L’Université Laurentienne nomme une rectrice bilingue

SUDBURY – L’Université Laurentienne annonce avoir nommé la prochaine rectrice et vice-chancelière en la personne de Lynn Wells, laquelle entrera en fonction le 1er avril. Francophone, contrairement à Sheila Embeton qui assure l’intérim depuis janvier 2023, Mme Wells dit vouloir défendre la mission bilingue et trilingue de l’établissement.

« Je crois fermement à l’identité triculturelle de la Laurentienne et à son engagement à offrir un enseignement bilingue », déclare celle qui est originaire de Windsor dans le communiqué transmis par l’Université Laurentienne.

Celle qui est titulaire d’un doctorat en anglais de l’Université Western, d’une maîtrise en arts en anglais et d’un baccalauréat en arts spécialisé en études anglaises et françaises explique avoir à coeur le mandat bilingue de l’établissement : « Diplômée en littérature française, je suis défenseure de l’éducation francophone depuis nombre d’années et déterminée à faire progresser la mission bilingue de l’Université. » 

Ayant occupé le rôle de vice-rectrice aux études à l’Université des Premières Nations du Canada (FNUniv), Mme Wells fait aussi valoir son attachement à l’identité triculturelle de la Laurentienne.

Les programmes en français et en études autochtones ont été sévèrement touchés par la crise financière de l’établissement en 2021, au cours de laquelle 70 programmes ont étés coupés dont 29 de langue  française et qui a poussé la Laurentienne à se placer sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

« En tant que descendante de colons qui a eu l’occasion d’apprendre des Premières Nations et des Métis dans le cadre de mon travail à la FNUniv, j’ai une véritable passion pour les cultures francophones et autochtones, ce qui m’a aidé à me connecter avec la mission unique de la Laurentienne de répondre aux besoins des gens du Nord et des communautés servies par l’Université », ajoute-t-elle.

Concernant le retour des programmes en français, la nouvelle rectrice confie à ONFR qu’il est trop tôt pour en parler mais qu’elle compte mener des discussions avec la communauté afin de connaître les besoins.

« Évidemment, il s’agit d’une excellente nouvelle. Elle présente un profil aussi bien en tant que professeure qu’administratrice qui est exceptionnel », a fait savoir en entrevue Fabrice Colin, président de l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL) qui dit, néanmoins, afficher « un optimisme prudent. »

Et d’ajouter : « Il y a des beaucoup à faire afin que le processus de reconstruction de l’université puisse aller de l’avant et surtout rétablir l’ouverture, la transparence, la collaboration avec les partenaires syndicaux et la gestion collégiale qui ont fait tant défaut dans les dernières années. »

Vente des biens immobiliers, embauche de personnel, finalisation du plan stratégique : la rectrice assure qu’elle aborde avec optimisme les nombreux défis qui l’attendent à son entrée en fonction dans trois mois et dis être en contact avec la rectrice intérimaire afin d’être prête d’ici là.

L’ombre de l’Université de Sudbury

L’Université de Sudbury a reçu un refus de financement de la part du gouvernement provincial en juin dernier et plusieurs organismes et personnalités publiques demandent le transfert de la programmation en français de l’Université Laurentienne vers l’établissement.

Le regroupement des étudiants franco-ontariens (RÉFO) a félicité Mme Wells pour sa nomination via X, avant d’ajouter : « Toutefois, si Mme Well veut se positionner comme défenseure de la francophonie, elle doit s’asseoir avec l’Université de Sudbury et facilite la transition vers le par, pour, et avec la communauté. »

Dans un gazouilli adressé volontairement en anglais à la Laurentienne, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) écrit : « Se présentant comme une défenderesse de l’éducation francophone, nous nous attendons à ce qu’elle agisse selon les souhaits de la communauté franco-ontarienne en concluant un accord pour transférer les programmes de langue française vers l’Université de Sudbury », a réagi pour sa part l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

« À l’heure actuelle, c’est une université bilingue qui ne dispose ni de programme ni de département de français, alors que certaines universités anglophones ont à la fois des programmes et des départements d’études françaises. Donc c’est sûr que ce sera sûrement une des premières missions à laquelle devra s’atteler la nouvelle rectrice », juge de son côté M. Colin.

Le recteur de l’Université de Sudbury, Serge Miville, a lui aussi réagi en déclarant : « L’Université de Sudbury s’engage à poursuivre le travail avec vous pour réaliser la vision d’un environnement universitaire réellement bilingue et triculturel à Sudbury. »

Sans répondre directement à cette question, Mme Wells laisse savoir : « Pour moi, ce serait très important de faire un bon partenariat avec l’Université de Sudbury qui se trouve sur le même campus que la Laurentienne alors c’est un partenaire important. »

Université laurentienne Sudbury enquête
L’Université Laurentienne est sortie de la LACC en novembre 2022. Archives ONFR

Depuis 2020, Mme Wells a été vice-rectrice principale aux études à l’Université Brock, Ste. Catharines, où pendant quinze mois elle a occupé simultanément le poste de rectrice intérimaire.

En plus d’avoir été enseignante, elle a été, tour à tour, doyenne intérimaire et doyenne associée à la recherche et aux études supérieures ainsi que vice-rectrice associée aux études à la Faculté des arts de l’Université de Régina ou encore la première vice-rectrice associée à la population étudiante et à l’enseignement à l’Université MacEwan à Edmonton.

Après le départ à la retraite du recteur Haché en juillet 2022, lequel était en fonction lors de la crise, Tammy Eger avait assuré son remplacement avant la nomination de Sheila Embeton, en décembre 2022.

Compressions égales entre CBC et Radio-Canada : la société d’État se défend

OTTAWA – Les compressions annoncées hier par Radio-Canada/CBC devraient-elles affecter de manière égale le service francophone et anglophone? La question se pose alors que le mandat de Radio-Canada l’oblige à desservir tout le pays en français, une réalité avec laquelle CBC compose dans une moindre mesure.

Hier, Radio-Canada a annoncé des compressions affectant 10 % de son effectif au pays – au total, 800 postes – et de 125 millions de dollars pour 2024-2025. 250 emplois seront supprimés du côté francophone et anglophone chacun et 100 autres dans les secteurs technologiques et institutionnels.

Dans une déclaration écrite, la haute direction se défend de ses coupes égalitaires indiquant que « tous les secteurs de l’organisation sont mis à contribution » et ajoutant que « nous sommes une seule et même organisation offrant des services à toute la population canadienne ».

« Les deux réseaux produisent du contenu et servent les Canadiennes et les Canadiens de façons différentes. Que ce soit à la télévision, à la radio ou dans le numérique, Radio-Canada et CBC ont du succès, mais de manières différentes », écrit Leon Mar, porte-parole institutionnel à CBC/Radio-Canada.

Autre aspect, le secteur francophone obtient beaucoup plus de parts de marché que son confrère anglophone. Selon les chiffres de 2021-2022, les parts de marché pour CBC tournent autour de 5 %, alors que celles de Radio-Canada augmentent jusqu’à 25 %. La PDG Catherine Tait a concédé hier que « bien sûr la télé de Radio-Canada est très performante et que c’était un atout précieux de notre service public ».

« Mais il ne faut pas oublier non plus que la portée de CBC sur le plan numérique est aussi importante. CBC.ca touche un minimum de 17 à 18 millions de Canadiens chaque mois et pour la radio de CBC (…) Ils sont numéro un dans 16 de leurs 22 marchés. Alors, on regarde l’ensemble de nos services », a-t-elle commenté hier au Téléjournal Grand Montréal de 18 h avec Patrice Roy.

Au niveau de la programmation, les compressions affectent davantage la CBC, qui devra trouver 25 millions de dollars en économies alors que son confrère francophone devra en éponger 15 millions pour les productions indépendantes. Questionné à savoir si Radio-Canada couperait davantage au Québec en raison de son obligation de desservir en français dans les autres provinces, le radiodiffuseur estime que c’est « encore trop tôt pour parler des réductions dans les différentes régions », mais que « maintenir l’ancrage régional est au cœur de nos priorités ».

C’est à la direction de Radio-Canada de répondre, dit Ottawa

Le ministre des Langues officielles Randy Boissonnault convient qu’il y a « un risque » à ce que ces coupes affectent davantage les francophones en milieu minoritaire, mais que « ce n’est pas nous qui devrions décider comment Mme Tait utilise l’argent ».

« On donne l’argent à CBC/Radio-Canada. Moi, je veux que les régions minoritaires soient bien financées et c’est à la gestion de CBC/Radio-Canada de prendre ça en note », explique-t-il.

Questionnée à ce sujet ce matin, la ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, a reconnu que Radio-Canada ne vit pas les mêmes problématiques, mais renvoie la balle à Catherine Tait.

« Ce sont des décisions qui doivent être prises à l’interne. Comme gouvernement, on n’a pas à se mêler de la gestion interne. »

Le flou persiste toujours à savoir si Radio-Canada sera exemptée ou non de l’effort budgétaire qu’impose le fédéral aux différents ministères et instances fédérales, soit de trouver 3,3 % d’économies. La haute direction du radiodiffuseur estime que oui alors que Pascale St-Onge a réitéré ce matin « la décision n’a pas été prise ».

« Ce n’est pas nécessairement quelque chose qui doit être appliqué sans prendre en considération les impacts que ça peut avoir », a-t-elle ajouté.

Correctif : une précédente version du texte affirmait que CBC devrait trouver 40 millions de dollars en économies alors que son confrère francophone devra en éponger 25 millions. Le 40 millions de dollars est plutôt le total de la société d’État. Il s’agit plutôt de 25 millions pour la CBC et 15 millions pour Radio-Canada.

L’Université d’Ottawa fer de lance des athlètes franco-ontariens

Alors que la saison des sports universitaires bat son plein dans certaines disciplines ou a touché à sa fin dans d’autres avec des finales en novembre, ONFR s’est penché les options en termes de programmes postsecondaires pour que les athlètes franco-ontariens combinent sport de haut niveau et études en français. Gros plan sur l’Université d’Ottawa.

Fidèle à la politique de bilinguisme de la capitale fédérale, l’Université d’Ottawa est l’institution qui possède en son sein le plus d’athlètes franco-ontariens de toute la province. 

Au Canada, deux organisations encadrent les sports universitaires. La ligue U-Sport est majeure et compte les grandes universités de tout le pays qui s’affrontent dans des divisions provinciales avant de se retrouver en fin de saison pour des phases finales nationales. C’est dans cette organisation qu’on retrouve l’Université d’Ottawa.

Moins médiatisée mais toute aussi importante pour le sport francophone de l’Ontario, l’Association canadienne du sport collégial regroupe les différents collèges, dont certains entièrement francophones, qui évoluent dans l’Association ontarienne de sport collégial (OCAA en anglais) : le Collège Boréal (Sudbury) et La Cité (Ottawa).

Le Franco-Ontarien Patrick Cumberbatch fait partie de l’équipe de football, un programme couronné de succès. Crédit image : Tim Austen photography

Vainqueur cette année de la coupe Panda en football, un événement historique entre l’Université d’Ottawa et celle de Carleton pour la suprématie de la ville, l’U d’O demeure le principal développeur de talents francophones de la province tout en offrant des programmes d’étude en français.

« Dans nos programmes universitaires, nous comptons entre 50 et 70 athlètes franco-ontariens. Même si un grand nombre d’entre eux sont bilingues, ils représentent grandement la culture franco-ontarienne. Nous en avons bien plus si on considère le sport non-compétitif », explique Spencer Murdock, agent d’information sportive de l’université. 

Plusieurs de ces athlètes font partie des têtes d’affiche dans différentes disciplines. En athlétisme, Thomas Sénéchal-Becker, natif d’Ottawa, a été élu sportif masculin de l’année en 2022. Il a brillé en saut en hauteur avec une médaille d’or au championnat national. 

Thomas Sénéchal-Becker, médaille d’or au cou (au centre). Crédit image : UofO Athletics

En football, les jumeaux Patrick et Eric Cumberbatch, originaires d’Alexandria, font figure de joueurs majeurs des Gee-Gees en défense avec l’espoir de rejoindre, après leur parcours universitaire, le monde professionnel et la Ligue canadienne de football. 

Eric Cumberbatch et son frère ont été éliminés en quart de finale de la conférence de l’Ontario après avoir fini 5e de la saison régulière. Crédit image : Greg Mason

Chez les filles, la native d’Ottawa et gardienne de but de l’équipe de soccer, Juliann Lacasse (aucun lien de parenté avec la Sudburoise internationale Cloé), est considérée comme l’une des meilleures du pays à son poste. Elle est accompagnée dans sa défense par la jeune recrue orléanaise Gabrielle Ferland qui s’est imposée en tant que titulaire dès sa première année. 

Des champions en devenir

D’autres noms sont à surveiller de très près : Max Grondin (Hearst) et Vincent Labelle (Ottawa) sont des joueurs clés de l’équipe de hockey masculine, tout comme Àlexe Clavelle (Kapuskasing) dans l’équipe féminine. Enfin, Maxim Langevin (Ottawa) et Danika Robert (Ottawa) brillent avec l’équipe de volley féminine tandis qu’Alana Renon (Ottawa) constitue un élément vital de l’équipe de basketball. 

Gabrielle Ferland et ses coéquipières ont terminé championnes de l’Ontario, éliminées en quart de final du championnat national. Credit image : Greg Kolz

« De manière générale, nous nous classons régulièrement dans le top 10 dans la plupart de nos programmes universitaires. L’année dernière, nous avons obtenu la médaille de bronze en soccer féminin – et champions de l’OUA (conférence de l’Ontario) – en rugby féminin, en natation hommes en tant qu’équipe et au basket masculin – champions de l’OUA également », conclut Spencer Murdock. 

« Historiquement, nous sommes reconnus pour nos succès en football, soccer féminin, rugby féminin et pour nos programmes garçons et filles de basket-ball, poursuit-il. Sur les deux dernières années, nous avons atteint la première place au classement en soccer et rugby féminin ainsi qu’avec nos deux équipes de basket-ball. »

Dans l’Est ontarien, l’accès à un programme sportif de haut niveau et des programmes scolaires variés en français est donc très facile. Nous allons voir dans la suite de cette série que cela peut s’avérer bien plus compliqué dans le reste de la province.

Carl Bouchard titularisé au poste de commissaire aux services en français de l’Ontario

TORONTO – Après avoir assuré le poste par intérim depuis le 3 mars dernier en plus de la direction de l’Unité des services en français, le Franco-Ontarien Carl Bouchard devient aujourd’hui officiellement commissaire aux services en français. Une nomination par l’Ombudsman Paul Dubé qui intervient à trois jours de la publication attendue du rapport annuel du Commissariat aux services en français.

« Je suis ravi et honoré de pouvoir poursuivre le travail important que le Bureau de l’ombudsman effectue pour protéger et promouvoir les droits linguistiques des francophones et assurer le respect de la Loi sur les services en français », a réagi Carl Bouchard dans un communiqué de presse.

« Au cours des derniers mois, alors que nous avons intensifié nos efforts de sensibilisation dans toute la province, sur divers aspects de la francophonie ontarienne, nous avons vu de plus en plus de personnes se tourner vers nous pour obtenir de l’aide afin d’accéder à des services gouvernementaux en français (…) J’ai hâte de partager plus de détails sur les progrès que nous avons réalisés – et mes recommandations pour les améliorations futures – lorsque je publierai notre Rapport 2022-2023 jeudi. »

Le rapport annuel et ses recommandations seront basés sur les cas reçus par l’Unité des services en français entre le 1er octobre 2022 et le 30 septembre dernier.

L’ombudsman Paul Dubé a salué sa connaissance approfondie de la Loi sur les services en français et son grand dévouement à la communauté franco-ontarienne.

« Sa solide expérience en tant que directeur de l’Unité des services en français et ses réalisations notables en tant que Commissaire intérimaire le qualifient de manière unique pour ce poste. Je me réjouis de ce que les Ontariennes et les Ontariens prennent connaissance de son rapport annuel ce jeudi. Le rapport est rempli d’exemples des résultats obtenus par Carl et son équipe – avec l’appui de l’ensemble de notre organisation – qui ont permis d’améliorer les services en français en Ontario », a-t-il ajouté.

Parmi ses accomplissements notables en tant que commissaire intérimaire, M. Bouchard a notamment lancé une enquête sur le manque de français dans les publicités extérieures de la province, et a travaillé avec l’Unité des services en français pour s’assurer que le gouvernement donne suite à ses recommandations antérieures.

Avant de rejoindre l’Ombudsman, M. Bouchard était directeur des politiques au ministère des Affaires francophones de l’Ontario depuis 2015, contribuant à l’amélioration des services en français, après avoir travaillé pour divers groupes médias, dont TFO et CBC/Radio-Canada.

Radio-Canada supprime près de 250 postes en français au Canada

Radio-Canada/CBC a annoncé lundi des compressions de près de 10 % de ses effectifs, retranchant ainsi près de 600 emplois, dont environ 250 du côté francophone.

L’annonce en a été faite aux employés, convoqués à une réunion, ce lundi à 14 h, par la PDG, Catherine Tait. Les 600 postes en question touchent tout autant les services français qu’en anglais du télédiffuseur public, les compressions étant réparties de manière égale. Par ailleurs, 200 postes vacants seront supprimés à la société d’État qui compte près de 7900 employés au total; 85 % d’entre eux sont syndiqués.

« Radio-Canada et CBC devront chacune supprimer environ 250 emplois, alors que le reste se fera à Technologies et Infrastructures, et dans d’autres services institutionnels », a déclaré la haute direction dans un communiqué publié lundi après-midi.

Les mises à pied commenceront dans les prochaines semaines, « mais la plupart seront mises en œuvre au cours des 12 prochains mois », indique-t-on. On ignore pour le moment si les compressions en français toucheront davantage les stations hors Québec.

« Chaque secteur amorcera ces compressions progressives en fonction de son plan d’affaires et de ses exigences opérationnelles », explique le communiqué.

Plus concrètement, Radio-Canada/CBC effectuera des compressions de l’ordre de 125 millions de dollars pour 2024-2025. Cela comprend une compression de 40 millions de dollars dans la programmation, soit 25 millions de dollars pour le secteur anglais et 15 millions de dollars du côté de la programmation française, notamment pour les productions indépendantes et les émissions acquises par le télédiffuseur.

La haute direction soutient, dans son communiqué, que « ces compressions sont opérées de façon à optimiser la souplesse du diffuseur public, si jamais sa situation financière change l’an prochain, et à limiter le plus possible les effets sur notre personnel ainsi que sur les émissions et les services que nous offrons aux auditoires canadiens ».

« CBC/Radio-Canada n’est pas à l’abri des bouleversements que subit l’industrie canadienne des médias. Nous avons réussi à faire face à des difficultés structurelles majeures au sein de notre industrie dans les dernières années, mais nous n’avons plus la souplesse nécessaire pour continuer à le faire sans compressions », a expliqué Catherine Tait.

La présidente de Radio-Canada/CBC Catherine Tait. Image tirée du site internet de Radio-Canada.

La Guilde canadienne des médias, un syndicat représentant 4000 travailleurs de Radio-Canada/CBC a réagi à l’annonce en fin de journée. « Bien que nous nous attendions à des compressions budgétaires, le comité de négociation de la sous-section Radio-Canada/CBC de la Guilde canadienne des médias a été choqué par la nouvelle, car il ne s’attendait pas à ce qu’un nombre aussi important d’emplois soit touché », a déclaré Naomi Robinson, présidente de la sous-section Radio-Canada.

Des défis financiers

La société d’État n’avait pas caché ses récentes difficultés financières, « notamment en raison de la hausse des coûts de production, la diminution des revenus publicitaires à la télévision et la concurrence féroce des géants du numérique ». Il y a aussi le gouvernement fédéral qui a demandé au diffuseur public de réaliser 3 % d’économies. La ministre de Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, s’est toutefois défendue, affirmant que les compressions demandées par le gouvernement Trudeau n’étaient pas encore définitives.

« Il n’y a pas de décision finale qui a été prise concernant CBC/Radio-Canada, en particulier, mais, oui, on fait un exercice partout à travers le gouvernement et ça implique les sociétés d’État », a-t-elle expliqué en conférence de presse, lundi.

Un gel d’embauche avait déjà été décrété, au mois d’octobre, pour contrer ces pertes monétaires, aussi reliées à la baisse de popularité de la télévision et aux chutes des revenus publicitaires, expliquait Catherine Tait.

Des solutions concrètes attendues au premier Sommet sur les opioïdes du Grand Sudbury

SUDBURY – Les attentes sont nombreuses en amont du premier Sommet sur la crise des opioïdes qui sévit dans la ville du nickel. Les organismes responsables de l’événement qui aura lieu la semaine prochaine espèrent en ressortir avec des pistes de solution actives pour contrer l’augmentation fulgurante des décès liés à la consommation de drogue à Sudbury.

Proposé suite à une motion lors du conseil municipal en juin dernier, ce Sommet répond à une urgence dans la ville de Sudbury qui connaît une augmentation fulgurante des consommations d’opiacés.

À l’époque, une présentation en personne du docteur Dirk Huyer, coroner en chef de l’Ontario, avait tiré la sonnette d’alarme, signalant une augmentation de 193 % des taux de décès liés à la toxicité des opioïdes dans cette ville depuis 2018.

C’est plus de trois fois la hausse enregistrée en Ontario et 38 % plus élevé que dans le reste du Nord de l’Ontario selon les données du coroner.

De son côté, le conseil de Santé publique de Sudbury et districts avait aussi pris connaissance de la présentation de la directrice générale, Sandra Laclé, laquelle avait relevé que Sudbury arrive en deuxième position en termes de taux de mortalité dans le Nord, après Thunder Bay.

Par et pour Sudbury

Suivant la recommandation du coroner invitant à trouver des solutions spécifiquement pour la situation à Sudbury, ce sommet est co-organisé par des représentants du personnel de la Ville, de Santé publique Sudbury et districts, des Services de police du Grand Sudbury ainsi que des organismes de services sociaux communautaires. Le budget mobilisé est de 140 000 $, tirés de l’excédent existant dans les services sociaux et à l’enfance de la ville en 2023.

Sudbury est la ville qui a connu une augmentation notable de la consommation dans le Nord avec un taux de mortalité par opioïdes de 54 pour 100 000 habitants de 2018 à 2022, comparativement à un taux de 43,7 pour l’ensemble du Nord de l’Ontario, selon Mme Laclé.

Un des objectifs de ce sommet monopolisant plusieurs centaines de personnes dans l’organisation est de comprendre les raisons de cette augmentation et de trouver des actions concrètes pouvant la contrer.

« Le focus est sur Sudbury, mais la Santé publique parle avec plusieurs communautés du Nord et on espère travailler avec d’autres villes », explique Caroline Lavoie, infirmière au bureau de Santé publique de Sudbury et districts.

La francophone espère que ce Sommet apportera des solutions qui seront rapidement applicables comme ce fut le cas avec celui organisé par la Nation Anishinabek à Sault Ste. Marie en mai dernier : « On souhaite aussi avoir des résultats comme eux autres et leur parler pour trouver des solutions pour le Nord, au-delà de Sudbury. »

Pour Caroline Lavoie, infirmière à Sudbury, ce sommet arrive au meilleur moment. Gracieuseté

Stigmatisation

Selon l’infirmière qui a passé trois ans dans le système hospitalier, la stigmatisation reste le plus grand frein à la prévention : « Les mots qu’on utilise, la manière dont on parle aux gens, c’est vraiment la plus grande barrière. »

Celle-ci souhaite adresser un conseil aux personnes soutenant des individus en prise à des troubles de consommation : « Prenez de leurs nouvelles, transportez la naloxone, examinez vos préjugés. »

Le sommet aura lieu les 7 et 8 décembre au Centre communautaire Edgar-Leclair, dans la collectivité d’Azilda. Des conférences, ateliers et tables rondes auront lieu durant les deux journées avec une discussion en grand groupe au deuxième et dernier jour.

L’accès se fera sur invitation seulement, les médias ne seront pas autorisés sur place pour des raisons de protection et de sécurité des intervenants, selon la santé publique de Sudbury.

Les présentations seront en anglais mais des traductions en français seront disponibles selon les informations du bureau de santé publique. Un rapport final et le plan d’action seront présentés plus tard au conseil municipal.

Valérie Grenier entre déception et satisfaction pour sa première historique à Mont-Tremblant

MONT-TREMBLANT – Devant son public pour un retour historique de la Coupe du monde de ski alpin à Mont-Tremblant, Valérie Grenier n’a pas obtenu les résultats espérés avec une 8e place samedi et une 6e ce dimanche. Malgré cela, elle s’est tout de même montrée satisfaite d’avoir pu vivre ce moment devant ses proches.

De retour à Mont-Tremblant pour la première fois depuis 40 ans, la Coupe du monde de ski, dans la ville québécoise où Valérie Grenier a pratiqué le ski depuis l’âge de deux ans, était sans aucun doute l’événement sportif de cette fin de semaine au Canada. 

Avec près de 10 000 spectateurs en bas de la piste qu’elle connaît si bien, Valérie Grenier avait à coeur de réaliser une performance marquante devant sa famille et ses amis venus nombreux pour la voir en compétition internationale au Québec pour la toute première fois. 

Malheureusement, si le rêve s’est réalisé de courir à Mont-Tremblant, les résultats n’ont pas forcément suivi. La faute à un manque de régularité sur les deux manches qui lui ont à chaque fois coûté une meilleure place. 

Sur la première descente, samedi, la Franco-Ontarienne avait obtenu le 6e temps. 

« Pour la première fois de la semaine, j’ai senti un peu de nervosité en haut de la piste avant de prendre le départ de la première manche », a-t-elle confié à nos confrères du Journal de Montréal.

La pression a été difficile à gérer avec finalement une deuxième manche plus compliquée qui l’a vue glisser à la 8e place.

« Ce n’est pas mauvais comme résultat, mais je suis quand même déçue », a-t-elle poursuivi dans les colonnes du journal montréalais. « Quand je me suis élancée en deuxième manche, je voulais m’avancer de quelques rangs, mais ça ne s’est pas passé comme souhaité. Le parcours était difficile au départ et je n’ai pas réussi à prendre mon rythme. »

Des regrets sur la deuxième épreuve ce dimanche

Ce dimanche, une deuxième épreuve de slalom géant lui offrait une occasion de se rattraper. Mais, encore une fois, elle n’a signé qu’une bonne manche sur deux. C’est cette fois la première qui lui a été fatale. En ne réalisant que le 11e temps avec 1’’ 53 de retard sur la première sur son premier passage, elle n’a terminé que sixième, alors qu’elle a offert aux spectateurs une manche 2 fantastique, dans des conditions, en plus, très difficiles.

Elle a en effet obtenu le 3e temps de la seconde manche. De quoi laisser des regrets même si, au final, cette 6e place représente un très bon résultat et des progrès par rapport à la veille. 

« Je suis très heureuse de ma deuxième manche », a-t-elle confié. « J’ai skié comme je le voulais et je ne suis pas sûre que je pouvais faire bien plus sur cette manche. J’étais déçue après mon premier passage et heureuse de la manière dont j’ai répondu dans le second. »

Au niveau des podiums, l’Italienne Federica Brignone signe une fin de semaine parfaite avec un doublé sur les deux épreuves. L’Américaine et légende du slalom géant, Mikaela Shiffrin a pour sa part obtenu deux fois la troisième place. Pour la deuxième marche, ce sont Petra Vlhova (Slovaquie) et Lara Gut-Behrami (Suisse) qui ont pris l’argent respectivement samedi et dimanche.

Au micro de CBC, Grenier a souligné l’excellent travail de toute l’organisation de l’événement et a déjà donné rendez-vous à tous ses partisans pour l’année prochaine où l’épreuve sera reconduite à Mont-Tremblant déjà impatiente de revivre cette expérience inoubliable. 

« Ça a été une expérience exceptionnelle de concourir ici à Tremblant. Je n’ai pas les mots pour décrire l’énergie transmise par le public et je ne peux les remercier assez pour leur soutien incroyable. Je suis arrivée en cette fin de semaine en pensant que je devais absolument faire un podium pour les partisans mais j’ai appris qu’ils ont passé un bon moment et qu’ils sont là pour nous encourager, peu importe si on est sur le podium ou non. »

Bonnie Crombie élue à la tête du Parti libéral de l’Ontario

TORONTO – Près d’un millier de membres du Parti libéral de l’Ontario se sont réunis ce samedi au Metro Toronto Convention Centre pour l’annonce des résultats de l’élection du chef du Parti libéral de l’Ontario, dont l’intérim était assuré par John Fraser depuis 18 mois. Après trois tours ménageant le suspense, éliminant Ted Hsu, Yasir Naqvi puis Nate Erskine-Smith, c’est Bonnie Crombie qui l’emporte avec 53,4 % des voix.

Le doute aura plané jusqu’au bout dans le comptage des voix jusqu’au troisième tour. C’est donc Bonnie Crombie avec 53,4 %, contre 46,6 % pour Nate Erskine-Smith, qui devient de fait la cheffe du Parti libéral de l’Ontario.

Elle représentera les libéraux et affrontera Doug Ford aux prochaines élections de 2026, pour tenter d’empêcher le gouvernement progressiste-conservateur d’accéder à un troisième mandat.

« C’est notre moment! », a scandé Bonnie Crombie sur scène peu après l’annonce de sa victoire, aux membres du parti libéral.

Les cinq candidats initialement en lice pour la course à la chefferie sur scène, après l’annonce de la victoire de Bonnie Crombie. De gauche à droite : Ted Hsu, Nate Erskine-Smith, Bonnie Crombie, Adil Shamji et Yasir Naqvi. Crédit image : Sandra Padovani

Pour la première fois, le parti a eu recours à un système de vote direct, avec des points attribués aux 103 000 membres du Parti libéral. Les bulletins de vote préférentiels leur permettaient de lister les candidats par ordre de préférence, libres d’en lister un ou plusieurs, pour un report des voix le cas échéant. Via ce système, le premier des candidats atteignant plus de 50 % gagnait la course.

Les bulletin de vote étaient scellés depuis le vote du samedi 25 et dimanche 26 novembre derniers.

Un peu avant 14h00, le résultat du premier dépouillement est tombé : 43 % pour Bonnie Crombie, 25,7 % pour Nate Erskine-Smith, 21,3 % pour Yasir Naqvi et 10 % pour Ted Hsu, éliminé dès ce premier tour, en appelant un deuxième.

Avec 46,7 % pour Bonnie Crombie et 29,3 % pour Nate Erskine-Smith, le deuxième tour n’était pas décisif, entrainant un troisième tour. Restait à savoir sur qui les votes de Yasir Naqvi, hors course avec 24 %, allaient être reportés.

Parmi les grandes figures du parti présentes pour l’événement, on comptait les deux derniers premiers ministres libéraux : Dalton McGuinty (de 2003 à 2013) et Kathleen Wynne (de 2013 à 2018), ainsi que le chef par intérim du parti John Fraser, à qui un vibrant hommage a été rendu.

Dans son discours de départ, celui-ci a déclaré : « Aux personnes qui me demandaient pourquoi je voulais couvrir le « pire job », je leur réponds qu’être leader du parti est le meilleur job que j’aie jamais fait, entouré de personnes passionnées prêtes à prendre des risques. »

De fortes réactions à l’issue de cette course

Bonnie Crombie, qui a indiqué qu’elle quitterait son poste de mairesse de Mississauga en début d’année prochaine, a défini que son plan d’action immédiat était de se réunir avec la présidente du parti, Kathryn McGarry, John Fraser et le caucus pour planifier leur stratégie.

Celle-ci dit envisager un siège à l’Assemblée, « si l’occasion se présente, en particulier à Mississauga », et dit vouloir continuer à rencontrer les gens des petites communautés de l’Ontario qui se sentent isolés.

« Doug Ford a perdu le contact avec les gens de cette province au profit de quelques amis riches et bien connectés au lieu de construire des maisons pour les vrais Ontariens. Il n’a pas de plan pour lutter contre le changement climatique et il n’en aura jamais. Il appelle nos travailleurs de santé des héros, mais refuse de leur verser un salaire décent, ainsi qu’aux travailleurs en éducation », a déploré celle-ci.

« Il est temps de donner la priorité aux questions qui vous tiennent à cœur : soutenir le système de santé, le coût de la vie, le logement, l’éducation, le climat. Il est temps de gagner cette confiance et de vous montrer que le gouvernement en qui vous pouvez avoir confiance est le gouvernement libéral de l’Ontario », a conclu la nouvelle cheffe du parti dans son discours.

Au micro d’ONFR, et en français, Ted Tsu, le seul candidat bilingue, s’est dit fier de cette course : « J’ai appris énormément sur la province, beaucoup plus sur ses différentes circonscriptions qui partagent beaucoup d’enjeux communs, ce qui sera utile pour mon travail futur. »

À la question de savoir quel ministère il aimerait représenter si le parti libéral constituait un gouvernement en 2026, il nous répond : « Je suis actuellement porte-parole en énergie et c’est un secteur dans lequel j’ai travaillé et qui m’intéresse beaucoup. Un peu technique, mais très important ! »

Tout comme les deux autres candidats sortants, il a félicité en personne et sur les médias sociaux Bonnie Crombie pour sa victoire.

« Aujourd’hui, célébrons et unissons-nous pour faire la fête. Les libéraux de l’Ontario ont fait un choix clair en choisissant Bonnie Crombie comme nouvelle cheffe. Il est désormais vital que nous nous unissions derrière Bonnie pour garantir qu’ensemble nous battrons Doug Ford en 2026 et rétablirons la promesse de l’Ontario », a déclaré Yasir Naqvi.

Nate Erskine-Smith a salué la victoire de Bonnie Crombie et s’est voulu lui aussi unificateur : « Même si nous avons eu des désaccords sains en tant que candidats, nous devrions tous être unis autour d’une croyance commune en une alternative compétente, ambitieuse et compatissante aux conservateurs de Doug Ford. Continuons à construire ce parti, ensemble. »

Bonnie Crombie avant l’annonce des résultats du troisième tour. Crédit image : Sandra Padovani

L’ancien premier ministre libéral Dalton McGuinty. Crédit image : Sandra Padovani

L’ancienne première ministre libérale Kathleen Wynne. Crédit image : Sandra Padovani

Le candidat Nate Erskin-Smith, défait au troisième tour. Crédit image : Sandra Padovani

Le candidat Yasir Naqvi, éliminé au second tour. Crédit image : Sandra Padovani

Le candidat Ted Hsu, écarté après le premier tour. Crédit image : Sandra Padovani

Denise Lemire s’attaque à la maltraitance des aînés

OTTAWA – Denise Lemire travaille au sein de la communauté francophone d’Ottawa et sur la scène nationale depuis plus de 40 ans. Très impliquée au sein de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO) et de l’AFO, l’engagement communautaire est pour elle une nécessité. En tant que chercheure et sociologue, les sujets tels que le féminisme, les soins de santé pour les personnes âgées, mais aussi l’éducation et le bénévolat sous toutes ses formes, sont des causes qui lui tiennent à cœur. Depuis quelques années, elle s’attaque à un gros dossier : la maltraitance des aînés.

« Vous avez plusieurs casquettes au sein de la communauté francophone, à la fois chercheure et consultante, vous avez été présidente d’organismes, membre de conseils d’administration et surtout bénévole communautaire. Qu’est-ce qui vous anime dans ces rôles?

En fait, ce sont surtout des thèmes qui m’ont intéressée. Le féminisme par exemple, ça fait très longtemps que je suis dans ce mouvement, depuis les années 90. Le dossier des femmes m’a toujours intéressée et on sait qu’il reste des lacunes à ce niveau-là. Puis au sujet des aînés, moi-même j’étais à la retraite.

Justement, il y a des thèmes récurrents dans votre carrière, notamment un intérêt pour la voix des femmes. Dans les années 1990, vous étiez présidente d’un réseau des chercheures féministes en Ontario français. Quel constat pouvons-nous faire aujourd’hui en Ontario? 

On voit bien qu’il n’y a pas tant d’organismes que ça et pourtant, il y a encore de gros dossiers comme celui de la violence faite aux femmes. Il y a des organismes dans la région, oui, bien que pas assez. En Ontario, nous avions une table de recherche féministe francophone, mais on ne l’a plus, faute de ressources humaines, faute de finances ou de décisions plutôt politiques.

J’ai réalisé très jeune que, nous les femmes, avions moins de pouvoir. Je devais avoir 10 ou 12 ans quand j’ai compris cette injustice. J’aurais presque voulu être un homme. Quand je vivais à Sault-Sainte-Marie, j’étais au couvent des sœurs à Sturgeon Falls en 9e année, puis à Notre-Dame de Lourdes à Ottawa, et ça m’a vraiment montré à quel point les bonnes sœurs étaient quand même des femmes fortes. 

Denise Lemire à mis en oeuvre le Centre Espoir Sophie, centre pour femmes francophones défavorisées et marginalisées à Ottawa. Gracieuseté

Alors, c’est des choses comme ça qui m’allument. En 1989, j’ai été cofondatrice du Réseau socioaction des femmes francophones (RéSAFF), puis j’ai mis en œuvre le Centre Espoir Sophie, un centre pour femmes francophones défavorisées et marginalisées à Ottawa.

On faisait aussi des soupers-causeries et nous avions des femmes incroyables à la table, des modèles de femmes comme Roda Muse. Mes modèles sont Dyane Adam, Mariette Carrier-Fraser ou encore Elizabeth Allard.

Quels sont les défis dont les femmes aînées, en Ontario français, font toujours face d’après vous? 

C’est le manque de services en français, premièrement, et l’aide à domicile. Puis la violence envers les femmes continue d’augmenter depuis la COVID-19. Mais il y a aussi les soins de santé pour les femmes. Après 70 ans, il n’y a plus de PAP test, de mammographie, comme si à 75 ans ce n’était pas grave de mourir d’un cancer. Donc ça, pour moi, c’est de l’âgisme. Il me semble que, peu importe l’âge, la personne est importante. 

Ce sont des sujets pour moi vraiment importants et je suis d’ailleurs sur le conseil d’administration de la FARFO et aussi sur celui de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), pour aussi trouver des solutions à cela.

Qu’est-ce qui vous plaît tant dans le travail communautaire? 

Dans la vie, ce qui m’intéresse, c’est le changement. Quand je vais dans les conseils d’administration, c’est pour apporter des changements. Sans ça, qu’est-ce que je fais là?

J’aime ça quand la société change, quand la société avance.

Depuis 2021, Denise Lemire est représentante du secteur Aînés et retraités au conseil d’administration de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Gracieuseté

C’est essentiel dans ma vie. Je pense que chaque personne devrait faire du bénévolat. Quand je vois autour de moi qu’il y a du monde qui n’en fait pas, je trouve ça un peu triste. 

Il y a quatre ans, j’étais à la retraite et au Centre Pauline-Charron à Vanier. Ma sœur, qui était sur le conseil d’administration, m’a invitée à faire les demandes de subvention. 

Ce n’est pas du bénévolat, mais je rédige les demandes de subventions pour le centre, et, en même temps, il s’agit de s’assurer que le projet se fasse, avant de faire le rapport final. Les gens pensent que je suis folle, mais j’adore faire des demandes de subventions (rires). Après ça j’ai été engagée pour faire un programme de gestion des bénévoles. Il y a une centaine de volontaires au Centre Pauline-Charron. Une chance qu’on ait des bénévoles dans notre communauté, puis dans notre communauté francophone, parce que ça ne marcherait pas sinon. Et je crois que l’engagement communautaire, on devrait le prôner plus au niveau des jeunes.

Dans votre curriculum vitae, on constate aussi que vous avez été la présidente du Centre d’alphabétisation d’Orléans. Quel regard portez-vous sur cette problématique? 

Dans les années 1990, des statistiques indiquaient que les francophones étaient moins instruits et moins éduqués, qu’ils étaient plus analphabètes que les anglophones. Donc c’est sûr que ça m’a intéressée. Ça touche aussi les femmes et c’était une problématique pour elles, afin d’avoir un bac ou une maîtrise. Aujourd’hui, on n’en entend moins parler. Mais ce qui m’intéresse maintenant, c’est l’analphabétisme numérique, l’inhabilité technologique. 

Si tu n’as pas ça, tu es un analphabète. Parce que même les formulaires gouvernementaux sont en ligne. Je pense qu’il faut faire cheminer les personnes âgées vers l’Internet, c’est essentiel.

En avril dernier, durant le congrès de l’AFO, ONFR avait organisé un panel sur le vieillissement. On comprenait que de nombreux aînés voulaient rester chez eux, au lieu d’aller dans un centre de soins de longue durée. Y a-t-il derrière cela un business de la vieillesse, selon vous?

Mon Dieu! Écoutez, rien que l’image de la vieillesse à la télévision est axée sur les personnes âgées qui ne sont pas actives, axé sur la médicamentation. Il y a un gros business autour des médicaments et du logement. 

Les résidences pour aînés, ça peut aller jusqu’à 6000 $ par mois. C’est aussi la raison pour laquelle la FARFO prône l’aide à domicile. Les gens veulent rester chez eux et surtout pas dans un centre de soins de longue durée par exemple. 90 % des gens actifs veulent rester chez eux. 

De gauche à droite, le ministre Boissonneault, Cécile Paquette, présidente de la FARFO-Ottawa-Kingston, Jean Hébert, coordonnateur FARFO-Provinciale, Marc Serré, secrétaire parlementaire aux Langues officielles et Denise Lemire, représentante de la FARFO-Provinciale et AFO.

Une chose à comprendre aussi, c’est le financement du gouvernement. 70 % du financement vont dans les soins longue durée, puis, 30 % dans l’aide à domicile. Ce qu’on aimerait, c’est une situation similaire au Danemark qui accorde 30 % de financement aux soins de longue durée et 70 % à l’aide à domicile.

Votre engagement contre la maltraitance des personnes âgées persiste depuis huit ans. Que retenez-vous de ces années de recherches? 

Quand j’étais directrice générale de la FARFO en 2015, je voulais mettre en place un programme. Maintenant en 2023, c’est le cas. Mais ce que je peux vous dire, c’est que la prévention de la maltraitance est encore beaucoup plus nécessaire aujourd’hui qu’elle ne l’était en 2015.

Au niveau de la fraude par Internet et par téléphone, combien de messages reçoit-on par jour? Il faut vraiment sensibiliser les gens, parce que je trouve que c’est déplorable, ce sont des millions de dollars chaque année au Canada.

La fraude a aussi plusieurs visages, la romance devient de plus en plus populaire. Les personnes qui se sentent isolées vont sur Internet, dans les réseaux de romance et tombent en amour avec des gens qu’ils leur écrivent. Les fraudeurs sont excellents et très manipulateurs.

Qu’est-ce qui vous inquiète en 2023? 

L’intelligence artificielle. Avez-vous vu maintenant, les fraudeurs se font passer pour les petits-enfants. Si tu as mis la voix de ton enfant sur Facebook ou quelque chose comme ça, ils peuvent prendre sa voix pour prétendre qu’ils sont au bout du fil et dérober de l’argent. 

La fraude financière est intense, même moi je me suis déjà fait arnaquer. Au Centre Pauline-Charron, on a une table de concertation qui s’intitule « Sécuri-aînés », pour identifier les défis. Donc là, notre prochaine étape, c’est d’offrir cinq sessions d’information et des discussions sur des outils. C’est aussi la porte ouverte afin de se créer un réseau local de prévention contre la maltraitance des aînés. Présentement, il y a une stratégie pancanadienne pour développer des réseaux provinciaux. Il n’y a que trois ou quatre provinces qui ont du financement, dont la nôtre, avec Elder Abuse Prevention Ontario.

On veut inciter les provinces à avoir des stratégies et, comme le réseau de la maltraitance que j’ai mis sur pied, on voudrait des réseaux locaux à travers l’Ontario.

Denise Lemire est la mère de l’humoriste du groupe Improtéine, Martin Laporte. Gracieuseté

Sur une note plus personnelle, vous vous êtes retrouvée bloquée sur un bateau de croisière durant la pandémie. Quel souvenir en gardez-vous? 

Le monde avait peur pour nous, mais nous, on n’avait pas peur. On était dans le bateau, puis on s’est dit « on est bien ici ». C’était une expérience extraordinaire. Ce qui était quand même intéressant, c’était de voir l’importance de la politique par rapport aux règles internationales. On aurait voulu être des petites abeilles pour aller dans les bureaux et entendre les négociations.

On était 240 Canadiens sur ce bateau et le Canada voulait nous rapatrier, mais les pays vers lesquels on a navigué ne voulaient pas. On a dû passer par le canal de Panama. 

Pour traverser, il fallait éteindre toutes les lumières du paquebot. Personne ne devait sortir sur les ponts, à cause de la COVID-19. Il ne fallait pas qu’on nous voie non plus puisque qu’aucun pays ne voulait être près de nous. (rires)

Lorsqu’on est arrivé à Fort Lauderdale en Floride, nous avons quitté le bateau via un bus, puis directement sur le tarmac de l’avion, sans passer par la sécurité. Une histoire incroyable quand j’y repense. »


1952 : Naissance à Rouyn-Noranda, Québec 

1995 : Présidente du Réseau des chercheures féministes de l’Ontario français

2002 : Directrice générale de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français

2015 : Directrice générale de la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO)

2018 : Membre du Conseil d’administration du Réseau canadien pour la prévention du mauvais traitement des aînés (CNPEA/RCPMTA)

2023 : Récipiendaire du prix Claudette Boyer – Citoyenne de l’année durant le Gala des Prix Bernard-Grandmaître de l’ACFO Ottawa

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Des ventes prometteuses à la préouverture de la librairie-boutique francophone de Sudbury

SUDBURY – La préouverture de la librairie-boutique de la Place des Arts était très attendue par la communauté francophone de Sudbury. La vente de livres a déjà bien commencé ce vendredi après-midi alors même que l’étalage ne fait que commencer.

« Ça ne s’arrête pas, je n’ai même pas le temps de placer les livres sur les étagères », relate avec enthousiasme la directrice générale Monica Meza Giron, fraîchement embauchée à ce poste après plus d’un an de recherches.

Après des tests réalisés avec succès la veille, la caisse de la librairie-boutique a déjà bien fonctionné. Celle qui a récemment déménagé à Sudbury depuis Montréal explique que des curieux se sont présentés avant même la préouverture pour jeter un coup d’œil à l’établissement attendu depuis l’ouverture de la Place des Arts, il y a plus d’un an et demi.

Mme Meza Giron se dit déjà vraiment surprise de la réponse de la communauté. Crédit image : Inès Rebei

« On a eu un monsieur qui est entré ce matin et qui voulait prendre des photos puis a fini par acheter un livre et d’autres ont déjà posé une commande », confie-t-elle.

Un sondage ainsi que des consultations publiques ont été menés dans le but de répondre au mieux aux attentes de la clientèle, précise également la jeune directrice.

« Les gens ont bien répondu, puis on a eu aussi de drôles de propositions », rit-elle en expliquant que certaines personnes ont suggéré la vente de journaux, par exemple.

Elle a aussi constaté que beaucoup de suggestions concernaient des ouvrages de poésie : « Sudbury est une ville de poésie, alors que dans d’autres places c’est très niché. »

« C’était la pièce manquante », lâche quant à elle denise truax, directrice générale chez Éditions Prise de parole, un des organismes derrière le projet. Selon elle, la situation stratégique de la librairie–boutique, avec sa grande baie vitrée rejoint l’idée de rendre visible la francophonie à Sudbury.

Une commise a été recrutée pour aider à l’inventaire et la vente à la caisse. Crédit image : Inès Rebei

La part belle aux auteurs autochtones

Bien qu’il reste plusieurs cartons à déballer, la section dédiée aux ouvrages d’auteurs autochtones est la plus fournie, une priorité pour la librairie-boutique.

« C’est une belle littérature et aussi de nouvelles perspectives que je découvre encore plus en étant ici », estime celle qui vit sa première expérience en librairie.

La nouvelle arrivante à Sudbury dit être agréablement surprise de la présence de plusieurs communautés autochtones dans la ville et aux alentours de la Place des Arts.

Et d’ajouter : « L’idée c’est de mettre en avant les auteurs autochtones. » Ce samedi, lors de la deuxième mi-journée de préouverture, l’artiste visuel Will Morin, de la Première Nation de Michipicoten fait une présentation à la librairie-boutique dans le cadre du Sudbury Art Crawl.

Des ouvrages de l’auteur innu Michel Jean figurent parmi les livres de la section dédiée aux écrivains autochtones. Crédit image : Inès Rebei

Des livres provenant de l’ancienne librairie de la ville Le Grand Ciel bleu, qui a fermé ses portes en 2011 en raison de difficultés financières, seront éventuellement disposés dans un coffre de livres usagés afin de leur offrir une seconde vie.

Des personnes auraient déjà demandé à faire don de leurs anciens livres que la librairie-boutique pourra revendre à prix réduit, se réjouit la libraire.

« On veut aussi avoir une section franco-ontarienne », dit Mme Giron, ajoutant que d’autres sections seront consacrées aux ouvrages d’auteurs du Québec et de francophones d’autres régions.

Une inauguration officielle aura lieu en janvier prochain, moment où le nouveau nom de la librairie-boutique sera dévoilé. En attendant, la librairie sera ouverte du mardi au samedi avec des ajustements possibles durant la période des fêtes.

La beauté, l’art et l’écriture

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

Il y a quelques années, j’ai lu le livre de Muriel Barbery, L’élégance du hérisson. Je dois admettre que j’ai laissé ce livre, prêté par une amie, traîner entre les étagères de ma bibliothèque et ma table de chevet pendant des mois avant de me plonger dans sa lecture.

Est-ce le titre qui m’a « découragée »? Un titre justement énigmatique et pas vraiment attrayant. Après tout, que vient faire un hérisson dans le monde littéraire et encore plus dans la beauté, l’élégance. Il va sans dire qu’inconsciemment j’étais déjà tombée dans le piège ou plutôt le sortilège de Muriel Barbery.

Heureusement que ma curiosité l’a emportée sur la chose et qu’un jour, probablement à cause de l’ennui, j’ai commencé la lecture de ce roman sans pouvoir le mettre de côté seulement une fois terminé.

Nous avons tous grandi quelque part dans un endroit où des proverbes comme « L’habit ne fait pas le moine » étaient relayés par nos grands-parents ou nos aînés. Un genre d’avertissement pour ne pas juger une personne uniquement par son physique et par extension un livre par son titre. Mais notre mémoire humaine est trop courte pour retenir cette sagesse millénaire.

Renée Michelle, l’héroïne du roman, a tout ce qu’il faut pour nous rappeler cet adage. Justement, ne pas tomber dans la superficialité du monde et plutôt choisir de contempler la vraie beauté, celle des arts, des idées philosophiques et de la littérature. Renée Michelle est concierge dans un immeuble parisien de luxe. Avec sa physionomie ingrate, sa profession au bas de l’échelle et son milieu inculte, elle a tout pour contraster avec les résidents de son immeuble : leur richesse, leur statut social élevé et leur culture raffinée.

Mais est-ce vraiment la réalité? Qui est beau et qui est laid? Qui est riche et qui est pauvre? Qui est intelligent et qui est abruti? Maintes fois dans son livre, l’autrice nous renvoie vers nous-mêmes chercher les réponses dans les profondeurs de la beauté. Cette beauté cachée dans certains tableaux et qui nous émerveillent, nous époustouflent, presque enivrés en les regardant, en les dévorant avec nos sens, en oubliant la laideur physique et en embrassant la beauté morale, je dirais presque divine. Au-dessus de nous tous.

Dénicher la vraie beauté dans les arts et les mots

Avec des mots sur les lèvres de Renée, Muriel Barbery parle d’art, de philosophie, de cinéma et de littérature comme lorsque cette dernière est fascinée par le tableau de Claesz, un peintre néerlandais du 17e siècle, qui a peint Nature morte aux huîtres et que Renée décrit longuement dans un paragraphe qui s’ouvre comme suit : « C’est une nature morte qui représente une table dressée pour une collation légère d’huîtres et de pain. »

Muriel Barbery nous donne une leçon d’humilité, à commencer par moi, pour laisser tomber nos préjugés individuels et sociétaux et aller dénicher la vraie beauté dans les tableaux, dans les arts et dans les mots.

C’est aussi le message que j’ai retrouvé en lisant le plus récent roman de Michèle Vinet, Jaz.

Jaz, un nom à la fois bizarre et intrigant, est un homme qui perd l’amour de sa vie à la suite à un accident de la route et qui déchaîne sa peine et son désarroi dans la peinture. À la recherche de son amour perdu, mais aussi pour combler ce vide ou encore pour projeter son malheur dans l’art.

Les oeuvres Jaz de Michèle Vinet et L’élégance du hérisson de Muriel Barbery. Montage ONFR

Ce n’est pas un hasard que l’aubergiste du coin, un opportuniste ou disons un monsieur qui a le sens des affaires, flaire le talent mais aussi saisit l’amplitude de cette plaie béante qui torture Jaz, qui peut être monétisée et rapporter gros.

C’est comme si plus la peine est profonde et plus l’art est pur et certainement plus son expression sera magnifique. Les gens s’y retrouvent. Les gens admirent les peintures en s’y voyant. Les gens achètent cet art cru où les émotions de Jaz sont à fleur de peau et où ces voyeurs ou visiteurs retrouvent leur propre malheur sans piper un mot, juste en regardant les tableaux de Jaz.

D’une exposition presque banale chez l’aubergiste, les tableaux de Jaz ne cessent d’attirer les regards et les acheteurs jusqu’à des expositions dans la grande ville jusqu’aux grandes capitales de ce monde. Tout le monde veut se procurer des tableaux de Jaz. Tout le monde est séduit par la beauté qui s’en dégage.

Comment un vide personnel peut-il être traduit par de simples coups de pinceau? Michèle Vinet capture ces subtilités et ces nuances par ces mots : « rouge chagrin, rouge-élan, vert-naissance, bleu-tendresse, violets aussi glycines que sorciers ». Le tableau devient un champ de bataille où les émotions s’emparent des couleurs et les peines s’accaparent des pinceaux pour une lutte sans fin.

Un don commun de pouvoir exprimer leurs émotions vives

Les personnages respectifs Jaz, de Michèle Vinet, et Renée, de Muriel Barbery, sont des artistes nés. Des êtres touchés par la baguette magique de la fée de la beauté. Ils ont ce don de pouvoir exprimer leurs émotions vives et leur brillante intelligence dans la peinture, pour le cas de Jaz, ou dans les mots et les idées, pour le cas de Renée.

Souvent, ces personnes vivent l’entièreté de leur vie sans être découvertes mais, parfois, elles sont reconnues pour leur talent artistique par certains. Pour Jaz c’est l’aubergiste dans sa quête d’argent et de prestige qui pousse Jaz à exposer et vendre ses tableaux jusqu’à une réputation mondiale. Pour Renée, c’est une rencontre fortuite avec un homme japonais fort cultivé qui la reconnaitra désormais, non plus comme une simple concierge méprisée par certains ou tout simplement ignorée par d’autres, comme une femme intelligente et sensible.  

Dans ces deux romans, les références à des œuvres d’art, à des classiques du cinéma ou de la littérature sont à la fois subtils et explicites.

Du chat de Renée appelé Léon en référence à Tolstoï jusqu’à Proust que Renée lit en cachette comme on lirait un roman damné. Quant à Vinet, elle ne se gêne pas à faire allusion à l’oeuvre Les Hauts de Hurlevent de Emily Brontë ou Le Rouge et le Noir de Stendhal, des romans qui ont séduit mon adolescence.

Peinture, art et littérature sont presque des personnages dans ces deux livres. Un délice pour tous ceux qui sont à la recherche de la beauté.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et du Groupe Média TFO.

Des services essentiels pour des francophones aux besoins spéciaux sur la sellette

OTTAWA – Le Centre de jour le P’tit Bonheur de Patro d’Ottawa, seul centre communautaire francophone de loisirs en son genre, pourrait bien fermer ses portes dès le 8 janvier 2024, suite à la décision de la Ville d’Ottawa de couper le financement de ses programmes, dont des centaines de jeunes, adultes et aînés francophones bénéficient. Le porte-parole du Patro d’Ottawa et avocat Stéphane Émard-Chabot explique à ONFR les tenants et aboutissants du dossier et les nouvelles discussions amorcées avec la Ville depuis ce vendredi.

Dans une lettre ouverte envoyée aujourd’hui, Karina Potvin, la présidente du conseil d’administration du Patro d’Ottawa, exprime son désarroi : « Nous savons à quel point ces programmes sont essentiels pour la communauté – particulièrement vulnérable – de la Basse-Ville et à quel point de nombreuses familles en ressentiront les effets. »

« Nous sommes profondément affligés qu’un pilier des services francophones à Ottawa soit possiblement appelé à disparaitre parce que la Ville met en œuvre des mesures qui viennent étouffer l’organisme. »

Son porte-parole, Stéphane Émard-Chabot, nous explique que le partenariat entre la Ville et du Patro d’Ottawa remonte à 1973, soit 50 ans, date de création du centre communautaire. Depuis, la municipalité fournit un financement annuel pour les services récréatifs aux francophones, dont le P’tit Bonheur pour les adultes aux besoins spéciaux.

Selon lui, si la pandémie a affecté les finances du centre, du fait de la suspension de ses activités et sources de revenus, en automne 2022, le Patro d’Ottawa a mis en place un plan de relance de ses services à ses frais, en accord avec Ottawa, et répondant aux exigences de la Ville, avec notamment un partenariat avec Montfort-Renaissance.

« Or, le 21 juillet dernier, nous recevons une communication de la Ville nous accusant à tort de vendre l’immeuble à Montfort-Renaissance – ce qui était absolument faux – et mettant fin au contrat de 1973, impliquant le retrait de la gestion du centre et une perte d’une partie des locaux. La relation avec la ville se détériore sans qu’on en comprenne les raisons », déplore celui-ci.

Autre dénouement inattendu, il raconte la réception début novembre d’un courriel de la Ville d’Ottawa suspendant le financement du troisième trimestre de l’enveloppe annuelle.

Pour le centre communautaire, c’est l’effarement : « La Ville est en train d’étouffer cette institution francophone, la seule dans son genre dans la capitale. S’ils souhaitent préserver les services comme des conseillers municipaux le prétendent, pourquoi nous ont-ils coupé les fonds ? », commente Stéphane Émard-Chabot.

Une lueur d’espoir

« Sans aucune source de revenus, le centre ne peut plus fournir ses services et le personnel a été mis à pied. Nos options sont limitées dans ce contexte-là », déclare-t-il, expliquant que les ressources dont le Patro d’Ottawa dispose leur permettent d’assurer les services jusqu’au 8 janvier 2024.

Selon lui, la Ville semble cependant réagir depuis les protestations des familles qui se plaignent de perdre un service essentiel à la communauté francophone.

Ce vendredi matin, une première rencontre a eu lieu avec un chef de projet de la ville, nouveau sur ce dossier. Des engagements à continuer le dialogue ont été pris, sans plus de développement à l’heure actuelle.

Stéphane Émard-Chabot, mettant en perspective le contexte historique de 1966 de la Ville d’Ottawa qui prend alors la décision « d’exproprier et de raser tout l’est de la basse-ville d’Ottawa, à majorité francophone », raconte que du Patro d’Ottawa, dont on a supprimé la piscine, les patinoires et le bâtiment principal, avait alors déjà été sauvé une fois grâce à la mobilisation de la communauté francophone en 1972.

« Les conditions posées par la Ville pour sa survie consistaient en la reconstruction d’un centre communautaire et en sa gestion assurée par l’organisme pour les francophones. Or, c’est ce qui est de nouveau menacé 50 ans plus tard », conclut-il.

« Nous sommes tout simplement dégoûtés des demi-vérités, voire des mensonges éhontés véhiculés par la Ville d’Ottawa, récemment dans les médias, pour justifier ses actions », s’est indignée la présidente Katrina Potvin dans sa lettre ouverte.

« Est-il utopique d’espérer que la Ville reviendra sur ses positions et confirmera son réel intérêt et son engagement tangible envers la francophonie et à l’égard de l’ensemble de la collectivité de la Basse-Ville ? », a-t-elle questionné.

Le lundi matin suivant, la Ville d’Ottawa nous a envoyé une réponse, présentant sa version des faits : « La Ville fournit du financement annuel au Patro afin qu’il puisse assurer la prestation de programmes récréatifs, qui comprend P’tit Bonheur, dans le cadre d’une entente contractuelle. Le Patro d’Ottawa a déjà reçu un financement de la Ville de 148 831 $ en 2023. Un versement de 48 321 $ pour le dernier trimestre de 2023 est en attente.

Au cours de la dernière année, le Patro a fait l’objet d’un important examen stratégique et a annulé certains de ses programmes à l’automne. Le paiement du dernier versement est donc en attente de la confirmation des programmes qui ont été offerts cet automne. 

