’affectionnez-vous le plus dans la gouvernance et les politiques éducatives?

J’ai toujours attaché beaucoup d’importance au réseautage, à la collaboration, pour mener des projets à bon port. J’ai développé une passion plus particulière pour l’éducation francophone, avec toujours cette volonté de partager les meilleurs renseignements pour faire avancer des dossiers courants. J’ai continué dans cette même logique à la tête du conseil scolaire catholique MonAvenir et de la FNCS.

Quand on est présidente de conseil scolaire et qu’on veut faire bouger les lignes, qui est le plus difficile à convaincre : le parent ou le gouvernement?

Au début de son mandat, le ministre de l’Éducation Stephen Lecce me disait : « You’re everywhere ». C’est nécessaire d’être toujours là si on veut comprendre sa pensée et sa direction pour amener ensuite les renseignements dont le gouvernement a besoin. On doit lui montrer qu’on est là pour travailler avec lui et non pour l’attaquer. Pour les parents, c’est un peu différent. Ils veulent avant tout que ça fonctionne pour leur enfant. La relation entre eux et la direction de l’éducation est alors primordiale pour avancer dans la bonne direction.

Quelle est la clé de toute bonne décision à de telles responsabilités?

Ce qui est le plus compliqué à gérer quand on est à la tête d’un conseil est la taille du territoire que l’on couvre. Pour moi, il était important de comprendre le profil de chaque région pour saisir les besoins de nos élèves francophones et prendre les bonnes décisions.

Melinda Chartrand en déplacement à Milton en 2019, alors présidente de MonAvenir, aux côtés du député Sam Oosterhoff et des ministres Caroline Mulroney (Affaires francophones) et Stephen Lecce (Éducation). Crédit image : Rudy Chabannes

Chaque nouvelle école est un combat politique et administratif… Lorsque la communauté et le gouvernement sont alignés, c’est parfois au niveau plus local que la machine s’enraye…

Oui et Hamilton en est le meilleur exemple. On attend la construction d’une école depuis 2013. On est revenu avec un projet commun aux deux conseils (MonAvenir et Viamonde) mais c’est tout un défi d’obtenir un permis quand le projet est très gros. MonAvenir travaille avec 24 municipalités : c’est gigantesque et parfois on bute sur des conseillers municipaux qui ne veulent rien savoir. Ça nous est aussi arrivé à Mississauga jusqu’à ce que la députée Kusendova s’implique dans le dossier pour le débloquer.

Qu’aimeriez-vous voir changer ou évoluer dans le domaine de l’éducation en milieu minoritaire?

Il faut intégrer encore mieux les élèves nouveaux arrivants car ils contribuent à l’essor de l’éducation en français. Nous avons encore beaucoup de travail pour favoriser leur intégration et aller chercher tous les ayants droit et familles exogames qui choisissent les écoles anglophones de proximité. Pour ne pas perdre toutes ces familles, on doit mieux mailler nos grands territoires et offrir les services nécessaires à la réussite de tous les élèves.

Mais 41 % des ayants droit n’ont pas de place dans une école francophone. On est donc loin du compte…

Rien qu’à Toronto, il faudrait 12 écoles pour répondre aux besoins, selon les données de l’ancien commissaire aux services en français. Comme le manque de terrain joue contre nous, il faut murir des projets innovants, particulièrement dans le nord de la ville où se concentre quasiment toute notre croissance. Contrairement aux écoles d’Ottawa qui peuvent atteindre les 700-800 places, on est toujours limité à 400-500 élèves. Ça aboutit à des situations comme à Oakville avec l’École secondaire catholique Sainte-Trinité qui concentrait un record de 22 portatives dehors en attendant la construction.

Mme Chartrand a milité pour une définition plus inclusive d’ayant droit, ici à l’Assemblée législative de l’Ontario aux côtés de l’ex-présidente du Conseil scolaire Viamonde Sylvie Landry, du député d’opposition Guy Bourgouin et de l’ex-président de l’ACFO Toronto Serge Paul. Crédit image : Rudy Chabannes

La coexistence de deux systèmes francophones, laïc et catholique, est-elle toujours pertinente en 2024 pour assurer le développement des écoles franco-ontariennes?

C’est justement parce qu’on a deux systèmes qu’on est parvenu à aller chercher plus de financement. Le gouvernement n’aurait jamais accordé un si grand nombre de nouvelles écoles à un seul système, compte tenu des autres besoins à travers à la province. Ceci dit, aujourd’hui, on parle rarement d’un système plus que l’autre dans l’éducation de langue française. Ça prouve qu’on travaille ensemble en vue d’un seul et même objectif. Par exemple, au Centre Jules-Léger (école dédiée à l’éducation spécialisée à Ottawa), le langage francophone prime sur le langage laïc ou catholique.

Il n’en demeure pas moins que les conseils scolaires sont en concurrence dans de nombreuses régions pour conquérir toujours plus d’inscriptions…

Oui, mais n’oubliez pas que la compétition est entre quatre systèmes : anglophone laïc, anglophone catholique, francophone laïc et francophone catholique. C’est notre devoir envers la jeunesse de tout faire pour la conserver dans le circuit francophone car l’immersion n’aura jamais le niveau de nos écoles.

Les écoles francophones sont de plus en plus convoitées par les anglophones qui recherchent la meilleure éducation possible en français. En acceptant ces familles, le risque n’est-il pas de sacrifier la pratique du français dans les corridors sur l’autel de l’inclusivité?

C’est un grand défi à cause de notre contexte minoritaire. La direction d’école joue un rôle vital dans cette situation. Il faut souligner tout de même que la francophonie dans nos écoles se gagne aussi par d’autres combats comme celui de la construction identitaire des élèves. Notre programme d’aménagement linguistique en Ontario est même copié dans d’autres provinces. Les jeunes doivent être fiers de leur langue.

À la tête de la FNCS, Mme Chartrand a défendu la place de l’éducation en français à l’echelle nationale, ici en présence du député acadien Darrell Samson, de l’ex-ministre des Langues officielles Mélanie Joly et de Roger Paul, ancien directeur général de la FNCSF. Gracieuseté

En présidant la FNCSF au moment des consultations sur le Plan d’action sur les langues officielles et le recensement de 2021, avez-vous eu la sensation de participer à quelque chose de grand qui allait changer la donne pour l’éducation de langue française?

En près de 22 ans de carrière en éducation, l’année 2018 a été certainement la plus spéciale pour moi, en effet, car les trois niveaux de gouvernance (conseils scolaires, AFOSCS et FNCSF) ont travaillé ensemble sur un objectif commun : le Plan d’action sur les langues officielles. Augmenter le budget des langues officielles en éducation et contribuer à l’amélioration du recensement de 2021 a eu un impact très positif pour l’éducation en Ontario. D’autres dossiers d’importance sont aussi apparus cette année-là comme le refus de scolariser des ayants droit dans les Territoires du Nord-Ouest (une affaire qui s’est soldée récemment par une décision de la Cour suprême en faveur des francophones).

Vous êtes Irlandaise de par votre père et Franco-Ontarienne de par votre mère. En quoi cette dernière a influencé vos choix et votre fierté francophone?

Ma mère venait de Cochrane. Elle a quitté l’école à 15 ans pour venir travailler à General Motors à Ste. Catharines où elle a rencontré mon père. Fidèle à son identité franco-ontarienne, elle a insisté pour qu’on fréquente l’école élémentaire. J’ai commencé l’école au jardin dans une école vieille de 200 ans. L’édifice tombait en ruine chaque jour un peu plus, jusqu’à la construction d’une nouvelle école en 1969 : nous étions 300 élèves séparés dans divers bâtiments de la rue Church. J’ai ensuite fréquenté l’École Immaculée Conception en 5e année.

C’était une époque d’imagination et de persévérance jusque dans les années 1980 dans la région. À Niagara Falls, l’école se faisait dans des portatives, sans gymnase et, à Ste. Catharines, l’École secondaire catholique Jean-Vanier a commencé avec 40 élèves, bien loin de l’établissement qu’on connaît aujourd’hui à Welland (actuelle École secondaire catholique Saint-Jean-de-Brébeuf).

Qu’est-ce que vous aimez le plus à Ste. Catharines, ce coin de province sur la rive sud du lac Ontario?

On a du fun à Ste. Catharines! C’est la plus grande ville du Niagara. On l’appelle Garden City à cause de son réseau de parcs et de sentiers naturels mais aussi des centaines de vignobles qui façonnent des vins de classe mondiale. Les francophones du Niagara forment une communauté vibrante, engagée et fédérée autour d’activités culturelles.

Melinda Chartrand et son époux Jean Chartrand, enseignant et ancien directeur de l’École secondaire catholique Jean-Vanier à Welland. Gracieuseté

Décrivez-nous cette francophonie entre Hamilton et Welland qu’on retrouve en partie au Club Lasalle.

Le Club Lasalle coordonne un festival qui rassemble, chaque mois de mai, tous les clubs culturels qui font leurs portes ouvertes. On découvre et comprend alors les langues, cultures et traditions des autres communautés… Avant cela, en mars, on couronne un ambassadeur ou une ambassadrice de la francophonie régionale. Ces fêtes convainquent les jeunes de conserver le français comme langue d’héritage. Le centre communautaire Le Griffon, qui regroupe une vingtaine d’organismes, s’efforce de renforcer cette identité en coordonnant des événements comme la Saint-Jean-Baptiste qui aura lieu en juin prochain.

Pourquoi avoir sauté de l’éducation à la santé en vous investissant dans la présidence de l’Entité 2 de planification des services de santé en français?

Après trois ans de lutte contre le cancer, m’engager dans la santé m’a paru un beau challenge au moment où le système est en transformation. La planification des services réclame d’aller chercher et identifier des organismes qui peuvent les offrir dans des régions (Waterloo-Wellington-Hamilton-Niagara-Haldimand- Brant) qui attirent de nombreux retraités. Dans le même temps, il y a toute une démarche politique à renforcer afin d’aboutir à un système sans silo pour les familles.

Vous avez livré ce combat contre la maladie au moment où la pandémie forçait les hôpitaux à réduire leurs services. Comment avez-vous fait face et comment allez-vous aujourd’hui?

C’est arrivé en mars 2020. Je suis tout de suite allée à l’hôpital. Les tests ont révélé un cancer de stade 3. Il fallait subir une chirurgie et des radiations. J’ai été chançeuse car la thérapie a causé peu d’effets secondaires. Ça a été six mois de thérapie, un an de récupération et une autre année de chirurgie. Il m’en reste une autre. Tout cela crée une fatigue chronique avec laquelle je dois composer. Mon docteur est un jeune issu de Jean-Vanier. C’est un plaisir de voir la jeunesse qui continue, que ce soit dans la santé ou l’éducation.

Melinda Chartrand et Fété Kimpiobi, directrice générale de SOFIFRAN (Solidarité des femmes et familles interconnectées francophones du Niagara), collaborent régulièrement sur des projets culturels et d’inclusion dans le Niagara. Gracieuseté

D’ailleurs, vos enfants travaillent dans ces deux domaines en manque de main-d’oeuvre

Oui, j’ai deux filles : une docteure en médecine familiale à l’Hopital Monfort (Ottawa), et une enseignante comme son papa. Jean (Chartrand, son époux) a été leur directeur d’école et entraineur de basketball et soccer, à Jean-Vanier.

Comment avez-vous réagi quand on vous a remis cet hiver le Prix Jean-Robert-Gauthier saluant votre apport dans l’éducation en français en milieu minoritaire?

C’est tellement un honneur d’avoir accepté ce prix. J’en ai rendu folle la secrétaire quand j’ai partagé mon powerpoint de photos (Rires). Sans Jean, je n’en serais pas là.

Comment entrevoyez-vous l’avenir du système scolaire en Ontario?

On a hérité d’un système scolaire pour lequel nos parents et grands-parents ont lutté. Nous avons connu tellement de défis pour conquérir notre droit à avoir une éducation en français qu’on ne peut pas se dire que tout est gravé dans le marbre. Il faut rester en alerte et continuer à montrer qu’on est capable de gérer nos budgets, obtenir des résultats scolaires. C’est notre tour de suivre l’exemple des fondateurs en maintenant ce niveau d’exigence mais aussi en ayant les meilleures écoles pour former nos jeunes à entreprendre les défis du futur, en étant fiers de leur identité. »

Melinda Chartrand a reçu le Prix Jean-Robert-Gauthier en novembre dernier. Crédit image : FNCSF

1960 : Naissance à Ste. Catharines

2000 : S’implique dans le club communautaire Le Griffon

2003 : Devient conseillère scolaire (Lincoln-Niagara)

2014 : Élue présidente du Conseil scolaire MonAvenir

2015 : Devient présidente de la FNCSF et de l’AFOCSC

2023 : Préside l’Entité 2 et reçoit le Prix Jean-Robert-Gauthier

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Un retour sur Heartstrings : First Guitars

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.

Ces guitares – celles qui transforment et font d’un simple mortel une icône de la musique sont racontées dans Heartstrings : First Guitars du Sudburois Sean Barrette. De Gordon Lightfoot à François Lamoureux, en passant par Serena Ryder, Cindy Doire, The Tragically Hip ou encore En Bref, ce magnifique recueil présente la mythologie de ces artistes et de leurs muses : leurs premières guitares.

« Reggie Wainman était le genre de guitariste qui savait comment faire swingner un air et qui semblait connaître toutes les chansons, si bien que pendant sept ans, tout ce que j’avais à faire, c’était de chanter avec lui », écrit Sean Barrette dans l’ouverture de son nouveau recueil de récits Heartstrings : First Guitars : First Guitars.

« Et puis soudainement, il est parti, tué dans un accident de moto. »

« Je ne savais pas trop comment continuer à faire de la musique après ça », écrit Sean Barrette dans sa contribution à Heartstrings : First Guitars. « Je ne pensais pas pouvoir le faire sans Reg. »

Sean Barrette et sa guitare. Crédit image : Gracieuseté

Un an ou deux avant son décès, Reggie Wainman avait légué une guitare au père de Sean Barrette. Doug Wainman, le frère de Reggie Wainman, allait l’encourager à garder la guitare après le décès de Reggie et allait même lui montrer ses premiers accords.

« Il n’a pas fallu longtemps pour que j’apprenne Sweet Virginia », écrit Sean Barrette. « Et nous avons joué ensemble à partir de ce moment-là, essayant de réparer nos cœurs brisés, le cercle de la vie se jouant sur six cordes. »

« Cette (guitare) ne me quitte jamais. C’était ma première, et même si toutes les autres devaient disparaître, ce serait ma dernière guitare. »

Perdue et retrouvée : Yves Doyon – En Bref

Dans une contribution de langue française à Heartstrings : First Guitars, Yves Doyon livre le témoignage de sa première guitare – celle de son père. 

« Quand mon père était au Collège universitaire de Hearst, il jouait de l’orgue dans un groupe local, Les Insolents. Je me souviens de l’entendre raconter des histoires de tournée, de route et de shows dans les hôtels et les salles communautaires des villages tout au long de la route 11. Pour moi, ça faisait rock star et c’était romantique comme idée. »

« J’ai un souvenir de l’entendre parler de vouloir apprendre à jouer de la guitare », poursuit-il. Ainsi la famille allait lui offrir une guitare, une Seagull. « Rien de haute gamme, mais elle était jolie et avait un beau son. »

La guitare allait être abandonnée dans un coin du salon, sa musique ensommeillée, « passant des mois et des années sans que personne ne la touche ».

Yves Doyon. Crédit image : Joël Ducharme

Mais Yves Doyon était destiné pour la musique. Jeune artiste de scène, il trippait avec Les Draveurs de Macdonald-Cartier, et c’est avec les frères Laforest, Patrick et Martin, qu’il s’est laissé entraîné par l’enchantement de la musique. 

« J’ai ramassé la guitare », raconte-t-il. « J’ai appris à jouer par oreille et elle m’a inspiré une série de compositions qui m’ont amené à faire carrière en musique pour plusieurs années. »

Un magnifique compagnon pour Mimi O’Bonsawin

« Les guitares sont vivantes », raconte l’artiste Mimi O’Bonsawin dans Heartstrings : First Guitars. « Elles cheminent avec vous, elles dorment à vos côtés dans votre lit, elles donnent vie à des émotions et à des histoires… elles sont un magnifique compagnon. Elles sont sacrées. »

Mimi-OBonsawin. Crédit image : gracieuseté.

« J’ai été un late bloomer quand j’ai appris la guitare », poursuit-elle. « J’ai dit à mes parents qu’il fallait que j’apprenne la guitare pour pouvoir me soutenir dans ma journey à écrire des chansons. »

« C’était la plus belle guitare que j’aie jamais vue. Avec ma Godard 5th Avenue, j’ai appris rapidement, j’ai écrit des chansons, j’ai donné des concerts et je me suis sentie complète. »

Stef Paquette : « Je ne laissais personne la toucher »

« On dit « You never forget your first » (On n’oublie jamais sa première) explique l’artiste Stef Paquette dans Heartstrings : First Guitars. En tant que musicien professionnel, j’ajouterais : « Ne vous débarrassez jamais de votre première ». Surtout si Jésus a été le premier à en jouer. »

« Lorsque je l’ai achetée, je ne laissais personne la toucher! Même moi, je ne la touchais pas! »

« Un soir fatidique à l’Université Laurentienne, lors d’un after party du Northern Lights Festival Boréal, je me suis présenté avec ma guitare immaculée », commence Stef Paquette. 

Stef Paquette. Crédit image : Gracieuseté.

« Je me souviens très bien d’un homme qui était le portrait craché de Jésus », poursuit-il. « Et qui m’a dit : « Alors, tu vas prendre cette guitare et te joindre à nous? » J’ai appris plus tard qu’il s’agissait de Kevin Closs, auteur-compositeur-interprète et virtuose de la guitare, qui jouait à l’époque dans une production de Jesus-Christ Superstar ».

Ce soir-là, cette guitare allait être baptisée de musique. 

« J’étais assis là, tranquillement, écoutant, observant, m’imprégnant de l’instant tandis que ma guitare toute neuve passait d’un musicien à l’autre, poursuit Stef Paquette. J’aime à penser que tous les riffs et accords joués sur ma guitare ce soir-là se sont infiltrés au bout de mes doigts et ont fait de moi l’auteur-compositeur que je suis aujourd’hui. »

Les cordes du cœur : le dernier mot de Sean Barrette

« La musique est un fil conducteur qui a traversé toute ma vie », écrit Sean Barrette dans l’ouverture de Heartstrings : First Guitars.

C’est aussi la musique qui est fil conducteur dans ce recueil de récits sacrés, une offrande et un geste d’amour non seulement à la guitare, mais à ceux et celles qui ont mis cet instrument entre les mains de ces artistes.

Pour Sean Barrette, ce recueil est une offrande à Reggie Wainman.

« Regarde ça, man », écrit-il à son ami dans l’épilogue de Heartstrings : First Guitars. « Je sais que tu aimes, je le sens. Je pense à toi tous les jours. J’échangerais toutes les notes que j’ai jouées pour avoir la chance de t’entendre me raconter ton récit de première guitare en personne – mais ce serait encore mieux si on pouvait rejouer ensemble, une dernière fois. »

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et du Groupe Média TFO.

Faut-il s’inquiéter pour les programmes francophones de l’Université d’Ottawa?

OTTAWA – L’Université d’Ottawa aspire à rétablir sa situation financière à long terme, mais elle avance des données difficiles à corroborer. Ce jeudi, le recteur de l’Université, Jacques Frémont, a annoncé par voie interne que l’établissement faisait face à un sous-financement spécifique à sa mission francophone, s’élevant à 50 millions de dollars annuellement. Cependant, aucune information détaillée n’a été fournie sur la méthodologie utilisée pour parvenir à cette estimation.

« De ce que je comprends, des chiffres circulent au ministère, mais nous n’avons aucune idée de ce que représentent ces 50 millions de dollars », déclare Geneviève Tellier, professeure à l’Université d’Ottawa.

Dans la missive du recteur, sont énumérées les multiples raisons des difficultés que l’Université traverse. Jacques Frémont accuse notamment le gel des subventions de fonctionnement offertes par la province, le gel des droits de scolarité pour les résidents ontariens, et la baisse de 10 % de ces droits de scolarité pour les étudiants canadiens : « Enfin, il faut mentionner le sous-financement chronique de notre mission francophone qui est chiffré à 50 millions de dollars annuellement – et qui a été récemment reconnu par un rapport de la province. »

C’est là que ça cloche.

Dans le rapport susmentionné et intitulé « Assurer la viabilité financière du secteur de l’éducation postsecondaire de l’Ontario », les experts indiquent : « L’Université d’Ottawa a mis en évidence une insuffisance d’environ 50 millions de dollars, par rapport à la part des subventions à des fins particulières qui lui est octroyée au titre des programmes en français, pour couvrir l’intégralité des coûts de prestations connexes. »

Mais plus bas, « si les membres du Groupe d’experts ne sont pas en mesure de vérifier ce calcul de leur côté, nos observations antérieures semblent vivement justifier à première vue un réexamen approfondi du montant total de la subvention et de la formule d’allocation ».

Dans ce même document, publié en novembre 2023, nous apprenons que « l’Université d’Ottawa perçoit 42 % du montant des subventions revenant aux universités, et 29 % du montant alloué aux universités et aux collèges ».

La professeure de l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier. Crédit image : Lila Mouch

« Comment l’argent est dépensé actuellement? » se questionne la professeure.

D’après Geneviève Tellier, dont l’expertise touche le domaine des politiques budgétaires et des finances publiques des gouvernements : « C’est un gros mystère. Est-ce que de l’argent est versé pour offrir des programmes aux francophones qui de toute façon auraient été financés? Ou bien est-ce versé spécifiquement à des programmes qui pourraient être abolis, s’il n’y avait pas cet argent-là? »

Rétablir la santé financière de l’Université à long terme

En analysant les récents états financiers de l’Université, on observe une augmentation des charges et avantages sociaux au cours de l’année 2022/2023.

Cependant, après avoir soustrait les produits tels que les dons, subventions, revenus et droits de scolarité, ainsi que les charges de l’institution, le déficit enregistré ne correspond pas à la somme avancée. Par conséquent, ce manque à gagner de 50 millions de dollars lié aux programmes en français n’est pas clairement identifié dans l’exercice financier.

En 2022, les charges de l’Université représentaient 1 379 307 milliards de dollars. (Capture d’écran)

« Pour cette année, le recteur prévoit un déficit total de 48 millions de dollars, bien que cela me paraisse peu », estime la chercheure.

« Ce qui est étrange », reprend-elle, « c’est que ça fait des années que toutes les universités nous disent que ça va mal, et finalement, on fait un surplus à la fin de l’année ».

« Ça crie au loup depuis des années et des fois, c’est pour justifier des coupures », alerte-t-elle.

Selon Mme Tellier, les dernières années ont été difficiles, marquées notamment par le gel des embauches et des compressions dans certains services, principalement au niveau administratif.

Le recteur de l'Université d'Ottawa, Jacques Frémont.
Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont. Archives ONFR

« C’est la première fois que nous recevons une lettre du recteur. Nous ne voulons pas qu’il interfère avec nos conventions collectives. Il prévoit justement discuter avec les syndicats. »

« L’autre aspect abordé dans sa lettre affirmait que nous avions choisi de maintenir les frais de scolarité plus bas que dans d’autres établissements. Tout d’abord, pourquoi cette décision? »

Risque d’un événement similaire à l’Université Laurentienne

S’il faut s’inquiéter pour les programmes francophones, Mme Tellier croit que ce sont les cours où il y a le moins d’étudiants par classe et les programmes dans lesquels il y a le moins d’inscriptions qui passeront à la trappe en premier.

« Ce sont ceux où il y a des francophones, ça c’est évident et c’est exactement ça qui est arrivé à la Laurentienne. »

Il faut s’inquiéter, conclut-elle. « Il y a déjà le programme de traduction qui a été aboli. On disait que les inscriptions étaient faibles. C’est peut-être le cas, mais quand vous êtes une université bilingue à Ottawa et que vous n’êtes pas capable de remplir le programme de traduction, alors que le gouvernement manque de traducteurs, c’est qu’il y a un problème. »

Le bureau du recteur de l’Université a refusé de nous accorder une entrevue.

Les priorités de Pierre Leroux, nouveau président des Comtés unis de Prescott et Russell

L’ORIGNAL – Élu président des Comtés unis de Prescott et Russell en décembre dernier, Pierre Leroux partage ses priorités pour la région de l’Est, où stimuler la croissance sera incontournable en 2024. Celui qui est maire de la municipalité de Russell, préside également les conseils d’administration de la Conservation de la Nation Sud et du Réseau régional de l’est de l’Ontario.

« Il y a des projets à terminer », lance M. Leroux en entrevue avec ONFR. « Je pense d’abord à l’achèvement de la construction de la nouvelle Résidence Prescott et Russell ». En effet, l’ouverture de cet établissement pour personnes âgées est prévue à l’automne 2024. « C’est un gros beau projet et c’est d’ailleurs l’un des plus importants dans les Comtés unis. J’ai hâte de le voir arriver », a-t-il partagé.

Ce bâtiment accueillera 224 lits, soit 78 de plus que la résidence actuelle, tandis que « des discussions auront lieu concernant l’avenir de l’ancien bâtiment ».

La gouvernance et les relations diplomatiques

L’autre priorité de M. Leroux est la gouvernance. « Je veux avoir des conversations avec tous les maires et les directions générales des municipalités pour trouver des moyens pour les soutenir. »

Pour l’édile, toutes les municipalités ont leurs propres enjeux, mais avoir une compréhension de ces défis sera déjà un premier pas vers une meilleure gouvernance.

Au cœur des négociations portant sur des projets de grande envergure, M. Leroux maintient une proximité stratégique avec les gouvernements provinciaux et fédéraux, notamment en ce qui concerne les avancées industrielles régionales. Le parc industriel de Russell suscite un intérêt croissant de la part de grandes entreprises telles que Nübuild ou Volkswagen.

« La région est bien située, sur l’autoroute 417, entre Ottawa et Montréal et proche de l’autoroute 401 (…). À l’est d’Ottawa, des perspectives de croissance s’ouvrent », affirme-t-il, « et avec une population très éduquée dans la région, nous enregistrons le taux le plus bas de personnes sans emploi dans la province ».

M. Leroux croit aussi en l’économie des petites entreprises de la région, qui sont, pour lui, « la base de cette économie ».

La sécurité des citoyens de l’Est ontarien

En novembre dernier, la Maison Interlude et la Coalition de Prescott-Russell ont interpellé les Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) sur de nombreux cas de violence conjugale dans la région. Une résolution a donc été adoptée, déclarant une épidémie de violence conjugale.

Durant le mois de janvier, « une délégation se rendra à la rencontre des ministères pour demander de l’assistance. On doit être certain que la situation va s’améliorer dans notre région ».

Préserver le caractère francophone de Prescott et Russell

« On a une population qui est plus diversifiée, c’est certain, et des anglophones qui emménagent chez nous », constate le maire de Russell. Mais en tant que président des CUPR, il affirme qu’il sera présent avec la communauté.

« La semaine passée, je fêtais le 150ᵉ du village de St-Albert et je peux vous dire que c’est un fier village francophone. »

Pierre Leroux veut soutenir les événements locaux qui se concentrent sur la francophonie.

D’ailleurs, les maires des municipalités ont accès à un fonds pour créer des événements communautaires. D’après M. Leroux, « ce serait peut-être une belle opportunité pour les maires de soutenir différents événements dans leur communauté ».

Ottawa envisage d’offrir des bourses pour attirer des étudiants internationaux francophones

OTTAWA – Le gouvernement fédéral serait prêt à instaurer un plafond au nombre d’étudiants internationaux au pays, mais il envisagerait aussi l’option d’offrir des bourses pour attirer davantage de francophones dans les établissements postsecondaires hors Québec.

Selon nos informations, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) considère l’idée d’offrir des bourses ou de l’aide financière à des étudiants dans des programmes de langue française hors Québec. Depuis le début de 2024, le fédéral a rehaussé le plancher monétaire exigé aux futurs étudiants étrangers, à 20 700 $ alors qu’il était de 10 000 $ auparavant.

En entrevue, le ministre de l’Immigration Marc Miller a indiqué que l’idée de bourses nécessiterait une « discussion à avoir pour s’assurer que ça soit bien fait », mentionnant notamment un bon accueil au pays par les institutions francophones.

« Je n’ai rien à annoncer pour l’instant, mais vous êtes sur une bonne piste. On regarde ça », a commenté le ministre Marc Miller lors d’un entretien téléphonique.

Le ministre se dit conscient que les établissements francophones attirent moins d’étudiants internationaux que leurs confrères anglophones et donc qu’il y a « une question d’équité et d’équilibre » à atteindre.

« C’est clair que quand l’on parle de l’Afrique, il y a des questions de capacité financière. Ce n’est pas tout le monde (qui est) dans la haute classe moyenne, où on va piger des gens, en Inde par exemple. Ce bassin n’existe pas forcément en Afrique de l’Ouest où il y a une forte proportion francophone », concède-t-il.

L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) estime que l’idée de bourses faciliterait le fait d’étudier en français hors Québec, car « dans certains de nos bassins, l’argent n’est pas autant disponible que dans d’autres pays », souligne le directeur de la recherche stratégique à l’ACUFC, Martin Normand.

« L’autre avantage serait que le Québec est très présent dans le marché étranger pour attirer les étudiants dans ses institutions francophones et il y a des mesures en place pour les attirer comme des réductions de frais de scolarité (…). Donc un programme de bourses pour la francophonie canadienne, ça rendrait nos établissements plus compétitifs. »

Étudiants étrangers : pas de plafond, souhaitent les établissements francophones

Depuis plusieurs semaines, Marc Miller laisse entendre que le fédéral imposera un plafond sur le nombre de permis d’études internationaux. Radio-Canada rapportait mercredi que le fédéral envisage cette mesure notamment en Ontario après que la dernière année a été marquée par plusieurs histoires d’abus et de fraudes comme de faux permis d’études délivrés par de faux agents étudiants.

Il ne prévoit pas d’exemptions possibles pour les institutions francophones, mais s’estime ouvert à des alternatives.

« Je ne dirais pas ‘pas de limites’, car il y a eu des abus. Je ne contrôle pas les institutions et les instruments dont je dispose au fédéral sont somme toute assez bruts. Ça veut dire : on ouvre et on ferme la vanne. Je suis prêt à regarder des voies où les institutions d’expression française puissent avoir accès à ces gens-là. Je n’ai pas d’annonce à faire là, mais c’est une piste de solution », témoigne-t-il.

Les 22 collèges et universités francophones hors Québec aimeraient que leurs étudiants internationaux soient exemptés d’une telle mesure. L’ACUFC justifie que le rôle de ses membres est mentionné dans la politique en immigration francophone dévoilée plus tôt cette semaine par Ottawa.

Le campus de l'Université d'Ottawa. Archives ONFR+
L’Université d’Ottawa pourrait être l’une des nombreuses institutions de l’Ontario à se voir imposer un plafond sur son nombre d’étudiants étrangers. Archives ONFR

La stratégie parle de « maximiser » la venue d’étudiants internationaux francophones, leur faciliter l’accès à la résidence permanente, la bonification des programmes en place et établir comme objectif d’augmenter année après année la proportion et le nombre de permis d’étude pour ceux souhaitant étudier en français.

« On verrait qu’il y a comme une contradiction si, d’une part, il y avait un plafond imposé aux candidats francophones admis dans les institutions de la francophonie canadienne et, d’autre part, il y avait une autre politique qui encourage la venue d’étudiants francophones au Canada. Il ne faut pas se retrouver avec des politiques publiques contradictoires », avance le directeur de la recherche stratégique à l’ACUFC, Martin Normand.

Mais le ministre Marc Miller reconnait que les problématiques autour du recrutement d’étudiants ne proviennent généralement pas de pays francophones.

Par exemple, en 2022-2023 (sur période de 16 mois), l’Université d’Ottawa se classait au 27e rang des établissements postsecondaires en Ontario ayant délivré le plus de permis d’étude avec près de 3700, bien qu’elle soit la troisième plus grosse université en termes de population étudiante dans la province. D’autres institutions bilingues ou francophones, comme l’Université Laurentienne, le Collège Boréal ou encore La Cité, oscillaient entre 586 et 1775 permis d’études délivrés, au bas de la liste des institutions postsecondaires ontariennes.

« Ayant des instruments bruts (le nombre de permis d’étude), c’est toujours difficile, mais c’est clair qu’il faut privilégier les gens qui parlent français », soutient Marc Miller.

Carnaval, polar et musique

Si de nombreux artistes francophones se réunissent à Ottawa ces jours-ci pour la 43e édition de Contact ontarois, d’autres événements culturels viendront ponctuer la semaine un peu partout dans la province. Au menu : une communauté qui se réunit, un micro ouvert multidisciplinaire, un concert aux chandelles, une discussion littéraire et un slameur qui revient à la maison.

Micro ouvert… en français

Les soirées Franc’Open Mic reprennent au Free Times café de Toronto dès ce soir. Les artistes de la ville reine, qu’ils soient amateurs ou professionnels et peu importe l’art vivant qu’ils pratiquent, sont invités à monter sur les planches pour des performances d’une dizaine de minutes. Un thème est suggéré à chacune de ces soirées mensuelles. Pour janvier, les participants sont invités à créer autour du thème de l’eau. L’inscription des artistes se fait à 19 h 30 et le spectacle commence à 20 h.

Franc’Open Mic est la première scène ouverte francophone de Toronto. Crédit image : Marc Lemyre

Toronto, le 18 janvier. Détails sur la page Facebook de l’événement.

L’Association des auteurs et auteures de l’Ontario français (AAOF) propose une nouvelle Croisée des mots ce mardi. Dans ces rencontres virtuelles, l’animateur Hugues Beaudoin-Dumouchel s’entretient avec des auteurs pour parler de certaines de leurs œuvres. Cette fois, c’est le dramaturge Claude Guilmain qui se prête à l’exercice. Il sera question de son premier roman, Welsford, paru aux éditions Prise de parole en septembre dernier. Le développement des banlieues torontoises dans les années 70 est au cœur de ce polar, alors que le narrateur se retrouve à enquêter sur des ossements découverts sous la piscine de ses voisins d’enfance.

Claude Guilmain est connu pour ses documentaires et ses pièces de théâtre. Welsford est son premier roman. Crédit image Claude Guilmain : Aurélien Muller. Source couverture Welsford : AAOF

Virtuel, le 23 janvier. Détails sur le site de l’AAOF.

Yao de retour à Orléans

Dans les 18 derniers mois, il a présenté son spectacle près de 80 fois, dans une dizaine de pays différents. Mais Yao n’était pas monté sur la scène du théâtre Richcraft au Centre des arts Shenkman depuis 2019. Dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, il affirme être heureux de revenir « à la maison ». Le 25 janvier, le spectacle Kintsugi, la beauté dans le chaos réunira quatre musiciens qui mélangeront les styles soul, funk et slam. C’est l’autrice-compositrice-interprète Woodney Pierre qui assurera la première partie.

Yao au gala Trille Or 2023. Crédit image : Maxime Delaquis

Ottawa, le 25 janvier. Détails et billets sur le site du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO).

De cordes et de chandelles

Un nouveau quatuor à cordes se produira sur scène pour la toute première fois ce vendredi. Le Quatuor Alliance est composé de musiciens reconnus et primés, comme la violoniste Mayumi Seiler, ancienne élève de l’Alliance française Toronto, qui a eu l’idée de cette formation. À ses côtés, elle a recruté une autre violoniste, Min-Jeong Koh, la violoncelliste Rachel Mercer et l’altiste Rémi Pelletier. Ce dernier ne sera toutefois pas du concert de cette semaine en raison d’une blessure. Il sera remplacé par Hezekiah Leung.

Pour ce concert inaugural, le Quatuor alliance installera une ambiance feutrée avec un spectacle éclairé aux chandelles. Les musiciens interpréteront des pièces de Ravel, de Beethoven et du compositeur canadien contemporain Stefan Hintersteininger. L’événement aura lieu au Théâtre Spadina de l’Alliance française Toronto.

Le Quatuor alliance : Mayumi Seiler, Min-Jeong Koh, Rémi Pelletier (sera absent vendredi) et Rachel Mercer. Crédit image : Salvador Aguilar Estrada

Toronto, le 19 janvier. Détails et billets sur le site de l’Alliance française Toronto.

Profiter de l’hiver dans l’Est ontarien

Le Carnaval d’Embrun débutera ce vendredi et se poursuivra jusqu’au 28 janvier. Les premières journées proposent des films et spectacles pour les enfants (Rosette la mouffette et Kalimba), alors que les adultes pourront participer à une soirée de jeu-questionnaire en français. Darts, billard, quilles, hockey, bingo ou ateliers de cuisine, les activités seront multiples pendant les 10 jours de l’événement.

Le bonhomme carnaval d’Embrun lors d’une édition précédente. Gracieuseté Association des Loisirs Communautaires d’Embrun

Embrun, du 19 au 28 janvier. Détails sur la page Facebook de l’Association des Loisirs Communautaires d’Embrun.

Les Raptors se séparent de leurs deux joueurs camerounais francophones

TORONTO – Les Raptors de Toronto ont officialisé mercredi soir le transfert de Pascal Siakam aux Pacers de l’Indiana. Pour valider la transaction, ils ont en plus coupé le jeune pivot Christian Koloko en proie à des problèmes de santé. Coup dur pour la présence francophone de la franchise NBA de l’Ontario.

Les tentatives d’échange de Pascal Siakam du côté de la direction torontoise ne datent pas d’hier puisque nous les avions relatées déjà cet été. Il aura finalement fallu attendre quelques mois de plus, le 17 janvier, pour que le départ de l’ailier vedette se matérialise.

Mercredi après-midi, les rumeurs d’un accord proche entre les Raptors et les Pacers se sont intensifiées et le transfert a finalement été annoncé par Adrian Wojnarowski d’ESPN en fin d’après-midi, avant d’être officialisé après la rencontre face au Heat remportée 121-97. 

Les dirigeants des Raps, Masai Ujiri en tête, étaient réticents à l’idée d’offrir un contrat maximum à leur vedette camerounaise. En concertation avec le joueur et ses représentants, ils ont décidé de lui offrir une porte de sortie vers une équipe compétitive qui aura les moyens de le payer à sa juste valeur cet été. 

Très attaché au français

Au-delà de l’aspect sportif et financier, les Raptors perdent un véritable ambassadeur de la langue française auprès des médias et du grand public. Il est très rare dans le sport professionnel canadien hors Québec, surtout dans les ligues majeures nord-américaines à très grande majorité anglophone, de pouvoir échanger régulièrement avec un joueur vedette qui, non seulement parle français, mais surtout a la volonté de le faire. 

Le Camerounais était toujours soucieux d’accorder du temps aux questions en français dans toutes ses conférences de presse. Il avait même demandé expressément cette année que les journalistes francophones – qui n’ont plus accès aux vestiaires depuis le nouveau règlement post-COVID 19 – soient présents s’il était interrogé en dehors du cadre des interventions protocolaires en salle de presse.

Pascal Siakam était aussi très impliqué au sein de la communauté torontoise à travers sa fondation PS43. Selon Michael Grange de Sportsnet, il devrait maintenir ses œuvres de charité dans la Ville Reine à l’avenir. Il sera de retour sous ses nouvelles couleurs jaune et bleu des Pacers, le 14 février à l’aréna Banque Scotia.

En échange de Siakam, Toronto récupère trois joueurs : Bruce Brown, Jordan Nwora et Kira Lewis via les Pelicans de la Nouvelle-Orléans, en plus de trois choix de repêchage de premier tour (deux en 2024 et un en 2026). 

Christian Koloko libéré

N’ayant qu’une seule place supplémentaire de libre au sein de son effectif, la franchise torontoise a dû faire de la place pour accueillir ces trois nouvelles têtes. C’est un nouveau coup dur pour la francophonie au sein de l’équipe, puisque c’est le jeune Camerounais Christian Koloko qui a été coupé, après le match face au Heat de Miami, pour officialiser l’échange. 

La situation de Koloko était déjà très inquiétante depuis juillet dernier. Absent de la ligue d’été en raison de problèmes respiratoires, le jeune centre n’a plus remis le pied sur un terrain depuis, en dehors de quelques exercices légers au centre d’entraînement.

De plus, le club est resté très silencieux sur l’évolution de sa santé, n’offrant aucune mise à jour. Le fait qu’il soit libéré laisse présager le pire sur la suite de sa carrière, même si pour l’instant rien n’a officiellement été annoncé. Que ce soit sur les terrains de basket ou non, tout ce que l’on peut souhaiter à Christian Koloko, avant tout, c’est de retrouver la santé.

Des bourses de 30 000 $ pour la formation d’enseignants francophones

TORONTO – Trois associations d’enseignants franco-ontariennes lancent un projet pilote inédit : le Programme de bourses en enseignement. Un total de 40 bourses d’une valeur de 30 000 $ chacune est disponible pour couvrir les frais de scolarité, un incitatif dans un contexte de pénurie francophone criante. Les candidats ont jusqu’au 29 février, soit six semaines, pour s’inscrire en ligne.

L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO) et l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) ont officiellement lancé ce lundi cette nouvelle bourse en enseignement, une initiative financée par Patrimoine canadien, ministère fédéral.

Le programme, qui s’adresse à deux types de profil, vise à la fois à : inciter les francophones intéressés par l’enseignement à se former, et également encourager les personnes qui enseignent, ou qui ont enseigné de façon intérimaire, à pouvoir accéder à un poste permanent titularisé, en poursuivant ou à complétant leurs études en enseignement en français dans la province.

La somme de 30 000 $ permettra ainsi de couvrir les deux années de formation requises ainsi que d’autres dépenses liées à la formation à l’enseignement. Les universités partenaires sont l’Université d’Ottawa, l’Université laurentienne et l’Université de l’Ontario français.

En contrepartie, les nouveaux diplômés ont alors l’obligation, post graduation, de s’acquitter d’un minimum de deux ans d’enseignement dans un conseil scolaire francophone de l’Ontario.

Selon Yves Lévesque, le directeur général de l’AFOCSC, il est nécessaire de trouver des alternatives innovantes pour pallier la pénurie d’enseignants francophones : « Les enseignants actuels non diplômés sont dans une situation précaire et, d’une année à l’autre, ne sont jamais assurés d’être renouvelés pour le même poste. »

« Pour ceux qui travaillent déjà, plusieurs options sont offertes par les trois universités, dont celle de suivre le curriculum à distance, ce qui permet de rester en poste dans le même temps. Les nouvelles « recrues » qui ne sont pas déjà à l’emploi d’un conseil scolaire ont accès au programme à temps plein avec leur éducation subventionnée », développe-t-il.

Vers un enseignement francophone plus qualifié

Selon la directrice générale de l’ACEPO Isabelle Girard, une main-d’œuvre qualifiée assurera la relève d’une éducation de qualité : « Malgré des résultats scolaires standardisés francophones supérieurs aux anglophones, il est important qu’on ait des enseignants formés dans les classes. Ce niveau doit se maintenir voire s’améliorer d’une année à l’autre. »

Elle explique que ce programme viendra également en aide à des enseignants, ou enseignants en devenir, qui n’ont pas les moyens financiers de se lancer dans le cursus universitaire : « Le bassin francophone qui s’oriente dans les cursus d’enseignement est très différent du bassin anglophone constitué, la plupart du temps, de jeunes étudiants à la charge de leurs parents. Dans le premier cas, il peut souvent s’agir d’adultes plus mûrs qui ont des responsabilités financières et se réoriente en seconde carrière professionnelle. »

« L’initiative que nous lançons représente une action concrète pour agir sur la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans nos écoles de langue française en province. Elle offre une opportunité unique aux personnes éligibles de développer leurs compétences pédagogiques et de progresser dans leur carrière en enseignement en devenant un enseignant qualifié au sein des écoles de langue française de l’Ontario », ont conjointement déclaré Anne Vinet-Roy, présidente de l’AEFO, Anne Marie Gélineault, présidente de l’ACÉPO, Johanne Lacombe, présidente de l’AFOCSC.

M. Lévesque rappelle que le gouvernement ontarien avait lancé une subvention similaire à plus grande échelle en mars 2022 à l’intention des étudiants qui s’engagent dans des programmes de soins infirmiers et d’ambulanciers paramédicaux.

« On espère que cette nouvelle dotation de bourses sera reconduite l’année suivante et qu’elle prendra encore davantage d’ampleur par la suite, voire même, une participation du gouvernement provincial », conclut-il.

L’industrie du spectacle se réunit à Contact ontarois

OTTAWA – La 43e édition de Contact ontarois a officiellement été lancée mercredi soir. Jusqu’à samedi, les artistes, leurs agents et les diffuseurs se réunissent dans le cadre de cet événement de réseautage et de vitrines qui donne le ton à l’année culturelle en Ontario francophone. Cette année, Contact ontarois mise sur la simplicité et l’accessibilité, entre autres avec un slogan direct : Contact ontarois, le marché du spectacle de l’Ontario français.

Si certains espèrent remporter un prix au gala de clôture, qui leur ouvrira les portes des salles de spectacles, des membres de l’industrie ont déjà été récompensés lors du cocktail d’ouverture.

Le cocktail d’ouverture, à l’hôtel Marriott d’Ottawa, mercredi soir, a donné le coup d’envoi à l’événement. Crédit image : Réseau Ontario

Quelques activités ont eu lieu dans la journée de mercredi pour les participants de Contact ontarois, arrivés à l’hôtel Marriott d’Ottawa la veille. Mais c’est au cocktail d’ouverture que le ton a réellement été donné.

Les prix Product’Or saluent « les producteurs avec lesquels il a été le plus agréable de travailler et qui ont démontré une ouverture d’esprit face aux réalités de la diffusion en Ontario lors de la saison 2022-2023 ». Dans la catégorie grand public, c’est David Ouellet de Rosemarie Records qui a reçu le prix Product’Or pour la tournée du groupe de jazz manouche Damoiseaux. Du côté jeunesse, le prix a été remis à Jean-Marc Dionne de Prestigo pour la tournée d’Éric Leclerc. Le magicien franco-ontarien présentera également la nouvelle version de son spectacle lors des vitrines jeunesse secondaires, qui se tiendront à l’École secondaire publique De La Salle, vendredi matin.

Le prix Francoflamme remercie un diffuseur membre de Réseau Ontario pour son engagement exceptionnel envers les artistes franco-ontariens lors de la précédente saison. Cette année, le prix a été remis ex aequo à La Clé de la Baie de Penetanguishene et à la Maison de la francophonie d’Ottawa. Ces deux organismes seront donc inscrits gratuitement à l’édition 2025 de Contact ontarois.

Finalement, le bénévole Jean-Claude Legault s’est vu décerner une reconnaissance de la part de la Compagnie des Cent-Associés francophones afin de souligner son engagement important dans la région d’Ottawa et au sein de Réseau Ontario.

Des premières vitrines variées

Les vitrines sont des présentations d’une vingtaine de minutes par le biais desquels les artistes tentent de convaincre les diffuseurs de programmer leur spectacle dans la prochaine saison.

Contact ontarois comporte trois soirs de vitrines grand public, deux matinées de vitrines scolaires et une séance de présentations éclairs, où les artistes ont 10 minutes au lieu de 20 pour convaincre les diffuseurs.

Pako a été le tout premier à présenter sa vitrine à Contact ontarois 2024. Crédit image : Rachel Crustin

C’est l’auteur-compositeur-interprète de Manawan, Pako, qui a brisé la glace mercredi soir, au théâtre Richcraft du Centre des arts Shenkman. En entrevue avec l’animatrice des vitrines grand public, Anne Gutknecht, celui qui chante en atikamekw a expliqué que sa langue se perd, et que les enjeux que peuvent ressentir les Franco-Ontariens face à l’influence de l’anglais, sa communauté les vit à une autre échelle, avec l’influence des deux langues officielles du Canada.

La Néo-Brunswickoise Maude Sonier a ensuite feutré l’ambiance avec ses chansons à histoires, inspirées de Miramichi. La foule a très positivement réagi à celle qui doit sa présence au prix Réseau Ontario qu’elle a remporté lors du Festival international de la chanson de Granby.

Michel Lalonde revient sur près de 60 ans de carrière. Crédit image : Rachel Crustin

Le vétéran Michel Lalonde semble toujours aussi heureux de chanter et c’est contagieux. Les gens dans la salle se sont mis à taper des mains, dès les premières secondes de cette troisième performance de la soirée. Des images d’archives défilaient derrière celui qui propose un spectacle rétrospectif de sa carrière musicale bien remplie. Un parcours qu’il relate avec la loquacité d’un conteur et qui provoquait des éclats de rire dans la salle du Centre des arts Shenkman.

C’est en groupe que ce sont présentés Miro et ses quatre musiciens. Le Québécois affirme que son troisième album a été écrit avec l’objectif de le laisser prendre tout son envol en spectacle. Il raconte que c’est un projet collectif qui met les amitiés en avant, et ça paraît sur scène. Mention spéciale à la bassiste Gabrielle Gélinas et à son énergie débordante.

Miro a lancé son troisième album, Géant, en novembre 2023. Crédit image : Rachel Crustin

Les Ottaviens de Moonfruits ont ensuite fait voyager les spectateurs dans leur village imaginaire pour nous donner un avant-goût de leur prochain album francophone, Réveil, qui sera la suite de Ste-Quequepart, paru en 2017. Un album inspiré de l’actualité, du mystère et de la magie, selon Kaitlin Milroy, la moitié féminine (et anglophone parfaitement bilingue) de Moonfruits. Le duo se prépare maintenant à s’envoler pour l’Irlande pour une autre vitrine, cette fois à l’événement folk Your Roots Are Showing, où ils présenteront leur album anglophone Salt.

Cette première soirée de vitrines grand public s’est terminée avec le duo de country féminin Sugar Crush. Pour l’occasion, Joanie Charron et Marie-Soleil Provost se sont entourées d’un groupe complet de musiciens. Les Ottaviennes espèrent séduire les diffuseurs pour pouvoir présenter leur EP Pause sur les routes de l’Ontario.

Joanie Charron et Marie-Soleil Provost en entrevue après leur performance. Crédit image : Rachel Crustin

La 43e édition de Contact ontarois se poursuit jeudi matin avec les vitrines jeunesse élémentaires, présentées à l’auditorium de l’École secondaire publique De La Salle. Deux autres soirées de vitrines grand public restent accessibles à ceux qui voudraient faire des découvertes artistiques, jeudi et vendredi soir, au Centre des arts Shenkman.  

Margaret Atwood, honorée par la France, est nommée Commandeur des Arts et des Lettres

OTTAWA – Ce mercredi 17 janvier, la romancière francophile Margaret Atwood s’est vue décerner le titre honorifique de Commandeur des Arts et des Lettres par le ministère de la Culture en France. C’est l’ambassadeur français Michel Miraillet qui lui a remis la plus haute médaille, lors d’une cérémonie à l’ambassade de France à Ottawa.

Le titre de Commandeur est une distinction prestigieuse qui reconnaît les contributions exceptionnelles d’individus dans le domaine des arts et de la culture.

Margaret Atwood est connue pour ses œuvres internationales telles que La servante écarlate, Captive ou encore Les testaments. Elle a publié plus de 50 livres de fiction, de nouvelles et même de la poésie, le tout traduit dans de nombreuses langues.

Originaire d’Ottawa, Mme Atwood aborde la condition des femmes et plaide en faveur de l’égalité des genres depuis de nombreuses années. Elle n’hésite pas à prendre la parole – notamment sur X (anciennement Twitter) – pour dénoncer les injustices. À travers des chroniques dans les médias, elle s’exprime volontiers sur la démocratie, l’économie, la politique et l’environnement.

Avec cette décoration, la République française reconnaît « la contribution aux Arts et Lettres de Margaret Atwood en tant que poète, romancière et critique ».

L’Ambassadeur de France Michel Miraillet avec Margaret Atwood et Edith Dumont, lieutenante-gouverneure de l’Ontario. Crédit image : Ambassade de France 

Par communiqué de presse, le ministère de la Culture française justifie son choix en expliquant : « (…) par son souci des autres et de notre terre, son intelligence à aborder les problèmes de notre temps, et la reconnaissance mondiale qui vient témoigner de la pertinence de son œuvre et de ses combats. »

L’ordre des Arts et des Lettres

Créé en 1957 pour récompenser ceux qui se sont distingués par leur créativité, leur rayonnement artistique et leur engagement culturel, le grade de Commandeur est l’un des trois niveaux de distinction au sein de cet ordre.

Les autres étant Chevalier et Officier, être nommé Commandeur est donc un signe particulièrement élevé de reconnaissance de la part des autorités françaises.

Cette reconnaissance octroie un rayonnement mondial et représente l’estime de la France envers le talent et l’engagement de Margaret Atwood dans le secteur artistique.

Par voie de presse, Mme Atwood s’est dite ravie de cet honneur tout en rappelant son lien avec la langue française. « Je lis depuis longtemps la littérature française et j’ai des ancêtres français. J’ai écrit certains de mes livres en partie lorsque je vivais en France. C’est donc très significatif pour moi. »

Seulement une cinquantaine de personnes peuvent recevoir le titre de Commandeur des Arts et des Lettres chaque année. Depuis l’existence de cet ordre, des personnalités telles que Marcel Pagnol, Bob Dylan, Charles Aznavour, Bono, Sean Connery ou encore Elizabeth Taylor ont été récompensées.

25 ans plus tard : l’impact des fusions de municipalités sur les francophones

Vous souvenez-vous des fusions de municipalités en Ontario? Cette réforme de la fin des années 1990 sous l’égide du gouvernement conservateur de Mike Harris, dans le contexte de la « Révolution du bon sens », a notamment relégué des villages francophones à de simples circonscriptions ou quartiers, entraînant une diminution significative de leur visibilité et poids politique. Presque 25 ans après, les conséquences sur la minorité francophone n’ont jamais vraiment été établies. Plusieurs experts et figures politiques de l’époque parlent d’une dilution de la francophonie.

Porté par un mandat renouvelé, le gouvernement conservateur dévoile en 1999 son ambitieux plan de restructuration des municipalités régionales à deux niveaux. Hamilton-Wentworth, la cité de Toronto, Ottawa-Carleton et Sudbury se retrouvent, entre autres, au cœur de cette réorganisation majeure, indique Serge Dupuis, dans un rapport intitulé Progrès, résistances et opportunités : le bilinguisme municipal dans le Grand Sudbury, publié en 2023.

Une loi visant à rationaliser le nombre de politiciens et de fonctionnaires municipaux est alors annoncée en première ligne : la Loi de 1999 réduisant le nombre de conseillers municipaux. Il y a un quart de siècle, cette décision avait pour but de réaliser des économies substantielles.

Même si le bilan est un exercice maintes fois qualifié de difficile, il n’empêche que la situation des francophones semble avoir été – en partie – affectée et, à d’autres égards, favorable, dans ces unions.

De nombreuses lois ont été adoptées pour préciser davantage les fusions à travers la province. Entre 1998 et 2002, des amalgamations ont été observées dans l’ensemble de l’Ontario (lois de 1999 sur la ville d’Ottawa, sur la ville du Grand Sudbury, sur la ville de Norfolk, Loi de 2001 sur la fusion des municipalités…).

Denis Vaillancourt était, à cette époque, directeur de l’éducation au Conseil des écoles séparées catholiques de langue française de Prescott-Russell et du Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien. Il a notamment été témoin du renouveau dans la gestion des conseils scolaires francophones en Ontario. D’après lui, l’amalgamation des municipalités qui s’est déroulée en parallèle a eu pour effet « la dilution de la francophonie ».

Vanier est un exemple évident de cette perte de contrôle, suggère Francine Charlebois. Aujourd’hui installée à Clarence-Rockland dans l’Est ontarien, elle est née à Vanier en 1954. Lors de la fusion des municipalités, elle vivait à Gloucester qui a également fusionné avec Ottawa.

« On avait un meilleur contrôle parce qu’on était une petite municipalité »
— Guy Cousineau, ancien maire de Vanier

« Vanier était un gros village franco-ontarien. Enfant, tout ce qui m’entourait était en français », se souvient-elle.

À presque 70 ans, cette Franco-Ontarienne est d’avis que les choix faits par la Ville d’Ottawa, au cours des 25 dernières années, pour le quartier de Vanier n’ont pas toujours pris en compte les intérêts de la population majoritairement francophone.

« Le gouvernement municipal de Vanier devait défendre les intérêts de la communauté. Je suis convaincue que nous n’aurions jamais été contraints d’accueillir le mega-abris de l’Armée du Salut dans notre communauté déjà désavantagée, par exemple. »

Denis Vaillancourt était au coeur de la gestion des écoles francophones en 1998 et 1999. Gracieuseté

Deux décennies après les fusions, Denis Vaillancourt estime d’ailleurs que Vanier, « avec peine et misère, tente de préserver son identité. Il est évident qu’il y a eu, selon moi, une certaine dissolution de notre francophonie locale, un phénomène que l’on constate également dans les comtés de Prescott et Russell », croit-il.

Une représentation francophone quasi nulle

« On a perdu le contrôle de notre francophonie, on a perdu le bout du bâton », soupire Mme Charlebois.

Ancien et dernier maire de Vanier, Guy Cousineau se souvient bien de la fusion des municipalités. « Nous ne pouvions rien empêcher. On avait un meilleur contrôle parce qu’on était une petite municipalité et puis on avait une bonne représentation pour prendre les bonnes décisions. »

« Lorsque c’était Vanier, tout se déroulait en français », reprend-il. « Nos réunions se déroulaient en français, mais on pouvait aussi accommoder les anglophones. Les deux communautés ont toujours été très bien servies à Vanier. Aujourd’hui, beaucoup des employés à la Ville d’Ottawa sont unilingues anglophones. »

« Avec cette fusion, on a perdu un peu de notre unité, de notre sentiment d’appartenance »
— Diane Doré, ancienne conseillère municipale de Vanier

M. Cousineau n’a aucun souvenir de plaintes concernant les services en français dans le temps où il était le maire. Bien qu’il reconnaisse le travail de Stéphanie Plante, conseillère municipale du quartier Rideau-Vanier et de son prédécesseur Mathieu Fleury, il exprime des regrets quant à la représentation actuelle du quartier, soulignant que la communauté ne dispose désormais que de Mme Plante pour la représenter.

Même son de cloche pour Diane Doré, ancienne conseillère municipale de Vanier, aujourd’hui présidente de la Fondation Pauline Charron. « À ce moment-là (en 1999), nous étions cinq conseillers municipaux, alors clairement, la dynamique n’est plus la même », suggère-t-elle.

« Le poids politique a changé radicalement. Le contact que le conseiller municipal avait avec sa population était beaucoup plus important et personnel. Tandis que là, on se retrouve dans une foule d’une population d’un million. »

« L’offre active et la confiance des francophones en a souffert »
— Sonia Inkster, résidente de Sudbury

Selon les dires de Mme Doré, les personnes âgées francophones sont également touchées, ayant moins d’aisance à s’exprimer en anglais. Elle souligne que l’accès à un service municipal en français à la Ville d’Ottawa n’est plus aussi facile qu’à l’époque de Vanier.

« Cette fusion a entraîné – un peu – une perte de notre unité et de notre sentiment d’appartenance. Cependant, les associations de Vanier s’efforcent activement de réunir la communauté francophone. »

Une perte de vitesse pour l’avenir des francophones

Ailleurs dans la province, comme à Sudbury, Sonia Inkster affirme avoir vu sa municipalité changer. Dans l’amalgamation de Sudbury, nous retrouvions alors les villes de Capreol, Onaping Falls, Nickel Centre, Rayside-Balfour, la cité de Valley East et Walden.

« L’offre active et la confiance des francophones en a souffert », estime-t-elle. « Dans les magasins, la moitié des employés étaient francophones dans les années 1970, mais par la fin des années 1990, c’était une belle surprise d’entendre quelqu’un s’exprimer en français en public. »

Sonia Inkster a quitté le Grand Sudbury en 2002, à la suite des fusions, et y est retournée quelques années plus tard en 2015. Selon ses observations, d’importants changements ont eu lieu dans le transport en commun, le système de santé, l’accès au gouvernement local et même dans les services en français.

« Les petites villes ont vu leur autonomie diminuer, une partie de leur identité s’effacer, mais également un accès réduit aux services de santé, à l’éducation et aux activités récréatives. »

Diane Doré, conseillère municipale de Vanier avant sa fusion avec Ottawa. Gracieuseté

Dans la même veine, Diane Doré exprime sa frustration en soulignant qu’« au début, nous avions notre propre plan d’urbanisme, nous maîtrisions nos infrastructures et nos services. Aujourd’hui, c’est presque comme si nous étions devenus un dépotoir. Alors, comment pouvons-nous nous sentir considérés? »

D’après Luc Turgeon, professeur agrégé d’études politiques à la faculté des Sciences sociales de l’Université d’Ottawa, vers la fin des années 1990, les recommandations d’un rapport qui ont conduit aux fusions municipales préconisaient initialement de déclarer bilingue la Ville d’Ottawa. « Cependant, cette proposition n’a pas été concrétisée, et M. Harris ne l’a pas intégrée dans la législation, ce qui a posé problème pour la communauté francophone. »

L’ancien maire Cousineau se rappelle que « le gouvernement Harris avait pris en compte toutes les recommandations dans cette fusion, sauf la reconnaissance officielle du bilinguisme de la Ville ».

Guy Cousineau lorsqu’il était le maire de Vanier. Gracieuseté

En 2001, la municipalité a adopté une politique sur le bilinguisme et en 2017, la province lui a emboîté le pas, bien que cette loi s’en remette aux règlements adoptés par la Ville d’Ottawa.

Si cette politique municipale sur le bilinguisme a permis à certaines parties de la ville d’instaurer des services en français, dans le quartier de Vanier, la solide identité francophone préexistante a quelque peu disparu au cours du processus de fusion, explique M. Turgeon.

Des objectifs ratés dans la fusion des municipalités

Selon lui, les amalgamations ont changé la donne politique dans les grandes villes. « Les centres étaient plus à gauche et la banlieue était plus conservatrice. Ça faisait l’affaire de M. Harris, en quelque sorte. »

« D’ailleurs, l’ancien maire de Toronto Rob Ford n’aurait peut-être pas été élu avant les fusions municipales. On a fait en sorte que la culture politique des villes est devenue légèrement plus conservatrice parce que, dans certains cas, on a même ajouté des zones rurales. On oublie qu’Ottawa est énorme en superficie. »

M. Turgeon explique que la taille des budgets des municipalités n’a pas du tout diminué, mais au contraire, a augmenté.

Fleury
Mathieu Fleury est chef de l’administration de la Ville de Cornwall; il a été conseiller municipal pendant 12 ans à Ottawa. Crédit image : Archive ONFR

D’après Mathieu Fleury, ancien conseiller municipal de la Ville d’Ottawa, les fusions municipales étaient impopulaires, mais d’un autre côté, si on regarde l’Ouest d’Ottawa, les quartiers comme Kanata ou Nepean peuvent maintenant jouir de plusieurs écoles francophones. « Sans la fusion, on constate que l’on n’aurait jamais eu de services en français dans les bibliothèques ou dans les centres de loisirs. »

Cependant, la réduction des coûts ou des employés municipaux, comme le prévoyait cette réforme, n’a pas vraiment eu lieu. « Ce qui demeure, c’est qu’il y a des enjeux de gouvernance et de financement. Plus que jamais, les villes sont en compétition les unes contre les autres », croit-il.

Outre le fait français, aujourd’hui encore, la fusion des municipalités soulève toujours les mêmes questions. Ces réformes ont-elles réellement abouti à des économies?