Le Patro d’Ottawa a également fait savoir qu’il avait l’intention d’intégrer ses services à ceux d’un autre organisme communautaire. Le financement municipal pour les programmes de loisirs communautaires de 2024 offerts au 40, rue Cobourg est disponible, mais nécessitera des explications quant au rôle, à l’orientation et à l’offre de programmes du Patro à l’avenir. »

Kingston opte pour un groupe de travail et non un comité sur les services en français

KINGSTON – Le conseil municipal de Kingston a voté en faveur d’un groupe de travail plutôt que d’un comité francophone au sein de la municipalité pour étudier les besoins de la communauté franco-ontarienne de la ville.

Pour rappel, en juin 2023, l’Association canadienne-française de l’Ontario à Kingston (ACFO Mille-Îles) avait suggéré à la municipalité de créer un comité francophone au sein de l’appareil municipal.

Plusieurs consultations avec la communauté avaient fait émerger de nombreux besoins, tels que la mise sur pied d’un centre multiservices pour la population, sous la forme d’une maison de la francophonie de Kingston. Des citoyens avaient également proposé d’augmenter la quantité de livres francophones dans les bibliothèques, ainsi que d’avoir plus de services de garde et d’activités parascolaires en français.

Lors d’une précédente entrevue avec ONFR, au début du mois de novembre, le maire de Kingston, Bryan Paterson, s’était dit en faveur d’un comité francophone, mais avait émis l’idée qu’un groupe de travail pouvait tout aussi bien convenir.

Un groupe de travail serait mieux adapté, selon la Ville

Le seul conseiller municipal francophone de la ville, Vincent Cinanni, avait secondé la motion initiale pour la création d’un comité francophone, mais il pense tout de même qu’un groupe de travail est, en fait, un meilleur projet.

D’après lui, « ça serait mieux parce que cela inclut les francophones de la communauté, alors que pour un comité, cela aurait été des membres qui feraient simplement des rapports ».

Vincent Cinanni est conseiller municipal à Kingston pour le quartier de Williamsville. Il est le seul membre du conseil à être francophone, bien que le maire soit francophile. Crédit image : Ville de Kingston

« Le groupe nous fera des recommandations dont nous allons nous servir pour améliorer les services », assure-t-il.

Vincent Cinanni souhaite d’ailleurs faire partie de ce groupe de travail. « Nous avons discuté dans nos cinq à sept avec la communauté et elle semble être excitée par cette nouvelle. »

Pour le politicien, les besoins restent criants, notamment en santé. Il souhaite faire partie du groupe puisque, d’après lui, « de nombreux services seront nécessaires pour les francophones ».

L’ACFO de Kingston attend du concret

« Nous avons hâte que cela avance, qu’il y ait vraiment du concret », déclare Laurianne Montpetit, la directrice générale de l’ACFO Mille Îles.

« Pour ce qui est du groupe de travail, l’objectif est d’avoir une voix à la Ville, puis de se faire entendre. Du moment que cet objectif-là est atteint, je crois que ce sera une réussite. »

La directrice regrette tout de même qu’une partie du conseil municipal mette les revendications francophones sur le même plan que les autres minorités linguistiques de Kingston.

Il y aurait eu des commentaires à ce sujet, dont celui-ci : « Je pense qu’étant donné qu’il y a d’autres groupes linguistiques à Kingston, il faudrait aussi qu’eux soient représentés, donc on devrait juste faire un comité multiculturel. »

Pour la directrice de l’ACFO, « peut-être que la place du français n’est pas encore bien comprise. Je peux excuser le manque d’éducation jusqu’à un certain point, mais les Canadiens de souche devraient le savoir ».

Laurianne Montpetit se réjouit tout de même : « C’est le résultat qui compte et peut-être que le titre qu’on nous donne n’est pas si important. »

Laurianne Montpetit est la directrice générale de l’ACFO de Kingston. Elle attendra avec impatience la mise en place du groupe de travail sur les services en français que promet le conseil municipal. Gracieuseté

La prochaine étape pour la municipalité sera de mettre sur pied ce groupe de travail, en recrutant des membres de la communauté, et établir la forme que prendra ce nouvel outil de consultation, afin de prendre le pouls des francophones sur certaines initiatives.

D’après Mme Montpetit, ce qui est très positif dans ce projet, « c’est que ce ne seront plus des initiatives personnelles qui alerteront la Ville pour que les choses avancent. Le groupe de travail va nous permettre de pérenniser un petit peu la consultation. Il sera possible de partager nos inquiétudes ou nos enjeux, sans que cela dépende d’une seule personne revendicatrice », conclut-elle.

Université de Moncton : un changement de nom pourrait coûter plus de 4,6 millions de dollars

MONCTON – Changer le nom de l’Université de Moncton coûterait 4,6 millions de dollars à l’établissement acadien et pourrait même donner lieu à une perte de la clientèle étudiante dans l’avenir.

C’est ce qui est mentionné dans un rapport rédigé par deux experts chargés, par l’administration de l’université, d’évaluer la question. L’étude Dénomination de l’Université de Moncton : un état des lieux a été réalisée par la professeure franco-ontarienne Stéphanie Chouinard, du Collège militaire royal du Canada à Kingston ainsi que par l’historien et spécialiste de l’Acadie coloniale Maurice Basque.

L’Université de Moncton, le plus gros établissement universitaire entièrement francophone à l’extérieur du Québec, porte le nom de Robert Monckton, connu pour son rôle pendant la déportation des Acadiens, en tant qu’officier de l’armée britannique au 18e siècle. Un mouvement au sein de la communauté acadienne a pris de l’ampleur au cours de la dernière année via une pétition signée par plus de mille personnes demandant une modification toponymique à l’établissement possédant trois campus au Nouveau-Brunswick.

Le coût engendré pour cette procédure serait de 4,6 millions de dollars, notamment en raison des changements à l’infrastructure, mais principalement en raison des coûts technologiques de 1,2 million de dollars, un secteur à « risque de problèmes élevé » où « une sous-estimation des coûts est fort plausible », est-il écrit dans ce rapport.

Dans son dernier budget, l’université réalisait un surplus de près de 1,2 million de dollars et son recteur affirmait, en entrevue à ONFR, que l’établissement aurait besoin de 110 millions de dollars en infrastructure au cours de la prochaine décennie.

Une possible perte d’étudiants internationaux

Les deux auteurs préviennent qu’un tel changement de nom pourrait avoir un impact sur l’attraction de la clientèle internationale et sur sa visibilité dans l’univers francophone, car elle pourrait rendre difficile la recherche de l’institution, après la modification, auprès des moteurs de recherche tels que Google. Cela avait été le cas de l’Université Ryerson qui est devenue, en 2022, l’Université métropolitaine de Toronto, donnent-ils en exemple.

« Une perte d’effectifs peut être à prévoir pour cette raison, en particulier à l’international, où ça risque d’être plus difficile de rebâtir les liens », a affirmé Stéphanie Chouinard, lors d’une conférence de presse, vendredi matin, à Moncton.

Si l’on change le nom et que la nouvelle identité fait état d’un fort consensus, on note cependant comme points positifs : un effet bénéfique auprès de l’attractivité de l’institution, l’amélioration de l’expérience étudiante, l’instauration d’un climat de bienveillance et l’accroissement de la fierté et du sentiment d’appartenance envers l’institution.

Le rapport expose que, côté couverture médiatique, 66 % des textes prenant position dans ce débat sont en faveur d’un changement de dénomination, la raison principale invoquée étant le lien avec le lieutenant général Robert Monckton et son rôle dans la déportation des Acadiens en 1755. Maurice Basque et Mme Chouinard notent toutefois qu’« une divergence d’opinions nous permet de constater qu’un consensus ne s’est pas formé sur la question ». En fait, expliquent-ils, un seul étudiant a pris position sur cet enjeu.

« Ce manque d’information sur leur point de vue pose un sérieux problème pour toute tentative de poser un diagnostic sur l’impact, positif ou négatif, que pourrait avoir un éventuel changement de nom. »

Stéphanie Chouinard et Maurice Basque n’avaient pas comme mandat de faire des recommandations, mais plutôt de faire un état des lieux, comme le dit le titre du document. Il reviendra à l’administration de prendre cette décision. Celle-ci a désormais trois options : changer le nom, ne pas le changer ou encore ne pas le modifier, mais décontextualiser le personnage et son legs. Le rapport sera évalué par le Conseil des gouverneurs de l’université lors d’une réunion, la semaine prochaine.

L’ascension de la skieuse Valérie Grenier

La skieuse franco-ontarienne Valérie Grenier continue de faire tourner les têtes. Après une victoire historique en slalom géant à la dernière Coupe du monde, elle entame à nouveau le circuit et dévalera, ce week-end, les pentes du Mont-Tremblant, une montagne qu’elle connaît particulièrement bien.

Originaire de St-Isidore dans l’Est ontarien et ancienne élève de l’école Le Sommet à Hawkesbury, l’athlète se dévoile, le temps d’un Tac au Talk!

Le Parti vert de l’Ontario remporte un second siège à Queen’s Park

KITCHENER – Selon les résultats non officiels d’Élections Ontario, c’est la candidate Aislinn Clancy du Parti vert de l’Ontario qui remporte l’élection partielle de Kitchener-Centre, permettant aux verts d’obtenir un second siège à l’Assemblée législative, pour la première fois depuis leur histoire. La candidate néo-démocrate Debbie Chapman arrive en seconde position, suivie du progressiste-conservateur Rob Elliott et enfin, de la libérale Kelly Steiss.

La candidate verte, qui a immédiatement pris la tête de la course, totalise 47,99 % des votes, devançant largement la candidate du NPD Debbie Chapman avec 26,73 %, ne parvenant pas à récupérer le siège de Laura Mae Lindo, la candidate néo-démocrate sortante. Le progressiste-conservateur Rob Elliot se classe sur la troisième marche du podium avec 13,16 %, suivi de la candidate libérale Kelly Steiss avec 7,69 %. Le taux de participation global s’est élevé à 27,10 %, soit 23 616 votants sur les 87 151 enregistrés dans la circonscription.

Aislinn Clancy devient la seconde députée du Parti vert de l’Ontario à siéger à Queen’s Park. Source : Compte Facebook officiel d’Aislinn Clancy

« Je suis extrêmement reconnaissante envers la communauté de Kitchener de m’avoir fait confiance », a déclaré Aislinn Clancy à ses partisans enthousiastes lors de sa soirée électorale. « À toutes les personnes qui ont soutenu notre campagne – merci. Je suis honorée de vous avoir derrière moi et je suis prête à être votre voix à Queen’s Park. »

« Maintenant, il est temps de mener notre lutte pour de meilleurs logements, services de garde d’enfants, transports en commun et bien plus encore, tout en continuant de nous opposer à Doug Ford et à son programme destructeur. »

Élu député provincial de Guelph en 2018, le leader du Parti vert Mike Schreiner est lui-même devenu le tout premier vert à siéger à l’Assemblée législative de l’Ontario. Son parti y gagne désormais un second siège, doublant ses rangs, dans une région déjà représentée par le Parti vert du Canada, depuis la victoire de Mike Morrice, aux dernières élections fédérales.

Des membres du Parti vert avec, en bas au centre, le chef du parti Mike Schreiner et, à sa droite, la candidate de Kitchener-Centre Aislinn Clancy ainsi que le député fédéral de Kitchener-Centre Mike Morrice. Source : Site officiel de Aislinn Clancy

Pour le politologue Peter Graefe, « cela montre une capacité de croissance et une capacité à gagner des sièges pour ce parti qui n’est pas négligeable, d’autant qu’une partie de son électorat n’est pas toujours au rendez-vous, pas toujours optimiste sur sa force de frappe ».

Selon lui, la candidate a été très active dans l’opposition au projet de développement immobilier de la Ceinture de la verdure, dont elle a poussé la protection, et contre l’expansion des limites urbaines, ce qui a probablement aussi joué en faveur du parti.

Les Verts à la fête

« Je suis extrêmement fier de tout ce qu’Aislinn a accompli au cours de cette campagne historique », a déclaré Mike Schreiner le soir même de l’élection. « Sa compassion, son dynamisme et son engagement envers sa communauté sont sans précédent, et je sais qu’elle sera une formidable défenseuse de sa communauté. (…) Partout dans la province, notre vague verte prend de l’ampleur. »

Le député fédéral de Kitchener-Centre Mike Morrice, en entrevue avec ONFR, se confie également : « Je suis ravi que notre communauté (les Verts) nous représente au niveau provincial. Travailler à ses côtés, c’est un grand atout, un double impact incroyable pour Kitchener-Centre. Jusqu’à la veille de l’élection, je frappais encore aux portes. C’est le résultat d’un travail acharné, d’un travail d’équipe. Elle a inspiré le sentiment d’espoir qu’elle adoptera une approche plus centrée sur les besoins des gens et qui a vraiment raisonné. »

La députée fédérale de Saanich-Gulf Islands et cheffe du Parti vert canadien Elizabeth May a félicité la nouvelle députée provinciale sur son compte X (ex-Twitter) : « Félicitations Aislinn Clancy! Tu a donné aux gens une raison d’y croire, tu les as inspirés et tu as réussi! »

Oeuvres et artistes à la rencontre des Franco-Ontariens

Cette semaine, la littérature s’invite dans les salons… le vôtre et celui de la Maison de la francophonie d’Ottawa. À Toronto, on accueille une vedette malienne pour l’un de ses deux seuls concerts au Canada, et un collectif mélange les langues et les rythmes des pays d’origine de ses membres afin de créer un hommage unique à l’Afrique. L’œuvre de Tchekhov est revisitée tandis que des artistes visuels d’ici exposent les leurs.

La parole aux livres

Le petit salon du livre francophone tiendra sa deuxième édition à la maison de la francophonie d’Ottawa ce samedi. L’idée derrière cette collaboration entre l’établissement, les éditions Arcadin et Àgogo livres est d’apporter le principe d’un salon du livre à un endroit où la communauté est déjà présente. Le concept sera prochainement exporté à d’autres communautés francophones de l’Ontario, selon ce que l’organisateur Bertrand de Petigny a affirmé à ONFR.

Pour l’instant, c’est dans la capitale que se déroulera l’événement de samedi, de 10h à 16h. Plus d’une quinzaine d’auteurs seront présents, dont les Franco-ontariens Eddy Garnier, Janine Messadié, Armand Konan et Véronique Sylvain. Plusieurs activités sont également prévues pour les enfants.

L’auteur Eddy Garnier était également présent lors de la première édition de La parole aux livres en septembre dernier. Gracieuseté Àgogo livres

Ottawa, le 2 décembre. Entrée gratuite, mais il est possible de réserver son billet sur la plateforme Eventbrite.

Une étude des marges

La prochaine Croisée des mots de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF), en collaboration avec le Salon du livre du Grand Sudbury, aura lieu ce mardi. L’animateur Hugues Beaudoin-Dumouchel s’entretiendra avec Isabelle Kirouac Massicotte. L’autrice vient tout juste de publier Trash, Une esthétique des marges dans la littérature francophone du Canada.

Pour cette étude sur un style rarement mis en valeur, Isabelle Kirouac Massicotte présente une lecture comparée d’œuvres autochtones, franco-ontariennes, québécoises, acadiennes et franco-manitobaines. Selon le communiqué de presse à la publication du livre, « cet ouvrage s’adresse à toute personne qui désire approfondir sa compréhension de la marginalité – sociale, esthétique – et son inscription dans l’imaginaire littéraire au pays ».

Trash d’Isabelle Kirouac Massicotte a été publié le 7 novembre aux éditions Prise de parole. Crédit image : Rachel Crustin

Virtuel, le 5 décembre. Détails et lien de connexion sur le site de l’AAOF.

Du Mali à Toronto

Sidiki Diabaté est une des plus grandes vedettes musicales du Mali actuel. Il s’arrête au Canada pour deux soirs, au Toronto Pavilion vendredi et à l’Olympia de Montréal dimanche. Sidiki Diabaté est surnommé « le prince de la kora » puisqu’il descend d’une lignée de grands joueurs de cet instrument traditionnel. Il a réussi à mêler la tradition des griots et la musique populaire contemporaine.

En 2020, il a fait l’objet d’accusations de violence conjugale contre Mariam Sow. Il a été libéré sous caution après trois mois de prison et est revenu dans l’espace public quelques mois plus tard. Il y a quelques jours, Sidiki Diabaté a présenté un concert à guichet fermé à l’Accor Arena de Bercy, à Paris. C’est le Torontois Abel Maxwell qui assurera la première partie de son spectacle dans la ville reine.

Sidiki Diabaté joue de la kora, un instrument traditionnel malien. Crédit image : Chekier photo

Toronto, le 1er décembre. Billets sur la plateforme Eventbrite.

La diversité africaine réunie

L’Okavango African Orchestra présentera son nouvel album dans un spectacle au Redwood Theatre de Toronto ce samedi. Il s’agit d’un collectif de musiciens d’expérience, originaires de plusieurs pays d’Afrique, qui vivent aujourd’hui entre Toronto et Montréal. Leurs inspirations sont diversifiées, certains viennent de pays qui n’ont traditionnellement pas eu beaucoup de contacts entre eux et jouent donc des rythmes différents, mais que la formation ramène ensemble pour créer un son unique et uni.

Les langues maternelles des musiciens, dont quatre francophones, se mélangent aussi sur la scène. L’Okavango African Orchestra a remporté le Juno de l’album de musique du monde de l’année en 2017. L’album suivant a été nommé aux Juno en 2020 et aux Canadian Folk Music Awards en 2021.

L’Okavango African Orchestra tient son nom du Delta de l’Okavango, au Botswana, un écosystème particulièrement diversifié. Gracieuseté Okavango African Orchestra

Toronto, le 2 décembre. Détails sur le site de l’Okavango African Orchestra.

La Mouette en préparation

Artiste en résidence au Théâtre français du Centre national des arts (CNA), Catherine Vidal se penche ces jours-ci sur l’œuvre du dramaturge russe Anton Tchekhov, accompagnée de Guillaume Corbeil. Une lecture-spectacle aura lieu ce lundi afin de montrer les résultats de leurs recherches en préparation de La Mouette, qu’ils présenteront officiellement dans les prochains mois. 

Simon Beaulé-Bulman, Nathalie Claude, Frédéric Desager, Renaud Lacelle-Bourdon, Macha Limonchik, Igor Ovadis, Olivia Palacci, Daniel Parent, Madeleine Sarr, Mattis Savard-Verhoeven et Patricia Nolin participeront à cette présentation intitulée Je suis Tchekhov, non ce n’est pas ça. Une façon originale de comprendre la démarche artistique de cette collaboration entre le Théâtre français du CNA, le Théâtre Prospero et la compagnie Cœur battant.  

Je suis Tchekhov, non ce n’est pas ça permettra au public de comprendre un peu mieux ce qui se fait dans une résidence de création théâtrale. Crédit image : Catherine Vidal

Ottawa, le 4 décembre. Détails et billets sur le site du CNA.

Bazz’ART au Labo

Le Labo, centre d’arts médiatiques francophones de Toronto, tiendra son événement-bénéfice doublé d’un vernissage et d’un encan silencieux jeudi le 7 décembre. Il sera possible de découvrir les œuvres des artistes membres du Labo dans une exposition entremêlée à laquelle participent Samuel Choisy, Pascaline Lebras, Carolina Reis, Joseph Muscat, Emmanuel Albano, Marthe Lenoir, Antoine Quiet, Jacques Descoteaux, Mouaad El Yakabi, Denis Leclerc, Violaine Lafortune, Jackie Rancourt, Marc Audette et Martine Côté, en plus de la francophile Ashley Snook. L’exposition collective sera en cours jusqu’au 19 décembre.

L’exposition du Bazz’ART du Labo rassemble une quinzaine d’artistes. Gracieuseté Le Labo

Toronto, le 7 décembre. Détails et billets sur le site du Labo.

Artistes de l’Est ontarien à l’honneur

L’artiste-peintre Ann Brosseau exposera plus de 60 aquarelles et œuvres à médias mixtes à la maison Annëken de Dunvegan ce dimanche de 13h à 17h. L’événement présenté par le Conseil des arts Prescott-Russell (CAPRAC) prévoit aussi café, thé et goûter. Le CAPRAC propose également un marché virtuel des fêtes pour encourager les artistes de la région.

Gnome Couple fera partie de l’exposition d’Ann Brosseau, une occasion de se procurer des œuvres originales et des cartes de Noël. Crédit image Ann Brosseau.

Dunvegan, le 3 décembre pour l’exposition de Ann Brosseau. Marché virtuel en cours. Détails sur les sites d’Ann Brosseau et de la galerie CAPRAC.  

Une députée conservatrice réclame qu’on lui réponde en anglais et non en français

OTTAWA – La députée conservatrice Rachael Thomas n’a pas apprécié que la ministre du Patrimoine canadien Pascale St-Onge livre des réponses en français à ses questions plutôt qu’en anglais, lors d’un témoignage en comité, ce jeudi matin. La conservatrice de l’Alberta s’est par la suite excusée dans une déclaration écrite.

La ministre libérale était de passage devant le Comité permanent du Patrimoine canadien. Rachael Thomas dénonçait, devant Pascale St-Onge, le fait que « vous répondez à mes questions en français, mais qu’à d’autres questions en anglais, si elles proviennent de votre collègue libéral, vous répondez en anglais ». La représentante conservatrice a poursuivi en réclamant que ses questions trouvent des réponses en anglais, avant qu’elle ne soit interrompue par des députés de l’opposition.

« Je pense que la ministre a tout à fait le choix de répondre dans la langue de son choix. C’est insultant pour les Québécois et les francophones, ce que j’entends présentement », lui a reproché le député bloquiste Martin Champoux.

« Remettre en question le bilinguisme au pays est offensant, a enchaîné, quelques instants plus tard, le néo-démocrate Peter Julian. J’espère bien que cette députée va commencer à respecter les langues officielles et ce comité. »

Rachael Thomas a rétorqué, une minute plus tard, signalant que son observation « était qu’un député libéral s’était vu offrir la possibilité de répondre en anglais et que je n’avais pas eu la même opportunité », a-t-elle dénoncé.

« Je reconnais que nous sommes un pays bilingue et que vous pouvez certainement répondre dans les deux langues. Mais si c’est possible, j’aimerais que ce soit en anglais », a-t-elle sollicité auprès de Pascale St-Onge, avant de s’attirer une nouvelle vague de reproches de la part du Bloc, du NPD et des libéraux.

La ministre du Patrimoine canadien est originaire du Québec et s’exprime principalement en français, notamment lors des mêlées de presse, même si elle répond et donne souvent des entrevues en anglais.

« Je vais répondre dans ma langue maternelle parce que j’ai beaucoup de respect pour les questions de ma collègue et je veux être certaine d’utiliser le bon vocabulaire et de répondre de la bonne façon et d’être claire dans ma réponse », a-t-elle offert comme explication, après avoir été interrogée concernant l’entente entre Google et le gouvernement, conclue hier.

Les députés ont accès en tout temps, lors de comités, à un service de traduction simultanée en anglais et en français, via une oreillette.

Du « Speak White »

Pour la ministre St-Onge, l’épisode vécu en comité était un exemple que le Parti conservateur « ne semble pas comprendre cette importance-là de la dualité linguistique et aussi du fait français ».

« C’était très déplacé et méprisant à l’endroit des francophones et des Québécois », a-t-elle commenté en après-midi, lorsque questionnée par les journalistes au sujet de cette interaction.

Pour le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet, « c’est une bonne vieille réminiscence de ce bon vieux west canadian et de ce bon vieux speak white ».

« Je suis au Canada et tu dois me parler en anglais si je veux parler en anglais, avec un mépris suintant. Les Conservateurs se définissent eux-mêmes », a-t-il expliqué.

À la période des questions, les libéraux ont tenu à saluer « le courage » du député conservateur Pierre-Paul Hus d’avoir posé une question en français, car « ce n’est pas facile d’être un francophone dans le caucus conservateur », a affirmé le lieutenant du Québec pour les libéraux Pablo Rodriguez, s’attirant, du même coup, une salve d’applaudissements des banquettes libérales et bloquistes.

Pierre-Paul Hus a alors riposté « que pour répondre en français … je lui dirais que ma collègue a déjà fait ses excuses au comité ». Cette dernière a en effet envoyé une lettre à la présidente du comité Hedy Fry pour s’excuser de son comportement lors du passage de la ministre St-Onge.

« Les conservateurs soutiennent le bilinguisme officiel, la préservation de la langue française au Canada et le droit des Canadiens à communiquer dans la langue de leur choix », a-t-elle soutenu.

Vampire humaniste cherche suicidaire consentant : beaucoup plus qu’une comédie noire

Avec son premier long-métrage, la réalisatrice québécoise Ariane Louis-Seize s’approprie les codes du film de genre et nous plonge dans une comédie noire de vampires flirtant avec le récit initiatique, tout en abordant, de manière décalée, des thématiques sociétales, comme l’intimidation ou l’aide médicale à mourir.

Le Bloc québécois « se fout complètement des francophones hors Québec », d’après Trudeau

OTTAWA – Les récentes sorties du Bloc québécois à l’encontre du financement en langues officielles aux anglophones du Québec sont « du n’importe quoi », selon le premier ministre Justin Trudeau qui estime que la formation souverainiste n’en a rien à faire des francophones hors Québec.

« C’est du n’importe quoi encore une fois du Bloc », a lâché le premier ministre canadien en réponse au député bloquiste Mario Beaulieu à la période des questions mercredi.

Ce dernier interpellait le premier ministre à savoir « quand est-ce qu’il allait arrêter d’encourager l’anglicisation du Québec? ». Il faisait référence au 800 millions de dollars qu’Ottawa va envoyer aux anglophones du Québec dans le Plan d’action pour les langues officielles de 2023 à 2028.

La formation souverainiste a présenté cette semaine une étude où l’on apprenait que l’appareil fédéral avait offert près de 2 milliards de dollars depuis 1995 aux groupes d’intérêt et institutions anglophones du Québec. Selon Mario Beaulieu, de telles sommes pour l’anglais au Québec prouvent qu’Ottawa « travaille activement à la minorisation des francophones ». Une description différente aux yeux de Justin Trudeau, qui estime que le Bloc « cherche des chicanes et à faire peur aux gens ».

« On est là pour protéger nos deux langues officielles à travers le pays et ça, ça veut dire que – même si le Bloc se fout complètement des francophones hors Québec – on va continuer d’être là pour eux et de continuer de protéger nos deux langues officielles partout où ils se retrouvent en situation minoritaire au pays », a-t-il déclaré à la Chambre des communes, un commentaire qui a fait sursauter sur les banquettes bloquistes.

Leur chef Yves-François Blanchet s’est alors empressé de tourner au ridicule cette remarque sur X (ex-Twitter).

« Le premier ministre dit que le Bloc Québécois se fout des Francophones hors-Québec. Sait-il que je dînais avec la présidente (de la FCFA), Liane Roy, hier midi? Notre relation est fructueuse et collaborative. Justin Trudeau est mal informé ou mal intentionné », a-t-il écrit sur le réseau social.

Son député Mario Beaulieu avait affirmé lundi lors de la présentation de son étude que « personne n’avait de problème avec ça », le fait d’envoyer de l’argent public pour appuyer les francophones hors Québec.

Déjà des millions pour la francisation, argue Trudeau

Les sommes envoyées au Québec pour le prochain Plan d’action pour les langues officielles devraient plutôt servir dans la francisation, selon la formation politique québécoise, « mais la réalité est que nous investissons des centaines de millions de dollars chaque année – donné au Québec – pour la francisation », a présenté comme argument le premier ministre.

« On va toujours être là pour protéger le français à travers le pays, y compris au Québec. On est le premier gouvernement fédéral à reconnaître la précarité du français au Québec et on va être là pour l’appuyer et le défendre », a-t-il répondu à une seconde question sur le dossier.

Hier, son Lieutenant au Québec, Pablo Rodriguez, demandait à la formation politique d’« arrêter de diviser les Québécois ».

« N’importe quel politicien, qu’il soit au gouvernement ou dans l’opposition, a le rôle d’unir une population ou du moins ne pas la diviser et le Bloc échoue lamentablement sur cet aspect », a reproché M. Rodriguez.

Le ministre des Langues officielles Randy Boissonnault rappelait de son côté l’obligation constitutionnelle de l’appareil fédéral à protéger autant les anglophones au Québec que les francophones en milieu minoritaire et qu’il allait s’assurer avec le gouvernement Legault « que l’argent va servir aux anglophones ».

Élection d’un nouveau député à Kitchener-Centre ce jeudi

TORONTO – Ce jeudi, les électeurs de Kitchener-Centre voteront pour leur nouveau député dont le siège est inoccupé depuis juillet dernier. Circonscription libérale de 2003 à 2018, elle est ensuite passée aux mains du NPD avec l’élection de la néo-démocrate Laura Mae Lindo, jusqu’à sa démission en juillet dernier. Présentation des quatre principaux candidats sur les 18 actuellement en lice.

Laura Mae Lindo, députée de Kitchener-Centre et porte-parole du NPD en charge de l’antiracisme et de l’équité, qui occupait le siège depuis 2018, a démissionné en juillet dernier pour prendre un poste dans le département de philosophie de l’Université de Waterloo, rebattant ainsi peut-être les cartes pour ce siège au sein des différents partis politiques de Queen’s Park.

Originaire de Kitchener, la candidate néo-démocrate Debbie Chapman, ancienne professeure en sciences politiques à l’Université Wilfrid Laurier, actuelle conseillère municipale et présidente de la Cherry Park Neighbourhood Association, membre de deux comités consultatifs communautaires, défend l’accès au logement abordable et fait de la mise en place de trains Go toute la journée pour la ligne Kitchener-Toronto, dans les deux sens, son cheval de bataille.

De gauche à droite : le candidat progressiste-conservateur Rob Elliott, la candidate du Parti vert Aislinn Clancy, la candidate libérale Kelly Steiss et la candidate néo-démocrate Debbie Chapman. Montage ONFR

Côté libéral, Kelly Steiss, ancienne présidente du Waterloo Rotary Club et actuelle présidente des relations avec les parties prenantes de la Région indépendante de Waterloo, a une longue expérience de 21 ans dans la politique municipale. Candidate malheureuse au scrutin de 2022, elle se lance à nouveau dans la bataille électorale avec la volonté de défendre les droits des personnes en situation de handicap et l’inclusivité. Elle veut s’attaquer au coût de la vie et défendre des systèmes de santé publique et d’éducation forts.

À l’aube du congrès qui désignera leur nouveau chef et après leur double victoire aux partielles précédentes de Scarborough-Guildwood et Kanata-Carleton, en juillet dernier, les troupes libérales espèrent grappiller un dixième siège à Queen’s Park.

Originaire de la région, la candidate du Parti vert, Aislinn Clancy, est conseillère municipale et travailleuse sociale pour le Conseil scolaire catholique du district de Waterloo. Au cours de sa carrière, elle a développé des programmes destinés aux jeunes réfugiés et aux familles et a aidé les immigrants. Elle défend la création de logements abordables, la protection des terres agricoles et des zones humides, la prise de décision locale et le financement des infrastructures communautaires comme les parcs, les bibliothèques et les centres communautaires.

Si elle est élue, le Parti vert ontarien gagnerait alors un second siège aux côtés du leader du parti Mike Schreiner, dans une région déjà représentée par le Parti vert du Canada, depuis la victoire de Mike Morrice, aux dernières élections fédérales.

Rob Elliott, qui est directeur des services de données appliquées pour une entreprise privée de service informatique, a une expérience de conseil à différents niveaux gouvernementaux. Tout comme son adversaire néo-démocrate, il prône la mise en place d’un service de train Go toute la journée entre Kitchener et Toronto, dans les deux sens. Il soutient le renforcement des soins de santé grâce au réaménagement de l’Hôpital Grand River et de l’Hôpital général St. Mary, et la création de trois nouvelles écoles élémentaires dans la région.  

Les 56 bureaux de vote de Kitchener-Centre seront ouverts de 9h00 à 21h00 ce jeudi 30 novembre, avant le dépouillage et l’annonce du résultat le soir même par Élections Ontario.

Hisser la grand-voile à Thunder Bay

Inès Rebei arrive à Thunder Bay, dans l’Ouest ontarien, ultime étape de son périple. Elle décide de quitter la terre ferme et de naviguer sur le plus grand lac d’eau douce au monde, le lac Supérieur. Elle est accompagnée du capitaine Gregory Heroux, un francophone qui a grandi dans la région et qui travaille pour la compagnie locale Sail Superior.

Quarante bougies pour le journal Agricom

PLANTAGENET – En 1983, le monde de l’agriculture et de l’agroalimentaire en Ontario français se dotait de ce qui est, aujourd’hui, le seul média agricole francophone de la province : Agricom. Répondant à un besoin de la communauté, le journal est devenu un outil de combat pour les agriculteurs franco-ontariens. Sa création visait à leur offrir une voix et un rayonnement pour partager avec le reste des francophones, les rouages d’un secteur en contante mutation. 

« Le mandat est toujours là », affirme Pascale de Montigny, la rédactrice en chef du média, arrivée en avril 2023. 

La voix des agriculteurs et des agricultrices est toujours au centre de cette mission, explique Mme de Montigny, même si les défis avec le récent blocage des nouvelles au Canada par META a apporté une nouvelle façon d’opérer. 

Et même si le passage au numérique à 100 %, en février 2022, est venu changer la manière de joindre les agriculteurs, Agricom est maintenant une référence en « alimentation, au champ, de l’étable jusqu’à la table ». 

L’actualité agricole est au cœur de nos sociétés 

« On dit toujours que le journal existe pour les agriculteurs franco-ontariens, mais c’est aussi pour monsieur et madame Tout-le-monde », affirme Pascale de Montigny. 

« Si on parle du soya, par exemple, et si la culture n’a pas été bonne, les lecteurs pourront savoir que les prix à l’épicerie vont augmenter. »

Pascale de Montigny est la rédactrice en chef du journal Agricom. Gracieuseté

Agricom, ce sont des sujets sur l’agroalimentaire, mais aussi l’agrotourisme « pour développer, conscientiser et sensibiliser la population ».

Avec ses 40 ans d’histoire, le média milite également pour la place des femmes en agriculture. 

« Elles sont plus visibles, on essaie de les mettre de l’avant », explique la rédactrice en chef, fière de pouvoir notamment compter sur la chroniqueuse hebdomadaire Sandra Clément, mère de famille, blogueuse et agricultrice. 

D’ailleurs, il suffit de voir les initiatives comme celles de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), qui offre un programme de mentorat gratuit pour les femmes en agriculture. 

Chez Agricom, il est aussi question de sujets liés au climat et à l’environnement. En somme, tout ce qui touche les agriculteurs au quotidien. Leurs réalités personnelles et familiales sont au cœur de ces enjeux et c’est une des missions du journal. 

La pérennité d’Agricom, la communauté qui l’entoure 

Travailler avec la communauté franco-ontarienne est au coeur de la réussite du journal.

Au début, deux étudiantes d’Alexandria, Suzanne Massie et Chantal Périard, fondaient Agricom. Très vite, et pour en assurer la pérennité, l’UCFO deviendra propriétaire du journal, dont les locaux étaient situés dans une maison de ferme désaffectée à Clarence Creek.

En 1993, lors des dix ans d’Agricom : Chantal Périard, à gauche de l’ancien président de l’UCFO André Chabot. À droite, Suzanne Massie. Crédit image : Agricom

En entrevue avec ONFR, Chantal Périard, l’une des fondatrices, se souvient que lorsqu’elle avait 20 ans et vivait sur une ferme laitière, elle voyait bien qu’il n’y avait pas de « voix pour les agriculteurs ». 

« J’ai juste le mérite d’y avoir pensé, mais je ne l’ai pas fait vivre pendant 40 ans », explique-t-elle, insistant sur le travail de l’UCFO. « Nous livrons dans les régions de Prescott, Russell, Stormont et Glengarry, mais c’est l’UCFO qui l’a fait grandir dans la province. »

Pour Pascale de Montigny, ce sont aussi les bénévoles qui – en tout temps et dans les heures sombres du journal – l’ont maintenu à flot. Mais la présence de l’UCFO et du Collège d’Alfred est un autre exemple du soutien dont le journal a pu jouir. 

« Il y a une liste de bénévoles et une dizaine de pionniers sans qui nous n’existerions pas. »

Le journal est en continuelle réflexion et « c’est sûr que comme tous les domaines, il faut se réinventer », estime Mme de Montigny. « Une de nos options, ça serait d’avoir un magazine imprimé deux fois par année, pour essayer de rejoindre toute la communauté francophone du Canada. »

La première édition d’Agricom était distribuée dans les régions de Stormont, Glengarry, Prescott et Russell. Crédit image : Agricom
En 1993, le journal était livré dans toute la province. Crédit image : Agricom

Au fil des années, Agricom a évolué pour devenir un pilier médiatique, reflétant les préoccupations et les réussites de la communauté franco-ontarienne et agricole.

Ce 30 novembre, Agricom fête son anniversaire au centre communautaire de Plantagenet, dans l’Est ontarien. La cérémonie sera animée par Sandra Clément, avec une prestation du chanteur et conteur de Casselman, Louis Racine. 

Dates clés du journal Agricom

  • 1983 : Création du journal par Suzanne Massie et Chantal Périard
  • 1984 : L’UCFO devient propriétaire du journal
  • 1985 : Le journal frôle la fermeture avec seulement 700 abonnements
  • 1998 : Prix d’excellence journalistique de la Fédération des gens de la presse de l’Ontario
  • 1999 : Prix d’excellence de l’Association de la presse francophone pour l’article « L’agriculture est en crise », rédigé par Emmanuel Chabot.
  • 2012 : Journal de l’année par l’Association de la presse francophone (en plus des prix « meilleure qualité du français », « meilleur cahier spécial » et « meilleure couverture d’un événement ».)
  • 2022 : Agricom passe au numérique à 100 %.

L’argent des langues officielles ne sert pas à l’anglicisation, se défendent les libéraux

OTTAWA — Le financement destiné aux langues officielles offert à la communauté anglophone du Québec ne sert pas à angliciser davantage celle-ci, ont rejeté les libéraux au lendemain d’une sortie du Bloc québécois en ce sens.

Hier, le député bloquiste Mario Beaulieu a présenté une étude où il recensait que l’appareil fédéral avait octroyé, depuis 1995, près de deux milliards de dollars aux groupes d’intérêt et institutions anglo-québécoises. Il accusait du même coup le fédéral de « travailler activement à la minorisation des francophones » avec ce financement.

« Ce que le Bloc dit, c’est qu’il y a des fonds pour les groupes et la communauté anglophones. Donc, ils ont peur qu’on anglicise les Anglais essentiellement », a ironisé le lieutenant du Québec pour le gouvernement Pablo Rodriguez mardi matin avant une réunion du cabinet libéral.

La formation souverainiste réclame que les sommes destinées au Québec dans le Plan d’action pour les langues officielles de 2023 à 2028 servent davantage à la francisation. Le Plan d’action est une sorte de feuille de route qui guide le gouvernement en matière de langues officielles pour une demi-décennie et il a historiquement toujours eu une proportion de 80 %-20 %, la grosse part du gâteau allant aux francophones hors Québec.

Près de 800 millions de dollars, dont près de 137 millions en nouveau financement seront destinés aux anglophones du Québec, alors que près de 3,3 milliards de dollars iront aux francophones en milieu minoritaire pour les cinq prochaines années. La formation politique québécoise soutient que 50 millions du prochain plan serviront à la francisation, soit 6 % du total, un chiffre beaucoup trop faible à leurs yeux. Mais Ottawa estime qu’il remplit déjà son rôle dans ce secteur.

« On offre 700 millions de dollars chaque année au Québec pour l’immigration, dont une grande (partie) de cet argent sert à franciser les gens qui arrivent et je transfère l’argent aux anglophones pour le développement de la main-d’œuvre. Pourquoi? Pour les aider à se franciser pour participer au marché du travail », a commenté le ministre des Langues officielles et de l’Emploi, Randy Boissonnault.

Ce dernier a aussi confirmé en réponse aux questions des journalistes que ce n’était pas dans les plans de réorganiser l’actuel Plan d’action pour y accorder une plus grande proportion à la francisation, mais qu’il continuait à avoir des conversations avec le ministre des Relations canadiennes à Québec Jean-François Roberge pour trouver une autre avenue.

Le ministre Boissonnault rappelle que la protection de la communauté anglophone est une responsabilité constitutionnelle pour le fédéral et qu’il travaillera avec le gouvernement du Québec pour « faire certain que l’argent va servir aux anglophones », a-t-il assuré.

Le Bloc divise la population, selon Rodriguez

Cette sortie du Bloc prouve que la formation souverainiste « cherche une chicane », selon le politicien albertain et qu’elle sert « à diviser les Québécois » pour Pablo Rodriguez.

« Je trouve ça sérieux. N’importe quel politicien, qu’il soit au gouvernement ou dans l’opposition, a le rôle d’unir une population ou du moins ne pas la diviser et le Bloc échoue lamentablement sur cet aspect », reproche M. Rodriguez.

Ce dernier estime que le 800 millions réservés aux anglophones répond à des besoins dans cette communauté « au niveau des commissions scolaires, d’accès à la justice et l’éducation de façon large », et que la défense du français ne devrait pas se faire en « s’attaquant à la communauté anglophone ».

Ces propos ont amené le chef du Bloc québécois dans une longue énumération de secteurs où les anglophones de Montréal ont « un plus grand accès, per capita, que les francophones » : plus d’écoles, plus de médias, plus d’accès aux soins de santé, plus d’institutions universitaires et de financement, a-t-il compilé.

« Le succès et la prospérité de la communauté anglophone de Montréal, ce n’est pas de passer de 18 à 20, de 20 à 22 et de 22 à 24 % de la population du Québec. Donc, il n’y a rien de divisif à vouloir maintenir un sain équilibre entre les communautés linguistiques », soutient Yves François Blanchet.

Il estime que le fédéral aurait avantage à « laisser le Québec en paix » et que, « s’ils veulent régler un problème, qu’ils règlent un véritable problème : le problème du français dans les communautés francophones hors Québec ».

De nouvelles chansons franco-ontariennes pour le temps des Fêtes

Le dernier mois de l’année approche et, avec lui, la musique des Fêtes commence à retentir. Cette année, il sera possible d’enrichir les listes de lecture musicales festives avec de nouvelles chansons des Rats d’Swompe, de Mélissa Ouimet, de Céleste Lévis et de Damien Robitaille.

Pause gorgée! vol. 1 – Les Rats d’Swompe

Les Rats d’Swompe ont lancé le bal du réveillon avec le EP Pause Gorgée! Vol. 1, sorti le 10 novembre. L’album du temps des Fêtes semble logique pour cette formation qui fait sa renommée en se réappropriant la musique folklorique et les chemises à carreaux. Festif du début à la fin, le EP alterne entre reprises de grands classiques, chansons originales et pièces instrumentales.

Le bassiste du groupe, Martin Rocheleau, explique à ONFR que le concept de la « pause gorgée » vient de l’expression utilisée par ses acolytes et lui lors de leurs spectacles. En albums, « pause gorgée » représentera toute parenthèse que le groupe pourrait s’offrir en dehors de son projet musical principal.

« Ça nous donne la flexibilité de pouvoir lancer un volume 2, volume 3, etc. quand bon nous semble, une fois qu’on aura rassemblé assez de chansons ou pour aller complètement ailleurs, dans une autre thématique. »

Les Rats d’Swompe en répétition pour l’émission spéciale Lendemain de veille TFO. Crédit image : Rachel Crustin

Pause gorgée vol. 1 s’ouvre sur des classiques tintements de grelots, qui annoncent une chanson de Noël originale, Petit cadeau. « Ce sont les valeurs familiales, les valeurs personnelles qui entourent les Rats d’Swompe » qui sont exprimées dans cet extrait, selon une déclaration du chanteur Yan Leduc sur les réseaux sociaux.

Elle donne le ton à un EP très festif, qui sonne un peu plus « jour de l’an » traditionnel que Noël classique. D’ailleurs, cette première Pause gorgée a permis à Martin Rocheleau d’intégrer sur un album une chanson grivoise qu’il avait écrite au tout début de la formation, lorsque les Rats d’Swompe et le Pére Garneau promenaient le spectacle de contes et musique La légende de Jos Grandbois. L’archet raconte une histoire à double sens qui tourne autour du champ lexical propre aux violoneux.

« Je l’avais écrite sur un coup de tête. On l’avait jouée et ça avait marché. Mais quand est venu le temps de se concentrer sur la musique uniquement, avec les Rats comme on les connaît aujourd’hui, on l’a tassée. C’était une belle occasion de la ressortir. »

Le EP comprend aussi des medleys de chansons traditionnelles avec des arrangements originaux des Rats d’Swompe, comme Y’en avait pour tout l’monde ou Quand les lutins sont partis, les rats dansent.

Selon le bassiste, l’idée de lancer sept pièces musicales « s’intègre bien dans les playlists, ça s’intègre bien dans les maisons entre deux autres albums de Noël. On voulait juste faire une surprise, un petit cadeau de Noël aux gens qui nous suivent. »

Les Rats d’Swompe accueilleront la nouvelle année à la Veillée du jour de l’an du Centre régional de loisirs culturels de Kapuskasing, le 31 décembre.

Quand revient Noël – Mélissa Ouimet

Depuis la sortie de sa chanson Noël dans la tête en 2020, doublée de l’anglophone Christmas in my head l’année suivante, Mélissa Ouimet a bien essayé de composer d’autres chansons du temps des Fêtes, mais elle n’était pas satisfaite du résultat. Cette année, l’inspiration s’est finalement déposée pour donner l’accrocheuse Quand revient Noël. ONFR a rencontré Mélissa Ouimet sur le plateau de l’émission spéciale Lendemain de veille TFO, qui sera disponible en ligne dès le 18 décembre et dont font aussi partie les Rats d’Swompe et Céleste Lévis, entre autres. Questionnée sur ce nouvel extrait, elle commente : « Je trouve que c’est comme le deuxième tome de Noël dans la tête. On est moins dans la nostalgie, mais on est vraiment dans le cœur d’enfant et dans l’excitation de Noël qui s’en vient. »

Mélissa Ouimet dans le vidéoclip de Quand revient Noël. Capture d’écran Youtube

Tourné à l’Exporail, le musée ferroviaire canadien, le vidéoclip de Quand revient Noël donne l’impression d’embarquer dans le train électrique qui tourne autour du sapin. « Je pense que c’est un de mes clips préférés », se réjouit Mélissa Ouimet.

La chanteuse franco-ontarienne sera en spectacle à Ottawa prochainement. Elle sera au Centre des arts Shenkman le 7 décembre et à l’événement Créer la magie de Noël du Muséoparc Vanier, le 10 décembre. Elle sera également à Casselman avec son spectacle régulier le 2 décembre.

Chante Noël – Céleste Lévis

Céleste Lévis est une habituée de la musique et des concerts du temps des Fêtes. L’album Noël tout autour avait vu le jour en 2020. Elle ajoute cette année la chanson Chante Noël. Un extrait qu’elle voulait rythmé et léger, comme indiqué à ONFR : « Je voulais que les gens puissent chanter et danser et sourire en l’écoutant. »

Mélissa Ouimet, Marc-Antoine Joly et Céleste Lévis en répétition pour l’émission spéciale Lendemain de veille TFO. Crédit image : Rachel Crustin

Chante Noël est un clin d’œil à une personne importante pour Céleste Lévis : « Ça va être notre premier Noël sans ma grand-mère qui a été une de mes plus grandes inspirations dans ma vie. Grâce à elle, on passait toujours nos fins de soirées du temps des Fêtes autour de la table à chanter des chansons en famille. C’était toujours mon moment préféré à Noël et vraiment c’était tout ce dont j’avais besoin. »

Céleste Lévis présentera son concert de Noël chez elle, à Timmins, le 9 décembre. Il s’agira du premier spectacle à se tenir dans le nouvel édifice du Centre culturel La Ronde. L’artiste sera également à Hawkesbury le 14 et à Ottawa le 16.

Mon étoile de Noël – Damien Robitaille

Après avoir offert un album original en 2019, Bientôt, ce sera Noël, le chanteur originaire de Lafontaine récidive avec deux extraits, un en français et un en anglais. Mon étoile de Noël et Noel, Once Again seront intégrées à une version de luxe de l’album, disponible dès le 1er décembre. L’artiste a également annoncé que 2023 sera la dernière année de son spectacle Bientôt, ce sera Noël. Il sera au Centre national des arts le 6 décembre, seul spectacle à avoir été annoncé pour l’Ontario.

La chanson Mon étoile de Noël rejoint le Petit cadeau des Rats d’Swompe dans le propos. « Ce ne sont pas les cadeaux qui sont importants. L’amour, l’espoir, la magie des fêtes : on a chacun notre étoile de Noël qui peut nous guider », mentionne l’artiste dans un communiqué.

Accord historique entre la province et la Ville de Toronto

TORONTO – La Ville de Toronto, sous la pression d’un déficit de 1,5 milliard de dollars, et la province ont conclu un accord historique, cette dernière lui octroyant 1,3 milliard de dollars pour alléger ses finances et réaliser de gros investissements dans le logement, les transports en commun et la lutte contre l’itinérance. En contrepartie, la mairesse Olivia Chow donne quant à elle son feu vert au projet de développement de la Place de l’Ontario du gouvernement Ford, qui prend désormais aussi le contrôle des autoroutes Gardiner et Don Valley.

Le premier ministre ontarien et la mairesse de Toronto se sont réunis ce lundi à Queen’s Park pour annoncer une collaboration à grande échelle, résultats de dix semaines de discussions entre les deux niveaux gouvernementaux.

« Ce nouvel accord historique contribuera à soutenir la croissance future de Toronto, en mettant en œuvre des priorités communes telles que la construction de logements, les transports en commun et les infrastructures, a déclaré le premier ministre Doug Ford, qui s’est dit très reconnaissant envers la mairesse Olivia Chow pour cette collaboration.

L’Ontario fournit ainsi à la Ville Reine un soutien de 1,2 milliard de dollars sur trois ans, comprenant 330 millions de dollars pour les nouveaux projets provinciaux de transport en commun intégrés au métro, le transport léger sur rail (TLR) d’Eglinton Crosstown et de Finch West, ainsi que 750 millions de dollars pour l’achat de 55 nouvelles rames de métro pour la ligne 2.

Doug Ford et Olivia Chow en conférence de presse ce lundi à l’Assemblée législative de l’Ontario. Source : Compte X de Doug Ford

Un financement ponctuel de 300 millions de dollars assurera la sécurité et la durabilité du réseau de métro et de transports en commun si la ville s’engage sur le volet sécurité pour les usagers du CTT, avec une présence accrue de policiers et d’agents de sécurité sur le réseau de transport, et une amélioration des signalements d’urgence et de délais d’intervention.

L’offre comprend également 600 millions de dollars dédiés aux refuges dans le cadre de la lutte contre l’itinérance. Toronto a également accepté d’atteindre voir d’excéder ses cibles annuelles en logement fixées par la province en identifiant et mettant à disposition les terrains provinciaux et municipaux excédentaires pour la construction de logements.  

« Toronto a accepté de produire 73 000 nouveaux logements d’ici 2025 », s’est réjoui Doug Ford en conférence de presse.

« Ce nouvel accord permet de libérer le plein potentiel de Toronto. Ainsi, la ville bénéficiera de milliards de dollars supplémentaires pour la construction de logements abordables, la modernisation de notre système de transport et la mise en place de collectivités intégrales avec des services de garde d’enfants, des centres communautaires, des parcs et bien plus », a déclaré Olivia Chow, évoquant les foules amassées devant les banques alimentaires et les 85 000 foyers sur liste d’attente pour un logement abordable.

« J’ai hâte que nous puissions rendre Toronto plus abordable », a-t-elle conclu.

Des contreparties pour l’Ontario

Dans le cadre de cet accord, la ville accepte que la province soit habilitée à approuver les projets controversés du gouvernement de développement sur les 155 acres (62,73 hectares) de la Place de l’Ontario, le long du lac Ontario, comprenant la création d’un centre thermal privé de la société autrichienne Therme Group, projet d’une valeur de 450 millions de dollars dont 350 millions pour un spa privé et 100 millions pour la partie publique.

Questionnée par les journalistes sur ce dossier épineux, la mairesse a alors simplement répondu : « Ça s’appelle la Place de l’Ontario. Le terrain appartient donc à la province ».

Vue aérienne de la Place de l’Ontario, sur le littoral du lac Ontario. Créé en 1971 sur trois îles artificielles, ce site est un lieu de divertissement, comprenant notamment une salle de concert, la scène Budweiser, un cinéma IMAX, la Cinésphère, le parc Trillium et le sentier William G Davis. Crédit image : Rudy Chabannes

La province a accepté d’étudier la possibilité de déplacer le parc de stationnement sur le terrain de la Place des expositions afin d’améliorer l’accès du public au littoral et de discuter des possibilités de partenariat avec la ville pour maintenir une programmation scientifique publique et communautaire dans les anciens locaux du Centre des sciences de l’Ontario, que le gouvernement voulait relocaliser à la Place de l’Ontario.

« Le terrain du Centre des sciences appartient à la ville, l’immeuble à la province », explique Olivia Chow. « Nous allons établir un partenariat pour nous assurer que personne n’y perde ».

En conférence de presse, le premier ministre ontarien évoquait «  la réparation de notre réseau autoroutier vieillissant », l’accord comprenant la prise en charge par la province des autoroutes Gardiner et Don Valley, « sous réserve d’un examen par un tiers par souci de diligence raisonnable; comme il s’agit d’autoroutes sans péage, cette proposition garantira leur viabilité à long terme, au bénéfice des automobilistes et des commerçants de la région du Grand Toronto », précise un communiqué de presse.

Enfin, la province opèrera une supervision financière via des « discussions sur la viabilité à long terme des finances et du fonctionnement de Toronto par le biais de la revue ciblée Toronto-Ontario, dont le mandat sera établi d’ici à 2025 ».

Un appel à l’action au troisième palier gouvernemental

« Toronto contribue à hauteur de 20 % du PIB du Canada, d’où la demande d’aide au fédéral. Quand Toronto réussit, le Canada réussit. Nous sommes la locomotive du pays », a lancé le premier ministre ontarien, qui a invité Ottawa à financer des initiatives dans l’hébergement des demandeurs d’asile et les transports en commun.

De renchérir : « Nous demandons au gouvernement fédéral d’intervenir pour l’aide à l’hébergement et à l’infrastructure du transport. Tous les niveaux de gouvernement doivent collaborer, Toronto occupant une place à part parmi les villes canadiennes, tant par les défis qu’elle doit relever que par sa contribution de longue date et inégalée à la réussite collective de la province. »

« Nous avons besoin que le fédéral se joigne à nous et devienne un partenaire à part entière », a également appuyé la mairesse.

L’aide de 600 millions de dollars pour les dépenses de fonctionnement des refuges mentionnée plus tôt ne concerne d’ailleurs pas l’aide aux réfugiés, sous réserve d’une nouvelle aide fédérale pour les réfugiés et les demandeurs d’asile.

De même, le financement des 55 nouvelles rames de métro pour la ligne 2 de la CTT, dépend de subventions de contrepartie du gouvernement fédéral.

Parmi les nombreuses réactions suivant l’annonce, le NPD a salué cette entente d’Olivia Chow pour la Ville de Toronto : « Toronto avait besoin d’un nouvel accord, et la mairesse l’a obtenu. Elle a hérité d’un énorme gâchis d’un maire conservateur qui a plongé les finances de la ville dans le fossé. Et maintenant, elle a réussi à convaincre le premier ministre de venir à la table et de négocier un nouvel accord pour Toronto », a déclaré la cheffe néo-démocrate Marit Stiles.

« Il ne fait aucun doute que les municipalités de toute la province, y compris Toronto, sont en difficulté (…) Nos députés provinciaux de Toronto ont soutenu sans réserve un nouvel accord parce que la ville mérite un partenaire provincial qui s’investit dans son succès. »

Le maire sortant John Tory a lui aussi félicité les intéressés sur son compte X (ex-Twitter) : « Cet accord représente une première étape extrêmement importante dans la reconnaissance du statut unique de Toronto parmi les villes de l’Ontario et du Canada et pour commencer à relever certains des défis qui en découlent. »

Langues officielles : des milliards du fédéral pour l’anglais au Québec depuis plus de 20 ans

OTTAWA – Le gouvernement fédéral a envoyé près de deux milliards de dollars aux établissements et groupes d’intérêts anglophones du Québec dans le cadre de son financement destiné aux langues officielles depuis 1995. Seulement 6 % de cette somme sert à la francisation au Québec dénonce le Bloc québécois qui aimerait que le Plan d’action sur les langues officielles, d’où provient le financement, soit changé en conséquence.

Des données colligées par le député du Bloc Mario Beaulieu démontrent que depuis 1978, c’est un total de 3,4 milliards de dollars qui a été envoyé aux anglophones du Québec et 2,08 milliards depuis 1995 dans le cadre de divers programmes de langues officielles.

« Prendre pour acquis que la communauté anglophone au Québec, c’est l’équivalent des communautés francophones et acadiennes à l’extérieur du Québec, ça n’a aucun sens. Ce n’est pas du tout la même situation », a-t-il dénoncé en conférence de presse ce lundi sur la Colline.

Ces sommes devraient « logiquement servir à la promotion du français », propose-t-il en passant par Québec qui serait ensuite chargé de déterminer où l’investir.

« Ça n’a pas de sens, c’est le français qui est menacé, mais le gouvernement fédéral semble vouloir continuer à financer l’anglais au Québec », fustige le représentant de la formation souverainiste.

Il déplore notamment qu’une partie de cet argent fédéral destiné aux anglophones inclue des sommes pour les immigrants allophones, « alors de ce point de vue là, le gouvernement fédéral travaille activement à la minorisation des francophones ».

Le porte-parole aux langues officielles et en matière de francophonie pour le Bloc Québécois, Mario Beaulieu. Courtoisie
Le porte-parole aux langues officielles du Bloc québécois, Mario Beaulieu. Courtoisie

Pour les libéraux, « le Bloc cherche clairement la chicane »

L’exercice du député bloquiste est « tendancieux » et démontre que « le Bloc cherche clairement la chicane », ont soutenu tour à tour les ministres libéraux du Québec Soraya Martinez Ferrada et Pablo Rodriguez

« Il cherche à faire une division chez les Québécois, mais est-ce qu’un jour, le Bloc va finir par comprendre et par accepter qu’un Québécois c’est un Québécois, peu importe sa langue maternelle », a vilipendé le Lieutenant du Québec au gouvernement Pablo Rodriguez.

Le Quebec Community Groups Network (QCGN), l’organisme porte-parole des anglophones au Québec, a réagit en déclarant que « nous n’avons pas eu l’occasion d’étudier le ‘’rapport’’ de M. Beaulieu en détail », mais « s’insurge » de « son concept fondamental », comme quoi cet argent est un soutien à l’anglicisation du Québec, « est tout à fait erroné ».

« Il s’agit d’une fausse équivalence. Le soutien aux communautés de langue officielle en situation minoritaire dans l’ensemble du pays vise à favoriser la vitalité de ces communautés, qu’elles soient francophones ou anglophones », dénonce l’organisme porte-parole dans un communiqué.

Le Bloc n’a pas compilé de données portant sur le financement des francophones hors Québec depuis 1978.

Changer le Plan d’action pour les langues officielles

Dans son Plan d’action, dévoilé en avril dernier, les libéraux ont annoncé un financement de 4,1 milliards de dollars dont près 3,3 iront aux minorités francophones et 820 $ millions aux anglophones du Québec. Selon une haute fonctionnaire de Patrimoine canadien, les Plans d’action sur les langues officielles – présenté à chaque cinq ans – ont historiquement toujours résulté en une proportion financière de 80 %-20 %, la grosse part du gâteau allant aux francophones hors Québec.

Le Plan d’action sur les langues officielles est une sorte de feuille de route qui guide les engagements financiers d’Ottawa en matière de langues officielles pour une demi-décennie. Le ministre libéral Randy Boissonnault affirmait le 25 octobre dernier, en comité parlementaire, que 50 millions de dollars de près de 137 nouveaux millions de dollars destinés aux Anglo-Québécois via le Plan d’action serviraient à la francisation.

Le 6 % réservé au français devrait être considérablement augmenté en ce sens, demande M. Beaulieu « dans une marge qui a de l’allure, pas à 94 % ». Donc l’actuel Plan d’action de 2023-2028, dont les premières sommes doivent être envoyées au printemps prochain, devrait être modifié pour inclure des montants destinés au français au Québec.

« On n’a pas le temps, plus le temps passe, plus le français est en déclin au Québec. Il y a de plus en plus d’assimilation des francophones », avertit Mario Beaulieu.

Xénia Gould, enfin sur son X

MONTRÉAL – De Shediac à Montréal, en passant par Sackville et Moncton, la poète interdisciplinaire Xénia Gould se démarque par son incarnation des identités queer et acadienne.

« Quand vous êtes arrivée dans l’espace public, il n’y avait pas beaucoup de modèles queers en Acadie. Comment c’était d’évoluer dans ce monde homogène?