Selon Mathieu Fleury, la non-atteinte des objectifs par l’ancien gouvernement conservateur s’explique peut-être par le fait que les réformes n’ont pas anticipé les évolutions sociétales à venir. Il souligne l’émergence de nouveaux domaines, tels que les aspects technologiques et l’accessibilité, ainsi que le transfert de responsabilités provinciales devenues municipales.

Cette constatation met en lumière le fait que la fusion des municipalités, au lieu d’atteindre les objectifs initiaux, a en réalité, empêché les communautés francophones de s’autogérer.

Révision de la politique sur les services en français de Sudbury : une ébauche présentée au conseil

SUDBURY – C’est mardi soir qu’a été présentée l’ébauche de la nouvelle politique sur les services en français devant les membres du conseil municipal de Sudbury. Cette approche, qui se veut une modernisation de la politique de 2001, serait centrée sur l’offre active de services en français.

Commandée par l’ancienne formation du conseil municipal de la ville en avril 2022, cette révision de la politique des services en français intervient peu après le 50e anniversaire de la règlementation officielle de ces services et la sortie d’un rapport révélant d’importants reculs en matière de bilinguisme dans la ville.

« La Ville du Grand Sudbury procure des services actifs et utiles en français, en reconnaissance du fait que le français est l’une des langues officielles du Canada et du grand nombre de résidents francophones et bilingues dans notre communauté », décrit l’énoncé politique de ladite ébauche.

La nouvelle politique serait axée sur quatre principes, soit l’offre active en français, l’engagement de consulter activement le public et les partenaires, l’amélioration constante de la réponse aux besoins de la communauté et l’accroissement de la capacité de la Ville et de ses employés à fournir des services en français.

La Ville affirme s’être basée sur d’autres politiques en bilinguisme municipal, comme celles de Moncton au Nouveau-Brunswick et Ottawa, pour la refonte de cette politique, lesquelles valorisent les services de première ligne en français, ainsi que le perfectionnement et la formation du personnel dans les deux langues officielles.

Dans le rapport commandé par l’ACFO du Grand Sudbury, paru le 25 septembre dernier, l’historien Serge Dupuis estimait, justement, que le recul le plus important du bilinguisme de Sudbury concerne la perte du français comme langue de travail. Il s’agissait, selon lui, des conséquences de la fusion municipale de 2001 qui a mené à la perte des acquis d’anciennes municipalités à forte proportion francophone, telles que Val Caron (Vallée Est) et de Chelmsford (Rayside-Balfour).

Parmi les propositions de cette ébauche, on retrouve l’utilisation de l’identification linguistique des postes du Commissariat aux langues officielles du Canada afin d’établir le niveau de connaissance du français exigé par les postes.

Résultats peu encourageants

Afin d’inclure les citoyens dans la discussion précédant l’ébauche, la Ville avait mis à disposition un sondage en ligne dans les deux langues, de septembre 2022 à octobre 2023.

Sur les quelque 243 personnes qui ont choisi d’y participer, 38 % s’identifiaient comme francophones, 25 % comme bilingues et 0,5 % comme francophiles. L’étude des résultats avait démontré que le portail de service à la clientèle (311) et les loisirs étaient les services municipaux les plus consultés par les francophones de la ville.

Sur les 157 membres du personnel ayant répondu à un autre sondage interne, 50 % des employés seraient intéressés à suivre des cours pour améliorer leurs compétences en français. 14 % des employés ont indiqué qu’ils recevaient quotidiennement des demandes de services en français, tandis que 27 % ont indiqué ne jamais en avoir reçu.

La Ville en a profité pour communiquer d’autres informations comme le nombre de visites dans les deux langues du site officiel de la ville. Durant la semaine la plus achalandée de 2022, le site a reçu la visite de 1930 internautes sur la version française du site tandis qu’en anglais, ce chiffre monte à 40 739.

Dans l’une des sous-sections des nouveaux principes de la politique, la ville inscrit la tenue de « campagnes régulières de sensibilisation du public en vue d’informer les résidents de la disponibilité des services en français et de la manière d’y avoir accès ».

En rappel, le Grand Sudbury, qui compte 44 000 francophones, avait accusé un recul de près de 3 % de la proportion de francophones, selon le dernier recensement de Statistiques Canada de 2021. 

Une version finale en avril

L’ébauche sera présentée aux partenaires et aux employés, dont le conseil recueillera les commentaires, puis une deuxième ronde de consultation aura lieu afin d’y apporter d’autres changements.

Une version finale de la politique sur les services en français et un plan d’action connexe sont attendus fin avril prochain, avec un réexamen tous les trois ans. L’application quotidienne de la politique sera assurée par le gestionnaire du Service à la clientèle et des Services du 311, auprès duquel il sera possible d’acheminer des plaintes au sujet de cette politique.

Ottawa annonce de nouvelles mesures pour l’immigration francophone hors Québec

Le gouvernement fédéral a annoncé, mardi, de nouvelles mesures visant à favoriser la venue de nouveaux arrivants francophones hors Québec. Le ministre de l’Immigration Marc Miller soutient même que si les nouvelles mesures fonctionnent, elles permettront peut-être d’augmenter les cibles en immigration francophone.

Le ministre de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) Marc Miller en a fait l’annonce à Caraquet (Nouveau-Brunswick) alors que son gouvernement vient d’adopter au début du mois, sa nouvelle politique en immigration francophone, comme l’exigeait la Loi sur les langues officielles.

Avec celle-ci, le gouvernement affirme vouloir mettre l’accent sur le recrutement à l’étranger, notamment par la venue de travailleurs en provenance de secteurs d’activités spécifiques, afin de pallier les pénuries de main-d’œuvre. La politique aura justement une composante économique alors qu’elle comportera un nouveau programme dédié à l’immigration économique francophone, indique IRCC dans un communiqué.

Comme autres mesures, on mentionne le renouvellement et l’expansion de l’initiative des communautés francophones accueillantes et un nouveau programme d’appui à l’immigration francophone.

En conférence de presse, le ministre de l’Immigration Marc Miller a insisté sur la nécessité de mettre en place « une structure pour s’assurer qu’il y ait une pérennité et non seulement travailler sur le volume ».

« Par le passé, on aurait pu avoir accusé le gouvernement fédéral de ne pas avoir très bien fait sa job pour accueillir les gens d’expression francophone et je pense que la critique serait juste », a-t-il accordé.

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) a salué ces « bons premiers pas dans la bonne direction pour l’immigration francophone ».

« Il y a beaucoup de très bons éléments dans cette politique-là. Ça structure davantage le travail que IRCC va faire en matière d’immigration francophone. Pour nous, la création d’un programme d’immigration économique distinct pour les francophones est aussi une bonne nouvelle », s’est félicitée la présidente de la FCFA Liane Roy.

Miller ouvert à rehausser les cibles

En novembre dernier, le ministre Miller avait annoncé de nouvelles cibles graduelles de nouveaux arrivants francophones hors Québec commençant à 6 % en 2024, pour ensuite monter à 7 % et 8 %, les deux années suivantes. Ce dernier indique que « la mise en place de structures telles que j’ai annoncées aujourd’hui » permettront d’augmenter le volume de candidatures francophones.

« Je n’avais pas cette confiance, en fixant les niveaux pour cette politique, qu’on allait pouvoir passer à 10 et 12 %. Alors je ne voulais pas être crétin, tout simplement. À la fin de cette année, si j’ai cette confiance que la structure est en place et qu’on atteint notre 6 %, je serais prêt à réviser ces nombres-là », a-t-il révélé.

La francophonie canadienne qui militait plutôt pour – au minimum – une cible de 10 % s’était dite déçue, lors de l’annonce d’Ottawa à l’automne. Aujourd’hui, la présidente de la FCFA Liane Roy apprécie qu’il y ait une ouverture de la part du ministre d’aller plus loin dans un avenir rapproché.

« Il faut donner la chance à cette politique-là pour voir comment ça va fonctionner en réalité parce que si ça fonctionne bien, on devrait en principe pouvoir augmenter les cibles », espère-t-elle.

Une étude du Commissariat aux langues officielles concluait que les manquements de la cible fédérale, de 4,4 %, en immigration francophone au cours des deux dernières décennies avaient contribué au déclin du français au pays.

24 communautés francophones accueillantes

Le fédéral augmente également le nombre de villes sélectionnées du programme des communautés francophones accueillantes, qui sont des municipalités ciblées pour accueillir de nouveaux arrivants s’exprimant en français. Lancé en 2018, le programme sera reconduit et ajoutera 10 nouvelles villes alors qu’il en comportait 14 par le passé, notamment Sudbury, Hamilton et Hawkesbury en Ontario. Les communautés en question reçoivent ainsi des fonds pour favoriser l’intégration d’immigrants francophones.

Programme d’appui à l’immigration francophone

Ottawa lance ce nouveau programme qui vise le financement de projets. « Cela comprend la facilitation de la participation des communautés francophones en situation minoritaire aux initiatives de promotion à l’international ainsi qu’à l’accompagnement et au recrutement de candidats d’expression française », a indiqué le ministre.

Le Franco-Ontarien Louis Patrick Leroux nouveau recteur de l’Université Saint-Paul

OTTAWA – M. Leroux succèdera à Chantal Beauvais à la tête de l’établissement bilingue en mars 2024. Axée sur les sciences humaines et sociales, l’Université Saint-Paul est le collège fondateur de l’Université d’Ottawa, avec laquelle elle est fédérée depuis 1965.

Le nouveau recteur de l’Université est réputé pour son goût avancé de l’art. Son curriculum le prouve. Louis Patrick Leroux est le directeur-fondateur du Groupe de recherche montréalais en arts du cirque et chercheur associé à l’École nationale de cirque. En 2017, il a été élu au collège des nouveaux chercheurs, artistes et scientifiques de la Société royale du Canada. Plusieurs distinctions l’honorent et il est l’auteur de plusieurs romans, dont un grand nombre a été publié aux Éditions Prise de parole.

Diplômé de l’Université d’Ottawa, de l’École HEC de Montréal et docteur en théâtre de la Sorbonne-Nouvelle à Paris, ce dramaturge franco-ontarien a fondé le Théâtre Catapulte d’Ottawa en 1992.

Originaire d’Ottawa, M. Leroux était en poste à l’Université de Concordia à Montréal, occupant le poste de vice-doyen de la recherche à la Faculté des arts et des sciences.

« Véritable champion de l’interdisciplinarité et des sciences humaines, et chercheur accompli, Patrick aura un énorme impact en tant que dirigeant universitaire », a déclaré par voie de communiqué la doyenne de l’université Pascale Sicotte.

Ouvrir l’Université Saint-Paul au monde environnant

L’institution comme établissement religieux avait fait preuve d’ouverture en choisissant en 2009 comme rectrice la première femme laïque à sa direction avec Chantal Beauvais.

Perçue comme une école d’apprentissage pour les prêtres, tenue par des oblats, l’Université Saint-Paul a évolué dans son identité. Aujourd’hui, on en parle comme d’une « école de pensée qui mène à une action humanisante, une université pour l’humanité », disait d’ailleurs Mme Beauvais au sujet de l’établissement.

Il y a dix ans, l’Université voulait se repositionner pour répondre à des besoins émergents. Aujourd’hui, elle attire de nombreux étudiants dans les programmes d’études françaises, mais aussi dans les programmes axés sur la justice sociale. Elle compte 1300 étudiants et la population francophone serait passée de 38 % à 50 % ces dix dernières années, selon les données recueillies par Radio-Canada.

Le baccalauréat en relations humaines et spiritualité ou encore le baccalauréat en études de conflit font la popularité de cet établissement qui a parmi ses anciens diplômés la chroniqueuse Rym Ben Berrah, la présidente de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne Soukaina Boutiyeb ou encore le militant Jean-Marie Vianney.

Ottawa a adopté sa nouvelle politique en immigration francophone

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau a adopté, via décret, sa politique en immigration francophone, la rendant ainsi effective de manière immédiate.

Dans un décret du 3 janvier dernier, le gouvernement fédéral annonce la mise en vigueur de cette politique incluse dans le projet de loi C-13, la modernisation de la Loi sur les langues officielles, adoptée en juin 2023. La nouvelle Loi sur les langues officielles comporte encore plusieurs mesures qui restent à être adoptées par voie réglementaire.

Depuis, le fédéral a annoncé de nouvelles cibles en immigration francophone pour 2024, 2025 et 2026. Ottawa espère attirer 6 % de nouveaux arrivants francophones hors Québec pour 2024 et 7 % et 8 % pour les deux années suivantes. Cette politique en immigration francophone sera notamment financée par le Plan d’action sur les langues officielles, qui réserve une somme de 137,5 millions de dollars pour cet enjeu.

Le décret rappelle que la Loi spécifie l’obligation de rattraper le poids démographique des francophones hors Québec à 6,1 %, comme c’était le cas en 1971. Il est actuellement à 3,6 % selon le Recensement de 2021. Cette politique, qui n’existait tout simplement pas dans l’ancienne version de la Loi, comprend notamment des objectifs, des cibles et des indicateurs.

Recruter des enseignants et aller en Afrique

Lors de l’annonce des cibles à l’automne dernier, le ministre de l’Immigration Marc Miller soutenait vouloir « donner un coup de barre » à son ministère avant d’envisager des objectifs plus élevés, comme le demandait la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

« On n’a pas tous les mécanismes en place pour s’assurer qu’on puisse avoir des politiques publiques qui accueillent par exemple les enseignants d’expression francophone, les gens qui viennent de l’Afrique de l’Ouest, des gens qui viennent du Vietnam. Il y a beaucoup de sources qui sont inépuisées », disait-il en conférence de presse le 1er novembre dernier.

« Maintenant, j’ai plus de confiance qu’il y a une couple de mois et j’espère plus dans un an », ajoutait-il.

Dans une déclaration écrite, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a indiqué « travailler présentement sur l’élaboration de cette politique ».

Une étude du Commissariat aux langues officielles révélait que la non-atteinte des cibles en immigration francophone entre 2003 et 2021 avait contribué au déclin du français au Canada et un manque de 120 000 locuteurs du français au pays.

Les données du dernier recensement de 2021 révélaient un déclin du français parlé à l’échelle du pays. On y apprenait que bien que le français soit la première langue officielle parlée d’un nombre croissant de Canadiens, la proportion de francophones a diminué de 2016 (22,2 %) à 2021 (21,4 %).

La dernière saison de La vie compliquée de Léa Olivier débute à TFO

OTTAWA – Le chapitre final de la version télé de La vie compliquée de Léa Olivier débute sur les ondes de TFO ce dimanche.

Amours et amitiés adolescentes sont au rendez-vous dès le premier épisode, qui s’ouvre sur une Léa (Laurence Deschênes) en peine d’amour, qui avale des beignes en rafale en regardant des photos d’Alex (Karl-Antoine Suprice). Pour la sortir de sa torpeur, sa mère l’incite à se trouver un emploi d’été. Rien n’arrive pour rien, et c’est dans la boutique de beignes que Léa sera engagée… et qu’elle reverra Alex en compagnie de sa bonne amie, Jeanne (Marilou Forgues), qui n’est pas au courant que son amoureux a récemment dû « choisir » entre les deux.

Pendant ce temps, la meilleure amie de Léa, Marilou (Léanne Désilets) comprend que ses parents sont en processus de divorce, une nouvelle qu’elle accueillera avec colère et déni.

Léa aurait préféré être habillée autrement qu’en « reine du beigne » pour recroiser Alex et Jeanne. Crédit image : TFO

La série télé La vie compliquée de Léa Olivier a été tournée à Ottawa et réalisée par le Franco-Ontarien Martin Cadotte. Elle est produite par Slalom et Encore télévision, en collaboration avec Club Illico et TFO.

Les trois saisons sont basées sur la série de livres du même nom, écrite par Catherine Girard-Audet. Suffit d’avoir mis le pied dans un salon du livre dans la dernière décennie pour témoigner de l’engouement qu’a suscité cette saga adolescente en 18 tomes. L’univers de La vie compliquée de Léa Olivier a aussi été décliné en bandes dessinées et en histoires dérivées (spin-off) sur d’autres personnages, comme Jeanne, Alex, Marilou et Maude.

Un autre triangle amoureux risque de compliquer la vie de Léa dans cette troisième saison. De gauche à droite, Léa (Laurence Deschênes), Olivier (Justin Simon) et Maude (Émie Thériault). Crédit image : TFO

La troisième saison de La vie compliquée de Léa Olivier sera en ondes à TFO tous les dimanches à midi et 18 h. Il est possible de rattraper les deux premières saisons sur le site web de TFO. La troisième saison sera disponible sur la plateforme payante de Quebecor, Club Illico, plus tard cette année.

Le théâtre d’Ottawa-Gatineau récompensé aux Prix Rideau Awards

OTTAWA – Les 15e Prix Rideau Awards se sont tenus à Ottawa samedi soir. Ce gala vise à récompenser les productions théâtrales locales de la région d’Ottawa-Gatineau dans les deux langues officielles, afin de rapprocher les deux communautés.

C’est la comédie musicale franco-ontarienne Vaches, the musical qui est sortie gagnante de la soirée du côté francophone. L’équipe a remporté trois prix, soit Production de l’année, Texte original (Olivier Nadon et Stéphane Guertin) et Interprétation de l’année pour l’ensemble de la distribution (Constant Bernard, Emma Ferrante, Geneviève Roberge-Bouchard, Maxim David et Stéphane Guertin).

Vaches the musical Ottawa
Les comédiens Maxim David, Geneviève Roberge-Bouchard, Constant Bernard, Emma Ferrante et Stéphane Guertin. Crédit image : Marianne Duval

Cette dernière catégorie a été remportée à égalité avec Marie-Thé Morin pour son solo Intrusions (traduction de Another Home Invasion de Joan MacLeod) et Carol Beaudry pour son rôle dans Art, pièce de la Française Yasmina Reza montée au Théâtre de l’île de Gatineau en mars dernier.

Le prix de la meilleure mise en scène a d’ailleurs été remis à Cyril Cato, également pour Art.

Xénia Gould (à gauche) et Lionel Lehouillier (à droite) dans une répétition de Laitue matinal.e. Crédit image : Catherine Archambault

Dans la catégorie Conception de l’année, c’est Matt Miwa qui a remporté le prix grâce à la scénographie de Laitue matinal.e. Cette pièce écrite par Lionel Lehouillier aborde les sujets de la transidentité et de la langue, en utilisant à la fois le langage shakespearien et l’idée d’un français non genré poussé à bout. L’entièreté de l’équipe fait partie de la communauté LGBTQ+. L’actrice Xénia Gould a récemment commenté cette expérience dans une RENCONTRE ONFR.

L’éclairage et la direction technique de Laitue matinal.e était assuré par l’artiste d’Orléans, Florence Letarte, qui a remporté le prix Rideau de Découverte de l’année.

Patinage artistique : Paul Poirier et Piper Gilles retrouvent les sommets canadiens 

CALGARY – Objectif atteint pour le patineur franco-ontarien et sa partenaire américano-canadienne qui ont remporté la médaille d’or aux Championnats nationaux de patinage artistique. 

Grand favori de la compétition, le duo médaillé de bronze à la finale du Grand Prix ISU a fait respecter la hiérarchie. Premier après le programme rythmique vendredi, le couple Poirier-Gilles a livré une prestation époustouflante ce samedi lors du programme libre pour s’imposer largement au classement final, avec 22 points de plus que les deuxièmes, les Québécois Marie-Jade Lauriault et Romain Le Gac. 

« C’est vraiment un sentiment génial. Paul et moi avons vraiment patiné comme des champions aujourd’hui, a déclaré Piper Gilles après la compétition. Quand nous sommes entrés sur la glace, nous voulions vraiment nous rappeler qui nous sommes. Nous voulions atteindre le haut du podium et il nous fallait vraiment nous comporter comme des champions. C’est ce que nous avons réussi à faire et c’est vraiment un grand bonheur d’être trois fois champions du Canada. »

Il s’agit en effet de la troisième médaille d’or remportée et d’un dixième podium national pour le duo qui s’est formé en 2011. Après avoir été titrés en 2020 et 2022, puis avoir raté l’édition 2023 en raison de problèmes de santé pour Piper Gilles, les deux champions récupèrent donc leur couronne.

Au-delà de la victoire, Poirier avant confié, dans un entretien à ONFR plus tôt cette semaine, que l’objectif de cette compétition était de préparer les échéances internationales qui arrivent, notamment les Championnats du monde qui auront lieu, en plus, à Montréal du 18 au 24 mars. 

Un programme taillé pour le niveau international

Après cette répétition grandeur nature réussie, Paul Poirier pense que les retouches effectuées au programme et la manière dont ils l’ont exécuté peuvent leur permettre d’atteindre les sommets mondiaux. 

« Absolument! Je pense que nous aimons toujours raconter des histoires et nous voulions que notre programme aille dans ce sens cette année, a-t-il expliqué. Je pense que les sentiments transmis sont vraiment forts et profonds. » 

« Nous sommes de grands compétiteurs et je pense que les résultats de ces championnats majeurs dépendront en grande partie de ces petits détails liés à l’exécution. Ce sera vraiment à nous de livrer notre meilleur patinage, ne pas se laisser prendre par la pression et juste exécuter notre programme avec précision et bien sûr avec de la liberté et des émotions. »

La prochaine étape avant les Championnats du monde pour Paul Poirier et Piper Gilles sera les Championnats des Quatre Continents, qui auront lieu du 29 janvier au 4 février à Shanghai en Chine. Les champions du Canada y retrouveront le gratin mondial de la discipline hors Europe. Ils tenteront de remporter la compétition pour la première fois de leur carrière, après avoir fini deuxièmes en 2014 et 2020 et troisièmes en 2019.

Barbara Ceccarelli, au coeur de l’humain

TORONTO – Directrice générale des Centres d’Accueil Héritage (CAH), logements pour les aînés francophones de Toronto, cette Anglo-Italienne francophone se dédie à leur bien-être au sein de cette communauté soudée, unique en son genre. Infirmière de profession, elle a exercé au Rwanda, en Angola, Ouganda, République du Congo, ou encore au Kazakhstan, animée par la passion d’aider ceux qui vivent dans les conditions les plus difficiles. Une carrière internationale riche qui a forgé sa vision holistique autour des besoins des individus.

«  En quoi cette double nationalité et ce bilinguisme ont-ils façonné votre façon de voir le monde dès le plus jeune âge?

Vivre dans une famille bilingue avec deux cultures différentes, ça m’a ouvert l’esprit très jeune. J’ai grandi en Italie et quand j’allais visiter ma famille en Angleterre c’était comme passer d’une planète à une autre. C’était un émerveillement en tant qu’enfant de voir que les choses pouvaient être faites de façon si différente d’un endroit à l’autre.

Vous avez travaillé une quinzaine d’années avec Médecins sans frontières en tant qu’infirmière. Parlez-nous de votre parcours à l’étranger

Après mes études, je suis partie travailler en 1996 au Rwanda dans un petit hôpital avec une petite ONG. L’image que j’avais de la santé et la médecine, exercée différemment, a changé. Un moment charnière qui m’a confirmé que c’était ma passion. J’ai ensuite travaillé en Angola dans un hôpital et dans un centre pour enfants malnutris.

S’en est suivie une expérience au Kazakhstan où je me suis occupée d’un projet mettant en place des recommandations contre la tuberculose. En Ouganda, j’ai ensuite géré un projet d’envergure qui s’attelait à différentes maladies dont le paludisme, le VIH, des maladies orphelines, etc. Il y avait toute la problématique d’accès aux médicaments, d’où un plaidoyer auprès des autorités pour que certaines communautés y aient accès.

Barbara Ceccarelli a exercé en tant qu’infirmière pendant une quinzaine d’année avec Médecins sans frontières à l’étranger. Gracieuseté

Une fois au Congo, j’étais responsable d’un programme d’aide psychologique aux femmes qui avaient survécu des violences basées sur le genre dans la guerre et des violences domestiques.

Après quoi, je suis allée vivre en France pour la première fois, avec mon conjoint qui est français, travaillant également pour Médecins sans frontières. J’ai pu apprendre à parler français de façon courante.

Comment vous identifiez-vous entre ces trois identités culturelles et linguistiques, l’italien, l’anglais et le français?

C’est vraiment difficile à dire. Je ne m’identifie à aucun des stéréotypes. J’ai grandi en étant très proche de ma mère anglaise donc il y a toute une série de références culturelles, de notions, d’humour même qu’on apprend quand on est tout jeune, dont je suis très imprégnée. Mais j’ai aussi grandi avec la cuisine italienne, hors pair. Je me sens un mélange de beaucoup de choses, en particulier au gré des voyages et des pays dans lesquels j’ai vécu.

La santé est donc votre formation initiale. Qu’est-ce qui vous a poussée dans cette voie ?

Ma passion a toujours été la santé publique, tout ce qui a trait au bien-être d’une population et bien sûr l’attention aux besoins d’un individu. Mais la chose qui m’a toujours fascinée c’est cette idée qu’on pouvait éradiquer des maladies, l’idée que les conditions de vie affectent la santé, et donc la nécessité de les améliorer et de répondre aux besoins. En somme, une vision holistique de la santé.

Barbara Ceccarelli avec des résidents du programme de logement abordable avec services pour personnes ainées francophones durant la pandémie. Gracieuseté

N’est-ce pas un peu similaire avec la vieillesse ? En donnant un meilleur environnement, on conditionne un meilleur vieillissement ?

Trop souvent quand on parle de vieillesse, on parle de maladie. Or, vieillir n’est pas une maladie, c’est presque un succès finalement. Il n’y a pas encore de narratif positif. Je pense que tout le monde veut vivre le plus longtemps possible dans les meilleures conditions.

La santé physique en est une composante bien sûr, mais il y a aussi le besoin de demeurer des individus à part entière, notamment en ayant toujours un « chez-soi ». Ce n’est pas parce qu’on passe un certain cap d’âge qu’on disparait et que l’on doit être « placé » quelque part. Il faut donc que les gens puissent se loger de façon convenable dans un logement adapté à leurs besoins, qui ont évolué.

Pouvez-vous nous rappeler le concept des CAH ?

Ce n’est ni un hôpital, ni une maison de retraite, ni un centre de soins de longue durée. Il ‘agit d’une solution de logement au vieillissement pour les personnes âgées qui veulent vieillir « chez soi » et dans leur langue. C’est un organisme par et pour les francophones qui accueille autour de 200 résidents, et plus de 300 personnes qui bénéficient des services communautaires du centre, du comité social notamment, ou pour des besoins ponctuels.

On vit de plus en plus longtemps et les besoins vont être grandissants. Les personnes vont vouloir continuer à rester autonomes en ayant un peu d’aide, des logements indépendants, mais adaptés, le contact humain d’une communauté. C’est dans ce sens-là que les Centres d’accueil héritage répondent à cette demande. 

Deux résidentes, Mireille Ouellet et Françoise Landry, qui jouent aux cartes dans une des salles communes des CAH. Crédit image : Sandra Padovani

Les CAH ont fêté leurs 45 ans. Parlez-nous un peu de la genèse du projet…

La fondatrice Simone Lantaigne était une travailleuse sociale de Toronto qui s’est rendu compte que les personnes âgées francophones avaient du mal à s’y loger et aucun accès à des services en français. Elle animait à l’époque des initiatives de solidarité dans le sous-sol d’une église. Elle était déterminée à créer un concept et a négocié avec la municipalité pour obtenir le terrain sur lequel notre édifice est bâti, en location symbolique, et elle a trouvé du financement pour la construction en 1978.

Il aura fallu un certain temps pour être reconnu comme fournisseur exclusif de logements francophones, en sachant que la municipalité ne répond pas à la Loi sur les services en français, mais nous l’avons obtenu. Le ministère de la Santé a plus tard financé les CAH pour fournir des soins à domicile aux francophones et du soutien à la personne.

Photo d’une partie de l’équipe prise lors de la célébration des 45 ans des CAH en novembre dernier. Gracieuseté

À quels enjeux les CAH sont-ils confrontés aujourd’hui?

La ville a beaucoup changé et le transport et la distance sont des problèmes de plus en plus importants. Les prix poussent les personnes à vivre de plus en plus excentrés du centre-ville. Nous étudions une façon d’aller vers les francophones sans qu’ils aient besoin de se déplacer ici et c’est pour cela aussi que nous avons ouvert un centre de soutien aux personnes atteintes de démence à Oshawa.

Quels sont les projets que vous étudiez, à plus ou moins long terme ?

Nous aimerions étendre nos activités de vie active, de socialisation, de services de soutien et pouvoir offrir une programmation à la journée mobile pour aller à la rencontre des francophones là où ils sont : dans la région de Peel, la région de Durham, au nord de Toronto autour de la Paroisse de Saint-Louis-de-France, etc. Nous poursuivons actuellement nos recherches d’évaluation des secteurs.

Nous souhaitons briser le silence autour du vieillissement par cette vie communautaire, mais également augmenter notre offre de logements et notre capacité de visites à domicile.  

Nous sommes le plus grand employeur aux préposés aux soins francophones de Toronto et il s’agit pour nous de continuer à accueillir plus de travailleurs en santé qui sont dans leur parcours de formation. Donner la chance aux étudiants de venir faire leur stage ici et d’y rester est très important, car il y a des opportunités très intéressantes dans la santé et le soutien communautaire en français.

L’entrée des Centres d’Accueil Héritage au 33 Hahn Place, au centre-ville de Toronto. Crédit image : Sandra Padovani

La vieillesse étant une question à laquelle nous sommes tous confrontés à un moment ou à un autre, la solution n’est-elle pas de sensibiliser les plus jeunes générations ?

Briser les niveaux de séparation entre les générations est capital. Nous organisons beaucoup d’activités intergénérationnelles. Occasionner des rencontres pour qu’ils fassent des choses ensemble permet de se rendre compte qu’on fait tous partie du même cycle.

Le narratif doit changer : comme on célèbre les naissances, il faut célébrer la vieillesse comme un continuum du cycle de la vie. Il faut également réaliser que les aînés ont des souhaits et des aspirations pour leur mode de vie, comme tout un chacun. »


1970 : Naissance en décembre à Rome.

1996 : Après des études d’infirmière, elle part travailler pour la première fois à l’étranger au Rwanda dans un petit hôpital.

2000 : Naissance de son premier enfant en Italie, après une mission de 18 mois en Angola.

2005 : Naissance de son deuxième enfant en France et décision de revenir en Europe, après 15 ans de travail à l’étranger.

2007 : Arrivée à Toronto avec sa famille pour s’y installer.

2012 : Embauchée au CAH en tant qu’adjointe à la direction générale pendant 5 ans, avant de prendre les fonctions de directrice générale.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

« Prendre racine » : le récit personnel et le récit historique

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

Parler de soi et parler du monde. Parler de sa famille et parler des autres. Parler de son histoire et parler de l’Histoire. L’Histoire de son peuple, de ses racines, de ses plantes, de ses acquis et de ses pertes. Partir de l’infiniment petit pour atteindre l’infiniment grand. C’est un peu le pari que je crois Sonya Malaborza a pris en écrivant son livre Prendre racine publié chez Prise de Parole en 2023.

Une écriture où le rythme poétique n’est jamais trop loin. Une écriture qui coule comme les eaux du fleuve Saint-Jean, qui traverse une bonne partie de l’est de l’Amérique pour finir dans la Baie de Fundy au Nouveau-Brunswick.

Sonya Malaborza commence son récit avec le grand feu de la Miramichi, un événement dont je n’ai jamais eu vent. C’est en 1825, avant même la naissance de la Confédération canadienne, et pendant des saisons estivale et automnale extrêmement sèches, que des feux se sont déclenchés dans une région délimitée par la ville de Fredericton au sud, la baie des Chaleurs au nord et le détroit de Northumberland à l’est.

Avec les vents, ces incendies se sont propagés et élargis pour devenir une « tempête de feu ». Plusieurs personnes sont mortes ainsi que leur bétail happé par les flammes géantes alors que des centaines d’autres se sont noyées dans la rivière de la Miramichi. C’était l’apocalypse. Le jour du « grand jugement », tel que certains l’ont cru et décrit.

On aurait imaginé que ces feux qui ont décimé arbres, animaux et personnes seraient une sorte de mise à mort pour la région. Une tragédie dont on ne se remet pas facilement et, pourtant, c’est avec les feux que les forêts naissent et grandissent de nouveau. Un peu aussi comme pour les peuples qui renaissent de leurs cendres. Claude Le Bouthillier, auteur acadien, a parlé de ses grands feux de la Miramichi dans son recueil de poésie publié en 2014 La terre tressée.

Aux origines d’un nom et d’une famille

Sonya Malaborza se questionne sur l’origine de son nom, sur sa famille et les femmes de sa famille. Leurs histoires, leur souffrance et les choses qu’elles aimaient faire : le tricot, le travail avec les mains, ce travail qu’elles font pour les gens qu’elles aiment. L’autrice parle d’aujourd’hui et d’hier ensemble. Elle parle d’elle et des ses ainées comme si le temps s’était figé et que les deux ne faisaient qu’un seul corps, une seule personne. Et pourquoi pas? Ne sommes-nous pas issus de la même lignée? Et par conséquent, produits de ces mêmes racines profondes qui se sont installées depuis des siècles sur les rives de l’Amérique?

Elle nous raconte l’Acadie à travers ses plantes et ses femmes qui l’ont habitée. L’une de ses femmes est Exilda Doucet Hébert, née dans le sud du Nouveau-Brunswick dans un village appelé Fontaine, qui se trouve à une quarantaine de kilomètres au nord du Pays de la Sagouine (Bouctouche). Aujourd’hui, Fontaine fait partie du Parc national Kouchibouguac. Mais pourquoi Exilda? Pourquoi elle? Sonya Malaborza connaît son petit-fils et ce dernier lui a dit que les contes de sa grand-mère, Exilda, « auraient pu faire d’elle une autre Antonine Maillet ».

« Si seulement, elle avait su lire et écrire », s’est rattrapée l’écrivaine. Comme si la reconnaissance ne pouvait venir que par les mots écrits. Et qu’en est-il des contes oraux? Comme les centaines de contes qu’Exilda a racontés à ses enfants, à ses petits-enfants, à sa famille et ses amis pendant sa longue vie et qui heureusement ont été enregistrés et gardés dans la collection Robert Richard, déposés aux archives de folklore du Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson de l’Université de Moncton.

Ces enregistrements audios sont la preuve de la résilience et de la richesse de la langue française en Acadie. Exilda a été retirée de l’école avant même de terminer sa première année scolaire pour aider sa mère à élever ses nombreux frères et sœurs. C’était normal. Les filles avaient autre chose à faire que d’apprendre à lire et à écrire. C’était le sort de la plupart des filles. Heureusement qu’Exilda a appris à raconter des histoires et n’a jamais cessé de le faire.

À chaque village ses arbres, à chaque langue ses mots

Mais Exilda n’est pas la seule qui fascine Mme Malaborza. Il y a l’histoire de cette linguiste française venue spécialement de France pour recenser le nom des arbres dans la langue régionale de l’Acadie. C’est drôle comme les arbres et les langues se ressemblent avec leurs racines, leur feuillage, leurs fruits et leurs noms divers. À chaque village ses arbres, à chaque langue ses mots.

Il y a aussi l’histoire de James Fowler, ce révérend qui n’a jamais cessé de collecter des espèces et de remplir son herbier de spécimen botanique jusqu’à ce qu’il change de vocation et qu’il devienne enseignant de botanique à l’Université Queen’s en Ontario.

Tous ces individus ont des histoires qui sont venues enrichir la grande histoire de la région acadienne, ses fleurs, ses animaux, ses gens et surtout sa langue.

En 1971, Antonine Maillet publie son célèbre livre, La Sagouine, qui relate l’histoire d’une fille de Bouctouche en Acadie. Fille de pêcheur qui sera elle aussi mariée à un pêcheur d’éperlans, la Sagouine raconte son histoire et celle de sa région dans sa langue crue, sans gêne et sans détour, devenant l’histoire iconique d’une nation qui résiste aux tragédies et à l’assimilation. Mais la nation existe au-delà des symboles et de la Sagouine. Elle est vivante, respire, se nourrit d’arbres et de mots.

Avec son récit Prendre racine, Sonya Malaborza nous relate d’autres histoires. Que ce soit Exilda, la conteuse indomptable, James Fowler, le religieux devenu botaniste engagé ou les grands feux de la Miramichi qui ont tout détruit ou presque, Sonya Malaborza commence toujours par sa propre histoire. Comment sortir du personnel pour aller vers le collectif? J’aimerais voir ces deux formes comme une sorte de symbiose entre deux corps. L’un se nourrit de l’autre et vice versa sans jamais s’ennuyer et où chacun trouve son compte. Toujours et encore.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Retour en ligue junior pour Maveric Lamoureux, avant d’envisager la LNH

DRUMMONDVILLE – Fort de son expérience avec la sélection canadienne lors du Championnat mondial de hockey, le jeune défenseur originaire d’Hawkesbury fait son retour avec les Voltigeurs de Drummondville ce vendredi dans la Ligue de hockey junior Maritimes Québec (LHJMQ). Son objectif? Briller sur cette fin de saison pour se donner une chance de rejoindre les Coyotes de l’Arizona en Ligue nationale de hockey (LNH), qui l’ont repêché en 2022 et gardent un œil attentif sur lui. 

Le Franco-Ontarien a bénéficié d’un temps de repos à son retour de la compétition internationale junior qui a vu les Canadiens, champions en titre, se faire sortir par la Tchéquie en quarts de finale, contre toute attente. Malgré la déception, le jeune défenseur de 19 ans retient beaucoup de positif de ce temps passé à Göteborg en Suède, avec les autres futures étoiles canadiennes du hockey sur glace. 

« C’est une expérience incroyable, a raconté Maveric Lamoureux à nos confrères de L’Express de Drummondville. Représenter son pays, porter le chandail du Canada, c’est toujours spécial. C’était ma seule occasion de faire partie de cette équipe. Je suis vraiment reconnaissant d’avoir eu la chance de vivre ce championnat. »

Des performances remarquables en Suède

Élu troisième meilleur joueur canadien dans une compétition très scrutée durant la période des fêtes, Maveric Lamoureux pourrait bénéficier de cette mise en lumière pour se rapprocher de la LNH. Malgré tout, il reste concentré sur son équipe actuelle, les Voltigeurs de Drummondville, avec qui il finira la saison avant de voir plus grand. 

« Pour cette année, ça va être en junior. J’ai commencé mon année avec Drummondville, je vais finir avec Drummondville, nous a-t-il confié lors d’un entretien accordé pendant le mondial. Pour l’année prochaine, on verra ce qui va se passer. C’est encore loin. Mais bien sûr, la Ligue nationale c’est un rêve d’y arriver, comme tout le monde. Pour cette année, je me concentre sur ma saison avec les Voltigeurs. » 

La grande ligue reste bien sûr dans un coin de sa tête après avoir effectué le camp d’été des Coyotes. Il a expliqué que la franchise de l’Arizona le suivait de très près.

« Comme j’ai été repêché, j’ai signé un contrat, je fais partie de l’équipe. Je ne joue pas avec l’équipe, mais je suis en contact avec leur pôle de développement et le responsable des défenseurs, que je vois de temps en temps. Ils restent en contact avec moi car ils veulent me voir me développer pour que je sois le meilleur possible et que je puisse aider l’équipe. Au hockey, à 18 ans, il y a peu de joueurs qui sont capables de jouer directement dans la ligue. On se développe pour espérer l’intégrer à 20, 21 ans. Ça dépend des joueurs. » 

Les premiers rôles à jouer en LHJMQ

Les Voltigeurs partagent actuellement la première place de l’Association Ouest de la LHJMQ avec les Huskies de Rouyn-Noranda. Avec un effectif qui a été renforcé en raison de l’absence des joueurs internationaux pendant le championnat mondial, Maveric Lamoureux et ses coéquipiers comptent bien jouer les premiers rôles et visent la victoire finale. Une autre occasion pour le Franco-Ontarien, qui a  actuellement 27 points à son actif, dont sept buts et un différentiel +17 en 25 matchs, de montrer encore plus sa valeur à sa franchise de LNH. 

Le jeune Franco-Ontarien est bien conscient de ses axes de progression. Malgré un physique très impressionnant du haut de 6 pieds 7 pouces et de ses 214 livres qui feraient sans doute déjà de lui l’un des joueurs les plus grands de la LNH, il doit encore se renforcer pour pouvoir affronter les joueurs les plus solides au monde. 

« Avant tout, il me faut devenir plus fort, je vais jouer contre des hommes. Ça, c’est très important. Ensuite, je dois travailler sur les patins, sur mon explosion, parce que c’est la ligue la plus rapide au monde. C’est un jeu plus rapide dans lequel tu n’as pas le droit de faire la moindre erreur. C’est tout ça que je dois améliorer pour atteindre le prochain niveau. »

En attendant de le voir dans les grandes arénas des États-Unis et du Canada, Maveric Lamoureux sera aligné ce vendredi soir face à l’Armada de Blainville-Boisbriand au centre Marcel-Dionne de Drummondville (19 h). Le défenseur qui porte le numéro 13 jouera son premier match en LHJMQ depuis le 9 décembre dernier.

Paul Poirier : « Les Championnats nationaux restent un moment très spécial »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Paul Poirier est un patineur artistique né à Ottawa mais qui a grandi dans la région du Grand Toronto. Il fait partie des têtes d’affiche de la danse sur glace canadienne en duo avec Piper Gilles, avec qui il a connu de grands succès depuis 2011.

LE CONTEXTE :

Après avoir terminé troisième lors de la finale du Grand Prix ISU en décembre dernier, le binôme Poirier-Gilles débute l’année 2024 par les Championnats nationaux canadiens de patinage, qui se déroulent à Calgary du 8 au 14 janvier.

L’ENJEU :

En ce vendredi 12 janvier, Paul Poirier et Piper Gilles font leur entrée en lice dans la compétition avec le programme court qu’ils présenteront devant les juges et le public canadien à partir de 15h15, heure de l’Est. Ils effectueront ensuite samedi le programme libre (15h15) pour tenter de décrocher leur troisième médaille d’or en carrière sur cette compétition.

« Votre troisième place à la finale des Grands Prix a-t-elle constitué une déception et avez-vous eu besoin de temps pour la digérer? 

C’était quand même une petite déception, mais, en même temps, je pense que les trois meilleurs couples du monde, dont nous faisons partie, nous sommes quand même tous très forts. Au niveau de notre exécution, nos deux performances à cette compétition n’étaient pas assez précises pour aller sur le haut du podium.

Bien sûr, il y a toujours une petite déception. Mais, de toute façon, que ce soit un succès ou non, on va toujours avoir un petit moment où l’on ressent le tout, mais tout de suite après on va rentrer chez nous et décider comment on veut s’améliorer. C’est le même processus à chaque fois pendant la saison.

Ce n’était pas nécessairement une expérience difficile, on le considère juste comme une partie de la saison. Ce sont vraiment les Championnats du monde qui sont le focus de la saison donc on sait qu’on a quand même beaucoup de temps pour s’améliorer avant cette compétition-là. 

Comment s’est passée la préparation pour ces championnats nationaux? Avez-vous fait des changements majeurs ou de simples retouches? 

Sur la danse rythmique, on a fait de gros changements quand même. On sentait qu’il n’y avait pas assez de force et d’émotion à la fin du programme, donc on a changé le patron pour que ça se passe un peu plus à l’avant de la patinoire, devant les juges, pour que la fin du programme ait un peu plus d’impact.

À part ça, c’était seulement des petits changements au niveau de l’exécution. On veut vraiment obtenir des +4 et des +5 et non seulement des +2 et +3. L’objectif était vraiment de regarder les retours des juges sur les compétitions des Grands Prix pour voir quels étaient les éléments sur lesquels on pouvait ajouter des petites précisions, pour avoir un niveau d’exécution un peu plus haut. 

Votre état d’esprit est-il différent au moment d’aborder une compétition nationale en comparaison avec une compétition internationale? 

Je ne pense pas trop. Les Championnats nationaux sont toujours une compétition assez spéciale. Dans la grande partie d’une carrière, elle constitue la plus grande compétition de l’année, jusqu’au moment où tu parviens à accéder au circuit international. Ce sentiment-là que c’est vraiment une compétition importante ne part jamais.

Même si, maintenant, on fait chaque année les Championnats du monde, on fait les Jeux olympiques, ça reste vraiment spécial. Chaque fois qu’on arrive à une compétition, on veut réussir à faire le programme du mieux qu’on peut, à ce jour-là, à ce moment de la saison. Cette approche ne change pas vraiment, que ce soit une compétition très importante ou pas.

Est-ce que c’est d’autant plus important du fait que vous n’aviez pas pu faire les Championnats nationaux l’année dernière? 

Oui on les a manqués l’année dernière. L’année d’avant, c’était la qualification pour les Jeux olympiques, mais il n’y avait pas de public. L’année encore avant, ça avait été annulé. Donc c’est vraiment la première fois en quatre ans que nous faisons des Championnats nationaux « normaux ». On a vraiment hâte d’être devant le public canadien, surtout avant les Championnats du monde, qui vont aussi être au Canada. On veut vraiment ressentir ce sentiment d’être devant ce public qui nous soutient, qui nous appuie beaucoup.

Ce serait votre troisième titre national et dixième médaille au total, est-ce que l’objectif est la victoire ou rien? 

C’est beaucoup, c’est une belle carrière. Bien sûr que l’objectif est de gagner mais, pour nous, c’est surtout de se tester avant les Quatre continents et les Championnats du monde. Pendant les fêtes, il y a toujours des petites périodes d’interruption, donc on n’a pas forcément eu le temps de bien ajuster tous nos changements. Cette compétition va représenter une pratique pour ces changements-là. On veut voir comment on va ressentir ça en compétition et cela va nous donner plus de confiance avant les gros championnats internationaux. »

Une nouvelle coordinatrice au Centre francophone de Sault Ste. Marie

SAULT STE. MARIE – L’entrepreneure Carole Blaquière devient la nouvelle coordinatrice du Centre francophone de Sault Ste. Marie. Elle succède à Nicole Curry, qui travaille désormais pour le musée de la ville.

Interrogée au sujet de ses priorités, Carole Blaquière n’hésite pas à reconnaître qu’elle souhaite avant tout améliorer son français. Celle qui est née en Alberta, a grandi à Montréal et a vécu à Woodstock, dans le sud de l’Ontario, considère que la promotion autour des organismes francophones de la ville est un pan essentiel du travail à venir.

Carole Blaquière assurera le rôle de coordinatrice du Centre francophone de Sault Ste. Marie pour une durée d’au moins un an. Gracieuseté

« On a des événements qui s’en viennent mais je ne peux pas en parler pour le moment », confie-t-elle en ajoutant qu’elle souhaite prendre le temps de connaître un peu mieux le fonctionnement du Centre qui a fêté ses 40 ans l’année passée. Pour l’aider dans sa tâche, Mme Blaquière dit pouvoir compter sur des bénévoles du Centre qu’elle a prévu de rencontrer très vite.

Espéré par des membres de la communauté, un potentiel déménagement du Centre, que beaucoup qualifient d’isolé en raison de sa situation en sous-sol, dans une ancienne aile de l’École Notre-Dame-du-Sault, n’est pas encore dans les plans selon la nouvelle coordinatrice.

« Je suis ici dans la région depuis plus de 10 ans mais je ne savais pas qu’il y avait autant de francophones et quand on regarde l’histoire de la région c’est surprenant qu’il n’y en ait pas plus », déplore la Franco-Ontarienne.

Concernant le projet de collecte de l’histoire francophone en partenariat avec le musée de Sault Ste. Marie, « c’est toujours en cours, on veut continuer à recueillir des objets », fait savoir Mme Blaquière.

Une relocalisation du Centre francophone au centre-ville pourrait permettre une plus grande visibilité de ses activités selon des membres de la communauté francophone. Crédit image : Inès Rebei

Mettre en valeur l’histoire francophone de Sault Ste. Marie

Carole Blaquière est aussi la fondatrice de Blaq Bear, une entreprise de tourisme basée à Sault Ste. Marie qui propose des circuits pédestres dans la région. 

Avec son nouveau rôle et son expertise dans le tourisme, elle espère voir davantage de francophones découvrir la région d’Algoma et mettre en valeur son histoire francophone.

« Ce serait vraiment intéressant d’avoir plus de produits touristiques, les premiers Européens qui sont venus ici, c’étaient des Français », lance-t-elle en citant l’exemple du célèbre explorateur Étienne Brûlé.

La ville de plus de 70 000 habitants compte près de 2100 résidents ayant la langue de Molière comme première langue officielle parlée selon les données du recensement de 2021. Comme beaucoup d’autres villes du Nord, Sault Ste. Marie a vu une diminution de 300 personnes du nombre de francophones depuis le recensement de 2016.

L’Ontario, terre de musique et d’art en français

L’Ontario français bouillonne de talents et il n’est pas surprenant qu’après les nombreux lancements d’albums en 2023, une pléthore de concerts s’en viennent dans les mois à venir. Cette semaine, Mehdi Cayenne et l’artiste de la relève Squerl Noir interpréteront leurs plus récents albums. Du côté des arts, la communauté d’Orléans à Ottawa fera briller les talents de son artiste visuelle Thérèse Boisclair. Considérant le nombre d’artistes franco-ontariens inspirants, il est tout à fait approprié de clôturer la semaine par un atelier d’enregistrement avec l’auteur-compositeur-interprète et guitariste Marc-Antoine Joly.

Mehdi Cayenne débarque à Oshawa

Caméléon de la scène musicale et figure éclectique franco-canadienne dont l’énergie contagieuse est palpable d’un lieu à l’autre, l’auteur-compositeur, poète et chanteur Mehdi Cayenne semble posséder une créativité infinie. L’artiste qui vient de sortir son album électro-pop Animal Chic, qu’il a autoproduit, revient en force en Ontario où il fera vivre ce dernier opus sur scène à Oshawa grâce au Conseil des organismes francophones de la région de Durham (COFRD).

Crédit image : Frédérique Bérubé

Oshawa, le 13 janvier. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

Squerl Noir sur scène à la Place des Arts

L’initiative de La Slague, sous la direction artistique de Dan Bédard, Au bistro des découvertes, se poursuit cette semaine. Juste avant le temps des fêtes, l’initiative a démarré avec Dan Bédard qui avait mis en valeur les talents du multi-instrumentiste Peter Cliche. Cette semaine, Stef Paquette, artiste emblématique de la musique franco-ontarienne, présente l’un de ses artistes préférés de la relève, Squerl Noir.

Auteur-compositeur-interprète originaire de France, qui s’était installé il y a sept ans à Ottawa, avant de s’établir à Québec, David Robquin de son vrai nom, mettra de l’avant son plus récent album Sous la fourrure, qui évoque son parcours d’immigrant au Canada.

Crédit image : Marion Desjardins

Sudbury, le 16 janvier. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

Expo « À la recherche de la lumière » de Thérèse Boisclair

Les peintures abstraites et œuvres acryliques sur papier de soie de l’artiste visuelle Thérèse Boisclair seront à la une dans les locaux du Mouvement d’implication francophone d’Orléans, dans le cadre de son exposition À la recherche de la lumière. Thérèse Boisclair, qui vit à Ottawa, espère susciter émerveillement et émotions profondes alors que ses pièces explosent de couleurs vives.

Gracieuseté du MIFO

Ottawa, le vendredi 12 janvier. Accès gratuit.

Les ateliers de musique reprennent à iStudio

Les ateliers en ligne gratuits pour les jeunes, organisés par iStudio, sont de retour, cette année, avec de nouveaux artistes comme mentors. Pour donner le coup d’envoi à la programmation de 2024, Marc-Antoine Joly, auteur-compositeur-interprète originaire de Hawkesbury, animera un atelier d’enregistrement. Connu pour ses nombreux projets rock, en tant que guitariste des groupes Akoufen et In Bright Lights, sa polyvalence s’étend jusqu’à la musique folk, lorsqu’il accompagne la voix douce de sa conjointe et chanteuse franco-ontarienne, Céleste Lévis.

Crédit image : Mylène Desbiens

Le 15 janvier, en virtuel. Inscription gratuite. Réservez votre place ici.

Toronto : une hausse des taxes foncières jusqu’à 10,5 % en 2024

TORONTO – La Ville Reine a présenté sa première proposition du budget 2024, impliquant la plus importante hausse de taxes foncières jamais enregistrée depuis 1998, jusqu’à 10,5 % pour les propriétés résidentielles. Une tentative de retour à l’équilibre financier dans le contexte du déficit actuel de 1,8 milliard de dollars. En découleront des investissements significatifs qui privilégieront les services de base, les transports en commun, les refuges et la sécurité.

La mairesse Olivia Chow, dont c’est le premier budget, avait annoncé durant sa campagne que le retour à une stabilité financière pour la capitale économique du pays et quatrième plus grande ville d’Amérique du Nord passerait, entre autres, par une augmentation des impôts.

Le Comité du budget a reçu une première proposition budgétaire pour examen, soit une somme de 17 milliards de dollars pour 2024, ainsi que le budget et le plan d’investissement pluriannuels 2024-2033, soit 49,8 milliards de dollars.

Soumise aujourd’hui, cette première proposition comprend ainsi une augmentation de l’impôt foncier de 9 % pour les propriétés résidentielles, soit une augmentation annuelle de 321 $, et une augmentation mensuelle de 26,75 $ pour la valeur imposable moyenne d’une maison à Toronto.

Sont également incluses, des augmentations de l’impôt foncier de base de 4,5 % pour les propriétés multirésidentielles, de 4,5 % pour les propriétés commerciales et de 9 % pour les propriétés industrielles, à l’exception d’une réduction du taux d’impôt foncier de 15 % pour plus de 29 600 petites entreprises.

Ajouté à ces hausses, le budget d’investissement de 2024 comprend une augmentation de 1,5 % du prélèvement sur le Fonds de construction de la ville, dédié aux investissements dans les transports en commun et le logement. Cela équivaut à 53 $ de plus pour la valeur imposable moyenne d’une maison à Toronto ou l’équivalent d’une augmentation mensuelle de 4,42 $.

Refuges, transports en commun et sécurité : des investissements majeurs

L’octroi par la province de l’Ontario de la somme de 1,3 milliard de dollars à Toronto, dans le cadre d’un accord historique entre Olivia Chow et Doug Ford, permet à la ville de réaliser de gros investissements dans le logement, les transports en commun et la lutte contre l’itinérance.

La Ville de Toronto pourrait également avoir accès à un programme de financement fédéral remboursant intégralement les coûts associés à l’aide aux demandeurs d’asile, estimés à 250 millions de dollars pour 2024.

En novembre dernier, les résidents de la métropole ont pu partager leurs priorités via une série de consultations et un sondage qui a enregistré 10 802 participations. Le logement abordable, les refuges, le transport en commun, la sécurité et les financements du provincial et du fédéral figuraient dans le top des priorités identifiées par la population.

En conséquence, cette proposition de budget alloue 82 millions de dollars supplémentaires aux refuges et au logement abordable, notamment un plan hivernal d’urgence, 450 nouveaux lits en refuge pour les demandeurs d’asile, un programme de logements multilocataires et communautaires, et un programme de prévention de l’itinérance.

30 millions de dollars sont dédiés aux services de transport en commun, incluant la sécurité et le bien-être des usagers, une présence accrue du personnel et la gestion des incidents. Un volet environnemental consistera en l’élaboration de normes de performances en matière d’émissions et d’un classement énergétique.

Les initiatives communautaires, tels que les soins directs pour les centres de soins de longue durée, compteront pour 20 millions de dollars et la sécurité communautaire – dont l’expansion du service de crise de Toronto, la dotation de 52 nouveaux pompiers, de 62 nouveaux ambulanciers paramédicaux et d’agents d’appel du numéro d’urgence 911 – compteront pour 19 millions de dollars.

À la suite de cette première proposition budgétaire, le Comité du budget enverra ses recommandations à la mairesse Olivia Chow pour révision, en vue d’une version finale du budget qui sera publiée le jeudi 1er février prochain.

Début de la deuxième saison de Paris Paris

HAMILTON – La deuxième saison de la série franco-ontarienne Paris Paris débute sur les ondes d’Unis TV ce soir, le 9 janvier, à 19 h 30. ONFR a eu l’occasion de visionner les deux premiers épisodes, en plus de s’entretenir avec la comédienne Maxim Roy et les scénaristes Rayne Zukerman et Dominic Desjardins.

Dans la première saison de Paris Paris, Philippe (Benoît Mauffette), un professeur de français malheureux, découvrait un mystérieux tunnel dans son sous-sol de Paris, Ontario. Ce dernier lui permettait de voyager en quelques minutes entre sa petite ville monotone et son homonyme trépidante, en France. Dans la deuxième saison, c’est la femme de Philippe, Jenny (Maxim Roy) qui emprunte le tunnel dans le but de vivre ses propres aventures. Mais, pour elle, l’élément perturbateur la mène plutôt vers un autre Paris, au fin fond du Texas.

Maxim Roy explique que, dans la première saison, son personnage servait à soutenir son partenaire. « Elle voulait vraiment le sauver de lui-même. Mais là, elle va se rendre compte qu’elle ne peut pas tout contrôler, et elle va avoir de la misère à se sauver elle-même. »

Jenny Landry a la surprise de sa vie lorsque le tunnel la mène vers Paris, Texas. Gracieuseté Zazie Films

Et pour se sauver, elle se sauve. Dans les deux premiers épisodes, Jenny court dans tous les sens. La métaphore est évidente, mais, au premier degré, elle court littéralement pour se sortir de situations fâcheuses. « C’était très physique. J’ai eu l’impression de courir pendant deux mois et demi de tournage. »

Selon la productrice Rayne Zukerman, en cours de saison, Jenny « s’ouvre un peu à la magie. Elle comprend que le tunnel a des envies, veut quelque chose d’elle. Et elle veut que l’univers lui dise quoi faire (…), mais ce n’est pas par là qu’elle aura des réponses. »

Des collaborateurs chouchous

Paniquée et désorientée, Jenny rencontrera une alliée improbable en la tenancière de bar Jackie (Isabelle Nanty). La Française d’origine sera d’abord réticente, mais aura rapidement pitié de la Canadienne perdue.

Dominic Desjardins voulait depuis longtemps offrir un rôle à Isabelle Nanty, son ancienne professeure, devenue mentore et amie. Mais la quarantaine imposée aux acteurs arrivant de l’extérieur du pays a freiné sa possible participation à la première saison. Cette fois, l’ancien élève lui a écrit un rôle sur mesure.

Isabelle Nanty et Dominic Desjardins lors du tournage de Paris Paris. Crédit image : Luke Fillion, Zazie Films

Parmi les autres nouveaux personnages, on retrouve le fils de Jacky, Randy (Olivier Renaud). Le policier a tout du stéréotype de cowboy de village texan, si ce n’est son accent français. Et un autre cowboy se fera rapidement remarquer, malgré une présence discrète dans les deux premiers épisodes. Chuck (mais pas Labelle), interprété par Damien Robitaille, est musicien et cuisinier au bar de Jackie. « On lui a écrit un petit rôle, mais il est tout le temps là. Et il apporte ce qu’il apporte dans la vie, cette espèce de bonhommie, de bonne humeur. »

Damien Robitaille prête aussi sa voix à la chanson-thème en plus d’avoir posé pour 13 pochettes de disques, qu’on peut découvrir dans chaque générique d’ouverture.

Damien Robitaille avait aussi joué dans le film La Sacrée de Dominic Desjardins, en 2011. Crédit image : Luke Fillion, Zazie Films

La musique, très présente dans la série, a été composée par un autre collaborateur de longue date, Antoine Gratton. Sur cette deuxième saison, Joel Schwartz a ajouté une touche western.

Dans les prochaines semaines, le public renouera avec des personnages de la première saison, en plus de découvrir Daphnée (Maythaila Jérôme-Antoine), une femme d’origine haïtienne que Jenny voudra d’abord aider, mais avec qui elle se liera d’amitié.

Des thèmes proches de la vie réelle

L’idée de Paris Paris est venue de l’expérience de vie de Dominic Desjardins. De retour de France, où il avait fait ses études, il avait l’impression d’arriver dans un autre univers. « Les référents culturels et tout ce que j’ai appris là-bas, il fallait un peu que je les laisse là-bas, et que je revienne ici pour vivre mon autre vie d’avant. »

Dominic Desjardins aime que le seul élément fantastique du tunnel mette en lumière des réalités plus terre-à-terre. Il y a d’ailleurs beaucoup de parallèles à faire entre ce que vivent les personnages et les scénaristes, aussi couple dans la vie.

Rayne Zukerman et Dominic Desjardins ont fondé ensemble la compagnie torontoise Zazie Films. Crédit image : Luke Fillion, Zazie Films

Dans la série, Philippe est un Québécois d’origine, comme Dominic Desjardins. Jenny est avocate. Rayne Zukerman est aussi avocate de formation. Leur fils Tom est incarné par Balzac Zukerman-Desjardins, le fils des scénaristes. Certaines scènes sont même directement inspirées d’anecdotes vécues à l’école, que le jeune Torontois avait racontées à son père. Malgré les nombreux parallèles, Dominic Desjardins précise qu’il croit être « un meilleur père que Philippe ».

Les enfants du couple (ils ont aussi une fille) ont tout de même eu à être patients dans les derniers mois. Mais la productrice parle des avantages de travailler ensemble. « C’est un vrai cadeau où l’on a le contrôle financier et créatif. Et le fait qu’on se fait énormément confiance aide beaucoup l’expérience. »

Dominic Desjardins sourit en évoquant le moment où il a rassuré son fils après sa toute première scène, capté par la caméra qui roulait toujours. « C’est un privilège de pouvoir développer une relation de travail et de direction d’acteur avec son fils. »

La famille fictive de Jenny, Philippe et Tom. Crédit image : Luke Fillion, Zazie Films

Au niveau du couple aussi, la réalité rejoint souvent la fiction. « Il y a certaines scènes qu’on a écrites, ce sont des choses que l’on s’est dites. Il y a certaines scènes où ce sont des choses qu’on aurait dû se dire. On se rend compte, quelques mois plus tard, qu’on est en train de se dire exactement ce que les personnages se disaient dans la série », témoigne le réalisateur.

Le thème universel de la crise du milieu de vie est central dans Paris Paris. La comédienne Maxim Roy préfère par contre parler d’éveil pour évoquer ces moments où l’on réalise qu’on n’est pas heureux dans notre quotidien.

Il est intéressant de voir comment Jenny, habituée de tout contrôler, va vivre ce questionnement. Dans la première saison, il ne fait aucun doute que cette mère de famille porte une énorme charge mentale. Questionnée sur ce sujet, Rayne Zukeman commente : « Je pense que la réalité pour les femmes est différente de celle des hommes. Il y a d’énormes changements qui arrivent à nos corps. Puis, il y a un changement de comment on est vues par la société autour de nous. »

Résolument franco-ontarien

Paris Paris aborde aussi la lutte des parents francophones pour transmettre leur langue, comme l’explique Dominic Desjardins. « On voulait parler de ce qu’est le quotidien de quelqu’un qui est francophone en milieu minoritaire. Il faut toujours rappeler aux enfants de s’exprimer en français. L’influence extérieure est tellement forte. » Rayne Zukerman a l’impression que ses enfants apprennent littéralement le franglais à l’école, tellement ils le maîtrisent. Elle-même anglophone, elle leur a toujours parlé en français.

Pour sa performance dans la première saison, Balzac Zukerman-Desjardins a remporté un prix d’interprétation aux Breaking TV-Film Festival de Londres, en Angleterre, tout comme Maxim Roy. Nul n’est prophète en son pays, mais la comédienne se désole de voir que la série n’est pas très connue dans sa province d’origine, le Québec. « Une bonne histoire, c’est une bonne histoire, peu importe où elle est tournée. Si on est capable de regarder une émission américaine sur Netflix, je ne vois pas pourquoi on ne regarderait pas une émission franco-ontarienne. »

Maxim Roy n’est pas la seule comédienne québécoise établie à jouer dans Paris Paris. Les téléspectateurs reconnaîtront entre autres Yves Jacques, qui interprète un metteur en scène français. Son personnage empruntera lui aussi des chemins loufoques cette année.

Le tournage de la deuxième saison a eu lieu en majorité dans la région d’Hamilton et de Paris, Ontario. Crédit image : Luke Fillion, Zazie Films

Est-ce qu’une troisième saison pourrait mener un autre personnage vers un autre Paris? La possibilité est là, puisqu’une vingtaine de villes portent ce nom dans le monde, selon Dominic Desjardins. Reste à savoir si les scénaristes veulent s’embarquer dans un nouveau chapitre.

La deuxième saison de Paris Paris est diffusée sur les ondes de Unis TV les mardis à 19 h 30. Il est possible de revoir la première sur le site web d’Unis TV.

De nouvelles lois en vigueur dans l’éducation et la petite enfance

Parmi les lois ontariennes en vigueur depuis le 1er janvier, il y a du changement en éducation et dans le secteur de la petite enfance : construction d’écoles de proximité, plus de personnel de garde d’enfants et mise en place d’un plan de sécurité, ou encore une délivrance plus rapide des certifications pour les enseignants formés à l’étranger, par l’Ordre des enseignants et enseignantes de l’Ontario.

Le Projet de loi 98, Loi de 2023 sur l’amélioration des écoles et du rendement des élèves, qui a obtenu la sanction royale le 8 juin dernier, comporte un volet visant à construire des écoles plus rapidement et à aider les élèves à accéder à une école à proximité de leur domicile.

Ces changements sont destinés à simplifier le processus de construction d’écoles, mieux utiliser les installations scolaires actuelles et créer davantage de salles de classe dans les collectivités qui en ont besoin, dans des bâtiments à usage multiple, tels que les immeubles en copropriété.

Les immeubles excédentaires des conseils scolaires pourront également combler des besoins en logement pour les élèves et pour les centres de soins de longue durée.

La loi, qui comprend également un changement du curriculum dans les écoles publiques, met l’accent sur les compétences de base (lecture, écriture, mathématiques) des élèves, implique davantage de responsabilisation et de participation des familles, et vise plus de transparence des conseils scolaires envers les parents, en les informant notamment du rendement des élèves.

Les responsabilités des conseils scolaires sont également accrues envers le ministère de l’Éducation. Elles devront fournir un plan pluriannuel d’amélioration qui reflète les priorités ministérielles.

Plus de sécurité dans le secteur de la petite enfance

Entrent également en application des changements à certains règlements de la Loi de 2014 sur la garde d’enfants et la petite enfance, notamment un plan de sécurité visant à mieux protéger les enfants.

Tous les exploitants de services de garde d’enfants agréés doivent désormais mettre en œuvre une politique d’arrivée et de départ sécuritaires, dans le but de surveiller attentivement les cas où un enfant n’arrive pas à la garderie ou n’est pas récupéré à l’heure prévue.

« La politique comblera une lacune et protègera ainsi les enfants contre des tragédies évitables et à caractère exceptionnel », explique un communiqué de presse gouvernemental.

La loi s’accompagne d’une revalorisation du salaire de base des éducateurs qualifiés de la petite enfance (EPEI) employés par des exploitants inscrits au système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants à l’échelle du Canada (système d’AGJE), qui passe de 20 $ de l’heure à 23,86 $ et d’une augmentation du plafond d’admissibilité, d’un dollar par heure, afin que davantage d’EPEI puissent en bénéficier.

Un recrutement accru en éducation

« En embauchant un plus grand nombre d’éducatrices et d’éducateurs de la petite enfance, le gouvernement poursuivra son plan visant à réduire les frais pour les parents et à faciliter l’accès à des services de garde d’enfants abordables et sécuritaires », s’est exprimé le ministre de l’Éducation Stephen Lecce dans un communiqué.

Cela s’inscrit dans une stratégie d’augmentation de la main-d’œuvre visant à recruter et à maintenir en poste des travailleurs de la petite enfance.

Les mesures déployées comprennent une facilitation de l’entrée dans la profession et de l’avancement professionnel, une réduction des formalités administratives pour les employeurs, l’octroi d’une plus grande souplesse en matière de dotation en personnel de leurs programmes et le lancement d’une campagne publicitaire afin d’accroître la sensibilisation et l’importance de ces professions.

Les employés des services de garde qui terminent leur stage d’études dans leur lieu de travail actuel peuvent par ailleurs désormais être considérés comme des membres du personnel à part entière, valorisant les acquis d’expérience requis dans les programmes d’apprentissage d’enseignement. L’objectif de cette clarification réglementaire est de réduire les obstacles à l’obtention d’un stage dans un centre de la petite enfance.

Enfin, l’Ordre des enseignants et des enseignantes de l’Ontario doit fournir une réponse dans les 60 jours ouvrables suivant toute demande de certification des enseignants formés à l’étranger. Ce changement a pour but d’accélérer l’arrivée d’un plus grand nombre d’enseignants qualifiés dans les salles de classe de l’Ontario.

Le phénomène Taylor Swift s’empare de l’Ontario

S’il y a bien une personnalité qui aura fait parler d’elle en 2023, c’est la chanteuse américaine Taylor Swift qui a cumulé les records et autres récompenses historiques. À quelques mois de son concert très attendu à Toronto, le phénomène Taylor Swift, ou Swiftmania, est bien présent en Ontario. Partout dans la province, les fans, aussi appelés Swifties, ne reculent devant rien pour leur star préférée.

Première artiste chanteuse à être nommée personnalité de l’année par le magazine Time, artiste la plus écoutée sur les plateformes de streaming, musicienne la plus puissante du monde selon Forbes, tournée la plus lucrative de l’histoire… La liste des accomplissements de la chanteuse de 34 ans est encore longue, mais s’il y a une chose que les fans attendent avec impatience en Ontario c’est bien son concert Eras tour lequel aura lieu les 14, 15, 16, 21 et 22 novembre prochain au Centre Rogers.

La demande pour ces dates, annoncée en août dernier, était phénoménale : plus de 31 millions de personnes s’étaient inscrites sur la liste de la billetterie officielle Ticketmaster pour obtenir des billets. Avec une capacité de 50 000 sièges, autant dire que de nombreux Swifties auraient plus de chance de gagner au loto que de pouvoir s’asseoir dans le stade pour admirer le spectacle de plus de 3h30 de la musicienne.

Dans un tweet adressé à la chanteuse avant qu’elle n’annonce ses dates à Toronto, le premier ministre avait utilisé des paroles de ses chansons pour l’inviter à venir jouer son concert au Canada. Capture d’écran Twitter

Prêts à tout pour des billets

Arielle Morin, Franco-Ontarienne de la région de Toronto, a tout essayé, y compris demander à 13 amis et membres de sa famille de créer un compte pour demander un billet ou encore participer à cinq concours pour remporter des billets. L’étudiante a même failli se faire avoir à deux reprises par de faux comptes prétextant vouloir revendre les billets sur Facebook.

« C’est très frustrant, je n’ai jamais réussi à la voir en concert, mais je ne perds pas totalement espoir », avoue la jeune femme originaire de France qui ajoute être prête à payer 2000 $ le billet pour voir la vedette américaine.

« Le concert n’était rien de ce que j’ai connu auparavant, c’était complètement hors de ce monde »
— Tabatha Schaefer, fan de la chanteuse

Sylvie Lamarche Lacroix, de Timmins, a choisi une autre option pour voir le concert : aller en Australie où la chanteuse donnera des dates en février prochain. 

Avec plusieurs escales, des démarches administratives de visa et des milliers de dollars investis pour ce voyage, la jeune maman s’estime heureuse d’avoir pu trouver un moyen de voir le spectacle de la chanteuse, qui reviendra, comme son nom l’indique, sur toutes les ères de sa carrière musicale entamée il y a plus de 17 ans déjà.

Derrière ce long voyage, il y a cet hommage à sa fille Stéphanie, décédée en 2019, laquelle lui a transmis sa passion pour la chanteuse. Elle rejoindra des amies de sa fille à Vancouver résidant à Montréal, pour vivre cette expérience.

Stéphanie, à droite, et Émilie en 2010 lors de la tournée Fearless de Taylor Swift à Toronto. Gracieuseté

« J’anticipe avec joie le voyage en Australie, Taylor a beaucoup de talent. Elle a une belle voix, compose ses propres chansons, donne des spectacles incroyables, est humble tout en étant une femme d’affaires confiante », confie la Franco-Ontarienne.

Une inspiration

Tabatha Schaefer fait partie des fans les plus chanceuses, elle a eu l’occasion de voir le concert de la chanteuse à Miami et a aussi réussi à décrocher des billets pour les dates de Toronto après un deuxième essai, seulement. 

« Le concert n’était rien de ce que j’ai connu auparavant, c’était complètement hors de ce monde. Je suis allé à sa tournée précédente, qui était géniale, mais cette tournée est un tout autre niveau », explique la jeune femme du Nord.

Comme beaucoup de fans l’ont vécu, celle-ci dit avoir aussi vécu ce que plusieurs ont décrit comme une amnésie à la suite du concert. Des experts avaient alors expliqué que la surstimulation sensorielle durant le très long concert de la chanteuse pouvait expliquer ce phénomène. 

Tabatha, à droite, en compagnie de son amie lors du concert Eras tour à Tampa le 15 avril dernier. Gracieuseté

Parmi les personnes inspirées par la chanteuse, on peut compter des artistes de l’Ontario, comme Céleste Lévis. « C’est sûr qu’elle m’inspire beaucoup », lance la francophone qui ajoute que le fait que la chanteuse américaine a popularisé l’écriture de paroles en lien avec des relations sentimentales l’a poussé à faire la même chose dans son art.

Taylor Swift avait aussi fait les manchettes depuis ces dernières années pour avoir décidé de réenregistrer tous ses six premiers albums afin d’être la propriétaire des bandes maîtresses, soit les enregistrements originaux, suite à un conflit avec son ancien producteur.

Un geste avant tout symbolique, mais aussi financier, dans une industrie où l’artiste n’a pas le plein contrôle sur son répertoire musical. Céleste Lévis dit aussi penser à faire la même chose que l’artiste américaine récemment devenue milliardaire.

Céleste Lévis apprécie le fait que malgré que Taylor Swift ait beaucoup évolué musicalement, celle-ci est restée authentique et humble. Archives ONFR

« Quand on commence en musique, on n’a pas nécessairement cette connaissance-là sur comment tout fonctionne, surtout au niveau des droits d’auteur et j’aimerais aussi éventuellement être la productrice de mes chansons », ajoute l’artiste originaire de Timmins.

Et de conclure : « C’est sûr que quand tu écris des chansons tu veux que ce soit à toi et pas à quelqu’un d’autre, puis maintenant j’ai les moyens pour pouvoir faire ça. »

Un format spécial à Sudbury

À Sudbury, les fans ont eu droit à une deuxième chance afin de vivre l’expérience du concert à travers le film à succès de sa tournée, lequel a été formaté en IMAX à Science Nord, à partir du 1er décembre soit quelques semaines après la fin de la diffusion du film en salle de cinéma régulier.

Le film a été diffusé jusqu’à dimanche dernier, et la réponse du public a été immédiate selon Kate Gauvreau, gestionnaire principale au développement des activités et des services sur place à Science Nord. 2376 tickets avaient été vendus au complet, en comparaison un film de fiction régulier génère en moyenne 500 ventes selon les données de Science Nord. 

« Nous avons décidé de diffuser le film avec dans l’idée qu’il y avait une bonne demande dans notre communauté et nous sommes très satisfaits des résultats », se réjouit la Franco-Ontarienne.

Les fans sont invités à porter des bracelets d’amitié et des tenues célébrant les différentes ères musicales de la chanteuse lors d’événements variés en province. Source : Science Nord

Au-delà de la vente pure de tickets, celle de produits dérivés comme des bols de maïs soufflé et des gobelets à l’effigie du concert à elle aussi été un succès puisque plus de 300 ont été vendus soit la totalité de l’inventaire prévu. Science Nord a aussi choisi de proposer des forfaits pour boissons (billet pour le concert et boissons dans un bar partenaire de la ville), mais aussi des forfaits pour hôtels pour les personnes habitant hors de Sudbury lequel a séduit en grand nombre des citoyens d’Elliot Lake, New Liskeard, Sault Ste. Marie, Hornepayne ou encore Corbeil.

Alyssa Laferrière, de North Bay, fait partie de ces curieux qui ont choisi de faire le voyage pour voir le film en Imax, après avoir, non seulement, été au concert, mais aussi au cinéma pour voir le film régulier.

Selon elle, le déplacement de plus d’une heure et demie, avec une amie, en valait la peine en raison de l’expérience immersive offerte par le format Imax : « J’espérais vivre une expérience qui ressemble à un concert, et je n’ai pas été déçue. C’était aussi une excellente raison pour nous, mères célibataires, de passer une soirée amusante et relaxante. »

Utiliser son téléphone, chanter et danser : tout était permis durant la diffusion du film concert de Taylor Swift à Science Nord à Sudbury. Source : Science Nord.

Des millions pour Toronto

L’impact financier de ces concerts à Toronto sera considérable si l’on se fie aux tendances de réservation des hôtels, lesquels affichent déjà complet pour certaines de ses dates. 

« Nous sommes ravis d’accueillir Taylor Swift à Toronto pour ses concerts Eras Tour en novembre 2024. Cet événement de six concerts sera incroyable pour notre ville, et les membres de nos hôtels ont hâte d’accueillir chaleureusement les Swifties du monde entier », a fait savoir Sara Anghel, présidente de l’organisme d’hôtels du Grand Toronto dans un échange de courriel avec ONFR.

Selon des données du bureau de tourisme de Chicago, qui compte sensiblement la même population que Toronto, la ville a battu un record historique en termes de chambres occupées la fin de semaine du concert de Taylor Swift, soit plus de 44 000 pour des revenus de plus de 39 millions de dollars américains.

Peu d’hôtels disponibles, moyenne de tarifs plus élevée, prix multipliés par trois : dormir à Toronto les soirs de concert de Taylor Swift s’avère déjà être un grand défi. Capture d’écran

Bien qu’il soit encore difficile d’anticiper de manière précise le scénario pour la ville-reine, Mme Anghel se veut très optimiste au vu des résultats similaires dans les villes américaines où s’est produite la chanteuse pour la portion américaine de sa tournée en 2023 : « Nous nous attendons à ce que l’économie touristique de Toronto soit stimulée de la même façon. »

Du côté de la ville, une stratégie spéciale sera mise en place dans le cadre du plan de congestion 2023-2026, pour accueillir des événements spéciaux avec, en exemple, le concert de Taylor Swift, qui devrait amener plusieurs millions de personnes, espère la ville.

« Si tout le monde n’aura pas de billet, les gens viendront quand même en ville pour l’événement, donc il y aura une sorte de festival Taylor Swift pendant quelques jours »
— Frédéric Dimanche, directeur de l’école Ted Rogers en gestion de l’hôtellerie et du tourisme à l’Université métropolitaine de Toronto

Une équipe de planification de la gestion des événements liés à la circulation a été mise sur pied en juillet dernier afin de veiller à la gestion de la circulation des véhicules, du stationnement, la présence policière, ou encore la disponibilité accrue des transports en commun durant ces dates.

En plus des quelque 50 000 personnes attendues chaque soir dans l’arène du concert, plusieurs autres milliers pourraient venir aux alentours du Centre pour tenter d’entendre le son provenant du spectacle.

Frédéric Dimanche, directeur de l’école Ted Rogers en gestion de l’hôtellerie et du tourisme à l’Université métropolitaine de Toronto, estime que « si tout le monde n’a pas de billet, les gens viendront quand même en ville pour l’événement, donc il y aura une sorte de festival Taylor Swift pendant quelques jours ».

Selon Frédéric Dimanche, il faudra attendre plusieurs mois avant d’avoir des données précises sur l’impact économique de la chanteuse dans les différents secteurs de la plus grande ville du Canada. Gracieuseté

Plusieurs médias, dont la chaîne américaine CNN, ont rapporté une activité sismique équivalente à un tremblement de terre de magnitude 2,3 suite aux deux concerts de Taylor Swift à Seattle en juillet dernier, que les experts ont appelé le Swift Quake.

Swiftmania

Les tarifs proposés dans les hôtels de la ville ont été revus à la hausse afin de rentabiliser au maximum le profit financier, avec un différentiel de plus du double du prix régulier sur plusieurs hôtels situés à proximité du stade. 

Plusieurs hôtels contactés par ONFR ont refusé de répondre spécifiquement sur le taux d’occupation actuel pour les dates du concert. Selon le professeur Frédéric Dimanche, il s’agit d’une stratégie des hôteliers qui souhaitent conserver l’attrait de la clientèle intéressée par ces dates.

Le Torontois parle d’une Swiftmania pour caractériser l’engouement autour de la chanteuse et de son concert, laquelle aurait généré près de 5 milliards de dollars rien qu’avec la portion américaine de sa tournée.

« Elle a une portée économique qu’on ne mesure pas avec d’autres artistes, je n’ai jamais vu autant d’attention, d’excitation et de préparations pour une artiste que celle-ci », estime le professeur.

Un des murs de la chambre Taylor orné de photos du concert de la chanteuse. Source : Hôtel Bisha

Une chambre de l’hôtel Bisha de Toronto a même été renommée et décorée de manière permanente en l’honneur de la chanteuse. La chambre, intitulée Taylor, se chiffre actuellement à près de 6000 $ la nuit pour les dates du concert.

L’établissement du centre-ville ira même plus loin en décorant les étages de manière à recréer chaque époque de sa musique.

« C’est de la démesure », juge M. Dimanche. Selon lui, alors qu’on vit dans une époque où l’inflation est partout, ce besoin de vivre une expérience non tangible est probablement lié au fait que « les gens veulent se faire plaisir et ne se refusent rien dans un monde post-COVID-19 ».

Ces Franco-Ontariens à surveiller en 2024

Ils sont connus ou un peu moins connus et gagneraient à l’être : voici quelques Franco-Ontariens dont on entendra certainement parler cette année, que ce soit dans le monde du sport, de l’art ou encore de l’administration.

Cloé Lacasse 

On ne présente plus l’athlète de 27 ans originaire de Sudbury. Celle qui a joué son premier match de Coupe du monde de soccer féminin de la FIFA en Australie cet été a signé en faveur du prestigieux club Arsenal FC en juillet dernier. Avec le départ à la retraite de Christine Sinclair, titulaire en sélection de l’équipe canadienne, et l’opportunité de devenir championne d’Angleterre ou même de la Ligue des champions, on pourrait encore plus entendre parler de la jeune Franco-Ontarienne à l’avenir. Cet été, on la verra défendre la médaille d’or du Canada aux Jeux olympiques de Paris. 

Cloé Lacasse lors d’un match de Ligue des champions féminine de l’UEFA au Portugal en 2022 (Archives ONFR)

Carl Bouchard

Alors qu’il occupait le poste par intérim depuis le 3 mars, Carl Bouchard a été titularisé le 4 décembre dernier. Quelques jours plus tard, il publiait son très attendu premier rapport annuel, lequel révélait, entre autres, que 115 plaintes et demandes de renseignements avaient été faites en réaction à la décision prise par le ministère des Collèges et Universités de ne pas financer le projet de l’Université de Sudbury.

Plusieurs voix s’étaient alors élevées pour demander une enquête au sujet de cette décision, qui contreviendrait potentiellement à la Loi sur les services en français en vertu de laquelle l’établissement de Sudbury est assujetti. En 2024, on attend les résultats d’une enquête en cours du commissaire, au sujet de l’absence de français sur les panneaux publicitaires du gouvernement.

Stéphanie Morin-Robert

Après une grosse tournée en 2023 suite à son passage remarqué à Contact Ontarois en début d’année, l’humoriste originaire de Timmins a gagné en popularité. Stéphanie Morin-Robert avait déjà connu un certain succès international avec la version anglaise de son spectacle de 2014, intitulé Blind Side, mais c’est en déployant la version française, Angle mort qu’elle s’est faite encore plus connaître dans le milieu artistique franco-canadien avec plus de soixante dates de spectacles.

Un premier passage à Québec, en juin dernier, lui a valu de remporter la catégorie du meilleur spectacle « Hors Québec » par l’Association québécoise des critiques de théâtre au mois de décembre. Comment pourra-t-elle se réinventer après ce numéro unique qui fait à la fois rire et réfléchir? La réponse arrivera certainement en 2024.

Avec un humour particulier nourrit de ses expériences de vie, Stéphanie Morin-Robert n’hésite pas à aller jusqu’à, par exemple, retirer son œil de verre lors de ses représentations. Crédit image : Teri Hofford

Paul Poirier 

Le danseur sur glace franco-ontarien originaire d’Ottawa a remporté la médaille de bronze du Grand Prix ISU avec sa partenaire Piper Gilles en 2023. Une déception pour celui qui souhaitait retrouver la médaille d’or qu’il avait décrochée à Turin l’année précédente. Néanmoins, celui-ci avait confié avoir le regard tourné vers 2024. Il tentera de remporter l’or aux Championnats du monde qui auront lieu à Montréal du 18 au 24 mars prochain.

Emma Ouellet

Emma Ouellet est une ballerine originaire de London dans le sud de l’Ontario. Cette Franco-Ontarienne fait partie du Corps de ballet du Ballet national du Canada depuis 2022 et a joué dans des pièces à succès telles que Le lac des cygnes, La Belle au bois dormant, Roméo et Juliette, Cendrillon et plus récemment Casse-Noisette. Après avoir été récompensée du Prix Artiste émergent de la RBC en 2022, elle a reçu le Prix du mérite du président d’honneur en 2023. Il ne serait pas étonnant de voir cette jeune danseuse connaitre une saison riche en 2024.

Emma Ouellet a commencé au ballet en 2020 avant d’être sélectionnée pour le Corps de ballet. Source : Centre national des arts

Édith Dumont

Assermentée en novembre dernier, la lieutenante-gouverneure de l’Ontario Édith Dumont a déjà procédé à la nomination de Franco-Ontariens à l’Ordre de l’Ontario le 1er janvier, sa première action officielle à ce poste.

Tout au long de l’année qui s’ouvre, la représentante de la Couronne en Ontario aura plusieurs taches, notamment celle d’accorder la sanction royale pour que les projets de loi deviennent des lois, ou encore approuver des décrets et nominations. Elle a aussi le pouvoir de nommer des membres au sein du Conseil exécutif, de convoquer la Législature et de déclencher des élections. Bien qu’il s’agisse avant tout d’un rôle symbolique, son accession pourrait influer positivement sur les dossiers en lien avec la francophonie. 

Ski alpin : Valérie Grenier démarre 2024 en trombe 

KRANJSKA GORA – La skieuse franco-ontarienne a remporté sa première médaille d’or de la saison, sur le slalom géant de Kranjska Gora en Slovénie. Elle ne pouvait rêver meilleur début d’année!

On avait quitté Valérie Grenier sur une 6e place lors du deuxième slalom géant de l’étape de Coupe du monde qui se déroulait sur ses terres, à Mont-Tremblant. Depuis, elle avait signé une quatrième place à Lienz le 28 décembre pour conclure son année 2023, mais ne comptait toujours pas de podium cette saison. 

Le tir a été rectifié et de bien belle manière. Sur la piste slovène, où elle avait déjà remporté la première place l’année dernière, la native d’Ottawa a récidivé. Malgré des conditions difficiles avec de la brume et une neige molle, elle a signé le quatrième temps lors de son premier passage. 

Deuxième manche décisive

C’est donc lors de la deuxième manche que la skieuse de St. Isidore a réalisé la descente la plus rapide de la journée en 53 secondes 61 et a pris la première place, avant le passage des trois dernières concurrentes. Finalement, ni Petra Vlhova (4e), ni Federica Brignone (3e), ni Lara Gut-Behrami (2e) ne sont parvenues à faire mieux qu’un temps cumulé de 1 minute 50 secondes 51. Valérie Grenier a pu savourer la deuxième médaille d’or de sa carrière en Coupe du monde.

Le classement final du slalom géant de Kranjska Gora. Source : fis-ski.com

« Je suis extrêmement heureuse et fière et les mots me manquent, s’est-elle exclamée après sa victoire. J’ai frôlé le podium tellement de fois cette saison que c’est formidable d’y monter aujourd’hui. Après ma victoire ici la saison dernière, je ressentais un peu plus de pression ce matin. J’ai commis une grosse erreur dans la première manche, et j’étais vraiment déterminée à foncer dans la deuxième manche. C’est très gratifiant de décrocher la victoire. »

« On espère toujours monter sur le podium et il n’y a pas de meilleur sentiment que lorsque l’on gagne. C’est très similaire à l’an dernier, être sur le podium, entendre Ô Canada et voir mes coéquipières célébrer avec moi », a-t-elle ajouté.

Cette première place, qui constitue son premier podium de la saison, permet à Valérie Grenier de faire un bond au classement général FIS sur la discipline. Elle passe en effet de la septième à la quatrième place. Un général toujours dominé par l’Italienne Federica Brignone. 

Le top 10 du classement général de la Coupe du monde de slalom géant 2023-24. Source : fis-ski.com

La Colombie-Britannique se dote d’une politique sur les services en français

Ce vendredi, la Colombie-Britannique a annoncé le lancement d’une politique sur les services en français. Jusqu’à présent, elle était la seule province du Canada à ne pas en avoir.

Dans un communiqué de presse envoyé par la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB), la présidente par intérim, Marie-Nicole Dubois s’est exprimée à propos de la nouvelle. 

« Cette politique concerne le gouvernement et ses fonctionnaires. Pourtant, ils ont eu la courtoisie de nous partager l’avancée de leurs travaux, et de prendre en compte certaines de nos contributions », a-t-elle déclaré. 

Manque d’obligations fermes pour les fonctionnaires

La présidente regrette cependant « la portée modeste » de cette annonce. On ne connaît pas à l’heure actuelle l’étendue de cette politique ni les ministères qui y seront assujettis, mais le gouvernement promet que cette politique devra accroître la capacité des ministères à servir les francophones de la province. 

D’après la politique en matière de services en français : « Les ministères dont les activités ne touchent pas les secteurs prioritaires établis sont encouragés à utiliser la présente politique comme guide pour inclure les perspectives francophones. » 

Cependant, « les ministères conservent la latitude voulue pour cibler le financement destiné aux langues et l’investir comme ils le jugent le plus approprié pour leur clientèle […] ». 

Une mise en place progressive 

La FFCB espère que cette avancée se concrétisera, « par des actes ayant des retombées positives pour les communautés francophones de Colombie-Britannique ».

Dans cette nouvelle politique, le gouvernement provincial prévoit une mise en place graduelle et indique que le programme des Affaires francophones devra produire un rapport annuel. 

« Grâce à une collaboration, une coordination et une planification accrues, cette politique sera le catalyseur de l’amélioration des services offerts aux francophones de la province », était-il possible de lire dans le document relatif à cette politique. 

Pour l’instant, la présidente Marie-Nicole Dubois aurait aimé « un engagement plus fort avec des mesures plus contraignantes ».

Saluant « un premier pas engageant », l’organisme porte-parole des francophones se réjouit de ce dévouement tardif. La FFCB sera d’ailleurs consultée au moins deux fois par an. Le gouvernement assure ainsi que cette politique « fera l’objet d’une première évaluation deux ans après son adoption, puis tous les cinq ans par la suite ». La politique devrait entrer en vigueur le 1ᵉʳ avril 2024. 

Le vétéran émérite Jean-Gabriel Castel s’est éteint à l’âge de 95 ans

TORONTO – Résistant français, mais aussi juriste et universitaire franco-ontarien de renom aux multiples distinctions, Jean-Gabriel Castel est décédé le 30 décembre dernier à Toronto à l’âge de 95 ans. Professeur de droit international à l’Osgood Hall Law School et au Collège Glendon, ce militant philanthrope est notamment le fondateur du premier cours de droit en français à Toronto.

« Je suis né en France et j’ai vécu à Nice pendant la Deuxième Guerre mondiale. J’ai participé à la résistance lorsque j’étais assez jeune », raconte-t-il dans le documentaire « Le projet mémoire » de Historica Canada.

Il explique que sa famille soutenait le Général de Gaulle à une époque où la France était divisée entre les suiveurs du Maréchal Pétain et les gaullistes.

Portrait de Jean-Gabriel Castel jeune et image de son ordre de mission de 1944 de la résistance française. Source : Historica Canada, Le Projet Mémoire/ Montage ONFR

« En 1942, c’est à ce moment-là que la résistance s’est organisée en France. J’avais alors 16 ans et je travaillais dans les équipes nationales. J’allais rejoindre le poste de commandement et on allait aider les victimes des bombardements », explique celui qui a également combattu et contribué à la libération de la Ville de Nice.

Jean-Gabriel Castel confie que, élevé par une gouvernante allemande dans l’enfance, sa maitrise secrète de la langue a été un atout majeur dans la résistance.  

Reconnu pour ses actes de bravoure, il est, entre autres, Officier de l’ordre du Canada depuis 1985, Membre de l’ordre de l’Ontario depuis 1993, puis devient Chevalier de la Légion d’honneur en 1992, avant de devenir Officier de la Légion d’honneur en 2013. Il est nommé Chevalier de l’Ordre national du Mérite en 1986 puis Officier l’ordre national du Mérite en 1999.

Celui-ci occupera d’ailleurs la présidence de l’Association des anciens combattants français résidant en Ontario et au Manitoba (AACFROM) pendant 25 ans.

Jean-Gabriel Castel parcourant des documents historiques de la résistance française. Source : Historica Canada, Le Projet Mémoire

Une carrière canadienne et franco-ontarienne colossale

Après un parcours universitaire exemplaire : étudiant le droit à Paris puis à l’Université du Michigan aux États-Unis, avant d’intégrer la prestigieuse université de Harvard, où il obtient son doctorat en Science de la Jurisprudence en 1958, il élit domicile au Canada, vivant entre l’Ontario et le Québec.

Il devient professeur de droit à l’Université McGill de Montréal et à l’Université de droit Osgood Hall Law School à Toronto. Il fait de la Canadian Bar review une revue bilingue (La Revue de Barreau canadien), qu’il dirige pendant 27 ans. Jean-Gabriel Castel est notamment le fondateur du premier cours de droit en français à Toronto.

Il enseigne pendant 15 ans, de 2000 à 2015, au Collège Glendon de l’Université York, qui organise une conférence chaque année en son nom sur le droit international public et les organisations internationales.

Jean-Gabriel Castel a défendu les droits des francophones et a œuvré pour un système de justice dans les deux langues en Ontario. Source : Historica Canada, Le Projet Mémoire

Fervent défenseur des droits des Franco-Ontariens, il œuvre pour la traduction en français des textes législatifs et réglementaires de l’Ontario et pour l’usage du français devant les tribunaux ontariens. Celui-ci s’est d’ailleurs engagé auprès de nombreux organismes francophones dont l’Alliance française.

Auteur prolifique de nombreux ouvrages et articles juridiques en français et en anglais, celui-ci est également arbitre international de 1960 à 2018 à la Chambre de Commerce international à Paris et responsable du règlement des différends entre le Canada et les États-Unis.

Devenu conseiller municipal de Mono en 2006, municipalité Centre-Sud de l’Ontario à l’angle sud-est du comté de Dufferin qu’il habite, il se concentrera sur de nombreuses initiatives caritatives dans la région avec son épouse et l’un de ses fils.

Plus récemment, il a travaillé et écrit plusieurs articles sur l’intelligence artificielle et le droit. En avance sur son temps, il a donné en 2016 à Toronto la conférence « Superintelligence artificielle entièrement autonome. Est-ce une menace pour la race humaine ou une bénédiction? Comment la contrôler », et a été publié dans des revues juridiques et scientifiques comme la Revue canadienne de droit et de technologie. 

Que surveiller sur la Colline parlementaire en 2024?

OTTAWA – L’année 2023 au Parlement aura été marquée par la montée de Pierre Poilievre dans les sondages et 2024 pourrait encore refléter la position de force du chef conservateur. Cela devrait modeler les activités au Parlement alors que les libéraux souhaitent probablement attendre à la dernière minute pour décréter des élections en tentant de s’accrocher à leur entente avec les néo-démocrates. En langues officielles, il faut s’attendre à une année beaucoup plus calme après 2023, qui aura été très occupée dans ce domaine.

Pierre Poilievre et les conservateurs

Le nouveau look du chef conservateur, qui a retiré ses lunettes et opté pour le chandail avec le veston, aura eu l’effet escompté pour celui-ci auprès des Canadiens qui le considèrent désormais, et de loin selon la firme Innovative Research (41 % contre 23 % pour Justin Trudeau), comme leur choix préféré à la tête du Canada. En 2023, les nombreuses sorties de Pierre Poilievre au sujet de la taxe carbone avec son slogan axe the tax (Supprimer la taxe) ont porté fruit alors que les libéraux ont accordé une exemption de celle-ci pour les Canadiens se chauffant au mazout.

Son message centré sur l’économie a forcé le gouvernement à multiplier les sorties concernant le logement et l’abordabilité, notamment avec la convocation des grands épiciers à Ottawa ou encore le retrait de la taxe de vente pour la construction de nouveaux appartements. Mais plus récemment, les libéraux ont multiplié les attaques sur leur adversaire, le comparant à Donald Trump et aux républicains américains, notamment sur son vote contre un traité de libre-échange avec l’Ukraine. Reste à voir si 2024 sera aussi profitable pour Pierre Poilievre.

Le nouveau chef du Parti conservateur Pierre Poilievre. Crédit image: Stéphane Bédard
Le chef du Parti conservateur Pierre Poilievre. Crédit image : Stéphane Bédard

L’immigration francophone

C’est en 2024 qu’entrera en vigueur la nouvelle cible en immigration francophone du fédéral passant ainsi de 4,4 % à 6 %. C’est aussi en janvier que le ministre Marc Miller doit révéler sa nouvelle politique en immigration francophone, qui comportera entre autres de nouvelles cibles, mais aussi des objectifs, des indicateurs et des mécanismes de communication de l’information et de reddition de compte.

2024 pourrait apporter du changement au niveau francophone, car Marc Miller a répété dans les derniers mois qu’il se devait de « donner un coup de barre » ainsi que de modifier la façon de penser de son ministère. Il avait notamment mentionné comme solutions : d’accroître le recrutement de francophones en Afrique de l’Ouest, cibler la venue d’enseignants francophones ou encore faciliter le parcours des étudiants francophones vers la résidence permanente.

L’application de la Loi sur les langues officielles

En juin 2023, le gouvernement Trudeau a fait adopter la plus grosse refonte de la Loi sur les langues officielles depuis son implantation en 1969. Or, d’importantes portions de la Loi et de nouveaux pouvoirs du commissaire aux langues officielles reste toujours à être adoptés, car ils doivent l’être fait par décret.

C’est le ministre des Langues officielles Randy Boissonnault qui doit décider d’adopter ceux-ci, mais leur adoption pourrait très bien aussi aller à 2025, le politicien albertain ne voulant pas se mettre d’échéanciers.

Randy Boissonnault le ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles. Crédit image : Stéphane Bédard.

Le Conseil du Trésor doit aussi mettre en place certaines nouvelles dispositions, chose qui sera faite d’ici deux à trois ans, avait prévenu Anita Anand il y a un peu plus d’un mois.

La Loi obligera aussi les tribunaux, dès juin 2024, à rendre accessible dans les deux langues officielles l’ensemble des décisions au pays faisant état de précédent.

L’accord libéraux-NPD et le programme d’assurance médicaments

Cette entente signée entre les deux partis politiques représente le meilleur moyen pour chacun des deux camps d’éviter de faire face à la possibilité d’un gouvernement Poilievre. Mais la patience des néo-démocrates pourrait toutefois être mise à mal, notamment dans le dossier de la création d’un programme d’assurance médicaments. Selon l’entente signée entre les deux formations politiques, le gouvernement se devait de déposer un projet de loi d’ici la fin de 2023. Or, ils ont convenu dans les dernières semaines d’une nouvelle date, le 1er mars 2024.

Lors de leur congrès annuel en octobre, les délégués néo-démocrates avaient fait adopter une motion qui déclarait « que la poursuite de l’entente avec les libéraux dépend d’une législation gouvernementale qui s’engage clairement à mettre en place un programme d’assurance-médicaments universel, complet et entièrement public ».

Plan d’action pour les langues officielles

Annoncé l’an dernier par le gouvernement Trudeau, le Plan d’action pour les langues officielles est la feuille de route du gouvernement de 2023 à 2028 en termes de langues officielles. Les premières sommes du 4,1 milliards de dollars étalés sur une demi-décennie commenceront à sortir des coffres du gouvernement au printemps 2024. Les détails de ce financement avaient été annoncés, mais les destinataires des fonds sont toujours inconnus.

La plus grosse partie de ces sommes iront aux gouvernements provinciaux concernant l’éducation en français en milieu minoritaire suivie ensuite par l’immigration francophone, l’un des piliers phares de ce plan. C’est aussi de ce Plan que provient le financement des organismes francophones hors Québec.

Les projets des députés francophones pour 2024

Présentation de projets d’envergure sur lesquels des élus franco-ontariens des trois principaux partis politiques de la province se focaliseront en 2024. En ligne de mire : de nouvelles normes de sécurité routière, l’aide aux victimes de la traite des personnes, la santé et l’éducation en français ou encore l’énergie et le logement abordable.

Le député de Mushkegowuk-Baie James Guy Bourgouin a présenté son projet de loi, la Loi Chad de 2023 pour des dépassements plus sécuritaires, qui vise à rendre illégal le dépassement d’un autre véhicule sur deux lignes jaunes continues et à le pénaliser. C’est déjà le cas dans les autres provinces canadiennes, à l’exception de l’Ontario. Adopté en première lecture le 21 novembre dernier, il constituera un axe de travail important en 2024.

« Nous ne pouvons pas nous permettre que l’Ontario soit la seule province à ne pas pénaliser cette manœuvre potentiellement mortelle. Ce gouvernement doit en faire davantage pour protéger les conducteurs de tous types de véhicules et ce, dans toute la province », exprime le député néo-démocrate dans un communiqué. 

La loi Chad porte le nom d’un résident de sa circonscription qui a échappé de peu à une fin tragique lors d’une grave collision impliquant un camion commercial qui tentait dangereusement de dépasser un autre véhicule dans une montée, sur une route comportant les deux lignes jaunes continues.

La loi de Chad est pour moi une évidence. La majorité des Ontariens ne comprennent pas pourquoi ce n’est pas déjà complètement illégal et pensait que ce l’était.
— Guy Bourgouin

Victime de blessures graves, Chad souffre d’une commotion cérébrale, d’une détérioration de la vue, de multiples fractures au cou, aux côtes, à la clavicule et du sternum, en plus d’avoir eu des atteintes graves au cœur et aux poumons.

« La loi de Chad est pour moi une évidence. La majorité des Ontariens ne comprennent pas pourquoi ce n’est pas déjà complètement illégal et pensait que ce l’était. Je sais que certains députés conservateurs sont pour, je reste positif qu’ils pourront utiliser leur voix au sein de leur caucus pour l’amener en débat. La balle est dans le camp du gouvernement et c’est sûr que je vais prendre l’occasion la semaine prochaine de parler au ministre des Transports, c’est vraiment une loi qui va au-delà de la partisanerie. »

Celui-ci explique également que la sécurité sur les routes ontariennes, pour lui venant du Nord et étant témoin de tellement d’accidents surtout en hiver, reste une priorité en tout temps.

« Il y a plein de solutions à envisager, comme de meilleures façons de former les camionneurs aux intempéries, augmenter le nombre d’aires de repos sur la 11 et la 17, bref bien des solutions pour améliorer la sécurité routière », conclut Guy Bourgouin.

Traite des personnes, santé et éducation francophones

La députée libérale d’Ottawa-Vanier Lucille Collard compte poursuivre un dossier personnel dont elle a piloté le projet de loi : la Loi de 2023 sur la protection contre les dettes contractées sous la contrainte dans un contexte de traite de personnes, qui a été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée le 29 novembre dernier par les quatre partis de Queen’s Park 

Mme Collard explique que les survivantes et survivants de la traite des personnes font souvent face à de nombreux défis financiers en raison des dettes contractées sous la contrainte de leur trafiqueur.

« On a franchi une étape importante. On va pouvoir aller de l’avant et travailler sur la mise en œuvre en 2024, ce qui va être une partie aussi ardue que le travail qui a déjà été fait, car cela va impliquer le travail de plusieurs ministères et la nécessité de trouver les bonnes réglementations. Mon travail va être de pousser le gouvernement à avancer. »

Les enjeux sont sévères si on regarde la façon dont les francophones sont desservis.
— Lucille Collard

Le projet de loi 41 interdira le recouvrement de créances liées à des dettes contractées sous la contrainte et assurera que ce ne soit pas pris pas compte dans la décision de fournir ou non des services ou produits de crédit. Cela apportera une aide financière importante aux victimes, leur permettant d’obtenir une carte de crédit, un prêt étudiant, une hypothèque, entre autres, vers une autonomie financière.

Autre enjeu important pour la députée francophone, « l’accès aux soins de santé primaire, car il y a un gros vide dans ma circonscription d’Ottawa-Vanier avec aucune clinique ».

« J’en ai déjà parlé avec la ministre de la Santé à plusieurs reprises et j’appuie des groupes qui le demandent. Concernant la santé mentale et les dépendances, avoir des sites d’injection supervisés c’est bien, mais maintenant il nous faut travailler sur des solutions de traitement. Cela implique de travailler avec le gouvernement, avec le ministre Tibollo (ministre associé de la Santé mentale et de la Lutte contre les dépendances) et c’est ce que je vais continuer à faire en 2024 », explique-t-elle.

Elle évoque également le travail nécessaire envers l’éducation francophone et les disparités par rapport à l’éducation anglophone : « Les enjeux sont sévères si on regarde la façon dont les francophones sont desservis. Il est importance pour le gouvernement d’avoir une lentille francophone dans le développement des politiques en éducation. Je vais poursuivre mon travail dans ce sens. »

Énergie et logement abordable

« Ma priorité est de continuer à travailler à rendre la vie plus abordable pour les Ontariens, notamment via des initiatives dans l’énergie », déclare le député de Glengarry-Prescott-Russell Stéphane Sarrazin.

Cette fin d’année, l’élu progressiste-conservateur a lancé avec Hydro Canada Ottawa l’initiative du Bouton vert, qui permet aux familles et aux entreprises locales, par le biais d’appareils domestiques intelligents, de suivre et de mieux contrôler leur consommation d’énergie et de faire des économies mensuelles.

L’Ontario est la première province au Canada à imposer la norme du Bouton vert, des études ayant montré que l’accès aux données énergétiques peut aider les consommateurs à réaliser des économies d’énergie allant jusqu’à 18 %.

« L’initiative Bouton vert est déjà mise en place dans la plupart des compagnies de distribution d’électricité. Cela donne une opportunité aux gens de vraiment de pouvoir se familiariser avec leur consommation et adopter de méthodes pour faire des économies sur la facture d’électricité. »

Parmi les autres projets notables, fin novembre, le gouvernement a inauguré deux projets de logements abordables pour les aînés francophones dans la circonscription de M. Sarrazin, la région des Comtés unis de Prescott et Russell. Soit un investissement de 3 millions de dollars dans l’expansion de la Résidence Lajoie, pour 26 nouveaux logements, et du Senior Citizens Manor à Vankleek Hill, avec 30 nouveaux logements.

Quatre Franco-Ontariens parmi les dix personnalités du palmarès Francopresse 2023

Cette année encore, Francopresse a révélé le palmarès des dix personnalités influentes de la francophonie canadienne 2023. Parmi les dix personnes choisies par le jury, on compte quatre Franco-Ontariens : Rose-Aimée Bélanger, sculptrice francophone reconnue internationalement, le recteur de l’Université de Hearst, Luc Bussières, mais aussi Trèva Cousineau, figure de proue de la francophonie et François Larocque, chercheur, avocat et professeur à la Faculté de Droit de l’Université d’Ottawa. 

En novembre 2023, le monde a fait ses adieux à Rose-Aimée Bélanger, une artiste franco-ontarienne de renom, à l’âge vénérable de 100 ans. Dotée d’une carrière artistique exceptionnelle de plus de 40 ans, cette figure féministe et engagée du Nord de l’Ontario, a laissé un héritage indélébile.

Originaire de Guérin, dans le Témiscamingue québécois, elle est arrivée en Ontario en 1946. Pour son centenaire, ONFR avait réalisé un reportage sur les sculptures de l’artiste franco-ontarienne. Parmi ses œuvres, l’une des plus connues se trouve à Montréal : Les Chuchoteuses, une œuvre en bronze représentant trois femmes profondément absorbées par leur conversation. Cette œuvre a été installée en 2006 dans le cadre d’un projet de revitalisation des quartiers oubliés du Vieux-Montréal. 

L’œuvre de la sculptrice Rose-Aimée Bélanger, Les Chuchoteuses. Crédit image : Louise Tanguay

Au cours de sa carrière prolifique, Rose-Aimée Bélanger a créé plus de 1000 sculptures, propulsant ainsi sa renommée à l’échelle mondiale. Ses œuvres parcourent les galeries du monde entier, enchantant les amateurs d’art et trouvant refuge entre les mains de chanceux propriétaires. L’héritage artistique de cette talentueuse franco-ontarienne continue de rayonner avec cette récompense. 

Un clin d’œil à l’éducation 

Luc Bussières s’engage en faveur de l’épanouissement de l’éducation universitaire dans le Nord de l’Ontario depuis déjà 25 ans. 

En 2017, il est le recteur de l’Université de Hearst. C’est lui qui aura dirigé l’établissement vers son indépendance et qui aura joué un rôle crucial dans les discussions actives sur le futur de l’éducation postsecondaire en Ontario français. 

L’Université de Hearst a fêté ses 70 ans d’existence en 2023, et a enregistré un bond important de 174 % d’augmentation du nombre d’inscriptions depuis 2014. Archives ONFR

Luc Bussières représente non seulement cet héritage, mais aussi le militantisme francophone. Toujours préoccupé par la durabilité de l’offre universitaire à Hearst, Kapuskasing et Timmins, il a été un des architectes clés de la transformation de l’établissement en participant à la création d’un modèle d’enseignement par bloc, une approche novatrice et peu commune. Luc Bussières continue de marquer de son empreinte le paysage éducatif, contribuant de manière significative à la réflexion et à la mise en œuvre de nouvelles méthodes d’enseignement dans la région.

« Le bouclier de la francophonie », une nouvelle fois couronné

Appelée « le bouclier de la francophonie » par le chroniqueur Denis Gratton, Trèva Cousineau a consacré cinquante ans de sa vie à la promotion de la langue française à l’échelle locale, provinciale, nationale et internationale.

Née à Timmins en 1937, Trèva Cousineau est récipiendaire de nombreux prix, dont le prix Bernard Grandmaître en 2022 et récemment, en 2023, l’une des sept personnes nommées membres honoraires du Centre de la francophonie des Amériques. 

Tréva Cousineau a aussi été reçue à l’Ordre de la Pléiade et à l’Ordre de la francophonie des Amériques. Crédit image : Stéphane Bédard

Enseignante, diététiste à la retraite, Trèva Cousineau siège toujours dans plusieurs comités. Elle est notamment présidente du Conseil sur le vieillissement d’Ottawa.

En entrevue avec ONFR, Mme Cousineau avait rappelé l’importance des monuments de la francophonie, espérant secrètement en voir un sortir de terre à Timmins. 

« Les monuments sont importants, car c’est quelque chose qui reste et qui nous représente », avait-elle dit.

La recherche pour faire avancer les droits 

Le professeur et avocat franco-ontarien François Larocque joue un rôle actif dans la recherche sur les enjeux linguistiques et dans la défense des droits linguistiques de la minorité francophone au Canada. 

En tant que titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne en droits et enjeux linguistiques, récemment renouvelée en 2023, François Larocque intervient également en tant que conseiller dans d’importantes affaires linguistiques, collaborant étroitement avec des organisations associatives et communautaires.

Son influence s’étend notamment à la reconnaissance des minorités linguistiques dans le cadre du projet de loi sur l’apprentissage et les services de garde (C-35). De plus, François Larocque s’est investi activement dans la réforme de la Loi sur les services en français de l’Ontario et de la Loi sur les langues officielles du Canada, démontrant ainsi son engagement constant en faveur des droits linguistiques et de la promotion de la francophonie au sein du pays.

Le professeur en droit de l’Université d’Ottawa Francois Larocque a été trés impliqué dans le projet de loi C-35 et la nouvelle Loi sur les langues officielles. Source : Université d’Ottawa

En reconnaissance de son leadership, de son engagement communautaire et de ses contributions notables, le professeur Larocque a été honoré de plusieurs distinctions. 

Parmi celles-ci figurent l’Ordre du mérite de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO) en 2014, l’Ordre des francophones d’Amérique en 2019, le Prix d’excellence de la Faculté de droit en matière d’engagement et d’éducation publique en 2020, et l’Ordre de la Pléiade en 2020.

Originaire de la communauté franco-ontarienne de Sturgeon Falls, M. Larocque continue de marquer son parcours par un dévouement constant envers la promotion des droits linguistiques et de la justice en français.

Les personnalités influentes hors Ontario 

À l’extérieur de l’Ontario, le Palmarès Francopresse des dix personnalités influentes de la francophonie canadienne souligne également le travail d’Olivier Hussein au Nouveau-Brunswick. 

Ayant fui son pays d’origine pour devenir réfugié au Canada en 2009, ce Congolais s’est investi depuis de nombreuses années dans la promotion de la diversité et de l’inclusion. Ses préoccupations principales portent sur l’immigration francophone et l’engagement des jeunes.

Toujours au Nouveau-Brunswick, Jean-Marie Nadeau a occupé une position centrale dans le débat relatif au changement de nom de l’Université de Moncton. L’initiative a pris son essor avec la publication d’une lettre ouverte en février 2023, où il plaidait en faveur du nouveau nom : Université de l’Acadie. Malheureusement, au début du mois de décembre, le conseil de l’Université a décidé de ne pas aller de l’avant avec cette dénomination

Le Palmarès Francopresse reconnaît également l’autrice-compositrice-interprète jazz-folk et réalisatrice fransaskoise Alexis Normand, notamment avec son documentaire Assez French qui met en lumière le lien entre sa famille exogame et le français. 

Alexis Normand a été porte-parole des Rendez-vous de la Francophonie 2023, au cours desquels son documentaire Assez French a été projeté. Crédit image : Nicole Romanoff

Du côté de la Nouvelle-Écosse, la directrice générale de la Société acadienne de Clare, et vice-présidente du comité organisateur du Congrès mondial acadien 2024, Natalie Robichaud, s’est fait remarquer pour son souci dans la préservation du patrimoine local et acadien.

Enfin, au Yukon, ce sont Leslie Larbalestrier et Marguerite Tölgyesi qui reçoivent cette nouvelle distinction.

D’abord bénévole au comité Jeunesse Franco-Yukon, Marguerite Tölgyesi, a par la suite, étendu son engagement en rejoignant la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), d’abord en tant que vice-présidente puis en accédant à la présidence. En septembre, son mandat s’est terminé, mais elle reste impliquée au sein de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA). 

Leslie Larbalestrier est originaire de Belgique et vit à Whitehorse au Yukon. Étant passée elle-même par le parcours de l’immigration, elle participe à l’intégration des personnes immigrantes. Sa garderie francophone de Whitehorse a reçu le prix Connexion employeurs Réseau de Développement économique et Employabilité du Canada (RDÉE) pour son engagement envers les personnes immigrantes au Yukon.

Pour la neuvième année consécutive, Francopresse souligne le travail de dix personnes qui ont une incidence sur leur francophonie des quatre coins du pays. Montage : Chantal Lalonde

Les dossiers et événements à surveiller en 2024 en Ontario

Qu’est-ce que nous réserve l’année 2024? Ça reste à voir, mais on peut déjà prévoir plusieurs dossiers chauds qui pourraient évoluer et des événements d’importances qui auront lieu. Voici huit exemples de projets, dossiers et événements qui auront lieu ou qui seront à surveiller au cours des 365 prochains jours en Ontario français, mais aussi dans la francophonie canadienne.

Janvier : une grève d’enseignants dans les écoles franco-ontariennes?

L’année 2024 pourrait démarrer avec une grève dans les écoles francophones, tout dépendra d’un vote que tiendront les membres de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO). Le syndicat des professeurs francophones tiendra l’exercice de vote du 24 au 26 janvier 2024 auprès de ses 12 000 membres ontariens.

La dernière fois que les enseignants avaient franchi les lignes de piquetage était en 2020. Ils avaient notamment débrayé à quelques reprises durant des jours ciblés pendant près de deux mois sans tenir de grève générale illimitée. Le gouvernement et l’AEFO avaient finalement conclu une entente au début de la pandémie de la COVID-19, le 31 mars.

Du changement pour les collèges et universités franco-ontariennes?

Dans un rapport demandé par la province et publié en novembre, un panel d’experts a remis en cause la viabilité à long terme des universités et collèges franco-ontariens sous leur modèle actuel, particulièrement l’Université de l’Ontario français (UOF) et l’Université de Hearst. Le panel émet trois recommandations pour l’avenir du postsecondaire en français comme la création d’un consortium de tous les établissements postsecondaires francophones et bilingues de la province chapeauté par l’Université d’Ottawa.

La ministre des Collèges et Universités Jill Dunlop avait indiqué suite à la sortie du rapport qu’elle « examinerait attentivement les recommandations du Groupe d’experts afin de tracer la voie qui permettra de continuer à renforcer le secteur postsecondaire ». Il y a fort à parier que le gouvernement Ford se penchera sur ce dossier qui pourra avoir un impact direct sur le postsecondaire en français en 2024.

Les Franco-Ontariens aux Jeux olympiques à Paris

Les Jeux olympiques d’été à Paris auront lieu du 26 juillet au 11 août et parmi les 10 500 athlètes internationaux qui y seront, on peut s’attendre à voir quelques Franco-Ontariens. Parmi les valeurs sûres, on peut compter sur les deux joueuses de soccer franco-ontariennes Cloé Lacasse (Sudbury) et Vanessa Gilles (Ottawa), eux qui tenteront de défendre leur médaille d’or de 2020 à Tokyo.

Il y aura aussi la joueuse de basketball Laeticia Amihere (Mississauga) qui pourrait aligner les couleurs de l’unifolié, celle qui dispute sa première saison professionnelle en WNBA, le championnat américain de basket féminin professionnel. Le tournoi de qualification pour pouvoir évoluer sur les courts Parisiens aura lieu en février.

Les chances de voir l’Ottavien Michael Woods s’aligner pour l’équipe canadienne en cyclisme sont aussi très bonnes. Il avait été un membre de la formation en 2020 à Tokyo. Il y a aussi la nageuse sudburoise Nina Kucheran qui tentera de se qualifier en mai pour assurer sa présence dans les bassins parisiens cet été.

Après une victoire au Tour de France en 2023, Micheal Woods pourrait tenter de récidiver en France, mais avec une médaille cette fois-ci. Crédit image : Luis Angel Gomez/SprintCyclingAgency©2023

Les 10 ans du Concours LOL

L’événement, qui a touché jusqu’à présent près de 6000 élèves franco-ontariens de la province et d’ailleurs au Canada entre 12 et 18 ans, célèbrera en 2024 sa dixième édition. Chapeauté par l’Association des communautés francophones de l’Ontario, de Stormont, Dundas et Glengarry, le Concours LOL-Mort de rire offre notamment des formations humoristiques et vise à valoriser l’importance de la langue française. Les organisateurs indiquent avoir des surprises à venir dans leur programmation en l’honneur de leur décennie d’existence.

Inauguration pour le Centre culturel La Ronde

Ouvert à l’automne 2023, la référence communautaire et culturelle à Timmins dans le Nord de l’Ontario devrait tenir dans les prochains mois son inauguration officielle.

Débutée en 2022, la construction du Centre La Ronde a été achevée le mois dernier alors que l’édifice a ouvert ses portes le 27 novembre. Le bâtiment comporte une salle de spectacle pouvant accueillir jusqu’à 300 personnes.

Le Centre culturel La Ronde. Crédit image : Inès Rebei

Congrès mondial acadien

Le Congrès mondial acadien (CMA) est un festival de culture acadienne, organisé tous les cinq ans depuis 1994 et cette année, il aura lieu du 10 au 18 aout. Ça sera en direct de Clare et d’Argyle en Nouvelle-Écosse qu’aura lieu cette célébration acadienne où grands spectacles en plein air, expériences culinaires, et conférences thématiques sont à l’horaire. Le tout sera notamment marqué par la Fête nationale de l’Acadie le 15 août. L’un des volets les plus importants de cet événement reste toutefois les réunions des familles alors que déjà plus d’une dizaine sont à l’horaire.

Des élections au Nouveau-Brunswick

Le premier ministre Blaine Higgs a laissé planer durant toute l’année qu’il décrèterait des élections avant de finalement dire qu’il ne déclencherait pas d’élections hâtives en 2023. Reste à voir s’il le fera avant la date prévue du 21 octobre 2024 lui qui a déjà affirmé qu’il se représenterait malgré une dernière année tumultueuse marquée par une contestation de son leadership. Selon les projections en date de septembre du site de sondage 338 Canada, le Parti progressiste-conservateur pourrait tout juste obtenir la majorité avec 26 sièges sur les 25 nécessaires.

Commission publique sur l’ingérence étrangère

Frappé au printemps 2023 par des allégations d’ingérence étrangère dans le processus démocratique, le gouvernement Trudeau a hésité, mais il a finalement annoncé la tenue d’une enquête publique en septembre. Présidée par la juge Marie-José Hogue, elle devra soumettre un premier rapport préliminaire dans la première moitié de l’année, qui portera sur les tactiques de la Chine, de la Russie et d’autres États ou joueurs non étatiques aux élections de 2019 et de 2021. Elle doit aussi se pencher sur la capacité du fédéral et des services de renseignements et policiers canadiens à détecter et à contrer de tels actes d’ingérence.

L’enquête publique sur l’ingérence étrangère (EPIE) tiendra des audiences publiques à partir du 29 janvier et à nouveau à l’automne 2024. Le rapport final est attendu d’ici le 31 décembre.

Florence Ngenzebuhoro et Bernard Leduc nommés à l’Ordre de l’Ontario 2023

Les lauréats de l’Ordre de l’Ontario pour l’année 2023 ont été révélés par la nouvelle lieutenante-gouverneure de la province, l’honorable Edith Dumont, lundi 1er janvier. Dans cette liste de 25, deux Franco-Ontariens se distinguent.

Bernard Leduc ancien président-directeur général de l’Hôpital Montfort d’Ottawa ajoute une décoration supplémentaire à sa vitrine après son entrée le 23 novembre 2023 dans l’Ordre des francophones d’Amérique. Bernard Leduc a contribué au développement de l’Hôpital Montfort devenu sous sa direction l’un des 1000 meilleurs hôpitaux du monde selon le journal Newsweek. L’un de ses plus grands combats a été de maintenir et développer les services en français au sein de l’établissement. 

Il a également contribué au développement d’un pôle de recherche, l’Institut du savoir Montfort, qui est devenu un chef de file dans la formation des professionnels de la santé franco-ontariens et a permis en 2015 de faire rentrer Montfort dans la liste des 40 meilleurs hôpitaux de recherche au Canada.

Plus de 800 lauréats depuis 1986

Deuxième lauréate franco-ontarienne, Florence Ngenzebuhoro est la directrice générale du Centre francophone du Grand Toronto. Sa contribution auprès de la population francophone du Grand Toronto n’est plus à présenter depuis sa prise de position en août 2017. Le centre aide chaque année des dizaines de milliers d’immigrants francophones. 

Par ailleurs, Florence Ngenzebuhoro a été reconnue comme l’une des personnalités les plus influentes dans le domaine des droits des minorités au Canada. Ses initiatives ont contribué à faire de l’Ontario un endroit plus inclusif et plus accueillant. Grâce à ses actions, elle avait déjà obtenu deux prix prestigieux en 2023 : une nomination dans le top 25 des immigrants au Canada, ainsi que le Prix Boréal pour l’inclusion.

Florence Ngenzebuhoro et Bernard Leduc rejoignent la très longue liste de plus de 800 personnes qui ont reçu les honneurs de rejoindre l’Ordre de l’Ontario créé en 1986 dans le but de récompenser des contributions exceptionnelles au sein de la province. L’Ordre représente la plus haute distinction civile de l’Ontario. En 2022, la Franco-Ontarienne Dyane Adam avait reçu ces honneurs.

Ces écoles franco-ontariennes qui sortiront de terre en 2024

Deux nouvelles écoles ouvriront leurs portes cette année, trois autres en 2025. Tour d’horizon des principaux chantiers scolaires dans le nord, l’est et le sud de la province.

Dans l’Est ontarien, une nouvelle école élémentaire publique ouvrira ses portes à la rentrée prochaine, à Ottawa, dans le secteur Barrhaven-Manotick, au 110 avenue Robin Easey.

Géré par le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CÉPEO) et financé à hauteur de plus 12 millions de dollars par la province et un apport du fédéral, l’établissement pourra accueillir jusqu’à 475 élèves de la maternelle à la 6e année, ainsi que d’une garderie d’une capacité de 10 poupons, 15 bambins et 24 enfants d’âge préscolaire.

Le CÉPEO est en passe, entretemps, d’achever les travaux de rénovation de l’École élémentaire et secondaire publique L’Équinoxe, à Pembroke, incluant la construction d’un nouvel espace pour le centre éducatif et le service de garde ainsi que la rénovation de la cour d’école et de l’espace réservé à l’administration de l’école.

Une maquette de la future école de Barrhaven-Manotick, au 110 avenue Robin Easey. Source : CÉPÉO

L’autre projet scolaire attendu cette année se trouve dans la région du Grand Toronto. Dépendante du Conseil scolaire MonAvenir, l’École secondaire catholique de Vaughan pourra accueillir plus de 400 élèves de la 7e à la 12e année et comprendra une garderie capable de recevoir 49 enfants, soit 10 poupons, 15 bambins et 24 préscolaires.

Le chantier en cours devrait être achevé dès l’été prochain pour une ouverture en septembre, au 200, avenue Aberdeen à Woodbridge, ancien emplacement de l’école St. Francis of Assisi Catholic Elementary School du York Catholic District School Board.

L’école secondaire catholique la plus proche, Renaissance à Aurora, ne pouvait plus contenir tous les élèves du secteur. Un campus temporaire recevait les 7e et 8e année, sur le chemin Barrhill à Maple depuis septembre 2019. L’établissement de Vaughan devrait ainsi remédier à cette situation en desservant de plus près les élèves de la région.

Élus et acteurs scolaires au moment du lancement du chantier de la future école de Vaughan en présence du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce. Source : MonAvenir

D’autres ouvertures en 2025

D’autres écoles verront le jour l’année suivante, en 2025, notamment dans le Nord. On pense au projet du Conseil scolaire catholique Nouvelon qui a obtenu le feu vert provincial en mars dernier. Il s’agit d’une l’école élémentaire dans la région de Hanmer et Val Thérèse, dans le Grand Sudbury, qui sera construite sur le chemin municipal 80 (ancien 69 Nord), à hauteur de l’avenue Shirley.