J’ai grandi à Shediac, au Nouveau-Brunswick. Je cherchais à m’épanouir dans une communauté où je pouvais rencontrer d’autres personnes comme moi. J’ai été étudié à Mount Allison, une université anglophone à Sackville, entre autres parce que des amis me l’avaient vendue comme le gay Disneyland.

J’ai adoré mon expérience, mais je n’y ai pas trouvé ce que je cherchais. C’était difficile d’être moi-même en anglais. Je manquais de points de repère.

J’ai déménagé à Moncton en 2017. De retour au chiac, à ma communauté acadienne, j’ai découvert mon identité queer, non-binaire, trans. C’est en créant avec mon dialecte que j’ai réalisé que, pour moi, être queer est directement attaché à cette communauté.

La queerness et l’acadienneté sont au centre de l’oeuvre de Xénia Gould. Crédit image : Annie-France Noël

C’est en regardant cette culture-là sans me trouver dedans que j’ai commencé à m’intéresser à la création d’œuvres queers. C’est ironique, car il y a tellement d’artistes gais, lesbiennes, bisexuels et même trans qui ont façonné la culture acadienne. Mais ça ne faisait pas partie de leurs propos. Il fallait revendiquer notre langue et notre culture. Ils ne mettaient pas l’accent sur leur identité sexuelle ou de genre. Moi, je présentais toutes mes œuvres sous la lentille acadienne et queer.

Sentiez-vous une responsabilité à être une des premières à le faire?

Les artistes qui sont passés avant moi ont forgé ce parcours. Mais c’est certain que j’avais un personnage humoristique, Jass-Sainte, auquel les personnes acadiennes s’étaient attachées. C’était une vlogueuse chasseuse de moose, jeune entrepreneure, boss girl des bois qui vivait en ville pour la première fois.

J’imagine que je m’étais donné la responsabilité d’être une voix. Il y avait tellement de jeunes qui venaient me parler qu’il y avait une petite pression. Avec du recul, je suis vraiment reconnaissante d’avoir eu cette plateforme-là.

Il n’y avait pas beaucoup de créateurs de contenu locaux à cette époque…

C’était du monde des grands centres, majoritairement en anglais. Je le faisais en chiac. C’était nouveau.

Comment l’art de la drag est-il arrivé dans tout ça?

Jass-Sainte était une bénédiction, mais aussi une malédiction. C’était vraiment beau, car j’allais dans les petites villes et il y avait de jeunes queers qui venaient me voir avec leurs parents. Les mères me suivaient sur Facebook et les jeunes, sur Instagram. Les pères arrivaient les bras croisés, l’air dubitatif. À la fin, ces hommes-là, je les avais fait rire.

Je n’abordais jamais les sujets queers. Ça passait dans la subtilité, en donnant une représentation à des gens comme moi. Mais c’était tellement absurde que des messages pouvaient passer à des gens qui n’auraient pas été ouverts si j’étais arrivée en criant gay rights.

Xénia Gould est aussi connue sur les réseaux sociaux comme Chiquita mére, son personnage de drag. Gracieuseté

Mais de tout tourner à l’autodérision, ça m’a rattrapée. Je ne vivais pas mon identité queer avec fierté, je la vivais en m’en moquant. Je me sentais prise.

Le premier ministre Blain Higgs a fermé une des seules cliniques qui aidait les personnes trans au Nouveau-Brunswick. Avec Jass-Sainte, je ne pouvais pas parler de ces choses-là. Ça me frustrait tellement que ma santé mentale a écopé. J’avais des pensées suicidaires, des dépressions, beaucoup de problèmes. J’ai annulé beaucoup de contrats parce que l’idée d’aller faire Jass-Sainte me torturait. Perdre ses droits, ce n’est pas drôle.

La drag est arrivée quand mes amis et moi sortions dans un bar gai en portant du maquillage et des talons hauts. Il y avait des drag queens d’autres villes qui venaient faire des spectacles. On s’est dit : pourquoi pas nous?

Mon objectif était de brouiller les codes de genres. J’avais ma barbe, du maquillage qui ne ressemblait pas toujours à une femme ou à un homme. C’était artistique, flyé. Je pouvais faire des choses que je ne pouvais pas faire avec Jass-Sainte, qui était suivie par beaucoup de jeunes. Je ne voulais pas me rendre à une place qui n’aurait pas été appropriée. Mais moi, comme artiste, je voulais aller là.

La drag a apporté la poésie, qui a apporté du militantisme. C’est venu guérir quelque chose.

Pourquoi avez-vous déménagé à Montréal?

Quand j’étais un homme queer, j’étais accueilli dans la communauté acadienne. J’étais un vent de fraîcheur et une boîte à cocher. L’Acadie était prête.

Mais quand j’ai commencé à m’identifier comme personne non-binaire, qui utilise le pronom iel, il y a eu une résistance, pour plusieurs raisons. Le yelle existait déjà en chiac, mais c’était associé au féminin. Certains trouvaient étrange que iel et yelle existent. Pourtant, il y a plein de mots en français qui ont une double signification.

Il y avait cette résistance transphobe à l’inclusion qui est partout dans la francophonie. Avec les gens des médias, j’avais abordé gentiment le fait que j’étais mégenrée… En 2021, j’ai gagné le prix Découverte de l’année aux Éloizes. Il y avait une performance diffusée à Radio-Canada. J’avais mon pronom écrit sur le torse. Le lendemain, j’étais encore mégenrée en ondes. À ce point-ci, c’est transphobe.

Chiquita mére est suivie par 28 900 personnes sur Instagram et 46 700 sur Tiktok. Gracieusté

J’ai fait un burn-out. C’était vraiment difficile de sentir que j’avais encore ma place. J’étais devenue très politique, très fâchée. J’avais le droit de l’être, mais ce n’est pas qui je suis.

Je voulais déménager dans une communauté où être non-binaire n’était pas l’objet de débats. Mais ça m’a pris deux ans pour trouver ma communauté.

Il y a une transition aussi. Je viens de changer de nom. Je me permets de vivre ça sans penser à mon acadienneté, pour la première fois.

La thérapie hormonale, c’est comme vivre une deuxième adolescence. Et c’est vraiment un privilège de la vivre en tant qu’adulte. J’ai un vécu, des outils, une compréhension des systèmes en place.

Je me fais parfois siffler dans la rue. Je peux reconnaître que ça, c’est moi qui fais face au patriarcat d’une façon dont j’ai toujours été témoin.

Et c’est un privilège énorme de pouvoir vivre à 29 ans ma girlhood, comme je l’appelle. J’essaie de ne pas le vivre dans le jugement, de ne pas essayer de le définir.

Comment c’est, de changer de nom en étant une personnalité publique?

C’est vraiment tannant! J’aurais aimé, en 2017, pouvoir dire : voici mon nouveau nom, je suis une personne transféminine non-binaire, voici qui je suis. Mais ce n’est pas comme ça que la vie fonctionne. Elle nous présente des défis. Et je ne crois pas que la vie devient meilleure. Je crois que c’est nous qui devenons meilleurs.

La vie ne va pas changer. La vie va être belle et mauvaise. La vie va être affreuse et spectaculaire, pour toujours. C’est nous qui développons des outils. Mais ça vient avec des ressources, du privilège, du soutien.

Lectures de passages de son recueil Des fleurs comme moi au Festival de la fierté de Sherbrooke. Crédit image : Amélie Marcil

J’ai traversé l’enfer. Agressions physiques, macro-agressions, idées suicidaires, dépressions… ça fait du bien d’enfin avoir confiance que, quand ça va être moins stable, je vais être capable de passer à travers. Quand j’étais à Moncton, il y a des jours où je ne savais vraiment pas si j’allais me rendre à 30 ans.

D’où vient ce nom, Xénia?

À Montréal, alors que je rencontrais de nouvelles personnes, je trouvais très étrange d’utiliser mon ancien nom.

Mon père est libanais et je voulais aller chercher cet héritage dans mon nom. J’ai trouvé Zayna, qui veut dire beauté et grâce, en arabe. De là, je suis tombée sur Xénia. J’ai joué avec ce nom pendant deux ans sur mon finsta, un compte Instagram plus personnel et moins filtré.

Des amis m’ont proposé de m’appeler Xénia pour une soirée. Je leur ai aussi dit que j’aimais le diminutif Xe (prononcé Zee). À un moment donné, on faisait de la bicyclette et je n’avais pas vu qu’il y avait quelqu’un derrière nous. Mon amie a crié : « Xe! Tasse-toi! » C’était parfait. La semaine d’après, j’ai fait les changements sur mes réseaux sociaux.

Quel est votre rapport à la langue aujourd’hui?

Ce qui m’a fait tomber en amour avec le chiac, c’était que je pouvais parler de façon non genrée. Par exemple : Je suis right happy de te voir!

Il y a des moments où ça ne fonctionne pas, le chiac n’est pas un bouche-trou pour tous les problèmes de l’écriture inclusive. Mais il y avait un petit bout d’utopie qui m’a permis de me trouver dans mon identité de genre sans que ça devienne à propos de la langue française.

Je maîtrise le chiac. Je maîtrise l’anglais. Mais le français, je ne le maîtrise pas dans son institutionnalisation, dans le bon français, qui est un construit social de toute façon.

Extrait du recueil de poésie Des fleurs comme moi. Crédit image : Rachel Crustin

Le pronom iel dans la langue normative me fait sentir aliénée, même si je l’utilise. Pendant plusieurs années, c’était vraiment une de mes luttes. Mais ma relation aux pronoms a évolué. Je ne peux pas contrôler où les autres sont rendus dans leur éducation sur les personnes trans.

J’utilise maintenant les pronoms iel et elle. J’ai commencé à utiliser elle dans les derniers mois. Maintenant que je vis ma girlhood, qui est un énorme privilège, je ne vais pas laisser quelqu’un qui me mégenre me l’enlever. Mais je remarque ceux qui la respectent, et ceux qui ne la respectent pas.

Je lutte plutôt pour qu’on ait accès à la thérapie hormonale, à des soins médicaux, à ne pas se faire tuer, à pouvoir travailler sans avoir peur de se faire renvoyer.

Ce n’est pas pour dire que les gens ne devraient plus faire d’efforts. Pour les pronoms des autres, je vais toujours corriger. Mais moi, je suis à un moment de ma vie où je n’y accorde plus d’importance. Ça va changer, c’est sûr, à mesure que ma transition évolue.

Vous avez joué dans Laitue matinal.e, de Lionel Lehouillier. Toute l’équipe faisait partie de la communauté LGBTQ+. Qu’est-ce que ça changeait d’avoir cet espace de création?

C’était vraiment beau. Ça serait bien qu’il y a plus d’artistes queers dans la francophonie canadienne, surtout en théâtre. Ça a donné lieu à des conversations super riches, des choses qui ne sont pas possibles quand il y a des gens cishétéros dans la salle parce que, des fois, tu dois commencer par expliquer la base.

Parlez-nous de votre recueil de poésie, Des fleurs comme moi?

J’y décortique le traumatisme de mon enfance et le commencement de ma queerness à Moncton. C’est autant de réaliser que mon enfance était dérangée que de me donner le droit de m’aimer. C’était une expérience puissante de rendre tout ça tangible.

Je l’ai récemment relu en préparation de la version audio, prévue pour 2024. C’est incroyable… Il y a des choses que j’ai écrites à propos de moi-même dont je n’étais pas consciente. Je me dis que mon enfant intérieur, qui était en train de guérir, savait que des choses s’en venaient.

Xénia Gould au Salon du livre de Montréal, le 25 novembre 2023. Crédit image : Sébastien Pierroz

Et c’est drôle de voir comment je suis complètement ailleurs maintenant. J’essaie aujourd’hui d’écrire d’une façon qui n’est plus attachée à l’identité queer ou acadienne. Quoi que tout ce que j’écris is about that.

J’essaie maintenant de juste montrer ce que je vis, pas d’expliquer pourquoi c’est correct. Des fleurs comme moi, c’est un témoin de qui j’ai été.

Est-ce que c’est un enjeu de voir le livre avec votre ancien nom?

Non. Ça va être réimprimé avec mon nouveau nom. Ça va faire une édition limitée, ça pourra valoir cher plus tard! (rires).

Vous connaissez sûrement ce jeu que je vais nommer poliment : marie, passe la nuit ou laisse tomber! Je vous pose la question avec le théâtre, la drag et la poésie.

Je marie la poésie. Je passe une nuit avec la drag. Et je laisse tomber le théâtre.

Parce que je pense que l’institutionnalisation du théâtre fait que c’est difficile de se sentir légitime si tu n’es pas associée avec une compagnie. Tandis que la poésie, tout le monde peut en faire. La poésie est une relation à long terme, qui fera partie de moi pour le meilleur et pour le pire. Et la drag, c’est all about pleasure!

Lundi dernier, la journée du souvenir trans terminait la semaine de sensibilisation aux personnes transgenres. Pourquoi c’est important?

Si on ne sait pas qu’on existe et qu’on a existé, on ne brise pas le schéma qui est de découvrir qu’on existe. La grande tragédie, c’est de savoir qu’il y a encore des gens qui grandissent sans savoir que ce qu’ils ressentent existe.

Xénia Gould aime jouer avec les codes de genre. Gracieuseté

Si on ne se souvient pas, les choses vont se reproduire. Il faut être honnêtes à propos de la violence. Et les personnes trans ont le pouvoir de libérer tout le monde. On dit : et si tu avais le droit de retourner à ce que tu voulais en tant qu’enfant, ado ou jeune adulte? D’être la version de toi-même que la vie t’a interdite? Et si tu avais le droit de modifier ton corps, de changer ton style, et si tu pouvais être tout ce que tu veux?

Les personnes trans déstabilisent cette dichotomie homme-femme et les rôles qui viennent avec. Ça aide tout le monde.

Quels sont vos autres projets? Risque-t-on de vous voir en Ontario?

Oui, mais ce n’est pas sorti encore. Je peux dire que je travaille sur mon prochain manuscrit, sur mon livre audio et sur ma première installation interdisciplinaire.

Allez-vous continuer la drag?

Chiquita mére (son personnage de drag) a été la maman, la matante, la sage dont j’avais besoin pour me trouver dans ma transféminité. Elle m’a permis de vivre ça sans tabous, dans le plaisir. Je vais continuer, mais pour des projets spécifiques au lieu de faire partie du milieu en général. Je suis prête à me lancer dans des projets où je ne suis pas limitée à des performances dans des bars.

Quand ce que je fais devient trop codifié, ça m’angoisse. Et comme poète interdisciplinaire, je peux faire ce que je veux. »


1994 : Naissance à Shédiac, au Nouveau-Brunswick

2010 : Assiste à un spectacle de Lady Gaga pour la première fois

2017 : Déménagement à Moncton.

2019 :  Animation de la Fête nationale des Acadiens au Congrès mondial acadien (CMA) et animation et organisation du Drag Ball acadien

2021 : Remporte le prix de Découverte de l’année aux Éloizes, un gala pour les artistes acadiens

2021 : Voyage au Liban avec la Commission internationale du théâtre francophone (CITF)

2022 : Première prise d’hormones au bord de la rivière Petitcodiac

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Un calendrier pour le patrimoine bâti franco-ontarien

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste en patrimoine Diego Elizondo.

Après avoir fait paraître de 2012 à 2015 des calendriers sur l’histoire des expressions populaires, le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) procédera jeudi prochain à la cabane à sucre du Muséoparc Vanier au lancement de son plus récent produit : un calendrier sur le patrimoine bâti franco-ontarien.

Un calendrier, 12 bâtiments

Le calendrier 2024 du RPFO présente douze bâtiments du patrimoine bâti franco-ontarien. Les choix des bâtiments retenus ont été faits par l’équipe du RPFO qui avait sollicité des suggestions de la communauté par l’entremise de ses communications.

Tous les bâtiments choisis existent encore bien que l’avenir de certains soit plus menacé que d’autres. Une diversité géographique et de vocation des bâtiments a également été prise en compte dans le choix des bâtiments du calendrier.

Le design graphique a été assuré par Camille Bérini, une élève de 11e année à l’École secondaire catholique Garneau à Orléans tandis que la couverture est la reproduction d’une œuvre de l’artiste-peintre franco-ontarienne Lise Piché.

Les mois d’hiver

C’est ainsi que l’ancienne chapelle du couvent de Notre-Dame-du-Sacré-Cœur (communément appelé « Couvent de la rue Rideau ») a été sélectionnée pour le mois de janvier. Cette ancienne chapelle, sauvée in extremis de la démolition du couvent en 1972, a permis une prise de conscience de l’importance et de la fragilité du patrimoine. Depuis 1988, l’ancienne chapelle a été emménagée à même le Musée canadien des beaux-arts.

Crédit image : RPFO

Le mois de février est quant à lui réservé à l’ancienne École Guigues. L’ancienne école de la basse-ville Ouest d’Ottawa a été le lieu de la célèbre bataille des épingles à chapeaux, épisode légendaire de la lutte franco-ontarienne contre le Règlement 17, qui interdisait l’enseignement en français dans les écoles de l’Ontario au début du XXe siècle.

Une photo du magnifique intérieur de l’ancienne église de la paroisse de l’Assomption à Windsor (dont l’avenir était incertain ces dernières années) constitue l’illustration du mois de mars, mois de la Francophonie.

Les mois du printemps

La maison de Théophile Brunelle à Lafontaine est à l’honneur au mois d’avril. Les jours de cette maison de 1870 semblent être définitivement comptés. Ironie du calendrier, il y a deux ans ce mois-ci, le tout nouveau Comité du patrimoine bâti et religieux du RPFO avait sonné l’alarme en raison de la démolition annoncée de l’ancienne maison de celui qui avait réussi à abattre en 1904 le loup qui terrorisait la région. L’épisode, devenu légendaire, est devenu un élément culturel et a notamment inspiré des contes et un festival d’été.

Le mois suivant c’est aussi une autre maison légendaire qui est mise de l’avant : celle où sont nées en 1934 les cinq Franco-Ontariennes les plus célèbres de l’histoire, les quintuplées Dionne.

La photo du mois de mai du calendrier 2024 du RPFO. Crédit image : RPFO.

La maison, qui se trouvait originellement dans le village de Corbeil, a été déménagée à North Bay une première fois en 1985 et est devenue un musée. Fermée en 2015 puis rouverte en 2019, la maison natale des quintuplées Dionne avait déménagé entre-temps une deuxième fois pour s’installer au centre-ville de North Bay.

Les mois d’été

Le mois de juin a été réservé à l’ancienne église de l’Annonciation dans la municipalité de Lakeshore (secteur du village de Pointe-aux-Roches) dans le Sud de l’Ontario. Construite en 1905 selon le style architectural néo-romanesque canadien-français, cette église fut avec une autre dans la même municipalité au cœur d’une grande lutte patrimoniale il y a 25 ans, appelée S.O.S.-Églises, pour les sauver de la démolition. Après plusieurs années de revendications, les deux anciennes églises ont été désignées en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario en 2007.

Malheureusement, en décembre dernier, la municipalité de Lakeshore a révoqué la désignation patrimoniale qui protégeait l’église. Son avenir est très incertain.

L’ancienne prison de L’Orignal dans les Comtés unis de Prescott-Russell est mise de l’avant au mois de juillet dans le calendrier du RPFO. Cette ancienne prison, la plus vieille de l’Ontario, la deuxième au Canada et la seule qui fonctionnait en français, a fermé ses portes en 1998.

Parmi toutes les suggestions émises par la communauté pour trouver une nouvelle vocation au bâtiment dont la plus ancienne partie remonte à 1824-1825, c’est celle proposée par le ROPFO (actuel RPFO) que les Comtés unis avaient endossé, à savoir de la convertir en un lieu d’interprétation historique et patrimonial. Une belle histoire à succès d’une reconversion réussie pour un bâtiment du patrimoine franco-ontarien.

Les luttes scolaires étant un des épisodes incontournables dans l’histoire de la communauté franco-ontarienne, la célèbre crise de Penetanguishene n’a pas été oubliée. Au mois d’août, le bâtiment où avait emménagé l’École secondaire de la Huronie dite « L’École de la résistance » est présenté.

Les Franco-Ontariens avaient créé en 1979 cette école parallèle dans un ancien bureau de poste après avoir été las de se buter à un refus du conseil scolaire bilingue de l’époque de financer la construction d’une école secondaire publique de langue française bien qu’ils avaient acquis ce droit depuis 1968. La crise aux dimensions nationales passée, le bâtiment est resté toutefois dans le giron franco-ontarien puisque c’est l’organisme La Clé d’la Baie qui y loge aujourd’hui.

Crédit image : RPFO.

Les mois d’automne

Le choix du bâtiment pour le mois de septembre pourrait en surprendre quelques-uns. En effet, il s’agit du bâtiment le moins vieux parmi les douze qui ont été choisis par le RPFO pour son calendrier. Le bâtiment fut construit dans la basse-ville Ouest d’Ottawa en 1964 pour le compte de l’ACFÉO (aujourd’hui l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario). Connu sous le nom de « la Maison franco-ontarienne », il a servi de siège social à une multitude d’organismes franco-ontariens partageant sous le même toit des locaux, des ressources et une adresse en commun.

La construction a été en grande partie financée par des campagnes de souscription populaires. Le choix de l’architecte avait été fait à la suite d’un tirage au sort opposant les trois plus prolifiques architectes franco-ontariens de l’institutionnel à l’époque, soit Jean-Serge Le Fort, Roger Thibault et Auguste Martineau. C’est ce dernier qui a été l’heureux élu. Depuis quelques années, l’ancienne Maison franco-ontarienne (devenu en 1974 le Haut-Commissariat de Malaisie) se trouve sur le registre du patrimoine de la ville d’Ottawa.

C’est la succursale Vanier de la bibliothèque publique d’Ottawa qui illustre le mois d’octobre. Se trouvant sur l’ancien site du domaine du Scolasticat des Pères Blancs d’Afrique (aujourd’hui le Parc Richelieu), le bâtiment de la bibliothèque constitue une réplique en miniature de l’ancien imposant scolasticat construit en 1938 et qui fut démoli en 1975. Servant de bibliothèque municipale depuis 1976, il s’agit d’un des premiers exemples d’une reconversion réussie d’un ancien bâtiment du patrimoine religieux franco-ontarien.

Au mois de novembre, c’est le presbytère de la paroisse Sainte-Anne-des-Pins qui est présenté. Carrefour franco-ontarien, le presbytère est considéré comme étant le plus ancien bâtiment de Sudbury. Les bureaux du tout premier centre culturel franco-ontarien, le Carrefour francophone de Sudbury, s’y trouvaient jusqu’à tout récemment.

La photo du mois de décembre du calendrier 2024 du RPFO. Crédit image : RPFO

Enfin, c’est la basilique-cathédrale Notre-Dame d’Ottawa à qui le dernier mois de l’année a été réservé. Œuvre collective, construite sur une quarantaine d’années, sa décoration intérieure a été dirigée par le chanoine Georges Bouillon.

Depuis le prélancement du calendrier 2024 du RPFO, une centaine d’exemplaires ont déjà trouvé preneurs sur un tirage de 500 copies.

Plus de logements pour aînés francophones dans la région de Prescott et Russell

Le gouvernement de l’Ontario vient d’investir 3 millions de dollars dans l’expansion de deux résidences pour personnes âgées dans les Comtés unis de Prescott et Russell. 

Deux villages de l’Est ontarien inaugurent de nouveaux logements pour aînés. À St-Albert, un petit village de la municipalité de La Nation et à Vankleek Hill, une localité du canton de Champlain. 

Le financement de la province apporte du soutien dans l’expansion de deux résidences déjà construites. Proche des services locaux, des centres communautaires et des hôpitaux, la Résidence Lajoie à St-Albert comptera 26 nouveaux logements et le Vankleek Senior Citizens Manor s’agrandit de 30 nouvelles unités.

Un apport pour les municipalités franco-ontariennes 

En entrevue avec ONFR, le maire de La Nation, Francis Brière, affirme supporter ce projet, expliquant que dans la région, « du logement abordable, il n’y en a pas beaucoup ».

« C’est une excellente nouvelle », renchérit-il. D’autant plus que la communauté francophone de plus de 60 ans pourra appliquer pour ces logements. lls en ont de plus en plus besoin ».

« Notre population à St-Albert est à 95 % francophone, c’est la population qu’on dessert et donc la Résidence Lajoie est de ce fait francophone », explique l’élu.

Francis Brière est le maire du village de St-Albert qui se trouve dans la municipalité de la Nation. Crédit image : Stéphane Bédard

L’édifice apportera à la communauté du lien social, « il y a de nombreuses salles en commun, il y a vraiment du positif dans cette résidence ». Cet immeuble d’appartements pour seniors disposera d’un accès extérieur et d’autres espaces comme un garage.

« Les résidents auront à leur disposition de l’équipement de conditionnement physique, une salle de loisirs commune, une salle de réunion et un terrain de jeu de palet en plein air », est-il possible de lire dans le communiqué de la province.

Une résidence bilingue à Vankleek Hill 

Dans l’annonce faite par Rob Flack, ministre associé du Logement, et Stéphane Sarrazin, député de Glengarry-Prescott-Russell, il est aussi question de l’expansion du Senior Citizens Manor à Vankleek Hill dont le nouvel immeuble de trois étages est situé sur l’avenue Derby. 

Le Vankleek Senior Citizens Manor compte 30 nouveaux logements. 

Pour le maire de Champlain et président des Comtés unis de Prescott et Russell, Normand Riopel, « c’est absolument nécessaire d’avoir ces logements aujourd’hui ».

Normand Riopel est aussi le président des Comtés unis de Prescott et Russell. Crédit image : Stéphane Bédard

« Quand on parle de bien-être , reprend-il. De la santé mentale de nos citoyens, et peu importe où en Ontario, on se rend compte que le logement est en manque et cela touche la population ».

M. Riopel insiste sur le fait de devoir aller chercher de l’aide auprès des gouvernements pour gérer les priorités de la région. « Nous, c’est le logement et la main-d’œuvre, nos priorités », dit-il. 

« Il faut faire des demandes pour recevoir ces fonds. Ce n’est parfois pas facile, c’est parfois long, mais avec persévérance, on y arrive. »

Le financement de 3 millions de dollars de la province vise à soutenir la construction de 26 nouveaux logements à St-Albert et 30 nouvelles unités dans une résidence de Vankleek Hill. Crédit image : CUPR

D’après le maire de Champlain, « il y a du monde sur les listes d’attentes, 30 nouveaux logements à Vankleek Hill, c’est mieux que rien ».

D’après le communiqué de presse, « cet immeuble sera également écoénergétique et conçu pour répondre aux normes adaptées à la visite grâce à des caractéristiques favorables à l’accessibilité ».

Même si l’accès aux logements abordables en milieu rural est plus difficile que jamais, pense le maire de La Nation, cette annonce contribue à ce que plus de familles bénéficient d’un chez-soi confortable et sécuritaire.

Le prix Jeunesse de l’année de l’ACFO Ottawa deviendra le laurier Gisèle Lalonde

OTTAWA – L’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO) a renommé le laurier Jeunesse de l’année, décernée durant les Prix Bernard-Grandmaître. Ces récompenses, très souvent attendues par la communauté franco-ontarienne, reconnaissent différentes personnalités pour leurs implications dans la société francophone.

Parmi ces prix, le laurier Jeunesse de l’année, décerné en 2023 à Max Turmel sera à présent nommé laurier Gisèle Lalonde — Jeunesse de l’année.

En 2022, le décès de Gisèle Lalonde a été un évènement particulièrement bouleversant pour la communauté. C’est pourquoi son rôle capital auprès des francophones d’Ottawa est reconnu par l’ACFO Ottawa avec cette initiative.

Dans un communiqué de presse, le directeur général de l’organisme, Diego Elizondo, a justifié cette re-nomination, indiquant que Mme Lalonde avait démontré « un engagement indéfectible envers l’éducation, la santé, la jeunesse, les droits linguistiques et le développement de la francophonie locale ».

D’après la missive, cette décision fera perdurer son héritage. Un legs qui subsistera « à travers cette distinction dédiée aux jeunes qui incarnent les valeurs chères à Gisèle Lalonde ».

Une décision qui a du sens pour l’ACFO

D’après le président de l’organisme ottavien, Éric Barrette, « il était important pour l’ACFO Ottawa d’honorer pour la postérité le nom de cette icône de la francophonie d’Ottawa qui a façonné l’histoire de notre communauté ».

En septembre dernier, l’École secondaire publique Gisèle-Lalonde à Orléans dévoilait une vitrine en hommage à la grande dame. Pour la direction de l’établissement, Gisèle Lalonde était un bel exemple à suivre pour la jeunesse, avait-dit la cheffe de l’école, lors de la journée de Franco-Ontariens.

Vitrine hommage à Gisèle Lalonde au cœur de l’École secondaire publique Gisèle-Lalonde à Orléans, Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

Geneviève Lalonde, sa petite fille, espérait justement influencer les jeunes avec cette initiative.

La décision de l’ACFO Ottawa de renommer son Prix Jeunesse de l’année, souligne ainsi les aspirations de la famille Lalonde.

Le laurier Gisèle Lalonde – Jeunesse de l’année honore les jeunes de 12 à 18 ans qui se distinguent par « leur engagement exceptionnel, leur leadership et leur contribution positive à la communauté francophone d’Ottawa ». Le laurier Gisèle Lalonde — Jeunesse de l’année sera l’un des neuf prix remis lors de la cérémonie du gala des Prix Bernard-Grandmaître, dont la prochaine aura lieu le 2 mars 2024.

Coupe du monde à Mont-Tremblant, « un rêve qui se réalise » pour Valérie Grenier

QUI :

Native d’Ottawa, Valérie Grenier est l’étoile franco-ontarienne du ski canadien.

LE CONTEXTE :

Après une saison 2022-23 réussie (première médaille d’or en carrière en janvier dernier), la skieuse a débuté le chapitre 2023-24 de sa carrière, le 28 octobre dernier, avec une 7e place sur le slalom géant de Soldën en Autriche. Ce week-end, elle aborde sa deuxième épreuve de Coupe du monde, aux États-Unis à Killington dans le Vermont, en slalom géant, avant de vivre un moment historique, les 2 et 3 décembre prochain, avec une épreuve « à la maison » à Mont-Tremblant.

L’ENJEU :

La skieuse ottavienne nous en dit plus sur son entraînement estival, revient sur son état d’esprit avant sa première compétition, souligne l’importance pour elle d’une bonne préparation mentale et partage ses impressions sur cette étape de la Coupe du monde à Mont-Tremblant, de retour au Québec pour la première fois depuis 1983.

« Comment s’est passée votre préparation estivale? 

Mon été s’est super bien passé, j’ai décidé d’habiter à Tremblant, donc j’ai pu m’entraîner avec mon entraîneur physique qui habite lui aussi là-bas. On s’est entraîné vraiment fort tout l’été. Je me sens super prête. On a eu aussi deux camps au Chili, en août et septembre. Ça s’est bien passé. Le premier camp à été un peu plus difficile du côté de la neige. Ce n’était pas les meilleures conditions. C’était un peu mou, alors qu’on préfère quand c’est comme de la glace, vraiment dure. Mais le deuxième camp s’est vraiment bien passé, on a eu de belles conditions, c’était parfait pour la préparation. 

Quel était votre programme lors de ces camps d’entraînement au Chili? 

Pour commencer, on skiait vraiment tôt le matin parce que, par la suite, dans la journée, il commençait à faire chaud, donc la neige devenait assez molle. Ensuite, on faisait l’entraînement physique, l’après-midi, on passait par le physio, si c’était nécessaire, pour travailler sur notre corps et enfin on faisait les séances vidéo avec nos entraîneurs, pour revoir les points qu’on avait travaillés et préparer notre plan pour la journée d’après.

En quoi consiste votre préparation lorsqu’il n’y a pas de neige et que vous n’êtes pas dans l’hémisphère sud? 

Lorsqu’il n’y a pas de neige, on passe six jours sur sept à s’entraîner. On fait beaucoup de musculation dans le gym, on travaille toutes les parties du corps. On fait aussi beaucoup ce qu’on appelle de la « zone 2 ». C’est du cardio plus facile, mais pendant longtemps pour maintenir sa base de cardio. Ensuite, on va aussi faire des intervalles de vélo, de la course à pied. J’ai également fait beaucoup de yoga cet été, des pilates… Enfin, on suit des entraînements d’équilibre qui sont aussi plus spécifiques au ski et qui vont être semblables à lorsqu’on est en ski, mais sans l’être. 

Faisons un bond dans le temps pour aborder votre première compétition de la saison, le 28 octobre dernier à Sölden. Vous avez fini septième. Pourtant, tout n’avait pas très bien commencé…

Oui, les quelques semaines en Europe avant la course ont été difficiles, mais c’était le cas pour tout le monde. Tous les athlètes étaient d’accord là-dessus : les conditions n’étaient pas bonnes. Du coup, ma confiance avant la course n’était pas super élevée. Je me suis pas sentie prête, parce que je trouvais que mes sensations n’étaient pas super bonnes. Je continuais quand même à me dire que j’étais prête. Je suis tout de même bonne à me convaincre.

Finalement, j’ai terminé septième, ce qui reste un bon résultat pour moi, pour commencer la saison. C’est certain que je veux faire beaucoup mieux, mais pour un début, j’étais un peu soulagée. En ayant fait une superbe saison dernière, c’était un peu comme si j’avais peur de ne plus faire partie des meilleures et d’en être loin. Au final, septième, c’est quand même pas mal. 

Vous avez évoqué cet aspect mental, le besoin de vous convaincre que vous étiez prête. Pour vous, quelle est l’importance de la préparation mentale dans votre sport? 

C’est extrêmement important, ça je le sais très bien. Lorsque tu as beaucoup de confiance, que tu te sens prêt et qu’il n’y a rien d’autre qui se passe dans ta tête, c’est là que tu fais le mieux. On est toutes des bonnes skieuses, techniquement, toutes filles de la Coupe du monde sont toutes très bonnes. Je pense que tout le monde a le potentiel de gagner et c’est justement le côté mental qui fait la grosse différence. 

Abordons maintenant l’événement de cette fin d’année avec la Coupe du monde à Mont-Tremblant, les 3 et 4 décembre. Est-ce le gros objectif de votre début de saison? 

Je vais dire oui, même si toutes les courses sont importantes. Je veux bien faire pour toutes, mais c’est certain que Mont-Tremblant, ça va être le grand moment de ma saison. C’est une chose à laquelle je rêve depuis longtemps, de faire une course à la maison. Je veux vraiment faire de bons résultats à ces courses-là et j’ai vraiment hâte! 

Il s’agira vraiment d’un moment historique puisque la dernière épreuve de Coupe du monde à Mont-Tremblant a eu lieu il y a 40 ans. Qu’est-ce que cela représente pour vous? 

C’est unique dans ma carrière. C’est un rêve qui se réalise. J’ai pu voir, à travers mes adversaires qui font des compétitions chez elles en Europe, ce qu’elles ont l’occasion de faire devant leurs familles, leurs amis. Tout le monde les encourage. C’est vraiment ça que j’ai le plus en tête, de ressentir ce soutien pour nous, les Canadiennes. En plus, je viens de Tremblant. J’ai skié là toute ma vie. Ça va être vraiment spécial. Et je pense aussi aux jeunes skieurs qui vont avoir la chance de voir une Coupe du monde en personne. Ça, c’est extrêmement important!

Pour finir, selon vous, qui seront vos principales adversaires? 

C’est difficile à dire. En réalité, je ne dirais pas que j’ai des adversaires principales. Le slalom géant est toujours très ouvert : beaucoup de skieuses sont capables, sur une journée, de monter sur le podium. Tout le monde a des chances de bien faire. Je dirais plutôt que ma principale adversaire c’est moi-même. Que les autres fassent bien ou mal, la seule chose que je peux contrôler, c’est ma performance. »

Bernard Leduc devient membre de l’Ordre des francophones d’Amérique

QUÉBEC – Ce jeudi se tenait une cérémonie officielle au Séminaire de Québec qui a vu le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, récompenser sept personnes de l’Ordre des francophones d’Amérique, dont le Franco-Ontarien Bernard Leduc. 

« Je suis très fier de pouvoir honorer aujourd’hui ces femmes, ces hommes et cette organisation qui placent le français au cœur de leurs priorités. Notre gouvernement s’est donné pour mission de renverser la vapeur et de freiner le déclin du français, mais il a besoin de l’appui de tous les francophones », a déclaré M. Roberge.

« Souligner le travail de celles et ceux qui font briller notre langue commune, c’est encourager les actions concrètes pour soutenir son essor. Je félicite sincèrement les sept nouveaux membres de l’Ordre des francophones d’Amérique […] pour leurs réalisations! »

Le docteur Bernard Leduc est l’ancien PDG de l’Hôpital Monfort.

Ce médecin de famille devenu médecin-chef a gravi les échelons jusqu’à devenir PDG de l’établissement en 2011. Par la suite, il a continué de faire grandir l’établissement tout en poursuivant son combat débuté dès son arrivée pour maintenir les services en français, avec notamment l’inauguration en 2021 du Carrefour Santé d’Orléans, rebaptisé Carrefour santé Aline-Chrétien.

Le dr Bernard Leduc (3e à doite) aux côtés du ministre Roberge et des autres nouveaux membres de l’Ordre. Source : compte Twitter de l’Hôpital Monfort

En 2015, il a lancé l’Institut du Savoir Monfort qui a fait passer l’établissement dans une autre dimension avec un volet recherche et formation qui a été ajouté. C’est ainsi que l’Hôpital Monfort est entré dans le palmarès des 40 meilleurs hôpitaux de recherche au Canada. 

C’est tout récemment, en juin dernier, que le dr Leduc a pris sa retraite. Son succès est ainsi salué par cette intégration à l’Ordre des francophones d’Amérique, haute distinction décernée depuis 1978. 

L’Ordre a pour but de reconnaître les mérites de personnes qui se sont consacrées ou qui se consacrent au maintien et à l’épanouissement de la langue française en Amérique ou qui ont accordé leur soutien à l’essor de la vie française sur le continent américain.

Ses insignes sont constitués d’une médaille et d’une fleur de lys stylisée qui représente le symbole de l’Ordre et est portée à la boutonnière. 

Les six autres membres nommés ce jeudi sont Claude Hauser pour les autres continents, Evelyne Bornier pour les Amériques, Raoul Boudreau pour l’Acadie, Diane Côté pour l’Ouest canadien ainsi que Pierre-André Julien et Michel Robitaille pour le Québec. 

Improvisation, relève et temps des Fêtes

L’improvisation semble prendre du gallon en Ontario, ces temps-ci. Certaines ligues sont bien établies, d’autres toutes récentes ou sont ressuscitées… Cette semaine, c’est aussi le début d’un grand marché des fêtes, l’occasion d’entendre du chant choral ou de voir une pièce de théâtre très… zinspirée.

Ratons contre Coyotes

Le 29 novembre se tiendra le 5e match de la saison de la Ligue d’improvisation francophone de Toronto (LIF). L’équipe des Ratons du centre-ville affrontera celle des Coyotes d’East York sur l’improvisoire. Pour les curieux, un atelier d’improvisation ouvert à tous sera donné à 18h30, avant le match principal. Et pour ceux qui en veulent plus, l’événement se terminera par une soirée karaoké. Le tout se déroulera au Supermarket, sur l’avenue Augusta. 

Les étoiles du match du 27 septembre : Joannie Couturie, Mathieu St-Laurent et Célestine Fakoubé. Gracieuseté LIF

Toronto. Le 29 novembre. Match à 20h. Détails sur le site web de la LIF. https://improlif.ca/calendrier 

Soirée en deux temps à Orléans

La ligue d’improvisation du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) effectue son retour cette année, dans une formule mensuelle. Le prochain événement aura lieu le 28 novembre. Les soirées se déroulent en deux temps : un match scolaire suivi d’un match communautaire. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au jeudi précédant la soirée.

Le MIFO accueille également le conteur et humoriste Boucar Diouf au Centre des arts Shenkman, dimanche. Les deux représentations affichent complet.

Il reste des billets pour le spectacle de la chanteuse malienne Djely Tapa, le 30 novembre.

Photo d’un match précédent de la ligue d’improvisation du MIFO. Gracieuseté MIFO

Ottawa, le 28 novembre. Détails sur le site du MIFO. https://mifo.ca/evenements/impro-novembre/ 

Souper-spectacle à Sarnia

La Ligue amateur d’improvisation de Sarnia (L.A.I.S) tiendra également son prochain match cette semaine. L’événement aura lieu ce vendredi, au Centre communautaire francophone Sarnia-Lambton. Le match opposera le trio des Verres verts à celui des MNM. Le match débutera à 19h, mais est précédé d’un souper au profit de l’école secondaire catholique Saint-François-Xavier, dès 17h.

Photo d’un match précédent de la L.A.I.S. Gracieuseté Centre communautaire francophone Sarnia-Lambton

Onze calme et on continue

Depuis onze ans, le Théâtre français de Toronto (TfT) donne le goût de la dramaturgie à des jeunes grâce au programme des zinspiré.e.s. Ce « forum créatif sans censure ni tabou » propose un concours d’écriture dans plus d’une vingtaine d’écoles du sud de l’Ontario. Cinq pièces sont choisies pour être créées au Tft, sous la direction de Constand Bernard.

Les textes de cette année sont : Syndrome de l’imposteur (Shannon Villeneuve, école secondaire Père-René-de-Galinée, Cambridge), Les princesses et l’épée (Alexandra Pokas, Don Mills Collegiate Institute, Toronto), Zarathoustra (Philippe Paré, École secondaire catholique Renaissance, Aurora), La fille n’est pas morte (Leyao Xiao, Havergal College, Toronto) et Je suis (Sephora N’Kosi, école secondaire catholique Saint-Frère-André, Toronto). En plus de représentations devant leurs pairs étudiants, du 23 novembre au 15 décembre, les pièces seront présentées au grand public, le 29 novembre à 19h30 et le 2 décembre à 15h.

Aimée Tremblay Woodman fait partie de la distribution des Zinspiré.e.s : Onze calme et on continue. Crédit image : Mathieu Taillardas

Toronto. 29 novembre et 2 décembre. Détails et billets sur le site du TfT. https://theatrefrancais.com/fr/spectacles/les-zinspirees-onze-calme-et-on-continue/ 

Le retour des Troubadours

À Sudbury, la chorale Les Troubadours renoue avec son traditionnel spectacle du temps des fêtes, qui n’avait pas eu lieu depuis le début de la pandémie. C’est le 25 novembre à 19h que leurs chants résonneront dans la Grande salle de la Place des arts du Grand Sudbury, sous la direction de Stéphanie Doyle. Depuis 30 ans, Les Troubadours sont associés au Carrefour francophone de Sudbury. La chorale communautaire est bilingue et se distingue par « l’originalité de ses numéros, l’énergie de ses présentations, la diversité de son répertoire et la complexité de ses prestations vocales » selon La Slague, le diffuseur de spectacle du Carrefour francophone, qui prête cette année un local de répétition aux choristes et produit le spectacle. 

La chorale Les Troubadours a été fondée en 1994 à Sudbury. Gracieuseté La Slague

Sudbury. 25 novembre. Détails et billets sur le site de La Slague. https://laslague.ca/spectacles/24738/ 

Ambiance des Fêtes et artistes francophones

Le Marché de Noël d’Ottawa reprend dès le 24 novembre. Durant le prochain mois, le marché situé à la place Aberdeen du parc Lansdowne sera ouvert pendant 16 jours. En plus des 45 vendeurs et de l’atelier du père Noël, où petits et grands pourront user de leurs talents artistiques et manuels, de nombreux artistes de la région viendront y faire leur tour afin d’ajouter un peu d’ambiance.

C’est un groupe gatinois, Funk A Tron 5000, qui ouvrira le bal, ce vendredi. Dans les prochaines semaines, on pourra y voir, entre autres, le gigueur métis Brad Lafortune, la danseuse de cerceaux anichinabée Makhena Rankin Guérin et les francophones Kristine St-Pierre et Yvan Petit.

La cérémonie d’illumination du sapin du Marché de Noël d’Ottawa aura lieu à 17h30 vendredi. Source : page Facebook Ottawa Christmas Market

Du 24 novembre au 23 décembre. Détails sur le site du Marché de Noël d’Ottawa. https://www.marchenoelottawa.com/

Pérenniser le Programme de contestation judiciaire ne protègerait pas les droits linguistiques, selon Poilievre

OTTAWA – Rendre permanent le financement du Programme de contestation judiciaire, souvent utilisé par les communautés francophones du pays, n’a pas pour but de protéger leurs droits linguistiques, estime le chef conservateur Pierre Poilievre.

Mercredi, sa formation politique a voté contre le projet de loi C-316 du député libéral de la Colombie-Britannique Ron McKinnon. À l’heure actuelle, le Programme de contestation judiciaire est reconduit chaque année par Patrimoine canadien et le projet de loi a pour but de rendre permanent le financement annuel de près de cinq millions.

Le programme offre un appui financier aux individus et groupes pour qu’ils présentent devant les tribunaux des causes liées à certains droits constitutionnels en matière de langues officielles et de droits de la personne. Aboli par Stephen Harper en 2006, les libéraux l’ont ramené en 2017. Pierre Poilievre affirme être en faveur de la protection des droits des francophones et des personnes en situation minoritaire à travers le pays, mais qu’actuellement, « l’approche du gouvernement ne vise pas à accomplir ça ».

« Notre approche va protéger les droits linguistiques de l’éducation et en santé des communautés francophones, et ce projet de loi (C-316) n’accomplit pas ce but », a-t-il répondu en direct de Toronto, lorsque questionné par une journaliste sur la position du parti lors du vote.

C’est sous ce programme qu’a été financée la cause judiciaire de SOS Montfort qui a permis aux Franco-Ontariens de conserver cet hôpital entièrement francophone. C’est aussi le cas pour la cause Mahé VS Alberta, dont la Cour suprême avait reconnu en 1990 le droit des minorités linguistiques à la pleine gestion de leurs conseils scolaires.

Certaines causes qui obtiennent de l’argent sont des poursuites judiciaires envers le fédéral lui-même. Selon le rapport annuel de 2020 disponible sur le site du Programme de contestation judiciaire, deux causes ont reçu de l’argent pour entreprendre des démarches juridiques envers les ministères de l’Immigration et du Patrimoine canadien. En moyenne, le programme finance une trentaine de causes judiciaires par an et l’identité des bénéficiaires reste cachée même si le rapport annuel du Programme laisse sous-entendre leur identité dans certains cas.

Un programme « woke »

Les deux autres partis de l’opposition, le NPD et le Bloc Québécois, ont voté avec le gouvernement en seconde lecture, signifiant que le projet de loi sera envoyé au comité du Patrimoine canadien pour y être étudié.

Les conservateurs n’avaient pas caché leur désapprobation de cet outil juridique lors des débats sur C-316 à la Chambre des communes au printemps dernier. La députée conservatrice Rachael Thomas jugeait que les biographies des membres des deux panels indépendants donnent l’impression que « c’est le programme électoral du Parti libéral qui a été collé sous le nom de ces gens ». Selon cette dernière, ce programme est « souvent utilisé par des groupes de wokes pour pousser un agenda woke ».

« Ce programme est absolument ridicule. Il manque de transparence, il manque de responsabilité et il manque d’indépendance », critiquait la députée albertaine.

Rapport Harrison : des options « irrecevables » et un « biais significatif » selon l’UOF

TORONTO – Quelques jours après l’Université de Hearst, c’est au tour de l’Université de l’Ontario français (UOF) de sortir du silence concernant le rapport Harrison sur la viabilité financière du postsecondaire. Dans une lettre adressée directement au président du comité, le recteur Pierre Ouellette exprime sa déception et son incompréhension devant les conclusions du rapport, lequel aurait, selon lui, un biais significatif envers l’UOF.

« Le rapport fait preuve d’une profonde incompréhension et d’un biais significatif contre l’Université de l’Ontario français (UOF) », peut-on lire dans la lettre envoyée mercredi, en fin d’après-midi.

Après avoir remercié le groupe d’experts, le recteur Ouellette revient sur les éléments du rapport qui, selon lui, serait à charge contre son établissement. Parmi ceux-ci, une phrase du rapport revient sur le contexte entourant la création de l’établissement torontois : « La nécessité d’un tel établissement n’avait pas fait l’unanimité. »

« À la lecture de ce passage, on est apte à se demander pourquoi le rapport introduit ainsi toute la section portant sur le système d’éducation postsecondaire en français », réagit ainsi M. Ouellette.

Il tient également à souligner « quelques informations erronées, lesquelles auraient dû être rectifiées par le groupe d’experts et son secrétariat avant la publication du rapport », telles que le nombre d’inscriptions étudiantes, au moment de la sortie du rapport, sous-évalué par le comité, de 226 à 29.

Il rappelle, en outre, que l’UOF a vu le jour durant la pandémie et que la moitié des étudiants sont d’origine canadienne et non minoritaire, comme cela est estimé dans le rapport.

Et d’ajouter : « Il serait tout à fait normal et raisonnable d’accorder le temps à l’Université de l’Ontario français de prendre son envol, d’autant plus qu’elle vient de voir le jour. »

Retirer la partie sur l’enseignement en français

Tout comme le recteur de l’Université de Hearst, M. Ouellette souligne une mauvaise analyse du contexte minoritaire et refuse les propositions du comité d’experts : « Les trois options que vous proposez sont irrecevables. »

Selon lui, « les propositions mal fondées et partiales du rapport risquent de faire du tort aux acquis de la minorité francophone de l’Ontario ».

Le recteur va jusqu’à demander ouvertement au président de refaire son analyse : « Monsieur le président, je vous demande de retirer la section portant sur le système d’éducation en français de votre rapport, ou au moins de rectifier les faits erronés publiés dans cette section. Ce manque d’objectivité plombe la crédibilité du rapport. »

Le recteur de l’UOF revient aussi sur le fait que le seul membre francophone du comité de sept experts n’a pas appuyé les propositions, comme le mentionne une des annexes du rapport.

Un réseau des universités de l’Ontario français

Le recteur Ouellette, qui n’a pas manqué de noter la « dissidence » du seul francophone du comité vis-à-vis de la gouvernance « par et pour », en profite pour remettre sur la table une option partagée avec l’Université de Hearst, deux ans plus tôt, soit celle de la création d’un réseau des universités de l’Ontario français.

« Ce qu’il faut retenir de la portion de votre rapport sur l’offre de programmes en français, c’est un appel à une plus grande collaboration », écrit-il.

Et de continuer : « La création de ce réseau permettrait de partager des cours et des programmes, de faciliter la mobilité étudiante et de partager certains services offerts à la population étudiante et aux professeures et professeurs, ainsi que d’offrir des appuis administratifs partagés. À ce stade-ci, la proposition est toujours sur la table. »

La copie de la lettre est aussi adressée à Jill Dunlop, ministre des Collèges et Universités, Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones et présidente du Conseil du trésor, David Wai, sous-ministre des Collèges et Universités et Roda Muse, sous-ministre des Affaires francophones.

Une édition hivernale pour le Festival de la Curd

LA NATION – Le Festival de la Curd reviendra pour deux jours en janvier 2024. La formule annoncée mercredi, mettant en vedette le groupe québécois 2Frères, se situe entre le festival tel qu’on l’a connu jusqu’en 2019 et la formule étalée qui a été exploitée dans les deux dernières années.

C’est le duo 2Frères qui agira comme tête d’affiche le vendredi 26 janvier. La première partie de leur spectacle au Centre communautaire de St-Albert sera assurée par l’Ottavienne Ferline Régis.

Erik et Sonny Caouette, alias 2Frères, et Ferline Régis ouvriront cette édition hivernale du Festival de la Curd. Source : Groupe Simoncic

Le lendemain, le Festival de la Curd propose une soirée de musique trad avec les formations Bon débarras et La ligue du bonheur. Le plus récent album de Bon débarras, intitulé Bon débarras en famille, était en nomination comme album traditionnel de l’année au dernier gala de l’ADISQ. Le trio avait remporté le Félix dans la même catégorie pour leur album précédent, Repères, en 2021. De son côté, La ligue du bonheur est une formation franco-ontarienne issue d’une rencontre entre le conteur, calleur et chanteur Louis Racine et les membres du populaire groupe Deux saisons.

La pochette de l’album Repères de Bon débarras. Crédit image : Vitor Munhoz

José Bertrand, le directeur général de Groupe Simoncic, qui organise le Festival de la Curd, a mentionné à ONFR qu’il espérait que ces artistes connus et appréciés de la communauté ramènent l’engouement autour du festival.

« On espère avoir tellement de billets de vendus qu’il faudra aller dans une plus grosse salle. On a l’habitude de recevoir des milliers de gens pendant le week-end du festival. Là, on se retrouve dans une salle avec une capacité de 300 personnes. »  

Une marque toujours vivante

Dans les derniers mois, les dirigeants de Groupe Simoncic ont toujours affirmé vouloir préserver l’image de marque du Festival de la Curd, malgré les défis qui ont provoqué la suspension de l’événement principal depuis 2020. Entre pandémie, pénurie de main-d’œuvre et travaux à la fromagerie St-Albert qui empêchent les rassemblements sur le site, l’avenir du festival reste flou, mais les organisateurs se veulent rassurants.

« Le festival est encore là. Et c’est justement pour préserver cette image de marque, pour dire aux gens : nous sommes encore là, nous sommes en train de nous reconstruire suite à la pandémie et suite aux rénovations du terrain de la fromagerie », que la nouvelle édition a été organisée.

José Bertrand est le directeur général de Groupe Simoncic depuis septembre 2023. Il succède à Pierre Fortier. Gracieuseté Groupe Simoncic

Il y a aussi une volonté de participer aux festivités du 150e anniversaire du village de St-Albert, qui débuteront le 13 janvier. Le Groupe Simoncic ne fait toutefois pas partie du comité organisateur, mais se réjouit de pouvoir ajouter une offre au calendrier.

Danik Forgues est conseiller municipal du quartier 3 de municipalité de La Nation, qui inclut St-Albert. Il se réjouit du fait que Groupe Simoncic se soit assuré de ne pas empiéter sur la programmation du 150e en choisissant une fin de semaine où le calendrier était vide.

Joint au téléphone, il explique : « Je pense que pour St-Albert, c’est positif d’avoir de la vie communautaire. On est content de cette collaboration. On espère continuer de collaborer avec eux tout au long de l’année, s’ils décident d’annoncer autre chose. »

Le comité des festivités a aussi laissé un blanc dans sa programmation en août, au cas où…

Le conseiller municipal de Saint-Albert, Danik Forgues. Crédit image : April Faucher

Danik Forgues précise que plusieurs activités auront lieu tout au long de l’année, mais que la plus importante sera le Festival de la Saint-Jean-Baptiste, du 20 au 23 juin, mettant en vedette Brian St-Pierre et Matt Lang. Ce rassemblement rappellera un peu les belles années du Festival de la Curd, mais sur le site du centre communautaire.

Des formules à l’essai

Le Festival de la Curd d’hiver sera aussi l’occasion de revoir les vaches du parcours Oh la vache! Ce circuit de vaches grandeur nature peintes par des artistes locaux avait été mis en place, d’abord en 2020, lorsque le Festival de la Curd avait dû être annulé en raison des mesures sanitaires. Josée Bertrand ne précise pas s’il y aura de nouvelles œuvres, mais souligne que certaines seront restaurées afin de préserver leur bon état, puisqu’elles font désormais partie des symboles de St-Albert.

Entre novembre 2022 et mars 2023, le Groupe Simoncic avait organisé des spectacles sporadiques au Centre communautaire St-Albert. Si ces soirées utilisaient le nom Festival de la Curd, la formule n’était pas celle d’un festival. L’édition de janvier 2024 s’en rapprochera, avec ses deux soirées consécutives et un événement extérieur, le Trep freestyle, un spectacle de cascades en motoneige.

Le Festival de la Curd espère rassembler les citoyens de St-Albert en janvier lors de la démonstration de Trep Freestyle. Source : Groupe Simoncic

Cette activité répond à une demande de la population, qui souhaitait une occasion de se rassembler, en plus de rappeler d’une certaine façon l’esprit du festival phare de l’Est ontarien, selon José Bertrand : « Le festival de la Curd avait une tradition avec les tracteurs, avec des compétitions un peu hors normes. C’est un peu pour recréer cette ambiance-là, qu’on ramène dans un esprit un peu plus hivernal, un peu plus carnaval. »

Impossible par contre de préciser si un festival plus traditionel, ou en formule réinventée, reviendra sur le terrain de la fromagerie St-Albert l’été prochain. « Réinventer est toujours un grand mot qui a été utilisé pendant la pandémie. Ce qu’on s’est donné comme mandat, chez Groupe Simoncic, c’est qu’on allait créer des expériences », explique l’organisateur.

Le tout premier Festival de la Curd a eu lieu en 1994. 2024 marquerait donc son trentenaire, si l’on fait fi des éditions annulées depuis 2020. Là non plus, le directeur général de Groupe Simoncic n’a pas voulu s’avancer sur la tenue d’éventuelles festivités. « C’est sur tous ces détails-là qu’on est en train de travailler », s’est-il contenté de commenter.

José Bertrand est prudent quand on le questionne sur les événements à venir pour le Festival de la Curd. Gracieuseté Groupe Simoncic

José Bertrand est directeur général de Groupe Simoncic depuis le 15 septembre 2023. Il affirme s’être donné pour mandat d’être à l’écoute des communautés dans lesquelles se déroulent les événements de l’entreprise, qui organise aussi le Festival franco-ontarien d’Ottawa et la Franco-Fête de Toronto, en plus de la Gatineau Loppet, au Québec.

Les conservateurs s’opposent à la pérennisation du Programme de contestation judiciaire

OTTAWA – Les conservateurs ont voté contre un projet de loi du député libéral Ron McKinnon qui vise à entériner le Programme de contestation judiciaire, utilisé à maintes reprises dans les dernières années par les minorités linguistiques.

Le projet de loi C-316, du député libéral de la Colombie-Britannique Ron McKinnon, assurerait que le ministre du Patrimoine canadien « a pour tâche de maintenir le Programme de contestation judiciaire ».

Les troupes de Pierre Poilievre ont voté contre la mouture en seconde lecture mercredi. Le Bloc Québécois et le NPD ont appuyé le gouvernement pour un résultat de 206 votes pour et 111 votes contre. Malgré cette opposition, il se dirigera au comité du Patrimoine canadien pour y être étudié. Le programme avait été aboli par Stephen Harper en 2006 avant d’être rétabli par le gouvernement Trudeau en 2017.

Financé à la hauteur de cinq millions de dollars annuellement par le fédéral, il offre un appui financier aux individus et groupes pour qu’ils présentent devant les tribunaux des causes liées à certains droits constitutionnels en matière de langues officielles et de droits de la personne.

Les conservateurs avaient dénoncé, lors des débats en Chambre sur ce projet de loi, que le programme n’était pas assez transparent. La députée conservatrice Rachael Thomas affirmait que cet outil juridique est « souvent utilisé par des groupes wokes pour pousser un agenda woke ».

Le campus de l'Université d'Ottawa.
Le Programme de contestation judiciaire est géré et administré par l’Université d’Ottawa où les décisions relatives au financement sont prises par deux comités d’experts indépendants. Archives ONFR

Un soutien financier via ce programme a d’ailleurs été apporté dans la célèbre cause judiciaire de SOS Montfort qui aura permis aux Franco-Ontariens de conserver cet hôpital entièrement francophone. C’est aussi le cas pour la cause Mahé VS Alberta, dont la Cour suprême avait reconnu en 1990 le droit des minorités linguistiques à la pleine gestion de leurs conseils scolaires.

Pourquoi pas un financement sur mesure du postsecondaire francophone?

OTTAWA – À la suite des énoncés économiques provincial et plus récemment fédéral, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) rappelle la nécessité d’investir dans le postsecondaire de langue française, mais cette fois-ci, l’organisme demande de nouvelles formules de financement.

« Avec une formule de financement favorisant les partenariats, l’AFO croit que les institutions pourront améliorer leurs services aux étudiants et bonifier l’accès aux programmes en français », lit-on dans le communiqué de presse de l’AFO de ce mercredi. 

Selon l’AFO, il est essentiel que le gouvernement accorde une priorité aux investissements dans l’éducation postsecondaire afin de garantir une certaine compétitivité. Mais face aux défis économiques, l’organisme porte-parole des francophones pense que « les prochains mois sont un moment opportun pour revoir le financement de nos institutions ». 

L’AFO préfère parler de collaboration plutôt que de compétitivité 

L’organisme affirme « que les institutions postsecondaires offrant une programmation en français en Ontario sont des outils pour pallier la pénurie de main-d’œuvre francophone et bilingue ».

D’après la même missive, la francophonie en Ontario, c’est aussi 30 000 entreprises et un apport économique au PIB de près de 80 milliards de dollars. Raison de plus, pense l’AFO, pour investir dans les individus et les concepts qui stimuleront la progression du pays, et ce par le biais du postsecondaire de langue française.