Elle desservira les élèves des écoles Notre-Dame (Hanmer), St-Joseph (Hanmer) et Ste-Thérèse (Val Thérèse), en mettant à leur disposition « des espaces conviviaux qui leur permettront de s’épanouir dans une école verte et fonctionnelle à l’ère numérique ».

Dans l’Est, le CÉPEO inaugurera deux nouveaux établissements de palier élémentaire. Une école doit d’abord voir le jour dans le quartier de Kanata et Stittsville, à Ottawa. Le gouvernement de l’Ontario a injecté plus de 12 millions de dollars pour que l’établissement permette d’accueillir 475 élèves ainsi qu’une garderie, au 755 promenade Cope. Une fois ouverte, elle devrait contribuer à désengorger l’École élémentaire et secondaire publique Maurice-Lapointe.

Une maquette de la future école à Val Thérèse, dans le Grand Sudbury. Source : CSC Nouvelon

Toujours à Ottawa avec une ouverture estimée au cours de l’année scolaire 2025-2026, une autre école élémentaire s’implantera cette fois dans le quartier Orléans Sud, grâce à un appui provincial de plus de 10 millions de dollars. Sa capacité? 354 places et une garderie. Sa localisation? Au 2405, chemin Mer Bleue, à l’intersection de la promenade Jerome Jodouin et du chemin Monardia. Un secteur en forte croissance, souligne le CEPEO.

« Notre conseil scolaire doit répondre à une demande croissante dans le secteur d’Orléans. La présence de cette nouvelle école contribuera à assurer l’épanouissement et la pérennité de notre communauté francophone dans ce secteur en forte croissance. Nous sommes ravis que la communauté d’Orléans Sud puisse bientôt bénéficier d’une nouvelle offre de services éducatifs de grande qualité en français », avait déclaré le conseil scolaire dans un communiqué.

Les Raptors de Toronto rapatrient RJ Barrett au Canada 

La bombe du célèbre insider d’ESPN Adrian Wojnarowski est tombée ce samedi matin, les Raptors de Toronto se séparent d’OG Anunoby, Precious Achiuwa et Malachi Flynn qui partent à New York en échange de RJ Barrett, Immanuel Quickley et un choix de repêchage de deuxième tour. 

Natif de Toronto, RJ Barrett a passé sa jeunesse à suivre son père Rowan, lui aussi joueur de basket professionnel. C’est ainsi qu’il a vécu six ans en France, alors que Rowan Barrett jouait pour Dijon, Lyon-Villeurbanne et Chalon-sur-Saône, qui lui ont permis d’apprendre le français. Il a ensuite passé sa 9e année d’étude à St Marcellinus, dans le programme d’immersion en français de ce lycée catholique qui se trouve à Mississauga, avant de partir pour la célèbre académie américaine de Montverde en Floride, où il est resté trois ans.

L’ailier qui a représenté le Canada lors de la dernière Coupe du monde de basket avait été repêché par les Knicks de New York en 3e position, en 2019 à sa sortie de la prestigieuse université de Duke. À seulement 23 ans, il possède déjà une expérience de quatre ans en NBA. Cette saison, il tourne à 18,2 points par match et 4,3 rebonds. Ses axes de progression sont l’adresse de loin (33 % de réussite cette saison, 34 en carrière) et sa création pour ses coéquipiers (seulement 2,8 passes par match en carrière). Le Torontois est sous contrat jusqu’à la saison 2026-27.

Il arrive en compagnie d’Immanuel Quickley, jeune arrière de 24 ans à fort potentiel. Sixième homme de luxe des Knicks cette saison, il tourne à 15 points de moyenne avec un pourcentage à 3-points proche des 40 % (39,5). Il pourrait s’installer en tant qu’arrière dans le 5 de départ aux côtés de Scottie Barnes, promu meneur de jeu titulaire depuis deux matchs. La problématique pour les Raptors en fin de saison sera de trouver un terrain d’entente avec le nouvel arrivant qui sera agent libre restreint à la fin de la saison. 

D’autres mouvements à venir?

Ce sera aussi le cas pour OG Anunoby, qui fait le chemin inverse et quitte les Raptors après sept saisons à Toronto. Bien qie courtisé en raison de ses qualités de défenseur élite et en vue du marché des agents libres de l’été, ce dernier n’a pas eu les faveurs des dirigeants torontois qui ont préféré s’en séparer, plutôt que prendre le risque de le voir partir sans contrepartie l’été prochain – comme ça avait été le cas avec Fred VanVleet lors de la dernière intersaison. 

Il ne reste désormais chez les Raptors que seulement deux joueurs qui faisaient partie de l’équipe championne NBA en 2019. Les francophones Pascal Siakam et Chris Boucher. La situation contractuelle du premier cité est similaire à celle d’Anunoby. Il faudra donc surveiller de près ce qui se passe du côté de la seule franchise canadienne de la NBA qui n’a sans doute pas terminé les mouvements au sein de son effectif. La date limite des transactions en NBA est fixée au 8 février 2024.

La fin du journal papier pour Le Droit : une symbolique majeure

GATINEAU – La transition des médias imprimés vers les médias numériques est un phénomène majeur des dernières décennies. La fin du journal papier au Droit, ce 30 décembre, symbolise l’impact de cette transition sur l’industrie des médias, mais c’est aussi un choix environnemental pour la direction du quotidien.

Depuis 1913, le journal Le Droit a fidèlement inscrit son histoire sur le papier, un lien indéfectible depuis l’aube de la presse. Aujourd’hui, c’est une étape cruciale, d’autant plus que depuis 2020, le quotidien avait déjà fait un pas en abandonnant la version papier en semaine.

Exit les pages qui froissent sous les doigts, Le Droit entre à 100 % dans l’ère digitale, ce 1ᵉʳ janvier. Un changement majeur, que la rédactrice en chef, Marie-Claude Lortie, compare à juste titre à l’époque des débuts de l’industrie automobile.

« C’est comme quand on a arrêté de se promener tirés par des chevaux pour prendre des voitures à la place. »

D’ailleurs, d’après Mme Lortie, c’est en quelque sorte une progression naturelle dans le domaine des médias. « Lorsqu’on considère l’aspect matériel et environnemental, il semble assez surprenant de mobiliser toute cette énergie, cette matière, ce papier, ces camions, la machinerie, la logistique, les personnes et les transports, pour quelque chose qui a une durée de vie extrêmement limitée. »

« Le livre ou le magazine, on peut le feuilleter à maintes reprises, contrairement au journal qui demeure vraiment éphémère », ajoute-t-elle.

Pas de grands changements auprès des lecteurs

« Quand on y pense, c’est beaucoup moins cher d’être abonné numériquement », constate Mme Lortie.

Outre cet avantage, la rédactrice en chef insiste sur le fait que la transition a eu lieu il y a un certain temps déjà. Selon elle, la véritable fin du papier a été marquée par la pandémie en 2020, déclenchant inévitablement des ajustements significatifs. L’autre ajustement que les médias traversent en 2023 est le blocage des nouvelles par Meta(Facebook/Instagram).

Mais pour Marie-Claude Lortie, « Internet, c’est bien plus que Meta, même si indéniablement, ils occupent une place importante. C’est une réalité qui nous pousse, pour le moment, à prendre des décisions et à réfléchir sur le fonctionnement des choses ».

Marie-Claude Lortie, rédactrice en chef du journal Le Droit. Crédit image : Patrick Woodbury

Pour ce qui est du Droit, c’est probablement bénéfique, croit-elle.

« Cela nous incite à devenir plus indépendants, à nous enraciner davantage dans notre identité. En fait, Internet est une plateforme ouverte à tous. Meta n’a pas le contrôle total sur Internet. Nous pouvons subsister en dehors de cela. Et cela se reflète dans les statistiques, montrant que les gens ont su s’adapter. »

Des départs volontaires et peut-être une perte de lecteurs

La fin du papier, c’est forcément aussi la fin d’une équipe. Ce qui a conduit à la mise en place d’un programme de départ volontaire au sein de la boîte. Le Droit a par exemple perdu l’ensemble de ses journalistes de sa section sportive dans les derniers jours, qui ont tous quitté l’entreprise. Ce programme a été lancé au printemps et s’est étendu plus ou moins tard, au début de l’été dernier.

« Nous avons offert aux employés la possibilité de partir en rachetant leurs postes, avec des départs volontaires (…) Il est important de souligner qu’il n’y a eu aucun licenciement, personne n’a été contraint de partir. »

Côté lecteur, la rédactrice en chef estime que « le lectorat numérique ne va pas diminuer ».

« Le pari que nous faisons, c’est que les lecteurs habitués au format papier seront curieux. Ils vont naturellement explorer la version numérique pour retrouver leur journal, d’autant plus qu’ils sont déjà abonnés de toute manière. »

Si l’usage du papier peut souvent être associé à des habitudes plus traditionnelles de consommation d’informations, qui sont parfois plus répandues parmi les générations plus âgées, cette frange de lecteurs devra probablement faire le pas vers le numérique, si ce n’est pas déjà fait.

« C’est des lecteurs importants, admet Mme Lortie, puis on espère que leurs enfants, que leurs amis, que leurs voisins vont les aider à faire cette transition-là. »

« De nos jours, le recours au numérique est devenu la norme, que ce soit pour accéder aux services gouvernementaux ou pour gérer divers aspects de la vie quotidienne tels que les assurances, les hypothèques et les transactions bancaires. Cependant, il est indéniable qu’une partie de la population n’a pas encore effectué cette transition vers le numérique », explique-t-elle.

« Malgré cela, il est essentiel que nos décisions d’affaires tiennent compte des tendances globales et des évolutions du marché », conclut-elle.

La première édition papier du journal Le Droit a eu 100 ans en 2023

Maveric Lamoureux : « Pour nous, c’est l’or ou rien »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI : 

Maveric Lamoureux, 19 ans, est un des grands espoirs du hockey sur glace canadien au poste de défenseur. 

LE CONTEXTE : 

Le natif de Hawkesbury est en ce moment en Suède avec l’équipe nationale canadienne où il dispute le Championnat mondial junior. 

L’ENJEU :

Les Canadiens sont historiquement dominant lors de cette épreuve dont ils sont les tenants du titre depuis deux ans. Ils visent cette année une troisième médaille d’or. La compétition a débuté le 26 décembre pour Maveric Lamoureux et ses coéquipiers qui ont signé deux victoires lors de leurs deux premiers matchs. Au lendemain d’une victoire 10-0 contre la Lettonie, le défenseur qui évolue en club à Drummondville partage ses impressions sur la compétition, la sélection et ses performances individuelles, puis se projette sur la suite du tournoi. 

« Tout d’abord, qu’est-ce que cela représente pour vous de faire partie de cette sélection? 

C’est un grand honneur et en même temps c’est un rêve qui se réalise de représenter son pays dans cette compétition-là, qui est le plus grand tournoi junior au monde. C’est un tournoi que tout le monde regarde chaque année, c’est vraiment un rêve qui se réalise. 

Le fait que le Canada ait toujours brillé dans la compétition et que vous soyez les champions en titre, est-ce une pression supplémentaire pour vous? 

Oui et non. En fait, je ne le vois pas comme une pression, je le vois comme un objectif de plus. Le Canada est tellement performant chaque année que les attentes sont élevées. Pour nous, c’est l’or ou rien, mais on aime tellement tous gagner dans l’équipe que ça réveille notre côté compétiteur. Je suis content que les attentes soient élevées. 

Comment jugez-vous votre début de compétition avec ces deux victoires? 

Le début du tournoi a très bien été, le fait de pogner une très bonne équipe comme la Finlande dès le premier match, ça nous a permis de bien entrer dans le tournoi. Ensuite, jouer contre une équipe qu’on sait moins forte comme la Lettonie, parfois ça peut être un piège parce qu’on peut penser que ça va être facile et du coup ne pas bien rentrer dans le match et faire une mauvaise partie. Là, on est bien rentré dans la première partie du tournoi et on est prêt pour note plus gros défi qui va être la Suède demain (vendredi 29 décembre). 

Comment abordez-vous ce match face à la Suède? 

On est tous motivés et excités de jouer ce match là. Parce qu’après celui-ci, les matchs suivants seront tous face à des adversaires du même calibre. On a vraiment hâte de jouer une très grosse équipe pour se mettre encore plus dans le tournoi, relever le challenge et voir ce qu’on est capable de faire. 

De manière générale, quels sont pour vous les axes de progression de l’équipe et quelles sont les clés pour que vous alliez au bout?

Je pense qu’on est une équipe rapide. On peut tellement fermer et créer des jeux vite, on peut vraiment fatiguer des équipes avec notre vitesse. On a en plus vraiment beaucoup de talent sur la glace qu’on peut facilement se trouver. Il faut qu’on utilise ça à chaque match. 

A titre individuel, quels sont les critères qui déterminent pour vous si vous avez fait un bon match? 

Tout doit partir de ma zone défensive. Mon rôle est plus défensif ici, alors je vais regarder si je suis bon au bâton, si je coupe des jeux, si je bloque des tirs et si mes relances sont efficaces et bonnes, si ma première passe est bonne. Ensuite, je dois sauter dans le jeu pour appuyer l’attaque et aider l’équipe à créer des chances. C’est comme ça que je vais déterminer si mon match s’est bien passé. 

Qu’est-ce que cela vous apporte de jouer avec autant de coéquipiers talentueux? 

De jouer avec des coéquipiers comme ça, ça rend tout plus facile. Les gars savent où ils doivent se placer, ils sont capables de faire les passes les plus difficiles. Jouer avec ces gars c’est simple, tout le monde comprend le hockey et au final sur la glace ça devient vraiment beau. 

Pour finir, vous êtes plusieurs francophones dans l’équipe, est-ce un atout pour vous? 

Oh oui, c’est sûr que c’est le fun de parler ta langue maternelle. Avec les six Québécois, on peut parler français tous les jours. En plus, ce sont des amis, ce sont des gars que je connaissais avant aussi. Donc, ça fait du bien. »

Les cinq articles d’ONFR les plus lus en 2023

Controverse autour du projet de loi C-13, délais d’attente dans les procédures d’immigration, hymne trilingue dans l’antre des Blue Jays à Toronto et triomphe de Sophie Grenier à La Voix sont les sujets qui ont le plus captivé les lecteurs d’ONFR en 2023. Une rencontre d’ONFR, le rendez-vous hebdomadaire du samedi, complète ce palmarès : avec Renée Amilcar, la patronne des transports ottaviens et mondiaux. (Re)découverte d’histoires qui ont dépassé les 3000 vues uniques sur nos plateformes.

1er : Ottawa pourrait inspirer les provinces à adopter des lois anti-francophones, selon les Anglo-Québécois

Dans cet article le plus consulté en 2023, Pascal Vachon revient sur l’intervention devant le comité des langues officielles du Quebec Community Groups Network (QCGN), organisme porte-parole des anglophones au Québec. Nous sommes le 12 juin et devant les sénateurs, il avance que la référence de la Loi 96 – protégeant le français au Québec – dans le projet de loi C-13 met en péril les francophones hors Québec, les provinces pouvant être tentées d’imiter le Québec en adoptant des lois contre leurs droits fondamentaux.

« Quand on établit le principe d’acceptation au niveau fédéral de politique – si j’ose le dire discriminatoire – dans une province, d’autres peuvent se sentir un peu plus libres », avait alors mis en garde Joan Fraser, membre de l’organisme. Trois jours plus tard, le projet de loi C-13 sera finalement adopté en l’état, sans amendement, après six ans de demandes répétées des communautés francophones du pays, ouvrant la voie à la modernisation de la Loi sur les langues officielles. L’article intégral ici.

L’ex-ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Archives ONFR

2e : Délais de traitement à IRCC : le manque de ressources n’est pas en cause

Le deuxième article le plus lu d’ONFR nous plonge dans un dossier épineux qui aura poursuivi Immigration Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) tout au long de l’année écoulée. Taxé de lenteur administrative dans le traitement des demandes d’immigration, le ministère s’est toujours défendu de faire le maximum en fonction de ses ressources.

Mais en ce 7 mars, un rapport rendu public conclut qu’il a « amplement » d’employés et de ressources pour résoudre ces retards. Auteur du rapport, Yves Giroux, le directeur parlementaire du budget, estime ainsi qu’IRCC possède 65 % plus d’employés que le minimum requis pour atteindre son objectif de traitement de demandes avec Entrée Express.

Quelques mois plus tard, en octobre, ONFR révèlera que les demandes de permis de travail dans une bonne partie de pays francophones prennent près du double du temps comparativement à d’autres pays plus anglophones, alors que le Canada est en proie à une grave pénurie de main-d’œuvre qualifiée de langue française. Un écart qui pourrait s’expliquer par une allocation des ressources biaisée en Afrique, selon un rapport de la vérificatrice générale du Canada évoquant une forme de favoritisme. L’article intégral ici.

IRCC aurait « amplement » d’employés et de ressources selon un rapport. Source : Canva

3e : Une Franco-Algonquine chante l’hymne national en français, algonquin et anglais au match des Blue Jays

En troisième position, on retrouve une première historique qui se déroule sous les yeux des spectateurs du Rogers Centre à Toronto, en ce 30 septembre. Le match de baseball que s’apprêtent à disputer les Blue Jays contre les Tampa Bay Rays devant quelque 49 000 spectateurs est précédé d’un hymne en trois langues : algonquin, français et anglais. La voix qui s’élève dans les tribunes est celle de la policière franco-algonquine Chantal Larocque, du Nord ontarien.

Inès Rebei raconte les coulisses d’une telle décision coïncidant avec Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, ainsi que la préparation de la native du Nippising. « La première fois quand j’ai reçu le message, je n’y ai pas cru », confiera Mme Larocque, repérée à la suite d’une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle la policière chantait dans les trois langues. ONFR obtiendra ce même jour un accès au bord du terrain pour retransmettre l’hymne sur Instagram. L’article intégral ici.

Chantal Larocque. Montage ONFR. Crédit image : Media/Recruitment. Anishinabek Police Service et ONFR

4e : La Franco-Ontarienne Sophie Grenier accède à la finale de La Voix

Au cœur du quatrième article le plus lu en 2023, un phénomène nommé Sophie Grenier. Du haut de ses 17 ans, la jeune chanteuse n’a pas tremblé, en ce 2 avril, se qualifiant aisément pour la finale du concours télévisé de chant, avec 71 % des votes d’un public conquis par son interprétation de Laissez-moi danser, de Dalida. Quelques jours plus tard, elle triomphera de la saison 9 du concours grâce à un mix des versions françaises et anglaises de la chanson Puisque tu pars, de Céline Dion, accompagnée d’un chœur d’enfants. 

Entre les deux épreuves, la représentante de l’équipe de Mario Pelchat confiera à Rachel Crustin : « Je suis reconnaissante et touchée que le public ait voté pour moi (…) J’ai vraiment appris à croire en moi-même. » Scolarisée à l’École secondaire catholique Garneau d’Orléans, elle avait fait partie du festival Quand ça nous chante, de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), se faisant remarquer par des artistes plus établis comme DJ Unpier, qui l’a invitée à participer à son EP Dans la danse 1.5 l’an dernier. L’article intégral ici.

La chanteuse franco-ontarienne Sophie Grenier. Gracieuseté

5e : Renée Amilcar, futur visage du transport en commun dans le monde

Pour clore ce top-5 de l’année 2023, on reste dans l’Est ontarien avec une Rencontre d’ONFR qui nous fait découvrir la personnalité et le parcours de la directrice générale d’OC Transpo, l’organisme chargé des transports urbains de la capitale. À un moment charnière dans sa carrière, Renée Amilcar se livre à Lila Mouch. Candidate à la présidence de l’Union internationale des transports publics, au moment de l’entrevue, elle remportera finalement le suffrage, devenant la représentante du transport en commun mondial et, au passage, première femme à ce poste depuis plus d’un siècle.

Dans cette rencontre hors des sentiers battus, Mme Amilcar revient sur son cheminement professionnel jusqu’à Ottawa, dans un double contexte de lutte contre le dérèglement climatique mais aussi de remise en cause de la fiabilité du train léger. Elle relate également la genèse d’une passion pour le service public. « Je crois qu’avant tout, je voulais sentir que je faisais quelque chose de concret. Tous les jours, quand je rentre chez moi, je me dis que je fais une différence. » L’article intégral ici.

Renée Amilcar, directrice générale d’OC Transpo et présidente de l’Union internationale des transports publics. Gracieuseté

Sports en 2023 : les Franco-Ontariens sur le devant de la scène

Retour sur une année 2023 riche en événements pour les sportifs franco-ontariens. Une année mémorable en patinage de vitesse, en basket international et pour un hockeyeur du côté d’Ottawa. Une première historique en ski et une grosse déception dans le soccer féminin.

Une personnalité : Ivanie Blondin

Ivanie Blondin a connu une année 2023 phénoménale sur les pistes de patinage de vitesse. L’Ottavienne a signé pas moins de 15 podiums en compétitions internationales sur l’année, avec un total de quatre médailles d’or, huit d’argent et trois de bronze. 

Son année 2023 à débuté en Pologne du côté de Tomaszów-Mazowiecki qui a accueilli les deux dernières étapes de Coupe du monde de la saison 2022-2023 du 10 au 12 février pour la cinquième manche et le week-end suivant du 17 au 19 février 2023 pour la sixième et dernière. Sur ces deux compétitions, elle a parfaitement lancé son année avec une médaille d’argent et une médaille de bronze en départ groupé. 

Les épreuves par équipe lui ont permis de remporter plus de la moitié de ses médailles au sein d’une équipe canadienne très forte. Aux côtés notamment de Valérie Maltais, Maddison Pearman ou encore Carolina Hiller, Brooklyn McDougall, Isabelle Weidemann, peu importe le trio aligné, Blondin a toujours été de la partie avec 8 podiums à la clé (trois en or, quatre en argent, une en bronze). 

Ivanie Blondin sur la ligne d’arrivée après sa victoire au Japon. Crédit image : International Skating Union

Individuellement, elle a fini la saison 2022-23 par une deuxième place aux Championnats du monde à Heerenveen (Pays-Bas) début mars, sur sa spécialité le départ groupé. 

La première moitié de la nouvelle saison en cours (2023-24) a été tout aussi fructueuse avec une troisième place sur la Classique de l’automne (22-24 septembre à Calgary) sur 1000 m. Blondin a ensuite enchaîné les quatre premières étapes de Coupe du monde avec l’or en départ groupé à Obihiro (10-12 novembre), une deuxième place à Pékin (17-19 novembre) sur la même discipline et une nouvelle médaille d’argent sur départ groupé de retour en Pologne, où elle a bouclé la boucle de son année 2023 dans la ville de Tomaszów-Mazowiecki.

En plus de ses médailles internationales, on peut ajouter trois podiums supplémentaires au niveau national avec l’or et deux bronze lors des Championnats canadiens sur longue piste qui ont eu lieu à Calgary entre le 5 et le 8 octobre. 

Une citation : « Un rêve qui se réalise »

Pour la première fois depuis 1983, la Coupe du monde de ski se déroulait à Mont-Tremblant, la station dans laquelle Valérie Grenier a appris à skier depuis sa plus tendre enfance et où elle passe la majorité de son temps pour s’entraîner. 

Cette fin de semaine des 2 et 3 décembre a été très particulière pour la native d’Ottawa qui a eu la chance de skier à deux reprises, chaque jour, sur deux épreuves de slalom géant, à la maison, devant ses amis, sa famille et 10 000 spectateurs venus l’encourager. 

Valérie Grenier pour la première fois en compétition internationale sur sa piste de prédilection au Mont-Tremblant. Crédit image : La Presse canadienne/Sean Kilpatrick

« C’est unique dans ma carrière. C’est un rêve qui se réalise », avait-elle confié en amont de l’événement. 

Si les résultats sportifs ont finalement été un peu décevants avec une 8e place le samedi et une 6e le dimanche, la skieuse a savouré ce moment unique dans sa carrière. 

« Ça a été une expérience exceptionnelle de concourir ici à Tremblant. Je n’ai pas les mots pour décrire l’énergie transmise par le public et je ne peux les remercier assez pour leur soutien incroyable. Je suis arrivée en cette fin de semaine en pensant que je devais absolument faire un podium pour les partisans mais j’ai appris qu’ils ont passé un bon moment et qu’ils sont là pour nous encourager, peu importe si on est sur le podium ou non. »

La bonne nouvelle, c’est que l’étape de Coupe du monde à Mont-Tremblant a été renouvelée pour 2024. Déchargée de cette pression de la première fois, Valérie Grenier pourrait s’offrir cette fois un podium à la maison. Affaire à suivre…

Une date : le 23 septembre 

L’équipe canadienne de basket-ball masculine a obtenu son billet pour les Jeux olympiques de Paris après une victoire sensationnelle face à l’Espagne, en quart de finale de la Coupe du monde à Jakarta, le 23 septembre. Si Shai Gilgeous-Alexander a été phénoménal, le Franco-Ontarien RJ Barrett a largement participé au succès de la sélection tout au long de la compétition. 

Menés de 10 points à la mi-temps, puis de 12 au terme du troisième quart, les Canadiens ont renversé le match dans l’ultime période pour aller chercher une victoire sur score de 88-85. 

RJ Barrett face à l’Espagne. Crédit image : AP Photo / Tatan Syuflana

L’équipe masculine de basket retrouvera les JO 24 ans après leur dernière participation. En effet, ils ne s’étaient plus qualifiés depuis l’an 2000. L’équipe emmenée par le légendaire meneur Steve Nash avait été éliminée en quart de finale par la France. À Paris l’été prochain, RJ Barrett et ses coéquipiers seront parmi les favoris de la compétition. 

Les Canadiens pourraient envoyer une véritable armada en France si des joueurs majeurs comme Jamal Murray, Andrew Wiggins ou encore le francophone des Raptors Chris Boucher se joignent à l’équipe l’été prochain.

Un chiffre : 1000 

En  LNH, le Franco-Ontarien Claude Giroux est entré dans un club très fermé. Le 10 avril, l’ailier droit des Sénateurs marque deux buts et signe une passe qui permettent aux Sens de s’imposer face aux Hurricanes de la Caroline lors du dernier match de la saison 2022-23. Ces trois points pour le natif de Hearst pourraient passer inaperçus dans une saison peu emballante qui se termine sans séries éliminatoires du côté de la capitale.

Mais, en réalité, ils  permettent à Claude Giroux d’être le 96e joueur de l’histoire à passer les 1000 points en carrière. Une heure plus tard, l’attaquant des Stars de Dallas Joe Pavelski fait de même dans une soirée exceptionnelle. Ils sont désormais 97 joueurs dans l’histoire de la Ligue Nationale de Hockey à avoir réalisé un tel exploit. 

Claude Giroux (28) célèbre son 1000e point avec ses coéquipiers. Crédit image : La Presse Canadienne / Sean Kilpatrick

Claude Giroux a ensuite été honoré au début de la saison suivante. Le 14 octobre, lors du match d’ouverture des Sénateurs face aux Flyers de Philadelphie, l’équipe où il a passé la majeure partie de sa carrière, une cérémonie s’est tenue en son honneur. Il a reçu un bâton de hockey en or des mains de la légende locale Daniel Alfredsson.

Un lieu : Melbourne 

On termine cette rétrospective 2023 avec une déception. Tout n’a pas été rose pour les sportifs franco-ontarien en 2023, surtout pour les joueuses de soccer Cloé Lacasse et Vanessa Gilles. Si respectivement elles ont connu d’excellentes saisons en club, le point d’orgue de 2022-23 devait être la Coupe du monde en Australie et Nouvelle-Zélande qu’elles disputaient avec la sélection canadienne. 

Une équipe du Canada auréolée d’un titre olympique en 2020 qui affichait de grandes ambitions pour l’événement et faisait figure de grande favorite. Malheureusement, pour la dernière grande compétition internationale de la légendaire Christine Sinclair, rien ne s’est passé comme prévu. 

L’Ottavienne Vanessa Gilles (Olympique lyonnais) et la Sudburoise Cloé Lacasse (Arsenal FC) avaient de grandes ambitions avant la Coupe du monde en Australie. Montage ONFR+. Crédit image : Soccer Canada

La sélectionneuse Bev Priestman a semblé être en recherche perpétuelle de la bonne formule en attaque avec tantôt Sinclair titulaire, tantôt remplaçante, sans jamais la trouver. Après un match nul sans saveur contre le Nigéria (0-0) et une victoire poussive contre l’Irlande (2-1), les Canadiennes ont reçu une claque le 31 juillet à Melbourne face au pays hôte, l’Australie. Une cinglante défaite 4-0 qui a entraîné l’élimination des Rouges et un retour à la maison anticipé. 

Pour les Franco-Ontariennes, l’expérience a été différente selon les joueuses. Bien installée en défense centrale, Vanessa Gilles a joué l’intégralité des rencontres. Remplaçante à chaque fois, Cloé Lacasse n’a pas réussi à apporter la petite étincelle pour faire la différence en sortie de banc. 

La bonne nouvelle pour l’attaquante transférée à Arsenal pendant l’été, c’est que le départ à la retraite annoncé de Christine Sinclair semble lui avoir ouvert des portes. En effet, depuis Melbourne elle a connu cinq titularisations sur les six matchs disputés à la fin de l’année. Elle a, à cette occasion, marqué à deux reprises dont un but dans une revanche face à l’Australie, battue 5-0 le 1er décembre à Victoria.

Qu’est-ce qui a retenu l’attention au niveau fédéral en 2023?

OTTAWA – On revient sur l’année 2023 au Parlement avec une personnalité, une citation, une date, un chiffre et un lieu qui ont marqué l’actualité à Ottawa, particulièrement chargée au niveau des langues officielles.

Une personnalité : Ginette Petitpas Taylor

La ministre acadienne aura accompli la principale tâche à son portfolio, moderniser la Loi sur les langues officielles, la plus importante modification législative à cette Loi depuis sa mise en vigueur en 1969. Déposé au printemps 2022, le projet de Loi C-13 aura pris près d’un an et plusieurs tumultes pour être finalement adopté. Il s’agissait d’une mesure promise à deux reprises en campagne électorale chez les libéraux (2019 et 2021) et demandée depuis 2016 par les organisations francophones.

En concluant une entente avec le gouvernement du Québec à la fin du processus législatif, Ginette Petitpas Taylor aura du même coup réussi à faire taire ses détracteurs au sein de son parti et dans les oppositions, dont le Bloc Québécois, qui se sont tous rangés derrière le projet de loi aux Communes. Un vote de 301 députés en faveur et un contre. Finalement, la Loi a été saluée par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et le commissaire aux langues officielles, mais critiquée par les groupes de la minorité anglophone du Québec.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor à Grand Pré lors du dépôt de la réforme sur les langues officielles. Crédit image : Gracieuseté

Un lieu : la Chambre des communes

Deux adresses d’État en 2023 pour la Chambre des communes : Joe Biden et Volodymyr Zelensky. Si l’on s’attendait à une lune de miel pour ces deux visites, c’est plutôt les jours qui ont suivi la visite du président de ce pays en guerre qui a fait jaser de la Chambre des communes à travers le monde.

Le président de la Chambre, le Franco-Ontarien Anthony Rota invite alors pour l’occasion un résident ukrainien de son comté de North Bay et lui rend hommage en saluant et reconnaissant sa présence dans la tribune de la Chambre des Communes après le discours de Volodymyr Zelensky. Ce citoyen, Yaroslav Hunka, est en fait un ancien soldat nazi ayant combattu pour une unité militaire nazie, dont les crimes contre l’humanité pendant l’Holocauste sont bien documentés.

Cette nouvelle met aussi le président Zelensky dans l’embarras alors que la Russie tente depuis des mois de lui coller une étiquette d’un nazi alors qu’il est en fait d’origine juive. Anthony Rota s’excuse, puis démissionne quelques jours après l’événement alors que Justin Trudeau procède ensuite à des excuses au nom du Parlement canadien.

Une citation : « Le show de boucane mené par certains de mes collègues est honteux »

Alors que le projet de loi visant à moderniser la Loi sur les langues officielles s’attire des critiques au sein même des libéraux durant son parcours législatif, le député de la seule circonscription majoritairement francophone en Ontario, Francis Drouin, sort publiquement contre ses collègues libéraux comme on le voit rarement en politique fédéral.

« Le show de boucane mené par certains de mes collègues est honteux. Le Montréal island n’a pas le monopole sur la politique linguistique du Canada. La désinformation n’a pas sa place dans ce débat », déplore-t-il sur X (ancien Twitter).

Dans les jours précédant sa sortie, plusieurs de ses collègues, Marc Garneau, Emmanuella Lambropoulos monopolisent l’étude du projet de loi C-13 et dénoncent à mots à peine voilés le libellé de leur gouvernement. La goutte qui fait déborder le vase de Francis Drouin est toutefois lorsque la députée Lambropoulos affirme que la grande mère de sa coiffeuse n’avait pas pu obtenir un service en anglais lors d’une visite chez son docteur en raison de la Loi 96 au Québec ce qui était pourtant faux, car elle ne s’applique pas au système de santé.

Le député fédéral de Glengarry-Prescott-Russell, Francis Drouin. Archives ONFR+

Pendant plusieurs semaines, le caucus libéral est à couteaux tirés, alors que même le ministre Marc Miller émet des doutes sur son appui au projet de loi. Ginette Petitpas Taylor, responsable du dossier, réplique à ses collègues anglo-québécois alors que le Lieutenant du Québec Pablo Rodriguez tente de calmer le jeu. Mais quelques jours plus tard, le premier ministre Justin Trudeau rappelle ses membres à l’ordre affirmant que son gouvernement ira de l’avant avec cette refonte de la Loi sur les langues officielles.

Un chiffre : 41 %

C’est la proportion d’intentions de votes auprès des Canadiens avec laquelle Pierre Poilievre conclut l’année 2023 selon la maison de sondage Angus Reid alors que Léger lui donne 40 %. Les libéraux de leur côté dégringolent à 24 %. Il faut se rappeler que le Parti conservateur oscillait autour de 35 % en janvier et que les libéraux étaient légèrement en arrière, près de la marge d’erreur à 30 %. Mais un an plus tard, les troupes de Pierre Poilievre sont autour de 41 % alors que les libéraux, à 25 %.

Ces chiffres démontrent la montée en puissance de Pierre Poilievre dans la dernière année qui est rapidement devenue, à près de deux ans des élections prévues, l’homme à battre pour Justin Trudeau. Son message porté sur l’économie semble porter fruit alors que selon un sondage d’Innovative Research en date du 5 décembre, 41 % des Canadiens estiment que Pierre Poilievre est le meilleur choix pour être premier ministre contre 23 % pour son adversaire libéral.

Selon le site de sondage 338 Canada, si des élections avaient lieu aujourd’hui, les conservateurs s’empareraient de la majorité.

Le chef du Parti conservateur Pierre Poilievre aura connu une montée en 2023. Crédit image : Stéphane Bédard

Une date : 26 juillet, remaniement ministériel

Plombé par les mauvais sondages et une première moitié de 2023 remplie de controverses avec les révélations sur l’ingérence chinoise au Canada et une crise de l’abordabilité, Justin Trudeau remanie son cabinet en plein milieu de l’été. Le ministre de la Justice David Lametti, la présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier et le ministre de la Sécurité publique Marco Mendicino perdent respectivement leur place au sein du cabinet.

Plusieurs ministres changent de portfolio comme Randy Boissonnault qui devient responsable des Langues officielles et de l’Emploi alors qu’Anita Anand est éjectée de la Défense nationale pour le Conseil du Trésor. Sept nouvelles recrues font leur entrée, mais les ténors du gouvernement comme Chrystia Freeland (Finances), Mélanie Joly (Affaires étrangères) et François-Philippe Champagne (Industrie et Innovation) conservent leur ministère.

Un Sudburois nourrit plus de 300 familles pour Noël

SUDBURY – Des centaines de familles ont droit à un bon souper de Noël grâce à celui que certains surnomment le Père Noël de Sudbury. Alors qu’il souhaitait offrir une vingtaine de repas, celui-ci a finalement largement dépassé son objectif.

Tout a commencé il y a trois semaines, quand Jean-Philippe Brosseau, de la communauté Chelmsford à Sudbury, a décidé d’offrir 25 repas de Noël à des familles dans le besoin à une période où l’inflation n’épargne plus personne.

À l’origine de cet altruisme, il y a ce double coup dur du destin. Le décès, au mois d’août, de sa fille unique et peu de temps après de son oncle, dont il était très proche et qu’il considérait comme un frère.

« Ça m’a donné l’impulsion de vouloir faire ça, pour eux », confie-t-il en retenant difficilement ses larmes.

Difficile de ne pas remarquer le chariot de courses de Jean-Paul Brosseau dans les épiceries de Sudbury. Gracieuseté

Il a donc publié un message sur Facebook disant qu’il souhaitait donner un repas pour 25 familles, composé d’une dinde congelée, un sac de pommes de terre, une boîte de farce, un sac de carottes, un navet et une boîte de sauce aux canneberges.

En plus de ces dons de nourriture, M. Brosseau fait aussi la navette pour apporter les paquets aux personnes non motorisées. La réponse ne s’est pas fait attendre.

« Mon téléphone a juste explosé », relate-t-il.

Celui qui a investi, de sa propre poche, quelques milliers de dollars pour le projet explique que des personnes l’ont contacté par la suite, qui ont été inspirées par son geste.

Un don en inspire un autre

« Beaucoup de gens sont venus vers moi en me proposant des dons et de l’argent », s’est-il réjoui en précisant avoir reçu près de 8000 $ en argent en plus de dons en nourriture.

La ferme de patates Don Poulin de la communauté d’Azilda a elle aussi tenu à participer au projet en donnant 40 sacs de 10 livres de pommes de terre Russet d’une valeur de plus de 300 $ et, plus tard, 50 autres sacs à moitié prix.

Il a fallu faire de la place pour entreposer les dons déposés quotidiennement par quelques samaritains. Gracieuseté

« Ici à Don Poulin on est une famille alors si on peut aider les gens de notre communauté dans le besoin avec des patates, on est plus qu’heureux de pouvoir le faire », déclare Louise Mullally, cheffe de bureau pour l’entreprise appartenant à une famille franco-ontarienne depuis cinq générations.

La gestionnaire ajoute que c’est la première fois qu’elle a reçu une demande de dons de la part d’un individu se lançant seul et par lui-même dans un tel projet.

Maryse Pelland fait partie des nombreuses familles ayant bénéficié de la générosité de M. Brosseau. Cette mère de famille célibataire dit avoir eu beaucoup de mal à joindre les deux bouts cette année et avoir contacté le Sudburois dès qu’elle a eu connaissance de l’initiative.

« Je lui ai envoyé un message sur Facebook en disant que s’il y avait de la nourriture d’extra j’aimerais en prendre, et j’ai aussi offert mon aide pour faire des achats ou pour déposer la nourriture », fait part la mère de trois enfants.

« Je n’ai pas beaucoup à donner à part mon temps et en voyant comment il aide la communauté ça m’a encouragé à vouloir faire pareil à mon échelle », révèle la Franco-Ontarienne qui espère voir la jeune génération inspirée par cette histoire.

Maryse Pelland a accompagné M. Brosseau pour récupérer les sacs de pommes de terre à la ferme Poulin. Gracieuseté

Des larmes de joie

M. Brosseau a aussi réussi à obtenir un rabais en gros sur les dindes dans les épiceries de la ville.

Malgré des difficultés financières récurrentes durant ces dernières semaines et des effets néfastes sur sa santé, celui qui travaille comme mineur dans la ville du Nickel dit ne pas avoir voulu arrêter les donations jusqu’à la veille de Noël.

Au départ, il ne pouvait conserver plus de 30 dindes à la fois, car il n’avait qu’une petite section de congélation, mais a pu en conserver bien plus après avoir reçu un don de congélateur lui ayant permis de diminuer les allers-retours à l’épicerie.

Des familles ont pu obtenir leur premier arbre de Noël cette année grâce à la générosité de Sudburois. Gracieuseté

De plus en plus de personnes ont commencé à proposer de déposer d’autres dons comme des vêtements et des décorations de Noël et même des cadeaux pour enfants. À l’avant-veille de Noël, le Sudburois a distribué près de 330 dindes et repas.

« Beaucoup de gens qui sont venus récupérer de la nourriture à mon domicile se sont mis à exploser en larmes en disant à quel point ils en avaient besoin », précise celui qui dit avoir également reçu des centaines de messages simplement pour le féliciter.

Jean-Philippe Brosseau espère pouvoir continuer à aider d’autres personnes dans le besoin tant l’expérience lui a apporté du réconfort durant des temps qu’il qualifie de difficiles dans d’autres régions du monde.

« Mes objectifs étaient un peu plus hauts », confie Vincent De Haître

Après deux saisons compliquées et un été qui l’a vu être écarté de l’entraînement avec l’équipe nationale canadienne, Vincent de Haître a abordé cette nouvelle saison avec la ferme intention de montrer qu’il est toujours performant au plus haut niveau.

Le patineur de vitesse originaire d’Ottawa revient sur sa première partie de saison, ce qui a bien marché et ce qui a moins bien fonctionné sur les quatre premières étapes de Coupe du monde. Il livre également des détails techniques et tactiques de son approche des courses.

« Comment jugez-vous votre début de saison? 

Je dirais que j’ai fait ce dont j’avais besoin de faire, mais pas vraiment ce que je voulais faire. Mes objectifs étaient un petit peu plus hauts. 

Début novembre, vous nous aviez confié vouloir entrer dans les top 10, quel bilan tirez-vous sur le 1000m où votre meilleure place a été onzième lors de la première étape au Japon? 

J’avais dit top 10, mais je pense que ça va être plus l’objectif pour la fin de la saison. Les classements deviennent de plus en plus difficiles car il y a des gars forts qui ont commencé dans le groupe B. Donc, là, après une couple de compétitions, ils sont montés dans le groupe A et le niveau a augmenté. C’est un peu pour ça que mes résultats ont été moins bons sur les dernières compétitions. 

Il y a eu aussi une grosse maladie qui a atteint plus de 50 % des athlètes, moi inclus. Je suis tombé malade deux fois dans les trois premières semaines. Ce n’était pas idéal, mais ce qui me rend le plus fier c’est que sur le 1000 m, j’ai le plus haut classement international parmi tous les Canadiens.

Après la première étape, vous avez intégré les épreuves par équipes avec une 8e et une 5e place en vitesse et une 3e place en poursuite dans le groupe B…

Je ne m’étais pas trop entraîné pour la poursuite par équipe, mais il n’y avait personne d’autre car un gars s’est blessé. Personne ne voulait le faire car ils avaient une course le lendemain. J’avais fini la majorité de mes épreuves, donc je l’ai fait pour la poursuite. La raison, c’est qu’il nous fallait un certain nombre de points pour pouvoir être éligibles pour participer aux Championnats du monde.

Là, l’objectif c’était juste de participer et de ne pas finir à la dernière place. On l’a fait, mais c’est sûr qu’on n’était pas rapide. On n’a jamais fait un entraînement ensemble, puisque je n’étais pas inclus de l’année dans les sessions d’équipe donc… Il y avait une limite à ce que je pouvais faire. 

Et sur la vitesse, c’était différent? 

Oui c’est différent. J’ai fait les deux. On a fait une petite erreur stratégique dans le premier. Je n’étais pas assez proche des autres gars, donc j’ai presque fini par faire l’épreuve tout seul. Ce n’était pas idéal. On a fait les changements stratégiques et ça a été mieux dans la deuxième. Mais au final, pour moi, cinquième au sprint par équipe, ce n’est pas bon. Dans ma carrière, j’ai fait 12 (courses) vitesses par équipe et, sur les dix premières, j’ai fait sept médailles au total. Finir cinquième, ce n’est pas ce que je vise. 

« Je suis comme une locomotive »

Revenons à l’individuel, d’un point de vue technique, quelles sont vos forces? 

Pour moi, ce n’est définitivement pas le départ et ce n’est pas forcément non plus la fin de course. Ma force, c’est vraiment le milieu. J’ai de la puissance mais je ne suis pas explosif. Dans le patinage, les gestes sont lents mais puissants, tandis que le départ nécessite plus d’explosivité que je n’ai pas. Mais, une fois lancé, je suis comme une locomotive. Comme je suis un peu plus « gros » que les autres, la fin de la course, je la trouve difficile. Ça nécessite beaucoup de travail d’endurance pour gérer le mal des jambes un peu mieux que les autres.

Tactiquement, avec ces forces et ces faiblesses décrites, quelle est votre stratégie?

Sur le 1000 m, en réalité, il n’y en a pas. C’est partir fort et essayer de casser le moins possible. Sur 1500 m, je l’ai changée plusieurs fois pendant les Coupes du monde, mais finalement j’ai opté pour partir vite, relaxer au milieu, puis recommencer à bâtir encore dans la deuxième moitié. 

Vous êtes dans le groupe B au 1500 m. Est-ce que ce sont vos caractéristiques physiques que vous avez décrites précédemment qui expliquent que c’est plus compliqué de retrouver le haut niveau sur cette discipline? 

Je dirais surtout que dans le monde du patinage de vitesse, on dit que le 1500 c’est LA course. C’est la plus difficile car c’est celle que le plus de monde peut faire. Quelqu’un de la vitesse peut faire une à deux minutes d’effort et quelqu’un de l’endurance va partir moins vite mais va finir plus fort. C’est donc une course où il y a beaucoup de monde et c’est difficile de rentrer dans le pool. C’est aussi une course qui fait mal. C’est presque un sprint, il n’y a que 500 m de plus mais ça fait mal. Mon point fort c’est le 1000 m, mais la course que je préfère c’est le 1500. »

2023 dans l’Est ontarien : entre grève générale et crise des opioïdes

Il va sans dire que l’année 2023 fut pleine de rebondissements à Ottawa et dans le reste de l’Est ontarien. On n’a qu’à penser au fiasco du soldat nazi à la Chambre des communes, à la crise des opioïdes hors de contrôle, à l’épisode de l’eau brune à Casselman, à la séparation de Justin Trudeau et Sophie Grégoire, ou encore à la grève des fonctionnaires qui a paralysé l’appareil gouvernemental. Retour sur l’année 2023 vue de l’Est ontarien.

2023 : Une année d’adaptation pour la culture

Ouvertures, fermetures, changements de plans… La communauté culturelle franco-ontarienne s’est adaptée cette année, la première à être presque normale alors que l’Organisation mondiale de la santé a déclaré la fin de l’urgence sanitaire internationale au printemps. L’industrie culturelle, très affectée par la pandémie, a fait preuve de résilience et de dynamisme. Retour en moments forts avec une personnalité, une citation, une date, un chiffre et un lieu.

Une personnalité : LeFLOFRANCO

Le créateur de « pop urbaine multicolore » a récolté les fruits de son travail des dernières années en 2023. En mars, sa chanson Danser avec toi a remporté la Manie musicale, une compétition imaginée par deux enseignantes de français du Maine, aux États-Unis. Chaque année, elles sélectionnent 16 chansons francophones à travers le monde et ce sont les élèves qui font avancer leur préférée dans ce tournoi déployé au Canada et chez nos voisins du sud.

La victoire a permis à Jeff Homère de se faire connaître non seulement des jeunes francophones, mais aussi des anglophones. LeFLOFRANCO défrichait le terrain depuis longtemps, offrant diverses activités créatives dans les écoles.

LeFLOFRANCO au gala Trille Or 2023. Crédit image : Maxime Delaquis

En juin, la FrancoFEST Hamilton a été le tout premier festival à le programmer comme tête d’affiche. Les réactions de la foule, majoritairement composée d’adolescents, confirmaient la nouvelle étape franchie dans la carrière du rappeur.

L’artiste brandit fièrement ses identités multiples, particulièrement haïtiennes et franco-ontariennes. Ses chansons abordent, en français, des enjeux comme le racisme ou la santé mentale, avec des paroles terre-à-terre et encourageantes qui font de lui un modèle positif pour les jeunes.

En 2023, LeFLOFRANCO a réalisé quatre tournées, dont une qui l’a mené jusqu’aux États-Unis. En mars 2024, il sera le porte-parole des Rendez-vous de la francophonie aux côtés de l’humoriste manitobaine Micheline Marchildon.

Une citation : « On nous demande d’être responsables avec les fonds publics, mais on nous impose des décisions absolument impossibles à prendre. »

Christian Pelletier, président de l’organisme We Live Up Here (WLUH) de Sudbury, commentait en août les coupes dans le programme Expérience Ontario du ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport.

Alors que l’enveloppe totale est passée de 50 à 19,5 millions de dollars, plusieurs festivals habitués de recevoir ces subventions ont vu les montants dégringoler, voire être complètement annulés.

La pression était d’autant plus forte que les résultats sont tombés à la fin juillet. Certains événements étaient déjà passés, comme la FrancoFEST du Centre francophone Hamilton (CFH), qui a dû puiser dans ses revenus autonomes pour pallier la baisse drastique des subventions.

Christian Pelletier est co-directeur artistique et co-fondateur du Festival Up Here, ainsi que président de l’organisme sans but lucratif qui organise le festival, We Live Up Here. Crédit image : Tennille Heinonen

Bredouille, le festival Up Here de WLUH a dû chambouler sa programmation à trois semaines de l’événement. La mobilisation de la population et de la Ville du Grand Sudbury a permis de remettre à l’horaire certains des éléments annulés.

Ces coupes pourraient avoir un impact sur le domaine événementiel dans les prochaines années. L’enjeu est d’autant plus délicat pour les festivals en milieu linguistique minoritaire ou en région éloignée.

Des membres de l’industrie, comme Christian Pelletier et Julie Jardel, directrice générale du CFH, ont proposé des pistes de solutions, comme de revoir la période de soumissions des dossiers ou d’octroyer des sommes pour des plans trisannuels.

Une date : 27 avril

L’industrie culturelle attendait depuis longtemps une réforme de la loi sur la radiodiffusion, qui n’avait pas été modifiée depuis 1991. Le projet de loi C-11 a été adopté le 27 avril, après d’inhabituellement longs allers-retours entre la Chambre des communes et le Sénat.

La Loi sur la diffusion continue en ligne vise à obliger les nouvelles plateformes de diffusion, comme Netflix, Youtube ou Spotify, à financer et à promouvoir le contenu canadien.

Le projet de loi a fait face à une vive opposition du Parti conservateur du Canada, des géants de l’industrie et de certains créateurs de contenu, majoritairement anglophones. Ils craignaient qu’un trop grand pouvoir ne soit accordé au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qu’une forme de censure soit établie, ou que les algorithmes soient déviés et proposent des contenus moyens, mais canadiens, plutôt que des contenus qui intéresseraient réellement les internautes.

Le responsable des relations publiques à la Guilde canadienne des réalisateurs, Samuel Bischoff, avait expliqué à ONFR pourquoi les changements étaient attendus par les diffuseurs traditionnels.

« La production de contenu, la consommation, le public vont migrer de la télévision traditionnelle vers la diffusion continue en ligne. Cette loi est essentielle pour rétablir une équité et traiter de la même manière les plateformes étrangères et les plateformes nationales ».

Le décret final d’instructions au CRTC a été déposé en novembre. Il spécifie explicitement que la loi s’applique aux plateformes et non aux utilisateurs. Il demande de « favoriser l’épanouissement » des communautés de langue officielle en situation minoritaire, de soutenir la production et l’accès à des émissions autochtones et de « favoriser une plus grande inclusion des groupes en quête d’équité ». Le CRTC a deux ans pour compléter la mise en œuvre du décret.

Un chiffre : 50

C’est autour du début des années 1970 que la culture franco-ontarienne a commencé à se déployer. 2023 marquait donc le cinquantième anniversaire de certains événements et organismes clés, particulièrement dans le Nord. C’était le cas du Centre régional de Loisirs culturels de Kapuskasing, en février.

La 50e Nuit sur l’étang s’est tenue à Sudbury à la fin mars. Sous le thème « De nos racines collectives… aux quatre vents de l’avenir du possible », le festival a réuni plusieurs vétérans tout en laissant une place de choix à la relève. ONFR était sur place pour animer un panel de discussion sur 50 ans d’évolution des arts dans la ville du nickel.

Les panélistes Hélène Dallaire, Philippe Mathieu, Robert Paquette, France Huot et Réjean Grenier étaient issus de différentes générations d’artistes. Crédit image : Dominique Demers

En mai, toujours à Sudbury, c’était au tour des éditions Prise de parole (PDP) de souligner un demi-siècle d’existence. La maison d’édition a lancé le recueil de poésie Lieux-dits, clin d’œil de six autrices au tout premier ouvrage de PDP, Lignes Signes, écrit exclusivement par des hommes en 1973.

À Mississauga, c’est le Cercle de l’amitié qui soulignait son 50e anniversaire en 2023. L’organisme sans but lucratif vise à favoriser l’épanouissement de la communauté francophone de la région de Peel.

Un lieu : le Muséoparc Vanier

Les sourires étaient grands sur les visages au mois de mars, à l’inauguration de la nouvelle cabane à sucre du Muséoparc Vanier, une institution importante pour ce quartier d’Ottawa à forte concentration francophone.

La bâtisse précédente avait été détruite dans un incendie en 2020. L’évaporateur devrait entrer en fonction pour la prochaine saison des sucres, mais la cabane a déjà accueilli plusieurs événements, dont les nouvelles soirées jeu-questionnaire bilingues.

Le président du conseil d’administration du Muséoparc Vanier, Jonathan Paquette, le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe et la conseillère municipale d’Ottawa-Rideau, Stéphanie Plante, procèdent à la symbolique coupe du ruban lors de l’inauguration de la nouvelle cabane à sucre. Crédit image : Rachel Crustin

En avril, la directrice générale du Muséoparc Vanier, Madeleine Meilleur, a reçu le prix de personnalité de l’année à la soirée Saphir de la Fondation franco-ontarienne.

En juin, le Muséoparc Vanier a publié le livre Chroniques d’Eastview, recueil d’histoires orales de Vanier, sous la direction de Yanick Labossière. En juillet, c’est la galerie d’exposition du musée qui ouvrait à nouveau ses portes après d’importantes rénovations.

En plus de nombreuses autres activités, le Muséoparc Vanier s’est à nouveau impliqué dans sa communauté en décembre. L’événement Créer la magie de Noël a permis de récolter 5000 $ et 250 cadeaux pour les usagers de la banque alimentaire Partage Vanier.

Mentions honorables

2023 a été marquée par la toute première victoire d’une candidate ontarienne au concours télévisé La Voix, sur les ondes de TVA. Sophie Grenier s’est fait un point d’honneur de parler de francophonie canadienne et de dualité linguistique sur scène. Aussitôt la compétition terminée, elle devait retourner à l’École secondaire catholique Garneau, où elle terminait sa 12e année.

L’hymne franco-ontarien Notre place, créé par Paul Demers et François Dubé, a été intronisé au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens lors du gala Trille Or.

Le Festival franco-ontarien était de retour à la case horaire de juin en 2023. Crédit image : Stéphane Bédard

Le Festival franco-ontarien est revenu en juin, alors qu’il avait été déplacé en septembre depuis 2020. Organisé par la même entreprise, Groupe Simoncic, le Festival de la curd a patiné pour ne pas se faire oublier, alors que des travaux l’empêchent de se tenir à la fromagerie St-Albert. Une petite édition hivernale se tiendra en janvier 2024 au Centre communautaire de St-Albert.

À Orléans, la fermeture soudaine du cinéma Ciné Starz en septembre a consterné la population de l’est de la capitale et forcé le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) à s’adapter à quelques semaines de son festival Objectif Cinéma.

Dans le Nord de l’Ontario, ce sont plutôt les ouvertures qui ont marqué la fin de l’année. Le Centre culturel La Ronde de Timmins, proie des flammes en 2015, a accueilli le public dans son tout nouvel édifice en novembre. À Sudbury, on a enfin trouvé une libraire pour faire rouler la librairie francophone, déjà ouverte, mais dont le nom sera dévoilé lors d’une inauguration officielle en janvier.

Dernières pépites culturelles pour 2023

Les dernières activités du temps des fêtes s’approchent à travers quelques concerts de Noël et des jardins illuminés. Cependant, le Nouvel An accueille déjà en début janvier un événement dont les amateurs d’impressionnisme ne voudront pas y manquer.

Décortiquer le parcours de Gustave Caillebotte

Gustave Caillebotte était un peintre français prolifique, mais il a fallu du temps pour que les livres d’histoire le reconnaissent également comme mécène et collectionneur d’œuvres impressionnistes ayant appartenu à Monet, Renoir, Cézanne, Manet et à des femmes peintres moins connues de l’époque.

Pour lancer l’agenda culturel 2024 de l’Alliance française de Toronto, l’organisation collaborera avec la bibliothèque publique de Toronto pour mettre en place un atelier en ligne où amateurs d’impressionnisme et aficionados pourront se renseigner davantage sur les parties manquantes de l’histoire de Gustave Caillebotte.

Crédit image : WikiCommons.

Toronto, le 6 janvier. Accès gratuit. Consultez le site de l’Alliance française pour vous inscrire.  

Spectacle de Noël mère-fille

Les chanteuses franco-canadiennes Natalie Choquette et Florence K seront sur scène accompagnées de leurs filles Ariane Lagacé et Alice Cyr pour fêter le temps des fêtes au Centre national des arts. Ce spectacle générationnel ne sera rien d’autre que dynamique alors que les quatre femmes se réjouiront de chanter les meilleures chansons du répertoire de Noël, en toute harmonie.

Gracieuseté du Centre national des arts.

Ottawa, le 21 décembre. Achetez vos billets sur le site du CNA pour réserver votre place.

Célébrer la veille du jour de l’an en compagnie des Rats d’Swompe

Le groupe ottavien composé de Brandon Girouard, Martin Rocheleau, Patrick Pharand, Simon Joly et Yan Leduc continue d’assumer son identité « trad-rock festif ». Le groupe dont les racines sont bien ancrées en folk débarque à Kapuskasing pour chanter leur plus récent EP Pause gorgée ! Vol. 1, une ode aux traditions franco-canadiennes en période estivale.

Crédit image : Mylène Desbiens.

Kapuskasing, le 31 décembre. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

Les Jardins botaniques royaux fêtent Noël

Une occasion unique se présente pour ceux et celles voulant vivre une expérience nocturne en plein air durant la période du temps des fêtes. Les sentiers pittoresques des Jardins botaniques royaux seront ornés de charmantes lumières festives. Le parc Hendrie et bien d’autres endroits parmi ce Jardin représentant au total 980 hectares se transformeront en merveilles d’hiver à couper le souffle.

Crédit image : Royal Botanical Gardens.

Burlington, jusqu’au 7 janvier. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

Un vote de grève pour les enseignants franco-ontariens dès fin janvier

L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) a approuvé la tenue d’un vote de grève, qui se déroulera du 24 au 26 janvier 2024, ainsi qu’une demande de conciliation pour les négociations de la convention collective des 12 000 membres du personnel enseignant des écoles élémentaires et secondaires de l’Ontario français.

Le syndicat enseignant, dont les conventions collectives ont expiré depuis le 31 août 2022, le gouvernement ontarien et le Conseil des associations d’employeurs (CAE) ne sont pas parvenus à une entente après une cinquantaine de rencontres et rondes de négociation.

« Après plus d’un an et demi en négociation, il est très inquiétant de constater que le gouvernement et le CAE cherchent toujours à ajouter à la tâche et à limiter les appuis en salle de classe. De telles demandes de retranchements aux conditions de travail auraient inévitablement un impact négatif sur les apprentissages offerts aux élèves », déclare dans un communiqué de presse Anne Vinet-Roy, présidente de l’AEFO.

Lors de la dernière réunion du 19 décembre, les membres du conseil d’administration de l’AEFO ont approuvé la demande auprès du ministère du Travail, de recevoir l’appui d’une conciliation, une tierce partie neutre, pour faciliter le processus de négociation.

Si la possibilité d’un mouvement de grève n’est pas exclue, Anne Vinet-Roy explique toutefois que « tenir un vote de grève ne signifie pas que l’AEFO veut déclencher une grève à tout prix ».

« Mais les membres ont fait preuve d’assez de patience. Le gouvernement et le CAE doivent reconnaître que l’éducation en français, est une valeur sûre pour l’Ontario. Nous méritons un financement équitable et des conditions de travail à la hauteur des importants services que nous offrons pour former la relève de demain », conclut celle-ci.

Matteo De Brienne rejoint l’Atlético Ottawa : « Un moment incroyable »

Matteo de Brienne, né à Ottawa, est un jeune joueur de soccer de 21 ans. Il a été élu meilleur jeune joueur de la Première Ligue canadienne (PLC) la saison dernière avec le club de Winnipeg, Valour FC. 

Le jeune Ottavien explique son choix de rejoindre le club de sa ville natale et se projette sur la saison à venir avec l’Atlético.

 ​« Une réaction à chaud sur cette signature à l’Atlético Ottawa, le club de votre ville natale…

Pour moi, là, c’est un moment incroyable. Je viens d’Ottawa, ma famille est ici et je n’ai plus joué à Ottawa depuis mon année universitaire en 2021. Donc, ça fait du bien d’être de retour. 

Comment avez-vous fait ce choix de signer à Ottawa? Était-ce une décision simple? 

Ça a été quand même une décision difficile pour moi, juste parce que l’équipe de Valour m’a donné l’opportunité de jouer mon premier match chez les pros. Quand tu es quelque part, tu as beaucoup de relations avec les fans, le club etc. Ça a été une décision vraiment difficile. Mais, à la fin de la journée, je me suis demandé ce qui allait m’aider pour devenir un meilleur joueur. Pour moi, Valour a été comme un tremplin qui me permet de continuer ma carrière à Ottawa, pour essayer d’aller le plus loin possible. 

Matteo de Brienne a confié avoir eu des contacts avec des clubs en Norvège et en Suède mais son regard était tourné vers Ottawa. Crédit image : Canadian Premier League

Comment jugez-vous la saison dernière de l’Atlético (6e non qualifié pour la phase finale)? 

Je sais déjà que ce n’était pas la saison qu’Ottawa voulait. Mais, le fait de jouer contre l’Atlético à la place TD, c’était un environnement difficile pour moi. Et je pense que c’était le cas pour toutes les équipes. C’est une des places où les fans sont incroyables. Je crois qu’il y avait 7000 personnes lors du dernier match que j’ai joué ici. Là, je me suis vraiment dit que la PLC commence à grandir et que je voulais être ici pour connaître cette ambiance. 

​« Impatient de commencer l’entraînement »

Quelle image avez-vous de votre nouvel entraîneur Carlos Gonzalez et qu’attendez-vous de votre collaboration avec lui? 

Je suis vraiment excité de commencer avec lui. En parlant avec du monde à Ottawa on m’a dit que « sa vie c’est le foot ». Je suis impatient de voir ses tactiques, de commencer l’entraînement et découvrir ce qui le différencie des autres entraîneurs que j’ai pu avoir. C’est quelque chose qui va m’aider à grandir et j’espère aussi apprendre un peu plus l’espagnol.

Le Franco-Ontarien s’est épanoui du côté de Winnipeg avec trois buts et trois passes décisives en 20 matchs. Crédit image : Canadian Premier League

Vous allez justement faire l’habituel stage de pré-saison en Espagne, avez-vous hâte d’y être? 

Tant que c’est en Espagne. Si je peux être ailleurs que dans le froid, je serai très content d’être quelque part d’autre. 

 ​«  Les ambitions sont toujours collectives »

Ce ne sera pas votre première année avec l’Atlético puisqu’en 2020, à 18 ans, vous faisiez partie de l’équipe mais vous n’avez pas joué de la saison. Vos souvenirs de ce premier passage… 

Honnêtement, c’est difficile de ne pas jouer de match quand t’es avec le club pendant toute la préparation, puis ensuite pendant toute la compétition qui se déroulait à l’Île-du-Prince-Édouard pendant 43 jours. Le capitaine Ben Fisk poussait le coach Mista pour me donner des minutes. Je n’aime pas que les choses me soient données, je suis quelqu’un qui travaille pour obtenir l’opportunité de jouer. Je pensais vraiment que mon moment allait arriver, j’étais à fond. 

Ce n’est pas venu, mais ça a été une expérience pour moi. J’ai rencontré un de mes mentors, Xavier Acuña – un des meilleurs joueurs avec qui j’ai joué- il m’a appris que parfois tu ne vas pas jouer, mais quand ton moment arrive, tu dois être prêt. J’ai vraiment pris ça à coeur et je m’en suis rappelé quand j’étais à Carleton puis à Valour. Quand c’est ensuite devenu facile d’être dans le onze de départ, j’essayais toujours de me demander ce que je devais faire pour y rester. 

De Brienne a été fasciné par l’ambiance de la place TD lors de son dernier match face à l’Atlético. Crédit image : Matt Zambonin, Freestyle Photography

Vous avez évolué sur le côté gauche avec Valour mais avez-vous un poste de prédilection? Plutôt défenseur ou ailier? 

Ça dépend mais j’aime être un arrière gauche offensif. J’aime participer au jeu le plus possible mais aussi revenir derrière pour faire de bonnes défenses. 

Quelles sont vos ambitions pour cette saison? 

Les ambitions sont toujours collectives. L’individuel ne vient jamais sans le collectif. Je suis vraiment impatient de jouer mon premier match à la place TD. On veut aller chercher des victoires et l’objectif c’est de faire le doublé (saison régulière, champion de la PLC). »

Les albums franco-ontariens de 2023 : deuxième partie

Les musiciens franco-ontariens ont été très actifs en 2023. Nous avons répertorié près d’une vingtaine d’albums et mini-albums (EPs) parus cette année dans des styles variés. Après une première partie à découvrir ici, voici la suite de notre liste non exhaustive de musique à ajouter aux listes de lecture de 2024.

Le décès d’un artiste – Jacobus

C’est en novembre que Jacobus a lancé le dernier volet de son triptyque solo. Le décès d’un artiste débute avec Intro de la mort, en résumant l’intention qui était assumée depuis le début, celle de faire un album abordant la montée (Le retour de Jacobus, 2017), le règne (Caviar, 2019) et maintenant le déclin du personnage créé par Jacques Alphonse Doucet.

Le décès d’un artiste sonne comme un bilan. Jacobus continue de porter sa fierté pour la Nouvelle-Écosse et le fait de chanter en acajun depuis le début dans Jolie, où il énumère ses titres d’albums parus depuis Jacobus et Maleco, en passant par ceux de Radio Radio.

Il aborde du même souffle la lassitude des étiquettes identitaires (C’est ma musique) et de la routine (Groundhog day). Dans Lettre à mes enfants, Jacobus revisite sa biographie et remercie ceux qui lui ont donné ses premières chances. Il souhaite aussi bon succès à son complice Gabriel L.B Malenfant, qui vient pour sa part de lancer son premier album solo, sous le nom de Gabio. Les deux artistes continueront de tourner ensemble avec un spectacle qui inclura des titres de leurs carrières solos respectives en plus des succès de Radio Radio.

Enjoyez l’album, enjoyez votre vie, j’ai enjoyé ma vie (…) it’s over.
— Extrait de la chanson Intro de la mort

Le corps de l’album propose aussi des titres tantôt critiques, tantôt farfelus qui ont le potentiel de rejoindre à la fois les connaisseurs et les néophytes. Jacobus motive les troupes au gym (Mon workout, ton workout) comme dans la vie (Es tu ok?).

Dans l’avenir, celui qui est devenu très critique de l’industrie musicale compte se retirer de la scène et bien choisir ses projets potentiels, comme mentionné en septembre lors d’une entrevue Rencontre ONFR

« Je vais pouvoir faire des spectacles, des collaborations, des singles avec Radio Radio. Mais un album du début à la fin? Zéro intérêt. »

Comme pour Caviar, l’Acadien résidant maintenant à Hawkesbury s’est entouré des Franco-Ontariens Pier-Bernard Tremblay (DJ UNPIER) et Kenan Belzner pour créer la musique du Décès d’un artiste.

Pochette du Décès d’un artiste. Gracieuseté Jacques Alphonse Doucet

Y comprendront plus tard – DJ UNPIER

C’est plus d’une heure de musique qui attendent les fans du beatmaker franco-ontarien sur l’album Y comprendront plus tard, sorti en mai. Le DJ colle souvent des voix féminines à ses rythmes et donne leur chance à des artistes de la relève. Sur cet album, on retrouve entre autres la Franco-Ontarienne de 18 ans Emma Rose Smith, qui avait aussi participé à l’EP Dans la danse 1.5.

Y comprendront plus tard contient aussi des collaborations avec ses grands amis Jacobus et LeFLOFRANCO, ainsi que des chansons écrites lors d’un séjour de création collective en Gaspésie, expérience maintenant annuelle pour Pier-Bernard Tremblay et ses acolytes. Certaines chansons évoquent directement ce moment, comme Ruisseau, avec Chloé Doyon et Char (Charlotte Vaidye-Bourgault), incluant aussi au générique Kenan Belzner, Olivier Brien (Monsieur Nokturn) et Jeff Homère (LeFLOFRANCO).

J’ai besoin de décrocher so laisse-moi disparaître. Le cœur dur comme un rocher, l’beat me fait renaître.
— Extrait de la chanson ElecTree Soundsystem, du nom du collectif hôte de la résidence en Gaspésie

Érika Zarya, le trio Le Goyave, Leon Mellow, DJ Weedim, Véda, Reverbate et les jumeaux de The IncraDouble Pack complètent la liste des invités à la fête de Y comprendront plus tard.

Non rassasié des 20 titres de l’album de mai et des rythmes créés avec Kenan Belzner pour Le décès d’un artiste de Jacobus, DJ UNPIER a également lancé un EP, After Gaspé, en octobre. Ce dernier donne un avant-goût du prochain album complet, qui devrait être lancé l’automne prochain.

Pochette d’Y comprendront plus tard. Gracieuseté DJ UNPIER

Prisms – G.R. Gritt

L’artiste francophone, anichinabé et métis G.R. (Greyson) Gritt, qu’on a pu découvrir dans le documentaire Stuck, a lancé un nouvel EP en octobre. Si Prisms est majoritairement anglophone, il contient un premier son premier extrait francophone, intitulé Qui crie au loup? La chanson, un duo avec son cousin Connor Lafortune, aborde l’hypocrisie politique et dénonce les systèmes d’oppression qui marginalisent les personnes trans, non-binaires et queers. L’EP est en quelque sorte un hymne aux amours marginalisés, qu’ils soient LGBTQ+ ou polyamoureux, comme dans la très pop Turnin’ It Up qui ouvre l’album en invitant l’auditeur à vivre ses identités et sentiments sans demi-mesures. 

Je m’attendrais à plus d’empathie d’un loup qui prétend être une petite brebis.
— Extrait de la chanson Qui crie au loup?

La gérante de G.R. Gritt, Krystal Strong, a indiqué à ONFR que l’artiste comptait bien composer d’autres morceaux en français en 2024. On pourra peut-être les découvrir lors de son spectacle à Penetanguishene, grâce à La clé de la Baie, en juin prochain.

Pochette de Prisms. Gracieuseté Osum Artist Management

Tout est relatif – Dayv Poulin

Dayv Poulin chante l’amour en mots simples sur Tout est relatif, court album paru en octobre. La formule est gagnante, puisque deux extraits, Simple de même et Comme ça qu’ça marche, ont fait bonne figure dans les palmarès radio en mars et en décembre.

Tu es le refrain que ma vie fredonne, et la vie est bonne.
— Extrait de la chanson La vie est bonne

Qui a dit qu’il fallait de la souffrance pour écrire de bonnes chansons? L’album Tout est relatif parle de bonheur à deux et des joies du quotidien. C’est le genre de chansons qui s’apprennent facilement et se chantent bien entre amis au bord d’un feu de camp.

Pochette de Tout est relatif. Gracieuseté Dayv Poulin

À travers – Manon Séguin

La chanteuse à voix originaire de L’Orignal déploie sa puissance sans toutefois trop en faire sur ce mini-album intitulé À travers. Depuis plusieurs années, Manon Séguin marche et chante main dans la main avec le chanteur et pianiste Christian Marc Gendron. Cette fois, elle assume d’être la tête d’affiche, même si le complice n’est jamais loin : auteur-compositeur, producteur et posant même sa voix sur la pièce-titre, qui raconte leur histoire d’amour.

T’as fait de moi ce que je suis. Je sais maintenant qu’une mère s’oublie…
— Extrait de la chanson Dis-moi comment

Le mini-album est dédié à sa mère, décédée d’un cancer en novembre 2016. Un hommage bien senti, particulièrement sur la pièce Dis-moi comment, également écrite par Christian Marc Gendron.

Pochette d’À travers. Gracieuseté Manon Séguin

Les albums franco-ontariens de 2023 : première partie

Les musiciens franco-ontariens ont été très actifs en 2023, particulièrement au mois d’octobre, où les sorties d’albums se succédaient. Albums pleine longueur ou mini-albums (EP), les mots et les notes s’arrangent en styles variés témoignant de la vitalité de la culture francophone. Voici la première partie d’une liste non exhaustive de musique à ajouter aux listes de lecture de 2024.

Animal Chic – Mehdi Cayenne

Mehdi Cayenne a transposé son énergie contagieuse sur Animal Chic, le premier album que l’artiste a entièrement réalisé. Sorti en octobre, l’opus propose des rythmes entraînants sur lesquels se posent des paroles existentielles. Mehdi Cayenne aborde nos contradictions, nos démons intérieurs et les masques qu’on porte en société, avec des titres comme L’enfer à l’endroit ou Invisible, entre autres.

Il écorche au passage l’individualisme et le capitalisme dans Le système est normal et son propre besoin de reconnaissance dans Nobody et la pièce-titre, Animal chic. L’artiste « pseudo maghrébin, pseudo français, pseudo franco-ontarien, pseudo québécois » (L’un et l’autre) utilise beaucoup la métaphore de la scène et du monde du spectacle pour parler de la vie.

J’arrive comme un accident d’char. Chanteur de charme avec un drum machine. Couvert de paillettes comme une bête de foire. Animal chic, yeah you know what I mean.
— Extrait de la chanson Animal chic

Sur son compte Bandcamp, Mehdi Cayenne invite chaque personne à l’écoute à s’approprier le sens des paroles.

« J’ai besoin d’écrire des chansons parce qu’elles sont une manière sacrée pour moi d’exprimer ce qui m’est autrement indicible (…) Parce que je me sens comme un véhicule pour quelque chose qui m’échappe. »

Dans les derniers jours, Mehdi Cayenne a également lancé sur ses réseaux sociaux et son compte Bandcamp Bye mon bébé bye ma belle, qu’il qualifie avec raison de « chanson de Noël la plus inconsolable au monde ». Les paroles déchirantes rappellent le sort des enfants victimes de la guerre et la futilité de notre société de consommation.

Pochette d’Animal Chic. Gracieuseté Mehdi Cayenne

Mclean – Anonyme

Le Sudburois Simon Jutras, alias Mclean, a lancé un album court de 7 titres en octobre. Le résultat final est lié à un événement perturbateur, un accident de la route dont le musicien a été victime alors qu’il s’en allait travailler sur l’album. Le musicien éclectique s’est alors concentré sur les chansons qui étaient déjà bien avancées, donnant un son plus cohérent qui est, finalement, efficace. À la sortie d’Anonyme, Mclean a affirmé sur sa page Facebook : « Il y a donc autant de dit que de non-dit, mais de toute façon c’est plus souvent comme ça la vie. »

Et parfois, quand tu me réveilles au milieu de la nuit, c’est comme si t’avais tout compris.
— extrait de la chanson Picaroon

L’album s’écoute bien en toutes circonstances, mais mérite qu’on se donne le temps de porter attention à la fois à la musique et aux paroles.

Pochette d’Anonyme. Crédit image : Ali Rodriguez-Beaudoin

Geneviève et Alain – Reviens

Le duo de la région d’Ottawa-Gatineau, Geneviève et Alain, ont lancé, en mars, le EP Reviens (Les sessions Pantouf, acoustique) sur lequel ils ont déposé une version acoustique de quatre des chansons de leur album précédent, J’attends encore, paru en 2021. Enregistrées au studio Pantouf de St-Élie-de-Caxton, les quatre sessions ont aussi été immortalisées en vidéos par Forêt Sauvage Films.

Je t’avoue que, même en cherchant partout, tous les chemins mènent à nous.
— Extrait de la chanson Reviens

Moins de deux semaines après la sortie du EP, les deux artistes, aussi couple dans la vie, ont annoncé la venue prochaine de leur premier enfant. Le petit Amédée, né le 14 octobre, est au centre la créativité de ses parents, qui partagent avec leur communauté virtuelle tantôt une session d’improvisation de berceuses en direct, tantôt un doux moment où Maman partage ses réflexions en chanson, le petit assoupi contre elle.

Pochette du EP Reviens. Gracieuseté Agence Ranch

Squerl Noir – Sous la fourrure

Le français d’origine, ex-Ottavien maintenant établi à Québec, est revenu dans la région de la capitale nationale en septembre, pour un lancement gatinois de son premier album, sorti le mois précédent. L’ambiance était aux retrouvailles et à la camaraderie, alors que de nombreux artistes franco-ontariens étaient venus appuyer leur ami.

Que restera-t-il après l’usure? N’y a-t-il seulement que des éclats, ou quelques fêlures, sous la fourrure?
— Extrait de la chanson Sous la fourrure

La musique de David Robquin, de son vrai nom, prend d’ailleurs tout son sens sur scène, alors que le spectacle permet de mieux en saisir l’ambiance. Il est aussi possible de découvrir ses mots et sa démarche artistique avec le livre Sous la fourrure, du même titre que l’album.

Pochette de l’album Sous la fourrure. Gracieuseté David Robquin

Philippe Mathieu – Salut, Philippe

L’auteur-compositeur-interprète de Sudbury Philippe Mathieu a lancé son premier album en mai. Intitulé Salut, Philippe, l’opus assume le country qui nous fait imaginer l’artiste chantant ses peines d’amour en marchant le long d’une route rurale.

Si je savais tout, j’irais dehors. Je viendrais à ton secours dans le noir.
— Extrait de la chanson Si je savais tout

2023 a été une bonne année pour Philippe Mathieu. Celui qui est aussi enseignant a pu faire grandir la place qu’occupe la musique dans sa vie. En plus de ce premier album, il s’est retrouvé en demi-finale du Festival international de la chanson de Granby.

La pochette de Salut, Philippe. Illustration Véronique Venne

Sophie Grenier – Escape

En janvier 2023, une jeune femme d’Orléans, alors peu connue du grand public, lance l’EP anglophone Escape. Quelques mois plus tard, elle remporte le célèbre concours télévisé La Voix, sur les ondes de TVA. À 17 ans, Sophie Grenier devenait la plus jeune participante à remporter la compétition, en plus d’en être la première gagnante franco-ontarienne. Sa victoire lui assure un contrat avec Musicor. On risque donc de l’entendre chanter encore en 2024, et éventuellement de pouvoir écouter un album francophone de Sophie Grenier. 

Sophie Grenier en performance lors du spectacle de Gregory Charles au Festival franco-ontarien, quelques mois après sa victoire à La Voix. Crédit image : Stéphane Bédard

Plus d’albums franco-ontariens à découvrir dans la deuxième partie de cette revue musicale 2023.

2023 au Parlement ontarien : premières historiques et marches arrière politiques

Tour d’horizon des temps forts de 2023 à l’Assemblée législative de l’Ontario : une année marquée par les revirements de situation politiques, les tournants décisifs et figures emblématiques pour la francophonie, ajoutés à quelques premières historiques, le tout résumé en une personnalité, une citation, une date, un chiffre et un lieu.

Lieu : la Ceinture de verdure

Ces 2 millions d’acres de terres protégées auront fait couler beaucoup d’encre et tomber quelques têtes au sein du gouvernement Ford en 2023.

De la décision du gouvernement de retirer 7400 acres (15 sites) de la Ceinture de verdure pour y construire des logements auront découlé : un rapport de la vérificatrice générale Bonnie Lysyk, révélant des manquements éthiques et environnementaux de la part du gouvernement, une enquête du commissaire à l’intégrité J. David Wake et l’ouverture d’une enquête criminelle de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

La Ceinture de verdure, une aire d’environ 2 millions d’acres de terres. Source : Canva

Le commissaire à l’intégrité établissait notamment un traitement préférentiel pour certains promoteurs avec le retrait de 15 parcelles de la Ceinture de verdure, augmentant la valeur totale à plus de 8,3 milliards de dollars. Il faisait aussi état de plusieurs infractions du ministre du Logement et des Affaires municipales Steve Clark à la Loi de 1994 sur l’intégrité des députés.

S’en étaient suivies sa démission forcée, et celle du ministre des Services au public et aux entreprises Kaleed Rasheed, ayant pris part à un voyage d’affaires à Las Vegas avec un des promoteurs, Shakir Rehmatullah, impliqué dans les transactions de terrains de la Ceinture de verdure.

Le 21 septembre dernier, le premier ministre Doug Ford annonçait dans un mea culpa public que le gouvernement reculait et retournait toutes les terres retirées à la Ceinture de verdure.

Le 16 octobre dernier, le nouveau ministre des Affaires municipales et du Logement Paul Calandra a présenté une nouvelle législation visant à préserver la ceinture de verdure, permettant de réintégrer les terres qui avaient été retirées. Cette loi garantit également que des modifications futures ne puissent être adoptées que dans le cadre d’une procédure publique et transparente nécessitant l’approbation de la législature.

La Loi a obtenu la sanction royale le 6 décembre dernier.

Une personnalité : Edith Dumont

Elle marque l’histoire en devenant la première Franco-Ontarienne lieutenante-gouverneure de l’Ontario. Nommée le 3 août dernier par le premier ministre canadien Justin Trudeau, c’est le 14 novembre qu’a eu lieu son intronisation à Queen’s Park.

Edith Dumont devient alors officiellement la 30e lieutenante-gouverneure ontarienne et succède à Elizabeth Dowdeswell, qui occupait ses fonctions officielles depuis 2014.  

Les lieutenants-gouverneurs représentent le Roi du Canada (Charles III) dans leur province et remplissent les rôles et fonctions de la Couronne, y compris ceux d’accorder la sanction royale aux lois provinciales. Ceux-ci sont nommés pour un mandat d’au moins cinq ans.

Edith Dumont, première Franco-Ontarienne lieutenante-gouverneure de l’Ontario. Archive ONFR

Décorée de la Médaille de l’Ordre de la Pléiade de l’Ontario en 2021, du Prix Bernard Grandmaître en 2020 et de la Médaille de l’Ordre d’Ottawa en 2017 pour ses contributions à la communauté franco-ontarienne, elle a voué une bonne partie de sa carrière à l’éducation.

Mme Dumont a notamment été directrice d’école et surintendante, présidente du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), avant de devenir vice-rectrice, Partenariats, collectivités et relations internationales pour l’Université de l’Ontario français.

Une citation : « Il n’y a pas de retour en arrière »

C’est la phrase qu’a prononcée l’avocate des Premières Nations Kate Kempton au micro d’ONFR quelques jours après l’annonce d’un recours historique en justice de dix des 40 Premières Nations issues du Traité 9, contre l’Ontario et le Canada. L’affaire judiciaire visant à mettre fin au « contrôle unilatéral de la prise de décision par la Couronne ».

En cause, la violation alléguée du Traité 9 et la prise de décisions unilatérale en ce qui concerne l’exploitation des ressources minières et l’utilisation des terres du Cercle de feu sans leur consultation.

Selon Kate Kempton, le Traité 9 implique une co-juridiction, pour laquelle les gouvernements ontarien et canadien et les communautés autochtones doivent donner un consentement mutuel à l’utilisation des ressources et des terres, comprenant l’exploitation minière, la foresterie, la vente de terres, l’hydroélectricité et d’autres développements qui ne peuvent avoir lieu sans ce double consentement.

« Cette riposte est une première historique qui vise à remettre les Premières Nations sur un pied d’égalité avec la Couronne en termes de contrôle de la prise de décisions. »

L’avocate Kate Kempton et plusieurs chefs et membres des Premières Nations à Queen’s Park, lors de la conférence de presse annonçant le recours en justice. Crédit image : Sandra Padovani

« C’est la première fois qu’une affaire attaque directement le pouvoir décisionnel unilatéral de la Couronne au Canada comme n’étant pas le seul ultime et légitime à pouvoir prendre des décisions », explique-t-elle. 

« Le traité n’a jamais été fait correctement de façon à ce que nos ancêtres comprennent complètement de quoi il s’agissait. Il était simplement destiné à voler les ressources. Aujourd’hui est le début d’une nouvelle ère », avait déclaré le chef Solomon Atlookan de la Première Nation Eabametoong en conférence de presse à Queen’s Park.  

« Il y a eu 120 ans de fraude (…) Personne ne peut prédire l’avenir, mais il n’y a pas de retour en arrière. Nous avons lancé la poursuite. Cela veut dire que si les gouvernements n’acceptent pas de négocier un régime de co-juridiction maintenant, ils retardent l’inévitable », avait conclu l’avocate principale de l’affaire.

Une date : 1er avril 2023

La ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney annonçait l’entrée en vigueur du règlement de l’offre active, qui n’était pas un poisson d’avril, s’accompagnant de neuf nouvelles mesures qui améliorent l’accès aux services en français en Ontario.

Tout organisme ou institution désignés en vertu de la Loi sur les services en français (LSF) doit notamment accueillir les usagers dans leur langue sans qu’ils aient besoin de le demander, doit se doter d’un panneau en français à l’entrée de ses locaux permettant d’aviser le public que des services français sont disponibles, ou encore les systèmes téléphoniques automatisés doivent donner l’option de recevoir des services en français et en anglais en début d’appel.

Ce règlement s’applique à toute agence ministérielle ayant des obligations sous la Loi sur les services en français, ce qui inclut des services dans divers domaines comme l’éducation, la santé et autres guichets gouvernementaux. Reste que la liste des organismes assujettis à la LSF nécessite une mise à jour.

« C’est un problème sur lequel le ministère travaille, car il y a eu de nombreux changements au sein des organismes depuis », avait confié en février dernier à ONFR l’adjointe parlementaire de la ministre Mulroney, Natalia Kusendova.

Fabien Hébert, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) avait réagit et déclaré que « la mise à jour de la liste des organismes désignés (en vertu de la LSF) doit se faire le plus rapidement possible ».

« Il est certain que, pour la prochaine année, l’enjeu sera la mise en œuvre et la formation pour le personnel des organismes qui y sont assujettis », avait-il ajouté.

Un chiffre : 109 941 élèves francophones ayants droit

Récemment, un rapport du Bureau de la responsabilité financière (BRF) a révélé qu’il y a aussi près de 110 000 enfants en droit de fréquenter les écoles de langue française de plus que de places disponibles, soit 41 % des élèves qui ne peuvent pas y avoir accès.

En 2021-2022, les écoles des systèmes scolaires français (publique et catholique) disposaient de 158 309 places seulement au total pour les 268 250 enfants et jeunes dont les parents étaient titulaires des droits liés au français.

Au manque de places disponibles, le problème de proximité géographique avec les écoles de langue française, également mis en avant, constitue un obstacle pour les parents éligibles.

Selon Statistique Canada, la fréquentation des écoles du système d’éducation en langue française baisse en effet considérablement avec l’allongement de la distance entre le lieu de résidence de l’enfant et l’école de langue française la plus proche.

Megan Cotnam-Kappel, professeure adjointe à la faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, spécialiste en technologies éducatives et en éducation en milieu minoritaire, expliquait en entrevue que « nous avons besoin d’investissements accrus, de plus d’infrastructures, de plus d’écoles pour répondre à ces besoins ».

« Non seulement il faut augmenter le nombre de places, mais aussi l’offre à travers la province. Il s’agit parfois de communautés minoritaires qui n’ont pas toujours l’option d’aller dans une école de langue française, tout simplement parce que l’option n’existe pas, à cause du manque d’infrastructures, pour ces jeunes qui ont un droit constitutionnel à cette éducation », concluait-elle.

À Casselman, plusieurs habitants ne consomment plus l’eau municipale

CASSELMAN – En juillet dernier, une concentration élevée de manganèse a été détectée dans l’approvisionnement en eau municipal du village, entraînant une coloration brune et une odeur inhabituelle. Malgré les affirmations de plusieurs scientifiques et de l’Agence ontarienne des eaux, qui assuraient que l’eau était sûre à la consommation, cet incident a suscité des inquiétudes parmi certains résidents quant à la potabilité de l’eau. Actuellement, une partie de la population du village a cessé de consommer l’eau, même si les niveaux de manganèse sont revenus à la normale depuis la fin de l’été.

Malgré tous les efforts déployés pour persuader les résidents de boire l’eau, que ce soient les rapports, les analyses chimiques, les tests et les affirmations catégoriques des scientifiques, la population de Casselman reste réticente. Même après avoir traversé des situations similaires en 2016 et 2019, c’est l’épisode de l’été dernier qui marque les esprits. En 2023, un taux historiquement élevé de manganèse dans l’eau (0,45 mg/L) vient renforcer les craintes profondément enracinées au sein de la communauté.

La confiance perdue semble difficile à rétablir malgré les garanties fournies par les experts.

« On se souvient encore de la tragédie de Walkerton qui a coûté la vie à neuf personnes », rappelle Danielle Chénier, une résidente de Casselman. Deux décennies après la découverte d’une bactérie dans l’eau du village de Walkerton en Ontario, plusieurs habitants ont également cessé de consommer l’eau, selon Radio-Canada.

« Je buvais l’eau du village lorsque je me suis installée à Casselman en 2016, explique Rena Smith. Depuis que je vis ici, la qualité de l’eau se détériore et évidemment j’ai aussi arrêté d’en donner à mes animaux de compagnie. »

La jeune femme a toujours eu pour habitude d’utiliser un filtre Brita pour son eau, mais cet été « c’était tellement intense que le filtre ne fonctionnait plus et l’eau avait mauvais goût », se souvient-elle.

Depuis le tumultueux mois de juillet, une poignée de résidents a rallié un groupe sur Facebook baptisé Casselman Water Quality qui a vu émerger quelques habitants mécontents. Sur cette plateforme, la colère s’est exprimée à travers de nombreuses photos dévoilant des éviers, baignoires et toilettes remplis d’une eau trouble, ainsi que des vêtements tachés par les séances de lessive. Ces publications font figure de tribunaux à ciel ouvert, exposant une population lassée de la situation.

Plusieurs habitants partagent leur expérience sur le groupe Facebook, « J’achète toujours l’eau. Je refuse d’utiliser l’eau de Casselman », pouvions-nous lire. Capture d’écran/ Facebook – Casselman Water Quality

Lorsque la situation est rentrée dans l’ordre à la fin de l’été, ONFR s’est penché sur les répercussions de cet épisode sur les habitants. Les plus volubiles ont rapidement avoué ne plus avoir confiance en l’eau du robinet. Mais quelles motivations incitent cette population à renoncer à l’eau courante? Quels investissements consentent-ils pour des alternatives? Nous avons interrogé ceux envisageant de quitter Casselman pour cette raison et ceux décidant d’attendre que la municipalité trouve une solution durable.

« Si les nourrissons ne peuvent pas en boire, pourquoi en boirais-je? » 

L’une des principales raisons suscitant l’inquiétude parmi les habitants remonte au premier communiqué émis par la municipalité en juillet dernier. La Ville informait que des niveaux anormalement élevés de manganèse avaient été détectés dans la Rivière de la Nation Sud, source d’approvisionnement en eau de la municipalité.

D’autres informations soulignaient la nécessité d’exempter les nourrissons de la consommation de cette eau.

« Les nourrissons présentent un risque accru après une exposition à des niveaux élevés de manganèse dans l’eau potable en raison du développement rapide de leur cerveau, ils boivent davantage d’eau par rapport à leur poids corporel, ils absorbent plus de manganèse et sont moins capables de l’éliminer de leur corps par rapport aux enfants plus âgés et aux adultes », élaborait la Ville de Casselman dans une une foire aux questions sur son site internet.

Les habitants de Casselman ont partagé de nombreuses photos de leurs baignoires et toilettes pendant l’épisode du manganèse cet été. Source : Facebook / Casselman Water Quality

Dans une entrevue accordée à ONFR, une citoyenne partage ses préoccupations liées à la qualité de l’eau. Danielle Chénier évoque le moment où le Dr Paul Roumeliotis, médecin hygiéniste du bureau de santé de l’est de l’Ontario (BSEO), recommandait de ne pas donner cette eau aux nourrissons et jeunes enfants. Pour elle, cette restriction soulève des questions sur la sécurité de l’eau.

« Si les enfants ne peuvent pas en boire, les adultes ou les personnes âgées devraient être autorisés à le faire? » se demande-t-elle.

La municipalité explique que selon Santé Canada, l’eau potable dont la teneur en manganèse est égale ou inférieure à 0,12 mg/l est considérée comme sécuritaire à la consommation. 

D’autres études suggéraient que pour les adultes et les enfants, « boire de l’eau ayant une teneur en manganèse supérieure à 1 mg/l pendant plus de 10 jours pouvait présenter un danger pour la santé ». Les taux ont dépassé 1 mg/l, le 17 juillet, puis ostensiblement au-dessus de 0,12 mg/l, le reste du temps. 

À cette époque, la mairesse Geneviève Lajoie se rappelle avoir initié des dialogues avec la communauté.

« J’ai encouragé les résidents à venir me rencontrer pour discuter, explique-t-elle lors d’une entrevue. J’ai essayé de répondre autant que possible à leurs questions. »

Geneviève Lajoie est la mairesse de Casselman, en entrevue avec ONFR, elle s’est dit comprendre la frustration des habitants. Aujourd’hui, elle recherche une autre source d’approvisonnement pour la municipalité. Crédit image : Stéphane Bédard

D’après elle, il était extrêmement important de mettre l’accent sur la communication, et « c’est ainsi que l’on m’a recommandé le chimiste Bill Dallala, qui a produit un rapport remarquable et qui a trouvé des solutions pour nous ».

La mairesse de Casselman, Geneviève Lajoie a l’intention de prendre en compte les recommandations des experts. Cependant, elle déclare être activement à la recherche d’autres sources d’eau pour la ville. Un plan de faisabilité devrait être envoyé à la municipalité autour de la nouvelle année. 

Une patience largement éprouvée

Du côté des habitants, Caroline Thompson est radicale sur la question.

« Pour ma part, c’est terminé je ne bois plus l’eau telle qu’elle sort du robinet. J’ai investi des milliers de dollars dans plusieurs systèmes de filtration et d’adoucissement. »

« Cela a commencé dès la première année où nous avons emménagé à Casselman, en 2018, mais cette année, c’était tellement grave, qu’une partie de mon équipement n’était même pas suffisant », explique la résidente. 

Caroline Thompson vit à Casselman. Depuis son arrivée dans le village, elle a investi dans un système de filtration. D’après elle, les informations restent nébuleuses autour de la gestion de l’eau à Casselman. Gracieuseté

Pour Mme Thompson, le manganèse n’est pas parti, et il ne partira pas. « Il reviendra cet été. Prenez-moi au mot », s’exclame-t-elle. 

« On pourrait avoir un évènement comme à Walkerton, parce que le manganèse est insidieux. Ce n’est pas comme l’E.Coli qui vous tue rapidement. Le manganèse vous affecte au niveau neurologique. »

Même son de cloche pour Rena Smith, qui se rappelle allègrement son été 2023. « C’était l’un des pires étés depuis que je suis installée ici. »

« L’eau était d’une couleur jaune brunâtre, ce qui rendait même la douche désagréable, et les bains étaient exclus », se souvient-elle, avant de reprendre : « Il est très déplaisant et triste de payer un loyer aussi élevé à Casselman, la facture d’eau oscille entre 230 et 300 pour trois mois. »

Pour Mlle Smith, « la municipalité affirme que l’eau est sûre, mais sérieusement, comment peut-elle être jaune/marron et être sûre à consommer? »

Le manganèse se retrouve dans la rivière Nation Sud. Crédit image : Stéphane Bédard

De son côté, Danielle Chénier ne boit plus l’eau. C’est exclusivement celle en bouteille offerte par la banque alimentaire qui lui sert aujourd’hui. Elle explique que « d’autres habitants vont remplir leurs bouteilles d’eau chez des amis ou de la famille en dehors de Casselman ».

D’après un sondage ONFR, une partie du village a cessé de consommer l’eau. 172 personnes ont répondu à la question suivante : « Buvez-vous toujours l’eau du village? »

45 % des participants au sondage admettent ne plus boire l’eau et 24 % ne cuisinent plus avec selon ce sondage dans le groupe Facebook. Capture d’écran.

Une nouvelle source d’eau devra être la solution 

Marc Demers continue de consommer l’eau locale. Il estime « que la municipalité fait de son mieux sans que ça coûte des milliers de dollars aux citoyens de Casselman ».

« Le groupe Facebook a vite tourné en tribune de critiques, principalement dirigées contre la nouvelle mairesse », a-t-il constaté. 

L’eau de la municipalité a été brunâtre et odorante durant les mois de juin à septembre 2023, certains habitants ont constaté une turbité dans l’eau même en octobre. Crédit image : Julie Guindon

« Un jour, Mme Lajoie a posté un commentaire sur la page, déclarant : « Si vous avez des idées sur la manière de résoudre le problème, je serais très intéressée de vous rencontrer », raconte Marc Demers. »

Par la suite, le résident a organisé une entrevue avec la mairesse pour évaluer sa réelle ouverture aux suggestions.

« Je lui ai recommandé un homme avec qui j’avais travaillé, Bill Dallala, un expert éminent dans le domaine de la chimie de l’eau. Ma suggestion a été sérieusement considérée, et M. Dallala a inspecté l’usine avant de proposer une solution à notre problème à court terme, en attendant que nous puissions trouver une source d’eau permanente. »

M. Demers reconnaît que la résolution de ce problème traîne en longueur. Il comprend également que certains citoyens envisagent des actions en justice. Cependant, il estime que ce n’est pas la solution appropriée et préfère placer sa confiance envers la municipalité. Selon lui, le Dr Roumeliotis, qui a affirmé la potabilité de l’eau, est une personne digne de confiance.

« De par son statut, il ne mettrait pas sa réputation et sa profession en péril et ne ferait surement pas de fausses déclarations. »

Si M. Demers préfère attendre que la municipalité trouve une solution, ce n’est pas le cas de tout le monde. Rena Smith, elle, veut partir. 

« Ce n’est pas juste de vivre dans une ville où l’eau n’est pas propre », dit-elle. 

Cet été, la banque alimentaire est venue en aide aux habitants en leur livrant des bouteilles d’eau. Crédit image : Stephenie LaMaina

« Notre facture d’eau s’alourdit, en plus de la location du réservoir d’eau. L’achat d’un pack d’eau est devenu une dépense considérable, passant d’un à cinq dollars par pack », déclare-t-elle.

Quant à Mme Thompson, elle trouve la situation profondément préoccupante. « J’ai exprimé mon désaccord et soulevé la question de nos factures d’eau lors de la réunion municipale. Pourquoi nous facturez-vous une fortune alors que vous ne fournissez pas une eau, à mon avis, sûre à boire? »

Malgré cette situation, Caroline Thompson ne prévoit pas de quitter Casselman.

« C’est chez moi, j’ai choisi de vivre ici », affirme-t-elle. « Je vais me battre pour rester, sauf si ma santé commence à se détériorer. Il y a des gens ici qui ne peuvent pas se permettre de déménager non plus. Je pourrais déménager, bien sûr. Je pourrais vendre ma maison, aller ailleurs, mais je ne veux pas le faire. J’aime Casselman, j’aime les gens, j’aime la ville, je ne veux pas que quelque chose comme ça m’empêche d’aller de l’avant. »

Ainsi, les habitants font preuve de patience, bien que l’inquiétude d’un nouvel épisode plane au-dessus d’eux. « Avec le réchauffement planétaire, il est inévitable que de tels épisodes se reproduisent », affirme Danielle Chénier.

Refuser plus d’étudiants locaux ou internationaux : le futur dilemme du postsecondaire dans le Nord

SUDBURY – L’Institut des études politiques du Nord (IEPN) vient de publier les résultats d’une étude révélant que les établissements d’études postsecondaires (EEP) du Nord de l’Ontario se retrouveront bientôt devant un dilemme : choisir entre les étudiants internationaux ou les étudiants du sud de la province, au détriment des étudiants du Nord.

Ce choix qui attend potentiellement les EEP du Nord s’explique, selon le chercheur William Dunstan responsable de l’étude, en raison du déclin démographique qui a amené la diminution du nombre de jeunes adultes.

Pour pallier cette baisse d’étudiants locaux, les établissements avaient développé, depuis une dizaine d’années, une stratégie de recrutement massive en provenance de l’international, ce qui rapporte cinq fois plus en frais d’inscription. En exemple, l’Université de Hearst où les étudiants internationaux constituaient environ 74 % de l’effectif durant l’année académique 2021-2022, soit près de 93,6 % des recettes de l’institution.

Néanmoins, cette tendance démographique devrait s’inverser dans les prochaines années.

« On prévoit qu’entre 2021 et 2034, le nombre de personnes âgées de 18 à 21 ans dans le Nord de l’Ontario augmentera de 13 %. »

Selon le chercheur, en considérant la croissance prévue dans toute la province, les demandes nationales auprès des EEP du Nord de l’Ontario devraient augmenter de 15 % et plus.

Cette hausse des jeunes adultes n’est pas unique au Nord de l’Ontario mais son impact s’y fera particulièrement ressentir. Source : IEPN

L’étude souligne qu’avec cette dépendance aux étudiants étrangers et en l’absence d’incitatif financier, les institutions n’ont pas de raison d’augmenter leurs effectifs de plus de 3 %.

La conséquence : moins de places sur les bancs des universités et collèges pour les étudiants originaires du Nord.

« Étant donné que les conditions d’admission des EEP du Nord sont généralement moins strictes, ceux-ci sont susceptibles de devenir plus populaires auprès des étudiants du Sud de l’Ontario qui ne parviennent pas à être admis dans les établissements de plus en plus concurrentiels de leur région », pouvait-on lire dans le rapport.

Les frais d’inscription ou la rétention

Selon les conclusions du chercheur, il serait essentiel de revoir le mode de financement des établissements.

« En l’absence de réformes du financement public, les collèges et universités du Nord de l’Ontario devront probablement choisir entre refuser un plus grand nombre d’étudiants de la région ou prendre le grand risque financier de renoncer à certains revenus provenant des étudiants étrangers. »

Une piste proposée par l’auteur serait que le gouvernement provincial augmente le plafond du financement fondé sur les inscriptions pour correspondre à la future hausse de la population des 18 à 21 ans en Ontario.

Comme révélé dans le rapport Harrison, publié en novembre dernier, le financement public du postsecondaire est en baisse depuis une dizaine d’années. Source : IEPN

Dans le cas où cette solution serait trop coûteuse, M. Dunstan propose de recentrer les efforts du gouvernement sur la rétention des diplômés en région.

« Il pourrait offrir un modeste remboursement des frais de scolarité aux étudiants des EEP du Nord à condition qu’ils vivent et travaillent dans cette région pendant un certain temps après l’obtention de leur diplôme. »

Un concept similaire de subvention ontarienne intitulé « Apprendre et rester » existe et offre un remboursement aux nouveaux travailleurs du secteur de la santé débutants, qui commencent leur carrière dans des communautés rurales et éloignées.

2023 dans le Nord ontarien : Université de Sudbury, feux de forêt et prouesses sportives

Du refus de financement provincial de l’Université de Sudbury, à la médaille de bronze d’Alexandre Landry au championnat de natation canadien, en passant par les feux de forêts et les nombreux cinquantenaires, l’année a été dense dans le Nord ontarien. La journaliste Inès Rebei nous guide à travers les événements marquants de l’actualité 2023.

Ces Franco-Ontariens qui nous ont quittés en 2023

Des frères Schryburt à Lisette Mallet en passant par Francine Garon, l’année 2023 n’a pas été épargnée par les décès de ceux qui ont contribué à bâtir la francophonie ontarienne. ONFR revient sur la disparition de ces monuments de la culture franco-ontarienne en un dernier hommage.

Jacques Schryburt

En juillet, on apprenait le décès de celui qui est connu pour avoir occupé le poste de secrétaire général de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO). En plus de son engagement pour l’Hôpital Montfort et son implication dans les Jeux de la francophonie de 2001 à Ottawa, il a également été le président du Festival franco-ontarien de 1998 à 2001. En 2012, le Franco-Ontarien recevait la médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II pour ses différentes contributions à la communauté franco-ontarienne.

Jean-Louis Schryburt

Quelques mois plus tard en novembre, c’est son frère Jean-Louis Schryburt qui disparaît et laisse la francophonie en deuil. Président fondateur du Centre de santé du Témiscamingue, il s’est en outre impliqué en tant que directeur général de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO) et de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO), pour le secteur d’Ottawa. Son décès avait provoqué un émoi tout particulier du côté de la Maison de la Francophonie d’Ottawa qui parlait alors d’une « perte incommensurable pour l’établissement. »

Le décès du militant franco-ontarien Jean-Louis Schryburt a causé l’émoi de la communauté franco-ontarienne. Archives ONFR

Francine Garon

Vers la fin du mois, c’est une autre figure discrète, mais très appréciée de la francophonie ontarienne dont on regrette la disparition, la Kapuskoise Francine Garon. Réputée pour être la personne la plus engagée auprès de la communauté culturelle franco-ontarienne de Kapuskasing, celle qui est originaire de la région fut bénévole auprès du Centre de loisirs pendant près de 30 ans.

Francine Garon était une figure importante de la vie culturelle de Kapuskasing. Archives ONFR

De manière presque prémonitoire, lors du 50e anniversaire du Centre, quelques mois avant sa disparition, une vidéo lui avait été dédiée en guise d’hommage. « Son sourire chaleureux, son esprit accueillant et son délicieux sucre à la crème ont eu un impact durable sur la communauté musicale francophone », écrivait alors le chanteur et humoriste sudburois Stef Paquette.

Lisette Mallet

En janvier, c’est l’infatigable bénévole puis présidente de la Société d’histoire de Toronto (SHT), Lisette Mallet qui laisse en deuil le monde franco-ontarien. Acadienne d’origine, cette métisse native de Shippagan a contribué en 1999 à la désignation comme patrimoine historique naturel de la rivière Humber, lieu emblématique du passage de celui qu’on considère comme le premier franco-ontarien, l’aventurier Étienne Brûlé. Reconnue pour sa passion pour l’histoire franco-ontarienne et son sourire permanent, Lisette Mallet, décédée à seulement 63 ans, avait marqué le milieu franco-torontois.

Lisette Mallet à Fort York pour une activité des historiens culinaires du Canada. Archives ONFR

Paul Martial

2023 a aussi vu le décès du membre fondateur de L’Association des Francophones de la Région de York (AFRY), Paul Martial, au mois d’octobre dernier après un combat de longues années contre le cancer. Avec une carrière de 40 ans dans le domaine juridique, le Franco-Ontarien a œuvré auprès d’institutions telles que le Tribunal d’appel en matière de permis, au Bureau du Tuteur et curateur public et à la Commission ontarienne des droits de la personne. Né à Montréal, mais ayant grandi à Toronto, M. Martial était également membre du Chevalier de Colomb et du club Richelieu et a siégé au conseil d’administration du Collège Seneca.

Paul et Hélène Chauvin

Ailleurs dans le sud, le mois de mars a été marqué par le départ de l’ancien président de l’ACFO de Windsor-Essex et Chatham-Kent et ancien directeur de plusieurs écoles de langue française dans le moyen-nord et le sud-ouest de la province, Paul Chauvin. Décédé tragiquement à la suite d’une collision routière qui a également provoqué la disparition de sa sœur, Hélène Chauvin, le vétéran de 91 ans fut le premier directeur de l’École secondaire catholique l’Essor. On lui doit le projet des Fêtes du tricentenaire de la fondation de Détroit de 2001 et la Chorale du tricentenaire en plus de siéger à de nombreux comités.

Hélène Chauvin, de son côté, avait été la récipiendaire, en 2014, du prix Pierre-Bercier récompensant l’excellence en agriculture de l’Union des cultivateurs franco-ontariens en plus d’avoir largement contribué au Festival de la Moisson.

Autres mentions honorables

Le 12 novembre l’Ontario français perdait une de ses plus grandes artistes en la personne de Rose-Aimée Bélanger, décédée quelques mois à peine après son 100e anniversaire. La sculptrice à l’origine des Chuchoteuses à Montréal a rendu son dernier souffle entourée de sa famille à Earlton dans le nord de l’Ontario.

À la toute fin du mois de février, le drapeau franco-ontarien était en berne par L’Alliance des francophones engagés de Chapleau en hommage à Louis Dubé, le fondateur du Centre culturel Louis-Hémon.

Cette année a aussi vu la disparition, en octobre, d’une des plus grands mécènes du théâtre français de Toronto, la professeure Marie O’Neill-Karch, laquelle compte également une carrière de 40 ans à l’Université de Toronto avant de finir principale du Collège Woodsworth (2002-2007).

À Sarnia, le décès de Sylvie Barbeau, conseillère scolaire au Conseil scolaire catholique Providence, avait provoqué la mise en berne de tous les drapeaux du conseil au mois de juillet pour souligner ses 35 ans de contribution à l’éducation franco-ontarienne dans la région.

En octobre à Sudbury, décédait l’entrepreneur et philanthrope franco-ontarien Arnel Michel, lequel a, notamment, joué un rôle clé dans le sauvetage financier du Carrefour francophone dans les années 90.

À la toute fin du mois de novembre, c’est la stupeur alors qu’on apprenait qu’un accident routier emportait le très apprécié professeur de linguistique Ali Reguigui, enseignant à la Laurentienne depuis 33 ans, et cofondateur de l’Observatoire de la langue française en Ontario créé en 2010.

Hockey : Jacques Martin de retour aux commandes des Sénateurs 

OTTAWA – Le grand chamboulement continue du côté de l’équipe de hockey de la capitale fédérale. Après avoir changé de directeur général début novembre avec l’éviction de Pierre Dorion, c’est cette fois à un changement d’entraîneur en chef que les Sénateurs ont procédé avec l’éviction de D.J. Smith, remplacé par le natif de Saint-Pascal-Baylon Jacques Martin. 

Lassé des mauvais résultats actuels des Sénateurs d’Ottawa dans la LNH – derniers de la Division atlantique avec un bilan de 11 victoires pour 15 défaites – le nouveau propriétaire de la franchise, Michael Andlauer, continue d’effectuer des changements pour essayer de trouver la formule gagnante. 

La quatrième défaite de suite des Sens face aux Golden Knights de Las Vegas (6-3) a été la goutte de trop qui a fait déborder le vase et a sonné le glas pour D.J. Smith et son assistant Davis Payne. 

Pour les remplacer, la direction a fait appel à une figure bien connue de la franchise puisque c’est Jacques Martin, Franco-Ontarien né à Saint-Pascal Baylon, qui va reprendre le poste. Il sera assisté de la légende des Sénateurs Daniel Alfredsson. Les dirigeants ne sont pas allés chercher bien loin pour trouver rapidement un entraîneur qui assurera l’intérim puisque Martin était dans l’organisation depuis le début du mois en tant que conseiller principal de l’équipe. 

Ancien entraineur de l’année

Il reste encore deux matchs à Ottawa dans un voyage sur la côte ouest de cinq rencontres. L’entraîneur en chef intérimaire aura pour mission de redresser la barre face aux Coyotes de l’Arizona ce mardi ou contre l’Avalanche du Colorado jeudi, avant de retrouver le Centre Canadian Tire samedi pour y recevoir les Penguins de Pittsburgh. 

Jacques Martin, 71 ans, n’est pas étranger à la franchise de la capitale fédérale puisqu’il en a déjà été l’entraîneur en chef de 1996 à 2004. Il avait d’ailleurs récupéré l’équipe en lambeaux à son arrivée au cours de la saison 95-96 avec une fiche de 8-35-1. Au fil des années, il a fait progresser la franchise jusqu’à obtenir le meilleur bilan de la Division nord-est en 1998-99 et le titre d’entraîneur de l’année. On ne peut lui souhaiter que pareil succès d’ici la fin de cet exercice 2023-24. 

Noah et Olivia de nouveau en tête des prénoms les plus populaires en Ontario

ONTARIO – Comme chaque année, l’Ontario publie la liste des dix prénoms de filles et garçons les plus populaires de l’Ontario. Olivia et Noah arrivent en tête des classements cette année encore.

Pour un 14e palmarès consécutif, Olivia occupe la première place des prénoms de filles les plus populaires en Ontario. Pour ce qui est des prénoms de garçon, c’est Noah qui est en haut du classement pour la quatrième année consécutive.

Au deuxième rang des garçons et des filles cette année, Liam et Charlotte qui a détrôné Emma cette année, qui recule au quatrième rang derrière Amélia.

Parmi les nouveautés cette année, on compte le prénom Chloe qui figure, pour la première fois, parmi les 10 prénoms les plus populaires, soit au septième rang, à égalité avec le prénom Isla et Lily qui arrache la 9e place.

Le prénom Theodore, quant à lui, a gravi deux échelons cette année passant de la 6e à la 4e position des prénoms de garçons les plus appréciés des parents pour 2022.

Occupant la dernière place du top 10 en 2021, Ella disparaît cette année pour laisser place à Mia côté filles, tandis que c’est un copié-collé pour les garçons avec Leo en 10e position.

Federico Dudet, une nouvelle voix pour les Français de Sudbury

SUDBURY – Federico Dudet est le directeur des finances du Carrefour francophone de Sudbury, à qui l’on vient de confier le rôle de consul honoraire de France à Sudbury et dans le Nord, en novembre dernier. Arrivé fin 2018 dans la ville du nickel, ce fier franco-mexicain plutôt discret souhaite concentrer ses efforts sur le développement des services à destination de la communauté francophone du Nord.

« Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir consul honoraire?

Premièrement par retour de service, pour ce pays qui m’a permis d’étudier jusqu’au baccalauréat français et où j’ai vécu près de 10 ans. Ensuite, mon père était consul honoraire de France au Mexique dans le Yucatan, à Cancún. J’ai trouvé cela rigolo de perpétuer la tradition. Ma maman, qui était française, aimait passionnément son pays. J’y ai aussi vu une opportunité d’apprendre à connaître de nouvelles personnes, à mieux m’intégrer. L’ex-consul honoraire Jean-Charles Cachon, qui a occupé le rôle pendant plus de 20 ans, a soumis mon nom dans la liste des candidats potentiels auprès du consulat de Toronto. Après de multiples vérifications, j’ai finalement été sélectionné pour ce poste qui est bénévole.

 Quel est le rôle du consul honoraire ?

C’est un rôle consultatif. C’est, par exemple, un Français qui peut aider des expatriés de la région ayant des problèmes avec la justice. Moi, en tant que consul, je ne peux pas conseiller juridiquement une personne en prison, mais je peux m’assurer que cette personne ait accès à un avocat commis d’office. Je peux aider à gérer des passeports, des pièces d’identité et d’autres documents comme des attestations.

Qu’est-ce que vous appréhendez le plus dans votre nouveau rôle ?

Ici, le défi, c’est d’avoir une idée claire de la population qu’on dessert. De plus, les distances sont souvent un peu pénibles à gérer. En général, les Français qui sont dans le Nord, souvent des jeunes professionnels de secteurs spécialisés, sont plutôt discrets et font les choses dans leur coin, tranquillement. Donc l’objectif, c’est vraiment de contacter les gens et de faire en sorte qu’ils sachent qu’on existe et qu’on est là pour les aider.

Le nouveau consul de France, Bertrand Pous, et Federico Dudet visitent le campus principal du Collège Boréal de Sudbury pour la première fois depuis leur investiture le 22 novembre. Crédit image : Collège Boréal

Vous avez trois nationalités, mexicaine, française et maintenant canadienne. Est-ce difficile de jongler entre ces trois différentes identités?

Absolument pas, c’est une partie intégrante de qui je suis et de mon parcours. Depuis que je suis tout petit, je baigne dans le multiculturalisme. Donc, je ne vois aucune difficulté au fait de venir dans un pays d’immigrants comme le Canada.

Qu’est-ce qui vous a amené à Sudbury ?

J’ai appliqué pour venir en tant qu’immigrant au Canada sous la formule d’Entrée express et une partie de ce processus demande d’avoir un emploi. J’ai envoyé ma candidature à plusieurs entreprises au Canada et les premiers qui m’ont contacté pour faire une entrevue sont les gens du Carrefour francophone. Je savais que Sudbury était une ville en renaissance, que je ne connaissais pas, et j’ai fait plusieurs voyages de reconnaissance pour la visiter. C’est après ça que j’ai fini par accepter l’offre d’emploi.

Êtes-vous content de ce choix aujourd’hui ?

J’ai voulu éviter les grosses villes parce que j’ai vécu à San Francisco, Madrid, Paris, Londres et Mexico, et je recherchais plutôt des villes avec une meilleure qualité de vie pour mes enfants. Une ville à taille humaine, plus chaleureuse, tout en vivant dans un milieu citadin. Je voulais surtout ne pas me retrouver dans une voiture deux heures par jour pour me rendre au travail. Sudbury m’a offert ça et aussi un accès à une nature environnante qui me permet de faire des marches et randonnées à proximité.

Vous avez vécu une bonne partie de votre vie au Mexique. Parlez-moi de la présence francophone ?

Elle est assez importante. Rien qu’à l’ambassade de France au Mexique, il y a 100 000 Français enregistrés. Il y a des communautés importantes dans des villes comme Mexico, Monterrey et Guadalajara. Il y a le Lycée franco-mexicain avec près de 2500 élèves, des alliances françaises et des échanges qui datent même d’avant l’intervention française en 1862 et la guerre qui s’en est suivie. On a aussi beaucoup d’entrepreneurs français qui ouvrent des commerces comme des boulangeries, mais aussi de grosses entreprises mexicaines qui ont été fondées par des Français comme des banques et de grandes marques de vêtements.

L’ex-maire de Mexico, une ville de 25 millions d’habitants, et candidat aux élections présidentielles du Mexique de 2024, est d’origine française. Il y a beaucoup de ressemblances entre la France et le Mexique, ce sont deux peuples qui s’aiment et se respectent.

Et à Sudbury, avez-vous un contact avec la communauté mexicaine ?

Oui. D’ailleurs, à la Place des Arts, il y a plusieurs binationaux, comme la directrice de la librairie-boutique qui vient d’ouvrir. Il y a de plus en plus de Mexicains ici à cause des problèmes terribles que l’on a dans les pays d’Amérique latine.

Vous dirigez les finances du Carrefour francophone depuis la pandémie, ça a dû être tout un défi de commencer dans un tel contexte?

Ça a été assez pénible quand la pandémie a commencé, car on a dû mettre 70 % de nos équipes de travail à la porte du jour au lendemain, car on n’avait plus de quoi les financer. Toutes les garderies étaient fermées, il n’y avait plus de spectacles. J’ai vu comment mon supérieur n’a cessé de penser à les réembaucher le plus rapidement possible. On allait les voir pour leur apporter des masques, des vivres et leur demander comment ils allaient. Pour moi, ça a été quelque chose qui m’a profondément touché. Ce sont des valeurs qu’on ne trouve pas dans beaucoup d’entreprises. Le Carrefour c’est peut-être petit, mais c’était beau. J’ai développé une certaine fierté de travailler avec des gens qui sont humainement sensibles, c’était rafraichissant.

Federico Dudet, à gauche, et Jean-Gilles Pelletier, directeur de la Place des Arts de Sudbury, à droite, lors du Banquet du 75anniversaire du Club Richelieu Sudbury, lequel a remis un don à la Place des arts de Sudbury et la Slague. Crédit image : Place des Arts de Sudbury

Vous impliquez-vous dans d’autres organismes du Nord?

J’ai siégé au Salon du livre de Sudbury. Maintenant, je suis de plus en plus lié au conseil d’administration de la Place des Arts et à la nouvelle librairie-boutique. Aussi, avec mon nouveau rôle de consul honoraire, ce que je veux c’est connaître des gens pour nous aider à apporter des services en français dans le Nord de l’Ontario pour les francoparlants et francophiles.

Tous les organismes que vous venez de citer sont liés à l’art, avez-vous une sensibilité artistique particulière?

Oui, certainement. Ma mère était pianiste, elle a fait le conservatoire à Paris quand elle était jeune. J’ai toujours baigné dans la culture et dans l’art, je me considère très fortuné de travailler aujourd’hui en étant entouré par l’art.

Quelque chose qu’on ne sait pas sur vous?

Je suis un passionné de rugby. Je jouais quand j’étais en France. C’est ce qui m’a permis de sortir de la dépression. J’ai gagné un championnat de France et je suis arrivé en finale d’un petit championnat d’Europe à l’est de l’Irlande. C’est comme ça que j’ai commencé à voyager en Europe et ça m’a permis aussi de m’ouvrir à pas mal de choses. Les valeurs sous-jacentes à ce sport me rejoignent beaucoup : amitié, solidarité, humilité. Le rugby, c’est un jeu de brutes joué par des gentlemans. C’est un sport très inclusif, et aussi de plus en plus multiracial, ce qui est très important. Je me reconnaissais dans cette définition. Je ne peux plus jouer aujourd’hui, mais je regarde encore les compétitions.

Avez-vous un souhait pour 2024?

La paix et la tranquillité dans le monde. C’est un moment de l’Histoire où il y a beaucoup de régions complètement convulsées par la violence et le manque d’opportunités. Ce que je voudrais, c’est que les gens puissent vivre tranquilles là où ils sont, qu’ils ne soient pas obligés de migrer. Contrairement à moi, tellement de millions de gens le font dans des conditions inhumaines où ils finissent par perdre, dans le meilleur des cas, beaucoup d’argent ou, dans le pire, leur vie. J’aimerais qu’on donne un meilleur futur et de la prospérité à ces gens-là, partout en Afrique, en Amérique latine et en Asie du Sud, par exemple. »


1973 : Naissance à la ville de Mexico (Mexique)

2000 : Obtient une bourse d’excellence pour une maîtrise en économie au University College de Londres (Angleterre)

2018 : Déménage au Canada

2019 : Membre du conseil d’administration du Salon du livre de Sudbury

2020 : Devient directeur des finances du Carrefour francophone de Sudbury

2023 : Nommé consul honoraire de France à Sudbury et dans le Nord

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

10 livres franco-ontariens sur l’histoire et le patrimoine à (s’)offrir pour les Fêtes

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste en patrimoine Diego Elizondo.

Le temps des Fêtes est une occasion rêvée pour offrir (ou même s’offrir!) des livres et se plonger dans la lecture. Pourquoi ne pas en profiter pour le faire avec des livres franco-ontariens sur l’histoire et le patrimoine? Voici dix suggestions. Disponibles en librairie.

Création du Centre d’excellence artistique pour les jeunes francophones de l’Ontario : une œuvre communautaire

La fermeture définitive en 1983 de l’École secondaire Belcourt à Vanier provoque un dangereux précédent : pour la première fois depuis l’ouverture des écoles publiques de langue française à Ottawa, une école secondaire disparait. La communauté franco-ontarienne réclame qu’une forme de compensation leur soit accordée en raison de la fermeture de l’école par le conseil scolaire bilingue (c’était avant la gestion scolaire).

Le livre retrace les débuts du Centre d’excellence artistique de l’Ontario (CEAO), une institution toujours bien active. Crédit image : les Éditions de la francophonie

Ils obtiendront tout un prix de consolation (à la grande stupéfaction entre autres de Claudette Boyer, conseillère scolaire à l’époque et militante franco-ontarienne dont c’est le 10e anniversaire de décès cette année) : le Conseil scolaire leur accorde un Centre d’excellence artistique et une concentration en douance à une autre de leurs écoles secondaires, De La Salle, dans la Basse-Ville Est, à Ottawa. Unique en son genre, le Centre d’excellence artistique devient rapidement une institution franco-ontarienne dont la renommée dépasse largement les frontières de la Basse-Ville.

Regards croisés sur la grève d’Amoco à Hawkesbury : une histoire ouvrière de l’Ontario français

La grève d’Amoco de 1980, lors de laquelle s’est soulevée la population ouvrière de Hawkesbury, marque un temps fort de revendications franco-ontariennes, aujourd’hui pratiquement tombé dans l’oubli. Trois personnes qui ont, chacune à leur façon, pris part à la grève – Serge Denis, politologue, Richard Hudon, animateur social, et Jean Marc Dalpé, dramaturge et écrivain – replongent ici dans leurs souvenirs pour mettre en lumière la conjoncture sociopolitique qui a mené à la mobilisation des travailleurs et travailleuses de la région.

Fruit d’un travail de terrain engagé, cet ouvrage, nourri par les témoignages et par de nombreux documents d’archives, démontre que la grève d’Amoco n’était pas une grève comme les autres.

Crédit image : Prise de parole

Microcosme du contexte sociohistorique dans lequel il s’inscrit, et bien qu’il consiste avant tout en une lutte ouvrière, le mouvement a permis à une communauté minoritaire doublement défavorisée, économiquement et politiquement, de s’affirmer en s’appropriant une nouvelle plateforme pour s’exprimer : le syndicalisme, avant que les combats de l’Ontario français pour la défense de ses droits se déplacent vers les tribunaux.

La grève d’Amoco d’Hawkesbury, l’équivalent franco-ontarien de la grève de l’amiante d’Asbestos, en quelque sorte.

Pointe Maligne, retrouvée par les textes. Présence française dans le Haut Saint-Laurent (tome II)

Dans Pointe Maligne, retrouvée par les textes, Nicole V. Champeau rassemble pour la première fois des voix d’antan – celles d’explorateurs, de missionnaires, de cartographes et autres inclassables – qui voyaient pour la première fois la spectaculaire étendue du fleuve Saint-Laurent qui baigne l’Ontario.

Nicole V. Champeau offre, en partage, la beauté – la poésie de l’Histoire –, telle qu’elle se présente d’un texte à l’autre. Elle donne accès à un monde complexe, à la fois sensible et imaginatif, et propose une écriture émouvante qui engage dans une trajectoire géographique, historique, littéraire et voire onirique.

Crédit image : les Presses de l’Université d’Ottawa

Pointe Maligne, retrouvée par les textes est la suite de Pointe Maligne. L’infiniment oubliée (lauréat du prestigieux Prix littéraire du Gouverneur général 2009; Prix littéraire Émile-Ollivier 2010).

À noter que la même auteure a publié en 2019 l’ouvrage Niagara… la voie qui y mène (éditions David) une quête à la fois historique, géographique, poétique, personnelle et identitaire.

Le cimetière Notre-Dame d’Ottawa : cimetière historique d’importance nationale créé en 1872

Ce livre de l’expert-conseil en patrimoine et cofondateur du Regroupement des organismes du patrimoine franco-ontarien (aujourd’hui RPFO), Jean Yves Pelletier, se veut un plaidoyer en faveur de la reconnaissance patrimoniale du plus grand et ancien cimetière catholique de la région d’Ottawa. On y trouve une multitude d’illustres Franco-Ontariens qui y ont été inhumés. En plus de raconter l’histoire du cimetière, l’auteur présente une centaine de biographies de gens célèbres pour qui ce cimetière est le lieu du dernier repos.