Le directeur de l’AFO, Peter Hominuk, estime aussi les institutions francophones bilingues en Ontario doivent être capables de répondre aux besoins des ressources humaines.

Si l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario demande un financement qui favorise les partenariats, c’est pour appuyer la collaboration entre institutions, au lieu de favoriser une compétitivité qui ne prend pas en considération l’aspect minoritaire. 

D’après Peter Hominuk, en entrevue avec ONFR, « la formule actuelle de financement génère de la compétition, pas nécessairement de la collaboration. On croit que les institutions francophones et bilingues en Ontario, comme l’Université d’Ottawa, doivent revoir les formules de financement afin d’en proposer une sur mesure pour les francophones ».

Une formule qui reflète les besoins des francophones

« Les formules de financement ne prennent pas souvent en compte les besoins des francophones, poursuit M. Hominuk. Je pense qu’il y a le financement de base qui pourrait aller aux institutions, mais il y aurait du financement additionnel qui pourrait permettre d’avoir des outils de collaboration et des outils de concertation. »

« Il pourrait y avoir des systèmes de partage entre les institutions », suggère-t-il, rappelant que plusieurs éléments doivent être pris en compte.

Peter Hominuk, directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Crédit image : Lila Mouch


« Par exemple, acheter des livres en français, ça coûte plus cher. Nous avons besoin de s’assurer que les établissements ont les outils pour embaucher les profs nécessaires et des outils pour accueillir des francophones. Tout ça coûte plus d’argent. »

Revoir le financement de la province et du fédéral

Un rapport d’experts, publié il y a quelques semaines, intitulé Assurer la viabilité financière du secteur de l’éducation postsecondaire de l’Ontario, s’était justement attardé aux enjeux entourant la pérennité d’un système postsecondaire financé par les fonds publics de l’Ontario. 

« Comment pouvons-nous garantir un système d’éducation financièrement viable en français pour que les étudiants francophones et de FLS (programmes de français langue seconde) puissent accéder à un éventail de programmes de qualité et soient préparés à une brillante carrière? », questionnaient les auteurs du rapport, à la recherche de leviers de financement du ministère qui pourraient être utilisés d’une meilleure façon. 

« Quelle que soit l’option choisie, la province doit avoir pour objectif stratégique d’obtenir une part appropriée et équitable du soutien financier octroyé par le gouvernement fédéral, par l’intermédiaire de l’enveloppe de financement pour le français au Canada », mentionnait le document.

À ce propos, dès 2024-2025, le montant de l’enveloppe fédérale pour l’éducation postsecondaire en langue minoritaire s’élèvera à 128 millions de dollars sur quatre ans. 

Entre 2021 et 2023, l’Ontario a reçu 38 % de ce financement.

Qui parle vraiment français chez les candidats à la chefferie libérale?

TORONTO – À dix jours de l’élection qui déterminera le nouveau leader du Parti libéral de l’Ontario, Ted Hsu, Bonnie Crombie, Nate Erskine-Smith et Yasir Naqvi ont confié à ONFR leurs vues. Si certains sont bilingues ou presque et que d’autres apprennent toujours le français, les quatre candidats semblent sensibles à la cause franco-ontarienne comme élément intrinsèque des élections de 2026, pour pouvoir prétendre au titre de premier ministre de l’Ontario.

En entretien avec ONFR, le député provincial bilingue de Kingston et les Iles Ted Hsu, nous raconte dans un français courant son rapport particulier à la langue.

« J’ai vécu en France trois fois au total pendant quatre ans : à Paris alors que je travaillais à la Banque Nationale, à Grenoble en tant que scientifique, et, enfin, à Toulouse, où nous avons pris une année sabbatique en famille en 2016 pour que mes deux filles aient aussi cette expérience immersive et étudient dans les écoles françaises. »

Pour celui-ci, les institutions universitaires, centres d’enseignement, de recherche et de formation professionnelle sont indispensables à la préservation de la langue et de la culture franco-ontariennes. « J’appuie le soutien financier pour les universités francophones de l’Ontario », déclare M. Hsu qui a aussi affirmé à l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) appuyer le financement de l’Université de Sudbury.

D’autre part, il indique que la « grave pénurie de médecins de famille en Ontario a également éclipsé la pénurie de services de soins primaires pour les francophones. J’appuierai de ce fait l’expansion des services en français pour les soins de santé en Ontario ».

Le programme francophone le plus étoffé

L’actuelle mairesse de Mississauga et ancienne députée fédérale Bonnie Crombie, qui n’est pas bilingue, dit parler un français de base et travailler dur pour améliorer son niveau.

Soutenue par les anciennes députées provinciales Amanda Simard et Madeleine Meilleur ainsi que le député fédéral de Nickel Belt Marc Serré, elle est la candidate dont le programme francophone est le plus substantiel.

« Les communautés francophones de l’Ontario représentent un avantage économique et culturel. Nous devons soutenir et protéger la langue française ici en Ontario, non seulement pour la communauté franco-ontarienne qui a contribué à construire cette province, mais aussi pour les nombreux immigrants attirés par notre province en raison de leur capacité à continuer de s’exprimer dans leur langue », nous explique-t-elle.

Elle poursuit : « J’étais récemment dans le Nord de l’Ontario m’entretenant avec des Franco-Ontariens à Sturgeon Falls et à Sudbury, et ils sont contrariés et se sentent négligés par Doug Ford qui a réduit les financements et l’éducation axée sur le français, ce qui a entraîné un sous-financement des établissements d’enseignement postsecondaire comme l’Université laurentienne et l’Université de Sudbury. »

« En tant que cheffe, je continuerai de travailler avec nos communautés francophones pour garantir que leurs droits linguistiques soient non seulement protégés (…) mais que les francophones puissent accéder à des services de qualité en français, où qu’ils vivent. »

Elle évoque les réductions dans le domaine de l’éducation dont les conseils scolaires francophones pâtissent et la pénurie de professionnels de la santé et propose d’investir dans de meilleures solutions numériques et à distance lorsque le personnel bilingue n’est pas disponible.

« Dans le domaine de la santé, nous créerons une main-d’œuvre plus bilingue et travaillerons avec nos partenaires fédéraux pour augmenter le nombre d’étudiants internationaux francophones inscrits dans les programmes de santé de l’Ontario. Nous étendrons également les programmes de formation des enseignants en français pour pallier la pénurie d’enseignants. »

Entre autres promesses de campagne, elle dépeint une stratégie de santé en français axée sur l’identification des lacunes de service en consultation avec la communauté francophone et le rétablissement de l’indépendance du Commissaire aux services en français.

« Nous investirons dans un nouveau bâtiment pour le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) afin d’offrir des services en français dans les domaines artistique, culturel et communautaire, et augmenterons le financement du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO) à 3 millions de dollars, en donnant la priorité aux projets soumis par et pour les francophones », conclut-elle.

Plus de personnel enseignant francophone pour Yasir Naqvi et Nate Erskine-Smith

Le député fédéral d’Ottawa-Centre Yasir Naqvi, soutenu par la députée provinciale d’Ottawa-Vanier Lucille Collard, la députée fédérale d’Ottawa-Vanier Mona Fortier ou encore la députée fédérale d’Orléans, Marie-France Lalonde, dit parler français et suivre des cours une fois par semaine. Ses enfants sont également scolarisés dans une école élémentaire publique française d’Ottawa.

« Les Franco-Ontariens font partie intégrante de l’histoire et de la culture de l’Ontario », explique celui-ci, qui a fait toutes ses annonces dans les deux langues officielles depuis le début de la campagne à la chefferie libérale.

S’il est élu à la tête du Parti libéral de l’Ontario, il souhaite mener une campagne bilingue avec de nombreuses politiques visant à améliorer la vie des Franco-Ontariens. Celles-ci incluent l’amélioration de la dotation en personnel dans les écoles de langue française, de la maternelle au postsecondaire, ainsi que l’expansion des services de langue française dans toute la province.

Il s’est également montré favorable au financement de l’Université de Sudbury auprès de l’AFO.

Le député fédéral de Beaches-East York Nate Erskine-Smith, notamment soutenu par la députée fédérale de Brossard-Saint Lambert Alexandra Mendès et la députée fédérale de Sudbury Vivianne Lapointe, s’exprime également dans un français de base et se dit déterminé à améliorer son français et à consulter les membres de la communauté franco-ontarienne sur ses besoins spécifiques et uniques.

Pour celui-ci, la priorité est de renforcer l’éducation en français partout en Ontario, notamment en soutenant les partenariats communautaires et culturels et la coopération entre les conseils scolaires, ainsi qu’en formant et en embauchant davantage d’enseignants et de travailleurs en éducation en français.

En santé, il explique donner la priorité aux soins de santé bilingues : « Nous travaillerons à créer une main-d’œuvre plus bilingue et explorerons des incitatifs dans les régions mal desservies pour garantir que la communauté francophone ait un accès généralisé aux services de santé dans la langue de son choix. »

Nate Erskine-Smith mentionne le financement, les services sociaux et les programmes communautaires de promotion de la santé mentale, y compris les services et programmes de santé mentale culturellement adaptés pour diverses communautés, telles que celles confrontées à des barrières linguistiques.

Mini-budget d’Ottawa : quatre nouvelles mesures qui pourraient vous toucher directement

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau a présenté mercredi sa mise à jour économique de l’automne 2023, une sorte de mini exercice financier qui vient complémenter les investissements effectués lors du budget de 2023. On vous présente l’état des finances du gouvernement ainsi que des nouveaux investissements qui pourraient impacter directement votre portefeuille.

Le scénario de l’économie présenté lors du budget de mars dernier et de l’énoncé économique de 2022 reste stable ou s’empire notamment au niveau de la dette. Le fédéral ne prévoit toujours pas de retour à l’équilibre budgétaire dans cinq ans.

On projette même que le fardeau de la dette s’alourdira. Lors du dernier énoncé économique, Ottawa se dirigeait vers un léger surplus budgétaire en 2027-2028, mais un an plus tard, aujourd’hui, Ottawa prévoit un déficit de 23,8 milliards de dollars, soit plus que son 14 milliards de dollars prévu au mois de mars 2023. On prévoit un déficit de 18,4 milliards de dollars en 2028-2029. Pour expliquer cette augmentation, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, et son document financier indiquent que la hausse des taux d’intérêt, qui ont un impact direct sur les frais de la dette publique, a joué dans l’équation.

« Le Canada maintient sa cote de crédit triple AAA alors grâce à notre cote, la dette canadienne est moins élevée qu’aux États-Unis par exemple », a-t-elle contrebalancé en conférence de presse.

On peut aussi expliquer cela par des revenus sur l’impôt plus bas que prévu en raison « de la croissance inférieure de l’emploi et des salaires », est-il écrit.

Entre-temps, voici quelques mesures qui pourraient affecter directement votre portefeuille :

Réduction des couts pour les services de thérapie et counseling

Ottawa éliminera la taxe de vente harmonisée (TVH) ou TPS sur les services de thérapie et de counseling offerts par les psychothérapeutes et thérapeutes dans ces deux domaines.

Une nouvelle charte hypothécaire canadienne

Le fédéral introduit cette nouvelle charte qui vise à informer que chaque personne connaisse « les mesures d’allègement hypothécaire qu’elle peut demander et recevoir de son institution financière ». Toutefois, cette charte est sur une base volontaire et non obligatoire pour les établissements financiers, car il s’agit d’une ligne directrice.

Entre autres, s’ils adhèrent à cette charte, les institutions financières devront permettre des prolongations temporaires de la période d’amortissement pour les détenteurs d’hypothèque à risque et retirer les frais facturés pour les mesures d’allègement. 

L’énoncé économique donne l’exemple d’un couple qui aurait vu son paiement hypothécaire mensuel de sa maison augmenter à 3000 $ et qui devrait puiser dans une marge de crédit pour payer les dépenses courantes. Le couple devrait donc voir sa période d’amortissement rallongée temporairement en plus d’une réduction de leurs paiements hypothécaires de 400 $ par mois en fonction de cette nouvelle Charte.

Fin des frais supplémentaires pour les enfants en avion

À l’heure actuelle, les parents souhaitant avoir leur enfant de moins de 14 ans assis à côté d’eux lors d’un voyage en avion peuvent se voir charger des frais supplémentaires.

Dans son exercice financier présenté mardi, Ottawa avance qu’il « collaborera avec l’Office du transport du Canada afin de modifier le Règlement sur la protection des passagers aériens » pour que les enfants en deçà d’un tel âge puissent être en compagnie d’un parent sans frais supplémentaire.

Le fédéral prévoit aussi lors du budget de 2024 de « faire le point » pour réduire les frais d’insuffisance imposés par les banques, pouvant atteindre jusqu’à 50 $. D’autres mesures pour sévir contre les frais indésirables seront annoncées au cours des prochains mois, est-il écrit dans le document financier.

Nouvelle prestation d’assurance-emploi pour l’adoption

À l’heure actuelle, la prestation de maternité n’est pas offerte aux parents ayant adopté un enfant. Le gouvernement Trudeau modifiera ceci en introduisant une prestation d’assurance-emploi pour l’adoption de 15 semaines, une mesure qui touchera 1700 familles canadiennes.

Ottawa entend aussi modifier le Code canadien du travail pour que les fonctionnaires fédéraux qui vivent un deuil à la suite d’une fausse couche soient admissibles à un congé payé.

Ottawa va légiférer pour interdire une autre crise comme à l’Université Laurentienne

OTTAWA – Le gouvernement fédéral entend modifier sa Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies pour interdire aux établissements postsecondaires publics de se mettre à l’abri des créanciers, comme l’avait fait l’Université Laurentienne en 2021.

À l’époque, l’établissement de Sudbury avait utilisé cette Loi pour mettre à pied près de 200 membres de son personnel, incluant son corps professoral et supprimer près de 70 programmes, dont une trentaine en français.

Dans son énoncé économique présenté mardi, une sorte de mini-budget, Ottawa indique qu’il modifiera la Loi sur la faillite et l’insolvabilité ainsi que la Loi sur les créanciers des compagnies « pour faire en sorte que les établissements d’enseignement postsecondaire publics ne puissent faire l’objet de poursuites en vertu de l’une ou l’autre de ces lois ». Si cette interdiction avait été en vigueur à l’époque, l’Université Laurentienne n’aurait pas pu se tourner vers cette loi fiscale et aurait dû utiliser d’autres moyens pour régler sa crise financière.

Lors de l’embargo mardi, un haut fonctionnaire de Finances Canada a indiqué que plus de détails autour de cette annonce seront connus ultérieurement, notamment pour définir la définition d’établissement public. Mais cette mesure a pour but d’éviter un autre scénario similaire pour des établissements publics de l’envergure de la Laurentienne, nous a-t-on indiqué.

Cette mesure a réjoui la Confédération des associations de professeurs universitaires de l’Ontario (OCUFA) qui compte près de 17 000 membres.

« Nous sommes fiers de voir de réels changements se produire aujourd’hui pour garantir que nos universités publiques ne seront plus vulnérables aux dangers de la restructuration des entreprises, a déclaré via communiqué son président Nigmendra Narain. Ce qui s’est produit à la Laurentienne n’aurait jamais dû arriver, et nous pouvons maintenant garantir que cela ne se reproduira plus dans une autre université publique au Canada. »

Cette annonce n’est pas si surprenante, car le fédéral avait annoncé en mai dernier qu’il lançait des consultations avec les acteurs du secteur concerné pour voir quelles mesures pouvaient être prises.

Une dette plus élevée que prévue

Le gouvernement Trudeau ne prévoit toujours pas de retour à l’équilibre budgétaire dans les prochaines années, même que la réduction de la dette sera plus lente que l’avait anticipé Ottawa lors de son budget de 2023 en mars et de l’énoncé économique de 2022.

Il y a un an, le Canada se dirigeait, selon les projections du ministère des Finances, vers 2027-2028, avec un léger surplus de 4,5 milliards de dollars. Mais de nouveaux investissements comme la création d’un Régime canadien de soins dentaires et les subventions pour les usines de batteries dans les derniers mois ont fait bondir la projection de la dette fédérale à 14 milliards en 2027-2028. Le gouvernement Trudeau prévoit désormais que ce montant s’élèvera à 23,8 milliards en 2027, baissant ensuite à 18,4 milliards en 2028-2029. 

Le tout s’explique notamment par la hausse des taux d’intérêt ayant augmenté les frais de la dette publique qui est en augmentation de plusieurs milliards de dollars par rapport aux dernières projections.

Le logement et les énergies propres

Dans son énoncé économique, Ottawa prévoit d’investir 15 milliards de dollars supplémentaires pour la construction de logements locatifs en offrant des prêts et du financement aux constructeurs et promoteurs. Cette bonification appuiera la construction de 30 000 nouveaux logements, estime le fédéral dans son document financier. L’énoncé économique comporte aussi un ajout d’un milliard de dollars sur trois ans aux Fonds pour le logement abordable, ce qui devrait aider à la construction de 7000 nouveaux logements d’ici 2028.

« Notre pays a besoin de plus de logements, et ce, rapidement… Et nous devrons tous contribuer à cet effort : le gouvernement fédéral et les provinces, les villes et les villages, le secteur privé et les organismes à but non lucratif d’un bout à l’autre de ce grand pays », a dit la ministre des Finances Chrystia Freeland lors d’un discours au Parlement après le dépôt du mini-budget.

La vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland. Crédit image: Stéphane Bédard
La vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland. Crédit image : Stéphane Bédard

Une autre dépense est l’élimination de la Taxe sur les produits et services (TPS) sur les nouveaux logements locatifs comme l’avait annoncé Justin Trudeau au début de l’automne. Le gouvernement Ford avait annoncé quelques jours plus tard qu’il emboîterait lui aussi le pas en retirant sa portion provinciale de la TPS.

Le fédéral entend punir les propriétaires d’immeubles à logements locatifs à court terme comme Airbnb. Ces derniers ne pourront plus obtenir une déduction fiscale sur les revenus engendrés par ces types de locations à court terme, et ce dès le 1er janvier 2024, a-t-il été annoncé mardi.

Ottawa élargira l’admissibilité au Crédit d’impôt aux entreprises qui produiront de l’énergie propre à partir de déchets biologiques. Cette mesure combinée à d’autres investissements dans l’économie en coûtera près de 907 nouveaux millions de dollars.

Crédit d’impôt doublé pour les médias

Le budget prévoit que le crédit d’impôt destiné aux journaux passera de 25 à 35 % lors des quatre prochaines années. À noter que cette bonification ne s’applique pas à la télévision ou à la radio, mais seulement aux médias écrits. Ces derniers pourront réclamer jusqu’à 85 000 $ pour les coûts associés à la main-d’œuvre, un plafond précédemment instauré à 55 000 $. Cette bonification nécessitera un financement de 129 millions de dollars.

Correctif : une précédente version de ce texte indiquait que l’Université Laurentienne avait mis à pied « près de 300 membres » de son personnel, il s’agit plutôt de « près de 200 membres ».

Un village pour vétérans sans-abris verra le jour en 2024 à Kingston

KINGSTON – Une organisation caritative, Homes for Heroes, construit des minimaisons pour aider les vétérans sans-abris. D’après Statistique Canada, c’est en Ontario que vivent le plus grand nombre d’anciens combattants. David Howard, président-directeur général de la fondation, a déjà ouvert des « villages » de transition à Calgary et Edmonton, en construit présentement un autre à Kingston, et l’espère-t-il, en fera autant prochainement à Winnipeg. 

Sur la rue King Ouest à Kingston, le petit village de vétérans comprendra une vingtaine de maisons modulaires, chacune avec un salon, une chambre, une cuisine et une salle de bain. Le président-directeur général de la fondation Homes for Heroes, David Howard, en entrevue avec ONFR, explique que ce village offrira à la population de vétérans, le soutien dont ils ont besoin pour réintégrer la société. Ces villages sont livrés avec l’aide de travailleurs sociaux sur place et un réseau de soutien. 

L’intérieur d’une minimaison dans le village de vétérans d’Edmonton. Crédit image : Homes For Heroes

« Ces 20 maisons seront une transition à une vie civile », explique M. Howard. « Nous avons aussi besoin de soutenir ces gens à travers un programme, en facilitant l’accès au financement, au soutien, au permis de conduire ou à un compte bancaire », explique-t-il. 

M. Howard a déjà ouvert ces villages de vétérans dans les villes de Calgary et Edmonton. Depuis, environ 80 vétérans itinérants sont passés par ces minimaisons et ont réintégré la société. 

Se réinventer au retour de la guerre 

Les anciens combattants ont des besoins spécifiques en raison du stress post-traumatique et des difficultés d’adaptation à la vie civile. M. Howard, qui est impliqué auprès de cette population depuis 25 ans, a vu son grand-père vétéran souffrir des conséquences de la Seconde Guerre mondiale. 

« Il était alcoolique et il avait des troubles de stress post-traumatique. Je l’ai vu manger de la nourriture pour chien, et ça m’a brisé le cœur », raconte-t-il. « Il était abusif et au final, nous ne le reconnaissions plus. Ce que j’ai vu, c’était quelqu’un de brisé et qui avait besoin d’aide. » 

Après avoir découvert le nombre de vétérans sans-abris au pays – soit entre 2 400 et 10 000 selon une étude de l’Université McGill – M. Howard a décidé de lancer sa fondation pour leur venir en aide.

Les estimations du nombre de vétérans sans-abris varient considérablement selon les gouvernements et la société civile. Le sans-abrisme est difficile à quantifier, en raison de l’itinérance cachée. 

Selon David Howard, la seule façon d’anéantir ce problème, ce n’est pas seulement avec l’octroi d’un logement, mais aussi avec l’aide de travailleurs sociaux : « Il faut un village pour s’élever. »

Les minimaisons sont petites pour éviter que les anciens combattants ne se sentent dépassés, après avoir vécu dans des casernes. 

L’extérieur du village de vétérans d’Edmonton. Crédit image : Homes For Heroes

« Nos clients veillent les uns sur les autres et vivent en communauté; c’est pourquoi les maisons sont toutes orientées vers l’intérieur. »

Pour le village de Kingston, le gouvernement de l’Ontario a fait don d’un terrain d’une valeur de 1,5 million de dollars, et le gouvernement fédéral a injecté 2 millions de dollars. Bien qu’il manque encore un commanditaire principal « permettant de faire fonctionner le village », une grande partie du financement provient de dons privés ou d’entreprises. 

Une itinérance aussi complexe que difficile à recenser 

À Kingston et dans sa zone environnante, « nous pensons qu’il y a plus de 200 vétérans qui pourraient bénéficier des services de Homes for Heroes », estime M. Howard. 

David Howard est le président-directeur général de la fondation Homes For Heroes qui vient en aide aux vétérans sans-abris à travers tout le pays. Crédit image : Lila Mouch

D’après le gouvernement du Canada, il y aurait plus de 2 000 vétérans en itinérance au pays. C’est seulement en 2021 que Statistique Canada s’est intéressé aux données entourant les anciens combattants. Aucun recensement n’avait été fait depuis 1971, bien qu’un dénombrement ponctuel des itinérants ait eu lieu en 2018. 

Dans ce sondage, les raisons de l’itinérance évoquées par les vétérans sont la consommation d’alcool ou de drogues, l’incapacité à payer un loyer, la perte d’un emploi ou encore un conflit avec un partenaire. 

Cette itinérance met en évidence plusieurs problèmes, notamment les difficultés de retour vers la vie civile, après avoir passé de nombreuses années sur les lignes de combat. Certains individus doivent chercher de nouvelles orientations professionnelles, tandis que d’autres font face à des traumatismes, parfois accompagnés de blessures physiques, sans compter la précarité financière, l’absence de logements à prix abordables, le chômage, des troubles de santé et parfois une séparation familiale. 

Les anciens combattants des Forces armées canadiennes et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) font souvent face à des difficultés de réinsertion. Les séquelles physiques et psychologiques des vétérans peuvent conduire à de l’itinérance. Se réinventer est alors un véritable défi. 

Le village de vétérans à Kingston est en construction et devrait voir le jour en 2024. Crédit image : Lila Mouch

Dans ces villages, la fondation Homes for Heroes aide à remplir des demandes d’aide via différents programmes sociaux qu’offrent les gouvernements. 

La résidence dans le village sera temporaire, avec pour objectif que chaque vétéran puisse quitter le village et réintégrer la société, après avoir décroché un emploi, en ayant une vie désormais stable et en étant autonome.

Ce processus peut prendre plusieurs années ou plusieurs mois, selon M. Howard. « Nous ne précipitons pas les locataires dans la réintégration tant qu’ils ne sont pas convaincus de leur réussite. C’est la moindre des choses, après ce qu’ils ont fait pour leur pays », conclut-il.

Décès de Francine Garon : Kapuskasing perd « un gros morceau du comité de la Saint-Jean »

KAPUSKASING – L’infatigable bénévole de Kapuskasing, Francine Garon, est décédée samedi dernier à l’âge de 81 ans. Son décès a fait réagir dans la communauté culturelle franco-ontarienne.

Reconnue pour son engagement au sein du Centre des loisirs de Kapuskasing, elle a notamment dirigé la troupe de théâtre Méli-Mélo pendant plus de 30 ans. Une salle du Centre porte son nom depuis l’année dernière.

La Franco-Ontarienne a reçu plusieurs distinctions pour son implication sociale, notamment le prix de Bénévole de l’année de Contact Ontarois en 2020 ou encore le prix du Sénat en 2017.

« Francine, c’est un gros morceau du comité de la Saint-Jean, elle faisait beaucoup plus que le rôle de vice-présidente », explique Jacques Fillion, ex-président du comité.

Présente depuis la première édition de l’événement, reconnu comme la plus importante célébration de la Saint-Jean-Baptiste à l’extérieur du Québec, celui qui a présidé le comité, de 2000 à 2019, la reconnaît comme la personne la plus engagée auprès de la communauté culturelle franco-ontarienne de Kapuskasing : « Elle s’assurait que tout était parfait; puis elle était toujours de bonne humeur, pleine d’énergie. »

Appréciée des artistes

Francine Garon était particulièrement appréciée des artistes s’y produisant grâce, entre autres, à son humour et à son légendaire sucre à la crème.

« Son sourire chaleureux, son esprit accueillant et son délicieux sucre à la crème ont eu un impact durable sur la communauté musicale francophone », écrit le chanteur et humoriste sudburois Stef Paquette dans une publication sur Facebook.

Même le groupe ottavien SWING (LGS) a tenu à lui rendre hommage : « Nous sommes tristes d’avoir perdu notre bonne amie et très reconnaissants des beaux moments spéciaux avec toi, ma chère Francine. »

« C’est si triste, on va tous s’ennuyer d’elle et de ses sucres à la crème ! », pouvait-on lire dans un commentaire du duo de musiciens québéco-ontarien, Geneviève et Alain.

Une vidéo d’hommage avec plusieurs témoignages de personnes l’ayant côtoyée avait été diffusée à l’occasion de la Journée de la femme qui coïncidait également avec le 50e anniversaire du Centre de loisirs culturels, en mars dernier.

Une célébration eucharistique aura lieu demain matin à l’église Notre-Dame-des-Victoires de Kapuskasing. « La famille sera très reconnaissante de dons au Centre régional de Loisirs culturels, comme témoignages de sympathie », fait-on savoir sur le site du salon funéraire Guenette.

La migration interprovinciale n’est pas une cause du déclin du français en Ontario, selon une étude

Le déclin du français en Ontario, comme l’a révélé le dernier recensement, ne peut s’expliquer par la migration interprovinciale, car celle-ci révèle un taux positif pour les francophones et négatif pour les anglophones dans la province, selon une étude de Statistique Canada.

L’organisme fédéral a sorti une étude portant sur la migration interprovinciale par groupe linguistique, via la première langue officielle parlée. Celle-ci révèle que le solde migratoire des francophones est beaucoup plus élevé tant au niveau du nombre que du taux par 1000 habitants que leurs confrères anglophones.  C’est-à-dire qu’il y a plus de francophones qui déménagent en Ontario qu’il y en a qui quittent, contrairement aux anglophones qui sont plus nombreux à sortir de l’Ontario qu’à y rester.

Pour les anglophones, le solde migratoire de 2016 à 2021 en Ontario s’établissait à -13 270 personnes, ce qui correspond à un taux de -1 pour 1000 habitants. Pour les francophones, le solde migratoire de 2016 à 2021 en Ontario s’établissait à +1805 personnes,  ce qui correspond à un taux de 3,4 pour 1000 habitants.

Donc, si le français a connu une baisse en Ontario, ce n’est pas à cause de la migration interprovinciale, conclut cette étude, car la proportion de francophones a augmenté ce qui est le contraire pour ceux parlant la langue de Shakespeare.

« Il y a presque autant de francophones qui sont entrées au Québec qui en sont sorties entre 2016 et 2021 donc il n’y a pas eu de gain par rapport à la migration interprovincial (francophone) hors du Québec », explique Gabriel St-Amant de chez Statistique Canada et co-auteur de cette étude.

Le solde migratoire des francophones en Ontario était aussi positif lors de la dernière période de Recensement soit de 2011 à 2016 avec un score positif de 4460 personnes.

Ottawa et l’Est ontarien, la destination principale

En excluant le Québec, la région d’Ottawa et l’Est ontarien est la destination numéro un pour les Franco-Canadiens et les Québécois qui changent de province ou de région.

Près de la moitié, des francophones de l’Ontario habitent à Ottawa et dans l’Est ontarien, soit 46 %. À travers le pays, 80 000 personnes ayant le français comme première langue officielle parlée ont changé de province entre 2016 et 2021 et de ce lot, près de 18 000 ont choisi la région de l’Est et d’Ottawa comme destination. 

Ottawa et l’Est ontarien continuent d’être l’une des régions les plus populaires pour la venue de Québécois. Source : Canva

Le poids des francophones dans la région d’Ottawa s’est même maintenu en raison d’un solde migratoire positif, révèle-t-on. Les déménagements entre francophones se font principalement entre le Québec et l’Ontario, de très loin le plus gros flux migratoire, en raison de la proximité entre Gatineau et Ottawa.

« Il y a une grande proportion d’anglophones qui ont quitté le Québec pour se diriger vers l’Ontario. Chez les francophones, c’est sûr que c’est une plus petite proportion, mais il y en a quand même beaucoup », souligne l’auteur de l’étude.

Ce dernier note que près d’une personne sur cinq qui quitte le Québec pour l’Ontario est en fait une personne née à l’extérieur du Canada.

« Ça veut dire qu’il y a plusieurs personnes qui ont fait un peu comme un pont, soit qui sont partis de leur pays, qui sont arrivées au Québec et qui après ça, ont déménagé vers l’Ontario. »

L’Est ontarien et Ottawa consituaient aussi la principale région de destination pour les Franco-Ontariens qui ont déménagé à l’intérieur de la province avec 5000 personnes.

Jean Bouchard, l’homme aux mille visages

RICHMOND HILL – Jean Bouchard, le président de la Communauté du Trille Blanc, futur village ontarien entièrement francophone, qui est connu pour une carrière colossale dans l’éducation, directeur et fondateur d’écoles, d’organismes, ou encore précurseur de la création des écoles francophones en Alberta, a plus d’une corde à son arc. Auteur d’un recueil de poèmes, conteur, gymnaste et danseur, sculpteur, il est également là où on ne l’attend pas.

«  Vous avez grandi au Québec, mais avez vécu en Ontario une bonne partie de votre vie. Comment définissez-vous votre identité ?

Notre langue est teintée, imprégnée de l’héritage culturel dans lequel on a grandi. Je suis très attaché à ma langue et à ma culture, qui sont pour moi intimement liées. Je n’ai appris à parler anglais vraiment qu’à l’âge de 22 ans quand je suis parti pour l’Alberta. À la fin je me sentais même Franco-Albertain. Et plus tard, en déménageant de façon permanente en Ontario, j’ai découvert que ma grand-mère était Franco-Ontarienne, légitimant encore plus cette nouvelle double identité.

Quel était l’objet de votre mission en Alberta ?

L’Association canadienne-française de l’Alberta et le gouvernement avaient fait une demande fédérale pour obtenir une subvention pour financer une étude sur la faisabilité des écoles francophones en Alberta, alors la seule province qui n’avait pas d’école de langue française.

J’ai donc été envoyé en 1982 dans la province albertaine en tant qu’agent d’éducation et y suis resté deux ans, avant de remettre mon rapport à l’issue duquel, la première école francophone a ouvert en 1984. Je suis ensuite revenu en Ontario travailler ici à Richmond Hill pour commencer ma carrière d’enseignant.

Portrait de Jean Bouchard par un de ses amis. Gracieuseté

Qu’est-ce qui vous a amené à enseigner ?

C’est principalement ma famille qui travaillait dans l’éducation. Mes tantes étaient institutrices, donc ça m’y a conduit, avec aussi la conscience de l’importance de l’instruction. Ça m’a toujours parlé et je pense que j’y étais prédestiné. Dans mon recueil de poèmes Ëlle, « Je suis une école » raconte que chaque personne est en fait une école, avec un savoir en soi. Je l’ai beaucoup utilisé en classe avec les enfants.

Vous avez plus de 30 ans de carrière dans l’éducation. Par ordre chronologique, quelles en sont les étapes clés?

J’ai commencé par enseigner pendant sept ans pour le Conseil scolaire de York dans les écoles élémentaires de 1984 à 1989, ce après quoi j’ai occupé le poste de directeur des services aux adultes jusqu’en 1993. De là, j’ai fondé le centre de formation en compétences additionnelles pour les enseignants, le CEEC RUICSO (Centre d’enseignantes et d’enseignants du centre de l’Ontario, Réseau unifié interactif du centre sud de l’Ontario), dont j’ai été le directeur jusqu’en 2000.

Par la suite, j’ai développé des programmes d’alphabétisation et fondé le Centre Fora à Sudbury, un centre de documentations et de livres pour les analphabètes. Un travail qui a occupé une grande partie de ma vie.

De 2000 à 2001, j’ai travaillé au ministère de l’Éducation de l’Ontario, en tant que spécialiste de l’éducation à distance.

Enfin, pendant 11 ans, de 2001 à 2012, j’ai été directeur d’écoles élémentaires. Période pendant laquelle j’ai ouvert en 2007 l’École catholique secondaire Renaissance à Aurora. À partir de 2012, je deviens directeur général au Québec d’une école secondaire privée de 1000 élèves à Trois-Rivières.

Je reviens alors en Ontario en 2013 pour ouvrir une nouvelle école francophone, Père-Philippe-Lamarche à Scarborough, dont je deviens directeur jusqu’en 2018. Le 1er janvier 2019, je prends ma retraite de l’enseignement après avoir perdu mon fils.

Petite anecdote cependant, j’ai été appelé pour un remplacement cette année en tant que directeur adjoint à l’École Sainte-Famille de Mississauga, l’école de ma petite-fille Eva. C’était magique de reprendre du service et de pouvoir partager son univers pendant ces quelques mois.

Jean Bouchard en entrevue avec ONFR à l’occasion du congrès de l’AFO à Richmond Hill, en octobre dernier. Crédit image : Rudy Chabannes

Quel a été selon vous le plus gros défi de votre expérience dans l’éducation?

La direction générale du Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières, école privée secondaire, car mon mandat était complexe et comprenait la négociation des conventions collectives avec un syndicat très actif. J’ai dû restructurer financièrement l’établissement et rétablir l’équilibre de la parité, car il y avait alors 70 % de garçons contre 30 % de filles. J’y suis resté deux ans avec le sentiment du devoir accompli.

Vous vous êtes ensuite attelé à un projet d’envergure pour les aînés. Peut-on y voir une certaine continuité dans l’aspect transmission de l’enfance à la vieillesse ?

J’ai redéménagé au Québec, car je m’occupe de mes parents âgés de 89 et 87 ans. Je suis entouré d’aînés qui m’aident beaucoup avec le projet et qui m’enseignent leur réalité.

Quand on a vécu une tragédie et quand on vieillit aussi, on se pose beaucoup de questions sur la mort et le vieillissement. Peut-être qu’on a même plus peur de vieillir que de mourir. Ça prend un village pour élever les enfants, mais ça prend un village pour aider les aînés. C’est pour ça qu’on a transformé le concept en village pour les aînés.

De gauche à droite : Steve Mirkopoulos, membre du conseil d’administration de la Communauté du Trille Blanc, Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones et Jean Bouchard, lors d’une rencontre communautaire à Bradford. Gracieuseté

Quelles sont les prochaines étapes pour le village francophone de la Communauté du Trille Blanc ?

Carole Mirkopoulos, membre du conseil d’administration de la Communauté du Trille Blanc, présidente du comité permanent du Financement, et Jean Bouchard. Gracieuseté

Une fois que nous aurons le terrain comme point de départ, nous commencerons par les soins de longue durée avec l’établissement de 160 lits pour les francophones. Quant à la phase deux, il s’agira de logements abordables et de la coopérative d’habitation. Par la suite, on introduira les services : clinique médicale, pharmacie, café, centre culturel, garderie, chenil, etc.

Ce sera un village vivant intergénérationnel avec des francophones de tous âges. On commencera également à regrouper les campus collégiaux et universitaires pour offrir nos services aux étudiants francophones pour travailler et faire leurs stages dans le village. On étudie ça de près avec le Collège Boréal, La Cité et l’Université de l’Ontario français.

En quoi est-ce important de pouvoir vieillir en français quand on est francophone ?

Une personne âgée a besoin de se sentir en sécurité, car on est fragilisé par la vie, tout comme un enfant est fragilisé, c’est une inversion qui s’opère. On a besoin de revenir à la racine de notre langue maternelle comme langue de survie en quelque sorte.

Vous avez aussi été gymnaste et danseur, dites-nous en plus…

Enfant, j’avais un petit gabarit et j’ai fait de la gymnastique et du ballet dès l’âge de huit ans. Pour mon père, lui amateur de hockey sur glace, à l’époque ça avait été un choc. J’ai adoré pratiquer la gymnastique, et ce, jusqu’à 18 ans. J’ai ensuite commencé à coacher les filles, enseignant à Mississauga puis dans mon propre club à Saguenay. J’ai également entrainé et coaché l’équipe provinciale féminine de l’Alberta à Edmonton.

Vous êtes auteur, mais ce n’est pas votre seul passe-temps ni seul talent artistique…

J’ai, en effet, publié mon recueil de poésie sur l’amour, Ëlle, en 2000. Je me suis d’ailleurs rendu deux fois au Salon du livre de Paris. En parallèle, j’ai écrit énormément d’histoires, de contes. J’ai aussi narré beaucoup de ces histoires en tant que conteur.

Une autre de mes passions cachées est le stylisme, l’association des couleurs et des formes. De la fin des années 90 jusqu’en 2005 en particulier, j’ai assisté à de nombreux défilés de mode parisiens. Ayant grandi dans un monde de femmes, j’ai toujours conseillé et habillé mes sœurs et les femmes de mon entourage. J’ai d’ailleurs souvent la charge de choisir les tenues de ma compagne !

Je suis très manuel et habile de mes mains, j’ai ainsi pu construire ma maison moi-même. De mon atelier dans mon garage, on peut toujours me trouver là à réparer et bricoler quelque chose. Pour me détendre, je sculpte des totems en bois dans le cèdre, gravant des symboles, à la façon des Premières Nations. Chaque symbole raconte une histoire et c’est une philosophie assez fascinante. »

Recueil de poèmes Ëlle écrit par Jean Bouchard publié en 2000, vue recto-verso. Gracieuseté

1959  : Naissance à Arvida municipalité de Québec depuis devenue Saguenay.

1982 : Déménagement en Alberta après ses études et participation à l’étude sur la création des écoles de langues françaises dans la province.

1984 : Déménagement en Ontario pour se rapprocher de sa famille à la naissance de son premier fils Guillaume.

1989 : Devient directeur des services aux adultes pour la région de Toronto au niveau de la francophonie, dirige le conseil scolaire Viamonde.

1993 : Fonde un centre de formation à distance pour le personnel enseignant avec le CNED en France.

2018 : Décès tragique de son fils Philippe, qui l’inspirera plus tard à s’engager dans le projet du Trille Blanc.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Jeune Afrique à Sudbury : une lettre d’amour franco

SUDBURY – À vous qui portez les espoirs de l’Afrique. Et ceux de l’Ontario français. À vous qui partagez votre voix, tantôt timide, tantôt audacieuse et toujours puissante. À vous, Jeune Afrique : maudit que vous êtes magnifiques. Vous avez eu le courage de mettre le pied à Sudbury, une terre de roche, de neige et de feu, afin de saisir votre destinée. Belle gang, vous êtes des forces de l’avenir.

Chère Jeune Afrique,

Comme je suis ravie de vous retrouver dans le Nord de l’Ontario.

Je vous ai croisés, autrefois, en terre africaine, là où j’ai parcouru la route Gulu-Nimule vers le Sud Soudan, où j’ai humé le parfum des hibiscus du Sahel et gravi les sommets du Congo pour aller retrouver les nuages, le souffle coupé par le coeur de ce vaste et merveilleux continent.

La route vers le Soudan à Gulu en Ouganda. Crédit image : Isabelle Bourgeault-Tassé.

Et vous revoici parmi le roc et le rail de Sudbury. 

Viendra peut-être le jour où vous devrez décider ou bâtir pays et une vie. Que vous restez à N’Swakamok (Sudbury), où que vous retourniez en Afrique, de passage par le Québec, la France ou ailleurs dans le monde, sachez que votre cheminement aura des échos pour les générations à venir. 

Ici. Là-bas. Partout où se vit la langue française.

L’Afro-Franco-Ontario

« Isabelle est venue du Canada pour nous coloniser! » – lançaient en taquinant mes nouveaux amis sénégalais lors de mon premier passage en cette terre où règne générosité et humour.

L’Île de Gorée au Sénégal. Crédit image : Isabelle Bourgeault-Tassé.

J’ai ri cette blague de bon cœur – mais elle allait aussi évoquer en moi cette idée que ma langue, une langue de résistance par chez nous, une lingua franca qui nous permettait de tisser des liens d’amitié ici en Afrique franco, était aussi langue colonisatrice. 

Ailleurs – et ici.

Je comprenais déjà que j’habitais une ancienne colonie française et britannique, mais c’est vous, Jeune Afrique, vos pays et votre continent qui m’ont fait comprendre la colonisation avec le cœur. J’ai témoigné des forces coloniales en terres africaines pour enfin mieux les comprendre ici, en terres autochtones sacrées.

À Sudbury, j’habite également la réalité du Franco-Ontarien, cette personne qui ose parler français, une langue addendum à l’anglais. Ici, le français a longtemps été source de poésie et de politique, la fierté d’une communauté qu’on a cherché à faire taire. Mais nous avons été résistants – et nous sommes toujours là. 

Cette langue, nous la parlons avec rudeur et poésie, surtout icitte dans l’Nord d’l’Ontario. Ce sont nos chansonniers et poètes, artistes et leaders – notre jeunesse, qui ont fait vivre cet Ontario français « de mineurs, de bûcherons, de fermiers, d’ouvriers ». 

Nous ne sommes pas les seuls à faire vivre cette langue à notre unique sauce. Comme le rapportait la BBC en 2019, « la touche africaine s’invite désormais dans la langue de Molière » sur le grand continent, là où d’ici 2050 pourraient habiter 85 % des francophones à l’échelle mondiale. 

Vous façonnez la langue française à un parlé, un accent et un patois forgés de vos réalités collectives – et j’ose espérer que vous ferez de même ici en Ontario français.

L’Ontario français dit avoir besoin de vous – de votre vision, votre génie, votre voix. Fragilisé par le vieillissement de nos populations et l’assimilation linguistique, l’Ontario français puise son salut dans l’immigration francophone pour stabiliser notre vitalité et notre poids démographique

Mais sachez que ne vous revient pas la responsabilité de nous sauver. Ce serait injuste. Paternaliste. Et même colonisateur. 

Vous avez un chemin unique à tracer – le vôtre. 

Ici à Sudbury, nous vous avons trop souvent déçu, car nous n’avons pas toujours été les « communautés francophones accueillantes » et fraternelles que vous méritez. Et justement, vous méritez ce qu’il y a de plus juste, équitable et accueillant. Vous méritez de tracer un chemin à votre image et à la hauteur de vos ambitions.

Ici – et ailleurs.

La fameuse tour d’eau de Sudbury. Crédit image : Isabelle Bourgeault-Tassé.

Prendre sa place

Je suis enjaillée de vous, Jeune Afrique, comme le diraient les Ivoiriens. Vous êtes les grands luminaires, créatifs, intellos, poètes, philanthropes et changemakers dont le monde a besoin. 

Et vous êtes l’avenir de toute une francophonie. Que vous partiez, que vous restez, sachez que vous allez changer le monde à votre façon. 

Comme l’ont fait des générations de Franco-Ontariens, je vous souhaite de « prendre votre place. Toute votre place. Pis sans demander la permission ».

Une école secondaire satellite francophone ouvrira dans le Nord-Ouest en 2024

THUNDER BAY – Le Conseil scolaire de district catholique des Aurores boréales (CSDCAB) annonce la création d’une école secondaire satellite virtuelle de La Vérendrye pour desservir les populations francophones du Nord-Ouest, en périphérie de Thunder Bay.

« C’est un grand moment pour notre Conseil! C’est un grand pas pour la francophonie dans le Nord-Ouest! Les parents ont exprimé un besoin, nous y répondons », a déclaré Claudette Gleeson, présidente du Conseil.

Pour les francophones du Nord-Ouest, la seule option secondaire se trouve du côté de Thunder Bay. Cette nouvelle école sera donc une option bienvenue pour les régions à l’ouest de la plus grande ville du Nord-ouest, et accueillera des élèves de la 9e année dès la prochaine rentrée scolaire.

L’accueil se fera dans trois établissements : l’École Immaculée-Conception à Ignace, l’École catholique de l’Enfant-Jésus à Dryden, et un lieu reste à déterminer pour Red Lake, selon les informations du communiqué.

En entrevue avec ONFR, Marie-France Tousignant, surintendante de l’éducation au sein du Conseil, explique que le faible nombre d’élèves francophones et le fait qu’ils soient dispersés, rendait impossible la construction d’une nouvelle école.

« Meilleur des deux mondes »

Les cours seront proposés à distance via la plateforme en ligne, le Consortium d’apprentissage virtuel de langue française de l’Ontario (CAVLFO), « en plus des cours assurés par nos propres enseignants ».

Néanmoins, le Conseil souhaitait offrir un modèle qui ne s’éloigne pas du présentiel offert par l’école traditionnelle, en s’inspirant d’initiatives d’écoles satellites du Manitoba.

« C’est là qu’est venue l’idée de demander aux élèves de se rendre sur place, d’être accueilli par un adulte bienveillant qui va s’assurer que tout fonctionne bien, mais d’avoir aussi le côté virtuel », affirme Mme Tousignant qui ajoute que les élèves des différentes écoles seront en ligne dans la même classe.

Dans ce modèle, les élèves bénéficieront d’une supervision sur place et suivront un horaire typique du secondaire, soit quatre cours par semestre. La surintendante se veut rassurante : « Ce qu’on a appris pendant la pandémie, c’est que l’aspect social est crucial. »

Les élèves recevront les mêmes services de bien-être, d’apprentissage authentique et les programmes spéciaux que l’école traditionnelle. Des partenariats seront aussi créés afin de permettre aux élèves de rejoindre des équipes sportives et de satisfaire aux exigences du cours « Vie active et santé » dans la communauté.

Marie-France Tousignant a longuement réfléchi avec la direction de l’éducation à une formule qui pourrait fonctionner. Gracieuseté

Élargir l’offre à l’Est

D’ici le retour des vacances de Noël, une direction d’école, conseiller en orientation, des enseignants et aides-enseignants seront recrutés pour assurer les cours dès la rentrée de 2024, précise le Conseil.

Mme Tousignant indique que la nouvelle sera partagée avec les familles de l’Ouest et que des rencontres seront assurées avec la communauté.

L’objectif est d’élargir l’offre à l’est de Thunder Bay en septembre 2025 avec la création d’une 10e année avec des écoles satellites dans les communautés de Terrace Bay, de Marathon et de Greenstone.

Bien que des écoles secondaires francophones publiques existent déjà dans le secteur, dont Thunder Bay, Longlac et Marathon, la surintendante estime que plusieurs autres communautés isolées du secteur pourraient bénéficier de cette nouvelle offre satellite.

« Je comprends très bien les parents, on comprend que l’hiver, sur le bord du lac extérieur, on n’a pas nécessairement envie que notre enfant soit dans un autobus pendant de longues heures. Alors souvent ces élèves se retrouvent dans des écoles en anglais à la place, mais là ils auront une option en français », juge-t-elle.

D’ici 2027, tous les niveaux jusqu’en 12e année seront accessibles, se réjouit le CSDCAB.

« Les francophones de Kenora à Manitouwadge auront ainsi également le droit à une éducation secondaire catholique de langue française. »

Le recteur de l’Université de Hearst peu enthousiaste à l’idée d’une fédération avec l’Université d’Ottawa

SUDBURY – Au surlendemain de la sortie du rapport du « blue-ribbon », aussi appelé Harrison du nom du président du comité d’experts, les premières oppositions se font entendre au sein de la communauté francophone. Les recommandations émises dans ce rapport, et desquelles le seul francophone du comité s’est distancé, seraient loin d’avoir pris en compte les intérêts des francophones, notamment dans le Nord.

« Le premier effet de la surprise passé, il faut maintenant gérer la suite et revenir dans le rationnel », a déclaré à ONFR Luc Bussières, le recteur de l’Université de Hearst, dont la viabilité, comme celle de l’Université de l’Ontario français (UOF), est remise en question par le rapport paru mercredi.

M. Bussières dit avoir hâte de connaître la position du ministère des Collèges et Universités (MCU) concernant les propositions du comité qui recommande, entre autres, de fédérer l’Université de Hearst et celle de l’Ontario français (UOF) avec l’Université d’Ottawa. Néanmoins, celui-ci reconnaît ne pas comprendre les propositions du groupe d’experts qu’il juge malvenues après l’autonomie récente de son établissement.

« Ces recommandations ne correspondent pas du tout à notre lecture de la réalité, ni à celui du discours du « par et pour » qui est complètement évacué de la lecture que le comité a faite », déclare-t-il.

Rejet d’une fédération avec l’Université d’Ottawa

Parmi les reproches adressés au rapport figure aussi le fait que le comité ne comprend qu’un seul francophone sur sept membres, Maxim Jean-Louis, lequel n’a pas soutenu deux propositions, dont celle concernant une fédération des universités franco-ontariennes avec l’Université d’Ottawa.

« Est-ce que l’Université d’Ottawa est une bonne université bilingue? Absolument, mais ce n’est pas ce que les francophones demandent », estime la députée provinciale de Nickel Belt, France Gélinas.

De son côté, le Regroupement des étudiants franco-ontariens (RÉFO) se dit opposé à ce modèle de fédération qui était celui de l’Université Laurentienne au moment de la crise financière de 2021, ayant provoqué la perte des programmes francophones de l’établissement.

« On a vu les limites du modèle fédératif avec la Laurentienne. C’est quelque chose qui mettrait en péril les institutions », juge François Hastir, directeur général du RÉFO. Celui-ci considère néanmoins l’option d’un consortium entre les universités, mais sans qu’il soit chapeauté par une université bilingue comme l’Université d’Ottawa, comme le propose le rapport.

Selon lui, il est important que toutes les universités qui font partie de ce consortium puissent garder une autonomie complète. Il rappelle que le climat de francophobie, révélé dans un rapport en 2021 à l’Université d’Ottawa, fait craindre une affiliation avec une université bilingue.

Le recteur Bussières dit s’être battu pour que l’Université de Hearst, qui a fêté récemment ses 70 ans, obtienne finalement son autonomie. Crédit image : Inès Rebei

Le recteur Bussières est lui aussi peu favorable à l’idée d’un consortium chapeauté par une université bilingue, mais juge difficile l’idée du RÉFO, même avec une gouvernance entièrement francophone et autonome.

Loin d’être fermé à des partenariats de collaborations entre universités francophones, il trouve difficile, en revanche, d’affilier des universités avec des réalités très différentes : « Je vois mal comment on arriverait à plus d’efficacité avec un modèle de cette complexité et que j’appelle improbable en termes de faisabilité. »

Les francophones peu consultés

Selon M. Bussières, le fait qu’il n’y ait que trois pages consacrées à l’enseignement en français dans ce document de 87 pages serait une preuve du manque de considération de l’aspect francophone : « C’est vite expédié. On ne trouve pas la lentille francophone dans ces trois pages là. »

Le comité a reconnu dans les premières pages du rapport n’avoir eu que six mois pour préparer le document. « Il y a certainement des éléments qui sont manquants pour lesquels ces experts-là n’ont pas la même sensibilité ou expertise comme les petites universités, la francophonie, les groupes minoritaires », juge encore le recteur.

« Je ne peux pas croire qu’en 2023 on ait une gang d’anglophones qui va nous dire comment, nous les francophones, on doit gérer notre éducation », lance France Gélinas, étonnée de la composition et des propositions du comité.

Le directeur général du RÉFO, François Hastir, dit que l’organisme a l’intention de rencontrer prochainement des acteurs gouvernementaux. Crédit image : EMNO

« Sur les 27 groupes qui ont été rencontrés par le groupe d’experts, on est la seule organisation (étudiante) complètement francophone », déplore M. Hastir.

À l’exception des collèges et universités, l’autre organisme francophone consulté a été l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). « La crainte qu’on a par rapport aux suggestions c’est que la minorité a été sous-représentée dans les consultations », juge encore le directeur du REFO.

Selon le professeur sudburois Jean-Charles Cachon, ayant perdu son emploi lors de la coupe des programmes de la Laurentienne, « ce rapport est une honte et montre bien l’ignorance totale de ce gouvernement de la société ontarienne ».

Il reproche également le choix d’inclure M. Jean-Louis au sein du comité qui a « participé activement à toutes les réunions du conseil des gouverneurs pendant lesquelles la Laurentienne a été démolie sans raison valable comme l’a démontré le rapport de la vérificatrice générale de l’Ontario ».

Aucune mention de l’Université de Sudbury

La députée Gélinas regrette qu’il n’y ait aucune mention de l’Université de Sudbury dans le rapport : « Tous les francophones sont d’accord qu’on a besoin d’une université par, pour et avec les francophones à Sudbury et que ça doit être l’Université de Sudbury qui prend ce mandat-là. »

Le directeur du RÉFO explique avoir évoqué d’inclure l’Université de Sudbury dans son exposé devant le comité, notamment en lien avec l’idée de ce consortium des universités francophones : « C’est sûr que nous, on voit une possibilité pour l’Université de Sudbury là-dedans. »

Du côté de l’Université de Sudbury, pas de réaction publique de son recteur, Serge Miville, car « présentement, l’Université de Sudbury étudie le contenu du rapport du comité d’expertise afin d’évaluer les options présentées », selon une note de l’adjointe exécutive du recteur et secrétaire du Conseil de gouvernance, Élise Leblanc. Même son de cloche du côté de l’UOF.

Jill Dunlop, ministre des Collèges et Universités, avait confié au groupe d’experts, en mars dernier, le mandat d’émettre des recommandations destinées à garantir la viabilité financière du postsecondaire. Crédit image : Rudy Chabannes

Considérant la deuxième option proposée par le comité concernant un modèle de partenariat de l’UOF et de l’Université de Hearst et les Collèges Boréal de Sudbury et La Cité d’Ottawa, le RÉFO juge que celle-ci, en plus de ne pas être développée en Ontario, est inadéquate : « C’est un modèle qui pourrait créer des enjeux, notamment la question de la cannibalisation des étudiants du collégial versus universitaire. »

Le Collège Boréal n’a pas souhaité réagir en entrevue, indiquant également prendre le temps d’étudier le rapport, mais a signifié dans un courriel de la direction des communications se « réjouir quand même de l’occasion que nous offre le rapport de dialoguer avec le gouvernement, le ministère des Collèges et Universités et les intervenants et du fait que le groupe d’experts ait fait des recommandations réfléchies qui, si elles sont adoptées, aideront à renforcer le système collégial et en assurer la pérennité ».

À noter que Maxim Jean-Louis n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue au moment d’écrire ces lignes.

Grelots, chansons d’amour ou discours revendicateurs, ambiances variées en Ontario

Alors qu’on entre dans la deuxième moitié du mois de novembre, certains proposent déjà d’installer une ambiance du temps des fêtes. Les clochettes commenceront à sonner dès cette semaine, entre autres à Lafontaine. Pendant ce temps, des comédiens qui veulent refaire le monde et un chanteur qui en interprète la beauté se partagent les scènes de la capitale canadienne. Pour leur part, les Torontois pourront assister à des solos de danse… entre leurs mains.

L’amour en baryton

Le baryton Luc Lalonde offrira un concert bilingue rempli de grandes chansons d’amour au Centre d’excellence artistique de l’Ontario (CEAO) ce samedi. Le spectacle Simplement, Love se veut une lettre d’amour aux arts et au public, a-t-il mentionné en entrevue à la radio ottavienne Unique FM. 

L’artiste y a également expliqué qu’il a lui-même profité du programme d’art à l’École secondaire publique De La Salle et souhaite maintenant redonner aux jeunes. C’est pourquoi il a créé la bourse Luc Lalonde, un montant de 1500 $ avec la fondation Jean-Claude Bergeron, qui donnera un coup de pouce à un artiste qui termine l’école secondaire, afin qu’il puisse s’autoproduire.  Lors de son spectacle de samedi, le baryton originaire de Bourget sera accompagné du pianiste Anthony Lampron.

Luc Lalonde est un chanteur baryton originaire de Bourget, dans l’Est ontarien. Crédit image : Ricardo Boreka

Ottawa, le 18 novembre. Détails et billets sur la plateforme Le point de vente. https://lepointdevente.com/billets/dl8231118001

Brûlot politique

Les amateurs de discours enflammés dénonçant les injustices seront servis avec Le virus et la proie, présenté au Théâtre français du Centre national des arts (CNA) du 22 au 25 novembre. Le texte de Pierre Lefebvre a remporté le prix de l’essai LQ, créé par Lettres québécoises en collaboration avec Les correspondances d’Eastman. La version sur scène se situe entre l’essai et le théâtre. Les comédiens Tania Kontoyanni, Alexis Martin, Ève Pressault et Madani Tall le portent comme un manifeste, dans lequel ils s’adressent à « Monsieur, » personnage représentant les puissants de la Terre.

La représentation du 24 novembre sera surtitrée en anglais et suivie d’une discussion d’après spectacle. Le soir de la première, Pierre Lefebvre sera l’invité de Mani Soleymanlou, directeur artistique du Théâtre français du CNA dans le cadre des Grandes rencontres du théâtre français. Les spectateurs peuvent également arriver plus tôt pour prendre le temps de découvrir l’installation sonore Les voix de la génération Z en complément de la pièce. Le slameur D-Track a offert des ateliers d’écriture à des jeunes dans les écoles afin de leur faire écrire un manifeste poétique. Les textes de 10 d’entre eux ont été enregistrés par Transistor Média et pourront être entendus dans le lobby du Studio Azrieli.

Alexis Martin et Tania Kontoyanni dans Le virus et la proie. Crédit image : Marlène Gélineau Payette

Ottawa, du 22 au 25 novembre. Détails et billets sur le site du CNA. https://nac-cna.ca/fr/event/33686

Le true crime mis en scène

La pièce Durant des années de Louis-Philippe Roy porte bien son nom. Après avoir été reportée plusieurs fois, et avoir finalement été présentées aux Zones théâtrales en septembre, elle sera à la Nouvelle Scène Gilles Desjardins (LNSGD) du 22 au 25 novembre. L’auteur y explore les genres du théâtre contemporain et du balado true crime. Un meurtre est commis dans un village insulaire de la rivière des Outaouais, en 1999. 20 ans plus tard, une journaliste enquête sur ce sombre événement, mais rouvrira les plaies de toute une communauté.

Danielle Le Saux-Farmer lors des répétitions de Durant des années. Crédit image : Catherine Archambault

Ottawa, du 22 au 25 novembre. Détails et billets sur le site de LNSGD. https://www.nouvellescene.com/programme/durant-des-annees/  

Chorégraphies aux creux des mains

Les Solos prêts-à-porter sont un concept de Danse K par K créé entre Québec et Paris. L’Alliance française de Toronto les amène dans la ville reine dans le cadre de l’initiative Novembre numérique. Huit chorégraphies ont été enregistrées et sont diffusées en format miniature, dans un rayon lumineux que le visiteur peut attraper dans ses mains. Une façon symbolique et originale de recevoir une performance artistique juste pour soi, du 20 au 25 novembre à la galerie Pierre Léon.

Les Solos prêts-à-porter sont littéralement des performances artistiques à recevoir au creux des mains. Crédit image : Raphaël Posadas

Toronto, du 20 au 25 novembre. Gratuit. Détails sur le site de l’Alliance française Toronto. https://www.alliance-francaise.ca/fr/art/saison-culturelle/112-solos-prets-a-porter

Le loup et le père Noël

La Meute de Lafontaine lance les festivités du temps des fêtes avec Noël au village. L’événement devenu un classique aura lieu ce samedi à l’école Sainte-Croix. Vente de livres, de tourtières et de divers produits locaux, ambiance pour toute la famille et contes de Noël avec Nadine Lalonde et chants communautaires seront au rendez-vous. Les visiteurs de cette septième édition pourront aussi apercevoir le père Noël.

La septième édition de Noël au village aura lieu le 18 novembre. Gracieuseté la Meute de Lafontaine

Lafontaine, le 18 novembre. Détails sur le site du Festival du loup. https://www.festivalduloup.on.ca/

Inscriptions en cours au Cercle de l’amitié

Dans quelques jours, ce sera au tour du Cercle de l’amitié de Mississauga de recevoir le public dans une ambiance des fêtes. C’est le temps de s’inscrire pour deux événements distincts, une fête pour les petits et une fête pour les grands. Les enfants sont donc conviés le 26 novembre à 13h à l’agora de Notre Place pour participer aux différentes activités comme les structures gonflables, le maquillage et le bricolage. Il faut réserver avant le 20 novembre pour assister à l’événement et ainsi rencontrer le père Noël et recevoir une surprise.

Pour les adultes, le rendez-vous est au même endroit, mais le 9 décembre. Il y aura un souper, un spectacle d’humour et d’improvisation avec le duo Daflo Daphney Joseph et Florian François, puis un spectacle de musique mettant en vedette le groupe Kiltir Nou Zil. L’événement marquera également la fin de l’année de festivités du 50e anniversaire du Cercle de l’amitié. Il faut s’inscrire avant le 6 décembre.

Petits et grands auront l’occasion de se réunir pour célébrer le temps des fêtes à Mississauga. Crédit image : Journal Le Métropolitain

Mississauga, le 26 novembre et le 9 décembre. Détails sur le site du Cercle de l’amitié. https://cercleamitie.ca/evenements/

« Il y a du boulot pour s’investir dans le bien-vieillir », constate Barbara Ceccarelli

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Barbara Ceccarelli est la directrice générale des Centres d’accueil Héritages (CAH) à Toronto, unique résidence torontoise de logement abordable pour aînés francophones avec services de soutien.

LE CONTEXTE :

Né en 1978 de la volonté d’un groupe de 12 citoyens torontois pour obtenir des services sociaux et de santé en français, l’organisme célèbre son 45e anniversaire, ce jeudi, à l’occasion d’un gala.

L’ENJEU :

Se loger et vieillir en français représente de multiples défis dans la Ville Reine. Mme Ceccarelli revient sur les enjeux passés et à venir.

« Revenons 45 ans en arrière, comment sont nés les CAH? 

Les CAH sont nés d’une grande vision. C’était un moment où il n’y avait presque rien en termes de services pour les francophones, sauf un groupe d’entraide qui se retrouvait dans le sous-sol d’une paroisse. C’est à partir de ce groupe que notre fondatrice Simone Lantaigne, une travailleuse sociale franco-ontarienne, a pris les devants.

Elle a eu cette vision et a aussi réussi à voir le terrain sur lequel notre édifice est aujourd’hui en location à vie par la municipalité. Elle a aussi réussi à regrouper les francophones autour de ce projet et à bâtir l’édifice qui abrite nos logements abordables depuis 45 ans.

Elle a ensuite développé le programme de soutien et d’aide à la communauté, le volet d’aide à domicile que l’on fait avec des visites qui ne sont pas réservées à ceux qui habitent chez nous, mais à tous les francophones qui en ont besoin dans la région de Toronto. 

Quelle évolution avez-vous observée depuis votre première année au CAH en 2012? 

Quand j’ai commencé, on avait une capacité à garder les personnes dans notre programme jusqu’à un certain point. On appelait ça notre limite. Au fur et à mesure, j’ai vu cette limite bouger considérablement. On a compris le potentiel qu’il y a dans l’aide en communauté. On a compris le positif et l’importance de rencontrer les gens, là où ils sont, en français, dans la langue avec laquelle ils veulent pouvoir s’exprimer. Ce n’est pas seulement comprendre, mais donner des directives en termes de santé et de soin. Aujourd’hui, on a parmi nos clients, environ 25 % à 30 % qui, lorsque j’ai commencé, auraient déjà été en maison de soin de longue durée.

Maintenant, on a aussi très peu de capacité. C’était un choix, mais c’était aussi un besoin car c’est de plus en plus difficile de faire ces transitions. Souvent, ce sont des transitions par défaut. En plus, il y en a très peu de disponibles pour les francophones, donc on a trouvé les moyens, au fur et à mesure, de faire autant que possible pour vraiment pouvoir bouger cette limite et garder les gens chez eux confortablement. Ça c’est probablement le plus gros changement. 

D’autres changements notables ont-ils eu lieu? 

Il y a eu aussi des changements de capacités, de compétences et des évolutions au sein de l’équipe, pas seulement au niveau du personnel soignant, mais aussi de la gouvernance. Cette relève a montré une responsabilité de plus en plus grande envers la communauté francophone.

Quels sont les défis actuels auxquels vous faites face? 

D’un point de vue du logement, ce sont les mêmes défis que partout. Les gens ne peuvent plus se permettre de se loger. Donc, lorsqu’on trouve du logement abordable avec en plus, des services de soutien, c’est très intéressant. Il y a une demande qui augmente de plus en plus, mais nous savons très bien que ce que nous pouvons faire est très limité.

Cela fait maintenant quelques années que nous faisons des démarches pour voir comment augmenter notre offre. À Toronto, comme vous pouvez l’imaginer, c’est très difficile de trouver ce genre d’engagement. Mais, définitivement, nous voulons investir là-dedans car c’est peut-être une des clés pour changer sérieusement la qualité de vie des personnes. Pour favoriser leur autonomie, ils doivent avoir accès à un logement. 

La gestion de la pandémie de la COVID-19 représente un moment clé dans l’histoire des CAH. Gracieuseté

Quels enseignements avez-vous retenus de votre gestion de la pandémie de COVID 19?

On a beaucoup appris. D’un côté, nous avons vu les points faibles, les points vulnérables d’une certaine approche au vieillissement. D’un autre côté, nous avons vu quelle différence ça fait quand vous avez déjà toutes vos structures en place, où les gens ont plus d’espace personnel. Nous n’avons pas eu d’éclosion pendant la pandémie. Les gens avaient leur place et le personnel travaillait uniquement chez nous. 

En termes de main-d’œuvre, parvenez-vous à disposer d’effectifs suffisants?

Dans notre conscience qu’on a besoin d’en faire plus, de faire différemment, d’être créatifs, on a des défis en termes de personnel, c’est certain. Ce n’est pas un secteur payé comme il faudrait, ça on le sait, comme dans toute la santé. On a souvent des problèmes pour avoir accès à des formations qui aideraient notre personnel à travailler en sécurité. En plus, en français, vous pouvez bien imaginer le double défi. Il y a également une problématique de recrutement. C’est un secteur qui n’est pas forcément très attrayant pour la relève. 

Il y aura de plus en plus de travail, mais il y a, en quelque sorte, un décalage entre le potentiel de ce domaine qui est toujours vu comme une « institutionnalisation » – on doit mettre nos aînés quelque part – alors que c’est un milieu extrêmement dynamique. J’espère qu’on va pouvoir attirer une relève jeune et enthousiaste à l’idée de travailler auprès des personnes. Il y a vraiment du boulot pour s’investir dans la recherche d’un « bien-vieillir » parce qu’on n’en est pas encore là.

Vous fêtez aujourd’hui les 45 ans des CAH. Qu’est-ce que cela représente pour vous? 

C’est inévitable de regarder en arrière et de se dire « oulala », en 45 ans, on a fait un bon bout de chemin! On a eu beaucoup de chance d’avoir eu d’excellents dirigeants au fil des années. Sur ces dix dernières années, on s’est même investi dans l’agrément, dans le but de mesurer la qualité de ce qu’on fait. Par contre, comme toute chose, on est riche d’expertise, on a fait beaucoup de choses, on est plein d’enthousiasme, on a été, en quelque sorte, énergisé par les résultats face à la COVID-19.

Cela nous a démontré qu’une autre façon de faire les choses était possible. Maintenant, on a cette envie d’en faire plus. Ces 45 ans sont un moment de pause, de réflexion, une occasion de se ressourcer un petit peu. Ça fait du bien de célébrer 45 ans, mais il faut se dire que tout ceci va nous servir pour au moins encore 45 autres années. 

Quelles sont les projets et les perspectives pour l’avenir? 

Continuer à rechercher des opportunités pour élargir l’offre de logements! D’un autre côté, on veut aussi continuer notre travail de recherches pratiques. Comment encore mieux gérer les personnes qui vivent avec la démence dans notre communauté? C’est vraiment un domaine où il y a des opportunités de faire bien mieux, pas seulement nous, mais le secteur en général. Et finalement, continuer à investir sur le personnel, se responsabiliser et être reconnaissant.

On veut encourager des carrières, tout en travaillant en sécurité. On veut continuer à porter toute notre attention sur le personnel de première ligne. Et bien sûr, on poursuit ce travail d’amélioration de la qualité, en faisant le point sur l’inclusion et la diversité. On veut rendre notre engagement encore plus fort et plus clair. »

Décès de Karl Tremblay : l’Ontario pleure aussi

C’est une véritable onde de choc qui a déferlé sur le Québec à la suite de l’annonce du décès de Karl Tremblay. Le chanteur des Cowboys fringants se battait contre un cancer depuis 2020, mais c’est dans les derniers mois que le public a vraiment vécu le combat avec lui. Si, depuis 1997, les Cowboys fringants ont su s’imposer comme groupe culte de la belle province, ils ont aussi marqué les communautés francophones à travers le monde. Plusieurs personnalités franco-ontariennes ont tenu à rendre hommage à Karl Tremblay.

« C’est si triste… Doux voyage, Karl », a exprimé Luce Dufault sur ses réseaux sociaux. La chanteuse native d’Orléans est arrivée dans le paysage musical à la même époque que les Cowboys fringants et s’est aussi imposée comme l’une des grandes de la chanson franco-canadienne.

Directrice de la programmation chez Groupe Simoncic, Sophie Bernier se rappelle du passage des Cowboys fringants au Festival de la curd de St-Albert, en 2019. En entrevue avec ONFR, elle raconte : « J’ai écouté le spectacle depuis les coulisses. Donc, je voyais le groupe sur la scène, mais je voyais aussi la foule qui dansait et chantait toutes les paroles. C’était vraiment électrique. On sentait qu’il y avait quelque chose dans l’air qui était vraiment spécial. »

La foule du Festival de la curd, en 2019, pendant le spectacle des Cowboys fringants. Crédit image : Sylvain Marier, gracieuseté Festival de la curd

Selon Sophie Bernier, Karl Tremblay avait tout aussi bonne réputation en Ontario francophone, même si le Québécois affichait des opinions souverainistes. « C’est un exemple frappant de quand on dit que la musique dépasse les frontières. Eux, c’était vraiment ça. Même si leurs points de vues politiques ne rejoignaient pas nécessairement les publics partout, les paroles, les thèmes qu’ils abordaient, le regard qu’ils posaient sur la société… ça, ça parlait à tout le monde, partout. »

Karl Tremblay et sa conjointe et violoniste des Cowboys fringants, Marie-Annick Lépine, en spectacle au Festival de la curd en 2019. Crédit image : Sylvain Marier, gracieuseté Festival de la curd

Mélissa Ouimet était en répétition avec d’autres musiciens pour une émission spéciale de TFO quand elle a appris la nouvelle du décès de Karl Tremblay, un artiste qui l’inspire, comme elle l’explique à ONFR : « J’ai eu une réaction comme si c’était un membre de ma famille, un cousin. C’est quelqu’un qui avait une empreinte très forte. »

L’artiste de Sudbury Stef Paquette a choisi de partager des paroles de la chanson Les étoiles filantes, une pièce emblématique des Cowboys fringants sur la vie et le temps qui passe.

Le propriétaire de la microbrasserie Cassel Brewery de Casselman, Mario Bourgeois, a promis de « continuer à crinquer (la) musique » du groupe culte.

Les Cowboys fringants. De gauche à droite : Marie-Annick Lépine, Jérôme Dupras, Karl Tremblay et Jean-François Pauzé. Source : page Facebook des Cowboys fringants

Le bassiste des Rats d’Swompe, Martin Rocheleau, a affirmé à ONFR avoir été fortement influencé par les Cowboys fringants depuis l’époque de son école secondaire. « Karl avait une façon bien spéciale et naturelle de livrer ses textes, des fois plus humoristiques, d’autres fois plus sérieux, mais toujours vrais et authentiques. Je crois que c’est ce qui faisait de lui un chanteur/artiste aussi attachant. En plus, à Timmins, il se faisait peu de musique en français. Mais c’est en écoutant Les Cowboys avec mes chums, à gratter la guitare, à chanter leurs tounes, que j’ai pu comprendre que de jouer de la musique en français, ça pouvait être autant trippant. »

Donner le goût de la musique en français

Dans la pluie d’hommages à Karl Tremblay, on trouve plusieurs personnes pour affirmer que les Cowboys fringants ont joué un rôle important dans leur envie d’écouter de la musique francophone.

C’est le cas du président de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa), Éric Barrette, qui a écrit : « Karl et les Cowboys ont bercé mon univers musical des 20 dernières années! C’est aussi un des premiers groupes qui m’a accroché à la musique francophone! »

Ce n’est pas d’hier que les Cowboys fringants font sensation en Ontario. Ils étaient en concert au Froche, un spectacle de la rentrée devant le Collège Boréal, à Sudbury, en 2010. Gracieuseté La Slague

Pour l’auteur-compositeur-interprète Vincent Bishop, le décès de Karl Tremblay est un dur coup pour le combat culturel mené par les artistes francophones. « C’était déjà une épreuve difficile, depuis plusieurs années, mais là, ça le sera sûrement encore plus, de continuer à faire vivre la culture québécoise et franco-canadienne (…) C’est un deuil qu’on a à faire, parce que Karl Tremblay va laisser un grand vide à notre culture. »

La classe politique réagit aussi

En plus de nombreux politiciens québécois, les chefs des principaux partis fédéraux ont aussi salué Karl Tremblay sur les réseaux sociaux. Sur X, anciennement Twitter, le premier ministre Justin Trudeau a écrit : « L’influence de Karl Tremblay sur le Québec et sa culture est sans égale. Sa musique et ses paroles ont inspiré des millions de personnes. Mes sincères condoléances à sa famille, à ses amis et à ses admirateurs, qui pleurent la perte d’une icône. »

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a écrit aux proches et aux fans endeuillés : « Je vous souhaite un courage digne du sien et l’amour digne de l’espoir qu’il a gardé et partagé. »

Karl Tremblay, Marie-Annick Lépine, Jérôme Dupras et Jean-François Pauzé des Cowboys fringants, décorés de la Médaille de l’Assemblée nationale lors d’une cérémonie, en mai dernier. Ils sont entourés du premier ministre Francois Legault et de la présidente de l’Assemblé Nathalie Roy. Crédit image : La Presse Canadienne/Jacques Boissinot

Le chef néo-démocrate, Jagmeeth Singh, a affirmé : « Il était un artiste qui savait raconter une histoire et celle de tout un peuple. Son courage et son talent auront marqué et inspiré plusieurs générations. »

Le chef conservateur Pierre Poilièvre a également salué le chanteur de la formation qui interprétait des chansons revendicatrices de gauche. « La nation québécoise est très émue par le décès de Karl Tremblay, le chanteur des Cowboys fringants. Cet amour est très impressionnant et montre l’attachement viscéral des Québécois et des francophones à leur culture. Permettez-moi de partager votre deuil et votre tristesse. »

Le député franco-ontarien de Glengarry-Prescott-Russell, Francis Drouin, a résumé la pensée de plusieurs : « Je pleure Karl, la musique des Cowboys fringants et l’Amérique! Merci pour les tounes. »

Karl Tremblay au Festival de la curd de St-Albert, en 2019. Crédit image : Sylvain Marier, gracieuseté Festival de la curd

De l’autre côté de la rivière des Outaouais, la mairesse de Gatineau France Bélisle a annoncé que les drapeaux de la ville seraient en berne au cours de la journée de jeudi.

À travers le Québec, de nombreuses stations de radio dont celles de Bell Média, Cogeco Media, Arsenal Media et Leclerc Communication se sont entendues pour jouer simultanément la chanson Sur mon épaule à 8h jeudi matin. Un appel entendu entre autres par la station communautaire francophone d’Ottawa Unique FM. Jean-Philippe Marcil de Bell Média a incité ses pairs à l’accompagner en ces mots : « Au-delà de la compétition, faisons-le pour l’œuvre, pour l’humain… faisons-le pour Karl. »

Jacinthe Desaulniers quitte le Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario

OTTAWA – Après 15 ans à promouvoir l’accès aux services de santé en français dans l’Est ontarien, Jacinthe Desaulniers a annoncé son départ de l’entité de planification, ce mercredi. Comme présidente-directrice générale, Mme Desaulniers avait intégré le Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario (RSSFE), en 2009.

« Je reste dans le système de santé », affirme celle qui a plus de 25 ans d’expérience dans le domaine. 

« Au cours des 15 ans, il y a eu tellement de transformations du système de santé, tellement d’opportunités, de renouveau et de croissances », observe-t-elle.

Mme Desaulniers est également la force motrice derrière le développement du portail OZi au sein du Réseau, qui vise à soutenir les fournisseurs de services de santé dans l’amélioration de leur offre en français. 

OZi compile des informations sur la capacité du système à fournir des services en français, générant des données analytiques cruciales pour éclairer la planification, la prise de décision et la surveillance des performances. Ce portail a conduit à la création d’un organisme sans but lucratif opérant dans six provinces et territoires à travers le Canada.

Jacinthe Desaulniers en entrevue avec ONFR, s’est remémoré ces années de travail, mais croit qu’il est temps de relever un nouveau défi. Pour le moment, le secret est bien gardé, mais la principale concernée promet que le 28 novembre, nous assisterons à la prochaine étape de sa carrière. 

Pour le moment, l’heure est au constat. « Mon engagement au sein du Regroupement provincial pour la planification des services de santé a rendu mon travail très stimulant, j’en garde de très bons souvenirs. »

En effet, Mme Desaulniers a aussi été directrice générale du Regroupement provincial de planification en santé en français de l’Ontario. Elle conseillait le système de santé provincial sur toutes les questions qui touchent la santé des francophones.

« Après ces 15 années écoulées, j’exprime une profonde gratitude, voire une reconnaissance sincère, envers la communauté francophone », exprime-t-elle. 

Le renouvellement des modèles des entités de planification devrait avoir lieu en décembre. Gracieuseté

Ayant principalement travaillé dans un environnement anglophone avant de rejoindre le réseau de santé, Mme Desaulniers a occupé plusieurs postes de gestion dans des centres hospitaliers, mais aussi comme enseignante à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa.

Bientôt l’identité linguistique sur les cartes de santé 

« Il y a eu de nombreuses améliorations au sein du Réseau avec des gens qui s’impliquent et je suis fière que notre organisation soit à prédominance communautaire. »

À ce titre, l’organisme propose à la communauté de témoigner de leur expérience du système de santé, notamment offrir des recommandations au gouvernement. 

« Récemment, on m’a sollicitée pour une lettre d’appui en faveur de l’inscription de l’identité linguistique sur la carte santé », raconte la PDG.

« Il s’agit d’une initiative que le gouvernement de l’Ontario envisage depuis un moment et à présent, avec le soutien financier de Santé Canada, cela pourrait tout à fait voir le jour. »

Jacinthe Desaulniers affirme que le RSSFE plaide activement depuis plusieurs années pour ce projet. « Je suis vraiment satisfaite de constater que le gouvernement semble s’engager dans cette voie, et je ne vois aucune raison de ne pas soutenir cette démarche. »

Conseiller le provincial pour des services de santé en français 

« Ça prend des organes qui vont conseiller au niveau provincial, pour qu’on ait des services de santé en français », croit-elle.

Même si les entités sont nommées pour un certain temps, elles font régulièrement face à des révisions de modèle. « Ce sont des révisions seulement. Les entités sont inscrites dans la loi, donc il faudrait changer la loi autrement. »

Mais une des modifications qui pourrait être mise en œuvre rapidement concerne les territoires que couvrent les entités. Cette situation crée simplement une complication administrative, mais il serait judicieux, d’après Mme Desaulniers, de résoudre cette question, puisque les territoires ne seraient plus réellement bien dessinés. 

Mme Deslauniers et son équipe au Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario. Gracieuseté

Enfin, la PDG pense que « les entités devraient être en mesure de conseiller directement la planification provinciale ».

« La planification provinciale ne se limite pas à rassembler des informations régionales. Elle implique une réflexion approfondie sur les problèmes de toute la province. »

Un bon exemple est l’inscription de l’identité linguistique sur la carte santé. « Ce n’est pas qu’au niveau des régions que l’on peut efficacement proposer des idées pour faire avancer ce projet. C’est un problème qui concerne toute la province et qui doit être discuté à ce niveau. »

Jacinthe Desaulniers quittera officiellement ses fonctions de présidente-directrice générale du RSSFE à la fin du mois de novembre. 

Un rapport commandé par l’Ontario met en doute la pérennité des petites universités franco-ontariennes

SUDBURY – Attendu depuis cet été, c’est finalement ce mercredi, cinq ans jour pour jour après le jeudi noir, qu’a été dévoilé le rapport « blue-ribbon », ou Harrison du nom de son président. Un comité de spécialistes en enseignement y émet des recommandations au gouvernement sur l’avenir financier du postsecondaire en Ontario, notamment celui des établissements de langue française.

Dans une section consacrée au système d’éducation en français, le comité d’experts, qui compte un seul francophone sur sept membres, part en effet du principe que « l’Ontario peine depuis longtemps à offrir un vaste éventail de programmes s’adressant à la communauté étudiante francophone et francophile ».

Il souligne que le faible nombre d’inscriptions et le manque de financement adéquat de l’Université de l’Ontario français (UOF) et de l’Université de Hearst posent un problème de viabilité, et « doute fort » que les deux institutions « puissent continuer de fonctionner efficacement en tant qu’établissements indépendants et financièrement viables ».

Trois options s’offriraient donc à l’UOF et l’Université de Hearst, la première étant de les fédérer à l’Université d’Ottawa, présenté comme « le principal prestataire de programmes en français de niveau baccalauréat, maîtrise et doctorat », et comptant également « la population étudiante étrangère de langue française la plus importante en Ontario, en soutien direct à la stratégie d’immigration francophone de la province ».

« En se fédérant à l’Université d’Ottawa, ces universités pourraient bénéficier d’une capacité de planification future pertinente au regard des besoins du marché du travail en français, grâce à la collaboration étroite d’établissements complémentaires », peut-on encore lire dans le rapport faisant 83 pages.

La deuxième option serait un partenariat avec le Collège Boréal de Sudbury et celui de La Cité à Ottawa. Déclarant être conscient des difficultés de ce genre d’entreprise, le comité propose même d’élargir ce partenariat à des établissements hors Ontario tels que l’University Thompson Rivers (UTR) en Colombie-Britannique, dont le volet important d’apprentissage ouvert serait « susceptible de séduire davantage de membres francophones dans les collectivités du Nord ».

Et d’ajouter : « Cela pourrait être l’occasion d’inventer une option université-collège en Ontario ayant pour mission spéciale de dispenser des programmes axés sur la carrière et ainsi d’offrir aux détenteurs d’un diplôme collégial des possibilités d’obtenir un grade universitaire, de servir la francophonie, de promouvoir le français ainsi que la diversité culturelle et linguistique, et de faire preuve d’esprit d’innovation et d’adaptation aux besoins des employeurs du secteur privé. »

Une porte ouverte pour l’Université de Sudbury ?

La troisième option explore la création d’un consortium de tous les établissements postsecondaires francophones et bilingues de la province chapeauté par l’Université d’Ottawa, une possibilité qui pourrait être retenue dans le cas de l’Université de Sudbury que la province a refusé de financer en juin dernier.

Selon les experts, ce consortium officiel pourrait également avoir pour mandat de servir d’autres collectivités de l’Ontario enregistrant une forte présence francophone. Si le comité évoque la région de Windsor où des diplômés francophones seraient recherchés, cette piste pourrait aussi concerner la région de Sudbury comptant une grande proportion de francophones.

« Le mandat émanant du gouvernement pourrait inclure la mise en place d’inscriptions croisées et la prestation en consortium des cours en cas de faible effectif, dans l’optique générale de réaliser des économies d’échelle », lit-on.

« Grâce aux engagements financiers connexes du gouvernement, le consortium pourrait élargir les offres scolaires afin d’inclure la technologie, les métiers et les disciplines de santé, contribuant ainsi à l’agenda des compétences de l’Ontario. »

Le rapport suggère aussi que la répartition du financement fédéral pour les institutions francophones et bilingues soit révisée pour que l’Université d’Ottawa reçoive plus, en tenant compte de la part importante du marché étudiant francophone qu’elle occupe.

À noter, en toute fin de rapport, une annexe précise que le seul membre francophone et du Nord au sein du comité, Maxim Jean-Louis, n’aurait pas soutenu ces propositions.

Augmentation des frais de scolarité

Une autre recommandation plus générale concerne le potentiel financier d’une augmentation des frais de scolarité des étudiants. Cette éventualité « permettrait d’augmenter l’aide provinciale directe aux collèges et universités, ce qui se traduirait par une hausse du financement par étudiant et du nombre d’étudiants », juge le comité.

En 2019, la province a réduit de 10 % les droits de scolarité que versent les étudiantes et étudiants canadiens admis dans les collèges et universités. Depuis lors, un gel est en vigueur et le restera en septembre 2023, comme le rappelle le comité qui dit constater que ce gel a mis en difficulté les établissements.

Le groupe d’experts prévoit un rajustement ponctuel à la hausse des droits de scolarité de 5 % à payer aux collèges et universités qui prendra effet en septembre 2024, « de façon à compenser en partie l’inflation subie ces dernières années » avec une augmentation supplémentaire de 2 % les années suivantes toujours selon l’indice des prix à la consommation.

« J’ai l’intention de travailler avec les établissements d’enseignement postsecondaire pour accroître l’efficience des activités, améliorer l’offre de programmes et la viabilité du secteur », a déclaré par voie de communiqué la ministre des Collèges et des Universités de l’Ontario, Jill Dunlop, laquelle avait recommandé la création du comité en mars dernier.

Celle-ci a néanmoins exprimé une réserve quant à certaines des recommandations du comité : « Toutefois, avant d’accepter toute augmentation des droits de scolarité, nous devons nous assurer que les collèges et les universités prennent les mesures nécessaires pour fonctionner de la manière la plus efficiente possible. »

Le groupe dit constater, en outre, un écart important entre l’Ontario et le reste du Canada en ce qui
concerne le financement des collèges et universités. En exemple, des données de 2021-2022 montrent que le financement de l’Ontario par étudiant/étudiante des universités est estimé à seulement 57 % comparé au reste du Canada.

Défis du Nord, Étudiants étrangers, transparence financière

Dans ce rapport, qui ne manquera pas de susciter de vives réactions, le comité d’expert reconnaît enfin l’importance d’évaluer les spécificités régionales particulière du Nord qui connaît une faible croissance démographique comparé aux autres régions. Dans une piste de solution, il est question « d’accroître les subventions à des fins particulières au profit des collèges du Nord, ruraux et éloignés, ainsi que la subvention pour les universités du Nord, afin de tenir compte des coûts de fonctionnement supérieurs ».

« Plusieurs (de nos) recommandations soulignent l’importance de reconnaître que certains acteurs du secteur postsecondaire font face à des défis particuliers, ce qui exige une certaine souplesse dans le soutien apporté afin d’assurer la viabilité financière à long terme et de soutenir la croissance économique régionale. »

Par ailleurs, bien qu’ils soient considérés comme une source de revenu essentielle, le comité estime que « la dépendance aux étudiants étrangers doit être reconnue explicitement comme un risque financier et intégrée dans les analyses de la viabilité des établissements. » Et de continuer : « Il conviendrait, par exemple, de fixer des objectifs de diversité géographique des étudiantes et étudiants étrangers et d’exiger que ces derniers puissent prévoir le montant de leurs droits de scolarité. »

Toujours selon les experts, il faudrait veiller à ce que la culture du conseil d’administration puisse « encourager la transparence et la divergence ouverte des points de vue ». En toile de fond, la crise à la Laurentienne qui a déclenché la publication de plusieurs rapports y compris celui de la vérificatrice générale, paru presque deux ans plus tôt, sur lequel le comité dit s’être appuyé pour ses recherches.

« Il convient de mettre en place un programme solide de gestion des risques afin de cerner les menaces susceptibles de compromettre la viabilité financière des établissements. De plus, les conseils d’administration devraient instaurer un processus annuel d’autoévaluation permettant de relever des axes d’amélioration continue. »

Lansdowne 2.0 : un espoir d’améliorer le projet en cours de route

OTTAWA – Le conseil municipal a adopté le plan Lansdowne 2.0 jeudi par un vote de 16 voix contre 9. Une opportunité pour la Ville, selon le maire Mark Sutcliffe, mais des voix s’élèvent contre ce projet très dispendieux. S’il voit le jour, ce sera le deuxième plus gros projet de la Ville après la construction du train léger. Il sera rediscuté dès 2024, notamment après la vente des droits de propriété pour la construction des tours résidentielles prévues dans le plan.

« À mesure que la Ville et ses partenaires avancent dans la conception détaillée du projet de réaménagement, le conseil pourra se pencher sur d’autres questions avant le début des travaux de construction », était-il possible de lire dans le communiqué de la Ville, suite à l’approbation du projet Lansdowne 2.0.

Le conseil municipal aura l’occasion d’examiner un rapport de la vérificatrice générale de la Ville concernant Lansdowne. « C’est un projet à plus d’un demi-milliard de dollars. Ce serait bien d’attendre le rapport de la vérificatrice générale », avait lancé la conseillère municipale Ariel Troster, jeudi dernier.  

Le plan de revitalisation Lansdowne 2.0 est le fruit de nombreuses discussions depuis décembre 2020. La semaine dernière, un plan repensé visant à reconstruire et aménager le site de divertissement urbain a été approuvé par une petite majorité au conseil, malgré de fortes réticences.

Plusieurs raisons l’emportent quand il s’agit de revitaliser cet espace. Le manque à gagner d’abord puisque, d’après la directrice générale de la Ville, Wendy Stephanson, cette année encore, Lansdowne enregistrait un déficit. Mais pour certains conseillers, si Lansdowne n’est pas rentable, investir massivement dans sa revitalisation serait une décision risquée.

Lansdowne 2.0 compte revitaliser l’espace de divertissement avec de nouveaux commerces de détails. Crédit image : Hôtel de Ville d’Ottawa

Les projections de retombées économiques montrent pourtant que, sur une durée de 40 ans à partir de 2024 – et s’il n’y a pas de changements importants dans les activités opérationnelles –, le parc Lansdowne devrait générer un PIB de 3,52 milliards de dollars.

D’après le maire, en conférence de presse cette fin de semaine, « il y a eu beaucoup de débats entre les conseillers et les conseillères ».

Mais, M. Sutcliffe est d’avis que le plan de réaménagement est bénéfique, notamment pour muscler la vitalité économique, en accroissant l’achalandage grâce à des commerces de détails supplémentaires et de nouvelles tours d’habitations.

Et c’est sur ce point que la controverse s’est installée. De nombreux habitants, conseillers et même le député provincial d’Ottawa-Centre Joël Harden, se sont exprimés sur le besoin de prioriser le logement abordable.

Des risques qui n’ont pas freiné la décision du conseil

Le rapport annuel du parc Lansdowne (publié le mois dernier) indique qu’en juillet 2021 le conseil municipal a identifié la nécessité de remplacer les infrastructures vieillissantes du parc, principalement les gradins du côté nord. Il a alors sollicité la collaboration d’Ottawa Sports and Entertainment Group (OSEG) en vue de l’élaboration d’une proposition, incluant des plans et des estimations de coûts. Outre l’obsolescence fonctionnelle des gradins du côté nord et les fuites du toit, le rapport parle de huit années de pertes nettes, aggravées par l’impact prolongé de la COVID-19. Si les gradins et le toit sont obsolètes, OSEG affirme qu’ils sont sécuritaires.

En avril 2022, le groupe OSEG a soumis la proposition du Projet Lansdowne 2.0. Leurs suggestions : démolir les gradins du côté nord existants, incluant la construction de nouveaux gradins, pouvant accueillir entre 11 200 et 12 000 spectateurs. Le groupe propose également l’ajout d’un centre sportif. En plus, le plan consistait à ajouter trois tours de logements, des commerces, des stationnements, etc. Dans la nouvelle version révisée, il est maintenant question de deux tours de logements seulement.

Le pavillon historique accueille actuellement les marchés de producteurs locaux, le projet Lansdowne veut améliorer l’accès piéton autour. Crédit image : Hôtel de Ville d’Ottawa

Bien que le président de l’OSEG croit qu’il est primordial d’aller de l’avant, le rapport d’ingénierie pointe aussi des risques financiers dans l’élaboration de ce plan.

D’abord, les ralentissements de l’économie locale, nationale ou mondiale pourraient avoir des répercussions sur les dépenses discrétionnaires, ce qui pourrait affecter la vente des billets et d’autres sources de revenus générées dans le parc Lansdowne.

Les augmentations des taux d’intérêt de la Banque du Canada pourraient entraver le développement immobilier, mais aussi les coûts imprévus tels que les pénuries de main-d’œuvre et autres facteurs. Le projet de réaménagement du parc Lansdowne 2.0 est l’un des projets immobiliers les plus coûteux par pied carré.

Enfin, la construction potentielle d’un nouvel aréna et d’un centre sportif pour les Sénateurs d’Ottawa – avec la récente acquisition de Michael Andlauer – pourrait compromettre le nombre d’événements prévus au parc Lansdowne.

Un conseil municipal divisé sur la question, mais en quête d’espoir

« Je veux que Lansdowne réussisse », pense le conseiller du quartier Shawn Menard.

Et d’ajouter : « Nous allons perdre de l’espace public et des bâtiments en bonne santé.  On fait ça au lieu de favoriser plus de logements. Comment se fait-il que nous ayons assez d’argent pour un stade, mais pas pour loger des gens pour l’hiver, pour des abris ou le transport en commun? », se demande-t-il.

Plusieurs conseillers pensent que ce projet pourrait être aussi risqué que le train léger. Comme Ariel Troster, qui s’est exprimée durement sur ce projet en évoquant que son quartier « le plus pauvre », n’a jamais demandé la revitalisation de Lansdowne. La conseillère sous-entend que pour les habitants de Somerset, il y aurait d’autres priorités.

« Je ne suis pas convaincue que cela doit se faire maintenant. Les informations ne sont pas suffisantes », clame Mme Troster.

Ce ne sera non pas trois tours d’habitations, mais seulement deux tours qui seront ajoutées au projet de réaménagement du parc Lansdowne. Crédit image : Hôtel de Ville d’Ottawa

Mais Marty Carr du quartier Alta Vista, attenant à l’espace de divertissement, croit que ce projet doit voir le jour. « Je pensais voter contre pour les mêmes raisons que mes collègues, mais finalement, ce serait bien. Je crois en l’opportunité économique », a-t-elle dit.

C’est aussi ce que pense la conseillère franco-ontarienne Stéphanie Plante, qui estime que Lansdowne pourrait être un espace de qualité pour les enfants et les familles. C’est ce qu’elle aimerait pour le Marché By, dans le quartier Rideau.

« Mon quartier vit des drames sociaux, avec le mega-refuge qui va s’installer sur le chemin de Montréal. La vie des enfants de mon quartier n’est pas facile alors, je pense à ceux qui auront cet espace à Lansdowne. »

Steve Desroches pour Riverside ou encore Catherine Kitts et Wilson Lo appuient ce projet. Au total, 16 conseillers choisissent d’aller de l’avant, alors que neuf s’y opposent comme Shawn Menard, Rawlson King ou encore Jeff Leiper.  

Des informations plus détaillées seront offertes au conseil durant le premier trimestre de 2024. Le conseiller du quartier où se trouve le parc Lansdowne, M. Menard, espère pouvoir améliorer le projet en cours de construction maintenant qu’il est approuvé.

Mais « il est difficile de freiner un train en marche », rappelle le conseiller Jeff Leiper.

L’améthyste, joyau du Nord de l’Ontario

Le prochain arrêt de cette grande tournée du Nord pour la journaliste Inès Rebei est à la mine Panorama. Située à 60 km de Thunder Bay, il s’agit de la plus grande mine d’améthyste au Canada!

Inès Rebei rencontre Isabelle Rioux, une jeune guide francophone, qui parle de cette pierre aux propriétés mystérieuses et envoûtantes. Elles iront au cœur de la mine ouverte afin de découvrir l’améthyste bien enfouie dans le roc et essayer d’en extraire quelques fragments.

Inès sera-t-elle capable de dénicher la perle rare?

La sculptrice Rose-Aimée Bélanger n’est plus

EARLTON – La sculptrice franco-ontarienne Rose-Aimée Bélanger est décédée entourée de ses proches dimanche dernier, le 12 novembre. L’annonce a été faite mardi soir sur la page Facebook Rose-Aimée Bélanger – artiste. Cette femme au destin hors norme avait célébré son 100e anniversaire le 4 juillet dernier.

Si les œuvres de Rose-Aimée Bélanger sont reconnues partout dans le monde, les circonstances de son parcours sont encore plus exceptionnelles. Femme de son époque, elle avait laissé de côté ses ambitions artistiques pour se concentrer sur le rôle de mère, qu’elle jouera auprès de neuf enfants.

À 46 ans, sa participation à des cours de modelage offerts par sa bru, Claude Papineau-Couture, réveille l’artiste qui connaîtra par la suite une carrière fulgurante. C’est au tournant du millénaire, à 77 ans, que Rose-Aimée Bélanger atteint le sommet de son art. La biographie Rose-Aimée Bélanger, à l’ombre des chuchoteuses, écrite par Danielle Carrière-Paris, retrace le parcours atypique de cette femme à la fois victime de son époque et en avance sur son temps.

Rose-Aimée Bélanger s’est éteinte dimanche, à l’âge de 100 ans. Crédit image : Louise Tanguay

Le bronze et les courbes

La biographie tient son titre des Chuchoteuses, l’une des œuvres emblématiques de Rose-Aimée Bélanger. Installée à la placette St-Dizier de Montréal en 2006, elle est la sculpture la plus photographiée par les touristes dans la métropole québécoise. Rose-Aimée Bélanger aimait donner des courbes à ses personnages, tel qu’elle l’explique dans une citation incluse dans le livre : « J’ai remplacé le réalisme chez mes personnages par la simplicité des formes arrondies (…) c’est la tendresse que j’essaie d’évoquer par les rondeurs. » Cette tendresse est présente dans les postures et les regards de ses personnages.

L’idée de celles qu’elle appelait ses « rondes » lui est venue lorsqu’elle cherchait à représenter des cueilleuses de bleuets, une activité importante dans le Nord de l’Ontario. C’est en regardant une femme accroupie pour prendre une photo que l’artiste remarque les courbes postérieures généreuses et que l’inspiration se manifeste.

Les trois faunes de Rose-Aimée Bélanger. Crédit image : Marie-Pierre Bélanger

La Franco-Ontarienne sculptait auparavant dans le grès, et cette technique servit ensuite comme base à ses sculptures de bronze. Ce métal se prête mieux aux courbes, est moins fragile et lui permet de créer de plus grandes sculptures, en plus de faire des économies.  

Pionnière franco-ontarienne et féministe du quotidien

Née Rose-Aimée Clémentine Morin à Guérin, dans le Témiscamingue québécois, Rose-Aimée Bélanger est arrivée en Ontario en 1946. C’est d’abord à Timmins qu’elle s’installe avec son mari, Laurent. Elle y donne naissance à leurs cinq premiers enfants et doit aussi y vivre le deuil de son fils Charles, décédé en bas âge.

En 1953, la famille déménage à Earlton, officiellement pour participer au développement du Nord de l’Ontario. Mais selon sa fille Charlotte, citée dans la biographie À l’ombre des chuchoteuses, Laurent aurait probablement voulu offrir un nouveau départ à sa femme suite au drame et à l’isolement.

Rose-Aimée Bélanger à l’œuvre. Crédit image : Louise Tanguay

Si elle était née deux ou trois générations plus tard, Rose-Aimée Bélanger n’aurait probablement pas eu autant d’enfants, même si elle a profondément aimé chacun d’eux. Lorsqu’elle parlait de ses grossesses et accouchements, elle utilisait le verbe « pondre ». Elle s’offrait parfois des séjours en solo à Toronto, une habitude qui serait moins étonnante aujourd’hui. Elle refusait de se rendre à l’église le dimanche et a même montré la porte au curé qui la sommait de faire un autre enfant alors qu’elle en avait déjà eu huit.  

Plus jeune, elle aurait voulu étudier en arts, mais des membres de sa famille l’en ont dissuadée, même s’ils l’encourageaient à aller à l’université. À Montréal, elle a suivi des cours du soir en cachette, mais s’absentait souvent, car elle trouvait l’enseignement trop rigide.

Réactions

Ce côté rebelle contrastait avec sa personnalité humble et discrète. Rose-Aimée Bélanger détestait les tournées médiatiques, qu’elle confiait souvent à son fils Jean. Si l’artiste s’étonnait parfois de l’engouement suscité par ses œuvres, son parcours continuera d’en inspirer plus d’un.

Sa petite-fille, Charlotte Moses Bélanger, a écrit sur Facebook : « Une femme, une artiste forte, discrète, ricaneuse et d’une grande humilité nous laisse un héritage riche à partager avec nos proches, pour toujours. »

L’équipe du Musée d’arts de Rouyn-Noranda, qui lui avait consacré une exposition rétrospective en 2022, a offert ses condoléances à la famille, également sur sa page Facebook. Le député fédéral de Timmins-Baie James, Charlie Angus, l’a qualifiée d’artiste « incroyable. » « Elle a élevé une belle famille dans le Nord et a énormément contribué à la riche culture artistique du Canada », peut-on lire sur ses réseaux sociaux.  

C’est par un heureux hasard de la vie que Rose-Aimée Bélanger a découvert la sculpture, lorsqu’elle a eu accès à deux cours. Gracieuseté

En plus d’être une artiste exceptionnelle, Rose-Aimée Bélanger a contribué au développement de la francophonie dans le Nord, aux côtés de son mari et de ses enfants. Laurent et le couple Bélanger ont reçu plusieurs récompenses communautaires au fil du temps.

Leur fils Pierre est l’un des membres fondateurs de la Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario (CANO). Dans À l’ombre des chuchoteuses, Pierre se rappelle de femmes impressionnées après avoir visité l’atelier de Rose-Aimée. Celle dont la carrière a pris de l’essor dans la cinquantaine « leur insufflait, à son insu, l’espoir qu’elles puissent un jour en faire autant. »

Reportage d’ONFR à l’occasion du centième anniversaire de Rose-Aimée Bélanger

« Beaucoup d’opportunités d’investissement en Côte d’Ivoire » selon Dominic Mailloux

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Dominic Mailloux est le président de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario, une organisation qui représente près de 5000 personnes à travers la province.

LE CONTEXTE :

Une délégation franco-ontarienne a mené, en octobre, une mission d’exploration commerciale à Abidjan, en Côte d’Ivoire, visant à identifier des opportunités d’affaires pour les entrepreneurs de la province.

L’ENJEU :

À l’heure où l’Ontario tente d’attirer de nouveaux investisseurs et de développer son économie, l’Afrique apparaît comme un continent à fort potentiel dans l’essor des échanges commerciaux, sur fond de création de la zone de libre-échange africaine.

« Comment s’est fait le choix de la Côte d’Ivoire pour cette mission en Afrique de l’Ouest? 

On avait pour objectif d’élargir les occasions de commerce en utilisant la francophonie. On regardait du côté du continent africain. Pourquoi la Côte d’Ivoire s’est imposée? Car sur le territoire de l’Ontario, on est à même de rencontrer des gens qui viennent de Côte d’Ivoire ou qui font partie de la diaspora ivoirienne ici au Canada. La diaspora est maintenant assez importante et bien regroupée pour avoir mis sur pied des organismes communautaires comme Akwaba Community, ayant pour objectif de redonner à leur communauté.

Avec les réseaux de contacts établis par Akwaba Community, on a vu que c’était une belle opportunité de faire une première tentative du côté du continent africain, parce qu’on avait déjà créé une relation de confiance avec eux. C’est un peu comme ça que la destination Côte d’Ivoire s’est présentée à nous. 

Quels étaient les objectifs de cette mission? 

On avait entendu parler du Salon Afrique-Canada Immigration Investissement dont la première édition a eu lieu en 2022. On nous avait envoyé un courrier à ce moment-là et on avait signé une entente avec une chambre de commerce locale. On avait aussi entendu beaucoup de bien de cette première édition, qui a eu un succès phénoménal avec plus de 4000 participants. Quand on a eu vent de cette deuxième édition, on a poursuivi les discussions et on a confirmé notre partenariat cette année. J’ai pris la décision d’être présent au salon avec pour mission d’explorer s’il n’y avait pas des opportunités d’affaires, des liens à créer entre l’Ontario et la Côte d’Ivoire. C’était vraiment ça l’intention.

Il faut mentionner que nous sommes membres de l’Alliance des patronats francophones (APF) qui regroupent des représentants de neuf pays dont la Côte d’Ivoire. C’était aussi une opportunité pour nous d’utiliser notre liste de contacts des gens de l’APF de là-bas pour essayer d’élargir notre réseau. 

Le salon a représenté une occasion de rencontre entre de potentiels futurs partenaires d’affaires. Gracieuseté

Jugez-vous l’expérience concluante? 

Ça a bien fonctionné. En l’espace de quatre, cinq jours, j’ai rencontré une vingtaine d’intervenants de toutes les sphères : politique, décisionnelle et économique bien sûr parce qu’on est quand même dans une situation ou dans certains grands secteurs, il y a des choses à faire. 

Y a-t-il des opportunités d’investissement sur place mais aussi des possibilités de faire venir de la main-d’œuvre ivoirienne au Canada? 

En termes de main-d’œuvre, de part et d’autre, il y a un intérêt qu’on a pu voir dans les communications qu’on avait. C’est un volet important du salon. Il y avait un kiosque du ministère du Travail de l’Ontario qui était bien occupé tout le long de l’événement. En ce qui concerne la main-d’oeuvre à faire venir ici, c’est un grand oui.

En termes d’investissements là-bas, clairement je pense que des opportunités, il y en a aussi, que ce soit dans l’agriculture, la sécurité mais aussi la gestion des déchets. Ce qui est intéressant, c’est qu’on va pouvoir faire venir des cultivateurs franco-ontariens. Mais il n’y pas seulement des investissements canadiens en Côte d’Ivoire! Il y a aussi des possibilités d’investissement pour les Ivoiriens au Canada. En termes d’approvisionnement de certains produits locaux, comme les mangues par exemple, le Canada peut représenter une opportunité d’exportations.

Envisagez-vous de reproduire l’expérience avec d’autres pays francophones d’Afrique?

On est toujours à l’affût d’opportunités qui peuvent se présenter à nous. Je dirais que, sur le continent africain, on va d’abord tenter de consolider la relation et d’effectuer des suivis rigoureux par rapport à la visite que j’ai effectuée en octobre du côté de la Côte d’Ivoire. La prochaine destination qui va s’imposer, c’est probablement le Maroc. »

La Franco-Ontarienne Edith Dumont devient lieutenante-gouverneure de l’Ontario

TORONTO – C’est en ce mardi matin à Queen’s Park qu’a eu lieu l’intronisation d’Edith Dumont, première Franco-Ontarienne à devenir lieutenante-gouverneure, succédant ainsi à Elizabeth Dowdeswell. 30e du titre à prendre ces fonctions officielles, elle représentera le roi Charles III dans la province, remplissant les rôles et fonctions de la Couronne.

Conformément aux processions protocolaires, c’est en calèche que Mme Dumont est arrivée dans un cortège, escortée par la cavalerie royale, accueillie par les hauts dignitaires de l’Assemblée législative de l’Ontario. Elle s’est ensuite rendue en chambre, où se tenaient, à ses côtés, le premier ministre Doug Ford et Elizabeth Dowdeswell, qui aura occupé ses fonctions de lieutenante-gouverneure durant neuf ans.

Dans un silence total, elle a prêté serment : « Moi, Edith Dumont, je remplirai bien et fidèlement la charge et le mandat de lieutenant-gouverneur de la province de l’Ontario et j’y administrerai la justice avec exactitude et impartialité. Je remplirai bien et fidèlement la charge de gardienne du grand sceau de la province de l’Ontario. »

Nommée en août dernier par Justin Trudeau, Edith Dumont, était alors vice-rectrice, Partenariats, collectivités et relations internationales de l’Université de l’Ontario français (UOF), après une longue carrière de 30 ans dans le monde de l’éducation franco-ontarienne.

Entre autres distinctions, elle a notamment été décorée de la Médaille de l’Ordre de la Pléiade de l’Ontario en 2021, du Prix Bernard Grandmaître en 2020 et de la Médaille de l’Ordre d’Ottawa en 2017 pour ses contributions et son engagement envers la communauté franco-ontarienne.

« Sa nomination rend hommage à sa dévotion envers les communautés francophones en Ontario. De plus, elle marque une étape majeure dans l’histoire de la francophonie de l’Ontario. C’est la première fois qu’une francophone de la province est nommée à cette fonction prestigieuse, soulignant ainsi l’importance de l’inclusion et de la diversité au plus haut niveau de notre société », écrit l’Assemblée de la francophonie ontarienne (AFO) dans un communiqué de presse.

« L’AFO tient à exprimer ses sincères remerciements au premier ministre Justin Trudeau pour cette nomination exceptionnelle (…) L’AFO est persuadée que Son Honneur l’honorable Édith Dumont contribuera de manière exceptionnelle au bien-être de la communauté franco-ontarienne et de l’ensemble de notre province. »

Edith Dumont a évoqué sa famille et la langue française dans son discours. Source : Assemblée législative de l’Ontario

La communauté franco-ontarienne enthousiaste

« Ça n’arrive pas tous les jours! », s’est exclamée Haïfa Zemni, présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO). « C’est un sentiment de fierté. Je suis heureuse d’être là et que la jeunesse ait été invitée. Dans son discours, Edith Dumont a parlé de francophonie et de jeunesse en même temps. Ça fait réaliser à tout le monde que la francophonie est importante et que, oui, on représente le présent et le futur de cette province. »

« Les propos qu’elle a livrés reflètent tout à fait le conseil que lui a donné sa prédécesseure, c’est-à-dire de rester elle-même. C’est ce qu’elle a démontré ce matin », a confié Dominic Giroux, président-directeur général de l’Hôpital Montfort, lui aussi venu assister à l’installation de la nouvelle lieutenante-gouverneure.

« Je suis émue et fière de voir qu’elle a mis en avant le français dans son discours et de découvrir sa personnalité et son humanisme. Elle est vraiment la lieutenante-gouverneure qu’il nous fallait », a ajouté Florence Ngenzebuhoro, directrice générale du Centre francophone du Grand Toronto.

Selon Lise Bourgeois, PDG de La Cité, « Edith est la personne toute trouvée pour remplir ces fonctions car elle possède à la fois l’éloquence, l’expérience et l’humilité pour faire un travail fantastique ».

Un accueil chaleureux des leaders parlementaires

« Au nom de la population de l’Ontario, c’est un honneur de féliciter Edith Dumont pour son accession au poste de 30e lieutenant-gouverneur de l’Ontario et de tout premier lieutenant-gouverneur francophone de l’histoire de notre province », a félicité le premier ministre ontarien Doug Ford dans une déclaration officielle.

« En tant que représentant du roi en Ontario, le lieutenant-gouverneur joue un rôle clé dans notre système de gouvernement, en faisant respecter notre cadre constitutionnel et en promouvant notre histoire, notre culture et nos réalisations collectives en Ontario, au Canada et dans le monde », a rappelé celui-ci.

« C’est un très beau moment pour l’Ontario et la francophonie ontarienne », a réagi Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones. « On vit quelque chose d’historique. Elle parlera pour tous les Ontariens, mais aussi les francophones, et j’en suis très heureuse. »

La cheffe de l’opposition officielle Marit Stiles a elle aussi salué cette entrée en fonction : « Au nom du NPD de l’Ontario, je souhaite chaleureusement la bienvenue à Son Honneur Dumont dans son nouveau rôle de lieutenant-gouverneur de l’Ontario. Aujourd’hui est une étape passionnante pour les Franco-Ontariens qui voient le tout premier Franco-Ontarien accéder à ce rôle important. »

« Mme Dumont a connu une riche carrière en tant qu’éducatrice spécialisée, directrice et cadre d’école, et comme première femme à diriger le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario. Je suis convaincue qu’elle apportera expérience et passion à ce rôle », conclut-elle.

Jean-Louis Schryburt : la francophonie ontarienne perd un autre ami 

OTTAWA – Originaire de la Basse-Ville à Ottawa, Jean-Louis Schryburt est décédé samedi dernier. Ce professionnel de l’éducation n’a cessé, durant près de 50 ans, de faire avancer des projets pour la francophonie ontarienne. Sa persévérance sera, entre autres, ce qui le caractérisera le plus. 

On se souviendra d’un homme grandement impliqué dans sa communauté, pratiquant du bénévolat dans de nombreux domaines. Il a participé entre autres au comité consultatif de la langue française de la Commission scolaire d’Ottawa, au Comité consultatif des services en français de la Ville d’Ottawa et au Comité d’évaluation de projets du Fonds Nouveaux Horizons pour les aînés. 

Il y a 10 ans déjà, M. Schryburt recevait un prix de la part du Conseil sur le vieillissement d’Ottawa en raison de ses combats pour la communauté âgée. Le prix Margaret Griffiths, lui avait été décerné en raison d’une partie de ses accomplissements. 

Président fondateur du Centre de santé du Témiscamingue, il s’est en outre impliqué en tant que directeur général de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO) et de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO), pour le secteur d’Ottawa.

Ce lundi matin, la communauté était particulièrement émue de son décès, d’autant plus que plus tôt cet été, Jacques Schryburt, son frère, décédait, lui aussi, à l’âge de 78 ans.

Sans l’implication de Jean-Louis Schryburt, de nombreux projets pour les francophones à Ottawa n’auraient pas vu le jour. Crédit image : CMFO

Une perte incommensurable pour la Maison de la francophonie

Sur tous les fronts, M. Schryburt collaborait avec une multitude d’organismes. C’était notamment le cas avec la Coalition pour prévenir l’itinérance au sein des communautés francophones. Mais aussi au sein des médias, comme commentateur ou en développant une émission en français pour les personnes âgées francophones sur TV Rogers.

Du côté de l’ACFO Ottawa, le directeur général, Diego Elizondo a souhaité rendre hommage à « ce militant franco-ontarien de la première heure ».

« Depuis des décennies, M. Schryburt a été de plusieurs combats pour l’avancement de la cause francophone en Ontario. Outre la direction de notre organisme – 2005 à 2007 –, il a été aussi actif dans le milieu scolaire franco-ontarien, auprès des aînés francophones et de la Maison de la francophonie d’Ottawa. » 

Sur les réseaux sociaux, la Maison de la francophonie a partagé la triste nouvelle : « La soirée du 11 novembre 2023 restera gravée dans nos cœurs, marquant une perte incommensurable pour notre Maison et pour la francophonie. »

« Jean-Louis a laissé une empreinte exceptionnelle sur notre Maison, contribuant de manière remarquable à sa croissance et à son succès. Son dévouement, son expertise et sa vision ont tracé un chemin indélébile dans notre parcours. »

En entrevue avec ONFR, la vice-présidente de la Maison de la francophonie (CMFO), Linda Savard, s’est dite profondément attristée par cette nouvelle.

« Tous les dossiers francophones le touchaient directement », affirme-t-elle. Et ajoute : « Il habitait dans l’ouest de la ville et à l’époque, il n’y avait aucun service francophone dans ce coin, pas de services de loisirs et pas d’écoles francophones. »

« Il était très discret, parlait peu et réfléchissait beaucoup, c’est une très grande perte pour la francophonie ontarienne. »

D’après Mme Savard, « Jean-Louis, c’était la stratégie des petits pas. Il ne reculait jamais et ne voulait pas lâcher. Quand le CMFO a eu de la difficulté, il est un de ceux qui sont restés pour continuer à travailler, pour faire arriver le projet de la Maison de la francophonie d’Ottawa ».

Son héritage, dit-elle, sera indéniablement cette Maison.

Plus de détails à venir...

Deux Franco-Ontariens en or sur la glace 

OBIHIRO/CHONGQING – Ivanie Blondin a remporté deux médailles d’or et une d’argent en patinage de vitesse, tandis que Paul Poirier (avec sa coéquipière Piper Gilles) a terminé à la première place en danse sur glace. 

Cette fin de semaine est riche en médailles franco-ontariennes dans les compétitions organisées par l’Union internationale de patinage. 

Du côté d’Obihiro au Japon, en Coupe du monde, c’est d’abord Ivanie Blondin qui a lancé les hostilités ce vendredi en ouvrant sa saison de patinage de vitesse sur longue piste par une victoire sur le départ groupé. La native d’Ottawa ne pouvait pas espérer meilleur début de saison en s’adjugeant sa première course en 8 min 25 sec 11. Elle a battu la Néerlandaise Esther Kiel (8 min 25 sec 45) et l’Américaine Mia Kilburg-Manganello (8 min 25 sec 58) au sprint sur la ligne d’arrivée. 

« Je n’étais pas vraiment certaine de comment j’allais m’en sortir, car nous n’avions pas couru depuis un moment, mais la vitesse était là et je suis vraiment contente pour ça. À la fin, je suis juste allée la chercher (la victoire) », a-t-elle déclaré après la course.

Sa vitesse a également été au rendez-vous ce samedi, avec une deuxième place obtenue dans la poursuite en équipe aux côtés d’Isabelle Weidemann et Valérie Maltais. Le trio canadien a terminé deuxième en 2 min 59 sec 25, derrière les Japonaises (2 min 58 sec 03) et devant les Néerlandaises qu’elles ont dépassées sur la fin, après un début de course plutôt lent. 

Très tôt ce dimanche matin (1h heure de l’est), elle n’a, dans un premier temps, pas réussi à réaliser le triplé de médailles sur le 3000 mètres. Malgré un bon début de course qui l’a vu posséder le deuxième temps, elle a faibli sur les deux derniers tours et a finalement signé le sixième temps. Elle termine en 4 min 05 sec 68 soit près de 4 secondes derrière la vainqueur du jour, la Norvégienne Ragne Wiklund (4 min 01 sec 88).

La médaille d’or est finalement venue sur la dernière épreuve de la compétition. Dans un relais mixte où elle a réalisé une course de folie avec Antoine Gélinas-Beaulieu, le duo canadien a battu sur le fil les Néerlandais. Wesly Dijs a chuté sur la ligne d’arrivée, alors qu’il était à deux doigts de coiffer le Québécois sur le fil. Blondin, Gélinas-Beaulieu et le Canada remportent pour la première fois la médaille d’or sur le relais mixte.

De son côté, chez les hommes et sur piste courte, Vincent de Haître, dans sa quête de retrouver les sommets, a terminé onzième (1 min 09 sec 31) et premier Canadien sur le 1000 mètres. Le Franco-Ontarien n’est donc pas loin de ses objectifs de début de saison de retrouver le top 10 mondial. Sur 1500 mètres, en revanche, il part de plus loin puisqu’il évolue pour l’instant dans la division B (au-delà de la division A qui représente le top 20). Il a terminé 8e de la course dans la division B en 1 min 48 sec 07. 

Paul Poirier et Piper Gilles brillent en Chine 

Toujours sur la glace, toujours en Asie mais en patinage artistique au Grand Prix de Chine, c’est, cette fois-ci, du côté de Chongqing que Paul Poirier et Piper Gilles ont obtenu l’or. C’est un duel 100 % canadien qui a vu le natif d’Ottawa et sa coéquipière prendre le meilleur sur le couple Lagha-Lajoie, qui termine deuxième au terme du programme de danse libre. 

Après le programme de danse rythmique vendredi, c’était pourtant la paire québécoise qui avait pris les devants. Mais, ce samedi, la performance de Poirier et Gilles dans le programme libre leur a permis de passer devant pour seulement 1,81 point, synonyme de médaille d’or. 

Au-delà de la belle victoire du jour, Paul Poirier et Piper Gilles ont obtenu leur qualification pour la grande finale des Grand Prix ISU qui aura lieu à Pékin du 7 au 10 décembre prochain. Avant cela, la prochaine compétition au programme pour les patineurs artistiques se déroulera à Espoo en Finlande le 17 novembre prochain.