Gracieuseté.

Rose-Aimée Bélanger, à l’ombre des chuchoteuses

La prolifique et contributrice de longue date du magazine patrimonial franco-ontarien Le Chaînon, Danielle Carrière-Paris, publie ici un livre sur la sculptrice franco-ontarienne Rose-Aimée Bélanger, décédée tout récemment à l’âge de 100 ans.

L’histoire inspirante de Rose-Aimée Bélanger, qui a commencé à sculpter tard dans sa vie, lorsque ses enfants ont quitté la maison. Gracieuseté

Jean-Robert Gauthier : convaincre… sans révolution et sans haine

Jean-Robert Gauthier ne voulait personne d’autre que Rolande Faucher comme biographe. Celui qui fut un conseiller scolaire à Ottawa pendant les années de transformation de la gouvernance scolaire, ensuite député fédéral et sénateur, a eu droit à une biographie captivante sur son parcours de défenseur des Franco-Ontariens, écrite par la militante franco-ontarienne, ancienne présidente de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) provinciale et du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), Rolande Faucher.

Gracieuseté.

Germain Lemieux sur le billochet. Confessions d’un passeur de mémoire

L’ethnologue jésuite Germain Lemieux (1914-2008) refait le chemin qui l’a mené de sa Gaspésie natale, contrée maritime, au pays des mines de Sudbury. À travers son témoignage, recueilli par l’auteur pour la radio en 1995 et livré sur le ton de la confidence, l’octogénaire soupèse les aléas d’une carrière entreprise un demi-siècle plus tôt.

Gracieuseté

Ce document à l’allure intime constitue une source féconde, autant pour la compréhension de l’Ontario français et de son histoire au XXe siècle que pour l’institution du patrimoine oral que l’ethnologue a incarné presque seul avant les années 1980. En faisant le bilan de son activité incomparable, Germain Lemieux y mêle un peu de son testament intellectuel.

Mine, travail et société à Kirkland Lake

Véritable hommage aux travailleurs miniers, le livre Mine, travail et société à Kirkland Lake témoigne de conditions de travail et de vie de mineurs de Kirkland Lake, dans le Nord-Est de l’Ontario.

Gracieuseté.

Les recherches des coauteurs prennent pour point de départ les archives de sociétés minières sauvées in extremis de la destruction en 2005. L’étude approfondie des documents a permis aux chercheurs de reconstituer les multiples facettes de la vie des mineurs. Une contribution essentielle à notre compréhension et étude de l’histoire ouvrière franco-ontarienne.

Chroniques d’Eastview : recueil d’histoires orales de Vanier

Parue en juin, la plus récente publication du Muséoparc Vanier, le livre Chroniques d’Eastview, a été rédigée sous la direction du conservateur du musée, Yanick Labossière. Accompagné par les magnifiques illustrations d’Alena Krasnikova, le livre est un recueil de souvenirs de piliers de la francophonie d’Eastview/Vanier et fut préfacé de façon posthume par Gisèle Lalonde (1933-2022).

Gracieuseté

Les portes-paroles franco-ontariens

Cet essai a été imaginé pour souligner le 110e anniversaire de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Il offre un survol des visées et des luttes qui ont animé pendant 110 ans l’association porte-parole politique et dite « parapluie » des Franco-Ontariens en observant son action à travers les personnages qui se sont succédé à sa présidence. Cette histoire est découpée en six grands chapitres qui illustrent l’évolution parallèle de la société franco-ontarienne et des enjeux portés par l’association.

La photo de la page couverture n’a étrangement qu’un lien très indirect avec le propos du livre. Il s’agit d’une photo prise lors d’une manifestation organisée par le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) pour une université de langue française en Ontario, devant l’Assemblée législative de l’Ontario, à Toronto, en 2016. 

Gracieuseté.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

2023, année d’extrême tension dans huit pays francophones

Coups d’État au Niger et au Gabon, tremblement de terre dévastateur au Maroc, guerre des gangs de rue en Haïti, perte de territoire en Arménie, bombardements au Liban… Les francophones ont été durement éprouvés sur trois continents en 2023.

Au Mali, le français n’est plus langue officielle

23 janvier. Dans sa nouvelle constitution, le Mali retire au français son statut historique de langue officielle. Jusqu’à cette date, la langue Molière était utilisée dans l’administration et enseignée à l’école. Dorénavant, elle ne sera plus qu’une langue de travail, tandis que 13 autres deviennent officielles, dont le bambara, le sonrhai, le fulfuldé, le soninké, l’arabe…

En ce début d’année 2023, ce changement intervient dans un fort contexte anti-français depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en mai 2021. 3703 000 Maliens sont francophones, soit 17 % de la population. Membre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) depuis 1970, le pays dirigé par le colonel Assimi Goïta a été suspendu de l’organisation depuis ce coup d’État.

Coup d’État au Niger et menace djihadiste au Sahel

23 juillet. Le président Mohamed Bazoum est neutralisé et séquestré dans son palais. Une junte militaire le destitue avant de mettre sur pied un Conseil national pour la sauvegarde de la patrie. Les frontières sont fermées, les institutions suspendues et un couvre-feu décrété.

Derrière ce putsch, le nouvel homme fort du pays, le général Abdourahamane Tchiani réclame le départ des 1500 soldats français engagés dans une lutte antidjihadiste, tandis que la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) impose au pays de lourdes sanctions économiques. 3,4 millions de Nigériens parlent français, langue officielle, soit 13 % de la population dans ce pays membre de l’OIF depuis 1970.

Des partisans du coup d’État applaudissent les policiers à Libreville, au Gabon, le mercredi 30 août 2023, après l’,’annonce du coup d’État à la télévision. Crédit image : Photo AP/Betiness Mackosso

Affrontements au Sénégal à l’aube de la présidentielle

31 juillet. Le placement en détention de l’opposant Ousmane Sonko embrase les rues sénégalaises. Deux personnes trouvent la mort lors de manifestations dans le sud du pays. Au total, une quarantaine de Sénégalais ont été tués depuis les premières violences, il y a deux ans, selon le quotidien français Le Monde. 

Toujours emprisonné à ce jour, le principal opposant au président en exercice Macky Sall a depuis vu son parti dissout mais la justice l’a réintégré cette semaine sur les listes électorales, ouvrant la voie à une candidature en vue de la présidentielle de 2024. 4,6 millions de Sénégalais parlent français, langue officielle, ce qui représente 26 % de la population dans ce pays membre de l’OIF depuis 1970.

Le pouvoir renversé au Gabon

30 août. À peine réélu pour un troisième mandat, le président Ali Bongo essuie un putsch. Une douzaine de militaires déclarent à la télévision l’annulation du scrutin dévoilé la nuit précédente et la dissolution des institutions. S’en suit l’instauration d’un gouvernement de transition dont le général et chef de la garde républicaine, Brice Oligui Nguema, prend la tête.

La durée de son mandat et la mise en place de nouvelles élections restent incertaines dans cette nation d’Afrique subsaharienne qui compte 1,5 million de locuteurs de français, langue officielle. Cela représente près de 65 % de la population dans ce pays membre de l’OIF depuis 1970.

Le tremblement de terre marocain a fait plus de 3000 morts et plusieurs milliers de blessés. Source Canva

Un séisme meurtrier frappe le Maroc

8 septembre. La terre tremble soudainement en pleine nuit. Un séisme de magnitude 7, le plus puissant de ces 60 dernières années, frappe de plein fouet le Maroc. Bilan : 3000 morts et plusieurs milliers de blessés. Plus de trois mois après la catastrophe, le royaume chérifien se relève doucement.

Si Marrakech retrouve progressivement ses touristes, dans certaines zones, malgré le froid et faute de toit, les tentes ont remplacé les maisons. Les autorités marocaines ont annoncé un budget de 11 milliards d’euros destiné à la reconstruction des zones dévastées. 13,5 millions de personnes, soit 36 % de la population, parlent français dans ce pays membre de l’Oif depuis 1981.

L’Arménie amputée de son enclave du Haut-Karabakh

26 septembre. Il n’aura fallu que 24 heures de combat pour voir tomber l’enclave arménienne du Haut-Karabakh. Tandis que le monde occidental avait les yeux rivés sur l’agression russe en Ukraine, ce petit État caucasien, membre de l’OIF depuis 2004, a perdu un bout de son territoire isolé en Azerbaïdjan à la faveur d’une offensive éclair contre les séparatistes arméniens.

Depuis, 80 % de la population a rejoint l’Arménie à l’ouest et la crainte d’une possible invasion du pays en vue de créer un couloir d’accès vers l’enclave azerbaïdjanaise de Nakhitchevan n’est pas à écarter. Pratiqué par près de 10 000 personnes, le français en Arménie est une langue d’élite introduite au 19e siècle par les théoriciens du nationalisme, inspirés par la Révolution française.

Le déploiement d’une mission de sécurité internationale suscite beaucoup d’espoir en Haïti. Source Canva

L’aide internationale en route pour Haïti

3 octobre. Le Conseil de sécurité de l’ONU autorise le déploiement d’une mission de sécurité internationale afin d’appuyer la police haïtienne dans le maintien de l’ordre public, et ce durant un an. Dans le viseur : la criminalité des gangs qui a atteint des sommets en 2023. Ce sont finalement des policiers kenyans qui débarqueront en début d’année prochaine pour épauler le gouvernement.

L’ONU décrit des attaques brutales, des meurtres aveugles, des enlèvements, des pillages massifs, ou encore des viols collectifs…  Dans ce seul autre pays des Amériques, avec le Canada, où le français est langue officielle, la quasi-totalité des 11 millions d’Haïtiens est créolophone, pour 4,5 millions de locuteurs de français et 2,6 millions d’apprenants.

Le Liban sous les bombes à sa frontière avec Israël

7 octobre. Une pluie de rockets s’abat sur Israël. L’attaque du Hamas provoque une riposte massive d’Israël sur la bande de Gaza. Depuis le début du conflit, un autre front s’est ouvert : avec le sud du Liban depuis lequel le Hezbollah, mouvement islamiste allié du Hamas, pilonne des villes du nord de l’État hébreu.

L’armée israélienne riposte aux tirs de roquettes par des bombardements d’infrastructures et de villages frontaliers, le Washington Post évoquant le possible recours à des munitions au phosphore blanc, des armes incendiaires interdites contre des civils. Environ 2,5 millions des Libanais parlent français. Cela représente 38 % de la population. Et depuis un an, l’OIF y possède une Représentation pour le Moyen-Orient.

2023 : quelques avancées, mais aussi des reculs pour la francophonie

Qui a marqué l’année au sein de la francophonie de l’Ontario et quel moment sera gravé dans l’actualité? Quelles avancées avons-nous constatées? 2023 a été l’année des succès, mais aussi des débâcles politiques. Voici l’essentiel avec une personnalité, une citation, une date, un chiffre et un lieu.

L’ancien conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier à Ottawa a tiré sa révérence en 2022, mais il est resté engagé dans les causes qui l’ont maintenu près de 12 ans au cœur de l’appareil municipal. Reconnu pour son engagement et son leadership, Mathieu Fleury a reçu le Prix Bernard Grandmaître en février dernier, soulignant ainsi ses contributions au service des francophones de la région de la capitale.

L’ex-élu a également été nommé à la tête de l’administration de la Ville de Cornwall, dans l’Est ontarien, en août. Il est un des acteurs clés du bilinguisme à Ottawa et pour cela, il s’est vu décerner cette même année l’Ordre de la Pléiade par la Section canadienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF).

En avril dernier, au micro d’ONFR, M. Fleury avait partagé son ambition d’être, dans le futur, maire de la capitale. « Si mon cheminement de carrière fait que je reviens en politique, j’aimerais être maire un jour de notre belle capitale. Il n’y a pas de maire francophone », avait-il dit.

Mathieu Fleury a déjà eu l’occasion de s’emparer de la circonscription d’Ottawa-Vanier, représentée à Queen’s Park par un francophone depuis 1911. Suite au départ de Madeleine Meilleur, le conseiller municipal avait été appelé à se présenter, mais avait finalement refusé. Gracieuseté

Il reste un acteur incontournable de la francophonie ottavienne. En 2023, il assiste aux événements culturels, sportifs et aux célébrations francophones. D’un autre côté, il n’abandonne pas son intérêt pour les dossiers politiques chauds d’Ottawa comme le logement abordable, ou encore l’ouverture d’un énième refuge pour sans-abri dans son quartier Rideau-Vanier, auquel il était opposé.

Une citation : « C’est assez le niaisage… Je ne tolérerai pas ce genre de comportement »

C’est en entrevue avec ONFR que Francis Drouin, député libéral au Parlement, avait lancé cette remarque en février dernier.

Le député de Glengarry-Prescott-Russell réagissait à des propos erronés de la députée Emmanuella Lambropoulos qui critiquait la Loi 96. La politicienne montréalaise avait raconté l’histoire d’une grand-mère incapable d’obtenir des soins en anglais depuis l’adoption de la Loi 96. De la désinformation, selon M. Drouin, puisque la Loi 96 ne s’applique pas au système de santé. Mme Lambropoulos avait d’ailleurs, déjà, en 2020, démissionné du comité sur les langues officielles après avoir nié l’existence du déclin du français au Québec.

Francis Drouin, député fédéral de Glengarry-Prescott-Russell, est aussi président de la Section canadienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (CAPF). Crédit image : Organisation internationale de la francophonie

Au début de l’année 2023, plusieurs députés du caucus libéral délibéraient sur l’incorporation d’une référence à la Charte de la langue française du Québec (Loi 96) dans la Loi sur les langues officielles (C-13). Plusieurs collègues du député franco-ontarien avaient qualifié cette loi québécoise de discriminatoire envers la minorité anglophone. Suite à cela, Francis Drouin avait dénoncé « un show de boucane ».

Une date : 30 juin

La veille de la fête du Canada, le ministère des Collèges et Universités de l’Ontario avait déclaré que la proposition de l’Université de Sudbury, notamment la demande de financement pour établir une université autonome de langue française, ne correspondait pas à la demande actuelle ni aux tendances en matière d’inscription.

Le 30 juin 2023, nous apprenions également qu’une analyse du marché du travail, des programmes existants et de l’intérêt des étudiants n’avaient pas réussi à convaincre le gouvernement.

Étayée par les conclusions de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire (CEQEP), cette décision fut aussi justifiée par l’existence déjà présente d’offres postsecondaires en français dans la région du Grand Sudbury et dans l’ensemble de l’Ontario.

Pour devenir un établissement « par et pour » les francophones, l’Université de Sudbury avait jusque-là coché les cases requises telles que son autonomie, la laïcité et l’unilinguisme francophone. 

Le commissaire aux services en français de l’Ontario a reçu 115 plaintes au sujet de la décision, prise le 30 juin par le gouvernement, de ne pas financer le projet de l’Université de Sudbury de créer une université autonome de langue française. Archives ONFR

Au début du mois de décembre, le rapport du commissaire sur les services en français de l’Ontario, Carl Bouchard, avait révélé que 30 % des plaintes reçues dans la dernière année par le Commissariat aux services en français étaient liées au refus du gouvernement Ford de financer l’établissement. 

Un chiffre :  6 %

Ce chiffre représente la nouvelle cible en immigration francophone hors Québec adoptée par le gouvernement fédéral durant le mois de novembre 2023.

Actuellement à 4,4 %, elle augmentera graduellement à 6 % en 2024, 7 % en 2025 et 8 % en 2026.

Selon le ministre de l’Immigration, Marc Miller, cette nouvelle cible devrait rétablir le poids démographique des francophones hors Québec, même si selon la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), c’est plutôt une cible de 12 % en 2024 qui renverserait le déclin du français. Toutefois, la Loi sur les langues officielles, modernisée en juin dernier, oblige le gouvernement, à rétablir le poids des francophones hors Québec à 6,1 %.

Pour atteindre son objectif, le Canada devrait accueillir respectivement 29 100 personnes, puis 35 000 et 40 000 nouveaux arrivants francophones hors du Québec au cours des trois prochaines années, totalisant ainsi 104 100 arrivants sur cette période.

Un lieu : Alfred

Dans l’Est ontarien, le village d’Alfred, c’est offert le 18ᵉ monument francophone de la province.

Un nouveau drapeau franco-ontarien s’est hissé dans le village, faisant de cette œuvre, la 8ᵉ en son genre dans la région de Sturmont-Dundas-Glengarry et Prescott-Russell. Quelques jours avant la journée des Franco-Ontariens, le 25 septembre dernier, c’est en grande pompe que le nouveau monument a été inauguré, en présence de nombreuses personnalités et politiciens franco-ontariens aux abords du parc Larocque.

La présidente du comité organisateur, France Lamarche aura travaillé pendant près de 22 mois et aura récolté pas loin de 300 000 $ de dons pour construire ce monument de granite, composé d’une girouette et de panneaux directionnels ainsi que d’un long mât de plus de 24 mètres, avec au sommet, un grand drapeau franco-ontarien qui arbore le lys et le trille. 

Le 18ᵉ monument de la francophonie à Alfred dans l’Est ontarien a été dévoilé le 16 septembre 2023. Crédit image : Lila Mouch

De nombreux organismes tels que l’ACFO de Prescott et Russell, le Collège Boréal, le Collège La Cité et diverses entreprises et familles ont participé à son financement. L’engouement pour les monuments de la francophonie est indéniablement une affaire qui marche en Ontario français. 

Spectacles, danse et théâtre : le temps des fêtes en plein essor

À l’approche des fêtes de fin d’année, l’Ontario français continue d’aller jusqu’au bout pour divertir les francophones et ses communautés en attendant la période de repos. Cette semaine, la chanson, le théâtre et la danse dominent les agendas festifs.

Céleste Lévis partage son Noël

Familles et spectateurs se rassembleront autour de Céleste Lévis et de son piano pour vivre les chansons douces de son album original de Noël, Noël tout autour (2021). Restant cependant toujours fidèle aux traditions du temps des fêtes, Céleste Lévis prévoit ne pas laisser de côté les classiques incontournables tant appréciés durant le temps des fêtes.

Crédit image : Mylène Desbiens

Ottawa, le 16 décembre. Achetez vos billets sur le site du Centre national des arts.

Dan Bédard fait découvrir les talents cachés de l’Ontario français

Dan Bédard, artiste polyvalent qui a porté plusieurs chapeaux dans le monde artistique franco-ontarien, présente « Au bistro des découvertes », un événement qu’il a mis sur pied en collaboration avec La Slague dont le but est de mettre en lumière les joyaux cachés de la scène musicale franco-ontarienne.

Dans le cadre de cette première lancée, Dan Bédard présente le multi-instrumentiste Peter Cliche, originaire du Nord de l’Ontario, qui s’inspire des genres folk et blues de la côte Est. Il a travaillé avec de nombreux artistes franco-canadiens tels que Robert Paquette, Chuck Labelle, Susan Aglukark, Amy Sky, Survivorman et Les Stroud.

Accompagné de son looper et de nombreux autres appareils électroniques, Peter Cliche pourra offrir aux spectateurs de plus près l’imagination et la créativité qu’il compose en temps réel des pièces originales.

Dan Bédard. Crédit image : GALIPO

Sudbury, le 19 décembre. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

La pièce Quand tu me regardes au Centre national des arts

Chorégraphiée par Guillaume Chouinard, la compagnie de danse Corpuscule Dance présente leur plus récente oeuvre réunissant des danseurs avec et sans handicap visible ou invisible. Comique et à la fois inspirante, cette pièce démontrera la résilience du corps et les possibilités infinies qu’offre le mouvement.

Défiant les idées préconçues sur les limites du corps et du handicap, Quand tu me regardes est une pièce dynamique prête à dévoiler des histoires uniques du corps humain.

Crédit image : Mikael Theimer

Ottawa, le 16 et 17 décembre. Achetez vos billets sur le site du Centre national des arts.

Le TNO présente sa production communautaire La terre est gronde  

Le dramaturge du Nord de l’Ontario Michel Ouellette présente sa huitième pièce La terre est gronde dans une production communautaire. Dans cette pièce menée par Monique Beaudoin, actrice locale et activiste communautaire, La terre est gronde est une comédie noire qui explore la condition existentielle de l’humanité alors qu’elle navigue de nombreux obstacles d’une ampleur exceptionnelle.

Crédit image : Céline Lepage

Sudbury, du 14 au 16 décembre. Achetez vos billets sur le site du Théâtre du Nouvel-Ontario.

L’alcool en vente dans les dépanneurs et épiceries de l’Ontario dès 2026

TORONTO – Comme souhaitait le faire le premier ministre ontarien Doug Ford en 2018, avec sa campagne « Buck a beer » (une bière à un dollar), l’alcool, dont le vin, la bière et les boissons alcoolisées, sera disponible dans les épiceries, les dépanneurs et les grandes surfaces de l’Ontario dès le 1er janvier 2026.

Pour la première fois en Ontario, les consommateurs pourront se procurer de la bière, du vin, du cidre, des coolers, sodas alcoolisés prêts à boire à faible teneur en alcool dans tous les dépanneurs, les épiceries et magasins à grande surface participants.

« Nous avons promis à la population de l’Ontario de leur offrir plus de choix et de commodité. Aujourd’hui, nous tenons cette promesse. Il n’y a aucune raison pour que les consommateurs ontariens ne puissent pas bénéficier de la même expérience d’achat que les Canadiens de toutes les autres provinces lorsqu’ils veulent se procurer du vin pour une réception ou une caisse de bières ou de sodas alcoolisés en se rendant au chalet », a déclaré le premier ministre Doug Ford.

Cet élargissement permettra à 8500 nouveaux magasins de vendre de l’alcool. La LCBO (Liquor Control Board of Ontario), qui avait jusque-là un monopole, continuera de vendre les spiritueux tels que la vodka, le gin et le whisky, et restera le fournisseur exclusif de tous les détaillants, bars et restaurants.

The Beer Store conservera quant à lui son rôle principal de distributeur de bière aux bars et restaurants jusqu’en 2031, dans le cadre d’une période de transition.

Le premier ministre Doug Ford lors de la conférence de presse à Etobicoke, depuis les rayons d’un dépanneur. Crédit image : Compte X officiel de Doug Ford

Le premier ministre ontarien dit que le gouvernement veillera à assurer une transition stable et responsable vers « un nouveau marché qui favorisera les produits fabriqués en Ontario et les emplois locaux ».

Ce nouveau plan implique en effet entre autres la mise en place de prix concurrentiels pour favoriser la concurrence et offrir des prix plus avantageux aux consommateurs, le retrait des exclusivités de formats d’emballage et un investissement de 10 millions de dollars sur cinq ans alloués au ministère de la Santé pour la santé publique.

Pour aider les producteurs de la province, le gouvernement indique qu’il mettra en place une série de mesures transitoires, notamment des exigences d’espace d’étalage pour favoriser les producteurs artisanaux.

Cela comprendra également la suppression de la taxe de base de 6,1 % sur le vin vendu dans les établissements vinicoles, permettant à l’Ontario d’être plus compétitif par rapport aux autres provinces.

La Commission des alcools et des jeux de l’Ontario continuera à gérer l’octroi des licences pour la vente d’alcool.

Des réactions mitigées

« L’annonce d’aujourd’hui constitue une excellente nouvelle pour les dépanneurs de l’Ontario. L’élimination des restrictions désuètes sur la vente de la bière, du vin, des coolers et des boissons prêtes à boire créera de nouvelles sources de revenus pour nos entreprises locales et répondra aux demandes des clients au sein d’un marché de plus en plus concurrentiel », a déclaré la présidente et chef de la direction du Conseil canadien de l’industrie de dépanneurs, Anne Kothawala.

« Il s’agit d’une victoire majeure pour les vignerons et les travailleurs de l’industrie vinicole de l’Ontario, en particulier dans la région du Niagara », s’est réjoui le député néo-démocrate de Niagara Falls Wayne Gates.

« Le Niagara est la plus grande région viticole du pays et contribue pour plus d’un milliard de dollars au PIB du Canada. L’élimination de cette taxe de base aidera l’économie de Niagara et créera davantage d’emplois pour les résidents », ajoute-t-il dans un communiqué, rappelant qu’en 2018, il avait déjà déposé un projet de loi visant à supprimer à la taxe de 6,1 %.

Le député de Sudbury Jamie West, porte-parole de l’opposition officielle en matière de travail, a rappelé que « les emplois de milliers de travailleurs syndiqués sont en jeu et nous devons veiller à ce que la transition se fasse de manière à ne laisser personne de côté ».

« Il y aura des impacts uniques sur les régions rurales et le nord de l’Ontario, où les retours de bouteilles et de canettes sont centralisés par l’intermédiaire des services des magasins de bière », a déclaré M. West. « Nous devons nous assurer qu’un plan est en place pour que les habitants du Nord ne soient pas encore une fois laissés pour compte par ce gouvernement. »

Aux questions des journalistes s’interrogeant sur la sécurité des usagers plus exposés à l’alcool, dès le matin, à la station-service par exemple, le premier ministre ontarien répond : « Nous devons traiter les gens comme des adultes et avoir confiance en eux. Nous sommes le seul endroit au monde qui limite encore cette vente. »

Plusieurs associations de santé mentale et d’addictions ont réagi, notamment l’Association canadienne pour la santé mentale, Santé mentale pour les enfants et Addictions & Mental Health Ontario, expliquant que l’augmentation du nombre de points de vente d’alcool augmente les conséquences négatives sur la santé, notamment la violence, les blessures, les accidents liés à l’alcool et les décès par suicide.

« Malgré ces preuves de plus en plus nombreuses, le gouvernement de l’Ontario a déjà considérablement amélioré l’accès à l’alcool, en augmentant le nombre de lieux de disponibilité, en prolongeant les heures d’ouverture et en modifiant les règles des restaurants et des bars », déplorent ces associations.

Elles rappellent notamment qu’en Ontario, les coûts des soins de santé associés à l’alcool ont augmenté de 35 % sur une décennie, passant de 1,73 milliard de dollars en 2010 à 2,3 milliards de dollars en 2020.

L’Ontario Safety league craint la disponibilité de boissons alcoolisées à base de liqueur forte, dans les stations-service par exemple, et l’impact sur la sécurité routière notamment. Il pointe également du doigt la ressemblance des emballages de certaines marques entre les versions alcoolisées et non alcoolisées et la confusion et l’exposition possibles pour les enfants et des jeunes.

« Nous demandons au gouvernement de repenser à deux fois ses plans avant d’étendre l’accès de l’alcool, notamment les boissons à base d’alcool fort dans les dépanneurs », exhorte l’organisme.

Comparatif réalisé par Ontario Safety League entre des marques de boissons dont les versions alcoolisée et non alcoolisée pourraient prêter à confusion, selon l’organisme. Source : Ontario Safety League

2023 dans le Sud-Ouest ontarien : entre scandale environnemental et conquête de l’espace

2023 n’a pas été de tout repos dans le sud de la province, avec une vague de violence dans les transports en commun de Toronto, des demandeurs d’asile pris à dormir dans la rue et la ceinture de verdure au cœur d’un scandale. Mais d’autres nouvelles ont pu nous apporter du réconfort, dont la participation d’un Ontarien de London à la prochaine mission lunaire de la NASA, Jeremy Hansen, que nous avons rencontré au Centre des Sciences de l’Ontario.

La journaliste Sandra Padovani revient sur les grands moments de l’année 2023 dans le Sud-Ouest ontarien.

« On espère inspirer d’autres communautés » : des Franco-Ontariens ouvrent le premier refuge pour sans-abri de Temiskaming Shores

Yves et Lianne Paillé sont un couple d’entrepreneurs franco-ontariens de New Liskaerd. Ensemble, ils travaillent sur un projet de refuge pour personnes vivant en situation de sans-abrisme depuis cinq ans.

Le refuge Zack’s Crib est le premier du Témiscamingue ontarien, les refuges les plus proches étant situés dans des villes comme North Bay ou Timmins.

Avec 12 lits, ce refuge pourrait à lui seul héberger la moitié de la population sans-abri dans la région de Temiskaming Shores.

« D’où vient l’idée derrière le projet ?

Il y a cinq ans on a eu des problèmes avec notre garçon qui a souffert de troubles de santé mentale et de toxicomanie, et là on a été obligé de lui dire que la maison n’était plus une option pour lui. À l’époque et jusqu’à l’ouverture de notre refuge, il n’y avait aucune place dans le Témiscamingue ontarien pour l’accueil de ces personnes alors on s’est dit qu’il fallait qu’on fasse quelque chose. C’est vraiment un projet de cœur, car on voulait aider d’autres jeunes, d’autres familles.

C’est une décision difficile pour un parent alors on voulait leur faciliter la tâche, là ils savent qu’il y a Zack’s Crib. Personne ne mérite de coucher dehors. On espère inspirer d’autres communautés à faire la même chose. Que d’autres (le fassent) ce serait notre plus grand rêve.

Le refuge comprend une salle de culte et une salle de santé et une salle de loisirs. Gracieuseté

Comment avez-vous financé la construction du refuge?

C’est ce qui a été le plus long. Il y a des fonds pour des rénovations, mais pour la construction, des fonds de capital, il n’y en a pas. On a fait des levées de fonds, écrit des lettres à toutes les entreprises, aux particuliers etc. On est chanceux, car dans la région on a beaucoup de ressources naturelles, forestières et on a de l’agriculture, ça l’a aidé. On a acheté le bâtiment il y a trois ans, mais avec la COVID-19 les coûts des matériaux ont beaucoup augmenté et tout était au ralenti. L’autre obstacle c’était que les contracteurs étaient tous occupés ailleurs, mais on a fini par en trouver un et là, de misère, le projet a pu décoller.

Avez-vous d’autres ambitions pour ce projet?

En ce moment, on se concentre sur l’ouverture, mais il y a plusieurs étapes, on va voir comment ça va aller. On a 12 lits, ce qui est beaucoup pour la région, mais on veut aller au-delà de ça. On ne veut pas que les jeunes se disent que Zack’s Crib est leur lieu permanent, mais on souhaite brancher les personnes sans-abri avec les ressources qui existent aux alentours. L’idéal serait, plus tard, d’avoir une maison de transition où plusieurs petits appartements pourraient accueillir des personnes sans domicile fixe pour les familiariser avec le fait d’avoir un lieu permanent avant qu’ils puissent se retrouver seul entre quatre murs.

Zack’s Crib a reçu 44 000 $ amassés lors du 5e Festival Le Nord en Fût de Haileybury. Gracieuseté

Quels sont les critères pour passer la nuit dans l’abri?

On a deux entrées, une à l’arrière puis une devant où l’on fait une sorte de triage. Tant que vous n’êtes pas agressif, on va vous accepter tel que vous êtes. C’est premier arrivé, premier servi. Nos invités, comme on les appelle, pourront arriver à 22 h la semaine et jusqu’à 8 h le lendemain matin et la fin de semaine de 10 h et 16 h. On a des casiers pour garder les affaires et on va offrir un petit-déjeuner le matin en plus de les aiguiller vers des ressources pour leur journée en fonction de leurs besoins et des raisons qui les ont amenés à être en situation de sans-abrisme.

 Combien de personnes travailleront à l’accueil et la coordination du centre ?

On a une directrice, un coordinateur, des employés à temps plein, à temps partiel et des contractuels. Tout a été pas mal planifié. On a embauché un consultant qui a même travaillé gratuitement la première année tellement il croyait en notre cause. Puis on fonctionne sur une subvention du gouvernement ou une subvention privée. Même si on est un organisme à but non lucratif, on a un budget, puis il faut le suivre serré.

Chaque lit est séparé par un mur pour plus d’intimité. Gracieuseté

Allez-vous ouvrir à temps pour Noël?

Oui, c’est pour très bientôt ça c’est sûr. »

Forum multiculturel : « On veut amplifier l’inclusion des jeunes », martèle Amikley Fontaine

Amikley Fontaine est le président fondateur et directeur général de la Fondation Sylvenie-Lindor, à l’origine du Forum multiculturel de Toronto.

La cinquième édition de ce forum, qui se tiendra ce samedi à Etobicoke, rassemblera des leaders communautaires et politiques, ainsi que des jeunes, pour débattre d’inclusion.

Ce rassemblement vise à sensibiliser la classe politique à une approche inclusive et à susciter l’appétit des minorités pour se faire entendre et conquérir des positions de leadership.

« Quel est l’objectif d’un tel forum?

Ce forum se veut un espace d’échange où la communauté francophone d’un peu partout à Toronto peut prendre la parole en matière d’inclusion et de diversité. On veut pousser, amplifier l’inclusion et l’engagement des jeunes. C’est un événement qui existe depuis 2015 mais qu’on avait mis sur pause durant la pandémie, en privilégiant plutôt des actions plus urgentes comme l’aide aux sans-abri et aux familles francophones à faible revenu.

Quelle nouveauté est à souligner dans cette cinquième édition?

Cette année, on a ajouté un panel « Voix des femmes » qui sera notamment composé de Rosemary Sadlier, ex-présidente de l’Ontario Black History Society et lauréate de notre Prix d’intégration 2023, ainsi que de Jeanne Fortilus, sociologue et vice-présidente de la Société économique de l’Ontario. Martine Richard, membre du conseil d’administration de la Fondation, en sera la modératrice. Ce sont des femmes issues des communautés minoritaires qui vont parler de leur propre expérience d’inclusion au Canada et de leur position de leadership. On veut comprendre pourquoi aussi peu de femmes accèdent à des postes décisionnels, que se soit en politique ou dans la sphère économique, et comment accélérer leur inclusion et susciter leur intérêt pour la politique fédérale et provinciale.

Cela rejoint un des piliers de la Fondation Sylvenie-Lindor…

Oui car la Fondation a toujours travaillé avec les personnes qui vivent une double minorité : être noir et francophone, particulièrement les jeunes. Le multiculturalisme s’apparente pour eux à un double défi et on les accompagne du mieux qu’on peut dans un contexte de racisme systémique qui s’en mêle. Au final, notre but est de créer une communauté dans laquelle les jeunes peuvent trouver les ressources dont ils ont besoin pour réaliser leur plein potentiel.

Avez-vous constaté des changements depuis 2015 et le lancement du premier forum?

Depuis les premiers forums qui étaient axés sur l’engagement civique et la diversité, on peut dire qu’on a vu des changements notamment dans la représentation de la diversité dans des positions élevées au pays. Prenons par exemple le président de la Chambre des communes d’ascendance africaine, ou encore la création du Secrétariat de lutte contre le racisme anti-noir à la ville de Toronto. Même si on n’a pas de réponse directe à ce que l’on soulève lors des forums, on voit que, collectivement, nos voix comptent.

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier dans ce forum?

Sans hésiter, c’est l’engagement des jeunes de diverses origines, que ce soit des Canadiens de la Côte d’Ivoire, du Congo, d’Haïti ou du Cameroun. Ils s’inscrivent à chaque édition, encouragés via notre programme de jeunes ambassadeurs qui les recrute dans leur communauté. On les incite à prendre leurs responsabilités, à s’exprimer au travers de panels, alors que, pour la plupart d’entre eux, ils n’ont jamais été conférenciers. On les prépare en arrière-scène avec des répétitions. Ce sont des jeunes pleins de potentiel qui se retrouvent ensuite mieux armés, plus confortables, dans la société civile.

Êtes-vous suffisamment soutenu dans votre combat pour l’inclusion?

J’aimerais avoir plus de soutien. Depuis la création de la Fondation Sylvenie-Lindor, nous n’avons jamais eu de soutien de la province, ni de la Ville de Toronto. C’est toujours le gouvernement fédéral qui nous aide. Or, la réputation grandissante de la Fondation fait augmenter la demande de services qui provient de l’Ontario et au-delà. On ne peut pas répondre à toute cette demande avec une équipe composée seulement de bénévoles. On a besoin d’une structure administrative plus développée avec des professionnels. Cette précarité est un vrai défi auquel nous faisons face. On a besoin de plus de financements et à plus long terme. »

Garderies francophones : Ottawa contredit par l’ex-juge de la Cour suprême Michel Bastarache

OTTAWA – L’ancien juge de la Cour suprême Michel Bastarache contredit indirectement la position du gouvernement Trudeau, jusqu’à présent, sur une section de son projet de loi C-35 portant sur le financement des garderies, particulièrement celles des francophones hors Québec.

Le projet de loi C-35 porte sur le financement à long terme des services en petite enfance et vient pérenniser les ententes conclues au cours des dernières années entre les gouvernements fédéraux et provinciaux. La semaine dernière, le Sénat a voté en faveur d’ajouter une mention sur les minorités linguistiques à l’article 8 du projet de loi, qui porte sur l’engagement financier à long terme du fédéral.

Dans un courriel envoyé au Comité sénatorial des affaires sociales, sciences & technologies (celui ayant étudié C-35), l’ex-juge de la Cour suprême Michel Bastarache recommandait justement aux sénateurs d’adopter un tel amendement soulignant qu’il « faut éviter les ambiguïtés et savoir distinguer entre les intentions politiques et les engagements juridiques ».

« À l’article 8, il me semble que l’intention est de garantir un financement continu pour les groupes faisant face à l’assimilation, les autochtones et les francophones hors Québec », soutient-il.

Et de poursuivre : « Le contexte est aussi important. Pour les francophones, on parle d’ententes intergouvernementales dans un domaine de juridiction provinciale. Il faut donc ajouter l’obligation de mettre dans l’entente l’obligation de financer la formation en français pour ceux-ci », avise-t-il.

Or c’est une modification au projet de loi C-35 que le gouvernement a refusée depuis son introduction en décembre 2022 l’ayant même contesté à plus d’une reprise. Lors des travaux en comité, des organismes francophones avaient soumis au gouvernement et aux partis d’opposition des amendements, mais ils n’ont pas été déposés lors des séances de l’étude article par article.

Au Sénat, le représentant du gouvernement libéral, le sénateur Marc Gold avait tranché lors des débats sur cette modification apportée par son collègue René Cormier, que « le gouvernement n’appuie pas cet amendement ».

Celui-ci avait alors relayé le point de vue de fonctionnaires qui avaient prévenu que la modification proposée causerait un risque d’exclure du financement à d’autres groupes systématiquement marginalisés, comme les enfants en situation de handicap.

« Il serait incohérent de reconnaître, à l’article 8 du projet de loi, les communautés francophones et anglophones en situation minoritaire au même titre que les provinces, les territoires et les peuples autochtones, qui sont responsables de la conception et de la prestation des programmes et services d’apprentissage et de garde des jeunes enfants », avait partagé en comité sénatorial Michelle Lattimore, directrice générale du Secrétariat fédéral responsable de l’apprentissage et de la garde des jeunes enfants chez Emploi et Développement social Canada.

Idem pour le commissaire aux langues officielles

Michel Bastarache, ayant siégé à la Cour suprême de 1997 à 2008, n’était toutefois pas le seul à estimer que l’absence des deux communautés de langues officielles était problématique. Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge avait qualifié de « primordial » l’ajout des minorités linguistiques dans cette section du libellé.

« Une telle modification assurerait un engagement financier à long terme à l’appui de l’apprentissage et de la garde des jeunes enfants dans ces communautés », avait-il étalé dans un mémoire sur la mouture.

Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge. Archives ONFR+
Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge. Archives ONFR+

La ministre de la Famille, Jenna Sudds, a refusé de dire mardi si son gouvernement était en accord avec le Sénat ou non, estimant que les ententes actuelles allaient dans le sens de la Chambre haute.

« Cela dit, l’amendement qui a été proposé, nous faisons le travail, qu’est-ce que ça signifie, quelles sont les implications et comment cela se reflète dans les travaux déjà réalisés (jusqu’à présent) et nous aurons plus à partager bientôt », avait-elle commenté.

Les anciens juges de la Cour suprême sont libres d’exprimer leur opinion après leur règne à la plus haute cour du pays, mais il est tout de même peu commun qu’ils interviennent de quelque manière dans un processus législatif. Michel Bastarache avait notamment témoigné au Sénat lors de l’étude du projet de loi C-13, visant à moderniser la Loi sur les langues officielles.

41 % des élèves ayants droit n’ont pas de place en école francophone

TORONTO – Selon un rapport du Bureau de la responsabilité financière (BRF) publié ce mardi, bien que les conseils scolaires francophones reçoivent de plus grands financements par élève que les conseils scolaires anglophones en Ontario, il y a aussi près de 110 000 enfants en droit de fréquenter les écoles de langue française de plus que de places disponibles, soit 41 % des élèves qui ne peuvent pas y avoir accès.

Selon le dernier rapport du BRF sur les conseils scolaires de l’Ontario, en 2021-2022 les écoles des systèmes scolaires français (publique et catholique) disposaient de 158 309 places seulement au total pour les 268 250 enfants et jeunes dont les parents étaient titulaires des droits liés au français, soit une couverture partielle de 59 %.

Par conséquent, il y avait environ 110 000 enfants de plus en droit de fréquenter les écoles du système d’éducation de langue française que de places disponibles, soit 41 % d’enfants éligibles ne pouvant pas se tourner vers des écoles francophones.

Au manque de places disponibles s’ajoute également le problème de proximité géographique avec les écoles de langue française qui constitue un obstacle pour les parents éligibles qui voudraient que leur enfant fréquente une école francophone.

Nombre d’enfants et de jeunes d’âge scolaire en Ontario, avec des parents titulaires des droits liés au français, comparativement au nombre de places dans les écoles de langue française (systèmes public et catholique), 2021-2022. Source : BRF

Selon Statistique Canada, la fréquentation des écoles du système d’éducation en langue française baisse considérablement avec l’allongement de la distance entre le lieu de résidence de l’enfant et l’école de langue française la plus proche. En Ontario, moins de la moitié des enfants (46,7 %) susceptibles de bénéficier d’une éducation en langue française sont à distance de marche (c’est-à-dire moins de 2 kilomètres) d’une école du système d’éducation en langue française.

« Bien que les systèmes scolaires français gèrent moins de conseils scolaires, ces derniers couvrent une zone géographique plus grande », signifiant qu’il y a moins d’écoles et que celles-ci doivent couvrir et desservir de plus grandes zones géographiques : un territoire 7,8 fois plus vaste à couvrir pour les conseils scolaires publics francophones, en comparaison de l’équivalent public anglophone, et 3,6 fois plus vaste pour les conseils scolaires catholiques francophones par rapport à leurs homologues anglophones.

Le rapport fait également montre de grandes inégalités en matière de couverture régionale : « En 2021, 30 des 49 divisions de recensement en Ontario présentaient une couverture inférieure à 50 %; parmi lesquelles 12 comptaient au total 5 195 enfants et jeunes qui n’ont pas d’écoles de langue française et dont les parents sont des titulaires des droits liés au français. Dans la région du grand Toronto et de Hamilton (RGTH), la couverture allait de 19 % (Peel) à 37 % (Hamilton), alors qu’Ottawa avait une couverture de 71 %. »

« Un besoin criant d’infrastructures pour les élèves francophones »

Megan Cotnam-Kappel, professeure adjointe à la faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, spécialiste en technologies éducatives et en éducation en milieu minoritaire, se dit consciente de l’écart entre le nombre d’enfants éligibles à l’éducation en français et ceux qui sont inscrits et explique que les conseils scolaires et leurs partenaires, dont l’Université d’Ottawa, collaborent sur cette question pressante.

« Je suis très heureuse de voir cette étude qui suscite chez moi l’espoir d’une attention accrue et de ressources supplémentaires. Nous sommes engagés dans la résolution de ce problème par l’augmentation de la capacité de formation des enseignants, 110 places supplémentaires dont 70 à l’Université d’Ottawa et 40 à l’Université de l’Ontario français (UOF). Les conseils scolaires font également tout ce qu’ils peuvent pour recruter davantage. »

« En revanche, nous avons besoin d’investissements accrus, de plus d’infrastructures, de plus d’écoles pour répondre à ces besoins », développe celle-ci.

Megan Cotnam-Kappel, professeure adjointe à la faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, est spécialiste en technologies éducatives et en éducation en milieu minoritaire. Gracieuseté

« Non seulement il faut augmenter le nombre de places, mais aussi l’offre à travers la province. Il s’agit parfois de communautés minoritaires qui n’ont pas toujours l’option d’aller dans une école de langue française, tout simplement parce que l’option n’existe pas, à cause du manque d’infrastructures, pour ces jeunes qui ont un droit constitutionnel à cette éducation. »

Elle raconte son exemple personnel à elle qui, en tant qu’élève, devait parcourir 30 km aller et 30 km retour pour avoir accès à son école de langue française dans le Centre-Sud de la province.

« C’est un énorme choix qu’ont fait mes parents qui m’a rappelé quotidiennement l’importance de cet accès qui n’était pas facile », conclut-elle en martelant que les ressources, le personnel, le recrutement et l’infrastructure sont les enjeux et défis majeurs et urgents.

Plus de financement par élève pour les conseils francophones

Parmi les 72 conseils scolaires ontarien, dont 12 conseils scolaires francophones, les huit du système catholique français comptaient en 2021-202 277 000 élèves (3,8 %) et les quatre du système public français, comptaient 35 000 élèves (1,7 %).

À titre de comparaison, le système scolaire public anglais, totalisant 31 conseils scolaires, comptait en 2021-20 221,3 million d’élèves (66,7 %) et le système catholique anglais, totalisant 29 conseils scolaires, comptaient 555 000 élèves (27,8 %).

Répartition des effectifs et zone géographique par système scolaire. Source : BRF

Le rapport du BRF indique que les conseils scolaires de langue française ont reçu des financements par élève plus élevés, soit 18 585 dollars par élève pour le système public français et 17 680 $ par élève pour le système catholique français, contre 13 027 $ et 13 252 pour les systèmes anglophones respectifs.

Une différence qui se justifie par le plus petit nombre d’inscriptions (certaines subventions provinciales fournissant une aide d’un montant minimal prescrit à chaque conseil scolaire, peu importe sa taille), la faible concentration démographique (plus de fonds sont alloués aux conseils scolaires dont les écoles sont éloignées les unes des autres), l’éloignement géographique (plus de fonds sont alloués aux conseils scolaires dont les écoles sont éloignées d’un centre urbain) en plus de recevoir du financement ciblé pour la langue française.

Financement provincial des conseils scolaires par élève, année scolaire 2021-2022. Source : BRF

Garderies : Ottawa refuse de dire s’il acceptera d’inclure une mention des minorités francophones

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau refuse de dire s’il accepte d’ajouter la mention des minorités francophones dans une section de son projet de loi C-35 qui porte sur le financement de la petite enfance. La semaine dernière, le Sénat a fait passer un amendement dans ce sens, ce qui laisse donc la balle en grande partie dans la cour du gouvernement.

Les sénateurs ont alors forcé la mention des communautés de langue officielle en situation minoritaire à l’article 8 du projet de loi, qui porte sur l’engagement financier à long terme du fédéral. Avant la modification apportée par la Chambre haute, le projet de loi engageait le gouvernement canadien à maintenir le financement des services de garde destinés aux peuples autochtones, mais pas des minorités linguistiques. Il est maintenant de retour à la Chambre des communes et celle-ci doit décider si elle approuve ou non ce remaniement du libellé.

« Nous regardons actuellement l’amendement qu’ils ont proposé et nous aurons plus à partager sous peu », a commenté la ministre de la Famille Jenna Sudds avant la réunion du cabinet libéral ce mardi matin.

Le projet de loi vient entériner à long terme et de manière législative les ententes conclues entre les provinces, les territoires et le fédéral pour faire baisser les prix des garderies à 10 $ par jour.

Jenna Sudds n’a pas vraiment répondu à la question lorsque relancée à plus d’une reprise par les journalistes à savoir si elle accepterait l’amendement en question, mais a soutenu que les ententes actuellement en vigueur allaient dans le même sens que le geste posé par le Sénat.

« Nous voulons garantir, et nous garantissons par nos accords que les communautés de langues officielles auront accès à la petite enfance dans la langue de leur choix. C’est aussi l’ambition de l’amendement qui a été proposé et je crois que, grâce au plan (les accords) lui-même, nous effectuons ce travail, mais bien sûr, comme je l’ai dit, nous examinons l’amendement », renchérit-elle.

Le projet de loi est donc de retour à la Chambre des communes, car celle-ci doit décider si elle approuve ou non ce remaniement du libellé. Il s’agit de la seule modification qui a été apportée par le Sénat à ce projet de loi. La réponse risque toutefois de revenir seulement en février alors que la Chambre conclut ses travaux cette semaine et ne reprendra que le 30 janvier alors que plusieurs projets de loi tels celui du budget par exemple sont à l’horaire cette semaine.

Plaidoyer de 34 organisations francophones

Vendredi dernier, 34 organisations francophones ont signé une lettre destinée au premier ministre Justin Trudeau exhortant son gouvernement à voter en faveur du projet de loi C-35, tel qu’amendé par les sénateurs.

« Au fil des ans, la majorité des provinces et territoires a choisi de ne pas financer adéquatement les programmes liés à la petite enfance en français dans nos communautés. Lorsque des places en garderie en français ne sont pas disponibles, les parents francophones sont souvent contraints d’inscrire leurs enfants à des garderies en anglais », écrivent les présidents d’organisme.

« Il y a de fortes chances que ces enfants poursuivent ensuite leur scolarité en anglais, contribuant à l’assimilation de notre jeunesse et à l’érosion des communautés francophones et acadiennes du Canada », poursuivent-ils.

La missive est notamment signée par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), la Commission nationale des parents francophones et la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick.

« Puisque ces communautés doivent souvent faire reconnaître leurs droits devant les tribunaux, cet amendement est essentiel… La francophonie compte sur vous pour poser un geste positif qui aura un impact générationnel sur la vitalité du français au pays », concluent-ils.

Sports d’hiver : un week-end et trois podiums pour les Franco-Ontariens

Ivanie Blondin et Vincent de Haître en patinage de vitesse, Paul Poirier en danse sur glace et Valérie Grenier en super G étaient tous les quatre en compétition. Tour d’horizon des résultats franco-ontariens.

La fin de semaine dernière a été passionnante pour les amateurs de sport d’hiver et encore plus pour les partisans de nos sportifs franco-ontariens. Pour la première fois de la saison, ils étaient tous en compétition en même temps entre le vendredi et le dimanche derniers. 

Retour du succès pour Blondin

Ivanie Blondin, en patinage de vitesse, a réalisé un retour en force du côté de Tomaszów Mazowiecki en Pologne à l’occasion de la quatrième manche de Coupe du monde. Après avoir signé une première étape marquante en départ groupé avec une médaille d’or, la native d’Ottawa avait enchaîné avec une deuxième place lors de la deuxième étape en Chine. La troisième épreuve, ensuite, s’était mal passée avec une disqualification en Norvège.

Ce dimanche, elle renoué avec le podium sur le départ groupé avec une deuxième place qui fait le plus grand bien à la confiance et au classement général, puisqu’elle lui permet d’occuper actuellement la troisième place (168 points) derrière sa compatriote Valérie Maltais (183 points) deuxième, et l’Américaine Mia Kilburg-Manganello (187 points). 

Par équipe, elle a également récolté une médaille d’argent en poursuite. Une nouvelle deuxième place après celle obtenue à Obihiro, qui permet aux Canadiennes d’occuper le second rang au classement derrière le Japon.

De Haître performant par équipe

Chez les hommes, Vincent de Haître continue son combat pour revenir au plus haut niveau et intégrer le top 10. Sur le 1000 m, il a terminé a la 17e place. Une position qu’il occupe également au classement général. Sur 1500 m, le chemin pour retrouver les sommets est encore plus long puisqu’il évolue dans la division B. Sur cette distance, il a signé une belle deuxième place. Il pointe à la 29e place du classement général. 

Avec ses coéquipiers de l’équipe canadienne, il évolue également en division B en poursuite. Sur l’épreuve qui s’est déroulé samedi, les Canadiens ont terminé 3e derrière la France et la Belgique. Avec de bons résultats, ils se rapprochent de la division A avec une 8e place au général. 

Le bronze pour Poirier 

Toujours sur la glace mais dans un domaine plus artistique, le couple Paul Poirier-Piper Gilles a disputé vendredi et samedi la finale du Grand Prix ISU de patinage artistique en couple avec l’ambition de s’imposer pour conserver ce titre acquis la saison précédente du côté de Turin. Mais la paire canadienne a dû se contenter de la médaille de bronze

La hiérarchie établie vendredi après le programme rythmique n’a pas été chamboulée lors du programme libre samedi. Poirier et Gilles ont donc conservé leur 3e place acquise la veille. Cette compétition marquait la fin de la première partie de saison. Le Franco-Ontarien a maintenant le regard tourné vers les Championnats du monde qui auront lieu fin mars du côté de Montréal. 

Valérie Grenier de retour sur le super G 

C’est sur la neige qu’on conclut ce résumé de fin de semaine sportive du côté de l’Autriche où Valérie Grenier disputait son premier super G de la saison vendredi. De retour sur ce type de parcours, la Franco-Ontarienne a terminé à la 14e place. Il s’agit du meilleur temps pour une Canadienne sur l’épreuve qui a été remportée par l’Italienne Sofia Goggia. 

La skieuse a partagé sa satisfaction sur son compte Instagram en notant que c’est la première fois depuis longtemps qu’elle n’avait pas signé un top 15 sur un super G.

Le musicien sudburois Dayv Poulin domine les palmarès franco-canadiens

NORTH BAY – Après le succès de Simple de même au mois de mars, Dayv Poulin, un auteur-compositeur indépendant, se retrouve de nouveau en tête de plusieurs classements avec son troisième titre Comme ça qu’ça marche. Pour la première fois de sa carrière, il décroche même la septième place du classement franco-canadien des 100 chansons, toutes catégories confondues, les plus jouées à la radio.

« La septième place c’est le plus haut où je n’ai jamais été. Figurer dans le top 10 comme, c’est assez impressionnant, alors forcément je suis pas mal excité », confie le chanteur originaire d’Azilda qui a appris la nouvelle vendredi en toute fin d’après-midi.

Classée devant des chansons en français d’artistes comme Damien Robitaille, Marc Dupré, Mika ou encore Jason Derulo, sa chanson, parue en octobre dernier, a gagné huit places en une semaine et pourrait monter encore plus haut lors du prochain classement Mediabase à paraître vendredi prochain.

Source : capture d’écran du classement Mediabase

Autre grosse réussite : la première place du Top 25 du palmarès pop-rock de la radio franco-canadienne et, là encore, du jamais vu pour celui qui a débuté sa carrière solo avec la sortie de son album Tout est relatif en novembre dernier. En comparaison, le plus haut classement obtenu pour le premier titre de sa carrière individuelle, Simple de même, était la 20e place du Top 100 et la neuvième du Top 25.

« Moi je suis Franco-Ontarien, je suis un indépendant sans compagnie de disques, donc c’est du presque jamais vu »
— Dayv Poulin

« Je ne sais pas quoi dire, je suis au ciel, c’est juste hallucinant », continue-t-il sans cacher son émotion. Une raison qui pourrait expliquer ce succès est que, le 30 novembre dernier, le réseau Énergie désignait Dayv Poulin future star iHeart pour le mois de décembre.

Cette récompense est accordée à un artiste émergent dont la musique sera jouée de manière très fréquente durant tout le mois sur le puissant réseau qui rejoint en moyenne dix millions d’auditeurs. « Je suis Franco-Ontarien et indépendant, sans compagnie de disques, donc c’est du presque jamais vu », souligne-t-il également.

Dayv Poulin en sait quelque chose, il est aussi animateur de radio au Loup FM où il passe des musiques à longueur de journée : « C’est très rare de voir des artistes ontariens et indépendants grimper haut comme ça, c’est pas mal spécial. »

Dayv Poulin est aussi connu sous le nom Le Paysagiste en hommage aux différents paysages sonores qui composent son univers. Gracieuseté

Inspiré par un rêve

Comment lui est venue l’inspiration pour cette chanson? Une nuit du mois de juillet, Dayv Poulin se réveille avec la mélodie et les paroles du refrain et tout de suite décide de prendre son téléphone afin de s’enregistrer : « C’est vraiment spécial, on ne sait jamais d’où l’inspiration peut venir. »

Pour ajouter à la singularité du processus, il s’agit de la première chanson que le Franco-Sudburois a écrite et composée complètement seul. Celui qui fait habituellement vérifier ses paroles en français a été rassuré de la réponse de son entourage : « Je veux toujours m’assurer d’avoir les meilleurs mots possibles, donc je travaille souvent avec plein de personnes différentes et quand j’ai fait écouter la chanson tout le monde m’a dit de ne rien changer et qu’elle sera un succès. »

« C’est quand même encore un plus grand accomplissement pour moi, ça me montre que je suis capable de le faire aussi tout seul », confesse-t-il.

Dayv Poulin a offert une vibrante performance avec son groupe des Bilinguish Boys au 50e de la Nuit sur l’Étang à Sudbury au mois de mars dernier. Crédit image : Inès Rebei

La recette du succès du titre rejoint celle de sa première chanson, une chanson courte, un refrain facile à retenir et des paroles proches de la réalité quotidienne. « L’idée, c’est la simplicité, c’est de parler du fait que dans la vie on veut certaines choses, mais on ne les obtient pas toujours, et c’est bien correct comme ça », révèle-t-il.

Mais pour ce morceau, Dayv Poulin voulait un brin d’énergie, « un peu dans le style Cowboys Fringants, quelque chose de joyeux, puis de festif aussi ». En somme, une chanson bien temporelle dans l’esprit du temps des fêtes.

Une année bien chargée

Ex-membre des groupes musicaux Les Chaizes Muzikales, Toe Jam Tequilla, Konflit Dramatik et cAbiners, Dayv Poulin a fait une performance remarquée au Festival franco-ontarien d’Ottawa en juin dernier, où il partageait l’affiche, entre autres, avec Gregory Charles.

Celui qui a remporté neuf nominations au gala des prix Trille Or (dont le trophée du meilleur réalisateur) a aussi été nommé pour les prix Johanna Metcalf Performing Arts de 2023.

Après 30 ans de carrière dans des groupes, un tel succès individuel est une belle surprise pour le chanteur qui dit savourer le moment.

« Je fais plein d’entrevues, les gens commencent à connaître mon nom. Ça me donne l’énergie pour continuer », dit-il avant d’ajouter qu’il commence déjà à écrire des chansons pour son prochain album.

Bien qu’il espère connaître encore d’autres succès, l’artiste dit faire de la musique par passion et plaisir : « Je m’amuse et c’est ça qui compte. »

L’Université de Moncton ne changera pas de nom 

MONCTON – L’Université de Moncton, le plus grand établissement francophone hors Québec, ne changera pas de nom. Nommé en raison de sa localisation géographique et de son siège social dans la ville de Moncton. Le Conseil de l’Université a décidé de ne pas aller de l’avant avec le processus d’une nouvelle dénomination pour l’établissement universitaire, rappelant que son nom n’a pas été établi initialement en fonction du personnage historique, Robert Monckton.

Au départ, un mouvement au sein de la communauté acadienne demandait le changement de nom de l’université en raison de lien avec le lieutenant général Robert Monckton qui a joué un rôle dans la déportation des Acadiens en 1755. 

L’étude Dénomination de l’Université de Moncton : un état des lieux, réalisée par la professeure franco-ontarienne Stéphanie Chouinard, du Collège militaire royal du Canada à Kingston et par l’historien et spécialiste de l’Acadie coloniale Maurice Basque, révélée la semaine dernière, a montré que le changement de nom de l’université pourrait coûter 4,6 millions de dollars. 

Aucune raison majeure de changer le nom de l’université

En conférence de presse ce samedi, le conseil de l’Université de Moncton a annoncé ne pas changer de nom. 

D’abord parce que l’état des lieux réalisé par les deux chercheurs a démontré peu d’empressement par les membres de la communauté universitaire au sein des trois campus concernant cette demande.

De plus, le document indiquait aussi à quel point il est difficile de jauger le risque ou le bénéfice qu’un changement de nom sur le capital de marque, la notoriété et l’étendue du réseau de l’Université de Moncton.

Denis Prud’homme, recteur de l’université, s’est exprimé durant la conférence de presse ce samedi. 

« On ne nie pas l’histoire , a-t-il déclaré. Nous avons bâti une réputation avec ce nom et nous sommes reconnus au niveau régional, provincial, national et international. »

Pour le directeur, il y a un risque de perdre la crédibilité de cette institution. « Nous voulons garder nos acquis et bâtir toujours plus notre reflet à l’international, comme le prouvent les inscriptions. »

Mentionnant les effets négatifs du changement de nom de l’Université Ryerson à Toronto étant devenue Université métropolitaine de Toronto, le recteur souhaite plutôt développer des stratégies et des outils pour contextualiser l’origine du nom de l’Université de Moncton et rendre visible cette contextualisation . 

« On ne peut pas mettre l’histoire de côté, mais on ne peut plus vivre dans le passé. »

Le processus de réflexion sur la dénomination de l’Université de Moncton ne sera donc pas prolongé, mais le conseil propose de « réviser la politique de toponymie de l’Université de Moncton pour étudier les demandes de cette nature en tenant compte des meilleures pratiques au Canada ».

Paul Poirier partage sa passion pour la danse sur glace

TORONTO – Médaillé de bronze à la finale du Grand Prix ISU avec sa partenaire Piper Gilles, Paul Poirier revient sur son démarrage de saison, sa préparation mais aussi sur ses débuts dans la discipline et les coulisses de sa vie en tant que patineur artistique de très haut niveau. ONFR l’a rencontré à l’aube de la Grande Finale de patinage artistique ce samedi à Pékin, en Chine. 

«  Quel regard portez-vous sur votre début de saison avec ces deux médailles d’or en Grand Prix dont la dernière en Chine?

Jusque-là, ça se passe bien. On a obtenu notre place pour la finale après la compétition en Chine. Pour nous c’était la plus compliquée, on était fatigué parce qu’il n’y avait pas beaucoup de temps de repos entre les deux compétitions. C’est toujours difficile au niveau de l’énergie dans ces cas-là. Nous sommes satisfaits des résultats, de notre programme et des retours que nous avons des juges. 

Cette année vous avez adopté une approche différente quant à votre préparation, quelles sont ces différences? 

D’habitude, on se prépare plus tôt et on commence les compétitions en septembre en local, ce qui donne plus d’opportunités d’avoir des premiers retours et de savoir comment on se sent en compétition avec notre nouveau programme.

Ces deux dernières années, on a fait plus de spectacles pendant le printemps, ce qui fait qu’on a commencé la préparation plus tard. Du coup, on commence directement la saison par les Grands Prix qui sont des compétitions majeures. Avec notre âge et notre expérience, je pense qu’au final ce n’est pas un problème, et on se sent un peu mieux de ne pas être trop pressé pendant notre préparation. 

Paul Poirier et Piper Gilles ont obtenu la médaille de bronze ce samedi lors de la grande finale du Grand Prix ISU. Crédit image : Flavio Valle / patinage Canada

Avec votre partenaire sur la glace, Piper Gilles, comment avez-vous préparé cette finale à Pékin?

Déjà, ça fait du bien d’avoir eu une longue coupure car entre les deux dernières, nous avions eu seulement quatre jours d’entraînement. Ce n’était pas assez de temps pour faire des changements. Cela prend vraiment plusieurs jours pour que le feeling d’une nouvelle chorégraphie rentre dans ton corps. Et on veut vraiment que lorsqu’on entre en compétition, tout soit fait de manière automatique. On n’avait pas fait du tout de changements entre les deux dernières compétitions. Là, on a eu plus de temps pour se reposer. On a pris quelques jours de congés, puis trois jours pour faire des changements ici et là, sur les deux programmes. Ensuite nous avions eu la période de répétition où nous répétons les programmes encore et encore. 

Qu’est-ce qui est le plus dur à gérer dans l’attente d’une compétition? 