Stéphane Guy, de l’avion Hercules au soutien des vétérans sur le terrain

[LA RENCONTRE D’ONFR]

OTTAWA – Technicien aéronef puis mécanicien de bord, Stéphane Guy a passé plus de 21 ans en vol et 35 ans comme soldat canadien aux quatre coins de la planète. Cet ex-militaire qui vit aujourd’hui dans la région d’Ottawa aura été déployé dans plusieurs conflits internationaux : au Kosovo, en Bosnie, en Afghanistan, en Égypte ou encore au Rwanda. Nous avons rencontré celui qui est aujourd’hui le commandant de la Légion royale canadienne dans la zone G-5, qui couvre l’ensemble du territoire d’Ottawa et qui vient en aide aux vétérans.

« Quel est le travail et le rôle de la légion auprès des vétérans?

La légion joue trois rôles importants auprès des vétérans. Le premier est de répondre aux besoins urgents. Par exemple, si un vétéran a besoin de fonds de façon urgente pour faire ses paiements du mois ou pour des denrées. Après vérification, on peut lui donner jusqu’à 500 $. Ces fonds sont tous récoltés durant la Campagne du coquelicot.

Le deuxième pilier est qu’on s’occupe des vétérans d’une façon plus générique. Entre autres, on donne des fonds au Centre de santé Perley, qui a une aile spécifiquement pour les vétérans. On donne des fonds pour acheter de l’équipement spécifique pour leur bien-être. On octroie aussi beaucoup d’argent pour que les vétérans aient accès à des chiens de thérapie, car ça coûte 25 000 $ pour un.

Troisièmement, si l’on s’aperçoit qu’une loi a besoin d’être changée au bénéfice des vétérans, on fait pression au niveau de la Province et du gouvernement fédéral.

Que représente le 11 novembre, le jour du Souvenir, à vos yeux?

Le jour du Souvenir est un symbole très important. J’ai perdu des copains, pas nécessairement au combat, mais j’en ai perdu. Dans l’appareil dans lequel j’étais, on s’est fait locker par des missiles ennemis antiaériens. À plusieurs reprises, on a trouvé des trous de balle dans la carlingue. Quand on allait dans des endroits dangereux, je me demandais si j’allais revenir. Alors c’est certain que le jour du Souvenir est un symbole important.

En 2008, Stéphane Guy est devenu l’adjudant-chef de la formation à l’Académie canadienne de la défense. Gracieuseté

À votre avis, qu’est-ce que les gens ignorent des vétérans qui gagnerait à être mieux connu?

On regarde les vétérans de la Première Guerre mondiale, de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre de Corée. Il ne faut pas se cacher, ces vétérans-là ont vécu l’enfer. Ils ont fait face à des menaces et des situations de danger extrême et plusieurs n’en sont pas revenus. Aujourd’hui, en incluant l’Afghanistan, plusieurs militaires sont revenus blessés physiquement, mentalement, sans oublier que certains sont morts au combat. Tous les militaires ont écrit l’histoire en allant dans des missions (…). Ce n’est peut-être pas au même niveau que la Première et la Deuxième Guerre mondiale mais, malgré tout, on met notre vie en danger et il faut que les citoyens réalisent que les militaires méritent qu’on les reconnaisse comme des héros. Ça, c’est important à mes yeux.

Qu’est ce qui vous a poussé vers les forces armées canadiennes, où vous avez servi pendant 35 ans?

C’était un besoin personnel. En étant cadet, ça m’a donné l’idée que les Forces armées seraient un mode de vie intéressant. En plus de ça, mes parents n’avaient pas vraiment de fonds pour que je puisse aller dans des écoles supérieures. Alors c’était une porte de sortie face à une situation difficile. Mais j’ai été heureux du premier au dernier jour de service.

Parlez-nous un peu de votre parcours au sein des Forces armées canadiennes.

Je suis rentré dans les forces canadiennes en 1978 comme technicien en cellule d’avion, c’est-à-dire que je réparais des avions. Ensuite, après six ans, je suis devenu un mécanicien de bord. Le nom est plus commun en anglais : flight engineer. Contrairement à un avion civil, un avion militaire va partout où il n’y a rien, et donc tu transportes un mécanicien de bord pour prendre soin de l’avion. Malgré tout, on a des tâches en vol. À partir de là (1984), j’ai fait 21 ans de vol.

Le militaire Stéphane Guy. Gracieuseté
Stéphane Guy a cumulé 21 ans de vol. Gracieuseté

Votre carrière vous a amené à effectuer plusieurs missions, parfois humanitaires, dans divers pays?

Oui. De 1984 à 1988, j’étais dans un escadron de recherche et sauvetage. De 1988 à 1990, j’étais sur les hélicoptères à Valcartier et j’ai été déployé en Égypte pour six mois. Après ça, je suis revenu et j’ai été promu à Trenton pour voler sur des (avions) Hercules pendant six ans. J’ai été déployé en plusieurs endroits, entre autres à Sarajevo, ensuite à Kigali au Rwanda, au pire moment de la guerre (avec le génocide des Tutsis).

J’ai aussi travaillé en Éthiopie durant la famine et je suis retourné une seconde fois à Sarajevo. Ensuite, je suis revenu à la base de Valcartier et j’ai été déployé à Haïti. Ensuite, au Kosovo durant la guerre, puis en Bosnie pendant sept mois et par la suite sept mois en Afghanistan pendant la guerre, où c’était vraiment dangereux. On volait en évitant des missiles.

Vous êtes ensuite revenu au Canada pour quelques années

Oui. En 2005, j’ai été transféré à Kingston. J’étais adjudant-chef d’escadre, qui incluait tous les hélicoptères tactiques au Canada. En 2008, j’ai été transféré à l’Académie canadienne de la défense, qui s’occupe de tous les cours de leadership à travers le Canada. Mais en 2010, j’ai été transféré en Europe, où j’étais l’adjudant-chef des Forces armées canadiennes en Europe. Je suis resté là pendant trois ans et j’ai ensuite pris ma retraite en 2013.

En arrivant ici, je me suis impliqué au sein de la légion. En 2019, j’ai été élu comme président de la branche. En 2022, j’ai été élu comme commandant de la zone G-5.

La guerre du Kosovo vous a particulièrement marqué…

On avait des hélicos sur lesquels j’étais mécanicien de bord. Ma job ressemblait à la même chose qu’on voit dans les films sur la Guerre du Vietnam, où l’hélico atterrit en tirant de la mitrailleuse. C’était ma job d’être sur la mitrailleuse sur le côté de l’appareil. On a effectué des missions avec des fantassins (soldats au sol) et où l’on attaquait des endroits pour aller chercher, principalement, des terroristes qui mettaient des bombes à certains endroits. Alors, c’était dangereux et c’est pour ça que le jour du Souvenir est spécial.

Stéphane Guy en 2005 dans les Forces armées canadiennes (à droite). Gracieuseté.

Y’a-t-il un autre moment qui vous a peut-être plus marqué dans votre carrière au sein des Forces armées?

Il y a eu un moment décisif à Sarajevo. C’était la première fois que je faisais face à un danger sérieux. On était basé en Italie et on volait un jour sur deux à Sarajevo. Un mois avant cette mission, un transat français avait été abattu par un missile dans le corridor considéré sécuritaire.

C’était une mission de 30 jours et au bout d’une semaine, en sortant de Sarajevo, notre radar avait identifié qu’un missile antiaérien opéré par les Serbes nous avait choisis comme cible. On décollait dans un corridor sécuritaire et on était en montée qui est l’endroit avec le moins de chance de survie. La tactique canadienne était de lâcher des particules de métal et ensuite de se retourner, pour éviter que si le missile vient, tu ne sois plus en avant. Par contre, on ne pouvait pas sortir du corridor militaire, car sinon on devenait une cible légitime. Alors on est resté dans le corridor en espérant que le missile ne soit pas tiré.

Et que s’est-il passé?

Le radar te choisit comme cible, mais il reste à peser sur le bouton pour activer le missile et ça n’a jamais été pesé. Si on compare ça à une situation au sol, c’est comme se faire tirer dessus. Ç’a été un moment décisif… Ce soir-là, je ne cache pas que j’ai pensé à ma femme, ma fille et ma carrière, car c’est quand même une force militaire volontaire. Ce soir-là, j’ai décidé de rester et je n’ai jamais remis en question cette décision-là, même plus tard, quand j’ai fait des missions en Afghanistan et au Rwanda, des endroits tout aussi dangereux. »


LES DATES-CLÉS DE STÉPHANE GUY :

  • 1960 : Naissance à Hull (Québec)
  • 1978 : Rejoint les Forces armées canadiennes
  • 2008 : Devient adjudant-chef de la formation à l’Académie canadienne de la défense
  • 2013 : Prend sa retraite des Forces armées canadiennes
  • 2022 : Devient président de la Légion de la Zone G-5 à Ottawa

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Du silence à la parole

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

OTTAWA – Lors du Salon du livre afro-canadien d’Ottawa, j’ai eu la chance et le privilège d’animer une table ronde intitulée Du silence à la parole, avec quatre femmes poètes et autrices venues de l’Ontario, du Québec et de la Côte d’Ivoire.

Marie-Célie Agnant, Angèle Bassolé-Ouédraogo, Tanella Boni et Andrée Lacelle ont toutes quatre un parcours littéraire fascinant et une œuvre tout aussi intéressante, riche, que foisonnante. Elles se sont retrouvées le temps de cette table ronde où l’intime a frôlé le public et où on a pu les entendre parler et réfléchir sur leur silence, leur décision souvent dangereuse de prendre le crayon ou les mots et d’écrire les défis de tenir cette parole.

Angèle Bassolé-Ouédraogo a parlé de son admiration pour son défunt frère qui l’a encouragée à publier son premier poème écrit sur Nelson Mandela, publié dans le magazine Jeune Afrique. Un magazine que j’ai moi-même beaucoup feuilleté et lu, encore adolescente, dans ma Tunisie natale. Mais encore faut-il préciser que ce poème a été publié sous un nom de plume, de peur de se faire connaître, de peur de ne pas être prise au sérieux. Ce fameux syndrome de l’imposteur qui nous suit, nous les femmes, toujours et encore.

Andrée Lacelle a raconté ses frustrations de jeune femme poète qui écrit différemment de ses contemporains masculins, ainsi que les critiques et incompréhensions qui dérangent comme des épines qui s’accrochent à nos doigts, à peine visibles à l’œil nu mais tellement embêtantes.

Il faudra beaucoup de patience, des années plus tard, pour que les écrits de Lacelle soient lus et reconnus pour ce qu’ils sont : des écrits à part entière.

Pour Tanella Boni, autrice de Côte d’Ivoire, c’est le silence qui la berce depuis son enfance. Une enfance où l’autrice ne sent pas le besoin de parler ou parle très peu. Quand elle commencera à écrire et vouloir parler à sa manière, elle sera reçue par un certain dédain ou tout simplement ignorée. Il faudra une certaine reconnaissance à l’étranger, puis un retour au pays, pour être un peu prise au sérieux ,mais toujours avec des obstacles, des moues de doute et toujours plus de travail et d’acharnement par toutes ses femmes pour continuer leur chemin et être reconnues amplement pour leur talent.  

De gauche à droite : Angèle Bassolé-Ouédraogo, Monia Mazigh, Marie-Célie Agnant, Tanella Boni et Andrée Lacelle. Source : page Facebook de Mosaïque interculturelle

Dernièrement Mme Boni, qui est également professeure de philosophie, a publié Sans parole ni poignée de main, un roman entre le polar, l’essai et le journal intime. Un récit pour dire les maux ivoiriens comme la délation, la catastrophe écologique en sourdine et la violence ambiante. Un livre qui met en valeur les idées féministes de l’écrivaine comme le courage et la solidarité féminine.

Marie-Célie Agnant est quant à elle une conteuse née. Même son parcours artistique s’apparente à un conte avec des anecdotes qui ne le rendent pas moins exceptionnel et riche. Toujours la femme qui dérange ou la femme qu’on ignore. Alors que la femme créatrice, accoucheuse de mots et de métaphores, courageuse et résistante, on a moins envie de l’admettre dans les « cercles » et d’en dépeindre le portrait. Chez Mme Agnant, le silence n’existe même pas. Ce n’est pas une option.  C’est la parole qui prend le dessus, qu’elle soit entendue ou non.

J’ai beaucoup réfléchi après cette table ronde. Une façon de continuer la conversation dans ma tête. Je me rappelle comment Andrée Lacelle a évoqué son combat d’autrice francophone dans un milieu anglophone. Un défi que beaucoup d’entre nous oublient quand nous sommes en écriture en nous comparant aux « autres ». Les « autres », c’est le reste de la francophonie au Québec et dans des pays à majorité francophone.

À contre-courant pour défier l’assimilation

Nous oublions que nous nageons à la fois avec le courant pour ne rien perdre de ce qui se passe dans le monde francophone, mais aussi à contre-courant pour défier l’assimilation et, par conséquent, à maintes reprises on se croit en train de faire du sur-place. Comme si tous les efforts pour avancer étaient annulés par ces forces extérieures qui essaient de nous envahir ou tout simplement de nous ignorer.

Née aussi en Côte d’Ivoire, Angèle Bassolé-Ouédraogo nous a rappelé que, dans sa thèse de doctorat, elle avait insisté pour travailler sur une analyse sociocritique de la poésie des femmes africaines. C’est un geste féministe et de résistance pour que des voix comme celles de Tanella Boni et son écriture ne soient pas marginalisées, lues par les nouvelles générations. C’est justement dans ce même sens qu’Angèle Bassolé-Ouédraogo a écrit Les Porteuses d’Afrique, un recueil à la mémoire des femmes africaines effacées de la mémoire populaire et des curriculums et qui se donnent aujourd’hui pour objectif de conquérir l’espace audible et intellectuel.

Femmes des terres brûlées de Marie-Célie Agnant est aussi un recueil ancré dans cette littérature postcoloniale qui dénonce la pauvreté, la corruption, l’injustice de ces terres natales mais aussi le racisme et la discrimination vécues dans les terres d’adoption. Un dilemme entre l’ici et le là-bas, toujours coincé entre la nostalgie de l’ancien amour et le désenchantement du nouveau.

Et si on ose prétendre que tout cela est bel et bien chose du passé et que nous vivons dans un monde où la parole, en particulier celle des femmes, a été libérée, il faut juste se rappeler qu’il y a quelques semaines à peine le co-fondateur du magazine Rolling Stone, Jann Wenner, en entrevue au New York Times, a dénigré la contribution des femmes autrices-compositrices-interprètes dans le monde du rock and roll. Dans son récent livre intitulé The Masters, il a explicitement choisi de n’inclure que la biographie d’hommes blancs.

Pour justifier cette exclusion, il a déclaré qu’« aucune d’entre elles ne s’exprimait de manière suffisamment structurée intellectuellement et que les musiciens noirs, Stevie Wonder notamment, ne s’exprimaient pas au niveau de Pete Townshend ou de Mick Jagger ».

On aurait pensé une déclaration des siècles derniers, et pourtant, elle reflète un état d’esprit malheureusement encore présent qui confine les femmes autrices à un silence même quand elles prennent la plume et même quand elles refusent ce silence dans lequel on les a emmurées depuis longtemps.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et du Groupe Média TFO.

Alerte à la bombe à l’UOF et dans quatre autres établissements torontois

TORONTO – Dans la continuité des menaces à la bombe reçues début novembre par des écoles francophones du Nord et de l’Est de l’Ontario, cet après-midi l’Université de l’Ontario français (UOF) ainsi que quatre autres établissements secondaires et postsecondaires, dont le Collège français sur la rue Carleton, ont reçu des alertes à la bombe.

L’Université de l’Ontario français, évacuée en début d’après-midi, « confirme être l’un des établissements d’enseignement à avoir reçu une alerte à la bombe par courriel. En raison du texte de la menace, le campus a été évacué immédiatement et les forces policières ont été appelées sur les lieux. Toutes les personnes ont pu quitter l’édifice dans le calme et regagner leur domicile en sécurité », confirme Anaïs Latulippe, conseillère principale en relations publiques et relations médias.

« Pour le moment, l’UOF collabore avec les policiers pour s’assurer de la sécurité du campus. Par mesure de précaution, le campus restera fermé jusqu’au lundi 13 novembre. »

La Police de Toronto indique de son côté avoir reçu six appels ce vendredi concernant des incidents similaires, dont cinq établissements secondaires et postsecondaires avec, outre l’UOF, le Collège français, l’Université métropolitaine de Toronto, l’Université York et le Collège Humber.

« Les employés des écoles ont reçu un courriel contenant une alerte à la bombe, dont nous ne pouvons pas divulguer les détails. Aujourd’hui, aucune bombe n’a été localisée et il n’y a pas eu de blessés », explique une porte-parole de la Police de Toronto.

Concernant le protocole en place, celle-ci confirme que la police a mené une enquête approfondie pour chacun des cas et fait intervenir son unité de neutralisation des explosifs pour nettoyer la zone.

Interrogée sur la récurrence de ces menaces à la bombe ces deux dernières semaines, celle-ci nous répond que cela arrive de temps à autre.

Même si des établissements scolaires francophones ont été visés en début de mois, c’est la dimension éducation qui semble être le dénominateur commun de ces attaques, plus que la dimension linguistique : « Ce n’est pas seulement les écoles françaises qui ont été ciblées aujourd’hui », rappelle-t-elle.

Dalmar Abuzeid, de Degrassi à Netflix

L’acteur franco-torontois Dalmar Abuzeid est bien connu pour son personnage de Danny Van Zandt dans la légendaire série télévisée canadienne Degrassi, mais depuis, il multiplie les rôles, notamment dans la série Anne with an E et aux côtés de Mila Kunis dans Luckiest Girl Alive.

Comment c’était de grandir en français dans la Ville Reine? Dalmar se livre à nous, le temps d’un Tac au Talk… Partez le chrono!

Melting-pots culturels en Ontario

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Cette semaine, non seulement il y a du choix d’activités à faire en français en Ontario, mais il y a des choix au sein même des lieux de diffusion. La visite d’un seul endroit vous donne accès à deux, parfois trois disciplines artistiques. Des vernissages, des concerts, un classique québécois revisité… Voici quelques suggestions pour consommer la culture francophone dans les prochains jours.

Musique

Chanson et vernissage dans la mire du MIFO

La programmation du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) comporte trois activités dans trois disciplines différentes cette semaine. Vendredi, le chanteur Ludovick Bourgeois sera de passage au Centre des arts Shenkman. Depuis sa victoire à l’émission La Voix en 2017, l’artiste a réussi à se faire un prénom, lui dont la voix et le nom de famille évoquent toujours aux Québécois son père, le regretté Patrick Bourgeois. Le fils a d’ailleurs récemment annoncé qu’il préparait un spectacle hommage aux BB pour 2024. En attendant, c’est la tournée de son troisième album original, Rêveur, qui s’arrêtera à Orléans.

Ludovick Bourgeois est le gagnant de la cinquième saison du concours télévisé La Voix, en 2017. Source : MIFO

Pendant ce temps, directement à la bâtisse du MIFO sur la rue Carrière, il est possible de visiter une nouvelle exposition de Dominique C. Habib. L’artiste sera présente jeudi soir pour rencontrer le public lors du vernissage de Créatures intérieures.  Les œuvres lui ont permis d’apprivoiser et de représenter ses émotions à la suite d’une fausse couche. D’abord incertitude et accablement, les tableaux et sculptures se succèdent dans un parcours qui mènera éventuellement à la sérénité.  

L’exposition Créatures intérieures mêle les éléments figuratifs et abstraits pour exprimer des émotions complexes. Tableau : Sortir de soi, Acrylique et plâtre sur panneau de bois, Dominique C. Habib.

Ottawa. Exposition de Dominique C. Habib jusqu’au 3 décembre. Spectacle de Ludovick Bourgeois le 10 novembre. Détails et billets sur le site du MIFO.

Opéra et musique cinématographique 

Le Centre national des arts (CNA) accueille lui aussi deux suggestions bien différentes ce vendredi soir. Le classique du théâtre québécois, Albertine en cinq temps, devient le premier opéra en joual. Cette adaptation de l’œuvre de Michel Tremblay sera présentée au Théâtre Babs Asper. La musique est de Catherine Major, le livret du collectif de la Lune Rouge et la mise en scène de Nathalie Deschamps. Les comédiennes Chantal Lambert, Monique Pagé, Chantal Dionne, Florence Bourget et Catherine St-Arnaud camperont respectivement Albertine à 70, 60, 50, 40 et 30 ans. La soprano Marianne Lambert complètera la distribution, dans le rôle de Madeleine.

La troupe d’Albertine en cinq temps comprend six interprètes et cinq musiciennes. Crédit image : Véronique Duplain

Le même soir, tout juste rentré de Dieppe pour la Francofête en Acadie, Marc-Antoine Joly sera en prestation à la Quatrième salle du CNA.  Accompagné de ses complices de toujours, Simon Joly et Patrick Harrison, celui qui a souvent joint les équipes d’autres artistes assume enfin d’être à l’avant-plan pour son projet JOLY. Son premier album, Deuil, est sorti en mars dernier. L’artiste propulse l’auditeur dans un univers parallèle, presque cinématographique.

Marc-Antoine Joly en performance sur scène. Il chante et joue de la guitare.
JOLY en performance lors de Contact Ontarois 2023. Crédit image : Stéphane Bédard

Ottawa, le 10 novembre. Albertine en cinq temps au Théâtre Babs Asper et JOLY à la Quatrième salle. Détails sur le site du CNA.

La mentore et la protégée

La prochaine édition du Bistro des découvertes aura lieu à la Place des arts du Grand Sudbury ce mardi. À l’invitation de la Slague, le diffuseur de spectacles francophones, un artiste établi est invité à présenter au public un artiste émergent pour lequel il a eu un coup de cœur. Cette fois, c’est la guitariste et autrice-compositrice-interprète Cécile Doo-Kingué qui prend sous son aile l’artiste montréalaise d’origine syrienne Nadine Altounji. Cette dernière est multi-instrumentiste en plus d’être autrice-compositrice-interprète. Elle combine des styles traditionnels du Moyen-Orient et de l’Amérique du Sud à des musiques plus pop et folk.

Sudbury, le 14 novembre. Détails et billets sur le site de La Slague.

Cinéma

Film et vernissage à Ottawa

L’Alliance française Ottawa a élaboré une exposition originale pour honorer le réseau des Alliances françaises. Ces organismes présents partout dans le monde jouent un rôle à la fois éducatif et social au sein de leurs communautés, que ce soit par des cours de français ou l’organisation d’activités culturelles. L’exposition met l’accent sur la responsabilité sociale des organisations (RSO), les initiatives qui intègrent les préoccupations sociales et environnementales dans toutes les activités des organismes.

L’exposition interactive est composée de 42 cubes qui représentent des projets, en plus de trois cubes de signalétique. Le public peut manipuler les cubes pour les lire, s’éduquer et s’inspirer. Les professeurs de l’Alliance française peuvent également utiliser l’exposition avec leurs collègues. L’exposition a été créée à partir d’une recherche-action RSO réalisée pour les 140 ans du réseau, à Paris, en 2022.

Le vernissage sera suivi d’une diffusion et d’une conversation autour du film Une fois que tu sais d’Emmanuel Cappelin. Le documentaire amène à une réflexion sur ce que l’humanité peut faire collectivement pour faire face aux changements climatiques que la société de consommation a engendrés.

L’exposition est composée de 45 cubes que les visiteurs peuvent manipuler. Crédit image : Alliance française Ottawa

Ottawa, le 16 novembre. Détails sur le site de l’Alliance française Ottawa.

Communautaire

Souligner la diversité du patrimoine de l’Ontario

L’organisme Contact interculturel francophone de Sudbury (CIFS) tiendra son événement annuel Patrimoine riche de l’Ontario ce samedi. L’activité vise à célébrer la diversité culturelle en Ontario et sa contribution au patrimoine et au tissu social. Le CIFS postule que le futur de la francophonie se trouve déjà dans la communauté. Pour l’édition 2023, l’accent est mis sur la diaspora ivoirienne. Au programme de la journée, il y aura un repas typique de la Côte d’Ivoire ainsi qu’une performance musicale et une conversation avec l’artiste Justine Gogoua. Patrimoine riche de l’Ontario se tiendra au Canisius Hall de l’Université de Sudbury.

Originaire de Côte d’Ivoire, Justine Gogoua est une fière Franco-Ontarienne depuis 1994. Source : CIFS

Sudbury, le 11 novembre. Détails et billets sur la page Facebook du CIFS.

Garderies : le Sénat écarte les demandes de minorités francophones

OTTAWA – Le Sénat a rejeté une demande des communautés francophones au sujet du projet de loi C-35 sur les garderies, qui visait à inclure une obligation de financement de la part du fédéral pour les services de garde des minorités linguistiques.

Le projet de loi C-35 vient officialiser par voie législative les ententes conclues au cours des dernières années entre les provinces et Ottawa pour réduire les frais de garde à 10 $ par jour.

Les sénateurs procédaient ce jeudi à l’étude, article par article, du court projet de loi en comité sénatorial. Les francophones demandaient à ce que dans l’un des articles portant sur le financement fédéral soit ajoutée la mention « des communautés de langue officielle en situation minoritaire ». L’amendement apporté par le sénateur acadien René Cormier a reçu trois autres appuis, mais a tout de même été rejeté par une majorité de sénateurs.

« On est déçu. Pour nous, c’était essentiel. On se devait de faire ça », se désole Jean-Luc Racine, le directeur général de la Commission nationale des parents francophones, l’organisme qui militait pour une telle modification au projet de loi.

Ce dernier craint que les engagements des futurs gouvernements provinciaux envers les services de garde ne soient désormais que des vœux pieux, en l’absence d’obligation législative.

« Ça va se transformer dans des intentions qui vont être parfois suivies d’engagements et d’autres fois, sans engagements et on ne fabule pas. On l’a vu dans les ententes. On a vu les intentions et on a vu beaucoup de provinces où il n’y a pas eu d’engagement financier qui a suivi », rappelle M. Racine.

Il craint aussi l’impossibilité d’aller devant les tribunaux à l’avenir pour s’assurer que les provinces respectent leurs obligations envers les francophones en raison d’un libellé trop faible.

La demande de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) qui souhaitait que le Sénat reconnaisse la particularité constitutionnelle et linguistique du Nouveau-Brunswick – pour qu’elle soit prise en compte dans toutes les ententes – n’a pas été déposée comme amendement par un sénateur.

Le projet de loi C-35 a été adopté à l’unanimité par la Chambre des communes, en juin dernier, et le Sénat étudie celui-ci depuis septembre.

« Il faut aussi dire que quand le projet de loi a été déposé, il n’y avait aucune mention sur les langues officielles, donc au moins on a réussi à intégrer à l’intérieur de l’article 7, trois paragraphes sur les langues officielles. Ce n’est pas une pleine victoire, mais on a quand même réussi à aller jusque là », concède aujourd’hui Jean-Luc Racine.

Le Sénat risque d’adopter lui aussi le projet de loi C-35 dans les prochaines semaines, ce qui pourrait fort probablement signifier qu’il obtiendra la sanction royale d’ici la fin de la session en décembre.

Un observatoire à Toronto en vue de favoriser l’immigration francophone

TORONTO – Ce mercredi marque un moment charnière dans la mise en œuvre de nouvelles politiques d’immigration francophone hors Québec, avec l’inauguration de l’Observatoire en immigration francophone au Canada, un projet mené conjointement par les secteurs communautaire et universitaire ayant pour but de favoriser l’immigration francophone au Canada. 

Aliou Sene, le président du conseil d’administration du Grand Toronto, qui était l’hôte de l’événement et qui est un acteur majeur dans la mise en œuvre du projet, a lancé cette journée historique par un discours sur la raison d’être de l’Observatoire. 

« La collaboration entre les milieux académique et communautaire est la pierre angulaire de l’immigration réussie des francophones au Canada. Grâce à cet Observatoire, nous renforçons ce partenariat ensemble. Nous sommes désormais mieux équipés pour comprendre, analyser et diffuser les connaissances essentielles pour une intégration enrichissante et inclusive », a-t-il déclaré. 

Marc Miller a souligné l’importance de la création de l’Observatoire pour accompagner ses nouvelles politiques d’immigration francophone. Crédit image : Mickaël Laviolle

L’Observatoire en immigration francophone du Canada s’inscrit directement dans la lignée des annonces gouvernementales du 1er novembre qui fixaient des cibles d’immigration francophone à atteindre, et ce dans le cadre du Plan des niveaux d’immigration 2024-2026. Marc Miller, ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, présent à cette inauguration, a indiqué qu’une aide financière de près de 85 000 $ a été fournie à l’Université de l’Ontario français, hôtesse de ce projet. 

« Cette semaine, nous avons annoncé les paliers des attentes en immigration, mais comme vous le savez, ça prend plus que des pourcentages pour accomplir une belle intégration dans la francophonie hors du Québec et dans les communautés que l’on se doit de servir en tant que gouvernement fédéral », a confié le ministre. « C’est la raison pour laquelle on se doit de travailler en étroite collaboration avec les organisations communautaires et universitaires. L’Observatoire en immigration francophone du Canada aura pour objectif de mobiliser les acteurs clés de l’immigration francophone (et) de réaliser des recherches, évidemment c’est important. »

Pierre Ouellette s’est montré fier des réalisations de l’UOF depuis trois ans. Crédit image : Mickaël Laviolle

Cette collaboration entre le communautaire et l’universitaire représente le cœur du projet porté par l’Université de l’Ontario français. Pierre Ouellette, le recteur de l’UOF souligne l’importance des établissements universitaires dans la recherche, mais aussi en tant que contributeurs directs au processus d’immigration. 

« Je voudrais souligner le rôle que jouent les universités et les collèges partout au Canada pour accueillir les nouveaux arrivants dans les parcours d’immigration. Bien sûr qu’il y a des personnes qui viennent de l’international qui peuvent choisir de venir étudier au Canada et de retourner dans leur pays d’origine. C’est un parcours tout à fait louable. Par contre, on sait très bien que les universités et les collèges font aussi partie des parcours de l’immigration », souligne-t-il.

« Des personnes choisissent de venir étudier dans les collèges et universités, notamment de langue française (…) et ça fait partie d’un parcours migratoire. Donc, j’aimerais aussi qu’on reconnaisse la place des collèges et universités au Canada français. Nous sommes des vecteurs d’immigration au Canada extrêmement importants. »

Si le projet sera mené au sein de l’UOF par la vice-rectrice à la recherche Linda Cardinal et son équipe, cette dernière a précisé qu’il s’agit d’une collaboration entre différentes universités.

« En termes de partenariat, je pense que c’est difficile de faire mieux en milieu universitaire. Les universités habituellement sont toujours en train de lutter les unes contre les autres pour avoir les honneurs ou les financements, mais je peux vous dire qu’ici, c’est le contraire. On a décidé de tous travailler ensemble. Nous sommes allés chercher l’Université d’Ottawa, nous sommes allés chercher l’Université de Moncton et l’Université Simon Fraser; c’est vraiment un beau partenariat. »

Linda Cardinal a présenté l’ensemble de son comité où seule Bintou Sacko manquait à l’appel. Crédit image : Mickaël Laviolle

Linda Cardinal a indiqué avoir travaillé en étroite collaboration avec Alain Dobi du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario et Anna Triandafyllidou qui est à la Chaire d’excellence en recherche du Canada sur la migration et l’intégration à la Toronto Metropolitan University (TMU), tous deux « avec nous depuis le début ».

Ce mercredi, la planification stratégique de l’Observatoire a été annoncée, ainsi que les membres du premier comité de gouvernance qui a pour particularité de « ne pas avoir de date de fin ». Le comité est donc composé d’Aïssa Nauthoo du Centre francophone du Grand Toronto, de Kimberly Jean Faruns,  directrice, Immigration francophone, auprès de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, de Christophe Traisnel, directeur adjoint de l’École des hautes études publiques à l’Université de Moncton, d’Amin Moghadam, chercheur senior à la chaire en immigration migration à TMU, d’Alain Dobi qui dirige le Réseau en immigration francophone pour la région Centre-Sud-Ouest de l’Ontario et qui est professeur associé à UOF, de Guillermo Candiz, professeure adjointe à l’UOF et de Bintou Sacko de l’Accueil francophone du Manitoba. 

L’Observatoire en immigration francophone aura pour objectif de fournir des idées pour éliminer les obstacles à l’immigration francophone et aider à accroître les volumes d’admission de candidats d’expression française dans les communautés francophones en situation minoritaire.

Le travail commence maintenant puisque, dès ce jeudi 9 novembre, une première activité aura lieu : il s’agit d’une formation qui sera donnée à 25 doctorants, professeurs, représentants de groupes communautaires et fonctionnaires, pour les initier à la statistique linguistique, notamment en immigration. 

Le nouveau Centre culturel La Ronde de Timmins ouvrira au public le 27 novembre

TIMMINS – Après plusieurs dates prévisionnelles et reports, c’est finalement le 20 novembre prochain que commencera le déménagement des équipements vers le nouvel édifice de La Ronde. Avant une inauguration officielle prévue au printemps prochain, le public pourra franchir la porte du lieu de rassemblement phare de la culture francophone de Timmins dès le 27 novembre.

Après huit ans d’attente et une construction entamée en 2022, une date est enfin prévue pour la réouverture du centre qui avait dû être démoli suite à un incendie au restaurant La Chaumière dans le bâtiment originel.

Depuis, les employés travaillent dans un bureau temporaire situé à l’intérieur du centre commercial Timmins Square. Il aura fallu plus de 6,5 millions de dollars pour finir les travaux d’une construction dont les coûts ont beaucoup augmenté suite à la pandémie.

« La semaine du 20 novembre, nous allons fermer au public pour qu’on puisse se déplacer à notre nouvel édifice », explique Lynne Guertin, directrice générale par intérim du Centre culturel La Ronde, au cours d’une entrevue accordée à ONFR.

Une étape a été franchie mercredi alors que des équipes s’occupaient à brancher internet et un système d’alarme : « Sans ça, on ne pouvait pas avoir l’approbation de la ville pour déménager », précise-t-elle.

Le nouvel édifice, dont la superficie est d’environ 900 mètres carrés, comprend une cuisine communautaire, une salle de spectacle pouvant accueillir jusqu’à 300 personnes et deux salles servant à des ateliers et cours de danse.

Le déménagement du local actuel se fera progressivement à partir de lundi. Crédit image : Inès Rebei

Une inauguration au printemps

Celle qui est très impliquée dans le processus de réouverture indique qu’il faudra également embaucher des personnes responsables de l’organisation des événements, des locations des salles et qui travailleront au nouveau bar de L’Armise.

L’ex-enseignante et directrice à la retraite depuis un an ajoute avoir commencé à recruter des bénévoles pour le comité d’ouverture.

Malgré cette première ouverture au public, Mme Guertin estime qu’il faudra quelques semaines avant de pouvoir faire une inauguration officielle, laquelle aurait lieu, notamment, en présence de dignitaires.

Elle confie : « On veut vraiment que notre ouverture officielle soit à la hauteur et qu’on soit fiers de notre édifice. » Elle fait savoir que, malgré la possibilité de recycler certains éléments du centre originel, il resterait à acheter du matériel tel que, entre autres, des tables et des chaises.

Bien que l’espace a été réduit, le bar L’Armise sera de retour pour le plus grand bonheur de la communauté qui l’attende avec impatience. Crédit image : Inès Rebei

Concernant des événements de grande ouverture, la directrice par intérim espère que tout sera finalisé à temps pour le 9 décembre, le soir du spectacle mettant en vedette la chanteuse Céleste Lévis.

Le premier événement ayant lieu au centre sera le jour même de l’ouverture avec la soirée bingo hebdomadaire du lundi.

Un renouveau pour le centre

Le calendrier du centre sera très occupé dans les prochaines semaines avec notamment la tenue de l’assemblée générale annuelle le 14 novembre pendant laquelle quatre postes au sein de la direction seront à pourvoir.

Mme Guertin invite le public à venir en grand nombre pour proposer des idées et poser des questions et espère également que la membriété augmentera grâce au nouvel édifice : « On espère que le fait d’avoir l’ouverture, ça pourra permettre de rebâtir notre communauté francophone. »

Un peu plus tard ce sera le temps de célébrer le 55e anniversaire du centre avec un traditionnel souper canadien-français organisé le 18 novembre au restaurant italien The Porcupine Dante Club. « On va fêter ça en grand », se réjouit-elle avant de préciser qu’il sera accompagné d’un spectacle du groupe de musique traditionnelle Le Diable à 5.

Mme Guertin ajoute que le conseil d’administration a prévu de rencontrer quelqu’un pour le poste de directeur général la semaine prochaine : « On espère que, d’ici la fin du mois, la personne va prendre la relève. »

On peut encore voir les affiches du centre d’origine sur le site du nouvel édifice. Crédit image : Inès Rebei

Cette dernière, qui déclare être trop occupée pour pouvoir prendre la direction à temps plein, dit être tout de même responsable de mener à bien le processus d’ouverture et compte rester engagée dans le bon fonctionnement du centre.

Depuis la démission de l’ex-directrice générale en mars, c’était le président du conseil d’administration, Ernest Plante, qui avait pris les rênes de la direction par intérim avant de lui-même quitter le rôle en mai dernier.

Sabrer le budget de CBC aurait un impact sur Radio-Canada, prévient sa présidente

OTTAWA – Pour la présidente-directrice générale de Radio-Canada/CBC, couper dans les finances du diffuseur public anglophone comme le souhaitent les conservateurs mettrait aussi fin à du contenu francophone, a-t-elle averti en comité devant les parlementaires mercredi soir.

« Dès qu’il y a une coupure d’un côté, l’autre côté est extrêmement touché aussi », a affirmé Catherine Tait au Comité des langues officielles.

« Si vous voulez savoir ce que l’on peut faire pour améliorer et faire rayonner le journalisme, surtout dans les régions hors Québec pour les communautés linguistiques minoritaires, c’est de mieux financer votre diffuseur public. On sait que dès qu’il y a une présence, il y a un impact », a-t-elle ajouté en réponse à une question du député libéral Marc Serré.

Ce dernier l’interrogeait sur de possibles coupures à CBC – comme le souhaite le chef de l’opposition officielle Pierre Poilievre –, avançant « trouver très inquiétant en tant que Franco-Ontarien d’avoir un chef conservateur qui se promène à travers le Canada et qui dit vouloir complètement couper le financement de CBC ».

« Avec l’infrastructure qui est à CBC, comment Radio-Canada va pouvoir offrir des services? », a demandé le représentant du Nord de l’Ontario.

« C’est exactement ça et vous touchez à la chose », a-t-elle eu le temps de répondre avant d’être interrompue par les conservateurs qui souhaitent que les questions portent sur le sujet du jour, un stratagème auquel les libéraux ont aussi eu recours à plus d’une reprise sur les questions des conservateurs et du Bloc québécois durant le témoignage de Mme Tait.

La présidente de Radio-Canada/CBC Catherine Tait témoignait pour une seconde reprise en moins d’une semaine devant les élus d’Ottawa. Image tirée du site internet de Radio-Canada.

Cette dernière avait été convoquée à la suite d’une décision de CBC de traduire en français le balado Alone : A Love Story à Paris dans le but d’éviter l’accent québécois, « un commentaire déplorable et blessant », a-t-elle qualifié. Mais le sujet de l’invitation n’a pas tenu longtemps auprès des élus de toutes les formations politiques qui ont laissé libre cours à des questions sur d’autres sujets, comme les libéraux qui ont tenté une seconde fois leurs questions sur les risques de coupure à l’encontre du diffuseur anglophone de la part des conservateurs si ces derniers étaient portés au pouvoir.

« Les services de Radio-Canada et CBC sont interreliés : on partage la technologie, on partage les opérations, on est dans les mêmes locaux, on est dans les mêmes stations, on partage les équipements et même les contenus parfois », a énuméré Catherine Tait, ajoutant que cela affecterait de manière disproportionnée les milieux ruraux.

Pierre Poilievre a toujours maintenu qu’il ne couperait dans Radio-Canada, mais seulement dans CBC, un souhait qui aurait des conséquences au niveau francophone, plaident en réponse les libéraux. Les militants conservateurs avaient d’ailleurs rejeté une motion visant à retirer tout financement gouvernemental au diffuseur public lors de leur congrès en septembre.

Balado : les conservateurs restent sur leur faim

La présidente de Radio-Canada a par ailleurs réitéré ses excuses au comité suite à la décision prise sur la traduction du balado Alone : A Love Story insistant à plusieurs reprises auprès des élus qu’il s’agissait d’un cas isolé.

« C’était inacceptable et ça ne reflète pas notre position. Nous l’admettons sans équivoque et nous nous excusons sincèrement », a prononcé Catherine Tait.

Ces propos n’ont toutefois pas suffi aux conservateurs qui eux réclamaient, dans leur motion de convocation, la présence de Cesil Fernandes, producteur exécutif chez CBC Podcasts et d’une des dirigeantes au département de marketing. Le député Joël Godin a d’ailleurs précisé que le comité comptait toujours inviter ces deux employés du radiodiffuseur canadien malgré la présence de Catherine Tait.

Cette dernière a d’ailleurs soumis une inquiétude à ce que « le pouvoir parlementaire d’un comité pouvait être utilisé pour forcer la comparution d’employés qui prennent quotidiennement des décisions journalistiques ».

« En quoi traduire un balado en France plutôt qu’au Québec est une décision journalistique? », l’a interpellé le leader adjoint à la Chambre chez les conservateurs, Luc Berthold.

Pour la Mme Tait, la Loi sur la radiodiffusion énonce clairement « que nous avons une indépendance pour le contenu journalistique, mais aussi pour les décisions de programmation », a-t-elle offert comme explication.

« De quoi avez-vous peur, de quoi avez-vous peur? », l’a alors interrompue Luc Berthold.

« Qu’est-ce que vous avez si peur qu’ils viennent nous dire? Est-ce que vous croyez que la CBC est au-dessus des législateurs et des lois? », lui a-t-il reproché, rappelant que « le pouvoir du Parlement était au-dessus de la Loi sur la radiodiffusion ».

« C’était une erreur et c’est mon rôle comme PDG de faire les excuses et on l’a fait », a riposté la haute dirigeante de la société d’État.

Par ailleurs, la version en français du balado sera produite au sein de Radio-Canada, a-t-elle confirmé.

Le Québec rabroue la nouvelle cible fédérale en immigration francophone

L’ensemble des partis à l’Assemblée nationale du Québec ont adopté une motion visant à qualifier de « nettement insuffisante » la nouvelle cible en immigration francophone hors Québec du gouvernement Trudeau.

Le leader en chambre du Parti libéral du Québec, Monsef Derraji, a été appuyé par le gouvernement caquiste et les autres formations de l’opposition dans cette motion qui déclare que cet objectif est « nettement insuffisant pour favoriser l’essor du français au Canada ».

« Qu’enfin, en solidarité avec l’ensemble des communautés francophones au Canada ainsi qu’avec la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), elle demande au gouvernement fédéral que cette cible soit portée à 12 %, et ce dès 2024 », peut-on lire.

La semaine dernière, le ministre fédéral de l’Immigration, Marc Miller, a annoncé que son gouvernement irait de l’avant avec des cibles de 6 % en 2024, 7 % en 2025 et 8 %, l’année d’après. Actuellement, la cible est de 4,4 % et elle n’a été atteinte que l’an dernier, la seule fois depuis son implantation en 2001.

Le nouvel objectif du gouvernement fédéral a vivement été critiqué par la francophonie canadienne qui considère qu’il contribue au déclin du français hors Québec.

« Une cible de 6 %, ça nous maintient dans le déclin. À 8 %, on est à peu près dans la stabilité », dénonçait la présidente de la FCFA, Liane Roy, en entrevue.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario s’était de son côté dite « profondément déçue » de la cible choisie par Ottawa.

« La vitalité de notre francophonie passe par l’immigration et cette annonce est très loin d’être le coup de pouce dont nous avions besoin », avait critiqué son président, Fabien Hébert.

Marc Miller signalait, la semaine dernière, qu’il n’avait d’autre option que celle de choisir un objectif plus bas, car il se doit, avant tout, de « donner un coup de barre » ainsi que de changer la façon de penser de son ministère, avant d’aller plus haut. Selon ce dernier, il aurait été « cynique », en tant que politicien, d’annoncer un objectif inatteignable.

« Ce n’est pas une question simplement de mettre un chiffre pour faire plaisir à tout le monde, mais un chiffre qui est réalisable », a-t-il plaidé à maintes reprises au cours des dernières semaines.

Ces objectifs, au cours des trois prochaines années, signifieraient que le Canada viserait à accueillir 104 100 nouveaux arrivants francophones hors du Québec, sur un total de près de 1,5 million à travers le pays.

800 000 $ pour le développement économique francophone en Ontario

TORONTO – L’Ontario investit 800 000 $ dans le cadre de la Stratégie de développement économique francophone, soit une hausse de 60 % par rapport à l’année dernière, dont 500 000 $ pour des organisations de soutien aux entrepreneurs francophones.

Créée en 2019, la Stratégie de développement économique francophone vise à élargir l’empreinte économique francophone en Ontario. Elle s’appuie notamment sur l’entrepreneuriat et l’innovation francophones, une main-d’œuvre qualifiée bilingue et la promotion de la francophonie ontarienne comme atout économique.

Cette année, le gouvernement provincial investit 800 000 $, dont 500 000 $ qui seront alloués à des organisations de soutien aux entreprises francophones.

La Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) se voit ainsi attribuer 250 000 $ pour mener une étude sur les besoins des entreprises et entrepreneurs francophones dans la province. Elle devra également fournir des services de référence à des groupes-clés, comme les nouveaux arrivants, les femmes ou encore les minorités visibles.

« Les fonds alloués permettront de mieux comprendre l’écosystème d’affaires francophone et d’identifier clairement les besoins des entreprises dans les divers secteurs d’activités », estime Richard Kempler, directeur général de la FGA.

« La stratégie du gouvernement en matière de développement économique francophone est claire : après avoir soutenu la collecte d’informations sur ce que constitue l’écosystème francophone d’affaires, il s’agit maintenant de renforcer les partenariats entre les organismes membres de la FGA, en appuyant des programmes complémentaires, mais non concurrents, tout en favorisant l’expansion de partenariats d’affaires entre l’Ontario et le reste de la francophonie. »

Nous sommes déterminés à bâtir une francophonie forte au sein d’un Ontario prospère
— Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones

Impact ON (anciennement CCO, Conseil de la coopération de l’Ontario) recevra 150 000 $. Son directeur général Julien Gérémie se dit « ravi de la confiance accordée par le ministère des Affaires francophones et de l’emphase qui est placée sur le développement économique ». 

Il explique que le financement leur permettra d’offrir deux cohortes d’incubation à des femmes entrepreneures : la première, dans la région d’Ottawa et la seconde, dans la région de Toronto, et d’offrir des cohortes d’accélération à des entreprises existantes et qui souhaitent se positionner sur d’autres marchés, en capitalisant sur leur différence francophone. 

La Société économique de l’Ontario (SEO) recevra, quant à elle, 100 000 $ pour le développement de modules d’apprentissage sur le démarrage d’entreprises pour les francophones, les nouveaux arrivants et les nouveaux agriculteurs.

Les 300 000 $ supplémentaires, par rapport à l’année dernière, serviront à promouvoir la francophonie ontarienne, en tant qu’atout économique à l’échelle nationale et internationale.

« Nous sommes déterminés à bâtir une francophonie forte au sein d’un Ontario prospère. (…) Le financement bonifié, qui est annoncé aujourd’hui, permettra d’encourager les entreprises en phase de démarrage et de favoriser les partenariats stratégiques, renforçant ainsi la communauté d’affaires francophone de l’Ontario », déclare dans un communiqué, la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.

Immigration francophone : « Ce n’est pas tout rose pour les nouveaux immigrants »

VANIER – À Ottawa se trouve une machine bien huilée : le Centre des services communautaires de Vanier. Véritable porte d’entrée pour les nouveaux arrivants francophones, le CSC Vanier offre une multitude de services et programmes à l’heure où être un nouvel arrivant n’est pas chose facile. 

« Les gens en ce moment s’inquiètent sur le logement, mais on reçoit aussi beaucoup de demandes sur les services de garde et les écoles de langues », explique Elyse Robertson, directrice des communications au CSC Vanier. 

« Ce n’est pas étonnant », renchérit-elle, « c’est même une des premières inquiétudes chez les nouveaux arrivants qui recherchent un emploi. »

« Il leur faut une garderie pour leurs enfants, avant de trouver un emploi, mais il faut aussi qu’ils parlent anglais. »

Une triste réalité, pense-t-elle. « Je suis curieuse de comment on voit ça de l’extérieur. Les gens sont surpris à quel point c’est une barrière à l’emploi. » 

D’après Mme Robertson, la langue économique d’Ottawa est l’anglais et d’ailleurs, apprendre l’anglais serait nécessaire pour survivre. « Je peux être la plus grande ambassadrice de la francophonie, mais la vérité, c’est que les personnes ont besoin de mettre de la nourriture sur la table. »

Les nouveaux arrivants sont, là aussi, surpris par la question du logement.

« La crise du logement se fait ressentir et beaucoup de gens viennent vers nous pour demander de l’aide. Pour les résidents de Vanier, les demandes à la banque alimentaire ont énormément augmenté », constate Elyse Robertson. 

« Beaucoup de ces familles-là sont des nouveaux arrivants. On a eu une vague d’Ukrainiens, puis des familles nombreuses avec parfois plus de sept enfants. »

La directrice des communications Elyse Robertson. Gracieuseté

Le CSC Vanier a aussi remarqué que plusieurs familles se rassemblent dans un même logement, « souvent trop petit pour toutes ces personnes ».

« On appelle ça du rooming house, c’était vraiment stigmatisé parce qu’habituellement les toxicomanes s’hébergent de la sorte, mais là, on voit ça pour trois familles sous la même adresse ».

Le Centre des services communautaires de Vanier redirige aussi les nouveaux arrivants qui ont des besoins, vers des partenaires adaptés, que ce soit pour de l’ameublement, des vêtements ou vers la banque alimentaire. 

Le CSC Vanier offre gratuitement ces services et programmes depuis les années 1980.

Avec une enveloppe budgétaire de près de neuf millions de dollars, l’organisme à but non lucratif s’est muni de plusieurs programmes reconnus par la communauté. 

Des programmes qui soutiennent l’immigration francophone

Le CSC Vanier couvre l’accueil et l’intégration des nouveaux immigrants francophones en leur fournissant les connaissances dont ils ont besoin pour s’installer durablement en Ontario français. 

  • Le Centre des services communautaires de Vanier possède une clinique juridique francophone qui est l’une des deux seules cliniques juridiques communautaires desservant exclusivement les francophones de l’Ontario.
  • Il offre aussi un carrefour de pédiatrie sociale où plusieurs professionnels du domaine de la santé, de l’action sociale, de l’éducation, du droit et autres s’impliquent pour aider les enfants vulnérables.

Pour l’intégration des immigrants francophones, l’organisme a mis en place des travailleurs d’établissement pour les familles. Hapsita Abakar est travailleuse d’établissement dans les écoles francophones d’Ottawa. Pour que les enfants nouvellement arrivés s’intègrent plus facilement, la jeune femme est régulièrement invitée sur les comités d’admission.

« Nous faisons une évaluation des besoins de la famille. Ils ont besoin d’un logement, d’un médecin de famille, de la carte santé, d’un permis de conduire et plein d’autres choses… »

En fonction des besoins, Mme Abakar trouve les organismes qui peuvent les aider. 

Au Centre des services communautaires de Vanier, plus d’une centaine de personnes accompagnent les nouveaux arrivants. Sur l’image, des travailleuses d’établissement et des avocats en droit de l’immigration. Gracieuseté

Sahar Hamdach affirme aussi qu’il y a un travail à faire auprès des familles et de l’école. Comme travailleuse d’établissement, elle explique aux familles comment fonctionne le système scolaire canadien qui est souvent très différent de celui de leur pays d’origine. Ces employés sont au nombre de 14 et naviguent entre les trois conseils scolaires de l’Est ontarien que sont le CECCE, le CEPEO et CSDCEO.

Pour aider les nouveaux étudiants dans leurs écoles, les travailleuses d’établissement ont formé des groupes d’alliés composés d’élèves du secondaire et plus récemment de l’élémentaire.

« Ce sont des jeunes qui viennent de l’immigration et qui peuvent guider et soutenir les nouveaux. »

D’après Mme Hamdach, ces groupes créent un « sentiment d’appartenance et un filet de sécurité ». 

Sahar Hamdach et son groupe d’alliés dans une école francophone d’Ottawa. Gracieuseté

Couvrir le bien-être des immigrants francophones 

Le programme HIPPY (Instruction à domicile pour parents d’enfants d’âge préscolaire) est un programme pour les mères vulnérables et isolées, souvent réfugiées ou immigrantes. 

Janvière Iratwibutse, qui travaille sur ce programme, organise des ateliers et activités avec les mères de famille nouvellement arrivées. « On va à la cabane à sucre, on va faire du patinage, pour sortir les femmes de l’isolement. Mais ce sont aussi les activités que les mères peuvent ensuite refaire avec leurs enfants », explique-t-elle.

Janvière Iratwibutse s’occupe de plusieurs programmes dont HIPPY et Experica 2.0 au sein du CSC Vanier. Gracieuseté

Ce programme a fait ses preuves, pense Mme Iratwibutse, « une grande partie de ce projet-là, c’est l’empowerment des femmes, donc des mamans ».

Enfin, le CSC Vanier offre un programme qui aide les nouveaux arrivants à avoir une expérience canadienne dans leur domaine d’expertise. Experica 2.0 permet d’occuper un emploi non rémunéré pendant 12 semaines afin d’acquérir de l’expérience. 

D’après Elyse Robertson, il y a beaucoup d’activités autour du réseautage, avec des employeurs ou avec personnes qui ont gradué du programme. 

« On ne place pas les gens pour les laisser. Notre but, c’est de leur trouver un emploi. On fait du coaching accéléré : on les prépare aux entretiens, on cherche un emploi sur toutes les plateformes. »

L’organisme constate qu’il y a une augmentation du nombre d’inscriptions dans leurs services. Les programmes semblent bien fonctionner et le Centre des services communautaires de Vanier compte aujourd’hui plus d’une centaine d’employés. Cependant, si les programmes fonctionnent si bien, c’est aussi la preuve que l’immigration francophone en Ontario vit toujours des défis, côté perspectives d’avenir en français.

Deux Franco-Ontariens gagnants aux Prix littéraires du Gouverneur général

OTTAWA – Le Conseil des arts du Canada a dévoilé ce mercredi les gagnants des Prix littéraires du Gouverneur général. Deux auteurs franco-ontariens sont couronnés. Il s’agit de Marie-Hélène Poitras pour son recueil de nouvelles Galumpf et de Philippe Bernier Arcand pour son essai Faux rebelles : les dérives du politiquement incorrect.

Marie-Hélène Poitras habite Montréal, mais est native d’Ottawa. Galumpf lui vaut le Prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie Romans et nouvelles. Jointe au téléphone, l’autrice se dit particulièrement fière, tout en restant humble.

« C’est un rêve secret pour beaucoup d’écrivains. Mais c’est un jury de pairs, ce sont des écrivains qui attribuent ce prix. Si ça avait été trois autres écrivains (que ceux sur le jury), ça aurait probablement été à une autre personne. Il y a tout un alignement des étoiles et j’en suis consciente. Mais quelle immense fierté, quelle joie! »

Marie-Hélène Poitras est née à Ottawa et a grandi dans la région d’Ottawa-Gatineau jusqu’à ses 11 ans. Gracieuseté C2C communications

Marie-Hélène Poitras témoigne aussi de son bonheur d’avoir gagné ce prix pour un recueil de nouvelles. « C’est un genre parfois un peu boudé par les lecteurs et les éditeurs, mais qui est vraiment dans l’ère du temps. Les nouvelles, ce sont des petits concentrés d’intensité. Ce sont des textes dans lesquels les auteurs peuvent se permettre de prendre des risques. » Elle souligne que c’est aussi un recueil de nouvelles qui a remporté le prix équivalent en anglais. Il s’agit de Chrysalis, de Anuja Varghese, une autrice d’Hamilton.

La nouvelle qui a donné son titre au recueil, Galumpf, raconte le moment où Marie-Hélène Poitras a pu revisiter sa maison d’enfance, à Aylmer, après que ceux qui avaient acheté la propriété soient allés la rencontrer au Salon du livre de l’Outaouais.

« Je me sentais comme une géante dans une maison de poupée. C’est vraiment une expérience de vie très particulière », explique l’écrivaine. Elle qualifie Galumpf de nouvelle fondatrice, puisqu’elle y revisite les premiers moments qui l’ont menée à l’amour de la littérature.

Galumpf comporte 11 nouvelles et un court essai, construit comme une nouvelle. Gracieuseté C2C communications

Selon la Franco-Ontarienne, grandir dans une société bilingue a posé la base d’une curiosité pour l’apprentissage des langues et la façon dont on peut jouer avec les mots. C’est aussi à Aylmer qu’elle a découvert son amour des chevaux, qu’on retrouve un peu partout dans son œuvre.

Ses deux passions se succèdent dans sa vie. « Il y a des périodes où j’ai plus accès à l’une qu’à l’autre. En ce moment, il pourrait y avoir plus de chevaux dans ma vie, mais l’écriture est très présente. »

Renverser les codes

Dans la catégorie Essais, c’est le Franco-Ottavien Philippe Bernier Arcand qui remporte le Prix littéraire du Gouverneur général cette année. Au micro d’ONFR, il s’est dit « agréablement surpris » de cette nouvelle.

« Quand on écrit un essai, évidemment, c’est pour partager sa réflexion, qu’on juge importante. Donc, ce que je trouve intéressant de ce prix-là, c’est qu’il risque de donner un second souffle à mon livre. »

Philippe Bernier Arcand est professeur à temps partiel à l’Université Saint-Paul et chroniqueur à l’Acadie Nouvelle. Faux rebelles est son quatrième essai. Gracieuseté C2C communications

Le professeur à temps partiel à l’Université Saint-Paul explique le constat qui a mené à Faux rebelles : les dérives du politiquement incorrect. « J’ai remarqué que des groupes à l’extrême droite reprenaient les codes de la rébellion (contre l’autorité, les puissants, les dominants) qu’on voyait, depuis la Deuxième Guerre mondiale, au sein des groupes de gauche. »

Par exemple, le mouvement hippie des années 1960 s’opposait à des institutions comme la famille, l’Église ou l’école. La rébellion réclamait alors plus de liberté pour les minorités.

« Et aujourd’hui, on voit des gens qui reprennent ces mêmes codes-là, mais qui vont plutôt s’opposer à ces combats-là. (…) Ils s’opposent toujours à une autorité, mais une autorité représentée par ce qu’ils appellent le politiquement correct, la bien-pensance, les donneurs de leçons. »

Et cette nouvelle autorité est plus difficile à saisir, selon Philippe Bernier Arcand. « C’est particulier de s’opposer au politiquement correct parce que personne, absolument personne, ne va se revendiquer du politiquement correct, parce que c’est connoté négativement. Autrement dit, on est en rébellion contre un ennemi imaginaire. On se bat contre des moulins à vent, mais c’est en revanche très efficace pour brouiller les pistes. »

Faux rebelles : les dérives du politiquement incorrect postule que des mouvements d’extrême droite se sont approprié les codes de la rébellion. Gracieuseté C2C communications

S’il est lui-même Franco-Ontarien, Philippe Bernier Arcand ne souhaite pas apposer d’étiquette sur son ouvrage, qu’il veut universel. Néanmoins, « il est indéniable que j’ai écrit mon livre à Ottawa. Je pense qu’on peut le deviner à travers les pages. » Il appuie entre autres ses propos sur le convoi de la liberté qui a secoué la capitale en 2022. Il donne aussi des exemples de ce qu’il qualifie « d’excès politiquement corrects », dénoncés avec raison, comme l’histoire d’un cours de yoga qui a dû être annulé à l’Université d’Ottawa pour éviter l’appropriation culturelle. « Cela part de bonnes intentions, mais est fait avec excès et dessert la cause. »

Au milieu de ces discours à l’opposé les uns des autres, Faux rebelles veut lancer un appel à la vigilance. Car les revendications paraissent « relativement bien, semblent relever du gros bon sens. Mais quand on gratte un petit peu, on se rend compte que c’est plutôt de l’intolérance. »

Philippe Bernier Arcand assure que son essai s’adresse à tous les types de lecteurs, car il invite à réfléchir sur un phénomène qui touche l’ensemble de la population. « Je ne prétends pas pouvoir expliquer notre société. Je fais simplement une observation et cette observation, en revanche, j’essaie de l’expliquer. »

Les gagnants des Prix littéraires du Gouverneur général empochent 25 000 $ chacun. Les maisons d’édition Alto (Galumpf) et Poètes de brousse (Faux rebelles) se voient octroyer un montant de 3000 $. En tant que finalistes, plusieurs autres Franco-Ontariens ont remporté 1000 $ chacun.