Moi, j’aime beaucoup l’entraînement, ce ne sont pas forcément tous les athlètes qui aiment ce processus. Personnellement, c’est la partie que j’aime le plus. Ça m’a fait du bien d’être chez moi, d’avoir pu faire des améliorations et de changer des choses avec lesquels je n’étais pas très content.

Ce qui est le plus difficile c’est, après les Grands Prix et à l’approche de la finale, de pouvoir gérer l’énergie. On a eu deux compétitions de suite et beaucoup de voyages. Là, la finale est une nouvelle fois en Chine, on vient de rentré d’Asie avec le Grand Prix précédent. Ce sont de longs vols, donc il y a toujours un équilibre à trouver entre se pousser à l’entraînement ou se donner un peu plus de repos. C’est toujours un défi, mais avec l’expérience, nous nous connaissons suffisamment pour gérer cela. 

Après une saison dernière victorieuse, l’objectif cette année est-il de faire la même chose? 

Oui tout à fait, l’objectif est de gagner la finale et c’est l’état d’esprit sur toute la saison.

L’objectif c’est de tout gagner!

Quittons un peu l’actualité pour revenir en arrière, comment vous est venue la passion pour le patinage artistique? 

C’est un peu par accident. Quand j’étais très jeune, vers l’âge de trois ans, mes parents m’ont mis dans une ligue de hockey. Cela ne m’a pas du tout plus, je n’aimais pas les sports en équipe. J’ai aussi essayé le soccer pendant l’été. Mes parents voulaient vraiment que j’apprenne à patiner. Au Canada, la plupart des programmes d’apprentissage du patin sont fait par des clubs de patinage artistique.

J’ai commencé des leçons juste pour apprendre à patiner puis après un entraîneur m’a vu et a approché mes parents pour savoir si je voulais essayer le patinage artistique. J’ai accepté. Je dirais que c’est vraiment une passion qui a grandi doucement. Je ne l’ai pas faite un jour puis je me suis dit « ok ça c’est mon truc ». Ça c’est fait progressivement avec des premières compétitions, puis la nécessité de s’entraîner plus pour atteindre un niveau supérieur. C’est vraiment devenu mon truc de manière graduelle. 

Paul et Piper se connaissaient avant de former leur duo en 2011. Crédit image : Patinage Canada / Danielle Earl

Comment vous est venu ensuite cette spécialisation de danser en duo, vous qui n’étiez pas sport d’équipe comme vous l’avez mentionné?

Dans mon club, il y avait une fille qui voulait faire de la compétition avec un partenaire. Et ce qu’il faut savoir c’est que dans les clubs, il n’y a pas beaucoup de garçons. L’entraîneur m’a demandé si j’étais intéressé et j’ai dit « ok je vais essayer ». C’était juste un jour par semaine et c’est comme ça qu’on a commencé. Je me rappelle, on faisait juste des petites compétitions au niveau provincial. Je me souviens qu’on est allé à une de ces compétitions qui permettait de se qualifier pour les Championnats nationaux juniors. On a raté la qualification pour seulement une place. Alors là, ça m’a motivé, je voulais vraiment me qualifier l’année suivante, alors j’ai commencé à m’entraîner plus. C’est comme ça en voulant toujours devenir meilleur que la passion est née. 

Comment s’est créé par la suite votre duo avec Piper Gilles, comment s’est faite la rencontre? 

J’avais 19 ans, j’étais olympien et top 10 dans le monde. Il devait y avoir comme quatre filles en Amérique du Nord qui avaient assez d’habileté et que je voulais vraiment considérer. En plus, le monde du patin est vraiment petit, surtout à ce niveau-là, donc je connaissais déjà toutes les filles. On se croisait sur les compétitions, je connaissais leurs entraîneurs. Il fallait juste les contacter pour leur demander si elles avaient un intérêt à patiner avec moi. 

Habituellement, on fait des essais sur deux, trois jours où on patine ensemble pour voir si ça marche bien et si on s’entend bien. Lors de ces essais, en cinq minutes, on sait si le côté physique va bien marcher. La partie la plus difficile c’est de savoir si on va bien s’entendre et si on va être d’accord sur la façon dont on veut s’entraîner, où s’entraîner et avec quel entraîneur ou encore l’approche face aux entrainements et aux compétitions. 

Je connaissais Piper depuis dejà cinq ou six ans avant qu’on décide de patiner ensemble. Je l’ai appelée, elle est venue à Toronto pour trois jours et je pense qu’on a su assez vite que ça allait marcher. Ensuite, il faut tout de même faire le grand saut en compétition, car tu ne sais pas non plus tout de suite si ça va marcher à ce niveau-là, il y a toujours un risque. 

Avez-vous développé une relation en dehors du sport et à quel point ce relationnel est-il important ensuite dans le sport?

Je pense que le relationnel est assez important. Bien sûr, quand tu passes autant de temps avec une personne, tous les jours, l’intensité émotionnelle qui est partagée est énorme. Quand tu partages les émotions des victoires mais aussi des défaites, c’est difficile de ne pas développer une amitié très proche. Ça se passe de façon naturelle.

C’est aussi très important pour le côté performance d’avoir une certaine relation. Je pense que ça se voit de manière émotionnelle quand il y a deux patineurs qui ne sont pas connectés de la même façon. Ça peut avoir un impact sur les scores, particulièrement les scores artistiques, où l’émotion et l’expression sont très importantes.

De manière générale aussi, je dirais que ce qu’on fait tous les jours est très difficile et très demandant pour notre corps et notre mental et c’est beaucoup plus facile quand tu le fais avec quelqu’un avec qui tu t’entends bien et avec qui tu peux t’amuser. Par expérience, je peux vous dire que lorsque les couples ne s’entendent pas très bien, ça ne marche pas et ça s’arrête après quelques années.

Vous êtes en duo depuis 2011 avec Piper Gilles, cela signifie que ça fonctionne très bien?

Ça marche bien, on se connait très bien. Ça nous aide beaucoup. On a plus de sensibilité vis-à-vis de comment l’autre se sent. J’ai une bonne idée de comment Piper se sent et comment moi je devrais réagir pour équilibrer. Que ce soit positif ou négatif. On ne peut pas s’attendre à ce que l’autre personne soit pareille chaque jour, ce n’est pas réaliste. On doit s’attendre à ce que l’autre personne ait des bons jours, des mauvais jours. C’est notre responsabilité en tant que partenaire d’essayer autant que possible d’équilibrer, de se soutenir et de faire le tout ensemble. 

Le duo à l’entraînement en dehors de la glace, sans les patins. Crédit image : Patinage Canada / Danielle Earl

Comment se construit un programme, quel est le processus de création au sein du duo?

On le fait avec beaucoup de collaboration entre nous deux et nos deux entraîneurs. En général, on commence pendant l’hiver, on cherche de nouvelles musiques, de nouvelles idées, de nouveaux concepts. Chacun va apporter ses nouvelles idées, il n’y a pas nécessairement une personne qui est responsable d’une seule chose, tout le monde apporte ses idées. La plupart du temps, ce sont de mauvaises idées. Il faut accepter que ce soit le cas. 

Cela prend beaucoup de temps. Il est question de trouver des idées, des musiques et des concepts sur lesquels nous sommes tous d’accord. Il faut vraiment croire que ça va nous mener à créer un bon programme. Si quelqu’un n’est pas convaincu, habituellement, ça ne marche pas. On prend vraiment le temps de trouver quelque chose qui plaise à tous.

Parfois c’est facile et ça va super vite, et il y a d’autres années où ça a pris un mois et demi pour être tous d’accord. Donc, on organise nos idées et il y en aura toujours trop, alors il faut réduire pour trouver un programme qui mettra en valeur nos forces et qui ne montrera pas nos faiblesses. C’est un processus dynamique qui va évoluer au fur et à mesure de la saison, c’est en constante évolution. 

Pour finir, considérez-vous que votre travail est plus sportif ou artistique? 

Je pense que ça dépend où tu en es dans ta carrière. Ma philosophie, c’est que l’essentiel – la base – c’est la technique du patinage. Si ton patinage n’est pas équilibré et fort, tu ne seras pas capable de développer le côté artistique. Tu vas toujours réfléchir à ce que tu fais techniquement.

Je pense que le côté artistique est un peu dépendant de la base. C’est sûr qu’on va travailler sur les deux. Au début on va plus travailler sur la technique parce qu’il faut apprendre comment bien pratiquer. 

Mais je dirais aussi que ce n’est pas nécessairement toujours l’un ou l’autre séparément. Par exemple, si je patine et ma jambe est bien droite, d’un point de vue esthétique ce sera plus beau, mais cela veut aussi dire que mon action de poussée est plus longue, cela génère plus de vélocité. Souvent la bonne technique d’un point de vue sportif va nous mener à des choses plus intéressantes au niveau artistique. 

En fait, je n’aime pas beaucoup les séparer, je pense qu’il y a beaucoup de choses qui sont dans les deux. »


1991 : Naissance à Ottawa

2001 : Fait ses débuts au Scarboro FSC

2001 : Commence son duo avec Vanessa Crone, jusqu’en 2010

2005 : Débute en Grand Prix junior

2011 : Commence son duo avec Piper Gilles

2018 : Première participation aux Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang en Corée du sud (8e)

2022 : Deuxième participation aux Jeux olympiques d’hiver à Pékin en Chine (7e)

2022 : Gagne la médaille d’or à la finale du Grand Prix ISU à Turin

2023 : Termine troisième de la finale du Grand Prix ISU à Pékin

« Une botte sur le cou » : Paroles et poésies d’une Palestinienne libre

Layla* est poète. Féministe musulmane et activiste. Joyeuse. Une Palestinienne libre – mais aussi, occupée. Colonisée. Rongée par l’incertitude qui habite le quotidien de sa famille dans le Nord de la bande de Gaza.

« We are still alive ». « Nous sommes toujours vivants », traduit Layla de l’arabe vers l’anglais sur ses réseaux sociaux. « Un message – le seul, pour lequel je prie et attends tous les jours. »

Layla, Layla. Mon amie, Layla.

Nous étions autrefois jeunes idéalistes dans une ville de cyniques engagés (bonjour, Ottawa). Ce serait elle qui allait me siffler « go talk to him, girl! » en me voyant soupirer rêveusement pour un jeune journaliste (Alexandre Trudeau) lors d’un événement au Musée des beaux-arts du Canada.

C’est elle qui, dans un acte de sagesse et d’empathie quelques années plus tard, nos cœurs brisés par des ingrats, allait me faire comprendre que le bonheur, c’est moi. Layla, Layla. Je pense beaucoup à toi, Layla. Au creux de ma tanière de glace dans le Nord de l’Ontario, ta poésie déferle sur ma conscience, Layla :

« La voix pour laquelle nous parlons est celui ou celle dont le corps est cloué au sol avec une botte sur leur cou. »

« Saada »

Petite fille de Jannah*, une élégante téta, fille d’un homme très riche de Jérusalem, la grand-maman maternelle de Layla allait grandir en montant à cheval, nommant sa bête préférée « Saada ».

« Bonheur » en langue arabe.

« Ma famille possédait (et possède toujours) toutes les boutiques situées le long des rues menant à l’église du Saint-Sépulcre. Dans son testament, mon arrière-grand-père a laissé les loyers de ses magasins à ses enfants, avec la consigne de ne pas les augmenter. Il a indiqué qu’après le décès de son dernier enfant, les loyers de ses magasins commenceraient à être versés à des orphelinats. »

« C’est ma famille, et mon deen », écrirait Layla, émerveillée par la noblesse de ses ancêtres et de leur dévotion au « waqf », une coutume musulmane chez les riches qui assure qu’une partie de leur héritage aille aux plus démunis de la communauté.

Layla est l’espoir des siens, née en Afrique et arrachée à sa terre en Palestine, suivant le chemin tracé par ses ancêtres pour devenir immigrante au Canada.

« Tous les jours, ma grand-mère pleurait des larmes d’eau de rose dans sa terre, faisant pousser des concombres cueillis et offert à sa fille en subsistance pour la longue marche vers le Canada. »

« Je suis reconnaissante que vous n’êtes pas là pour témoigner », écrit Layla à sa téta. « Ra7matuLaah 3aleeki ya téta, I am grateful you are not here to witness. »

L’apathie, un droit et privilège

« En 1948, les Israéliens sont passés de porte-à-porte », partage Layla. « lls ont fait sortir les mâles (de tous âges, c’est pourquoi je ne peux pas simplement dire « les hommes »), les ont alignés contre les murs et les ont fusillés au milieu de la nuit. »

C’était l’époque de la Nakba, la catastrophe, le déplacement massif et la dépossession des Palestiniens pendant la guerre israélo-arabe de 1948.

« C’est ainsi que ma famille matrilinéaire a perdu de nombreux membres de sa famille, poursuit-elle. Ces tactiques ne sont pas nouvelles, elles ne sont pas surprenantes, elles sont habituelles et nous vous demandons d’y prêter attention depuis 75 ans et 36 jours. »

« i don’t get involved in politics », répondraient certains. Je ne m’implique pas dans la politique. Comme l’écrit Layla : « (Apathy is your right?) ».

« Mais quand vous collez vos lèvres l’une à l’autre vos mains ne sont pas adoucies par la neutralité le fil n’est pas sans violence. »

« Que faites-vous pour mettre fin au génocide et à l’occupation?, cherche-t-elle à savoir. Que faites-vous? Que faites-vous? Que faites-vous? Que faites-vous? »

Et l’Ontario français dans tout ça

Que faisons-nous, Layla? Soixante-quatre jours après le renouveau du conflit et face à une seconde Nakba, une catastrophe qui a réclamé plus de vies que la Nakba de 1948, que faisons-nous?

Ici, en Ontario français, loin des bombes, de la faim et de la maladie, le silence institutionnel rugit – exception faite à la Galerie du Nouvel-Ontario, qui a fermé ses locaux en solidarité dans le cadre de la grève générale mondiale en solidarité avec la Palestine. Exception faite également à quelques artistes, intellectuels et académiques – l’artiste musical Mehdi Cayenne, l’artiste de théâtre et la féministe France Huot, l’autrice et académique Monia Mazigh, l’artiste de théâtre et activiste queer Alex Tétreault – qui se sont également mobilisés par le biais des réseaux sociaux pour faire la lumière sur l’histoire et le sort de la bande de Gaza.

Une francophonie débranchée du mondial. Mais comme société multiculturelle, n’avons-nous pas la responsabilité et l’obligation d’être citoyens mondiaux, informés et engagés?

De l’Île de la Tortue à la République démocratique du Congo, au Soudan, au Yémen, au Burkina Faso, en Afghanistan, en Haïti.

À Gaza.

Que faisons-nous?

Que faisons-nous?

Que faisons-nous?

Que faisons-nous?

Dans le firmament des ancêtres

Je fais ce que je peux, Layla.

J’écris à mon député et mon premier ministre. J’amplifie, j’agite, je prends la parole. Et je te partage – toi, ta voix, ta foi, ta culture.

Car tu es résistance.

« À ma famille dans une Gaza occupée », écrivais-tu dans un de tes recueils de poésie, « nous sommes avec vous. Nous sommes toujours avec vous ».

Moi aussi. Et toi, Layla, tu es l’écho de tes ancêtres. Là-bas, ici. Comme tu l’as écrit dans une offrande poétique à ta mère et à tes tantes – ta lignée de sang.

« Je jette un filet, attrape tes étoiles à l’eau de rose et j’écris une structure pour garder les cœurs de mes ancêtres. »

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Finale du Grand Prix ISU : 3ᵉ place pour Paul Poirier et Piper Gilles 

PÉKIN – Le duo canadien composé du Franco-Ontarien Paul Poirier et de sa partenaire Piper Gilles a terminé troisième de la finale du Grand Prix ISU de danse sur glace. Tenant du titre, le couple visait la médaille d’or. 

« Nous voulons tout gagner », c’était l’ambition partagée par Paul Poirier dans un long entretien à paraître ce samedi sur ONFR.

Dans la lignée de leur saison dernière où ils ont remporté l’or sur toutes les compétitions auxquelles ils ont participé, Paul Poirier et Piper Gilles comptaient bien défendre leur titre remporté l’année dernière à Turin. 

Malheureusement, cette fois, sur la glace de Pékin, ils n’ont empoché « que » la troisième place au terme du programme libre ce samedi matin. Ils occupaient déjà cette position après le programme rythmique vendredi, derrière les couples italiens et américains. 

Finalement, le programme libre n’aura pas fait changer la hiérarchie établie lors du premier jour de compétition. Le couple américain composé de Madison Chock et Evan Bates a conservé la tête pour remporter l’or. Le duo Charlène Guignard-Marco Fabbri représentant l’Italie, a aussi confirmé sa deuxième place laissant le bronze aux Canadiens. 

« Je suis vraiment satisfait de la compétition et de la série des Grands Prix au total », a réagi Poirier, ne laissant pas transparaître de déception. « Je pense qu’on a très bien patiné et je suis fier de ce qu’on a accompli. […] On a fait des améliorations après la dernière compétition et je pense que tous ces changements sont bien passés. Comme je l’ai dit, je suis satisfait de comment les choses se sont passées aujourd’hui. »

Le patineur franco-ontarien se projette déjà sur les prochaines échéances, avec en ligne de mire les Championnats du monde qui auront lieu à domicile du côté de Montréal du 18 au 24 mars.

« J’ai aussi hâte de rentrer à la maison et de continuer à travailler pour les Championnats du monde. »

Sommet sur les drogues toxiques de Sudbury : « On devra considérer la variable linguistique », estime René Lapierre

René Lapierre est conseiller municipal de la Ville du Grand Sudbury depuis 2014 et président du Conseil de Santé publique Sudbury et districts, et à l’origine du Sommet contre la crise des opioïdes de Sudbury.

Le Sommet sur la toxicité du Grand Sudbury a eu lieu jeudi et vendredi et avait pour but d’aborder la crise des drogues toxiques qui s’intensifie dans la région. Depuis 2018, Sudbury a connu augmentation de 193 % des taux de décès liés à la toxicité des opioïdes, soit plus de trois fois la hausse enregistrée en Ontario et 38 % plus élevé que dans le reste du Nord de l’Ontario, selon les données du coroner en chef de l’Ontario

René Lapierre revient sur le Sommet et sur ce qui en ressort après deux journées de discussions avec des acteurs du milieu.

« Pourquoi avez-vous fermé le Sommet aux médias et au public quand l’un des buts de celui-ci est la déstigmatisation?

Quand on a commencé le comité organisateur, on a été cherché toute sorte de personnes pour témoigner de leur expérience privée durant le Sommet et celles-ci ont demandé à ne pas être enregistrées par mesure de sécurité et afin de pouvoir livrer leurs émotions sans crainte de jugement.

Êtes-vous satisfait des discussions et du déroulement de cette rencontre?

Oui, je suis vraiment content et pour deux raisons différentes. La première parce que c’est la première fois qu’on s’assoit, 150 personnes ensemble, pour parler de points spécifiques, ce n’est pas simplement une jasette. Aujourd’hui, on a eu 12 grandes lignes avec 136 sous-recommandations qu’on va ressortir dans un rapport. Une des choses communes qui est ressortie, c’est qu’on ne fait pas assez de prévention auprès de nos jeunes. Il faut que l’on commence tôt à sensibiliser les enfants pour éviter une crise comme aujourd’hui.

Avez-vous eu des discussions spécifiques durant le Sommet autour de la variable linguistique, laquelle peut-être une barrière dans la prise en charge des personnes vulnérables ?

Justement, cet après-midi, dans une table ronde à laquelle j’ai participé, on a parlé du fait que Sudbury était devenue très multiculturelle. Le français en fait partie, évidemment, mais d’autres langues également, alors dans les prochains avancements, on devra considérer la variable linguistique, comme la traduction des services. On ne pourra pas toujours forcer les services, mais on peut toujours encourager les différentes agences à solliciter un organe gouvernemental qui offrira des services en français ou une autre langue ou bien pour chercher du financement. Pas pour délivrer du service, mais plus pour embaucher des personnes qui sont capables de maîtriser d’autres langues pour offrir ces services.

Le Sommet a eu lieu à Azilda et son organisation a mobilisé plusieurs centaines de personnes. Crédit image : Inès Rebei

La situation autour de la crise des opioïdes est réputée pour être particulièrement tragique à Sudbury, avez-vous réussi à déterminer pourquoi c’est le cas lors de ce Sommet ?

Malheureusement, non. Je pense qu’il faudrait analyser chaque décès et regarder des éléments comme le lieu d’habitation, la nationalité, le niveau de vie. C’est des collectes de données qu’il faudrait mener. L’autre chose, c’est qu’il faut regarder les chiffres plutôt que les pourcentages. On a eu une personne d’Edmonton qui a fait une présentation sur les décès à Vancouver, en Colombie-Britannique, où on déplore 5 à 6 décès par jour, ce qui est énorme, donc les statistiques sont hautes, mais les pourcentages sont bas, pour une population d’un million d’habitants.

Un autre élément, peut-être, c’est que nous, dans le nord de l’Ontario, on a une grande population autochtone et ils nous parlent souvent de combien ils sont traumatisés par tout ce qui s’est passé. S’ils sont encore plus affectés par la consommation, c’est peut-être une piste à étudier quand on va ressortir nos recommandations.

Vous avez parlé de financement, quelles seraient les solutions pour mettre sur pied des initiatives, même modestes, mais qui pourraient faire la différence à Sudbury ?

Le problème, c’est que plusieurs pensent que c’est à la municipalité de tout régler, on a notre rôle à jouer, mais c’est plus au niveau communautaire qu’on peut faire la différence. On parle d’une volonté d’avoir des salles de bains publiques au centre-ville. Quelqu’un m’a d’ailleurs parlé de salle de bains autonettoyante en Californie, mais ça ne pourrait pas fonctionner ici parce que les tuyaux gèlent en hiver. Qui va financer quoi? C’est toujours un dilemme, mais j’espère que le changement du type de financement sera étudié.

On a plus de 160 différentes agences dans la région qui offrent des services aux personnes vulnérables, alors peut-être qu’au lieu de prendre 100 000 $ à un seul endroit, on pourrait prendre quelques milliers à chacun. Je pense aussi qu’il faudrait financer sur plusieurs années afin d’avoir une réelle idée. Il faut s’assurer d’avoir un financement solide et continu, pour voir l’impact sur six ans par exemple, au lieu d’un financement sur une seule année

Des acteurs du secteur public, privé et un membre des Premières Nations ayant participé à l’événement ont tenu un point de presse vendredi après-midi suite à la clôture du Sommet. Crédit image : Inès Rebei

Quelle est la suite des choses après le Sommet ?

Sur le court terme, on va faire un bilan avec le comité organisateur et voir comment on va structurer le rapport qu’on va remettre dès que possible. On va aussi publier le rapport aux agences de services auxquelles on va diriger les recommandations dont on pense qu’elles seraient le plus à même d’être appliquées. Le but ultime, c’est d’établir un plan d’action précis pour la Ville après cela. »

Quelle place pour le sport de haut niveau dans les collèges francophones ontariens?

Après s’être penché sur la ligue du Sport U sur les trois épisodes précédents, ce quatrième et dernier volet de notre série sur les sports universitaires met en lumière deux institutions qui proposent une éducation totalement en français et qui évoluent dans l’Association ontarienne de sport collégial (OCAA en anglais) : le Collège Boréal (Sudbury) et La Cité (Ottawa).

Les deux collèges sont historiquement bien implantés dans le sport intercollégial puisqu’ils en font partie depuis les années 90 pour La Cité – qui était à l’époque la partie français de Collège Algonquin – et depuis plus de 25 ans pour le Collège Boréal. 

Depuis toujours, il a été nécessaire d’avoir deux ligues séparées entre l’universitaire et le collégial en raison des différences de durée dans les programmes scolaires, plus courts au collège. 

« Cette différence a un gros impact, explique David Touchette, le directeur des sports à La Cité. Si nous avons des étudiants athlètes pour seulement un an ou deux, on a beaucoup moins de temps pour les entraîner et les former correctement à leurs sports. »

« L’université qui a des programmes pour développer les athlètes sur quatre à cinq ans aurait un trop gros avantage si on se mettait à concourir avec eux. C’est pour cela qu’on a divisé en deux divisions, universitaire d’un côté et collégial de l’autre. » 

Une différence de moyens avec le sport U

Malgré ces différences de durée dans les programmes, tout est, comme souvent, une question de budget et d’effectifs. « Il y a des petites universités qui participent dans le collégial parce qu’elles n’ont pas le nombre d’étudiants nécessaire pour participer à la ligue universitaire. Elles ne gagneraient jamais », précise M. Touchette.

À l’inverse, le directeur des sports nous confie que certains collèges qui possèdent d’énormes moyens comme Humber College à Toronto, pourraient envisager à l’avenir d’intégrer le U Sports. « Mais ce n’est pas pour tout de suite,. On parle de cela dans le futur. »

Il est donc difficile de considérer les deux petits collèges – en termes de budget et d’effectifs – sur le même plan que la grande ligue de sport universitaire. 

Les trois sports majeurs dans la ligue intercollégiale à La Cité. Crédit image : mescoyotes.ca

Les universités ont généralement plus d’étudiants, un budget plus vaste et donc de meilleures installations. « Elles peuvent payer des entraîneurs de meilleure qualité et, tout ça mis ensemble, fait que les universités ont des avantages que les collèges n’ont pas, compare David Touchette. Cela dit il y a des collèges qui ont une grande population, un budget conséquent, de bons équipements. La différence de niveau n’est donc pas énorme mais il y en a tout de même une. »

Peu de disciplines dans la ligue intercollégiale

D’un point de vue compétitif, le Collège Boréal n’est engagé que dans le badminton mixte et le volley-ball masculin et féminin.

Lucie Groulx, gestionnaire de la vie étudiante au sein de l’institution de Sudbury, confirme qu’il n’y a pas de concurrence avec les universités par rapport aux sports proposés au Collège Boréal. 

Du côté d’Ottawa, La Cité possède des équipes de volley-ball masculines et féminines et une en basket-ball masculin. Dans les deux collèges, le reste des sports proposés demeure récréatif avec des tournois organisés tout au long de l’année mais pas au sein de l’Association ontarienne de sport collégial.

Ainsi, à l’instar des grands collèges comme Humber cité par David Touchette, les collèges francophones n’ont pas pour vocation à envoyer leur athlètes dans le monde professionnel. Rares sont les exemples de sportif passés par les deux institutions qui ont poursuivi une carrière professionnelle de très haut niveau. David Touchette se souvient d’Aymeric Ravier qui a poursuivi un bout de carrière dans le basket professionnel du côté de la France, en nationale 3 (5e division). 

Le Collège Boréal à Sudbury. Source : Facebook

Les enjeux pour La Cité et le Collège Boréal sont avant tout de bien figurer dans leurs disciplines. Le fait de disposer de programmes totalement en français pourrait être vu comme un avantage pour attirer les meilleurs athlètes franco-ontariens mais, pour le directeur des sports de La Cité, ce n’est pas forcément une réalité qu’il retrouve sur le terrain. 

« Les meilleurs joueurs francophones sont parfois attirés par les collèges qui offrent des bourses » 
— David Touchette, directeur des sports à La Cité

« On attire des étudiants francophones, mais cela dit la majorité des Franco-Ontariens sont bilingues, reprend M. Touchette. Ils sont à l’aise pour étudier en anglais. Nous sommes 27 collèges dans la ligue ontarienne et en termes de population, La Cité est le sixième plus petit. Donc si on se compare à des collèges qui ont quatre à cinq fois plus d’étudiants que nous, cela veut dire qu’ils ont plus de ressources budgétaires. Les meilleurs joueurs francophones sont parfois attirés par ces collèges-là qui offrent des bourses ou d’autres avantages que nous ne pouvons pas offrir au même niveau. » 

Par ailleurs, même si La Cité pouvait s’appuyer sur un nombre grandissant d’athlètes francophones internationaux qui rejoignent ses rangs, il existe des limitations au niveau du nombre de joueurs étrangers autorisés par équipe. Une règle qui vise à favoriser les étudiants-athlètes canadiens mais qui pénalise l’institution franco-ontarienne.

Valérie Breen a connu un succès en badminton pour le Collège Boréal en 2012 avec une 4e place aux championnats nationaux. Gracieuseté

Du côté de Sudbury, il y a un duel local francophone contre anglophone avec le Collège Cambrian qui propose les mêmes sports. Dans cette optique, le fait de proposer des programmes en français est vu par Lucie Groulx comme un avantage. 

« Je pense que ça reste un avantage. C’est une singularité que nous avons, de notre côté. La francophonie c’est notre raison d’être, les étudiants qui viennent au Collège Boréal font le choix de venir étudier en français et de devenir des travailleurs bilingues sur le marché du travail. »

« Avec l’avènement des baccalauréats au Collège Boréal, nous allons avoir l’occasion de retenir les étudiants pour plus de trois ans, se satisfait M. Groulx. C’est une chance pour nous d’apporter une stabilité et de pouvoir développer nos équipes suffisamment et de maximiser les années que les athlètes ont au sein du sport provincial et ainsi pouvoir atteindre de meilleurs résultats. » 

Du point de vue des résultats, La Cité occupe actuellement la sixième place en basket masculin. C’est l’équipe qui performe le mieux parmi les sports proposés par les deux institutions. Les équipes de volley des deux collèges, quant à elles, connaissent des saisons difficiles.

Les entités de planification renouvelées pour huit mois en attendant le rapport du CLÉ

C’est dans une lettre du ministère de la Santé de l’Ontario, reçue plus tôt cette semaine, que les entités de planification des services de santé en français ont appris que leur contrat serait renouvelé jusqu’au 31 août 2024. D’après plusieurs d’entre elles, il n’y aurait pas de raison de s’inquiéter. Les organismes se verront renouvelés pour cinq ans, dès l’été prochain, mais des changements structuraux pourraient avoir lieu.

Le Centre de leadership et d’évaluation (Le Clé), un organisme francophone et pancanadien, a été mandaté par le gouvernement pour analyser l’efficacité et les données des entités, en vue d’un futur renouvellement. Un exercice qui ne vise pas à évaluer le rendement, mais à fournir une vision sur la pertinence du modèle. 

Un rapport est en cours et pourrait proposer des changements importants auprès du gouvernement, compte tenu de cette évaluation. 

Le rapport préliminaire de la firme Le Clé n’a pas été partagé aux organismes et, pour l’instant, aucune donnée n’indique quels seront les changements à venir. Mais pour certaines entités, le fonctionnement du modèle est obsolète. Diane Quintas, directrice générale de l’entité du Nord, le Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario, a déjà demandé à en savoir plus. 

« Dans la lettre que nous avons reçue du ministère, et de ce qu’on comprend, l’évaluation n’est pas terminée, indique-t-elle. La décision vise à prolonger le mandat pour une durée qui permettra à toutes les parties concernées de poursuivre la transformation et l’amélioration du système de soins de santé depuis la promulgation de la loi de 2019 pour les soins interconnectés. »

À quels changements s’attendre? 

D’après la directrice, des transformations et des améliorations telles que le réalignement des territoires couverts par les entités seraient un changement facile à opérer. D’autres modifications majeures pourraient être envisagées, pense-t-elle. 

« Présentement, le modèle a été transformé d’un système régional à un système provincial, pourtant les entités sont toujours régionales. »

Constant Ouapo, le directeur général de l’Entité 3, pour les régions du Centre-Toronto, Centre-Ouest et Mississauga-Halton, en entrevue avec ONFR, explique qu’« au niveau provincial, il y a une instance de concertation entre Santé Ontario et les entités, ce qui est déjà une avancée importante ». D’après lui, « il est primordial, maintenant, que Santé Ontario et le gouvernement donnent un peu plus de poids à ces instances de concertation et qu’ils fassent en sorte que les services en français deviennent vraiment une réalité ».

Diane Quintas, directrice du Réseau mieux-être francophone du Nord de l’Ontario. Gracieuseté

« Santé Ontario résulte de la fusion des anciens Réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS). Mais, ce sont aussi six autres organismes. Il faudrait regarder pour les francophones. Quel système avons-nous besoin pour assurer qu’il y ait cette lentille francophone? », se demande Diane Quintas.

Même combat au niveau de l’Entité 2, dans les régions de Waterloo, Wellington, Hamilton et Niagara. Selon la directrice générale Annie Boucher, « les entités ont toujours collaboré, c’est pourquoi un regroupement provincial, capable de parler des dossiers provinciaux avec un interlocuteur provincial, nous semble être une évidence ».

« C’est nécessaire », reprend-elle, « car il y a une nécessité d’avoir cet organisme qui serait une extension des entités. On voudrait faire une recommandation provinciale. »

Ce qu’appuie M. Ouapo, insistant sur la réalité du travail des entités. « Quand on travaille au niveau régional, on est en contact direct avec la réalité des francophones. Et cette réalité, on veut la faire refléter au niveau provincial. Donc, on doit travailler sur ces deux niveaux, aussi bien au niveau local qu’au niveau provincial. »

De plus, Mme Boucher aimerait avoir plus de ressources et « qu’elles soient proportionnelles à l’augmentation des responsabilités données, en augmentant le nombre d’interlocuteurs. »

« On aimerait avoir une chaîne d’imputabilité plus forte et que les rôles et les responsabilités soient clarifiés. On aimerait aussi des indicateurs dans le système. » 

Revoir la géographie des entités de planification pourrait être abordé

La question du territoire est aussi matière à discussion pour l’Entité 2, puisque depuis plusieurs années déjà, dans la région du Sud-Ouest, deux entités de planification se partagent le territoire. 

L’Entité 2 et l’Entité 1 pour Érié St. Clair travaillent ensemble depuis trois ans. Une demande de fusion avait été proposée au gouvernement, mais « il a fallu ralentir pour que le ministère réfléchisse au rôle et aux responsabilités des entités », explique Mme Boucher.

Annie Boucher, directrice générale de l’entité 2 de planification pour les services en français dans les régions de Waterloo, Wellington, Hamilton, Niagara. Gracieuseté

D’autres changements sont espérés, par exemple : le financement des entités qui demeure inchangé depuis 13 ans, explique Mme Quintas. 

Un renouvellement pour cinq ans : très probable 

Constant Ouapo est positif : « Que ce soit avec le modèle actuel des entités, que ce soit un autre modèle que le gouvernement veuille mettre en place, la réalité est qu’il va toujours y avoir une planification de service de santé en français. »

Du côté de l’entité du Nord, Diane Quintas s’attend à des changements. « Je serais vraiment déçue si on n’en avait pas, déclare-t-elle. Je pense qu’il faut commencer à faire ce travail, que le ministère ou le gouvernement fassent ce travail conjointement avec les gens concernés. Ça serait important que les francophones, les entités, la communauté soient impliqués dans ce processus d’amélioration du système pour les francophones. » 

Constant Ouapo est à la barre de l’entité 3 pour les services en français dans les régions du Centre-Toronto, Centre-Ouest et Mississauga-Halton. Crédit image : Archives ONFR/ Raphaël Lopoukhine

Six entités de planification existent en Ontario, depuis le gouvernement McGuinty. Pour comprendre les besoins des entités, aujourd’hui, il faut comprendre comment le modèle initial a été conçu en 2006. C’était sous le Réseau local d’intégration des services de santé (les RLISS) que les entités collaboraient pour planifier la prestation de services de soins de santé, conformément aux exigences législatives liées aux services en français en Ontario. 

Les entités avaient donc un fonctionnement régional sous les 14 RLISS. Tel qu’il est mentionné dans la Loi, ces organismes existent « dans le but de […] permettre aux collectivités locales de prendre des décisions au sujet de leur système de santé. »

Elle mentionne aussi les exigences de la Loi sur les services en français et crée une obligation directe d’engager la collectivité francophone dans le système de santé local. 

Depuis 2021, les fonctions de planification et de financement du système de santé des réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS) ont été transférées à Santé Ontario, un organisme provincial.

La Cour suprême « renforce l’accès à l’éducation en français en milieu minoritaire »

Dans une décision unanime, la Cour suprême a renforcé ce vendredi les obligations des gouvernements provinciaux à prendre en compte les droits garantis sur l’éducation en français en milieu minoritaire. L’impact fera augmenter l’accès à l’éducation en milieu minoritaire, notamment auprès des immigrants, estiment les appelants dans la cause.

Elle opposait la Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest (CSFTNO) et le ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Formation des Territoires du Nord-Ouest. En 2018, le ministère de l’Éducation avait refusé à six enfants le droit à l’école en français, car celui-ci estimait que leurs parents n’étaient pas des ayants droit en fonction de la Charte.

La Cour suprême a tranché vendredi que la ministre de l’Éducation n’avait pas pris en compte l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés lorsqu’elle avait refusé l’éligibilité à ces six enfants.

  • Un ayant droit est une personne qui est éligible à une éducation en milieu minoritaire en vertu de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.
  • En Ontario, les ayants droit sont les enfants de parents ou tuteurs qui ont étudié en français ou qui ont le français comme langue maternelle.
  • Des enfants de parents non-ayants droits peuvent être admis dans des écoles franco-ontariennes si l’enfant parle français. Les parents de nouveaux arrivants qui ne parlent pas français ou qu’ils le parlent peuvent aussi être admis. Dans les trois derniers cas, c’est au parent de faire la demande auprès d’un conseil scolaire, qui par l’entremise d’un comité d’admission, détermine d’accepter ou non cette requête.

Les motifs

Selon la juge Suzanne Côté, qui a écrit les motifs de la décision, les décisions de la ministre ont mis en jeu les protections garanties par la Charte canadienne des droits et libertés. Celle-ci explique que le gouvernement ténois a accordé un poids disproportionné à son pouvoir de décision administrative et que les besoins pédagogiques de l’article 23 devaient peser plus lourd dans la balance. Elle écrit que cet article a pour objectif de prévenir l’érosion des communautés linguistiques officielles et donc que l’admission de non-ayants droit, en vertu de l’article 23, « peut avoir une incidence sur le maintien et l’épanouissement des communautés linguistiques minoritaires ».

Si la Cour suprême reconnaît « l’expertise » des commissions scolaires pour « évaluer les besoins de la minorité linguistique en matière d’éducation », elle prévient toutefois que cette décision n’équivaut pas à l’obligation d’admettre tout enfant de parents non-ayants droit, mais qu’il s’agit bien d’un cas par cas.

« Nous sommes vraiment ravis. La décision confirme que nous avions raison », a réagi quelques instants après le verdict, Jean De Dieu Tuyishime, président de la CSFTNO, en entrevue.

La Fédération nationale des conseils scolaires francophones qui représente l’ensemble des conseils en français au pays agissait aussi à titre d’intervenant dans le dossier en appui de son membre des Territoires du Nord-Ouest.

« On renforce l’accès à l’éducation en français en milieu minoritaire », juge de son côté l’avocate chez Juristes Power Law, Perri Ravon, qui représentait la CSFTNO dans ce dossier.

Le haut tribunal avait déjà octroyé un jugement fort en 2020 lorsqu’elle avait tranché en faveur d’un groupe de parents de la Colombie-Britannique qui réclamaient pour leurs enfants une éducation en français équivalente à celle offerte en anglais. Ce jugement d’aujourd’hui vient compléter le tout, mais au niveau administratif dans la prise de décision des gouvernements, estime Perri Ravon.

« Ils (les gouvernements) doivent décider si on va construire une nouvelle école. Où est-ce qu’on va la placer? Est-ce qu’on va donner du financement à tel ou tel programme ou est-ce que l’on va permettre l’accès à cette école pour des enfants immigrants? Maintenant, toutes ces décisions doivent tenir compte de l’article 23 alors ça va avoir des impacts plus larges même que juste l’accès. »

Un gain pour l’éducation en français chez les immigrants

Cette nouvelle décision a de fortes chances de renforcer l’éligibilité des écoles francophones à admettre les enfants de parents nouveaux arrivants dans leurs écoles, car ceux-ci sont souvent considérés comme non-ayants droit.

« Ce n’est pas automatique, mais dans plusieurs contextes, je pense que les chances vont augmenter maintenant », croit Perri Ravon.

« On est dans un mouvement de changement. On voit que nos écoles commencent à être remplies par l’immigration donc quand la Charte avait été écrite, je ne crois pas que cet élément qui concerne l’immigration était dans le viseur », affirme de son côté Jean de Dieu Tuyishime.

Les six familles d’enfants franco-ténois, qui avaient été refusées, étaient justement immigrantes, mais les plus jeunes parlaient français.

« Des familles de ce genre, il y en a des milliers dans notre francophonie, et cette tendance ira en augmentant. La Cour suprême nous donne aujourd’hui une base juridique forte pour éviter qu’on ne leur barre la route à l’école française », a applaudi la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada dans un communiqué.

Des oies, un cowboy, le père Noël et beaucoup de musique

Les sorties culturelles sont un excellent moyen de passer du temps de qualité en famille. Musique classique, théâtre ou événement communautaire, plusieurs options s’offrent au jeune public cette semaine. Le fil culturel contient aussi des idées pour l’adulte nostalgique, qui se rappellera le Cowboy du Nord ou le ska du tournant du millénaire. Beaucoup de musique et un documentaire sur l’un des plus grands peintres au pays viennent compléter le portrait.

Les oies et le peintre

Les hommages à Jean Paul Riopelle se multiplient en 2023, année où le célèbre peintre aurait eu 100 ans. Le réalisateur Jean-Luc Dupuis s’est attardé à son legs, mais particulièrement à sa fascination pour les oies, qu’on retrouve dans de nombreuses œuvres. Il a rencontré des proches de Riopelle comme l’artiste Marc Séguin, sa fille Yseult Riopelle ou sa dernière compagne Huguette Vachon. Le documentaire Les oies de Jean Paul Riopelle a été choisi par le jury du Festival international du film sur l’art (FIFA) en 2023. Il sera projeté gratuitement dans l’auditorium du Musée des Beaux-arts du Canada (MBAC) ce dimanche, en présence du réalisateur. L’activité se déroule en français, avec interprétation simultanée en anglais.

Le MBAC présente également, jusqu’au 7 avril, l’exposition Riopelle, à la croisée des temps, où ses œuvres les plus connues côtoient des tableaux plus nichés. De son côté, le Théâtre français du Centre national des arts propose, du 15 au 17 décembre, Le projet Riopelle, la biographie en toiles vivantes signée Robert Lepage / Ex Machina. Tout comme le documentaire de Jean-Luc Dupuis, le spectacle prend ancrage dans Hommage à Rosa Luxemburg, fresque monumentale de 30 tableaux que Riopelle a entamée en apprenant le décès de son ancienne compagne, la peintre Joan Mitchell, en 1992.

Jean-Luc Dupuis est le réalisateur du documentaire Les oies de Jean Paul Riopelle. Image avec l’autorisation de Jean-Luc Dupuis

Ottawa. Le 10 décembre. Projection gratuite du film Les oies de Jean Paul Riopelle le 10 décembre, présentée par le Théâtre français du CNA et le MBAC , en collaboration avec le FIFA. Détails sur le site du MBAC.

Écoute, une dernière fois

Le groupe de ska-pop Yelo Molo a connu la gloire au Québec à la fin des années 1990 et au début des années 2000, avec des albums comme Écoute! (1999) et Méli-Molo (2001). La génération Y de la belle province se souvient probablement des paroles de chansons comme Sabrina et Gros Zéro ou des reprises de thèmes d’émissions jeunesse comme Goldorak et Le petit castor. Après la sortie d’un dernier album, Dubaï, en 2022, le groupe entame une tournée d’adieu. Yelo Molo s’arrêtera au Centre régional de Loisirs culturels de Kapuskasing ce samedi. La première partie du spectacle est confiée à la formation locale de Mattice, Corridor 11.

La formation Yelo Molo a connu un grand succès commercial au Québec au tournant du millénaire. Source : Centre régionale de Loisirs culturels

Kapuskasing, le 9 décembre. Détails et billets sur le site du Centre régional de Loisirs culturels.

Le Cowboy du Nord

Du côté de North Bay, les Compagnons des francs loisirs accueillent le célèbre Franco-Ontarien, Jean-Guy « Chuck » Labelle. Le cowboy donnera un spectacle à la New Ontario Brewing Co. ce vendredi à 20h. Chuck Labelle cumule plus de 40 ans de carrière. Il est connu surtout pour la musique de style nouveau-country et pour ses albums de Noël. Originaire de Mattawa, nul doute qu’il recevra un accueil enthousiaste à North Bay. 

Jean-Guy « Chuck » Labelle au Gala Trille Or en 2015. Crédit image : Josée Perreault, Radio-Canada

Premier spectacle à La Ronde

Également habituée des spectacles de Noël, Céleste Lévis ajoutera une touche de féérie au nouveau centre culturel La Ronde, dans son patelin d’origine, à Timmins. Sur ses réseaux sociaux, l’artiste s’est dite honorée de présenter le premier spectacle dans le nouvel édifice, qui a ouvert ses portes à la fin novembre. Rappelons que l’ancien bâtiment avait été la proie des flammes en 2015. Le spectacle Noël reviendra aura lieu ce samedi.

Céleste Lévis donnera également des concerts à Hawkesbury le 14 décembre et à Ottawa le 16 décembre. Ce sera l’occasion d’entendre des classiques des fêtes, des chansons de son album Noël tout autour (2020) ainsi que sa nouvelle composition, Chante Noël.

Céleste Lévis lors de l’enregistrement de l’émission spéciale Lendemain de veille TFO, qui sera disponible sur le site de TFO dès le 18 décembre. Crédit image : Stéphane Bédard

Timmins, le 9 décembre. Détails et billets sur la plateforme Eventbrite

Questions existentielles sur fond de mandoline

Le duo montréalais Veranda sera en spectacle au Théâtre Spadina de l’Alliance française de Toronto ce samedi. Le couple formé de Catherine-Audrey Lachapelle et Léandre Joly-Pelletier s’est développé en même temps que le duo musical, alors que les deux apprenaient à se connaître dans des soirées bluegrass. La passion commune pour ce style musical et la complicité se transpose sur scène et sur disque depuis six ans. Au son définitivement bluegrass se mêlent des notes de country et de folk.

Après un EP en anglais en 2019, le duo a choisi le camp du français pour le EP suivant, en 2020, et le premier album complet, en 2022. Intitulé Là-bas, le disque s’inspire à la fois de la nature et de l’humain. À Toronto, le duo sera accompagné de Kieran Scott Poile au violon et de Jean-Philippe Demers-Lelotte à la contrebasse.

C’est la musique bluegrass qui a réuni Catherine-Audrey Lachapelle et Léandre Joly-Pelletier. Crédit image : Félix Renaud

Toronto, le 9 décembre. Détails et billets sur le site de l’Alliance française de Toronto.

Concert d’orchestre gratuit

L’association des musiciens de l’orchestre du Centre national des arts (OCNA) offre un concert gratuit ce dimanche pour la Fanfoire 2023. Le jeune violoniste franco-ontarien Justin Saulnier fera une apparition spéciale. Au printemps dernier, il a gagné la Bourse de l’OCNA 2023, alors qu’il n’avait que 17 ans. Le Concours de la Bourse de l’OCNA s’adresse aux cordistes de 16 à 26 ans.

Bien que l’activité soit gratuite, il s’agit aussi d’une campagne de financement pour la Banque d’alimentation d’Ottawa et le Fonds Habineige. Le public est invité à faire des dons ou à participer, avant le concert principal, à une vente de pâtisseries. L’organisme OrKidstra, qui aide les enfants en milieu défavorisé à se développer grâce au chant et aux instruments, s’occupera de la musique pendant cette période. Le père Noël sera aussi sur place. Pour l’occasion, le stationnement sous-terrain du CNA sera gratuit de 10h à 14h. L’activité préconcert se déroulera dès 11 h et le concert des musiciens de l’OCNA débutera à midi sur la scène du Foyer du canal.

La Fanfoire risque de rassembler de nombreuses familles encore une fois cette année. Crédit image : Curtis Perry

Ottawa, le 10 décembre. Détails et billets sur le site du CNA.

La table de Babel

Comment se comprendre lorsqu’on ne parle pas la même langue? C’est la question à laquelle les personnages de la pièce À table! devront répondre. Dans ce théâtre d’objets sans paroles s’adressant au public de quatre ans et plus, trois diplomates bien différents se retrouvent à la même table. Ils utiliseront leurs gestes et ce qui leur tombe sous la main pour se comprendre les uns les autres. L’idée de ce spectacle sur la communication et l’acceptation des différences a germé dans la collaboration entre l’auteur Simon Boulerice, la plasticienne et performeuse Sylvie Laliberté et l’auteur et metteur en scène Serge Marois.

À table! s’inspire de l’univers des films de Jacques Tati. En plus des matinées scolaires, une représentation ouverte à tous aura lieu ce samedi à 13 h 30 à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins (LNSGD). Les familles sont invitées à se présenter à l’avance puisque des livres portant sur les thèmes de la pièce et des jeux de société seront mis à leur disposition avant le spectacle. Après la pièce, une collation sera offerte en plus d’une discussion avec les artistes et d’un atelier de fabrication d’œuvres avec des objets récupérés.

Dans À table! les convives ne parlent pas la même langue et arrivent à se comprendre grâce au jeu, aux gestes et aux objets. Crédit image : Suzanne O’Neil

Ottawa, le 9 décembre. Détails et billets sur le site de LNSGD.

Magie pour les enfants, jeu-questionnaire pour les adultes

Petits et grands auront l’occasion de s’amuser dans les prochains jours au Muséoparc Vanier. Dimanche, c’est la deuxième édition de Créer la magie de Noël, une fête communautaire et familiale doublée d’une collecte de jouets neufs pour offrir à des enfants usagers de la banque alimentaire Partage Vanier Foodbank. Il est aussi possible de contribuer en argent ou avec des cartes-cadeaux. La fête aura lieu à la fois au Centre communautaire Richelieu-Vanier et à la Cabane à sucre du Muséoparc Vanier, sur le même terrain.

L’objectif est de dépasser les montants de dons de l’an dernier, soit 250 jouets et 6000 $. Plusieurs activités auront lieu sur place, dont la musique de Fritz Larrivière et de Mélissa Ouimet, une station de triage et d’emballage de cadeaux, des activités de coloriage et de création de cartes de souhaits, l’opportunité de prendre une photo avec le père Noël et le feu de camp. Créer la magie de Noël est organisé en partenariat avec le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) et la succursale St-Laurent des magasins DeSerres.

Pour une sortie entre adultes, la prochaine Soirée quiz Night du Muséoparc Vanier aura lieu le 13 décembre. Lors de ces soirées mensuelles et bilingues, les équipes peuvent tester leurs connaissances sur un thème différent à chaque fois, animé par des experts en la matière. Cette fois-ci, c’est la musique locale qui est à l’honneur. Les questions ont été écrites par les gens de la Coalition de l’industrie de la musique d’Ottawa (CIMO) et le quiz sera animé par Zoe Argiropulos-Hunter et Jessy Lindsay.

L’événement Créer la magie de Noël en sera à sa deuxième édition. Gracieuseté Muséoparc Vanier

Ottawa, le 10 décembre pour Créer la magie de Noël et le 13 décembre pour la Soirée Quiz Night. Détails sur le site du Muséoparc Vanier.

Comment Jacqueline Madogo a choisi une université anglophone

Le troisième volet de notre dossier sur le sport universitaire se penche sur les choix d’études de Jacqueline Madogo. Après une scolarité dans le secondaire francophone, cette membre de l’équipe d’athlétisme de l’Université de Guelph a opté, comme de nombreux autres athlètes, pour des études universitaires dans un milieu anglophone. Explications...

Étoile montante du sprint canadien, Jacqueline Madogo a connu ses premiers pas dans le monde du sport lorsqu’elle était au secondaire au sein du Collège Franco-Ouest. Avant son choix d’université, elle n’avait connu que l’enseignement en français. C’est donc tout logiquement qu’au moment de poursuivre ses études universitaires, elle a tout d’abord recherché une université francophone. Mais pas forcément en Ontario…

« Au départ, la plupart des universités que j’ai regardées ou visitées étaient en français. J’ai regardé à Ottawa qui est une université bilingue, mais qui offrait un programme que je voulais faire en français. J’ai aussi regardé quelques universités à Montréal. Donc la majorité des universités étaient en français. Ce qu’il faut savoir aussi c’est que lorsque j’ai commencé à faire mes recherches d’universités, c’était surtout pour aller jouer au soccer. J’aimais beaucoup les programmes à Montréal. » 

Finalement, un élément majeur dans le système de sélection des universités de la province de Québec a tout de suite mis un frein à ses envies d’aller étudier à Montréal et l’a fait se concentrer sur l’Ontario.

« J’ai pris la décision de ne regarder finalement qu’en Ontario car je n’avais pas fait le Cégep (passage obligatoire au Québec entre le secondaire et l’université) et du coup, j’aurais dû faire des années préparatoires avant de pouvoir entrer dans une université québécoise. C’était requis pour chacune d’entre elles. Cela m’a vraiment poussée à rester en Ontario car je ne voulais pas perdre deux ans dans ces classes préparatoires. » 

Loin de s’imaginer qu’elle allait percer en athlétisme, c’est d’abord le soccer qui a orienté les choix d’université de Jacqueline Madogo. Gracieuseté

Après avoir mis de côté ce désir d’aller au Québec, le choix logique pour poursuivre ses études en français était définitivement l’Université d’Ottawa, mais un courriel inattendu de l’entraîneur de l’équipe de soccer de l’Université de Guelph a changé la donne.

« Jusqu’à la dernière minute, je pensais que j’allais aller à l’Université d’Ottawa pour jouer au soccer, mais ensuite, j’ai reçu un courriel de l’Université de Guelph, de l’entraîneur. Il m’avait vu jouer à plusieurs reprises et m’avait déjà écrit une première fois lors de ma onzième année. Ce deuxième courriel, lors de l’été suivant, m’a vraiment fait regarder ce que leur programme avait à offrir », a-t-elle confié.

Une université « consacrée à la recherche »

« J’ai ensuite fait comme un camp d’entraînement, l’été, avec eux et à l’automne suivant, ils ont gagné la coupe provinciale (OUA). C’est là que je me suis dit que c’était un assez bon programme de soccer. J’avais aussi vaguement dit que je faisais de l’athlétisme et ils m’avaient fait comprendre que c’était possible que je fasse les deux. »

C’est finalement cet essai, l’intérêt porté par l’entraîneur, puis les résultats de l’équipe qui ont convaincu Jacqueline de se lancer dans l’aventure des études en anglais. Le programme de science réputé à Guelph et le fait que son père soit un ancien étudiant de l’université ont également joué un rôle primordial dans ce choix, que l’athlète ne veut pas qualifier de simplement sportif. 

« J’ai surtout regardé les programmes en premier. J’ai vu que Guelph était une bonne institution pour les sciences, ils ont un gros institut de recherche. J’ai comparé avec l’université d’Ottawa, en faisant les pour et les contre. Mon père a eu un diplôme (associate certificate) à Guelph, donc il était pas mal pour. C’était assez nostalgique pour lui », a-t-elle expliqué. 

« Je dirais que ce qui m’a vraiment attirée en premier à Guelph, c’était l’aspect de l’éducation. Je voulais vraiment être dans une université consacrée à la recherche et c’est vraiment le cas. Ici, il y a plein de beaux laboratoires. Le nouveau complexe des sciences m’avait vraiment attirée quand j’étais venue pour ma visite. Ensuite, l’aspect sport à joué, mais surtout sur le fait qu’ici, il y a un bon équilibre entre le sport et l’académique. C’est une des institutions qui fait le meilleur travail pour être aussi fort du point de vue académique et en sports. » 

Un choix plus académique que sportif

Si son choix d’étudier en anglais a au final été plus académique que sportif, d’expérience, Jacqueline confirme que bien souvent, c’est bien le côté sportif qui va faire en sorte que les athlètes ne poursuivent pas des études en français pour se diriger vers les universités anglophones possédant des programmes sportifs réputés.

« Une grande majorité des athlètes que je côtoie me disent que leur choix a été fait en fonction de la réussite sportive de notre programme. Dans la sphère athlétisme à Guelph, beaucoup de gens sont attirés par ce que l’on a à offrir. Je pense que leur choix est vraiment déterminé par cela. »

Difficile d’en faire une généralité, mais le cas de Jacqueline Madogo illustre parfaitement cette complexité pour les athlètes franco-ontariens de parvenir à la fois à trouver des programmes scolaires de qualité, en français, combinés à des programmes sportifs de haut niveau. Bien souvent, c’est donc vers le milieu universitaire anglophone que les meilleurs athlètes franco-ontariens se dirigent pour poursuivre leur éducation et leur parcours sportif au plus haut niveau. 

Les compressions à Radio-Canada pourraient contrevenir à la Loi sur les langues officielles

OTTAWA – Les compressions annoncées par Radio-Canada lundi pourraient ouvrir la porte à l’argument qu’elles violent la Loi sur les langues officielles, estiment deux juristes en droits linguistiques. Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, se montre de son côté prudent, mais invite les Canadiens à déposer une plainte s’ils sentent que leurs droits linguistiques pourraient être bafoués.

En annonçant lundi qu’elle allait supprimer 250 postes tant au côté anglophone qu’au côté francophone dans les prochains mois, le radiodiffuseur pourrait avoir ouvert la porte à contrevenir à la nouvelle Loi sur les langues officielles adoptée en juin par le fédéral.

« C’est là qu’il y a un problème à mon avis », estime le juriste acadien et spécialiste des droits linguistiques Michel Doucet.

« Une coupure de 250 postes du côté francophone peut avoir un impact beaucoup plus important que du côté anglophone étant donné l’importance de Radio-Canada pour ces communautés-là (…) Donc évidemment, Radio-Canada a l’obligation de prendre cette réalité-là en compte dans ses coupures », ajoute-t-il.

Le professeur en Droit de l’Université d’Ottawa François Larocque estime que le fait que l’institution médiatique ne semble pas avoir pris en compte « l’unicité de Radio-Canada lors d’un exercice comptable » pourrait être incompatible avec son obligation d’accorder un traitement égal aux deux langues officielles comme il est exigé et à l’atteinte de l’égalité réelle du français et de l’anglais au pays.

« Est-ce qu’ils ont tenu compte ici de l’importance proportionnellement supérieure de Radio-Canada pour la minorité francophone? Ce n’est pas clair et, si oui, il faudrait qu’ils en fassent la démonstration », affirme le spécialiste en droit linguistique.

Ce dernier dresse un parallèle avec la situation juridique de l’Hôpital Montfort il y a 20 ans. Les tribunaux avaient ordonné sa réouverture après que le gouvernement ontarien ait tenté de le fermer dans un effort de redressement des finances publiques.

« L’analogie est un peu la même : personne ne conteste l’obligation du gouvernement d’assainir les finances, mais on doit le faire en tenant compte des principes et des intérêts des minorités de langues officielles. »

Radio-Canada « bien consciente de ses obligations »

Il y a aussi une portion de la Loi, à laquelle est assujetti le radiodiffuseur public en tant qu’institution fédérale, qui vise l’épanouissement des minorités linguistiques au pays. Elle exige de Radio-Canada qu’elle prenne des décisions qui « respectent la nécessité de protéger et promouvoir le français dans chaque province et territoire », « de prendre en considération les besoins propres à chacune des deux collectivités de langues officielles », ou encore, « à appuyer des secteurs essentiels à l’épanouissement des minorités francophones et anglophones, notamment ceux de la culture ».

Le télédiffuseur public se voit aussi dans l’obligation de prendre des mesures positives visant les minorités linguistiques et « évidemment, dans ce cas-ci, ça ne serait pas une mesure positive », soutient Michel Doucet.

« Si on n’a pas évalué l’impact direct de cette décision-là de coupe sur les communautés, il y aura certainement un argument en théorie qui pourrait être soulevé au niveau de la partie VII (de la Loi sur les langues officielles) », ajoute-t-il.

Interrogée par ONFR à savoir si elle avait pris en compte ses obligations linguistiques lors de l’annonce des coupes, la société d’État répond dans une déclaration écrite qu’elle est « bien consciente de ses obligations en vertu de la Loi sur les langues officielles ».

Radio-Canada a indiqué lundi après son annonce qu’il était « encore trop tôt pour parler des réductions dans les différentes régions ». Le radiodiffuseur s’est défendu dans les derniers jours en mentionnant que dans des coupures de 40 millions de dollars, au niveau de la production indépendante, la CBC devra trouver 25 millions de dollars en économies alors que son confère francophone devra éponger 15 millions de dollars. Même là, soutient Michel Doucet, cet argument pourrait être débattable.

« Une coupure de 15 millions de dollars peut-être plus dramatique du côté francophone qu’une coupure de 25 millions du côté anglophone. Donc c’est l’analyse qu’il faut faire, de regarder l’impact que ces coupures-là auront directement sur la communauté francophone. »

Portez plainte si vos droits ont été bafoués, dit Théberge

Les deux experts que nous avons interrogés estiment que le Commissariat aux langues officielles serait pleinement en mesure de recevoir et d’enquêter si jamais une plainte était reçue selon lequel ces compressions violent des droits linguistiques. C’est encore plus vrai avec la nouvelle Loi sur les langues officielles qui inclut désormais Radio-Canada, selon François Larocque.

« Le rôle de Radio-Canada dans la promotion des langues officielles est maintenant reconnu avec C-13 donc ça ouvre la porte au commissaire à intervenir pour (possiblement) faire des interventions auprès du gouvernement et du Parlement », explique-t-il.

Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge. Gracieuseté.
Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge. Gracieuseté Commissariat aux langues officielles.

En entrevue, le commissaire Raymond Théberge n’a pas voulu se prononcer à savoir si son bureau jugerait une plainte dans ce dossier comme recevable ou non recevable.

« Si quelqu’un du public sent que ses droits linguistiques ont été biaisés, il peut déposer une plainte et on va en faire l’analyse. C’est évident qu’on a une nouvelle partie VII de la Loi et je pense qu’avec ces nouveaux outils, ça va nous permettre un éclairage tout à fait différent », offre-t-il comme réponse.

Ce dernier a aussi un message pour Catherine Tait et la haute direction de Radio-Canada, car « moi la question que je me pose, c’est, est-ce que l’on va tenir compte des communautés de langues officielles en situation minoritaire? »

« Je pense qu’avant de passer à des coupes qui touchent ces communautés, ils devraient avoir une consultation auprès de ces communautés », estime-t-il, rappelant qu’il s’agit d’une obligation de la Loi sur les langues officielles

La santé en français, parfois une question de vie ou de mort

TORONTO – Le commissaire aux services en français Carl Bouchard rapporte une hausse de 40 % des plaintes avec 386 cas, soit le total le plus élevé reçu par l’Unité des services en français du Bureau de l’ombudsman depuis 2019. Touchant à des enjeux vitaux, le secteur de la santé demeure une source importante de plaintes, dont les cas rapportés montrent que les répercussions d’un mauvais suivi médical peuvent s’avérer graves.

La majorité des hôpitaux qui ont des obligations en vertu de la Loi sur les services en français sont ceux désignés dans le Règlement 398/93 avec des départements spécifiques où des services en français doivent être offerts au public. Il existe 24 hôpitaux désignés en Ontario, situés dans 13 des 26 régions désignées.

Parmi les cas rapportés : « Une francophone s’est adressée à nous pour partager l’expérience de son conjoint après que ce dernier ait subi une chirurgie cardiaque dans un centre hospitalier partiellement désigné. Son conjoint a reçu des appels de suivi en anglais de la part du chirurgien, des infirmières et de la physiothérapeute, en dépit de son insistance à recevoir des soins en français. »

Après investigation, la langue de préférence indiquée dans le système informatique du centre hospitalier était l’anglais, une conséquence directe du formulaire de référence du patient ne demandant pas sa langue de préférence, l’anglais étant donc assigné par défaut.

Suite à l’intervention du commissaire, la langue de préférence du patient a été modifiée dans le système informatique du centre et un rappel pour la validation de la langue de préférence a aussi été effectué auprès du personnel hospitalier. Santé Ontario, qui a également été contacté pour discuter du formulaire de référence, a confirmé qu’un champ pour la préférence linguistique serait bientôt ajouté au formulaire.

Un second cas détaillé rapporte ce qui suit : « Lorsqu’elle s’est présentée aux urgences d’un centre hospitalier désigné du Nord, une dame de la région a été accueillie par un membre du personnel qui lui posait des questions de dépistage de la COVID-19 en anglais seulement. Par la suite, à la réception, elle n’a pas eu accès à un service en français. Lorsqu’elle a demandé à un membre du personnel infirmier s’il parlait français, la dame nous a dit que « ça a créé toute une scène. »

« Offrir un service de santé dans la langue maternelle est vital, surtout quand la personne est malade, que ce soit en soins primaires ou en santé mentale »
— France Gélinas, députée de Nickel Belt

Suite à la plainte, le Service des urgences en question a pris des mesures, notamment un rappel au personnel des urgences du protocole à suivre en cas de patients francophones, l’affichage dans les deux langues ou encore une révision par le département des Ressources humaines des exigences en matière de services en français.

La députée de Nickel Belt, France Gélinas, porte-parole en Santé du NPD, qui souligne le fait que de nombreuses erreurs médicales peuvent être faites faute de mauvaise communication entre les deux langues, explique : « Beaucoup d’études démontrent qu’offrir un service de santé dans la langue maternelle est vital, surtout quand la personne est malade, que ce soit en soins primaires ou en santé mentale. La qualité des soins dépend de la langue maternelle. »

Le rapport fait également état des écueils auxquels les étudiants francophones dans la filière de la santé sont confrontés, ne pouvant pas passer leurs examens finaux en français, au vu de la mauvaise qualité de ceux-ci.

« Ce n’est pas facile d’être un professionnel de la santé en Ontario car le système est vraiment fait en anglais et le fait qu’on ne leur permette pas de faire leurs examens finaux donne vraiment le ton, le système te claque la porte en plein visage », déclare Mme Gélinas pour qui cette situation aggrave davantage le manque de services en français en santé.

Autres faits saillants

L’augmentation de 40 % des cas pourrait être attribuée à la mise en place de l’offre active depuis avril 2023, d’où des attentes plus importantes de la part de la communauté, à un travail accru de sensibilisation du commissariat, mais aussi à une recrudescence des plaintes liées à l’Université de Sudbury.

Parmi les quatre organismes qui ont fait l’objet du plus grand nombre de plaintes, le premier en tête, et de loin, est le ministère des Collèges et Universités : 35,8 %, notamment 115 plaintes et demandes de renseignements reçues suite à l’annonce du ministère du non-financement de l’Université de Sudbury.

Cependant le rapport n’en détaille pour l’heure pas les cas précisant : « Bien que ces cas aient été motivés par une décision politique – et que le Bureau de l’Ombudsman n’intervienne généralement pas dans de telles décisions – nous les examinons de près. »

29,4 % des plaintes concernent les communications écrites et les médias sociaux sur les organisations assujetties à la Loi sur les services en français, avec des cas portant sur des rapports, avis, formulaires et publications d’organismes gouvernementaux et institutions.

Les services en personne et téléphoniques comptabilisent 55,2 % des organismes assujettis à la Loi sur les services en français avec des organismes gouvernementaux tels que Service Ontario ou encore des ministères. Le manque de signalisation en français, notamment routière, est également à noter avec 3,9 % des plaintes.

Carl Bouchard a entamé depuis le 6 juillet 2023 une enquête sur la publicité extérieure gouvernementale unilingue, après avoir remarqué que le français était absent de certains panneaux électroniques d’organismes gouvernementaux. Il s’agira de déterminer dans quelle mesure la Loi sur les services en français est respectée.

De nouvelles recommandations et des rappels

L’ensemble des cas a mené à l’élaboration de quatre recommandations principales pour améliorer les services gouvernementaux en français. Parmi celles-ci, le commissaire préconise :

  • Au ministère des Affaires francophones d’élaborer des lignes directrices à l’intention de tous les organismes gouvernementaux pour que leurs comptes de médias sociaux se conforment au règlement, après avoir signalé de nombreux comptes uniquement en anglais.
  • D’améliorer la formation pour que les membres du personnel de première ligne sachent comment traiter les demandes de services en français : « Le vrai problème n’était pas que le service en français n’existait pas, mais plutôt que le personnel n’en avait pas connaissance ni n’était conscient de son obligation de le fournir », écrit le commissaire dans son rapport.
  • Au Conseil du Trésor d’ordonner aux ministères et aux organismes gouvernementaux de former le personnel de première ligne de ses obligations en matière de services en français, et de lui en faire des rappels réguliers.
  • Une revue des 30 recommandations formulées par le Bureau depuis 2020, toutes acceptées par le gouvernement, en ce qui concerne la planification par tous les ministères de leurs services en français d’une manière systématique et uniforme, toutes les offres d’emploi publiques affichées par le gouvernement sur son site Web en français et en anglais et la mise à jour des organismes désignés en vertu de la Loi sur les services en français par le ministère des Affaires francophones.

 « Les recommandations qu’on y retrouve feront une différence pour l’accès à des services en français si elles sont implémentées. Deux ans après l’adoption de la nouvelle Loi sur les services en français, il est important que les ministères communiquent dans les deux langues officielles par tous les moyens, y compris via les médias sociaux. », déclare Fabien Hébert, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), qui accueille favorablement le premier rapport annuel du commissaire aux services en français.

« L’insouciance des conservateurs de Ford vis-à-vis de la protection des droits linguistiques acquis des francophones en Ontario est plus qu’une erreur de communication, c’est un grave manque de leadership. Le rapport expose le manque de volonté politique de ce gouvernement quand vient le temps de traduire les plus simples communications publiques en français, en particulier sur les médias sociaux, laissant les Franco-Ontariens dans le noir », a quant à lui vivement réagi Guy Bourgouin, député de Mushkegowuk-Baie James et porte-parole de l’opposition officielle pour les Affaires francophones.

« Nous vivons dans deux Ontario qui fonctionnent à deux vitesses différentes : l’une où les anglophones sont informés en temps réel et l’autre où les francophones doivent attendre pour savoir ce qui se passe dans leur province », a-t-il déploré.

Une élue bilingue entend redynamiser le Comité des affaires francophones de Toronto

TORONTO – Alors que le Comité consultatif des affaires francophones de Toronto se remet au travail ce jeudi, après une parenthèse de plus d’un an, sa nouvelle coprésidente Alejandra Bravo compte bien faire davantage pour les Franco-Torontois. Au micro d’ONFR, celle qui est conseillère municipale de Davenport, d’origine chilienne, raconte son lien à la langue française et ses ambitions pour la vie en français dans la Ville Reine.

Reconduit et constitué à la mi-octobre, le Comité consultatif des affaires francophones de Toronto permet de donner une voix des francophones de Toronto au conseil municipal.

« Il y a historiquement une population francophone à Toronto et en Ontario et ça évolue en plus avec de nouveaux arrivants des Caraïbes, de l’Afrique, etc. Je considère qu’il est très important pour moi de tisser des liens directs en tant que francophone », explique M. Bravo, qui souhaitait représenter les francophones à la mairie depuis longtemps.

Arrivée au Canada du Chili avec sa famille une première fois après le coup d’État de 1974, alors âgée de deux ans, elle y retourne plus tard cette fois pour y rester.

« Mes parents ont toujours vu le fait d’être Canadiens comme inhérent au fait de savoir parler français, comme une évidence. Ma mère a appris le français et continue à le faire à 74 ans. Pour moi c’était très important, car l’apprentissage de la langue est le meilleur moyen de comprendre une culture ».

« J’apprenais l’anglais aussi à l’école dès l’âge de quatre ans, mais ma mère me lisait Le Petit Prince le soir par exemple. C’était un projet conjoint entre elle et moi. »

Elle explique que ses trois enfants, qui ont étudié le français, ont suivi le même chemin, les deux aînés vivant d’ailleurs à Montréal.

Pallier l’inactivité passée du comité

« J’ai hâte de commencer. Nous avons fait tous les efforts pour que la première réunion ait lieu avant cette fin d’année afin de pouvoir commencer à travailler dès l’année prochaine », déclare-t-elle.

« Il s’agit lors de la première séance d’apprendre à se connaitre et de comprendre les obligations de chacun en lien avec le comité, d’identifier les enjeux, et de constituer un plan de travail. C’est également l’occasion pour le conseil municipal de mieux connaitre la communauté francophone à travers les membres. »

Concernant une possible réforme du format d’un comité critiqué pour ces deux uniques réunions dans l’année, elle répond : « Le problème est que, par le passé, il n’y avait pas de « raison » en soi de se réunir plus, car pas assez de contenu, pas assez de thèmes identifiés au préalable ».

La conseillère Bravo, ici dans son bureau, veut que le comité soit en ordre de marche dès le début de l’année 2024. Crédit image : Sandra Padovani

De poursuivre : « Je veux donner une direction un peu différente et repenser l’orientation du comité. Si on part des faits, du point de vue des membres et des vrais enjeux, on pourra trouver les points concrets sur lesquels se concentrer et travailler en continu durant ces trois années de mandat. »

« Je ne vois d’ailleurs pas d’obstacle au fait de travailler sur nos tâches chacun de notre côté en dehors des réunions pour faire avancer nos objectifs. »

Selon elle, beaucoup des attentes des francophones ont trait aux services qui relèvent du gouvernement provincial. Il convient donc de trouver ce qui peut être amélioré au niveau de la municipalité.

Un agenda plus ambitieux et plus d’implication

Sur des thèmes plus universels aussi comme le logement par exemple, il s’agira de faire connaitre le point de vue des francophones, leur donner l’espace pour pouvoir donner leur opinion.

Quant aux priorités à adresser pour les Franco-Torontois, c’est ce qu’elle souhaite découvrir au contact des membres de la communauté francophone qui siègeront au comité : « Avoir accès à des services essentiels dans la langue est bien sûr très important, mais aussi avoir les moyens pour que les priorités soient bien connues à la municipalité. »

Concernant les communications de la ville en français, la conseillère municipale rappelle la difficulté en termes de ressources et le budget limité dans la mesure où les services sociaux incombent à la municipalité, particularité de l’Ontario, ce qui explique qu’il n’y ait pas la notion de bilinguisme comme ça devrait l’être si c’était d’origine provinciale, ce qui est difficile pour les francophones.

« Quand ces services incombaient à la province, il y avait plus d’obligations linguistiques. C’est quelque chose qu’il faut continuer d’aborder avec le gouvernement, car c’est une perte énorme pour la communauté. Dans un pays bilingue, j’aimerais avoir l’appui de la province pour pouvoir le faire. C’est suffisamment important pour qu’on puisse en parler avec le comité », assure Mme Bravo.

« Des informations devraient être traduites quand elles sont essentielles, mais quand on regarde le déficit de 1,5 million de dollars aux opérations de la ville, ce serait assez difficile sans l’appui de la province. »

« Toronto et Montréal auraient tout intérêt à avoir des liens plus étroits »
— Alejandra Bravo, coprésidente du Comité consultatifs des affaires francophones de Toronto

À la question de potentielles initiatives communes et jumelages avec la Ville de Montréal, pour renforcer la francophonie, elle évoque la grande affinité entre les deux mairesses Olivia Chow et Valérie Plante qui sont en communication et échangent sur des problématiques communes.

« Les deux villes auraient tout intérêt à avoir des liens plus étroits, car ce sont de grandes villes avec des enjeux similaires. Y parvenir serait pour moi un rêve. C’est tout à fait d’actualité, car la Ville de Toronto évalue actuellement la façon de mettre en place des jumelages. Je poserai personnellement cette question, car l’initiative passe par le Economic and community development committee dont je suis maintenant la présidente, donc ça tombe à pic ! »

Budget d’Ottawa : 3,35 millions de dollars pour les services en français

OTTAWA – L’exercice financier de la Ville d’Ottawa a été adopté ce mercredi. Un budget qui finance les services municipaux, les bibliothèques, la santé publique et les directions générales telles que le transport, la police ou les services sociaux et communautaires. Cette année, le budget priorise le logement abordable, le réseau de transport, mais aussi à la sécurité des résidents. Le maire d’Ottawa a qualifié son plan budgétaire d’équilibré.

Dans son budget pour 2024, le maire Sutcliffe a annoncé un investissement supplémentaire de 216 000 $ par rapport à 2023 pour la direction des services en français. Une grande partie de ce montant ira aux services des traductions. Le montant total évoluera donc de 3,14 millions à 3,35 millions en 2024.

Autre annonce importante, la Ville d’Ottawa souhaite limiter à 2,5 % la hausse des impôts fonciers. En fixant cette augmentation du taux d’imposition à 2,5 %, la Ville prévoit donc une hausse de 105 $ pour le propriétaire d’une résidence en zone urbaine et une hausse de 86 $ pour le propriétaire d’une résidence en zone rurale.

Le maire Sutcliffe concentré sur les priorités

« Au cours des 18 derniers mois, j’ai rencontré beaucoup de citoyens et j’ai entendu les inquiétudes liées aux risques économiques de l’avenir. Ils veulent plus de centres de loisirs, de meilleurs transports en commun et qu’on répare leurs routes et leurs trottoirs. Mais les résidents veulent aussi que nous soutenions les plus vulnérables. »

Pourtant, « avec des ressources limitées, nous ne pouvons pas tout faire et nous devons investir dans nos priorités », s’est exprimé l’édile ce mercredi matin, insistant sur le fait de ne pas vouloir alourdir la charge financière des résidents en augmentant les impôts et les taxes.

Au total, les dépenses de la municipalité oscilleront autour de 5 milliards de dollars en 2024 (avec des dépenses de fonctionnement de 4,6 milliards de dollars et des dépenses en capital de 1,2 milliard de dollars).

« Je crois vivement à une approche équilibrée et je crois que ce budget le reflète », croit le maire.

Le maire Sutcliffe a voté contre le gel du tarif des transports en commun ce mercredi. Crédit image : Stéphane Bédard

Cependant, on constate plusieurs augmentations, comme le coût des programmes récréatifs, le stationnement dans les rues ou encore la taxe sur les chambres d’hôtel et l’hébergement de courte durée qui passera de 4 à 5 %.

Les transports en commun au coeur des débats

Le plus long débat durant le vote du budget ce mercredi aura été l’augmentation ou le gel du tarif pour les bus et trains d’OC Transpo. L’année 2023 a été particulièrement difficile pour le service de transport en commun dans la capitale. Nous apprenions en novembre dernier que le déficit d’OC Transpo avoisinait les 50 millions de dollars. Le budget 2024 prévoit donc l’ajout de 31 millions de dollars à l’enveloppe destinée à OC Transpo.

Mais le problème réside dans l’absence de clients au sein des autobus et trains de l’organisme. Le conseiller Menard, du quartier Capitale, avait donc proposé de geler le tarif du transport, bien que cela engendrerait une perte de 3,8 millions de dollars. Pour renflouer cette perte de recettes, l’impôt foncier avait été mentionné comme solution.

Renée Amilcar, la directrice générale d’OC Transpo, s’est prononcée contre le gel du tarif. En 2022, OC Transpo comptabilisait 50, 2 millions de passagers et en 2023, ce sont 62,5 millions de personnes qui ont utilisé les services. D’après Mme Amilcar, 70 millions de passagers devraient être présents en 2024. C’est donc plutôt une augmentation du tarif de 2,5 % qui a été déterminée, faisant passer le montant du coût d’un pass mensuel adulte à 128,75 $, soit une hausse de 3,25 $.

Renée Amilcar est la directrice générale d’OC Transpo, la société de transport ottavienne. Gracieuseté

Au total, 15 conseillers se sont prononcés contre le gel du tarif et 10 pour. En ce qui concerne le montant alloué à la commission du transport, le conseil municipal a voté en faveur avec 17 conseillers pour et 8 contre.

Le budget consacré au logement en hausse

L’autre grande priorité d’Ottawa est le logement abordable. Pour les logements de transition, Ottawa ajoute un investissement de 5 millions de dollars. Au total, le logement bénéficiera d’une enveloppe de 214 millions de dollars, notamment grâce à une augmentation du budget d’investissement initialement de 24 millions de dollars, qui passera à 30 millions de dollars en 2024.

Enfin, la Ville prévoit 900 millions de dollars de dépenses d’infrastructure, dont plus de 140 millions de dollars pour des réparations routières et la réhabilitation de ponts.

Au total, le service de police recevra 410 millions de dollars, tandis que le transport en commun devra régler ses problèmes avec 731 millions de dollars en poche.

La sécurité des habitants en priorité

D’après M. Sutcliffe, Ottawa verra un nouveau centre opérationnel dans le Marché By et un nouveau poste de police dans le quartier Barrhaven.

« Les pressions sont sans précédent », déclare-t-il, insistant sur le besoin d’obtenir une aide spécifique à Ottawa. 

Le service de police veut lancer, dès 2024, un modèle de police de district, dans le cadre de sa stratégie de police communautaire. Cela implique généralement un engagement plus étroit avec la communauté locale, où les officiers de police travaillent en collaboration avec les résidents pour résoudre les problèmes spécifiques à leur quartier. Plusieurs zones sont problématiques à Ottawa.

Durant le vote du budget, le chef Eric Stubbs a admis avoir des difficultés à trouver des mesures proactives, que ce soit à propos de la circulation ou pour créer des relations avec les habitants dans les quartiers.

Huit conseillers se sont opposés à cet investissement, mais la majorité l’a approuvé.

Pour justifier l’ajout de plus de 13 millions de dollars à ce nouveau budget, M. Stubbs explique qu’il y a « une tonne de travail à faire ».

« Nos appels ont augmenté de 17 % de plus depuis 2022 », s’est-il plaint.

La prochaine réunion du conseil municipale aura lieu en janvier 2024.

Le Sénat force l’inclusion d’une mention sur les minorités linguistiques dans un projet de loi gouvernemental

OTTAWA – Le Sénat a modifié un projet de loi du gouvernement Trudeau sur les garderies en ajoutant une obligation de financer la petite enfance en français en milieu minoritaire.

Le projet de loi C-35, de l’ancienne ministre de la Famille et des Enfants, Karina Gould, vise à assurer la pérennité du financement des garderies et vient en quelque sorte enchâsser dans une loi les ententes signées entre les provinces et le fédéral au cours des dernières années.

Mercredi, les sénateurs, avec 58 votes pour et 20 contre, ont adopté une motion de leur collègue acadien René Cormier, en ajoutant la mention des « communautés de langue officielle en situation minoritaire » dans la portion de la Loi qui vise l’engagement financier des gouvernements.

Cette même motion du sénateur Cormier avait été refusée en comité lors de l’étude du projet de loi et était vue comme essentielle aux yeux des communautés francophones hors Québec. Ces derniers jugeaient que sans une telle mention, les provinces n’auraient aucune obligation de financer les services de garde francophones.

« Il y a un appui puissant et je pense que ça vient vraiment des collègues sénateurs qui ont eu une prise de parole forte sur la reconnaissance que la question des garderies pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire, c’est crucial », a témoigné, en entrevue, quelques instants après le vote le sénateur Cormier.

Le Sénat doit encore voter sur l’ensemble du projet de loi. En principe, le vote doit survenir jeudi alors qu’aucun autre amendement n’est attendu, le but étant de le renvoyer le plus tôt possible à la Chambre des communes. Celle-ci devra alors se prononcer sur le libellé tel qu’amendé. Elle pourrait alors décider par un vote de rejeter la modification proposée avant de la renvoyer à nouveau au Sénat, un scénario qui pourrait être évité si les parlementaires acceptent l’amendement.

Un amendement auparavant rejeté

Le projet de loi C-35 avait été adopté à l’unanimité par le Parlement en juin dernier. La modification apportée jeudi par le sénateur Cormier avait auparavant été portée devant le Parlement, mais avait été rejetée par les libéraux et le NPD en comité. Aucun amendement n’avait été apporté à la Chambre haute lors de l’étude clause par clause au Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.

Lors des débats au Sénat mardi, des sénateurs ont exprimé des inquiétudes sur le fait que le projet de loi C-35 omet les responsabilités constitutionnelles du fédéral en n’incluant pas les minorités linguistiques. La sénatrice franco-ontarienne Lucie Moncion de Sudbury avait alors mis en garde ses collègues « contre les risques de préjudices envers les minorités de langue officielle en situation minoritaire ».

« Les risques juridiques liés à cette omission sont réels et étayés par les faits et par la jurisprudence pertinente en droits linguistiques. L’absence d’une mention explicite à l’article 8 est donc source d’une grande inquiétude pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire », s’inquiétait-elle.

Son collègue René Cormier a par ailleurs souligné une intervention de l’ancien juge de la Cour suprême Michel Bastarache qui avait écrit au comité pour qu’il ajoute « l’obligation de mettre dans l’entente l’obligation de financer la formation en français ».

Le représentant du gouvernement au Sénat Marc Gold avait présenté comme argument qu’il « serait incohérent de reconnaître les minorités francophones et anglophones aux côtés des provinces, des territoires et des peuples autochtones ».

« Sur le plan juridique, les minorités francophones et anglophones n’ont pas le même statut ni le même rôle que les partenaires provinciaux, territoriaux et autochtones dans la prestation des programmes et services d’éducation préscolaire et de garde d’enfants, pas plus que dans l’élaboration et la pérennisation de ce système pancanadien », avait-il exprimé.

Les hôpitaux « mis à rude épreuve » selon le vérificateur général de l’Ontario

TORONTO – Passés au crible aujourd’hui dans une série de rapports du vérificateur général de l’Ontario (VG) par intérim Nick Stavropoulos, entre autres, les soins de santé avec les fermetures des salles d’urgence dans la province, les hôpitaux aux prises avec les pénuries de personnel et de financement, ou encore la sous-évaluation des coûts du déplacement du Centre des sciences de l’Ontario aux frais du contribuable. Les réactions divergent entre le gouvernement et l’opposition.

 « L’absence d’une stratégie à l’échelle de la province pour aider les hôpitaux à prévenir les fermetures de services d’urgence, en plus des pénuries continues de personnel, continue de mettre les hôpitaux à rude épreuve », a déclaré M. Stavropoulos. Cela signifie que les patients sont moins susceptibles de recevoir rapidement des soins intensifs lorsqu’ils en ont besoin. »

« Nous avons aussi constaté qu’il y a eu plus de 200 fermetures imprévues des services d’urgence de 23 hôpitaux, surtout dans des régions rurales ou éloignées, entre juillet 2022 et juin 2023, principalement en raison d’une pénurie de personnel infirmier et de médecins », explique le rapport.

Autre fuite financière pour les hôpitaux : pour pallier ces pénuries, ceux-ci doivent embaucher du personnel infirmier d’agences à des taux horaires beaucoup plus élevés que ceux du personnel infirmier permanent. En 2022-2023, un hôpital a dépensé environ 8 millions de dollars en réponse au manque de personnel au service d’urgence, soit plus du triple des 2,4 millions de dollars dépensés en 2021-2022. 

« La province devrait collaborer avec les hôpitaux pour relever ces défis dans les services d’urgence de l’Ontario et mettre au point de nouvelles façons pour assurer un accès rapide aux soins », a affirmé M. Stavropoulos.

L’audit soulève également un temps accru d’attente aux services d’urgence, et une attente de 24 h en moyenne pour les patients qui ont besoin d’un lit, bon nombre étant traité dans les couleurs des services d’urgence faute d’espace disponible.

Le manque de personnel infirmier noté par le vérificateur général affecte le triage des patients amenés par les ambulances, retardant le retour des ambulanciers dans les collectivités pour traiter d’autres appels d’urgence.

Retardant le traitement des appels d’urgence, une visite sur cinq n’est pas urgente et résulte de la pénurie de médecins de famille ou d’accès à d’autres services.

Des versions divergentes entre l’opposition et le gouvernement

La ministre de la Santé, Sylvia Jones, légitime le recours aux agences pour les infirmières comme solution alternative et indique qu’« il est important de mettre en avant que nous voyons une réduction du recours aux agences ».

Celle-ci invoque principalement les mesures mises en place par le gouvernement pour augmenter les effectifs de formation de santé ou encore faciliter les transferts de personnel entre provinces sans lourdeurs administratives : « Nous élargissons les places et formations. Ce sont 30 000 étudiants qui sont formés pour agrandir les effectifs. »

« Ces fermetures sont temporaires », assure la ministre de la Santé. 44 millions de dollars ont été mis de côté pour leur assurer des investissements pour qu’ils gardent leurs services ouverts. Il n’y a pas eu de fermeture depuis que cette mesure a été mise en place », en référence au financement de juillet dernier pour aider les services d’urgences ruraux ontariens.

Pour la députée néo-démocrate de Nickel Belt France Gélinas, porte-parole en Santé, le rapport du VG démontre que « le gouvernement a mis les soins de santé en bas de leur liste de priorité ».

France Gélinas, députée provinciale de Nickel Belt, porte-parole en Santé du NPD. Source : Assemblée législative de l’Ontario

« Notre système de santé est complètement à l’abandon : plus de délais d’attente, des fermetures de services de santé. Ces 203 fermetures de salles d’urgence sont une honte et le fait que la ministre de la Santé l’ignore est aberrant. » Elle énonce les disparités d’accès à la santé qui ne font que se creuser dans les communautés isolées comme dans le Nord de l’Ontario.

« Le système de santé est la plus grosse responsabilité d’un gouvernement provincial, or, ce gouvernement ignore complètement ses devoirs. Son objectif est de s’assurer que les compagnies privées de santé fassent un maximum d’argent », dénonce-t-elle.

La députée, qui demande un plafonnement du tôt horaire des agences d’infirmières, explique que le recours aux agences est maintenant 25 fois plus élevé qu’auparavant : « L’argent du public sort de la santé publique pour aller dans la poche d’entreprises privées. »

Sous-évaluation financière pour le Centre des Sciences de l’Ontario

Autre pan mis en avant par le VG : le déménagement du Centre des sciences de l’Ontario et son intégration à la Place de l’Ontario, compris dans l’accord historique entre la Ville de Toronto et la province. L’Ontario analysait la semaine précédente qu’une économie de 257 millions de dollars serait réalisée sur 50 ans pour les contribuables par rapport à la rénovation de l’édifice actuel.

Or, le vérificateur général par intérim Nick Stavropoulos y a observé des manquements : « Le gouvernement a pris des décisions concernant le déménagement du Centre des sciences de l’Ontario à la Place de l’Ontario en se basant sur des renseignements relatifs aux coûts préliminaires et incomplets et sur des commentaires insuffisants de la part des principaux intervenants. »

Selon lui, n’ont pas été pris en compte : les frais de financement, de transaction et juridiques pour la construction du nouveau centre des sciences prévus dans le modèle de partenariat public-privé (PPP) par rapport aux coûts similaires associés au maintien à l’emplacement actuel, de même que les frais de stationnement plus élevés pour la réinstallation.

Sylvia Jones, ministre de la Santé, a défendu les choix du gouvernement dans la gestion des hôpitaux. Archives ONFR

Les consultations avec les intervenants clés auraient également été insuffisantes, comme les propriétaires du centre, l’Office de protection de la nature de Toronto et de la région et les grands conseils scolaires de la région du Grand Toronto (dont les élèves représentant 25 % des visiteurs), pas non plus inclus.

La ministre de l’Infrastructure Kinga Sturma justifie la précipitation « pour ne pas perdre de temps, car la perte de temps est coûteuse » et nie avoir manqué de consultations : « C’est notre projet qui aura fait l’office de plus de consultations. »

« 650 millions de dollars pour le spa de luxe privé de l’argent public pour financer un spa que personne n’a demandé. Le gouvernement doit faire marche arrière », commente la cheffe du NPD Marit Stiles en conférence de presse.

« Les principales parties prenantes n’ont pas été consultées sur le déménagement du Centre des sciences, et la décision a été prise sur la base d’informations « incomplètes » et insuffisantes, motivées par la nécessité de justifier un parking financé par l’État pour une entreprise privée de spa de luxe. »

« Cela a été une année gâchée à cause de la négligence des conservateurs. La population de l’Ontario ne peut pas se permettre une autre année de cela », déclare celle-ci.

Difficile d’allier sport de haut niveau et études en français dans les petites universités 

En dehors de la capitale fédérale et de l’Université d’Ottawa, il est bien difficile de combiner sport de haut niveau et études en français. Suite de notre dossier sur le sport universitaire avec quatre institutions majeures qui offrent des programmes d’étude en français : l’Université de l’Ontario français à Toronto, les universités de Hearst, de Sudbury et Laurentienne dans le Nord de la province. 

Sur ces quatre institutions, seule la Laurentienne possède un programme sportif évoluant dans le U Sports. Dans l’ombre de sa voisine, l’Université de Sudbury (qui n’offre plus de programmes actuellement) ne se consacre pas au sport.

En ce qui concerne Hearst, le manque de moyens fait qu’il est très compliqué de se doter des infrastructures nécessaires propices à la performance sportive de haut niveau, comme l’explique le recteur, Luc Bussières.

Luc Bussières a toujours encouragé les initiatives personnelles malgré le manque de moyen pour développer le sport universitaire à Hearst. Archives ONFR

« On a 330 étudiants répartis sur trois campus qui sont à 3 h l’un de l’autre, donc c’est difficile d’avoir une masse critique assez importante pour ça. Mais on a eu il y a quelques années un groupe très motivé parmi nos étudiants africains pour constituer une équipe de football. Un de nos campus étant doté d’un gymnase, ils ont été capables de s’entrainer en salle et de terminer deuxièmes d’un tournoi provincial. »

Et d’ajouter : « Ça restait l’initiative d’une poignée d’individus. Nous autres on a toujours dit : « si vous avez un projet, si vous avez un plan, on va vous appuyer ». C’est ce qu’on avait fait cette année-là, juste avant la pandémie. Au-delà de ça, il n’y a pas de projet du fait de nos limitations importantes. »

Fabrice Marvin Zongo, une histoire d’abnégation

Une autre initiative personnelle, celle-ci plus marquante qui a abouti à une participation en U Sports, a eu lieu sur le campus de Hearst. C’est celle de Fabrice Marvin Zongo. Arrivé du Burkina Faso en février 2019 à Hearst, ce jeune athlète qui pratiquait l’athlétisme depuis son plus jeune âge dans son pays natal avait pour objectif de combiner ses études et le sport au Canada. Mais il s’est vite rendu compte que cela allait s’avérer difficile à Hearst. 

« Quand je suis arrivé, dans ma tête c’était sport-études ou rien », confie-t-il. Face à cette situation compliquée, il n’a pas baissé les bras et a tout de même réussi à trouver un entraîneur et à se préparer avec les moyens du bord.

Il a même réussi à s’inscrire à une compétition U Sports qui avait lieu à Toronto. C’est là qu’il a été en mesure d’attirer l’attention des programmes sportifs ontariens. Il a dû ensuite faire le choix de quitter Hearst pour poursuivre son ascension sportive. Là encore, il a dû faire face à des problématiques importantes qui l’ont mené à la Laurentienne. 

L’Université de Hearst, ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour permettre d’y développer le sport universitaire. Crédit image : Inès Rebei

« C’était important pour moi de pouvoir poursuivre mes études en français, parce qu’en anglais je n’étais pas très à l’aise à l’époque – maintenant ça va beaucoup mieux. Je me suis dit que, vu que c’est une université bilingue, ça allait être facile pour moi de m’intégrer et de trouver une communauté francophone. C’est vraiment la raison principale pour laquelle je suis venu ici. »

Fabrice Marvin Zongo n’a pas été en mesure de retrouver le même programme d’étude que celui qu’il suivait à Hearst (étude des enjeux humains et sociaux0, mais il a tout de même pu s’y retrouver. « Je voulais faire droit et justice depuis bien longtemps, donc ça a été une bonne occasion pour moi de changer. J’ai pu transférer mes crédits après deux ans à Hearst. C’était aussi une des conditions pour venir à la Laurentienne, car je ne voulais pas prendre de retard. Ils ont réussi à convertir et cela m’a donné de l’avance pour pouvoir finir mon bachelor. »

L’histoire de Fabrice Marvin Zongo se finit bien avec un transfert réussi dans une université qui lui a permis de continuer à étudier en français tout en pouvant évoluer au plus haut niveau universitaire sur le saut en longueur et le triple saut, ses disciplines de prédilection. L’athlète se dit redevable des efforts de la direction de Hearst qui l’a toujours soutenu dans ses projets sportifs malgré des moyens limités.

Son transfert à la Laurentienne a permis à Fabrice Marvin Zongo de pouvoir se mesurer aux meilleurs jeunes athlètes canadiens dans la ligue U Sports. Gracieuseté

Pour Luc Bussières, accompagner l’étudiant dans ses objectifs, quitte à le voir quitter son établissement, s’est fait de manière naturelle. 

 « On avait quelqu’un devant nous qui poursuivait un rêve et qui avait un potentiel incroyable. Donc on l’a suivi dans sa carrière, dans sa poursuite des résultats sportifs. On aimait le saluer et l’encourager. C’était à lui qu’on pensait d’abord. C’est une chose qu’on doit se rappeler : on travaille pour nos institutions mais on travaille aussi pour l’ensemble de la francophonie. »

Si la Laurentienne a fait figure de transition parfaite avec un programme adapté pour Fabrice Marvin Zongo, le lundi noir en février 2021 avec la suppression de 28 programmes en français a quelque peu réduit les opportunités pour les athlètes franco-ontariens. 

Un vide abyssal dans la région de Toronto

Surtout que dans la région du Grand Toronto, l’Université de l’Ontario français, ouverte en 2021, n’a pas pour objectif de développer le sport universitaire dans ses premières années d’existence. 

« Les éléments les plus saillants en ce moment sont le soutien au logement, les services de placement pour trouver des emplois et l’aide financière », cerne Gilles Fortin le vice-recteur de l’UOF. « Lorsqu’on fait la hiérarchie des besoins des étudiants, les activités sociales et sportives sont souvent celles qui arrivent le plus bas sur leur liste. Avec moins de 300 étudiants, les possibilités de faire des équipes de sport restent mince. « On va s’adapter aux besoins. Chaque année, nous faisons des sondages. Lorsque le besoin se fera sentir, on pourra faire quelque chose à cet effet », anticipe-t-il.

L’Université de l’Ontario français (UOF) à Toronto ne dispose pas des infrastructures sportives nécessaires pour accueillir des équipes de U Sports. Archives ONFR

En plus du manque d’effectif et d’une priorité mise sur d’autres aspects de la vie étudiante, la problématique des infrastructures sportives revient, comme c’est le cas pour l’Université de Hearst. 

« Pour le moment, nous louons des espaces au centre-ville, donc nous n’avons pas d’installation qui permettrait de développer les programmes. Nous n’avons d’ailleurs pas de programme liés nécessairement au sport universitaire. »

Les étudiants athlètes franco-ontariens de la région du Grand Toronto n’ont donc pas vraiment le choix que de poursuivre leurs études en anglais dans les grands programmes sportifs tels que ceux des Universités de Toronto et York, ou de s’éloigner de la région pour aller à Hamilton, Laurier, Guelph, voire Windsor. 

Nipissing pôle anglophone d’athlètes francophones 

Ils vont même parfois jusque dans le Nord de l’Ontario, où il est difficile de passer à côté d’un pôle important d’athlètes franco-ontariens qui poursuivent leurs études en anglais, mais se retrouvent en grand nombre du côté de l’Université de Nipissing, à North Bay. 

« Près de 20 % de nos athlètes sont franco-ontariens, indique Robb Fenton, responsable de l’information sportive de Nippissing. Notre meilleure joueuse de hockey, Oceane Raymond-Leduc (native d’Ottawa), est Franco-Ontarienne ainsi que nos entraîneurs de hockey masculin et féminin et celui de volley féminin. »

L’université de Nipissing dispose de toutes les infrastructures nécessaires à la pratique du sport de haut niveau. Crédit image : Nipissing Athletics.

Cette part importante d’athlètes non seulement francophones, mais surtout bilingues s’explique par un grand nombre de communautés où l’on parle le français dans les alentours de l’université. « Entre ici, Sudbury et le Nord, il y a beaucoup de régions et villes à forte présence francophone. Beaucoup de nos athlètes viennent de ces endroits », précise-t-il.

Historiquement, Nipissing a brillé en volley féminin et masculin notamment dans ses années où elle évoluait dans la ligue collégiale (OCAA en anglais) et les premières années de son équipe de hockey masculine. Aujourd’hui, elle attire grâce à ses bons résultats en hockey et soccer féminins ainsi que par son équipe de ski nordique.

Des mots sur des maux, un balado pour parler d’art et de violence faite aux femmes

BARRIE – Alors que le Canada souligne la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, en mémoire des victimes de la tuerie de Polytechnique (Montréal) du 6 décembre 1989, le Centre Colibri, centre des femmes francophones du comté de Simcoe, se prépare à lancer un balado. Des mots sur des maux nous fait découvrir six femmes qui ont vécu de la violence et comment l’art a jalonné leur parcours de guérison.

Des mots sur des maux aborde la violence faite aux femmes sous plusieurs formes, qu’elle soit conjugale, familiale ou même systémique. Le rapport à l’art est un fil conducteur assez discret, un point commun qui laisse toute la place aux histoires des invitées.

Tout a commencé lorsque Jo-Anne David, directrice générale du Centre Colibri, cherchait à sensibiliser les gens en sortant des outils traditionnels. Elle a fait appel à sa collaboratrice artistique de longue date, Nathalie Nadon. La productrice et animatrice a à son tour recruté sa complice Janie Renée comme productrice au contenu.

Cette dernière travaille également dans un organisme d’aide pour les femmes qui vivent de la violence. Épaulées du réalisateur Louis-Philippe Gallant et de deux autres animatrices, Mathilde Houtchégnon et Fayza Abdallaoui, elles ont puisé dans leur entourage pour trouver des parcours inspirants.

Une partie de l’équipe derrière Des mots sur des mots. De gauche à droite : Fayza Abdallaoui (de dos), Nathalie Nadon, Louis-Philippe Gallant et Georgelie Berry, invitée du deuxième épisode. Gracieuseté Nathalie Nadon

En entrevue avec ONFR, Janie Renée explique qu’elles voulaient « parler des choses qui sont thérapeutiques, mais qui ne sont pas mises en marché comme des thérapies ». Libérer la parole, d’abord, puis faire le lien avec l’art, car toutes les invitées ont une fibre artistique à différents niveaux.

Des connexions humaines

Le principe d’un balado permet aussi de ne pas juger les participantes sur leur apparence, tout en conservant une diversité des parcours, des voix et des accents. Avoir trois animatrices permettait d’aller chercher des connexions particulières. Par exemple, Fayza Abdallaoui s’implique depuis des années auprès des femmes qui, comme elle, ont un parcours d’immigration. Mathilde Houtchégnon dit se reconnaître dans les propos de son invitée, la sénatrice Bernadette Clément. Nathalie Nadon interviewe une amie, qui a accepté grâce à leur lien de confiance.

Chaque épisode présente une nouvelle entrevue, menée par l’une des trois animatrices. De gauche à droite : Mathile Houtchégnon, Nathalie Nadon et Fayza Abdallaoui. Gracieuseté Nathalie Nadon

Chaque entrevue a duré plusieurs heures. Si les invitées étaient bien préparées, les animatrices ne possédaient que quelques informations, dans le but de favoriser une discussion naturelle et non scriptée. Janie Renée explique : « Toute cette magie-là ne peut s’opérer que dans de vraies relations humaines, pas dans un set-up. Nous, on a tenu le contenant, mais elles l’ont vraiment rempli de contenu. »

Des trucs concrets

Nathalie Nadon aime parler de Des mots sur des maux comme d’un balado de croissance personnelle. À ONFR, elle souligne que certaines participantes ont partagé des stratégies tangibles. Par exemple, Sonia-Sophie Courdeau explique qu’elle a toujours un bout de papier sur elle. Lorsqu’elle sent qu’une émotion est sur le point de l’envahir au mauvais moment, elle lui écrit : « Je te reviens. »

Il n’y a pas que l’art publié qui soit valable. Dans le troisième épisode, Nafoussiatou Tuo explique son échappatoire. « Tout ce que je sais, c’est qu’il faut que ça sorte de ma tête. Alors, je prends mon crayon et ma feuille et j’écris. Sans structure, je ne fais pas attention aux fautes, rien. Je verse sur le papier et c’est tout, quitte à le brûler après, ou à le déchirer, ou à le garder. Ça dépendra. »

Donner des mots aux autres

Grâce au temps alloué et aux six participantes qui avaient déjà un certain recul sur leur histoire, les invitées ont pu utiliser des mots imagés et justes, qui vont tantôt susciter l’empathie de l’auditeur, tantôt lui permettre de se reconnaître.

Entre autres, Sonia-Sophie Courdeau parle du « goudron » de son enfance. La métaphore expliquée a impressionné Janie Renée. « Je me suis dit : pour toutes les femmes qui ne sont pas capables de nommer cette affaire-là, il y a quelqu’un qui l’a fait. »

Nafoussiatou Tuo est l’invitée du troisième épisode. Gracieuseté Nathalie Nadon

Pour Nathalie Nadon, il était important que le balado soit lumineux. « La violence sous toutes ses formes, mais particulièrement envers les femmes et les filles, est encore taboue. Les gens ont peur de mettre des mots sur ce qui arrive, ou alors ça fait trop de sensationnalisme. »

Pour les invitées, cette prise de parole fait partie du processus de guérison, comme l’explique Janie Renée. « On ne partage pas assez. On n’en parle pas assez. C’est toujours en circuit clos, à nos copines proches » ou dans des thérapies et groupes d’aide, par exemple. Elle souligne que les participantes « ont toutes dit qu’elles ont plus ou moins souffert de ne pas avoir eu l’occasion d’en parler avant. »

Une trame sonore réfléchie

L’image sonore du balado a été composée par Louis-Philippe Gallant et Janie Renée. Des extraits de chansons servent aussi de ponts entre les segments. Il fallait alors sélectionner des œuvres qui appuyaient les propos sans les alourdir.

Le choix de certains artistes était aussi influencé par une autre ambition, souligne Nathalie Nadon. « C’était important pour nous d’essayer d’avoir le plus de musique franco-ontarienne. Bien que ce soit un projet universel, c’est quand même un produit qui est fait ici, en Ontario. C’était important pour nous de mettre en valeur les artistes d’ici. »

Besoin d’alliés

Les deux productrices espèrent également que les hommes prêteront l’oreille. « C’est un problème de société, pas juste un problème de femmes. Alors il ne faut pas juste en parler au féminin », implore Janie Renée.

Elles espèrent déclencher de franches conversations. Car on ne sait souvent pas qui, autour de nous, vit de la violence.

Nathalie Nadon précise : « Quand on pense à la violence faite aux femmes, on pense beaucoup au viol. Mais ce qu’on découvre dans le balado, c’est la violence familiale, le dénigrement, les micro-agressions, etc. »

La série balado sera accessible sur la plateforme YouTube dès le 7 décembre. Crédit image : Marie Roques

Le balado Des mots sur des maux sera accessible à compter de ce jeudi. Un événement de lancement aura lieu au Liberty North de Barrie de 18 h 30 à 20 h 30.

Bonnie Crombie : le visage d’une nouvelle cheffe

TORONTO – Devenue cheffe du Parti libéral de l’Ontario samedi dernier, Bonnie Crombie intègre l’échiquier politique provincial. Mais qui est vraiment l’actuelle mairesse de Mississauga et à quels enjeux se confronte-t-elle? Portrait atypique de celle qui brigue le poste de premier ministre de l’Ontario en 2026 et décryptage avec une politologue de ses atouts et défis.

Mairesse de Mississauga depuis 2014, réélue pour trois mandats, Bonnie Crombie a également été conseillère municipale du nord-est de la ville de Mississauga (2011-2014) et ancienne députée fédérale de Mississauga-Streetsville (2008-2011), soit une expérience notable à deux niveaux gouvernementaux.

« Certains d’entre vous me connaissent, d’autres un peu, d’autres pas du tout. J’aimerais donc prendre le temps de me présenter. Bonjour, je m’appelle Bonnie Crombie », avait-t-elle débuté avec humour son discours de victoire, sous un tonnerre d’applaudissements au Metro Toronto Convention Centre.

Ses principaux arguments de campagne consistaient en la crise du logement et le retour du contrôle des loyers, le coût de la vie, la construction de plus d’infrastructures, la protection et le renforcement du système de santé publique et d’éducation et la priorisation de la crise climatique.

Son programme francophone s’est avéré le plus élaboré et ambitieux, évoquant les droits linguistiques avec plus de services en français, promettant notamment plus de main-d’œuvre francophone dans le secteur de la santé et de l’éducation, le rétablissement de l’indépendance du commissaire aux services en français, entre autres.

Bonnie Crombie (au centre) tenait mardi sa première conférence de presse à Queen’s Park avec le caucus libéral, après avoir été élue à la tête du Parti libéral de l’Ontario. Crédit image : Sandra Padovani

Interrogée mardi en conférence de presse par les journalistes sur les attaques du Parti progressiste-conservateur sur « sa maison dans les Hamptons », lui prêtant un style de vie luxueux, elle s’en est défendue. Il ne s’agit pour elle que de tentatives désespérées pour détourner l’attention des scandales et enquêtes dont fait l’objet le gouvernement Ford.

Bonnie Crombie a répété à plusieurs reprises vouloir changer la façon erronée dont les gens la perçoivent, après s’être livrée ouvertement sur les origines modestes de sa famille d’immigrés polonais dans un discours post-élection poignant.

« J’ai trois enfants, ici avec moi ce soir, Alex, Jonathan et Natasha, qui sont le centre de mon univers et j’ai la chance d’avoir ma mère qui a 87 ans, Veronica », introduisant sa famille.

« Ma mère est née en Pologne, mais mes grands-parents ont déménagé en France juste avant que la guerre n’éclate en Europe. Mon grand-père s’est battu contre les nazis, a été capturé et envoyé dans un camp de travail. »

« Vers la fin de la guerre, il a été libéré par un soldat américain et mes grands-parents et ma mère sont venus en Ontario. Ils m’ont donné une enfance extraordinaire, mais cela n’a pas toujours été facile. Mon père souffrait d’addiction et, à cause de cela, mes parents se sont séparés quand j’avais 3 ans. Nous vivions dans une maison de chambres. Et je veux que vous sachiez cela parce que cela a façonné la personne que je suis aujourd’hui », a-t-elle raconté.

« Ma mère m’a appris la résilience, elle m’a inculqué des valeurs : l’éducation, le travail acharné, faire des économies, ne jamais rien prendre pour acquis. Et j’ai toujours travaillé (…) Et finalement, j’ai trouvé un travail qui m’appelait. Je me suis engagée politiquement », a-t-elle conclu.

Atouts et défis de Bonnie Crombie

« Le fait que la course à la chefferie ait suscité un intérêt des membres libéraux a démontré leur capacité à aller chercher des candidatures intéressantes, comme celles de Bonnie Crombie, ce qui est un signe de vitalité », analyse la politologue Geneviève Tellier.

Si celle-ci questionne un taux de participation bas à l’élection (22 827 sur les 103 000 membres), elle nuance : « Cette élection est plutôt excellente pour le Parti libéral en termes de visibilité. Mme Crombie aimerait se faire élire rapidement pour un siège un Queen’s Park, donc il va être important pour elle de se faire connaitre dans la province. »

« On sent un changement, par rapport à la dernière course avec Steven Del Duca. Le fait d’avoir augmenté le nombre de membres est déjà significatif. Le Parti libéral sera plus dans les consciences pour les élections provinciales de 2026 », soulève la professeure d’études politiques à l’Université d’Ottawa.  

À la question de savoir comment Bonnie Crombie peut s’y prendre pour défaire Doug Ford, elle répond : « L’avenir dira si elle est capable d’unir le parti et d’éviter ses divisions entre le clivage centre droit et centre gauche. Chaque chef a son style, mais, au vu des résultats serrés de la course, son travail d’unité et de recentrage va être plus important que ce qu’on pouvait penser, pour s’assurer que les troupes marchent au même pas. »

« Le premier ministre sait que Bonnie Crombie et le recentrage des libéraux constituent une menace pour lui »
— Geneviève Tellier, politologue

D’ajouter : « Elle a tout de même de l’expérience en politique fédérale. La stratégie et le discours communs seront de « défaire Doug Ford », ce qui fait l’unanimité au sein du Parti libéral. Or, le premier ministre sait que Bonnie Crombie et le recentrage des libéraux constituent une menace pour lui et son parti, d’où une certaine nervosité de leur part. »

« C’est un prisme très intéressant de voir que les anciens deux premiers ministres libéraux Dalton McGuinty, centre droit et Kathleen Wynne, centre gauche, incarnant ces deux différentes visions, aient été tous deux invités au congrès libéral », observe la politologue, qui y voit une volonté fédératrice d’unité.

« J’ai bien l’impression que Bonnie Crombie veut plus ramener le parti là où il était à l’époque de McGuinty, notamment en rétablissant un équilibre financier par une certaine rigueur budgétaire. »

Selon Geneviève Tellier, les deux prochaines années restantes devraient suffire aux libéraux pour se préparer à 2026 : « Et si ça ne l’est pas, c’est qu’il y a un problème. Il leur faut se mettre au travail rapidement. Des questions doivent être abordées, notamment le financement du membership et la tournée de la province pour aller écouter les Ontariens. Si Mme Crombie n’est pas à Queen’s Park, elle aura en fait plus de temps pour se concentrer sur la reconstruction du parti, pour travailler sur sa plateforme, un programme qui campe bien le parti et qui intéresse la population. Deux ans, ça devrait être suffisant pour y parvenir », conclut-elle.

Maveric Lamoureux participera au camp de sélection de l’équipe nationale junior de hockey

OAKVILLE – En vue des Championnats du monde junior de hockey 2024, Hockey Canada a dévoilé, ce mardi, la liste des 30 joueurs qui participeront au camp de sélection qui aura lieu du 10 au 13 décembre. Le natif d’Hawkesbury Maveric Lamoureux en fait partie. 

Très attendus chaque année par tous les amateurs de hockey au pays, les Championnats du monde junior, qui se déroulent cette année en Suède à Göteborg, du 26 décembre 2023 au 5 janvier prochain, verront les Canadiens remettre leur titre en jeu.

Dans l’optique de conserver sa couronne pour une troisième année de suite, Hockey Canada a dévoilé sa liste de 30 joueurs qui seront en concurrence pour obtenir leur place dans la liste finale des 20 élus pour représenter le pays.

Dans cette liste, on retrouve le Franco-Ontarien Maveric Lamoureux. Le jeune défenseur de 19 ans, repêché en LNH en 2022 au premier tour par les Coyotes d’Arizona, qui évolue cette saison dans la Ligue de hockey majeur du Québec avec l’équipe de Drummondville, tentera de faire sa place dans la défense canadienne. Il sera en compétition avec notamment Oliver Bonk de London (OHL), Tristan Luneau qui évolue à Gatineau (LHJMQ), Ty Nelson de North Bay (OHL) et Noah Warren (Victoriaville, LHJMQ) parmi les défenseurs droitiers. 

Le camp de sélection se déroulera au complexe sportif Sixteen Mile à Oakville. Un programme chargé attend les jeunes joueurs avec des entraînements et deux matchs de préparation face à des équipes composées des meilleurs joueurs U Sports canadiens, les 12 et 13 décembre. 

Par la suite, les sélectionnés s’envoleront pour Malmö en Suède, le 14 décembre. Ils auront ensuite un camp de préparation avec trois matchs au programme face aux U25 du Danemark, le 19 décembre, puis contre la Suisse et les États-Unis, les 19 et 22 décembre. Ils feront leur entrée en lice dans les Championnats du monde, la veille de Noël, le 24 décembre, contre la Finlande. 

Depuis 1977, le Canada a remporté un total de 35 médailles en compétition dont 20 en or, 10 en argent et cinq en bronze. En tant que double tenants du titre, les Canadiens feront, une nouvelle fois, figure de favoris de l’événement avec, peut-être, dans leur rang, Maveric Lamoureux en défense. 

La liste complète des 30 joueurs :

La nouvelle politique fédérale en immigration francophone en vigueur au début de 2024

OTTAWA – Le gouvernement fédéral ira de l’avant avec sa nouvelle politique en immigration francophone, qui force à rétablir le poids démographique des francophones hors Québec, aux alentours du mois de janvier 2024, selon le ministre de l’Immigration Marc Miller.

En juin dernier, le Parlement a adopté une modernisation de la Loi sur les langues officielles, soit le projet de loi C-13. Or, des éléments de cette Loi restent à adopter par décret au bon vouloir d’Ottawa, ce qui inclut la toute nouvelle politique en immigration francophone. Cette politique qui n’existait tout simplement pas dans l’ancienne version de la Loi comprend notamment des objectifs, des cibles et des indicateurs.

La principale mesure de cette nouvelle stratégie reste toutefois qu’elle oblige à rétablir et accroître la proportion des francophones en milieu minoritaire. Actuellement à 3,4 %, le poids démographique des francophones, via cette politique, vise à être rétabli à 6,1 %, comme c’était le cas en 1971.

Le décret officialisant le tout devrait être adopté le mois prochain, a partagé le ministre de l’Immigration Marc Miller en comité parlementaire mardi.

« Je dirais sans me commettre officiellement que ça sera dans les alentours du mois de janvier », a-t-il affirmé lorsque questionné sur le sujet par le député conservateur Joël Godin.

« C’est assez évasif comme réponse », lui a alors signalé son interlocuteur.

« Vous verrez le mois de janvier, attendez le mois de janvier », a alors insisté Marc Miller.

C’est l’argent accordé via le Plan d’action pour les langues officielles qui viendra aider à financer cette nouvelle politique en immigration francophone, a mentionné la sous-ministre à l’Immigration Christiane Fox, qui accompagnait Marc Miller en comité.

« On a reçu du financement pour la promotion, pour vraiment, accomplir le pilier de l’immigration francophone qui fait partie du Plan des langues officielles », a-t-elle expliqué.

La feuille de route en langues officielles comportait de nouvelles sommes de 137 millions de dollars pour cette politique ainsi que la création d’un corridor spécial destiné à favoriser la venue d’enseignants francophones de l’étranger.

Une nouvelle stratégie, des nouvelles cibles

Cette nouvelle stratégie en immigration francophone hors Québec est liée aux nouvelles cibles annoncées par le gouvernement Trudeau le mois dernier. Actuellement à 4,4 %, elle augmentera graduellement à 6 % en 2024, 7 % en 2025 et 8 % en 2026. Appelé par le député Joël Godin à expliquer sur quels critères ces cibles « qui ne font pas l’interruption du déclin du français » avaient été choisies, le ministre Miller a indiqué qu’elles étaient basées « sur une consultation assez significative à travers le Canada (…) et sur nos ressources à l’interne ».

« J’ai regardé la rétroaction en plus de ce que notre département nous demandait et on a fixé des cibles réalistes », a-t-il dit.

Ce dernier expliquait le mois dernier qu’il se devait de « donner un coup de barre » au sein de son ministère avant d’envisager des objectifs plus élevés comme l’exigeaient les communautés francophones. Celles-ci demandaient à ce que cette cible soit réparatrice pour contrer les manquements envers cet objectif du fédéral qui n’a jamais été atteint depuis 2001, sauf en 2022.

Les données du dernier recensement de 2021 révélaient un déclin du français parlé à l’échelle du pays. On y apprenait que bien que le français soit la première langue officielle parlée d’un nombre croissant de Canadiens, la proportion que les Canadiens francophones représentent a diminué de 2016 (22,2 %) à 2021 (21,4 %).

COP28 : « C’est un festival, ce n’est plus vraiment un centre de changement », croit un expert 

Basé à Toronto, Yannick Beaudoin est directeur du changement climatique et des solutions positives pour la nature chez Alinea International. Ce géologue et économiste travaille avec des gouvernements, des industries et des universités dans plus de 80 pays afin de concevoir des approches visant à accroître le bien-être humain tout en préservant la nature.

La 28ᵉ Conférence des Parties (COP28) se déroule à Dubaï avec pour président émirati Sultan Al Jaber. Alors que le bilan climatique des Émirats arabes unis, pays hôte, est vivement critiqué et que Sultan Al Jaber est aussi le patron de la compagnie pétrolière nationale Adnoc, la question se pose : les COP sur les changements climatiques sont-elles vraiment utiles?

Adopté lors de la COP21, l’Accord de Paris oblige les nations à limiter l’accroissement de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Le Canada avait annoncé réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici à 2030.

« Au premier jour de la COP28, le Canada a annoncé une aide financière de 16 millions de dollars aux pays en développement pour faire face aux pertes et aux dommages causés par les changements climatiques. Ce fonds mondial provisoire, de quatre ans, devrait offrir 100 milliards de dollars d’aide annuelle à ces pays. Est-ce réellement faisable?

Il y a plus de dix ans, j’étais à la COP à Copenhague et on parlait déjà des contours du futur fonds sur les « pertes et dommages » climatiques des pays vulnérables. Là, ils ont 400 millions de dollars, mais ce n’est qu’un montant par année et c’est dommage pour les pays en développement. Il y a beaucoup d’analyses qui ont été faites et c’est insuffisant. Ce qui va être intéressant, c’est le Fonds vert pour le climat et le Fonds pour l’environnement mondial, parce que les critères pour accéder à ces fonds sont incroyablement compliqués. Ce qu’on impose au monde en développement rend quasiment les fonds inaccessibles.

Ce sont des critères essentiellement faits pour enlever tout risque aux pays donateurs. Et dans cinq ans, ils reprendront leur argent, donc ce n’est pas vraiment fait de bonne foi. Par contre, il serait intéressant d’avoir un fonds, qui serait un pourcentage des revenus annuels de toutes les compagnies pétrolières au monde.

On est un peu fatigué des COP, il n’y a rien structurellement qui change. C’est rendu un festival, ce n’est plus vraiment un centre de changement.

Depuis quelques années, il y a une perte d’ambition de la part de certains pays, notamment avec les États-Unis et l’Australie. Le Canada est-il un partenaire sérieux aujourd’hui dans cette COP 28? 

On achète des piplines donc… Je ne voudrais jamais être politicien. Ils sont dans des paradoxes constants. On a des attentes que nos systèmes politiques produisent de grands changements. Même l’ONU et tous ces systèmes-là ont été créés pour ne pas changer les choses trop vite. L’idée, c’était qu’après la Deuxième Guerre mondiale, il ne faille pas refaire les erreurs du passé. Il ne faut pas trop changer trop vite, il faut avoir le statu quo, un consensus.

Donc, on est pris maintenant avec une grosse crise, le changement climatique, la biodiversité, l’équité sociale, la disparité, l’injustice, le colonialisme et tout en même temps. On est dans des systèmes politiques qui n’ont jamais été établis pour répondre à ces crises de manière très rapide. La COVID-19 a été une exception assez intéressante.

Le problème, c’est que les scientifiques dans le domaine du climat pensent que l’erreur est technique. Si on pouvait juste avoir la bonne solution technologique, cela rentrerait dans l’ordre. Mais le problème n’est pas technique. Ce sont des dynamiques de pouvoir, des dynamiques émotionnelles. Nous n’avons plus d’excuses, car la technologie est disponible. C’est l’humain qui décide de maintenir les énergies fossiles. 

Comment faire pour que le secteur gazier et pétrolier se plie aux règles si c’est possible?

Tout est possible. Il y a déjà un mouvement international sur l’élimination du pétrole et du gaz. Après, on entend qu’il va y avoir des pertes d’emploi, mais dans le secteur pétrolier, on est déjà automatisé. Donc, ce n’était pas un secteur qui créait de l’emploi. Les secteurs matures économiques ne veulent pas créer de l’emploi.

Yannick Beaudoin, expert en changement climatique et spécialiste en transformation systémique. Gracieuseté

Si on prend les travailleurs dans le domaine pétrolier au Canada pour qu’ils fassent des éoliennes, des batteries solaires, honnêtement, je crois que ces gens-là, tout ce qu’ils veulent, c’est un job qui paye bien avec de la sécurité d’emploi, puis des bénéfices. Ils s’en foutent si c’est du pétrole ou non. Des solutions existent. Encore une fois, ce qui empêche le tout, c’est quelques personnes qui ont beaucoup de pouvoir et beaucoup d’argent, qui vendent du pétrole et sont maintenant à la tête de la COP, comme Sultan Al Jaber.

Le thème de cette COP28 est la fin des énergies fossiles. Quel message cela envoie, d’avoir une personne controversée telle que Sultan Al Jaber, président de cette conférence? 

L’acronyme en anglais, c’est : « Conference of the parties  » et là, c’est plutôt : « Conference of the oil parties  ». Ça fait 30 ans qu’on force les gouvernements à faire des déclarations à chaque COP. Une déclaration, ce n’est rien. Donc lui, il n’a aucun risque pour lui d’être là. Il avance un peu la politique internationale des Émirats.

Al Jaber fait beaucoup d’investissements dans les énergies renouvelables, les villes vertes et tout ça. C’est bien, je ne veux pas complètement dire que c’est du greenwashing. Mais, je pense que cela pointe vers un problème : le processus des COP. Au tout début, ce combat contre les gaz à effet de serre avec le protocole de Kyoto avait du sens. Maintenant, nous faisons un 360 degrés en disant : « Ce sont les leaders du domaine pétrolier qui vont pouvoir changer le monde. » 

C’est une indication que probablement, nous devrions arrêter d’avoir des COP. Imaginez si aucune organisation de la société civile ne se déplace à la COP, accompagné des pays en développement qui n’ont eu aucun bénéfice à ce jour. Le symbole serait incroyable.

Depuis la COP21, à Paris, les nations doivent limiter l’accroissement de la température moyenne mondiale à un niveau bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Il y a un débat quant à cette faisabilité. Êtes-vous optimiste ou pessimiste sur cette question?

C’est une question délicate. Depuis les dernières années, je travaille beaucoup avec des communautés autochtones et eux ont une approche long terme. Je suis optimisme, mais pour la septième, la huitième et la neuvième génération. Si on arrêtait tout demain, on aurait besoin de 10 000 ou 15 000 années avant de voir l’équilibre. Nous sommes loin d’un extinction level event, mais on n’a pas encore appris à évoluer comme civilisation humaine. 

Pour la première fois, on a une crise globale environnementale. Le changement climatique, c’est vraiment quelque chose de nouveau dans l’histoire humaine, alors je crois que nous sommes un peu trop immatures.

Je me pose donc cette question : « Que peut-on faire pour aider la septième et la huitième génération? » 

Le Canada disait vouloir réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 % d’ici à 2030. Sommes-nous sur la bonne voie? 

Une chose sur laquelle je suis optimiste à court terme, c’est que je pense qu’on a gagné la guerre avec l’électricité. Même nos chers Albertains en ce moment ne vont plus construire des centrales à pétrole ou à gaz naturel. Le problème pour le Canada, c’est que nos écosystèmes, comme la forêt Boréale, est probablement maintenant émettrice de gaz à effet de serre. Ce n’est pas uniquement la faute du Canada, c’est un effet du changement climatique. Je ne sais pas si cela est calculé dans la réduction. 

Je pense qu’il y a un effort. Mais le système pétrolier va juste calculer les émissions basées sur la production et non la consommation. C’est compliqué de répondre à la question. Je ne crois pas qu’on puisse au niveau macroéconomique et dans tous les secteurs y arriver, mais dans l’électricité, oui, je pense qu’on est très proche de l’avoir. »