Premier Mois du patrimoine libanais : la diaspora entre fierté et peine

ONTARIO – C’est ce mois-ci qu’est célébré, pour la première fois, le patrimoine libanais partout au pays. En pleine Semaine nationale de l’immigration francophone (SNIF), la diaspora franco-libanaise dit vouloir afficher fièrement son héritage même si le contexte politique au Moyen-Orient et ses impacts au Canada viennent entacher les festivités.

Le Mois du patrimoine libanais était attendu depuis longtemps par les quelque 210 000 personnes d’ascendance libanaise du pays, dont près de 81 000 vivent en Ontario.

Ibrahim Ajouz gère un groupe Facebook de Libanais de Toronto, comme beaucoup il se dit fier de voir la reconnaissance du pays : « Je suis très content que maintenant la communauté libanaise ait un mois spécifique où on peut célébrer notre héritage, notre culture. »

Approuvé à l’unanimité par le Parlement du Canada, le projet de loi S-246, visant à reconnaître ce mois, a reçu la sanction royale pour devenir loi le 26 juin dernier. La députée fédérale Lena Metlege Diab est celle qui a poussé la proposition de cette motion, avec la ministre de la Diversité, de l’Inclusion et des Personnes en situation de handicap, Kamal Khera.

Mme Metlege Diab ira à des événements organisés à l’occasion du mois en Nouvelle-Écosse où vit une partie de la communauté. Source : Parti libéral du Canada

Un lever de drapeau sera organisé pour la première fois de l’histoire au Parlement d’Ottawa le 22 novembre prochain, coïncidant ainsi avec la fête de l’indépendance du pays. Du côté de la province, le mois existe depuis 2017 avec, notamment, un lever de drapeau à Queen’s Park.

« Quand, collectivement, nous choisissons de célébrer un mois voué au patrimoine d’un peuple, nous aidons les communautés à se sentir encore plus chez elles au Canada », avaient déclaré les élues au début du mois dans une déclaration commune.

Le premier ministre avait lui-même invité la population à en apprendre davantage sur le pays dans son message officiel : « Que ce soit par le partage de la cuisine nationale libanaise, par les célébrations où la musique et la danse traditionnelles sont à l’honneur, ou par leur influence dans les domaines des sciences et de la médecine, les Canadiens d’origine libanaise contribuent à faire du Canada le pays que nous aimons. »

Si la cuisine libanaise en est un des points d’intérêt, pour Elissa Kabboush « le Liban c’est bien plus que le houmous ». L’étudiante à l’Université d’Ottawa, arrivée en 2018, ajoute que son pays d’origine « c’est des traditions, du multiculturalisme, un exemple de tolérance. »

De mêmes valeurs multiculturelles

Selon le consul honoraire du Liban à Toronto, Grégoire Bostajian, la présence libanaise mérite d’être enfin célébrée, car elle contribue à l’essence du pays depuis plus d’un siècle : « Les Libanais sont au Canada depuis 140 ans, on était là avant même le Titanic. »

M. Bostajian considère le bilinguisme des Libanais de l’Ontario comme une force pour le Canada. Gracieuseté

Ce à quoi la députée Metlege Diab ajoute que des Libanais ayant perdu la vie lors du fameux naufrage sont enterrés à Halifax, en Nouvelle-Écosse.

Les premiers immigrants libanais étaient alors majoritairement des chrétiens cherchant à fuir l’Empire ottoman. Plus récemment, ce sont près d’un million de personnes qui se sont déplacées vers le Canada pour échapper à la guerre civile du Liban qui a duré 15 ans avant de prendre fin en 1990.

À Sault Ste. Marie, Blind River ou encore Elliot Lake, dans le Nord, réside une dizaine de familles de seconde ou troisième génération.

« En tant que médecin chirurgien, la ville de Sault Ste. Marie nous a très bien accueillis », raconte le docteur Nadim Haidar. Installé dans la ville avec sa famille depuis un peu plus de 13 ans, il explique que l’intégration dans le Canada, pays où le multiculturalisme est célébré, est facilitée par le fait que le Liban accueille lui aussi une diversité de religions et langues. « Les Libanais sont au moins trilingues, donc je fais mes consultations en français ou en anglais, ce que beaucoup de francophones apprécient », lance-t-il.

Le Liban compte une importante population bilingue dont la plupart habitent au Québec, plus spécifiquement à Montréal. Hors Québec, le pays arrive en 8e position des pays d’origine des nouveaux résidents permanents d’expression française, selon des données de Statistique Canada de 2022, soit juste après la République démocratique du Congo et la Tunisie, entre autres, et juste avant Haïti.

Le conflit au Moyen-Orient, l’ombre au tableau

Si tous se réjouissent de voir cette reconnaissance, les cœurs sont lourds pour de nombreux Libanais qui suivent de très près la situation au Moyen-Orient, faisant craindre une escalade du conflit au Liban voisin.

« Vraiment nos cœurs et nos prières sont avec toutes les personnes au Moyen-Orient, c’est une catastrophe », se désole M. Bostajian.

« Ce n’est pas facile ces dernières semaines, on voudrait la paix, on pleure beaucoup », lance de son côté avec un trémolo dans la voix la députée Metlege Diab.

M. Ajjouz a lui aussi des inquiétudes par rapport à la situation. Gracieuseté

Néanmoins, tous les deux s’accordent pour dire qu’il n’y a pas de mal à vouloir se rassembler et être fiers de son héritage en ce mois spécial pour la communauté : « C’est important qu’on célèbre, on n’a pas besoin de danser ou chanter, mais ce mois ça nous donne de l’espoir. »

Mme Kabboush estime, de son côté, être très chanceuse d’être au Canada, particulièrement en ce moment : « On réalise tous les jours combien on est choyé de vivre dans un pays où on se sent en sécurité, peu importe nos croyances ou nos origines. »

Des activités prévues pour la SNIF cette année ont, notamment, dû être annulées dans le Nord en raison des impacts du conflit sur la communauté.

Un comité francophone pourrait voir le jour à la Ville de Kingston

KINGSTON – Fruit de longues conversations avec la communauté, l’Association canadienne-française de l’Ontario à Kingston (ACFO Mille-Îles), et plusieurs acteurs de la communauté francophone, comme l’enseignant Maxime Grégoire, ont proposé au conseil municipal de créer un comité francophone au sein de l’appareil municipal. 

La Ville de Kingston a mené une consultation en ligne auprès des francophones cet été. De nombreux citoyens y ont participé, répondant à la question : « Quelles suggestions feriez-vous pour améliorer les programmes, les services et/ou les établissements municipaux pour la communauté francophone? »

Par exemple, les habitants de Kingston ont demandé à ce que la municipalité offre des leçons de natation ou d’autres activités en français, puisqu’il n’y a pas d’activités parascolaires en français. 

Il est demandé de soutenir la mise sur pied d’un « centre multiservice pour la population tel qu’une maison de la francophonie de Kingston ».

« Augmenter la présence de livres francophones dans les bibliothèques », ou encore, « plus de services de garde en français ».

Laurianne Montpetit, directrice générale de l’ACFO de Kingston. Gracieuseté

« La ville devrait offrir aux employés la possibilité de suivre des cours en français gratuitement pendant les heures de travail pour augmenter le nombre d’employés bilingues », pouvions-nous lire. 

« Identifier et utiliser le personnel bilingue pour servir les citoyens francophones », ou encore, « une salutation bilingue telle que : Hello, Bonjour ».

Un comité francophone pour un développement durable 

En rencontre avec ONFR, l’ACFOMI et le Réseau de soutien à l’immigration francophone de l’Est de l’Ontario (RSIFEO) ont expliqué comment leurs démarches ont interpellé la municipalité. Le but étant de savoir quel type de services en français les citoyens verraient arriver dans leur ville, mais aussi quelle priorité avoir. 

Maxime Grégoire (à gauche) et Laurianne Montpetit (à droite) ont présenté en juin dernier le projet de comité francophone devant le conseil municipal. Capture d’écran/ONFR

« L’intérêt est là », affirme Laurianne Montpetit, directrice générale de l’ACFOMI. 

Latré Lawson, agente de projet pour le RSIFEO à Kingston, rappelle qu’en 2021, par le biais de l’ACFOMI, les organismes avaient créé un sondage qui révélait que, « les immigrants francophones faisaient face à plusieurs enjeux ».

Pour Mme Lawson, « il y a le défi de la langue, parce que Kingston, c’est une zone majoritairement anglophone, donc un défi d’emplois ».

« Il y a un problème de logement et il semblerait de discrimination. Nous avons donc choisi d’adresser ces questions avec le maire de Kingston sous forme de rencontres. »

Au dernier rendez-vous, non seulement le maire, mais aussi le député provincial Ted Hsu s’étaient déplacés. Maxime Grégoire, enseignant à l’École secondaire catholique Sainte-Marie-Rivier, voulait alors que les francophones aient un poids politique au niveau municipal. 

Maxime Grégoire, enseignant à l’École Secondaire Catholique Sainte-Marie-Rivier. Il est derrière l’initiative de la demande pour un comité francophone. Gracieuseté

« J’avais en tête qu’il fallait être plus présent, donc c’est comme ça que j’ai eu l’idée d’un comité. »

Laurianne Montpetit souligne l’importance d’avoir ce comité, « il faut forcer la consultation », pense-t-elle. « On ne consulte pas les francophones sur leurs besoins. »

« S’il y avait un comité francophone, on aurait des gens déjà impliqués, il y aurait déjà une structure, un canal de communication constant pour partager les besoins de la communauté, les inquiétudes de la communauté et pour qu’à l’inverse, la Ville puisse avoir un standing board. »

Les cafés du maire et des discussions communautaires

La Ville de Kingston compte plus 4000 francophones, soit 3,1 % de la population, selon le dernier recensement de Statistiques Canada. 

« Dans ces réunions avec la communauté francophone, il y a beaucoup d’idées, mais aussi des inquiétudes », constate Bryan Paterson, le maire de Kingston. 

Dans ces discussions communautaires avec la population francophone, l’édile qui avoue y pratiquer son français, révèle que la teneur des discussions se penche sur « des dossiers comme le logement, particulièrement pour les francophones, les défis avec la santé et les services de santé en français », énumère-t-il. 

« Je comprends bien tout ça, c’est un grave problème pour beaucoup de francophones. On recherche des médecins bilingues et comment les faire venir à Kingston. »

Même si la santé est une compétence provinciale, M. Paterson croit que la Ville peut aider. Des fonds municipaux ont d’ailleurs été alloués afin d’inciter des médecins bilingues à s’installer dans la région. « Est-ce qu’il y a quelque chose que nous pouvons faire de plus avec la santé? », se demande-t-il. 

Ce francophile est d’accord, « il faut un comité ou un groupe de travail pour améliorer les services en français ».

La maire de Kingston, Bryan Paterson est un francophile. Il souhaite voir un comité francophone ou un groupe de travail pour soutenir l’avenir du Français dans sa municipalité. Crédit image : Ville de Kingston

D’après ses dires, il y a eu une motion au conseil municipal, en juin dernier, à propos de ce projet de comité francophone, et « tous les membres du conseil municipal ont été d’accord avec la vision proposée, les idées et comprennent les défis de la communauté francophone ».

« Ma porte est ouverte », affirme M. Paterson, « c’est très important à mon avis d’encourager et de fournir des espaces pour ces discussions et ces conversations ».

Plusieurs éléments que la Ville pourrait mettre en place 

Lors d’une première consultation de la Ville avec des partenaires communautaires et les écoles, de nombreuses idées ont été soulevées par les participants. 

Lauriane Montpetit indique à ce titre qu’une centaine de notes ont été partagées avec la municipalité.

« Je pense qu’ils ont réalisé qu’il y avait beaucoup d’éléments sur lesquels ils pouvaient avoir un impact, et qu’ils n’avaient pas réalisés », pense-t-elle. 

« La communauté veut des cours de natation bilingues, mais aussi les messages d’urgence de la ville en français. Le personnel du 911 ne peut pas prendre les appels en français, nous aimerions que le site web de l’Hôtel de Ville soit en français. » 

« Les ambulances, c’est par chance », ajoute-t-elle. 

« Mais on voudrait minimiser le « par chance » », renchérit Maxime Grégoire. 

L’autre chose, c’est l’embauche et la rétention des francophones. La directrice générale raconte qu’il est déjà arrivé à Kingston qu’une infirmière francophone ne puisse pas travailler, car elle ne parle pas anglais. « Il y a un manque de personnel francophone, qui peut servir les francophones, mais ne peut pas être engagé parce qu’ils ne parlent pas anglais. »

« Pourtant, l’inverse ne se produit pas, un anglophone n’a pas à parler français », critique-t-elle. 

Latré Lawson, agente de projet à Kingtson pour le Réseau de soutien à l’immigration francophone de l’Est de l’Ontario. Gracieuseté

Pour Latré Lawson, ce cas de figure existe même dans des emplois qui ne nécessitent même pas de contact à la personne, « nous avions eu le cas d’une personne qui voulait simplement faire du ménage et cela a été refusé, car elle ne parlait pas anglais ».

« On veut attirer des gens en leur vendant du rêve », ajoute l’experte en immigration. 

« Parlant d’attraction », réagit Mme Montpetit, « la Ville a une stratégie d’attraction de francophones dans les domaines de la santé. Un de leurs défis, présentement, c’est lorsque les gens demandent : « Mais mon conjoint, ma conjointe, est-ce qu’elle peut travailler en français? Est-ce que mes enfants peuvent vivre en français? » 

« Bien sûr, les enfants peuvent aller à l’école » répond-elle, « mais après ça, il n’y a pas d’activité sociale. Il n’y a pas d’activité parascolaire en français. Il n’y a pas de camp d’été en français. Tout le reste de la vie familiale va se faire en anglais. »

Le SENS Café à Kingston affiche l’usage du français. Une attention que les francophones apprécient selon la propriétaire du café. C’est là-bas que se réunissent le maire et les francophones pour les discussions communautaires. Crédit image : Lila Mouch

« L’Hôtel de Ville tente de promouvoir le tourisme auprès des Québécois, mais quand les Québécois arrivent à Kingston, hé bien, nous n’avons pas les services pour eux. »

Pour l’ACFOMI, les besoins immédiats de la population militaire de Kingston sont aussi à prendre en compte. 

La base militaire est bilingue et le personnel qui y est envoyé « n’est pas toujours conscient qu’il y a des écoles francophones et ils mettent leurs enfants dans une école anglophone ». 

D’après Mme Montpetit, cette population qui est en transition et surtout les francophones ont besoin de services accessibles rapidement. La directrice voit aussi là un intérêt pour le comité francophone, puisque ces familles s’impliquent pour faire avancer des dossiers, mais lorsqu’ils partent, « on recommence à zéro ». Le comité francophone à la Ville de Kingston pourrait donc être utile, à l’avenir, pour la pérennité des projets.

Dyane Adam nommée à l’Ordre de l’Ontario

TORONTO – La première femme franco-ontarienne à occuper le poste de commissaire aux langues officielles fait partie de la liste des 26 nouvelles nominations à l’Ordre de l’Ontario pour l’année 2022.

Dyane Adam recevra le 27 novembre prochain la plus haute distinction civile de la province de l’Ontario. La nouvelle a été annoncée ce lundi 6 novembre par l’honorable Elizabeth Dowdeswell, lieutenante-gouverneure de l’Ontario et présidente honoraire de l’Ordre de l’Ontario qui a dévoilé les 26 noms qui rejoindront l’Ordre pour l’année 2022. 

Fervente défenseuse de la langue française en Ontario, Dyane Adam avait notamment été à l’origine du rapport qui a servi au gouvernement pour légiférer sur la création de l’Université de l’Ontario français à Toronto, lorsqu’elle était commissaire aux langues officielles en 2018. Elle a par la suite été présidente du Conseil de gouvernance de l’Université jusqu’en 2022. Elle a quitté ses fonctions en juin dernier avec le sentiment du devoir accompli.

« Son leadership audacieux et sa détermination lui ont permis de relever des défis extraordinaires », souligne l’Ordre. 

Plus tôt dans sa carrière, elle avait déjà cotoyé le milieu universitaire à travers son poste de vice-rectrice adjointe à l’Université Laurentienne de Sudbury et celui de principale du Collège Glendon de l’Université York, à Toronto.

Deux autres francophones dans la liste

Parmi les 26 nommés, on peut noter la présence de deux autres francophones : Dr Mohamed Lachemi et Christine Nesbitt. 

Le premier cité est actuellement le recteur et le vice-chancelier de l’Université métropolitaine de Toronto (anciennement Ryerson). Il a grandement contribué à la croissance de l’établissement tout en développant de nouveaux modèles d’enseignement pour encourager les étudiants à s’engager dans leur communauté et favoriser l’entrepreneuriat. 

« Il illustre à merveille les valeurs qui ont fait de lui un leader aussi respecté : l’esprit d’initiative, l’empathie, la résilience et la détermination à tirer le meilleur parti de chaque occasion », indique l’Odre. 

La seconde, Christine Nesbitt, est une championne de patinage de vitesse possédant un palmarès impressionnant sur la scène internationale où elle a représenté le Canada avec brio. Médaillée d’or et d’argent aux Jeux olympiques, elle a également remporté huit fois les Championnats du monde. Des performances exceptionnelles qui lui ont valu d’être désignée athlète féminine canadienne de l’année trois fois de suite. 

Créé en 1986, l’Ordre de l’Ontario a, à ce jour, nommé plus de 800 personnes pour leur apport extraordinaire à la province. 

Fin de la grève pour les employés de TVO

TORONTO – Après 11 semaines de grève, les employés de TVO du syndicat de la Guilde canadienne des médias (GCM) ont accepté la dernière offre de la direction du diffuseur public d’une augmentation salariale de 7,7 % sur trois ans et retournent au travail dès ce lundi 6 novembre.  

Les 74 employés de TVO/GCM, comprenant des journalistes de TVO.org, des producteurs de contenu d’apprentissage numérique pour TVO Learn et producteurs de The Agenda avec Steve Paikin, en grève depuis le 21 août dernier, demandaient une augmentation des salaires de 13 % sur trois ans avec 2 500 $ par employé dont le salaire avait été plafonné par la Loi 124.

Après avoir rejeté une offre de TVO de 7,5 % sur trois ans, début octobre, les employés avaient alors demandé au gouvernement d’offrir un arbitrage exécutoire pour trancher et mettre fin à la situation, sans succès.

Ce dimanche, le groupe média a annoncé via un communiqué de presse que « ses employés représentés par la Guilde canadienne des médias (GCM) retourneront au travail le lundi 6 novembre après avoir voté cette fin de semaine pour accepter l’offre de TVO dans le cadre de la négociation d’une nouvelle convention collective ».

Les détails de l’offre comprennent notamment une augmentation salariale de 7,7 % sur trois ans : 3 % la première année, 2,75 % la seconde, et enfin 1,75 % la dernière année.

Les augmentations étant rétroactives du 28 octobre 2022, date d’expiration de la dernière convention collective, les salariés GCM bénéficieront d’une augmentation immédiate de 5,8 %, correspondant aux 3 % et 2,75 % des deux premières années.

Les acquis de l’offre comprennent également des forfaits de départ volontaire pour tout membre couvert par la convention collective, des protections empêchant le recours à des contrats pour remplacer des travailleurs permanents et temporaires, une voie permettant aux membres de passer d’une classification à une autre, ou encore un budget de formation annuel de 500 $ par employé.

« Un meilleur endroit où travailler à l’avenir »

« La grève de TVO/GCM est terminée. C’était la deuxième chose la plus difficile que j’ai eu à faire dans ma vie. Même si nous n’avons pas obtenu les augmentations salariales que nous espérions, je suis incroyablement fière de tout ce que nous avons accompli et je pense que TVO sera fondamentalement un meilleur endroit où travailler à l’avenir », a exprimé sur son compte X la présidente du syndicat GCM de TVO et productrice de The Agenda Meredith Martin.

« Même si nous reconnaissons que ce n’est pas ce que nous espérions, tous les membres de l’équipe de négociation estiment que c’est le mieux que nous puissions obtenir à ce moment précis », confie-t-elle plus tard à ONFR.

« Il est important de se rappeler qu’au début de ce combat, TVO exigeait que nous signions une renonciation qui abandonnerait le droit à un emploi permanent (et ses avantages) à tout nouvel employé, à perpétuité », explique M. Martin qui rappelle que l’offre salariale sur trois ans au début de la grève était de 2,5 %, puis 2,5 % et 1,75 %.

D’ajouter que « les plans de rachat volontaire, qui ont une valeur monétaire élevée, ne sont pas souvent accordés et n’auraient pas été obtenus si nous n’avions pas continué la grève. De plus, le budget de formation de 500 $ par employé est une reconnaissance du travail acharné que nous avons tous accompli au cours des quatre dernières semaines depuis que nous avons rejeté « l’offre finale » de TVO ».

La présidente du TVO/GCM conclut ainsi que « pour ce qui concerne l’avenir de l’organisation, même si nous n’avons pas obtenu tout ce que nous souhaitions en termes de compensation financière, je pense que le lieu de travail sera considérablement plus sain. Et j’ai beaucoup d’espoir pour l’avenir du côté éducation de l’organisation ».


Taxe carbone : Poilievre et les conservateurs à l’offensive dans le Nord de l’Ontario

Les troupes de Pierre Poilievre sont en mode attaque dans le Nord de l’Ontario. Ils ciblent les députés libéraux de la région, les poussant à voter en faveur de l’abolition de la taxe carbone, lors d’une motion mise aux voix aujourd’hui au Parlement.

« Pourquoi les députés libéraux à Thunder Bay, North Bay, Sudbury, Sault-Sainte-Marie et d’autres communautés où il fait un froid glacial ne bénéficient pas de la même pause (sur la taxe carbone)? Est-ce parce que leur député libéral local est complètement inutile? », a questionné le chef conservateur au Parlement la semaine dernière.

Les députés se prononceront cet après-midi sur une motion du chef conservateur, qui vise à abolir la taxe carbone pour l’ensemble des Canadiens. Le NPD a déjà affirmé qu’il appuierait cette motion. Il y a deux semaines, le premier ministre a annoncé que les libéraux suspendaient la taxe carbone jusqu’en 2027 sur le chauffage au mazout partout au pays, un type de source d’énergie de chauffage particulièrement utilisé dans les provinces de l’Atlantique. Cette annonce lui a valu des critiques en provenance des premiers ministres conservateurs des provinces, comme Doug Ford en Ontario. Ils demandent eux aussi une telle exemption, ce qu’a rejeté Justin Trudeau, affirmant qu’il n’y aurait « absolument aucune autre exclusion ».

« Le mazout domestique coûte plus cher que les autres formes de chauffage, et il est utilisé de manière disproportionnée par les Canadiens à faible revenu dans les zones rurales du pays, qui ont besoin de plus de soutien », a-t-il justifié mercredi dernier.

L’ex-chef et actuel leader à la Chambre des communes pour les conservateurs était à Sudbury il y a quelques jours. Andrew Scheer en a profité pour scander le message de son parti visant à abolir cette taxe devant le bureau de la députée libérale Vivianne Lapointe. Cette dernière a le choix de voter avec les conservateurs ou de « voter avec le premier ministre pour diviser et punir les Canadiens », lui a-t-il reproché lors de sa visite dans la ville du nickel.

« Avant de venir à Sudbury, il devrait d’abord faire ses devoirs », lui a répondu Vivianne Lapointe, rappelant que l’exemption du gouvernement Trudeau s’appliquait aussi au Nord ontarien.

« Sudbury ne mérite pas les politiciens conservateurs, en particulier un politicien raté de la Saskatchewan, qui se présente pendant une semaine de travail parlementaire, avec l’argent de vos impôts, pour vendre Sudbury à la campagne électorale de Poilievre », a-t-elle dénoncé dans une déclaration écrite.

Vivianne Lapointe, la députée de Sudbury, n’a pas apprécié la visite du conservateur Andrew Scheer dans son comté. Archives ONFR

L’opposition conservatrice n’a pas non plus épargné la ministre et députée de Thunder Bay-Supérieur-Nord, Patty Hajdu, ainsi que ses collègues Terry Sheehan (Sault-Saint-Marie) et Anthony Rota (North Bay). Des députés conservateurs ont visité les circonscriptions de ces députés dans les derniers jours faisant des sorties médiatiques auprès de médias locaux pour demander l’abolition de la taxe carbone.

Dans plusieurs messages sur les réseaux sociaux au cours des derniers jours, Pierre Poilievre en appelle aux citoyens de North Bay, Thunder Bay et Sault-Sainte-Marie de contacter leurs députés libéraux locaux pour leur demander d’abolir la taxe carbone et d’appuyer sa motion visant cet objectif.

Il demande au premier ministre de laisser ses députés avoir un vote libre, car leurs citoyens « s’inquiètent également de ne pas pouvoir se chauffer ».

Doug Ford veut aussi une exemption

Vendredi, le premier ministre ontarien a envoyé une lettre au caucus fédéral libéral de l’Ontario, lui demandant d’agir. Il a plaidé sa cause en faisant référence à un commentaire de la ministre du Développement économique rural Guide Hutchings, qui affirmait sur les ondes de CTV que les Prairies devraient élire davantage de libéraux si elles désiraient que leurs voix soient entendues sur la tarification du carbone.

« Alors que près de la moitié des membres du caucus libéral viennent de l’Ontario, il est temps pour vous de faire la même chose que vos collègues de l’Atlantique et de défendre les familles pour lesquelles vous avez été élus. Je vous exhorte à supprimer la taxe sur le carbone sur le gaz naturel pour le chauffage domestique en Ontario et partout au Canada. »

En Ontario, le gaz naturel est la principale source d’énergie de chauffage avec près de 3,5 millions de ménages qui en dépendent, tandis que le mazout de chauffage est utilisé par quelques centaines de milliers de ménages.

Mobilisation « phénoménale » pour sauver la fromagerie Thornloe

THORNLOE – Quelques jours après l’annonce choc de la fermeture de la fromagerie Thornloe, un comité citoyen a été mis sur pied au cours de la fin de semaine afin de tenter de sauver ce fleuron du Nord en activité depuis 1940. Une page Facebook créée samedi pour la mobilisation a généré beaucoup de réactions en ligne dans la communauté.

Intitulée Save Thornloe Cheese (Sauvons la fromagerie Thornloe), la page Facebook a réuni en 48 heures plus de 7300 membres et 2 600 j’aime, générant beaucoup de réactions de la part d’internautes émus de la fermeture soudaine de la fromagerie.

Le comité citoyen responsable de la page est composé de six fermiers laitiers du Nord, Anna Regele, Dominic Léveillé, Robin Flewwelling, Josh Jackson, Sam Loranger et Darren Jibb.

Dominic Léveillé, propriétaire de la ferme Léveillé et fils LTD, n’a pas hésité à se mobiliser : « On s’est dit qu’on ne peut pas laisser ça tomber parce qu’une fois que tu perds ta fromagerie, c’est quasiment impossible que ça recommence parce que les fromageries ont un quota. »

Un des produits de la fromagerie, Devil’s Rock, fut sélectionné par les Producteurs laitiers du Canada pour célébrer le 150e anniversaire de la Confédération en 2017. Source : Page Facebook Sauvons la fromagerie Thornloe

Déferlement de réactions

« Nous allons avoir besoin du soutien de toute la communauté pour nous assurer que nous sommes en mesure de lutter contre cela! », écrivait le comité dans sa première publication.

Et la réponse du public ne s’est pas fait attendre, car plusieurs centaines de commentaires ont déferlé sur la page dans les heures qui ont suivi.

Parmi les nombreuses personnes ayant réagi sur la page, Hélène Côté de Hearst a contacté la compagnie à laquelle appartient la fromagerie pour lui témoigner de son désarroi devant la nouvelle : « Le fromage Thornloe occupe une place spéciale dans le cœur de nombreux habitants du Nord. Ses produits uniques, en particulier le fromage en grains, sont devenus une partie chérie de notre culture et un symbole de la résilience de la communauté. »

Paul Baril, originaire de Thornloe, a lui aussi tenu à exprimer sa déception : « Fermer ce magasin et cette fromagerie est une preuve que les multinationales n’ont pas à cœur les communautés du Nord. »

Un appel au boycottage des produits de la coopérative Gay Lea Foods, basée à Missisauga et à laquelle appartient la ferme, a aussi été lancé par de nombreux internautes.

Dominic Léveillé se dit extrêmement surpris de l’implication de la communauté : « On est juste quelques fermiers. On n’est pas des personnalités publiques, mais c’est incroyable, ce que le partage et la communauté peuvent faire, c’est phénoménal. »

Dominic Léveillé a cru à une mauvaise blague quand on lui a annoncé la fermeture de la fromagerie. Gracieuseté

Une décision inattendue

La raison évoquée pour la fermeture serait des coûts trop élevés pour moderniser les équipements estimés à près de 10 millions de dollars.

Au final, plus d’une trentaine d’employés perdent leur emploi, sans compter les emplois liés à l’entretien, la machinerie et les autres secteurs alentour. Ceux-ci auraient reçu une indemnité de départ conséquente, selon les informations recueillies par le comité, après avoir appris leur licenciement sur l’affiche de la porte de la ferme.

« Les employés sont arrivés le matin pour travailler puis ils ont eu pas mal bêtes en voyant l’affiche », raconte M. Léveillé.

Un message unilingue et sans équivoque était affiché sur la devanture de la fromagerie lundi matin où sont transformés près de 30 000 litres de lait par jour. Gracieuseté

 « C’est un choc pour la collectivité », a déclaré de son côté le député de Timiskaming-Cochrane et porte-parole de l’opposition en matière d’agriculture, alimentation et affaires rurales à Queen’s Park, John Vanthof.

De la même manière, les actionnaires de la coopérative avaient eux aussi découvert que la nouvelle fut rendue publique par une publication Facebook du député, selon M. Léveillé.

M. Vanthof, lui-même un ancien producteur laitier, s’est dit très déçu de la décision soudaine et définitive de la coopérative. Il a affirmé compter continuer à parler aux parties prenantes afin de trouver une solution alternative : « J’ai parlé au PDG de l’entreprise et je parlerai à d’autres intervenants au cours des prochains jours pour voir ce qui peut être fait. »

« Le quota laitier doit rester dans notre région », a laissé savoir quant à lui Charlie Angus, député de Timmins-Baie James.

Le député du Nord, Charlie Angus, a indiqué avoir l’intention de discuter avec les différents acteurs impliqués dans le dossier. Source : Page Facebook de Charlie Angus

Des quotas pour le Sud ?

Ce n’est pas la première fois que la question de la fermeture de la fromagerie se pose. En 2006, John Vanthof avait participé au sauvetage de la fromagerie lorsque la multinationale Parmalat souhaitait la fermer. L’idée était à l’époque de transférer les quotas de la production de lait vers ses usines situées dans le Sud.

La fromagerie avait été achetée par Gencor en 2007, pour être finalement vendue à Gay Lea Foods en 2019. Cet achat avait été bien reçu, car il s’agissait d’une coopérative, d’où l’incompréhension devant la situation actuelle selon Dominic Léveillé : « Une coopérative, ça a des valeurs, dans la communauté, pour leurs employés puis ils n’ont aucunement respecté tout ça. »

Aujourd’hui, le scénario semble se répéter selon de nombreux internautes qui regrettent que les revenus soient récupérés par le Sud au détriment du Nord. « Ce qui nous frustre le plus c’est qu’ils essaient de garder ça secret pour ne pas que ça nuise trop à leur image, parce qu’ils veulent juste emmener le dans le sud », juge M. Léveillé qui ajoute que le montant avancé pour les réparations est volontairement exagéré.

« Il n’y a aucune raison qu’un business qui fait 14 millions de dollars par année ferme »
— Dominic Léveillé, fermier

« Je n’ai jamais été le seul client, il y en avait toujours au moins trois ou quatre dans la boutique », affirme une publication du comité.

Selon lui, beaucoup de fonds supplémentaires seraient accessibles tels que la Société de gestion du Fonds du patrimoine du Nord de L’Ontario : « Il n’y a aucune raison qu’un business qui fait 14 millions de dollars par année ferme. »

Deux scénarios seraient possibles pour la suite d’après le fermier franco-ontarien : une marche arrière de la coopérative ou la revente des quotas à un autre investisseur. Encore faut-il que le prix proposé soit délibérément raisonnable, et ne pas être une excuse pour transférer ces quotas vers une de leurs usines du sud, conclut-il.

M. Léveillé a indiqué qu’une pétition en ligne serait bientôt disponible et que des rencontres avec des acteurs politiques et économiques sont prévues dans les prochaines semaines. En attendant, le comité invite le public à envoyer des courriels à la coopérative pour lui signifier leur mécontentement. Des pamphlets à signer sont également disposés dans des commerces de la région.

Max Turmel : un soutien sans faille pour la jeunesse queer et francophone

[LA RENCONTRE D’ONFR]

OTTAWA – Aujourd’hui dans l’Ouest canadien, Max Turmel reste impliquée auprès de la communauté LGBTQ+ et francophone. Récipiendaire de plusieurs prix pour son leadership et son engagement, il a proposé et a mis en place plusieurs projets au sein de son ancien conseil scolaire, le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE). Il s’est aussi démarquée en proposant un nouveau code vestimentaire dans son école et en faisant avancer le dossier sur les salles de bain non binaires.

« Vous avez été récipiendaire du prix jeunesse durant les Prix Bernard Grandmaître cette année, quelles ont été vos réalisations pour en arriver là? 

Je ne sais pas trop, c’est vrai que je me suis impliquée comme élève conseillère au RECFO, le Regroupement des élèves conseiller et conseillères francophones de l’Ontario. Je suis devenue présidente en 2022 – 2023.

J’ai fait avancer quelques projets, par exemple la mise en place du drapeau progressif au lieu de celui arc-en-ciel. Je faisais partie du comité diversité queer et du comité d’éducation inclusive au conseil de mon école. J’aidais à planifier les événements, à organiser des panels, des discussions, portant sur l’expérience queer etc.

On avait aussi un projet de salles de bains non genrées dans toutes les écoles du CECCE. C’était vraiment un projet pour toutes les écoles de notre conseil parce que c’est un sujet dont on avait parlé à la table politique. Ça n’a pas non plus été hyper abordé parce que je peux comprendre que quand les gens ne viennent pas de cette communauté, ils n’ont pas l’expérience de la non-binarité. 

J’ai discuté avec certains élèves à travers les écoles pour voir lesquelles avaient des salles de bains non genrées et celles qui n’en avaient pas. Même si ce n’est pas encore en place, je sais que ce projet est toujours en cours.

Pour moi c’était important de pousser ce projet davantage et de représenter la voix des jeunes queers à l’école secondaire.

Max Turmel est récipiendaire du Prix Jeunesse de l’année, lors des récompenses des Prix Bernard Grandmaître, organisés par l’ACFO Ottawa. Crédit image : Stéphane Bédard

Depuis cette année je suis en Colombie-Britannique à l’université et je me suis engagée dans le Conseil francophone jeunesse de la Colombie-Britannique. C’est un peu comme la FESFO.

En quittant Ottawa, c’était important pour vous de ne pas lâcher les combats pour les minorités francophones? 

Mais complètement. Et c’est une situation qui est amplement différente. Ça vient avec des défis différents, c’est encore un autre niveau, encore plus minoritaire.

Vous avez aussi été à l’origine du nouveau code vestimentaire dans les écoles du CECCE, après le « blitz » de l’école secondaire catholique Béatrice-Desloges à Orléans?

Oui, j’étais élève dans cette école au moment de cet évènement. C’est le plus grand dossier auquel j’ai participé. Il y a eu de grandes tensions dans notre école les jours suivant la protestation et aussi même avant. Les gens étaient prêts à exploser concernant ce sujet. Il y avait beaucoup de colère dans les couloirs. J’ai donc aidé à l’établissement d’un code vestimentaire non genré dans le conseil. 

Max Turmel était l’instigatrice du changement de code vestimentaire au sein de son Conseil scolaire en 2022. Gracieuseté

J’étais déjà inconfortable avec le code vestimentaire, moi aussi. Je sais aussi que je n’étais pas seule. L’école visait beaucoup de gens qui s’identifiaient filles, mais il y avait beaucoup de laissez-passer pour les gens qui s’identifiaient comme des garçons. C’était quelque chose qui a été abordé à plusieurs reprises et c’était difficile pour les jeunes, mais encore plus pour les personnes trans et non-binaires. Le code était très binaire, en deux catégories, pour les filles et pour les garçons. Aujourd’hui, avoir un code non genré permet de s’exprimer comme on veut, avec le vêtement que l’on veut et en suivant un code. C’est l’expression de soi à travers un code vestimentaire qui respecte les jeunes dans leurs choix. 

Le conseil scolaire de votre ancienne école est un conseil scolaire catholique, avez-vous eu l’impression qu’il manquait d’ouverture sur ces sujets de diversité et d’inclusion?

On a beaucoup de préjugés comme quoi c’est trop traditionnel ou pas assez avancé parce que la société avance rapidement. Mais je peux voir qu’ils font vraiment de leur mieux. C’est beau à voir parce qu’ils ont un comité de diversité et inclusion qui est fait pour la communauté. La seule chose que je souhaite, c’est qu’il y ait plus de « pour et par », qu’on ait plus de représentation dans notre conseil. Ils sont super ouverts d’esprit, ils sont vraiment prêts à travailler, donc je suis sûre qu’ils sont prêts à écouter n’importe quel élève de la communauté. 

Pensez-vous que les écoles et les conseils scolaires sont quand même outillés en 2023 pour soutenir les communautés, qu’elles soient trans, non-binaires ou queers? 

Je pense qu’on pourrait toujours en faire plus. Surtout que nous avons des événements, on a des journées à thème, des ateliers, des panels, etcetera. Mais ce qui nous manque vraiment, je trouve, c’est le soutien en santé mentale. Quand il est question de dysphorie de genre, de crise d’identité. Nous avons des conseillers qui sont formés en santé mentale dans les écoles, mais ces dossiers-là sont beaucoup plus difficiles. Il faut vraiment avoir une certification pour travailler là-dedans. C’est aussi difficile de trouver des gens qui peuvent faire ça dans les écoles. 

Puis après, les enseignants ont beaucoup de travail, mais je trouve que de parler des pronoms, puis le mettre en avant pour les élèves, c’est un minimum. 

Max Turmel est à l’aise avec les questions sur son identité, et préfère un pronom non genré. Crédit image : CECCE

Parler de leurs noms, les noms qu’ils préfèrent, puis s’assurer de ne pas utiliser le mauvais nom. Toutes ces petites affaires-là, c’est le minimum pour chaque enseignant. Le but, c’est de rendre les élèves confortables en classe, parce que s’ils ne le sont pas, ils ne peuvent pas apprendre.

Comment sensibiliser la communauté au sens large aux réalités des communautés LGBTQ+? 

À notre école, pour sensibiliser un peu les parents et les élèves, on avait fait un projet de témoignage anonyme des élèves, selon leur expérience queer à l’école et à la maison. Des gens de la communauté, hétérosexuels ou alliés, lisaient ces messages à voix haute, puis on les a enregistrés pour voir leur réaction. On a passé cette vidéo au conseil et ça a été vraiment une expérience qui a ouvert les yeux de plusieurs personnes.

Je pense que pour les parents, ça pourrait être une idée de leur montrer la dure réalité des élèves. À la fin de la journée, peu importe le côté, les parents s’occupent de leurs enfants, c’est leur priorité. Je pense qu’ils pourraient mieux comprendre et savoir ce que leurs enfants traversent de cette manière. 

Comment voyez-vous la langue française dans l’affirmation de votre identité non binaire?

Oh my God ! Mon pronom préféré est « iel », mais le nombre de fois où les gens se posent la question de comment accorder au masculin ou au féminin ou les deux, ou encore le point médian (Rires).

Le français est une langue très, très, très traditionnelle. C’est beaucoup plus facile en anglais. Je constate de plus en plus de gens de la communauté qui parlent en anglais, plus qu’en français, justement parce que la langue est plus inclusive. Je vis ce problème-là.

En mars 2023, Max Turmel a participé au Sommet sur le climat positif à Ottawa. Avec le directeur de son école, Max a fait une présentation de l’Alliance Gay-Straight pour apporter une perspective étudiante. Gracieuseté

Pensez-vous que l’on va réussir à trouver des alternatives qui vont être fonctionnelles en français?

Oui. J’espère vraiment, oui. Parce que la société avance vite. C’est n’est même pas une question pour moi, le français va trouver un moyen de s’adapter à notre monde d’aujourd’hui.

Comment avez-vous fait votre coming out lorsque vous étiez au secondaire?

C’est sûr que j’ai eu des résistances. J’ai fait mon coming out officiel à la table politique du CECCE. Mon nom préféré est Max. Ce n’est pas le même nom que j’utilisais auparavant. Donc, c’était vraiment un gros changement, il y avait beaucoup de questions. Pas des questions méchantes ou rien. C’était juste maladroit. Moi, je suis ici pour expliquer aux autres. Pour moi, ça me fait vraiment plaisir. Mais c’est sûr qu’il y a eu beaucoup de commentaires auxquels j’ai eu à faire face à mon école, notamment beaucoup de micro-agressions.

Par exemple, à l’école, quelqu’un m’avait dit : « Ok, donc tu veux vraiment attirer l’attention ». 

Puis déjà que chaque personne se pose beaucoup de questions telles que « est-ce que je suis vraiment trans? », « est-ce que je fais semblant? », « est-ce que je suis un imposteur? » etc.

Toutes ces pensées-là, on les vit déjà. Donc le fait d’être jugé par d’autres personnes, ça en rajoute. C’est ça qui arrive quand tu fais un coming out, c’est malheureux, mais il faut se préparer mentalement à recevoir des commentaires ou des résistances comme ça.

Dans son école, Max Turmel a appuyé le changement du drapeau Arc-en-ciel pour le drapeau progressif. Gracieuseté

À travers cette expérience, cette belle aventure, c’est sûr qu’il y a des personnes qui voulaient que j’aie une apparence non-binaire. J’ai souvent eu le feeling que je devais prouver aux gens qui j’étais et m’habiller le plus androgyne possible. Montrer que je ne suis pas homme et que je ne suis pas femme, je suis entre les deux. 

J’ai vraiment eu un soutien génial de la part de ma grande sœur et de ma mère, qui me disait : « No matter what you’re doing, you’re doing your best. »

Que diriez-vous aux personnes cisgenres qui se posent des questions ou qui voudraient en apprendre un peu plus, mais qui sont gênées?

La communication, c’est très important. Il ne faut pas avoir peur de poser des questions et de se reprendre si on se trompe de nom. Ce n’est pas grave. 

Aujourd’hui, vous êtes à l’université, vous avez 18 ans, vous cherchez-vous encore? 

Je pense qu’il y a une façon de vivre avec le fait que je ne vais jamais être 100 % confortable avec mon identité ou 100 % définitive, mais je pense que je vais rester confortable avec qui je suis. C’est comme ça. 

En 2022-2023, Max Turmel était présidente du Regroupement des élèves conseiller.ère.s francophone de l’Ontario (RECFO). Gracieuseté

Je vais continuer à m’impliquer et, ici à Vancouver, il y a déjà un gros système de soutien pour la communauté queer, même à l’université. Je participe à des groupes de discussion thérapeutiques à propos de la communauté. Il y a plein d’autres initiatives à venir, mais je n’ai pas FrancoQueer, c’est plus difficile à trouver. »


LES DATES-CLÉS DE MAX TURMEL 

2005 : Naissance à Ottawa

2017 : Première parade de la Fierté à Ottawa

2021 : Coming out à la table politique du CECCE

2022 : Instauration du nouveau code vestimentaire au sein du CECCE

2023 : Prix Laurier Jeunesse Bernard Grandmaître

2023 : Présentation à l’Alliance Gay-Straight au Sommet du climat positif

2023 : Bourse Loran pour l’engagement et le leadership

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Il y a 50 ans, l’ancienne Académie De La Salle était sauvée de la démolition

[CHRONIQUE]

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste en patrimoine Diego Elizondo.

La poussière était à peine retombée des suites de la démolition du couvent Notre-Dame-du-Sacré-Cœur à Ottawa (mieux connu sous le nom du couvent de la rue Rideau) qu’une autre institution scolaire franco-ontarienne était menacée à son tour de tomber sous les pics des démolisseurs : l’ancienne Académie De La Salle, lieu où des milliers de francophones y avaient fait leurs études secondaires commerciales sous l’égide de la congrégation religieuse des Frères des Écoles chrétiennes. C’était sans compter sur la mobilisation des défenseurs du patrimoine qui voulaient à tout prix éviter une autre regrettable disparition patrimoniale.

Berceau de l’enseignement supérieur et secondaire francophone à Ottawa

Le bâtiment qui abritait l’ancienne Académie de La Salle a connu diverses vocations. Construit dans le quartier à majorité francophone de la basse-ville Ouest d’Ottawa au milieu du XIXe siècle et situé directement à côté du palais épiscopal (la résidence du premier évêque de Bytown, Monseigneur Bruno Guigues), il est d’abord le deuxième site de l’Université d’Ottawa, de 1852 à 1856.

De style palladien, haut de trois étages et demi, le bâtiment situé au 373, promenade Sussex à Ottawa est composé d’un toit mansardé est couronné par une coupole octogonale. Les trois baies centrales de sa façade à sept baies sont légèrement en retrait. Au milieu se trouve une grande porte au sommet en demi-cercle et aux multiples impostes. Ce motif est répété dans la lucarne triangulaire centrée à fenêtres palladiennes, avec imposte à larmier. La qualité des murs en pierre de taille et des linteaux, angles et cheminées latérales en pierres lisses révèle le bel ouvrage de maîtres maçons.

Lorsque l’Université d’Ottawa part s’installer définitivement dans le quartier de la Côte-de-Sable en 1856, le bâtiment devient un l’hôtel Champagne, du nom de son propriétaire le Franco-Ontarien Isidore Champagne. L’hôtel sera ensuite converti en caserne militaire deux ans avant la Confédération canadienne, en 1865.

Le bâtiment situé au 373, promenade Sussex à Ottawa a connu de nombreuses vocations. Construite à l’origine en 1852 pour abriter l’Université d’Ottawa, elle deviendra aussi une caserne militaire et une école primaire au fil des ans avant de devenir l’Académie De La Salle en 1899. Elle servira aussi d’hôtel, propriété d’un Franco-Ontarien, Isidore Champagne, de 1856 à 1865. Crédit photo : Heritage Ottawa. Publicité tirée du journal La Minerve (Montréal), 1861.

Cinq ans plus tard, le bâtiment revient à ses sources scolaires lorsque la Commission des écoles séparées d’Ottawa y loge l’École Notre-Dame, un établissement du primaire. La Commission change le nom de l’école à De La Salle, en 1888 en honneur du fondateur du fondateur de la Congrégation des Frères des Écoles chrétiennes, Jean-Baptiste De La Salle.

Enfin, en 1899, les Frères des écoles chrétiennes y fondent une école secondaire commerciale et scientifique catholique privée francophone pour garçons.

À l’instar d’autres académies commerciales au Canada français comme le Mont-Saint-Louis à Montréal par exemple, l’Académie De La Salle d’Ottawa se taille rapidement une réputation enviable dans la région et est fréquentée par des milliers de Franco-Ontariens. Notons qu’à peu près un quart du contingent des élèves provenait également de l’Outaouais québécois.

Fort de son succès, l’Académie de La Salle connaît deux phases d’agrandissements : en 1934 une aile d’inspiration néo-gothique collégiale est ajoutée selon les plans de l’architecte Albert James Hazelgrove (le même qui dessinera aussi et selon le même style architectural pour les Frères des écoles chrétiennes un an plus tôt les plans de l’École industrielle St-Joseph à Alfred) et ensuite en 1966 une seconde aile de style moderne (où on y trouve entre autres une cafétéria et un gymnase), est dessinée selon les plans de l’architecte montréalais, mais prolifique dans les années 1960 dans l’architecture institutionnelle franco-ontarienne ottavienne, Louis-J. Lapierre (né en 1924).

L’ancienne Académie De La Salle menacée de démolition

La fin des années 1960 est marquée par des changements en profondeur et la démocratisation étatique de l’enseignement secondaire pour les Franco-Ontariens.

Après des années de revendications, ils obtiennent en 1968 l’adoption des lois 140 et 141 qui leur donnent droit à des écoles secondaires publiques de langue française payées par l’argent de la province de l’Ontario.

Les écoles privées catholiques comme l’Académie De La Salle étaient rendues essoufflées et au bord du gouffre. Pour les Franco-Ontariens, ce changement de régime s’est fait en toute douceur.

En 1968, le conseil scolaire Collegiate Institute Board (CIB) d’Ottawa devient l’administrateur de sept écoles secondaires françaises à Ottawa, dont l’Académie De-La-Salle.

Le jour de la Saint-Jean-Baptiste en 1969, le conseil scolaire bilingue qui lui succède au CIB, le Conseil scolaire d’Ottawa, annonce la construction d’une école secondaire flambant neuve dans le quartier de la Basse-Ville est d’Ottawa (qui est frappé par une révolution urbaine) pour remplacer l’ancienne Académie De La Salle et réunir sous un même toit les élèves féminines qui étudient au couvent de la rue Rideau et au pensionnat Mont-Saint-Joseph en plus des garçons de l’Académie.

Les élèves entrent une première fois dans cette toute nouvelle institution scolaire franco-ontarienne en 1971, qui reprend une partie du nom de l’institution qui l’a précédée. En effet, au moment d’ouvrir ses portes, l’École secondaire de La Salle devient la première école secondaire publique de langue française à Ottawa construite avec l’argent du gouvernement de l’Ontario.

Cette grande avancée pour les droits scolaires des Franco-Ontariens cache toutefois une autre nouvelle, menaçante pour leur patrimoine bâti et scolaire.

Photo 1 : L’ancienne Académie De La Salle, située au 373, promenade Sussex à Ottawa. Gracieuseté.

Selon des dépêches, l’immeuble historique de l’ancienne Académie De La Salle aurait été vendu à un groupe de promoteurs torontois qui avaient pour plan de le raser afin d’y faire construire un complexe en hauteur de 8 millions de dollars de six appartements.

Pendant ce temps, le couvent de la rue Rideau (dont la gent estudiantine féminine avait intégré la toute nouvelle École secondaire De La Salle) tombe sous le pic des démolisseurs provoquant l’ire et le réveil des consciences à l’importance de sauver notre patrimoine. Seule la chapelle, véritable œuvre d’art du chanoine-architecte Georges Bouillon sera sauvée in extremis de la destruction. Elle sera entreposée puis intégrée au tout nouveau Musée des beaux-arts du Canada en 1988, construit en face de l’ancienne Académie de La Salle.

Photo 5 : Travaux de restauration patrimoniale intérieurs à l’ancienne Académie De La Salle en 1974. Crédit photo : Heritage Ottawa.

Voulant à tout prix éviter que l’ancienne Académie De La Salle subisse le même sort que l’ancien couvent de la rue Rideau et qu’une deuxième démolition majeur du patrimoine surviennent aussi rapidement, un comité de citoyens réunis sous l’organisme qui précédera Heritage Ottawa (appelé à cette époque « La capitale des Canadiens ») multiplient les pressions politiques et les interventions médiatiques pour sensibiliser les élus et la population à l’importance de sauver de la démolition l’ancienne Académie.

Leurs efforts sont récompensés en 1973 lorsque le gouvernement fédéral annonce qu’il achète au coût d’un million de dollars l’ancienne Académie de La Salle. Le gouvernement va même plus loin en annonçant son intention de procéder à une restauration patrimoniale complète afin de redonner à l’ancien bâtiment scolaire sa gloire d’antan et d’en faire un exemple à suivre pour la réhabilitation patrimoniale d’anciens bâtiments.

Une restauration patrimoniale et nouvelle vocation pour l’ancienne Académie De La Salle

Les ambitieux travaux de restauration patrimoniale du gouvernement fédéral pour le bâtiment de l’ancienne Académie De La Salle sont complétés au coût de 8 millions $ en 1975.

Dans la plus ancienne partie de l’ancien complexe scolaire sont aménagés les bureaux du ministre d’État fédéral aux affaires urbaines (un portefeuille qui n’existe plus de nos jours) tandis que le reste du bâtiment est converti afin de faire place à l’École de la fonction publique du Canada.

Pilier de la communauté franco-ontarienne, frère Maurice Lapointe (1930-2015), qui fut à la fois élève, enseignant et directeur de l’Académie De La Salle pose fièrement vers 1968 devant son alma mater. Il fut ensuite le directeur fondateur de l’École secondaire De La Salle, en 1971. Crédit image tiré de l’ouvrage Maurice Lapointe. Un enfant de la Basse-Ville d’Ottawa au cœur de l’éducation franco-ontarien. Par Michel Gratton.

Soulignons qu’à l’époque, à la demande du député fédéral où se trouve le bâtiment, le fier franco-ontarien Jean-Robert Gauthier, le bâtiment conserve une partie de son nom historique et devient un bâtiment du gouvernement fédéral connu sous le nom d’Académie-La-Salle/La Salle Academy.

L’ancienne Académie De La Salle a été désignée édifice fédéral du patrimoine classé en 1988 et occupe une place importante du « Mille historique » de la promenade Sussex de la basse-ville ouest d’Ottawa.

Un nouvel outil gratuit pour enseigner le français aux enfants de 3 à 6 ans

La firme torontoise Voilà Learning, spécialisée dans l’éducation virtuelle en français, annonce le lancement immédiat de « MetaLingo », une expérience immersive d’enseignement en français pour les enfants de 3 à 6 ans. Cette initiative, totalement gratuite, pourrait séduire les conseils scolaires francophones du Nord, où la pénurie d’éducateurs se fait plus durement ressentir.

« L’idée de créer ces salles de classe virtuelles où nos enseignants sont ici pour les préparer aux vraies salles de classe avec le vocabulaire qui y est rattaché », raconte Hosni Zaouali, président de Voilà Learning.

Selon le père de famille franco-ontarien, l’idée derrière le projet vient en partie du fait qu’il serait de plus en plus difficile pour des parents anglophones d’aider leurs enfants à faire des devoirs. « À travers des situations réelles dans une classe virtuelle et basée sur des avatars, les enfants deviennent des personnages et se lancent dans une aventure virtuelle, guidée par des enseignants en direct utilisant également des avatars. »

Celui qui a aussi été enseignant à la maternelle au Conseil scolaire Viamonde de Toronto dit être en discussion avec des conseils scolaires francophones du Nord afin de faire partie du projet. L’expérience est présentement disponible de 11h à 15h tous les jours et il est question de l’étendre prochainement pour le Nord de l’Ontario.

Avec une pénurie de personnel de l’éducation, à fortiori quand il s’agit de francophones, et le manque de ressources plus importante dans le Nord, ce type de projet pourrait s’avérer être une solution pertinente.

Hosni Zaouali rappelle qu’un autre enjeu de taille est que le tutorat n’est pas très accessible dans ces régions isolées : « Et même si tu as de quoi te payer un tuteur, encore faut-il le trouver dans le Nord. »

Hosni Zaouali anime trois cours à l’Université Stanford et est conseiller en entrepreneuriat auprès
de la Banque africaine de développement et des Nations Unies. Archives ONFR

Ce campus virtuel vient donc avant tout sensibiliser les enfants à la langue française : «  On veut aussi favoriser le passage des enfants anglophones vers l’immersion et le système francophone sans problème. »

Il cite aussi l’exemple des conclusions d’une étude selon laquelle les difficultés des enfants ayant grandi dans un environnement anglophone seraient à l’origine de leur retrait du système francophone au stade de la maternelle.

« On perd la majorité des parents quand ils essaient de mettre leurs enfants dans une maternelle francophone ou une maternelle d’immersion, à cause de ce conflit », déplore-t-il.

Préparer les enfants à l’internet du futur

Avec le succès grandissant des jeux vidéo auprès des jeunes enfants, la formule de cette expérience pourrait séduire ces derniers. « Il y a 220 millions d’enfants dans le monde qui jouent à Roblox et Fortnite, des mondes virtuels avec des avatars », note-t-il.

Et de continuer : « Pourquoi ne pas aider nos enfants à se préparer à cet internet du futur ? »

Car, selon lui c’est évident, l’avenir étant dans le métavers, il est essentiel de préparer les enfants dès leur plus jeune âge à la réalité professionnelle du futur : « Si tu joues à 14 ans, quatre ans plus tard, tu es déjà dans le monde du travail. »

 « Tous les tests montrent que ça fonctionne, que les enfants adorent et que c’est une seconde nature d’avoir un avatar et interagir dans une salle de classe en français. »

Cette initiative s’inscrit dans l’objectif du gouvernement d’atteindre un taux de bilinguisme de 20 % chez les Canadiens d’ici 2036.

La firme torontoise est déjà très présente dans le Nord, avec notamment un bureau au Collège Cambrian et des ententes avec le Collège Boréal.

En janvier 2023, Patrimoine canadien a approuvé un financement de plus de 1,6 million de dollars sur 2 ans pour le projet « MetaLingo ». Cette somme aurait permis, entre autres, de construire la technologie, embaucher les enseignants et déployer le projet.

« La petite enfance joue un rôle critique pour favoriser la transmission de la langue, la construction identitaire et le maintien du poids démographique des francophones au pays », avait déclaré l’ex-ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor lors de l’annonce de financement à Toronto en mai dernier. Archives ONFR

Bilan positif pour le projet IDENO

Par ailleurs, l’entreprise s’apprête à publier un rapport faisant état du bilan d’un autre programme, l’Initiative de Développement Économique dans le Nord de l’Ontario (IDENO).

Financé par FedNord, il s’agit d’un incubateur d’entrepreneuriat virtuel pour les francophones du nord de l’Ontario utilisant également le métavers. L’objectif ultime : « Amener les francophones à une indépendance économique via l’employabilité et surtout l’entrepreneuriat. »

Hosni Zaouali explique que des critiques lui avaient été adressées à propos de la pertinence de ce programme pour le Nord, lancé avant la pandémie.

« Tout le monde me disait, dans le Nord, tout le monde préfère les poignées de main et le face-à-face, mais tout le monde était content de l’avoir quand la pandémie est arrivée », confie le président à l’origine du projet.

Aujourd’hui, le projet semble avoir rencontré un certain succès dans la région avec 17 startups ayant réussi à se lancer ou à progresser pendant ou après le programme selon les données de l’entreprise.

Néanmoins, certains points restent à améliorer selon M. Zaouali comme le fait de rendre la plateforme disponible sur internet plutôt que via un lourd téléchargement de logiciel : « Il faut que ce soit sur le web pour que ce soit utilisable via le téléphone, via la tablette, via un chromebook. Les étudiants peuvent l’utiliser, n’importe qui peut l’utiliser, surtout après le covid. »

Mise à jour financière : peu ou pas de mention de projets francophones

TORONTO – Au lendemain de la publication de la mise à jour financière de l’automne du budget de l’Ontario, si le budget alloué au ministère des Affaires francophones (MAFO) est stable, avec 7,9 millions de dollars pour 2023-2024, l’absence de mention des projets liés à la francophonie n’est pas passée inaperçue chez les acteurs franco-ontariens.

« C’est certain qu’il n’y a pas de mention pour l’Université de Sudbury ou de programmes d’appui pour la francophonie ontarienne ou d’annonces en santé », constate le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) Fabien Hébert.

« Nous avions toutefois moins d’attentes sur cet énoncé économique de l’automne bien que l’on en attende beaucoup du nouveau budget 2024 de mars prochain », modère-t-il, notant également la stabilité du budget du MAFO et les quelques mentions de deux nouvelles écoles francophones à venir.

Parmi les gros dossiers de la francophonie à venir, « on aimerait voir le dénouement d’une université par et pour les francophones à Sudbury qui viendrait combler les programmes postsecondaires en français, en espérant que nos interventions porteront leurs fruits ».

Autre thème francophone important, la santé : « Il y a un processus de revue pour les entités de planification qui doit se terminer. Cela fait 12 ans qu’elles fonctionnent avec le même budget et elles ont besoin de plus. Pour être capable d’offrir des services de qualité, on doit les payer. Nous avons déposé quatre mémoires auprès du gouvernement sur les stratégies en santé. »

« Et puis nous aimerions voir des programmes d’appui à la francophonie ontarienne qui viendraient porter main forte à nos organismes qui sont en difficulté partout », renchérit le directeur de l’AFO.

Il mentionne notamment l’exemple de garderies francophones qui fonctionnent à seulement 60 % de capacité par manque de personnel. « Le salaire pour les éducateurs est trop bas donc les gens s’en vont et des postes restent vacants. Le financement n’est pas adéquat. »

Une déception marquée

La cheffe néo-démocrate Marit Stiles, qui a réagi hier à la publication de l’exercice financier, a d’ailleurs noté l’absence de mention de projets francophones.

« Cet énoncé économique de l’automne ne contient pas une seule mention des affaires francophones, de l’autisme, de la consultation des Premières Nations, des initiatives sur les changements climatiques ou encore de l’agriculture et du soutien à l’agriculture. »

La présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) Anne-Vinet Roy se dit déçue de constater qu’aucun nouveau financement en éducation, « et encore moins pour le système d’éducation en langue française », n’ait été annoncé dans l’énoncé économique de l’Ontario.

« Pourtant, le gouvernement oublie qu’une économie ontarienne solide et forte passe par une éducation de qualité. Un financement adéquat est urgent pour contrer la pénurie du personnel, adresser les enjeux de violence dans les écoles et assurer l’accès à des ressources en santé mentale et pédagogiques en français. »

« Dans le contexte économique actuel, l’éducation demeure plus que jamais une valeur sûre pour un meilleur avenir. Il faut investir dans le système d’éducation financé par les fonds publics pour un enseignement de qualité et une offre équitable de services pour tous les élèves y compris les francophones partout en province », conclut celle-ci.

S’emmitoufler dans la culture

Alors que le temps se rafraîchit partout en Ontario, il est tentant de rester dans notre cocon, à la maison. Aussi bien en profiter pour se rouler dans une couverture et découvrir un nouveau roman ou de la nouvelle musique, créés en Ontario francophone. Pour ceux qui osent sortir, en plus des différents festivals de films, il est possible de voir des spectacles qui nous divertissent et nous éduquent, ou qui nous font tout simplement rire.

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Théâtre

Sur la route de la Nouvelle-France

C’est devant un Berkeley Street Theatre rempli que le Théâtre français de Toronto (TfT) a présenté la première de la pièce Les Filles du roi jeudi soir. L’auteur Sébastien Bertrand revisite des textes de Molière en replaçant des personnages féminins célèbres… sur un bateau en route vers la Nouvelle-France. Armande, Martine, Dorimène, Mariane, Angélique et Agnès deviennent toutes filles du roi, mais elles ont des motivations bien différentes de s’embarquer dans cette aventure.

En décontextualisant les textes et en replaçant les femmes ensemble, l’auteur aborde des sujets plus modernes tout en respectant l’essence des personnages. Il n’est pas nécessaire d’être un expert de Molière pour apprécier la pièce, mais les amateurs se délecteront de toutes ces références. Créée à l’invitation du Tft, la pièce Les Filles du roi est mise en scène par Karine Ricard. Des représentations ont lieu jusqu’au 12 novembre.

Dans Les filles du roi, Sébastien Bertrand imagine ce qui se serait passé si des personnages de Molière s’étaient retrouvées sur un bateau en route vers la Nouvelle-France. Crédit image : Mathieu Taillardas

Toronto, jusqu’au au 12 novembre. Détails et billet sur le site du TfT.

Prendre conscience de la valeur de l’eau

La pièce de théâtre, de musique et de marionnettes Parole d’eau s’adresse à un public de six ans et plus, mais aborde un sujet qui concerne tout le monde : la valeur de l’eau et les rapports entre l’eau et l’humain, selon notre situation dans le monde. Mamby (Mawine) et Hélène (Ducharme) gardent leurs prénoms dans cette création qui raconte l’histoire de deux amies, l’une vivant au Sénégal et l’autre, au Canada. L’une a les pieds qui chauffent dans le sable, l’autre dans ses bottes d’hiver. L’une vit avec le manque, l’autre avec la surabondance de l’eau.

Elles sont accompagnées par le multi-instrumentiste Dramane Dembelé. Une coproduction de la Compagnie Djarama (Sénégal), du théâtre Motus (Montréal) et de Dramane Dembelé, accueillie à Ottawa par le Théâtre de la vieille 17 et VOX Théâtre. Il s’agit du seul arrêt ontarien prévu dans la tournée actuelle.

Parole d’eau est une coproduction Sénégal-Canada qui s’intéresse à la valeur de cette ressource naturelle. Crédit image : Sylvie-Ann Paré

Ottawa, le 4 novembre à 13h30. Détails et billets sur le site de la Nouvelle scène Gilles Desjardins.

Humour

Guillaume Pineault à Sudbury

L’humoriste québécois Guillaume Pineault est En rodage (du petit 2e) et viendra tester ses blagues à la Place des arts du Grand Sudbury ce mardi. Ostéopathe de formation, raconteur accompli, Guilllaume Pineault est très présent à la télévision et à la radio québécoise depuis 2017. Il anime également le balado Pivot avec Pineault et est l’auteur du roman Elle r’viendra pas, Camille. Plus de 50 000 billets de son premier spectacle solo, intitulé Détour, ont trouvé preneurs. Guillaume Pineault s’arrêtera aussi au pavillon Bonnie Glen d’Alexandria le 24 novembre.

Bien connu au Québec, Guillaume Pineault s’arrête en Ontario pour deux dates de rodage dans les prochaines semaines. Gracieuseté

Sudbury, le 7 novembre. Détails et billets sur le site de La Slague.

Littérature

Lancement franco-ontarien

Le nouveau roman de Claude Guilmain, Welsford, sera officiellement lancé ce lundi au Bloom Bar Studio de Toronto. C’est aussi dans la ville reine que se déroule l’intrigue policière. Le narrateur est invité à enquêter sur un cas d’ossements découverts dans Don Mills, son quartier d’enfance. Welsford explore le phénomène du développement des banlieues dans les années 1970, et le rapport de proximité qu’entretenaient les Canadiens avec la culture américaine. Des bouchées seront offertes lors du lancement, et l’œuvre originale de la couverture du livre, signée Josée Duranleau, sera mise aux enchères. Welsford a été publié en septembre aux éditions Prise de parole.

« Je me stationne devant mon ancienne demeure. Je revois le moment où on a coulé le béton de la piscine, il y a près de cinquante ans. Ça se passait sous mes yeux. Le corps avait probablement été enfoui la veille. »

Le Franco-Torontois Claude Guilmain a fait paraître Welsford aux éditions Prise de parole en septembre. Image de couverture : Josée Duranleau. Gracieuseté Prise de parole

Toronto, le 6 novembre. Détails sur le lancement sur la page Facebook de l’événement.

Musique 

Nouveau vidéoclip pour Abel Maxwell

Abel Maxwell lance la chanson T’as douté en tant qu’extrait officiel aujourd’hui. Issu de son album 5 roses, le titre est dansant et le refrain, ver d’oreille. L’artiste né au Sénégal a interprété sa chanson aux Kilimanjaro Music Awards samedi dernier, un gala qui récompense la musique afrocanadienne. Abel Maxwell y assurait la première partie de la vedette ivoirienne Meiway. L’artiste franco-torontois sera bientôt de passage à Ottawa. Il est le porte-parole du forum Impact Diaspora d’Africa Development Network, qui aura lieu du 17 au 19 novembre.

« Moi, j’ai fait des kilomètres. Y’a ceux qui partent, et ceux qui restent. Merci à tous ceux qui m’ont blessé (…) tous les jaloux sont déclassés. »

Abel Maxwell en performance aux Kilimanjaro Music Awards le 28 octobre 2023. Crédit image : Rachel Crustin

Disponible sur toutes les plateformes. Vidéoclip de T’as douté sur la chaîne Youtube d’Abel Maxwell.

Nouvel EP pour Aurel

L’artiste de Sudbury Cecilia Rodriguez-Beaudoin, alias Aurel, lancera mardi son nouveau EP entièrement inspiré par la ville du Nord. Soundscape Sudburois : été contient quatre chansons douces, enregistrées lors d’une résidence artistique à La Slague, le diffuseur de spectacle de Sudbury. Elles sont produites par Christian Berthiaume, membre du groupe franco-ontarien KONFLIT. Et parce que toute culture est reliée à une autre dans la ville du nickel, le premier extrait du EP est lui-même inspiré de contes écrits lors de résidences artistiques aux éditions Prise de Parole en 2021 et 2022. Les cinq auteurs se sont inspirés de la ville et de ses résidents, puis Aurel s’est inspirée de leurs textes pour créer un « parcours lyrique » avec la chanson Entraînés, à laquelle le parolier Normand Renaud a contribué.

Aurel a parlé de sa démarche à ONFR. « C’était de créer des chansons ancrées dans le vécu et l’imaginaire de Sudbury, en incorporant des sons ambiants qui sont un peu emblématiques de la ville. » Comme le laisse présager le mot été dans le titre, le EP aura éventuellement sa suite, inspirée de l’hiver dans la ville du nickel. Aurel travaille actuellement sur ces chansons qui devraient être lancées l’an prochain.

Aurel sera en prestation au marché public de Sudbury le 11 novembre afin de lancer officiellement Soundscape Sudburois : été.

La pochette de Soundscape sudburois : été. Gracieuseté Aurel

Disponible sur toutes les plateformes dès le 7 novembre. Détails sur les réseaux sociaux de Aurel

3 milliards de dollars pour la nouvelle Banque de l’infrastructure de l’Ontario

TORONTO – La mise à jour financière de la province dévoilée jeudi se place dans la lignée du budget 2023 présenté en mars dernier, mettant l’emphase sur l’investissement dans la construction d’infrastructures. Le ministre des Finances Peter Bethlenfalvy, qui prédit une progression du PIB réel de 1,1 % en 2023, mais une hausse du déficit, estimé à 5,6 milliards de dollars, annonce notamment la création d’une nouvelle banque pour les infrastructures essentielles d’un montant de 3 milliards de dollars.

Présenté hier, l’énoncé financier « Perspectives économiques et revue financière de l’Ontario 2023 » rappelle la forte croissance de l’Ontario qui a accueilli 500 000 nouveaux arrivants l’an dernier et créé 170 000 nouveaux emplois au cours des neuf premiers mois de 2023.

« Nous poursuivrons les investissements pour bâtir les infrastructures essentielles visant à soutenir les collectivités qui sont en pleine croissance partout en Ontario », déclare le ministre des Finances qui parle d’une approche ciblée du gouvernement.

La grande nouveauté de cet automne est le lancement d’une Banque de l’infrastructure de l’Ontario, « nouvelle agence indépendante régie par un conseil d’administration » avec un financement initial de 3 milliards de dollars pour la participation à des projets d’infrastructure à grande échelle, axés sur les foyers de soins de longue durée, le logement abordable et infrastructures à échelle municipale, communautaire, dans l’énergie et le transport.

Source : ministère des Finances de l’Ontario

« La participation d’investisseurs institutionnels aidera le gouvernement à exécuter plus rapidement de plus nombreux projets d’infrastructure, tout en mobilisant des capitaux supplémentaires auprès des investisseurs et en contribuant à maintenir un plan budgétaire responsable aujourd’hui et pour les générations futures », peut-on lire dans le document financier officiel.

La province investit également 200 millions de dollars dans un nouveau Fonds pour les réseaux d’eau visant la construction de logements, pour la réparation, la réhabilitation et l’expansion de projets d’infrastructure hydraulique municipale. Une mesure complémentaire du Fonds pour l’accélération de la construction de 1,2 milliard de dollars aidant les municipalités à atteindre leurs cibles en matière de logement.

Il est notamment rappelé notamment l’engagement du gouvernement d’investissement de 185 milliards de dollars sur 10 ans pour l’infrastructure générale, dont l’aménagement des routes et autoroutes, les transports en commun, les hôpitaux, foyers de soin de longue durée, d’écoles, de place en services de garde, etc. soit 20,7 milliards pour 2023-2024.

Le PIB réel de l’Ontario devrait progresser de 1,1 % en 2023, de 0,5 % en 2024, de 2,0 % en 2025 et de 2,8 % en 2026.

Hausse notable depuis l’estimation du déficit de mars dernier de 1,3 milliard de dollars, le gouvernement prévoit désormais un déficit de 5,6 milliards de dollars pour 2023-2024 puis de 5,3 milliards en 2024-2025, suivi d’une prévision optimiste pour 2025-2026, avec un excédent de 0,5 milliard de dollars.

Source : ministère des Finances de l’Ontario

« Remettre plus d’argent dans les poches du contribuable »

Parmi les nouvelles mesures qui impacteront directement les Ontariens, leur permettant de faire des économies, la prolongation des réductions applicables aux taxes sur l’essence et le carburant jusqu’au 30 juin 2024, permettrait aux ménages d’économiser en moyenne 260 $.

Plus de 200 000 familles d’aînés à faible revenu ayant des frais médicaux admissibles économiseront en moyenne 550 $ notamment en frais de soins à domicile, par l’entremise du crédit d’impôt de l’Ontario pour les soins à domicile pour les aînés.

Mesure annoncée la veille, le gouvernement supprime la totalité de la portion provinciale de 8 % de la taxe de vente harmonisée (TVH), taxe de vente imposée sur la plupart des fournitures de produits et services, ainsi que sur de nombreuses fournitures d’immeubles, sur les nouveaux logements pour le marché locatif, pour encourager la construction et permettre aux Ontariens d’avoir plus d’options de logements abordables. Couplée aux mesures fédérales, cela éliminera la totalité de la TVH de 13 % sur les immeubles locatifs neufs admissibles.

Depuis cet automne, l’admissibilité au dépistage du cancer du sein en Ontario est également élargie, bénéficiant à 305 000 personnes supplémentaires. Les femmes de 40 à 49 ans pourront demander elles-mêmes à passer une mammographie avec le Programme ontarien de dépistage du cancer du sein, la détection précoce donnant de meilleurs résultats de traitement.

Un budget du ministère des Affaires francophones stable

Le budget projeté du ministère des Affaires francophones (MAFO) s’élève à 7,9 millions de dollars pour 2023-2024, contre 8 millions l’année dernière. Mais s’il perd 1 million d’investissements à court terme exceptionnel, il gagne 900 000 $ en financement structurel de base.

La mise à jour financière de l’automne ne fait que peu mention de projets francophones, outre le rappel de six projets d’écoles francophones ouvertes et agrandies durant l’année : l’École publique de Thunder Bay (257 élèves francophones), l’École élémentaire catholique de Deux-Rivières à Arnprior (248 élèves francophones), l’école conjointe avec l’École secondaire publique Mille-Îles et l’École secondaire catholique de Sainte-Marie-Rivier à Kingston (600 élèves francophones), l’agrandissement de l’École secondaire Jeunes sans frontières à Brampton qui permet d’accueillir 207 élèves francophones de plus et enfin l’École secondaire Michelle-O’Bonsawin rénovée à Toronto, qui accueille 501 élèves francophones.

Une nouvelle école élémentaire catholique de langue française à Val-Thérèse accueillera 567 élèves et une école secondaire publique et catholique francophone verra le jour à Kingston.

Budget en millions de dollars du ministère des Affaires francophones. Source : ministère des Finances de l’Ontario

« Des choix financiers irresponsables » selon l’opposition

« Ce gouvernement est décevant et ne voit pas les difficultés de la population ontarienne. Dans une période de difficulté économique, malheureusement nous ne voyons pas de changement de cap », a déploré en chambre la députée de Waterloo et porte-parole Finances de l’opposition Catherine Fife.

« Nous demandons au gouvernement de faire marche arrière et de remettre en place le contrôle des loyers. Rien n’est fait pour alléger les préoccupations de la population et regagner la confiance des Ontariens. Le coût de l’alimentation n’est même pas mentionné. »

Celle-ci qualifie d’irresponsable les choix financiers du gouvernement face aux Ontariens qui souffrent, mentionnant une personne âgée victime de rénoviction qui s’est rendue à Queen’s Park pour demander l’aide à mourir à cause de cette épreuve.

Questionnée en conférence de presse sur le sujet, celle-ci répond que la banque d’infrastructures soulève beaucoup de questions et peu de réponses : « Qui en fera partie ? Amis, initiés, népotisme. Ce sont des choses que l’on peut craindre ».

Via un communiqué de presse, la cheffe du NPD Marit Stiles a déclaré : « Vous méritez un gouvernement qui se remettra à construire des logements abordables pour vous, qui investira dans les services publics pour garantir que vous n’aurez jamais à attendre une ambulance ou une salle d’urgence, qui soutiennent les travailleurs des garderies, les éducateurs et les infirmières. »

« Rien concernant la crise d’abordabilité », a quant à lui commenté le chef du Parti libéral John Fraser. « Les gens nous appellent en pleurs et la solution du gouvernement c’est une banque. » « Les gens ont besoin d’aide pas d’un nouvel appareil bureaucratique. Le gouvernement aurait apporté un peu de répit dans leurs vies en rétablissant le contrôle des loyers et en augmentant les aides sociales », conclut-il.

Ottawa, Toronto et Windsor en mode cinéma francophone

Qu’ils soient de Toronto, Windsor ou Ottawa, les cinéphiles franco-ontariens ont de quoi se réjouir ces jours-ci. Trois festivals de films, trois endroits où découvrir de nombreuses œuvres francophones. Les programmations du Festival international du film de Windsor (WIFF), d’Objectif cinéma et de Cinéfranco se croisent, présentant des sélections semblables, avec quelques particularités à chaque endroit.

Le WIFF bat son plein jusqu’à dimanche. En tout, 55 œuvres, en partie ou totalement en français, font partie de la programmation qui a débuté le 26 octobre. Parmi celles-ci, on retrouvait la série de Philippe Falardeau Lac-Mégantic : ceci n’est pas un accident, présentée en deux séances de deux épisodes chacun. Le réalisateur a été honoré d’un prix Spotlight du WIFF, soulignant l’ensemble de sa carrière.

La réalisatrice gatinoise Ariane Louis-Seize a également ajouté un nouveau prix (et 25 000 $) à la collection de Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, sacré meilleur film canadien. Cette nouvelle récompense s’ajoute au prix de la découverte Jean-Marc Vallée de la Guilde canadienne des réalisateurs, remporté le 21 octobre, ainsi qu’à plusieurs autres titres reçus à la Mostra de Venise, au Cinéfest de Sudbury, et dans des événements au Canada, en France et en Espagne. Vampire humaniste cherche suicidaire consentant a aussi été vendu dans plus de 30 pays.

Vampire humaniste cherche suicidaire consentant raconte l’histoire de Sasha, une vampire qui refuse de tuer des humains, par empathie. Crédit image : Shawn Pavlin

Près d’une trentaine de films francophones sont toujours à l’affiche du WIFF d’ici dimanche.

Le sprint d’Objectif cinéma

Le festival Objectif cinéma du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) présente une dizaine de longs-métrages et une soirée de courts-métrages, entre le 1er et le 4 novembre. Les organisateurs ont eu chaud dans les dernières semaines, alors qu’un de leurs lieux de diffusion principaux a fermé ses portes sans préavis.

« Ça a été du sport mais, l’important, c’est l’arrivée », mentionne la directrice artistique du MIFO, Anne Gutknecht, à propos de la réorganisation imposée. Elle précise que tous les films prévus seront présentés. Les circonstances ont même donné lieu à un nouveau partenariat avec la Maison de la francophonie d’Ottawa, située à l’autre bout de la ville, dans l’ouest.

« Je trouve ça chouette qu’il y ait des événements panottaviens, qu’on soit en collaboration et non en compétition », souligne Anne Gutknecht.

La soirée de clôture du festival Objectif cinéma se tiendra donc à la Maison de la francophonie. Le film L’audience y sera présenté, en plus du court-métrage Pas juste des cheveux de Wanda Minni, gagnante du volet scolaire du concours Objectif cinéma plus tôt cette année.

La directrice artistique du MIFO, Anne Gutknecht, lors de l’ouverture du festival Objectif cinéma mercredi soir. Gracieuseté : MIFO

La particularité d’Objectif cinéma est d’avoir un jury citoyen, guidé par Patrick Thibeault, professeur de cinéma au Centre d’excellence artistique d’Ottawa. Les usagers du MIFO ont sauté à pieds joints dans ce concept, selon Anne Gutknecht. « À chaque fois, on est surpris du nombre de candidatures. Les gens adorent ça. »

Les autres événements du festival se dérouleront soit au théâtre Richcraft du Centre des arts Shenkman, soit directement au MIFO. Si le confort n’est pas comparable à celui d’une salle de cinéma, l’organisme s’est tout de même doté d’équipement de projection professionnel durant la pandémie, ce qui permettra d’offrir une expérience de qualité.

La soirée d’ouverture affichait complet mercredi, alors que Les hommes de ma mère d’Anik Jean était présenté au théâtre Richcraft.

Une édition modeste pour Cinéfranco

À Toronto, le festival international du film francophone Cinéfranco s’apprête à lancer son volet grand public ce vendredi. Après avoir insisté sur une programmation hybride dans les dernières années, le plus grand festival du film francophone en milieu canadien minoritaire revient à une édition complètement en personne. Selon Marcelle Lean, directrice artistique, générale et fondatrice de Cinéfranco, le volet virtuel a été abandonné pour des raisons budgétaires et logistiques, devant une chute drastique de la demande.

Marcelle Lean et le réalisateur Ricardo Trogi lors d’une édition précédente de Cinéfranco. Gracieuseté Cinéfranco

Cette 26e édition sera plus modeste que celle de l’an dernier, qui jouissait d’une programmation bien étoffée pour souligner le quart de siècle du festival. Cinéfranco a connu un achalandage inégal à travers les années, et 2022 a été décevante. Il est donc difficile de prévoir combien de visiteurs franchiront les portes du Cinéma Carlton cette année.

Le thème récurrent dans cette programmation de 19 films est l’amour. « Mais l’amour sous toutes ses formes. Il y a un côté romantique, mais il y a aussi un côté toxique », souligne Marcelle Lean.

Cinéfranco 2023 s’ouvrira sur la comédie, Sexygénaire, avec Thierry Lhermitte et Patrick Timsit. Le 11 novembre, le film de clôture sera plus lourd, mais Tirailleurs enverra un clin d’œil direct au jour du Souvenir. « Nous terminons avec un hommage aux tirailleurs sénégalais, mais également à tous les hommes qui ont vécu dans les colonies françaises et ont dû s’enrôler dans l’armée française pour défendre la démocratie et la liberté. » Le film mettant en vedette Omar Sy se déroule durant la Première Guerre mondiale.

Cinéfranco propose aussi deux séances de courts-métrages. Le documentaire de Joanne Belluco, Un. Deux. Trois, nos identités franco-canadiennes, sera de la partie de 11 novembre. Produit par ONFR, le film fait découvrir les coulisses de la grandiose production théâtrale Un. Deux. Trois. de Mani Soleymanlou, en s’attardant sur des discussions identitaires avec des acteurs franco-ontariens de différents horizons. Marcelle Lean commente : « J’ai trouvé ce documentaire tellement éclairant sur nos dilemmes francophones. Qui on est, comment on se justifie. J’ai adoré la fougue avec laquelle les francophones s’exprimaient. »

En milieu minoritaire

Le nombre d’événements qui se déroulent parfois en même temps, la difficulté de trouver des bénévoles et du personnel qualifié et le poids démographique des francophones posent des enjeux d’organisation. La fondatrice de Cinéfranco explique : « C’est un défi d’avoir une variété de films, d’avoir une diversité d’origines de manière à attirer ces cultures francophones compartimentées. »

Les partenariats permettent d’offrir une programmation plus solide. Anne Gutknecht souligne entre autres l’apport du festival Plein(s) écran(s) pour la soirée de courts-métrages d’Objectif cinéma, ainsi que la tournée Québec cinéma, qui est aussi associée à Cinéfranco.

Malgré les défis, Marcelle Lean est convaincue qu’un festival de film est bénéfique pour rapprocher les gens. « Si quelqu’un rit, si quelqu’un pleure, on a presque envie de lui demander pourquoi. Il y a une communauté qui se forme où on partage tout », affirme celle qui est sur place lors de toutes les projections pour échanger avec les festivaliers.

La directrice artistique du MIFO parle également de cet esprit de communauté. « On est un festival communautaire qui chausse des talons hauts pour quelques jours », imagine Anne Gutknecht.

Pierre Dorion n’est plus le directeur général des Sénateurs d’Ottawa 

La franchise de la LNH par l’intermédiaire de son nouveau propriétaire Michael Andlauer a annoncé ce mercredi la démission de son directeur général franco-ontarien suite à sa mauvaise gestion d’un transfert avorté en 2022 qui a coûté un choix de repêchage de première ronde aux Sens. 

C’est en français que Michael Andlauer a débuté son discours devant les journalistes ottaviens conviés à une conférence de presse pour annoncer la fin de l’ère Pierre Dorion à la tête des Sénateurs d’Ottawa. Il sera remplacé par Steve Staios qui occupe aussi actuellement le poste de président des opérations hockey. 

« Bonjour tout le monde, comme propriétaire de notre équipe, mes premiers 30 jours ont été fantastiques. Mais je dois avoir que les derniers dix jours, pas aussi bien. Notre équipe a perdu trois matchs de suite. J’ai reçu deux appels de la Ligue nationale qui ont résulté en une suspension de 41 matchs pour un joueur et aujourd’hui la perte d’un choix de première ronde aux repêchages. »

Pierre Dorion, Franco-Ontarien natif d’Orléans, faisait partie de l’organisation depuis 2007 en tant que directeur du recrutement. Il avait connu une promotion comme directeur général en 2016. Andlauer n’a pas apprécié la mauvaise publicité reçue par la franchise lors des deux dernières semaines avec l’annonce de la suspension du jeune Shane Pinto pour 41 matchs en raison d’implication dans des paris sportifs à laquelle s’est ajouté un nouveau coup de téléphone de la ligue pour annoncer la perte d’un choix de première ronde de repêchage suite à une transaction ratée impliquant Evgenii Dadonov en 2022.

Ça en a été visiblement trop pour le propriétaire qui a rencontré son dirigeant mardi soir pour demander sa démission. Il est fort probable qu’en cas de refus il aurait été démis de ses fonctions quoi qu’il en soit. 

Dorion quitte donc les Sénateurs avec un bilan cette saison de quatre victoires et quatre défaites et une avant-dernière place dans la division Atlantique. Il laisse derrière lui un bilan mitigé. En sept saisons à la tête de l’équipe, Ottawa n’a connu les séries éliminatoires qu’à une seule reprise en 2016-17 avant d’enchaîner six années de suite sans accéder aux séries éliminatoires. 

Menaces à la bombe : des écoles ontariennes fermées par prévention

Des messages de menaces envoyés à plusieurs conseils scolaires dans l’Est et le Nord de l’Ontario ont forcé la fermeture partielle de certaines écoles ce mercredi.

Il s’agirait de courriels envoyés à des adresses génériques de certains conseils scolaires, demandant de l’argent, selon les premières informations.

La Police provinciale de l’Ontario (PPO) a indiqué faire une enquête, mais a laissé savoir en après-midi qu’elle n’avait « trouvé aucun moyen ni aucune indication que ceci est plus qu’une menace ».

Des écoles du Nord de la province ont décidé de ne pas ouvrir ce mercredi, suite à des messages menaçants reçus la veille. C’est le cas du Conseil scolaire catholique de district des Grandes Rivières (CSDGCR), lequel regroupe des écoles francophones catholiques de Timmins, Hearst et New Liskeard.

« Le CSCDGR a reçu pendant la nuit une menace à la bombe faite envers toutes les écoles sur l’étendue du Conseil. Nous prenons toutes les précautions de gérer cette situation de façon appropriée », pouvait-on lire dans une publication Facebook du Conseil plus tôt ce mercredi.

De son côté, le Conseil scolaire de district catholique des Aurores boréales, dans le Nord-Ouest de l’Ontario (CSDC) a déclaré avoir également reçu des menaces et a décidé, plus tard en matinée, de renvoyer les écoliers à leur domicile.

Dans l’Est, certaines écoles du Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO) ont procédé à une évacuation en cours de journée.

Du côté de Hawkesbury, des élèves ont dû, notamment, s’abriter à l’intérieur de l’Église Saint-Pierre Apôtre en attendant que leurs parents viennent les récupérer. Les écoles catholiques françaises de la région de Prescott-Russell ont dit prendre au sérieux la menace.

« Par mesure de sécurité, tous les élèves et les membres du personnel de nos écoles ont été dirigés vers des lieux de refuge au sein de nos communautés », déclare de son côté l’École catholique La Citadelle de Cornwall.

Une réouverture dans l’Est

Plus tard, en journée, des mises à jour ont été communiquées aux parents et tuteurs des écoles afin de leur annoncer un retour à l’intérieur de l’école.

Le Conseil des Écoles Catholiques du Centre-Est (CECCE) a quant à lui décidé de garder les portes de ses écoles ouvertes, car « le Service de police d’Ottawa a aussitôt été informé, a évalué la situation et ne recommande pas de fermer ou d’évacuer les écoles ».

Dans le cas de l’École Citadelle, le directeur Daniel Legros a fait savoir qu’il est, désormais, possible de venir récupérer des équipements et que les autobus seront à l’école pour le retour à la maison des élèves concernés. En outre, les activités prévues aujourd’hui seront repoussées d’une journée.

Dans le Nord-Ouest, le CSDC a indiqué avoir prévenu les parents en toute fin d’après-midi qu’il sera possible d’accueillir les élèves demain matin : « Nous tenons à vous aviser que les services de police ont visité toutes nos écoles (excepté Notre-Dame des Écoles à Nakina à 17 h 45 ce soir) afin de s’assurer qu’il n’y avait aucune menace. »

La PPO invite le public à signaler toute activité suspecte qui pourrait constituer un risque pour la sécurité publique en composant le 1-888-310-1122 ou de contacter Échec au crime au 1-800-222-TIPS (8477).

Ottawa augmentera progressivement sa cible en immigration francophone

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau a annoncé mercredi qu’il maintenait le nombre de nouveaux résidents permanents au Canada à 500 000 en 2026 en plus d’augmenter sa cible en immigration francophone, passant de 4,4 % à 6 % en 2024 avant d’augmenter les années suivantes.

Ottawa augmentera ensuite sa cible de nouveaux arrivants francophones hors Québec à 7 % en 2025 et 8 % en 2026, a annoncé le ministre de l’Immigration Marc Miller. C’est bien loin de ce qu’espérait la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) et les organisations francophones du pays qui proposaient une cible de 12 % pour ensuite augmenter à 20 % en 2036.

Pour sa présidente Liane Roy, ce nouvel objectif « contribue au déclin du poids démographique des francophones ».

« Une cible de 6 %, ça nous maintient dans le déclin. À 8 %, on est à peu près dans la stabilité », avance-t-elle.

Le ministre estime qu’avant d’aller avec une cible en immigration francophone plus haute, il doit « donner un coup de barre » ainsi que changer la façon de penser à son ministère.

« Est-ce qu’on a fait notre job comme du monde dans les deux dernières décennies? Non », a-t-il candidement avoué, lui qui est arrivé en poste en juillet dernier.

Il estime avoir été « ambitieux », car cette augmentation en représente une de 50 %. L’atteinte de la cible de 4,4 % en 2022 « a été faite de peine et de misère », rappelle-t-il. Pour changer cela, Marc Miller mentionne certaines possibilités comme d’aller recruter plus de francophones en Afrique de l’Ouest, cibler le recrutement d’enseignants francophones ou encore faciliter le parcours des étudiants francophones vers la résidence permanente.

« Ce n’est pas une question simplement de mettre un chiffre pour faire plaisir à tout le monde, mais un chiffre qui est réalisable », a-t-il répété mercredi en conférence de presse, mais aussi dans les dernières semaines.

En nombre brut, pour réaliser son objectif, le Canada devrait donc accueillir 29 100, 35 000 et 40 000 nouveaux arrivants francophones hors du Québec au cours des trois prochaines années, soit un total de 104 100 en trois ans. Un programme entièrement dédié à l’immigration francophone au sein d’Immigration Canada pourrait réellement changer les choses, propose comme avenue la présidente de la FCFA.

« C’est la seule manière qu’on va y arriver (à renverser le déclin du français)… Ce qui serait bon est qu’il (Marc Miller) mette en place les mesures nécessaires le plus rapidement possible », presse Liane Roy.

Liane Roy, la présidente de la FCFA Source : compte Twitter Liane Roy

Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge a salué « un pas dans la bonne direction ».

« Toutefois, l’accroissement du poids démographique des francophones hors Québec et son rétablissement à 6,1 %, tel qu’exigé par la Loi sur les langues officielles modernisée, dépendra grandement du respect de ces nouvelles cibles et de l’adoption de cibles encore plus ambitieuses à l’avenir », a-t-il déclaré.

La Loi sur les langues officielles, modernisée en juin dernier, oblige le gouvernement, via l’immigration, à rétablir le poids des francophones hors Québec à 6,1 %.

Un nombre plafonné pour 2026

L’an dernier, le gouvernement avait annoncé des quotas de 465 000 résidents permanents en 2023, 485 000 en 2024 et 500 000 en 2025. Aujourd’hui le fédéral a ajusté ces chiffres à 485 000 en 2024, 500 000 en 2025 et 500 000 en 2026. Le gouvernement stabilise ainsi ce niveau pour l’année 2026, contrairement à la tendance à l’augmentation des dernières années. De ce lot, 60 % des résidents permanents seront désormais de la catégorie économique.

Marc Miller refuse de parler d’un plafonnement, mais affirme plutôt qu’il s’agit d’un moyen de mieux arrimer les politiques publiques avec les besoins de main-d’œuvre de l’industrie et des syndicats.

« C’est une question de stabiliser, de regarder et de prendre l’année qui va suivre en regardant la rétroaction (qu’on pourrait avoir) […] et puis de voir s’il n’y a pas lieu de peaufiner nos chiffres encore plus », explique-t-il.

Hier, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a justement sorti un nouveau plan dans lequel le département indique qu’il compte arrimer son objectif de nouveaux arrivants à l’offre d’infrastructures, de logements et de soins de santé au pays.

Vincent de Haître débute sa quête pour retrouver les sommets 

OBIHIRO – Après deux saisons difficiles et quelques péripéties avec l’équipe nationale, le patineur de vitesse franco-ontarien est de retour au premier plan. Il s’envole ce mercredi 1er novembre pour le Japon où il disputera la première des six manches de Coupe du monde de la saison à Obihiro du 10 au 12 novembre. 

Tel le phoenix qui renaît de ses cendres, Vincent de Haître, le patineur de vitesse originaire d’Ottawa sort de deux saisons compliquées qui l’ont poussé en dehors de l’équipe nationale. Obligé de s’entraîner par ses propres moyens cet été, c’est du côté de Leval en Alberta qu’il a trouvé des compagnons d’entraînements et d’anciens entraîneurs de l’équipe nationale qui dirigent un programme réservé au développement des jeunes. 

Ses six derniers mois n’ont pas été de tout repos. Au terme de la saison dernière, les entraîneurs de la sélection nationale lui ont fait comprendre qu’il n’aurait pas sa place dans le programme et qu’il ne pourrait rester qu’en tant que partenaire d’entraînement. Pour l’athlète qui fait partie de l’équipe depuis 11 ans et qui détient toujours le record national sur le 1000 mètres, la pilule était dure à avaler. 

« C’était difficile parce qu’on a fini la saison et il y a eu zéro communication de la part des entraîneurs de l’équipe pendant un mois et demi. Finalement après quatre semaines, je me suis dit qu’il fallait que je commence à planifier quelque chose. La première fois que j’ai été à leur rencontre, on m’a dit quelque chose du genre,  »tu mérites ton propre programme d’entrainement. » C’était un peu sur ce ton-là », confie-t-il. 

 « Ensuite, on a une deuxième rencontre avec le directeur des hautes performances et là on m’a bien fait comprendre qu’il n’y avait pas de place pour moi dans le groupe. Je suis resté calme, mais quand je suis rentré à la maison je n’étais pas content. »

Cela n’a pas pour autant freiné de Haître dans ses ambitions et sa confiance en ses capacités de revenir à un niveau suffisant pour aller chercher une qualification pour la série de six étapes de Coupe du monde. Il lui fallait pour cela trouver une alternative. 

 « Je savais que je n’allais pas être supporté financièrement pas l’équipe, mais je savais que je pouvais être dans le groupe. J’ai regardé mes options, au début j’ai pensé partir en Europe pour m’entraîner avec un autre groupe, mais ça ne rentrait pas dans ce que je voulais faire. En plus je m’étais acheté une maison ici en Alberta en 2021 ce n’est pas pour juste la quitter maintenant, j’aurais dû la vendre. Après, j’ai vu le programme de Leval, ce sont d’anciens coachs de l’équipe nationale qui sont là. Donc, moi, j’ai écrit mes entrainements en suivant ce qui se faisait à Leval et je pouvais ensuite profiter du retour technique de la part des entraîneurs. »

L’expérience a été positive et enrichissante pour l’athlète qui, en plus de trouver des partenaires pour s’entraîner et d’avoir des retours techniques d’entraîneurs qualifiés, a en plus joué un rôle de mentor auprès des jeunes. 

 « Les jours où je fais des affaires similaires à celles des juniors et des gars qui se développent dans ce système, je travaille avec eux et je partage mon expérience. Par exemple hier, on avait un entraînement de poursuite par équipe et j’avais deux juniors et un autre gars qui est en développement, on a bien travaillé ensemble et j’ai pu leur partager une information qui va les aider à progresser par la suite. J’ai trouvé du positif dans cette expérience, j’avais des partenaires d’entraînement et j’ai pu travailler ce que j’avais à travailler. » 

Qualification assurée

Le moment fatidique des qualifications a ensuite livré son verdict lors des Championnats nationaux. Vincent de Haître a brillé. Sur ses quatre anciens partenaires d’entraînement de l’équipe nationale, seul un a fait de meilleurs résultats. Il a mis les trois autres sur le carreau. Pourtant, cette journée ne s’annonçait pas des plus simples, avec quelques complications imprévues dont il nous a fait part en exclusivité. 

« J’ai été malade tout le long (des qualifications), mais je ne l’ai dit à personne, car on n’avait pas besoin de le savoir. Mon 500M était correct, mais ce n’était pas l’épreuve que je visais. Je visais les 1000 m et 1500 m. Il y avait 5 places au 1000 m et 4 places au 1500 m pour se qualifier, j’ai fini 3e et 4e. »

De Haître portera bien la tenue avec la feuille d’érable pour les épreuves de Coupe du Monde à venir. Crédit photo : Dave Holland.

Avec la qualification en poche, Vincent aborde désormais les différentes étapes de Coupe du monde avec un plan bien précis en tête. Il s’alignera sur ses distances de prédilection les 1000M et 1500M, en plus du sprint par équipe sur lequel il garde un œil, en étant toujours le détenteur du record du monde. 

« On m’a aussi demandé si je pouvais être l’alternatif pour les épreuves de poursuite par équipe. Je vais être bien sollicité pendant ces Coupes du monde. Beaucoup même pour quelqu’un qui s’est entrainé seul tout l’été », plaisante-t-il. 

Toujours très motivé

L’athlète est conscient qu’il revient de loin après deux saisons difficiles. Il veut essayer de retrouver un niveau élite petit à petit et a donc fixé des objectifs par palier. Dans un premier temps, il visera une entrée dans le groupe A (top20). Une fois cet objectif atteint, il essaiera de faire partie de la première moitié du groupe, c’est-à-dire être parmi les 10 meilleurs en essayant de battre ses records personnels de la saison. 

« Ce serait déjà satisfaisant, ça voudrait dire que je progresse. Après, si je vois que j’arrive à faire ça rapidement et à retrouver le top 10 par exemple au bout de deux Coupes du monde, je commencerai à viser des podiums, explique-t-il. Ce sera toujours ça l’objectif sur le long terme. Mais à court terme, si je peux déjà revenir dans le top 10, je considérerai que j’ai fait un bon début de saison. »

Toujours motivé pour s’entraîner. Gracieuseté.

Le chemin s’annonce long et sinueux pour retrouver les sommets, mais Vincent de Haître n’a jamais perdu sa motivation. Son expérience lui permet de bien se connaître et d’être en mesure de jauger son niveau de performance. L’envie de gagner et de progresser est toujours présente en lui.

« Dans le patinage de vitesse, le pic de niveau se situe entre les âges de 25 et 32 ans. J’ai 29 ans, je suis en plein dedans. Je n’ai pas été blessé cette année, c’est nouveau pour moi, ça faisait longtemps que je n’avais pas été blessé. Tout va bien, la motivation est là parce que je crois que c’est encore possible. Il y a des jours où c’est difficile et on peut se trouver des excuses ou du négatif, c’est très facile de trouver des raisons de se dire que ce n’est pas possible, mais plus tu te dis que ce n’est pas possible, moins tu essaies. Au final, ça devient impossible en raison des choix que tu fais. »

Pour ce dernier, « l’essentiel est de prendre de bonnes décisions chaque jour ».

« La somme de petites décisions, la somme de choses positives chaque jour permet de toujours y croire. Quand je m’entraîne, je vois que le potentiel est quand même là. Je reste motivé pour plusieurs raisons : d’abord j’aime le sport, j’aime la compétition et j’aime transmettre à la prochaine génération, avoir un impact positif sur leur carrière. Il y a également le côté de l’ego. Je me sens bon, je sais que je suis bon et que je peux revenir sur un podium! Je ne suis pas prêt à lâcher tant que je ne suis pas 100 % sûr que je ne suis pas capable. »

Vous l’aurez compris, Vincent de Haître est très loin de songer à raccrocher comme auraient pu le faire croire ses déboires des saisons précédentes. C’est à l’inverse avec une faim de loup qu’il aborde cette saison hivernale avec la ferme intention de briller de nouveau. 

Initiation au camping sauvage à Mattice

Inès Rebei rencontre Mylène Coulombe-Gratton, une jeune entrepreneure originaire de la région de Hearst qui a sa propre compagnie d’excursion en nature. La journaliste aura sa première expérience de camping sauvage, soit 36 heures dans le bois.

Inès Rebei apprend à naviguer en bateau à moteur sur la rivière Missinaibi, à monter sa propre tente, à cuisiner de façon rudimentaire, à pêcher, à se baigner dans l’eau glaciale du Nord ontarien et surtout, à vivre en « harmonie » avec les centaines de milliers d’insectes, maringouins, mouches, mille-pattes, tiques et ces infâmes chenilles. Inès Rebei sera-t-elle capable d’attraper un poisson et de dormir seule dans sa tente, ou la nature reprendra-t-elle ses droits?

Poilievre propose que le prochain scrutin soit « l’élection de la taxe carbone »

OTTAWA – Justin Trudeau devrait mettre une pause à la taxe carbone jusqu’à la prochaine élection de 2025 pour que les Canadiens puissent se prononcer sur celle-ci, préconise le chef conservateur Pierre Poilievre.

« Faisons un marché : faisons une pause sur la taxe carbone sur tous les types de chauffage de maisons jusqu’à ce que les Canadiens se rendent aux urnes pour qu’on ait une élection de la taxe carbone et les Canadiens décideront entre son plan de quadrupler la taxe à 61 cents le litre… et mon plan du gros bon sens de supprimer la taxe », propose le leader de l’opposition dans un discours à son caucus, ouvert aux médias.

Ce dernier attaque la décision de Justin Trudeau de suspendre la taxe carbone jusqu’en 2027 sur le chauffage au mazout, principalement présent en Atlantique, mais pas sur les autres types de carburants comme le gaz naturel. Cette décision du premier ministre s’est valu des critiques, notamment du premier ministre ontarien Doug Ford. En Ontario, quelques centaines de milliers de personnes utilisent le mazout, mais le principal type de source demeure le gaz naturel, avec près de 3,5 millions de foyers, selon les données de la province.

La veille, M. Trudeau a toutefois rejeté du revers de la main cette demande de Doug Ford, avançant qu’il n’y aurait « absolument aucune autre exclusion ». Cette exemption a été décidée « car le chauffage au mazout coûte plus cher » et qu’il « est utilisé de manière disproportionnée par les Canadiens à faible revenu dans les zones rurales », maintient-il.

« C’est ce que nous faisons et c’est absolument quelque chose que je vais continuer de défendre sans équivoque, alors que M. Poilievre n’a aucun plan pour lutter contre les changements climatiques et, par conséquent, aucun plan pour l’économie », a-t-il également riposté mercredi matin, avant de faire son entrée à la réunion du caucus libéral.

Pierre Poilievre tire à boulets rouges depuis plusieurs jours sur cette récente annonce du gouvernement Trudeau, répétant depuis plus d’un an qu’il faut abolir la taxe carbone. La semaine dernière, il soutenait que le premier ministre « capote », par peur de perdre des votes dans les provinces de l’Atlantique. Ce dernier a annoncé qu’il déposerait une motion aux Communes lundi pour supprimer la taxe carbone sur l’ensemble des types de chauffage au pays.

« Qu’est-ce qu’il fait quand la pression monte? Il divise et distrait. Il va encore une fois détruire le pays en tournant les Canadiens les uns contre les autres. On sait qu’il le fait en les divisant par la race, le genre, le statut vaccinal et maintenant les régions. C’est sa dernière stratégie, diviser pour régner », a attaqué le chef conservateur.

Immigration francophone : le gouvernement Trudeau tempère les attentes

OTTAWA – À moins de 24 heures de l’annonce d’une nouvelle cible en immigration francophone, le ministre de l’Immigration Marc Miller tempère les attentes de ceux qui souhaiteraient un chiffre autour de 10 à 12 %. Son département a sorti un tout nouveau plan ce mardi dans lequel il donne un peu plus de détails sur sa politique en immigration francophone.

Actuellement à 4,4 %, la cible en immigration francophone n’a été atteinte qu’à une seule reprise depuis 2001, soit l’an dernier et les organisations francophones pressent le gouvernement pour qu’elle soit substantiellement augmentée afin de rattraper le retard. Dans un but de ramener un poids démographique à 6,1 % pour les francophones hors Québec, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) et les organisations francophones du pays proposent, dès 2024, une cible de 12 % pour ensuite augmenter à 20 % en 2036.

L’atteinte de la cible en 2022 a été faite « de peine et de misère… en piégeant dans l’inventaire sans mettre nécessairement de logistique en place pour s’assurer qu’il y avait une certaine pérennité à ce type de mécanisme », explique Marc Miller. Alors, il met en garde contre le fait de « tomber dans le cynisme » en procédant à l’annonce d’une cible qui ne serait pas « réaliste et réalisable », a-t-il plaidé lors d’une annonce mardi.

« Le pire serait d’avoir un politicien qui fait des annonces avec des objectifs très ambitieux et qui, durant l’année, ne fait absolument rien et ne rencontre pas notre objectif. Ça serait décevoir d’abord et avant tout les communautés… Je pense que les gens seraient encore plus déçus », estime-t-il.

Ce dernier laisse d’ailleurs de plus en plus entendre que son gouvernement se dirigera vers un scénario d’un objectif de « 6 % et quelques miettes, quitte à l’atteindre et ensuite l’accroître d’année en année ».

« Ça va prendre plus que 6 %, ça va prendre du 7 %, du 8 % et j’en passe. Mais, pour l’instant, on n’a aucune mécanique pour le faire (…). Je ne suis pas confiant par rapport à la mécanique, mais c’est quelque chose qui va se dessiner dans l’année à suivre », soutient-il.

Des détails sur la politique en immigration francophone

Marc Miller tenait une conférence de presse mardi pour annoncer une panoplie de nouvelles mesures adossées au système d’immigration canadien. Avec ce nouveau plan, le gouvernement entend mieux coordonner les besoins de logement, de soins de santé et d’infrastructure avec l’accueil de nouveaux arrivants. Le ministère veut notamment réduire les délais d’attente au sein du ministère, mieux régionaliser les nouveaux arrivants et améliorer leur intégration.

Le plan rappelle l’engagement du gouvernement à élaborer une nouvelle politique en immigration francophone, comme ce qui avait été prescrit dans la Loi sur les langues officielles, modernisée en juin dernier. Cette politique comportera des cibles et des indicateurs et doit être adoptée par le ministre Miller.

« Mon défi au courant de la prochaine année est de travailler avec mon département pour favoriser non seulement l’augmentation du volume, mais aussi de l’intégration qui est un défi de taille (…). C’est un défi d’intégration qui nous incombe, mais qui relève aussi des provinces. »

Le plan en question mise justement sur « élargir les services fournis par des francophones pour les nouveaux arrivants francophones ».

« Cette politique renforcera les efforts de promotion et de sélection et soutiendra l’établissement et l’intégration des immigrants francophones dans les communautés francophones minoritaires », peut-on lire dans ce rapport.

L’Hôpital Montfort en renfort de l’Hôpital d’Ottawa après un incendie

OTTAWA – Vendredi dernier, un incendie s’est déclaré dans une salle électrique du campus général de l’Hôpital d’Ottawa, entraînant la mise en place d’un code rouge. Des parties de l’hôpital ont été évacuées, nécessitant le déplacement de plus d’une centaine de patients. Le service des urgences fermé, les patients sont redirigés vers l’Hôpital Montfort en attendant la reprise des activités. 

« Le taux d’occupation de l’Hôpital Montfort est de 120 % », a indiqué Dominic Giroux, son président-directeur-général, ce mardi matin en entrevue avec ONFR. « Depuis vendredi soir, nos visites à l’urgence ont augmenté d’au moins 25 % et les cas les plus aigus, tels que les cas de ressuscitation, ont doublé. »

M. Giroux atteste également que d’autres secteurs de l’hôpital sont particulièrement achalandés depuis cette fin de semaine dernière. 

Montfort voit une augmentation du nombre de femmes enceintes admises au centre familial de naissance, « des patientes qui ont été transférées de l’Hôpital d’Ottawa », confirme le directeur. 

Suite à l’incendie, 17 bébés ont été transférés au Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario. Capture d’écran/ ONFR

L’Hôpital Montfort habitué aux crises

« Nous avons demandé à nos employés déjà surchargés de faire des quarts de travail additionnels et des médecins ont accepté de faire du temps en plus là aussi. »

Les chirurgies non urgentes qui nécessitent une admission ont été reportées et les activités non essentielles ont été suspendues.

« Nous avons vu d’autres situations de crise au cours des dernières années avec la pandémie. Donc, il y a des mécanismes qui sont bien établis au niveau de la collaboration entre les hôpitaux de la région et avec Santé Ontario », explique M. Giroux.

Selon le directeur, les hôpitaux Queensway Carleton et Montfort ont demandé aux familles qui ont des enfants de moins de 18 ans et qui nécessitent des soins d’urgence de se rendre directement au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, CHEO, « pour créer de la capacité aux urgences pour les patients adultes ».

« Nous sommes en train de confirmer la possibilité d’envoyer des patients dans les hôpitaux environnants tels que Winchester, Hawkesbury, à Alexandria ou à Cornwall afin de créer de la capacité additionnelle. »

Dominic Giroux est le président-directeur-général de l’Hôpital Montfort. Crédit image : Lila Mouch

Le directeur de Montfort parle d’un travail de collaboration exceptionnel entre tous les hôpitaux de la région. « C’est une situation difficile, tous les membres de nos équipes continuent de répondre présents. Je remercie le personnel qui est rentré en appui pendant la fin de semaine et les collègues qui ont accepté des quarts de travail additionnels. »

« Nos équipes sont épuisées », reprend-il. « J’ai tellement d’admiration pour ce que nos équipes font depuis vendredi soir. »

Un retour progressif pour l’Hôpital d’Ottawa 

Les communications de l’Hôpital d’Ottawa ont informé ONFR qu’un code orange – général uniquement – reste en vigueur ce mardi. « Plusieurs patients ont été déplacés dans tout l’hôpital afin de garantir une continuité des soins nécessaires », indique la porte-parole Rebecca Abelson, tandis que d’autres ont été renvoyés chez eux.

« Nos équipes continuent d’évaluer les dégâts causés par l’incendie et de procéder au nettoyage. »

L’Hôpital d’Ottawa est aussi passé en code gris suite à l’incendie, puisque l’électricité n’est pas rétablie dans 100 % du bâtiment. Pour l’instant, il n’est pas en mesure de rouvrir les urgences tant que les codes orange et gris ne sont pas levés. 

Sur son compte X, l’Hôpital Montfort a informé la population du risque d’achalandage accru. Capture d’écran / ONFR

« Depuis hier soir, 19h30, l’Hôpital d’Ottawa a repris des admissions pour ce qu’on appelle les cas à l’urgence de CTAS 1, 4 et 5 », ajoute Mme Abelson.

CTAS est l’échelle de triage et de gravité. Les patients de CTAS 1 sont ceux nécessitant ressuscitation et la catégorie 4 et 5 « sont généralement les patients qui sont vus à l’urgence et qui ne nécessitent pas une admission ». 

« Cela vient vraiment alléger la pression que nous avons connue depuis vendredi soir à l’Hôpital Montfort et à l’Hôpital Queensway Carleton. »

Aujourd’hui, l’hôpital dit être un peu plus soulagé. « Au fur et à mesure que l’Hôpital d’Ottawa va reprendre des admissions à l’urgence, la pression va venir s’alléger. »

Le Centre espoir Sophie face à une situation alarmante 

OTTAWA – Les chiffres de fréquentation de la seule halte francophone pour femmes marginalisées à Ottawa sont en très forte hausse depuis le début de l’année 2023. Une situation qui met une forte pression sur les services du Centre. 

Déjà en hausse de 20 % depuis 2021, le Centre espoir Sophie (CeS) connaît en 2023 un taux de fréquentation qui atteint des sommets avec une augmentation de 50 % de nouvelles arrivantes depuis le début de l’année. La situation devient critique et pousse le Centre dans ses derniers retranchements. 

« La crise du logement révèle des problèmes sociaux et systémiques profonds allant bien au-delà du mandat des programmes de jour comme le Centre espoir Sophie. Or, nous nous retrouvons tous affectés par cette réalité et les fonds sont insuffisants pour réagir adéquatement », souligne Sophie-Claire Valiquette-Tessier, directrice générale du Centre espoir Sophie.

L’âge moyen en baisse

Au-delà de cette augmentation de la fréquentation, c’est aussi l’âge de la population qui fréquente le centre qui connaît des changements majeurs et inquiétants. La proportion de femmes âgées entre 21 et 30 ans a doublé au cours de la même période.

« Le visage de notre clientèle s’est particulièrement transformé au cours des deux dernières années. Non seulement, desservons-nous plus de femmes, mais ces dernières sont davantage issues de minorités visibles, plus jeunes, et vivent dans des conditions financières fort précaires », indique Sophie-Claire Valiquette-Tessier.

L’inflation, la rareté des loyers abordables et la crise des opioïdes qui secoue la capitale fédérale sont les raisons majeures expliquant cette situation. Le Centre espoir Sophie qui existe depuis 1997 œuvre en offrant des services essentiels aux femmes vivant isolées, dans la pauvreté et qui nécessitent un soutien moral et psychologique. Ces services font malheureusement face à des difficultés difficiles à surmonter. 

Une véritable gestion de crise

« Cela crée définitivement de plus longues files d’attente », précise Mme Valiquette-Tessier. « C’est surtout le cas les lundis, lors de nos banques alimentaires. Même si nous commandons les quantités maximales de denrées à la Banque alimentaire, nous en manquons souvent. »

Au-delà de ces problèmes de logistique, ce sont les employés du Centre qui se retrouvent dans des conditions de travail délicates avec des conflits à gérer de plus en plus fréquents du fait de la surfréquentation du centre. 

« Nous devons faire beaucoup de gestion de crise. Ces femmes sont en mode survie. Ainsi, les chicanes surviennent souvent et les employés doivent gérer ces situations », précise la directrice.

Dépendance aux financements publics

Pour répondre à ces besoins croissants, le Centre organise une collecte de fonds le 16 novembre à la Nouvelle Scène. L’événement aura également pour but de donner la parole aux femmes et leur permettre de partager leurs histoires. La totalité des profits provenant de la vente des billets seront réinvestis directement dans la programmation du CeS qui a dû être relocalisé temporairement au Patro d’Ottawa en raison de problèmes d’infrastructure. L’achat de billet et le don se font en ligne sur le site de l’organisme. 

Actuellement, le CeS est majoritairement dépendant de la ville d’Ottawa qui est son principal bailleur de fonds. Le reste des financements provient en grande partie des donateurs. 

Ford appelle Trudeau à retirer la taxe carbone

TORONTO – Le premier ministre Ford a estimé ce mardi en conférence de presse que Justin Trudeau devait abolir la taxe sur le carbone « nocive » pour les Ontariens, tandis qu’il prolonge la réduction des taxes sur l’essence jusqu’en juin 2024.

« J’exhorte le premier ministre (Justin Trudeau) à faire ce qui est juste et à éliminer complètement cette taxe », a déclaré Doug Ford en déplacement dans son fief d’Etobicoke. « C’est une taxe qui fait augmenter les prix d’absolument tout, depuis le carburant jusqu’à l’alimentation et l’électricité. Tout ce que vous touchez est transporté, d’une manière ou d’une autre, par du carburant. »

Selon le premier ministre, le gouvernement fédéral a reconnu son erreur et fait un premier pas, la semaine dernière, en exonérant de taxe les utilisateurs de mazout de chauffage. Il doit maintenant aller jusqu’au bout en mettant un terme à cette taxe « injuste » dans un contexte d’inflation et de faible pouvoir d’achat des Ontariens.

En présence de son ministre des Finances Peter Bethlenfalvy, Doug Ford a vilipendé les taux d’intérêt élevés de la Banque du Canada pesant sur les budgets des ménages. « Ces taux d’intérêt nous tuent : il faut les réduire pour rendre le logement plus abordable », a-t-il plaidé devant la presse.

Déjà, la semaine dernière, Doug Ford avait écrit une lettre au gouverneur de la Banque du Canada ainsi qu’au premier ministre Trudeau pour protester contre la « hausse massive et douloureuse » des taux d’intérêt, les enjoignant à s’attaquer « aux causes profondes » des pressions inflationnistes, à investir dans les infrastructures et à agir davantage pour l’immigration de travailleurs qualifiés.

Maintien de la réduction des taxes à la pompe

À deux jours du dévoilement de l’énoncé économique d’automne, le premier ministre a annoncé le prolongement de la réduction des taxes sur l’essence et le carburant, en vigueur depuis le 1er juillet 2022. Une réduction qui a permis jusqu’ici aux usagers d’économiser plus de 10 cents par litre selon le gouvernement.

« Les familles et les entreprises seront soulagées à la station-service pendant au moins six mois supplémentaires », a-t-il fait valoir, avec à la clé « 260 $ d’économie depuis l’introduction de cette réduction ».

Cette mesure, qui devra passer par la case Queen’s Park et le vote d’un projet de loi, permettra de continuer à réduire la taxe sur l’essence de 5,7 cents le litre et la taxe sur le carburant de 5,3 cents le litre, jusqu’au 30 juin prochain.

Cette sortie de Doug Ford intervient quelques jours après que Justin Trudeau ait annoncé une suspension de trois ans de la taxe carbone pour le transport de l’huile de chauffage dans les foyers des Maritimes.

« Le fédéral doit se réveiller et traiter tous les canadiens de la même facon », a lancé ministre de l’Énergie Todd Smith, en chambre à Queen’s Park, ce mardi, accusant le gouvernement Trudeau de rendre la vie des Ontariens moins abordable.

« Pas d’autres d’exclusion à venir » sur la taxe carbone assure le fédéral

À Ottawa, les différents ministres du gouvernement Trudeau ont insisté ce mardi sur le fait que cette annonce visait à s’adapter à la situation particulière de l’Atlantique et qu’elle ne consiste pas en un premier pas pour exempter les autres provinces de la taxe carbone.

« Il n’y aura plus d’autres d’exclusion à venir », a tranché le ministre des Ressources naturelles Jonathan Wilkinson.

« On a une approche nationale qui prend en considération des réalités régionales », a commenté de son côté le seul représentant albertain au conseil des ministres, Randy Boissonnault.

La première ministre de l’Alberta Danielle Smith, à l’image de ses homologues ailleurs au pays, a demandé à ce que la taxe carbone soit supprimée. Dans les derniers jours, le chef conservateur Pierre Poilievre, dont le parti réclame l’annulation de cette taxe depuis plus d’un an, a vivement critiqué cette « volte-face ».

« Pourquoi les députés libéraux à Thunder Bay, North Bay, Sudbury, Sault-Sainte-Marie et d’autres communautés où il fait un froid glacial ne bénéficient pas de la même pause (sur la taxe carbone)? Est-ce parce que leur député libéral local est complètement inutile? », a-t-il attaqué lundi à la période des questions.

Le ministre des Ressources naturelles a indiqué qu’il ramènerait sur la table à l’intention des provinces le Programme pour la conversion abordable du mazout à la thermopompe. Ce dernier permet aux propriétaires, à l’installation d’une thermopompe, de recevoir jusqu’à 15 000 $ du fédéral, un montant bonifié de 5000 $ lors de l’annonce de la semaine dernière. Pour être éligibles à ce programme via le système provincial, les provinces doivent égaliser le 5000 $ qu’Ottawa met sur la table. Jusqu’à présent, seules l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador ont accepté l’offre.

« Nous y retournons pour offrir cela à toutes les provinces (…). Nous sommes prêts à commencer ces conversations demain. J’ai déjà joint certains de mes collègues (provinciaux) dans les derniers jours et je vais tous les joindre dans les prochains jours », a invité le ministre Wilkinson.